Dictionnaire technologique ou nouveau dictionnaire universel des arts et métiers
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- DICTIONNAIRE
- TECHNOLOGIQUE,
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- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS.
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- IMPRIMERIE DE HUZÀRD-COÜRCIER rut da Jardiuet, n® ia.
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- TECHNOLOGIQUE,
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- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS,
- ET DE L’ÉCONOMIE INDUSTRIELLE ET COMMERCIALE; PAR UNE SOCIÉTÉ DE SA VANS ET D’ARTISTES.
- Qui pourrait assigner un terme à la perfectibilité' humaine?
- TOME ONZIÈME.
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- PARIS,
- THOMINE, LIBRAIRE, RLE DE LA HARPE, N° 78.
- 1827.
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- DES ARTS ET MÉTIERS.
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- Huiles ( Arts chimiques ). On donne ce nom à des corps provenant des végétaux ou des animaux , le plus souvent gras et de consistance onctueuse, ordinairement liquides à la température habituelle de l’atmosphère, d’une pesanteur presque toujours inférieure à celle de l’eau, insolubles ou peu solubles dans ce liquide, susceptibles de s’enflammer plus ou moins promptement par le contact d’un corps en ignition.
- Ces propriétés, sauf quelques exceptions, peuvent être considérées comme classiques et propres à caractériser les huiles en général ; mais il en est d’autres qui n’appartiennent qu’à un certain nombre de ces corps, et qui sont tranchées de manière qu’elles servent à les séparer nettement en deux sections bien distinctes. L’une des plus remarquables est tirée de l’action que la chaleur exerce sur les huiles : les unes peuvent supporter une chaleur de 25o à 3oo degrés sans se volatiliser d’une manière sensible , et se décomposent à une température plus élevée ; les autres se volatilisent à une chaleur de i 5o à Tome XI.
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- HUILES.
- 160 degrés, même à celle de l’eau bouillante, lorsqu’elles sont mêlées à ce liquide, sans éprouver de décomposition : de là la dénomination d’huiles fixes donnée aux premières, et d’huiles volatiles aux secondes.
- Les huiles fixes ont, en outre , pour caractères, d’être inodores ou très peu odorantes , de n’avoir que peu ou point de -saveur, d’être tout-à-fait insolubles dans l’eau, et de n’être que très peu solubles dans l’alcool.
- Les caractères des huiles volatiles sont, d’avoir une odeur toujours forte, tantôt suave, tantôt désagréable ; d’avoir une saveur âcre, quelquefois chaude et brûlante ; de se dissoudre un peu dans l’eau et entièrement dans l’alcool.
- Indépendamment de ces deux sections, dans lesquelles seront examinées successivement les huiles . fixes et volatiles , une troisième section, servant d’appendice aux précédentes , comprendra les corps auxquels on a donné le nom d’huiles, mais qui, différant des huiles proprement dites, soit par leur origine, soit par leur nature , soit comme étant le produit de l’art, ne peuvent être rangés dans les deux premières sections.
- PREMIÈRE SECTION.
- HUILES FIXES.
- Généralités sur leur nature, sur leur composition élémentaire, sur le siège qu’elles occupent dans les végétaux, suivies de l’exposé de leurs propriétés chimiques les plus remarquables.
- Nature des huiles. On a long-temps considéré ces huiles comme de simples produits immédiats des végétaux. Les expériences de MM. Chevreul et Braconnot ont prouvé que les huiles sont, comme les graisses dont on a déjà parlé, composées de deux principes immédiats , l’un solide et l’autre liquide , auxquels le premier de ces chimistes a donné le nom de stéarine et d!oléine. On peut séparer ces deux substances en enfermant, par exemple , l’huile d’olive figée dans plusieurs doubles de papier non collé, et en la soumettant à l’action de la presse. La partie solide reste dans le papier,
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- qui s’imbibe de la partie fluide. Cette dernière, l’oléine, paraît être plus abondante dans les huiles que la stéarine, à en juger par les résultats suivans, obtenus par M. Braconnot. Selon cet habile chimiste , i oo parties des huiles ci-après désignées contiennent :
- De partie liquide, De partie solide,
- ou oléine. ou stéarine.
- Huiles d’olive......... 72 28
- ----- d’am. douces.. 76 ........................ 24
- ----- de colza........ 54 4^
- D’après M. Chevreul, indépendamment de la stéarine et de l’oléine, les huiles renferment, en petite quantité, des principes auxquels elles doivent, soit leur odeur , soit leur couleur, et dont elles peuvent être privées sans perdre les propriétés qui les caractérisent comme corps gras. Les principes immédiats des huiles sont convertis par la saponification en acides gras, nommés stéarique, oléique , margarique, qui se combinent avec l’alcali employé pour le traitement ; pendant cette combinaison, il se forme une certaine quantité de principe doux syrupeux, découvert par Sche'ele, et désigné par M. Chevreul sous le nom de glycérine.
- La quantité de cette substance et celle des acides saponifiés varient selon l’espèce d’huile qu’on a employée. On peut juger de ces variations par les résultats suivans, obtenus par M. Chevreul , de 100 parties de trois huiles saponifiées :
- Acides margarique et oleique hydrates.
- Huiles d’olive......g5,5
- -----de colza......g5
- ----- d’am. douces. g4,5
- Mais cette composition résultant d’un mélange quelconque de stéarine et d’oléine, est-elle la même pour toutesles huiles fixes
- r..
- Principe doux, ou glycérine.
- ... 8,8 ... 11
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- 4 HUILES.
- indistinctement? C’est ce dont il est permis de douter, d’après les expériences récemment faites par MM. Bussy et Lecanu sur l’huile de ricin, qui ne leur a point fourni par la distillation des produits solides semblables à ceux qu’ils avaient précédemment retirés des huiles d’olive, de lin , etc. Ces produits, qu’ils obtiennent également de l’huile de ricin par la saponification, .quoiqu’ils soient acides et solides comme ceux des huiles d’olive et de lin, en diffèrent par plusieurs propriétés, et no-tamment par celle de donner un acide gras qui, séparé de la potasse par l’acide hydrochlorique , n’est fusible qu’à i3o-degrés , tandis que les acides margarique et stéarique le sont à 60 et à 70 degrés. D’après cela, il est vraisemblable que l’huile de ricin ne renferme point de stéarine , et que la petite quantité de substance qui se dépose spontanément de cette huile, et que M. Boutron-Charlard a désignée sous ce nom, n’est autre que la substance qui fournit l’acide si peu fusible obtenu par MM. Bussy et Lecanu. Cette conjecture est appuyée par l’assurance qu’ont acquise ces chimistes , que la substance recueillie par M. Boutron donne , par la saponification, un acide moins fusible que l’acide stéarique. Ces résultats, en prouvant que la composition de l’huile de ricin est différente de celles d’olive et de lin , donnent lieu de présumer que des essais entrepris sur d’autres huiles présenteraient aussi des différences , et que par conséquent il ne faut pas se hâter de prononcer, sur de simples analogies, l’identité parfaite de composition entre des corps qui d’ailleurs ont beaucoup de points de ressemblance.
- Composition élémentaire des huiles. Les huiles fixes sont composées, comme les autres substances végétales proprement dites, de carbone, d’hydrogène et d’oxigène. Le carbone y domine au point d’en former près des quatre cinquièmes , et l’hydrogène y est en excès par rapport à l’oxigène : c’est ce que démontre l’analyse élémentaire de cinq huiles fixes, dont la première a été faite par MM. Gay-Lussac et Thénard , et les quatre autres par M. de Saussure; en voici les résultats :
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- HUILES.
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- lluilcs. Carbone. Hydrogène. Oxigène. Azote.
- D’olive....... 77,21 .. i3,36 .. 9,43 •• 0
- De noix....... 79»77.4- •• 10,570 • • 9*122 •• o,534
- D’am. douces. 77,403 .. 11,481 .. 10,828 .. 0,288
- De lin........ 76,014 .. ii,35i .. 12,635
- De ricin...... 74,178 .. n,o34 •• 14*788
- La quantité à peine appréciable d’azote trouvée dans deux de ces huiles seulement, donne lieu de douter que cet élément fasse partie de ceux qui constituent les huiles; on serait plus disposé à croire qu’il provient de substances qui leur sont étrangères.
- Parties des végétaux oit les huiles fixes résident. C’est presque toujours dans les semences que résident les huiles fixes, qui en sont séparées par expression ; mais quelquefois l’huile est contenue dans la pulpe du fruit, ou péricarpe. Il n’ÿ a pas long-temps que l’on croyait assez généralement que l’olive seule était dans ce cas : cependant les baies de toutes les espèces de laurier en donnent, et l’on retire habituellement en Italie celle du laurus nobilis; mais elle est peu connue, parce qu’elle ne sert qu’en Médecine. On a depuis peu fixé l’attention des économistes sur l’huile que renferme le fruit du cornouiller sanguin , vraisemblablement parce qu’on ignorait que Mathiole , depuis plus de deux siècles, avait annoncé que les liabitans de Trente retiraient de la pulpe de ce fruit l’huile dont ils alimentaient leurs lampes. Sauf ces exceptions, les huiles fixes sont toujours extraites de la substance même de la graine. Mais l’huile n’est pas toujours contenue exclusivement dans la même partie de la graine ; tantôt c’est le périsperme ou albumen, tantôt c’est l’embryon ou la plante elle-même qui 1a fournit. On cite pour exemples du premier cas, qui est rare , le ricin et les euphor-biacées ; le second cas, et le plus fréquent, est celui des
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- graines qui fournissent les huiles journellement employées, telles que les amandes, les noix, les noisettes, la faîne , le lin, le chenevis, le pavot, etc. On peut extraire de l’huile des graines de plusieurs plantes appartenant à des familles très étendues : par exemple, on peut citer dans les composées, le carthame, le grand soleil, la laitue ; dans les crucifères , la navette , le colza, la caméline ; dans les cucurbitacées, la citrouille, le melon, etc.
- Action de la chaleur. D’après les expériences récemment faites par MM. Bussy et Lecanu, les huiles fixes, ainsi que tous les corps gras formés d’oléine et de stéarine, fournissent par la distillation des gaz acide carbonique', hydrogène carboné et oxide de carbone, des acides margarique, oléique, sébacique et acétique, de l’eau, de l’huile empyreumatique, une matière odorante volatile , non acide et soluble dans l’eau, et une matière jaune analogue à celle que donne le succin. Exposées à une haute température dans un tube de porcelaine, les huiles éprouvent une décomposition complète, d’où résultent beaucoup d’hydrogène carboné, un grand dépôt de charbon et une certaine quantité de gaz oxide de carbone.
- Action de l’air. Berthollet a prouvé le premier, par des expériences positives, que les huiles fixes, soit en s’épaississant, soit en se durcissant au contact de l’air , absorbaient de l’oxigène. M. de Saussure, en les soumettant à l’action immédiate du gaz oxigène, a déterminé la quantité absorbée, et constaté la formation d’une portion d’acide carbonique , qui est loin de représenter tout l’oxigène absorbé. Par exemple, dé l’huile de lin n’a absorbé, dans l’espace de huit mois, que trois fois son volume d’oxigène; et pendant les dix jours suivans, elle en a absorbé soixante fois son volume. Cette absorption, qui a encore duré deux mois , s’est élevée , pendant les dix mois d’expérience, à cent quarante-cinq fois le volume de l’huile. Pendant l’absorption, il s’est produit vingt et un volumes de gaz acide carbonique, et il ne s’est point formé visiblement d’eau. Dans la supposition où l’oxigène en
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- excès à là production de l’acide carbonique, aurait servi à former de l’eau, celle-ci aurait dû rester avec l’espèce de gelée non susceptible de tacher le papier, et transparente, à îaquellè l’huile s’était réduite.
- Les huiles fixes dissolvent du soufre et du phosphore en plus grande quantité à chaud qu’à froid, ce qui offre un moyen d’obtenir ces deux corps à l’état de cristaux, par un refroidissement ménagé.
- Action de l’alcool. Les huiles fixes ne sont que très peu solubles dans l’àlcool ; mais, d’après l’observation de M. de Saussure, cette solubilité s’accroît en .proportion de l’oxigène qu’elles ont absorbé , ou de celui qu’elles contiennent naturellement. Serait-ce parce que l’huile de ricin renferme plus d’oxigène que les autres huiles, qu’elle est entièrement soluble dans ce liquide rectifié? M. Planche a fait une série d’expériences intéressantes sur la solubilité comparée des huiles fixes dans l’alcool, dont voici les résultats : mille gouttes d’alcool a 40 degrés de l’aréomètre de Baumé et à la température, de i2°;5, ont dissous, savoir :
- D’huile de pavot conservée une année. 8 gouttes.
- -----de pavot nouvelle.................. 4
- ----- de lin......................... 6
- ----- de noix........................... 6
- ----- de faîne...................... 4
- ----- d’olive.......................... 3 :
- ----- d’amandes douces,.................3
- ----- de noisettes.................... 3
- ----- de ricin,. en toutes proportions.
- Action de l’éther. M. Planche a examiné aussi .l’action de' l’-éther sur les huiles fixes, et il est résulté de ses expériences : t°. qu’une dissolution de 3 parties d’huile d’olive dans 2 parties d’éther sulfurique restait liquide à i8° au-dessous de zéro ; 2°. qu’en ajoutant à un mélange d’une partie d’éther et d’une d’alcool, une partie d’huile fixe , il se formait par l’a-
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- 8 HUILES.
- gitation, au bout de quelques minutes, deux couches très distinctes, l’une inférieure, composée d’éther et d’huile ; l’autre supérieure, presque uniquement composée d’alcool ; d’où il faut conclure que la tendance de l’éther pour s’unir aux huiles fixes est plus grande que celle de l’alcool.
- Subdivision des huiles fixes en trois genres. Les huiles fixes peuvent être subdivisées, eu égard à leur consistance , en trois genres, savoir : les huiles fiuides , les huiles siccatives et les huiles concrètes. Les premières restent constamment fluides à la température de i5 degrés, et n’éprouvent aucun changement à l’air, si ce n’est, à la longue, un léger épaississement ; les secondes , exposées à l’air, surtout en couches minces , s’y dessèchent promptement, et s’y solidifient en une espèce de vernis ; cette faculté siccative augmente beaucoup par l’action des oxides de plomb, que l’on fait bouillir avec elles. Les huiles fixes du troisième genre, constamment solides à la température de l’atmosphère , quelques variations qu’elle éprouve, ont jadis reçu le nom de beurre; de là l’expression de beurre de cacao, beurre de muscade. D’autres, malgré leur solidité habituelle, ont conservé le nom à!huiles, comme l’huile de laurier, l’huile de palme , etc.
- PREMIER GEXRE.
- Huiles fixes fiuides.
- Première espèce. — Huile d'olive „ retirée du fruit de Yolea europea, qui la renferme dans sa semence, et surtout dans le drupe charnu qui la recouvre. Cet arbre, tant vanté par les anciens, qui le regardaient comme un don précieux de Minerve, croît abondamment dans les départemens méridionaux de la France' ; sa culture n’exige pas des soins en proportion avec Futilité qu’on en retire. Il ne produit pas également chaque année ; ce n’est guère que tous les deux ans qu’on peut en espérer une récolte abondante. La récolte ne se fait ordinairement que dans les mois de novembre ou de décembre,
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- époque où les olives, devenues d’un rouge noirâtre, sont dans un état parfait de maturité. La méthode de gauler les olives doit être rejetée, comme nuisible aux arbres; il est préférable de les cueillir à la main. Pour avoir la meilleure huile possible, il faut mettre de côté les olives fanées, piquées ou tombées, pour les traiter à part, ne point les entasser ni amonceler, ni les abandonner à un degré de fermentation qui ne manque point d’altérer l’huile en proportion de sa force et de sa durée , mais les porter au moulin quelques jours après les avoir cueillies.
- Parmi les huiles, celle d’olive tient le premier rang, soit comme aliment, soit parce qu’elle est la plus propre à la saponification. D’autre part, le mode et les instrumens qu’on emploie pour l’obtenir sont, à quelques légères modifications près , les mêmes que ceux par lesquels on traite toutes les semences qui renferment des huiles. Cette double considération nous détermine à insister, d’une manière particulière, sur les moyens de se procurer l’huile d’olive.
- Extraction des huiles. Tout atelier destiné à l’extraction des huites, doit être pourvu de deux appareils indispensables : d’un moulin ou détritoir, pour écraser le fruit et le réduire en pâte ; d’un pressoir, pour exprimer de cette pâte l’huile qui y est contenue. Deux sortes de moulins sont mis en usage : les uns sont mus par l’eau, les autres par des bêtes de somme. Les premiers sont rares , parce qu’ils exigent la proximité d’une rivière, d’une source ou d’un ruisseau ; les autres ont cet avantage, qu’ils peuvent être établis partout : ces derniers, d’ailleurs , ne le cèdent en rien aux autres sous le rapport de leur utilité. A la vérité, ils broient moins vite, mais ils broient mieux. -La rapidité du mouvement des meules, dans les moulins à eau, nuit au broiement en écartant la matière soumise à leur action, et il n’est pas rare qu’un moulin mû par un cheval ou un mulet, fasse autant de besogne en une heure, qu’un moulin à eau en une heure et demie. ( Voyez, pour la description des machines à écraser les graines et à en exprimer l’huile, les articles Moulin et Pressoir. )
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- *» HUILES.
- M. Sïeuve aïe premier de'montré l’inconvénient qu’il y avait, en écrasant à la fois l’olive et son noyau , à mêler l'huile de l’amande à celle de la pulpe. Personne ne peut douter , en effet, d’après ses expériences, que l’huile de la pulpe, recueillie sans mélange, serait d’une qualité bien supérieure , et qu’elle se conserverait plus facilement et plus long-temps sans éprouver d’altération. Cependant il est certain que cette séparation , si désirable, ne s’exécute nulle part : il n’en faut chercher la cause que dans la difficulté, sinon l’impossibilité d’opérer ce départ en grand, faute d’instrument bon et expéditif pour cet usage. Le détritoir proposé par M. Sieuve lui-même , d’après le rapport de personnes qui ont essayé de s’en servir, est loin d’atteindre le but que s’était proposé l’inventeur : il agit d’une manière si imparfaite et en- même temps si longue, qu’il n’est pas même susceptible d’application en petit, et qu’un propriétaire qui voudrait user de cette machine courrait le risque de perdre la moitié de sa récolte avant que l’autre moitié eût été dépouillée de ses noyaux. SL jamais, ce qui n’est point impossible , on parvenait à séparer exactement et promptement la pulpe de l’olive de son noyau,, certainement le plus grand nombre des propriétaires s’empresseraient de profiter de l’avantage de se procurer une huile très agréable , facile à conserver, et dont le prix , plus élevé, les dédommagerait avec usure de la perte de l’huile fournie par l’amande des noyaux.
- Lorsque les olives ont été cueillies, et qu’on a eu le soin. d’en séparer celles qui ne sont point saines, quelques jours, suffisent pour leur faire perdre l’eau de végétation surabondante. On y parvient aisément en les étendant sur des plan-, chers secs, à la hauteur de quelques pouces seulement. et en les agitant chaque jour pour faciliter leur dessiccation.
- Quoique l’huile des olives portées au moulin presque immédiatement après avoir été cueillies soit sans contredit la meilleure qu’on puisse se procurer , il est certain aussi qu’on, peut obtenir de très bonne huile des olives dont la pulpe a. été un peu ramollie par l’effet d’une légère fermentation..
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- HUILES. ii
- C’est l’usage de presque tous les propriétaires des cantons situés dans le voisinage d’Aix en Provence , de conserver dans des greniers , pendant une quinzaine de jours , les olives qu’ils ont recueillies , jusqu’à ce qu’elles aient éprouvé un commencement de fermentation qui facilite l’extraction de l’huile. Si cette pratique nuisait à la bonté de cette huile, qui, comme on sait, est préférée à toute autre , recherchée partout, et d’un prix plus élevé, qui leur permet de mettre plus de soin à sa préparation , croit-on qu’ils ne s’empresseraient point d’y renoncer? ou plutôt cette huile aurait-elle acquis la renommée dont elle jouit? Tout dépend du degré de fermentation qu’on fait subir aux olives. Il faut bien se garder sans doute d’entasser , d’amonceler les olives , comme on le fait en d’autres cantons, dans des lieux bas et humides, et de les y laisser pendant plusieurs mois , au bout desquels elles se moisissent, se ramollissent au point d’adhérer les unes aux autres, de laisser échapper un liquide rougeâtre, et de s’échauffer spontanément au point qu’un thermomètre plongé dans la masse s’élève jusqu’à 36 degrés. On conçoit que ces olives ne peuvent donner qu’une huile âcre, détestable au goût, et bonne seulement à l’emploi qu’on en fait pour le foulage des laines, et dans les savonneries. Il paraît, au reste , qu’on se propose par cette méthode, qui prive l’huile de la plus grande partie de son mucilage, d’en obtenir davantage et de la rendre plus propre à se combiner aux alcalis.
- Lorsque les olives ont été réduites par la meule en une pâte d’autant plus facile à pressurer qu’elle est plus fine , on la soumet au pressoir; on l’enferme auparavant dans des sacs d’une espèce de jonc marin, ou de sparte. Ces sacs , nommés cabas, sont placés les uns par-dessus les autres, au nombre de dix-huit, sur la mai ou pierre creusée d’un pouce et demi, avec un rebord de 2 pouces. Cette pierre, qui se prolonge par-devant en forme de gouttière , est destinée à recevoir 1 huile qui s’écoule, et à la conduire dans des tonneaux ou réservoirs en pierres, appeléspîzes, et qui sont aux trois quarts pleins d’eau. La pression sur les cabas doit être lente et gra-
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- duée. L’huile qui découle de cette première pressée faite à froid est l’huile vierge ou de première qualité ; sa couleur est verdâtre, sa saveur et son odeur rappellent celles du fruit ; elle est recherchée des connaisseurs. Lorsqu’elle a cessé de couler, on desserre les cabas, on dégrume la pâte avec la main ou une espèce de bêche, on verse sur celle de chaque cabas une quantité donnée d’eau bouillante , et l’on remet le cabas en presse. L’eau chaude entraîne avec elle la plus grande partie de l’huile restée dans la pâte ; le mélange est reçu dans de nouveaux tonneaux , dans le cas où l’on ne veut pas mêler la seconde huile avec la première. On peut faire une troisième pressée en versant sur la pâte exprimée une nouvelle quantité d’eau ; alors toute l’huile est censée recueillie. Après quelque temps de repos , l’huile, plus légère, se réunit en grande partie à la surface de l’eau; on l’enlève avec de grandes cuillers de cuivre un peu plates, ce qui s’appelle lever Vhuite.
- L’huile entraînée par l’eau bouillante est d’une couleur jaune; elle est fort bonne et très propre aux usages de la table ; on observe seulement qu’elle est plus disposée que l’huile vierge à rancir. Les eaux dont on a enlevé l’huile en retien-* nent toujours à la faveur du mucilage une certaine quantité, qui ne s’en sépare qu’à la longue et à mesure que le mucilage se dépose. Ce long départ s’effectue dans une vaste citerne, où sont reçues toutes les eaux .des tonneaux ou pizes, et qu’on nomme Xenfer; elle est percée dans son milieu d’un trou , par lequel on en fait écouler l’eau lorsqu’elle est pleine; on y conserve l’huile jusqu’à la fin de la saison du pressurage. L’huile de l’enfer est mauvaise ; mais on en trouve l’emploi dans le foulage des laines et la fabrication des savons.
- Le marc resté dans les eabas après les trois pressées porte-le nom de tourteaux ; quoique secs en apparence, ils retiennent encore mie quantité d’huile suffisante pour en être retirée avec profit ; on les brise au moyen de la meule du moulin-de recense, puis on achève de les diviser à l’aide de l’eau. Le marc finit par se réduire eu deux matières appelées grignon
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- noir et grignon blanc : le premier, formé des débris du fruit et des semences, vient surnager l’eau ; le second, qui ne se compose que des débris des noyaux , occupe le fond du vase. Le grignon noir, qui surnage, est enlevé au moyen d’une espèce d’écumoire ou d’un tamis de crin serré ; on le fait bouillir avec de l'eau dans une chaudière jusqu’à ce qu’il soit rapproche' en une pâte épaisse : cette pâte est introduite dans des cabas, qu’on soumet à la presse, et qu’on arrose d’eau bouillante pour en détacher les parties huileuses , qui seraient trop épaisses pour couler d’elles-mêmes. On obtient ainsi une grande quantité d’huile , qui laisse déposer beaucoup de fécule, mais dont on tire un grand parti : le marc qui l’a fournie, entièrement dépouillé de parties huileuses, brûle aisément, et sert à entretenir le feu sous la chaudière.
- Au sortir du pressoir, l’huile est trouble; elle ne devient limpide qu’en se débarrassant de son mucilage surabondant. On la verse dans des cuves bien propres , placées dans un lieu dont la température est d’au moins i5° de Réaumur, et ce n’est qu’au bout de vingt jours qu’elle a acquis toute sa limpidité. L’huile claire est décantée et mise dans des barriques de bois dur et épais, pour être livrée ensuite au commerce, après les avoir déposées quelque temps dans une cave ou autre endroit assez frais pour que l’huile puisse s’y figer, car c’est dans l’état de congélation qui s’opère à 5 ou 6° au-dessus de zéro R. qu’elle se conserve le mieux. Quand on a l’intention de la garder pour les usages domestiques , il faut la mettre dans des jarres ou urnes de terre vernissée en dedans, et la décanter, tous les six mois, de dessus le dépôt qu’elle forme toujours ; la portion d’huile qui reste avec tous les dépôts, en est séparée par la décantation, et mieux par la filtration ; elle est employée à l’éclairage ; les fèces servent à engraisser les porcs.
- On falsifie souvent l’huile d’olive : nous parlerons de cette fraude et des moyens de la reconnaître, en traitant de l’huile d’œillet ou de pavot, que l’on emploie de préférence pour cette falsification.
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- Deuxième espèce. — Huile d’amandes douces. On l’extrait des semences de Xam.ygdalus commuais. On doit les exprimer à froid lorsqu’on veut avoir la meilleure liuile possible et la moins disposée à s’altérer ; il faut même se garder de plonger les amandes dans l’eau bouillante , comme le font quelques personnes, pour en ôter plus facilement l’écorce. On obtient dans ce cas une huile dont la disposition à rancir a été augmentée par la chaleur, c’est-à-dire une huile de qualité inférieure. Il est préférable , pour détacher autant que possible la pellicule rougeâtre qui recouvre les amandes, de les introduire dans un sac de toile rude, et de les agiter et frotter avec force. Il arrive souvent qu’une petite portion de pellicule , échappée au frottement, a l’inconvénient de colorer l’huile ; mais il est bien moindre que le développement de ran-cidité occasioné par la chaleur de l’eau bouillante.
- Quand on a séparé leur pellicule , on réduit les amandes en pâte, soit dans un mortier de marbre, soit dans un moulin ; on enferme cette pâte dans des sacs de toile ou de coutil, que l’on soumet à la presse. L’huile qui en découle est l’huile vierge, la plus pure, qu’on abandonne au repos jusqu’à ce qu’elle soit devenue limpide , ou que préférablement on filtre à travers un papier joseph. On peut obtenir la portion d’huile qui reste dans le marc, en l’exprimant de nouveau entre des plaques de fer ou d’étain chauffées dans l’eau bouillante ; mais cette seconde huile est d’une qualité inférieure. L’huile d’amandes douces, extraite à froid, a une saveur et une odeur agréables, qui rappellent celles des semences qui l’ont fournie ; sa couleur est jaune ; elle ne se fige qu’à 12 ou i5 degrés au-dessous de zéro , et elle rancit aisément, comme les huiles peu congelables. C’est, après l’huile d’olive , celle qui se saponifie le mieux.
- On retire par expression à froid, des amandes amères et odorantes, une huile aussi douce et aussi inodore que celle des amandes douces. Ce fait prouve que les principes amer et odorant sont unis au parenchyme de l’amande, et non à l’huile fixe qui y est contenue. On peut néanmoins, comme JVI. Planche
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- l’a prouvé , obtenir des amandes une huile très odorante ; il suffit, pour cela , de plonger ces amandes dans l’eau bouillante pour les écorcer, puis de les faire sécher à l’étuve avant de les soumettre au moulin et à la presse. Les deux principes odorant et amer que contiennent les amandes amères paraissent consister, le premier dans de l’acide hydro-cyanique, ou au moins dans les élémens de cet acide, et le second dans une huile âcre et amère ; on peut les obtenir tous deux en distillant les amandes amères avec de l’eau. L’huile d’amandes douces sert principalement, en Pharmacie, à la préparation du savon médicinal et d’un liniment ammoniacal. Ces préparations seront détaillées à l’article Savons.
- Troisième espèce. — Huile de faine, retirée par expression de la semence triangulaire du fruit du fagus sylvatica, ou hêtre de nos forêts. Cet arbre est abondant dans la forêt de Compiègne et dans celles qui l’avoisinent, ainsi que dans les départeinens de l’est. L’huile de faîne est inodore, de couleur jaunâtre, et d’une saveur un peu âcre lorsqu’elle est récente , mais qu’elle perd en vieillissant ; elle est alors très agréable, et peut être employée comme aliment. On détruit aisément son âcreié en la faisant bouillir sur le feu ; mais comme il est à craindre qu’on ne l’altère et qu’elle ne prenne un goût désagréable ; il serait préférable, comme le conseille M, Guibourt, de la faire bouillir avec de l’eau, ainsi qu’on le pratique pour l’huile de ricin. L’huile de faîne forme, avec la soude , un savon assez ferme pour être manié , mais qui demeure néanmoins gras, pâteux et gluant ; elle sert de préférence à former un savon mou, qui jaunit à l’air.
- Quatrième espèce. — Huile de colza. On cultive abondamment, dans les départemens du nord, le brassica arvensis, ou campestris, qui fournit cette huile, dont on fait un très grand usage, soit pour l’éclairage, soit pour la fabrication d’un savon mou avec la potasse. Cependant elle ne peut servir à éclairer qu’autant qu’elle a été soumise à un traitement qui la dépouille de la plus grande partie de son mucilage, ou de sa partie colorante , qui s’opposerait à
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- sa combustion. On doit à M. Thénard la description du meilleur procédé, qui consiste d’abord â mêler 2 parties d’acide sulfurique concentré, à 100 parties d’huile, que l’on brasse long-temps pour favoriser le contact des deux substances. L’acide se combine au mucilage ou à la partie colorante, et le précipite en flocons d’un vert noirâtre : on ajoute ensuite au mélange un volume d’eau double de celui de l’huile , et l’on agite beaucoup, dans l’intention d’enlever tout l’acide en excès. On laisse reposer pendant dix jours dans un lieu où la température est de a5 à 3o degrés ; au bout de ce temps, on décante l’huile rassemblée à la surface, et on la verse dans des cuves percées de trous garnis de mèches de coton : l’huile qui en découle est parfaitement dépurée et propre à l’éclairage. Ce procédé de dépuration est applicable à toutes les huiles de graines, qui, ainsi préparées, portent le nom à1huiles blanches dans le commerce. L’huile de colza a peu d’odeur, une saveur douce et une couleur jaunâtre ; elle est très peu soluble dans l’alcool, et dissout le soufre et le phosphore : elle se congèle à quelques degrés au-dessous de zéro , en petites aiguilles disposées en étoiles , qui, d’après M. Chevreul, sont formées de stéarine retenant beaucoup d’oléine.
- La culture du colza est extrêmement soignée dans les Pays-Bas et dans les environs de Lille, à cause des avantages importons et variés qu’on en retire. Cette plante exige une bonne terre végétale ; la méthode préférable consiste à semer la graine en pépinière au mois de juillet, et à la replanter ensuite au mois de septembre, en choisissant un temps couvert et disposé à la pluie. Pour accélérer la plantation, un homme fait les trous éloignés les uns des autres de 12 à 15 pouces en tous sens ; un enfant qui le suit met dans chaque trou un seul plant ; une autre personne , avec un plantoir, serre la terre autour des racines et de la tige. Au mois de juillet suivant, la graine étant mûre, ainsi que l’annonce l’ouverture des siliques, on coupe la plante avec une faucille, et on la porte en petits faisceaux sous des hangards , pour la faire sécher. Lorsqu’elle
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- est sèche, on la met en meule comme le ble', jusqu’au moment convenable de la battre et d’en vanner la graine, que l’on conserve sur des planchers garnis de toile, jusqu’à l’é-poque de la mouture.
- Quand on le cultive comme fourrage , on le sème plus tôt, en juin ; on n’en coupe les feuilles que quand les autres fourrages verts manquent aux bestiaux ; les tiges coupe'es après l’hiver, donnent une seconde re'col te de feuilles au printemps ; outre l’usage de l’huile de colza pour fouler les draps, préparer les cuirs et le savon mou, on se sert de la pâte exprimée ou des tourteaux pour nourrir les bestiaux ; les tourteaux forment encore un des meilleurs engrais, principalement pour la terre destinée à recevoir les semences du colza.
- Cinquième espèce. — Huile de navette. Le brassica napus, espèce très voisine de la précédente, fournit une huile assez semblable par ses propriétés à celle de colza, pour que souvent on les confonde dans le commerce. En général, la plante est moins cultivée.
- Sixième espèce. — Huile de moutarde. On l’extrait des semences du sinapis alba vel nigra. Cette huile a une couleur jaune et une saveur aussi douce que celle du colza • elle ne participe en rien de la saveur âcre et de la propriété épispastique que l’on reconnaît à la semence entière réduite en farine : aussi l’emploie-t-on en Médecine contre les vives douleurs de néphrétique, et en général pour diminuer l’acrimonie des humeurs. On s’en sert dans les fabriques de laines et pour la préparation des cuirs, etc.
- Septième espèce. — Huile de caméline, que l’on retire du mjagrum salivum, peut très bien remplacer les huiles de colza, de navette, etc., dans la plupart des usages auxquels on les emploie, quoique son prix, un peu inférieur dans le commerce , semble prouver qu’elle est moins estimée. On assure pourtant qu’elle est préférable à ces huiles pour l’éclairage, par la raison qu’elle donne moins de fumée en brûlant. Elle a au moins bien certainement sur les huiles de colza et de navette, cet avantage, que la plante qui la fournit, croît très vite dans Tome XI.
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- les terrains les plus médiocres, et qu’on peut en tirer deux récoltes par an.
- Huitième espèce. — Huile de cresson alénois. La plante qui la fournit est cultivée dans les jardins; c’est le naslurtium sa-tivum de Ventenat. On retire de la semence une huile très douce, peu connue en France et peu usitée , mais qui, d’après les essais qu’on en a faits, paraît mériter l’attention des cultivateurs par son abondance et par sa bonté.
- Les hniles de colza, de navette, de moutarde, de camé-line et de cresson alénois , connues sous la dénomination à’huiles de graines, proviennent toutes de plantes appartenant à la famille des crucifères. Leur culture et le commerce que l’on en fait sont presque exclusivement circonscrits en France dans les départemens du nord ; il faut en excepter la navette, qui est cultivée dans les départemens de l’intérieur. L’extraction de leur huile est facile, et n’exige pas autant de soins que celles d’olivçs et d’amandes douces , parce qu’on ne les prépare point pour l’usage de la table. Leurs semences, recueillies dans l’état de maturité parfaite, et étendues dans des lieux secs et aérés pendant quelques semaines, sont portées au moulin. Un retard de plusieurs mois les disposerait à la ran-cidité : réduites en farine ou en pâte, on les enferme dans des sacs de toile, qu’on expose à la vapeur de l’eau, ou que l’on tient plongés un certain temps dans l’eau bouillante, et qu’ensuite on soumet à une forte pression entre des plaques de fer. Souvent, dans une seconde pressée, on fait presque rougir les plaques au moyen desquelles on exprime le marc ; et cette manipulation vicieuse, conseillée par la cupidité , ne manque pas de communiquer à ces huiles une âcrété qui ne leur est point naturelle. Le dernier marc des semences fortement exprimées porte le nom de tourteaux; on s’en sert avantageusement comme engrais, lorsqu’il a été divisé avec soin. Dans les environs de Lille, par exemple , où il est préféré au fumier, il coûte jusqu’à la francS le quintal.
- Le tableau suivant, dû à M. Mathieu de Dombasle, correspondant du Conseil d’Agriculture à Nancy , présente des
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- résultats précis et des indications utiles relativement à la culture de plusieurs plantes dont les huiles nous ont déjà occupés.
- Tableav du poids d’un double décalitre de graines de cinq plantes oléagineuses y de la quantité d’huile qu’elles donnent; de leur produit par arpent, dans une terre médiocre} de la quantité de graines qu’il faut semer, et du temps des semailles.
- NOMS Pesanteur Produit Produit Semences Temps j
- du en bulle
- des double par double par par des
- PLANTES. décalitre. décalitre. arpent. arpent. semailles.
- livres' i pintes» double d» tivres'
- 35 6 1/2 36 à 4° 3 Du 1 janv.
- ( justj. avr.
- Moutarde blanch. 4° 6 36 h 40 24 j Mars et avril.
- Coiza 3a 5 36 à 40 10 1 Du iSaout au i5sept.
- Caraéline 3o 4 •/» 3o à 36 8 j Mars et avril.
- Cresson ajenois.. 32 4 '/2 3o à 35 10 J I Mars et avril.
- Neuvième espèce. — Huile de ben. On l’extrait par expression des semences du moringa aptera, qui croît abondamment dans l’Inde. Cette huile est inodore et d’une saveur douce. Peu de temps après qu’elle a été exprimée, elle se sépare d’elle-même en deux portions, l’une solide et l’autre liquide, qui surnage la première : on avait conclu de cette observation qu’elle était formée de deux huiles distinctes ; mais, d’après les connaissances acquises sur la nature des huiles en général, on doit penser, avec plus de raison , que ces deux huiles prétendues ne sont autre chose que les deux principes immédiats qui forment l’huile de ben, c’est-à-dire sa stéarine et son
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- oléine. La portion liquide de Fliuile de ben a été longtemps employée presque exclusivement par les horlogers, pour adoucir le frottement des mouvemens de montres, à cause du double avantage qu’elle présente de ne point se figer et de ne point rancir. On la remplace souvent par l’huile d’olive, qui a l’inconvénient de se figer à quelques degrés au-dessus de zéro ; mais cet inconvénient n’aurait pas lieu si l’on faisait usage seulement de l’oléine de cette dernière.
- L’huile de ben étant très propre à se charger, par la macération, de l’odeur du jasmin et de celle des liliacées, tellement fugaces qu’on ne peut les obtenir par aucun autre moyen, les parfumeurs l’emploient avec succès à cet usage. Ils placent au fond d’un vaisseau de terre ou de verre, ou dans une boîte de fer-blanc, alternativement un lit de flanelle fine ou de coton imbibés d’huile de ben, et un lit de fleurs dont ils veulent conserver l’odeur, et ainsi de suite jusqu’à ce que le vaisseau en soit rempli, et le ferment d’un couvercle : ils renouvellent les fleurs jusqu’à ce que l’huile soit bien imprégnée de l’odeur. Ils expriment ensuite du coton ou de la flanelle l’huile, qu’ils traitent par l’alcool ; celui-ci se charge de l’odeur sans dissoudre l’huile.
- Dixième espèce. — Huile de ricin, ou dejpalmachristij elle est fournie par le ricinus communis et le ricinus americanus, qui paraissent n’ètre que deux variétés de la même espèce. On connaît dans le commerce deux huiles de ricin , l’une apportée de l’Amérique, l’autre qui est préparée dans les environs de Nîmes ; toutes deux sont également bonnes lorsqu’elles ont été bien préparées. La bonne huile de ricin est épaisse ; elle est d’un jaune pâle ou presque incolore ; sa saveur, quoique douce, laisse toujours au larynx une légère impression d’astriction, qui ne se dissipe que quelque temps après la dégustation; elle est douée d’une propriété purgative légère. Celle qu’on doit rejeter a une couleur jaune tirant sur le rouge ; sa saveur est très âcre ; son action trop énergique irrite fortement l’estomac et les intestins; elle produit des superpur-gatious, et par suite des accidens funestes.
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- On a successivement attribué à l’enveloppe , puis au germe des semences ou à l’embryon , l’âcreté que l’buile de ricin est susceptible de contracter; mais il résulte d’expériences récemment faites par MM. Boutron-Cbarlard et Henry fils , et qui sont très propres à lever tous les doutes à cet égard f que l’enveloppe corticale des semences de ricin, bouillie avec de l’eau et avec de l’buile, ne leur communique aucune sorte d’âcreté; que l’huile verdâtre exprimée des germes exactement isolés du périsperme, est tout-à-fait exempte d’âcreté, et ne possède aucune propriété nuisible ; enfin , que l’huile extraite des semences entières de ricin par l’expression à froid, quoique également douce, est susceptible de contracter par une longue ébullition dans l’eau , et surtout par la chaleur qu’exige la séparation difficile des dernières portions d’humidité , une âcreté persistante, qu’il faut attribuer à la décomposition d’une petite quantité des principes de l’huile.
- Ce procédé, un des trois dont on fait usage pour l’extraction de l’huile de ricin, est celui qui est usité en Amérique. On fait bouillir les semences pilées avec une grande quantité d’eau pendant six heures ; on enlève l’huile qui vient surnager à la surface sous la forme d’une écume blanche ; on chauffe doucement l’écume huileuse pour en coaguler le mucilage , et en séparer en grande partie l’humidité , et l’on passe le résidu au travers d’une toile serrée. La liqueur filtrée a besoin d’être soumise une troisième fois à l’action de la chaleur pour être privée d’un reste de mucilage et des dernières portions d’humidité. Si l’on saisit le point exact de la séparation , l’huile est douce et peu colorée ; mais si on le dépasse, l’huile devient âcre et prend une couleur foncée. Ainsi, la bonne ou mauvaise qualité de l’huile dépend entièrement du plus ou moins de soin qu’on met à sa préparation.
- Le second procédé , qu’on pratique dans le midi de la France et même à Paris, consiste à exprimer à froid la pâte des semences, et à filtrer le fluide qui en découle. L’huile obtenue dans ce cas ne peut variev dans sa qualité ni dans ses
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- effets ; aussi la plupart des médecins la prescrivent—ils aujourd’hui de préférence.
- M. Fuguer, pharmacien , a récemment proposé un troisième procédé, qui paraît réunir à la fois la facilité de l’extraction , la qualité et la quantité du produit. Il est fondé sur la propriété reconnue à l’huile de ricin par MM. Rose et Planche , d’être entièrement soluble dans l’alcool, propriété qui la distingue de toutes les autres huiles fixes, qui n’ont que peu ou point de solubilité dans ce liquide ; propriété d’ailleurs d’autant plus importante, qu’elle sert à faire reconnaître l’addition d’une huile fixe , et que par là elle rend impossible aujourd’hui une sophistication qu’il est trop facile de constater pour qu’on ose se la permettre. La solubilité de l’huile de ricin dans l’alcool fait aussi présumer entre sa nature et celle des autres huiles fixes, une différence que les résultats de sa distillation, obtenus depuis peu par MM. Bussy et Lecanu, ont confirmée, et sur laquelle nous avons insisté plus haut dans notre exposé des généralités sur les huiles fixes.
- M. Fuguer, désirant profiter de cette propriété de l’huile de ricin pour faciliter son extraction, a imaginé de délayer à froid une livré dé seménces privées de leur enveloppe corticale dans 4 onces d’alcool à 36°, et de soumettre ce mélange à la pression , après l’avoir introduit dans un sac de coutil ; il en est sorti-avec facilité un liquide qu’il a distillé pour en retirer la moitié de l’alcool. Le résidu huileux , lavé ensuite à plusieurs eaux, a été chauffé à une douce chaleur pour en séparer le x’este de l’humidité, puis jeté sur des filtres placés dans une étuve élevée à 36° de chaleur. L’huile obtenue par ce moyen est limpide , très douce au goût, et en plus grande quantité que celle fournie par les procédés précédemment indiqués, puisque M. Fuguer en a retiré io onces par livre de semences.
- L’huile de ricin, de la consistance d’un sirop épais, prend la fluidité de l’huile d’olive , lorsqu’on l’expose à la température de 4°° ; soumise à un froid de 2i° — o , elle ne se congèle point. On assure qu’on peut faire perdre à l’huile de
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- ricin l’âcre te qu’elle a contractée par une mauvaise préparation , en la faisant bouillir avec de l’eau : il n’en est pas de même, selon M. Pelletier, de l’âcreté qui résulte de la rancidité de cette huile , par suite de sa vétusté ; elle persiste malgré ce moyen. Le plus souvent l’huile de ricin est employée comme un purgatif doux, depuis la dose de demi-once jusqu’à celle de 4 onces ; on l’administre aussi comme anthel-mintique , principalement contre le tœnia. Elle a beaucoup de tendance à se combiner aux alcalis , et surtout à la soude. D’après les expériences de M. Planche, une partie de lessive des savonniers peut, dans l’espace de trois heures, saponifie! 5 parties d’huile de ricin-
- DECXIÈME CKXRE.
- Huiles fixes siccatives.
- Première espèce. — Huile de pavot, d’œillet ou à!œillette, est obtenue par expression de la semence du papaver sonini-ferum, et principalement de la variété à graines noires , cultivée abondamment en Flandre. Cette huile -, d’une saveur douce, sentant la noisette, et qui la rend agréable à manger, ne se ressent en rien , contre l’opinion ancienne qui l’avait fait proscrire , de la propriété narcotique de la capsule qui la renferme ; sa couleur est jaune pâle , son odeur nulle et sa fluidité plus grande que celle de l’huile d’olive ; elle n’a aucune tendance à la rancidité. Toutes ces propriétés la rendent très propre à la sophistication de l’huile d’olive, et on ne l’emploie que trop souvent à cet usage. Heureusement on a plusieurs moyens de reconnaître cette fraude. Lorsqu’on agite de l’huile d’olive pure , sa surface reste lisse ; au contraire, son mélangé avec l’huile de pavot se couvre de bulles par l’agitation , ce que les commerçans appellent faire te chapelet; en second- lieu * l’huile d’olive se -fige complètement lorsqu’on plongé dans de la glace pilée une fiole qui en est remplie, elle ne se fige qu’en partie si elle est mêlée avec une petite quantité d’huile de pavot; et si cette dernière en forme
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- le tiers en volume, le mélange ne se fige point du tout. On doit à M. Poutet, pharmacien à Marseille, un procédé chimique plus sûr que les deux précédens; il consiste à agiter avec 12 parties d’huile d’olive pure ou mélangée, une partie d’une dissolution mercurielle faite à froid , au moyen de 6 parties de mercure et de 7 parties et demie d’acide nitrique à 38°. Si l’huile est pure, la masse est solidifiée entièrement du soir au lendemain ; si elle contient un dixième seulement d’huile de pavot, le mélange n’a que la consistance légère de l’huile d’olive figée ; et dans le cas où la proportion est plus forte, on juge approximativement de la quantité d’huile de pavot ajoutée par celle de l’huile liquide qui surnage le mélange, surtout si l’on opère dans un tube gradué. Le diagomètre de M. Rousseau offre un quatrième moyen de reconnaître la falsification de l’huile d’olive ; cet instrument démontre que la faculté de l’huile d’olive pour conduire le fluide électrique est si faible, qu’en la comparant à celle des autres huiles, on peut estimer qu’elle agit six cent soixante-quinze fois moins qu’elles sur l’aiguille aimantée ; cela posé , on conçoit facilement que deux gouttes d’huile de pavot ou de faîne ajoutées à 10 grammes d’huile d’olive, peuvent imprimer à l’aiguille un mouvement quatre fois plus grand que cette dernière huile seule n’aurait pu produire ; d’où il résulte que le diagomètre peut servir à déterminer si l’huile d’olive est pure ou altérée par un mélange.
- L’extraction de l’huile de pavot étant la même que celle de colza et autres graines, nous y renvoyons le lecteur. Elle forme avec les alcalis, ainsi que toutes les huiles siccatives, des savons mous à l’intérieur, et qui se dessèchent et brunissent à leur surface.
- Deuxième espèce. -—Huile de lin, contenue dans les graines du linum usitatissimum, que l’on trouve abondamment et à bon marché dans le commerce ; le lin étant cultivé pour le fil précieux qu’on en retire , sa graine et son huile reviennent trois fois moins cher que si on ne cultivait la plante que pour avoir ee dernier produit. La graine de lin est recouverte exté-
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- rieurement d’un mucilage sec et luisant, qui a l’aspect d’un vernis, et qui s’oppose à l’extraction de l’huile qu’elle renferme. Aussi, quand on extrait l’huile de lin en grand et pour les usages des Arts, a-t-on le soin de détruire ce mucilage en faisant éprouver à ces graines une légère torréfaction , avant de les réduire en pâte ou en farine au moyen du pilon ou de la meule. Cette pâte est ensuite enfermée dans des sacs de toile et soumise à l’action de la presse ; mais comme la torréfaction communique à l’huile un goût de feu désagréable, on s’y prend d’une autre manière pour extraire l’huile qu’on destine à la piéparation des médicamens : on expose les graines à la vapeur de l’eau bouillante , qui enlève une portion du mucilage et ramollit ce qu’elle n’enlève pas , jusqu’à ce qu’elles en soient entièrement pénétrées ; dans cet état, on les pile dans un mortier, et on les met à la presse , par l’action de laquelle l’huile et l’eau sont entraînées ; on les sépare ensuite au moyen d’un filtre de papier, qu’on a soin d’enduire avec de l’huile d’olive ; l’huile seule passe et l’eau reste sur le papier. L’huile de lin a une couleur jaune—brunâtre ; son odeur est forte et sa saveur désagréable, ce qui ne permet point de l’employer comme aliment ; sa propriété éminemment siccative la rend propre à la peinture , et les peintres s’en servent avec beaucoup de succès pour délayer leurs couleurs : elle est un des ingrédiens des vernis gras et de l’encre des imprimeurs, et sert encore à l’éclairage et pour l’apprêt des étoffes. On augmente à cet effet sa propriété siccative en la faisant bouillir avec un mélange de litharge , de blanc de plomb, qui- s’y combinent, et de plâtre, qui s’empare de l’humidité qu’elle contient. Elle peut se charger d’un quart de son poids de litharge, et acquiert alors, par le seul refroidissement, la couleur et la consistance du caoutchouc. Cette combinaison forme un vernis qu’on étend sur les étoffes , principalement sur les taffetas , qu’il rend imperméables à l’eau. La couche de ce vernis, étendue avec un pinceau, conserve de la souplesse, de la flexibilité, et n’est point sujette à s’écailler.
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- Troisième espèce. — Huile de noix. Elle est du petit nombre des huiles que l’on emploie comme assaisonnement, surtout lorsqu’elle a été' extraite sans chaleur et par la simple expression. Dans ce cas, sa saveur est douce, rappelle celle du fruit, et est préférée même à l’huile d’olive par les habitans des lieux où on la prépare. On l’exprime des semences du jugions regia, deux ou trois mois après les avoir recueillies et lorsqu’elles sont devenues bien sèches ; plus tôt, elles donneraient peu d’huile ; plus tard , l’huile qu’on en retirerait serait rance. On sépare avec soin les amandes du bois qui les entoure , on les écrase par la meule, et l’on en soumet la pâte enfermée dans des sacs à la presse ; l’huile vierge qui en découle est mise à part pour la table ; le marc, délayé dans l’eau bouillante, est exprimé de nouveau ; cette seconde huile, moins bonne , d’une odeur forte et d’une saveur plus développée, est réservée pour les usages des Arts , et particulièrement pour la peinture. Les peintres la préfèrent à toute autre, à cause de sa propriété siccative , surtout lors-qu’après avoir été exposée sur de l’eau , dans des vases larges et plats, au contact de l’air, elle est devenue rance , et qu’elle a acquis toute la blancheur et la limpidité dont elle est susceptible. Mêlée avec de l’huile de térébenthine, l’huile de noix est propre à faire un vernis gras assez beau, que ' l’oa applique sur les ouvrages de menuiserie. On peut conserver l’huile de noix en bon état pendant deux ans, pourvu qu’on ait le soin de la mettre dans un lieu frais , et de la transvaser de temps en temps , pour la séparer de la lie qubs’en dépose'. *
- Quatrième espèce. — Huile de noisette:Cette huile ,<extraite à froid des semences du corylus avellina, a une saveur douce ; agréable, qui la rend propre à suppléer l’huile d’olive pour l’usage de la table ; â cause de sa propriété fortement siccative , elle peut'remplacer T’huile de noix dass l’emplbi qu’on en fait pour la peinture.
- Cinquième espèce. — Huile de chénevis. On la retire des semences du chanvre, cannabis saliva. Elle a une saveur agréable quand elle a été préparée avec soin ; on ne la
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- trouve qu’en petite quantité' dans le commerce, parce que la plupart des petits propriétaires qui cultivent le chanvre, la réservent pour leur consommation et pour l’usage de leurs lampes. Elle est très bonne pour la peinture, à cause de sa propriété siccative.
- TROISIEME GENEE.
- Huiles fixes concrètes.
- Première espèce. — Huile ou beurre de cacao. La consistance de cette huile concrète, fournie par le theobroma c-acao, est un peu plus forte que celle du suif de mouton ; mais elle se fond plus facilement à la chaleur. Lorsque le beurre de cacao est fraîchement préparé, il a une légère couleur jaunâtre ; il n’acquiert de la blancheur qu’en vieillissant ; sa saveur est douce , agréable , particulière ; c’est celle du chocolat : il rancit aisément à l’air. Pour l’obtenir , on torréfie dans une marmite de fer les semences du cacao des îles , que l’on préfère parce qu’il fournit plus d’huile, jusqu’à ce que l’écorce ligneuse se sépare facilement de l’amande ; on réduit celle-ci en pâte d’abord au moyen du pilon, puis en la broyant sur une pierre chauffée. La pâte peut être traitée de deux manières : ou on la fait bouillir dans une grande quantité d’eau, et l’on recueille l’huile figée à la surface par lé refroidissement'; ou l’on soumet la pâte à la presse entre deux plaqués de fer chauffées par l’éau bouillante, après l’avoir enfermée dans un sac de coutil. On fait fondre le beurre au bain-marie, et on le laisse figer pour le séparer de l’eau qu’il avait retenue ; enfin, on le tient fondu dans des bouteilles de verre longues et étroites, le temps nécessaire pour le dépôt de ses fèces et sa parfaite purification, et on le coule ensuite dans des moules à chocolat. Le beurre de cacao est employé comme médicament, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur ; aujourd’hui on en fait moins d’usage qu’autre-fois. Baumé a essayé d’en faire des bougies, qu’il assurait être aussi belles que-celles de cire, répandre une lumière aussi
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- nette, aussi pure et aussi tranquille, et durer aussi long-temps qu’une chandelle de suif d’un tiers plus pesante.
- Deuxième espèce. — Huile ou beurre de muscade. La semence ou noix du mjrrislica moschala, contient deux huiles distinctes , l’une volatile , qu’on en obtient par distillation ; l’autre fixe et solide, qu’on en retire par expression : c’est de cette dernière qu’il s’agit ici. On l’extrait en mettant à la presse, entre deux plaques de fer chauffées, les noix muscade réduites en pâte dans un mortier de fer chaud, et introduites dans un sac de coutil. L’huile ou beurre de muscade prend par le refroidissement une consistance à peu près semblable à celle du suif de bœuf : on la reçoit par le commerce en briques carrées, d’une- couleur jaune-rougeâtre, marbrée, et d’une odeur forte , qui annonce qu’elle a conservé une certaine portion d’huile volatile. On ne peut la priver de cette portion d’huile volatile par la distillation sans augmenter sa consistance, que l’on ramène à l’état naturel par l’addition d’une quantité suffisante de saindoux ; on reconnaît cette sophistication par le peu d’odeur de ce mélange. Le beurre de muscade est employé comme médicament à l’intérieur et à l’extérieur ; il est un des ingrédiens du baume nerval.
- Troisième espèce. — Huile de palme. On retire du fruit de plusieurs arbres de la famille des palmiers, des huiles qui ont la consistance butyreuse ; telle est celle qui porte le nom d’huile de palme, et qui entre comme la précédente dans la composition du baume nerval. Elle est d’une couleur orangée; sa saveur et son odeur se rapprochent de celles de l’iris ; elle se fond à 2g0, se dissout dans l’alcool plus à chaud qu’à froid, et en toute proportion dans l’éther sulfurique ; les alcalis la saponifient sans changer sa couleur : M. Guibourt a observé que quand elle était rougie par les alcalis, c’est qu’elle était colorée avec du curcuma. On l’extrait par expression du fruit d’un arbre qui croît en Afrique et à la Guyane, et qu’on nomme elais guiacensis.
- Quatrième espèce. — Huile ou beurre de coco. On connaît sous ce nom une huile concrète jusqu’à 10 degrés au-dessus de
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- ïéro, fournie par le cocos buljracea, de la famille des palmiers ; elle est soluble, comme l’huile de palme, dans l’alcool beaucoup plus à chaud qu’à froid, et n’en diffère que par l’odeur et par sa couleur, qui est d’un blanc éclatant.
- Cinquième espèce. — Beurre de Galam ou Galaham. On a confondu l’huile de palme concrète avec le beurre de Galam, qui, d’après l’observation de M. Guibourt, paraît tiré du fruit d’un arbre de la famille des sapotées.
- Sixième espèce. — Huile de laurier. Lorsqu’on pile les baies ou plutôt les drupes du laurus nobilis, qu’on fait bouillir la pâte dans un alambic avec de l’eau, qu’on passe le mélange avec forte expression, il se fige à sa surface par le refroidissement une matière grasse, de couleur verte, d’une consistance buty-reuse et d’une odeur aromatique due à une petite quantité d’huile volatile également contenue dans le drupe. Cette huile est employée en Médecine, à l’intérieur et surtout à l’extérieur. 11 ne faut pas confondre cette huile naturelle avec celle qu’on trouve dans le commerce sous le même nom, et qui n’est que de l’axonge chargée par macération des deux huiles du drupe, ainsi que de la matière verte des feuilles du laurier.
- DEUXIÈME SECTION.
- HUILES VOLATILES.
- Les huiles volatiles ont reçu successivement les dénominations d’essences, à’esprits, de quintessences, d’huiles essentielles.
- Une grande fluidité, une odeur forte pénétrante, plus ou moins agréable ; une saveur piquante , chaude , brûlante quelquefois caustique ; une volatilité assez grande pour les soustraire au degré de chaleur capable de les décomposer ; une inflammabilité subite à l’approche d’un corps en ignition ; une légère solubilité dans l’eau ; une solubilité entière dans l’alcool : tels sont les caractères tranchés qui les séparent des huiles fixés, dont nous avons fait l’histoire.
- Nous suivrons ici la marche que nous avons adoptée pour
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- les huiles de la première section ; des ge'ne'ralite's précéderont l’examen particulier que nous devons faire des huiles volatiles les plus importantes sous le rapport des Arts.
- Nature des huiles volatiles. On est loin d’avoir, sur la nature de ces huiles, des idées aussi précises que celles qu’on a déjà acquises sur les huiles fixes ; cependant on est disposé à penser qu’elles ne constituent pas plus que celles-ci un principe immédiat simple des végétaux, qu’il y a de l’analogie entre la composition des unes et des autres, et que , comme les huiles fixes , les huiles volatiles sont formées de plusieurs principes immédiats. Des expériences faites par MM. Proust et Mar-gueron donnent de la vraisemblance à cette opinion. Le premier , après avoir soumis à une évaporation lente à l’air une quantité fort considérable d’huiles volatiles de Murcie, renommées par leurs qualités supérieures, a reconnu qu’il s’y formait plus ou moins promptement un dépôt cristallin susceptible de se sublimer, de se dissoudre dans l’acide nitrique, et qu’il a jugé être de la même nature que le camphre du laurus camphora. Yoici les résultats que ce célèbre chimiste a obtenus :
- Il a retiré de 4 parties d’huile de lavande. .. i
- de 7 ^ d’huile de sauge............. r -~
- de 9 | d’huile de marjolaine........ i -~
- de t6 parties d’huile de romarin., i
- M. John Brown, qui a examiné la matière cristalline de l’huile de thym, n’est point d’accord avec Proust sur la nature de ce principe, qu’il ne croit pas être du camphre, attendu que, selon lui, il ne se dissout pas dans l’acide nitrique.
- D’un autre côté, M. Margueron ayant exposé plusieurs huiles volatiles, et notamment celles de menthe poivrée , de fleurs d’oranger, de bergamote, de citron et de cannelle, à un froid de 22 degrés au-dessous de zéro, en plongeant les vases qui contenaient ces huiles dans un mélange refroidissant , a fait des observations qui ne sont pas sans intérêt :
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- il a vu qu’il se formait dans ces huiles de légers dépôts, qui avaient l’aspect ou d’aiguilles capillaires , ou de lames elliptiques , ou de ramifications , ou de cristallisations irrégulières ; que ces cristaux légers tantôt disparaissaient à 4 degrés au-dessous de zéro, ou se liquéfiaient seulement entre les doigts, et tantôt se dissolvaient dans l’alcool, auquel ils communiquaient la propriété de rougir la teinture de tournesol ; il a remarqué que, par suite de la formation de ces cristaux dams les huiles, les unes perdaient un peu de leur odeur, de leur fluidité et de leur couleur ; les autres, au contraire, prenaient une teinte plus foncée, et devenaient plus fluides qu’elles n’étaient avant leur immersion dans le bain de glace. Le même auteur a examiné aussi de petites concrétions formées spontanément et à la longue dans les huiles de fenouil et de sauge , et il ne leur a point reconnu les caractères du camphre , mais plutôt des propriétés analogues à celles de l’acide benzoïque. Le rapprochement de ces diverses observations semble donner lieu de conjecturer que les huiles volatiles sont, à l’instar des huiles fixes , formées de deux principes , dont l’un est susceptible de devenir solide et de cristalliser, en un mot de jouer le rôle delà stéarine, tandis que l’autre , constamment liquide à une très basse température, représente l’oléine des builes fixes. Mais cette conjecture, quelque vraisemblable qu’elle puisse paraître , aurait besoin, pour acquérir de la certitude , de nouvelles expériences d’une précision plus grande que celles qui ont été faites jusqu’à présent. Par exemple, il faudrait, comme le remarque très judicieusement M. Chevreul, s’assurer • Ie. si les matières cristallisables des builes volatiles y sont toutes formées , ou si elles ne sont que le produit de leur altération ; 2°. essayer d’évaporer ces huiles en partie seulement, dans une atmosphère plus ou moins rare, à une température de zéro et un peu au-dessus , en se servant d’un appareil communiquant à une pompe pneumatique , au moyen de laquelle on raréfierait l’air à volonté, et l’on accélérerait l’évaporation; ce procédé permettrait de juger si la tension du produit est la
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- même que celle du re'sidu ; 3°. rechercher si les huiles volatiles d’odeur souvent si differente, ne la devraient pas à des principes étrangers à leur nature ; 4°- constater si la couleur particulière et tranchée de quelques huiles volatiles ne serait pas due à un principe étranger à la substance huileuse, ce que l’on peut conjecturer d’après l’observation de plusieurs chimistes , que quelques-unes d’entre elles se décoloraient à l’air, et que d’autres changeaient de couleur par la distillation , faite avec les précautions convenables.
- Composition élémentaire. Ce que l’on sait sur la composition des huiles volatiles se borne aux analyses faites par MM. de Saussure et Houton-la-Billardière.
- Celui-ci n’a analysé que l’huile de térébenthine bien rectifiée ; il l’a trouvée composée, en poids, de 87,6 de carbone, et de 12,3 d’hydrogène ; d’où l’on peut conclure qu’un volume de vapeur d’essence doit être formé de 2 volumes de vapeur de carbone, et de 4 volumes d’hydrogène per-carboné. Ce résultat en poids concorde exactement avec celui qui a été obtenu de la même huile par M. de Saussure. On doit en outre à M. de Saussure l’analyse de sept autres huiles volatiles , dont voici les résultats :
- Carbone. Hydrogène. Oxigène. Azote.
- Essence de citron rectifiée. 86,899 12,326 » •O 1 1 0
- de térébenth. rect. 87,788 II,646» M o,566
- de lavande rectif.. 75,5o 11,0? 13,07 o,36
- de romarin rectif.. 82,21 9>42 7,73 0,64
- d’anis commune.. 76,487 9,352 13,821 o,34
- d’anis concrète... 83,468 7,53i 8,54t 0,46
- de rose commune. 82, o53 i3,124 3,949 0,874
- de rose concrète. . 86,743 14,889 » »
- On voit, par ces analyses, que le carbone domine dans les
- huiles volatiles 'au point d’en former presque toujours plus des quatre cinquièmes ; qu’après le carbone, l’hydrogène est
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- le principe le plus abondant, que la plupart de ces huiles renferment une quantité notable d’oxigèné, et que, quant à l’azote, il s’y trouve en si petite quantité, qu’on serait tenté de croire qu’il provient de matières étrangères à ces huiles, et qui en altèrent la pureté.
- Siège. On a vu que les huiles fixes se rencontrent constamment , soit dans la substance même de la graine, c’est-à-dire dans le périspenne ou l’embryon , soit dans la pulpe du fruit ou péricarpe, et jamais dans d’autres parties du végétal. C’est tout le contraire pour les huiles volatiles, qui peuvent exister dans toutes les parties des végétaux, excepté dans les semences et le péricarpe, si ce n’est quelquefois dans sa partie extérieure. Ainsi, on en trouve dans les racines de sassafras, d’aunée , d’iris ; dans les bois de Rhodes, de santal, de sapin ; dans les écorces des tiges du cannellier, du cassia lignea; dans les feuilles de sauge, de menthe, de millepertuis ; dans les calices du géroflier, de la rose, et en général des labiées ; dans les pétales de la fleur d’oranger, de la camomille , des liliacëes ; dans les stygmates du safran ; dans la partie exté-rieure' de l’enveloppe corticale des semences des ombellifères ; enfin, dans l’écorce des fruits de beaucoup d’arbres du genre citrus. Quelques plantes, comme l’angélique, renferment de l’huile volatile dans toutes leurs parties, à l’exception de leurs semences.
- Propriétés physiques. Parmi ces propriétés, deux surtout méritent de fixer l’attention ; ce sont la couleur et la densité : la première, parce qu’étant très variée et le plus souvent très tranchée dans certaines huiles volatiles , elle peut servir de caractère pour les distinguer les unes des autres; la seconde, en ce qu’elle présente, lorsqu’on les compare entre elles, une telle différence , que les unes sont plus pesantes que l’eau, tandis que les autres sont plus légères que ce liquide.
- Tome XI.
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- HUILES.
- TABLEAU DES COULEURS QUE PRÉSENTENT DIFFÉRENTES HUILES VOLATILES.
- Huiles volatiles blanches.
- Huile de fenouil.
- ----- de semences d’anis.
- ----- de racines de carlina
- acaulis.
- ----- de copahu.
- ----- de racines d’aunée.
- ----- de feuilles de me'lisse.
- ----- de térébenthine.
- -----de romarin.
- ----- de rose.
- Huiles volatiles jaunes.
- Huile des racines de roseau odorant.
- ----- de piment.
- ----- d’anet.
- ----- de bergamote
- ----- de myrte.
- ----- de carvi.
- ----- d’amomum.
- ----- de cerfeuil.
- ----- de cannelle.
- ----- de citron.
- ----- de cochléaria.
- ----- de safran.
- —.— dé cubèbes.
- ----- de cumin.
- -----de cascarille.
- Huile de galanga.
- ---- d’iiysope.
- ---- de lavande.
- .... de racines de livisti-
- cum.
- ---- de muscade.
- ---- de marjolaine.
- ---- de la résine de len-
- tisque.
- ----de menthe poivrée.
- ---- de racine d’ache.
- ---- de pouliot.
- ---- de rue.
- ---- de genêt.
- ---- de santal blanc.
- ---- de sabine.
- ---- de sassafras.
- ---- de sariette.
- ---- de thym.
- —— de gingembre.
- Huiles volatiles brunes.
- Huile de semences d’anis et.
- ---- d’écorce du laurus cu-
- libabon.
- ----de baies du laurus no~
- bilis.
- ---- de fleurs de dictame.
- ---- de racines d'andropo-
- gon schœnanthum.
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- HUILES.
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- Huiles volatiles bleues.
- Huile de pe'tales de camom.
- ----- de la plante de matri-
- caire.
- ----- de la racine de zé~
- doaire.
- Huiles volatiles vertes. Huile de feuilles d’absinthe.
- Huile de feuilles de mela-leuca leucodendron.
- ----- de sem. de genièvre.
- -----de feuilles de sauge.
- -----de la Tacine de valériane.
- ----- de fleurs de mille-
- feuilles.
- -----de feuilles de persil.
- MM. Lewis et Théodore de Saussure sont les seuls chimistes qui se soient occupes de de'terminer la densité d’un assez grand nombre d’huiles volatiles ; les résultats de leur travail sont présentés dans le tableau suivant :
- Lewis. Th. de Sanssorc.
- Huile de sassafras. !,<>94 »
- de cinnamome, cannelle. i,o35 »
- de clous de gérofle i, o34 »
- de fenouil. . °>997 »
- d’anet °>994 »
- de pouliot.. °>978 »
- de cumin. . °>975 »
- de menthe.. °>975 n
- de muscade. °>948 «
- de tanaisie. 0,946 »
- de semences de carvi. .. o,g4o »
- d’origan. . . . o,g4o »
- d’aspic »
- de romarin. 0,984 0,886 à i5®.
- de baies de genièvre.... 0,911 »
- d’orange... . »
- de térébenthine o, 792 0,886 à 22°.
- de citron... 0,000 0,847 W*
- d’anis 0,000 0,986 à 25®.
- de lavande. ........... 0,000 0,898 à 20®,
- 3. .
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- HUILES.
- Propriétés chimiques. Exposées au contact de l’air et de l’oxigène, les liuiles s’épaississent et perdent de leur odeur ; quelques-unes, comme celles de menthe poivrée et de sabine, selon M. Yogel, blanchissent; d’autres , comme celle de camomille , passent du bleu au jaune ; il en est qui déposent des matières cristallines , que” M. Margueron a considérées comme de l’acide benzoïque, et d’autres du camphre, comme i’a assuré Proust. Toutes paraissent devenir plus acides ou plus capables de rougir le bleu de tournesol, qu’elles ne le sont avant d’avoir été exposées à l’air. M. de Saussure, dont la sagacité est si connue, s’est occupé de déterminer ce qui se passe à la longue lorsque les huiles volatiles sont exposées au contact de l’oxigène ; il a vu que l’huile concrète d’anis a absorbé cent cinquante-six fois son volume de gaz oxigène en deux ans, et l’huile de lavande cinquante-deux fois le sien du même gaz en quatre mois d’hiver, et qu’elles ont formé , la première cinquante-six volumes de gaz acide carbonique, et la seconde deux seulement, sans traces d’eau'; elles perdent donc du carbone, et point sensiblement d’hydrogène. Que devient l’oxigène. en excès à la formation de l’acide carbonique , s’il ne sert à former de l’eau qui reste avec l’huile? Le même chimiste s’est assuré que les huiles volatiles peuvent absorber d’autres gaz, et notamment du gaz ammoniac ; l’huile de lavande a absorbé jusqu’à quarante-sept fois son volume de ce gaz.
- Les huiles volatiles, agitées et surtout distillées avec de l’eau, s’v dissolvent assez pour que celle-ci en retienne la saveur etl’odeur. Ces faibles dissolutions portent le nom à’eaux aromatiques.
- Elles se dissolvent complètement par les mêmes moyens dans l’alcool. On connaît ces dissolutions sous les diverses dénominations à!esprits, de teintures, à’eaux spiritueuses , d’élixirs, et plus récemment à’alcoolats. Elles sont simples ou composées, suivant qu’elles sont chargées d’une ou de plusieurs huiles.
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- L’éther sulfurique forme avec les huiles volatiles des teintures éthérées.
- Les huiles volatiles s’unissent aussi à un grand nombre de corps, tels que le soufre , le phosphore, le camphre, le caoutchouc , les résines , les baumes, le beurre , le blanc de baleine , les huiles fixes , etc., avec lesquels elles constituent des médicamens ou des préparations pour les Arts , par exemple des vernis.
- On sait avec quelle facilité les huiles fixes et les alcalis se combinent pour former des savons ; c’est tout le contraire avec les huiles volatiles. Le savon dit de Starkej, qui se prépare avec l’huile de térébenthine et la potasse , et qui a tant occupé les anciens chimistes, n’est qu’une combinaison imparfaite et peu durable.
- Les acides ont sur ces huiles une action bien plus marquée ; cette action n’est pas toujours la même. M. Acliard a formé un savon acide en versant peu à peu 4 onces d’huile de térébenthine dans 3 onces d’acide sulfurique concentré, ayant le soin d’agiter sans cesse , et de n’ajouter de nouvelle huile que lorsque le mélange est refroidi. 11 obtient une masse brune qu’il délaie et fait bouillir avec de l’eau, pour enlever l’excès d’acide. Ce savon est entièrement soluble dans l’eau et dans l’alcool, et décomposé par les alcalis, qui s’emparent de l’acide. Ce qu’il y a de très remarquable , c’est que l’huile séparée de ce savon se combine promptement à chaud avec la potasse ; propriété dont elle ne jouissait point auparavant. L’acide nitrique concentré agit vivement sur l’huile de térébenthine, qu’il réduit en matière résinoïde. Un mélange du même acide rutilant et d’acide sulfurique concentré, dans la proportion de 3 parties du premier et d’une partie du second , versé sur la moitié de son poids d’huile de térébenthine, l’enflamme sur-le-champ et complètement. L’acide hydrochlorique se combine aux huiles de térébenthine et de citron , les solidifie en partie et leur donne la faculté de cristalliser. ( V. pour les détails de cette préparation , l’article Camphre artificiel.) Depuis la rédaction de cet article,
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- M. Houton-Labillardière a fait des expériences d’ou il résulte que cet acide s’unit à l’huile en deux proportions. La combinaison au maximum d’acide est liquide; la combinaison au minimum est solide; celle-ci est le camphre artificiel, dont la composition peut être représentée par trois volumes d’huile de térébenthine et deux volumes d’acide hydrochlorique.
- Le prix élevé des huiles volatiles est pour la cupidité un motif puissant de les falsifier : on emploie à cet effet des substances qui s’y unissent aisément et qui sont d’une moindre valeur, telles que les huiles fixes, l’alcool, et des huiles volatiles à bas prix, comme celle de térébenthine. On reconnaît facilement les premières en imbibant un papier du mélange et en le chauffant : l’huile volatile disparaît, et le papier reste imprégné de l’huile fixe. On peut aussi se servir d’alcool, qui dissout les huiles volatiles en totalité , et ne dissout pas sensiblement l’huile fixe. Si l’on a employé l’alcool comme moyen de sophistication, et qu’il s’y trouve en quantité notable, l’eau forme dans le mélange un nuage qui subsiste et constate la fraude. Quant à l’huile de térébenthine, son odeur forte particulière, d’autant plus sensible que l’on frotte le mélange entre les mains , ou qu’on expose à l’air un tissu qui en est imprégné, suffit pour en déceler la présence.
- Extraction. La dissémination des huiles volatiles dans le végétal ou dans ses parties, ne permettant pas qu’on les obtienne par expression, on profite de leur volatilité pour les extraire, et l’on emploie à cet effet la distillation. L’huile de citron pourrait seule faire exception : nous en dirons les motifs en traitant de cette huile. On place sur le diaphragme de la cucurbite d’un alambic, les plantes ou parties de plantes dont on veut extraire l’huile ; on ajoute la quantité d’eau nécessaire pour qu’elles en soient baignées; on adapte au chapiteau un serpentin , à celui-ci un récipient, et l’on procède à la distillation ; l’eau réduite en vapeurs entraîne l’huile et ajoute à sa volatilité, qui, sans elle , n’aurait lieu qu’à i5o ou 160 degrés. Les huiles le moins volatiles exigent que l’on ajoute à l’eau des substances salines qui retardent l’ébullition,
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- HUILES. 3g
- et permettent au mélange de prendre une température supérieure à celle de 100 degrés centigrades. L’eau, limpide au moment de sa condensation , devient bientôt lactescente par la séparation des molécules huileuses qui tendent à se réunir à sa surface en raison de leur légèreté. Le récipient dit florentin a une construction particulière, appropriée au but qu’on se propose, celui de recueillir les huiles plus légères que l’eau ; il ne pourrait servir pour les huiles volatiles plus pesantes que ce liquide : sa forme est celle d’une poire allongée ; la partie large est la base , d’où part latéralement un tube extérieur qui s’élève et se recourbe en S un peu au-dessous de l’orifice supérieur du vase. On conçoit, d’après cette disposition, que le vase ne peut se remplir au-delà du niveau formé par le tube , que l’eau en excès s’écoule sans cesse, et jamais l’huile qui surnage l’eau contenue dans le récipient. L’eau aromatique dont l’huile s’est séparée est employée avec avantage pour de nouvelles distillations, parce que, étant saturée d’huile, elle ne peut plus occasioner de perte. Lorsqu’après le refroidissement toute l’huile est réunie à la surface , on la sépare de l’eau en versant le mélange dans un entonnoir, dont on bouche la tige avec le doigt : on laisse passer l’eau d’abord ; et quand le tour de l’huile arrive, on l’introduit dans un flacon , que l’on bouche hermétiquement.
- On peut diviser les huiles volatiles, relativement à leur consistance, en deux genres , dont l’un comprendrait les huiles fluides, et l’autre les huiles concrètes : les premières conservent leur fluidité jusqu’à 10 degrés au-dessous de zéro ; les dernières se congèlent depuis i5 degrés au-dessus, jusqu’à 5 degrés au-dessous de zéro. Nous nous bornerons à la description de celles qui sont le plus utiles dans les Arts et en Médecine.
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- PREMIER GENRE.
- Huiles volatiles fluides.
- Première espèce. — Huile ou essence de térébenthine. Il n’est pas d’huile volatile plus géne'ralement employée; c’est aussi celle sur laquelle nous insisterons davantage : on la retire par la distillation des térébenthines ou matières résineuses qui exsudent des incisions faites au tronc et aux grosses branches des arbres conifères, connus sous les noms de pistachia terebinthus, pinus balsamea, larix,picea, maritima vel sjlvestris. Les essences de térébenthine les plus estimées, surtout pour l’usage médical, sont celles qui proviennent des térébintbes, des mélèzes et des sapins ; celle des pins est regardée comme de qualité inférieure. L’huile de térébenthine est d’autant plus-fluide et légère qu’elle est le produit de distillations réitérées ; elle est presque incolore , d’une odeur forte, désagréable, d’une saveur âcre et brûlante ; elle communique aux urines des personnes qui en respirent l’odeur pendant quelque temps, et qui surtout en prennent intérieurement , une odeur très sensible de violette, qui prouve que cette huile n’est pas sans action sur les reins et les conduits urinaires ; sa vapeur est délétère, d’après les essais de M. Yauquelin , qui a observé qu’un moineau plongé dans un air saturé de cette vapeur, ne vit que le tiers du temps qu’il existerait dans une même quantité d’air ordinaire. Ce célèbre chimiste s’est également assuré que le phosphore ne brûle point dans l’air saturé de vapeur d’essence de térébenthine. Cette huile entre en ébullition à i5o ou 160 degrés R. ; sa vapeur , qu’on fait passer à travers un tube rougi, est réduite en carbone et en hydrogène carboné. Selon M. Labillardière, un volume de cette huile est formé de quatre volumes d’hydrogène percarburé, et de deux volumes de vapeur de carbone : elle s’épaissit à l’air, jaunit et se résinifie. Le célèbre Priestley a le premier reconnu que, pendant cette exposition à l’air, cette huile absorbait de l’oxigène et même de l’azote.
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- HUILES. 4i
- M. de Saussure, qui a fait à cet égard des expériences plus précises, a remarqué que dans l’espace de quatre mois, un volume de cette huile absorbe vingt volumes d’oxigène , un volume d’azote seulement, et qu’elle produit cinq volumes d’acide carbonique. L’huile de térébenthine est dissoute par l’alcool, d’où elle est précipitée par l’eau ; l’éther sulfurique la dissout aussi très bien. Quant à l’action que les alcalis et les acides exercent sur cette huile, nous renvoyons aux généralités exposées plus haut, ainsi qu’à l’article Camphre artificiel ; le soufre et le phosphore se dissolvent aisément à chaud dans l’huile de térébenthine ; c’est même un moyen qu’on peut employer pour se procurer ces corps cristallisés. On profite de la facilité avec laquelle cette huile dissout la cire et les résines, pour la préparation de certains encaustiques qu’on étend sur les carreaux et planchers , et bien plus avantageusement encore pour la fabrication des vernis à l’essence, dont les peintres font usage pour délayer leurs couleurs et pour appliquer en couches sur leurs tableaux ; elle entre également en grande proportion dans les vernis gras, et en petite quantité dans les vernis à l’alcool. ( V. pour le détail de ces préparations , le mot Verxis.) L’huile de térébenthine fait partie de l'essence composée dont on se sert pour faire disparaître les taches de graisse de dessus les étoffes , et qui porte le nom d’EssEXCE vestimentale ( V. ce mot. ) (i).
- Deoxième espèce. — Huile volatile ou essence de citron. Cette huile, ainsi que celles d’écorces de cédrat , de bergamote , de limon, d’orange, et en général des fruits des arbres de la famille cilrus, ofFre cette exception remarquable, parmi les huiles volatiles, qu’elle peut être extraite autrement que par la distillation : on conçoit, en effet, que ces huiles résidant exclusivement dans l’écorce extérieure du fruit , qu’on en isole aisément, rien ne s’oppose à ce qu’on les obtienne par expression , comme les huiles fixes de leurs se-
- (i) Les hniles essentielles de térébenthine et de goudron sont employées avec succès pour I’Éclairage Aü gaz. ( V. ce mot.)
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- mences. A cet effet, on râpe la partie jaune de l’écorce , on exprime les râpures entre deux glaces, et l’on recueille l’huile qui en découle. Les huiles de citron extraites par la distillation et par l’expression, diffèrent par leurs propriétés ; lj dernière a une odeur plus suave, mais elle ést toujours un peu louche , et s’altère aisément à cause de l’eau et du mucilage qu’elle contient ; celle que fournit la distillation est parfaitement limpide et n’est point sujette à s’altérer. L’huile de citron a une odeur exquise , une couleur jaune, une saveur très agréable; exposée à un froid de u degrés R., elle dépose de petits cristaux ; plongée pendant deux heures dans un mélange refroidissant marquant 22 degrés au-dessous de zéro R. , cette huile , d’après l’observation de M. Mar-gueron , se sépare en un liquide aqueux , acide , de couleur ambrée, et en cristaux blancs, acides, devenant opaques à l’air, insolubles dans l’eau, solubles dans l’alcool, et non inflammables à l’approche d’un corps en ignition. Elle est susceptible de se congeler à quelques degrés au-dessous de zéro ; elle se comporte avec le gaz acide hydrochlorique à peu près de la même manière que l’huile de térébenthine ; elle absorbe une quantité de ce gaz presque égale à la moitié de son poids, et se transforme en un magma formé de cristaux lamelleux, blancs et nacrés : on les sépare du liquide jaune qui les baigne, en jetant le tout sur un filtre, et en comprimant la portion solide dans des feuilles de papier joseph. M. de Saussure , à qui l’on doit cette expérience, a reconnu aux cristaux séparés du liquide la forme de prismes droits à quatre pans comprimés. Ces cristaux, insipides , insolubles dans l’eau, solubles dans l’alcool, fusibles à 4t degrés, se sublimant sans altération, décomposables par l’acide sulfurique, qui en sépare l’acide hydrochlorique, paraissent être une combinaison d’une partie de cet acide et de quatre d’huile. C’est vraisemblablement une combinaison au minimum d’acide , tandis que le liquide est une combinaison au maximum d’acide, ainsi que M. Houton-Labillardière l’a constaté pour les combinaisons de l’huile de térébenthins avec le même acide. Outre
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- l’emploi que l’on fait de l’huile de citron dans la parfumerie , et pour de'guiser le goût des médicamens, on s’en sert avec succès pour ôter les taches de graisse de dessus les e'tolfes ; on la mêle pour cet usage avec de l’huile de te'rébenthine.
- ( V. l’article Essence vestimentale. ) On la prépare en Italie, en Portugal et dans le midi de la France.
- Troisième, quatrième et cinquième espèces. — Huiles de cédrat, d’orange, de bergamote. Ces huiles, d’odeur et de couleur semblables, sont, comme celle de citron, extraites par la distillation et par expression. Elles sont préparées dans les mêmes lieux , et elles servent aux mêmes usages.
- Sixième espèce. — Huile de fleurs d’oranger, ou nêroli. Cette huile, retirée par distillation, est d’un jaune orangé, d’une saveur agréable , d’une odeur on ne peut plus suave , et d’une grande légèreté. Elle est d’un usage journalier dans les Arts du parfumeur et du distillateur ; on l’emploie aussi en Médecine.
- Septième espèce. — Huile de romarin (rosmarinus ojjfici— nalis). Elle est incolore et d’une grande fluidité; elle perd encore de sa densité par la rectification ; son odeur est extrêmement forte.
- Huitième espèce. — Huile de lavande (lavandula spica). On la prépare abondamment dans les départemens du midi ; sa couleur est jaune-citron ; son odeur est, comme la précédente, forte et pénétrante. Les huiles de romarin et de lavande , à cause de leur forte odeur, sont celles que l’on falsifie le plus ordinairement avec l’essence de térébenthine : on a indiqué plus haut le moyen de reconnaître cette fraude.
- Neuvième espèce. — Huile de Cajeput. Elle est extraite par distillation des feuilles d’un arbre qui croît aux Moluques, nommé melaleuca leucodendron; elle a une odeur forte, qui n’est point désagréable, et une saveur piquante ; elle est limpide, légère, et d’une couleur verte qui, dit-on, est quelquefois imitée avec des sels de cuivre. Cette falsification , que la saveur seule devrait indiquer , serait facile à reconnaître par des moyens chimiques. L’huile de Cajeput est employée en
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- Médecine, et plus spécialement pour préserver les collection* d’insectes.
- Dixième espèce. — Huile de cannelle (laurus cinnamomum). On en connaît de deux sortes dans le commerce , l’une provenant de la cannelle de Ceylan, l’autre de la cannelle de Chine.
- La première, beaucoup plus estimée, est d’un prix quatre fois plus élevé que la seconde , dont l’odeur est infiniment moins suave. Toutes les deux ont une saveur piquante, chaude même : on les falsifie avec l’alcool. Selon Baume', l’huile de cannelle est plus pesante que l’eau.
- Onzième espèce. — Huile de gérofle ( caryophyllus aromaii-cus). Sa couleur est brunâtre, sa saveur piquante, chaude, brûlante ; elle pèse plus que l’eau. On l’emploie le plus ordinairement dans le cas de carie des dents.
- Douzième espèce. — Huile de sassafras (laurus sassafras). Sa saveur est piquante, chaude, et sa couleur ambrée ; sa pesanteur est plus grande que celle de l’eau.
- Treizième espèce. — Huile de bois de Rhodes. Sa couleur est jaunâtre ; sa saveur forte, et son odeur aromatique est très agréable ; elle est, comme les précédentes , plus pesante que l’eau.
- Quatorzième espèce. — Huile d'absinthe (arthemisia absin-thium). Elle a une saveur piquante et très amère ; elle n’a pas beaucoup de fluidité , et sa couleur est d’un vert foncé, qu’elle doit, selon Baume', à un principe résineux qu’elle enlève paris distillation.
- Quinzième espèce. — Huile de menthe poivrée. Elle est retirée par distillation des feuilles du mentha piperita; elle est d’une couleur jaune tirant un peu sur le rouge , et très lé gère. B. Pelletier a observé que, quand elle avait éprouvé une légère altération, elle était susceptible de devenir concrète et même de cristalliser, pourvu que la température soit de 4 degrés au-dessus de zéro. L’eau aromatique de menthe, c’est-à-dire l’eau chargée de cette huile, est fréquemment employée en Médecine.
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- DEUXIÈME GENRE.
- Huiles volatiles concrètes.
- Première espèce. — Huile de roses. On l’obtient en distillant avec l’eau les pe'tales, et surtout les calices de la rose. L’espèce qui en fournit le plus est la rose dite muscate ou rosa sempervirens. Cette huile est incolore , quelquefois d’un blanc légèrement rosé ; elle est apportée du Levant et de Tunis en petits flacons. C’est une des huiles qui se congèlent le plus facilement ; la température de 10 degrés au-dessus de zéro suffit pour sa congélation, qui le plus souvent n’a heu qu’en partie. Dans ce cas, on sépare la portion solide de celle oui ne l’est pas , ou par expression dans du papier joseph, ou par l’alcool, qui ne dissout pas sensiblement la portion solide : en se solidifiant, elle prend la forme de lames , et quelquefois de prismes hexaédriques. Selon M. de Saussure, les cristaux, séparés du liquide , ne se liquéfient qu’à 3a ou 33 degrés. Elle est principalement employée comme cosmétique, et pour aromatiser les liqueurs spiritueuses.
- Deuxième espèce. — Huile dJanis (anisum pimpinella). Elle est blanche , d’une saveur piquante et d’une odeur très agréable ; elle se congèle en grande partie à 8 degrés au-dessus de zéro. La portion concrète peut être séparée facilement de la portion liquide au moyen de la pression dans du papier joseph , qu’on renouvelle jusqu’à ce qu’il cesse de se tacher ; la portion concrète forme les trois quarts de l’essence ; elle est blanche, dure , grenue, et un peu plus dense que l’eau ; lorsque, par vétusté, elle commence à rancir, elle perd la propriété de cristalliser, d’après l’observation de Baumé. Elle sert à la préparation des liqueurs, et en Médecine à masquer la saveur des médicamens.
- Troisième espèce. — Huile de fenouil. Elle est susceptible de devenir concrète et de cristalliser comme l’huile d’anis, mais seulement à la température de 5 degrés au-dessous de zéro.
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- Quatrième et cinquième espèces. — Huile de carvi et de cumin. Toutes deux ont une couleur jaune de citron, et se solidifient à quelques degrés au-dessus de zéro.
- Sixième espèce. — Huile d’aunée (inula helenium). De toutes les huiles volatiles, c’est peut-être la plus facilement cou-gelable ; elle est concrète à i5 degrés au-dessus de zéro. Or l’obtient par la distillation de la racine avec l’eau ; à mesure qu’elle se sépare de l’eau, qu’elle rend laiteuse, elle se prend, selon M. Frenke , en une masse blanche cristalline : distillée en cet état avec l’eau , elle reprend encore sa solidité. Elle se volatilise sans donner de sublimé comme le camphre a l’acide benzoïque. Elle se dissout dans l’alcool, d’où l’eau 1 sépare, mais elle n’a nullement la saveur du camphre.
- Septième espèce. — Huile de persil. Soixante livres de persi en fleurs ont donné à Baumé 4 gros d’huile volatile trè verte, et de la consistance du beurre.
- Huitième espèce. — Huile de fleurs de noyer. En distillai ces fleurs avec de l’eau , on obtient une huile concrète d’uie consistance butyreuse, d’un blanc mat de cire, et sans odeur L’absence d’odeur dans une huile volatile est un fait excep tionnel digne de remarque.
- TROISIÈME SECTION.
- Nous avons rangé ici les substances auxquelles on a dons le nom d’huiles, et qui ne peuvent trouver leur place das les deux premières sections. Telles sont : i°. les huiles animales , qui, à la vérité très semblables par leurs principale propriétés , même par leur composition, avec les huiles fixe des végétaux, et souvent employées aux mêmes usages das les Arts , en diffèrent essentiellement par leur origine, ( presque toujours par une odeur forte et désagréable, due| des principes particuliers qui n’existent point dans les huile végétales ; 2°. les huiles préparées ou composées, comme oui* dit en Pharmacie , qui ne sont que des huiles fixes chargée artificiellement, par macération, infusion ou décoction, &
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- matières étrangères qu’elles enlèvent, soit à des végétaux , soit à des animaux ; 3°. les huiles obtenues par la décomposition des substances végétales ou animales distillées à feu nu, d’une odeur forte plus ou moins désagréable, et que, par ces deux motifs , on a nommées huiles empjreumatiques, huiles
- prrogénées.
- Hciles animales. Ces huiles sont le plus souvent retirées, par \ eoction dans l’eau ou par expression, de diverses parties d’animaux marins. Les cétacés, tels que les baleines , les cachalots, les dauphins, les marsouins et les phoques, en fournissent une grande quantité, que l’on extrait du lard épais qui se trouve sous la peau de ces animaux. On retire aussi beaucoup d’huile de quelques poissons, notamment de la morue et du hareng.
- Huile de haleine. Le lard qui la contient, coupé par morceaux , est jeté dans de grandes chaudières avec une quantité d’eau suffisante pour l’empêcher de brûler : l’huile qui se sépare des lardons frits par une cuisson de trois heures, est coulée sur des châssis et un treillage ; elle est reçue dans de grands baquets remplis d’eau, où elle se dépure. On la verse successivement sur plusieurs eaux, pour la purifier de plus en plus -Une baleine produit quarante et quelquefois cent tonneaux d’huile; cette huile, d’un goût rance , est employée, soit pour brûler, soit pour faire du savon, soit pour corroyer les cuirs. Ce qu’on vend dans le commerce sous le nom d'huile de baleine, ne se tire pas seulement des cétacés; le plus souvent c’est un mélange de diverses huiles dont nous allons parler.
- Huile de cachalot (phjseter macrocephalus). La graisse de ce cétacé donne moins d’huile que celle des baleines ; on la prépare par le même procédé : c’est celle qui dépose la plus grande quantité de cette matière qu’on nomme improprement spermaceti, Blanc de baleine ( V. ce mot.), et qui est en grande partie composée d’un corps gras peu saponifiable , que M. Ghevreul a nommé cêtine , à cause de ses propriétés particulières.
- Huilé de phoque. La graisse des phoques donne une huile
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- plus claire, d’un moins mauvais goût que celle des marsouins et de la baleine.
- Huile de morue. On retire beaucoup d’buile des foies de morue ; il suffit, pour cela, de les garder exposés à l’air dans des tonneaux ; à un certain degré de corruption, cette huile se sépare d’elle-même : on s’en sert pour brûler et pour corroyer les cuirs ; elle est même plus propre à ce dernier usage que l’huile de baleine et des autres poissons.
- Huile de hareng. Pour extraire l’huile des harengs , on met dans de grandes chaudières autant de tonnes de harengs que de tonnes d’eau, on les fait cuire en les remuant continuellement, jusqu’à ce qu’ils soient fondus ; à cette époque, on fait entrer un courant d’eau froide, qui fait surnager l’huile, et permet de l’enlever avec de larges cuillers de cuivre. Cette huile est vidée dams des tonneaux, où elle dépose les matières étrangères plus pesantes qu’elle , et se débarrasse de l’eau qu’elle avait retenue : ensuite on la prive des matières légères qui la troublent, par la filtration, et on la met dans des barils de chêne. Plus le hareng est gras et frais, plus l’huile est abondante et de bonne qualité, et mieux elle se conserve. C’est principalement en Suède qu’on s’occupe de son extraction. La masse qui reste au fond des chaudières sert de nourriture aux cochons. Cette huile est préférable à toutes les autres huiles de poisson pour l’éclairage ; mais elle est trop fluide pour la préparation des cuirs.
- Huile de marsouin. On ne fait la pêche du marsouin que pour en retirer l’huile, qui découle d’elle-même du foie quia été exposé à l’air jusqu’à un certain degré d’altération, comme on le fait pour le foie de morues.
- Huile de pieds de bœuf. On extrait encore des abattis de bœufs, vaches et moutons, une huile animale, Hanche, inodore , très utile dans les Arts , en les faisant bouillir avec une suffisante quantité d’eau , jusqu’à ce qu’ils soient parfaitement cuits. On enlève l’huile et la graisse qui surnagent l’eau, et on les jette dans une seconde chaudière dont l’eau est prête à bouillir, où on la laisse vingt-quatre heures, pour lui donner
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- îe temps de se débarrasser des substances les plus grossières ; au bout de ce temps, l’huile claire et jaune est soutirée par un robinet adapté à la chaudière. Cette huile est mise dans une troisième chaudière, avec une nouvelle eau assez chaude pour que la graisse qui y est encore mêlée ne puisse pas se figer; vingt-quatre heures après, on laisse refroidir ; la graisse se fige, on l’enlève, et l’on soutire au moyen de robinets l’huile pure qui se trouve au-dessous : c’est l’huile de pieds de bœufs , dont on fait un grand usage pour l’éclairage.
- L’huile de poisson, du moins d’après les expériences de M. Chevreul sur celle de dauphin, est composée, comme les autres huiles, d’oléine et d’une substance qui, par la sapo^ nification, donne , outre le principe doux et les acides oléique et margarique, un acide particulier qu’il a nommé delphi-nique; en cela elle diffère de la stéarine. Indépendamment de ces deux substances, il en a trouvé quatre autres, savoir : un principe volatil ayant l’odeur du poisson ; un principe volatil ayant l’odeur du cuir que l’on prépare avec l’huile de poisson ; enfin, un principe colorant jaune , et une matière cristalli-sable analogue à la cétine.
- Huiles préparées. On a dit que les huiles fixes se combinaient facilement aux huiles volatiles , aux résines et à d’autres substances contenues dans les végétaux et les animaux, telles que la chlorophvle , le blanc de baleine , les graisses et huiles animales , etc. On a profité de ces propriétés pour dissoudre dans les huiles fixes une ou plusieurs de ces substances, les rendre ainsi plus ou moins composées , et en faire des préparations, usitées soit en Médecine, soit dans la cosmétique.
- Par exemple, dans l’art du parfumeur, on fixe par la macération dans les huiles de ben ou d’olive, le principe odorant si fugace du jasmin et des liliacées.
- En Pharmacie, on fait infuser une ou plusieurs plantes aromatiques dans des huiles fixes, afin qu’elles puissent se charger des huiles volatiles auxquelles ces plantes doivent leur odeur; de là les huiles composées de camomille, de menthe, de Tome XI. 4
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- rue } de mélilot, etc. ; ou bien on transporte dans ces huiles, en les faisant bouillir avec certaines plantes, soit la partie verte ou chlorophvle qui les colore, soit le principe vireux de nature résineuse , qu’on regarde comme la partie active de ces végétaux , ainsi qu’on le pratique dans la préparation des baumes tranquille , vert de Metz , de Lucatel, etc. ; ou enfin, on ajoute aux huiles fixes, en y faisant cuire certains animaux, l’huile grasse et peut-être d’autres principes qu’ils contiennent, auxquels on attribuait gratuitement de puissantes vertus ; telles étaient ces préparations huileuses composées , si vantées jadis, qui ne sont plus en usage aujourd’hui, et qu’on Connaissait sous les dénominations d’huiles de vers, de petits chiens, de crapauds, de scorpions, etc.
- Huiles empjreumatiques ou pjro génies. Quand on distille à feu nu, dans un appareil convenable , des matières organiques , de manière à les décomposer, on obtient, entre autres produits, une huile d’autant plus colorée et d’autant plus épaisse que la décomposition est plus avancée. Si la matière organique n’est que peu ou point azotée , l’huile empy-reumatique est accompagnée d’acide acétique, et n’a qu’une odeur désagréable et non fétide. Dans le cas contraire , où la matière décomposée est de nature animale ou fortement azotée , l’huile pyrogénée que l’on obtient est d’une fétidité insupportable , et constamment accompagnée d’ammoniaque.
- Huile de Dippel. Les huiles empyreumatiqùes , lavées d’abord pour en séparer les matières solubles dans l’eau, puis soumises à plusieurs distillations , laissent chaque fois une matière fixe charbonneuse, et finissent par devenir, de pesantes et noires qu’elles étaient, incolores , fluides et légères. Ainsi rectifiées, elles sont en tout semblables à cette huile légère , long-temps fameuse, que Dippel a préparée le premier, en distillant jusqu’à vingt fois, consécutives l’huile empvreumatique fournie par la distillation à feu nu de la corne de cerf. On abrège l’opération en distillant l’huile empyreumatique avec de l’eau , et surtout en ne tirant chaque fois.qu’une petite quantité de produit, et en laissant un assez
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- grand résidu. Par ce moyen , ôa peut obtenir l’huile de Dippel, selon Baume, en trois ou quatre distillations. On pourrait conclure de ce fait que , pour avoir l’huile rectifie'e, il ne s’agit pas tant de priver l’huile enrpyreumatique d’une .substance fixe dont l’isolement aurait lieu de suite, que d’en séparer une matière huileuse moins volatile qüe l’huile de Dippel, et qui vraisemblablement demeure chaque fois dans le résidu, quand on ne recueille que les premiers produits des distillations. L’huile animale pyrogénée de Dippel est légère, fluide, incolore, d’une odeur forte, pénétrante, d’une saveur désagréable, très volatile, brunissant et noircissant à la longue, surtout par le contact immédiat de la lumière. Oii ne connaît pas encore la composition de l’huile de Dippel : si elle contient de l’azote , ce qu’on pourrait présumer par le fait que les matières organiques les plus azotées sont celles qui en four-nissent le plus, il serait à désirer qu’on déterminât en quelle proportion il s’y trouve relativement aux autres élémens qui composent cette huile, et en quoi cette combinaison diffère de celles qui constituent l’ammoniaque , le cyanogène et l’acide hydrocyanique. On a long-temps employé cette huile en Médecine dans les affections spasmodiques, et spéciale* ment dans l’épilepsie.
- Huile de pétrole. Si, d’après les idées le plus généralement adoptées aujourd’hui par les naturalistes, les bitumes sont le produit de la décomposition de grandes masses de végétaux et d’animaux enfouis dans la terre, et opérée par l’action de feux souterrains, il semble qu’on pourrait considérer l’huilè de pétrole, de naphte, etc. , comme des espèces d’huiles pyro-génées. On trouvera les propriétés de ces substances aux articles Bitumes , Pétrole , Saphte.
- Huile du Brésil, synonyme du baume de Copahu.
- Huile de cade. On la retire par distillation du genévrier ( junipervs oxicedrus )„
- Huile de chaux. C’est l’hydrocblovate de chaux ou chloruré de Calcium, devenu liquide par l’absorption de la vapeur «Beau de l’atmosphère.
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- Huile de Gabias. Nom donné au bitume tiré des sources de Gabian, situées dans le voisinage de Béziers.
- Huile minérale ou huile de pierre. Noms donnés aux Bitumes , Pétrole et Naphte. ( Tr. ces mots. )
- Huile d’oeufs. ( V. OEufs. )
- Huile de tartre par défaillance. On nommait ainsi autrefois •le résidu de la combustion du tartre, ou le sous-carbonate de potasse qui s’était liquéfié en attirant l’humidité de l’air.
- Huile de Ténus. Lémery avait donné ce nom au nitrate de cuivre devenu liquide en absorbant la vapeur d’eau de l’atmosphère.
- Huile douce du vin. Liquide jaune, oléagineux, qui, dans la préparation de l’éther sulfurique , passe immédiatement après lui, et qu’on regarde comme formé d’éther, d’une substance huileuse fixe et d’acide sulfureux.
- Huile de vitriol. Ancien nom de l’acide sulfurique concentré, dont la consistance est oléagineuse.
- Huile glaciale de vitriol de Nordhausen. D’après les expériences de M. Bussy, c’est un mélange d’acide sulfurique anhydre et hydraté, qui contient accidentellement un peu d’acide sulfureux : il est susceptible de se solidifier et de cristalliser. L*****r. .
- HÜISSIEPi. Ce mot a différentes acceptions; tantôt il désigne un valet qui est chargé de garder la porte d’une salle pour empêcher les étrangers d’y entrer, ou d’écouter, ou d’épier ce qui s’y fait : les souverains, les ministres , les tribunaux , les préfets , les grandes assemblées , ont à leurs ordres ces sortes de préposés. Tantôt l’huissier est un ministre de la justice, qui fait tous les exploits nécessaires pour contraindre les parties, mettre à exécution les jugemens, et exercer les commissions émanées du juge. Il y a aussi des huissiers-audienciers, qui font le service des audiences, marchent devant le tribunal en corps, ou devant les juges, lorsqu’ils entrent au siège ou en sortent, afin de leur faire porter honneur et respect dans leur passage : ils appellent les causes à l’audience, imposent silence aux assistans, empêchent le trou-
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- HUITRES. 53
- bïe, etc. H y avait aussi des huissiers-priseurs, chargés de faire toutes les prisées légales , de régler les ventes de meubles aux enchères , etc. ; on les nomme actuellement commissaires-priseurs. Dans les petites villes, ce sont les huissiers du tribunal qui exercent ces fonctions.
- On ne s’attend pas à trouver ici plus de développemens sur les fonctions, les droits, les attributions et les devoirs de professions qui, se trouvant en rapport avec la magistrature , sont soumis à une législation qui ne peut être analysée dans cet ouvrage. Nous nous bornerons à dire que les effets de commerce qui 11e sont pas payés à l’échéance, doivent être i-emis entre les mains d’un huissier, qui est chargé de signifier le protêt à tous les Endosseurs , et d’èxercer les diligences, soit pour faire payer le montant du billet, soit pour exécuter les saisies de corps ou de biens. Fr.
- HUITRES. Espèce de coquillage contenant un mollusque dont la chair, agréable au goût, sert à notre noui-riture et est fort recherchée pour nos tables. Il ne nous appartient pas de décrire ici la forme de cet animal, son mode de génération et d’accroissement, son oi-ganisation, ni son genre de vie ; c’est au naturaliste à s’occuper de ces intéressantes circonstances. Nous, qui devons ne considérer les huîtres que dans leurs rapports avec nos goûts et avec le commerce très étendu qu’on en fait, nous nous bornerons à dire que l’huître est un animal qui est renfermé dans une coquille à deux valves arrondies et concaves, et qu’elle vit dans les eaux de la mer, où elle forme souvent des bancs étendus à plusieurs lieues , en se fixant aux rochers à peu de profondeur et dans les lieux ti’anquilles.
- On est dans l’usage de transporter les huîtres dans des^arw, où on les laisse grossir : ces paixs sont des bassins peu creux, où l’on retient par une écluse les eaux de la haute mer. On a remarqué que les huîtres s’v engraissent et se nourrissent de parties animales plus délicates qui en rendent la chair de meil-leui’ goût et plus facile à digeTer. Les huîtres ainsi parquées sont d’ailleurs en tou t temps à la disposition des consommateurs Les plus recherchées sont celles dont la frange qui les borde est
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- de couleur verte. On a long-temps cherché la cause de cette particularité qui se développe dans certaines huîtres ; on l’avait attribuée à la décomposition des ulves et autres plantes marines qui croissent dans les parcs. M. Gaillon de Dieppe a prouvé que cette opinion était fausse ; il a pensé que la viridité était causée par de petits animalcules qui se logeaient en grand nombre dans les branchies des huîtres et même pénétraient dans leur substance. Enfin, M. Bory Saint-Vincent a renversé cette explication en montrant que ce n’était qu’une matière verte qui se développe dans toutes les eaux, par l’effet de la lumière ; il a même coloré divers animaux aquatiques, et jusqu’à des polypes, en les plaçant dans des circonstances favorables.
- Des huîtres se reproduisent en été et sans copulation ; leur substance devient alors gluante, et n’est plus présentable à nos repas : c’est ce qui fait qu’on ne mange jamais d’huîtres dans les mois qui n’ont point d’R (de mai à août). Celles de Marennes, sm; les côtes du Poitou, sont les plus estimées. A la Rochelle, au rocher de Cancale près de Saint-Malo, auHavre, à Dieppe et dans un très grand nombre d’autres lieux, il s’en fait un commerce considérable. L’huître qu’on appelle pied de cheval se trouve principalement sur les côtes du nord de la France et dans laMéditerrannée. Elle est beaucoup plus grosse, moins délicate et d’une digestion difficile : on la fait principalement mariner! pour la conserver sans coquille, et on l’envoie au loin dans de petits barils. Fs.
- HUNE, HUNIERS {Marine). La hune est une espèce de plate-forme ronde, posée en saillie autour du mât, perpendiculaire à sa longueur, et soutenue par des barrots, sans presser le mât. Il doit y avoir un espace entre la hune et le mât, et l’ouverture doit suffire pour passer les mâts de hune et les perroquets. Il y a une hune à chaque mât, qui porte le nom de celui-ci : la grande hune, la hune de misaine, la hune de beaupré, la hune d’artimon , sont des termes faciles à comprendre. C’est aux hunes que sont amarrés les étais et les hautbans ; elles servent à la manœuvre, et les matelots y montent à cet effet. On a toujours une sentinelle en vedette
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- HYDRATES. 55
- sur la hune du grand mât, surtout dans les temps brumeux et dans les parages où l’on craint des brisans ou des- corsaires.
- La grandeur des hunes se proportionne à celle des mâts : si un vaisseau a i4 mètres de largeur (de bau), la grande hune doit avoir environ i/f mètres de circonférence; celle de la hune de misaine a g de moins ; les circonférences des hunes de beaupré et d’artimon n’ont que 7 mètres : mais ces proportions ne sont pas de rigueur, et chaque constructeur les varie à son gré. Plus les hunes sont grandes, plus elles aident aux manœuvres ; mais aussi elles sont pesantes et défigurent le vaisseau. On couvre les hunes de peaux de mouton, pour empêcher que les voiles et les cordages ne se gâtent en frottant contre leur surface. Dans les vaisseaux de guerre, on les arme de petits canons. Les croisées sont les hunes du mât de perroquet, faites avec des barres seulement.
- Les huniers sont les voiles qui sont portées par.les mâts de hune ; de là ces expressions, avoir les huniers dehors, hisser les huniers, etc. Fr.
- HYDRACIDES {Arts chimiques). On nomme ainsi les acides dans la composition desquels entre l’hydrogène , et qui par là se distinguent des oxacides, dont l’un des principes cons— tituans est l’oxigène. On connaît plusieurs espèces d’hydra— cides , dont les plus importans , sous le rapport des Arts, sont les acides hydrochlorique , hydrosulfurique , liydroeyanique.
- ( V. les articles qui traitent de ces corps en particulier, ainsi que les noms Hïdrocijloratf.s , Hydrosclfates , Hydrocyaxates, donnés aux sels qui résultent de la combinaison de ces acides avec les bases. ) p****-*^
- HYDRATES ( Arts chimiques). La plupart des oxides métalliques diffèrent de propriétés , selon qu’ils sont dépourvus d’eau , ou qu’ils sont combinés à ce liquide. Proust a le premier observé les combinaisons d’eau et d’oxides, qu’il a nommées hjdrates. L’eau, selon M. Berzélius , existe dans les hydrates en proportion telle , que son oxigène et celui de l’oxide qui y est combiné sont en quantité égale. Dans cer-
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- tains hydrates, comme ceux de potasse, de soude, de baryte , l’eau adhère au point qu’elle n’en peut être se'pare'e par la plus forte chaleur ; d’autres au contraire, par exemple ceux de chaux, de magne'sie, d’alumine, perdent l’eau qu’ils contiennent par l’action d’une chaleur plus ou moins forte.
- En général, on prépare les hydrates en versant sur les oxides purs assez d’eau pour les réduire en bouillie, et en exposant ce mélange à une chaleur suffisante pour le faire rougir. On traitera, aux articles Potasse et Soude , de la préparation en grand des hydrates de ces alcalis. £*****£_
- HYDRAULIQUE ( Arts mécaniques). C’est la science qui a pour objet l’action des eaux , soit en repos, soit en mouvement. On la divise en deux parties : dans l’une , nommée hydrostatique, on ne considère les eaux que dans l’état d’équilibre ; dans Yhydrodynamique, au contraire, on examine les effets des eaux en mouvement. Ainsi, l’Hydraulique traite de la conduite des eaux, des pressions qu’elles exercent sur les parois des réservoirs qui les contiennent, de leur élévation, de leur chute ,. des machines auxquelles elles transmettent leur action, des lois générales de leur équilibre et de leur mouvement, etc... . Nous ne donnerons ici aucuns détails sur ces divers sujets, qui sont traités ailleurs dans des articles spéciaux. Ainsi, aux mots Eau , Écoulement , Dépense , Ajutage , Fontaine, Aqueduc, Conduite, Clepsydre, Baromètre, Aréomètre , etc., nous avons exposé les divers principes qui servent de base à l’Hydraulique , et certains effets qui en résultent. Nous traiterons des machines à eau dans des articles spéciaux auxquels nous renvoyons, savoir : aux mots Pompe, Jets d’eau, Siphon, Niveau, Roues hydrauliques , Réservoir , Moulin, Soupape , etc.
- Quant aux relations mathématiques qui expriment les conditions de tous les problèmes dépendans du mouvement des eaux, nous croyons que ce sujet est étranger aux besoins des Arts, et qu’il ne convient pas de l’exposer ici : on le trouvera développé avec étendue à la fin de notre Traité de Mécanique. Ce qui peut intéresser les procédés usités dans
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- l’industrie devant être donné à mesure que les applications qu’on en fera le rendront'nécessaire, nous nous abstiendrons d’en traiter à part. Fa.
- HYDRIODÀTES. On nomme ainsi les combinaisons avec différentes bases de l’acide que forme l’hydrogène avec I’Iode. {V. ce mot et Hydracides. ) P.
- HYDROCÉRAMES ( Ans chimiques). Dénomination donnée par M. Fourmy, inventeur de poteries salubres , ou bygio-cérames, à des vases de terre poreuse qu’il a fabriqués le premier en France, à l’imitation des alcarrazas d’Espagne, et qui sont destinés au même usage, celui de rafraîchir les liquides. La nature poreuse de ces vases permet au liquide de suinter au dehors en gouttelettes imperceptibles , qui tendant à se vaporiser, et ne pouvant le faire sans absorber du calorique aux corps voisins, et par conséquent au vase et au liquide qu’il contient, entretiennent constamment ce dernier à une température de 5 ou 6 degrés au-dessous de celle de l’atmosphère. L’usage des hydrocérames , comme des autres vases du même genre, donne lieu à un inconvénient qu’il paraît difficile, pour ne pas dire impossible, d’éviter : au bout de quelques mois, ils se recouvrent intérieurement et extérieurement d’une substance verte, vraisemblablement espèce de conferve, qui non-seulement bouche en partie leurs pores, mais qui bientôt y pourrit et communique au liquide une saveur fort désagréable. ( V. Alcarrazas. ) l****-*^
- HYDROCHLORATES ( Arts chimiques). Sels qui résultent de la combinaison de l’acide hydrochlorique avec les bases salifiables, et qui ont porté antérieurement le nom de mu-riales. D’après les idées récemment adoptées, il n’existe d’hydrochlorates qu’autant que d’une part l’affinité du chlore pour les métaux des bases, et de l’autre l’affinité de leur oxigène pour l’hydrogène de l’acide , sont inférieures à la force qui maintient l’union de l’acide hydrochlorique aux bases, à l’état de sels- Dans le cas contraire, on n’a point d’hvdrochlorates, mais des chlorures. Si les deux affinités dont on vient de parler l’emportent dans toutes les circons-
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- tances , où telle base est mise en contact avec l’acide hydro-chlorique, il ne peut en résulter d’hydrochlorate de cette base. Ainsi, de l’action des oxides d’argent, de plomb, de mercure, de protoxide de cuivre, etc., sur l’acide hydro-chlorique , on ne pourra jamais obtenir que des chlorures de ces bases.
- Mais il est des cas nombreux où ces deux affinités ne deviennent supérieures, et n’exercent leur action que dans des circonstances qui la favorisent, comme celle d’une température élevée, où certains hydrochlorates se convertissent en chlorures. Par exemple, si l’on expose à une forte chaleur , après les avoir privés d’humidité, les hydrochlorates de baryte, de strontiane, de chaux, de zinc, de manganèse , de protoxides d’antimoine, de cobalt, de peroxides de nickel et de cuivrq^kÊtc:.,. l’oxigène de l’oxide et l’hydrogène de l’acide s’unisseh$|èur*former de l’eau qui se dégage, tandis que le métal et le chlore restent combinés à l’état de chlorure.
- Il est d’autres hydrochlorates , comme ceux de magnésie, d’alumine, de zircone, de glucine, etc., qui, au lieu de * convertir en chlorures, comme les précédens , à une haute température , se décomposent de manière que l’acide hydro-chlorique se dégage , et qu’on obtient pour résidu la base sa-lifiable. Cette décomposition doit être attribuée à ce que le métal de ces bases a peu d’affinité pour le chlore, et beaucoup au contraire pour l’oxigène.
- On ne doit s’occuper dans ce Dictionnaire que du petit nombre, soit des chlorures , soit des hydrochlorates, qui sont de quelque usage dans les Arts.
- Les chlorures utiles, tels que ceux d’antimoine, d’argent, d’étain, de mercure et d’or, ont été déjà traités dans l’article Chlorure , auquel nous renvoyons le lecteur. Le chlorure à calcium sera examiné, comme on l’a dit, à l’article MoRtiit
- DE CHAUX.
- Quant aux hydrochlorates d’ammoniaque, de soude, potasse, les seuls employés dans les Arts, ils seront exposes,
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- avec les de'tails convenables, aux articles Sel ammoniac , Sel marin , Sel fébrifuge de Sylvius , dénominations sous lesquelles on connaît le plus ces sels dans le commerce. L*****!!.
- HYDROCYANATES. Ona donne' ce nom aux combinaisons de l’acide hydroeyanique avec les bases. L’hydro-ferro-cyanate de fer, celui de tous qui est le plus employé dans les Arts, est plus connu sous le nom de Bleu de Prusse : on le prépare généralement en décomposant le sulfate de fer par l’hydro-ferro-cvanate de potasse. Quelques particularités relatives à la fabrication de ce dernier seront indiquées à l’article Prussiate de potasse , nom sous lequel il est encore généralement connu dans le commerce. P.
- HYDROGÈNE (de uê'ap, eau, et y**es, origine). On nomme ainsi l’un des élémens de l’eau ; il fut découvert dans les premières années du dix-septième siècle ; mais ses propriétés ne furent bien étudiées qu’en 1777, époque à laquelle Cavendish les fit connaître. D’abord, on le nomma gaz inflammable, en raison de sa combustibilité ; mais plus tard on changea cette dénomination, qui pouvait s’appliquer à d’autres corps. L’hydrogène, avec l’oxigène , le carbone et presque toujours l’azote, constitue la matière organisée des animaux et des végétaux , et les débris de ceux-ci ; il entre dans la composition d’un grand nombre d’autres substances : c’est donc un corps élémentaire très répandu dans la nature.
- A l’état de pureté, et sous toutes les plus fortes pressions et les températures les plus basses auxquelles il ait été soumis, l’hydrogène est constamment à l’état gazeux : c’est le plus léger de tous les corps connus. En effet, un mètre cube de ce gaz pèse seulement 8g^rf,4, tandis que le même volume d’air atmosphérique pèse laqgï'-, 1 , ou environ quatorze fois plus : c’est encore ce que l’on exprime en disant que le poids spécifique de l’hydrogène est de 688, celui de l’air pris pour terme de comparaison étant égal à 1000.
- On démontre facilement que l’hydrogène est beaucoup plus léger que l’air, soit en enflant, avec un chalumeau par lequel Une vessie insuffle ce gaz, des bulles de savon qui s’élèvent
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- dans l’air ; soit en transvasant une e'prouvette renversée pleine de ce gaz dans une autre éprouvette placée dans la même position et un peu inclinée vers la première : le gaz hydrogène tombe de bas en haut en déplaçant l’air plus lourd que lui, absolument de la même manière que l’on transvaserait l’air sous l’eau, d’une cloche dans une autre.
- Le gaz hydrogène étant sans couleur et invisible dans l’air, ou reconnaîtra que c’est ce gaz qui enfle les bulles de savon s’élevant dans l’air, en approchant d’elles une feuille de papier allumé qui. les enflammera ; et dans la deuxième expérience, on verra de la même manière que l’éprouvette tenue renversée contient le gaz inflammable, tandis que dans l’autre , d’où le gaz est sorti en tenant l’ouverture à la partie supérieure, une allumette allumée n’enflamme rien. Pour apprécier exactement le poids de l’hydrogène , on emploie le procédé qui est décrit à l’article Densité.
- Le gaz hydrogène éteint les corps en combustion. On reconnaît cette propriété en plongeant une bougie allumée dans une éprouvette remplie de ce gaz et tenue l’ouverture en bast cette bougie, après avoir mis le feu aux premières couches de gaz en contact avec l’air, s’éteint et ne se rallume que lorsqu’on la retire.
- Le gaz hydrogène est indécomposable par tous les agent employés jusqu’à ce jour; aussi est-il considéré comme un principe élémentaire, et la température, à quelque point qu’elle soit portée, n’a-t-elle d’autre effet que de le dilater. ( V. Chaleur. )
- L’hydrogène ne se combine pas avec l’oxigène à la température ordinaire, si ce n’est sous l’influence de certains corps, comme nous le verrons plus loin. Dans les circonstances ordinaires , ces deux gaz peuvent rester mêlés pendant un temps considérable sans réagir en aucune manière F® sur l’autre ; ils ne s’unissent qu’à l’aide d’une chaleur presque rouge , et dans le rapport de > parties, en volume , d’hydrogène pour une d’oxigène , ou, ce qui revient au même , d’après les densités de ces corps, de ii,io d’hydrogène en'poids
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- pour 88,90 d’oxigène. On démontre cette loi à l’aide de leur re'action, déterminée par l’étincelle électrique dans I’Eudio-jiètre. ( V. ce mot. ) L’inflammation d’un mélange d’oxigène avec l’hydrogène peut encore avoir lieu par une pression forte et subite ; car , dans ce cas, la température du mélange s’élève jusqu’au rouge. Si l’on faisait cette expérience sur des quantités un peu fortes du mélange gazeux , le vase dont on se servirait pourrait être brisé et faire courir des dangers à l’opérateur.
- Toutes les fois que, dans le mélange des gaz oxigène et hydrogène , l’un des deux se trouve en proportion plus grande que celle indiquée ci-dessus qui constitue I’Eac , toute la quantité excédante reste après la détonation sans avoir agi ; et si Ton mêle l’hydrogène avec 9 fois , 5 son volume d’oxigène, ou avec moins que le dixième de son volume, la plus grande partie des gaz échappent à la combustion ; et comme on ne peut produire d’inflammation générale , il n’y a pas d’explosion.
- Lorsque l’on veut faire détoner sans danger un mélange assez considérable de ces gaz, un demi-litre par exemple, on doit faire l’expérience avec un flacon en verre fort, bouché à l’émeri et entouré de linge. Le flacon étant débouché et renversé plein d’eau sur la tablette de la Cuve hydkop.veüma-tjque, on introduit dedans deux volumes d’hydrogène et un volume d’oxigène, on le bouche, on l’enveloppe de linge jusqu’au goulot, on enlève le bouchon, et l’on présente à son orifice une bougie ou tout autre corps enflammé : à l’instant une forte détonation se fait entendre.
- Voici ce qui se passe dans ce phénomène : la combustion de l’hydrogène par l’oxigène donne lieu à la formation'de l’eau; celle-ci acquiert une grande expansion qui, faisant vibrer fortement les molécules de l’air, cause une explosion, puis, sa vapeur se liquéfiant subitement, cause un second mouvement de l’air. On n’entend cepèndant.qu’un seul coup, parce que les deux effets se succèdent sans interruption ; la fin de l’un se confond dans le commencement de l’autre.
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- La même expérience peut encore se faire sans danger sur une grande quantité de gaz, en l’introduisant par un tube effilé dans un peu d’eau de savon mise au. fond d’un mortier métallique ; celui-ci se remplit de bulles, auxquelles on met le feu, et qui détonnent à l’instant.
- L’hydrogène peut, comme nous l’avons dit plus haut, s’unir à l’oxigène de l’air atmosphérique, sous l’influence de certains corps, à la température ordinaire. D’autres combinaisons ou décompositions des gaz s’opèrent de la même manière; mais l’on n’a encore appliqué dans les Arts que celle-ci, sur laquelle nous donnerons quelques détails.
- M. Dobereiner observa le premier qu’un courant d’hydrogène dirigé dans l’air sur un morceau de Platine en moussé, échauffe ce métal jusqu’à l’incandescence, et s’enflamme alors. Depuis, MM. Thénard et Dulong ont reconnu la même propriété au palladium, au rhodium et à l’iridiüm ; enfin, beaucoup d’autres corps, sous certaines formes plutôt anguleuses qu’arrondies , et à l’aide d’une température plus ou moins élevée à l’avance, s’échauffent jusqu’au rouge. On a supposé que l’électricité doit, jouer un grand rôle dans cette réaction , mais aucun fait ne le prouve encore.
- Le platine seul est employé dans l’application qu’on a faite de ce phénomène pour modifier les Briquets a gaz. Depuislâ description que nous avons donnée de ceux-ci, on a substitué dans quelques-uns, â l’appareil électrophore , un petit support qui présente au jet de gaz un morceau d'éponge ou de moussé de platine-, obtenue par la calcination du sel double dé' Platine et d’ammoniaque. On a perfectionné les Robinet* en les composant de deux disques en cristal, dont l’usé n’altère en rien le frottement, et qui ne peuvent être sujets à s’oxider.
- L’air ambiant diminuant par degrés la propriété du platine, en cet état, elle finit par s’épuiser, on tient en réservé, dans des flacons hermétiquement fermés, un on deux autres morceaux de mousse, pour remplacer celui qui "n’agit plus, et auquel on rend sa vertu première par une nouvelle cal-
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- cination au rouge, ou mieux encore par uue immersion dans l’acide nitrique et une calcination.
- Aucun combustible ne développe dans sa combustion autant de Chaleur ( V. ce mot. ) que l’hydrogène, à poids égal : c’est aussi à l’aide d’un mélange de ce gaz avec l’oxigène insufflé par un Chalumeau , que l’on produit la température la plus élevée ; elle est telle, que presque tous les corps exposés à leur foyer sont fondus en quelques secondes. Cette propriété en quelques circonstances a été appliquée avec beaucoup de succès par les chimistes, pour déterminer les phénomènes ou les réactions qui de'cèlent la présence des corps que l’on recherche dans les analyses.
- On prépare l’hydrogène par la décomposition de l’eau, soit en faisant passer celle-ci en vapeur sur des tournures de fer chauffées au rouge , qui s’emparent de l’oxigène, forment de l’oxide de fer et laissent l’hydrogène libre ; soit à l’aide de la réaction d’un acide sur un métal facilement oxidable. Ce dernier moyen étant plus facile et plus économique, est employé de préférence , i°. dans les laboratoires; 20. pour emplir les Aérostats ; et 3°. pour fournir l’hydrogène aux Briquets a GAZ.
- Dans les laboratoires , on dispose l’appareil et l’on conduit l’opération de la manière suivante : on introduit dans un flacon à deux tubulures, de la contenance d’un demi-litre (qui peut donner environ io litres de gaz) , 6o grammes de zinc en fragmens ; on ajoute environ 3o© grammes d’eau. A l’une des tubulures, ou adapte un tube recourbé, dont l’extrémité relevée va s’engager sous l’entonnoir d’une Cuve htdropxelmatique. Dans la deuxième tubulure, on place utt tube droit de 3 millimètres de diamètre au moins, qui descend jusqu’au fond du flacon et s’élève au-dessus de la tubulure de q à io centimètres. Un entonnoir surmonte ce tube.
- Tout étant ainsi disposé, on verse dans le flacon , par 1 entonnoir et le tube droit, de l’acide sulfurique concentre par petites quantités à la fois. Sous l’influence de cet acide, l’eau est décomposée par le zinc, qui s’empare de son oxigèue;
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- l’oxide forme' s’unit avec l’acide sulfurique pour former fl, Sulfate de zixc , tandis que l’hydrogène mis en liberté si dégage^en produisant une sorte de bouillonnement ou effervescence. Bientôt ce gaz surmonte la pression de la colon* d’eau, et sort en chassant avec lui l’air contenu dans l’appareil : on laisse perdre environ un litre et demi de gaz, afin d’ètre certain que tout l’air atmosphérique est expuh et que l’hydrogène est pur. Alors on le recueille en plaçant un flacon rempli d’eau, l’ouverture en bas, sur l’orifice pa: lequel le gaz se dégage. L’hydrogène , plus léger que l’eau, 1 déplace, et remplit ainsi successivement plusieurs vases.
- Pendant le cours de l’opération, dès que l’on voit l’effervescence devenir moins vive, on ajoute un peu d’acide sulfurique jusqu’à ce que le zinc soit dissous presque en totalité.
- L’hydrogène ainsi obtenu ne serait pas suffisamment pu pour des expériences de recherches; il contient toujours ut certaine quantité d’une huile particulière : afin de l’en débarrasser, on ajoute à l’appareil un tube intermédiaire rempl de fragmens de potasse, ou un flacon contenant une solutioi de cet alcali; l’huile reste unie à la potasse , et le gaz est recueilli à l’état de pureté.
- On suit en grand un procédé tout-à-fait analogue à cdt que nous venons de décrire, pour extraire de l’eau l’hydrogène dont on emplit les Aérostats. On choisit de bons t» neaux à vin fraîchement vidés et bien cerclés, on pose cbac* d’eux sur un de ses fonds ; l’autre fond est enlevé, afin <p l’on puisse introduire la ferraille (i) ; on refonce ensuite! tonneau , on l’emplit d’eau aux deux tiers de sa capacité, t l’on s’assure en le renversant qu’il ne perd en aucun endroi le liquide ; on le replace debout, et l’on perce avec une bos-donnière deux ou trois trous dans le fond supérieur.
- L’un des trous sert à introduire l’acide sulfurique, l’autre: recevoir un tuyau de 12 à 18 lignes de diamètre courbé,;
- (1) On emploie pour cet usage les rognures de tôle, les tournures âe f« qui sont communément h bas prix dans le commerce.
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- angle droit, qui conduit le gaz dans un gros tuyau servant de re'cipient commun à tous les tonneaux pour conduire le gaz dans l’orifice inférieur du ballon. On perce trois trous dans les fonds des tonneaux, lorsqu’ayant une grande quantité de gaz à fournir, on est obligé de placer deux rangs circulaires de tonneaux; tous ceux de la seconde rangée concentrique doivent avoir un troisième trou, qui sert à recevoir le gaz de la rangée extérieure par un tuyau à double courbure. De cette manière, les tonneaux se trouvent accouplés, et il faut verser l’acide simultanément dans les deux qui communiquent ensemble, afin d’éviter une trop grande déperdition de gaz.
- Les proportions les plus convenables des agens chimiques pour que la réaction soit complète, sont de :
- Fer........................... 56
- Acide sulfurique concentré.... ioo Eau........................... 4°o
- qui produiront en volume, si ces nombres s’appliquent à des kilogrammes, 22 mètres cubes 3^ centièmes, sauf les déperditions , qui sont plus ou moins grandes, suivant les soins que l’on donne à la construction de l’appareil et à la conduite de l’opération.
- La théorie de ce mode de préparation du gaz hydrogène est absolument la même que celle indiquée ci-dessus, et le fer, qui est ici substitué au zinc, joue le même rôle : le résidu seul est différent; il se compose d’une solution de Sulfate de eer ou Couperose verte. ( V- ce mot. )
- L’hydrogène peut s’unir au carbone, au soufre, au phosphore , au sélénium, au chlore, à l’iode, à l’azote, et à trois métaux : le potassium, l’arsenic, le tellure. Les deux premiers composés qu’il forme ainsi sont les seuls qui puissent nous intéresser sous leurs rapports avec l’industrie ; aussi ne nous occuperons-nous pas des autres. P.
- HYDROGÈNE CARBONÉ. Le carbone et l’hydrogène se combinent en diverses proportions, d’où résultent des gaz, Tome XI. 5
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- des Huiles ( V. ce mot ) et même des corps solides , puisque l’huile de roses concrète paraît en être entièrement forme'e, et que le Charbon contient de l’hydrogène en véritable combinaison.
- Le gaz hydrogène carboné se produit dans certaines décompositions , spontanées (putréfaction), ou par le feu, des matières animales on végétales ; son dégagement dans les houillères y cause parfois des accidens terribles. Il s’exhale de la vase des marais. On voit donc que ce gaz se développe dans une multitude de circonstances.
- Les chimistes ne sont pas d’accord sur les proportions dans lesquelles l’hydrogène peut s’unir au carbone ; mais l’opinion la plus accréditée , celle de MM. Dalton et Henry , en admet trois variétés distinctes, désignées sous les noms d'hydrogène protocarboné, hydrogéné deutocarboné, hydre-gène quadricarboné. La première est composée de deux volumes d’hydrogène et d’un volume de vapeur de carbone, condensés en un seul ; la deuxième, de deux volumes de carbone et deux volumes d’hydrogène, condensés en un seul ; enfin la troisième, de deux volumes d’hydrogène unis à quatre volumes de carbone.
- Hydrogène protocarboné. C’est le gaz qui , dans les eaux stagnantes, les marais fangeux, est un des résultats de la fermentation putride, et vient de temps à autre apparaître en bulles qui crèvent à la superficie du liquide : il est ordinairement mêlé d’oxigène et d’acide carbonique. On peut séparer le premier gaz par le phosphore , et l’acide carbonique par la potasse { V. Eudiométrie ) ; mais alors il retient toujours une petite quantité d’azote.
- L’hydrogène, avec cette proportion do carbone, constitue le gaz inflammable des Mines de Houille, dont les combustions vives ou les mélanges détonans avec l’air atmosphérique , sont bien moins redoutables depuis que l’on fait usage de la Lampe de Davy.
- En effet, l’hydrogène carboné, pour brûler dans l’air, exige une température élevée, et cette température , immédiate—
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- ment acquise lorsque le gaz est mis en contact ayec une flamme quelconque, ne peut plus l’être lorsqu’il est séparé de cette flamme par une toile métallique d’uiie certaine finesse, qui disperse la chaleur sur une grande surface : c’est lq théorie de cette lampe, si utile.au? quvriers mineurs.
- L’hydrogène protocarbone' se produit encore pendant, la dû-r composition, au feu, de diverses substances végétales et animales (dans ce cas il est toujours très impur), ou lorsque.h) gaz hydrogène deutocarboné dépose du. charbon dans son contact avec des corps chauffés à la température rouge ; mais alors on obtient presque toujours un mélange des deux gaz.
- Le gaz hydrogène protocarboné , et par conséquent son niélange avec les gaz plus chargés dë carbone , ayant un pourvoir éclairant beaucoup moindre que celui des gaz déuto et quadricarbonés , et le gaz hydrogène pur ne produisant dans la combustion qu’une faible lueur, il est très important d’eVr viter les dépôts de charbon que ceux-ci forment lorsqu’ils sont exposés à un contact prolongé avec des corps chauffés au rouge. C’est ainsi que j’ai observé dans les retortes en fer-à-> cheval des appareils de M. Martineau, ingénieur anglais, des engorgemens très fréquens causés par des dépôts de charbon, d’où résultaient encore la perte d’une grande quantité de lumière et l’obligation de nettoyer tous les jours les premiers conduits, tandis que dans des cylindres en fonte droits, tels qu’ils sont décrits à l’article Éclairage , on peut se dispenser de nettoyer les premiers conduits plus souvent qu’une fois tous les mois.
- Le gaz hydrogène protocarboné est insipide, inodore, sans couleur, insoluble ou presque insoluble dans l’eau; son poids spécifique calculé serait de o,55g6 : tel qu’on l’extrait de? marais, il pèse o,584.
- Les feux naturels que l’on remarque en Italie sur la pente des Apennins , à Pietra-Mala , Yelleja, Barigazzo, etc., et en grand nombre dans beaucoup d’autres lieux, sont dus à des dégagemens de gaz hydrogène protocarboné. Les dernières couches qu’il traverse pour arriver au contact de l’air, appar-
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- tiennent à des formations assez modernes ; mais on ignore de quelle profondeur il vient. Souvent il est accompagné d’une grande quantité de matière boueuse délayée dans l’eau et presque toujours imprégnée de sel marin, d’où viennent les noms de volcans vaseux et de salzes, sous lesquels on désigne ces sources.
- Dans tous les endroits où ces émissions de gaz hydrogène carboné ont lieu, on les met à profit pour faire cuire de la chaux , des briques , des poteries , etc.
- Hydrogéné deutocarboné ou bicarboné. Ce gaz , observé pour la première fois par les chimistes hollandais, fut désigné par eux sous le nom de gaz oléjîant, parce qu’il peut former avec le chlore une substance d’un aspect huileux. Il est incolore, insipide ; son odeur est un peu empyreumatique; il éteint les corps en combustion ; sa densité calculée est de 0,9816, celle de l’air étant prise pour unité : suivant les expériences de M. de Saussure, elle serait de o,g852.
- Berthollet a observé les phénomènes suivans dans la décomposition de ce gaz par la chaleur : à la température rouge cerise, il laisse déposer une partie du carbone qu’il contient, et double presque de volume ; en élevant la température davantage, des quantités de plus en plus grandes de carbone continuent à se déposer ; enfin, exposé au plus violent feu de forge, il laisse déposer presque la totalité de son carbone, et son volume est plus que triple. Nous avons fait voir plus haut, en parlant de l’hydrogène protocarboné, et dans l’article Éclairage , les applications utiles que l’on peut faire de ces faits à la fabrication du gaz-light.
- D’après MM. Dalton et Henry, le gaz hydrogène bicarboné peut être complètement décomposé par un nombre suffisant d’étincelles électriques ; alors son volume devient double , le résidu gazeux est de l’hydrogène pur , et tout le carbone qu’il contenait est déposé.
- A la température ordinaire, l’hydrogène bicarboné est sans action sur l’air atmosphérique, ainsi que sur le gaz oxi-gène ; mais à une température élevée, il brûle dans ces gaz
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- avec une flamme vive et lumineuse. Cette combustion, déterminée par l’approche d’un corps enflammé quelconque, est applique'e dans I’Éclairage au gaz. Son mélange avec l’oxi-gène, dans la proportion de quatre fois son volume, ou même moins , s’enflamme en détonant avec force, comme nous l’avons dit en parlant de l’hydrogène pur ; il cesse d’être détonant dans les limites d’un douzième de l’air atmosphérique, et ne peut produire de forte explosion s’il ne constitue pas la dixième partie, au moins, de. la masse de l’air. Ces détonations ont causé quelques accidens par l’incurie des gens chargés de surveiller les becs de gaz, ou par quelques fuites accidentelles. On peut les éviter en prenant les précautions suivantes :
- Dès que l’on donne issue au gaz-light par un bec, il faut l’enflammer à l’instant même, afin qu’une certaine quantité de gaz non brûlé ne puisse se mêler dans l’air : cela est encore utile pour éviter la mauvaise odeur que le Gaz-Light, plus ou moins bien épuré ( V. Éclairage ) , répand toujours, et l’action sur l’économie animale, sur les peintures au blanc de plomb, l’argenterie, etc., de l’acide hydrosulfurique ou de l’hydrosulfale d’ammoniaque, qui accompagnent presque toujours le gaz de la houille.
- Si une fuite s’est déclarée dans une chambre pendant l’absence de ceux qui l’habitent, l’odeur de l’hydrogène deuto-carboné ou celle des gaz qui l’accompagnent, décèlera sa présence même au travers des joints des portes, et lorsque le gaz-light formera seulement la cinquantième partie de l’air, et qu’il sera loin encore de constituer un mélange explosif. Dans ce cas, il faut cependant bien se garder d’entrer dans l’appartement où la fuite a lieu, avec une lumière, on doit y pénétrer dans l’obscurité, si l’on ne veut attendre le jour, ouvrir les fenêtres et les portes, agiter l’air ou le laisser se renouveler. Dès que la plus grande partie de l’odeur a disparu, on peut sans aucun danger, si le tuyau conducteur est à découvert, rechercher avec la flamme d’une bougie l’endroit-où la fuite s’opère , le boucher avec un peu de Lut gras ou de suif, ou de cire péti-ie, et une ligature sur une cnve-
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- loppe de linge, jusqu’à ce qu’un ouvrier de l’usine vienne réparer cette fuite plus solidement, à l’aide d’une soudure ou d.’uné bride.
- Le gaz-light de la bouille contient, outre l’hydrogène plus ou moins carbone', de l’hydrogène , de l’oxide de carbone, du gaz azote, du sous-carbonate et de l’hydrosulfate d’ammoniaque ; on éliminé la plus grande partie des acides hydro-sülfurique et carbonique par la chaux. ( V. Éclairage. )
- Le soufre, l’iode et le chlore, sont, de tous les corps combustibles non métalliques , les seuls dont l’action sur l’hydrogène carbone' ait e'té bien e'tudiée. Le soufre, à la température de la lampe, se décompose en formant, avec l’hydrogène , de l’acide hydrosulfurique, et faisant déposer le charbon ; l’iode produit un composé triple cristallin ; le chlore, mélangé avec l’hydrogène deutocarboné dans là proportion de deux parties du premier avec une du second, peut dans l’obscurité, ou à la lumière diffuse du jour, former un composé triple, dit hydrocarbure de chlore, susceptible de se condenser en un liquide oléagineux, etc. ; mais si le mélange est exposé à une lumière vive ou aux rayons directs du soleil, il s’enflamme vivement et détermine une explosion en formant des vapeurs d’acide hydroclilorique et isolant le charbon. Ce phénomène a donné lieu en Angleterre à des ac— cidens graves dans une fabrique de chlorure de chaux , où un mélange semblable, répandu accidentellement dans un atelier, fut enflammé par une lampe.
- Le gaz hydrogène deutocarboné n’existe pas dans la nature; il se produit mélangé à d’autres gaz, et notamment à de l’hydrogène plus ou moins chargé de carbone, dans la décomposition à la température rouge de la Hoeille, des Résines, des Huiles fixes et volatiles, etc. On l’applique à I’Éclairage, au Grillage des étoffes. On en a tiré parti dans plusieurs fabriques, où il résultait de la distillation de la houille ou du bois, pour échauffer, soit les vases distillatoires eux-mèmes-, soit des chaudières à évaporer, etc.
- On prépare l’hydrogène deutocarboné pur, en exposant à
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- une température douce, élevée graduellement, une partie en poids d’alcool avec 4 parties d’acide sulfurique concentré : le mélange est introduit dans une cornue de verre, au col de laquelle est adapté un tübe qui s’engage sous des flacons renversés et pleins d’eau. L’alcool, que l’on peut considérer comme représentant les élémens de ioo parties d’hydrogène carboné et de 63,58 d’eau, est décomposé par l’affinité de l’eau pour l’acide sulfurique, et l’hydrogène deutocarboné se dégage. A la fin de l’opération, il se forme du charbon, puis des acides sulfureux et carbonique , qui résultent de la réaction de l’hydrogène et du carbone sur l’acide sulfurique. On doit donc purifier le gaz hydrogène carboné ainsi obtenu , en l’agitant avec une solution faible de potasse ou de soude caustique , qui s’empare des deux acides.
- Hydrogène quadricarboné. M. Dalton a découvert ce gaz dans le gaz-light obtenu par la décomposition dé l’huile ; il contient, comme nous l’avons dit, deux fois autant de carbone que le gaz hydrogène bicarboné ; son pouvoir éclairant est beaucoup plus grand, etsa densité plus considérable. Il importe donc beaucoup d’obtenir, avec les matières grasses , la plus forte proportion possible de ce gaz, ou au moins d’hydrogène deutocarboné pour l’éclairage, et la moindre d’hydrogène peu carboné et des autres gaz : c’est surtout en évitant d’élever trop la température et de prolonger le contact des gaz de l’huile avec les corps chauffés au rouge , que l’on y parviendra. Si cependant les vapeurs de l’huile étaient exposées à une température trop basse, elles ne seraient pas converties en gaz permanent, mais formeraient des vapeurs condensables, dont le produit liquide devrait être de nouveau soumis à la décomposition dans les retortes. ( 1r-r. Huiles. ) Ce mode d’opérer occasionera d’autant plus de perte, que ces huiles redistillées échappent bien plus aisément à la décomposition. On avait observé que, par une forte compression, le gaz-light de l’huile laisse condenser un liquide très volatil. M. Faraday, en l’analysant, y a rencontré plusieurs espèces nouvelles d’huiles volatiles particulières. {V- l’article Éclairage )
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- Il paraît que le même gaz hydrogène quadricarbone' s’est rencontré dans le gaz-light obtenu en Angleterre des H oc illes les plus propres à l’éclairage.
- Nous terminerons cet article par la description d’un appareil nouveau, propre à remplir plusieurs conditions favorables que nous avons indiquées à l’article Éclairage , à augmenter ainsi l’intensité de la lumière que fournit le gaz hydrogène carboné.
- M. Bourguignon, orfèvre-bijoutier de Paris , présenta dernièrement à la Société d’Eucouragement un fumivore comme susceptible de détruire toute émanation incommode ou délétère des lampes et des becs de gaz. Il était facile de juger, à la première inspection , que cet appareil, placé sur une flamme dont la combustion fût bonne, pouvait condenser à peine autre chose que de l’eau ; que si la combustion incomplète laissait échapper de la fumée, le charbon de celle-ci eût bientôt engorgé son tube étroit : par conséquent sous le rapport de la salubrité , son effet devait être beaucoup moins étendu que ne l’avait supposé son auteur ; aussi le Comité des Arts chimiques, chargé spécialement d’examiner la composition des liquides recueillis à l’aide de cet appareil, regardait-il avec raison comme une futilité cette analyse. En considérant l’effet du fumivore sous un autre aspect, je pensai cependant qu’il pouvait être utile de déterminer son effet sur le tirage des cheminées, des becs de gaz et des lampes, et sur l’intensité de la lumière, d’après ce fait, que nous avons établi dans l’article Éclairage , et dont la connaissance est trop peu répandue, savoir, que la combustion complète d’une quantité déterminée de gaz-light donne des quantités très variables de lumière, et produit d’autant moins de celle-ci que la flamme est mise en contact avec un courant d’air trop considérable. Les expériences que nous allons citer nous ont conduit à une théorie nouvelle des divers phénomènes de la combustion du gaz-light. Nous avons cité des combustions qui, dans ces circonstances , développaient à peine une lumière sensible.
- Les résultats que j’ai obtenus en dirigeant ainsi mes re-
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- cherches mentent d’être rapportés, et il importait d’autant plus de les faire connaître, que le principal intéressé dans l’entréprise projetée des fumivores n’y voulait donner d’extension qu’autant que le rapport demandé à la Société d’En-couragement dût l’y engager.
- D’abord, je décrirai l’appareil fumivore ou plutôt le condensateur de M. Bourguignon. C’est une sorte de cloche hémisphérique en verre blanc A (fig. 12 de la PI. 40), à laquelle est adapté un tube C recourbé de diverses manières, comme le font voir les figures C’, C", C", et terminé à sa partie inférieure par un petit réservoir D , dans lequel se rend l’eau résultant de la combustion de l’hydrogène du gaz par l’oxigène de l’air, et condensée dans son passage par le tube C. Pour faire usage de cet appareil, il suffit de le fixer de manière à ce que la cloche A soit immédiatement au-dessus des bords supérieurs de la cheminée ; la force ascendante de la flamme pousse la plus grande partie des gaz de la combustion dans le tube recourbé C ; la vapeur d’eau s’y condense, et le liquide coule dans le godet D. Le condensateur étant placé sur une lampe à l’huile brûlant bien , l’eau recueillie est neutre et ne contient pas sensiblement de matières étrangères. Le même appareil adapté aux becs de gaz des usines de Paris , qui décomposent la houille, l’eau condensée fut dans la proportion de 24 grammes pour un bec brûlant pendant cinq heures et consommant 4 pieds cubes de gaz-light par heure. Cette eau était acide; elle contenait plus ou moins d’acide sulfureux, ce qui prouve que l’acide hydrosulfurique n’a pas jusqu’aujourd’hui été éliminé complètement par les moyens épuratoires employés en grand.
- Pour apprécier l’influence de cet appareil sur la production de la lumière , j’ai comparé dans les mêmes circonstances, avec une lumière constante, l’intensité de celle qui était produite par un bec communiquant avec plusieurs grands gazomètres de l’usine royale de. Paris, tantôt muni, tantôt dépourvu d’un condensateur. Ces essais, répétés plusieurs fois dans un court intervalle de temps, et constatés à la fois par
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- M. Bérard et par moi, ont donné les résultats moy® suivans :
- Un bec de gaz de la houille, tel que les compagnies d’é-clairage les livrent au commerce , mais dont la flamme fut accourcie, donnant alors une quantité de lumière représenté par ioo, put produire, à l’aide du condensateur en question une quantité de lumière égale à i58. Cette augmentatiot considérable ne semblent pas devoir être acquise en rais* d’une plus forte consommation de gaz, puisque la moyenne de plusieurs essais comparatifs avait été obtenue sans qu’oc changeât ni la pression du gazomètre , ni l’ouverture du ro-binet, en raison desquelles le gaz s’écoulait, et que d’aille® le condensateur, diminuant le tirage de la cheminée , devas rendre l’écoulement et par conséquent la quantité dépensé un peu moindre. Cependant, afin de lever toute espèce à doute à cet égard, il fallait mesurer la quantité de gaz lé pensée correspondante à chaque résultat observé pour l’effe; que nous obtînmes, en tenant ainsi compte de la consommation.
- Un bec dont la cheminée en verre était fort élargie vers! haut, en sorte que la capsule du condensateur fermait presque la totalité de son ouverture, mis en comparaison avec un b« sans condensateur , mais plus petit, le rapport des lumière fut de ioo à 133 : le bec muni du condensateur consommait alors 3 pieds cubes par heure.
- En enlevant le condensateur, la flamme a beaucoup baissés etl’intensité de lumière, comparée au même bec de gaz, a été dans le rapport de i à o,y5; d’où il résulte que par la suppression du condensateur, la lumière a diminué dans le rappon de i33 à y5, ou de 176 à 100.
- Pour produire la même quantité de lumière avec le bec i nu, il a fallu lui faire consommer un peu moins de 4 P‘ê^ cubes. On voit que la quantité de gaz ajoutée pour obterà une lumière égale à celle produite sous l’influence du condensateur , a été moindre que ne semblait l’indiquer l’augmentation de la lumière, puisque cette augmentation fut de plus
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- des deux tiers, tandis qùë l’accroissement dé la dépense en gaz, pour obtenir le même effet, fut ün peu moindre qu’un tiers. Cela tient à ce que Ië bec prive' du condensateur laissait passer une quantité' d’air très considérable relativement à la petite quantité de gaz qui formait la flammé. { V- Lumière.)
- Il y aurait donc une correction à apporter dans l’avantage apparent qu’indique la moyenne de plusieurs essais donnés plus haut, et d’ailleurs ces rapports sont variables suivant les formes et dimensions dès becs et des cheminées. On doit donc po'rter seulement entre le quart et le cinquième de la quantité de gaz brûlé , l’économie que le nouvel appareil peut offrir, relativement aux becs et cheminées actuellement en usage : ceux-ci ont été déjà beaucoup perfectionnés sous le rapport des quantités d’air qu’ils mettent en contact avec le gàz enflammé. On conçoit que cette économie diminue dans la même proportion les quantités de gaz acide sulfureux et de chaleur souvent incommode , répandues dans l’air par la combustion du gaz-light.
- On parviendrait peut-être au même résultat en modifiant, par ühe autre disposition observée dans les becs et leurs cheminées, le courant d’air atmosphérique , ainsi que nous l’avons fait pressentir dans l’article Éclairage ; mais le condensateur présente un autre avantage réel, dans plusieurs circonstances , en condensant la vapeur d’eau formée par la combustion. La vapeur d’eau assez abondante, comme on peut le voir par l’expérience citée plus haut, est nuisible dans les endroits clos où l’on veut étaler une profusion de lumières ; en effet, elle ternit les glaces et divers objets de luxe sur lesquels elle se condense ; sa présence favorise l’altération des couleurs , des dorures, l’oxidation du fer , du cuivre , etc., par l’acide sulfureux qui l’accompagne. Cette importante considération aurait infailliblement fait supprimer l’éclairage au gaz dans plusieurs brillans magasins d’acier poli, de porcelaines dorées, et dans divers lieux publics , où, faute de moyens suf-fisans de ventilation ( V. Assainissement) , la chaleur devenait
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- souvent insupportable, si l’on n’eût récemment proposé
- remédier aujnoyen des condensateurs de M. Bourguignon.
- On conçoit aisément que les avantages du condensâtes doivent être moindres dans leur application aux lampes ali-mentées par l’huile : en effet, le passage à l’état élastique 4 la matière combustible consomme une grande partie det chaleur développée par la combustion. Ce mode d’éclairage, assujettissant à plus de soins , n’engage pas ceux qui l’en-ploient à déployer un aussi grand luxe de lumière , d’aille® il ne répand pas sensiblement dans l’air d’acide sulfureui: il en résulte donc moins d’élévation de température , mois de vapeur d’eau produite, et absence de gaz acide sulfureui Il pouvait cependant être utile de constater l’influence d; dévorateur sur la production de la lumière : aussi n’ai-je ps négligé de le faire. Cet appareil, dont nous avions propoi tionné la cloche pour une cheminée d’un bec de gaz , ne produisit , comme il était facile de s’y attendre, aucun effet sœ la lumière ; et en effet, le libre passage qu’il laissait aux produits de la combustion ne modifiait pas sensiblement îi tirage. En donnant à la cloche la forme d’une plus grande portion de sphère, on diminua son ouverture inférieure de manière à laisser entre elle et les bords de la cheminée, seulement l’espace convenable ; de cette manière, son influence sur la flamme devint très sensible : celle-ci prit beau-coup plus d’étendue, et il fallut, pour éviter que son extrémité donnât de la fumée, abaisser la mèche de manière à e qu’elle éclairât beaucoup moins qu’à l’ordinaire. Dans cet état de choses, le résultat moyen de plusieurs essais comparatifs apprit que le condensateur augmentait à peine d’ui dixième l’intensité de la lumière : alors on était assez éloigné du maximum de lumière que la lampe pouvait donner. D’après cela, pour profiter de l’économie apparente , il cul fallu se contenter d’une quantité de lumière moindre que celle ordinairement produite : or, ayant reconnu, par expérience , que la quantité d’huile économisée correspondait à la diminution de la quantité de lumière, on voit que les lampes
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- d’Argand bien proportionne'es développent à peu près le maximum pratique de lumière. Le condensateur ne s’y appliquerait donc utilement que pour permettre d’obtenir moins de lumière en consommant moins d’huile dans la même proportion. Le condensateur aura encore l’utilité, pour les lampes à l’huile , de condenser la vapeur d’eau et d’empêcher que celle-ci ne ternisse le poli de divers objets d’ameublement, oul’éclat des marchandises de luxe (i). P.
- HYDROGÈNE SULFURÉ ( Arts chimiques'). C’est l’ancien nom de F Acide hydrosülfcrique. ( V. ce mot pour les détails sur sa nature, les moyens de l’obtenir, et les propriétés qui le caractérisent. ) p****-*^
- HYDROLOGIE ( Arts physiques). Partie de l’Histoire naturelle qui s’occupe de la formation des sources , de la nature des eaux et de leurs propriétés. Cette science a donc pour objet d’expliquer les effets du froid pour faire passer l’eau à l’état de neige , de glace , de grêle et de givre ; ceux de la chaleur, pour la vaporiser ; ceux des vents, pour emporter les vapeurs et les nuages aux sommités où ils se résolvent en pluie pour alimenter les sources; ceux des différentes natures de terrains où elles s’infiltrent et dissolvent divers principes salins ; ceux de la chaleur des profondeurs du globe où elles se vaporisent et donnent naissance aux eaux thermales, etc.
- Cette science, très vaste dans son objet, analyse les eaux communes et celles de la mer ; explique la formation des eaux minérales et des fontaines salées ou lithogènes ; enseigne l’emploi des eaux chaudes , sulfureuses , gazeuses , acidulés ou alcalines; analyse chimiquement leur composition , et montre à les former artificiellement ; mesure leur volume et celui que
- (l) Ainsi que je l’ai dît plus haut, les faits déjà connus, ceux cités dans cet article, et plusieurs antres expériences que j’ai faites, et qu’il serait trop long d’exposer ici, m’ont conduit à donner nne théorie complète de l’éclairage et de tons les phénomènes anomaux en apparence que l’on axait observés dans les quantités très différentes de lumière produite par la combustion d’une égale quantité de gaz. ( V. l’article Lumière des divers éclairages. )
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- yersent les pluies^ ainsi que la vitesse el la quantité qui s’écoule dans les fleuves en un temps donne' , etc.
- On sent que ces divers sujets qe .peuvent être qu’énumérè ici, attendu qu’ils ont été examines dans un grand uojjüsî d’articles spéciaux où ils ont reçu quelque application. No® renverrons donc aux mots Eau, Ecoulement , Yapecrç , Évapo-batiox , Ébullition., Hygromètre , etc. Fr,
- HYDROMEL (des mots eau, et ftsXi, miel). C’est k nom que l’on donne à une boisson composée de miel disse® dans dix ou douze fois son poids d’eau. Cette solution ainsi étendue n’étant pas susceptible de se conserver, doit être préparée au moment d’être bue. L’hydromel était fort ên usajf avant que l’on connût le sucre ; aujourd’hui cette boisson n’es plus guère employée que dans quelques campagnes et dais les pays du nord : on la rendrait plus agréable en traitai! préalablement le Miel ( V. ce mot ) par le Charbon atoui bien calciné, puis par le Charbon végétal. Pour cela, on étend le miel de moitié de son poids d’eau, on le fait chauffe; et lorsque la température s’approche de ioo degrés centigrades , on y projette un dixième de son poids de charixi: animal ; on brasse bien le mélange , et dès que l’ébullition* manifeste, on ajoute deux ou trois centièmes de chariei végétal sec et récemment préparé ; on mélange hien le tout, puis on projette , en agitant vivement, un centième en pote d’œufs cassés avec leurs coquilles (i), battus et fouettés dae dix fois leur poids d’eau. On laisse l’ébullition se manifesta de nouveau pendant quelques minutes, puis on jette le ton sur un filtre en drap, semblable à ceux des raffineries, la premières portions du sirop qui s’écoulent étant troublée par des substances insolubles qui ont été entraînées au travée du filtre, on les reverse sur celui-ci. Lorsque tout le.sirops' écoulé, on lave le marc avec des lotions d’eau bouillaiite. et l’on s,e sert des solutions produites par ces lavages po®
- (i) On laisse les coquilles, afin de ne pas perdre la portion d’albuminef1 v adhère.
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- étendre une nouvelle quantité de miel à clarifier, ou pour entrer dans la boisson.
- Dans cette opération , l’excès d’acide du miel est saturé par le carbonate de chaux que recèle le charbon animal; ce dernier le décolore et lui enlève la plus grande partie de son odeur trop forte ; enfin, le charbon végétal est utile surtout pour compléter ce dernier effet.
- Si l’on veut conserver long-temps le sirop de miel ainsi préparé pour s’en servir au besoin, il faut le concentrer rapidement sur le feu, aux deux tiers environ de son volume, puis le renfermer dans des vases bien bouchés.
- On prépare avec le miel une autre sorte de boisson, que l’on a nommée hydromel vineux. Le procédé le plus simple pour l’obtenir consiste à mêler le sirop de miel épuré avec moitié de son poids d’un vin blanc agréable, et un dixième du mélange d’alcool sans goût à 36°, puis à mettre le tout en bouteilles cachetées.
- On peut encore obtenir un hydromel vineux en ajoutant un peu de levure de bière, fraîche et lavée, dans le sirop de miel préparé comme nous l'avons dit, et encore chaud de' 20 à 25 degrés centigrades. La fermentation s’établit promptement ; on la favorise par une température égale et soutenue de 18 à 20 degrés. Si le baril dans lequel cette fermentation s’opère est rempli jusqu’à la bonde , et que celle-ci soit assez large, on parvient, en remplissant tous les jours avec du sirop de miel, à faire sortir la totalité du ferment en écume, que le dégagement d’acide carbonique amène à la superficie du liquide.
- Lorsque tout mouvement de fermentation a cessé, on soutire au clair le liquide, on y ajoute moitié de son poids dé sirop de miel clarifié , on met le tout en bouteilles, que l’on bouçhe hermétiquement, et que l’on cachette.
- L’hydromel vineux forme une sorte de vin de liqueur économique et salubre. ( V. Boissoss. ) P.
- HYDROMÈTRE (Hydraulique). G’est le nom donné à tout instrument destiné à mesurer, soit le volume d’eau fourni par une source , soit la force ou la vitesse d’un courant. Nous ren-
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- verrons aux mots Eau et Écoulement, où ce sujet a e'té traite
- avec l’e'tendue qu’il comporte. Fr.
- HYDROPNEUMATIQUE {Arts chimiques). {V. l’artic!; Cuves pneumatiques , où l’on a de'crit avec des de'tails suffisais ces instrumens si utiles de nos laboratoires de Chimie, g insisté d’une manière convenable sur l’usage auquel ils sos propres. ) j/W<***R
- HYDROSCOPE. C’est le nom qu’on a donné à quelque individus qui se prétendaient doués de la faculté de voir l’eat à travers la terre, et qui par conséquent devinaient les source souterraines, leur volume, leur direction , leur profondeur En Espagne , on nomme ces individus zahuris; ils ont reçus don, suivant l’opinion populaire , de leur naissance au jour du vendredi saint. Nous croirions abuser du temps de sœ lecteurs, si nous nous arrêtions à expliquer les ressources qt des charlatans se sont créées aux dépens de la crédulité pu blique, en s’attribuant des facultés miraculeuses. Il faut rffl-vover tout ce qu’on a dit des hydroscopes aux auteurs è fables et aux traités de la baguette divinatoire. Dans l’éfc actuel des sciences physiques, c’est un tort même de discute la possibilité de phénomènes que les vieilles et les homme privés de jugement peuvent seuls croire. Fr.
- HYDROSULFATES. Onnomme ainsi les combinaisons dus» fre acidifié par l’hydrogène (acide hydrosulfurique, hydrogk sulfuré) avec plusieurs bases. C’est ainsi que l’acide hydrosulfur-que uni à la potasse, à la soude, à la chaux, à l’oxide d'antimoine , donne lieu aux hydrosulfates de potasse, de soude ,4 chaux, etc. Parmi ces composés, dont la composition varie, l’hydrosulfate de potasse, le sous-hydrosulfate d’antimoine « l’hydrosulfate persulfuré ou sulfure hydrogéné d’antimoinfc sont les seuls que les Arts préparent pour la Médecine. L premier, dont le principal emploi est dans la composirioi de l’eau de Barège artificielle, s’obtient généralement 8 dissolvant le Sulfure de potassium ( V. ce mot ) dans l’eau celle-ci est décomposée, son oxigène se porte sur le potassium et son hydrogène sur le soufre.
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- Les hydrosulfates solubles de potasse, de soude et d’ammoniaque sont utiles dans les analyses, pour reconnaître les oxides des diverses solutions me'talliques. Nous indiquerons les pre'cipite's qu’ils forment, à l’article Réactifs.
- Le sous-bydrosulfate d’antimoine est plus connu sous le nom de Kermès ; il sera de'crit à ce mot, ainsi que l’hydro-sulfate persulfuré d’antimoine, que l’on obtient dans la préparation du kermès, et que l’on connaît en Médecine sous le nom de soufre doré. P.
- HYDRI3RES ( Arts chimiques). On entend par ce nom la combinaison solide d’un métal avec l’hydrogène; ainsi l’on dit hydrure de potassium, hydrure d’arsenic, pour exprimer la combinaison des deux seuls métaux capables de s’unir avec l’hydrogène à l’état solide. Comme ces combinaisons ne sont d’aucun intérêt sous le rapport des Arts, nous n’y insisterons pas davantage.
- HYGIOCÉRAME (du grec »y«j? ttsfâftsç, qui signifie vase de terre salubre). Nom adopté par M. Fourmy, pour désigner une espèce de poterie de son invention , qui diffère des poteries communes, en ce qu’elle n’admet dans sa composition aucune substance nuisible à la santé, et qui supporte mieux les alternatives du chaud au froid que les porcelaines, auxquelles elle ressemble par la beauté.
- Cette variété de porcelaine en diffère, non par la nature des matières constituantes, mais par la combinaison et la préparation, qui lui donnent une texture différente de celle des véritables porcelaines et des grès. Du reste, elle se travaille et se cuit comme la porcelaine , et tout ce qui sera dit à l’article Porcelaine sera applicable à Yhygiocérame. (V. Poterie, Porcelaine. ) R.
- HYGROMÉTRIE (Arts physiques). Chacun sait que lorsqu’un liquide, tel que l’eau , est exposé à l’air libre, il se fait une évaporation plus ou moins rapide, qui produit bientôt la dessiccation, lorsque le liquide n’est pas renouvelé. Cette vapeur d’eau, mêlée à l’air, y existe sous forme ordinairement invisible, et sou existence est attestée par une multi-Tome XI. 6
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- t-aàe d’effets dont nous sommes témoins à chaque instant. Le papier, les cheveux , les étoffes, etc., deviennent flasques dans certains temps les bois se déjettent f les pièces qui doivent jouer les unes dans les autres né peuvent plus se mouvoir , les linges mouillés sé dessèchent, etc. : il faut attribuer la cause de ces effets à l'humidité contenue dans l'air, et qui est absorbée ou rendue par presque toutes lès substances, sous l’influence de diverses forces naturelles. On donne le nom dû hygrométrie à la partie de la Physique qui s’occupe d’analyser ces forces ; et à’hygromètres , hygroscopes, aux instru-mens propres à manifester la quantité variable d’eau contenue, sous forme invisible, dans l’air.
- Pour bien concevoir l’hygrométrie, il faut connaître plusieurs lois relatives à la formation des vapeurs. Ces lois ne feront pas ici le sujet de notre examen démonstratif ; nous renvoyons aux mots Évaporation, Vapeurs, où elles sont complètement développées : nous nous bornerons à les énoncer et à les éclaircir par quelques exemples, pour mieux faire comprendre les applications que sous en devons faire à l’hygrométrie.
- Dans un espace fermée l’eau se réduit en vapeurs, et la quantité qui peut être ainsi vaporisée dépend de l’étendue de l’espace et de la température, et croît avec l’un et l’autre.
- 2°. Que l’espace soit vide ou plein d’air sec, la quantité pondérable de vapeurs qui peut s’y former est la même à une température donnée; seulement elle se développe presque instantanément dans le vide , tandis que la présence des gaz la retarde, et il faut plus ou moins de temps pour son développement total.
- 3°. La pression atmosphérique n’agit, dans le phénomène de l’évaporation de l’eau , qu’en ralentissant l’effet, mais n’en change nullement le poids total vaporisé : la hauteur du baromètre est inutile à connaître pour évaluer ce poids.
- 4°. Lorsqu’on augmente l’espace, il se forme de nouvelle vapeur , quand il existe de l’eau dans le vase ; au contraire»
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- si Von resserre -l’étendue., qu’on suppose chargée de toute la vapeur qu’elle, peut recevoir, cette vapeiir se précipite et reprend & forme cVea» liquide. L’augméntaitîo» et la dnœinæ> lion de température produisent le même effet que celles d’esH pace ; la vapeur ne Se laisse point, comprimer, et si,elle-est indifférente à la pression atmospheriqu©, «dle^ne-l’est-point à celle qu’elle exerce sur elle-même , qui croît lorsqu’on diminue l’espace ou qu’on augmente la- masse: de vapeurs- ou la température.
- 5°.. Lorsqu’un espace ferme' est chargé de toute la vapë«# d’eau qii’il peut contenir à sa température actuelle , on dit qu’l/ est saturé de vapeurs : cette expression, s’applique même à l’air, quoique la présence des gaz. soit sans action sur la quantité de vapeurs possible;
- Nous ne suivrons pas lés. conséquences de ces lois dans les effets physiques qui nous environnent, parce qae ée-sujet a déjà été traité au mot Évaporation. L’état hygrométrique de l’air atmosphérique varie sans cesse avec la. température, parce que les inera, les fleuves, les sources , fournissent sans cesse à l’évaporation, et . que les vents emportant les Vapeurs à mesure qu’elles se forment, c’est comme si l’espace était lui-même renouvelé. Les influences de l’état hygrométrique de l’atmosphère sur la formation des météores - aqueux, tels que la pluie, la neige, les brouillards, etc., sont une conséquence de ces lois que nous avons rappelées , et l’on doit comprendre que les hygromètres peuvent être fort utiles à consulter pour les présages des variations de temps.
- Généralement, plus l’air- est chaud, plus il contient de vapeur d’eau ; et si, dans les temps froids, l’atmosphère nous semble moins sèche, c’est que l’humidité est sans cesse déposée à la surface des corps mieux desséchés ou plus froids que l’air.
- Je dirai peu de choses de quelques hygromètres qui manquent de précision, et qu’on n’emploie jamais lorsqu’on veut faire des expe'riences soignées.
- i°. Certaines substances végétales sont si facilement défor—
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- mées par l’humidité, qu’on s’en sert pour attester les varia-tions des doses de vapeurs d’eau contenues dans l’air. Par exemple, la graine de géranium est surmontée d’une longue queue qui se contourne cinq à six fois en tire-bouchon , depuis sa base ; la pointe reste étendue en ligne droite : comme cette queue est recouverte d’un côté d’une multitude de petits poils où l’humidité s’engage etest absorbée, cette queue se gonfle et les tours de spire se détordent, ce qui fait décrire à la pointe une ou plusieurs circonférences. En fixant une de ces graines perpendiculairement sur un carton, au centre d’un cercle divisé fixé à la hauteur de la queue, on voit la pointe parcourir tous les degrés, quand l’état hygrométrique de l’air vient à changer. Les barbes d’avoine et de quelques autrés graminées produisent le même effet que celles de géranium. ( V. la fig. 4 j PI- 10 des Arts physiques.)
- 2°. Les cordes de chanvre ou de boyau se détordent de même par l’humidité, et l’on en fabrique des hygromètres. Si l’on fixe l’extrémité supérieure d’une corde, et qu’on la tende faiblement, par un poids , où est attaché un style perpendiculaire et. horizontal, les divers degrés de torsion de la corde seront rendus sensibles, par le chemin que parcourra cette espèce d’aiguille sur une circonférence graduée. ! •
- On a coutume de vendre des hygromètres de ce genre : ce sont de petites boîtes ouvertes en devant par deux portes, pour laisser entrer ou sortir deux figures que soutient un petit plateau horizontal; ce plateau est suspendu dans l’axe par une corde à boyau fixée en ses deux bouts et un peu tendue. Selon que la corde se tord ou se détord par l’influence de l’humidité de l’air, le plateau en tournant fait sortir l’une ou l’autre des deux figures : on a soin d’armer celle qui doit se montrer en temps humide, d’un instrument en usage dans le mauvais temps , tel qu’un manteau ou un parapluie. Quelquefois la corde à boyau est tendue horizontalement et tire le plateau par son bord ; mais c’est le même effet.
- On peut encore ( fig- 5 ) attacher le bout libre de la corde à la courte branche d’un levier, maintenu par un poids ; I’ex-
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- trémité du long bras de levier atteste les chaDgemens de longueur de la corde, sous l’influence des variations de l’humidité' de l’air.
- 3°. Deluc a imagine' un hygromètre auquel on peut donner la forme d’un thermomètre; c’est un tuyau en plume, ou mieux encore une boule en ivoire très mince,. qù’on surmonte d’un tube de verre capillaire ; on remplit le tout de mercure bien purgé d’air et d’humidité ; on laisse seulement la partie supérieure du tube vide. L’humidité en agissant sur le tuyau en change la capacité et fait monter ou descendre le mercure dans le tube. Daniel Wilson fait le récipient de cet instrument avec une vessie de rat convenablement préparée, afin de le rendre plus sensible. Du reste, cet hygromètre est gradué du sec à l’humide par les procédés que nous décrirons plus bas.
- C’est assez nous étendre sur ces appareils imparfaits ; car on conçoit que l’humidité qui pénètre les cordes, les plumes, les tissus végétaux , n’en sort que peu à peu , ce qui rend les indications paresseuses. D’ailleurs ces substances se détériorent par le contact de l’air, et bientôt elles ne peuvent plus reprendre la même forme pour le même état de l’atmosphère ; enfin, ces divers instrumens n’ont pas leurs indications comparables.
- On a imaginé de se servir de sels déliqueseens comme d’hygromètres , parce qu’on en peut tirer des résultats pondérables, en déterminant la dose d’eau absorbée et enlevée à l’air ; mais on sent bien que cette opération , quoique précise dans ses résultats, n’est pas usuelle comme le serait l’emploi d’un instrument, parce que l’observation et la mesure des effets de ce genre ne sont pas des choses commodes à faire.
- L’hygromètre à cheveu, de Saussure, remplit toutes les conditions qu’on doit attendre d’un bon appareil de physique. On prend un cheveu d’une longueur suffisante, et on le dégraisse dans une solution faible de potasse : ainsi préparé, il se raccourcit par la sécheresse et s’allonge par l’humidité, sous la même température. Dans un cadre en cuivre de 22 à.
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- a6 centimètres1 dë'hauteur, On suspend ce chëVeu Verticale* «eut ( fig. 6'), ien Tetenaftt lébout-supérieur dans iine pince S, et le tendant avec un poids le'ger : vers le bas, on fait tourner le cheveu Sûr la gorge 'd’ûrte petjte'poulie dont l’axe central porte une aiguille.: Lorsque les vârriartioris de*'l'état'Hygrométrique de l’air changent la longueur du chévèù y ' 1â ’ poulie tourne et l’aiguille indique-cét effet sur un cadrait; car si l’a» devient plus sec, le ehevëti s’adcoufcit-èt-là pôuîië tourne dans un sens; mais le petit poids la-fait tourner en sens contraire, dès que l’air est plus-humide ët que le cheveu s’allonge. On peut augmenter la sensibilité' dè l’instrument, c'est-à-dire la quantité' totale de l’allongement, èn prenant un cheveu plus long; on double, ou triple cette longueur, sans changer les dimensions du cadre, en faisant serpenter le cheveu sur des poulies de renvoi. Deluc préfère se servir d’une lame de baleine, parce qu’il juge cette substance plus hygrométrique et moins sujette à s’altérer.
- Pour régler cet hygromètre, on le place successivement sous deux cloches, dont Pair de Fùne est desséehé avec du chlorure de calcium qu’en y a laissé un ou deux jours, pour absorber toute humidité; et dont Pair de l’autre contient toute la vapeur permise à sa température, parcè que les parois intérieures ont été mouillées durant plusieurs heures. L’aï» guille, dans ces deux atmosphères, fait une exciirsidif sur Parc de cerele ; on partage cette étendue en cent parties égales, et l’on marque o au terme qui répond à la sécheresse extrême, et 100 à la saturation d'humidité.
- On comprend, d’après cela, ce que l’on doit entendre par lés degrés de l’hygromètre, et l’on voit déjà que cet appareil est très commode pour indiquer si l’espace tend vers la sécheresse ou l’humidité, et présager les changemens de saison. C'est ainsi que l’on a reconnu que plus on s’élève dans l’atmosphère, et plus les régions sont sèches; M. Gay-Lussac a remarqué, dans son ascension aérostatique, que la sécheresse était telle, que le bois, le parchemin, se tordent et se déforment dans les hautes régions de Pair. Au sommet du Mont-
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- glane, Saussure a encore trouve' que son hygromètre marquait 3o°; et il n’a jamais vu que dans nos plaines il indiquât moins de 4°° ; en sorte que Tétât de plus grande sécheresse de nos deméures contient encore une grande quantité de.vapeur d’eau : l’hygromètre y marque le plus souvent 60°; ce qui atteste que l’air contient environ les de ce qui s’y peut trouver à saturation.
- Cet instrument a l’avantage d’être comparable dans ses indications , c’est-à-dire que plusieurs hygromètres à cheveu, bien exécutés, donnent les mêmes indications dans le même heu, et marchent ensemble dans toutes les vicissitudes de se'cheresse et d’humidité : cela résulte de ce que Rallongement des cheveux est toujours le même. Au reste, on verra dans l’ouvrage de Saussure qu’il y a des cheveux qu’on doit rejeter, et il a donné les moyens de reconnaître ceux qui sont irréguliers. Le même cheveu peut servir au moins un an sans être sensiblement altéré dans ses effets.
- . Avant de montrer que cet instrument, aidé du thermomètre , est propre à donner au physicien la mesure du poids de l’eau contenue dans un volume connu d’air, expliquons l’effet physique de Rallongement du cheveu par l’huiniditfi. Lorsqu’on place l’hygromètre dans un espace saturé d’eau , la Vapeur est sur le point de se précipiter, et la moindre forcé doit suffire pour cela. Si Ton y apporte un cheveu très sec, l’avidité de cette substance pour l’eau sera bien plus puissante qu’il ne faut pour produire cette précipitation, et l’espace devra abandonner de la vapeur d’èau, jusqu’à ce que l'affinité du cheveu soit entièrement satisfaite. Le cheveu s’allonge sous cette influence , et Ton voit pourquoi l’allongement est exactement le même quand l'humidité est extrême, sous toutes les températures , quoique la masse de vapeurs y soit très différente, et pourquoi par conséquent l’hygromètre indique toujours alors 100 degrés.
- Mais si l’espace n’est pas saturé, les vapeurs résisteront à la précipitation , puisqu’on sait que , sans devenir liquides , on peut les réduire à un certain degré, soit de froid, soit de
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- pression. L’affinité du cheveu pour l’eau est cependant assez forte pour enlever de la vapeur à l’espace ; mais cette force décroît à mesure qu’elle se satisfait, et il arrive un terme où elle est égale à celle qui mesure le degré de pression et de froid auquel les vapeurs peuvent résister : alors l’équilibre est atteint avant que le cheveu soit saturé, et l’aiguille s’arrête à un degré qui indique cet état.
- Cette explication convient à toutes les substances hygrométriques , et en particulier aux sels déliquescens dont on peut se servir, comme il a été dit, pour mesurer la dose de vapeurs aqueuses contenues dans l’air.
- On voit aussi que l’hygromètre seul ne peut donner la quantité pondérable de vapeurs répandues dans l’espace , puisque cet instrument atteint le même degré pour des doses de vapeurs très différentes, sous diverses températures, et qu’il marque cent, par exemple, à tout degré thermométrique , pourvu que l’air soit saturé ; mais l’hygromètre n’en est pas moins propre aux usages ordinaires, puisqu’on le consulte rarement pour trouver le poids total des vapeurs, mais seulement si leur dose est proportionnée à la température , de sorte qu’elles soient sur le point de se résoudre en eau : on en veut seulement tirer un présage de pluie ou de beau temps. Mais nous allons montrer qu’en l’unissant au thermomètre, l’hygromètre peut servir à déterminer le poids total des vapeurs aqueuses contenues dans un espace donné.
- En effet, M. Gay-Lussac a placé un excellent hygromètre à cheveu sous une cloche pleine d’air sec, où il avait placé un sel déliquescent humide, ou de l’acide sulfurique plus ou moins concentré ; il avait eu soin de trouver d’avance quelle était la tension de cette substance, peu: une expérience précise et spéciale, à l’aide d’un baromètre. Les vapeurs fournies par l’eau de cette substance en se répandant sous la cloche, amenaient l’aiguille de l’hygromètre à un certain degré ; il connaissait ainsi la tension de la vapeur pour ce degré hygrométrique , à une température connue, qu’il a choisie de 1 o degrés. En variant les proportions d’eau, il se procurait de
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- meme diverses tensions et les degrés hygrométriques corres-pondans. Il a donc pu dresser ainsi une table de tous ces résultats ; c’est celle: que nous donnons ici, où la tension de la vapeur est indiquée en correspondance avec les degrés que marque l’hygromètre. On y voit, pàr exemple , que lorsque cet instrument marque 64 degrés, il y a un peu plus des 40 centièmes de la vapeur d’eau possible dans l’espace. La force élastique est zéro à la sécheresse absolue ; elle croît avec l’humidité et le degré hygrométrique : les tensions sont représentées par cent dans le cas de l’humidité extrême , et par le nombre de centièmes de celle-ci dans tout autre état de l’espace.
- £ y u » s 'u ? « » >* - § .2 ^ ‘2 > 5 «5 r-t « - ^ *2 ® 2 'u ? if Sb U 52 « c •g « 5 rï H ^ V J3 £j 'S s S- 0 jf S: 1 Tension B de U vapeur. à O *5 «5 J 3 tf& C 2T* tu c 1 .£ 5" ' H - 0
- O 0,00 26 12,59 52 2g, 38 78 58,24
- I 0,45 II i3,i4 53 30,17 29 80 59,73
- 2 . 0»QO i3,6q 54 32,66 01,22
- 3 1,35 20 i4,23 55 81 62,89
- 4 1,80 3o i4»7$ 56 82 64,57 66,24
- 5 2,20 3i i5,36 U 33,57 83
- 6 2,71 3a i5,o4 34,47 «4 67,93
- l ' 3,18 33 16,52 59 35,37 80 6g,5g
- 3,64 34 17,10 60 36,28 86 71,49
- 9 4,to 35 17,68 18,30 61 37,3i 38,34 87 73,3g
- 10 4)57 36 62 88 6,29
- 11 5.0a U- J 8,92 63 39,36 89 77, T9
- 12 S,-Si . «9)54 H 4o,3g 90 79,09
- i3 6,00 3q 20,16 65 4.1,42. 9i 81,09
- r4 6,4g 4° 20,78 66 42,58 92 83,08
- iS • 5)9*5 • 41 21,45 67 43,73 93 85,08
- 16 7,46 42 22,12 68 44,8g 94 87,07
- 17 - 7,45 8,45 43 22)79 69 46,04 95 89,06
- 18 44 23,46 70 47,19 96
- T9 8,90 45 24, i3 7l 48,5. 97 93,44
- 20 9,45 46 24,86 7^ 49,82 98 95,63
- 21 9,97 % 25,59 73 5i, 14 52,45 99 97,81
- 22 10,4o 26,32 y4 IOO 100,00
- 23 24 IÏ,o'l 11,53 49 50 27,06 27)79 ? 53,76 55,25
- 25 12,o5 | 5i 28,08 77 56,74
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- Cétte table nous montre que les tensions, et par conséquent les quantite's de vapeur d’eaü, ne sont pas proportionnelles aaj degrés hygrométriques, ou bien aux alloùgemens du cheveu; car, en ne prenant que les nombres qui procèdent par dixièaiB de tension , on voit que l’on-a
- Degrés de Vhygr. o° 23?: 3g°. $3° 64° 720 79° 85» 90° 95° 100*, y~apeur d’eau... o 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 1
- Ainsi quand l’bygromètre iharque $oa, milieu entre les termes o et 100, qui répondent à la sécheresse et à l’hp midité extrêmes , l’espace ne Contient pas à beaucoup près il moitié de toute la vapeur d’eau qui peut y être répandue, puisqu’il n’en renferme que les trois dixièmes.
- Cette table suppose que la -température est de 10 degré! du thermomètre centigrade, et il en faudrait former de semblables pour tous lès autres degrés thermométriques de te pace : mais l’expérience montre qu’on peut, sans commette d’erreur très notable, étendre cette table à toute température; ou du moins à celles qu’on observe dans nos climats, en pre nant d’ailleurs, pour le nombre 100, la tension totale qs contient à ces températures. Cependant il faut ajouter qa cette manière de Calculer les effets conduit à trouver de quantités de vapeurs un peu trop faibles au-dessus de ' 10 degrés, et un peu trop fortes au-dessous.
- Il est maintenant facile de savoir, par exemple-, comlie il y a de grammes d’eau en vapeur dans un mètre cube, lorsque le thermomètre centigradë-marque 25° et l’hygro-iiètre -70° ; car , à cette température', bous avons donné x mot Évaporation , T. YIII, p. 35o,.uite table qui indique qœ lorsque l’espace est saturé , le mètre cube; contient 22,63 gf de vapeur; mais comme à 70° notre table précédente monts que la tension n’est que 4/j T9> lorsqu’elle est 100 à saturation, il faut multiplier 22,63 par 0,4719, ce qui dosa 10,68 grammes pour la dose de vapeur contenue dans £ mètre cube, dans les circonstances données.
- Exprimons ces calculs par une formule , en partant d;
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- celle qu’on a donnée en note à l’article cité , nous trouverons que si t désigne la température centigrade, /la force élastique correspondante de la vapeur, telle qu’on la trouve dans la table T. IX, p. 3o5, au mot Force élastique;; enfin , si h est le nombre de la table précédente, qui répond au degré hygrométrique donné j on a lerpoïds de vapeur d’eau contenue dans
- • - - --- - - 8,55 xjk
- un mètre cube, exprime en grammes, =
- Comme dans notre table les tensions sont représentées, en centièmes de ce qu’elles sont dans le cas dp la saturation, si l’on veut les exprimer en millimètres de la colonne de mercure (yMercure), cominé on l’a fait à l’article des Forces élastiques , il faudra prendre dans la table qui s’y trouve le nombre g”"",475 , qui répond à 10°, température des expériences qui ont donné la table des effets hygrométriques , et faire cette proportion : puisque xoo sont représentés par g,475, par combien la tension donnée dans cette dernière table le sera-t-elle? Le calcul détei'minera le nombre de millimètres de la tension, qui répond à tel degré qu’on veut de l’hygromètre, c’est-à-dire qu’il faut multiplier tous les nombres de cette table par 0,09475.
- - Le- cheveu, comme tous les corps, s’allongé par la chaleur ; d’où l’on voit que.lorsque la température Varie, l’hygromètre doit marcher vers l’huxnidé, comme s’il y avait plus de vapeur d’eau dans l’espace. Ainsi l’kygro métré à fcjieVeu indique Un effet composé qui résulte de deux causes : pour montrer la partie de cet effet qui est dû à la seule action de la vapeur, il faudrait donc tenir compte de l’allongement sous l’influence de la température. Saussure a fait à ce sujet.des expériences, dont voici les résxdtats, consignés dans une table qui donne la variation qu’un degré de chaleur produit sur l’hj-gromètre à cheveu.
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- P -y a p êc S Variation. j p S O mm Variation. j p «y 2 c Èb >, X Variation. J Hygromètre. 1 s .2 ’E ft- > '
- 25° o,45o 44» i,o83 63» 1,716 820- 2,545
- 26 0,453 45 1,116 64 i,75o 83 2,544
- 27 °,5t7 46 1, i5o 65 1,783 84 2,642
- 28 o,55o h 1, i83 66 i,8t6 85 2,689
- 29 o,5b3 r 1,216 67 • i ,55o 86 2,734
- 3o o,6i6 I,25o 68 r,883 87 2,77:
- 3i o,65o 5o 1,283 69 1,916 88 2,819
- 32 o,653 5i i,3i6 70 i,g5o .89 2,860
- 33 0,716 52 i,35o >1 1,983 9°
- 34 0,700 53 i,383 72 2,0l6 9r 2,937
- 35 0,7#3 54 i,]i6 73 2,o54 92 2,973
- . 36 0,816 55 i,45o 74 2,098 93 3,008
- 37 o,56o 56 i,483 75 2,145 94 3,042
- 38 o,b83 §7 1,5i6 y® 2,196 95 3,o;|
- 39 0,916 58 i,55o 2,261 9e 2,44;
- 40 0,950 §9 i,583 7^ 2^3ïI 97 1,780
- 4i 0,983 60 1,616 79 2,374 98 i,55a
- 42 1,016 6r r,65o 80 2,441 99 1,324
- 43 i,o5o 62 i,683 81 2; 494 100 1,096
- On voit, par exemple, dans cette table, qu’à 5o° de l’hygromètre, cet instrument varie de i°,283, ou i°,3 pourœ degré du thermomètre centigrade. Si la température vient à baisser de 70, on prendra la somme des sept premiers termes de la progression , dont i°,3 est le premier, et ^ la raison, attendu qu’en cet endroit de la tablé les termes variât de o,o33 ou ^ ; cette somme est g°,8 : ainsi l’hygromètre devra marquer 5g°,8 au lieu de 5o pour la même quantité de vapeur d’eau.
- On observe que les nombres de cette table croissent uniformément de ~ jusqu’à 72°, mais qu’au-delà les changemensse sont plus réguliers.
- Nous terminerons cet article en décrivant quelques autres hygromètres.
- On suspend un vase de forme conique, le sommet tourné ®
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- }jas, et on le remplit de glace ou de neige : l’air en contact se refroidit et dépose l’eau qu’il contient en vapeur, parce que sa température devient plus basse que celle où cette vapeur peut conserver cet état. On reçoit ces gouttes d’eau dans un vase, et la.quantité, après en un temps fixé, sert de mesure à celle que contient l’espace.
- Leroi mettait de l’eau dans un verre, et y ajoutait peu â peu du liquide à basse température , ou des sels réfrigérans j le vase ne tardait pas à se refroidir assez pour que sa surface extérieure se couvrît de rosée enlevée à l’air ambiant. La température du vase à cet instant indique celle où la vapeur ne peut conserver son état, et par suite combien il en existe dans l’espace , d’après la table donnée au mot Évapoba-tion. Saussure accusait ce procédé d’inexactitude : mais il suit des expériences de Dalton , que l’observation peut être faite avec la précision d’un demi-degré thermométrique ; ce qui est aussi exact qu’on peut le désirer. Supposons, par exemple, que la rosée commence à se former à g°, la table des forces élastiques donne 8mro,9 pour la tension de la vapeur à cette température : si l’air ambiant est à 200, la même table donne 17mm,3 ; d’où l’on voit ce qui manque à l’espace pour arriver à la complète saturation.
- Leslie a ingénieusement modifié cet appareil, pour le rendre d’une observation commode. Deux boules creuses en verre mince communiquent par un tuyau ; le tout est fermé hermétiquement , après y avoir introduit, si l’on veut, quelque peu d’alcool. Un thermomètre communique à l’intérieur d’une des boules ; on enveloppe l’une d’un petit linge mouillé , auquel on laisse le temps de laisser évaporer l’eau dont il est imbibé. Le froid produit par l’évaporation se fait ressentir à la vapeur intérieure,. et l’on voit le thermomètre baisser graduellement. On se rend attentif à l’instant où la boule non recouverte commence à recevoir des gouttelettes de rosée enlevées à l’espace extérieur, et on lit la température correspondante. Cet état thermométrique , comparé à celui de l’air ambiant, donne , en consultant la table des forces élastiques,
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- le rapport de la quantité' d’eau contenue dans l’air, à ce& qui serait nécessaire pour saturer l’espace rapport qui ^ pre'cise'ment ce que l’on de'sire eoanaîtse. Tel est l-’instrùme# connu sous le nom' d’hygromètre de- Leslie, qtu a est , coanm on voit, qu’une modification de Celui de Leroi. Fa.
- HYPERBOLE {Arts de Calcul). Les géomètres donnent# nom à la courbe qu’on obtient en. coupant un cône par u plan disposé de- manière à couper les génératrices de part# d’autre du sommet. Get-te courbe est formée de deux bra# cbes indéfiniment ouvertes, l’une vers la droite , l’autre tœ la gauche, et se tournant mutuellement leurs convexité' Comme l’hyperbole n’est d’aucun usage dans les Arts, ner ne dirons rien de plus sur ce sujet. ( V mon Cours de Mt thématiques pures.) Ffi.
- I
- IGTHYOCOLLE poisson ; j'.oAAe, colle ). Dans les art cles Colle de poisson, Bièbe, Esturgeon , nous avons décrit! préparation et les usages de cette substance; il nous reste! parler ici de la théorie de son effet dans la plus importante 4 ses applications , et la seule pour laquelle il a été jusqu’à prisent impossible de remplacer la colle de poisson par aotœ autre substance.
- Cette théorie n’était pas connue avant les recherches que fl OU l’occasion de faire dans l’examen des produits envo# au concours de la Société d’Encouragement; jusqu’alors.! plupart de ceux qui s’étaient occupés de trouver une substaM propre à remplacer l’icthyocolle avaient dirigé leurs effort vers les moyens d’obtenir de la Gélatine la plus pure possible-Ils suivaient ainsi une fausse route, ainsi qu’on le verrap1 les faits suivans.
- La Gélatine ( V. ce mot ) obtenue en traitant d’üne manies convenable les tendons, la peau ou les os des animaux,*• enfin l’icthyocolle elle-même, lorsqu’elle a été converti*
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- ICTHYOCOLLE. g5
- ch gélatine par sa dissolution dans l’eàu chaude, sont incapables d’opérer la clarification de la bière.
- Cette différence remarquable entre deux substances presque identiques chimiquement devait-elle être attribuée à. leur contexture particulière? .Ce fut ce que je me proposai de re-connaître , supposant que dans ce cas l’action de l’icthyocolle dans la clarification pourrait être en quelque sorte mécanique, et résulter du simple dépôt de ses fibres divisées dans toutes les parties du liquide ; afin de m’en assurer, j’examinai à l’aide d’nn bon microscope la contexture de l’icthyocolle dans les différens états où elle est amenée successivement avant son emploi dans la clarification. Battue, et détrempée à froid pendant trente-six heures , elle offre une réunion de membranes fibreuses ; malaxée entre les doigts, et réduite ainsi en bouillie gélatineuse, elle présente un grand nombre de fibres droites nacrées disséminées dans l’eau. Le tout délayé dans du vin blanc donne un plus grand volume d’une substance gélatineuse plus consistante ; celle-ci laisse voir une multitude de fibrilles excessivement déliées , souples, rameuses , répandues dans toutes les parties du liquide. Si la proportion du vin blanc était trop forte, ces fibrilles échappaient en partie au microscope.
- Cette sorte de réseau pouvait expliquer la clarification , si l’on supposait qu’il pût se précipiter en entraînant tous les corpuscules en suspension; cependant, délayé dans l’eau, il conserva un volume si considérable, qu’il semblait incapable d’entraîner les substances qui troublent la transparence de la bière. Je pensai alors que dans ce liquide quelque agent chimique pouvait déterminer le resserrement ou la précipitation de l’icthyocolle.
- J’essayai donc de la mettre isolément en contact dans l’eau avec chacun des principes que l’analyse a démontrés dans la bière. Des solutions faibles d’hydrochlorate, de sulfate de potasse, d’huile essentielle ; un liquide légèrement sneré ; de l’eau chargée de sels calcaires ; de l’alcool plus ou moins étendu ; une solution de mucilage ; de l’eau légèrement ami—
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- lacée ; aucun de ces liquides ne paraissait agir d’une ma. nière convenable sur l’icthyocolle. Je songeai à la levure qui se trouve en suspension dans la bière trouble : quelques gouttes de levure délayée furent ajoutées dans de l’eau purei et la rendirent un peu louche. De l’icthyocolle prépara comme pour la clarification de la bière y fut alors ajoutée dans la proportion d’un centième : on secoua le tout vivement puis on laissa en repos. Au bout d’une minute , on vit distint-tement apparaître des flocons fibreux qui , s’agglomérant et se resserrant sur eux-mêmes, forcèrent le liquide à traverser leurs mailles innombrables ; le réseau se précipita, entraînant avec lui toutes les particules qui troublaient la liqueur ; celle-ci resta diaphane.
- Cette expérience parut concluante : répétée plusieurs fois en faisant varier un peu les proportions, elle présenta la mêmes phénomènes. Cependant lorsque la levure ou l’icthyo-colle furent, à dessein, ajoutées en grand excès, la clarifi» cation n’eut pas lieu.
- Les nouvelles données acquises par les observations ci-dessus ont déterminé la Société d’Encouragement à modifier le programme du prix pour la préparation d’une substance propre à remplacer l’icthyocolle dans la clarification de k bière. Les concurrens, bien certains maintenant qu’ils ne sait raient trouver cette succédanée dans la gélatine, quelque pure qu’elle fût, chercheront parmi les substances fibreuse! végétales ou animales, celles qui seraient susceptibles de former un réseau dans la bière , de se contracter dans ce liquide, sous l’influence de l’un des principes qu’il contient.
- La contexture fibreuse des diverses substances animales avec lesquelles on prépare la gélatine semblait indiquer des propriétés analogues à celle de la colle de poisson , pourvu qu’elle fussent extraites sans être désorganisées par l’ébullition dans l’eau. J’ai essayé l’une d’elles seulement : des os de pieds &t moutons, traités par l’acide hydrochlorique affaibli, ont laissé à nu la matière animale ; celle-ci, lavée jusqu’à épuisement, pilée dans un mortier et malaxée dans les doigts,
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- n’a donné que des fibres grossières, que je n’ai pu réduire en fibrilles semblables à celles de l’icthyocolle, ni rendre propres à la clarification de la bière.
- La réaction chimique que la levure opère sur l’icthyocolle, offre un nouveau moyen de clarifier les liquides à froid, dont il pourra être utile d’essayer les applications dans certaines circonstances. P.
- ICONOSTROPHE ( Technologie). En l’année 1793 il fut fait à la Société Philomatique un rapport très intéressant sur une invention d’un instrument d’Optique très curieux, inventé par M- Bachelier. C’est de ce rapport que nous allons extraire ce qui suit.
- « Le nom de cet instrument indique la propriété qu’il a de renverser les objets à la vue : c’est un prisme , dont deux de ses faces, savoir, celle qui se tourne vers l’objet et celle par où l’œil regarde, peuvent faire entre elles un angle depuis 72 jusqu’à 90 degrés, suivant la nature de l’œil qui s’en sert. Ce prisme est logé dans un tuyau conique, ajusté sur une monture de besicles, en sorte qu’on peut le porter sur le nez comme les lunettes ordinaires ; il n’empêche pas d’y mettre en même temps celles-ci, et l’on peut se servir alternativement de l’un et de l’autre de ces instrumens sans les déranger. La propriété qu’a le prisme de renverser les objets à la vue, quand on les regarde au travers des surfaces indiquées plus haut, est connue depuis long-temps : elle est due à ce que le rayon de la lumière, pénétrant la surface du prisme plus dense que l’œil, se brise en entrant et en sortant ; et l’on sait que, dans ce cas, ses rayons, loin de pénétrer l’air, rentrent dans le prisme pour ressortir par sa troisième face. En rentrant dans le prisme, les rayons se croisent, et l’œil qui les reçoit voit, comme on se le figure aisément, l’objet renversé. Cette disposition du prisme lui donne d'ailleurs l’avantage de n’offrir aucune espèce d’iris.
- » M. Bachelier s’est proposé, en inventant son instrument, d’aider les graveurs et les dessinateurs qui sont obligés de faire des copies à contre-sens de l’original, qu’ils peuvent voir, Tome XI. n
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- a,u moyeu de Ficonostrophe, dans le sens de leur travail, quelque position qu’ils veuillent lui donner; car le tuyau qui porte le prisme étant mobile sur son centre , en le faisant tourner, on peut amener en apparence les objets dans la position qu’on veut. Les miroirs produisent, il est vrai , les mêmes effets, et les graveurs en font ordinairement usage pour les obtenir ; mais ils ne rendent pas les objets aussi nettement qu’on les voit à. travers un. prisme de cristal ; ils doublent les distances de l’image de l’objet à l’œil, et ils sont bien plus etn.barrassans à disposer, s’il s’agissait surtout défaire souvent changer en apparence l’objet de position. »; t.
- IDIO-ÉLECTRIQUE ( Arts physiques). On donne ce nom aux corps non conducteurs de l’électricité ; lorsqu’on les frotte, ils. manifestent la présence de ce fluide, qui reste engagé à leur surface. Le terme idio-élçctrique signifie électrique par soi- meme , par opposition aux corps conducteurs., qu’on nomme, artélectriques, qui ne sont électriques que par communication et lorsqu’on les a isolés, ( V. Électricité. ): Fr.
- IF {Agriculture). Cet arbre , toujours vert, est nommé Taxits ÿaccata par les botanistes, et produit au printemps de petites baies oblongues , visqueuses , douceâtres au goût, et qu’on accuse à tort d’être malsaines. L’if habite les contrées tempérées du midi de l’Europe, et cependant il est très robuste et croît sur des montagnes très froides et des coteaux ombragés, secs et pierreux. On le multiplie aisément de semences, de boutures, ou de branches couchées : celui qui vient de semences croît plus lentement ; mais il devient plus fort et mieux enraciné. La graine d’if est mûre en septembre; on peut la laisser plus long-temps sur l’arbre, mais il faut la garantir des oiseaux, qui en sont.très avides. On la sème avec sa pulpe , sur-le-champ ou l’année suivante, soit au printemps, soit à l’automne : on gouverne le semis comme celui de Hocx. Les boutures se font en avril, par an temps humide, et avec de jeunes branches, et l’on arrose fréquemment. L’if, dans ses premières années, redoute beaucoup, comme tous les arbres verts, le hâle de mars, et il convient
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- de i’en garanti* par une bonne. exposition ou dçs palissades. Le jeune if se transplante en avril ou en septembre, par uu temps doux. . ,
- Ordinairement l’if est destiné,, dans les jardins , à prendre par la taille diverses formes., auxquelles il se prête très bien ; son feuillage , sombre , et triste, , rompt l’uniformité de la verdure des bosquets. On en fait des baies de. clôture, dgs banquettes, des pyramides, des vases, etc. Le mois de juillet est le plus propre à la taille de l’if : son bois est rougeâtre, veineux, flexible, très dur, très fort et presque incorruptible ; on l’emploie en menuiserie et en ébenisterie. Les grosses racines sont surtout recherchées, parce qu’ellgs offrent, des nœuds et des accidens qui permettent d’en faire dejoJis meubles. Fr.
- IGNAME- Nom d’une espèce de, plante qui ressemble à la patate, et qu’on fait croître de boutures : ses tiges sont carrées et rampantes ; ses racines sont grosses et longues, .et d’uné chair blanche , succulente et farineuse. On. mange .ces-racines cuites, et elles tiennent lieu de pain en Afrique, en Guinée et dans les Indes, où l’igname croît naturellement. C’est tout ce qu’il nous est permis de dire ici à ce sujet, Fr.
- IMPERMÉABLE. On qualifie ainsi, dans les Arts , tout tissu ou étoffe imprègne' d’une des matières suivantes, que l’eau ne peut dissoudre ni traverser :
- L’huile de lin rendue siccative par l’oxide de plomb ;
- La même huile tenant en solution une petite quantité de caout-chouc ;
- Le Caoçt-cîiouc étendu à l’état de suc e'mulsif, ou en solution dans une huile essentielle, et déposé à la superficie et dans les interstices des tissus par la dessiccation du liquide qui lui servait de véhicule ;
- Les goudrons végétaux ou minéraux, enduits à chaud à la brosse, ou insérés entre deux toiles par la pression de. cylindres ;
- Lue solution de savon imbibée dans un tissu, puis, décomposée là par une solution d’alun ; réaction de laquelle résulte un mélange d’acides gras et d’alumine, qui s’insinue
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- dans tous les interstices, les remplit et s’oppose à ce que l’eau
- puisse les traverser ;
- De la gélatine dissoute à chaud, imprégnée dans une étoffe, puis tannée ( ou rendue insoluble ) par une infusion de tan ou de noix de galle, produit le même effet.
- Les détails des différens procédés que nous venons d’indiquer seront donnés à l’article Tissus imperméables et Toiles cirées.
- On prévient les infiltrations de l’eau dans les plâtres et les pierres tendres, à l’aide d’enduits de bitume ou de Mastic bitumineux. MM. Thénard et D’Ârcet ont rendu les divers objets en Plâtre susceptibles de résister à la pluie, à la vapeur d’eau, en faisant pénétrer dans leurs pores un mélange liquéfié à chaud d’huile de lin siccative , de savons insolubles et de résine ou de cire. P.
- IMPORTATIONS {Commerce). Ce terme s’entend des objets de commerce qu’on tire de l’étranger. Si la valeur totale des importations est égale à celle des exportations , ôn dit qu’il y a balance ; dans le cas contraire, on regarde le commerce étranger comme favorable ou nuisible, selon que les exportations sont plus ou sont moins considérables que les importations. Mais comme on n’obtient jamais une marchandise que sous la condition de donner en échange une autre marchandise de valeur égale, il est clair qu’il y a toujours balance, et que la notion précédente est le résultat d’un jugement faux, fondé sur l’opinion que l’or et l’argent ne sont pas des marchandises. Comme ce sujet a été traité à l’article Balance du commerce , nous n’y reviendrons pas ici. Fr. •
- IMPOSTE {Architecture). C’est le lit de pierres sur lequel on établit la naissance d’une voûte. On donne aussi ce nom aux moulures qui couronnent un pied-droit* sous la naissance d’une arcade, et qui sert de base à un Cintre appelé Archivolte. {V. Architecture.) Fr.
- IMPOT, IMPOSITION {Commerce). On distingue trois sortes d’impôts, savoir : i°. Y impôt direct ou foncier, qui se perçoit sur les personnes et sur les immeubles ( V. Cadastre ) ; on range dans cette classe les patentes et l’impôt sur les portes et
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- IMPRESSION DES TOILES, etc. fenêtres; 20. Y impôt indirect, qui frappe la plupart des objets de consommation, tels que les vins, eaux-de-vie, bières, cidres, cartes à j ouer, tabacs, sels, postes ; les loteries, octrois, poudres, papiers timbrés, etc.; 3°. les droits de douane ou d’entrée aux frontières, et celui de navigation sur les rivières. Ces impôts sont perçus par des préposés spécialement établis pour cet objet par le Gouvernement.
- Les impôts sont destinés à fournir aux besoins de l’État, qui doit veiller à la sûreté publique , à la défense du pays, à l’exécution des lois, etc. ; donner l’instruction à la jeunesse ; se faire représenter dignement tant à l’étranger que dans l’intérieur ; ordonner les constructions monumentales qui conviennent à la prospérité du pays ; soutenir les Arts , les Lettres et les Sciences, etc. Mais le Gouvernement ne doit jamais élever les impôts au-delà du terme nécessaire pour remplir ces diverses obligations, ni répandre en superfluités et en sinécures les fonds destinés à des emplois utiles; car l’impôt s’ajoute toujours à la valeur propre de la marchandise , sans lui donner aucune qualité nouvelle ; le prix s’en élève d’autant, et elle arrive à dépasser les facultés d’une classe du peuple qui, sans l’impôt, en aurait pu jouir, et est obligée de s’eu imposer la privation. ( V. le Discours préliminaire. ) L’impôt diminue donc la consommation , au point qu’on a vu le produit diminuer lorsqu’on accroissait le droit du fisc ; sans compter que la contrebande étant alors plus intéressée , devient plus active. La limite d’un impôt est donc le point où une augmentation quelconque produit une diminution dans le résultat ; et ce point varie avec l’état de prospérité nationale et avec plusieurs circonstances. ( V. Commerce , Droits, Douane. ) Fr.
- IMPRESSION DES TOILES ET DES ÉTOFFES en général. L’art d’imprimer les toiles et les étoffes, en général, consiste à fixer sur l’une de leurs faces des figures quelconques diversement coloriées et inaltérables , qui les recouvrent en partie, tandis que le reste conserve sa couleur.
- Cette impression s’exécute aujourd’hui au moyen de plan-
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- ches ou dé cylindres convenablement gravés , avec lesquels on applique d'abord sur les endroits des e'toffes qu'on veut colorier, Une substance liquidé qu’on appelle mordant, et dont la propriété est de disposer le tissu à prendre la couleur d’un bain de matières tinctoriales , telles que la Garance , la Gacde , le Quercitrov , etc., dans lequel on plonge l’étoffe, comme pour la teinture ordinaire. La matière colorante de ces substances s’attachant ou se combinant fortement avec les parties imprégnées du mordant, il en résulte, pour ces seuls endroits, des couleurs vives et inaltérables, tandis que ne tenant que faiblement sur les autres parties non imbibées du mordant, on la fait disparaître par un simple lavage à l’eau courante, et l’exposition pendant quelques jours sur lè pré, en mettant l’envèrs en dessus.
- L’impression sur les étoffes de matières animales , laines et soie, se fait par l’application directe des couleurs mêmes, qu’on fixe ensuite par des procédés particuliers, que nous expliquerons plus tard.
- On voit donc que l’art d’imprimer les étoffes, en général, se compose de deux parties fort distinctes : i°. de procédés mécaniques, tant pour la gravure des planches et des cylindres , que pour l’application des mordans ou des couleurs sur les étoffes ; 20. de procédés chimiques pour la composition des divers mordans et des diverses couleurs. Ainsi, un imprimeur en indienne doit posséder non-seulement la théorie, mais encore la pratique de ces deux sciences.
- Notre objet, dans cet article, n’est pas d’entrer dans les détails minutieux des procédés que cet art comporte ; outre qu’il faudrait pour cela l’avoir pratiqué et connaître ce qu’on appelle dans tout état le tour de main, chose que nous ne possédons pas, un pareil travail nous mènerait trop loin. Nous n’en parlerons ici qu’en termes généraux, pour faire connaître les principes sur lesquels cet art repose aujourd’hui. Il paraît qu’il a pris naissance dans les Indes ; mais, grâce aux découvertes de la Chimie moderne et au perfectionnement de la gravure et des procédés mécaniques, nous sommes par-
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- venus très rapidement en Europe à surpasser les Indiens, par la beauté et la solidité des couleurs , par l'élégance et le bon goût des dessins, la netteté et la rapidité de l’exécution.
- M. Oberkampf a le premier, en France , élevé à Jouy, près de Versailles, un grand établissement pour cet objet. Associé avec M. Widmer, mécanicien et chimiste, et guidé dans ses procédés de fabrication par les conseils des plus grands chimistes de la capitale, MM. Berthollet, Welter, Bonjour, etc., cette manufacture est restée long-temps sans rivales, et valut â son propriétaire une fortune immense. Elle a eu pendant long-temps une réputation européenne pour la solidité des couleurs, le choix et le bon goût des dessins. Jusqu’en 1800, Fimpression s’y est faite à la planche de cuivre gravée, soit an poinçon, soit à la manière usitée pour l’impression en taille-douce. ( V. Gbavure.) On avait imaginé des machines très ingénieuses, à mouvement de rotation continu, qui chargeaient la planche de mordant, l’essuyaient, faisaient avancer la toile et la pressaient très fortement contre la planche , où elle s’imprégnait de mordant : une pièce se trouvait ainsi imprimée en Un nombre de reprises égal au nombre de fois qu’elle contenait la largeur de la planche. Les couleurs supplémentaires étaient ensuite mises à la main avec des planches de bois gravées et en rapport avec la première planche, comme cela se pratique encore aujourd’hui, ainsi que nous l’expliquerons tout à l’heure.
- Ce fut vers l’année 1801 qu’on essaya, à Jouy, d’imprimer avec des cylindres de cuivré gravés. On vit de suite quel immense avantage aurait ce mode, opérant sans interruption, sur le mode usité, où chaque reprise de la planche , quelque exacte que fût la machine à imprimer, pouvait facilement se remarquer ; mais on ne trouva pas de suite le moyen de lever toutes les difficultés qui se présentèrent en grand nombre. Il était, par exemple, très difficile d’obtenir, dans l’état où se trouvaient alors nos fonderies, des cylindres de cuivre rouge ou jaune absolument sans défauts à leurs surfaces, et portant 5 ou 6 pouces de diamètre sur 3 â 4 pieds de long ; il fallut
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- s’habituer à graver sur des surfaces convexes, et composer une presse nouvelle.
- C’est à peu près à cette e'poque que fut invente'e, à Munich, la lithographie. Marcel de Serres, qui se trouvait alors dans cette ville , proposa l’emploi des cylindres de pierre pour l’impression des toiles, du papier, etc. Nous ignorons si l’essai en fut fait ; mais nous n’he'sitons pas à dire que les procèdes lithographiques ne nous paraissent pas de nature à être appliqués à cette sorte d’impression , pas plus que les cylindres métalliques gravés en relief, ou portant des dessins particuliers appliqués sur leurs surfaces, pour lesquels MM. Chau-mette et Straubarth avaient pris des brevets d’invention.
- On a essayé, il y a quelques années, de faire des cylindres en pierre dure , mais persillée. Cela ne produisait qu’un gribouillage, sans régularité, qui blessait la vue et offensait le bon goût. Ce n’est que dans ce qu’elle a de beau, qu’il faut imiter la nature. Cette invention, pour laquelle on avait pris un brevet, n’eut aucun succès.
- Pendant que nous cherchions à perfectionner l’usage du cylindre, les fabricans de Manchester avaient déjà formé des établissemens immenses où l’impression se faisait uniquement par ce mode nouveau. Ils avaient surmonté toutes les difficultés. Ils avaient d’abord fait leurs cylindres avec des planches épaisses de cuivre rouge, dont le joint presque imperceptible était soudé à l’argent ; mais cette couture longitudinale étant plus dure que les autres endroits du cylindre, était un inconvénient pour la gravure , surtout quand on l’exécute par le moyen de la molette et même du poinçon. Ils ont cherché et ils ont trouvé des procédés par lesquels ils obtiennent des cylindres coulés creux en cuivre rouge, dont la surface, après avoir été écrouie et tournée, se trouve parfaitement homogène et sans défauts. Je ne sais comment expliquer pourquoi, en France, nos fondeurs ne sont pas encore parvenus aujourd’hui à les imiter parfaitement en cuivre rouge ; ils ne font bien que les cylindres en cuivre laiton ou jaune, sur lequel la gravure ne se fait pas aussi facilement ni aussi nettement que sur le cuivre rouge.
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- La fabrication des cylindres, les divers modes de gravure adopte's pour cet objet, la composition des mordans, l’apprêt particulier des étoffes, étant d’une grande importance pour la branche d’industrie dont il s’agit, nous croyons devoir nous y arrêter un moment, avant de passer à l’explication spéciale des procédés de l’impression.
- Fabrication des cylindres. Dans l’état actuel de cette fabrication, il existe trois sortes de cylindres : i°. les cylindres en cuivre jaune, pleins ou creux ; 20. ceux en cuivre rouge, creux ; 3°. ceux en cuivre rouge tirés à la filière sur des mandrins en fer servant d’axe.
- Les difficultés qu’on avait d’abord rencontrées dans la fabrication des cylindres en cuivre jaune paraissent avoir été surmontées complètement par M. Tbiébault fils, fondeur, rue du Ponceau, à Paris ; il en livre journellement au commerce un assez grand nombre, enarbrés, tournés et prêts à recevoir la gravure. Ges cylindres, fondus ordinairement pleins, avec une très forte masselotte ou surcharge de métal, et à un diamètre de quelques lignes plus gros qu’ils ne doivent porter, étant finis, sont battus ou écrouis à coups de marteau dans toute l’étendue de la surface, afin de resserrer les pores du métal et d’en faire disparaître toutes les gerçures ou piqûres.
- Cet écrouissage étant terminé, le cylindre est porté sur un tour à percer, où on le fore par son centre dans la direction de son axe, comme un canon. Ce trou est percé de part en part, si le cylindre doit s’ajuster sur un axe général qui sert à plusieurs , lequel axe étant légèrement conique , exige que le trou soit de même forme, ce qui s’obtient au moyen d’un alésoir. Mais il paraît qu’on trouve plus commode que chaque cylindre porte ses tourillons. Dans ce cas , on ne perce les bouts qu’à environ 6 pouces de profondeur, où chaque tourillon est fixé à vis, et tellement serré, que le travail sub -séquent à faire, tant sur les tourillons que sur le cylindre, ne puisse les ébranler.
- A cette occasion, je crois devoir faire la remarque qu’on s épargnerait bien de la main-d’œuvre en faisant les collets
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- delà même matière que les cylindres, comme cela se pratique dans.les cylindres de laminoir, dût-on les laisser plus forts pour compenser la différence de force du fer au cuivre; il ne s’ensuivrait pas une augmentation de frottement de quelque importance, et l’on simplifierait beaucoup la fabrication des cylindres.
- L’opération du tour ne présente rien de particulier que je doive décrire ici : on a pour cela un Tour parallèle { V. ce mot), qui reçoit le cylindre dans des collets fixes, et non sur des pointes, tandis qu’un outil qui se meut parallèlement à l’axe du tour forme un cylindre exact, dont on unit la surface avec un rôdoir et de l’émeri fin ou dù rouge d’Angleterre.
- La fabrication des cylindres en cuivre rouge, tels qu’on les fait aujourd’hui en Angleterre, sans soudures, fondus creux; n’a pas eu jusqu’à présent en France un plein succès. Les premiers essais n’ayant pas réussi, on s’est découragé. On à abandonné une entreprise qui , dirigée comme il font, pouvait donner de grands bénéfices. Les imprimeurs d’étoffes lés recherchent toujours de préférence aux cylindres de cuivre jaune, par la raison que le cuivre rouge est plus propre à recevoir la gravure que le cuivre laiton, et que par sa nature il résiste mieux et plus loug-temps à l’action corrosive dès acides qui entrent dans la composition des mordans. On peut justement être étonné que la Société d’Encouragement pour l’industrie nationale, dont les concours annuels excitent tant d’émulation , n’ait pas appelé l’attention publique sur cet objet, ainsi que sur la gravure de ces mêmes cylindres, par l’attrait d’une forte récompense.
- Voulant contribuer autant qu’il est en moi à mettre sur la voie de ces recherches , je vais consigner ici ce que j’ai vu à un de mes derniers voyages en Angleterre , dans une fabrique de cylindres à Manchester, où je fis l’acquisition de celui qu’on voit parmi les échantillons anglais au Conservatoire des Arts et Métiers. Ce cylindre, d’environ 5 pouces de diamètre, fut apporté brut, sortant de la fonderie ; dans l’atelier des tours, pour être enarbré et tourné. 11 avait été coulé dans
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- une lingotière ou moule 'en fonte , en coquille sur un noyau de fer légèrement Conique, qui lui servait dans ce moment d’âxê, niais dont le gros bout sortait d’environ 12 pouces, tandis que sa saillie dû côté du petit bout n’était que de 3 ponces : ce cylindre fut posé horizontalement dans une gorge pratiquée sur un gros bloc de fonte, où. cinq Ou six ouvriers le battirent avec des marteaux à main sur toute sa surface, pendant qu’un autre ouvrier le faisait tourner sur lui-même, au moyen d’un levier passant à travers la tête de la broché servant d’axe. L’effet de ce forgeage ayant rendu la broche libre, le cylindre fut dressé debout, la tête de la broche en bas, et par l’autre bout percé d’un trou l’on passa une chaîne dont le prolongement allait faire le tour d’une poulie de renvoi placée au-dessus à environ 15 pieds de haut. Le cylindre, élevé à cette hauteur par le moyen de la chaîne, comme dans la sonnette à battre les pieux, retomba librement sur un refouloir de fonte placé au-dessous ; ce choc fit enfoncer la broche d’environ un pouce. Cette même opération fut répétée cinq ou six fois, jusqu’à ce que la broche eût été enfoncée à une marque déterminée, dont la grosseur se trouvait être égale à celle de Taxe sur lequel le cylindre devait être tourné ; alors, retirant la broche, on mit le cylindre sur son axe, et puis on le tourna comme nous l’avons dit pour le cylindre de cuivre jaune. Nous devons dire ici qu’on a une forte ïnachine à vis avec laquelle on enfonce l’axe dans le cylindre , laquelle machine sert également à le retirer; car, dans ce système de cylindre, on n’a besoin que d’un axe pour tous.
- On fabrique en Angleterre une autre espèce de cylindre dont l’enveloppe est en cuivre rouge et mince, et le noyau ® fer. Cette enveloppe ou chemise étant placée sur son noyau, on fait passer le tout dans une lunette de filière, qui écrouit b surface en même temps que le cylindre se trouve arrondi, ce qm ne laisse presque rien à Faire au tour. Un Anglais, M. At-T0°d, a formé à Rouen une fabrique de cylindres de cette espèce.
- Gravure des cylindres. On grave les cylindres de trois manières
- fférentes : i°. au poinçon,- 20. à la molette ; 3°. à l’eau-forte.
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- La gravure au poinçon est la seule • dont on ait fait usags jusqu’à ces derniers temps. Tout consiste à faire le poinçon, dont le bout gravé a la courbure du cylindre, et à Rappliquer sur la surface de celui-ci d’une manière régulière.
- À cet effet, le cylindre est placé sur un tour qu’on nomme machine à graver; il y est maintenu par ses tourillons dans des collets fixes qui lui permettent de tourner sur lui-même; un plateau divisé est fixé sur un des bouts de l’axe, et sert à en régler le mouvement de rotation. Le poinçon gravé est tenu au-dessus dans une poupée qu’on fait mouvoir parallèlement au cylindre, le long d’une forte barre de fer, au moyen d’une vis de rappel dont la tête porte également, comme l’aie du cylindre, un plateau divisé qu’une alidade arrête à chaqae division. Cette même poupée porte au-dessus du poinçonna petit mouton qu’on fait jouer à l’aide d’une pédale , et dont la chute peut être plus ou moins grande, suivant la force de percussion qu’il faut exercer sur le poinçon pour l’imprimer sur la surface du cylindre.
- On voit qu’au moyen de ces dispositions, on peut non-seulement appliquer le poinçon d’une manière régulière sot tout le contour du cylindre, mais encore dans le sens de sa longueur, et à des intervalles parfaitement régularisés, le cylindre ainsi poinçonné partout, on donne au burin ou avec d’autres poinçons les coups de force que comporte le dessin qu’on veut exécuter sur l’étoffe, tout en ne perdant pas de vue que les creux seuls, ainsi que cela a lieu dans l’impression en taille-douce , représentent le dessin. Toute la difficulté' est dans la gravure du poinçon. Aussi a—t-on dans chaque manufacture , pour cet objet, un ou plusieurs graveurs d’un talent distingué, auxquels on donne des traitemens qui vont jusqut sept ou huit mille francs par an.
- Feu M. White, habile mécanicien de Manchester, a déchet gravé dans un ouvrage qu’il a publié sur les machines 4; son invention, intitulé Une Centurie, une machine à gravît au poinçon, qui opère par mouvement de rotation et p1 pression. Le cylindre à graver est maintenu par ses toùrilbtf
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- dans des collets fixes, où il tourne librement sur lui-même ; le poinçon est engagé dans un axe en fer d’une forte dimension , placé parallèlement au cylindre , lequel axe , tout en tournant sur lui-même, a aussi là faculté de se mouvoir dans le sens de sa longueur, dans des poupées fixes. Le cylindre et cet axe sont assujettis à se mouvoir dans des sens contraires par le moyen de roues d’engrenage montées sur leurs axes, de sorte que le cylindre se meuve avec une vitesse accélérée ou retardée d’une quantité égale à la distance qu’on veut qu’il y ait d’un coup de poinçon à l’autre , prise dans le sens du contour. On sent qu’alors il doit y avoir entre le rayon du cylindre et la longueur du poinçon, prise depuis le centre de l’axe qui le porte jusqu’à l’extrémité gravée, le même rapport qu’entre les roues d’engrenage, sans quoi il en résulterait un glissement du poinçon contre la surface du cylindre, qui ne permettrait pas d’avoir une empreinte nette.
- Le cylindre ayant achevé une révolution, l’outil se porte de lui-même vis-à-vis une autre rangée qu’il exécute de même, ainsi de suite jusqu’à l’autre bout. Pour qu’il y ait exactitude dans l’espacement des coups de poinçon, il faut que la denture des roues d’engrenage ne permette aucun jeu. M. White y a employé sa denture en hélice. O11 aura remarqué que le bout du poinçon destiné à être gravé doit être de forme cylindrique convexe , afin de s’appliquer exactement dans tous ses points sur la surface du cylindre.
- Gravure à la molette. Cette gravure, qu’on commence à exécuter avec une grande perfection , sans faire abandonner complètement la gravure au poinçon, la remplacera généralement pour les dessins continus, à points groupés, à palmes krges : elle sera encore adoptée par raison d’économie ; car ce mode, extrêmement prompt, permet d’avoir la gravure d’un cylindre pour 3oo à 4°° fr., tandis que la même gravure exécutée au poinçon coûte de 5 à 700 fr.
- bous n’expliquerons pas ici complètement le procédé de graver sur la molette et d’en tirer des empreintes ; procédé d ailleurs qui ne diffère pas essentiellement de celui de la gra-
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- IMPRESSION DES TOILES, etc, vure des poinçons,. des coins à frapper la monnaie, les mé. dailles, ( V. Molette.) Nous dirons, seulement que la molçtte matrice, ainsi que celle qui doit servir à graver le cylindre, doivent être d’acier fondu de la première qualité, et avoir® diamètre dans un. rapport exact avec celui du cylindre.
- Pour exécuter la gravure d’un, cylindre à la molette , or a une machine analogue à celle dont - on se sert pour graverai poinçon ; celui-ci est remplacé par la molette, qu’on press fortement contre le cylindre à l’aide de deux leviers, tellement, combinés, qu’on puisse, avec un poids de 8 à 10 kilogrammes, exercer une pression de *2- à i5ooo kilogrammes, suivant la dimension de la molette, la profondeur de la gravure et la dureté du métal. Cette molette est disposée de manière à ee que son axe prenne, au besoin, une position parallèle, oblique ou- perpendiculaire à celui du cylindre, pour pouvoir graver annulairement,. en hélice ou dans le sens longitudinal. Pour conserver à la molette et au cylindre le mouvement simultané, leurs axes portent des roues d’engrenage qui les y assujettissent, (V. au mot Machines. )' Gravure des cylindres à Peau-forte.. Cette gravure s’ese'cttf comme celle eu Taille-Douce. ( V. ce mot, ) Le cylindre étant entièrement recouvert d’une couche de vernis au gras et opaque, est placé sur un tour à guillocher, au moyen duquel et d’une pointe , on forme sur sa surface le dessin qu’on veut avoir, par l’enlevage du vernis. On peut faire aussi ces dessins à la main , comme pour le cas de la taille-douce. Le métal étant mis à nu, on plonge le cylindre dans un bain d’acide nitrique, d’où, au bout de quelques heures, on le retire tout gravé. Ce mode de gravure, quoiqu’il)8'1 beaucoup à retoucher à la main, paraît promettre encore pta d’économie que la gravure à la molette On fait très facilement de cette manière de simples traits parallèles , ou s’enlacent dans des directions quelconques.
- Mordans. Les mordans le plus généralement employés dans l’impression des toiles sont Vacétate d’alumine et Yacétati de fer. ( F'. Mordavs. ) On les applique sur les toiles a0
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- IMPRESSION DES TOILES, etc. moyen des cylindres ou des blocs sur lesquels on a gravé les dessins qu’il s’agit d’imprimer. Il est essentiel que les mor-dans ne s'étendent pas au-delà des limites du dessin, et ne se mêlent pas ensemble quand on en emploie plusieurs à la fois ; car une des beautés des impressions des étoffes est d’être nettes. On conçoit donc qu’il faut donner à ces mordans une consistance telle, qu’ils ne puissent pas s’étendre au-delà des traits du dessin, Qn remplit ce but en les épaississant avec de la colle de farine, de l’amidon, ou avec de la gomme arabique : cette dernière substance est indispensable, mais en faible dose, Cet épaississement, dont l’expérience seule peut indiquer l’intensité, nuirait à l’effet des drogues tinctoriales s’il avait trop de consistance : la couleur ne prendrait pas ou prendrait faiblement sous une couche pâteuse.
- Afin d’apercevoir plus facilement les dessins sur les miles, les imprimeurs mêlent aux mordans une légère dose d’une décoction de la matière colorante qui doit servir à la teinture définitive.
- Les deux mordans dont nous avons parlé sont employés quelquefois mêlés ensemble dans différentes proportions.. Quelquefois on en mêle un ou tous deux avec une infusion de Sumac ou de Noix de galle. Par ces divers mélanges, on obtient plusieurs variétés de couleurs avec un même bain de teinture.
- Si le dessin d’une pièce de toile doit être imprimé en rouge, le mordant sera uniquement composé d’acétate- d'alumine , et la toile sera ensuite plongée, comme cela se pratique en teinture, dans un bain de Garance. Veut-on. que le dessin soit jaune, on substitue le bain de Quercitrox ou de Gaçde à celui de la garance.
- S’agit-il de donner à la fois des couleurs différentes à diverses parties de la toile , on l’imprègne de différentes sortes de mordans. Les dessins faits avec l’acétate d’alumine deviendront rouges, et ceux faits avec l’acétate de fer deviendront bruns à la teinture de garance; ils deviendront jaunes et olive à la teinture du quercitron ou de la gaude.
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- L’acétate de cuivre, avec ces dernières substances tinctoriales , donne du vert.
- Nous verrons, dans la description de la machine à imprimer , le moyen qu’on emploie pour appliquer les mordans sur les toiles, soit au cylindre , soit avec les blocs grave's.
- Apprêt des toiles et des autres étoffes destinées à l’impres~ sion. Les toiles de coton ou calicots qu’on destine à être imprimés reçoivent un apprêt particulier ( V. Apprêt ) ; elles doivent être blanchies ( V. Blanchissage ) , grillées d’un seul côté {V. Grillage des étoffes), et passées, quand la teinte doit être générale , dans un mordant qui les dispose à prendre le fond de couleur qu’on veut avoir. Cette immersion se fait dans une auge au fond de laquelle se trouve un rouleau de renvoi, et au moyen de deux cylindres en cuivre superposés comme dans un laminoir, très pressés l’un contre l’autre, dont le supérieur est enveloppé à plusieurs doubles d’une toile fine. Les pièces de toile à imprégner, cousues à la suite l’une de l’autre au nombre de 4 , 5,6, plus ou moins , sont roulées sur un treuil à rebords ou grande bobine, qu’on place au-dessus de la machine à imprégner. Le bout de la toile, après trois ou quatre enlacemens à travers des barreaux de bois pour la faire étendre et tendre, va passer sous le rouleau du fond de l’auge, et puis , introduite entre les cylindres de cuivre, on la fait circuler en tournant ceux-ci dans le sens convenable et lentement, afin de donner à la toile le temps de s’imbiber ; elle se roule sur une seconde bobine semblable à la première , qu’on place sur le cylindre supérieur même. (V. cette disposition, Pl. 3o, fig. i, Arts mécaniques, représentée par une coupe transversale en élévation. ) A, auge en bois ; B, rouleau en bois placé au fond de l’auge ; G, cylindre inférieur en cuivre jaune ; D, cylindre supérieur également en cuivre jaune, mais enveloppé de plusieurs doubles d’une toile fine et bien tendue ; E, toile à imprégner roulée sur une bobine ; F, barreaux en bois entre lesquels elle passe, et qui ont pour objet de la retenir légèrement-, on voit qu’en faisant tourner le cylindre inférieur C dans le sens indiqué
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- par la flèche, la toile ira s’enrouler sur la bobine G, après avoir passe' dans le liquide ab contenu dans l’auge A, et après avoir éprouvé une pression entre les cylindres C,D qui, tout en l’égouttant, font pénétrer le mordant dans les fils du tissu.
- J’ai déjà dit qu’on ne fait subir cette opération qu’aux toiles dont le fond doit recevoir une teinte générale. Nous expliquerons plus tard comment on l’enlève dans les endroits qu’on veut faire revenir blancs ou d’une autre couleur, pour former des dessins : mais ces toiles , ainsi que celles qu’on imprime sans cet apprêt, sont soigneusement épluchées, épin-cete'es, brossées et grillées d’un seul côté, avant d’être livrées à la machine à imprimer.
- L’apprêt des étoffes de laine et de soie se fait d’une autre manière, qui sera expliquée en même temps que l’impression de ces étoffes.
- Actuellement, nous allons décrire la machine à imprimer au moyen des cylindres , et les procédés employés pour cet objet. ( V. pour la description de la machine , PI. 3o, fig. a, qui en représente une coupe verticale , avec l’appareil de séchage à la vapeur. )
- A, Cylindre gravé, maintenu par son axe dans une position horizontale, dans des collets de cuivre fixes, où il tourne librement, par l’effet d’un moteur quelconque, avec une vitesse très uniforme d’environ trente-six tours par minute. La communication du mouvement du moteur au cylindre est établie par un manchon coulant, qu’on manœuvre avec un levier d’ambréage.
- B, Réservoir ou auge en cuivre rouge, contenant le mordant dans lequel plonge une partie du cylindre A; il est porté sur une petite sellette en fonte qui occupe le milieu de l’intervalle, et qu’on monte et descend à l’aide d’un petit cric, que la figure ne représente pas, mais qu’on peut aisément imaginer.
- C, Ràcloire ou essuyeur du cylindre gravé, auquel, dans les fabriques, on donne le nom de docteur j c’est une lame mince d’acier fondu, maintenue dans toute sa longueur,
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- qui est égale à celle du cylindre, dans une pince à vis, au moyen de laquelle et de vis de pression, on la fait appuyer contre le cylindre, en même temps qu’on lui donne , dans le sens de sa longueur, un mouvement de va-et-vient. L’essuyeur est place' comme on le voit, dans le cas où la gravure du cylindre ne porte pas de lignes longitudinales dans lesquelles il pourrait entrer; mais quand il existe de ces lignes, on lui donne la position indiquée par la ligne ponctuée ab.
- D, Autre râcloire semblable à la première, mais placée derrière le cylindre, où elle n’a pour objet que de le débarrasser des matières cotonneuses qu’il entraîne quelquefois avec lui, et qui viendraient sans cela se mêler au mordant.
- Les imprimeurs ayant remarqué que les acides qui entrent dans la composition des mordans attaquaient et détruisaient très promptement les râcloires d’acier , les remplacent aujourd’hui par des râcloires faites d’une composition jaunâtre, très dure et élastique, qui n’a pas le même inconvénient que l’acier. Cette composition paraît être un mélange de cuivre rouge et de rognures de fer-blanc, dans la proportion de 12 à i.
- E, Cylindre de pression en fonte de fer, d’un pied de diamètre et de la même longueur que le cylindre gravé, et tenu dans le même plan vertical ; il est revêtu d’une ou de plusieurs chemises de flanelle ou de drap feutré , afin de lui donner un léger degré d’élasticité. Indépendamment de cette chemise d’étoffe de laine, on interpose encore entre les deux cylindres une toile sans fin cd, qui circule et garantit l’envéloppe de laine de l’impression des mordans. Cette toile doit être lavée et renouvelée souvent.
- Le cylindre E, bien que très pesant, serait loin d’exercer par son seul poids une pression suffisante : on y supplée au moyen des deux leviers en fer F, aux extrémités desquels on suspend des poids G et des bielles H, également en fer, qui transmettent la pression au cylindre par ses deux tourillons. On relève ce cylindre à l’aide d’un treuil à engrenage I et des cordes J passant sur les poulies K. Ces leviers sont placés à •7 ou 8 pieds de haut, pour qu’on puisse passer facilement
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- par-dessous; l’eusemble doit être fixe avec la plus grande solidité. Le bâti est en fonte, et forme' de deux montans réunis par des traverses boulonnées.
- Les pièces de toile à imprimer e'tant cousues les unes au bout des autres, et roulées , comme nous l’avons dit, sur de fortes bobines percées à leur centre d’un trou carré, sont mises sur un axe de même forme, au point L, en avant de la machine à imprimer. On rend cette bobine un peu dure à tourner au moyen d’un frein ou d’une corde pressant sur une poulie à gorge que porte l’axe, et cela afin de tendre la toile dans le sens de sa longueur, en avant des cylindres. Cette toile, au bout de laquelle on a eu soin de coudre une autre toile vieille et assez longue pour aller des cylindres jusque par-delà l’appareil de séchage à la vapeur X, vient passer sur le rouleau M et contre la barre de bois N dentelée obliquement à droite et à gauche, comme on le voit fig. 3, faisant correspondre le point A au milieu de la largeur de la toile. Ces cannelures divergentes, qu’on fait quelquefois en cuivre, ont pour objet de faire élargir la toile avant son entrée dans les cylindres ; mais indépendamment de ce moyen, il faut encore que deux ouvriers, placés de part et d’autre, la maintiennent avec leurs mains parfaitement tendue.
- Tout étant ainsi disposé, la pression exercée , le réservoir plein de mordant et monté, les râcloires pressées convenablement, on met les cylindres en mouvement; alors la toile, pressée entre les deux cylindres, vient successivement se faire imprimer en dessous par le mordant dont la gravure du cylindre se charge en tournant dans cette matière. La toile montant verticalement, va se dessécher dans un appareil à vapeur X placé à l’étage supérieur. Ce séchage artificiel et prompt, qui, en évaporant l’acide acéteux , permet au mordant de se combiner en plus grande proportion et plus intimement avec le tissu, accélère et abrège singulièrement le travail.
- Nous allons, avant de continuer à décrire les procédés de 1 impression, donner une idée de l’appareil à vapeur X , dont
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- on commence à faire usage dans les imprimeries d’indiennes, et que nous devons au génie inventif des Anglais.
- Cet appareil est composé de deux rangées de cylindres creux, au nombre de i3 , en cuivre rouge, d’un pied à 14 pouces de diamètre , sur une longueur de 4 à 5 pieds, dans chacun desquels la vapeur arrive d’une chaudière par un tube n';usté au centre de l’un des fonds des cylindres , portant une douille qui leur sert d’axe. Ce tube et cette douille sont réunis par une boîte à étoupe qui, tout en fermant hermétiquement le joint, permet cependant aux cylindres de tourner sur eux-mêmes. Chacun des treize cylindres , dont six forment la rangée inférieure et sept la rangée supérieure, porte contre le fond opposé à celui par où l’on admet la vapeur, des roues d’engrenage placées dans le même plan vertical, et qui, engrenant l’une dans l’autre, se transmettent successivement le mouvement que le premier cylindre reçoit du moteur même qui fait mouvoir les cylindres d’impression, par le moyen d’un arbre vertical et de roues d’engrenage d’angle. Les fonds des cylindres à vapeur, du côté par où elle est admise, sont munis de petites soupapes e qu’on nomme re-niflards, tenues légèrement appliquées en dedans de ces fonds par un ressort à boudin. L’objet de ces soupapes est de prévenir les accidens qui pourraient résulter du vide formé dans l’intérieur des cylindres par la condensation de la vapeur , en y admettant l’air atmosphérique aussitôt que la pression extérieure est plus forte que la pression intérieure.
- Sur le fond opposé, et en dedans du cylindre , est appliquée de champ une bande de cuivre façonnée en S, égale au diamètre du cylindre, et ayant un pouce de large ; elle recueille , en tournant avec le cylindre, l’eau de condensation qui se forme dans son intérieur, laquelle eau on détermine â venir vers ce bout par une pente presque insensible, et qu’elle jette par le centre à travers l’axe percé du cylindre , aboutissant à un tube qui la porte à un réservoir commun.
- Ces cylindres sont tenus, la rangée inférieure, par deux supports en fonte maintenus à distance par des entretoises en
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- fer, et la rangée supérieure , par des poupées fixées sur ces mêmes supports. Ne voulant ici qu’en donner une idée, je n’entre pas dans de plus grands détails. On peut d’ailleurs les trouver dans plusieurs ouvrages imprimés , par exemple, dans le n° 4 > IIe vol., de l’Industriel.
- La toile sortant d’être imprimée vient passer sur le premier cylindre de l’appareil, dont elle embrasse le contour supérieur ; elle redescend ensuite pour embrasser de même le contour inférieur du premier cylindre de la rangée de dessous, ainsi de suite jusqu’au dernier de la rangée supérieure , où elle s’enveloppe sur un rouleau P placé et maintenu au-dessus de ce cylindre, par des fourchettes en fer.
- Nous ferons remarquer ici que pour tendre la toile sur tous ces cylindres, et l’y faire appliquer avec force , on fait le dernier cvlindre un peu plus gros que les autres : alors l’excès de son diamètre, et par conséquent du développement de sa circonférence, exercera le tirage dont nous parlons. On conçoit, du reste, que la machine ne doit point s’arrêter tant cjue la toile y est engagée , parce que celle-ci se trouverait plus séchée dans des endroits que dans d’autres ; on conçoit encore qu’à la dernière pièce qu’on passe doit être attachée une pièce d’amorce en vieille toile , dont la longueur est suffisante pour aller depuis la machine à imprimer jusqu’au rouleau P de l’appareil.
- On imprime ordinairement les toiles à plusieurs couleurs, pour chacune desquelles le mox'dant doit être de nature différente. Alors on ajoute à la machine à imprimer un second cylindre gravé Q, égal en diamètre au premier, et portant le dessin qu’on veut intercaler. Cette disposition abrège beaucoup le travail, mais il est très difficile d’obtenir constamment la correspondance exacte entre les deux dessins : il faut, pour cela, que les cylindres , quoique rigoureusement égaux , soient commandés par des roues d’engrenage qui établissent entre eux le mouvement simultané. Du reste, ce deuxième cylindre est pressé contre le cylindre E au moyen des vis R, et il a ses râcloires, son auge à mordant, etc., comme le premier. Il
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- y a des imprimeurs qui ont essayé d’en mettre un troisième ; mais on trouve déjà tant de difficulté à surmonter avec deux, qu’il nous semble presque impossible d’aller au-delà. Les autres variétés de couleurs sont mises au bloc , c’est-à-dire avec des planches de bois gravées, portant des repères qui s’accordent avec le dessin formé par les planches ou les cylindres.
- A cet effet, il existe dans chaque fabrique de vastes ateliers garnis de tables recouvertes de tapis ou de couvertures de de laine. Les toiles à surimprimer, suspendues sur des traverses , sont amenées successivement sur ces tables, où des femmes, des enfans, leur appliquent les mordans supplémentaires au moyen des blocs mentionnés ci-dessus, en les frappant d’un ou deux coups de maillet, dès qu’ils sont mis à leurs repères. Ces blocs, gravés en relief, sont chargés à chaque fois de mordant contenu dans un baquet placé auprès de l’ouvrier, et qu’un enfant a soin d’étendre constamment avec une brosse, sur une peau qui surnage cette fausse couleur. On entretient la température de ces ateliers à 15 ou 20 degrés , afin d’opérer promptement la dessiccation des nouveaux mordans.
- Les toiles ainsi imprégnées du mordant et sèches, on les lave à l’eau chaude, jusqu’à ce que l’amidon , la farine ou la gomme qu’on a mêlés au mordant pour l’épaissir soient enlevés ; enfin, on les dégorge dans l’eau froide, soit dans des roues à laver, soit dans l’eau courante.
- Le lavage à l’eau chaude se fait dans de grandes cuves en bois chauffées à la vapeur, qu’un tube muni d’un robinet amène dans le fond. ( V. Appareil a vapeur. ) Les pièces de toile, cousues les unes aux autres et formant une pièce sans fin, sont passées sous un rouleau fixé au fond de la cuve, comme on le voit fig. 1 , et puis entre deux rouleaux de bois formant laminoir placé au-dessus de la cuve. Le cylindre inférieur , muni d’une manivelle, est mis en mouvement par un ou deux hommes , qui font ainsi circuler l’étoffe dans la cuve pendant environ une heure.
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- Le rinçage à l’eau froide se fait sur uu courant, par un ntoven analogue ; mais on se sert de cylindres à grosses cannelures , ou taillés en polygone, de sorte que la toile qui passe entre eux éprouve un battage qui la dégorge. Dans les endroits où l’on n’a pas de courant d’eau claire , on se sert des roues à laver dont nous avons parlé. ( V. fig. 4 et 5 , qui la représentent en plan et coupe horizontale. ) C’est un tambour de 6 pieds de diamètre, 2 pieds et demi de long , tournant sur son axe avec une vitesse de trente tours par minute environ, et qui emploie la force d’un demi-cheval. Son intérieur A est divisé en quatre compartimens , par des cloisons, dans la direction du rayon, formées par des planches qui laissent entre elles des ouvertures d’un pouce. Le fond B est percé de quatre grands trous ovales correspondant aux compartimens , et le fond C est percé tout autour de l’axe et du bord extérieur, près de la circonférence , d’un grand nombre de petits trous, par lesquels l’eau introduite dans la voue, s’échappe à mesure qu’elle y arrive par une rangée de trous a.tb pratiqués sur une circonférence intermédiaire, où elle est jetée à deux points diamétralement opposés , par deux tuyaux m,n, correspondant à un grand tube D garni d’un robinet E. Les pièces de toile à dégorger étant introduites dans le tambour par les ouvertures du fond B , un paquet à peu près égal dans chaque compartiment, on met la roue en mouvement, et l’on ouvre en même temps le robinet E. Ces paquets, sans cesse remontés et retombant de même par leur propre poids, tantôt de la circonférence sur l’axe et de l’axe sur la circonférence , se trouvent au bout d’une heure parfaitement dégorgés.
- Lorsque les toiles sont ainsi préparées, on les teint à la manière ordinaire dans des bains de garance ou d’autres matières tinctoriales ( V. Teixtüee ) ; elles sont alors plus ou moins colorées partout ; mais en les lavant de nouveau à l’eau courante, et les exposant pendant quelques jours sur le pré, l’envers en dessus , on fait complètement disparaître la couleur de toutes les parties qui n’ont pas été imprégnées de
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- IMPRESSION DES TOILES, etc. mordans ; elles reprennent leur couleur primitive , tandis que les endroits pe'nétre's des mordans retiennent fortement la teinture.
- Nous avons dit que quelquefois les imprimeurs d’indiennes donnaient une teinte générale et uniforme aux toiles, en les faisant passer d’abord dans un bain de mordant , comme on l’a vu par la description de la fig. i, PI. 3o , et ensuite en les teignant comme à l’ordinaire ; alors on forme des dessins sur ces toiles , par un procédé qu’on appelle à’enlevage. Pour cela , au lieu de les imprimer avec un mordant, on les imprime avec le Chlore , qui enlève la couleur partout où le cvlindre ou le bloc s’applique ; ou bien mettant d’autres mordans sur le premier , et plongeant dans un bain de teinture différente, on obtient d’autres couleurs sans altérer la première.
- On procède encore d’une autre manière pour faire cet enlevage; mais cette méthode n’a lieu que pour des mouchoirs d’une dimension égale.
- Ces mouchoirs , superposés et bien étendus sur une plaque métallique d’une dimension égale à celle des mouchoirs, et découpée à jour suivant le dessin qu’on veut avoir, forment une pile d’environ 20 à aj pouces de haut, qu’on recouvre d’une plaque semblable à la première, et qui se réunit à elle par quatre vis établies aux angles, de manière à exercer une très forte pression. Cette pile , ainsi disposée, est placée dans une bâche de fonte bien calibrée à la pile, laissant en dessus et en dessous des espaces hermétiquement fermés; alors, à l’aide d’une presse hydraulique ou d’une machine pneumatique , on fait passer du chlore à travers cette masse, qui enlève la couleur vis-à-vis les jours seulement. On a de cette manière ces mouchoirs de poche jaunes et blancs, rouges et blancs, dont les Anglais font ordinairement usage.
- Actuellement, je vais donner quelques notions sur la manière dont les imprimeurs fixent les diverses couleurs mêlées-ou séparément sur les toiles : on en compte jusqu’à douze, qui toutes exigent de la main-d’œuvre et des procédés parti-
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- IMPRESSION DES TOILES, etc. culiers. Ainsi, plus une toile est diversement colorie'e, plus son prix est éleve'. On estime, en ge'ne'ral, que la différence de valeur des toiles blanches aux mêmes toiles imprimées est d’environ un demi, et quelquefois des trois quarts. C’est un objet de luxe et de mode, qui n’ajoute ni n’ôte de la qualité, de la durée aux étoffes ; mais elles ne sont pas si sujettes à sc salir, et la vue en est plus agréable.
- Le jaune nankin, dont la nuance varie beaucoup , s’obtient avec un mordant composé d’acétate de fer épaissi avec de la farine, de l’amidon ou de la gomme arabique. La toile étant séchée, on la plonge dans une lessive de potasse; la nuance est en proportion de la force du mordant et du temps qu’on lui donne pour imprégner le tissu. Le beau jaune s’obtient avec l’acétate d’alumine et le bain au quercitron ou à la gaude. Pour avoir le rouge, on emploie également l’acétate d’alumine , mais le bain de garance.
- Les couleurs bleues pâles sont données directement par l’indigo à froid, sans application de mordant ; mais on fait bouillir l’indigo avec une légère dose d’orpin et de la potasse rendue caustique par la chaux. On imprime avec cette drogue, un peu épaissie par de l’amidon et de la gomme, comme avec un mordant.
- Les lilas, les puces , les bruns foncés, exigent l’acétate de fer plus ou moins intense : on y ajoute du sumac pour les couleurs foncées. On passe ensuite les toiles au bain de garance , et l’on blanchit.
- S’il est question de faire paraître un grand nombre de couleurs sur une même toile, où il faut pour les fixer tout-à-la-fois le bain de garance et de quercitron , on commence par imprimer les couleurs que la garance doit fixer, et puis on blanchit; ensuite on reporte ces toiles dans l’atelier des imprimeurs aux blocs, où l’on ajoute, par leur moyen , les couleurs destinées à être fixées au bain de quercitron, et puis ou blanchit encore de même. Cette dernière teinture n’affecte Pas sensiblement les couleurs garancées, parce que les mordans ^es ont rendues permanentes sont saturés. La teinte jaune
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- IMPRESSION DES TOILES, etc: produite par le quercitron, et qui pourrait les obscurcir, s’efface au blanchiment. On peut aussi, par-dessus toutes ces couleurs, en ajouter d’autres , au moyen de l’indigo.
- Ces diverses combinaisons donnent naissance à douze couleurs diffe'rentes, que nous présentons dans le tableau suivant.
- BAINS.
- MORDANS
- COULEURS
- PRODUITES.
- NUMÉRO
- des
- OPÉRATIONS.
- Garance.
- Ronge. Brun, noir.
- Lilas
- Acétate d'alumine.
- Acétate de fer....
- Acétate de fer délayé.
- Acétate d’alumine|
- et de fer xné- > pourpre, langés. !
- Acétate d’alumine. | Jaune.
- Première.
- Quercitron. «
- Acétate de fer..i Faave.’ .ouvm dil‘
- t américain.
- ............4
- Olive.
- Acétate d’alumine, sur le lilas ci* dessus.
- Ici., sur le rouge.. "[ Orange.
- Bleu. Vert*
- Deuxième.
- !
- Indigo....../ Solution d’indigo.
- ° t la., sur le jaune..
- J- Troisième.
- Ces notions sont loin, sans doute , de présenter un tableau complet de l’art d’imprimer les toiles, art très compliqué et très variable d’ailleurs dans ses procédés chimiques et mécaniques , puisque tous les jours on y apporte encore de nouvelles améliorations. Il ne deviendrait un art simple, et pat conséquent facile à exercer et à décrire, que si l’on découvrait des couleurs primitives , comme l’indigo , qu’on pourrait, comme lui, appliquer directement et sans intermédiaire sur les toiles: mais, dans son état actuel, il exige de la part de ceto qui veut se livrer à cette branche d’industrie une parfaite connaissance de la théorie et de la pratique de la Chimie i»0" derne.
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- Les toiles après leur impression reçoivent, pour être livrées au commerce, un Apprêt particulier et le Calandrage. ( y. ces mots. ) E. M.
- Impression des étoffes de laine. Ces étoffes, qui doivent être rases du côte' de l’impression, sont lave'es dans de l’eau de savon tiède , rince'es dans l’eau courante, et parfaitement sé-diées.
- Il existe plusieurs moyens de les disposer à prendre et à retenir les couleurs : nous ferons mention du suivant comme étant un des plus simples. Imprégnez l’étoffe d’un mordant composé d’eau pure, d’une quantité suffisante d’acide sulfurique pour que cette eau acquière le piquant du vinaigre , et d’une pincée d’oxide d’étain par aune d’étoffe ; lavez ensuite à l’eau courante, et puis laissez égoutter.
- Les impressions se font ensuite , soit au cylindre quand les pièces ont une certaine longueur, ou sur des tables, aux blocs, comme pour les calicots. Il y a cependant cette différence dans la disposition des tables, qu’au lieu d’être recouvertes d’un tapis ou d’une couverture de laine, elles le sont d’une toile cirée doublée d’une toile de coton.
- Les couleurs sont mises, de même que pour les toiles de coton, dans des caisses recouvertes d’un châssis garni de parchemin ou de peau qui surnage la couleur. C’est sur ce parchemin ou cette peau qu’on l’étend au moyen d’une brosse, et qu’on en charge la gravure des blocs, laquelle gravure est toujours en relief.
- Les étoffes d’une petite dimension, comme les tapis de table, les couvertures de chevaux, les schalls, etc. , sont Ruses dans des cadres qui les tiennent bien étendues. L’impression en est plus nette.
- Les impressions terminées et séchées, on expose les étoffes dans des caisses ou cuves bien fermées, pendant trente minutes, à la vapeur de l’eau bouillante ; ensuite on les expose à l’air, et puis on les savonne et on les rince à l’eau courante ; alors k® couleurs se trouvent parfaitement fixées. ( V. ci-après ^pression des étoffes de soie. )
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- Composition des couleurs pour les étoffes de laine.
- Le rouge se fait avec une décoction de cochenille, de bois de Fernanibouc ou d’orseille , qu’on gomme, et dans laquelle on ajoute, par chaque trois pintes de décoction , une livre de dissolution d’étain , et un peu d’amidon peur l’épaissir.
- Le rouge se fait encore avec un kilogramme d’orseille, m peu de cochenille cuite avec un peu d’alun, le tout détrempé dans 2 litres d’eau pure, pendant vingt-quatre heures. Cette liqueur, passée dans un linge et puis épaissie à l’amidon, se trouve propre à l’impression.
- Le violet s’obtient par une décoction de bois de Campècbe. mêlée aux ingrédiens ci-dessus indiqués.
- Le jaune s’obtient par une décoction de quercitron gommée, à laquelle on ajoute, comme pour le rouge, une livre de dissolution d’étain par 3 pintes de couleur.
- L’orange résulte du mélange du rouge et du jaune, dans des proportions convenables.
- L’indigo dissous dans huit fois son poids d’acide sulfurique, mêlé ensuite dans dix fois son volume d’eau, et un peu de gomme et de sel de Saturne, donne la couleur bleue.
- Le vert se compose du mélange du jaune et du bleuiadi-qués ci-dessus , dans des proportions déterminées par l’intensité de nuance qu’on veut avoir.
- A défaut d’appareil à vapeur pour fixer les couleurs, ot fait usage pour cet objet de fers à repasser chauds , qu'on promène lentement sur l’étoffe bien étendue sur une table, en interposant un linge ou du papier humide. On se sert aussi, et avec plus de régularité , de deux cylindres niétalliq®-chauds, entre lesquels, comme dans un laminoir, on fait passer les étoffes , qu’on lave ensuite au savon et à l’eau courante,
- Mais quelque solides que soient ces couleurs, on ne peUl pas comparer une étoffe de laine imprimée, à cette me®1 étoffe brochée sur les métiers à la tire ou à la Jacquart, ou 1 haute-lisse. Les étoffes imprimées, particulièrement les schaBsi
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- IMPRESSION DES ÉTOFFES DE SOIE. 120 ne sont guère qu’à l’usage des femmes de la classe inférieure. j ÊS dames de la haute société , et même celles de la moyenne,
- 11e portent que des schalls de cachemire ou de laine à dessins et palmes brochées. E. M.
- Impression des étoffes de soie ( Technologie). C’est à l’art d’imprimer les toiles de coton qu’est due la naissance de celui qui nous occupe, c’est-à-dire, de porter sur la soie des couleurs locales et brillantes. Mais ces deux qualités ne suffisaient pas ; il fallait encore leur donner la solidité convenable, et la vapeur de l’eau bouillante a rempli cette condition de la manière la plus satisfaisante.
- C’est depuis une dizaine d’années seulement que l’on s’occupe de l’art d’imprimer les étoffes de soie, d’après des procédés analogues à ceux qu’on emploie pour l’impression des étoffes de coton, et déjà ce nouvel art a été porté à un haut degré de perfection. MM. Bausmann frères, à Logelbach (Baut-Rhin), sont les premiers qui se sont livrés à ce nouveau genre d’industrie, et l’on se rappelle qu’à l’exposition au Louvre, en 1819 , il leur fut décerné une médaille d’or poulies beaux échantillons de leur manufacture, qui attirèrent les regards de tous les connaisseurs, tant pour la beauté du coloris, que par la perfection du dessin.
- Cet art nouveau n’avait pas été décrit en France ; M. de Kurrer, d’Ausbourg, en a publié tous les procédés dans le Journal polytechnique de Vienne, écrit en langue allemande, et c’est la traduction de cet article important que nous croyons devoir consigner dans cet ouvrage. Ce savant, qui a senti combien cette branche d’mdustrie est importante, n’a été arrêté par aucun sacrifice ; il a voulu prendre une connaissance exacte de tous les procédés, et ce n’est qu’après les avoir vérifiés lui-même et s’être assuré, par des expériences multipliées , de l’exactitude des recettes , qu’il s’est décidé à les publier. On peut donc regarder cette description comme un véritable manuel, que les fabricans peuvent suivre avec la plus grande confiance. M. de Kurrer est uu homme connu ; il est incapable de donner de fausses assertions. C’est un sa-
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- lîô IMPRESSION DES ÉTOFFES DE SOIE, vant distingué qui a opéré lui-même, et nous pouvons assurer que nous avons vu répéter les mêmes procédés avet succès.
- Le velours, la levantine, le tricot et le taffetas sont les étoffes de soie dont on se sert pour cette sorte d’impression.
- Cet art étant nouveau, nous croyons devoir entrer dam tous les détails que donne M. de Kùrrer, afin de consigne! dans cet ouvrage tout ce qui pourra être utile à nos manufactures.
- Nous allons d’abord parler des mordans qui sont particuliers à ce genre d’impression ; nous parlerons ensuite de la préparation des couleurs qu’on emploie dans cette nouvelle branche d’industrie.
- Mordans.
- i. Dissolution du cuivre par le vinaigre. — Cette dissolution s’obtient par une double décomposition, et se prépare de la manière suivante :
- On fait dissoudre dans un litre d’eau (i) iHi,,ioi»r‘ (p livres 4 onces) de sulfate de cuivre {vitriolbleu) ; on fait dissoudre pareillement, dans un autre litre d’eau , 6^3=ram- ( i lira 6 onces) d’acétate de plomb ( sel ou sucre de Saturne), et lorsque les deux sels sont parfaitement dissous, on mêle les deus dissolutions ensemble, on remue le mélange souvent et pendant six heures, ensuite on laisse reposer pendant vingt-quatre heures. On décante la liqueur qui surnage le dépôt; c’est une dissolution de cuivre par le vinaigre, ou de l’acétate de cuivre. Le dépôt est du sulfate de plomb, inutile comme mordant. On conserve la liqueur claire , c’est-à-dire l’acétate de cuivre, dans des bouteilles bien bouchées.
- On obtient l’acétate de cuivre d’une manière plus simple et plus économique. Pour cela, on prend de l’acide pyroli-
- (i) L’eau dont-on se sert dans toutes ces préparations doit être toujonfi très pure. On emploie ou de l’eau distillée, ou de l’eau de pluie immédiate* ment iccuc des nuages sans passer sur les toits.
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- IMPRESSION DES ÉTOFFES DE SOIE. 137 gneux, dans lequel on fait dissoudre de la chaux : on obtient par là de l’acétate de chaux , qu’on mélange avec le sulfate de cuivre de la même manière que nous l’avons indiqué plus haut, et dans les mêmes proportions : il se forme du sulfate de chaux qui se précipite, et l’acétate de cuivre reste dissous dans l’eau, et surnage le dépôt. On décante , etc.
- 2. Dissolution de fer par Vacide nitrique. — On prend un
- demi-kilogramme d’acide nitrique concentré, à i5oo de pesanteur spécifique ; on l’affaiblit en y ajoutant (demi-
- livre) d’eau. Cette opération se fait dans un ballon de verre que l’on place dans un autre vase à demi plein d’eau froide, afin de diminuer l’intensité de la chaleur qui se dégage par la dissolution du fer. On couvre l’orifice du ballon avec une fiole à médecine renversée, de manière à ce que son goulot ne gène pas la sortie des vapeurs dans le cas où elles se dégageraient avec trop d’abondance. On doit choisir un ballon qui ait le col un peu long.
- Tout étant ainsi préparé , on jette dans le ballon une petite quantité de limaille de fer bien propre, ou du petit fil de fer coupé par petits morceaux. On ne projette de nouvelles petites portions de fer que lorsque les premières sont presque entièrement dissoutes, et l’on continue de même jusqu'à ce que l’acide refuse d’en dissoudre une nouvelle quantité.
- Cette dissolution est brune ; lorsqu’elle est terminée , on filtre la liqueur, ou bien on laisse entièrement déposer ; alors on décante, et l’on conserve la liqueur claire dans des flacons touchés à l’émeri.
- 3. Préparation du nitrate d’alumine. — Dans quatre litres deau, on fait dissoudre un kilogramme d’alun de Rome, et l’on y ajoute un kilogramme de nitrate de plomb. On a3lte bien le mélange, on le laisse reposer pendant vingt-quatre heures. On décante le liquide surnageant qui contrent le nitrate d’alumine ; le dépôt est du sulfate de plomb. On conserve le clair, dans des flacons bouchés à l’émeri, pour bnipression.
- 4- Préparation du sulfate d’étain. — Mettez dans un vase
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- 128 IMPRESSION DES ÉTOFFES DE SOIE, de grès un kilogramme et demi d’acide bydrochlorique r.^gram. ( une livre et demie) d’acide sulfurique concentré, qts l’on verse peu à peu pour éviter l’effervescence, et agite continuellement. Transvasez ces acides , ainsi mêlés , dans tu. cucurbite de verre, sur 6i2^ram- (une livre 4 onces) de rj. pures d’étain, fin j placez la cucurbite sur un bain de sable, et continuez le feu jusqu’à ce que l’étain soit entièrement dissous. Filtrez cette dissolution, etajoutez-y i224?r,!:”- (2 livres et demie) d’eau distillée. Ce liquide contient le sulfate d’étain ; on le conserve dans des flacons bouchés à l’émeri.
- Des couleurs.
- Du noir. — Parmi tous les essais qu’on a tentés pour obtenir une couleur noire très intense dans l’impression des étoffes de soie , le procédé suivant est celui qui a le mieux réussi.
- On prépare d’abord une décoction concentrée de bois de Campêche, en faisant bouillir un kilogramme de ce bois (et copeaux menus, ou mieux en poudre ) dans une suffisante quantité d’eau , qu’on renouvelle jusqu’à ce que toute h matière colorante en soit extraite ; ensuite on fait évaporer l’eau surabondante , sur un feu moins actif, jusqu’à ce que le tout soit réduit à deux litres. On doit avoir toujours une provision de cette décoction , préparée d’avance.
- A deux Etres de décoction de bois de Campêche, telle que nous venons de la décrire, 011 ajoute 2^5sram- (demi-livre) d’acétate de cuivre (mordant n° 1), avec 3o6'"ri!m- (dix once; d’amidon très fin, qu’on fait bien cuire sur le feu, talc remuant continuellement avec une spatule de bois. On b verse ensuite dans un pot de grès, et l’on ajoute aussitô: 3i grammes (1 once) de noix.de galle pilées très fin, auta£ d’huile d’olive, et encore autant d’acide tartareux cristalfe .et en poudre-, puis on remue la masse jusqu’à ce qu’elle sos entièrement refroidie.
- Alors on ajoute 221 grammes ( 7 onces 2 gros) de dissolution , bien claire, de fer par l’acide nitrique ( mordis;
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- IMPRESSION DES ÉTOFFES DE SOIE. 129 n* 2), et l’on remue avec soin le tout pendant une demi-heure. On laisse reposer pendant vingt-quatre heures dans un endroit frais ; après quoi cette couleur est propre pour l’impression.
- Des rouges. — La couleur rouge s’obtient de plusieurs manières, et fournit par là la nuance que l’on désire. En suivant tel ou tel procédé, on se procure tous les rouges, depuis le plus clair jusqu’au plus sombre. Nous allons donner une série de plusieurs procédés dont on peut faire usage pour atteindre, de la manière la plus avantageuse, le but qu’on se proposera.
- Première méthode. — On prépare d’abord, comme base générale, une décoction de bois de Fernambouc, de la manière suivante :
- On fait bouillir 49° grammes (une livre) du meilleur bois de Fernambouc, râpé ou moulu, dans une suffisante quantité d’eau, qu’on renouvelle plusieurs fois, jusqu’à ce que tout le principe colorant soit entièrement extrait. On fait évaporer les décoctions obtenues et mêlées ensemble , jusqu’à ce que le tout soit réduit à un litre. La décoction de Fernambouc la plus vieille est la meilleure.
- Rouge sombre, connu sous le nom de premier rouge d’impression. — Dans un litre de décoction concentrée de Fer— nambouc , on met 4b grammes ( 1 once et demie) de gomme adragante en poudre fine et tamisée. On place le tout sur un feu doux, en remuant de temps en temps jusqu’à ce que la gomme et la décoction ne fassent qu’une seule et même masse bien homogène. A cette niasse, encore chaude , on ajoute 122 grammes (4 onces) de nitrate d’alumine (mordant n° 3), et64sram" (4 grains) de nitrate de cuivre, obtenu de la même manière que le nitrate de fer (mordant n° 2). On remue constamment le tout, jusqu’à ce qu’il soit parfaitement refroidi.
- Pour aviver davantage la couleur, on ajoute encore i5 grammes de sulfate d’étain ( mordant n° 4)-
- Plus on met de nitrate de cuivre dans cette composition, et plus ce premier rouge est foncé sombre.
- Tome XI.
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- i3o IMPRESSION DES ÉTOFFES DE SOIE.
- - Rouge moyen, connu sous le nom de second rouge. — la composition de ce second rouge est la même que la précédente; il suffit de supprimer le nitrate de cuivre.
- Rouge clair, ou troisième rouge. — On mêle une partie du rouge moyen ci-dessus, avec deux parties de mucilage de gomme adragante, et l’on obtient une couleur rose.
- La nuance de cette couleur devient plus sombre ou plus claire , selon que l’on ajoute une plus ou moins grande quantité de mucilage de gomme adragante.
- Si dans la décoction du bois de Fernambouc on ajoute ^ grammes ( 1 gros) de cochenille pulvérisée bien fin, et cuite avec le bois, en suivant le reste des procédés indiqués, on obtient des couleurs rouges qui se font distinguer par leur éclat.
- Les essais suivans, que j’ai faits sur la couleur rouge, m’ont donné d’excellens résultats, que je ne veux point tenir secrets, et qui me paraissent mériter quelque considération :
- i°. Si, en composant les couleurs précédentes , au lieu de sulfate acide d’étain, tel que nous l’avons prescrit (mordant n° 4) > on emploie du sulfate d’étain neutre, à l’état concret, les couleurs virent au rose.
- 2°. La décoction concentrée du bois de Fernambouc avec du sulfate d’alumine donne un rouge nourri, tirant sur le jaune.
- 3°. Une légère addition d’ammoniaque change peu la couleur ; cependant elle devient plus nourrie.
- 4°. Si à la couleur n° 2 on ajoute un peu d’hydro-chlorate d’étain, cette couleur prend une teinte cramoisie.
- 5°. Du sulfate acide d’étain (mordant n° 4) ajouté à la couleur n° 2 , lui donne encore un ton cramoisi plus prononcé.
- 6°. Une petite quantité d’ammoniaque ajoutée à cette dernière couleur n’en change presque pas la nuance.
- Deuxième méthode pour les rouges. — Le second procédé recommandable pour obtenir la couleur rouge consiste en ce qui suit. On prépare d’abord une base en mettant dans deux litres de décoction concentrée de bois de Fernambouc, encore chaude, 184 grammes (6 onces) d’alun de Rome, et autant d’acétate de plomb , l’un et l’autre en poudre, ou mieux
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- IMPRESSION DES ÉTOFFES DE SOIE. i3i dissous l’un et l’autre dans un peu d’eau bouillante. Après avoir bien agite' le tout ensemble, on le laisse reposer pendant 24 ou même 48 heures ; ensuite on décante le liquide, coloré en rouge, qui surnage.
- Rouge n° 1, ou premier rouge. —- On épaissit la préparation duFernamboue ci-dessus décrite, par 245 ou 2^5 grammes (8 à 9 onces) de gomme arabique. Cette composition imprimée offre une couleur rouge nourrie, tournant un peu au eramoisi. En y ajoutant du nitrate de cuivre en poudre, oh fonce là couleur, plus ou moins, à volonté.
- Rouge n° 2 , ou second rouge. — On ajoute à deux parties de la couleur n° 1 une partie d’eau de gomme, et l’on agite le mélange.
- Rouge n° 3, ou troisième rouge. — A une partie de la couleur n* t, on ajoute une partie d’eau de gomme.
- Rouge n° 4 5 ou quatrième rouge. — On ajoute deux parties d’eau de gomme à une partie de la couleur n° 1.
- Veut-on aviver davantage cette couleur rouge par le sulfate d’étain ( mordant n° 4 ) > ou l’épaissit par la gomme'adragànte.
- On obtient aussi un rouge fort tendre et très éclatant quand on ajoute à la décoction du bois de Fernamboue'; 8 grammes ( 2 gros) de cochenille en poudre ; et l’on procède pour le reste comme nous l’avons indiqué.
- Du brun. — On obtient de très bonnes couleurs brunes en diverses nuances, lorsqu’oû mêle à la décoction concentrée de bois de Fernamboue, de l’alun de Rome et du nitrate de cuivre en poudre. Plus on met de ce dernier sel, et plus la couleur devient foncée.
- La proportion de l’alun avec la décoction de Fernamboue est ordinairement de 122 grammes par litre de liquide.
- On épaissit la couleur avec de la gomme, afin de la rendre propre à l’impression. Il faut observer cependant que toutes les couleurs propres à l’impression de la soie ne doivent pas avoir trop de consistance; il ne faut leur en donner que la quantité nécessaire pour qu’elles ne coulent pas et ne fassent pas de bavures lorsqu’on les emploie. Plus les couleurs sont
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- i3î IMPRESSION DES ÉTOFFES DE SOIE. claires, et pliis-les étoffes sont faciles à nettoyer par le lavage après le hain de vapeur dont nous allons parler.
- Du jaune. — On fait cuire, au moins trois fois, deux kilogrammes de belles graines de Perse, chaque fois dans une quantité d’eau suffisante, et l’on fait évaporer, la décoction obtenue jusqu’à ce qu’on l’ait réduite à seize litres de liquide.
- Préparation de la couleur jaune foncé. — Dans deux litres de la décoction concentrée de graines de Perse, on ajoute y6 grammes ( 2 onces et demie ) d’alun de Rome , et l’on épaissit le tout avec un demi-kilogramme de gomme arabique.
- Jaune moyen, ou deuxieme jaune. — Sur deux parties de jaune foncé , on ajoute une partie d’eau de gomme.
- Jaune clair, ou troisième jaune. — Parties égales de jaune foncé et d’eau de gomme.
- Pour obtenir un jaune vif et doré, on met, dans un litre de décoction jaune , 3o grammes (une once) de gomme.adra-gante, et dans cette masse épaissie, à demi froide, on ajoute .60 grammes (2 onces) d’hydro-chlorate d’étain. Plus la masse sera chaude quand on y ajoutera le sel d’étain, plus la couleur dorée sera brillante. On obtiendra une nuance de cette couleur d’autant plus vive, que l’on ajoutera une plus grande quantité de gomme adragante.
- De Vaurore, de Vorangé et de Pisabelle. — Ces couleurs, qui, par leur nature, résultent du mélange du jaune et du rouge , seront plus brillantes si l’on mêle le rouge au jaune préparé par. l’alun. La couleur rouge indiquée dans la seconde méthode , et préparée par l’alun et l’acétate de plomb, convient aussi mieux à ce mélange. Lorsque le rouge domine, la couleur est orange foncé ; si c’est le jaune, les nuances.se dégradent depuis la couleur orange jusqu’à la couleur isabelle. 11 est facile d’obtenir à son gré la nuance qu’on désire.
- Du bleu. — La couleur bleue se prépare avec le bleu de Prusse. On pourrait la préparer avec le sulfate d’indigo ; mais l’acide sulfurique qui entre dans cette composition altère et détruit la soie dans le temps de la dessiccation. La couleur
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- IMPRESSION ©ES ÉTOFFES DE SOIE. i33 obtenue par le bleu de 'Prusse offre à-l’ceil un bleu plus pur que celui que donne le sulfate d’indigo, qui a toujours une teinte de vert. '
- Préparation de la couleur bleue par le bleu de Prusse. — Mêlez un kilogramme de beau bleu de Prusse avec un demi-kilogramme d’acide liydro-chlorique, et après: les avoir bien incorporés, laissez-les en digestion pendant 24 heures. Prenez ensuite deux litres et demi d’eau ; 49° grammes ( une livre) d’àrétate de 1er; joignez-y 245 grammes (8 onces) de bel amidon , faites du tout une espèce de pâte, mettez-la sur le feu, en y ajoutant 92 grammes (3 onces) d’huile d’olive. Quand elle est bien cuite , laissez-la refroidir entièrement, et mêlez-Ia avec le bleu en en formant une pâte bien,homogène.
- Par ce procède', on obtient un bleu qui se distingue avantageusement par sa beauté et son intensité.
- Pour avoir un bleu plus clair, on diminue la quantité de bleu de Prusse et d’acide hydro-chlorique , et au lieu d’acétate de fer, on emploie de l’eau pure,.
- Du vert. — On obtient une fort belle couleur verte , depuis la nuance la plus foncée jusqu’à la plus claire, en mêlant en différentes proportions le jaune obtenu par les graines de Perse traitées avec l’alun et le bleu de Prusse.
- Du violet et du lilas. — Ces sortes de couleurs se forment par un mélange de bleu et de rouge ; elles se distinguent par la grande variété des nuances que l’on peut obtenir. Nous allons donner ici les principaux procédés par lesquels on obtient les plus beaux résultats.
- Premier procédé. — Couleur violette tirant un peu sur le bleu: — Épaississez un litre de décoction de Fernambouc avec douze onces dégommé; ajoutez-y io3 grammes (4 onces) de nitrate d’almnine (mordant n° 3) ; vous obtiendrez une couleur violette , belle et vive , tirant un peu sur le bleu, que vous nuancerez en ajoutant, sur une partie de couleur, une, trois où cinq parties d’eau de gomme. Plus la couleur primitive est affaiblie par l’eau de gomme, plus les nuances sont claires , en conservant toujours une pointe de bleu.
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- 134 IMPRESSION DES ÉTOFFES DE'SOIEI Deuxieme procédé. '-— Couleur violette avec une nuancé de bleu:—O» préparé une base axée un litre dé décoction de bois de Fernambouc et 12.3 grammes (4 onces) d’alan en poudré; >dn y ajoute "ga grammes (3 onces)' d’à'cétate de plomb; et y avec de l’eau de-gomme; on épaissit* dans différentes proportions, la liseur colorée'. Par ce moyen- ; demi nous avons déjà donne plusieurs exemples, on se procure toutes les nuances possibles de cette belle couleur.
- Troisième procédé. — Couleur lilas. —- On obtient les ' plus belles nuances de cette couleur par les procédés suî-Vans : . " -.l
- Dans un demi-litre de déeoetien de bois de Campêché et un demi-litre de Fernambouc, on dissout ia3 grammes (quatre onces) d’alun; on y ajoute 92 grammes ( 3 onces)d-a-cétate de plomb. La lîqüeür colorée peut êtré employée ad bout de vingt-quatre heures. '
- En mêlant de l’eau de gomme en différentes propoétibns avec cette base , on se procure Un grand nombrè dè'nuances1 de cette même couleur lilas.
- Si l’on voulait avoir une teinte plus rouge, on ajouterait dans la base une plus grande quantité de décoction de Fernambouc ; si, au contraire, on désirait y voir dominer'le violet, on augmenterait la décoction de bois de Campêché.
- On obtient aussi une couleur lilas très brillante, lorsqu’on' développe davantage la couleur de la décoction de Cam-' pêche et celle de Fernambouc , épaissies par l’eau de gomme, au moyen du nitrate d’alumine (mordant n° 3). c
- On se procure aussi des couleurs violettes et lilas très béîles et très brillantes, par les procédés suivans : • :
- On épaissit un litre de décoction de Campêché avec’ 46 grammes (une once et demie) de gomme adragante , et après l’entier refroidissement, on ajoute 92 grammes (3 onces)' de nitrate neutre d’étain, on obtient une couleur violette; mais si l’on prend deux parties de décoction de Campêché et une de Fernambouc, et qu’on opère comme on vient .de le dire, on aura un très beau-lilas.
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- IMPRESSION DES ÉTOFFES DE SOIË. i35
- En ajoutant de l’alun aux procédés ci-dessus, on obtient des couleurs beaucoup plus développées.
- Les essais suivans ont aussi très bien rëtissi.
- i°. La décoction de Campêche avec le nitrate d’etain donne une jolie couleur jouant le lilas.
- 2°. La décoetion de Campêche avec le sulfate d’etain produit un très beau lilas.
- 3°. La décoction de Campêcbe avec de l’alüh donne une couleur violette jouant le bleu.
- 4°. La décoction de Campêche avec l’acétate d’alumine produit un violet clair jouant le bleu.
- H ne faut pas oublier que la décoction de Cariipêche doit être faite comme nous l’avons indiqué (page 128). 4
- Couleur lilas-rouge. — Pour produire à peu dé frais de très belles couleurs de cette espèce, il faut faire dissoudre dans un demi-litre d’eau 61 grammes (deux onces) de lac-lakè en poudre, et épaissir la couleur avec de la gomme. Plus on ajoutera de gomme , et plus la couleur deviendra claire. Pour la rendre plus foncée, on mettra une plus grande quantité de lac-lake ou de lac-dje.
- De la couleur olive. — En général, pour obtenir cette couleur, il faut mêler du nitrate de fer (mordant n° 2) au jaune préparé avec l’alun. M. de Kurrer obtient la plus belle nuance olive pour les couleurs d’application sur la soie, par le mélange suivant.
- On épaissit un litre de décoction de gràines de Perse avec 54 grammes (1 once 6 gros) de gomme adragante. Pendant que le mélange est encore chaud, on ajoute r5 grammes (demi-once) de sulfate de fer (couperose verte) on laisse refroidir entièrement la couleur. On ajoute ensuite 8 grammes (deux gros) de dissolution de nitrate de fer (mordant n° 2). Ce procédé donne une couleur olive nourrie et foncée.
- En ajoutant une, deux, trois ou quatre parties de gomme adragante de plus, on obtient toutes les nuances jusqu’à la plus claire.
- On obtient aussi des nuances olives à volonté, en ajoutant i
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- J3Ô impression des étoffes de soie.
- la composition déjà préparée pour le jaune, plus ou moins de î dissolution de fer ( mordant n° 2).
- Du gris. — On obtient facilement toutes les nuances ordi- .. naires de là couleur grise, en mêlant en différentes propor- . tions la décoction de la noix de galle par l’eau pure, avec „ celle des tranches de citron et celle du bois de Çampècbe, ou bien en ajoutant à une seule d’entre elles une dissolution de fer, soit par l’acide citrique, ou par l’acide acétique , ou par l’acide nitrique ( mordant n° a J, et en différentes proportions.
- De cette manière, on se procure toutes les nuances de gris. .„,r.
- Observations générales. — i°. Il est important, dans l’impression des étoffes de soie, de n’employer que des couleurs très propres. Pour cela il est nécessaire, avant de s’en servir, de lés passer à travers une étamine de laine , en les exprimant par l’action d’une presse. Par ce moyen, toutes les impuretés ; qui peuvent résulter de l’épaississement des couleurs dispa-, raissent, et les couleurs sont plus vives et plus brillantes. .
- 20. La gomme adragante est celle qui convient le mieux • pour épaissir les couleurs dans lesquelles il entre de l’e'taiu q ou une base métallique dissoute par un acide libre. La gomme arabique convient parfaitement pour les couleurs qui contien- , .. nent l’alumine dissoute par l’acide sulfurique ou par l’acide acétique. ,1
- 3°. Il est bon de remarquer que la beauté des couleurs, dont nous avons donné les procédés, dépend beaucoup de la nature de l’étoffe de soie sur laquelle elles sont appliquées. :t Le velours occupe la première place ; c’est sur cette étoffe fl.i que les couleurs paraissent les plus brillantes. Après le velours viennent la le'vantine et le tricot ; le taffetas uni et sec occupe le dernier rang. La réflexion de la lumière est la cause de cette différence.
- Manière de traiter les étoffes de soie apres Vimpression.
- Après qu’on a imprimé une couleur à l’aide de la planche, de la même manière qu’on le fait pour les étoffes de coton, il :
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- IMPRESSION DES ÉTOFFES DE SOIE. i3« faut laisser sécher parfaitement cette couleur dans une chambre suffisamment chaude, avant d'y en placer une-seconde, afin que cette nouvelle couleur que l’on appliquera sur la première, ne se mêle pas avec elle. En suivant cette marche, lorsque toutes les couleurs nécessaires pour le complément du dessin sont appliquées sur l’étoffe , on la laisse suspendue dans le séchoir, où l’on entretient une chaleur convenable, si cela est nécessaire, afin que la couleur puisse s’unir intimement au tissu. On passe ensuite cette étoffe à la vapeur.
- Consolidation des couleurs locales ou d’application par la vapeur de l’eau bouillante.
- Une des découvertes les plus importantes qui aient été laites dans ces derniers temps , pour nos manufactures d’impression des étoffes, c’est l’effet de la vapeur de l’eau bouillante sur les couleurs locales ou appliquées par le moyen de la planche à imprimer , qui donne à ces couleurs une solidité quelles n’avaient pas encore pu obtenir. C’est seulement de l’instant de cette précieuse découverte que le bel art d’imprimer des couleurs locales sur la soie, sur le coton, sur la laine, peut compter sa véritable existence , puisque cet art ne peut; être fondé que sur la solidité et la vivacité des couleurs, et que la vapeur de l’eau bouillante leur donne ces qualités.
- Fa première épreuve de l’effet de la vapeur de l’eau bouillante sur les couleurs locales fut faite sur une étoffe de laine imprimée ; les résultats surpassèrent de beaucoup ce qu’on eu attendait, et peu de temps après l’industrie en tira de très grands avantages. En France et en Allemagne, on confectionna presque en même temps de brillantes impressions sur des schalls.de laine, sur des robes de femmes et sur d’autres objets de luxe.
- Ces premiers succès firent présumer qu’on pourrait également fixer, par le même procédé, sur la soie et sur le
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- i38 IMPRESSION DES ÉTOFFES DE SOIE, coton, les couleurs locales ou d’applicatioa, et les divers essais qu’on en fit réussirent parfaitement.
- Ce qu’il y a de très remarquable dans cette de'couverte, c’est que les couleurs d’application qui, après l’impression, sont si facilemelit enlevées par le lavage à l’eau pure, se trouvent consolidées à un haut degré de perfection par la vapeur de l’eau bouillante, non-seulement sur la laine et sur la soie, mais aussi sur le co-ton et sur le lin.
- Dans les grands établissemens, on a une chambre à vapeur construite en bois de chêne, de 2m,a8 à 2m,6o ( 7 à 8 pieds) de haut, d’une largeur d’environ im,5o, et d’une longueur égale à trois fois et demié la largeùr d’une pièce. D’après ces dimensions , on peut exposer à la vapeur , dans une seule opération, douze pièces à la fois , comme on va le voir.
- Cette petite cbambre a une bonne porte qui ferme hermétiquement ; elle est placée à côté d’un fourneau qui porte Iî chaudière à vapeur, surmontée d’un tüyau qui aboutit à la chambre. Un robinet permet ou arrête 1’mtroduction de h vapeur. Un autre robinet , placé au bas de la chambre, donne issue à l’eau condensée. La chambre ét la chaudière ont l’une et l’autre une soupape de sûreté. An plancher supérieur de la chambre est placé un bon thermomètre, dont h boulé est dans la chambre et la tige au dehors.
- Dans la partie supérieure de la chambre sont placées intérieurement de fortes pièces de bois armées de forts crochets en fer qui supportent les pièces d’étoffes, ou autres choses qu’on veut soumettre à l’action de la vapeur, disposées comme nous allons le dire.
- Pour les pièces d’étoffe, et afin qu’elles occupent le moias d’espace possible , on a des espèces de cages formées & quatre montans, un à chaque angle, et tenus à la distance convenable par des liteaux ajustés à tenons et mortaises. lé cages ont i”,2o de hauteur intérieurement, la largeur « l’étoffe pour leur largeur, et 324 millimètres (1 pied) de paisseur. Dans les deux petites traverses en haut et en bass<®! ajustées, à tenons et à mortaises, dix à douze petites tringle*
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- IMPRESSION DES ÉTOFFES DE SOIE. i3q en bois blanc, espacées de t3 à1 i/[ millimètres ( 6 lignes). Ail Laut de chaque montant est'fixé un fort crochet en'fer pouf recevoir dés cordes destinées à supporter la cage chargée de là pièce d’étoffe.
- Tout étant ainsi disposé et la pièce bien sèche, on en coud un bout sur le premier liteau, on fait passer l’étoffe sur le liteau inférieur ; on fend bien en largeur et en longueur, on la passe sur le second liteau, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on sort arrivé à l’autre bout, en faisant attention qu’il n’v ait aucun pli', et que leurs surfaces ne se touchent pas entre elles. On fixe le dernier bout avec le dernier liteau , par le moyen de gros fil ou de petites ficelles.
- Alors on met cette cage dans un sac d’étamine, que l’on ferme en dessus par Une coulisse. On accroche aux quatre crochets quatre' cordes qui se réunissent en une , qui pôvté une bouclé, par laquelle on l’accroche au crochet en fer de la forte pièce dé bois.
- Lorsqu’on n’a que de petites pièces, telles qu’un coupon d’étoffes, un schall, etc., on a un cadre qui porte de petits hteaux,' on place ces pièces â cbeval par-dessus, et l’on en-feme ce' cadre dans un sac d’étamine, au fond duquel est un cadre semblable quitient le sac écarté, afin qu’il ne touche pas ces petites pièces. On ferme ce sac, et on le suspend, comme le premier, au crochet.
- Avant d’introduire les pièces , on ouvre le robinet infe'rieur pour faire évacuer toute l’eau qui pourrait être dans la chambre, et on laisse ce robinet ouvert jusqu’à ce que l’opération sort en train , afin que l’eau de condensation puisse s’évacuer ait for et à mesure qu’elle se forme. Il faut bien prendre garde que les sacs soient assez élevés pour que, dans aucun 034 > ds ne puissent tremper dans l’eau de condensation ; car> Sl cela arrivait, les étoffes se mouilleraient, les couleurs «nieraient et se confondraient, ce qui n’arrive jamais par la capeur seule.
- Lorsque toutes ces précautions sont prises, et que les étoffes 50,11 Potées, on ferme la porte , on ouvre le robinet à va-
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- lio IMPRESSION SUR CRIN,
- peur. On laisse le robinet du bas ouvert jusqu’à ce que le thermomètre marque qo° ; alors on le ferme, et bientôt le thermomètre centigrade monte à ioo°. Les marchand* doivent rester plus ou moins long-temps dans la chambre, suivant la température de la vapeur, et suivant qu’ellei plus ou moins-de force et de tension. J’ai toujours remarqué, ajoute M. de Kurrer, que lorsque la température est constamment à 100° centigrades, trente minutes, suffisent. Ouïe doit commencer à compter ces trente minutes que du moment où. le thermomètre centigrade est monté à ioo°.;
- Comment on doit traiter les étoffes apres le bain de vapeur.
- Lorsque les étoffes ont été assez long-temps soumises à li vapeur, et que cette opération est terminée , on ferme le robinet qui conduit- la vapeur, et l’on ouvre celui qui sert i évacuer l’eau de condensation. On ouvre la porte de li chambre à vapeur, et on laisse refroidir ; alors on enlève les marchandises, et on les lave lorsqu’elles sont entièremat refroidies. Le lavage se fait beaucoup mieux dans une eai courante que dans un bassin. Il faut continuer de laver jusqt'i ce que les substances que l’on a employées pour épaissir les couleurs soient entièrement enlevées , et que la couleur se montre pure et brillante sur le tissu. On fait sécher les étoffes en les plaçant à l’étendoir, et on les livre ensuite aux appré-teurs, qui les disposent pour la vente. L.
- Impression sur crin ( Technologie). L’impression sur cm n’est absolument qu’un gaufrage , qui ne dure pas. les fleurs, etc., que l’on voit aujourd’hui sur les étoffes de crin, sont brochées de la même manière qu’on broche les étoffes de soie, à l’aide du métier à la Jacquart, et ces dessus sont très solides. Cependant, comme on fait encore quelquefois des étoffes de crin gaufrées , qu’on dit imprimées, nous allons en donner une idée.
- Ces étoffes se gaufrent de deux manières. i°. Comme elles sont de petite dimension, suffisante seulement pour cour®
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- IMPRESSION SUR POTERIE. i4i
- une cbaise ou un fauteuil, ou a deux plaques de cuivre portant chacune le même dessin, mais dont l’une est gravée en creux et.l’autre en relief ,.,et qui s’ajustent parfaitement à l'aide de repères, de manière que les reliefs remplissent exactement les creux. On mouille la pièce de crin, on la place entre les plaques chaudes, et l’on comprime à l’aide d’une tonne presse. On ne dépresse que lorsque les cuivres sont froids.
- 2°. A,l’aide de deux cylindres en métal gravés de même que les plaques. On met des fers chauds dans les cylindres montés comme un laminoir, et l’on opère de la même manière que pour les étoffes, en faisant tourner lentement. L.
- Impression sur papier. Nous décrirons cet art au mot Papiers peints. (Fi ce mot. ) Nous indiquerons les procédés pour faire le papier peint ordinaire et le papier velouté, doré , argenté , etc. L,
- Impression-sur poterie ( Technologie). C’est encore ici un art nouveau, qui n’a qu’environ douze ans d’existence. Le procédé consiste à transporter l’épreuve d’une gravure sur de la faïence en biscuit, ou sur la couverte , ou sur le vernis de la porcelaine.
- Dans la même pièce où l’on transporte l’impression sur les poteries, doit être une presse d’imprimeur en taille-douce, ou une presse lithographique, selon le procédé qu’on veut employer.
- On tire l’épreuve sur papier non collé, et pendant que le papier est encore mouillé , on renverse l’épreuve sur le biscuit, et avec une roulette en cuivre recouverte de drap , on passe sur tous les points du revers de l’épreuve, dont l’encre par cette seule pression adhère au biscuit et se détache entièrement du papier. On applique de ces épreuves sur toute la surface du vase, selon le goût de l’ouvrier ou celui du fabricant.
- L encre d’impression est composée de deutoxide de man-°anese en poudre fine, incorporé dans de l’essence de térébenthine.
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- i/p IMPRIMURES.
- Lorsqu’on veut imprimer sur couverte, il faut appliqua un mordant que l’on appelle mixtion, afin de retenir la gu. vure, qui sans cela coulerait sur la couverte. Cette mixtion se forme seulement de vernis gras du commerce étendu dan; trois fois son volume d’essence de térébenthine. On frotte la place avec un linge imbibé de cette mixtion, et on laisse bien sécher. On imprime ensuite par-dessus comme sur le biscuit. Par la cuisson, la couverte entre légèrement en fusion, et la gravure passe par-dessous et va se fixer sur le biscuit.
- Pour employer la lithographie , on tire une épreuve d’tme planche gravée par le moyen de l’encre lithographique, on la transporte, sur la pierre légèrement chaude, à l’aide de la roulette, comme nous l’avons dit pour la transporter sur le biscuit. On en tire ensuite des épreuves par la presse lithographique. La planche gravée ne sert alors que comme matrice.
- Le même procédé s’emploie avec succès sur les cristaux, la porcelaine, la tôle et le bois vernissés, l’argent, l’écaille, l’ivoire , les toiles, etc. L.
- IMPRIMERIE. V. Typographie. E.
- IMPRIMERIE (E.vcre »’). La composition et le mode de préparation de cette encre n’ont pas été décrits d’une manière précise jusqu’aujourd’hui. J’ai commencé une série d’expériences sur le meilleur dosage des ingrédiens, sur le moyen de chauffer assez régulièrement pour obtenir constamment lès mêmes produits , et enfin sur la théorie de cette opération. Les résultats que j’ai obtenus n’étant pas encore complets , je renverrai leur description à l’article Ttpôgbapmî {Encre de). P.
- IMPRIMURES ( Technologie). Les Cartiers donnent le nom à’imprimures à des feuilles de papier fort sur lesquelles ils passent plusieurs couches d’une couleur quelconque à l’huile-Trois ou quatre couches suffisent ; mais il faut attendre q® la première soit bien sèche avant de passer la suivante. h°r;' que ces feuilles, ainsi enduites , sont parfaitement sèches, on
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- IMPRIMÜRES. 143
- découpe sur chacune d’elles des jours relatifs aux dessins que l’on veut former, comme nous l’avons indique au mot Cartier.
- (T. IV, page a35. )
- Il faut autant de feuilles que l’on a de couleurs différentes à donner pour un même objet, et même pour une même fleur ou un même bouquet. Supposons, par exemple, que l’on veuille faire une rose avec sa tige , son bouton et ses feuilles ; dans la rose , il y a ordinairement trois rouges , le rouge pâle, le rouge moy.en et le rouge foncé. Pour les verts, il y a de même le vert jaunâtre, le vert de feuilleet le vert foncé noirâtre pour les ombres. Il faut donc six feuilles d’im— primures ; la première, pour les rouges clairs, porte les contours de la fleur entière; la seconde porte seulement Remplacement où doit se trouver le second rouge, et la troisième ne porte que l’emplacement où doit se trouver le rouge foncé, ou troisième rouge. Il en est de même pour les verts. Les queues qui sont de la couleur du bois se font avec deux ou trois couleurs , à cause des ombres, et l’on doit avoir aussi autant d’im-primures qu’il y a de nuances 'différentes.
- Pour ne pas s’exposer à prendre par erreur une imprimure pour l’autre, on est dans l’usage de peindre à l’huile, à la dernière couche , la couleur qu’elle est destinée à donner, afin de voir au premier aspect celle dont on doit se servir.
- Avant qu’on n’eùt appliqué à la fabrication des papiers peints les mêmes procédés usités, dans l’impression des toiles, on Élisait des tapisseries d’abord sur toile , et ensuite sur papier, à l’aide des imprimures.
- Lorsqu’on imprimait sur toile, c’était toujours avec des couleurs préparées à l’huile. On passait d’abord un fond de la couleur qu’on désirait, et lorsque ce fond était parfaitement sec, on étendait la toile sur une longue table, on posait pardessus la première imprimure, sur les trous de laquelle on passait le premier rouge , en supposant que ce fût un bouquet de roses qu’on voulût faire, et l’on n’oubliait pas surtout d’en passer sur les quatre petits trous qui se trouvaient presque toujours aux angles, et qui servaient de repère pour bien placer
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- les imprimures subse'quëntes aux endroits convenables, afin que le dessin se raccordât.
- Lorsque cette partie était entièrement sèche, on plaçait la seconde imprimure, parfaitement sur les repères qu’avait laissés la première ; on imprimait le second rouge, et l’on en faisait de même pour le troisième, ainsi que pour les verts et pour toutes les autres couleurs. On sent bien qu’on opérait de suite tout le long de la pièce, en répétant la même operation. On n’étendait , au séchage, que lorsque toute la pièce était couverte d’une même imprimure. Cette opération est la même que celle qui a été décrite pour I’Impressiox des toiles , nous ne la répéterons pas ici, les repères faisant la même fonction dans l’un et dans l’autre cas.
- Lorsque toutes les imprimures avaient été successivement employées , la pièce était terminée, et l’on pouvait la livrer an commerce.
- • Lés imprimures pour papier se faisaient de la même manière ; la seule différence consistait dans l’emploi des couleurs, qui se préparent à la colle et sèchent plus promptement. Ces moyens n’étant plus en usage depuis que dans cette fabrication on a adopté les procédés des imprimeurs sur toiles, nous ne nous étendrons pas davantage sur cet objet. Nous dirons seulement que les Cartiers emploient à peu près exclusivement ce genre de fabrication, que nous avons suffisamment expliqué en traitant de cet art. ( V. T. IV, page 235.)
- On donne aussi le nom à’imprimure aux ouvrages peints de cette manière ; ainsi l’on dit imprimure sur toile, sur papier, sur carton, selon la substance sur laquelle on pose les couleurs avec les moules ou les forts papiers découpés qu’on nomme imprimures.
- On donne aussi quelquefois le même nom à’imprimure à la préparation des toiles sur lesquelles les peintres font leurs tableaux. L.
- INCENDIE ( Arts mécaniques). Les ravages du feu sont si dévastateurs , qu’on a dû chercher tous les moyens d’en arrêter les progrès, d’en diminuer les pertes et d’en préserver
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- les bàtinieus. Nous allons indiquer les procèdes les mieux constatés pour obtenir ces résultats. C’est surtout dans les lièux où les maisons se touchent, et où le feu peut gagner de proche en proche, qu’on doit d’avance se précautionner des machines propres à arrêter l’incendie ; et si les constructions sont faites en bois , il n’est pas très rare de voir presque tout à coup une ville entière devenue la proie des flammes, lorsqu’on n’a pas su prévoir ce malheur ; les exemples en sont aussi fré-quens que déplorables. Saint-Claude , et récemment Bercy et l’infortunée ville de Salins, en sont des exemples épouvantables, qui parient avec trop de force pour que nous croyions devoir insister sur les mesures de prévoyance dont nous nous proposons d’exposer ici l’ensemble.
- Et d’abord nous devons recommander aux propriétaires d’usines, de bâtimens, de grands ateliers, de les faire assurer contre l’incendie : au moyen d’un très modique sacrifice pécuniaire annuel, ils garantissent leur fortune contre ce redoutable évènement, et arment leur esprit contre des craintes qui souvent troublent leur sommeil.
- Le feu des. tuyaux de cheminée est l’un des plus fréquens et des moins à craindre, si ce n’est lorsque, par un vice de construction qui n’est pas fort rare, quelque solive vient aboutir dans le tuyau. Sauf ce cas, pour éteindre l’incendie, il suffit de fermer l’accès à l’air extérieur en bouchant la cheminée par un drap mouillé qu’on étend devant l’âtre : le feu privé d’air s’éteint de lui-mème ; et lorsque le conduit de la fumée est refroidi, on le fait; ramonner. Il faut avoir soin d’abord d’enlever le feu de l’àtre , puis on étend le drap et on le maintient collé sur l’ouverture inférieure, en bouchant autant que possible le passage à l’air. La fumée que la chaleur élève,. et qui contient peu d’oxigène , ne peut plus alimenter le feu, et repousse l’air froid extérieur qui pourrait s’introduire par en haut. Au reste, si le. feu est menaçant, il est bon de faire monter sur le toit et de fermer le conduit supérieur , ou du moins d’y jeter de l’eau.
- Un excellent moyen d’éteindre le feu de cheminée à son Tome XI.
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- début, consiste à jeter dans latre de la fleur de soufre,
- qui s’enflamme et enlève des tortens d’acide sulfureux; cégàz,
- comme ou sait, est impropre à entretenir la combustion. Du .
- sel de cuisine produit, dit-on, l’effet de faire tomber lès '
- flammèches de suie embrasée', lorsqu’on le fait vivement dé-1 !
- crépiter au feu de l’âtre. Enfin," Si la cheminée est solide-”
- ment construite, un coup de fusil tiré dans le bas du tuyau
- produit le même effet, parce que l’explosion étonne et ébranle,
- , . ; 1 ? c
- les parois.
- Le danger d’incendie dans certaines manufactures, dans les'1, salleà de spectacle, étc.', est si considérable, qu’on a essayé ’ divers movéns préservatifs contre ce malheur. Dès réservoirs1 pleins d’eau , situés principalement sur les toits, et que les" pluies entretiennent, de grosses éponges constamment imbi-'’ bées d’eau et âttaéhëes au bout de longues perches, des pompés,, perpétuellement’ en état d’agir, une surveillance active, tels sont lès moyiens les plus efficaces de s’opposer aux ravages du feu. J
- M. Gav-Lussac, en s’occupant de ce sujet, a reconnu que certains sels solubles , lorsqu’on en étend là dissolution sur des bois très secs ou sur des toiles, empêchent ces substances de j eter des flammes en brûlant ; et il à proposé d’en enduire les dé- , corations des théâtrefs. Ce moyen est à la fois simple et peu coù-^_ teux ; et je ne conçois pas qu’il ne soit pas plus usité. Dans le cas^ où le feu prendrait à la salle, les progrès seraiént nécessai-. renient très lents ; la fumée et l’odeur avertissant bientôt du danger, on pourrait de suite arrêter l’incendie. Les sels dont ce savant recommande l’usage sont les phosphates, et surtout celui d’ammoniaque. \
- On a imaginé, au théâtre de l’Odéon, de faire disposer au- . dessus de l’avant-scène une toile en tôle de fer en deux grandes . feuilles, qu’on peut enlever et descendre à la manière des rideaux ordinaires. Dans le cas où le feu prendrait au théâtre, . surtout pendant une représentation , on pourrait de suite in-tercepter la communication avec la partie de la salle qu’occupent les spectateurs, etla préserver, du moins momentanément,
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- de l’incendie. Le public accueillit cet appareil avec faveur, et se faisait souvent un plaisir de demander qu’on exécutât cette manœuvre devant ses yeux ; mais il se lassa bientôt de ce spectacle, qui n’a plus le mérite de la nouveauté'. Chaque soir, apres le spectacle, on a soin de faire descendre ce rideau.
- Au reste, ce rideau de tôle ne paraît guère propre à préserver l’une des moitiés de la salle du feu qui aurait pris à l’autre , parce qu’il ne tarderait pas à rougir et à faire communiquer l’incendie aux parties supérieures , soit par son action directe, soit par le courant d’air chaud qui y monterait rapidement. C’est donc à tort qu’on vient de placer aussi un rideau de tôle au théâtre de Vienne en Autriche.
- M. B’Arcet, dans le Bulletin des Sciences technologiques de janvier 1827, a parfaitement démontré l’impuissance de ce procédé, auquel il propose d’en substituer un plus simple, moins dispendieux et plus facile à manoeuvrer. C’est un rideau de toile formée de fils de fer disposés en réseau à grandes mailles, qu’on ferait descendre au-dessus de l’avant-scène aussitôt que le feu aurait pris en quelque endroit du bâtiment. Lorsque le feu se déclare en. quelque lieu, l’air chaud fait un courant ascendant qui appelle vivement à lui l’air extérieur ; on peut donc être fort voisin d’un édifice incendié sans en être incommodé par la fumée ni la chaleur, du moins en se plaçant convenablement. Si donc l’incendie d’nne salle de spectacle est reconnu, dès que les pompiers seraient d’avis que les progrès du feu ne permettent pas d’espérer qu’on puisse sauver la moitié incendiée, et déclareraient qu’il en faut faire le sacrifice , on faciliterait par des ouvertures l’accès à l’air, qui, passant à travers les mailles du réseau, empêcherait la toile de rougir, alimenterait la combustion d’une part en hâtant le résultat de la catastrophe , et de l’autre part permettrait de rester dans la moitié du bâtiment qui serait exempte de feu, de fumée et même d’une très forte chaleur; et par conséquent Userait aisé d’y établir des pompes, et d’inonder toutes les parties voisines du feu, pour empêcher la communication de l’incendie. Il faudrait aussi hâter, par
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- des sapes , la chute du comble de la partie embrasée , pour empêcher que la toiture d’un côté ne soit brûlée par l’autre.
- Au reste, je doute fort que l’un et l’autre de ces rideaux préserve une moitié de la salle; les motifs dont je pourrais appuyer cette opinion ne peuvent être exposés ici, parce que cela nous écarterait trop du sujet.
- Lorsqu’on désespère de se rendre maître du feu, on lui fait sa part, c’est-à-dire qu’on abandonne à l’incendie ce qu’on n’en pourrait préserver sans compromettre tout ce qui est aux environs. On ne jette plus d’eau que sur les bâtimens voisins, pour les empêcher de prendre feu. Il faut même quelquefois saper les maisons qui sont les plus exposées, pour que l’incendie ne se puisse étendre que dans File qu’on abandonne à ses ravages. Là, tout intérêt particulier cède à l’intérêt général, et nul n’a le droit, ni de défendre sa propriété, ni de s’opposer à ce qu’on y introduise les secours nécessaires, pas plus qu’on n’a celui d’incendier soi-même sa maison. Dans un bâtiment en feu, ou dans celui qui en est menacé, on n’est pas autorisé à défendre ce que bientôt l’incendie va dévorer : mais en même temps, on ne l’est pas à enlever à son profit les meubles d’autrui, sous prétexte qu’on les a sauvés du feu. Le désordre qui accompagne ces évènemens désastreux ne donne que trop d’avantages aux voleurs pour s’emparer des choses qui leur tombent sous la main, sans que la loi protège encore cette rapine : aussi, parmi les moyens de saint, doit-on placer au premier rang le bon ordre et la présence d’esprit. Les autorités publiques, les hommes d’un rang élevé dans la société, en dirigeant les secours et ordonnant leur emploi, rendent un service éminent. Le corps des pompiers de Paris, si courageux, si dévoué, et si bien commandé par M. Pla-zanet, donne chaque jour des preuves incontestables de ce que je viens de dire.
- On a cherché beaucoup de moyens pour sauver les personnes et les meubles des lieux incendiés , mais il faut avouer que tous ces procédés n’ont pas su tenir, au moment du besoin, les promesses qu’on avait faites en leur nom. Pourtant,
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- nous indiquerons ici ce qu’on a propose' de mieux en ce genre. Régnier a imaginé d’accoler deux échelles l’une devant l’autre, la seconde plus étroite, de manière à pouvoir glisser sur sa longueur, et par là de s’ajouter à son extrémité. Cette échelle , étant apportée et dressée verticalement au lieu de l’incendie, on fait saillir la seconde pièce au-dessus de la première, et on les arrête dans cette position ; en inclinant l’échelle , qui a de la sorte une longueur double de ce qu’elle avait, on peut atteindre aux étages supérieurs, pour fournir des moyens d’évasion ou porter des secours. Cet appareil est décrit et gravé dans le Bulletin de la Société d’Encouragement, année XI, T. I, page 202.
- Le même ouvrage, année 1824, page 3i6, contient la description et la figure d’un appareil de M. Kermarec, charpentier de marine à Brest, qui consiste en trois tours carrées emboîtées l’une dans l’autre et susceptibles de se mouvoir par tirage, à la façon des tubes de lunettes. Des cordes, des poulies, un cabestan, sont disposés de manière à faire saillir chaque tour au-dessus de celle qui l’enferme. Le tout est porté sur un chariot solide , pour être facilement transporté au lieu de l’incendie. On a trouvé cet appareil lourd, d’une manœuvre difficile ; et quoique les bras ne manquent pas pour porter secours à un édifice que le feu dévore, cependant la complication de cette machine l’a fait rejeter, surtout parce que la présence d’esprit nécessaire pour la faire agir manque le plus souvent dans ces circonstances.
- Mais depuis peu, M. Kermarec ayant substitué des échelles glissantes aux tours carrées, son appareil a été jugé capable de rendre d’utiles services : il n’est plus difficile à transporter et à mettre en action , et peut être efficacement dressé devant les fenêtres des personnes qu’on veut sauver du feu. Ce n’est, il est vrai, qu’une modification de la machine de Régnier , mais elle a paru mieux ajustée et plus aisée à manœuvrer. {V. le Bulletin d’Encour., 1825. )
- M. Grstera avait proposé aussi divers moyens dè sauvetage qui ont été jugés trop compliqués : il en est cependant un
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- fort simple , qu’il ne faut pas repousser. L’auteur suppose que tout habitant d’une maison est pourvu d’avance d’un chevron ou d’une forte barre de fer, un peu plus longue que la croisée n’est large, de manière à pouvoir être fixe'e en travers au moment du besoin ; une corde garnie de gros nœuds d’espace en espace, et de longueur suffisante, serait attachée par un bout au chevron, et pendrait par la fenêtre en dehors de la maison jusqu’à terre. Cette corde pourrait servir d’échelle pour la communication du dedans au dehors , et réciproquement. Le seul reproche à faire à cet appareil, c’est qu’il suppose qu’on consentira à embarrasser son étroite demeure d’un meuble qui, très vraisemblablement, ne servira jamais ; car il y a à peine deux maisons chaque année , à Paris, on il puisse être en usage.
- Enfin, M. Pajot-Descharmes, a proposé une machine de sauvetage très simple ; c’est un trépied formé de trois chevrons de i5 à 20 pieds de long, assemblés en haut par un fort boulon qui sert d’axe de rotation à une longue pièce, de bois ; cette pièce bascule à la manière des leviers , et est percée de trous dans sa longueur pour recevoir des échelons ; elle porte en haut une poulie pour élever un panier. Ce trépied étant dressé au heu de l’incendie , on le fixé solidement sur terre à l’aide des pointes de fer qui en terminent les jambes ; puis on fait basculer le levier, à l’aide de cordes et d’un cabestan fixé au trépied. 11 faut que les jambes soient maintenues par des traverses qui les rendent solides. Dans cet état, le haut de la bascule peut porter secours à 3o pieds d’élévation, et même il est aisé de poster en haut un pompier armé de sa lance, dont il dirige le jet. Cet appareil est peutrêtre le plus facile à transporter et à manœuvrer de tous ceux qu’on a inventés.
- Il ne nous reste plus maintenant qu’à traiter des. moyens de porter l’eau sur les parties embrasées qu’on veut éteindre. D’abord , tous les seaux et les moyens de faire arriver l’eau des puits et réservoirs voisins doivent être mis en usage. Les seaux qu’on préfère sont en osier, garnis de cuir en dedans,
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- pour que l’eau ne s’échappe pas. On fait la chaîne, c’est-à-dire que les seaux , tant pleins que vides, voyagent de main en main , depuis le réservoir jusqu’au bâtiment incendié. Là sont établies des pompes à incendie, qui font jaillir l’eau sur les parties en feu, ou sur celles qu’on veut inonder pour les préserver. Ces Pompes sont en général foulantes ( V. ce mot ), et lancent le liquide à de grandes distances. Mais on conçoit que le jet d’une semblable pompe serait intermittent et peu nourri, malgré la grande force de projection qu’on lui imprime, si l’on n’avait pas trouvé le moyen de rendre le jet continu, à l’aide d’un réservoir d’air comprimé. Ces machines sont d’une construction tellement spéciale à l’objet qu’on a en vue, que nous croyons devoir décrire les deux qu’on emploie le plus ordinairement. Je les ai vues lancer leur jet à plus de ioo pieds d’élévation , et y briser des vitres et renverser des mitres de cheminée. Ce sont d’excellentes pompes pour arrêter les progrès de l’incendie.
- La pompe de Neusliam est représentée fig. 2,3 et 4 de la PL 27 des Arts mécaniques. La fig. 2 montre la machine en perspective. AB est un réservoir en planches de chêne, et trois fois aussi long que large, monté sur quatre roues solides D,E, ayant un avant-train C, où des hommes s’attellent avec des bricoles, pour transporter la pompe où l’on veut. A l’arrière est un tuyau en cuir F, qu’on visse ; ce boyau , très solidement soutenu en dedans par des spires en gros fil de fer, va servir à puiser l’eau d’un réservoir , d’un étang ou d’un puits, à l’aide d’une aspiration, comme on va le dire î on alimente donc la caisse d’eau sans qu’on ait besoin de l’y verser ; une grille placée au dedans de l’entrée du boyau F arrête les pierres et les graviers qui pourraient obstruer les conduits.
- ML est une caisse de protection , ayant la forme d’une pyramide renversée ; un homme peut monter sur cette caisse pour diriger de M l’ajutage conique en cuivre M, qui chasse le jet : c’est ce qu’on appelle une lance. Mais le plus souvent on visse un boyau en cuir au lieu de cet ajutage , et la lance ne ?e place qu’au bout de ce tuyau, dont on a soin d’effacer toutes
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- les sinuosités, et de prolonger l'étendue jusqu’où il convient. Ces vis doivent être très soignées et à plusieurs filets, poux que l’eau ne puisse s’échapper par les joints, malgré l’énorme pression qui la chasse. C’est dans cette caisse ML qu’est disposé le réservoir à air TSR (fig. 4 J > dont on concevra bientôt l’usage.
- On manœuvre cette pompe en saisissant les poignées des barres I et H , que des hommes robustes font aller et venir, tandis que d’autres ouvriers, montés sur des marches, aux côtés de la caisse, jettent alternativement le poids de leur corps l’un sur l’autre, en saisissant les barres H et I des leviers.' Ces barres font monter et descendre les deux pistons K,Æ l’un après l’autre, ainsi qu’on le voit dans la fig. 3, à l’aide des secteurs BC,DE eu fonte de fer, portant des doubles chaînes de la forme de celles qu’on emploie dans les montres. Les chaînes de chaque secteur se croisent, et ont leurs extrémités fixées, savoir, l’une en E ou Mau bas du secteur, et en haut F,/ de la tige du piston ; l’autre en D ou B au haut du secteur, et au bas H, ou h de la tige. Les tiges sont en fer et en forme d’étrier.
- Lorsqu’on fait monter et descendre la barre PQ , le double secteur tourne autour de l’axe A, les chaînes se déroulent et s’enroulent en sens réciproque , et l’un des pistons s’élève quand l’autre s’abaisse. Ces pistons K et A sont à tête très solide, et joignent hermétiquement en glissant dans leurs corps de pompe.
- La boîte ou caisse AB (fig. 2) doit être faite de pièces jointes sans laisser le moindre interstice ; et les jointures sont recouvertes de lames de cuivre , pour que l’eau très comprimée ne puisse suinter ni jaillir par les fentes. Une soupape est placée dessous chaque piston ( fig. 3 ) et s’élève avec lui, mais se referme lorsqu’il descend, et comprime l’eau. L’aspiration amène, comme on voit, le liquide dans la caisse DE ( fig. 4); en soulevant la soupape ; lorsque le piston redescend, cette soupape se ferme, et l’eau contenue en LG se trouvant comprimée , se répand dans le réservoir d’air TSR en levant une seconde soupape , qui se referme bientôt, et ainsi successive-
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- ment. L’air du réservoir est donc obligé de gagner la partie supérieure, et l’eau s’y élève à une plus ou moins grande hauteur selon l’activité de la manœuvre des pistons.
- Cet air intérieur a même densité que l’extérieur; mais si on le réduit à n’occuper que la moitié du vase , son ressort élastique est doublé ( V. Élasticité) , et l’air réagit sur l’eau avec une force de deux atmosphères : ainsi elle doit jaillir à 32 pieds ou io mètres de hauteur, sous l’effort d’une atmosphère de pression intérieure prépondérante. Si l’air est réduit à n’occuper que le tiers de la capacité du réservoir, il est comprimé à trois atmosphères, et doit chasser l’eau à 64 pieds ou 20 mètres de hauteur :1a lance porterait à 120 pieds ou 4o mètres, si l’air était réduit au cinquième de l’espace, parce qu’il agirait avec une force de cinq atmosphères contre l’air extérieur ; ce qui donnerait quatre atmosphères de puissance prépondérante, etc. Tout cela est abstraction des frottemens. Voyons maintenant comment l’eau s’échappe de ce réservoir , qui est construit solidement en cuivre, et fermé de toutes parts.
- Le tuyau T Y est vissé au sommet du réservoir , où celui-ci est percé d’un pas de vis très juste et très bien travaillé ; ce tuyau plonge presque au bas du réservoir, et vient s’ouvrir en V. Tant que l’eau affluante n’atteint pas cet orifice inférieur V, l’air du réservoir communique librement à l’extérieur par le conduit YT ; mais dès que l’eau s’élève au-dessus de \, l’air est refoulé et condensé, et réagissant sur le liquide, le force à monter dans le tube TV et à s’écouler au dehors, avec une vitesse proportionnée à la pression, c’est-à-dire à la vitesse de la manœuvre ; car six hommes, relayés par su autres au bout de cinq minutes au plus, doivent agir rivement sur les leviers ; et comme l’eau , en vertu des frotteras , ne peut jaillir avec la même rapidité qu’elle y ar-rive, le volume d’air intérieur diminue de plus en plus, Jusqu à ce qu’enfin son ressort s’accroissant à mesure, arrive à iesister, et équilibre la puissance des pistons : alors le jet demeure continu et avec une vitesse constante.
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- Nous supprimons , pour abréger, divers détails de constr'iic. tion, que chaque lecteur peut aisément se représenter.
- La pompe à incendie de Rown-tree est beaucoup niiem combinée et d’une manœuvre plus facile ; elle est à doubk effet, et agit à l’aide d’un piston circulaire glissant dans la capacité d’un cylindre, ainsi qu’on va l’expliquer. ( V. les fig. 5, 6, 7 et 8, où les mêmes lettres désignent les mânes choses, et qui montrent la machine sous différens aspect! pour en faire comprendre la disposition et le mécanisme ).
- La fig. 5 est la pompe montée sur son chariot et vue en long ; la fig. 7 en est la coupe longitudinale ; la fig. 6 est la machine projetée sur un plan antérieur, et la fig. 8 une coupe transversale ; en sorte que 5 et 6 sont des élévations, sur deux plans verticaux perpendiculaires, et 7 et 8 deux coupes par des plans aussi à angles droits. AA est un cylindre en fonte de 3 décimètres de diamètre ( 1 o pouces ), et de 4 j d; longueur (i5 pouces) ; ce cylindre est parfaitement alésé et poli dans l’intérieur ( V. Alésoie) ; chaque bout est fermé par un obturateur ou couvercle qu’on y visse et qui clôt hermétiquement. Au centre de ces couvercles est un trou rond pour laisser passer l’arbre moteur B ; ce trou est garni d’é-toupes et de graisse pour fermer l’accès à l’air et à l’eau; cette boîte doit être capable de résister à une très forte pression , et cependant de rester soumise à cette dernière condition.
- Le piston est ici circulaire D , c’est-à-dire que lorsqu’on fait tourner l’axe B sur lui-même , il emporte avec lui h pièce D qui y est solidement jointe, et qui, frottant sûr tou® les parois à l’aide des cuirs gras dont elle est garnie , fait une sorte de demi-diaphragme. On voit en E une autre cloison nommée selle, qui bouche aussi hermétiquement en frottant sur l’axe B ; mais cette selle est fixée dans le cylindre. deux cloisons coupent donc la capacité intérieure en deux espaces , dont l’un va croissant quand l’autre diminue, P3’ l’effet de la rotation du piston D.
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- Au dehors du cylindre AA, on voit un conduit en segment de cercle d, qui le recouvre d’un tiers environ de la circonférence, et qui est destiné à amener l’eau , par le tuyau e, dans les deux chambres g et t, où il s’ouvre par des soupapes l,m ces chambres s’étendent presque dans toute la longueur du cylindre, et sont hermétiquement fermées par des couvercles vissés r,r : ils communiquent par d’autres soupapes y. y avec la chambre supérieure K, au-dessus de laquelle est vissé le globe creux A; cette partie de l’appareil constitue le réservoir à air, d’où part un tube plongeant W, qui va porter l’eau où l’on veut. Le levier HH, basculant sur l'arbre B, sert à manœuvrer la pompe, à l’aide d’une barre qui traverse le trou HH , et à laquelle les hommes sont appliqués.
- Yoici le mécanisme de cette machine. Lorsqu’on fait basculer le levier, l’arbre B tourne d’abord dans un sens, de manière à porter le piston D vers la région k , ce qui produit un vide dans l’espace à droite et dans la chambre t; car les parois du cylindre sont, dans cet endroit, percées d’une multitude de petits trous, aussi bien que les parois k de l’autre chambre. Ce vide fait lever la soupape m , et l’ean arrive par le conduit ed. D’un autre côté, l’eau contenue dans l’espace à gauche est refoulée par le piston dans la chambre g, puis, levant la soupape gauche y, entre dans l’espace K. et dans le réservoir d’air. Lorsqu’on fait basculer le levier en sens contraire, le vide se produit à gauche, la soupape l se lève, et l’eau arrive par e en g , attendu que la soupapej- de gauche s’est refermée : du côté droit, au contraire, l’eau est refoulée dans la chambre t ; puis , levant la soupape droite y, elle entre dans le réservoir d’air. Cette ingénieuse machine fait donc arriver l’eau avec force dans ce réservoir, tour à tour d’un côté et de l’autre ; de même le liquide arrive avec force du tuyau e successivement à gauche et à droite ; ce qui fait que nous avons dit que cette pompe est a double effet, puisque le double mouvement de bascule a üû effet utile. Fr.
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- INCRUSTATIONS. Dans l’article Cristal , nous avons m. diqué comment on parvient à introduire dans l’intérieur de divers objets en cristal, des petites figures blanches opaquesi en biscuit de porcelaine ; on rend plus jolies encore ces incrustations en coloriant quelques parties des figures avec de couleurs au feu (bleu de cobalt, pourpre d’or, etc.). ( V. l’article précité et le mot Email. ) P.
- INCRUSTATIONS. On trouve dans plusieurs pays, notamment en Toscane , en France, en Islande , certaines eaux de sources qui tiennent en dissolution des molécules terreuses, ou des sels à bases de chaux. Indépendamment de l’action dissolvante de l’eau, ces molécules, selon leur nature, sont dissoutes à la faveur d’un acide ou d’un alcali : le premier est l’acide carbonique ; le second est la soude.
- Si par la dispersion provenant de la chute de ces eaux, ou par le dégagement de l’acide, les molécules terreuses ou salines se séparent dans les conduits, bassins ou réservoirs où les eaux séjournent, elles prennent la forme des corps qui s’y rencontrent ou qu’on y a mis .à dessein , et sur lesquels elles se déposent plus ou moins lentement.
- Ces dépôts , en couches irrégulières, ou affectant diverses formes , portent le nom d’incrustations ; on en distingue de calcaires, de séléniteuses et de siliceuses.
- Les premières , formées presque entièrement de carbonate de chaux, mêlé de quelques particules de silice et d’oxide de fer, se rencontrent plus fréquemment que les autres. Les eani acidulés de Sainte-Allyre , près de Clermont, dans le Puy-de-Dôme, les eaux ou bains de Saint-Philippe , en Toscane, sont celles qui fournissent le plus de ces incrustations calcaires.
- Les Arts ont tiré parti de la faculté que possèdent ces dernières de déposer leur carbonate de chaux , pour reproduire à volonté les chefs-d’œuvre de sculpture antiques et modernes. Il a été formé à Saint-Philippe un établissement consacré a ce travail ingénieux : l’eau de ces bains, élevée à 12 ou 15 pied* de hauteur, tombe daus un atelier sur des planches inclinée*
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- et disposées'de manière à la faire rejaillir sur des moules en creux pris sur des bas-reliefs ou autres objets de sculpture ; le sel s’v dépose peu à peu, les remplit à la longue , s’y durcit, et en reproduit avec exactitude et netteté toutes les formes. Ces dépôts où incrustations acquièrent une consistance comparable à celle de l’albâtre, d’une pâte aussi fine, et susceptible d’un poli aussi beau.
- Les eaux ( 'de sulfate de chaux donnent lieu à des incrustations séléniteuses; par exemple, c’est le nom qu’on doit donner au dépôt de sulfate de cbaux qui recouvre en peu de temps les fagots d’épines sur lesquels tombent, en se divisant, les eaux salées que l’on élève au moyen des bâtimens de graduation, pour la préparation du sel marin dans les dé-partemens.de la Meurtbe et du Jura.
- Quant aux incrustations siliceuses, dont quelques minéralogistes ont nié autrefois l’existence , elles ont été observées en Islande par plusieurs voyageurs recommandables, tels que de Troïl, Banks, Stanley, etc. ; on en possède au Jardin du Roi des échantillons nombreux et de diverses formes. Ces incrustations sont produites principalement par deux sources d’eaux bouillantes , dont l’une est nommée le Petit-Geyser, et l’autre s’élève à 20 ou 3o pieds de hauteur. Le sol qui reçoit ces eaux est recouvert d’incrustations à la distance de deux ou trois cents pas de leur chute. Le docteur Black, qui a fait l’analyse de l’eau du Petit-Geyser, a trouvé que la silice forme plus de la moitié du résidu solide qu’elle fournit par l’évaporation , et que cette silice est dissoute à la faveur d’environ un centième de son poids de soude. L*****r.
- INCUBATION (incubatio, action d’être couché sur, de couver). C’est le nom que l’on donne au procédé que suivent les oiseaux pour compléter leur reproduction, d’après l’attitude qu’ils prennent à cet effet : on l’a étendu aux moyens artificiels employés pour faire éclore les œufs.
- fa durée de l’incubation diffère beaucoup suivant les es-
- Fces; elle varie d’ailleurs un peu, suivant que la température Je 1 atmosphère est plus ou moins élevée. La mésange couve
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- pendant n jours; l’oiseau-mouche, i5 jours; les pigeons environ i8; les serins domestiques, i5 à 18; les poules, 2;. les canards, 25; le cygne, 3o à 35, etc. Nous ne décrirons pas tous les phénomènes successifs de l’incubation, afin de rester dans les limites que nous nous sommes tracées, mais nom indiquerons les circonstances les plus favorables à la réussite des couvées le plus généralement utiles, et les moyens d’obtenir artificiellement les produits de l’incubation des oiseaux domestiques ; nous renverrons, pour la plupart des détails spéciaux, susceptibles d’entrer dans notre cadre, à l’article consacré à chacun des oiseaux en particulier.
- Presque tous les oiseaux apportent, dans l’acte de l’incubation ou les dispositions qui le précèdent, une persévérance et un art admirables. N’est-on pas émerveillé en observant les laborieuses et actives constructions des nids, qu’ils disposent si commodément pour déposer leurs œufs et élever leurs petits ; les ingénieuses précautions qu’ils prennent instinctivement pour dérober leurs couvées aux attaques oa à la vue de leurs nombreux ennemis ? Parmi les exceptions à ces généralités, on peut citer les habitudes du coucou, qui laisse à d’autres oiseaux, et notamment aux allouettes, rossignols, fauvettes , le soin de couver et de nourrir sa lignée ; celles de l’autruche, qui, déposant ses œufs dans le sable, dont elle les recouvre, compte sur la température douce qu’entretiennent à une certaine profondeur les rayons du soleil pour faire éclore ses petits ; les gallinacées, dont les nids sont moins artistement faits, parce que leurs petits en peuvent sortir presque aussitôt après leur naissance ; l’hirondelle , qui couve ses œufs entre les Galets ou dans des nids informes de boue amoncelée parmi des cavités de vieilles murailles, de rochers ou d’escarpemens.
- Pendant l’incubation on remarque , chez divers oiseaux, une prévoyance étonnante et une foule de petits soins, qo tous concourent au succès de la couvée : c’est ainsi que b poule parvient à répartir également la chaleur qu’elle fournit à un assez grand nombre d’œufs, en les changeant de ph**
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- aBei fréquemment, à l’aide de ses pattes, en sorte que ses œufs éclosent à pea près tous ensemble , bien que la tempe-rature près du milieu, du nid soit constamment plus élevée que vers sa circonférence ; le? canes et les oies, évitent qu’une trop grande déperdition de chaleur nuise à leurs œufs, enles recouvrant des plumes qu’elles s’arrachent sous le ventre : avant d’aller chercher précipitamment leur nourriture ; les pigeons mâles remplacent leurs femelles sur le nid pendant , que celles-ci le quittent pour aller manger,; ,1a plupart des oiseaux qui sont accouplés apportent de la nourriture à leurs femelles pendant qu’elles couvent, afin qu’elles ne soient point forcées de quitter leurs nids.
- On doit à M. Huche l’observation curieuse que la cicatricule attachée au jaune de l’œuf, par la fécondation, se présente toujours à la partie supérieure, quelle que soit la position dans laquelle l’œuf se tienne : phénomène qui paraît favorable à l’incubation naturelle, puisque la chaleur est communiquée par la partie supérieure.
- Une observation qui paraît constante, et qu’il est bon.de noter, a fait connaître aux fermiers que les couvées faites près de la terre réussissent généralement mieux que celles achevées. dans les beux élevés ; cela pourrait s’expliquer par l’influence favorable de l’humidité pour remplacer la transpiration au travers de la coquille, la vapeur exhalée de la couveuse étant quelquefois insuffisante. On doit donc mettre les couveuses au rez de chaussée , et jamais dans les derniers étages ou les greniers d’une maison.
- Les oiseaux de basse-cour aunoncent leur envie, de couver en s’accroupissant sur les premiers œufs qu’ils rencontrent, ou même sur des coquilles, des plâtras arrondis, tant leur instinct les pousse irrésistiblement à consommer cet acte de leur reproduction. On doit alors leur arranger dans un lieu écarté, avec de la paille froissée, un nid concave proportionné à. leur grosseur ; on les pose dessus, et ils y restent immobiles pendant tout le temps de l’incubation, ne prenant à h dérobée que de courts instans pour aller manger du
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- grain. On doit d’ailleurs mettre celui-ci à leur portée, afe
- qu’ils quittent moins long-temps leurs œufs.
- On peut faire couver les œufs d’une espèce à des oiseaux d’une autre espèce, et cela est utile dans les fermes, lorsque l’on manque de certaines couveuses , tandis que l’on en a trop d’une autre espèce. Quelquefois on parvient à faire couver des individus qui n’y étaient pas naturellement encore prédisposés. Les dindes surtout y peuvent être facilement déterminées : il suffit, en effet, de leur mettre la tête sous l’une des ailes, puis les tenant entre les mains dans cette position, de les faire tourner en l’air pendant quelques minutes; elles s’étourdissent bientôt, puis s’endorment; on les pose doucement sur le nid qu’on leur a préparé dans un lieu tranquille ; à leur réveil, elles se trouvent en fonctions de couveuses , et les continuent ordinairement. Cette incubatiou forcée est d’autant plus avantageuse, souvent, que les dindes peuvent couver un plus grand nombre d’œufs à la fois, et que leur température étant rendue assez régulière en raison de leur masse, elles amènent à bien presque toute leur couvée, et peuvent aisément récbauffer sous leurs plumes tous les petits pendant les premiers temps de leur vie. Les mêmes oiseaux sont bien plus facilement que les autres empêchés de couver, et cela est utile lorsque l’on a assez de couveuses ; on y réussit en leur arrachant quelques plumes sous le ventre, et frottant leur peau avec des orties. P.
- INCUBATION ARTIFICIELLE. Depuis un temps immémorial les Egyptiens sont en possession de faire éclore les poulets sans l’aide des poules ; ils emploient, pour y parvenir, des fours d’une construction particulière, désignés sous le nom de marnais. Dans cette contrée, les habitans du village de Bermé parcourent, à certaines époques de l’année, les provinces les plus éloignées, munis d’un fourneau portatif chauffé, à ce qu’il paraît, au moyen d’une lampe. Iis se chargent,! façon , de faire éclore les œufs, ou achètent ceux-ci pour revendre les poulets aux habitans.
- Les procédés des Berméens, fruit d’une longue pratique et
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- favorisés par le climat du pays, n’ônt pas été importés en Europe ; ici des expériences assez nombreuses ont été entreprises pour parvenir au. même résultat ; mais .presque tous ceux qui se sont occupés de ces recherches lès ont .abandonnées , après avoir obtenu quelques succès irréguliers. M. de Réaumur a publié plusieurs aperçus ingénieux sur l’incubation artificielle; mais M. Bonnemain, physicien français, est le seul qui, après avoir étudié.avec un grand soin toutes les circonstances favorables à l’incubation naturelle (i), soit parvenu à faire éclore les œufs d’une manière constante et plus assurée même, que ne le font ordinairement les oiseaux de nos basses-cours.
- Les appareils de M. Bonnemain se composent : i°. d’un calorifère par la circulation de l'eau; 2°. d’un régulateur qui y est adapté pour maintenir une température égale ; 3°. d’une étuve échauffée constamment au degré de l’incubation , qu’il nomme couveuse. Il a annexé à celle-ci une poussinihre destinée à réchauffer les poussins pendant les premiers jours qui suivent leur naissance.
- (i) On doit à M. Bonnemain une observation curieuse, qu’il a communiquée en rj;j à l’Académie des Sciences, sur Yarme que la nature a donnée aux oiseaux pour rompre leur coquille : c’est une proe'minence osseuse implantée sur le bec, avec laquelle le petit, prêt à éclore, raie et fend sa coquille : sans doute que l’effort qu’il fait contre les parois, en exerçant une sorte de dilatation, achève de la faire éclater et de la séparer en deux coques.
- M. Barlow, de Londres, a dernièrement construit nn appareil chauffe' par la vapeur, au moyen duquel il fait éclore des poulets; ses procèdes nous semblent beaucoup moins sûrs que ceux de M. Bonnemain : il explique de la manière suivante les progrès successifs de l’inenbation. Douze heures après que l’œuf a été exposé à la chaleur de l’étuve, on aperçoit déjà distinctement la forme de l’embryon ; le deuxième jour, le cœur commence à battre; le troisième, paraissent deux vésicules pleines de sang, dont les pulsations soutirés sensibles; l’une est le ventricule gauche, l’autre la base de la grande artère. Le quatrième, on distingue les ailes, et sur la tête deux protubérances pour le cerveau, une pour le bec, et deux pour les parties antérieures et postérieures de la tête ; les deux oreillettes, que l’on observe alors, tendent
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- «6a INCUBATION ARTIFICIELLE.
- -Nousodécririms successivement ces trois-appareils.
- Le calorifère, construit sur les principes que nous avons exposés à l’article Calorifère d’eau,- a pour but de transmettre la chaleur dans toutes les parties de l’étuve, à l’aide de tuyaux -dans lesquels l’eau échauffée circule. Les fig. i, 2,3... et g de la PI. 41 le représentent en plan, coupe et élévation.' H sè compose d’un foyer cylindrique en cuivre A, contenant une grille B qui le sépare du cendrier. Ce foyer est de toutes parts baigné ;dâns l’eàu par la chaudière cylindrique C, dans laquelle il est renfermé, et qui contient en outre cinq -tuyaux, dans lesquels circule la fumée, afin qu’elle communique à l’eau la plus grande partie de sa chaleur avant de s’échapper par la cheminée.
- Un ajutage D implanté à la partie supérieure de la chaudière , fait communiquer l’intérieur de celle-ci avec un tuyau vertical DG, réuni avec un tuyau horizontal EF, auquel sont soudés des ajutages à brides qui s’adaptent à un égal nombre (6,8, 10, etc.) de tubes. Ce jeu de tubes est introduit dansla paroi de l’étuve (fig. 10) ; il traverse celle-ci sous une pente pres-
- h se rapprocher du cœur. Ces oreillettes se développent pendant le cinquième; vers le sixième,'on distingne le foiè. Lé premier mouvement rolon-taire de l’embryon sc manifeste à Pexpiration de la cent-trente-unième heure; à la cent-trente-buitième, on voit les poumons et d’estomacet le septième jour, les intestins, les reins, la mâchoire supérieure, et deux gouttes de sang, au lien d’une seule qu’on remarquait d'abord ; le cerveau acquiert de 1.1 consistance. Le huitième jour, le bec s’ouvre, et la poitrine se courte de chair; le neuvième, les côtes sortent de l’épine dorsale; on aperçoit la vésicule du fiel; le dixième, la hile devientverte, et l’animal, s’il était débarrassé de ses têgnmens, pourrait se mouvoir sensiblement; le onzième, les plumes commencent â pousser, et le crâne se solidifié;'le douzième, les yeux paraissent, et les côtes acquièrent leur développement; le treizième, la rate se rapproche de' l’estomac; les quatorzième et quinziéme, elle augmente de volume; le seizième jour, le becs’o'uvre et se referme; vers le.tlîxdiuitième, le poussin fait entendre le premier cri ; enfin , il acquiert graduellement dé la force , jusqu’à ce qu’il puisse briser sa coquille. Vingt-quatre heures environ avant qne la coquille soit rompue, le jaune de l’œuf passe dans les intestins, et sert d’aliment pour trente heures environ après qu’il est éclos.
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- que insensible j et va sortir par le côté oppose’*; les mêmes'tubes deux fois recourbés rentrent A B on g pouces au-dessous dans l’étuve, qu’ils traversent de notn'éaii/ Four ' ressortit et rentrer encore1; enfer,'après avoir fhïédàns T’étuve 'deüx'bn trois1 circulations semblables (i), ils se réunissentde nouveau aucfebofe de l’étuve, eu uu'seui'tùbëitrànSverteri'H , auquel est adapté Un tuyau qui descend latéralement dan* la chaudière, à la partie inférienrei Cë > taV au pourrait entrer dans la partie supérieure de la chaudière, et cette disposition est même plus comiriod’ë pour emplir et démonter le calorifère : mais,- dans ce cas ; il tst convenable de faire descendre le tùvaa jusqu’auprès du fond, d’interpOSer 'entre son orifice e£ lé; fond de la chaudière aine capsule en cuivre, fixée par trois attachés, afin que l’eau échauffée-ilésè dirige pas'vers cét orifice*,- ce qui ratentittritTe mou ventent de Peau ; enfin, il est utile de soudér à ce tuyau, autour* dë-Sojate la partie' plorfgëê dans la'chaudière y une double enveloppe pleine d’air , qui', empêche que l’éàm descendante-tïê 4ott:échauffée en! passant dans la chaudière-',' ce qui dimmuèràit la vitesse de laciéculatton:....... a.
- Ün tube ouvért K., élevé aù-désséS du point le pius haut du" premier tuyau', sert aü dégagement dé l’air contenu dausiFefeu; un autre-tube-L., adapté à Furie des parties inférieures; tnais élevé au-niveau des tubes dë circulation les plus élevés1-,-est sttrtuoifté d%U entonnoir p&r lequel Ou remplit l’apparedv1-- Afin que l’Ofa comprenne mieux la Construction du vëfft'ri' fère, voici l’explication détaillée1 des figures représentées dans' la planche ; lés mêmes lettres s’appliquent à toutes les figiités:
- Fig. i, Élé vation extérieure du calorifère. ’ - -
- Fig. 2, Plan de la partie supérieure du même appareil; !Ie couvercle étant enlevé.
- (0 M- Bonnemain fait encore passer ordinairement, an dehors de. Beurre En jeu de tubes au-dessus d’une sorte de cage 0,P, Q, doublée à la partie su-penctire d'une'peau' de mouton avec scs poils,'où les jeunes poussins vont « réchauffer. . -
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- Jë4 INCUBATION ARTIFICIELLE.
- Fig. 3, Section verticale du calorifère , laissant voir les tuyaux des produits de la combustion.
- Fig. 4 » Plan au niveau de la grille.
- Fig. 5, Coupe du fourneau et du tuyau d’ascension de la fumée-.
- Fig. 6, Élévation late'rale du régulateur, et coupe du tube qui renferme la tige en fer.
- Fig. 7, Vue, à vol d’oiseau, du cadran et des leviers du régulateur.
- .pig. 8, Vue de face du registre à bascule.
- Fig. 9, Coupe du même registre.
- ,Çes quatre dernières figures sont dessinées sur une échelle triple des cinq premières.
- , a, fourneau; b, grille; c , cendrier; d, porte ;du cendrier ; e,e, tuyaux par lesquels la fumée monte en sortant de l’orifice/ du foyer;' g,g, autres tuyaux dans lesquels passe la fumée en sortant des tuyaux e,e ; h, gros tuyau servant de cheminée aux produits de la combustion, qui y arrivent par les deux tuyaux i,i, au sortir des tuyaux g,g; /^enveloppe extérieure du calorifère ; toute la capacité comprise entre cette enveloppe et les parois extérieures des tuyaux est remplie d’eau ; m, bouche dont l’ouverture correspondante sert à qllumer le feu et à nettoyer la grille ; n, couvercle du fourneau ; s, registre à bascule et contenu dans une boîte fowpant saillie à l’extérieur de l’appareil ; ce registre est mobile autour d’un axe u , et mû par la tringle v. x, tige en fer dont le bout inférieur s’engage en tournant à gauche dans l’écrou de cuivre^, au fond du tuyau de plomb; l’extrémité supérieure de ce tuyau est garnie d’une rondelle en cuivre z, sur laquelle vient battre le talon cl du levier courbé b[, etc.
- Tout étant ainsi disposé comme nous l’avons dit plus haut, on enlève le couvercle n du foyer (fig. i ) , on jette dedans du charbon de bois en quantité suffisante pour remplir à moitié ou aux deux tiers delà capacité du fourneau; on replace le couvercle, puis on ôte le bouchon m, et l’on introduit par cet orifice quelques charbons embrasés. Lorsque le
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- feu commence à s’allumer, on replace le bouchon, et l’on ouvre la porte d du cendrier, jusqu’à' ce que le tirage se soit établi, puis on ferme toutes les issues. Les produits de la combustion qui se dégagent du foyer s’introduisent par l’orifice /, dans les deux tuyaux ascendans e,e; ils descendent ensuite dans les tuyaux g-,g,-et passent, à l’aide des coudes i, i, dans le gros tuyau hh, d’où ils se rendent dans la cheminée.
- Dans tout le chemin que suivent les produits gazeux de la combustion, ils communiquent à l’eau une grande partie de leur chaleur, et sortent de la cheminée à une température peu élevée.
- D’après ce que nous avons dit à l’article Calorifère , on concevra facilement comment l’eau échauffée dans le calorifère s’élève en raison de sa légèreté spécifique , acquise , par le tuyau D, et détermine un mouvement progressif dans tous les tubes, qui ramène dans la chaudière une quantité d’eau correspondante par le tuyau plongeur R. Ce mouvement circulatoire une fois commencé, doit continuer tant que l’eau continue à s’échauffer dans le calorifère, et que la température n’est pas égale dans toutes les parties de l’appareil. On conçoit qu’une égalité parfaite de température ne saurait exister, puisqu’il se fait une déperdition continuelle de chaleur au travers de toute la superficie des tuyaux ; cependant la température de l’air renfermé dans l’étuve étant bientôt échauffée à une température peu différente de celle des nombreux tubes qui le traversent, et les coudes au dehors de l’étuve offrant peu de refroidissement par l’air ambiant, la vitesse de circulation, qui est toujours en raison de la différence entre les températures de l’eau' sortant et de celle rentrant dans le calorifère, diminuerait beaucoup si l’on ne faisait dépenser au dehors de l’étuve une plus grande quantité de chaleur, en appliquant celle-ci à entretenir la température douce de la poussini'ere.
- On voit donc que plus le refroidissement de l’eau qui passe dans les dernières circonvolutions des tubes sera grand, plus la circulation sera active dans toutes les parties, et plus la
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- température sera égale dans tous les tubes qui échauffent l’étuve j et par suite dans l’air même de cette étuve. Afin de perdre.le moins possible de chaleur, on ferait bien d’envelopper avec des lisières de-laine la-calorifère et toutes les parties des tuyaux situées à l’extérieur. M, Bonnemain, en faisant l’application de ces principes avec beaucoup de discernement , est parvenu à maintenir dans ces sortes d’étuves une température égale, à un demi-degré R. près ; mais cela ne suffisait pas encore pour résoudre le problème, il fallait en. outre que ce degré de température, également réparti, fût constamment celui utile à l’incubation. C’est au moyen de l’appareil dit régulateur du feu, que nous allons décrire, qu’il y est parvenu.
- La construction du régulateur est fondée sur la dilatation inégale de différëns métaux par la chaleur. Une tige en fer (fig. 11) t, taraudée à son extrémité inférieure , s’engage dans une embase de cuivre j, renfermée dans une boîte ou tube en plomb , terminée par une rondelle de cuivre , ainsi que nous l’avons indiqué plus haut.
- Ce tube est plongé dans l’eau du calorifère, à côté du tuyau g-. La dilatation du plomb étant plus grande que celle du fer à température égale, et. d’ailleurs la tige renfermée dans le tube s’échauffant beaucoup moins que celui-ci, aussitôt que la température s’est élevée au degré voulu, l’allongement du tube met en contact la rondelle z avec le talon d du levier courbé d, b', d'; alors le plus léger accroissement de chaleur allonge de nouveau le tube , et la rondelle soulevant le talon du levier, fait abaisser beaucoup plus, en raison des rapports entre les leviers, son extrémité antérieure d". Ce mouvement réagit près de l’axe d’un balancier e , abaisse un bout de celui-ci, et accroît.ençore ainsi l’étendue dumonvement qui est transmis directement à la tringle de fer v; celle-ci, poussant le premier registre à bascule s, diminue ou supprime l’accès de l’air vers le foyer. La combustion se ralentit alors, et la température s’abaissant un peu, le tube se contracte et dégage le talon du levier ; le contre-poids g, fixé au balancier e ,
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- fait rtilevei l’autre extrémité du ce, balancier ea soulevant le bout 4 du levier autant qu’il faut pour'faire porter le talon sur la rondelle du tube; le registre à bascule, entraîné dans ce mouvement, offre une plus grande section de passage à l’air, la combustion s’activeetc.
- On voit que la température est ainsi régularisée dans le calorifère , et que par conséquent les tubes qui circulent dans l’étuve y peuvent porter constamment la même quantité de chaleur dans un' temps donné. Cependant cette condition ne suffit pas pour entretenir dans celle-ci une température constante , puisque la température dé l’air atmosphérique varie beaucoup. Pour contre-balancer son influence, M. Bonne-main a terminé la tige en fer qui maintient le régulateur par une tête de boulon h : une aiguillé adapte'e à celle-ci permet de faire tourner la tige, et par conséquent la vis jr qui est à l’autre bout, ce qui abaisse ou élève le tube en plomb. Dans le premier cas , le talon s’abaissant, fait ouvrir le registre à bascule, et il faut une température plus élevée pour le fermer en dilatant le tube ; on obtient donc ainsi une température régulièrement plus haute. Si au contraire on élève le tube en tournant l’aiguille dans l’autre sens , le registre offre une ouverture moindre, et se ferme.à une température moins haute; ou obtient donc , dans ce cas , une température constamment plus basse. On voit qu’il est facile de déterminer ainsi, à priori, le degré de température que l’on voudra donner à l’eau que le calorifère fait circuler dans les jeux de tubes de l’étuve. Afin de faciliter encore les moyens de régler son calorifère, M. Bonnemain a trace des divisions sur un cadran pîacé sous l’aiguille , et inscrit les mots chaleur faible et forte, qui indiquent le sens dans lequel on doit tourner pour obtenir l’un ou l’autre effet.
- Le calorifère à régulateur de M. Bonnemain peut, à l’aide de modifications appropriées, être appliqué utilement à entretenir la température convenable à- la végétation sous des couches pour faire venir en toutes saisons, ou du moins avant que la saison la plus convenable les produise en abondance,
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- diverses primeurs, telles que des asperges, petits pois, melons, etc. Des essais heureux en ce genre ont été faits au Jardin du Roi, à Paris. On pourrait encore appliquer cet ingénieux appareil à entretenir la' température des serres, des appartemens, des étuves dans lesquelles on opère les fermentations alcoolique ou acétique, les cristallisations du sucre candi, de l’acide tartrique , etc.
- Lorsque l’on veut faire éclore des poulets dans l’étuve que nous avons décrite, on allume le feu dans le calorifère, et dès qu’au moyen du régulateur on a obtenu dans l’étuve le degré de température de l’incubation , on range les œufs près les uns des autres, sur les tablettes à rebords M,M, qui sont fixées au-dessous de chaque jeu de tubes. Il est convenable de ne garnir ainsi, le premier j our, que la vingtième partie environ de la superficie des tablettes , et d’ajouter chaque jour, pendant vingt jours , une quantité d’œufs égale , afin que le vingt-unième jour, les premiers œufs placés, éclosant pour la plus grande partie , l’on obtienne ensuite chaque jour à peu près le même nombre de poulets, ce qui occasione régulièrement les mêmes soins pendant toute l’année.
- Les premiers jours de l’incubation, naturelle ou artificielle, une faible portion de l’eau contenue dans la substance de l’œuf s’évapore au travers de la coquille ; elle est remplacée par une petite quantité d’air utile, plus tard, à la respiration du poulet. Si l’air atmosphérique qui entoure les œufs au degré de température était complètement sec ou très peu humide , une plus grande partie de l’eau renfermée dans la coquille s’évaporerait au travers de ses pores , et le poulet pourrait souffrir beaucoup, et même périr par suite de cette sorte de dessiccation. La vapeur aqueuse qui s’exhale dans la transpiration de la poule prévient ces mauvais effets, et cependant lorsque le temps est très sec, à peine cette vapeur suffit-elle; aussi les œufs éclosent-ils bien mieux, dans la saison de la sécheresse, lorsqu’ils sont couvés près de la terre que si l’on mettait les couveuses dans un grenier.
- Dans l’incubation artificielle, on entretient l’air constant-
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- jnentlmmide en plaçant dans l’étuve quelques vases plats N, N, des assiettes, par exemple, remplies d?eau.
- Lorsque les poulets sont éclos, on les retire de l’e'tuve pour les porter dans lapoussinihre décrite plus haut, au-devant de laquelle est une petite auge grillée 0,P, remplie de millet. On sépare, à l’aide de compartimens, les Poulets éclos chaque jour, afin de modifier leur nourriture suivant leur âge.
- L’incubation artificielle peut être utile pour fournir de jeunes poulets• dans les saisons où les poules ne couvent pas, et, dans certaines circonstances locales, pour produire, fabriquer , en quelque sorte, un grand nombre de poulets dans un petit espace (1).
- C’est ainsi qu’avant la révolution , M. Bonnemain avait créé un établissement lucratif, qui approvisionna de poulets, en toutes saisons, la Cour de France et les marchés de Paris, dans les temps où les fermiers en manquaient. Les évènemens désastreux arrivés quelque temps après la formation de cet établissement, causèrent sa ruine. On en a formé d’autres depuis; mais aucun ne paraît avoir été dirigé avec ces soms assidus qui avaient été donnés par l’auteur dans l’origine ; du moins il ne paraît pas qu’ils aient présenté des résultats aussi avantageux (2). P.
- (1) En effet, pour snpple'er h un établissement où l’on se bornerait à faire éclore cent poulets par jour (etl'on pourrait obtenir tooo poulets par jour dans une seule étuve ), il faudrait douze poules couveuses pour cent cinquante œufs ; en supposant qu’il en put éclore les deux tiers , ce serait par an environ •piatré mille trois cents convenses. On sent qn’il serait presque impossible de les obtenir dans les temps utiles, lors même que l’on aurait rassemblé “n nombre de quarante-trois mille poules, parce qu’en général il ne se rencontre pas un dixième du nombre des poules qui demande à couver. Il faudrait d’ailleurs que tous les jours sept cent vingt poules conduisissent leurs poussins, ce qui exigerait un emplacement considérable et des soins difficiles, tandis que ces poules n’ayant pas été occupées à conduire leurs petits, auraient pondu au moins cent vingt mille œufs.
- (2) M. Bonnemain (rue des Deux-Portes-Saini-Jcan, n® ^ ) se charge encore de construire des couveuses et des poussinières h des prix modères;
- Peut assure de leur borme execution, et de la réussite complète de incubation artificielle dirigée d’après scs avis.
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- 1,-jO INDEX.
- INDEX ( Technologie ). Ce mot, pris absolument de lj langue latine , signifie indicateur; il est employé clans les Arts sous différentes acceptions.
- On donne ce nom au doigt de la main qui est le plus près du pouce , parce qu’on s’en sert pour indiquer , pour montrer quelque chose avec le doigt.
- On nomme index ou indice le petit ruban qui, dans un volume, est collé par un bout sous la tranche file, et qui sert à marquer la page où l’on est resté à la lecture. Le relieur appelle ce petit ruban signet.
- On appelle aussi index, dans les instrumens de Mathématiques, de Physique ou de Chimie, une aiguille se mouvant sur un axe et qui marque par son extrémité sur les divisions d’un limbe qu’elle parcourt.
- Dans l’horlogerie, on désigne cet index par le nom à’ai-guüle.
- Le catalogue des livres défendus à Rome, par les inquisiteurs , porte le nom à'index expurgatoire, ou simplement index. Lorsqu’on dit qu’un livre a été mis à Y index, on entend qu’il a été inscrit au catalogue des livres dont la lecture et le débit sont défendus, avec cette différence néanmoins que les uns sont défendus purement et simplement, et que les autres le sont seulement jusqu’à ce qu’ils soient corrigés.
- Une congrégation est établie à Rome, sous le nom de congrégation de Vindex, pour examiner les livres dont la lecture doit être permise ou défendue.
- Philippe II, roi d’Espagne, fit imprimer le premier un index ou catalogue des livres défendus par l’Inquisition d’Espagne. Le pape Paul IV, à son exemple, en fit imprimer un semblable en i55g, par la congrégation du Saint-Office. Pie IV envoya, l’examen de Yindex au Concile de Trente, qui en fit un. Depuis , le duc d’Albe en fit imprimer un.à Anvers, en 1671. Clément VIII, en i5g6, en fit imprimer un fort augmenté, qu’on appelle Y index romain. Le plus considérable est celui de Sotto-Mayor, qui a été fait pour tous les états soumis au rot d’Espagne , qui comprend tous les autres, et va jusqu’en 1667-
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- .INDIGO. 171
- Index est le mot que l’on met à la tin des livres latins ; il est à la tète de la le'gende qui comprend le titre de tous les chapitrés de l’ouvrage, et l’indication des pages où chacun de ces chapitres commence. Nous avons substitué , à ce mot, celui de table, dans tous les ouvrages écrits en français. L.
- INDIENNES ( Technologie). C’est le nom qu’on donne vulgairement aux toiles peintes, parce que ce genre de fabrication nous vient de l’Inde. ( V. Impression des toiles.) L.
- INDIGO. Substance colorante bleue, fournie par plusieurs végétaux qui font partie, pour la plupart, du genre appelé par Linné indigofera. Ce genre est compris dans la famille des Légumineuses de Tournefort ; il a pour caractères distinctifs, un calice à cinq divisions , une corolle papillonacée avec deux appendices latéraux à la base de la carène, dix étamines réunies en deux paquets à anthères arrondies ; un ovaire cylindrique chargé d’un style court à stigmates obtus ; et pour fruit, une gousse grêle, ordinairement arquée, non articulée, renfermant plusieurs semences. Toutes les espèces comprises dans ce genre ne fournissent pas de l’indigo , ou du moins, on n’en a extrait que de cinq d’entre elles, savoir : de Y indigotier franc, désigné par Linnée et par Lamarck sous le nom d’indigofera anil; c’est la plus intéressante de toutes ; elle est généralement cultivée dans les Antilles. Viennent ensuite l’indigotier des Indes, indigofera tincioria de L. Celle-là croît spontanément àlTle—de-Fraaee, à Madagascar, au Malabar, et elle y est exploitée avec avantage. L’indigotier glauque, indigofera glauca de Lamarck ; la culture de cette espèce a pris, vers ces dernières époques, un grand degré d’extension en Égypte, on la trouve aussi dans l’Arabie. L’indigotier velu, indigofera hirsuta de Lin. Cette espece croît spontanément dans l’Inde et sur la côte du Malabar; et enfin, l’indigotier vert, indigofera trita de Lin. fils : cette espèce croît aussi dans l’Inde.
- Les indigotiers ne sont pas les seules plantes qui contiennent de l’indigo ; il en est encore plusieurs autres et qui appartien-uent à difièrens genres ; mais cette substance tinctoriale s’v trouve en trop petite quantité pour dédommager des frais d’ex-
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- ) -a INDIGO.
- ploitation; cependant avant la découverte de l’Inde on teignait en bleu avec le Pastel ou Voüède , isatis tinctoria, L., et an-jourd’hui, on se sert encore de cette plante pour coopérer à b teinture en bleu et pouvoir diminuer la proportion d’indigo. À la vérité, on s’est servi long-temps de cette plante sans savoir que sa matière colorante était précisément la même que celle des indigotiers, et ce n’est que depuis les belles recherches de M. Chevreul qu’on sait positivement à quoi s’es tenir à cet égard. Lorsque nos communications ont été interrompues avec les colonies, on a cherché en France à extraire cette fécule colorante des feuilles du pastel, et le succès avait été complet ; mais du moment où les relations maritimes ont été rétablies, on a dû renoncer à cette exploitation d’un produit trop minime pour pouvoir soutenir la concurrence. Nous dirons néanmoins quels procédés ont été suivis pour cet objet ; mais nous ne le ferons qu’après avoir indique ceux dès long-temps mis en usage dans les Antilles, et qu’on n’a fait qu’imiter pour séparer l’indigo contenu dans le pastel.
- Avant de nous occuper de l’extraction de l’indigo, nous devons faire connaître, au moins d’une manière sommaire, comment se cultivent, en général, les indigofères. Ce genre de culture, qui présente parfois de grands avantages, oecasione souvent aussi des pertes considérables. Tant de circonstances accidentelles exercent une influence défavorable sur cette plante délicate, que son produit est des plus éventuels ; et ce n’est souvent qu’à force de précautions et de soins que l’on parvient à sauver une partie de la récolte. Nous allons entrer dans quelques détails à cet égard.
- M. Plagne, professeur de Chimie à Pondichéry, ayant été chargé par le ministre de la marine de parcourir la côte de Coromandel , et d’indiquer les changemens à faire à cette culture et au procédé de fabrication mis en usage dans ces contrées, afin d’obtenir l’indigo dans son plus grand degré de beauté et de pureté, s’est livré avec zèle à cette investigation , et a consigné les résultats de ses recherches et de ses expériences dans
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- un Mémoire fort intéressant où nous avons puisé d’utiles ren-stiigneinens sur cet objet.
- Selon cet habile chimiste, les Indiens du Coromandel ne se livrent pour ainsi dire qu’à regret à la culture des indigofères ; ils uT consacrent que les plus mauvais terrains, et ce n’est que dans ceux qui ne contiennent aucune portion d’humus qu’ils se-décident à mettre une petite quantité d’engrais. Aussitôt après les pluies, qui tombent ordinairement en décembre, les terres destinées à cette culture reçoivent au plus deux légers labours, et sont aussitôt ensemencées à la volée. La graine est ensuite recouverte,. soit en faisant traîner sur le soi un fagot d’épines de bambou, soit en faisant parcourir le champ, d’une manière régulière, par un troupeau de moutons.
- Trois jours après, la plante est déjà hors de terre, et avec elle quelques autres herbes qu’on enlève plus tard. Le sarclage n’est plus renouvelé, malgré l’avantage qu’il procurerait, surtout lorsque la plante a acquis de 9 à 10 pouces d’élévation.
- Là, dit M. Plagne, se terminent tous les soins donnés aux indigofères, et le cultivateur ne s’en occupe plus que pour les récolter. La première coupe se fait ordinairement dans le courant de mars; elle est la plus belle. Une quantité déterminée de feuilles donne un produit supérieur, pour l’abondanee et la quantité, à celui des autres coupes qui se font postérieurement de-deux mois en deux mois.
- La seconde coupe, en général mauvaise soirs tous les rapports, offre cependant les plus brillantes espérances au cultivateur et à l’indigotier, lorsqu’il tombe quelques pluies, mais cela n’arrive que très rarement à cette époque. Presque toujours, au contraire, il tombe dés pluies d’orage assez considérables vers la fin de juin ou au commencement de juillet, et alors la troisième coupe et même la quatrième, quand elle a heu, donnent des produits qui, .à la vérité, ne sont pas aussi abondans, mais qmprésentent des avantages marqués, sous le rapport de la qualité. Cette différence démontre combien il serait utile d’avoir recours à des avrosemens administrés en temps opportun ;
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- et rien ne serait plus facile dans ces contrées, .si l’art venait au secours de la nature, car l’eau s’y rencontre partout y et en si grande abondance y qu’il est difficile de concevoir commentles cultivateurs' ont pu négliger une aussi précieuse ressourcée;.
- Le peu de soin que l’on donne aux indigufères dans cette contrée nuit tellement à leur accroissement,, qu’ils atteignent à peine la hauteur de a pieds, tandis que dans les colonie»oit cette culture est mieux entendue, leur hauteur moyenne est de 3 pieds.
- .Après huit jours . de temps sec, et la plante commençant^ passer fleur, on. la coupe avec de petites faucilles à B pouces au-dessus du sol-.; hauteur que l’expérience a démontré ètre la plus favorable aux pousses suivantes.
- La plante étant exploitée sèche r iLest du plus grand-intérêt qu’elle soit rapidement, privée' de son eau de Végétation t; atfcsi les Indiens ont-ils grand soin de choisir pour cette récolte un jour .où il.n’y a aucune apparenta, dilorage. .Voici comment ils procèdent : le soir, avant le coucher du soleil, ils coupentk plante pendant une heure et demie y iis la lient- par bottesqtfils déposent sur une plate-forme en .stuc von; en argile battuèet bien sèche. Ils étaient la récolte avec soin,, afin de .prévenir toute fermentation.; Le matin, à six heures-,-orn recommence b coupe y qui dure seulement jusqu’à: sept heures et dernier On réunit ce produit a<yec xélui de la \æille,. pour faire sechetle tout ensemble. Vers les trois heures après midi,-la.plante-est assez desséchée pour en séparer la feuille par le battage,' qui s’opère -en tous sens avec des gaules. On la met à L’abri de d’air humide, pour être de nouveau exposée^.àfaction!ufàl’sdleil jusqu’à parfaite dessication ; alors on ,1a concasse grofsièis-mcït, et le cultivateur la livre ainsi au fabricant.'avec lequel il a passé contrat. J ; • •
- À Saint-Domingue , on sème la graine à différentes époques de 1 année, suivant les lieux et les saisons; mais le cultivateur est touj ours guidé dans cette opération par la probabilité de 1 ai" rivée prochaine de la pluie, à moins qu’il n’ait à sa disposi-tion des moyens d’arrosement. Là, on ne sème point a la rolée:
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- la graine est déposée clans des trous distans de6 à ' peuCes, et elle commence à lever trois ou quatre jours après, lorsque les Circonstances sont favorables , c’est-à-dire lorsqu’elle a été' pourvue, soit naturellement, soit artificiellement, delà quantité d’humidité qui lui est nécessaire pour son développement. Dans cette colonie, on apporte beaucoup de sein aux sarclages. On les commence aussitôt que la .pilante paraît, et on les réitère chaque quinzaine environ, jusqu’à ce que la plante ait pris assez d’accroissement pour ombrager le sol et étouffer les autres herbes qui voudraient pousser.
- Les causes qui exercent le plus d’influence sur cette plante délicate, sont: i®. un soleil brûlant qui succède immédiatement à une forte pluie - ce concours d’humidité et de ebaîeur excessive fané les rameaux, les courbe , et la tige se dessèche complètement ; 2°. un vent trop violent qui bat et froisse la plante; 3°. des pluies d’orage, qui tombent comme par torrens; abattent la plante ,1a déchaussent, et vont quelquefois jusqu’à là déraciner. Si cependant ces phiies n’eÿeèdent pas une certaine limite, elles améliorent au contraire Cette végétation, en détruisant une foule d’insectes qui environnent toujours l’an il, dont ils sont plus -avides que d’aucune autre plante. Les chenilles surtout dévorent quelquefois des champs entiers dindigofères ; et la-'dévastation est telle , qu’on est obligé d’avoir,recours à divers moyens pour s’en garantir. Tantôt on pratique de larges et profondes- tranchées pour empêcher la communication entre lès pièces rnfeetées J et celles qui ne le sont pas;.d’autres fois, et c’est lé moyen -le plus sur, on sauve ce que l’on peut de la récolte , en se hâtant de faire la coupe aussitôt qu’on s’aperçoit du danger. Quelques-propriétaires se sont imaginé, pour prévenir de bonne heure un pareil ra-vage, de faire parcourir les champs menacés par des troupeaux de dindons ou de cochons affamés. Ces animaux, très friands de chenilles, les détruisent assez rapidement, du moins les plus grosses, et en renouvelant cette pratique de tèmps à autre , on parvient souvent à garantir le plan jusqu’au moment de la récolte.
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- C’est le moment de la floraison que l’on choisit pour h coupe de Y indigo franc. L ’ indigo bâtard se re'colte un peu auparavant. Il y a un point de maturation qu’on ne peut ni devancer ni dépasser sans inconvéniens. Si l’on s’y prend trop tôt, le produit est moindre , mais d’une plus belle qualité' si, au contraire, on attend que la plante soit fanée, non-seulement on obtient fort peu d’indigo, niais il est en outre d’une qualité inférieure. Il y a donc tout avantage à saisir le point convenable.
- C’est aussi à 2 pouces environ du sol que l’on coupe la tige, afin de faciliter l'émission de nouveaux jets. On continue les coupes de deux mois en deux mois, jusqu’à ce que la plante, dont la durée est relative à la qualité du sol, soit dégénérée. Dans les bons terrains, elle dure deux ans, et une année seulement dans les terres déjà usées par d’autres cultures.
- A Saint-Domingue, on exploite la plante à l’état frais, et par conséquent, au fur et mesure de sa récolte ; aussi ne fait-on autre chose que de la jeter sur de grandes toiles et de l’envoyer immédiatement à l’indigoterie..
- En Égypte, où cette culture est très soignée, l’indigofere fournit d’abondantes récoltes pendant trois et quatre aimées consécutives. On donne pour cet objet la préférence aux terrains élevés, qu’on a soin d’entourer de chaussées pour se garantir des inondations du Nil. Chaque année on fait quatre coupes, deux avant et deux après la crue du Nil.
- On suit, pour l’extraction de l’indigo, différens procédés, que nous allons exposer successivement ; et nous commencerons par rapporter celui employé à la côte de Coromandel, d’après la description qui en a été donnée par M. Plagne.
- À la côte de Coromandel, tant sur le territoire français que sur celui soumis à la domination anglaise, personne ne fabrique l’indigo avec la feuille verte. Les fabricans reçoivent du cultivateur la feuille sèche, dépouillée de sa tige et bnsee; ils l’exposent encore pendant un jour à l’ardeur du soleil, U mettent dans un magasin bien sec, où ils la compriment for-
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- tement et la recouvrent de nattes, pour prévenir l’accès de l’air et de'l’humidité'. Après vingt-quatre heures de séjour, on commence à les travailler en proportions relatives à la grandeur des cuves. On fait infuser à froid les feuilles concassées, dans quatre volumes d’eau, puis on passe l’infusion à travers une étoffe de poils de chèvre d’un tissu peu serré, et on la reçoit dans une cuve nommée batterie; on agite ensuite cette infusion pendant environ deux heures et l’on y ajoute une welte d’eau de chaux par 25 livres de feuilles employées. Après avoir bien brassé ce mélange, on laisse déposer, on décante, on lave leprécipité avec une petite quantité d’eau bouillante, et le tout est jeté sur une toile. La fécule colorante, une fois égouttée, est soumise à l’action d’une presse, et l’on divise la pâte en petits cubes d’environ 3 onces chaque.
- Les indigos que l’on obtient par ce procédé sont ordinairement compactes , lourds, d’un bleu clair, peu cuivrés, grumeleux dans leur cassure; celle-ci présente quelques points blanchâtres, et souvent des débris de la plante. Ils retiennent encore une quantité notable de matière extractive qui les fait ressuer lorsqu’ils sont encaissés, et tend ainsi à les réduire en poussière et à leur donner une odeur désagréable.
- M. Plagne, après s’être convaincu par lui-même de l’état d’imperfection de cette branche d’industrie à la côte de Coromandel , propose, comme résultat de ses propres expériences , diverses améliorations, soit sous le rapport de la culture, soit relativement à la fabrication.
- Sous le premier point de vue, ce chimiste conseille de porter le nombre des labours jusqu’à cinq, en entamant la terre à 6 ou 8 pouces de profondeur. Trois des labours seraient faits avant le reversement de la mousson du nord, à quinze jours d’intervalle ; un en profitant de' quelques jours de beau temps qui ne manquent pas de se présenter dans le courant des deux mois, et le dernier aussitôt le retour de la belle saison. H serait destiné surtout à détruire la cohésion que doit avoir pnse la terre après de fortes pluies, et à y mêler des engrais, qu’il est d’autant plus facile de se procurer en grande Tome XI. 12
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- quantité, que les résidus de la plante, après l’extraction de l’indigo, sont les meilleurs qu’on puisse employer. Il est à observer qu’ils ont en leur faveur, et pour toute espèce de culture, l’assentiment des naturels, ce qui n’est pas peu important dans un pays où les préjugés l’emportent toujours sur les démonstrations les plus convaincantes.
- Aussitôt après le dernier labour, dit M. Plagne, on s’empressera d’ensemencer à la volée, ou bien en employant le râteau à dents indiqué par Beauvais-Duraseau. A l’aide d’une paire de bœufs , on pourrait facilement y adapter un semoir et le paquet d’épines, qui suivrait immédiatement l’homme chargé de diriger l’appareil. En employant ce procédé , le terrain serait beaucoup plus régulièrement ensemence, et la graine recouverte en même temps par une seule opération , à l’exécution de laquelle un homme suffirait. Au lieu de se contenter d’un mauvais sarclage, qui laisse la plupart des racines en terre et les plantes arrachées sur le sol, où elles végètent de nouveau, il conviendrait d’en faire deux, l’un à l’époque ordinaire, et l’autre quand la plante aurait acquis 9 à io pouces d’élévation, car alors elle ombrage assez le sol pour qu’on n’ait point à craindre qu’il pousse de nouvelles plantes. Il n’en coûterait rien pour rafraîchir le terrain autour de la plante. Chaque coupe subséquente doit être traitée de la même manière, en temps opportun, ayant soin de faire toujours précéder le sarclage d’un arrosement artificiel, si le terrain en a besoin ; l’addition d’un peu d’engrais, lors du sarclage après chaque coupe, produit constamment un résultat avantageux.
- Relativement à la fabrication de l’indigo, M. Plagne s’est livré à de nombreux essais qui ne lui permettent pas de douter que, dans l’état actuel de la culture des indigofères à la côte de Coromandel, on n’obtiendrait aucun succès , si l’on voulait travailler la plante fraîche comme dans les autres colonies ; il ne balance cependant point à affirmer qu’on pourrait y arriver par une culture plus soignée, parce qu’alors la plante, élaborant ses sucs avec une force plus active et plus conforme à b
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- nature de ses produits, serait pkrs riche en substance tinctoriale et renfermerait moins de principes mücilaginèux dont la décomposition, pendant la fermentation, altère considérablement l’indigo , et paraît même, vu la petite quantité qu’on en obtient, déterminer sa décomposition , ou du moins en retenir beaucoup en dissolution. Gette opinion semble probable, si l’on considère que la feuille verte exige au moins quinze heures de contact avec l’eau, pendant lesquelles il y en a près de huit employe'es à une véritable fermentation putride, et qu’en opérant sur les feuilles sèches, elles ont cédé la presque totalité de leur fécule après deux heures d’une simple macéra-ration, qui donne à peine des traces d’acide carbonique.
- L’emmagasinage pendant un certain temps, des feuilles sèches, qu’on pourrait regarder comme nuisible, ou au moins comme inutile,, semble cependant avoir un résultat avantageux. M Plagne s’est assuré qu’il se manifestait, pendant lés quatre ou cinq premiers jours , une élévation de température de 3° au-dessus de l’air ambiant, que cet accroissement de chaleur se maintenait pendant cinq à six jours, et que sa marche rétrograde durait de huit à dix jours. Il y a pendant tout ce temps production de plusieurs fluides élastiques, et notamment d’acide carbonique, de gaz oxide de carbone et de l’hydrogène carboné ; ainsi, nul doute, il s’établit là un comment cernent de fermentation, probablement aux dépens du mucilage qui contribuait à la solubilité de l’indigo et qui rendait son élimination plus difficile. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’en opérant précisément de la même manière sur des quantités égales de feuilles emmagasinées et de feuilles qui ne l’ont pas été, on obtient des deux premières macérations des poids égaux d’indigo et de qualité à peu près semblable ; mais si l’on fait une deuxième macération de chacune de ces deux sortes de feuilles, on obtient encore une nouvelle quantité d’indigo de celles qui ont été emmagasinées, et rien des autres.
- M. Plagne donne la description d’une indigoterie, non pas telle qu’elles existent actuellement à la côte de Coromandèl, mais telle qu’elles devraient être construites, si l’on voulait mettre
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- à profit toutes les observations qu’il a été à portée de faire sur cette importante fabrication. Voici en quoi devrait consister une indigoterie.
- i°. Un grand magasin en briques, garni de stuc en dedans et en dehors, dont Vargamasse ( plate-forme au dessus du bâtiment) , garnie d’un pourtour de 2 pieds d’élévation , servira de séchoir pour les feuilles ; on y pratiquera une ouverture afin de faciliter l’emmagasinage.
- 2°. Un puits de grandes dimensions, muni d’une pompe (1).
- 3°. Deux réservoirs, plutôt profonds que larges, dont la grandeur sera telle, que chacun puisse contenir assez d’eau pour fournir au travail d’une journée, et assez élevés pour que l’eau puisse se rendre dans la trempoire , au moyen de robinets ou siphons placés à un pied au-dessus du four.
- 4°. Une cuve (trempoire) qui doit avoir 25 à 26 pieds carrés et 2 pieds de profondeur.
- 5°. Une cuvette garnie en cuivre ou en plomb intérieurement, destinée à recevoir une étamine forte et épaisse (2), à travers laquelle passera l’eau de macération de la trempoire dans la batterie.
- 6°. Une cuve (batterie) de 25 pieds carrés sur trois de profondeur, disposée de manière à recevoir les eaux qui découleront de la trempoire par la cuvette.
- 70. Une cuve (diablotin) de 3 pieds carrés, de 5 pieds de profondeur, communiquant avec la batterie, de manières recevoir l’indigo nageant encore dans ses eaux mères.
- 8°. Une bâtisse en maçonnerie, bien aérée et recouverte en tuiles, qui servira d’atelier dans lequel s’achèvera le travail et où seront
- (1) On puise l’eau avec si peu de soin, et elle est tellement battue, qu'elle est déjà tonte trouble quand elle arrive dans les cuves ; d’où il suit que les corps he’térogènes qu’elle contient se mêlent nécessairement à l’indigo et en altèrent la qualité".
- (2) On évitera, par ce moyen, de mélanger avec l’indigo une foule d’impuretés provenant du parenchyme et de quelques débris de la plante.
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- Le fourneau et la chaudière qui recevra directement la fécule lavée et nageant dans l’eau, par le moyen d’un conduit qui traversera le mur ;
- Les châssis pour passer et égoutter l’indigo ;
- La presse et une table pour recevoir et diviser les gâteaux d’indigo ;
- Les râteaux en bois, les avirons , les étamines, mousseline, toile forte, couteaux, et quelques autres instrumens.
- 90. Un bâtiment argamassé, destiné à la sécherie ; il doit avoir 35 à 4° pieds de long sur 25 pieds large , plusieurs fenêtres sur chacun de ces côtés, et une porte surmontée d’une fenêtre, à chaque extrémité, pour établir au besoin un courant d’air.
- Le séchoir doit être, sur tous les côtés intérieurs, garni d’étagères à treillage de 2 pieds de profondeur, espacées d’un pied dans leur élévation et maintenues à i pied et demi de distance du mur, afin de faciliter la circulation de l’air.
- io°. Un magasin pour les produits.
- u°. Un magasin pour les bois et caisses vides.
- Toutes ces dispositions étant établies, il ne reste plus qu’à s’occuper de la fabrication de l’indigo , et l’on doit, d’après le même auteur, y procéder de la manière suivante :
- Après s’être assuré d’une assez grande quantité de feuilles sèches pour exécuter une longue série d’opérations, on se livre aux travaux de fabrication, en ayant soin d’employer d’abord les feuilles les plus anciennes en magasin. On remplit aux trois quarts la cuve nommée trempoire, d’eau bien claire et la plus pure possible, prise dans un des bassins n° 3. Après un séjour de vingt-quatre heures, on y ajoute de la feuille sèche et vannée, dans les rapports en volume d’un à cinq d’eau ; on agite , au moyen de râteaux en bois blanc et dur pour favoriser l’imbibition. Cette manœuvre devra être renouvelée au moins deux fois pendant la macération, qui ne doit pas être prolongée au-delà de deux heures On passe le liquide au travers d une étamine semblable à celle dont les pharmaciens se servent pour passer les sirops, et on le reçoit dans la batterie,
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- L’étoffe que les Indiens emploient est beaucoup trop claire ; elle est en poil de chèvre mal filé et mal tissé ; une portion de son tissu est entraînée par l’action de l’eau, et se retrouve dans l’indigo.
- Lorsque toute l’eau de macération, qui est d’un vert foncé, est arrivée dans la batterie, un nombre d’hommes proportionné à la capacité de la cuve ( douze à seize pour une venue de ioo gallons ou 25oo liv. de feuilles) , munis de larges avirons, agitent le liquide dans divers sens. Ce battage, qui dure environ une heure et demie, pourait être fait par des moyens mécaniques. Aussitôt que le liquide est devenu d’un bleu très intense et qu’on voit nager à la surface une quantité considérable de mousse d’un bleu brillant moins foncé, alors on juge que l’opération est terminée. Arrivé à ce terme, on ajoute une demi-velte d’eau de chaux par 2.5 livres de feuilles employées, on agite un instant pour faciliter le mélange, puis on abandonne au repos pendant trois ou quatre heures. On décante le liquide surnageant, et l’on transvase le précipité dans la cuve nommée diablotin. Là, on laissée déposer et l’on décante ds nouveau. On lave deux fois la fécule avec de l’eau parfaitement limpide , et après avoir décanté l’eau du deuxième lavage, on jette le dépôt sur une mousseline d’un tissu assez clair pour laisser passer l’indigo, et assez serré pour retenir des substances étrangères qui auraient pu s’y mêler pendant les dernières manipulations ; l’indigo est reçu dans la chaudière, en partie pleine d’eau en ébullition. On élève la température jusqu’à ce que toute la masse du liquide ait jeté quelques bouillons, qu’on arrête aussitôt par l’addition d’un peu d’eau froide. On enlève quelques écumes composées de chaux, d’une matière de la nature de la cire et d’un peu d’indigo uni à la résine rouge ; on cesse le feu et l’on verse le tout, à travers la mousseline, dans le tablier garni d’une toile sur laquelle doit rester l’indigo jusqu’au lendemain. On le soumet à l’action graduée d’une presse, où il prend la forme de gâteaux de 2 pieds carrés sur 3 pouces environ d’épaisseur; on les divise par cubes.
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- Ces cubes sont ensuite placés dans le séchoir, à l’ombre, sur une légère couche de paille de riz, bien horizontale ; on les change chaque jour de place, sans les tourner, les faisant passer d’une étagère supérieure à celle au-dessous, de manière que, rendus à la plus basse après quatorze jours, ils seront en état de pouvoir être exposés au soleil pendant une journée, espace de temps qui suffit ordinairement pour achever leur dessication. Arrivés à cet état, on les brosse pour enlever une légère efflorescence blanchâtre qui se forme ordinairement à la surface, surtout quand l’indigo n’a pas été bien lavé.
- Enfin, une dernière opération succède aux précédentes, c’est ce qu’on nomme le ressuage. Il paraît avoir pour but d’exciter une légère augmentation de température dans les pains , pour faire exsuder A travers leurs pores une petite quantité d’eau encore retenue dans l’intérieur, et qui, en se vaporisant, éloigne doucement les molécules, augmente le volume sans altérer sensiblement la forme. Cette nouvelle disposition moléculaire diminue la pesanteur spécifique de l’indigo , donne à la cassure un grain plus fin et une teinte plus veloutée.
- M. Plagne propose d’opérer le ressuage dans de grandes caisses en bois bien joint, dont la partie supérieure, en forme de voûte, serait vitrée, afin de juger des progrès de l’opération, qui dure ordinairement de huit à dix jours. On jugerait de sa terminaison lorsque les gouttelettes commenceraient à ruisseler sur les parois intérieures des vitres.
- Il est difficile de ne pas être convaincu, selon M. Plagne, des avantages que présente la fabrication bien entendue de l’indigo , par le procédé de la feuille sèche, si l’on considère que les frais très légers de dessication, de battage et d’emmagasinage sont au moins compensés par la différence de ceux de transport ; et si l’on fait attention qu’il est bien plus facile dé surveiller un seul travail que d’en faire marcher deux qui se trouvent dépendre l’un de l’autre , car la fabrication peut arrêter la coupe, et réciproquement : si des pluies surviennent, il faut nécessairement abandonner l’un et l’antre travail. 11 est à observer en outre que la feuille desséchée ne demande que deux
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- heures de macération, tandis que la verte en exige de douze à dix-huit, selon la température de l’atmosphère, et nécessite par conséquent un travail beaucoup plus considérable et beaucoup plus dispendieux pour obtenir la même quantité d’indigo dans un temps donné. Le procédé de la fermentation présente le double inconvénient de pouvoir altérer le produit, et de répandre dans l’air des gaz qui nuisent considérablement à la santé des ouvriers. L’opération du battage est, dans ce procédé, beaucoup plus prolongée et par conséquent plus fatigante ; tandis qu’en opérant sur la feuille sèche, on est maître de la matière première, et l’on peut se livrer en toute sécurité à des travaux dont les résultats sont connus d’avance.
- Le travail de la feuille verte nécessite quelques dispositions particulières que nous indiquerons succinctement. Le principal appareil consiste en trois cuves placées à dilférens degrés d’élévation, et de manière que la première puisse se vider dans la deuxième et celle-ci dans la troisième. Chacune dè ces cuves porte un nom particulier. La première , qui est aussi la plus élevée, se nomme pourriture, parce que c’est dans celle-là que la fermentation s’opère. On donne le nom de batterie à la deuxième, c’est celle où le battage s’opère; et enfin, la troisième se nomme reposoir, parce qu’elle est destinée à recevoir la liqueur trouble qui résulte du battage, et qui n’a plus besoin que de repos pour laisser précipiter la fécule colorante qu’elle contient en suspension.
- La tuméfaction assez considérable qui a lieu pendant la fermentation oblige à prendre quelques précautions pour prévenir le débordement, qui ne manquerait pas d’avoir lieu si l’on ne s’y opposait. Pour y parvenir, on place un lit de planches immédiatement sur la plante en macération, et de manière à ce qu’elle ne soit ni trop ni trop peu foulée ; on pose ensuite sur cette espèce de plancher des élançons , et sur ceux-ci, deux grandes barres de bois qui traversent en diagonale toute la chaudière dite pourriture, et vont s’engager dans des mortaises pratiquées à hauteur convenable dans des poteaux situés aux
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- quatre coins de la chaudière et qui s’y trouvent sceüe's dans la maçonnerie extérieure.
- Les moyens mécaniques auxquels on a recours pour aérer la liqueur sont très variés, mais en général si simples, qu’ils ne méritent aucune description, parce qu’ils se présentent d’eux-mèmes à l’esprit de chacun. Toutefois , ils sont plus ou moins commodes, suivant les facultés pécuniaires de chaque fabricant. Les battes ou buquels sont tantôt mus à bras d’hommes et tantôt à l’aide de mécaniques plus ou moins compliquées , qu’on fait mouvoir par des animaux ou par des courans d’eau.
- Aussitôt que l’on apporte dans l’atelier le produit de la récolte du jour, ôn commence le travail. La première opération consiste à disposer uniformément la plante dans la pourriture, à n’en mettre que la quantité convenable pour qu’elle puisse être recouverte de 2 pouces d’eau environ, et que cependant elle ne s’élève à pas plus de 5 à 6 pouces du bord delà chaudière. On place ensuite les planches destinées à s’opposer à une trop forte tuméfaction, et enfin les étançons et les clefs pour assujettir cette espèce de palissade. Les choses étant ainsi disposées, la température naturelle du lieu fait que bientôt on voit tous les phénomènes de la fermentation se manifester d’une manière bien tranchée. On entend un bouillonnement assez tumultueux, et Ton voit un grand nombre de grosses bulles qui viennent crever à la surface du liquide et y déposer de légères pellicules revêtues des plus brillantes couleurs de pourpre et d’azur, tandis que la liqueur acquiert une belle couleur vert émeraude.
- Comme on a comparé, et avec quelque raison, ce commencement de décomposition spontanée à la fermentation ordinaire du raisin, on a voulu y retrouver toutes les conséquences de cette fermentation, et Ton a prétendu qu’il se formait dans la pourriture une vapeur tellement spiritueuse , qu’il suffisait d approcher de l’écume un corps enflammé, pour que le feu s’“ con'.muniquà t immédiatement à toute la surface de la chaudière. Il y a jc; erreur manifeste, et il est bien évident que ce
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- qu’on a pris pour une vapeur spiritueuse n’est autre que <}H gaz hydrogène carboné qui s’est formé par suite de la décomposition de la matière organique. Quoi qu’il en soit, la fermentation doit être soutenue plus ou moins de temps, suivant la masse sur laquelle on opère, suivant aussi la température régnante ; mais on doit, dans tous les cas, épier avec beaucoup de soin le moment favorable pour en arrêter les progrès; car l’action désorganisatrice qui d’abord exerce son influence sur les composés les plus destructibles, ne manque point de l’étendre jusque sur l’indigo lui-même. Il faut donc que le fabricant porte toute son attention sur ce point essentiel de l’opération ; aussi fait-il de fréquens essais pour s’assurer de l’état des choses. Ces essais sont bien simples ; ils consistent à verser un peu de la liqueur fermentée dans une petite tasse d’argent bien nette et à fond plat, semblable à celle dont les dégustateurs se servent pour le vin : on imprime à cette tasse un léger mouvement giratoire ; et l’on juge l’opération terminée si k liqueur, par l’agitation qu’elle reçoit, laisse immédiatement apercevoir des flocons bleus surnageant de toutes parts et qui tea-dentà se précipiter par le moindre repos, tandis quelaliqueur se dépouille de sa belle couleur verte, pour ne conserver qu’une teinte jaunâtre. Arrivé à ce point, on ne saurait trop se hâter de décanter la liqueur pour l’aérer dans la batterie, si toutefois on a eu soin de s’assurer, en sondant la cuve à diverses hauteurs , que la liqueur est partout la même. Ce point unique d’une convenable fermentation est, comme on le prévoit aisément, difficile à saisir, et il exige une grande habitude de h part de ceux qui sont chargés de cette partie du travail ; car les signes distinctifs de cette fermentation ne sont pas toujours aussi tranchés que nous venons de le dire ; il arrive assez souvent même que ces caractères sont très équivoques et capables d’induire en erreur ; mais les plus habiles se rattachent alors à d’autres propriétés qui exigent plus de tact et d’habitué pour les apprécier : c’est ainsi que quelques-uns d’entre e® reconnaissent le degré convenable à la simple saveur de h liqueur fermentée. Ceux-là ont un grand avantage sur te
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- autres ; car il ne leur arriye jamais de dépasser le but et de perdre le produit, comme cela n’a lieu que trop fréquemment dans plusieurs indigoterie*.
- Aussitôt donc que la liqueur a été jugée bonne à couler dans la batterie, on procède à cette nouvelle opération, qui doit se faire sans aucun retard, puisque son but principal est, non-seulement d’aérer l’indigo pour lui donner de l’insolubilité, mais encore d’arrêter la marche de la fermentation. Par les progrès du battage , qui s’effectue avec plus ou moins de rapidité', suivant le mécanisme mis en usage, on voit la liqueur, qui d’abord était verte, prendre par degrés une belle couleur bleue foncée. C’est à cette époque que ce qu’on nomme le grain commence à se former, c’est—à—dire que l’indigo se sépare de sa dissolution, et paraît d’abord sous la forme de molécules très ténues et uniformément disséminées ; puis ces molécules se réunissent, s’agglomèrent, prennent plus de cohésion, et tendent à se séparer du liquide ; en un mot, le grain se forme, comme on le dit. Il y a encore ici, comme dans le cas précédent, un point à saisir qu’on ne peut dépasser qu’aux dépens de la qualité du produit ; car un battage trop prolongé remet la fécule colorante dans un état extrême de division ; elle trouble long-temps le liquide avant de se déposer, et ne fournit qu’un indigo qui manque de cohésion et perd de sa valeur commerciale. Si, au contraire, le travail a été bien conduit et arrêté à propos, deux à trois heures de repos suffisent pour que l’indigo soit précipité. Cependant, à moins qu’on ne soit très pressé, on laisse plus de temps en repos, afin que les particules les plus ténues, et qui restent les dernières en suspension, aient pu se réunir à la masse.
- Quand la liqueur est devenue très limpide, on la décante successivement et le plus doucement possible, à l’aide de robinets établis à différentes hauteurs de la chaudière. Arrivé enfin. 80 sédiment, on le fait écouler dans un vase nommé diablotin, et là en le puise pour le faire égoutter dans des sacs qu’on laisse suspendus pendant un temps plus ou moins long. Aussitôt que la fécale colorante est bien égouttée, on la vide dans des espèces de
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- caisses qu’on expose en plein air ; mais on a soin de commencer cette dessiccation vers le soir, afin qu’une chaleur trop vive et trop soutenue ne vienne pa s saisir la surface et la gercer de tontes parts. Pour que la pâte reste homogène, il faut que l’humidité s’exhale e'galement de toute la masse, et que la retraite se fasse uniforme'ment. De temps à autre on passe la truelle à la surface, pour en re'unir toutes les parties et détruire les fissures qui se sont formées. Enfin, à un certain degré de dessiccation, on en polit de nouveau la surface, et l’on divise la masse en petits carrés qu’on laisse séjourner dans la caisse, et toujours au grand air, jusqu’à ce qu’on puisse facilement les détacher pour en achever la dessiccation au soleil. En général, plus cette dessiccation est lente, et plus elle est parfaite : de là vient que dans bon nombre d’indigoteries on la termine à l’ombre ; par ce moyen, l’indigo acquiert plus de consistance et se conserve mieux.
- Enfin, une dernière opération reste à faire, c’est celle dite du ressuage. Nous l’avons déjà décrite en traitant du système de fabrication suivi à la côte de Coromandel : elle a pour but, comme nous l’avons dit, de faire ressortir une dernière portion d’humidité intérieure qui contribuerait à détériorer l’indigo si on l’expédiait dans cet état.
- En Égypte, on extrait l’indigo de la plante par une méthode différente des deux que nous venons de décrire : elle a cela d’avantageux, qu’elle n’offre aucune chance de perte et qu’elle est plus simple, et par cela même plus économique que les précédentes. « Là, on soumet la plante aussitôt que récoltée, à une ébullition soutenue pendant trois heures, dans une quantité suffisante d’eau. Quelques auteurs prétendent cependant qu’on se contente de la faire macérer pendant une heure seulement dans de l’eau à 70 degrés. » (Ann. de Chimie) T. XXXIII, page 88.) Quoi qu’il en soit, cette décoction ou cette macération ainsi chargée de la fécule colorante, est decantée dans d’autres vases où on l’agite avec de larges pelles jusqu’à ce que l’indigo se sépare. L’opération se termine ensuit comme précédemment. Ce procédé est précisément celui quon
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- a appliqué à l’extraction de l’indigo du pastel. ( V. Pastel.)
- Quelle est la manière d’être de l’indigo dans les plantes? Y existe-t-il tout formé, et les diverses opérations que nous venons de décrire n’ont-elles pour but et pour résultat que de le débarrasser des autres produits naturels qui lui sont unis ? ou bien, comme on l’avait généralement admis depuis Berthollet, l’indigo se trouve-t-il dans le végétal, dans un état particulier de moindre oxidation, état sous lequel il est non-seulement soluble, mais dépourvu de la belle couleur que nous lui connaissons? M. Chevreul, qui s’est livré avec tant de succès à l’étude de plusieurs matières colorantes, s’est beaucoup occupé de cette question, et il a conclu de ses expériences que cette précieuse matière tinctoriale était incolore dans les plantes qui la contiennent, et que la couleur bleue qu’il acquiert alors qu’il devient insoluble est le résultat de sa combinaison avec l’oxigène. Nous citerons l’expérience capitale sur laquelle ce célèbre chimiste a basé son opinion. Que l’on fasse passer sous une cloche remplie de mercure de l’eau qu’on a long-temps maintenue à l’ébullition, et alors qu’elle est encore presque bouillante et privée du contact de l’air. Aussitôt que la température de l’eau contenue dans la cloche se trouve ramenée à 35 degrés centigrades, on y introduit quelques feuilles de pastel déchirées, et l’on maintient la température à ce degré pendant deux ou trois heures : l’eau devient jaune-rougeâtre; elle dissout de l’indigo, des principes colorans jaune et rouge, etc. Onia fait passer dans une cloche remplie de mercure ; on y mêle de l’eau de chaux qui a bouilli et qu’on a laissée refroidir sur le mercure ; la couleur devient orangée ; il se dépose peu à peu des flocons blancs qui tirent très légèrement au verdâtre. Si l’on agite cette liqueur, et qu’on en fasse passer une portion dans une autre cloche contenant de l’oxigène, on voit se manifester aussitôt une belle couleur bleue foncée, qui finit par se déposer en flocons, tandis que l’autre portion, qui n’a point eu le contact de l’oxigène, n’offre rien de semblable. M. Chevreul remarque flue la quantité d’oxigène nécessaire est minime ; car la très petite portion qui se trouve contenue dans de l’eau de chaux
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- qui n’ét point été soumise à l’ébullition, suffit pour produire le phénomène que nous Tenons de citer.
- Cette expérience, toute probante qû’ellé peut paraître, n’est peut-être pas cependant tout—à- fait exempte d’objections. H» ne prouve d’une manière rigoureuse,- selon nous, quel’oxigèse se porte réellement sur l’indigo. Ne se poùrrait-il pas que cette matière colorante fût naturellement combinée à un' produit qui fût susceptible des’uuiràl’oxigène et d’abandonner ensuite T», digô? Sansdoute l’expérience de M. Chevreul s’accorde bien avec l’opinion généralement admise dél’oxigénabilité de l’indigo dissous ; mais cette opinion se trouve-t-elle elle-même bien démontrée? Avant Berthollet, plusieurs auteurs, et partkulièremênt Leblond, le P. Labat et Struve, avaient considéré le battage employé dans l’extraction de l’indigo comme principalement destiné, non pas à oxigéner l’indigo pour le rendre insoluble , mais bien à dissiper l’acide carbonique qui s’est formé pendant la fermentation, et qui retient la matière colorante en dissolution. S’il en était ainsi, on concevrait facilement l’utilité de l’eau de chaux dans cette opération. II est certain que, dans l’expérience de M. Chevreul, ce n’était point l’acide carbonique qui retenait l’indigo en dissolution, puisque l’eau de chaux n’en déterminait pas la précipitation : mais ne se pourrait-il pas que l’eau de chaux restât sans effet précisément parce qu’il n’y avait point eu d’acide carbonique de formé? Or celui-ci ne peut se développer, comme on sait, qu’autant que la fermentation a eu beu, et la fermentation ne peut être mise en mouvement qu’à l’aide d use petite quantité d’oxigène extérieur.
- Je citerai encore un fait qui permet d’élever quelques doutes sur cette oxigénation si généralement admise. M. Colin. actuellement professeur à l’École royale mibtaire de Sainf-C?ri m’a dit avoir fait, depuis nombre d’années , l’expérience suivante. De l’indigo traité comme il sera dit plus bas, de manière à être en parfaite solution dans la chaux, et cette soltr®,n bien claire étant introduite dans une cloche remplie de m®" cure, se maintenait ainsi sans laisser échapper aucune porti®1
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- d’indigo ; mais si l’on venait à y faite passer quelques bulles d’adde carbonique, celui-ci, en se combinant à la chaux7 entraînait de l’indigo bleu en précipitation. Si cette expérience a été bien faite et bien vue, comme nous avons tout lieu de le croire, il faudra nécessairement admettre que l’acide car-? bonique, qui est resté pour ainsi dire inaperçu jusqu’alors, j oue un grand rôle dans tous ces phénomènes. Nous reviendrons plus tard sur cette question.
- Dans ce qui précède, on a été à même de remarquer combien les indigos que nous recevons dans le commerce doivent varier entre eux ; et parmi les causes nombreuses qui sont susceptibles d’en modifier les qualités, nous citerons surtout les divers procédés usités pour son extraction, l’influence du genre de culture adoptée dans telle ou telle contrée, la nature des terrains, les variétés de climats, les différentes saisons où s’opèrent la récolte et la fabrication, etc., etc. De là résulte qu’on a été obligé de distinguer dans le commerce les variétés principales par des dénominations particulières, tirées pour la plupart des localités qui nous les fournissent, et des sous-variétés établies sur les différentes qualités expédiées de chaque contrée.
- Les diverses sortes d’indigo connues dans le commerce portent toutes le nom des pays qui les produisent ; telles sont :
- Inde
- Amérique méridionale. .
- r Le Bengale,
- \ Le Manille,
- <j Le Madras, j Le Coromandel, (. L’Ile-de-France.
- {Le Caraque,
- Le Brésil.
- Amérique septentrionale.
- i
- {
- Le Guatimala, Le Caroline.
- Et l’Égypte.
- Bengale. Quoique le Guatimala et le Caraque flor aient été
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- long-temps et soient encore préférés par quelques, consomma, teurs, au Bengale, à cause de la finesse et de la légèreté de leur pâte, ce dernier tient néanmoins le premier rang dans le commerce , ses diverses qualités et sa richesse en matière colorante le rendant propre à tout genre de fabrication ; aussi est-ce la sorte la plus répandue.
- L’indigo Bengale nous vient de la province de ce nom de l’Indoustan ; et c’est à Calcuta, où. se trouve le dépôt de la Compagnie anglaise, que se font les principaux chargemens, ainsi qu’à Madras , pour les indigos qui se récoltent sur toute la côte de Coromandel.
- L’indigo Bengale nous vient ordinairement en carreaux aussi épais que larges, portant la marque du fabricant ; ils sont légers, tendres, plus ou moins absorbans , suivant les qualités.
- Les indigos se classent suivant leur nuance ; mais le Bengale étant celui qui en réunit le plus, c’est sur lui que l’on peut faire la classification la plus complète. Chaque ville diffère souvent l’une de l’autre pour ce classement ; mais voici les nuances sur lesquelles on est généralement d'accord :
- Surfin bleu, ou bleu flottant ;
- Surfin violet ;
- Fin id. ;
- Fin id., pourpre ;
- Bon violet ;
- Fin et bon rouge ;
- Fin cuivré ;
- Cuivré ordinaire et bas.
- , Outre ces nuances, il y en a d’autres intermédiaires, qu’un ce il constamment exercé peut seul reconnaître ; telles sont les violets pourpres ordinaires d’avec les rouges bons et ordinaires , les violets ordinaires , sombres, ardoises, moyens.
- Bien que cette diversité suffise pour rendre la connaissance et, l’achat de l’indigo très difficiles, on y parviendrait bien plus facilement si chaque caisse était d’une seule nuance; ce qui se rencontre très rarement, puisque, loin de là, uue
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- INDIGO. ' ig3
- seule caisse en pre'sentera, surtout dans les qualite's ordinaires, trois à quatre , et ce qui fait la difficulté des bons achats.
- Une autre difficulté, c’est la manière dont l’indigo est éclairé. Devant un mur rougeâtre, par exemple, on jugera une qualité valoir 5o à 75 centimes de plus que devant un mur peint en blanc ; il en sera de même pour une journée où il fait soleil ou temps clair, relativement à un jour sombre ou temps de pluie. L’œil se fatigue facilement, et demande à être bien exercé, afin de pouvoir juger cette pâte au premier aspect.
- Toutes les autres qualités se classent comme le Bengale , à l’exception cependant des Guatimale et Caraque, qui se désignent par
- Bleu flor;
- Sobre supérieur, bon , ou ordinaire ;
- Corte supérieur, bon , ou ordinaire.
- L’indigo Caraque et Guatimale étant de qualité égale, seraient souvent pris l’un pour l’autre , si la pâte du Caraque ne se trouvait presque toujours remplie de petites cavités semblables, quoique plus petites , à celles qui se trouvent dans le pain. Cependant le Guatimale passe avant le Caraque ses qualités sobre et corte n’étant pas aussi mélangées que celles du Caraque , et le corte surtout, quoique d’une pâte serrée, ayant beaucoup de fonds, sont propres à la cuve.
- Ces deux sortes , qui d’abord sont en carreaux de même grosseur que le Bengale, ne se trouvent qu’en petits morceaux et poussière, ce qui provient de la finesse et de la friabilité de leur pâte.
- Le Guatimale vient de la province de ce nom du Mexique (Amérique septentrionale), en surons de 7b kilogrammes environ.
- La première qualité , le flor, est d’un bleu vif, d’une pâte très fine et légère, mais ayant beaucoup moins de fonds que le bleu du Bengale ; ses qualités corles peuvent être classées dans les violets; mais le mélange qui s’y rencontre offre des différences plus sensibles que celui du Bengale.
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- Ses cortes répondent aux violets-rouges et rouges cuivres pâte fine et serrée.
- Le Caraque nous vient de la Terre-Ferme, et principalement dans les environs de Yenezuela, dans la province de Caracas (Amérique méridionale). Comme il est dit plus haut, le Caraque ne diffère du Guatimale, pour la première qualité , que par les petites cavités qui s’y rencontrent ; ce qui provient indubitablement de la fabrication, puisqu’il s’en trouve quelquefois qui en sont exempts.
- Ses qualités sobre sont à peu près semblables pour les nuances ; seulement elles contiennent plus de mélange que celles du Guatimale, et ce mélange est, en partie , très inferieur aux autres , en ce qu’il se compose de pierres grises, vertes ou d’un bleu ardoise, ternes et lourdes.
- Quant au Caraque corte, il s’en rencontre peu dans le commerce, et sont également inférieurs aux cortes Guatimala. Les surons de Caraque ne sont ordinairement que du poids de 5o à 55 kilogrammes.
- C’est principalement à Mexico et à la Yera-Cruz que sont les plus forts entrepôts du pays, et à la Havane, dans l’ile de Cuba, où l’on en apporte en grande quantité, du Mexique et de la province de Caracas.
- Indigo Coromandel. C’est principalement à Pondichéry et s Madras que sont les plus grandes quantités d’indigo Coromandel ; cette sorte, quoique paraissant produite par des provinces fort éloignées du Bengale , peut être néanmoirs regardée comme y faisant suite, ses fines qualités s’assimilant à celles ordinaires de celui-ci, si bien que dans le commerce on les vend souvent sous la dénomination de Bengale.
- . Le Coromandel est un indigo généralement lourd, sableux et terne ; il vient en caisses. Les carreaux, comme ceux du Bengale , ont une cassure nette.
- Ses qualités fines équivalent au violet ordinaire et violet rouge et terne bon ; rarement on voit au-dessus, mais soutes* au-dessous.
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- Ses qualités basses sont d’un bleu vert ou gris, très pesantes, souvent en gros carreaux.
- Ses carreaux sont ordinairement couverts d’une légère croûte d’un aspect verdâtre ; on en rencontre dans les caisses un certain nombre qui sont arrondis par un côté ; ce sont les pierres qui se trouvent aux quatre coins des moules : mais on ne peut s’en rapporter à ces indices, qui se rencontrent également dans quelques qualités basses du Bengale.
- Indigo Madras. Le Madras , quoique récolté dans les mêmes parages que le Coromandel, est d’une qualité bien différente; un de ses signes les plus caractéristiques, est sa cassure grumeleuse, que n’ont pas les autres. La plus grande quantité nous vient de Madras même. On l’expédie en caisses ; le pierrage n’est pas régulier ; il est ou plus aplati, ou un peu plus gros que celui du Bengale. Cette qualité est généralement supérieure au Coromandel ; les fines sortes équivalent aux fins violets bleus ; elles sont, outre cela, beaucoup plus légères que celles du Coromandel, par conséquent plus tendres ; cependant la pâte paraît grossière, et la cassure en est rugueuse.
- L’indigo Madras, loin d’avoir l’extérieur de ses carreaux d’un bleu vert ou gris, comme le Coromandel, a l’aspect, du moins ses fines qualités, d’un indigo robé.
- Ses sortes ordinaires ne sont point cuivrées; elles sont d’une pâte bleue terne, ou grise, ou verdâtre, pâle, très grosse , et n’absorbant pas visiblement la salive.
- L’indigo Manille nous vient de l’île de ce nom, de l’Inde occidentale, en caisses de 70 kilogrammes environ.
- Cet indigo est moins riche en couleur que le Madras , mais d’une pâte plus fine, quoique également inférieure à celle du Bengale.
- Le pierrage est ordinairement petit, du quart au cinquième de celui du Bengale ; ses qualités fines sont souvent d’un pierrage plat et allongé, d’un bleu pâle, très léger et très absorbant.
- La qualité qui vient après est du violet au violet rougeâtre, mais d’un bien moindre produit que ces mêmes qua-
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- lités en Bengale. On remarque presque toujours, sur les sortes de Manille, l’empreinte des joncs sur lesquels on les expose à l’air lorsqu’ils sont en pâte, tandis que sur le Bengale et autres en ne voit que celle d’une toile.
- Ses qualite's basses sont d’un cuivré grisâtre ou d’un bleu terne verdâtre , l’une et l’autre très lourdes.
- Ces basses qualités se trouvent souvent mêlées dans les fines, et l’on ne les reconnaît guère qu’en les cassant, parce qu’elles se trouvent robées par la poussière de celle-ci. Ce mélange , toutefois , est très mauvais , et demande l’attention de l’acheteur.
- Indigo d'Égypte. Le pacha, qui a encouragé la culture de l’indigo depuis plusieurs années , est parvenu à livrer au commerce des indigos qui rivaliseraient entièrement avec les Ben-gales , s’ils étaient plus riches.
- Les belles qualités d’Égypte sont, fins et surfins violets bleus, légers , quoique d’une pâte un peu grosse et contenant un peu de sable ; ce qui fait croire que ce pays peut fournir au commerce quelque chose de mieux encore.
- Il vient en caisses, et est en carreaux un peu plus plats que ceux du Bengale.
- Indigo Brésil. Cet indigo est d’un petit pierrage, d’un rouge cuivré et cuivré vif, très serré , cassure nette, robe grise-verte, et doit rendre beaucoup à la cuve.
- Indigo Caroline (Amérique septentrionale). Cette province, qui dans le principe était la seule dans les deux Amériques qui produisit de l’indigo, est maintenant celle qui en produit le moins, et en qualités bien inférieures à celles que l’on recevait jadis de ce pays ; ce qui fait croire que la plante y est dégénérée.
- La même cause , sans doute, fait que nous ne recevons plus d’indigos de Saint-Domingue et autres îles des Antilles, qui soignaient jadis cette culture.
- L’indigo Caroline ne se rencontre presque plus dans le commerce ; son pierrage est du tiers du Bengale, carré, robe grise ; sa qualité fine, violet-bleu ; ses qualités communes,
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- comme celles du Caraque , rarement cuivre'es, mais souvent d’un bleu vert.
- Indigo Ile-de-France. Cet indigo vient de l’îlë de ce nom ( Océan des Tndes ), en petit pierrage, même grosseur que celui du Manille, se classant du violet au violet rouge et cuivré ; pâte fine, serre'e ; cassure nette ; riche en matière colorante : on en voit rarement maintenant.
- Telles sont les diverses qualités d’indigos : les plus répandues dans le commerce sont, le Bengale , puis le Caraque et leGuatimale, le Madras, le Coromandel et le Manille; quant aux autres, il en existe peu, du moins en France.
- Outre les nuances, qui demandent beaucoup d’attention, on doit également ne pas perdre de vue certaines infériorités qui se rencontrent dans les indigos en général, même dans les qualités fines, comme, par exemple, le sable, la terre, le ruban, le piqué, Vévent et l’humidité.
- Le sable est ordinairement brillant et facile à apercevoir ; il ne donne que du poids sans ternir la couleur, au lieu que la terre rend l’indigo lourd et terne.
- Les rubans sont, ou plus rouges, ou souvent plus pâles que la pierre, et même blanchâtres ; c’est ordinairement l’épaisseur d’une couche qui s’étend dans toute la largeur du carreau.
- Le piqué est un pointillé de nuance au-dessous de la pierre ; il est bien moins nuisible que le ruban.
- Vivent, qui provient probablement d’une mauvaise dessiccation, ne nuit qu’à la vente de l’indigo, en ce que celui qui en a beaucoup se met facilement en fragmens, au point que les pierres , qui ordinairement sont bien entières dans la caisse avant de les dépoter, s’ouvrent en plusieurs morceaux dès la première fois qu’on les met sur toile , et pour peu qu elles éprouvent trois à quatre fois le même travail, elles deviennent en gros grabeaux ou pousse.
- Les indigos nouveaux contiennent de l’humidité, et sont, pour cette raison , peu absorbans, quoique fins ; c’est ce que l’on appelle , dans le commerce , un indigo froid; mais aussi 1 humidité provient souvent, ou d’avaries , ou de fraude.
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- L’humidité ne fait qu’ajouter du poids, et nuit peu à la qualité; cependant, quand un indigo a été totalement avarie", il perd beaucoup à la vente, le travail qu’il faut lui faire subir pour le remettre en état le ternit extérieurement et le fait devenir en grabeaux.
- De ces défauts, 1 e sable et le ruban sont les plus préjudiciables.
- Celui qui achète de l’indigo , doit encore faire attention si la pousse ou menu qui se trouve dans la caisse est bien pure et de même nature que les pierres ; cette portion étant la plus facile à mélanger; on y a quelquefois remarqué des cailloux robés dans de la pousse d’indigo, de l’ardoise pilée, du sable noir et autres sophistications de ce genre. Souvent on trouve la pousse d’une autre qualité que celle des pierres; quelques marchands ont l’habitude , pour se débarrasser de celles qui leur reste toujours de leur détail, d’en mettre portion dans la caisse qui n’en comporte pas trop.
- On a trouvé aussi, dans des surons de Guatimale, des trocliisques faits de terre et de poussière d’indigo. Quant au bleu de Prusse et autres bleus, on peut facilement les reconnaître , en ce qu’ils n’ont pas l’aspect cuivreux en y frottant l’ongle.
- Ou donne tare nette pour les indigos en caisse.
- Les caisses sont du poids de r oo kilogrammes nu , environ, et tarent à peu près 4° kilogrammes.
- On donne g kilogrammes pour les surons de y5 kilogrammes environ, et 7 kilogrammes de tare pour ceux de 5o kilogrammes.
- Les causes qui peuvent influer sur la qualité de l’indigo sont, comme nous l’avons déjà fait remarquer, si multipliées, qu’il n’est point rare, comme on vient de le voir, de recevoir d’un même pays des indigos qui diffèrent essentiellement les uns des autres : et cela ne peut être autrement ; car la moindre modification apportée dans le procédé ou dans la culture suffit pour amener des différences dans le produit. Ainsi, le consommateur ne se contente point de s’enquérir de l’origine de l’indigo dont il veut faire acquisition, mais il y recherche avec soin
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- les caractères qu’il a reconnu appartenir plus spécialement aux meilleures sortes- Il commence donc par faire vider sur toile le baril ou suron qu’on lui propose , et il examine d’abord s’il est le même partout, car il n’est ruse dont il ne soit nécessaire de se défier dans le commerce. Cette vue en masse a de plus l’avantage de faire mieux juger de la robe, c’est-à-dire de la beauté et de l’éclat de la nuance : on voit en même temps si les morceaux, ou pierres, comme on les nomme, se sont conservés bien entiers , parce que, s’il en est ainsi, c’est une preuve que la pâte est bien homogène , qu’elle a subi une dessication soignée et un bon ressuage. Enfin, il reste à considérer sa cassure, et l’on augure favorablement si elle est nette, d’un grain fin et uniforme, d’une teinte cuivrée, etc.
- Malgré tous ces caractères, malgré l’habitude qu’on peut avoir de les apprécier, il se peut encore que l’on fasse erreur, et qu’on admette, comme préférable, celui qui est de moindre qualité ; il suffit, pour cela, qu’un indigo n’ait pas été soigné dans les derniers temps de sa fabrication, et que cependant il n’en ait reçu d’autre dommage qu’un aspect moins favorable. Il sera, comme on le dit dans le commerce, d’un coup d’œil moins marchand, mais il aura cependant plus de valeur intrinsèque, quoique d’un moindre prix. Ainsi, dans l’état actuel de la fabrication de cette denrée, le consommateur est fortement intéressé à pouvoir apprécier d’une manière rigoureuse la quantité réelle de matière colorante contenue dans un indigo donné : mais comme ces moyens d’appréciation reposent, non plus sur les caractères physiques, mais bien sur les propriétés chimiques de l’indigo, alors nous devons nécessairement faire précéder ces procédés analytiques par l’histoire chimique de cette substance tinctoriale.
- L’indigo jouit, comme chacun sait, d’une belle couleur bleue ; il est insoluble dans l’eau et dans l’éther, un peu soluble dans l’alcool bouillant, qu’il colore en bleu, mais d’où il se précipite en partie par le refroidissement. Le chlore ne l’épargne pas plus que les autres matières colorantes ; mais, chose bien digne de remarque, c’est sa complète et facile solubilité
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- dans l’acide sulfurique le plus concentré, et dont on peut encore augmenter l’énergie par une élévation de température de 3o à 4o°, sans que la matière colorante en éprouve d’altération bien sensible. La dissolution de l’indigo pur exige de 8 à 10 parties d’acide sulfurique à 66° ; elle est d’un bleu si intense que, vue en masse, elle paraît noire ; mais elle devient d’un beau bleu lorsqu’on l'étend en couche mince, ou qu’on délaie la solution avec une certaine quantité d’eau. Cette solution étendue est employée en teinture; c’est ce qu’on nomme bleu de Saxe. La couleur qu’on en obtient est moins solide que le bleu de cuve ; car il paraît que, quoique les qualités apparentes de l’indigo restent les mêmes, il subit néanmoins, par l’action de l’acide sulfurique, un certain degré d’altération qu’on n’a pas pu bien apprécier jusqu’alors, mais qui n’en est pas moins réelle. Cette modification consiste-t-elle uniquement dans une disposition physique différente, une atténuation moléculaire? On l’ignore ; mais ce qu’il y a de certain , c’est que de l’indigo qui a été ainsi dissous et précipité ensuite, est alors susceptible de se dissoudre dans plusieurs autres véhicules qui, auparavant, n’exerçaient aucune action sur lui. Il est encore un autre rapport sous lequel cet indigo qui a été traité par l’acide sulfurique diffère de l’indigo primitif : je veux parler de sa volatilisation. Quand on soumet de l’indigo du commerce à l’action d’une chaleur suffisante, on le voit bientôt s’entourer d’une vapeur pourpre magnifique, et se couvrir d’une foule de petits cristaux qui ne sont autres que la matière colorante pure, à laquelle M. Clievreul a donné le nom d’indigotine. Rien de semblable n’a lieu avec l’autre ; et cette différence ne saurait être expliquée par une atténuation moléculaire, mais il se pourrait qu’elle dépendît simplement d’un plus grand état de pureté ; car on sait qu’il existe un bon nombre de corps qui, n’étant point volatils par eux-mêmes, peuvent être néanmoins vaporisés à l’aide de substances étrangères susceptibles de se gazéifier par la chaleur. L’indigo ordinaire se trouve peut-être dans ce cas, tandis que l’autre ayant été débarrassé, au moyen de l’acide sulfurique, des matières étrangères qui lui étaient
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- unies, la chaleur n’y de'veloppe plus la même quantité de gaz, et cette volatilisation, qu’on peut appeler par entrainement, n’a pas lieu.
- Si l’on traite l’indigo par l’acide sulfurique anhydre, la dissolution, au lieu d’être bleue, est d’une belle couleur rouge pourpre, tout-à-fait semblable à celle de la vapeur de l’indigo. M. Bussy, à qui l’on doit cette observation, pense que cette différence de coloration est due à un plus grand état de division des molécules. Quoi qu’il en soit, on ne peut pas attribuer ce phénomène à des corps étrangers qui seraient unis à l’indigo, puisque la même chose a lieu avec Yindigotine.
- L’acide nitrique agit d’une manière toute différente sur l’indigo que l’acide sulfurique ; ce n’est plus une simple solution, c’est une véritable destruction, et qui peut aller même jusqu’à l’inflammation, si cet acide est très concentré : mais si on l’étend d’une certaine quantité d’eau, il donne naissance alors à une série de produits très remarquables qui ont été étudiés et décrits avec beaucoup de soin par M. Chevreul (Annales de Chimie, T. LXX1I, page ii3).
- L’acide liydrochlorique agit fort peu sur l’indigo, surtout à froid; il finit cependant, à l’aide de la chaleur, par prendre une teinte jaune, due en partie à une petite portion d’indigo décomposé : il dissout en outre de l’oxide de fer, de l’alumine, des phosphates de chaux, de magnésie, et des carbonates de ces mêmes bases.
- Les alcalis n’exercent aucune influence sensible sur l’indigo pris dans son état ordinaire ; mais ils en opèrent la complète solution lorsqu’il a été modifié par la réaction de certains corps désoxigénans qui lui font perdre sa belle couleur bleue pour prendre une teinte jaunâtre. Je reviendrai plus tard sur ce singulier phénomène , et j’indiquerai les deux théories qui ont été proposées pour en donner l’explication.
- Lorsqu’on traite à diverses reprises de l’indigo pulvérisé, par de l’alcool bouillant, on obtient des teintures colorées en jaune rougeâtre qui, soumises à la distillation jusqu’à réduc— tion des deux tiers, laissent pour résidu une liqueur d’une
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- couleur plus fonce'e. Ce résidu e'tendu d’une certaine quantité d’eau, puis soumis à l’évaporation pour en séparer le restant d’alcool, laisse déposer des flocons bruns qui, recueillis sur un filtre, donnent ce qu’on nomme la résine de l’indigo, d’abord indiquée par Bergmann, et depuis spécialement étudiée par M. Chevreul. Cette résine retient un peu d’indigo , dont on parvient à la séparer complètement au moyen de l’éther froid. Ainsi purifiée, elle est tout-à-fait insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool, plus soluble dans l’éther. Ces teintures sont d’une belle couleur rouge tirant sur le pourpre. M. Bussy a annoncé, dans une note qu’il a communiquée à la Société de Pharmacie, que cette résine de l’indigo, traitée par l’acide sulfurique anhydre, donnait une solution du plus beau pourpre, et tout-à-fait semblable à celle de l’indigo lui-même dissous dans le même agent ; mais cette dernière dissolution étendue d’eau conserve toujours sa couleur rouge, tandis que l’autre devient bleue.
- C’est en soumettant ainsi l’indigo à l’action successive de l’eau, de l’alcool et de la cbaleur, que Bergmann a reconnu
- que l’indigo contenait, sur ioo parties,
- Matière mucilagineuse soluble dans l’eau........ 12
- Résine soluble dans l’alcool.................... 6
- Substances terreuses extraites par l’acide acétique. 22
- Oxide de fer dissous par l’acide muriatique..... 13
- Reste, molécules colorantes presque pures....... 47
- 100.
- Ces 47 parties d’indigo presque pur, soumises à la distillation, ont fourni à Bergmann du carbonate d’ammoniaque, de l’huile empvreumatique, et 23 parties de charbon qui, incinéré, a encore donné 4 parties de cendres composées d’oxide de fer et de silice.
- La grande proportion de carbone contenu dans l’indigo explique d’une manière satisfaisante la moindre altérabilité de cette matière colorante, comparée à toutes les autres.
- La couleur de l’indigo, les produits de sa distillation en
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- vaisseaux clos, et la présence du fer, avaient paru à Bergmann autant de points d’analogie entre ce produit organique et le bleu de Prusse ; mais depuis cet Illustre chimiste, il n’en est aucun autre qui ait partagé cette opinion ; et il résulte des importantes recherches de M. Chevreul, que l’indigo pur ne contient point de fer, et que c’est bien réellement un principe immédiat contenu dans plusieurs végétaux.
- Bergmann s’était borné, comme on a pu le remarquer, à une analyse sommaire de l’indigo ; mais M. Chevreul, en reprenant ce travail, l’a poussé beaucoup plus loin : il ne s’est pas contenté de séparer tout ce que les divers véhicules pouvaient successivement extraire de l’indigo ; mais il a étudié isolément et avec un soin minutieux chacun de ces produits ; aussi y a-t-il reconnu un grand nombre de corps dont l’existence avait échappé à son illustre prédécesseur. Ainsi, après avoir épuisé de l’indigo ordinaire et bien pulvérisé de tout ce qu’il contenait de soluble dans l’eau, il a reconnu, dans ce qu’il avait extrait au moyen de ce menstrue, beaucoup d’ammoniaque et divers sels ; savoir : du sulfate de potasse, des phosphates de chaux, dépotasse, de magnésie, des acétates de potasse, de magnésie ; il y a trouvé aussi du chlorure de potassium, des principes colorans unis à une matière animale et à un acide végétal.
- En traitant par l’alcool, de l’indigo qui avait déjà été épuisé par de l’eau, et après avoir séparé de ces solutions alcooliques, ainsi que nous l’avons déjà indiqué, la résine rouge qu’elles contiennent, M. Chevreul a encore reconnu dans ce nouveau résidu la présence des acétates de chaux et de magnésie , des principes colorans jaune et rouge , unis à une matière animale et à de l’acide acétique. Quant à la résine rouge, nous en avons déjà indiqué les propriétés, et nous ajouterons seulement que la manière dont elle se comporte avec l’acide sulfurique sec a fait penser à M. Bussy qu’elle pourrait bien etre une simple modification de l’indigo lui-même.
- Enfin, par le moyen de l’acide hydroclilorique, M. Cheveu! a retiré de l’indigo déjà traité par l’eau et l’alcool , de
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- V oxide de fer, de Y alumine , des phosphates de chaux, dt magnésie, et des carbonates de ces bases.
- On voit combien de substances étrangères se trouvent mélangées ou combine'es à l’indigo du commerce ; elles s’v rencontrent ordinairement dans la proportion de 55 à 65 p. ioo.
- D’après cela, on conçoit combien il devient important d’offrir au consommateur des moyens d’appréciation. Déjà nous avons fait remarquer que les caractères extérieurs pouvaient être insuffisans, et que tel indigo qui se présentait sous un aspect défavorable pouvait être néanmoins de fort bonne qualité. Il faut donc , pour être bien guidé dans le jugement qu’on doit porter, avoir recours aux méthodes analytiques que nous venons d’indiquer; et sans aucun doute, le movenie plus certain serait de traiter successivement les divers échantillons d’indigo , par l’eau , par l’alcool et par l’acide bydro-chlorique. Mais ce travail, tout simple qu’il est pour le chimiste, ne l’est point encore assez pour celui qui n’a aucune habitude de ce genre d’essais ; il est donc à désirer qu’on puisse se servir d’un procédé plus expéditif et plus facile. Or, si l’on réfléchit que parmi les substances étrangères contenues dans les indigos ordinaires, ce sont surtout les particules terreuses et métalliques que l’acide hydrochlorique soustrait, qui les font varier entre eux , et qu’en général elles forment à elles seules plus des deux tiers des matières étrangères, alors on sentira la nécessité de porter sen attention principalement sur ces dernières substances, pour ces sortes d’indigos. Mais remarquons encore que ce sont précisément les mêmes qui composent le résidu de la calcination de l’indigo, et nous en devrons nécessairement conclure qu’en faisant incinérer des poids égaux des divers échantillons d’indigo qu’on veut soumettre à l’examen, et qu’on suppose avoir été également desséchés, les poids des résidUs se trouveront assez ordinairement dans le même rapport que les valeurs respectives des échantillons. Ce moyen d’évaluation, si simple et si fedfe dans son exécution , donne , dans beaucoup de cas, une aP" proximation suffisante.
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- Quelques praticiens préfèrent essayer l’indigo par l’acide sulfurique, et voici comment ils procèdent : ils opèrent, ainsi que dans le cas précédent, sur des quantite's égalés d’indigo semblablement desséchées, puis ils traitent chacun d’eux par des poids égaux d’acide sulfurique concentré (8 à 10 parties). Le tout étant bien délayé, exposé à une même température, etc., en un mot, les dissolutions étant achevées puis étendues d’une même quantité d’eau, on prend un volume égal de chacune de ces solutions, et l’on en fait l’épreuve par une même solution de chlorure de chaux. Les quantités de chlorure exigées pour la décoloration sont entre elles dans le même rapport que les richesses des échantillons soumis à l’épreuve. Cette méthode, qui, au premier aperçu, paraît très rationnelle, est néanmoins sujette à quelques graves incon-véniens que nous devons signaler; et d’abord, il est certain que ce genre d’essai se trouve rarement d’accord avec l’emploi , eu sorte que tel indigo qui aura été jugé par cette méthode riche en matière colorante et de fort bonne qualité, fournira quelquefois des résultats désavantageux en teinture, et réciproquement. A quoi peut tenir cette différence ? No us n’en counaissons peut-être pas la véritable explication; mais enfin voici ce qui paraît le plus probable à cet égard. Nous avons fait remarquer, en traitant de la fabrication même de l’indigo par fermentation, qu’il arrivait fréquemment que, tantôt par une cause , tantôt par une autre , la limite de la fermentation se trouvant dépassée , l’indigo était anéanti. Ainsi, la réaction spontanée qui constitue la fermentation suffit donc pour détruire l’indigo ; mais avant que cette destruction complète ne s’effectue, ne se peut-il pas que l’indigo passe par un état intermédiaire dans lequel ses élémens ne conservent plus lamême cohérence? Et s’il en était ainsi, on conçoit que l’acide sulfurique agira plus énergiquement sur ces sortes d’indigos, et les détruira, du moins en partie, au lieu de les dissoudre. Cependant ces indigos , que nous supposons avoir reçu une sorte de modification dans leur composition , sont peut-être susceptibles d’être ramenés à leur état primitif par les opérations de
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- la teinture. Au reste, admettons comme plus probable qne la matière colorante bleue dans les indigos soit une ; on ile peut nier que, suivant le plus ou moins d’habileté de l’indigotier, la matière colorante se sera précipitée ou en particules bien nettes, bien cohercées, ou que ces particules, demeurées plus long-temps en suspension, auront conservé plus de ténacité, et auront entraîné plus de matières étrangères dans leur précipitation. Il est clair que l’acide sulfurique , dans ce dernier cas, exercera une action beaucoup plus énergique ; qu’il y aura plus d’indigo de détruit, plus de charbon mis à nu , plus de particules colorantes garanties de l’action dissolvante de l’acide, par ce charbon lui-même, et qu’en conséquence l’évaluation en deviendra erronnée. Toilà pour les différences que peut présenter l’acide sulfurique dans sa manière d’agir. Voyons maintenant ce qui peut arriver par rapport au chlore. Dans la dissolution sulfurique d’indigo, celui-ci est-il le seul à agir sur le chlore? Non, sans doute : car non-seulement la résine rouge se dissout dans l’acide sulfurique, comme nous l’avons dit, mais il résulte probablement de l’action de cet acide sur ce que l’on nomme la partie extractive, d’autres composés qui se maintiennent dans la solution. Or, toutes ces substanees sont aussi susceptibles de consommer du chlore ; et si elles se trouvent en plus grande abondance dans tel indigo que dans tel autre (i), cette méthode d’évaluation se trouvera donc en défaut. Ainsi, on voit qu’un grand nombre de motifs diff'érens autorisent à ne l’admettre qu’avec beaucoup de circonspection.
- Enfin , il est encore une autre méthode d’essai usitée par quelques praticiens éclairés, et qui mérite toute considération, parce qu’elle ne consiste que dans la répétition en petit du procédé employé en grand , et qu’il n’y a point alors de raison pour que ce qui est jugé bon dans un cas ne le soit pas dans l’autre. Ce procédé consiste à faire dissoudre
- (i) M. Cbevreul a trouvé jusqu’à 3o pour !oo (le matières solubles ifces l’alcool, en y comprenant, il est vrai, une certaine proportion d’imligo.
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- envase clos, dans 100 parties d’eau, i5 parties de potasse du commerce, puis d’y délayer 6 parties de chaux vive récemment délitée ; on agite le tout à diverses reprises, et l’on y ajoute enfin 6 parties d’orpiment et 8 de l’indigo qu’on veut essaver ; on agite de nouveau, et jusqu’à ce que toute la couleur bleue soit disparue ; alors on laisse reposer, et lorsque la liqueur est parfaitement claire , on la décante dans un autre vase ; on rince le dépôt avec une petite quantité d’eau, et l’on tire à clair de nouveau. Ces deux liqueurs étant réunies, on les agite au contact de l’air, et quand tout l’indigo est régénéré , on le recueille sur un filtre, et l’on pèse pour connaître le poids réel de matière colorante contenue dans l’échantillon examiné.
- Il nous reste maintenant, pour terminer cet article, à indiquer les divers procédés mis en usage dans les ateliers de teinture pour dissoudre l’indigo ; mais , afin de rendre ces procédés plus faciles à comprendre , nous devons rappeler ici que cette matière colorante peut exister sous deux états diffé-rens ; que dans l’un, elle est facilement soluble dans les alcalis et dans quelques autres agens, mais, qu’alors elle ne possède plus sa belle couleur bleue , tandis que dans l’autre, celui où nous la connaissons habituellement, l’acide sulfurique est le seul véhicule qui puisse l’attaquer et la dissoudre en quantité notable. Déjà nous avons dit que ces deux modifications particulières de l’indigo avaient été généralement attribuées à la proportion de l’oxigène, qui pouvait varier dans ce composé en telle sorte , qu’il est à son maximum d’oxidation quand il possède la couleur bleue et qu’il est insoluble dans les alcalis ; mais ce que nous n’avons point encore dit, et ce que nous devons ajouter ici, c’est que cette théorie, si probable en apparence, n’était appuyée sur aucun fait positif. 11 est bien certain que c’est sous l’influence des corps désoxigénans que l’indigo perd sa couleur bleue et acquiert de la solubilité dans les alcalis ; il est bien certain encore que c’est au contact de l’air que l’indigo dissous peut reprendre et sa couleur bleue et son insolubilité ; mais rien ne prouve
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- d’une manière rigoureuse que, dans ces diverses circonstances, ce soit l’indigo qui reçoive ou abandonne de l’oxigène ; et cela est si vrai, que l’auteur même de cette tbe'orie, Bet-thollet, fait remarquer, dans son Traite' de Teinture (T. II, page 55 ) , que tous les effets que l’on attribue à l’oxidation de l’indigo pourraient être explique's en admettant que l’indigo est rendu soluble par un excès d’hydrogène. Cette réflexion , restée pour ainsi dire inaperçue jusqu’à la nouvelle théorie du chlore, a été reproduite et adoptée dans ses conséquences par plusieurs auteurs, et particulièrement par Dœbereiner et Chevreul. Ces chimistes admettent que l’indigo décoloré est de l’indigo uni à de l’hydrogène (Dictionnaire des Sciences naturelles , T. XXIII, page 3gi ) , ce qui revient à considérer, selon M. Chevreul, l’indigo décoloré comme un hydracide dont le comburent est l’indigo bleu. Dœbereiner a nommé cet hydracide acide isatinique.
- S’il en est ainsi, la solubilité de l’indigo décoloré dans les alcalis s’explique d’elle-même ; mais a-t-on constaté que la décoloration de l’indigo était bien réellement la conséquence de son hydrogénation , et que cette combinaison constituait un véritable acide? Nous ne connaissons aucun fait, aucune expérience qui décide cette question : M. Chevreul annonce bien, dans l’article déjà cité, avoir obtenu, par la simple saturation des solutions alcalines , à l’aide d’un acide, de l’indigo hydrogéné, et qui était en flocons d’un blanc jaunâtre ; il dit aussi ( page 3g2 ) l’avoir obtenu en petits grains brillans , d’une solution alcoolique. Voici comment s’exprime l’auteur : « Après avoir épuisé le pastel du com-» meree de tout ce qu’il contient de soluble dans l’eau bouil-» lante, je l’avais traité à plusieurs reprises par l’alcool » bouillant. Les seconds lavages que j’obtins ayant été con-» centrés dans une cornue, déposèrent de l’indigo en petites » paillettes pourpres. La liqueur filtrée , concentrée de nou-» veau dans une cornue, puis refroidie lentement, avait » déposé, au bout de huit heures, de petits grains qui pa-» raissaient blancs, et qui, ayant été exposés à l’air, acquirent
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- » le pourpre métallique de l’indigo sublimé. » Est-il bien certain que ces petits grains étaient acides ? M. Cbevreul ne dit pas l’avoir constaté. Leur coloration en blanc au contact de l’air ne dépendrait-elle pas d’une simple dessiccation ; et ne pourrait-on pas les considérer comme un indigo hydraté, puisque les premiers grains qui se déposent quand la dissolution est encore très alcoolique sont bleus , et qu’ils ne deviennent blancs que quand la liqueur est aqueuse ? Une ’ autre considération engage encore à mettre beaucoup de circonspection dans l’adoption de cet acide ; c’est sa facile décomposition , alors même qu’il est combiné avec les alcalis les plus énergiques, puisque leur affinité n’en peut garantir la destruction, et que le moindre contact de l’air ou de l’oxi-gène suffit pour qu’elle ait beu. Nous pensons donc que l’existence de cet acide, quoique rendue probable par quelques expériences , a besoin d’être confirmée par des faits positifs ; mais il n’en reste pas moins certain que l’indigo ne peut être dissous par les alcalis qu’autant qu’il a été mis en contact avec des corps désoxigénans. Nous allons en offrir des exemples.
- Il en est de l’indigo comme de toute autre substance tinctoriale ; il ne peut se combiner avec les fibres organiques qu’autant que ses molécules ont été atténuées ou dissoutes par un véhicule approprié. L’acide sulfurique concentré est le seul liquide qui puisse le dissoudre en quantité notable lorsqu’il est dans l’état de solidité et de cohésion que nous lui connaissons. Cet agent énergique, qui corrode et charbonne h plupart des substances végétales , limite son action sur l’indigo à une simple solution ; ou du moins l’altération produite est si légère, que la plupart des propriétés de cette précieuse substance tinctoriale y sont conservées dans leur inté-gnté. Néanmoins, toute minime que peut être cette altération chimique, ou plutôt cette simple modification , elle suffit cependant pour diminuer l’affinité de l’indigo et nuire à sa solidité aussi en teinture n’a-t-on que rarement recours à cette solution acide, que l’on nomme dans les ateliers bleu de Saxe, ou de composition.
- Tome XI.
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- Les alcalis, sous ce rapport, offrent beaucoup plus d’avantage , bien qu’ils ne puissent dissoudre l’indigo qu’à l’aide des corps de'soxigénans qu’on leur ajoute, et qui lui font perdre sa couleur bleue. C’est à ces solutions alcalines d’indigo que l’on donne le nom de cuve dans les ateliers de teinture ; nom qui appartient au vase même qui les renferme. Il y en a de compositions différentes ; on les distingue sous les dénominations de cuve d’Inde, cuve au pastel, cuve à l’urine ; nous les décrirons successivement. Les alcalis qui servent de dissolvant pour ces cuves sont le plus ordinairement la potasse ou la chaux ; quelquefois on emploie aussi la soude et l’ammoniaque. Au sentiment d’un assez grand nombre de praticiens, la cuve d’Inde , c’est-à-dire celle où la potasse sert de dissolvant, offre plus d’avantages que les autres , non-seulement parce qu’elle est plus expéditive et plus économique, mais encore parce qu’on peut la faire marcher sans interruption ou l’arrêter à son gré , et enfin , parce qu’il est, suivant quelques teinturiers, plus facile de la gouverner. Nous commencerons donc par en donner la description ; mais auparavant nous indiquerons quelques dispositions générales qui s’appliquent à l’une ou à l’autre de ces compositions.
- En supposant qu’on ait fait choix de l’indigo qu’on veut employer, il faut, de toute nécessité, en atténuer les molécules pour qu’il puisse être plus facilement attaqué par les agens qui doivent en opérer la solution. Yoici de quelle manière on opère cette division mécanique : on commence par disposer plusieurs baquets, dans chacun desquels on met de 25 à 3o kilogrammes d’indigo, et par-dessus on verse trois ou quatre seaux d’eau chaude. On laisse ainsi l’indigo s’imbiber jusqu’au lendemain; alors on délaie, et quand le mélange est assez uniforme, on l’introduit par petite quantité dans un moulin À (fig-PL 42 des Arts chimiques) , dont on a eu soin d’écarter les meules au moyen d’une vis de pression qui passe au travers de la meule dii fond D, qui est immobile , et, à l’aide de la lanterne H, on met en action la meule supérieure E. A mesure que l’indigo est broyé davantage, on rapproche de plus eB
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- plus les meules, et lorsque le tout est réduit à peu près à la consistance de l’huile, on ouvre le robinet G , et on laisse couler le mélange sur un tamis de crin qui se trouve posé sur un baquet B, destiné à servir de récipient ; on reprend sur le tamis les particules les plus grossières qui y sont restées , et on les broie de nouveau.
- Quelques teinturiers prétendent que si l’on conserve ce mélange pendant plusieurs jours avant de s’en servir, il subit une espèce de fermentation, devient plus épais et fournit un meilleur produit. Il est probable que cet effet n’est que le résultat d’une pénétration plus intime de l’humidité qui divise davantage l’indigo , et le rend par cela même d’une solubilité plus facile.
- Lorsque l’indigo est broyé, il ne s’agit plus que de monter la cuve ; et pour celle dite cuve d’Inde , on en distingue deux différentes, savoir, la cuve à chaud, et la cuve à froid : celle-ci s’emploie pour le coton, et la première pour la laine.
- La cuve d’Inde qui doit marcher à chaud est formée ordinairement d’un vase cylindrique en cuivre , garni d’un fond en ciment et entouré d’une maçonnerie, dans l’épaisseur de laquelle est pratiqué un fourneau dont la cheminée circule autour de la cuve. Pour la monter on choisit de préférence un samedi, afin qu’elle soit en état de marcher dès les premiers jours de la semaine suivante. On commence par remplir la cuve d’eau , et l’on en élève la température jusqu’à 60 à 70° ; alors , en supposant la cuve de 2000 litres de capacité environ, on ajoute 45 kilogrammes de potasse , i5 kilogrammes de garance, et autant de son; on pallie à diverses reprises, c’est-à-dire qu’on agite à l’aide d’un long râble, pour ramener à la surface toutes les substances qui tendent à se déposer; «n laisse ensuite tomber la chaleur, de manière à ce qu’elle soit descendue, le dimanche matin , jusqu’à 52 ou 55° ; c’est alors qu’on ajoute i5 kilogrammes d’indigo moulu, et l’on palhe d’heure en heure.
- Le troisième jour, c’est-à-dire le lundi matin, la cuve conserve encore de 42 à 45° ; on pallie de nouveau, et après
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- demi-heure de repos, elle peut être mise en œuvre, si tout a bien marche'. Il est d’ailleurs facile de s’en apercevoir aux caractères suivans : la couleur du bain doit être d’un assez beau vert, en raison d’une petite portion d’indigo non dissoute qui nage au milieu de la liqueur jaunâtre ; on voit de plus flotter à la surface de ce bain une fleure'e bleue et cui-vre'è, qui se soulève avec les bulles , les enveloppe et les retient pour former des groupes imitant des rochers d’un assez bel aspect. Les chefs d’ateliers qui sont charge's de diriger cette opération, et auxquels on donne le nom de gués-drons, reconnaissent aussi le bon état d’une cuve à l’odeur particulière qui s’en émane, à l’intensité de la couleur qui paraît à la surface, à l’effet que produit dans le bain une certaine quantité d’air qu’on y introduit à l’aide d’un choc subit ou simplement de l’insufflation. Enfin, pour mieux s’assurer encore si la cuve a atteint son maximum de concentration, ils y plongent un petit échantillon de laine , auquel on donne le nom de bourgeon j ils pallient immédiatement, laissent déposer de nouveau pendant demi-heure, teignent un autre bourgeon ; et si les deux échantillons sont bien de même nuance, on juge que la cuve ne peut produire davantage. Dans le cas contraire, on continue de pallier et d’échantillonner, jusqu’à ce qu’il y ait égalité de nuance dans les deux derniers bourgeons. Arrivé à ce point, on met en cuve et l’on continue de pallier de temps à autre, jusqu’à la fin du quatrième jour, où l’on fait la première regreffe, c’est-à-dire où l’on ajoute une nouvelle dose d’ingrédiens, qui, pour cette fois, forme les deux tiers de la première proportion , et l’on continue ces additions de deux jours en deux jours, et constamment en quantité égale à la deuxième , sauf la potasse, qu’on diminue à chaque fois de nkü-,5oo. Après cinq regreffes (r), c’est-à-dire après avoir ajouté successivement jusqu’à 55 kilogrammes
- (i) Dans plusieurs ateliers, on se hâte davantage d’arriver à l’épuisemiJot de la cuve, parce qu'elle est difficile à conduire, et l’on ne fait que trois ffr* greffes au lieu de cinq, quelquefois meme deux.
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- d’indigo et i5o kilogrammes de potasse, on cesse de mettre de l’indigo , parce que la cuve commence à se surcharger de trop de particules he'te'rogènes, et qu’elle ne fournit plus une aussi belle teinture : alors on ne cherche plus qu’à l’épuiser ; c’est ce qu’on nomme la mettre en déblanchi, opération qui consiste à regreffer toujours dans les mêmes intervalles, mais en ajoutant seulement de la potasse, de la garance et du son. La première de ces regreffes se fait avec ,5oo de potasse, 2fa!-,5oo de garance et autant de son ; pour les suivantes , on diminue encore à chaque fois la potasse ; et enfin, lorsque la cuve annonce qu’elle ne contient que fort peu d’indigo, on fait une dernière regreffe avec i ou 2 kilogramme de chaux vive, pour rendre la potasse un peu plus caustique, et lui donner l’énergie nécessaire pour dissoudre les dernières portions d’indigo qui auraient pu échapper.
- 11 est inutile d’observer que tant que la cuve est en action, on a soin de la maintenir à la température de à 45°, qui a e'té reconnue la plus favorable pour la teinture ; cependant on la diminue un peu à mesure que la cuve se dégrade.
- Nous allons essayer maintenant de nous rendre compte des phénomènes qui se passent dans cette opération , en raisonnant dans les deux hypothèses de la désoxigénation ou de l’hydrogénation de l’indigo.
- Partant de la première supposition , celle de l’oxigénation, on admet que la fermentation qui résulte du mélange de la garance et du son maintenus dans de l’eau à 45°, est en partie alimentée aux dépens de l’indigo , c’est-à-dire que cette espèce de combustion d’une partie de l’hydrogène et du carbone de ces matières végétales • se fait par l’intervention de l’oxigène de l’indigo, et qu’il y a tout-à-la-fois de l’eau for-mee qui reste dans la liqueur, de l’acide carbonique qui se combine à la potasse ou se dégage , et de l’indigo désoxigéné dont l’alcali s’empare.
- Dans la deuxième supposition, celle de l’hydrogénation , il faut avoir recours pour l’explication des phénomènes à une décomposition d’eau dont l’oxigène se porte sur les principes.
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- combustibles- du sou et de la garance, tandis que son hydrogène se combine avec l’indigo, et le rend ainsi soluble dan? l’alcali.
- Il est difficile de se prononcer entre ces deux the'ories, puisqu’elles ne sont appuyées ni l’une ni l’autre sur des faits précis. De nouvelles expériences sont nécessaires pour décider cette intéressante question.
- Nous avons parlé des grands avantages pratiques que présente la cuve à la potasse, avantages qui résultent de l’énergie du dissolvant, et par suite de la concentration de la dissolution ; mais elle offre peut-être de plus graves inconvéniens que les autres, et ce qui en rend surtout la conduite souvent très difficile, c’est qu’on n’est pas averti de ses avaries par des signes extérieurs comme pour la cuve à la cbaux. En effet, quand celle-ci marche mal, elle cesse de travailler, on ne peut plus teindre avec ; tandis que dans les cuves à la potasse, il y a beaucoup de circonstances où le produit est en apparence satisfaisant, et où cependant il s’opère une destruction considérable d’indigo. Arrive' à un certain degré , la putridité fait de si rapides progrès , que rien ne peut l’entraver, et l’on en est enfin averti, mais trop tard, par l’odeur ammoniacale et hépatique qui se manifeste, par une sorte de bruissement qui accompagne l’émission des bulles, et par le peu de durée de ces bulles à la surface du liquide ; elles crèvent immédiatement , ce qui n’a jamais lieu lorsque la cuve marche bien, parce qu’alors la pellicule de solution qui enveloppe la bulle de gaz est tellement' chargée d’indigo , que, par son contact avec l’air, cette pellicule se trouve pour ainsi dire solidifiée et capable de résister à l’expansion du fluide élastique.
- La crainte où l’on est que ces accidens ne surviennent empêche de prolonger la durée de cette cuve, qui d’ailleurs se trouve limitée par l’action de la potasse sur les lames : c’est surtout la petite quantité de suint qu’elles conservent encore qui contribue à altérer le bain et à ternir l’éclat de la couleur. Ainsi, en supposant qu’une cuve à la potasse ait marché aussi bien que possible , on arrive bientôt à un p°1Tlt
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- où l’on est oblige' d’épuiser la cuve pour la renouveler entièrement.
- La fonction principale de la potasse dans les bains de cuve étant de servir de dissolvant, il en résulte qu’elle reste pour la majeure partie dans la liqueur, et que, quand on la rejette comme inutile , on sacrifie une grande quantité d’alcali, et par conséquent d’argent. Ce serait donc rendre un grand service à cette branche d’industrie, que de fournir les moyens de tirer parti de cet alcali ; car à Elbeuf, par exemple, où cette espèce de cuve est presque exclusivement employée, et où elle est une source de prospérité, on y consomme des quantités considérables de potasse , que nous tirons de l’étranger. MM. Cappelet et Sebe, fabricans de cette ville , ont eu l’heureuse idée de chercher à réhabiliter cette solution alcaline, c’est-à-dire à la rendre apte à la création de nouvelles cuves. Il paraîtrait, d’après les documens qui nous ont été adressés, que ces messieurs sont parvenus, en purifiant ces résidus , à diminuer de moitié la consommation de là potasse pour cette opération : c’est du moins ce qui résulte d’un rapport qui a été fait à la Société libre d’Émulation de Rouen , le 9 juin 1825 , et de plusieurs certificats dont ces messieurs sont porteurs.
- Nous ne connaissons pas le procédé employé par MM. Cappelet et Sebe , et pour lequel d’ailleurs ils ont pris un brevet d’invention ; mais on concevra facilement cette purification possible , en réfléchissant que ce qui rend la solution alcaline incapable de continuer à dissoudre l’indigo, c’est la saturation qu’elle éprouve, non-seulement, ainsi que nous l’avons observé, par une portion restante de suint, mais encore par une petite partie de la propre substance de la laine qu’elle dissout et saponifie. Ainsi, tout le problème à résoudre relativement à la potasse consiste à la débarrasser des acides gras qui se sont formés sous son influence , et qui la saturent conjointement avec l’acide carbonique. Reste à savoir maintenant si les parties colorantes et extractives qui ont été fournies par la garance, et qui persistent dans le bain alcalin, ne peuvent
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- être nuisibles aux teintures subse'quentes. Cette question semble être résolue favorablement par le procédé de MM. Cap. pelet et Sebe , puisque ces messieurs affirment que d’babiles teinturiers y ont recours, et s’en trouvent bien.
- La cuve au pastel, encore usite'e dans un grand nombre d’ateliers, parce qu’elle suffit lorsqu’on n’a pas besoin d’un travail prompt et conside'rable, et qu’elle est d’ailleurs plus facile à gouverner ; cette cuve, dis-je, se monte dans un vase dont les parois latérales sont en cuivre et le fond en ciment, comme pour la précédente. En supposant ce vase d’une capacité de 4 à 5ooo litres, par exemple , on y délaie, avec une petite quantité d’eau, 5o kilogrammes de pastel concassé, ou de vouède, io kilogrammes de garance, et même quantité de son et d’indigo exactement broyé par les moyens que nous avons indiqués. Dans quelques ateliers, on ajoute un peu de gaude ; puis on verse sur ces matières la quantité convenable d’eau bouillante, et l’on pallie avec soin ; et quand le tout a été brassé pendant environ une demi-beure , on laisse rasseoir le bain, et, dès que la masse commence à fermenter, ce qui a lieu lorsque la température est ramenée vers 45 à 5o°, on ajoute 5 à 6 kilogrammes de cbaux qu’on a préalablement délitée, en l’arrosant avec un peu d’eau. On pallie de nouveau, et de temps à autre. On juge que le bain est bon à mettre en travail, quand on obtient une belle écume ou fleurée bleue en heurtant la surface du liquide avec le râble. Arrivé à ce point, on pallie encore une ou deux fois, puis on met en cuve.
- Ici, la théorie est absolument la même que dansle cas précédent : une réaction spontanée des principes organiques qui se trouvent en présence, s’effectue, et la putréfaction en serait la conséquence immédiate, si l’on ne faisait intervenir la chaux, qui en modère les progrès et sert de dissolvant à l’indigo modifié.
- Parmi les produits qui résultent de cette réaction spontanée, figurent l’acide carbonique, l’ammoniaque et l’hydrogène carboné ; l’acide se porte sur la chaux dissoute, et la précipite : de là la nécessité d’en ajouter de temps à autre. L’ammoniaque reste dans la liqueur et aide à la solution de l’indigo; l’hydro-
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- gène carboné se dégage. Ainsi, la principale difficulté des cuves au pastel consiste à toujours maintenir dans la cuve la juste proportion de chaux nécessaire pour retenir l’indigo en dissolution , sans la dépasser ni en-dessus ni en-dessous : car, si l’on en mettait, par exemple, un excès, on pourrait arrêter totalement la fermentation; et dès lors, rien n’empêchant plus l’indigo de reprendre son état primitif, il tend à se précipiter; la cuve noircit , et exhale en même temps une odeur pénétrante d’alcali volatil. Lorsque ces symptômes fâcheux se manifestent, il faut y remédier promptement par l’addition de quelques matières fermentescibles, telles que la garance et le son, que l’on fait quelquefois bouillir séparément avec un peu de vouède ou de pastel neuf, avant de les introduire dans la cuve. On peut encore remplir le même but, en ajoutant une petite quantité de sulfate de fer, dont l’oxide agit à la manière des corps désoxigénans. Quelques teinturiers sont dans l’usage de rétablir la fermentation en versant dans la cuve un peu d’urine. Si l’excès de chaux n’est pas considérable, et que la fermentation continue de marcher un peu, rien de plus facile que de remettre la cuve en état ; car il suffira alors de la laisser en repos pendant quelque temps, parce que l’acide carbonique, qui continue à se produire, suffira pour précipiter l’excès de chaux.
- Si la cuve, loin de contenir un excès de chaux, cessait de donner du bleu précisément par le défaut contraire, alors les belles veines bleues qui décorent ordinairement la surface du bain deviendraient et plus ternes et plus rares ; la liqueur, au lien de noircir, comme dans le cas précédent, prendrait une temte livide et jaunâtre, et perdrait sa transparence. Son odeur u est plus celle de l’indigo exaltée par l’alcali, mais elle devient & abord fade et douceâtre, puis fétide et insupportable. Quand les cuves en sont à ce point, on ne saurait trop tôt y apporter remède, si l’on veut prévenir la destruction totale de l’indigo, cpi nécessairement participerait bientôt à la fermentation pu-tiie, et en subirait toutes les conséquences. Le meilleur moyen que connaissent les praticiens dans ce cas, c’est d’ajou-
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- ter un excès de chaux ; et si, par cette addition, le mal n’est pas arrêté subitement, il n’y a point d’autre ressource qne d’élever la température jusqu’à l’ébullition, parce qu’à ce degré il n’y a plus de fermentation putride possible. Enfin, lorsque la cuve a été traitée de cette manière , et qu’elle conserve un excès de chaux, on la remet en travail par l’addition de matières fermentescibles.
- Il est à remarquer qu’avec les cuves à la chaux on ne peut obtenir que de très belles nuances, parce qu’elles cessent de travailler dès qu’elles ont subi quelques avaries : il n’y a point pour elles d’état intermédiaire ; elles sont excellentes, ou ne valent rien du tout. Il est cependant vrai de dire que l’interposition de la chaux nuit un peu à l’éclat des nuances de b cuve au pastel, et qu’elles offrent un reflet moins diaphane et moins flatteur que celui produit par les cuves où la potasse sert de dissolvant, lors toutefois que ces cuves sont en très bon état.
- Pour teindre le coton en bleu, on fait habituellement usage d’une cuve montée à froid , et dont la composition est beaucoup plus simple que la précédente ; on n’y emploie que trois substances, qui sont, le sulfate de fer, la chaux et l’indigo. On concasse le sulfate, on délite la chaux, on broie l’indigo; le tout est ensuite délayé dans l’eau de la cuve, et après l’avoir palliée pendant plusieurs heures de suite, on la laisse reposer deux jours avant de la mettre en œuvre. La chaux et l’indigo s’emploient à parties égales contre la partie de sulfate, et pour une cuve d’environ 1000 litres, on met de6à 8 kilogrammes d’indigo.
- La conduite de ces cuves est très facile ; il suffit d’y entretenir un petit excès de chaux relativement à la proportion de sulfate de fer, qu’on y ajoute avec un peu d’indigo pont l’alimenter à mesure qu’elle s’affaiblit.
- Le petit nombre d’élémens qui concourent à la composition de cette cuve semble devoir faciliter l’intelligence de b théorie de cette opération , et cependant ici, peut-être meme encore mieux que dans les casprécédens ,'les deux explications
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- opposées dont nous avons fait mention peuvent être soutenues avec un égal avantage. En effet, dans l’hypothèse cpi’on admet le plus généralement encore, on dit que le protoxide de fer, une fois dégagé de son acide au moyen de la chaux, se suroxide aux dépens de l’indigo , qui par là même devient soluble dans l’excès de chaux. Pour l’autre hypothèse, on dit au contraire qu’il y a de l’eau de décomposée , et que son oxigène se porte sur le fer, tandis que la proportion correspondante d’hydrogène se combine à l’indigo pour le rendre soluble. Aucun fait connu ne dément ni l’une ni l’autre de ces deux suppositions.
- On obtient aussi une dissolution très active d’indigo, et dont on fait un usage assez fréquent dans la fabrication des toiles peintes, en faisant chauffer ensemble parties égales d’indigo, de potasse et d’orpiment, 2 parties de chaux et 3o à 40 parties d’eau ; cette dissolution s’opère avec une grande promptitude, et peut être employée presque immédiatement, pour imprimer ou teindre au pinceau.
- On voit que, dans ce dernier cas, c’est le sulfure soluble qui résulte de la décomposition de l’orpiment par l’alcali, qui fait fonction de corps désoxigénant.
- A avant eu d’autre but ici que de faire connaître les divers moyens usités pour dissoudre l’indigo , nous ne sommes entrés dans aucun des détails spécialement relatifs à l’art de la teinture, et c’est là seulement que nous en traiterons : nous renvoyons donc pour cet objet au mot Teinture.
- Je terminerai cet article par une note que je dois à l’obligeance de M. Chevreul, et qu’il m’a communiquée trop tard pour qu’elle ait pu être insérée au paragraphe auquel elle se rapporte ; elle est relative aux méthodes d’essais des indigos, foici comment s’exprime M. Chevreul :
- “ Je ne connais point, dit cet académicien , de procédé qui » puisse seul être employé pour déterminer la valeur respec-» tire des indigos du commerce ; aussi, toutes les fois que j’ai 3 à en essayer, je les soumets à quatre épreuves. Je coin-’ mence, dans tous lés cas, par les sécher à la température
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- » de ioo degrés. Ils perdent, en general, par ce moyen, » de 3,5 à 5,5 pour ioo.
- Première épreuve.
- » Je fais brûler, dans une petite capsule de platine, » i gramme d’indigo, pour déterminer la proportion de la » matière inorganique.
- » Les résultats suivans ont été conclus d’un grand nombre » d’essais :
- » La proportion de cendre qu’on obtient le plus ordinaire-» ment, est de 7 à g,5 p. xoo.
- » Les proportions minima et maxima, mais qui ne se » présentent que rarement, sont
- de 3,g2 à 5 p. 100 ; de 18 à 21 p. 100.
- Deuxième épreuve.
- Sulfate d’indigo essaye par Je chlorure de chaux.
- » Pour être sûr de hien attaquer les indigos que je veux » dissoudre dans l’acide sulfurique , je mets 5 grammes de » chacun d’eux dans des flacons à l’émeri, avec 45 grammes » d’acide sulfurique concentré ; je fais chauffer pendant deux » heures au bain-marie, je laisse refroidir, et j’ajoute » 200 grammes d’eau.
- » Je prends 1 centimètre cube de cette liqueur, auquel » j’ajoute 3i centimètres cubes d’eau, et je détermine com-» bien il faut de centimètres cubes de chlorure de chaux pour » la décolorer.
- » Du sulfate à’indigotinepure, pris pour type, exige 25 cen-» timètres cubes de ma solution de chlorure pour se déco-» lorer, tandis que le sulfate d’indigo du commerce , le plus » riche que j’ai rencontré, exigeait 22 centimètres cubes du » même chlorure , et le plus mauvais 1 o centimètres cubes » seulement.
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- INERTIE.
- ;i II est à remarquer que, d’après la quantité d’indigotine » que j’avais reconnue dans le premier indigo du commerce, » je me suis convaincu que, dans l’essai par le chlorure , il y » a une quantité très notable de chlore qui est neutralisée par » les principes immédiats qui accompagnent l’indigotine dans » les indigos du commerce.
- Troisième épreuve.
- «
- Sulfate d’indigo essayé par la laine et par la soie.
- » Je prends i centimètre cube de sulfate d’indigo, je l’é-» tends de 3o centimètres cubes d’eau, et j’y tiens plongé » pendant 10 heures i gramme de soie et i gramme de laine.
- » J’épuise ainsi la matière colorante , en répétant l’expé-» rience avec de nouvelle soie et de nouvelle laine , et tou-» jours en en employant i gramme à chaque fois.
- » 11 est évident que le meilleur indigo est celui qui teint le » plus d’étoffe, et donne la couleur la plus haute et la plus » brillante.
- Quatrième épreuve.
- » Je fais une épreuve analogue en désoxigénant l’indigo » par le sulfate de fer, sous l’influence de la potasse , et en y i teignant ensuite de la soie et de la laine.
- » Ce n’est qu’en ayant égard à ces différentes épreuves , et » surtout aux trois premières, que je prononce sur les qua-» lités respectives des indigos que j’examine. » R.
- INDUSTRIE. Le travail des mains, les inventions de l’esprit, la culture des terres , l’administration des manufactures, le commerce d’échange qui les font prospérer, telles sont les principales branches d’un tronc commun dont l’ensemble constitue ce qu’on nomme Y industrie d’une nation. Ce sujet ajout été traité dans tous ses détails et avec l’étendue qu’il comporte dans notre Discours préliminaire, il est inutile d’y retenir ici. Fb.
- INERTIE ( Arts mécaniques). On donne ce nom à cette bculté de la matière, de ne pouvoir changer elle—même son
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- INGÉNIEUR.
- état de repos ou de mouvement. Ainsi, un corps lancé dans l’espace doit continuer à se mouvoir éternellement en 1^ droite et avec la même vitesse , si quelque cause ne vient changer cet état, soit en ralentissant ou même détruisant le i mouvement, soit en l’accélérant ; et si ce corps vient à en rencontrer un autre, il lui communiquera précisément une quantité de mouvement égale à celle qu’il aura lui-même perdue dans la collision. ( W. les mots Force et Choc, où nous avons analysé toutes les conséquences de l’inertie. ) Fr.
- INGÉNIEUR. C’est le titre que prennent les personnes qui, par leur capacité, leurs connaissances et leur expérience, soit jugées dignes de commander de grands travaux : on en distingue de cinq espèces. Les ingénieurs militaires s’occupent de l’attaque et de la défense des places fortes, des fortifications permanentes ou passagères , des campemens, des ponts de service pour les armées, des travaux de mines, de l’artillerie , de la fabrication des armes, de la poudre et des bouches à feu, etc. Les ingénietirs civils, ou des ponts et chaussées, sont destinés à la construction des ponts, des routes, des canaux, etc. Les personnes chargées de la construction des navires de l’état sont une autre classe d’ingénieurs ; celles qui président à l’exploitation des mines composent la quatrième classe ; enfin, la cinquième est formée des ingénieurs-géographes. Il ne peut être question ici de passer en revue les qualités qui sont nécessaires à ces cinq espèces d’ingénieurs. Livrés dès leur jeunesse à l’étude des sciences et à l’art de les appliquer à nos besoins, ils sont d’abord admis, après des examens, à l’École Polytechnique, qui seule fournit aux divers services publics, et de là font partie d’écoles d’application où' l’on développe, dans ces jeunes et savans élèves , les qualités pratiques qui sont utiles à celui de ces services qu’ils ont embrassé.
- Il y a aussi des artistes et même des artisans qui prennent le titre d’ingénieurs ; ce sont ceux qui fabriquent les grandes inventions mécaniques ou les instrumens de Physique, dOptique et de Mathématiques. Comme ces divers sujets sont
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- INQUARTATION. 223
- traités séparément, chacun à son article, il serait inutile d’en
- parler ici. Fr.
- INJECTION ( injicere, jeter dans ). On comprend sous ce nom divers procédés opératoires, à l’aide desquels l’anatomiste et le chirurgien font pénétrer dans les vaisseaux ou autres cavités du corps différens liquides appropriés au but de leur art. Mais l’art du chirurgien , presque étranger à ce Dictionnaire, n’y peut figurer que par les instrumens qu’il emploie , et nous devons traiter, dans un article spécial, des IssTRüMEVS de Chirürgie , où l’on trouvera ceux qui servent aux injections chirurgicales. Quant aux injections anatomiques, elles ne sont qu’un des moyens de cette partie de la science, qui a pour objet la conservation des cadavres; et il a paru convenable de renvoyer leur histoire à l’article Préparations anatomiques. L*****fi F.
- INQUARTATION, inquart, quartation ( Arts chimiques). On entend par ces dénominations une opération usitée dans les essais d’or, ou l’on a pour but de déterminer, au moyen de la coupellation , le titre exact d’un lingot de ce métal. Le cuivre qui le rend impur y adhère si fortement, que pour en opérer la séparation, il est indispensable d’ajouterà l’or soumis à l’essai une certaine quantité d’argent. Si l’or ne contient qu’un à trois millièmes de cuivre, il exige jusqu’à trois fois son poids d’argent fin ; de là la dénomination d’inquartation, qui indique l’union d’un quart du premier métal et de trois quarts du second. L’addition de 2 parties d’argent fin suffit dans le cas où l’or contient 200, 25o ou 3o'o millièmes de cuivre : ainsi , il faut ajouter une quantité d’argent d’autant plus grande à l’or de l’essai, que celui-ci contient moins de cuivre.
- On fait encore usage de l’inquartation dans le départ, où l’on se propose de séparer de l’or, par la voie humide, l’argent qui lui est combiné. Si, dans l’alliage, la proportion de 1 argent est trop faible, l’or le défend de l’action de l’acide tàtrique qu’on emploie à cet usage ; mais lorsqu’on a fait laddition de 3 parties d’argent, l’or se trouvant disséminé et
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- 224 INSTRUMENS DE CHIRURGIE.
- l’argent plus à nu, la séparation des métaux devient .facile
- ( ÿ^i Coupellation et Essai. ) . jr*****^ .
- INSTITUTEUR. C’est ainsi qu’on nomme la personne char-ge'e de l’enseignement particulier de la jeunesse; on lui donne aussi le nom de gouverneur, de précepteur : le titre de professeur est réservé à l’homme qui est chargé d’un enseignement public. Le mot à’instituteur a été, dans les derniers temps, détourné de son acception générale. L’Université a. créé des dignités parmi les maîtres de pension, et a réservé le. titre à’instituteur à ceux qui sont chargés d’un enseignemënt relevé , et conduisent leurs élèves dans les hautes classes des collèges : leur pensionnat prend le titre à’institution.
- Ce serait vainement, et sans aucun profit pour nos lecteurs, que nous entreprendrions d’exposer ici les qualités qu’on doit espérer voir réunies dans un instituteur. Il convenait cependant de ne point omettre, dans notre Dictionnaire, le nom d’une profession honorable , et qui est pour la France une cause de distinction, puisque notre pays partage avec h Suisse la gloire de fournir plusieurs contrées d’instituteurs, qui vont y porter l’amour de notre patrie , et y entretiennent ensuite des relations d’estime et d’affection qui survivent ordinairement aux antipathies nationales. Fr.
- INSTRUMENS. On donne en général ce nom aux outils d’artisans, aux machines simples et portatives qui servent au travail et au labourage de la terre, telles que les Charrues , les Herses , les Pelles , Pioches , etc. ( V. chacun de ces mots.)
- Les Violons, les Basses, les Clarinettes, les Flûtes, les Hautbois, les Cors , etc., sont des instrumens de Musique,
- Les Boussoles, les Graphomètres, les Niveaux, les Lunettes, les Cercles répétiteurs, les Sextans, les Octans, les Locs, etc., sont des instrumens de Géodésie, d’Astronomie, de Marine , etc. ( V. ces mots. ) Ë. M.
- INSTRUMENS DE CHIRURGIE. Le nombre des instrumens de Chirurgie, tant anciens que modernes, est considérable, et nul doute que, pour la pratique de l'art, beaucoup d’entre eux ne soient inutiles. Nous né traiteront ici que de ceia
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- INSTRUMENS DE CHIRURGIE. a25
- qui sont rigoureusement nécessaires. Les instruuiens relatifs à certaines opérations, comme le trépan , la taille , etc., etc., sont contenus dans des caisses à compartimens séparés, qui constituent l’appareil du trépan, de la taille, de la cataracte , etc. , etc. D’autres instruraens, plus souvent nécessaires au chirurgien, et pour ainsi dire d’un usage journalier, doivent toujours être sous sa main, et forment, par leur réunion, ce que Garengeot appelle la trousse. Nous aurions pu décrire les instrumens dans cet ordre tout chirurgical, mais l’ordre alphabétique paraît le plus convenable pur un Dictionnaire ; nous le suivrons, en l’appliquant au nom des instrumens pour les divisions principales , et à celui de l’opération à laquelle ils appartiennent pour les subdivisions ; toutefois, nous indiquerons les instrumens qui font partie de tel ou tel appareil, ou qui doivent entrer dans la trousse. Quelques-uns portent le même nom, et se trouveront ainsi rapprochés, quoiqu’ils aient des usages tout-à-fait dif-fe'rens ; enfin, il est un certain nombre d’instramens qui n’ont pas encore reçu de noms particuliers, et qui seront décrits au mot générique Instrument , avec la désignation de leur usage spécial.
- Aiguilles. — On donne ce nom, en Chirurgie, à un instrument grêle, plus ou moins aigu, destiné à traverser les parties molles. La plupart des aiguilles sont en acier, quelques-unes en or, en argent, ou en cuivre étamé, leurs formes et leurs usages sont très variés.
- Aiguille à acupuncture. Elle est d’or , d’argent ou d’acier, étroite, conique, très déliée , longue de /j pouces environ; l’extrémité opposée à la pointe, terminée par une tete arrondie et percée d’un trou, a, dans la longueur de quelques lignes, un diamètre de deux lignes , et présente des cannelures droites ou en spirale, qui l’empêchent de glisser entre les doigts pendant les mouvemens de rotation qui la font pénétrer dans les chairs. Quelquefois ces aiguilles sont enfermées jusqu’à un travers de doigt de leur extrémité , dans une - canule de même métal, qui met une borne précise à leur ac-Tome XI.
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- tioft. Le trçu, de lai tête recoit^qttelqTïefais un fil de laiton,
- qui communique avec, un appareilgalvanique. .
- Aiguille à anévrismes. Tantôt.ce sont des aiguilles ordinaires ;;le pins souvent ce sont'des ^aiguilles courbes à suture, dont nous parlerons,plus bas; enfin,pour lesartères profonde, suent situées, on sè sert avec avantage de l’aiguillé imaginée par Descbamps, composée d’un manche aplati de 3 pouces et demi de longueur, d’une lige arrondie de 4 pouces et demi. L’extrémité de ! cette tige est courbée ; sa courbure décrit un demi-cercle de 5 lignes et demie de rayon, et dont le plan est perpendiculaire à la tige; elle est aplatie, sa pointe est mousse, ses bords sont peu trancbàns, et elle est pèrcée près dé la pointe d’une ouverture ou chas, destiné à recevoir la ligature. !
- Aiguilles, à bec-de-lièvre. Destinées à rester pendant quelques jours dans Uépaisseur des parties qu’elles ont traversées, elles doivent être faites d’un métal peu oxidable; les meilleures sont faites d’or ou d’argent, cylindriques, longues de i5 à 18 lignes; elles ont un diamètre d’une demi-ligne, et sont tentiinéès par une pointe en fer de lance, ou' seulement aplatie et tranchante sur les bords , mobile et fixée sur la tige par un. pas de vis, quelquefois soudée?- Ces aiguilles servent à rapprocher les bords de la division, et sont un point d’appui pour les fils à l’aidé desquels on pratique la suture entortillée. Quelques praticiens leur donnent une.légère courbure. La pointe mobile doit être fixée par un pas de vis très doux, pour qu’on puisse la séparer du reste, dé l’aiguille après leur introduction , et sans communiquer d’ébranlement douloureux.-
- Aiguille à cataracte. Elle est employée dans l’opération de la cataracte, par abaissement. Suivant Scarpa, elle doit être assez forte pour pénétrer aisément, sans se fausser, à travers les membranes denses de l’œil , et il est indispensable qu’elle soit assez fine pour agir sans difficulté dans l’espace étroit qui renferme la cataracte. En France, on fait usage de l’aiguille de Scarpa et de celle de M. Dupuytren. La première,
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- INSTRUMENS DE CHIRURGIE. 227
- faite d’acier bien trempé , longue de 18 â 20 lignes, est recourbée à son extrémité pointue ; cette pointe a une convexité plane, deux bords tranchans et une concavité formée de deux plans obliques séparés par une arête légèrement relevée vers la pointe fine de l’instrument ; elle est montée sur un manche à pans, marqué, du côté qui correspond à la convexité de la pointe, d’un point noir ou blanc, suivant que le manche est blanc ou noir. Dans l’aiguille de M. Du-puytren, la concavité et la convexité de la pointe sont planes, réunies par deux bords tranchans qui se rencontrent à une pointe très acérée ; le volume de la tige et celui de la lame sont proportionnés de manière que-l’une remplit exactement la plaie que l’autre a faite, afin qu’aucune partie des humeurs de l’œil ne puisse s’écouler.
- Aiguille à séton. C’est une lame d’acier, longue de 4 à 6 pouces, large, de 5 à 6 lignes, terminée en pointe de lancette par une extrémité, et percée à l’autre d’une ouverture qui occupe presque toute sa largeur, et destinée à recevoir la mèche du séton ; elle est un peu courbe sur le plat, et présente sur sa concavité une vive arête qui lui donne plus de force. On supplée avec avantage à cet instrument par le bistouri étroit et pointu, et le stylet aiguillé.
- Aiguille à suture. Les aiguilles droites ordinaires, celles que nous avons indiquées pour la suture du bec-de-lièvre, peuvent servir à quelques sutures. Toutefois , on emploie encore , pour les sutures et la ligature des vaisseaux, des aiguilles courbes. Les anciennes, terminées en fer de lance, étaient courbes vers la pointe, et droites du côté du talon ; ce talon droit changeait le trajet de la plaie, et causait une douleur inutile. Les aiguilles nouvelles représentent toutes un demi-cercle ; leur grandeur est proportionnée aux parties sur lesquelles on agit : les plus grandes sont la demi-circonférence d’un cercle de i5 lignes de rayon ; les plus petites , employées par M. Roux à la staphyloraphie , appartiennent à un cercle dont le rayon est à peine de 5 lignes. Les deux faces de ces aiguilles , au lieu d’offrir des biseaux , sont tout-à-fait planes ;
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- 2?8 DSSTRÜMENS de chirurgie.
- leurs bords sont tranchans vers la pointe, et leur chas, carré et transversal, est placé de devant en arrière, au lieu de l’être de droite à gauche.
- Aiguille à vaccine. Une lancette peut servir à cet usage. M. Husson donne la préférence à un fer de lance très aplati, et large vers la pointe. Cependant on fabrique, pour l’introduction du vaccin, des aiguilles de platine , d’or, ou d’acier bien trempé, longues de 2 ou 3 pouces, à talon mousse, à pointe très acérée , à bords latéraux très tranchans : elles présentent, sur l’une des faces , une gouttière, qui se charge d’une quantité plus grande de vaccin.
- Quelques autres aiguilles, comme celle dont on se servait autrefois pour la fistule à l’anus, etc. , etc. , ne sont plus employées, et ne doivent pas être traitées ici.
- Fig. 1, PI. 29 des Arts mécaniques. Aiguille à acupuncture. a, tête avec ses cannelures ; b, tige très acérée.
- Fig. 2. Aiguille à anévrisme de Deschamps.
- Fig. 3. Aiguille à bec-de-lièvre, a , tige d’or , d’argent ou d’acier ; b , pointe mobile fixée par un pas de vis.
- Aiguilles à cataracte. ( V. fig. 4 et 5. )
- Fig. 4- Aiguille de Scarpa. a , manche ; b , tige ; c, pointe recourbée.
- Fig. 5. Aiguille de M. Dupuytren. a, tige conique; b, pointe.
- Fig. 6. Aiguille à suture, a, aiguille ordinaire.
- Fig. 7. Aiguille pour la staphyloraphie. a , la pointe; b , le chas.
- Algalie. Y. Sonde.
- Bdellomètre. V. Ventouses à pompe.
- Bec de cuiller. V. Tribulcon.
- Bistouri. — Espèce de petit couteau, ainsi nommé, suivant Huet, parce qu’autrefois on en fabriquait beaucoup à Piston. Il peut remplacer avec avantage presque tous les autres ins-trumens tranchans. Les plus usités sont les bistouris droit et pointu; le bistouri à tranchant convexe et à dos droit ou concave ; le bistouri à tranchant concave ; le bistouri boutonné, et enfin, le bistouri caché. (V. Lithotome.)
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- INSTRÜMENS DE CHIRURGIE. 329
- - Deux parties principales constituent le bistouri : la lame et le manche ou la châsse.
- Dans la lame on distingue la pointe, le talon, le dos et le tranchant ; sa longueur ordinaire est de 2 pouces et demi à 3pouces; sa largeur est en général plus grande au talon qu’à la pointe; et sous le rapport de sa forme ge'ne'rale, les bistouris sont droits ou.courbes.
- La pointe, ordinairement très aiguë, est l’extre'mité libre de l’instrument.1 Dans les bistouris droits, le tranchant et k dos s’inclinent l’un vers l’autre pour la former , et elle est à l’extre'mité de l’axe de la lame. Cependant il y a quelques variétés dans l’inclinaison relative du dos vers le tranchant ; quelquefois cette pointe est mousse, que le bistouri soit droit ou courbe, et alors elle est coupée carrément, ou remplacée par un bouton olivaire , qui fait donner au bistouri le nom de bistouri boutonné.
- Le talon sert à l’articulation de la lame avec le manche , et cette articulation varie. Dans les bistouris communs, un pivot traverse à la fois l’extrémité des jumelles voisine de la lame, le talon placé entre elles ; et la lame peut être facilement ployée sur la châsse et se placer entre les deux pièces dont elle est composée, ou se redresser sur cette châsse ; mais son mouvement en arrière est borné par un prolongement du talon, terminé en bouton lentieulaire, dont le diamètre est plus grand que l’écartement des jumelles. Le plus ordinairement , le talon est fixé sur la châsse par un mécanisme tout-à-fait semblable à celui des couteaux ordinaires, et sa description doit avoir été faite à ce mot. Quelquefois le pivot est aplati d’avant en arrière ; le trou du talon dans lequel il est engagé se prolonge vers la pointe dans une fente étroite ; et lorsque la lame et le manche sont dans le même axe, le pivot aplati et la fente du talon se correspondent, de manière qu’en poussant l’un vers l’autre le manche et la lame , comme pour raccourcir le bistouri, on les fixe invariablement ; et ce mécanisme, plus simple que celui du ressort, permet de nettoyer l’instrument en passant un linge entre les jumelles. Enfin,
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- on a imaginé de fixer la lame au moyen d’un anneau d’argent qui glisse sur la châsse, à laquelle on donne une largeur égale dans toute son étendue , et qui retient l’instrument ouvert ou fermé, suivant qu’on le porte sur le talon de la lame, lorsqu’elle est dégagée d’entre les jumelles, ou sur la partie moyenne de la châsse , lorsque cette lame est dans leur intervalle. Ce mécanisme n’est applicable qu’aux bistouris droits.
- Enfin, il est des bistouris dont la lame est invariablement fixée sur le manche. Ce sont plutôt alors des couteaux ou des scalpels.
- Le dos des bistouris doit avoir environ une ligne vers le talon, et diminuer graduellement jusque vers la pointe , de sorte qu’à 6 lignes de cette extrémité , il ait encore une demi-ligne. Dans les bistouris droits, il est tout-à-fait droit, ou légèrement courbé vers le tranchant. Dans les bistouris courbes, concaves ou convexes, il offre la même courbure à peu près que le tranchant ; néanmoins, dans les bistouris dont le tranchant est convexe, il est encore quelquefois droit ou presque droit.
- Le tranchant est tout-à-fait en ligne droite ou légèrement courbe, et relevé vers le dos dans les bistouris droits. Dans les bistouris courbes, il est ou concave ou convexe, suivant la forme de la lame.
- Entre le talon et le tranchant, il existe le plus souvent une petite échancrure, augmentée par la saillie du tranchant.
- Cette saillie doit être arrondie et très acérée, de peur que les parties à inciser ne soient accrochées et non coupées. Il vaut mieux diminuer la saillie du tranchant par celle du talon, qu’on met au même niveau, et laisser entre eux une petite échancrure , ou faire naître le tranchant directement du talon. En Angleterre, on prolonge le talon jusqu’au tiers de la longueur de la lame; cette forme est avantageuse pour saisir l’instrument, et n’a pas d’inconvénient, puisque le tiers postérieur du tranchant n’est presque jamais employé dans les opérations.
- Quant à la châsse, elle est faite de corne, d’ivoire, dé-
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- eaille, et dans les bistouris immobiles, quelquefois elle est d'ébène, et dans ce cas cesse d’être une châsse ; sa forme suit, en général, celle de la lame. Les jumelles sont fixées comme dans les couteaux ordinaires.
- Nous passons sous silence, comme inutile , la description de bistouris particuliers, comme le bistouri royal ; le bistouri à fistule lacrymale , sur l’un des côtés duquel règne une gouttière pour faire glisser la canule , etc., etc.
- Toutefois, nous devons mentionner, comme pouvant servir dans quelques cas, le bistouri concave d’Astley Cooper, et le bistouri courbe et convexe sur le tranchant, de M. Dupuvtren, dont la lame étroite, longue et boutonnée T peut être utile pour le débridement des ouvertures herniaires.
- Fig. 8. Bistouri droit à ressort, a, la lame ; b , la pointe ; c, le talon de la lame.
- Fig. 9. Le bistouri convexe sur le tranchant vers la pointe, et droit sur le dos.
- Fig. 10. Bistouri convexe de M. Dupuvtren.
- Fig. 11. Le bistouri de quelques chirurgiens anglais, a, tranchant; b, point où commence le talon.
- Bouton. — Instrument dont on se sert dans l’opération de la taille, pour reconnaître , après l’incision, la présence de la pierre, en extraire les débris, ou conduire une tenette. Sa longueur est de 8 à 9 pouces ; c’est une tige d’acier terminée d’un côté par un bout olivaire, poli, soutenu par un col légèrement courbé, et de l’autre par une curette polie dans sa concayité ; sur la longueur règne une arête pour diriger les mors delà tenette. Il fait partie de la boîte à taille.
- Canule. — Tube ouvert, d’une longueur et d’un volume variables , droit ou courbe , simple, ou faisant partie d’un instrument composé ; flexible ou inflexible. Les couteliers en fabriquent d’or, d’argent, de plomb, de fer. Pour les canules composées, V. Trois-quarts, Sonde à dard, etc.
- Canule pour la fistule lacrymale. M. Dupuytren, qui a rendu à la Chirurgie l’usage de cet instrument, fait fabriquer «ne canule d’argent ou d’or, conique , longue de 20 à a5 mil-
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- 232 INSTRÜMENS DE CHIRURGIE,
- limètres , large de 4 à 6 millimètres ; garnie, à son extrémité' la plus grosse , d’un bourrelet circulaire, offrant une petite saillie en dehors et en dedans ; courbe'e sur sa longueur, pour répondre à la courbure le'gère du canal nasal-terminée en bec de plume à.son extrémité étroite; elle se meut sur un mandrin de fer, qui remplit exactement sa cavité , de telle manière, que le bec de plume ne fasse sur lui aucune saillie, et que le moindre effort suffise pour la lui faire abandonner. L’autre extrémité du mandrin est garnie d’un bourrelet, destiné à presser sur la canule au moment de son introduction dans le canal nasal, et elle se recourbe ensuite à angle droit, pour se terminer en un manche aplati, long d’environ 3 pouces. Quelquefois il est nécessaire d’extraire la canule du canal nasal, et l’on a imaginé, pour cette extraction , de diviser longitudinalement la partie du mandrin qui pénètre dans la canule , et d’en faire ainsi deux petites tiges un peu courbées en dehors par leur extrémité inférieure , mais maintenues rapprochées à l’aide d’un petit anneau circulaire ou olivaire mobile, plus gros que la capacité de la canule à extraire ; l’extrémité de ces petites tiges présente , dans le sens de leur courbure , un petit rebord qui accroche le bourrelet de la canule à extraire , au moment où l’on veut retirer le mandrin. Dans ce temps de l’opération, les petites tiges ne sont plus maintenues par leur anneau, resté à l’entrée delà canule, et s’écartent l’une de l’autre.
- Canule pour la lithotomie. Elle est droite , faite d’argent; sa longueur est de 5 pouces, son diamètre de 4 lignes ; l’extrémité qui est destinée à plonger dans la vessie est arrondie en cul-de-sac, et présente sur deux côtés un œil arrondi ou ovalaire , qui doit livrer passage à l’urine. En-deçà de ces ouvertures, on pratique une gorge très étroite , soit aux dépens de l’épaisseur de l’instrument, soit en façonnant deux petits bourrelets circulaires à une ligne de distance l’un de l’autre : cette gorge sert à maintenir, à l’aide de fils, une chemise destinée au pansement. L’extrémité opposée de la canule s’ouvre au centre d’une plaque ovalaire, qui porte
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- INSTRUMENTS DE CHIRURGIE. a33
- à droite et à gauche un petit anneau pour fixer d’autres fils. Cette canule peut être rendue flexible en faisant d’un ruban d’argent en spirale la partie de l’instrument qui sépare de la plaque les yeux situés à l’autre extrémité. On doit la placer dans l’appareil pour la lithotomie.
- Fig. 12. Canule de M. Dupuytren pour la fistule lacrymale, a, son extrémité renflée; b, son extrémité en bec de flûte; c, son mandrin ; d, mandrin à érigne pour l’extraction de la canule.
- Fig'. i3. Canule pour la lithotomie.
- Cathéter. — En France , on désigne par ce nom la sonde-conducteur qui sert dans l’opération de la taille chez l’homme ; c’est une tige solide d’acier, qui, par sa courbure, ressemble aux algalies. Sa longueur doit varier suivant l’àge du malade : elle doit être de io à 6 pouces pour l’adulte, de 5 pouces pour un enfant. Son volume varie aussi. Sur la convexité de la courbure, dans les deux tiers de la longueur, règne une gouttière placée sur la ligne médiane , anguleuse , profonde, dans laquelle doit glisser la pointe du bistouri , du couteau, ou la languette du lithotome. On augmente la largeur de cette cannelure, et l’on rend le cathéter plus fixe dans le canal de l’urètre , en donnant à l’instrument plus de volume vers le sommet de sa courbure. Cette espèce de renflement ou de ventre doit naître et se terminer d’une manière insensible sur la continuité du cathéter. L’extrémité vésicale de l’instrument est ordinairement arrondie ou terminée par un bouton olivaire ; à ce bouton, la cannelure va former un cul-de-sac. Quelquefois cependant cette extrémité du cathéter est coupée carrément, et la cannelure est ouverte : l’autre extrémité est droite, et présente une plaque cordiforme, qui sert à maintenir l’instrument pendant l’opération. Un assortiment de cathéters se compose de six , variant en longueur, de io pouces à 5 pouces. Ils entrent dans la boîte à taille.
- Kg- 4- Cathéter à ventre, a, plaque cordiforme pour saisir l’instrument ; b, ventre au sommet de la courbure ; cj bouton olivaire.
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- Cautère. — La pyrotechnie chirurgicale appelle ainsi des instrumens de métal destinés à brûler rapidement les parties, pour y déterminer une irritation salutaire. Les métaux les plus employés sont le fer et l’acier, à cause de leur capacité pour le calorique , de la facilité avec laquelle ils le cèdent, de leur infusibilité, et surtout delà propriété qu’ils ont d’indiquer , par un changement de couleur, le degré de leur température. Le docteur Gondret pense que le cuivre produirait une esearrhe dans un temps cinq à six fois plus court, ce qu’il fonde sur un grand nombre d’expériences Quoi qu’il en soit, l’acier est le métal le plus employé. Un cautère est essentiellement composé d’un manche de buis ou d’ébène, de 10 à 12 centimètres de longueur, taillé à pans, d’un volume convenable pour remplir la main , et d’une tige dont l’extrémité libre prend différentes formes , qui servent à donner an cautère autant de noms différens.
- Le moyen d’union de la tige et du manche est une colonne métallique de 3 à 4 centimètres, fixée dans le bois par une soie rivée au bout opposé. Cette colonne est creusée d’un canal carré, dans lequel entre une extrémité de la tige, qui y est maintenue par une vis de pression ; cette vis traverse les parois du canal à un tiers de sa longueur.
- La tige du cautère est arrondie, et a environ 2.5 centimètres de longueur ; l’une de ses extrémités est quadrilatère, comme le canal qui doit la recevoir. Toutefois, les couteliers fixent souvent la tige des cautères d’une manière invariable sur le manche. Cette méthode a l’avantage de rendre plus courte une opération où plusieurs cautères sont successivement necessaires. L’extrémité libre présente , dans tous les cautères, excepté le cautère eu roseau et l’annulaire , une courbure arrondie formant un angle de i5o degrés. Au-delà de cette courbure , est le renflement qui sert à la cautérisation. B 3-près sa forme, on distingue, le cautère en roseau, le cauteft olivaire, le cautère conique, le cautère hastile, le cautetf nummulaire , le cautère annulaire et le cautère en forme & coin.
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- ,o. Le cautère en roseau, avons-nous dit, fait exception, et n’offre pas de courbure ; c’est un cylindre de 5 à 6 centimètres de longueur, sur 15 millimètres de diamètre ; il est propre à caute'riser des trajets droits et longs, ou des parties peu étendues et situe'es profonde'ment.
- 2°. Le cautère olivaire, dont le nom seul suffit pour indiquer la forme.
- 3°. Le cautère conique, dont l’axe a 27 millimètres et la base 17 de diamètre; il est employé quand on veut donner une large ouverture à la plaie qui doit résulter de la chute des escarrhes.
- Le cautère hostile, ou en hache de licteur. La courbure de sa tige doit être à angle droit ; son dos a 10 millimètres d’épaisseur ; son tranchant est obtus , courbe, et serait une portion de cercle décrit avec un rayon de 35 millimètres ; il sert à pratiquer la cautérisation transcurrente. Dans beaucoup de cas, le cautère en forme de coin peut y suppléer ; il est à ce dernier ce que le bistouri convexe sur le tranchant est au bistouri droit.
- Le cautère nummulaire, ou en forme de monnaie, est une plaque ronde de 3 centimètres de diamètre , sur 8 à 1 o millimètres d’épaisseur. Cette plaque doit être légèrement convexe du côté de sa surface libre. On a donné mie grandeur variable au diamètre de la plaque ; mais ce qu’on doit éviter surtout, c’est de ne pas la faire d’une épaisseur suffisante, parce qu’alors le cautère n’agit pas assez profondément.
- Le cautère annulaire, dont la tige est droite , surmontée d’une masse globuleuse et d’une couronne de 6 millimètres de profondeur.
- Enfin, on fait usage en Allemagne d’un cautère cunéiforme, que M. Dupuytren emploie souvent depuis quelques années. La tige courbée est fixée sur la partie moyenne de la Ease du coin ; avec le tranchant mousse, on pratique la cautérisation linéaire, et chaque ligne de feu peut être terminée par l’application de la surface triangulaire que présente le coin à son extrémité.
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- Fig. i5. a, cautère en roseau; b, cautère olivaire ; c, cautère nummulaire ; d, cautère cunéiforme ; e , manche commun
- i., canal pour recevoir la tige ; 2., vis de pression.
- Ciseau. — Dans quelques opérations sur les os , et dans les dissections, on se sert du ciseau des menuisiers, qui ne doit avoir, pour son usage en Chirurgie, que 5 à 6 pouces, et un tranchant de 4 à 5 lignes. Le tranchant peut être à deux biseaux, on n’en avoir qu’un seul. Ces biseaux doivent être assez obliques pour que le tranchant ait plus d’épaisseur, le ciseau peut être monté sur un manche de bois, ou se terminer par un méplat. Dans les opérations, on s’en sert à la main seule, ou avec un petit maillet de plomb, qui donne moins d’ébranlement et fait moins de bruit. On se sert aussi quelque-fois du ciseau courbe sur le plat, ou de la gouge du sculpteur. Cet instrument est fait d’acier fondu, ou avec de vieilles limes fortement trempées.
- Ciseaux. — Cet instrument si connu a dû être décrit d’une manière générale à l’article Ciseaux de ce Dictionnaire ; leur emploi en Chirurgie apporte quelques modifications dans leur forme générale ou leurs proportions. Ainsi, ils sont avantageusement modifiés par M. Percy. Ce célèbre chirurgien avait remarqué que, dans les ciseaux ordinaires, les anneaux sont situés à l’extrémité des branches , et que cette disposition, qui donne de la force à l’instrument, a cependant l’inconvénient d’exiger un grand écartement des branches pour n’obtenir que peu d’écartement des lames : or, quand on porte ces ciseaux dans une cavité étroite et profonde, il est difficile de les faire agir. M. Percy a fait placer les anneaux en dehors des branches : ainsi, les branches sont parallèles, se touchent dans toute leur étendue , et même peuvent etre légèrement croisées l’une sur l’autre, et à leur moindre ecar-ternent correspond un écartement égal des lames.
- Les ciseaux du chirurgien sont droits ou courbes. Les ciseaux droits dont on garnit les trousses, ou avec lesquel-4 on dissèque , ont environ 5 pouces de longueur ; leurs la®85 sont longues de 2 pouces 3 ou 4 lignes ; leur pointe est oa
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- aiguë ou mousse. Les ciseaux courbes sont de deux espèces : les uns sont coude's au-delà de l’entablure, et portent le nom de ciseaux coudés; l’angle des lames avec les branches est de 2o à 3o degrés ; le coude peut exister sur le plat ou sur le tranchant des lames. Dans les ciseaux coudés sur le tranchant, il est avantageux, pour que la main de l’opérateur ne masque pas la partie qu’il incise, de placer l’un des anneaux au côté interne de la branche extérieure au coude des lames, et l’autre au côté externe de la branche opposée.
- Les ciseaux courbes et non coudés sont encore courbes sur le plat ou sur le tranchant des lames ; il est difficile de donner aux premiers une envoilure très régulière. Quand la courbure est sur le tranchant, elle peut être dans le même sens pour les deux lames, ou dans un sens différent ; mais cette dernière espèce est peu employée. Les dimensions des ciseaux varient beaucoup, suivant leur usage particulier. Le tranchant des lames ne doit pas être trop fin ; il est utile , pour éviter le reculement des parties molles devant ce tranchant, qu’il présente des dentelures qui les fixent au moment de leur section.
- Ciseaux à bec-de-lièvre. Quelques chirurgiens se servent, pour pratiquer l’opération du bec-de-lièvre, de ciseaux ordinaires, dont les lames sont un peu fortes; mais M. Dubois a fait fabriquer des ciseaux de 6 pouces de longueur ; les lames ont a pouces et demi, sont évidées et fortes , mousses ; les tranches sont très fortes , et ont jusqu’à 3 lignes d’épaisseur; les anneaux sont à l’extrémité des branches.
- Ciseaux à excision. Ce sont les différents ciseaux courbes dont nous avons parlé.
- Les ciseaux à dissection doivent avoir les lames très évidées.
- Ciseaux pour la pupille artificielle. M. Maunoir a imaginé, pour cette opération , de petits ciseaux très déliés, légèrement recourbés sur leurs bords. La lame qui est située vers la con-cavité de la courbure est surmontée d’un petit bouton ; l’autre est aiguë. Ces ciseaux sont d’un beau poli et d’acier fondu.
- % 16. a, ciseaux droits de M. Percy ; b , ciseaux courbes
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- sur le tranchant ; c , ciseaux courbes sur le plat ; d, ciseaux de M. Dubois, pour l’operation du bec-de-lièvre ; e, ciseaux de M. Maunoir, pour la pupille artificielle.
- Clef. — Ce nom est donne' à certaines parties d’instrumens comme le forceps et le tre'pan ; ou à des instrumens entiers qui appartiennent à l’art du dentiste. La clef de Garengeot qui a servi de modèle à toutes les autres clefs, est forme'ed’une tige d’acier de 3 lignes de diamètre sur 4 pouces de longueur; elle est recourbe'e vers son extrémité libre, et terminée en sens inverse de la courbure par un panneton quadrilatère, échan-cré de manière à présenter un museau destiné à recevoir un crochet plus ou moins courbe ; une vis traverse les lèvres de l’échancrure et le talon du crochet, de manière à le fixer sans nuire à sa mobilité. Le crochet décrit autour delà vis, qui sert de centre, un quart de cercle, et l’étendue du mouvement est bornée par la rencontre du talon, qui est taillé en biseau , avec le fond de l’échancrure. L’extrémité libre du crochet présente une échancrure en biseau sur le plat, et taillée aux dépens de la face convexe ; ce biseau semi-circulaire n’a pas une ligne de hauteur. L’extrémité correspondante de 1a face concave est remarquable par une fossette longitudinale de 2 à 3 lignes, et par quelques lignes transversales destinées, soit à embrasser, soit à fixer la dent. Quelques dentistes modernes ont fait naître la courbure de la tige plus près de l’autre extrémité, pour éviter la rencontre des arcades dentaires dans l’extraction des dents molaires ; d’autres ont donné deux ou trois ouvertures au panneton. Le crochet a lux-même alors deux ou trois talons correspondans ; à l’aide de la vis, qui est mobile , il peut facilement être changé de côté suivant la situation de la dent à extraire. L’autre extrémité de la tige est fixée sur un manche transversal de 2 pouces et demi à 3 pouces de long, quelquefois au moyen d’un anneau qui la termine.
- Compresseur. —Pour éviter les mouvemens de bascule auxquels est sujet le tourniquet de Petit, M. Dupuytren a imagine un compresseur, qu’il a perfectionné depuis. Il est forme' de deux lames d’acier larges de deux doigts, épaisses de 3 à 4
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- limètres, courbées sur leur plut , concentriques;- Luné <ïè ces lames a son extrémité libre engagée daas deux couîans d'adet-, que porte l’autre-lamé, de sorte qu’ainsi elles chevauchent l’une sur l’autre plus ou moins, suivant la longueur qu’on désire. Un coulant est surmonté d’une vis de pression qui-fixe les lames dans une position déterminée. L’autre extrémité de chaque lame est garnie d’une peloté'; l’une concave, longue dé quatre doigts, large de trois, qui'doit prendre un point d’appui sur la convexité du membre > dü côté opposé à l’artère qu’on veut comprimer; l’autre allongée et presque cylindrique, supportée par deux tiges sur lesquelles elle est mobile à l’aide d’une vis de pression. Chacune de ces pelotes est montée sur une lame de cuivre, et peut prendre divers degrés d’inclinaison, an moyen d’une charnière que présente près d’elle la lame correspondante; les pelotes peuvent se rapprocher du centre, mais Un ressort placé sur la convexité empêche le redressement de la courbure de l’instrument en s’arc-boutant dans des engrenures placées du même côté sur la charnière.
- Compresseur pour la guérison des anus contre nature. Cet instrument, imaginé par M. Dupuytren pour compléter le traitement de ce genre de fistules stercorales, consiste en deux pelotes cylindriques, de 3 pouces de long, montées par leur face plane sur une plaque d’acier, et se regardant par leur côté convexe : chacune des plaques d’acier présente sur son bord supérieur trois monlans aussi d’acier, d’un pouce et demi de haut ; deux de ces montans, placés aux extrémités de la plaque, portent chacun une tige d’acier destinée- à s’engager dans un trou des montans correspondans -.de l’autre plaque. Une vis de rappel placée entre ces deux tiges traverse les deux montans moyens , sert à rapprocher à volonté les deux pelotes, et par conséquent les bords interposés de l’orifice fistuleux. Les deux pelotes sont faites de crin et de peau de buffle.
- F%- 17 (PI. 3i des Arts mécaniques'), a et b, lames d’acier concentriques; c, coulant d’acier ; d, vis de pression ; e, pelote concave pour le point d’appui ; e', pelote convexe pour la.com-pression; f,/', tiges sur lesquelles se meut la pelote; g-, vis de pression ; h,h’, charnières.
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- Fig. 18. a,a'j:pelot€S compressives, cylindriques; b,b', nwa. tans en acier ; c,c , tiges d’acier portées par l’une desplaqU8. d,d, trous de l’autre montant pour recevoir les tiges; e, vis de rappel.
- Conducteur. — On donnait ce nom à des sondes droites employées dans l’opération de la taille par le haut appareil; mais on y supplée par le bouton déjà décrit, et le gorgeret, qu’on trouvera plus bas. Le nom de conducteur appartient maintenant à une sonde employée par Ducamp, pour diriger nue bougie à travers un rétrécissement du canal de l’urètre. Cette sonde est du n° 8 ou g, a 8 pouces de longueur, est droite, percée des deux bouts, et porte, comme tous les instrumens du même auteur, la division du pied. L’extrémité antérieure de ce conducteur est bouchée avec un bouchon de cire et de soie qu’on peut ôter à volonté, à l’aide d’un fil de soie qui le traverse. Si l’ouverture du rétrécissement est au centre du canal , celle, de l’extrémité antérieure du conducteur est aussi centrale. Si, au contraire, l’orifice du canal rétréci est en haut, en-bas, ou sur le côté, le conducteur doit présenter, près de son extrémité antérieure, une éminence^ plus ou moins forte, qui doit servir à éloigner l’orifice du conducteur du centre de l’urètre , et affronter l’ouverture de l’instrument et du rétrécissement. Il n’est pas de mon sujet d’indiquer les précautions à prendre dans ce cas. Le conducteur est un instrument de gomme élastique. (Y. Sondes.)
- Couteaux. — Le couteau ne diffère du bistouri que parce qu’il est, en général, plus grand , et que sa lame est immobile sur le manche. On distingue les couteaux à amputation, le couteau interosseux, les couteaux à cataracte , celui de Che-•selden pour la taille, le couteau lenticulaire, le couteau pour la section de la symphyse pubienne.
- Les couteaux à amputation sont les plus grands : la longueur de la lame est de 4 à 9 pouces, suivant le volume du membre à amputer; son tranchant est moins fin que celui du bistouri; il se joint à un manche sans talon ; il est droit. On a, en général , renoncé, pour les amputations, au couteau courbe. Sou dos doit être assez épais ; sa pointe peu aiguë, si ce n’est dans
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- le couteau interosseux, vaut mieux le'gèrement arrondie et très tranchante ; la lame est garnie à la base d’une coquille, et est fixe'e , à l’aide d’une soie d’une longueur relative à celle de la lame , sur un manche taillé à pans, et qui doit remplir la main.
- Le couteau interosseux est long et étroit; sa pointe est très aigue ; sa lame offre sur chacune de ses faces une vive arête, sur laquelle se réunissent à angle obtus les plans inclinés qui vont former un double tranchant. Dans quelques couteaux interosseux, l’un des tranchans s’arrête à la moitié de la lame, et fait suite à un bord mousse comme le dos du couteau ordinaire. 11 sert à couper le ligament interosseux et le périoste qui revêt les os de la jambe et de l’avant-bras. Le couteau interosseux qui sert à désarticuler l’humérus ou le fémur, suivant le procédé de M. Lisfranc, doit être à la fois long et fort, parce qu’il traverse une grande épaisseur de parties. Ce chirurgien lui donne 8 pouces de long, et 8 lignes de large à la base.
- Couteaux à cataracte. Ces couteaux servent à faire la section de la cornée transparente dans l’opération de la cataracte par extraction. Le couteau ou cératotome de Wènzel est composé d’une lame de 18 à 14 lignes de longueur sur 3 à 4 lignes de largeur à sa base : cette largeur n’existe que dans la longueur de 4 lignes , à partir de la base ; à 6 lignes de la pointe, elle n'excède pas un huitième de pouce ; son épaisseur ne doit pas avoir plus d’une ligne à sa partie moyenne. Cette lame ressemble à une lancette à grain d’avoine dont l’un des tranchais serait émoussé dans les cinq sixièmes postérieurs. Les Anglais préfèrent le couteau de Ware, dont la pointe est moins allongée. En France, quelques chirurgiens préfèrent le couteau de Richter, de forme pyramidale, tranchant dans toute l’étendue d’uu de ses bords qui est oblique et droit, émoussé thus les cinq sixièmes de l’autre ; le long du dos, règne une côte arrondie qui donne beaucoup de force à la pointe. Ces divers couteaux sont fixés sur un manche taillé à pans, ordinai-tement en ébène, et d’un volume convenable pour être tenu comme une plume à écrire. Leur lame présente cela de com-Tome XI. 16
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- mun, qu’à chaque instant de la section, elle remplit exactement la plaie de la cornée ; et dans celui de Richter en particulier, la division de cette membrane est achevée avant que la pointe de l'instrument ne puisse atteindre l’angle interne de l’œil, à cause de l’obliquité du tranchant.
- Couteau lenticulaire. Instrument dont on se sert dans l’ope'-ration du trépan. 11 consiste dans une tige d’acier tranchante terminée par un bouton lenticulaire. Il est déjà décrit dans le Dictionnaire technologique, au mot Couteau.
- Couteau litholome, dû à Cheselden. Ce couteau a une lame étroite d’environ i5 lignes de longueur, convexe sur le tranchant, concave sur le dos, portée sur une tige aplatie d’un pouce de long, qui est fixée elle-même sur un manche de 3 pouces de longueur. M, Dubois a modifié ce couteau en rendant le dos droit.
- Couteau pour la section de la symphyse du pubis. M. Du-puytren conseille de se servir d’un couteau solide, bien fixé sur son manche, et boutonné à son extrémité, de peur d’intéresser les parois antérieures de la vessie.
- Fig. 19. u, couteau droit; b, couteau interosseux ; c, couteau de Richter pour la cataracte; d, couteau lithotome de Cheselden.
- Crochet.— On se sert, en Chirurgie, de divers instrumens en forme de crochet ; mais ce nom est spécialement réservé à ceux que les accoucheurs emploient pour extraire le fœtus. Ces crochets sont mousses ou aigus. Nous trouverons les crochets mousses aux extrémités des branches du forceps ( V- ce mot.) Quant au crochet aigu, c’est une tige d’acier de 5pouces de longueur sur 5 lignes de diamètre, terminée par un crochet plat à pointé mousse et polie.
- Curette.—Espèce de cuiller allongée, de dimension variable, qui fait partie de certains instrumens composés, comme quelques érignes, le bouton, le tribulcon. (V. ces mots.) Elle sert à l’extraction de divers corps étrangers situés dans des cavités étroites et profondes.
- Curette pour la cataracte. On place dans les boîte*a
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- cataracte une petite curette monte'e sur un manche à pans ; elle sert, dans l’ope'ration de la cataracte par extraction , à relever le lambeau de la cornée, et à aller chercher, s’il le faut, à travers la pupille, lesfragmens d’une cataracte molle. La tige doit avoir 18 à 20 lignes de long, comme celle de l’aiguille pour l’abaissement.
- Curette pour la lithotomie. La curette droite ou courbe, montée sur un manche, et que les couteliers font entrer dans l’appareil de la lithotomie, est facilement remplacée par le bouton à curette.
- Daviek. — Le davier est une pince droite ou courbe, dont les dentistes font Usage pour arracher les dents incisives , canines et petites molaires. Cette pince est à jonction passée. L’extrémité supérieure forme le bec de la pince, et se compose de deux mâchoires. Dans le davier droit, ces deux mâchoires sont égales, légèrement courbées l’une vers l’autre, convexes en dehors, concaves, en dedans , longues de 8 à jo lignes, larges de 3 à 2 lignes, épaisses de 2 lignes à 1 ligne et demie, depuis leur base jusqu’à leur sommet, qui présente la même échancrure que le crochet de la clef de Garangeot ; les deux branches vont en s’élargissant depuis leur naissance jusqu’à leur extrémité libre, où elles présentent 6 à n lignes de large, une ligne à une ligne et demie d’épaisseur ; leur longueur est de 3 pouces et demi à 4 pouces ; elles sont courbées en dehors puis en dedans, de sorte que leur écartement varie. Ainsi, vers leur partie moyenne, il est d’environ 2 pouces , ce qui donne plus de jeu à l’instrument. Dans le davier courbe , qui est le plus employé, l’extrémité supérieure a la forme d’un bec de vautour. La mâchoire supérieure, qui termine la branche femelle, est plus longue d’une ligne et plus courbée que la mâchoire inférieure, terminaison de la branche mâle. Ces deux mâchoires ne sont pas en contact et ne se regardent pas par leur sommet : une ligne et demie d’intervalle sépare le sommet échancré de la mâchoire inférieure, de l’extrémité de la face concave de la mâchoire supérieure. Vues de profil, ces deux mâchoires interceptent un espace vide ou œil de forme olivaire. Près des
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- deux tiers du contour de cet espace sont de'crits par la face con. cave de la mâchoire supérieure. Quant aux branches, l’antérieure ou femelle est convexe en avant, concave en arrière et s’écarte de 4 à 5 lignes de l’axe de l’instrument, pour donner •plus de jeu à la mâchoire supérieure. Cet instrument doit être fait d’acier pur.
- Fig. 20. a, davier droit ; b, davier courbe.
- Dilatateur. — Cet instrument, perfectionné par Ducamp, se compose: i°. d’une petite verge d’argent, terminée par une tête arrondie, qu’on coiffe d’un appendice cœcal ou d’un morceau de boyau de chat, préparé par le boyaudier ; 2°. d’une canule d’argent de 8 à 9 pouces de long, portant à son extrémité antérieure une rainure profonde , de 3 lignes d’étendue, sur laquelle est fixée , avec de la soie cirée , l’extrémité ouverte de l’appendice cœcal, dont l’autre extrémité a été préalablement fixée au-dessous de la tête de la petite verge; celle-ci doit jouer dans la canule et dépasser un peu son extrémité postérieure, qui présente un pavillon muni d’un pas de vis. Quand la petite verge d’argent ainsi revêtue est introduite dans •le rétrécissement, on adapte au pas de vis du pavillon une petite seringue garnie d’un robinet, et l’on distend l’appendice cœcal avec de l’air ou de l’eau que pousse le piston de la seringue.
- Fig. 21. Dilatateur de Ducamp. a,a, verge d’argent; b, appendice cœcal de chat, préparé , fixé en c sur la petite verge, et en c' sur la canule; d, canule d’argent; d, son pavillon ; e, seringue pour l’injection du fluide;,/, robinet destiné à retenir le fluide dans le dilatateur.
- Élkvatoire. '— Instrument destiné à relever les os. Les chirurgiens ont einplové à cet usage divers instrumens plus ou moins ingénieux : l’élévatoire triploïde à levier, dont le point d’appui était une espèce de trépied ; l’élévatoire de J.-L. Petit, composé d’un levier porté sur un chevalet ou pièce courbée en arc, dont les extrémités, garnies de coussinets, étaient appliquées sur le crâne dans l’opération du trépan. Le dont on fasse usage aujourd’hui, et l’un des plus anciens,
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- une tige de fer poli, de 6 à 8 pouces de longueur, garnie au milieu, de pommes à facettes , qui l’empêchent de glisser dans les doigts de l’opérateur ; ayant deux extrémités courbées en sens contraire, l’une terminée carrément et décrivant un arceau de 2 à 3 lignes de hauteur, l’autre arrondie ; toutes-deux offrant, à leur face concave , des rainures transversales qui les fixent à l’os, lisses à leur face convexe , pour ne pas froisser la dure-mère et la partie d’os qui sert de point d’appui à ce levier du premier genre. On se sert souvent d’une, simple spatule comme élévatoire. (Y. Spatule. )
- Les dentistes se servent, Gomme élévatoire -, d’une tige droite d’acier de 3 lignes de diamètre sur 3 pouces de long, à extrémité un peu courbée, et en forme de langue de carpe ; cette tige est montée sur un manche, comme la clef de Ga-rengeot.
- Entérotomie pour la guérison des anus contre nature. — Cet instrument, inventé par M. Dupuytren, a été modifié plusieurs fois par son auteur ; il est composé maintenant de deux tiges d’acier longues de 7 pouces. L’une d’elles est creusée, dans l’étendue de 4 pouces, d’une gorge dont le fond et les bords sont ondulés , au lieu d’être droits ; dans le reste de sa longueur, elle présente un entablement d’environ 5 centimètres de long , qui porte à ses extrémités deux tiges d’acier cylindriques, longues de 4 centimètres , et à sa partie moyenne un trou pour une vis de rappel. L’autre branche a un seul bord ondulé, et disposé de manière à s’appliquer exactement et dans toute son étendue au fond de la gorge de la première ; son entablement, au lieu de tiges transversales, est percé de trous quadrangulaires pour recevoir les tiges de l’autre entablement, et pour admettre la vis de rappel qui doit réunir les mors de l’entérotome. Cet instrument et la méthode à laquelle il appartient, sont peut-être la plus heureuse conquête que la Chirurgie ait faite dans ces temps modernes.
- Extérotome. — Espèce de ciseaux imaginés par M. J. Clo-quet, pour inciser en long le canal intestinal. Les lames seule»
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- diffèrent de celles des ciseaux de M. Percy. L’instrument placé dans la position qu’on lui donne pour s’en servir , l’une des lames est supe'rieure, a 3 pouces 4 lignes de long, 5 lignes de large dans toute son étendue ; son extrémité antérieure est coupée en biseau dirigé en bas et en arrière ; l’autre lame est inférieure, aussi large , mais plus longue de 15 lignes; son extrémité antérieure est légèrement renflée sur le plat, arrondie, et présente sur la partie libre de son bord supérieur, un crochet aigu dirigé en arrière et en haut, et long de 2 à 3 lignes, et dont la pointe est à 3 lignes de l’extrémité de la branche supérieure. On n’introduit dans la cavité intestinale que la lame inférieure , dont les mouvemens en arrière sont empêchés par le crochet pointu dont elle est armée.
- Fig. 22. a,b, branches de l’entérotome ; c, gorge et bords ondulés de l’une des branches a ; d, <ï, son entablement ; e,e, ses tiges ; f, trou pour la vis de rappel ; g, bord unique et ondulé de l’autre branche; h, entablement; i,i', trous pour recevoir les tiges de l’autre branche ; /, trou pour la vis de rappel ; k, vis de rappel.
- Fig. 23. a, branche supérieure ; b, branche inférieure plus longue ; c, crochet aigu pour empêcher tout mouvement de l’entérotome en arrière.
- Érigne. — On appelle ainsi une petite tige terminée par un crochet, dont les chirurgiens et les anatomistes se servent pour soulever certaines parties que l’instrument doit ménager, ou pour tendre les tissus sous le tranchant du bistouri. Cette tige est ordinairement d’acier , de 5 à 6 pouces de longueur, d’une ligne et demie de diamètre à sa partie moyenne, et diminue graduellement jusqu’à ses extrémités , recourbées en crochets acérés. Le sinus du crochet ne doit être ni trop ouvert, parce que les parties accrochées glisseraient, ni trop fermé , pour qu’on puisse à volonté décrocher l’érigne. Les chirurgiens placent dans leur trousse une érigne qui présente à l’une de ses extrémités une curette Quelquefois l’érigne est à double crochet, c’est-à-dire que la tige est bifide et armée de deux jointes recourbées ; un anneau glisse sur la tige, et peut rap-
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- IJN'STRÜMENS DE CHIRURGIE. 247
- procher plus ou moins ses deux parties. Quelquefois une âge unique porte deux crochets séparés par une commissure plus ou moins e'troite. La pince de Museux ( Y. Pinces) est terminée par une double érigne. Enfin , quelquefois la tige est fixée sur un manche d’ébènè par une soie, ou mieux encore, elle est articulée sur une châsse , comme la lame du bistouri, ce qui offre l’avantage de ménager la doublure de la trousse.
- Quelquefois le crochet de l’érigne est mousse, et sert à soulever les parties sans les traverser.
- Fig. 24. a , érigne à curette, placée dans la trousse ; b , érigne à double crochet.
- Forceps. — Espèce de pince employée dans l’art des accou-chemens, pour saisir la tête du fœtus et l’amener au dehors ; il est composé de deux branches. On distingue à chaque branche la cuillère, le manche et le point de jonction.
- La cuillère est courbe sur son plat, pour s’accommoder à la forme de la tête du fœtus , fenêtrée à la partie moyenne de sa courbure, pour l’embrasser plus exactement, et le plus souvent courbée sur son champ, afin de suivre la sinuosité du «anal du bassin, de sorte que , placé sur un plan horizontal, le forceps a sa courbure toute au-dessus de ce plan. D’après Smellie , cette courbure, à partirtle la jonction des branches, descend d’abord au-dessous du plan horizontal sur lequel reposerait l’entablure , ce qui donne à la partie inférieure de l’instrument une dépression qui reçoit le bord antérieur du pennée, et permet de porter plus haut les cuillères. La cuillère a g pouces de long ; la fenêtre en a 5 ; elle est circonscrite par un bord d’un demi-pouce de large, et dont l’épaisseur, d’abord de 3 lignes, diminue insensiblement jusqu’à l’extrémité. Dans le forceps de Levret, le contour des fenêtres présente un filet saillant, dont M. Desormeaux n’a jamais vu résulter d’accident grave. La plus grande largeur des cuillères est de 18 lignes à 2 pouces; vers le point de jonc-bon , elles n’offrent plus que 8 à 6 lignes : au contraire, leur épaisseur est plus grande vers la jonction des branches, où
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- elles ont 5 lignes. Le plus grand e'cartement des cuillères est de 2 pouces 4 à 6 lignes , et a lieu à la partie moyenne de la courbure ; à leur extrémité' antérieure , il est au moins d’une ligne et demie. Si elles se touchaient, elles pourraient pincer ou le placenta ou la face interne de l’ute'rus.
- A l’union de la cuillère avec le manche , chaque branche présente une échancrure aux dépens de la moitié de son épaisseur , de sorte que les deux branches réunies n’ont pas plus d’épaisseur qu’une seule. Cette échancrure a la forme d’un parallélogramme , et est dirigée de dehors en dedans, et d’arrière en avant. L’une des branches, la branche mâle, offre au milieu de l’échancrure un pivot à tête aplatie , qui pénètre dans une ouverture de l’autre branche. Lorsque les branches du forceps sont ouvertes, la tranche de la tête du pivot n’est plus parallèle à l’ouverture qui lui a donné passage, et les branches ne se séparent qu’autant que l’instrument est fermé de nouveau. On a varié les moyens de maintenir les branches du forceps réunies ; le meilleur consiste à donner au col du pivot assez de longueur pour qu’on puisse interposer entre la tête et la branche femelle une plaque métallique perforée, dans laquelle le pivot s’engage, et qu’on fixe à l’aide de vis.
- Les manches du forceps ont 7 pouces de longueur ; ils sont un peu inclinés en dehors, et se terminent par un crochet mousse, courbé en dedans à son origine , et dont le sinus est dirigé en haut et en dehors. La partie de la tige ainsi recourbée a environ 2 pouces de long; l’angle du sinus est arrondi, et le sommet olivaire ou mousse du crochet est à la distance de 18 lignes du manche. Suivant Perret, le forceps ne doit pas être fortement trempé.
- Fig. 25. Forceps, a,a, les cuillères; b,b , fenêtres; c, entablement ; d, pivot ; e, ouverture de la branche femelle ; f, plaque qui maintient les branches réunies ; g, g, les manches ; h , crochet.
- Gokgeret. — On donne ordinairement le nom de gorgent a l’instrument qui sert, dans l’opération de la taille, à conduire les tenettes, et à celui qu’on met en usage dans les fistules
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- INSTRUMENS DE CHIRURGIE. du rectum, pour pre'server la paroi intestinale opposée à la fistule, soit du bistouri, soit du cautère actuel.
- Gorgeret pour les fistules du rectum. On peut pratiquer l’opération de la fistule stercorale par incision, sans employer de gorgeret. Toutefois , quelques chirurgiens se servent encore d’une espèce de cuillère conique ou gorgeret, composé d’un corps et d’un manche ; celui-ci a 3 pouces de long, et fait un angle obtus avec le corps , qui a 4 pouces, est concave sur l’une de ses faces, qui représente une gouttière profonde de 2 lignes et d’une épaisseur égale ; il est convexe sur l’autre face, et forme en se terminant un cul-de-sac large de 5 lignes, à bords un peu renversés en dedans, à sommet mousse et arrondi; près de sa jonction avec le manche, le corps du gor— geret a environ i pouce de largeur.
- M. Dupuytren fait usage, dans le traitement des fistules recto-vésicales, d’un gorgeret d’acier, dont la gouttière est évasée en avant, et a la forme de la curette du bouton-conducteur , mais présente plus de largeur ; le manche, aussi d’acier, fait avec la cuillère un angle obtus très voisin de l’angle droit, qui permet au cautère actuel de glisser facilement dans la gouttière du gorgeret, et à l’œil de l’opérateur de ne pas perdre de vue la fistule qu’il doit cautériser.
- Gorgeret pour la taille. Il sert ordinairement à conduire les tenettes. On le fait d’acier ; son corps est une gouttière de 4 à 5 pouces et demi de longueur, dont la largeur va en diminuant du manche vers l’extrémité libre ; elle a environ 8 lignes de diamètre sur 3 et demie de profondeur vers le manche. Sa partie la plus étroite , disposée en talus dans l’étendue d’un travers de doigt, présente en avant et sur la ligne médiane , une crête d’un pouce à 2 pouces et demi de longueur, fri dépasse de 4 lignes le canal du gorgeret, a environ 2 lignes de hauteur, est arrondie par le bout et plate sur les cotés. C’est sur cette languette que doivent glisser les mors de la tenette. Les bords de la gouttière doivent être très bondis, mousses, autrement l’introduction du gorgeret serait douloureuse et inutile. Il faut que ces bords se
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- continuent en ligne droite du manche vers le sommet da gorgeret : toute saillie dans la continuité des bords augmente les douleurs du malade. Le manche se réduit ordinairement à un anneau diversement incliné vers la face convexe du canal, et dans lequel s’engage le pouce de la main gauehe du chirurgien.
- La grandeur du gorgeret devant varier suivant l’étendue de la plaie, varie suivant l’âge du malade. Les couteliers en fabriquent de trois grandeurs.
- On fait quelquefois usage du gorgeret de Hawkins. Ce gorgeret est à la fois un lithotome , et sert à inciser le col de la vessie et la prostate. Convexe d’un côté, concave de l’autre, il a 5 pouces et demi de long, x pouce de large vers le manche, et n’a plus que 4 lignes vers la pointe, où il se termine par un bout olivaire aplati. Il est tranchant sur le tiers antérieur de son bord droit ; une fois arrivé dans la vessie, il sert aussi à conduire les tenettes.
- Fig. 26. a, gorgeret pour la lithotomie; b, son manche; c, sa goi’ge ; d, la languette qui dirige les tenettes; e, bords mousses et droits.
- Fig. 27. a, gorgeret de Hawkins ; b, son bord tranchant.
- Instrümens pour retirer les corps étrangers de Vœsophage.— Quand un corps étranger, de forme et de nature variable, est situé assez profondément dans ce conduit pour n’avoir pu être retiré avec les doigts, on se sert de différentes pinces ( V. Pinces) ou de divers instrumens innominés, que nous allons décrire.
- M. Dupuytren, qui veut avant tout reconnaître la présence du corps étranger , a imaginé de se servir d’une tige d’argent flexible, de 4^ à 5o centimètres, terminée d’un côté par une petite sphère, dont le diamètre peut varier de 2 à 6 mil" liinètres, et de l’autre par un anneau ou une plaque pour la diriger. Les auteurs de la nouvelle édition de la Médecine opératoire de Sabatier pensent qu’011 pourrait appeler cet instrument cathéter œsophagien ; il est bon d’en avoir plu* sieurs, différens de volume et de longueur. L’usage de cet
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- instrument est de reconnaître la présence du corps étranger, sa densité, sa situation précise , sa profondeur , ses rapports avec les parois de l’œsopliage, enfin, le siège et le degré des retre'cissemens organiques de ce conduit. On pourrait établir une échelle graduée sur cette tige, pour mieux indiquer la profondeur de l’obstacle. Quant à l’extraction du corps étranger, on peut faire usage : i°. d’une tige métallique courbée à son extrémité en forme d’hameçon, mais terminée par un bouton olivaire, afin de ne pas déchirer les parois de l’œsophage ;
- 2°. D’après J.-L. Petit, d’un fil d’argent plié en anse, dont les deux extrémités sont tournées l’une sur l’autre en spirale, de manière à laisser au sommet de l’anse un anneau, au plan duquel on fait faire avec la tige un angle aigu ouvert en haut. Cet instrument est à la fois un crochet et un anneau dans lequel le corps étranger peut s’engager. J.-L. Petit a encore proposé et employé une tige de baleine ou d’argent flexible, à l’extrémité de laquelle sont fixés un anneau entré à vis, et à cet anneau huit à dix petits chaînons pour accrocher et retirer un corps anguleux , ou hérissé d’aspérités. Un morceau d’éponge fine de la grosseur d’une noisette, fixé à l’extrémité d’une tige métallique, ou mieux encore à une sonde flexible de gomme élastique , a été plusieurs fois d’un emploi avantageux.
- Instrument pour l1œsophagotomie. Enfin, quelquefois on est réduit à faire l’œsophagotomie, et Yacca Berlinghieri a inventé un instrument assez ingénieux pour en rendre l’exécution plus facile ; c’est une canule de gomme élastique, fendue sur les côtés dans une certaine longueur. Dans cette canule pénètre une tige d’acier élastique, divisée, dans le sens de sa longueur, en deux parties terminées par deux demi-houtons olivaires, qui se regardent du côté plan. Ces deux boutons, d’abord maintenus par le cul-de-sac de la sonde, s eeartent au moment où ils rencontrent ses ouvertures laté— Çsfes, et sur leur saillie, qui soulève l’œsophage, on peut Wciser plus sûrement ce canal. ( Y. Sonde à dard. )
- Instrument pour la grenouillette. M. Dupuytren, qui opère
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- la grenouillette par excision, a imaginé, pour s’opposer à la réunion des bords de la plaie, divers instrumens : i°. uae petite tige d’argent , d’or ou de platine, creuse, de 7 à 8 millimètres , terminée par deux petites plaques de 2 à 3 lignes de diamètre, ovoïdes, à bords mousses, un peu concaves sur leur face adhérente, convexes sur leur face libre. Les bords de la plaie répondaient à la tige intermédiaire aux plaques, situées , l’une au dedans de la cavité de la grenouillette, l’autre en dehors, dans la bouche. La cavité de la tige devait donner passage au fluide d’une manière continue ; mais ce canal étroit s’oblitérait rapidement, et le fluide de la grenouillette suintant librement autour de la tige, M. Dupuytren supprima la canule , et la petite tige fut pleine. Depuis , pour renée l’introduction de l’instrument dans la plaie plus facile, il a substitué aux plaques deux petites sphères d’argent, de 2 lignes et demie de diamètre, qui se touchent par un point et sont soudées ensemble ou faites d’un même morceau. L’une d’elles présente latéralement un trou d’environ 2 lignes, dans lequel pénètre l’extrémité effilée d’un petit mandrin d’acier, long d’environ 2 pouces, dont l’autre extrémité est élargie et aplatie pour servir de manche. Une double courbure à angles arrondis existe sur la continuité de ce mandrin, plus près de son extrémité effilée ; cette courbure doit répondre à la saillie de l’arcade dentaire inférieure , et diminue la gène qu’elle pourrait causer.
- Laxcette. — Instrument employé pour pratiquer la saignée, l’ouverture de quelques abcès ou de certaines petites tumeurs enkystées, etc., etc. Il se compose d’une châsse et dune lame. La lame a des dimensions variables ; mais sa grandeur la plus ordinaire est d’un pouce 3 à 6 lignes, et vers le talon elle a 3 à 4 lignes de largeur; son extrémité libre est pointue, et résulte de la réunion des deux faces et de deux bords tranchans dont l’angle varie. Si cet angle est très ouvert, et que la pointe soit un peu large, la lancette est dite à g7®® d’orge. L’angle est-il très aigu et la pointe prolongée, h lancette est en pyramide. Une lancette dont la pointe tien
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- miBeu pour l’acuité entre la lancette à grain d’orge et la lancette en pvramide , est appelée à grain d’avoine ; c’est la plus usitée. Dans la lancette à langue de serpent, la pointe est aiguë et prolongée, et les côtés sont e'chancrés. Enfin, la lancette à abcès , constamment remplacée avec avantage par le bistouri, n’est autre qu’une lancette à grain d’orge , dont les dimensions sont accrues , et dont l’un des bords est souvent échancré. Le talon occupe presque la moitié de la lame ; c’est sa partie la plus épaisse , quoiqu’il n’ait pas un tiers de ligne dans la lancette ordinaire. A partir du talon , la lame s’amincit graduellement ; ses faces sont tout-à-fait planes , ou, ce qui lui donne plus de force , elles présentent vers la pointe une arête très peu prononcée, et deux plans inclinés vers les bords d’une manière presque insensible. La lame doit être faite d’acier fondu et bien trempé ; elle est d’un beau poli. On juge que sa pointe est bien acérée , en l’essayant sur le can-nepin tendu, espèce de peau fine, qu’elle doit traverser sans la fléchir, et par son propre poids. La châsse est composée de deux lames de corne , d’écaille ou de nacre, qu’un clou unit entre elles et au talon de la lame. Libres par l’autre extrémité, qui dépasse la pointe de 8 à i o lignes , elles sont mobiles dans toits les sens autour du clou qui les traverse, ce qui permet de nettoyer l’instrument. Leur largeur doit être telle, qu’elles dépassent d’au moins une demi-ligne les côtés de la lame. Six lancettes variées remplissent ordinairement les compartimens d’un étui qui porte le nom de lan— cetier.
- Fig. 28. a , lancette à gTain d’avoine ; b, sa pointe ; c,c, ses bords tranclians ; d, sa châsse.
- Fig. 29 et 3o. Lancettes à grain d’orge et en pyramide.
- Levier. — Cet instrument, remplacé presque constamment aujourd’hui par une branche de forceps , a , comme elle , la forme d’une cuillère non courbée sur le bord, fenêtre'e, courbée sur l’une de ses faces, et montée sur un manche de bois plus ou moins incliné du côté de la convexité de la courbure.
- LiTïiovnupTEUB. — Le docteur Civiale a donné ce nom à
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- l’appareil qu’il a imaginé pour le broiement de la pierre dan< la vessie. Cet appareil consiste essentiellement en ;
- i°. Une canule extérieure métallique, qu’on peut faire en argent, en or , en platine , et même en-acier ou en cuivre mais que l’inventeur fait faire d’argent. Cette canule a 11 pouces de longueur et un diamètre variable , suivant la capacité' du .canal de l’urètre, entre 2 lignes et 4 lignes. Une extrémité de cette canule est soudée avec un petit cercle d’or, qui offre plus de résistance ; l’autre extrémité est renflée , présente de! languettes latérales , qui font saillie au dehors , et s’enclavent dans un touret : on y remarque aussi une espèce de rondelle servant de poignée, et une vis de pression ; cette extrémité s’engage , à l’aide d’un pas de vis, dans une boîte à cuir destinée à empêcher le liquide de couler pendant l’opération.
- 2a. Une canule intérieure , ou litholabe, terminée en avant par deux, trois ou quatre branches, qui s’écartent pour reconnaître, saisir Ou extraire la pierre, si on les pousse hors de la canule extérieure, et la main tiennent une fois saisie, si on les y fait rentrer. Les branches sont aplaties, élastiques , offrent deux courbures légères en sens opposé, l’une très allongée, pour s’écarter de l’axe de la canule, l’autre très petite à l’extrémité, pour former des mors inclinés l’un vers l’autre. Quelquefois les mors présentent une courbure sur le côté. Ces branches sont d’inégale longueur dans la pince à .trois branches, la plus usitée, de manière à chevaucher un peu l’une sur l’autre quand on ferme la pince. De ces branches, la plus longue est terminée par un mors plus long de 2 ou 3 lignes, convexe et très poli à sa convexité , qui forme 1 extrémité mousse de l’instrument entier, lorsqu’il est ferme pour l’introduire dans l’urètre. L’autre extrémité de cette canule intérieure, qui est plus longue que l’extérieure et faite d’acier, est aussi terminée par un pas de vis, une rondelle en poignée, et une boîte à cuir pour l’usage déjà indiqué. L cartement des branches est connu par une échelle graduée sut cette extrémité.
- 3°. Dans le litholabe, le lithotriteur ou forêt, tige d’acier
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- plus longue de 6 lignes, et dont l’extrémité antérieure ou tête, tantôt aplatie, tantôt circulaire ou quadrangulaire, est armée de dents, dans l’intervalle desquelles les inors des branches peuvent se placer quand la pince est fermée. Le lithotriteur est aussi garni à l’autre extrémité d’une échelle graduée, qui sert à apprécier l’épàisseUr du calcul dans le point où il est saisi. Cette extrémité se termine en pointe et est reçue dans la broche d’une boîte à pompe, formée d’un ressort en spirale , et située à l’extrémité supérieure de la poupée d’un tour, comme celui des horlogers.
- 4°. Une poulie brisée est fixée sur l’extrémité du lithotriteur, lui imprime le mouvement circulaire à l’aide d’un archet et d’une corde à boyau, et borne son introduction dans la canule.
- • 5°. Le tour, dont l’un dès bouts est garni d’une espèce de lunette à rainure pour recevoir la canule extérieure, et l’autre est terminé par une tige carrée qui glisse dans la poupée, y est fixée au moyen d’une vis de pression placée sur l’un dés côtes de cette poupée, et sert à saisir et à maintenir l’instrument pendant l’opération.
- On peut remplacer avantageusement le tour par une manivelle , qui permet à la main du chirurgien d’apprécier plus délicatement la résistance qu’offre le calcul aux dents du lithotriteur.
- Fig. 3i. <z,<z, canule extérieure ; b , rondelle qui lui sert de poignée ; c, sa boîte à cuir ; d, la vis de pression qui fixe le litholabe dans la canule extérieure; e,e,e, le litholabe ; /, ses branches ; g, sa rondelle ; h , sa boîte à cuir ; i,i,i , le forêt ou lithotriteur; k, sa tête; l, son extrémité dans la boité à pompe ; m, poulie brisée fixée sur le lithotriteur ; 711 gorge de la poulie , qui reçoit la corde de l’archet; o, extrémité du tour, recevant la canule extérieure ; p , tige qui glissé dans la poupée et y est fixée par la vis de pression q ; r > boîte à pompe contenant le ressort en spirale ; s , vis de pression pour gouverner l’action du ressort.
- Lithotôme. —. Nous avons parlé du couteau lithotome de
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- Cheselden et du gorgeret tranchant de Hawkins ; il ne nous reste plus maintenant qu’à faire connaître le lithotome de frère Côme et celui dont M. Dupuytren fait usage. Hs ont cela de semblable , que leurs lames sont cache'es, et ne doivent inciser que de dedans en dehors.
- Lithotome de frere Côme. Il est fondé sur les mêmes principes que le bistouri herniaire de Bienaise, dont on ne fait plus usage. Il est composé d’une tige, d’une lame et d’un manche. La tige, longue de 4 pouces et demi, n’est autre, dans sa partie supérieure , qu’une gaîne large d’une ligne, ouverte des deux côtés et dans toute sa longueur, pour renfermer la lame , et lui permettre de s’écarter plus ou moins. Cette gaîne est légèrement courbée sur son bord oppose'; elle se termine par une languette de 3 lignes, placée de champ, aplatie sur les côtés, destinée à glisser dans la cannelure du cathéter, et par conséquent moins large que la cannelure de cet instrument, arrondie et mousse à son extrémité antérieure, pour ne pas blesser la vessie au moment où elle quitte le cathéter. A l’autre extrémité de la gaîne, la tige présente , du côté de la lame, deux mentonnets saillans, arrondis , percés d’un trou à leur centre ; celui du côté gauche est taraudé pour recevoir une vis, sur laquelle la lame doit se mouvoir. Au-delà, la tige augmente graduellement de volume; elle a un pouce et demi de circonférence à sa base , et elle se termine par une soie arrondie de 2 pouces et demi de longueur, qui doit traverser le manche dans sa longueur, et être rivée à l’aide d’un écrou. Cette soie permet au manche de tourner sur son axe. Au-dessous des mentonnets entre lesquels joue la lame, est placé un ressort ajusté en queue d’aronde dans la gaîne , et destiné à faire rentrer la lame du lithotome dans»sa gaîne, en éloignant sa queue du manche,aussitôt que la main de l’opérateur cesse de presser sur cette queue, et par son intermédiaire sur le ressort. Sur le côté de la tige doit exister une gaîne d’environ 2 pouces de longueur, sur une profondeur de 4 lignes vers la lame, et de 2 lignes vers le manche, pour recevoir une bascule munie d’un ressort
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- élastique de 4 à 5 lignes de longueur, qui lui sert de point d’appui. Cette bascule est fixée dans la gaine par une goupille ; son extrémité supérieure présente une lentille , sur laquelle on met le pouce pour comprimer le ressort intérieur et dégager l’autre extrémité de l’une des coclies de la virole du manche, où elle entre en fixant le manche sur la tige, qu’elle dépasse d’une ligne et demie, profondeur de chaque coclie. C’est par ce mécanisme que le manche peut tourner sur son axe. Ce manche a 2 pouces et demi de longueur ; il est ordinairement d’ébène, quelquefois d’ivoire, est taillé à six pans inégaux , et marqués, dans l’ordre de leur saillie plus ou moins grande, des numéros 5, 7, 9, 11 , 13 et 15. Il est garni, du côté de la tige, d’une virole d’acier, percée au milieu pour laisser passer la soie de la tige , et entaillée sur les côtés, pour recevoir l’extrémité de la bascule , d’autant de coches qu’il y a de pans.
- La lame, légèrement courbe sur le dos, comme sa gaine, est convexe sur le tranchant, qui commence près de sa base ; de cette base naît un prolongement, percé à son origine d’un trou pour la vis, qui le joint aux mentonnets de la tige; ce prolongement forme une queue convexe en avant, concave en arrière, qui va en s’élargissant jusqu’à son extrémité libre, où elle a 4 à 5 lignes de large , et qui est arrondie. Suivant qu’on présente un pan du manche plus ou moins saillant, la queue peut être plus ou moins rapprochée de l’axe de la tige, et la lame s’écarte de sa gaine dans le même rapport.
- Lithotome pour la taille bilatérale. M. le professeur Dupuy-tren a imaginé et fait construire, pour inciser le col de la vessie et la prostate sur les deux côtés à la fois , un lithotome double, essentiellement composé de deux lames, d’un manche et d’un corps. Le corps de l’instrument offre deux parties : i°. la gaine , formée de deux tiges d’acier poli aplaties , larges de 3 lignes à leur base , de 2 au sommet, courbes sur leur plat, réunies par leur extrémité antérieure pour donner naissance à la languette mousse, aplatie de droite à gauche, •lue doit recevoir la cannelure du cathéter. Elles sont sé-Tojte XI. 17
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- parées, dans toute leur longueur, par un espace vide d’uiie ligne et demie de hauteur, qui loge, l’une au-dessus de l’autre, les deux lames du lithotome, quand il est fermé; enfin, Tins, trument étant vu de face, ces deux tiges s’inclinent, l’une en arrière , l’autre en avant, en s’écartant d’environ 5 lignes, pour former une charnière transversale d’un demi-pouce de longueur sur 3 lignes de hauteur et a lignes de largeur, percée de trois trous disposés transversalement sur la même ligne; les deux extrêmes donnent passage à des vis d’acier qui unissent la gaine au reste du corps du litbotome. Le trou moyen reçoit un pivot à boule qui sert d’axe à la lame et lui fait décrire un demi-quart de cercle. Chaque pièce de la charnière présente, vers le centre de l’instrument, une mortaise qui doit contenir une lame. La supérieure répondàlalame gauche, l’inférieure à la droite.
- 2°. Le reste du corps de l’instrument est une lame aplatie, mousse sur ses bords, qui représente un hexagone allonge, dont l’angle antérieur se confond avec un support transversal de la même longueur que les pièces de la charnière, qui le saisissent. Ce support est percé de trous traversés par les vis qui l’unissent à la gaine , et au milieu, pour recevoir en dessus le pivot à boule de la lame supérieure ou gauche, en dessous celui de la lame inférieure ou droite. L’angle postérieur de l’hexagone finit en tige arrondie, de 3 lignes de diamètre, et creusée extérieurement d’un pas de vis à double filet, sur lequel marche le manche, d’arrière en avant. A la face antérieure de l’instrument, le pas de vis manque dans un quart de sa circonférence, et il existe un méplat sur lequel sont marqués les numéros 9, 12, i5, 18, 21 , indiquant en lignes la somme des espaces qui séparent du manche la queue des lames. Celui-ci est en ébène ; c’est un cône tronqué, dont le sommet est tourné en avant, et la base présente à son centre un prolongement cylindrique d’un demi- pouce , qui sert de poignée.
- Sur le côté gauche du corps hexagonal de l'instrument, est pratiquée une échancrure ou mortaise profonde , dans la-
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- INSTRUMENTS DE CHIRURGIE. ?,59
- quelle s’engage et se meut, de droite à gauche, le support en équerre de la branche droite ou infe'rieure. Une ligne au-dessous de cette mortaise, s’élève à angle droit, sur la face supérieure du corps du lithotome, et dans un plan perpendiculaire à sa longueur, un montant à vis d’acier, saillant de 2 centimètres, percé d’arrière en avant de deux trous placés sur sa hauteur, à la distance de 4 à 5 lignes, et qui doivent être traversés par des vis dont la pointe se fixe à l’extrémité verticale de supports en équerre des lames auxquelles elles servent de seconds pivots. Ces lames sont courbes, comme la gaîne qui les renferme , mousses en avant, tranchantes en dehors sur toute leur longueur ; leur face inférieure est plane ; la supérieure, taillée en biseau du dos vers le tranchant : elles ne doivent pas être trop longues (car, à volume égal, la longueur leur ôte de la force ), ni trop minces, parce qu’alors elles sont repoussées par le tissu dense et ferme de la prostate, et l’incision n’a pas l’étendue que le chirurgien a voulu lui donner. Or, cette étendue, avec le lithotome double, peut être de lignes, tandis que la plus grande , avec le lithotome de frère Côme, n’est que de i5 lignes. Après avoir traversé la mortaise de la charnière, le talon de chaque lame se divise en deux parties : l’une , la continuation de la lame , qui est la partie horizontale de son support en équerre ; l’autre, dirigée latéralement, est la queue de la lame, courbe et convexe en dehors à sa naissance, presque droite vers le manche, aplatie de dehors en dedans, et servant de bascule , à l’aide-d’un ressort élastique d’acier, fixé à la face interne de son extrémité libre , et appuyé à l’autre bout sur les côtés du corps du lithotome. Au moyen de cette bascule, du pivot à boule et des vis qui traversent le montant d’acier et les supports des lames, non-seulement elles s’éloignent latéralement de leur gaine , mais elles décrivent, de haut en bas , un demi-quart de cercle, par lequel M. le professeur Dupuytren fait l’incision semi-lunaire , et s’éloigne ainsi des vaisseaux situés sur les eote's du périnée.
- Kg. 3a. Lithotome de frère Côme. a,a, tige; a,b, gaîne
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- 260 INST RUMENS DE CHIRURGIE,
- pour recevoir la lame du lithotome ; c, mentonnets entre lesquels se meut la lame ; d, lentille de la bascule intérieure-e , son extrémité engagée dans une coche f de la virole du manche;^, manche à pans marqués 5, 7, g, 11 , i3, i5; h, ressort élastique pour écarter la queue de la lame ; i.i )a lame sortie de la gaine; j, son tranchant; c,k, la queue de la lame , quand l’instrument est fermé ; c,l, même queue, lelithotome ouvert.
- Fig. 33. Eascule intérieure; r, ressort ; 4 , lentille ; g, extrémité qui pénètre dans la coche de la virole ; m, trou pour recevoir la goupille.
- Fig. 34. Lithotome pour la taille bilatérale. L’instrument fermé, a,a, la gaine renfermant les lames; b , la languette; c, la charnière ; d,d, vis qui unissent la charnière au support transversal du corps de l’instrument ; e, trou pour le pivot à boule de la lame gauche; f, partie horizontale du supporte» équerre de cette lame -, g,g -, queues à bascule ; h,k, ressorts élastiques ; i, mortaise pour le support vertical de la lame droite ; j , montant d’acier ; k, k', vis qui servent d’axe ou de pivot aux supports en équerres des lames ; Z, le manche.
- Fig. 35. L’instrument ouvert. a,a , les lames; b,b', leur tranchant ; c, échelle graduée sur le pas de vis du manche.
- Fig. 36. a, a, courbure de la gaine et des lames; b et c, parties verticales des supports en équerre; d,d', vis sur lesquelles ils se meuvent ; e, partie horizontale du support eu équerre de la lame droite.
- Obtcratecb. — On donne ce nom à tout instrument qui. placé à demeure, bouche une perte de substance des parois de quelque cavité , mais plus particulièrement quand il s aft des parois de la bouche, des fosses nasales ou autres sinus de la face.
- Les chirurgiens-dentistes ont imaginé un grand nombre d’obturateurs , surtout pour les perforations de la voûte pah" line. Le mécanisme convenable pour fixer l’obturateur a beaucoup varié. L’instrument de ce genre le plus usité aujourdhWj se compose : i°. d’une plaque d’or ou de platine , dont h
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- largeur et la forme dépendent de la perte de substance ; quelquefois munie d’un râtelier en avant ou un peu sur le côte', si les dents et la portion d’os, qui les soutient, manque ; 2°. d’une tige à canon, longue de 4 à 6 lignes, soude'e sur la face nasale delà plaque, perce'e dans son milieu, fendue sur les côtés ; 3°. de deux petites plaques ou ailes minces, ovalaires, articulées par charnière à la base de la tige, sur la plaque , et destinées à s’appuyer sur les bords osseux de la perforation ;
- d’une vis de rappel à pivot carre' du côte' du palais, saillant de plusieurs lignes dans les fosses nasales ; les mouvemens inverses de la vis de gauche à droite, et de droite à gauche, élèvent ou abaissent un écrou , à ergots latéraux , qui permet aux ailes de se rapprocher en devenant verticales, ou les force à devenir horizontales, pour presser plus ou moins sur les côtés de 1a perforation ; 5°. d’une clef de montre pour faire mouvoir la vis. M. Dubois, jeune dentiste distingué, vient de substituer à ce mécanisme l’emploi de petites tiges latérales, légèrement courbées, assez fines pour passer sans peine entre les dents molaires, et qu’il fixe en dehors de l’arcade dentaire , à l’aide de petits écrous. On conçoit que cet obturateur a le grand avantage de pouvoir suppléer à une perte de substance plus étendue , puisque le point d’appui ne suppose pas l’existence d’une portion de la voûte palatine.
- Pantoufle pour la rupture du tendon d’Achille. — On nomme ainsi un bandage que Petit a imaginé, et qui se compose d’une genouillère et d’une pantoufle. La genouillère est formée de deux branches faites d’un cuir fort, qui embrassent d’arrière en avant la partie inférieure de la cuisse et la partie supérieure de la jambe , et se fixent au moyen de boucles et de courroies. La branche supérieure porte en arriéré une plaque de cuivre, sur laquelle s’élèvent deux montans, qui servent de point d’appui à un treuil, mû à l’aide d’une clef de rapport, espèce de tige quadrangulaire engagée dans un canal de même forme creusé dans l’axe du treuil. La pantoufle est garnie d’une courroie fixée d’un côté au talon, et de l’autre au treuil, sur lequel elle s’enroule, et maintenue
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- dans sa direction par un passant de cuir transversal cousu sur la branche inférieure de la genouillère. M. Dupuytren amo-difié avantageusement cet appareil, en ajoutant au talon de la pantoufle une seconde lanière de cuir, qui se fixe par une boucle à la partie postérieure d’une ceinture aussi de cuir, et une jambe de bois munie en arrière d’une gouttière en cuir bouilli très fort, matelassée et dirigée à angle droit ; d’où il résulte moins de mouvemens des muscles de la jambe, et cependant la faculté de marcher.
- Pélican. — Instrument de dentiste peu employé, et auquel supplée facilement la clef de Garangeot.
- Pelvimètre. — C’est l’instrument destiné à mesurer le bassin ; le seul vraiment utile est celui de Baudelocque ; on lui donne encore le nom de compas d’épaisseur. En effet, il n’est que le compas de proportion employé dans certains métiers ; il est formé de deux branches d’acier, droites dans une partie de leur étendue, à l'extrémité de laquelle elles sont réunies par une charnière, qui est le milieu de l’instrument. Cette portion droite des branches se continue avec leur courbure, qui est demi-circulaire, et terminée par un bouton lenticulaire. A l’union de la portion courbée à la portion droite des branches, une petite règle, logée dans l’épaisseur d’une branche quand l’instrument est fermé, peut devenir transversale quand il est ouvert, et indique, par une échelle graduée, le degré d’écartement des boutons lenticulaires, qu’on applique aux extrémités des diamètres du bassin, et surtout au diamètre antéro-postérieur du détroit supérieur. En défalquant l’épaisseur présumée des parois de l’excavation pel-vienne, on connaît plus ou moins exactement les dimensions du détroit supérieur.
- Perce-Crane. — Divers instrumens ont été invente's p001 percer le crâne du fœtus qui ne peut être extrait, et rendre son extraction plus facile. Les accoucheurs les plus liabilesne font plus usage de ce perce-crâne, et se servent du bistourt droit et aigu.
- Pessaire. — Instrument de gomme élastique, qu’on m110'
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- duit dans le vagin pour soutenir la matrice, ou pour main* tenir les hernies vaginales. L’or, l’argent, le plomb, l’ivoire , le liège, le bois, le feutre et la gomme élastique ont été employés successivement à la confection des pessaires. Aujourd’hui, quelques pessaires sont encore faits d’ivoire; la plupart sont de laine ou de feutre recouvert d’une couche épaisse d’huile siccative, ou de gomme élastique. Suivant leur forme, on les appelle pessaire en gimbletle , en bilboquet, en bondon, éljrthroïdes, etc., etc.
- Le pessaire en gimblette a tantôt la forme d’un anneau à contours-épais de xo à 12 lignes, arrondis, légèrement déprimés vers la cavité de l’anneau, tantôt celle d’une gimblette oblongue elliptique : tous deux sont placés dans le vagin; leur ouverture reçoit le col de la matrice, qu’on a d’abord réduite ; le pessaire oblong est placé de manière à avoir son grand diamètre transversal. Leur utilité consiste à écarter les parois du vagin, et empêcher la pression douloureuse que cause la matrice, ainsi que la constipation et la rétention d’urine , qui accompagnent les chutes de cet organe.
- Le pessaire en bilboquet ou à tige , est formé d’une cuvette soutenue par trois branches réunies en une après un court trajet. La condition d’une bonne confection est que la cuvette soit percée de trous assez petits pour ne pas livrer passage au col de l’utérus, et que la tige soit creuse pour la sortie des règles. On dispose quelquefois dans la tige un ressort à boudin, dont l’élasticité rend la pression de la matrice moins douloureuse.
- Les Anglais font usage de pessaires ronds, espèces de sphères percées d’un canal central, dont l’orifice supérieur est déprimé.
- Les pessaires en bondon sont des cônes tronqués , dont la base est excavée pour recevoir le col de la matrice , le centre percé d’un canal pour les règles.
- M. Jules Cloquet a imaginé de faire préparer des pessaires sur des empreintes qu’il avait prises de la cavité du vagin; i
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- les appelle élj'lhroides. Comme le vagin, ils sont cylindroïdes concaves en avant, convexes en arrière ; leur diamètre transversal surpasse l’antéro-postérieur ; une cuvette les termine supérieurement, et inférieurement l’orifice du canal central à angles arrondis ; leur longueur est de 2 à 4 pouces, et ils sont faits de gomme élastique.
- Phakvxgotome. — Espèce de lancette cachée, inventée par J.-L. Petit, pour ouvrir les abcès des amygdales et des parois du pharynx, et qu’on remplace aujourd’hui avantageusement par le bistouri.
- Pied-de-Biche. — Levier du premier genre, employé par les dentistes pour extraire les chicots. C’est une tige d’acier taillée à pans , courbée légèrement à son extrémité, qui présente une petite échancrure en croissant pour embrasser la racine de la dent, et munie en arrière d’un petit crochet dont la pointe regarde vers le manche. Ce manche est de forme variable, mais en général taillé à pans.
- Pixces. — On donne ce nom à un grand nombre d’instru-mens de Chirurgie , différens par leur usage particulier, souvent par leur forme , mais qui ont le but commun de saisir, à l’aide de deux mors plus ou moins allongés. Les chirurgiens se servent de pinces pour la dissection , quelques opérations par arrachement, l’extraction des corps étrangers, les pan-semens, etc., etc.
- Pince à dissection. Elle est faite de deux lames d’argent, ou le plus souvent d’acier, soudées par l’extrémité de l’une de leurs faces, de sorte qu’elles seraient parallèles dans toute leur étendue, si on ne leur donnait une courbure sur le plat, qui les éloigne l’une de l’autre , et une seconde courbure qui tend à les rapprocher vers l’autre extrémité. Cette extrémité , au lieu d’être plane comme l’autre , est évidée sur les bords, en même temps qu’elle augmente d’épaisseur; elle est mousse à sa pointe, arrondie et polie comme le reste des lames en dehors, mais en dedans elle est rendue rugueuse par de petites entailles transversales disposées régulièrement, de manière que les intervalles de l’une des branches reçoivent
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- exactement les saillies qu’offre l’autre. Quelquefois de semblables rugosités rendent âpre la partie bombée de leur face externe ; elles sont destinées à empêcher que la pince ne glisse entre les doigts qui rapprochent ses mors. La courbure des lames et l’élasticité de l’acier en fait de véritables ressorts , et elles s’écartent d’elles-mèmes aussitôt que les doigts cessent de les rapprocher. Quelquefois les deux lames ,'au lieu d’être soudées ensemble , sont séparées par uiie rondelle métallique de cuivre , à laquelle elles sont soudées ; alors on donne moins de courbure à leurs faces. Quelquefois, comme nous le verrons pour les pinces à érigne de M. Maunoir , les lames ont jusqu’à un pouce de leur extrémité libre la même largeur qu’à leur extrémité soudée , et se terminent brusquement par un bec allongé et très fin. Ces pinces sont préférables pour saisir des corps étrangers très petits, ou des artères très petites dont on veut faire la ligature ; car les pinces à disséquer sont aussi les pinces à ligature, et les chirurgiens doivent en avoir de volumineuses, de moyennes et de petites , suivant la grosseur des vaisseaux à saisir.
- Quelquefois, à un pouce de leur soudure, les faces sont percées de part en part d’une rainure d’environ r5 lignes, dans laquelle peut glisser un coulant d’acier qui, lorsqu’il est abaissé , empêche les mors de s’écarter. La trousse doit contenir au moins une paire de pinces.
- Pour l’ouverture des cadavres, on fabrique de grandes pinces à dissection de 10 à 19. pouces, et dont toutes les dimensions sont accrues proportionnellement.
- Pince pour l’excision des amygdales. Museux , chirurgien de Reims, a imaginé, pour saisir les amygdales avant leur excision, des pinces dont les branches légèrement courbes, et munies d’anneaux comme les ciseaux , se terminent par une double érigne dont les crochets s’entrecroisent quand elles sont fermées. Ces pinces ont 6 pouces de longueur, et sont faites d’acier. Les chirurgiens ont étendu leur usage à presque tous les cas où il faut saisir fortement une tumeur plus ou moins résistante, et la maintenir immobile ou l’arracher.
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- Pinces à cataracte. Tantôt ce sont simplement de très petites pinces à dissection, tantôt elles en diffèrent, d’après les modifications que leur a fait subir M. Maunoir, par leur extrémité libre formée d’un bec allongé, mince, et termine' soit en double érigne très déliée , soit par deux petites lentilles fenêtrées, et sont dites alors à double érigne ou à lentilles Elles servent à saisir la capsule cristalline ou les débris de la cataracte, ou enfin l’iris dans l’opération de la pupille artificielle.
- Pince à pansement, ou pince à anneaux. Elle est formée de deux branches à jonction passée, planes du côté par où elles se regardent, arrondies et bien polies dans le reste de leur étendue, longues de 2 pouces derrière l’entablure, et terminées par deux anneaux situés en dehors ; leur extrémité antérieure, longue de 18 à 20 lignes, est un peu évidée; sa pointe est mousse , garnie en dedans de dentelures transversales ; de l’entablure vers l’extrémité de la pince, les branches sont très légèrement courbes l’une vers l’autre , de manière à ne se toucher qu’à leurs mors, ce qui leur donne plus de force ; leur longueur varie entre 5 pouces et 5 pouces et demi.
- Ces pinces sont ordinairement faites d’acier, quelquefois en argent, ou même en or ; niais celles d’acier sont préférables quand on s’en sert pour extraire quelque corps étranger résistant. Elles font partie de la trousse, et servent à enlever delà surface d’une plaie jusqu’aux moindres parcelles de charpie, ou autres pièces d’appareil qui ont servi à un pansement antérieur.
- Pinces à polypes. Comme les précédentes, les branches de ces pinces sont unies à jonction passée , mais elles sont pto longues , car elles ont de 6 à 10 ou 12 pouces. Terminées du côté de l’opérateur par deux anneaux, elles présentent en avant des extrémités droites ou courbes sur les bords ; leurs mors sont toujours renflés , arrondis par leur bord an teneur, souvent lenticulaires , convexes en dehors , concaves en dedans ; tantôt seulement fenêtrés, tantôt armés de dentset ^
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- crochets, quelquefois saillans de plus d’une ligne, aigus, un peu recourbés vers l’entablure , qui peuvent s’engager dans l’épaisseur du polype, et qui, lorsque l’instrument est fermé, s’entrecroisent avec ceux du côté opposé.
- Les pinces courbes sont employées dans le cas où les polypes sont implantés vers l’ouverture postérieure des fausses nasales, et surtout lorsqu’on cherche à les enlever par la bouche.
- Ces pinces sont toujours faites d’acier.
- Pince dite de Hunter, pour Vextraction des calculs de l’urètre. Deux pièces la composent : i°. une tige d’acier de g pouces de long sur une ligne de diamètre, fendue à une extrémité dans l’étendue de 2 pouces, et formant ainsi deux branches élastiques en petites cuillères , arrondies en dehors, concaves et garnies d’aspérités en dedans ; un anneau qui sert de poignée existe à l’autre extrémité de la tige ; 20. une sonde d’argent, droite, de 2 lignes de diamètre et de 6 pouces de long, ouverte par ses deux extrémités pour recevoir la tige d’acier, et munie de deux anneaux qui servent à la fixer.
- Les 3 pouces dont la tige d’acier dépasse la sonde , donnent l’étendue des mouvemens que les mors de la pince peuvent faire pour chercher le calcul et le saisir.
- Weist, coutelier anglais, a inventé une pince pour saisir les petits calculs jusque dans la vessie ; c’est une tige d’acier poli, en forme de sonde courbe, terminée du côté de l’opérateur par un manche à facette en ivoire ou en ébène, d’environ 3 pouces de long. Cette tige est divisée profondément en deux parties , qu’on peut écarter l’une de l’autre à l’aide d’un mandrin intérieur terminé en T, caché dans une excavation que présente la face interne des branches, et qui, poussé en avant à l’aide d’une lentille placée sur le manche près de son union avec la tige , sort de sa gaine, et repousse à droite et à gauche les deux parties de la tige, qui par leur élasticité reviennent sur elles-mêmes , et font rentrer le mandrin aussitôt que le pouce du chirurgien cesse de presser sur la lentille.
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- Fig. 37. Pince de Museux. a,a, les branches ; c,c , double e'rigne qui les termine.
- Fig. 38. Pinces à double e'rigne, de M. Maunoir.
- Fig. 3g. Pinces à lentille.
- Porte-Aiguille. — Instrument destiné à conduire une aiguille dans des cavite's profondes où les doigts du chirurgien ne pourraient seuls la diriger. Là stapliyloraphie seule exige l’emploi de cet instrument. Ce sont deux tiges d’acier aplaties , légèrement convexes en dehors, concaves en dedans séparées depuis leur naissance sur le manche, jusqu’à 2 à 3 lignes de leur extrémité , par un espace vide ; en avant elles sont mousses et arrondies , planes du côté par lequel elles se touchent, et sur le milieu de cette face plane elles présentent ou une rainure longitudinale qui, réunie à la semblable, forme un petit canal pour embrasser la tête d’une aiguille ronde, ou quelques inégalités obliques ou transversales pour ne pas laisser glisser l’aiguille , quelle que soit sa forme. Ces deux tiges, légèrement courbées en dehors, s’éloignent par.leur élasticité, et sont rapprochées à l’aide d’un anneau de 2 lignes de hauteur, qui court sur leur longueur. Un mandrin d’acier terminé par un œil, que traverse un diamètre en fer de l’anneau, passe par l’axe du manche, est muni à l’autre extrémité d’une poignée lenticulaire , et sert à faire mouvoir l’anneau.
- Porte-Bocgie. V. Conducteur.
- Porte-Caustique. — Instrument inventé par Ducamp, pour cautériser les rétre'cissemens de l’urètre ; il se compose de plusieurs pièces : t°. une canule de gomme élastique flexible, longue de 8 pouces, portant une échelle graduée, terminée par un pas de vis intérieur ; 2°. une douille de platine de 11 lignes de long, du même volume que la canule de gomme élastique à sa partie moyenne , mais terminée d’un côté par un pas de vis extérieur long de 4 lignes, pour s’adapter à la canule, et de l’autre par un autre pas de vis de 2 lignes et demie , aussi extérieur, pour se joindre à une capsule aussi de platine : la douille est creuse et présente aux extrémités, sur
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- deux points opposés, une coulisse longitudinale formée par la saillie de deux arêtes qui laissent entre elles un espace ; 3°. une petite capsule de platine parfaitement lisse et arrondie , fixée sur le pas de vis de la douille , ayant 3 lignes de diamètre, et percée à son centre pour recevoir une tige d’ur.e ligne d’épaisseur; 4°- uu cylindre de platine de 10 à 5 lignes de longueur sur une ligne de diamètre, portant à quelques lignes de son extrémité antérieure une goupille qui fait de chaque côte" une saillie d’un quart de ligne, pour glisser dans la coulisse de la douille ; une demi-ligne au-dessous de cette goupille, on pratique une rainure profonde, large de trois quarts de ligne , pour recevoir le nitrate d’argent fondu. Ce cylindre est monté sur une bougie de gomme élastique de 8pouces et demi de longueur.
- Pohte-Mèche, — Cet instrument, qui doit entrer dans la trousse du chirurgien, est une tige d’argent ou d’acier, de 5 à 6pouces de long, bifurquée à l’une de ses extrémités, sur laquelle on fiche la partie moyenne de la mèche que l’on veut introduire dans la profondeur des parties ; l’autre extrémité présente un bouton lenticulaire convexe et arrondi, pour servir de point d’appui à la paume de la main.
- M. le professeur Dupuytren, pour porter l’anse de fil d’argent , qu’il emploie dans la ligature des polypes, des fosses nasales, jusqu’à l’ouverture postérieure de ces cavités , s’est servi quelquefois avec avantage d’une espèce de porte-mèche long de 8 à 10 pouces, bifurqué , mais dont la bifurcation est munie de pointes tout-à-fait mousses. Le sinus de cette bifurcation est plus ouvert et moins profond que celui du porte-mèche ordinaire, et il doit prendre le nom de porte-anse.
- Porte-Noeud. — Les praticiens qui emploient la ligature pour traiter les polypes de la matrice, ont en général abandonné les porte-nœuds de Levret, et se servent du porte-nœud de Desault ou de celui de M. Dubois.
- Le porte-nœud de Desault est composé de deux instrumens : i°. une canule d’argent d’une ligne et demie de diamètre,
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- de 7 pouces de longueur, un peu courbe, terminée d’un côté par un bouton ovoïde creusé en entonnoir, à parois lisses et arrondies, et portant à l’autre extrémité deux anneaux poui fixer l’un des chefs de la ligature ; 2°. une autre canule d’argent de 5 à 6 pouces , contenant une tige bifurquée à une extrémité en deux demi-anneaux, qui se rapprochent pour former l’anneau complet, afin de contenir et de diriger là ligature , et qui s’écartent pour l’abandonner quand elle est convenablement placée ; l’autre extrémité de la tige présente une échancrure où l’on fixe le second chef de la ligature. Le rapprochement des anneaux a heu par le mouvement en avant de la canule qui renferme la tige , leur écartement par la seule élasticité des branches.
- M. Dubois a substitué à la canule recourbée une seconde canule munie d’une tige à demi-anneaux. Le retour de la canule en arrière par la seule élasticité des branches de la tige, est empêché par un cliquet qui s’abaisse à l’aide d’un petit ressort.
- Porte-Pierre. — Petit porte-crayon, dans lequel on introduit un cylindre de nitrate d’argent fondu, et reçu lui-même dans un étui d’ébène , d’argent ou d’or. Son usage fréquent exige qu’il soit placé dans la trousse du chirurgien.
- Fig. 4°. Porte-aiguille pour la staphyloraphie. a,a, tiges d’acier ; b,b , leurs mors ; c, manche creux ; d, anneau pour rapprocher les tiges; e,e, mandrin d’acier jouant dans le inanche, et destiné à faire mouvoir l’anneau.
- Fig. 4i (PI. 3i des Arts mécaniques). Porte-caustique de Du-camp, a,a, canule de gomme élastique; b, la douille; c, la capsule ; e, cylindre de platine ; f rainure pour le nitrate d'argent-
- Fig. 42- La douille, a , pas de vis pour la fixer sur la canule de gomme élastique ; b, pas de vis qui s’adapte à la capsule.
- Fig. 43- Coupe verticale de la douille, a,a, arêtes qui forment une coulisse pour recevoir la goupille du porte-caustique.
- Fig. 44- a j bougie de gomme élastique; b, cylindre de platine ; c, sa rainure ; d,d, saillies latérales de la goupille.
- Rachitome. — Espèce de hachette dont les anatomistes font
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- usage pour ouvrir le canal vertébral. C’est une tige d’acier de 6 à 8 pouces de longueur, tantôt arrondie , tantôt aplatie sur deux faces de 5 à 6 lignes de hauteur sur 2 de large , légèrement courbée sur ses bords , et offrant, à l’extrémité de son bord convexe , un tranchant de 2 pouces de longueur, convexe , saillant de 4 à 5 lignes sur le bord qui lui donne naissance ; il est formé par la réunion de deux biseaux assez in-clinés pour donner beaucoup de force à la lame, et bornés du côté opposé au tranchant par une vive arête saillante d’une ligne et demie perpendiculairement à la lame , de manière à empêcher l’instrument de pénétrer assez au-delà de l’épaisseur des lames des vertèbres pour inciser ou déchirer la moelle épinière. Cette vive arête pourrait faire suite au bord convexe de la tige, si, au niveau du tranchant, cette tige n’augmentait d’épaisseur; le bord concave de la tige se relève pour devenir le dos de la hache , et prend avec plus de largeur, celle de 3 à 4 lignes , une forme plane, pour supporter et transmettre l’effort du marteau : en avant du méplat sur lequel frappe le marteau, le bord supérieur s’incline vers le tranchant, s’y réunit après 4^5 lignes de trajet, en s’amincissant, et devient coupant lui-même , de sorte que l’extrémité du rachitome est piquante et tranchante sur ses deux bords. La tige d’acier est fixée ou non sur un manche de buis ou d’ébène.
- Fig. 45. Rachitome. a, la tige ; b, le tranchant.
- Rasoir. — On place dans la trousse du chirurgien un rasoir, qui ne diffère du rasoir ordinaire qu’en ce que la lame est plus petite.
- Repoussoir. — Le cathéter œsophagien de M. le professeur Dupuytren, la tige de baleine, ou la sonde de gomme élastique à l’extrémité de laquelle on a fixé un petit morceau d’éponge, servent aussi à repousser dans l’estomac les corps étrangers engagés dans l’œsophage, qui n’ont pu être retirés, et dont la nature et le petit volume ne font pas redouter la présence dans le canal intestinal. (V. Inslrumens pour extraire les corps étrangers de l’œsophage. )
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- Rueixe. — Les chirurgiens, les anatomistes et les dentistes font usage de cet instrument pour ratisser les os, dans le but de les de'pouiller de leur périoste, du tartre , d’enlever me partie de leur tissu devenue malade, ou enfin de les nettover pour la préparation des squelettes et autres pièces anatomiques : aussi la forme de cet instrument est-elle variée. Il est formé d’un manche, d’une tige et d’une lame Le manche a 3 pouces de long, taillé à pans, ordinairement fait d’ébène ou d’ivoire ; il reçoit la soie de la tige, qui a 2 pouces environ de longueur , une ligne et demie de diamètre, et qui supporte la lame , avec laquelle elle s’unit de différentes manières. la rugine la plus usitée et la plus commode pour les chirurgiens et les anatomistes , a la tige fixée perpendiculairement à la partie moyenne de la lame ; sa forme est celle d’un pentagone de 16 lignes de long, y lignes de large , dont un côté est convexe, et les bords opposés à ce côté forment un angle aigu. La circonférence de cette lame est rendue tranchante à l’aide de biseaux taillés aux dépens de la face opposée à l’implantation de la tige. Quelquefois la forme de la lame est triangulaire ou rectangulaire ; les dentistes en font.fabri-quer en ciseau, ou très pointue. L’épaisseur de la lame doit être d’environ 2 lignes , afin que le tranchant soit fort. Quant à sa largeur, elle varie. Les rugines de dentiste sont en général étroites.
- Scalpel. — Espèce de petit couteau dont se sert l’anatomiste , mais qu’il est utile de remplacer par le bistouri. Leur lame est fixée invariablement sur le manche ; elle est tranchante sur un seul bord ou sur les deux à la fois; souvent sa forme est analogue à celle d’une lancette ; pour la dissection des nerfs , on se sert de préférence d’une lame petite, étroite, fort acérée. La longueur de la lame du scalpel varie de i5 lignes à 2 pouces. Le manche, d’ébène ou d’ivoire,long de 4 à 5 pouces, a l’extrémité opposée à la lame aplatie ; son bord est convexe et mousse : on se sert de cette extrémité pour écarter les tissus sans les couper.
- Scarificateur. — Cet instrument, beaucoup plus emplo?e
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- INSTRUMENS DE CHIRURGIE. 27 3
- en Allemagne qu’en France, est destiné , comme son nom l’indique , à faire des scarifications. C’est une boîte cubique de cuivre, dans l’intérieur de laquelle sont rangés , sur un ressort élastique qu’on peut détendre à volonté, les talons de seize lancettes, dont les pointes sortent brusquement par l’extrémité de fentes longitudinales pratiquées sur l’une des faces du cube , et rentrent, après avoir décrit un demi-cercle, par l’autre extrémité de la fente. La promptitude de l’opération épargne des douleurs au malade. Chacune des faces du cube a environ 18 lignes; on conçoit qu’il peut, à volonté, contenir plus ou moins de lames.
- Scie. — Le chirurgien fait usage de diverses scies : les unes sont circulaires , et, sous le nom de couronnes, elles entrent dans l’appareil du trépan ( V. Trépan ) ; les autres , le plus souvent droites, quelquefois légèrement convexes , servent dans les amputations ou les résections. Pour diviser les dents, les dentistes emploient aussi une petite scie droite.
- La scie à amputation, la plus usitée , se compose de l’arbre, du feuillet et du manche. 1°. L’arbre est une pièce d’acier courbée qui porte le feuillet et se fixe dans un manche ; sa longueur varie suivant celle du feuillet. Presque droit dans sa partie moyenne, qui est parallèle au feuillet, et qui présente une espèce de renflement de différente forme , arrondi et appelé pomme de l’arbre, et destiné à orner l’arbre ainsi qu’à lui donner plus de poids, il est courbe vers ses extrémités : la courbure antérieure est à angle obtus, façonnée, et formée de deux arcs de cercle à concavité en dehors, qui forment un angle saillant dans le même sens. L’extrémité libre de cette partie de l’arbre est fendue sur l’épaisseur, pour recevoir le bout antérieur du feuillet, qui y est fixé à l’aide d’un écrou. Le contour de la courbure postérieure de l’arbre est encore celui de deux arcs de cercle à concavité en dehors ; de l’angle qu’ils forment part une soie d’environ 4 pouces, qui traverse le manche et y fixe l’arbre. L’extrémité voisine est une noix arrondie, que traverse un porte-feuillet à vis, sur lequel marche un écrou à poignée ; ce porte-feuillet est aplati Tome XI. 18
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- du côté du feuillet, et divisé en deux plaques qui le reçoivent , et entre lesquelles cette lame est maintenue par me vis. Les mouvemens du porte-feuillet servent à tendrele feuillet à volonté.
- Le feuillet est la partie principale de la scie ; sa longueur varie entre 14 à -15 pouces et 6 à 7 pouces : c’est une lame d’acier, aplatie , d’une largeur égale dans toute sa longueur, dont l’épaisseur, dans une scie ordinaire, est de trois quarts de ligue du côté des dents, et un peu moins d’une demi-ligne du côté de la concavité de l’arbre, afin que la voie faite parles dents soit assez large pour empêcher tout frottement des faces du feuillet ; elle est percée, comme nous l’avons dit, à ses extrémités , pour ie passage de vis. Cette épaisseur doit être égale d’un bout à l’autre ; le feuillet doit être bien poli. Les dents sont faites à la lime ; dans une scie ordinaire, elles ont une ligne un quart de haut : plus grandes, elles feraient ^ éclater les bords de l’os; plus petites, elles s’empâtentet prolongent l’opération. Elles doivent être parfaitement égales en hauteur, car autrement les dents les plus longues agiraient seules.
- Le manche est ordinairement d’ébène, et fait à pans comme celui des couteaux à amputation ; son extrémité libre est us peu courbée du côté du feuillet, pour servir de point d’appui à la main. La scie dont le feuillet a 5 à 7 pouces sert pour l’amputation des petits os longs, comme ceux du métacarpe ; son arbre présente une courbure semi-elliptique et régulière ; son feuillet est beaucoup moins épais.
- Celle dés dentistes a un feuillet de 2 lignes de largeur, quelquefois moins large , et fait avec un ressort ie montre.
- On se sert souvent- aussi, et surtout dans les dissections, d’une scie seulement composée du manche et du feuillet; mais celui-ci est une plaque d’acier de 2 pouces à 2 pouces et demi de-large, doucement pyramidale. Le manche, au lie* d’être droit, est diversement façonné pour recfevoir les doigts de la main ; quelquefois , c’est une poignée arquée à contante
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- inférieure. Dans les scies de ce genre, qui sont faites avec le plus de soin, le dos du feuillet dans toute son étendue est double' par un dossier ou porte-feuillet d’acier. Ces scies, dites anglaises, sont d’acier bien trempé. Le feuillet entre dans une rainure profonde du manche, et y est fixé à l’aide de vis.
- Enfin, pour les amputations de la mâchoire inférieure, et autres amputations dans des parties du corps où la scie a peu d’espace pour agir , on fait usage de petites scies à main. La lame est fixée invariablement sur le manche, comme dans les couteaux ; elle a environ 4 à 6 pouces de long , un demi-pouce de large ; l’épaisseur doit être assez grande, parce qu’ici il n’y a pas d’arbre pour soutenir le feuillet.
- Fig. 46 (PL 33 des Arts mécaniques), a,a,a, l’arbre; b, le feuillet ; e, porte-feuillet ; f, noix pour çecevoir le porte-feuillet ; g, écrou pour tendre le feuillet ; h, distance parcourue par le porte-feuillet à l’aide de l’écrou.
- Fig. 47• Scie à main pour les amputations et les dissections.
- Fig. 48. Petite scie à main.
- Seringue. — Outre la seringue ordinaire, on se sert en Chirurgie de seringues pour les préparations anatomiques ; dans le traitement de l’hydrocèle ; après l’opération de la taille ; pour désobtruer les conduits lacrymaux, etc.
- Ces différentes seringues ont, comme la seringue ordinaire ou à lavement, un corps de pompe, rm piston et une canule ; elles en diffèrent surtout par leur capacité et la forme de la canule.
- Seringue à hydrocèle. Elle est ordinairement d’étain ; sa capacité est à peu près la moitié de celle de la seringue ordinaire ; le bec de la canule doit être assez effilé pour pouvoir pénétrer dans la canule des trois-quarts.
- Seringue à injection. On lui donne une grandeur proportionnée à la quantité de matière à injecter , suivant qu’elle doit servir à une injection partielle ou générale : elle est ordinairement faite de cuivre jaune. La plus grande contient environ un litre de matière à injecter; son poids , quand elle est remplie , est assez considérable ; et pour qu’une seule
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- personne puisse à la fois la tenir et faire mouvoir le piston on fait sur le corps de pompe un relief circulaire de plus d'une ligne de saillie et d’un demi-pouce de hauteur, qu’embrasse un anneau d’une hauteur égale, de 2 à 3 lignes d’épaisseur, formé de deux demi-anneaux , réunis d’un côté par une charnière, et de l’autre par Une vis, qui traverse deux montansde euivre épais, qui s’élèvent de leur extrémité libre. Chaque demi-anneau porte une soie latérale, à laquelle est adapté un manche en bois de 4 à 5 pouces.
- La tige du piston est terminée par une poignée large, aplatie , lisse , de manière à pouvoir être appliquée sur la poitrine ou les parois du ventre de l’anatomiste qui pousse l’injection.
- Le canon de cette seringue est traversé à sa base par un robinet, qui n’est ouvert qu’au moment où l’injection doit être poussée. Au bec du canon s’adaptent, à volonté, des tubes de cuivre fermés par un robinet, et dont l’extrémité est plus ou moins fine, suivant la grosseur du vaisseau qui doit la recevoir ; à quelques lignes de cette extrémité, sont pratiquées deux ou trois rainures circulaires, qui servent à fixer les parois du vaisseau au tube engagé dans sa cavité, pour empêcher l’injection de refluer.
- Seringue pour désobstruer les conduits lacrjmaux, ou seringue d’Anel. C’est une petite seringue d’argent, qui peut contenir de 2 à 3 onces de liquide, et à laquelle on adapte des canules recourbées ou siphons assez fins pour pénétrer dans les points lacrymaux : leur grosseur ne doit point excéder celle d’une soie de sanglier. ( Y. Stjlet. ) Les pax-ois de cette seringue doivent avoir au moins une ligne d’épaisseur.
- On se sert, pour injecter dans le conduit auditif et dans l’urètre, de petites seringues à peu près de même capacité que celle d’Ànel, et qui portent des canules effilées, mais mousses à leur extrémité.
- Seringue pour la taille. Après l’opération, il est souvent nécessaire de faire des injections dans la vessie par la plaie, c( l’on se sert, pour cet usage, d’une seringue intermédiaire
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- pour la capacité ,.à la seringue ordinaire et à la seringue pour l’hydrocèle. La seule différence importante qu’elle présente, c’est que le bec de la canule est renflé en olive, mousse, et percé en arrosoir ; forme moins douloureuse pour son introduction dans le trajet de la plaie, et dans la vessie , toujours plus ou .moins contractée dans ce cas.
- Pour les injections dans le vagin , on adapte au même corps de pompe un siphon courbe et en arrosoir.
- Fig. 49- Seringue à injection, a,a, corps de pompe; b,b , ses poignées latérales ; c, anneau à charnière ; d, extrémité aplatie du piston ; e,, robinet du canon ; f, tube à robinet ; g, ses cannelures pour recevoir des fils.
- Fig. 5a. Canule de la seringue pour la taille, a, son bec en arrosoir.
- Fig. 5i. Canule pour les injections dans le vagin.
- Serre—Noeud. — On désigne sous ce nom des instrumens variés , dont l’usage commun est d’accroître la constriction qu’exerce déjà une anse de fil sur telle ou telle partie. On a inventé divers serre-nœuds pour la ligature des artères. Les ligatures de polypes des fosses nasales ou de l’utérus sont les seules opérations qui maintenant exigent l’emploi de ce genre d’instrumens. Le serre-nœud ordinaire est une tige d’acier ou d’argent, longue de 4 à 5 pouces, aplatie et mousse sur ses bords, dont une extrémité est courbée à angle droit , et présente une ouverture ronde à contour mousse, pour ne pas couper le fil, et dont l’autre extrémité est échancrée pour arrêter les chefs de la ligature. Mais j’ai vu employer avec succès plusieurs fois, à l’Hôtel-Dieu de Paris, le serre-nœud de Graëffe : c’est une tige d’argent arrondie, sur la partie moyenne de laquelle est pratiqué un pas de vis ; elle est terminée antérieurement,.comme les emporte-pièces , par un conduit circulaire, long d’une ligne et demie à 2 lignes , dont le bord est mousse , dans lequel on engage les chefs de la ligature. Pour les fixer et resserrer de plus en plus l’anse qui embrasse le polype , on arrête ses extrémités libres sur une espèce de platine échancrée en arrière , et portée sur un
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- anneau creusé à l’intérieur d’un pas de vis, qui lui permet d’aller et venir sur celui que présente la tige. Cette virole est tenue immobile entre les doigts de l’opérateur, l’autre extrémité de la tige est aplatie, et sert à faire avancer la tige vers le polype , tandis que la virole entraîne avec elle le fil, et augmente ainsi l’étreinte de là partie de tumeur saisie.
- Fig. 52. Serre-nœud de Graëffe. Tige d’argent; a, son anneau antérieur ; b, son pas de vis ; c, son extrémité aplatie ; d, virole à anneau ; e , platine échancrée pour fixer les fils anse de fil d’argent.
- Siphon. — Le mot de siphon peut s’appliquer aux differentes canules adaptées aux seringues , et notamment à celle d’Anel. Son extrémité est d’or, parce qu’un canal aussi fin ne pourrait pas être fait en argent.
- Sondes. — Le mot sonde exprime que les instrumens qu’il désigne sont des moyens d’exploration. En effet, toutes les sondes sont introduites dans des cavités étroites et profondes, où l’œil du chirurgien ne parvient pas ; elles offrent des différences assez nombreuses, eu égard à leur usage, à leur forme et à leur nature.
- Sonde pour les débridemens et les contr1ouvertures. Cette sonde est appelée ordinairement sonde cannelée. En effet, c’est une tige d’acier, ou mieux d’argent flexible, quelquefois en or ou en platine, longue de 5 à 6 pouces, très lisse, arrondie d’un côté et creusée de l’autre dans presque toute sa longueur d’une cannelure plus ou moins large, avec ou sans cul-de-sac; quelquefois elle est aiguë, pour pénétrer à travers quelque partie résistante, et toujours terminée à l’autre extrémité par une plaque carrée ou cordiforme, longue d un pouce y et un peu moins large, fendue sur sa longueur à quelques lignes de profondeur , pour recevoir et tendre le filet de la langue. Cet instrument, très usité, entre dans la trousse, et sert à conduire la lame d’un bistouri.
- Sondes pour le cathétérisme urétral. Les unes sont pleines, comme le Cathéter pour la lithotomie ( V. ce mot ) , et la plupart des bougies. Les autres sont des tubes d’argent, ou
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- de gomme élastique, perforés à leurs extrémités , et capables de livrer passage à un liquide, soit accumulé dans la vessie , soit injecté par leur calibre. i°. Bougies. Elles servent à dilater l’urètre : on les fait ordinairement de gomme élastique. On étend plusieurs couches dè caout-choue dissous dans l’huile de lin épaissie à un feu doux, sur une tresse ou cordonnet de soie, puis on les polit en les roulant sur le porphyre. ( V. Bougies et Caoct-Chouc. ) La forme qu’on leur donne est variée : les plus usitées sont coniques , et pénètrent avec plus de facilité dans les rétrécissemens ; elles sont longues de 12 à 15 pouces, leur extrémité la plus grosse devant dépasser le méat urinaire , et servir de point d’appui a des fils qui les fixent dans le canal ; elles sont le plus souvent pleines. D’autres sont cylindriques , pleines»ou creuses ; celles-qui sont creuses se fabriquent comme les Sondes ( Y. Sondes), et sont introduites avec ou sans mandrin. Enfin, on se sert de bougies qui sont dites à ventre , et présentent sur leur continuité un renflement qui naît et se termine d’une manière insensible, et dont le diamètre varie entre 2 lignes et demie et 4 lignes : elles sont destinées à dilater le canal de l’urètre dans unpoint déterminé. Ducamp en a tiré un parti heureux en faisant succéder leur emploi à la cautérisation, de manière à ce que la cicatrice ne fût produite que pendant la distension du canal.
- La plupart de ces bougies sont enduites, comme nous l’avons dit, avec la dissolution de caout-chouc ; cependant d’autres enduits diversement colorés , faits d’un mélange de cire et d’huile d’olive, appliqués sur des bandelettes de dia-chylon roulées, sont encore en usage : ce sont les bougies emplastiques. Ducamp se servait de bougies exploratrices cylindriques , à l’extrémité desquelles il tournait quelques brins de soie chargés de cire à mouler, pour recevoir l’empreinte des rétrécissemens. Quelques praticiens se servent aussi de bougies en corde à boyau, comme les cordes de musique, dont une extrémité est amincie et arrondie. Nous nous abstiendrons de discuter les avantages et les inconvéniens de ces différentes bougies.
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- 2°. Les sondes proprement dites sont en argent ou en gomme élastique. Faites d’argent, elles portent le nom d ’algalies-leur longueur varie, pour les hommes, de 7 à 11 pouces. Comme nous l’avons dit, ce sont des tubes en argent, ouverts à vme extrémité, qui est garnie latéralement de deux anneaux pour passer des fils ; mousses , arrondis et fermés à l’autre extrémité, qui porte le nom de bec : à quelques lignes du bee sont pratiquées une ou deux ouvertures latérales, circulaires ou ovalaires, opposées ou à quelque distance l’une de Vautre, et qui livrent passage à l’urine. Ces tubes sont quelquefois droits, le plus souvent recourbés à l’une de leurs extrémités. Le degré de la courbure n’est pas le même dans les mains de tous les praticiens. Toutefois, le plus généralement on leur donne une double courbure : l’une plus marquée, large, régulière du côté du bec , et portant sur une longueur qui est plus du tiers antérieur de l’algalie ; l’autre , très douce, en sens opposé, à la partie moyenne de l’instrument. Les sondes métalliques sont munies d’un mandrin, qui doit être assez mince pour être flexible , assez fort et assez renflé, surtout à l’extrémité qui répond au bec de la sonde , pour le remplir exactement et lui donner la force d’une sonde pleine. Les algalies ordinaires sont cylindriques ; quelques praticiens les font faire coniques, en effilant le bec pour franchir plus facilement les rétrécissemens de l’urètre : pratique au moins dangereuse.
- On a imaginé de faire entrer dans la trousse une algalie composée de trois pièces, une canule d’argent garnie d’anneaux à une extrémité , et d’un pas de vis extérieur à l’autre: sur ce pas de vis s’adaptent à volonté deux becs, l’un plus allongé, plus courbé, dont l’union à la canule fait une sonde d’homme ; l’autre , plus court, et à peine courbé, pour la sonde de la femme.
- La sonde de femme n’a que 6 pouces de long ; elle est presque droite, et n’offre vers le bec qu’une inflexion presque insensible; un seul anneau existe à son extrémité ouverte: son mandrin n’est qu’un mince stylet d’argent pour la net-
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- loyer, et qui n’augmente en rien sa force ; ce qui serait inutile, puisqu’on n’a aucun effort à exercer avec le bec. On s’en sert pour le cathe'te'risme, ou pour vider l’empyème et certains abcès vastes et profonds , dont les parois ne peuvent être offense'es par le bec arrondi de la sonde. Elle est placée dans la trousse.
- Ce que nous avons dit de la longueur, de la forme et de la courbure des algalies ou sondes me'talliques s’applique aux sondes de gomme élastique ; ainsi, elles sont creuses, portent des yeux vers le bec, sont cylindriques ou coniques ; seulement elles n’ont pas d’anneaux à l’autre extrémité , à laquelle on ajoute, en cire à cacheter, une petite tète perforée et à rainure circulaire , pour fixer les liens ; elles sont faites d’un tissu de soie modelé sur des mandrins de fer de diverses grosseurs, ordinairement droits, et que l’on revêt, comme les bougies, d’une couche de gomme élastique. Suivant l’âge des malades , et plus encore suivant la capacité du canal, on les emploie d’un volume plus ou moins fort. Les fabricans en font de douze grosseurs différentes , qui varient d’une ligne à 3 lignes de diamètre, et qu’ils mesurent à l’aide d’un grado— mètre de cuivre perforé de douze trous, d’une largeur graduée et proportionnelle au volume des sondes. Pour les introduire dans l’urètre, on y fait pénétrer un mandrin courbe comme les algalies d’argent. Quelquefois les sondes d’un fort volume, dont la capacité croît dans un rapport beaucoup plus rapide que l’épaisseur des parois , se ploient dans le canal, et le blessent par les angles de leur courbure ; quelquefois elles ne ploient pas, mais comme elles ont été faites sur un mandrin droit, elles tendent à reprendre leur rectitude, et fatiguent la paroi inférieure du canal : on obvie à ces inconvéniens , en les fabriquant sur des mandrins courbes, de sorte que cette courbure est permanente et qu’elles se brisent moins, ce qui les rend préférables , mais leur donne un prix plus élevé.
- Si l’enduit dont on les revêt n’est pas fait et appliqué con-wnablement, il s’écaille , et ses fragmens peuvent devenir des ttoyaux de calculs vésicaux ; aussi un praticien exercé doit-il
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- apporter le plus grand soin à examiner la souplesse et tj solidité de cet enduit, en courbant la sonde en sens oj>. posés.
- On donne le nom de sonde œsophagienne à une sonde de gomme élastique de 18 à 24 pouces, et qui sert à introduire des alimens dans l’estomac.
- Sonde exploratrice. Ducamp appelait sonde exploratrice une canule de gomme élastique de 8 pouces, droite pour explorer la partie antérieure du canal, courbe si l’examen doit être porté au-delà de 5 pouces et demi, ayant sur un côté b division du pied, et garnie en avant de filamens de soie chargé de cire à mouler, qu’il roulait entre ses doigts pour lui donner la forme arrondie et régulière de la sonde, et à laquelle il ne voulait pas une longueur de plus de 2 lignes et demie, de crainte qu’il n’en reste dans le canal après l’exploration du rétrécissement, qui se moule sur la cire.
- Sonde à injection ou à double courant. Espèce d’algalte. séparée dans sa longueur par une cloison médiane, qui forme ainsi deux conduits, à chacun desquels répond un des yem du bec de la sonde, et à la partie extérieure de laquelle on adapte un ajutage bifurqué pour l’entrée et la sortie dn liquide. M. J. Cioquet a imaginé cet instrument pour faire des injections dans la vessie.
- Sonde à dard pour la lithotomie et F œsophagotomie. C’est une algalie d’argent, terminée par un bouton olivaire a creusée d’une cannelure profonde sur la face concave, et a partir de la courbure ; elle contient une flèche aiguë, à pointe en pyramide triangulaire, soudée sur un stylet cannelé dam le sens de sa courbure, et terminé à l’autre extrémité par «ne platine ou un anneau. Les anneaux de l’extrémité de la sonde opposée à la flèche ont 5 à 6 lignes de diamètre. Le stylet e flèche peuvent dépasser le bec de la sonde de 2 pouces et de®1 D’après le procédé de frère Côme pour le haut appareil .ce® sonde à dard est conduite dans la vessie sur la cannéb® d’une sonde terminée en avant par une languette, £on:uie gorgerets.
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- Sonde pour le tamponnement des fosses nasales. Une sonde flexible de gomme élastique suffit dans la plupart des cas : toutefois, on ne l’a pas rejetée de l’arsenal chirurgical, et l’on place même souvent dans la trousse la sonde dite de Belloc, composée d’une canule d’argent renfermant un stylet terminé par un ressort de montre , dont le bout est garni d’un bouton qui fait sailbe dans la bouche lorsqu’on a fait dépasser au stvlet l’ouverture postérieure des fosses nasales, et auquel on attache le fil double qui sert au tamponnement. Ordinairement le bouton est fenêtre'.
- Fig. 53. Algabe ou sonde d’argent, a , son bec ; b, b, ses yeux; c,c , ses courbures; d,d, ses anneaux.
- Fig. 5if. a , bougie conique ; b, bougie à ventre.
- Spatule. — L’un des instrumens de la trousse. Tige droite de 5 à 6 pouces, terminée d’un côté par une extrémité ovoïde, allongée, légèrement courbée sur le plat, présentant à sa face concave une vive arête peu saillante, médiane, et deux biseaux qui rendent les bords un peu tranchans ; l’autre extrémité, en fer de lance, petite, épaisse , courbe en sens contraire, garnie d’aspérités à sa face concave. Entre ces deux extrémités la tige est un peu aplatie, quadrilatère , assez épaisse, et large de 4 à 5 millimètres sur 2 ou 3 d’épaisseur. La spatule, par son extrémité élargie, sert à étendre sur les pièces à pansement le cérat et les substances emplastiques, et par son extrémité étroite, elle peut tenir lieu d’élévatoire dans l’opération du trépan.
- Spéculum uteri. — Le seul dont on fasse usage aujourd’hui est celui qu’a inventé M. Récamier, et qu’ont modifié M5I. Dupuytren et Dubois : c’est une espèce de tube en forme de cône tronqué, d’une longueur et d’un volume variables, suivant la capacité du vagin, coupé perpendiculairement à son extrémité utérine, qui présente un bord mousse , de peur de léser la matrice ou le vagin. M. Dupuytren a fait ajouter à l’autre extrémité une tige aplatie de 3 à 4 pouces de long, unie à angle droit au corps du spéculum , et qui permet de le ,enir plus facilement. D’après M. Dubois, mie échancrure
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- pratiquée en arrière laisse voir les fistules vésico-vaginales peut, par une coupe longitudinale, faire du spéculum espèce de gorgeret, qui protège et écarte la paroi du canal opposée à la paroi malade. On étend l’usage du spéculum uteri au diagnostic et au traitement de certaines maladies du rectum : on ne lui donne alors que 3 à 4 pouces de long. Il sert de réflecteur à la lumière d’une bougie approchée de son orifice, et dont il porte les rayons sur l’organe malade.
- Cet instrument est ordinairement fait d’étain pur.
- Fig. 55. Spéculum uteri. a , extrémité antérieure du cône; b , tige qui sert de poignée; c,. échancrure pour les fistules vésico-vaginales.
- Stylet. — On donne ce mJm à un instrument de la trousse chirurgicale. Espèce de petite sonde pleine, longue de 6 à 7 pouces , terminée par un bouton olivaire , et dont l’autre extrémité est souvent percée d’un chas allongé , qui hit donner au stylet le nom de stylet aiguillé y son usage est fréquent, notamment dans l’opération et le pansement du séton , et dans les ligatures d’artères. Quelquefois une cannelure règne sur la longueur de l'instrument, et le stylet est dit cannelé. Tantôt on le fait d’acier, tantôt d’argent flexible. L’instrument désigné dans la trousse sous le nom dè somk à poitrine, et composé de deux pièces réunies à la partie moyenne de l’instrument par un pas de vis , et qui portent à leur extrémité libre, l’une un bouton, et l’autre un chas allongé, n’est autre qu’un stylet long de 12 pouces.
- Stylet pour le cathétérisme des conduits lacrymaux. Ce stylet, de l’invention d’Ànel, est d’or, de platine ou d’argent; sa grosseur n’excède pas celle d’une soie de sanglier; cependant il doit être assez fort pour ne pas plier au moment ou le conduit lacrymal change de direction. Il est terminé par® petit bouton olivaire ; il sert à désobstruer le canal, et à fane la voie à un siphon adapté à la seringue du même auteur.
- Texaculüm. — Espèce de petit crochet délié, très aigu,a courbure assez large, monté sur un manche comme le bb" touri, et auquel les Anglais donnent la préférence P°ttt
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- gisir les artères avant leur ligature. Il est utile pour saisir les petites artères, mais nuisible si l’artère est volumineuse, parce qa’il en déchire les parois.
- Tevaiiaes ixcisives. — Cet instrument, employé dans d’autres Arts que celui de la Chirurgie, se compose de deux branches à jonction passée , longues de 6 à 7 pouces , terminées au-delà de la jonction par deux croissans larges , qui se regardent par leur concavité, et dont l’extrémité présente un bord libre, large de 4 lignes, tranchant. La partie des branches située au-delà de la jonction a à peine un pouce et demi ; b manches, au contraire, ont environ 5 pouces ; ils ressemblent au manche des daviers. Cet instrument sert à retrancher les aspérités qui peuvent hérisser la coupe de l’os après les amputations. Les chirurgiens se servent de préférence d’une autre espèce de tenailles incisives en forme de ciseaux, mais aussi à jonction passée , dont les tranchans ne se croisent pas, mais s’affrontent, dont les lames ont un dos de 3 à 4 lignes, sont planes et polies d’un côté , et disposées en talus très oblique du côté opposé à la portion d’os qu’on veut réséquer. Les tranchans ont t8 à 20 lignes, et les branches 7 à 8 pouces ; quelquefois un ressort élastique, fixé sur l’une d’elles, et sur lequel presse l’autre lorsqu’elles sont rapprochées , sert à les écarter de nouveau. La longueur des branches donne beaucoup de force à l’instrument, qui doit être d’ailleurs d’acier bien trempé. Ces deux tenailles peuvent être placées dans l’appareil pour les amputations.
- Fig. 56. Tenailles incisives, a,a, les mors; b , le dos de la bme.; c,c., les manches.
- Te\ettes. — Les tenettes sont des espèces de pinces, à l’aide desquelles on saisit la pierre dans la vessie ; les plus grandes ont ao à 1.1 pouces de long, et servent peu ; les plus petites ont € pouces et demi, et sont mises en usage pour les en-fans ou les petits calculs. Celles qui sont le plus employées ont une taille intermédiaire ; leurs mors ou cuillerons allongés, convexes et lisses en dehors, un peu concaves et üarms d’aspérités en dedans, mousses et arrondis en avant,
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- se regardent sans se toucher ; quelquefois ils sont un peu courbes sur leurs bords, pour saisir le calcul dans le bas. fond de la vessie. Pour donner aux mors un plus grand écartement, et diminuer celui des branches, qui distend et contond la plaie , on a aplati celles-ci de manière à ce quelles pussent non-seulement se placer l’une sur l’autre pour ne former qu’une seule tige, mais encore se croiser , et l’on a ajouté à cet effet, en leur donnant près des anneaux une courbure dans le même sens, qui place l’anneau qui termine chacune d’elles au niveau ou même en dehors du cuilleron opposé. Toutefois, les tenettes doivent avoir de la solidité;il faut qu’elles soient d’acier poli et d’une bonne trempe.
- Fig. 57. Tenettes. a, a, les mors ; b, leur jonction; c,c, leurs branches; d,d, les anneaux.
- Tire-Fond. V. Trépan et Tribuleon.
- Tire-Tête. Nom donné à divers instrumens pour extraire la.tête du fœtus. La plupart de ces instrumens sont dangereux ou inutiles : on y supplée par le crochet, ou souvent encore par une sage expectation.
- Tourniquet. Y. Compresseur.
- Trépan. — On appelle trépan l’ensemble des instrumens qui peuvent être nécessaires dans cette opération, et qui constituent un trépan complet, ou seulement ceux de ces instrumens qui servent à percer les os. On en distingue trois : le trépan perforatif, le trépan exfoliatif, et le trépan à scie circulaire ou couronne. Le tire-fond et la pyramide , qui, depuis Bichat, est une pièce séparée de la couronne, sont aussi des espèces de trépans auxiliaires. Les trépans proprement dits et la pyramide se montent sur un arbre commun, semblable à celui du villebrequin ordinaire, mais dont la palette d’ébène qui le termine en haut, et la boule d’acier placée au milieu de 1a manivelle, doivent rouler sur leur axe. pour ne pas blesser la main de l’opérateur.
- Une extrémité de la manivelle est terminée par une soie, qui traverse la tige du manche et y est fixée à l’aide d© écrou .; la palette d’ébène , convexe et arrondie , est visseesur
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- la tige creuse, aussi d’ébène, qui sert de canal à la soie. L’autre extrémité de la manivelle est creusée d’un canal quadrangulaire, pour recevoir les tiges aussi quadrangulaires des trépans et des couronnes,, ou celle, de. la pyramide, qui est devenue ie trépan perforatif, et en même temps une tige commune sur laquelle se montent les différentes couronnes. Un ressort à bascule, pourvu d’une léntille extérieuré sur. laquelle on presse pour le faire agir, fixe dans le canal de l’arbre les tiges des trépans, qui présentent une échancrure angulaire, où pénètre une saillie correspondante de la bascule.
- Le trépan perforatif consiste en une pointe quadrangu-laire, de manière à piquer et couper en même temps. Dans le trépan de Biehat, c’est la pyramide qui est armée de cette pointé quadrangulaire. ( V.. Pyramide. )
- Le trépan exfoliatif ressemble tout-à-fait au perçoir des tonneliers ; ses bords latéraux et inférieurs sont tranchans ; une petite mèche dépasse le milieu du bord inférieur, et fait la voie.
- Enfin, la couronne est une scie circulaire , dont le diamètre varie de 5 lignes à 10 lignes, sur un pouce de hauteur ; elle se compose de trois .pièces : la couronne proprement dite , la culasse et une .vis de pression. La première pièce porte les dents, et est fixée, à l’aide de vis latérales, sur la culasse 5 celle-ci, fort épaisse, dépasse en haut la couronne de 4 à 6 lignes, y pénètre de 2 ou 3 ; elle est massive et creusée d’un canal quadrangulaire et destiné à contenir la tige aplatie delà pyramide, sur laquelle elle est fixée.par la vis de pression. La surface extérieure de la couronne est hérissée de crêtes obliques, qui sont comme les racines des dents de la couronne, et dont la hauteur détermine là longueur de leur tranchant. Les dents sont fortes, dirigées de gauche à droite , et un peu. de dehors en dedans, ce qui rend la.couronne conique.
- La pyramide , modifiée par Biehat, était soudée à l’arbre du trépan-; aujourd’hui elle s’en détache, s’y fixe comme tous l’avons dit, et c’est sur elle que se montent les cou-
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- ronnes. Sa longueur est d’environ 4 pouces. C’est une lame aplatie, d’une ligne et demie d’épaisseur , sur 4 lignes de largeur ; à un demi—pouce de son extrémité inférieure les bords latéraux s’inclinent l’un vers l’autre pour former la pointe ; mais de plus , ils deviennent obliques, de manière à empiéter sur les faces ; ce qui donne lieu à deux angles opposés et saillans , qui entaillent l’os k l’aide de la manivelle.
- Le tire-fond est une espèce de tire-bouchon en pas de vis, dont on perfore la portion d’os cernée par la couronne; il est terminé en haut par un anneau cordiforme.
- Dans la tréphine, espèce de trépan d’origine anglaise, la couronne est cylindrique ; les côtés des dents sont en biseaux inclinés l’un vers l’autre, et de deux en deux dents l’angle de ces biseaux est présenté à l’extérieur ou à l’intérieur de la couronne ; le tranchant inférieur de la dent est aussi alternativement oblique de haut en bas, et en dehors ou en dedans. Cette couronne se monte sur une tige de i pouces, creusée d’un canal comme l’arbre du trépan, et fixée elle-même sur un manche transversal ordinairement en ébène. Le fond de la culasse reçoit à vis une petite pyramide qua-drangulaire , comme en portait le trépan d’ancienne forme, et que l’on dévisse avec une clef. On joint à la boîte de trépan diverses gouges, un maillet de plomb, le couteau lenticulaire, des rugines, et une brosse à longues soies pour nettoyer les dents des couronnes.
- Fig. 58. Arbre de trépan, a, la palette dévissée; b, canal de son extrémité inférieure ; c , lentille de la bascule; d, bascule.
- Fig. 5g. Pyramide terminée en trépan perforatif. a, son échancrure ; b, sa pointe quadrangulaire.
- Fig. 6o. Couronne, a, scie circulaire ; b , la cuisisse ; c, canal dont elle est percée pour recevoir la pyramide.
- Fig. 6i. Tire-fond.
- Tribclcon. — Les pincettes, la curette et le tire-fond sont les instrumens les plus nécessaires pour l’extraction des corps
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- étrangers lancés par la poudre à canon, et M. Percy a eu l’idée de les réunir dans un seul instrument appelé tribulcon. 11 se compose de deux branches échancrées pour l’entablure, comme celles du forceps, et réunies par un cliquet tournant ; leur partie antérieure a 5 pouces de long, et représente les pincettes, déliées , polies , plutôt plates que rondes, afin d’occuper moins de place dans la plaie, et terminées par une espèce d’ongle concave, lisse en dehors et en dedans, médiocrement creux, mais dont la concavité se prolonge de i5 à 18 lignes vers l’entablure, en forme de gouttière, et dont les bords sont minces, pour saisir plus facilement les corps étrangers. La longueur des manches ou jambes est d’environ 6 pouces ; toutefois , la branche femelle descend un peu plus bas que l’autre, et c’est à elle qu’on a imaginé d’adapter la curette, qui remplace l’anneau. Cette curette a absolument la forme de la curette qui termine le] bouton pour la lithotomie ; sa cavité est demi-circulaire ; sa profondeur est de 3lignes, et son fond tout-à-fait lisse. Près du cuilleron ou bec de cuillère , la branche présente une inflexion légère, qui l’éloigne de l’axe de l’instrument d’environ 3 lignes et demie.
- L’autre branche, ou la branche mâle, est droite et terminée par un anneau ; mais cet anneau appartient au tire-fond. En effet, cet instrument, réduit à la longueur de 5 à 6 pouces, terminé en avant par une mèche dont les pas sont nombreux, bien évidés, se renversent l’un sur l’autre, et finissent par ffeux petits crochets très pointus, présente près de l’anneau quelques tours de vis, et peut être fixé dans l’autre jambe, ipû est creusée d’un canal pour le recevoir , et qui a pour cet osage un peu plus de volume. Il y tient à l’aide du pas de vis pratiqué vers l’anneau. Cet anneau appartient à la fois au tire-fond, quand il est séparé de la jambe, et aux pincettes, quand '1 y est réuni.
- %• 62. Tribulcon. a,a, les pincettes ; b, l’entablure; c, la omette ; e, le tire-fond dans le canal de la branche femelle.
- Fig. 63. a, branche femelle ; b, son canal.
- F%. 64. Tire-fond, a , l’anneau; b, pas de vis pour le fixer Tome XI.
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- dans la branche femelle ; c,c, crochets qui terminent les pas
- de la mèche ; d, pas de la mèche.
- Trois-Quarts. — Instrument simple et ingénieux, à l’aide duquel on évacue les liquides aqueux accumulés dans une cavité naturelle ou accidentelle. Deux parties le forment : le poinçon et la canule. Le poinçon a une tige cylindrique, une pointe en pyramide triangulaire , et il est monté, à l’aide d’une soie, sur un manche en forme de poire, le plus souvent d’ébène , garni du côté du poinçon d’une coquille d’argent, et long de 2 pouces environ. Quant à la longueur et à la direction de la tige du poinçon , elles varient : le plus souvent, il est droit, et a deux pouces et demi de longueur et 2 lignes de diamètre. Quelquefois le trois-quarts droit a d» dimensions moitié moindres ; mais son usage dans ce cas est beaucoup moins fréquent. La canule est d’argent, moins longue que le poinçon de toute l’étendue de sa pointe ; elle doit recevoir la tige du poinçon à frottement doux, et vers h pointe lui être appliquée de manière à ne faire sur lui aucune saillie , et à pénétrer sans arrêt par l’ouverture qu’il a faite. Elle se termine du côté du manche par une plaque ronde et prolongée sur le manche en bec de cuiller , destinée à diriger dans un vase le liquide qu’on veut évacuer. Quelquefois le trois-quarts est courbe , comme celui que l’on emploie pour la ponction de la vessie au-dessus du pubis ; le poinçon est long de 12 centimètres ; sa courbure est une portion de cercle décrit avec un rayon de 9 centimètres un quart : cette courbure doit être très régulière, pour que la tige du trois-quarts puisse sortir facilement de la canule courbée de la même manière. Dans ce trois-quarts, on a fait pratiquer le long de la convexité de la tige , à partir de 3 centimètres de la pointe, une cannelure , et vis-à-vis l’origine de cette cannelure, ® trou à la canule , pour que le suintement de l’iirine annonce que l’instrument a pénétré dans la vessie. Le pavillon de h canule est garni de deux anneaux pour la fixer.
- Fig. 65. Trois-quarts droit, a, tige; b , pointe en pyramide triangulaire ; c, le manche ; d, la canule ; e, bec de cuiller.
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- INSTRUMENS DE CHIRURGIE. agt
- Fig. 66. Trois-quarts courbe, a,b, la cannelure.
- Tube laotngien. — Il sert à. introduire de l’-air dans les poumons, pour faire cesser l'asphyxie par défaut d’air. Sa forme est conique, et ressemble assez bien à celle d’une al-galie ; l’une de ses extrémités est évasée pour admettre; le bout d’un soufflet ou le bec de l’ajutage d’une vessie ; sa petite extrémité est aplatie, et percée de deux ouvertures allongées. A un pouce 3 lignes de cette extrémité , le tube présente une courbure légère, et une rondelle percée de trous pour fixer une lame d’agaric ou de peau de buffle , qui doit être appliquée sur l’ouverture du larynx, et empêcher l’air de refluer dans le pharynx.
- Ventouses. — La ventouse est un instrument à l’aide duquel en faisant le vide sur quelque partie du corps , on détermine sur cette partie l’afflux des liquides. La ventouse la plus simple est une cloche de cristal demi-sphérique, de 3 à 4 pouces de diamètre de hauteur, et dont la base a un bord épais , arrondi et mousse , pour ne pas blesser les tégumens sur lesquels le pousse la pression de l’atmosphère extérieure. On raréfie l’air de la cloche en y faisant brûler, quelques instans avant de l’appliquer, un morceau de papier, d’étoupe , ou quelques gouttes d’alcool.
- Ventouses à pompe. La ventouse ordinaire a quelques in— convéniens : le verre peut s’échauffer au point de brûler la peau avec laquelle il est en contact ; le papier ou l’étoupe peuvent, ou causer des brûlures , ou n’être consumés qu’in-complètement, et l’air de la cloche n’est pas assez raréfié. Ces iuconvéniens cessent dès qu’on adapte au sommet de la cloche «n corps de pompe aspirante et une tubulure en cuivre , qu’on ferme ou qu’on ouvre à volonté, par un robinet. La ventouse est utile pour les saignées locales, et l’on fait alors précéder son application de mouchetures, de scarifications, °u de piqûres de sangsues. Le bdellomètre n’est autre qu’une ventouse à pompe, à laquelle sont joints une espèce de scarificateur et tin robinet pour l’évacuation du sang contenu dans k cloche : mais il est plus simple de pratiquer les scarifi-
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- cations avant de poser la cloche, et souvent le sang attiré à la surface des plaies se coagule sur-le-champ, et ne peut s’écouler par le robinet ; aussi cet instrument est peu employé".
- M. Lisfranc parle, dans ses Cours, d'un instrument fort simple, destiné à préserver les mamelles des nourrices des fissures douloureuses que produit la succion exercée par les lèvres de l’enfant. C’est une espèce de godet en bois, de la forme d'une ventouse, mais à orifice beaucoup plus évasé, pour recevoir la mamelle, et qui présente à son fond un petit goulot d’un demi-pouce de saillie, portant, à 2 lignes de son extrémité, une rainure circulaire sur laquelle on fixe, à l’aide de fils, un pis de vache bien lavé, qu’on a bit bouillir dans du lait, pour exciter l’enfant à le prendre. Le vide qu’il fait avec sa bouche attire le lait dans l’intérieur du godet, sans douleur pour la nourrice. Cet instrument n’est autre qu’une ventouse.
- Nous ne finirons pas cet article sans adresser des remerrie-mens à M. Lesueur, le coutelier ordinaire des hôpitaux de Paris et de la Faculté de Médecine, le plus habile des fabri-cans d’instrumens de Chirurgie, et qui a bien voulu nous donner des renseignemens précis sur les dimensions des ins-trumens. L^a F.
- INTENDANT. Homme préposé à l’inspection, l’administration et la conduite des affaires d’une personne riche. L’intendant doit être versé dans les lois, pour pouvoir défendre les intérêts de son maître, empêcher les empiétemens de propriété et les servitudes passives ; il doit connaître assez bien l’agriculture et l’aménagement des forêts, pour être capable de régler les taux des locations, les époques de coupes des bois et de la pêche des étangs, l’entretien des bestiaux, la conservation des chasses, etc. ; enfin, il est peu de connaissances qu’on ne doive désirer voir réunies dans un intendant. Ces conditions nombreuses sont si rares à rencontrer, jointes a la probité, à la vigilance et à une bonne conduite, <p0D peut affirmer qu’il n’y a rien de plus difficile à trouver quUB bon intendant. Ces généralités suffiront pour notre Diction-
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- INTÉRÊT. 293
- Baire, où nous n’avons pas l’ambition de donner des préceptes de jurisprudence, et où les de'tails relatifs à la gestion des domaines sont exposés chacun à leur article. Fr.
- INTÉRÊT {Calcul). C’est le profit que le créancier retire du prêt de son argent ou de son matériel ; cette somme est consentie de gré à gré, et d’après des conventions spéciales. Dans toute entreprise manufacturière, il faut avoir grande attention à ne pas négliger de prévoir l’influence de l’intérêt des capitaux employés, sur les résultats du travail; et comme les machines et autres agens s’usent plus ou moins rapidement , il en faut répartir la valeur totale sur tout le temps de leur durée, aussi bien que les frais de réparation et entretien. Il est rare qu’on puisse évaluer cette dépense à moins du dixième du capital employé, et souvent elle coûte beaucoup plus.
- L’intérêt de l’argent s’énonce de deux manières : tantôt on indique combien ioo fr. rapportent en un temps donné; c’est le percentage des Anglais, qu’on ferait bien de franciser, et qu’on remplace par tant pour cent. Ainsi, 5 pour cent, qu’on est dans l’usage d’écrire ainsi, 5 p. f, signifie que 5 fr. est l’intérêt produit par ioo fr. de capital.
- Tantôt on désigne quel est le capital qui rapporte i fr. d’intérêt; c’est ce qu’on appelle le denier. Ainsi, de l’argent placé au denier 20, rapporte 1 fr. d’intérêt par 20 fr. de capital.
- Dans le premier cas, lorsque le chiffre de l’intérêt pour cent augmente, l’intérêt du capital prêté est plus fort ; il est moindre dans le second. La relation entre ces deux procédés de stipulation est telle, que le produit du denier multiplié parle percentage fait toujours 100. Cette règle servira, dans tous les cas , à traduire l’une de ces énonciations en son équivalent. 5 p. f équivaut au denier 20, 4 p. §• au denier 25, parce que 5 fois 20,4 f°is > donnent 100. Au reste , les stipulations par denier ne sont plus en usage.
- L’intérêt porté par les actes et contrats entre particuliers ne peut pas excéder 5 p. £, et 6 p. f en matière commer—
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- ciale. La loi considère comme usuraire tout inte'rêt plus élevé et le juge réduit la clause du contrat au taux légal. Mais ces dispositions législatives sont rendues vaines par la manière dont se fait le prêt ; car l’engagement étant libre et volontaire de la part: des contractans , et l’un d’eux ayant toujours le désir de hausser l’intérêt, tandis que celui de l’autre est de l’abaisser, le prêt- se fait nécessairement à un taux d’intérêt qui est réglé en général, et sans que ce soit au gré des contractans. Ce taux résulte de la rareté des capitaux ou de lent abondance, des sûretés qu’offre l’emprunteur ,. même de sa moralité, et d’une foule d’autres circonstances qui dépendent de la prospérité des affaires publiques. Alors celui qui prête à umtaux plus élevé que celui qui est légal, pour se soustraire à la loi , retient dans ses mains la somme qui représente l’excédant pour tout le temps que doit durer le prêt. Ainsi, le législateur n’a point pu atteindre le but qu’il se proposait, parce que les choses sont plus fortes que sa volonté, et que d’ailleurs celle-ci est injuste. Ces règlemens sont un reste de l’ancienne coutume, que les lumières du siècle, en ce qui touche le commerce et l’industrie, auraient dû faire disparaître. L’usure ne peut jamais exister que dans le cas où l’emprunteur n’avant aucune solidité, le prêteur veut couvrir les hasards de perte par des intérêts énormes.
- Le calcul de l’intérêt se fait par les réglés de trois, ou de proportions. ( F Arithmétique.) Ainsi, pour avoir l’interet de i25oo fr. à o p |, on raisonne de la sorte : si 100 fr. rapportent 5 d’intérêt, combien i25oo fr. rapportent-ils? ioo : 5 :: 12600 : x ; on trouve 625 fr. Le taux de 5 p. , étant le plus usité, nous ferons remarquer que l’opération se réduit à prendre le 20e du capital, c’est-à-dire la moitié , en supprimant un chiffre à droite.
- Le plus souvent, l’intérêt doit être calculé pour une durée autre que l’année entière; on multiplie alors le résultat par le temps ; ainsi, i25oo fr. en 2 ans doivent produire 2 fois 625 fr., et en 6 mois, la moitié de 625 fr.
- Dans le commerce , le temps durant lequel l’intérêt court
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- INTERLOPE. 295
- s'énonce en jours, et l’on est convenu de compter chaque mois pour 3o jours, et l’année entière pour 36o jours. La petite inexactitude que cet usage entraîne est sans influence sensible sur les résultats, attendu que les calculs n’embrassent ordinairement qu’une petite partie de l’année. D’ailleurs, dans un prêt d’argent toutes les conditions sont conventionnelles ; ainsi, nul n’est lésé.
- D’après cela, après avoir trouvé l’intérêt pour un an, il faut de nouveau poser une proportion. Par exemple , 625 fr. étant l’intérêt de 36o jours, pour Zf5jours, on dira 36o : 625 on trouve 78-^-, 12 pour résultat.
- On voit donc qu’en général, pour trouver Vintérêt dfun capital, il faut le multiplier par le percentage, et par le nombre des jours, puis diviser le produit par 36ooo.
- Le percentage est presque toujours un nombre simple, et ce faeteur se réduit avec le diviseur 36ooo ; de là on tire qu’î7 fau t multiplier le eapital prêté par les jours, et diviser
- Par............... 9000, 8000, 7200, 6000, 5760, etc.
- Si le tauxpour cent est 4> 4à> 5, 6, 6 5, etc.
- Ainsi, l’intérêt de i25oo fr. pendant 36 jours, à 6 p. f palan , se trouve en multipliant 125oo par 36, et divisant par 6000, ou bien multipliant 12,5 par 6, ce qui fait 75 fr.
- 11 y a deux autres-sortes d’intérêt, les Asxcités (V. ce mot) et Y intérêt composé. Dans ce dernier cas-, au lieu de recevoir Fintérêt convenu à chaque échéance, on le laisse fructifier entre les mains de l’emprunteur, ou bien on le place ailleurs , pour qu’il soit productif d’intérêt. Comme cette opération ne se rencontre jamais dans le commerce, nous ne nous y arrêterons pas. ( V. mon Cours de Mathématiques pures, T- I, n° 212.) L’accumulation d’un capital avec les intérêts des intérêts ne tarde pas à produire des sommes considérables. C’est sur cette augmentation qu’est fondé l’établissement de là Caisse d’Épargnes. Il V a un opuscule sur cette matière, par M. Juvigny. M. Grémilliet a fait aussi un excellent ouvrage sur les intérêts composés et les annuités. Fr.
- INTERLOPE (Commerce). Lorsqu’une compagnie a reçu,
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- dans un pays le privilège de faire seule un genre de commerce, toute personne qui, sans autorité', s’y livre, fait un commerce interlope. C’est une contrebande d’une espèce particulière , qui offre à la fois de grands bénéfices et des risques de confiscation , d’amende , de prison, etc. Fr.
- INTERMITTENCE {Arts plij-siques). C’est le terme par lequel on indique une action ou un effet interrompu et repris, ou qui présente des alternatives de force et de faiblesse. Par exemple , dans le jeu d’une pompe ordinaire, l’eau ne monte que par accès ; et c’est la raison pour laquelle , dans les pompes foulantes , qu’on destine à éteindre les incendies, on est obligé, pour rendre le jet continu et d’égale force, d’v adapter un réservoir d’air comprimé. ( V. Incendie. ) En général , les intermittences d’effets sont nuisibles dans les machines, parce qu’elles proviennent d’actions successives qui ne peuvent exister qu’avec des pertes de forces vives. Nous ne donnerons pas ici de procédés généraux pour éviter les intermittences , parce que, toutes les fois qu’une machine est décrite dans notre Dictionnaire, et qu’elle est de nature à présenter cet inconvénient, nous avons soin d’en indiquer le remède. Le plus souvent, c’est à l’élasticité de l’air qu’on a recours , comme dans l’exemple cité ; quelquefois aussi on distribue les parties du mécanisme de manière à donner à la puissance la continuité oji l’uniformité dont elle est privée, en employant des Manivelles , des Cames , des Courbes de friction , etc.; on se sert aussi de Volans.
- Comme nous avons traité des Fontaines intermittentes ( V. ce mot ), nous ne reviendrons pas ici sur ce sujet. Fr.
- INVENTION. V. Brevets. Fr.
- INVENTORIER (ârtd’) ( Technologie). Vers la fin du siècle dernier, le gouvernement fit imprimer avec profusion une instruction sur Y art d’inventorier et de conserver tous les objets qui peuvent servir aux Arts, aux Sciences et à l’enseignement. Cette instruction est aujourd’hui trop peu connue; son exécution est tombée en désuétude, et beaucoup d’objets précieux , souvent négligés parce qu’ils se trouvent entre les
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- INVENTORIER. 297
- mains de personnes peu instruites, achèvent de se détériorer, par la raison qu’elles ignorent la manière simple et facile de les conserver. Nous allons extraire de cette instruction tout ce qui nous paraît le plus utile.
- Les inventaires doivent être faits selon un ordre méthodique et selon les grandes divisions adoptées par les savans les plus instruits des diverses parties qu’ils ont le mieux étudiées, divisions dans lesquelles, au moyen de chiffres et de lettres, on peut reconnaître facilement les parties appartenant aux bibliothèques et celles relatives aux Musées des Arts et des Sciences. D’après ce système, tout ce qui appartient aux ouvrages imprimés doit être accompagné de lettres majuscules qui désignent la division, et de lettres minuscules italiques qui indiquent les objets d’Àrts ou de Sciences , c’est-à-dire des modèles ou des échantillons. Voici les grandes divisions, qui peuvent se borner à quinze.
- {Minéralogie.................. A
- Zoologie.................... R
- Botanique................... C
- Physique.....................-..........,..... D
- Chimie........................................» E
- Anatomie, Médecine, Chirurgie................... F
- Mécanique , Arts et Métiers.................... G
- Géographie et Marine.............................H
- Fortifications, Génie militaire................. I
- Antiquités...................................... J
- Littérature..................................... K
- Peinture et Sculpture........................... L
- Architecture.................................... M
- Musique......................................... N
- Ponts et Chaussées............................. O
- Grandes divisions.......... i5.
- Les objets d’Histoire naturelle relatifs à chacune des trois grandes divisions A,B,C, doivent être classés d’après les sys-
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- tèmes des auteurs les plus accrédités et les plus modernes On ajoute après la lettre majuscule qui indique la grande division , des lettres minuscules, soit eu caractère romain, qm peuvent désigner les genres, et des lettres en italique qui peuvent indiquer les espèces. On peut s’aider encore pour les sons-espèces, ou des lettres prises dans l’alphabet grec, ou par des chiffres arabes ou romains.
- Le même exemple que nous avons donné pour la classification des objets d’Histoire naturelle dans l’inventaire qu’on en dresse,. s’applique également à toutes les autres grandes branches dont nous avons donné l’énumération. L’objet le plus important après l’inventaire', est la conservation des objets ; nous allons nous en occuper.
- Les objets de Botanique sont, ou dans un état de dessiccation parfaite, renfermés dans des herbiers et aplatis ; ou quelquefois dans des bocaux, afin de conserver la plante entière avec ses fleurs sans altérer ses formes ; ou bien enfin, dans des cadres sous verre.
- Dans le premier cas, il faut avoir soin de classer ces herbiers dans des lieux qui ne soient ni trop humides ni trop secs. L'humidité cause un bien plus grand préjudice aux herbiers que la sécheresse trop considérable ; celle-ci donne une trop grande fragilité aux parties délicates des plantes ; elles se cassent et se perdent. L’humidité, au contraire, les pourrit après avoir enlevé ou altéré les couleurs. Les herbiers sont attaqués par les insectes; il faut les visiter souvent, et placer les papiers qui les contiennent dans des boîtes fermées arec beaucoup de soin, et les garantir de la poussière, en les brossant de temps en temps.
- Les plantes conservées dans des bocaux sont immergées dans une liqueur conservatrice, qui est la même qu’on emploie pour les objets de Zoologie : nous la ferons connaître à cet article ; en indiquant les précautions à prendre pour les boucher hermétiquement. Il faut avoir soin de tenir toujours pleins les vases ou bocaux qui renferment des fleurs, des fruits et autres parties des végétaux conservées dans des liqueurs.
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- Quant aux plantes conservées dans des cadres sous glace, il faut coller avec soin une bande de papier sur les bords de la glace en dedans du cadre, afin que les insectes ne puissent pas entrer de ce côté, et passer une couche ou deux de couleur â l’huile sur ce papier. On fixe ensuite la plante sur le carton qui doit remplir le cadre, et avant de le mettre en place, on l’expose à la Vapeur du gaz acide sulfureux ; ensuite; après l’avoir fixé, on colle du papier tout autour, et lorsqu’il est bien sec, on passe sur toute sa surface extérieure deux ou trois couches de couleur à l’huile. Il est bon encore d’enlever souvent la poussière qui s’attache au cadre.
- Les objets de Zoologie se présentent sous plusieurs formes, que nous réduirons à quatre, en ne les considérant seulement que sous le rapport de leur conservation.
- i“. Quelquefois on n’en conserve que les squelettes ; alors il suffit de les tenir proprement, en les débarrassant de la poussière qui s’y attache.
- 2°. On empaille le plus souvent les quadrupèdes, les oiseaux , les poissons. Lorsqu’ils ont été bien préparés par la solution du sublimé corrosif, les insectes les attaquent difficilement; cependant, il ne faut pas négliger de les débarrasser , et mieux de les préserver de la poussière en les enfermant dans des armoires qui ferment bien, et sous verre. Il faut de temps en temps les soumettre à une fumigation de gaz acide sulfureux.
- 3°. Il y a des objets de Zoologie, tels que des fœtus, des monstres, des parties des animaux , des serpens, des vers nus, etc. , qui ne peuvent se conserver que dans des ligueurs , parce qu’ils perdent., en se desséchant, tous les caractères de leurs formes.
- 4°. Les papillons, les crustacés, les arachnides, se dessèchent et se conservent sous verre dans des cadres ou dans de petites boîtes hermétiquement fermées. On doit prendre, avant de les y placer, les mêmes précautions que nous avons indiquées pour les plantes qu’on veut conserver de la même manière. Ces objets ne craignent que les insectes, qui sont de
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- 3oo INVENTORIER.
- plusieurs espèces, et qui attaquent les collections d’His-
- toire naturelle. On en prévient les dangers par des soins
- assidus.
- La fumigation par le gaz acide sulfureux est un procédé utile, mais qu’il faut employer à propos, et toujours avec économie ; car l’action trop répétée de cette vapeur rend les substances animales , surtout les plumes , très cassantes, en même temps qu’elle altère à la longue toutes les couleurs.
- Rappelons ici que le gaz acide sulfureux ne produit aucun effet marqué sur les œufs des insectes, qu’il n’agit que sur les larves et sur les insectes parfaits. C’est donc dans les mois de décembre et de janvier qu’il faut surtout y recourir, parce que c’est alors qu’éclosent les larves des teignes.
- On fumige aussi dans l’été, et en général toutes les fois que les substances animales à conserver paraissent en avoir besoin ; mais il faut alors employer ce moyen à divers intervalles, afin d’agir plus efficacement sur les larves des der-mestes, etc., qu’on voit éclore depuis le printemps jusqu’à l’automne.
- La liqueur de Guyot, mise en usage avec un grand succès pour la conservation des substances végétales et animales, mérite la plus grande attention. Nous pensons qu’on nous saura gré d’en publier ici la formule, qui n’est point assez connue des gens de l’art.
- Pour la préparer , on prend vingt litres de la meilleure eau-de-vie, dont on retire, par la distillation, cinq litres d’alcool ; on ajoute ensuite à ce qui reste parties égales d’eau de puits et une livre de fleurs ou de feuilles de lavande verte ; on distille de nouveau et jusqu’à siccité ; cela fait, ou prend onze parties de l’alcool qui a passé dans la première distillation, on les mêle avec soixante-neuf parties d eau de puits, et l’on ajoute à ce mélange parties égales de la liqueur fournie par la seconde distillation. On obtient ainsi la liqueur conservatrice de Guyot, qui est de la plus grande limpidité, dont la saveur est un peu amère, dont l’odeur est légère" ment aromatique, qui ne contient guère qu’une partie d a coo
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- sur treize parties d’eau, et qui n’exige qu’une dépense très
- modique.
- Les bocaux doivent être hermétiquement fermés avec du liége > ïue l °n a fait tremper pendant quelque temps dans une composition de trois parties de cire et d’une de suif, tenues liquides à une température qui ne soit pas capable de foire boursouffler le liège. Le bouchon se trouve ainsi couvert d’un enduit flexible, qui en pénètre les pores et qui empêche toute évaporation. On les bouche encore mieux avec un disque de verre bien ajusté sur l’orifice du bocal, dont on use les bords sur une planche bien dressée, et à l’aide de l’émeri, afin de les mettre sur un même plan ; on met pardessus un morceau de papier huilé ; on recouvre ce papier huilé avec un morceau de plomb laminé , sur lequel on pose un parchemin "trempé dans de l’huile colorée avec du noir de fumée ; enfin, on lie ce parchemin autour du bocal avec une ficelle très fine, que l’on serre le plus qu’il est possible. À l’aide de ces précautions, on n’a à craindre aucune évaporation.
- Les objets de Minéralogie n’exigent que de la propreté. Il faut les soustraire à la poussière , qui non-seulement les encrasse de manière à en masquer les caractères , mais parvient à la longue à altérer les couleurs dont brillent un grand nombre d’entre eux, et qui servent souvent à les faire reconnaître. Il faut les tenir renfermés dans des armoires vitrées , ou mieux dans des boites pareillement vitrées , qui peuvent servir de tiroirs à des armoires. Sur chacun de cès tiroirs est collée une étiquette apparente, de manière à faire connaître distinctement les objets qui y sont contenus, afin de faciliter les recherches.
- La conservation des livres, des manuscrits, des recueils de musique, des cartes géographiques, des gravures, des lithographies, exige des précautions analogues. Beaucoup de propreté, les battre souvent pour en chasser la poussière, qui les altère et donne aux vers la facilité de s’y introduire. Il est bon, dans une bibliothèque considérable, d’avoir de
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- distance en distance un volume relie' avec du cuir de Russie,
- dont l’odeur forte éloigne les vers et les fait périr.
- Les cartes géographiques et les gravures de toute espèce doivent être classées d’après de bonnes méthodes , et placées dans des portefeuilles qu’on tient proprement renfermés dans des armoires. On les époussette de temps en temps.
- Les objets qui sont relatifs aux autres grandes divisions, sont tous, à l’exception de la Peinture , des modèles d’instrn-mens en bois , en laiton , en fer ou en acier, dont les règles de conservation exigent quelques détails.
- Les instrumens tout en bois , ou dans lesquels le bois entre pour quelques parties, doivent être tenus dans des locaux qui né soient ni trop secs ni trop humides. En général, on ferait bien de les couvrir de trois couches de couleur à l’huile, pour les parties au moins où ce moyen peut être employé sans masquer les formes ou les coupes que l’on a intérêt de laisser à découvert.
- Quant aux parties de ces instrumens qui sont en fer, en acier ou en laiton , elles ne sont susceptibles de se détériorer que par l’humidité et par la poussière. On se débarrasse de la poussière facilement par de la propreté, en époussetant et en frottant de temps en temps les parties métalliques. 11 n’est pas aussi facile de les préserver de l’humidité de l’air, qui les oxide ou les rouille. On peut prévenir l’oxidation des parties en cuivre, en les couvra* t d’un vernis qu’on nomme Vessb anglais ( V. ce mot ), qui donne une belle couleur au laiton, en le préservant d’oxidation. Les pièces se nettoient ensuite en les frottant avec un linge fin propre, sans addition daucune substance quelconque. Le tripoli , le blanc d’Espagne , etc., enlèvent le vernis, et rendent par là les pièces sujettes à l’oxidation.
- Les pièces de fer ou d’acier polies se conservent assez longtemps sans oxidation, pourvu que chaque jour, après les avoir frottées avec un. linge propre, on les frotte avec un morceau de drap sur lequel on a répandu quelques gouttes d’huile. Cette huile, bien étendue sur la surface, empêche
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- l’humidité de s’y attacher. Nous avons conservé long-temps, à l’abri de toute oxidation, des pièces de fer ou d’acier polies, <jue nous avions recouvertes du vernis anglais, comme nous l’avons dit pour les pièces de laiton. Le vernis à l’alcool ou au copal, indiqué par Tingry, page i4o de son premier volume, remplit parfaitement ce but. ( V. Vernis. )
- Lorsque les pièces de fer ne sont pas polies, on les couvre d’une à deux couches de couleur noire au vernis ; elles sont alors garanties de l’oxidation.
- La conservation des tableaux exige de grandes précautions. D’abord on doit les préserver de toute humidité, et lorsqu’il est indispensable de les faire restaurer, il ne faut les confier qu’à des mains très habiles, à des hommes qui ont déjà fait leurs preuves dans un art aussi délicat.
- Les planches gravées demandent des soins particuliers poulies soustraire à l’oxidation : on a proposé de les couvrir du même vernis que les artistes emploient pour la gravure à l’eau-forte. D’autres ont pensé que la moelle de bœuf est le meilleur moyen dont on puisse faire usage. On doit la préparer de la manière suivante : on la fait fondre dans un pot de terre neuf; on la passe au travers d’un linge blanc ; on la fait chauffer ensuite jusqu’à ébullition , pour en faire évaporer toute la partie aqueuse , et on l’emploie comme il suit : on fait chauffer la planche sur un feu de braise, et on la frotte avec un linge blanc et doux, imprégné de la moelle pre'parée comme nous venons de le dire, en évitant de toucher la pièce avec les mains nues.
- Le procédé indiqué depuis peu par Pertins, nous paraît le plus sûr. Il couvre les planches, de quelque nature qu’elles soient, cuivre ou acier, d’une dissolution claire de caout-chouc par l’éther sulfurique. Ce procédé, répété à Paris , a très bien réussi.
- On voit, par l’extrait succinct que nous venons de donner de l’instruction qui fut publiée vers la fin du siècle dernier, aux dispositions de laquelle nous avons ajouté les moyens de conservation que l’on a découverts depuis; on voit, dis-je^
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- que la conservation des objets de Sciences ou d’Arts, dans les grands et dans les petits e'tablissemens, exige, de la part de celui qui en est chargé, une surveillance continuelle, une grande propreté, et assez de connaissances pour appliquer à propos les moyens que l’expérience a consacrés.
- On s’est sans doute aperçu aussi qu’il est presque impossible qu’un seul homme renferme assez de connaissances particulières pour faire un inventaire méthodique et raisonné de tous les objets renfermés dans un établissement un peu considérable. Ce soin doit être confié à une réunion de satans dans tous les genres , afin que du résultat de leur travail, il en sorte un ouvrage clair, précis et méthodique , dans lequel on puisse trouver, au premier coup d’œil, les objets que l’on cherche. L’étude des Sciences et des Arts^en devient plus facile, et les fruits qu’on en retire sont bien plus solides et plus durables. L.
- INVERSES (Règles). Espèce de règle de trois, dont 1« élémens sont tels, que lorsqu’on fait croître l’un , il y en a un autre terme qui doit décroître dans le même rapport. Par exemple, i5 ouvriers ont fait un ouvrage en 8 jours, combien faudrait-il employer d’ouvriers pour faire cet ouvrage en io jours? Il est clair que plus il y a d’ouvriers, et moins on doit les employer de temps ; c’est donc une règle inverse. On pose cette question en proportion, en écrivant les trois nombres donnés en ordre inverse ou rétrograde; d’où vient la dénomination reçue; 10 ; 8 ” t5 t x. Réponse, 12 ouvriers. (V. Arithmétique. ) Fa.
- IODATES. Genre de sels qui résultent de la combinaison de l’acide iodique avec les bases salifiables ; ils ont pour la plupart la propriété de fuser à la manière du nitre et des chlorates quand on les projette sur les charbons ardens. L’iodate d’ammoniaque est fulminant. Aucun d’eux, jusqu’à présent, n’a été employé ni dans les Arts ni dans la Médecine.
- Les iodates solubles se préparent en délayant l’iode dans te solutions alcalines concentrées. Les iodates insolubles s’obtiennent par double décomposition. ( V. Iode. ) R-
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- IODE. Substance dont la decouverte est due à M. Courtois, salpétrier de Paris , qui la fit connaître confidentiellement, gn 1812, à MM. Clément et Desormes. Ces deux chimistes ne la rendirent publique qu’en novembre i8i3, époque à laquelle ils lurent une notice à l’Institut ; mais ils se bornèrent à en donner l’historique et à annoncer quelques-unes des propriétés les plus saillantes. Huit jours après, M. Gay-Lussac lut un Mémoire, dans lequel il démontra que c’était un corps simple particulier, qu’il désigna sous le nom à’iode ; et il fit voir qu’il se comportait, en beaucoup de circonstances , comme le chlore. Dans la séance suivante de l’Institut , M. Davy , alors à Paris, adressa de nouvelles observations, confirmatives des précédentes ; et enfin, quelques mois plus tard, M. Gay-Lussac publia un Mémoire détaillé, dans lequel il fit connaître la plupart des combinaisons que ce corps est susceptible de former, et il assigna d’une manière positive le rang qu’il devait occuper dans la série de ses analogues. Ainsi, M. Gay-Lussac plaça l’iode entre le chlore et le soufre.
- Ce fut en exploitant des soudes de vareck pour en retirer les diffcrens sels qu’elles contiennent, que M. Courtois découvrit Yiode. Il en retirait d’abord tout ce qu’il était possible d’en séparer par la cristallisation, et lorsque les lessives concentrées refusaient de cristalliser, il saturait le peu de soude qu’elles contenaient par de l’acide sulfurique, pour en retirer ensuite le sulfate de soude formé. M. Courtois avait remarqué que cette saturation était constamment accompagnée d’une vapeur, tantôt rougeâtre , tantôt pourpre , qu’il attribua à la présence d’une certaine quantité de gaz nitreux ; mais ce qui attira surtout son attention, ce fut la promptitude avec laquelle les chaudières en tôle dont il se servait étaient percées. A force de rechercher la cause de cet accident, afin de pouvoir y obvier, il crut devoir l’attribuer à une substance particulière qui se déposait sous forme de petites lames brillantes, de couleur de plombagine ; et il vit eu effet que, recueillies et mises en contact avec du fer, celui-ci était immédiatement corrodé.
- Tome XI.
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- M. Courtois s’assura en outre que c’e'taient ces mêmes pai], lettes qui formaient, en se gazéifiant, une vapeur violette; « il constata, en même temps, quelques autres propriétés con-signe'es dans la première notice publiée par MM. Clément et Desormes.
- Depuis cette époque, l’iode a été trouvé dans différentes substances. M. Gauthier de Claubry en a démontré l’existence dans plusieurs espèces de fucus ; M. Fife l’a trouvé dans les éponges ; plusieurs chimistes l’ont reconnu dans des sources salines, et particulièrement dans celles auxquelles on attribuait la propriété de guérir les goitres ; enfin , et c’est un fait bien digne de remarque, M. Vauquelin en a trouvé 20 p. 100 dans une mine d’argent du Mexique , qui le contient à l’état d’iodure.
- Pour se procurer l’iode en quantité un peu considérable, c’est toujours aux eaux-mères de soude de vareck qu’on a eu recours jusqu’à ce jour, et voici par quel procédé on parvient à l’extraire. Ces eaux-mères, alors même qu’elles ont été épuisées de tout ce qu’elles contiennent de cristallisable, renferment encore un assez grand nombre de combinaisons salines , et particulièrement des hydriodates de potasse et de soude, des nitrates de mêmes bases, et quelques chlorures. Dans les laboratoires , on introduit ces eaux-mères dans une cornue tubulée , à laquelle on adapte une allonge et un ballon; mais dans les ateliers où l’on s’occupe de la fabrication en grand de l’iode, on se sert tout simplement d'une grande marmite en terre vernissée, qu’on recouvre d’un chapiteau en verre tubulé, dont la douille va aboutir entre deux terrines en grès de même diamètre, et dont la supérieure sert de couvercle à l’autre : cette espèce de récipient est refroidi an moyen de linges mouillés dont on l’environne. Ces dispositions étant prises, on ajoute un excès d’acide sulfurique concentré ; il se produit immédiatement des vapeurs abondantes , d’abord rutilantes, et qui deviennent bientôt apres du plus beau pourpre. Les premières sont dues à de 1 acide nitreux provenant de la décomposition des nitrates contenu»
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- (Jans les eaux-mères, et les autres sont produites par l’iode même , qui va se condenser dans les récipiens en petites lames brillantes de couleur de plombagine, et qui affectent souvent des formes cristallines régulières ; ce sont, ou des octaèdres allongés, ou des rhomboïdes. Cet iode n’est pas pur; il reste imprégné d’une espèce d’eau régale qui a été dégagée en même temps , et qui provient de la décomposition des nitrates et des muriates qui accompagnent les hydriodates contenus dans les eaux-mères. Pour débarrasser l’iode de cet acide, on le lave dans un peu d’eau, on le met à égoutter entre des papiers non collés , puis on le délaie dans une nouvelle quantité d’eau légèrement alcalisée , pour le soumettre à la distillation.
- J’ai eu occasion d’examiner, conjointement avec M. Laugier, des eaux-mères de soude de vareck qui ne donnaient point d’iode par les moyens ordinaires , et qui en contenaient cependant une quantité notable. Je rapporterai ici les résultats de nos observations, parce qu’ils pourront être utiles à ceux qui se livrent à ce genre de fabrication.
- Ces eaux-mères , évaporées jusqu’à siccité, donnaient sur la fin de leur concentration d’abondantes vapeurs d’iode, ce qui nécessitait d’en achever la dessiccation en vaisseaux clos ; les vapeurs violettes qui s’exhalaient étaient accompagnées d’un gaz rutilant qui se condensait en une liqueur acide d’un rouge jaunâtre , que nous avons reconnue être une espèce d’eau régale. Le résidu devenait alcalin. Nous avons inféré de tous ces phénomènes , que l’action de la chaleur avait déterminé la décomposition, au moins partielle, des nitrates contenus dans ces eaux-mères, et que portion de l’acide résultant s’était substituée à l’iode dans les iodures.
- Ces mêmes eaux-mères, soumises sans évaporation préliminaire au traitement ordinaire par l’acide sulfurique, laissaient dégager beaucoup de vapeurs rutilantes, et l’on n’apercevait aucune trace d’iode ; néanmoins on retrouvait dans le récipient une liqueur acide formant, comme dans le cas précédent, «ne espèce d’eau régale, mais qui contenait beaucoup d’iode
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- en dissolution , qu’on pouvait séparer par la simple saturation au moyen des alcalis. Il ne faudrait cependant pas se servir d’ammoniaque pour cette saturation, parce qu’alors ce ne serait plus de l’iode qu’on obtiendrait, mais bien ce composé fulminant découvert par M. Colin, et qu’il a nommé, eu égard à sa composition, iodure d'azote.
- L’acide sulfurique n’est pas le seul corps auquel on puisse avoir recours pour séparer l’iode contenu dans les eaux-mères de varech; tous ceux qui, comme lui, sont susceptibles de s’emparer de l’hydrogène de l’acide hvdriodique se trouvent dans le même cas. De ce nombre sont l’acide nitrique, le chlore, etc. : mais l’acide sulfurique est celui de tous qui présente le plus d’avantages, tant sous le rapport de l’économie que sous tous les autres ; aussi est-ce le seul dont on fasse mention. On pense généralement que, dans cette décomposition des hv-driodates par l’acide sulfurique, portion de cet acide s’empare des bases, tandis que l’autre partie se trouvant en contact avec l’acide hydriodique devenu libre, le décompose à son tour en lui cédant de l’oxigène, qui s’unit avec l’hydrogène, d’où résulte tout-à-la-fois de l’eau, de l’acide sulfureux et de l’iode. Cependant il est à présumer que les choses ne se passent pas toujours ainsi; car si l’on verse de l’acide sulfurique concentré sur de l’hydriodate de potasse cristallisé, il ne se dégage pas d’acide sulfureux, bien qu’il y ait abondante précipitation d’iode : on sent aussi une légère odeur d’hydrogène sulfuré, qui se mêle à celle de l’iode. On ne sait com-, ment concilier ce résultat avec les idées reçues.
- Quoi qu’il en soit, l’ûg^e obtenu et purifié par les procédés que nous avons indiqués,'jouit des propriétés suivantes. Il est solide ; il a la couleur et le brillant de la galène ; sa densité, à 170 centigrades , est de 4,348 ; il est fusible à 107°, et d entre en ébullition de 1^5 à 1800; sa vapeur est violette, mais il reprend , en se condensant, et la couleur et la forme cristalline que nous lui avons assignées ; son odeur a la plus grande analogie avec celle du chlore étendu. L’iode mise» contact avec la peau, y laisse une tache d’un jaune brun ;
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- mais il ne corrode pas l’e'piderme, comme cela a lieu avec l’acide nitrique, et même l’iode une fois enlevé, la tache se dissipe peu à peu.
- L’iode est susceptible de s’unir à l’oxigène et à l’hydrogène, mais en certaines circonstances seulement, et non par son contact immédiat avec ces corps ; il forme, avec chacun d’eux, un acide particulier, qu’on distingue sous les noms à’acide iodique et d’acide hjdriodique.
- La plupart des autres corps simples se combinent également à l’iode, et forment une série de composés auxquels on a donné le nom générique d’iodures. Nous ne décrirons ,• avec quelques détails, que ceux de fer et de potassium , parce que ce sont à peu près les seuls usités, et qu’ils fournissent d’ailleurs le moyen de se procurer presque tous les autres.
- On a proposé successivement différens procédés pour préparer l’iodure de potassium. Ainsi, on s’est d’abord servi, d’après le conseil de M. Gay-Lussac , d’une dissolution de potasse caustique qu’on saturait par une proportion convenable d’iode ; celui-ci, placé ainsi sous l’influence de l’alcali,, se transformait, au moyen des deux élémens de l’eau , en acide hydriodique et en acide iodique qui se combinaient immédiatement à la potasse, et, de même que cela a lieu pour le chlore, il se formait tout-à-la-fois deux sels, Vio-date, qui, étant peu soluble, se précipitait pour la majeure partie sous forme de poudre blanche grenue, etl’hjdriodaie , qui restait dans la solution ; on l’évaporait, et l’on obtenait par cristallisation l’iodure de potassium. Cette méthode , assez dispendieuse en elle-même, offrait en outre le grave inconvénient de faire, malgré soi, beaucoup d’iodate , qu’il fallait ensuite convertir en iodure par la calcination , ce qui nécessitait un surcroît de dépenses et d’inconvéniens.
- Quelques praticiens préféraient préparer d’abord l’acide bydriôdique , qu’ils saturaient ensuite par l’alcali , et pour cela, ils faisaient d’abord passer un courant d’hvdrogène sulfuré dans de l’eau contenant de l’iode en suspension. L’acide hydrosulfurique se décomposait ; son hydrogène se combinait à
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- l’iode et le convertissait en acide hydriodique, qui restait colore' en.rouge-brun tant qu'il y avait de l’iode en excès-mais aussitôt que la liqueur devenait blanche , l’opération était terminée : alors on chauffait légèrement, pour chasser l’excès d’hydrogène sulfuré; on filtrait pour séparer le soufre, puis on saturait par la potasse. Dans ce procédé, il y a perte d’un peu d’iode , qui reste combiné avec le soufre.
- Ces deux méthodes, qui ont pu suffire pour préparer de petites quantités d’iodure, sont devenues et trop embarrassantes et trop coûteuses quand il a fallu agir sur des masses; c’est ce qui a forcé d’avoir recours à un moyen beaucoup plus simple, qui a été proposé par M. Coriol, et qui se trouve généralement adopté maintenant. Ce procédé consiste à verser dans un vase en grès ou en.fonte , une quantité convenable d’eau, et a y délayer toute la proportion d’iode qu’on veut traiter ; puis on ajoute peu à peu de la limaille de fer bien nette et bien décapée ; on agite avec un bâton, et quand on s’aperçoit que toute la limaille est dissoute, on en ajoute une nouvelle portion : on continue ainsi jusqu’à ce qu’un excès de limaille reste inattaquée ; alors on laisse pendant un certain temps eu repos, puis on décante. On lave le résidu à diverses reprises, et lorsque .toutes les liqueurs claires sont réunies, on transforme l’bydriodate de fer qu’elles contiennent en hydriodate de potasse , au moyen d’une solution de sous-carbonate de cette base, qui précipite le fer à l’état de sous-carbonate et sous forme d’un magma très abondant.‘On filtre de nouveau , on lave le sous-carbonate ferrugineux avec beaucoup de soin, et l’on soumet le tout à l’évaporation ; et quand la liqueur, est suffisamment rapprochée , on obtient par refroidissement des cristaux cubiques, blancs, opaques, qui sont l’iodure de potassium. Les derniers cristaux sont un peu colorés, et, pour éviter de les redissoudre, on les lave avec un peu d’alcool, qui les débarrasse des eaux-mères dont ils sont encrassés. Il est bon de refiltrer la liqueur à chaque nouvelle
- cristallisation.
- Il arrive; assez fréquemment que les premières cristallisa'
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- tions, au lieu d’offrir des cubes blancs et opaques, ne présentent que des octaèdres allongés , jaunâtres et transparens. La cause de cette sorte d’anomalie était tout-à-£ait inconnue. M. Berthemot, élève de M. Pelletier, s’étant servi par hasard, pour cette préparation, de potasse qui contenait du plomb, présuma que c’était à la présence de ce métal qu’était dû ce changement de forme et de couleur ; en conséquence, il eut recours, pour éliminer ce métal , à l’intervention de l’hydrogène sulfuré. Il réussit en effet, par ce moyen, à séparer un peu de sulfure de plomb et à rétablir les cristaux dans leurs qualités habituelles. Pour plus de certitude encore, M. Berthemot prit de la potasse pure , à laquelle il ajouta un peu de plomb, et l’iodure qu’il obtint avec cet alcali prit également la forme octaédrique : ainsi, ce jeune chimiste regarda ses conjectures comme pleinement confirmées. Cependant, comme j’avais souvent éprouvé le même inconvénient sans m’être jamais servi de po tasse autre que celle du commerce , il m’a paru difficile d’attribuer à cet alcali la présence du plomb dans l’iodure , et j’ai regardé comme beaucoup plus probable que ce métal ait été fourni par les vases en plomb dans lesquels on évapore les lessives de vareck. Quoi qu’il en soit, on est vraiment surpris qu’une quantité de plomb qui ne va pas au-delà d’un dix-millième suffise cependant pour déterminer dans les qualités physiques de l’iodure un changement aussi tranché ; car certes , on ne peut présumer ici que ce soit le résultat d’une combinaison à proportion déterminée.
- On conçoit que tous les autres iodures solubles peuvent se préparer par le même procédé, et que les iodures insolubles peuvent s’obtenir par double décomposition , c’est-à-dire en versant dans une dissolution d’iodure de potassium ou de sodium, une dissolution ou de mercure, ou d’argent, ou de plomb, suivant qu’on veut avoir l’un ou l’autre de ces iodures.
- M. Coindet, médecin à Genève , est le premier qui ait recommandé l’emploi de l’iodure de potassium contre les en-
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- gorgemens lymphatiques , et particulièrement contre les goitres ; il en a obtenu de grands succès, et l’on a généralement reconnu depuis que ce me'dicament, qui, comme tant d’autres, peut devenir dangereux dans des mains inhabiles, est susceptible cependant de rendre d’éminens services quand il est sagement administré.
- On fait usage aussi en Médecine des iodures de mercure, principalement contre les affections herpétiques. Le proto-iodure est d’un jaune verdâtre ; il se prépare par double décomposition avec l’iodure de potassium et le protonitrate de mercure, l’un et l’autre en solution. Le deutoiodure s’obtient en substituant le deutonitrate , ou mieux encore, le deutochlorure, au protonitrate mercuriel. Ce deutoiodure est d’un beau rouge de vermillon ; mais comme cette combinaison n’est pas très permanente , sa couleur ne l’est pas non plus. On prétend cependant qu’en Angleterre on est parvenu à la rendre assez stable pour pouvoir l’employer en peinture.
- L’iode en substance est devenu pour les chimistes un réactif assez important. Sa simple solution dans l’eau ou dans l’alcool sert à faire reconnaître la présence de la fécule amilacée dans les corps où elle se rencontre, parce qu’il résulte de leur contact mutuel une belle couleur bleue d’indigo, qu’on parvient cependant à mieux de'velopper par l’addition d’un peu d’acide. R.
- IONIQUE (Ordre). (V. Architecture.) Fr.
- IPÉCACUANHA. Racine que nous recevons du Brésil, et qui est fort usite'e en Médecine à cause de sa propriété émétique. On en connaît de plusieurs espèces, qu’on rapporte a différentes plantes. Il existe même , sous ce rapport, peu d’harmonie entre les botanistes ; cependant on est maintenant assez généralement d’accord sur les principales espèces reçues dans le commerce, et l’on regarde comme bien démontré que l’ipécacuanha dont nous faisons le plus grand usage appartient à la famille des rubiacées. Cette espèce est connue dans les pharmacies sous le nom A’ipécacuanha gris : la plupart des auteurs la rapportent au callicocca ipecacv.anha de Brotero,
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- IPÉCACÜANHA. 3i3
- plante qui appartient aux rubiace'es de Jussieu , de la tétran-drie monogynie de L. Elle se distingue des autres espèces du même genre, par sa tige montante , presque ligneuse, sarmen-teuse ; par ses feuilles ovales , lancéolées, pubescentes en dessous ; les fleurs , placées au sommet d’un pédoncule entouré d’un involucre à quatre feuilles, en cœur ; et enfin, par sa corolle à cinq divisions.
- Les racines de cette plante, qui constituent l’ipécacuanha proprement dit, sont diversement contournées , ligneuses, brunes en dehors , blanches à l’intérieur, chargées d’anneaux ou de tubercules transversaux plus ou moins prononcés, rugueuses. L’axe ligneux ou méditullium est grêle et beaucoup plus mince que l’écorce : celle-ci est très épaisse, charnue, résineuse, peu adhérente à la partie ligneuse ; la saveur en est âcre, amère et mucilagineuse.
- Une autre espèce moins répandue, est celle connue sous le nom d’ipécacuanha brun, généralement attribué au psy-colria emetica de Mutis , qui appartient également à la famille des rubiacées de J. Celui-ci paraît originaire du Pérou; on le nomme aussi ipécacuanha du Mont-df Or. Il est cité par plusieurs auteurs comme étant le pins estimé. Les racines en sont plus grosses , plus foncées en couleur que dans l’ipécacuanha ordinaire : les autres caractères sont à très peu près les mêmes , quoiqu’un peu plus prononcés dans celui-ci.
- \iennent ensuite plusieurs autres variétés , dont les unes se rapportent également à la famille des rubiacées, les autres à celle des violettes ; et comme cette dénomination àUpécar-cuanha paraît consacrée dans toute l’Amérique méridionale à désigner lés racines qui ont la propriété émétique, il en résulte que plusieurs autres familles, et notamment les aroïdes, les acanthacées , les euphorbiacées, les polygalées, ont aussi fourni leurs ipécacuanhas ; mais nous nous garderons d’entrer dans tous ces détails, qui ne peuvent intéresser que la science, et ne doivent point trouver place ici.
- L’ipécacuanha gris a été introduit en Europe par des Portugais , et il resta long-temps dans l’oubli, d’où il fut tiré,
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- en 1672 , par un médecin nommé Legros, qui en préconisa l’usage. Helvétius, médecin à Reims , devint ensuite un de ses plus zélés propagateurs. Le célèbre Daubenton est aussi an de ceux qui ont le plus contribué à mettre ce médicament en crédit, non plus comme un bon vomitif ou purgatif, mais comme un des meilleurs digestifs auquel on puisse avoir recours. Quand on l’emploie sous ce rapport, il ne doit être pris qu’à très petites doses, afin de n’exciter aucun symptôme pénible de nausée , mais seulement mie légère irritation capable de déterminer la sécrétion de la liqueur contenue dans les glandes de l’estomac ; liqueur sans laquelle la digestion ne peut s’opérer avec succès.
- Vers ces dernières époques , 1 ’ipécacuanha a reçu un nouveau degré d’intérêt des recherches chimiques dont il a été l’objet, et surtout de la découverte que M. Pelletier y a faite, d’un principe particulier, dans lequel réside la propriété vomitive de cette racine , et qu’il a nommé pour ce motif émétine. Nous n’entrerons point ici dans tous les détails de cette intéressante analyse , mais nous dirons sommairement comment on parvient à obtenir, ce nouveau produit, dont on ne connaît pas encore bien la composition.
- La racine d’ipécacuanha est d’abord réduite en poudre, puis traitée par l’éther, qui se colore fortement en jaune, et dissout une matière grasse particulière, qu’on peut extraire en soumettant les teintures éthérées à la distillation. Cette matière grasse est accompagnée d’une huile volatile d’une odeur tout-à-fait semblable à celle de l’ipécacuanha.
- La poudre d’ipécacuanha ainsi lavée par l’éther, est ensuite reprise par l’alcool d’abord froid , puis bouillant ; ces dernières teintures laissent déposer un peu de cire par refroidissement : on réunit toutes ces nouvelles teintures , on les fl® et on les soumet à la distillation, pour en retirer l’alcool. C est le résidu de cette distillation qui, convenablement desséché, constitue l’émétine des pharmacies ; mais si l’on veut 1 obtenir dans un plus grand état de pureté, on reprend ce résidu pat une certaine quantité d’eau, dans laquelle il se dissout presfl*
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- complètement ; on y ajoute une solution d’acétate de plomb, qui y détermine un abondant. précipité .et une décoloration presque complète. On filtre, on lave le magma avec un peu d’eau froide, on le délaie dans de l’eau distillée, et l’on soumet ce mélange à un .courant d’hydrogène sulfuré, et quand tout le plomb est converti en sulfure, on fait chauffer pour chasser rexcès.d’hydrogène sulfuré; on filtre de nouveau, ou évapore, et le produit de .l’évaporation est la substance essentiellement vomitive de l’ipécacuanba. Elle jouit des caractères suivans : insplubie dans l’éther, soluble dans l’alcool et dans l’eau ; sèche , elle attire l’humidité de l’air. On peut l’obtenir en écailles minces et transparentes, d’une couleur rouge-brunâtre, sans odeur, d’une saveur un peu âcre, amère et point nauséabonde. Exposée à une chaleur moindre que celle de l’eau bouillante, cette substance se fond, se tuméfie et se décompose complètement. L’émétine se dissout assez bien dans les acides, surtout dans l’acide acétique ; la teinture de noix de galles, ou seulement l’acide gallique, déterminent dans sa solution un précipité abondant qui n’est plus émétique.
- . M. Pelletier , pour obtenir Yémétine dans son plus grand état de: pureté, prescrit de traiter la solution aqueuse d’émétine ordinahe par la magnésie calcinée, et de reprendre le dépôt magnésien par l’alcool , comme pour la morphine ; mais la quantité qu’on en obtient ainsi est tout-à-fait minime, et ne peut être mise en pratique pour les besoins de la Médecine.
- R.
- IRIDIUM ( Arts chimiques ). L’un des quatre métaux nouveaux .trouvés dans :1a inineLrute.de platine; il y existe combiné à l’état d’alliage avec Vosmium^scms forme de grains semblables, par leur couleur, à ceux de platine , -mais qui en diffèrent en ce qu’ils sont un peu plus durs , un peu plus pesans, et en ce que, isolés, ils ne.sont point attaqués par les acides les plus puissans : aussi, lorsque les grains de platine ont été dissous par l’eau régale , on a pour résidu les grains Yiridium osmié. Cependant on remarque qu’à la faveur du platine , une portion de l’alliage est dissoute avec lui par
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- l’eau régale ; et ce qui le prouve, c’est que l’iridium colore en rouge le muriate ammoniaco de platine, précipité par le sel ammoniac des dernières dissolutions acides qui ont agi sur la mine brute de platine.
- L’iridium, découvert en i8o3 par Descotils, et dont les travaux de M. Yauquelin et de Tennant ont complété l’histoire , n’étant encore d’aucun usage dans les Arts, nous nous bornerons à indiquer en peu de mots les procédés qui servent à l’extraire, et les propriétés qui le caractérisent, soit à l’état de pureté, soit à l’état de combinaison avec les acides et les alcalis.
- L’alliage d’iridium et d’osmium , séparé du platine, étant inattaquable par l’eau régale, il faut avoir recours à la potasse caustique ou au nitrate de potasse pour obtenir les métaux qui le composent. Chauffés pendant une heure avec un de ces agens, les deux métaux s’oxident et deviennent susceptibles de se dissoudre ; de l’eau versée sur le résidu enlève un composé de potasse et d’osmium ; l’acide hydrochlorique un peu concentré se charge de l’iridium, et se colore successivement en vert jaunâtre , en vert bleuâtre ou bleu verdâtre, en bleu pur foncé, et enfin en jaune rougeâtre ; de là le nom d'iridium, par lequel on a voulu exprimer les diverses couleurs que ce métal communique à l’acide qui le dissout.
- D’après les dernières expériences de M. Vauquelia, les trois premières couleurs résultent d’un mélange dé fer et d’iridium : plus le fer abonde, plus la couleur jaune qu’il fournit tend à ramener au vert la couleur bleue de la dissolution de l’iridium ; ainsi, cette dernière dissolution est d’autant plus pure qu’elle est plus bleue. Quant à la couleur rouge, on l’obtient en soumettant la dissolution bleue à la chaleur de l’ébullition , et parla en oxidant davantage le métal quelle contient.
- Ainsi, l’on doit distinguer deux dissolutions d’iridium dans l’acide hydrochlorique : l’une bleue, qui est un hydrochlorate de protoxide; l’autre rouge , qui est un hydrochloraie de
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- peroxide. Ces deux dissolutions ont la singulière propriété' d’être décolorées sur-le-champ par quelques gouttes de protosulfate de fer ou d’acide hydrosulfurique, ou par l’addition du fer, du zinc ou de l’étain métalliques, et d’être ramenées, la première au bleu, et la seconde au rouge, par une petite quantité de chlore liquide ; phénomènes qui fournissent un excellent moyen de reconnaître la présence de l’iridium.
- Un léger excès de potasse versée dans une dissolution bleue d’iridium, ne précipite que le peu de fer qui peut s’y trouver : la dissolution, évaporée ensuite en consistance sirupeuse, donne des cristaux tétraédriques d’un sel noir si foncé, qu’on le prendrait pour du charbon ; c’est de l’hydrochlorate de potasse et d’iridium.
- Si l’on ajoute dans la dissolution rouge concentrée d’hy— drochlorate de peroxide d’iridium, de l’ammoniaque, il se forme un sel triple, ou hydrochlorate ammoniaeo d’iridium, d’un rouge pourpre si foncé , qu’il paraît noir. Ce sel offre un bon moyen d’obtenir l’iridium pur ; car il suffit de décomposer ce sel dans un creuset de terre couvert, pour avoir ce métal à l’état métallique sous forme de poussière. Un second procédé consiste à former un sulfure, en exposant au feu dans un creuset couvert, un mélange à parties égales de soufre et de sel ammoniaeo d’iridium , et à calciner à l’air le sulfure qui en est résulté : le soufre se dégage en acide sulfureux , et le métal reste à l’état de pureté.
- La grande affinité que M. Vauquelin a reconnue entre l’oxide bleu d’iridium et l’alumine, dont la précipitation a beu par l’ammoniaque versée dans une dissolution qui contient ces deux corps, a fait soupçonner à ce chimiste que l’iridium est le principe colorant du saphir oriental.
- L’iridium est d’un blanc d’argent ; il est infusible et inaltérable par l’oxigène à toutes les températures. Aucun oxa-ôde et aucun hydracide isolé n’attaque ce métal ; l’eau régale seule bien concentrée l’attaque faiblement et se colore légèrement en rouge : on ne vient à bout de l’oxider complètement , à la longue , que par l’action réunie de l’air, de la cha-
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- leur et de la potasse, ou du nitre , comme on l’a. dit p]œ haut. La disposition que l’oxide d’iridium paraît avoir de « combiner aux alcalis de préférence aux acides , donne lieu de penser que ce métal doit être considéré comme éminemment électro-négatif. p,**wR
- IRIS DE FLORENCE. Plante vivace de la famille des iri-dées, qui croît en Italie, dans la Carniole et dans les parties méridionales de l’Europe. Elle est cultivée dans quelques contrées , et principalement aux environs de Florence. à cause de sa racine, dont il se fait une assez grande consommation pour la fabrication des pois à cautère. Plusieurs botanistes pensent que ce n’est qu’une variété de Y iris germanica; elle a ses feuilles droites, glabres et d’un vert glauque; tige plus haute que les feuilles , portant deux belles fleurs blanches sans pédoncule.
- Aux environs de Florence, on la cultive sur des murs de terre, sur les bords des champs, et souvent on la destine à abriter des végétaux plus sensibles au froid.
- La récolte des racines ne se fait que la troisième anne'e de la plantation ; ce sont ordinairement ou des femmes ou des enfans qui sont chargés de ce soin. Aussitôt qu’elles sont arrachées de terre, on les dépouille de lettr écorce et on les étend sur des nattes de jonc pour les faire sécher au soleil: quelquefois on est obligé d’achever la dessiccation au four.
- La racine d’iris est tubéreuse , disposée en morceaux plus ou moins longs, inégaux, assez pesans, aplatis ; leur surface est raboteuse, à cause des petites racines qui en ont été séparées , et de l’écorce qu’on en a enlevée inégalement. Quand elle a été bien mondée , sa couleur est blanche à l’intérieur comme à l’extérieur. Cette racine est difficile à conserver ; te insectes en sont fort avides. La saveur de l’iris est âcre, ainere, et nauséabonde, surtout quand la racine est fraîche; elle es* moins prononcée après la dessiccation, et cependant la poudre conserve un principe très actif , car elle a occasioné des ac cidens assez graves chez des personnes qui en avaient fait usage pour aromatiser les cheveux.
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- Les parfumeurs se servent de la poudre d’iris pour donner l’odeur de violettes à différentes préparations.
- La fabrication des pois à cautère emploie une grande quantité' d’iris ; et elle convient sous divers rapports à cet usage : elle est d’un tissu lâche, spongieux et bien homogène ; elle se gonfle fort peu par l’humidité ; son odeur agréable masqué les émanations de la plaie, et son principe âcre fournit lé léger stimulant nécessaire au maintien de la suppuration.
- Les pois à cautère se fabriquent à l’aide du tour, et suivant que les morceaux de racines sont plus ou moins sains , on fait des pois plus ou moins gros ; on assortit ensuite les différentes grosseurs au moyen de cribles percés de trous égaux.
- En Médecine, on fait fort peu d’usage de l’iris ; elle entre cependant dans la composition de quelques médicamens.
- R.
- IRRIGATIONS , ARROSEMENS ( Agriculture ). La plupart des terrains deviennent impropres à la végétation, soit lorsqu’ils sont long-temps inondés, soit quand l’ardeur du soleil les dessèche. On remédie au premier de ces inconvéniens, qui atteint fréquemment les lieux bas , ou lorsque les pluies sont de longue durée, par des Desséchemexs , des fossés d’écoulement, des Digues, des Puisards, et autres procédés que nous avons décrits ailleurs. On rend au contraire au sol l’humidité qui lui est nécessaire, soit par des arrosemens , comme on le fait dans les jardins de petite culture , soit par des irrigations qui, à l’aide de constructions et de travaux convenables, amènent l’eau sur une grande étendue de terrain. Nous ne nous occuperons ici que de ce dernier sujet, attendu que dans les circonstances ordinaires, la plupart des moyens que nous allons exposer sont applicables sur une moindre échelle, et avec des frais proportionnés à l’objet qu’on a en vue.
- A défaut d’irrigations, il arrive souvent que le sol est improductif ; dans d’autres cas, on retire chaque année jusqu’à •pâtre récoltes au lieu d’une, lorsqu’on arrose la terre. On toit donc que les dépenses qu’on fait pour la féconder sont bien entendues, toutes les fois qu’elles né dépassent pas cer-
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- taines limites. Aussi, dès la plus haute antiquité, des travaux de ce genre ont-ils été exécutés avec un art remarquable Tantôt on a creusé d’immenses bassins où les eaux pluviales et celles des débordemens étaient retenues, puis distribuées dans la saison brûlante. Tel était le lac Mœris, en Égypte, qui recevait les eaux périodiquement débordées du Nil, pour les rendre ensuite peu à peu à la culture ; aussi ce pays était-il rarement en proie aux disettes qui ravageaient la Judée et les autres contrées voisines. Tantôt on creusait des canaux qui servaient à la fois à la navigation et à l’irrigation : le canal d’Alexandrie, ceux qu’on a tant multipliés dans la Chine, celui de Craponne en Provence, ceux du Piémont, etc., en sont des exemples. Cette facilité de se prêter au transport des marchandises donne à ces canaux un double avantage, qui les fait préférer aux étangs artificiels , lorsqu’il s’agit de donner de l’eau à une contrée de quelque étendue, ou bien quand les eaux naturelles sont trop froides pour pouvoir être immédiatement répandues sur la terre.
- Il convient d’abord que l’eau qu’on veut employer aux irrigations ne soit pas trop chargée de schiste, de sélénite, de fer, de gravier, etc. ; ces substances, si elles se déposaient en trop grande abondance, pourraient frapper le sol de stérilité. Les eaux pluviales, et en général celles où le savon se dissout facilement, sont les meilleures; cependant on se sert utilement des eaux troubles et de celles d’alluvion, qui laissent déposer un engrais précieux. C’est ainsi que les terres d’Egypte sont régulièrement fécondées par le Nil. Il faut donc étudier la nature des dépôts des eaux, pour s’assurer s’ils conviennent au sol. On tire parti des débordemens de certaines rivières , dans la saison pluvieuse, pour amender la terre, et même pour exhausser peu à peu son niveau, sans faire presque aucune dépense. C’est ainsi qu’on féconde quelquefois des prairies , et qu’on convertit des marais en terre labourable.
- Il faut bien se garder de donner des arrosemens trop copieux , ou de laisser séjourner l’eau trop long-temps sur k sol, parce qu’on y détruirait tout pouvoir végétatif. Ainsi, il
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- faut régler la quantité des eaux d’irrigation sur la nature du sol, et se rendre maître d’inonder ou de dessécher à volonté, selon la saison et les circonstances physiques. Des prairies couvertes d’eau en hiver sont souvent excellentes , parce que la glace qui les recouvre protège les graminées contre un froid trop rigoureux , pourvu qu’on puisse faire écouler ou évaporer l’eau en temps utile.
- Outre les irrigations par inondation, dont nous venons de parler, on emploie aussi les infiltrations. Les eaux conduites par des travaux d’art et répandues à temps sur la terre , en quantité convenable , y portent la fertilité. C’est surtout de ce mode d’arrosement que nous devons nous occuper ici, soit que les travaux soient faits en grand pour disperser les eaux à toute une contrée , soit qu’on ne veuille arroser qu’un domaine ou quelques propriétés particulières.
- La prise d’eau se fait de plusieurs manières, qui dépendent des localités et des dépenses qu’on peut faire. Tantôt on élève l’eau d’une rivière par des Pompes , Béliers , et autres procédés hvdrauliques , décrits chacun à leur article , et dont il serait superflu de s’occuper ici. Il convient alors de se servir de la force du courant ou d’une chute pour mouvoir ces machines. ( V. Roues hydrauliques , Eau , Ecoulement. ) Les machines à vapeur sont employées avec succès en Angleterre et dans tous les lieux où la houille est à bon compte , lorsqu’on est obligé de tirer l’eau d’un puits ou d’un étang inférieur où elle est stagnante. Quatre ailes d’un petit Moulin a vent, soutenues en l’air par une simple pièce de bois verticale solidement maintenue et fixée au sol, suffisent pour manœuvrer une pompe, à l’aide d’un simple engrenage, et pour monter, sans frais, l’eau d’un puits. M. A. Durand exécute très bien cette machine.
- Mais , de toutes les prises d’eau celle qu’on préfère , quand cela se peut, consiste à établir un barrage qui, retenant les eaux affluentes, les amasse et en élève le niveau. Un Batardeau ou un ReveRsoir, construit avec la solidité convenable pour résister à la charge d’eau, ne coûte que les frais de premier établissement, attendu que les réparations sont ordinairement Tome XI. ai
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- de peu d’importance et les dégradations très légères , sauf is
- accidens. ( V. les articles cités et le mot Digue. )
- Les eaux ainsi élevées par un moyen quelconque, soat reçues dans un Canal de dérivation. Nous avons traité de la construction des canaux , et nous n’y reviendrons pas; nous dirons seulement que la pente n’en doit être ni trop lente ni trop rapide , du moins lorsqu’on est maître de l’établir à son gré. Dans le premier cas, les eaux seraient comme stagnantes et 11e débiteraient pas -en quantité suffisante chaque jour ; dans le deuxième, elles ravineraient le canal. On estime qu’une pente de 2 à 4 millimètres par mètre ( 1 ou 2 lignes par toise) est la plus avantageuse. Les dimensions du canal doivent être proportionnées au volume des eaux affluentes ; le talus de ses bords pourra être d’autant plus rapide, que le terrain aura plus de consistance.
- On rejette les terres du déblai du côté du sol qu’on veut arroser ; des Écluses forment des barrages temporaires ; elles sont composées de Vannes pour contenir les eaux ou les laisser passer. Leur construction consiste en deux empalemens ou bajojers, de 7 décimètres à 1 mètre de long, sur une égale épaisseur, assis sur une fondation commune avec- le radier de l’écluse, qui est de niveau avec le fond du canal; le radier et les empatemens sont en maçonnerie à chaux et ciment. Les vannes consistent en petites pelles.qui jouent dans des rainares verticales pratiquées aux bajoyers; ces pelles sont des beats de planches de chêne clouées solidement bord à bord sar un manche de même bois, ayant 8 à n centimètres d’équarrissage. Le chapeau est un chevron de 16 à 18 centimètres àé-paisseur, posé en travers du canal, en haut des empatemens auxquels il est scellé, et qu’il lie l’un à l’autre. Ce chevron est percé d’un trou pour le passage de la queue de la pelle, !U1 le dépasse d’au moins 3 décimètres ( 1 pied) lorsque la pehe est baissée. Pour maintenir la pelle élevée, on introduit une cheville de fer, ou de bois, dans un trou percé au manche, et qui l’empêche de retomber. Il y a de ces trous en divers points du manche, pour graduer la hauteur à volonté. Bien
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- entendu que le chapeau doit être assez élevé au-dessus de la pelle et du niveau des eaux pour permettre cette ascension au degré voulu.
- Quand le canal est très large, on peut mettre en travers plusieurs de ces pelles ; alors, du fond du radier on élève des piles verticales en pierre ou en bois , sur les flancs desquelles les pelles jouent dans leurs rainures.
- Sur les bords de la berge on pratique de semblables écluses pour faire le service de distribution de l’eau dans les rigoles, à l’aide de vannes à pelle de mêmes formes et dimensions que les précédentes. Il est facile de jauger le volume des eaux qui s’écoulent par cette vanne lorsqu’elle est levée , d’après la charge de l’eau et l’ouverture qui reste béante. ( V. Reversoir, Eau , Écoulement.) C’est ainsi que, dans les grandes entreprises des canaux d’irrigation, on peut donner à chaque propriétaire la quantité d’eau convenue par son marché, en ouvrant sa vanne à un degré et durant un temps fixé.
- Quelquefois le canal est obligé de passer au-dessus d’un heu profond, et il devient nécessaire de construire un Aqueduc , ou d’employer des Tuyaux de Conduite ; on doit examiner alors s’il n’est pas préférable, pour la dépense, de faire faire un circuit au canal pour éviter et contourner le bas-fond.
- L’eau est ordinairement reçue, au sortir de l’écluse d’une berge, dans une rigole qui la conduit au terrain qu’on veut arroser. Ces rigoles ont la forme d’une Cuvette large de 3 à 5 décimètres : pour diminuer les frais et économiser le terrain , les moins larges sont préférables, pourvu qu’elles suffisent à écouler le volume d’eau, ce qui dépend de la pente de la chute, de la distance où le fluide arrive, etc. Des saignées faites en heu convenable aux flancs de cette rigole, épanchent l’eau dans de petits fossés ou sillons en pente, où elle s’emboit et se distribue. On espace ces sillons de 10 à i4 mètres quand la terre est légère, et jusqu’à 17 mètres lorsque la terre est forte. Il faut que la pente soit très douce , pour que l’eau ne ravine pas le terrain , et qu’elle y puisse séjourner. Lorsque l’eau est arrivée au bas du sol, elle est reçue dans une rigole
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- de décharge. On doit veiller à nettoyer toutes ces rigoles des corps qui s’y amassent , des herbes qui y croissent et des taupinières qui les obstruent, sans quoi l’eau ne suivrait pas le cours qu’on lui a tracé.
- Il est souvéht indispensablede préserver les'terres d’une trop grande abondance d’eau qui, survenant dans le canal, viendrait détruire l’espérance du cultivateur , en inondant ses récoltes. On construit sur le canal de dérivation , et principalement aux lieux où il se coude , des écluses de décharge qu’on ouvre pendant 'les inondations. Leur construction n’a rien de particulier , si ce n’est qu’elles livrent passage à l’eau dam une autre direction où elle ne peut causer de dégâts; et si l’on craint que l’inondation né soit l’effet d’un débordement des eaux inférieures, on construit une Digue pour les arrêter.
- ( V. ce mot et Dessèchement. )
- Comme l’expérience a appris quel est, dans le pays, le volume et le niveau des eaux tant supérieures qu’inférieures, dans lés circonstances ordinaires , on peut aisément régler les dimensions et la hauteur du canal et des vannes pour suffire au service qu’on en attend, et de se précautionner contre la inondations par des-digues et des vannes de décharge suffisantes pour résister aux eaux, ou les évacuer, dans fes' cas ‘extraordinaires.
- Cescormateances rte'iüfflseat pas pour adopter un bon système 4’irrigàtxon : Il faut encore faire un plan du terrain et le niveler avec-soin , afin d’en connaître exactement la pente, et d’v faire arriver l’eau à la partie la plus élevée , d’où partiront les sillons ou fossés dont il a été fait mention. Ce nivellement n’exige que du temps et de l’attention. ( V. Niveau.')
- La dépense la plus coûteuse est celle de la prise d’eau ; d’où l’on voit que les frais qui se rapportent à la construction du canal de dérivation étant à peu près les mêmes, quelle que soit l’étendue du terrain à arroser, plus cette étendue est considérable ,• et pins la dépeose -s’affaiblit en se partageant.
- Y'dici maintenant comment on procède à l’irrigation de divers terrains' ayant :la même prise-d’eau. On ferme le passage
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- à l’eau du canal en abaissant les vannes des écluses transverses qui forment le barrage, afin d’exhausser le niveau de l’eau ; puis on ouvre au contraire les vannes qui communiquent avec les rigoles , on débouche les sillons, enfin , on laisse un libre cours à l’eau affluente. On examine si elle se distribue avec égalité, et l’on porte remède au mal qui pourrait se montrer. Après l’irrigation, on lève les vannes du canal, et l’on baisse celles de la rigole. Comme il importe de ne pas perdre inutilement de la pente, il faut donner d’abord l’eau aux lieux eleve's, par lesquels on commence l’irrigation, réservant pour les prairies basses l’eau du canal qui reste après cette première opération. On voit souvent en Lombardie, pour le service des rivières, deux , trois canaux qui se croisent , l’un passant au-dessus de l’autre , sans que leurs eaux se mêlent, les canaux étant continués t au lieu de la croisée, dans un aqueduc en pierre, afin de pouvoir porter l’eau aux parties plus ou moins élevées du sol.
- Au reste , il y a quelquefois un grand avantage à niveler le terrain , pour que l’eau puisse en baigner toutes les parties; les frais de ces déblais et remblais sont amplement compensés par les produits. Une terre convertie en prairie par cette opération , peut acquérir- une valeur double ou triple ; c’est en prenant toutes les données locales en considération T qu’on juge s’il faut ou non faire l’entreprise.
- Nous terminerons cet article en indiquant les ouvrages où cette matière est exposée-avec étendue : l’Architecture hydraulique de Bélidor, les- Mémoires de MM. Chassiron et Cretté de Palluel, le T raité d’irrigation de William Tatham, l’Hydraulique de Dubuat; le Traité des prairies de M. Dour-çhes, l’article Irrigation dans le Nouveau Dictionnaire d’À-griculture et dans celui de Rosier. Fn.
- ITALIQUE ( Technologie). On donne , dans l’imprimerie , le nom A’italique à un caractère dont on s’est servi pour imprimer ici ce mot. Il se rapproche beaucoup de l’écriture manuscrite ; il serait inutile d’entrer dans de plus grands détails sur la nature de ce caractère, qui est généralement assez
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- connu. Il sera sans doute plus agréable à nos lecteurs de connaître l’étymologie de ce mot.
- L’écriture de la chancellerie romaine a donné ce nom au caractère italique. Le caractère de cette écriture était désigné par les mots cursivetus seu cancellarius c’est de là qu’est venu le mot de cursive pour désigner cette écriture, qui est encore connue sous ce nom dans divers pays. Les premiers poinçons de ces caractères ont été gravés à Venise , ce qui leur a fait donner aussi le nom de lettres vénitiennes. On les a désignées aussi sous la dénomination de lettres aldines, parce que Aide Mannuce s’en servit le premier. Enfin, on leur a donné, en France, le nom de caractères italiques, parce qu’ils nous vinrent d’Italie. Ce dernier nom a prévalu. {V. Caractères d’imprimebie , T. IV, page i65. ) L.
- IVOIRE (Technologie). L’ivoire est une substance osseuse qui constitue les énormes dents connues sous le nom de défenses de l’éléphant. Il est de même nature que les os proprement dits. On distingue dans l’éléphant deux espèces principales : Véléphant des Indes, à front concave, etc., et Yéléphant du Cap, ou de l’Afrique, à front convexe, etc. C’est de cette dernière espèce dont l’ivoire est préféré, soit à cause du volume considérable de ses défenses , soit en raison de sa dureté ou de sa beauté. Il n’est pas rare de voir de ces défenses de six à sept pieds de long, et de six à huit pouces de diamètre à la base....
- L’ivoire a un tissu, une couleur, une finesse de grain, une dureté qui le rendent très utile dans un grand nombre d’Arts. Le réseau de losanges ou d’aréoles rhomboïdales qu’on observe dans la coupe transversale de ces défenses , est un caractère qui fait reconnaître facilement l’ivoire , et qui le distingue surtout des os ordinaires, dans lesquels on n’aperçoit que des couches et des raies longitudinales. Tout le monde connaît le beau poli que reçoit cette substance, la blancheur brillante qui la distingue, la douceur des formes qu’elle reçoit, les couleurs variées qu’on lui communique, et qui y adhèrent assez fortement.
- Il se fait à Dieppe un commerce très étendu de l’ivoire*
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- non-seulement par la rente des défenses en nature, mais encore par les beaux ouvrages qui sortent de cette ville industrieuse , et dont Paris abonde. On y remarque des objets tournés avec élégance et régularité, d’autres découpés à jour, qui annoncent une grande patience et beaucoup d’art. On en voit aussi de sculptés avec une grande perfection. Tous ces objets sont livrés à des prix très modérés, proportionnellement au travail qu’ils nécessitent. Avec les débris de cette substance, on obtient-, par la carbonisation- en vaisseaux clos, un charbon connu sous le nom de Noir d’ivoire. ( V. ce mot. )
- L’ingénieux et savant M. D’Arcet est parvenu , en tannant la gélatine extraite de l’ivoire, comme on tanne la peau , à la convertir en une e'caille factice imputrescible , tout-à-fait semblable à l’écaille rouge , aujourd’hui si chère , et avec laquelle on fait les beaux ouvrages de tabletterie. Voici le procédé qu’il emploie.
- On traite l’ivoire par l’acide hydrochlorique faible. On obtient ainsi la gélatine brute. On tanne cette gélatine comme on tanne les peaux , dans une dissolution de tan, ce qui est préférable à l’emploi de la poudre de tan. La gélatine dissoute et mise en tablettes ne peut plus se tanner.
- La gélatine tannée est parfaitement insoluble,. inaltérable par l’eau et par l’air. La gélatine des os ne conserva pas sa transparence , tandis que celle de l’ivoire la conserve parfaitement , et ressemble , à s’y méprendre , à la belle écaille rouge, surtout lorsqu’elle est veinée avec la dissolution d’or et d’argent.
- On peut travailler la gélatine tannée comme l’écaille. Qn peut aussi réduire en gélatine des objets d’ivoire, et les tanner ensuite , en prenant les précautions convenables pour qu’ils ne se déforment pas, par suite du travail que leur fait éprouver la dessiccation. Nous avons vu un dé d’ivoire que M. D’Arcet a traité de cette manière , et sur lequel il avait mis quelques gouttes de dissolution d’or ; des tabletiers l’ont pris pour un dé de belle écaille rouge , et l’ont.mis à un très liant prix.
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- La gélatine tannée se ramollit dans l’eau bouillante, et s’v soude comme la corne et l’écaille. Dans cet état, elle prend très bien la formequ’on veut lui donner, et peut remplacer l’écaille fondue. ( V. le mot Écaille, T. VII, page 345. ) L.
- IVOIRE (Noird’). En calcinant au rouge, en vaisseaux dos, les ràpures et rognures que les tabletiers recueillent lorsqu’ils travaillent l’ivoire, on obtientun charbon d’une belle couleur nome, qui, broyé à l’eau, est employé dans les peintures fines. On obtient un charbon analogue , mais dont la couleur est moins intense , en traitant de la même manière des os compactes exempts de toute matière étrangère, et notamment les os longs des pieds de moutons.
- Dans ces opérations , c’est la matière animale ou tissu cellulaire des os et de l’ivoire, qui produit la couleur noire en se charbonnant. Le phosphate et le carbonate de chaux, etc., qui entrent dans la composition de ces substances, contribuent à la ténuité du charbon , en s’interposant entre les particules.
- ( V. l’article Noir d’ivoire. ) P.
- J
- JABLE, JABLER, JABLOIRE ( Technologie). Le Tosshier nomme jable la partie des douves qui, dans, les futailles, excède les fonds. Cette partie est d’autant plus longue que la futaille est plus grande ou d’une plus grande capacité.
- On nomme aussi jable la rainure pratiquée au bout des douves pour recevoir les fonds.
- Le mot jabler exprime l’action de faire le jable.
- L’instrument dont l’ouvrier se sert pour former la rainure qu’on désigne sous le nom de jable , se nomme jabloire. C est une espèce de Thüsqüix en bois ,- dont la joue s’appuie sur le bout des douves, et dont le fer, taillé comme une scie, fait la rainure. Ce fer est emmanché dans une pièce de tôle, et l’on ne lui donne que la saillie nécessaire pour que la rainure ne soit pas trop profonde : sans cette précaution, la douve
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- n’aurait pas assez de force dans cette partie, et casserait. On ne lui donne guère plus de trois lignes de profondeur. Il est important aussi que toutes les douves soient creuse'es d’une manière uniforme, et que la profondeur de la rainure soit égale dans toute la circonfe'rence de la futaille ; car la douve qui serait creuse'e plus que les autres ne présenterait pas assez de solidité dans ce point, et elle casserait infailliblement. C’est la raison pour laquelle on ne laisse au fer que la saillie nécessaire , de sorte qu’aussitôt que la tôle vient à appuyer sur le bois, le fer ne mord plus.
- La paroi extérieure de la rainure du jable est perpendiculaire à la surface de la douve, tandis que la paroi intérieure est un peu inclinée.
- Avant de creuser la rainure du jable, le tonnelier a soin de bien égaliser le bout dés douves. Pour y parvenir facilement , il dresse sa futaille sur une surface plane , et il examine si toutes les douves portent bien sur cette surface; dans le cas contraire , il fait descendre à coups de maillet celles qui ne portent pas. Alors , soit avec la scie, lorsqu’il y a une assez grande différence , soit avec le rabot , s’il y en a peu, il égalise toute la surface : c’est ce qu’on appelle parer le jéle.
- Après cela, il prend la jabloire , pose la partie.plate ou la joue sur le bout des douves, le fer dirigé sur l’intérieur de: la futaille , à l’endroit qu’il a déterminé • pour la rainure dû jable, et en faisant mordre ce fer circulairement, il pratique rette rainure de manière qu’elle est parallèle .au bout des douves. Il opère de même pour l’autre bout, et avec les Memes précautions.. Cela fait, la futaille est jablée , et en étètt de recevoir les fonds. " L.
- JACHERE ( Agriculture ). L’idée que donne la compa-ûison des forces de la nature pour produire, et de celles de Homme qui à besoin de repos après le travail, a fait naître kpensée que la terre était aussi susceptible de s’épuiser, et '{Uen la laissant quelque temps inféconde, elle reprendrait sts vertus. On nomme jachere le sol qu’on condamne ainsi à
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- 33o JACQUART.
- une stérilité temporaire. Selon les pays, ce repos est depl® ou moins longue durée , et même les contrats de louage imposent aux fermiers la condition de laisser en jachère des étendues fixées de leur location ; mais dans les contrées on la culture est bien gouvernée , on ne fait aucune jachère L’expérience aussi bien que le raisonnement prouvent que ce repos prétendu est inutile , et qu’il diminue en pure perte les produits qu’on peut retirer de la terre. 11 est reconnu que ce repos est un reste d’ancienne barbarie et un préjugé fatal à la prospérité publique. Il serait fort inutile de rapporter ici, pour les combattre, toutes les mauvaises preuves qu’on a alléguées pour justifier l’usage des jachères ; nous renvoyons à cet égard aux Traités spéciaux d’Agriculture moderne. La vigueur des plantes qui croissent sans cesse et spontanément dans tous les terrains abandonnés à leurs propres forces, suit pour montrer combien cette opinion et fausse. La terre fatiguée par des labours et enricbie d’engrais, loin de perdre sa fécondité , devient plus propre à donner des végétaux suc-culens : les jardins particuliers, les marais de Paris, etc., donnent même ainsi jusqu’à trois et quatre récoltes par au.
- Mais il ne faut pas croire qu’en repoussant le préjugé des jachères , on puisse attendre sans cesse de nouvelles récoltes, si l’on ne suit aucune règle dans la culture. Il ne faut p exiger d’un sol qu’il produise toujours la même plante, ni.lt laisser long-temps sans engrais. Les végétaux qu’on fait produire à la terre doivent se succéder dans un ordre quel expérience a fait connaître ; c’est ce qu’on appelle un Assott-hent. Comme ce sujet a déjà été traité, nous croyons inutile d’y revenir ici, et nous renvoyons à cet article , où le sujet» été exposé avec l’étendue que son importance mérite. F*-
- JACQUART (Métier a la). Mécanisme particulier invente par Jacquart, de Lyon , qui s’adapte aux métiers à tisser, ® remplacement de la tire dans les métiers à basse-lisse, pour la fabrication des étoffes brochées à fils flottans.
- On sait que , pour fabriquer des étoffes brochées dun ^ quelconque et de couleur variée , il faut avoir autant
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- JACQÜÂRT. 331
- Suites ou de navettes qu’il y a de sortes de couleurs, et que chacune de ces duites doit être passe'e dans l’ordre qu’exige le dessin, et qu’a de'termine' d’avance l’opération du Lissage ' y, ce mot. )
- Indépendamment du jeu ordinaire des fils de la chaîne pour b fabrication du fond de l’e'toffe, tous ceux de ces fils qui doivent se lever ensemble pour former le dessin , ont leurs lisses particulières , qu’un enfant tirait autrefois au moyen de cordes groupées par système, dans l’ordre et au moment que l’ouvrier tisserand lui indiquait. On sent quelle complication cette disposition devait amener et amenait en effet dans le métier, pour peu que le dessin fût riche en couleur : aussi l’appareil de Jacquart, qui soumet cette manœuvre à un procédé méca-iiique régulier, tirant son mouvement d’une simple pédale que l’ouvrier fait j ouer lui-même , fût-il généralement adopté dès son origine , qui date des premières années de 1800. Tous les métiers à tisser ordinaires sont dans le cas de le recevoir. Il conte 200 francs : on ne peut le décrire d’une manière intelligible qu’avec le secours du dessin. ( V. PI. 32 des Arts mécaniques. )
- Fig. 1. Yue en élévation de la face antérieure de cette mécanique , supposée abaissée.
- Fig. 2. Coupe transversale, vue en élévation dans sa plus Faute position.
- Fig. 3. Même coupe que la précédente, mais dans sa position inférieure.
- A, Partie fixe du bâti, qui est censé faire corps avec le nétier ordinaire à tisser : ce sont deux montans en bois avec autant de traverses qui les unissent par leurs bouts supérieurs , en laissant entre elles un intervalle x,j-, pour Remplacement et le jeu du châssis mobile B, oscillant autour des deux points fixes a,a, placés latéralement vis-à-vis Run de l’autre, au milieu de l’intervalle x,j. ( V. fig. i. )
- C, Pièce en fer d’une courbure particulière , qu’on voit de face fig. 1 et de profil fig. 2 et 3 ; elle est fixée d’une part sur la traverse supérieure du châssis B , et de l’autre sur la tra-
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- versi intermédiaire b du même châssis, où. elle présente uc espace incline curviligne c, terminé dans la partie inférieure par un demi-cercle.
- D, Axe carré en bois , mobile sur lui-même autour de deux tourillons en fer plantés dans ses deux bouts , lequel axe occupe le bas du châssis mobile B. Les quatre faces de cet axe carré sont percées de trous ronds , égaux, parfaitement compassés et alignés en quinconce. Des dents d ( V. fîg. 5 SOilt plantées sur chaque face, et servent de repères à des trous correspondans a' ( V- fig. 8 ) , pratiqués sur les cartons qui forment la chaîne sans fin du lissage , et cela , pour que, dans l'application successive des cartons sur les faces de l’a.se carré, les trous percés dans l’un tombent toujours vis-à-vis ceux qui sont percés dans l’autre.
- Le bout de droite de l’axe carré dont on voit une coupc sur une échelle double ( fig. 4 ), porte deux plateaux carrés en. tôle de fer d, maintenus parallèlement entre eux et à peu de distance par quatre' fuseaux e, passés vis-à-vis des angles. C’est une espèce de lanterne dans les fuseaux de laquelle les crochets des leviers f,f', tournant autour des points fixes g,g' en dehors du montant de droite A, s’engagent, soites dessus, soit en dessous , à la volonté du tisserand, en tirant ou lâchant simplement le, cordon z pendant le mouvement oscillatoire du châssis B.
- E, Pièce de bois en forme de T, dont la tige prolongée en contre-haut, passe librement dans la traverse b et dans li traverse supérieure du châssis B, qui lui servent de guide, e< dont la, tête s’appliquant successivement contre les deux fuseaux e qui se trouvent en haut dans une position horizontale, d’abord par l’effet de son poids, et ensuite par l’effet du ressort à boudin h , qui réagit de haut en bas, maintient 1 axe carré en position , tout en lui permettant de tourner sur lui-même dans les deux .sens.
- On donne le nom de presse à l’ensemble de toutes te pièces qui composent le châssis mobile B.
- F , Traverse qu’on fait mouvoir dans le sens vertical;*11
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- aioven du levier G., dans les rainures i pratiquées en dedans te montans fixes A.
- H, Pièce de fer recourbée, fixée par un de ses bouts avec écrou et contre-écrou , sur la traverse F, hors du plan vertical 4e la pièce C. Son autre bout porte un galet J qui, s’engageant dans l’espace curviligne c de la pièce C , force celle-ci, et par conséquent le châssis B , à s’écarter de la verticale , ou à y revenir, suivant que la traverse F est en haut ou en bas de sa course, comme on le voit fig. 2 et 3.
- I, Joues en tôle de fer, attachées de côté et d’autre à la traverse F, qui servent de base à une espèce de griffe K, composée ici de huit lames ou lamelles métalliques, qu’on voit en coupe fig. 2 et 3 , mais plus en grand fig. 5.
- J, Broches verticales en fil de fer dont le haut, recourbé en crochet, se place naturellement sur les lamettes K. Le bas de ces broches, également recourbé dans le sens des crochets supérieurs, embrasse de petites barrettes en bois l, dont la fonction est de les maintenir à leurs places respectives , et de les empêcher de pirouetter sur elles-mêmes, afin que le crochet supérieur soit toujours dirigé vers les lamettes sur lesquelles il pose. A ces crochets d’en bas sont attachées des ficelles qui, après avoir traversé une planchette fixe mm, percée à cet effet de trous correspondans-, vont à leur tour s'attacher aux fils à maillons qui doivent soulever les fils de la chaîne.
- K, Broches ou aiguilles horizontales , disposées ici sur huit rangées différentes, de manière que chaque broche corresponde, tant horizontalement que verticalement, à chacun des trons percés sur les quatre faces de l’axe carré D. Il y a donc autant de ces broches que de trous dans une des faces du cylindre.
- La fig. 6 représente une de ces broches horizontales, n est ® œil à travers lequel passe la broche correspondante verti— rale. 0, autre œil allongé , dans lequel passe une petite Whe fixe qui lui sert de guide , et ne l’empêche pas de se Pouvoir dans le sens de sa longueur, et cela dans les limites
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- de la longueur de l’œil, p, petits ressorts à boudin placé dans chaque trou de l’e'tui qq (fig. 5). Ils sont destinés à ramener à leur position primitive chaque aiguille correspondante , aussitôt qu’on cesse de les presser.
- La fig. 7 repre'sente le plan de la rangée supérieure des aiguilles horizontales.
- La fig. 8 est un fragment de la chaîne sans fin , formée de cartons percés que l’axe carré D, en tournant sur lui-même fait circuler. Dans ce mouvement, chacun des cartons percés de trous, dont la position et le nombre sont déterminés p l’opération du lissage , vient successivement s’appliquer contre les faces du cylindre carré, en laissant à découvert k trous qui se correspondent, et couvrant ceux de la face de l’axe qui n’ont pas leurs correspondans sur le carton.
- Maintenant, supposons que la presse B est abattue et apis la position verticale qu’on voit fig. 3 ; alors le carton appliqué sur la face gauche de l’axe laisse en repos toutes les brodes horizontales dont les bouts correspondent à ses trous, mais refoule celles qui tombent vis-à-vis des pleins y par là, les broches verticales correspondantes 3,5, 6et8, par exemple, poussées hors de leur aplomb, se décrochent de dessus les lamettes de la griffe et restent en placé, quand on vient, aa moyen du levier G, à élever cette griffe, et les brocbesn051,2, 4 et 7, qui y sont restées accrochées, sont soulevées, ainsique les fils de la chaîne qui y sont attachés. Alors passant la dite de couleur, de même que la duite du tissu, et frappantapro avoir décroisé la chaîne et redescendu la presse B, un élémeu! du dessin pris dans le tissu , se trouve fait.
- Le carton suivant, qu’un quart de révolution de l’axe carre amène , retrouve toutes les broches à leur première position, et comme il est nécessairement percé dans un ordre qui diffère du précédent, il fera soulever une autre série de fils de fi chaîne ; ainsi de suite pour tous les autres cartons qui composent un système complet d’un dessin achevé.
- Cette machine , compliquée en apparence, et qui demanda quelque attention pour être comprise , agit néanmoins d
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- JADE. 335
- manière fort simple. Tout son jeu est assujetti au mouvement du levier G , que le tisserand lui-même fait monter et descendre au moyen d’une pe'dale particulière; de sorte que, sans l’aide de personne, quand la pièce est montée, il peut exécuter les dessins les plus compliques, comme s’il n’avait à faire qu’une toile ordinaire , en faisant toutefois attention de ne pas intervertir l’ordre dans lequel il doit passer les fils de couleur.
- S’il arrive que des fils de la chaîne cassent sans que l’ouvrier s’en aperçoive , ou bien s’il se trompe à l’égard des fils de couleur, ce qui donnerait du désaccord dans le dessin, alors il doit défaire ce qui est défectueux. Pour cela, il fait usage du levier à crochet f inférieur, dont la fonction est de faire rétrograder la chaîne de carton, en manœuvrant le métier comme à l’ordinaire, et retirant à chaque fois et la duite du tissu et la duite du dessin. L’ouvrier est d’autant plus sujet à commettre des erreurs , que l’endroit de l’étoffe est en dessous, et que ce n’est qu’à l’aide d’un miroir qu’il regarde de temps en temps son ouvrage. Le dessus ne présente que des fils flottans pris çà et là dans le tissu , suivant que le dessin a exigé qu’ils parussent du côté de l’endroit. E. M.
- JADE. On comprend sous cette dénomination des pierres d’espèces minérales très différentes : ce sont en général des substances dures, verdâtres ou blanchâtres, que les sauvages emploient au lieu de métaux pour fabriquer divers outils. Le jade oriental est un mélange de pétrosilex et de talc ; il est très dur et pesant ; il se fond au chalumeau en émail blanc ; son poli est gras : il nous vient de Chine, où on le travaille à jour et on le sculpte avec art. On se sert de ces pièces comme d’amulettes, pour se soulager ou se préserver de certaines maladies, selon les préjugés de quelques personnes peu éclairées. Comme on jugeait cette substance propre à guérir la colique néphrétique, on lui a donné le nom de néphrite ou pierre divine. Ce jade se trouve en masse roulée, dans les tor-rens qui descendent des monts Himalaya, en Asie.
- Le jade axinien, ou pierre de hache, est façonné par les
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- sauvages de la Nouvelle-Zélande , qui l’emploient comme coin ou instrument tranchant par percussion : ce sont des espèces de serpentine, qu’on trouve en beaucoup de pays.
- Le jade de Saussure, qu’on voit dans les Alpes, est un feldspath compacte. pE
- JAIET oc JAIS ( Arts chimiques ). Ce corps , anciennement compris au nombre des bitumes, forme aujourd’hui, dans les nouveaux Traités de Minéralogie, une variété de l’espèce connue sous la dénomination de lignite. On distingue un assez grand nombre de lignites, dont le jaïet est le plus solide de tous; il est noir, luisant, assez pur, ayant une texture très dense, qui le rend susceptible de recevoir un beau poli; sa cassure est lisse, pisiforme, conchoïde. Il se rencontre le plus ordinairement sur les empreintes du corps des poissons ^pétrifiés ; on le trouve en nodules ou" masses arrondies, dont les plus considérables ne pèsent que 25 kilogrammes. Le jaïet est peu abondant dans la nature, comparativement aux autres variétés de lignite ; le frottement n’v développe point d’odeur ; il brûle avec flamme , en donnant une fumée noire et une odeur âcre et désagréable ; il ne se boursoufle pas comme la houille, et ne coule pas comme les bitumes solides ; il fournit, par la distillation , de l’acide acétique en partie saturé d’ammoniaque ; son origine paraît être la même que celle des bitumes, de la houille , du charbon de terre, etc., que l’on regarde comme provenant d’une décomposition lente de substances organiques, et que, par cette raison, Haüy a nommées substances pbj-togenes. La pesanteur spécifique du jaïet est de i ,4 à 1,7; mais elle est susceptible de varier beaucoup , si, comme Haüy l’assure, quelques morceaux sont plus légers que l’eau; il est assez dur pour être travaillé autour, et capable de recevoir un beau poli.
- Il ne faut point confondre avec le véritable jaïet, les bijoux à bon marché qu’on vend dans le commerce sous le nteme nom de jaïet ou de jais , qui 11e sont autre chose que verre noirci et soufflé , et qui n’en ont que l’éclat sans en avoir da solidité. L******-
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- JAIET Oü JAIS. 337
- JAÏET ( Technologie ). Le jaiel ou jais, qu’on écrivait autrefois jayet, n’est pas une substance rare dans la nature ; on le trouve abondamment en Espagne, en Allemagne , etc., et surtout en France , dans le département des Bouches-du-Rhône , entre Aix et Toulon ; à Belestat, dans les Pyrénées ; dans le département de l’Aude, près du village des Bains , à six lieues sud de Carcassonne, à Sainte-Colombe , canton de Chalabre ; dans les communes de la Bastide et de Peyrat, arrondissement de Pamiers , départemént de l’Arriège.
- Le joli vallon de l’Hers renferme ces trois dernières communes, qui sont en possession, depuis un temps immémorial, de la fabrication des ouvrages en jaïet. On ne peut assigner l’e'poque à laquelle cette fabrication a pris naissance dans cette contrée ; la tradition n’a rien transmis de positif à cet égard, quoiqu’il soit constant qu’elle existe depuis quatre générations dans la famille de MAI. Thomas Viviés et fils , de Sainte-Colombe. Ce que cette manufacture a de très remarquable, c’est qu’elle est la seule , dans le monde connu, du moins poulie jaïet tailléj ce qui devrait lui assurer une importance dont elle est bien loin de jouir en ce moment.
- On fait, avec ce lignite , des boutons , des croix, des chapelets , des colliers , des pendans d’oreilles , des bracelets, des ceinture?, etc., pour la parure, et principalement pour le deuil. On y fait aussi une infinité d’autres petits ouvrages de goût. Les uns, et c’est la plus grande quantité, sont taillés sur des meules de grès qui tournent horizontalement, qu’on a soin d’humecter continuellement, et à l’aide desquelles on use la surface du jdiet pour le tailler à facettes , de la même manière que le fait le Diamestaibe ; les autres sont travaillés au tour, ou façonnés à la lime.
- Il y a environ trente ans que cette fabrique occupait mille à douze cents ouvriers; aujourd’hui elle est réduite à soixante environ. On ne sait à quoi en attribuer la décadence. Il paraît que les habitans ont perdu courage ; ils ne connaissent, disent-ils, aucun î^Syen de ranimer cette fabrication ; ils attendent tout de la mode et de l’activité de nos relations com-Tome XI. 33
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- 338 JAÏET OU JAIS.
- mercndcs arec les peuples des parties méridionales de l’ancien
- et du nouveau continent, parce que, ajoutent-ils, ce n’est
- guère que dans les pays chauds que les costumes de ces
- peuples s’allient aux parures faites avec les ouvrages en
- jaïet.
- Voilà le sort qui est réservé à tous les genres de fabrication qui n’ont qu’un seul objet en vue. Des que la mode on des circonstances particulières font cesser les commandes, alors la manufacture est perdue, et, de même que dans ce cas, le genre d’industrie tombe dans un éternel oubli.
- Pourquoi les fabricans ne montrent-ils pas plus de ce génie inventif qui sait créer des ressources? pourquoi ne s’adonnent-ils pas au goût généralement répandu? pourquoi ne font-ils pas naître des modes nouvelles? Aujourd’hui que l’on combine avec tant de succès les bronzes dorés à une grande qnantité de substances , pourquoi ne s’attacbe-t-on pas à faire sue infinité de petits meubles en jaïet combiné avec ces bronzes? Le marbre, la nacre, l’albâtre, le fer-blanc, la porcelaine, les cristaux, etc. , sont employés â mille objets différens, auxquels , il y a vingt ans , on n’aurait pas cru pouvoir les associer. Nous sommes convaincus que si l’on construisait des boîtes de pendules en jaïet orné de bronzes dorés, la mode en viendrait bientôt, et tous les curieux voudraient en avoir ; car le. beau no» du jaïet est plus propre que toute antre couleur à relever l’éclat de la dorure. JL Chevallier, pharmacien à Paris, a fait en jaïet, pour un portrait en miniature, un cadre qui est de la plus grande beau te' : la dorure qui entoure ce portrait en relève singulièrement l’éclat. Si un chimiste a pu faire, sans instrumens appropriés, un ouvrage aussi joli, que ne peut-on pas attendre des ouvriers accoutumés à ce
- genre de travail?
- Sortez donc de votre apathie, habi tans du beau vallon «le l’Hers; fouillez dans vos montagnes, arracbe2-en ce lignite précieux, dont vous possédez la plus belle qualité ; confection bcz-en toutes sortes d’ouvrages ; et si votre génie ne vous fournit pas les moyens d’arriver au but, appelez auprès èe
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- JALAP. 33g
- vous des artistes ingénieux qui vous ouvriront la voie , ou bien venez dans la Capitale y prendre le goût du jour : vous ne rentrerez pas dans vos manufactures sans être convaincus de la ve'rite' de nos assertions. Vous en retirerez de grands avantages , en portant la prospérité dans le pays que vous habitez, et nous jouirons en secret de la satisfaction d’avoir rempli notre tâche, en vous montrant la route que vous deviez suivre.
- L.
- JALAP. La substance médicamenteuse connue sous ce nom dans le commerce de la droguerie et dans les officines, est la racine d’une espèce de convolvulus , appelé par Linnée con— volvulus jalapa. La meilleure description que nous ayons eue de cette plante, est celle qui a été publiée par M. Thierry de Menonville, botaniste français. M. Desfontaines en a vérifié toute l’exactitude sur des individus venus de graines apportées par M. Bosc, et cultivées au Jardin des Plantes.
- Les tiges de ce convolvulus sont herbacées, sarmenteuses et striées, partagées en rameaux longs et flexibles, s’entortillant, comme celles de la plupart des liserons, autour des corps qu’elles rencontrent, et s’élevant jusqu’à la hauteur de 6 à y mètres. Ces tiges sont garnies de feuilles alternes de différentes formes, mais le plus ordinairement en cœur, légèrement ondulées sur les bords , et supportées par de longs pétioles ; le tube de la corolle. est cylindrique, violet intérieurement , et d’un lilas pâle à l’extérieur.
- Lorsque la racine est fraîche, elle est tubéreuse , fusiforme ou arrondie, charnue , blanche, fournissant un suc lactescent et doux , très grosse, parsemée extérieurement de quelques dépressions peu profondes, divisée intérieurement en plusieurs radicules inégales et perpendiculaires.
- La forme du jalap sec est extrêmement variable. Quand cette racine est peu volumineuse , on la laisse entière ; si elle excède une certaine dimension, on la divise en fragmens ronds, ovoïdes oupyriformes, quelquefois même én tranches orbiculaires Ou par quartiers, et l’on obtient ainsi Une plus prompte et plus facile dessiccation.
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- La couleur du jalap sec est d’un brun grisâtre à l’extérieur., d’une nuance beaucoup moins foncée et presque blanche à l’intérieur. La surface corticale présente des rugosités plus ou moins volumineuses , et disposées quelquefois assez régulièrement pour offrir un aspect comme chagriné lorsque ces rugosités sont très petites.
- Le jalap est souvent attaqué par les insectes ; mais ils ea respectent la partie active. Quelquefois le défaut d’une dessiccation convenable détermine une détérioration complète, et tout le centre de la racine est converti en une substance noire semblable à du terreau, et qui contient encore beaucoup de résine.
- La saveur du jalap sec est très âcre et très persistante; c’est surtout à la résine qu’on l’attribue, et c’est aussi à ce principe qu’on rapporte toutes les propriétés médicales de cette racine. Souvent les médecins la prescrivent de préférence au jalap lui-même , parce qu’elle est plus facile à administrer, en raison de la moindre quantité qu’il est nécessaire de prendre pour obtenir des effets semblables à ceux produits par le jalap. Pour obtenir cette résine , on fait macérer, à diverses reprises, le jalap pulvérisé dans de l’alcool à 36 degrés; on filtre ces diverses teintures, on les réunit dans un appareil distillatoire, pour en retirer les trois quarts environ de l’alcool employé, puis on reprend le résidu par l’eau, pour séparer la résine, et on la lave avec de nouvelles quantités de ce véhicule, jusqu’à ce qu’elle ne cède plus rien. On trouve cette résine toute préparée dans le commerce de la droguerie ; mais ;elle est presque toujours falsifiée, et c’est principalement avec la ré-cine de gavac qu’on l’allonge.
- M. Planche, à qui nous devons plusieurs observations intéressantes sur la résine de jalap, a répété l’expérience de M. Martius pour obtenir cette résine parfaitement blanche, en décolorant la teinture alcoolique de jalap au moyen du charbon animal, et il a vu qu’ainsi séparée de la matière colorante, elle n’en conservait pas moins toute son énergie: laxa-tive ; ainsi, il paraît que cette vertu lui est inhérente; et ne
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- dépend pas , comme quelques auteurs l’avaient pense', d’un principe particulier et autre que la résine.
- Nous devons au même auteur un bon moyen de reconnaître la falsification de la re'sine de jalap par la re'sine de gayac. Ce moyen consiste à tremper un linge dans une dissolution alcoolique de la re'sine suspecte'e, et à suspendre ce linge dans un flacon contenant du gaz nitreux ; aussitôt on voit le tissu prendre une nuance bleue d’autant plus intense que la résine de jalap contient davantage de résine de gayac.
- Dans le commerce, on distingue trois sortes de jalap, savoir : le jalap sain, le jalap piqué et le jalap léger.
- Le jalap sain est sec, compacte et pesant; sa cassure est nette et ne présente aucune cellulosité : c’est celui qu’on doit employer de' préférence pour les usages de la Médecine, parce qu’il est plus constant dans ses effets.
- Le jalap piqué est celui dont les insectes ont consommé la portion qui peut leur servir de nourriture , et, à poids égal, le principe actif s’v trouve en bien plus grande quantité; aussi ne peut-on et ne doit-on s’en servir que pour l’extraction de la résine.
- Le jalap léger est la sorte la moins estimée ; il provient des racines qui n’ont point eu le degré de végétation convenable ; elles se sont développées, ou dans des terrains trop humides, ou dans un lieu trop froid , ou enfin elles ont été récoltées avant leur époque. Ce jalap est plus blanc que les autres.
- M. Henry a fait des essais comparatifs sur chacune de ces variétés ; il a obtenu les résultats suivans :
- Ligneux. Résiné. Extraii.
- Jalap légpr . _ 2n0
- .. * * . . . jxJ
- sain.... . . 210 . . . ... 48 ... . . . l4°
- piqué. . 200 ... 72 ... 125
- Nous devons à M. Félix Cadet de Gassicourt une bonne monographie du jalap, dans laquelle on trouve tous les détails désirables sur l’histoire physique et chimique de cette substance. Nous engageons nos lecteurs à consulter cette
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- intéressante dissertation inaugurale, publiée en novembre 1817.
- Le jalap est maintenant beaucoup moins employé en Médecine qu’il ne l’a été à l’époque où les purgatifs étaient préconisés. g
- JALOjSS. Ce sont des bâtons droits et pointus, qu’on fiche verticalement en terre, à des lieux déterminés, pour fixer un alignement : c’est le moyen dont on se sert pour tracer une longue ligne droite sur le sol, en la coupant en parties plus petites. Ordinairement ces jalons sont ferrés au bout inférieur , et leur sommet est peint en blanc, pour qu’on les puisse apercevoir de loin ; mais lorsque l’opération d’arpentage ou de lever du plan dont on s’occupe ne comporte pas un soin extrême , on se contente de couper sur les lieux mêmes des baguettes droites, dont on appointe un bout, pour les ficher en terre, et l’on fend le bout supérieur, afin d’y insérer une carte ou un papier blanc , qui soit visible de loin.
- Lorsqu’on veut marquer sur le sol des points successifs en ligne droite, on aligne d’abord les deux premiers jalons sur la mire éloignée où la droite doit se diriger. Quand la distance est très grande, ou que l’ingénieur a la vue faible, il s’aide d’une lunette. Une fois les deux premiers jalons plantés, on en fait mettre un troisième dans leur direction, puis on s’avance vers le deuxième, et l’on fait planter le quatrième dans la ligne des deux précédens, et ainsi de proche en proche, jusqu’à ce qu’on ait atteint la mire placée au bout de la ligne. On vérifie d’ailleurs de temps à autre si les jalons se dirigent bien sur cette mire. Les jalons doivent être plantés par un homme qui s’aide d’un fil-à-plomb pour rendre la direction verticale, et obéit au geste que fait l’ingénieur pour reculer à droite ou à gauche, jusqu’à ce qu’il soit arrivé à la place voulue. On peut aussi faire cette opération seul -r car une fois les deux premiers jalons plantés, on se recule devant le deuxième, et l’on plante le troisième , en l’alignapt sur les deux autres , puis le quatrième, etc., en vérifiant de temps à autre , par une marche en sens contraire, si
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- la mire est restée dans la droite marquée par les jalons qu’on a déjà fichés. Fr.
- JALOUSIES ( Technologie). On donne ce nom à une sorte de fermeture de fenêtre qui se place en dehors de la croisée, et ne sert que pour se garantir des rayons du soleil pendant les chaleurs de l’été. Elles sont formées d’une réunion de petites planches minces de 3 à 4 millimètres d’épaisseur, et de 9 à 10 centimètres de large , supportées par des rubans de fil qui tiennent les petites planches écartées à une distance convenable, comme on le verra plus bas, afin que lorsqu’elles sont, par l’effet d’un petit mécanisme que nous expliquerons, redressées selon leur largeur, elles bouchent entièrement l’ouverture , sauf le vide nécessaire, de chaque côté, pour ne pas gêner le mécanisme.
- Lorsque le soleil est passé, on élève toutes les planches à la fois , en tirant une double corde qui pend sur le côté ; alors ces petites planches se joignent l’une sur l’autre , elles occupent un petit espace, et en fixant la double corde à un crochet en fer fixé dans le jambage de la fenêtre, ou de toute autre manière, la jalousie reste suspendue.
- Deux autres cordes, placées de l’autre côté, servent à faire tourner dans un sens ou dans l’autre toutes les planchettes, afin de donner plus ou moins de jour. L’une de ces cordes se fixe de même à un crochet de fer, afin de conserver le jour qu’on a d’abord déterminé.
- Voici la construction de cette fermeture ingénieuse , qui ne peut être bien comprise qu’à l’aide des figures. D’ailleurs, comme les rubans de fil et les cordes s’usent assez promptement , lorsqu’elles ne sont pas goudronnées , chacun pourra les remettre avec facilité , lorsqu’il en connaîtra bien la construction.
- La fig. 1, PI. 32, montre la jalousie fermée. On voit en A toutes les petites planchettes relevées de manière à intercepter absolument le passage à la lumière, jouant entre trois doubles rubans de fil verticaux B,B,B, et supportées par des petits bouts de ruban de fil horizontaux, cousus par les deux
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- bouts aux deux rubans de fil verticaux qui les embrassent et forment ainsi des échelles en rubans de fil.
- Avant de décrire la manière dont s’opère le mécanisme de cette machine, nous d^pns faire connaître sa construction.
- La jalousie se compose : i°. d’un sommier À (fig. 2), va par-dessous, et que la même fig. montre en B , vu par-dessus, qui a environ 54 millimètres ( 2 pouces ) de longueur de plus que la largeur de l’ouverture de la fenêtre ; il a 27 millimètres (un pouce) d’épaisseur, et i35 millimètres ( 5 pouces) de large. Il est nécessaire que le sommier soit plus long que l’ouverture de la fenêtre, afin qu’il puisse reposer solidement sur une entaille que l’on pratique au haut de la fenêtre sur chacun des montans, où il entre d’un pouce. C’est le sommier qui porte toute la jalousie, et c’est sur lui seul que la machine entière joue.
- 20. D’un nombre de petites planchettes minces C ( fig. 2) de t oS millimètres ( 4 pouces ) de large, et d’une longueur de 54 millimètres (2 pouces) de moins que l’ouverture de la fenêtre , afin qu’elles puissent monter et descendre sans frottement contre les montans. Ces planchettes sont en nombre suffisant pour que, lorsqu’elles sont redressées, elles puissent , en se recouvrant un peu l’une l’autre, entièrement boucher le jour. Ces planchettes sont toutes faites comme on le voit en C, c’est-à-dire qu’à la distance de 108 millimètres (4 pouces) de chaque bout, on les perce d’un trou rectangulaire de 14 millimètres (6 lignes ) de large , sur 27 millimètres ( un pouce) de longueur.
- 3°. De deux planches D et E de la même dimension que les planchettes en longueur et en largeur, mais chacune de 23 millimètres (10 lignes) environ d’épaisseur.
- L’une de ces planchettes D est placée immédiatement au-dessous du sommier A ; elle a deux entailles rectangulaires comme les planchettes, et de mêmes dimensions , mais elle a de plus qu’elles un petit pivot en fer à chaque extrémité, de 18 à 20 millimètres de long : on enverra plus bas l’usage.
- L’autre planche E n’a aucun pivot, et en place des trous
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- rectangulaires, elle a deux trous ronds , et au milieu de l’emplacement où se trouvent les trous rectangulaires dans les planchettes.
- Montons d’abord les planchettes sur les rubans de fil, et nous les assemblerons ensuite sur le sommier pour les faire jouer.
- On coupe une carte ou un carton mince de la largeur d’une planchette, en ayant soin que les deux côtés qui indiquent cette largeur soient bien parallèles. On e'tend le ruban de fil sur une table, on pose le carton dessus , et l’on marque au crayon un trait à 14 millimètres (6 lignes) au-dessous de son extrémité' ; cette partie exce'dante est ne'cessaire pour doubler le ruban , afin de le clouer ainsi double' sur l’e'paisseur de la petite planche D, et l’empêcher de se de'filer, comme on le verra plus bas. Sans déranger le carton-patron , on marque au crayon un trait en dessous ; ensuite on change le carton de place, et l’on met son côté supérieur sur le dernier trait qu’on a tracé, on marque un autre trait au-dessous, et l’on continue ainsi jusqu’à ce qu’en tout on ait fait autant de traits qu’on doit employer de planchettes, y compris la petite planche E inférieure. Supposons que tout compris on doive avoir 28 planchettes et les deux planches D et E ; on aura donc 3o traits également distans, marqués sur le ruban de fil. Yoilà pour un côté ; il s’agit de marquer l’autre montant de l’échelle de ruban sur les échelons de laquelle doivent reposer les planchettes.
- On place le patron sur le dernier trait que nous venons de tracer, mais à 27 millimètres (un pouce) au-dessous. Cet excès de distance est nécessaire à cause de la planche inférieure E qui est plus épaisse que les planchettes , et qui doit être enveloppée par le ruban de fil, qu’on ne coupe pas par le bas. On trace au crayon, sur cette grande division, une grande croix de Saint-André, afin que la couturière soit avertie qu’elle doit changer là la direction des échelons qu’elle doit coudre. A partir du dernier trait, on en marque autant sur le ruban qu’on en a tracé sur la première partie , et après le trentième trait, selon notre supposition première, on coupe
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- le ruban à i4 millimètres (6 lignes) au-dessus, pour le cloutr
- par ce bout sur la planche D.
- Cela fait, on donne à la couturière un patron en carton qui a 135 millimètres ( 5 pouces ) de long, c’est-à-dire un pouce de plus que la largeur de chaque planchette ; elle fait à chaque bout un pli de 11 millimètres ( 5 lignes), et elle coud chacun de ces e'chelons sur le trait marqué, en avant soin que le pli ou la partie cousue soit en contre-haut de la plan-chette , ce qui est important, afin que le poids de cette planchette ne tende pas continuellement à découdre l’échelon.
- Les jalousies ordinaires ont trois échelons semblables; elles en ont quatre et même cinq lorsqu’elles sont d’une très large dimension, afin de mieux soutenir les planchettes pour les empêcher de se voiler.
- Cela fait, on suspend à une hauteur convenable la planche D (fig. 2) ; on forme un trou, d’un coup de ciseau, au milieu de chaque échelon des deux échelles qui doivent se trouver ani deux extrémités de la jalousie , afin de donner passage à la corde. On fixe les deux échelles extrêmes, par un dou, sur les deux côtés opposés de la planche D, après avoir plié le ruban de fil à la première marque , et avoir mis le pli en dedans. On a bien soin de la clouer vis-à-vis l’entaille rectangulaire <z,«; alors on cloue de même la troisième échelle au milieu de la distance des deux premières. Les échelons de celle-ci ne doivent pas être percés ; ils ne reçoivent aucune corde. Enfin, on place toutes les planchettes chacune sur ces trois échelles, et l’on termine par la planche E, qui est la plus basse.
- Avant de placer les cordes, il est important de bien connaître la construction du sommier A (fig. 2). Nous avons fait observer qu’il est arrêté d’une manière solide dans le haut des deux montans de l’ouverture de la fenêtre, et que cest par cette raison qu’il a été tenu plus long que cette ouverture. On voit en A (fig. 2) le dessous de ce sommier ; on y remarque une entaille rectangulaire b , dans le sens de la largeur ; cette entaille renferme une poulie, sur laquelle passe une corde
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- qui pend au côte' gauche de la jalousie. Le bout de cette corde est attache au bord de la planche D , du côté intérieur de la jalousie, de sorte qu’en la tirant on imprime à cette planche, et à toutes les planchettes qu’elle supporte , un mouvement circulaire autour de ses tourillons, du dedans au dehors. Une autre corde, placée à côté de celle-ci, lui imprime un mouvement contraire. On voit aussi au-dessus de cette entaille un trou rond dont nous expliquerons l’usage.
- On remarque encore sur la même figure une seconde entaille c, vers le milieu de la largeur du sommier, et une autre d vers l’autre bout et près du bord. Ces deux entailles rectangulaires doivent être sur la même ligne droite , afin que la corde n’éprouve que le moins de frottement possible. Chacune de ces entailles est munie d’une poulie. Il faut de plus que la gorge de la poulie c corresponde verticalement avec toutes les entailles rectangulaires faites aux planchettes et aux deux planches C et D, même figure. On voit dans la partie B de la fig. 2, qui représente le dessus du sommier, la corde qui passe sur la poulie d, se dirige sur la poulie c, Je là descend jusqu’au bas de la jalousie ( fig. 1 ) , est nouée au-dessous de la planche E, et qu’en tirant cette corde par son bout m flottant à droite de la jalousie, on élèverait le côté degauche de la jalousie. Voyons comment on peut élever celui de droite.
- Sur le sommier A vu par-dessous ( fig. 2 ), ou aperçoit aussi les deux entailles rectangulaires i,i, dirigées dans le même sens. Chacune d’elles renferme une poulie, sur laquelle passe une corde qu’on aperçoit en B ( fig. 2 ) , qui montre le dessus du sommier. 11 faut pareillement que la gorge de la poulie i, qui se trouve vers le milieu de la largeur du sommier, soit dans la ligne verticale marquée par les entailles Rectangulaires pratiquées dans chaque planchette de ce roté. Alors si l’on enfile dans toutes les planchettes une corde n (%0, qu’on la noue au-dessous de la petite planche E, qu’ojj fasse passer l’autre bout sur les deux poulies i, i (fig. 2), ®> et qu’on tire cette corde, on soulèvera le côté droit.
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- On voit aussi fig. 2, B , deux pièces de fer/,/, eB forme d’étrier, qui sont fixées solidement dans le dessous du S0Bl. mier , à la distance de la longueur de la planche D. C’est dans eet étrier que jouent les deux tourillons de la petite planche D Ces étriers doivent être assez longs pour qu’on puisse enlever la jalousie sans ôter de place le sommier, en laissant sortir les tourillons, qu’on soulève d’un côté ou d’autre. On se contente alors de défaire le nœud des cordes de dessous la planche E.
- 11 nous reste à expliquer le mécanisme par lequel on fait jouer la jalousie lorsqu’on veut obtenir plus ou moins de lumière : c’est ce que la fig. 3 nous aidera à faire comprendre.
- La fig. 3 représente en coupe le sommier A, et la petite planche D. Cette coupe est prise dans la ligne verticale que décrivent les cordes s,s,t,t (fig. 1). Sur la poulie p, placée dans l’entaille rectangulaire b ( de la fig. 2, A), passe la corde s, dont un bout est fixé au bord de la planche D, au point r, et l’autre bout se dirigeant dans le trou incline' c, tombe verticalement au côté gauche de la jalousie, de sorte qu’en tirant cette corde on fait relever de bas en haut k planche D, et toutes les planchettes de la jalousie.
- L’autre corde t qui pend à côté de la première, passe pardessus la planche D, et son autre bout est fixé à l’autre côté de cette planche en x ; de sorte qu’en la tirant par le bout t, on lui imprime un mouvement contraire au premier.
- On voit en / les branches de l’étrier qui supporte le tourillon sur lequel tourne la planche D.
- Lorsque la jalousie est en place, c’est-à-dire lorsqu on a assujetti le sommier dans les entailles qui lui sont destinées, on fixe en dehors et au haut du tableau de l’ouverture de h fenêtre , une planche d’une largeur assez grande pour cacher toutes les planchettes de la jalousie lorsqu’elles sont rem011 tées. On nomme cette planche pavillon.
- On place aussi quelquefois des deux côtés de 1 ouver®e des planches de r4 à i5 centimètres de large , et de épaisseur que le pavillon , avec lequel elles forment un
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- qui affleure le devant du tableau , afin d’empêcher la jalousie de sortir au dehors de la croise'e , et la de'fendre contre l’agitation du vent. L.
- JAMBAGE ( Maçonnerie). C’est un pilier vertical éleve' entre deux arcades ; on le nomme aussi pied-droit.
- Les jambages de cheminée sont deux petits murs qu’on élève à droite et à gauche d’une cheminée , pour enfermer latre et porter le manteau.
- Le tourneur nomme jambages d’un tour deux grosses pièces de bois équarries, portées verticalement sur des semelles, et maintenues sur les côtés par des Mens. Dans ces jambages on emboîte deux longues pièces de bois horizontales, appelées jumelles, entre lesquelles sont placées les poupées du tour.
- L’écrivain appelle jambage un trait droit et plein formé avec la plume. Fa.
- JAMBE DE BOIS ( Technologie). On donne ce nom à un membre artificiel, par lequel on remplace celui qu’on a perdu par un accident' ou par une opération chirurgicale. S’il ne s’agissait ici que de la. description de ces sortes de jambes de bois que portent presque tous les militaires blessés aux armées, nous aurions regardé ce travail comme inutile. En effet, personne n’ignore qu’elles sont formées d’un cuissard en bois qui embrasse la cuisse des deux côtés , en dehors et en dedans. La partie inférieure est en bois solide et léger. Il est surmonté d’un petit coussin, sur lequel repose le bout du moignon. Il est attaché au bout de la cuisse par des courroies qui l’enveloppent et se fixent par une boucle. Au-dessoüs du cuissard est solidement fixé un bâton cylindrique plus ou moins gros , selon le poids de la personne , et de la hauteur convenable à sa taille. Ce bâton se termine par un patin conique , afin de lui donner un peu plus d’assiette. On cloue par-dessous des morceaux de semelle de. soulier.
- Plusieurs artistes ont, de nos jours, cherché à fabriquer des jambes artificielles. On distingue quatre d’entre eux qui ont le mieux réussi. En'1792, M. Oudet, expert du Collège «val de Chirurgie, à Paris, en exécuta une qui imitait la
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- nature de manière à s’y tromper, tant pour l’exacte perfection des xnouvemens , que pour sa grande commodité. L’Académie royale de Chirurgie et la Société royale de Médecine lui accordèrent leur approbation , en déclarant qn’on pouvait s’en servir et marcher avec autant de légèreté, d’assurance et de solidité que si l’on agissait avec ses jambes naturelles.
- M. Sonnect exécuta une jambe mécanique, à Paris en 1795 , bien plus parfaite que la précédente ; elle a le mouvement du tarse , du métatarse et du genou. A l’aide de cette jambe, on peut marcher et s’asseoir sans aucune aide et sans se fatiguer : elle est d’ailleurs si bien imitée , que les veux v sont trompés.
- Nous pourrions encore citer la jambe artificielle de M. Prévost, mécanicien à Paris, exécutée en r8n ; mais nous ne parlerons que de celle exécutée en Angleterre en i8i5, pour M. Kristzoff, colonel des gardes de l’empereur de Russie, et de celle qui fut exécutée à Paris, par M. Daret, pour le prince de Hesse-Philipstadt.
- « L’amputation fut pratiquée à M. Kristzoff, à pen près aussi haut que possible : le moignon n’a que 4 à 5 centimètres de long, ce qui rendait l’application d’un membre artificiel fort difficile. Cependant, après beaucoup d’essais infructueux, l’ouvrier est parvenu, à mettre ce brave officier en état de marcher sans beaucoup de peine. Le membre est fait avec tant d’art, que les personnes qui n’en sont pas prévenues, le voient communément faire à pied de très longues courses, sans se douter qu’il ait d’autre incommodité qu’une simple raideur d’articulation.
- » Voici les particularités qui distinguent ce membre artificiel 1
- » i°. Le pied offre d’abord une articulation qui figure celle des orteils avec le métatarse. Cette articulation, sans aucun ressort, permet an bout du pied de s’élever de 4° à 4$ degrcs, ce mouvement, qui facilite la marche, est naturellement borne' par la raideur de la peau dont le pied est garni, et P® la résistance du soulier.
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- x Le pied est articule' à sa re'union avec la jambe. Les jaouvemens de flexion necessaires à la marche offrent une résistance suffisante , par l’effet d’une lanière de cuir peu extensible , et enfin sont définitivement bornés par la rencontre des pièces de l’articulation ; mais cette rencontre ne produit ni bruit ni secousse , parce que la résistance graduée de la lanière empêche qu’elle ne soit brusque et subite. Deux ressorts à boudin, dont l’ua représente le tendon d’Achille, tandis que l’autre , placé en long sur le devant du coude-pied, tient lieu de tendons fléchisseurs, contribuent à rendre les monvemens de flexion et d’extension du pied plus doux , â les proportionner au poids du corps qui doit les produire. Le premier de ces ressorts est garni intérieurement d’un axe de bois mobile, pour le défendre des chocs extérieurs.
- 2'. La jambe. Le gras en est figuré en liège, pour plus de légèreté ; elle s’articule aussi avec la cuisse, et exécute un simple mouvement de flexion et de redressement en devant. Une forte bande de cuir, portant en bas une rotule, est attachée par le haut à trois ressorts de bretelle, cachés dans l’épaisseur de la cuisse. Elle borne le mouvement de flexion nécessaire quand on s’asseoit, et sert à ramener la jambe dans l’extension , lorsqu’elle est abandonnée à son propre poids.
- » 3°. La cuisse. Toutes les parties dont on a fait mention jnsqu’à présent ne sont point indispensables , et eelui qui ne voudrait pas faire les frais d’une aussi grande perfection, pourrait les remplacer par une jambe inflexible , ou même par un simple bâton ou pied-droit. La cuisse est la partie dont la construction est la seule importante , puisque la grande difficulté consistait à la faire parfaitement adapter au moignon , et à y trouver un point d’appui sur lequel le corps puisse se soutenir dans la marche et la station , en même temps qu’on aurait les moyens de la mettre en mouvement pour la progression.
- » Cette cuisse est en bois creusé pour recevoir le moignon ; mais les-parois en ont beaucoup d’épaisseur (-2 centimètres et dont, environ un pouce ) ; rette épaisseur permet, au corps
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- de porter sur le rebord, sans que les parties en soient blessées. L’intérieur de la cavité , parfaitement poli et sans gar niture, reçoit le moignon et embrasse le haut de la cuisse de manière que le corps porte en dedans sur l’arcade pubienne en arrière sur la tubérosité ischiatique; en dehors, ce rebord forme une crête , qui s’applique contre le grand, trochanter et affermit la position de ce membre artificiel. Il est d’abord maintenu en position par une espèce de demi-culotte en peau de daim piquée , qui embrasse la hanche et la fesse gauches et s’adapte en avant et en arrière, par trois boutons, à une forte bretelle passée sur l’épaule opposée à la jambe artificielle. La manière la plus convenable est de mettre le moignon nu dans la. cavité ; il s’y échauffe moins, n’y est d’ailleurs nullement gêné ; et, lorsqu’on a beaucoup marché, il n’est pas difficile de faire porter la pression sur les parties qui ne sont pas fatiguées. Au bas de la cavité formée par la cuisse est un trou destiné à y faire pénétrer l’air lorsque le moignon y est placé. Tout l’appareil peut s’enlever en un instant, en défaisant les trois boutons qui tiennent aux bretelles.
- » Ce membre , légèrement matelassé et garni convenablement de peau , est ensuite enveloppé d’une peau de daim collante, sur laquelle se placent les vêtemens. Cette jambe artificielle pèse sept livres. »
- Nous avons extrait cet article de la Gazette de Santé', du ii juillet i8i5.
- La première des jambes artificielles que fabrique M. Daret. mécanicien, à Paris, fut construite en 1818; elles sont partie en bois, partie en liège , et ne pèsent que quatre livres. Le bois qu’il emploie est le tilleul évidé ; le mécanisme en est simple, et peu susceptible de dérangement. Yoici un aperçu de sa construction , qui fut approuvée à cette époque par h Société d’Encouragement de la Capitale.
- La jambe artificielle est douée d’un mouvement de flexion au genou, et d’articulation aux chevilles, au coude-pi^ et à Yorteil. Le mouvement qu’elle reçoit en marchant lui
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- en marchant lui donne un raccourcissement suffisant pour la diriger en avant en ligne droite, ce qu’on ne peut obtenir avec les jambes de bois ordinaires , qui exigent qu’on leur imprime un mouvement circulaire , pour que le pied ne butte pas contre les irrégularités du chemin à parcourir. Ce circuit ralentit nécessairement la marche, et produit un effet désagréable à l’œil.
- Un ressort de tension agit lui-même sur la jambe artificielle, pour la ramener au centre de gravité, et le moignon qui est renfermé dans le cuissard , la replace dans la position qu’elle doit avoir pour supporter le poids du corps qui s’appuie dessus.
- Le mécanisme de cette jambe est si solide, que, quand même le ressort de tension viendrait à manquer , il n’en résulterait aucun accident ; elle permet de se tenir debout, au milieu d’une chambre, les bras croisés, et de prendre toute autre position, comme de s’asseoir et de se lever, de se baisser jusqu’à terre, sans que les deux pieds cessent de rester l'un près de l’autre ; on peut fléchir à la fois les deux genoux et les relever également ; et tous ces mouvemens sont effectués sans bruit, et de telle sorte que l’œil pourrait les croire naturels.
- Le nerf extenseur et le tendon dJAchille sont figurés par des ressorts à boudin en laiton écroui, qui produisent un effet si rapproché de l’effet naturel, qu’il faut un examen scrupuleux pour en faire la distinction.
- M. le marquis de Bourdeille portait une de ces jambes artificielles ; il vint nous faire une visite en 1818 : nous ne nous en aperçûmes pas, et nous en doutions encore, après qu’il nous l’eut dit, tant les mouvemens nous en avaient paru naturels. L.
- JAMBE DE FORCE (Charpenterie). Forte pièce de bois qui porte l’entrait relevé, l’arbalétrier et les pannes d’une Ferme. ( V. Comble. ) On l’assemble obliquement sur les deux bouts de l’entrait inférieur et de l’entrait relevé, avec lesquels elle s’unit à tenon et mortaise ; il y a deux jambes de force à chaque ferme, l’une à droite et l’autre à gauche de l’entrait :
- Tome XI. a3
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- 354 JANTE.
- elles sont appuyées par le dos sur la plate-forme , à l’aide d’us petit bois horizontal nomme' Bloch et. pH
- JAMBES ( Architecture). On nomme ainsi une chaîne de carreaux et de houtises, pour porter et entretenir les murs d’un bâtiment. Les boutises sont des pierres dont la plus grande longueur est dans le corps du mur ; les carreaux, au contraire , ont leur longueur suivant le parement ou la face du mur. La jambe boutise est la chaîne de pierre qui est à la tète d’un mur mitoyen et commence au-dessus de l’e'tage du rez-de-chaussée, faisant liaison avec deux murs de face. La jambe élrière est celle qui est à la tète d’un mur mitoyen par bas, ou qui porte deux poitrails , ou deux retombées, ou deux tableaux. La jambe sous-poutre soutient une ou plusieurs poutres, etc. Fr.
- JAMBETTE ( Technologie). Dans l’art du Charpentier , c’est le nom qu’on donne à une pièce de bois qui se met au pied des chevrons et sur les enrayures.
- Le Coutelier désigne par le même nom un petit couteau d’environ huit centimètres ( 3 pouces) de long et à lame étroite, qui se porte facilement dans la poche à cause de sa légèreté et du peu de place qu’il occupe. La forme de jambe qu’on avait donnée au manche lorsqu’on imagina cette sorte de couteau, l’avait fait désigner sous le nom de jambette, ou petite jambe ; mais les angles que les deux extrémités présentaient déchiraient les poches ; l’on abandonna la forme de jambe, en conservant ses dimensions, et l’on a continué depuis à donner à ces petits couteaux le nom de jambette. L-
- JANTE ( Technologie). Dans l’art du Charro.v , on donne le nom de jante aux pièces de bois , en arc de cercle, qui f°r" ment la circonférence d’une roue de carrosse, de charrette, de moulin, etc. Cette circonférence est ordinairement formée de six jantes, dont chacune fait par conséquent le sixième de cette circonférence. Elles sont ajustées l’une à 1 autre p®r une forte cheville en bois , qu’on implante dans un des bouts, et qui va se loger dans un trou pratiqué à l’autre bout de celle qui suit. C’est dans ces jantes que sont ajustés les rayons
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- JARDIN, JARDINIER. 355
- par des tenons carrés pratiqués à l’un de leurs bouts , et qui s'emmanchent dans des mortaises creusées dans les jantes : l’autre bout des rayons est emmanché de même dans le moyeu.
- M. Sargent, à Paris , fabrique depuis quelques années des roues à une seule jante ou à deux jantes; pour cela il contourne les bois , ainsi que nous l’avons expliqué au mot Charbon. ( T. Y, page 6. ) L.
- JARDIN, JARDINIER ( Agriculture). L’enceinte réservée à la culture de certaines plantes utiles ou agréables, est ce qu’on nomme un jardin ; il en est de six espèces : i°. le potager, où l’on cultive des légumes ; ?.°. le jardin à fruit, appelé aussi Pépinière ou verger ; 3°. le jardin à fleurs ; 4°- le jardin botanique; 5°. le paysager, dit anglais ; 6°. le jardin orné, appelé français. Comme ces sortes de cultures exigent chacune des procédés et des connaissances différentes, que les détails relatifs à l’art du jardinier sont spéciaux et en nombre considérable , qu’ils nécessitent des descriptions très étendues ; qu’enfin, notre Dictionnaire ne peut embrasser que la grande agriculture, nous nous dispenserons de traiter ce sujet, qui fait la matière d’un grand nombre d’ouvrages spéciaux.
- Nous nous bornerons à dire que les principes généraux de la culture des terres reçoivent ici leur application , comme partout ailleurs, et que les soins sont seulement plus actifs et plus nécessaires. Ainsi l’usage des engrais , des arrosemens, des labours profonds, des binages, des sarclages, etc., la destruction des taupes, des chenilles , des vers blancs, des hannetons et autres animaux nuisibles , sont d’une indispensable nécessité dans les jardins. La Taille des arbres , la formation des Espaliers, les plantations, les semis, les palissages, etc., exigent un art et une étude particulière de la nature du sol, et de celle du climat et des localités.
- C’est véritablement dans le jardinage qu’on fait la plus belle application des principes généraux de l’agriculture. Aussi un ton jardinier est-il un des ouvriers les plus utiles et les plus difficiles à rencontrer. Ceux qu’on nomme maraîchers, parce
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- 356 JARDIN, JARDINIER,
- qu’ils cultivent les marais des faubourgs de Paris, et ceux de Montreuil, pour la culture des arbres à fruit, passent po® être les plus instruits et les plus habiles de France, dans ce qui concerne ces sortes de cultures. On en voit qui font vivre leur famille avec le produit de leur travail, quoiqu’ils paie® jusqu’à 5oo fr. et plus le loyer d’un arpent de terre : aussi le® perséve'rance dans le travail, leur surveillance jour et nuit, et leur infatigable activité', sont-ils passes en proverbe.
- Mais le jardinier qu’on regarde comme le plus habile, est celui qui se livre à la culture des plantes e'trangères, des fleurs rares, des végétaux en terre de bruyère , etc. Il a besoin de connaissances en Botanique , d’un excellent jugement po® apprécier les influences diverses de l’atmosphère, dont il est forcé de prévoir et de modifier les effets ; il doit être exercé à la conduite des orangeries et des serres chaudes, et savoir disposer les couches, les châssis, les bâches, les cloches, etc., selon les besoins et les circonstances. Le jardinier fleuriste est certainement un artiste très distingué dans cette profession.
- Quant aux jardins français et anglais , leur principal mérite appartient à l’architecte, qui en dispose les masses, pour y offrir des points de vue et un ensemble satisfaisant. Le jardin des Tuileries, celui de Versailles, et celui du Luxembourg, sont certainement les plus beaux de l’Europe, parmi ceux de la première espèce ; ceux d’Ermenonville, d’Epinal, de Neufchâteau, etc., sont en France des modèles de la seconde.
- Quant aux qualités qu’on doit trouver dans un jardinier,
- , outre la probité , l’esprit d’ordre et de conduite qui est necessaire dans tous les états , cet ouvrier doit surtout être fort, adroit, actif et intelligent ; il faut qu’il aime sa profession, et jouisse lui-même à la vue des produits qu’il a fait naître. Son maître doit le bien traiter , le payer assez pour qu il soit heureux et entretienne sa famille , le surveiller pour lui oter le désir de faire des infidélités, et l’empêcher de se livrer à b paresse ou à l’ivrognerie , vices ordinaires aux hommes de cette classe. Quelques récompenses données de temps à autre, des éloges ou des reproches adressés selon les occasions, s®1
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- JASPE. 35^
- an moyen puissant de le retenir dans le devoir. Forcés de nous renfermer ici dans des généralités , en traitant un sujet presque inépuisable, tant il est riche en détails, nous renverrons aux divers articles de ce Dictionnaire , où chaque sujet est traité à part. ( V. aussi lé Dictionnaire d’Agriculture, )
- Fr.
- JARDINIÈRE. On donne ce nom à un meuble de salon destiné à recevoir et conserver des plantes pendant la durée de leur floraison , pour orner l’appartement. C’est une table élégamment ornée, en acajou, ou tout autre bois, de belle ébénisterie , montée sur quatre pieds, dont là table de dessus est remplacée par une caisse en tôle qu’ôn emplit de terre, où les racines des plantes vivent et s’étendent. On renouvelle celles-ci chaque fois que la floraison est passée, et l’on arrose quand il est nécessaire. Le fond de la caisse est en pente, pour que les eaux d’arrosage se réunissent en un lieu , où se trouve soudé un conduit par où s’écoulent celles qui sont surabondantes, et que reçoit un vase qu’on place au-dessous. Fr.
- JARRET. Ce mot s’entend, dans les Arts, d’un coude ou angle formé le long d’une ligne droite ou courbe. Le fon-tainier nomme jarret le coude formé par la jonction de deux tuyaux d’une conduite qui 11’est pas rectiligne. Dans la coupe des pierres , \e jarret est un pli rentrant ou un coude saillant formé à la jonction de deux arcs de courbe contigus, où les tangentes sont différentes, etc. Fr.
- JASPE ( Arts chimiques). L’espèce quartz a été partagée, par le célèbre Haüy, en quatre subdivisions ou sous-espèces, dont le jaspe forme la dernière ; il a une grande dureté, et il est susceptible de recevoir un beau poli ; sa cassure est terne, compacte, et opaque même sur ses bords.
- Le jaspe aflêcte un grand nombre de couleurs, qui , tantôt parce* qu’elles sont tranchées , tantôt parce qu’elles sont disposées en bandes ou zones , servent à caractériser ses nombreuses variétés. C’est ainsi que l’on distingue des variétés de jaspes rouge, sanguin, vert, violet, jaune, noir, rubanné, zonaire , etc. ; il paraît appartenir exclusivement au sol secon-
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- 358 JASPURE,
- claire : on le confond souvent avec le quartz agate. Les anciens qui avaient porte' fort loin l’art de graver les pierres, se servaient du jaspe, comme de l’agate, pour représenter soit en creux, soit en relief, des sujets relatifs à la Mvthologie. Aujourd’hui on en fait des bijoux,des vases, des mortiers, des plaques d’ornement, quelquefois même des tables, lorsque les masses de jaspe sont de grande dimension. L*****e.
- JASPURE ( Technologie). Ces mots jaspure et jaspage sont deux mots synonymes dans le langage des Arts industriels ; ils signifient imiter le jaspe par des couleurs matérielles. On verra plus bas que ce mot est mal appliqué , et que, par les manipulations que les ouvriers emploient, ils imitent plutôt le granit que le jaspe. Cependant, comme c’est un mot adopté depuis très long-temps , il serait imprudent de le changer, les ouvriers ne nous comprendraient plus il suffit de s’entendre.
- Le Relieur appelle jaspure l’action de jasper, c’est-à-dire de changer l’uniformité d’une même couleur dont ils peignent la tranche des livres en répandant sur toute la surface de ces tranches des petits points d’une autre couleur, ou.de plusieurs couleurs, qui font disparate avec la première.
- Les couleurs les plus usitées pour la jaspure des tranches, sont le rose tendre, le jaune, le bleu clair, le vert pâle, le gris. Pour le rouge, on prend le vermillon ; pour le jaune, le jaune de chrome ; pour le bleu, le bleu de Prusse ; pour le noir, du charbon de braise lavé. On broie toutes ces couleurs à 1 eau sur le porphyi’e , avec la molette, en y ajoutant une quantité suffisante de blanc de plomb, afin d’en affaiblir la nuance au point convenable. Lorsqu’elles sont parfaitement broyées, on les délaie avec de la colle de parchemin ou de farine suffisamment liquide et bien claire ; on les met chacune dans un vase particulier.
- On ne jaspe ordinairement que sur le fond blanc , ou fond jaune , ou gris, ou rose très pâle. Dans ce cas, on prend trois ou quatre volumes entre les deux mains , et immédiatement avant l’opération de la Traxchefile ( V. Relieur ) , on les bat ensemble par la tête, sur la table ou sur le bord de la presse,
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- JASPURE. 35g
- en les empile au nombre de huit à dix , couchés ; on appuie la main gauche sur le plat du livre le plus haut, et avec un pinceau qu’on a trempé dans la couleur préparée, et qu’on a essuyé sur le bord du vase T ou mieux sur un fil de fer qui traverse le diamètre supérieur du vase, on passe la couleur sur la tranche , en commençant par le milieu de la tranche, de la tète, et allant vers la gouttière d’un côté, e t vers le dos de l’autre. On prend cette précaution , afin de ne pas laisser amasser de la couleur sur l’angle de la gouttière ; cette couleur, en se séchant , formerait une élévation désagréable à la vue. On donne deux à trois couches, selon la nuance qu’on veut avoir ; mais on a toujours soin d’appuyer fortement la main gauche à plat sur le volume le plus élevé , afin de comprimer les feuillets, pour que la couleur ne s’insinue pas entre eux.
- On fait la même opération sur la queue du volume , et on laisse bien sécher.
- On reprend les volumes , on fait tomber les cartons eu arrière , et l’on pose le volume débarrassé de ses cartons sur uu ais ; on met un autre ais sur le volume , et ainsi de suite jusqu’à la fin du tas, qu’on termine par un ais. On appuie fortement la main gauche par-dessus ce dernier ais , et l’on peint la gouttière comme on a peint en tète et en queue, en commençant par le milieu de sa longueur et pour les mêmes raisons. On laisse bien sécher.
- Pour jasper on place les volumes en tas de huit à dix , sur le bord de la presse , entre deux forts ais , de la même manière que nous l’avons indiqué pour peindre la tranche. On introduit ce tas tout-à-la-fois dans une vieille presse , afin de le bien serrer; ensuite, avec un gros pinceau à long manche, en forme de petit balai, fait avec des racines de chien-dent ou de riz, on prend de la main droite de la couleur bleue très pâle, et qu’on a bien essuyée de la même manière que nous l’avons dit plus haut. On saisit de la main gauche une barre de fer de la presse , on élève le bras en s’éloignant suffisamment des volumes , et l’on frappe du manche du pinceau sur la barre de fer pour faire tomber de haut, sur les volumes, de
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- 363 JASPURE.
- petites gouttes de couleur comme une légère pluie fine On frappe le'gèrement en commençant, et de plus fort en plus fort, au fur et à mesure que le pinceau devient de moins en moins charge' de couleur. Plus les gouttes sont fines, et plus le jaspe est beau.
- On peut jasper en deux ou en plusieurs couleurs ; mais on ne doit jamais jasper avec la couleur du fond, à moins que celle-ci ne soit très claire, et que celle dont on se sert pour la jaspure ne soit très fonce'e ; sans cette précaution la jaspure ne paraîtrait pas. On jaspe sur le jaune , d’abord avec le bleu clair , et ensuite avec le rouge. Sur le rouge , avec le bleu un peu plus foncé que sur le blanc , ensuite avec le jaune foncé.
- Le vert mêlé dans les jaspures produit aussi un très joli effet, lorsqu’il est combiné avec goût. On se sert pour cela du vert de vessie, qui n’a pas besoin d’être broyé; il se délaie facilement dans l’eau, et il porte sa gomme ou sa colle. On le mêle avec plus ou moins de gomme-gutte, qui se délaie de même dans l’eau, et par son mélange , plus ou moins considérable, produit des nuances très variées et extrêmement agréables. Il se combine très bien avec le jaune, le bleu, le rouge, dans les jaspes.
- Les jaspures sur fond blanc ou sur fond gristrès clair, produisent un très joli effet, même quand elles sont faites avec plusieurs couleurs non pas entassées, mais bien distribuées avec goût.
- Au mot Marbreur , nous indiquerons les procédés que le Relieur emploie pour faire sur les plats et sur le dos de véritables jaspures, des marbres de plusieurs sortes, de même que les tranches et les papiers marbrés. Nous parlerons, au mot Tranches , des tranches dorées et sur peinture.
- Les peintres en décors, les fabricans de papiers peints, emploient les mêmes procédés que le relieur dans la jaspure, ils leur donnent une dénomination plus raisonnable et plus analogue à la chose ; ils l’appellent Granit , et ils l’emploient pour garnir les lambris des appartemens ou les parties inférieures des maisons au-dehors. La seule différence consiste en
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- ce que les peintres en bâtimens se servent pour l’extérieur ou pour les endroits bas suj ets à l’humidité, de couleurs à l’huile, tandis que le fabricant de papiers peints emploie des couleurs à la colle ; mais les procédés sont les mêmes. Ils gra-nitent de même que les relieurs jaspent sur un fond uni plus ou moins foncé. On sent bien qu’ils doivent alors employer des couleurs d’une nuance claire , telle que le jaune, le rouge et même le blanc, pour imiter la nature ; mais les manipulations sont les mêmes. L.
- JAUGE, JAUGEAGE ( Arts de Calcul). Jauger un vase, c’est en évaluer la capacité , ou le nombre de litres qu’il contient; jauger une source, c’est trouver le volume d’eau qu’elle débite en un temps donné. Comme ces appréciations supposent qu’on connaît la Géométrie des solides, on est dans l’usage de dispenser de cette espèce d’instruction , en se servant d’ins-trumens gradués nommés jauges, sur lesquels on peut lire, sans aucun calcul, la capacité ou le volume demandé. Nous allons entrer dans quelques détails sur ces diverses opérations.
- Nous donnerons au mot Volumes les principes qui servent de base pour calculer les dimensions des corps, tels que les cônes, cylindres, sphères, etc. ; maintenant nous nous contenterons d’en faire l’application aux vases de formes usitées dans le commerce , afin de réduire notre article aux termes de précision et de facilité qu’on exige. Ainsi, il ne sera question ici que du jaugeage des tonneaux, et nous renvoyons à d’autres articles les évaluations d’une espèce différente. Par exemple, au mot Écoulement , on trouvera ce qui se rapporte au jaugeage des eaux courantes, et aux instrumens dont se sert le fontainier pour cet objet. Au mot Volumes, on trouvera le moyen de cuber les grandes Cuves et les Foudres, etc. Voici le mode de calcul qu’on suit pour jauger les tonneaux.
- Rappelons d’abord que la surface d’un Cercle ( Tr. ce mot) s’obtient en faisant le carré du rayon, et multipliant par 3 et j (ou plus exactement, par 3,i4i6); ou, ce qui équivaut, on
- multiplie le carré du diamètre par —, ou plutôt par o,'854
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- JAUGE, JAUGEAGE.
- Dans la pratique , la multiplication par
- *4
- posant ce facteur en \ ^ Ainsi le diamètre étant
- supposé de 636 millimètres, dont le carré est 4<>449® > je prends
- la moitié, qui est................................ 202248
- La moitié de ce résultat.................... 101124
- Enfin, le 7e de ce dernier nombre........... *444^
- Et le cercle est exprimé par.
- 317818
- en millimètres carrés, ou 3178,18 centimètres carrés, en supprimant deux chiffres à droite , ou 31 | décimètres carrés environ , en ôtant de nouveau deux chiffres.
- Pour jauger un tonneau ABCD ( fig. 3 , PI. 9 des Arts à Calcul ), prenez les surfaces du cercle de la base AD et de deux fois le cercle EF de la bonde, ou bouge; ajoutez ces nombres et multipliez la somme par le tiers de la longueur AB du tonneau ; le produit sera la capacité du vase, exprimée en unités cubiques de même côté que l’unité linéaire employée, par exemple, en décimètres cubes, ou litres, si l’unité qui a servi à mesurer les diamètres et la longueur est le décimètre. Ces dimensions doivent être prises à l’intérieur du tonneau, c’est-à-dire abstraction faite de l'épaisseur du bois.
- Comme le tonneau est souvent de forme irrégulière, il faut mesurer deux diamètres du fond dans des directions croisées, et si ces lignes sont inégales, on prend leur moyenne. H faut aussi mesurer les diamètres des deux fonds, poiir s as-surer s’ils sont égaux ; dans le cas de l’inégalité, on prend pour diamètre la moyenne ou demi-somme des deux dû' mètres observés. C’est ce qu’on nomme diamètre des fonds réduits, en ternie de jaugeage.
- Lorsque les tonneaux sont pantalonnés, c’est-à-dire cett » dans toute leur longueur , les mesures sont prises à 1exfe rieur ; mais on déduit l’épaisseur des douves, estimee pa aperçu, d’après celle du jable ; on nomme ainsi les 1>0U
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- JAUGE, JAUGEAGE. 363
- de douves qui dépassent les fonds. D’ailleurs, la tonnellerie de cliaque pays observe des règles de construction qui sont connues, et dont on fait usage dans cette évaluation.
- Par exemple , un tonneau a pour diamètre AD, BC, 4g5 millimètres aux fonds, et 5g5 au bouge EF , la longueur intérieure AB est de 73o millimètres; on demande combien il contient de litres. Voici le calcul entier :
- Carrés des diamètres. . aZ^SoaS 354o25
- Moitiés................ 122612 177012
- Quarts................ 61256 885o6
- 7e du quart.............. 8^5i 12644
- Ç AB... ig25ig EF... 278162
- Cercles...... ) EF... 278162
- l EF... 278162
- Somme............. 748843 inill. can\, ou 74,88 déc.carr.
- Multipliant par le tiers de 730 millimètres, ou 2,43 décimètres, le produit i8i,g6 indique que la futaille contient tout près de 182 décimètres cubes ou litres.
- La règle précédente a été proposée par Ougtbred ; on l’a fréquemment mise en usage ; mais comme elle est fondée sur la supposition que le tonneau est formé de deux troncs de cône AEFDj BEFC, réunis par leurs grandes bases EF, ou du moins qu’il est un segment de sphère entre deux plans parallèles rapprochés du centre , les résultats sont assez inexacts, et forcent un peu les volumes. On a eu recours à d’autres méthodes. On verra au mot Jaugeage, dans le Dictionnaire de Mathématiques de l’Encyclopédie méthodique, un article fort bien conçu de M Dez , où il donne une règle plus précise que celle d’Ougthred, et qui n’est guère plus difficile à mettre en pratique. Nous n’en donnerons pas ici la démonstration, qui est entièrement algébrique, et suppose que le tonneau est engendré par une tête de parabole îEk évasée, dont l’arc est prolongé aux deux bouts par des tangentes ik, AB ; le tout
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- 364 JAUGE, JAUGEAGE,
- tournant autour d’un axe GH perpendiculaire au diamètre EF de la courbe. Voici la règle de Dez, qui est généralement reçue dans les applications qu’on veut faire du jaugeage.
- On réduit par la pensée la futaille à la forme cylindrique, ayant pour base AD un cercle moyen entre ceux des bases véritables et du bouge, et c’est dans la détermination de ce cercle moyen que consiste la règle dont il s’agit. Dez veut qu’on diminue le diamètre du bouge des | de son excès sur celui des bases, et qu’on regarde cette longueur comme le vrai diamètre de la base du cylindre ; et comme on sait que le volume de ce cylindre se trouve en multipliant le cercle de sa base par sa longueur, le calcul est facile à faire ; de là cette règle :
- Prenez la différence entre les diamètres du bouge et des bases, puis les | de celle différence, et retranchez du grand diamètre; vous aurez le diamètre d’un cercle qu’il faudra évaluer, puis vous multiplierez par la longueur du tonneau.
- Reprenons l’exemple cité. Les deux diamètres diffèrent de
- ioo millimètres ; le quart est..................25
- La moitié du quart........................12
- Donc les | de la différence sont..........3y
- Otant de 5g5, il reste 558 millimètres ; le carré est 311364
- Moitié......................... i5568ï
- Quart............................ 77841
- 7e du quart....................... ni2°
- Cercle moyen.......................
- Il faut donc multiplier ce résultat ou 24,46 décimètres carrés, par 7,3 , ce qui donne 178,558 pour produit, ou un peu plus de 178 litres et demi (0-
- (1) En traduisant ces théorèmes en langage algébrique, on trouve te^ mules suivantes, où l désigne la longueur du tonneau, D le diamètre bonge, d celui du fond, a lenr différence D — d,
- Formule d’Ougthred..... Volume = 0,2618 l (aO3 + d3)
- Formule de Dez......... Volume = 0,7854 l (D — g *)’
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- JAUGE, JAUGEAGE. 365
- L’auteur affirme que son théorème donne des résultats qui, comparés à ceux d’un grand nombre d’expériences faites sur des tonneaux de capacités très diverses , ne sont en erreur que de quantités insignifiantes. Cette assertion, qu’on peut regarder comme vraie dans toutes les évaluations qui n’exigent pas une très grande précision, n’est pas complètement exacte, parce que la règle suppose au vase une forme parabolique qu’il n’a pas. On sait, en effet, que la figure des tonneaux est très variée , et que par conséquent il ne saurait y avoir une expression simple et exacte qui les embrasse toutes. Aussi a-t-on reconnu que la règle de Dez n’est applicable, en toute rigueur, qu’aux futailles bombées vers le bouge. Lorsque les diamètres des fonds et du bouge approchent de l’égalité , ou bien que le tonneau est court ou très bombé, le théorème perd un peu de sa précision. Dans la perception des droits pour les contributions indirectes , on est tombé d’accord de prendre trois fractions différentes pour obtenir le diamètre du cercle moyen, propre à ramener la forme du tonneau au cylindre, parce que l’expérience a appris qu’on pouvait réduire toutes les figures usitées dans le commerce à trois principales.
- Les pipes de Cognac, les pièces d’Auvergne, celles de rum et certaines busses d’Anjou , ont une courbure très prononcée et comme elliptique ; on prend les | de la différence des diamètres du bouge et delà base , et l’on ajoute ces ~ au diamètre du fond, pour former le diamètre moyen de la pièce réduite au cylindre.
- Les pièces de Mâcon, les bordelaises, les queues , et gé-
- Les dimensions doivent être rapportées h la même unité ; le volume est exprimé en cubes de cette longueur. Par exemple, si l’unité linéaire est le centimètre , le volme est donné en centimètres cubes 5 et supprimant trois chiffres vers la droite du résultat, il devient des décimètres cubes ou des litres. Si l’unité est le pouce, le produit est en pouces cubes. et il faudra le diviser par 5o,4 pour l’avoir en litres , ou plutôt il faut remplacer dans la deuxième formule le coefficient 0,7854par o,oi358. {V. Mesures.)
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- 366 JAUGE, JAUGEAGE,
- néralement le plus grand nombre des futailles sont moins arquées au bouge , où elles forment pour ainsi dire arête sur le bondon : on remplace le facteur | de la règle préce'àente par o,6 , ou | ; cela revient à peu près au théorème de Dez.
- Enfin, ce facteur n’est plus que o,55 dans les pièces presque cylindriques de Champagne , Saucerre , etc.
- Un exemple de ce dernier cas suffira pour montrer comment on fait le calcul dans les autres circonstances. Une demi-queue de Languedoc a 636 millimètres de diamètre aux fonds, qo4 au bouge , et 76 centimètres de longueur ; quelle en est la capacité ? La différence des diamètres est 68, dont on prend les o,55, à cause que la futaille est peu bombée, et l’on a 37, qu’il faut ajouter à 636, diamètre du fond, pour avoir 6^3 millimètres, diamètre réduit au cylindre. Le carré est 45292g, ou 4^,29 décimètres carrés; on en conclut que le cercle est 35,5g décimètres carrés. Multipliant par la longueur 7,6, on trouve 270,48 décimètres cubes, ou à fort peu près 270 litres et demi.
- Ces principes bien entendus, on comprendra aisément la pratique du jaugeage. Les préposés à la perception des droits ne sont que rarement capables de faire ces calculs ; d’ailleurs, le tumulte des lieux où il faut les exécuter rendrait les erreurs fréquentes. Pour obvier à ces deux inconvénieus, on a imaginé des instrumens nommés Jauges , pour obtenir les dimensions et même les capacités. Donnons d’abord quelques notions sur les droits perçus par la régie sur les boissons, savoir, sur les vins, cidres et poirés , les eaux-de-vie et liqueurs et l’hydromel.
- Le droit de circulation, ou plutôt de consommation, est fixé par la loi. Sur le vin, ce droit monte à 1 fr. 5o c., 2 fr., 2fr. 5oc , et même 4fr. par hectolitre, suivant le département pour lequel il est expédié. La France est divisée en quatre classes, à cause de la nature des produits du sol et de leur prix moyen sur les lieux. Le vin en bouteille paie 10 fr-par cent bouteilles dans tous les départemens; le cidre, le
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- JAUGE, JAUGEAGE. 367
- poiré et l’hydromel paient 80 centimes par hectolitre. La loi admet quelques exceptions à ces droits.
- Le droit d’entrée dans les villes est perçu sur les boissons d’après le tarif suivant, par chaque hectolitre , selon la population des villes et la classe où se trouve placé le département.
- POPULATION. HABITAIS viffs E?r Ire cl. J 26 j CERCLES 3= j 4e virrs en bonteill. CIDRES-
- de i5oo à 4°°° 0/55 0/70 o/83 î/oo iA5 0/35 § - ©
- 4000 à 6'üoo o,S3 1,00 i, i5 i,3o 1,70 °,45
- 6000 à 10000 1 ,"To 1,35 1,55 1,75 2,20 o,65 g
- iouoo à i5ooo 1,40 2,00 2,30 2,80 o,85 £ v 5
- i5ooo à 20000 2,00 2,25 2,45 2,80 4,00 1, i5 fi « 4}
- 20000 à 3oooo 2,80 3,10 3,4» 3,80 5,60 i,55 = 2-3
- 3oooo à 5oooo 3,70 4. ïo 4,5° 5, TO 7,3o 2,10 .2 2 0
- 5oooo et plus. 4,60 .... 5,10 5,60 6,3o .9,3° 2,80 fi-^2 fi
- A Paris 10,00 î5,oo 5,oo « ** O
- Les liqueurs et boissons en bouteilles sont comptées sur le taux d’un litre par bouteille.
- Outre le droit d’entrée, qui est versé dans les coffres de l’État , on perçoit encore aux barrières, ou à la sortie de l’entrepôt de Paris, un droit d’octroi municipal, pour subvenir aux dépenses des villes. Cette dénomination vient de ce que l’on admet que les communes ont demandé, comme une faveur , au souverain , le droit de s’imposer elles-mêmes, et que cette grâce leur a été octroyée. Chaque ville est soumise , à cet égard , à des règles particulières , qui proviennent de ce que les revenus et les dépenses sont différentes pour toutes. A Paris, le droit d’octroi sur le vin est égal à celui d’entrée. Ainsi, sur les vins en cercle, il est de to fr. 5o c. par hectolitre , ce qui fait 21 fr. en tout, et même 23 fr. 10 c., en comptant le décime additionnel. Pour les alcools purs, soit en bouteilles , soit en cercles, l’octroi est de 43 fr. 4o par hec-
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- tolitre , l’entrée de 38 fr., au total, 8g fr. 54, y compris le décime. Le droit de circulation sur l’alcool pur est de 25fr par hectolitre. Nous ne nous arrêterons pas ici à expliqua la méthode relative à ce dernier liquide, parce que ce sujet a été traité à l’article Eae-de-Vie. {V. aussi Aréomètre.)
- Les marchands de vins , cidres , liqueurs, etc., qui débitent à la mesure, paient en outre un droit de détail, qui est de i5 pour cent du prix du liquide. Ce droit est payé, à la régie des contributions indirectes , au fur et à mesure de la vente. Les préposés visitent de temps à autre les futailles, pour estimer la quotité vendue, ce dont ils jugent par le vide qu’ils y reconnaissent. Ce vide est marqué sur la futaille à chaque revue ou exercice, et le paiement est exigé tous les trois mois. On alloue 3 pour cent de déchets et de consommation. Ce droit, non plus que celui de circulation, ne se perçoit pas à Paris , où l’entrée et l’octroi sur toutes les boissons sont élevés à un taux qui ne permet aucune autre taxe. On tient donc compte à l’entrée du droit de circulation qui a été payé au lieu de départ, et on le déduit du montant de l’entrée.
- Le droit sur la bière est de 3 fr. par hectolitre de bière forte, et de y 5 centimes par hectolitre de petite bière. La quantité sur laquelle porte le droit est évaluée sur la contenance de la chaudière, quand même elle ne serait pas entièrement pleine , sauf la déduction d’un cinquième, pour déchets de fabrication , coulage , etc. Les préposés surveillent le fabricant, pour éviter la fraude. Cet exercice sur la bière a lieu partout, même à Paris.
- Le tarif du droit d’entrée sur les huiles, est réglé ainsi quü suit, par hectolitre.
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- JAUGE, JAUGEAGE.
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- POPULATION. HUILE D’OLIVE. TOUTE ACTEE HUILE.
- de 2000 à 6000 4/ r /
- 6000 à i5ooo 17 8,5o
- i5ooo à 3oooo 20 ÏO
- 3 3oooo à Soooo 4 12
- 1 5oooo et plus. 3o i5
- 1 A Paris 1 4° 20
- La taxe sur les huiles d’olive est réduite à moitié dans diverses provinces où l’olivier croît et fructifie, telles que la Provence , le Languedoc, le Dauphiné et le Roussillon.
- Cette récapitulation , nécessairement fort incomplète, n’est donnée ici que comme document général pour l’usage des commerçans, et pour montrer comment on perçoit les droits du fisc. Le préposé jauge la capacité du tonneau avec un instrument nommé velle ou jauge ; il évalue le nombre de litres qui remplit le vase, et calcule le droit en conséquence. Cette opération ne présente donc d’autre difficulté que celle de calculer le volume du liquide.
- Dans les contributions indirectes, lorsqu’un tonneau doit voyager , on ne suppose jamais qu’il y ait de la vidange • et si dans la route, par le fait de quelque accident constaté par procès-verbal, le tonneau a perdu une partie du liquide , ou qu’on ait été obligé de transvaser de manière à avoir de la vidange, celle-ci s’estime par une mesure directe, en dépotant, comme on le dit ordinairement. Ainsi, nous n’avons besoin que de trouver la capacité des tonneaux pleins. Au reste, nous reviendrons plus tard sur le fait des vidanges.
- On se sert, pour percevoir les contributions indirectes , de trois sortes de jauges , dont nous allons indiquer la construction et l’usage.
- I. Jauge brisée ou diagonale. Cet instrument est une règle Tome XI. 24
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- d’environ de longueur, partagée en trois règles qu’^
- ajuste bout à bout, à l’aide d’une vis terminale qui entre dans un e'crou à l’extrémité suivante ; le tout pour être com-mode'ment transporté. Il y a quatre faces ; chacune a g millimètres de large en haut, 6 en bas , et porte sur deux faces des graduations avec des numéros de 5 en 5. Chaque degré vaut un décalitre ; xo degrés font un hectolitre , et les ioo degrés îooo litres. Sur l’autre face, qui ne sert qu’aux petits barils de 18 à 3o litres, et qu’on appelle côté faible, chaque degré vaut un litre.
- On introduit cette règle diagonalement par la bonde, suivant la direction ED ( fig. 3 ) , en faisant porter le bout sur l’angle D de la douve inférieure du fond, afin d’obtenir la plus grande distance oblique de ce fond au centre E de l’orifice, au-dessous du bois. On Ut alors le numéro de graduation de la règle, qui exprime le nombre de décalitres, quand on a pris le côté fort ; et si la bonde n’est pas exactement au miUeu , ce qu’on reconnaît en voyant si chaque base du tonneau donne le même degré , on prend la moyenne ou demi-somme des deux résultats trouvés par les diagonales ED,EC. Par exemple , quand la jauge indique 45 degrés d’an coté et 46 de l’autre, on a la moyenne entre 45 et 46 décalitres, savoir, 45 j, ou 455 litres.
- Quand on se sert du côté faible, il faut ajouter les résultats fournis par les deux diagonales , sans prendre la moitié, attendu que la graduation de la jauge ne donne ici que les demi-cylindres, tandis que sur le côté fort, elle donnait le cylindre entier pour la diagonale de sa moitié. L’unité du côté faible n’est plus le décalitre, mais le litre.
- II. Jauge à crochet. C’est une règle carrée AC (fig. 5)» d’environ 23 décimètres de longueur, qui peut aussi se bnser comme la précédente, à l’aide de vis et d’écrous ; elle se partage ainsi en cinq parties, qu’on transporte dans un sac de peau : elle est terminée par un fer ABD portant un crochet BU et une queue ou talon AB ; ce fer se visse au bout de la règle! le crochet se trouvant d’équerre ou en potence. C’est à par£ir
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- rie ce crochet qu’on compte les divisions, mesures de la longueur ; pour cela, on applique la règle longitudinalement en dehors du tonneau, parallèlement à son axe, le crochet embrassant le jable et portant sur son bout : on lit le numéro qui répond au bord du jable opposé. C’est à partir de l’extrémité A du talon que comptent les degrés marqués sur une autre face, qui mesurent les diamètres des fonds ; ou appuie le bout du talon sur le bord intérieur du jable, dans le sens d’un diamètre , en observant la précaution de faire osciller la règle pour obtenir la plus grande distance possible, mesurant deux diamètres en croix, et ceux des deux fonds; le tout comme il a déjà été indiqué.
- Enfin , sur une autre face de la règle , sont les divisions qui donnent le diamètre du bouge. Avant de monter le crochet sur sa vis , on enfonce verticalement la règle par la bonde , et l’on note la division qui affleure la surface intérieure du tonneau, ou le dessous dubois de la bonde. Ces deux dernières faces de la règle sont marquées, l’une fond, l’autre bouge : chaque division y est comptée pour 2 litres.
- Ces diamètres se prennent, comme on voit, sans compter l’épaisseur des bois. La longueur seule est affectée de la saillie formée par lesjables; mais comme, dans les principes de construction , on a tenu compte de cette circonstance, en laissant 4o millimètres et demi ( 18 lignes) pour chaque jable, c’est réellement la longueur intérieure qu’on se trouve avoir mesurée. Cependant si l’on remarquait que, pour un tonneau proposé, les jables n’eussent pas cette saillie, il faudrait y avoir égard en ajoutant ou ôtant la différence observée; comme aussi lorsque les fonds sont enduits de plâtre, on en retranche les épaisseurs, qu’on connaît bientôt en découvrant quelque partie. Cette épaisseur varie de 3 à 10 millimètres. Enfin, lorsque le tonneau a un double fond , précaution usitée contre l’infidélité des voituriers, on en retranche aussi l’épaisseur , estimée d’après les usages de la tonnellerie , que les préposés connaissent pour chaque localité où l’on a coutume d’employer cette précaution.
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- S;?. JAUGE, JAUGEAGE.
- Pour avoir la capacité d’un tonneau , il ne s’agit plus qUt de multiplier le diamètre moyen par la longueur; et comme les divisions qu’on voit marquées sur les faces de la règle destinées à donner les diamètres, représentent chacune 2 litres , et non pas des longueurs métriques , le produit est en doubles litres, la capacité demandée.
- Par exemple, on a lu 31 et 33 sur les deux fonds; on prend la moyenne 32 pour l’expression du fond réduit; le bouge est supposé de 4° ; la somme 72 a pour moitié 36, qui est le diamètre moyen ; enfin , on lit 5 sur la jauge en prenant la longueur ; le produit 5 fois 36 donne 180 doubles litres, ou 36o litres , pour la capacité de la futaille. Pour plus de précision , il convient de déduire le diamètre moyen en partant des principes exposés précédemment page 365.
- III. Jauge à ruban. C’est un ruban de taffetas très fort et à peu près inextensible, long de 234 centimètres , et qui s’enroule sur un axe au centre d’un petit baril, d’où l’on peut le faire sortir et rentrer au moyen d’une petite manivelle. Jjes rubans gommés de M. Champion sont ceux qu’on préfère, parce qu’ils ne sont pas cassans. Les deux surfaces sont marquées de divisions , les unes pour mesurer les diamètres, les autres pour les longueurs ; ces degrés sont précisément égaux à ceux que porte la jauge à crochet, et l’usage en est le même. Ce n’est, à proprement parler, qu’une règle graduée et flexible, pour être facile à transporter. On mesure les diamètres des fonds en portant le ruban à leur face extérieure entre les jables opposés, à compter du zéro qu’on applique sur l’un. Quant au bouge, on suspend par la boude une baguette, ou un fil-à-plomb , qii’on laisse tomber verticalement sur la douve opposée ; on remarque le point qui est au niveau de la surface intérieure des douves d’en haut, et retirant cette baguette ou ce plomb , on porte la mesure sur le ruban à partir du zéro. La longueur de la pièce se prend à l’extérieur , de l’extrémité d’un des jables à l’autre , et on lit, sur la face du ruban qui y est destinée , la longueur totale.
- Il nous reste maintenant à expliquer la méthode de gra-
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- daution des deux premières jauges; car la troisième portant les mêmes divisions que la jauge à crochet, n’exige pas un procédé particulier.
- I. La règle ou jauge diagonale est place'e obliquement dans la futaille, s’appuyant par un bout sur l’angle D du fond (fig. 3) , et sortant par la bonde E. La longueur ainsi inesure'e est assimilée à l’bypote'nuse d’un triangle rectangle ADE (fig. 4) , dont la demi-longueur AE de la futaille est un côté horizontal, et le diamètre AD du fond un côté vertical ; car on suppose que le tonneau a la forme d’un cylindre, dont la jauge traverse ainsi obliquement la demi-capacité. Il est clair que cette distance oblique DE serait donnée, si l’on connaissait les deux autres côtés du triangle ADE , savoir, le diamètre AD du fond et la demi-longueur AE; on prendrait la racine carrée de la somme des carrés de ces deux distances, ou 4/(AD’ -f-AE'). Or, admettons qu’on prenne pour ce diamètre AD, ce que nous avons appelé le diamètre moyen entre ceux du fond et du bouge ,. et il est clair que nous serons autorisés à regarder le tonneau comme cylindrique.
- En outre, on a remarqué que la longueur d’une futaille excédait en général la moyenne entre ses diamètres du fond et du bouge, des ~ de cette ligne (i); et quoique la très grande différence qu’ôn trouve dans les formes des pièces rende cette proportion souvent défectueuse, on juge à propos de l’adopter pour la facilité du calcul ; car sans cela il faudrait changer ce rapport selon les circonstances, et fabriquer autant de jauges qu’on voudrait distinguer de rapports divers.
- Soit donc d le diamètre AD du fond (fig. 4), d’où i ,3.d pour la longueur, et o,65.d pour la demi-longueur AE du tonneau. Ce sont les deux côtés de l’angle droit de notre triangle ADE , dont la diagonale DE , que nous représenterons
- ('.} Le demi-cvlindre de plus- gronde capacité' pour une diagonale don-tire DE ( fig. 4 ) est celui pour lequel l’angle E est de 54° 44’, et dont u.AE, “a la longueur totale,.surpasse le diamètre AD de ses quatre dixièmes. L* proportion adoptée dans la théorie ci dessus suppose l’angle E de 55°
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- par A, est l’hypoténuse. Ainsi on a A“= d* -f o,65!<? ou A2 = 1,4225^, et extrayant la racine carrée , A = i,tg3.t/ puis d — o,838.A. Telle est la longueur du diamètre moyen, pour une diagonale donnée A : ajoutant les — , on a pour la longueur intérieure du tonneau i,og.A. On peut conclure de là le volume qui correspond à chaque valeur de la diagonale A (i), et calculer les capacités résultantes, nombres qu’on inscrira ensuite sur la jauge, aux divisions qui s’y rapportait. On ne marque d’abord que des longueurs qui répondent à des capacités croissantes de î o en i o litres ; mais on subdivise ensuite les intervalles chacun en cinq parties égales, pour représenter des doubles litres.
- Ce procédé, fondé sur la supposition d’un rapport convenu entre le diamètre moyen et la longueur de la futaille, est susceptible d’erreurs, qu’on ne regarde pas comme assez importantes pour mériter qu’on y fasse attention. Pourtant il est bon d’en faire la remarque. A une époque où l’on voulait forcer les fabricans de tonneaux à adopter des constructions
- (i) Le volume du demi-cylindre se trouve eu multipliant sa lauteo: - . 1,09.4, ou o,545 A, par le cercle de sa base dont la surface
- = - a- d? =: — . —^—= ; ce volume est donc Y — f. —-—t • <>j 5^5,
- 4 4 1,4325’ 4 1 j 4330
- savoir :
- Y = o,3oog.A3, d’où A 17= r,4923v'V.
- Ainsi, pour chaque volume V du demi-cylindre AEFD en litres , on connaîtra la longueur correspondante de la diagonale en diamètres ; on portera cette longueur sur le côte' faible de la jauge, à parti son extrémité, et l’on inscrira à la division correspondante le nombre f:: l’a donnée. Pour le côté fort, qui, comme il a été dit, indique les Ç lindrcs entiers, ou la capacité totale du tonneau, on prendra Poar^_ demi-volumes en litres, mais on v inscrira les volumes entiers V en e
- ' J » • * ' QO OU
- jitres. Supposons qae le volume soit 255 litres, la moitié est I3;>"7 * prend pour valeur de V ; extrayant la racine cubique et la multi] a ^ ,492c!, on trouve-,"11 , qui répond en effet à a5 décalitres et demi sur
- fort de la
- !?“gc.
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- JAUGE, JAUGEAGE. 375
- uniformes pour toute la France, M. Legendre, consulté par le Ministre de l’Intérieur, reconnut que , dans la plupart des cas, les longueurs surpassent en effet le diamètre moyen de ses , et il proposa d’adopter ce rapport. Ainsi les écarts ne doivent être considérés que comme des cas d’exception , ce qui a fait adopter cette proportion, qui est pourtant quelquefois une cause légitime de discussions
- Comme le cylindre de plus grand volume pour une demi-diagonale donnée est celui dont la longueur surpasse le diamètre moyen de ses quatre dixièmes , plus on s’écarte de cette proportion, et plus la capacité diminue.
- M. Allouard a remarqué qu’on peut corriger les résultats donnés par la jauge diagonale, en suivant quelques principes dont voici le résumé.
- Lorsque le diamètre moyen est égal à la longueur intérieure , il faut diminuer de —5 le nombre de litres donné par la jauge.
- Si la longueur ne surpasse ce diamètre que de son dixième, il faut diminuer de 3 pour cent.
- Quand la longueur surpasse ce diamètre de ses 2 dixièmes, il faut diminuer de et pour- 2 dixièmes j, du centième.
- Enfin, quand la longueur est le diamètre moyen plus 7 ou 8 dixièmes , on fait aussi une correction du centième.
- La PL 9 des Arts de Calcul représente les divisions de la jauge diagonale, et le nombre de centimètres qui y répondent ; en sorte qu’en divisant une règle , comme on le voit sur cette figure, on recomposera cet instrument. On y voit, par-exemple , qu’à 89 centimètres on a , c’est-à-dire que la futaille contient 420 litres quand la jauge s’y enfonce obliquement de 89 centimètres. Pour 71 centimètres , on a 214 litres , et ainsi de suite. Et comme nous avons mis à côté une échelle divisée en centimètres, on pourra se servir d’une règle quelconque pour jauger une futaille , en disposant cette règle en diagonale pour prendre la longueur de cette ligne, mesurant cette longueur en centimètres , et voyant sur notre figure quelle est la capacité correspondante. On a supprimé ici
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- les 20 premiers centimètres, qui ne donnent pas un assez fort volume pour composer même un seul litre , puisque le litre a i5 centimètres de diagonale.
- II. La jauge à crochet et à ruban porterait sur une face des distances e'gales pour mesurer les longueurs, si l’on n’avait pas jugé convenable d’en diminuer les saillies des deux jables, estimés de 18 lignes ou zjo i millimètres, et les épaisseurs des deux fonds, denài6eti8 millimètres; en sorte qu’en prenant la distance entre les deux extrémités, on peut lire de suite la longueur intérieure. Cette soustraction est donc toute faite sur la règle ; et comme plus la pièce est longue , plus les bois sont épais et les jables saillans, les parties soustractives croissent avec les longueurs. Ainsi, les divisions sont inégales, selon une loi qui se compose d’après les règles de la tonnellerie. Aussi, lorsque le préposé remarque qu’un tonneau n’est pas construit selon les conditions adoptées , dont il a un tarif, il est obligé d’ajouter ou d’ôter à la longueur mesurée, quelques parties qui restituent les choses dans leur état véritable. Cette opération se fait à vue ; elle exige de l’habitude et de l’intelligence.
- Quant à la face destinée à mesurer les diamètres, on n’y inscrit pas ces longueurs ; mais concevant un cercle qui a ce diamètre , on a calculé combien , sur un centimètre de hauteur, contient de litres un vase cylindrique qui a pour fond ce cercle : on inscrit sur la règle les unités entières de décalitres, puis, divisant chaque intervalle en cinq parties égales, on a des divisions qui marquent 2 litres. Par exemple, sur un fond circulaire de 4 décimètres, un décimètre de hauteur produit un volume de 12,56 décalitres ; il faudrait donc numéroter 12,56, la longueur d’un décimètre.
- Voici donc le calcul qui sert à diviser la règle des diamètres. Soit d la quotité de décimètres de l’un d’eux ; lecercle
- est ~r 7r dl, et multipliant par un décimètre de hauteur , le produit ~ 7t d- est le nombre de litres contenus dans le cy-
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- lindre, sur cette hauteur ; savoir nd% pour le nombre Y de de'calitres ; d’où
- <*='/(^) = 3,568a VV.
- Faisant donc successivement A7 = 1,2,3,... on a les longueurs d en décimètres, qu’il faut porter sur la règle pour donner les divisions de 1, ?,,3,... décalitres. Ce n’est pas précisément sur cette formule que la règle est divisée, parce que le mètre n’y est pas pris pour unité sur l’échelle des longueurs, unité qui a 1B millimètres, parce que cet instrument a été emprunté des anciens usages ; mais le principe en est le même.
- Après avoir décrit les jauges employées dans les contributions indirectes , il nous reste à traiter de celle qui est en usage dans l’entrepôt et aux octrois de Paris , et qui a été imaginée par Pellevilain ; elle donne des résultats beaucoup plus précis, mais est d’un emploi moins facile que les premières. Comme l’administration est plus à portée de surveiller ses agens dans cette grande ville, et qu’elle peut avoir à sa disposition des sujets plus intelligens, elle a dû sacrifier un peu de la facilité des opérations, pour obtenir plus de précision dans les résultats.
- La jauge consiste en une règle terminée par un talon et un crochet, pour mesurer les longueurs et les diamètres comme précédemment ; elle a aussi quatre faces où sont inscrites des lettres distinctives , et où l’on voit enfoncés des clous de diverses couleurs, pour en faire l’usage qui va être indiqué. Ce sont de vrais Barrâmes , qui donnent à vue la capacité d’un vase, d’après les mesures prises en longueurs et en diamètres. Chaque face de la règle présente plusieurs de ces Barrêmes, et Ion a soin de choisir celui qui convient à l’espèce de tonneau qu’on veut jauger, selon les cas : la face 11° 1 a quatre Bar-rèmes ; chacune des faces nos 2, 3 et 4 a deux Barrêmes, ce qui luit dix en tout. Les clous jaunes qui occupent la ligne médiane de chaque face de la règle se rapportent aux diamètres ;
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- d’autres clous, place's plus loin du talon et vers l’arète, servent aux longueurs.
- Comme l’opération doit porter sur le diamètre moyen, il faut en calculer la grandeur d’après celui du fond et celui du bouge. A cet effet, le pre'posé est muni d’une seconde jauge • c’est une règle qui ne sert qu’aux bouges , et qui par conséquent ne porte pas de crochet, et il l’enfonce par la bonde pour obtenir ce diamètre. Cette seconde jauge est aussi munie de clous, qui sont à des distances calculées en conséquence, et l’on prend pour diamètre moyen une valeur calculée d’après la forme du tonneau, et conformément aux indications qu’on trouve au fond et au bouge sur ces deux règles.
- Le calcul qui sert à faire ces instrumens est tout entier de pratique. On sait, par exemple , quelles dimensions ont d’ordinaire les futailles d’Orléans, de Mâcon, etc., et quelle en est la capacité moyenne. On a marqué sur l’une des faces de la règle les deux dimensions du tonneau , l’une en longueur, l’autre en diamètre moyen. Des clous placés en-deçà et au-delà de ces termes indiquent de quelle longueur doit varier la dimension correspondante pour obtenir 10 litres de plus ou de moins. Si, en mesurant une pièce de Mâcon, on trouve que ses dimensions , tant en longueur qu’en diamètre, arrivent juste au trait marqué pour les tonneaux de ce pays, on en conclu! que la futaille a 21 o litres , parce que le n° 21 inscrit sur la règle au haut du diamètre , donne 21 décalitres; mais si Ion remarque sur la jauge un petit excès ou un défaut sur ces longueurs, ce n’est plus à 21 o litres qu’on évaluera le volume, et il faudra le réduire ou l’augmenter dans une certaine proportion qu’indique la place des clous voisins du terme nonna . chaque intervalle valant 10 litres. Cette méthode de division est purement empirique ; mais précisément par cette, rais® elle donne des résultats exacts. Malgré la complication ^ clous de quatre couleurs (il y en a de jaunes, de blancs, rouges et de noirs ) sur les quatre faces de la règle, wr dix Barrêmes différens , le préposé qui en a l’habitude n « nullement embarrassé dans son évaluation.
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- Montrons sur un exemple l’emploi et le mode de division de la jauge de Pellevilain. On voit, sur la face 110 2, le signe 3q or 21 , pour désigner 21 décalitres , capacité ordinaire des pièces d’Orléans, Auvergne, Pouilly, Beaune , etc. C’est à cette indication que s’arrête le diamètre des fonds de ces futailles. Plus loin, sur la même face, on lit le même signe 3q or, pour indiquer la longueur que ces pièces ont coutume d’avoir. Sur la règle du bouge , la même marque donne le diamètre de leur bouge. Lorsqu’on rencontre une futaille qui a ces trois dimensions, on prononce de suite qu’elle contient 210 litres.
- Mais admettons qu’il n’en soit pas ainsi, et que le diamètre du fond soit un peu plus fort ou plus faible ; des clous rangés sur la ligne du milieu marquent ce qu’il faut ajouter ou ôter de décalitres à 210. Il en faut dire autant pour le bouge et pour la longueur. Ainsi le fond indiquant, par exemple, 225, et le bouge 235, au lieu de 230 , il faut entendre que sur des cercles ayant les diamètres dont il s’agit, la pièce contiendrait 225 et 235 litres, en lui supposant la longueur fixée. Pour faire usage de ces nombres, prenez leur différence , qui est 10, et choisissez celui des trois facteurs o,55, ouf, ou |, qui convient à la forme de la futaille, d’après ce qu’on a dit page 365. C’est ici f qu’il faut préférer, et vous aurez | de 10 , ou6, à ajouter au cylindre 225 du fond, pour former le cvlindre réduit 231 , c’est-à-dire que la futaille proposée contient 231 litres , lorsqu’elle a la longueur fixée par la marque de la jauge : mais supposons qu’il s’en faut de 2 litres que cette longueur n’atteigne la marque, ôtez 2, et vous aurez 229 litres pour la capacité demandée.
- Cette opération ne présente d’autre difficulté que celle de former le cylindre réduit ; et l’on conçoit pourquoi la même face contenant plusieurs Barrâmes, pour éviter la confusion et empêcher qu’on ne se trompe en prenant les clous indicatifs de l’un pour ceux de l’autre , on a dû les distinguer par des couleurs. Les marques des diamètres sont voisines du crochet j celles des longueurs sont plus loin et portent le même signe
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- caractéristique. Le premier diamètre répond à la rangée des points jaunes, le deuxième aux points blancs, le troisième aux points rouges, et le quatrième aux points noirs. Les clous de longueur sont de même couleur que ceux de diamètre • on choisit celui de ces systèmes qui convient au calibre proposé d’après son diamètre et sa longueur ; car on trouve toujours, sur l’une des faces, un système qui s’accorde à peu près avec celui-ci : on prend ensuite sur la jauge du bouge le système qui répond au premier. Lorsqu’il arrive qu’on peut indifféremment en prendre deux, il convient de faire le calcul avec l’un et l’autre , et de prendre la moyenne entre les résultats. Ce qu’on a dit précédemment montre comment on calculera chaque longueur, puisque cette théorie rentre dans celle de la verge à crochet.
- Outre cette petite jauge à vins, on en a une autre construite pour les grosses futailles ; et il y en a de six espèces, en sorte que cette grande jauge à eau-de-vie renferme six Bar-rêines. On a reconnu, par expérience , que tous les tonneaux en usage dans le commerce peuvent se rapporter à seize formes différentes, dont chacune en particulier s’écarte très peu; et le fisc a, dans les deux jauges de Pellevilain, un moyen certain d’évaluer les capacités avec assez de précision, sans supposer à l’agent ni une grande intelligence , ni de l’habileté dans le calcul.
- Au reste cet instrument, quoique fort utile et très bien imaginé, est susceptible d’être perfectionné. C’est ce qu’a fait. M. Allouard, professeur chargé de l’enseignement des préposés de l’octroi, qui a imaginé ce qu’il appelle une came de jauge. C’estune règle quadrangulaire, terminée à l’ordinaire par un talon et un crochet (fig. 5), et marquée sur ses quatre faces de divisions : elle n’a qu’un mètre de long , parce que cette longueur suffit à toutes les mesures, attendu que la face qui sert à mesurer les longueurs est divisée en centimètres, et que lorsque le tonneau est long de plus d’un mètre, en portant le crochet tour à tour sur les deux jables opposés, on mesure ainsi la quantité qui excède un mètre. Des trois autres faces de
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- la règle, l’une sert à mesurer les diamètres des fonds ; l’autre donne le diamètre du bouge, et pour que le crochet n’empêche pas l’introduction par la bonde, les numéros des divisions du bouge procèdent en sens contraire des autres faces. On a donc de la sorte tous les élémens du calcul, et même ce calcul se trouve à peu près tout fait, puisque les nombres des diamètres sont exprimés en litres, comme dans la jauge à crochet ci-devant décrite. Mais comme, pour la précision, il a fallu remédier aux défauts du calcul, fait dans la supposition d’une similitude de formes qui n’existe pas, les divisions de la quatrième face sont destinées à donner la correction à faire au résultat, lorsqu’au lieu du facteur 58 centièmes , sur lequel les divisions sont réglées , on voudrait adopter un facteur plus fort ou plus faible, ce qui dépend des circonstances de bombement qu’on observe.
- Dans l’entrepôt sont reçues toutes les futailles, pleines ou en vidange : les droits ne se paient qu’à la sortie. Alors le marchand remplit toutes ses pièces aux dépens de l’une d’elles ; et lorsqu’il veut sortir celle qui est en vidange, il faut en estimer le volume. A cet effet, on a construit des tables par le dépotement, c’est-à-dire par une mensuration effective faite avec un litre, qui indiquent combien , sur une hauteur donnée, un tonneau d’une espèce désignée contient de liqueur.
- Les personnes qui désireraient des lumières plus étendues sur tout ce qui se rapporte à la législation des contributions indirectes, aux usages relatifs à l’octroi de Paris, aux capacités ordinaires des futailles de divers pays, etc., feront bien de consulter le Manuel des Employés de l’octroi de Paris, par M. Allouard, et le Manuel des Contributions indirectes, par M. d’Agar. Ces ouvrages sont très bien rédigés , et ne laissent rien à désirer sur cette matière. Fa.
- JAUNE DE NAPLES, JAUNE MINÉRAL. Couleur dès longtemps préparée par les Italiens , qui la désignent sous le nom de giallolino. Elle est assez peu connue dans sa composition, non pas cependant que nous manquions de recettes pour sa
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- fabrication, mais précisément parce que nous en possédons un assez grand nombre qui ne s’accordent point entre elles De cette différence dans la composition , résultent nécessairement des différences dans les nuances fournies par chaque fabricant. Le jaune de Naples est une couleur estimée des peintres , parce qu’elle a de la fraîcheur, de l’éclat et de la richesse ; mais il serait à désirer qu’elle fût toujours la même. On l’emploie non-seulement à l’huile, mais on s’en sert, et avec beaucoup d’avantage, pour peindre en émail sur la faïence ou sur la porcelaine.
- Nous devons à Passeri de nous avoir fait connaître, dansua Traité publié en i ^58, et intitulé : Nuovo raccolta ÆopuseoU scientifici, T. IV, page io3 , les meilleures recettes pour la préparation de cette couleur, qui résulte , seloç lui, du mélange suivant :
- i livre d’antimoine calciné ;
- î livre 8 onces de plomb calciné ;
- i once de sel marin ;
- i once de ce qu’il nomme allume di feccia, que les uns ont traduit par le mot alun , et les autres par celui de tarin, ce qui a dû nécessairement apporter de grandes différences dans les résultats de ceux qui ont voulu répéter ce procédé, selon qu’ils ont suivi l’une ou l’autre de ces versions.
- Ainsi Fougeroux ( Mémoires de l’Académie des Sciences , 1766 ) prescrit de faire bouillir pendant sept à hait heures , d’abord sur un feu doux, et ensuite sur un feu pi® ardent, un mélange de 12 parties en poids de blanc de plomb, une d’alun, une de muriate d’ammoniaque, et 3 d antimoine diaphorétique.
- On ne voit réellement pas de quelle utilité peut être I al®1
- dans ce procédé, car il ne saurait agir ni comme matière colorante ni comme fondant. 11 est donc à présumer que ces1 plutôt le tartre , ou au moins son alcali, qu’on doit e® ployer ; et cela devient d’autant plus probable, que Passa1-dans les différentes recettes qu’il a publiées, s’est souvent sew
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- du mot feccia seul, expression par laquelle les italiens désignaient le tartre, ou dépôt des vins.
- Nous sommes d’autant plus porte's à croire que c’est l’alcali du tartre, et non pas le tartre lui-même , auquel on doit avoir recours, qu’on prescrit d’oxider d’abord les me'taux qui doivent entrer dans cette composition, et que l’acide du tartre rendrait cette oxidation préalable tout-à-fait inutile, puisqu’il déterminerait nécessairement la réduction de ees oxides. On remarque, en effet, que, dans la recette de Fougeroux, on prescrit l’antimoine diapborétique où le métal est oxide , et qui contient un cinquième de potasse. Au reste , cette condition d’oxidation n’est peut-être pas rigoureusement nécessaire , du moins pour la totalité ; car l’emploi du sel marin ou du sel ammoniac fait supposer qu’il se forme du chlorure, et celui-ci contient le métal à l’état radical. À la vérité, la quantité de sel ammoniac et de sel marin qu’indiquent les recettes connues n’est point suffisante pour convertir toute la proportion d’oxide en chlorure. 11 se pourrait donc que pour les compositions où il entre des muriates, car il n’en entre pas dans toutes , le résultat fût une combinaison de chlorure et d’oxide ; combinaison qui trouve son analogue dans la rubine d’antimoine, qui, d’après Proust, est formée de la réunion d’un sulfure métallique et d’un oxide.
- Nous ne possédons aucune analyse du jaune de Naples qui nous permette d’établir une opinion fondée sur ce point, et en attendant que cette utile recbercbe ait été entreprise par quelque habile chimiste, nous devons nous borner à faire connaître les déverses recettes qui ont été publiées, afin que chacun puisse fixer son choix d’après le plus ou moins de succès qu’il obtiendra de l’emploi de chacune d’elles.
- Passeri, que nous avons déjà cité, a fait connaître plusieurs de ces recettes, non pas comme divers moyens d’obtenir un même produit, mais dans le but d’obtenir les différentes nuances qu’on fabrique. Voici ces procédés :
- i°. Six livres de plomb, 4livres d’antimoine , une livre de tartre ( feccia ).
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- 2°. Trois livres de plomb , 4 livres d’antimoine, une livre de tartre, 6 onces de sel commun.
- 3°. Cinq livres de plomb , 4 livres d’antimoine , 6 onces do tartre.
- 4°. Quatre livres de plomb, 2 livres d’antimoine, 6 onces de tartre.
- 5°. Une livre et demie de plomb, une livre d’antimoine, une livre de tartre et une livre de sel commun.
- 6°. Trois livres et demie de plomb, 2 livres d’antimoine et une livre de tartre.
- Il est entendu que les métaux doivent être préliminairement oxidés avant que d’être mélangés et soumis à la fusion.
- On trouve dans le IXe volume, page 5o4 du Yovage en Italie, par Delalande, publié en 1786, un procédé pour la fabrication du jaune de Naples, qui lui avait été communiqué par le prince San-Severo et dans lequel il n’entre que du plomb et de l’antimoine.
- TP Plomb parfaitement oxide et tamisé.. 3 parties, Antimoine également oxidé et tamisé. 1 partie.
- Réunissez le tout et faites-en un mélange, que vous rendrez plus exact en le passant au tamis de soie ; disposez ensuite cette poudre jusqu’à l’épaisseur de 2 pouces sur de grands plats de terre vernissés et recouverts d’une feuille de papier blanc ; on les place ensuite en haut d’un four de potier, pour ne pas les exposer à une trop grande chaleur; la réverbération de la flamme suffit pour la cuisson. On retire les plats avec le reste de la poterie, et l’on obtient une masse dure d’une couleur jaune.
- Quelques auteurs font entrer l’oxide de zinc , et d autres celui de bismuth, dans la composition du jaune de Naples. Ainsi on a beaucoup varié, comme on voit, les élémens de cette couleur, et il n’est point étonnant, d’après cela, quon en trouve dans le commerce de nuances si différentes. -ous terminerons par indiquer deux autres recettes, qu’on a recon nues comme donnant de bons résultats : la première consiste*
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- mélanger 12 onces d’antimoine, 8 onces de minium, 4 onces d’oxide de zinc; le tout bien pulvérisé et tamisé ensemble, puis soumis à l’action de la chaleur, de la même manière que dans le procédé publié par Delalande.
- Pour le deuxième procédé, on prend :
- 1 gros d’antimoine diaphorétique ;
- 1 once de muriate d’ammoniaque ;
- 1 livre d’oxide de plomb pur, minium ou litharge.
- On mélange le tout fort exactement et l’on tamise, puis on fait fondre dans un creuset.
- Cette opération exige de très bons creusets, parce que ce mélange est très fondant, et les attaque immédiatement lorsqu’ils ne sont pas réfractaires.
- Dans les fabriques où l’on s’occupe de cette préparation en grand, on la pratique dans des fourneaux à grille dont la voûte laisse une ouverture assez grande pour pouvoir commodément placer et retirer les creusets. Comme cette opération nécessite beaucoup de surveillance , on ne confie ordinairement que quatre à cinq creusets à la fois à chaque ouvrier, et il s’arrange de manière à ce que les creusets ne se terminent que les uns après les autres.
- Lorsque la matière est une fois en fusion au rouge-blanc, il faut la laisser dans cet état pendant environ cinq minutes, ensuite on enlève le creuset et l’on verse la matière dams un pot de fer. On examine attentivement le fond du creuset, et si l’on n’y remarque aucune gerçure un peu profonde, on s’en sert pour une nouvelle opération ; autrement il faut le remplacer par un autre creuset, qu’on a soin d’acclimater avant d’y verser du mélange.
- C’est ordinairement de tuyaux de pipes dont on se sert pour remuer la matière en fusion lorsque cela est nécessaire. On doit éviter autant que possible de mettre le fer en contact avec cette couleur, qui en reçoit toujours quelque dommage.
- Il est essentiel aussi de ne se servir que de charbon bien sec Tome XI. 25
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- JAVELLE.
- pour cette fusion ; car si par le pétillement il s’en projetait quelques portions dans la matière, il y aurait réduction par-tielle de produits et formation de petits grains, qui gon_ neraient lieu à autant de taches.
- Rarement le jaune minéral qu’on obtient ainsi se livre entier; le plus habituellement, on le broie soigneusement, et l’on sépare les parties les plus fines des plus grossières, au moyen de la lévigation. R.
- JAVELEUR ( Technologie ). On appelle de ce nom celui qui assemble les Javelles et les dispose de manière à couvrir de chaume les chaumières, et les maisons mêmes dans les pays où toute autre espèce de couverture ne se trouve pas en quantité, et dont le transport serait trop dispendieux.
- Tout le monde sait qu’on désigne sous le nom de javelle la quantité de paille de toute sorte de céréales que l’on moissonne , que le moissonneur peut embrasser dans une poignée et couper d’une seule fois avec sa faucille. On se sert, pour les couvertures, de paille de seigle de préférence à toute autre, parce quelle est plus longue ; et pourvu qu’elle ne soit pas battue, elle conserve des tuyaux ronds qui écartent mieux la pluie. C’est la raison pour laquelle les javeleurs recommandent aux moissonneurs de couper le plus près de l’épi possible les pailles qu’ils destinent aux couvertures en chaume. ( V. Couvreur, T. VI, page 188, Couverture en
- chaume. ) L-
- JAVELLE ( Agriculture). Les poignées de chaume des céréales qu’on a sciées à la faucille, sont rangées sur la terre l’une à côté de l’autre, où elles forment de petits tas d’environ un mètre de large ; ces tas sont nommés des javelles; il f»ut en réunir trois ou quatre par un lien pour former une botte. On laisse ordinairement les javelles sur la terre pendant quelques jours, pour faire sécher les tiges, les grains, et meme
- herbes qui s’y trouvent mêlées : d’ailleurs à cette époque a
- l’année où se fait la moisson , les bras manquent ordinairement
- pour faire de suite le bottelage. Du reste, on exagère bien^a tort l’utilité du javelage : car on est dans l’opinion que
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- grain y gagne ; et l’Avoira surtout ne serait pas de vente si l’on n’avait pas laissé les javelles exposées à l’humidité. La raison montre assez le vice de cette pratique, par laquelle le grain éprouve une altération très nuisible , sans que nous insistions pour en détourner les cultivateurs. Souvent même la récolte entière est perdue par les intempéries de la saison, faute d’avoir enlevé la moisson en temps utile, sans compter que les trèfles, luzernes , etc., qu’on a semés en même temps que l’avoine, périssent de pourriture et faute d’air sous les javelles humides, ou que le sol, occupé par ces tas, ne peut recevoir les labours nécessaires à la culture nouvelle, que plus tard la saison ne permettra peut-être pas de faire. Fr.
- JAYOTTE ( Technologie). Dans les grosses forges, où les enclumes sont d’une grande dimension et d’une lourdeur considérable, il est nécessaire que cette enclume soit placée sur une masse très solide, afin de pouvoir résister aux coups réitérés de l’ordon, qui est aussi très lourd. On place ordinairement l’enclume sur un bloc de fort bois de chêne, de sept, huit ou neuf pieds ( environ trois mètres) de longueur, sur au moins trois pieds ( un mètre ) de diamètre, posé debout pour recevoir l’enclume. Indépendamment de la maçonnerie dont on l’entoure et des châssis en bois qu’on y pratique pour augmenter sa solidité, il y a beaucoup de forges où l’on place sur le stoc , lorsqu’il est à fleur de terre, et qu’il est environné de viroles en fer forgé, larges et épaisses , on place, dis-je , dessus une grosse masse en fer coulé , dans laquelle on encastre solidement les enclumes, ce qui leur donne la plus grande solidité, et conserve plus long-temps le stoc. Cette masse de fer coulé porte le nom de jaootte. L.
- JENRY-MULLE. Métier à filer le coton par aiguillées. ( V. Filature du coton. ) E. M.
- JET D’EAU ( Hydraulique). L’eau d’un réservoir élevé est amenée, par une Conduite, jusqu’à l’orifice , d’où on la fait jaillir, sous mille formes différentes , dans les Cascades. Cet ornement des jardins français a déjà fait le sujet de notre examen à l’article Ajutage , où nous avons exposé les principes
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- qu’on suit dans ces constructions. Il serait inutile d’v revenir ici.
- Le Menuisier donne le nom de jet d’eau à un bois qui est placé en travers au bas des dormans de fenêtre, pour recevoir et rejeter en avant l’eau pluviale , lorsque le vent l’a chassée sur les vitres. Ce bois a la forme d’une doucine. ( V. Architecture. ) Souvent on met un autre jet d’eau au bas du battant de la fenêtre, et il est creusé longitudinalement en dessous d’un sillon parallèle au bord. Le but de ce sillon est d’empêcher les eaux de s’introduire dans la fissure qui sépare le battant du dormant, attendu que, par l’effet de la Capillarité , le liquide s’introduirait par cette fente dans l’appartement. Fr.
- JETÉE ( Architecture). Mur d’un quai ou d’une digue, qu’on fait dans la mer à l’entrée des ports. Leur usage est d’arrêter, du moins en partie , les galets et les sables qui tendent à encombrer les ports ; de donner la facilité de haler les navires qui, pour entrer ou sortir, sont souvent contrariés par les calmes ou les vents contraires: de rompre l’effort des vagues, pour rendre les eaux du port plus tranquilles ; de resserrer l’entrée de la rivière qui forme le port, afin d’y conserver plus de profondeur aux eaux et un courant plus décidé ; enfin, de communiquer avec les forts qu’on établit pour la défense du rivage.
- Les jetées sont ordinairement construites sur deux lignes parallèles, entre lesquelles se trouve la voie du port, comme resserrée entre deux murailles. On les met au rang des constructions maritimes les plus difficiles à exécuter et les plus étendues. On les fait en jetant à la mer des pierres, et même de gros rochers ou des caissons pleins de matériaux, qui comblent l’espace qu’on veut élever au-dessus des eaux. Souvent on les construit comme les Batardeaux : on y enfonce, a coups de Sonnettes , des pieux en forte charpente, pour soutenir des fascinages et des constructions en pierre à chaux et ciment. Les jetées de Dunkerque et de Calais, qui s’avancent à plus de quinze cents mètres dans la mer , sont des ouvrages
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- d’art très remarquables. Les travaux maritimes de Cherbourg sont e'tablis sur une vaste échelle , et l’objet de l’admiration générale. L’Angleterre présente un grand nombre de constructions de ce genre, qu’on trouvera décrites dans le bel ouvrage que M. Ch. Dupin a publié sur ce pays. Ce sujet ne pourrait être exposé avec le soin et les détails qu’il exige que dans un traité spécial, parce qu’il faut passer en revue toutes les causes accidentelles de destruction , et avoir égard à toutes les influences des localités. Nous devons nous en tenir ici aux seules considérations générales qui viennent d’être données. Fr.
- JETON ( Technologie). Nous n’avons pas ici l’intention de faire l’histoire des jetons dont nos ancêtres se servaient pour compter, et qui furent imaginés pour cet usage. Cette histoire remonte à une haute antiquité, et nous ferait sortir de notre cadre. On peut lire sur ce sujet un article très intéressant dans le Dictionnaire encyclopédique de Diderot et d’Alembert, au mot Jetions.
- Nous dirons seulement que ces jetons, qui prennent leur origine dans les temps les plus reculés , ne servent aujourd’hui qu’à marquer les points au jeu. Les rois, les princes , font quelquefois présent d’une bourse de jetons en argent ou en or, selon les circonstances , aux personnes qu’ils veulent favoriser ou récompenser, sans leur offrir de l’argent monnayé. Ces jetons sont frappés comme les pièces de monnaie ; ils ont le plus souvent une forme octogone ou hexagone ; ils portent d’un côté la figure du souverain ou du donateur , et de l’autre un emblème. Leur valeur intrinsèque est arbitraire, et selon la volonté de celui qui les offre.
- On est dans l’usage aujourd’hui, dans toutes les sociétés littéraires ou scientifiques un peu bien constituées , de donner à chaque membre un jeton de présence. C’est ainsi qu’on en distribue à l’Institut, à la Société d’Encouragement, au Conseil de Salubrité, etc., etc., seulement aux membres qui ont signé la feuille de présence. Ces jetons ont des types différens, selon le corps par lequel ils sont distribués. C’est une manière
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- honnête et décente de dédommager les membres des peines qu’ils prennent en employant leur temps aux affaires de la Société.
- On donne aussi le nom de jeton à un petit instrument en laiton ou en fer mince, dont se servent les Fondeurs en Caractères ; ils ont le petit jeton (PI. 3a, fig. 5) et le grand jeton ( fig. 6 ). Le jeton fait partie d’un autre instrument nommé justification. Ils servent l’un et l’autre à s’assurer si les lettres sont bien de niveau les unes avec les autres, en posant le jeton bien horizontalement sur l’œil des lettres. Le jeton, qui a un de ses côtés bien dressé et bien droit en forme de règle, se pose aussi horizontalement sur plusieurs lettres qui sont dans la justification. Si ce jeton touche également toutes ces lettres, c’est une preuve qu’elles sont égales en hauteur, et qu’on n’a pas besoin d’y toucher. Dans le cas contraire , c’est-à-dire si le jeton pose sur les unes et non sur les autres, on voit qu’on doit les rectifier. Le même instrument sert également à s’assurer de la justesse du corps. ( V. plus bas le mot Justificateur , Justification , Justihecr.) ( V. aussi Caractères d’Imprimerie , T. IV, page i65. ) L.
- JEU ( Arts mécaniques). Lorsqu’une cheville est plus petite que le trou qu’elle doit boucher, elle y entrera et pourra s’y mouvoir ; l’espace qu’elle parcourra est ce qu’on appelle jeu. Un pivot a du jeu dans son trou lorsqu’il n’y est pas exactement serré; un arbre qui, en tournant dans ses collets, un levier qui n’est pas juste sur l’axe de bascule, une porte ou une fenêtre qui est mobile dans sa fermeture, etc., ont du jeu. C’est un grand défaut dans une machine que de laisser ainsi jouer les pièces, parce que d’une part elles s’usent plus vite , et que de l’autre le mouvement qu’elles prennent consomme en pure perle une partie de la Force motrice , absorbe'e par la Force vive détruite : aussi doit-on éviter avec grand soin cet effet, soit en soudant l’une à l’autre les parties qw doivent être exactement jointes , soit en proportionnant les axes de rotation aux collets, de manière à mouler presque exactement l’un sur l’autre. Par exemple , lorsqu’un arbie
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- JEUX. 3g t
- doit tourner, et qu’il y est sollicité par un levier, souvent on façonne une partie de l’arbre en carré , qu’on introduit dans un œil de même calibre perçant le levier ; mais par l’usage, les parties ne tardent guère à prendre du jeu , et l’on doit préférer de souder ces pièces ensemble plutôt que de leur laisser la liberté. . Fr.
- JEUX ( Arts physiques, mécaniques et de calcul ). Comme plusieurs jeux font le sujet d’articles spéciaux dans notre Dictionnaire, nous n’envisagerons ces délassemens que sous leurs rapports généraux , les détails qui s’y rapportent ne devant pas être développés ici, soit parce qu’ils ont trop peu d’importance par eux-mêmes, soit parce que ces sujets devraient être traités dans un ouvrage distinct, où les questions qui s’y rattachent pourraient être analysées avec une étendue qui serait peu convenable à notre plan. Plusieurs de ces jeux sont composés de pièces qui sont l’ouvrage du Tablettier , du Tourneur, de I’Ébéniste , etc. ; d’autres sont fabriqués par le Charpentier. Les jouets d-enfans , où souvent on remarque des conceptions fort simples et fort ingénieuses, sont l’objet d’un commerce assez considérable : il se fait une grande consommation des balles , cerceaux, billes, cordes, volans, sabots , toupies , etc. , dont s’amuse l’enfance ; le moùvement de rotation de ces deux derniers jouets présente une question mathématique qui a fait le sujet des travaux d’Euler, mais qui nous est étrangère. Une aussi grande quantité de détails ne saurait être exposée ici sans y consacrer un espace qu’il faut réserver à des choses plus importantes.
- DES JEUX DE SOCIÉTÉ.
- Le trictrac , les échecs et les dames sont trop connus pour que nous jugions à propos d’en exposer la construction. Une grande variété de jeux de cartes font les principaux délasse-mens des salons ; on s’y sert de fiches, de jetons , de corbeilles, etc. Tous ces objets ne peuvent être décrits ici.
- Les dés sont de petits cubes en os ou en ivoire, dont les six faces sont marquées de points , depuis i jusqu’à 6. Ces
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- points sont distribués de manière qu’en ajoutant ceux des faces opposées, la somme soit toujours q; savoir, 6 et 1 5 et 2, 4 et 3.
- Les Lotekies , la Roulette , le Billard , la Paume , etc., seront les sujets d’articles spéciaux.
- Le loto se joue avec des cartons partagés en cases, dont plusieurs portent des numéros de 1 à 90 , pris au hasard. Des demi-boules, mêlées dans un sac, portent chacune un de ces numéros ; on fait le tirage de quelques-uns de ces numéros, et chaque joueur marque d’un jeton ceux qui se trouvent sur les cartons que le sort lui a donnés. Des primes sont attachées à de certaines chances qui font l’attrait que quelques personnes trouvent à ce jeu.
- Les quilles. Des espèces de cylindres en bois , diversement façonnés au tour , et au nombre de neuf, sont disposés debout et en quinconce , sur une aire carrée. Chaque joueur lance à son tour , d’un but placé à distance , une grosse boule, avec laquelle il cherche à renverser les quilles.
- Les boules sont des sphères de bois d’environ un décimètre ( 4 pouces) de diamètre , que les joueurs lancent de loin , vers une boule plus petite nommée cochonnet, près de laquelle ils tâchent de placer celles qu’ils projettent.
- Le tonneau est formé de quatre cercles horizontaux en planches, percés au centre et tenus écartés parallèlement par une monture, qui donne au système la forme d’un tonneau debout. Le cercle supérieur porte en outre une autre ouverture qui est en carré long et fermée par une planchette à bascule. On fait aussi des tonneaux quadrangulaires. Les joueurs tentent de jeter de loin des palets ou disques en cuivre, pour les faire entrer par ces ouvertures.
- U arquebuse est un jeu qui consiste à envoyer de loin une balle à un but fixé , en se servant d’une arme à feu.
- Le volant est une boule de crin très serré, recouverte de peau , qu’on perce de trous pour y introduire des chalumeaux de courtes plumes rangées en entonnoir. Le volant est lance et renvoyé par deux joueurs, qui le chassent avec des ra-
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- quettes ou des cornets de carton fixés par leur pointe au bout d’une petite baguette. Ce projectile emplumé retombe toujours assez lentement, en présentant à la main qui le chasse sa boule de crin.
- Nous ne prolongerons pas davantage une énumération qui est privée d’intérêt, quoique les jeux soient à peu près l’unique occupation d’un grand nombre de personnes, qui y cherchent un remède contre l’ennui, fruit de leur oisiveté. Les jeux sont variés presque à l’infini et nous devons réserver notre Dictionnaire à des sujets moins futiles.
- JEUX FORAINS EX PUBLICS.
- La balançoire. Deux montans verticaux en charpente, unis par une solive horizontale, portent en haut des crochets en fer, où sont liées les deux extrémités d’une corde lâche. A la partie moyenne et inférieure de cette corde est attachée, un peu au-dessus du sol, une planche horizontale sur laquelle on se tient debout, en saisissant avec chaque main l’une des parties de la corde. L’adresse consiste à se balancer en l’air, tour à tour en avant et en arrière , par la seule force des muscles. Quelquefois on se contente d’attacher les deux bouts de la corde en haut d’arbres voisins. Plus souvent on remplace la planche par un siège plus ou moins élégant, capable de contenir une ou deux personnes , qu’on balance en poussant le siège : c’est ce qu’on nomme une escarpolette. Ce plaisir paraît avoir un attrait singulier pour certaines personnes ; d’autres en sont très incommodées.
- Le mât de Cocagne est une perche forte et longue, dont la surface est lisse et savonnée , qu’on implante verticalement en terre. Le joueur s’efforce de monter en haut par la force et l’adresse, afin d’y saisir quelqu’un des objets qu’on y a exposés pour prix de son succès.
- La bague est un jeu formé d’un arbre vertical retenu par un empâtement à quatre branches en équerre , avec lesquelles il est hé par des contre-fiches. A la hauteur d’environ 7 à 8 pieds, ou 23 à 26 décimètres, sont disposés quatre chevrons
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- horizontaux à angles droits , assemblés par un bout à ®j cercle en fer qui embrasse l’arbre, et peut tourner autour de lui ; ces bois sont liés entre eux par des traverses pour leur donner de la solidité, et des tringles de fer, dirigées de haut en bas obliquement, se réunissent au sommet de l’arbre d’une part, et au bout des chevrons de l’autre. Il y a ainsi detu centres de rotation, l’un au haut de l’arbre, l’autre au milieu de sa longueur.
- Au milieu de l’un de ces rayons sont fixées deux branche de fer verticales, unies par des traverses, en forme de courte échelle , qui ne descend qu’à 4 pieds du sol. ün homme de peine , en poussant cette échelle avec les mains et marchant autour de l’arbre, fait tourner les quatre rayons, aux extrémités desquels sont suspendus des sièges ou des chevaux de bois. Les joueurs s’y placent armés chacun d’un bâton, avec lequel ils cherchent, pendant qu’ils tournent, à enfiler des anneaux qu’on tient suspendus à leur portée.
- Le mode de suspension de ces anneaux est très simple. Dans une botte en carré long, placée obliquement à l'horizon, sont deux conduits ouverts en haut et en bas : chaque anneau est porté par une lame ouverte en V faisant ressort ; on l ia troduit dans le conduit par le haut, et il y descend par sot poids, en sorte que les anneaux sont rangés en ligne l’un s® l'autre ; l’inférieur reste suspendu par son ressort, qui est pl® écarté que l’ouverture du conduit ; et lorsque le joueur U enfilé en courant, il force l’anneau à sortir en pliant le ressort, et l’anneau voisin vient prendre la place vacante et pend à sos tour.
- Les loteries. Tantôt on étale aux yeux divers objets de pru que, moyennant une somme convenue, on peut gagner© tirant un billet d’une urne. Tantôt une aiguille suspeu * horizontalement à un axe fixé au centre d’un cercle , peut rouet ter par l’impulsion de la main du joueur; 1 aiguille “ar vête après quelques tours, et marque sur une circonfereu* graduée le numéro qui décide du gain ou de la perte’ sortes de jeux devraient être sévèrement bannis des f°ire
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- JOINT-BRISÉ UNIVERSEL. 395
- parce qu’on conçoit qu’ils sont combine's à l’avantage du marchand , et que d’ailleurs ils tendent à créer ou à favoriser dans le peuple un penchant funeste.
- Les joutes. Deux nageurs armés de lances ou longs bâtons garnis d’étoupes à leurs extrémités, sont montés sur l’avant de deux bateaux qui vont, à force de rames, au-devant l’un de l’autre ; ils s’efforcent de se renverser dans l’eau en se poussant mutuellemënt avec la lance.
- Les courses à pied , celles des chevaux et des chars , les assauts d’armes ou de natation , la chasse , etc., sont de nobles exercices, qu’il ne faut pas ranger parmi les simples amuse-mens , parce qu’ils entretiennent la force et la souplesse des membres , et qu’ils sont souvent utiles à la défense de la patrie et à la santé des hommes. Fr.
- JOAILLIER ( Technologie). La joaillerie est une sous-division de I’Orfévrerie , qui comprend en général tous les travaux dans lesquels on emploie les métaux précieux, tels que l’or, le platine, l’argent. Les fonctions du joaillier proprement dit se renferment dans l’exécution des ouvrages les plus délicats en or , ou en argent, ou en platine , à faire le commerce des diamans, dés pierres précieuses, soit sur le papier, c’est-à-dire sans être montées, soit lorsqu’elles sont montées, à quelque usage de la parure qu’on les destine. Le joaillier vend aussi quelquefois , quoique rarement, des pierres artificielles montées ou non montées ; des joailliers particuliers, qu’on nomme joailliers en faux, sont ordinairement chargés de ce commerce exclusivement. Cette mesure est importante, afin que l’acheteur ne coure pas le risque d’être trompé lorsqu’il ne sait pas distinguer le vrai du faux, ce qui serait facile aujourd’hui, que l’art est parvenu à un si grand degré de perfection. Le joaillier monte quelquefois les pierres, et dans ce cas il prend le nom de joaillier-metteur-en-œuvre. Comme c’est un art qui s’exerce souvent séparément, nous en traiterons en particulier au mot Metteur-ev-OEcvre. L.
- JOINT-BRISÉ UNIVERSEL (Technologie). On donne le nom de joint-brisé ou joint universel à un organe de trans-
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- 3g6 JO IN T-BRISÉ UNIVERSEL,
- mission de mouvement, compose' d’un axe, ayant la fomie-d’une croix, ou, pour me faire mieux comprendre, de dem axes a,a, b,b (PI. 3a, fig. 7, 8 et 9) , qui se croisent à angles droits, ne formant qu’une seule pièce, et autour desquels se meuvent deux arcades ou demi-anneaux c,dr adaptés à des tiges m,n, qui communiquent avec d’autres organes mobiles quelconques. La fig. 7 montre de face les deux axes b, qui se croisent à angles droits, quoique ne formant qu’me seule pièce.
- La fig. 8 montre en perspective les deux axes a,a, b,b,. monte's chacun sur une arcade : le premier sur l’arcade c, le second sur l’arcade d, l’une dirigée dans un sens, l’autre dans un sens opposé, et se croisant cependant à angles droits.
- Ce mécanisme fort simple sert à changer le plan d’un mouvement circulaire. Ainsi, par son moyen, on peut transmettre le mouvement circulaire vertical d’un mobile à un autre mobile placé à une distance plus ou moins grande, lorsqu’il doit avoir un mouvement circulaire dans un plan oblique au premier.
- On a pendant long-temps employé ce moyen pour faire marquer les heures sur les quatre faces d’une tour isolée, en faisant partir le mouvement de l’horloge placée derrière une des faces et transportant ce mouvement par des joints-brises aux trois autres faces. La fig. 9 montre un exemple de cette application. On voit en A la place de l’horloge qui marque l’heure directement sur une des faces de la tour ; par deux joints-brisés o,p, la tige du second joint porte une roue d engrenage q, qui transmet le mouvement à la roue r, dont h tige porte l’aiguille des heures qui marque sur la seconde face B. En suivant le même système, on fait marquer 1 heure sur les deux autres faces.
- On fait souvent usage du joint-brisé dans la Mécanique-Dans les instrumens d’Optique , par exemple, quand 0 servateur, sans changer de place, a besoin de communiquer un mouvement circulaire à des points éloignés et qui son dans des plans différens.
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- JONC. 397
- « MM. de Be'tancourt et Bre'guet ont fait une application très ingénieuse de ce mouvement à leur télégraphe dans les points où la ligne télégraphique fait des angles. Ils ont démontré, dans un Mémoire qu’ils ont présenté à l’Institut national , que si le mouvement de rotation de l’un des deux axes est uniforme ..^celui de l’autre sera variable ; et le rapport de la vitesse du premier à celle du second, sera le même que celui qu’il y a entre la valeur réelle des angles formés sur la surface d’un cercle perpendiculaire au premier axe, par des rayons qui partagent sa circonférence en un certain nombre de parties égales, et la valeur apparente de ces mêmes angles mesurés par un observateur placé à une très grande distance, dans une direction parallèle à celle du second axe.
- » La connaissance de cette propriété est très utile pour calculer les différences de résistance qui ont lieu dans ce mouvement , surtout quand on l’applique en grand , comme il arrive en Hollande, où l’on en fait un grand usage pour changer l’inclinaison des vis d’Archimède , qui tournent par des moulins à vent , et qui servent pour les épuisemens.
- » Si l’on nomme I l’angle formé par les deux axes que nous supposons horizontaux ; a l’angle formé par le rayon vertical et un autre quelconque du cercle dont le plan est perpendiculaire à l’axe qui tourne avec une vitesse uniforme ; a l’angle apparent correspondant,'on aura :
- , tang a cos I tang a = --------g------.
- » La différence des vitesses des deux axes fait voir celle qui doit avoir lieu entre la puissance et la résistance dans le cas d’équilibre. » ( Extrait de l’Essai sur la Composition des machines , par Lanz et Bétancourt, deuxième édition , page io5.)
- L.
- JOMBARDE. Nom vulgaire de la flûte à trois trous.
- ( V. Flûte. ) Fr.
- JONC. Genre assez nombreux de plantes dont plusieurs sont employées dans les Arts. Le jonc épars ( juncus effusus) est le
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- 3t)8 JOUÉE.
- plus commun et le plus utile; sa tige flexible, cylindrique et résistante sert à faire des paniers, des cordes, des nattes des liens , etc. Les jardiniers en font un grand usage pour palisser les jeunes branches d’arbres et les attacher au treillage Ce jonc veut être employé fraîchement cueilli, ou humecté et imbibé d’eau, sans quoi il devient cassant. Au reste, plusieurs autres espèces de jonc sont employées au même usage tels que 1 e juncus glaucus, etc.
- Lorsque les joncs commencent à se multiplier dans une prairie, ils ne tardent pas à s’en emparer et à en chasser tous les autres végétaux, parce que leurs racines traçantes croissent avec une facilité funeste. Comme cette herbe est dure et sans saveur, les bestiaux la rejettent, et la prairie serait perdue si l’on n’y portait remède. Il faut alors labourer le sol ou y mettre le feu. ( V. Écobeer. ) Fr.
- JONCHETS. Sorte de jeu que font les tabletiers, qui consiste à enlever avec un crochet de petits bâtons de bois ou d’ivoire diversement façonnés. Une poignée de ces brins est jetée ensemble de manière à s’éparpiller au hasard et à se croiser en tombant ; et l’adresse consiste à ne donner de mouvement qu’à la pièce qu’on attaque actuellement. Fr.
- JONGLEURS. Nom qu’on donne aux hommes qui font profession dans les foires, marchés et autres lieux publics, de chanter et danser au son des instrumens, vendre des philtres et des remèdes, de prédire l’avenir, enfin, d’amuser l’oisiveté et de vivre aux dépens de la crédulité. Les jongleurs, sous le nom de trouvères, ont été long-temps honorés, et ils ont souvent mérité leur faveur par des talens et des vertus. Aujourd’hui ce ne sont plus que des hommes, rebut de la société, et dont l’industrie ne mérite aucun encouragement. Fr-
- JOUÉE ( Maçonnerie). L’épaisseur du mur de l’ouverture des portes et croisées est ce qu’on nomme jouée; elle comprend le tableau, la feuillure et l’embrasure. Les jouées à une lucarne sont les deux murs ou panneaux en plâtre qui composent les faces latérales et portent sur deux bois du comble-nommés chevrons de jouée. Fr.
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- JOURNALISTE. 399
- JOUG, jugum. Instrument de bois ayant la forme d’une croix , avec lequel on attelle deux à deux les bœufs, par la tête et les cornes, pour les faire tirer, soit à la charrue , soit au manège, soit à la voiture. Cet instrument n’est pas le même dans tous les pays. Le joug suisse paraît préférable à tout autre ; les bouts de la traverse, qui posent et s’attachent avec des lanières de cuir sur la tête des animaux, sont larges et creusés de façon qu’ils s’y appliquent exactement, et ne sont pas dans le cas de blesser l’animal. Par le milieu de cette traverse passe , dans une mortaise, un autre morceau de bois d’environ 3 pieds de long, inégalement partagé, le petit bout en avant et relevé, et l’autre en arrière et droit dans la direction du timon de la voiture, auquel il s’attache au moyen d’une cheville et d’un anneau de fer.
- Il existe un petit Joug, avec lequel on fait tirer un bœuf tout seul, au manège, ou dans d’autres circonstances. Ce joug, prolongé de côté et d’autre de la tête, porte à ses extrémités des anneaux , dans lesquels on accroche les chaînes ou les traits qui viennent des fourchettes du levier du manège.
- Dans beaucoup de pays, on fait tirer les bœufs avec des colliers. Il ne paraît pas qu’ils aient plus de force attelés de cette manière qu’au joug ; leur poitrail, moins prononcé que celui des chevaux, laisse engager trop le collier , qui alors leur serre le cou et leur coupe la respiration.
- Les anciens, à la guerre, faisaient passer leurs prisonniers sous le joug. On appelait ainsi une espèce de porte qu’on formait avec trois piques, dont deux plantées verticalement en terre, et la troisième bée aux deux autres transversalement à une hauteur moindre que celle de la taille des hommes, de manière que les prisonniers, pour passer dessous , étaient obligés de se courber. C’était la marque de l’esclavage. E. M.
- JOURNALISTE. Profession qui a été honorée par des hommes d’un mérite éminent et d’un caractère distingué, et qui a pris en France un développement très important, depuis que la bberté de la presse permet d’écrire sur presque tous les sujets. Les journaux traitent non-seulement de littérature,
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- 4oo JURANDES,
- d’histoire , de politique et de législation, mais ils embrassent encore toutes les sciences. On sent que la nature de notre Dictionnaire ne nous permet pas de donner, sur les jour-nalistes , des détails qui puissent être de quelque utilité à nos lecteurs. Il nous suffit de ne pas avoir oublié une profession qui maintenant conduit aux emplois les plus éminens, et suppose, pour être exercée honorablement, une réunion bien rare de qualités. pB
- JUBÉ ( Architecture). Tribune élevée sur la porte du chœur d’une église, dont elle décore l’entrée. Fr.
- JUJUBIER ( ziziphus des botanistes). Arbuste du midi de l’Europe , qui s’élève jusqu’à 5 à 6 mètres de hauteur, est épineux et à feuilles oblongues et luisantes. Le fruits appelé jujube, est sucré et nourrissant, quoiqu’un peu fade; on le sert sur la table dans les lieux où il mûrit ; mais le plus souvent on l’y sèche au soleil sur des claies, comme des pruneaux , et on l’exporte pour les usages de la Pharmacie. Le jujube passe pour adoucissant et expectorant; on l’ordonne, diversement préparé, dans les rhumes et autres affections de poitrine.
- Le jujubier croît dans les vergers et les haies, sans avoir besoin d’aucune culture particulière. On le multiplie en semant aussitôt après la récolte ; mais ce procédé est très lent, et l’on préfère se servir des rejetons qui poussent autour des vieux pieds. Cet arbre végète mal sous le climat de Pans, et il n’y résiste pas aux hivers rigoureux ; d’ailleurs, le fruit n’y mûrit pas bien. Fa.
- JUMELLES. On donne ce nom à deux pièces de bois ou de fer placées d’une manière semblable, dans un bâti de machine , dans un tour, dans une presse, dans un balancier, dans une grue , etc.
- Il existe une diligence à laquelle on a donné le nom ue Jumelles, parce que sa caisse est formée de deux parties, lune en avant et l’autre en arrière, absolument semblables. E. M-
- JURANDES. Fonction de juré d’une communauté de marchands ou d’artisans. Lorsque les Arts et Métiers furent nus
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- JUSÉE. 401
- en communauté par saint Louis, les jurandes furent établies, pour avoir l’inspection sur les autres maîtres du même état. Sous le roi Jean , les visiteurs et regardeurs rendaient compte aux commissaires, prévôt, etc., des défauts qu’ils remarquaient dans l’exercice des Arts et Métiers. Ces préposés ont depuis été assermentés sous le nom de jurés. Nos souverains ont long-temps considéré le pouvoir de travailler comme un droit delà couronne, qu’on n’exerçait que par concession. Les professions étaient comme enrégimentées et soumises à des règles que l’intérêt de corps soutenait avec rigueur et opiniâtreté. On se persuadait alors que, pour le bien public, nulle profession ne devait empiéter sur une autre, ni même se perfectionner sans autorisation préalable. On a reconnu, depuis que l’industrie a pris son essor , que les limites imposées aux Métiers étaient impossibles à fixer ; que la concurrence des producteurs était la meilleure des combinaisons dans l’intérêt des consommateurs; que les jurandes n’étaient bien souvent dirigées que par les prétentions des corporations et leur bien personnel; qu’enfin, la liberté illimitée du commerce et de l’industrie était le seul moyen de faire lutter avec avantage nos produits contre ceux qui étaient fabriqués à l’étranger : alors les jurandes ont été détruites pour ne revenir jamais. L’expérience a complètement justifié cette suppression , et depuis que toutes les professions sont libres , le haut degré de perfection auquel nos fabriques se sont élevées, et l’utilité que la société en a recueillie, ne sont plus des sujets de doute pour personne , si ce n’est pour des esprits prévenus, à qui toute nouveauté fait horreur, et que notre industrie ne punit qu’en les admettant à jouir de ses bienfaits. Fr.
- JUSÉE. Liqueur acide employée dans quelques tanneries pour gonfler les peaux et aider à leur débourrement. Cette liqueur se prépare ordinairement en faisant macérer dans une petite quantité d’eau de l’écorce de chêne déjà épuisée par le tannage , et on laisse en contact jusqu’à ce que la liqueur qui en résulte soit devenue rouge, claire et aussi acide que du fort vinaigre. (J7. Taxa’âge.) R.
- Tome XI. 26
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- 402 justifier.
- JUSTIFICATION ( Technologie). C’est le nom d’un outil dont se sertie Fondeur en caractères d’imprimerie. Lafîg. I0 PI. 32, en indique la forme ; il est en bois, et ressemble à une Galée sans tablette et sans, manche ; il a environ 24 centimètres ( 9 pouces ) de long, sur 4 pouces de large, et sert aux ouvriers pour s’assurer si les lettres sont bien en ligne et de la même hauteur entre elles. Pour cela, il place dans cette justification, deux, m de même corps qui servent de modèle, et entre ces deux m il met la lettre qu’il veut vérifier, puis, avec un autre outil qu’il nomme Jeton, il voit aisément si la lettre du milieu est plus haute ou plus courte que les deux m.
- On entend encore par justification, dans le même art, vingt ou trente lettres destinées à servir de modèle pour préparer une fonte. On couche sur le plat ces lettres dans*un composteur ; on couche à côté autant de lettres de la fonte dont on s’occupe : si ces dernières concordent juste avec les premières, on en conclut que les unes et les autres ont le corps égal, et que par conséquent on peut continuer.
- L’Iïiprimeer-Ttpographe donne un autre sens au mot justification : il entend par là exprimer la longueur des lignes, déterminée et soutenue parfaitement égale par le secours du composteur et des espaces de différentes épaisseurs.
- Prendre la justification, c’est prendre exactement la longueur d’une ligne donnée. Pour cela, on desserre la vis du Composteur , on en fait avancer ou reculer les branches selon le besoin, en portant la vis et l’écrou d’un trou à un autre, a proportion de la longueur des lignes qu’on est convenu de donner à l’ouvrage. L.
- JUSTIFIER ( Technologie ). C’est un terme de Fondeur de caractères il exprime le sens dans lequel se fait l’opération par laquelle on rend parfaites les matières qui servent a fondre les caractères. Pour bien entendre cette manipulation importante, il est nécessaire de savoir comment on fait les Matrices.
- On prend un morceau de cuivre jaune ( laiton) plus ou moins épais, selon la grosseur du caractère, et après l’avoir lime
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- JUSTIFIEUR. 4o3
- bien plat, on y enfonce à coups de marteau le poinçon en acier trempé qui porte la gravure de la lettre, et on l’enfonce d’une profondeur égale à la hauteur que doit avoir la lettre au-dessus de son pied. Dans cette opération , le cuivre se déprime sur les bords, et si l’on ne retouchait pas à la matrice, la lettre ne se montrerait pas placée carrément sur son pied. On est donc obligé de limer proprement les matrices, de les bien dresser, non-seulement pour enlever toutes les dépressions que le poinçon a produites en s’enfonçant dans le cuivre, mais encore pour polir et dresser la matrice, de telle sorte qu’en la posant dans le moule, elle y forme la lettre de ligne, d’approche et de hauteur. C’est là ce qu’on appelle justifier.
- Le même mot est employé dans le langage de l’imprimeur pour exprimer les opérations par lesquelles on tient les pages également hautes , et les lignes d’une égale longueur entre elles. Pour justifier les pages, on compte les lignes , et il ne doit pas y en avoir plus dans l’une que dans l’autre. On justifie les lignes en les composant dans un Composteur monté exprès pour donner à chacune la longueur précise que l’on désire ; et la longueur de ce composteur une fois fixée , doit être invariable pour le même ouvrage. Pour que les lignes soient parfaitement justes, il ne faut pas que l’une excède l’autre, et la propreté de la composition exige que tous les mots soient également espacés entre eux. L.
- JUSTIFIEUR ( Technologie). C’est un outil qui forme la principale partie d’un instrument qu’on nomme coupoir, et qui sert à couper et approprier les caractères d’imprimerie après la fonte. Ce justfieur est composé de deux pièces principales, que les fig. 12, i3, i4, i5, 16 et 17, PI. 32, montrent en dessus , en dessous et en coupe, afin de les faire bien concevoir.
- Ce justfieur est composé de deux pièces principales, de vingt-deux pouces (5g6 millimètres) de long, chacune.
- La fig. 12 montre la jumelle ou règle fixe AB du justifieur, vue par-dessous et du côté qui s’applique à la jumelie
- 2G. .
- mo-
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- 4«4 JUSTIFIECR.
- bile C,D, fig. 4- La fig. i3 montre la même jumelle vue pardessus et du côte où l’on place les lettres.
- La fig. 4, E,F , montre la seconde règle du justifieur, vue
- en dessus et du côté qui s’applique à la jumelle fixe A B fig. i3.
- La fig. i5 montre en G,H, la même règle vue par-dessous, et du côté qui s’applique à la rangée des lettres. On y distingue les deux tenons a,b , que les ouvriers appellent languettes , qui entrent dans les mortaises c,d de la fig. i3.
- La fig. 16 fait voir de grandeur naturelle la coupe du jus-tifierur assemblé. On voit en c la jumelle fixe , portant en m la platine sur laquelle reposent les lettres ; on y voit pareillement , en E, la jumelle mobile. Entre les deux, est un espace vide n, destiné à recevoir la lettre.
- La fig. 17 représente la même coupe transversale que montre la fig. 16; mais les deux jumelles sont séparées, afin d’indiquer que la règle mobile n’a pas de platine.
- L’ouvrier arrange les caractères dans le composteur (fig. n), dont on voit la coupe transversale fig. 18. Après que les lettres ont été frottées, crénées et ratissées, il les place les unes à côté des autres, la lettre en haut, et tous les crans tournés du même côté, en dehors vers lui. Le composteur en contient deux ou trois cents, selon leur grosseur. Alors il les transporte sur la règle de fer C,D (fig. i3), et les y place de manière que les lettres posent sur la face horizontale du justifieur , et que leur pied soit en haut. A cette règle, il en applique une autre E,F (fig. 4) > qui a un épaulement en E, comme celui que l’on voit en D, fig. î3. Cette règle a de plus les deux tenons a et b qui entrent dans les mortaises c et d, en sorte que lorsque ces deux règles ( fig. i3 et 4 ) sont aP” pliquées l’une sur l’autre , elles enferment exactement la rangée de caractères placée sur la première règle. Ainsi, il n y a que les pieds qui excèdent d’environ une ligne au-dessous des règles de fer qui forment le justifieur.
- Cet instrument, ainsi garni d’une rangée de caractères, est porté dans le coupoir, où les deux jumelles étant fortement
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- KAOLIN. 4o5
- serrées par de fortes vis, on fait agir le Rabot , avec lequel on enlève les superfluités du corps des lettres, et on les rend toutes d’une égale hauteur, ce qui s’appelle aussi justifier.
- L.
- R
- KALI ( Technologie). C’est le nom que les Arabes donnent à une plante annuelle qui se trouve en Europe sur les bords des mers ; on la désigne aussi sous le nom de salsola (soude). Les Arabes sont les premiers qui ont retiré de cette plante le sel végétal qu’ils appelèrent Alxali. Nous avons changé l’orthographe de ce mot : nous l’écrivons aujourd’hui Alcali. ( V. ce mot, T. I", page 3.52. ) ( V. aussi Soude, Potasse, Ammoniaque . ) L.
- KAOLIN ( Arts chimiques). Il paraît constant que les premières porcelaines bien déterminées ont été fabriquées à la Chine et au Japon. Ce qui donne du poids à cette assertion, c’est que les deux substances qui entrent dans la composition de ce produit des Arts si important, et si recherché par sa beauté et son inaltérabilité, portent des noms chinois : l’une s’appelle kaolin, l’autre pé-tun-zé. Le kaolin , connu aussi sous la dénomination de terre ou argile à porcelaine, est friable et maigre au toucher, d’un beau blanc ; infusible à la chaleur la plus élevée des fours ; il ne s’y colore point, qualité essentielle pour la fabrication de la porcelaine. Le kaolin fait difficilement pâte avec l’eau ; il est formé de quantités à peu près égales d’alumine et de silice ; il résulte de la décomposition des feldspatlis granits et des roches composées de ces substances ; ainsi , il appartient aux terrains primitifs. On le trouve au milieu des bancs de granits , où il est mélangé de quartz et de mica; il provient immédiatement du feldspath, dont quelques-uns de ses morceaux conservent la forme. Le feldspath est un des matériaux des granits , et parmi les élémens qui le composent, la potasse ou la soude est un des plus remarquables. Par suite de la décomposition que le feldspath éprouve pour se convertir en kaolin , ce
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- 4«6 KARABÉ.
- minéral est complètement privé de son alcali, dont on ne retrouve aucune trace dans le kaolin. Des couches d’une étendue considérable, d’une grande épaisseur, se trouvent comme par enchantement, dénuées jusqu’à leur centre de tout l’alcali qu’elles contenaient à l’état de feldspath. Ce phénomène, qui depuis long-temps cause la surprise des naturalistes, est resté jusqu’à présent sans explication satisfaisante. D’après les belles expériences de M, Becquerel sur l’influence de l’électricité dans les combinaisons et les décompositions chimiques, on serait tenté d’attribuer à l’action de ce fluide le phénomène de décomposition qui convertit le feldspath en kaolin, en le dépouillant de son alcali, et cette conjecture ne paraît pas dénuée de vraisemblance.
- Le kaolin n’étant point fusible par lui-même, on a recours, pour la fabrication de la porcelaine, à un fondant qui est le pé-tun-zé. On nomme ainsi les fragmens d’une roche feld-spatliiaue quartzeuse, composée de silice et de chaux, et au milieu de laquelle on rencontre souvent le kaolin. On fait subir à celni-ci , réduit en poudre , des lavages réitérés, et on le mêle exactement à environ un cinquième. Ce mélange convenablement travaillé , puis revêtu d’une couverte, est soumis au feu d’un Focr à porcelaine. ( V. ce mot. )
- On rencontre principalement le kaolin à la Chine, en Saxe, en Angleterre , et dans beaucoup d’endroits en France ; celui de Saint-Yryés, près de Limoges, réunit toutes les qualités qu’on y recherche : c’est celui que l’on préfère dans presque toutes les fabriques de porcelaine en France , et surtout dans la manufacture de Sèvres.
- Les étrangers mêmes font grand cas du kaolin de Limoges, et l’on peut citer à l’appui de cette assertion, que les manufactures de Copenhague ne font usage que de ce kaolin.
- L*****R.
- KARABÉ, un des nombreux synonymes du succin. Le mot karabé, mieux carabé, tire son origine de l’arabe eahraba, ou plutôt, selon Golius , du persan cahrouba, c’est-à-dire tire-paille. Ce mot karabé a été adopté dans les livres de matière
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- KERMÈS. 407
- médicale , et pour plusieurs préparations pharmaceutiques. Par exemple, on connaît sous le nom de karabé un sirop, qui n’est autre chose que le sirop d’opium, auquel on ajoute par livre 48 grains d’huile de succin distillée , non rectifiée. {V- le mot StJcciv. ) L*****r.
- KARAT ( Technologie). C’est un poids conventionnel dont on se sert pour exprimer le titre de l’or. Quand on examine de l’or relativement à son degré de pureté, on en considère la masse, quel que soit son poids réel, comme divisée en 24 parties égales ; chacune de ces parties se nomme karat : d’où, il suit que si l’or est absolument pur et ne contient aucun alliage , on dit qu’iZ est à 24 karats. S’il contient un vingt-quatrième d’alliage, c’est de l’or à 23 karats , parce qu’il n’y a que 23 parties d’or pur, et ainsi de suite.
- Le mot karat est employé par le diamantaire, le joaillier et tous ceux qui font le commerce du diamant, pour exprimer son poids. Le karat, dans ce cas, est un poids déterminé qui est d’un peu moins de 4 grains ( 2de'cisr-, 125 ). Le karat équivaut exactement à 2*c,sr-,o654 ; chaque grain se sous-divise en demis, en quarts, en huitièmes, seizièmes, trente-deuxièmes, etc. ( V. le mot Diamant , T. VII, page 10. ) L.
- KERMÈS. Deux substances tout-à-fait différentes ont été désignées sous cette même dénomination ; mais on les distingue l’une de l’autre par les épithètes de minéral et d’n-nimal. Nous parlerons d’abord du premier, comme étant le plus généralement connu et le plus usité.
- Le Kermès minéral est un médicament qui a été désigné par les auteurs anciens sous le nom de poudre des chartreux, parce que ce fut un apothicaire d’une communauté de chartreux , de Paris, qui le fit connaître le premier. Ce religieux en avait reçu confidentiellement la recette d’un chirurgien nommé La Ligerie, à qui elle avait été communiquée par un élève du célèbre Glauber , et c’est ce chimiste qu’on en a toujours considéré comme le véritable inventeur. Cependant, on en attribue aussi la découverte à Lémery père , qui l’avait décrit sous une autre dénomination dans son Traité de
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- 4»8 KERMÈS.
- l’Antimoine. Ce fut La Ligerie qui vendit au Gouvernement le procédé publié en 1720. Ce procédé, assez complique dans l’origine, a depuis été simplifié et singulièrement varie. Chaque pharmacologue a pour ainsi dire donné sa recette particulière pour la préparation de ce médicament, mais nous ne citerons que les plus accréditées.
- Le procédé de La Ligerie consistait à faire bouillir, pendant deux heures, 4 livres de sulfure d’antimoine concasse' et une livre de nitre fixé par les charbons, dans 8 livres d’eau de pluie ; on filtrait la liqueur toute bouillante, puis l’on reprenait le résidu par 1 2 onces d’alcali du nitre , et 5 livres d’eau de pluie ; on faisait bouillir de nouveau pendant deux heures, et l’on passait cette deuxième dissolution; enfin, on procédait à un troisième traitement avec 8 onces de nitre fixé et 5 livres d’eau de pluie, qu’on faisait encore bouillir sur le même sulfure. Les trois décoctions, maintenues chaudes jusqu’alors , étaient réunies , pour être filtrées et abandonnées au repos. On obtenait par refroidissement le termes , qui se déposait sous forme d’une poudre rouge, qu’on séparait d’abord par décantation , et qu’on jetait ensuite sur une toile, pour être bien égouttée et lavée jusqu’à insipidité du véhicule. On faisait sécher la poudre, on brûlait dessus une certaine quantité d’alcool, on porphyrisait, et l’on conservait pour l’usage.
- D’après Lémerv , on fait bouillir dans 20 parties d’eau, 6 parties de belle potasse du commerce, et l’on jette dans la liqueur environ un vingtième du poids de l’alcali, de sulfure d’antimoine pulvérisé ; on agite bien le tout, on maintient en ébullition pendant un quart d’heure environ; on filtre; la liqueur dépose en refroidissant beaucoup de kermès, qu on lave bien et qu’on fait sécher. Ce procédé est beaucoup plus productif que le précédent.
- M. le professeur Nachet a fait connaître un procédé plus constant et plus avantageux dans ses résultats ; il consiste a prendre 6 livres de sous-carbonate de potasse purifié, une livre d’antimoine métallique porphyrisé avec 12 onces de
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- KERMÈS. 4og
- fleurs de soufre et 24 livres d’eau. On fait bouillir jusqu’à ce qu’une petite portion de la liqueur mise à refroidir laisse déposer du kermès ; alors on filtre dans des vases échauffés , et on laisse refroidir lentement.
- L’eau-mère est soumise à une nouvelle ébullition, avec addition au résidu de 8 onces d’antimoine et 2 onces de fleurs de soufre ; on procède comme auparavant, puis on réunit tous les dépôts , et on les lave à l’eau froide. On obtient, des doses indiquées, une livre 14 onces de très beau kermès.
- Cluzel jeune, à qui nous devons un très bon Mémoire sur le kermès ( Annales de Chimie, T. LXIII ), prescrit comme un moyen certain d’obtenir un plus beau produit par la potasse , de diminuer la proportion de soufre du sulfure d’antimoine ; ainsi , il fait d’abord fondre ensemble une partie d’antimoine avec 2 de sulfure d’antimoine, puis il prend 16 parties de ce nouveau sulfure, 36o de belle potasse du commerce , et 4<>oo d’eau ; on fait bouillir pendant une demi-heure, et l’on procède comme ci-dessus pour tout le reste.
- Le même auteur, après de nombreux tâtonnemens , s’est fixé au procédé suivant, connue étant celui de tous qui fournissait le plus beau kermès. Il prend 16 parties de sulfure d’antimoine pur , 36o de sous-carbonate de soude cristallisé, 4ooo parties d’eau, et il soumet à une ébullition soutenue pendant une demi-heure. On filtre dans une terrine échauffée à la vapeur de la liqueur bouillante , et l’on préserve autant que possible la dissolution du contact de l’air pendant le refroidissement.
- Cluzel, qui pensait que l’intensité de couleur du kermès était relative à la proportion d’hydrogène sulfuré , qu’il admettait comme tout formé dans ce composé , prenait les plus grands soins pour éviter que l’air atmosphérique ne puisse, par son oxigène, décomposer l’acide hydrosulfurique et altérer le kermès. Il insistait d’autant plus sur la nécessité de ces précautions , qu’elles lui étaient prescrites par les résultats de ses recherches. Il a vu, en effet, qu’il obtenait un bien plus beau résultat en privant tout-à-fait la liqueur du con-
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- 4io KERMÈS,
- tact de l’air pendant son refroidissement. Il a ru aussi qa’ea lavant le kermès comparativement avec de l’eau aérée et l’eau bouillie, la couleur se conservait bien mieux par celle-ci et que l’autre, au contraire, l’altérait à tel point, qu’elle la rapprochait de celle du bois.
- Quand on traite le kermès par l’acide muriatique pur, il se dégage beaucoup d’hydrogène sulfuré , et il s’en dégage d’autant plus, comme l’a fait voir Cluzel, que le kermès est plus beau. L’acide retient de l’oxide d’antimoine en dissolution , d’où il avait cru pouvoir conclure que le kermès pur était un hydrosulfate d’antimoine ; mais on conçoit que le même résultat peut avoir également lieu, en admettant que le kermès ne soit que du sulfure d’antimoine, comme le pense Berzélius, et qu’il suffirait d’admettre, dans ce cas, que c’est l’eau qui fournit par ses élémens l’hydrogène de l’acide by-drosulfurique et l’oxigène de l’oxide d’antimoine. Ainsi, daDS ces deux hypothèses, il serait également nécessaire d’éviter l’intervention de l’oxigène atmosphérique, puisque dans un cas il déterminerait, comme nous l’avons observé, la combustion d’une partie de l’hydrogène de l’acide hydrosnlfu-rique, et que dans l’autre il occasionerait l’oxidation d’une portion du métal, qui dès lors ne pourrait plus se maintenir à l’état de sulfure.
- Il ne suffit pas , pour obtenir de beau kermès, d’opérer comme nous l’avons indiqué, sur des proportions convenables des divers matériaux qui doivent concourir à sa formation , et de les choisir aussi purs que possible : il est encore une autre condition non moins essentielle au succès, c’est celle relative au refroidissement plus ou moins prompt delà dissolution. Tous les praticiens ont observé que le kermès était d’autant plus beau et velouté, que le refroidissement était plus lent. On conçoit, en effet, que, par un prompt abaissementde température , la liqueur doit laisser précipiter immédiate ment son kermès, et que la poudre beaucoup pins ténue q® en résulte doit prendre nécessairement une nuance moins w tense , tandis que , dans le cas contraire, la séparation -
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- faisant plus lentement, les molécules prennent plus de cohésion , s’agglomèrent en certain nombre , et qu’il en résulte une espèce de cristallisation : cela est si vrai, que du beau kermès considéré à la loupe paraît tout brillant. Une autre observation qui vient encore à l’appui, c’est que le beau kermès est fort peu altérable , et qu’il n’a point besoin, pour être conservé, d’être abrité ni de la lumière ni du contact de l’air. Un autre avantage qui appartient aussi à ce kermès cristallin, c’est qu’on le lave beaucoup mieux, par cela seul qu’il fait moins pâte, et qu’il se laisse pénétrer plus facilement.
- Après avoir admis d’abord que le kermès était un oxide d’antimoine plus ou moins hydrosulfuré, on crut pouvoir établir ensuite que le type était un hydrosulfate saturé dans lequel l’hydrogène se trouvait en proportion convenable pour former de l’eau, en telle sorte, que la décomposition complète de cet hydrosulfate ne pouvait donner lieu qu’à de l’eau d’une part, et à un sulfure métallique de l’autre. Plus tard je combattis cette opinion, et je pensais avoir démontré que le kermès n’était qu’un sous-hydrosulfate ; mais en 1822 M. Berzélius publia un travail très étendu sur les sulfures métalliques, dans lequel il pose, comme conséquence d’un grand nombre de recherches , que le kermès n’est autre qu’un simple sulfure d’antimoine qui a été entraîné en dissolution dans la lessive alcaline bouillante , et qui s’en est précipité par le refroidissement. Je ne puis guère espérer combattre avec avantage l’opinion d’un si judicieux observateur, et personne n’est mieux disposé que moi à fléchir devant un tel maître. Cependant je me permettrai d’observer que , selon toute apparence , nous ne partons pas d’un même point, et que s’il peut être exact de dire qu’à force de laver le kermès à l’eau bouillante , on arrive à un simple sulfure d’antimoine hydraté, il n’en demeurera pas moins vrai que le kermès de La Ligerie , que celui de Lémery ou de Cluzel, que celui enfin sur lequel on a toujours opéré jusqu’à présent, n’est point tel que le prétend M. Berzélius. En effet, le kermès le plus beau et lè mieux édulcoré à froid, jusqu’à insipidité parfaite de
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- l’eau de lavage, tel en un mot que nous l’employons dans nos pharmacies , contient de l’oxide d’antimoine. Ce fait est positif, et peut être de'montré ou par l’acide muriatique faible ou par la seule action de la chaleur.
- Si l’on met dans un flacon à l’émeri une certaine quantité de beau kermès , et qu’on verse dessus de l’acide hyclrochlo-rique étendu de partie égale d’eau, et qu’on bouche le flacon, qui doit être entièrement rempli par le liquide, on verra qu’avec le temps et à l’aide de l’agitation, le sulfure acquiert plus de volume, se fonce en couleur, qu’il ne se dégage aucun gaz , et que le liquide reste toujours incolore. Si, après quelques jours de contact, on débouche le flacon, on ne remarque aucune odeur hépatique et l’on trouve que la liqueur décantée précipite abondamment de l’oxide d’antimoine parfaitement blanc par l’addition de l’eau, et que le résidu n’est plus que du sulfure d’antimoine ordinaire.
- Si, au lieu d’opérer ainsi, on soumet une autre portion de ce mêinç kermès dans une petite cornue de verre , et qu’on fasse chauffer progressivement, on voit la belle teinte ronge disparaître en même temps qu’il se dégage une certaine proportion d’eau , puis la fusion s’opère , et de l’acide sulfureux se développe ; le résidu n’est point du sulfure d’antimoine ordinaire, mais bien une véritable rubine, composée, d’après Proust, de sulfure et d’oxide d’antimoine.
- Si l’on veut que l’oxide d’antimoine soit là une chose accidentelle , d’accord ; mais il n’en sera pas moins vrai que k kermès des officines en contient, et qu’il est très probable que c’est à la présence de cet oxide, qu’elle soit accidentelle ou non, qu’il doit ses principales propriétés médicales.
- M. Berzélius prétend que quand le kermès contient de 1 oxide d’antimoine, il contient en même temps de l’alcali, et que ces deux oxides sont réunis pour former une combinaison qul sa joute au kermès et peut en être séparée par le lavage; n® s’il en était ainsi, comment se pourrait-il que Cluzel, ar‘-les nombreuses analyses du kermès qu’il a faites, n eut pa> contré d’alcali, et que, loin d’éprouver une perte dans ses
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- sultats, il ait obtenu au contraire une augmentation de poids en raison de la suroxidation du métal, et peut-être aussi par l’hydrogène de l’acide hydrosulfurique- Cependant le procédé analytique suivi par cet habile chimiste ne permet pas de supposer qu’une perte aussi notable eût pu lui échapper. Il traitait le kermès par l’acide hydrochlorique concentré, faisait passer l’hydrogène sulfuré résultant dans une dissolution d’acétate de plomb, et déterminait la proportion d’acide hy-drosulfurique par celle de sulfure produit ; d’un autre côté , il filtrait la dissolution muriatique pour en séparer le soufre, et il ajoutait ensuite de l’acide nitrique, afin de faire passer l’antimoine au summum d’oxidation, et de le rendre par là moins soluble et moins volatil, puis, après avoir chassé l’excès d’acide et réduit la liqueur en consistance sirupeuse, il l’e'-tendait d’eau pour en séparer l’oxide. N’est-il pas évident, d’après cela , que l’alcah , s’il en eût existé, se fût nécessairement retrouvé dans la liqueur, et de là une perte notable, qui ne pouvait rester inaperçue ? Les plus beaux kermès traités ainsi, lui ont donné :
- Hydrogène sulfuré.............. 2,162
- Soufre......................... 0,2
- Oxide d’antimoine blanc........ 8,3
- 10,662
- Dans la série des analyses publiées par Cluzel, on remarque que l’excès de soufre est d’autant plus petit que les kermès sont plus beaux ; ce qui indique bien que cette surabondance est un résultat de quelque altération déjà subie.
- Je ne chercherai point à entrer ici dans de plus longs détails sur les diverses opinions émises relativement à la composition du kermès , et je me contenterai de répéter que M. Berzélius n’a point agi sur le véritable kermès des officines , c’est-à-dire que les composés qu’il a obtenus n’ont point été produits dans les circonstances voulues pour la préparation du kermès ; et personne n’ignore qu’en variant les proportions, on varie
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- les résultats : c’est, au reste , ce qui a été' démontré d’un» manière bien évidente dans le Mémoire de M. Cluzel,p. i3g Il a fait voir qu’en faisant bouillir 16 grammes de sulfure d’antimoine, 8 grammes de soufre, 36o grammes de potasse du commerce, et 4°oo grammes d’eau, il ne se formait plus un atome de kermès, mais bien seulement une poudre blanche, composée d’oxide dJantimoine et de soufre, qui ne dégageait pas la plus faible portion d’hydrogène sulfuré par l’acide hv-drochlorique.
- Cluzel a également prouvé qu’en diminuant les proportions de soufre, du sulfure naturel d’antimoine, il obtenait un kermès beaucoup plus beau que celui qui résulte du sulfure ordinaire. Est-il étonnant, d’après cela, que M. Berzélius, qui a eu recours à l’emploi des lessives caustiques, ait obtenu autre chose que notre kermès? Non , sans doute.
- Le célèbre professeur de Stockolm cite, à la page 241 de son Mémoire, une expérience faite avec le sous-carbonate de potasse et le sulfure d’antimoine , et il dit qu’il n’obtint pas un atome d’acide carbonique, que la solution refroidie et séparée du kermès qui s’était déposé, étant sursaturée par l’acide muriatique , n’avait exhalé aucune odeur d’acide hydrosulfurique, et qu’elle avait laissé apercevoir une faible trace de sulfure d'antimoine. M. Berzélius n’indique point sur quelles proportions il a agi ; mais ce qu’il y a de bien certain, c’est qu’en se servant de celles citées plus haut, les résultats sont tout-à-fait différens : l’eau-mère du kermès est très colorée ; elle précipite abondamment du soufre doré par les acides, et laisse dégager beaucoup d’hydrogène sulfuré.
- Jusqu’à présent, je n’ai fait mention que du kermes obtenu par -voie humide, c’est-à-dire au moyen des lessives alcalines ; on en prépare de plus commun par la voie sèche, ou fusion ignée. Ce kermès , qu’on peut établir à meilleur compte, en raison de la plus grande quantité qu’on en obtient, n’est usité que pour la Médecine vétérinaire ; mais il est a présumer que ce composé n’est pas tout-à-fait identique avec le précédent. Quoi qu’il en soit, voici comment on l’obtient
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- d’après le premier proce'dé publie' par Le'mery : on prend 16 parties de sulfure d’antimoine, 8 parties d’alcali du tartre et une partie de soufre ; on mêle exactement, et l’on fait fondre dans un creuset, puis on coule la masse fondue dans un mortier de fer. Quand elle est refroidie, on la pulve'rise grossièrement, puis on la fait bouillir dans une suffisante quantité' d’eau, et après demi-heure d’e'bullition, on fdtre la dissolution au papier gris. En refroidissant, il s’en se'pare une grande quantité de kermès d’un beau rouge brun ; on lave exactement, on porphyrise, et l’on passe au tamis de soie.
- On a publié aussi un grand nombre de recettes différentes pour obtenir le kermès par voie sèche. Fabroni en a indiqué une qu’il annonce comme très avantageuse ; elle est insérée dans le T. XXV des Annales de Chimie et de Physique ; elle consiste à broyer ensemble 3 à 4 parties de tartre brut et une de sulfure d’antimoine, puis à maintenir le tout à une forte chaleur, jusqu’à cessation complète de toutes vapeurs. Le reste s’opère comme dessus.
- J’ai cru devoir me dispenser de donner ici des explications théoriques sur la formation du kermès, parce qu’elles ne sauraient présenter quelque degré d’intérêt que quand on sera d’accord sur la composition définitive de ce produit; autrement il faudrait varier d’explication sur l’opération autant qu’on varie d’opinion sur le résultat, et dès lors on se trouverait dans un vague immense. R.
- Kermès animal , plus connu dans le commerce sous le nom de graine de kermès ou d’écarlate, de vermillon végétal, est le coccus illicis de L. , sorte de gallinsecte, dont la peau est tellement distendue, qu’elle ne présente pas le moindre vestige d’incisions. Les naturalistes distinguent une vingtaine d’espèces de kermès : celle qui est employée en teinture et en Médecine a été désignée , par les anciens, sous les dénominations de coccum squarlatinum, coccus bajicus , infectorius., granum tinctorium; elle a à peu près la figure d’une boule dont on aurait retranché un segment ; sa couleur est d’un rouge brun. Ce coccus vient sur une espèce de petit chêne vert, qui
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- s’élève jusqu’à la hauteur de 2 ou 3 pieds,- c’est le quercus coccifera de L., arbrisseau qui croît dans les terres incultes des parties méridionales de la France, en Espagne et dans les îles de l’Archipel. è
- On distingue trois époques dans la durée de l’existence du kermès. Pendant la première , qui a lieu au commencement du printemps, il est d’un très beau rouge, presque entièrement enveloppé d’une espèce de coton qui lui sert de nid, et dont la nature, selon Chaptal, se rapproche beaucoup de celle du caout-chouc ; le kermès a alors la forme d’un bateau renversé. La deuxième époque commence à l’instant où l’insecte a pris tout son accroissement, et que le coton qui le couvrait s’est étendu sur son corps sous la forme d’une poussière grisâtre ; il semble alors être une simple coque remplie d’un suc rougeâtre. Enfin, le kermès arrive à son troisième état vers le milieu ou à la fin du printemps de l’année suivante. On trouve sous son ventre , à cette époque, près de deux mille petits grains ronds, qui sont les œufs, et qui sont une fois plus petits que les semences de pavot ; ils sont remplis d’une liqueur rouge.
- La récolte du kermès est plus ou moins abondante, selon la température qui a régné pendant l’hiver : en général, elle est bonne lorsque le printemps s’est passé sans brouillards et sans gelées. On a aussi remarqué que les arbrisseaux les plus vieux et les moins vigoureux étaient ceux- qui en fournissaient davantage. Nous rapporterons , d’après Cbaptal, comment se fait cette récolte dans le Languedoc.
- Vers le milieu du mois de mai, on commence à recueillir le kermès , qui alors a acquis sa grosseur ordinaire ; il ressemble , par sa couleur et par sa forme , à une petite prunelle. Cette récolte dure ordinairement jusqu’au milieu du mois de juin, et quelquefois plus long-temps, si les fortes chaleurs sont retardées, ou s’il ne survient pas de fortes pluies; car une grosse pluie d’orage suffit pour mettre fin à la cueillette de l’année.
- Ce sont ordinairement des femmes qui font cette cueillette,
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- KERMÈS. 4*7
- elles partènt de grand matin , avec une lanterne et un pot de terre vernissé, et vont ainsi avant le jour détkclier avec les doigts le kermès de dessus les branches. Ce temps est plus favorable , i°. parce qu’alors les feuilles , qui sont garnies de pi-quans , incommodent moins , e'tant ramollies par la rosée du matin; 2°. parce que le kermès pèse davantage, soit parce qu’il n’est pas desséché par le soleil, soit parce qu’il s’en est échappe moins de petits , que la chaleur fait éclore. Cependant on voit des personnes assez intrépides pour en ramasser pendant le jour; mais c’est rare. Chaque femme en récolte environ 2 livres par jour.
- Dans les premiers temps de la cueillette, le kermès pèse davantage; aussi se vend-il moins cher qu’à la fin, car alors il
- est plus sec et plus léger.
- Les personnes qui l’achètent sont obligées, le plus tôt possible , d’arrêter le développement des œufs , pour empêcher la sortie des petits contenus dans la coque. Cette coque n’est autre chose que le corps de la mère, qui a pris de l’extension par le développement des œufs. Pour étouffer les petits contenus dans les œufs, on fait macérer le kermès dans le vinaigre pendant dix à douze heures, ou bien on l’expose à la simple vapeur du vinaigre, ce qui exige moins de temps, car une demi-heure suffit ; on le fait ensuite sécher sur des toiles. Cette opération lui donne une couleur rouge vineuse.
- Le kermès de Provence est plus estimé des teinturiers que celui qu’on récolte en Espagne, et ce dernier coûte toujours de 2 à 3 fr. de moins par livre ; aussi n’arrive-t-il que trop souvent à ceux qui font le commerce de cet article , de faire un mélange de ces deux qualités, afin de le faire passer tout pour être de Provence.
- Le kermès de Provence donne en l’écrasant une poussière rouge qui est contenue dans son intérieur ; il fait pâte dans le mortier lorsqu’on le pile, et il est presque impossible de le tamiser ; tandis que celui d’Espagne est en grains desséchés et plats; il ne contient dans son intérieur qu’une très petite quantité de poussière de couleur terreuse , souvent même Tome XI.
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- / « q lu
- blanchâtre , et ou le pulvérise bien plus facilement. Il se pourrait que ces différences fussent principalement dues à la manière dont on le prépare en Espagne : on assure qu’au lieu de le tremper dans le vinaigre, on le fait périr à la chaleur du four. Ce qu’il y a de certain , c’est que celui de Provence donne plus de couleur.
- Le kermès fournit une couleur rouge d’uue grande solidité , mais comme elle a moins d’éclat que celle de la cochenille, celle-ci a été préférée, et maintenant on fait fort peu d’usage de la graine d’écarlate ; cependant il est certaines teintures pour lesquelles ou ne peut pas encore s’en passer : telle est celle voulue par les Levantins pour leurs bonnets. Ce n’est qu’avec le kermès seul qu’on peut obtenir ce reflet d’un rouge pourpre que possèdent lés bonnets fabriqués à Tunis; et un autre motif qui oblige encore à s’en servir , c’est l’odeur qui lui est propre, et que les Levantins veulent retrouver dans les bonnets qu’on leur vend, parce qu’ils ont grande confiance dans les propriétés du kermès, et qu’ils le regardent comme susceptible de les préserver de maux d’yeux, de douleurs de tète,-etc.
- On fait aussi quelque usage du kermès en Médecine, principalement pour une confection qui porte le titre d’AtsEBMÈs. On prépare à Florence une liqueur de table qui porte le même nom. ( V. Alkermès. ) R. '
- KILO ( Technologie). Ce mot, que l’on prononce mal à propos dans le commerce comme l’abrégé de kilogramme, ne peut pas remplacer ce dernier mot. Dans notre système métrique , ce mot, emprunté du grec, n’exprime pas une mesure déterminée ; c’est un mot numérique qui, dans la langue grecque, signifie mille ; nous l’avons adopté avec cette même signification. Pour que le mot kilo exprime une mesure , il faut qu’il soit suivi du mot qui indique l’unité de la mesure que l’on considère. Ainsi, lorsqu’on s’occupe des mesures de longueur, dont le métré est l’unité, lorsqu’on dit kilomètre , cela veut dire mille mètres. De même le gramme étant l’unité des poids , kilogramme est synonyme de mille
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- Kim 419
- grammes. ( Voyez , pour plus de détails , le mot Mesures. )
- L,
- KINO (gomme). Très improprement nommée gomme, d’après les expériences deM. Yauquelin, que nous citerons plus bas. Le kino a été long-temps vendu et employé sans que l’on connût son origine. Les uns, comme Murray, l’attribuaient à un mimosa, d’autres au coccoloba uvifera, ou raisinier à grappes , qui croît en Amérique. Cette dernière opinion n’est point soutenable , attendu que le kino ne vient point d’Amérique , mais qu’il est apporté d’Afrique. Smyth et Wite le croyaient produit par Veucalyptus resinifera, bel arbre de la Nouvelle-Hollande. On doit la connaissance de sa véritable origine à William Hunter, membre de la Société Linnéenne de Londres ; il a prouvé que le kino est fourni par le nauclea gambir, arbuste qui croît à Bancoul et Sumatra, principalement à l'ile du Prince de Galles, l’une des îles de la Sonde.
- Le kino est en masses plus ou moins dîmes , qui paraissent noires, mais qui réellement sont, de couleur d’un rouge brun ; son odeur est nulle , sa saveur amère et astringente ; il est fragile ; sa cassure est lisse , comme vitreuse , et il se ramollit par la clialeur des mains ; il se liquéfie et se boursouffle par l’action du feu , puis se réduit en charbon volumineux qui forme plus du tiers de la portion distillée , et qui laisse un vingtième de son poids d’une cendre composée de chaux, de silice , d’alumine et d’oxide de fer. Le kino , peu soluble dans l’eau froide, l’est davantage dans l’eau chaude ; sa dissolution aqueuse rougit la teinture de tournesol , forme un coagulum considérable par l’addition de la gélatine animale ; elle précipite les dissolutions de fer en vert foncé, comme le font le quinquina, la rhubarbe et le cachou ; l’acétate de plomb en gris jaunâtre, le nitrate d’argent en jaune rougeâtre , et l’émétique en blanc jaunâtre , plus abondamment même que les dissolutions de quinquina et de tan. L’alcool chaud en dissout les trois quarts de la quantité soumise à son action , et se trouble un peu par l’eau sans former de précipité ; le quart qui ne se dissout pas est de la gomme. L’acide sulfurique
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- étendu d’eau et chauffe' avec le kino, le î-éduit eu une matière
- poisseuse, ductile et filante. Il résulté de l’analyse de M. Yau-
- quelin, que la prétendue gomme kino ne contient presque
- point de gomme, et qu’elle est presque entièrement formée de
- tannin.
- Le kino est propre à tanner les peaux , et les colore en fauve comme le tannin. On l’emploie principalement en Médecine ; on l’administre sous forme de bols ou de pastilles , avec du sucre, ou bien en infusion aqueuse ou alcoolique, comme astringent et tonique, contre les faiblesses d’estomac, les dvs-senteries, les diarrhées, etc. l*****k
- KIRSCHWASSER ( Technologie). La liqueur que nous appelons en France kirsch , et que les Allemands nomment kirschwasser, est connue aujourd’hui de tout le monde, et personne n’ignore qu’elle est extraite des cerises. Les paysans de la Suisse et de l’Allemagne distillent cette liqueur une seule fois l’année , dans le temps de la récolte , et font presque toujours une eau-de-vie d’un goût âcre et caustique, qui est nuisible à la santé. Il n’est pas hors de propos de faire connaître leurs procédés, afin de faire mieux apprécier la bonite manière d’opérer.
- La cerise qu’on emploie généralement est une espèce de merise, dont le fruit est noir lorsqu’il est bien mûr, à longue queue rougeâtre, avec un noyau très gros proportionnellement au fruit. Dès que ce fruit est mûr, afin de s’éviter la peine de le cueillir à la main, ou une à une , ce qui serait indispensable pour n’employer que les cerises au point de maturité nécessaire, les paysans les abattent avec des gaules, et les font ramasser par les enfans, qui les jettent pêle-mêle dans des tinettes. On sent déjà qu’on trouve, dans cet amas, des cerises qui ne sont pas encore assez mûres, et d’autres qui sont pourries. Ils ne séparent rien, et écrasent le tout, soit avec les mains, soit à l’aide d’une petite planche , dans des corbeilles d’osier légèrement concaves, sur des vases qui reçoivent le suc. Ils pilent ensuite le marc, dans la vue d é-craser les noyaux, et jettent ce marc ainsi préparé dans la
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- KIRSCHWASSER. /p r
- liqueur, afin que, dans la fermentation vineuse , elle contracte ce parfum agréable qui la caracte'rise et qui la fait tant rechercher. Ce parfum est dû au noyau de la cerise.
- Lorsque la fermentation est termine'e , ils jettent le tout, inarc et liquide, dans la chaudière, et distillent sans aucun soin. Il est important de de'crire l’appareil dont ils se servent , pour faire connaître combien les produits doivent être mauvais. J’extrais cette description d’un excellent Me'moire d’Ami Argand, qui a vu opérer sur les lieux, et dont le témoignage ne peut pas être suspect.
- « A la récolte, ils tirent du galetas un mauvais petit alambic qui s’est couvert de vert-de-gris pendant toute l’année, se contentent de le laver avec de l’eau bouillante , à l’aide d’un balai, et le placent sous leur cheminée, à feu nu, sur un trépied. Les cerises, abandonnées à la fermentation dans un tonneau ordinairement debout, ouvert par le haut et peu ou mal couvert , conséquemment devenues acides , et souvent moisies dans la partie supérieure , se versent avec le vin dans l’alambic, au fond duquel on a mis une poignée de paille. Le chapiteau se 1 ute avec un peu de boue , et pour tout serpentin , on y adapte un tuyau court qui traverse une brande pleine d’éau. » Voilà tout l’appareil.
- Ge procédé, comme on le voit, est le plus mauvais de tous ceux qu’on aurait pu adopter. La liqueur ne peut être que d’un très mauvais goût, et nuisible à l’économie animale. Ce mauvais goût est masqué par celui de l’amande du noyau de la cerise , qui domine et qui empêche qu’on ne découvre celui-de l’empyreume. Cette liqueur est cependant devenue à la mode; elle forme un objet de commerce important.
- D’autres fabriquent le kirsch sans cerises ni merises ; ils font infuser pendant une quinzaine de jours des feuilles de pêcher dans de la mauvaise eau-de-vie de marc de raisin, de lie , ou de pommes, et distillent ensuite dans de mauvais appareils. La feuille de pêcher donne le goût d’amandes , et souvent, lorsque ce goût ne masque pas assez celui d’empy-reume qu’ont naturellement ces mauvaises eaux-de-vie, ils y
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- ajoutent des feuilles de laurier-cerise, qui contiennent un principe extrêmement délétère, et ils n’ont pas de tonte de vendre cette liqueur, souvent mortelle , pour de véritable kirsch, qu’ils attestent avoir été fabriqué dans la Forêt-foire, d’où nous vient le plus parfait.
- Les habitans de la Forêt-Noire fabriquent cette liqueur avec tous les soins que l’art, guidé par la science , peut employer avec sûreté. Voici leur procédé :
- Lorsque les merises sont généralement mûres, ils les font cueillir une à une à la main, et ne prennent que les plus mûres ; dans cet état, ils 11e choisissent que celles qui se séparent de la queue , qui reste sur la branche ; ils rejettent celles qui sont pourries.
- Aussitôt qu’ils en ont recueilli une assez grande quantité pour commencer les opérations , ils écrasent ce fruit, débarrassé de toutes les queues , sur une corbeille d’osier un peu concave, placée sur un cuvier un peu plus petit que la corbeille ; le jus tombe dedans. Ils pèsent le marc , ils en pilent le quart seulement, et ils jettent le tout dans une cuve, qu’ils couvrent et laissent fermenter.
- Lorsque la fermentation est parfaite , ils décuvent en. ouvrant la chante-pleure du bas de la cuve, et ils reçoivent la liqueur claire dans un bassiot, avec lequel ils la transportent dans l’alambic , qui est d’après les anciens procédés, mais qui est chauffé par la vapeur. Les fabricans qui ont le plus de réputation distillent dans des alambics d’étain. Ils prennent toutes les précautions nécessaires pour obtenir une liqueur de très bon goût, que les connaisseurs savent bien distinguer de toutes celles que l’on vend sous le même nom, et qu’on doit bien se garder de boire.
- Il est important de ne pas concasser une trop grande quantité de novaux. On sait que les amandes amères contiennent une assez grande quantité d’acide hydro-cyanique, qui, lorsqu’il est pur, est le poison le plus violent que l’on connaisse. Par cette raison, on doit penser que lorsque cette liqueur en contient outre mesure , elle ne peut que préjudicier à la santé.
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- LABORATOIRE. 4a3-
- Le goût d’amertume de l’amande est agréable, pris en petite quantité , mais lorsque la dose est trop forte , l’économie animale peut en être fâcheusement affectée. C’est la raison pour laquelle les bons fabricans ne pilent que le quart du marc, ce qui ne fait pas le quart de la masse des amandes ; il n’y en a guère que le huitième.
- Il est certain que lorsque le kirsch est bien fait, qu’il n'a ni âcreté ni goût d’empyreumeet qu’il a vieilli, non-seulement il est très agréable à boire, mais il jouit encore de la pre'cieuse propriété d’aider la digestion, en réchauffant l’estomac par son spiritueux. Les médecins recommandent cette liqueur contre les indigestions, et comme préservatif dans certaines maladies. Des expériences mille fois répétées ont prouvé que les fruits qui se conservent dans l’eau-de-vie, se décomposent et se ramollissent dans le kirsch.
- Les qualités précieuses qu’on a reconnues à cette liqueur doivent, sans contredit, augmenter l’intérêt que chacun doit prendre à ce qu’elle soit fabriquée avec tous les soins possibles , pour être débarrassée non-seulement du mauvais goût que l’on y reconnaît trop souvent, mais, ce qui est bien plus important, du principe délétère qu’elle contient lorsqu’elle est faite sans soins. L.
- L
- LABEUR ( Technologie). Les ouvriers Imprimeurs désignent par le mot labeur, des ouvrages considérables et de longue haleine , tirés à grand nombre et susceptibles de les occuper long-temps. Ce mot est employé, en opposition à ceux-ci, ouvrage de ville, par lesquels ils entendent désigner des ouvrages de peu d’étendue, et qui se tirent ordinairement à petit nombre. L.
- LABORATOIRE. Ce mot, également employé dans plusieurs professions pour désigner le lieu où l’on confectionne les différentes préparations relatives à cette profession , est cependant
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- plus particulièrement consacre' pour le local où les chimistes font leurs diverses opérations ou expériences, et c’est uniquement sous ce rapport que nous le considérerons ici. D’ailleurs , on trouvera dans les constructions générales que nous allons indiquer pour les laboratoires de Chimie, des dispositions qui pourront également s’appliquer à plusieurs autres travaux, et chacun y puisera ce qui convient à son objet particulier. Ce que nous disons là relativement aux différentes professions, doit s’entendre également des spécialités de la Chimie elle-même, car nous embrasserons le cas le plus général ; et comme, dans toutes les branches de la Chimie, on n’a pas besoin de s’entourer des mêmes précautions, il y en aura nécessairement, parmi celles que nous indiquerons, quelques-unes qu’on pourra négliger , suivant le genre d’opérations auquel on voudra se livrer.
- Dans la construction d’un laboratoire , on doit avoir plusieurs objets en vue, dont les principaux sont :
- i°. De se placer dans une localité convenable au genre d’expériences qu’on veut faire ;
- 2°. De se préserver des vapeurs ou émanations nuisibles lorsqu’il peut s’en manifester dans les expériences auxquelles on doit se livrer ;
- 3°. De prendre toutes les précautions nécessaires pour prévenir tous les accidens qui n’ont que trop souvent lieu dans les laboratoires, et d’avoir toujours à sa disposition les moyens - d’obvier à ceux qu’on n’a pu prévoir ;
- 4°. De mettre à l’abri de toute altération les ustensiles et instrumens précieux dont on doit faire usage ;
- 5°. De tenir à la portée de l’opérateur les objets d’approvisionnement qui lui sont nécessaires.
- Nous allons entrer dans quelques détails relativement à ces différentes considérations , afin d’en faire mieux sentir 1 importance , et nous indiquerons en même temps les moyens d’arriver au but que l’on veut atteindre.
- Nous avons commencé par dire qu’il fallait faire choix d’une localité appropriée au genre d’étude auquel on voulait
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- se livrer, et chacun en sentira la ne'cessité, car il est bien certain , par exemple, que le chimiste qui ne voudra s’occuper que d’analyses minérales, n’aura pas besoin de se tenir autant sur ses gardes que celui qui devra opérer sur des masses assez considérables, et entreprendre des manipulations plus ou moins embarrassantes. Ainsi, l’un pourra s’établir à un étage supérieur, parce qu’il y sera beaucoup plus sainement, et que ses ustensiles s’y conserveront mieux, tandis que l’autre se trouvant obligé de négliger ces avantages pour parer à de plus graves inconvéniens, sera souvent contraint d’occuper un rez-de-chaussée , où il sera plus à la porte'e des choses dont il peut avoir besoin.
- Dans l’un et l’autre cas, on ne saurait prendre trop de soins pour se garantir des vapeurs qui s’exhalent, soit des corps sur lesquels on opère, soit des combustibles qu’on emploie ; car nous n’avons que trop d’exemples des funestes résultats de notre imprévoyance à cet égard , et les chimistes seraient bien coupables de ne pas mettre à profit pour eux-mêmes les moyens de salubrité qu’ils fournissent et recommandent aux autres. Cet objet est si important et offre tant de fécondes applications, que nous croyons devoir en traiter d’une manière spéciale ; et pour ne pas interrompre les généralités que nous nous proposons d’énoncer ici, nous ne nous occuperons de cet objet particulier qu’après les avoir ter-' minées.
- Il est sans doute bien difficile de prévoir tous les acci-dens qui peuvent arriver dans un laboratoire, et d’offrir les moyens de s’en garantir ; tiiais on peut du moins indiquer quelques mesures susceptibles de parer au plus grand nombre, et diminuer par conséquent de beaucoup les chances à courir. Parmi ces moyens généraux, on peut d’abord citer l’ordre, comme étant un des plus essentiels à observer. Il est impossible qu’il n’arrive pas quelque chose de fâcheux dans un laboratoire où il y aura confusion et encombrement : tantôt l’accident sera déterminé par le contact instantané de corps qui n’auraient point dû se trouver les uns à côté des autres;
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- d’autres fois, trompé ou par un vase changé ou par une fausse étiquette, et croyant manier un corps qu’on peut toucher impunément, on est surpris par une vive effervescence ou par une explosion subite. Qu’on se rappelle ce qui est arrivé à notre célèbre Yauquelin, qui, pour une semblable négligence, a failli périr à son début dans une carrière qu’il a parcourue d’une manière si glorieuse. Des pellicules d’ammoniure d’argent avaient été recueillies et déposées dans un verre qui ne fut ni serré ni étiqueté ; ce verre fut réuni aux autres et posé sur une tablette commune. Peu de jours après M. Yauquelin voulut s’en servir, et prenant pour de la poussière l’ammo-niure dont il était enduit, il tente de l’en débarrasser avec le doigt, et détermine par ce léger froissement une explosion des plus terribles , qui réduisit le verre en milliers d’éclats, que M. "V auquelin reçut dans la figure , et principalement dans les yeux ; il ne put recouvrer la vue qu’après plusieurs mois de douleurs inouies. Je pourrais citer beaucoup d’exemples de ce genre; mais celui-là, je pense, sera plus que suffisant pour démontrer la nécessité de l’ordre et du soin dans un laboratoire.
- Une des mesures les plus convenables pour éviter la confusion dans un laboratoire , est sans contredit d’étiqueter tout ce qui ne doit pas être immédiatement jeté ; il n’est aucun chimiste à qui il ne soit arrivé d’avoir à regretter de s’être écarté de cette règle essentielle. On est tout naturellement porté à éluder une occupation qui détourne de l’idée qu’on poursuit avec ardeur, qui consomme beaucoup de temps, qui n’apprend rien, et que le plus ordinairement on ne peut confier à personne. Il y a encore un autre motif qui favorise cette négligence , c’est le mystère dont on est souvent obligé de s entourer pour se préserver de certains frêlons qui, toujours a la piste, cherchent à s’attribuer le travail d’autrui et à s en parer : de là résulte que , soit paresse, soit mesure de surete, on trouve plus convenable de s’en rapporter à sa mémoire ; mais qui ne sait combien on s’abuse à cet égard , et que de regrets n’ont pas été suscités par cette espérance trompée.
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- Tant qu’on est dominé par une idée principale, on se livre entièrement à son imagination : tout est mis en œuvre pour arriver au résultat qu’on veut atteindre ; on cherche, on essaie , on tente mille moyens, et ce n’est qu’après avoir épuisé toutes les ressources qu’on abandonne le sujet. Plus tard on veut y revenir ; mais c’est alors que souvent on éprouve le vif regret d’avoir réussi et de ne plus savoir comment. Parmi tant d’essais, on aperçoit le résultat cherché, qui ne s’est produit qu’avec le temps ; et c’est fort inutilement qu’on fouille dans sa mémoire pour y retrouver les moyens employés. En vain veut-on faire de nouveaux essais : tout est perdu !
- Comme l’eau est un des meilleurs préservatifs qu’on puisse opposer à l’action destructive du feu, des acides , des alcalis , etc. , on ne saurait s’en pourvoir avec trop d’abondance. Ainsi, lorsque les localités ne permettront pas de faire arriver l’eau d’un réservoir dans le laboratoire , il faudra au moins en avoir de disponible dans des baquets ; c’est une précaution qu’on ne saurait trop recommander, car elle peut à elle seule obvier à la plupart des accidens. J’en citerai une seule preuve , parmi des centaines qui sont à ma connaissance. Un jeune homme moulait du phosphore dans un tube de verre, et par une aspiration trop forte il le fait monter jusque dans la bouche ; il plonge aussitôt la tète dans un baquet d’eau , et détache avec les doigts le phosphore déjà moulé sur ses dents. Je demande ce que fût devenu ce malheureux s’il n’eût eu de l’eau à sa portée. Ainsi, l’eau, déjà si nécessaire dans un laboratoire pour y maintenir la propreté et prévenir les incendies , devient en outre indispensable, comme susceptible d’atténuer ou de détruire les nombreux accidens qui ne peuvent manquer d’avoir lieu dans un laboratoire , où tant de substances énergiques sont successivement touchées et mises enjeu.
- Une attention qu’on ne doit pas négliger encore dans la construction d’un laboratoire, c’est de pratiquer des ouvertures correspondantes, et disposées de manière à pouvoir établir mie subite et forte ventilation en cas de nécessité.
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- Ainsi, croisées ou portes diamétralement opposées sont nécessaires pour pouvoir se débarrasser promptement des vapeurs accidentellement répandues, et que le tirage des cheminées ne pourrait suffire à soustraire.
- Un genre d’accident contre lequel on n’est point assez en garde, bien qu’il soit très fréquent, et que plusieurs chimistes en aient été victimes, c’est celui qui résulte de la rupture subite d’un vase en verre posé sur le feu. Nos prédécesseurs, plus patiens, et peut-être plus prud'ensque nous , se servaient habituellement de bains de sable pour ces sortes d opérations, et avaient par cette précaution le double avantage-de mieux graduer leur chaleur et d’obvier à l’inconvénient de la rupture du vase ; tandis que nous , beaucoup moins craintifs ou moins prévoyans, opérons directement à feu nu, et sans autre sauvegarde que le soin que nous apportons à graduer la chaleur au moyen de charbons déjà allumés : mais à moins d’une grande habitude et d’une attention bien soutenue, il est extrêmement rare que la chaleur soit uniformément distribuée dans tout le fourneau, et il arrive presque toujours que la combustion se trouve plus active dans quelques points que dans d’autres ; et si le vase qui s’y trouve exposé n’est pas très mince, et par conséquent très perméable-, sa rupture et tous les accidens qui en dérivent sont presque toujours la fâcheuse conséquence de cette inégale-distribution de la chaleur. On devrait donc au moins prendre la sage précaution, lorsqu’on opère sur des fourneaux portatifs, de les placer dans des capsules en fonte ou en terre , qui puissent recevoir le liquide qui s’écoule , et préserver ainsi l’opérateur.
- C’est un besoin impérieux pour les chimistes qui se livrent à des expériences de recherches, de pouvoir conserver les instrumens précis et délicats dont ils font usage ; et ce besoin impose, pour principale précaution, de soustraire ces instrumens à l’action corrosive des vapeurs qui se répandent ordinairement dans les laboratoires. Ainsi, non-seulement il faut que ces instrumens soient placés sous des cages vitrees, mais il est en outre nécessaire que ces cages elles-mêmes soient
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- disposées dans une salie à part bien close, boisée , parquetée et toujours maintenue sèche à l’aide d’un poêle. C’est dans cette salle, attenant ordinairement au laboratoire, que le chimiste fait ses pesées, prend ses notes et recueille ses produits ; c’est encore là qu’il fait la plupart des opérations qui ne nécessitent point de feu, si ce n’est celui de la lampe poulies essais au chalumeau. Aussi doit-elle être garnie d’une table dans son milieu, de tablettes et d’armoires dans tout son pourtour, pour y conserver les produits.
- Enfin , nous avons dit aussi qu’il convenait que les objets d’approvisionnement fussent réunis, autant que possible, sovis la main de l’opérateur ; mais les localités ne le permettent pas toujours. Assez ordinairement on dispose dans le laboratoire des tablettes, où l’on range les vases et ustensiles ordinaires, qui sont d’un usage continuel.
- Nous citerons tous les objets principaux qui doivent composer le mobilier d’un laboratoire.
- phases en verre.
- Fioles communes assorties.
- Grandes fioles de chopine.
- Matras à fond plat, de pinte.
- Cornues très petites pour essais.
- Cornues assorties.
- Cornues tubulées.
- Ballons ordinaires.
- Ballons tabulés.
- Cols droits assortis,
- Goulots renversés,
- Flacons à l’émeril,
- Verres à expériences.
- Eprouvettes.
- Tubes bouchés , pour essais.
- Baguettes à remuer les mélanges.
- Mortier de cristal.
- | pour serrer les produits.
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- Capsules de verre.
- Verres de montre.
- Tubes assortis.
- Entonnoirs assortis ; plus de petits que de grands.
- Je ne cite point ici les tubes dits de If-citer, les pipettes ni les sipbons, parce que ces instrumens très fragiles et d’un transport difficile peuvent être facilemént construits dans les laboratoires , ou au moins remplacés d’une manière moins dispendieuse. C’est ainsi qu’on peut, dans presque tous les cas, substituer au tube de Weltèr deux tubes, l’un droit, l’autre à double courbure et à branches parallèles ; que les pipettes peuvent être remplacées, pour ceux qui ne sont pas dans le cas de les construire , par de simples boules ou même des gros tubes, dont on effile les deux extrémités à la lampe; et enfin , qu’un tube courbé en arc sur les charbons ardens remplace dans tous les cas le siphon à pompe , si on lui conserve deux branches d’iné'gales grandeurs. Pour faire fonctionner ce siphon simple , sans risques pour l’opérateur, on le renverse , on le remplit avec un liquide semblable à celui qu’on veut décanter, on bouche avec l’index l’extrémité delà grande branche , et l’on plonge l’autre , en la retournant, dans le liquide.
- Vases en porcelaine.
- Un mortier.
- Capsules assorties.
- Tubes.
- J ases en terre et en grès.
- Fourneaux e'vaporatoires.
- Fourneaux à réverbère.
- Fourneau de coupelle de D’Arcet.
- Moufles et coupelles.
- Creusets assortis.
- Têts à rôtir.
- Cornues assorties.
- Terrines assorties.
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- J ases en cuivre.
- Poêlon.
- Alambic.
- Bassine.
- J~ases en argent, en platine.
- Creuset d’argent avec spatule.
- Capsule d’argent.
- Creuset de platine avec spatule.
- Capsule de platine.
- Ustensiles en fer.
- Pinces dites fer à moustache.
- Pelles à braise.
- Grilles en fil de fer, pour poser sur les fourneaux. Triangles, pour soutenir les cornues.
- Tas d’acier
- Côné ou cheminée en tôle.
- Marteau.
- Étau.
- Fil de fer.
- Limes.
- Râpes.
- Percerette.
- Pinces à bec-corbin.
- Cisailles.
- Jnstramens divers.
- Balances communes.
- Balances d’essai et poids.
- Eudiomètre.
- Électroohore.
- Baromètre.
- Thermomètre.
- Machine pneumatique.
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- Cuve à mercure.
- Cuve à eau.
- Pile galvanique.
- Tubes gradués.
- Tamis.
- Soufflet ordinaire.
- Soufflet de forge.
- Mortier de marbre.
- Supports à entonnoirs.
- Lampe à émailleur.
- Liège.
- Bouchons.
- Etc., etc., etc.
- Resterait maintenant, pour compléter l’approvisionnement, à faire mention des matières premières dont on doit se pourvoir ; mais ces substances seront indiquées aux articles Réactif, Nécessaire de Chimie, et là on pourra faire choix de celles qui concernent plus spécialement le genre d’opérations qu’on veut embrasser. Les acides minéraux et les alcalis caustiques forment toujours la base de ces matières premières, quelle que soit d’ailleurs la partie de la Chimie qu’on veuille cultiver.
- Nous terminerons ici nos observations sur les données générales qui doivent fixer l’attention lorsqu’on veut établir un laboratoire, et nous passerons aux détails des constructions qu’il convient de faire pour se mettre à l’abri des vapeurs plus ou moins nuisibles qui se répandent habituellement dans les laboratoires , et dont jusqu’à présent les chimistes n’ont point assez cherché à se garantir. Rien n’empêche cependant que le même système de ventilation, au moyen de cheminées d’appel, qui a été si heureusement mis en pratique par M- D’Arcet, pour l’art du Doreur , pour l’assainissement des cuisines, des soufroirs et des latrines; rien n’empêche, dis-je, que ce système ingénieux ne puisse être avantageusement appliqué aux laboratoires de Chimie. Déjà, dans plusieurs établissemens publics ou particuliers, on a mis à profit quelquês-uns de ces
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- principes; mais jusqu’alors il n’en est aucun autre où l’on retrouve un ensemble plus complet que le laboratoire de l’École d’Artillerie de Yincennes, qui a été' entièrement construit d’après les plans de M. D’Arcet lui-même , et dont nous devons la description à M. le capitaine Brianchon , professeur de Chimie à cette École royale.. Nous la rapporterons textuellement, èt si nous jugeons à propos d’y ajouter quelques observations , nous les mettrons en notes.
- Ce laboratoire occupe le rez-de-chaussée de l’un des pavillons du château de Yincennes ; il se compose de deux pièces contiguës, dont la première est spécialement destinée aux opérations chimiques, et comprend l’ensemble des fourneaux. Cette première salle est éclairée par quatre fenêtres , qui permettent de renouveler promptement l’air, quand des vapeurs nuisibles se répandent accidentellement dans l’intérieur. Le sol en est pavé.
- La deuxième salle, dont le sol est un parquet, renferme les collections , les balances, les machines, les ustensiles métalliques et les instrumens de prix : on veille à ce qu’elle soit garantie de l’humidité et des gaz corrosifs qui régnent parfois dans l’autre.
- Explication des figures. Pl. 43 des Arts chimiques.
- Fig. i. Plan général du laboratoire, comprenant les deux salles , et montrant la distribution intérieure.
- Première salle.
- A , Porte d’entrée ; elle est exposée au levant.
- B , Manteau delà cheminée principale , où se rendent toutes les cheminées particulières a,b,c,d, que nous décrirons. Il est coupé en hotte soutenue par deux jambages : cette hotte ou manteau recouvre un système de fourneaux pratiqués dans une paillasse en briques. ( F. les fig. 2 et 3) (1).
- (0 L’échelle de la fig. 1 est de o“,oi ; celle des suivantes, jusqu’à la fia. ro, est de o"%02 j les autres sont à l’echeüe de ow,i.
- Tome XI.
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- On évitera, dans le cours de cette description , d’exposer les détails de construction et de main-d’œuvre, vu qu’on les trouve ailleurs.
- C, Fourneau situé à l’un des flancs de la paillasse ; il porte un bain de sable en tôle, dont le fond a cette particularité, que l’une des deux moitiés est plus basse que l’autre , ce qui donne deux profondeurs de sable , appropriées aux diverses capacités des matras qu’on y met en expérience (i).
- D , Fourneau de fusion, placé à l’autre flanc de la paillasse. Il sert pour les opérations qui exigent une haute température, notamment pour les travaux de métallurgie et les essais doci-mastiques.
- E, Fourneau d’alambic, où. se fait la distillation de l’eau (2).
- F, Table (3).
- G , Cuves pueumato-chimiques (4).
- I, 1, Armoires.
- J, Lampe d’émailleur (5).
- (rj Daus les laboratoires en grand, ou trouve pins avantageux de mettre h profit ces extrémités de paillasse, pour y établir des bains de sable tris profonds, où l’on puisse enterrer dans le sable de grandes cornues jusqu’à la douille de leurs tubulures. Oa pratique au liane supérieur de la paillasse une échancrure creusée en gorge, pour recevoir le col de la cornue et le reste de l’appareil se développe ensuite sur cette partie latérale. (F'. PI. 21, des Arts chimiques, fig. 3. )
- (2) On doit être guidé aussi dans le choix de l’emplacement pour l’a lambic, par la possibilité d’v faire arriver nn robinet pour fournir de l’eau au réfrigérant, et d’y pouvoir établir un conduit pour l’écoulement du trop-plein.
- (3) Cette table est ordinairement garnie de tiroirs, dans lesquels on serre le papier i filtrer, les bouchons, les râpes et les percerettes.
- (4) La cuve à mercure, dont il n’est point question dans cette description , doit toujours être placée dans nn endroit très éclairé, dans une em-brasnre de fenêtre , par exemple, afin de pouvoir bien apprécier les niveaux qu’il faut souvent prendre dans des tubes gradués. ( V-, pour les autres ne-tails, l’article Cuve h mercure. )
- (5) On place ordinairement, à côté de la lampe d’émailleur, deux crémai lères en bois convergentes l’une vers l’autre (8g. 1 j, PI.4* 2 3 4 5)j î)om' P meure des tubes droits de différentes longueurs.
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- K, Fontaine.
- L , Évier, placé dans l’embrasure d’une croisée.
- M, Égouttoir. Il est formé d’une planche horizontale percée de trous ; les terrines sont rangées dessous, posées à terre ( 1 ).
- N, Enclume.
- 0 , Étau et son établi (2).
- P, Porte établissant la communication des deux salles.
- Deuxieme salle.
- Q, Poêle dont le recouvrement est creusé en bain de sable, et dont le four sert d’étuve. Le tuyau de ce poêle traverse le mur qui sépare les deux salles, et débouche en un point élevé de la cheminée générale du laboratoire , dont il active le tirage , en y raréfiant l’air par la chaleur qu’il apporte.
- R, Vasistas carré, pratiqué dans l’épaisseur du mur, à 2m,5 au-dessus du sol ; il sert, ou pour établir un courant d’air, ou pour déterminer le tirage du poêle.
- S, S , Armoires vitrées, dont les portes s’ouvrent à coulisse, en passant l’une sur l’autre sans quitter le même plan vertical.
- T, Table munie de tiroirs.
- U, U , Cours de tablettes d’appui.
- (t) Ces sortes d’égouttoirs ne contiennent que pour les bouteilles, matras, entonnoirs et antres vases formés d’ane partie étroite et d’un renflement; mais ne peut s’en servir pour ceux qui sont d’un même diamètre dans toute ^"étendue, tels que les cloches ou éprouvettes , et fon a recours, dans ce cas, à des planches garnies de cylindres placés perpendiculairement. (V. Cuve à mercure. ) Pour les terrines, on emploie encore un autre «enre d’égouttoir; c’est une espèce d’éebelle dont les montons et les barreaux sont assez rapprochés pour ne pas permettre aux terrines de passer au travers; elles sont supportées à la fois par leur côté et par leur fond, et l’on peut les incliner de manière à ce qn’elles ne puissent recevoir la poussière. On doit éviter de les mettre en piles, parce que celles qui sont dessous sont souvent brisées par la charge qu’elles suppôt tent, surtout quand elles ont un commencement de fente.
- (2) Les limes, petites scies, marteaux et autres instrumens destinés au service on de l’enclume ou de l’étau, doivent être placés à nn râtelier qui se trouve ordinairement situé près de l’étau.
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- Les cinq croisées des deux salles sont désignées par les lettres Y, Y, V,V, Y.
- Fig. 2 Elévation du système général des fourneaux ; ils sont tous adossés au mur de séparation des deux salles.
- Les mêmes parties sont marquées des mêmes lettres dans les plans des élévations.
- B, Hotte ou manteau de la cheminée principale. Des creusets, des vases et des appareils usuels sont disposés, tant sur l’entablement que sur Un cours de tablettes qui règne un peu plus haut (i).
- W, Paillasse en briques. {Vojez-en le plan, fig. 3). C’est un âtre relevé de près d’un mètre au-dessus du sol. Elle réunit : i°. une forge ordinaire ayant son soufflet en H; 2°. quatre fourneaux évaporatoires ; les portes des cendriers sont en e,e,e,e; elles sont ici fermées par un tampon en tôle (2), que représente la fig. 11, PL 41 2 3 ; 3°. une étuve, servant en outre à échauffer une grande plaque de fonte g, qui répond au-dessus, et termine de ce côté la table de la paillasse ; h, est la porte de ce fourneau ; i, celle du cendrier ;
- 5°. Les cavités j,j servent de charbonniers (3).
- Z,Z,Z,Z, Couvercles de tôle suspendus au mur vertical qui forme le fond de l’âtre ; ils servent, ou comme étouffoirs, ou comme bains de sable, selon le sens où on les pose sur les fourneaux d’évaporation : la fig. 12, PL 42, en fait connaître laforme.
- k,k', Ouvertures dont nous expliquerons l’usage.
- Y,Y, Rideaux de toile servant à hâter le tirage en di-
- (1) Dans la plupart des laboratoires, ce ne sont pas des vases usneîs qu'on place sur les tablettes du manteau, parce qu’elles sont assez élevées pour ne pas être à une portée commode; et comme en outre cet endroit est plus en évidence on tient à ce qu’il soit toujours bien rangé; aussi ne placc-t-oa là ordinairement que des vases ou des appareils dont on se sert rarement.
- (u) On remplace avantageusement ces tampons, assez dispendieux, par des portes en fonte, à coulisse, qu'on trouve maintenant chez tous les quincaïllers
- (fig- i4)* , . ,
- (3) On ne dispose ordinairement que de Tune de ces cavités pour Je charbon, et l’on se sert de l’autre pour y placer des fourneaux portatifs et des creuse U;
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- minuant l’ouverture de la cheminée principale; ouverture mesurée par l’espace compris entre l’entablement de la.hotte et la ligne supérieure de la paillasse. Ils ont été préparés avec une mixtion saline, composée de borax et de muriate d’ammoniaque , ce qui les rend presque incombustibles ; le bas en est garni de balles de plomb , qui les maintiennent et s’opposent à ce que les courans d’air les soulèvent. Ces rideaux s’ouvrant et se fermant à volonté, sont une des dispositions essentielles du principe de ventilation qui distingue le laboratoire salubre.
- î, l', Jambages de la cheminée. Le premier est traversé par la tuyère du soufflet H; le deuxième porte une ouverture que montrent les fig. 3,6, PI. 43, 7, 8, PL Hp., où elle est désignée par la lettre m.
- C, Fourneau à.bain de sable. On y a placé pour exemple un matras n , dont le col s’engage dans l’ouverture m que nous venons de spécifier, o, porte de ce fourneau, et p celle du cendrier.
- E, Fourneau d’alambic. La cucurbite s’y trouve mise en expérience.
- D, Fourneau de fusion. Le conduit <7 donne passage à la fumée, et débouche dans la hotte. La portef est en fer, ayant un loquet à manche brisé : fermée, elle se trouve dans un plan dont l’inclinaison est de 45° à peu près. La porte du cendrier, qu’on voit en s, est percée d’un trou demi-circulaire, sur lequel joue à frottement une pièce de tôle de même forme, tellement qu’on peut en graduer l’ouverture à volonté, selon le volume d’air qu’on veut introduire. Pareille disposition a lieu pour les autres portes de cendriers, excepté celles e, e, e, e, dont l’aspiration se règle par un moyen différent, que nous ferons connaître.
- H , Soufflet à deux vents (1). La tuyère se rend dans Pâtre de la forge, après avoir traversé le jambage I.
- (1) Les soufflets de forge auxquels on donne maintenant la préférence, sont ceux tàbriqués par M. Radiel ; ils ont trois capacités. L'intensité du
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- P , Porte de communication des deux salles.
- Fig. 3. Plan ge'ne'ral-des fourneaux et de la paillasse.
- W, Paillasse construite en briques réfractaires (i).
- 1,1', Jambages de la clieinine'e. Le premier est traversé par la tuyère du soufflet de forge; le deuxième porte une ouverture m dont nous avons déjà parlé.
- t, Atre de la forge.
- - X,X,X, Fourneaux évaporatoires de diverses capacités. Le plus petit s’emploie pour les expériences qui n’exigent que peu de combustible. De ce choix résulte une économie.
- X', Fourneau d’appel. Une diffère des trois précédens qu’en ce qu’il a de plus qu’eux une cheminée spéciale qui part du cendrier, et qui, lorsqu’on ferme, exactement la porte de celui-ci , détermine une combustion à flamme renversée. Voici comment : le feu n’étant plus alors soutenu par le volume d’air ascendant auquel cette porte livrait passage, s’alimente d’un courant qui, prenant sa source dans l’atmosphère supérieure de la salle , traverse le charbon enflammé , gagne le cendrier,, et s’échappe par la petite cheminée , laquelle aboutit à un point élevé de la cheminée générale ; celle-ci se trouvant par là échauffée dans sa partie supérieure, devient plus aspirante, prend un tirage actif. On dit alors qu’elle appelle.
- On a disposé, comme nous le verrons, d’autres moyens d’appel, qui n’ont pas, comme celui-ci, l’inconvénient d’exiger une dépense spéciale de combustible ; ils consistent à prolonger verticalement dans la cheminée principale , à une hauteur réglée par l’expérience, tous les conduits des petites cheminées particulières qui s’y rendent. Ces secours suffisent pour l’ordi-
- courant se règle au moyen (l’un registre placé dans le soufflet même, et à la naissance de la douille; disposition qui nécessite ordinairement de monter ces soufflets sur châssis mobiles.
- (t) Rien ne nécessité que cette paillasse soit construite en briques réfractaires, parce qu’il est impossible qu’elles puissent être échauffées jusqu an point de rougir. 11 en est tout autrement pour le fourneau de fusion (D) et pour I’âtre de la forge (t).
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- naire. On transforme le fourneau d’appel X' en fourneau d’évaporation , tirant à flamme ascendante ; ce à quoi on parvient en ouvrant la porte du cendrier.
- u, Conduit de la cheminée du fourneau d’appel.
- v, Conduit de la cheminée du fourneau C.
- k, k', Ouvertures pratiquées dans ces deux petites cheminées. g, Grande plaque de fonte échauffée par le fourneau d’étuve ; elle est horizontale ; on y fait sécher les filtres.
- x, Pièce rectangulaire qui s’élève ou s’abaisse pour ouvrir ou fermer la petite cheminée du fourneau d’étuve.
- C, Fourneau dont il a été parlé ci-dessus ; il porte un .bain de sable dont une des deux moitiés est plus profonde que l’autre.
- E, Fourneau d’alambic.
- D, Fourneau dit de fusion, autrement dit fourneau à vent, r, est la porte du foyer ; q, le conduit de la cheminée.
- Fig. 4. Plan des cendriers.
- J, J,J, J, Cendriers des quatre fourneaux X ,X ,X,XC e,e,e,e, Portes des cendriers. z, Bouche de la cheminée d’appel.
- 1 v , Grille et foyer du fournëau d’étuve. h , Porte de ce foyer ; a', bouche de la petite cheminée qui lui est propre.
- b', b', Espace que parcourt la flamme du fourneau d’étuve, laquelle vient heurter contre la demi-traverse c'. qui l’oblige de circuler avant d’atteindre la cheminée d. Pendant ces détours , elle échauffé les deux plaques de fonte qui renferment cet espace : l’une de ces plaques forme le toit incliné de Fë-tuve ; l’autre, qui est celle de dessus, a été désignée par g dans la figure précédente.
- d’, Grille et foyer du fourneau C. o, Porte de ce foyer. v, Cheminée propre à ce fourneau.
- D, Fourneau de fusion; e', la grille; , le conduit de la famée.
- Fig. 5. Plan des fourneaux au niveau du sol.
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- j,j, Charbonniers pratiqués dans le bas de la paillasse au-dessous des cendriers.
- Cendrier du fourneau C : la porte est en p. g, Cendrier du fourneau D : la porte est en s.
- Fig- 6. Coupe générale suivant la ligne AB, fig. 4. Elle montre l’ensemble des dispositions intérieures.
- X,X,X, Fourneaux évaporatoires.
- X', Fourneau d’appel. Xous en avons donné l’explication : - 5 est la bouche de la cheminée ; elle devient aspirante lorsqu’on ferme le cendrier.
- Cendriers des quatre fourneaux. u ,u,v, Traits ponctués indiquant les directions que prennent dans l’épaisseur du mur les cheminées particulières des fourneaux d’étuve, d’appel et de. bain de sable. Toutes, comme on voit, sont surmontées de tuyaux qui portent la chateur en des points élevés b,c,d de la cheminée générale, et fournissent trois moyens de hâter l’appel. L’objet des ouvertures k, k', est de faciliter le ramonage des deux dernières. Ces ouvertures ont encore un autre emploi : comme elles ont la propriété d’aspirer quand le tirage est établi, on y engage le col des matras mis en expérience sur la paillasse, ce qui débarrasse des vapeurs qu’ils exhalent. Hors de ces deux fonctions , elles demeurent fermées. Quant au ramonage de la cheminée d’étuve, on y procède après avoir mis à découvert la bouche a, en enlevant la grande plaque de fonte g-
- A', Espace ménagé à la naissance du tuyau de la cheminée principale , pour que le ramoneur puisse y entrer, if , Grille et foyer du fourneau d’étuve. b', b', Espace que parcourt la flamme ; il est en partie interrompu par la demi-traverse c', qui force le courant à circuler avant d’atteindre la cheminée a. i, Cendrier.
- B', Intérieur de l’étuve. Une plaque de fonte i', i’, en forme la partie supérieure, et se trouve échauffée par la flamme et par le courant d’air chaud , issus du foyer w. L’inclinaison donnée à cette plaque a deux objets : d’une part, elle active
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- le tirage en facilitant l’écoulement ascensionnel du cornant ; de l’autre , elle hâte réchauffement, vu qu’ainsi la flamme agit par choc, tandis qu’elle ne ferait que glisser lentement si la pièce était horizontale.
- x, Petite plaque de fer qui glisse à frottement sur le plan vertical de l’âtre ; elle sert à fermer la bouche a , quand on a cessé d’alimenter le foyer, et qu’on veut en réserver la chaleur. C’est, comme on voit, une clef, un registre, une pièce qui sert à régir le fourneau d’étuve (i).
- g, Plaque de fonte horizontale échauffée par le foyer •»'. Nous en avons fait connaître l’emploi.
- . j ,j , Charbonniers.
- C, Fourneau à bain de sable; v, bouche de cheminée; d', grille et foyer -f, cendrier; n, matras mis en expérience : le col s’engage dans l’ouverture aspirante m, au moyen de quoi les gaz développés ne se répandent jamais dans la salle.
- m , Ouverture pratiquée dans le jambage l' ; on l’a évasée intérieurement pour en augmenter la faculté aspirante, et aussi pour qu’elle se prêtât mieux à la position inclinée du mati'as.
- m, Extrémité du tuyau qui conduit la fumée du poêle établi dans la deuxième salle. Ce tuyau, après avoir pénétré le mur de séparation, débouche, comme on voit, dans un point élevé de la cheminée principale , et y fournit un quatrième moyen d’appel.
- D, Fourneau de fusion; e', grille sur laquelle se place le combustible ; g', cendrier ; q , cheminée : celle-ci est pourvue d’un registre C', qui est une pièce de fer en forme de rectangle, jouant à frottement dans un plan horizontal pour ouvrir ou
- (i) Je regarderais comme plus avantageux d’employer la cheminée du bain de sable h chauffer une étuve, ainsi que je l’ai fait dans plusieurs laboratoires; ici on est obligé de consommer du combustible uniquement pour cette étuve. La plaque de fonte g doit recevoir une température beaucoup trop élevée pour qu’on puisse y faite sécher des filtres sans s’exposer ;V les brûler ; d coin iendru.it donc mieux de les placer dans ÎVtuvc même»
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- fermer le conduit q et régler, par ce moyen, la température du foyer e .
- a, Tuyau de tôle qui prolonge le conduit q dans l’intérieur de la cheminée générale, d’où résulte pour celle-ci un cinquième moyen d’appel.
- De ces cinq moyens d’appel un seul suffit, et cependant leur concours n’affaiblit point l’effet (i).
- Le rôle du tuyau de prolongement a ne se borne pas à ce que nous en avons dit; il est essentiel aux fonctions du fourneau D, vu qu’il en active singulièrement le tirage individuel, et que par suite il contribue à la haute température que prend le foyer e'. Ce tirage si actif, d’où résulte un feu violent , nécessaire dans beaucoup d’opérations métallurgiques, tient en outre à la grandeur du conduit de la cheminée principale , lequel parcourt les deux étages du pavillon.
- E, Fourneau portant l’alambic : la figure en indique les diÿ positions intérieures, la grille et le cendrier.
- Fig. 7. (PI. 42 des Arts chimiques.) m, Extérieur de l’ouverture percée dans le jambage au-dessus du fourneau c, lequel porte un bain de sable où se trouve placé un matras n dont le col s’engage dans cette ouverture aspirante; elle se ferme au moyen de petites plaques contiguës accrochées à la paroi , tellement que chacune peut s’enlever indépendamment des autres, ce qui permet de graduer cette ouverture en proportion des matras qu’on veut mettre en œuvre, et de lui conserver par là son tirage. Dans l’exemple que montre la figure, on n’a décroché qu’une seule plaque. Ajoutons que la ligne ou se trouvent les points d’appui est renforcée d’ung plate-bande de tôle festonnée en demi-cercles, ainsi que le montre la fig. 3.
- Fig. 8. Disposition inteTieure du fourneau d’appel.
- (î) Il est certain que ces moyens d’appel ne peuvent se nuire, pnisquis agissen t tous dans le même sens, qui est de raréfier l’air de la cheminee générale, et d’en augmenter le tirage. Il est d’ailleurs bien rare, surtout dans un laboratoire de recherche, qu’ils soient tous mis en fonction à la f°lS> parce que les opérations n’y sont point assez multipliées pour cela.
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- X', Foyer; z, bouche de la cheminée u. Cette dernière est surmontée d’un tuyau dont le faîte est en b. k, ouverture pour le ramonage ; r. cendrier, ayant sa porte en e, qui se trouve ici fermée par l’un des tampons de tôle que la fig. 11 représente ; j, charbonnier.
- m, Ouverture percée dans le jambage V. {V. les fig. 6 et ".)
- A', Espace ménagé pour le ramoneur.
- m, Tuyau du poêle.
- Fig. 9. Coupe sur la ligne C'D' (fig. 4, PL 43) ; elle montre l’intérieur du fourneau de fusion ; les sinuosités du foyer , d’où résulte une réverbération de chaleur et un tirage rapide ; les armatures en fer qu’exige la haute température qu’on excite ordinairement dans ce foyer ; enfin, la disposition au moyen de laquelle la grille e' peut être placée à deux hauteurs différentes , selon les dimensions du creuset qu’on met en expérience. Ce moyen de varier la capacité du fourneau apporte une économie de combustible, q, conduit de la cheminée ; r, porte du foyer ; g , cendrier ayant sa porte en s.
- Fig. 10. Souche de la cheminée principale, sur le toit du> pavillon; elle porte un chapiteau formé d’une feuille de tôle, courbée en portion de cylindre, et soutenu par quatre tiges de fer, ce qui empêche les eaux pluviales d’entrer dans le conduit. Ce dernier,, comme on voit, ne se termine point par un rétrécissement, contre la coutume des constructions ordinaires; coutume que M. D’Arcet improuve, et qu’il regarde comme nuisible à l’effet de son système de ventilation.
- Fig. 11. Elle représente les deux projections de l’un des tampons de tôje qui servent à fermer les cendriers des fourneaux X,X,X;X', comme on le voit dans les fig. 2 et 8. Les bouches des quatre cendriers étant pareilles , leurs tampons le sont aussi ; d’où la facilité d’employer le premier venu, ce qui économise du temps. Chaque tampon entre à frottement, tellement qu’on peut graduer l’ouverture de la bouche selon la température qu’on veut observer dans le foyer. Ce frottement est donné par un renflement demi-cylindrique , que montre la figure, et dont la surface est criblée de trous qui li-
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- vrent passage à l’air. Une poignée facilite le maniement de cette espèce de porte.
- Fig. 12. Projections de l’un des é touffeurs désignés dans la fig. 2 par la lettre Z. Ce sont des calottes sphériques en tôle, dont le bord est armé d’un anneau mobile; leurs grandeurs sont variées comme celles des fourneaux X,X,X,X', qu’elles sont destinées à recouvrir lorsqu’on veut éteindre le charbon. Pour cela, on met un de ces couvercles sur son fourneau, la convexité en dessus, et l’on bouche en même temps la porte du cendrier, au moyen du tampon que nous avons décrit.
- Ils ont un autre emploi. Remplis de grès pilé, et placés inversement sur les fourneaux la convexité en des-
- sous, ils n’étouffent pas le feu, et servent ainsi de bain de sable.
- Fig. i3. Fourneau mobile dont on a figuré le fond, le dessus , la coupe et l’élévation ; il est d’une simplicité remarquable , n’ayant ni grille ni cendrier : c’est un vase de terre cuite , de la forme d’un creuset, percé à son fond pour l’écoulement de la cendre, et portant trois autres trous vers le tiers de sa hauteur, sur son pourtour, lesquels donnent passage à l’air qui afflue de l’extérieur. Le bas de ce fourneau est consolidé par une armature ou sabot en tôle. La bouche étant supposée recouverte d’une capsule mise en expérience, les trois échancrures qu’elle porte donnent issue à l’air qui a servi à la combustion.
- Dans tous les laboratoires, le mur qui forme le fond de la cheminée ou des parties environnantes est garni de clous a crochets, où l’on suspend les pinces, les grilles en fil de fer et autres objets destinés au service des fourneaux : nous ne les avons point figurés, dans la crainte de trop compliquer la planche et de nuire à l’intelligence de sa description.
- LABORATOIRE PORTATIF. Les progrès de la science sont intimement liés au perfectionnement de ses moyens, et chaque jour nous voyons nos instrumens se multiplier davantage et devenir plus parfaits. A mesure que les propriétés des coips
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- nous ont été mieux connues, nous avons pu distinguer ces corps entre eux sous de plus petites portions, et souvent même il suffit d’un seul caractère pour les reconnaître et les déterminer; delà vient qu’au lieu d’avoir recours à des appareils embarrassans et toujours très dispendieux , on n’emploie dans beaucoup de circonstances que quelques instrumens d’une petite dimension, et 8 à 10 réactifs , qui suffisent au chimiste exercé pour lui faire reconnaître tous les corps , sous quelque forme, sous quelque apparence qu’ils se déguisent. C’est à l’ensemble de ces petits appareils, de ces instrumens et de ces réactifs qu’on donne le nom de nécessaire de Chimie ou laboratoire portatif, lorsque le tout est réuni dans une même boîte ou dans une trousse. Comme ces boîtes sont plus connues sous le nom de nécessaires de Chimie, nous renverrons leur description à cet article, et nous nous bornerons ici à faire mention de l’appareil qu’on nomme laboratoire portatif de Gujton-Morveau, et qui a été décrit par ce célèbre chimiste dans le T. XXIV des Annales de Chimie.
- Cet appareil consiste principalement dans une lampe ordinaire d’Argand, à laquelle on adapte un support mobile qui se fixe à des hauteurs variées au moyen d’une vis de pression. Ce support est destiné à recevoir les différens vases dans lesquels on met les corps qu’on veut soumettre à l’action de la chaleur ; et la température peut être assez élevée pour faire des distillations, des incinérations et même certaines fusions salines , selon qu’on donne plus ou moins d’élévation à la mèche et de longueur à la cheminée.
- Pour les analyses des pierres , Guyton-Morveau prescrit d’employer une cheminée de verre, coupée à om,o3 au-dessus de la coudure, et de commencer par mettre le mélange qu’on veut soumettre à la fusion dans une petite capsule de platine ou d’argent, de 6 à y centimètres de diamètre, puis de placer cette capsule sur le support, et de graduer le feu de manière que le bouillonnement s’effectue sans qu’aucune portion puisse être projetée au dehors. Quand la matière est complètement desséchée , on la transvase dans un creuset de pla-
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- tine de 4» millimètres de diamètre environ. Ce creuset repose sur un petit triangle de fil de fer qui sert à rétrécir l'anneau • celui-ci doit être abaissé à 25 millimètres du bord supérieur de la cheminée de verre , et en moins de vingt minutes la fusion est opérée, en ayant soin toutefois de maintenir la mèche dans la plus grande élévation qu’il convient de lui donner.
- C’est cette disposition d’appareil qu’on doit employer pour les oxidations, les incinérations, les torréfactions et les distillations à siccité.
- Dans les opérations qui n’exigent pas une si grande chaleur, on doit laisser la lampe garnie de sa cheminée ordinaire, comme si elle ne devait servir qu’à éclairer, et au moyen des pièces mobiles on règle la température à volonté. Ainsi, on peut élever ou abaisser, soit le corps de lampe, soit l’anneau qui sert de support. Rien de plus facile que d’effectuer avec cet appareil des distillations de liquides aqueux ou alcooliques.
- La fig. 16, PI. 4?-? représente tout l’appareil monté pour une distillation.
- A , Est le corps de lampe ordinaire, à courant d’air, garnie de son garde-vue et de sa cheminée de verre. Ce corps de lampe peut être élevé ou abaissé à volonté, au moyen delà vis de pression b ; c est une roue dentée qui sert, par son mouvement, à déterminer la hauteur de la mèche. Cette disposition est plus avantageuse que celle suivie habituellement, parce qu’elle donne la facilité d’approcher ou d’éloigner la flamme des vaisseaux qui restent fixes, ce qui n’est pas toujours possible avec les crémaillères , lorsqu’elles s’élèvent au-dessus de la flamme.
- D, Support formé d’une tige ronde de laiton, brisée vers les deux tiers de sa hauteur , et sur laquelle glissent l’anneau circulaire e, le bras f et le bouton dé repos g ; ces pièces se fixent à hauteur convenable sur la tige , au moyen de vis de pression. Le bras g,f porte lui-même une pièce mobile a crochet h, qui sert à suspendre au point convenable les vais
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- seaux , ou à assurer leur position. Le support entier se rattache à la tige de fer carrée de la lampe, par une pièce de bois i, qui se fixe également à hauteur convenable, au moyen d’une vis de pression.
- K, Guéridon pour les récipiens. Sa tablette mobile l se fixe à toutes les hauteurs , par le moyen de la vis en bois M. La coulisse qui fait le pied de ce guéridon est fixée sur le plateau N ; mais on a la faculté d’en approcher ou d’en éloigner le fourneau à lampe, en faisant glisser son pied dans les deux rainures o,o.
- P , Autre guéridon pour la cuvette pneumatique ; il s’élève ou s’abaisse de même, par le moyen d’une forte vis en, bois q.
- R, Tube de sûreté de Welter.
- Fig. 17. Lampe disposée pour donner la fusion saline; on y voit la cheminée de verre raccourcie , le support D retourné, et la capsule s placée sur l’anneau, très près de la flamme.
- Fig. 18. Même appareil, dans lequel on a substitué à la capsule un petit creuset de platine t, porté par un triangle de fil de fer qui repose sur l’anneau.
- Fig. iq. Plan de cette dernière disposition. R.
- LABOURAGE, LABOUREUR ( Agriculture), Les racines des plantes pénètrent plus facilement en terre pour y puiser leur nourriture , l’air et l’eau s’y introduisent mieux , lorsque le sol est ameubli. Les labours sont donc indispensables pour obtenir de belles récoltes. On pratique ces opérations avec divers instrumens, qu’on doit préférer les uns aux autres, selon les circonstances. Les meilleurs labours sont ceux qui divisent et mélangent mieux la terre, qui retournent et enfouissent mieux le fumier et les herbes. Celui qu’on fait à la Bêche , quoique préférable à tout autre lorsqu’on enlève les pierres avec soin, et qu’on brise exactement et qu’on étale les mottes, est si lent et si coûteux, qu’on ne s’en sert que dans les jardins, encore faut-il que la terre ne soit ni trop mouillée ni trop sèche. Il en faut dire à peu près autant de l’usage de la Houe et du crochet, dont on ne se sert que pour les
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- vignes et les champs de peu d’étendue. Les Bi.vagis ( y. ce mot.) sont des labours superficiels, destinés à enlever les herbes parasites et à briser l’écorce du sol, lorsqu’il a été battu par la pluie et desséché. L’emploi du pic, de la pioche, etc., est aussi fort limité.
- Mais l’instrument le plus généralement en usage dans la grande agriculture est la Charrue , à cause de la promptitude et de l’économie de l’opération ; avantages inappréciables, qui compensent amplement les inconvéniens de ce mode de labour. Une ferme est dite d’une charrue, lorsqu’un seul attelage suffit à sa culture ; et comme la nature de la terre est un des élémens les plus importans de la quantité que peut labourer un animal chaque jour , que le mode d’AssoLEfiXT qu’on suit, ainsi que les Jachères qu’on conserve trop souvent encore , rendent la fatigue annuelle variable , on conçoit que cette locution ne présente à l’esprit rien de fixe. On évalue de 5o à i oo arpens l’étendue de la ferme d’une charrue. Avec une araire attelée de deux chevaux ou de deux bœufs, on peut labourer les terres sèches et légères , telles que celles des provinces du Midi ; il faut quatre et jusqu’à six forts chevaux et plus , pour celles argileuses du Nord , lorsqu’on se sert de la charrue de Brie.
- L’espèce de charrue qu’on doit employer dépend de la nature du sol, qui doit être entamé plus ou moins profondément. Quand il est léger, on peut à chaque raie enlever et retourner une assez grande largeur; s’il est argileux, il nen faut prendre qu’une petite épaisseur , pour qu’il se brise aisément dans l’opération ; il faut même alors beaucoup élever les planches en dos-d’âne, pour faciliter l’écoulement de l’eau; c’est ce qu’on appelle des billons. On doit les diriger, autant que possible , du midi au nord , parce que quand les billons sont dans le sens de l’est à l’ouest, on remarque que le côté qui regarde le nord souffre toujours un peu , et que 1 opposé donne de très beaux grains, sans doute à cause de iabu qui l’a protégé.
- Quoiqu’on puisse labourer la terre en tout temps, on
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- préfère l’instant où la récolte vient d’être enlevée, lorsque le sol n’est pas trop durci par la sécheresse. Cette pratique est même bonne, quoique peu suivie, lorsqu’on veut faire des mars ou une jachère, afin d’enterrer les chaumes et les.herbes, qui composent un engrais naturel, et pour que les influences atmosphériques agissent plus long-temps. Cependant un grand nombre de labours 11’ont lieu qu’après l’hiver, soit faute de temps, soit parce que les pluies d’automne sont venues trop têt-, soit enfin par un système vicieux d’agriculture. Au printemps , on commence par les terres légères, et l’on finit par les terres argileuses et par celles qui sont à une exposition froide.
- Les labours doivent être légers quand la terre est bien nettoyée et le temps pluvieux ; on les fait profonds au contraire dans les temps secs, quand le sol est léger, ou qu’il est couvert d’herbes. Plus le labour est profond, et plus il faut d’eugrais. On regarde 6 à 8 pouces, tant en profondeur qu’en largeur, comme un terme moyen convenable, sauf les cas où l’on doit s’écarter de ces dimensions, qui varient avec les circonstances. Les terres argileuses ne peuvent être attaquées dans les temps trop secs ou trop humides.
- Les labours d’été sont souvent préjudiciables , à moins qu’on ne les fasse succéder à une récolte, et qu’on ne veuille les ensemencer de suite. Dans cette saison brûlante , le sol est desséché trop profondément lorsqu’il a été ameubli récemment, et probablement aussi on facilite le dégagement des gaz provenus de l’engrais, qui cesse de tourner au profit des semences.
- Il faut des labours moins fréquens aux terres légères qu’aux terres argileuses ; il ne faut les réitérer que durant l’hiver , ou lorsque le sol est tenace, ou quand on y veut cultiver des racines pivotantes. On est dans l’usage de donner trois labours , et même plus, aux jachères où l’on doit semer du froment : un en automne, un en hiver, et le troisième au printemps. Un dernier labour de division se fait immédiatement avant le semis; mais dans le mode d’assolement, un ou deux labours sont très suffisans, ce.qui est un nouveau motif Tome XI. 20
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- pour suivre un procédé aussi économique. La culture de l’orge, de l’avoine et de tous les mars exige rarement plus d’un seul labour.
- La terre coupée et enlevée se renverse par la manœuvre de la charrue , et il faut avoir soin de n’en attaquer qu’une épaisseur qui puisse se résoudre en miettes par la chute, et surtout ne laisser aucun espace qui n’ait été remué. Quoique les labours croisés soient excellens , on peut se contenter de sillonner la terre toujours dans le même sens, lorsqu’on exécute cette opération avec le soin convenable. Il est fort utile de faire succéder la Herse et même le Rouleau à la charrue, pour achever de briser les mottes de terre ; mais ce n’est guère qu’aux terres fortes qu’on fait subir cette opération, qui est inutile aux autres : la herse ne vient ici qu’après le rouleau, tandis que c’est le contraire pour les semis. Le scd doit être rendu le plus uni possible, pour que l’eau du ciel agisse partout avec égalité , et que la récolte soit facile à couper. Il est bon encore que les sillons soient bien droits et bien parallèles, ce qui exige de la part du laboureur de l’habitude et du coup d’œil.
- Quoiqu’il semble aisé de conduire une charrue, c’est pourtant une chose qui est très difficile , pour n’entamer la terre qu’au' degré nécessaire, maintenir une largeur uniforme aux sillons, appuyer dans les endroits difficiles , etc. Nous renvoyons au mot Charrue pour tout ce qui se rapporte à la fabrication et à la forme de ces instrumens ; car on sent que la manière de les diriger dépend essentiellement de la construction de chaque-espèce.
- Lorsque le laboureur a conduit son sillon jusqu’au bout du terrain, il faut retourner la charrue pour qu’elle revienne en sens contraire ; mais on laisse assez ordinairement un espace de quelques pieds entre les deux raies parallèles, pour que la terre d’une même planche soit composée de sillons voisins formés dans le même sens. L’espace non labouré entre ces deux raies parallèles et rétrogrades , se trouve attaqué à son tour lorsqu’on revient successivement dans le premier sens.
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- Près des haies ou des limites qui touchent aux champs voisins, le labour se fait à la houe, ou bien en croisant les sillons.
- Il ne faut pas que les animaux foulent à leurs pieds la terre déjà remuée : l’un doit marcher sur le sol non encore labouré, l’autre dans le sillon qui vient d’être fait. Un bon laboureur peut retourner en un jour un quartier de terre avec une charrue attelée de deux bœufs ; dans les sols de moyenne résistance , avec deux chevaux il peut labourer jusqu’à 80 perches.
- De ce que la charrue, en ouvrant le sol, facilite l’évaporation de l’humidité , concluons que :
- i°. Les labours doivent être plus fréquens dans les terres fortes que dans celles qui sont légères ;
- 2°. Il est souvent nuisible de faire des labours d’été dans ces derniers sols et dans les contrées chaudes ;
- 3°. La vigne ne doit pas être labourée pendant la floraison.
- ( V. le Dictionnaire d’Agriculture. ) Fr.
- LABYRINTHE (Technologie). Ce mot, tiré du grec, indique un lieu coupé de plusieurs chemins, d’allées, et où il y a beaucoup de détours , en sorte qu’il est bien difficile d’en trouver l’issue.
- Il n’entre point dans notre plan de parler des labyrinthes dont l’Histoire ancienne ou la Fable font mention, qui n’intéressent en aucune manière la Technologie. Nous ne considérerons pas non plus ce mot sous le rapport de la structure de quelques parties du corps humain ; il est facile de consulter les ouvrages d’Anatomie. Nous parlerons seulement du labyrinthe sous le rapport de l'horticulture, et relativement à l’exploitation des mines.
- Il n’est point de grands jardins et de parcs dans lesquels on ne réserve un emplacement pour y pratiquer un labyrinthe , dont les détours sont placés plus ou moins convenablement et agréablement, selon le goût et le génie de l’architecte qui en a dirigé l’exécution. Le labyrinthe est un terrain planté et coupé de plusieurs chemins et d’allées, en
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- sorte qu’il est très difficile, une fois qu'on y est entre', de retrouver le passage qui y a conduit. Cette espèce de promenade , qui occupe l’esprit en même temps qu’elle exerce le corps, contribue également à la santé et â l’amusement.
- Le docteur anglais Willich, dans son Encyclopédie domestique , a donné le plan d’un labyrinthe très bien conçu et qui occupe peu d’espace ; il force cependant à faire une promenade très longue lorsqu’on veut le parcourir en entier. La fig.
- PL 32, en présente le plan. L’entrée se présente en A, en face d’une allée du jardin. On ne peut arriver dans le cercle du milieu que par l’allée B ; et lorsqu’on s’est reposé pendant quelque temps sur des bancs qu’on trouve disposés dans cette enceinte, on s?en revient par le même chemin , de sorte qu’on ne peut jamais s’égarer. L’ouvrage du docteur anglais est si peu connu en France, que nous croyons faire plaisir à nos lecteurs de leur en décrire ici la construction.
- Les allées sont formées par des charmilles ou d’autres arbustes , choisis, s’il est possible, parmi ceux qui conservent leur verdure. Ces sortes de haies sont hautes d’environ 2’",274 (« pieds). Si l’on donne aux allées une largeur de im,3oo (4 pieds), indépendamment de o"‘,325 (12 pouces) occupés par les lignes d’arbustes, le diamètre total du labyrinthe n’excédera pas 5im,974 (160 pieds). La promenade sera cependant d’une longueur de i4t3 mètres, ce qui fait un kilomètre et demi.
- On peut placer au centre de la partie circulaire qui reste au milieu, un marronnier d’Inde ou tout autre arbre dont les branches s’étendent beaucoup, et à la circonférence une rangée de peupliers dont l’élévation invite à rechercher leur ombrage, en s’enfonçant dans les circuits multipliés du labyrinthe.
- Dans les travaux métallurgiques, on désigne sous lé nom de labj-rinthe une suite de canaux disposés auprès d’un bocard {V. ce mot, T. III, page 240), dans lesquels un courant d’eau entraîne et dépose la matière pilée.
- Ces canaux sont disposés comme il suit, et comme lin-dique.la Cg. 20 de la PL 32 : i". les canaux de dégorgement
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- A,A,A, par lesquels l’eau qui sort des auges du bocard passe mêlée avec le sable : il ne doit se faire aucun dépôt dans ceux-ci. Leur profondeur et leur largeur sont de Si millimètres (3 pouces), sur i m,94q(6 pieds) de longueur; ils ont 8i à io8 millimètres (3 à 4 pouces) de pente. 2°. De ces canaux l’eau coule avec le sable dans le premier bassin B,B, qui s’appelle le bassin de Varbre ; de celui-ci, elle entre dans le premier bassin du gros sable C ,C, et de là dans le bassin du sable fin D,D, et de celui-ci dans le bassin de grosse bourbe ; de là dans ceux de bourbe fine, et enfin dans les dernières bour— bières. 3°. De ce dernier bassin, l’eau entre dans de grands réservoirs de bourbes, où tout le reste achève de se déposer et de se précipiter dans une eau dormante. Tous ces bassins sont placés à des hauteurs différentes, et varient en longueur, en profondeur et en pente.
- Le premier B,B, a ordinairement 3”’,898 (12 pieds) de longueur, 244 millimètres (9 pouces) de profondeur et de largeur, et une pente de deux à trois pieds. Le deuxième C,C, a 4m,S72 ( 15 pieds) de long, sur un pied de profondeur et de largeur ; il a un pouce de pente. Le troisième D,D, et le quatrième E, ont 5^,847 (18 pieds) de longueur, et ils ont, comme les précédons , un pied de profondeur et de largeur ; leur pente est d’un demi-pouce. Le canal suivant a 6'",822 (21 pieds) de longueur, 4 pouces de largeur et 12 pouces de profondeur : celui-ci est de niveau. Le dernier, enfin, a 24 ou 3o pieds de longueur, sur 16 de largeur et 12 de profondeur ; il est également de iiiveau.
- Ces bassins doivent être doubles, afin que, pendant qu’on vide les premiers, remplis de dépôt, la vase puisse couler dans les seconds. Ils sont tous munis de vannes pour
- qu’on puisse régler convenablement les écouîemens. Ils sont creusés dans le sol et revêtus de planches et de madriers.
- Le nombre et la grandeur de ces bassins ne sont pas toujours les mêmes dans les différentes laveries ; ils sont en plus ou moins grand nombre, selon que le minerai est de nature à se déposer plus ou moins difficilement ; iis ne sont pas même
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- toujours disposés comme le présente la Jigure ; les localités obligent à les disposer différemment. Nous avons préféré cet exemple,, qui est exécuté dans une exploitation que nous avons vue, afin de donner une idée de ces labyrinthes. Il y en a dont le développement total est de plus de 600 pieds.
- L.
- LACETS (Fabrication des). Ce sont des rubans étroits, faits de plusieurs fils doubles et retors entrelacés de l’un à l’autre à la manière des tricots à chaîne. Il faut au moins trois fils pour former un lacet; mais on les fabrique ordinairement à 11 , i3, 17, et jusqu’à 29 fils, prenant de préférence des nombres premiers. C’est un objet de mercerie d'une assez grande consommation. Les femmes font usage des lacets de soie pour serrer leurs corsets ou autres pièces de leurs vête-mens. Les lacets de fils de lin, de chanvre, de coton, sont employés au même usage, mais on s’en sert également, en place de ficelle, pour des ligatures. Les uns et les autres se vendent en pièces de plusieurs centaines de pieds.
- Les lacets sont fabriqués avec des métiers d’une construction fort ingénieuse, par mouvement de rotation continu ; il serait impossible de les faire comprendre sans le secours des figures. Nous prenons pour exemple le métier à i3 fils, de Pérault, qui fait partie des collections du Conservatoire royal des Arts et Métiers : ceux à un moindre ou à un plus grand nombre de fils, sont disposés de même ; ils n’en diffèrent que par leurs dimensions et par un plus petit ou un plus grand nombre de fuseaux.
- Le bâti du métier à i3 fils est formé de quatre pieds A verticaux en bois, occupant les quatre angles d’un rectangle, ayant i3 pouces dans un sens, 17 pouces dans l’autre, sur une hauteur de 3 pieds 6 pouces. (V. PI. 3o des Arts mécaniques, fiS-6>7>8.)
- La fig. 6 est une coupe par un plan horizontal passant par la ligne ab, fig. 7.
- La fig. 7 est une coupe verticale par un plan passant par le centre du métier C, suivant la ligne cd, fig. 6.
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- Nous supposons que le côté X est le devant du métier ; le côté opposé en sera par conséquent le derrière.
- B , Six fuseaux numérotés de 1 à 6, placés dans une position verticale sur la circonférence d’un cercle dont le centre se trouve dans le centre même du métier, au point C. Ces six fuseaux se composent : i°. d’autant d’axes en fer D, maintenus dans des collets en cuivre E {V. fig. 7 ), et prolongés en contre-bas jusqu’à 6 pouces de terre , où ils sont reçus dans des crapaudines en cuivre que porte une planche située horizontalement; 20. de têtes en bois de charme ou de noyer, placées , les premières, sur le bout supérieur de chaque fuseau, vis-à-vis la planche découpée F, et les secondes, vis-à-yis la seconde planche G; 3°. de roues en bois d’engrenage réciproque H, placées entre la planche G et la planche des collets E. On remarquera que les roues d’engrenage et les têtes inférieures sont, sur chaque fuseau, de la même pièce.
- Les têtes et les axes des fuseaux n° 1 et 6 sont plus forts d’un cinquième que dans les autres ; leurs têtes portent cinq cannelures demi-circulaires et des roues d’engrenage de 60 dents , tandis que les têtes des autres n’ont que quatre cannelures et leurs roues 4& dents ; de sorte que le nombre des cannelures, dans les six fuseaux, est de 26, dont la moitié est occupée par les tiges des poupées I qui portent les 13 fils n° r à i3. Les roues d’engrenage qui assujettissent tous les fuseaux à un mouvement simultané et dans des sens différens, sont tellement disposées, que toujours les cannelures reviennent vis-à-vis l’une de l’autre.
- K , Ailette du milieu , triple dans le bas et quintuple dans le haut, dont l’objet est de guider les poupées dans la direction qu’elles doivent suivre.
- L, Trois ailettes simples en bas et en haut, placées extérieurement, qui ont le même objet.
- M , Deux ailettes triples en bas et simples dans le haut, placées également en dehors, et qui ont le même but que les précédentes.
- m , Sont des goupilles en fer plantées dans la planche dé-
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- coupée G, pour servir d’arrêt ou de limites aux oscillations des ailettes extérieures.
- Actuellement, si, au moyen d’un moteur quelconque (un homme peut en faire marcher deux ), on imprime le mouvement dans le sens de la flèche au gros fuseau n° i, tous les autres fuseaux prendront aussi sur eux-mêmes un mouvement de rotation indiqué par les flèches. Alors les i3 poupées engagées dans les cannelures des têtes de fuseaux , seront entraînées simultanément et iront tour à tour d’une extrémité du métier à un point opposé , en croisant celles dont le mouvement sera rétrograde. Les i3 fils réunis au point N, placé au-dessus du centre du métier, y forment le lacet qui, après avoir passé sur la poulie o, vient entre deux rouleaux P,Q, pressés l’un contre l’autre comme dans un laminoir , où le ruban se calandre en même temps qu’il est retiré. On voit que le rouleau P prend son mouvement de la roue d’engrenage du fuseau n° 3 et des roues intermédiaires R,S,T, et de la vis sans fin z, conduisant la roue w fixée sur l’axe du rouleau P, avec une vitesse convenable.
- Le lacet est d’autant plus serre que le point N est moins élevé au-dessus du sommet des poupées ; mais alors le mouvement excentrique de ces mêmes poupées est bien plus sensible par rapport à ce point vers lequel tous les fils convergent, que quand il est élevé. Les fils, qu’on est obligé de tenir toujours également tendus par le moyen d’un poids, comme nous le verrous tout à l’heure, éprouvent beaucoup de fatigue du tiraillement auquel donne lieu la marche continuellement excentrique des poupées. On ne peut pas, à cause de cette circonstance, mener ces métiers avec une grande vitesse. Il parait que 3o tours du gros fuseau par minute suffisent.
- La poupée, ou broche de ce métier, étant la pièce la plus importante, nous l’avons représentée en coupe, sur une échelle d’un demi de grandeur d’usage. [V. Fig. 8. ) Elle est formée d’un tube a en forte tôle de fer et brasé. b est uu disque également en tôle, dont ung bande étroite c s élève verticalement jusqu’à la hauteur du tube, où l’un et lautio
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- portent «les trous d,e, à travers lesquels on fait passer le fil f, venant de la bobine g, qui tourne librement sur le tube a. Le haut de cette bobine est façonne' en cône et dentele". Une petite de'tente h, mobile dans le sens vertical autour de i, tombe par son poids dans les dents de la couronne de la bobine, et alors celle-ci ne peut pas tourner; mais quand ou vient à lever la de'tente au point de la dégager des dents et à tirer le fil en même temps, la bobine tourne et lâche du fil jusqu’à ce que la détente retombe dans ces mêmes dents.
- Une broche en fil de fer A, est chargée d’un petit poids en /, fondu dessus. Le haut de cette broche présente un œil, et le bas est recourbé comme on le voit dans la fig. 8, de manière qu’en supposant que le fil vienne à rompre, cette broche tombe dans la position actuelle où nous voyons que son bout inférieur dépasse d’environ 6 lignes le tube a; mais tant que le fil ne casse point, la broche A, dont la fonction est de le tenir toujours tendu pendant le mouvement excentrique dé la poupée, ne sort point en-dessous du tube.
- Cette disposition a naturellement fourni le moyen de faire arrêter le métier quand l’un des fils casse. Cette saillie inférieure de la broche pousse en cheminant une détente qui fait sur-le-champ passer la courroie de la poulie de mouvement sur la' poulie de repos. Ainsi, le métier ne peut travailler qu’autant que tous ses fils existent. C’est au surveillant, qui peut en soigner trois ou quatre, à rattacher les fils qui cassent, ou à remplacer les bobines vides aussitôt que le métier s’arrête.
- Cette machine, qu’on ne peut pas faire mouvoir vite, fait néanmoins beaucoup de bruit ; elle en ferait encore davantage siles roues d’engrenage, au lieu d’être en bois, étaient en métal. Pour que ces machines aillent bien, il faut qu’elles soient exécutées avec une extrême précision : il faut des outils et des calibres pour toutes les pièces et leur pose. On a une plateforme particulière, tant pour diviser les roues sur leurs fuseaux mêmes, que pour faire les cannelures aux tètes.
- E. 31.
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- LACET (Technologie). Ce mot a plusieurs acceptions différentes dans les Arts industriels.
- Dans l’art du Boyaüdiee , le lacet est une petite corde qui présente par un de ses bouts un anneau dans lequel on passe l’autre bout, qu’on attache ensuite à un point fixe. L’ouvrier engage le bout du boyau dans cette boucle î le boyau est d’autant plus serré , et par conséquent fixé, que l’on tire plus fort la petite corde ; il se sert de ce lacet pour tordre le boyau.
- Le lacet sert aux femmes dans leur habillement ; elles l’emploient pour serrer leurs corsets et quelquefois leurs robes. Ils sont ordinairement plats comme de petits rubans de faveur, quelquefois ronds ; ils prennent alors le nom de cordonnet. Les uns et les autres se fabriquent à la machine à faire les lacets. {V. l’article précédent.) La soie, la bourre de soie, la Jiloselle, le fil de chanvre ou de lin, sont les matières employées à fabriquer les lacets.
- C’est aussi dans l’art de la Chasse et dans celui de la Pèche qu’ 'on emploie les lacets, qu’on nomme aussi collets. Ce sont des pièges qui servent à prendre les oiseaux, les petits quadrupèdes et même les poissons. Ces sortes de pièges sont très nombreux et assez productifs ; on s’en sert contre le gibier qui vaut un coup de fusil, et contre une multitude d’oisillons qui ne valent pas la charge qu’on emploierait pour les tuer. Nous allons décrire les plus importans.
- Les lacets ou colliers se forment le plus ordinairement de crins de cheval tordus, dont le nombre varie selon la force du gibier contre lequel on les prépare , depuis deux crins jusqu’à douze, qui présentent toute la résistance nécessaire. On les fait quelquefois avec des fils de chanvre, et même souvent avec du fil de fer ou du laiton de la grosseur de ceux que 1 on emploie pour les cordes du piano : ceux-ci sont destines a prendre des lièvres, des lapins, des fouines, des belettes, des brochets, des carpes, etc.
- La règle générale pour former un lacet, quelle que soit la matière qu’on emploie, consiste à former une boucle à 1 une de ses extrémités ; on passe l’autre bout dans cette boucle, afin
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- de former un nœud coulant. Lorsqu’on se sert de crin pour former le lacet, on fait un nœud à chaque bout, après les avoir tordus, afin qu’ils ne se détordent pas. Lorsqu’on emploie le fil de chanvre, on fixe à l’un des bouts un petit anneau de cuivre dans lequel on passe l’autre bout, afin que le fil glisse plus aisément.
- On connaît les lacets simples et les lacets à ressorts. Les premiers se divisent en trois sortes , qui ne different entre eux que par la manière de les employer. On les nomme lacets à piquets, lacets traînons et lacets pendus.
- Les lacets à piquets sont ceux dont l’ouverture est élevée verticalement au moyen d’un piquet, et tournée de manière que l’animal se prenne par le cou : la fig. 1 , PL 33 , représente un de ces lacets. Une branche de bois de coudrier ou d’un autre bois vert sert à faire ce piquet : on lui donne 4 à 6 décimètres (18 pouces ou 2 pieds) de long, quelquefois plus, selon les circonstances. On taille la partie inférieure en pointe, afin qu’elle entre plus facilement en terre ; on fend, avec un couteau, la partie supérieure du piquet; on y introduit le bout B après qu’on l’a passé dans l’anneau À, et ce bout B se trouve retenu dans la fente par le resserrement du bois, et par le nœud fixe qui termine le bout B.
- On fait quelquefois des lacets doubles à piquets : alors, en suivant la même construction, on place un lacet à droite et l’autre à gauche, comme l’indique la fig. 2.
- On dispose ces lacets le long des haies, devant les trous qui présentent un passage, en travers des petits sentiers, et en général sur tous les endroits qui présentent des passages aux oiseaux, aux lièvres, aux lapins, etc. Lorsqu’on a planté le piquet avec son lalet ouvert, la courbure inférieure de ce dernier doit tomber à 27 millimètres (1 pouce) du sol. Il arrive quelquefois que le passage est trop large pour que le lacet le remplisse exactement ; alors on plante de chaque côté de petites branches d’arbres de 12a i5 pouces de haut, que l’on nomme garnitures, et qui, ne laissant aucune issue à l’animal, le forcent à passer dans le lacet où il croit voir le passage libre. Avec
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- ces mêmes garnitures, on forme quelquefois des haies artificielles auxquelles on laisse des troue'es qu’on garnit de lacets • on jette à l’entour quelques grains à l’aide desquels on attire les oiseaux, qui s’y font bientôt prendre.
- On emploie également contre les canards les lacets simples et doubles. On les tend sur l’eau ou entre deux eaux, à l’aide de piquets, auxquels on donne alors plus ou moins de longueur, suivant la profondeur de l’eau et l’état du fond; et, dans ce tas, on se sert assez souvent de lacets disposés comme ceux qu’indique la fig. 3. C’est un piquet dont la longueur de'pend des circonstances que nous venons d’indiquer : sa partie supérieure est percée de deux trous l’un au-dessus de l’autre et formant la croix ; dans ces trous on introduit un bâton de bois dur de la grosseur du petit doigt et d’environ 2 pieds de long. Aux deux extrémités on fait une fente, ou mieux un petit trou, dans lequel on passe le bout du lacet, qui s’v arrête au moyen du nœud qui le termine, ce qui fait que ce piquet porte quatre lacets lorsqu’il est planté. On jette sous les lacets quelques poignées de blé cuit pour inviter les canards à plonger. On se sert quelquefois, pour cet usage, d’une grande brique couverte de terre glaise, sur laquelle on sème le grain. On dispose quelquefois les lacets sur la brique elle-même, ainsi que nous, allons l’expliquer ; mais cet appareil ne s’accommode pas aussi aisément aux localités que le piquet à quatre lacets que nous venons de décrire.
- La fig. 4 j même planche, représente une tuile dans le milieu de laquelle on a pratiqué un trou pour le passage de quatre branches de fil de fer. Pour cela, on prend deux bouts de deux à trois lignes de diamètre, d’une longueur proportionnée à la profondeur de l’eau où l’on veut placer la tuile, et suffisante pour que, ayant été ployés en deux et ensuite tordus, ils puissent encore former quatre branches d’environ un pied de long et légèrement courbées à leur extrémité, où l’on attache un lacet. Pour préparer l’instrument ainsi que le représente la figure, on passe dans la tuile les quatre extrémités des deux bouts du fil de fer pîovés : ceux-ci sont fixés par le moyen de
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- l'anneau qui s'est forme en les ployant, et qui est trop grand pour passer par le trou. A cet anneau on noue une corde C pour pouvoir retirer la tuile et l’empêcher.d’être emportée par les canards qui se prennent aux lacets. On entrelace ensuite les quatre bou ts de fil de fer que l’on dispose à une distance égalé les uns des autres , et Ton attache un lacet à chacun. On couvre cette tuile de terre glaise, et l’on y met l’appât destiné à attirer les canards.
- Les lacets traînons sont ainsi nommés, parce qu’on les dispose à plat sur la terre pour arrêter par les pattes les oiseaux marcheurs, tels que les alouettes , les cailles, les perdrix, etc. Sur une forte ficelle , d’une longueur qui dépendjde l’étendue que l’on veut couvrir, on attache de distance en distance le nombre de lacets nécessaires. On doit observer que l’intervalle entre les lacets doit être tel , qu’ils ne puissent se mêler entre eux. On étend cette ficelle le long des sillons des champs, on ouvre tous les lacets, et l’on sème à l’entour les grains que préfèrent les oiseaux qu’on désire prendre, et que l’on sait fréquenter le canton.
- Afin que les oiseaux qui s’y prendront ne puissent pas entraîner la corde principale, ou bien qu’en se débattant, ils ne mettent pas de confusion dans les lacets, on a soin de l’assujettir en terre, au moyen de piquets à crochets qu’on plante à la distance de deux pieds en deux pieds. Qn sent qu’il est facile de tendre à la fois plusieurs de ces cordes , pour couvrir une plus grande étendue de terrain , et même on fait partir de la corde principale quelques autres ficelles dans des directions différentes. Il suffit de les garnir de lacets disposés de la même manière, et de les arrêter de même par des piquets à crochets.
- Les lacets pendus prennent ce nom lorsqu’on les attache aux branches d’arbres, aux haies, aux arbustes qui portent des baies, à l’aide de différens supports auxquels ils sont suspendus. La forme de ces supports varie, et dépend en général de ridée de l’oiseleur et des localités. La seule règle à observer consiste à disposer toujours les lacets au-dessus d’un point d’appui'qui puisse offrir à l’oiseau un endroit commode pour
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- se percher, et d’où il ne lui soit possible d'atteindre au fruit que l’on y a placé pour appât, qu’en engageant sa tète dans le cercle que forme le lacet.
- On emploie assez souvent, pour suspendre le lacet, un piquet A semblable à celui que représente la fig. 5, plus ou moins long selon sa situation. Il est garni d’une marchette B, qui, placée au-dessous du lacet, présente un j uchoir commode aux oiseaux. Le lacet est fixé au piquet de la manière que nous l’avons indiqué, et la distance de la marchette au lacet est calculée de telle sorte, que l’oiseau, en s’y juchant, puisse atteindre aux fruits qu’on lui offre pour appât, et qui sont attachés par le moyen d’un fil à la tête d’un piquet convenablement disposé. La marchette ne doit pas être éloignée de terre de moins d’un pied ou quinze pouces.
- La fig. 6 représente un autre support qu’on nomme lacet volant. On le construit avec une baguette d’un bois vert dont les deux extrémités sont recourbées au moyen de deux entailles légères que Ton fait aux points où elle doit être coudée. Ces extrémités sont maintenues dans cet état par une ficelle fixe et forte, a,a, tendue de l’une à l’autre, à laquelle on noue le bout des lacets, et entre eux on suspend des fruits pour appâts. On attache ce volant par un de ses côtés à une branche d’arbre, de manière à ce qu’il soit bien saillant. La partie b du volant sert de marchette. On prend avec des lacets ainsi disposés beaucoup de grives, aux époques de la maturité des merises, des prunelles, des groseilles, et après les vendanges, en amorçant les pièges avec des fruits de la saison. En général, un cerceau, une branche d’arbre courbée ou horizontale, qui s’offre naturellement , ou que l’on rend propre à cet usage en élaguant les branchages, sont autant de places commodes pour y suspendre les lacets.
- Quant aux lacets à ressort, qui sont en grand nombre, nous n’en citerons qu’un seul, afin de donner une idée de ces sortes d’instrumens : c’est celui qu’on nomme bricolle ou hameçon du brochet, auquel on substitue avec avantange le lacet a rassort représenté tendu par la fig. 7, et détendu fig. 8. Il suffit
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- de regarder attentivement la fignre, pour comprendre que, si l’animal appuie sur la pointe A, il fait ouvrir la charnière B; qu’alors le battant C, garni de ses deux pointes D,D, s’échappant de l’arrêt E, est poussé violemment par le ressort F contre le point A, et que l’animal doit être infailliblement arrêté par l’effet réuni des trois pointes A,D,D.
- Ce lacet à ressort est employé avec avantage contre les canards et contre les brochets. Il y a beaucoup d’autres lacets à ressort que l’on trouve chez les marchands d’instrumens de chasse et de pêche , qn’il serait trop long de décrire. Les principaux sont le rejet corde à pied, la raquette ou repenelle, le rejet à ressort, le rejet à boudin, le rejet portatif, la pince dJElvaski. (p'. le mot Chasse (Art de la}, T. Y, page y3.)
- L.
- LACEUB. ( Technologie.) C’est le nom qu’on donne à l’ouvrier qui fabrique les filets de toute espèce, soit pour la chasse, soit pour la pèche. La manière de les fabriquer a été décrite dans tous ses détails, au mot Filet , T. IX, page 72.
- LACS ( Techonologie. ) Dans les métiers à tisser les étoffes façonnées, on donne le nom de lacs à des cordes disposées pour supporter des fils forts qui remplacent les fisses dans les métiers à tisser les autres étoffes. Chacun de ces fils est tendu verticalement par un plomb long et étroit. A une hauteur convenable, ce fil porte un anneau dans lequel on fait passer, en montant la pièce, un fil de la chaîne. On conçoit que si, pour former un dessin quelconque sur la largeur d’une pièce, on soulève cent de ces fils, par exemple, pris à des distances égales des lisières , et aux points convenables pour former une partie de la fleur qu’on se propose d’imiter, et avant de lancer la navette , la duite passera au-dessous de cette partie de la chaîne et au-dessus du restant qui n’a pas été soulevé. A la seconde duite , on laissera ces premiers cent fils pour en lever un certain nombre d’autres, et ainsi de suite. Les fils qu’on élève tous ensemble à chaque fois sont tous réunis au bout d’une corde qui, après avoir traversé un liteau, est terminée par un bouton qui ne permet pas à la corde de s’élever plus haut que le
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- liteau : ce sont ces cordes armées.d’un lsouton qu'on nomme lacs.
- _ Avant l’iieureuse invention de Jacquart, il fallait autant de lacs qu’il devait y avoir de cliangemens dans une certaine étendue delà pièce en longueur, selon que le dessin adopte" l’exigeait. L’ouvrier qui montait la pièce devait disposer ces lacs sur le liteau dans l’ordre numérique selon lequel les boutons devaient être tirés, et il fallait placer à côté du tisserand un ouvrier uniquement occupé à tirer les boutons. Cet ouvrier, qu’on nommait tireur de lacs, était sujet à faire des erreurs; il tirait quelquefois un bouton pour l’autre, et comme l’ouvrage se fabrique à l’envers, on ne s’en apercevait que trop tard et la faute était irréparable. Jacquart imagina un métier qui remplace mécaniquement le tireur de lacs, et au moyen duquel on ne peut plus commettre d’erreur. Ce métier a été beaucoup perfectionné.
- Dans l’art du Rubaxxier , on était pareillement obligé, pouv la fabrication des rubans façonnés, d’employer les lacs ; on a abandonné depuis long-temps ce système, et les rubans se font absolument par des métiers mécaniques auxquels on a adapté le-perfectionnement de Jacquart, quia été décrit au mot Jac-quART. ( V- page 33o de ce volume. ) L.
- LAÇ’TÀ.TES. Sels résultans de la combinaison des bases avec l’acide lactique, trouvé par Scheèle dans le lait de vache.
- L’existence de cet acide fut contestée , il y a une vingtaine d’années, par les travaux dé MM. Yauquelin et Bouillon-lagrange. Depuis cette époque, il n’était plus regardé que comme de l’acide acétique dont les propriétés étaient masquées par son union avec des substances étrangères. M. Berzélius, depuis quelques années, persuadé qu’il avait rencontré l’acide, lactique en combinaison avec la potasse, la soude et l’ammoniaque, dans le sang et la .plupart-dés liquides des animaux, émit l’opinion que cet acide était en effet un acide suigeneris, et qu’il était plus abondant qu’on ne l’avait cru. Mais de nouvelles expériences, très récemment faites par cet habile chimiste, dont la bonne foi égale les talens, lui ont donné lieu
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- de penser qu’il s’était trompé en considérant l’acide lactique comme un acide particulier. Si ce dernier résultat, qui concorde avec ceux des chimistes susnommés, ne suffit pas pour rayer l’acide lactique et les composés qu’il peut former de la liste des corps, il faut convenir qu’il en rend au moins l’existence très problématique. l*****r
- Supplément à l’article Éclairage .
- A l’article Éclairage , nous avons informé nos lecteurs que, dans un des prochains supplémens, nous décririons un appareil complet d’épuration du gazr-light, disposé par M. D’Arcet. Les fig. i et 2 de la PL 2.5 représentent cet appareil vu en plan et en coupe : la première indique la marche du gaz dans ses diverses parties ; la deuxième fait comprendre tous les détails de construction et les modifications que le gaz éprouve par ce système d’épuration.
- Fig. i. À, Tuyau dans lequel passe le gaz , à l’issue du barillet placé au-dessus des cornues, pour se rendre dans un premier récipient B. Une partie des produits de la condensation, eau, sous-carbonate et hydrosulfate d’ammoniaque, goudron , etc., s’écoulent aussi par ce tube, et tombent dans le même réservoir B ; à ce dernier est adapté un second tube C, qui établit la communication avec la capacité supérieure D, de l’enveloppe delà cagnardelle ou Vis d'Archimède. Le gaz aspiré dans cette partie par le jeu de la vis qui tourne en sens contraire de celui qui lui ferait monter l’eau, est refoulé au travers du liquide dans une deuxième capacité E. Là, un tuyau G laisse un passage au gaz, et la pression opérée par la vis force le gaz à traverser l’eau du premier laveur H. La même pression suffit pour faire introduire le gaz par un tuyau I, sous l’eau du deuxième laveur K. Il s’échappe de celui-ci par un tuyau L, qui conduit par l’ajutage N dans l’embouchure du conduit M, du gazomètre.
- Tome XI.
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- Sur le inèine ajutage N, est adapté un tube de sûreté O, qui peut ouvrir une communication entre le gazomètre et le récipient B, au travers d’une fermeture hydraulique P. Cette communication ne s’établit et n’est utile que dans deux circonstances accidentelles, que nous indiquerons plus loin.
- Fig. 2. Les mêmes lettres majuscules indiquent dans cette figure les parties correspondantes à celles de la figure ci-dessus. Les détails de construction sont désignés par de petites lettres. Le tuyau A amène, comme on le voit, le gaz du barillet jusqu’au premier récipient B, qui recueille de plus les produits liquides de la condensation. Le tuyau C, adapté sur la partie supérieure du même récipient, conduit le gaz dans le haut du réservoir D de la cagnardelle ; celle-ci, garnie intérieurement de trois hélices contournés autour de son axe, est plongée dans l’eau, dont le niveau est indiqué par la ligne d. La partie inférieure de l’axe pose sur un pivot e, et la partie supérieure est mue circulairement par une poulie qui reçoit le mouvement d’une courroie en cuir. ( La fig. 3 montre la construction de cette vis.) Le gaz s’engage dans la partie des hélices que le mouvement rotatoire amène alternativement au-dessus et au-dessous du niveau de l’eau ; il est refoulé sous l’eau, et se dégage à la partie inférieure g des hélices, d’où il s’élève en bulles dans la partie supérieure du récipient E. Une rondelle g, h, déborde les parois latérales de la cagnardelle , afin que le gaz ne puisse s’insinuer entre ces parois et la partie inférieure du récipient E qui les enveloppe.
- La pression opérée par l’accumulation du gaz dans le récipient E, force celui-ci à s’introduire par le tuyau G, sous 1 eau chargée de chaux que contient la cuve H, doublée en plomb et recouverte d’une cloche m qui la ferme hermétiquement par l’immersion dans l’eau de ses bords inférieurs. Entre l’issue G du gaz dans cette cuve et la superficie de l’eau, sont interposés deux tamis en fer p, destinés à rompre les bulles, et a les disséminer dans le liquide sur lequel le gaz agit ainsi par une plus grande surface.
- Le lait de chaux contenu dans cette cuve est entretenu en
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- un mouvement continuel par un agitateur r, auquel sont adaptées des lames s ; il repose sur un pivot t; une poulie à cuir emmanchée à sa partie supérieure lui imprime le mouvement.
- La pression qui a conduit le gaz sous la cloche H, l’y accumule bientôt au point de le faire passer dans le deuxième laveur K, dont la construction est absolument la même que celle du premier laveur ci-dessus décrit, et qùi renferme également un lait de chaux. Un entonnoir t et t' sert à verser le lait de chaux, et le robinet qui y est adapté forme un trop plein utile pour maintenir le liquide à la même hauteur dans les cuves. A chacune des cuves un gros robinet, placé à la partie inférieure, permet de faire évacuer le lait de chaux lorsqu’il n’a plus assez d’action. Afin d’utiliser une plus grande proportion de la chaux employée à l’épuration du gaz, on pourrait disposer par étages les deux laveurs et la cagnar-delle, en sorte que le lait de chaux , introduit d’abord dans le deuxième laveur K, passerait successivement dans le premier laveur H, puis dans le réservoir de la cagnardelle, d’où il serait jeté après s’être chargé de plus en plus d’acide hydrosulfurique , tandis que le gaz, suivant une direction contraire, se serait épuré de plus en plus.
- Le gaz, au fur et à mesure qu’il arrive dans la cloche du deuxième laveur, est poussé par le tube L dans le tuyau M. Ce dernier offre une embouchure à 4 trous, destinée à recevoir les tubes de quatre systèmes de laveurs, et conduit au gazomètre.
- Le tube 0, implanté comme nous l’avons dit plus haut, sur le premier récipient B, communique par son autre extrémité avec le tuyau M du gazomètre. Une boîte de sûreté est adaptée dans sa partie moyenne; elle est séparée par un diaphragme P,p', qui plonge d’un pouce environ dans l’eau. Deux indicateurs en verre j,j, font connaître la hauteur du liquide dans cette sorte de boîte de sûreté ; elle fonctionne comme nous l’avons annoncé dans les deux circonstances suivantes.
- Lorsque la vis tire une quantité de gaz plus grande que celle produite dans les cornues ou retortes, une aspiration a
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- lieu daus le récipient B, qui détermine le passage du gaz du gazomètre par la soupape hydraulique dans le récipient B • de là il est conduit dans la vis, les laveurs, et retourne, lavé deux fois, dans les gazomètres. Le second cas qui pourrait faire fonctionner la soupape hydraulique, serait celui d’un dérangement dans la cagnardelle, et par suite son action suspendue ; alors la pression, augmentée seulement d’une quantité équivalente à la hauteur d’un pouce d’eau, suffirait pour faire passer le gaz sous le diaphragme de la boîte de sûreté.
- Cet appareil offre deux avantages remarquables : l’un de purifier le gaz complètement, sans employer une quantité dechaux aussi grande que par le procédé décrit à l’article Éclairage, dans lequel on se sert de foin ou mieux de mousse saupoudrée d’hydrate de chaux. Ce dernier pourrait cependant être perfectionné en faisant passer le gaz sucessivement au travers de trois cuves, dans lesquelles le renouvellement de l’hydrate se ferait d’une manière méthodique ; en sorte que le gaz dirigé à volonté de l’une à l’autre par des robinets, passerait d’abord sur l’hydrate le plus chargé, dont il épuiserait mieux l’action, et terminerait son épuration en traversant la cuve qui contiendrait l’hydrate le plus nouvellement changé. Une précaution très importante à observer relativement à ce mode d’épuration , c’est de faire cheminer préalablement le gaz dans une assez grande étendue de tuyaux pour qu’il se soit dépouillé de presque tout le Gocdrox qu’il contient : on évite ainsi que cette substance aille imprégner la superficie de l’hydrate , et l’empêcher d’agir sur l’hydrosulfate et le sous-carbonate d’ammoniaque.
- L’épuration au moyen de la cagnardelle permet encore de faire plonger le gaz dans une solution faible d’acide sulfurique, ce qui le dépouille de l’ammoniaque mise en liberté par la chaux.
- Il paraît que l’avantage le plus important de la cagnardelle, c’est de diminuer la pression du gaz à l’intérieur des cornues, au point qu’elle soit à peine sensible, ou même tout-à-faitnulle-On peut s’en assurer à tous momens par le tube indicateur u,
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- placé sur la cloche de la cagnardelle. 11 faut, pour arriver à ce dernier résultat, que la colonne d’eau indique sur la planchette graduée , une pression intérieure moindre que celle atmosphérique, d’une quantité égale à la hauteur dont le gaz échappé des cornues plonge dans le barillet. On conçoit qu’en supprimant la pression intérieure dans les cornues, elles cessent de se gonfler sous cette influence lorsque la température élevée à laquelle elles sont exposées les amollit, et que, n’étant plus, par cette cause, irrégulièrement déformées et amincies, elles puissent fonctionner bien plus long-temps.
- L’expérience paraît, au reste, avoir démontré qu’une excessive épuration du gaz-light le prive d’une partie de son pouvoir élairant. Il faut, dans l’intérêt de cette industrie, prendre un juste milieu entre un défaut d’épuration qui pourrait nuire aux consommateurs de lumière ( V. l’article Hydrogène carboné), et un excès d’épuration qui obligerait l’usine d’éclairage à fournir pour une égale lumière une plus grande quantité de gaz-light. P.
- Additions aux articles Houblon et Bière.
- À l’article Houblon , nous avons omis de décrire plusieurs ustensiles en usage pour enfoncer les perches , lorsque les plants ont acquis le développement convenable, et pour arracher les mêmes perches à l’époque de la récolte.
- Ces ustensiles sont dessinés dans la planche 4® des Arts chimiques. La fig. 6 indique une sorte de pieu en fer, affilé en pointe d’un bout, et terminé de l’autre bout par une poignée en forme de T. Lorsqu’on veut s’en servir, on saisit cette poignée à deux mains et l’on chasse vivement la pointe dans la terre ; on agrandit le trou en ébranlant ce pieu; on le fait entrer plus profondément, puis on lui substitue une perche appointée , que l’on enfonce en lui imprimant une vive secousse de haut en bas.
- Afin d’assujettir plus solidement les perches, nous avons indiqué, M. Chevallier et moi, une sorte de lien à tourillon
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- représenté fig. jo et 11. On le fixe solidement sur la perche à l’aide de son boulon kef et de la clavette d, que Ton serre à coups de marteau. On frappe ensuite alternativement de chaque côté de la perche, sur le lien. On le retire dès que la perche est assez enfoncée, en frappant la clavette sur le petit bout. Le même outil sert, au moment de la récolte, pour retirer les perches : à cet effet, on le fixe au bas de la perche ; puis, à l’aide d’une fourche c à deux dents, fig. g, munie d’un pied à bascule ab, on opère dessous une forte pesée qui soulève la perche ; on achève de l’enlever en la tirant à deux mains. Ce moyen d’arrachage offre l’avantage de conserver la perche long-temps, tandis que les autres ustensiles en usage la détériorent plus ou moins promptement.
- Les fig. 5, 7, 8 indiquent des outils employés dans le même but. La fig. 5 représente une barre de fer ab munie d’un croc denté c, dans lequel on engage la perche ; on pousse celle-ci d’une main, tandis que, tirant à soi l’outil, on la soulève en deux ou trois reprises hors de terre. Il faut quelque habitude et de l’adresse pour se servir de ce crochet, mais comme il est d’une construction très simple, on lui donne généralement la préférence en Angleterre.
- La fig. 7 indique un levier ab terminé par une fourche c à deux branches , dentée intérieurement. On saisit la perche par le bas entre ces deux branches, en appuyant fortement dessus ; puis, à l’aide d’un billot d posé près de la partie fourchue, on fait une pesée qui soulève la perche ; on l’enlève ensuite facilement.
- La fig. 8 fait voir un outil en forme de tenailles dentées. Pour s’en servir, on comprime la partie inférieure de la perche entre les mâchoires G , et l’on maintient la pression à l’aide d’un anneau elliptique h. On arrache la perche en appuyant sur l’extrémité i des branches, après avoir placé près de l’autre bout le billot en bois l.
- Dans l’article précité, nous avons insisté beaucoup sur la nécessité de comprimer le houblon , pour le conserver sans une déperdition trop sensible. Nous ajouterons ici que, pour
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- rendre cette utile pre'caution plus efficace, il faut renouveler la même ope'ration plusieurs fois chaque anne'e, en sorte que l’élasticité graduellement atténuée laisse réduire le volume de plus en plus et diminue les interstices. Nous savons que cette importante pratique s’est introduite en Angleterre ; et il est d’autant plus utile de la signaler, que la culture du houblon commence à se développer en France ; que, dirigée par d’habiles agronomes , elle ne peut manquer de fournir bientôt à toute la consommation de la France. Nous le répétons encore, l’emballage perfectionné de ces produits , en assurant leur conservation, facilitant leurs tranports, permettant de faire venir les années abondantes au secours des récoltes stériles, devient une des conditions les plus essentielles de succès.
- Une amélioration remarquable a récemment été apportée dans la bière; elle consiste dans l’accélération économique du refroidissement du moût d’orge houblonné. Nous indiquerons l’appareil qui atteint ce but, à l’article Réfrigérant.
- P.
- FIN DU ONZIÈME VOLUME.
- ERRATA des Tomes VIII, IX et X.
- Tomf. VIII.
- Pages. Lign.
- 12S, 5, a5 tonneaux du poids de chacun 19-5 kilogrammes, lisez 120 ton-
- neaux du poids de chacun 25o kilogrammes. là., g, au lieu de 409 fr. Co c., lisez i5o fr.
- Tome IX.
- 4o5, ligne dernière, au lieu de fig. 7, lisez fig. 5.
- 407, 3, au lieu de en, lisez on
- Tome X.
- 4, 33, au lieu de de la décomposition de l’acide hydro-sulfurique, lisez par la de'compositiou des substances animales;
- 6, 12, au lieu de l’e'gout d’Amiot, lisez l’égout Amelot,
- 7, 10, au lieu de un sous-hydrate de chaux, lisez un sons sulfite de
- chaux.
- 292, 8, (en remontant ), après les mots en plan, lise: en coupe,
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