Dictionnaire technologique ou nouveau dictionnaire universel des arts et métiers
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- DICTIONNAIRE
- TECHNOLOGIQUE,
- OIT
- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS.
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- IMPRIMERIE DE HUïARD-COÜRCIER,
- rue du Jardiuet, no 12.
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- 3° K
- DICTIONNAIRE
- TECHNOLOGIQUE,
- OU
- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL,
- DES ARTS ET MÉTIERS,
- ET DE L’ÉCONOMIE INDUSTRIELLE ET COMMERCIALE-, PAR UNE SOCIÉTÉ DE SA VANS ET D’ARTISTES.
- Qui pourrait assigner un terme à la perfectibilité' humaine?
- TOME DOUZIÈME.
- PARIS,
- THOMINE, LIBRAIRE, RUE DE LA HARPE, N° 78.
- 1828-
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- DICTIONNAIRE
- TECHNOLOGIQUE,
- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UMYERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS.
- L
- LaINAGE. Les e'toffes purement de laine, ou dans lesquelles il entre une grande partie de laine, forment une classe particulière de marchandise qu’on désigne, en général, par le nom de Lainage. E. M.
- LAINER. C’est la façon qu’on donne aux diverses sortes de draperie pour garnir l’endroit des étoffes et donner une direction aux poils. C’est un brossage à l’eau qui se fait dans le sens de la longueur des pièces, alternativement avec le tondage, au moyen de chardons naturels ou artificiels fixés sur la surface d’un tambour qu’on fait tourner avec une grande vélocité sur son axe. On donne aussi à cette opération le nom de Lainage. {V. Dbaperie.) g. jf.
- LAINES. Matières filamenteuses qui recouvrent la peau des moutons et de quelques autres animaux, tels que le castor, \ autruche, la vigogne, les chèvres thibelaines, de Cachemire, etc. C’est avec ces diverses espèces de laines qu’on fabrique des étoffes et d’autres tissus qui servent à l’habille-Tome XII.
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- 2 LAINES.
- ment de l’homme et à d’autres usages, et qui prennent, suivant l’espèce de laine dont ils sont fabriqués, le nom de mérinos, de caslorine, de vigonlines, de ikibetaines, de cachemires, etc. Les laines de mouton ont seules la propriété de se feutrer.
- Les laines, dans le commerce, se divisent en deux classes, en laines de toison et en laines mortes. Les premières proviennent de la tonte annuelle des animaux vivans ; les laines mortes sont celles qu’on prend sur la peau des animaux morts. Les unes et les autres sont surges ou en suint quand elles n’ont pas été lavées. Cette opération, que nous expliquerons au mot Lavoirs a laixes , leur fait perdre plus ou moins de leurs poids, suivant qu’elles sont plus ou moins sales. Ce déchet •varie de 35 à 5o pour ioo.
- Indépendamment des deux divisions en laines de toison et en laines mortes, on en distingue un grand nombre de qualités différentes sous le rapport de la finesse, de la longueur, de la couleur, de la force et de l’élasticité, non-seulement en raison des races des bêtes qui les produisent, mais encore dans les mêmes races suivant les climats, et dans le même individu, suivant qu’on les prend dans telle ou telle partie de son corps. Il y a des laines naturellement blanches, noirep, rousses, jaunes et même bleuâtres (T7. Moutons) ; mais dans . les grands troupeaux de France, on ne conserve que les moutons blancs, parce que cette laine prenant très bien la teinture, on lui donne ensuite la couleur qu’on veut. Néanmoins, dans les pays où les habitans s’habillent d’étoffes qu’on ne fait pas teindre, on voit de petits troupeaux composés de bêtes noires et blanches à peu près en nombre égal, dont la laine mélangée donne une couleur brune ou de mulâtre plus ou moins foncée, suivant les proportions des couleurs mélangées. On donne à ces étoffes, toujours assez grossières, le nom de Maringo.
- Une toison se compose de mèches ou de flocons séparés, formés de plusieurs filamens réunis par leurs extrémités ; il v a des laines plus ou moins longues, depuis un poucejusqu’à 18
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- LAINES. 3
- et même 22 pouces ; mais leur finesse est assez généralement en raison inverse de leur longueur. La laine provenant de la tonte annuelle des moutons anglais de Leicester, nouvellement importe's en France, d’abord par S. M. Charles X, et ensuite par la Société royale anonyme de la Savonnerie, instituée pour naturaliser en France l'industrie anglaise des étoffes en laines longues et brillantes, porte 18, 20 et jusqu’à 22 pouces. M. Bosc rapporte que dans une expérience qu’il a faite et répétée sur le troupeau de race pure espagnole de Rambouillet, en laissant les bêtes trois ans sans les tondre, il a obtenu de la laine de 18 pouces; mais on peut craindre que ce long séjour de la laine sur l’animal ne nuise, en le surchargeant et en l’échauffant, à sa santé. Les avantages d’une longue laine fine ne dédommageraient pas des pertes qui pourraient résulter d’une telle pratique : aussi n’y a-t-on pas donné suite. D’ailleurs, les matières filamenteuses fines n’ont pas besoin d’être d’une grande longueur pour former un fil solide ; la torsion suffit pour réunir les filamens en un faisceau qui a toute la force dont est susceptible la somme des brins qui le composent. Des expériences ont fait connaître que des fils fabriqués avec de la bourre de soie découpée par longueur de 16 à 18 lignes, avaient la même force que les fils d’un numéro égal fabriqués avec la même bourre de soie laissée dans toute sa longueur.
- La force de la laine se mesure par le poids ou l’effort qu’il faut employer pour la rompre ; plus elle est forte et fine, meilleure est sa qualité. C’est au toucher qu’on en reconnaît la douceur, le moelleux -. c’est également avec la main qu’on s’assure de son degré d’élasticité. Il faut qu’après en avoir serré plusieurs flocons ensemble, ils reprennent, quand la compression cesse, le même volume qu’auparavant. C’est leur qualité élastique qui rend les laines propres à faire des rembourrages, des matelas.
- Les laines de Saxe sont les premières sous le rapport de la finesse; viennent ensuite les laines de mérinos de France et d’Espagne; celles des moutons anglais et de nord-Hollande,
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- à la fois longues et fines ; celles du nord et du milieu de la France sont en ge'ne'ral longues et grosses ; en avançant vers le midi , elles se raccourcissent et s’affinent. Les laines du Roussillon approchent, pour la finesse , des laines d’Espagne.
- Des expériences faites par les professeurs du Jardin du Roi, à Paris, et que M. le duc de Raguse a répe'te'es sur un troupeau entier, en couvrant d’un surtout de toile pendant un an des moutons de race espagnole , prouvent que la laine ainsi garantie des impressions de l’air et de l’humidité, s’affine et devient plus blanche. On dit que c’est de cette manière qu’on obtient en Saxe ces belles laines connues sous le nom de laines électorales ; mais l’habillement des moutons est trop dispendieux pour que l’usage s’en établisse.
- On distingue quatre sortes de laine dans la même toison.
- Celle de la première qualité se trouve sur le dos, depuis le cou jusqu’à environ 6pouces de la queue, en comprenant un tiers du corps. C’est cette laine que les Espagnols appellent Jlorelta.
- Celle de la seconde qualité couvre les flancs de la bête et s’étend depuis les cuisses jusqu’aux épaules.
- Celle de la troisième environne le cou et recouvre la croupe.
- Enfin, la laine de la quatrième qualité recouvre la partie de devant du cou ou le poitrail jusqu’au bas des pieds, en y comprenant une petite partie des épaules, et puis les deux fesses jusqu’au bas du train de derrière. Les Espagnols la désignent sous le nom de cajda. Le triage de ces quatre qualités se fait immédiatement après la tonte, en déchirant la toison selon les divisions que nous venons d’indiquer , et jetant chaque part dans des cases particulières.
- U est très important, pour le propriétaire de troupeaux, pour le commerçant et pour le manufacturier, d’avoir un moyen d’apprécier la finesse des laines. Daubenton avait imaginé pour cela de soumettre les filamens isolés de la laine à un micromètre placé au foyer d’un microscope qui grossissait quatorze fois les objets. Le micromètre était en verre poli, sur lequel on avait tracé des lignes transversales à angle droit
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- LAINES.
- extrêmement déliées, formant comme un réseau dont les mailles ou carrés avaient un dixième de ligne. Ayant reconnu par des observations faites avec le plus grand soin, que les plus gros brins de vingt-neuf échantillons de laine superfine qui lui avaient été envoyés par autant de manufacturiers, occupaient rarement plus de deux carrés du micromètre, il s’ensuivait que leur grosseur, multipliée quatorze fois par le microscope , était la moitié de i/{o, °ti la yo* partie d’une ligne. Daubenton avait reconnu de même que les plus gros brins de la laine la plus grossière occupaient jusqu’à six carrés de son micromètre, ce qui donnait pour leur grosseur un vingt-troisième de ligne. Il y avait des poils qu’on appelle jarre, qui remplissaient jusqu’à douze carrés, dont la grosseur par conséquent était d’un dixième de ligne.
- Ayant ainsi déterminé les limites de la finesse et de la grossièreté des laines, Daubenton les divisait en cinq classes, toujours par le moyen de son instrument. Il ne proposait pas aux propriétaires de troupeaux et aux bergers de s’en servir, parce que la plupart n’auraient pas eu le moyen d’en faire l’acquisition et assez de lumière pour l’employer ; mais il en conseillait l’usage aux riches propriétaires, aux com-merçans et aux manufacturiers. Pour les autres, il croyait que des échantillons des cinq sortes de laines vérifiées au microscope , suffisaient pour constater par comparaison, la qualité approximative de leur laine.
- L’instrument de Daubenton remplit assurément très bien son objet ; mais nous croyons qu’on doit lui préférer un autre instrument que M. Ternaux a importé de Saxe, qu’on a décrit et gravé dans le Bulletin du mois de juillet 1826, de la Société d'Encouragement, sous le nom de mesureur de laine.
- Sans entrer ici dans les détails de sa construction, je vais tâcher d’en expliquer assez clairement le principe, pour que les personnes qui voudraient s’en servir, puissent le faire exécuter, si elles n’aiment mieux le demander à l’inventeur, M, Koehler, à Zrvickau, en Saxe, qui les vend 25o fr. , non
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- compris l’emballage, le port et le droit d’entre'e , qui se montent à 5o fr.
- Si les brins de laine étaient, comme des fils métalliques, invariables dans leur grosseur, quelque fins qu’ils fussent, il serait toujours facile d’en mesurer le diamètre ; mais étant élastiques, et par conséquent sujets à devenir plus fins en raison de la pression qu’on exerce sur eux , il faut, pour les comparer, les soumettre à une même pression. Le poids dont on se sert pour cela est en cuivre, et pèse 3 livres de Leipsick, correspondant à i4oo grammes. Ce poids a la forme rectangulaire, et est assujetti à se mouvoir dans le sens vertical, entre quatre petites colonnes en cuivre qui lui servent de guides.
- Imaginons que sur le centre de la face inférieure de ce poids, est fixée verticalement, et dans une direction perpendiculaire à deux descôtés de ce poids, une petite lame en cuivre fort mince, d’un demi-millimètre d’épaisseur sur un centimètre de largeur et de hauteur, et qu’à cette petite lame correspond une fente du même calibre , pratiquée dans un tasseau également en cuivre , fixé invariablement sur le socle qui sert de base aux quatre colonnes régulatrices du mouvement du poids.
- Si, actuellement, on met un certain nombre de brins de laine, cent, par exemple, dans la fente du tasseau, tous disposés parallèlement entre eux, cette fente, ou une partie de cette fente se trouvera remplie par les cent filamens comprimés toujours au même degré par le poids constant de il,/joo grammes. Ce poids ne saurait les anéantir; il se trouvera soutenu à une certaine hauteur au-dessus du point de repos , hauteur qu’il s’agit de déterminer. Cette différence n’étant pas assez considérable pour être graduée , on la multiplie au moyen d’une aiguille pliée en équerre, ayant des côtés inégaux et articulant sur un axe qui la traverse à l’angle même, et dont les points d’appui sont supportés par la plaque en cuivre qui maintient à distance le haut des quatre colonnes. Une petite bielle attachée par un de ses bouts à l’extrémité de la plus courte branche de l’aiguille, et dont l’autre bout va poser sur le poids même dans une petite crapaudine,
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- LAIJSES. 7
- fait parcourir à l’extrémité de la longue branche, quand le poids vient à s’élever, un espace dix fois plus grand, si toutefois les branches de l’aiguille sont dans le rapport de i : io. Là se trouve un petit limbe en arc de cercle, qu’on gradue en marquant zéro au point où l’aiguille se trouve lorsqu’il n’y a point de laine dans la fente du tasseau.
- En ne considérant que la portion comprimée des brins de laine engagés dans la fente, on voit que leur volume sera plus ou moins grand, seulement en hauteur, suivant leur grosseur ou finesse, et qu’il ne s’agit en effet, pour en apprécier le degré de finesse, que de mesurer cet espace avec précision.
- Si, par exemple, les deux branches de l’aiguille en équerre sont, comme nous l’avons dit, dans le rapport de i : io, et que le limbe soit gradué en tiers de millimètre , qui est une division encore très distincte à la simple vue, chacune de ces divisions , qui est l’unité de finesse des laines , indiquera que le poids s’élève de de millimètre : mais comme la pincée de laine introduite dans la fente du tasseau se compose de cent brins, il s’ensuit que chacun pris en particulier, ne contribue à élever le poids que dans la proportion de ^ de millimètre.
- Il faudrait, pour établir une parfaite concordance dans les divers degrés de finesse des laines , qu’on ait partout des mesureurs de laine construits non-seulement avec précision, mais encore parfaitement égaux dans toutes leurs parties essentielles. 11 faudrait, par exemple, que le poids comprimant la largeur et longueur de la fente du tasseau et de la languette ou lame qui y pénètre, que le rapport des deux branches de l’aiguille, fussent rigoureusement égaux, ce qu’il est presque impossible d’obtenir, quand bien même ils sortiraient tous du même atelier, et à plus forte raison s’ils sont exécutés par des ouvriers différens. On doit donc s’attendre que chaque instrument marquera des degrés de finesse diffé-rens pour les mêmes laines ; mais toujours est-il que, par son moyen, on pourra connaître le rapport de finesse d’une laine à l’autre.
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- 8 LAINES.
- Le degré de finesse des laines de Saxe, qu’on appelle laines électorales, soumises à l’instrument de M. Koebler, s’établit de la manière suivante :
- ire qualité... 4 à 5
- 2e .....5 | à 7.
- 3e .... 7 à 8.
- 4e • ....8 à 9.
- Finesse des laines de moutons de Saxe, importés par M. Ternaux à Saint-Ouen , 4 1- On voit que cette laine n’a point dégénéré en France.
- Finesse des laines des mérinos français :
- Elle est en quelque sorte plus fine que la laine de Saxe ; mais il paraît que cette dernière a plus de ce moelleux, qui est une qualité essentielle pour les draperies fines.
- La laine longue provenant des moutons importés d’Angleterre, prise au milieu de la longueur, est du 110 i5 | à 16.
- La mesure prise au bout, près de la l'acine, est de 11 j.
- La laine qu’on veut mesurera l’aide de cet instrument, doit être préalablement lavée dans de l’eau de savon à 69 degrés centigrades de cbaleur ; il ne faut point la tordx-e, ni brouiller ses filamens, qu’on démêle, quand ils sont secs, avec un peigne, afin de les rendre parallèles entre eux. C’est vers le milieu de la longueur des brins qu’on doit les mesurer ; c’est là que la laine est la plus grosse, quoiqu’à la simple vue on ne puisse pas en faire la différence.
- Pour ne pas s’exposer à des mécomptes dans la formation des pincées de cent brins qu’on veut mettre en épreuve, on a une petite table recouverte d’un drap de couleur, sur lequel on range, entre des épingles, les brins un à un, pour en faire des paquets de dix brins, qu’on met également entre dix autres épingles disposées de même, pour faire des paquets de 100.
- irequalité... 3 ~.
- 2'...........4 1-
- 3e.............6.
- 4'........... 7-
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- LAINES. 9
- Nous avons, aux mots Drapekie et Filage des laines, tant cardées que peignées, expliqué les deux emplois bien distincts de ces deux sortes de laines. Nous avons vu que les laines cardées servent à fabriquer les étoffes feutrées qu’on désigne en général par la dénomination de draperie, et que les laines peignées sont employées à faire les étoffes rases, telles que les burats, les étamines , les tapis de toutes espèces, lespophnes , bambazins , crêpes , gilets, etc.
- Il est reconnu dans toutes nos manufactures, et plus particulièrement dans celles où l’on travaille avec le plus de perfection , à Sédan, à Louviers, que plus les laines sont fines, courtes et même un peu molles, plus elles sont propres à fabriquer les draperies fines. On conçoit, en effet, que plus les filamens de la laine sont fins, courts et souples , plus il s’en trouve dans le même espace, et plus ils s’enlacent facilement par l’opération du foulage.
- Aussi, depuis l’introduction des moutons mérinos en France, vers la fin du règne de Louis XYI, nos cultivateurs et nos manufacturiers, à la tête desquels est placé l’honorable M. Ter-naux aîné, ont-ils cherché avec empressement à multiplier et à acclimater dans notre pays ces précieux animaux. Cette entreprise , utile à la fois à l’industrie agricole et manufacturière , a tellement réussi, que nos laines , autrefois dédaignées, jouissent maintenant de toute la faveur du commerce; elles ont, sur les laines d’Espagne même, une supériorité qui n’est plus contestée. On sait que sur le marché de Paris, le plus considérable du royaume, tandis qu’il est difficile d’obtenir i o fr. par kilogramme de la plus belle laine d’Espagne , on vend facilement 20 fr. le kilogramme les plus belles laines mérinos de France. Nous possédons aujourd’hui le germe de cette belle nature de laine, et nous savons , par les nombreux troupeaux qui existent déjà sur divers points de la France, à Naz, dans l’arrondissement de Gex, département de l’Ain ; à l’établissement rural du Calvados, de M. le comte de Polignac ; à Longueil, département de la Seine-Inférieure ; à Rambouillet ; à Dieu-le-Fit, département de la Drôme, etc.,
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- LAINES.
- qui tous fournissent des laines superfines; nous savons , dis-je, que le climat de la France est susceptible d’en favoriser le développement.
- Mais, quelque fines que soient ces laines, elles ne sauraient encore tenir lieu des laines que nos manufacturiers sont obligés de tirer de la Saxe, de la Silésie, de la Moravie, pour la fabrication des draps superfins de Sédan et de Louviers. Dans la vue de nous en affranchir, M. Ternaux vient d’importer un certain nombre de béliers et de brebis choisis dans les plus beaux troupeaux de Saxe, en échange de quelques boucs et chèvres de Cachemire, dont il a aussi enrichi la France. Il n’élève aucun doute que ces moutons de Saxe, placés dans des lieux propices, et confiés à des bergers soigneux et intelligens, ne prospèrent très promptement et aussi bien que les mérinos espagnols.
- Si, relativement aux laines fines, il ne reste que peu de chose à faire aux cultivateurs pour satisfaire tous nos besoins, on ne peut pas en dire autant de la seconde espèce de laine dont on fabrique les étoffes rases. Il est bien démontré que nos laines longues propres au peignage , sont très inférieures en qualité à celles de Hollande , et surtout à celles d’Angleterre , que fournissent les moutons d’une race particulière dite Dishley et Southdown, dans le Leiceslershire. Cette laine, dans ce pays, a donné lieu au développement d’une industrie immense , que nous ne pourrons égaler que quand nous aurons acclimaté et multiplié cette race de moutons, comme nous l’avons fait pour les mérinos. Déjà quelques agronomes s’en sont occupés avec succès; un Anglais, M. Wollaston, a formé un troupeau de cette race pure à Vassonville, près de de Dieppe, sur lequel M. Tessier, membre de l’Institut, a fait un rapport avantageux, qui est inséré dans les Annales d’Agriculture du mois d’avril i8a5. Depuis, M. le baron de Mortémart-Boisse, M. le baron de Staël, M. Cordier, et beaucoup d’autres riches propriétaires, ont importé des béliers et des brebis de Leicester et de Sonthdotvn ; et nous avons vu que le Gouvernement a autorisé la Société anonyme
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- LAISSES. ii
- de la Savonnerie, spécialement destinée à naturaliser en France l’industrie anglaise des étoffes rases, ce qui assure l’emploi de toutes les laines de ces nouveaux troupeaux.
- Il y a une autre espèce de laine qu’il n’était pas moins important de naturaliser en France , c’est la laine de Cachemire , ce duvet fin et moelleux qui se trouve sous les longs poils des chèvres en général, mais plus abondamment et d’une plus grande finesse dans les chèvres du Thibet, dontM. Ter-naux a fait venir , à grand frais, un troupeau de quelques centaines de bêtes ; c’est avec ce duvet, qui se file comme la laine peignée , qu’on fabrique à Paris des schals et autres étoffes dites de Cachemire. ( V. ce mot. )
- Des peuplades de Tartares recueillent ce duvet sur leuvs nombreux troupeaux de chèvres, en peignant chaque animal dans la saison où il se détache le plus facilement. Ces mêmes Tartares viennent le vendre à Novogorod, à des négocians moscovites qui le font éjarer et transporter à Moscou, d’où il est expédié sur les différentes places d’Europe. L’emploi de cette matière filamenteuse en France s’élève à 5o ou 60 mille kilogrammes par an. Son prix reste à peu près invariablement fixé, à Paris, à la somme de 7 à 8 fr. le kilogramme ; le battage et l’épluchage lui font perdre environ a5 pour 100. On estime que chaque animal ne fournit qu’environ une demi-livre ou un quart Ae kilogramme de duvet. Il faudrait donc , pour alimenter notre consommation, en la fixant à 60,000 kilogrammes par an, 240,000 têtes de chèvres tliibetaines. On voit qu’il devra naturellement s’écouler bien du temps, avant que nous possédions de si nombreux troupeaux de cette race : mais nous n’en devons pas moins de reconnaissance à l’importateur. Il en sera des chèvres thibetaines comme des mérinos, qui, d’abord accueillis froidement, n’en sont pas moins devenus une source de richesse agricole et manufacturière.
- Les toisons des moutons hollandais et anglais à longues laines, celles des moutons flamands, pèsent 5 et 6 kilogrammes ; celles des moutons indigènes du Cotentin, du Berry, de la Vendée, de l’Alsace, de la Champagne , dé la
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- i2 LAINES.
- Comté, etc., pèsent 2^,5 toutes lavées. La toison des mérinos, dans tous ces pays, pèse le double.
- En terme de bonneterie, on dit que la laine est beige, quand elle est mêlée de blanc, de noir, de jaune et de roux. On en fabrique de grosses étoffes qu’on ne teint pas, et qui sont à l’usage des habitans de la campagne.
- En général, les meilleures laines sont celles des toisons coupées vers la fin de juin ou dans les premiers jours de juillet. En Angleterre, c’est cette dernière époque qu’on a choisie. C’est le 6 juillet que commence la fête agricole que donne tous les ansM. Coke dans sa magnifique terre d’Holkham, comté de Norfolk, à l’occasion de la tonte de ses nombreux troupeaux, tous composés de Southdown. 0.: croit que c’est alors que la laine a acquis, dans nos climats, son degré de maturité, quoique rien ne prouve qu’elle doive être plus mûre dans cette saison que dans une autre ; mais elle est la plus favorable. Il n’y en a pas d’autre où l’on pourrait, sans danger pour la santé des bêtes , les dépouiller de leurs toisons, qui repoussent assez depuis cette époque jusqu’à l’entrée de l’hiver, pour les garantir du froid. D’ailleurs , la laine qu’on recueillerait pendant que les moutons sont en pouture, ou nourris à l’étable avec des fourrages secs, est toujours plus ou moins salie par des débris de plantes ou de folioles qui s’y mêlent et s’y attachent tellement, qu’on a de la peine à les en débarrasser ; d’où il résulterait que des laines, même d’une qualité supérieure, ne pourraient être employées qu’à faire des rembourrages, des matelas. On pourrait peut-être en excepter les toisons des mérinos , dont l’enveloppe extérieure est tellement serrée, qu’il ne serait guère possible aux ordures d’y pénétrer.
- D’après ce que nous avons dit des laines fines et de leur emploi, il semble qu’il y aurait quelque avantage à tondre les mérinos deux fois par an au lieu d’une, puisque la fréquence des tontes affine la laine, et qù’alors elle serait plus courte de moitié. Cette idée n’est point nouvelle ; elle a été reproduite à diverses époques, et même mise en pratique
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- par quelques agronomes. L’embarras est de trouver deux saisons favorables ; car si d’un côté il est utile d’avoir des laines fines et courtes, de l’autre il n’est pas moins essentiel de conserver la santé des troupeaux. Dans nos climats du nord, ce seraient les mois de mars et de septembre, ou d’avril et d’octobre, encore aurait-on à craindre le froid et les pluies. Il y aurait une infinité de précautions à prendre , auxquelles on n’est pas obligé d’avoir égard en juin et juillet. Dans les calculs d’économie , il faudrait aussi tenir compte de la dépense d’une tonte de plus. 11 paraît donc que balançant les avantages et les inconvéniens d’une double tonte annuelle, on s’en tiendra à l’ancien usage.
- Mais si d’une part deux tontes paraissent impraticables, du moins dans nos contrées, on ne doit pas manquer d’en faire une tous les ans, non-seulement pour avoir des laines fines et courtes , comme l’exige la fabrication des belles draperies, mais aussi comme un moyen de salubrité pour les troupeaux , surtout pour les agneaux et même pour les anténois , si sujets à avoir de la vermine, des poux et des teignes. ( V. Mouton, Tonte.)
- Les laines mortes, c’est-à-dire qu’on enlève des peaux des bêtes mortes au moyen de la chaux vive, et dont la qualité est si inférieure à celle des laines de toison , se distinguent par leur dureté et leur peu de force ; privées de suint, que l’action corrosive de la chaux détruit, elles n’ont plus ce moelleux et ce nerf que conservent pendant très long-temps, même après le lavage, les laines vivantes.
- Les laines des moutons malades ne prennent que très imparfaitement la teinture. M. Bosc rapporte qu’ayant fait tondre, à Rambouillet, un mouton bien portant, un mouton malade et un mouton mort de maladie, tous trois de la race des mérinos espagnols et du même âge, il en fit laver et filer les toisons séparément et mettre les fils en écheveaux, avec des marques particulières pour les reconnaître. Il les donna à M. Roard de Clichy, alors directeur de la manufacture des Gobelins, qui en fit teindre un de chaque espèce en bleu , en
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- rouge et en jaune. L’Académie des Sciences, à l’examen de laquelle ces échantillons furent ensuite soumis , reconnut que ces couleurs étaient vives dans les écheveaux de laine du mouton bien portant, faibles dans ceux de la laine du mouton malade, et ternes dans ceux de la laine du mouton mort. Nous n’avons pas besoin de faire remarquer que tous ces écheveaux avaient été teints ensemble, de la même manière et dans les mêmes bains. Il est donc bien important, pour les manufacturiers qui tiennent à avoir des étoffes d’une teinte uniforme , de faire en sorte que les laines qu’ils achètent ne contiennent point de mélange de ces toisons de qualité différente : mais il n’est aucun moyen de le reconnaître. Pour éviter qu’on ne les trompe, il faut qu’ils paient ces laines défectueuses le même prix que les autres, afin qu’on n’ait aucun intérêt de les confondre.
- Les magasins de laines doivent être à l’abri du soleil, de l’humidité et de la poussière ; elles se conservent mieux en suint, simplement lavées, que dégraissées. Le vendeur est intéressé à les livrer aussitôt après la tonte, parce qu’elles perdent continuellement de leurs poids. L’acheteur y trouve aussi son profit, parce qu’ayant plus de suint, elles se blanchissent mieux.
- Les laines gardées long-temps en magasin, sont sujettes à être attaquées par les chenilles~teignes, que bien des gens prennent pour des vers. Ces insectes, que M. Daubenton a décrits, s’attachent à toute espèce de lainage ; on les voit voltiger depuis la fin d’avril jusqu’au commencement d’octobre ; alors ces papillons-teignes pondent sur la laine de petifs œufs, qu’on aperçoit difficilement, et qui donnent naissance aux chenilles-teignes, d’une couleur jaunâtre et luisante, et d’une longueur d’environ 3 lignes. Ces insectes éclosent pendant les mois d’octobre, novembre et décembre, suivant que la température est plus ou moins douce ; ils prennent peu d’accroissement, et restent même engourdis pendant l’hiver ; mais au printemps ils grandissent, et mettent une grande activité à dévorer la laine, dont ils se nourrissent et forment les
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- fourreaux qui leur servent de gîte. Ces fourreaux ont 4 à 5 lignes de long, sur une ligne de diamètre ; ils sont un peu renflés vers le milieu et évase's par les deux bouts. Il y a dans chacun de ces fourreaux une chenille qui s’v tient à couvert, parce qu’elle n’est revêtue que d’une peau blanche, mince , transparente, délicate; elle sort, pour se nourrir , la moitié de son corps de part et d’autre, pouvant se tourner dans la partie renflée de son fourreau, et elle change de place, ainsi qu’un escargot, quand la laine lui manque à sa portée. On ne peut pas douter qu’il n’y ait eu, ou qu’il n’y ait encore des chenilles-teignes dans la laine, lorsqu’on y voit de leurs excrémens , qui sont de petits grains anguleux , secs , ayant la couleur des laines. Lorsque ces insectes ont pris tout leur accroissement, ils quittent les toisons et se retirent dans de petits coins obscurs du magasin, où ils s’attachent, par les deux bouts de leur fourreau, ou se suspendent au plancher par un seul : alors ils ferment les deux ouvertures du fourreau , et changent de forme et de nom ; ils deviennent crysa-lides. Ils restent dans cet état pendant environ trois semaines, ensuite, perçant le bout de leur enveloppe qui se trouve du côté de leur tête, ils sortent en papillon.
- M. Daubenton ajoute qu’on n’a trouvé aucun moyen de se garantir du dommage que causent les chenilles-teignes ; que pour l’éviter en partie, il faut faire blanchir les murs et les planchers des magasins à laines, afin qu’on puisse apercevoir ces insectes et les détruire ; que la laine doit être placée sur des claies, à un pied de hauteur au-dessus du carrelage, et isolées des murs ; et qu’alors, à l’aide d’un bâton portant un bouton comme un fleuret, on -bat les laines et le dessous des claies, pour en faire sortir les papillons-teignes, qui s’envolent et vont se poser sur les murs ou sur le plancher, où on les écrase avec le bouton rembourré .du bâton. En répétant cette chasse fréquemment, depuis avril jusqu’en octobre, on détruit la plus grande partie de ces papillons-teignes, on empêche leur ponte, qui est l’essentiel. Un enfant peut être chargé de ce soin.
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- Les laines en. suint e'tant moins sujettes à être attaquées par les teignes que quand elles ont été complètement dégraissées, ou seulement lavées, on préserve les premières en mettant dans le magasin quelques mauvaises toisons lavées et dégraissées , où les papillons-teignes viennent de préférence déposer leurs œufs ; alors, brûlant ces mauvaises toisons avant que les chenilles en sortent pour prendre la forme de crysalides, on s’en trouve débarrassé.
- L’odeur du camphre et de l’essence de térébenthine ne fait point fuir les teignes , comme on l’a prétendu. Les vapeurs sulfureuses très concentrées les font périr, comme tous les autres animaux; mais ce procédé n’est pas praticable dans un grand magasin : cela ne pourrait avoir lieu que dans une étuve d’une dimension bornée, et puis cela ferait contracter aux laines une odeur fort désagréable. Il vaut mieux battre les laines et écraser les papillons , comme il a été dit ci-dessus.
- On préserve la laine de l’attaque des teignes, en la mettant dans des cornets ou des sacs de papier, que ces insectes ne peuvent pas percer; mais ils passent très bien à travers les mailles de la toile, pour s’introduire dans les sacs où l’on a mis de la laine.
- Les laines , pour être employées à la fabrication des étoffes, doivent être d’abord lavées et ensuite dégraissées. ( V. Lavoir a laive. ) La première de ces opérations leur fait perdre moitié et quelquefois même les deux tiers de leurs poids ; de sorte que les laines communes, qui se vendent ordinairement en suint de i5 à 20J le demi-kilogramme, se vendent 3o à lorsqu’elles ont été lavées. Leur dégraissage, qui n’est ordinairement fait que dans les fabriques, leur fait perdre encore 10, et même i5 pour 100. Les laines suivent le cours de toutes les marchandises ; leurs prix se proportionnent aux besoins. Les laines communes, dont la consommation est immense, se vendent plus facilement que les laines fines et surfines, dont l’emploi se borne à faire les étoffes de luxe.
- Il y a dans l’empire russe de belles laines, que produisent les moutons de la Crimée ; on fait beaucoup de cas des peaux
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- mêlées de noir et de gris qui en viennent. Ce sont des objets de fantaisie qui se paient fort cher. Les peaux noires à laine frisée des bêtes calmouques ont une grande valeur; les plus chères sont celles des agneaux morts-nés d’Astracan, d’un noir gris satiné et extrêmement frisées.
- Dans l’intérêt de nos cultivateurs, qui ne trouvaient pas à vendre leurs laines, une ordonnance du Roi, en date du i4mai 1823, imposa les laines étrangères qui entreraient en France, de la manière suivante :
- Communes.
- Fines.
- Surfines..
- Laines brutes, valant 1^20^ la livre , y compris celles venant en droiture des échelles du Levant ou de Barbarie, valant if5oc.. Les mêmes, lavées à froid, valant
- 2^4°c ou moins...............
- Les mêmes, lavées à chaud, valant 3f6oc ou moins............
- Brutes, valant 1^2Ie à zf5oc.. .. Lavées à froid, valant 2-^4à 5f, et pour celles venant directement des États de Rome ou de
- Naples, de 3^5oc à 5f........
- Lavées à chaud, valant 3-^6à
- 7-f5oc. .....................
- Brutes, valant 2-^5ic ou plus.... Lavées à froid, valant 5foic ou
- plus..........................
- Lavées à chaud, valant ou
- plus.........................
- La loi des douanes du 17 mai 1826 , promulguée le 23 du meme mois, a modifié et fixé les droits d’entrée de toutes sortes de laines, de la manière suivante :
- Laines en masse, de toutes.espèces, y compris celles de Tome XII.
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- iS LAIT.
- vigogne, de Lama, 3o fr. pour 1 oo de leur valeur à la frontière, et au poids net. Toutefois, il ne sera point admis de déclaration de valeur au-dessous d’un fr. par kilogramme pour les laines brutes, de 2 fr. pour les laines lavées à froid, et de 3 fr. pour les laines lavées à chaud. En cas de fausse déclaration de valeur, l’administration des douanes ou ses ageiis feront usage du droit de préemption , tel qu’il est réglé par la loi du 4 floréal an IY (3 avril 1796).
- Dans la même loi, les laines teintes de toute sorte sont taxées à leur entrée à 3oo fr. les 100 kilogrammes, ce qui équivaut à une prohibition.
- Nos bergeries se trouvent par là suffisamment protégées , et nos manufacturiers ne seront pas privés des laines que la France ne produit pas encore en assez grande abondance, telles que les laines surfines de Saxe, de la Moravie, et les laines longues de Hollande et d’Angleterre. E. M.
- LAIT (Arts chimiques). Déjà aux mots Beurre, Fromage, nous avons eu occasion de parler de ce précieux liquide, et d’en indiquer les principaux usages; il ne nous reste plus maintenant qu’à le considérer sous le point de vue chimique.
- Il n’est personne qui ne connaisse les propriétés générales du lait, et qui ne sache que c’est un liquide d’un blanc opaque, d’une saveur douce; que c’est lui qui constitue le premier aliment de tous les jeunes animaux mammifères; mais ce que beaucoup ignorent, c’est que ce fluide, sécrété par les glandes mammaires des femelles , n’est pas toujours identique , qu’il varie non-seulement autant que les espèces, mais autant que les individus eux-mêmes, et que des différences, moins tranchées à la- vérité-, se font encore remarquer pour un même individu , suivant qu-’il est soumis à tel ou tel régime alimentaire, suivant qu il habite telle ou telle localité, et suivant encore une foule de circonstances susceptibles d’exercer quelque influence sur son physique ou sur son moral.
- Sans vouloir entrer ici dans des détails qui nous jetteraient nécessairement hors de notre cercle, nous établirons seule-
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- ment, comme règle générale et usuelle, que pour que le lait d’une femelle quelconque puisse acquérir et conserver les bonnes qualités qu’il doit avoir , il faut qu’elle habite un local bien assaini ; que la qualité, la nature et la quantité de ses alimens soient dans un juste rapport avec son espèce et avec ses forces digestives : elle a besoin d’exercice sans fatigue, de repos sans excès , et il est nécessaire que ses facultés morales soient excitées et ménagées, comme ses facultés physiques. En un mot, on doit éviter avec soin tout ce qui peut apporter du trouble dans l’harmonie naturelle des fonctions organiques , si l’on veut que le lait n’éprouve d’autres chan-gemens que ceux naturellement déterminés par l’époque de la lactation et l’accroissement du jeune animal.
- Le lait a toujours été considéré comme une sorte d’émulsion formée par la matière grasse ou butireuse maintenue en suspension dans le sérum, à l’aide d’un mucilage animal, et probablement aussi à l’aide du caséum, qui, dans son état primitif et de pureté , paraît jouir d’une certaine solubilité ; mais les élémens hétérogènes de cette liqueur ne peuvent être long-temps maintenus dans cet état d’union en quelque sorte provisoire, et nous les voyons se désunir sous les moindres influences. Le simple repos suffit pour détruire l’homogénéité de ce fluide alimentaire. Deux couches distinctes s’établissent bientôt. La supérieure, plus légère , est aussi plus épaisse et plus onctueuse : c’est ce qu’on appelle la crème. La deuxième, quoique d’une plus grande densité , est moins visqueuse ; sa couleur est moins opaque: c’est ce qu’on nomme le lait écrémé.
- Si l’on poursuit cette sorte d’analyse spontanée, on trouve que la crème exposée à une température de 20 à 25° , et soumise à l’agitation dans un vase approprié, perd peu à peu de son onctuosité; on y remarque bientôt des grumeaux solides, opaques et jaunâtres, qui s’agglomèrent entre eux pour former des masses plus considérables, et qui ne sont autres que le beurre ordinaire. La portion qui ne se concrète point se rapproche, par ses caractères extérieurs, du lait
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- ao LAIT.
- écrémé ; elle en a la fluidité et la demi-transparence : on la distingue cependant sous la dénomination de laitde beurre. Ber-zélius a trouvé une crème de 1,0244 de densité, composée de
- Petit-lait............ 920
- Beurre................. 4^
- Fromage................ 35
- 1000.
- Jusqu’ici nous n’avons eu recours qu’à des moyens purement mécaniques ; mais ils deviennent insuffisans pour continuer l’élimination des principes du lait, et l’on n’y arrive qu’en lui laissant subir une sorte de fermentation ou de réaction spontanée , qui détermine la coagulation du caséum.
- Tant que, par une méthode quelconque, on réussit à prévenir toute acescence dans le lait, les principes se maintiennent dans une union parfaite. Ainsi , soit qu’on le fasse chauffer de temps à autre pour s’opposer à l’altération des principes acidifiables, ou pour expulser la petite portion d’acide déjà formé ; soit qu’on y ajoute une matière absorbante comme la magnésie, qui s’empare de l’acide à mesure qu’il se développe : dans tous ces cas, il n’y aura point de coagulation produite; mais si l’on ne prend aucune de ces précautions, et qu’on abandonne le lait à lui-même, il s’acidifiera d’autant plus promptement que la température du lieu sera plus élevée ; et en même temps que l’acide se manifestera, on verra un coagulum de plus en plus considérable se former, et peu à peu il se séparera du reste du liquide, qui, de blanc et opaque qu’il était d’abord , devient ensuite jaune et transparent.
- Voilà donc trois corps bien distincts, savoir, le beurre, le caillé ou fromage, et le sérum ou petit-lait, qu’on parvient à séparer du lait par des moyens naturels ; mais , à vrai dire, aucun de ces corps n’est obtenu ainsi dans son état de pureté.
- Le beurre contient, outre la matière grasse qui en fait la base, une certaine quantité de lait ou de caséum, qui con-
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- LAIT.
- ttibue à lui donner cette saveur délicate et ce goût de frais qu’on aime tant à y retrouver. Pour l’en priver, il suffit de le faire liquéfier à la moindre température possible , et de le maintenir ainsi pendant un temps suffisant pour que ces deux corps puissent se séparer suivant leur densité respective. Lorsqu’on juge l’opération achevée, on décante et on laisse refroidir. C’est ainsi qu’on obtient le beurre aussi pur. que possible : mais ce n’est plus là le beurre des gourmets ; c’est une sorte de graisse sans sapidité , et qui n’offre plus rien d’agréable au palais, quoiqu’elle soit encore un excellent condiment. ( y. ce que nous en avons dit au mot Beurre. )
- Le caillé ou fromage , séparé comme nous l’avons indiqué, ne jouit pas d’un plus grand degré de pureté, mais il varie dans sa composition suivant les circonstances qui ont présidé à son isolement. Foureroy et Vauquelin ont établi comme faits positifs, dans un très beau Mémoire, inséré dans le T. VI des Mémoires de l’Institut, que le fromage, produit de la coagulation spontanée du lait, est formé de la matière caséeuse unie à l’acide acétique. Schéele avait prétendu antérieurement que cet acide était un acide particulier, qu’il avait nommé lactique; depuis, Berzélius a repris cette- opinion , et l’a fait prévaloir ; mais enfin il a reconnu lui-même la justesse de l’observation de nos deux célèbres chimistes, qui avaient démontré, par des expériences précises , que ce qui donnait à ce vinaigre du lait l’apparence d’un acide particulier était une matière animale mucilagineuse, une sorte de gluten qui lui restait intimement liée et le suivait dans toutes ses combinaisons ; de là résultait aussi la propriété de précipiter par la dissolution d’acétate de plomb, la teinture de noix de galle, le chlore, et de ne point se volatiliser à la température de l’eau bouillante. Cela posé, revenons à la composition du caillé formé spontanément, que nous avons dit être le résultat de l’union du caséum avec l’àcide acétique ; union qui rendait ce corps parfaitement insoluble dans le sérum.'
- Ainsi le caséum , tel qu’il se sépare spontanément par suite
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- de la fermentation du lait, n’est déjà plus le caséum tel qu’il existe dans le lait ; et de plus, il n’est pas toujours identique , quoique préparé de la même manière , car il entraîne dans sa précipitation les phosphates de chaux, de fer et de manganèse , qui ne sont qu’en suspension dans le lait, et d’autres fois il s’en trouve totalement dépourvu. Cette différence tient uniquement à la proportion d’acide qui, si elle ne dépasse point la quantité voulue pour la coagulation du caséum , est entièrement absorbée, et tous les phosphates terreux ou métalliques sont alors précipités. Si au contraire la coagulation s’est faite sous l’influence d’un excès d’acide, cet excès reste dans le sérum, et y retient les phosphates insolubles par eux-mêmes. De là résulte , d’après Fourcroy et Vauquelin , à qui sont dues ces observations, des différences qui peuvent avoir des applications utiles. En effet, le sérum du lait aigri tenant, comme on vient de le voir, du phosphate de chaux en dissolution, ainsi que des phosphates de magnésie et de fer, offre aux médecins un médicament très approprié aux cas où ils trouveraient avantageux d’administrer ces sels dans un grand état de division, et d’ailleurs unis à une matière animale. Chaque litre de lait leur a fourni 2^r-,n5 de phosphates insolubles.
- Si au contraire le médecin ne veut employer le petit-lait que comme matière nourrissante, adoucissante et laxative, il doit le prescrire doux et sans acide.
- Le fromage obtenu sans excès d’acide, et qui par conséquent contient tous les phosphates insolubles du lait, conserve de l’opacité malgré la dessiccation , tandis que celui qui est privé de ces phosphates devient transparent. Cette différence dans le fromage est rendue sensible par la calcination : le premier laisse pour résidu une quantité notable de cendres, qu’on reconnaît, par l’analyse, composées de phosphates de chaux, de magnésie , de manganèse et de fer, tandis que le fromage qui a été coagulé par un excès d’acide ne laisse aucun résidu sensible lorsqu’on le soumet aux mêmes épreuves. •
- La présence du phosphate de fer dans les cendres du ca-
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- séum , leur communique une propriété bien remarquable ; c’est celle de devenir bleues à une certaine époque de la calcination : phénomène qui ne peut être attribué à aucune autre cause. On sait, en effet, que ce sel, qui est d’une couleur blanche lorsqu’il est à son minimum , passe à un assez beau bleu lorsqu’il atteint un degré plus avancé d’oxigénation , et qu’il existe même dans la nature sous cet état ; c’est ce qu’on nomme 1 e fer phosphaté nalif, connu des anciens sous la dénomination de bleu de Prusse nalif. Cette observation en rappelle une autre qui pourrait peut-être se rapporter à la même cause ; c’est celle faite par Bremer ( Annales de Chimie et de Physique , T. III, page 269) , relativement à la couleur bleue que prend quelquefois le lait des vaches et des brebis. On aremarqué que le lait qui doit manifester une couleur bleue se couvre d’abord à sa surface, c’est-à-dire par son contact à l’air, de petites taches dans lesquelles le plus fort microscope ne fait découvrir aucune trace de moisissure , ces taches grandissent insensiblement, et forment ensuite une couche uniforme dont la teinte bleue foncée se communique plus tard à toute la masse du lait. Si l’on recueille la crème qui se forme ainsi, et qui d’ailleurs ne diffère de l’autre sous aucun autre rapport', on obtient en la barattant un beurre tout àussi abondant, d’un très bon goût, et qui a , -comme dans les circonstances ordinaires, une couleur jaune qui n’offre pas la plus légère nuance de bleu; mais en revanche la baratte est teinte en bleu, comme si on l’eût imprégnée d’une dissolution d’indigo. Quelques auteurs ont attribué cette singulière anomalie à une maladie des organes de la digestion ; mais M. Bremer croit qu’il faut plutôt en rechercher la cause dans l’espèce de nourriture dont on fait faire usage à ces bestiaux. On a observé, en effet, qu’en nourrissant des vaches à l’étable, uniquement avec du sainfoin, elles fournissaient déjà du lait bleu au bout de deux jours, et que cet effet cessait aussitôt qu’on les changeait de pâture. Il faudrait donc en conclure que cette matière colorante est fournie par les plantes; et ce qui porte à le croire, c’est que Klaproih l’a
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- trouvée analogue à l’indigo : mais s’il en est ainsi, comment se fait-il que toutes les vaches d’un même troupeau, soumises à un régime semblable, ne présentent pas le même phénomène ? Ne se pourrait-il donc pas que cette couleur bleue fut due à du phosphate de fer sécrété en plus grande abondance par quelques animaux soumis à certaines influences, de même que cela a lieu pour l’urine, qui charie des quantités très différentes de phosphates, même chez des individus semblablement nourris ? Mais il est temps d’abandonner cette digression , pour revenir à notre objet principal.
- Nous avons vu que le fromage qui se sépare spontanément du lait, entraîne en combinaison les premières portions d’acide qui se développent. Par conséquent, si l’on voulait obtenir le fromage pur, il ne faudrait pas se servir de ce moyen, et mieux vaudrait dans ce cas avoir recours à de l’alcool concentré, qui, employé à partie égale pour étendre le lait, en sépare toute la portion caséeuse, et il ne reste plus pour l’obtenir pure, qu’à la débarrasser, par les lavages ou par la compression, de la petite quantité d’alcool dont elle est imprégnée ; et c’est alors seulement qu’on peut juger qu’elle ne devait son insolubilité qu’à la quantité d’acide qui lui était unie , et peut-être aussi à une portion de beurre qu’elle entraîne, et qui lui donne d’autres caractères.
- Plusieurs chimistes, et principalement Rouelle, ont cru reconnaître une sorte d’identité entre le fromage et le gluten; Schéele lui a trouvé une plus grande similitude avec la glaire d’œuf: comme elle, il se sépare de sa solution dans l’eau, par la chaleur de l’ébullition ; mais, selon M. Chevreul, le coagulum qui en résulte n’a pas le même degré de consistance. ( V- Fromage. )
- Le sérum est plus compliqué dans sa composition que les autres produits du lait dont nous venons de faire mention ; mais avant de nous occuper de son étude et de faire connaître sa «nature , nous devons dire comment on doit procéder pour l’obtenir autant débarrassé que possible des corps qui n’en font pas partie essentielle.
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- Déjà on a vu que le sérum du lait aigri spontanément contenait des phosphates insolubles qui ne seraient pas retenus sans cet excès d’acide. Ainsi, il importe donc, lorsqu’on le prépare artificiellement, de n’employer que le minimum d’acide nécessaire à la coagulation du caséum , et c’est ce qu’on pratique ordinairement dans les officines pour obtenir le sérum prescrit comme médicament. On conçoit qu’il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de déterminer d’avance les proportions respectives de lait ou d’acide qu’il convient d’employer pour n’avoir ni excès ni défaut; car on sait que non-seulement le lait n’est pas toujours identique, mais que le vinaigre lui-même est très variable. Il faut donc, pour cette opération, s’en rapporter à l’habitude du praticien : voici comment il opère ordinairement.
- Le lait est d’abord soumis dans un vase convenable , à une chaleur assez vive pour qu’il puisse entrer promptement en ébullition , et aussitôt que sa masse se soulève , on verse, par intermittence, un filet de vinaigre dans le centre du bouillon. On arrête dès qu’on voit la couleur jaune et claire du sérum se manifester. On laisse encore bouillir quelques instans pour obtenir une coagulation plus décidée , et l’on jette le tout ensuite sur un tamis placé au-dessus d’une terrine : le sérum s’écoule , et le fromage est retenu.
- Quelque soin qu’cn ait apporté à cette première opération, il reste toujours une quantité plus ou moins grande de caséum en suspension dont les molécules trop ténues ne peuvent être séparées du liquide par les filtrations ordinaires ; onest donc obligé d’augmenter leur volume et de les coaguler davantage au moyen de l’albumine. A cet effet, on délaie une quantité suffisante de glaire d’œuf dans une très petite portion d’eau , on agite fortement à l’aide d’un fouet en osier, puis on délaie cette eau albumineuse dans le petit-lait, et on le soumet de nouveau à l’action de la chaleur. Lorsque le liquide approche de son point d’ébullition, il se recouvre d’une écume blanche assez épaisse, mais au moment où elle est rejetée sur les bords par le bouillon, on aperçoit le sérum bien diaphane. Quand
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- l’ébullition est devenue tumultueuse, on l’apaise en versant une petite quantité d’eau froide, et l’on pense déterminer ainsi une séparation plus complète du caséum. Enfin, après quelques instans d’ébullition, on retire et l’on filtre , et l’on obtient un liquide d’un jaune verdâtre , d’une grande limpidité. C’est ce qu’on nomme le sérum ou petit-lait clarifié.
- Il arrive quelquefois que, malgré l’addition de l’albumine, le sérum retient encore mie petite quantité de fromage qui en trouble la transparence ; et comme dans les officines on tient beaucoup à ce que cet inconvénient n’ait pas lieu , on prend la précaution, pour le prévenir, d’ajouter â l’eau albumineuse, soit un peu de crème de tartre, soit une très petite proportion d’alun, et par ce moyen on est certain du succès; mais il est à craindre qu’une partie de ces sels reste en solution dans le sérum et en modifie les propriétés. L’emploi de la crème de tartre pour l’usage médical est sans inconvénient, parce que sa solution jouit à peu près des mêmes vertus que le petit-lait lui-même ; mais il n’en est point ainsi pour l’alun : on doit donc éviter d’y avoir recours.
- Le sérum présente quelques caractères constans et d’autres, qui varient selon le procédé employé à sa préparation. En général , il est d’un jaune verdâtre, très fluide et d’une grande limpidité ; sa saveur est douce et agréable. Quand il a été séparé du lait avec la moindre quantité possible d’acide , ou mieux encore avec la présure ( V. Fromage) , il rougit faiblement la teinture de tournesol et verdit avec le sirop de violettes; de manière qu’on pourrait croire qu’il est alcalin, si l’on, ne savait que le mélange du jaune et du bleu donne du vert.
- Le petit-lait, quelque bien clarifié qu’il puisse être, contient encore un petite quantité de caséum, qui se manifeste par l’altération spontanée que ce liquide est susceptible d’éprouver avec le temps, et il en contient d’autant plus que la coagulation, soit spontanée, soit artificielle , aura été faite sous l’influence d’une plus grande proportion d’acide. Proportion qui influe, comme nous l’avons déjà observé , d’une autre manière sur le sérum. Quand il y a surabondance , les phosphates insolubles
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- contenus dans le lait passent dans le sérum, ce qui n’a point lieu lorsque l’acide 11’est pas en excès. Dans le premier cas, le petit-lait précipite fort abondamment par l’eau de cliaux , et dans le second, elle n’y produit aucun changement.
- Outre les matériaux dont nous avons déjà signalé l’existence dans le petit-lait, il en est quelques autres, parmi lesquels nous citerons surtoutle sucre de lait, qui s’y trouve en assez grande abondance. Pour l’obtenir, il suffit d’évaporer le sérum avec précaution, jusqu’à consistance presque sirupeuse , et d’abandonner le résidu à un refroidissement très lent ; il se dépose avec le temps des cristaux irréguliers d’un jaune brun, qu’il est assez difficile de séparer des eaux-mères visqueuses dont ils sont imprégnés. On les purifie par plusieurs cristallisations successives, et l’on finit par arriver à des cristaux blancs, réguliers, sous forme de parallélépipèdes, d’une saveur fade, et légèrement sucrée, mais se dissolvant en si petite quantité dans la salive, qu’on croirait avoir une substance terreuse dans la bouche. Il exige, pour sa complète solution dans l’eau, environ douze fois son poids d’eau froide, et quatre seulement d’eau bouillante. C’est une substance fort singulière et qui mériterait bien d’être examinée avec soin , car il n’est pas probable qu’elle ait été obtenue dans son plus grand état de pureté. Parmi ses propriétés les plus caractéristiques, nous devons citer celle qu’elle a de se convertir en acide mucique par l’acide nitrique. Scheèle à qui on doit la connaissance de ce fait notable, ayant cru que le sucre de lait était la seule substance susceptible de fournir cet acide, lui avait donné le nom de sac-lactique; mais comme on a reconnu depuis que toutes les gommes en donnaient par ce même procédé, alors on a préféré le nom à’acide mucique, sous lequel il est maintenant désigné. Le sucre de lait jouit encore de la propriété bien remarquable de ne point fermenter par l’addition de la levure.
- Les premières eaux-mères du sucre de lait contiennent une grande quantité d’une matière animale que Fourcroy et Vau-quelin ont considérée comme tout-à-fait distincte du caséum, et qu ils ont trouvée fort analogue au gluten fermenté. Cette
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- matière, retenue en dissolution dans le sérum, n’est point susceptible, comme le caséum, d’en être précipitée par les acides: c’est elle qui, selon les mêmes auteurs, se convertit en acide acétique par la décomposition spontanée du lait ou du sérum-, qui précipite par le tannin , la noix de galle , le chlore, etc. Enfin, il est très probable que c’est encore à cette même substance qu’on doitattribuer la propriété nutritive (i) du petit-lait, à laquelle contribue aussi le sucre de lait.
- Le petit-lait renferme le peu de sels solubles que contient le lait; ainsi on y retrouve une très petite proportion de chlorure de potassium, et une moindre de phosphate et d’acétate de potasse.
- On voit donc que le lait est composé de diverses substances dont les unes y sont en véritable solution , et de ce nombre se trouvent le sucre de lait, qui en fait à peu près les deux centièmes, le mucilage animal, les sels à base de potasse, l’acide acétique, et peut-être aussi le caseux, qui y entre pour le dixième du poids environ. Les autres matières qui s’y rencontrent n’y sont bien certainement qu’en simple suspension ; tels sont le beurre et les phosphates insolubles.
- Tel est l’ensemble des matériaux qui constituent les différentes espèces de lait, mais qui sont susceptibles de varier dans leurs proportions respectives et d’en modifier les qualités. Parmentier et Deyeux, dans leur excellent Mémoire , ont donné une attention particulière à ces différences. Nous rapporterons ici celles sur lesquelles ils ont le plus insisté, et nous observerons qu’ils ont pris le lait de vache pour type de comparaison. Ainsi, ils ont trouvé que le lait de brebis se caractérisait par une odeur qui lui est particulière, par une plus grande quantité d’un beurre moins solide et un fromage d’un aspect plus gras; que celui de chèvre s’en distinguait par une autre odeur sui generis, une crème plus épaisse, un beurre moins abondant , moins coloré , mais plus ferme ; il fournit relativement
- (i) On sait que Bocrhaave a vécu plusieurs mois de suite uniquement avec-du petit-lait.
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- plus de se'rum , et son caillé est plus consistant, mais il prend un aspect comme gélatineux ; que le lait de femme est celui qui est ordinairement moins épais, moins opaque et plus sucré ; il contient peu de matière grasse ; que le lait d’ànesse est, en ge'néral, peu savoureux et ressemble , pour la consistance, à celui de femme ; le beurre qu’on en retire est mou, blanc et très prompt à se rancir; que le lait de jument contient fort peu de beurre et de fromage, mais qu’il est plus sucré que celui de vache. On prétend que le lait de jument est susceptible d’éprouver la fermentation alcoolique.
- Cette modification naturelle des différentes espèces de lait est mise à profit par les médecins. Ainsi ils prescrivent celui d’ànesse aux estomacs débiles, comme étant plus facile à digérer ; celui de chèvre, lorsqu’ils s’agit de réparer des forces et de fournir une nourriture plus abondante. Lorsqu’ils n’ont point à leur disposition ces différentes espèces de lait, et que celui de vache est le seul auquel ils puissent avoir recours, alors ils imitent ces modifications naturelles, soit par l’addition d’une proportion convenable d’eau, soit en y joignant quelque autre substance alimentaire qui en augmente les qualités nutritives, etc. ; et puisque nous parlons des usages du lait en Médecine, nous dirons qu’on s’en sert souvent pour favoriser ou tempérer l’action de certains médicamens. On a même été jusqu’à profiter de la lactation pour administrer à des nourrissons des remèdes dont ils n’auraient pu supporter directement les effets. Ainsi, pour guérir un nouveau-né de certaines affections, il suffit souvent de soumettre la nourrice au traitement convenable, bien qu’elle ne soit point atteinte elle-même de cette maladie.
- Nous pensons qu’il serait inutile d’insister ici sur les différens usages du lait. Personne n’ignore tous les services rendus par ce précieux aliment naturel, qui contient à lui seul tous les e'ié-mens nécessaires au développement des jeunes animaux et qui renferme jusqu’à la matière solidifiable de leurs os. D’ailleurs on trouve aux mots Fromage , Beurre et Laiterie la plupart des détails qu’on pourrait désirer sur cet objet. R.
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- LAITERIE, LAITIÈRES {Économie rurale). Les principes qui doivent guider dans le choix ou la construction d’un local propre à la conservation du lait et des produits qu’on en retire , consistent à éviter que le lait ne se caille et ne s’aigrisse en e'té , avant qu’on ait enlevé la crème , et, en hiver, que le froid n’y pénètre et ne rende difficile la préparation propre à donner le beurre. On en doit conclure qu’une extrême propreté y est indispensable ; il faut que toute odeur d’acide ou de putréfaction soit chassée , que la température surtout y soit à peu près constante , et que les moyens d’aérer soient faciles. Les caves qui se conservent à 9 ou 10 degrés de chaleur, dont on tient les issues fermées , et dont on ménage les ouvertures de manière à pouvoir y exciter au besoin une ventilation , sont donc les meilleures laiteries. On en construit aussi d’isolées, dont les murs sont épais, les fenêtres petites et grillées, dont l’exposition au nord entretient la fraîcheur , et qui sont ombragées par des arbres, pour rompre l’effort des vents et du soleil.
- Le local est pourvu de banquettes en bois, ou mieux encore de bancs de pierres, où l’on dépose les terrines à lait, dont le nombre est proportionné à celui des vaches. On estime à 12 litres par jour le lait que fournit une vache ; c’est un terme moyen , car en été elle en donne quelquefois le double. Les traites se font à 12 heures environ d’intervalle, c’est-à-dire deux fois par jour. On préfère les terrines en poterie commune non vernissée ; celles de bois sont fort usitées en Suisse ; ce sont des baquets de g centimètres de profondeur, sur 48 de diamètre ( 3 5 pouces sur 21), en sapin très fin et très homogène. Les autres ustensiles nécessaires à la laiterie sont la Sérenne ou la Baratte pour battre le beurre, les pots qui reçoivent la crème, les seaux propres à la traite, les cuillères en bois ou les écailles dont on se sert pour écrémer le lait, etc. ( V. la collection des machines propres à l’Agriculture , par M. de Lasteyrie. )
- Il est bon qu’au centre de la laiterie , ou ait une table en pierre pour faciliter le service; que le sol soit dallé, ou pavé,
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- que des rigoles y permettent l'écoulement des liquides, qu’on ait de l’eau à portée pour laver soigneusement les vases, les ustensiles, et même les dalles et les banquettes. On réserve aussi une chambre pour les fromages, dont l’odeur ne doit pas pénétrer dans la laiterie : cette chambre, garnie de plusieurs étages de tablettes isolées des murs, doit être très aérée jour et nuit; un poêle y est nécessaire , pour échauffer l’air dans la saison rigoureuse. Partout il faut opposer des obstacles à l’introduction des mouches , des rats et autres animaux. ,
- C’est dans le Calvados qu’on remarque , à la vallée d’Auge, la meilleure distribution et l’excellente tenue des laiteries ; niais les grandes fermes ont seules besoin de bâtimens séparés pour travailler le laitage. Le particulier qui n’a qu’une ou deux vaches, dépose ses terrines de lait dans toute sorte d’armoire. Il est même certain qu’il ne peut avoir de bon beurre ni de bon fromage, parce que, ne pouvant user, pour cet objet, que des petites quantités que chaque jour produit, il est obligé de se servir de crèmes déjà anciennes et plus ou moins fermentées, qui donnent au beurre un goût fort, et au fromage une odeur repoussante.
- C’est dans les pays où chaque habitant est propriétaire d’un petit nombre de vaches qu’il convient surtout de former de ces établissemens , qu’en Suisse on nomme improprement des fruitières, et que nous nommerons des laiteries banales. Il serait bien avantageux qu’on multipliât ces utiles entreprises, qui fournissent sans aucune peine à la fois de grands et de bons produits. Donnons quelques détails à ce sujet.
- Distinguons dans le lait fabriqué trois sortes de produits : le beurre, le fromage et le serai, outre un résidu nommé cuitç, qui n’est qu’un petit-lait très clair, dépourvu de parties caséeuses, et qu’on donne aux cochons pour les engraisser. Le beurre est d’autant meilleur que la crème d’où on le tire est plus fraîche ; le fromage n’est jamais bon s’il y entre du lait altéré, et il a très peu de valeur lorsqu’on ne le fait qu’en petite quantité, parce qu’il se dessèche et se corrompt.
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- 11 faut aussi des soins et une sorte de talent pour fairé le fromage, qu’ont rarement les paysans, et qu’on ne peut espérer de rencontrer que chez les hommes qui font exclusivement leur métier de ce genre de fabrication. Le serai , qui, pour la nourriture des gens de la campagne , vaut presque le tiers du produit du fromage, ne s’obtient guère lorsqu’on ne travaille que de faibles quantités de lait; sans compter qu’on n’obtient que très difficilement des vachères la propreté indispensable à ces opérations.
- Dans les laiteries banales, on réunit le lait de toutes les vaches d’un canton, et chaque jour un ouvrier, qui n’a que cela à faire, reçoit ce lait, le travaille et tient la comptabilité nécessaire pour rendre fidèlement à chacun la part qui lui revient. Le beurre n’est jamais fait qu’avec la crème de la veille, et tout de suite le fromage et le serai sont fabriqués. Le paiement de l’entrepreneur de la laiterie se fait en nature , et d’après un tant pour cent convenu (environ i5 à 20 pour 100) ; et quant à la comptabilité , rien n’est plus facile à tenir, ainsi qu’on va en juger; car il n’est pas nécessaire de savoir lire pour la comprendre, ce qui importe beaucoup pour abréger les opérations et pour inspirer la confiance aux associés , qui souvent ne connaissent pas les lettres de l’alphabet, ni les chiffres.
- Chaque associé apporte son lait matin et soir ; le laitier le mesure avec un bâton gradué, après l’avoir versé dans un vase cylindrique jaugé ; il additionne les deux livraisons et en tient note, comme il va être dit. L’associé qui a livré le plus fort produit, ou à qui il est dû davantage par les livraisons antérieures, a pour lui la fabrication du jour , et il doit à l’association le surplus , dont il s’acquittera dans les jours suivans ; car chaque livraison qu’il fera sera reçue en déduction de ce qu’on lui a donné de trop, jusqu’à ce que , devenu créancier à son tour, on lui doive enfin plus qu’à tout autre ; alors il prend une nouvelle livraison diurne , et ainsi de suite.
- Chaque associé est donc alternativement créancier et débiteur de la société, passant de la première de ces conditions
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- à l’autre alternativement; et cela arrive d’autant plus souvent qu’il y verse davantage chaque jour. La société procède en payant chaque soir son plus fort créancier.
- Quant à la manière de noter les dettes et Y avoir, rien n’est plus simple ; on se sert de la pratique connue sous le nom dé taille des boulangers. On prend un bâton carré, long d’un pied et demi { 5o centimètres), qu’on refend en deux dans les trois quarts de sa longueur ; sur le talon on trace , avec un couteau , le chiffre de celui auquel le bâton appartient.
- Quand le laitier a mesuré le lait d’une livraison, il accole les deux bâtons selon leur longueur et bout pour bout, puis trace avec du crayon rouge des X , pour indiquer les dixaines de litres, et des barres pour les unités : le croisement des branches de l’X est à la fissure qui sépare les deux bâtons , en sorte que, sur chaque partie ; les dixaines sont marquées par des V. Quand un associé est en avance avec la société, il emporte le long bâton ; quand il doit, on ne lui laisse que le court. Les bâtons déposés à la laiterie sont enfermés sous clef, pour que nul ne puisse faire de fraude secrète. Le laitier a aussi un long bâton, sur lequel il marque toutes les livraisons , afin d’en faire la somme et de déterminer la quantité de lait qui a été travaillée, et que reçoit en compte l’associé plus fort créancier. On efface alors sur sa taille toutes les marques qui excèdent l’indication de la différence entre ce qu’on lui devait et ce qu’il reçoit ; le surplus est ce qu’il doit, et cette dette est attestée en lui donnant le court bâton au lieu du long qu’il avait.
- Le tableau suivant donnera l’idée de ce mode d’administration , qui n’exige aucune instruction, et est à la portée des hommes grossiers qui entrent dans la société. Le laitier lui-même n’a besoin d’aucun registre pour sa comptabilité ; car chaque produit, en beurre , en serai et en petit-lait, est délivré tout de suite, et les fromages portent chacun la marque de celui qui en est propriétaire.
- Tome XII.
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- LAITERIE, LAITIÈRES.
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- se JOUR.
- Joseph.. Jacob... Etienne, François. Pierre...
- Ami....
- André. . Robert..
- Ami reçoit.. 188 Il a livré. .. 5q
- Robertreçoit 1 ^5 litres. Ilalivré.*... çs
- Il redoit.... io3
- André reçoit 180 litres. Il a livré.... 58
- Il redoit.... 122
- Ce journal se continuera aise'ment sans qu’il soit ne'cessaire de l’e'tendre davantage.
- Le mode de fabrication qui vient d’être de'crit est un des proce'de's les plus propres à donner d’excellens produits. C’est ainsi qu’en Suisse, et particulièrement dans les environs de Gruyères, on fait ces fromages qui sont si renommés , et qu’on exporte dans toutes les parties du monde. Ou ne trouve pas un seul village du canton de Vaud qui n’ait sa laiterie banale. J’ai eu occasion d’en reconnaître l’utilité en divers voyages que j’ai faits à Aix en Savoie. Le beurre qu’on vendait en cette ville était rance et à peine mangeable avant l’établissement de la laiterie banale : au contraire, depuis que M. Chevalet, propriétaire zélé et instruit de cette province , y a introduit cet usage, le beurre est fort recherché et ne le cède en rien au plus délicat de la Bretagne, la Normandie et la Suisse. Le fromage y est aussi de bonne qualité, et se vend à peu près le même prix que celui de Gravères. Ce sont pourtant les mêmes vaches et les
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- mêmes pâturages, dont on ne retirait avant que des produits fort peu estimes.
- Les personnes qui désireraient connaître les de'tails relatifs à ces utiles établissemens, pourront les trouver dans un ouvrage de M. Lullin, de Genève , intitulé : Des Associations rurales pour la fabrication du lait, connues en Suisse sous le nom de fruitières ; chez Paschoud ; elles y connaîtront les procédés qu’on suit pour peser le lait à l’Aréomètre ( V. ce mot ), afin de s’assurer que les associés ne fraudent pas en allongeant leur lait avec de l’eau; comment on rédige l’acte d’association qui engage les sociétaires entre eux ; les avantages que chacun trouve à en faire partie ; la marche qu’on suit lorsqu’il survient quelque circonstance particulière, comme dans le cas où une vache tombe malade ; la description des ustensiles nécessaires à la laiterie pour faire le beurre, le fromage et le serai, etc.
- Nous extrairons de ce livre le passage qui est relatif au produit pécuniaire que rend une vache chaque année dans les laiteries.
- Un troupeau qui ne fait pas d’élève et ne se recrute que de bêtes de choix qu’on achète , lorsqu’il est bien soigné et nourri à l’écurie, en fourrage abondant et de bonne qualité, a rendu, par vache, 221g litres de lait, dont 221 ont été consommés en nature, 1998 ont été envoyés à la laiterie, et ont produit 135 kilogrammes de fromage , 38 de beurre et 88 de serai.
- i35 kil. de fromage, à 98 centimes, font ihA3o
- 38 kil. de beurre, à 1^96. 74,48
- 88 kil. de serai, à 21 . 18,48
- 221 litres consommés, à 11 . 24,31
- Un veau, à........... 26,75 .................... 26,75
- Total............ 276,32
- Les frais de la laiterie ont été payés par une retenue de 18 pour 100, sur le fromage, ci.... 23,88
- Produit net en argent............ 252,44>
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- Ce produit moyen par chaque tête de vache d’un troupeau, est un des plus élevés dont j’aie connaissance ; on ne peu* l’obtenir que dans les vacheries les mieux soignées sous tous les rapports. De la petite vache de paysan qui souffre la faim pendant l’hiver, et ne vit l’été que des herbes des haies ou des terres communales , jusqu’à la grosse vache qui ne quitte pas un râtelier très abondant, la rente moyenne annuelle en argent varie de 200 fr. à 110 fr.
- On blanchit les toiles de lin avec du petit-lait. Ce blanchissage , qui est très beau, est fort coûteux , par la difficulté de se procurer les quantités nécessaires de cette substance, ce qui conduit à la réserver pour les toiles les plus précieuses. Avec les laiteries banales , il sera facile d’en étendre l’usage, en formant des blanchisseries à portée de ces établissemens, qui fourniront le petit-lait en quantité suffisante pour permettre d’opérer le blanchissage en grand.
- Au reste , les laiteries banales ne peuvent être en usage dans le voisinage des .grandes villes, parce qu’on tire un meilleur parti de la vente du lait que de ses produits. La profession de Laitière est, à Paris, d’un très fort revenu il en est qui sont propriétaires de cent vaches et même plus encore , et qui chaque matin viennent à la ville vendre le lait des traites de la veille et du jour. Il en est d’autres qui ne possèdent aucune vache, mais qui passent leur soirée à parcourir les hameaux voisins de leur habitation , pour y recevoir des paysans le lait qu’ils ont obtenu de leur vache, et qui viennent en ville , de grand matin, distribuer ce-qu’elles ont ainsi recueilli. Une charrette , un mauvais cheval, quelques pots de fer-blanc à large panse et fermés d’un couvercle plat et circulaire , sont les seules choses nécessaires pour exercer, sur le pavé de Paris, leur utile industrie. Ces laitières font en outre un commerce d’œufs frais, de beurre, de poulets , de fromages caillés , etc. Fr.
- LAITIER (Arts chimiques). Matière vitreuse, d’un aspect laiteux, opalin, d’où il paraît qu’elle tire son nom, de .couleur blanchâtre, ou vert-bleuâtre, qui coule des hauts-
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- fourneaux pendant le traitement des minerais de fer. Le laitier, plus fusible et plus le'ger que la fonte, qu’il recouvre et défend du contact de l’air, est la réunion de toutes les substances formant, soit la gangue du minerai, soit le fondant qu’on y ajoute. Il résulte , des expériences de M. Vauquelin, qu’on peut trouver dans les divers laitiers qui proviennent des minerais de fer, un grand nombre de substances , telles que la silice , l’alumine, la chaux, la magnésie, le charbon, les oxides de fer, de manganèse, les acides arsénique , phos-phorique et chromique. Il arrive souvent qu’une portion de laitier, ou. de quelques-unes des substances- qu’il contenait, comme, par exemple, du phosphore, du chrome, de l’arsenic, qui ont été désacidifiées pendant l’opération, se retrouvent dans la fonte et la rendent cassante , soit à froid , soit à chaud. On a remarqué que les minerais de fer qui donnent la fonte blanche , fournissent constamment une plus grande quantité de laitier que ceux qui produisent les fontes grise et noire. ( V. l’article Fer. ) L*****r.
- LAITON ou CUIVRE JAUNE ( Arts chimiques). Alliage de cuivre et de zinc, composé moyennement de 0,64 de cuivre, o,33 de zinc, et de o,3 de plomb et d’étain. Il est employé dans les Arts à un grand nombre d’usages, parmi lesquels nous citerons la fabrication des fils , qui absorbe à elle seule plus de la moitié du laiton livré au commerce.
- Il y a peu d’années encore , la France ne possédait aucune fabrique de laiton ; il est vrai que le produit de celles des Pays-Bas, qui faisaient alors partie de notre territoire, excédait nos besoins. Depuis la paix, plusieurs établissemens de ce genre ont été créés ; mais nous sommes encore bien éloignés de produire tout le laiton nécessaire- à notre consommation , qui s’élève de 18 à 20 mille quintaux métriques par an. Ne possédant en outre que dans une très faible proportion les matières premières qui entrent dans la composition du laiton, nous sommes obligés de les tirer de l’étranger pour alimenter nos usines. Dans la plupart d’entre elles, on exécute directement ïalliage du cuivre métallique avec le zinc métallique, mé-
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- thode la seule actuellement en usage en Angleterre ; mais dans quelques-unes on se sert encore du procédé usité dans les Pays-Bas , qui consiste à mélanger le cuivre avec du minerai de zinc grillé. Nous allons indiquer ces deux procédés.
- Les matières premières employées pour la fabrication du laiton sont :
- i°. Les minerais de zinc, les mêmes dont on retire ordinairement le zinc métallique ; ce sont dés carbonates et des oxides de zinc, connus sous le nom de calamine. Les minerais employés en Belgique et en France sont tirés de la Vieille-Montagne, pays de Liège, où il en existe des dépôts considérables. Le sulfure de zinc, qui se trouve quelquefois en assez grande abondance dans les autres mines métalliques, peut être employé avec avantage pour cet usage, ce que plusieurs essais en grand ont démontré, comme nous l’indiquerons à la suite de cet article.
- a0. Du zinc métallique.
- 3°. Le cuivre métallique. On se sert ordinairement du cuivre rosette de Drontbeim ( Norwége ) ; il est regardé comme le meilleur que l’on puisse employer.
- 4°. Des produits zincifères, tels que cadmies de certains hauts-fourneaux de la Belgique ; produit connu dans ce pays sous le nom de kiess, et dont la grande richesse en zinc le rend d’un emploi très avantageux dans la fabrication du laiton ;
- 5°. Des mitrailles rouge et jaune. On désigne par ce nom les débris d’ustensiles de cuivre ou de laiton.
- Les fourneaux ou fours employés dans la fabrication du laiton sont circulaires ; leur voûte a tantôt la forme d’un dôme, comme ceux des environs de Jemmapes, tantôt celle d’un cône tronqué, comme près de Givet, dans les Pays-Bas, ou de Bristol en Angleterre. Leur largeur varie de iw,20 à im,5o; leur hauteur est à peu près la même que leur diamètre. Dans une usine des environs de Givet que nous avons eu l’occasion de visiter, les fourneaux ont les dimensions suivantes : le cône tronqué qui forme la voûte a im,20 de largeur à sa base, largeur qui est aussi celle de la sole du fourneau ; son diamètre
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- supérieur est de om,36 à om,45 ; il est garni d’une couronne en fer qui forme le gueulard du fourneau. La sole est formée par une plaque de fonte de om,o5 à om,o8 d’épaisseur, percée dé huit trous et recouverte d’une couche de quelques centimètres d’argile réfractaire fortement tassée. À chaque trou on adapte des cylindres ou buses en fonte de o"',o6 à 0^,07 de diamètre, qui saillissent un peu au-dessus de la sole. C’est par ces ouvertures que l’air s’introduit dans le fourneau, et alimente la combustion ; c’est également par elles que les escarbilles tombent dans le cendrier. Le gueulard, placé au niveau du sol de l’atelier, est recouvert par un plateau en pierre ou en briques , au milieu duquel on a ménagé un trou pour laisser échapper la flamme et la fumée; il sert.en même temps à enlever le plateau plus facilement.
- Les fourneaux doivent être construits en briques réfractaires ; ils sont accolés plusieurs ensemble, et disposés ordinairement sur une même ligne, le long de laquelle règne une vaste cheminée où se rendent les fumées et les vapeurs qui se dégagent des fourneaux.
- Pots Ou creusets. Chaque fourneau renferme huit pots ou creusets ; ils sont placés sur les parties pleines de la plaque qui forme la sole. Ces pots, légèrement coniques, ont on,ai de diamètre à leur partie supérieure, et om,48 de hauteur. Ils peuvent contenir la quantité de matière nécessaire pour produire de 5o à 60 kilogrammes de laiton. Ils doivent être fabriqués avec delà terré réfractaire, et pour qu’ils soient moins faciles à casser par les changemens brusques de température auxquels ils sont soumis, on mélange à l’argile des débris de vieux pots très grossièrement pilés. On doit apporter beaucoup de soin à la fabrication de ces pots, car de leur bonté dépend souvent la fortune de l’établissement. Ils doivent durer moyennement de 15 jours à un mois.
- Moules. Lorsque le laiton est fondu, on le coule dans des moules composés de deux pierres de granité. Il paraît que cette roche est préférable à toute autre, parce qu’elle a la double propriété de conserver la chaleur assez long-temps et d’être
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- assez dure pour pouvoir être piquée de manière que la surface présents- des aspe'rite's capables de retenir la couche d’argile dont on les recouvre. Ces pierres de o'n,64 de large sur om,gn sont enveloppe'es d’un cadre de fer pour les empêcher de se briser. Ces cadres sont munis de deux anneaux en fer dans lesquels sont fixées deux chaînes qui p'assent sur une poulie et servent à soulever la plaque supérieure du moule.
- Fabrication du laiton au moyen de la calamine. Dans cette méthode, on est obligé de faire deux opérations, parce que l’on ne peut introduire dans le laiton plus de 26 à 28 centièmes de zinc, à l’aide de la calamine. Ordinairement même, l’alliage que l’on obtient de la première opération , et que l’on appelle arcot, ne contient que 20 pour cent de zinc. Dans la seconde opération, on combine une nouvelle quantité de zinc avec cet alliage.
- Dans un mémoire'de M. Berthier sur la fabrication du laiton , nous trouvons que le mélange employé dans les usines de Jemmapes (1) pour obtenir de l’arcotse compose de 3o kilogr. de cuivre rosette de Drontheim, de 20 kilogr. de calamine , de xo kilogr. de kiess, et de 16 kilogr. de charbon de bois. Cette dernière substance a pour but de décomposer la calamine ; elle doit être en poussière assez fine.
- La calamine doit avoir été grillée et réduite en poussière très fine. On la grille sur le lieu même de l’exploitation, et elle est vendue aux fabricans de laiton sous cet état; ils la réduisent en poussière en l’écrasant entre deux grandes meules et en la blutant ensuite.
- On obtient du mélange précédent 37 kilogr. et demi d’arcot, contenant 80 centièmes de cuivre et 20 de zinc. D’après la richesse du kiess, on peut conclure que la calamine produit dans cette opération environ le quart de son poids de zinc.
- Pour transformer l’arcot en laiton, on emploie deux mé-
- (r) Essais faits dans la fonderie de laiton de Jemmapes , avec la blende de Pont-Péan, parM. Berthier, inge'nieur en chef des Mines. (Ann. des Mines,
- f. III, page 545.)
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- langes différens, suivant que l’on désire avoir un alliage sec (1), propre à être tourné, et ayant la propriété de se laisser fendre, etc., sans se déchirer, ou obtenir au contraire un alliage gras, c’est-à-dire qui se déchire et empâte l’outil lorsqu’on le coupe.
- Le premier de ces laitons que l’on coule en planches dites plates, ou en longues bandes, épaisses de y lignes, dites bandes à fils, est obtenu par le mélange suivant :
- 12 kilogr. de cuivre rosette, g — de mitrailles jaunes,
- 20,5 — d’arcot,
- 3o — du mélange de calamine et de kiess,
- et 16 — de charbon de bois.
- On ajoute de plus, lorsque la matière est bien fondue et réunie dans un seul pot, comme nous l’indiquerons plus bas, 3 kilogr. de zinc métallique en morceaux. Ce mélange donne, terme moyen, 5i kilogr. 3 7 centigr. de laiton , composé à peu près de 65,4o de cuivre, et 34,6o de zinc, plomb et étain.
- Une fonte ou presse de laiton propre à la fabrication des épingles se compose de
- i5kilogr. de cuivre rosette,
- 5 — de mitrailles jaunes, ao — d’arcot,
- 3o — de mélange de calamine et de kiess, 16 — de charbon de bois.
- On ajoute de plus au bain métallique, 4 kilogr. de zinc en morceaux. Le produit en laiton est à peu près le même que dans l’opération précédente.
- (0 D’après des analyses d’un assez grand nombre de laitons différons (Ann. des Mines, T. III, page 35;), M. Berthier a reconnu que e’est le plomb qui communique à cet alliage la propriété d’être sec. Au lieu d’employer des matières qui contiennent ce métal, comme le kiess et les mitrailles jaunes, on peut ajouter directement du plomb dans le mélange.
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- En réunissant les matières premières employées dans les deux opérations, il est facile de conclure que i oo kilogrammes de laiton consomment
- 37 kilogr. de cuivre rosette,
- 13, y — de mitrailles jaunes,
- 91 — de calamine et de kiess,
- 7 — de zinc métallique,
- et 5o — de charbon de bois.
- La fonte, soit de l’arcot, soit du laiton, s’exécute de la même manière , ce qui nous a engagé à faire précéder la description de la fonte par les mélanges que l’on fait dans ces deux opérations.
- Le fourneau étant chauffé dë manière que les pots ou creusets soient rouges, on les charge du mélange indiqué ci-dessus en les retirant successivement du fourneau. On a seulement soin de ne pas mêler indistinctement le cuivre rosette ou arcoï avec la calamine ; il faut, pour faciliter la combinaison du cuivre avec le zinc, que le cuivre soit à la partie supérieure, sans cela , on n’obtiendrait que très peu de laiton, et il se volatiliserait beaucoup de zinc, ainsi que l’on s’en est assuré par des expériences réitérées. Pour que le cuivre soit en contact avec les matières qui fournissent le zinc, oii l’enfonce à coups de marteau dans le creuset, qui a été rempli du mélange calaminaire. Tous les pots ayant été ainsi chargés et remis successivement dans le fourneau, on le remplit de houille, en avant soin dé ne pas obstruer les buses, puis on le ferme avec le plateau. On ménage la chaleur pendant six à sept heures ; au bout de ce temps , les ereusets sont rouge-blanc; on ranime alors le feu en chargeant de nouvelle houille. Peu de temps après avoir donné ce coup de feu, la fumée du zinc qui commence à paraître , indique que la réduction de la calamine s’opère ; on ralentit alors un peu le feu, afin que le Cuivre ne fonde pas trop rapidement et qu’il ait le temps, en tombant goutte à goutte, de se combiner avec le zinc qui se réduit. Au bout de to heures environ , la presse ( nom
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- par lequel on désigne une fonte ) est terminée, il ne se dégage plus de vapeurs des creusets, et l’alliage s’est réuni au fond. On retire alors chaque creuset du fourneau ; on enlève avec une espèce de cuillère en fer les escarbilles qui recouvrent le bain métallique, et l’on réunit dans un seul pot l’alliage qui est dans chacun des huit. Dans plusieurs usines , et notamment dans celle de Jemmapes que nous avons déjà citée ci-dessus, le pot dans lequel on rassemble tout le métal fondu est plus grand que les autres. Après avoir fait cette réunion, on laisse reposer quelques instans l’alliage, pour que les impuretés se portent à sa surface; le maître fondeur alors les enlève avec une cuillère en fer fixée à un long manche en bois. Lorsque toute l’écume solide est ainsi enlevée, et que l’alliage métallique est bien net, on le coule dans le moule, composé de deux pierres de granité, que nous avons indiqué plus haut, et dont nous donnons le dessin. Lorsque l’opération a pour but d’obtenir du laiton , on enlève les bavures que présente la planche, on l’ébarbe, et on la porte aux cisailles pour la diviser en bandes de la largeur convenable.
- L’écume qui recouvre l’alliage est solide, et forme Une espèce de sable composé de matières qui ne sont pas fusibles à la température des fours au laiton, qui est à peu près le rouge-blanc. On y trouve principalement du zine oxidé silifère, minéral irréductible à la température de la fusion du cuivre, des grains ferreux, des clous et des morceaux de fil de fer, enfin des grenailles de laiton, dont la quantité varie entre 1 et % pour cent. On sépare ces grenailles, soit par le lavage, soit par un criblage très simple.
- La consommation en houille est à peu près triple de la quantité de laiton obtenue.
- Fabrication du laiton avec le zinc métallique. Cette méthode, pratiquée dans quelques usines de France et des environs de Stolberg , est la seule en usage en Angleterre depuis quinze à dix-huit ans. Avant cette époque, on obtenait le laiton par le mélange de calamine et de cuivre rouge, comme en Belgique ; mais les Anglais ont abandonné ce dernier procédé, parce qu’ils
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- ont reconnu qu’on perdait beaucoup moins de zinc en extrayant d’abord ce me'tal de la calamine, puis en le combinant directement avec le cuivre rouge. Les principaux lieux où l’on fabrique le laiton, en Angleterre, sont Bristol, Birmingham,., dans le centre de l’Angleterre, et Holy-Well, dans le nord du pays de Galles. Dans la première de ces deux villes , il n’existe qu’une seule usine de ce genre, tandis qu’elles sont assez nombreuses à Birmingham, lieu où le laiton est mis en œuvre dans un grand nombre d’ateliers.
- On est dans l’habitude de faire aussi deux opérations dans ; cette me'thode de fabrication du laiton. Dans la première, on obtient un alliage peu riche en zinc, qui correspond à Yarcot, et, dans la seconde, on ajoute une nouvelle quantité' de zinc à l’alhage obtenu. On regarde comme certain que , si l’on mettait immédiatement la proportion de zinc ne'cessaire pour le laiton, il se brûlerait une quantité considérable de ce métal. Mais cette assertion paraît erronée, d’après des expériences faites par M. Berthier, ingénieur en chef des Mines (i), dans lesquelles il a obtenu du laiton très homogène, en mettant, dans du cuivre en fusion, du zinc métallique en morceaux chauffés d’avance.
- Le zinc en fragmens placé au fond du pot, est recouvert avec du cuivre granulé (2). On remplit le fourneau de houille en gros morceaux, jusqu’à la hauteur des creusets, et l’on met le feu à la partie supérieure. Le cuivre, en fondant, coule et s’allie avec le zinc qui, lui-même, en se volatilisant, s’unit au cuivre. Dans cette opération, on devrait croire que la volatilisation du zinc est considérable ; et cependant l’expérience prouve, au contraire, qu’il y a une perte très petite de ce métal. En effet, on ne voit que très rarement la flamme du zinc qui brûle s’élever au-dessus du creuset. Quand on juge
- (1) Annales des Mines, T, III, page358.
- (2) Pour granuler ce cuivre, on le verse dans une cuillère perce'e de trous, pîace'e au-dessus d’un baquet rempli d’eau. Cette granulation se fait dans les usines à cuivre, qui le vendent sons cet ùat aux fabricans de laiton.
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- que l’alliage est opéré, on le coule en planche entre deux pierres de granité que l’on maintient dans une position inclinée , au moyen d’une chaîne adaptée à une grue ; on casse ensuite cet alliage en fragmens et on le fond avec une nouvelle quantité de zinc, pour obtenir du laiton. La fusion se fait de la même manière, et exige à peu près le même temps (huit ou neuf heures). Le laiton est alors coulé en planches de un mètre de long sur om,66 de large, et de om,oo92 à om,oi39 d’épaisseur, en le versant entre deux plaques de granité, ainsi que nous l’avons indiqué ci-dessus.
- Le procédé employé aux environs de Stolberg est le même, avec cette différence seulement, que le cuivre est mis en morceaux au lieu d’être en grenailles. Cette différence, en apparence très légère, paraît, au dire des Anglais, en apporter une très sensible dans la qualité du laiton ; il est plus homogène, et ne présente pas de points durs qui sont très nuisibles au laminage du laiton. Il paraît aussi que cet état de dissémination du cuivre facilite sa combinaison avec le zinc, et qu’il est cause que la volatilisation de ce métal est moindre.
- Nous avons cru remarquer, en outre, que la température, au moment de la coulée , est plus considérable qu’à Stolberg; circonstance qui fait que les planches de laiton présentent beaucoup moins de pailles , l’alliage ne se figeant pas à mesure qu’il coule.
- Les plaques de laiton qu’on vient d’obtenir sont presque toujours laminées. Suivant qu’on veut avoir des feuilles plus ou moins grandes, on les coupe en bandes plus ou moins larges ; le plus ordinairement on leur donne om,i66. Les cylindres qu’on emploie pour ce travail ont généralement im,i66 de long et o'7!,4"2 de diamètre. Ces bandes sont passées à froid sous les cylindres; bientôt le laiton se durcit, et, par la disposition que prennent les molécules, ne peut plus être laminé. On le recuit alors, et après l’avoir laissé refroidir, on le repasse de nouveau sous les laminoirs. Quand les feuilles sont dégrossies, on en lamine deux l’une sur l’autre, et lorsqu on désire en avoir de très minces, on en passe jusqu’à huit
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- à la fois sous le laminoir. On est obligé de recuire le laiton jusqu’à sept ou huit fois avant de pouvoir amener la feuille aux dimensions qu’on désire. Ces chauffes successives sont très dispendieuses , et c’est surtout sur le perfectionnement des fourneaux de recuit que les fabricans doivent porter leur attention. Ceux que nous avons vus sont de deux formes, suivant la dimension des feuilles de laiton. Les petits, qui peuvent avoir 4 mètres de long, ont une chauffe à chaque extrémité, de om,33 de large à peu près, et la voûte a la forme d’un cylindre dont l’axe est parallèle au petit côté. La sole , formée de briques placées de champ, est horizontale. Sur le devant du fourneau existe une large porte que l’on soulève avec un levier ou un contre-poids, et qui glisse entre deux coulisses en fonte. Le plus ordinairement, ce fourneau n’a pas de cheminée, si ce n’est une hotte placée au-dessus de la porte, pour que la fumée ne se répande pas dans l’atelier. Quelquefois la voûte est percée de plusieurs trous, comme un four à verrerie.
- Les planches en feuilles sont placées l’une sur l’autre ; mais pour que la chaleur circule entre elles, on les sépare quelquefois par une rognure ; et la première ne repose pas immédiatement sur la sole du fourneau, mais sur deux barres de fonte qui sont placées longitudinalement.
- Les grands fourneaux ont jusqu’à 8m,33 de long sur une largeur de iro,66. Leur sole a un mètre environ. Une grille de om,33 de large règne de chaque côté de la sole, sur toute la longueur du fourneau, et n’en est séparée que par un petit mur de o'",o55 à o"i,o83 de hauteur. La voûte de ces fourneaux, très peu courbe , est percée de six à huit ouvertures qui permettent à la fumée de se rendre dans une hotte qui les surmonte. A chaque extrémité du fourneau il y a une porte en fonte qui glisse dans des coulisses en fonte, et qu’on peut soulever soit avec un levier ou un contre-poids. Sur la sole du fourneau , on a pratiqué une espèce de chemin de fer composé de deux rainures en fonte. C’est dans ces rainures qu’on fait glisser le chariot sur lequel on a placé les feuilles de laiton, ainsi que nous allons l’indiquer.
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- Les feuilles de laiton, dont la longueur est souvent de 8 mètres , ne pourraient pas être retire'es ni mises facilement dans le fourneau; et comme cet alliage se lamine à froid, on les y place toutes à la fois, et on les retire de même. Pour cela, on a un chariot en fonte compose' de quatre barres et portant quatre roues. Sur ce chariot, dont la longueur est à peu près celle du fourneau, on place les feuilles, que l’on se'pare de distance en distance avec une rognure. On élève ensuite ce chariot avec une grue jusqu’à la hauteur du fourneau, et on le fait glisser sur les rainures qui existent sur la sole. Pour ne pas perdre de chaleur, on a ainsi deux chariots, de façon que lorsqu’on en retire un , on en place un autre : le fourneau reste ainsi toujours chaud. Ce moyen, très commode pour placer et retirer les feuilles, exige une grande consommation de combustible, parce qu’on est obligé de chauffer inutilement le chariot, dont le poids est souvent plus considérable que le poids du laiton qu’on veut recuire.
- Essais en grand pour obtenir du laiton au moyen du sulfure de zinc ou blende. M. Boucher, propriétaire d’une usine à laiton , à Jemmapes, désirant établir une fabrique semblable dans l’intérieur de la France , et ne pouvant se procurer de calamine de Belgique , songea à la remplacer par de la blende. M. Berthier, ingénieur en chef des Mines , fit, concurremment avec M. Boucher, des expériences qui confirmèrent les résultats obtenus en petit, et leur fournirent du laiton de qualité égale à celui obtenu par la calamine. Nous allons indiquer succinctement ces essais (i).
- La blende doit être grillée pour ramener le sulfure de zinc à l’état d’oxide. Le grillage de cette substance ne présente aucune difficulté : seulement, pour le faciliter, il faut réduire la blende en poudre, ce qu’on fait au moyen d’une meule verticale analogue à celle employée pour le cidre. On
- (0 Nousks extrayons (l’un Mémoire de M. Bertbier, intitulé : Fabrication du laiton avec la blende, inséré dans le T. III des Annales des Mines, page 345.
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- expose cette blende pulvérisée sur là sole d’un fourneau à réverbère, chauffe' soit avec de la bouille, soit avec du bois. Le feu doit être ménagé' pour ne pas volatiliser le zinc. Il faut remuer de temps en temps la matière pour renouveler les surfaces et en mettre de nouvelles en contact avec l’air. Au bout de cinq à six heures, le grillage est entièrement terminé, ce qu’on reconnaît parce qu’il ne se dégage plus aucune fumée de la surface de la blende. Alors la matière est d’un beau rouge d’ocre ; elle est transformée presque entièrement en oxide de zinc. L’analyse de la blende grillée, dans les expériences faites par MM. Boucher et Berthier , a donné o ,8g d’oxide de zinc, 0,0j d’oxide de fer, et o,o4 de matières terreuses et de blende non grillée.
- Ils ont préparé d’abord deux presses d’arcot par la manière accoutumée, en remplaçant la calamine par la blende, c’est-à-dire en employant pour chacune,
- 3o kilogr. de cuivre rosette,
- 3 o — de blende grillée, et i6 — de charbon de bois.
- Les deux presses ont produit ensemble 79^.75 ou 39,80 pour chacune d’elles.
- La quantité d’oxide de zinc étant plus considérable dans la blende grillée que dans la calamine, on a pensé qu’on pourrait sans inconvénient en diminuer la proportion, et l’on a essayé de faire deux presses avec
- 3o hilogr. de cuivre rosette,
- 25 — de blende grillée, et 16 — de charbon de bois.
- Elles ont produit ensemble 8oi,!,5o d’arcot. Cet alliage renfermant 0,25 de zinc, on voit que la blende a produit, dans l’opération, jusqu’à o,4o de métal, richesse beaucoup plus grande que celle de la calamine de Limbourg.
- Avecl’arcot obtenu dans les deux opérations précédentes, on a fait deux presses de platte et une de planches à épingles.
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- LAITON.
- Les presses de platte, composées de
- 12 kilogr. de cuivre rosette,
- 20, 5 — d’arcot,
- 9 — de mitrailles jaunes,
- 3o — de blende grillée,
- i5 — de charbon de bois,
- et 3 — de zinc métallique,
- 49
- ont donné îo/J kilogrammes de laiton, tant moulé qu’en grenailles, c’est-à-dire 5a kilogrammes par presse, au lieu de Si ,37 qu’on obtient avec le mélange ordinaire.
- La presse de planches à épingles, composée de
- i5
- 20
- 5
- 3o
- i5
- et 4
- kilogr. de cuivre rosette ,
- — d’arcot,
- — de mitrailles j aunes,
- — de blende grillée,
- — de charbon de bois,
- — de zinc métallique,
- a donné à peu près le même résultat. L’alliage contenait environ o ,63 de cuivre, et o, 37 de zinc ; la blende n’a rendu, par conséquent, dans cette opération, que 0,27 de zinc. On a pensé qu’on pourrait en réduire la proportion. Effectivement, en ne mettant que 25 kilogrammes dans une presse postérieure, on a obtenu autant de laiton que dans celui-ci.
- La richesse de la blende a fait présumer qu’on pourrait, avec cette substance, obtenir directement du laiton, en supprimant l’opération préliminaire de l’arcot. En conséquence, on a fait deux presses, l’une pour platte, composée de
- 28,5 kilogr. de cuivre rosette,
- 9 3o i5 et 5 Tome XII.
- de mitrailles jaunes, de blende grillée, de charbon de bois, de zinc métallique ;
- 4
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- 5o LAITON.
- l’autre, pour planches à épingles, composée de
- 31,5o. kilogr. de cuivre rosette,
- 5 — de mitrailles jaunes,
- 3o — de blende grillée,
- i5 — de charbon de boîs ,
- et 6 — de zinc métallique.
- Le produit total a e'té de 104 kilogrammes ; et la composition de ce laiton e'tait environ 0,657 de cuivre, et o,343 de zinc et plomb, proportions qui sont à peu près celles du laiton que l’on fabrique avec la calamine ; seulement ce dernier contient un peu plus de plomb, le kiess que l’on emploie concurremment avec la calamine en contenant plus que la blende. Aussi, si l’on voulait avoir du laiton sec, en se servant de la blende, il conviendrait de faire une le'gère addition de plomb.
- Le laiton obtenu avec la blende, soit en préparant d’abord l’arcot, ou en ne faisant qu’une seule ope'ration, soumis aux e'preuves du laminoir et de la filière, dans les usines de M. Boucher, s’est comporté exactement comme celui qu’on fait avec la blende en deux opérations, et on l’a trouvé d’aussi bonne qualité.
- Analyse du laiton. Une certaine addition de plomb rendant le laiton sec, et l’étain lui communiquant des propriétés nuisibles , il est souvent nécessaire de connaître les proportions des différens métaux qui entrent dans cet alliage; nous pensons donc utile d’indiquer la manière la plus commode d’en faire l’analyse.
- Si l’on traite l’alliage par l’acide nitrique pur, l’étain attaqué par cet acide reste insoluble à l’état d’oxide. En le pesant, on connaît facilement la proportion d’étain métallique, celui-ci entrant pour 79 dans 100 d’oxide. En ajoutant de l’acide sulfurique à la liqueur, on précipitera le plomb à l’état de sulfate, et comme 100 de sulfate de plomb contiennent 68,26 de métal, on connaîtra la proportion pour laquelle il entre dans l’alliage. Pour obtenir le cuivre, il faut chasser l’acide nitrique , et faire en sorte qu’il y ait un excès d’acide sulfu-
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- LAITON. 5t
- Tique : par ce moyen, le zinc et le cuivre seront transformés en sulfates, et on pourra précipiter le dernier de ces métaux, en mettant dans la liqueur une lame de fer. Le cuivre précipité par ce moyen est à l’état métallique et parfaitement pur ; on le lavera avec soin, et on le fera sécher à une douce chaleur, pour qu’il ne s’oxide pas. Connaissant ainsi le plomb, l’étain et le cuivre qui entrent dans la composition du laiton, on pourra calculer par différence la proportion de zinc ; mais il vaut mieux, comme vérification, doser également le zinc. Dans ce cas, il faut faire bouillir la liqueur avec de l’acide nitrique, pour faire passer le fer au maximum, et l’évaporer même presqu’à siccité. Après avoir étendu la liqueur avec de l’eau, on ajoutera un carbonate alcalin neutre qui précipitera le fer et un peu de zinc. On aura donc divisé ainsi le zinc en deux parties : une grande quantité sera restée en dissolution dans la liqueur , et il y en aura un peu avec le fer. Pour isoler cette dernière partie de zinc, on traite le précipité par de Tacide acétique-, on fait évaporer à siccité à une douce chaleur, et l’on reprend par l’eau bouillante : l’oxide de fer ne se redissout pas, tandis que tout l’oxide de zinc reste dans la liqueur. On réunit alors les deux dissolutions de zinc, et l’on précipite tout par un sous-carbonate alcalin, en ayant la précaution de faire bouillir. Le carbonate de zinc calciné au rouge donne un oxide qui, sur ioo parties, contient 80 à 8o,5o de métal.
- La précipitation du cuivre par une lame de fer est la meilleure méthode, lorsqu’on ne se propose pas de rechercher également le zinc. Dans ce dernier cas, il est préférable, après avoir obtenu l’étain et le plomb, de précipiter le cuivre à l’état de sulfm-e, par un courant de gaz acide hydrosulfurique ; ensuite , après avoir fait bouillir la liqueur, pour chasser l’acide hydrosulfurique qui y est en dissolution, on précipite le zinc par un sous-carbonate alcalin, comme dans la méthode précédente.
- Il faut redissoudre le sulfure de cuivre dans l’acide nitro-muriatique, et Ton précipite le cuivre, soit à l’état métal-
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- 52 LAMBOURDES.
- liquc par une lame de fer, soit à l’état de carbonate par un carbonate alcalin.
- Il existe plusieurs autres méthodes pour analyser le laiton; mais les deux que nous venons d’indiquer nous paraissent celles que l’on doit employer de préférence. D.
- LAMBOURDE ( Agriculture). On donne ce nom à de petites branches longuettes, dont les yeux sont plus gros et plus rapprochés que sur les branches à bois, et qui, dans les arbres de fruits à pépins , ne s’élèvent jamais verticalement comme celles-ci, mais sont perpendiculaires à la branche où elles sont implantées. Les lambourdes des fruits à noyau donnent du fruit dans la même année ; celles des arbres à pépins sont trois ans à se préparer pour donner du fruit; elles naissent vers le bas de la branche, à travers l’écorce du vieux bois, ou sortent des yeux des branches de l’année précédente. Leurs yeux sont foncés en couleur ; l’écorce est luisante, et le bout porte plusieurs boutons, dont un seul est à bois.
- Les lambourdes assurent les fruits des aimées suivantes ; il ne les faut abattre que lorsqu’elles ont produit leur fruit ; seulement, quand elles sont longues, on les accourcit en les cassant. Cependant lorsqu’elles viennent sur des parties dégarnies , en les taillant pendant plusieurs années à un seul œil, elles se changent en branches à bois. Si l’arbre est trop affaibli par des sécheresses ou une trop abondante fructification , on une maladie antérieure, il faut ne laisser qu’un petit nombre de lambourdes sur l’arbre.
- En coupant une lambourde, on détermine souvent la sortie de plusieurs autres dans le voisinage ; il y a de l’adresse à tirer parti de cette connaissance pour obtenir plus de fruits, en ménageant et conduisant bien la taille de l’arbre. Fk.
- LAMBOURDES ( Architecture). Ce sont des pièces de bois de sciage, des chevrons de 4 à 6 pouces, refendus en deux, qu’on couche et scelle à augets avec plâtre et platras, sur un plancher, pour y attacher du parquet; on les dispose carrément ou obliquement, selon la forme du parquet, pour y clouer les feuilles. Or. garnit l’intervalle des lambourdes avec
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- LAMES DÉS LISSES. 53
- "du poussier de charbon , pour empêcher que l'humidité ne fasse déjeter le parquet, surtout dans les salles basses.
- On donne aussi le nom de lambourdes à des pièces qu’on met le long des murs et des poutres , auxquels elles se lient avec des étriers en fer ou par des corbeaux de bois, de fer ou de pierre. Cette construction est employée pour soutenir les bouts des solives , lorsqu’elles ne portent point dans les murs ni sur les poutres : comme les mortaises affaiblissent celles-ci, on préfère leur accoler des lambourdes , sur lesquelles les solives portent et viennent s’assembler.
- La pierre dite de lambourde , se tire des carrières d’Areueil et autres lieux près de Paris; elle est tendre, d’un grain jaune et un peu gros ; on l’emploie aux beaux ouvrages, comme celle de Saint-Leu. Il faut la laisser sécher sur la carrière, pour qu’elle prenne de la consistance et ne soit pas gelive. Cette pierre se taille sous d’assez grandes dimensions.
- Fr.
- LAMBRIS ( Architecture ). On désigne par ce terme toutes sortes de plafonds et ouvrages sur des lattes clouées et jointives , qu’on enduit de plâtre au sas.
- Le Mexüisier appelle aussi lambris tous les assemblages par panneaux et montans ou pilastres , dont il recouvre les murs d’un appartement. Il convient de laisser du vide entre ces ouvrages de menuiserie et la muraille , et d’y pratiquer de petits trous pour empêcher que les bois ne s’échauffent. On peint ordinairement les lambris, on lès dore, et on les enrichit de divers ornemens. Le lambris d’appui n’a que 6 à ta décimètres (244 pieds) au pourtour d’une pièce; le lambris de revêtement règne du bas en haut. On en fait aussi en marbre.
- Lambrisser, c’est enduire de plâtre fin le lattis d’un pan de bois, ou un plafond , ou une cloison, etc., ou revêtir ces surfaces en panneaux de menuiserie. Fr.
- LAMES DES LISSES ( Technologie). Dans un métier de tisserand, de quelque nature qu’il soit, il y a autant de lisses quil y a de fils dans la chaîne. Les lisses sont supportées, en
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- 54 LAMINAGE DES MÉTAUX,
- plus ou moins grand nombre, par des tringles en bois qu’on nomme lisserons. On donne le nom de lame à l’ensemble d’un certain nombre de lisses et de lisserons ; le nombre des lames varie suivant la nature de l’e'toffe. L’ensemble des lames qui servent au tissage d’une e'toffe est désigne' par le nom de remise, de harnais ou d’équipage. {V. le mot Lisseur.)
- L.
- LAMINAGE DES MÉTAUX {Arts mécaniques'). L’emploi des métaux laminés dans les Arts industriels est immense aujourd’hui ; aussi les moyens de fabrication se sont-ils promptement multipliés et perfectionnés sur divers points de la France. Là où l’eau n’a pu servir de moteur, on a fait usage des machines à vapeur : telles sont les usines de Charenton, près Paris; d’Imphy, dans le département de la Nièvre. On estime que la force nécessaire doit être au moins de soixante à soixante-dix chevaux, pour faire mouvoir plusieurs paires de laminoirs.
- Le laminage du fer et de l’acier , qui est le plus important, se fait à chaud; le laminage de l’or, de l’argent, du cuivre, de l’étain, du plomb , du zinc, et généralement de tous les métaux mous et ductiles, se fait à froid. Chacun exige des méthodes et des précautions particulières, que nous allons tâcher d’indiquer.
- Laminage du fer et de Vacier. Les usines où ce travail a lieu doivent être pourvues d’une force motrice , soit hydraulique, soit à la vapeur, comme nous l’avons dit, équivalente à soixante ou soixante-dix chevaux, appliquée à faire mouvoir des marteaux et des laminoirs d’une construction solide. ( V. Lami.voirs. ) A côté et le plus près possible des laminoirs , sont établis des fourneaux à réverbère, destinés à chauffer le fer et l’acier qu’on veut laminer et réduire en tôle ; des plans inclinés formés de barres de fer, vont de la bouche de ces fours à l’entrée des laminoirs, sur lesquels plans, au moyen de tenailles de fer, on fait glisser les bidons ( c’est ainsi qu’on nomme les tronçons de fer préparés pour être laminés) qui sortent du fourneau pour être soumis a
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- LAMINAGE DES MÉTAUX. 55
- l’action du laminoir, ou qui, après avoir reçu un premier travail, sont rapporte's dans ces mêmes fourneaux.
- Les fers et aciers marchands ne sont pas assez régulièrement travaillés ni assez purs pour être employés immédiatement au laminage ; on les reforge avec soin à un martinet, pour les affiner et les rendre parfaitement homogènes dans toutes leurs parties , et former des bidons d’une dimension et d’un poids parfaitement égal, pour la même espèce de tôle. Si, malgré ce travail supplémentaire, le bout des barres ou quelques autres parties se trouvaient encore pailleux , il faut les retrancher. On ne doit soumettre au laminage que des barres saines ; la moindre gerçure suffit pour faire mettre au rebut une feuille de tôle, surtout si elle est mince.
- Les barres ainsi préparées portent, quand c’est pour fabriquer des tôles à tuyaux, 6 pieds de long, 4 à 5 pouces de large, sur un pouce d’épaisseur.
- Le maître lamineur pèse ces barres, et marque avec de la craie , sur chacune d’elles , leur poids, qui est ordinairement de 96 à 100 livres, fournissant dix-neuf à vingt feuilles de tôle à tuyaux de 36 pouces de long, i5 à 16 pouces de large, du poids de 3 livres et demie à 4 livres. Si ces feuilles-s’y trouvent en nombre pair, il coupe la barre en deux parties égales; mais si la barre , d’après son poids, doit en fournir un nombre impair, elle est coupée inégalement, de manière à n’avoir jamais que des feuilles entières, évitant toujours d’avoir des fractions de feuilles. On met ensemble les barres qui ont le même poids.
- La grille du fourneau étant chargée d’une couche de houille, de 5 à 6 pouces d’épaisseur, et étant chauffée à blanc, on y introduit 1400 livres environ de fer préparé. Pendant la chauffe , le maître ouvrier examine si rien ne manque au laminoir , si le cylindre supérieur est élevé convenablement, bien qu’il ne puisse le régler définitivement qu’après avoir fait passer le premier bidon. Les barres étant chauffées à blanc, sont successivement passées debout au laminoir, réglé comme pour le premier bidon. On a soin, pendant cette opération,
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- de laisser couler de l’eau sur les cylindres, et surtout sur leurs tourillons et coussinets , afin d’en rendre le mouvement moins dur.
- Le lamineur ou maître ouvrier, par une deuxième operation semblable, les amène à une longueur juste pour former un nombre rond de feuilles, chose dont il s’assure au moyen d’une règle gradue'e pour cet objet. Ces barres, pendant qu’ellés sont encore rouges, sont de'coupées à une très forte cisaille que lait mouvoir le moteur, en autant de portions que l’appbeation de la règle a produit de divisions. La longueur de chaque bidon est e'gale à la largeur qu’on veut donner à la tôle, parce que les opérations suivantes du laminage se font sur les bidons pre'sente's en travers. La durée de ce travail préliminaire est d’environ une heure pour une fournée de 1400 livres.
- La moitié de ces bidons est remise dans le fourneau, en les rangeant les uns sur les autres en piles, au-dessus d’une couche de charbon de terre bien allumée et assez épaisse pour que l’air passant à travers la grille ne soit pas dans le cas de refroidir les couches inférieures des bidons. Lorsque ceux-ci sont chauffés à blanc, on les amène un à un et vivement, le long du chemin de fer, pour les présenter par le côté à l’action du laminoir, que deux hommes armés de clefs resserrent à chacun des quatre ou cinq passages qu’on fait subir de suite à chaque bidon, en augmentant à chaque fois la pression. Ce premier lamiuage en travers double la largeur du bidon , c’est-à-dire qu’il se trouve avoir alors io à : i pouces. Indépendamment des deux ouvriers qui manœuvrent le laminoir , il en faut deux autres placés en avant et en arrière, pour présenter et recevoir le bidon. Toute la fournée étant faite, on en laisse la moitié à terre, et un ouvrier replace l’autre moitié dans le fourneau pendant le travail du laminage. Cette manière d’opérer suppose qu’on n’a qu’un fourneau, mais ordinairement on en a plusieurs ; alors il n’y a point de temps perdu, ni de chaleur dissipée inutilement. Les bidons sont de suite replacés, pendant qu’ils sont encore chauds,
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- dans un des fourneaux, et le laminage marche sans interruption pour une seconde opération semblable à la précédente , qui double encore la largeur des bidons, c’est-à-dire qui les amène à avoir 20 pouces de large.
- Tous les bidons qui composent la fournée étant arrivés à ce degré de travail, l’aide du maître lamineur en fait des trousses de quatre feuilles assorties le mieux possible pour leurs dimensions , en laissant de côté toutes celles qui lui paraissent défectueuses. On remet à la fois quatre de ces trousses dans les fourneaux , et on les lamine alternativement à mesure qu’elles sont chaudes , jusqu’à ce qu’elles ait acquis une longueur de 4o à 46 pouces ; le maître lamineur les coupe alors en deux parties égales, et l’on en recompose des trousses de trois feuilles seulement, qu’on traite ensuite comme les trousses de quatre feuilles, en les chauffant et en les laminant alternativement, jusqu’à ce qu’elles aient 36 à 40 pouces.
- 11 y a ici une chose à remarquer : la feuille du milieu conservant sa chaleur plus long-temps que celles du dehors qui touchent immédiatement la surface des cylindres, s’allonge plus que celles-ci. On profite de cette circonstance pour mettre au milieu les plus petites feuilles , qui deviennent à leur tour , au bout de quelques passes, égales et même plus grandes que les autres. Là se termine le laminage de la tôle à tuyau , dont la beauté et l’égalité d’épaisseur dépendent de la dureté et de la forme rigoureusement cylindrique des rouleaux du laminoir ; car on conçoit que si quelques portions de leurs surfaces s’enfoncent, ont des gerçures, ou si elles étaient excentriques, la tôle serait défectueuse. C’est ce qui est arrivé jusqu à ce qu’on ait su faire des cylindres d’une extrême dureté. ( V. Laminoirs. ) Il fallait, avant cela, qu’on retournât les cylindres pour ainsi dire à chaque fournée , ce qui, indépendamment d’un travail très long , abrégeait singulièrement la durée des cylindres , en les réduisant très promptement à un diamètre trop petit, ce quin’empêchaitpas que les dernières feuilles d’une fournée 11e fussent remplies de defauts, qui mettaient nos tôles hors de comparaison avec les
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- tôles anglaises. C’était là la cause de l’infériorité de nos fers-
- blancs.
- Dans les premières opérations , pendant que les bidons ont encore de l’épaisseur, on peut faire couler de l’eau sur les cylindres et leurs collets, pour les empêcher de s’échauffer; mais lorsque les feuilles commencent à devenir minces, on ne peut plus y faire tomber d’eau, qui refroidirait à l’instant la tôle. On ne les arrose plus. C’est pour cela que, s’échauffant à un très haut degré de température qui ne permet plus à la graisse de rester dans les coussinets, les mouvemens à la fin deviennent très durs. Il faut aussi, dans la confection des cylindres, avoir égard à la flexion qu’ils éprouvent dans le laminage des tôles minces, bien qu’ils aient 14 à i5 pouces de diamètre, sur 2 pieds à 2 pieds et demi seulement de long. Pour éviter de faire de la tôle plus épaisse au milieu que sur les bords, on tient les cylindres un peu plus forts au milieu que vers les bouts. Ceci est un objet d’expérience, qui ne peut se régler que d’après l’observation attentive du travail.
- On sait qu’à chaque fois qu’on chauffe le fer à blanc, il se forme sur sa surface une croûte d’oxide qui y adhère assez fortement. Le marteau mouillé, dans l’opération du forgeage, fait partir cette croûte ; mais le laminoir, qui n’agit pas par percussion, ne l’en débarrasse pas ; il la presse et la fait entrer dans le corps des objets laminés à chaud, tels que le fer et l’aciér. C’est pour cela que les tôles faites de ces métaux ont toujours leurs surfaces assez rabotteuses quand on a fait tomber cette crasse. On ne pourrait même pas en faire du fer-blanc sans unir cette surface, au moyen du battage sous le gros marteau, en réunissant plusieurs feuilles à la fois. ( V. Fer-Blanc. )
- Pour fabriquer 1000 livres de tôle mince, il faut ordinairement 1160 à 1180 livres de fer, ce qui porte le déchet, dans cette manipulation, à 160 ou 180 pour mille : mais le déchet réel n’est, que de 3o livres. Le reste consiste en mauvaises feuilles et en rognures, qui tombent dans l’écarrissage à la cisaille. Les meilleures sont employées à faire des fiches,
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- LAMINAGE DES MÉTAUX. 5g
- des couplets, des garnitures de manches de couteau, des palastres de serrures, de cadenas, etc. Les de'chets varient suivant la nature des fers. Pour les tôles minces, les fers à grains sont préférables aux fers nerveux ; mais ces derniers sont très propres au laminage des tôles e'paisses.
- Celles-ci se laminent comme les minces , mais avec d’autres mesures, prises de manière àne point produire de déchets dans les dimensions. On commence toujours par former des bidons bien calibrés, et qui portent en longueur la même dimension que devra avoir en largeur la tôle , et puis on les lamine à l’épaisseur voulue, en doublant pour la dernière passe celles qui ne doivent porter qu’une demi-ligne , et en passant isolément celles dont l’épaisseur est plus considérable. Le déchet, dans la fabrication des tôles fortes, depuis une ligne jusqu’à quatre, n’est que d’environ io pour ioo.
- C’est du lavage des feuilles minces qu’on retire l’oxide rouge de fer dont on polit les glaces , les métaux , les cristaux.
- Une laminerie double, bien servie par le moteur , marchant nuit et jour, accompagnée de trois fourneaux, fait 10,000 kilogrammes de tôle fine par semaine, et 16,000 kilogrammes d’épaisse. Chaque 1000 kilogrammes de fer produit 600 feuilles de tôle à tuyau d’un quart de ligne, sur 16 pouces de large et 36 à 4o de longueur.
- Pour le service d’une laminerie double, il faut huit hommes, dont deux manœuvres, travaillant seize heures par jour. Il doit toujours s’en trouver cinq dans l’usine, et de temps en temps six. Ils travaillent aux pièces : on leur donne i5 fr. par 1000 livres de tôle fine, et 12 fr. pour l’épaisse.
- Indépendamment de ces huit ouvriers lamineurs, il faut un ouvrier ajusteur, qui est attaché à l’usine , dont il soigne l’entretien , et qui est payé à part. On compte que cet entretien , y compris la graisse, les rouages, les objets de charpente , etc., reviennent à ,5o par mille livres pesant de tôle.
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- Etat de la dépense qu'occasionne le laminage de iooo livres
- de tôle mince.
- 1170 livres de fer première qualité , à 200? ££.. 292/5o
- Salaire des ouvriers lamiueurs................ i5
- Entretieu de l’usine, des outils, etc...... 7,5o
- 900 livres de houille , dont ^ en morceaux. ... 9
- Intérêts du capital employé.................. 10
- Total........... 334/
- Le déchet utile est évalué à i5 fr. ; mais on le laisse de côté pour faire face aux dépenses accidentelles et imprévues.
- Le mille pesant de tôle forte ne revient qu’à environ 3oo fr.
- Le fer qu’on fabrique avec les rognures de tôle est d’une excellente qualité quand on le forge au charbon de bois. Pour les travailler, on en forme des bottes de 5 à 6 pouces de long et autant de diamètre, qu’on serre fortement avec des liens de bon fer, et après les avoir enveloppées de terre à poêle, on les fait chauffer dans un four à réverbère, et puis on les travaille au martinet, comme tout autre fer. On en fait de la tôle propre à l’étamage. Il convient de remarquer que dans le laminage de ce fer, lorsque la feuille est devenue trop mince pour recevoir seule l’action du laminoir, on la plie sur elle-même en deux, et avant de la remettre au four, on la plonge dans de l’eau où l’on a délayé de la terre glaise, qui empêche le soudage des deux feuilles superposées quand on les passe au laminoir. On répète ce doublage et cette immersion quatre fois , ce qui donne une trousse composée à la fin de seize feuilles, qu’on présente toujours par le pli au laminoir.
- Le laminage de l’acier se fait de la même manière, avec cette différence cependant, que , prenant de la trempe très promptement lorsque les feuilles deviennent minces, on est obligé de les remettre très fréquemment au four, et que par conséquent le laminage en est bien plus long que celui du fer, à épaisseur et dimension correspondantes.
- Laminage du cuivre. Le cuivre rouge et jaune laminé en
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- planches plus ou moins larges et épaisses, est employé' à la fabrication d’un grand nombre d’objets de chaudronnerie, de Mécanique, au doublage des vaisseaux, à des appareils distil-latoires, etc. Depuis long-temps il existe à Romilly-sur-Andelle, département de l’Eure, un immense établissement pour la fonte et le laminage du cuivre. Ce métal, que nous tirons presque entièrement des pays étrangers, de la Russie, de la Suède, des États-Unis et de l’Angleterre, se lamine à froid. Le commerce le fournit sous deux formes différentes, soit en lingots, soit en planches épaisses de forme rectangulaire. Celui qui nous vient sous cette dernière forme est affiné au degré convenable pour être immédiatement laminé : c’est du cuivre rouge pur. Les lingots sont refondus et jetés en moules, pour les transformer en planches comme les premières; mais à cet égard, on suit des procédés particuliers. Le moule, qui est en pierre , n’est pas seulement pour une planche , mais bien pour plusieurs coulées successivement et à divers intervalles , les unes sur les autres , à mesure qu’elles sont prises. C’est dans cette opération qu’on fait l’alliage du zinc avec le cuivre rouge, pour avoir ce qu’on appelle du laiton , qui devient par là un peu moins malléable, mais plus fusible que le cuivre rouge. ( V- Cuivre et Laiton.)
- Ces deux sortes de cuivre, bien qu’ils soient à présent de nature différente, se laminent de la même manière. Les planches fondues sont pesées et amenées par quelques coups de laminoir, à des dimensions déterminées : alors on les coupe suivant une division donnée , et chaque morceau sert à faire une feuille. L’action du laminoir éerouit et rend à la fin le métal aigre. Pour lui rendre sa première malléabilité , on fait chaufferies feuilles dans des fours à réverbère, et quand elles sont rouges, on les plonge dans l’eau froide; on continue ensuite le laminage, la chauffe et l’immersion alternativement , jusqu’à ce que les feuilles soient parvenues au degré d’épaisseur qu’on désire. Le cuivre n’étant pas oxidable au meme degré que le fer et l’acier, n’éprouve presque pas de déchet dans ce travail. Les rognures qui tombent devant les
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- cisailles dans l’écarrissage des feuilles, quand elles ne peuvent
- pas servir à divers petits objets de quincaillerie, sont remises au
- creuset.
- La longueur des feuilles peut, sans inconve'nient, être très considérable ; mais leur largeur est nécessairement dépendante de la largeur du laminoir. On a vu à l’exposition de 1823, des planches de cuivre laminées à Romilly et à Imphy, portant 3m,g5o de longueur, 2",080 de largeur, et om,02 d’épaisseur ; pesant 200 kilogrammes. Il est très important d’avoir, pour la fabrication des grandes chaudières de] machines à vapeur ou d’autres appareils, de grandes planches. Les joints étant toujours moins solides que les endroits pleins, une chaudière sera d’autant plus forte qu’elle aura moins de joints. On a vu à cette même exposition, des fonds de chaudière, mais mar-tinés,* provenant des mêmes manufactures déjà citées, qui avaient im,6oo de diamètre, 0,447 ^e profondeur, pesant 280 kilogrammes (1).
- Les objets bombés se laminent d’abord à une certaine épaisseur, et ensuite le bombage se donne, soit au martinet, soit sous des moutons ou des balanciers munis de mandrins de forme convenable.
- Laminage du plomb. Le plomb se lamine très bien et à froid , quand il est pur. Il faut donc, avant de le soumettre à cette opération, s’assurer qu’il ne contient aucun alliage qui le rend aigre et cassant. Les planches de plomb qu’on destine à être laminées sont coulées sur une table garnie de sable fin bien nivelé et uni, ayant des rebords assez élevés pour l’empêcher de couler hors de l’encadrement qui limite sa dimension. Le plomb , d’abord fondu dans une chaudière, est transvasé , pour la coulée, dans une auge de fonte enduite intérieurement d’une couche de terre cuite ; laquelle auge étant apportée à l’aide d’une grue , auprès de la table à mouler, on y verse lentement et également le métal. La
- (1) Il y a à l'exposition de cette anne'e des fonds de chaudières provenant des mêmes ttablissemens et de celai de l’Isère, qui portent 3 mètres de diamètre et o,5 de profondeur.
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- LAMINOIRS. 63
- planche étant refroidie, est roulée sur elle-même en manchon et portée au laminoir après qu’on en a bien brossé et bien lavé la face inférieure pour en détacher les grains de sable. Le laminage s’en fait avec la plus grande facilité ; quelques passages suffisent pour amener la planche à l’épaisseur qu’on désire.
- On ne fait pas, à présent, un grand usage des feuilles de plomb laminées, surtout depuis qu’on tire les tuyaux de plomb à la filière. On coule si bien les planches et à toutes épaisseurs, qu’on les emploie immédiatement, soit aux bâtimens , soit pour le doublage de réservoir, de terrasse, etc. Le plomb extrêmement mince qui sert à faire les boîtes à tabac, se coule sur une serge placée sur une table légèrement en pente.
- Le zinc épuré se lamine comme le plomb , dont il tient beu dans beaucoup de circonstances. (V. Zinc. )
- Le laminage des autres métaux , tels que les plaqués d’or et d’argent, l’argent pur ou d’albage pour les ouvrages d’orfèvrerie, la fabrication de la monnaie , etc., se fait de la même manière, c’est-à-dire à froid, en ramolbssant par le recuit ceux de ces métaux que l’action du laminoir rend durs et cassans. Pour bien laminer , il ne faut qu’une force motrice suffisante et des laminoirs dont les cylindres soient extrêmement durs et exactement ronds. Cette dernière condition étant difficile, pour ne pas dire impossible à obtenir, même au moyen des tours qu’on nomme parallèles , on fixe, pour le dernier passage, quand on veut avoir des épaisseurs rigoureusement égales partout, les cvhndres, entre lesquels on tire alors la planche, qui se calibre comme dans un trou de fibère.
- E. M.
- LAMINOIRS (Arts mécaniques'). Machines composées de deux cyhndres d’acier ou de fonte de fer, dont la surface unie et pobe est extrêmement dure, entre lesquels cybndres on opère le laminage des métaux.
- Il y a de grands laminoirs destinés à fabriquer les tôles de toutes dimensions dans les grandes forges, où ils sont mus par un moteur puissant, et d’autres plus petits dont les
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- ateliers d’orfèvrerie, des fabricans de ressorts, des mon-nayeurs, des plaqueurs, des Iréfileurs, etc., sont munis, et dont quelques-uns sont mus à bras, ou par des manèges. Dans tous les cas, les tables des deux cylindres d’un laminoir quelconque doivent être parfaitement égales en diamètre et en longueur. Les deux cylindres sont placés dans une cage de fer ou de fonte, et sont maintenus l’un au-dessus de l’autre dans un même plan vertical passant par leurs axes : l’inférieur pose et tourne dans des coussinets fixes en cuivre. Le supérieur, qui tourne de même dans des coussinets de cuivre, a la faculté de s’élever et de s’abaisser, de manière à rendre plus ou moins grand l’intervalle des cylindres. C’est au moyen de deux vis de pression que ce mouvement s’opère, en les faisant agir simultanément, afin de conserver le parallélisme des cylindres. Dans les grands laminoirs, ce sont des ouvriers qui les manœuvrent isolément et ensemble , soit pour serrer, soit pour desserrer. Ils sont avertis que le parallélisme est bien conservé, quand l’objet laminé file droit.
- Dans les petits laminoirs , les vis de pression sont assujetties à se mouvoir simultanément par trois roues d’engrenage, dont deux égales sont fixées sur les écrous des vis, et la troisième sur le milieu de la traverse, et qui sert à conduire les deux autres, tantôt dans un sens et tantôt dans l’autre.
- Dans tous les laminoirs, les cylindres sont assujettis à se mouvoir en sens contraire, par des roues d’engrenage réciproques, fixées dans le même plan vertical, sur les tourillons des cylindres prolongés en dehors des poupées qui forment la cage. C’est ordinairement par le cylindre inférieur, dans les petits laminoirs, qu’on communique le mouvement ; dans les grands, on le communique aux deux cylindres à la fois, afin de ménager les manchons qui réunissent les axes bout à bout. Il est sans doute nécessaire que toutes les pièces soient d’une force suffisante pour le travail courant ; mais on fait en sorte de tenir un des manchons un peu faible, pour qu’il casse plutôt qu’autre chose, quand il survient une résistance extraordinaire : c’est ce qu’on appelle la part des accidens.
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- LAMPES. 65
- La bonté d’un laminoir dépend des cylindres. Il faut non-seulement qu’ils soient rigoureusement cylindriques et ronds, mais encore extraordinairement durs partout et sans la moindre gerçure. On ne les obtient tels, surtout les gros, qu’en les coulant dans des moules en fonte, alaises intérieurement, et avant des parois très épaisses, de 6 à 8 pouces. La fonte coulée dans ce moule froid, y est subitement prise à la surface, et forme une croûte d’environ un pouce, extraordinairement dure, qu’on ne parvient à entamer que très difficilement avec des outils d’acier fondu présentés de travers et non en long ; encore faut-il que le cylindre tourne avec une extrême lenteur , deux tours par minute, pour que l’outil ne se trouve pas détrempé à l’instant. On achève de les polir à l’e'meri. C’est ainsi qu’on les fabrique à l’usine de Charenton, où on les vend jusqu’à 3 fr. la livre.
- Les petits laminoirs fabriqués à Lyon sont très renommés pour la dureté des cylindres. Il paraît qu’ils sont faits comme nous venons de l’expliquer, mais coulés en acier fondu, au lieu de fonte Il y a de très bons forgerons à Paris , qui parviennent à forger des cylindres en acier, ou même qui n’ont qu’une chemise d’acier , qui prennent une grande dureté à la trempe. E. M. '
- LAMPES ( Arts physiques et mécaniques). Excepté dans les pays où l’huile est à très bon compte, on ne s’éclairait guère autrefois avec des lampes, parce que la construction de ces appareils était si vicieuse, qu’on n’en tirait qu’une lumière rougeâtre, vacillante , et que les courans d’air éteignaient fréquemment ; sans compter que l’odeur puante de l’huile échappée à la combustion, et que la malpropreté de la lampe, souillée de poussière grasse et de charbon, en rendait l’usage très incommode. Mais maintenant que les connaissances physiques se sont introduites dans les Arts , ou a tellement perfectionné les appareils , qu’on ne s’éclaire presque plus qu’avec des lampes, depuis les chambres des artisans les moins fortunés, jusqu’aux manufactures et aux plus brilîans salons. La lumière, en est bien plus vive et plus blanche que celle qu’on tire des corps gras et des bougies. La forme des lampes, Tome XII. 5
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- le mécanisme du porte-mèche , l’étui qui conduit l’huile au bec, etc..., ont varié de mille manières, à mesure que l’appareil s’est perfectionné , et aussi selon les localités et l’usage qu’on en voulait faire. C’est en vain que nous voudrions décrire toutes ces modifications ; ce serait la matière d’un traité spécial, et nous ne pourrions, sans excéder les limites qui nous sont imposées, entrer dans ces nombreux détails. Nous renverrons les personnes qui seraient curieuses de les connaître, à un excellent ouvrage de M. Péclet ( Traité de l’Éclairage ; Malher, passage Dauphine), où ce sujet est développé avec beaucoup de soin et de talent. Nous nous contenterons ici de décrire les lampes les plus usitées aujourd’hui, soit que les autres aient été abandonnées comme moins commodes pour l’usage, soit qu’elles rentrent dans des méthodes décrites en d’autres endroits de ce Dictionnaire. ( V. Éclairage au gaz, Gaz-Light, Phares, etc. )
- Nous diviserons les lampes en quatre classes, savoir : i°. celles dont la mèche est pleine ; 2°. celles qui sont à double courant d’air , dont la mèche est en cylindre creux; 3°. les lampes mécaniques, c’est-à-dire celles dans lesquelles l’huile est élevée du réservoir vers la mèche par un mouvement d’horlogerie ; 4°- les lampes hydrostatiques, où l’huile monte par une pression soutenue et extérieure au réservoir.
- i°. Lampes à mèche pleine, formée de fils parallèles.
- Lampe antique. C’est un vase de forme très variable, mais le plus souvent ovale ( V. PI. XI des Arts physiques, fig. i), dont l’un des bords porte un bec où la mèche vient présenter son extrémité ; le vase est plein d’huile, et la mèche cylindrique ou plate y est entièrement plongée, excepté la partie qui sort par le bec , où le liquide monte à travers les fibres par l’effet de l’action Capillaire. On est obligé d’attiser de temps à autre la partie charbonnée et de faire sortir un peu de mèche , à cause de la combustion , qui y forme sans cesse une partie noire et fumeuse. Cette lampe est fort en usage en Italie , dans le midi de la France et dans les pays où l’huile
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- d’olive est commune. On y ménagé une anse pour la tenir à la main, et souvent elle peut s’attacher à uue tige verticale, soutenue par un pied plombé ; on peut monter ou descendre la lampe sur cette tige , en l’y arrêtant par une vis de pression ou une cheville. On voit encore aujourd’hui de ces lampes en argent avec plusieurs becs, et plus richement orne'es que ne semble le comporter l’état grossier de cette vieille invention. La flamme est rouge, obscure, puante et fumeuse.
- Lampe à meche plate (fig. 2). Le réservoir qui contient l’huile est situé latéralement ; le bec part du fond du vase et s’élève en se recourbant en avant. Ces lampes donnent peu de lumière comparativement à la dépense d’huile , parce que le bec empêche le mouvement de l’air qui doit alimenter la flamme. On l’emploie pour éclairer les corridors, et partout où l’on n’exige pas beaucoup de lumière. Le réservoir, placé derrière la mèche, est disposé comme il sera expliqué ci-après, pour les réservoirs supérieurs.
- On se sert de ces lampes pour éclairer les rues ; on y adapte deux becs sur les faces opposées, et chaque jet de flamme est réfléchi par une lame polie en fer-blanc, d’où leur vient le nom de Réverbères.
- Lord Cochrane a eu l’idée de disposer le plan de la mèche dans une situation perpendiculaire à la précédente (fig. 2) ; en sorte que la partie épaisse du bec est placée d’avant en arrière. On trouve que l’air alimente mieux la flamme.
- On a perfectionné ces lampes pour les approprier à divers usages ; nous parlerons des plus usitées.
- t°. On cire les mèches pour leur donner plus de raideur et les rendre moins promptes à se charbonner.
- 2°. On y adapte une cheminée de verre comme aux lampes à double courant d’air, et l’on fait mouvoir la mèche par un pignon et une crémaillère , ainsi qu’on le dira plus loin. {V. fig. 3.)
- 3°. On dispose une carcasse en fil de fer pour porter un réflecteur conique en papier, ou bien on construit cette pièce en tôle vernie à blanc.
- 5..
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- La fig. 4 représente la lampe de cuisine ; la cheminée de verre est maintenue par de gros fils de fer verticaux. L’huile est versée par un trou au centre, où on laisse une plaque qui s’ouvre à charnière du côté du bec. Sur le bord du bec est une petite tige horizontale terminée par un bouton mo-leté, et sur laquelle viennent saillir trois ou quatre dents; cette tige, nommée cric, peut pirouetter sur un trou et une anse en fd de fer, placés aux extrémités, et qui la brident contre la mèche. En faisant pirouetter le cric , ses dents grippent la mèche et la font monter et descendre. Cette pièce a été imaginée par M. Schwickardi.
- La fig. 5 représente la lampe de Proust, qui est d’un excellent usage lorsqu’on ne veut pas une grande lumière, parce qu’elle ne fatigue pas la vue. C, est un matras sphérique en verre, dont le col I est fermé par un bouchon de liège ; ce bouchon est traversé par un petit tube de fer-blanc mn, ouvert aux deux bouts , par lequel sort l’huile du réservoir C. à mesure que la combustion s’opère. L’huile est soutenue dans ce réservoir par la pression atmosphérique, comme dans l’usage de la cuve hydropneumatique. Ce matras a son col introduit dans un court cylindre creux EF, au bas duquel est soudé un bec DE recourbé , propre à recevoir une mècbe plate, qu’on attise au besoin avec une aiguillette, et qu’on meut avec un cric , comme dans la fig, 4- Comme il importe que l’huile arrive toujours au bout D du bec , on a soin qne le bord inférieur n du tube de fer-blanc soit à peu près à une ligne au-dessous du niveau de D, en faisant saillir convenablement ce tube du bouchon. L’action capillaire suffit pour conduire l’huile jusqu’à la flamme qui la vaporise. Lorsque par la combustion le niveau vient à baisser dans le cylindre EF, cet orifice n se découvre ; l’air passe en bulles à travers l’huile du réservoir, et celle-ci descend par le tube mn dans le cylindre EF. Comme il se peut que l’air contenu en AB -;f dilate oar la chaleur et force l’huile à descendre en pluî grande abondance qu’il n’est nécessaire, pour éviter que « liquide ne vienne dégoutter au bout du bec, on introduit k
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- bas tki cylindre EF dans un second cylindre G , où L'huile qui coule sous le bec est reçue, après être entrée dans le creux d’une bobèche KL , qui est percée. Du reste, le tout est porte' sur. un pied lesté en plomb ; on entre dans une coulisse EF la branche d’une carcasse en fil de fer pour porter la cheminée de verre et le réflecteur de papier. Cette lampe est peu connue, et mérite de l’être davantage ; les personnes qui ont la vue tendre s’en trouveront bien pour le travail et la lecture. On la fait en fer-blanc verni ; elle est très propre, légère et d’un facile entretien. Pour emplir le réservoir C, on enlève le matras, on le renverse le col en haut, on ôte le bouchon, et l’on verse l’huile ; après quoi on enfonce avec soin le bouchon au même point où il était, et on remet le matras à sa place.
- La lampe représentée fig. 6 est fort en usage; le réservoir ab est latéral ; on l’emplit par un orifice , qu’on ferme ensuite avec un bouchon a ; un petit trou en h laisse une libre entrée à l’air ; l’huile descend à la mèche par un conduit qui sert de support au réservoir. La cheminée de verre , une mèche plate mue par un pignon à crémaillère , et un réflecteur en tôle vernie, complètent l’appareil. Cette lampe est moins commode que la précédente, quoique beaucoup plus répandue.
- Lampe à pompe (fig. 8). L’appareil a la forme d’un chandelier , muni d’une bobèche avec sa chandelle ; on le fait ordinairement en fer-blanc. Il est composé de deux pièces creuses : l’une AB est conique , sert de pied et de réservoir inférieur ; là se trouve un petit corps de pompe ce soudé au corps de la lampe , fermé à son fond et communiquant avec sa capacité par de petits trous d,d et par une soupape m. Le piston g- est surmonté de deux tubes de fer-blanc i et h, dont l’un h entre dans l’autre i, et communique avec une soupape n qui est adaptée au piston. Le tube extérieur i est soudé au fond A du réservoir supérieur AC, qui a la forme d une chandelle creuse ; le bas entre dans le cylindre qui surmonte le pied. Les deux soupapes s’ouvrent de bas en haut. \oiei le mécanisme de cette lampe.
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- Lorsque , saisissant la bobèche entre les doigts, on pèse1 sur elle, le cylindre ou réservoir supe'rieur s’enfonce un peu dans l’inférieur, et le piston descend dans le corps de pompe. L’huile qui s’y trouve presse les soupapes m et n ; la première ferme l’ouverture du bas , la deuxième s’ouvre et l’huile monte par le tube intérieur h, dans l’extérieur kl. Le piston une fois arrivé au bas de sa course, on cesse de peser sur la bobèche et le piston est repoussé en haut par un ressort à boudin qui remplit tout le corps de pompe. Dans ce mouvement rétrograde la soupape n reste fermée ; mais il se fait une aspiration qui soulève la soupape m, et l’huile , passant par les petits trous d,d sous le fond du corps de pompe , y entre par l’ouverture m et remplit de nouveau cette capacité. Plusieurs jeux successifs de la pompe élèvent divers volumes d’huile ; et quoique ce liquide fuie un peu par le bas du tube ki, qui est ouvert, par l’effet de la viscosité, non-seulement le tube ikl s’emplit, mais l’huile se déversant par l’orifice supérieur l, emplit bientôt aussi le cylindre CA. Ce réservoir CA, dont le fond A est fermé, peut être enlevé, emportant avec lui la bobèche et le tube ik, lorsqu’on veut verser de l’huile dans le pied.
- En C est une plaque qui empêche l’huile de jaillir au dehors ; cette plaque est percée d’un trou rond ou d’une fente oblongue , pour recevoir un court tuyau formant bec mobile, dans lequel la mèche ronde ou plate est maintenue. Cette mèche flotte dans l’huile du cylindre CA, et l’on n’en laisse sortir qu’un petit bout qui brûle, et qu’il faut attiser de temps à autre ; et même, lorsque l’huile est trop basse dans le réservoir supérieur CA, il faut faire manœuvrer la pompe, sans quoi la lumière pâlit et finit par s’éteindre, attendu que la capillarité de la mèche n’élève plus qu’une très petite quantité d’huile, sans cesse décroissante. Lorsque l’huile élevée par la pompe est surabondante, elle coule au dehors par le bec et retombe le long du cylindre AC sur la bobèche qui est percée , et de là rentre dans le réservoir inférieur.
- Cette lampe est très en usage chez les pauvres gens, et
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- surtout dans les de'partemens méridionaux ; elle se vend à très bas prix. On l’a perfectionnée en y adaptant l’appareil à double' courant d’air et un réflecteur; mais ce n’est jamais qu’une lampe qui donne une lumière faible et rougeâtre , et on l’a presque généralement abandonnée depuis l’invention des autres appareils, dont nous parlerons plus tard.
- Veilleuses. On coupe une longueur d’environ un centimètre d’un fil de coton ciré ou d’une bougie d’un millimètre d’é-paisseur environ : on taille un petit disque de carte dont on perce le centre pour y introduire un bout de la bougie ; celle-ci s’y maintient en frottant le dessous de la carte, parce que la cire s’aplatit en forme d’empâtement. Cette mèche ainsi préparée, est posée sur de l’huile qu’on a mise dans
- un verre ou dans un vase en bronze , ou, etc._, et qu’on
- fait ordinairement surnager à de l’eau, pour que ce vase soit rempli et qu’on n’y emploie qu’une petite quantité d’huile. Dans cet état la mèche flotte , et on l’allume. Comme la carte est sujette à s’immerger, on la double souvent par un petit disque de liège. Ces mèches ainsi préparées se vendent par boîtes. Cies veilleuses conservent leur flamme durant plus de douze heures; elles brûlent très peu d’huile, et jettent peu de lumière. Elles sont fort commodes pour les personnes qui ne veulent pas rester dans l’obscurité durant la nuit, et qui, à peu de frais, peuvent chauffer quelque boisson à cette petite flamme ; car non-seulement on surmonte la lampe d’un vase qui contient ce liquide, mais encore on donne à ces appareils des formes très élégantes, en les construisant en bronze doré, garnis de ciselures et de figures très agréables.
- Les veilleuses d’Allemagne sont formées d’un petit porte-mèche en fer-blanc à trois bras, qu’on fait surnager à l’huile en y attachant de petits morceaux de liège ; il suffit de changer la mèche quand elle est brûlée, et le porte-mèche ressert longtemps.
- On vient d’imaginer de supprimer la mèche des veilleuses ; on a une petite capsule très légère en cuivre argenté, garnie au centre d’un petit tube de verre vertical qu’on y lute avec
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- de la gomme laque ou de la cire à cacheter. Le tout doit être assez le'ger pour flotter sur l’huile, qui entre dans le tube de verre par son orifice au-dessous de la capsule, et l’on doit proportionner la longueur de ce petit tube , de manière que l’huile affleure son orifice supérieur : trop court, l’huile descendrait dans la capsule, la remplirait et l’immergerait; trop long, l’huile n’arriverait pas assez haut. Ici la capillarité ne doit pas être mise en jeu , parce que la combustion se ferait mal et la lampe ne tarderait pas à s’éteindre , à raison de la lenteur avec laquelle l’huile monterait. On enflamme avec une allumette l’huile qui affleure l’orifice du tube. 11 est bon que le haut du tube soit un peu épanoui en cône renversé , pour éviter l’engorgement par le charbon provenu de la combustion de l’huile. Cette petite veilleuse sans mèche est fort jolie ; la lumière en est très blanche. Cependant il faut nettoyer souvent le bec, pour qu’elle ne s’éteigne pas, et même renouveler le tube, parce que le charbon provenu de la combustion de l’huile engorge souvent ce petit canal, surtout quand celle-ci est épaisse. Comme cette lampe est assez difficile à allumer , on prend un petit bout de fil ciré, qu’on plie en deux et qu’on entre dans le haut du tube : ce fil prend aisément feu et allume la veilleuse. Au reste, ce joli appareil est fort sujet à s’éteindre, ce qui empêchera vraisemblablement d’en conserver l’usage.
- Augustines. Ce sont de petites boîtes en carré long , de la forme de chaufferettes, dont le couvercle, au lieu d’être eh bois percé de gros trous, est composé de deux plaques parallèles et égales en fer-blanc , soudées ensemble et imitant une boîte très plate. On fait entrer ce couvercle dans une gorge pratiquée aux bords supérieurs de la chaufferette ; quelquefois, dans l’intérieur, on y met du sable fin. L’appareil est échauffé par une petite lampe semblable à celles de cuisine , mais plus aplatie , qu’on fixe au fond par une languette ou lame de fer-blanc soudée à sa base et entrant dans une fente du fond de l’augustine. On peut à volonté ôter ou replacer cette lampe. ( V l’article Chaufferette , où cette lampe
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- a été décrite : mais nous avons cru devoir en parler de nouveau, parce que cet appareil a beaucoup été simplifié depuis son invention. )
- De tous les réchauds de table, il n’en est pas de plus commode que les augustines pour tenir les plats cliauds au degré qu’on veut. On donne alors à l’appareil la forme de corbeilles rondes ; on en fait en fer-blanc peint, en moiré, en plaqué , etc. ; onleur donne des figures très élégantes. Ces lampes ne jettent qu’une petite flamme , très suffisante pour l’objet qu’on a en vue , et ne répandent aucune odeur , lorsqu’on a soin de ne hausser la mèche qu’à un degré convenable. Quelques personnes remplacent cette lampe , dans l’augustine, par de courtes bougies ; mais la chaleur du vase amollit la cire et la fait couler; ce qui exige plus de soins et de dépenses, sans offrir aucun avantage.
- Les augustines sont encore employées à divers autres usages ; par exemple , on en fait des veilleuses qui échauffent très bien les boissons à prendre durant la nuit, etc. M. Sclnvikardi exécute avec adresse toutes ces lampes.
- Lampes à Vesprit-de-vin. Ce sont des lampes ordinaires, oit l’huile est remplacée par de l’alcool. On s’en sert dans les laboratoires, ainsi que pour le service de la table, lorsqu’on veut donner aux mets une chaleur vive et forte. M. Derosne a imaginé un appareil où une lampe à l’esprit-de-vin suffit pour faire bouillir un litre d’eau en quatre minutes, et dont il se sert pour distiller du vin et éprouver en peu d’instans la quantité d’alcool qu’on peut en retirer. Cet appareil est dé-crit page j6 du Bulletin de la Société d’Encouragement , pour 1825.
- Lampe sam flamme. C’est une fiole très aplatie et remplie d esprit-de-vin , dont le col est bouché ; le bouchon est percé d un trou qui laisse passerle bout d’une mèche de coton, qu’on a entortillée par un fil de platine. On met le feu à la'mèche, et le fil rougit aussitôt; on souffle alors sur la flamme pour l’é-temdre, mais le fil reste incandescent. Les vapeurs alcooliques ffui s exhalent à travers la mèche , rencontrant le fil métal-
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- lique chauffé au rouge, se décomposent et fournissent une chaleur qui maintient le fil à la température de l’incandescence. Comme le platine est inaltérable , il conserve constamment la propriété de rester rouge tant que la capillarité de la mèche permet à la vapeur d’alcool de s’élever. On se sert de cette lampe comme d’une veilleuse sans flamme, attendu qu’on peut y allumer un peu d’amadou lorsqu’on veut de la lumière : mais on a remarqué que les vapeurs répandent à la longue une odeur assez désagréable (acide lampique), ce qui empêche de se servir de cette lampe dans ce but. Pour éteindre le fil, il faut recouvrir le bouchon d’un couvercle qui arrête le dégagement de la vapeur alcoolique. Ce petit appareil se vend chez les marchands d’objets de Physique, et n’est guère employé que comme moyen d’expérience dans les cours.
- Lampe de Davj, pour les mineurs. Le gaz hydrogène carboné qui se dégage des mines de houille se mêle à l’air atmosphérique, et lorsque la proportion se trouve assez forte, la moindre étincelle suffit pour l’enflammer, et produit une détonnation capable de tuer ou de blesser les ouvriers qui se trouvent dans ces lieux souterrains. L’impossibilité de procéder aux travaux des mines sans lumière rendait ce désastreux évènement très redoutable, lorsque M. Davy imagina la lampe que nous allons décrire , et rendit aux exploitations un service éminent, parce que désormais l’explosion ne peut plus arriver.
- C’est une propriété des toiles formées de fils métalliques, dont le réseau est très serré, de ne pas laisser traverser la flamme. Par exemple, lorsqu’on la place horizontalement dans la flamme d’une bougie , celle-ci s’aplatit au-dessous, et les gaz qui s’élèvent à travers la toile ne sont plus lumineux, à moins qu’on ne les enflamme avec une allumette ou toute autre substance en ignition. Cet effet est attribué à ce que les fils du tissu sont excellens conducteurs du calorique et le dissipent en tout sens, en sorte qu’il ne reste pas assez de chaleur au gaz supérieur pour s’enflammer. D’autres personnes croient que le réseau repousse la flamme. On conçoit maintenant
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- que si l’on environne de toutes parts d’une toile me'tallique une lampe allume'e, l’air ne'cessaire à la combustion arrivera facilement, l’air échauffé ou brûlé s’élèvera au dehors, où la lumière sera visible ; et cependant si l’on transporte l’appareil au milieu d’un mélange détonnant d’hydrogène et d’oxigène, la portion de gaz qui s’introduira dans l’espace enfermé par la toile détonnera seule, avertira même du danger, sans que l’inflammation puisse être communiquée au dehors : le seul accident possible sera l’extinction de la lumière.
- Yoici la disposition qu’on donne à cet appareil, représenté fig. g, et maintenant en usage dans toutes les grandes exploitations de houille. AA, est le réservoir d’huile ; MM, un plateau monté à vis , servant à porter la toile métallique BB en forme de cage , ainsi que de gros fils de fer qui tiennent un chapeau armé d’un crochet servant à suspendre la lampe. La vis du plateau ne peut tourner que lorsqu’on a enlevé une autre vis qui le retient, et dont la tête carrée ne peut être ôtée qu’avec une clef. Cette précaution est prise pour empêcher l’ouvrier de commettre l’imprudence d’enlever la cage pour avoir plus de lumière ou se procurer du feu. La mèche peut être élevée ou abaissée à l’aide d’un fil de fer qui y tient et qui traverse le réservoir , sans que l’huile puisse s’échapper par le trou du fond où elle passe, parce que l’ajustement est très serré.
- Lampe dfémailleur. Sa forme est plate et ovoïde (fig. 10 et 11 ) ; en dessus est un trou A pour y verser l’huile : ce trou se ferme d’un couvercle ; la partie antérieure est rétrécie pour le passage K de la mèche qui flotte librement dans 1 huile, et n’a pour porte-mèche qu’une petite lame de fer-blanc en plan incliné, qui passe dessous, et une autre lame D10 qui sert de couvercle à charnière et pèse en dessus. Cette mèche est large, formée de deux paquets de coton qu’on maintient un peu écartés, pour que la grosse flamme H puisse etre aisément séparée par le jet de vent qui détermine un dard de feu. La lampe C ( fig. io), montée sur des pieds
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- courts B , est légèrement inclinée en devant et portée sur une cuvette D propre à recevoir l’huile qui s’échappe. Cette lampe est pose'e sur la table de l’émailleur ; en dessous est un soufflet à double vent, qu’on fait mouvoir par une pe'dale; l’air chasse' est conduit par un porte-vent dans un bec effile' en fer-blanc, ou même dans un tube de verre qui aboutit tout près du milieu de la flamme , et est susceptible d’un peu de mobilité pour pouvoir être dirigé à volonté. Il faut que ce jet soit au-dessus de la mèche, et que le dard de feu qu’il envoie soit blanc et sans fumée, dirigé un peu en haut. Cet appareil ayant été décrit à l’article Emaiixeur , nous ne donnerons pas de plus amples détails. ( V. PI. 26 de Technologie , fig. i5 et :6. )
- 20. Lampes à double courant d’air.
- Quinquels. C’est en 1786 qu’Ami Argand imagina de substituer aux mèches pleines à fibres parallèles, les mèches en forme de cylindre creux, et de cette invention datent tous les per-fectionnemens successivement apportés au mode d’éclairage. Cette mèche cylindrique est retenue entre deux cvlindres concentriques, écartés d’environ trois millimètres tout autour; elle est tissue au métier, en coton lâche. On réunit ces mèches en paquets, et on les vend pour l’usage des consommateurs. Comme l’air a non-seulement accès à l’extérieur du cylindre, mais encore monte dans l’intérieur pour alimenter la flamme, la combustion de l’huile se fait plus rapidement, et l’on obtient une plus belle lumière pour la même quantité d’huile brûlée, parce qu’il ne s’en vaporise qu’une très petite portion, et l’on n’a ni odeur ni fumée. O11 augmente même le tirage en protégeant la flamme par une cheminée de verre, ainsi qu’on va l’exposer.
- Les premières lampes construites selon la méthode d’Ar-gand avaient leur mèche pincée par en bas (fig. 12) entre deux anneaux de cuivre ik ; elle pouvait monter et descendre entre les deux tuyaux ab , a'b’, à l’aide d’une tige en fer ilmn deux fois coudée, dont une branche il glissait dans un con-
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- duit de ménagé le long du grand cylindre. Depuis on a remplacé ce système par une seule tige verticale dentée en crémaillère , qu’on fait aller et venir , pour faire saillir en dessus en ab une petite portion de mèche. Du reste , l’espace compris entre les cylindres est bouché par en bas en qdd', et l’huile y arrive par un conduit g qui l’amène d’un réservoir dont il va être parlé, et qui doit l’élever quelque peu au-dessous de l’orifice supérieur ab. Le cylindre intérieur’ ab est ouvert aux deux bouts pour laisser passage à l’air. On voit que la flamme est alimentée non-seulement par l’air extérieur au tuyau db , mais aussi par celui qui entre en cd dans le tuyau intérieur. La chaleur fait monter ces deux courans qui avivent la flamme, et pour augmenter le tirage, on protège le haut du bec par une cheminée cylindrique en verre, étranglée vers la partie en ignition , c’est-à-dire qui est formée de deux cylindres inégaux mis bout à bout, ayant même axe que la mèche et le bec. ( V. les fig. 3, i5; 16, 17....)
- Comme cette crémaillère obligeait d’augmenter le volume du bec et la grandeur de la cheminée, on a imaginé de faire porter une queue taraudée à l’anneau porte-mèche, et de disposer dans le conduit pq ( fig. 12 ) une vis portant en bas q une tête moletée , et qui était arrêtée en dessus et en dessous du fond q de ce conduit. E11 tournant cette tête , la vis faisait couler le long du conduit qp la queue de l’anneau qui emportait la mèche avec elle.
- Maintenant on ne se sert presque plus de ces becs, parce qu’on préfère ceux des lampes sinombres. Le porte-mèche est un court tuyau portant une petite queue b (fig. 13), dont on va expliquer l’usage, et trois petites lames de cuivre c faisant ressort. La mèche est simplement mise comme un fourreau sur ce tube , et les lames la pincent et l’arrêtent lorsqu’on fait entrer ce porte-mèche entre les deux cylindres ( dont on voit ici la eoupe), parce que l’extérieur pousse ces lames contre le porte-mèche. Le cylindre intérieur est creusé de cannelures aa en hélice, comme les filets d’une vis ; l’appendice b du porte-mèche est engagé dans ces cannelures, d’où il est évident
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- qu’ii suffit de faire tourner l’anneau porte-mèche pour qu’il soit forcé de monter ou descendre, comme ferait l’e'crou d’une vis. A cet effet, un tube dd (fig. i4) nommé grille, est entré entre les deux cylindres ; il porte une fenêtre longitudinale cc , dans laquelle traverse la queue b du porte-mèche, et c’est ce cylindre qu’on fait tourner sur son axe , en faisant tourner un anneaupq (fig. i5) qui y est attaché à sa partie supérieure m. Cet anneau porte tout autour des branches de ressort qui forment une galerie circulaire et maintiennent la cheminée de verre. On voit que dans cet ingénieux appareil, si l’on fait tourner l’anneau pq sur lui-même, la cheminée pirouettera sur son axe, aussi bien que le porte-mèche ; la queue de celui-ci coulera le long de la fenêtre cc du tube intermédiaire , ou de la grille (fig. i4) , pendant que la queue b du porte-mèche (fig. i3) glissera le long de la rampe aa du cylindre intérieur. Ces becs sinombres sont ce qu’on a imaginé de mieux pour la commodité de l’éclairage.
- Quant au réservoir d’huile , il peut être placé au-dessous du bec, mais alors il faut que l’huile y monte, soit par une pompe, comme dans la fig. 8, soit par un mouvement d’horlogerie , soit enfin par une pression hydrostatique. Ces deux derniers effets seront expliqués ci-après. Le plus souvent, le réservoir est un canal annulaire placé à peu près au niveau de la flamme, comme dans les lampes astrales et sinombres dont nous allons parler. Enfin, le réservoir peut être plus élevé que le bec ; mais comme l’huile dégorgerait alors par l’orifice supérieur du bec avec lequel il est en communication, il faut un appareil spécial pour modérer la vitesse de l’écoulement. Yoici la théorie de cet appareil :
- Soit A (fig. 17) le réservoir fermé de toutes parts , excepté vers sa base 0 , où se trouve un trou bouché par un clapet : pour remplir ce réservoir d’huile, il faut le prendre par la panse À, l’enlever et le renverser, pour porter l’orifice en haut ; dans cet état, le clapet s’ouvre en dedans par son propre poids. Une fois le réservoir empli, on le retourne de haut en bas, et le clapet se referme de lui-même ; l’huile y reste donc
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- enfermée. On introduit ce col du vase dans une autre capacité B ouverte en haut et ajustée pour recevoir et maintenir solidement ce vase. Dans cette position, le clapet est repoussé en haut par une tige fixée au vase inférieur B , qui le tient ouvert. L’huile descend donc dans ce dernier vase B, et en chasse l’air, qui sort par l’orifice supérieur, et qui va aussi gagner le haut du réservoir À , pour tenir la place abandonnée par l’huile. Ce liquide cesse de descendre lorsque le trou du clapet se trouve entièrement baigné , attendu que l’air ne peut plus s’introduire dans le réservoir par cet orifice ; l’huile reste donc suspendue dans le réservoir A par la pression de l’air ambiant, quand sa tension dans ce réservoir, plus le poids de la colonne d’huile, équivalent à cette pression, d’environ 76 centimètres de mercure. Quand l’huile vient à être consommée par la flamme, le niveau du vase B s’abaisse au-dessous du clapet, l’air rentre dans le réservoir, et il descend une nouvelle portion d’huile, qui est brûlée à son tour. Ce phénomène physique est précisément le même que celui qu’on observe dans la lampe de Proust, décrite page 68, fig. 5.
- Lampe Geerget. Le réservoir est annulaire et étroit, élevé tout autour de la cheminée de verre qui le traverse, et soutenu à la lampe par le canal même qui conduit l’huile à la mèche; ce tuyau porte à la partie inférieure un clapet, et se rend dans un réservoir au niveau du haut du bec, pour alimenter la flamme. Cette disposition est très ingénieuse ; la lampe a une belle forme ; elle est recouverte d’un globe en verre dépoli, servant de réflecteur.
- On a beaucoup varié la forme des réservoirs supérieurs à la flamme ; on conçoit que cette forme dépend du goût des constructeurs , et aussi de l’usage qu’on en veut faire. Ces espèces de lampes étaient autrefois très employées ; le réservoir était porté sur une tige verticale servant de pied ; mais comme elles ont l’inconvénient de projeter une ombre derrière le réservoir, on ne les emploie plus guère qu’en les attachant sur les murailles des lieux qu’on veut éclairer, dans les cor-
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- ridors , les salles «le bal , les lieux de réunion. La lampe fig. 16 est alors d’un usage assez répandu.
- Comme il arrive souvent qu’il dégorge un peu d’huile par le bec, soit par la dilatation de l’air intérieur du réservoir, soit parce que ee vase n’entre pas exactement dans la capacité inférieure B au degré qui est convenable , ou par tout autre motif, on met au-dessous des cylindres du bec une capsule de verre , pour recevoir le liquide surabondant. ( V. fig. 16 et 17.)
- Nous avons donné (fig. 6) l’exemple d’une lampe à réservoir au niveau de la flamme ; mais sa mèche plate nous a conduit à la classer dans une autre série.
- Nous décrirons les deux lampes à double courant d’air les plus usitées , parmi celles dont le réservoir est à peu près au niveau de la partie enflammée de la mèche-
- Lampe astrale, inventée par M. Bordier-Ma'rcet (fig. 18). Le réservoir est un anneau terminé en dessus et en dessous par deux plans parallèles. En a est un trou habituellement fermé par un bouchon , qu’on n’ôte que momentanément pour y verser l’huile ; en b est un autre trou, mais fort petit, au sommet d’un cône , pour l’introduction de l’air, à mesure que la consommation se fait. Deux branches latérales servent à porter le réservoir , et l’une au moins est un canal qui conduit l’huile à la mèche , et élève ce liquide un peu au-dessous de l’orifice supérieur du bec. Un réflecteur hémisphérique ou conique , en tôle vernie à blanc, ou en verre dépoli , posé sur le réservoir, renvoie la lumière de haut en bas.
- Lampe sinombre, imaginée par M. Philips (fig. 19). Cette lampe 11e diffère de la précédente que par la forme de son bec, qui a été décrite ci-dessus; par celle de son réservoir, qui a ses faces supérieure et inférieure inclinées en toit, c’est-à-dire que ses surfaces sont des portions coniques; enfin , par la figure de son réflecteur en verre dépoli, qui est celle d’un vase.
- Les lampes astrale et sinombre ont l’avantage de pouvoir
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- être ou suspendues par des chaînes au plancher de l’appartement ( fig. 20), pour projeter la lumière de haut en bas, ou d’être portées sur des pieds en colonnes et de formes e'ié-gantes, qui en font de jolis meubles ; enfin , de porter peu d’ombre, surtout la dernière. Mais comme le niveau baisse sans cesse dans le réservoir, par suite de la consommation, la lumière ne conserve pas son éclat, et durant plusieurs heures elle s’affaiblit très sensiblement. {V. le tableau ci-après. )
- Parmi les lampes suspendues, il faut distinguer celles de M. Milan, qui sont entièrement contenues dans un globe complet en cristal, d’où l’on peut aisément les faire descendre par un appareil de suspension très ingénieux.
- Pour le travail de cabinet, il importe surtout d’empêcher que la lumière ne tombe directement sur les yeux : le meilleur réflecteur est celui de porcelaine blanche , en toit conique , qui laisse passer une lumière douce par la translucidité de sa pâte, et réfléchit un vif éclat sur les corps placés au-dessous. Beaucoup de personnes se contentent de faire le réflecteur avec une feuille de papier très blanc, courbée en cône tronqué. C’est ainsi qu’est fait celui de la lampe de Proust, soutenu par une carcasse en fil de fer. ( T'. page 68. )
- 3®. Lampes à mouvement t£}iorlogerie.
- Toutes les lampes dont on vient de parler présentent divers inconvéniens plus ou moins graves, même lorsqu’elles sont exécutées avec soin et dans les justes proportions que l’expérience a fait reconnaître pour leS plus favorables : mais la lumière n’y a jamais tout l’éclat qu’on doit attendre de la quantité d’huile consommée, parce que l’huile n’y abreuve la mèche qu’avec une sorte de parcimonie qui permet qu’une partie soit volatilisée ; d’ailleurs, ou le corps de la lampe porte une ombre désagréable, ou le niveau de l’huile baisse d’heure en heure, ou, etc.... L’idée de prendre le pied même de la lampe pour réservoir, et de faire monter l’huile par une Tome XII. 6
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- pompe mise en action sous l’influence d’un mouvement d’hor* logerie, est due à M. Carcel. Nous de'crirons ce mécanisme et celui qu’a imaginé M. Gagneau.
- Lampe de Carcel (fig. 2t). Dans le pied cylindrique ou quadrangulaire de la lampe , est une boîte ABCD, divisée par des cloisons en trois chambres ; des soupapes ferment quatre orifices , a et b à la cloison supérieure , c et/à l’inférieure. Un piston M parcourt horizontalement la chambre intermédiaire RS , qui tient lieu de corps de pompe ; sa tige horizontale Mx perce la paroi AG , et passe dans une boîte à cuir à travers AC, sans permettre à l’huile de se glisser par cette ouverture. Un mouvement d’horlogerie , qu’il serait superflu de décrire ici, imprime à ce piston un va-et-vient, de sorte que l’huile qui est entrée dans le corps de pompe RS , est refoulée tantôt vers S et lève alors la soupape b , tantôt en R et lève la soupape a ; l’huile entre donc dans la chambre supérieure N, et de là s’élève par cette compression dans le tube TU jusqu'à la mèche. La chambre inférieure PQ est coupée par une cloison transversale en deux espaces , qui n’ont entre eux aucune communication, et l’huile , qui y arrive de dessous, paisse alternativement dans le corps de pompe par les orifices c et/ Ainsi, quand le piston est poussé vers S, le vide qui tend à se faire en R ferme la soupape a, lève c, et l’huile remplit les espaces Q et R ; en même temps la pression exercée en S ferme la soupape f, lève b et chasse l’huile vers N dans le tube TD. Lorsque le piston rétrograde en R , le même effet a lieu du côté opposé, c’est-à-dire que la soupape b reste fermée, y se lève, et l’huile remplit l’espace PS ; de l’autre côté, la soupape c demeure fermée., et la pression lève a et pousse l’huile par Torifi.ce a dans le tube TU. La pompe est à double effet.
- Lampe de Gagneau ( fig. 22 ). Lorsque , sous l’influence de la force motrice d’un mouvement d’horlogerie, la roue G tourne lentement, comme ses dents sont triangulaires ou ondées en festons, le levier coudé aba oscille à droite et à gauche , parce que si l’un des bras pose sur le sommet d’une
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- dent, l’autre porte sur un creux. Les talons dd, fixés au dos des deux branches, poussent ainsi tour à tour les leviers droits e,f, en sorte que les plateaux nn ont un mouvement alternatif de haut et bas, l’un montant quand l’autre descend. Chacun de ces plateaux presse le fond flexible d’un petit tambour mm en taffetas gommé, qui est placé sous le réservoir d’huile, avec lequel il communique par deux trous a, b (fig. 23) : ces trous sont fermés par des soupapes, qui sont de petits morceaux de taffetas gommé. Un vase G, exactement fermé au fond et de toutes parts, contient de l’air emprisonné, et communique avec les tambours I, par l’un des trous b qui s’y rendent.
- Voici l’effet produit par cet ingénieux mécanisme, que j’ai comparé, dans le rapport que j’en ai fait à la Société d’En-couragement, à l’action alternative par laquelle le cœur chasse le sang dans les artères. Lorsque le fond C est pressé par en bas, l’huile qui est entrée dans le tambour I par le trou «, ne peut plus reprendre la même route, parce que la soupape le bouche ; elle lève donc b et entre dans le réservoir d’air. L’autre tambour est alors inactif et rempli d’huile ; mais la pression le met en jeu à son tour et il se vide, tandis que le premier, revenu à son état ordinaire, se remplit d’huile. Ainsi ce liquide entre sans cesse dans le réservoir G, où l’air se trouve comprimé vers la paroi supérieure, et réagit sur elle avec toute la force élastique due à sa compression. Un tube GH, qui est ouvert aux deux bouts et aboutit tout près du fond G, est bientôt baigné d’huile ; puis ce liquide s’y élève jusqu’à la mèche sans aucune intermission. Cet effet est semblable à celui du réservoir d’air dans la Pompe a I.v-ceüdie. Un filtre gg qui entoure les soupapes, ne laisse jamais entrer les impuretés qui peuvent se trouver dans l’huile. Cet excellent appareil justifie , par une expérience soutenue, les éloges que j’en ai faits. ( fr. les Bulletins de la Société d’En-couragement, pour 1820, page 100, où cette lampe est représentée et décrite avec les plus grands détails. ) Le seul reproche qu’on puisse leur faire , est d’exiger des réparations
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- lorsque les tissus de taffetas gommé se laissent traverser pat l’buile, ce qui arrive après quelques années de service.
- Les lampes mécaniques sont sans contredit préférables à toutes les autres ; leur lumière est plus blanche , sans fumée ni odeur ; l’éclat en est très brillant. On peut leur donner les formes les plus agréables ; celle de la fig. 24 est assez généralement en usage. L’huile abreuve la mèche avec une si grande abondance, que la partie enflammée saille de plus de 6 lignes au-dessus du bec, en sorte que jamais ce bec n’est brûlé, ni même voisin de la flamme : l’huile surabondante retombe sans cesse par gouttes dans le réservoir : un beau globe sphérique en verre dépoli. disperse la lumière de toutes parts. On fait aussi de ces lampes avec des réflecteurs en porcelaine blanche, soit pour le travail de bureau, soit pour les éclairages de haut en bas par suspension. Presque jamais ce lampes ne se dérangent, et leur entretien est fort simple, puisqu’on verse l’huile par l’orifice supérieur du pied. La mèche monte et descend en tournant une vis horizontale (située sous le bec et saillante au dehors), par l’engrenage d’un pignon avec une crémaillère ; celle-ci est cachée dans la colonne même. On pourrait y adapter un bec sinombre.
- M. Wagner, habile horloger, fait aussi des lampes me'ca-niques fort ingénieuses, que nous ne décrirons pas ici, pour ne pas étendre notre article outre mesure.
- Nous avons supprimé , dans nos figures, le mécanisme moteur , attendu qu’il ressemble absolument à celui d’une Sot-nerie de pendule ( V. ce mot ) ; un barillet contenant m grand ressort est retenu par un Encliquetage , et monté arec une clef carrée : ce tambour tourne pendant que le ressort se débande , et par un engrenage , fait tourner les autres roues, dont l’une imprime le va-et-vient nécessaire , tandis q® l’autre anime un Volant qui retarde le développement du ressort et lui conserve sa force pendant les huit ou dit heures que la lampe doit fonctionner. On la remonte chaqi>É jour, on y remet de l’huile, et l’on enlève avec des ciseaux h partie cliarbonnée de la mèche.
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- 4°. Lampes hydrostatiques.
- .L’huile est éleve'e , dans ces appareils, du pied , où on l’a verse'e, jusqu’à la mèche , dont elle alimente la flamme, par une force de pression à l’aide d’un liquide , précisément comme dans la fontaine de Héron, que nous avons décrite.
- ( V Fûxtaïnx et PL 9 des Arts physiques, fig. 9.) C’est à M. Girard qu’est due cette ingénieuse invention ; mais malheureusement le système qu’il a adopté est si compliqué, que les ouvriers le conçoivent rarement, et qu’on ne peut faire réparer ces lampes en province, lorsque cela devient né cessaire. D’ailleurs , pour cette opération, il faut dessouder les pièces et détruire les peintures qui ornent ces appareils. Les soins quotidiens sont aussi plus difficiles à prendre. Ce sont ces motifs qui ont empêché les lampes de Girard de se répandre. Nous nous dispenserons, en conséquence, de les décrire ici, non plus que diverses autres construites sur des principes analogues. ( V. le T. II, page 97, de la Correspondance de l’École Polytechnique ; les Bulletins de la Société d’Enco.uragemeut ; te Traité de l’Éclairage de M. Pe'clet. ) Ainsi v nous ne dirons rien des lampes d’Edelcrantz, Caron, Keire, Lange et Verzi : celles de Tliilorier nous semblent seules dignes de fixer l’attention, parce qu’elles peuvent lutter avec avantage contre les lampes à mécanique, tant pour le prix que pour la beauté de la lumière.
- La fig. 25 montre deux réservoirs A et B communiquant entre eux par le tube ab, et avec le bec d par le tube cc. Dans le supérieur A est une dissolution saline formée de poids égaux d'eau et de sulfate de zinc ; cette liqueur occupe l’espace kab et s’élève au niveau y dans le réservoir inférieur B, qui est plein d’huile jusqu’en e. Les propriétés de cette dissolution sont de ne se congeler qu’à plus de 8 degrés au-dessous de la glace, et de ne déposer aucuns cristaux qu’à des températures plus basses; de ne pas attaquer le fer-blanc ; de pouvoir etre préparée facilement en tous lieux ; de ne s’altérer ni par la durée, ni par son contact avec l’huile, sur laquelle
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- elle est sans action ; enfin, d’avoir 1,57 pour poids spécifique, celui de l’huile étant i.
- D’après cela, voici l’effet de cette disposition : comme l’atmosphère presse également les surfaces z et d des deux colonnes liquides, le sulfate de zinc ne peut rester ainsi suspendu dans le réservoir A qu’autant que la colonne d’huile de qui lui fait équilibre s’élève au-dessus du niveau z d’une quantité convenable. On sait que dans le cas actuel, en partant du niveau f, la hauteur fd devra être un peu plus de une fois et demie la hauteur fz, parce que la dissolution pèse spécifiquement une fois et demie environ plus que l’huile. ( V. Poids spécifique , Siphon , Eau. ) Mais à mesure que la combustion aura lieu, le niveau z devra s’abaisser, le niveau f montera et l’huile sera poussée vers e, jusqua ce que la hauteur des colonnes au-dessus du niveau inférieur, qui s’est un peu élevé, soient à peu près l’une une fois et demie l’autre. Or, il importe de se procurer dans le tube ascendant un niveau à peu près constant, puisque sans cela l’huile ne tarderait pas à ne plus être assez haute dans le bec pour alimenter la flamme. Au lieu de laisser l’orifice du réservoir A en libre communication avec l’air, on y introduit un tube,? qui plonge dans le liquide jusqu’en n. C’est donc au point n que s’exerce la pression atmosphérique, et ce point est censé être le niveau du réservoir A.(/Là ce sujet l’article Niveau, où cette proposition sera démontrée.) L’écoulement se fait; le niveau f s’élève de plus en plus, sous une pression qui est produite par le niveau constant n. Comme le réservoir B est assez large, le niveau inférieur y s’élève peu, et la charge des colonnes liquides est à peu près constante , car la colonne d’huile fd ne doit plus être comparée à la hauteur fz, mais bien h fi; et tant que le niveau z n’est pas au-dessous de n, la pression verticale de la colonne saline pousse l’huile pres-qu’au bout d du bec : au-dessous de n, le niveau baisse en e, en N.... Le calcul montre que, dans l’état des choses, cet abaissement est peu sensible dans une durée de six à huit heures, et que l’éclat de la lampe n’en est guère affaibli.
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- Le sulfate de zinc est versé dans la lampe, une fois pour toutes, par le même procédé qui sert chaque jour à y verser l’huile. Onaun entonnoir construit exprès pour s’ajuster sur le bec, de manière à boucher le cylindre intérieur et à ne laisser couler l’huile qu’on y verse que par l’intervalle qui sépare les deux cylindres du bec, espace occupé par la mèche. L’huile refoule la dissolution saline dans le réservoir A , parce qu’elle a dans l’entonnoir une hauteur assez considérable pour l’emporter sur la différence des poids spécifiques. On élève le tube g pour que l’air intérieur puisse s’échapper, et que l’air extérieur soit à la même tension que ce qui en reste au dedans du réservoir À, et l’on abaisse ensuite ce tube en n. L’huile surabondante se répand dans une cuvette A, et descend par le tube k dans un réservoir M, qu’il faut vider chaque jour.
- Le bec de ces lampes est de la forme des sinombres, mais il y a un beaucoup plus grand espace entre les deux cylindres , pour le mouvement de la mèche et de l’huile ; vers le bout du bec, la paroi extérieure s’arrondit pour se rapprocher du cylindre intérieur , et ne laisse de vide que ce qu’il faut pour le passage de la mèche. Cette construction est très favorable pour donner une belle lumière, ainsi qu’on peut en juger par ce qui va bientôt être exposé.
- Conséquences et expériences.
- Nous n’avons rien dit des Phares , nous réservant de traiter ce sujet à part, parce que leur théorie dépend de plusieurs branches de la Physique. Il nous reste à parler des expériences qui ont été faites sur les diverses espèces de lampes, comparées sous le rapport de la dépense et de la lumière. Celles de M. Péclet nous ont semblé les plus concluantes , et nous en allons citer les résultats.
- Dans les lampes à double courant d’air, ce fluide s’élève tant dans l’intérieur de la mèche qu’à l’extérieur ; mais il ne faut pas que cette ascension soit trop rapide, parce que la
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- flamme en serait refroidie et la lumière moins éclatante ; il y a à cet égard un terme qu’il faut atteindre pour obtenir le-maximum d’éclat. De plus, les deux courans, l’intérieur et l’extérieur, doivent être dans un certain rapport qui varie pour chaque lampe ; en sorte que les proportions de la cheminée, de son étranglement et du cylindre intérieur ne sont pas arbitraires. Le bec doit être étroit à son sommet. Il faut, autant que possible, que le niveau de l’huile se maintienne constant dans le bec, ou du moins qu’il ne s’abaisse que très peu.
- La lampe astrale est celle qui consomme l’huile de la manière la moins utile, à cause de l'abaissement du niveau et de la trop petite épaisseur du bec : la lampe sinombre est préférable, surtout à cause de la forme de son bec. M. Pécleta trouvé qu’en général les becs que l’on emploie aux diverses lampes sont trop étroits , et que les courans extérieurs sont trop forts : on obtient une plus belle lumière en bouchant une partie des espaces où cet air arrive en dehors de la flamme, et laissant le courant intérieur tel qu’il était.
- Ce savant trouve que toutes les lampes , même celles à mécanique, sont susceptibles d’être perfectionnées en diminuant les orifices des deux courans d’air, et que les becs ont souvent trop peu de largeur, en sorte que l’huile s’y élève péniblement, et il conseille d’écarter les deux cylindres dans toute leur longueur, mais en resserrant l’orifice supérieur où sort la mèche : les deux parois conservent la forme cylindrique , mais l’extérieure se forme en arc pour rétrécir l’ouverture par où sort la mèche. Voici le tableau qu’il donnç pour juger comparativement ces divers appareils.
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- LAMPES.
- %
- fl C C
- C ^
- fl £ u Z § ï ' ^
- *2 rn C. • 5 « 0 ^ w1 „£ ^
- 100 gj-amm.. 41 238
- 125 II ï ï3
- 3i 26,714 116
- 56 37,145 i5o
- 85 43 ï97
- 4» 18 227
- 9° 43 209
- 63,66 34.7>4 182
- 107,66 5i,i43 2l5
- 80 36,61 218
- ;5,16 31,85^ 235
- 45 17,26 260
- LAMPES.
- i. Lampe mécanique..........
- 3. Lampe à mèche plate, à cheminée et à réservoir supérieur..........
- 3. Lampe astrale
- , ............
- 4. Lampesmom-
- bre à réservoir annal. (6g. 19).
- 5. ld.f réservoir supérieur, bec de 16 et 2$"”", à r‘Jmm du niveau (fig. 17)..
- 6. ld.) bec de 6,6 et I ynm 9 bec à 20mm du niveau (6g. 17).
- 7. Lampe à réservoir super., bec du n° 5 (fig. 17)......
- o. Lampe de Girard...........
- 9. Lamp.deThi-lorier (fig. *5), bec de 16 et 2Smm...........
- 10. ld., bec de 12
- et .........
- 11. Xd.f bec de 9
- et ï9««.....
- I2* Jd.} bec de 6,6 et i?*».
- Intensité durant plusieurs heures successives.
- —
- ire. 2e.' 3e. 4'- 5e. 6*.
- 100 98 98 97 9S 9e
- io3 9° 72 6l 42 34
- Ï02 95 83 81 78 66
- 100 9° 7° 52 4* 32
- 100 97 95 92 89 86
- io3 82 79 75 7» 65
- 101 96 84 8l 76 7°
- 106 io3 100 94 92 9°
- 100 104 IOI 92 Go 86
- 101 101 91 90 86; 80
- IOI IOI IOI IOO 98; 96 1
- Dans ce tableau, pour comparer les intensités successives, on a> pour chacune, représenté par 100 l’intensité moyenne du-lant la première heure. On voit quel est le poids en grammes
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- de l’huile consomme'e par heure. La dernière colonne exprime la quantité' de lumière produite pour une consommation égale d’huile, dont le poids est représenté par le nombre 100.
- Nous terminerons cet exposé en donnant le tableau où M. Péclet compare entre eux les divers modes d’éclairage sous les rapports de l’éclat de la lumière et de la dépense qui en résulte. Dans la première colonne, les numéros sont les indications des lampes du tableau précédent, que, pour abréger, nous n’avons pas jugé à propos de répéter ici. La deuxième colonne indique l’intensité de la lumière, en représentant par 100 celle d’une lampe mécanique qui brûle 42 grammes d’huile à l’heure. Après avoir donné le poids consommé par heure, le prix du kilogramme et ce que coûte la lumière chaque heure, on voit, dans les deux dernières colonnes, la quantité de combustible qu’il faudrait brûler pour obtenir la belle lumière que produit la lampe mécanique, et la dépense que cela entraînerait.
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- NATURE de l’écî-ürage. Intensité de lumière. Consommation par heure. da kilogr. PRIX de la lumière par heure. Combustible pro- duisant la mémo lumière. " 1. s g g H
- granit. fr gramm. cent•
- Lampe mécanique, n° 1 .... IOO 42 r,4o 5,8 42 5,8
- — n° 2, à mèche plate. ....... 12, o5 n g4o 1,5 88 12,3
- — astrale, no 3.. 3r 26,714 r,4o 3,7 86,16 12,0
- — sinombr.,n°4* 85 43 g4o 6,0 5o,5S 7>°
- — sinombr.,n°5. 4i 18 1,40 2,5 43,9° 6,1
- —» réservoir supérieur, n* 6. .. 9° 43 i,4o 6,0 45,55 54,52 6,6
- L. Girard, n° 8.. 63,66 34,71 i,4o 4,8 7,6
- L. Thilor., n° 9. 107,66 51,148 i,4o 2;î 45,5o 45,76 6,6
- .— n°io. 8o 36.6i r,4o 6,4
- ———n®ii. 55 3i,85 i,4o 4,4 42,46 5,9
- n°i2. 45 17,26 1,4° 2,4 35,33 5,3
- Chandelle de 6... jo,66 8,5i i,4° 1,2 70,35 9,8
- — de 8.... 8,54 5,5i g4o 1,0 85,92 12,0
- — économ. de 6. 7,5° ro,6i 5,42 2,4o ’,5 98,93 23,7
- Bougiedecir. de5. 8,71 7,60 5 « 64,04 48,6
- — ae blanc de baleine de 5 *4,4° 8,92 7,60 5,8 , 6i,94 45,8
- — d’ac. stéarique de 5 i4,3o 9,35 6,00 5,5 65,24 37,1
- Gaz de houille. . 127 i3b litr. .... 5,0 107 litr. 3,q
- — d’hnik 127 i36 litr. 5,0 3o litr. 3,9
- Ainsi, l’éclairage le plus coûteux est celui de la bougie de cire, et le plus économique est celui du gaz ; la lumière du gaz, qui ne coûte que 5 centimes par beure , répand un éclat qui est un quart plus vif que celui des meilleures lampes mécaniques ; on en brûle i36 litres par heure, et si Ton n’en brûlait que 107 litres , on aurait la même lumière que ces lampes, et Ton ne dépenserait pas 4 centimes pour avoir un éclat qui en coûterait presque 6 (ou moitié plus). Fr.
- LAMPISTE ( Technologie). On désigne sous le nom de
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- lampiste l’ouvrier dont la principale occupation consiste à fabriquer des lampes. Avant l’admirable invention des lampes à double courant d’air, par l’inge'nieux Ami Argand, l’usage des lampes e'tait réservé au peuple et aux ouvriers qui ne se servaient pas de chandelles, et l’art de fabriquer les lampes était du ressort des ferblantiers , qui variaient à tout instant leur tournure , sans s’arrêter à aucune forme absolument déterminée , à laquelle on attachait peu d’intérêt. Dans les premières années qui suivirent l’invention des lampes à double courant d’air, on ne s’en servait guère qu’en les appliquant contre les murs, ou comme lampes de bureau, en les faisant glisser le long d’une tringle de fer carrée, montée sur un pied, afin de les élever ou de les abaisser facilement à la hauteur convenable. On était embarrassé du réservoir d’huile, qu’on n’avait pas encore placé d’une manière convenable pour qu’il n’empêchât pas la lumière de se répandre tout autour du. bec.
- Bordier-Marcet, parent et successeur d’Argand, imagina une nouvelle construction, à laquelle il donna le nom de lampe astrale, qui , généralement adoptée , changea le mode d’éclairage usité jusqu’alors. Par les divers ornemens plus ou moins riches dont on les décora , on les appropria à toutes les fortunes, et elles ont trouvé place depuis le plus simple ménage jusque dans les salons les plus opulens. C’est de cette époque que l’on peut compter qu’a pris naissance l’art du lampiste.
- Nous ne. chercherons pas à décrire les diverses lampes qui ont été imaginées depuis cette époque ; cette tâche a été remplie dans l’article Lampes qui précède, au moins pour les plus importantes ; nous nous attacherons seulement à indiquer les moyens que le lampiste emploie pour les fabriquer avec célérité et économie, et les perfectionnemens apportés dans l’exécution de plusieurs d’entre elles, pour faire disparaître des défauts qu’on leur reprochait avec raison.
- Les lampes astrales sont le plus généralement répandues ; ce sera par conséquent la construction de ces lampes, les plus
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- ordinaires, que nous prendrons pour exemple de leur construction.
- Le principe suivant est reconnu comme incontestable dans les Arts industriels : diviser le travail, c’est l’abre'ger ; multiplier les opérations, c’est le simplifier ; attacher exclusivement un ouvrier particulier à chacune d’elles, c’est obtenir à la fois vitesse et e'conomie.
- Lorsque le chef d’atelier a adopté une forme ou une dimension particulière pour la lampe qu’il veut construire, il commence par tracer le calibre de chacune des pièces qui doivent former le bec ; il en fait autant pour toutes celles qui sont ne'cessaires pour constituer le pied, le garde-vue, etc. 11 découpe en fer-blanc tous ces calibres , et les donne à un ouvrier intelligent qui, en appliquant chacune de ces pièces suides feuilles de fer-blanc, trace avec une pointe les traits sur lesquels il doit couper avec des cisailles. Il ne prend un nouveau calibre qu’après en avoir tracé quelquefois une centaine. Il les découpe tous, et les donne à un ouvrier qui les contourne et les confectionne selon la forme qu’ils doivent avoir.
- Il agit de même pour tous les autres calibres de la même lampe, et chaque ouvrier est occupé d’une partie ; un autre les assemble et forme des becs ; un troisième est occupé des pieds ; un quatrième assemble les becs avec les réservoirs d’huile , et l’on voit bientôt une centaine de lampes confectionnées comme par enchantement.
- Les crémaillères , les pignons, les porte-mèches , avec les griffes qu’on a aujourd’hui généralement adoptées, qui sont en laiton, sont fabriqués par des ouvriers particuliers, qui les vendent à très bas prix aux lampistes, ceux-ci les placent eux-mêmes. Un autre ouvrier est encore chargé de cette partie. Nous n’entrerons pas dans tous les détails des manipulations, dont nous avons donné une idée au mot Ferblantier , qui soude à l’étain toutes les pièces qu’il travaille.
- La lampe terminée, un ouvrier chargé de vernir les pieds des lampes , les garde-vue, de dorer les parties qui doivent l’être, est ordinairement attaché à une grande manufacture,
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- et exécute mieux sous l’œil du maître les travaux dont il est charge', que lorsqu’il est isolé. Il est facile d’appliquer tout ce que nous venons de dire à la fabrication de toute espèce de lampes, quelle que soit leur construction. Il faut autant de calibres différens que la forme des lampes ou leur grandeur varie. Tous ces calibres, pour la même lampe, sont enfilés par un même fil de fer, afin qu’aucune des pièces ne s’égare.
- Les pieds qui ne sont pas en fer-blanc , les cristaux dont on les décore quelquefois, les globes en cristal, etc., ne sont pas du ressort du lampiste ; il se les procure chez les divers manufacturiers qui les fabriquent. Il se borne à les fixer sur les pièces qui doivent les supporter, et il y adapte toutes les parties qui sont construites en fer-blanc , qui se fabriquent dans les ateliers du lampiste , ou en bronze doré qu’il achète.
- Depuis l’invention des lampes astrales, on s’était aperçu que le niveau de l’huile diminue dans le bec au fur et à mesure que ce même niveau baisse dans le réservoir ; que par cette raison l’huile ne s’élevait pas constamment dans la mèche à une hauteur convenable pour qu’elle soit suffisamment abreuvée. M. Gotten crut y avoir remédié, en plaçant le réservoir circulairement beaucoup au-dessus de la mèche. Il fait descendre l’huile dans un réservoir placé au niveau de cette mèche , par un tube soudé au fond du réservoir, à la manière des abreuvoirs de pigeons. Cet artiste ne fit pas attention que, par ce moyen, il donnait à l’huile un niveau intermittent, et ne remédiait pas au mal. Cette proposition peut être facilement démontrée. Ce n’est qu’après que l’huile contenue dans le réservoir inférieur , qu’on nomme réservoir de niveau, est consommée au point de laisser à découvert le tuyau qui la porte, que l’air peut s’introduire dans ce tuyau pour faire couler une certaine quantité d’huile qui relève le niveau. Par cette raison, l’huile monte et descend alternativement dans le bec ; c’est là ce qu’on appelle niveau intermittent. Pendant que l’huile s’abaisse, la mèche se charbonne et la lumière perd de son intensité, que l’affusion successive de l’huile ne lui rend pas.
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- M. Caron, lampiste, exposa en 1819 une lampe astrale à niveau constant, au moyen d’un bouchon mécanique de son invention. Cette construction me'rite d’être connue, à cause des nombreuses applications dont elle est susceptible. Dans cette lampe, l’huile du re'servoir ne coule dans le bec qu’au fur et à mesure de la combustion, et la mèche est toujours abreuve'e de la même quantité' d’huile, de sorte que depuis le commencement jusqu’à la fin, la flamme a toujours la même intensité. Yoici la description de cette lampe et de son bouchon mécanique, que nous nommons entonnoir-robinet.
- La fig. g, PI. 33, représente en perspective une lampe ordinaire , dans laquelle on voit l’emplacement de l’entonnoir-robinet A, fixé au-dessus du tuyau C , qui amène l’huile au bec de la lampe. Un soupirail B sert à introduire l’air extérieur à la naissance du tuyau C, sans quoi l’huile ne coulerait pas. Cette figure est la seule sur une échelle idéale; les autres figures sont toutes sur une échelle de moitié de grandeur naturelle. Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans les cinq figures suivantes.
- Fig. io. Coupe du robinet dans son boisseau.
- Fig. 11. Boisseau vu de face.
- Fig. ï2. Boisseau vu de profil. On remarque dans ces deux dernières figures les deux ouvertures D,E, qui donnent passage à l’huile : la première D, pour entrer dans le réservoir ; la seconde E, pour sortir du réservoir et se porter dans le bas de la lampe.
- Fig. i3. Clef du robinet. On s’aperçoit que cette pièce est creuse ; elle a dans le milieu de sa hauteur un diaphragme L, pour intercepter toute communication entre sa partie supérieure et sa partie inférieure. Ces deux parties sont ouvertes sur le côté. En F est une ouverture qui descend jusqu’au niveau supérieur du diaphragme, et qui correspond à l’ouverture D du boisseau ; en G est une autre ouverture qui correspond à l’autre ouverture E du boisseau. Les deux ouvertures F.et G de la clef sont opposées l’une à l’autre.
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- y6 LAMPISTE.
- La fig. 4 indique la coupe de la machine place'e dans le réservoir, afin d’en faire concevoir le jeu.
- Lorsqu’on veut remplir le réservoir, on tourne le robinet par les oreilles H,H, jusqu’à ce que la cheville Q porte contre l’arrêt R ; on verse l’huile par la partie supérieure entre les deux oreilles H, H, qui sert d’entonnoir; l’huile passe par les ouvertures F de la clef et D du boisseau, qui correspondent ensemble. Lorsque le réservoir est plein, on tourne le robinet par les oreilles, jusqu’à ce que la même cheville Q porte contre un autre arrêt R, diamétralement opposé à celui qu’on voit dans la fig. 4, et qu’on distingue dans les fig. n et ta. Alors l’ouverture D est fermée, et l’ouverture inférieure E est ouverte, parce que l’ouverture G de la clef est venue concorder avec elle. L’huile sort par cette ouverture et remplit le godet inférieur P, P ; mais la clef du robinet, plongeant dans ce godet, ne laisse échapper d’huile qu’autant qu’il en faut pour remplir le bec , dont l’extrémité supérieure est placée à % lignes au-dessus du niveau a,b. L’air extérieur est porté dans le godet par le tuyau N,Q, et tant qu’il existe une goutte d’huile dans le réservoir M,M, elle est versée dans le godet P, P, d’où l’on doit compter le niveau selon la ligne a,b.
- Ces lampes ainsi construites sont d’un excellent usage.
- Pendant long-temps on s’occupa des moyens de supprimer le réservoir d’huile qui, placé dans la partie supérieure de la mèche , interceptait plus ou moins la lumière. On mit enjeu toutes les ressources que la Physique et la Mécanique pouvaient procurer. Voici ce qu’on a exécuté de plus remarquable.
- Le 3o décembre 1804, MM. Girard frères prirent un brevet pour des lampes hydrostatiques et hydrauliques, basées sur les principes de la fontaine de Héron, connue de tous ceux qui s’occupent de la Physique, et qui est décrite au mot Fontaine, T. IX , page 192.
- Cette lampe , dont le réservoir , placé au-dessous du bec, ne masque pas la lumière , et dans laquelle l’huile monte
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- jusqu’au haut du bec sans le secours d’aucun mécanisme , excita l’enthousiasme des amateurs ; mais ils en furent bientôt dégoûtés par les de'sagrémens que présenta son service, ainsi qu’on va le voir par la description que nous allons donner du perfectionnement qu’y apporta le même M. Caron dont nous venons de parler.
- La fig. i5, PI. 33, représente l’élévation de la lampe prête à allumer ; elle ne laisse voir aucun réservoir d’huile qui puisse obstruer la lumière. Les fig. 16 et 17 représentent en coupe, sous deux faces différentes, la construction de la nouvelle lampe, qui est exactement comme l’ancienne, à la différence près d’un tube fort court qui a été ajouté, et d’une soupape qu’on a supprimée, de même qu’un bouchon en cuivre.
- Examinons d’abord la machine telle qu’elle avait été construite parles frères Girard. La hauteur de la lampe est divisée par des diaphragmes en quatre cavités , dont trois X,Y,Z,Z, sont importantes pour son jeu; la quatrième V, sert seulement à recevoir l’huile qui vient à s’extravaser pendant la combustion , ou bien lorsqu’on la remplit.
- Le tube A,A, qui a son orifice sur le plateau supérieur, traverse le premier diaphragme a, et arrive jusqu’à cinq à six millimètres au-dessus du second b ; il est soudé hermétiquement avec le premier diaphragme. Ce tube, dans l’invention de Girard, avait une ouverture latérale auprès du plateau supérieur, laquelle lui donnait communication avec la cavité X. Cette ouverture n’existe plus aujourd’hui.
- Au-dessous du tube A est soudé, au second diaphragme b, un second tube B, B, qui prend naissance sur ce diaphragme, traverse le troisième diaphragme c, avec lequel il est soudé, et descend librement dans un tube plus grand C, qui est soudé au fond de la lampe. Ce tube est plus ou moins long, selon la dimension qu’on donne à la lampe, ainsi qu’on le verra plus bas.
- Dans l’invention des frères Girard, ce tube B, B portait à son orifice, près du second diaphragme b, une soupape qui, continuellement poussée par un ressort qui tendait à tenir constamment le tube fermé, ne s’ouvrait que lorsqu’on en-Tome XII. n
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- fonçait un bouchon de cuivre dans l’orifice supérieur du tube A,A. Ce bouchon, qui entrait à frottement dm-, poussait un fil de fer qui communiquait à la soupape et la faisait ouvrir. Tout ce mécanisme a été supprimé : il ne servait qu’à empêcher l’huile de descendre dans la cavité Z, Z, pendant qu’on remplissait îa lampe ; ce que M. Caron a reconnu être préjudiciable à sa construction.
- Un troisième tube D,D,D, qui prend naissance au diaphragme supérieur c de la cavité Z, traverse les deux diaphragmes b et a avec lesquels il est soudé, et s’élève jusqu’à la moitié environ de la cavité X ; là il est recouvert d’un capuchon qui s’élève de trois millimètres au-dessus de sa surface supérieure, embrasse le tube et descend jusqu’à trois millimètres au-dessus du diaphragme a. Ce tube sert à porter de l’air qui est chassé de la cavité Z, Z, par l’huile qui y entre pendant la combustion, et cet air qui se rend sous le capuchon, est obligé de redescendre pour sortir par-dessous les bords inférieurs de ce capuchon , afin de gagner la partie supérieure de la cavité X, où il pèse par son ressort sur la surface de l’huile de cette cavité, et la fait monter au haut du bec de la lampe, comme on le verra plus bas.
- Un quatrième tubeE ,E, prend naissance à trois millimètres au-dessus du diaphragme a, et aboutit à la partie inférieure du bec F, avec lequel il est soudé, api’ès avoir traversé le plateau supérieur, où il est pareillement soudé. Ce tube sert à porter l’huile dans le bec F.
- Enfin, un cinquième tube G,G, qui n’est ici qu’un tube de précaution , et qui ne sert de rien pour le jeu de la machine, est utile pour porter , dans la cavité Y, les gouttes d’huile qui s’extravasent. Ce tube prend naissance sur la surface du plateau supérieur, traverse le diaphragme a, ainsi que le diaphragme b, et est soudé avec ces trois pièces.
- Jeu de la lampe d’apres l’invention de M. Girard.
- On débouche le tuyau A ; aussitôt la soupape du tuyau B se ferme. On verse l’huile par le tuyau A ; la cavité Y se remplit:
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- en continuant à verser, la cavité X se remplit par la petite ouverture latérale que nous avons fait remarquer au liaut du tuvau A, que M. Caron a supprimée , et l’on s’arrête lorsque l’huile arrive au haut du tuyau A. Alors on remet en place le bouchon métallique, et la soupape s’ouvre : aussitôt l’huile contenue dans la cavité Y descend dans la cavité Z , remplit le tube C, s’extravase par-dessus les bords, et se répand dans la cavité Z. Elle ne peut descendre dans cette cavité sans en chasser l’air qui y est contenu; cet air monte par le tube D,D, et se rend à la partie supérieure de la cavité X, après avoir passé sous le capuchon et avoir traversé l’huile dont cette cavité est remplie. Cet air, par son ressort, pèse sur la surface de l’huile et la fait monter par le tube E,E jusqu’au haut du bec F, pourvu que la condition suivante soit exactement remplie ; que la distance d,e, c’est-à-dire que la distance du bord supérieur du gros tuyau C , à la naissance du tuyau B , soit parfaitement égale à la longueur E,f, mesurée depuis la naissance du tuyau E jusqu’au haut du bec. On règle cette distance par une plus ou moins grande longueur qu’on donne au tuyau C. On ne fait monter l’huile qu’à six millimètres au-dessous de l’extrémité supérieure du bec , afin d’éviter que l’huile ne s’extravase, à cause de l’élévation de l’huile au-dessus de son niveau par les tubes capillaires que forment les fils de la mèche. La combustion dure tout le temps qu’il y a de l’huile dans les deux cavités X et Y.
- Lorsqu’on veut regarnir la lampe, il faut faire sortir l’huile qui est entrée dans la cavité Z. Pour cela, on débouche le tuyau A, et l’on renverse la lampe sur une burette faite exprès, après avoir enlevé le chapiteau P (fig. i5) , et mis en place un entonnoir renversé M (fig. 18), qui donne à la lampe la forme d’une bouteille, comme cela est représenté en M ( fig. 16 ) par les lignes ponctuées. Cette opération est très longue, l’air ne trouvant aucune issue pour prendre la place de l’huile qui sort ; et ce n’est qu’après un laps de temps considérable qu’on parvient à la vider. Ce service est très désagréable, et avait fait abandonner ces lampes.
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- Jeu de la lampe d'après les perfectiormemens de M. Caron,
- Cet ingénieux lampiste a supprime' la soupape à la naissance du tuyau B , son ressort, le fil de fer qui la faisait mouvoii, et le bouchon de cuivre qui la mettait en jeu, comme nous l’avons dit. Il a aussi supprimé le trou de communication et haut du tuyau A. Il a ajouté un tube H,H soudé auplateai supérieur et au diaphragme a. Ce tube reçoit dans son intérieur une tige de fer I surmontée d’un bouton , afin de la tirer facilement. Cette tige de fer cylindrique est percée, dans son axe , d’un trou jusqu’à la hauteur J , où un second trot est pratiqué horizontalement et va joindre le premier; elle glisse dans une boîte à cuir pratiquée dans la partie supérieure du tuyau II, B. Par ce moyen on établit à volonté une communication entre l’air intérieur et l’air extérieur, en tirant la tige en dehors ; on intercepte cette communication en poussant le bouton.
- Pour remplir la lampe , on tire au dehors le bouton I, qn verse l’huile avec la burette dans le tube A ; les cavités T et Z se remplissent, ce qui diffère de la construction de Girard, et l’on s’arrête lorsque l’huile monte à la surface supérieure du tuyau A. Alors , après avoir enfoncé le tuyau I, en pressant sur le bouton, on couvre la lampe de l’entonnoir M, comme dans la lampe de Girard , et on la renverse sur la burette. Aussitôt on entend l’huile descendre, la cavité X se remplit , et toute l’huile superflue se rend dans la burette ; la cavité Z reste vide. Une à deux minutes suffisent pour cette opération, et aucune goutte d’huile ne se répand au dehors. Le jeu de la machine est le même que celui que nous avons décrit en parlant de la lampe imaginée par M. Girard.
- Cette lampe , construite avec le soin qu’y porte M. Caron, donne une très belle lumière ; la mèche brûle de 6 à 9 millimètres au-dessus du bec, pourvu que la robe de ce bec soit tenue d’un diamètre de trois millimètres plus grand que celui de la mèche; alors il se rassemble dans la partie supérieure du bec une quantité d’huile plus grande que la mèche n’en
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- peut consumer, et le pied de la mèche est toujours baigne' d'une trop grande quantité de liquide combustible, comme dans les chandelles et dans les bougies, pour que la combustion descende jusqu’au bec, qui ne se brûle jamais et est toujours propre, de même que dans les lampes mécaniques de Carcel et de Gagneau. Ce dernier perfectionnement nous appartient. Ces lampes ont le mérite d’être d’un prix extrêmement modéré ; elles ne s’élèvent pas au-dessus de 3o francs lorsqu’elles ne sont pas chargées de bronzes dorés.
- La fig. ï5 montre la forme d’une lampe des plus simples ; la colonne et la base sont peintes et vernies ; le chapiteau, qu’on voit en P, est doré à l’huile ainsi que les ornemens au bas de la colonne en R. Cette forme simple produit un très joli effet. Un garde-vue, en cristal ou en porcelaine , repose sur la partie N du chapiteau.
- Yoici le perfectionnement que M. Gagneau a apporté à sa lampe mécanique, décrite au mot Lampes , page 82 de ce volume.
- Pendant long-temps M. Gagneau a employé des soupapes telles que les représente la fig. j 9. Dès que nous eûmes connaissance des soupapes en taffetas préparées au caout-chouc, qu’on emploie en Angleterre , nous lui conseillâmes de les mettre en usage ; il les a adoptées, et il s’est convaincu qu’elles pre'sentent beaucoup plus de facilité dans l’exécution, et une plus grande sûreté dans le service. La fig. 20 représente ce perfectionnement, qui remplace les deux soupapes de chaque cote. Le rectangle A, B, est supposé une portion du fond qui porte, sur une face, les boîtes, et sur l’autre, les réservoirs. Il perce dans cette plaque deux trous a, d, de la grandeur convenable pour l’introduction de l’huile ; il couvre d’un côté, luuo, d’un morceau de taffetas verni au caout-chouc, de la Margeur de trois fois le diamètre du trou. Il tend légèrement ce taffetas et le fixe par deux petites bandes de fer-blanc ô,c, 5U il soude par leurs bouts, après avoir pratiqué avec un burin fiudqnes petits crans à l’une et à l’autre pièce, ce qui empêche le taffetas de glisser. Il place l’autre morceau de taffetas
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- sur l’autre face, pour couvrir de la même manière le trou d. Il est aise' de concevoir que l’huile trouve une entrée facile lorsqu’elle agit sur le taffetas dans toute sa longueur, en cherchant à le séparer du fond , et que celui-ci cède sans une grande résistance ; tandis que , au contraire, il en oppose une invincible lorsque l’huile tend à appliquer, sur le trou, ce même taffetas, qui devient par là le meilleur et le plus simple des obturateurs. Dans l’ancienne construction, le soupapes étaient sujettes à manquer ; mais depuis qu’il leur a substitué des taffetas, aucune n’a manqué, et le service en est extrêmement assuré. Nous nous servons d’une de ces lampe depuis huit ans : nous n’en avons jamais eu de meilleure; elle n’a jamais manqué un seul jour, et n’a exigé d’autre réparation que, comme une pendule , d’être nettoyée deux fois pendant ce temps. La Société d’Encouragement en a fait le plus grand éloge, sur le rapport de M. Francœur. (V. T. XIX, page ioo, et Annales de l’Industrie, T. IY, page 121.)
- M. Gagneau a imaginé plusieurs outils de diligence qui lui donnent la facilité de construire , avec beaucoup de célérité et de précision, différentes pièces de son art, dont il fait usage pour les lampes de sa manufacture. C’est lui qui, le premier, a cannelé le fût des colonnes, qu’il place indifféremment à ses lampes mécaniques et aux lampes astrales. C’est un mandrin en acier, composé de trois pièces dans sa longueur, Ton* pour le haut du fût, l’autre pour le milieu, la troisième pont le bas : ces trois pièces sont si bien ajustées dans leur longueur l’une contre l’autre, qu’il faut y porter une très grand* attention pour voir les jointures. Il peut par ce moyen sortit le mandrin, qui ne sortirait pas lorsque le cylindre de fer-blant est cannelé. Ces matrices sont très régulièrement cannelées; il les met sur le tour après les avoir très solidement assemblées et les avoir enveloppées d’un tuyau en fer-blanc ou en cuivre mince, préparé exprès. Au-dessus du tour est fixé un grand levier qui porte au-dessous une grande roulette , qu’il fait entrer dans les cannelures, et par une grande pression, en promenant la roulette, il obtient sur le fer-blanc ou sur la feuille
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- de cuivre, les cannelures parfaitement exécutées; il démonte les trois pièces, et il sort facilement le moule pour recommencer son opération. Ce travail se fait avec beaucoup de facilite' et une’grande précision. On sent qu’il a autant de mandrins semblables qu’il a de dimensions différentes de colonnes.
- Il fabrique aussi des chapiteaux en bronze, de l’ordre corinthien, avec la plus grande perfection et une extrême facilité. Il les applique à ses lampes mécaniques. Il est impossible de faire fondre ces chapiteaux d’une seule pièce en conservant le derrière des feuilles d’acanthe parfaitement évidé, et si l’on veut les faire évider, après la fonte, par un ciseleur, il exige un salaire extrêmement élevé. Avant d’avoir imaginé le moyen qu’il emploie aujourd’hui, il fut obligé de. payer i5o fr. une paire de chapiteaux, et encore n’étaient-ils pas parfaitement évidés. Par le moyen qu’il a imaginé, les chapiteaux sont parfaits, et ils ne lui reviennent pa.s au-delà de i5 fr. pièce, puisqu’il les fournit à ses confrères pour ce prix-là. Voici comment il opère.
- Il fait fondre d’abord le noyau , qu’il lime et qu’il tourne, et il applique dessus les feuillages et les volutes, qui sont fondus à part, et qui sont ajustés à coulisse dans le noyau et fixés par des vis. Nous avons vu ces ornemens au moment où ils sortaient de la fonte..; ils étaient si bien traités, qu’ils n’avaient presque pas besoin d’être ciselés pour être livrés au doreur. Ces chapiteaux , ainsi exécutés, sont d’une si grande perfection, qu’il est impossible de voir rien de plus délicat et de plus parfait.
- Cette construction donne l’avantage de pouvoir remplacer, avec beaucoup de facilité et presque sans dépense, un ou plusieurs de ces ornemens, qui viendraient à se casser ou à se détériorer.
- Les bornes dans lesquelles nous devons nous renfermer ne nous permettent pas d’entrer dans de plus grands détails sur les divers outils de diligence que l’on rencontre dans les ateliers de deux ou trois des meilleurs lampistes de Paris.
- M Bordier-Marcet excelle aussi pour l’éclairage des rues,
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- des cours, etc., de même que pour les phares à l’usage de la marine. Au mot Faxacx ( T. VIII, page 4°°), nous ayons décrit le dernier fanal qu’il a construit pour les phares. Dans le système qu’il emploie ce sont des réflecteurs paraboliques qu’il dispose dans la direction des rues. La lampe à double courant d’air est celle dont il se sert pour donner la lumière ; un seul bec lui sert à e'clairer un carrefour où aboutissent plusieurs rues ; il met autant de réflecteurs paraboliques qu’il y a de rues. Elles sont beaucoup mieux éclairées que par le système ordinaire. Ses réflecteurs sont en plaqué d’argent. Tous les tillages autour de Paris, et qui touchent à la Capitale , sont éclairés par son procédé. Lorsqu’on arrive pendant la nuit par une des barrières, on est surpris, après avoir parcouru un espace très brillant, de trouver ensuite un e'clairage triste et morne ; cependant ses réverbères sont beaucoup plus éloignés que ceux qui sont encore usités dans cette ville immense.
- La cour du palais des Tuileries est actuellement éclairée par le système de M. Bordier, et les soins vigilans de M. le Préfet de la Seine pour toutes les améliorations utiles, font espérer qu’aussitôt que le bail des entrepreneurs de l’éclairage de la Capitale sera terminé, Paris jouira du perfectionnement apporté par M. Bordier-Marcet dans l’éclairage des villes. Certainement ce système doit être plus économique dans la combustion de l’huile , plus facile pour le service , beaucoup moins dispendieux pour le premier établissement, puisque avec un moins grand nombre de réverbères on est mieux éclairé. 11 n’y a qu’à se rappeler l’expérience comparative que fit M. Bordier, pendant l’hiver dernier, dans une même longueur de rue, avec l’éclairage des entrepreneurs. Avec sept de ses réverbères, il éclaira beaucoup mieux la rue de Richelieu depuis la rue Neuve-des-Petits-Champs, jusqu’à la rue des Filles-Saint-Thomas, que les entrepreneurs n’avaient éclairé toute la rue Vivienne, malgré qu’ils eussent employé onze réverbères ; et la longueur des rues est la même, elles sont parallèles.
- Plusieurs lampistes ont voulu contrefaire l’éclairage de
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- AI. Bordier; on en a vu, et l’on en voit encore dans plusieurs rues de Paris des contrefaçons ; mais il est aisé de reconnaître que ces réverbères ne sont pas construits par lui; la lumière qu’ils répandent n’est pas, à beaucoup près, aussi belle, et ne se projette pas aussi loin. Cela vient de ce que les miroirs ne sont pas parfaitement paraboliques ; cette courbure n’est donnée qu’à peu près, au lieu que dans la fabrication de AI. Bordier, la courbure est mathématiquement exécutée. Il a imaginé des outils qui donnent la forme exacte, et à l’aide desquels un ouvrier ne peut pas se tromper. L.
- LANCE ( Technologie). Ce mot a plusieurs acceptions différentes dans les Arts industriels.
- L’Arqcebüsier donne le nom de lance à une lame d’acier pointue en forme de dard, à deux trancbans, d’environ 3 décimètres de long, portant à son pied une douille, dans laquelle est ajusté un long manche de bois. On s’en servait autrefois dans les combats ou dans les tournois. On a introduit cette arme-de nouveau dans notre cavalerie, ce qui a fait donner aux soldats qui s’en servent le nom de lanciers.
- Le Cavoxxier se servait autrefois, pour mettre le feu au canon, d’une corde préparée qu’on appelait lance à feu. En 18o4 , Proust et Borde imaginèrent de nouvelles lances à feu bien plus commodes et d’un service plus facile, qu’ils désignèrent sous le nom de baguettes, et que cependant les artilleurs appellent vulgairement lances. Elles sont faites avec dubois de tilleul, d’aune, de peuplier, de bouleau ou de hêtre; elles ont cinq à six millimètres d’épaisseur, sur un centimètre environ de largeur, et un mètre de longueur. On les sature d’une dissolution de nitrate de plomb , de manière qu elles en soient parfaitement imbibées : on les retire ensuite , et on les laisse sécher. Si l’eau est bouillante, une immersion d’une heure et demie suffit; mais lorsque l’eau est froide , on doit les y laisser pendant trois jours. Le nitrate de cuivre peut être employé au lieu de nitrate de plomb. Les lances ou baguettes, ainsi préparées, brûlent comme de l’amadou , en donnant un charbon incandescent de forme co-
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- nique. Elles sont moins sujettes à se briser que les lances préparées avec des cordes, plus transportables, et elles concentrent le feu, au lieu que ces dernières projettent souvent autour d’elles des flammes dangereuses, surtout dans le service de la marine. Enfin, elles sont beaucoup plus économiques, puisque, d’après le calcul fait dans les bureaux de la guerre, ce qui coûtait à l’État vingt mille francs, ne coûte pas quinze cents francs. Ces baguettes durent une heure et demie, au lieu que les anciennes lances à feu ne duraient que pendant sept minutes.
- L'année suivante, Cadet-Gassieourt perfectionna cette invention. Il prouva, par des expériences souvent répétées, que les bois de bouleau et de tilleul sont les plus propres à la fabrication de ces baguettes ; que le nitrate de plomb est préférable au nitrate de cuivre, et qu’en imprégnant les baguettes d’essence de térébenthine, on les rend imperméables à l’eau , et on leur donne la propriété d’éclairer le canonnier ; ce qui a rendu un service réel à l’artillerie et aux Arts.
- Le Sculpteur donne le nom de lànce à une espèce de spatule dont il se sert, surtout pour les sculptures en stuc, en terre, en plâtre ou en cire.
- Le Chaufournier désigne sous le nom de lance une barre de-fer de 23 à 3o décimètres ( sept à huit pieds ) de long, avec laquelle il plonge entre les pierres dont le four à chaux est chargé, afin de donner de l’air pour faciliter le passage de la flamme qui doit atteindre toutes les pierres et en dégager l’acide carbonique. Cette barre est pointue par un bout, et contournée en anneau par l’autre, afin de donner à l’ouvrier la facilité de la manier, et la force nécessaire pour cette opération.
- Dans la marine marchande, on donne le nom de fausses lances à des canons de bois que les vaisseaux marchands placent quelquefois , en temps de guerre, le long du bord , pour tromper l’ennemi et lui faire croire de loin qu’on est en état de défense.
- Dans Y art de la pèche, on désigne quelquefois sous le no®
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- de lance un panier d’osier, dont l’ouverture est ronde et garnie de brins d’osier qui rentrent en dedans en se rapprochant. Ces brins ainsi rentrans sont longs et flexibles , le poisson en entrant, pour aller manger l’appât qui est au fond, les e'carte ; mais lorsqu’il est passé, ces brins se rapprochent et ne lui permettent plus de sortir. Ce panier a une forme conique ; sa surface est soutenue dans cette forme par des cerceaux qui vont toujours en diminuant de diamètre depuis l’orifice jusqu’à la pointe. On le désigne aussi sous le nom de nasse, nasson, nause, bire, boisseau, bouteilles,panier, etc.
- L.
- LANCETTE ( Technologie). Indépendamment d’un instrument de Chirurgie qui porte ce nom, qu’on emploie particulièrement à la saignée, et qui a été décrit (T. XI, page 252), ce nom est encore donné à plusieurs outils en usage dans plusieurs Arts industriels ; nous en désignerons quelques-uns.
- Le Boucher donne le nom de lancette à un petit couteau dont la lame est courte, un peu large et très aiguë; il s’en sert pour abattre les bœufs, en l’enfonçant entre les deux cornes, au lieu de les assommer comme on le pratiquait autrefois.
- Le graveur en bois, pour les toiles peintes ou pour le papier peint, désigne sous le nom de lancette un outil en acier , qui a la forme d’une lancette de chirurgien. Cet outil est tranchant des deux côtés et extrêmement aigu ; il est fixé au bout d’un manche en bois, et il s’en sert pour évider les planches qu’il grave. Il enfonce la lancette obliquement dans le bois de tilleul , tout autour des places qu’il veut évider ; par ce moyen, il dégage le bois qu’il enlève avec une grande facilité.
- Les ouvriers en paille, en carton, en papier, se servent aussi d’un outil qu’ils nomment lancette; c’est une lame de trois à quatre centimètres environ de longueur ; elle est large, en pointe , aiguë et tranchante des deux côtés ; elle ressemble beaucoup à un grattoir de bureau. Il y en a de plusieurs dimensions et de plusieurs forces différentes, selon la nature de 1 ouvrage auquel on les destine. Celles qui servent à couper
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- du carton sont plus fortes que celles qui ne doivent couper que du papier ou de la paille.
- Beaucoup d’autres Arts emploient des outils à peu près semblables, et presque toujours de la forme de ceux que nous venons de de'crire. L.
- LANCIS ( Architecture). Lorsqu’un mur est en mauvais état et qu’on veut le consolider , on y introduit, à des espaces convenables, des pierres qu’on lie à mortier de cbaux ou à plâtre : ces pierres se nomment des lancis. Fr.
- LANDAU. Très bonne voiture à quatre roues, suspendue sur des ressorts en C, pour la ville et pour la campagne ; sa caisse, ordinairement à quatre ou six places en regard, est recouverte d’une calotte en panneaux , qui s’ouvre à charnière , moitié en avant et moitié en arrière, de sorte qu’on peut avec elle, comme avec une calèche et beaucoup mieux, se découvrir et se mettre à l’abri des intempéries du temps. Elle est plus lourde qu’une calèche, mais infiniment plus commode, surtout pour les voyages, parce que sa calotte étant fermée et agrafe'e, elle forme une impériale solide , sur laquelle on peut placer une vache pleine d’effets, ce qui ne peut avoir lieu avec une calèche sans la déformer et même la briser. Mais les articulations et les joints des diverses parties qui composent la calotte d’un landau doivent être faits avec un grand soin et de bois extrêmement sec ; la moindre variation qui surviendrait dans leurs assemblages et leurs dimensions, empêcherait le juxta-posé et l’exacte fermeture de la caisse, qui est une condition de rigueur. E. M.
- LANDES ( Agriculture). Vastes plaines dont le solarénacé est stérile, ou ne produit que des plantes éparses et presque sans utilité, telles que des bruyères, des ajoncs, des genêts , etc., propres seulement au chauffage des fours. Ordinairement une couche argileuse ou formée de cailloux agglomérés par un ciment ferrugineux, règne au-dessous du sable ; les eaux pluviales n’y ont pas d’e'coulement, et ne se dissipent que par l’évaporation. Ces terrains, tristes et misérables , trop communs en Sologne, près de Bordeaux, en West-
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- phalie, en Bretagne , etc. , ne compenseraient par aucune re'colte profitable les soins et les dépenses de la culture , et sont abandonnés à leur infertilité naturelle : quelques faibles troupeaux de moutons y trouvent seuls une rare nourriture, et la stagnation des eaux y rend souvent les habitations insalubres.
- Il serait cependant facile d’introduire dans les landes un système de culture avantageux à l’Etat, à la population des contrées voisines, au commerce et même au propriétaire éclairé, qui consacrerait à cette entreprise des capitaux dont il retirerait, au bout de quelques années, d’immenses profits. C’est ici que l’industrie agricole et l’instruction particulière peuvent recevoir d’utiles applications, ainsi que le prouvent d’heureux essais tentés en divers lieux, et spécialement en Westphalie , où les fermes commencent à se multiplier dans des contrées naguère désolées par les maladies, la famine et la misère. On doit s’occuper d’abord de donner de l’écoulement aux eaux pluviales qui, surtout en hiver, couvrent le sol, soit en pratiquant des rigoles, soit en défonçant la terre jusqu’au-dessous de la couche d’argile ordinairement fort mince qui s’oppose à l’infiltration. Comme cette opération serait très coûteuse , et qu’on aurait suj et de craindre de ne pas en couvrir les frais, on préfère percer d’espace en espace le sol par des trous de tarrière , dans les bas-fonds, où l’eau vient se réunir et est bue par les couches inférieures. On y cultive ensuite des plantes qui ne refusent pas ce genre de terrain; c’est ainsi que les landes d’Armagnac ont été transformées en vignobles. Toute espèce de culture amènerait peu à peu de la fraîcheur en été, et déposerait un humus végétal que le temps accumulerait, jusqu’à rendre au sol sa fécondité. Des plantations de forets, surtout celles de pins et d’autres arbres verts qui bravent la sécheresse des chaleurs estivales, pourraient donner des produits abondans. Nous renvoyons aux Annales d’Agriculture les personnes que ce sujet intéresse, la multitude des détails ne nous permettant pas d’y donner ici plus de développemens. Fr.
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- LANGOUSTE. Grand erustacée qu’on pêche dans nos mers, et dont on fait un commerce assez considérable. On le prend dans des nasses, où l’on a mis pour appâts de petits poissons, des crabes, etc. , et qu’on descend pendant la nuit dans des lieux rocailleux, où ces animaux se plaisent beaucoup : on enlève la nasse le lendemain matin, avec les langoustes qui s’y trouvent. Ce mets est fort recherché. Pour les faire voyager , il faut les cuire, afin d’éviter qu’ils ne se gâtent en route. Tojez ce que nous avons dit des Homards , auxquels les langoustes ressemblent beaucoup pour la couleur, la taille, la forme et le goût. Les antennes de celles-ci sont beaucoup plus grosses, plus longues, très hérissées , et portées par un pédoncule fort long ; leurs pieds sont presque uniformes, terminés en pointe, et privés des serres que l’on trouve aux écrevisses. Fr.
- LANGUE DE CARPE ( Technologie). C’est un outil dont on se sert dans plusieurs Arts industriels ; il est en acier et tranchant ; il a la forme d’une langue de carpe, d’où il tire son nom. Il remplace souvent la Lancette , et il est employé' aux mêmes usages. Il est tranchant des deux côtés et tranchant par le bout ; il est plus épais que la lancette. L’àrquebc-sier, le Tourneur, le Menuisier, I’Ébéniste, le Graveur en bois, etc., etc., s’en servent. L.
- LANGUETTE ( Technologie). On donne en général, dans les Arts industriels, le nom de languette à tout ce qui est taillé en forme de petite langue. Indépendamment de cette définition générale, ce mot a beaucoup d’acceptions différentes dans les Arts industriels.
- Il est souvent employé comme synonyme de cloison. C’est dans ce sens que le Maçon s’en sert pour désigner la séparation de deux ou plusieurs tuyaux de cheminée, ou bien une petite cloison en briques ou en plâtre, qu’il construit dans toute la longueur d’un tuyau d?e cheminée trop large, et qu’il rétrécit de cette manière pour corriger une cheminée qui fume mal. Le Fumiste l’emploie dans le même sens.
- Le Menuisier forme des séparations aussi par des languettes ;
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- LANGUETTE.
- mais il emploie plus souvent ce mot dans les assemblages. Lorsqu’il veut réunir deux planches par leurs bords pour la rendre plus large, il fait à l’une dans son épaisseur, avec un instrument qu’il nomme bouvet, une rainure dans toute sa longueur, et sur l’autre planche, du côte' où elle doit s’ajuster à celle-là, avec un autre bouvet, il enlève le bois de chaque côte', en laissant au milieu de l’e'paisseur une saillie qui doit entrer juste dans la rainure ; c’est cette épaisseur qu’il nomme languette.
- L’Imprimeur désigne sous le nom de languette une petite pièce de fer très mince , d’environ 4 centimètres de large sur 3 centimètres de long. Elle est rivée à la frisquette , et est saillante au dehors. C’est par cette languette, que l’on nomme aussi quelquefois oreille, que l’ouvrier prend la frisquette pour la lever ou l’abaisser à chaque feuille de papier qu’il imprime.
- Le Luthier donne le nom de languette à une petite soupape qui ferme les trous d’un instrument à vent, et que l’on soulève en appuyant le doigt sur le bras de levier opposé à la soupape, qui, lorsqu’elle est libre, est poussée par un ressort pour tenir constamment le trou fermé. Cette languette prend aussi le nom de clef.
- Le facteur d’orgues donne le nom de languettes à des petites plaques de cuivre mince, flexible et élastique, dont il couvre les anches qui servent à certains jeux, tels que la trompette, etc. La languette est fixée dans la noix avec l’anche par un coin de bois. Le ton qu’elle doit faire rendre à l’anche est réglé par un fil de fer écroui, que l’accordeur avance ou recule, afin qu’il donne plus ou moins de jeu à la languette, selon qu’il veut faire hausser ou baisser le ton. Ce fil de fer porte le nom de Rasette. ( V. ce mot. )
- Le Potier d’étaix emploie aussi le même mot languette pour désigner une partie saillante qu’il ménage à l’extrémité opposée du couvercle à charnière d’un vase à anse qu’on tient d’une main, tel qu’un pot à l’eau, par exemple. On doit considérer ce couvercle comme un levier à deux bras inégaux : le
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- couvercle proprement dit est un de ces bras, la charnière est le point d’appui, la pièce d’e'tain qui se pre'sente au-delà de l’axe de la charnière est le petit bras. C’est sur cette pièce, qu’on nomme languette, qu’on appuie le pouce, pendant qu’on tient l’anse à pleine main, afin de forcer le couvercle à se relever.
- On voit, par ces exemples, que le mot languette est pris dans beaucoup de sens diffe'rens dans les Arts industriels.
- L.
- LANTERNE ( Technologie). Dans son acception ge'nérale, le mot lanterne est consacre' pour de'signer un instrument le'ger, fabrique' en partie ou en totalité avec des matières transparentes , et propre à recevoir dans son intérieur un corps lumineux , de manière qu’il éclaire dans toutes les parties susceptibles de pouvoir laisser passer la lumière. Sa construction doit être telle, qu’elle puisse donner accès à l’air extérieur, sans lequel la combustion du corps embrasé qu’elle renferme ne pourrait pas avoir lieu. On doit aussi lui ménager des issues pour laisser e'chapper la fumée et les résidus de la combustion.
- La forme des lanternes varie de mille manières, selon l’usage auquel elles sont destinées. Elles sont portatives, et servent à s’éclairer dans les rues des villes qui n’ont pas de réverbères ou des lanternes suspendues : dans ce cas elles sont construites en fer-blanc ou en laiton mince, avec un verre ou une feuille mince de corne transparente sur le devant. On en construit en gaze, en toile, en verre, en papier, etc. On s’en sert aussi pour monter les escaliers, descendre dans les caves, parcourir les greniers , les écuries, etc., etc. Les lanternes d’écurie sont toutes enfer-blanc, percillées d’une infinité de petits trous, pour éviter les incendies.
- Les lanternes prennent diffe'rens noms, selon leur usage ou leur forme, ou le nom de leur inventeur.
- Lorsqu’elles- sont suspendues pour éclairer les rues ou les passages, les corridors, etc., on les nomme Réverbères, lors-
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- que la lumière est réfléchie par un miroir métallique, ou en glace étamée. ( V. Réverbères. ) Celles qui sont à l’usage delà marine, et qu’on place au haut des Phares , se nomment Fanaux. ( V. T. VIII, page 3g3. )
- Le Mécanicien désigne sous le nom de lanterne , ce que I’Horloger nomme Pignon. La lanterne est formée de deux plateaux tournés, sur le bord desquels on a percé autant de trous qu’on veut y placer de fuseaux, qui tiennent lieu de dents. Ces fuseaux sont cylindriques, et portent des pivots à leurs deux extrémités. Le plus souvent ces pivots sont rivés sur les plateaux ; alors les fuseaux sont immobiles. Quelque-^ fois les pivots sont libres dans les trous des plateaux, de sorte que les fuseaux peuvent tourner sur eux-mêmes. Cette dernière construction tend à diminuer les frottemens de l’engrenage. La lanterne est fixée sur son axe à la hauteur convenable pour qu’elle se présente devant la dent de la roue dans laquelle elle doit engrener. Ce n’est que dans les grandes machines que l’on remplace les pignons par des lanternes.
- Les Balanciers désignent sous le nom de lanterne, une boîte en assemblage de menuiserie, dont les montans et les traverses seulement' sont en bois, et les panneaux sont en verre. Ils placent au milieu une très petite balance bien sensible , nommée trébuchet, exécutée avec beaucoup de perfection, pour peser des objets précieux j ou pour les essais des monnaies. On enferme ainsi ces balances, afin d’éviter les effets d’un courant d’air qui , en mettant en mouvement le fléau, pourrait causer des erreurs. On n’a pas besoin d’ouvrir la lanterne pour soulever la balance ; cette opération se fait par dehors, à l’aide d’un bouton et d’un petit mécanisme qui a été décrit au mot Balance (T. II, page 4^4), etau mot Essai ( T. VIII, page 252 ).
- Le Boctoxnier-Passementier donne le nom de lanternes à deux petits cônes tronqués creux , formés de deux petits plateaux de bois, de la même manière que les lanternes des mécaniciens, avec un certain nombre de petits fuseaux tout autour, pareillement en bois. La seule différence consiste en Tome XII. 8
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- ce que les mêmes plateaux d’une même lanterne ont d« diamètres diffe'rens, de sorte que chaque lanterne présente, comme nous l’avons dit, la forme d’un cône tronque', et non d’un cylindre. Ces deux lanternes sont place'es sur deux tringles de bois qui peuvent glisser l’une contre l’autre, et par ce moyen e'cartent les lanternes l’une de l’autre , selon la longueur de l’écheveau qu’ils dévident sur la bobine de l’ourdissoir avec facilité.
- Le Gazier emploie de même une lanterne. C’est un instruiras! qu’il nomme aussi plioir, et qui lui sert à lever les soies de dessus I’Ocrdissoir , pour les porter sur les Ensodples du métis de Tisserand.
- L’Orfèvre donne le nom de lanterne à la partie de la crosse d’un évêque , d’un bâton de chantre, oui d’une masse de bedeau, etc., qui est grosse et à jour et représente en quelque façon une cage ou une lanterne, au milieu de laquelle il place, le plus souvent, une petite statue en relief.
- L’Ourdisseür , lorsqu’il emploie un ourdissoir rond qui tourne sur lui-même , désigne par le nom de lanterne, laçage qui sert à loger le moulin qui sert à ourdir, avec toutes les pièces qui en dépendent. ( V. Odrdissedr. )
- Lanterne a demi garnie. On désigne sous ce nom un élément de machines qui, par un engrenage, produit un mouvement circulaire alternatif. C’est une lanterne A (fig. 21, PI. 33), qui n’est garnie de fuseaux que dans la moitié de sa circonférence. Cette lanterne ne peut imprimer au segment B qu’une élévation ou une dépression pendant tout le temps que dure l’engrenage ; mais aussitôt que le dernier fuseau a cessé d’agu sur le segment B, le poids I) qu’il avait élevé agit sure* segment et le ramène dans sa situation primitive.
- Lanterne a périphérie changeante. C’est encore ici un élément de machines que les Anglais ont ingénieusement adap» pour les tours et autres machines dans lesquelles on veui changer le rapport de la puissance à la résistance, selon 1* besoin, et pour ainsi dire instantanément.
- Pour bien concevoir ce mécanisme, supposons deux plate*®
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- parallèles, dont l’un soit percé d’une rainure spirale a,a,a,a,a, et le second de plusieurs rainures rectilignes b,b,b,b,b,b. Il est évident que si de petits cylindres sont placés dans les interstices des rainures des deux plateaux , tous ces cylindres s’éloigneront ou se rapprocheront du centre des plateaux d’une même quantité, en faisant tourner l’uu d’eux. Supposons maintenant que ces cylindres portent des coudes , dans la direction des rayons , dont la longueur soit telle que les extrémités n,n,n,n, se terminent dans la circonférence d’un cercle dont le centre soit le même que celui de la plaque ; on concevra aisément que les extrémités de ces coudes, soit qu’ils s’approchent, soit qu’ils s’éloignent du centre, se trouveront toujours dans la circonférence d’un cercle concentrique au premier.
- On voit combien cette ingéniense invention peut avoir d’applications utiles dans les Arts industriels.
- Il y a d’autres instrumens qui portent le nom de lanternes, tels que là lanterne de sûreté de Davy, qui a été décrite au mot Lampes , et la lanterne magique , dont la description va suivre.
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- LANTERNE. On varie beaucoup la forme de ce petit meuble, qui est destiné à porter la lumière d’une lampe ou d’une chandelle, à l’abri du vent et de la pluie, et sans crainte de communiquer le feu. Le plus usité de ces instrumens est un cylindre de fer-blanc d’environ 9 à 10 centimètres ( 4 pouces ) plus ou moins de diamètre, dont le devant est pourvu d’une porte s’ouvrant à charnière fermée d’un loquet, et garnie d’une vitre de verre ou de corne : l’arrière a une anse en gros fil de fer qui sert à la tenir à la main. La partie supérieure est surmontée d’un cône en fer-blanc , percé de trous et ouvert au sommet, pour donner issue à la fumée et à l’air brûlé, et terminé par un crochet pour suspendre la lanterne en mur. Le cylindre est fermé à sa partie inférieure par un fond plat, au centre duquel se trouve soudée une douille, dans laquelle on enfonce la chandelle ou la lampe.
- La lanterne sourde a son fond séparé du cylindre, et porte
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- aussi un cylindre ouvert d’un côté et en haut. On entre <t second cylindre dans l’autre, où il peut tourner à frottemem rude. Si les deux ouvertures sont en face l’une de l’autre,\ lumière éclaire le dehors ; mais lorsque ces ouvertures ne * rencontrent pas, la lanterne semble être éteinte. C’est œ moyen de sortir subitement de l’obscurité, et d’y rentra quand on veut.
- L’usage des lanternes est très fréquent dans la marine,« le vent les rend indispensables, et où d’ailleurs les ravagesk feu sont extrêmement redoutables : on y préfère les vitra en feuilles de corne, parce qu’elles sont moins fragiles ; mai récemment on y a introduit l’usage des toiles métallique: qui remplissent les mêmes objets, et n’ont l’inconvénient s de donner une lumière troublée, ni d’être fragiles. Selon li remarque de M. Bosc, on fait depuis long-temps usage, dan: l’est de la France, de lanternes composées de fils de fer tre rapprochés , liés entre eux par d’autres fils de directions perpendiculaires ; la forme est celle d’un cylindre fermé aux de: bouts par des plaques de tôle. On a reconnu qu’en se sens de cet instrument, le feu ne pouvait se communiquer è dedans au dehors ; ainsi, la fameuse lampe de Davj étr connue depuis bien des années en France. ( V. le œ' Lampe. )
- M. La Rivière, de Genève , a imaginé de remplacer les vitres de lanterne par des hjcnes d’acier poli percées d’une multitude de petits trous, qui laissent très bien passer la lumière Il se sert, pour percer ces trous, d’une machine ingénieuse è son invention.
- En charpenterie, on appelle lanterne une cage carrées charpente, placée au-dessus d’un comble, pour donner t jour. Fr.
- LANTERNE MAGIQUE {Artsphysiques). Nous réunir® sous ce titre plusieurs instrumens d’Optique , fondés snrî même principe, et qui sont destinés à peindre les i®¥ agrandies des corps sur une toile tendue, dans une chauù obscure, ou sur un écran ou un verre dépoli.
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- Mégascope- Cet instrument, inventé par Charles (F. PI. 1 o, fig. 7 des Arts physiques) , consiste en un verre lenticulaire a fixé à un trou d’un volet. Un peu au-delà du foyer principal de ce verre, on place un corps quelconque C qu’on éclaire vivement, soit par la lumière solaire , soit par la flamme d’une bougie, qu’on y envoie par réflexion, à l’aide d’un miroir convenablement disposé. Les rayons émanés de cet objet se brisent en entrant et en sortant de la lentille, et transportent l’image agrandie sur la toile KL. L’image est d’autant plus grande que l’objet est plus rapproché du verre , quoique toujours au-delà du foyer principal ( V. Lentille) : elle devra paraître renversée ; mais on évite cet inconvénient en renversant l’objet lui-même. Pour que cette image soit nette , il faut placer l’écran à une distance suffisante, qu’on devra augmenter d’autant plus que l’objet sera plus près du foyer, ce qui limite l’agrandissement à l’étendue de la chambre obscure où l’on fait l’expérience. Plus l’image est grande, et moins elle est claire et nettement terminée-.
- On est dans l’usage , au lieu d’une seule lentille , d’en réunir plusieurs dans un même tube ab, et de les achromatiser ( F. LunetTï: ), pour éviter les couleurs d’iris qui rendent les images confuses. Alors celles-ci sont nettes dans une plus grande étendue ( V. Microscope ), et l’on en peut tracer des figures très utiles pour les recherches d’Histoire naturelle ou de Physique. On obtient ainsi un grossissement qui va jusqu’à •vingt fois les dimensions des objets, dont on peut arrêter avec précision les contours , et comparer les grandeurs des parties. Le mégascope tient lieu du Microscope solaire {F. ce mot), du moins pour examiner les corps qui ne sont pas extrêmement petits.
- La chambre claire, caméra lucida, la chambre obscure, sont établies d’après les mêmes principes. Ces appareils ont été décrits à leurs articles.
- La lanterne magique est une espèce de mégascope portatif, où les objets sont éclairés par une lampe, et rendus mobiles pour représenter des scènes variées. Voici la description de cet
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- ingénieux appareil, inventé par le père Kirker, auteur dt
- plusieurs ouvrages savans.
- Une boîte de fer-blanc ( fig 9 ) d’environ 2 décimètres de hauteur sur 16 centimètres de longueur et 13 de largeur(*, 8 pouces, sur 6 et sur 5 ) , contient un miroir concave A{ placé au fond, et une lampe C qui doit être assez rapproché du miroir, sans que la flamme puisse l’échauffer trop fortement ni le salir. On donne 16 centimètres (6 pouces) dt foyer au miroir, et la lampe doit être située entre l’une et l’autre ; au-dessus est une cheminée recouverte d’un toit conique , comme dans les lanternes ordinaires. La cheminé donne passage à la fumée, sans que la clarté de la lampe soit aperçue au dehors ; car l’obscurité la plus complète doit régner dans la chambre où l’on fait cette expérience. I; fond AC a une porte qui s’ouvre en dehors à charnière, et sut laquelle est ajusté le miroir, qu’on fait ordinairement et cuivre argenté, ou en fer-blanc battu et bien poli, comJï ceux des réverbères. Il porte au dos une queue centrale, çn passe à travers la porte, dans une douille, afin de pouvoit l’avancer ou le reculer comme on veut. La lampe a deux « trois mèches assemblées dans un tuyau ou porte-inèche plat pour que la réflexion n’éprouve pas d’obstacle dans le ses de AB vers IN.
- Sur la face de la boîte qui est opposée au miroir, os pratique une ouverture d’un décimètre de largeur sur ' ca-timètres de hauteur ( 3 pouces et demi sur 2 et demi ), 01 devant de laquelle est soudée une pièce de fer-blanc IN ayant une fente à chaque face latérale ; ces deux fentes se corresp® dent, de manière qu’on puisse y couler une petite bande i verre en forme de carré long, sur laquelle sont peintesù verses figures en couleurs transparentes. On a une certa* quantité de ces bandes représentant divers sujets, ainsi <pt va être expliqué ci-après. On enchâsse ces lames de verre dat de petits cadres de bois qui entrent et glissent librement daS les deux fentes correspondantes dont on vient de parler.
- Cette pièce IN porte un tuyau où peuvent entrer da>'
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- autres tuyaux qu’on allonge par tirage, comme ceux d’une lunette, pour les mettre à la distance convenable des lames de verre. On fait ces tubes cylindriques ou carrés, selon qu’on veut que l’image soit enfermée dans un cadre rond ou qua-drangulaire. ( V. fig. g et 10. ) On ajuste à l’un de ces tubes un verre de 8 centimètres de large ( 3 pouces ) et d’autant de foyer, et au tube terminal une autre lentille d’environ i3 à 16 centimètres ( 5 à 6 pouces ) de foyer. L’autre bout de chaque tube porte un diaphragme de carton noir, pour arrêter les rayons extrêmes qui ôteraient la netteté des images. La distance de ces verres dépend de celle à laquelle on veut placer l’écran, ou la toile qui reçoit les images. La fig. 10 montre l’appareil en action.
- L’effet de la lanterne magique est facile à comprendre (fig. 8). La flamme C envoie des rayons en tous sens ; ces rayons sont portés sur l’objet EC, qui se trouve ainsi vivement éclairé, et dont on peut encore augmenter l’éclat en plaçant en arrière un autre verre lenticulaire Dd. L’objet est, comme on l’a dit, une figure peinte qu’on glisse dans une coulisse Ee , de manière à la placer dans l’axe CN des tubes et du miroir, son plan étant perpendiculaire à cet axe. Vers le foyer de verre D<i est la lentille Gg ; elle est traversée par les faisceaux EM,em qu’envoient les divers points de l’objet, de manière à rendre ces rayons parallèles , de divergens qu’ils étaient, puis à converger en sortant, et à se croiser ( V. Lex-TfLLE); de là ils traversent le verre terminal H h , qui diminue la divergence qu’avaient prise ces faisceaux après s’être croisés (1). L’image se peint donc sur la toile KL, où elle
- (1) Un point quelconque E envoie des rayons divergens qui se réfractent dans la lentille Gg, et par cette cause ce pinceau ressort en formant des lignes a peu près parallèles; et comme chaque point de l’objet envoie de semblables pinceaux de lumière qui sortent presque parallèles, on voit que leur divergence est à peu près nulle, et qu’en outre tous ces pinceaux vont se réunir au foyer, et se croisent ensuite. L’angle est agrandi, et l’on voit pourquoi, d’une part, l’image est plus grande et renversée , et de l’autre la nettele' dépend du second verre et de la distance de l’écran. ( V. Lektilee. )
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- se trouve agrandie et renverse'e ; mais comme on a soin d’introduire dans la coulisse les figures en sens renverse', leurs images sont vues droites sur l’e'cran.
- En ge'ne'ral, il faut que les figures soient vivement colorées, et peintes de profil : aussi ne repre'sente-t-on guère que des images grotesques, des caricatures dans des positions singulières. On dessine d’abord sur du papier les figures qu’on a choisies, et l’on attache ce papier sous le verre. Prenant ensuite un pinceau très fin, qu’on a de'trempe' dans du vernis gras avec un peu de noir de fume'e , on suit le'gèrement les traits du dessin. On peut même alors marquer, avec les couleurs les plus foncées, les traits qui sont susceptibles de recevoir ces nuances. Les traits étant bien secs, on colore et l’on ombre les parties plus claires, en se servant des couleurs propres à chaque objet, et sans rien mettre sur les espaces qui doivent être tout-à-fait clairs. On emploie de préférence les ocres, le bleu de Prusse, le vert-de-gris calciné, la gomme-gutte, la laque fine, le bistre, etc. Il faut que toutes ces couleurs soient broyées au vernis gras très blanc, et avoir soin de beaucoup couper les couleurs car si une figure n’était nuancée que de trois ou quatre, elle ferait peu d’effet ; le grand nombre de couleurs produit des images plus agréables.
- On peut animer la scène par un tour d’adresse. On place moitié d’une figure sur un verre, et moitié sur un autre , de manière qu’en glissant les verres l’un sur l’autre, lorsque les choses sont convenablement disposées, la figure semble prendre desmouvemens. Ainsi, on peint un moulin à vent sans ailes sur le verre de devant, et les ailes sur un autre verre rond, qui tourne à l’aide d’une corde sans fin.
- Voici divers sujets assez faciles à représenter :
- Une femme qui ôte et remet son masque ;
- Deux hommes qui scient une pierre, ou un menuisier qui rabotte ;
- Un oiseau qui s’échappe de sa cage et va se percher sur la main d’une dame ;
- Deux béliers qui combattent à coups de tête ;
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- Un chasseur qui tare un lièvre fuyant devant lui ;
- Un duel à l’épe'e ;
- Des vaisseaux qui voguent ; etc.
- La toile qui reçoit l’image est ordinairement placée à 3 ou 4 mètres (9 à 12 pieds) de distance de la lanterne magique : plus elle en est éloignée, et plus les images sont grandes; mais aussi moins elles sont e'claire'es et nettement terminées.
- Fantasmagorie. Lorsqu’on fait varier la distance de l’objet Ee (fig. 8) à l’écran et aux verres CAN divergeas Gg,ïlh, la grandeur de l’image sur la toile KL varie aussi. On peut donc, par l’effet du tirage des "tubes, faire paraître d’abord un objet très petit, puis le rendre croissant de plus en plus : en disposant la lanterne magique tout près de la toile, et écartant beaucoup la lentille H h de Gg, l’image est fort peu étendue. On éloigne peu à peu l’appareil de la toile, en même temps qu’on rentre le tube, et si l’on a proportionné ces deux mou-vemens de manière à disposer les foyers des verres dans une relation convenable, l’image s’agrandira, sans cesser d’être nette. L’habitude apprend bientôt à gouverner ces deux mou-vemens. Il semble alors que l’objet qui était très éloigné, se soit successivement rapproché de nous, parce que, dans l’obscurité, l’œil n’ayant aucun terme de comparaison, la distance des corps est estimée d’après l’angle optique sous lequel nous les apercevons. Il est vrai que l’éclat de l’objet est aussi un élément de cette appréciation, et que plus il est éloigné, moins il doit nous sembler éclairé ; ce qui est précisément le contraire dans cette expérience, où la quantité totale de lumière qui est répandue sur la grande figure, l’était aussi sur la petite, qui est par conséquent plus éclatante , tandis que pour que l’illusion fût complète, il faudrait qu’au contraire elle le fût moins.
- Malgré ce défaut, avec un peu d’adresse, on produit sur les spectateurs des effets singuliers. On peut, au reste, faire varier convenablement l’éclat des images, en plaçant un verre opaque et mobile devant l’objectif, pour arrêter une partie variable de rayons lumineux , et porter sur l’image une
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- ombre qu’on diminue à mesure que l’image s’agrandit. En choisissant bien ses sujets , accompagnant l’expérience de préliminaires graves et d’une musique triste d’harmonica, on réussit à jeter de l’effroi dans l’âme de quelques personnes nerveuses, qui ne sont pas prévenues de ces effets. Ces expériences , qui ont été récemment imaginées, ont excité l’attention du public, et d’adroits physiciens ont obtenu en ce genre des succès assez singuliers. Ils prétendaient tirer de leur tombeau des hommes célèbres, qu’ils avaient soin de faire parler conformément à leur caractère et à leurs actions ; ils montraient à leurs auditeurs de prétendus parens , qui prononçaient des sentences, que ceux-ci interprétaient selon leur penchant à la crédulité , etc.
- Ombres chinoises. Pratiquez à une cloison une ouverture quadrangulaire en forme de tableau, par exemple, de 6 décimètres de hauteur sur 12 de longueur (2 pieds sur 4), à une élévation d’environ 2 mètres ( 6 pieds) du plancher, et tendez sur cette ouverture une gaze gommée, ou une toile très claire et très Êne, pour recevoir des images, sur un châssis de même grandeur ( et l’on s’en procure autant qu’on veut représenter des scènes différentes) ; tendez une semblable toile, sur laquelle vous dessinerez au trait seulement un paysage, un édifice, ou toute autre perspective analogue à l’objet que vous voulez figurer. On ombre ce tableau en y appliquant plusieurs papiers minces et découpés. Pour les tons clairs, on n’en met qu’un ou deux ; pour les demi-teintes, trois ou quatre; pour les ombres, cinq, six et même plus. Le profil de ces papiers est pris en les appliquant sur le trait déjà dessiné, et en formant le calque; on les colle ensuite avec soin et précision, et l’on rend le dessin plus correct en le re* formant avec un peu de bistre. On juge de l’effet du tableau en le regardant au grand jour, qui doit donner l’image d’une décoration de théâtre ou d’une vue d’optique.
- On découpe en carton de petites figures , dont on rend les parties mobiles, selon les mouvemens qu’on veut qu’elles laissent prendre et l’effet qu’on a en vue. Le cadre est pl»<*
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- devant l'ouverture de la cloison , et devant sont les spectateurs qu’on veut amuser de ces sortes de représentations, en faisant jouer derrière la scène qu’on a préparée , et sans laisser voir les moyens employés pour produire les effets. C’est derrière le cadre qu’on présente les petites figures ; l’appartement est dans l’obscurité la plus grande , mais on a une lumière très vive dans la pièce voisine, derrière la toile ; et c’est là qu’on fait mouvoir ces petits acteurs et qu’on parle pour eux, en les maintenant à hauteur, au point de la scène qu’ils doivent occuper, mais ayant bien soin , en les faisant mouvoir, de ne pas se placer de manière à projeter d’autres ombres sur la toile que celles des figures qu’on met en action.
- Pour les faire agir à volonté, on attache à leurs parties mobiles de petits fils de fer qu’on dirige tous vers les pieds de la figure , derrière le carton même qui la compose, et Ton tient ces fils dans la main , au-dessous du cadre , ou derrière les papiers collés sur la toile ; on termine ces fils en anneau, où Ton passe les doigts de la main droite, de manière que chaque doigt imprime le mouvement à Tune des parties mobiles; la gauche tient le fil de fer qui porte la figure entière. De cette manière on peut faire avancer, reculer, gesticuler la figure , sans que de l’autre côté de la toile on aperçoive la manœuvre qui la fait agir ainsi ; et comme on ne voit sur le tableau l’ombre de cette figure que loi’squ’elle est présentée devant les parties qui ne sont pas fort ombrées, on peut aisément la cacher et la faire reparaître à volonté , la faire aller et venir en la retournant à propos, en substituer une autre, en mettre deux, trois , en scène, etc. On produit ainsi des spectacles assez curieux, et dont les enfans surtout s’amusent beaucoup. Toutes ces figures doivent être vues de profil, puisqu’on n’a que le sentiment de leur ombre ou silhouette.
- On accompagne ces représentations de quelque dialogue plus ou moins spirituel, analogue au sujet, et qui soit d’accord avec les gestes des figures ; et même on imite le bruit de certains mouvemens apparens, tels que la chute d’un meuble,
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- ou d’un individu, celle d’un cours d’eau ou de la pluie , la voix des hommes,, les cris des animaux, etc. Avec de l’habitude et de l’adresse de la part des personnes qui animent ces petits acteurs, ôn re'ussit, non pas à faire illusion aux spectateurs, mais à les divertir lorsqu’ils ne sont pas trop difficiles à contenter. Séraphin s’est acquis en ce genre une certaine renom-me'e , et depuis trente-cinq ans que ses ombres chinoises sont établies à Paris, l’empressement des curieux ne parait pas s’être ralenti. Il est inutile d’insister sur le parti qu’un homme d’esprit peut tirer d’un spectacle qui ne semble d’abord être qu’un véritable enfantillage , mais qu’on peut rendre instructif et amusant par le choix des pièces qu’on représente et par les discours qu’on prête aux acteurs. Fr.
- LAPIDAIRE ( Technologie). On donne le nom de lapidaire à l’artiste dont le travail consiste à tailler les diamans et les autres pierres précieuses , dans la vue de leur faire lancer de très beaux rayons de lumière. Cet art est très ancien ; mais, comme la plupart des autres, il était très imparfait dans son principe. Il est incontestable que les lapidaires de Paris ont le mieux réussi à porter cet art au plus haut degré de perfection.
- Toutes les pierres précieuses n’ont pas le même degré de dureté. Personne n’ignore que le diamant est, de toutes les productions de la nature, la plus compacte et la plus dure. 11 est transparent, soit qu’il soit taillé, soit qu’il soit brut. Il paraît que les anciens connaissaient l’extrême dureté des diamans, et même qu’ils avaient observé les beaux effets de lumière qu’ils produisent, car on les trouve presque toujours cristallisés, et par conséquent reflétant la lumière ; mais ils n’avaient aucune connaissance des moyens de les tailler ; c’est ce qui les leur faisait employer tels qu’ils sortaient du sein de la terre. Ils ne pouvaient donc les estimer qu’à cause de leur extrême dureté ; ils n’avaient aucune idée de l’éclat remarquable qu’on a su depuis leur donner au moyen de la taille et du poli.
- Ce fut en 1476 que le hasard fit découvrir à Louis de
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- Berquen l’art de tailler les diamans , eh les frottant l’un contre l’autre, et de les polir au moyen de leur propre poussière , que l’on appelle égrisée.
- On abrège l’opération de la taille par deux moyens. i°. En profitant du sens des lames du diamant pour les fendre dans ce sens, et produire ainsi plusieurs facettes. Cette opération s’appelle cliver le diamant. Quelques-uns s’y refusent ; on les nomme diamans de nature; ils servent aux vitriers. 2°. En sciant les diamans au moyen d’uu fil de fer très délié, enduit de poussière de diamant.
- Le diamant est la seule pierre précieuse qui se taille et se polit avec la poudre de diamant imbibée d'huile d’olive , sur une meule d’acier très doux.
- Les rubis -, les saphirs et les topazes d’Orient se taillent avec de la poussière de diamant imbibée d’huile d’olive, sur une meule de cuivre. On polit ensuite les facettes qu’on a formées sur une autre meule de cuivre, avec du tripoli détrempé dans l’eau.
- Les émeraudes, les hyacintes, les amétistes, les grenats , les agates et autres pierres moins dures, se taillent sur une meule de plomb, avec de l’émeri et de l’eau, et on les polit sur une meule d’étain avec du tripoli à l’eau, ou mieux sur une meule de zinc , avec de la potée d’étain à l’eau.
- Les pierres précieuses plus tendres, et même les pierres précieuses artificielles, se taillent sur une meule de bois dur avec de l’émeri à l’eau, et se polissent avec du tripoli à l’eau, sur une autre meule de bois dur.
- Comme le lapidaire emploie touj ours les mêmes instrumens, quelle que soit la pierre qu’il taille ou qu’il polit, et que les meules seules varient, ainsi que les substances qu’il emploie, et que nous venons de faire connaître , nous décrirons d’abord ces instrumens, et nous décrirons ensuite ses manipulations pour la taille du diamant, ce qui s’applique à toute autre espèce de pierre.
- Le moulin du lapidaire est vu en perspective ( PI. 34, fig. 1). Il se compose d’un fort bâti A,A en menuiserie et en bois
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- de chêne, assemble' à tenons et mortaises, et consolide par de fortes vis et des écrous. Sa forme est celle d’un paral-lélipipède de z3 à 26 décimètres de long , sur 19 à 20 décimètres de haut, et 6 à 7 décimètres de large. Cette dimension est suffisante pour contenir deux meules l’une à côté de l’autre, comme l’indique la figure.
- Indépendamment des deux parties B,B, on aperçoit sur la largeur cinq traverses C,D,E,F,G. Les deux traverses extrêmes C et G font partie du bâti, et servent à le consolider. Les deux traverses D et F portent chacune dans le milieu de leur longueur une pièce de bois aussi épaisse qu’elles , mais seulement de 12 centimètres de large, ajustée solidement à tenons et à mortaises avec cette traverse, de même qu’avec celle qui est placée vis-à-vis sur l’autre face parallèle. Ces deux pièces s’appellent les sommiers j celle qui est placée en D se nomme le sommier supérieur: celle qui est placée en F se nomme sommier inférieur. La fïg. 2 montre cette face intérieurement , afin de faire concevoir comment la meule est placée et supportée. Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans toutes les figures.
- Dans chacun de ces sommiers, on a percé un trou carré vis-à-vis l’un de l’autre, dans lesquels on ajuste à frottement doux un morceau de bois carré en chêne a,a, dont les extrémités sont percées d’un trou conique qui reçoit les deux bouts de l’arbre de fer H de la meule , et qui lui servent de crapaudine. Cette tringle carrée est fixée à la hauteur convenable par un double coin en bois b,b.
- La traverse du milieu E supporte la table, qui est une forte planche en chêne c,c; elle est percée de deux grands trous dont le centre coïncide avec le centre des trous coniques pratiqués au bout des tringles earrées. Ces trous, qui ont chacun environ 16 centimètres de diamètre, sont destinés à laisser passer librement l’arbre qui porte chacune des deux meules.
- Chaque meule est composée d’un arbre en fer H (fig. 3), de la meule I, qui est de différente substance , suivant les cir-
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- constances, comme nous l’avons dit, et de la poulie J à plusieurs cannelures, qui entre à carré sur l’arbre.
- L’arbre porte une embase d, sur laquelle sont placées quatre chevilles en fer qui entrent dans la meule pour l’assujettir.
- La meule, qu’on voit en plan en K, est creusée, vers son centre, à moitié épaisseur; lorsqu’elle est en place sur l’arbre, ainsi que l’indique la fig. 4, on met dessus une virole de fer forgé, qu’on assujettit par un double coin f. Dans la fig. 4, on a représenté la meule coupée, afin de faire bien distinguer tout cet assemblage.
- Une planche g d’environ deux décimètres de hauteur, est fixée à la partie du bâti opposée au côté devant lequel travaille l’ouvrier, afin de retenir les substances qui servent à la taille et au polissage , qui se répandraient au loin par l’effet de la force centrifuge de la meule.
- Derrière cet appareil est disposée, pour chaque meule, une grande roue L, semblable à celle du coutelier, mais placée horizontalement. Cette roue est creusée en gorge dans son épaisseur et sur toute sa circonférence , pour recevoir une corde sans fin qui s’engage dans une des cannelures de la poulie J fixée au-dessous de la meule. Par ce moyen, en faisant tourner la roue L, la meule tourne avec une vitesse relative à la vitesse imprimée à la roue L et à la différence de diamètre de la roue L et de la poulie J.
- Chaque roue L est montée sur un arbre en fer à manivelle M (fig. 5), dont le pivot inférieur h est conique et tourne dans une grenouille fixée dans le sol. La grande roue se pose sur l’embase i, où quatre chevilles en fer, qui s’engagent dans la roue , la maintiennent. Au-dessous de la roue on place une rondelle de fer, et le tout est consolidé par un double coin qui entre dans la mortaise L
- La fig. 6 représente en plan tout cet assemblage, afin de faire concevoir le jeu de cette machine. On a enlevé du metier toute la partie qui s’élève au-dessus du sommier supé-neur. On y voit la table c,c ; le sommier supérieur m ; une meule 1 ; l’autre a été enlevée, afin de faire voir que la corde
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- sans fin ne se croise pas ; les deux grandes roues motrices L ,L puisque chaque me'tier porte deux meules ; Yépée N * qu’on voit séparément (fig. 7 ), et qui sert à faire mouvoir la roue L. Cette épée est formée de trois lames de fer n,o ;p,q ; et q,r. La première est pliée en boucle au point n pour embrasser la cheville s ; la seconde p,q, de la même largeur et même épaisseur que la première et la troisième, est ajustée avec cette dernière à charnière , au point q, où elles sont contournées toutes les deux en cercle pour embrasser la manivelle M. Lorsque toutes ces pièces sont assemblées, on les fixe à la longueur convenable par des boucles qui embrassent ces
- pièces , comme on le voit dans la fig. 6.
- La cheville s qu’on voit (fig. 7 ) est fixée au point v par une clavette au bras P , que nous avons représenté séparément et en perspective (fig. 8). L’ouvrier prend les deux chevilles x,x-par le mouvement alternatif en avant et en arrière qu’il donne au bras , il communique ce mouvement à l’épée, qui le transmet au coude de l’arbre M, et imprime à cet arbre et à la roue L qu’il porte , un mouvement de rotation.
- La fig. 9 montre en arrachement et en perspective une partie du moulin du lapidaire. On y voit la table c,c, la meule I retenue dans le sens vertical par les deux tringles carrées a,a, fixées dans les deux sommiers par les coins b,b. Des deux côtés de la meule on voit un instrument important qu’on nomme cadran , et qui sert à tenir la pierre pendant qu’on b taille et qu’on la polit. Cet instrument, que nous avons dessiné à part (fig. 10 et n), a reçu d’importantes améliorations, que nous décrirons par la fig. 12. L’ouvrier tient cet instrument à la main, il l’appuie contre les chevilles en fer u,u, fixées sur la table, afin de ne pas le laisser entraîner par la vitesse avec laquelle la meule tourne. Il le charge quelquefois avec des poids e,e, pour faire mordre davantage la meule.
- Les fig. 10 et n montrent le cadran ordinaire qu’emploient tous les lapidaires. La fig. 1 o le montre en plan, vu par-dessus ; la fig. 11 le fait voir en élévation ; dans la fig. 9 on Ie voit en perspective. Cet instrument a deux mâchoires A comme
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- un élan, elles se fixent l’une contre l’autre par l’écrou a. On aperçoit en b un trou forme' par les deux mâchoires, dans lequel s’engage le bâton à ciment c, à l’extrémité duquel est attaché le diamant, soit avec du mastic, soit avec de l’étain fondu. L’ouvrier incline plus ou moins le bâton, selon qu’il veut donner plus ou moins d’inclinaison aux facettes, et il tourne ce bâton à la main pour passer d’une facette à l’autre. On s’aperçoit que, n’ayant rien de fixe pour le guider, il est sujet à commettre des erreurs, et à ne pas placer les facettes où elles devraient être.
- On des plus habiles lapidaires de Genève me permit de dessiner des perfectionnemens qu’il avait apportés dans cet instrument, à l’aide duquel il taille et polit les facettes avec une extrême régularité, et il a rendu cet instrument un véritable cadran. La fig. 12 montre ce perfectionnement. Chacune des deux mâchoires porte une grosse cavité creusée en coquille, dans laquelle s’engage une boule en laiton qui porte dans sa partie supérieure un tube e, à l’extrémité duquel est fixé un cadranf,f, portant, comme une plate-forme, plusieurs cercles concentriques divisés en parties égales, selon le nombre de facettes qu’on est dans l’usage de mettre sur chaque rangée de tailles. Le tube reçoit à frottement doux le manche du bâton à ciment qui est fixé au point convenable par une vis dé pression qui ne se montre pas dans la figure ; elle est cachée par le limbe vertical d, dont nous allons parler.
- Une aiguille g, placée à carré sur la queue du bâton à ciment, marque par sa pointe les divisions sur le cadran f,f.
- Sur le côté m,n de la mâchoire A, est fixé par deux vis un limbe d, formant le quart d’une circonférence dont le centre est supposé au centre de la boule. Ce cercle porte un arc divisé en 90 parties égales, dont la plus haute est marquée 0 et la plus basse marquerait à peu près 70 ; le restant, jusqu’à 90, est caché par la mâchoire. Voici l’usage de ces deux cadrans.
- Lorsque le bâton à ciment cache le o du limbe , alors il est vertical et sert à tailler la table du brillant, ou la pointe qui Tome XII. Q
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- lui est oppose'c, et qui doit être parallèle à la table. En inclinant un peu, sur 5 degre's, par exemple, toutes les facettes se trouveront sur une même zone, pourvu que l’inclinaison ne varie pas. En faisant tourner le bâton à ciment, l’aiguille g marque les divisions ; de sorte que si l’on opère sur le cercle qui a 16 divisions, en s’arrêtant à chacune, lorsqu’on aura termine' le tour, on aura taille' 16 facettes parfaitement égales et à e'gale distance.
- On ne taille aujourd’hui le diamant que de deux manières, en rose ou en brillant; nous nous bornerons à ces deux tailles.
- Le diamant-rose est plat par-dessous, comme toutes les pierres faibles, tandis que le dessus s’élève en dôme, et est taille' à facettes. Le plus ordinairement on met six facettes an centre, qui sont en forme de triangles et se réunissent par leurs sommets ; les bases vont s’appuyer sur un autre rang de triangles qui, posés dans un sens inverse aux précédens, ont leur base sur la base de ceux-ci, et leur sommet aboutit a» contour tranchant de la pierre, qu’on nomme feuilletés. Ces derniers triangles laissent entre eux des espaces qui sont encore coupés chacun en deux facettes. Par cette distributioa, le diamant-rose est taillé en 24 facettes ; la superficie du diamant est divisée en deux parties dont la plus élevée s’appelle la couronne, et celle qui fait le tour au-dessous de la première se désigne sous le nom de dentelle.
- Le brillant est toujours au moins trois fois plus épais que la rose. On divise son épaisseur en deux parties inégales : un tiers est conservé pour le dessus du diamant, et les deux tiers restant pour la partie inférieure, qu’on nomme la culasse. La table est à huit pans ; le pourtour est taillé en facettes dort les unes sont des triangles, les autres des losanges. La culasse est encore taillée en facettes qu’on nomme pavillons. Il est important que les pavillons soient dans le même ordre que les facettes supérieures, qu’elles se répondent les unes aut autres, que la symétrie soit parfaite, sans quoi le jeu serait feux.
- Quoique le diamant-rose darde de très grands éclats de la-
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- mière, à proportion souvent plus étendus que le brillant, celui-ci joue infiniment davantage, à cause de la,différence de la taille. Pour l’exécuter, on forme trente-deux faces de différentes figures et inclinées sous différens angles, tout autour de la table, sur le dessus de la pierre. On fait sur la culasse vingt-quatre autres faces autour d’une petite table qui fait de la culasse une pyramide tronquée. Ces 24 facettes sont, comme les 32 du dessus, différemment inclinées, et présentent différentes figures. Il est essentiel que les faces du dessus et du dessous se correspondent entre elles, dans des proportions assez exactes pour multiplier les réflexions et les réfractions, telles qu’on aperçoive bien les couleurs du spectre solaire.
- Les autres pierres précieuses naturelles, et même les pierres artificielles, se taillent comme le brillant ; la seule différence consiste dans la matière qui constitue les meules qu’on emploie, et les substances dont on se sert pour les tailler et poulies polir, ainsi que nous l’avons expliqué au commencement de cet article.
- On monte les pierres, pour les tailler, sur le bâton à ciment (fig. i3), qu’on place debout dans une coquille A, placée au milieu et posée sur une espèce de chandelier nommé salière qui reçoit la queue du bâton ; la tête remplit la cavité de la coquille. On aura un alliage d’étain et de plomb fondu et assez fluide ; on pose la pierre au-dessus et au milieu , et à peine l’alliage est-il figé, qu’on rogne avec un petit couteau la soudure qui environne le diamant, et on lui donne la figure pyramidale qu’on voit en B.
- L’opération du clivage se pratiquait plus souvent autrefois qu’aujourd’hùi ; cependant, comme il y a des occasions où 1 on est obligé de la mettre en usage, nous allons la faire con-uaitre. Elle consiste, à l’aide d’un fil de fer très délié monté <lans un fût de scie, en employant la poussière du diamant humectée d'huile d’olive, à tracer dans tout le pourtour ou circonférence du diamant, un sillon ou ligne de partage, en observant de suivre le vrai fil de la pierre ; et lorsque cette
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- ligne a acquis assez de profondeur, on prend une lame de couteau d’acier bien trempe'e et bien aiguise'e, on la présente sur ce sillon, et d’un seul coup de marteau sec et frappé juste sur la pierre, posée droite et bien à-plomb, on la divise* en deux parties à peu près égales. Le diamant clivé est tris propre à faire des roses.
- Il y a un instrument dont se servent les polisseurs d’acier pour les pièces d’horlogerie, et les fabricans de verres de montre à bords polis ; ils le nomment lapidaire. C’est tu établi A (fig. i4) formé d’une forte table en chêne, ainsi que son pied en assemblage de menuiserie. Le dessus est percé de deux trous, l’un pour passer la poulie et l’arbre de la meule B, qui est en plomb ou en bois dur, selon les circonstances ; et l’autre C, pour recevoir la partie supérieure de l’arbre de la grande poulie D. Le pivot supérieur de la meule est porté par un support en fer E fixé sur l’établi par dent vis à bois. Les pivots inférieurs des deux pièces sont supportés par des .grenouilles à vis qui s’engagent dans un écrou en fer fixé dans le sommier F. Les pieds de la table sont plus ou moins élevés, selon que l’on veut travailler debout oa assis.
- On se sert d’émeri à l’huile pour adoucir, et de potée d’étain ou de rouge d’Angleterre pour polir.
- L’ouvrier pose la pièce sur le plat de la meule d’une main; il appuie dessus avec un morceau de liège, pendant qu’il tourne la manivelle avec l’autre main. Le support E, contre lequel il appuie la main, lui sert de point d’appui pour polir plat. Les meules sont montées et construites de la même manière que celles du lapidaire, que nous avons décrites dansœ* article, page 126. Cet outil est très en usage dans les fabriques d’horlogerie. L.
- LAPIN. On a formé des établissemens assez lucratifs pour l’éducation des lapins ; non-seulement l’industrie en retire des avantages , mais l’économie domestique y trouve un{ nourriture saine et qui n’est point à dédaigner. Nous renvoyons au mot Garenne, où nous avons exposé tout ce qui*
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- nous est permis de dire sur ce sujet dans notre Dictionnaire.
- Fb.
- LAQUE ( Résise ), plus généralement connue dans le commerce sous le nom de gomme-laque, est un suc concret qui' découle de plusieurs espèces de plantes, et dont la sécrétion paraît déterminée par la présence du coccus Jlcus, coccus lacca, petit insecte que les naturalistes rangent au nombre des cochenilles ou gallinsectes , parce que sa manière d’être et de se propager est la même. La femelle du coccus Jîcus se fixe aussi et pour toujours, à une certaine époque de sa vie , sur les végétaux dont elle tire sa nourriture; elle y meurt, et son cadavre recouvre le germe de sa postérité. Les arbres que l’on cite comme produisant la laque, sont le croton bacciferum, les mimosa corinda et cinerea , les ficus indica et religiosa, le rhamnus jujuba, etc.
- Le coccus lacca est ovoïde r de la forme et de la grosseur d’un pou; il est rouge, divisé en douze anneaux; il a six pattes, le dos convexe, l’abdomen plat et terminé par deux soies horizontales ; les yeux et la bouche sont invisibles à-l’œil nu. lames Kerr, à qui l’on doit beaucoup de renseigne-mens précieux sur cet insecte, dit n’avoir jamais rencontré d'individus ayant des ailes, et Roxburg assure en avoir vu deux à la femelle et quatre au mâle de l’insecte de la laque du mimosa de Coromandel ; ce qui nécessiterait d’en faire un genre à part des eoehenilles, dont les mâles seuls sont pourvus d’ailes.
- James Kerr, dont nous venons de faire mention, a publié sur ce sujet, dans les Transactions philosophiques (pour 1781), une excellente dissertation, d’où nous extrairons les observations suivantes.
- '< Les cochenilles femelles se fixent avec une matière coton-»euse et gluante qui transsude de divers pores de leur peau, qui est plus spécialement destinée à envelopper leurs ®ufs, tantôt sous leur corps même, tantôt hors de lui et à *on extrémité postérieure, où il forme un volume assez considérable. Dans la cochenille femelle de la laque ou du figuier
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- d’Inde, ce coton est remplacé par une matière résineuse, mai qui paraît ne s’échapper , du moins dans le principe , que de côtés du corps, puisque l’animal ne se trouve entièrement formé, ou dans une cellule complète, qu’au bout d’un certain temps. Ces insectes se placent en grand nombre les uns auprès des autres, de manière à ne point laisser de vide entre eiu la matière résineuse ou la laque qui transpire sous un état bquide de leur corps, s’accumule , se réunit et forme ensuiu une croûte commune qu’on peut comparer , quant à sa & position, à celles que produisent plusieurs espèces de polypes. La substance blanche de l’intérieur des cellules n’est qu’m; aggrégation des pellicules ou des coques des œufs de es insectes. La cochenille de la laque diffère ainsi, par la nature de la matière qu’elle transsude, des autres espèces connues Celles-ci, d’ailleurs , quoique souvent très abondantes sur le même végétal, ne se rassemblent point ainsi à l’instant è leur ponte. Les petits, lorsque le cadavre de leur mère 1er servait d’enveloppe sous la forme d’œuf, sortent par l’eitie-mité postérieure de son corps , en se glissant sous la pellictde de son ventre : mais , suivant le même auteur, ceux de la cochenille femelle de la laque se font jour à travers la peau à dos et percent leur cellule ; chose très remarquable et dfc explication difficile, vu la faiblesse des moyens de Fins» pour briser les liens de sa captivité. »
- Ainsi, on voit que, selon James Kerr, la résine-laque serai: produite par l’insecte lui-même , tandis que la plupart des autres naturalistes admettent que ce sont les plantes où sont fisc ces insectes qui fournissent ce suc résineux, et que la sécrétio: n’en est déterminée que par les petites piqûres des cocos Quoi qu’il en soit, nous recevons dans le commerce ce produ* naturel sous différentes dénominations relatives à certaine modifications. On connaît :
- i°. La laque en bâton ( stick lac), n’est autre quel résine dans son état naturel, et encore déposée sur les je®5 branches où elle a été formée ; souvent plusieurs de ces branchies sont agglomérées par la résine, et ne forment qu’un s#
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- LAQUE. i35
- faisceau de plusieurs pouces de longueur. On réunit aussi sous ce nom de gomme-laque en bâton, toute celle qui n’a encore subi aucun autre travail que d’être détachée des branches lorsqu’elle y a été réunie en grosses masses.
- 2°. La laque en grains ( seed-lac) est la même que la précédente , qui a été réduite en poudre grossière, et dont les teinturiers ont extrait la couleur par l’eau seule, autant que ce moyen peut le permettre.
- 3°. La laque en feuilles ou en écailles (schell lac), est obtenue en fondant, au-dessus d’un feu de charbon, la laque en grains, dans un sac de coton. Lorsque la laque est fondue, onia force de passer à travers le sac au moyen de la torsion, et on la reçoit sur le tronc uni d’un bananier, sur lequel elle se réduit en plaques ou lames minces. Cette sorte de filtration débarrasse bien la résine de ses impuretés , et c’est ainsi qu’on obtient la meilleure qualité.
- Ces gommes-laques ainsi purifiées entrent dans la composition des cires à cacheter fines, dites à graveurj elles font aussi la base de quelques beaux vernis.
- Nous recevons en outre de l’Inde deux autres produits tinctoriaux qu’on retire de la laque ; ils sont en morceaux de 2 à 3 pouces de côté sur un pouce d’épaisseur ; leur couleur est le violet terne ; leur cassure est compacte et comme résineuse ; c’est ce qu’on nomme : i°. lac-lake, c’est-à-dire laque de résine-laque. On assure que cette préparation s’obtient en lavant à diverses reprises la gomme laque pulvérisée, avec de l’eau bouillante légèrement alcalisée par la soude. On entraîne ainsi en solution la matière colorante ; mais elle est accompagnée de beaucoup de résine; on ajoute dans cette teinture une dissolution d’alun , et tout est précipité : c’est là ce qu’on nomme le lac-lake, qui, comme on le voit, se trouve formé par la réunion de l’alumine , de la matière colorante et de la résine. On prétend que celle-ci forme environ un tiers du poids total, et que l’alumine y entre pour un sixième. Banckroft assure que le lac-lake contient en outre : d’abord une matière mucilagineuse provenant d’un
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- arbre de l’Inde , connu dans le pays sous le nom de lodu, eî qu’on y ajoute comme étant utile à cette préparation; ensuite du sable ou autres matières étrangères, qu’on y incorpore frauduleusement.
- 2°. Une autre composition du même genre, que nous recevons également de l’Inde , est celle connue sous la dénomination de lac-dye, qu’on peut traduire en français par laque à teindre : elle diffère fort peu de la précédente ; mais il paraît qu’on n’en connaît pas bien précisément la composition. Il est certain seulement qu’elle contient aussi beaucoup de résine, et que cependant la matière colorante y est assez libre pour être un peu attaquée par l’eau ; néanmoins, pour la rendre propre à l’usage de la teinture, on est obligé de dégager encore davantage cette matière colorante , et de la débarrasser d’une grande partie de sa résine : c’est pour arriver à ce but qu’on lui fait subir differentes préparations, dont on fait encore mystère. Nous devons à M. Edward Banckroft un bon Mémoire sur cette substance. ( Annales de Chimie et de Physique, T. III.) Nous allons y puiser quelques renseignemens utiles.
- Lorsqu’on traite le lac-dye par de l’eau alealisée, la résine et la matière colorante sont dissoutes ; mais on ne peut tirer aucune teinture de cette solution tant que l’alcali n’est pas saturé, et quand on le sature, la résine se précipite presque en même temps que la matière colorante, et si l’on ne se hâte d’en filtrer la solution, la résine se dépose par masses sur l’étoffe, et l’endommage plus ou moins. Il devient donc extrêmement difficile, en raison de cet inconvénient, d’obtenir quelque succès avec les alcalis. Toutefois, l’ammoniaque et la soude offrent plus d’avantages, et méritent la préférence sur la potasse.
- D’après Banckroft, les acides sont les meilleurs agens auxquels on puisse avoir recours pour dissoudre la matière colorante du lac-dye, et l’approprier aux besoins de la teinture, parmi les acides, le sulfurique est celui de tous qui présente le plus d’avantages , soit sous le rapport de l’économie, soit sous le rapport de la matière eolorante elle-même , qu’il
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- n’altère pas sensiblement lorsqu’il est employé d’une manière convenable, ce qui exige quelques précautions que nous allons indiquer. La première que nous citerons, et qui est la plus essentielle de toutes , est de le réduire dans un grand état de ténuité, afin d’enlever la matière colorante à l’aide de la moindre quantité possible d’acide sulfurique. Cette pulvérisation peut s’opérer par les moyens mécaniques ordinaires, et absolument de la même manière que nous l’avons décrit pour I’Indigo {V. T. XI ) ; mais il est essentiel de connaître la proportion d’eau qu’on y ajoute , afin que l’acide sulfurique soit toujours employé dans un même rapport; ainsi la pâte du lac-dye broyé doit contenir 2 parties d’eau avant d’être mélangée avec l’acide. Cette mixture se fait ordinairement dans un vase en plomb. Sur 4 livres de lac-lake sec, broyé avec 8 livres d’eau, on ajoute 3 livres d’acide sulfurique concentré; on délaie le tout très exactement, puis on laisse en macération pendant vingt-quatre heures en été, et quarante-huit heures en hiver. Après ce temps, on verse sur le mélange 4 pintes d’eau bouillante par livre de lac-lake sec, on agite et on laisse encore reposer vingt-quatre heures avant de decanter la solution claire. On verse après sur le marc une nouvelle quantité d’eau bouillante , qu’on soutire ensuite de la même manière. On réitère ce lavage tant que l’eau se colore d’une manière sensible ; et si l’opération a été bien conduite depuis le commencement, le marc traité par le carbonate de soude en solution, ne doit plus communiquer aucune couleur rouge. S’il en était autrement, il faudrait reprendre ce mare par une petite proportion d’acide, et recommencer toute la série de traitement, si l’on jugeait toutefois que la quantité de matière colorante qui reste en valût la peine.
- Quand on a réuni ainsi toute la matière colorante en solution dans un même vase, il faut pour la rendre propre à la teinture, en séparer la majeure partie de l’acide sulfurique, dont la proportion est assez considérable pour détériorer les tissus qu’on y plongerait. On ajoute donc à la liqueur 2 livres de chaux par 5 livres d’acide , et l’on en élimine par ce moyen
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- à peu près les quatre cinquièmes , qui se se'parent à l’état de sulfate de chaux, sans entraîner aucune portion de matière colorante. Il est bien entendu qu’il faut que la chaux soit d’abord éteinte avec un peu d’eau pour la bien diviser, puis délayée en consistance de bouillie très claire, avant d’être ajoutée à la solution acide.
- On conçoit que si l’on saturait la totalité de l’acide , la matière colorante se précipiterait en même temps, et que le but ne serait pas rempli : c’est donc pour ce motif qu’on laisse environ le cinquième de l’acide ; proportion suffisante pour retenir la totalité de la couleur en dissolution , et trop faible pour pouvoir nuire aux tissus. Ainsi, on peut sans nul inconvénient se servir de cette préparation comme d’une faible décoction de cochenille ; mais bien que ces manipulations soient simples et peu dispendieuses, elles offrent encore assez d’embarras pour qu’on ait cherché à les éviter en se bornant tout simplement à mélanger au lac-dye la quantité d’acide nécessaire pour rendre la matière colorante soluble, et altérer assez la résine pour détruire sa combinaison. C’est ce qu’on pratique généralement maintenant, et l’on trouve dans le commerce du lac-dye pulvérisé et mélangé d’avance avec la proportion d’acide convenable, en sorte qu’il n’y a plus qu a le mettre dans le bain de teinture pour s’en servir.
- Cette deuxième manière de préparer le lac-dye nécessite, comme on le prévoit, d’employer une moindre proportion d’acide, et on la réduit à demi-partie pour le lac-lake, et deux tiers pour le lac-dye. Du reste, la manipulation est absolument la même que dans le cas précédent, c’est-à-dire qu’on pulvérise , qu’on humecte et qu’on ajoute l’acide de la même manière. Banckroft estime que 2 à 3 livres de lac-lake, suivant la qualité, et un peu moins de lac-dye, peuvent produire l’effet d’une livre de cochenille -, mais qu’il est nécessaire, pour obtenir la même vivacité , d’employer un sixième ou un huitième de plus de dissolution d’étain, afin de s’opposer au ton cramoisi donné par l’alumine contenue dans le lac-dye, et qui se trouve entraînée par l’acide.
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- Un grand avantage que le lac-dye a sur la cochenille, c’est que non-seulement sa couleur est bien plus solide, mais qu’avec elle l’écarlate s’obtient plus facilement et à moins de frais. Comme nous n’avons point fait mention de l’emploi du lac-dye à l’article Écakiate , nous allons indiquer ici le procédé suivi dans quelques ateliers où l’on emploie cette matière colorante.
- En général, il faut d’une once et demie jusqu’à deux onces un quart de lac-dye préparé comme nous venons de le dire, par livre de laine ou de drap, suivant la richesse de la nuance qu’on veut obtenir ; ainsi, terme moyen , on prend pour une livre de laine ou drap , 2 onces de lac-dye préparé, 3 onces de crème de tartre, et 6 onces de composition faite avec une livre eau, 2 onces étain pur, et 2 onces sel ammoniac ou trois onces sel marin. Si l’on veut avoir une couleur bien brillante et tirant un peu sur le clair, on ajoute une once fustet d’Italie ; mais il faut avoir soin de le mettre dans un petit sac en toile, afin de pouvoir l’ôter à volonté.
- Tous ces ingrédiens ne doivent pas être ajoutés en même temps ; on commence, lorsque l’eau est chaude , par mettre le fustet, si l’on juge à propos d’en ajouter, et lorsque la température est presqu’au point d’ébullition, on y met la crème de tartre , puis le lac-dye , et enfin la composition. On laisse jeter un seul bouillon, d’une minute environ ; on rafraîchit aussitôt, afin d’arrêter l’ébullition, et l’on y plonge la laine ou le drap, qui auront été préliminairement mouillés, et l’on procède comme d’habitude. On élève jusqu’au bouillon, et on le soutient pendant 4o ou 5o minutes, temps suffisant pour que l’opération soit terminée.
- Il est essentiel au succès de l’opération, que la composition d’étain soit toujours récente.
- Les acides ont, comme on le sait, l’inconvénient de donner un peu de rudesse à la laine. Pour y obvier, on peut saturer une partie de celui du bain, en ajoutant d’une à deux livres au plus de carbonate de soude par livre d’acide employé. Le sulfate de soude qui en résulte est loin de nuire à la nuance de l’écarlate.
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- Ainsi, on voit que sous tous les rapports l’acide sulfurique est, parmi tous les acides, celui qui convient le mieux à cette couleur, soit parce qu’il l’altère moins que la plupart des autres, soit parce qu’il est à très bas prix, soit parce qu’il fait un sel insoluble avec la chaux, soit enfin parce que sa combinaison avec la soude ne porte aucun préjudice à la nuance de l’écarlate, ce qui n’aurait pas lieu pour les autres acides.
- Jusqu’à présent, nous n’avons fait que deux distinctions sur la qualité du produit tinctorial qu’on retire delà gomme-laque, savoir , le lac-lake et lac-dye, et nous avons observé que ce dernier contenait proportionnellement plus de matière colorante et moins de résine , en sorte qu’il fallait pour l’exploiter le traiter avec moins d’acide. Nous devons ajouter maintenant qu’on reçoit dans le commerce différentes qualités de lac-dye, qui toutes proviennent des établissemens anglais de l’Inde, et qui sont expédiées de Calcuta, en caisses à peu près semblables à celles de l’indigo.
- Nous sommes encore peu familiers avec cette matière colorante , et nous ne connaissons aucun caractère extérieur qui puisse nous servir à apprécier la qualité du lac-dye, si ce n’est les différentes marques dont les morceaux sont revêtus. Chaque fabricant a la sienne particulière, et ce sont ordinairement les lettres initiales de son nom. La qualité la plus estimée des teinturiers ne porte aucune marque sur la pâte , les caisses seulement sont marquées DT. Peut-être est-ce la même que celle indiquée par Banekroft comme étant la meilleure, et qui est fabriquée, dit-il, par M. Turnbulle. Toutefois, cette variété DT se distingue de celle des autres par une nuance d’un rouge plus vif et plus riche ; il faut les voir comparativement pour en juger. R.
- LAQUE (Coüleür). Cette dénomination, actuellement consacrée à la désignation de diverses pâtes colorées , paraît avoir uniquement appartenu dans l’origine à une couleur rouge ou cramoisie, préparée dans l’Inde avec la résine-laque, et probablement analogue à ce que nous venons de décrire sous le nom de lac-lake ou lac-dye ; en'l’a ensuite étendue à
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- d’autres pâtes également colorées en rouge, et maintenant on appelle indistinctement laque, toute pâte colorée dont l’alumine , la craie et même l’amidon forment l’excipient, quelle que soit d’ailleurs la matière colorante ajoutée. Ainsi, on a des laques bleues, jaunes , vertes, rouges, etc.
- Nous avons déjà fait mention, à l’article Garance , des procédés qu’il convient de mettre en usage pour obtenir de belles laques de cette racine, et nous avons fait voir qu’il suffit pour atteindre ce but de débarrasser la garance des matières étrangères à la substance colorante rouge qu’elle contient, et qu’on y parvient en la faisant macérer pendant quelque temps dans de l’eau froide, puis exprimant fortement le résidu pour mieux entraîner tout ce que l’eau peut dissoudre , reprenant ensuite ce marc par une nouvelle quantité d’eau pour le lessiver et le comprimer de la même manière. Enfin, et après avoir réitéré cette manipulation jusqu’à trois ou quatre fois, on traite ensuite le résidu par de l’eau d’alun bouillante ; on filtre, et l’on précipite par le sous-carbonate de soude. ( V. Garance. )
- On voit que ce procédé est fondé sur le peu de solubilité de la matière colorante ; mais comme elle jouit en outre de quelques autres propriétés bien tranchées, il est également facile de les mettre à profit pour obtenir le même résultat j c’est ainsi, comme nous l’avons dit dans l’article déjà cité, que la fermentation ordinaire offre une autre solution de ce même problème. La garance contient du sucre et autres matières susceptibles d’être détruites par la fermentation que subit la poudre de garance lorsqu’on la délaie dans 3 ou 4 parties d’eau, et qu’on expose ce mélange à une température de 25 à 3o degrés. La substance colorante ne participe point à cette réaction spontanée, et on la retrouve dans le résidu ligneux, où l’on peut la reprendre également à l’aide de l’alun.
- Enfin, tout récemment nous avons encore trouvé un autre moyen de détruire tout ce qui accompagne la matière colorante. Ce moyen est fondé sur son inaltérabilité par l’acide
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- sulfurique concentré, du moins jusqu’à une certaine température ; et comme on sait que cet acide très énergique attaque et corrode la plupart des substances organiques, nous avons fait une heureuse application de ces observations , en traitant de la poudre de garance par de l’acide sulfurique ordinaire, puis laissant le tout en macération pendant quelques heures, et éliminant ensuite l’acide au moyen de lavages réitérés. Ce résidu, auquel nous avons donné le nom de charbon sulfurique, à cause de son aspect noirâtre et du moyen par lequel il est obtenu , contient la matière colorante disséminée ou peut-être même combinée avec le charbon, et l’on parvient facilement à l’en extraire au moyen de l’alun, comme dans les cas précédens.
- Ce dernier procédé exige et plus d’habitude et plus de soin que les deux autres, parce qu’il y a une juste proportion d’acide qu’il faut nécessairement atteindre pour bien réussir, et qu’on ne saurait pour ainsi dire prescrire d’avance. On conçoit, en effet, qu’elle doit nécessairement varier suivant les qualités de garance, suivant la masse sur laquelle on agit, et suivant aussi le temps employé à faire le mélange ; car le succès de l’opération repose entièrement sur le mode de réaction de l’acide , qui doit atteindre et ne pas dépasser certaines limites. Or, cette réaction dépend en grande partie de la chaleur qui se dégage pendant le mélange ; mais cette chaleur varie singulièrement, selon les masses et suivant la quantité qu’on en ajoute dans un temps donné. Ordinairement, en agissant sur 2 à 3 kilogrammes de garance, nous mettons trois quarts de parties d’acide concentré, et nous faisons le mélange de manière à ce que toutes les parties se trouvent uniformément imprégnées. Si l’on s’aperçoit que la chaleur s’élève trop, il faut immédiatement transvaser le mélange dans une terrine froide, et l’étaler sur les bords. On reconnaît que l’opération a été bien conduite, lorsque les premières eaux de lavage passent presque incolores ou à peine teintes d’une légère couleur paillée. Le résidu lavé et sec conserve une couleur noire assez prononcée ; il pèse un peu de moins de
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- moitié du poids de la garance employée : si au contraire l’acide n’a pas eu toute l’action qu’il doit avoir, les eaux de lavage sont d’une couleur bistrée foncée ; elles filtrent lentement, et le résidu est d’un brun rougeâtre.
- Pour la préparation de la laque, il y a moins d’inconvénient à brûler un peu trop la garance qu’à ne pas la brûler assez, parce que, dans ce dernier cas, elle retient encore beaucoup de matière bulleuse qui communique une teinte fauve à la laque, et l’on a beaucoup de peine à l’enlever par les lavages, tandis que si l’action de l’acide a été poussée un peu trop loin, tout ce qui en peut résulter de fâcheux, c’est la perte d’une partie de la substance colorante; mais alors en traitant par l’alun, on obtient une teinture moins riche à la vérité, mais bien plus franche de ton. M. Mérimée, l’un de nos meilleurs juges en cette matière , a bien voulu répéter ce procédé, et il s’est assuré que la laque qu’on obtient ainsi est d’un rose plus pur.
- Voici les doses qui m’ont le mieux réussi :
- 1 kilogramme charbon sulfurique ;
- 3kilogrammes alun pur; (2 kilogrammes seulement si la garance est trop brûlée. )
- 25 kilogrammes eau.
- On fait bouillir le tout pendant une demi-heure de pleine ébullition, on filtre bien bouillant, puis on ajoute la solution chaude et filtrée de
- is, 5oo de borax dissous dans (moitié de l’alun employé)
- 4* d’eau bouillante.
- On brasse le tout, et si la solution alunée est suffisamment chargée de matière colorante, il se dépose immédiatement un précipité, bien que la liqueur rougisse encore le tournesol ; on laisse en repos un temps suffisant, puis on tire à clair ; on lave avec de l’eau de rivière filtrée, et l’on continue les lavages jusqu’à ce que l’eau n’entraîne aucune partie colorante °u saline. Arrivé à ce terme, on donne un dernier lavage à
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- l’eau bouillante, puis on jette sur une toile et l’on tro-chisque.
- Les autres laques rouges, employe'es par les peintres, sont faites ou avec la cochenille, et alors elles prennent le nom de laques carminées, ou avec le bois de Brésil, et dans Tua et l’autre cas elles ont également l’alumine pour excipient. Ces dernières sont beaucoup plus riches de ton que la laque garance, mais elles sont loin d’en avoir la solidité.
- La laque carminée ne se fait ordinairement qu’avec le résidu de la fabrication du Carmin. On sait que cette belle couleur est presque entièrement formée de la matière colorante pure de la cochenille, et qu’on l’obtient en ajoutant un peu de colle de poisson dans une forte décoction de cochenille mordancée par une très légère dose d’alun ou de crème de tartre; le dépôt qui se produit, c’est-à-dire le Carmin {F. ce mot) n’entraîne pas toute la matière colorante, et, de plus, il en reste encore une assez forte portion dans le marc de h cochenille ; c’est de cette portion qu’on tire parti pour h fabrication des laques carminées, et voici comment on procède : On ajoute à l’eau-mère du carmin le résidu de la cochenille , et l’on soumet à une nouvelle ébullition, ou mieux encore on fait bouillir dans de l’eau pure et l’on ajoute ensuite l’ancienne eau-mère. Quand la décoction est achevée, on ajoute, pour le résidu d’une livre de cochenille, une solution de deux livres d’alun et quelques gouttes de muriate d’étain. On filtre le tout à la chausse, puis on verse peu à peu, dans la teinture filtrée, une solution de sous-carbonate de soude, et l’on en met d’autant moins qu’on veut obtenir une plus belle laque ; on agite fortement à mesure qu’on verse l’alcali, puis on laisse déposer, on décante, on lave, et l’on fait toute la série des opérations que nous venons d’indiquer pour les laques de garances.
- Pour obtenir une très belle laque carminée, on ne met point de sous - carbonate de soude ; au bout d’un certain temps, l’alun se décompose en partie, et la petite portion d’alumine qui se sépare entraîne la matière colorante.
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- Quelquefois on traite à part l’eau-mère du carmin pour en retirer aussi une fort belle laque, mais alors il faut la soumettre à une sorte de putréfaction en l’abandonnant pendant un mois environ à une température de 25 à 3o°. Cette liqueur, par suite de la réaction spontanée quelle éprouve, devient visqueuse, et sa couleur prend une belle teinte d’écarlate. C’est à cette époque qu’il convient de la fdtrer et de s’en servir pour teindre de l’alumine en gelée qu’on a préparée d’avance , en faisant dissoudre une quantité déterminée d’alun dont on fdtre la dissolution, et que l’on décompose par l’addition d’une quantité suffisante d’une solution également filtrée de sous-carbonate de soude ; on lave avec beaucoup de soin le précipité d’alumine qui se forme, et quand il est suffisamment lavé et qu’on l’a séparé autant que possible de l’eau de lavage , on le délaie très exactement avec la teinture de cochenille. La matière colorante et l’alumine ayant une grande affinité l’une pour l’autre, se combinent ; la laque est d’autant plus belle, que la proportion de matière colorante est plus considérable et celle de l’alumine moindre. Lorsqu’on juge que le mélange a été convenablement fait et que la matière colorante se trouve bien incorporée , alors on délaie dans une plus grande quantité d’eau, on laisse déposer, et l’on procède au lavage , comme pour toute autre espèce de laque.
- Ce que nous venons de dire relativement à la préparation de l’alumine, s’applique également à la fabrication de plusieurs autres laques. Cette manière de procéder convient toutes les fois qu’il y a quelque inconvénient à mélanger l’alun ou l’alcali précipitant avec la teinture, c’est-à-dire toutes les fois qu’il peut résulter de ce mélange une autre nuance que celle qu’on veut obtenir : ainsi on sait que certains bois de teinture tournent facilement au violet par l’influence des alcalis, et qu’il faut nécessairement les éviter si l’on veut obtenir une couleur rouge ; c’est ce qui arrive particulièrement avec le brésil. Dans ce cas, il faut donc préparer d’un côté sa teinture, et de l’autre « que quelques fabricans nomment le corps blanc , c’est-Tome XII.
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- à-(lire l’alumine, la craie ou Yamidon. La préparation de ces deux derniers n’offre aucune difficulté, parce que le commerce les fournit presque dans l’état où l’on doit les employer : cependant il est bon de soumettre la craie à une nouvelle lévigation ; et pour cela on la délaie dans l’eau, on passe l’espèce de bouillie claire qui en résulte au travers d’un tamis convenablement serré, afin de séparer quelques impuretés qui pourraient y rester, puis on lave par décantation jusqu’à ce que l’eau en sorte parfaitement incolore, et l’on se sert ensuite du résidu.
- La préparation de l’alumine présente un peu plus de difficultés , et nous allons indiquer les points qui nécessitent quelque attention pour obtenir un plein succès. On doit avoir pour premier soin de ne pas craindre d’étendre de beaucoup d’eau les solutions d’alun et d’alcali ; car si l’on se sert de dissolutions trop rapprochées, on ne peut éviter, quelque promptitude qu’on mette à faire le mélange, que l’alumine se précipite par grosses masses ou flocons qui, présentant une certaine agglomération, refusent de se délayer dans la liqueur , et résistent â tous les lavages, tandis qu’en employant au contraire des solutions suffisamment étendues, l’alumine se sépare en molécules déliées qui se divisent et se laissent pénétrer facilement.
- On pourrait croire qu’il est indifférent de se servir de tel ou tel alcali pour la précipitation de l’alumine, pourvu qu’on lave avec beaucoup de soin, mais il en est tout autrement. B n’est aucun praticien qui n’ait remarqué que l’alumine précipitée par des alcalis plus ou moins caustiques , même par l’ammoniaque, quelque étendus qu’ils soient, prend, par la dessiccation , un aspect corné et comme vitreux , une dureté très grande, et qu’elle offre beaucoup de résistance au Broiement, tandis qu’au contraire, celle obtenue au moyen des alcalis car-bonatés, et surtout le sous-carbonate de soude, forment en se desséchant une sorte de poussière d’un blanc mat, très terne, qui se mélange facilement avec tous les corps qu’on veut ta ajouter. On conçoit dès lors combien ce deuxième état est
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- plus favorable à l’objet qu’on se propose dans la fabrication des laques, puisqu’il s’agit de pouvoir les incorporer ensuite avec de l’huile ou d’autres couleurs. Nous ne connaissons pas l’explication précisé de ce phénomène, mais il est probable qu’il dépend du plus ou moins d’eau que l’alumine retient en combinaison dans chacune de ces deux circonstances. Nous avons dit que c’était surtout le sous-carbonate de soude qui offrait le plus de garantie, et cela est vrai, parce que, pouvant se purifier par cristallisation, sa composition est constante , tandis que les sous-carbonates de potasse, qui s’obtiennent par voie de calcination, contiennent plus ou moins d’alcali caustique, et dès lors ils agissent quelquefois à la manière des alcalis caustiques, et donnent de l’alumine cornée.
- Comme la beauté d’une laque dépend souvent de la perfection du lavage de l’alumine, on ne saurait apporter trop de soin à cette opération, et il est facile d’en reconnaître la bonne confection aux caractères suivans , en supposant toutefois que les précautions que nous venons de prescrire aient été prises : on sera toujours certain que le lavage est achevé, lorsque l’eau qu’on retire est aussi pure et aussi incolore que celle qu’on emploie ; car c’est la preuve évidente qu’elle n’enlève plus rien. Tout se réduit donc à examiner comparativement ces deux liquides, et à voir s’ils sont parfaitement identiques. Quant à la coloration , je n’en fais nulle mention, parce que le simple coup d’œil suffit pour en juger ; mais relativement aux autres caractères, il faut savoir que pour précipiter l’alumine à l’état où elle doit être, il faut nécessairement ajouter dans la solution d’alun un excès de sous-carbonate de soude, autrement on s’exposerait à n’obtenir qu’un sous-sulfate d’alumine, qui pourrait agir différemment sur la matière colorante ; ainsi les eaux de lavage seront donc d’abord alcalines, et par conséquent on devra réitérer les lévigations jusqu’à ce que l’eau cesse d’être alcaline , c’est-à-dire de bleuir un papier de tournesol rougi. Pour s’assurer en outre qu’il ne reste pas d’autres corps étrangers , il faut remarquer que la combinaison qui résulte de la décomposition
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- de l’alun par la soude est, d’une part, le sulfate de potasse primitivement contenu dans l’alun , et de l’autre, du sulfate de soude qui s’est formé : ainsi, tant que l’eau de lavage contiendra plus de sulfate que celle qu’on emploie , on devra continuer de laver. On prendra donc deux quantités à peu près égales de ces deux liquides, et l’on ajoutera dans chacun d’eux un même nombre de gouttes d’une solution de muriate ou de nitrate de baryte ; et si le précipité de sulfate de baryte qui se produit alors est plus abondant dans l’eau de lavage, c’est une preuve que l’opération n’est point arrivée à son terme et qu’il faut poursuivre.
- L’oxide d’étain sert aussi de base à certaines laques , particulièrement pour la cochenille , parce qu’il développe dans cette matière tinctoriale une belle et riche couleur. Le bain de cochenille dans lequel les maroquiniers ont passé les peaux de chèvres pour les teindre en rouge , contient encore, quand il est épuisé pour-eux, une grande proportion de matière colorante , dont ils déterminent la précipitation au moyen de l’addition d’une nouvelle quantité de dissolution d’étain. Cette laque, convenablement lavée, est employée par les fabricans de papiers peints.
- Je pourrais ici multiplier beaucoup les recettes de laques, car les livres en fourmillent ; mais comme la marche est toujours la même, quelle que soit la matière colorante, le lecteur ne tirerait aucun avantage de cette prolixité, et je crois qu’il lui suffira d’avoir fixé son attention sur les véritables difficultés pratiques de ces préparations, et de lui avoir fourni les moyens de les vaincre; je me bornerai donc au petit nombre d’exemples que j’ai rapportés, et qui devront servir de type pour tous les autres.
- Ainsi, en résumé , les règles à suivre pour la fabrication des laques peuvent se réduire à celles-ci :
- i°. N’agir que sur des teintures parfaitement clarifiées, soit par la filtration, soit par tout autre moyen.
- 2°. N’employer que de l’alumine bien lavée et provenant d’alun très pur, parce que la plupart des couleurs changent
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- de ton par les substances étrangères, et surtout par le fer que contient quelquefois ce sel. Il faut donc, pour les laques, donner la préférence aux aluns qui ne donnent pas sensiblement de bleu par le prussiate de potasse.
- 3°. Laver avec tout le soin possible et les précautions indiquées , la pâte colorée une fois qu’elle est préparée, et souvent ne pas se contenter de lavages à froid ; car il est certaines matières étrangères qu’on ne peut enlever qu’à l’aide de l’eau bouillante.
- Nous terminerons cet article en observant que nous n’avons pas fait mention de la manière dont on trochisque les laques, parce que cette opération, que nous décrirons à son rang, est tellement simple, qu’elle n’offre aucune difficulté. Je dirai seulement qu’il est bon de substituer un entonnoir de verre aux entonnoirs de fer-blanc dont on se sert habituellement pour cet objet, parce que l’étamage ne tarde point à disparaître, et que le fer une fois mis à nu, peut apporter quelques fâcheux résultats. R.
- LAQUES FRANÇAIS ( Technologie). On a donné le nom de laques à des ouvrages le plus souvent en carton recouvert d’un très beau vernis , orné de figures et de dorures, qui nous ont e'té apportés de la Chine. Nos artistes ont fait beaucoup de tentatives pour atteindre la perfection avec laquelle les Chinois les exécutent ; ils ont donné à leurs produits le nom de laques français, pour les distinguer de ceux qui nous viennent d’Asie. Ceux qui ont le mieux réussi sont MM. Monteloux, Laville-neuve et Janvry. Yoici leur procédé.
- La fabrication des laques comprend deux objets bien distincts : i°. la composition du carton qui sert de base à ce genre de manufacture; i°. le vernis et son application. Ces deux objets étaient déjà connus , mais ils ne pouvaient ni l’un ni l’autre atteindre véritablement le but qu’on se proposait. Il a donc fallu chercher les moyens de perfectionner les manipulations usitées ; c’est ce à quoi sont parvenus MM. Monte-leux et Janvry.
- La fabrication du carton. Tout le monde sait qu’il y a deux
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- i5o laques français.
- manières de faire le carton , soit avec la pâte du papier, à la manière du Cartonxier ( V. T. IV, page 244) > soit en collant des feuilles de papier l’une sur l’autre, à la manière des Car-tiers ( V. T. IV, page 233). Ce dernier proce'de' ne peut être employé' avec avantage que pour les objets plats, tels que des plateaux, etc. Le proce'de du carionnier est le seul qui puisse être mis en usage pour des objets qui présentent des formes rondes, tels que les vases appelés Mêdicis, etc. C’est ce procédé qu’on désigne sous le nom de papier mâché.
- La pâte des cartonniers, telle qu’elle était employée, ne présentait pas assez de consistance; son tissu est trop lâche et n’offre aucune solidité. C’est d’abord cette partie que les manufacturiers dont nous venons de parler ont cherché à perfectionner. Au lieu de pâte de farine, ils emploient une colle faite avec du parum, ou ratissure de peau, auquel ils mêlent un peu de colle-forte, dans la proportion d’une livre de colle sur vingt-cinq de parum.
- Ce mélange , délayé avec soin et cuit ensuite , prend une consistance un peu moins forte que la colle faite avec de la farine , mais il a une plus grande solidité. Pour en faire usage, si c’est à la manière des car tiers, on l’e'tend avec une brosse à longs poils, comme une brosse d’habits, et cela se fait avec beaucoup de promptitude. Si c’est à la manière des cartonniers, on fait tremper la pâte sèche dans là colle tiède, jusqu’à ce qu’elle en soit bien imprégnée , on l’introduit dans les moules, et on les fait sécher, soit à l’étuve, soit à l’air dans des temps chauds.
- Les moules sont en plâtre ou en bois; mais pour empêcher ces derniers de se déformer, il faut contrarier le sens du bois, dans les différens morceaux qui composent le moule, et puis le durcir en employant pour cela le feu, l’huile grasse et l’essence de térébenthine.
- Lorsque les pièces sont sorties des moules et qu’elles sont bien sèches, elles sont aussi fermes, aussi dures que le bois.
- Lorsque le laque est entièrement fabriqué et bien sec, on Ie passe à l’huile. L’huile que l’on emploie est de l’huile de lii1-
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- LARDOIRE. i5i
- rendue siccative par la litharge, dans laquelle on mêle un quart d’essence de térébenthine, et pour ajouter encore à sa qualité pénétrante, on y mêle un peu d’alun. On trempe les objets dans cette huile très chaude, ce qui vaut mieux lorsque leur grandeur le permet. A défaut, on étend l’huile ainsi préparée , la plus chaude possible , avec des éponges ou des pinceaux ; on en enduit la pièce en dedans et eu dehors, et on la met dans une étuve pour la faire sécher. Aussitôt qu’elle est sèche , on la vernit avec du carabé pur , et l’on y met les apprêts.
- Ces apprêts forment un troisième perfectionnement à cette fabrication. On se sert de terre d’ombre et de blanc calciné broyés à l’eau , et lorsqu’on veut s’en servir, on les broie de nouveau avec un vernis fait avec du carabé en sorte, mais dans lequel on a soin de mettre très peu d’essence. On en enduit plusieurs fois la pièce, qui se pénètre en dedans et en dehors de ces apprêts gras, lesquels desséchés au four extrêmement chaud, pénètrent toutes les parties du carton et le rendent imperméable. Il est alors susceptible d’être poncé comme les métaux, et de subir toutes les opérations nécessaires pour le vernissage.
- On fabrique ainsi des objets d’une grande dimension. Des plateaux de toutes grandeurs , des vases de différentes formes, appelés Médicis, et autres de forme ronde, quelque compliqué que soit leur contour ; les bains de pied sans rebord et avec rebord, les candélabres, les colonnes , de quelle grandeur quelles puissent être, les entablemens, les frontons, les voitures , les panneaux d’appartemens et les couvertures de maisons, etc.
- Cette découverte importante nous a délivrés du tribut que nous étions obligés de payer à l’étranger, dont les produits sont loin d’égaler les nôtres, par le bon goût qu’ils ne peuvent pas parvenir à atteindre. L.
- LARDOIRE ( Technologie). C’est un morceau de fer creux, fendu par un bout en quatre parties qui font ressort, pour recevoir et retenir des morceaux de lard longs et étroits de
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- différentes grosseurs. L’autre bout est pointu comme une aiguille à emballer, afin de piquer la viande que l’on veut larder. En introduisant la lardoire dans la viande , et la faisant traverser, on tire l’aiguille du côté de la pointe , et le lardon reste à la surface de la viande. On peut faire les lar-doires en argent ; il serait dangereux d’employer des lardoires de cuivre : la graisse qui reste dans les fentes de la lardoire forme bientôt du vert-de-gris , qui ne peut que nuire à l’économie animale. 11 y a des lardoires de toutes dimensions : elles sont ordinairement en fer. L.
- LARDON ( Technologie). On désigne sous le nom de lardon, une pièce longue et étroite qui fait partie de la Potence dans une montre à roue de rencontre. Le lardon est long et étroit; il est percé d’un trou oblong, dans lequel passe une vis par laquelle il est fixé à la potence. A son extrémité intérieure, le lardon porte une partie saillante en forme de talon, qui se loge en entier dans la creusure de la roue de rencontre, et reçoit le pivot intérieur de cette roue. Ce talon est aminci par-derrière , pour laisser passer le corps de la verge de balancier. Son autre extrémité dépasse un peu la potence, et s’engage, par une entaille qui y est pratiquée , avec la tête d’une vis taraudée dans le bout extérieur de la potence , de sorte que, sans démonter la montre, en faisant mouvoir cette vis, on fait aller et venir la roue de rencontre, afin de rendre égales les deux chutes de l’échappement.
- Le cuisinier nomme lardon un petit morceau de lard coupe' long et étroit, ordinairement cârré, qu’il place dans 1a Lardoire, pour piquer la viande ou le gibier. Ces lardons sont plus ou moins gros, selon la pièce qu’on veut larder.
- L’Artificier désigne sous le nom de lardons des serpenteaux un peu plus gros qu’on ne les fait ordinairement. La composition de ces lardons est la suivante : huit onces d’aigre-moine , deux livres de poussier de charbon, une livre de salpêtre, et quatre onces et demie de soufre. (V. Artificier-)
- Le Serrurier, le Forgeron' , etc. , donnent le nom de lardon à un morceau de fer ou d’acier qu’ils mettent aux crevasses
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- LARMES B ATAVIQUES. i53
- qui se forment dans les pièces qu’ils forgent. Le lardon sert à rapprocher les parties e'carte'es et à les souder, en les battant très chaud , mais sans employer de la soudure. L.
- LARGUE. Terme de marine par lequel on désigne un vent dont la direction est perpendiculaire à l’axe longitudinal d’un navire. Le vent largue est le plus favorable, parce qu’il enfle toutes les voiles, tandis que le vent en poupe ne porte que dans les voiles d’arrière , qui dérobent le vent aux voiles des mâts antérieurs. L’expérience a appris qu’un vaisseau qui fait trois lieues à l’heure avec un vent largue., n’en fait que deux avec le vent en poupe.
- Larguer signifie aussi détacher. Larguer une amarre, c’est détacher une corde ; larguer les écoutes, c’est les détacher pour leur donner plus de jeu. Fr.
- LARMES BATAYIQüES ( Arts chimiques). On a donné ce nom à des gouttes de verre fondu qu’on laisse tomber dans de l’eau froide, et qui prennent ainsi la forme de petites poires allongées, terminées parunepetite queue recourbée en crochet. On sait que lorsqu’on rompt la queue de ces larmes , elles se brisent sur-le-champ avec bruit, et qu’une partie même' se réduit en poussière. Le docteur Hoot a attribué ce phénomène à l’effort que fait l’air extérieur au moment de la rupture, pour remplacer l’air moins condensé qu’il suppose exister dans l’intérieur des larmes ; mais cette explication est évidemment insuffisante, d’abord parce qu’on n’aperçoit point de bulles d’air dans l’intérieur de ces larmes, ensuite parce que le phénomène a également lieu dans le vide. Les physiciens aujourd’hui attribuent ce phénomène à une autre cause , que voici. Au moment où la goutte de verre , rouge de feu , se trouve en contact avec l’eau froide , l’extérieur , saisi et durci brusquement, se contracte, tandis que les molécules intérieures de ce côrps mauvais conducteur du calorique, encore liquides et dilatées , sont forcées d’occuper un espace presque égal à celui qu’elles occupaient avant l’immersion. Il en résulte ffue ces parties intérieures, constamment dans un état de tension, sont attirées par la couche extérieure, à laquelle
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- i54 LASSERET.
- elles adhèrent, et qu’au moment où la queue de la larme est rompue, elles sont entraînées et désagrégées par l’effort que la couche extérieure exerce sur elles.
- Cet effet a une analogie frappante avec celui qui est produit pendant la trempe de l’acier, dont les parties inégalement dilatées à l’intérieur et à l’extérieur sont la cause de la dureté, de l’élasticité , de la fragilité et des autres propriétés qu’il possède. Lwwi.
- LARRON ( Technologie). C’est un terme que les Imprime® et les Relieurs emploient dans un sens tout-à-fait différent.
- L’Imprijieür donne ce nom à un pli qui se rencontre dans une feuille de papier , qu’ils n’ont pas eu soin de bien étendre avant de la mettre sous la presse. Il arrive de là que lorsqu’on l’étend après coup , il se présente du blanc là où il devrait y avoir des caractères imprimés, et l’impression se trouve interrompue. Dans ce cas il dit : Voilà un larron.
- Il arrive aussi quelquefois qu’un petit morceau de papier se trouve adhérent à la feuille qu’ils impriment, sans y être cependant collé, et ils la mettent sous la presse sans s’en apercevoir. Ce morceau de papier reçoit l’impression, et ensuite lorsqu’il vient à se détacher, il laisse un emplacement blanc, ce qui constitue le larron. Ainsi dans ces deux cas, le larron empêche le caractère de se trouver là où il doit être; il vole l’encre.
- Le Relieur donne le nom de larron à l’angle d’une page qui se trouve plié sans qu’il y ait fait attention. Dans l'opération de la rognure , cet angle ne peut pas être atteint par le couteau , et lorsqu’on le redresse, il sort des deux côtés sur 1* tranche et sur la tête ou la queue , ce qui fait un marnais effet, qu’on est obligé de réparer en coupant les excédans avec des ciseaux. Ici le mot larron est appliqué parce qu’il s#1 soustrait au tranchant du couteau , comme le larron se soustrait tant qu’il peut aux poursuites qu’on dirige contre lui
- L.
- LASSERET. Espèce de tarrière de 8 lignes de diamètre é°n! se servent les charpentiers pour faire les mortaises, et yel!'
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- LATTES CARRÉES. i55
- lasser les tenons, ou pour percer les trous des chevilles. Le serrurier nomme lasseret une espèce de piton à vis, et particulièrement les pièces dans lesquelles tournent les espagnolettes sur le battant des croise'es et qui les y retiennent. Le lasseret tournant est un axe qui est arrêté par une contre-rivure et laisse tourner en tous sens : tel est celui qui porte la verge des Acbrovxiers des fléaux déportés cochères. Fr.
- LATTES CARRÉES (Architecture). Ce sont des règles longues de i3 décimètres, sur 4 à 5 centimètres de large et 4 à 6 millimètres d’épais (4 pieds sur un pouce § et sur 2 à 3 lignes). Ou l’emploie ordinairement, dans les combles, pour porter les tuiles du toit. Il faut proscrire la latte blanche, et n’employer que celle qui est en cœur de chêne, de droit fil et sans aubier. Chaque latte est clouée sur quatre chevrons et couvre trois intervalles; on les dispose parallèlement les unes aux autres, de manière à être espacées, d’un bord supérieur à l’autre, de la quantité, appelée pureau, dont on veut que chaque tuile dépasse la suivante ; c’est le plus souvent le tiers de la longueur de la tuile. Chaque tuile porte vers son bout supérieur et en dessous, un crochet qui sert à l’arrêter sur le bord de la latte. On compte dans une hotte 52 lattes ; il faut 7 lattes par mètre carré (27 par toise) en tuiles de grand moule (V. Tuiles), et 8) par mètre (34 par toise) pour le petit moule. La botte suffit à 7 mètres ou une toise § carrée dans le premier cas, et à cinq mètres ou une toise dans le second.
- Il faut au moins cinq clous par latte : la livre contient 36o clous ; en sorte que, les déchets compris, on compte sur une livre, ou un demi-kilogramme de clous par botte de lattes, et un cinquième de plus pour les plafonds, à cause des déchets.
- Lorsqu’on fait des plafonds et des lambris en plâtre, on rapproche les lattes tout près les unes des autres ; on dit alors que les lattes sont jointives. Il en faut alors 58 par toise carrée (un peu plus d’une botte), ou 14 par mètre. Aux cloisons à claire-voie, il faut 18 lattes par toise, 9 pour 2 mètres, ou le-tiers du latté jointif.
- La fabrication des lattes a lieu dans les forêts ; elle ne diffère
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- de celle du merrain que par les proportions. On en débite aussi par le sciage, qui sont plus longues, et par conséquent aussi plus économiques; mais leqr usage est encore peu accrédité.
- La botte de lattes de 4 pieds pèse Sz livres ou 26 kilo-grammes, en sorte que la latte pèse une livre. Le prix de la botte varie de 28 à 32 sous à Paris, plus ou moins. Fr.
- LAUDANUM. On connaît sous cette dénomination différentes préparations médicamenteuses, dont l’opium fait la base ; nous ne citerons que les deux principales , dont on fait usage en France.
- La première est le laudanum liquide de Sydenham, qui se fait avec
- Opium choisi et coupé en morceaux. 2 onces.
- Safran du Gâtinais.................. 1 once.
- Cannelle
- Girofle
- Vin d’Espagne....................... 1 livre.
- On fait digérer le tout pendant plusieurs jours, à une légère chaleur de bain-marie, puis on filtre pour l’usage. Cette teinture s’emploie à la dose de i5 à 20 gouttes dans un véhicule de 4 onces environ , qu’on prend ensuite par cuillerées, d’heure en heure. C’est un des plus puissans caïmans qu’on connaisse.
- La deuxième est le laudanum solide ; c’est un véritable extrait d’opium fait avec du vin. Pour l’obtenir on prend
- Opium choisi et coupé par morceaux, autant qu’on en veut traiter.
- On ajoute vin blanc, 4 à 5 parties.
- pulvérisés J de chaque... 24 grains.
- On fait macérer au bain-marie, on agite de temps en temps, puis 011 passe au travers d’un linge serré, et l’on exprime fortement. On évapore la solution au bain-marie jusqu’à consistance d’extrait solide. Cet extrait se prend rarement seul ; >1
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- LAURIER. 157
- entre dans la composition de plusieurs préparations magistrales.
- LAURIER ( Agriculture). Genre de plantes qui se compose des arbres et des arbrisseaux dont le feuillage est vert et épais en toute saison , et qui exhalent une odeur aromatique très pénétrante, pour la plupart indigènes des contrées équatoriales de l’Asie et de l’Amérique. L’économie domestique, la Médecine et les Arts en tirent un grand parti. Le camphre, la cannelle et le sassafras , etc., sont produits par des espèces de lauriers. Passons en revue celles qui offrent le plus d’importance. *
- Le laurier d’Apollon (laurus nobilis ) est la seule espèce qui soit indigène d’Europe : cet arbre s’élève jusqu’à 3o pieds de hauteur dans les contrées méridionales ; il est commun en Grèce, aux Canaries, où il forme des forêts, etc. : il croît en Italie et dans le midi de la France. Les fruits sont de petites cerises rouges , qui bientôt tirent sur le noir : on en aromatise les ragoûts; mais ce sont surtout les feuilles qu’on destine à cet usage. On en retire par la distillation une huile qu’on regarde comme céphalique, stomachique , fortifiante, etc. On sait que les couronnes des vainqueurs , aux jeux publics et dans les concours de poésie, de musique, etc., et même celles des triomphateurs, étaient faites en laurier. Son bois est dur et très élastique ; on le travaille en ébénisterie.
- Cet arbre se plaît dans un sol sec et léger ; il aime la chaleur et craint les froids vifs; aussi ne le conserve-t-on, près de Paris, en pleine terre, durant l’hiver, qu’en le garantissant des gelées par des abris. On multiplie le laurier en semant ses graines aussitôt leur maturité , ou par des marcottes, ou enfin en éclatant ses rejets, qui sont nombreux, surtout quand on a blessé ses racines.
- Le laurier cannelier ( laurus cinnamomum) est un arbre de 20 à 3o pieds de haut, dont toutes les parties exhalent une odeur suave ; son écorce, qui est aromatique et exci-tante, est connue sous le nom de cannelle ; elle est en usage dans la cuisine et pour faire certaines liqueurs. Originaire de
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- Ceylan , le cannelier croît aussi à la Chine , au Japon, aux lies Maurice et Bourbon, aux Antilles, à Cayenne, etc., et même actuellement en Egypte , où le vice-roi le fait cultiver en grand. Depuis long-temps les Hollandais ont cessé de rendre l’Europe tributaire de cette précieuse écorce, qui se trouve aujourd’hui en un si grand nombre de lieux. La culture de cet arbre n’est possible que dans les pays chauds ; il aime une terré humide et forte ; lorsque ses branches sont coupées pour en retirer l’écorce , le tronc offre l’apparence de nos saules été tés. On les plante très rapprochés , pour qu’ils s’abritent mutuellement <$>ntre les ardeurs du soleil et les coups de vent : mais à l’âge de cinq à six ans, on arrache un pied sur deux , pour éclaircir le bois. On le multiplie de rejetons, de marcottes et de boutures ; mais on le sème rarement, parce que ce procédé est très lent.
- Laurier camphrier (laurus camphora). Cet arbre a le port dn tilleul ; il croît aux lieux montueux de la Chine et du Japon. Le camphre est une huile volatile, concrète , d’une nature particulière , d’une odeur très pénétrante, et qui existe dans toutes les parties de l’arbre , d’où on l’extrait par distillation. Nous ne dirons rien de plus sur ce médicament précieux et très énergique, parce qu’il a été le sujet d’un des articles de ce Dictionnaire. On le retire aussi des racines du cas-nelier, de plusieurs autres espèces de lauriers , et même de quelques labiées. ( V. Camphre. )
- On ne cultive pas le camphrier au Japon ; c’est dans les forêts qu’on va couper les arbres d’où l’on tire le camphre. Dans nos jardins, il résiste assez bien aux petites gelées, et pourrait être cultivé avec avantage dans nos provinces méridionales. A Paris, on le tient en caisse, et on le rentre en orangerie pendant l’hiver : on l’y arrose rarement ; mais l’été il faut lui donner l’eau avec abondance. On le multiplie F marcottes et par boutures ; mais elles réussissent lentement et avec peine.
- L’Avocatier ou Poirier avocat ( laurus Persea) , original18 de l’Amérique méridionale, croît actuellement aux Antilles»
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- LAVABO. i5g
- à l’île Maurice, etc. C’est un bel arbre , dont les fruits charnus ressemblent à une poire ; l’écorce est épaisse , la chair est d’un vert foncé et d’une consistance analogue au beurre ; sa saveur approche de celle de la noisette : on les sert sur la table. Cet arbre aime un bon terrain et le voisinage des eaux ; il croît rapidement, et se reproduit de graines, qu’on sème aussitôt leur maturité.
- Le Sassafras ( laurus sassafras) est un bel arbre , originaire des forêts de l’Amérique méridionale , qui aujourd’hui croît partout, et même réussit très bien ici en pleine terre; son port est celui de l’érable ; son fruit est petit comme un pois, et violet. C’est principalement la racine et l’écorce qui fournissent à la Médecine le sassafras, médicament sudorifique, qu’on emploie avec avantage dans diverses circonstances. On multiplie cet arbre de graines, de rejetons, de marcottes et de boutures. {V. Sassafras.)
- On cultive encore diverses espèces de lauriers à cause de leur beauté, ou des produits qu’on en retire : tels sont les laurus borbonia , indica, pichurim, benzoin, etc. ( pr. les Traités d’Histoire naturelle, et divers articles de ce Dictionnaire.)
- Le Laurier cerise est une espèce de cerisier, qu’on nomme aussi Mdhaleb ou Sainte-Lucie, dont le bois sert en ébé— nisterie.
- Le Laurier rose ( nerium oleander ) est un arbuste qu’on cultive pour la beauté de ses fleurs et de son port. Fr.
- LAVABO ( Technologie). Petit meuble de toilette très commode , imaginé depuis un petit nombre d’années. Il est exécuté par les Ébénistes.
- Ce petit meuble , ordinairement de forme circulaire, représenté PL 34 en élévation (fig. i5), et en plan (fig. 16), est formé d’un massif de bois léger, que l’on recouvre de bois de placage, comme tout le reste du meuble. Ce massif A, A est creusé de manière à recevoir la cuvette en faïence ou en porcelaine a,a. Il est supporté par trois pieds ou montans 1,1,1 qui s’évasent un peu vers le bas, pour donner plus de stabilité au meuble. Les pieds sont réunis par un plateau triangulaire
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- à côtés courbes B, B, B, qui sert en même temps à supporter le pot à l’eau C, qui est retenu par une petite armature en cuivre D , fixée aux trois montans et formant cercle au milieu, afin de retenir le pot à l’eau et l’empêcher de glisser.
- Vers le milieu de la hauteur du meuble en E,E, est place'e une tablette ronde, dans l’épaisseur de laquelle sont pratiqués quatre trous foncés qui contiennent : i°. F, un flacon pour l’eau de Cologne ; 2°. G, un verre à boire; 3°. H, un pot à pâte d’amande ; 4°- UIie petite cuvette pour délayer le savon pour la barbe et contenir une éponge. Les deux premiers objets sont en cristal ; les deux derniers en porcelaine, comme la cuvette et le pot à l’eau. Cette tablette est fixée contre les pieds par trois bonnes pattes qui entrent à vis dans les pieds, et qui sont fixées chacune au-dessous de la tablette par deux bonnes vis à bois.
- On en faitaussi, depuis peu, pour la toilette des hommes;ils renferment tout ce qui est nécessaire pour faire la barbe, soigner la bouche, se faire les ongles, couper les cors, etc.; généralement tout ce dont on peut avoir besoin pour la toilette. Ils ne tiennent pas plus de place que celui que nous venons de décrire, et cependant contiennent plusieurs autres objets. Les lignes ponctuées de la fig. 16 en montrent le plan. La partie de derrière est carrée ; celle de devant est ronde ; il n’y a que trois pieds également espacés, comme dans le lavabo ordinaire. La tablette E,E (fig. i5 ) est un peu plus basse de six centimètres qu’elle ne l’est dans cette figure. Elle a la forme du dessus , c’est-à-dire qu’elle est carrée par-derrière et ronde par-devant.
- Sur la face droite L,L, est placé un cadre qui contient une glace de 3 décimètres de haut sur 25 centimètres de large. Ce cadre glisse entre deux coulisses dont le bout supérieur est fixé au massif A,A , et la partie inférieure à la tablette E,E. La traverse inférieure du cadre de la glace peut être très large, afin de pouvoir élever la glace à la haute® nécessaire pour l’homme le plus grand.
- Deux ressorts larges et minces sont logés verticalement
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- LAVAGE, 161
- dans l’épaisseur de la traverse inférieure du cadre et au-dessous de la glace, de manière que lorsqu’en tirant la glace au dehors, et qu’ils sont hors de la coulisse, ils viennent s’appuyer sur la tablette supérieure à côté de la cuvette , et empêchent ainsi le miroir de descendre. On peut mettre deux ou trois de ces ressorts les uns à côté des autres et à des hauteurs différentes, afin d’élever le miroir plus ou moins haut. On le fait descendre en appuyant tout-à-la-fois le pouce de chaque main sur les deux ressorts pour les faire rentrer dans l’entaille qui leur est réservée, et guidant le cadre en même temps avec les deux mains.
- On tient le massif À,A plus haut de 6 centimètres que ne présente la fig. i5, jusqu’en b,b , et dans cet espace qui excède , on pratique un petit tiroir c, c , qui s’ouvre sur le devant par un bouton d. Ce tiroir, qui est rond par-devant, peut contenir tout ce qui est nécessaire pour la toilette complète depuis la tête jusqu’aux pieds, les rasoirs, le cuir, la pierre, des ciseaux, un couteau, un peigne , des instrumens pour couper les cors , une brosse à dents, une boîte à corail, une boîte doublée en plomb pour mettre la briquette de savon , etc., etc., arrangés de la même manière qu’on le pratique dans un nécessaire de voyage.
- En plaçant le miroir à charnière sur la face droite L,L (fig. i6), on peut s’en servir comme de couvercle au lavabo. Dans l’un et l’autre cas, le miroir est porté sur deux pivots f.f, comme dans une Psyché, afin de l’incliner plus ou moins à volonté. L.
- LAVAGE ( Technologie ). Ce mot est employé dans plusieurs Arts industriels pour indiquer différentes opérations qui tendent toutes, soit à débarrasser les substances qu’on emploie des saletés dont elles sont imprégnées, soit à dissoudre les parties qu’elles contiennent et qu’on veut conserver. Dans le premier cas, on jette les liquides qui ont servi au lavage pour n’utiliser que les résidus; dans le second cas, on fait le contraire, on jette les résidus pour n’employer que les lavages.
- Dans 1 art du Boyaudier , le premier travail est le lavage Tome XII,
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- des boyaux. Aussitôt que l’ouvrier reçoit du Boucher les intestins qu’il doit travailler, son premier soin consiste à les vider de la matière qu’ils contiennent. Pour cela il prend les boyaux l’un après l’autre par un bout, de la main gauche, et le saisissant à pleine main de la droite, il glisse cette main tout le long du boyau , en chassant devant elle toutes les ordures , qui sortent par l’autre bout ; ensuite , à l’aide d’un entonnoir, il y introduit de l’eau qu’il fait sortir de la même manière que dans la manipulation prcce'dente. Cette eau entraîne le reste des ordures. Il retourne le boyau et le met tremper ensuite pendant plus ou moins de temps dans l’eau pour le dégraisser, etc. Cette manipulation se nomme lavage. ( V. Boyaüdier. )
- Dans la Draperie , avant la teinture, lorsqu’on teint le drap en toile; après la teinture et après le foulage, on met le drap dans la pile du foulon, et on le fait dégorger à l’eau sans savon, jusqu’à ce que l’eau sorte limpide. C’est ce que les fa-bricans de drap appellent lavage.
- ~Le fabricant de papiers est obligé de débarrasser les chiffons qu’il emploie de toutes les saletés dont ils sont assez souvent couverts; pour cela, il les jette dans une cuve à double fond, dont le premier est percé d’une infinité de trous, et sur le côté du double fond sont placés des petits grillages en fil de laiton assez forts. On laisse macérer quelque temps les chiffons dans l’eau , on agite de temps en temps avec un bâton ; on ouvre ensuite le robinet pour laisser échapper l’eau, qui emporte toutes les saletés. On rince de la même manière jusqu’à ce que les chiffons soient bien nets. Il arrive souvent qu’a» lieu d’eau pure, on emploie d’abord la lessive sur des chiffons très sales, et l’on termine par de l’eau pure jusqu’à « qu’elle sorte limpide après avoir entraîné toutes les saletés. C’est la première opération à laquelle les Papetiers soumettent les chiffons ; ils la désignent sous le nom de lavage. ( T ^ petier. )
- Le Salpêtrier emploie les mots eaux de lavage pour design® des eaux qui sont passées sur des terres salpêtrées, qui ne sont
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- LAVAGE DES MINES. i63
- pas assez chargées de sels nitreux pour être soumises avec avantage à l’évaporation, et qu’il est obligé de passer sur de nouvelles terres pour les porter au degré convenable. { V. Sal-PÊTBIER. ) L.
- LAVAGE (Arts chimiques). Opération par laquelle on apour but, dans les laboratoires , d’enlever, au moyen de l’eau distillée, soit aux poudres, soit aux précipités, les matières solubles dans ce liquide, et qui altèrent leur pureté. Quand on réitère le lavage, ce qui arrive assez fréquemment, on distingue les eaux qui ont servi successivement, par les dénominations d’eau de premier, de deuxieme, de troisième lavage. Ces eaux, plus ou moins chargées de matières qu’elles ont enlevées aux dépôts solides ou aux précipités , sont souvent réunies et évaporées à la fois, lorsqu’on a l’intention de recueillir les substances qu’elles ont dissoutes.
- L*****r.
- LAVAGE DES LAINES. V. Lavoirs. L.
- LAVAGE DES MINES ( Arts chimiques). Lorsque les minerais soumis à l’action des Bocards ( V. ce mot ) ont été réduits en poudre plus ou moins fine, il s’agit de séparer la portion métallique des substances terreuses. On y parvient, sinon complètement, au moins en grande partie, par une opération purement mécanique, à laquelle on a donné le nom de lavage; c’est en profitant de la différence qui existe entre leur pesanteur spécifique, et au moyen d’un courant d’eau qui entraîne les parties terreuses les plus légères, sans agir très sensiblement sur les parties métalliques plus pesantes, que l’on opère leur séparation. Dans divers établissemens où l’on s’occupe de l’exploitation des mines, on met en usage plusieurs procédés qui sont décrits avec beaucoup de détails dans l’excellent Traité de Minéralogie de M. Brongniart, et dont nous n’emprunterons ici qu’une description fort abrégée.
- Le lavage le plus simple est celui que l’on lait à la main dans des sébiles de bois; il est spécialement en usage pour réparer du sable l’or en paillettes , qui se rencontre dans les rérrains de transport et dans le lit des rivières et des fleuves
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- i64 LAVAGE DES MINES,
- rapides, tels que le Rhône, l’Arriége et le Gard en France, k Rhin en Allemagne, le Pactole en Lydie, etc. Ce mode est pratiqué par des hommes dont l’unique occupation est de rechercher cet or, et que l’on appelle orpailleurs.
- On exécute souvent le premier lavage sous les pilons et dans l’auge même du bocard , au moyen d’un courant d’eau qui entraîne les matières à mesure qu’elles sont pulvérisées, ou par-dessus les bords de l’auge, ou par un des côtés de l’auge plus bas que les autres, ou à travers une grille latérale disposée à cet effet. Ces matières se déposent, selon l’ordre de leur pesanteur, dans des réservoirs ou longs canaux souterrains nommés labyrinthes.
- Dans quelques établissemens on introduit la matière grossièrement pulvérisée, et, comme on dit, à l’état de sabh, dans des cribles que l’on plonge rapidement dans des cuves pleines d’eau, et à plusieurs reprises. Tantôt, ces cribles ont une forme cylindrique, tantôt, comme à Poullaouen, leur forme est conique ; ces derniers sont tenus, au moyen de deux anses, par un seul ouvrier. Les premiers ne reçoivent qu’une seule espèce de mouvement de haut en bas et de bas en haut ; les seconds sont mus , par le cribleur, d’une manière plus variée , déterminée par la pratique , et qui est la pins propre à séparer le minéral de sa gangue. Cette opération porte le nom de lavage à la cuve.
- Lorsque les matières devenues plus fines exigent plus de précaution et une manipulation plus délicate, on opère le lavage dans des caisses qui sont rectangulaires, longues de 3 mètres, et dont la largeur et les rebords sont de 5 décimètres ; elles sont inclinées de 15 centimètres. On place lemi-lierai, trop fin pour être lavé dans des cribles , et pas assei pour être lavé sur les tables , dans une auge placée au-dessus de la partie élevée de la caisse et sans rebord du côté de celle-ci. Un courant d’eau qui passe au-dessous de l’auge; vient tomber en nappe sur le minerai, que le laveur je® de temps en temps et promène sur le fond de la caisse ; ce® eau entraîne les portions terreuses, qui s’écoulent par des trous
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- LAVAGE DES MINES. i65
- pratiqués au rebord du bas de la caisse, dans les canaux ou labyrinthes destinés à les recevoir.
- Le minerai lavé d’abord dans les caisses , et amené à un plus grand degré de ténuité, est ensuite lavé sur les tables. On en distingue de plusieurs sortes : les tables fixes ou dormantes, les tables à balais, et les tables mobiles et à percussion. Toutes ces tables, construites dans le même but que les caisses dont on a parlé, sont disposées à peu près de la même manière : elles sont plus longues, plus larges et moins inclinées ; leur longueur est de 4 à 5 mètres, leur largeur de i5 à 18 décimètres, leur inclinaison seulement de 12 à i5 centimètres. A leur tète ou partie plus élevée est placée une auge ou caisse renfermant le minerai ; au-dessous de l’auge et au-dessus , un double courant d’eau, le plus rapide possible, arrive pour laver le minerai ; au pied ou à la partie basse de la table, et inférieurement, sont situés plusieurs réservoirs ou bassins destinés à recevoir les diverses matières.
- On voit déjà que les tables, destinées au même usage que les caisses, n’en different que par un mécanisme plus compliqué. Les tables fixes ou dormantes sont celles qui s’en rapprochent k plus. La poudre plus fine ou la farine minérale qu’on en obtient porte le nom de schlith. Anciennement, on recouvrait ces tables de drap ou de toile , dans l’espérance que les fils de ces tissus retiendraient plus facilement les molécules métalliques ; mais on a renoncé à cette pratique, parce que l’expérience a prouvé que le schlich qui en résultait était très impur.
- Dans certaines mines, notamment au Hartz, on emploie les tables dites à balais, dont la construction est à peu près la même que celle des tables fixes. Un moulinet qui agite continuellement l’eau pour empêcher le minéral de se déposer ; une fente pratiquée vers le pied de la table, que l’on bouche et débouche à volonté, et par laquelle, à l’aide d’un balai, on fait passer dans un réservoir situé au-dessous , la portion du minéral la plus pure, sont les seules différences qui distinguent les tables à balais des tables fixes ordinaires.
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- 166 LAVANDE.
- Les tables mobiles et à percussion , construites à peu pr;.s comme les tables fixes, sont suspendues par leurs quatre angles au moyen de chaînes; derrière le chevet de la table est place'e une charpente vers laquelle les chaînes , inclinées du chevet au pied, tendent à ramener la table mobile. Au moment où. le minerai introduit dans une auge ou caisse supérieure , est entraîne' par un courant d’eau sur la table , celle-ci reçoit à son chevet, au moyen d’une machine, une impulsion assez douce qui la porte en avant ; la table, en revenant à sa première position, frappe contre une pièce de bois disposée à dessein, et éprouvé un choc violent. L’effet de ce choc est de se'parer les particules terreuses des particules métalliques, et de ramener celles-ci, qui sont plus pesantes, vers le chevet de la table.
- Selon la nature du minerai à laver , on modifie, soit l’inclinaison des tables , soit le courant d’eau, qu’on dirige en filets ou à pleins tuyaux, soit le nombre de secousses qu’on fait éprouver à la table mobile. On ne rejette les matières entraînées ou les boues, que quand on s’est assuré qu’elles sont presque entièrement dépouillées de métal. l,*****^
- LAVANDE ( lavandula ) est le nom de plantes et le plus souvent de petits arbustes, à fleurs disposées en épi terminal, d’une odeur fortement aromatique , qui appartiennent à h famille des labiées. Nous ne ferons mention ici que de deux ou trois espèces , d’usage en Médecine ou dans les Arts.
- Un certain nombre de naturalistes regardent comme des espèces distinctes, la lavande officinale et la grande lavande, dite aspic, que d’autres considèrent comme deux variétés à la même espèce. Quoi qu’il en soit, elles sont indifféremment employées en Médecine, à cause de leur propriété tonique et excitante. On les administre en infusion tbéiforme ; on en fait une eau et une teinture spiritueuses, un vinaigre aromatique; on les fait entrer dans l’eau vulnéraire composée,le vinaigre antiseptique, etc. On emploie leur huile volatile.
- Mais c’est particulièrement de la grande lavande dite aspic > lavandula spica, que l’on retire, surtout en Provence, l’huile
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- LAVES.
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- d’aspic , d’une odeur plus forte qu’agréable. Cette huile est un des dissolyans de la gomme élastique ou caoutchouc y on en imprègne le bout des mèches de lampions , auxquelles elle communique la propriété de s’enflammer au premier contact d’un corps eu ignition. Proust s’est assuré que de toutes les huiles volatiles , c’était celle de lavande qui contenait le plus de matière camphrée , environ le quart de son poids.
- Une autre espèce de lavande, nommée stêcade, ou lavandula slœchas, qui a une forte odeur camphrée , et qui croît abondamment dans le midi de la France, était fort en usage autrefois. ün s’en sert encore exclusivement pour la préparation du sirop qui porte son nom ; on l’y fait entrer sous forme d’infusion vineuse.
- Dans les jardins , on forme avec la lavande officinale des bordures de plate-bandes, que l’on tond comme le buis..
- Quelques auteurs ont avancé que le nom de lavande est tiré des inots latins lavare, lavando y à cause de l’usage que les anciens faisaient de cette- plante pour aromatiser leurs bains..
- L*****8.
- LAVES , tirent leur nom du mot allemand laufen, couler, courir. C’est à tort qu’on a nommé laves un grand nombre de substances dont l’origine n’est point assez évidemment volcanique.. Les géologues modernes ont senti la nécessité d’en restreindre la signification aux substances qui ont été réellement fondues par l’action du feu des volcans, soit parce qu’on les a vues couler, soit parce qu’elles ont tous les caractères d’une semblable origine. Gn n’a aucune connaissance positive que de véritables laves, soient jamais sorties en liquéfaction ignée , d’un terrain granitique, calcaire ou schisteux ; on ne les a jamais vues sortir que des volcans, ou des terrains volcaniques.
- Les laves liquéfiées par le feu des volcans bouillonnent et s’élèvent jusqu’à la bouche du cratère qui les renferme; elles débordent bientôt par la partie de l’ouverture la moins élevée, ou qui leur oppose le moins de résistance, et coulent souvent avec une abondance telle, qu’elles recouvrent
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- i68 LAVES.
- successivement une e'ten'due de plusieurs lieues en longueur et en largeur.
- Le plus ordinairement, les laves se font jour par une ouverture latérale de la montagne volcanique, quelquefois par deux ouvertures latérales opposées ; il arrive souvent aussi qae les laves découlent d’une partie voisine du bas de la montagne en éruption.
- La masse incandescente qui s’écoule a une liquidité pâteuse ; si l’on pouvait comparer un phénomène aussi grand, aussi imposant qu’une éruption volcanique, aux travaux métallurgiques , qui n’en seraient qu’une bien faible miniature, on trouverait quelque analogie entre la lave rouge de feu et les scories qui s’écoulent sur la dame des hauts-fourneaux où l’on réduit le fer. La lave coule lentement ; sa surface noircit en refroidissant, tandis que sa partie intérieure est encore incandescente; elle se durcit assez promptement ; sa viscosité, l’adhérence qui existe entre ses parties, ralentissent sa marche: la lave tourne ou surmonte les obstacles qu’elle rencontre ; elle ne les renverse pas, comme le ferait un courant d’eau dont la masse serait multipliée par sa vitesse.
- Les observations suivantes faites sur les laves, ont donné lieu â beaucoup de discussions entre les géologues ; on a remarqué qu’elles diffèrent entre elles par un degré de chaleur plus ou moins élevé, et par la faculté qu’elles ont de conserver la chaleur plus ou moins long-temps. On a constaté encore que certaines laves ne pouvaient fondre par une chaleur artificielle de beaucoup supérieure à celle qu’elles avaient au moment de l’éruption. D’abord il est évident que la chaleur subie par les laves dans les volcans d’où elles sont sorties, ne peut être moindre que celle qui est nécessaire à la fusion des mélanges pierreux dont elles sont formées ; mais elles peuvent recevoir aussi une chaleur excessive à celle que leur fusion exige , et dans ce cas en laisser dégager en coulant une quantité plus considérable. En outre , la chaleur reçue par la lave devra être proportionnelle à l’abondance des matières et à la puissance du courant, et par conséquent d’autant moins
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- forte que la masse sera moindre et le courant plus faible. Par une conse'quence e'galement naturelle, plus la masse sera grande, et plus long-temps ses parties inte'rieures pourront conserver leur chaleur; faculté' qui de'pendra e'galement de la propriété' conductrice du calorique dont jouiront les matières composant les laves.
- Quant à la difficulté qu’on éprouve à fondre certaines laves par un feu très violent, elle s’explique facilement par les observations de MM. Lartigues et Fourmy. Il résulte des expériences de ces habiles manufacturiers, que lorsque le verre et les matières vitrifiables sont restés long-temps en fusion, elles se dévitrifient, c’est-à-dire que les matières qui les composent se combinent, se réunissent de manière à produire de véritables cristallisations ; et ils se sont assurés que ces matières, après ce changement, exigeaient pour se fondre une chaleur bien supérieure à celle qui avait suffi primitivement à leur liquéfaction.
- On sait qu’il se dégage des laves en fusion et incandescentes, nne certaine quantité de vapeurs, que quelques expériences ont déjà démontré être formées principalement d’eau et de matières salines, telles que le sel marin et le sel ammoniac. Il serait à désirer que des personnes instruites, à portée d’observer sur les lieux les phénomènes volcaniques, entreprissent sur ces vapeurs des expériences suivies, qui ne manqueraient point d’offrir un grand intérêt.
- le sol recouvert par la lave porte le nom de coulées; il est plus étroit et plus convexe à sa partie supérieure, plus large a sa partie inférieure et presque horizontale ; la coulée peut avoir une grande étendue ; on en a vu occuper un espace de i4 milles. La matière des coulées est toujours celluleuse ; sa texture est tantôt dense et lithoïde, tantôt poreuse et vitreuse , souvent elle est scoriacée ; sa surface est le plus ordinairement irrégulière, hérissée d’inégalités à bords tran-thans et aigus ; elle est rarement plane ; on n’y remarque ni forme déterminée, ni retrait.
- On observe, dans la pâte des laves, ou des fragmens in-
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- formes de granités, de roclies granitoïdes, de calcaires en-traîne's par elles, et qui y sont comme incrustés, ou des cristaux réguliers, d’une netteté parfaite, de pyroxène , d’am-pliigène, de feldspath, de péridots, etc. Ces cristaux exis-taient-ils primitivement dans les terrains soumis à l’action des feux volcaniques, ou bien se sont-ils formés dans la masse de la lave en fusion? Cette question a partagé les opinions des géologues. La seconde supposition , qui paraît la plus vraisemblable, est adoptée par un grand nombre d’entre eui. Les observations de MM. Halles et Dartigues sur la dévitriS-cation du verre et les matières cristallisées qui résultent du changement qu’il éprouve, viennent fortement à l’appui de l’opinion de ceux qui ne croient point à la préexistence des cristaux dans les laves.
- Toutes les roches qui, évidemment liquéfiées par le feu des volcans, se sont écoulées au-dehors , et sont devenues des laves , sont loin d’être semblables entre elles ; elles diffèrent les unes des autres et par leur structure et par leur nature. C’est principalement d’après la considération de leur nature qu’on a cherché à les classer. Entre les diverses classifications proposées, celle de M. Cordier paraît mériter la préférence, parce qu’elle est fondée sur les idées les plus conformes à l’état actuel des sciences. Nous en donnerons le résumé suivant.
- Ce savant géologue a supprimé le nom de laves, comme nom de roche ; il a donné des noms particuliers aux mélanges fondus en laves qui n’avaient point été nommés , et il a conservé les dénominations de leucostine et de tèphrine, données par Delamétlierie. Les roches simples ou composées qui t»1 été liquéfiées par le feu des volcans , ou qui entrent dans la composition des courans de laves connus , peuvent se réduire aux huit sortes de roches ci-après dénommées, dont la natu« est bien déterminée, savoir : les leucostines , les ponces, pumites, lés obsidiennes , les téphrines, les basaltes, les 1»^ nites et les gallinacés. Les cinq premières ont pour base feldspath, et les trois autres , le pyroxène.
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- Tableau des roches simples et composées qui forment les laves ou coulées volcaniques.
- Roches h hase de feldspath.
- i°. Leucostixe. — Pâte plus ou moins translucide , à cassure souvent écailleuse, de couleur grisâtre, rosâtre , et jamais noire pure ni verte foncée; facilement fusible en émail ou verre blanc , pur ou piqué de noir ou de vert ; des cristaux de feldspath disséminés dans la pâte. Variété compacte, lave pétro-siliceuse , plionolite, hornstein volcanique. Variété écailleuse, grunstein de Werner.
- 20. Pokce. — En masse homogène, dont la couleur est le blanc grisâtre, tirant quelquefois au verdâtre ; fusible en émail blanchâtre, inattaquable par les acides. Les ponces de nature évidemment volcanique , sont celles des îles de Lipari et de Vulcano.
- 3°. Pii-mite. — Laves à base de ponce ; pâte vitreuse, poreuse, boursouflée, fibreuse même, blanchâtre, grisâtre, verdâtre, mais jamais noire ; facilement fusible , et souvent avec boursouflement en verre blanc , bulleux ; des cristaux de feldspath disséminés.
- 4°. Obsidiexxe. — Roche sensiblement homogène ; pâte noire, verte , rougeâtre ; texture vitreuse ; fusible en émail ou verre blanchâtre boursouflé ; ne donnant point d’eau dans le tube de verre.
- 5°. Téphbixe. — Roche quelquefois d’apparence homogène, à texture grenue et même terreuse ; rude au toucher , d’une couleur grisâtre , montrant beaucoup de vaccuoles ; fusible en email blanc piqueté de noir ou de verdâtre ; de petits cristaux de feldspath et quelquefois d’amphibole disséminés.
- Roches à base de pyroxène.
- 6°. Basalte. —Roche d’apparence homogène; composée, d après l’observation de M. Cordier , presque entièrement de
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- pyroxène, soit en masse, soit en très petites parties cristallines , et de feldspath.
- 7°. Basaxite. — Roche à base de balsate, renfermant des cristaux de pyroxène disse'mine's , plus ou moins distincts; texture compacte, celluleuse ou scoriace'e ; couleur noire, noirâtre, grisâtre, brunâtre , rougeâtre, verdâtre ; fusible en émail noir.
- 8°. Gallixace. — Roche sensiblement homogène ; texture vitreuse; couleur noire ou noirâtre , rougeâtre, etc. ; fusible en e'mail noir ; ne donnant point d’eau dans le ballon de verre.
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- LAVEUR DE CENDRES. C’est le nom qu’on donne à ceux qui sont chargés de retirer l’or et l’argent contenus dans les cendres des orfèvres , bijoutiers et autres. Ce travail se compose de diverses opérations, que nous allons successivement décrire.
- On sait que le sol des ateliers de tous ceux qui travaillent les matières d’or et d’argent est garni, principalement autour des établis, de claies formées de tringles en bois qui s’entrecroisent à angles droits, et espacées de manière à laisser entre elles des jours d’environ 2 pouces carrés; par cette disposition, tout ce qui tombe par terre passe au travers de ces trous, et ne peut s’attacher aux chaussures de ceux qui marchent dans l’atelier. De temps à autre on lève ces claies, on les secoue, on balaie soigneusement le carreau, et l’on retire immédiatement tous les morceaux d’or ou d’argent qui peuvent être aperçus. Ces balayures sont serrées dans un tonneau destine à cet usage, et quand on en a réuni une assez grande quantité, on les brûle, pour les réduire à un moindre volume.
- Ce sont ces cendres qu’on livre aux laveurs pour être traitées à façon, c’est-à-dire que, moyennant un prix convenu, ils font tout le traitement convenable , et qu’ils remettent au propriétaire la quantité de fin qu’ils ont obtenue. Ainsi, on voit que c’est une affaire qui exige de la confiance d une part et de la probité de l’autre. Le propriétaire peut bien avoir une idée approximative de la valeur de ses cendres, paree
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- qu’il connaît, par ses livres, le poids de matière première qu’il a achete'e dans l’année , et celui des objets fabriqués qui sont sortis de ses ateliers, d’où il peut conclure le déchet qui doit se trouver dans les cendres ; mais outre qu’il peut avoir employé quelques ouvriers infidèles, il y a des accidens inévitables , et quelque soin qu’on prenne à tout recueillir , on éprouve toujours des pertes réelles , qui ne sauraient être calculées d’une manière précise. Le fabricant peut cependant, pour plus de sûreté , prendre un échantillon moyen de ses cendres, le fondre avec un peu de plomb pauvre, et faire passer le culot qu’il obtient à la coupelle ; il en aura ainsi très •approximativement la richesse réelle. Au reste, pour éviter tout inconvénient, le fabricant qui a de l’emplacement fait traiter ses cendres chez lui. Il y a des laveurs qui vont ainsi opérer à domicile.
- Il est essentiel que les cendres aient été ce qu’on appelle bien brûlées, c’est-à-dire fortement calcinées, si l’on veut éviter de perdre les portions les plus légères de matière, qui ne manqueraient point d’être entraînées par les lavages, et c’est là ce qui oblige les laveurs à soumettre les cendres à une nouvelle calcination, lorsqu’ils jugent par leur couleur brune ou noirâtre , qu’elles n’ont pas été suffisamment chauffées. On était dans l’usage , autrefois, de faire cette opération dans un fourneau à trois étages, c’est-à-dire qui avait trois grilles placées les unes au-dessus des autres, à des distances convenables. Sur chacune d’elles on introduisait, au moyen d’une porte correspondante , du charbon, et l’on plaçait une certaine quantité ou de cendres ou de balayures qui n’avaient point encore été brûlées sur la couche supérieure, puis on procédait à la calcination, en mettant le feu à cette première couche. A mesure que la combustion s’accomplissait et que le combustible disparaissait, les cendres se tamisaient au travers de la grille et tombaient dans le deuxième foyer, où elles recevaient un nouveau degré de chaleur ; de là elles passaient également dans le troisième, où leur calcination s’achevait. Après avoir ainsi subi une température aussi élevée, toutes les
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- particules métalliques ont nécessairement éprouvé une sorte de fusion qui les a converties eu petites gouttelettes plus lourdes et de moindre surface, en telle sorte qu’elles ne peuvent plus surnager dans l’eau et être entraînées par l’agitation.
- On voit qu’on ajoute, de cette manière, toute la cendre du combustible à celle qu’il s’agit de traiter, ce qui est un véritable inconvénient, qu’on évite maintenant en faisant cette calcination dans des espèces de fours à réverbère à voûte surbaissée , ou dans des fourneaux à plusieurs étages , mais avec cette différence, que le combustible est placé seulement à la partie inférieure, et que les balayures ou cendres sont mises sur des plaques de fonte qui forment les étages supérieurs, et qui sont disposées de façon que la flamme vient successivement lécher la surface de chacune d’elles. Ainsi, on construit un fourneau carré en briques, on établit dans la partie inférieure le cendrier, puis le foyer, et ensuite on place à des distances convenables des plaques carrées en fonte , qui ne doivent être engagées dans la maçonnerie que de trois côtés seulement; on laisse le quatrième distant de la paroi du fourneau de i5 à 18 lignes environ , afin que la flamme puisse pénétrer ; et comme l’ouverture de la plaque suivante se trouve au côté opposé du fourneau, il s’ensuit que la flamme, pour y arriver, est obligée de parcourir toute la surface de la première plaque. Les mêmes dispositions étant observées pour les autres plaques, on conçoit que la flamme les parcourt alternativement sans que le combustible puisse se mélanger avec les cendres qui les recouvrent. Les plaques les plus élevées du fourneau chauffant moins que les autres, on est contraint de ramener les cendres d’un étage à l’autre.
- Les bijoutiers remettent également aux laveurs les morceaux de creusets et autres débris provenant de leur exploitation , afin d’être soumis aux mêmes traitemens que les cendres ; ces matériaux exigent d’être préliminairement mis dans un grand état de division. On les pile donc dans un mortier, puis on les passe au tamis , et l’on met de côté la portion qu’on ne peut pulvériser; celle au contraire qui a passé au
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- travers du tamis, est mise par parties dans une se'bile de bois et lave'e à la main, en l’agitant doucement au milieu d’un baquet plein d’eau. On ajoute ce qui reste au fond de la se'bile à la portion qu’on n’a pu réduire en poudre.
- Les cendres sont traitées à peu près de la même manière ; on les laisse d’abord tremper pendant quelque temps dans une certaine quantité d’eau , puis on délaie de nouveau et l’on jette sur une passoire. Ce qui reste est ce qu’on nomme le gros; on traite cette portion comme les débris de creusets. On reprend ce qui s’est tamisé au travers de la passoire, et on le lave à la sêbille ou plateau; le deuxième résidu qu’on obtient par ce moyen est nommé menu gros. Quand on a ainsi réuni toutes les particules métalliques les plus grossières, on les fait fondre ensemble avec un bon Flux noie. {V. ce mot.) Cette première extraction diminue d’autant les chances de pertes.
- Les lavages de cendres et de débris de creusets se font ordinairement au milieu d’un tonneau ou d’un cuvier percé de trous de distance en distance , à différentes parties de leur hauteur ; tous ces trous sont bouchés pendant le lavage au moyen de chevilles. On laisse déposer pendant un temps suffisant, puis on décante, en enlevant d’abord la cheville supérieure , et l’on descend ainsi tant que le liquide est clair. La décantation étant achevée , on réitère cette lixiviation jusqu’à ce que les cendres ne contiennent plus rien de soluble, et quand elles sont ce que les laveurs appellent bien dégraissées, c’est-à-dire privées de tout l’alcali et des sels solubles qu’elles contiennent, alors elles sont susceptibles d’être traitées par le mercure.
- Nous avons indiqué, au mot Amalgamation , de quelle manière on se servait du mercure pour l’exploitation des minerais contenant de l’or ou de l’argent. L’art du laveur de cendres n’est qu’une imitation en petit de ce genre de travail. Ou profite ici, comme dans ce cas , de la grande affinité du mercure pour ces métaux précieux, et de la propriété qu’il a de leur faire partager sa fluidité, pour les extraire des
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- matériaux qui les contiennent. Ainsi, sur environ 100 kilogrammes de cendres préparées comme nous venons de le dire on en met 4° de mercure bien net, et l’on agite le tout ensemble dans un petit appareil qu’on nomme moulin des laveurs; c’est un baquet en bois cerclé en fer, ayant son fond un peu creusé en cul de poule. On place d’abord le mercure sur le fond, et l’on en met ordinairement une assez grande quantité pour que toute la surface en soit couverte ; on ajoute ensuite les cendres et une proportion convenable d’eau, puis l’on agite pendant douze heures environ, à l’aide d’un arbre vertical en fer, portant à sa partie supérieure une manivelle, et à son extrémité opposée , celle qui plonge dans le baquet, deux barres horizontales disposées en croix , qui plongent dans le mercure et en renouvellent sans cesse les surfaces par l’agitation, pour les mettre en contact avec toutes les particules métalliques contenues dans les cendres.
- On a cru remarquer qu’il y avait plus d’avantage, c’est-à-dire que les cendres étaient mieux épuisées en faisant à deux reprises cette trituration par le mercure. Ainsi, au lieu de tourner douze heures de suite avant d’enlever l’amalgame, on triture sept heures d’abord, puis cinq heures.
- On se sert aussi quelquefois, pour cette opération, d’un simple tonneau disposé horizontalement et muni d’un axe ou arbre mobile en fer, également armé à l’une de ses extrémités d’une manivelle et garni dans toute sa longueur de barres de fer qui s’entrecroisent dans différens sens, et simulent assez les pattes d’une araignée. On prétend même que cet appareil est préférable au précédent, et qu’on retire un produit plus considérable des cendres. Quoi qu’il en soit, lorsqu’on juge que la trituration a été suffisamment prolongée, on laisse reposer quelques instans, afin de donner le temps à tout le mercure de se réunir ; on décante, on lave l’amalgame avec une petite quantité d’eau ; on le ressuie bien, puis on le passe au travers d’une peau de chamois, qui laisse écouler tout le mercure surabondant. On comprime aussi fortement que possible à l’aide des mains, et l’on retrouve, dans l’intérieur de
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- la peau, une pelote d’amalgame contenant, outre l’or et l’argent extraits des cendres , une assez grande quantité' de mercure qu’il en faut se'parer. On y parvient très facilement à l’aide de la chaleur, puisque le mercure est très volatil.
- On réunit un certain nombre de ces pelotes d’amalgame appartenant à une même exploitation, et on les soumet à la distillation dans une cornue en fonte, formée de deux pièces qui se réunissent à l’aide d’une espèce de gorge. On lute exactement la jointure , on place la cornue sur un fourneau ordinaire, puis on adapte au col mie bande de linge, qui en fait comme la continuation ; on fait plonger l’extrémité de ce linge dans un vase contenant de l’eau. Par cette simple disposition , on évite toute espèce d’inconvénient : à l’aide de la capillarité, l’eau imbibe toute la portion du linge qui ne plonge pas, en obstrue assez les mailles pour que les vapeurs mercurielles ne puissent s’échapper, sans s’opposer néanmoins à la rentrée de l’air en cas d’absorption. Quand tout est ainsi préparé, on procède à la distillation, et lorsque le mercure est entièrement passé, on laisse refroidir la cornue, et l’on trouve la portion de fin qui était unie au mercure, et qui doit être livrée au propriétaire des cendres.
- La matière qu’on obtient ainsi n’est jamais au titre, et celle qu’on retire de la fusion des débris de creusets ou du gros ou menu gros des cendre's, contient toujours uue petite portion de scories qui la rend aigre et empêche que les fabri-cans ne puissent s’en servir dans cet état ; il faut donc, de toute nécessité, qu’elle repasse à l'affinage avant de pouvoir être remise en fabrication.
- On pourrait craindre que la portion de mercure qui s’écoule au travers de la peau de chamois, n’entraîne une assez forte quantité de fin; mais il paraît que c’est fort peu de choses, et d’ailleurs cela ne peut avoir quelque influence que sur le premier traitement, parce que le mercure qui a déjà servi à 1111 traitement précédent, en a retenu toute la quantité qu’il est susceptihle de retenir, et il entre dans l’opération sui-taute aussi riche qu’il en ressort. Les laveurs ont toujours la Tome XXJ.
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- précaution d’avoir deux doses différentes de mercure, l’une pour les cendres qui contiennent de l'or, et l’autre pour celles qui ne contiennent que de l’argent, afin de ne pas rendre de l’or à celui qui n’en a pas fourni. Quand l’amalgamation es! faite avec toutes les précautions et le soin qu’elle exige, la perte du mercure est extrêmement petite. Un des laveurs les plus occupés de Paris m’a assuré qu’il ne consommait pas plus de 4° livres de mercure dans toute son année.
- On conçoit que les cendres des orfèvres et autres doivent singulièrement varier de richesse, suivant ce qui fait l’objet principal de. leur fabrication. Ainsi, pour l’argent, les cendres des cuillerisles sont beaucoup plus riches que les autres, parce qu’ils n’emploient pas de soudure. Relativement à l’or, il en est de même pour ceux qui travaillent la hoile.
- La valeur moyenne du tonneau de cendres, jauge d’Orléans , pesant de 5 à 600 livres, est d’environ 800 fr. ; les laveurs prennent à peu près 60 fr. de façon par tonneau.
- Quelque soin qu’on puisse prendre à faire l’amalgamation, il reste toujours dans les cendres triturées une portion de fis qui échappe au mercure, et elles retiennent en outre me petite quantité de mercure amalgamé ; aussi se garde-t-on de les rejeter : elles sont ordinairement achetées par des personnes qui les traitent dans des fourneaux de fusion. On les paie de 3o à 4° fr- le tonneau. Pour en extraire les dernières portions qu’elles contiennent, on les mélange avec demi-partie de cendrée de plomb. On préfère la cendrée, qui est cette espèce d’écume que les plombiers enlèvent de la surface de leu bain en fusion, parce que le métal s’y trouvant plus divisée! un peu oxide', n’entre pas immédiatement en fusion, et q/d a alors le temps de s’emparer des molécules de fin disséminées dans toute la masse. Le culot de plomb qui s’obtient par k fusion de ce mélange est ensuite soumis à la Cocpeluîk>îi pour en retirer le métal dont il s’est enrichi. {V. Cocpellati*'
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- LAVOIRS ( Agriculture). Ce genre de construction est fcr simple. Près du bassin ou du cours d’eau destiné au lavage
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- linge lessivé, on forme une enceinte couverte pour abriter les laveuses du soleil, du vent et de la pluie ; cette enceinte doit être à jour du côté du bord de l’eau , qui est garni d’une suite de dales en pierres inclinées et cimente'es ensemble , et établies presqu’à fleur d’eau. On garnit l’intérieur de chevalets pour poser le linge et l’y laisser égoutter, et de quelques planches et bancs pour le service des laveuses. Quelquefois, au lieu de dales , on se sert de madriers en bois de chêne ; l’inclinaison est nécessaire pour faciliter le lavage et écouler l’eau.
- Quand on se sert d’un bassin en maçonnerie à chaux et ciment, il faut qu’on puisse le vider aisément pour le nettoyer, parce que l’eau ne tarde pas à croupir quand elle n’est pas courante ; et si cette eau est amenée par un canal de dérivation , la pelle de l’écluse doit maintenir l’eau à la hauteur convenable. Une profondeur d’un mètre est très suffisante pour le bassin. Le fond doit être pavé, pour qu’il ne se creuse pas quand on le nettoie. Fs.
- LAVOIRS A LAINES. L’Espagne, qu’on regarde comme la moins industrieuse de toutes les puissances européennes, avait néanmoins, par sa situation méridionale, obtenu pour ainsi dire le monopole du commerce de deux matières premières très importantes et indispensables dans les Arts industriels : je veux dire la soude d’Alicante et les laines de Mérinos. La décomposition du sel marin (muriate de soude) nous a mis dans le cas de nous passer des soudes d’Espagne, et l’importation des races mérinos, qui se sont prodigieusement multipliées et même améliorées dans notre pays , a rendu tout-à-faitnul son commerce de laines avec nous. Mais toujours est-il que nous devons à l’Espagne la méthode de laver les laines. Les seigneurs de ce pays possédaient de nombreux troupeaux, et se faisaient de grands revenus de leurs produits, qu’ils plaçaient presque entièrement en France. Le lavage, en diminuant de près de moitié le poids des laines, en diminuait dans la ®ême proportion les frais de transport, qui, en définitive, retombaient toujours à leur charge; ils imaginèrent des lavoirs
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- en grand que nous avons enfin imite's. C’est à Paris, au milieu de la Seine, que fut construit le premier. C’était tout-à-la-fois un dépôt de laines et un établissement pour les laver dont le Gouvernemont s’était réservé la surveillance , afis d’inspirer la confiance aux propriétaires de troupeaux. On eut encore en vue de donner aux fabricans de draps la facilité de faire des achats à mesure de leurs besoins, tout en fournissant aux bergeries des moyens de placement.
- C’est peut-être à cette combinaison qu’est dû le grand développement des troupeaux mérinos, parce que, à l’imitation du grand lavoir de Paris , il s’en forma beaucoup d'autres qui mirent partout en contact les producteurs de laines et les fabricans d’étoffes.
- Dans les grandes bergeries bien dirigées, on fait lors de la tonte, le triage des laines ; mais en général, on laisse les toisons telles qu’on les enlève des animaux. Alors, dans les lavoirs , on commence par faire ce triage des qualités, que Habitude rend très prompt. Cette séparation étant faite, on en étend chaque sorte sur des claies de bois, où on les bat avec des baguettes pour en faire sortir la poussière et en enlever ce qu’on peut d’ordures ; on ôte à la main les mèches feutrées , les pailles, le crottin, et, au moyen d’une fourchette de fer à pointes courtes, écartées et recourbées, on éparpille et l’on ouvre tout le reste.
- Le lavage des laines se fait ou à froid ou à chaud. Dans le premier cas , on ne leur enlève que les grosses ordures ; il se fait habituellement sur le dos des moutons, avant de les tondre. A cet effet, on les plonge dans l’eau d’une mare, d’un étang ou d’une rivière, où on les frotte avec soin. Quand on est à portée d’un moulin à eau, on place successive»!®1 les moutons sous la vanne de décharge la rapidité du courant suffit pour les bien laver. Les personnes qui ne possédée1 que quelques bêtes, les lavent dans des baquets. Cette pratique ne réussit bien que sur les races indigènes, dont lala»e peu serrée permet à l’eau de pénétrer dans la toison. Elles11' tait moins de succès sur les races mérinos, dont la toison es'
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- tellement tassée, que l’eau aurait de la peine à pénétrer ; ils sécheraient aussi très difficilement * ce qui incommoderait les animaux, surtout ceux qui sont sujets à la cachexie. Ce lavage faisant perdre à la laine une partie de son suint, on doit tenir pendant quelques jours les moutons lavés dans la bergerie, avant de les tondre, pour leur donner le temps de remplacer le suint perdu, si nécessaire à la conservation de la laine.
- Le lavage à chaud est plus complet. Les toisons séparées par qualités, comme nous l’avons dit, sont mises dans des cuviers d’une capacité convenable , qu’on remplit d’eau chauffée à 45 degrés environ du thermomètre centigrade. On les laisse ainsi tremper, sans les remuer, 18 à 20 heures : une partie de leur suint s’y dissout, et cette première eau devient le principal agent du dégraissage ; on en remplit des chaudières où on l’élève à la température de 70 à 75 degrés. L’eau étant à ce point, on y plonge la laine par petites portions, on l’y remue , ou plutôt la soulève continuellement à l’aide d’un bâton lisse. Après quelques minutes de cette immersion , on la retire avec une petite fourche , pour la placer dans des paniers suspendus au-dessus des chaudières, afin de perdre le moins possible de l’eau saturée de suint ; on remplace par de la même eau celle dont la perte ne peut être évitée, et quand elle devient par trop bourbeuse, on la soutire au moyen d’un robinet dont le fond des chaudières est muni, et puis on la renouvelle entièrement avec de la nouvelle eau de suint. Les panie^ pleins de cette laine égouttée, sont apportés aux lavoirs, placés, soit sur le bord d’une rivière dont l’eau doit être pure , c’est - à - dire qu’elle doit dissoudre le savon, cuire les légumes ; soit sur la rive d’un étang ou auprès d’un puits ; las eaux courantes sont en général préférables aux eaux stagnantes. Si l’on est obligé de se servir de l’eau de puits, il faut la tirer quelques jours d’avance, afin de la saturer d’air.
- Dans l’un ou l’autre cas, les appareils de fourneaux doivent se trouver à proximité des lavoirs, à couvert sous le même hangar, pavé ou dallé, légèrement en pente vers l’eau, comme
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- un quai. Là, chaque laveur a sa place ; c’est un tonneau défonce' d’un bout et enterre"à fleur du pave' tout près du bord; devant lui sont place's deux paniers l’un dans l’autre, plongeant dans l’eau : l’extérieur n’a d’autre objet que de retenir les flocons de laine qui s’échappent de l’autre, où le lavage de la laine s’opère en la promenant vivement et en sens divers , à l’aide d’une fourche ou d’un bâton lisse, sans jamais la retourner. On juge qu’elle est suffisamment dépurée quand l’eau qui en découle n’est plus colorée ; alors on la retire pour la jeter sur des claies où elle s’égoutte. Ensuite, pour en achever le séchage, on l’étend sur des claies, sur des eail-loux, ou même sur un gazon propre et bien fourni, mais toujours à l’ombre. Quelques laveurs, pour en accélérer la dessiccation, la font passer à une presse comme celle qu’on voit PI. 34, fig. 3 et 4 , du lavoir russe, ou, pour mieux dire, de M. D’Avallon. La laine, sans nuire à sa qualité, en est plus blanche, parce que l’eau exprimée entraîne toujours avec elle quelques saletés qui y resteraient nécessairement adhérentes si la dessiccation n’avait lieu que par évaporation. N ous n’hésiterons donc pas à conseiller cette pratique, même dans les saisons les plus favorables au séchage ; elle est d,’ailleurs indispensable lorsque la saison est avancée.
- Nos lavoirs à laines, même très en grand, comme ceux qu’on a formés à Saint-Denis, près Paris, n’exigent, comme on voit, qu’un matériel peu dispendieux. Pour un atelier qui occupe sept hommes et trois femmes, qui lavent et rendent quinze cents livres de laine par jour , il ne faut qq/ six a sept cuviers, deux chaudières d’une capacité suffisante, et quatre lavoirs.
- Tout en adoptant les procédés espagnols, nous les avons beaucoup simplifiés et améliorés sous le rapport de la salubrité des ouvriers, ainsi qu’on pouvra en juger par la description suivante, qu’en a donnée M. le baron de Poiféréde Cère, dans une instruction sur les bêtes à laine, publiée en 181 n
- Un immense réservoir d’eau qu’alimente un ruisseau af* fluent, fournit les eaux nécessaires aux lavoirs , de sorte que
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- ni la sécheresse ni les orages ne peuvent en suspendre le travail.
- Les laines triées en primes, en secondes, en tierces et rebut, sont placées sous un hangar non loin des cuves. Celles-ci sont remplies aux deux tiers d’eau chaude soutirée des chaudières au moyen de robinets ; un homme est préposé pour en faire l’essai, ce qu’il pratique à chaque cuvée en y plongeant une jambe, et faisant ajouter de l’eau chaude ou froide, selon qu’il le juge convenable, et jusqu’à ce que le degré de chaleur soit tel, qu’il puisse le supporter sans se brûler; alors il donne le signal de mettre l'a laine en immersion , dont la durée se règle sur l’intervalle qu’il fâtit pour vider la seconde et la troisième cuve avant de revenir à la première. Un ouvrier descend à mesure dans les cuves pour en retirer, la laine, qu’il place dans des paniers mis à sa portée, où des enfans, se-tenant à des -cordelettes, la pressent avec leurs pieds pour en exprimer l'eau de suint dont elle est imbibée. Cette eau coule dans un canal , hors du lavoir, où Fon achève de laver la laine ; celle-ci, après avoir été divisée par poignées, est apportée par des enfans sur le bord du lavoir, oit un ouvrier (c’est l’homme important pour le lavage) la divise encore et la jette par poignées dans le lavoir, là, deux hommes appuyant leurs mains sur une traverse so-kdëmeat fixée contre les parois intérieures, agitent alternativement les deux jambes pour refouler l’eau et diviser les flocons de laine. 11 n’y a qu’environ un pied d’eau dans le lavoir. Quatre ouvriers placés dans le canal du lavoir,. où la laine arrive ensuite , s’appuyant de leurs mains sur les bords,. repètent le mouvement des deux premiers ouvriers, dans le lavoir : quatre autres ouvriers, placés à la suite des précédens, ramassent la laine à mesure qu’elle est amenée parlé courant; üs en forment des paquets, en expriment l’eau sans la tordre ni la corder, la jettent sur un plancher où un enfant la prend a son tour pour la jeter sur un égouttoir, en pente. Un autre enfant la relève et la fait passer à ua ouvrier qui la dépose en tas sur le sommet dé l’égouttoir».
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- On laisse la laine en cet e'tat pendant 24 heures ; alors elle est porte'e sur une prairie voisine qui a été' ratissée et balavée avec soin, sur laquelle on l’étend en petites parties pour la faire sécher, ce qui exige ordinairement trois ou quatre jours.
- La laine qui échappe aux ouvriers dont la fonction est de la ramasser, se rend dans une cage de bois dont le fond et les parois sont garnis d’un filet à mailles très serrées. Trois hommes placés dans cette cage remuent cette laine avec les pieds et en forment de petits tas qu’ils expriment à la main et qu’ils jettent ensuite sur le plancher, où un enfant la prend et la porte sur l’égouttoir.
- Tel était le lavoir d’Alfaro, qui fut détruit par la guerre, ou les laines du Paular, de Montarco, etc., étaient portées tous les ans pour être lavées et vendues. On en lavait par journées de r6 heures environ 3ooo livres ; mais on remarquera que le nombre des ouvriers employés est de t-, et que celui des enfans est de 8 ou 10, en tout 27, tandis que dans nos lavoirs ordinaires, 7 hommes et 3 femmes en font le service, et lavent à peu près la moitié de cette quantité.
- On vante beaucoup un lavoir que M. D’A vallon a fait établir à Odessa, et qu’il vient d’importer en France, avec le privilège d’un brevet qui lui a été accordé gratuit ; la Société anonyme de la Savonnerie lui a fourni les fonds nécessaires pour en construire un dans l’établissement même , où il a été mis en essai il y a quelques mois. Il paraît offrir des avantages considérables, tant sur la quantité des laines lavées qne sur la perfection du lavage. Sept hommes, suivant JVf. DA" vallon , lavent 3ooo livres de laine par jour. Nous allons en donner une idée à l’aide d’iine figure et d’une description' {V. PI. 34 des Arts mécaniques, fig. 1 et 2.)
- La fig. 1 en est..une coupe verticale dans le sens de la longueur.
- La fig. 2 en est une coupe transversale suivant mn.
- Il se compose d’un grand réservoir MN rempli d’eau a on pied près, construit en bois, de 25 pieds de long, 5
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- de profondeur et de 2 pieds et demi de large ; il est solidement établi sur des charpentes <2, et arc-bouté par des liens b, pour résister à la poussée latérale de l’eau. 11 est divisé dans sa longeur en quatre cases A, B , C, D, formées par des en-clayonnages en osier, assez serrés pour que la laine ne passe pas facilement au travers. La figure n’en représente que deux, mais il faut imaginer qu’il y en a encore deux vers la droite, où l’on commence l’opération.
- E, Citerne de forme rectangulaire , creusée en contre-bas, dans laquelle l’eau du lavoir se déverse par un robinet c.
- F, Grand cuvier dans lequel on remonte, au moyen d’une pompe, l’eau de la citerne E, pour la ramener, en la laissant couler par le robinet d, dans le lavoir.
- Il faut aussi se figurer qu’il existe de côté et d’autre du lavoir, un plancher e ( V. fig. 2) recouvert d’une couche de bitume , légèrement en pente, qui sert tout-à-la-fois au service du lavoir et pour ramener dans le réservoir les eaux de suint que l’opération du lavage fait jaillir. Ce plancher, prolongé à droite, porte une chaudière chauffée à la vapeur, où l’on fait débouillir la laine après l’avoir laissée tremper pendant i5 à 9.0 minutes dans des cuviers contenant, comme à l’ordinaire, de l’eau chaude à 35 ou 4o degrés du thermomètre centigrade. L’immersion dans la chaudière étant terminée, un ouvrier en retire la laine à l’aide d’une fourche, et la jette dans la première case D, où un ouvrier placé debout sur le bord, agite l’eau avec une espèce de pilon G de forme pyramidale et creux, et par conséquent fort léger, qu’il enfonce et retire alternativement en suivant les vagues d’eau quil soulève. Après cinq minutes de travail, ce même ouvrier retire la laine de sa case avec un bâton lisse, et la jette dans la deuxième case c, où un ouvrier l’agite de même et pendant le même temps. Elle passe ensuite dans la troisième et quatrième case, où son lavage se trouve terminé ; elle en est retirée avec un râteau à dents de bois, au moyen duquel un ouvrier la place de suite dans une caisse H percée d’une multitude de trous, où elle est fortement pressée par un treuil
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- armé de leviers. Cette presse, que les deux fig. 3 et 4 font suffisamment connaître , est placée à côté de la quatrième case A, sur le plancher en pente qui ramène l’eau exprimée dans le réservoir, de manière qu’bn ne perd presque pas de l’eau de suint, qu’on sait être l’agent principal du lavage,à cause de sa nature savonneuse.
- Le lavoir de M. D’Avallon a non-seuseulement cet avantage sur les autres, mais encore il opère le triage des laines, en ne faisant passer d’abord d’une case à l’autre que la laine qui flotte ou qui est tenue en suspens; à une profondeur d’an pied ou deux, et ne retirant celle qui se précipite qu’à la fin de l’opération.
- Il met également à profit le crottin dont les laines sont chargées, et en fait un engrais très fécondant, en soutirant de temps en temps cette matière qui s’accumule dans le fond, du lavoir, et en la.conduisant par des rigoles en pente date des réservoirs, creusés en terre, où l’évaporation a lieu naturellement.
- Le lavage que les fabricans font subir à la laine avant à la mettre en œuvre, a pour objet de la dégraisser, e’est-à-dire de lui faire perdre entièrement son suint et le reste d’or dure que le premier lavage n’a pas enlevé ; à cet effet, ils ont des chaudières qui peuvent contenir environ xoo livres de laine, dans lesquelles ils mettent deux tiers d’eau et un tien d’urine humaine , qu’on fait chauffer à 35 ou 4o degrés; alors on y met la laine qu’on remue continuellement pendant une demi-heure avec des petites fourchettes de bois. On va la h' ver ensuite dans des ruisseaux ou des baquets disposés pour cela. (F. Draperie.) E. M.
- LAYE ( Technologie). On désigne sous le nom de lafe, dans un pressoir à vin ou à huile, l’auge sur laquelle on place, s0*1 le marc de la vendange , soit les gâteaux de graines oie*' gineuses pilées, pour les soumettre à une forte pression. Ie liquide tombe dans la laje, et par un conduit ménagé sur us de ses côtés, il est reçu dans un vase placé dessous. ( V• T®*’ noiR. )
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- LAYETJER ( Technologie). Le layelier est une sorte de menuisier qui n’emploie ni tenons ni mortaises pour construire les divers ouvrages qu’il fait en bois, et dont il assemble les differentes parties avec des clous , des pointes de for qu’on désigné sous le nom de clous d’épingle ou pointes de Paris , ou par de petites lames de for-blanc de forme tvape'zoïde. Autrefois il ne pouvait pas employer delà colle-forte ; aujourd’hui que les communautés et les maîtrises sont heureusement abolies, il n’est tenu à aucune règle prohibitive.
- Les laye tiers sont aussi Emballeurs , et excellent, à Paris surtout, dans ce genre de travail. ( V. Emballeur, T; VIII, page a3. )
- Les outils qu’on aperçoit dans l’atelier du layetier ne sont pas en grand nombre. U établi sur lequel il travaille ressemble beaucoup à celui du Mencisjer; c’est une forte table de 227 à 260 centimètres (7 48pieds) de Long, sur 5o centimètres (i8à 20 pouces) de large, et 11 centimètres ( 4 pouces) d’e'paisseur, montée sur quatre forts pieds solides , assembles à tenons et enfourcliemens, avec des traverses dans le bas et un fond porte' sur des tasseaux, ce qui forme un fond de tiroir, sur lequel on pose des outils, etc.
- Autrefois les layetiers , ne pouvant faire aucun assemblage à tenons et à mortaises, ne pouvaient pas se servir du valet, et par conséquent le dessus de leur établi n’avait pas besoin de trous pour le placer ; aussi ne pouvait-il pas en avoir. On ne voyait sur son établi que le seul trou carré placé vers une de ses extrémités, dans lequel est placé un morceau de bois carré d’environ 3o centimètres (un pied) de long, sur 54 millimètres ( 2 pouces) de côté ; un crochet en fer est fixé dans le bout de ce morceau de bois, et sert à retenir fixement ^ planche que l’ouvrier veut corroyer, c’est-à-dire en aplanir la surface, Aujourd’hui les prohibitions n’existant plus, le layetier se sert d’un établi semblable à celui du Menuisier.
- Il emploie la scie à refendre, la scie à champ tourner, la scie à main, le rabot, le feuilleret, le riflard, la varlope , et plusieurs autres outils que nous décrirons au mot Menuisier. Il
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- en a quelques autres dont le menuisier ne se sert pas, et que nous allons de'crire.
- La Colombe A,à (PL 34, fig. 17 ) est une très grande varlope , d’environ ig5 centimètres (6 pieds) de long , sur 16 centimètres (6 pouces), en carré, de grosseur. On sent que cet outil est trop lourd et trop embarrassant pour le manier comme une varlope ordinaire , aussi ne s’en sert-on pas de la même manière. Le fer b, b a 11 centimètres (4 pouces) de large , et environ 24 centimètres ( 9 pouces ) de long. La lumière a, construite de la même manière que eelle de la Varlope , est placée au-dessus , au milieu de sa longueur. La colombe est fixée, par de fortes vis à bois , sur quatre pieds d,d, assemblés à tenons et à mortaises dans les bouts de planches c,c, qui les soutiennent de même que les contre-forts/',/! La surface À,A de la colombe est élevée au-dessus du sol de 487 millimètres (18 pouces ). L’ouvrier se sert de cet outil pour dresser les planches sur leur épaisseur, afin qu’elles joignent bien l’une contre l’autre. Il tient la planck des deux mains, et présente sa largeur verticalement sur le fer de la colombe , et en poussant vivement et dans toute sa longueur , il parvient à la dresser parfaitement sur son champ; la longueur de la colombe lui donne cette facilité, que 11elui procurerait pas la varlope.
- Le layetier se sert d’une petite enclume carrée d’environ 11 centimètres ( 4 pouces) de côté, pour dresser ses clous ; elle est montée sur un billot, de même que la bigorne, quiesI aussi une petite enclume portant deux pointes , dont l’une est carrée et l’autre ronde. La pointe carrée est percée dun trou vers son origine, en sortant du carré que forme le mibeu de la bigorne. Ce trou sert à percer de la tôle ou du blanc, à l’aide d’un poinçon d’acier trempé, destiné à ro1 usage.
- Les charnières que le layetier place au couvercle des p tites boîtes qu’il fabrique , sont exécutées par lui avec duil; de fer ou du laiton. Il se sert, pour les faire, de pinces à ronds. Cet instrument est connu ; nous ne le décrirons p
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- Nous indiquerons plus bas la manière de faire et de poser ces charnières.
- Le compas du lajetier, dont il se sert pour tracer le contour de ses boîtes rondes jusqu’à 32 décimètres ( un pied ) de rayon, est assez ingénieux, et mérite d’être décrit. Ce compas est à ressort, et ce ressort est en bois : la fig. 18 , PI. 34, en montre la forme. Le ressort a, a, a, descend jusqu’en b, b, et repose sur le talon b de l’armure c,b. Cette armure , qui est fixée au ressort a,a,a, par des vis à bois , porte, à son extrémité b, la pointe d , qui entre à vis dans le bas de l’armure. Entre ces deux armures est placée une double vis f , f, dont chaque bout taraudé traverse tout-à-la-fois et l’armure et le ressort, mais n’est taraudée ni dans l’un ni dans l’autre. A l’endroit où passent les vis , l’armure et le ressort sont creusés en forme de double coquille, et renferment une petite boule taraudée du pas de la vis, cette boule lui sert d’écrou ; mais afin que ces petites boules ne puissent pas tourner pendant qu’on fait tourner la vis , chaque boule porte deux petites entailles pratiquées aux deux extrémités du même diamètre; deux petites goupilles m, m empêchent la boule de tourner dans le sens de la vis , mais lui permettent un petit mouvement de balancement , afin qu’en ouvrant ou en fermant le compas, l’écrou 11e tende pas à tordre les vis , de manière que les vis n’éprouvent aucune résistance. Lorsqu’on veut faire rapprocher ou éloigner les deux pointes entre elles , il suffit d’imprimer à la tète h un mouvement de rotation, ce qui est facile , puisque cette tête est goudronnée.
- Lorsque l’ouvrier a des cercles d’une plus grande dimension à décrire, il se sert du compas à verge A,B (fig. ig). La pointe A qui se fixe par un coin, est celle qu’on place au centre. La poupée C porte la pointe mobile , qu’on éloigne plus ou moins de la première, et qu’on fixe par la clavette D à la distance convenable le long de la verge B, que l’on peut tenir d’une longueur indéterminée.
- Ajoutez, à ces principaux instrumens, des poinçons de plusieurs formes pour faire des trous, des pointes à tracer, etc.
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- Nous n’entreprendrons pas ici la description de tous les petits ouvrages que fait le layetier; nous nous bornerons à donner une ide'e de la manière dont il opère pour faire une cassette.
- Après avoir de'terminé les dimensions qu’il doit lui donner en longueur, largeur et hauteur, il prépare les quatre planches qui doivent faire le contour , et qui ont en largeur la hauteur qu’il se propose de donner à la profondeur de la cassette. Il commence par bien unir le bois à l’aide de la varlope ; il scie les petites planches bien carrément à chaque bout ; il réserve pour le devant la petite planche la plus saine, surtout s’il doit y appliquer une serrure ; il fixe par des petites pointes ou clous d’épingle les deux côtés les plus longs sur les côtés courts. Dès que ces quatre côtés sont assemblés , il vérifie, à l’aide de l’équerre , si rien ne s’est dérangé, et il fixe le fond de la même manière qu’il a fixé le contour avec des pointes. Avant de clouer, il est important qu’il s’assure que le rectangle que forme le contour ne gauchisse pas sur la planche du fond , car sans cela la cassette présenterait un aspect désagréable. Dans le cas où cela arriverait, il faudrait, avecla varlope ou le rabot, redresser parfaitement cette partie.
- Il dresse de même parfaitement le dessus du contour, abat un peu les angles ; ensuite il présente la planche qui doit former le couvercle. Cette planche doit déborder le fond de deux millimètres tout autour, si le couvercle ne doit pas avoir de charnière, et de trois côtés seulement s’il doit en avoir ; c’est-à-dire que , dans ce dernier cas , elle ne doit pas déborder par-derrière. Alors il cloue des petits liteaux de trois à quatre centimètres de large, selon la grandeur de la cassette , sur le couvercle, et de la même manière qu’il les a cloués sur le fond. Par ce moyen, le couvercle n’est pas adhérent au fond, et le petit jeu de deux millimètres qu’on a donné suffit pour qu’il reçoive le fond avec facilité, et sans beaucoup de jeu.
- S’il veut fixer des charnières à la cassette, nous avons fa'1 observer qu’il ne doit pas mettre de liteau par-derrière. Lors;
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- que la cassette est grande, il fixe, soit avec des clous, soit avec des vis à bois , aux endroits convenables, deux ou trois charnières en tôle, qu’il achète chez le quincailler, et cela ne présente aucune difficulté'; mais si la cassette est petite ou dé moyenne grandeur, alors le lajetier fabrique la charnière avec du fil de fer ou du laiton d’une grosseur proportionnée à la grandeur de la boite. Yoici comment il s’y prend.
- L’ouvrier prend un fil de fer de six à huit centimètres de long ; à laide de pinces rondes qu’il nomme plioir, il forme dans le milieu un anneau a (fig. 20) ; il opère de même sur un second bout de fil de fer ; il les passe l’un dans l’autre, comme on le voit en a,c. Yoilà une charnière faite ; il ne s’agit plus que de la placer sur la cassette. Pour cela, après avoir détermine' sur le bord du fond la place où il veut la fixer, il fait sur le bord une légère entaille, pour y cacher la moitié de la boucle , et avec un poinçon pointu , il fait un trou incliné qui vient percer dans le dedans de la boîte, à 9 ou 10 millimètres du bord , et il fait entrer dans ce trou tout-à-la-fois les deux branches b ou dj elles'doivent entrer juste.
- 11 approche le couvercle, il marque de même sur le bord la place où il doit mettre les autres deux branches de la charnière, et y fait une entaille pour loger l’anneau c. Avec le même poinçon il fait, dans le couvercle, un trou incliné qui vient percer à 9 ou 10 millimètres du bord, et il y enfile à la fois les deux branches d. Il pose de même la seconde charnière , et avant d’arrêter les bouts saillans, il fait jouer la charnière en ouvrant et en fermant le couvercle. Lorsqu’il est assuré que tout va bien , il plie à l’équerre , à l’aide de pinces plates, les bouts des fils de fer , qu’il écarte à droite et à gauche , et par quelques coups de marteau il les rive dans le bois, en y faisant entrer la partie qu’il a pliée.
- Sur le devant du couvercle, il perce un ou deux trous , qui correspondent au milieu de l’épaisseur du bois du contour de la cassette , selon qu’il veut la fermer par un ou par deux crochets, et il perce, avec le poinçon, la planchette dans son épaisseur, et il y enfonce un double fil de fer semblable à
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- ceux qui lui ont servi pour la charnière , de manière que la boucle sorte un peu au-dessus du couvercle, en passant par le trou qu’il y a pratiqué. Enfin, il place sur le couvercle un crochet en fil de fer , qu’il engage dans l’anneau, et son autre extrémité, pliée à angle droit , entre dans le couvercle, se replie par-dessous, et lui donne toute la facilité nécessaire de tourner.
- Nous ne dirons rien des serrures qu’il place quelquefois sur les cassettes, parce que ce n’est pas lui qui les fabrique , parce qu’il les achète chez le quincailler, et qu’elles ne présentent aucune difficulté pour leur placement.
- Les caisses pour transporter les marchandises doivent avoir toute la solidité possible, afin que les objets qu’elles doivent contenir ne puissent souffrir aucun dommage pendant le transport. Elles doivent réunir la légèreté à la solidité, afin d’éviter des frais de port considérables. Le layftier emploie pour cela les planches de bateaux , surtout lorsque ces caisses sont grandes ; alors elles doivent être renforcées par des traverses, que l’on multiplie autant qu’il est nécessaire. Ces traverses sont clouées aux planches qui forment les caisses.
- Au mot Emballeur , nous avons fait observer que les layt-tiers font parfaitement les emballages, et qu’ils excellent dans ce genre d’industrie. Lorsqu’on a des objets à faire transporter , de quelque nature qu’ils soient, on envoie chercher le lajetier, on lui montre tous les objets ; il les dispose sur une table ou par terre , dans le sens qu’il se propose de les mettre dans les caisses ; il prend ses dimensions, et porte la caisse toute prête ; il arrange tous les objets , en les enveloppant de paille ou de foin, ou de rognures de papier, selon les circonstances , et les dispose si bien, que rarement les objets les plus fragiles éprouvent la moindre altération. ( V. le mot Emballeur, T. VIII, page 23. ) L.
- LAYETTE ( Technologie). On donne généralement le nom de lajette, soit à l’assemblage des linges ou autres vêtemens nécessaires à un enfant nouveau-né, ou à la mère pendant le temps de ses couches, soit à la cassette, à la malle ou au coffre
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- qui les contiennent. Sous ce dernier rapport, c’est le Lavetier qui est chargé de faire la cassette, qui est plus ou moins grande, plus ou moins élégante, selon le rang ou la richesse de la mère.
- Sous le premier rapport, la layette se compose, comme nous venons de le dire, des linges ou vêtemens nécessaires à la mère pendant ses couches , et à l’enfant depuis le moment de sa naissance jusqu’à ce qu’il marche. Tous ces objets sont du ressort de la lingère , qui les confectionne , et dont le détail serait ici trop minutieux et nous ferait sortir de notre cadre. Ces objets varient d’ailleurs selon le pays et selon la mode,- car cette déesse nous domine toujours de la naissance au tombeau. Nous ne pourrions que répéter ici ce que nous aurons à dire au mot Livgère , auquel nous renvoyons.
- Le Letbier donne le nom de lare île à une espèce de petits verroux qu’il fabrique en bois ou en ivoire, et qui sont employés, dans le bourdon de la musette, pour fermer les trous ouïes rainures qui portent le vent, et qui empêchent ce bourdon de résonner lorsqu’ils sont fermés. ( V. Musette.) L.
- LÈCHEFRITE ( Technologie). C’est un ustensile de cuisine, un vaisseau plat, étroit et long, que l’on place sous la broche, afin d’y recueillir la graisse et le jus qui s’échappent des viandes et du gibier qu’on fait rôtir. La lèchefrite est ordinairement construite en tôle ou en fer-blanc : on en voit souvent en cuivre étamé; mais c’est un luxe presque toujours funeste à la santé, et quelquefois à la vie. Le cuivre devrait être banni des ustensiles de cuisine ; les accidens qu’on voit fréquemment arriver devraient servir de leçon ; mais il paraît que les hommes sont incorrigibles.
- tne lèchefrite bien entendue doit avoir des pieds; on en met ordinairement quatre, mais trois suffiraient, deux sur le derrière et un sur le devant, c’est-à-dire du côté du foyer ; elleenserait constamment mieux assise. Lorsqu’elle estlongue, elle a deux manches ou deux poignées, qu’on prend avec les deux mains ; les petites n’en ont qu’un. A l’une de ses extrémités on y pratique un bec ou goulette , par lequel on verse Tome XII. r3
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- facilement le jus ou la graisse qu’elle contient. On a imaginé depuis quelques années , de pratiquer sur le derrière, du côté du manche, un enfoncement dans lequel se rassemblent le jus et la graisse, que l’on peut puiser facilement avec une cuiller , pour en arroser la pièce embrochée pendant sa cuisson.
- A l’exposition des produits de l’industrie, au Louvre, en 1827, on a vu un moyen ingénieux pour arroser mécaniquement et continuellement la pièce pendant qu’elle se cuit. La lèchefrite avait l’enfoncement dont nous venons de parler dans une de ses extrémités , le tournebroche à ressort placé sur un trépied à côté de la lèchefrite, près de cet enfoncement , avait une des dernières roues dont l’axe saillant hors de la boîte qui renfermait le mouvement, portait une poulie à engrenage, sur laquelle passait une chaîne sans fin à la Yaucanson : cette chaîne portait de distance en distance des petits godets mobiles qui trempaient dans l’enfoncement. Ces godetsplongeantdansle jus, s’en remplissaient, venaients’élever au-dessus de la pièce, et le versaient dans une gouttière percée d’une rangée de trous, par lesquels il se répandait sur toute la longueur de la pièce pendant qu’elle se rôtissait. Cette idée est plus ingénieuse qu’elle n’est véritablement utile. L.
- LÉGALISATION. Certificat donné par un officier public, qui a pour objet d’attester la vérité d’une signature, ou d’étendre l’authenticité d’un acte d’un lieu dans un autre. Les actes de commerce, principalement ceux qui sont contractés par des absens, sous seing privé et en pays étrangers, n’ont de force que lorsqu’ils sont légalisés. Fr.
- LÉGERS ( Architecture). Ce mot s’entend des menus ouvrages en plâtre, comme les plafonds, les hourdis de cloisons, les Lambris , les enduits', les Crépis , les gobtis , les pigeon-nages , les lattis, les tuyaux et manteaux de cheminée, les fourneaux potagers, les corniches, etc. Dans la grosse maçonnerie, le plâtre et les mortjiers n’entrent que comme accessoires pour lier entre eux les matériaux ; dans les légers ouvrages, qu’on nomme simplement des légers, le plâtre et
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- LÉGERS. îg5
- ]es mortiers sont au contraire des matières principales, et leS autres matériaux ne sont qu’accessoires. Il y a à cet égard une observation importante à faire. Il est d’usage, en maçonnerie , de compter les travaux de ce genre en fractions de légers. Comme les prix des matières et de la main-d’œuvre varient au gré de mille circonstances , on commence par établir le prix de la toise ou du mètre pour les ouvrages légers; puis on fait de ce prix une imité qui sert à apprécier le coût des autres travaux; on dit alors que telle espèce d’ouvrage doit être payé le quart, le tiers, la moitié, etc. , des légers. Le reste n’est plus susceptible de contestation , et reçoit une valeur fixée d’après celle qa’ou est convenu d’attacher à l’unité.
- On classe parmi les légers, des travaux dont la nature est très diverse, quoique faits par les mêmes ouvriers ; mais la fraction de l’unité que chaque ouvrage est estimé valoir est en raison de son importance , ce qui établit de suite sa valeur absolue; et quant à la détermination de l’unité, on s’informe du prix des clous, des lattes , du plâtre, de la journée d’ouvrier, etc., et d’après la quantité de ces choses qu’on sait être nécessaire pour faire une toise de léger, on fixe le prix del’unité. On sait, par exemple, qu’un maçon et son aide font par jour 12 mètres superficiels de hourdïs pleins ou d’aire déplâtré sur bardeaux, ou 18 mètres superficiels d’augets, ou 24 mètres superficiels d’entrevoux de plafonds, ou 6 mètres de plafond en plein, y compris le lattis. Les quantités de matériaux employés sont connues; ajoutez un sixième pour les échafauds, instrumens , enlèvemens de gravats, etc., puis un dixième du tout pour le bénéfice de l’entrepreneur, et vous muez le prix de l’unité d’ouvrage léger.
- Voici quelques détails contenant les fractions de légers auxquelles on porte l’évaluation de certains travaux :
- Languettes de cheminée pigeonnées simplement, sans enduit , sont comptées pour moitié ; enduites en dedans, pour mi quart ; enduites des deux côtés, pour moitié.
- Planchers. L’aire de plâtre de 2 à 3 pouces est comptée
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- rgS légumes.
- pour j ; enduite par-dessus, g en sus, ou Lattis jointif, i (on prend quand il est cloué sur solives) ; hourdé plein, i; scellement des lambourdes en auget, entrevoux tirés par-dessous , | ; lambrissés en plafond par-dessous , i.
- Murs, gobtis , crépis , enduit, chacun, (en tout i); rea-formis, ~ ; lancis de moellons, f ; enduit seul, i ; rava-lemens,
- Cloisons en charpente , hourdées pleines , j ; lattées de j en 4 pouces , ; enduites par-dessus, \ ; lattées jointives,
- i pour chaque côté.
- Cloison en menuiserie, à claire-voie, hourdis, ; recouvrement, | pour chaque côté ; en tout, i.
- Ces fractions de l’unité s’expriment en pieds, c’est-à-dire qu’on considère qu’une toise carrée de léger est composée de 36 pieds carrés , et au lieu de dire qu’un ouvrage est compté pour 7^, on dit qu’il vaut 3 pieds de léger. C’est ainsi qu’un ravalement est calculé comme il suit :
- Hachement et dégradation, 3 pieds ; tuileau, 3 pieds ; gobetage, crépis, enduit en plâtre au sas, échafaud , chacun 3 pieds, en tout 18 pieds de léger; et si l’ouvrage est de nature à ne pas exiger l’une de ces choses , on réduit la fraction d’autant. Par exemple , si le mur n’a pas exigé de tuileaux , s’il a moins de 12 pieds d’élévation au-dessus du pavé, et qu’on ne l’ait pas enduit, l’échafaud n’a plus été nécessaire, et il faut déduire ces trois parties, ce qui réduit le ravalement à 9 pieds de léger.
- Nous sommes forcés de renvoyer , pour de plus amples dé-veloppemens , aux ouvrages spéciaux, et particulièrement a l’Architecture pratique de Bullet. Fr.
- LÉGUMES ( Agriculture). On donne vulgairement ce nom à toutes les plantes que l’on cultive dans les potagers , telles q® les oignons , carottes , poireaux, panais, pois, haricots , etc. Cette dénomination est impropre , car on ne doit appeler k' gumes que les fruits des fleurs dites légumineuses, tels q“e
- les pois, lentilles , fèves , haricots...Comme la culture de
- ces plantes varie avec les espèces, et même les variétés, non*
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- s’exposerons ici aucune ge'ne'ralité, en renvoyant pour chacune aux divers articles qui en traitent spécialement. Fr.
- LENTILLE ( Agriculture). Cette plante légumineuse (ervum lens) est d’une consommation considérable, et forme un assez fort objet de commerce ; elle craint le grand froid et la grande chaleur, et vient de préférence dans les climats tempérés et dans les sols légers et sablonneux. On les sème dès le mois de février ou de mars, dans une terre bien ameublie, le plus souvent en touffes dans des augets alignés , tantôt en plate-bande ou dans les champs, tantôt dans les vignes ou sur les ados des plants d’asperges.
- Quand le printemps est sec et chaud, les lentilles souffrent beaucoup et rendent à peine leur semence. Lors de leur maturité, il importe de ne pas tarder à les récolter, parce que l’élasticité des gousses dissémine les graines , et que les mulots, les pigeons, etc., en sont très avides. C’est vers la fin de juillet qu’on arrache les pieds ; on les laisse sécher,, en petites bottes, la tête en bas ; au bout de deux ou trois jours on les rentre au grenier ; on les bat ensuite au fléau, lorsqu’on le j uge à propos. Les tiges se donnent aux vaches, ou servent de litière et à chauffer le four.
- Cette plante exige d’abondans engrais , parce qu’elle épuise beaucoup le sol. On en cultive deux variétés ; les grandes.. viennent principalement du Puy, de Rambouillet et de Sois-sons. La petite lentille rouge passe pour être plus délicate. On sert les lentilles sur nos tables, où elles sont assez goûtées, surtout en purée. On peut les faire entrer dans la composition du pain ; on en forme de grands approvisionnemens pour les places de guerre, parce qu’elles se conservent très long-temps -sans perdre de leurs qualités nutritives , pourvu qu’on les passe au four ou à l’étuve , pour tuer les insectes qui les dévorent communément. Ce légume n’est pas difficile à digérer, et est fort nourrissant. Fr.
- LENTILLE {Arts mécaniques). Les Horlogers donnent ce nom à la pièce d’un pendule qui est suspendue à la verge ou * la grille, et dont les oscillations règlent le mouvement.
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- Cette dénomination dérive de la forme qu’on attribue à ce poids, qui est celle d’une grosse lentille, afin de mieux fendre l’air et d’en moins e'prouver la résistance. ( V. Pexdclï. )
- Fr.
- LENTILLE D’OPTIQUE ( Arts physiques). On donne le nom de lentilles à des verres ronds dont les deux surfaces ne sont pas planes ; on en distingue de deux sortes, les convexes et les concaves : les premiers ont une forme lenticulaire, d’où leur dénomination dérive. Les effets de ces verres doivent être bien étudiés avant d’entreprendre la description des Luxrrns, des Microscopes , et d’un grand nombre d’appareils d’Op-tique, parce que ces instrumens sont composés de plusieurs de ces verres, disposés entre eux d’après les règles qui résultent de la théorie que nous allons exposer. Pour faciliter l’intelligence de ces règles aux personnes qui ne sont pas exercées au calcul, nous rejetterons à la fin de l’article la partie algébrique de cette théorie.
- Sans nous arrêter à reproduire ici la doctrine de la Refeic-tiox y qui sera donnée à part, nous nous contenterons d’en citer les résultats.
- i°. Lorsqu’un rayon de lumière passe d’un corps transparent dans un autre , il se brise au passage, c’est-à-dire qu’au lieu de continuer sa route en ligne droite, il suit une autre direction ; il se réfracte en passant d’un milieu dans un autre, ainsi qu’on a coutume de le dire. La nouvelle route est plus voisine de la perpendiculaire , quand le second milieu est plus dense ; elle s’en écarte au contraire si ce milieu est plus rare. Ainsi, le rayon ab (PI. n des Arts physiques, fig. i), à son entrée dans le verre MN, ne suit pas la droite bc , prolongement de ab ; mais se rapprochant de la perpendiculaire ej. il suit une autre direction, telle que bd ; à sa sortie du verre, on a un effet inverse, et le rayon entrant dans un milieu moins dense, s’éloigne de la perpendiculaire en d, et suit la route ^ Ces deux routes ab., dg sont parallèles quand le verre est composé de deux surfaces parallèles, parce que les deux réfractions sont égales en sens contraires, et l’œil n’aperçoit d’autre
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- effet par l’Interposition de ce verre , que de voir une lumière moins vive.
- 2°. Les rayons qui entrent dans un milieu quelconque MN ( fig. 1 ) sont appelés incidens, et l’angle abe qui est formé avec la perpendiculaire ou normale eb au point d’entrée, est nommé angle d1 incidence ; l’angle de réfraction est celui dbf, que le rayon réfracté fait avec cette perpendiculaire. Le ravon dg qui sort est appelé émergent.
- 3". Lorsque l’angle d’incidence diminue, c’est-à-dire lorsque le rayon incident se rapproche dé la perpendiculaire , l’angle de réfraction diminue aussi. La loi de ces variations est exprimée par ce théorème : le sinus de l’angle d’incidence divisé par le sinus de l’angle de réfraction donne un quotient qui est constant, pour deux milieux donnés, quelle que soit l’incidence, mais ce quotient change avec les milieux. Par exemple , pour le verre, assez ordinairement le quotient dont il s’agit est 1 ; ; ainsi, dans quelque direction qu’un rayon vienne frapper une surface de verre , le sinus de l’angle d’incidence est une fois et demie le sinus de réfraction.
- 4°. Si le rayon traverse un prisme triangulaire dont la coupe est ABC (fig. 2), il se brise en entrant et en sortant, et suit la route abdg, s’approchant de la perpendiculaire à son entrée, et s’en éloignant à sa sortie ; le rayon émergent dg n’est plus parallèle à l’incident ab, et il faut, pour en trouver la direction , appliquer deux fois la règle précédente , savoir T à l’entrée du prisme et à sa sortie. On trouve que les rayons incidens divergent moins que les émergens, et que si les premiers sont parallèles, les émergens divergent et se rejettent vers la base du prisme , c’est-à-dire font de plus petits angles, avec la surface d’émergence que les incidens avec celle d’in--cidence.
- 5°. La lumière blanche qui entre dans le prisme,.en ressort colorée , et l’on voit se peindre au-dehors une image oblongue ornée des couleurs de l’arc-en-ciel. Si l’on introduit dans une chambre obscure un faisceau de lumière solaire par une ouverture très petite pratiquée au volet, et si l’on reçoit
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- LENTILLE D’OPTIQUE, ces rayons sur un prisme de verre ABC ( fig. 3 ), en recevant l’image sut un e'cran , on trouve que cette image , qu’on appelle spectre solaire, est allonge'e dans le sens perpendiculaire aux arêtes parallèles du prisme , et présente des bandes colorées depuis la partie extrême correspondante à l’angle réfringent C, vers laquelle brille le rouge, jusqu’à l’opposée qui est teinte en violet : dans l’intervalle sont une infinité de teintes, parmi lesquelles on distingue surtout les suivantes, à partir de la plus réfrangible, violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé, rouge. On conçoit donc pourquoi les corps qu’on regarde à travers un prisme paraissent déplacés et nuancés de couleurs.
- D’après cela, il est facile de prévoir ce qui arrive quand la lumière traverse une lentille de verre. Prenons d’abord pour exemple celle qui est concave ( fig. 4 ) > c’est-à-dire plus mince au centre que vers les bords. Les rayons émergens seront beaucoup plus divergens que les incidens , car une petite portion mnpq de ce verre peut être considérée comme plane sur les deux faces, et faisant partie d’un prisme triangulaire : ainsi?les rayons ab,a'b' doivent, en sortant, se rejeter du côté mn de la base , et par conséquent l’ensemble des rayons incidens s’écartera à la sortie et s’épanouira en se rapprochant du contour où le verre est plus épais. Les lentilles concaves sont, pour cette raison , appelées divergentes.
- Au contraire, si la lentille est convexe (fig. 5), ou plus épaisse au centre que vers les bords, la même explication prouve que les rayons deviennent eonvergens , parce que les petites portions de prisme dont on peut imaginer que le verre est composé , ont leurs bases vers le centre du verre, et que les rayons émergens doivent se rapprocher de Vaxe K. On nomme axe d’une lentille la droite qui passe par le centre du cercle limitant le verre et perpendiculaire au plan de ce cercle. Les lentilles convexes sont donc convergentes. Il faut toujours que l’axe de la lentille, ou la droite qui joint te centres des sphères sur lesquelles les verres sont moulés, soit perpendiculaire aux plans des contours extérieurs : on
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- alors que la lentille est bien centrée ; l’e'paisseur du verre sur les bords est alors la même tout autour. Si la lentille est convergente , ce bord forme un cercle tranchant.
- On conçoit maintenant pourquoi les lentilles aident la rue lorsqu’on les choisit de figure convenable. L’œil est conformé de manière que les rayons e'mane's des objets extérieurs entrent par la pupille et se brisent en traversant le cristallin et les humeurs internes, comme ils feraient dans leur passage par des lentilles. Ces rayons vont porter l’image des corps sur une membrane nerveuse très sensible, nommée rétine, qui tapisse le fond de l’œil, et cette membrane nous communique la sensation qui constitue la vue. Pour que l’objet soit nettement senti, il faut que les rayons incidens se réunissent sur la rétine. Les personnes dont la vue est défectueuse peuvent avoir l’œil conformé de deux manières : ou les rayons se réunissent un peu en arrière de la rétine , et il convient d’en accroître la convergence pour que l’objet se peigne sur la rétine même ; dans le cas où les rayons se réunissent en avant de la rétine , il faut au contraire augmenter la divergence. Les premières vues sont dites presbytes ; elles aperçoivent très bien les objets éloignés, mais ne peuvent lire de près un écrit, ni voir nettement les caractères fins ou les coips rapprochés : des verres convexes leur sont nécessaires. Au contraire , les vues basses ou myopes ne distinguent nettement que ces derniers objets ; pour voir distinctement ceux qui sont éloignés et envoient des rayons à peu près parallèles , il leur faut des verres concaves qui accroissent la divergence plus que ne le fait la puissance naturelle de leur organe. Les vieillards sont presque tous dans le premier cas, parce que leurs yeux sont plus aplatis , et ont les humeurs plus denses ; les jeunes gens sont souvent myopes , et ont les yeux bombés et saillans ; ceux-ci, avec le cours des années, deviennent enfin presbytes pour la plupart. Au reste , la théorie des foyers rendra bientôt cette explication lucide.
- Quant au degré de concavité ou de convexité des verres dont chaque personne doit faire usage, cela dépend de la nature
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- LENTILLE D’OPTIQUE, de la vue , et même on est souvent obligé d’en changer avec l’âge, comme nous l’avons dit, parce que les facultés visuelles varient. On donne le nom de conserves aux verres presque plans, qu’ils soient concaves ou convexes, parce qu’on les a réputés propres à conserver la vue, plus qu’à en accroître la force ; mais c’est une erreur qu’il faut combattre : toute espèce de verre fatigue la vue, plus ou moins. Les conserves ne conviennent qu’aux yeux à fort peu près bien conformés, et l’on doit exhorter les personnes qui sont pourvues de ces sortes de vues à repousser l’usage des verres, si ce n’est dans des cas accidentels, comme lorsqu’on veut lire de la musique d’un lieu trop près ou trop loin dans un orchestre, ou pour jouir de la représentation d’un spectacle, ou toute autre circonstance semblable ; car l’usage des lentilles, même des conserves, rend l’œil paresseux , en soulageant la puissance de contraction propre à cet organe , laquelle déforme un peu l’œil et presse légèrement la rétine, pour lui donner la place qui convient à la vision nette.
- Les personnes très myopes ont besoin de verres très concaves ; les vues très presbytes veulent des lentilles très convexes. On mesure le degré de courbure des verres par le nombre de pouces du rayon de la sphère sur laquelle on les travaille. Ainsi, un verre du n° 8 est une portion de sphère concave ou convexe, dont le rayon est de 8 pouces. Il existe des vues tellement basses, qu’il leur faut des verre du n° i concave , et même moins encore. Il y a des vues presbytes qui se servent du n° i convexe, et au-dessous. Nous traiterons, au mot Lcxette , de l’art de disposer les lentilles pour aider la vue , et au mot Microscope de la composition des instrumens propres à grossir les objets. Nous ne dirons rien ici de la manière de travailler les lentilles, nous réservant de traiter ce sujet à l’article des Verres d’Optique.
- Lorsqu’on présente une lentille convexe AB ( fig. 5 ) aux rayons du soleil, de manière que l’axe CD tende vers cet astre, tous les rayons parallèles se réfractent et viennent se porter sur un point F de l’axe CD ; ce point F est ce qu’on nomme le
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- foyer principal de la lentille : ce nom lui vient de ce que la réunion des rayons produit en F une chaleur assez forte, quand la surface de la lentille est un peu étendue , pour embraser les substances sèches et faciles à enflammer ; au-delà du foyer, les rayons se sont croise's et continuent leur route en divergeant. Si la lentille est concave (fig. 4), le foyer est un point rationnel où iraient converger les rayons émergens si on les prolongeait à travers l’épaisseur du verre et au-delà. Ce foyer, appelé virtuel ou imaginaire, parce qu’il n’a pas une existence physique comme celui des verres convexes , est analogue à celui des Miroirs réfléchissans, parce que la surface postérieure du verre, considérée comme agissant par réflexion sur les rayons incidens ab, a'b'..., a aussi son foyer propre.
- Le foyer de concentration des rayons n’est pas un point unique, comme on pourrait le croire d’après ce qui précède ; c’est une petite surface circulaire, parce que tous les rayons incidens ne se croisent pas en un même point de l’axe , mais les uns un peu en-deçà, les autres un peu au-delà du point F. On trouve ordinairement le foyer par expérience en exposant la lentille aux rayons solaires, et la dirigeant de manière que son axe tende vers l’astre, c’est-à-dire que le plan du cercle limitant la lentille soit perpendiculaire à ses rayons. En exposant un écran parallèle à ce plan, si la lentille est convexe, on voit l’image du soleil se peindre selon un cercle sur l’écran ; et si l’on approche ou éloigne l’écran du verre , sans que le parallélisme soit détruit, ce cercle variant de grandeur, on trouve un point où ce cercle est réduit à être le plus petit et le plus éclatant possible : l’écran est alors au foyer, occupé par le petit cercle lumineux. On mesure aisément la distance du foyer au verre.
- Pour que tous les rayons émergens allassent se croiser en un même point F, il faudrait que la lentille, au lieu d’être formée de surfaces sphériques , eût reçu une autre disposition qui aurait dépendu de la nature même du verre , d’après la valeur du coefficient de la réfraction. L’impossibilité-de façonner le verre sous cette forme, et la facilité que la
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- surface sphérique offre au travail, fait toujours préférer cette dernière, quoiqu’il eu résulte une surface pour foyer. On donne à cette imperfection le nom à’aberration de sphéricité-on y remédie, lorsqu’il est nécessaire, en ne donnant aux lentilles qu’une très petite surface comparée à celle de la sphère entière dont elles font partie, ou du moins en plaçant des diaphragmes opaques qui arrêtent les rayons trop éloignés de l’axe ; car cette surface sphérique étant osculatrice à celle qu’on devrait prendre pour que le foyer fût un point, l’une peut être substituée à l’autre dans une petite étendue.
- Si la lentille est divergente, on en peut aussi trouver le foyer F (fig. 4) par expérience; on couvrira l’une des surfaces du verre par une feuille qui ne laisse passer la lumière incidente du soleil que par deux petits trous i et k, et l’on éloignera un écran jusqu’à ce que les deux traits de lumière passant en i et en À- , se portent sur les extrémités IK d’une droite de longueur double de la ligne ik ; alors la similitude des triangles FKI, Fki, donne FC double de Fo, ou de oC. Ainsi, en mesurant la distance oC, on aura la distance focale Fu.
- Jusqu’ici nous avons supposé le corps lumineux situé à l’infini, ou du moins à mie si grande distance par rapport à l’étendue de la lentille , que les rayons incidens pouvaient être considérés comme parallèles : mais si cet objet se rapproche d’une lentille convexe, les rayons dirigés sur chacun des points de la surface de ce verre seront divergens et formeront un pinceau que la réfraction fera converger de l’autre côté de la lentille, en un foyer qui ne sera plus le même point que précédemment. En rapprochant le corps lumineux, le foyer s’éloigne de plus en plus ; et si ce corps est placé au foyer principal F (fig. 5) , les rayons émergens deviennent tous parallèles, précisément comme cela arrivait aux incidens quand le corps lumineux était à l’infini et le foyer en F.
- Ainsi le corps lumineux se rapprochant de plus en plus du foyer principal F (fig. 6), les rayons émergens convergent toujours, mais en un point ou foyer qui s’éloigne sans cesse.
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- Ce point est à l’infini quand le corps lumineux occupe le foyer F ; et si l’on continue d’approcher ce corps de la lentille, les rayons émergens divergent; ils n’ont plus de foyer, si ce n’est un foyer virtuel, situe' de l’autre côte' de la lentille. Voilà pourquoi l’œil D aperçoit nettement par réfraction un objet C placé un peu au-delà du foyer principal F, et le voit agrandi, parce que les rayons émergens divergent plus que ne font les incidens , et la pupille mn recevant ces rayons dans des directions pins écartées , on voit l’objet sous un plus grand angle. ( V. les articles Loupe et Microscope , où nous avons donné à ce sujet les développemens qu’il comporte.)
- On fabrique encore des verres convexes ou concaves d’un côté et plans de l’autre ( fig. 7 ) ; deux verres pareils appliqués l’un contre l’autre forment une lentille convergente ou divergente. La théorie de ces verres rentre donc dans ce qu’on vient de dire. M. Wollaston a imaginé de disposer un diaphragme percé au centre, entre les deux plans de ces verres plan-convexes, afin d’arrêter les rayons trop écartés de l’axe, et de remédier à l’aberration de sphéricité. Le foyer de ces loupes, appelées périscopiques , offre à la vision plus de netteté, en faisant concourir plus de rayons à former l’image. II fait aussi des lentilles ménisques, c’est-à-dire formées de deux surfaces, l’une convexe, l’autre concave, de rayons inégaux (fig. 8), qu’il appelle encore périscopiques, parce qu’elles sont propres à faire voir nettement les objets situés très obliquement. On prendra pour les vues presbytes , au lieu des lentilles biconvexes, des verres dont la partie antérieure a «ne courbure plus forte ou d’un moindre rayon que celle qui est concave , tel que A ; pour les myopes on préférera les verres dont, au contraire, la surface convexe et antérieure est d’un plus grand rayon, ou est moins courbe que celle qui est près de l’œil, tel que B. Il sera facile de voir , en répétant les raisonnemens précédens , que les premiers verres A sont convergens, et les seconds B sont divergeas ; on peut donc les substituer aux lentilles biconvexes ou biconcaves. Comme les rayons qui émanent des corps arrivent obliquement au
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- verre, il est clair que tous ces rayons entrent dans les verres pe'riscopiques sous des incidences à peu près perpendiculaires ce qui en rend l’usage préférable.
- 11 nous reste maintenant à examiner l’influence des verres lenticulaires sur les couleurs des corps. Non-seulement la lumière s’affaiblit en traversant le verre qui en absorbe une partie, mais elle s’y décompose , comme dans le prisme fig. 3. En effet, nous avons vu qu’on pouvait assimiler une lentille à une multitude de prismes : chacun produit son spectre solaire formé de sept couleurs principales ; mais au foyer tous ces spectres coïncident et reforment la lumière blanche, sauf celle qui borde l’image. Voici comment Haüy explique cet effet : « Les rayons , que , pour plus de simplicité , nous supposerons parallèles à l’axe optique du verre, après avoir repassé dans l’air, vont former le long de l’axe une série de foyers, parmi lesquels le plus voisin de la lentille est celui des rayons violets , qui sont le plus réfrangibles , et le plus éloigné, celui des rayons rouges, qui ont la plus petite réfrangibilité ; les autres foyers sont situés entre les deux précédens, suivant leur ordre de réfrangibilité. Chaque faisceau incident sous une direction quelconque produit le même effet. Les rayons diversement colorés, qui forment les pinceaux envoyés par les différens points de l’objet, étant dégagés les uns des autres au sortir du verre lenticulaire , font naître derrière ce verre une image altérée par la diffusion des foyers, et cette image nous est transmise par l’œil avec ses imperfections. Les couleurs produites par la lumière décomposée s’effacent vers le milieu de l’image , où les rayons recomposent le blanc par leur mélange ; mais elles deviennent sensibles en approchant des bords, et y font apercevoir ces franges irisées qui défigurent les images et les empêchent d’être nettement terminées. Ce défaut a été appelé aberration de réfrangibilité. »
- Dans l’usage des lentilles simples , cet inconvénient est peu marqué, parce que les corps qu’on observe donnent peu de lumière , ou du moins ont des foyers très voisins du verre et
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- presque sans étendue : mais dans les lentilles des lunettes et des microscopes composés, où le foyer est très éloigné , il importe de détruire cet effet, qui trouble les images et les rend diffuses et méconnaissables. C’est ce qu’on réussit à faire par les verres achromatiques, ou de densités diverses et convenablement combinées , dont nous exposerons la théorie à l’article Lu.vettes. Non-seulement on doit y arrêter, par des diaphragmes percés au centre , les rayons incidens qui s’écartent de l’axe , et ceux qui ont une route égarée par diffusion ou diffraction, afin d’éviter l’aberration de sphéricité ; mais il faut détruire sa coloration, surtout quand les objets qu'on veut voir reçoivent une clarté vive.
- Yoici la théorie mathématique des foyers.
- Soit C le centre d’un arc de cercle réfringent AB ( fig. g ), limitant la surface d’un verre convexe DABE ; S un point lumineux situé sur l’axe SC ; CI la perpendiculaire à un rayon incident SI. Ce rayon, en pénétrant dans le milieu ABED , ne continuera pas sa route SIO, mais il suivra la ligne IF, plus rapprochée de la perpendiculaire IC, et viendra couper en F l’axe SCF ; F est le foyer dont on veut calculer la position. L’angle i d’incidence est CIO = SIL ; l’angle r de réfraction
- est CIF, et il suit de la loi connue que le quotient est
- sin r
- une quantité constante n, pour tous les rayons émanés de S sous tous les degrés d’incidçnce. Comme nous ne considérerons que les rayons qui s’écartent peu de l’axe , l’étendue du verre où nous voulons analyser le phénomène est très petite, et l’on peut substituer les arcs i et r à leurs sinus , savoir i
- - — n, 1 = nr. r
- Cela posé, les angles OIC et C , extérieurs aux triangles SIC, CIF, donnent f := S + C , C = r 4- F ; multipliant cette 2‘ équation par n, remplaçant nr par z = S -f C , on trouve
- rcC = S -f- C -f- nF, ou (’n — 1) C = S -j- nF.
- ^ais les angles C,S,F sont forts petits , et peuvent être rem-
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- LENTILLE D’OPTIQUE.
- IR KC’
- , . . . _ IR „ IK
- places par leurs tangentes, savoir 0 = ^, S = gg,
- En substituant et supprimant le facteur commun IR, il vient
- % — i i n n
- KC~ “SK^KF’ °U ~
- — i i i n , .
- ~-D + ï--' (1})
- attendu que SK peut être pris pour SH = D = distance de l’objet S à la surface du verre ; KF pour HF = x = distance focale cherche'e ; KC pour CH = a = rayon de l’arc réfringent AB.
- L’équation (i) détermine la distance focale x, quand on connaît la valeur de la constante n, qui pour le verre est à 3 3i
- peu près = -, ou plus exactement == — = i ,55. Il faut observer que si l’on trouve x négatif, cela annonce que le foyer est du même côté du verre que l’objet S : ainsi, pour que cette formule soit aussi applicable au cas où le foyer serait du même côté que le point radieux , comme , par exemple, si ce point était en F’ (fig. i o), et le foyer en F, il faudrait changer le signe de x. La même équation convient encore aux verres concaves , mais il faut y changer la situation des points C et F (fig. g), c’est-à-dire changer les signes de aetx.
- Lorsque l’objet S est situé à l’infini, d’où il envoie ses rayons parallèles à l’axe SF, on fait D= oo , et l’équation se réduit à
- n — i n na
- -----= -, d ou x =-------------:
- a x n— i
- on a donc à fort peu prèsx = 3a, pour le verre, ou la distance focale triple du rayon de l’arc réfringent.
- Tout cela suppose que les rayons n’éprouvent qu’une seule réfraction , et restent dans le verre dans l’étendue IF q® existe jusqu’au foyer. Admettons maintenant que ce rayon sorte du verre par une autre surface AMB (fig. io), formée d’un arc de cercle de rayon d. Le foyer du point S ne se»
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- plus en F, parce que le rayon SIN s’infléchira de nouveau à la sortie N Au verre, et s’écartant de la normale en N , suivra la route NF', et croisera l’axe au foyer F' qu’il s’agit de
- déterminer.
- Si l’on plaçait un point radieux en F', le rayon incident FN devrait visiblement se briser deux fois et suivre précisément la route F'NIS, en sorte que réciproquement le point F' a S pour foyer. Cette réciprocité du fojer et du point radieux est évidente, et a lieu dans tous les cas , parce que cette route de la lumière est la conséquence même de la loi des réfractions, par laquelle le rapport des sinus des angles d’incidence et de réfraction est constant. C’est la raison pour laquelle , lorsque le point radieux est placé au foyer principal F ( fig. 5 ), les ravons sortent parallèles.
- Ainsi un point radieux F' aurait son foyer en F, si l’on n’a égard qu’à la première surface AMB, et si l’on arrête le rayon avant sa sortie en I. Dès lors l’équation (1) doit s’appliquer ici à la détermination des points F, ce qui donne
- 1
- X
- .... (2).
- Nous avons changé a en d parce que l’arc AMB n’a plus le ravo ti a, mais*/ ; la distance de l’objet F au verre esta:' au lieu de D ; enfin, x reste le même, mais prend un signe contraire, ainsi qu’on l’a établi ci-dessus, parce que le foyer F est du même côté que le centre d’émanation F .
- Eu ajoutant les équations (1) et (2), leur dernier terme -disparaît, et il reste
- n — 1 ! n — 1 ____
- a ‘ d D x"
- Cette équation est propre à faire connaître la distance x du loyer F' de l’objet S , à la surface du verre lenticulaire , distance qu’011 regarde comme égale à celle Mu foyer au centre du cercle formé par le plan AB qui sépare les deux segmens de Tovir XIT. 14
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- LENTILLE D’OPTIQUE.
- sphère. On a
- i) {a + d) ad
- — (n
- Nous sommes partis de la supposition que la lentille présente au-dehors deux convexite's ; on raisonnerait de même pour le cas des lentilles périscopiques A et B (fig. 8) ; alors les arcs qui limitent les deux surfaces extérieures tournent leurs concavités du côté du point rayonnant S (fig. i zf ), côté où se trouvent situés à la fois le point, les centres des deux arcs, et le foyer F. ( V. fig. i/p ) On a dans ce cas l’e'quation
- Cette formule embrasse tous les cas des verres lenticulaires, en changeant de signes les quantite's a,a', lorsque les centre: tombent de côtés opposés au point radieux S ; x' est positif ou négatif, selon que le foyer F qu’on cherche tombe du même côté que ce point ou du côté opposé.
- Ainsi lorsque la lentille présente au-dehors deux concavités , la dernière fraction change de signe , et l’on a
- Poyr retrouver l’équation (3), il faudra changer dans (<f) le signe de a et celui de x .
- Si l’une des faces est plane , on fait a ou a infini, et Ira retombe sur l’équation (i), qui convient également au casou le rayon n’éprouve qu’une seule réfraction et reste dans l’intérieur du verre.
- Quand le point radieux S est à l’infini, et envoie ses rayons parallèlement à l’axe , le foyer principal d’une lentille convergente se trouve en faisant D infini dans l’équation (3),
- qui donne
- x
- aa'
- (* — i) (a + d)
- . (6)
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- LENTILLE D’OPTIQUE. 211
- Connue la distance x du foyer principal est toujours facile à trouver par expérience, on a pour tout autre point radieux S, la distance focale x par la condition
- 1 1 ___ 1
- 7 + D — i’
- Tix
- D
- :••• (7)
- Enfin, lorsque les rayons a et d des arcs opposés sont
- égaux, on trouve pour le foyer principal x =r - a—Cette
- relation sert à trouver le rayon a de ces sortes de lentilles convergentes, lorsqu’on connaît la distance x du foyer principal ; car on a a = 2 (n — i)x.
- Nous avons dit que, pour le verre, n est à fort peu près
- = -, d’où x — a. Au reste, cette théorie fournit un ex-2
- cellent moyen de déterminer n, puisqu’on peut connaître directement x et a. Ainsi, lorsqu’on voudra façonner une substance vitrée en lentille convergente, et obtenir une distance focale déterminée, c’est-à-dire trouver a, connaissant .r , il faudra fabriquer une lentille avec un fragment de ce verre, et la soumettre aux épreuves expérimentales , d’où l’on peut conclure la valeur de x ; l’équation a—i(n — i)x, donnera n poux l’espèce de verre proposé. Plusieurs expériences donneront des valeurs de » à fort peu près égales , parmi lesquelles on choisira la moyenne. Une fois n trouvé , l’équation (4) ou (5) est directement propre à faire connaître x et x', ou la distance focale de toute lentille faite avec ce verre.
- Il suit de l’équation x :
- que plus le rayon des
- 2 (n — 1)’
- arcs convexes est petit, plus le foyer des rayons incidens parallèles est proche de la lentille. Voilà pourquoi les verres lenticulaires qu’on destine aux forts grossissemens sont très petits, très bombés , et que les objets qu’on veut examiner doivent être placés fort près du verre. (V- Loupe. ) Au con-tta*re, les verres très peu convexes, qu’on destine aux ob-
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- LENTILLE D’OPTIQUE, jectifs des Lüxettjes, ont leur foyer principal très éloigné de leur surface, et grossissent très peu.
- Examinons enfin le cas où l’objet n’est pas situé sur l’axe.
- Soient k et b (fig. 11 ) les centres des arcs AgB, AfB; soient menées deux droites parallèles quelconques kc} bd et la droite de. Parmi les rayons incidens au point d, prenons celui nd qui jouit de la propriété de s’infléchir dans le verre selon la ligne de ; arrivé en c, point où l’élément d’arc est parallèle à l’élément d, parce que ces arcs sont perpendiculaires aux rayons parallèles kc,bd, il est clair que le rayon émergent cm sera parallèle à nd ; et comme tous autres rayons parallèles kc, bd donneraient la même conséquence, il est clair que le point i de l’axe jouit de la propriété que tout rayon réfracté nd qui y passe, en ressort parallèle, et à cause delà petitesse de la lentille, ces rayons n’éprouvent pas de déviation sensible. Ce point i est ce qu’on nomme centre optique de la lentille.
- Ainsi, dans toute lentille il existe un centre optique i, point qui est tel, que tous les rayons lumineux qui y passent se conservent dans la même direction à l’entrée et à la sortie du verre. Il s’agit de calculer la position de ce centre optique/. Les triangles semblables kci,bid donnent
- kc Ou kg : ki U bd ou bf : bi, savoir
- kg—ki : kg :: bf— bi : bf, ou îg : kg :: if : bf
- Ainsi le point i coupe l’axe fg de la lentille en deux parties réciproques aux rayons des surfaces. Quand ces rayons sont égaux, ce qui arrive le plus ordinairement, le point i est au milieu de l’épaisseur Jg , où est le centre de figure.
- Cela posé, soit S un point radieux situé hors de l’axe H1 (fig. 12) ; menons la droite Si au centre optique i, et prolou-geons-la indéfiniment vers H. C’est sur cette droite que*1 situé le foyer H du point S, puisque le rayon S/F passant en i ne doit éprouver aucune déviation ; mais d’un autre cote Je rayon SI parallèle à l’axe kb se réfléchit selon loF et pas* en F, foyer des rayons parallèles, dont la position est connue.
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- LENTILLE D’OPTIQUE. 2i3
- la ligne oF prolongée est donc le rayon S/ réfléchi, et passe aussi au foyer cherché H. Ainsi, on peut aisément trouver H par cette construction ; on tirera du point radieux S au centre optique fia droite indéfinie SiH, puis la parallèle SI à l’axe kb de la lentille , et enfin la droite indéfinie ZoFH au foyer principal F ; le point H de concours de ces droites est le foyer de S. Mais préférons l’usage du calcul pour cette détermination.
- Les parallèles S/,z'F, qui coupent l’angle H , donnent la proportion SH fH Slo : l'F; nous regardons la longueur S/o comme égale à ce qu’elle serait si elle n’était pas brisée en l, et en outre nous la supposons = St = la distance D de l’objet au verre ; ces altérations n’ont aucune influence sensible sur l’exactitude des résultats. Ainsi , en faisant la distance focale cherchée tH = r, et la distance iF = x ci-devant trouvée, on a la proportion D -f-jr ", jr :: D : x\ savoir x'(D -j-jj — Djr ; donc
- t i ______ t T)x'
- ÿ + 1b~~x', 1 ~ Dzrj?-
- Cette équation est précisément la même qu’on a trouvée (7) pour le cas où le point radieux est sur l’axe.
- Il est bien facile , d’après cela, de trouver la position et la grandeur de l’image d’un objet SS' (fîg. i3 ) présenté à une lentille AB. Des extrémités S et S' on tirera des droites au centre optique i, et on les prolongera en H et H' à la distance focale jr donnée par l’équation précédente. L’image HH' sera vue renversée, ainsi qu’il résulte du croisement des rayons en i; chacun des points de l’objet SS' aura son foyer particulier, et ces images seront distribuées le long de HH'. Ainsi, le problème sera résolu.
- Sila ligne SS' est perpendiculaire à l’axe kbet a son milieu k SW cet axe, l’image HH' présentera la même disposition , et
- la proportion ki : kS ib ; bFl — fera connaître.lagran-,
- deur de l’image de l’objet A. Dans toute autre disposition , il faudra calculer séparément chacune des parties &H,ÆH'.
- Pour montrer sur un exemple l’application de ces formules,
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- 2 4 LESSIVE.
- prenons a = à = 65 centimètres pour les rayons des deux arcs d’un verre convexe, et plaçons l’objet F (fig. io) à la dis-
- 3
- tance D= 125 centimètres. Le coefficient n est ici - 0B
- 2 ’
- trouve x = i35,4 pour la distance focale MF'. Supposons que la grandeur SS' de l’objet ( fig. i3 ) soit 7,5 centimètres; inul-, , , ^ i354
- tiphant par le rapport de a: a D, ou par ^ = i, 08, oa
- trouve 8, i centimètres pour la grandeur apparente. Approchons l’objet de la lentille à la distance a — 25 centimètres, nous aurons x' ~—^oc,6, et la grandeur apparente sera ainsi, l’image sera du même côté que l’objet, à la distance 4o,6centimètres , et sa grandeur 12,2. Fr.
- LEROT ( Agriculture ). Petit quadrupède rongeur, qu’on confond avec le loir, et qui ravage les espaliers de nos jardins : il est gris en dessus, blanchâtre en dessous , avec use bande noire à l’œil. On s’en délivre avec des pièges, des sour-ricières , des boulettes empoisonnées, etc. Il attaque les noir, les noisettes , les pêches, et en général tous les fruits dès qu’ils commencent à mûrir. On reconnaît le lieu de sa retraite à la fétidité qu’il exhale et à ses excrémens. Fr.
- LESSIVE {Ans chimiques). Lorsque, dans les Arts , m traite par l’eau des substances le plus ordinairement calcinées, dans l’intention d’en séparer les parties solubles dans ce liquide , de celles qui ne le sont pas , on donne le nom de lessive à l’eau dont on s’est servi pour cet usage ; de là les dénominations suivantes usitées dans les Arts : lessive de cendres de bois, pour le blanchissage; lessive de soude brute-pour la préparation du sel de soude du commerce ; lessive & matériaux salpêtres, pour la fabrication du nitre ou salpêtre: lessive caustique, ou lessive des savonniers, pour la fabrication du savon; lessive de tan, pour la fabrication du cuir; lessi# prussique, ou de sang, pour la fabrication du bleu de P>UJÎf Aujourd’hui, dans les laboratoires , l’eau qui a servi à bretelle ou telle substance porte simplement le nom à’eau 6 lavage.
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- LESSIVE. ai5
- Lessive de cendres. Dans l’origine , on entendait exclusivement par le mot lessive, en e'conomie domestique , l’eau qui avait digéré sur la cendre de bois , qui lui avait enlevé la potasse , et qu’on employait pour nettoyer le linge, le purger de toute matière qui le salit, et principalement des matières grasses, qui se trouvent saponifiées et rendues solubles par l’action de l’alcali contenu dans la lessive. ( On peut voir, au mot Blanchissage , les détails de cette opération ) Depuis l’heureuse application faite par Berthollet du chlore au blanchiment , on emploie alternativement la lessive de cendres ou de soude, et les dissolutions de chlore ou de chlorure de chaux. L’alcali, en divisant les matières qui salissent ou colorent les tissus , facilite l’action du chlore. On a long-temps employé la lessive de cendres pour la saturation des eaux sal-pêtrées.
- Lessive de soude. La soude brute, ou pierre de soude du commerce , est légèrement humectée avec de l’eau et abandonnée au contact de Pair ; par ce moyen , elle se divise et absorbe tout l’acide carbonique, pour passer à l’état de sous-carbonate. On la dissout dans la moindre quantité d’eau possible , on l’évapore à une douce chaleur, et l’on enlève les cristaux à mesure qu’ils se présentent, en raison de la concentration. C’est ainsi qu’on obtient le sel de soude, si utile dans les Arts, et notamment pour la fabrication des glaces , des verres, etc. On emploie , pour extraire la soude artificielle retirée du sulfate de soude , un autre mode de lessivage, dont il sera parlé plus bas avec quelques détails.
- Lessive caustique, ou des savonniers. Il est des cas où la lessive de soude ne peut être employée qu’à l’état caustique, c est-à-dire dépouillée par la chaux de tout son acide carbonique. C’est dans cet état seulement qu’elle est propre à la fabrication du savon, et qu’elle peut agir efficacement sur les. huiles et sur les graisses. Pour préparer en grand la lessive fies savonniers , on s’y prend de la manière suivante : on met fians des encaissemens en maçonnerie ou en briques , de 2 Il;eds carrés et d’un pied de profondeur, une quantité de
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- 216 LESSIVE.
- chaux vive égale à la moitié , au quart ou au cinquième de h soude, selon la qualité de la chaux ; quand elle est effleurie elle est moins bonne , et il en faut davantage ; on l’arrose arec un peu d’eau, jusqu’à ce qu’elle soit tombée en poussière-alors on y mêle avec soin , à l’aide d’une pelle, de la soude de bonne qualité, contenant de 3o à 36 pour i oo de sous-carbonate de soude sec , concasse'e en petits morceaux. le mélange fait, on le porte dans des baquets de bois blanc ou de pierre , au fond desquels on place quelques tuileaux pour faciliter l’écoulement de la lessive ; ces briquets sont percés à leur partie inférieure de deux trous bouchés avec des chevilles de bois. On verse sur le mélange assez d’eau pour l’imbiber et même pour le recouvrir d’un pied et demi. Après un séjour de douze heures , on laisse écouler la lessive , qui marque de i5 à 20 degrés à l’aréomètre; c’est la première et lapins forte lessive : une seconde lessive marquant de io à 12 degrés , puis une troisième de 4 à 6 degrés seulement, sont obtenues par des nouvelles quantités d’eau successivement ajoutées, et qu’on laisse séjourner assez de temps sur le même mélange. On peut épuiser entièrement de soude le mélange, par un quatrième et un cinquième lavage. Les lessives très faibles qu’on se procure ainsi servent à lessiver les soudes neuves. Les diverses lessives sont reçues dans des réservoirs placés au-dessous des cuviers. Lorsqu’il s’agit d’employer les lessives , le maître ouvrier est chargé d’en déterminer le degré à l’aide d’un pèse-liqueur. C’est la plus faible dont on fait d’abord usage , pour agir sur l’huile , avec laquelle elle forme une espèce d’émulsion à l’aide d’une chaleur douce et me" nagée avec soin. Lorsque le mélange de la soude et de l’huile est bien empâté, on ajoute successivement les autres lessives, qui amènent l’huile à l’état de savon. La lessive au-dessus de laquelle vient nager le savon fait n’est plus propre à b saponification ; elle ne contient plus que les sels qui accompagnaient la soude, et une très petite quantité de soui caustique.
- Lessive des matériaux salpêtres. On a pour but, dans ce
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- LESSIVE. 217
- lessivage, de se'parer d’une grande quantité de matières étrangères les nitrates de potasse, de chaux et de magnésie. Ces sels étant très solubles, il n’est besoin que d’eau froide et en quantité peu considérable pour les obtenir. Le lavage s’opérait autrefois dans des baquets posés sur des chantiers ; dans les ateliers ordinaires, le nombre de ces baquets était de trente-six, divisés en trois bandes ou files, composées chacune de douze, et formant ce qu’on appelait trois bandes; au-dessous de chaque bande était un demi-canal destiné à recevoir les lessives et à les conduire dans un réservoir placé à l’extrémité de la bande ; au fond de chaque baquet était un trou bouché par une cheville de bois, et entouré de tuileaux et de paille pour favoriser l’écoulement de l’eau. On versait sur les baquets chargés de matériaux salpêtres réduits en poudre, une quantité d’eau égale à la moitié de leur poids, et qu’on y laissait séjourner pendant douze heures : au bout de ce temps, la lessive écoulée marquait 10 à 12 degrés au pèse-liqueur ; c’est le degré exigé pour l’évaporation. Tant que la lessive n’a pas ce degré, elle ne peut être évaporée avec avantage. Les lessives provenant de baquets déjà lavés deux et trois fois , sont les petites eaux ; on les rend riches en les jetant sur des terres neuves , ou qui n’ont subi qu’un lavage. Les plus faibles ne doivent marquer qu’un demi-degré au pèse-liqueur; tant que les terres donnent des eaux plus fortes, on doit continuer à les laver. Toutes les eaux qui marquent 12 degrés sont concentrées, puis saturées. La saturation est une opération par laquelle, à l’aide de la potasse, on convertit en nitrate de potasse les nitrates à base de chaux et de magnésie, qui sont bien plus abondans que lui dans les lessives du salpêtre. Cela fait, on décante le liquide et l’on évapore jusqu’à la cristallisation.
- Lessive du tan. On enlève à l’écorce de chêne , au moyen de l’eau, le tannin ou principe propre au tannage des peaux. On verse de l’eau sur le tan en poudre qu’on a introduit dans des baquets ou des carrés de bois très longs , très larges et peu profonds. L’eau, en contact avec le tan dans tous ses
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- points , lui enlève une grande partie de son tannin ; versée sur de nouveau tan, elle dissout une nouvelle quantité de ce principe, et en continuant de la même manière, l’eau peut s’en charger au point que le tan soit plus disposé à lui enlever une portion de ce principe qu’à lui en céder. On amène ainsi la lessive de tan à un état de concentration tel, que cédant à la peau convenablement préparée , c’est-à-dire lavée , échar-née, débourrée et gonflée , autant de tannin que celle-ci peut en absorber, quelques jours suffisent pour saturer de ce principe, et par conséquent pour tanner complètement la portion de peau extérieure immédiatement en contact avec cette lessive ; mais l’expérience a prouvé depuis que l’exposition de la peau à l’action d’une lessive très chargée de tannin est nuisible au tannage, et ne peut produire de bon cuir. Dans ce cas, la portion extérieure, saisie trop promptement par le tannin, se durcit au point de ne plus permettre que ce principe pénètre dans les; parties intérieures, et il en résulte que la surface extérieure de la peau seule est tannée , tandis que l’intérieur ne l’est point suffisamment. Pour obtenir un bon tannage par la voie humide, il faut n’employer d’abord que des dissolutions de tannin faibles , et ne plonger que successivement les peaux dans des lessives de plus en plus chargées de tannin. Par cette manipulation , le tannin pénètre peu à peu dans toutes les parties de la peau, et celle-ci alors se trouve tannée à l’intérieur aussi complètement qu’à l’extérieur.
- Lessiveprussique, ou lessive de sang. Anciennes dénominations données à l’eau dont on arrose le résidu de la calcination d’un mélange à parties égales de sang desséché et de potasse du commerce, propre à la fabrication du bleu de Prusse. Cette eau ou lessive est chargée d’un grand nombre de substances, dont la plus importante est le sous-hydrocyanate de potasse, que les fabricans de bleu savent convertir en hydrocyanate ferruré de peroxide de fer , par l’addition du sulfate de fer.
- Après avoir parlé des principales opérations des Arts qul exigent des lavages préliminaires réitérés , et dont le résultat
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- LESSIVE. 2,9
- porte le nom de lessives , nous croyons utile d’entrer dans quelques détails sur les divers procédés qu’on met en usage pour obtenir les lessives avec moins de temps et plus d’économie , et qu’on a soin d’approprier à la nature des objets à lessiver.
- On a vu plus haut que, pour le lessivage des matériaux salpêtres , on employait un grand nombre de, baquets rangés en plusieurs files, qu’il fallait successivement remplir de lessives faibles, jusqu’à ce qu’elles fussent arrivées au degré de concentration requis pour l’évaporation. Cette disposition exigeait un grand emplacement et beaucoup de main-d’œuvre. M. Riffault, ancien administrateur des poudres , est le premier qui, à l’époque de l’établissement de la poudrerie du Ripault, ait cherché à simplifier l’appareil du lessivage. Il a imaginé de remplacer les cuviers par deux caisses en bois de chêne, d’une capacité suffisante pour tenir lieu de soixante baquets. Ces caisses, de 4 mètres de long, d’un mètre de profondeur et de 2 mètres de largeur, se rétrécissant vers le fond en une ouverture de i5 centimètres, offraient la forme d’une trémie. On versait dans ces caisses remplies de matériaux pulvérisés, une quantité d’eau suffisante pour les baigner et les recouvrir d’un pied ; on la laissait séjourner du soir au lendemain , et l’on faisait couler la lessive dans un réservoir placé au-dessous et en avant de la caisse , d’où , à l’aide d’une pompe, on la transportait dans une seconde caisse semblable, pleine de matériaux neufs , où elle achevait de se saturer. On répétait l’opération jusqu’à ce que l’eau sortant des caisses ne marquât plus qu’un demi-degré au pèse-liqueur. A cette manipulation déjà améliorée, on a substitué plus récemment un appareil fort simple , qui n’exige ni machines, ni beaucoup de main-d’œuvre, ni un plus grand local, pour le transport des eaux ou lessives. Il consiste en quelques tonneaux posés de champ , très près les uns des autres , sur des chantiers , et ouverts par le haut. La matière à lessiver y est placée de manière à occuper le milieu de chaque tonneau, c’est-à-dire sur un double fond à claire-
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- 220
- LESSIVE.
- voie, fait de douves , recouvert de paille longue, dont on remplit aussi l’espace compris entre les deux fonds. Un tuvaa de plomb , destiné à conduire l’eau , règne le long des parois du haut en bas ; le bout supérieur du tuyau dépasse le bord mais seulement dans le premier tonneau, pour recevoir la tige d’un entonnoir, tandis que l’autre bout recourbé plonge dans l’entre-fond.
- L’extrémité supérieure des tuyaux des tonneaux suivans, et servant à établir communication entre eux , est courbée horizontalement et plus basse de quelques pouces que leurs bords supérieurs , attendu qu’elle est destinée à verser le trop-plein du tonneau précédent dans celui qui le suit. Les choses ainsi disposées, on verse dans le tuyau du premier tonneau surmonté d’un entonnoir , de l’eau qui vient occuper le fond de ce tonneau; celle-ci, en s’élevant, atteint bientôt la matière superposée, et agissant successivement de couche en couche et de bas en haut, elle se charge des substances les plus solubles. La lessive , parvenue jusqu’à la hauteur du tuyau de communication et au niveau de son ouverture, passe dans le tonneau suivant, dont elle vient d’abord occuper le fond, s’élève de nouveau, et baigne successivement les couches des matériaux neufs, par le contact desquels elle se charge de nouveaux sels, jusqu’à ce que, par le même mécanisme, elle arrive dans un troisième, et, s’il est besoin, dans un quatrième tonneau , où elle s’enrichit encore ; de là elle sort à l’état de lessive aussi chargée que possible, et d’autant plus propre à l’évaporation. On continue le lavage des mêmes matières jusqu’à ce que l’eau qui sort ne marque plus qu’un demi-degré ; alors on les renouvelle. Il est facile de concevoir combien cet appareil, par lequel la lessive se fait sans efforts, sans transport d’eau d’un vase à un autre, presque sans main-d’œuvre, et pour ainsi dire d’elle-même, réunit d’avantages. Ce procédé est applicable au lessivage des cendres, des matériaux salpêtres, du tan , et généralement de toutes les substances dont on se propose de ne dissoudre que les parties les plus solubles r et seulement au moyen de l’eau froide.
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- LESSIVE. a2I
- Souvent les particules des matières qui ont éprouvé une forte calcination , ont par cela même contracte' une adhérence que l’eau froide ne saurait détruire , si ce n’est au bout d’un temps considérable. Dans ce cas, on est forcé d’avoir recours à la chaleur. A l’eau chaude, d’abord mise en usage, on a imaginé de substituer l’eau en vapeurs ï on y parvient au moyen d’un procédé fort simple. On introduit la matière à lessiver dans de petites caisses de bois carrées, trouées à leur fond. Ces caisses sont placées les unes à côté des autres, et pressées de manière à ce qu’il ne reste aucun espace entre elles ; elles sont supportées par des barres de fer croisées qui traversent une cage creuse en maçonnerie, revêtue de lames de plomb à l’intérieur. Au moyen d’un tuyau de même métal qui plonge par une de ses extrémités, qui est recourbée, dans la partie inférieure de la cage , on y fait arriver continuellement de l’eau en vapeurs. On conçoit que la vapeur en contact avec la matière, la pénètre de toutes parts et lui enlève les parties solubles, d’autant plus promptement que sa température est plus élevée. Bientôt elle retombe condensée et chargée d’autant de substances qu’elle est susceptible d’en dissoudre. De nouvelles vapeurs entraînent de nouvelles substances, en se condensant à leur tour. Cette lessive concentrée coule à volonté par un conduit situé au bas de la cage, dans les réservoirs qui lui sont destinés, et elle est soumise ensuite à l’évaporation.
- Quelquefois, au lieu d’employer pour le lessivage des vases plus ou moins profonds, remplis de matières dont l’eau baigne et pénètre successivement les couches, soit de haut en bas, selon l’ancienne méthode , soit de bas en haut, comme on le pratique aujourd’hui, on se sert encore avec avantage de longues et larges caisses de tôle, qui n’ont que quelques pouces de profondeur. On place, sur le fond recouvert de paille longue et garni de draps assez grands pour qu’ils en dépassent les bords, les matières à laver ; celles-ci, étendues en couches minces, se trouvent en contact avec une couche légère d’eau qui les baigne et se charge aisément de leurs
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- LETTRE-DE-CHANGE, parties solubles. En multipliant ainsi les surfaces des deux corps, et par conséquent les points de contact entre eux, on accélère l’action de l’eau sur la portion soluble. La lessive faite s’e'coule par un robinet place' vers le fond et à l’un des bouts de la caisse. Ce procédé, qui paraît expéditif, peut porter le nom de lavage, ou de lessive par surface.
- Toutes les méthodes que nous venons de décrire sont plus ou moins propres au lessivage en général ; il ne s’agit que de choisir celle qui convient le mieux à la matière dont on veut se procurer la lessive. l*****r.
- LEST {Marine). On charge la cale des navires de pierres, de sable, de vieux canons brisés, de bombes, et d’autres matières pesantes, qu’on nomme lest, pour que l’équilibre du corps flottant soit stable ( F. Équilibre ), c’est-à-dire pour que le vaisseau ait son centre de gravité plus bas que celui du volume de fluide déplacé. L’action des vents sur les voiles ne permet plus alors au navire de se renverser. Nous avons expliqué, au mot Animer, les principes qu’on doit observer dans la manière de disposer le lest, et quel en est le poids total. On préfère maintenant se servir de saumons de fonte pour lester les navires, parce que ces masses sont plus faciles à embarquer et à arranger entre elles. La quantité de lest dépend de la grandeur du vaisseau, de la forme de sa carène, et de la disposition de la mâture et des voiles. Il y a des iati-mens auxquels le lest est la moitié de leur charge, d’autres le tiers, ou même le quart seulement. Lorsque les navires sont destinés à voguer dans des mers orageuses , tels que ceux des baleiniers, et même des pêcheurs, qui travaillent ordinairement par de gros temps, on a la précaution de fixer le lest, pour qu’il ne se déplace pas par le roulis; les voiles peuvent alors se pencher jusqu’à toucher la mer, sans qu on ait à craindre le renversement. Fr.
- LETTRE-DE-CHANGE {Commerce). Nous avons indique, au mot Billet , T. III, en quoi consiste l’acte sous seing prive appelé lettre-de-change. Dans cette sorte de contrat, trois personnes interviennent, savoir : le tireur, qui contracte 1
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- LETTRE-DE-VOITURE. aa3
- blipation de faire payer la valeur, celle qui est chargée de la paver, celle enfin au profit de qui elle est faite, et qui doit en recevoir le montant. Ces deux dernières ne contractent aucun engagement ; mais si celle qui doit acquitter la lettre-de-change a déclaré par écrit qu’elle Y accepte, cette acceptation la met dans l’obligation de payer à l’échéance, et le propriétaire du billet est en droit d’exercer toute action judiciaire contre lui et contrôle tireur, si ce billet n’est pas acquitté. Lorsque la lettve-de-change a été transférée, par des endos, à d’autres personnes, les individus intervenus dans le corps du billet, ainsi que tous les endosseurs , sont responsables envers le propriétaire du contrat, qui est le dernier à qui il a été passé en paiement. Comme la lettre-de-chanve est un acte par lequel on transporte la confiance et le crédit dont on jouit à une autre personne, elle est toujours censée être un acte commercial, passible de la contrainte par corps. ( P • Billet. )
- LETTRE-DE-CRÉDIT {Commerce). Lettre adressée à un correspondant établi dans un lieu plus ou ou moins éloigné du signataire , par laquelle celui-ci lui mande de fournir à un tiers, porteur de la lettre, une certaine somme , ou des marchandises, ou, etc.... Ce mandat rend le signataire responsable des choses dont il a demandé la livraison , comme si c’était une lettre-de-change. La prudence oblige de limiter toujours la quotité de la lettre-de-crédit, pour que le correspondant y fasse certainement honneur, et pour empêcher qu’on n’abuse de la facilité que donne un crédit sans bornes à celui qui est autorisé à s’en prévaloir. Fr.
- LETTRE-DE-VOITURE. Lettre ouverte, assujettie au timbre, et adressée à une personne à qui l’on envoie des marchandises par voiture, bateau, etc. , surtout quand ces objets sont frappés de droits fiscaux, ou sont obligés de traverser des villes où l’on perçoit des droits d enti'ée. Cette lettre contient le nom du voiturier, la qualité et la quantité des marchandises , le lieu du départ et celui de l’arrivée , l’adresse de
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- 224 LEVAIN.
- la personne qui doit les recevoir ; elle est signée par le commerçant qui fait l’envoi. Fr. •
- LEVAIN. On nomme ainsi la préparation employée pour exciter une fermentation dans la pâte à faire le pain.
- Le levain se faisait autrefois comme cela se pratique encore aujourd’hui dans les campagnes : on réservait environ un dixième de la pâte dans le coffre où s’opère le pétrissage, on enveloppait cette pâte de farine, puis on l’abandonnait en cet état jusqu’à ce que l’on eût de nouvelle pâte à préparer ; alors on délayait le levain dans de l’eau tiède, on le mélangeait exactement avec assez de farine pour former une pâte dont la quantité égalait le tiers ou la moitié de la totalité à obtenir, et dès que la fermentation établie dans la masse l’avait fait lever suffisamment, on ajoutait à ce nouveau levain toute l’eau et la farine nécessaires pour compléter la fournée.
- L’introduction de la levure de bière dans les levainsfut un grand perfectionnement à l’art du boulanger, et cependant un préjugé général s’opposa fortement à cette utile innovation ; long-temps même des gens instruits, en toute autre chose, il est vrai, qu’en Chimie , décrièrent l’emploi de la levure. On lit, en effet, les phrases suivantes dans la grande Encyclopédie : « L’usage de la levûre est nouveau parmi « nous ; il n’y a pas plus de quatre-vingts ans qu’il s’y est is-
- » troduit, d’abord par l’avarice des boulangers.......
- »..................La Faculté de Médecine, par un décret
- » du 24 mars 1688, déclara que l’usage en était nuisible à la » santé, mais ne réussit pas à l’empêcher. »
- Les levains formés de pâte plus ou moins ancienne contenaient toujour s une assez forte proportion d’acide ; leur Fek-mext , qui résultait sans doute d’une portion de gluten altéré) et peut-être d’un peu de levûre produite, était peu actif, en sorte que la fermentation lente qu’il déterminait dans la masse de la pâte y répandant une trop faible proportion de gaz acide carbonique, la laissait compacte, et souvent donnait lieu à la production d’une quantité d’acide acétique, dont le goût se ressentait dans le pain.
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- A l’aide de la levure , surtout lorsqu’elle est fraîche , on peut déterminer une fermentation rapide dans la pâte, la diviser par une multitude de bulles d’acide carbonique, que la chaleur du four fait encore dilater, développer de l’alcool qui se dégage à la cuisson, et produire à peins une quantité sensible d’acide acétique. On obtient ainsi du pain fort léger et exempt de mauvais goût. La levure possède, à la vérité, des propriétés laxatives , et en certaines proportions elle pourrait être vénéneuse ; mais la petite quantité restée dans la pâte du pain est tellement altérée pendant la cuisson , qu’elle ne peut plus produire aucun effet. ( V. Levure. )
- En Angleterre, on se sert d’une sorte de levain dont l’effet ne dépend nullement de la fermentation , c’est du Sous-carbonate d’ammoxiaque que l’on incorpore dans la pâte , et qui, parla tension de sa vapeur, détermine dans toutes les partiës de la pâte une foule de cavités semblables à celles produites par l’acide carbonique résultant de la fermentation.
- Cette application du sous-carbonate d’ammoniaque prouve que l’espèce de modification que l’on croyait opérée dans toute la pâte par une réaction spontanée , à laquelle on donnait le nom spécial de fermentation panaire , n’a pas lieu , et que l’effet utile et en quelque sorte mécanique dans cette circonstance, résulte du dégagement d’un gaz qui, étant retenu par la ténacité du Gluten- , forme toutes les cavités qui allègent la pâte. On conçoit bien que le gluten, en perdant par la cuisson l’eau qui distendait ses parties, laisse dégager les gaz qui gonflaient la pâte dans les deux procédés ; mais alors l’amidon, le gluten, etc., de la pâte, se sont solidifiés, et retiennent la forme spongieuse qui leur avait été donnée. ( V. Farine , Gluten , Boulangerie , Pain , Carbonate d’ammoniaque , Ferment , Levure , etc., comme complémens de cet article. ) P.
- LEVÉE ( Horlogerie). Par l’effet des oscillations dTun pen— dule, les branches de l’ancre s’élèvent et s’abaissent successivement pour laisser passer chaque fois une seule dent de la roue d’ÉcMAPPEMENT. ( V. ce mot. ) Les horlogers donnent le Tome XII. i5
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- nom d’arc de levée à l’étendue décrite par l’extrémité des leviers de l’ancre, qui arrêtent momentanément le mouvement général. L’étendue dont il s’agit doit suffire sans cesse au passage du sommet de la dent qui s’échappe , et il serait tout-à-fait inutile de faire cet arc plus grand que celui qui suffit à ce passage , si la variation des frottemens, l’élasticité des métaux, les changemens de température , l’épaississement des huiles, les résistances accidentelles causées par la sonnerie, les quantièmes, etc.... , n’obligeaient à prévoir ces circonstances, en permettant habituellement aux leviers qui échappent , une excursion surabondante.
- Du reste, l’arc de levée nécessaire dépend de la forcé motrice, du poids de la lentille, de la longueur des leviers de l’ancre , du diamètre de la roue d’échappement, etc. Or, comme plus le moteur est puissant, plus les dents d’engrenage sont pressées, et plus le frottement offre de résistance, on prend un soin extrême de proportionner la charge de manière à la réduire le plus possible, et par conséquent à ne pas faire décrire des arcs de levée trop étendus. D’après les données de la construction d’une horloge , on pourrait peut-être calculer à priori les élémens correspondans propres à produire des arcs de levée toujours suffisans; mais on préfère consulter l’expérience et régler tout après coup. On met en mouvement la pendule avec la main , en faisant décrire des arcs de levée à peu près doubles de ce qui est indispensablement nécessaire à l’échappement, et l’on remarque si ces arcs conservent leur étendue sous l’influence de la force motrice du rouage. Si cet arc diminue, il faut réduire le poids de h lentille, ou augmenter la force motrice, et cela jusqu’à ce qu’on arrive à l’effet demandé. L’arc de supplément, c est ainsi qu’on nomme l’excès qu’on donne à l’arc de levée sur l’étendue indispensable pour que la dent échappe, annonce qu’il y a une force surabondante qui suffira pour suppléer aux pertes d’action , par les causes que nous avons énumérées.
- Les montres ont aussi un arc dé levée ; il faut que l’étendue des excursions de balancier suffise au passage de chaque de»*
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- de la roue d'échappement. Ou essaie de même de pousser le balancier avec,la main, et de lui faire décrire un arc qui excède celui qui est indispensable, et l’on observe si les excursions se conservent par l’effet du ressort moteur ; sans cela il doit arriver que bientôt le mouvement cessera , ce qu’on appelle arrêter au doigt, attendu que lorsqu’on pose le doigt sur le balancier pour le retenir, il ne repart plus de lui-même quand on l’abandonne. Dans ce cas , le ressort moteur est trop faible , nu le spirale trop raide , ou le balancier trop lourd : il faut donc employer un grand ressort plus vigoureux, ou un spirale plus faible , ou alléger le balancier. Mais pour les montres , un beaucoup plus grand nombre de causes se réunissent pour arrêter le mouvement, et il faut donner à l’arc de levée plus de jeu que dans les pendules. En général, on fait en sorte que l’arc de rotation du balancier soit moitié plus grand que ce qui est nécessaire pour obtenir un arc de levée suffisant. En effet, la promptitude des vibrations , les secousses causées par la marche , la petitesse et la délicatesse des parties qui engrènent, les accidens de répétition , de quantièmes, etc., sont, pour ainsi dire, autant d’obstacles aux mouvemens réguliers, et qu’il faut prévoir pour que, dans tous les cas, l’arc de levée suffise à l’échappement, qu’il ne passe qu’une dent à la fois, etc., etc. Fr.
- LEVÉE ( Architecture'). V. Jetée. Fr.
- LEVEÜR (Technologieb En terme de papeterie, le leveur est le troisième ouvrier de la cuve. Le premier est I’Ocvreür ; c’est celui qui puise, avec la forme, la pâte dans la cuve : le second se nomme coucheur; c’est celui qui renverse la forme sur lesflotres ou feutres, et qui y dépose ainsi la feuille de papier : le troisième est le leveur, dont les fonctions consistent à détacher les feuilles de dessus les flotres ou feutres (/V Flotres, T. IX, page i3g) , après qu’elles ont été pressées une première fois, et les entasse en paquets qu’on nomme porses blanches. Voici comment il opère.
- Le vireur, qui est ordinairement un apprenti, enlève le flotre qui couvre la feuille , et les entasse pour servir à d’au-
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- très opérations semblables. Ce flotre enlevé, le leveur détache plus facilement la feuille que s’il était obligé de faire ces déni opérations successives , et le travail en est plus prompt. Le leveur pince la feuille par le coin qui est de son côte', avec le pouce et l’index de la main droite; aussitôt que ce coin est détaché , il le prend avec la main gauche et détache la feuille avec la main droite, en la glissant jusqu’à l’autre coin. Lorsque la feuille est détachée au tiers environ , il l’enlève hardiment des deux mains, et l’étend sur la planche en deux temps, afin qu’elle s’applique exactement sur celle qu’il a étendue précédemment, et qui repose sur un flotre, sans qu’il y ait de l’air interposé , qui occasionerait des Musettes et des fronces. Lorsqu’il a placé ainsi l’une sur l’autre les feuilles de la moitié de la PorSe, il étend dessus un flotre, et écache fortement, c’est-à-dire qu’il comprime bien avec les mains dans tous les sens , afin de faire sortir tout l’air qui pourrait être resté interposé entre les feuilles.
- Les fonctions du leveur sont très importantes ; elles exigent beaucoup d’adresse et une attention continuelle, pour éviter les déchets que peuvent occasioner les moindres fautes de cet ouvrier, ainsi qu’on en sera convaincu après avoir lu le mot Papetier. L.
- LEVIER {Arts mécaniques). Tout corps solide assujetti à tourner autour d’un point ou d’un axe fixe auquel il est attaché , forme la machine simple appelée levier, de quelque manière qu’on fasse agir les foixes sur ce corps. Le plus souvent on ne considère que deux forces agissantes sur le levier : l’une , qui est la résistance à mouvoir, l’autre , la puissance qui meut. L’appui fixe peut être placé de divers côtés, relativement à ces forces, ce qui fait distinguer des leviers de trois genres.
- Dans les leviers du premier genre, qui sont les plus fréquemment employés, l’appui A est situé entre la puissance P et la résistance R ( V. fig. i et 2 des planches des Arts mécaniques ) : les fléaux de balances, la romaine, les pinces ou barres de fer dont on se sert pour soulever de lourds fardeaux
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- ou forcer des fermetures , les roues dentées , les treuils , cabestans , roues de carrière, etc., sont des machines de cette espèce. Les ciseaux , mouchettes , pinces , tenailles , sont composés de deux leviers de ce genre unis par un axe commun. On a souvent pour but, dans leur usage , de surmonter une forte résistance à l’aide d’une puissance beaucoup moindre, en donnant à la première un court et à la seconde un long bras de levier, ainsi que nous l’expliquerons bientôt.
- Les leviers du second genre ( fig. 5 ) sont ceux où la puissance agit à un bout du levier ; l’appui P est à l’autre bout et la résistance R entre deux : par exemple, la brouette porte son fardeau entre la puissance qui en soutient les bras et la roue qui s’appuie sur le sol. Les rames de bateau n’ont pas leur appui fixe au point d’attache avec le corps , comme on pourrait le penser au premier abord , mais dans l’eau même, où la lame va chercher un appui, qui fuit, il est vrai, mais n’en produit pas moins l’effet d’entraîner la résistance, qui est le corps flottant attaché en un point de l’aviron. Les gouvernails sont dans le même cas. On peut aussi se servir d’une barre pour soulever un fardeau , en prenant son appui sur l’extrémité même, et faisant porter la résistance sur la pince tout près de cet appui. Le couvercle d’un pupitre , une porte qui tourne sur ses gonds, sont encore des leviers du second genre : les gonds sont l’appui fixe , et le poids de la porte agissant au centre de gravité est la résistance.
- Dans les leviers du troisième genre (fig. 6 ), la puissance P est située entre l’appui A et la résistance P,, qui sont vers les deux extrémités ; les Forces , les pincettes en sont un exemple : la résistance est le corps qu’on saisit entre les bouts des deux branches, et l’appui est au point de leur jonction par une lame élastique qui tend à les rouvrir. Ici on est obligé de développer une force beaucoup plus considérable que la résistance; mais cette force parcourt un espace d’autant moindre , et un petit mouvement des doigts qui pressent les branches suffit pour en produire un beaucoup plus étendu aux extrémités. Le pêcheur qui appuie le bout d’une perche contre
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- un obstacle , pour s’aider à retirer de l’eau le filet plongé qui est attaché à l’autre bout, saisit sa perche vers le milieu, et se sert d’un levier du troisième genre. La nature emploie cette sorte de levier dans nos organes de mouvement. Les muscles ont leur point d’attache tout près des articulations autour desquelles nos os doivent tourner; ces muscles jouent ici le rôle de puissance en se raccourcissant sous l’influence de la volonté, ce qui rapproche les deux extrémités du muscle et détermine un mouvement de rotation ; la résistance est le poids même du membre et celui qu’il soulève. Un très petit accourcissement du muscle produit une grande excursion dans le bout de l’os.
- De toutes les machines, le levier est la plus simple, la plus utile et la plus employée. La distinction qu’on a faite des trois genres de leviers n’a aucune importance en théorie, et ces trois sortes de machines n’en constituent réellement qu’une seule, puisqu’au fond la puissance, la résistance et même l’obstacle que forme l’appui sur lequel ces forces pressent, peuvent être considérés comme trois puissances qui s’entre-détruisent. Examinons donc les conditions qui établissent l’équilibre dans un système de deux forces agissant sur un corps solide, retenu par un axe fixe placé d’une manière quelconque, et nous aurons celles qui sont propres à toute espèce de levier. La pression exercée sur l’axe pourra même représenter une troisième force qui, prise en sens contraire, tiendrait lieu de l’appui.
- Si l’on a deux puissances quelconques qui agissent sur un corps retenu par un point fixe , il est clair que l’équilibre ne peut exister qu’autant que ce point détruit la résultante des deux forces {F. T. X , page 295) ; cette résultante passe donc par l’appui, puisque sans cela elle ferait tourner le levier autour de ce point. Ainsi nos deux puissances ont une résultante qui est dirigée vers l’appui : voilà la condition d’équilibre ; mais on la traduit en d’autres plus commode5 pour la pratique. Pour que les deux puissances aient une résultante, il faut qu’elles soient dans un même plan ; de
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- plus, ce plan doit passer par l’appui fixe pour que la résultante v puisse être dirigée : donc d’abord les deux puissances et l’appui fixe sont situés dans un même plan et tendent à faire tourner en sens contraires.
- £n outre, on sait que si l’on prend un point quelconque de la résultante de deux forces, et que de ce point on abaisse des perpendiculaires sur leurs directions , chaque force multipliée par sa perpendiculaire donne le même produit {V. Forces, T. X, page 299), ou, comme on le dit communément, les momens des forces sont égaux, parce qu’on est convenu d’appeler moment d’une force, le produit de son intensité par la longueur de la perpendiculaire abaissée sur sa direction, à partir d’un point choisi arbitrairement. Puisque , dans le cas d’équilibre, la résultante passe nécessairement par l’appui fixe, ce point peut être pris pour origine des deux perpendiculaires ; donc dans l’équilibre du levier , le moment de la puissance est égal à celui de la résistance par rapport à l’appui fixe.
- Telles sont les seules conditions suffisantes et nécessaires pour qu’un levier soit en équilibre, et cela quelle que soit la figure de ce corps, et de quelque manière que les puissances soient disposées à l’égard de l’appui, qu’on suppose d’ailleurs inébranlable. Dans tout système où ces conditions subsisteront , on est assuré que l’équilibre aura lieu, et qu’il cessera dès que l’une d’elles n’existera plus. On reconnaît bientôt si les forces tendent à faire tourner le levier en sens contraire autour du point fixe, et si le tout est dans un même plan *. ces deux premières conditions d’équilibre sont toujours faciles à vérifier ; dans ce qui va suivre, nous n’v aurons plus égard ; mais la troisième , ou l’égalité des momens des deux forces, exige un calcul pour être reconnue. Soit P la puissance , R la résistance , p et r les perpendiculaires abaissées de l’appui sur leurs directions respectives. Les forces P et R sont exprimées en nombres , en les comparant à une puissance prise pour unité , par exemple, en grammes, en livres, en kilogrammes, etc.... Les perpendiculaires p et r sont estimées
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- en unités métriques, telles que des pieds , des pouces , des mètres, etc., et l’on voit si le produit P X J» est égal à R x r savoir Pp = R/-.
- Observez que cette relation revient à la proportion P ;R ; ; r\pf en sorte que la condition d’équilibre qui nous occupe revient à dire que la puissance et la résistance sont en raison inverse de leurs bras de levier, attendu qu’on-est convenu de donner le nom de bras de levier d’une force à la perpendiculaire abaissée du point fixe sur sa direction. Montrons sur des exemples l’application de ces principes généraux.
- La barre inflexible horizontale BC (fig. i) porte deux poidsP et R à ses extrémités ; en A est placé un appui fixe. Nous trouvons que pour l’équilibre il faut que les perpendiculaires AB,AC, soient de telles longueurs, qu’on ait P X AB =R X AC.
- La même cliose aura lieu si le levier est disposé obliquement, tel que BAC (fig. 2); car menant l’horizontale DAEpar l’appui À, on doit avoir P X AD =R x AE, ou P :R : : AE'.ÀD. Mais les triangles semblables ABD,ACE, donnent la proportion AE ; AD ; : AC : AB , ce qui change la précédente eu P : R ” AC : AB ; d’où P X AB = R X AC, comme ci-devant, Ainsi, que la barre soit horizontale ou oblique , l’équilibre subsistera, pourvu que les produits de chaque force par la longueur de la proportion de barre qui lui correspond soient égaux. A proprement parler, les bras de levier sont les lignes AD,AE , dans le sens que nous avons attaché à cette dénomination; mais dans le cas d’une bari’e inflexible, on peut aussi donner ce nom aux portions AB,AC delà barre.
- Il faut remarquer que, dans le cas où la barre ne serait que posée sur l’appui fixe, elle glisserait et l’équilibre n’aurait pas lieu. Il faut que cet appui presse le levier perpendiculairement pour qu’il reste en repos, à moins qu’il ne soit un axe introduit dans un œil pratiqué à la barre , ou soudé avec elle. Cette circonstance se lie à la théorie du Plan incliné.
- Ou voit que si le bras de levier AB de la puissance P est 10 ou 100 fois celui AC de la résistance R, une force P, 100,1 100 fois moindre que le poids R, le maintiendra en repos,
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- puisque la relation iooP= 10R subsiste quand R = ioP. C'est pour cette raison que les leviers du premier genre sont si souvent employés dans les Arts, parce qu’ordinairement on a précisément pour objet de ménager les forces et de les rendre propres à surmonter de grandes résistances. Mais il ne faut pas oublier que cette propriété emporte avec elle un désavantage lorsque le mouvement est produit ; car le poids R, ou plutôt le point E ne décrit alors qu’un arc io ou 100 fois moindre que celui que doit parcourir la force P , ou le point D, ces deux arcs étant de mêmes degrés et leurs longueurs se trouvant dans le même rapport que leurs rayons AE,AD, dont l’un est supposé 10 ou 100 fois l’autre. On perd ainsi en temps ce quon a gagné en puissance. ( V. ce qui sera dit à l’article Machine , sur le principe des vitesses virtuelles. )
- Si le levier est une verge inflexible courbée, telle que BAC (fig. 3), ou si les forces ne sont plus parallèles (fig. 4), comme on ne peut plus prendre pour bras de leviers les longueurs courbes ou droites AC, AB de la barre, il faut alors abaisser, de l’appui fixe A, les perpendiculaires AE,AD; pour l’équilibre , on doit avoir la relation P X AD = R x AE.
- Les branches courbes sont fréquemment employées en Mécanique ; mais ce n’est pas pour donner à la puissance quelque avantage que ne donneraient pas des branches droites, puisque les vrais bras de levier ne sont pas ces longueurs , mais celles des perpendiculaires abaissées de l’appui sur les directions des forces. On courbe les leviers, manivelles, tenailles , etc., dans un tout autre but, soit pour que le fil du métal ou du bois s’oppose avec plus de nerf à la déformation ou à la destruction , soit pour mieux saisir les corps et les empêcher de glisser, soit, etc.
- La même théorie s’applique au levier coudé BAC ( fig. y ) : S€S perpendiculaires AE, AD doivent encore , dans le cas d équilibre , remplir la condition P X AD = R x AE. Les leviers coudés sont fréquemment employés dans les Arts par la nteme raison que les leviers courbes ; ils se prêtent mieux aux circonstances où l’on veut changer la direction du mouve-
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- ment, comme on le voit dans le tirage des sonnettes oà
- ces appareils tiennent lien des poulies de renvoi qu’on serait
- obligé d'employer aux coudes que le cordon est forcé de
- faire.
- Si le levier est un corps solide de forme quelconque, retenu par un axe fixe À et sollicité par deux puissances P et R (fig, jj) les mêmes principes reçoivent leur application. Quand le poids R agit dans la direction du cordon CI attaché en I et passé sur une poulie de renvoi, le bras de levier AE est h perpendiculaire AE sur CI. De même celui de la force P agissant sur le point O dans la direction OP , est la perpendiculaire AD menée sur sa direction prolongée. Il faut en dire autant du système représenté fig. 9, qui offre l’image d’un levier du second ou du troisième genre , selon que la force R sera la résistance à vaincre, ou que ce sera la force P. Il faut, dans tous les cas semblables , que lès deux forces P et R soient réciproques à leurs bras de leviers AE, AD, c’est-à-dire à leurs distances à l’axe fixe A; on doit donc avoir P I R ! f AE : AD , ou P X ad = R X AE ; ainsi, il faut bien que les momens soient égaux.
- L’efficacité d’une puissance pour faire tourner un corps autour d’un axe fixe qui le retient , est toujours mesurée par le moment de cette force, c’est-à-dire que si cette force est doublée , triplée, réduite à moitié, etc. , son efficacité' pour produire la rotation sera de même double, triple ou moitié. En effet, si vous doublez la puissance P sans rien changer à sa direction , ni au reste du système , on doit regarder comme évident que son effort sera devenu double. Or, on sait que cet effort sera détruit par une résistance quelconque, pourvu que son moment soit égal à cette force, l’égalité de n10" mens étant la condition d’équilibre. Ainsi, doubler ou tripler une force, revient au même que de la changer en une autre dont le moment soit double ou triple. C’est la grandeur Ru moment d’une force qui détermine l’effort qu’elle produit pt>ur faire tourner le corps, puisque cet effort croît proportionnel' lement au moment.
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- Si les deux forces P et R sont en équilibre autour de l’axe À ( fig. 8 ), décrivez du centre A un arc de cercle ELK , et vous pourrez, sans changer l’état d’équilibre, transporter la force R en S où vous voudrez , pourvu qu’elle soit tangente à cet arc, et tende à faire tourner le corps dans le même sens que R ; en sorte que vous pourrez rendre les forees P et R parallèles, ou bien changer le levier du premier genre en second ou troisième genre'. On voit donc que la distinction des leviers en trois espèces est inutile à la théorie, ainsi que nous l’avons déjà énoncé.
- Il est facile maintenant de concevoir ce qui arrive quand le levier est soumis à l’action de plus de deux forces : chacune a son moment pour faire tourner le corps , et considérant celles qui tendent à produire la rotation dans le même sens, on peut imaginer qu’elles sont remplacées par une force unique capable du même effort que toutes ces puissances ; il suffira que son moment soit égal à la somme de leurs momens réunis. Disant la même chose des forces qui tendent à faire tourner en sens contraire, on aura réduit tout le système à celui de deux forces , et il suffira , pour l’équilibre, que les momens de celles-ci soient égaux. Donc , lorsqu’un corps est retenu en repos par des forces en nombre et directions quelconques, autour d’un axe fixe, il faut que la somme des momens des puissances qui tendent à faire tourner dans un sens, soit égale à la somme des momens de celles qui tendent à faire tourner en sens contraire. On doit toujours entendre ici, par le mot moment, le produit de chaque force par sa distance à l’axe fixe, ou par la perpendiculaire abaissée de cet axe sur la direction de cette puissance ; et cela devrait encore avoir lieu, même quand les forces ne seraient pas dans un même plan.
- Ainsi, pour reconnaître si le corps (fig. io) est retenu en équilibre par les quatre forces P,Q,R et S autour de l’axe fiteA; de cet axe, on mènera des perpendiculaires Ap,Aq, Ar,À.? sur leurs directions respectives , et l’on eu mesurera les longueurs; on multipliera chaque force par la perpendiculaire
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- qui lui correspond : faisant deux sommes de ces produits selon le sens suivant lequel la rotation tend à se faire on verra si ces sommes sont e'gales. Il faut, dans le cas représenté par notre fig. I0, que P X Ap -f-Q X kq— Rx Ar-f S x As; et observez que , si les forces agissent aux points ;j
- pourra être ne'cessaire de prolonger les directions pour trouver la longueur des perpendiculaires.
- Il nous est facile maintenant d’avoir égard au poids même du corps, poids que nous avions négligé jusqu’ici; carte poids est une force au centre de gravité. Lorsqu’il s’agit d’une verge droite ou courbe, telle que sont celles des fig. 3 et4, il est plus commode de considérer à part les poids de chaque branche AC, AB, comme des forces M, N agissant aux centres de gravité de chacune ; le système est alors composé de quatre forces, dont deux agissent pour faire tourner dans un sens, et deux en sens contraire. Le principe de l’égalité des montais se traduira donc ainsi P X AD + Mx Am=Rx AE -f- N xAn. Lorsque nous traiterons des balances appelées Romaines , ce théorème trouvera son application.
- Nous n’avons jusqu’ici considéré le levier que dans un état statique; mais lorsqu’on veut produire le mouvement, il ne suffit pas d’accroître légèrement l’une des forces pour la rendre prépondérante , parce qu’il est nécessaire de surmonter le Frottement. Nous avons exposé à cet article qu’il fallait toujours considérer le frottement comme une force proportionnelle à la pression sur l’axe (elle est ordinairement le tiers on le quart de la pression ) , agissant dans une direction tangents à la surface où la friction s’opère. Ainsi, outre les puissances actuellement agissantes sur le levier, il faut en concevoü une autre qui soit mesurée par une certaine fraction de h pression ; fraction dépendante de l’état du corps : la direction de cette force est tangente au point où le frottement s’opère! et l’on peut par conséquent en déterminer le moment, lois* qu’on connaît la pression sur l’axe. Le frottement est d ailleurs dirigé de manière à faire tourner le levier en sens contraire de la force qui doit être prépondérante.
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- LEVIER. 237
- Pour trouver la pression , il suffit d’assigner la force qui pousse le levier contre son axe ; la résistance de cet axe pourrait être remplacée par une puissance qui retiendrait ce point immobile , et la grandeur et la direction de cette puissance sont précisément la pression. ( V. Forces.) Or, il est évident que cette force n’est autre chose que la résultante même de toutes celles qui agissent sur le corps. Dans le cas de deux poids, ou deux forces parallèles (fig. i et a ), la pression est leur somme ; et si le levier est pesant, il faut y ajouter encore le poids de cette masse.
- Ainsi, pour déterminer par le calcul les conditions propres à mettre une puissance à même d’en surmonter une autre à l’aide du levier , il ne suffit pas de comparer les momens de ces deux forces , ni même d’avoir égard au poids des bras de levier; il faut encore ajouter aux momens de la résistance et de son bras de levier, le moment du frottement, et comparer cette somme aux momens réunis de la puissance et de son bras de levier. Si ces deux sommes sont égales , l’équilibre subsistera et sera sur le point d’être rompu par la plus légère diminution des momens d’un côté, ou augmentation des mo-mens de l’autre côté.
- Ces principes généraux reçoivent leur application dans une multitude de circonstances , que nous n’examinerons pas ici, nous réservant d’en traiter spécialement lorsque nous décrirons chacune des machines dont le levier fait partie. ( V. Ba-iance, Grue, Cabestan, Romaine, Rocjes dentées, Treuil, Poulie, etc. )
- Il nous resterait à traiter des systèmes de leviers assemblés de manière à réagir les uns sur les autres ; mais comme il serait impossible de prévoir les cas où cette théorie reçoive son application, à raison de la multitude des circonstances de te genre, nous nous bornerons à prendre ici pour exemple les balances à bascule de Quintenz, perfectionnées par Rollé , d autant plus qu’à l’époque où nous avons publié l’article Balance , ces appareils ingénieux étaient nouveaux , et n’avaient pas encore obtenu le crédit de l’expérience que devaient
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- avoir le petit nombre de machines qu’il nous est possible do décrire dans notre Dictionnaire.
- Celte balance, imitée de celle de Sanctorius, est composé d’un fléau kg à bras inégaux if/.,kg (fig. ji), porté sur aj couteau h, comme dans, la romaine ordinaire. L’un de ces bras h g est tiré par lq corps qu?on veut peser et qu’on place sur le tablier B ; nette action s’exerce par une combinaison de leviers dont nous allons bientôt parler. L’autre bras kl est tiré, par le poids E mis sur un plateau, et qui produit l’équi-libre ; celui-ci n’est que le dixième de l’autre], et il faut, pont obtenir le poids cherché', multiplier le poids E par 10, ot plutôt, ce qui est préférable , se servir de poids étalonnes à l’échelle décuple.
- Comme il est nécessaire que le corps à peser puisse occupa indifféremment sur le tablier une place quelconque, le poids équilibrant E restant le même , Quintenz s’est servi d’us mécanisme à la fois sûr et ingénieux. Le bras de levier Ig est tiré à la fois par deux tiges verticales hn,go, posant en h et g sur des couteaux. Nous avons représenté (fig. 12) le système de leviers dont il s’agit; B est le point fixe, ED le fléau, M le bassin qui porte le point équilibrant, RP le tablier sut lequel on pose le corps Q qu’on veut peser. Le bout R du tablier est librement suspendu au couteau C du fléau, et l’autre bout P porte en O sur un couteau fixé au levier AS, en sorte que le poids Q se partage en deux poids, dont 1m exerce son effet en O, tandis que l’autre tire la tige RC. A soi tour, le levier AS a son centre de rotation sur un couteau fîs( en a vers son extrémité A , et l’autre bout S est suspendu au fléau par la tige verticale SD , qui porte sur le couteau D.
- Il résulte de ce système , où l’on compte cinq couteaffl B,C,D,A et O, outre celui E du bassin M , que le poidsp®1* par le point O se décompose lui-même en deux, dont 1® s’exerce sur l’appui fixe A , tandis que l’autre tire la W verticale SD ; le fléau se trouve ainsi tiré de haut en bas P31 ces deux tiges CR,DS. Le poids Q , suivant qu’il occupe16^ ou telle place sur le tablier, a ses composantes en R et en
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- LEVIER. 23g
- plus ou moins grandes, et la tige GR est plus ou moins tirée ; mais la composante qui presse le point O est à son tour décomposée en deux , dont l’une tire d’autant plus la tige SD, que la pression en O est plus forte, et que l’action sur RS est plus faible; d’où résulte que les points C et O partagent les longueurs BD,SA en parties proportionnelles; les choses sont tellement disposées , que ces deux tractions de CR et de DS se font une exacte et mutuelle compensation ; et comme BC est le dixième de EB, le poids équilibrant M n’est que le dixième de celui du corps Q.
- Pour bien comprendre ceci, il convient d’y appliquer l'analyse. Nommons R et S les forces qui tirent les tiges verticales CR,DS ; pour l’équilibre du levier EBD , il faut qu’on ait
- M X EB =R X BC-f S x BD ;
- mais le poids Q placé sur le tablier, ou levier horizontal RP, se décompose en deux qui agissent Fun en.R, l’autre en P; nommant m et n les parties ou divisions que forme sur RP lé centre de gravité du poids Q, les forces qui le soutiendraient aux deux bouts, ou les composantes en R ou en P sont
- i: ... ,H;'. . P=-=g-,
- m —f- n m -{- n
- Telle est, d’une part, la force R qui tire le fléau en C, et de l’autre la pression exercée en O; mais celle-ci se décompose à son tour en deux forces , l’une agissant en À, l'autre én S ;
- p a
- celle-ci tire le fléau en D, et l’on trouve qu’elle est S —-r,
- a -f b
- eu nommant a,b les longueurs OA, OS; substituant pour P sa valeur ci-dessus , ou a
- S =
- <zmQ
- (a -f- b) (m n) ’ frais on a, par supposition , BC : CD : : a * b ; d’où
- CD=^XBC, BD = BC + CD = (^~)BC;
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- a4o levier.
- ce qui change la première équation en
- MxEB = (ü -f S.^i^BC • et substituant pour R et S leurs valeurs
- M x EB = x BC = Q X BC.
- m -f- n
- On voit d’abord que les longueurs m et n disparaissent du calcul ; la place du poids Q sur le tablier est indifférente. Eu outre , comme EB est dix fois BC , cette équation se réduit à Q = 10M, et le poids M n’est que le dixième du corps à peser.
- Il est à observer que, dans le mouvement, les tiges RC,SD demeurent toujours verticales; car si le point O fléchit sous l’effort selon PO, le point S doit descendre 6 fois plus queO. attendu que b est 5 fois a ; mais aussi le point C descend 6 fois moins que D , èt par conséquent les points R et f descendent autant l’un que l’autrè. Le tablier reste donc toujours horizontal.
- Les principaux avantages de cette machine sont que,
- i °. Chaque couteau neporte qu’une partie des poids, ce qui tend à les ménager et les rend d’un plus long service. Le couteau principal B ne porte que 11, quand il porterait jo dans la balance ordinaire. Les leviers sont aussi moins snjetsa fléchir.
- 2°. On évite les oscillations des plateaux suspendus, et a perte de temps qu’il faut faire pour attendre qu’elles soient calculées. C’est aussi un grand embarras que d’être obfe d’écarter les cordes des balances pour mettre les corps s-les plateaux , et d’enlever, à chaque pesée, tous les poids tp ont servi à la pesée précédente, poids souvent très lourds.
- 3°. La balance-bascule est plus facile à loger et moins » barrassante dans un atelier, où l’on dispose le tablier à fle-de terre, pour qu’il soit facile d’y rouler les fardeaux.
- Aussi cet appareil est-il aujourd’hui généralement en n$%
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- LEVURE. a4i
- aux douanes , dans les manufactures , dans les ateliers, pour le service des diligences, et enfin, dans tous les cas où l’on a de fortes et fréquentes pesées à faire. On trouvera, dans le Bulletin de la Société d’Encouragement pour 1823, tous les détails de construction de cette machine. Fr.
- LEVURE. On désigne par ce nom, dans le commerce, une substance qui est sécrétée du moût de Bière pendant l’acte de la fermentation ; elle est entraînée par le gaz acide carbonique à la superficie du liquide , et dégorge par une large bonde inclinée à cet effet. ( V. quelques détails relatifs à ce moment de la préparation de la Bière dans ce dernier article.)
- La levure ainsi entraînée dans les écumes du moût de bière, est reçue dans de petits baquets, au fond desquels elle se dépose en partie ; on décante avec quelque précaution la plus grande partie du liquide clair dont elle s’est séparée, puis on la délaie dans ce qui reste , et l’on verse l’espèce de bouillie qu’elle forme alors sur un Filtre en toile ou carrelet ; elle s’égoutte spontanément, et lorsqu’elle acquiert une assez grande consistance , on la met dans de doubles sacs en toile. On lie fortement l’ouverture de ceux-ci , puis on les range sur le plateau d’une presse ; ils sont alors soumis à une pression graduée, pour extraire de la levure le plus possible du liquide interposé : celui-ci, de même que le moût décanté , et celui qui s’est écoulé du filtre , sont réunis à la masse de bière fermentée dans la cuve guilloire et prête à être entonnée.
- La levûre pressée est extraite des sacs et vendue ordinairement, par marchés, aux levuriers; ceux-ci la divisent en mottes arrondies pesant un demi ou un quart de kilogramme, et les vendent aux boulangers et aux distillateurs.
- Assez souvent, dans les saisons où l’on ne brasse que de petites quantités de bière, la levûre, en certaines localités, ne suffit plus aux besoins de la consommation , et dans d’autres endroits on ne pourrait se procurer de levûre qu’en la tirant de pays fort éloignés.
- C’est ainsi qu’à Paris, où la bière est en quelque sorte une boisson de luxe, et ne se prépare en grandes quantités que Tome XII. 16
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- pour l’usage des cafés et durant les chaleurs , on. manque de levure en hiver ; les levuriers de cette ville font venir cette matière de Flandre, où elle est toujours abondante, en raison de la grande consommation de la bière. La levure ainsi transportée à une distance peu considérable, est cependant plus ou moins altérée , et perd de son énergie pour exciter la fermentation.
- L’altération de la bière par les transports est bien plus grande pendant les chaleurs et à des distances qui ne peuvent être parcourues en quelques jours : aussi cette substance manque-t-elle absolument dans les colonies et en plusieurs autres contrées placées dans des circonstances analogues.
- On s’est beaucoup occupé de rechercher les moyens de conserver la levure ; la dessiccation seule a présenté quelques bons résultats , sans résoudre le problème complètement.
- On a essayé de dessécher la levure en l’étendant en bouillie sur des baguettes, que l’on disposait par étages et isolées les unes des autres , dans une étuve à courant d’air sec : dès que la levure était sèche , on pouvait la détacher en frappant les baguettes les unes sur les autres , et l’introduire dans des vases bien clos et très secs. Ce procédé, après avoir eu quelques succès dans les expériences, présenta beaucoup d’inconve'nieas dans l’application en grand.
- J’ai obtenu des résultats satisfaisans en opérant ainsi : h levure fut d’abord recueillie toute fraîche, lavée à l’eau claire par trois touillages et décantations, égouttée sur un drap à filtre , puis soumise à une très forte pression ; elle était alors dure, . cassante, facile à briser en petits fragmens. Elle fat ainsi divisée et mélangée avec deux fois son poids de charbon animal en poudre fine, récemment préparé et broyé tout chaud. Cet agent absorba rapidement une partie de l’humidite de la levure, et celle-ci, devenue plus friable dans ce mélangé, fut aisément réduite avec lui en poudre fine. On U' tendit en couche très mince dans une étuve à courant d’air sec, et en quelques heures la dessiccation fut aussi complète que possible. Ce mélange, renfermé dans des flacons
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- desséchés préalablement, a conservé à la levure une glande énergie.
- Un troisième procédé , qui présenta également assez de succès, consiste à étendre en couches fort minces la levure fraîche bien égouttée sur des tablettes épaisses en plâtre, parfaitement sèches , disposées en rayons dans une étuve à cornant. Le plâtre absorbe rapidement la plus grande partie de l’eau retenue par la levure , et qui aurait le plus efficacement contribué à son altération ; l’humidité excédante est ensuite enlevée par le courant d’air sec. La levure est alors réduite en poudre , étendue de nouveau sur des tablettes dans l’étuve, puis renfermée hermétiquement. Cette substance ainsi conservée présenta, au bout de deux ans entiers, une énergie très forte pour exciter la fermentation. Il est très probable que l’un des deux derniers procédés ci-dessus décrits, formera la base d’une industrie utilé.
- Si la levure humide était abandonnée à elle-même dans un vase ouvert ou fermé , à une température douce, elle ne tarderait pas à fermenter, et produirait tous les phénomènes qui accompagnent la putréfaction des matières animales.
- La levure chauffée à la chaleur de l’eau bouillante, perd toutes ses qualités utiles; à une température plus élevée, elle se décompose et «donne tous les produits de la calcination des substances animales. Ces propriétés indiquent suffisamment les circonstances dans lesquelles ou doit éviter de mettre la levure pour prévenir son altération.
- J’ai démontré, à l’occasion d’un concours de la Société d’Encouragement, que la levure, en déterminant la contraction du réseau organique que forme l’icthyocolle étendue dans un liquide froid , est l’agent qui hâte et complète la clarification de la bière. ( V. l’article Icthyocolle et son supplément , vol. X. )
- Le suc du raisin et celui de plusieurs autres fruits déposent, après leur fermentation, une substance que l’on a regardée comme identique avec la levure ; du moins est-il certain qu’elle jouit de la propriété d’exciter puissamment la
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- *44 LIBRAIRE, LIBRAIRIE,
- fermentation qui, dans les solutions de sucre, produit l’alcool, etc. : on supposait même que cette propriété résidait exclusivement dans la levure; mais un assez grand nombre d’expériences récentes prouvent que d’autres matières possèdent cette faculté, à un degré moindre, il est vrai. La bière possède des propriétés laxatives assez fortes, et qui pourraient devenir vénéneuses : aussi a-t-on remarqué que le cidre, la bière et le vin nouveau troubles, donnent lieu à beaucoup d’indispositions. ( V. Ferment, Alcool, Bière, Boissons, etc.)
- P.
- LIAIS ( Architecture ). C’est le nom d’une espèce de pierre dure, qui est fort belle et à grain fin, qu’on tire des carrières du faubourg Saint-Jacques, deBagneux, de Montrouge, près Paris, etc. On la réserve pour les travaux d’importance, comme bases de colonnes, cimaises d’entablement, marches, dales, etc. On en distingue de deux sortes, le liaisferraultetle doux; celui-ci est plus tendre. Fr.
- LIBAGE ( Architecture). On donne ce nom aux pierres brutes auxquelles on a seulement ôté la couche tendre appelée bouzin, sans cependant les scier ni les tailler : elles sont destinées aux fondations, et servent de plate-forme pour asseoir la maçonnerie en pierre de taille et en moellon. Fr.
- LIBRAIRE, LIBRAIRIE ( Technologie). Le mot librairie signifiait autrefois bibliothèque, ou un grand amas de livres. Henri IV chargea Casaubon du soin de sa librairie. On appelait alors maître de la librairie, dans la maison du Roi, ce que nous nommons aujourd’hui bibliothécaire du Roi. Dans ce sens, le mot librairie est hors d’usage.
- Dans le siècle où nous vivons, nous entendons par librairie, un genre de commerce qui a pour but la confection et la vente des livres, et par libraire, le marchand qui se charge de faire imprimer, soit les ouvrages que les auteurs lui présentent en manuscrit, soit ceux dont ils désirent faire des éditions successives, soit enfin ceux dont la propriété est tombée dans le domaine public, et ensuite de les vendre soit pour leur propre compte, soit pour le compte des auteurs,
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- LIBRAIRE, LIBRAIRIE. 245
- moyennant les arrangemens dont ils sont convenus entre eux. Les livres anciens entrent aussi dans le commerce de la librairie, et les bons ouvrages les plus recherches sont réimprimés par les soins du libraire, qui ne manque pas de réunir dans ses magasins les ouvrages rares, curieux et intéressans qu’il peut se procurer dans la vente des bibliothèques, qui a lieu assez souvent par la mort des savans ou des bibliomanes qui les avaient réunies (1).
- Le libraire-éditeur est donc, sous tous les rapports , le conservateur et le propagateur de la science et des connaissances humaines, puisque c’est par ses soins que l’on peut se procurer tout ce qui a été écrit, tout ce qui a été imprimé et tout ce qui s’imprime journellement. Si l’imprimerie a rendu des services immenses à la société, la librairie de son côté n’en a pas rendu de moins grands, et les Souverains, qui ont parfaitement senti les avantages que tout État bien gouverné en retire, se sont empressés de protéger ces deux arts, qui se prêtent mutuellement la main pour porter au plus haut degré de perfectionnement les Sciences , les Arts, et tout ce qui concourt à augmenter la prospérité des Empires, le bonheur des peuples et leur civilisation.
- La librairie se divise naturellement en deux grandes branches, la librairie ancienne et la librairie nouvelle; chacune d’elles se sous-divise en plusieurs autres, que nous présentons par ordre alphabétique, afin de ne blesser l’amour-propre d’aucun lecteur : librairie classique, commerciale et industrielle, de Jurisprudence, de Littérature, de Médecine et de Chirurgie, de Sciences exactes, de Théologie, dont chacune peut être encore sous-divisée en plusieurs autres, qu’il est inutile d’énumérer.
- On voit combien est vaste le champ à exploiter par la
- ,0 On voit, par la définition que nous adoptons , que nous n’y comprenons pas les marchands de livres , qui n’en fabriquent aucun, qui se bornent à acheter les livres des divers fabricans et les revendent. Mous en parlerons çivts bas.
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- librairie ; aussi très peu d’individus l’embrassent-ils tout entier. Les uns exploitent une seule branche, d’autres en exploitent plusieurs à la fois. Ce n’est que dans les grandes villes que l’art de la librairie est exerce' dans toute son e'tendue.
- Dès la naissance de l’imprimerie -, la librairie prit un plus grand essor ; des entreprises considérables se formèrent et étendirent son commerce. C’est aux Plantins, aux Vitres, aux Robert, Charles et Henri Étienne, aux Aide, aux Elzevirs, que l’on doit les belles e'ditions dont ils ont enrichi la république des lettres. Rigaud-Anisson , Manuce, Cramoisy, P. le Petit et plusieurs autres se sont distingués dans les derniers siècles, et dans celui où nous vivons, les Didot, et particulièrement Firmin, se distinguent par les belles éditions qu’ils ne cessent de publier.
- La librairie donne de la considération à celui qui l’exerce avec l’intelligence, les lumières et la délicatesse qu’elle exige. Cette profession devrait être regardée comme une des plus nobles et des plus distinguées, puisqu’elle suppose, dans celai qui l’exerce, les connaissances les plus variées et les pins étendues. C’est aussi de cette considération qu’ont généralement joui les libraires sous les Gouvernemens qui se sont le plus occupés de cet art important, et qui, convaincus des talens que doit posséder celui qui s’y livre , n’en admettaient aucun qu’il n’eût fait preuve, par un examen préalable, des connaissances qu’on exigeait de lui. Louis X1Y et Louis XI ont confirmé les ordonnances de leurs prédécesseurs , qui assujettissaient les libraires à subir un examen rigoureux avant d’être reçus. Le recteur de l’Cniversité devait surtout leur délivrer un certificat qui attestait que le candidat connaissait parfaitement la langue latine et la langue grecque-
- Depuis la révolution , on a fait beaucoup de lois sur la librairie : toutes n’ont eu pour but que de restreindre la liberté de la presse, d’en arrêter les abus réels ou imaginaires, e! aucune ne s’est occupée de ce qui était le plus important, des qualités et des connaissances que doit posséder celui qui propose d’exercer un art qui a la plus grande influence sur b
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- prospérité d’un État, le bonheur des peuples, le perfectionnement des Arts et de l’industrie, les succès du commerce, la morale publique, les avantages de la civilisation, etc., etc. On n’admet à l’exercice de la Médecine , de la Jurisprudence, du Génie civil et militaire, du travail des Mines , de la construction des vaisseaux, etc. , etc. , etc., que des hommes qui, après de longues études dans des écoles spéciales, ont fourni les preuves authentiques des talens qu’ils ont acquis, et ont obtenu des diplômes qui leur donnent le droit d'exercer l’art qu’ils ont étudié avec fruit, et l’on abandonne au gré des vents le vaisseau qui porte les hommes dont l’influence se répand indistinctement sur toutes les classes de la société ! On prend un soin minutieux de la santé du corps , de la fortune des citoyens, et l’on néglige ce qu’il y a de plus précieux, ce qui peut le plus contribuer à perfectionner les facultés de l’âme, d’où dépend le véritable bonheur de l’homme et de la société !
- De la négligence que l’on a mise dans notre législation sur ce point, qui intéresse sans doute le plus la morale publique et la tranquillité générale , sont résultés une foule de maux qu’on ne peut trop déplorer. On les aurait évités, on les éviterait encore, si l’on exigeait des libraires l’étude des sciences nécessaires pour exercer leur art avec connaissance de cause, et après avoir subi des examens publics, dans lesquels ils feraient preuve des talens qu’ils ont acquis dans toutes les branches qui doivent faire partie de leur commerce. La langue française, la langue latine et la langue grecque devraient être la base de ces études ; on y ajouterait les Mathématiques , la Physique et la Chimie , pour ceux qui se livreraient à la fabrication des ouvrages qui traitent des Sciences exactes ; l’application des Sciences exactes aux Arts industriels pour les ouvrages qui traiteraient des Arts industriels et du commerce. Trois célèbres professeurs donnent, à Paris, des cours publics et gratuits de ces Sciences, au Conservatoire des Arts et Métiers : combien de libraires les suivent-ils? Aucun.
- Les cours de Droit à ceux qui s’occuperont des ouvrages de
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- Jurisprudence, des cours de Médecine à ceux qui fonderont leur commerce sur les ouvrages de Médecine et de Chirurgie. 11 en serait de même pour les autres branches de la librairie; alors on serait assuré que des hommes instruits exerceraient leur art avec les talens et la délicatesse qu’exige la librairie; car ils seraient jaloux de mériter et de conserver la considération dont leur art serait environné. Ce serait le moven le plus sûr de remédier aux abus réels de la presse ; car les hommes judicieux etimpartiaux ne regardent pas, avec raison, comme abus certaines inculpations que, de nos jours, on a faites à la liberté de la presse.
- La librairie, sous ce rapport, est bien déchue de ce qu’elle était autrefois. Aujourd’hui, il suffit d’avoir les fonds nécessaires pour payer un brevet, de la hardiesse pour entreprendre , et quelques protections pour obtenir de suite la permission d’exercer une profession qui exige une si grande masse de connaissances pour remplir le but auquel elle devrait atteindre pour seconder la marche rapide des Sciences et des Arts vers la perfection ; aussi n’est-il pas rare de trouver, parmi les libraires, des hommes qui savent à peine lire, sam aucune espèce d’instruction préliminaire , et qui ne possèdent d’autre talent que de faire imprimer une foule d’ouvrages, non-seulement inutiles , mais préjudiciables à toutes les classes de la société. Eu effet, quelle instruction peut-on retirer de cette quantité prodigieuse de livres dont on inonde le public, et qui promettent avec emphase, sous un petit volume, b connaissance exacte de telle ou telle science , de tel ou tel art, qu’il serait impossible de traiter avec fruit dans un cadre aussi resserré? Ces abrégés pourraient être utiles pour les gens du monde et pour les personnes qui ne veulent qu’effleurer les Sciences et n’y être pas tout-à-fait étrangères ; mais pour cela, il faudrait que ces ouvrages fussent rédigés par hommes capables et parfaitement initiés dans les sujets qu ils traitent, afin de ne donner que des notions exactes incontestables. Le contraire arrive : un soi-disant auteur, <JU1 se dit universel, traite indifféremment tous les sujets; ^
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- compile le premier ouvrage qui lui tombe sous la main. Trop ignorant pour distinguer la vérité' du mensonge , il le consacre encore dans son écrit, ou bien il dénature ce qu’un auteur distingué avait imprimé , et qui est irréfragable. Peu lui importe d’avoir trompé son lecteur ; son but est rempli, il a reçu le prix convenu de son manuscrit : et le libraire s’inquiète fort pende savoir s’il a employé des fonds à faire reculer ou non la science; il ne demande que la vente de son ouvrage. Un livre sort de la classe des autres marchandises : on ne peut apprécier sa valeur qu’après l’avoir lu et l’avoir médité, et l’on ne peut le lire qu’après l’avoir acheté. On est donc trompé, si l’ouvrage est mauvais, sans recours contre le vendeur. Il serait par conséquent indispensable d’avoir ses talens et sa délicatesse pour première garantie.
- Si le libraire avait les connaissances requises pour exercer son art, il se refuserait à prêter son secours pour faire imprimer des ouvrages de cette nature, et sa délicatesse le ferait reculer devant une entreprise qui ne tendrait qu’à détruire sa réputation en trompant le public. Ce ne sont pas les gens instruits qui achètent ces sortes d’ouvrages ; ils sont assez prémunis contre leurs titres fastueux ; ils connaissent leur peu de valeur; ils savent que, loin de rien apprendre , ils jettent, pour la plupart, en erreur celui qui s’amuse à les lire , et qui est plus ignorant après l’avoir étudié qu’il ne l’était avant : car il est plus avantageux d’être absolument étranger à un art ou à une science, que d’en avoir des connaissances erronées. Le bas prix auquel ces mauvais ouvrages sont livrés est un appât pour le peuple, qui s’empresse de se les procurer : l’édition est bientôt épuisée, et c’est ce que le libraire ignorant avait pour but ; son seul espoir est rempli. L’avidité avec laquelle l’artisan, le simple ouvrier, recherche la description de l’art auquel il s’est adonné , prouve combien il est désireux de s’instruire ; et quelle confiance peut-il avoir pour le libraire qui l’a trompé? Il le méprise , et ne se laissera plus séduire par ses fallacieuses promesses. Éclairé par la faute qu’il a commise, il préfère payer un peu plus cher, et acheter
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- le même ouvrage qui renferme les instructions du savantes consciencieux auteur qui l’a traite , et qui lui communique les résultats de ses investigations, pour le conduire à la perfection après laquelle il soupire.
- Les libraires anglais suivent une marche toute contraire; ils répandent avec profusion tout ce qui peut être utile à la classe industrieuse et peu fortunée ; ils donnent à des prix extrêmement bas les leçons des savans occupés de l’instruction des ouvriers , qui s’empressent de se les procurer , et qui en font le sujet habituel de leurs méditations. Aussi voit-on généralement , en Angleterre, les ouvriers bien plus instruits que les nôtres, et les ouvrages qui sortent de leurs mains beaucoup plus parfaits que ceux qu’on exécute chez nous.
- Indépendamment des connaissances scientifiques que doit posséder un libraire-éditeur, il est des connaissances pratiques qu’il ne doit pas ignorer. Il doit avoir fait une étude assez approfondie de la typographie ; car pour faire imprimer des ouvrages nouveaux , ou faire réimprimer des auteurs anciens, l’art de l’imprimeur ne doit pas lui être étranger. Son ignorance sur ce point pourrait compromettre sa fortune, surtout pour des ouvrages de longue haleine. 11 est donc important qu’un libraire-éditeur soit en état de calculer d’avance combien de volumes comprendra cette édition, les frais qu’elle occasionera, et le prix auquel il doit la vendre pour avoir un bénéfice honnête. Il doit donc, pour établir ses calculs sans commettre d’erreurs, savoir apprécier la différence des caractères qu’il doit employer, les assortir au genre d’ouvrage qu’il veut publier, déterminer la justification, et surtout éviter de grossir un volume en y laissant des blancs inutiles, qui en augmentent toujours le prix, par la vente du papier blanc au même taux que le papier imprimé. Ce sont des abus qui ne se rencontrent malheureusement que trop souvent, mais jamais chez les libraires qui se respectent. A toutes les connaissances que doit avoir le libraire-éditeur, nous devons ajouter celle importante de la qualité des papiers propres a l’impression du texte, et de ceux qui sont destinés à l’impres-
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- LIBRAIRE, LIBRAIRIE. a5i
- siou des planches, afin d’être en e'tat de les approprier à l’ouvrage qu’il veut entreprendre.
- Lorsqu’un éditeur instruit, et nous ne le supposerons pas autrement dans tout ce qui nous reste à dire , est consciencieux . et qu’il entend ses intérêts, il ne doit pas chercher à porter ses ouvrages à un prix exorbitant, qui éloigne la plupart des acheteurs. Après avoir scrupuleusement tenu en compte tous ses déboursés, il voit à combien lui revient chaque volume, et après y avoir ajoute' le montant des remises qu’il est obligé de faire à ses confrères, il y joindra le bénéfice honnête admis dans le commerce , et non un prix arbitraire , comme on ne le fait que trop souvent. Alors, comme il n’imprimera que de bons ouvrages, qu’il fera tirer à un nombre suffisant, il sera certain d’en avoir un prompt débit, et ses bénéfices seront certains.
- Le libraire-éditeur a plus qu’on ne pense une grande influence sur le développement des connaissances littéraires et scientifiques. C’est à ses combinaisons que l’on doit souvent l’existence d’un ouvrage dont il fournit l’idée à!l’auteur, qui le rédige ensuite sur le pian qu’il se forme. Plus d’une entreprise nouvelle et éminemment utile, a été ainsi suggérée par des éditeurs instruits qui ont, en cela, rendu de véritables services aux Sciences, aux Arts et aux Lettres. C’est encore à ses spéculations que l’on doit la propagation des lumières dans toutes les classes de la société , dont il étudie les besoins et les goûts, qu’il stimule sans cesse en présentant au public les ouvrages les plus importans dans tous les formats , et en les mettant ainsi à la portée de toutes les fortunes.
- Dans ses relations avec les auteurs, l’éditeur instruit sait apprécier le mérite des personnes dont il imprime les ouvrages. Ce n’est pas lui , mais les auteurs qui fixent le prix de leur travail. 11 débat ses intérêts , cela est juste , niais il ne laisse pas échapper l’occasion de faire une édition qui certainement serait très favorablement accueillie par un autre moins intéressé ou plus coulant que lui.
- Lorsque l’auteur est connu, et dont le mérite est apprécié
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- a5a LIBRAIRE, LIBRAIRIE,
- par des ouvrages pre'ce'dens, les conventions ne pre’senterrt jamais de difficultés, et elles sont toujours acceptées; mais lorsque l’auteur n’est pas connu, et que c’est un premier ouvrage qu’il propose, alors l’e'diteur doit être naturellement plus difficile ; il examine le manuscrit, et c’est ici où l’instruction lui est essentiellement ne'cessaire pour le bien juger. Si le sujet est neuf, qu’il n’ait pas encore été traité, la chance du succès peut être douteuse , les difficultés augmentent , et le prix auquel il consent de payer le manuscrit est nécessairement porte' le plus bas possible, pour e'viter des pertes souvent conside'rables ; mais si ce premier ouvrage re'ussit, qu’il se débite promptement, la réputation de l’auteur s’établit, et les premières difficultés disparaissent.
- Les ouvrages qui nécessitent des planches , exigent encore de nouvelles connaissances que doit avoir le libraire-éditeur. Il est indispensable qu’il sache apprécier le dessin des sujets, la bonté et la fidélité de la gravure ; sans cela il est exposé à rendre mauvais le meilleur ouvrage, surtout celui qui est destiné à la description des Arts industriels, dont les planches sont indispensables pour rendre le texte plus intelligible, en l’abrégeant considérablement.
- Le libraire-éditeur qui, connaissant à fond l’art qu’il exerce, est bien pénétré de la considération dont il le fait jouir, ne néglige rien pour s’en rendre digne ; il ne s’environne que des auteurs qui jouissent de la meilleure réputation et la mieux méritée : non-seulement il les seconde de tout son pouvoir, en leur payant largement les frais de leurs travaux, mais si quelque revers de fortune leur survient, il trouve le moyen, sans blesser leur délicatesse , de les faire participer aux richesses qu’il a amassées parleur secours. Panckoucke en usait ainsi : personne n’ignore qu’il faisait des pensions à «les hommes de lettres qui l’avaient aidé à faire fortune. Ce temps est déjà loin de nous, et des hommes de ce caractère n’existent plus en France.
- Lorsqu’un ouvrage est imprimé , le libraire se garde bien de le faire brocher en entier ; il nuirait ainsi à ses interets :
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- i". dans le cas où l’e'dition ne se vendrait pas, il perdrait en sus les frais du brochage ; 20. après un certain temps que les volumes seraient en magasin, ils perdraient leur fraîcheur; le papier exposé à l’air jaunit dans les tranches. Ils les mettent en ballots sous cordes, ordinairement par cent volumes, et ils ne font brocher qu’un ballot après l’autre. Ces ballots sont conservés dans des magasins dont le choix est important.
- Il faut éviter , autant que possible , les re2-de~chaussée, pour préserver les ballots de l’humidité , et mettre par-dessous des planches de sapin bien sèches, supportées par des pièces de bois, appelées Lambourdes, qui facilitent la circulation de l’air au-dessous. On a vu souvent des ballots détériorés jusqu’à la hauteur de 18 pouces (5o centimètres). Il faut choisir des ap-partemens bien secs et bien aérés ; sans cette précaution, les pertes seraient immenses.
- Combien de choses ne nous resterait-il pas à dire encore si notre cadre nous permettait d’épuiser cette matière ; mais nous en resterons là, et nous terminerons cet article par quelques notes dont le lecteur pourra retirer quelque avantage : nous parlerons ensuite des libraires marchands et des bouquinistes Les frais d’impression du texte d’un ouvrage peuvent se calculer d’après les bases suivantes :
- Le prix de la composition se paie à l’imprimeur, relativement au caractère qu’il emploie ( V. Caractères d’imprimerie, T. IV, page i65) , depuis le caractère cicéro jusqu’au petit-texte, l’un et l’autre compris, à raison de o/r-,55 le mille de lettres. Les plus petits caractères se paient 5, ioet i5 centimes de plus, selon leur petitesse , à cause de la plus grande difficulté que présentent ces sortes de caractères.
- Le tirage sur papier ordinaire se paie de 4 à 6 fr. la rame, sur papier dit carré, et sur papier vélin, de 6 à 8 fr. la rame.
- Le bénéfice de l’imprimeur se paie en sus, sous le nom d étoffes, de 5o à 75 pour 100 du montant des articles pré-cédens. Sous le nom d’étoffes, l’imprimeur comprend l’usage des caractères, de tous les ijistrumens de l’imprimerie, et son bénéfice réel.
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- Cette différence de prix provient du plus ou moins de soins que mettent les imprimeurs dans leurs ouvrages, et de la plus grande réputation qu’ils ont acquise.
- Les papiers ordinaires, depuis le blanc le plus commun jusqu’au plus beau, se paient de 9 à 16 fr. la rame. Le papier vélin vaut de 24 à 4® fr- également la rame. La rame se compose de 20 mains, qui doivent avoir 25 feuilles chacune et par conse'quent la rame doit avoir 5oo feuilles ; mais comme il arrive souvent que les mains sont incomplètes, ou renferment des feuilles de'fectueuses, on est dans l’usage d’ajouter par chaque rame une main en sus, qu’on désigne sous le nom de mains de passe. Ces mains ne sont pas perdues en entier; elles fournissent encore le plus souvent des exemplaires complets en sus du nombre auquel on se propose de tirer, et ces exemplaires couvrent presque toujours ceux que l’éditeur est obligé de donner pour faire annoncer ses ouvrages par les journaux.
- Les libraires qui ne sont pas éditeurs , que l’on trouve répandus dans toutes les villes des départemens, et qui sont en beaucoup plus grand nombre que les autres , ne sont que de simples marchands de livres. Ils achètent, chez les libraires-éditeurs , les ouvrages dont ils pensent avoir plus ou moins de débit, et les revendent au consommateur.
- Le marchand de livres n’a pas strictement besoin d’autant de connaissances, ni aussi étendues que le libraire-éditeur; il en est d’autres qu’il doit étudier avec soin. Il doit être profond en bibliographie, afin de savoir apprécier les bons ouvrages. Plusieurs auteurs ont traité cette partie avec impartialité ; ils font connaître le mérite des ouvrages, les meilleures éditions, et les prix auxquels on peut les porter. C est une science à l’étude de laquelle ils ne doivent pas ne'gliger de se livrer ; ils trouvent souvent l’occasion de la mettre avantageusement à profit. Un savant, un amateur vient à mounr, il laisse à des héritiers ignorans une bibliothèque précieuse, réunie à grands frais : le libraire instruit, assuré de n avoir pas de concurrens, offre d’abord des prix très bas ; auc®
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- connaisseur ne se pre'sente, et il a pour une très faible somme, des ouvrages très rares et d’un grand mérite.
- Le marchand libraire doit étudier les goûts des habitans du pays où il a établi son commerce , et ne tenir que les livres dont il connaît à peu près l’emploi. Si de temps en temps on lui demande des ouvrages qu’il ne tient pas ordinairement, il se charge de les procurer , et toujours au même prix porté dans les catalogues des libraires-éditeurs.
- On est étonné, dans les départemens même les plus éloignés de la Capitale, de se procurer les ouvrages au même prix du catalogue des libraires-éditeurs de Paris. On est surpris que les frais de transport ne rendent pas les livres plus chers ; il sera utile d’instruire le lecteur de la manière dont se fait le commerce de la librairie.
- Le libraire-éditeur , en envoyant à son commettant les livres qu’il lui a demandés, lui fait sur sa facture une diminution considérable.
- i°. Sur le prix de l’ouvrage, tel qu’il est porté sur son catalogue, une remise de i5, 20 ou 2.5 pour 100, selon l’ouvrage ou selon les circonstances. Prenons un terme moyen, et portons-la à 20 pour 100.
- 20. Il lui donne le treizième gratis, qui est compté dans la librairie comme 8 pour 100.
- 3°. Une remise ensuite de 1 o pour 100; ce qui fait, en totalité, une remise de 38 pour 100, et souveut plus considérable.
- Les règlemens de compte se font, chez les libraires-éditeurs , de six en six mois, et chaque anuée dans le courant de janvier et dans le courant de juillet, et les paiemens se font à six, neuf et douze mois, de sorte que le marchand jouit de ses fonds quelquefois pendant dix-huit mois.
- On voit que, par tous ces arrangemens, le libraire marchand n’a qu’à payer les frais de transport, qui sont peu <le chose , parce qu’il se sert de la voie du roulage. Il a soin se faire rembourser le prix du transport en sus de celui du catalogue , lorsque l’acheteur est pressé de jouir, et qu’il Amande que l’ouvrage lui soit envoyé par la poste.
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- On voit, par tout ce que nous venons de dire, que ]e libraire marchand doit se procurer le plus grand nombre de catalogues qu’il lui est possible, afin de se tenir au courant de tous les ouvrages qui s’impriment. Il a encore le moyen de les connaître par la Bibliographie de la France, ou Journal général de l’Imprimerie et de la Librairie, qui donne , deux fois la semaine , la liste de tous les ouvrages qui s’impriment dans le royaume. On souscrit chez Pillet aîné, imprimeur-libraire , rue des Grands-Augustins, n° 7. Prix : 20 fr. pour l’année-
- Le bouquiniste est celui qui ne vend que de vieux livres, souvent dépareillés, et qu’il est important de trouver chez lui, pour compléter un ouvrage dont on a perdu un ou plusieurs volumes, quelquefois à des prix extrêmement bas. C’est chez eux que je suis parvenu à compléter un ouvrage en cent volumes, dont les 26 premiers me manquaient, et qui ne m’ont coûté que 20 fr., reliés et presque neufs. J’v ai trouvé le second volume d’un ouvrage en six volumes, que l’on m’avait volé, et que j’ai eu pour 3o centimes.
- Le bouquiniste achète ses livres dans les ventes publiques des bibliothèques ; il n’a besoin que de connaître la bibliographie , afin de ne pas laisser échapper des livres rares et précieux ; il achète ensuite en bloc les ouvrages dépareillés ou ceux dont on n’a pu tirer parti. Le prix auquel il les paie est k plus souvent au-dessous du prix du papier.
- On voit, par le peu de mots que nous en avons dit, que h librairie est un genre d’industrie bien plus important que beaucoup de personnes ne le pensent ordinairement, et nous faisons les vœux les plus sincères pour que le Gouvernement, à l'imitation des anciens gouvernemens, prenne les mesures convenables pour porter la librairie au point de considération, de confiance et de délicatesse dont elle a joui dans les siècles antérieurs.
- LICHEN ( Technologie). Les lichens sont des expansions végétales qui se présentent sous différentes formes, de ftp1*’ de godet, de membrane, de rameaux, de filets, etc.
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- LICHEN.
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- habitent partout, même sur les substances les plus lisses et les plus dures ; c’est principalement en hiver qu’on les trouve, les arbres en sont alors tapisses. Vivans , ils les défendent contre la rigueur du froid; morts , ils hâtent leur destruction. Us sont le fondement de la végétation , en s’attachant aux rochers, où aucune autre plante ne pourrait croître , et en y formant une terre qui s’accumule et devient propre à nourrir des forêts. Leurs usages particuliers sont très nombreux. Plusieurs espèces, réduites en poudre, entrent dans la fabrication d’un pain qui soutient l’existence des malheureux ha-bitans du Nord ; on les mange aussi en bouillie avec du lait. (Millin. )
- Le lichen d'Islande ( lichen islandicus ) est surtout celui qui est le plus recherché pour la nourriture et pour la Médecine. Ce nom lui a été donné parce qu’il se trouve abondamment dans cette île , et que les babitans s’en nourrissent.
- Cette plante a de un à quatre pouces (3 à 10 centimètres) de long au plus, formant des expansions foliacées, dures , coriaces , peu épaisses , plus ou moins larges, disposées à se recourber en gouttière, recourbées ainsi effectivement à la base, qui est assez étroite , et se partage bientôt en lobes inégaux et plus ou moins irréguliers, ou en espèces de ramifications linéaires, laciniées , bifurquées ou pinnatifides , à lobes encore fourchus au sommet ; elles sont bordées de cils courts, durs et comme épineux, de couleur olivâtre ou verdâtre, plus souvent blanches d’un côté, fauves de l’autre, rougeâtres à la base qui tient à la terre , et très rarement chargées, sur quelques lobes terminaux , d’écussons ou cupules sessiles, arrondies , de même couleur que les expansions, ou d’un rouge très brun et entourées d’un rebord cilié. (Linn., Jussieu.)
- Ce lichen, en se séchant, durcit encore beaucoup ; c’est en cet état qu’il se trouve dans le commerce. Il n’a pas d’odeur ; a saveur est amère sans être désagréable.
- Le lichen d’Islande contient deux principes constituans qui or*t des qualités médicamenteuses opposées l’un à l’autre : un principe amer qui renferme des propriétés toniques Tome XII. 17
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- dont le médecin habile sait tirer parti dans certains cas , que son expérience et la théorie lui indiquent ; 2°. un principe purement alimentaire, en sorte que, si l’on parvenait à dépouiller entièrement ce lichen du principe amer , on aurait un émollient. Il suit de là qu’en enlevant une partie du principe amer par une macération plus ou moins prolongée dans l’eau, que l’on jette, et réunissant ensuite les deux principes par l’ébullition , la matière nutritive douce enveloppant le principe amer irritant, il en résulte un aliment tonique qui , en ranimant les fonctions nutritives, augmente les forces après les avoir soutenues , diminue par conséquent l’épuisement, favorise le retour de l’embonpoint, et prépare ainsi la guérison des affections consomptives , et la cessation de ces expectorations causées par l’atonie des surfaces bronchiques, et qui, avec toutes les apparences du pus, simulent si bien la phthisie pulmonaire. Ce sont de sémblables affections que le lichen a souvent guéries ; car pour la phthisie véritable., la dégénérescence tuberculeuse du poumon, elle résiste autant à son action qu’à celle de tout autre remède.
- La pâle de lichen, excellente dans ces divers cas, se prépare de la manière suivante : on fait macérer, pendant vingt-quatre heures, le lichen dans l’eau froide , qu’on change deux ou trois fois pendant ce temps ; on jette cette eau et on lave bien le lichen avec de nouvelle eau. On fait bouillir et l’on soutient l’ébullition jusqu’à ce que la presque totalité soit dissoute ; on filtre la dissolution dans une chausse de laine. On ajoute à ce liquide une fois et demie de gomme du Sénégal (i) mondée, c’est-à-dire séparée de tous les points sales qu’elle peut offrir et toutes les matières étrangères qui peuvent s’y trouver incrustées, et lavée ensuite à l’eau froide. On remue de temps en temps sans chauffer de nouveau.
- Lorsque la gomme est bien dissoute, on ajoute le sucre en quantité suffisante pour rendre le goût agréable. On porte le
- (i; Ou préfère la gomme du Sénégal à la gomme arabique, parce qu’il est diffi-ile de rapprocher les solutions de cette dernière sans les brûler.
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- mélange à l’ébullition, qu’on dirige de manière à ce.que le bouillon parte du centre et rejette l’écume sur les bords. A mesure que l’écume se forme , on l’enlève sans agiter , de peur d’introduire de l’air, qui, tendant à s’échapper, formerait des bulles dans la pâte. Lorsqu’en prenant un peu de celle-ci avec une spatule, elle forme la nappé, on la retire du feu, et l’on y mêle l’eau de fleurs d’oranger, en l’agitant légèrement avec la spatule. On la laisse un peu reposer pouc que l’air qu’on aurait pu y introduire se dégage ; on la chauffe pendant quelques minutes , ensuite on la coule dans des moules de fer-blanc légèrement huilés ; on les fait sécher à l’étuve à une température de 3o°. On les essuie avec du papier gris, pour éponger toute l’huile qui pourrait y adhérer' encore , et l’on finit par les découper en lozanges.
- Quant à la préparation de la gelée de lichen , voyez le mob Gelée, T. X, page 158. -
- Le lichen des rennes sert à la nourriture de ces animaux, très utiles dans les régions hyperbôrées. Les habitans de la Laponie, qui élèvent les rennes pour les usages nombreux1 qu’ils en tirent, vivent de sa chair et de son lait ; ils font des courroies , des souliers , des vetenrens avec sa peau \ enfin, ils attèlent le renne à leurs traîneaux, et ils les font voyager rapidement sur la neige endurcie. Pendant l’iiiver, ils nourrissent ces animaux avec ce lichen, dont ils sont très friands.
- Beaucoup d’espèces de lichens sont employés dans plusieurs Arts , et surtout dans la teinture.
- On confond, sous le nom d’orseille, plusieurs espèces de lichens qui, macérés avec de l’urine et réduits en une pâte, fournissent à la teinture des couleurs jaunes, violettes, bleues, rouges ou noires. M. Dambourney, qui s’est beaucoup occupé du perfectionnement des couleurs, est parvenu à fixer la couleur fugace de l’orseille, et a obtenu diverses nuances très solides. ( V. son Recueil de procédés et d’expériences sur les teintures solides, dernière édition , au mot Orseille. j Au mot Obseille, nous indiquerons le moyen de la préparer et de l’einployér dans la teinture , en rendant cette couleur solide.
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- On a vu en 1827, dans les salles de l’exposition au Louvre, un échantillon de teinture violette, sur laine , faite avec l’or-seille. Cet échantillon est de la plus grande beauté, et l’auteur assure que la couleur- en est très solide.
- En 1^85, l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon, proposa des prix pour les meilleurs mémoires sur l’utilité des lichens dans la Médecine et dans les Arts. Le premier prix fut décerné au savant mémoire écrit en latin par M. G.-F. Hoffmann, docteur médecin de l’Université d’Er-lang , en Franconie. Cet auteur a épuisé la matière; il a fait des essais sur tous les lichens connus , et indépendamment de ses diverses observations sur l’emploi des différens lichens dans la Médecine, il a enrichi l’art de la teinture d’une infinité de moyens qu’elle peut employer pour tirer parti de ces algues ou mousses; il a donné des procédés par lesquels il a obtenu, avec facilité, 5r couleurs ou nuances nouvelles. Ce mémoire mérite d’être médité par tous ceux qui s’occupent de teinture ; on n’a donné, depuis, rien d’aussi complet sur un sujet d’une si grande importance.
- Le second prix fut adjugé à M. 4m°reux fils , docteur médecin en l’Université de Montpéllier.
- L’accessit fut adjugé à M. Willemet, doyen des apothicaires de Nancy. Ces deux derniers mémoires sont écrits en français.
- Ces trois Mémoires, imprimés à Lyon en 1787 , forment un volume in~8°, avec 8 planches, renfermant ce qu’on a écrit de plus utile sur l’emploi des lichens dans la Médecine et dans les Arts.
- Le lichen pulmonaire est en grandes lames ; on s’en sert quelquefois en Médecine contre les maladies du poumon. Sa substance est si coriace , qu’on en fait des semelles de souliers.
- L.
- LIÈGE. Substance légère, molle et élastique qui recouvre l’écorce d’une espèce de chêne ( quercus suber ) ; ce chêne croit spontanément dans l’Europe australe et en Barbarie. Cest d’Espagne que le commerce tire tout le liège qui est néces-
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- saire à la consommation de l’Europe ; on en trouve aussi en Languedoc et en Provence ; ce chêne se plaît dans les terrains arides et rocailleux, dans les sables, etc. La récolte de l’écorce se fait tous les huit ou dix ans ; on fend la partie extérieure et on la détache avec soin, de manière à laisser les couches de liber, qui sont indispensables à la vie de l’arbre, çt à n’enlever que l’épiderme épais formant le liège proprement dit. Un arbre peut subir, dans sa durée , jusqu’à dix çu douze de ces opérations : ainsi dénudé , il présente un' aspect singulier, à cause de sa surface qui est unie et d’un rouge assez prononcé.
- Le liège sert à divers usages dans l’économie domestique ; on en fait des bouchons, des pessaires, des semelles pour garantir les pieds de l’humidité ; on en compose des corsets pour aider à la natation , et des flotteurs pour soutenir les filets de pêcheurs, Brulé dans des vases clos, il donne le noir d’Espagne, employé dans la teinture, etc, Fr.
- LIÈGE. Dans l’article Bocchovxieb , plusieurs emplois utiles de cette substance ont été indiqués, d’autres ont été omis, et nous allons réparer cette lacune.
- Outre les bouchons ordinaires, on taille des disques en liège plus ou moins larges , désignés dans le commerce sous le nom de broches; celles-ci sont employées par les tonneliers pour fermer les bondes des tonneaux ou les trous que des grosses cannelles ont laissés dans les douves de fond : on s’en sert aussi pour boucher différens vases à larges goulots , dans les laboratoires de Chimie, de Pharmacie, etc., et dans l’économie domestique.
- Les planches de liège ayant une épaisseur limitée, on trouvé rarement dans le commerce de très gros bouchons (1) et des broches d’une épaisseur suffisante : celles-ci offrent peu de surface en contact avec les embouchures des vases; et lorsque
- (1) Depuis peu de temps, il est arrivé de Catalogue à Paris, de très gros Juchons, en un liège fin et fort souple.
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- dans cette surface il se rencontre quelques-uns des pertuis nombreux dont le lie'ge en planche est perfore', il devient impossible de boucher hermétiquement. Tous les manipulateurs qui en font usage ont été souvent contrariés par ces défauts du lie'ge, que Ton n’aperçoit souvent qifaprès avoir pris la peine d’ajuster les bouchons à la lime. Le procédé ci-après décrit permet d’éviter ce désagrément.
- On coupe, à l’aide d’une scie, dans une planche de liège (PI. 44, fig. 1) des morceaux rectangulaires, qui dans un sens ont une longueur égale à la hauteur du bouchon que l’on désire préparer, et dans L’autre une longueur égale au diamètre voulu. On aplanit à la râpe les surfaces supérieures ejt inférieures de ces morceaux , on les assemble deux à deux ou trois à trois, etc. Lorsque les morceaux sont ainsi disposés, suivant les dimensions que Ton se propose d’obtenir, on en colle, les faces qui doivent adhérer, et on lie avec un peu de fil chaque paquet qui doit former un bouchon ;*on dispose tout, de suite les paquets entre les côtés d’un châssis à clavette (îfig. 2 )-, et on les serre fortement en enfonçant les clavettes opposées à petits coups de marteau. On laisse le tout en cet <&at jusqu’à ce que .la gélatine soit desséchée, on desserre alors les clavettes, et Ton trouve chaque paquet aussi consistant et plus solide que s’il était d’un seul morceau. On les taille au couteau, ou les ajuste à la lime par les moyens ordinaires.
- On voit que les bouchons ainsi préparés n’ont plus aucuns pertuis dans le sens de leur longueur, et les défauts situés horizontalement ne peuvent plus faire communiquer Tinte-rieur des vases avec L’air extérieur.
- Afin d’enfoncer plus facilement les gros bouchons dans les ouvertures des vases, on les rend souples-, en les comprimanta plusieurs reprises et dans diffé.vens sens, entre les mâchoire» cannelées d’un outil représenté par la fig. 3. Cette maniéré d’amollir les bouchons est bien préférable aux moyens tjue l’on emploie habituellement; on parvient ainsi à les rendre tellement flexibles , qu’ils entrent, sans beaucoup d’effort,-
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- dans les goulots d’un diamètre moindre que le leur ; cela permet de tailler les bouchons en cylindres, au lieu de leur donner la forme conique , qui tend à les faire sortir. Cette dernière observation s’applique aux bouchons grands et petits, d’une et de plusieurs pièces.
- Les moyens que nous venons d’indiquer sont employés par M. Appert, pour fermer les flacons qui contiennent ses conserves. Les bouchons qu’il prépare lui-même sont tellement imperméables , qu’il garde ses flacons sans les recouvrir d’aucun lut, et ne les cachette que pour leur donner la forme habituée du commerce.
- On peut donc, en toute confiance, appliquer ces procédés à la fermeture d’une multitude de vases dont on se sert dans les pharmacies et dans l’économie domestique.
- La légèreté du liège comparé au poids de l’eau, lui donne la propriété de surnager ce liquide ; on en a tiré parti dans plusieurs applications utiles. C’est ainsi que les pêcheurs soutiennent, dans une position verticale, certains filets traînés dans l’eau; que des thermomètres sont maintenus à la sùper-ficie de l’eau par des flotteurs en liège ; qu’enfin , à l’aide d’une sorte de vêtement en liège doublé de toile, on a proposé d’empêcher les hommes d’être noyés, par suite de chutes accidentelles dans l’eau.
- En renfermant une plaque de liège entre deux semelles d’une chaussure, on parvient aisément à se garantir de l’humidité, sans augmenter de beaucoup le poids à porter aux pieds. P.
- LIENS. On fait des liens avec diverses substances, selon les occasions: tels sont le fil de fer, les cordes, les ficelles, l’osier, les pousses de deux à trois ans du chêne et du châtaignier , le coudrier, la clématite, etc. , les lanières d’écorce de tilleul, le jonc, etc. Pour empêcher que les liens de bois ne cassent, on les tord; et s’ils sont secs, on les met tremper quelque temps dans l’eau. La paille de seigle sert à lier les gerbes et même les bottes de foin ; celle de froment et les tiges de foin sont aussi employées au même usage.
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- 264 LIEUX D'AISANCE.
- On nomme aussi liens certaines pièces de bois d’un Comble, ( V. ce mot. ) Fb.
- LTERNES ( Architecture). Pour lier entre elles et briser les solives d’un plancher qui ont une grande portée, souvent on dispose en travers et par-dessus des pièces de bois de 5 à 1 pouces d’équarrissage, qu’on entaille de la moitié de leur épaisseur à l’endroit où elles croisent chaque solive, et l'on y met de bonnes chevilles qui entrent à travers ces pièces de bois nommées liemes, et vont jusqu’aux deux tiers des solives. ( y. Plaxchek. ) . Fb.
- LIEUX D’AISANCE ( Architecture ). La fosse d’aisance est une cave isolée, où les matières descendent par leur poids dans un tuyau. Lne construction solide en bons matériaux suffit pour la fosse, toutes les fois que l’on ne craint pas d’incommoder le voisinage, de gâter les puits , etc. On y pratique même des barbacanes, pour que les matières puissent fuir et être emportées par les eaux, afin d’épargner l’embarras des vidanges : mais dans les lieux très habités, ces procédés sont impraticables, et même les règlemens de police soumettent les propriétaires de maisons à des conditions qu’on ne peut enfreindre , sans compter qu’on s’exposerait à des réparations et des dommages très coûteux, si les caves ou puits voisins étaient infectés par les infiltrations. Il importe donc de connaître ces conditions.
- On ne peut construire une fosse d’aisance à la proximité d’un mur de séparation, sans faire un contre-mur qui garantisse le mur et empêche les fondemens de se corrompre ; et ce contre-mur doit être impénétrable et fait en matériaux d excellente qualité : il doit entourer la fosse. Autrefois on laissait un intervalle entre le mur et le contre-mur ; mais il est reconnu qu’il vaut mieux n’en faire qu’une seule et même maçonnerie. On a soin d’arrondir les angles, pour facilitée les vidanges.
- Au bas on fait un massif d’un pied d’épaisseur , en bons moellons posés sur leur lit, bien maçonnés avec plâtre °u mortier ; au-dessus on met un lit de glaise bien corroyée ou
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- de sable , de 4 à 5 pouces de haut ; sur ce lit on pave en grès posé à bain de mortier de chaux et de ciment ; ce sol est en pente et en forme de cuvette concave, de manière à porter les liquides du côté opposé au mur voisin. Si l’on rencontre l’eau dans les fondations, il faut épuiser pendant la construction, pour établir un fond solide et imperméable , ayant l’épaisseur plus que nécessaire à ce but.
- Si les fosses de deux maisons voisines sont contiguës , chacune a son contre-mur, et l’épaisseur totale doit être de un mètre ( 3 pieds ) au moins : chacun fait les réparations de son contre-mur à ses frais ; celles du mur mitoyen le sont à frais communs, à moins que le dégât ne provienne visiblement du fait de l’une des fosses seule.
- A Paris , la législation de cette matière est réglée par une ordonnance impériale du io mars i8og. Les fosses d’aisance sc font au-dessous des caves. Quand l’architecte a réglé , dans son plan, les places que doivent occuper les cabinets, c’est verticalement au-dessous qu’on pratique la fosse. Il ne faut pas que les matières aient à parcourir des tuyaux inclinés, parce qu’il y aurait bientôt engorgement. Le beu de la fosse étant choisi sur le terrain, on la construit comme il vient A’ètre dit, et on la voûte. Il faut laisser en haut trois orifices, l’nn où arrivent les tuyaux pour descendre les matières; l’autre pour aérer quand cela devient nécessaire , et le troisième qu’on ferme d’une grande pierre , et qui sert aux vidanges. Celui-ci se place ordinairement dans un.corridor servant de passage ou de communication entre toutes les caves, et au bas d’un escalier. La voûte est en plein-cintre, et son sommet est à 2 mètres au moins de hauteur au-dessus du fond ou sol. L’ouverture de vidange est d’un mètre sur 65 centimètres au moins ( 3 pieds sur 26 pouces ) ; celle de ventilation, qu’on bouche par un tampon, est circulaire et de 5 décimètres de diamètre ( 20 pouces). Le tuyau de chute a 3 décimètres ( 1 pied ) de large. Un second tuyau d’évent est établi parallèlement à celui de chute jusqu’à la hauteur des souches de cheminée ; cependant jamais on ne doit incom-
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- moder le voisin par les exhalaisons des latrines. Ces deux tuyaux naissent de l’intrados de la voûte où ils aboutissent Le tampon mobile ne s’enlève que lorsqu’on fait la vidange, pour ae'rer la fosse et protéger la vie des hommes qui l’exécutent. (J?. Asphyxie. )
- Les tuyaux dont on vient de parler se font communément en boisseaux de terre cuite ou en tuyaux de grès, qu’on empile les uns au bout des autres , en les ajustant par l’orifice qui est re'servé à cet usage, bouchant exactement les joints avec de bon mastic. Ces boisseaux doivent être vernissés en dedans, sans fentes ni gerçures. Les tuyaux de fonte ou de plomb sont beaucoup préférables. Ces chausses se soutiennent mutuellement par leur liaison ; mais on les assure contre le mur avec du. plâtre et par des liens en fer.
- Aux étages successifs , le boisseau doit recevoir le tuyau de communication du cabinet d’aisance ; il prend alors la forme fourchue, et on le nomme culotte : l’une des branches continue la communication de la colonne verticale , l’autre est le moins oblique qu’on peut, et va aboutir au-dessous du siège. Le plus souvent ce siège est une planche de chêne percée d’un trou rond nommé lunette , de 3 à 5 décimètres de diamètre (i pied à 18 pouces) , qu’on bouche d’un eouvercle : il est soutenu par un massif en maçonnerie, à la hauteur de 3 décimètres (r pied) au-dessus du sol. Le conduit est crépi eu plâtre.
- On doit préférer les commodités anglaises ou demi-anglaises, dont l’orifice est garni d’un vase en faïence percé au bas et bouché d’une bonde fermant hermétiquement. Dans les premières, ce vase est plus coûteux , parce qu’il est grand, de forme ovale , permettant l’arrivée d’un tuyau qui dégorge l’eau d’un réservoir, et ayant sur le siège deux pistons quon soulève, l’un pour lever la bonde , l’autre pour donner pas-sage à l’eau de lavage. Dans les autres, le vase est simpleet symétrique, la boude porte un anneau à sa partie supérieure) et on l’enlève au besoin avec un crochet.
- Les exhalaisons fétides qui se dégagent des cabinets d ai-
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- sance, sont une des plus grandes incommodités des logemens dans les grandes villes, où la place est précieuse, et où les appartemens sont très resserrés. Nous ne reviendrons pas ici sur ce qui a été dit aux mots Assainissement et Fosses d’aisance , pour établir des tuyaux d’appel, de manière à éviter ces odeurs importunes ; mais comme les locataires ne peuvent changer les dispositions de leurs habitations pour établir le système dont il s’agit, nous ajouterons ici quelques conseils pour diminuer l’incommodité des cabinets d’aisance.
- Il faut, avant tout, que les murs 11e soient pas souillés par les transsudations des matières fécales à travers les tuyaux de descente. On doit laisser au cabinet un vasistas toujours ouvert, pour dissiper l’air vicié. La porte doit être parfaitement close et les issues bien jointes, pour que le tirage des cheminées voisines ne fasse pas un appel de l’air infect du cabinet, qui abonderait sans cesse dans la chambre échauffée, et y développerait son affreuse odeur sous l’influence de la chaleur. Enfin, il faut entretenir la plus grande propreté dans la cuvette du siège, et en fermer hermétiquement les deux ouvertures, surtout l’inférieure. De tous les moyens imaginés pour clore exactement le trou de la bonde , le meilleur consiste à y pratiquer une soupape hydraubque.
- La fig. 4, PI. 10 des Arts de Calcul, représenté ce système. ABC est la cuvette de faïence ouverte en C ; au-dessous, est une seconde cuvette O qui reçoit les matières fécales-: on la vide de suite en la faisant basculer autour d’un axe N de rotation, en soulevant le bout I du levier, qu’on tire par une branche de fer MI articulée en I. Lorsque les matières sont tombées, ainsi que les eaux de lavage, on verse un peu d!eau propre dans la cuvette O ; cette eau , en s’élevant au-dessus de l’orifice inférieur C, ferme hermétiquement tout passage à l’air. Fr.
- LIEUX D’AISANCE (Technologie). Les mots lieux dJai-sance, fosses d’aisance, latrines r commodités, privés, sont tous synonymes. Au mot Fosses d’aisance (T. IX, page 345), nous avons fait connaître les moyens qu’on avait employés pour perfectionner leur construction et pour débarrasser l’in-
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- térieur des maisons de Codeur infecte qu’elles répandent lorsqu’elles ne sont pas bien construites. Au mot Assainissement (T. II, page 3o8 et suivantes), on est entré dans tant de détails sur les moyens de ventilation forcée, exécutée par M. D’Arcet, pour se débarrasser des miasmes putrides et délétères que les latrines répandent, qu’il ne nous resterait plus rien à dire, et que nous n’aurions qu’à renvoyer à ces articles si ce savant n’avait ajouté de nouveaux perfectionnemens et de nouvelles applications, qui sont consignés dans une instruction du Conseil de Salubrité du département de la Seine, imprimée par ordre du Conseil général de la Société ravale des Prisons, présidé par M. le Dauphin. C’est de cette instruction importante que nous allons extraire le complément de l’article Assainissement.
- Nous prierons le lecteur de lire ce qui a été dit, au mot que nous venons de citer, sur la construction de la fosse d’aisance, et sur le moyen de ventilation forcée à l’aide d’un poêle placé dans le vestibule de la maison destinée à des latrines publiques, et dont le plan et la coupe ont été donnés, afin de bien concevoir les perfectionnemens dont nous allons seulement nous occuper.
- M. D’Arcet conseille d’utiliser , pour la ventilation forcée, la chaleur prise dans les foyers des cuisines , et de faire passer le tuyau ventilateur auprès des tuyaux de cheminées des pièces supérieures, afin d’éviter les dépenses de combustible autant que cela sera possible. Pour en faire concevoir facilement l’exécution, ce savant a donné la coupe d’une de ses cheminées salubres. Cette coupe est prise dans le milieu du tuyau ventilateur. Il creuse dans le mur A (PI. 35, £§• 1 ) l’encaissement pour loger le tuyau d’appel BD, que nous nommons tuyau ventilateur, et qui est en poterie , ou mieux en fonte de fer. A la hauteur du premier étage, il le dévoie, comme on le voit en B, pour l’entourer, dans les étages supérieurs , de quelques autres tuyaux des principales cheminées. Cette construction donne l’avantage d’y établir en tout temps, sans dépense et sans avoir à s’en occuper, un couvant
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- d'air ascensionnel pins que suffisant. Lorsque les dimensions de ce tuvau ventilateur ont -été bien calcule'es, lorsque cette cheminée s’élève plus haut que n’est placé, sur le tuyau de chute, lé siège le plus élevé, le tirage s’établit très facilement dans ce tuyau ventilateur, car la moindre élévation de température suffit pour produire cet effet. La chaleur que conservent ou qu’acquièrent, par leur décomposition, les matières qui tombent dans la fosse, y opère d’ailleurs réchauffement de l’air, et facilite déjà la détermination du courant ascensionnel dans la cheminée d’appel B,D. L’action du soleil sur la couverture de cette cheminée contribue encore à produire le même effet.
- La fig. 2 représente une partie du plan de la cheminée salubre , dont la fig. 1 représente la coupe verticale par le milieu de la plaque. Ce plan ne renferme que la partie dont nous nous occupons. On voit en A le foyer ; en N la plaque de fonte ; en I le tuyau d’appel qui prend l’air dans la fosse d’aisance, et le porte derrière la plaque N dans l’encaissement 0, où cet air doit s’échauffer. Les lignes ponctuées depuis M jusqu’en O, indiquent la forme évasée que prend ce conduit en sortant du tuyau d’appel M.
- L’ouverture P ( fig. 1 ) doit être toujours fermée ; on ne l’ouvre que pour laver le conduit M, èn y jetant quelques seaux d’eau.
- La fig. 3 représente la coupe d’une souche de cheminées disposée comme nous venons de le dire : on y voit en B la cheminée d’appel, ou tuyau ventilateur, placé entre deux cheminées de cuisine ou d’appartement A et C.
- La fig. 4 est une élévation de cette même souche de chemisées prise au-dessus du toit. On y voit en B la tête de la cheminée d’appel, qui s’élève à deux mètres au-dessus des déminées AetC (fig. 2 et 3).
- C’est d’après ce principe que nous avons assaini les latrines dont nous avons parlé au mot Fosses d’aisance (T. IX , 349). Dans les constructions nouvelles, il est plus avan-tageux et plus prudent de placer la fosse d’aisance le plus près
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- possible du tuyau d’appel, comme le recommande M. D’Arcet cependant, dans l’exemple que nous avons cite', la fosse est à plus de cent pieds de distance du foyer de la cuisine, et la ventilation a e'te' parfaite ; l’assertion d’un savant aussi recommandable que M. D’Arcet ne pouvait laisser aucun doute.
- Il est des e'tablissemens où il n’est pas possible de profiter des moyens d’appel dont nous venons de parler, et où l’oa est force' d’àvoir un fourneau particulier construit pour ce seul usage: par exemple, dans les prisons, dans les hôpitaux, dans les colleges, dans les casernes , etc. , etc. , dont les cuisines sont presque toujours dans des édifices séparés de celui oà sont les latrines. Ce cas s’est présenté à la prison de Gaillon, et voici comment M. D’Arcet a résolu le problème, qui offrait plusieurs difficultés.
- Dans le même bâtiment, destiné uniquement aux latrines, il y avait sur la longueur trois pièces : la première était un cabinet à un seul siège particulier ; plus loin une pièce carrée de trois mètres de côté avec six sièges ; à la suite une autre pièce semblable, dont les six sièges sont remplacés par une seule trémie. On fit construire , à chacun des deux bouts, une pièce de la même grandeur que les deux dernières ; on plaça le foyer de ventilation dans la pièce qui précède le cabinet à un seul siège , et l’on construisit dans l’autre un pissoir à sis places. Nous nous bornerons à donner ici le plan et la disposition du fourneau d’appel, comme la seule chose nécessaire, d?âprès tout ce qui a été décrit aux mots que nous avons cites, ces constructions n’ayant éprouvé aucun changement.
- Les fig. 5,6, 7 et 8, PI. 35, représentent le plan et différentes coupes du fourneau j tel qu’il est convenable de le construire pour le service d’un grand établissement public. Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans ces quatre figures ; les flèches montrent la direction que suit le courant d’air depuis le moment où il entre dans les sièges en D, jus-
- ventilateur A, aprte s’être chauffé, et par conséquent dilaté, en traversant fourneau d’appel.
- qu’à celui où il s’échappe par le tuyau
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- On voit (fig. 6) la coupe longitudinale du fourneau E, prise suivant la ligne 1,2 du plan (fig. 5). La grille du fourneau K ; le foyer E j la porte M de ce foyer ; le cendrier U ; la porte du cendrier I.
- On aperçoit au-dessus du foyer R un coffre vide P , formé au moyen des portes du fourneau et de deux plaques de fonte, comme on le voit dans cette figure, et comme le montre encore en P la coupe transversale ( fig. 7 ).
- Voyons la marche que suit l’air d’après cette construction.
- Il entre en D, de même que par toutes les autres ouvertures des sièges et du pissoir; il se précipite dans la fosse d’aisance, remonte par le tuyau ventilateur B, pour s’élever jusqu’au haut de la cheminée au-dessus de À. Dans cëtte ascension, il rencontre le tuyau G qui le conduit au foyer du fourneau ; il s’y précipite en abondance et en aussi grande quantité que sa capacité peut le permettre : une partie ya alimenter le fover, et celui qui est superflu enfile les tuyaux JS,N', et se rend par les ouvertures D ,0' dans le coffre P, où il est échauffé à son tour et dilaté. L’air échauffé par le foyer sort par le tuvauF,F; celui que le coffre P a échauffé sort par le tuyau H ; ils se rendent l’un et l’autre dans le tuyau ventilateur. Les ümux F et H, H sont bientôt eux-mêmes échauffés, et communiquent leur chaleur à l’air de la fosse, qui n’a pas pu s’introduire dans le tuyau G ; il se dilate , et la ventilation forcée continue par tous ces moyens réunis.
- La fig. 7 est l’élévation de la coupe du fourneau, prise selon la ligne 9 et 10 de la fig. 5.
- La fig. $ est en élévation la coupe du tuyau d’appel, prise sm la ligne 7 et 8 de la fig. 5.
- H ne faut pas perdre de vue que, dans ces constructions, on doit pratiquer dans chaque pièce où sont les sièges des latrines, des ouvertures capables d’introduire l'air nécessaire à la ventilation de ces pièces, soit au moyen de vasistas , soit Par des ouvertures pratiquées au-dessus des portes. Dans 1 exemple que nous Venons de citer, le cabinet à un seul siège doit être ventilé par une ouverture de 5o pouces carrés ; la
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- pièce suivante à six sie'ges doit en avoir une de 3oo pouces carrés ; la pièce suivante, par une ouverture de 5ozj pouces-carrés; et enfin, le pissoir, par une ouverture de 16 pouces carrés. On ne doit jamais fermer ce s ouvertures , et l’on règle la ventilation par une soupape à coulisse qu’on place dans le tuyau d’appel.
- La porte M du fourneau, et la porte I du cendrier, doivent être toujours fermées, de manière que l’air ne puisse jamais y entrer pendant la combustion. On n’ouvre la première que pour introduire le combustible, et on la referme de suite. On n’ouvre la seconde que pour en retirer les cendres , et on la ferme aussitôt. L’air nécessaire à la combustion doit être absolument fourni par la fosse d’aisance ; sans ces précautions, l’assainissement n’aurait pas lieu.
- Enfin, M. D’Arcet a prévu les cas où l’on serait forcé d’assainir des latrines ordinaires , en employant des fourneaux d’appel spéciaux. Il a résolu ce problème pour les deux cas qui se présentent le plus souvent, et c’est par là qu’il a terminé son instruction.
- Premier cas, où cinq à six sièges communiquent à la même fosse d’aisance , comme c’est l’usage dans presque toutes les maisons bourgeoises. Les fig. 9, 10, 11 et 12, PI. 35, montrent, sous différens aspects, cette construction; les même lettres indiquent les mêmes objets dans toutes les figures.
- Dans un encaissement en maçonnerie E ( fig. 10) est placé le fourneau S en tôle ou en fonte de fer ; un tuyau en tôle F, porte la fumée dans le tuyau d’appel A.
- Le plan ( fig. g ) est pris sur la ligne brisée 1,2,3 et j de la fig. io. On y voit la lunette D du siège, le tuyau de tôle F, le tuyau d’appel A, et la communication P avec le tuyau d’appel-
- La fig. it montre l’extérieur du fourneau. On y aperçoit la porte M, qui n’a aucune tirette, et qui ne sert qu’à mtro* duire le combustible et à retirer les cendres. On la ferme de suite.
- La fig, 12 est une coupe du fourneau selon la ligne 3,4 plan (fig. g) , afin de montrer la tirette de la porte I p11 i
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- quelle entre l’air nécessaire à la combustion, et les canaux o, o' de circulation de cet air.
- L’air, dans ce fourneau , circule d’une manière analogue à celui qui alimente le premier fourneau que nous avons décrit.
- Il sort de la fosse au point B, il passe sous le fourneau , vient entier dans le foyer par la tirette, de là sort par les canaux n,n, passe dans les canaux N,0,n,o,«, o', arrive en 0, o et o dans le tambour ménagé en dessus et en avant du fourneau. L’air qui a servi à la combustion sort par le tuyau F, et est versé , ainsi que l’autre avec la fumée, dans la cheminée A, B.
- L’encaissement en maçonnerie E doit être assez épais pour ne pas laisser perdre de chaleur en dehors à travers ses parois.
- Deuxième cas, lorsqu’il s’agit d’assainir des latrines pour lesquelles un seul siège communique à la fosse d’aisance.
- Ici on n’a pas besoin d’un fourneau aussi grand et aussi compliqué ; un simple petit poêle en faïence ou en terre cuite suffit L’explication des fig. 13 et 4 le fera concevoir facilement.
- La fig. i3 montre le plan de l’appareil sur la ligne brisée i,2,3,4- On voit en D le siège ; en A le tuyau d’appel; en P l’ouverture par laquelle l’air de la fosse entre dans rencaissement E, où est placé le poêle S ; le tuyau du poêle F en tôle, qui verse dans le tuyau d’appel les résidus de la combustion ; la porte M, par laquelle on ouvre celle du poêle pour y introduire le combustible.
- Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans la fig. 4. Dans cette figure , les flèches indiquent la circulation de l’air.
- Dans les deux derniers appareils dont nous venons de parler, on doit s’être aperçu que lorsqu’on ouvre la porte M, l’air de la fosse d’aisance peut et doit même facilement sortir par cette porte, et non-seulement incommoder l’ouvrier qui soigne le feu, mais doit aussi se répandre dans les apparte-mens. Le même inconvénient doit avoir lien dans le grand appareil. M. D’Arcet, à qui rien n’échappe, le fait remarquer, Tome XII. 18
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- et il ajoute qu’on peut aisément trouver un moyen mécanique pour fermer l’ouverture P en même temps que l’on ouvre la porte M. Rien n’est plus facile : on met devant l’ouverture P une porte en tôle qui s’ouvre dans le tuyau À, et vient battre sur la plaque de tôle qui sépare le tuyau de l’encaissement E; on fixe un piton à cette porte du côté du poêle ; on en fixe un autre dans l’intérieur de la porte M, on unit ces deux portes par une tringle en fer dont chaque bout est engagé dans un piton : en ouvrant la porte M, la porte P se fermera, et celle-ci sera toujours ouverte lorsque la porte M sera fermée.
- Ces constructions présentent de très grands avantages, non-seulement pour rendre les latrines complètement inodores, mais même pour assainir les appartemens dans lesquels les sièges de ces latrines se trouvent placés. Les architectes ne sauraient donc mieux faire que d’employer ces moyens dans les travaux qui leur sont confiés , en engageant les propriétaires à les adopter, à en soigner la construction et en bien régulariser l’emploj. Nous réunissons nos vœux à ceux du Conseil général de la Société royale des Prisons , pour que ce système soit généralement adopté. L.
- LIÈVRE, Quadrupède rongeur , recherché à raison de sa chair et de sa fourrure. Il vit isolé et ne se laisse pas réduire à l’état de domesticité, quoiqu’on puisse quelquefois l’apprivoiser ; il se nourrit déplantés, de racines, de feuilles et d’écorce, et ne se creuse pas de terrier. Les femelles, nommées hases, portent 3o jours, et produisent 3 à 4 petits ou levrauts. Leur timidité, la vitesse de leur course, la finesse de leur ouïe , due en partie à la grandeur de leurs oreilles, sont passées en proverbe. Ces animaux font beaucoup de tort aux récoltes ; on leur fait la guerre, et sans les oiseaux de proie , les bêtes fauves, les pièges et la chasse, ils pourraient devenir un fléau pour l’agriculteur, dont ils détruiraient les espérances.
- Lorsqu’on a un lieu enclos de murs et boisé, d’une certaine étendue , on peut y faire multiplier des lièvres et en re-
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- tirer un assez bon produit : on y sème de la luzerne, de l’avoine, du sain foin, etc., pour leur nourriture. C’est la seule domesticité qu’on puisse faire supporter à cette espèce. On vend des lièvres un prix assez éleve' pour le service des tables recherchées; sa peau, surtout en hiver, a de la valeur; elle est surtout utile pour la chapellerie. (U. Chapeaux.) Ces détails sont les seuls qui puissent trouver place dans notre Dictionnaire ; pour le reste, nous renverrons aux ouvrages d’Histoire naturelle et aux traités sur la Chasse. Fr.
- LIGNE POUR LA PÊCHE ( Technologie ). Généralement parlant, la ligne est un instrument de pêche , composé d’une longue baguette, d’un cordon attaché par un bout à la baguette, et portant par l’autre un hameçon. La matière, la couleur du cordon et son tissu ne sont pas toujours indiffé-rens : il est bon d’entrer dans quelques détails.
- Le pêcheur fait ordinairement ses lignes; rarement celles qu’il achète sont fabriquées à son goût, et peuvent s’approprier au genre de pêche qui lui convient. Il est donc important de lui indiquer ici et les matériaux qu’il doit employer , le choix qu’il en doit faire, et les manipulations nécessaires.
- Le pêcheur doit se pourvoir, i°. de quelques pelotes de ficelle de lin, de diverses grosseurs; 2°. de pelotes de soie écrue de plusieurs couleurs , et préparée pour la façon des lignes ; 3°. d’un paquet de boyaux de ver à soie, qu’on nomme racine ou mort-à-péchej 4°- d’un écheveau de fil de pute (1) ou pitre fin ; 5°. d’une collection de mouches artificielles. Avec ces matériaux, il construira toute sorte de lignes plus solides, plus fines que les lignes de crin, et qui se fabriquent avec beaucoup plus de promptitude. Cependant, comme il est nécessaire quelquefois de construire des lignes en crin, nous allons commencer par celles-ci.
- Le choix du crin est important : le meilleur pour la ligne (*)
- (*) Le fil de pitié ou pitre, est un fil forme' de fibres qu’on tire de l'arrive en>ericana, nommé vulgairement aloès pitte.
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- est celui qu’on tire de la queue du limonier normand ; U doit être long, blanc, vif, transparent, rond, élastique. Oit doit rejeter ceux des jutnens, parce qu’ils sont brûlés pat l’urine, ceux qui sont plats, grêles, d’un blanc mat, jaunes ou anguleux.
- Ligne à véron. Ces lignes servent à pêcher les plus petits poissons , qu’on emploie comme appât pour pêcher les gros. Lorsqu’on veut pêcher ces petits poissons dans l’eau claire, on emploie la plus petite ligne, dont voici la construction.
- On choisit le crin le plus long et le plus fort; il doit supporter lui seul l’hameçon unique dont la ligne est arme'e. On attache ce crin au bout d’une longue tresse faite avec deux autres brins de crin, par un nœud que nous de'crirons dans un instant. Cette ligne , peu longue , n’a que deux longueurs de crin , excepté par le haut qu’on attache à la gaule, et qui a trois brins.
- On pourrait tordre les brins deux à deux à la main, en les tenant entre le pouce et l’index de chaque main séparément, et dans le même sens, après les avoir noués ensemble par un bout. Par ce moyen, le crin se câble et se perle de lui-même ; alors il ne peut plus se détordre ; mais il est plus simple et plus facile de se construire un petit instrument avec lequel on opère sans peine.
- On prend une petite planche bien dressée de onze centimètres (4 pouces ) de large , sur 32 centimètres ( un pied ) ou plus de longueur, et 22 millimètres (9 à 10 lignes) d’épaisseur (fig. i5, PL 35 ). On fait, à l’une de ses extrémités, trois trous a,aya, disposés comme les trois sommets d’un triangle équilatéral. Une seconde petite planche, ayant une forme ronde par un bout, dont le restant est arrondi comme un manche, par lequel on la tient, fait la seconde pièce de cet instrument, elle ressemble à une palette. On perce, dans le cercle trois trous semblables aux premiers, et qui leur correspondent. Dans chacun de ces trous on fait passer un crochet en fil de laiton, plié en manivelle comme le repK' sente celui A , que l’on voit de grandeur naturelle au-dessous
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- delà fig. i5. La partie b de chaque crochet passe dans un des trous a de la planche, et la partie c du même crochet passe dans un des trous correspondans de la palette. La fig. 16 montre l’assemblage de toutes ces pièces.
- L’instrument ainsi construit, on le fixe à une hauteur convenable , pour que les crins et le poids dont nous allons parler ne touchent pas le sol. La fig. 17 montre cette disposition. Après avoir noue' ensemble les deux ou trois crins par un de leurs bouts, on accroche les autres bouts à chacun des crochets ; on suspend par un crochet m, au nœud inférieur , un poids en plomb n (fig. 18) , qui tend les crins. On place entre eux un bouchon de liège conique p , sur le bord duquel on a fait trois entailles (j) 0,0 ,o (fig. C à côté, qui en montre le plan), pour empêcher les crins de se tortiller. Alors en mettant en mouvement avec la main la palette, on fait tourner en même temps les trois crochets, on tord également les crins ; ils se cordent au-dessous du bouchon , qu’on fait monter au fur et à mesure que la petite corde se fabrique. Chaque longée de crins, réunis en corde , se nomme margotin.
- On réunit les margotins entre eux par un nœud double, qu’on nomme nœud de ligne ( fig. 19), qui se fait en passant deux fois le bout dans la même boucle. On le serre en tirant d’une main les deux bouts A , et de l’autre les deux bouts B. Ce nœud n’échappe jamais, pourvu qu’avant de le fixer on ait soin de mouiller un peu le crin en le tenant quelques ins— tans dans la bouche. Lorsqu’il est bien serré, on coupe les bouts sur l’ongle avec un canif, et aussi près qu’il est possible du nœud : sans cela, les bouts saillans, en formant crochet, feraient mêler la ligne pendant son action.
- C’est par un nœud semblable qu’on fixe l’hameçon au crin
- ,1) Sous supposons ici trois crins que l’on veut corder; si l’on n’en a que deux, on ne se sert que de deux crochets, et pour ne pas avoir denx bouclions, on fait sur celui-ci une quatrième entaille r, vis-à-vis une des trois premières. C’est dans cette entaille qu’on place le second crin ; l’autro est vis-
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- unique qui termine la ligne. La fig. 20 montre ce nam) commencé ; la fig. 21 le montre arrêté, le bout coupé : il ne tient que très peu de place. Cette manière de fixer l’hameçon est préférable à l’empilure, qui forme une grosseur, un bourrelet qui arrête l’hameçon lorsqu’on veut le couvrir en entier par le ver, pour ôter toute défiance au poisson, qui doit l’engatner en totalité.
- Pour terminer cette ligne , on lui met un chalumeau, c’est-à-dire un tuyau de plume d’environ 20 à 22 millimètres ( 9 à 10 lignes) de long, dans lequel passe la ligne , et que l’on fixe à la hauteur convenable par deux petits bouchons de liège , selon qu’on veut donner plus ou moins de fond à l’hameçon, le chalumeau se tenant toujours à la surface de l’eau.
- On fait des lignes qui portent plusieurs hameçons à la fois, et qui servent en hiver dans les eaux troubles. On forme alors le dernier margotin, qui devient la tige principale, de trois brins de crin : on monte les hameçons sur de la racine (boyaux de ver à soie) très faible, et on les fixe, comme le représente la fig. 22, par le nœud de ligne (fig. 19), à six à 7 pouces l’un de l’autre ( 162 à igo millimètres), en plaçant le nœud par-dessous , comme le montre la figure.
- Plus la ligne est destinée à pêcher de gros poissons, et plus les inargotins doivent être forts ; on les fait à deux et à trois brins de crin, comme nous l’avons indiqué ; en en cordant deux ou trois de deux brins chacun, on fait la tresse à 4 ou à 6 brins ; en mettant trois ou quatre brins à chaque crochet, on tord à 9 ou à douze, etc. ; ce n’est ni plus long, ni plus pénible. Quand le poids de plomb, par son mouvement de rotation , a réuni les torons jusqu’au pied du bouchon , on cesse le mouvement de la palette, on relève le bouchon de quelques centimètres , on mouille le crin , et l’on recommence à faire mouvoir la palette. Lorsque le bouchon est monté auprès des crochets, on l’enlève , et le margotin est terminé.
- On a remarqué qu’une ligne trop tordue n’a pas, à beaucoup près, la même force que celle qui ne l’est que médio-
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- crement; c’est une attention qu’il faut avoir , et faire remonter le bouchon promptement.
- Plus la ligne est forte , et plus le chalumeau doit être fort pour la soutenir à la surface de l’eau. Dans ce cas, on prend un tuyau entier de grosse plume, on en bouche les deux extrémités avec des bouchons de liège assez gros, comme la fig. 23 le montre, et l’on passe le tuyau de plume dans mie boule de liège A, qu’on a percée et noircie. On place toujours au bout un hameçon convenable et à la force de la ligne et à la grosseur du poisson que l’on veut prendre. ( V. Ha-
- 3΂OX. )
- On fait des lignes avec des brins de soie torse, de la même manière que les crins , et on leur donne toute la force convenable, selon les circonstances. Elles se terminent toujours par une longueur suffisante de racine, à laquelle est attaché l’hameçon. Il ne s’agit plus que d’y attacher la gaule.
- Une bonne gaule doit avoir de 20 à 25 pieds (6 à 8 mètres) de long au moins ; elle est composée' de trois pièces : i°. le pied, formé d’une branche de coudrier bien droit, que l’on travaillera de manière à ce qu’il soit bien lisse , et auquel on donnera 33 millimètres (t5 lignes) de diamètre par le bas , et 3“,325 millimètres ( to pieds) de long; 2U. la seconde ou branleite, doit être aussi de coudrier, de même longueur que le pied, mais beaucoup plus mince ; il faut la choisir menue et bien filée, faire en sorte qu’elle soit par le bas moins forte que le haut du pied. On la taille en bec de flûte par les deux bouts, celui du bas très allongé, afin de pouvoir être ajusté très exactement sur le pied ; 3°. enfin , le scion doit être d’un rejeton d’orme les plus droits , les mieux filés, les plus vigoureux qu’on peut trouver, avec une écorce lisse , fine et serrée, qu’il ne faut pas enlever. On lui donne 162^ millimètres (5 pieds) de long, on le taille par le bas en bec de flûte , pour être ajusté sur la seconde.
- On ente le scion sur la seconde, au moyen d’un fil fort, c>ré; les pêcheurs qui ne démontent pas leurs lignes fixent en outre le scion avec deux attaches de fil de cuivre, La seconde
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- s’attache sur le pied avec du petit fouet cire', fortement serré tout le long de la jointure. Après avoir lié sa gaule, le pêcheur l’agite fortement dans l’air. Si elle a été bien faite, elle ne fera entendre aucun craquement, et l’on ne sentira dans la main aucun trémoussement.
- On fait des gaules dont le pied est en roseau ; elles sont légères, mais elles ne sont pas solides. On en fait de très commodes en forme de canne. Le bout s’ajuste à vis ; on dévisse le bout, et l’on tire successivement toutes les pièces , comme les tuyaux d’une lunette d’approche ; elles ne sont pas embarrassantes ; elles ressemblent, lorsqu’elles sont pliées, à une canne ordinaire d’environ 4 à 5 pieds de haut, et servent de soutien.
- Dans tous les cas, on porte dans la poche ou dans la carnassière la boîte qui renferme les lignes bien pliées ; on les fixe au bout du scion par le nœud de ligne dont nous avons parlé : tout cela s’ajuste au bord de la rivière , et l’on est de suite à même d’en faire usage. L.
- LIMACES, LIMAÇONS ( Agriculture ). Nous ne ferons qu’un senl article de ces deux mollusques, qui ont une organisation analogue et font le même tort aux récoltes ; ils attaquent les feuilles, les jeunes pousses et toutes les herbes. C’est le soir ou le matin, ou par les temps pluvieux, qu’il faut en faire la chasse. Les oiseaux de basse-cour en sont très friands. On peut tuer un grand nombre de limaçons en plaçant sur terre des planches inclinées où ils viennent chercher un abri contre le soleil, et où on les prend chaque jour. On dit qu’en entourant un semis de charbon en poudre, ou de chaux , ou de sable fin, ils ne peuvent traverser cette barrière, parce que les grains de ces substances sèches s’empâtent dans la matière glaireuse qu’il transsudent. On détruira beaucoup de limaçons en plaçant des feuilles de choux près des planches cultivées : ils viennent s’y attacher de préférence, et l’on donne chaque jour ces feuilles aux cochons.
- L’horloger donne le nom de limaçon à une roue à dents inégalés , destinée à indiquer le nombre de coups que doit sonner une montre ou une horloge (J7. Sonnerie et Répétition). Fe-
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- LIMAILLE. On nomme ainsi les parcelles métalliques enlevées à la lime sur divers objets en fer, fonte, cuivre, plomb, etc. La limaille n’étant autre chose qu’un métal ou alliage divisé, s’applique aux usages particuliers des différens métaux, ou se réunit sous les formes du commerce par les procédés indiqués à chacun d’eux.
- La limaille de fer est utilisée dans plusieurs applications, que nous allons indiquer. Mêlée au soufre et au sel ammoniac, elle constitue un lut fort employé dans les ajustemens de certaines pièces des chaudières en fonte à vapeur. Les Anglais préfèrent la tournure de fonte pilée pour cet emploi. {V. Lût.)
- Dans la deuxième édition de notre Traité des Réactifs, nous avons indiqué, M. Chevallier et moi, l’emploi de la limaille de fer porphyrisée, comme antidote des sels de cuivre. Cette importante propriété est fondée sur ce que le cuivre métallique n’est pas sensiblement vénéneux , qu’il n’agit sur l’économie animale que par son oxidation dans ses divers sels, et qu’enfin ses combinaisons avec les acides sont dësoxidées par le fer, et qu’alors il est ramené à l’état métallique. Des recherches postérieures, entreprises par MM. Dumas et Miln Edwards, ont confirmé l’utilité de cette application. ( V. le Journal de Chimie médicale, n° IX de 1826, page 455. )
- M. Bréant a obtenu un très bon acier au moyen de la limaille de fonte traitée de la manière suivante :
- Cent parties de fonte très grise en limaille, et 100 de même substance préalablement oxidée , ont produit un acier d’un beau damassé propre à la fabrication des armes blanches ; il était d’une élasticité remarquable. Plus la proportion de la fonte oxidée est forte, et plus l’acier est nerveux. L’oxigène seportant sur les métaux terreux et sur une partie du carbone, On conçoit que plus il y aura d’oxide , et plus le résultat aura de ductilité, mais aussi moins il sera dur.
- Les fontes les plus noires réussissent le mieux ; il est probable qu’avec de telles matières, on pourrait fabriquer en grand l’acier fondu au fourneau à réverbère, en ajoutant
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- au métal en fusion une portion du même métal oxide, ou mieux de l’oxide de fer naturel. P,
- LIMES (leurfabrication). Outils de forme, de dimension et de taille différentes, dont on se sert pour dresser, ajuster et polir à froid la surface des métaux durs, tels que le fer, la fonte, l’acier et le cuivre. Les limes, pour être bonnes, doivent être faites du meilleur acier possible, qu’on trempe à toute sa force , et qu’on ne fait point revenir. Les grosses se font avec de l’acier naturel ou de cémentation. ( V. Acieï.) Les petites sont ordinairement d’acier fondu. Chaque lime a une queue ou soie , proportionnée à la grandeur de l’outil, destinée à recevoir un manche, au moyen duquel l’ouvrier l’applique et la promène en l’appuyant sur le métal qu’il veut travailler. Il a soin , avant de l’emmancher, d’en faire recuire ou revenir la queue , afin de ne pas s’exposer à la voir se rompre. Ce recuit se donne au moyen d’une forte tenaille de forge, qu’on fait chauffer au rouge , avec laquelle on presse la queue de la Mme , jusqu’à ce qu’on voie paraître une teinte bleue.
- C’est par leurs formes qu’on désigne les diverses sortes de limes. On dit un carrelet, un tiers—point, une demi-ronde, une queue.de rat, une plate à main, pointue ou large, une feuille de sauge, une lime en paille, ou façon <CAllemagne , etc., pour dire qu’elles sont carrées , à trois angles, plates d’un côté et rondes de l’autre , rondes, mi-plates à côtés convergens ou parallèles, à faces convexes, à section rectangulaire et grosse taille , etc. ( V. le tableau , PL 36 des Arts mécaniques, oùk. nous en avons figuré quarante-cinq sortes, vues de face et en coupe, à trois endroits différens, près la naissance de la queue , au milieu et près la pointe. Il ne comprend que les petites limes, dites d’horloger et anglaises , depuis un pouce jusqu’à 8, qui s’achètent par douzaine , ou une à une , et se paient en raison de la forme, de la taille et de la dimension mesurée sans la queue. Ce tableau nous épargne une description très minutieuse de la forme qu’il convient de donner à chacune de ces limes.)
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- Les grosses limes sont moins variées de forme et de taille ; on n’en fait que de rectangulaires, des demi-rondes, des triangulaires, des queues de rat, façon dite anglaise, avec forte, moyenne et fine taille, qu’on désigne ordinairement par bâtarde, demi—bâtarde et douce-taille. Les limes façon d’Allemagne , à grosse et moyenne taille, se vendent en paquets enveloppés de paille , ce Jqui leur a fait donner le nom de limes en paille. Il y a des paquets d’une, de deux et de trois au paquet, pesant une livre, qu’on paie actuellement i/r-,8o à 2 fr.
- Le manque en France d’acier propre à la fabrication des unes et des autres de ces limes, nous a rendus jusqu’à présent tributaires de l’industrie étrangère, surtout pour celles de première qualité de façon anglaise et même d’Allemagne. Nous devons cependant en excepter les petites limes à l’usage des horlogers , que Raoul fabrique à Paris , et qui sont, au dire de tout le monde, supérieures à tout ce qui existe , et dont j’ai moi-même la preuve. J’ai vu celles des premiers fabricans de Shefield, Marshall et Mariott, blanchir presque aussitôt sur des scies d’acier fondu, tandis que les limes de Raoul résistent très bien et long-temps. Malheureusement il n’a point étendu sa fabrique, comme on aurait pu le souhaiter, et il vend ses limes le double 'du prix des autres.
- On a vu, aux expositions de l’industrie nationale de 1819 et 1823 , et l’on voit encore à celle de la présente année 1827, de très beaux échantillons de limes provenant de diverses fabriques anciennes et nouvelles, qui se sont élevées à Paris, à Versailles , à Orléans , à Amboise , à Toulouse , à Pamiers, à Molsheim, etc. ; presque toutes sont d’une bonne forme , et offrent une taille régulière ; leur couleur annonce une trempe dure qui doit fournir, et fournit en effet un bon travail. Il semblerait, d’après cela, que toute importation de ces outils indispensables devrait cesser : il n’en est rien. Le préjugé en faveur des limes étrangères n’est pas détruit, et ne le sera que quand on aura acquis la certitude que non-seulement les limes ffe fabrique française sont aussi bonnes que celles qui nous
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- viennent de l’étranger, mais encore que l’acier dont elles sont faites est de la meilleure qualité ; car lorsqu’une lime est usée, on peut bien, quoiqu’il y a très peu de profit, la faire retailler une ou deux fois ; mais en définitive, il faut que, forgée comme de l’acier, sa matière en tienne lieu, et puisse servir à faire des burins, des crochets , des mèches, ou être employée à acérerdes marteaux, des outils tranchans. Il v aurait trop de perte pour un atelier, ou pour un ouvrier travaillant à ses pièces, qui se fournit ordinairement de limes, et qui en use à peu près deux par jour, une grosse et une petite, si elles ne pouvaient servir qu’à limer, et ensuite comme ferraille.
- Les difficultés de la fabrication paraissent surmontées, et en cela, nos fabricans ont d’autant plus de droits à nos éloges, qu’ils n’ont pas eu à leur disposition des aciers d’une qualité aussi convenable et égale à ceux qu’on fabrique depuis long-temps, et tout exprès, à Sheffield , centre de la fabrication des limes en Angleterre. Là le vieux Huntsman , mort en 1809, et ensuite son fils, qui lui a succédé , ont naturalise' et fixé pour toujours la fabrication des meilleurs aciers fondus qu’on connaisse. Beaucoup d’autres fabriques, à l’instar de celle d’Huntsman, se sont élevéesau même endroit. Nous y avons, en 1819, compté trente-six grands fourneaux de cémentation , convertissant chacun par mois 20,000 livres de fer de Suède en acier fondu, dont la moitié environ sert à la fabrication des limes de toutes sortes. Yoilà donc 36o,ooo livres d’acier transformées en limes par mois, ou 12,000 livres par jour, qui, à raison desix à la livre, donnent 72,000 limes , qui sortent par jour de cette immense fabrique.
- Nous ferons encore ici la même observation que nous avons faite à l’occasion des filatures de coton ; c’est qu’une industrie quelconque n’arrive promptement à sa perfection, qu’autant qu’un grand nombre d’établissemens ayant le meme objet se trouvent groupés près les uns des autres, dans une localité favorable à leur développement. Une concurrence continuellement agissante tient en haleine les entrepreneurs, les chefs d’ateliers et les ouvriers eux-mêmes ; tous cherchent
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- et veulent être les premiers parmi leurs égaux : c’est un concours de tous les jours, qui amène des améliorations dont tous profitent; car aucune découverte intéressante ne saurait rester long-temps secrète parmi une population nombreuse d’ouvriers qui se fréquentent tous les jours, et qui travaillent dans la même partie.
- Il est facile de se figurer ce qui arrive dans le système contraire, que nous avons malheureusement adopté dans la fabrication des limes. Chaque établissement , isolé des autres à de grandes distances, ne marche qu’avec ses propres lumières, ses propres moyens. Les améliorations des uns ne profitent point aux autres , du moins immédiatement ; il n’existe point de relation entre eux qui puisse rendre leur marche simultanée et progressive. Les expositions périodiques des produits de l’industrie établissent bien des points de comparaison entre des objets de même espèce , mais les procédés de fabrication de celui ou de ceux qui font le mieux , et qui remportent les prix , restent inconnus aux autres ; tout demeure. dans le statu quo, et y demeurera tant qu’on suivra le même système d’isolement.
- Après ces réflexions, que je crois justes, qu’il me soit permis de hasarder une proposition, à mon avis, très importante ; c’est sur le choix d’une localité propre à exercer une branche d’industrie déterminée , comme , par exemple , la fabrication des limes, dont il est ici question.
- Les tentatives faites jusqu’à présent pour transformer nos fers en acier fondu , n’ayant pas donné des résultats satisfaisons , il est probable que nous serons obligés de nous servir pour cela , ainsi que le font les Anglais, des fers de Suède ; alors il faut qu’ils puissent venir par eau dans le lieu même où seront établis les fours de cémentation , les fourneaux de fusion, les martinets , les laminoirs, les émouleries , etc. On toit que dans ce local devra se trouver une force motrice très considérable , de cent chevaux au moins. Les machines à vapeur se présentent toujours comme une ressource infaillible; mais la cherté du charbon rend leur travail fort dispen-
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- dieux. Les moteurs hydrauliques, quand on peut s’en procurer d’assez puissans, leur sont bien pre'férables sous le rapport de l’économie. La chute de gauche du canal de Saint-Maur. près Paris, qu’on annonce être de la force de deux cents chevaux , accompagnée de 27 arpens de terrain libre et en vente, nous paraît une localité la plus heureusement située et la plus propre à l’établissement d’une grande fabrique d’acier, de limes, etc., à l’instar de celle de Sheffield. Je fais des vœux pour que cette idée soit saisie et accueillie comme elle le mérite, par quelque entrepreneur intelligent et riche, ou qu’il se forme une association d’hommes considérés, pour élever ce monument à l’industrie de notre pays.
- Les fabriques de limes de Sheffield sont divisées par petits ateliers de quatre, cinq ou six ouvriers , plus ou moins, occupés à la même division de travail. Ces ateliers sont contigus les uns aux autres -, mais sans communication directe ; ils se transmettent leurs ouvrages^n passant par là cour, ou par des corridors établis à cet effet.
- La division du travail des limes est établie de la manière suivante :
- i°. Les atebers des forges ;
- 2°. L’émoulerie;
- 3°. Les ateliers des tailleurs ;
- 4®. Un laboratoire pour la composition et l’appbcation de l’enduit sur les limes avant de les tremper ;
- 5°.- L’atelier des trempeurs ;
- 6°. Celui du nettoyage ;
- 70. Idem, de l’huilage et de la mise en papier ;
- 8°. Emmagasinage.
- Nous allons indiquer, le plus brièvement possible, la manière dont s’exécute chaque division de ce travail.
- i°. Les ateliers des forges. Chaque atelier de cette espèce renferme ordinairement quatre petites forges isolées les unes des autres, de manière à ne pas se gêner réciproquement. Les enclumes sont du poids d’environ i5o livres ; leurs tables, de forme rectangulaire , portent un pied de long sur 6 pouces
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- de large , les petits côtés arrondis. Ces enclumes sont incrustées et fixées sur de gros blocs de pierre , à la hauteur la plus convenable au travail de l’homme , et à une médiocre distance du foyer : celui-ci est alimenté par de la houille réduite en cok et en petits morceaux, et par un soufflet ordinaire, qu’un des deux apprentis attachés au forgeron fait agir. Les marteaux à main et à frapper devant n’ont qu’une tète ronde. Les autres outils dont la forge est pourvue sont des tranches, des étampes demi-rondes , triangulaires, ovales ; des tenailles, le poinçon ou la marque du fabricant. Le même forgeron ne fait que les mêmes espèces de limes ; on lui donne les aciers de qualité convenable, dont l’échantillon se rapproche le plus des limes qu’il forge. Les aciers naturels ou cémentés , corroyés au martinet, sont employés à faire les grosses limes à grosse taille. L’acier fondu sert à faire les petites limes dites de façon anglaise, dont la taille doit être bâtarde, demi-bâtarde et douce. On ne regarde pas l’acier fondu affiné au laminoir—forgeur, comme ayant les qualités requises pour fabriquer de bonnes limes.
- Chaque lime, excepté les gros carreaux , qu’on façonne sous le gros marteau de l’affinage, est faite en deux chaudes : à b première , le forgeron , aidé de son frappeur de devant, étire d’abord la pointe et le corps de la Mme , qu’il bat ensuite seul tant qu’elle paraît rouge , sans jamais mouiller. Cet ouvrier a tellement l’habitude de son travail et le coup d’œil si juste, que rarement il présente sa lime au calibre placé auprès de l’enclume , pour savoir si la longueur, la largeur et l’épaisseur s’v trouvent. La lime étant amenée à cet état, l’ouvrier forgeur la place sur un tranehet que porte le bord extérieur de l’enclume , sur lequel, d’un, coup de marteau, le frappeur la fait couper. Il continue à donner ainsi la première chaude pendant la demi-journée, laissant au feu plusieurs barres toujours prêtes à être forgées ; de sorte que 1 ouvrier ne cesse pas un instant de travailler.
- k la deuxième chaude, le forgeron fait la queue, applique le poinçon , et dresse la lime. L’apprenti souffleur,
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- comme pour la première chaude, a soin d’en avoir toujours plusieurs au feu , qu’il saisit avec des tenailles à boucle : le forgeron les prend et donne de côté et d’autre deux petits coups de tranche, qui déterminent les épauletnens de la queue. Il étire celle-ci en se faisant aider par son frappeur, quand ce sont de grosses limes ; autrement il fait ce travail seul. Il applique ensuite la marque et dresse. Le produit de la journée est mis dans un four à recuire avec un mélange de copeaux de bois et de frasier de cok, qu’on allume et qu’on laisse brûler et s’éteindre jusqu’au lendemain. Ce four n’est autre chose qu’une grande marmite de fonte, dont le fond est percé de beaucoup de trous , et dont le couvercle porte à son milieu une cheminée en tôle qui va aboutir sous le manteau de la forge.
- Un forgeron avec ses deux apprentis, dont un frappe devant et l’autre tire le soufflet, en fait 18, ao et a5 douzaines par jour, suivant la forme et la dimension des limes.
- Deuxieme division du travail, émoulerie ou blanchissage, ü travail se fait sur des meules mises en mouvement par un moteur quelconque qui se trouve rarement dansla fabrique même. Les meules employées à cet objet ont 3 à 4 pieds de diamètre, sur 6 à 8 pouces d’épaisseur. Leurs surfaces sont parfaitement unies; elles tournent parfaitement rond, avec une vitesse d’environ cent tours par minute ; leurs axes en fer, prolongés en dehors de la boîte qui les couvre, portent des poulies de mouvement et de repos, sur lesquelles passent de fortes courroies sans fin, que le moteur fait circuler à l’aide d’une roue correspondante.
- Pour se préserver des accidens que les éclats de meules pourraient occasioner lorsque , par l’effet de la grande vitesse qu’on leur imprime, elles viennent à se fendre, on les entoure d’une charpente solidement maintenue par des cordages, en ne laissant de visible qu’environ un pied à la partie supérieure où s’opère le travail de l’émoulage. Ces meules tournent dans l’eau ; la lime leur est d’abord présentée en travers, jusqu’à ce qu’elle soit blanche partout, et ensuite dans le
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- sens de la longueur, jusqu’à ce que les premiers traits soient emportés. On les plonge dans de l’eau de chaux , d’où on les retire aussitôt couvertes d’une mince couche de blanc, qui les préserve de la rouille. C’est dans cet état qu’on les rapporte à la fabrique pour les tailler.
- Sous croyons que les limes pourraient être blanchies plus promptement et plus économiquement, au moyen d’une machine à rabotter le fer, construite de manière à suivre et à rectifier même leurs contours. Nous émettons cette opinion d’après des données que nous avons sur le travail d’une semblable machine , employée dans divers ateliers de Paris, à dresser toutes sortes de pièces de fer, de fonte, d’acier, de cuivre.
- 3°. Taille des limes. Il existe cinq sortes de tailles bien distinctes : la très forte, pour les carreaux et les limes dites d’Allemagne, d’une au paquet; la bâtarde, la demi-bâtarde, la demi-douce et la douce. Pour être bonne, chacune de ces tailles doit être extrêmement régulière, c’est-à-dire faite d’entailles parallèles et également espacées, profondes et relevées partout, inclinées de même par rapport à la direction de la surface sur laquelle elles sont fautes.
- La taille des limes, précisément à cause de la grande régularité avec laquelle elle doit être faite, avait paru et paraît même encore aux yeux de beaucoup de personnes, susceptible d’être exécutée par machines mieux que par la main des ouvriers. On en cite plusieurs sur lesquelles on a fait de beaux rapports, soit à l’Académie des Sciences, soit à d’autres Sociétés savantes , qui, d’après ces rapports , taillaient 4, 8 et jusqu’à 12 limes à la fois. On en trouve l’énumération dans un Mémoire de M. de Montigny, lu en 1778 , au Comité du commerce, sur une machine de cette espèce inventée par un nommé Vaucher. La première machine à tailler les limes paraît avoir été inventée en 1699, par un nommé Du verger ; die taillait à la fois quatre limes plates, au moyen d’une roue à eau, où le porte-limes était tiré par une corde qui se roulait autour d’un cylindre mené par un rochet dont les dents étaient poussées successivement par les ailes d’un moulinet
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- enarbré à la roue hydraulique. Ce cylindre réglait, par sa grosseur, le mouvement progressif du porte-limes , qui glissait dans des coulisses , et qui était retenu par uu contrepoids. On était obligé de changer les cylindres pour faire des tailles différentes.
- Le jeu des marteaux était successivement produit par des cames dont l’arbre de la roue hydraulique était armé, en pressant les queues des manches desdits marteaux, ce qui soulevait leurs têtes qui, en retombant de tout leurs poids sur les ciseaux . formaient les tailles.
- Les ciseaux étaient tenus dans une même boîte fixe, et étaient mobiles dans le sens vertical, dans des coulisses d’où sortait un talon ou cheville fixé au ciseau, lequel talon, à chaque coup de marteau, venait s’appuyer sur un ressort qui, en réagissant, le dégageait de la taille et le ramenait à son point de départ.
- J’ai cru devoir donner ici l’idée de cette première machine, parce qu’elle a servi de base à toutes celles qui ont été inventées depuis, soit pour en corriger les défauts, soit pour en étendre l’usage.
- En 1725, un sieur Fardouet présenta à l’Académie deux machines pour tailler les grosses et petites limes, construites à peu près sur les mêmes principes que celle de Duverger ; seulement, il avait remplacé le cylindre et la corde qui donnaient le mouvement progressif aux limes , par une crémaillère dont la denture recevait les ailes d’un pignon enarbré avec une roue dentée menée à son tour par un autre pignon hé à une alidade mobile , autour d’un plateau convenablement divisé. Un homme, avec une de ses mains, faisait jouer les marteaux en tournant une manivelle, et de l’autre il C0B" duisait l’alidade de division en division autour de la plate-forme, pour faire avancer à chaque coup de marteau le porte-limes d’une quantité déterminée , et toujours la même après chaque taille. La tête du ciseau s’appuyant sur de® ressorts qui fléchissaient au coup de marteau, se relevait quand la taille était faite.
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- Cette machine devait donner une taille plus régulière que la précédente, mais il n’y avait pas et il ne pouvait y avoir entre les coups de marteaux et le mouvement progressif du porte-limes, cette simultanéité de mouvement que rien ne peut empêcher, et d’où résulte une régularité imperturbable dans toute l’étendue de la taille.
- En 1756, cette machine fut perfectionnée par Erachet et Gamain, qui rendirent la boîte à ciseaux mobile , de manière à pouvoir l’incliner à volonté , soit par rapport aux côtés de la lime pour former une taille plus ou moins oblique , soit pour faire une taille plus ou moins penchée. Dans l’intérieur de cette boîte , ils avaient mis un ressort qui obligeait les tranchans des ciseaux à s’appliquer exactement sur toute la largeur de la lime , au moment où ils recevaient le coup de marteau ; de sorte que les inégalités d’épaisseur que pouvait avoir la lime, suivant la direction du tranchant du ciseau, ne causaient pas d’irrégularité dans la taille. Le porte-limes était pris par une chaîne disposée de façon à ramener cette pièce en arrière , à l’effet de pouvoir croiser les tailles en changeant seulement la position des ciseaux dans les boîtes. La chaîne était conduite par un rouet dont les dents étaient rencontrées successivement par deux chevilles diamétralement opposées, que portait une plaque de fer fixée sur l’axe de la manivelle. Le marteau, dont le manche était un ressort d’acier, frappait deux coups à chaque révolution de la manivelle , et le tout était disposé de manière à ménager au porte-limes les repos et le mouvement nécessaires.
- Vaucher profitant des combinaisons mécaniques de ses devanciers, composa la machine sur laquelle M. de Montigny fit, en 1778 , le rapport dont nous avons parlé; elle taillait deux limes à la fois , dont une recevait la première taille et l’autre la deuxième, c’est-à-dire la taille croisée. Les deux limes fixées solidement sur un établi immobile, c’étaient les ciseaux et les marteaux qui cheminaient au moyen d’un chariot que faisait mouvoir une vis horizontale tournant sur elle-même. Cette vis portait une roue dentée,'qu’un pignon
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- plus ou moins grand, pour varier les tailles , faisait tourner-sur l’axe du pignon étaient deux cames qui faisaient battre les marteaux qui n’agissaient que par leurs poids, et deux petits limaçons qui servaient à soulever des leviers dont l’objet était de dégager les ciseaux des tailles aussitôt qu’elles étaient faites. Les ciseaux étaient disposés comme dans la machine de Brachet : le tout marchait au moyen d’une manivelle qu’un homme faisait tourner.
- Nous pourrions parler encore de beaucoup d’autres machines qui ont été construites pour ce même objet : il en existe plusieurs dans la collection du Conservatoire des Arts et Métiers ; mais comme en définitive leur usage n’a pas prévalu sur la taille à la main, ce serait peine perdue que de nous y arrêter davantage. Nous avons seulement voulu faire connaître les essais faits, à différentes époques, pour épargner aux rêveurs de machines, à ceux qui croient que tout peut se faire par leur moyen, la peine d’en composer de nouvelles, qui auraient probablement le sort des anciennes ; car eu réfléchissant à combien de conditions une machine à tailler les limes devrait satisfaire, on voit bientôt qu’on serait arrêté tout court devant des difficultés insurmontables, du moins d’une'manière économique.
- Il est facile, sans doute, de produire les mouvemens réguliers indispensables à cette façon des limes, de tenir les ciseaux dans une direction constante avec la surface de l’outil,
- de faire frapper des coups de marteaux proportionnés à l’espece
- de taille qu’on veut obtenir, et proportionnés aussi aux largeurs variables de la lime. Pour.que tout cela ait lieu simultanément et sans perturbation, la machine sera déjà fort compliquée et devra être exécutée avec une grande précision. Mais en supposant que toutes ces conditions sont obtenues, quel moyen emploiera-t-on pour rendre la matière de la li>îie parfaitement homogène partout ? Comment en retirerait-t-°B les pailles qui s’y trouvent fréquemment, et que la taille soulève ? Aura-t-on facilement des ciseaux qui ne s’ébrèchent point et qui puissent tailler un côté de lime sans un nouvet
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- affûtage ? Et ce nouvel affûtage ne déplacera-t-il pas le tranchant? n’y aura-t-il pas ce qu’on appelle une reprise? Je pourrais signaler d’autres difficultés : celles dont je viens de parler suffisent bien , ce me semble, pour justifier l’abandon qu’on a fait, chez nous et en Angleterre, des machines à tailler les limes. Cependant on m’assura que les limes mises à l’exposition de 1827 par M. Reinette de Paris, sont taillées à la machine. Sont-elles aussi bien ou mieux qu’à la main , et y a-t-il économie? L’expérience seule peut résoudre cette question.
- Ayant fait en 1819 un voyage à Sheflield, je demandai à Marriott, un des premiers fabricans de limes de cet endroit, qui se montra extrêmement communicatif envers moi, qu’il me fît voir ses machines à tailler les limes ; il me répondit : « Je le veux bien. » Alors il m’introduisit dans ses ateliers de tailleurs , où je ne vis que des hommes , des enfans et quelques femmes , assis devant des tas, sur lesquels cbacuu taillait des limes avec une vitesse incroyable, que l’habitude seule peut donner, en tenant la lime sur le tas à l’aide d’une courroie et des pieds , le ciseau d’une main et le marteau de l’autre. « Voilà, me dit-il, mes machines à tailler, les seules en activité à présent à Sheflield. J’ai voulu, il y a quelque temps, faire usage des machines matérielles ; mais elles sont à présent dans mon grenier , couvertes de poussière. Je vous les vendrai si cous voulez. » Je le remerciai, et je restai convaincu qu’on ne taille point en Angleterre les limes autrement qu’à la main.
- Les différentes sortes de taille se font dans autant d’ateliers particuliers, et les mêmes ouvriers ne font jamais que la même. Les tas et les marteaux dont ils se servent sont plus ou moins pesans, suivant les tailles à faire.
- Le blanc de chaux dont les limes sont couvertes quand on les rapporte de l’émoulerie étant ôté, le tailleur y met an manche et graisse avec du sain-doux la face qu’il va tailler. Le tas est garni d’une plaque de métal mou ( plomb «t étain ) , sur laquelle il appuie la lime avec une courroie double et les pieds, afin de la faire porter exactement et toujours vis-à-vis l’endroit où il forme la taille, en commençant
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- par le bout. Il continue ainsi pour chaque face, et ensuite il croise la taille.
- L’arète des limes triangulaires ou tiers-points est d’abord taille'e le'gèrement, et ensuite on en taille les faces comme à l’ordinaire. Les tiers-points destine's à affûter les scies ne sont pas croises • on ne leur applique que la première taille.
- La taille e'tant terminée, on plonge de nouveau les limes dans de l’eau charge'e de chaux, afin de les garantir de la rouille jusqu’au moment de la trempe.
- C’est en faisant la première taille que l’ouvrier en détermine la direction par rapport à l’axe de la lime. Le relief que le premier coup de ciseau forme sert de guide au suivant, ainsi de suite, en appuyant le tranchant du ciseau contre le relief au moment où l’on frappe le coup de marteau. Le croisement se fait de la même manière.
- 4°. Enduit mis sur les limes. Immédiatement avant la trempe des limes, on les recouvre d’un enduit ayant la consistance d’une pâte, dont la composition est comme il suit : de la corne ou du cuir carbonisé, de la suie de feu de cuisine, une légère quantité de crottin de cheval, du sel marin, un peu de terre glaise , le tout bien pulvérisé et délayé dans de la lie de bière. On en applique une couche mince et égale sur toute la surface de la lime avec un pinceau, et puis on fait sécher lentement à un feu de forge. Cette couche a pour objet de garantir les dents des coups de feu , et de restituer à l’acier le carbone qu’il peut avoir perdu dans l’opération du forgeage.
- 5°. Trempe. La forme et la taille des limes sont très importantes; mais c’est la qualité de l’acier et celle de la trempe qui font la lime. La trempe a lieu dans des ateliers à part où il ] a des feux de forge alimentés par du cok ou du charbon de bois, et par des soufflets ordinaires. Au-dessus du foyer et dans le mur qui forme le contre-feu, sont plantés horizontalement plusieurs broches eu fer, sur lesquelles on pose d a-bord les limes enduites pour en achever la dessiccation; suite le trempeur soufflant lui-même d’une main , prend & l’autre, à l’aide d’une tenaille, les limes une à une, dan»
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- même ordre qu’elles ont été mises sur le séclioir, et les plonge à plusieurs reprises alternativement dans le foyer, et dès qu’elles commencent à rougir, dans un tas de sel marin placé auprès, jusqu’à ce qu’elles soient suffisamment et également cliaude partout au degré convenable, suivant l’espèce d’acier; alors le trempeur la dresse au moyen de deux morceaux de plomb fixés parallèlement entre eux, sur un établi près de la boîte à sel et d’un petit marteau de plomb. Il la remet encore dans le feu, l’en retire presque aussitôt, la redresse de nouveau s’il voit que cela est nécessaire, et enfin il la plonge lentement dans une cuve d’eau dont la profondeur est de 3 à 4 pieds. Quand, à force de tremper, cette eau devient trop chaude, on la renouvelle en la laissant couler par un robinet de fond , et en la remplaçant par de l’eau de pluie tenue dans un réservoir supérieur. L’eau de la cuve à tremper, indépendamment du degré de chaleur qu’elle acquiert, se trouve aussi, au bout d’un certain temps, chargée des sels que contient d’üne part l’enduit, et de l’autre celui que chaque lime prend dans le tas, et qui ne se trouve pas vitrifié. Il paraît que la présence de ce sel contribue à donner aux limes une trempe dure.
- La manière d’immerger les limes n’est pas indifférente : le trempeur les tient verticalement et les enfonce, le premier tiers très lentement, le milieu plus vite , et le dernier tiers comme le premier ; il a soin de ne point tremper la queue. Quelques trempeurs , après cela , les abandonnent et les laissent couler dans le fond de la cuve ; d’autres les retirent aussitôt et les jettent dans un bain d’eau acidulée, qui en favorise le nettoiement.
- La lenteur avec laquelle le trempeur opère a pour objet de donner le temps à la chaleur de se répandre également dans toutes les parties de la lime. Quelques personnes ont essayé de les chauffer dans un bain de plomb chauffé au r°uge. Ce procédé peut avoir du succès, mais il ne nous semble l^s praticable en grand.
- 6°. Nettoyage des limes. Cette opération, très malpropre, sexécute dans une pièce à part, par le moyen d’un tambour
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- garni de cardes , tournant sur son axe dans une cure pleine d’eau , qu’on renouvelle fréquemment. La lime lui est présentée tantôt en travers et tantôt en long, jusqu’à ce qu’elle soit blanche partout. Après cela, on les met sur une large plaque de tôle sous laquelle on entretient du feu, afin de les sécher promptement. C’est là que le chef d’atelier vient les examiner et mettre au rebut celles qui lui paraissent défectueuses. 70. Huilage. Les limes, à leur sortie du séchoir et pendant
- qu’elles sont encore un peu chaudes , sont plongées dans un bain d’huile douce, d’où étant retirées aussitôt, on les fait égoutter sur un gril incliné placé au-dessus ; elles sontmisesim-me'diatement dans du papier gris, par paque ts de 6 ou de 12, sut-vantleurdimension, etpuis enfin elles sontdélivrées au magasin.
- 8°. Emmagasinage. Le magasin est placé à la portée de tous les ateliers de la fabrique, de manière que les acheteur; puissent y venir sans passer par l’intérieur de l’établissement. C’est une disposition générale en Angleterre , non-seulement pour la fabrication des limes , mais pour toutes sortes de produits. Il y a des cases particulières pour chaque espèce d’acier, comme pour chaque espèce de limes.
- On voit que ces divers procédés de fabrication n’ont rien de difficile , ni même de mystérieux. La qualité des limes dépend essentiellement de la qualité des aciers employés et de l’habitude que chaque ouvrier contracte dans l’exécution de la division de travail qui lui est confiée, et dont il ne change jamais. C’est à cette réunion de moyens que la fabrique.de Shef-field doit ses immenses avantages, que nous ne pourrons égaler que quand nous aurons formé des établissemens analogues.
- N ous terminerons cet article par la description d’une dite perpétuelle, pour laquelle James White , mécanicien anglais, qui a habité Paris, avait pris, en 1795, un brevet de quinze ans, publié dans le 6e volume des Brevets.
- On voit PI. 36, fig. A , la démonstration du principe des limes perpétuelles, ainsi que le manche , la tige et plusif® plaques dans les positions que demandent tour à tour h® service,et leur renouvellement, au moyen d’une meule.
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- a, Manche en bois fixe' avec une goupille gh sur la queue/" d’une pièce en fer b,c,d,e, terminée obliquement suivant la ligne cd.
- k, Axe de la lime qui se fixe à frottement dans le trou i, et qu’on y arrête au moyen d’une goupille à vis, que l’on retire quand on veut changer le plan incliné cd en l’inclinaison Im, afin de changer également l’inclinaison des plaques qui composent la lime , par leur superposition. Les deux rangées do et op font voir les deux positions qu’on peut donner aux plaques , sans que leur mordant change de sens, ainsi que l’indiquent les flèches. La pièce q que pénètre la tige k, et qui y est retenue par une clavette r ou par un écrou, présente une face parallèle, soit à cd, soit à Im ; elle est destinée à maintenir les plaques serrées l’une contre l’autre dans leurs deux positions.
- Fig. B , Fraction d’une tige vue de côté avec deux plaques, ou plutôt avec une même plaque dans deux positions différentes , dans l’hypothèse qu’on préférât leur donner une position oblique pour les repasser, et une position droite pour le travail. La position ab est celle qu’on donne aux plaques pour les repasser sur la meule, et cd pour en faire une lime. On voit comment leurs trous doivent être percés pour prendre sur la tige ces deux positions,
- Fig. C , Moyen dont on peut se servir pour que la surface repassée devienne lime douce, ab est la position qui convient au repassage, et cd à la lime ayant son mordant dans le sens de la flèche.
- Fig. D, Lime faite de plaques enclavées dans un châssis, comme des coussinets dans une filière, et qu’on serre avec un coin. On y voit deux positions des plaques par rapport au châssis, l’une droite et l’autre oblique.
- On voit que ces limes auront leur denture d’autant plus fine, que les plaques qui les composent seront plus minces. Ces limes ressemblent aux limes ordinaires dont la taille n’a pas été croisée , et que les Anglais appellent Jloats ; elles sont surtout propres à limer les métaux mous et les bois.
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- En faisant des cannelures angulaires sur la surface des plaques , on ohtient, en les taillant obliquement , des dents plus ou moins aiguës, qui imitent plus ou moins la taille d’unelime.
- Les dépenses de limes, dans un atelier d’ajustage , sont considérables , surtout si l’on n’habitue pas les ouvriers à se servir du burin pour ébaucher les pièces ; mais il est un autre moyen tout-à-la-fois plus économique et beaucoup plus exact de travailler, de dresser les diverses pièces de fer, d’acier, de cuivre; c’est une Machiné a rabotter. ( /'. ce mot, où nous en faisons la description. ) E. M.
- LIMEUR. Ouvrier à métaux, qui se sert pour les travailler de la lime. Ce métier est très long à apprendre; il faut au moins cinq ou six ans de pratique pour former le coup d’œil et la main. Un ouvrier ne sera jamais bon limeur-ajusteur, s’il ne connaît pas un peu le Dessin linéaire , la Géométrie, et même un peu de Mécanique , qui le mettent à même de tracer son ouvrage , au compas, à l’équerre , au trusquin, à la règle, tous outils dont il doit être pourvu. • .
- Les limes étant toujours plus épaisses à leur centre que vers leurs extrémités, il faut que le limeur qui veut, par leur moyen, dresser une pièce, les promène dessus en les balançant comme si elles faisaient partie d’une roue dont la périphérie aurait la même courbure. Le chef-d’œuvre d’un limeur est de faire une surface d’une certaine dimension, rigoureusement dressée en tous sens. E. M.
- LIMON. Le Charpentier donne ce nom à des pièces de bois droites ou courbes, dans lesquelles il assemble les marches d’un Escalier. ( V. ce mot. ) Il réunit les parties du limon par des plate-bandes en fer entaillées de leur épaisseur, reliées par des boulons avec les parois de la cage, afin d’obvier aux effets du bois qui est sujet à se tourmenter.
- On donne aussi le nom de limon aux dépôts formés par les eaux troubles ; cette vase est quelquefois un précieux Exck.us.
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- LIMONADIER ( Technologie). On donne le nom de limonadier à celui qui tient un café public, dans lequel on
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- trouve du café à l’eau ou à la crème, des liqueurs, des ra-fraîchissemens de toute espèce , du thé, des glaces , du chocolat , etc. Ils prennent aussi quelquefois le nom de cafetiers-limonadiers. Les cafés sont aussi des lieux de réunion pour beaucoup de personnes qui s’y donnent des rendez-vous, et d’autres qui s’y rendent pour lire les journaux, dont les cafés renommés sont toujours abondamment fournis. On y trouve des billards , des jeux d’échecs, des jeux de dames , des jeux de dominos, et d’autres jeux d’adresse ; les seuls jeux de hasard y sont prohibés.
- Le limonadier ne fabrique ni les eaux-de-vie , ni les liqueurs qu’il vend par petits verres, ni le chocolat. Il se procure ces objets chez les fabricans qui les confectionnent en grand. Il prépare seulement le café, le chocolat, les décoctions chaudes, les rafraîchissemens froids ou glacés, et les tient prêts poulies servir au fur et à mesure qu’on les lui demande.
- Nous n’avons rien à ajouter sur la préparation du café ; cet article a été décrit au mot Café (T. IY, page 57). Au mot Cafetières (même T. IV), nous avons décrit les meilleurs instrumens qu’on emploie à cet usage. Enfin, au mot Chocolat (T. Y, page 244 ) , on n’a rien, négligé pour indiquer les bonnes manipulations , afin d’en obtenir la meilleure qualité. Cette substance est livrée au consommateur en tablettes de différentes formes ; mais elle exige quelques préparations poulies réduire en boisson. Ce sont ces préparations que lui fait subir le limonadier.
- La meilleure manière de préparer le chocolat en boisson, consiste à le diviser en petits morceaux en raclant la tablette avec un couteau ; on en pèse 41 grammes ( 1 once 2 gros et demi) pour chaque tasse ; on met le tout dans une chocolatière d’argent ou de porcelaine , et non en fer-blanc, qui lui donne un mauvais goût ; on verse dessus 61 grammes (2 onces) d’eau froide pour chaque tasse de chocolat, et on laisse infuser pendant une heure au moins. La cafetière doit avoir une capacité d’un tiers à moitié plus grande que le nombre de tasses qu’on se propose de faire. Lorsque la pâte
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- est bien ramollie, on verse dessus la quantité' d’eau bouillante ou de lait bouillant pour comple'ter le nombre de tasses ; on fait reprendre le bouillon , l’on agite fortement avec le Moüssoir , après avoir retiré la cafetière du feu, et l’on sert.
- Le limonadier ne s’y prend pas tout-à-fait comme nous venons de l’indiquer ; il divise beaucoup sa tablette, il ne fait pas infuser ; il verse dessus de l’eau froide, il approche le tout du feu et fait bouillir pendant cinq à six minutes ; il agite fortement avec le moüssoir, répète cette opération toutes les cinq minutes, cinq à six fois de suite, et sert le chocolat au fur et à mesure qu’on lui en demande , en agitant avec le moüssoir avant de le servir. Cette agitation est nécessaire pour lier intimement toutes les parties, et empêcher la précipitation de la pâte ; elle rend la liqueur plus homogène.
- Tout le monde prépare le thé par infusion , en versant sur les feuilles, placées dans une théyère, de l’eau bouillante. Quelques minutes suffisent pour l’infusion, pourvu que le vase soit bien fermé. La manière dont les Chinois le préparent est beaucoup supérieure. Ils jettent les feuilles de thé dans un vaisseau qui n’est destiné qu’à cet usage et qui ferme bien, ils le remplissent d’eau froide et font chauffer ce vase au bain-marie , jusqu’à une chaleur un peu au-dessous de l’eau bouillante. Lorsqu’ils aperçoivent qu’il s’est formé sur la surface de la liqueur une espèce d’écume blanche, ils éloignent le vase du feu, et, pour chaque tasse de thé, ils y jettent une pincée de sucre blanc. Lorsque les feuilles sont précipitées, ils servent l’infusion, qui est plus agréablement parfumée que par tout autre procédé.
- Les limonadiers tiennent toujours à la disposition du public des liqueurs aqueuses et fraîches pendant Tété, et des liqueurs chaudes pendant l’hiver, sur la fabrication desquelles nous allons donner quelques notions.
- La limonade et Torangeade. Ces deux liqueurs se préparent de la même manière, en employant pour la première les citrons ou limons , et pour la seconde les oranges. Il faut avoir
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- soin de choisir ces sortes de fruits qui viennent d’Italie eu du Portugal, parce qu’ils sont d’une qualité bien supérieure à ceux qui sont récoltés en Provence ou à Monaco.
- On fait dissoudre i53 grammes (cinq onces ) de sucre blanc dans un litre d’eau bien limpide ; on prend deux citrons de moyenne grosseur, on les coupe par le milieu, et l’on en exprime le jus dans cette eau sucrée , à l’aide d’un outil qu’on nomme presse du limonadier. Cette presse est formée de deux petites planches de 162 millimètres (6 pouces) de longueur, sur 81 millimètres ( 3 pouces ) de large , terminées chacune d’un côté par un manche de 6 pouces de long, et réunies à l’autre bout par une charnière. On râpe environ un quart delà surface jaune du citron, que l’on jette dans la liqueur, afin de la parfumer par l’huile essentielle qu’on en retire. On fait infuser le tout pendant une demi-heure , on filtre le liquide au travers de la chausse, et on le conserve dans un lieu frais, pour en faire usage dans la journée.
- On fait Yorangeade absolument par le même procédé.
- Vorgeat se fait par le procédé que noua avons indiqué au mot Glacier ( T. X, page 227 ).
- Les autres liqueurs aqueuses que fabriquent journellement les limonadiers sont en assez grand nombre, et varient selon les pays et les saisons. Nous allons citer seulement Y eau de fraises et Yeau de groseillesj les autres se font à peu près de même.
- Eau de fraises. On prend la fraise des bois, qui est la plus parfumé^et après l’avoir bien épluchée , pour ne laisser que les plusTnûres et les plus saines, on en pèse 245 grammes ( une demi-livre ), on les écrase bien dans un mortier de marbre, on y verse un litre d’eau de rivière bien limpide, et l’on agite avec le pilon. On verse le tout dans un vase très propre, on y ajoute une cuillerée de jus de citron, on mêle bien avec une cuiller de bois, et on laisse infuser pendant deux heures; après quoi on ajoute 245 grammes (8 onces) de sucre blanc , et l’on couvre le vase d’un linge. On coule le liquide au travers, on exprime le marc à la presse , et lorsque
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- le sucre est entièrement fondu, on flltre à la chausse. On ajoute ensuite au liquide un décilitre de bonne eau-de-vie «et un peu d’eau de fleur d’oranger double. On la conserve comme la limonade.
- Eau de groseilles. On égrène le fruit et on l’épluche bien • on en prend 733 grammes ( une livre et demie ) ; on y ajoute 122 grammes ( 4 onces ) de framboises bien mures et bien épluchées ; on les écrase dans un mortier de marbre, sans écraser les pépins; on ajoute un litre d’eau et 366 grammes (12 onces) de sucre. On termine comme pour l’eau de^fraises.
- Le punch est une boisson anglaise, dont on fait beaucoup d’usage en France : on la compose de plusieurs manières différentes. La base de cette liqueur est le rum, le jus de citron, le thé et le sucre , auxquels on ajoute quelquefois des aromates , tels que l’essence de cannelle, l’eau de fleur d’oranger , etc., selon le goût des personnes.
- Dans une forte infusion de thé on ajoute le jus de deux citrons, et à peu près le quart de la pellicule jaune d’un citron ; on y fait fondre un demi-kilogramme ( une livre ) de bon sucre, et l’on ajoute un demi-litre de rum. On laisse chauffer jusqu’à 70 degrés Réaumur ; on approche un papier allumé de la vapeur qui s’élève, cette vapeur s’enflamme et présente une flamme bleue : on le sert ainsi.
- On fait le punch plus ou moins fort, selon qu’on emploie plus ou moins de rum et moins d’eau, et plus ou moins de sucre.
- On fait aussi le punch au vin de Champagne, en^nployant ce vin en remplacement du rum.
- Sirop de punch au rum. Ce sirop , destiné à la préparation instantanée du punch, s’obtient de la manière suivante. On prend :
- Rum de la Jamaïque, treize onces et demie ( 396 grammes) ;
- Alcool (esprit-de-vin) à 36 degrés, idem;
- Sirop de sucre, cinq livres une once (2,477 g™!*111168) >
- Acide citrique , ou acide tartareux , [2 gros 18 grainS ( g grammes) ;
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- Esprit de citron, cinq gros (19 grammes) ;
- Caramel liquide, un gros ( 4 grammes).
- On mêle ces substances après avoir dissous l’acide citrique ou tartrique dans l’alcool, et l’on, en remplit des bouteilles, qu’011 ferme herme'tiquement. Lorsqu’on veut préparer le punch, on fait une forte infusion de thé , de capillaire ou de toute autre substance , selon la volonté du préparateur. Lorsque l’infusion est faite, on la passe et on la mêle, encore bouillante , avec partie égale de sirop de punch. On obtient à l’instant même un punch qui n’est ni trop fort ni trop faible , et qui jouit d’une saveur très agréable.
- Ce sirop revient à 4 fr. le litre, qui suffit pour préparer deux litres de punch.
- Le punch à la romaine n’est autre chose que le punch ordinaire , que l’on sert après l’avoir fait refroidir à la glace. On le sert ainsi pendant les chaleurs de l’été.
- Le limonadier tient aussi plusieurs sortes de Sirops , dont il fait des bavaroises , soit au lait, soit à l’eau, en ajoutant à ces liquides, soit froids, soit chauds, selon la saison , le sirop nécessaire pour en rendre la boisson agréable. Pour faire glacer tous ces breuvrages, voyez l’article Glacier (T. X, pageaaâ). L.
- L1M0SINAGE ( Architecture). Grosse maçonnerie faite de moellons à bain de mortier, à paremens brutes , dressée au cordeau. Ce nom vient de ce que ce genre de travail grossier est ordinairement exécuté par des Limosins. Fr.
- LIN (Agriculture). Plante d’un à deux pieds de haut, qui porte de jolies fleurs bleues, et qu’on cultive en divers pays, où elle est un des principaux objets d’industrie. C’est avec les fibres de sa tige qu’on fait les fils des plus belles dentelles, des batistes fines et des tissus les plus précieux. Les graines de lin sont employées en Médecine : leur abondant mucilage est administré comme adoucissant et émollient, soit en décoction à l’intérieur , soit en cataplasme à l’extérieur. Ces graines fournissent aussi une huile qu’on brûle dans les lampes, ou qu’on réserve aux usages de la peinture, parce
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- qu’elle sèche aise'ment ; il s’en fait une grande consommation pour les peintures des bâtimens. Il y a peu de plantes qui offrent plus d’intérêt que le lin, à raison de ses usages.
- On en cultive trois variétés : i°. le lin froid, ou le grand lin, dont les tiges sont plus grêles et plus élevées, et qui convient le mieux lorsqu’on veut obtenir de belle filasse ; 20. le lin chaud ou têtard, qui a les tiges basses, mais qui graine beaucoup, et qu’on doit préférer quand on cultive le lin pour en obtenir les semences ; 3°. enfin le lin moyen, qui est presque généralement cultivé, et tient le milieu entre les qualités des deux précédens.
- Une terre légère, très fertile, substantielle, un peu fraîche, est celle qui convient le mieux au lin ; il craint le défaut et l’excès d’eau, ce qui porte à le sfemer sur une terre labourée par planches en Ados , avec sillons de décharge quand le sol est humide : on fait même très bien de disposer les choses de manière à pouvoir fermer l’issue à l’eau par des digues passagères au bas des sillons, lorsque la saison est trop sèche, afin que s’il tombe de la pluie, l’eau y soit retenue. Les engrais les plus riches doivent être donnés par excès. M. Bosc dit avoir vu près de Lille un hectare de terre dont la valeur était de 4 à 5 mille francs, et dont la récolte de lin d’une année avait été vendue 7000 fr. : mais ce genre de culture exige des soins multipliés.
- Le lin peut être semé comme le froment, soit avant l’hiver, soit en mars, ce qui dépend des localités. Le lin d’hiver convient mieux dans les terrains un peu secs et sablonneux, parce qu’il profite des pluies de l’arrière-saison et du mois de février : au contraire dans les sols gras, argileux et humides, c’est le lin d’été qu’il faut préférer. D’ailleurs les dernières gelées sont souvent funestes aux lins d’hiver, ce qui les fait rejeter des pays trop exposés aux froids. On a cru remarquer qu’en changeant de semences les produits étaient plus beaux; ainsi on ne sème pas sur un sol la graine qu’on a récoltée dans le voisinage. En Flandre, on tire chaque année de Riga et du nord de l’Europe les graines qui donnent des lins
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- d’une grande beaute'. Au reste les habiles agriculteurs regardent cette pratique comme fondée sur un préjugé, et pensent qu’on devrait ne pas s’y soumettre. Des expériences faites par M. Tessier prouvent même que les graines de Riga n’ont pas donné de plus beaux lins que celles des départemens du midi.
- Les graines les plus grosses et les plus lourdes doivent être préférées : comme elles sont sujettes à rancir, à cause de l’huile qu’elles contiennent, on ne doit semer que celles de l’année. On compte qu’environ 2 kilogrammes et |, ou 5 livres, suffisent pour ensemencer deux ares (25 livres pour 10 mille pieds carrés) ; mais cette proportion est sujette à varier du simple au double suivant les localités.
- On sème le lin comme le blé, à la volée, sur une terre engraissée, ameublie par de fréquens labours. On herse et l’on roule après le semis, et même on travaille la terre au maillet et au râteau pour briser toutes les mottes. On veille à ce que les oiseaux ne viennent pas enlever les graines, dont ils sont fort avides, et qui doivent être peu enterrées. Le jeune plant est souvent sarclé, parce que les mauvaises herbes l’étoufferaient; et il faut surtout le délivrer des insectes, et d’une espèce|de cuscute, qui le détruisent. Les vents, les grosses pluies, les longues sécheresses sont des fléaux presque sans remèdes et qui souvent ruinent les récoltes les plus belles. En Italie, on ménage en été des Irrigations fort utiles.
- Quand les feuilles de lin se dessèchent et que les capsules s’ouvrent d’elles-mêmes, la maturité est arrivée ; on arrache les tiges par poignées et en petites bottes , qu’on place debout pour achever la dessiccation; après quoi on bat les capsules sur des draps, ou avec un maillet sur un banc ; on vanne la graine et on la réserve pour l’usage. Ce n’est qu’au bout de 3 à 4 mois qu’il faut envoyer au Moulin celle dont on veut extraire l’huile, parce qu’on a observé que dans cette durée il se fait encore un travail naturel, et qu’on retire plus d’huile.
- Les tiges sont rouies aussitôt que possible, parce que les hbres se détachent mieux lorsque le rouissage se fait quand Tome XII.
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- 3o6 LINGÈRE, LINGERIE,
- la plante n’est pas complètement desse'clie'e. La manière de retirer la filasse étant la même que pour le Chanvre , il est inutile de revenir sur ce sujet, déjà traité dans cet article.
- On ne peut faire reparaître le lin dans un champ qu’après 5 ou 6 ans, parce qu’il épuise beaucoup le sol et que le système des alternations est surtout applicable à ce genre de culture. L’opinion contraire reçue en quelques lieux est assurément une erreur (Assolement) . La récolte de lin se fait d’assez bonne heure, même dans les pays du Nord, pour qu’on puisse labourer de suite et semer des navets, du sarrasin, etc.
- Fr.
- LINÇOIR (Architecture). Pièce de bois qui , dans un plancher , a la même fonction que les lambourdes, mais est isolée des murs ; les linçoirs sont assemblés à tenon et mortaise près des murs et vers le bout de deux fortes solives, et reçoivent elles-mêmes les bouts des autres solives, dont elles diminuent la portée. Comme ce mode d’assemblage affaiblit les bois, on n’en use pas lorsque les planchers sont destinés à porter de fortes charges. Chaque linçoir sert d’appui à 3 ou 4 solives {V. Plancher). Fr.
- L1NGÈRE , LINGERIE (Technologie). La lingère est la personne qui s’occupe de la fabrication de tous les objets en toile, de toute espèce, qui servent au vêtement, à la chambre et à la table, et qu’on désigne vulgairement sous les noms de linge de corps , linge d’appartement, linge de table.
- Parle mot lingerie, on désigne deux choses différentes: ia. le commerce qui s’occupe, soit du linge en pièces, soit des différens objets confectionnés et préparés pour l'usage auquel ils soDt destinés ; on le distingue sous le nom de commerce de lingerie; 2°. le lieu de la maison où l’on serre, dans des armoires, le linge qui sert à l’usage de toutes les pev sonnes de la famille, se nomme lingerie. C’est dans cette pièce que les ouvrières se rassemblent, soit pour raccommoder le linge, soit pour en confectionner de neuf.
- Des aiguilles et du fil de différentes grosseurs, approprie-' à la toile quelles doivent travailler, des dés et des ciseausi
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- sont les seuls outils dont les ouvrières ont besoin. Ces ouvrières se nomment lingeres.
- Les différentes sortes de coutures qu’emploie la lingere pour confectionner tous les ouvrages dont elle se charge, est ce qu’il y a de plus important dans l’art qu’elle exerce ; c’est par conséquent la partie que nous nous attacherons à décrire avec le plus de soin.
- Quant à la coupe des divers objets relatifs au linge de corps, nous n’entrerons pas dans de grands détails, la mode les faisant varier de forme à tout instant, et la coupe devant être appropriée à la mode.
- Lorsque les.pièces sont coupées , on les assemble par des coutures qui varient selon le plus ou le moins de solidité qu’exigent les objets , ainsi que leur nature. On distingue neuf sortes de points particuliers, dont on se sert pour faire les différentes coutures. Nous allons les indiquer successivement.
- i°. Le surjet sert à réunir deux morceaux de toile ou de dentelle avec le plus de solidité et de propreté possible. Il y a deux manières de disposer les deux morceaux de toile pour les surjeter. Si l’on doit les réunir par les deux lisières, on place tout simplement les deux lisières l’une devant l’autre, et l’on fait le surjet sur les deux à la fois ; mais si les morceaux n’ont pas de lisière, on fait à chacun d’eux un rempli de quelques millimètres, en observant de faire ce rempli rm peu plus large sur une des deux pièces, afin d’avoir une largeur de toile suffisante pour former la couture rabattue, dont nous parlerons plus bas, après qu’on a fait le surjet. On place les deux pièces l’une sur l’autre , les remplis en dehors, en ajustant continuellement, tant en commençant que pendant toute la couture , les deux plis sur le même plan, et l’on surjette comme nous allons l’expliquer. Il ne faut pas perdre de vue que ces plis doivent être de même largeur sur toute la longueur de la pièce.
- Avant d’indiquer la manière de faire cette couture, il est bon de dire un mot sur les moyens qu’emploie une bonne ouvrière pour préparer son fil. Les unes dévident leur écheveau
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- sur une bobine, et en tirent des aiguillées selon leur besoin, et dont la longueur varie ; mais les meilleures ouvrières savent que les longues aiguillées ne sont pas les plus économiques, et que le proverbe dit : Longue aiguillée, ouvrière mal avisée. En effet, plus une aiguillée est longue, plus elle est sujette à se casser par le frottement continuel du fil qui n’est pas encore employé, dans les trous déjà faits et à chaque point. Pour éviter cet inconvénient, les bonnes ouvrières développent leur écheveau , après l’avoir dénoué , comme si elles voulaient le dévider ; elles le plient en deux , de manière que la centaine, c’est-à-dire le nœud par lequel on a réuni les deux bouts de l’écheveau , se trouve dans le pli, et, d’un coup de ciseau , elles coupent tous les fils à la fois ; elles les coupent encore dans le pli opposé ; ensuite elles doublent tous ces fils ensemble, elles les attachent tous à la fois, par une épingle, sur leur genou, et les tressent en trois. Cette tresse, qui n’est pas serrée , empêche les fils de s’embrouiller. Elles roulent ensuite cette tresse dans un morceau de papier, en laissant la boucle au dehors. C’est par cette boucle qu’elles tirent les aiguillées l’une après l’autre : le papier empêche que le fil ne s’évente. Ce préalable s’applique à toutes les coutures.
- On fait un nœud au bout de l’aiguillée , après que le fil est enfilé dans le trou de l’aiguille, ou mieux, on n’en fait pas ; mais dans ce cas, après qu’on a fait le premier point, on conserve un petit bout de fil au bas de l’aiguillée , que l’on retrousse et que l’on serre avec le second et le troisième point, ce qui l’assujettit suffisamment. Tous les points se font successivement l’un après l’autre sur le bord de la lisière ou du rempli, en enveloppant la jointure. Pour y parvenir, on pointe l’aiguille sur la surface opposée à celle qui se présente en face, et on la sort par-devant : on voit que par là on couvre la jonction avec le fil. Il est important, pour qu’un surjet soit bien fait, i°. que tous les points soient également espacés, et le plus près possible l’un de l’autre ; 2°. qu’ils soient tous placés sur une même ligne droite , parallèle au
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- bord; 3°. que les points soient toujours bien serrés, c’est-à-dire qu’à chaque point qu’on fait, on tire le fil jusqu’au bout de l’aiguillée. On voit que par ce moyen un surjet présente une suite de points dont chacun embrasse les deux bords des pièces qu’on réunit, et les fixe d’une manière très solide.
- 2°. Le point de côté est employé pour faire les ourlets. Ce point ne se fait qu’au bord de la toile et pour remplacer la lisière , afin d’arrêter les fils du tissu, qui sans cela se défileraient. Pour faire cette couture, on plie deux fois la toile sur elle-même , en en prenant le moins possible sur le bord. On commence par plier ainsi une certaine longueur du bord qu’on veut ourler , et afin que ce pli se conserve pendant qu’on fait la couture, on le plisse en travers par des plis volans qui en aplatissent Y ourlet, et rendent la couture plus facile.
- On pique l’aiguille dans la toile qui n’est pas pliée, et on la sort dans le bord de celle qui est pliée, en prenant les trois toiles à la fois; et l’on continue de même, en allant de droite à gauche , comme l’on fait toutes les coutures, en soutenant l’étoffe sur l’index de la main gauche.
- 3°. Le faux ourlet se fait comme l'ourlet; on ne double la toile qu’une seule fois ; quelquefois, et surtout lorsque l’étoffe est fine , on se contente d’en rouler le bord en la prenant entre le pouce et l’index. La couture se fait comme celle de l’ourlet.
- 4°. L’arrière-point est une des coutures les plus solides, et elle est agréable à la vue ; elle présente une suite de points sans intervalle entre eux. Elle se fait en piquant l’aiguille un peu en arrière du point que l’on vient de terminer, et on la fait ressortir en avant. On doit toujours suivre le même fil de la toile , et faire les points égaux : cette dernière condition est importante dans toutes les coutures.
- 5°. Le point-devant donne une couture légère ; on ne s’en sert que pour froncer ou pour bâtir. On fait plusieurs de ces points à la fois, et autant que peut le permettre la longueur de l’aiguille. On la pique dans l’étoffe, on la ressort à la
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- distance qu’on a jugée nécessaire, on la repique de nouveau, et ainsi de suite, à la même distance que la première fois, et l’on ne tire l’aiguillée que lorsqu’on a fait une certaine quantité de points, qui doivent tous avoir la même longueur et la même distance entre eux.
- Froncer, c’est former, avec le pouce et l’aiguilîe , une suite de petits plis bien égaux entre eux, qu’on serre et qu’on rapproche en tirant le fil plus ou moins.
- Bâtir. Lorsqu’on veut coudre deux pièces l’une contre l’autre, comme le dessus avec la doublure, elles pourraient se déranger pendant le travail; pour éviter cet inconvénient, on les fixe l’une à l’autre par une ou plusieurs rangées de grands points-devant : cela s’appelle bâtir. On emploie quelquefois le surjet à grands et larges points , pour bâtir par les bords les deux mêmes pièces, lorsque le cas le requiert. On fait même un surjet à larges points sur les bords d’une seule pièce, et tout le tour , surtout lorsqu’elle est destinée à la teinture, afin que les fils nes’effiloquentpas pendant cette opération. On enlève ces fils de bâtissage lorsque les pièces sont cousues.
- 6°. La coulure rabattue s’emploie après qu’on a fait le surjet sur deux pièces dont une n’a pas de lisière. On retourne le rempli sur le surjet, on en plie le bord ; on conserve par ce moyen l’autre rempli quand il y en a , et qui , comme nous l’avons fait observer, doit être plus étroit. Alors ce rempli ressemble à un ourlet, qu’or, coud de même, en employant le point de coté, ou les points-devant mêlés cl*arrière-points.
- y0. Le point noué se fait comme le surjet. mais à chaque point, avant de le serrer, on passe l’aiguille dans l'anneau que forme naturellement le fil de ce point.
- 8°. Le point croisé ne s’emploie que pour remplacer Y ourlet, dans les pièces qui doivent s’appliquer sur la peau ; l’ourlet devenant alors trop gros et trop dur, serait très désagréable et pourrait blesser. Alors on double l’étoffe par le bord, on arrête le fil vers le haut, on descend jusqu’au bas du rempli, en reculant pour piquer l’aiguille, qu’on retire de suite, puis on remonte vers le haut en croisant le fil; on continue tou-
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- jours de gauche à droite , eu opérant de même et en croisant toujours le ftl. -Ce point empêche l’étoffe de s’effiloquer.
- q0. Le.point de marque est encore important pour la lin-j*ère; elle est souvent obligée de marquer le linge qu’on lui donne à faire, et-il est essentiel.d’en décrii'e ici la manipulation. C’est un point croisé, qu’on ne fait pas au hasard, et pour lequel il faut compter les fils. La fig. a4 ( PL 35 ) montre la manière de faire toutes les lettres de l’alphabet. Les lignes horizontales et verticales représentent les fils d’une toile peu serrée:, d’un canevas, afin d’en rendre l’intelligence plus par-laite. Nous ne décrirons que la manière de faire la lettre A, l’inspection de la figure indiquera suffisamment comment se font toutes les. autres. En général, le point se fait ainsi qu’il suit : on pique l’aiguille du dessous au dessus au point i , à l’endroit où l’on a déterminé de faire la marque; le fil est arrêté par un nœud à son bout. On compte deux fils sur la gauche , à deux fils au-dessous du premier point, et l’on pique l’aiguille à ce point ; on la pique par-dessus au point 2, et on la ressort à deux fils au-dessus dans le sens vertical au point 3 ; on se trouve alors dans la même ligne horizontale d’où l’on était parti ; on pique l’aiguille à deux fils au-dessous du premier point, et l’on sort par-desscus au point 4- Yoilà le premier point a terminé , et l’on voit que lés deux fils se croisent. Ces deux fils sont très visibles, puisqu’on se sert d’un fil dont la couleur tranche beaucoup sur celle du fond, par exemple , du coton rouge d’Andrinople sur un fond blanc.
- Pour le second point c , on pique l’aiguille par-dessous , on la fait ressortir au point 2 , et on la pique à l’extrémité de la diagonale du carré formé par les deux fils, en embrassant toujours ces deux fils. Ce second point fini, on passe au troisième b, en prenant deux fils sur la gauche, et l’on fait de même les deux points b et d, de la même manière qu’011 a fait les deux premiers «etc; puis on s’écarte encore de deux fils sur la gauche , et l’on fait les deux points e et 2 ; en s’écartant encore de deux fils sur la gauche , on fait le point m, puis en suivant la ligne horizontale, on saute deux fils , on fait le
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- point n ; on saute encore deux fils, on fait le point o; enfin, on saute encore deux fils, et l’on fait le point r. Par ce moyen on a fait quatre points sur la même range'e horizontale: On X’emonte vers le point a de la mêmé manière dont on est descendu ; on fait les deux points s et t l’un au-dessus de l’autre, puis le point u, en sautant deux fils entre lui et le point t; enfin, en remontant, on fait le point v et le point x, entre les deux points t et u , et la lettre A est termine'e. On voit qu’il est plus long de de'crire cette manipulation, que de l’exécuter.
- Il suffit d’examiner les figures des autres lettres, pour concevoir comment on doit les faire ; les points ne varient pas, ils sont toujours les mêmes.
- Le plus difficile dans l’art de la lingère, c’est de couper les étoffes pour en tirer le meilleur parti. Il est impossible d’entrer dans des détails sur ce point : la mode change chaque jour , le goût et l’habitude rendent bientôt maître dans cette partie, et notre cadre ne nous permettrait pas d’entrer dans tous les détails nécessaires pour épuiser la matière. Nous nous bornerons à parler de la fabrication du linge de ménage, dont les formes ne varient pas.
- Les nappes et les serviettes se font avec des toiles préparées pour cet usage, et n’exigent d’autre couture qu’un ourlet à chacun des bouts qui n’ont pas de lisière. Ensuite on les marque.
- Les draps de maître sont toujours de la même longueur; ils varient seulement pour la largeur, selon la largeur du lit. On met toujours quinze amies deux tiers métriques, ou 16 aunes anciennes, pour deux draps. Pour un lit de 6 pieds de large, on prend une toile de cinq quarts; pour un lit de 4 pieds et demi, une toile d’une aune et un huitième ; pour un lit de 4 pieds, une toile d’une aune ; pour un lit de trois pieds et demi et de trois pieds, une toile de sept huitièmes, toujours aune ancienne.
- Les draps de domestique se font avec de la toile de trois quarts ou de sept huitièmes de largeur, suivant la dimension du lit; et dix , onze ou douze aunes de toile de long pour deux.
- 11 ne faut pas perdre de vue le rapport de l’aune métrique a Lancienne aune de Paris, ni le rapport dupiedaumètre ; les voici.
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- L’aune de Paris est e'gale à i“,i88.
- L’aune métrique est égale à ira,aoo.
- Le pied de voi est égal à om,325.
- • Yoici comment on s’y prend pour faire un drap : supposons seize aunes de long ; on coupe une longueur de 8 aunes, on la double, et l’on coud lisière contre lisière , les deux, côtés en surjet : lorsqu’on est arrivé au pli, on coupe la toile à ce point, et l’on fait un ourlet aux deux bouts où il n’y a pas de lisière. Nous prescrivons de ne couper la toile d’un drap qu’après que le surjet est fait, pour prévenir le cas où, par maladresse , on aurait fait emboire l’un des deux morceaux.
- Les taies d’creiller se font avec de la demi-Hollande de im,i2 de large; on en prend 2m,24 de long, on plie par le milieu, on fait un surjet de chaque côté, on ourle le milieu des deux côtés, pour laisser entrer l’oreiller, et l’on y coud des bouts de ruban de fil, pour les serrer en y faisant des boucles.
- Les tabliers de cuisine se font avec une toile de sept huitièmes; on-en prend douze aunes pour douze tabliers ; on en coupe une aune, dont on fait douze morceaux pour les poches ; on divise les onze aunes restantes en douze morceaux, on les ourle, et on les monte en les plissant sur un ruban de fil, dont les bouts se nouent autour de la ceinture. On coud les poches au milieu. L.
- LINGOTIÈRE ( Arts chimiques). On donne ce nom à des moules de forme ordinairement prismatique , dans lesquels on coule les métaux fondus , pour les réduire en lingots. Souvent, pour obtenir les gros lingots de fonte nommés gueuses, on se contente de creuser, dans le sol sablonneux, des cavités destinées à recevoir le métal qui découle du creuset des hauts-fourneaux, et qui y prend la forme triangulaire. On se sert surtout de moules de fonte ou de fer, découverts en dessus , pour se procurer les lingots d’or, d’argent, de plomb, d’étain, de bismuth, etc. Il y a plusieurs précautions à prendre avant de couler le métal dans la lingotière ; la plus essentielle est de dessécher parfaitement le moule ; la moindre
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- quantité d’eau mise sur-le-champ en vapeur, ferait sauter la matière, et pourrait causer des aecidens graves. Il faut aussi enduire l’intérieur du moule de suif ou de graisse , pour empêcher les matières qu’on y eoule d’y adhérer. Enfin, il est convenable de chauffer la lingotière, pour que la matière, plus lente à se refroidir, soit homogène dans toutes ses parties, et pour qu’il ne s’y forme point de cavités, ce qui ne manquerait pas d’arriver si elle se refroidissait inégalement. Quelquefois les lingotières sont fabriquées de manière à présenter un plus ou moins grand nombre de cavités cylindriques verticalement disposées : telles sont celles qu’on emploie pour donner à la pierre infernale on au nitrate d’argent fondu, la forme de cylindre, plus commode pour l’usage auquel on la destine. Ces lingotières sont faites de deux pièces qui portent un même nombre de cannelures disposées semblablement, et lorsque les deux pièces sont juxta-posées , les cannelures correspondantes forment autant de cylindres creux qui viennent tous aboutir supérieurement à Une rigole commune, dans laquelle on verse la matière à couler. 1i*****ii.
- LINON. Toile de lin très fine et claire : e’est de la mousseline moins douce au toucher, moins souple que la mousseline de coton , mais tout aussi légère et aussi blanche : elle coûte plus cher. Les dames en font des robes, des fichus et autres habillemens légers et brodés. On fabrique le linon avec le même fil qui sert à faire la belle toile de lin connue sous le nom de batiste, à des métiers bridés, c’est-à-dire qui règlent , d’une manière uniforme, l’espacement des duites.
- ( F. Métier a tisser. ) E. M.
- LINTEAU (Architecture}. Pièce de bois qu’on met horizontalement au-dessus de l’ouverture d’une porte ou d’une fenêtre, et qui pose sur les pieds-droits ; elle est destine'e a porter la partie du mur qui est élevée au-dessus de cette ouverture et à en changer les pieds-droits. Fr.
- LIQUIDES. Substances dont les molécules cèdent au plus léger effort qu’on fait pour les déplacer, propriété qui les distingue des solides , mais qu’on ne peut comprimer et re-
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- duire â un moindre volume, par l’emploi des forces ordinaires ; ce qui les différencie des gaz. ( V. Fluides et Eau.) Fr.
- LIQUORISTE ( Technologie). On donne le nom de liquo-risle à celui qui s’occupe de la fabrication des liqueurs de table, composées d’alcool, d’eau, de sucre et de différens aromates. Avant la précieuse découverte d’Édouard Adam, qui a changé totalement le système et les manipulations de l’art du distillateur des eaux-de-vie et des esprits, les liquo-ristes prenaient le titre de distillateurs-liquoristes , parce qu’ils étaient obligés de distiller les eaux-de-vie pour les transformer en esprits ,• dont ils faisaient usage. Aujourd’hui que le distillateur leur fournit l’alcool tout rectifié , ils ne distillent plus les eaux-de-vie, et ils n’ont conservé que le seul nom de liquoristes. Aux mots Distillateur (T. YII, pageSo), et Distillation (T. YII, page 78), nous avons donné toutes le. notions nécessaires pour obtenir d’excellens produite. Nous allons nous borner ici à décrire l’art du liquo-risle proprement dit.
- Le iicuoriste er: trait les parfums des divers aromates qu’il emploie , oar infusion, et souvent ensuite par distillation. Le liquide dans lequel il fait infuser ces substances varie selon leur nature : tantôt c’est l’alcool connu dans le commerce sous le no"i de trois-six, tantôt c’est le même alcool étendu dans une même quantité d’eau de rivière, tantôt c’est de l’eau pure.
- Infusiofi. des fruits à écorces. Avec un couteau bien tranchant, on enlève la superficie des écorces par petits morceaux très minces, afin de donner à l’huile essentielle qu’elles contiennent la facilité de se dégager : on fait tomber ces zestes dans un vase vernissé , qui contient de l’alcool trois-six, étendu dans moitié de son volume d’eau ; et lorsqu’on a ainsi employé les fruits qu’on veut préparer , on verse le tout dans de grandes bouteilles de verre blanc qu’on nomme dames-jeannes , et qu’on tient bien bouchées. C’est ainsi qu’on prépare les cédrats, les citrons, les oranges, les limettes, les poncires , les bergamotes, etc. On laisse infuser pendant six
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- semaines , en agitant le vase de temps en temps, et l’on distille ensuite.
- Infusion des graines. On pile les graines aromatiques, on les met dans une dame-jeanne avec de l’alcool étendu de moitié d’eau; on agite de temps en temps, et au bout de six semaines on distille. C’est ainsi qu’on prépare les graines de badiane, de cassis , de fenouil, d’anis, de gérofle, de daucus aromaticus , etc. Les graines de céleri et d’angélique contiennent une huile essentielle trop âcre pour qu’on les prépare de la même manière : on préfère les tiges aux graines.
- Infusion des bois aromatiques. On.pile les bois après les avoir coupés en petits morceaux, et l’on y ajoute quelques gouttes d’eau, comme aux graines, pour retenir les parties les plus ténues. On met infuser comme les graines.
- Dissolution des résines aromatiques. La myrrhe, Valo'es, le storax, etc., qui forment la base des élixirs , ou entrent en petite dose dans certaines liqueurs, se dissolvent dans l’alcool trois-six pur. Ces dissolutions doivent être très peu chargées , afin qu’elles ne soient pas âcres.
- Il est facile de concevoir que le magasin du liquoriste doit être entouré d’étagères, sur lesquelles sont placées les dames-jeannes qui contiennent la grande quantité d’infusions différentes qu’il doit avoir toujours en réserve. Chacun de ces vases doit porter une étiquette qui indique la nature de l’infusion qu’il contient, soit que la macération se fasse dans l’alcool, soit qu’elle ait lieu dans de l’eau naturelle , comme presque toutes les fleurs, pendant quelques jours avant la distillation. Lorsque la macération a été suffisamment prolongée , on procède à la Distillation. ( V. ce mot. ) Le produit de chaque distillation est conservé dans des dames-jeannes semblables, et porte le nom à’esprit : esprit de cédrat, esprit d’anis, etc.
- Le liquoriste jaloux de ne fabriquer que des liqueurs excellentes ne doit employer les infusions et les teintures que six mois après leur distillation. Il faut ce laps de temps pour que les parfums soient bien combinés avec 1 al-
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- cool. S’il était obligé de les employer peu de temps après leur distillation, il faudrait pendant quelques jours , avant cet emploi, agiter plusieurs fois par jour les vases, afin de hâter la combinaison.
- De la composition des liqueurs.
- Les liqueurs sont désignées sous des noms différens , selon la manière dont elles sont fabriquées. On les appelle eaux, ou crèmes, ou huiles. Les eaux sont des liqueurs qui ne présentent au goût rien de visqueux ; les crèmes ou les huiles en ont toute l’apparence , par une espèce de viscosité agréable qu’on éprouve lorsqu’on les a dans la bouche. La même liqueur peut être sous la première forme ou sous la seconde, à volonté, sans changer la dose des ingrédiens ou des parfums qu’on emploie. Uu exemple en fera concevoir la différence.
- Eau de cédrat.
- Trois kilogrammes de sucre sont dissous dans huit litres d’eau de rivière; ajoutez ensuite deux litres d’esprit de cédrat et un litre d’esprit de citron. Faites bouillir le tout ensemble pendant une minute, et filtrez chaud à la chausse ; recevez la liqueur dans un récipient de terre vernissée, et changez de récipient lorsque le liquide passe clair. Mettez en dames-jeannes lorsque la liqueur est froide, et ne mettez en bouteilles que long-temps après.
- Huile ou crème de cédrat.
- Huit litres d’eau de rivière, deux litres d’esprit de cédrat, un litre d’esprit de citron, et autant de Sirop de sucre qu’il en faut pour adoucir le liquide au point nécessaire pour avoir une liqueur pâteuse. Agitez bien avec une écumoire, pour que la combinaison soit parfaite. Mettez en dames-jeannes , et conservez long-temps en bouteilles. Pour peu que ces liqueurs soient louches, on filtre au papier joseph , ou mieux avec un filtre en futaine, suspendu isolé dans un entonnoir en fer-blanc fermé par un couvercle mobile.
- On voit, par ces deux exemples, que la différence des eaux aux huiles consiste dans l’emploi du sucre. Lorsqu’on le met
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- en nature, et surtout en petite quantité', on obtient des eaux ; mais lorsqu’on emploie le sucre à l’e'tat de Sirop , et qu’on en augmente la dose, on obtient une liqueur visqueuse qui a l’apparence huileuse, tant à la vue qu’au goût.
- Notre cadre ne nous permet pas de donner ici beaucoup de recettes pour faire toutes sortes de liqueurs ; on en trouve une quantité considérable dans beaucoup d’ouvrages qui ont traité spécialement de l’art du liquoriste ; nous devons nous borner à des généralités.
- La perfection de l’art du liquoriste consiste à bien étudier la nature des parfums qu’il emploie, à en faire le mélange selon les proportions les plus convenables pour développer, sans âcreté, le goût principal qui doit dominer, à employer avec prudence et ménagement les substances qui, sans être reconnues au goût, sont cependant nécessaires pour faire ressortir le parfum qu’on a en vue de mettre le plus en évidence. Le liquoriste doit avoir le palais très délicat ; il doit connaître assez la Chimie pour ne pas mélanger au hasard des substances qui, en se décomposant entre elles, donnent des résultats tout opposés à ceux qu’il attendait. Il doit connaître parfaitement l’art du Distillateur , et les principes de la Distillation, puisqu’il doit préparer lui-même les esprits, les plantes, les fleurs, les racines , les bois, pour en retirer les parfums qu’il emploie à tout instant.
- L’art du liquoriste est une des applications importantes de la Chimie, et celui qui n’est pas un peu versé dans cette science ne peut pas espérer de porter cet art au degré de perfection auquel il peut atteindre. Avant que la Chimie eût fait tant de progrès, l’art du liquoriste était un art empyrique ; tout se faisait au hasard, et lorsqu’on parvenait à composer une liqueur qui flattait le goût èt l’odorat, on élevait jusqu’aux nues celui qui en avait découvert la recette, et chacun cherchait à se la procurer ou à l’imiter. Aujourd’hui qu’on a mieux étudié la véritable manière de les fabriquer, ou opéré avec plus de facilité , beaucoup d’économie, et l’on obtient des résultats plus flatteurs et surtout plus sains.
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- Voici quelques recettes de liqueurs nouvelles, qui n’ont pas encore e'te' imprimées, et qui sont le résultat de nos essais. On se convaincra par là qu’on peut faire d’excellentes liqueurs par infusion, auxquelles on peut donner les qualités d’huile ou de crème avec facilité.
- ÿ° i. Baume des Moluques. On met infuser pendant dix jours, dans une dame-jeanne capable de contenir 20 kilogrammes d’eau, 5 kilogrammes d’eau-de-vie à 18 degrés,
- 2 kilogrammes de sucre blanc , 2 kilogi'ammes d’eau de rivière, i5 grammes (4gros) de girofle en poudre, 3 grammes (48 grains) de .macis en poudre. On agite deux ou trois fois par jour, on donne une couleur brune par le caramel, on filtre au bout de dix jours, et l’on met en bouteilles.
- N° 2. Larmes des veuves du Malabar. Même quantité d’eau-de-vie , de sucre et d’eau de rivière qu’au n® 1, auxquels ou ajoute 15 grammes (4 gros) de cannelle en poudre,
- 3 grammes (48 grains) de girofle, et même quantité de macis, l’un et l’autre en poudre. Ou colore légèrement au caramel.
- hTo 3. Les délices du Mandarin. Eau-de-vie , sucre et eau de rivière comme au n° 1 ; ajoutez i5 grammes (4 gros) d’anis étoilé ( badiane), autant d’ambrette (graines musquées , hibiscus abelmoschus, L. ), le tout en poudre ; 7 à 8 grammes (2 gros ) de safranum (carthame).
- if. B. Il faut bien se gauler de donner la couleur d’or avec le safran oriental; son odeur produirait un goût de tniel qu’il communiquerai! à la lie queur, et la rendrait des agréable.
- 4- Les soupirs de l’Amour. Eau-de-vie , sucre et eau, même quantité qu’au n° x. On parfume avec de l’essence de rose, qu’on met en quantité suffisante, ce que le goût détermine. On donne une couleur rose très pâle avec la teinture de cochenille, comme nous l’indiquerons plus bas. On peut filtrer de suite aussitôt que le sucre est fondu, après avoir bien agité cinq à six fois, et mettre en bouteilles.
- On peut encore faire cette liqueur sans employer l’essence de rose; en voici la recette : 5 kilogrammes d’eau-de-vie à 18 degrés, 2 kilogrammes de sucre blanc, de l’eau rose dis—
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- tillée de la manière que nous l’indiquerons , en quantité suffisante pour donner un bon parfum. Si la liqueur est trop faible , on ajoute de l’esprit trois-six ; si elle est trop forte, on ajoute de l’eau ; si elle n’est pas assez moelleuse, on ajoute du sirop.
- L’eau de roses que nous prescrivons ici se fait de la manière suivante : on garnit la cucurbite de l’alambic avec un lit de pétales de roses; on saupoudre de sel de cuisine pilé; un second lit de pétales de roses, une autre couche de sel, et ainsi de suite jusqu’au cordon : on termine par une petite couche de sel. On remplit l’alambic d’eau et Von distille. Le premier produit de la distillation est passé une seconde et une troisième fois sur de nouveaux pétales de roses, disposés dans la cucurbite comme dans la première distillation. Après la troisième distillation, l’eau de roses est parfaite.
- ]NTo 5. Crème de macarons. Eau-de-vie, sucre et eau comme au n° i , auxquels on ajoute 245 grammes (demi-livre) d’amandes amères pelées et bien pilées ; girofle , cannelle et macis en poudre, de chacun 3 grammes (48 grains). On ne doit pas remplacer les amandes amères par des noyaux d’abricots ou de pêches , parce qu’ils sont trop âcres.
- On colore en violet pourpre par une décoction de pains de tournesol, à laquelle 011 ajoute de la couleur de cochenille en quantité suffisante pour avoir une belle nuance.
- N° 6. Curaçao. Cette liqueur, qu’on nomme vulgairement cuirasseau, peut être regardée comme liqueur de ménage; cependant on ne la considère aujourd’hui de bonne qualité qu’autant que quelques gouttes laissées au fond d’un verre, prennent une belle couleur rose lorsqu’on y verse quelques gouttes d’eau. Les Hollandais furent les premiers qui apportèrent cette liqueur en France, avec cette marque distinctive. On essaya de les imiter ; on y parvint bientôt, et aujourd’hui tous les liquoristes un peu expérimentés en fabriquent qui a les mêmes qualités. Yoici le procédé le plus simple, qu« se fait par infusion.
- On met dans un grand bocal à peu près rempli d’alcool à
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- 3^° Baume ( ou trois-six ), les zestes de six belles oranges de Portugal, dont la peau est la plus lisse ; on laisse infuser pendant quinze jours : après ce temps, on met dans une dame-jeanne ( V. n31 ) 5 kilogrammes d’eau-de-vie à 18 degrés; 2 kilogrammes de sucre blanc ; 2 kilogrammes d’eau de rivière. Lorsque le sucre est dissous , on y ajoute la quantité' suffisante d’infusion de zestes d’oranges, pour que ce goût domine, et l’on aromatise le tout avec 3 grammes de cannelle fine et d’autant de macis, l’un et l’autre en poudre. Enfin, on jette dans la liqueur 3i grammes (une once) de bois de Fernambouc en poudre. On laisse en infusion pendant dix jours, en agitant trois à quatre fois par jour. Au bout de ce temps, on goûte la liqueur; si elle est trop forte et moelleuse, on ajoute de l’eau; si elle est trop faible , on ajoute de l’esprit trois-six ; si elle n’est pas assez moelleuse , on ajoute du sirop. Alors on donne la couleur de caramel, qui doit être un peu fonce'e.
- N° 7. Extrait d’absinthe de Suisse. Plusieurs personnes nous ayant demande' la composition de cette liqueur, nous nous faisons un devoir de les satisfaire, en leur communiquant la recette qui nous fut donnée par feu Cadet-Gassicourt, qui l’avait apportée de Suisse.
- « Les distillateurs de Genève, Bâle , Zurich , Neuchâtel, Berne et Lausanne font un commerce assez étendu d’une liqueur alcoolique, aromatisée par l’absinthe et l’anis, et portant 24 degrés à l’aréomètre de Baumé. Cette liqueur, qu’ils nomment extrait Æabsinthe, est composée de la manière suivante :
- Sommités d’absinthe majeure........ 2 kilogr.
- •---------d’absinthe mineure....... 1
- Racines d’angélique, 1 . ,
- „ . 0 . > de chaque. .. 0,122 gr
- Calamus aromaticus, )
- Semences d’anis étoilé ( badiane ).... o, 061
- Feuilles de dictame de Crète....... o,o3i
- Alcool à 20 degrés................. 18 kilogr.
- Tome XII.
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- » On fait macérer ces substances pendant huit jours : on distille ensuite à un feu doux, et l’on retire g kilogrammes d’esprit, auquel on ajoute 8 grammes (2 gros) d’huile essentielle d’anis vert. Les g kilogrammes qui sont reste's dans l’alambic servent à la préparation de l’eau vulnéraire spiri— tueuse.
- » La plupart des fabricans colorent leur extrait d’absinthe avec le suc exprimé de l’acbe.des marais ( apium graveolens), ou des épinards (spinacia oleracea'). Cette couleur est d’abord très belle, mais la lumière la détruit : aussi plusieurs personnes préfèrent l’extrait d’absinthe blanc, tel qu’il sort de l’alambic. Cependant , comme la couleur verte plaît souvent dans les liqueurs de table , telles que l’absinthe, la menthe, l’eau d’émeraude , etc., nous allons indiquer un proce'dé qui donne toutes les nuances de vert, et dont la couleur est durable. »
- De la coloration des liqueurs. On colore ordinairement les liqueurs en jaune, en fauve , en rouge , en violet, ou en vert. L’important est d’employer des couleurs permanentes, et qui 11e soient pas préj udiciables à la santé.
- Jaune. Le safranum ou carlhame ( carihamus tinctorius ) contient deux parties colorantes, l’une qui est jaune, et l’autre qui est rouge : la première seule est soluble dans l’eau; c’est celle dont nous nous occupons. On teint les liqueurs en jaune en y mettant infuser les pétales de cette fleur en plus ou moins grande quantité , selon qu’on veut avoir un jaune plus ou moins foncé.
- Fauve. Le caramel donne une couleur fauve plus ou moins foncée, selon qu’on en met plus ou moins. On prend une cuillère enfer, comme une cuillère à pot, bien propre et bien décapée, on y met du sucre blanc pilé , on la place sur la braise; le sucre se fond, 011 le remue continuellement, en faisant attention qu’il prenne une couleur brune parfaitement égale , mais qu’il ne brûle pas ; sans cela , il ne vaudrait rien. Lorsqu’il est au point convenable , on y verse de l’eau en remuant toujours ; il se dissout entièrement, et c’est cette
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- teinture qui donne la couleur plus ou moins foncée, selon qu’on en met plus ou moins.
- Rouge. La cochenille donne toutes les nuances de rouge ; il s’agit seulement de l’employer en plus ou moins grande quantité ; le procédé est toujours le même. On pile dans un mortier la cochenille, à laquelle on ajoute un sixième d’alun en poudre : lorsque les deux substances sont bien pulvérisées ensemble, on y verse de l’eau bouillante ; on mélange bien le tout avec le pilon, et l’on jette la couleur dans la liqueur lorsqu’elle est terminée et qu’elle est prête à filtrer.
- Violet. Les pains de tournesol donnent une couleur violette pourprée ; on pile le pain de tournesol et on le réduit en poudre subtile, qu’on verse dans l’eau bouillante : on remue ce mélange, et l’on en verse dans la liqueur autant qu’il en faut pour la colorer au point qu’on désire ; on filtre la liqueur de suite. - .
- Bleu et vert. L’indigo dissous dans l’acide sulfurique donne une couleur bleue permanente ; en voici le procédé : on met en poudre l’indigo , on le délaie dans une petite quantité d’eau à l’aide d’un mortier et d’un pilon de verre; on y verse peu à peu de l’acide sulfurique concentré à 66°, jusqu’à ce que l’indigo paraisse entièrement dissous ; on met ensuite dans cette dissolution du carbonate de chaux en poudre, qui s’empare de l’acide sulfurique, forme du sulfate de chaux qui se précipite. Alors on traite le tout par l’alcool, qui se charge du principe colorant bleu. On filtre , et par le mélange de cette teinture avec celle du carthame, on obtient toutes les nuances de vert que l’on désire. Cette préparation, qui n’est point nuisible à la santé, ne change point la saveur des liqueurs qu’elle sert à colorer. Les confiseurs peuvent s’en servir pour faire des sucreries vertes.
- Le liquoriste fait aussi des vins artificiels ou ratafias, en employant toutes sortes de fruits , tels que des oranges, des pèches, des abricots , des cerises, des framboises , des fraises, des groseilles, des mûres , du cassis, des coins , etc. On prend ces fruits dans leur parfaite maturité , on en exprime le suc,
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- on laisse reposer pendant vingt*quatre heures, après quoi on le passe au travers d’un linge, et l’on exprime bien par pression. Sur chaque litre de jus on fait dissoudre 245 grammes ( 8 onces ) de sucre blanc, et autant d’esprit trois-six qu’il en faut pour donner une force suffisante. On laisse le tout en macération pendant une quinzaine de jours , on filtre et l’on met en bouteilles. Ces vins , ces ratafias, gagnent beaucoup en vieillissant.
- Ratafia de Teyss'ere, dit de Grenoble. Cette liqueur, qui a joui pendant long-temps d’une grande réputation, et que l’on recherche encore, n’est pas difficile à faire ; en voici le procédé : on prend une quantité suffisante de merises bien mûres, et dont on a ôté les queues, on les écrase sur une corbeille peu concave, avec un morceau de planche qu’on tient à la main; le jus coule dans le récipient qui est au-dessous. On concasse les noyaux qui restent sur la corbeille. On réunit le tout, on le met dans un chaudron sur un feu modéré ; on y ajoute, par chaque 5o kilogrammes de cerises sans queues, un kilogramme de feuilles de cerisier, 23 grammes (6gros) de cannelle , et 8 grammes (2 gros) de girofle en poudre; on fait prendre un bouillon, et l’on verse bouillant sur la corbeille ; le suc tombe dans le vase de grès qui est au-dessous, et lorsqu’il est refroidi, on le met dans un petit tonneau, en ajoutant, pour chaque 3o litres de jus, 24 litres d’eau-de-vie à 18 degrés, et 14 litres de sirop. On laisse déposer le mélange pendant six mois, et lorsqu’il est bien clair, on le soutire , et l’on y aj oute le complément de sirop ou d’esprit tj'ois-six, pour l’accommoder au goût des divers consommateurs.
- Plusieurs liquoristes font aussi quelquefois les eaux de toilette; mais comme l’art du parfumeur est spécialement exerce par des artistes particuliers , nous en renvoyons la description au mot Parfumeur. L.
- LISEUPi. On donne ce nom à l’homme qui, dans les fabriques de tissus ouvrés , brochés ou damassés, lit les dessins et les met en carte ou en faisceau de tire, si l’on fait usage
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- des Jacquakts ou des Métiers a tirer. ( J?. ces. mois. ) Il faut, pour exercer l’état de liseur, une grande habitude des p^P cédés des divers tissus , connaître et faire même au beso^ les dessins qu’on veut imiter sur les étoffes par l’enlacement des fils de la chaîne et de la trame.
- On sait que la pièce une fois montée, soit pour la tire , soit pour le métier à la Jacquart, le tissutier ou tisserand n’a à s’occuper que comme s’il fabriquait une toile ordinaire, où les duites, de couleur différente, changent à des intervalles déterminés , quand le dessin est colorié.
- La mise en œuvre, ou pour mieux dire I’Oerdissace ( V. ce mot) des tissus non ouvrés, â mailles simples , croisées ou sergées , n’offre aucune /difficulté. La chaîne , dévidée en hélice sur un ourdissoir, ou même directement sur les ensou-ples, comme cela se fait aujourd’hui pour les métiers à tisser à la mécanique, est disposée de manière à pouvoir être passée immédiatement dans les lisses et le peigne, suivant l’ordre où l’on veut les faire jouer. D’ailleurs, tant qu’on veut fabriquer la même espèce d’étoffe, simple ou ouvrée, le premier ourdissage ou lisage sert pour toutes. L’ouvrier laissant dans les lisses et dans le peigne un bout de chaîne de la pièce précédente, qu’il lie par quelques duites, y rattache fil à fil la nouvelle chaîne : alors le travail de la pièce suivante n’est que la continuation de celui de la précédente.
- Le liseur ayant le dessin qu’il veut imiter sous les yeux, tracé ou calqué sur du papier rayé dans les deux sens dont les lignes représentent la chaîne et la trame du tissu, détermine avant tout le titre de la soie ou le numéro du fil que le dessin exige : il en fait le compte, c’est-à-dire qu’il calcule combien il y aura de fils de chaîne par pouce dans le sens de la largeur, et combien de fils de trame de diverses couleurs ou non , pour achever chaque dessin, dans le sens de la longueur de la pièce. Cette connaissance préliminaire étant acquise , il examine quels sont les fils de la chaîne qu’il faut hausser, et de quelle couleur devront être les fils de la trame P°ur produire successivement le dessin donné, qui se forme
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- »' ours ca dessous. Alors prenant le bout de la chaîne, or-irement roulée sur une ensouple , ou seulement un bout la représente, il en passe les fils qui doivent être levés .^semble, dans l’œil d’une même lisse , et ensuite dans l’in-t&valle des dents du peigne , un à un si le peigne est assez fin pour cela , ou plusieurs dans le même intervalle , si le compte du peigne n’est pas aussi considérable que celui des fils de la chaîne ; ce qui n’empêche point leur croisement pour former le pas.
- Il détermine en même temps quelles sont les navettes qui doivent passer lorsque telle ou telle lisse, ou plusieurs de ces lisses se lèvent à la fois, et dont l’ensemble forme ce qu’on appelle un équipage, qui est très volumineux quand les dessins sont d’une certaine dimension et compliqués.
- Avant qu’on connût la mécanique de Jacquavt, toutes les lisses qui doivent s’élever simultanément étaient assujetties à des ficelles réunies en un faisceau qu’on nommait lire, parce qu’un enfant était toujours là pour les tirer, suivant l’ordre établi et marqué par des numéros ou des rubans de couleur, au commandement du tisserand.
- Au moyen des cartons percés à jour formant la chaîne sans fin du métier de Jacquart, on a supprimé les tires : c’est ce qu’on appelle mettre en carte ou en carton, opération dont le liseur est chargé. À cet effet, il a un emporte-pièce avec lequel il découpe les cartons de calibre ; et par une correspondance qu’il établit entre le mouvement des lisses et les broches de l’emporte-pièce , il fait, d’un seul coup de levier ou de balancier, percer tous les trous que doit avoir chaque carton. Pour le surplus, -voyez Jacqüart.
- M. Maiziat, professant à Lyon l’art de fabriquer les tissus de toutes sortes, a trouvé une méthode de lisage plus simple et plus économique que celle dont nous venons de parler, et pour laquelle il a pris un brevet d’invention de dix ans. C est d’après ce système qu’il a fabriqué l’écran sur lequel est écrit, en lettres extrêmement nettes , faisant corps du tissu, le testament de Louis XVI, qu’on a vu et justement adnure a
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- l’exposition des produits de .l’industrie de 1827. On annonce que plusieurs fabricans de Lyon l’ont adopté. E. M.
- LISIÈRES. Bords d’une pièce d’étoffe, ordinairement d’une couleur différente. Les fils de la chaîne destinés à former les lisières, ne sont pas ourdis en même temps que la pièce , et on ne les roule pas sur l’ensouple : ils sont ajoutés après coup, et tendus par des poids particuliers. Du reste , ils jouent comme les fils de la chaîne , et font partie du tissu. ( V. Draperie. ) E. M.
- LISSES. On nomme ainsi les pièces mobiles d’un métier à tisser, au moyen desquelles et des pédales, on fait ouvrir les fils de la chaîne d’un tissu quelconque pour passer la navette , et par conséquent le fil de la trame ou duite. On fait des lisses de plusieurs manières. C’est un état particulier, exercé par des ouvriers qu’on appelle lissiers.
- Les lisses ordinaires sont formées de deux tringles ou liteaux en bois, disposés parallèlement entre eux , dans une longueur égale à la largeur des tissus qu’on veut fabriquer. Des fils de lin, de chanvre ou de laine , plus ou moins fins , après s’être enlacés au milieu de la distance des deux baguettes, viennent envelopper et se fixer sur celles-ci, et former dans toutes leur longueur une suite de mailles sans nœuds , qui reçoivent les fils de la chaîne. ( V. fig. 5, PI. 34 des Arts mécaniques. ) ad, sont lés tringles supérieures et inférieures ; b , le lieu de l’enlacement des fils , où passent les fils de la chaîne qui doivent jouer ensemble.
- On fait des lisses en fil de fer, d’acier ou de laiton, disposées comme on le voit en A et B, même fig. 5. Dans tous les cas, l’œil doit être pour ainsi dire effacé , afin qu’il passe facilement entre les fils de la chaîne. On en importe quelques cent mille d’Allemagne par an , de celle qui est représentée par A. Elles sont faites en fil de laiton étamé et tortillé comme on le voit, et ensuite aplaties : mais nul doute qu’on adopte de préférence les aiguille^ B, percées à leur centre pour le passage des fils delà chaîne, et à leurs extrémités pour les fixer dans les tringles.
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- Les toiles ordinaires, les calicots, les draperies, etc., n’exigent que deux lisses de l’espèce de celles dout nous venons de parler, et dont une monte pendant que l’autre descend par l’effet du jeu des pédales du métier : l’une reçoit les fils impairs , et l’autre les fils pairs de la chaîne, qui se croisent et se décroisent ainsi alternativement, pour le passage de la navette. Les tissus sergés ou croisés exigent plusieurs paires de lisses , qui se partagent les fils de la chaîne.
- Les lisses destinées à fabriquer les étoffes façonnées, brochées , damassées, ne sont pas fixées à des tringles ; elles sont toutes isolées et attachées à des fils formant des systèmes qui aboutissent, soit à la tire, soit au mécanisme à la Jacquart, suivant les règles du lisage. Elles redescendent par l’effet d’un lingot de plomb dont leurs bouts inférieurs sont chargés.
- ( V. Liseur et Métier a tisser. ) E. M.
- LISSEUR, LISSOIR ( Technologie). On donne le nom de tisseur à l’ouvrier dont l’occupation consiste à unir ou à polir la surface d’une étoffe ou d’un papier, pour la rendre brillante. C’est en quelque sorte le dernier apprêt que l’on donne à ces diverses substances avant de les livrer au commerce.
- Le lissoir est l’instrument dont le tisseur se sert pour exécuter l’opération qu’on désigne, dans certains Arts, par le mot lissage. Le mot lissoir a plusieurs acceptions différentes dans les Arts industriels , ainsi qu’on va le voir.
- Dans la fabrication des toiles peintes, avant qu’on n’eut généralement adopté l’usage du laminoir pour donner le dernier apprêt aux indiennes, et ce glacé qui flattait tant l’œil, cette opération se faisait à l’aide du lissoir. Dans les villes ou les dégraisseurs, qui mettent à neuf ces sortes de toiles, n ont pas sous leurs mains les laminoirs qui leur seraient indispensables , ils ont conservé l’usage du lissoir.
- Les fabricans de papiers peints s’en servent toujours, et jusqu’ici ils n’ont pas pu y suppléer d’une manière satisfaisante. Voici en quoi consiste cet instrument.
- Le lissoir, proprement dit, est une pièce de bois de Si udl-limètres en carré , et d'environ i,gjg à 2,599 millimètres >6à
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- 8 pieds) de long, autant que peut le permettre la hauteur du plancher. Cette pièce est ajustée à fourchette par le haut, dans le bout d’une planche de môme largeur et de 27 millimètres (2 pouces) d’épaisseur, où elle est retenue, à une de ses extrémités, par une forte cheville de fer qui lui permet de faire charnière à ce point. L’autre bout de cette planche , qui est assez longue pour faire un peu ressort, est fixé à une poutre ou un soliveau du plancher, dont elle est cependant éloignée de 3 ou 4 centimètres. Par cette disposition , on voit que le lissoir est suspendu dans un sens vertical. Le lissoir est à fourchette par le bas, pour y recevoir, soit un galet de verre ou de silex, de 108 millimètres ( 4 pouces ) de diamètre , dont les angles sont arrondis, soit une espèce de cylindre en bronze, qui roule sur deux pivots : ce cylindre a i35 millimètres (5 pouces) de long, et 27 millimètres (1 pouce) de diamètre ; il n’est pas parfaitement cylindrique ; ses deux extrémités sont d’un plus petit diamètre que le milieu, et les angles sont arrondis. Cette précaution est prise afin que ces angles ne puissent pas couper les étoffes qu’on veut lisser, ce qui arriverait infailliblement s’ils étaient tranebans.
- La lisse qui, dans son mouvement, décrit un arc de cercle qui approche le plus d’une ligne droite qu’elle représente un rayon plus grand , est assez longue pour arriver jusqu’au bord d’une forte table en bois dur , très épais, et dont la surface, sur laquelle le lissage s’opère, est très unie. La traverse supérieure, qui fait ressort, oblige la lisse à appuyer sur la table avec une pression à peu près égale. On obtient une plus grande uniformité dans la pression , lorsqu’on charge d’un poids l’extrémité de la traverse supérieure, qui fait alors l’effet d’un levier.
- Cet instrument sert au lisseur d’èloffes et au marbreur de papiers, qui emploient les galets de verre ou de silex. Le fabricant de papiers peints emploie le petit cylindre de bronze. Les uns et les autres passent le lissoir sur toute la surface de l’étoffe „ et la grande pression qu’exerce la roulette polit parfaitement , et donne le brillant qu’on recherche.
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- LISSEUR, LISSOIR.
- Au mot Satinage , nous indiquerons les modifications que le fabricant de papiers peints lui fait subir pour satiner la surface de ses produits.
- Le Cartier et le Cartonxier se servent aussi du même lissoir; mais le cylindre qu’ils mettent au bas est enfer, ou mieux en acier bien poli ; il est fait comme celui du fabricant de papiers peints. A l’aide de ce lissoir , ces ouvriers donnent un certain lustre à leurs cartons, après qu’ils sont coile's et bien séche's.
- Le Chaudronnier donne le nom de lissoir à un outil en acier trempe' et parfaitement poli , qui lui sert à polir les moulures de ses ouvrages. C’est le même outil que dans d’autres Arts on nomme Brunissoir.
- Le Cordonnier appelle lissoir, bisaigne, bizcgle, un outil en bois dont il se sert pour polir les bords des semelles de soulier.
- Le Corroyé CR nomme lissoir une masse de verre en forme de bouteille , solide, à deux cols qui tiennent lieu de poignée, et dont la panse a 136 millimètres ( 5 pouces ) de diamètre, et 54 millimètres ( 2 pouces ) de hauteur. Ils s’en servent pour . lisser et polir les cuirs de couleur, lorsqu’ils ont reçu leur dernier lustre. Les Maroquiniers emploient le même outil.
- Le Gaînier polit ses ouvrages avec un outil qu’il désigne sous le nom de lissoir. C’est souvent une dent de loup, ou un morceau d’ivoire qui en a la forme , et qui est emmanché dans un morceau de bois tourné , ou bien un brunissoir d’agate. ( V. Brunissecr , T. III, page 583. )
- Le Paclmier-Raquettier donne le nom de lissoir à un petit outil d’os plat dont il se sert pour polir et lisser. Il le nomme aussi lissetie.
- La Lingère et les blanchisseuses cle bas de soie se servent d’un outil de verre, de marbre ou de buis tourné et poli, qu’elles nomment lissoir, et dont elles se servent pour lisser leurs ouvrages et les bas de soie qu’elles tendent sur une forme après qu’ils sont soufrés.
- Dans la fabrication de la Poudre a canon , on désigne sots le
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- nom de lissoir, une machine qui sert à lisser ou polir les grains de poudre. {V. Poudre a cavox. )
- L’Imprimeür , le Papetier, lissent aujourd’hui leurs feuilles à la presse. Ils n’emploient plus le lissoir. ( V- Papetier et Satineür. ) L.
- LISTEL. Moulure carrée ou bande e'troite , qu’on dispose comme ornement aux colonnes et autres parties des bâtimens.
- ( V- Architecture. ) Fr.
- LITEAU. Petite tringle de bois couche'e horizontalement au-dessus ou au-dessous d’autres pièces. On donne aussi ce nom aux raies colorées qui traversent les toiles , d’une lisière à l’autre. Les nappes et serviettes ainsi préparées, doivent avoir un liteau vers chaque extrémité. ( V. Toiles et Tissage. )
- Fr.
- LITHARGE ( Arts chimiques). Protoxide de plomb , semi-vitreux , imparfaitement fondu , en petites lames qui ont quelque ressemblance avec le mica. On obtient la litharge dans la coupellation en grand du plomb d’œuvre, opération dont le but est de séparer l’argent que contient le plomb. L’argent demeure dans la coupelle , tandis que le plomb oxidé et fondu est chassé de celle-ci par le vent des soufflets, qu’on emploie pour faciliter l’oxidation du plomb.
- On distingue dans le commerce deux sortes de litharge, qu’on a désignées sous les dénominations de litharge d’argent et litharge dor, parce que la première est blanchâtre, et la seconde rougeâtre. La différence de leur couleur tient à ce que celle-ci contient une certaine quantité de deutoxide de plomb ou de minium , dont celle-là est complètement exempte. La litharge d’or, chauffée dans un tube de verre fermé où l’air ne pénètre pas, devient jaune en se désoxidant et en repassant tout entière à l’état de protoxide. On nomme encore , dans le commerce, litharge marchande, celle qui est en écailles brillantes, isolées ; et litharge fraîche, celle qui est en masse et sous forme de stalactites.
- La litharge se réduit avec facilité ; il suffit de la fondre à travers les charbons pour la ramener à l’état de plomb : elle
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- 33a LITHARGE.
- est employée à divers usages dans les Arts. Les potiers en forment la couverte de leurs poteries , lorsqu’ils veulent leur donner une couleur bronzée : on s’en sert pour augmenter la propriété siccative des huiles, telles que celles de lin et de noix, qui la dissolvent en grande quantité, à l’aide de la chaleur.
- On fait entrer la litharge en grande proportion dans les emplâtres proprement dits ; elle s’y combine aux graisses et aux huiles, en agissant à la manière des alcalis caustiques, c’est-à-dire en les convertissant en acides gras, avec lesquels elle forme des espèces de savons métalliques, ou, en d’autres termes, des oléates, margarates et stéarates de plomb.
- La litharge, à cause de sa propriété d’être tout-à-la-fois fusible et fondante, est employée avec avantage dans la composition de quelques verres.
- On prépare l’extrait de Saturne ou le sous-acétate très soluble, en faisant bouillir du vinaigre sur un excès de litharge. On sait avec quel succès l’extrait de Saturne, mêlé à l’eau, qui le décompose, et en forme l’eau dite de Goulard, est employé dans les cas de brûlure les plus graves.
- La litharge dissoute à froid dans de l’acide acétique pyroligneux , donne lieu, selon les proportions dans lesquelles on l’emploie, soit à un acétate neutre , soit à un sous-acétate de plomb, qui tous deux sont d’un usage extrêmement important dans les Arts. Le premier, connu sous le nom de sel de Saturne, est employé dans l’art de la teinture pour décomposer l’alun et donner naissance à l’acétate d’alumine, que l’on préfère à l’alun, parce qu’il cède plus facilement que celui-ci sa base à la partie colorante qui tend à s’y combiner, en même temps qu’elle se fixe sur les tissus.
- Le sous-acétate de plomb surchargé de cet oxide métallique, est facilement précipité en carbonate de plomb par le contact de l’acide carbonique, et offre un moyen aussi prompt que facile de se procurer aujourd’hui un blanc de plomb qui rivalise par sa blancheur et ses autres qualités, avec les plu* beaux blancs de la Hollande.
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- LITHOGRAPHIE. 333
- Voyez, pour les détails de ces préparations, les articles Acétate de plomb et Céruse.
- Le mot litharge provient des deux mots grecs Mes, pierre, et *pargent, dont, la réunion signifie pierre d’argent.
- L*****r.
- LITHOGRAPHIE, tiré de deux mots grecs, pierre, y?*?»* écriture, désigne l’art de reproduire en un grand nombre d’exemplaires les dessins et écritures tracés sur pierre. Cet art, déjà si important, est dû à Senefelder , chanteur du théâtre de Munich; il ne donna, dans son origine, que des produits tellement grossiers, qUe l’on fut loin, alors de soupçonner en lui un rival à la gravure sur cuivre. Les résultats auxquels on est parvenu aujourd’hui assignent à la lithographie un rang élevé parmi les Arts industriels et les procédés des Beaux-Arts. Son importation en France date de 1814. M. Engelmann fonda, peu après, dans Paris, un des plus grands établissemens lithographiques , où prirent naissance plusieurs améliorations importantes, et notamment l’imitation du lavis et des tons légers des dessins au crayon
- Les progrès de l’art lithographique sont dûs bien moins aux perfectionnemens dans les procédés chimiques et mécaniques qu’à l’habileté toujours croissante de nos artistes; encore le petit nombre des améliorations faites n’étant pas sorties des ateliers des lithographes , on est forcé de reconnaître qu’aucune d’elles n’est encore acquise à l’art d’une manière impérissable. La Société d’Encouragement ayant accueilli favorablement la proposition que nous lui fîmes, dans le but d’obtenir et de publier de véritables perfectionnemens, nous pourrons extraire du programme que nous fûmes chargés de rédiger, l’indication des résultats désirés, et quelques idées que nous avons émises sur les moyens d’y parvenir. Depuis la rédaction de ce programme, l’un de nos collègues M de Lasteyrie, à qui l’on doit l’importation en France de la lithographie, s’est occupé de plusieurs publications auxquelles nous aurons recours. MM. Bernard et Delarue, lithographes distingués de la Capitale, ont bien voulu nous communiquer
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- leurs moyens et nous ouvrir leurs ateliers; ce qui nous a été
- fort utile pour compléter la description de cet .art.
- Les procédés de la litliographie sont fondés :
- i°. Sur l’adhérence, avec une pierre calcaire, d’une sorte d’ encaustique gras qui forme les traits ;
- o°. Sur la faculté acquise aux parties pénétrées par cet encaustique , de se couvrir d’une encre d’imprimerie dont l’imile de lin épaissie forme la base ;
- 3°. Sur l’interposition de l’eau, qui prévient l’adhérence de l’encre dans tous les endroits de la superficie de la pierre non imprégnés de l’encaustique ;
- 4°. Enfin, sur une pression exercée de manière à décharger sur le papier la plus grande partie de l’encre qui recouvre les traits graisseux de l’encaustique.
- Rous nous occuperons successivement de chacune de ces parties, afin de faciliter l’intelligence de toute l’opération dans son ensemble, et nous terminerons par les conditions principales de chacun des prix y relatifs, fondés par la Société d’En-couragement.
- Pierres lithographiques. La plus grande partie des pierres calcaires propres à l’art lithographique sont encore tirées de Munich. C’est à Solenhofen , village peu distant de la ville où prit naissance la lithographie , que se fait l’exploitation la plus considérable des pierres lithographiques : il en existe d’abondantes carrières, disposées par c'ouches d’épaisseur convenable, et qu’il suffit de déliter , le long du Danube , dans le comté de Pappenheim, et sur plusieurs autres points; elles sont dures et offrent un grain fin très régulier. Ce n’est pas que des pierres de même genre ne se trouvent en divers endroits en France, et notamment à Châteauroux, Pielle, et dans la commune de Marchamp, département de l’Ain ; mais on rencontre rarement, dans nos carrières , des morceaux qui puissent offrir une superficie d’une assez grande étendue sans défauts, et dont le grain soit partout d’une contexture homogène, pour les grands dessins. Il faut espérer que de nouvelles recherches amèneront de meilleurs résultats.
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- La bonne qualité d’une pierre lithographique est généralement dénotée par les caractères suivans : sa teinte, d’un gris jaunâtre, est uniforme dans toute sa surface, exempte de veines , de fils et de taches ; sa dureté, assez grande, est partout la même ; on le reconnaît à l’aide d’une pointe d’acier, qui l’entame difficilement ; les éclats enlevés au marteau laissent une cassure conchoïdale, c’est-à-dire en forme de coquille.
- Les pierres de Munich sont débitées sur place , en tranches ou Uis d’égale épaisseur; on les équarrit à l’aide d’une scie, c’est-à-dire que l’on en forme, en sacrifiant le moins possible des bords irréguliers , des tables ou plaques rectangulaires : une des deux grandes faces est ensuite dresse'e et grossièrement unie. L’épaisseur de ces pierres est, à peu près , proportionnée à leurs autres dimensions ; elle varie entre les limites de 20 lignes à 3 pouces. Jusques aujourd’hui, l’on n’a, pas dessiné de pierres aussi grandes que 3 pieds de long sur 2 de large, et ce fut l’un des produits lithographiques de MM Bernard et Delarue, dont l’épreuve ne laissait qu’un, pouce de blanc, qui présenta ces dimensions à l’exposition industrielle française de cette année.
- C’est à Paris, où se rencontre le plus grand nombre des artistes de France, et où la vente des estampes est la plus considérable , que se fait aussi la plus grande consommation de pierres lithographiques.
- Dans chaque établissement de lithographie , on s’occupe du dressage et grainage définitif des pierres. Ces opérations sont analogues au dressage et douci des Guces ; elles sont pratiquées à la main, en faisant frotter civculairement une pierre mobile sur une autre pierre scellée horizontalement, et interposant du sable fin tamisé entie elles et de 1 eau. Le sable qui convient le mieux est quavtzeux , à grains arrondis, et fin comme le grès de Fontainebleau tamisé. La substance elle-même de la pierre concourt au douci, à mesure que le sable la détache ; on obtient donc un grainage plus fin , en continuant plus long-temps l’opération sans renouveler le sable.
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- Afin d’exécuter le polissage des pierres d’une manière plus commode et plus propre, on a, dans les ateliers, une table compose'e de grosses planches en cliène, avec un rebord pour empêcher que l’eau et la vase produites par le polissage ne se répandent de côté et d’autre. Cette table est percée d’un trou par lequel s’écoulent, dans un vase placé au-dessous, l’eau et la vase qu’elle entraîne. Cet ouvrage pénible exige une assez grande adresse de la part de l’ouvrier; il est donc dispendieux , et n’offre pas toujours la perfection désirable. Il est probable que les machines construites avec succès pour doueir les glaces, réussiraient également dans le dressage des pierres lithographiques et dans leur grainage.
- Le genre d’ouvrage que doit recevoir une pierre, détermine l’espèce de douci qu’il faut lui donner. Pour les dessins au crayon, la pierre doit être seulement grainée, plus ou moins fin, suivant le goût ou les habitudes du dessinateur : on parvient à donner le grain voulu en usant au sable plus ou moins longuement, et l’on reconnaît le degré du grainage en lavant de temps en temps , par une aspersion d’eau, une partie de la pierre , chassant l’excès d’eau par une forte insufflation , et regardant la surface obliquement. Les dessins offrent d’autant plus de fini et de moelleux, que les pierres ont reçu un grain plus fin ; mais aussi elles s'empalent plus vite, et l’on n’en peut tirer qu’un moindre nombre d’épreuves. Les ouvrages à l’encre exigent que la pierre soit mieux doucie : à cet effet, on continue plus long-temps la friction circulaire d’une pierre sur l’autre ; on lave bien leur surface, et l’on achève de la doueir , après l’avoir légèrement mouillée, avec une grosse pierre ponce, que l’on passe sur chaque pierre séparément et en lignes droites , sur toutes les parties de la pierre et parallèlement à chacun de ses bords. On n’ajoute, pendant cette manœuvre, que la quantité d’eau utile pour entretenir la mollesse de la pâte formée par la substance de la pierre et celle de la pierre ponce.
- Lorsque l’on a obtenu ainsi un bon douci, on lave arec soin , et l’on essuie avec un linge exempt de tous corps gras.
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- Les pierres grainées et doucies sont conservées en interposant du papier blanc entre leurs surfaces ainsi travaillées.
- Crayons lithographiques. On ne saurait obtenir de belles épreuves en lithographie , si les crayons dont l’artiste fait usage ne sont pas doués de toutes les qualités requises. Les ingrédiens qui les composent doivent être de nature à adhérer fortement sur la pierre , soit après que le dessin a subi la préparation à l’acide , soit pendant la durée du tirage. Ils doivent avoir assez de dureté pour donner une taille fine et permettre au dessinateur de former des traits déliés et bien marqués , sans craindre de rupture : si on les fait trop secs ou poreux, ils se brisent à chaque instant ; s’ils sont trop mous, ils s’écrasent et ne forment que des traits grossiers et confus.
- La composition suivante est employée avec succès par MM. Bernard et Delarue.
- Cire pure (dite de première qualité).......... 4
- Savon sec, de suif et de soude................ 2
- Suif blanc (1)................................ 2
- Gomme laque................................... 2
- Noir de fumée , quantité suffisante pour donner la
- teinte noire convenable..................... 1
- On ajoute quelquefois du vernis gras à la copale.. 1
- Le noir ordinaire du commerce peut suffire sans avoir été calciné ; mais on doit le rejeter lorsqu’il contient des grains de sable ou de terre, ainsi que cela arrive quelquefois : il est aussi nécessaire qu’il soit d’une extreme finesse.
- On fait fondre la cire sur un feu doux ; on y ajoute ensuite, peu à peu, toute la gomme laque concassée en petits frag-inens, en remuant sans cesse à l’aide d’une spatule : on mélange alors le savon, réduit en raclures fines, et lorsque le
- (t) On emploie, en hiver, le double de cette quantité, afin de diminuer h dureté produite dans la composition par rabaissement de ia température.
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- mélange de ces substances est bien intimement opère', on y ajoute le vernis gras à la copale, dans lequel on aura préalablement délayé le noir de fumée.
- On continue à faire chauffer en agitant toujours, jusqu’à ce que la pâte ait acquis la consistance convenable ; ce que l’on reconnaît en en tirant une petite quantité, la faisant refroidir sur une assiette , et essayant la consistance au canif. Cette composition doit., en se taillant, produire des copeaux cas-sans. On peut bâter la coction en mettant le feu aux vapeurs qui s’en dégagent, ce qui augmente la température et rend moins incommodes les exhalaisons de cette préparation. Lorsque la coction plus ou moins prolongée amène le degré de consistance voulu, on retire du feu, et quelques instans après on coule dans un moule en cuivre fait de deux parties cannelées, qui, rapprochées et serrées à l’aide de boulons, d’écrous et d’une monture en bois, laissent entre elles des creux cylindriques de la dimension des crayons ordinaires. ( V. la fig. 4 de la PI. 44- )
- Lorsque le refroidissement est complet, on ouvre les deux parties du moule, on coupe les bavures et les jets, puis on enferme les craj ons dans des flacons en verre soigneusement bouchés.
- Afin d’éviter que la matière des crayons ne s’attache au moule , il faut frotter celui-ci avec un linge gras avant chaque coulée.
- Il paraît qu’on peut employer une composition de crayons plus simple ; du moins M. de Lasteyrie indique celle qui suit comme susceptible de remplir le but de la lithographie. On prend :
- Savon de suif desséché.............. 6 parties.
- Cire blanche, sans suif.............6
- Noir de fumée....................... i •
- On met sur un feu vif le savon et le suif dans’ une casserole , avec son couvercle. Lorsque le tout est bien fondu , et
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- qu’il ne reste plus de grumeaux, on jette le noir de fumée peu à peu, en remuant continuellement.
- L’encre lithographique se prépare à peu près de même; seulement, sa composition est plus compliquée; il y entre ordinairement, en poids :
- Cire.........-...............— 16 parties.
- Suif............................ 6
- Savon dur, de suif et soude..... 6
- G o mine laque................... 12
- Mastic en larmes................. 8
- Térébenthine de Venise............ 1
- Noir de fumée..................... 4
- On fait chauffer avec précaution , et après les avoir délayés à froid et en poudre, le mastic et la gomme laque dans la térébenthine ; on y ajoute, après avoir retiré du feu, la cire et le suif, et lorsque la solution est opérée, on jette dans le même vase les raclures de savon ; enfin, on délaie avec grand soin le noir de fumée. Dès que le mélange est bien intimement opéré à chaud, l’opération est finie : on laisse un peu refroidir, puis on coule en tables, que l’on découpe à froid en bâtons rectangulaires.
- L’encre lithographique de bonne qualité doit être susceptible de se diviser en une émulsion tellement ténue, qu’elle semble dissoute, lorsqu’on la frotte contre un corps dur dans de l’eau distillée, ou dans toutes les eaux de source ou de rivière , qui ont la faculté de dissoudre parfaitement le savon ordinaire. Elle doit être coulante dans la plume, ne pas s’épancher sur la pierre, et pouvoir former des traits d’une grande finesse. Il est nécessaire qu’elle soit très noire, afin de rendre plus sensible le travail du dessinateur ou de l’écrivain.
- La qualité la plus essentielle de l’encre est de s’imprégner fortement dans la pierre, de manière à reproduire les traits les plus délicats du dessin, et à donner un grand nombre d’épreuves ; à cet effet, il faut qu’elle soit susceptible de résister
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- à l’acide dont elle est arrose'e dans la préparation, sans qu’aucune de ses parties grasses soit enleve'e ou altérée.
- M. de Lasteyrie annonce qu’après avoir éprouvé un grand nombre de combinaisons , il a donné la préférence à celle que nous indiquons ici :
- Savon de suif desséché.......... 3o grammes.
- Mastic en larmes................ 3o
- Soude blanche du commerce. ... 3o
- Laque en table................ i5o
- hoir de fumée.................. 12
- On prend, pour faire fondre toutes ces matières, une casserole en cuivre ou en fonte, avec un manche de bois : il est bon que son bord soit muni d’une gouttière, afin de verser plus facilement la matière dans les moules.
- On pose cette casserole sur un brasier ardent, après v avoir mis le savon ; lorsque celui-ci est bien fondu, on y jette la laque, qui fond promptement, ensuite la soude peu à peu, puis le mastic, ayant soin de remuer avec une spatule garnie d’un manche de bois; enfin, on verse le noir de fumée par parties, et successivement, en remuant bien, afin que le mélange soit tfts exact. On entretient un feu très vif, pour que la fusion des matières soit complète. La laque est sujette à se boursoufle!’ ; on ne la met dans la casserole que par petites quantités, afin qu’elle ne vienne pas à dépasser les bords. Lorsque toutes ces matières sont bien fondues , on les verse dans le moule.
- Les encres dont nous venons de donner la composition s’emploient également à la plume ou au pinceau, pour les écritures, les dessins au trait, à l’aqua-tinta, les dessins mixtes, ceux qui imitent la gravure sur bois, etc. Lorsque l’on veut en faire usage, on la délaie dans l’eau, à la manière de l’encre àe Chine, jusqu’à ce que l’on ait obtenu la nuance assez foncée. Il faut que la température du lieu où l’on prépare l’encre soit à 18 ou so°, ou que la soucoupe dans laquelle on frotte le
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- bâton d’encre, soit pose'e sur une tablette de poêle e'chauffe'e à 40 ou 45°.
- On doit délayer seulement la quantité d’encre dont on veut faire usage, car elle se conserve rarement, dans Pétât liquide, plus de douze à vingt-quatre heures. Afin qu’elle s’altère moins promptement, on doit la mettre dans un petit godet, qu’on recouvre d’une lame de verre dès qu’on cesse d’y puiser.
- Papier autographique. L’autographie , ou l’opération par laquelle on transporte une écriture ou un dessin du papier sur la nierre, offre non-seulement un moyen d’abréger le travail, mais aussi celui de rendre les écritures et les dessins dans le sens où ils ont été tracés , tandis que , lorsqu’on les exécute immédiatement sur la pierre , il faut le faire dans le sensopposéà celui que l’on veut obtenir. Ainsi, l’on doit écrire à rebours pour avoir des épreuves dans le sens ordinaire. Mais l’art d’écrire ainsi est long et difficile à acquérir, tandis que par le moyen du papier autographique et du transport, on obtient des épreuves dans le même sens que celui où l’écriture et le dessin ont été faits.
- Encre autographique. Elle doit être plus grasse et plus molle que celle employée immédiatement sur pierre , afin qu’étant sèche sur le papier , elle puisse conserver assez de viscosité pour adhérer sur la pierre par le seul effet de la pression.
- On prend, pour composer cette encre :
- Savon sec................... roo grammes.
- Cire blanche de première qualité. 100
- Suif de mouton............... 3o
- Gctmme laque................ 5o
- Mastic....................... 00
- Noir de fumée. .............. 3o ou 35
- On procède à la fusion de ces matières , ainsi que nous l’a— voris exposé pour l’encre lithographique.
- Pour transporter une écriture, un dessin à l’encre ou au
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- crayon lithographique, même l’épreuve d’une planche en cuivre, sur la pierre, il est nécessaire : i°. que les empreintes soient faites sur un corps mince et faible, tel que le papier ordinaire ; 2°. qu’elles puissent s’en déta'fcher et se fixer en totalité sur la pierre au moyen de la pression ; mais comme l’encre qui sert à tracer un dessin pénètre jusqu’à un certain point dans le papier, et qu’elle y adhère assez fortement, il serait difficile d’en détacher toutes les parties, si l’on ne mettait préalablement, entre le papier et le dessin , un corps susceptible d’être divisé et de perdre son adhérence au moyen de l’eau dont il serait imbibé. C’est dans le but d’obtenir cet effet que l’on donne au papier une certaine préparation qui consiste à l’enduire d’un encollage sur lequel on puisse écrire facilement , et tracer les délinéamens les plus fins sans que le papier boive. On peut trouver différentes manières de communiquer au papier cette propriété.
- Nous indiquerons une préparation qui, lorsque le transport est fait avec les précautions nécessaires, permet aux traits déliés de se détacher complètement, sans laisser de trace sur le papier. Il faut pour cela prendre un papier non collé, assez fort, et l’enduire d’un encollage composé ainsi qu’il suit :
- Amidon........................ 120 grammes.
- Gomme arabique................. 4°
- Alun. .......................... 20
- On forme à chaud, avec l’amidon et de l’eau, une colle de consistance moyenne ; on jette dans cette colle la gomme arabique et l’alun, que l’on a fait dissoudre dans l’eau auparavant et dans des vases séparés ; on mélange bien le tout, et on l’applique, encore chaud, sur des feuilles de papier, au moyen d’une brosse ou large pinceau aplati. On peut donner une teinte à cet encollage, en y ajoutant une décoction de graines d’Avignon. Après avoir fait sécher ce papier autographique , on le met sous une presse pour redresser les feuilles, et on lisse celles-ci en les mettant deux à deux sur
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- une pierre que l’on fait passer sous le râteau de la presse lithographique.
- Si, après avoir essaye' ce papier , on trouve qu’il boive un peu, on remédiera à cet inconvénient en le frottant avec de la sandaraque mise en poudre.
- On se sert de Pldmes en acier pour écrire et pour dessiner à l’encre sur les pierres lithographiques. ( V. plus loin la manière de les préparer. )
- La préparation des crayons comme celle des encres lithographiques et autographiques laisse encore beaucoup à désirer, soit dansla nature ou les proportions desingvédiens qu’on y emploie, soit dans le degré de coction, qu’il faudrait rendre constant : aussi les résultats obtenus sont-ils très variables dans les mêmes établissemens. Les meilleurs produits ne satisfont pas les artistes. On voudrait que les crayons, sans être trop durs, ne fussent pas sujets à s’émousser promptement sur la pierre, que leur pointe ne se cassât pas sous une faible pression , qu’ils laissassent des traits bien remplis, etc. On reproche à l’encre d’être peu coulante, de s’épaissir de plus en plus , et souvent de se prendre en magma lorsqu’on cesse d’en faire usage pendant plusieurs heures : aussi verrons-nous plus bas qu’un prix est offert à celui qui remédiera à ces inconvéniens.
- Encre d'impression. Cette encre diffère de celle dont on fait usage en typographie, en ce qu’elle est beaucoup plus épaisse : on l’emploie, dans la lithographie et l’autographie, pour obtenir les épreuves des dessins et des écritures. Elle se prépare en soumettant de l’huile de lin à une longue ébullition , dans une marmite en fer ou en cuivre, de forme ovoïde, à l’embouchure de laquelle s’adapte à volonté un couvercle serré par une vis. Il faut avoir soin que le tiers supérieur du vase reste vide ; cette précaution est indispensable, pour éviter lesaccidens qui peuvent survenir par l’épanchement de l’huile hors du vase, au moment de l’ébullition. Il peut cependant arriver que l’huile se boursoufle subitement, et dépasse les hords ; il faut donc être très attentif à la retirer promptement du feu, avant qu’elle puisse se répandre , et incendier tout ce
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- qui se trouverait exposé à sa flamme. On place ordinairement le vase dans un trou fait en terre , afin de produire un refroidissement plus prompt. Yoilà pourquoi il faut faire cette préparation hors des maisons , et dans un lieu où il n’y ait rien à craindre en cas d’accident.
- Lorsqu’on fait bouillir l’huile sous une cheminée, on a toujours à sa portée un tas de cendres prêtes à être jetées dans le feu, afin d’en arrêter les progrès. On met le feu avec un morceau de bois ou de papier enflammé, qu’on approche de la superficie de l’huile.
- Le résultât de cette opération est l’épaississement de l’huile et une sorte d’altération encore peu étudiée, qui lui ôte la propriété de s’étendre en faisant tache sur divers corps : on l’accélère en jetant dans la chaudière des ognons ou des morceaux de pain. Il nous semble que ces substances agissent d’une manière utile en fournissant, pendant leur dessèchement, une quantité de vapeur d’eau qui offre un espace favorable au dégagement de la partie de l’huile à volatiliser. On peut encore hâter cette sorte de coction en mettant le feu aux vapeurs qui s’en dégagent. La combustion ayant heu à l’embouchure du vase et hors du contact de l’huile bouillante, il est probable que ce n’est que par l’élévation de la température que l’effet utile a lieu.
- On juge que la coction s’avance plus ou moins et qu’elle est poussée assgz loin , en faisant refroidir sur une assiette un très petit échantillon de la matière, en posant une goutte sur du papier collé , et observant si elle ne pénètre ou ne s’étend pas trop. On peut aussi reconnaître le degré de cuite, en faisant filer entre les doigts un peu de cette matière refroidie. On connaît sous le nom de vernis, l’huile de lin ameuee au degré de consistance propre à la préparation de l’encre d impression.
- Chaque fois que l’on veut essayer le degré de coction, il faut préalablement étouffer la flamme, en posant le couvercle sur la chaudière. Cette précaution est encore nécessaire lorsque l’huile s’élève trop en bouillant et menace de déborder •
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- alors, comme nous l’avons dit, deux hommes enlèvent la chaudière et l’éloigent du feu.
- On fabrique ordinairement, pour la lithographie, deux espèces de vernis : l’un plus e'pais, destine' au dessin fait au crayon ; l’autre léger, pour les travaux à l’encre. On les mélange l’un avec l’autre lorsqu’on veut en avoir d’une qualité intermédiaire.
- L’opération que nous venons de décrire , quelque bien ménagée qu’elle soit, ne donne jamais des produits parfaitement semblables ; elle répand au loin une vapeur âcre extrêmement désagréable et insalubre ; elle a fréquemment excité les plaintes des habitans dans le voisinage, et causé des incendies. Il serait donc fort important que l’on s’occupât de la rendre plus facile, moins dangereuse et moins incommode. Peut-être obtiendrait-on une partie de ces résultats à l’aide d’un appareil distillatoire qui donnerait aux gaz non condensables une issue suffisante et complètement séparée de l’atelier où le feu serait allumé. Peut-être qu’une injection de vapeur d’eau, à une température et sous une pression convenables, remplacerait avec avantage l’addition de morceaux de pain ou d’ognons.
- Pour l’encrage du crayon , l’huile de lin doit être plus épaissie que pour le tirage des écritures ou dessins à la plume, et pour chacune de ces sortes de lithographies , le point convenable de la cuisson doit être soigneusement observé ; car l’encre d’impression trop fluide adhère quelquefois aux parties de la pierre non couvertes par les traits du dessin, les épreuves sont moins nettes, et la pierre, plus promptement salie, donne un moins grand nombre d’épreuves. Si, au contraire , le vernis employé était trop rapproché , l’encrage serait plus long, plus difficile, les traits déliés ne viendraient pas bien ; cependant quelques épreuves tirées avec un tel encrage, peuvent servir à nettoyer une pierre dont le fond aurait été sali par un tirage précédent à l’encre trop fluide.
- Lorsque le vernis est achevé et refroidi, on le mélange très intimement avec le noir de fumée sur une pierre de
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- marbre ou de porphyre, à l’aide d’une molette arrondie. La ténacité' du vernis exige des efforts considérables pour achever cette opération ; on la rendrait sans doute beaucoup moins pénible en faisant le mélange à chaud, à l’aide d’une spatule , dans un mortier, ou au moyen d’un cylindre agissant sur une pierre légèrement concave et à rebords, analogue à celles dont les fabricans de chocolat font usage.
- Tous les noirs de fumée que l’on trouve dans le commerce ne sont pas convenables pour la préparation de l’encre de l’impression : ceux dont la ténuité est la plus grande, dont la couleur est la plus intense , et surtout qui ont été privés, par la calcination , des particules huileuses , résineuses ou autres, entraînées dans le courant de la fumée pendant leur fabrication , doivent être préférés. Le noir de lampe que l’on recueille sous forme de champignons au sommet des mèches consumant l’huile sans double courant d’air, est le type de la meilleure qualité, et présente toutes les conditions désirables. Il est fâcheux que l’on n’en ait pas encore pu fabriquer de semblable en grand.
- Encre de conservation. Lorsqu’une pierre a été tirée, toutes les parties qui constituent le dessin sont couvertes d’une couche d’encre d’impression ; mais cette encre , de nature siccative , se durcit après un certain espace de temps, et prend alors difficilement, ou î-efuse tout-à-fait de prendre l’encre dont on veut la charger pour un nouveau tirage.
- Cet inconvénient se fait peu sentir dans les dessins faits à l’encre ; il suffit de couvrir ceux-ci avec une couche de gomme, pour les conserver plus long-temps. Il n’en est pas ainsi pour les dessins exécutés au crayon, ou ceux qui sont gravés, m pour les pierres destinées à donner des teintes de fond. Peu de temps suffirait pour les détériorer, même en les couvrant de gomme , si on ne les garnissait pas d’une encre qui conservât toujours son onctuosité.
- Yoici deux recettes qui ont également réussi. La première est de M. de Lasteyrie, la deuxième de MM. Bernardet Delarue :
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- Vernis lithographique très épais. a parties ou i
- Suif de mouton................... 4 i
- Cire blanche.................... i i
- Essence de térébenthine......... i 2
- Noir de fumée , quantité suffisante pour donner une teinte semblable à celle de l’encre ordinaire d’impression.
- On fait fondre sur un feu léger les trois premières substances ; on y verse l’huile essentielle de térébenthine en mêlant bien le tout, et ensuite on y verse le noir de fumée peu à peu , et l’on remue jusqu’à ce que la pâte soit homogène.
- On conserve ces encres dans un vase qu’on recouvre , afin d’empêcher la poussière et l’air d’y avoir accès. On a , pour les employer, une pierre au noir et un rouleau , uniquement destinés à ce service. On étend l’encre sur la pierre avec le rouleau, et après avoir tiré une épreuve du dessin, on le nettoie bien avec une éponge humide, on le charge avec ce rouleau comme si on voulait tirer une épreuve, et puis on couvre la pierre d’eau gommée.
- Après avoir indiqué la préparation des matières premières de la lithographie , nous décrirons les ustensiles qu’emploie cet art industriel ; nous donnerons ensuite la marche et l'ensemble des travaux lithographiques. Nous exposerons les procédés autographiques, dont les applications deviennent aujoui-d’hui très multipliées ; nous indiquerons les prix offerts pour le perfectionnement de l’art ; enfin, nous terminerons cet article par l’indication en nombres de l’importance acquise aujourd’hui à cette industrie dans le département de la Seine.
- Presses lithographiques. Elles se composent d’un bâtis solide en bois de chêne bien assemblé AA ( fig. 5 ) ; un chariot mobile BB porte la pierre C , dont on veut tirer des épreuves ; une forte sangle D, attachée d’un bout à ce chariot, s’enroule de l’autre sur un treuil E, mû à l’aide d’un moulinet F.
- LTne corde d, attachée à l’autre bout du chariot, passe sur des poulies de renvoi, et un contre-poids d'sert à ramener la
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- pierre dans sa première position, après que la pression a
- cesse'.
- Un châssis G mobile sur un axe G', tient un fort cuir G' tendu au moyen des vis de rappel g, g.
- Une forte traverse H ouvrant et fermant à l’aide d’un tourillon solide , tient enchâsse' dans une mortaise un couteau en bois h, destine' à transmettre la pression au travers du cuir G" ; un boulon h' passant au milieu du couteau et de la traverse II, supporte tout l’effort de la pression : cette traverse porte d’un bout au repos ou arrêt h, destiné à l’empêcher de retomber de l’autre côté de la presse ; son autre bout est terminé en une sorte de pêne arrondi, qui s’engage, à la volonté de l’ouvrier, dans un étrier mobile I.
- Ce dernier, fixé sur l’un des bouts d’une pédale à double levier J, sert à exercer une forte pression pendant le tirage de chaque épreuve. On facilite le glissement du couteau sur le cuir, en graissant légèrement celui-ci avec un linge imprégné de suif.
- Pierre à encrer. Près de la presse , et du même côté que le moulinet, un massif M (fig. 6) supporte un coffre à tiroir, sur lequel on pose la pierre à noir d’impression , parfaitement plane et polie. C’est sur cette pierre à encrer que l’on étend l’encre d’impression , dont on doit charger le rouleau pour en garnir la pierre lithographique. Le tiroir N sert à contenir le noir d’imprimerie , le pot à gomme , celui qui contient l’acide , la pierre ponce , des éponges , des chiffons, de l’essence de térébenthine , du vernis, une pointe en fer, un racloir et autres choses dont l’ouvrier peut avoir besoin à chaque instant.
- Rouleau. Cet ustensile , représenté dans la fig. 7 , se com" pose d’un mandrin en bois cylindrique 0, terminé à chaque bout par un tourillon ou poignée o , garni d’un manchon bien tendu en flanelle, qui lui-même est recouvert d’un cuir fort et d’égale épaisseur , en peau de veau, dont le côté adhérent à la chair est tourné en dehors. Il est très difficile de faire à ce cuir une couture longitudinale tellement disposée, qu elle
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- ne présente aucune saillie ni rainure creuse. Le moyen que l’on emploie habituellement, consiste à tailler les deux bords un peu en biseau, puis à les rapprocher très fortement à l’aide d’une couture très serrée, faite en dedans avec une aiguille courbe.
- Cette couture , quelque bien faite qu’elle soit, laisse toujours une trace dans l’encrage, et l’ouvrier ne parvient à la compenser qu’en multipliant dans differens sens les coups de rouleau.
- On a cherche' à fabriquer des rouleaux sans couture , en employant la peau enlevée sur la jambe des bœufs ou des chevaux; mais jusqu’à ce jour , on n’a pas obtenu de succès complet, C’est un des objets de recherches laissé aux personnes qui s’occuperont de l’art de perfectionner la lithographie.
- Pour faire agir le rouleau sur la tablette et sur la pierre lithographiée, l’ouvrier introduit sur chacun de ses tourillons un fourreau en cuir épais et ferme , dans lequel il tourne facilement lorsque les deux fourreaux étant saisis de chaque main, on frotte en differens sens le rouleau sur la pierre. On adoucit d’ailleurs le frottement par un léger enduit de suif sur les tourillons.
- Plumes d’acier. On fait usage , en lithographie , pour dessiner ou pour écrire, de plumes d’acier. Les plumes ordinaires servent rarement , soit parce qu’elles se trouvent émoussées au bout d’un instant, soit parce qu’elles ne peuvent tracer des traits aussi fins et aussi déliés que les premières : celles-ci se font avec de vieux ressorts de montre qui ne soient pas trop épais , et dont la largeur soit suffisante, c’est-à-dire de 6 à r millimètres. Après avoir coupé ces ressorts en morceaux longs de 3 à 4 centimètres , après les avoir bottés avec de la pierre ponce ou du sable et de l’eau, afin d’enlever les corps gras dont ils pourraient être imprégnés, on les jette dans une assiette où l’on a mis de l’acide nitrique étendu d’eau. Il se produit une effervescence et une vapeur qu’il faut prendre garde de respirer. Ou laisse les morceaux de ressort dans l’eau forte l’espace de cinq à six minutes, plus
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- ou moins , selon la force de l’acide , ayant soin de les remuer avec un bâton, afin qu’ils soient attaque's également dans toutes leurs parties. On retire de temps à autre un ou deux de ces morceaux , pour examiner s’ils sont suffisamment amincis. Lorsqu’on les trouve dans l’état convenable, on les jette dans l’eau, et on les frotte avec du sable fin ou de la ponce, pour enlever l’oxide dont ils sont couverts. Les morceaux de ressorts ainsi préparés doivent être égaux dans toute leur épaisseur, élastiques et très faciles à ployer.
- Alors on fend l’une des extrémités avec des ciseaux bien trempés, et l’on taille les deux côtés avec le même instrument. Mais comme il ne serait pas possible d’obtenir par ce seul procédé une taille fine et égale , on use la pointe et les côtés du bec en les frottant sur une pierre du Levant. Lorsqu’un côté du bec prend une direction opposée à celle de l’autre côté , on la fait revenir en la posant sur une enclume ou sur tout autre corps dur , et en la pressant fortement avec l’anneau d’un ciseau.
- On leur donne une forme demi-cylindrique, afin qu’elles retiennent une plus grande quantité d’encre. Cette opération se fait en plaçant la lame sur une rainure demi-cylindrique, pratiquée à la surface d’une petite enclume, ou, à son défaut, dans un bois dur , et en frappant avec le tranchant d’un petit marteau , de manière à faire courber successivement la lame d’acier jusqu’à ce qu’elle soit ployée dans la forme de la moulure. Il faut lui donner cette forme avant de la tailler, et surtout avant de l’effiler. On assujettit cette plume métallique sur une hampe en bois , au moyen d’un petit anneau en cuivre, ou bien en la plaçant sur un petit bout de tuyau de plume d’oie , que l’on fait entrer dans une plume ordinaire.
- 'Tire-ligne. C’est un instrument très employé en lithographie : il est très propre à tirer des lignes plus fines, plus nettes et plus égales que celles que l’on pourrait obtenir avec une plume métalliqne. Le travail s’exécute d’ailleurs avec plus de régularité et plus de promptitude. Celui dont on fait usage pour les dessins sur pierre, a une vis de pression vers
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- le milieu de la longueur des deux branches , qui doivent être d’un acier bien trempe'. Il est semblable à celui qu’on emploie sur papier , avec cette différence , que les deux branches doivent être plus e'carte'es , afin que l’encre lithographique se trouvant en plus grande quantité vers la pointe où les deux bouts se réunissent, puisse couler plus facilement.
- Les deux parties du tire-ligne doivent être parfaitement égales, et leur extrémité aussi fine que celle de l’instrument le plus tranchant. On les réunit lorsqu’on veut les égaliser, et on les écarte lorsqu’on veut affiner le tranchant. On emploie, pour cette opération, une pierre à aiguiser d’un grain fin.
- Grattoir. C’est un instrument très utile en lithographie, soit pour corriger un dessin avant le tirage, soit pour remédier aux taches et empâtemens survenus pendant cette opération. Les bavures, les épaisseurs trop fortes qui peuvent se faire dans l’écriture, se corrigent au moyen du grattoir. On diminue, avec le secours de cet instrument, les teintes trop foncées dans les dessins au crayon , et on leur donne plus de brillant, en enlevant une portion du crayon.
- Pointes. Leur usage est indispensable pour la gravure sur pierre ; on doit, par conséquent, en avoir de différentes finesses ou de différentes grosseurs, selon la dimension des traits que l’on doit former sur la pierre.
- On prend celles dont les graveurs font usage , en leur donnant, au moyen de la pierre à aiguiser, une forme arrondie ou plate, etc., etc.
- Pinceaux. Les pinceaux ordinaires ne valent rien pour la lithographie ; ceux de martre , dont se servent les peintres en miniature , sont les seuls dont on peut faire usage , à cause de leur élasticité et de la finesse de leur pointe. Ces conditions, et surtout 1a. dernière, sont très essentielles ; car la pierre happant l’encre avec une grande facilité , les traits s’élargissent promptement lorsque l’instrument qui transmet l’encre présente trop de surface, ou une trop grande quantité d’encre à la fois. Aussi le pinceau , par la subtilité de sa pointe , est-il,
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- de tous les instrumens , le plus propre à former des traits et des touches de'licates et presque insensibles : mais son emploi exige de la légèreté, de la délicatesse et de l’habitude dans la main. Une autre espèce de pinceau , connu sous le nom de blaireau, sert aussi à passer légèrement sur les dessins faits sur pierre, pour en enlever les fragmens de crayon , la poussière ou autres corps dont ils pourraient être salis.
- Caisse à préparer. La préparation des pierres consiste à répandre sur leur surface un acide faible qui, en enlevant une portion de l’alcali contenu dans l’encaustique dont sont composés les encres et les crayons lithographiques , rend cette matière moins soluble et la dispose à subir les opérations du tirage. Pour que cette préparation se fasse d’une manière égale et uniforme sur toute la surface du dessin, la pierre doit être placée dans une situation légèrement inclinée, afin quel’acide, jeté également sur toutes les parties, ne puisse s’arrêter trop long-temps sur aucune.
- La pierre est placée sur un faux fond ou grillage en bois, au travers duquel l’eau acidulée passe aisément.
- Presses à lisser. Dans les établissemens de lithographie, il est nécessaire d’avoir une forte presse à lisser, pour placer entre des cartons les épreuves nouvellement tirées ; sans cette précaution, les épreuves en séchant se contracteraient inégalement , et conserveraient des boursouflures et des aspérités qui les dégraderaient et nuiraient à leur beauté et à leur éclat. Les établissemens lithographiques qui manquent de ces presses, envoient toutes leurs épreuves tirées à des apprê-teurs, qui font métier de les lisser, et mettent à cette opération tous les soins convenables.
- Table à dessiner. Pour dessiner avec commodité, il est utile de faire construire une table dont les deux extréimtes soient garnies d’une planche , qui au moyen d’une coulisse puisse s’élever ou s’abaisser à volonté, suivant l’épaisseur des pierres.
- On arrête ces planches à la hauteur convenable , au moyen d’une vis de pression : elles servent à soutenir une espèce de
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- règle mince, taillée en biseau , large de i o ou 12 centimètres, sur laquelle s’appuie la main du dessinateur sans toucher la pierre.•
- On applique au même usage un nouveau Pdpitre mécanique, qui permet de placer la pierre dans toutes les positions voulues, sans toucher à autre chose qu’aux vis de rappel et au bâtis dans lequel la pierre est enchâssée. Cet ustensile n’a pas encore été introduit dans les ateliers de lithographie ; il paraît cependant fort commode pour les dessinateurs.
- Encre de reprise. Il arrive quelquefois , surtout dans les autographies, que l’encre avec laquelle sont faits les dessins n’a pénétré que faiblement dans la pierre ; alors, comme l’encre d’impression que l’on applique avec le rouleau n’a pas une attraction suffisante pour l’empreinte légère qui se trouve sur la pierre, on fait usage d’une encre que les Allemands nomment anneme farke ; elle s’attache et pénètre plus profondément les traces, qui 11e font en quelque sorte qu’effleurer la pierre. Cette encre se compose de parties égales d’huile de lin, de suif et de savon, moitié de cire et un peu de noir de fumée. On fait fondre le tout à chaud, et l’on ajoute de l’essence de térébenthine lorsqu’il est nécessaire de lui donner une plus grande liquidité. Après avoir préparé la pierre et l’avoir couverte d’eau gommée, on prend, au moyen d’un linge propre , un peu de cette encre , et l’on frotte légèrement toutes les parties de l’écriture ou celles du dessin , ayant soin que l’encre n’adhère sur aucun des endroits de la pierre qui doivent rester blancs. Le mélange de cette encre avec l’eau gommée ne l’empêche pas d’adhérer sur les traits du dessin , mais il met obstacle à ce qu’elle s’attache sur les places qui ne portent pas l’empreinte de l’encre à écrire. Si, malgré cela , quelques parties de la pierre viennent à se noircir , on enlève ces taches en trempant l’extrémité du doigt ou la paume de la main dans de l’eau fortement gommée , et en tamponnant ainsi ces taches. On nettoie ensuite la pierre avec une éponge, on l’essuie légèrement avec une autre éponge, on l’encre avec le rouleau, puis on fait le tirage.
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- Papier et mouillage. Le choix du papier n’est pas indiffèrent en lithographie^ surtout lorsqu’il s’agit de tirer des épreuves d’un dessin soigné et fait au crayon. Plus le papier est épais et élastique , mieux il vaut, surtout lorsqu’il a la propriété de se gonfler et de devenir élastique au tirage.
- Les épreuves sortent mieux sur un papier non collé que sur celui qui a reçu un encollage.
- On peut cependant employer des papiers minces et eolle's pour le tirage des dessins à l’encre , ou pour les écritures. On met toujours une feuille de maculature sur la feuille qui doit recevoir l’empreinte, et même deux lorsque celle-ci est mince , afin de produire une pression plus intime et plus régulière. Le papier cdllé doit se mouiller plus fortement et rester plus long-temps dans cet état que celui qui ne l’est pas ; il donne, en général, moins de tirages. Celui qui est imprégné de craie ou d’alun nuit à la beauté des épreuves, et ne permet pas de les tirer à aussi grand nombre. Les plis, les boutons , les grains de sable surtout, détériorent les épreuves : ces derniers raient les dessins , percent le cuir des presses, et produisent des concavités dans les râcles , de manière à les rendre impropres au tirage. Le papier doit donc être à grains unis et réguliers, et la pâte homogène et d’égale épaisseur.
- Pour mouiller le papier, on prend à la fois une ou deux feuilles par les angles de Tune de leurs extrémités , et on les fait passer au travers de l’eau propre contenue dans un baquet. On les pose avec soin sur cinq à sept autres non mouillées, et on les recouvre d’un pareil nombre de feuilles. On continue ainsi alternativement, en plaçant du papier sec et du papier mouillé , plus ou moins de l’un ou de l’autre , selon la nature du papier. On met le tout entre des planches, que Ton charge de poids , afin que l’humidité se répande également partout. On place de nouveaux poids au bout d’une heure, ou, mieux encore, on met sous la presse. Le papier mouillé ainsi que nous venons de le dire, doit rester sous la pression pendant dix à douze heures : on peut le tenir ainsi pendant
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- vingt-quatre heures. Si on le conservait plus long-teïnps, il sécherait et se moisirait. Le papier trop mouillé ne prend pas aussi bien l’encre, et donne des épreuves inférieures , et il a surtout l’inconvénient de se coller aux pierres.
- Soins à prendre pour écrire ou pour dessiner sur pierres. Lorsqu’on veut écrire ou dessiner à l’encre immédiatement sur la pierre, soit que l’on ait obtenu une esquisse au moyen d’un décalque, ou qu’on l’ait tracée à la main avec un crayon, on opère exactement comme on a coutume de le faire sur le papier , soit que l’on emploie la plume ou le pinceau. Nous ferons cependant remarquer qu’il faut une certaine habitude et de la légèreté dans la main pour produire avec facilité des traits nets et délicats sur la pierre.
- On doit s’exercer avant d’entreprendre des travaux soignés. L’encre prend mieux et s’étend moins lorsqu’on a soin de frotter une pierre bien polie, soit avec de l’essence de térébenthine , soit avec une eau légèrement savonneuse ; la première est préférable. Lorsque la pierre est trop tendre , on mêle avec l’essence une petite quantité d’encre lithographique, dont on frotte légèrement la pierre avec un linge , de manière à lui donner un ton grisâtre. Il faut tenir l’encre lithographique assez épaisse pour que les traits formés sur la pierre soient d’un noir foncé, et cependant assez fluide pour qu’elle puisse suffisamment couler dans la plume : on lui donne la consistance d’une crème fluide.
- Lorsqu’on commence à dessiner sur pierre avec une plume d’acier ou un tire-ligne , on trouve de la difficulté à faire couler l’encre.
- Mais on vaincra bientôt cette difficulté avec l’exercice et la patience, si toutefois on est pourvu de bons instrumens. L’usage du pinceau est plus facile, quoique moins expéditif que celui de la plume; il suffit de le tenir constamment garni d’une petite quantité d’encre, et de travailler d’une main légère et du premier coup. On doit l’essuyer lorsque l’encre s’épaissit, et en reprendre de nouvelle.
- Le dessin au crayon ne demande pas moins de soin que
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- celui à l’encre ; il doit être exécuté d’une touche franche hardie et vigoureuse. Si le crayon est promené mollement sur la pierre, il donnera des teintes pâles, et qui souvent disparaîtront dans le tirage. C’est en vain qu’on repasserait un grand nombre de fois pour donner du ton et de la vigueur : la première touche ainsi que les suivantes , étant tracées avec mollesse, n’auront pas d’adhérence ; les teintes disparaîtront ou elles deviendront confuses et baveuses.
- Il est plus commode, lorsqu’on dessine au crayon, d’en tailler un certain nombre avant de commencer son travail, afin d’en avoir toujours sous la main, pour en changer lorsqu’ils s’émoussent ou lorsqu’ils se ramollissent par la chaleur , et de n’être pas obligé de s’interrompre à chaque instant. D’ailleurs, si l’on taillait des crayons lorsqu’on a la pierre sous la main, elle pourrait être salie par les petits frag-mens , qui adhèrent au dessin, s’écrasent dans le tirage, et produisent des points noirs.
- Il faut dessiner avec beaucoup de justesse sur pierre, car tout trait une fois tracé doit se reproduire, à moins qu’il ne soit effacé, ce qui est long et difficile. Il n’y a d’autre moyen, pour parer à cet inconvénient, que d’employer la pointe ou le grattoir. Si le dessin est fait à l’encre, il faut enlever au grattoir la partie que l’on veut corriger ; et pour que l'encre ne laisse aucune trace, il suffit d’entamer la pierre très superficiellement , sans la creuser ni lui faire perdre son poli, de manière que l’on puisse former de nouveaux traits sur la même place.
- La difficulté est plus grande lorsqu’on veut corriger un dessin au crayon fait sur une pierre grainée ; car si l’on enlevait le grain avec le grattoir , il ne serait plus possible d’employer le crayon sur les parties qui auraient été ainsi polies. Il est donc indispensable de se servir de la pointe du grattoir, ou de tout autre instrument aigu.
- Maniéré aulographique. Pour écrire ou pour dessiner sur du papier autographique, on délaie, dans un godet, de l’encre autographique, dont nous avons donné la conjpos1"
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- lion, ayant soin de n’employer que de l’eau de pluie ou autre qui dissolve bien le savon. On facilite la dissolution en faisant chauffer légèrement l’eau du godet. L’encre se dissout en frottant l’extrémité du bâton dans le godet où l’on a mis un peu d’eau. Il ne faut en délayer que la quantité qui doit être consommée dans la journée.
- Elle ne se dissoudrait pas aussi bien si, après l’avoir laissée sécher pendant plusieurs jours , on la délayait de nouveau, et ne serait pas aussi bonne , surtout pour les dessins délicats.
- Il faut donner à cette encre la fluidité d’une crème peu épaisse, de manière qu’elle forme des traits bien noirs sur le papier : si ces traits étaient d’une couleur rousse, on n’obtiendrait pas d’aussi belles épreuves. On mettra en écrivant un garde-main ou feuille de papier blanc, pour empêcher que la main ne graisse le papier autograpliique.
- La pierre employée pour l’autographie doit être polie à la pierre ponce. Les épreuves sont d’autant plus nettes que le polissage est plus parfait.
- On peut autographier à froid ou à chaud, c’est-à-dire avec la pierre dans l’état de température où elle se trouve, ou après l’avoir fait chauffer, soit en l’approchant du feu soit en l’exposant au soleil. Il faut, dans le premier cas, l’échauffer très graduellement, car une température brusquement élevée pourrait la faire fendre.
- La température convenable est à peu près celle de l’eau tiède ( à 33 ou 36°). On réussit aussi, quoique moins parfaitement, sans faire chauffer la pierre.
- Lorsqu’on l’a ainsi préparée, on la fixe sur la presse, et l’on y applique le papier sur lequel on a écrit. On peut frotter la pierre avec un linge trempé légèrement dans l’essence de térébenthine. Dans tous les cas, il faut qu’elle soit bien propre. On laissera évaporer l’essence, et, cinq ou huit minutes avant d’appliquer le papier , on l’humectera du côté opposé à celui sur lequel se trouve l’écriture , avec une éponge chargée d’eau j de manière à ce que l’humidité pénètre de part en part.
- Le papier se trouvant dans cet état, on le prend à deux
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- mains par l’une de ses extrémités, et on le place légèrement et successivement, de manière à ce qu’il ne fasse aucun pli t et qu’il puisse être appliqué également sur toute sa surface. On aura dû avoir le soin, auparavant, de disposer le râteau, afin qu’il porte sur le papier autographique , car s’il le dépassait, il ferait changer de place la pression, et les traits seraient doublés. On tiendra prêtes , sous la main , cinq ou six feuilles de papier de maculature, bien unies, afin d’en changer à chaque pression.
- Le papier sur lequel se trouve l’écriture ou le dessin étant posé sur la pierre , on le couvre d’une feuille de maculature, on donne une légère pression, puis une deuxième , une troisième, et même un plus grand nombre , jusqu’à ce qu’on juge que l’écriture a été bien appliquée. On retire à chaque coup de presse le papier de maculature qui est imbibé d’eau, pour le remplacer par d’autre papier sec. Toutes ces opérations doivent être faites avec autant d’adresse que de célérité, surtout lorsque la pierre est chaude. Il s’agit ensuite de détacher le papier autographique, qui se trouve fortement collé sur la pierre : à cet effet, on le mouille à grande eau avec une éponge, jusqu’à ce qu’il soit bien pénétré dans toutes ses parties. Alors il s’enlève avec assez de facilité, et se détache de l’écriture, qui adhère, seule, fortement à la pierre. Si l’opération , qui exige quelque pratique, est bien faite, il ne doit rester sur le papier aucune trace d’encre. Dans le cas où il y aurait quelques traits qui ne seraient pas bien marqués sur la pierre, on peut les retoucher avec une plume, ou mieux avec un pinceau et de l’encre ; mais pour cela, il faut que la pierre soit bieu sèche.
- Comme une partie de l’encollage du papier se trouve délayée et adhérente sur la pierre, on l’enlève en lavant ou frottant légèrement avec une éponge imbibée d’eau. On prépare ensuite la pierre à l’eau-forte, et Ton fait le tirage ainsi que nous l’exposerons dans un autre endroit.
- L’autographie ne se borne pas seulement au transport des écritures et des dessins faits avec de l’encre autographique»
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- elle est susceptible d’opérer le transport d’une feuille imprimée en caractères typographiques, avec une telle conformité et exactitude, qu’il est impossible à des yeux qui ne sont pas bien exercés d’apercevoir quelque différence entre un imprimé typographique et celui qui résulte de l’autographie. Ce genre peut être utile lorsqu’il s’agit d’allier des caractères orientaux dont on est dépourvu, avec des mots, des phrases ou des lignes composés en caractères typographiques.
- On peut multiplier les cartes ou les dessins au trait et peu compliqués , gravés sur cuivre. Pour cela , on enduit d’encre autographique, délayée à une consistance convenable, la planche en cuivre, en procédant par la méthode ordinaire. On emploie , au lieu d’encre autographique , une composition faite avec une partie, en poids, de cire, une de suif, trois d’encre dont on tire les épreuves ordinaires en lithographie. On fait chauffer le tout et on le mélange bien. On ajoute un peu d’huile d’olive si la composition n’est pas assez liquide pour être étendue sur la planche : celle-ci doit être chauffée à l’ordinaire. Après avoir fait le tirage à la presse en taille-douce , sur une feuille de papier autographique , on opère immédiatement le transport sur pierre, après avoir frotté celle-ci avec une éponge imbibée de térébenthine. Il est nécessaire de donner trois ou quatre coups de presse, et même plus, en augmentant à chaque coup la pression ; on suivra d’ailleurs les autres procédés que nous avons déjà indiqués. Il est bon d’attendre vingt-quatre heures avant de préparer la pierre, afin qu’elle soit mieux pénétrée par l’encre de transport; ensuite on gomme la pierre, on la lave, puis on fait le tirage.
- Ce procédé, qui n’a pas encore été usité dans les lithographies , mérite cependant l’attention des artistes ; car il donne le moyen de reproduire et de multiplier à l’infini des cartes de Géographie , et quelques genres de gravures qui pourraient être livrées dans le commerce au quart de leur valeur actuelle. En effet, toutes celles qui sont faites au trait, ou celles dont les ombres sont largement exécutées, sont sus-
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- ceptibles de reproduire de bonnes épreuves au moyen de l’au-to.gra.phie.
- Le procédé de l’autographie présente de grands avantages dans différentes circonstances et pour différens genres de travaux , surtout lorsqu’il s’agit d’économie et de célérité : non-seùlement il est propre à la circulation de tous les écrits qui demandent une publication instantanée, tels que les avis relatifs au commerce ou à quelque intérêt privé ou public, aux mémoires ou aux écrits scientifiques , littéraires, etc., que l’on ne destine qu’à un petit nombre de personnes, chacun pouvant avoir une presse et exécuter soi-même, ou avec le secours de ses agens ou de ses domestiques.
- On peut produire, par ce moyen, et d’une manière très économique, des cartes de Géographie, des figures de Géométrie , et tout genre de dessin à la plume. Les auteurs qui ont quelque connaissance du dessin peuvent exécuter eux-mêmes leurs ouvrages sur papier autographique , sans avoir recours aux artistes ; car il faut un certain apprentissage pour écrire et même dessiner à l’encre sur une pierre.
- D’après tous les détails dans lesquels nous sommes entrés, on comprendra facilement la marche générale et la théorie suivantes , que nous croyons pouvoir donner des opérations lithographiques.
- On forme, sur une pierre dont les pores sont très fins, et par cela même très multipliés , des traits avec une sorte d’encaustique. La substance grasse en excès dans cette composition pénètre à une légère profondeur dans ces pores, éliminant ainsi et laissant à la superficie le noir insoluble, avee une portion de toutes les parties constituantes de l’encaustique.
- La quantité de matière imbibée est plus grande dans les endroits où l’artiste a chargé davantage , et surtout de prime abord.
- En passant ensuite sur la pierre une solution acide extrêmement faible ( environ 10 grammes d’acide nitrique dans xooo d’eau), on enlève une partie de l’alcali (soude) qui e'tait
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- combiné à l’acide gras : l’isolement de ce dernier rend la composition moins dissoluble et plus résistante ; l’eau acidulée produit en outre l’effet de nettoyer le fond de la pierre, en le décapant légèrement.
- La gomme en solution, que l’on ajoute ensuite , ne s’introduit que dans les parties du fond de la piérre non imprégnées de la matière grasse ; retenue par la capillarité, elle augmente l’attraction de ces parties pour l’eau , et la répulsion de l’encre à imprimer.
- Après quelques minutes de séjour de l’eau gommée, on lave à l’eau pure pour enlever l’excès de la première, puis ensuite, à l’aide d’une éponge imbibée d’buile essentielle de térébenthine, on passe légèrement sur le dessin : tout l’encaustique en saillie se dissout et s’enlève ; il ne reste plus que la matière pénétrée dans les pores. Il semble que tout soit effacé ; à peine voit-on une légère trace blanchâtre dans les endroits dessinés.
- On passe alors dans tous les sens le rouleau chargé de l’encre d’impression ; celle-ci adhère seulement aux traits graisseux ; elle est sans action sur les autres parties de la pierre. On continue à passer le rouleau en appuyant fortement et chargeant de plus en plus, jusqu’à ce que les épreuves, que Ton tire de temps à autre, aient acquis un ton suffisamment foncé ; on commence alors le tirage des bonnes épreuves.
- D’après toutes les considérations que nous avons exposées dans le cours de cet article , et afin de mettre un plus grand nombre de personnes à portée de concourir aux divers perfec— tionnemens de la lithographie, la Société d’Encouragement a cru devoir consacrer un prix pour chaque objet spécial, en laissant aux concurrens le droit de s’occuper de plusieurs ou de tous ensemble , et de remporter un ou plusieurs prix.
- Elle décernera , dans sa séance du mois de juillet 1828 , les récompenses suivantes :
- l°. Un prix de 5oo fr. au concurrent qui aura indiqué une recette facile à exécuter pour la préparation des meilleurs «rayons. Ceux-ci devront se tailler aisément, fournir un trait
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- graisseux , être peu cassans et capables de conserver leur pointe. La Socie'te' demande que l’on en prépare qui soient numérotés suivant deux ou plusieurs degrés de dureté, comme cela a lieu pour les crayons de Conté et ceux de carbure de fer (dits de mine de plomb).
- 2°. Un prix de 600 fr. pour celui qui aura décrit exactement le procédé de fabrication, et envoyé l’échantillon d’une encre lithographique supérieure à celles connues, bien coulante , susceptible de résister à l’action de l’acide que l’on emploie pour mettre à nu le fond de la pierre , permettant de tracer des lignes fort déliées , et prenant bien l’encrage dans toutes ses parties pendant un long tirage. Les concurrens devront indiquer la substance la plus convenable à appliquer sur la pierre pour faciliter l’écriture et la rendre plus nette, la manière de confectionner les meilleurs pinceaux et les bonnes plumes d’acier, ou d’autres sortes de plumes, s’ils en trouvent qui méritent la préférence. Ils rechercheront quel est le degré le plus convenable de l’acide nitrique pour décaper les pierres et fixer la substance grasse, suivant la température atmosphérique ; si l’acide hydrochlorique ou un mélange des deux , ou enfin tout autre acide, ne produirait pas mieux l’elfet utile sans altérer les traits formés. Ils essaieront enfin opérer les corrections à l’aide d’alcalis ou de tous autres agens chimiques , sans entamer la pierre.
- 3°. Un prix de 5oo fr. pour celui qui aura indiqué la meilleure recette pour la pi'éparation des vernis d’encrage , propres à l’encre et au crayon. Si l’on se règle sur les procédés usités, la question comprendra lar cuite de l’huile de lin à des degrés faciles à reconnaître ; sa décoloration pour les dessins coloriés ; la préparation du meilleur noir de fumée , celle des matières colorantes convenables à la lithographie, et le me lange de ces ingrédiens dans des proportions fixes. La Société verrait avec plaisir que l’on indiquât la théorie de ces ope rations ; elle n’en fait cependant pas une condition de rigueur.
- 4°. Un prix de 200 fr. pour la construction d’un rouleau préférable à ceux dont on se sert maintenant, et dans lequel
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- LITHOGRAPHIE. 363
- la couture ou la jonction des bords n’aura aucune influence sur l’encrage. Lc:s concurrens devront, en outre , indiquer le cuir le plus convenable pour supporter l’effet direct du râteau.
- 5°. Un prix de /joo fr. pour la meilleure machine à dresser les pierres, qui présente d’ailleurs des avantages marqués suite travail à la main, usité aujourd’hui.
- 6°. Un prix do i5oo fr. pour un encrage mécanique qui réussisse constamment bien, indépendamment du moteur qu’on lui appliquera et des corrections faites sur la pierre.
- f. Un prix de 2400 fr. pour la construction d’une bonne presse , à laquelle une puissance mécanique quelconque puisse être appliquée, et procurer économiquement un tirage au moins aussi parfait que celui obtenu par des ouvriers adroits, avec les presses à bras actuellement en usage. Les systèmes' déjà essayés pourront être suivis par les concurrens; l'exécution plus parfaite qu’ils en feraient leur donnera des droits au prix proposé.
- 8°. Un prix de 3oo fr. pour la meilleure méthode d’incision des pierres, ou la combinaison la plus utile de ce genre de gravure avec les procédés de lithographie à la plume et au crayon. Ces procédés, que Ton semble vouloir abandonner en France, paraissent, cependant, avoir donné de bons résultats en Allemagne.
- 90. Un prix de 100 fr. pour la meilleure méthode de faire les retouches nécessaires afin de doubler le nombre d’épreuves obtenues dans le premier tirage.
- to°. Un prix de 200 fr. pour les meilleurs papiers et encro.s autographiques ; il faudra que l'écriture soit facile à tracer, <[ue son transport sur la pierre soit complet, que l’e acre prenne bien le vernis, et que les déliés soient bien mai -qués dans le tirage.
- La Société décernera unemédaille d’or, du grand mode le, à l’auteur de la description la plus complète des meilleurs ; procédés et des divers ustensiles actuellement en usage.. Cette notice devra être rédigée sous la forme de manuel et être très intelligible.
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- 364 LITHOGRAPHIE.
- Les recettes ou ustensiles pre'sentés par les concurrens seront examinés et soumis à l’expérience par la commission de la Société , pendant tout le temps qu’ils jugeront nécessaire pour constater la supériorité des moyens proposés. A cet effet, toutes les pièces relatives au concours devront être déposées au secrétariat de la Société d’Encouragement, avant le i“ février 1828. —
- Afin de donner à 110s lecteurs une idée exacte de l'accroissement qu’a pris la lithographie depuis quelques années, nous donnons ici le tableau de ses consommations et produits dans le département de la Seine.
- là.
- Capital employé....
- jNonùire d’établissemens.......... a4
- de presses.............. 180
- Valeur des propriétés affectées aux usines ou capital
- de location............. 1,100,000
- Fonds en circulation....... i,38o,ooo
- Total., 3,480,000
- Matières premières.. <
- Main-d’œuvre
- (dont l’intérêt annuel est de) i48,8001
- Papier ordinaire la. de Chine SaSyOoof.'l
- i5,ooo /
- Pierres lithographiques.... 5o,ooo [ 1,640 > 3q5,64°
- iNoir
- Haile de lin ( pour vernis).. 5oo !
- Substances à crayons et façon 3,5oo J
- 2S0 ouvriers, à 5* 375,000 X
- 60 id.y (jeunes gens), à 2^ 43,ooo /
- 3o femmes, à if,5o l6,200 f 950,wo
- 28 dessinateurs , gagnant y
- de25ooo h 5ooo* 365,ooo [
- 3" dessinateurs, gagnant de 4 à 2 mille fr io5,ooo t
- 12 dessinateurs à l’encre.. 46,000 /
- ( Les écrivains étantattachés à chaque établissement, sont compris dans les ouvriers. )
- Frais de bureaux et divers : commis aux écritures,
- 1 mauvais débiteurs , acci- f 71,005
- Frais gténéraux.... .< ' , dens, etc J Eclairage 42,000 /
- 3,ooo 1
- I Combustible 5,ooo J
- ' Entretien des ustensiles. .. 21,000
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- LITRE, LITRON. 365
- . De ssins, estampes, croq n is, t dessins pour brodeiies et
- i impressions vendus aux
- , ,hr ) , marchands............ i,4g5,ooo
- Produits.......''lÉcii tures pour le commerce,
- ‘ ies papetiers, etc.... 520,000
- Autographies pour le commerce, les papetiers, etc. 20,000
- i,e commerce des dessins, estampes, etc., double au moins lenrprix en arrivant k la consommation : c’cst donc une valeur de 1,490,000 fr. de plus, qui, ajoutée aux 2,045,000 fr. ci-dessus, porte le revenu annuel de la lithographie à. 3,54o,ooof.
- P.
- LITIÈRE. Chaise en forme de caisse de voiture , ferme'e de toute part, portée sur deux brancards flexibles, par deux bêtes de somme, l’une en avant et l’autre en arrière, ou même à bras d’hommes. C’est ainsi qu’on voyage dans les pays de montagne, où il n’existe pas de chemin pour les voitures. Nous avons beaucoup de villes en France bâties sur des terrains en pente, comme Brest, Angers, etc., où l’on se fait porter, les dames principalement, dans des litières à bras d’hommes.
- Les caisses des litières destinées à être portées à bras d’hommes n’ont que la capacité nécessaire à une seule personne. N’ayant aucune secousse à éprouver, on les fait extrêmement légères.
- On donne aussi le nom de litière à la paille ou chaume , et en général aux fourrages répandus dans les écuries, les étables, les bergeries, sur lesquels les chevaux, le bétail, les moutons se couchent. La lit ière mêlée aux crottins ou fiente des animaux, imbibée de leur urine et de leur sueur , forme ce qu’on appelle le fumier long, c’est-à-dire dans lequel il entre beaucoup de paille : porté sur les champs qu’on veut ensemencer de céréales, on l’y enfouit par uu coup de charrue.
- _ On appelle également litière les crottes de vers à soie , qu’on trouve dans les lieux où l’on .donne à manger à cet insecte les feuilles de mûrier. E. M.
- LITRE, LITRON ( Technologie). Le litre est une mesure de capacité , dans le système métrique, tant pour les substances sèches que pour les liquides. Elle est de forme cylin-
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- LITS MÉCANIQUES, drique ; sa contenance est d’un décimètre cube. Pour je mesurage des substances sèches, le litre ei st un cylindre dont le diamètre est e'gal à sa hauteur ; il a ito8 millimètres et 4 dixièmes pour chacune de ses dimensions intérieures. Pour les liquides, sa hauteur est le double du diamètre : ses dimensions sont fixées , par la loi, à 172 millimètres de hauteur, et 86 millimètres de diamètre ; elles doivent être toujours prises intérieurement. (T7. Mesures.)
- Le litron était une ancienne mesure pour les grains, usitée à Paris; sa contenance était de seize pouces cubes. Depuis l’adoption du système métrique , elle n’est {dus en usage. L.
- LITS MÉCANIQUES ( Chirurgie). Le.s chirurgiens ont recours à plusieurs genres de lits mécaniques, et dans des circonstances différentes.
- i°. Les uns sont destinés à recevoir le/s malades trop gravement affectés pour être placés et déplacés avec facilité et sans danger dans un lit ordinaire. On se sert de ce premier genre de lits mécaniques dans les cas de fractures multiples des membres, ou dans les fièvres graves, compliquées de plaies et d’escharres à la région du sacrum. Ils consistent essentiellement en un châssis à sangles larges, mobiles, afin que chacune d’elles puisse être enlevée et r emplacée à volonté ; à la partie centrale est ménagée une ouverture circulaire, qui répond au siège du malade , et permet de l’approprier et de panser ses plaies ; un dossier de sangles, plus ou moins incliné, et fixé au moyen d’un écrou, soutient la tête et les oreillers du malade. Ce châssis, que Ton pose sur les draps et les matelas d’un lit ordinaire à ciel, peut être mû de bas en haut et de haut en bas , à l’aide de' poulies disposées aux
- angles du ciel du lit, et d’un treuil placé transversalement a
- Tune de ses extrémités. On peu t ainsi, sans secousses dou-lou/^uses, soulever le malade , le panser, changer les draps et les matelas. Ces lits portent le nom de Donjon, leur inventeur.
- 20. Un autre genre de lits mécaniques sert à placer le malade qui va subir une opération. On ne trouve de ces lits que
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- LITS MÉCANIQUES. 36,
- dans quelques hôpitaux; L’opération y est pratiquée sous les yeux de spectateurs nombreux , dans un amphithéâtre , où le patient doit être transporté, et disposé convenablement à l’instant même. Ces opérations ayant lieu ordinairement après les leçons cliniques, on a imaginé de faire de la table du professeur une espèce de lit mécanique ; il est en chêne, supporté par cinq pieds de fer poli ; l’un central sert de pivot, les quatre autres soutiennent un cercle métallique dont la circonférence est munie de roulettes en cuivre, placées de champ, et sur lesquelles repose et roule une plaque de fer circulaire, en relief sur la face inférieure de la table. Ce mécanisme ingénieux, que nous 11e faisons qu’indiquer ici, permet de mouvoir le lit â droite , à gauche eu circulaire-ment ; on peut aussi le fixer dans une position déterminée. Déplus , les deux extrémités de cette table sont à charnière, et peuvent être abaissées si l’on veut en diminuer la longueur. Cela est utile dans les amputations des membres inférieurs : le membre à sacrifier doit dépasser le bord du lit de manière à être isolé complètement, et à laisser au chirurgien et à ses aides une grande liberté de leurs mouvemens ; en abaissant l’extrémité correspondante du lit, lorsque le malade est une fois couché , on est dispensé de l’attirer vers l’opérateur, comme on le fait sur un lit ordinaire , et l’on évite ainsi des mouvemens toujours extrêmement douloureux. Un dossier en forme de pupitre et placé transversalement sur le lit, dépasse ses bords , sur lesquels il est fixé, par des vis de pression : on peut à volonté le rapprocher ou l’éloigner des extrémités du lit, sans déranger le malade.
- 3°. Enfin, il existe des lits mécaniques imaginés pour redresser la colonne vertébrale déformée. Considérée d’une manière générale, cette colonne représente une pyramide dont É sommet s’articule avec la tête, et la base avec le bassin ; son usage principal est de transmettre a cette base le poids de la tête et des viscères tliorachiques et abdominaux. Composée de vingt-quatre vertèbres articulées par de larges surfaces, et réunies par des ligamens et des muscles nombreux et forts,
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- elle est à la fois solide et flexible. Dans l’état normal, elle présente chez l’homme trois courbures : elle est convexe en avant à la région du cou , concave au dos et légèrement convexe aux lombes. Par les progrès de l’âge et l’affaiblissement sénile des muscles, la courbure dorsale augmente, et cette difformité est incurable ; mais avant ce terme fatal où les secours de la Médecine sont superflus, la colonne vertébrale peut se déformer sous l’influence de causes diverses. Une mauvaise constitution , une débilité générale, surtout à l’époque de la croissance, et la coïncidence de certaines attitudes vicieuses, devenues habituelles, sont, suivant Shaw, les principales causes des distorsions de la colonne vertébrale. Dans ces attitudes vicieuses , une région de l’épine est surchargée par le poids des parties supérieures, s’infléchit graduellement, et bientôt après de nouvelles courbures ont lieu en sens opposé à la première , pour maintenir l’équilibre. On a dû penser nécessairement à soulager la colonne vertébrale d’un poids trop fort, et les personnes ainsi contrefaites ont été condamnées à un repos absolu sur un plan incliné ou horizontal. En effet, ce moyen n’est pas sans efficacité ; mais le défaut d’exercice donne aux muscles une telle faiblesse , qu’après plusieurs mois , et quelquefois plusieurs années d’immobilité , ils sont incapables de soutenir le poids du corps , et les distorsions de l’épine sont devenues plus imminentes. Les malades ont été soumis à l’action permanente d’un grand nombre de machines destinées à opérer d’autorité le redressement de leur colonne vertébrale ; mais l’usage de ces machines, qui n’agissent que dans un sens, et auxquelles on donne des points d’appui fixes sur la tête , le bassin, etc., entraîne des douleurs insupportables , sans rendre aux muscles affaiblis la force, qui seule peut donner à l’épine une direction meilleure. En effet, c’est par des exercices ménage's et 'arieî suivant les circonstances, c’est par l’emploi simultané de » position horizontale dans les heures de repos, qu’on p60* obtenir la guérison. On a cherché , depuis quelques anneeSi à réunir dans les lits mécaniques les avantages de la positl0il
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- LITS MÉCANIQUES. 36g
- horizontale, et d’un exercice convenable. Le malade couché ne reste pas dans un repos absolu : d’abord il est placé suides coussins assez durs, condition nécessaire, car un lit mou est une cause de distorsion de la colonne vertébrale ; ces coussins sont séparés, et laissent ainsi l’épine et le bassin se mouvoir isolément, à l’aide d’un mécanisme qui sera décrit plus bas d’une manière générale , mais qui doit être modifié suivant le degré et le sens de déviation. La tête et les épaules du malade sont fixées > à l’aide de courroies, à la tête du lit ; le bassin et les extrémités inférieures sont aussi attachés au pied du lit ; de cette manière, la colonne vertébrale peut être soumise à une traction ménagée , mais cette traction est alternative. Des mouvemens d’ondulation lui sont imprimés ; de cette sorte , un mouvement succède à un temps de repos, les muscles s’exercent et se nourrissent dans une bonne situation , au lieu de s’atrophier. Des mouvemens partiels peuvent être établis sur le même lit pour différentes articulations mal conformées, et on les fait dépendre du mouvement général, que le malade lui-même peut diriger, à l’aide d’une manivelle, s’il a une main libre. On a donné à ces lits mécaniques le nom d’ oscillatoires. L’établissement de MM. Jalade-Lafond et Duval, à Chaillot, compte déjà plus d’une guérison obtenue par ce moyen, plus conforme aux lois physiologiques. D’autres moyens peuvent concourir à la guérison des difformités, mais il n’est pas de notre sujet de les mentionner ici. L*****r. F.
- LITS MÉCANIQUES ( Technologie)* On a traité, dans l’article précédent, des lits mécaniques sous le rapport chirurgical ; il nous reste à en parler sous le rapport technologique.
- i°. Lits de M. Daujon, pour changer les malades et les blessés sans leur faire éprouver ni secousses ni douleurs. Cette machine a été décrite, avec figures, dans le T. IV du Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’industrie nationale, p. i5y, ce qui nous dispensera d’en parler ici plus longuement. ( T. le Supplément, à la fin de ce volume. )
- 2°. Lits pour les opérations chirurgicales. Ce lit ou cette Tome XII. 24
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- 370 lits mécaniques.
- table a été exécuté en 1821 , pour la salle des opérations de l'hôpital de la Charité, à Paris, d’après les idées et les dessins de M. Péligot, administrateur; de M. Roux, chirurgien, et de M. Rohaut, architecte de cet hôpital. Depuis on en a exe'cuté plusieurs pour divers hôpitaux, qui en ontété très satisfaits. Le modèle de cet instrument ingénieux fit partie de l’Exposition des produits de l’industrie au Louvre, en 1823, où il attira les regards de tous les connaisseurs. En voici la description.
- Les mêmes lettres des fig. 4> 5, 6, de la PI. 36, désignent les mêmes objets.
- La fig. 4 montre le lit ou table en perspective. La table A est en bois ; elle a 54 millimètres d’épaisseur. Les bouts B de la table se ploient en dessus et en dessous à volonté, au moyen de charnières : on les voit dans différentes positions. Les supports T), brisés et à charnières , soutiennent les bouts ployans B. Le dossier C, à chariot et à quart de cercle, embrasse la largeur de la table, et se met dans toute sa longueur, afin de le fixer au point convenable pour soutenir la tête du malade.
- Le plateau E, en fer, que l’on voit en plan (fig. 6 ), porte huit galets en cuivre, sur lesquels roule la table. Le balustre F est en fonte de fer ; il est percé dans toute sa longueur, et reçoit dans ce trou la tige de fer K , sur laquelle la table est fixée, et tourne avec cette tige ou axe. Les pieds G sont en fonte de fer, sous forme de colonnes ; ils servent à soutenir le plateau E, et sont scellés dans le plancher par les parties saillantes au-dessous du socle H, qui repose sur
- le plancher, et sert de base aux pieds G et au balustre F.
- La fig. 5 montre, sur une plus grande échelle que la fig. 4> le dessous de la table , afin d’en faire mieux concevoir le mécanisme.
- On voit en À la table ; en B ,B, les bouts de la table qui servent à l’allonger ; les platines a qui servent, à fixer les supports brisés D ; les agrafes b qui maintiennent les supports ; le plateau c, fixé sur la table, porte l’axe K qui entre dans le balustre F.
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- LITS MÉCANIQUES. 37i
- Au moyen du mécanisme I, l’opérateur fait tourner et met au point qui lui convient la table entière. Le mécanisme se compose de deux détentes d, d’un pêne g à fourchette , qui entre dans les dents du plateau E, et y est fixé par des ressorts à repoussoirs.
- La fig. 6 montre le plan du plateau sur lequel roule la table : ce plateau est dentelé et porte huit galets f en cuivre, qui reposent sur des coussinets à chariots.
- 3°. Lit orthopédique. Nous aurions bien désiré donner ici la description du lit imaginé par M. Le docteur Jalade-Lafond , pour remédier aux déviations de la colonne vertébrale et autres vices de conformation. Nous avons examiné, dans tout le détail possible, les divers appareils que M. Jalade-Lafond a imaginés pour venir au secours de l’humanité souffrante, et qui ont fait partie de l’Exposition de 1827. Ce savant chirurgien a eu l’extrême complaisance de nous donner toutes les explications que nous avons désirées, et nous nous sommes convaincus que la description de ce lit, isolée, ne pourrait donner qu’une idée incomplète de son système d’orthopédie oscillatoire. M. Jalade-Lafond s’occupe en ce moment de la rédaction d’un ouvrage dans lequel il développe les moyens mécaniques qu’il emploie ; il nous en a promis un extrait, que nous insérerons au mot Orthopédie. Nous donnerons alors la connaissance du système entier, qui est trop important pour le morceler, et qui deviendrait inintelligible s’il n’était développé.
- 4°. On a imaginé des lits à ressorts qui remplacent les matelas et les sommiers des lits ordinaires , et qui ne s’affaissent jamais , c’est-à-dire qui reprennent leur même forme dès l’instant que le corps qui les comprimait cesse sa pression. Deux fabricans en avaient exposé au Louvre en 1827.
- Une caisse d’environ 16 centimètres (6 pouces) de profondeur , entre juste dans la couchette en remplacement du fond sanglé. Le fond de cette caisse est formé de fortes sangles , et par-dessus est tendue une bonne toile de coutil. Sur cette toile sont solidement cousus des ressorts héliçoïdes en
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- 372 lits mécaniques.
- fil de fer, de 4 à 5 millimètres (a lignes) environ de diamètre. Ces ressorts, dans une hauteur de 260 millimètres ( 8 pouces) environ, présentent la forme de deux cônes réunis par leurs sommets. Ces ressorts, dont les hélices sont au nombre de onze en tout, ont dans leur plus grand diamètre 16 centimètres ( 5 pouces ), et 33 millimètres ( i5 lignes) dans le plus petit. On place sur le fond autant de ces ressorts qu’il en peut contenir, en laissant entre eux une distance de 27 millimètres (un pouce) au moins; ils sont cousus, par leur premier tour, à l’aide d’une bonne ficelle, au coutil placé sur le fond sanglé, et ensuite, par leur sommet, à la forte toile ou coutil qui doit, en les couvrant , n’en faire en quelque sorte qu’un tout, offrant une surface sans solution de continuité, destinée à recevoir la légère couche de crin nécessaire pour adoucir l’effet de la première résistance des fils de fer élastiques. Les ressorts, à partir du milieu du lit jusqu’au bout des pieds, sont fabriqués avec du fil de fer graduellement plus petit, afin que cette partie du corps, qui est la plus légère, se comprime un peu plus que celle qui est destinée à soutenir le coips.
- Le bord de la caisse est couvert d’un bourrelet de coutil garni d’un peu de crin, afin qu’on ne puisse pas se blesser en se mettant au lit. Telle est la disposition de cet appareil, aussi simple qu’ingénieux, destiné à remplacer les lits ordinaires. Ces lits ne se déforment jamais ; ils sont très frais en été ; mais en hiver , on a besoin d’y ajouter un matelas pardessus ; sans cela, on y éprouve du froid , à cause de l’air qui circule entre les spirales des ressorts.
- Au moyen d’un outil ingénieux , on fabrique les ressorts avec une grande facilité. On châsse sur un axe en fer carré A,B (fig. 7 , PL 36) , deux morceaux de bois dur a,b , prépares en cône, et qui s’ajustent bien par leur sommet. Ils doivent être assez gros pour, qu’après avoir été tournés sur l’axe A,B, les bases aient 16 centimètres (6-pouces) de diamètre, et les sommets e, 41 millimètres (18 lignes) de diamètre. La hauteur de chaque cône tronqué doit être de tt centimètres (4 pouces), et 22 centimètres (8 pouces) les deux cônes pris
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- LITS MÉCANIQUES. ^3
- ensemble. Les deux cônes sont fixés sur l’arbre par deux rondelles de fer f,f, et serrées chacune par une double clavette g, g- On creuse sur les deux cônes onze révolutions d’hélice, dont le milieu de la sixième se trouve sur la ligne de jonction c des deux cônes. Cette rainure est profonde de r millimètres ( 3 lignes), et sert à loger le fil de fer. A la naissance de l’hélice, on fait un trou d qui se dirige dans le sens du rayon de la base du cône. On monte l’arbre A,b, sur un support C,C, qui reçoit dans deux fourchettes A,D les pivots de l’arbre. A l’extrémité B , on place une manivelle E. Le support C,C, est solidement fixé sur une forte table.
- L’outil ainsi monté, on place la manivelle ; on ploie un bout du fil de fer, on l’introduit dans le trou, et l’on tourne la manivelle ; le fil de fer se loge dans les rainures de l’hélice ; on continue ainsi jusqu’à l’extrémité du grand diamètre de l’autre cône. On retire les clavettes , les rondelles et les deux cônes , le ressort se trouve fabriqué ; on remonte l’outil comme la première fois, et l’on en fait un second. La fig. 8 montre un de ces ressorts sortant de dessus l’outil.
- 5°. Lits à vent ou à air. On a imaginé plusieurs manières de faire des lits dans lesquels l’air remplace la laine , la plume, le crin, la paille, etc. Ces lits sont si débeats, d’un ressort si doux, qu’il semble que le corps ne repose sur rien. Voici la manière la plus facile de les construire.
- Supposons un ht de 4 pieds ( i",2gg millimètres) de large ; on prend deux morceaux de coutil chacun de cette largeur, et de im,949 millimètres (6 pieds) de long, et une bande en quatre morceaux, qui puisse faire tout le tour, de 271 millimètres ( 1 o pouces) de large : on vernit tout ce coutil à l’intérieur avec du vernis au caout-chouc ; on fait toutes les coutures d’abord en surjet, ensuite rabattues, et l’on passe sur chacune d’elles du même vernis ; on laisse bien sécher avant de fermer ce sac, et l’on a soin de coudre de fortes ganses tant au-dessus qu’au-dessous , et vis-à-vis l’une de l’autre, aux mêmes places où l’on pique ordinairement les matelas. On passe dans chaque ganse des bouts de ficelle.
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- 3-4 LIVRES.
- qu’on arrête à la longueur de io pouces. On sent que ces ficelles sont là pour que le matelas ne prenne pas une forme cylindrique , sur laquelle on ne pourrait pas se tenir, mais qu’il prenne une forme plane.
- Du côté de la tête, et près de l’angle, on coud solidement une petite boîte, en laiton , de 27- millimètres ( un pouce ) de diamètre, taillée en vis dans son intérieur, et portant à son extrémité intérieure une petite soupape à ressort. Le matelas est ainsi construit; mais avant de le fermer entièrement, on couvre intérieurement toutes les coutures de vernis, comme nous l’avons dit. On couvre aussi en dehors du même vernis la dernière couture qu’on a faite.
- Tout étant ainsi' disposé, on a une pompe à air, semblable à celles dont on se sert pour charger les Fusils a vent ( V. T. IX, page 528), dont le bout est à vis ; on l’introduit dans la boîte de la soupape dont nous avons parlé, on remplit le matelas d’air, et on le rend plus ou moins dur, selon qu’on y en introduit une plus ou moins grande quantité. Si la toile et les coutures ont été couvertes avec soin du vernis dont nous avons parlé , le coutil sera imperméable à l’air, qui s’y conservera très long-temps. On peut facilement en injecter un peu tous les jours, pour remplacer la déperdition qui pourrait avoir lieu.
- A l’Exposition de 1819 , des lits de cette espèce y furent admis ; nous les avons essayés , et nous les avons trouvés très agréables. Les Anglais ont excellé pendant long-temps dans la construction de ces sortes de lits. On en a fait aussi avec des vessies pleines d’air, dont on remplissait un matelas, mais ils n’étaient ni aussi propres ni aussi solides que ceux que nous venons de décrire, et qui ne se déforment pas plus que les lits à ressorts. h.
- LIVRES (Commerce). Les registres sur lesquels les négo-cians, banquiers, marchands , inscrivent régulièrement leurs affaires, sont non-seulement nécessaires à chacun, comme moyen d’ordre propre à lui représenter fidèlement l’état actuel de ses opérations, de ses correspondans, de ses marchan-
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- LIVRES. 375
- dises et de sa caisse ; mais encore trois de ces livïes sont exigés par la loi pour faire foi en justice ,<et servir de preuve dans les contestations. Rappelons d’abord les obligations imposées par le législateur, au titre II du Code de commerce.
- Art. 8. Tout commerçant est tenu d’avoir un livre journal qui présente, jour par jour, ses dettes actives et passives, les opérations de son commerce, ses négociations , acceptations ou endossemens d’effets , et généralement tout ce qu’il reçoit et paie, à quelque titre que ce soit, et qui énonce, mois par mois, les sommes employées à la dépense de sa maison : le tout indépendamment des autres livres usités dans le commerce, mais qui ne sont pas indispensables.
- Il est tenu de mettre en liasse les lettres missives qu’il re çoit, et de copier sur un registre celles qu’il envoie.
- Art. 9. 11 est tenu de faire , tous les ans , sous seing privé, un inventaire de ses effets mobiliers et immobiliers , et de ses dettes actives et passives, et de le copier, année par année, sur un registre spécial à ce destiné.
- Art. 10. Le livre journal et le livre des inventaires seront paraphés et visés une fois l’année. Le livre de copies de lettres ne sera pas soumis à cette formalité. Tous seront tenus par ordre de dates , sans blancs, lacunes ni transports en marge.
- Art. i 1. Les livres dont la tenue est ordonnée par les art. 8 et 9 ci-dessus , seront cotés, paraphés et visés , soit par un des juges des tribunaux de commerce , soit par le maire ou un adjoint, dans la forme ordinaire et sans frais. Les com-merçans seront tenus de conserver ces livres pendant dix ans.
- Art. i2. Les livres de commerce , régulièrement tenus, peuvent être admis par le juge , pour faire preuve entre commer-çans, pour faits de commerce.
- Art. i3. Les livres que les individus faisant le commerce sont obligés de tenir, et pour lesquels ils n’auront pas observé les formalités ci-dessus prescrites , ne pourront être représentés, ni faire foi en justice, au profit de ceux qui les auront tenus; sans préjudice de ce qui sera réglé au livre des faillites et banqueroutes.
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- Art. 14. La communication des livres et inventaires ne peut
- être ordoime'e en justice que dans les affaires de succession, communauté, partage de société, et en cas de faillite.
- Art. i5. Dans le cours d’une contestation, la représentation
- des livres peut être ordonnée par le juge, même d’office, à l’effet d’en extraire ce qui concerne le différend.
- Art. 16. En cas que les livres dont la représentation est offerte, requise ou ordonnée, soient dans les lieux éloignés du tribunal saisi de l’affaire, les juges peuvent adresser une commission rogatoire au tribunal de commerce du lieu, ou déléguer un juge-de-paix pour en prendre connaissance, dresser un procès-verbal du contenu, et l’envoyer au tribunal saisi de l’affaire.
- Art. 17. Si la partie aux livres de laquelle on offre d’ajouter foi refuse de les représenter, le juge peut déférer le serment à l’autre partie.
- Exposons maintenant les procédés suivis dans le commerce pour tenir les livres.
- Dans la tenue des livres dite en partie simple, on se contente d’écrire sur un livre appelé brouillard, ou mémorial, ou main courante , les opérations à mesure qu’elles se font, en les accompagnant de tous les détails qui peuvent avoir quelque utilité. On tire , hors ligne , les sommes en deux colonnes, l’une pour les recettes, l’autre pour les dépenses, afin que par la soustraction de ces dernières, on puisse faire une balance exacte, par comparaison avec la somme actuellement en caisse.
- On a souvent, outre le mémorial, un registre qui porte le nom de grand-livre , à cause de ses dimensions, ou livre de raison. En tête de chaque double page , recto et verso en regard , on inscrit le nom de l’un des correspondans , ou les titres caisse, billets à payer, billets à recevoir. En haut, a gauehe. au verso, on écrit le mot doit, puis au-dessous, par ordre de dates , et en une seule ligne, toutes les sommes que doit cet individu ; sur le recto , en regard à droite, sous le titre avoir, on écrit au contraire tout ce qu’il a payé et ce
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- qu’on a reçu pour son compte. J’ai vendu une chose à Jean, il me la doit ; je l’e'cris sur le grand-livre à la page doit de son compte. Lorsqu’il me paiera tout ou partie , comme je ne doit pas rayer sa créance , je me constituerai son débiteur de pareille somme , en inscrivant ce paiement à Vavoir de Jean. Un seul coup d’œil suffit pour juger de la nature des affaires traitées avec lui, et des sommes reçues ou données : le négociant reconnaît lequel de lui ou de son correspondant doit à l’autre, dette marquée par la différence des deux sommes totales des colonnes du doit et de Vavoir. Chaque article ne donne qu’un extrait succinct de l’opération, et renvoie au mémorial pour plus de développemens, en indiquant par un numéro de repère le lieu de ce livre où l’affaire est détaillée. Le compte de caisse, qui signifie caissier, indique de même les sommes dont on peut actuellement disposer; il en faut dire autant des comptes ouverts aux billets à payer ou à recevoir, qu’on suppose confiés à des commis spéciaux qui en doivent rendre raison.
- On y ouvre quelquefois aussi des comptes de marchandises pour juger de même, à la première vue , de la quantité et de la valeur entrée au magasin, ou sortie, et aussi des bénéfices ou des pertes que ces opérations ont entraînés. Alors on personnifie cette marchandise, on en fait un être fictif avec lequel on commerce ; on porte au doit ou débit ce qui en entre au magasin, et à Y avoir ou crédit ce qui en sort. Le compte toile , par exemple , tient lieu de celui-ci, commis à qui l’on confie le soin de recevoir, de conserver et de rendre la toile : il la doit quand on la lui livre, elle lui est due lorsqu’il la rend.
- Ces comptes matériels ainsi personnifiés compliquent beaucoup les livres, qui sont alors, à peu de chose près, tenus en parties doubles , ainsi qu’on va l’exposer bientôt. Il vaut donc mieux les tenir régulièrement de cette dernière façon, puisque, sans plus d’embarras, on retirerait les avantages attachés à ce mode ingénieux, que nous devons aux Italiens.
- il n’y a guère que les petits marchands qui puissent se
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- contenter de livres tenus en partie simple : les particuliers qui veulent se rendre compte de leurs recettes et de leurs dépenses peuvent aussi adopter ce mode ; mais dès que les affaires se multiplient et se croisent, il faut absolument y renoncer, sous peine de ne pas s’y reconnaître. Les deux livres dont nous venons de parler , savoir , le me'morial et le grand-livre, en outre le copies de lettres, ainsi que l’inventaire exigés par la loi, sont loin de pouvoir suffire aux besoins d’un commerce un peu étendu. Voici les titres des registres les plus utiles à presque tous les commerçans , manufacturiers, agriculteurs, banquiers , etc. :
- Le mémorial, le grand-livre, le journal, dont nous parlerons bientôt ; le copies de lettres et l’inventaire , livres exigés par la loi, le livre de caisse, celui des billets à recevoir et des billets à payer, celui du magasin, contenant les marchandises entrées et sorties, celui des factures ou mémoires, le livre des commissions données ou reçues , celui des dépenses domestiques, d’acceptations de traites, d’ouvriers, etc., etc. ; chaque registre a son répertoire, table alphabétique des matières , pour trouver la page où se trouve inscrite chaque opération : en outre, chaque article porte toujours un numéro qui sert de renvoi dans les citations qu’on fait d’un livre ou d’un article.
- La tenue des livres en parties doubles est ainsi appelée parce que chaque article se trouve inscrit deux fois au grand-livre sous deux titres différens, savoir, au débit ou doit de l’un qui a reçu la chose , et à l’avoir ou crédit d’un autre qui l’a livrée. C’est ce qui sera bientôt parfaitement clair. Mais avant, faisons remarquer que ces mots doit et avoir sont pris ici dans une acception différente de l’usage ordinaire, ce qui jette d’abord dans l’esprit mie confusion dont il faut avant tout se garder.
- J’achète une marchandise que je paie comptant ; cette opération, en termes de commerce, s’énonce ainsi, marchandise doit à caisse, parce que la caisse a payé ; elle a donné, et doit être créditée. Le compte marchandise est personnifié»
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- ainsi qu’on l’a déjà dit ; on le débite, parce qu’il reçoit. Mais on serait tenté de croire que puisque la colonne du crédit porte le titre avoir, on ne doit y inscrire que ce qu’on a, tandis qu’on voit qu’au contraire on n’y inscrit que ce qu’on a livré et qu’on n’a plus : la caisse ne possède plus cette somme dont on la crédite. De même si je reçois de Michel mille francs , j’écris, caisse doit à Michel 1000 fr., parce que celui-ci a livré et que mon caissier a reçu ; et pourtant je ne dois peut-être rien à ce correspondant, dont je puis au contraire être créancier pour des affaires antérieures. Voilà ce qui a porté plusieurs auteurs à remplacer les mots doit et avoir, par ceux de débit et crédit, qui sont réellement plus exacts.
- Pour bien comprendre le mécanisme de la tenue des livres en parties doubles ; il faut observer que, dans une opération, deux personnes ou deux choses matérielles qu’on personnifie, interviennent toujours , l’une qui donne et est créditée, l’autre qui reçoit et est débitée. D’une part, c’est la caisse qui paie , ou le magasin qui livre une marchandise , ou un billet que je fais , ou, etc.; de l’autre, c’est un achat ou un dépôt qu’on me livre, un paiement qu’on me fait, un effet qu’on passe à mon ordre , etc.
- On inscrira donc' au grand-livre, à la colonne doit et à la page du compte débiteur, l’article que celui-ci a reçu, et dont on le charge , comme en étant saisi ; et aussi à la colonne avoir du compte créditeur, c’est-à-dire à celui qui a livré la chose, et dont on le décharge, comme étant dessaisi. Ce qui est porté au débit d’un compte n’est pas toujours dû par ce compte ; seulement, lorsque la somme sera portée à l’avoir ou au crédit, il faut entendre qu’on n’aura plus le droit de l’exiger : elle est acquittée, sortie, après qu’elle est entrée. Ces colonnes du débit et du crédit n’ont de sons que par la balance qu’on en fait.
- Le grand-livre est un registre très proprement rédigé, dont °n doit bannir les ratures et surcharges; d’ailleurs, on le confie ordinairement à un commis qui a une belle écriture,
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- mais dont on n’attend pas le discernement qui guide un bon teneur de livres. C’est pour ces motifs qu’avant d’inscrire les operations au grand-livre , on les couche sur un registre appelé journal, qui est l’âme de tout ce mécanisme. Les articles y sont inscrits jour par jour, comme au mémorial ; mais en les abrège et l’on y distingue les deux comptes, l’un débiteur, l’autre créditeur. On y écrira , par exemple, marchandise doit à caisse, etc., pour indiquer un achat fait au comptant; et lorsqu’il s’agira de porter cette affaire sur le grand-livre, il n’y aura aucune réflexion à faire ; le compte caisse sera crédité, parce qu’elle a livré et qu’elle est dessaisie d’autant; le compte marchandise sera débité pour indiquer que le magasin l’a reçue ; car le titre marchandise équivaut, comme il a déjà été expliqué, à celui de magasinier; il est préféré, parce qu’il se prête mieux aux distinctions qu’on peut avoir besoin de faire des diverses sortes de choses que le négoce embrasse. Le commerçant qui fait de grandes affaires en sucre, en café, en eaux-de-vie, etc., ouvre un compte à chacune de ces matières, et laisse le titre de marchandises générales à l’ensemble de toutes celles qu’il ne veut pas distinguer. De même il comprend sous le titre commun divers les personnes auxquelles il n’ouvre pas de compte spécial, parce que les relations avec celles-ci sont rares ou accidentelles.
- Le grand-livre contient donc, outre les comptes personnels, des comptes matériels, tels que ceux des effets à payer, a recevoir, des marchandises, etc.; on personnifie ces substances pour avoir le compte de chacune. En consultant le grand-livre, on y peut voir ce qu’on doit à tel, ou ce..qui reste d’actif en caisse ou en billets, mais aussi pour quelles sommes on a acheté et vendu certaine matière, et par suite juger si l’opération est avantageuse à continuer ou à recommencer. Mais en outre on ouvre des comptes à des choses qm ne sont que rationnelles, dans un but que nous allons bientôt expliquer. Ces derniers comptes ne sont que pour ordre ,et ce qui les distingue des précédens, ainsi que l’a fort bt® fait observer M. Coify, c’est qu’ils n’influent ni sur lad >
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- ni sur le passif du négociant, et ne doivent aucunement être considérés par lui, quand il veut se rendre raison de ce qu’il possède ou doit réellement en tout genre.
- On voit maintenant en quoi diffère le journal du mémorial. Dans ce dernier, on écrit, acheté ou vendu telle chose , payé telle somme, fait ou passé tel billet, avec la date et tous les détails propres à l’affaire dont il s’agit ; dans le journal, on cite le débiteur d’abord, puis le créditeur , tel doit à tel; ensuite on indique succinctement la nature de l’opération et la somme. Si l’opération embrasse plusieurs débiteurs ou créanciers, au lieu de la scinder en autant d’articles différens, on n’en fait qu’un seul, dont le titre est divers doivent à tel, ou tel doit à divers ; vient ensuite le détail des comptes débiteurs ou créditeurs, par i°, 2°, 3°... avec les sommes propres à chaque partie, et l’explication de l’affaire.
- On conçoit, d’après ces notions, que l’objet du grand-livre est de balancer toutes les opérations par une suite d’additions et de soustractions, de manière à faire connaître l’état de débit ou de crédit de chaque compte, soit personnel, soit matériel : ces derniers sont même au fond des comptes personnels, comme on l’a expliqué précédemment. Jusqu’ici lien n’est plus simple ; mais cette balance du débit et du crédit suppose qu’on n’a vendu qu’au prix d’achat ; que les marchandises n’ont acquis ni perdu de leur valeur en magasin ; qu’on n’a eu à payer ni courtage, ni loyer, ni dépenses domestiques, etc. : or , c’est ce qui ne peut jamais être admis. Pour créer cette balance, on imagine des comptes rationnels sous divers titres, qui sont considérés comme ayant la même existence réelle que les autres : ces comptes, qui embrassent les profits et les pertes de tout genre, sont tels que , T. assurances ; 2°. commissions ; 3°. courtage ; f. dépenses domestiques; 5°. escomptes; 6°\ négociations; f. frais de fabrique ou de commerce, etc. Ces comptes sont souvent embrassés en un seul sous le titre de profits et pertes, quand . les relations commerciales sont peu étendues , ou ne semblent -pas nécessiter d’être distinguées par leur nature.
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- Nous distinguerons donc trois espèces de comptes ouverts au grand-livre, savoir :
- Valeurs réelles ser-yant à former l'actif et le passif.
- Comptes personnels avec les correspondais, ainsi que la caisse, les billets, traites, mandats, obligations actions, comrats, etc.
- Comptes materiels, marchandises en magasin, on en commission , on en consignation , meubles, ustensiles , navires, immeubles, etc.
- Valeurs rationnelles qui ne reviennent pas k l’inventaire et n’influent pas sur l'actif et le passif.
- Profits et pertes, assurances, courtage, commissions, de'penses domestiques, escomptes, négociations, frais de fabrique, etc.
- Pour bien comprendre l’utilité' de cette marche generale, et celle des comptes rationnels, il faut embrasser l’ensemble de toute la branche de commerce qu’on exploite, la prendre dès l’origine, la suivre dans ses de'tails, enfin , l’arrêter et la clore à une e'poque quelconque.
- Voici comment on doit commencer et finir la se'rie d’opérations d’une branche de commerce.
- On fait d’abord un inventaire ge'ne'ral ; la loi l’exige, et c’est d’ailleurs une ne'cessité pour l’ordre des livres. On constate Y actif et le passif, savoir, tout ce qu’on possède tant en argent qu’en billets et marchandises , et tout ce qu’on doit, en effets à terme, ou sans avoir fait de billets : la différence est la valeur totale dont on est possesseur. On créera un compte fictif, sous le titre capital, qui sera débite' de l’actif pris en masse , parce qu’il en est saisi ; on le lui donne pour ainsi dire : on le créditera au contraire des sommes passives. Mais la balance s’établira tout de suite à son égard, en le créditant par divers articles relatifs à chacun des objets possédés, et on le débitera en détail pour tous ceux qu’on doit. Ainsi, tout sera balancé ; seulement, quand le compte capital sera crédité et débité en masse, on ne suivra pas pour ces deux articles la règle géne'rale, qui veut qu’on cite le débiteur et le
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- créditeur. Voici un exemple propre à montrer l’application de ces principes. L’inventaire présente :
- i°. Actif.
- Marchandises en magasin.. 4°®°f*
- Meubles............»..... i5oo
- Argent comptant.......... 35oo
- Effets à recevoir........ 1000
- Dû par Joseph............ 2000
- Total... 12000 2°. Passif.
- Dû à Richard............. 1000
- Effets à payer........... 2000
- Total. .. 3ooo
- Écrivez au journal. March. doivent à capital... 4°°°f
- Meubles, idem...............» i5oo
- Caisse , idem................. 35oo
- Effets à recevoir, idem..... 1000
- Joseph doit à capital......... 2000
- Capital doit à Richard...... 1000
- Capital doit k effets à rccev. 2000
- On voit que chacun des comptes personnels et matériels est ouvert pour ce qu’on possède au débit, et pour ce qu’on doit au crédit ; ces comptes seront balancés quand, d’une part, la vente des marchandises, le paiement des billets , la sortie des fonds de la caisse , etc., aura crédité ces comptes , et que de l’autre le paiement fait du billet et de la somme due à Richard, aura annulé ce passif et par suite débité les deux derniers : mais le compte capital seul reste sans être balancé , puisqu’il porte 12000 fr. au crédit et 3ooo au débit. De suite on écrit capital doit 9000 fr. , sans opposer ici de compte créditeur.
- Cela fait, les opérations commerciales seront écrites aux comptes qui s’y rapportent, en observant les règles posées précédemment, c’est-à-dire en débitant pour ce qui entre ou est reçu, créditant pour ce qui sort ou est donné. Voici quelques exemples de ces circonstances.
- On achète une chose au comptant, on dit, marchandises doivent à caisse; ou à crédit, on dit, marchandises doivent à tel • ou en faisant un billet, marchandises doivent à effets à pajèr; et si le vendeur est une personne pour laquelle on 4 ouvert un compte, on double l’écriture, en disant d’une
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- part, marchandises doivent à tel, et 3e l’autre , tel doit à caisse ou à effets à recevoir.
- On paie un billet e'chu : billets à payer doivent à caisse.
- On a besoin de faire escompter un billet de i5oo fr., sur lequel on perd ioo fr. d’escompte, on écrit ces deux articles: caisse doit à effets à recevoir i5oo, profits et pertes doivent à caisse ioo fr. ; d’où l’on voit que la caisse n’est réellement chargée que des i4oo fr. qu’elle a reçus; que le compte des effets à recevoir est déchargé des i5oo fr. dont on l’avait débité lorsque le billet est entré en porte-feuille et a été reçu en paiement; et qu’enfin, le compte rationnel de profits et pertes est débité de i oo fr., qui est une perte, comme tout ce qu’on porte au crédit de ce compte est un profit.
- Remime charge de recevoir 1000 fr. pour son compte. Si cette somme doit entrer dans ma caisse, j’écris, caisse doit à Remi 1000 fr. ; mais s’il faut employer cette somme en lui en remettant moitié , et moitié en un billet de moi, j’écris au dernier article 5oo fr. seulement, et en outre, billets à payer doivent à Remi 5oo fr. On voit que la caisse n’est débitée que des5oo fr. qu’elle a reçus, les billets à payer le sont des 5oo fr. qui seront crédités lorsque le paiement en sera fait, comme la caisse le sera quand elle paiera 5oo fr. à Remi ; enfin, celui-ci est crédité en deux parties des 1000 fr. qu’on a reçus pour lui, et il sera débité quand on effectuera les paiemens indiqués.
- Voici un exemple de compte en participation. On a acheté comptant pour 20000 fr. de marchandises en compte à demi avec Joseph. On écrit, marchandises doivent à caisse 10000 fr. pour moitié dans le compte , et Joseph doit à caisse ioooofr-pour id. Supposons que ces marchandises soient vendues 21000 fr. qui entrent dans ma caisse ; moitié est pour moi ; ainsi j’écris, caisse doit à marchandises 1 o5oo fr. ; et comme il y a 5oo fr. de bénéfices , j’ajoute , marchandises doivent a profits et perles 5oo fr. D’un autre côté, Joseph a droit a une égale somme pour sa part, j’écris, caisse doit à Joseph io5oo fr, La caisse a d’abord été créditée des .20000 fr-
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- quelle à payés; elle l’est de 21000 qu’elle a reçus. Les marchandises, débitées de 10000 fr. lorsqu’elles sont entrées, sont créditées de io5oo à leur sortie ; mais on les débite des 5oo fr. de profit, ce qui établit la balance. Enfin , Joseph , qui est débité de 10000 fr. pour l’achat fait en son nom , est crédité de io5oo fr. lors de la vente , d’où résulte que ma caisse a encore 5oo fr. à lui pour sa part dans le bénéfice.
- En général, toutes les fois qu’on voudra rédiger les écritures d’une opération, il faut s’interroger en se demandant qui a reçu et qui a livré : le premier est débité, et le second crédité. C’est à cette règle que se réduit tout le mécanisme de la tenue des livres en parties doubles. Il faut avoir sans cesse présent à l’esprit le terme où l’affaire entreprise sera résolue, et voir si, après tout, les divers comptes seront tous débités ou crédités de manière à se faire une balance rigoureusement exacte. C’est ce qui sera mieux compris , lorsqu’on saura comment on fait la clôture des livres ou d’un compte spécial. On fait un inventaire de sortie, destiné à reproduire au commerçant son capital primitif, mais tel qu’il se trouve changé par les opérations qu’il a faites depuis l’inventaire d’entrée.
- On fait donc un état estimatif des diverses marchandises actuellement en magasin, des meubles, des immeubles, des billets à payer ou à recevoir, de l’argent en caisse, en un mot, de tout ce qui compose l’actif et le passif ; puis additionnant les colonnes du doit et de l’avoir du grand-livre , ou nous supposons qu’on n’a commis aucune erreur, on reconnaîtra quelle est la situation relative de chaque compte, et par suite quels sont ceux qui ne se balancent pas. Les comptes rationnels se soldent par celui de profits et pertes , en portant au crédit ce qui est profit, et au débit ce qui est perte ; car on conçoit qu’il n’est pas nécessaire d’évaluer à chaque opération le bénéfice ou la perte qui en est résulté , et qu’on peut faire le tout en masse à la fin de l’année.
- Les comptes des objets matériels, tels que marchandises, meubles , sont aussi soldés par les comptes de profits et pertes, en examinant de quel côté se trouve l’excédant, afin Tome XII. 25
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- de le porter au crédit ou au débit, selon les cas. Quant aux comptes personnels , ceux de la caisse et des billets à payer et à recevoir, on les balance par l’article capital, en portant au crédit de ce compte les sommes débitées ailleurs, et au débit celles qui se trouvent créditées.
- Cela fait, tous les comptes se balancent, excepté ceux de capital et de profits et pertes qui ont servi à solder les autres ; ainsi ces deux comptes sont encore ouverts, et on les balance l’un par l’autre. Toutes les colonnes du grand-livre sont ainsi balancées les unes par les autres, ét cependant le négociant trouve à l’instant le compte de chacun, son actif propre, son passif, le profit ou la perte amené par chaque opération, etc. ; le but de la tenue des livres est donc complètement atteint. Veut-on continuer le commerce, il faut entreprendre la même série d’écritures. Ainsi on ouvre un nouvel ordre, en partant de l’inventaire comme la première fois
- 11 ne semble pas nécessaire , pour savoir tenir les livres en parties doubles, d’étudier les longs Traités qu’on a faits sur cette matière, puisque tout se réduit à la pratique d’une règle toujours facile à suivre, qui consiste à débiter le compte qui reçoit et à créditer celui qui donne. Cependant il faut avouer qu’il y a des cas assez compliqués qui pourraient embarrasser le teneur de livres. Il est d’ailleurs bon de voir ces principes en action, et les traités dont nous parlons, en simulant une série d’opérations de divers genres, montrent comment on doit se conduire dans chaque cas supposé, et par conséquent résolvent toutes les difficultés. Le Traité de Desgranges est très estimé. M. Coffy vient de faire imprimerun tableau synoptique où toutes les affaires sont clairement figurées, et où il donne le mécanisme propre à la tenue des livres, en ce qui concerne chacune d’elles. Des enfans mêmes ont fort bien compris cette marche; qu’on trouve si compliquée ailleurs.
- Tout le monde ne tient pas les livres en suivant exactement la marche que nous avons tracée , et qui est la seule régulière , rapide et satisfaisante. Il arrive souvent qu’on est appelé à continuer des écritures déjà commencées sur d autres
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- principes : on ne peut se permettre de refaire tout sur de meilleures bases ; mais les principes sont invariables, et en e'tudiant ce qui a déjà e'te' fait, il sera facile de continuer sur le même plan, les mêmes affaires se reproduisant presque •toujours dans une maison de commerce.
- On a tenté de simplifier la tenue des livres, et souvent on l’a rendue plus confuse. Il importe certainement d’abréger les écritures , mais ce ne doit pas être aux dépends de la clarté', qui est la chose la plus importante à conserver. D’autres auteurs, au contraire, ont complique' la marche pour la rendre plus claire, et surtout pour éviter les erreurs, dont les conséquences sont toujours très graves, puisqu’à la fin de l’année, quand on ne retrouve plus les balances exactes, on est forcé de pointer tous les articles du mémorial, du journal et du grand-livre, afin de retrouver les fautes ; chose très longue et très fastidieuse. Parmi les ouvrages les plus recommandables sous ce rapport, nous citerons le Livre de Raison de M. Quiney, auquel nous ne ferons que le reproche d’avoir voulu trop assurer le teneur de livres contre les erreurs , et par conséquent d’avoir plus compliqué la marche qu’il ne serait convenable. Du reste, cette méthode est très utile et très bien combinée. Le Traité publié par M. Payen selon la méthode de Jones, celui de M. Godart, sont fort estimés. Fr.
- LOCH ( Arts de Calcul). Instrument dont on se sert en mer pour mesurer la vitesse d’un navire. C’est un morceau de bois, ayant la forme d’un triangle isocèle ou d’un secteur de cercle, de 7 à 8 pouces de hauteur (fig. 3, PL 10 des Arts de Calcul), qu’on leste à la base pour qu’il se tienne debout dans l’eau, la pointe en haut. Ce lest est un morceau de plomb , qu’on attache au bas du triangle ou de l’arc de cercle, et qu’on proportionne de manière que le poids spécifique du tout soit presque égal à celui de l’eau ; car la pointe ne doit pas sortir au-dessus de la surface de la mer, afin que le vent n’ait pas de prise sur l’instrument pour le changer de place.
- Yoici l’usage du loch. Il est attaché à un cordon nommé ligne, comme un cerf-volant, et on le jette à la mer :
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- cordon, enroulé sur un moulinet, se développe 4 mesure que le navire avance , et porte des marques en drap rouge placées à distances égales les unes des autres. La première de ces marques est fixée en un point que l’expérience a appris à placer, et lorsqu’on voit cette marque quitter le moulinet, on est assuré que le loc flotte assez loin du navire, pour ne plus être entraîné par le sillage : on regarde alors l’instrument comme stationnaire sur les flots , et aussitôt on compte les temps qui s’écoulent, soit avec un chronomètre, soit plus ordinairement avec un petit sablier nommé Ampoülftte ( V. ce mot ), dans lequel le sable met une demi-minute à s’écouler. On est deux observateurs pour faire l’expérience , l’un qui veille au moulinet et avertit par un signal, stop, lorsqu’il voit partir la première marque de la ligne; l’autre qui tient la montre, ou renverse aussitôt l’ampoulette , et dit à son tour stop, quand la demi-minute est finie, pour qu’on arrête subitement le moulinet. On mesure alors la longueur de ligne dévidée depuis la première marque ; cette longueur est l’espace parcouru par le navire en 3o secondes.
- Pour évaluer cette distance , les nœuds ou marques de la ligne devraient être distans de 47 pieds et demi, attendu que 3o secondes étant contenues 120 fois dans une heure, l’intervalle qui répond à un nœud serait de 120 fois 47 pieds et demi, ou 20 fois 47 toises et demie , ou g5o toises parcourues chaque heure ; et comme le mille marin est de g5o toises, autant de nœuds passeraient sur la ligne, autant de milles marins le vaisseau ferait à l’beure. Mais on a remarqué que le loch n’est pas rigoureusement stationnaire dans cette expérience , et que les circonstances physiques le forcent à cheminer quelque peu ; c’est pourquoi on espace les nœuds de 45 pieds seulement, parce que l’on a reconnu, par des mesures exactement prises, que la soustraction de 2 pieds et demi suffit pour tenir compte de cet effet. Ainsi, lorsqu on dit qu’un vaisseau file trois nœuds, il faut entendre qu il passe trois nœuds de la ligne chaque demi-minute, ou que le navire parcourt trois milles marins à l’heure.
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- LOCH. 38g
- Bien entendu que l’on suppose que la mer n’est point animée par un courant propre, qui transporte à la fois le loch et le navire : dans le cas où il existerait un pareil effet, ce qui arrive très souvent, il faudrait connaître la vitesse et la direction du courant, pour l’estimer dans le sens de la route du vaisseau et ajouter cet espace à celui qu’indique le loch pour avoir la vraie vitesse. Les marins sont malheureusement très peu éclairés sur les courans, et quoiqu’ils aient des tables qui les indiquent pour les parages les plus fréquentés, cependant comme ces effets sont sujets à de fort grandes variations, selon les saisons , les heures du jour, les marées , etc. , l’usage du loch a perpétuellement besoin de corrections, qu’on tire de l’observation des astres. Ainsi , ce moyen bien imparfait d’évaluer la vitesse d’un vaisseau, et dont tant de marins inhabiles se contentent, ne peut être regardé comme suffisant que dans les courtes navigations. Les mesures de longitudes et de latitudes , par des distances lunaires et des hauteurs méridiennes du soleil, etc., etc., sont des procédés beaucoup plus précis, qu’il serait hors de propos d’exposer ici, et qu’on trouvera dans notre Uranographie et dans tous les Traités de navigation.
- Du reste, la direction du navire est donnée par la Boussole ou rose de vents, en tenant compte de l’effet de la dérive, ou du mouvement latéral causé par l’action du vent : cet effet varie avec la qualité de la mer , la force du vent, la quantité de voiles, etc. Pour connaître la direction que suit réellement le vaisseau sur la surface des eaux, on se sert d’une boussole nommée compas de variation, qui est portative et munie de pinnules. On vise à la houache, trace que laisse le navire derrière lui au loin sur la mer, et l’on trouve l’angle que fait cette longue trace et la ligne où l’on gouverne : cet angle est la dérive.
- Une fois que le marin connaît la direction du vaisseau et sa vitesse , il fait alors son point, c’est-à-dire qu’il décrit sur une carte une ligne droite dans cette direction ( ou sous le rhumb de vent où il gouverne ), ligne qui part du point où il se trouvait lors de la dernière expérience ; puis donnant à
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- cette ligne, en parties de l’échelle , une longueur e'gale à celle qu’il a parcourue , il obtient sur la carte le lieu où il est arrive' , et en conclut la route qu’il doit suivre pour e'viter certains parages , pour atteindre en un lieu désigne', etc. Telle est l’opération que font les marins pour trouver leur position sur le globe ; c’est ce qu’ils appellent Yestime. Du reste, l’expérience du locb doit être réitérée chaque fois que l’on remarque un changement dans la force du vent, dans sa direction , dans celle du navire , etc. ; et l’on fait alors un nouveau point. Fr.
- LOGOGRAPHE ( Technologie). On donne ce nom à celui qui écrit aussi vite que la parole. Logographie est l’art qu’emploie le logographe. On donne plus généralement le nom de sténographie à l’art d’écrire aussi vite que la parole, et l’on appelle sténographe celui qui l’exerce. Nous en renvoyons la description au mot Sténographe. L.
- LONGUEUR ( Arts de Calcul). La mesure de la distance entre deux points désignés, est une des opérations les plus faciles, lorsqu’on n’exige pas une grande précision, et les plus délicates dans le cas contraire. On joint ces points par une ligne droite, ou par une suite de jalons alignés, lorsque les points sont trop éloignés, et l’on porte successivement l’unité métrique ( toise, pied , mètre,....) bout à bout sur cette distance. Nous décrirons, au mot Règle , les procédés usités pour fabriquer et subdiviser ces unités ; et nous avons donné, à l’article Chaîne , les principes fondamentaux de la mesure des grandes distances.
- Lorsqu’on veut évaluer une distance sur un plan, on se sert d’un Compas ouvert d’une quantité connue en parties de I’Échelle , et l’on obtient aisément la mesure cherchée.
- Souvent la distance ne peut être prise directement sur le sol, à cause des obstacles qui s’y rencontrent, et qui même empêchent que de l’une des extrémités on puisse apercevoir l’autre : quelquefois aussi on cherche la hauteur d’un sommet au-dessus de l’horizon, ainsi qu’on en parlera à l’article du Nivellement. Dans ces cas, on a recours à des opérations
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- trigonométriques , qui sont trop étrangères à notre Dictionnaire pour que nous jugions convenable d’en parler ici.
- Nous renverrons pareillement au Traité de Géodésie de M. Puissant, et à la Mesure de l’arc du méridien, par Delambre, pour l’exposition des principes qu’on suit lorsqu’on veut mesurer une base avec une extrême précision : car si l’on négligeait d’avoir égard au recul possible des règles qu’on porte bout à bout, à l’épaisseur du fil-à-plomb qu’on emploie pour les ajuster en ligne continue, à la Dilatation des métaux, à l’inclinaison des règles dans les plis du terrain, etc., la mesure serait très défectueuse ; et l’erreur se reportant et s’agrandissant dans la chaîne des triangles, on n’aurait en définitive qu’un résultat complètement faux. Ce sujet est tout-à-fait hors du plan de notre Dictionnaire.
- Mais une chose qui s’y rapporte essentiellement, c’est la construction de l’instrument nommé comparateur, qui sert à estimer la moindre différence entre les longueurs de deux règles. Il est d’une grande importance, lorsqu’on fabrique des règles métriques , de s’assurer qu’en effet elles ont exactement la longueur exigée, ou du moins de connaître la petite quantité dont elles en diffèrent.
- Une forte règle de 2 mètres et demi de long (fig. j, PI. 10 des Arts de Calcul), est solidement établie sur un madrier ; vers une extrémité est un butoir A, contre lequel on appuie le bout de la règle à mesurer, l’autre bout arrivant en B. Nous avons brisé la règle et omis dans la figure les longueurs intermédiaires, pour donner moins d’étendue au dessin. Vers l’autre bout de l’instrument est un appareil cFa&B, qui constitue la partie essentielle du comparateur ; c’est un châssis mobile, qu’on arrête où l’on veut sur la règle par des vis de pression, et l’on fait en sorte que le talon B pose sur le bout de la règle à mesurer. En a est un petit arbre ou tourillon, qui est serré aux deux bouts par des vis dont les pointes lui servent de support ; en sorte que Taxe de rotation est la ligne qui passe par ces pointes , perpendiculairement au plan de l’instrument. On serre ces vis au degré qui con-
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- vient pour rendre la rotation du tourillon facile, mais sans jeu, attendu que les pointes des vis entrent dans deux petites cavités coniques pratiquées au bout de l’arbre. Ce tourillon porte un levier coudé formé de deux brandies très inégales ca et b, à angle droit. Le plus petit déplacement du talon B, en faisant basculer ce levier, transmet son mouvement amplifié à l’extrémité c : cette longue branche est une Alidade.
- Vers le bout de cette alidade est fixé , sur l’instrument, un arc gradué dont le centre est dans l’axe du tourillon, et dont les diverses divisions se présentent en correspondance avec celles d’un Yerkier fixé à l’extrémité c mobile de la verge , de manière à donner la mesure des moindres déplacemens. Ordinairement les degrés de l’arc sont numérotés à partir du point milieu qui porte zéro, jusqu’à ses deux bouts. Cet arc doit se mouvoir par une vis de rappel, de sorte qu’on peut, si on le juge à propos , amener le zéro du vernier en coïncidence avec celui de l’arc. Le ressort F oblige le levier cab à rester appliqué contre le butoir B, et à presser le bout de la règle.
- Maintenant, veut-on comparer la longueur de la règle mise en expérience dans cette position , avec celle d’une autre règle? On remarque le numéro de l’arc où l’index s’arrête sur la première règle ; on l’enlève et l’on y substitue la seconde, de manière à toucher les deux butoirs A et B. Si les règles sont égales, le vernier reviendra j uste au même point de l’arc gradué , que, pour plus de facilité, on a soin de régler avant tout, de manière à indiquer le zéro de cet arc ; sinon la coïncidence ne s’établira qu’un peu au-delà d’un côté ou de l’autre, selon que la seconde règle est plus longue ou plus courte que la première. Le degré où la coïncidence se fera indiquera au juste l’excès de l’une sur l’autre.
- Pour comprendre cette manière d’évaluer la différence, il faut observer que si le bras ca est décuple du bras b , l’extrémité c devra décrire un arc dix fois plus long que l’autre b, en sorte que le dixième de l’arc parcouru par le vernier est l’allongement de l’une des règles par rapport à l’autre : si le bout b marche, par exemple, d’un millimètre, l’autre bout ina
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- marché que de omm,i. On a coutume de partager t’arc de cercle en cinquièmes de millimètres, et de donner au vernier des dixièmes (c’est-à-dire que 9 de ces divisions soient partagées en 10 parties sur le Vernier ; V. ce mot ) ; alors on peut lire des cinquantièmes de millimètres sur l’instrument ( et même arbitrer des centièmes, quand la coïncidence des traits arrive entre deux subdivisions) : et comme les bras de leviers sont dans le rapport de 1 à 1 o , on a de la sorte des cinq-centièmes de millimètres. Si la différence des règles est marquée par le n° 5oo , elle est de 1 millimètre.
- Mais si la différence entre les deux règles surpasse la limite d’excursion de l’alidade sur l’arc, il faudra avancer ou reculer le chariot entier Ubac d’une quantité qui ramène l’alidade ac sur quelque point de ce secteur, et mesurer cette marche totale pour l’ajouter à l’indication de l’alidade. A cet effet, la règle a son bord divisé en millimètres, et le chariot porte sur le sien un vernier. Vers le bout S de ce dernier est une vis de rappel qui lui donne un mouvement longitudinal aussi petit qu’on veut ( V. fig. 2 ), et l’on voit qu’on peut s’aider de ces deux conditions de l’appareil pour faire marcher le chariot, et mesurer très exactement l’espace qu’il a décrit ; ce qui permet de connaître la différence de deux règles plus inégales que ne le comporte l’excursion totale de l’alidade sur le secteur, laquelle ordinairement ne dépasse pas 2 millimètres.
- On peut voir, dans le 3e volume de la Base du système métrique , un mémoire de M. de Prony, où ce savant indique la manière de régler l’instrument pour accorder en toute rigueur les divisions de la règle avec celles du secteur, ainsi que la manière de calculer l’influence de la température sur les règles ; car il ne faut pas omettre de dire que la comparaison des règles à mesurer ne doit se faire que lorsqu’elles sont au même degré thermométrique, ce qui oblige de les laisser séjourner plusieurs heures ensemble dans le lieu de l’expérience, où l’on a soin de maintenir une température constante. Ce n’est pas tout encore : si les règles sont de nié-
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- taux différens , ou l’une eu bois et l’autre en métal, elles seraient de longueurs égales actuellement, qu’elles cesseraient de l’être si la température changeait. On est dans l’usage de ramener toutes les longueurs étalonnées au zéro du thermomètre. Il faut donc, après avoir trouvé la différence actuelle des longueurs des deux règles, calculer ce qu’elle sera quand la température descendra à zéro. C’est ce nombre qu’on est dans l’usage de graver sur la règle métrique , sauf, lorsqu’on s’en servira, à calculer sa Dilatation , si l’expérience qu’on fait exige ce degré de précision. Ce calcul est facile et indispensable (t).
- Througton a imaginé un autre comparateur qui est aussi fort exact. Cet instrument est composé de deux Microscopes à fil, qui sont élevés perpendiculairement au-dessus de la règle métallique parfaitement droite, qui sert de support à celles qu’on veut comparer. La première est exactement divisée sur son bord en parties égales , par exemple en millimètres. L’un des microscopes est placé à un bout et sert à assurer l’immobilité de ce point, auquel on apporte successivement les deux règles ; l’autre est vers l’autre bout. Comme ces microscopes sont sur de petits chariots serrés sur la règle par des vis de pression, il est facile, à l’aide de vis de rappel, d’amener les fils en coïncidence parfaite avec les deux extré-
- (i) Nous avons donné, T. VII, page a3 , la formule qui est employée en pareil cas. Si et et et’ sont les dilatations linéaires des substances des deux règles de même longueur pour cent degrés du thermomètre centigrade ( U. la table au lieu cité), et que l’expérience ait été faite sous la température î, réduites à zéro, ces longueurs seront l’une l, l’autre x ; et à t degrés, elles deviennent
- l (r -f- 0,01 at) et x (t -h 0,01 a't) ; mais c’est alors qu’elles sont égales ; donc on a
- , /i + o,or a.t\ . _ , ,
- : = l( ---------J =I[i—o,ot (a'-
- Vi -f- 0,01 a tj
- Telle est la vraie longueur de la seconde règle, létant la longueur de la Frc mière, l’une et l’autre sons la température zéro.
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- mités. L’une de ces vis, dont le pas est connu, porte à sa tête un index qui en parcourt la circonférence divisée en degrés ; et l’on juge , par le nombre de tours et de fractions de tours, du petit cbemin parcouru pour amener la coïncidence du fil avec la règle qu’on doit mesurer, comme dans les Micromètres,
- Yoici l’opération à faire. On appose la première règle sur l’instrument, et l’on met ses deux bouts en coïncidence avec les fils ; ensuite on enlève cette règle et l’on y substitue celle 'qu’on lui veut comparer ; sans déranger le microscope de l’un des bouts, on amène la coïncidence de son fil, puis, par la vis de rappel de l’autre, on arrive à celle du fil de l’autre microscope. Le cbemin décrit par la vis mesure exactement la différence ; et si cette différence excède la limite de la marche totale de cette vis , on compare seulement avec quelque division de la règle de l’instrument vers le bout de l’autre , puis on fait marcher le chariot entier du second microscope, et l’on voit de combien de parties la vis micrométrique doit s’avancer pour arriver à l’extrémité de celle-ci. Les fils des microscopes sont au nombre de deux , qui se croisent sous un angle aigu, et le trait terminal doit arriver à l’intersection , en divisant l’angle par moitiés. Fr.
- LOOCH. Cette expression, originairement arabe, est employée en Médecine pour désigner un médicament onctueux d’une consistance sirupeuse, d’une saveur douce , qu’on administre dans les maladies de poitrine, pour adoucir l’irritation produite par la toux, et faciliter l’expectoration. Le véhicule ordinaire des loochs est une émulsion ; mais tantôt cette émulsion est faite avec les amandes douces, et il prend alors le nom de loock blanc; tantôt avec des pistaches , comme cela se pratique pour le looch vert ; ou-enfin, avec le jaune d’œuf. Nous nous bornerons à indiquer la recette du premier, qui est le plus usité :
- TC- Amandes douces mondées ----- n° la.
- Sucre blanc.................. i6 grammes.
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- LOQUET,
- %6
- Eau ordinaire.................... 125 grammes.
- Gomme adragante pulvérisée....... o ,8
- Huile d’amandes douces.............. 8
- Eau de fleurs d’oranger............ 3o gouttes.
- On pile fortement les amandes avec un peu d’eau, et quand la pâte est bien homogène, on la délaie dans le reste du liquide, et l’on passe au travers d’une petite étamine ; puis on divise la gomme avec le sucre et un peu d’huile ; on y ajoute ensuite une très petite quantité d’émulsion ; on triture vivement , et l’on incorpore alternativement un peu d’émulsion et un peu d’huile , jusqu’à ce que tout soit employé. On doit apporter le plus grand soin à ce que la gomme soit uniformément délayée et le mucilage exempt de grumeaux : cela nécessite de rabattre souvent le mélange avec une carte, pour le battre de nouveau par le pilon. Quand cette manipulation est terminée , on verse l’eau de fleurs d’oranger , et l’on agite, puis on verse dans une fiole. Ce médicament se prend ordinairement par cuillerées, de demi-heure en demi-heure. R.
- LOQUET {Arts mécaniques). Lame de fer qui sert de fermeture. Cette lame, appliquée horizontalement sur le côté intérieur d’une porte, dont un bout dépasse un peu le bord, est percée à l’autre bout d’un œil où l’on introduit un clou qui la fixe au bois et tient lieu d’axe de rotation. Sur le montant immobile est un autre fer appelé mantonnet, fiché perpendiculairement et présentant son bord en plan incliné , sur lequel glisse le bas du loquet quand on ferme la porte ; arrivé en haut de ce fer, il rencontre une entaille verticale ou il retombe, et maintient le battant mobile fermé et applique dans sa feuillure sur le montant. La porte est close ; pour l’ouvrir, il suffit de dégager le loquet de son mantonnet, en le soulevant et le faisant sortir de l’entaille. Pour opérer cet effet, on perce la porte d’ut» trou au-dessous du loquet, et l’on y entre une clef forée ; cette clef est mobile autour d une broche qui entre dans son trou et est fixe'e à la porte ; en tournant la clef, le panneton soulève le loquet et le dégage.
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- LOUP, LOUVETIER. 3^
- Le plus souvent, on évite l’emploi d’une clef, soit en armant le loquet d un goujon qui traverse la porte dans une petite fenetre , et on le soulevé a la main : c’est la fermeture ordinaire des petites armoires. Quand le loquet n’est pas assez lourd pour que son poids suffise à le faire retomber, on y adapte un petit ressort de pression. Il arrive aussi que , pour les portes un peu fortes, au lieu du goujon dont on vient de parler, on place sous la lame du loquet une autre lame parallèle mobile autour d’un axe carré de rotation qui perce la porte et se termine de l’autre côté en bouton, olive , ou bec-de-cane : cette lame, arrondie aux bouts , est arrêtée à l’axe par un écrou. En tournant le bouton, la lame bascule et soulève le loquet. On adapte aussi, vers le bord du battant, une pièce nommée porte, qui retient le loquet appliqué sur le bois , et ne lui permet que la courte excursion haut et bas nécessaire au jeu de la fermeture : cette porte qui a la forme d’une gâche, empêche la lame de tomber verticalement, quand elle n’est pas en prise dans le man-tonnet. Les loquets de toutes grandeurs se fabriquent dans les ateliers de serrurerie , et sont apportés par le commerce chez les débitans de quincaillerie. jrR
- LORGNETTE ( Ans physiques). C’est le nom vulgaire de la lunette de spectacle , inventée par Galilée, et qui a servi à cet illustre astronome à découvrir les satellites de Jupiter les taches du Soleil, etc. ( V. Luxette. ) pR
- LOUCHET, LOUCHETTE. Instrumens pour fouir la terre à bras d’hommes. Le louchet, légèrement arqué, forme avec son manche, qu’on tient presque horizontal, un angle un peu plus fermé que l’angle droit. Tantôt le louchet est plein comme une pelle ; alors il sert à déplacer la terre, comme dans la culture de la vigne ; tantôt c’est une fourche qui ne sert qu’à remuer la terre.
- Les godets ou hottes qu’on fait en forte tôle de fer, et dont on arme les chaînes continues des Dragues ( F. ce mot ) , s’appellent louchets. C’est un ouvrage de chaudronnerie. E M
- LOUP, LOUVETIER. Le loup est un animal sauvage, du
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- genre chien (canis lupus), dont il ne se distingue que par sa queue courbe'e en bas et ses yeux obliques ; il a 4 à 5 pieds de longueur. Son agilité , ses ruses, sa hardiesse, les dégâts qu’il cause en tuant toutes les espèces de bestiaux, le danger de ses morsures, etc., font du loup un objet de terreur. On le voit souvent, en hiver , lorsque la faim le presse, pousser l’audace jusqu’à pénétrer dans les fermes et attaquer les hommes. Les loups se réunissent quelquefois en troupes dans les pays de montagnes et de forêts, pour concerter et assurer le succès de leurs entreprises. Ils ont une tactique fondée sur la nature des localités, du gibier et de l’ennemi : aussi ces animaux sont-ils sans cesse exposés aux attaques des chasseurs, qui les poursuivent et les détruisent partout où ils les rencontrent. Il n’en existe plus en Angleterre.
- On a beaucoup exagéré la férocité du loup ; elle ne résulte que du besoin de vivre et de l’instinct de sa conservation. La vie sauvage qu’il mène et les qualités physiques dont la nature l’a doué font le sujet des études du naturaliste. La louve porte 63 jours ; la portée est de trois à six petits, et même plus encore. Ils engendrent dès l’âge de 2 à 3 ans, et en vivent i5 à 20. La chaleur des femelles dure 12 à 15 jours; elle arrive plus tard aux jeunes qu’aux vieilles ; c’est en hiver qu’elle se montre : les naissances se font de mars à juin.
- La guerre perpétuelle que les loups font à nos campagnes a suggéré divers moyens de les effrayer et de les détruire. Yoici les plus remarquables :
- Une lanterne à quatre verres de différentes couleurs, allumée la nuit au milieu d’un parc , suffit pour en éloigner les loups, selon M. Tessier.
- LTn fort hameçon attaché à un arbre par une petite corde et garni de viande, déchire les entrailles du loup, qui se laisse tromper par cet appât, et fait des efforts pour échapper.
- Nous décrirons, au mot Piège , les espèces de machines imaginées pour détruire les bêtes féroces.
- Une fosse creusée de 6 à 8 pieds en terre , fermée par une planche en équilibre sur un qietit bâton, et qu’on recouvre e
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- feuilles , de mousse, etc., sert à prendre les loups , qu’on y attire par quelque proie. L’animal, en passant sur la planche, la fait trébucher ; £t il tombe au fond du trou, où l’on vient ensuite le tuer à coups de fusil, de pierres et de bâton.
- On pratique une galerie circulaire avec deux rangs de pieux rapprochés et enfoncés en terre, et l’on y place un chien ou un mouton. Au centre, on creuse une fosse profonde, où le loup vient de lui-même se prendre , attiré par l’espoir de se saisir de cette proie. ( V. T. V, page 77, un excellent piège. )
- Les poisons, et principalement la noix vomique , sont aussi très utilement employés pour détruire les loups.
- La peau du loup peut être employée comme fourrure commune ; ses poils servent à la chapellerie ; on emploie ses dents à polir l’or et l’argent.
- La multitude des loups, surtout dans quelques contrées, a fait créer une espèce d’officiers nommés louvetiers, qu’on exerceà connaître les ruses de ces animaux, leurs retraites, etc. On accorde des récompenses aux hommes qui, plus heureux et plus hardis, réussissent le mieux dans cette chasse. M. Huzard a rédigé à ce sujet, le g juillet 1818, une Instruction pour les habitans des campagnes, d’après les ordres du Gouvernement. La chasse appelée battue est celle qui réussit le mieux à détruire les loups , quand elle est bien dirigée : elle consiste à réunir un grand nombre d’hommes en ligne, qui parcourent les bois en jetant des cris et frappant les arbres pour effrayer ces animaux. On les chasse ainsi du côté où sont placés les chasseurs, qui les tirent au passage. Fr.
- LOUPE {Artsphysiques'). C’est le nom qu’on donne, en Optique, aux lentilles très convexes dont on se sert pour grossir les objets : on les appelle aussi microscopes simples. Lorsque nous voulons voir nettement un très petit objet, la faible lumière qu’il nous renvoie ne peut produire une impression assez vive sur notre œil pour que nous puissions le distinguer : il faudrait le rapprocher beaucoup de notre organe , qui l’apercevrait sous un angle optique plus grand ; mais alors les rayons qu’il enverrait seraient trop divergeas
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- 4°o LOUPE.
- pour que leur concours se fît sur la re'tine, et l’image serait tout-à-fait indistincte. Il y a une distance ne'cessaire pour chaque personne qui veut apercevoir les objets sans confusion selon la force de son organe. Nous avons prouvé, au mot Lentille , que l’interposition d’uD verre convexe diminue cette divergence, en sorte que l’œil puisse recevoir les faisceaux de lumière sous la même direction que si l’objet est plus grand et placé à la distance propre à la vision nette de l’observateur. L’objet ab (fig. i5, PL 12 des Arts physiques) envoie des rayons divergens bc,ad, que la lentille cd fait converger selon ci, dk ; et la rétine, placée vers le point de concours ik, est affectée comme si elle voyait nettement le point a selon kA , le point b selon z’B. En effet, il suit de la théorie des foyers, expliquée à l’article cité, que dans le cas où l’objet est en-deçà de ce foyer, l’image se reporte plus loin du même côté du verre et agrandie : cette distance varie depuis l’infini jusqu’à zéro, quand on change la position de l’objet ; et il est bien aisé, en promenant celui-ci depuis le foyer jusqu’au verre , ce qui n’est qu’un très petit espace, de l’arrêter juste au point où l’image est à la distance de la vision nette, puisque l’œil appliqué contre le verre juge bientôt de l’instant où cet effet a lieu. L’objet paraît donc droit en AB, à la distance où l’œil est accoutumé à voir les choses avec netteté , quand ab est convenablement situé.
- Ainsi, la loupe agrandit les objets dans le rapport de ab à AB, ou de io à iO ; et comme d’une part l’objet doit être placé très près du foyer principal, pour que les rayons deviennent convergens au degré nécessaire à la vision, ce rapport est sensiblement le même que celui de la distance de ce foyer à celle de la vue nette. Cette dernière distance varie avec la nature des yeux ; elle est plus grande pour les presbytes que pour les myopes : on l’estime, terme moyen , à 22 centimètres (8 pouces). Le grossissement des loupes est donc facile à mesurer : il résulte de ce que l’image se forme du ineme côté que l’objet, et beaucoup plus loin du verre. Il faut en conclure que,
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- LOUPE. 4oi
- i®. Le degré de grossissement d’une loupe dépend de la force de la vue de l’observateur, qui doit chercher la grandeur du rapport qui est propre à son organisation personnelle, et placer l’objet près du foyer et un peu en-deçà, à une distance convenable aussi à sa vue.
- 2°. On mesure le grossissement en comparant les dimensions de l’objet vu directement avec un œil, , et celles de l’image par le secours de la lentille avec l’autre œil. En général, plus la lentille est convexe , et plus elle grossit ; plus aussi il faut que l’objet soit rapproché du verre , et que celui-ci le soit de l’œil, condition qui limite beaucoup le grossissement qu’on peut attendre des lentilles simples. Les loupes à fort grossissement fatiguent la vue, et exigent une grande habitude. On doit d’abord placer l’objet très près de la lentille, puis approcher l’œil de celle-ci, et, donnant de fort petits mouvemens pour reculer graduellement l’objet, s’arrêter lorsqu’on le voit avec netteté. 11 faut aussi se tourner de manière que l’objet reçoive beaucoup de lumière.
- Les vieillards se servent de grandes loupes, qu’ils placent à quelque distance des deux yeux et près des objets ; ils peuvent alors distinguer nettement ceux-ci sans avoir besoin de fermer un œil. La distance focale doit être un peu grande, et la lentille large et peu convexe.
- Les loupes à forts grossissemens étant très convexes, ont l’inconvénient de rendre diffus à l’œil tout ce qui environne le point principal qu’on examine, à cause de Yaberration de sphéricité dont nous avons parlé à l’article Lentille. On évite ce défaut en faisant la loupe de deux verres égaux , convexes sur une face et plans sur l’autre, qu’on appelle plans-convexes. On accole ces verres par le côté plat, en interposant un diaphragme; c’est une lame opaque percée au centre , qui intercepte tous les rayons trop écartés de l’axe, lesquels rendent l’image diffuse. On nomme ces loupespériscopiquesj elles ont un champ beaucoup plus étendu que les autres.
- Il résulte de la théorie des foyers , que pour qu’une loupe grossisse n fois les objets lorsqu’on l’applique contre la pru-Tome XII. 26
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- 4oa LOUPE.
- nelle, il faut que la distance focale soit le quotient de la distance propre à la vision nette , divisée par n — i. Si, par exemple, la vue distingue les objets nettement à 8 pouces, pour qu’une loupe grossisse 20 fois, il faut que le foyer des
- g
- rayons parallèles soit à — de pouce , ou environ 5 lignes.
- Peur que le grossissement soit 5o, il faut que la distance 8
- focale soit — de pouce, ou près de 2 lignes. On ne doit pas
- oublier que cette mesure s’entend de l’accroissement apparent des lignes, qu’on voit ainsi 20 fois ou 5o fois plus longues ; car les surfaces croissant comme les carrés des longueurs, sont réellement aperçues 400 fois et s5oo fois plus étendues qu’à la vue simple. Le numérateur du rapport, que nous avons pris ici de 8 pouces , varie selon la portée de la rue de l’observateur, ainsi qu’on l’a déjà dit : aussi la lentille qui grossit 5o fois pour un presbyte, ne grossit-elle que 25 fois pour un myope , ou même moins encore, parce que la distance de la vision nette peut être de 12 pouces pour l’un, et de 6 pour l’autre.
- On a coutume d’ajuster la lentille dans une monture en écaille ou en métal. Cette monture (fig. 16 ) est une rondelle percée au centre d’un trou un peu moindre que le verre, pour l’y loger et laisser passer la lumière : le verre s’y place dans un creux , où il est retenu par un petit bouchon qui y entre à vis, et est aussi percé au centre. Le plus souvent la pièce peut tourner sur un petit tourillon, pour se cacher entre deux lames d’écailles parallèles, de mêmegrandeur que la monture , et qui servent à protéger le verre contre les frottemens des corps durs, lorsqu’on n’en fait pas usage ; et même on assemble deux montures semblables aux bouts opposés des lames d’écailles, pour avoir à sa disposition des lentilles de différens grossissemens. Les loupes de botaniste sont construites de cette manière.
- Mais on doit préférer ce qu’on appelle des triloupes. Ce sont trois lentilles dans leurs montures, telles qu’on vient
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- LOUTRE. 4o3
- 4e les décrire ( fig. 17), mais tournant sur un même axe. On peut, en déployant ces loupes en éventail, choisir celui des trois verres qui convient à l’observation qu’on veut faire, et passer tout de suite de l’un à l’autre , selon le besoin. En outre, quoique ces espèces de lentilles aient de forts grossissemens, lorsqu’on trouve que la plus forte ne l’est point encore assez , on peut mettre l’une devant l’autre, et. regarder l’objet à travers les deux ou même les trois lentilles, ce qui donne un grossissement à peu près égal à la somme de ceux que donnerait chacune en particulier , pourvu qu’on tourne le verre le plus faible (le moins convexe) du côté de l’œil. C’est un véritable Microscope composé. ( V. ce mot. )
- En perçant un petit trou dans une feuille de métal, et y plaçant une gouttelette d’eau , ce liquide s’arrange dans le trou par l’attraction capillaire, y prend la forme convexe, et donne une excellente loupe : mais l’évaporation l’altère et la détruit promptement. M. Brewster substitue à l’eau un vernis transparent, qui n’a pas cet inconvénient. On peut encore faire des trous d’une ligne ou moins de diamètre, et y fondre , à l’aide du chalumeau , de petits globules de verre. Ces appareils, très simples , sont d’une construction si facile, qu’on se les procure partout à peu de frais. Fr.
- LOUTRE Quadrupède qui se nourrit principalement de poisson , et dépeuple les étangs. C’est pour cette raison qu’on lui fait la guerre ; et aussi pour sa fourrure, de couleur brune et luisante, qu’on emploie à divers usages, et principalement à la chapellerie. On mange sa chair ; mais elle est peu estimée , à raison de la saveur de poisson ou de marais qu’elle conserve. Le museau de la loutre est fort large , surtout la mâchoire supérieure , qui est plus longue et plus large que l’inférieure ; des moustaches blanchâtres garnissent les côtés de sa gueule ; les cinq doigts des pieds de derrière sont joints en rame par une membrane ; la queue, longue au plus de la moitié du corps, est aplatie horizontalement; ses poils sont, les uns soyeux, bruns et assez longs , les autres laineux , plus courts, plus ahondans et plus fins, de couleur grisâtre. La
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- 4«4 lucarne.
- loutre nage très bien ; son corps est très allongé ; elle gît dans les fentes de rochers ou le creux des arbres, ne craint ni le froid ni l'humidité. On réussit quelquefois à l’apprivoiser , et même à la dresser à la chasse du poisson , qu’elle rapporte à son maître. Fr.
- LUCARNE ( Architecture). Espèce de fenêtre pratiquée au toit d’un bâtiment, pour éclairer l’espace qui est sous le comble. Il faut en restreindre le nombre autant qu’on peut, parce que la main-d’œuvre, les matériaux et l’entretien sont autant de causes de dépenses ; mais surtout aussi parce que les lucarnes facilitent l’entrée de l’humidité et du soleil sous les toits, ce qui est contraire au but d’une toiture , qui est précisément de s’opposer aux effets des intempéries des saisons.
- Voici comment on construit la lucarne la plus usitée, celle qui est carrée et percée dans un toit à surface plane- C’est absolument un petit comble qui en pénètre un grand , entre deux chevrons qu’on nomme chevrons de jouée, et qu’on fait un peu plus forts que les autres, pour porter le poids de la lucarne. Deux montans verticaux sont assemblés en bas dans ces chevrons , et liés entre eux en haut par une traverse horizontale , parallèle au faîtage. Deux autres traverses parallèles , mais de direction perpendiculaire à la première, viennent s’assembler d’un bout avec le haut des montans, de l’autre dans des chevrons de jouée : ces trois traverses sont dans un même plan , et forment les côtés d’un rectangle incomplet, soutenu en l’air par les montans et les chevrons. Assez souvent on lie les deux dernières traverses au chevron par des bois debout, de hauteur variable, pour fermer les flancs triangulaires de la lucarne ; ces flancs , qu’on appelle des jouées, sont crépis et enduits de plâtre , et forment chacun un petit mur mince et triangulaire porté par le chevron.
- Les trois traverses supérieures servent de plate-forme à un petit comble, dans lequel on n’emploie ni entrait, ni poinçon; ce sont de simples chevrons qui s’arc-boutent et portent les ardoises ou les tuiles; ceux qui joignent le grand toit tiennent lieu de Noulet , et sont délardés en biseau, pour faire le
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- LÜMACHELLE. 4 o5
- raccordemeut à l’angle rentrant, où la pénétration des deux combles a lieu. Du reste , cette partie de la couverture varie beaucoup de forme , selon les circonstances. Nous n’entrerons pas dans de plus grands développemens à ce sujet, et nous nous bornerons à dire qu’on dénomme les lucarnes différemment , selon leurs formes : la carrée est celle qui est fermée carrément en plate-bande , ou celle qui est aussi haute que large ; la ronde est celle dont la baie est circulaire ; la bombée est fermée en haut par un arc de cercle ; la flamande est en maçonnerie, couronnée d’un fronton et portant sur l’entablement ; la demoiselle est une petite lucarne en charpente T portée sur les chevrons et couverte en contre-auvent ou en triangle ; la capucine est couverte en croupe de comble , etc.
- Fk.
- LUDION (Technologie). V. Diables cartésiens, T. Vil, page a. Quant à l’art de les fabriquer, V. Émaillecr , T. VIII, page 20. L.
- LÜMACHELLE ( A ris chimiques). Est une des nombreuses variétés de marbres ( chaux carbonatée pure en masse des minéralogistes) , qui sont parsemées de taches colorées dont les contours sont anguleux, qui semblent être des fragmens de marbres réunis par une pâte, et auxquelles on a donné le nom de brèches. La lumachelle se distingue des autres brèches , en ce qu’elle renferme une grande quantité de coquilles, qui toutes sont brisées. 11 existe, aux environs de Troie et d’Auxerre, une lumachelle grise cendrée ; c’est la plus commune. On trouve en Carinthie une lumachelle qu’on a appelée opaline, et qui est remarquable, en ce que les coquilles de nautilles qu’elle renferme ont conservé leur aspect brillant et nacré, et présentent des nuances irisées. Les beaux morceaux de cette lumachelle sont rares et précieux ; on en conserve plusieurs échantillons au Cabinet du Muséum d’Histoire naturelle , qui étaient disposés à former des bracelets. La lumachelle dite d’ Astracan, quoiqu’on ignore le pays qui la fournit, se distingue par son fond couleur de café et scs coquilles d’un jaune foncé ; elle est assez rare et
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- fort belle. On se sert des lumaclielles communes, qûî sont susceptibles d’un beau poli, pour faire des tablettes de cheminées, des dessus de secrétaires, de consoles, etc.
- LUMIÈRE (Arts physiques'). Nous donnerons, à l’article Optique , les généralités relatives à la lumière , considérée comme recevant des applications dans l’industrie.
- Ce mot a diverses acceptions dans les Arts. La lumière d’uir Canon , d’un Mortier, d’un Fusil, d’un Pistolet , etc. , est le trou qui communique à l’âme de la pièce , et par lequel l’amorce fait prendre feu à la charge. ( V. ces divers articles. ) Les facteurs d’orgue appellent lumière l’ouverture par laquelle le vent entre dans le tuyau sonore. Fr.
- LUNETTE LONGUE-YUE ( Arts physiques). C’est un appareil d’Optique , destiné à faire voir distinctement les objets ; mais nous restreindrons ici cette définition trop générale, en renvoyant aux mots Loupe et Microscope les instrumens à un ou plusieurs verres qui grossissent, et dont on se sert pour voir les petits corps , et au mot Télescope les appareils qu’on emploie pour voir les objets très éloignés, lorsqu’ils renferment des miroirs agissant par réflexion. Traitons en particulier de chacune des autres espèces de lunettes formées de lentilles convexes ou concaves , en les distinguant entre elles par le nombre de verres dont elles sont composées , et leur forme.
- Monocle on lorgnon. C’est une seule lentille, qu’on tient à la main par une queue en métal, écaille, corne ou carton , etc., laquelle fait partie du cercle où le verre est serti : le cercle qui forme la monture est fendu en haut, et l’élasticité suffit pour serrer le verre et le retenir ; une petite vis qui réunit les deux parties assure cet effet. La queue du lorgnon porte un œil pour recevoir un ruban ou une chaîne qu’on suspend au cou ; ou bien le lorgnon est entre deux lames parallèles en écaille ou métal, qui tiennent lieu d’étui, cl’où on le fait sortir en le tournant autour d’un axe au bout de la queue, à peu près comme pour la loupe de la fig-PL 12 des Arts physiques, Le lorgnon s’applique devant un
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- œil, tandis qu’on lient l’autre ferme' : le verre est concave pour les vues basses ou myopes, et convexe pour les presbytes, par les raisons exposées à l’article Lentille.
- Comme il est fatigant de toujours fermer un œil, on préfère se servir de binocles : ce sont deux lorgnons dans la même monture, dont chacun se place devant un œil, en ouvrant les deux queues en V, à peu près comme danslafig. 17. Ces appareils sont surtout à l’usage des personnes qui ne se servent qu’accidentellement de verres pour ménager leur vue ; car la présence perpétuelle des lentilles devant les yeux fatigue l’organe et le rend paresseux.
- Les besicles sont composées de deux verres convexes ou concaves, selon que la vue est presbyte ou myope ; on leur donne la courbure qui convient à la force de l’œil ; on les place devant les deux yeux, de manière que leur axe optique soit dans la direction des objets : ces verres sont dans une monture d’acier, d’or, d’argent, d’écaille, etc., qui les maintient dans cette situation. On a varié de mille manières la forme de ces montures, et nous ne finirions pas si nous voulions les décrire toutes en détail ; nous nous bornerons à celle qui est le plus généralement adoptée.
- Deux cercles ou deux ovales sont dans un même plan, leurs centres écartés d’environ 6 centimètres (27 lignes) ; ils sont joints l’un à l’autre par un arc qui doit porter sur le haut du nez. Ces cercles sont en gros fil de métal, creusé d’une gorge intérieure pour y retenir les bords du verre, qu’on amincit en tranchant sur la meule. Le fil qui forme chaque cercle est coupé en un point vers l’angle externe de l’œil, où l’on soude une petite patte ; l’élasticité du métal permet d’ouvrir un peu le cercle pour y introduire le verre , qu’on serre ensuite par une vis engagée dans un trou taraudé dans la patte. Le bout de cette patte est joint à une branche de métal par une goupille, et forme charnière pour replier la branche sur le verre quand on veut serrer les besicles dans un étui ; et lorsqu’on en fait usage, les branches s’ouvrent à peu près à angle droit sur le plan des verres, et un talon arrête la charnière
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- pour l’empècher de s’ouvrir davantage. Le bout des branches est élargi en anneau, pour serrer les tempes et retenir l’instrument sur la tête devant les yeux. Le plus souvent ces branches sont de longueur double , pour serrer la tête derrière les oreilles , ce qui est beaucoup plus commode : alors elles sont brise'es vers le milieu ; cette brisure se fait par un clou rive' qui permet la rotation quand on veut mettre l’instrument dans son e'tui. On pre'fère les lunettes dont les cercles sont en e'caille , parce que, si elles sont plus fragiles, elles sont plus le'gères , et ne laissent pas de traces sur le nez, comme le fait le poids du métal. Les branches et charnières sont seules en argent ou en or, pour faire ressort et presser légèrement la tête, afin de maintenir les lunettes en place, malgré les mouvemens du corps.
- Quelques personnes font chaque verre de deux demi-cercles de numéros différens , séparés par leur diamètre de jonction, qui est horizontal ; on regarde les objets rapprochés par le verre inférieur, et ceux qui sont éloignés par l’autre. Comme la distance de l’objet est un élément important de la position de l’image , pour une lentille d’un numéro donné, cet usage est assez commode : seulement, on ne peut mettre devant l’œil droit le verre destiné à l’œil gauche, et l’arc qui sépare les lentilles est conformé de manière à s’y opposer ; tandis que dans le cas de verres sans fracture, où le renversement est indifférent, l’arc est double pour le permettre : ce sont alors deux arcs égaux opposés par leurs convexités, qui joignent les verres ensemble.
- Assez généralement, les deux yeux n’ont pas la même force , et il peut être bon de choisir pour chacun le verre qui lui convient le mieux , ce qu’on ne peut faire que par quelques essais : alors le renversement doit encore ne pas être possible. Les marchands ont des montures faites exprès pour faciliter les essais : les verres n’y sont pressés que par un ressort, pour qu’on puisse les changer très promptcn ent et en essayer d’autres. Tant que la force de la vue ne change pas, on emploie des verres de même courbure, distingués par le
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- numéro qui indique le nombre de pouces du rayon delà sphère qui forme le bassin.
- Enfin, on se sert aussi de lunettes appelées périscopiques (fig. 7 et 8) dont les verres sont convexes en dehors et concaves en dedans, mais de rayons différens : on découvre alors avec netteté un champ plus étendu. On donne le noni de conserves aux besicles dont les verres sont peu courbes, parce que, diminuant l’éclat de la lumière, on leur attribue la propriété de conserver la vue. Les personnes dont l’organe est délicat se servent ordinairement de verres colorés en vert ou en bleu plus ou moins dense.
- Voyez l’article Lentille , où la théorie de tous les genres de verres simples a été suffisamment développée pour qu’il soit inutile d’y revenir ici.
- Lunettes astronomiques à deux verres convexes. Aux extrémités d’un long tube de tôle vernie, de bois ou de carton, sont placés deux verres convexes A et B (fig. 1 , PL i3 des Arts physiques) ; l’un A, d’une très petite courbure, ayant son foyer éloigné en F ; l’autre B, ayant son foyer au même point F ; mais ce foyer F est situé entre les deux verres et très près de ce dernier , dont la courbure est par conséquent d’un court rayon. Le premier A se tourne vers les objets , c’est l’objectif ; on place l’œil en O près de l’autre B, qu’on nomme l’oculaire, et l’on voit très distinctement les objets éloignés , qui semblent plus grands et rapprochés , mais en situation renversée de haut en bas et de droite à gauche. Cette lunette est à l’usage des astronomes , attendu que le renversement de l’image d’un astre est pour eux sans inconvénient, et qu’ils s’habituent aisément à en suivre les mouvemens, en dirigeant l’axe optique AB dans le sens contraire à celui où l’astre marche réellement. Voici la théorie de cet instrument.
- L’objet ah étant très éloigné , est vu fort petit et indistinct à l’œil nu ; les rayons parallèles qu’il envoie , réfractés par l’objectif, vont se réunir au foyer principal F, et nous savons que les pinceaux de rayons envoyés par le milieu de l’objet ah à l'objectif, se réunissent au point F de l’axe ; que de même
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- ceux qui émanent des extrémités a et b ont leurs fovers en » et (i sur les droites aika, bkkfi menées au centre optique du verre A. Ainsi le foyer F ( V. Lentille), vivement éclairé par cette réunion, offre une petite image de l’objet ah. Comme les rayons continuent leur route après s’être croisés en A , le point inférieur h se porte en haut en fi ; le supérieur a vient en bas en * ainsi l’image afi est renversée et placée au foyer F de l’objectif. C’est cette image qu’il s’agit de distinguer nettement. L’oculaire B fait alors fonction de Loupe pour agrandir cet objet ; et nous avons expliqué, à ce dernier article , comment il se fait que l’image se trouve amplifiée : elle semble donc rapprochée, agrandie et renversée comme nous l’avons dit.
- Le grossissement est donné, à fort peu près , par le rapport des distances focales AF,FB. En effet , à l’œil nu, le demi-diamètre de l’objet est vu sous l’angle gkk,gki formé par l’axe et les rayons extrêmes de l’objet ; car bien que l’œil soit situé en 0, la longueur AO de la lunette est censée nulle, à cause de la grande distance de l’objet. Cet angle gkk est égal à MF, parce què les rayons gk, M passant par le centre optique A, ne se brisent pas. ( V. Lentille.) D’un autre côté, l’image afi est transportée au foyer F, et F fi est vu sous l’angle nOB , qui est égal à /SBF, puisque le rayon émergent nO doit sortir parallèle au rayon principal B.<3. La grandeur des objets est mesurée par l’angle optique ; ainsi, le grossissement est le rapport des angles fikF, /3BF : mais dans les triangles rec-
- jSF sF
- tangles MF, MF, tang A = —^ , tang B = gj,; et prenant
- les tangentes de ces petits angles pour les angles eux-memes, on a
- A
- fiF . /?F ” AF :BF
- ou
- BF : AF.
- Ce rappoit mesure donc le grossissement de la lunette. Si le foyer de l’objectif est à io pouces et celui de l’oculaire a 6 lignes, la lunette grossit 20 fois , parce que 6 lignes est contenu 20 fois dans 10 pouces.
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- Comme la position du foyer F de l’objectif A de'pend de la distance de l’objet, et qu’il s’en éloigne quand l’objet se rapproche, la position de l’oculaire doit y poursuivre l’image, ce qui oblige alors à éloigner l’oculaire. Pour rendre la lunette propre à voir des objets terrestres , il faut donc que ce dernier verre puisse prendre de petits mouvemens , pour permettre de lui donner la position convenable à chaque distance. D’ailleurs, cette position dépend aussi de la vue de l’observateur , comme on l’a expliqué à l’article Loupe ; raison de plus pour se ménager des moyens de mouvoir l’oculaire ; car les myopes doivent toujours le rentrer dans le tube davantage que les presbytes; comme aussi il faut, au contraire, l’écarter de l’objectif quand on veut distinguer des objets plus rapprochés. Ce mouvement de l’oculaire est peu étendu ; on place ce verre dans un petit tube mobile à frottement dur dans le tuyau de la lunette ( V. fig. 12); et même, comme cette petite excursion serait assez difficile à arrêter au point juste où la vision est nette, on la facilite en adaptant un pignon au tuyau, et une crémaillère au tube de l’oculaire : le tout est caché dans l’intérieur. Ce pignon, qu’on tourne par une tête moletée saillante au dehors près de ce dernier verre, marche aussi lentement qu’on souhaite, et il est facile de l’arrêter à point, quand on reconnaît le lieu où la vision se fait avec netteté.
- Comme l’œil doit être placé en 0 un peu en avant de l’oculaire , son tube est terminé par une pièce percée, contre laquelle il faut appliquer l’organe. Lorsque l’instrument n’est pas d’usage , on ferme ce trou par un petit disque qui tourne sur une goupille rivée excentrique , et qu’on pousse avec le doigt par une autre goupille un peu saillante en devant de cette pièce. On ferme aussi le passage à la poussière , qui pourrait salir l’objectif, en l’enveloppant d’un cul de boite en cuivre de même calibre que le bout du tuyau , et qui en serre le bord , le sien étant biea* ajusté et fendu en plusieurs points de son. contour pour faire ressort.
- La lunette astronomique a été inventée par Képler.
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- 4>2 lunette longue-vue.
- On est dans l’ùsage, dans certaines lunettes, de placer au foyer F un Réticule (fig. 2 et 3 ) ( F» ce mot ) ; ce sont des fils d’araigne'e ajuste's dans un diaphragme, pour marquer par la coïncidence, la place des objets. Pour comprendre ceci , il faut savoir que ces fils situe's en F , sont vus à l’aide de l’oculaire avec’ la même netteté que l’image même, et que ces fils semblent ainsi appliqués sur l’objet. Mais, pour employer la lunette à viser des objets terrestres, comme ce foyer F change avec la distance, il faut que le réticule puisse aussi être déplacé d’une petite quantité. Il est monté sur un court tuyau caché dans le tube de l’oculaire ; ce tube porte deux petites fentes latérales opposées , par où sortent les tètes de deux vis, auxquelles on peut faire parcourir toute l'étendue de la fente. Ces vis serrent le cercle du réticule par leurs pointes , et l’emportent avec elles dans leur petite excursion. On peut même lâcher l’une et serrer l’autre, pour amener le fil du milieu juste dans l’axe optique. On est assuré qu^ le réticule est au foyer , quand il est sans aucune parallaxe, c’est-à-dire quand les fils comparés à l’image ne semblent pas être déplacés, lorsqu’on meut de côté l’œil qui est devant le petit trou de l’oculaire. On juge que les fils sont dans l’axe optique, quand en tournant le tuyau d’une demi-circonférence sur son axe , pour le renverser de haut en bas, les fils conservent leur place apparente sur même point de l’image.
- Nous avons dit que la lunette astronomique servait aussi à voir des objets terrestres ; mais ce n’est pas pour en distinguer les formes ou les mouvemens, car le renversement de l’image serait alors très incommode ; mais on adapte ces lunettes à des instrumens de Géodésie , tels que boussoles, niveaux , graphomètres, cercles répétiteurs , théodolites et autres , lorsqu’on veut pointer à des repères éloignés dont on cherche à mesurer les positions respectives. ( V. les articles relatifs à ces instrumens. ) Il ne faut pas oublier, quand on fait usage de ces sortes de lunettes , de régler avec soin la position des réticules , de manière à n’avoir pas de parallaxe.
- On voit que le grossissement devient d’autant plus grand
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- que le foyer de Toculaire est plus près et celui de l’objectif plus éloigne'; et comme on ne peut donner au premier trop de force sans en rendre l’usage très incommode ( à cause de la proximité du foyer, de la petitesse de la lentille, etc. ), les lunettes astronomiques doivent être très longues (2 à 3 mètres et plus), pour être employées aux observations délicates. Il faut encore remarquer que l’image est d’autant plus nette et plus éclairée, que l’objectif est plus large; mais alors ces verres sont très difficiles à exécuter, sans compter qu’il Test de se procurer des matières pures ; il faut surtout que le verre soit sans filamens, défaut qui altérerait tellement les formes des objets, que l’instrument devrait être rebuté. Les bulles d’air ne sont qu’un mal médiocre, non plus que les ordures qui tachent les objectifs, parce qu’elles sont invisibles quand on regarde par Toculaire ; ces défauts diminuent seulement la lumière, comme ferait un corps opaque qui le recouvrirait en partie. Les poussières de l’oculaire font seules de petites taches sur l’image.
- Pour éclairer les fils du réticule, lorsqu’on veut observer la nuit, on fixe au-devant de l’objectif un petit disque d’ivoire qui n’est nullement aperçu à travers Toculaire , mais qui réfléchit la lumière que l’observateur a derrière lui. Lorsqu’on veut voir des objets voisins du soleil, il faut empêcher que les rayons de cet astre tombent sur l’objectif, parce qu’éclairant l’intérieur de la lunette , ils rendraient les images confuses. On prolonge alors le tube de quelques pouces au-delà de l’objectif, pour porter ombre sur ce verre.
- Les lunettes méridiennes ou de passage sont des lunettes astronomiques armées d’un réticule et quelquefois d’un Micromètre ( J,r. ce mot ) , dont on dispose 1 axe dans le plan vertical du méridien. À cet effet, le tuyau porte des deux côtés un bras conique dont le bout roule sur un tourillon fixé convenablement. Ce tuyau bascule verticalement quand Taxe est bien horizontal, ce dont on s’assure avec un Niveau qu’on accroche sur ces bras. L’un des tourillons est susceptible d’un petit mouvement haut et bas à l’aide d’une vis, pour amener
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- l’axe à la position horizontale ; il a un second mouvement de vis d’avant en arrière pour amener la lunette à pointer sur une mire dans le méridien. Ces deux effets remplissent la condition exigée , que l’axe dans son mouvement de bascule ne sorte pas de ce plan. Du reste, on allège le poids porté par les tourillons à l’aide de contre-poids , mécanisme que chacun se figure aisément sans que nous ayons besoin de l’expliquer plus en détail. Le tout doit être parfaitement en équilibre dans toutes les situations obliques du tube. Un verre dépoli en anneau circulaire peut se placer devant l’objectif pour diminuer l’état du soleil et de la lune lorsqu’on observe le passage de ces astres, dont la vive lumière empêche d’apercevoir le réticule ; car il faut s’armer l’œil d’un verre peu transparent, quand on veut faire ces observations.
- Dans ces grands instrumens, on éclaire la nuit les fils du réticule par l’axe de la lunette, qui est creux; une petite lampe allumée est suspendue au bout ouvert, et un miroir ou un prisme réflecteur placé dans le tube , renvoie cette lumière vers les fils. En tournant plus ou moins ce miroir, on peut modérer l’éclat de la réflexion ; car plus l’intérieur du tube est éclairé , et plus l’éclat de l’étoile est affaibli ; et l’on sent que pour voir les petites étoiles, il ne faut donner aux fils que très peu de lumière.
- Oculaires composés, lunettes à trois verres convexes. Il arrive souvent que le foyer de l’objectif est si loin, qu’il faut renfermer cette lentille dans un très long tuyau ; on en diminue la longueur en se servant d’un oculaire à deux verres convexes ; combinaison dont le principal avantage est de détruire la coloration des images, comme nous le dirons eu traitant de l’achromatisme. Cet oculaire à deux verres peut être ajusté de deux manières , selon que le foyer de l’objectif tombe entre ces deux verres ou en avant. Décrivons ces deux appareils.
- Dans le premier, imaginé par Campani, l’un des oculaires B (fig. 4) est placé un peu en avant du foyer de l’objectif, de manière à reporter ce point en F entre les deux oculaires, aU
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- foyer de celui C qui est au bout antérieur. L’effet est alors le même que nous avons expliqué ci-dessus. Les rayons qui arrivent à l’oculaire antérieur different peu du parallélisme ; ce verre augmente beaucoup leur convergence et amène l’image à son foyer F, qui en est voisin , parce qu’il est près du foyer de ses rayons parallèles. C’est cette image renversée que l’oculaire antérieur C est destiné à faire voir, comme ferait une loupe. Ces deux derniers verres, assemblés près l’un de l’autre à une distance égale à la somme de leurs distances focales, sont fixés dans un même tube , de manière à avoir leur foyer au même point ; et c’est en cet endroit que le réticule doit être situé.
- Dans l’oculaire de Campani, comme la position des deux verres dépend de la vue de l’observateur, et qu’il faut allonger ou accourcir le tube selon la force de l’œil, le foyer F change aussi, et il faut déplacer le réticule. Cet inconvénient fait souvent préférer l’oculaire composé de Ramsden, quand le réticule est nécessaire.
- Dans cet oculaire ( fig. 5) , le foyer F de l’objectif est situé en avant des deux verres, où se trouve l’image renversée et le réticule. Cette image est vue par le secours de deux oculaires convexes B et C , comme on le ferait à l’aide d’un microscope à deux verres assemblés dans un même tube ; et l’on voit que ce tube peut être approché ou éloigné de F» selon la force de- la vue , sans changer la place du réticule. Quant à la distance des deux oculaires, elle peut varier sans que l’effet cesse d’être bon , puisqu’ils ne font que rendre les rayons plus convergens en achromatisant l’image. Les rayons qui arrivent presque parallèles à l’un B, sont reçus par l’autre C et renvoyés à son foyer antérieur.
- On ne se sert plus guère maintenant que de ces oculaires doubles, à cause delà propriété décolorante dont ils jouissent. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet.
- Lorsqu’on veut se servir d’une lunette astronomique, il faut en diriger l’axe vers l’objet, en lui présentant l’objectif et regardant par l’oculaire ( fig- 12 ) ; mais on doit mouvoir
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- celui-ci dans son tube pour l’approcher de l’objectif jusqu’à ce qu’on ait la vue nette de l’image : il faut l’éloigner d’autant plus que l’objet est plus rapproché. Le grossissement varie donc avec la distance , mais dans d’étroites limites. S’il v a un réticule, on le place dans le tube de l’oculaire de manière à apercevoir nettement les fils ; ensuite on vise à l’objet, et l’on meut l’oculaire jusqu’à ce qu’on ait l’image bien pure; après quoi il ne reste plus que peu de correction à faire au réticule, soit pour placer ses fils dans Taxe optique, soit pour détruire leur parallaxe, soit enfin pour que les fils aient leur direction horizontale ou verticale ; mais lorsque la distance de l’objet change , il faut changer la place de l’oculaire et celle du réticule. Toutes ces manœuvres conviennent également aux oculaires à un et à deux verres.
- On peint en noir la surface intérieure du tuyau des lunettes, pour éviter les réflexions de lumière diffuse, et l’on met des diaphragmes percés au centre, qui, ne laissant passer que les rayons voisins de l’axe , s’opposent en partie à Vaberralion de sphéricité. ( V. Lentilles. )
- Lunette terrestre à quatre verres convexes. L’objectif A (fig. 6, Pl. 13), qui est toujours un verre presque plan et le plus large possible , a son foyer F très éloigné. Les trois oculaires convexes B,C,D, sont montés sur le même axe DA que A. On les dispose de manière que le foyer de chacun de ces quatre verres coïncide avec celui des deux verres entre lesquels il se trouve placé ; F est le foyer commun de A et de B, à celui de B et C, i celui de C et D. L’œil placé en avant de D, vers le foyer O de ce verre , voit l’iinage F droite et agrandie , à travers les trois oculaires D,C,B. C’est la lunette astronomique AB, à laquelle on ajoute deux oculaires C et D pour redresser l’image. Ordinairement , les trois oculaires sont des lentilles d’égale courbure, et par suite de même distance focale. Yoici la théorie de cet instrument.
- L’image aFb, transportée au foyer F, serait vue renversée par l’œil placé en d, comme dans la lunette à deux verres convexes ; et l’on sait que le point rayonnant F envoie des
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- pinceaux qui, réfractés par la lentille B, sortent parallèles, et, reçus par le verre C, viennent converger au foyer i, qui en reçoit l’image. Nous avons exposé , au mot Lentille , que les layons émanés du foyer d’un verre sortent parallèles à l’axe, et que réciproquement les rayons parallèles à l’axe et reçus par un verre, vont converger à son foyer ; en outre, les rayons émanés de l’extrémité b de l’image ab , après avoir traversé le verre B , arrivent en d dans la direction ad, d’autant plus oblique à l’axe que ce foyer d est plus près de la lentille B : c’est la théorie des Loupes. Mais si, au lieu de placer l’œil en d, rien n’arrète les rayons, ad continuant sa route viendra pénétrer le verre C en e , se réfractera et sortira parallèle ou à fort peu près. L’image du point d ira donc se porter au foyer c, et celle de a se rendra de même en f ainsi l’image ab sera transportée en fc , mais renversée de ce qu’elle était en ab , et par conséquent elle sera redressée : au foyer i se trouve donc une image droite fie, que l’oculaire D fait voir agrandie à l’œil situé au foyer 0.
- La lunette à deux ou trois verres ne convient pas pour jouir du spectacle des choses terrestres, parce que, renversant les images, elle donne au tableau une apparence que nous ne sommes pas exercés à juger et à comparer : mais on la préfère toutes les fois que le renversement n’a pas d’inconvénient , parce qu’elle a un champ plus étendu , qu’elle peut supporter un oculaire plus fort ou grossissant davantage, sans rendre l’image confuse, qu’elle est plus courte ayant de moins les deux oculaires C et D, enfin qu’elle absorbe moins de lumière en ne traversant que deux lentilles au iieu de quatre.
- Pour que les images soient nettes , il faut que les foyers coïncident et même qu’ils se croisent un peu. Il est difficile de fixer les lentilles au lieu qui leur convient ; aussi l’opticien prend-il le plus grand soin à cette partie de son travail. Lorsqu’il a déterminé les distances des verres par des essais, il assemble les trois oculaires dans un même tube, à des places fixes : ce tube se fractionne aux points B,C,D, et l’on ajuste ces divers tuyaux bout à bout par des pas de vis, pour Tome XII. 27
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- y loger les Terres ; ils demeurent fixés dans ces lieux, }es distances mutuelles devant être constantes. Mais comme le foyer F de l’objectif se rapproche de ce verre à mesure que l’objet s’éloigne, il faut que celui de l’oculaire B le poursuive dans toutes ses positions. Ainsi, pour que cette lunette puisse servir à voir distinctement des corps à distances inégales, il faut que le tube qui contient les trois oculaires soit mobile, indépendamment de celui où est logé l’objectif, afin de l’v faire rentrer vers ce dernier verre quand l’objet s’éloigne. La forme de l’œil joue aussi un rôle dans ce mouvement, puisque le verre D, qu’on place à peu de distance de l’œil, sert comme une véritable Loupe. ( F. ce mot. ) Il est donc bon que l’oculaire D ait aussi un mouvement indépendant, pour l’accommoder à la vision de l’observateur.
- Le grossissement de cet instrument se calcule ainsi : pour
- AF
- la lunette à deux verres A et B , il est ; celui des verres D
- BF
- et C sur l’image agrandie est tjj , par la même raison. Ainsi
- cette image, après avoir reçu la grandeur relative donnée par le premier rapport, est ensuite amplifiée comme l’indique le
- , ., . AFx C i
- deuxieme, savoir : = ^-—
- BF X iD
- telle est la mesure théorique
- et approximative du grossissement de la lunette à quatre verres convexes. Si les trois oculaires ont les mêmes distances focales , comme Ci — t'D, on trouve que l’instrument ne grossit alors que comme une lunette astronomique formée des seuls verres A et B.
- Lunette terrestre à cinq verres convexes. Il est assez rare qu’on se serve de la lunette qui vient d’être décrite, parce qu’elle fait voir les objets irisés et les rend diffus. On préfère substituer au premier oculaire ou loupe D, un oculaire à deux verres D et I (fig. 7 ) , tel que celui de Campani ou de Ramsden, qu’on a décrit ci-devant. La lunette prend alors un oculaire de plus, et voici comment l’instrument est composé.
- En À est encore l’objectif, dont le foyer F est éloigné et
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- produit une petite image renverse'e b¥ de l'objet qu’on veut agrandir, redresser et rapprocher, sans y ajouter de nouvelle coloration ; c’est ce qu’on fait à l’aide des quatre oculaires B,C,D,I. Les deux premiers B,C, les plus voisins de l’objectif, n’ont d’autre but, comme précédemment, que de redresser l’image F, en la reportant en cf, en avant de C ou de D. Ainsi les foyers des verres A,B,C doivent encore ici coïncider deux à deux. Cette image fc, située au foyer antérieur de C, est droite, et l’appareil des deux oculaires D et I sert à amplifier l’image et à compléter l’achromatisme. On peut faire tomber le foyer de la lentille C entre D et C, comme le faisait Ramsden, ou bien entre D et I, comme Campani. Dans ce dernier cas, les rayons presque parallèles qui arrivent au sortir du verre C, font le même effet qu’un objet situé très loin, et qui convergent derrière le verre D en un lieu ou foyer, et la loupe I grossit cette image*
- L’opticien a soin de faire croiser les foyers des quatre oculaires; ainsi il rapproche les verres B et C du tiers de leurs distances focales; il en fait autant des oculaires D et I, qui le plus souvent sont égaux respectivement aux deux premiers* Si B a 9 lignes de foyer, et C 11 lignes, il les écarte seulement de i4 lignes (et non pas de 20) ; ces deux verres sont fixés aux deux bouts d’un petit tube : la même chose a lieu pour les verres D et I. Quant à la distance du premier tube au second, on peut l’augmenter ou la diminuer dans de. certaines limites, et l’on obtient un grossissement croissant à mesure qu’on augmente l’écartement, mais avec moins de champ et de lumière. Il est facile d’appliquer ici nos raisonnemens théoriques pour comprendre l’effet de ce système, qui a pour but de donner moins de coloration aux images et moins de longueur à la lunette.
- Lunette poljalde de M. Cawchoix. Le grossissement des lunettes qu’on vient de décrire dépend des distances focales des lentilles ; or, qu’on conserve aux deux premiers oculaires, près de l’œil, la distance propre à décolorer l’image, on peut encore, quand l’image redressée n’est pas rejetée entre
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- eux (oculaire de Ramsden, fig. 5), les e'carter des autres verres dans de certaines limites, sans que l’effet cesse d’être favorable ; et comme ce changement de distance fait varier le grossissement et le champ , c’est un moyen simple de donner aux mêmes verres différens pouvoirs amplifians. En permettant donc un mouvement au tube DI qui contient les deux oculaires D,I., relativement aux autres verres, M. Cauchoix fait varier le grossissement, ce qui est souvent fortutile. Si le ciel est brumeux , l’image n’est pas assez vivement éclairée pour permettre une forte amplification , parce qu’elle deviendrait terne et indistincte : par un c-iel serein, au contraire, la lunette peut supporter un agrandissement assez considérable de l’objet. Les lunettes polyaldes portatives varient leurs grossis-semens de 20 à 4° fois , ou de 3o à 5o. Dans les lunettes astronomiques , on se borne à changer d’oculaire quand on veut faire varier la grandeur des images.
- Télescope aérien. Plus une lunette grossit, et plus elle doit être de grande dimension, puisque le grossissement est donné par le rapport des distances focales , et qu’on ne peut dépasser certaines limites de courbure pour les oculaires. Si l’objectif est de bonne qualité , on pourra obtenir une image nette et vivement colorée, qui n’ayant aucun défaut sensible, pourra être considérablement augmentée sans perdre de sa netteté; un fort oculaire sera donc admissible. Mais si l’image est obscure , à cause de l’état physique où se trouve l’objet, ou par quelque défaut de l’objectif, on ne peut plus le voir que par un oculaire qui fait perdre peu de lumière, et un fort grossissement rendrait .l’image indistincte. On est donc commandé par la pureté de la substance, l’état du ciel et la perfection du travail des verres-
- Mais, d’un autre côté , les grands instrumens sont très difficiles à manier. Pour celui de l’Observatoire de Clielsea, qui a 36 pieds de foyer , il a fallu un vaste équipage en charpente, avec des cordes, des poulies, etc. ; et plusieurs personnes chargées de la manœuvre doivent obéir au com mandement de l’observateur pour diriger la lunette et suivre
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- le mouvement des astres. Huyghens a imaginé de placer l’objectif au haut d’un mât, où des cordes de renvoi font mouvoir en tous sens son tube très court : l’observateur est sur le sol, ettientàsa-maiu l’oculaire. U n’y a pas de tuyau qui joigne ces deux verres ; seulement, une tringle qui va de l’un à l’autre sert à conserver l’axe optique et les distances focales. Ce savant avait ainsi trouvé le moyen de se servir-d’un objectif de 100 pieds de foyer.
- Mais on a renoncé à cet appareil, qui est aussi difficilè a manier que les grandes lunettes , et ne donne pas assez de net* teté. Le tuyau , où tous les verres sont encastrés, a l’avantage d’èmpêcher toute lumière de s’introduire entre l’objectif et l’oculaire , et de venir troubler et affaiblir les images.
- Il est rare qu’on donne aux lunettes plus de 5 mètres ( 15 pieds ) de longueur. Le grand télescope catadioptrique d’Herschell a 4» pieds de foyer; tuais un des principaux vices de ces grands instrumens , c’est que , par cela même qu’ils grossissent beaucoup les corps célestes , ils amplifient pareillement l’arc correspondant du ciel. Ainsi, en même temps que le grossissement diminue lé champ , l’astre parcourt plus rapidement cet espace ; on a peine à le trouver, et ensuite à le conserver dans la lunette , tant il fuit vite sous les yeux de l’observateur : on n’y peut voir que de petites portions du soleil et de la lune. Néanmoins , ces beaux instrumens ont rendu de grands services à l’Astronomie, et l’on sait le parti qu’en ont tiré Herscliell, Scbroeter, etc.
- On a coutume d’adapter, en dehors du tube des grandes lunettes, une autre lunette plus petite , qui grossit seulement 10 à 20 fois, et dont on fixe l’axe optique exactement parallèle à celui du grand instrument. Cette disposition s’obtient par l’observation d’un même objet très éloigné par l’une et l’autre lunette ; des vis de rappèl servent à amener l’axe de la petite sur le même point où répond celui de la grande. Pour observer un astre, on le cherche d’abord avec la première, ce qui est très facile, attendu qu’elle grossit peu ; puis on est sûr que cet astre est dans l’axe de la seconde.
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- Lunette d’épreuve. Cette lunette sert à s’assurer si le fil du réticule de la lunette d’un instrument astronomique est exactement parallèle au limbe. On travaille avec soin deux petites plaques carrées en cuivre , parfaitement égales , qu’on perce d’un trou circulaire dont le calibre soit juste celui d’une lunette , de sorte qu’en y insérant le canon du tube , l’une des plaques à un bout, l’autre à l’autre bout, ils y restent à demeure , et que l’axe coïncide avec les deux centres des cercles. Le réticule, formé de deux fils à angles droits, a son point de section sur cet axe, et ces fils sont parallèles aux côtés des carrés qui servent de supports à la lunette. On reconnaît que ces conditions sont remplies, quand, en posant l’instrument sur un plan et le retournant sur les quatre faces, les fils coïncident toujours avec une ligne droite placée au loin et servant de mire. On conçoit maintenant qu’en posant la lunette d’épreuve sur le limbe d’un instrument, qu’on amène dans la situation où les fils tombent sur une ligne droite située à distance, si les fils de la lunette de l’instrument coïncident avec cette même ligne , on est assuré que ces fils sont parallèles au limbe. S’il n’en est pas ainsi, on fait marcher le réticule jusqu’à ce que la coïncidence dont il s’agit ait lieu.
- Lunette de nuit, chercheur. On donne ce nom aux instru-mens qui servent, la nuit, à apercevoir une grande portion de la voûte céleste , afin qu’en comparant les objets qu’on distingue ensemble , on puisse reconnaître les particularités qu’ils offrent. C’est avec le chercheur qu’on trouve les comètes. C’est une lunette à deux ou quatre oculaires , renversant les objets , et dont le champ est très grand. L’objectif est d un grand diamètre ; l’appareil est court et léger, pour qu on puisse le tenir à la main ; le grossissement est médiocre. Les oculaires, en faisant converger les rayons, diminuent la longueur du tube sans changer le pouvoir amplifiant.
- Lunette de Galilée ou de Hollande, lorgnette de spectacle. C’est la première des lunettes inventées , la seule qui ait été en usage durant près de zjo ans. L’oculaire est un verre concave, qu’on dispose, par rapport à l’objectif, de manière qud en
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- soit plus près que le foyer de ce dernier. Soient A et B ces deux verres ( fîg. 13 ) , l’objectif A convexe à l’ordinaire , l’oculaire B concave place' en avant de la pointe F du cône , où se réunissent les rayons envoyés par un objet éloigné Dd , et rendus convergens par l’objectif. On sait que , par la propriété des verres concaves $ les rayons émanés d’un point éloigné D, iront se briser et sortiront divergens. Pour que l’œil perçoive ces rayons, la prunelle 0 doit être très ouverte et placée très près du verre B. Le grand nombre de rayons qui, émanés de l’objet, viennent traverser l’objectif, sont dirigés vers l’œil en quantité considérable, puisque ce dernier verre est beaucoup plus grand que la prunelle.
- Dans cet appareil, l’objectif A transporte l’image d’un objet éloigné D d à son foyer F , où elle est renversée en gFf : mais l’oculaire B s’interposant, arrête ces rayons et les fait diverger. Le point f de l’image du point D ne se produit pas , et les rayons arrêtés et détournés de leur direction , se portent selon if ; le point f est donc remplacé par f, c’est-à-dire que l’on voit le point D en j', d en g' ; l’image est droite f g' ; sa grandeur dépend de l’ouverture de l’angle optique , et de la distance de fg', qui est celle de la vision ordinaire, pour l’œil placé en 0;.cet œil devrait être en N ,..pour ne perdre aucun des rayons.
- 11 suit dè ces considérations, que plus l’œil s’éloigne du point N , plus il perd du champ de la lunette ; la position la plus favorable pour Fœil est de le mettre immédiatement contre le verre. Cette lunette est courte; on lui donne un, deux, ou trois tirages , qui permettent de la mettre dans la poche. Pour la vision nette, il faut placer l’oculaire à une distance de l’objectif qui dépend des courbures des verres ; car l’image fg doit être portée à la distance propre à la conformation de l’œil de l’observateur : le myope rentrera plus, l’oculaire que le presbyte pour voir un même objet. L’ouvrier doit proportionner ces courbures à l’étendue du tirage des tubes. L’expérience apprend ces résultats.
- Gn voit que plus la prunelle se resserre par l’effet d’une
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- vive lumière , et moins elle reçoit de rayons , par conséquent plus le champ diminue : cet effet a lieu pareillement quand la lunette s’allonge.
- Quelquefois , au lieu de tirer les tubes, on les fait sortit par un mouvement de vis. Le tube extérieur est double c’est-à-dire que la lunette a une enveloppe retenue aux deux bouts par une saillie fixée au tube intérieur , de manière que le premier puisse tourner autour de l’axe du second. Or, ce tube extérieur porte au dedans un goujon ou pièce saillante qui entre dans les tours d’une spire creusée à travers le tube intérieur et celui de tirage. On voit qu’en faisant tourner l’enveloppe sur son axe, on fera mouvoir ce dernier tube, qui sera poussé par le goujon. Cet effet est analogue au mouvement de la mèche des becs sinombres, décrits au mot Lampe. (F. fig. i3 , PI. ii des Arts physiques.)
- Comme il faut fermer un œil pour voir les objets à travers cette lunette, on a imaginé d’épargner cette fatigue en assemblant entre elles deux lunettes parfaitement égales en tout, et dont les deux yeux se servent ensemble. Une attache qui lie ensemble les pièces portant les oculaires, fait qu’on ne peut tirer l’un des tubes sans que l’autre se meuve d’autant. On y adapte même l’appareil à vis dont on vient de parler, pour faciliter ces mouvemens. Telles sont les lunettes jumelles.
- Les lunettes de spectacle sont courtes, portatives; on les dirige aisément aux objets environnans ; mais il faut changer la place de l’oculaire , soit pour des yeux différemment conformés , soit pour des objets différemment éloignés : c est comme pour les autres lunettes. Il y eu a qui portent, deux ou trois oculaires ; ces verres sont sertis sur une plaque de cuivre percée pour y loger chaque oculaire. La plaque tourne autour d’un axe excentrique , de manière à amener successivement chaque oculaire dans Taxe de l’objectif. 11 faut alors allonger ou accourcir le tirage, et l’on peut ainsi varier le grossissement, pour que l’instrument soit propre à faire vosr des objets très diversement éloignés.
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- Considérations générales sur Vusage et la construction des
- lunettes.
- Les grands instrumens ne peuvent être manœuvrés à la main ; il faut qu’ils soient soutenus par un pied qui leur permette les mouvemens en tout sens. Ces supports servant à un grand nombre d’usages , seront décrits à l’article des Pieds d'instrument. Le plus ordinairement, le tube des grandes lunettes est d’une seule pièce, sauf la partie mobile antérieure qui contient les oculaires ; mais comme ces appareils sont peu portatifs, on brise le tuyau en diverses pièces , qui rentrent les unes dans les autres par un frottement un peu rude. Pour se servir d’une lunette , il faut d’abord l’étendre dans toute sa longueur , excepté le tube des oculaires , qui doit être tiré seulement au degré convenable à la distance de l’objet et à la vue de l’observateur. Pour abréger les tâtonnemens, on a coutume de marquer au dehors du dernier tube un cercle qui indique le point d’arrêt; mais cette indication n’est qu’un à peu près, qu’on corrige par expérience, à cause de ces deux derniers motifs.
- Les tubes des lunettes sont ordinairement en laiton, tirés au ban; une virole vissée au bout antérieur ne permet pas au tube de sortir totalement, parce qu’il porte un rebord qui vien t buter sous elle ; et comme il faut appliquer l’œil à quelque distance du premier oculaire pour avoir la vision nette , la monture porte une pièce percée , écartée du premier oculaire jusqu’au lieu convenable. Nous nous sommes expliqués déjà sur l’utilité de n’employer que des verres bien purs et bien homogènes, de les travailler avec soin, et de les assembler à la distance convenable. Pour se passer de pied de lunette lorsqu’on veut faire quelque observation, il faut appuyer le tube sur un point fixe, tenir l’oculaire à la main, et l’œil appliqué devant le premier oculaire , et diriger la lunette , en même temps qu’on rentre ou sort le tube antérieur, jusqu’à ce qu’on ait la vision nette de l’objet.
- Nous donnerons ici quelques proportions indiquées par La Caille, et qui sont assez généralement adoptées par les bons
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- ouvriers. Comme les bassins qui servent à fabriquer les verres sont calibre's en pieds et pouces, nous croyons devoir conserver ici ces anciennes mesures.
- Lunette à quatre verres ( dont trois oculaires égaux).
- FOYER des objectifs. DIAMÈTRE des objectifs. FOYER des oculaires. DIAMÈTRE du diaphragme au foyer de robjectif GROSSISSEMENT des diamètres apparens.
- i pied. 4 7» l'gn 16 lign. 4 iign. q fois.
- 2 6 /. 25 5 7. i3
- S 9 6 7 7» '7
- 4 II 28 9 31
- 5 13 3o 10 24
- 6 i3 3r 10 >/* 28
- i4 34 !I 3o
- S i5 36 h 7. 3a
- 2°. Lunettes astronomiques à deux verres convexes.
- FOYER DIAMÈTRE FOYER GROSSISSEMENT
- des des de des diamètres
- objectifs. objectifs. l’oculaire. apparens.
- 1 pied. oT°. 6 7•,i,‘ or°- S “s- 20 fois.
- 3 0 . 9 0 . 10 28
- 3 0. U 7* 1 . 0 '/* 34
- 4 1 . 1 1 . 2 '/. 4°
- 5 1. 2 7, 1 . 4 44
- 6 « 4 1 . 6 49
- 2 8 1. 57. 1. 67, • • 7 7* 1 . 8 7» 53 56
- 9 1 . 8 I • 9 7* 60 63 66
- 10 11 1 • .9 1 . 10 1 . II 2 . 0
- 12 il 1 . 11 2 . 2 69
- 2. 0 7* 2 . 3 ;5
- 16 i3 2 . 3 2 . 4 2 . 5 2 . ï 79 85
- 20 2. 57» 2 . é 7* ®9
- 25 2 . 8 3 . 0 10O
- 3o 3 . 0 3. 37. 109
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- Dans ces relations, il ne faut pas oublier que si les matières sont très belles et la lunette bien ajuste'e, telles que sont celles de MM. Cauchoix , Lerebours , Gambey, les frères Chevalier , etc., on peut faire supporter à la lunette des oculaires plus forts , et obtenir plus de grossissement.
- Les lunettes terrestres à quatre oculaires varient beaucoup quant à leurs dimensions et à la courbure des verres ; mais les bons opticiens sont assez géne'ralement d’accord qu’il faut pré-fe'rer les oculaires plans convexes, ou du moins ayant leurs surfaces inégalement courbes. Le côté le plus plat est tourné du côté de l’œil, excepté pour le verre qui est près du foyer de l’objectif. Voici quelques calibres usités des bons ouvriers.
- Lunettes Courbures des verres. Foyer des objec tîfs.
- 1er ocul. ae. J 3c. 4=-
- de 1 P*** et 1111, et io*‘-l et 12^'- i2w* et ioli' jop°-
- —18 p°- et 8/*‘ i2P°* et et 1 iil' \oil' et 21 w* 12
- — 2 P** plan et i5li plan et et k/»'* ïo*'* et i8w* 16
- —— 3 P1* î4w* et 16*** 2oP°* et 20^^24^* 24^* ,2«. gt r-po. 28
- -4'*'- Idem. Idem. | Idem. Idem. 3a
- Les foyers de l’oculaire astronomique à deux verres pour les lunettes de 4 pieds , selon la méthode de Campani, sont : plan et 4 lignes pour le premier, plan et 8 lignes pour le second.
- Les diaphragmes étant destinés à arrêter les rayons qui s’écartent trop de l’axe, ont un très petit trou quand on les place près du foyer. L’usage des opticiens est de les disposer par tâtonnement relativement à l’objectif ; car plus on les écarte du foyer, et plus ils sont propres à détruire l’aberration de sphéricité , le trou étant d’un diamètre donné ; mais en même temps, ils ôtent de la vivacité à la lumière. Il y a un point, pour chaque diaphragme, où il faut l'arrêter pour qu’il
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- remplisse bien sa fonction, de'truise même en partie les cou-leurs d’iris , sans cependant priver l’image de trop de lumière. Quant aux diaphragmes des oculaires de la lunette terrestre on en met deux , l’un au foyer postérieur du verre qui est près de l’œil, l’autre au foyer antérieur du quatrième oculaire.
- De la coloration et de Tachromatisme.
- La lumière est composée d’une multitude de ravons qui jouissent de propriétés différentes , dont la plus remarquable consiste à affecter nos yeux de diverses manières ; ce qu’on nomme coloration. Nous expliquerons plus en détail, au mot Réfraction', comment il arrive ( V. Fl. 12, fig. 3 des Arts physiques ) qu’en plaçant un angle d’un prisme de cristal sur la route d’un rayon solaire , ce rayon en sort présentant un spectre orné des couleurs de l’arc-en-ciel ; couleurs en nombre infini, parmi lesquelles on distingue les sept principales :
- Violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé, rouge, '
- et en outre toutes les couleurs intermédiaires. Nous montrerons que ces rayons recomposent la lumière blanche par leur combinaison, et se séparent lorsqu’on brise le faisceau, parce qu’ils ont aussi la propriété de se réfracter sous un angle différent, ou , comme on le dit, d’etre inégalement ré-fringens. Le rayon violet l’est le plus , le rouge l’est le moins, et nous avons énoncé ici les sept rayons principaux dans leur ordre de réfringence. Cette circonstance qui fait que les rayons se réfractent inégalement, est appelée dispersion. Ainsi la réfraction est le brisement de la lumière , qui passe obliquement d’un milieu dans un autre ; la dispersion est 1 écart que font les divers rayons colorés après leur réfraction, a cause.de leur inégale réfringence.
- De même que toutes les substances n’ont pas le même pouvoir de réfraction, elles n’ont pas non plus le même pouvoir de dispersion. Par exemple, le verre ordinaire nommé crosvn-
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- glas s, et le cristal , compose' de verre et d’oxide de plomb , nommé Jlint-glass, ont à fort peu près l’un et l’autre le même pouvoir réfringent, c’est-à-dire que le rapport du sinus d’incidence au sinus de réfraction, y est à peu près le même pour le rayon vert , qui est au milieu de la série des couleurs ; mais l’action dispersive du crown n’est que les deux tiers de celle du flint; les rayons extrêmes, violet et rouge , s’y écartent donc beaucoup plus dans celui-ci que dans le premier. C’est à Dollond qu’on doit cette découverte, dont l’Optique retire des avantages si précieux , ainsi qu’on va l’expliquer bientôt.
- Puisque les lentilles peuvent être considérées comme des réunions d’une multitude de prismes accolés , dont chacun disperse la lumière, il s’ensuit que le foyer des rayons violets, par exemple, devra différer plus ou moins de celui des rayons rouges ; d’où l’on voit, en se rappelant la théorie des foyers, développée au mot Lentille , qu’on ne doit pas regarder le foyer comme un point unique de réunion des rayons blancs , mais admettre i’existeuie d’une série de foyers consécutifs, l’un pour les rayons rouges, le plus éloigné du verre, l’autre pour les rayons violets, le plus près de la lentille, et les intermédiaires rangés dans l’ordre des couleurs de la lumière dispersée. La même chose doit arriver aux points de l’objet qui sont situés hors 'de l’axe optique; ces points vont former des images successives colorées; ainsi on a une image violette, puis une orangée, une jaune, etc., jusqu’à la rouge qui sera la plus éloignée du verre : ab fig. 9, PI. i3 , sera l’image rouge, a b' la violette, et dans l’intervalle seront placées les images des autres couleurs. C’est ce qu’on appelle Y aberration de réfrangibilité.
- Mais la même cause qui disperse la lumière et produit diverses images colorées, change aussi la grandeur de ces images: l’œil placé en O ne verra que de la lumière blanche dans l’étendue aOb, parce que toutes les couleurs arrivant ensemble à l’œil s’y recomposeront : seulement l’inégale distance des images empêchera la vision nette, puisqu’une seule image peut être
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- placée rigoureusement au lieu où elle se fait. En outre ces images se dépassant mutuellement, les bords seront contournés de franges irisées, où domineront le violet, le rouge ou enfin celles des couleurs que le mode de réfraction fera prévaloir.
- On peut comprendre maintenant l’usage des oculaires achromatiques de Ramsden et de Campani. Car, s’il arrive que les grandeurs des images soient tellement réglées qu’elles soient proportionnelles à la distance à l’œil O, tous les bords seront sur une même ligne droite, et les couleurs disparaîtront. Tel est l’effet que produit le 'verre intermédiaire R (fig. 4 et 5), lorsque son foyer et sa position par rapport au premier et au troisième oculaires sont convenablement déterminés. C’est ce qui fait adopter le principe que les oculaires ne peuvent être achromatiques qu’autant qu’ils sont formés de deux verres. Les éle'mens de distance focale et de position du verre intermédiaire sont susceptibles d’être déterminés par le calcul ; mais les opticiens se bornent à faire des essais et des tâtonnemens. Voilà pourquoi ils préfèrent se servir de lentilles dont les faces ont des courbures inégales, le côté le plus courbe tourné vers l’objectif; les lentilles planes d’un côté ou même ménisques, sont préférables pour composer ces appareils.
- Les franges irisées doivent surtout être évitées dans deux cas où leur influence pour troubler la vision est plus sensible-: i°. lorsque les images se font loin de l’objectif, parce que la convergence des rayons se faisant sous un très petit angle, la dispersion met plus de distance entre les pointes des cônes ou vont se former les images de diverses couleurs ; a0, quand l’objectif a une grande ouverture, parce que les rayons qui tombent sur les bords ayant une plus forte incidence, éprouvent une plus forte réfraction, et les angles des écarts des rayons dispersés sont aussi plus grands.
- La coloration est presque insensible lorsque les objectifs sont petits ; mais comme ils reçoivent peu de lumière, l’image agrandie a peu d’éclat. On n’achromatise pas les objectifs des loupes, et rarement ceux des microscopes, par cette raison;
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- mais plus ceux des lunettes sont grands et leurs foyers éloignés, et plus il importe de détruire les franges des images. On y parvient en se servant d’une lentille composée de deux verres accolés , l’un en crown , et l’autre en flint, substances dont le pouvoir dispersif est très différent, ainsi que nous l’avons déjà remarqué.
- Soit A, ûg. 8 , un verre bi-convexe en crown , dont la surface postérieure rvo est travaillée sur un bassin de même rayon (i) que la surface antérieure rvo du verre bi-concave B construit en flint, c’est-à-dire en verre combiné avec de l’oxide de plomb. Le rayon si de lumière blanche parallèle à l’axe AB, en se réfractant dans la première lentille, donnera un pinceau riv de rayons colorés, savoir, ir en rouge, iv en violet, et en outre tous les intermédiaires. Ces rayons, en entrant dans le flint, se dévieront encore ; mais comme le pouvoir réfringent est peu différent, le rayon rouge ir conservera presque sa direction , et rr sera à peu près le prolongement de ir. Mais comme, dans le flint, la force dispersive est une fois et demie plus considérable que dans le crown, le rayon violet iv devra
- (t) Il est à peu près impossible que les verres de l'objectif aient leurs surfaces en contact sur loute leur ctmdue, parce qu’il faudrait que les rayons des surfaces , l’une concave et l’autre convexe , fussent égaux îigonxeuse-meut : on fait en sorte que les lentilles s'appuient plutôt sur leurs contours que sur leurs centres, et qu’il se trouve entre elles une petite couche d’air. On conçoit donc qu’il est bien important que les verres soient exactement centrés, c’est-à-dire que les axes soient da,.s une même lie ne droite. M. Vol-laston a trouvé un procédé très ingénieux pour atteindre à ce but; il enlève l’oculaire de la lunette, et place un peu en avant du tube une bougie allumée, qu’il regarde h travers l’objectif achromatique: alors on aperçoit dans le tube plusieurs images de la flamme, produites par les «flexions des surfaces des lentilles; et pour que celles-ci soient exactement centrées, il faut que ces images soient rangées tontes en ligne droite. On tourne circulaire-ment les veirrs l’un sur l’autre, jusqu’à ce qu’un aperçoive que cette condition a lieu; et M. Vollaston a même imaginé un appareil propre à produire commodément ce mouvement. ( F". Connaissance des tems de i8ap.) On arrête alors les lentilles dans cette position relative, qui est celle qn’elle doivent toujours conserver.
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- se rejeter davantage vers le bord cd, et suivra la route,iV • les rouges rr' et les violets vv se croiseront dans la lentille. En sortant du flint pour entrer dans l’air, la déviation se fait en sens opposé, et l’on conçoit la possibilité de donner aux surfaces des courbures telles, que les rayons émergens //,rf et tous les intermédiaires, viennent aboutir en un foyer commun/ Alors l’objectif sera achromatique. On est d’ailleurs commande' dans cette opération par la nécessité de donner aux surfaces extérieures A/e,B/J des courbures telles, que le foyer soit placé à une distance déterminée du verre, qu’on doit, dans les opérations, regarder comme une lentille unique.
- Lorsqu’on veut détruire le spectre solaire donné par un prisme triangulaire de cristal, ABD, fig. io, le calcul montre qu’il faut lui accoler un second prisme en crown BDC, en opposant l’arète B de l’un à la face AB de l’autre ; puis faire en sorte que les deux angles dièdres soient en raison inverse des pouvoirs dispersifs (le ier=2, quand le 2e = 3). On obtient ainsi une approximation, et Ton complète ensuite l’achromatisme par des tâtonnemens. Cette loi s’applique aussi aux lentilles convexes et concaves : mais quoique le calcul puisse satisfaire l’esprit, il n’est guère possible d’en faire usage, et les opticiens se contentent de faire des essais. Cette difficulté, jointe à celle de se procurer du flint de bonne qualité, rend les bons objectifs achromatiques précieux ; et Ton peut assurer que cette lentille a beaucoup plus de prix à elle seule que le reste de la lunette.
- On accole ensemble les deux lentilles de l’objectif en ayant soin de faire toujours coïncider les mêmes points; l’ouvrier fait même une marque au verre pour retrouver cette position, quand on démonte les lentilles pour les purger des ordures qui les ternissent. Ces deux verres sont retenus dans une monture qu’on visse au bout du tuyau de la lunette, qui est préparé pour cet objet. Quelquefois même on sertit les verres dans la monture pour qu’on ne puisse pas les démonter et que la poussière ou l’humidité ne s’y introduise pas ; d’autres fois on colle à demeure l’un des verres sur l’autre avec une très légère couche de
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- térébenthine ou de mastic en larmes, substances transparentes et à peu près de même force réfringente que le crown-glass. Il ne faut démonter les objectifs achromatiques que très rarement , de peur de les rayer ou de les mal remonter. Le flint doit toujours être placé du côté intérieur du tube.
- Ce n’est pas qu’on puisse exactement détruire toute coloration ; car il est prouvé que dès qu’on accorde deux verres pour enlever les franges des rayons, violets et rouges , il reste encore à détruire les autres rayons, qui ne disparaissent pas absolument. Trois verres détruiront trois couleurs, et il y a des objectifs formés ainsi de trois lentilles accolées et convenablement travaillées. Mais il n’est pas rigoureusement nécessaire de produire un achromatisme complet, et il suffit de détruire les couleurs les plus éclatantes. C’est le jaune et le rouge qu’on s’attache le plus à faire disparaître, parce que ces couleurs sont les plus gênantes pour la vision nette : le bleu et le vert sont beaucoup moins défavorables.
- Ce sont surtout les objectifs de grands diamètres qu’il est difficile de se procurer; car non-seulement on vient d’exposer combien de travaux et d’essais sont nécessaires pour obtenir l'achromatisme, mais encore il est bien rare qu’on puisse se procurer de bon fiint-glass en grandes plaques. Le plomb, qui est beaucoup plus pesant que le verre, se mêle difficilement à cette substance en fusion, quoiqu’on prenne beaucoup de soin à la brasser dans le creuset. Il en résulte que la combinaison n’est presque jamais bien parfaite ni durable, et que lorsque le verre est coulé en plaque, ou le refroidissement se fait mal et le verre s’écaille, ou le plomb se précipite en partie et il se fait des fils dans la matière. Ces fils déforment les images au point de rendre le verre tout-à-fait impropre à la fabrication des lentilles. Ce n’est pourtant qu’après l’avoir travaillé qu’on peut reconnaître ces défauts, à moins qu’ils ne soient très prononcés, et l’on ne s’aperçoit qu’il faut rejeter le verre que quand on a fait tous les frais pour le rendre utile. Il est aussi nécessaire de déterminer la force réfringente et dis— persive des verres pour en combiner les courbures, afin d’avoir Tome XII. 28
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- des distances focales convenables et un achromatisme suffisant
- Les difficultés et les lenteurs des essais propres à obtenir l’achromatisme rendent utile un instrument qu’on trouvera décrit dans la Physique de M. Biot, et dont ce savant s’est servi avec avantage, de concert avec M. Cauchoix. Comme l’expérience n’a pas encore prononcé sur les services que cet appareil peut rendre à l’Optique, nous ne croyons pas devoir en exposer ici la construction.
- Des grossissemens el des lunettes à doubles images,
- Quoiqu’on ait une règle géométrique tirée des distances focales , qui permet d’assigner le grossissement d’une lunette, cependant, comme les foyers des verres se croisent toujours un peu dans le tube, ou qu’il arrive assez ordinairement qu’ils n’occupent pas juste la meilleure place, il est bon de pouvoir trouver le grossissement par expérience. Qu’on dispose au loin un objet de grandeur connue et qu’on le regarde avec la lunette, pendant que de l’autre œil on regardera une mesure d’égale longueur; si l’on approche cette mesure jusqu’à ce qu’elle paraisse à l’œil nu égale à la première, et cette comparaison est bien facile à faire , les angles optiques seront égaux. Les grandeurs apparentes étant en raison inverse des distances , cette raison est donc celle du grossissement.
- M. Arago a imaginé un appareil fort ingénieux pour mesurer l’effet dont nous nous occupons maintenant. On sait, par la théorie de la double Réfractiox ( V. ce mot), qu’une multitude de cristaux transparens font voir les objets doubles quand on les regarde à travers leur substance. Par exemple, un prisme de cristal de roche apprêté convenablement, ainsi qu’il va être expliqué, divise la lumière sous un angle déterminé- Soit ABCD ( fîg. i o ), un parallélépipède rectangle formé de deux prismes égaux triangulaires et accolés selon une de leurs faces BD : pour l’un ABD, l’axe du cristal est AB, perpendiculaire sur AD ; et cet axe est l’arête B, perpendiculaire au plan BDC, dans l’autre : les faces AD, BC sont parallèles, et le rayon perpeadicu-
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- laire SM traverse en ligne droite SO, parallèle à l’axe de ABD. En arrivant en N ce rayon se divise en deux, dont l’un prend la route NP, et s’écarte encore en sortant selon PQ; on le nomme rayon extraordinaire ; l’autre continue sa direction primitive selon NO : telle est la propriété de la double réfraction. Un œil placé en 0 ne recevra qu’un seul de ces rayons ; mais un autre rayon sm enverra en 0 son rayon extraordinaire npO. Donc si un objet est très éloigné, il enverra deux rayons sensiblement parallèles , parmi lesquels les uns arriveront à l’œil 0 selon la ligne directe SO, tandis que les autres y entreront selon la direction smnpO : on verra donc deux images écartées de l’angle j>ON , qui dépend de la nature du cristal et de l’angle ADB.
- Rochon , qui est l’inventeur de cet appareil, l’a appliqué à une lunette , et s’en est servi pour mesurer les diamètres apparens des corps célestes , et même les distances des objets éloignés. Il a nommé cette lunette prismatique ou micromètre à double image. En plaçant le prisme qu’on vient de décrire entre l’objectif A (fig. 11) et son foyer F, les rayons qui produisent en ce lieu l’image renversée FF', se rejettent aussi en ff, où ils donnent une autre image. On voit ensemble ces deux figures à travers les oculaires de la lunette : on a ainsi le spectacle de deux images, dont l’écartement F'f dépend de la nature du cristal et de sa position. On doit présenter la face du prisme perpendiculairement à l’axe optique; et plus il sera près du foyer , plus les deux images se rapprocheront, et cela proportionnellement à la distance au point F, parce que les rayons extraordinaires cf, cf, qui produisent l’image ff', se meuvent parallèlement, l’angle F cf de déviation du cristal étant constant. Quand le prisme est au foyer même, les images coïncident.
- On fait placer au loin une mire circulaire , on y dirige’ la lunette , et l’on fait glisser le prisme le long du tube , qui, à cet effet, est ouvert d’une fente longitudinale, où l’on pousse la tige qui porte le cristal. ( V. fig. 12.) On peut encore monter le prisme sur une crémaillère qu’on meut par un pignon
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- intérieur, dont la tète moletée saille hors du tube ; on est de la sorte plus maître de donner de très petits mouvemens au prisme. On voit deux disques et deux centres qui s’écartent l’un de l’autre à mesure que le cristal s’éloigne du fover ! lorsque ces deux centres sont distans du diamètre apparent, les images sont en contact, état très facile à saisir, parce que l’on juge de suite si les images se mordent ou laissent un espace entre elles.
- On connaît le diamètre apparent ê du disque vu à l’oeil nu -car dans le triangle rectangle formé par les lignes qui vont de
- l’œil aux bords opposés, on a tang 8 = 5. f k étant la distance , 8 l’angle optique , et D le diamètre absolu du disque ; D et k sont rapportés à la même unité, mètre , toise, etc. On marquera sur le tube le point où le cristal s’arrête, et l’on y inscrira le nombre 8. En réitérant cette épreuve pour divers mires circulaires , ou diverses distances, on tracera sur le tube une échelle propre à faire connaître tous les diamètres apparens : et même si l’on a marqué le zéro de l’échelle au point où les deux images se confondent en une seule, il suffira d’une seconde expérience, qui donne le point de 6o", par exemple, pour qu’en divisant l’étendue en 6o parties égales, on ait les graduations de seconde en seconde; en effet, les accroissemens des diamètres apparens sont, comme on l’a dit, proportionnels aux espaces décrits par le cristal.
- En regardant avec cette lunette un disque quelconque situé au loin, et amenant les deux images en contact, on lira sur le tube le diamètre apparent de ce cercle : un vernier accompagnant le curseur servira d’index et donnera les fractions. On écrit aussi, près des divisions du tube, la valeur du rapport k
- g-, qui convient à chaque position du cristal; en sorte que si
- l’on connaît le diamètre D de l’objet, on trouve sa distance en multipliant D par le rapport dont il s’agit. Par exemple) la taille moyenne d’un homme est d’environ 17 décimètres ( 5 pieds 3 pouces) ; on connaîtra la distance où il se trouve,
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- en le visant de loin avec la lunette prismatique, et manœuvrant le cristal jusqu’à ce que les pieds d’une image touchent la tête de l’autre ; on lira sur le tube un nombre qui , multiplié par i,7 , donnera pour produit sa distance en mètres. On obtient ainsi, par approximation , l’éloignement d’un corps de troupes, cl’un navire dont les mâts ont une hauteur connue , d’un édifice sur lequel on a tracé une verticale de hauteur donnée ; puis la hauteur de l’édifice d’après sa distance connue. Ces grandeurs ne sont, il est vrai , que des. appréciations , mais il est une foule de cas où elles suffisent.
- Voici maintenant l’usage que fait M. Arago du prisme à double image pour déterminer , par le fait, le grossissement d’une lunette. Il fait placer au loin plusieurs mires circulaires de differens diamètres connus , et les vise avec cette lunette où il a placé un de nos prismes contre l’oculaire ; il s’avance ou s’éloigne jusqu’à ce que les deux images de l’une des mires soient vues en contact, et il est assuré qu’alors les rayons extrêmes font entre eux l’angle O ( fig. î o ) propre au prisme employé. Comme le grossissement est le rapport des diamètres apparens d’un objet vu avec la lunette et à l’œil nu, il ne s'agit donc, pour connaître le pouvoir amplifiant, que de diviser
- l’angle 0 par l’angle 9, savoir : grossissement g = j.
- Or l’angle ô résulte de l’équation tang S — j-, où D et k
- sont connus. Quant à l’angle O, on regarde un disque à travers le cristal et sans lunette ; on s’en approche jusqu’à ce que les deux images soient en contact. Le quotient du diamètre absolu divisé par la distance correspondante donne tang O.
- Quoiqu’on puisse employer bien des substances pour composer un prisme, on préfère le cristal de roche, parce qu’étant très limpide et très dur, il laisse facilement traverser la lumière et n’est pas sujet à être rayé ou dépoli. On colle les deux prismes triangulaires selon les faces contiguës , avec un peu de térébenthine ou de mastic en larmes, qui ne trouble pas la transparence et ne change pas la loi de réfraction.
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- L’appareil de Roclion a l’inconvénient de donner des images colorées ; d’ailleurs, on n’est pas assuré que le prisme dans ses mouvemens, conserve sa face exactement perpendiculaire à l’axe optique. M. Arago place son cristal hors de la lunette, contre l’oculaire ; il donne à ce verre un mouvement de progression qui change sa distance à l’oculaire suivant, ou verre intermédiaire, ce qui change aussi le grossissement ; par là il amène les images en contact. Dans l’équation ci-dessns 0=gXfi, on connaît l’angle 0 de bifurcation du prisme, par expérience , ainsi que le grossissement g de la lunette ; on en tire donc le diamètre apparent S. C’est avec cet appareil que M. Arago, par des épreuves réitérées et très soignées, a déterminé les dimensions des corps planétaires , telles qu’on les a adoptées récemment en Astronomie. ( V. la 5' édition du Système du monde, et la 4' de notre Uranographie. )
- On construit aussi des lunettes à double image , en fendant l’objectif selon un diamètre, et faisant chevaucher les deux parties de manière que les centres soient un peu écartés, mais situés sur la ligne diamétrale qui sépare les demi-cercles. {Tr. fig. 4.) Un semblable objectif, fixé dans une monture au bout d’un tube, porte deux images chacune au foyer de sa demi-lentille, et l’œil voit ces images agrandies à travers l’oculaire , qu’on adapte à l’autre extrémité du tube. Voici l’usage de cet appareil. On a une mire divisée en centimètres ou autrement, par des lignes horizontales, et portant une flèche ou vernier qui répond à la première division. Lorsque cette mire est placée au loin , par exemple à 100 mètres de distance, les
- deux images se présentent de manière que le bout de la flèche de l’une des images répond à une des divisions de la seconde image de la mire. Or, si l’on éloigne la mire de 200 mètres, les images seront réduites chacune à moitié, et la flèche répondra à une autre division. Il sera facile de numéroter la mire de manière à y lire les distances où elle est portée, puisque les variations d’intervalles sont proportionnelles a l’étendue des images, et par suite aux subdivisions de la mire. Cette lunette sert à la levée des plans dans des lieux mare-
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- cageux, où il n’est pas commode de mesurer des distances, surtout quand on n’exige pas une grande pre'cision , et qu’on veut opérer avec promptitude.
- Lorsqu’on place devant l’oculaire d’une lunette une lentille de la forme qu’on vient de décrire fig. 14 , et qu’on donne à l’un des demi-cercles un mouvement pour rapprocher ou éloigner les centres à l’aide d’une vis micrométrique , on peut se servir de l’appareil pour déterminer le grossissement ; car si un disque de diamètre connu est placé à distance , on en connaîtra aisément le diamètre apparent en secondes ; et faisant mouvoir l’une des demi-lentilles, on pourra amener les images en contact, et évaluer par là l’angle optique sous lequel le disque est vu dans la lunette. Le rapport de ces deux angles est le grossissement demandé.
- Jeaurat avait imaginé une lunette à double image , dont il ne paraît pas qu’il ait réussi à tirer parti , mais qui pourrait être fort utile si elle était bien exécutée ; il la nommait diplantidienne. Yoici en quoi cet instrument consistait. Le grand objectif était percé par le milieu, et se trouvait ainsi réduit à une couronne ; ce verre produisait au foyer une image renversée. Dans l’espace circulaire vide de l’objectif était un tube armé de deux lentilles convexes, tellement disposées, qu’elles produisaient au même foyer une autre image droite, parce que les rayons, avant d’y arriver, se croisaient entre les deux verres : c’était, comme on voit, une lunette placée dans une autre. L’oculaire , commun à toutes deux , servait à voir et à grossir les deux images. Par suite de cette disposition , un astre paraît entrer dans la lunette par des points opposés du champ : on voit deux images s’avancer l’une vers l’autre avec rapidité, se joindre , se confondre , se séparer ensuite et s’éloigner pour sortir par des bords opposés. La superposition exacte des deux images marque le passage de l’astre par l’axe de la lunette , instant milieu entre les deux contacts ; ce qui donne trois observations successives, propres à déterminer le moment juste qu’on veut saisir. La difficulté d’achromatiser cet appareil, et la précision des observations
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- faites avec le re'ticule à fil, a fait abandonner la lunette de Jeaurat, dont on pourrait cependant tirer parti pour d’autres usages que ceux Auxquels il l’avait crue propre. Fa,
- LUSTRE, LÜSTRIER ( Technologie ). Le lustre est une sorte de chandelier à plusieurs branches que Ton suspend au plancher ou aux voûtes des salles et des e'glises, pour les orner et les éclairer, dans des assemblées remarquables ou pour des cérémonies particulières.
- Les lustres paraissent avoir succédé aux lampes des anciens • leur forme varie autant que la manière de les décorer et les ornemens dont on les charge. Toutes ces choses dépendent de la fantaisie et surtout du goût de l’ouvrier qui les fabrique, et que Ton nomme lustrier. On peut aujourd’hui, comme autrefois , classer les lustres dans trois catégories différentes, quoique, sous beaucoup de rapports, nos lustres modernes diffèrent considérablement des anciens. Nous classerons par conséquent les lustres sous trois espèces distinctes.
- 1°. Les lustres à tiges découvertes. Ce sont les plus simples ; les tiges qui supportent les bougies ou les lampes n’ont aucun ornement qui les recouvre. On en voit très peu de cette espèce.
- 2°. Les lustres à consoles. On en a vu quelques-uns d’assez bon goût aux deux dernières Expositions, en 1823 et 1827; la tige était couverte d’ornemens, et les branches supportées par des consoles placées au-dessus ou au-dessous. Ils étaient terminés par des culs-de-lampe très bien dessinés.
- 3°. Les lustres à lacé. Ces lustres sont ainsi nommés parce qu’ils sont entièrement couverts de cristaux admirablement taillés, de manière à réfracter la lumière sous mille couleurs différentes. Ces cristaux portent un ou deux trous par lesquels on les suspend aux différentes parties du corps du lustre, soit séparément, par des fils de cuivre doré, soit en les enfilant par un fil semblable pour former des guirlandes, des cordons, des pendentifs, etc. De quelque manière qu’ils soient placés, leur grande blancheur et la multiplicité de leurs facettes, artiste ment distribuées, donnent à la lumière un éclat surprenant. la topaze, le rubis, l’émeraude, l’améthyste, le saphir, y brillent
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- de toutes parts. C’est au perfectionnement que l’on a apporte' dans l’art de fabriquer le cristal, et dans celui de le tailler , que l’on doit ces admirables effets. {V. Cristal, T. YI, page 241, et Taille des cristaux, T. VI, page 274 ).
- Le corps des lustres d’appartemens, c’est-à-dire tout ce qui est en me'tal, est moule' par le fondeur en bronze sur les modèles que lui fournit le lustrier. Ces bronzes sont dorés.
- La décoration des lustres n’est soumise à aucune règle particulière ; le goût du dessinateur, que l’ouvrier emploie, décide des ornemens qu’il y place. On en a vu à l’Exposition de 1827, qui produisaient un très bel effet.
- Les grands lustres pour les salles de spectacle ont leur corps en fer forgé ; le bronze ne présenterait pas la même résistance pour supporter un poids aussi considérable , ou bien il faudrait employer beaucoup plus de matière, ce qui augmenterait considérablement la dépense. Ce corps est doré à l’huile ou au vernis. Les ornemens sont en cristal taillé. Parmi tous ces lustres, celui que l’on remarque le plus à Paris, existe au Cirque olympique; il a cent vingt becs sur trois rangs.
- Les lustres d’appartemens sont ordinairement éclairés avec des bougies ; d’autres sont éclairés à l’huile par des lampes d’Argand, enveloppées par des globes en cristal dépoli.
- Les grands lustres des salles de spectacle sont éclairés le plus ordinairement à l’huile, par des lampes d’Ai-gand sans globe ; d’autres sont éclairés par le gaz. Ceux-ci procurent l’avantage de graduer la lumière en tournant un robinet.
- On avait imaginé , il y a quelques années, de placer des réflecteurs à facettes derrière chaque lumière : ces miroirs multipliaient, il est vrai, les réflexions de la lumière en avant ; mais ils jetaient trop d’ombre par-derrière sur le corps du lustre, et empêchaient les beaux effets de la réfraction des cristaux. Cette raison les a fait abandonner. L.
- LUSTREUR ( Technologie). Le dernier apprêt des étoffes est donné par le lustreur, qui emploie diffe'rens moyens pour produire sur les diverses étoffes le brillant qui frappe les yeux.
- i°. Un métier en bois formé de quatre pièces, comme lemé-
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- tier àfaire les Matelas, suffit. Ces quatre pièces peuvent s’avancer ou se reculer à volonté au moyen de clavettes ou de vis en bois Chacune de ces pièces porte des petits crochets en fer. A l’aide de ficelles minces ou de gros fil, on tend bien la pièce à lustrer ; avec une éponge imbibée de diverses gommes plus ou moins liquides, on passe sur toute la surface de l’étoffe et lorsqu’elle est bien enduite, on conduit insensiblement par-dessous une poêle remplie de braise plus ou moins ardente. On fait attention de donner plus ou moins de chaleur, selon que les couleurs sont plus ou moins tendres. Le rose pâle ne peut supporter qu’une très légère chaleur.
- Pour donner un beau lustre aux soies, quelle que soit leur qualité, on les décrasse bien avec du savon blanc ; après qu’elles sont bien lavées et dégorgées , on les met dans un bain d’alun froid. On lustre le taffetas noir avec de la bière double que l’on fait bouillir avec du jus d’orange ou de citron. Les taffetas de couleur se lustrent avec une légère dissolution de colle de poisson très limpide.
- 2°. Le lustreur se sert ordinairement d’une machine composée cl’un nombre plus ou moins grand de cylindres entre lesquels il fait circuler l’étoffe, dont les deux bouts sont enveloppés sur des ensoupleaux garnis de manivelles. Lorsqu’on fait tourner un des ensoupleaux, l’étoffe s’enveloppe dessus progressivement , et se développe en même proportion de dessus l’autre. Il faut ordinairement qu’un des cylindres soit métallique et creux, pour qu’on puisse le chauffer en y introduisant des barres de fer rougies. Les autres cylindres sont en bois dur, ou mieux encore en papier, c’est-à-dire composés de feuilles de papier superposées dans le sens de la longueur de l’axe, et fortement comprimées entre des plaques métalliques, et ensuite le cylindre est arrondi au tour.
- Dans les machines à lustrer la toile, on emploie communément trois cylindres , dont deux en papier, et celui du milieu métallique. Pour la soie, on préfère employer deux cylindres métalliques, et un intermédiaire en papier ( V. Borgnis, Machines à confectionner les étoffes, page 286. )
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- LÜSTREUR. 443
- M. Beauvisage, habile teinturier à Paris, a imaginé un appareil très ingénieux, que nous avons vu chez lui depuis longtemps, et pour lequel il était breveté. Aujourd’hui que son brevet est expiré, nous pouvons le faire connaître.
- La fig. 9, PI. 36 , montre la coupe de l’appareil; la .fig. 10 en indique le plan. Les mêmes lettres désignent les marnes objets dans les deux figures.
- Les deux cylindres a,b, sont fixes; le cylindre c est mobile sur deux galets qui le supportent par ses deux extrémités. Ces trois cylindres sont en cuivre. La surface du cylindre c est percée d’une infinité de trous. Ces trois cylindres communiquent avec la chaudière à vapeur d.
- Les petits cylindres h,h,h,h, roulent sur leurs pivots, et servent à diriger l’étoffe f qui est enroulée sur les deux en-souples m,m. Chacune de ces ensouples est armée d’une manivelle n, n. Les flèches indiquent la marche de l’étoffe.
- Jeu de la machine. La pièce d’étoffe à apprêter est enroulée sur l’une des ensouples m, au moyen de la manivelle placée au bout de l’arbre de ce rouleau ; elle passe ensuite sur les cylindres c,b,a, et sur les petits rouleaux h,h,h,h, qui la dirigent afin qu’elle soit plus long-temps en contact avec les cylindres, et va s’enrouler sur la seconde ensouple n.
- La vapeur qui s’élève de la chaudière d, se rend dans les trois cylindres. L’étoffe commence à passer sur le cylindre c, qui est criblé de trous, et dont là surface est couverte d’une grosse étoffe de laine, qui a. pour objet de diviser davantage la vapeur : l’étoffe s’humecte de cette vapeur déjà refroidie par son passage à travers la grosse étoffe, elle se rend ensuite sur les deux autres cylindres b et a, qui la sèchent, et va enfin s’enrouler sur l’autre ensouple n, que l’on enlève, à volonté, après que l’opération est terminée.
- Au moyen de ce procédé, on n’applique , à l’étoffe que l’on apprête, aucun corps susceptible d’en altérer le tissu ni les couleurs ; ce qui donne la facilité de prolonger l’opération et de la répéter sans inconvénient, jusqu’à ce que l’apprêt soit parfait.
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- 444 lut.
- C’est par cet appareil ingénieux que M. Beauvisage s'est attiré une si grande réputation pour l’apprêt au mat des châles de mérinos , de cachemire, etc.
- Les Chapeliers n’emploient que l’eau pure , ou une légère teinture de noir, pour lustrer leurs chapeaux.
- Les CqçROYECRS lustrent aussi leurs ouvrages. Pour le noir, c’est avec le jus d’épine-vinette qu’ils donnent le brillant avant d’achever leur grain ; et lorsqu’ils ont terminé le grain, ils appliquent un second lustre, composé de gomme arabique, d’ail, de bière, de vinaigre et de colle de Flandre bouillis ensemble. Ils lustrent les cuirs de couleur avec du blanc d’œuf battu dans l’eau.
- Les drapiers lustrent leurs étoffes à la calandre, ou mieux à la presse entre des cartons fortement chauffés.
- Les Maroquiniers lustrent avec le jus d’épine-vinette, d’orange ou de citron.
- Les Pelletiers se servent de plusieurs substances, soit séparément, soit simultanément : la noix de galle, la moelle de bœuf, le sulfate de fer, l’alun, etc., selon les circonstances. L.
- LUT, de lulum, (boue, limon ). Matière que l’on applique dans les diverses parties d’un appareil pour prévenir les déperditions ou pour garantir les corps fragiles de l’action immédiate de la chaleur. Il y a plusieurs sortes de luis, que l’on peut ranger en trois.classes : lut gras, lut à Veau, lut argileux.
- Le lut gras que l’on emploie en quelques circonstances dan! les fabriques, et le plus communément dans les laboratoires, se prépare avec de l’argile (l’une des meilleures est la terre de Forges) calcinée légèrement au point de perdra toute 1 eau interposée , mais sans que les parties aient contracté d’adhérence entre elles. Elle est d’abord broyée en poudre impalpable) puis passée au tamis de soie ; on la triture alors assez ion guement dans un mortier avec une proportion d’huile de siccative, convenable pour former Une pâte consistante bien liée. Il faut éviter soigneusement que les endroits où ce lu* doit être appliqué soient humides.
- L’huile de lin, que l’on emploie pour préparer ce iu ,
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- IUT.
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- rendue siccative en la faisant bouillir avec un vingtième de son poids de litharge. L’huile e'paissie au feu, dite vernis (voyez page 343 de ce volume), convient mieux encore pour composer le lut gras ; elle ne se dessèche pas et conserve en même temps sa te'nacite' et une ductilité suffisante pour démonter les appareils.
- Pour les brides et les jonctions de divers tuyaux de machines à vapeur qui supportent une haute pression, on fait usage d’un lut gras composé de céruse broyée à l’huile et de minium en poudre ; 011 amalgame ces deux substances le plus exactement possible sur une pierre à broyer. On ne suit d’autre règle dans leurs proportions que le degré de consistance qu’il est utile d’obtenir ; oh l’augmente en ajoutant du minium, et vice versé.
- Les luts gras se conservent dans un vase en verre ou en grès hermétiquement fermé, ou dans une vessie ficelée.
- Lut de graine de lin. Pour .le préparer, on broie ensemble, dans un mortier, de la farine de graine de lin et de la colle de pâte (faite avec de la farine de blé)^en proportions telles, que le mélange forme une pâte un peu consistante et ductile. .Ce lut est très commode à employer et facile à préparer ; aussi est-il d’un usage général et très fréquent dans les laboratoires; on l’applique à toutes les jonctions des appareils. Ce lut résiste moins que le précédent à l’action des vapeurs corrosives.
- On recouvre ces luts, pour les soutenir, d’une toile fine , de morceaux de soie, ou mieux d’une vessie assouplie dans l’eau ; on maintient le tou* solidement avec de la petite ficelle.
- Lut de chaux et d’alburfîine. On le prépare en triturant de la chaux vive en poudre avec des blancs d’œufs ou du sang, de manière à en faire une bouillie peu épaisse, et l’on en imprègne des bandes de toile dont O11 recouvre le lut précédent. On s’en sert quelquefois pour couvrir à nu les jointures de tuyaux en métal ; on peut l’employer utilement pour en imprégner les bouchons avant de les introduire dans le col d’un ballon, d’une cornue, etc. Ce lut doit être préparé au moment de s’en servir, parce qu’il n’est pas susceptible de se conserver.
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- Lut argileux. On le prépare de plusiem-s manières, suivant ses usages. Dans les fabriques où il doit résister aux vapeurs acides, on recouvre d’abord les parties qui doivent être lutées avec de la glaise en pâte très ferme, on enveloppe ensuite celle-ci d’une couche d’argile détrempée et bien malaxée avec du crottin de cheval. La glaise formée d’argile (silice et alumine ) résiste bien aux acides ; mais il faut qu’elle soit maintenue humide pour qu’elle ne se fendille pas : la deuxième couche produit l’effet d’empêcher les dessèchemens et de soutenir le lut.
- Pour luter les parties exposées au feu des cornues, des ballons, etc., on fait détremper de bonne argile réfractaire, on y incorpore du crottin de cheval, moitié de son volume environ , puis à peu près quatre fois son poids de sable ou de creusets pilés, ou d’argile fortement calcinée et tamisée au gros tamis ; on en frotte d’abord toute la surface à luter, puis on l’enduit d’une couche de deux ou trois lignes, suivant la grandeur du vase ; on laisse sécher à l’ombre, puis à l’étuve.
- La terre à creuset (argile calcinée et écrasée, cinq parties; terre de Forges ou toute autre argile plastique réfractaire, une partie) forme un excellent lut, mais il faut serrer ses pores en le frappant à petits coups, de temps à autre, pendant qu’il sèche sur les cornues. Sans cette précaution, il se fendillerait.
- On prépare plusieurs autres luts dans lesquels entre la Limaille de fer ou la tournure de fonte, d’autres qui contiennent de la résine ou du bitume, etc. ; on les nomme plus ordinairement Mastics. Nous les décrirons sous ce nom. P-
- LUTH. Ancien instrument de musique sur lequel on tendait des cordes qu’on faisait résonner en les pinçant. Comme le luth n’est plus en usage aujourd’hui, nous croyons inutile de donner plus de détails sur un sujet privé d’intérêt, et dont les Arts ne s’occupent plus. PR-
- LUTHIER. La profession quiapourobjetla construction des instrumens de musique se subdivise en presque autant de pio-fessions particulières qu’on connaît de ces appareils. Le terme général de luthier ne s’applique plus guère aujourd’hui qua
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- LUZERNE. 447
- l’artiste qui fabrique les instrumens à cordes, tels que Violons, Violoncelles, Altos, Guitares, etc.; et l’on donne le nom de Facteurs à ceux qui construisent les Flûtes, Cors, Clarinettes, Bassons, etc., et même les Harpes et Forte-pianos. Comme tous les instrumens de musique en usage sont de'crits chacun à son article, où l’on donne tous les de'tails relatifs à sa fabrication, il est inutile de rien dire de plus à ce sujet: nous renvoyons pour les de'veloppemens aux articles cites. Fr.
- LUZERNE ( Agriculture). Le medicago sativa, plante de la famille des légumineuses , à fleurs papilionace'es , est très recherche' des bestiaux, et l’objet d’une des cultures les plus utiles; on en compose des prairies artificielles , qu’on fauche trois à quatre fois chaque année, et même jusqu’à six et huit fois, dans les localités et les saisons favorables. Cette plante se plaît aux terres profondes , légères et substantielles ; trop de sécheresse ou d’humidité la détruisent : elle craint les tufs, marnes et craies ; ses racines sont énormes pour une aussi petite herbe, et s’étendent à trois pieds au moins de profondeur, et même jusqu’à dix.
- Il est utile de préparer la terre qu’on veut mettre en luzerne , en y cultivant des plantes qui exigent le sarclage ou le binage, tels que la vesce , le pois , etc., pour y détruire les mauvaises herbes ; et comme la durée d’une luzernière est de dix ans au moins, dans les terres médiocres , pendant lesquels le sol ne sera pas fumé, il faut lui donner d’abondans engrais, et le bien défoncer et ameublir avant d’y semer la luzerne, pour que ses fortes racines puissent aisément se nourrir et pivoter. On y passe la herse et le rouleau pour briser les mottes et unir le sol.
- Le semis se fait en septembre dans les pays méridionaux , et l’année suivante on peut faucher , ce qui fait gagner une année : mais dans les contrées où l’on craint les gelées, c’est en mars qu’on sème la luzerne , à la volée avec de l’orge ou de l’avoine, qui abrite le jeune plant contre les ardeurs du soleil, et dont la récolte paie les frais. La quantité de semence varie avec la nature du sol et du climat : on compte, à Paris,
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- sur environ i5 livres par arpent, ou plutôt le sixième du poids du grain qu’on sème en même temps. Il vaut mieux semer clair que dru, pour que les pieds ne souffrent pas dans leur jeune âge. On herse ensuite. Il ne faut pas que la graine soit trop enterrée.
- Bientôt après, la luzerne lève : en coupant l’orge ou l’avoine, on étète aussi la première. La fauchaison de la première année nuit assez souvent aux produits subséquens. Ii faut faire épierrer pendant l’hiver. Dès la seconde année, on peut faire deux coupes ; à la troisième, la plante est dans toute sa force. C’est lorsque la floraison se développe qu’il faut la couper. On estime qu’un ouvrier fauche deux fois plus de luzerne dans sa journée que de foin , et qu’un arpent produit, terme moyen , 3 à 4°o bottes ou 2400 kilogrammes de fourrage sec chaque année. Quand une fois la luzerne cède la place à d’autres graminées, elle ne vaut plus les frais de coupe, et on la défriche. Il est utile alors d’engraisser la terre , en y laissant pourrir les racines.
- La graine doit être récoltée sur la première pousse de l’année, et sur un beau plant, quoiqu’on se dispense ordinairement de cette règle : la semence mûrit mieux , est de meilleure qualité et moins mêlée de graines étrangères. Comme les gousses sont tortillées en tire-bouchon, elles s’ouvrent difficilement, et l’on n’a point à craindre qu’en restant trop long-temps sur le sol, ou bien au grenier, la semence se répande et se perde. Il faut battre les gousses avec soin pour les détacher. La semence est lourde, jaune, luisante, et peut se conserver au moins cinq à six ans. La graine de 1 année est cependant préférée, parce qu’il y a moins de déchets.
- On améliore beaucoup les luzernes en y semant du plâtre en poudre fine, dès le premier printemps, ou en automne. Franklin ne pouvant persuader que c’était à cette pratique qu’il devait les coupes abondantes qu’il faisait, et voulant prouver qu’elles n’étaient pas dues uniquement à la qualité du sol, imagina de ne semer le plâtre sur une pièce de luzerne qu’en certains endroits ; il dessina sur la terre : Effets du
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- LYRE. 449
- plâtre; et lorsque la pousse se fit, on lisait facilement ces mots, écrits en tiges plus hautes que sur le sol qui n’avait pas reçu cet engrais.
- Les qualite's alimentaires de la luzerne sont reconnues ; cette plante engraisse les bestiaux, rend le lait des vaches plus abondant, etc. ; mais elle échauffe les animaux , ce qui force d’en modérer l’usage, surtout pendant l’été. Verte, elle les purge et les affaiblit, et peut même leur donner la mort lorsqu’elle est mangée en trop grande abondance : sèche , on la mêle ordinairement à la paille. Les chevaux qui sont robustes et soumis à un travail rude, ne peuvent conserver leur force lorsqu’on les en nourrit.
- C’est avec les racines de luzerne qu’on fait des brosses à dents ; on les colore avec l’orcanette, et on les parfume avec de l'ambre ou de la vanille.
- Les paysans sont dans l’opinion que le blé qu’on sème dans une luzerne défrichée, après avoir fumé la terre, vient très bien , parce que le sol est remué profondément lorsqu’on en a arraché les raeinès ; mais les agronomes pensent qu’il faut différer d’un ou deux ans d’y semer du froment , parce qu’il y pousserait plus en herbe qu’en grain, à cause de la trop grande abondance de sucs nourriciers. Il ne faut faire reparaître la luzerne dans une terre qu’au moins api’ès une durée égale à celle où cette plante y a été cultivée. Fr.
- LYRE (Arts physiques). Instrument de musique formé d’une petite caisse sonore en bois, ayant la figure d’une écaille de tortue, surmontée d’un double manche arqué en S, dont la forme est trop connue pour qu’il soit nécessaire de la décrire ici. Les cordes, tendues en long sur cette caisse, rendent des sons lorsqu’on les pince comme celles d’une harpe, ou qu’on les frappe. La lyre n’est plus d’usage aujourd’hui ; on la remplace avec avantage par la Guitare, et même il arrive quelquefois qu’on donne à ce dernier instrument le nom et la forme d’une lyre. Nous croyons inutile de nous arrêter à donner plus de détails sur un sujet devenu maintenant sans importance. \V. Théorbe, Mandoline.) Fk.
- Tome XII.
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- MACARONI.
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- MACARONI ( Technologie). Le macaroni est une sorte de pâte en forme de tuyau de pipe, qui fut imagine'e en Italie, et que l’on connaît dans le commerce sous le nom de pâte d’Italie ou de Gênes. Les Génois excellent dans cette fabrication.
- On fait d’abord préparer le froment en gruau , c’est-à-dire débarrassé, par une légère pression entre les meules, delà pellicule ou son du grain. ( V. Gruau, T. X, page 3^ i. ) On le réduit ensuite en Semoule , qui s’obtient par la manière particulière de moudre. La semoule est la base de toutes les pâtes dont le macaroni est une espèce.
- L’eau dont on se sert pour pétrir la semoule doit être bien pure ; elle doit bien dissoudre le savon. De l’eau dure donnerait une mauvaise pâte, qui n’aurait pas de liant et qui se briserait en cuisant. On emploie ordinairement douze livres d’eau pour cinquante livres de semoule. Il vaut mieux être obligé de remettre de la semoule, en pétrissant, que de l’eau, parce que c’est une bonne qualité dans ces pâtes de sécher promptement.
- Dans l’art du Yermicellier, nous donnerons tous les détails sur la manière de manipuler pour pétrir la semoule qui sert de base à toutes les espèces de pâtes d’Italie, qui ne diffèrent entre elles que par la forme qu’on leur donne en les fabriquant, et non par la matière première, qui est toujours la semoule.
- L’outil dont le vermicellier se sert pour donner la forme voulue au macaroni est le même qu’il emploie pour le vermicelle , une presse au-dessous de laquelle est un vase cylindrique en fonte de fer que l’on nomme cloche. La seule différence consiste en ce que, pour le vermicelle, on place dans le fond de la cloche une espèce de crible parsemé de petits trous de la grosseur que doit avoir le vermicelle, tandis que pour le macaroni, il est parsemé de trous longs par lesquels la pâte sort en lanières de la largeur nécessaire pour former le tuyau du macaroni.
- Tout cela ainsi disposé, on remplit la cloche de pâte, un
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- peu moins ferme que pour le vermicelle ; on met de la braise dans le réchaud qui enveloppe la cloche, et l’on presse. Le macaroni soi't du moule en lanière, dont on rapproche les bords, qui se collent et forment un tuyau que l’on introduit dans un tube court surmonte' d’un entonnoir le'gèrement conique qui tend continuellement à rapprocher les tuyaux qui se collent. Au sortir du tube, la pâte prend de la consistance en se desséchant, et le tuyau du macaroni se trouve ferme et solide. On fait plusieurs de ces tuyaux à la fois et autant que le permet l’étendue du crible, et selon le nombre de trous oblongs qu’il comporte. ( V, pour tous les détails du pétrissage de la semoule , le mot Vermicellier.) L.
- MACARONS ( Technologie ). On nomme macarons mie sorte de pâtisserie délicate et friande, composée de sucre, d’amandes et de blancs d’œufs fouettés.
- On pèle les amandes en employant le procédé que nous avons indiqué pour la préparation de Vorgeat, au mot Glacier-Limonadier ( T. X, page 227 ). On en pèse 445 grammes ( une demi-livre ), et autant de sucre blanc en poudre.
- On pile parfaitement les amandes comme pour Y orgeat, mais en ajoutant de temps en temps un peu de sucre en poudre, afin de les empêcher de tourner en huile ; on emploie à peu près la moitié du sucre, et l’on fait sécher la pâte. Alors on pile de nouveau, sans attendre une dessiccation parfaite ; on ajoute le restant du sucre, de l’écorce de citron râpée, en quantité suffisante pour donner un léger goût qui n’ait pas d’àcreté , et autant de blancs d’œufs fouettés qu’il en faut pour former du tout une pâte qui ne soit pas trop liquide. On prend gros comme une noix de cette pâte, avec un couteau large, plat, mince et flexible, comme ceux dont se servent les broyeurs de couleurs ; on les met en petits tas sur des feuilles de papier, en ayant soin de les séparer les uns des autres, et on les fait cuire à une chaleur douce , soit au four, soit sous le four de campagne.
- On peut ajouter aux amandes douces quelques amandes amères, mais en petite quantité ; cette addition, quand elle
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- est faite avec réserve, en relève le goût et les vend plus agréables. On fait aussi des macarons avec des amandes de pistaches qui sont extrêmement délicats.
- Le Tabletier nomme macaron une sorte de peigne dont les femmes se servent pour relever et retenir leurs chignons. Ces peignes sont ovales ; les deux grosses dents sont plus larges qu’à l’ordinaire. Les deux faces de ces dents ne sont pas parallèles dans leur longueur ; la face extérieure a la forme d’un arc de cercle, et les dents du peigne vont en augmentant de longueur depuis la grosse dent qui est la plus courte, jusqu’à celle du milieu qui est la plus longue. On voit que par là le peigne affecte dans son ensemble une forme à peu près ovale. On a adopté ce genre de fabrication , que l’on a plus ou moins modifié, afin qu’en embrassant bien la tête, les bouts des dents extrêmes du peigne ne puissent pas la blesser. L.
- MACÉRATION. Dans les laboratoires de Chimie ou de Pharmacie, on désigne par cette expression une opération préparatoire que l’on fait subir à certains corps pour en distendre les parties et les mieux disposer à se laisser pénétrer par les dis-solvans qu’il convient d’employer pour en extraire tels ou tels principes. Ainsi, les matières organiques qui ont été fortement desséchées, ou celles qui sont naturellement d’une texture très serrée, offriraient beaucoup de résistance aux divers véhicules, si l’on ne les soumettait à cette opération préliminaire de la macération, qui consiste à les laisser séjourner, pendant un temps plus ou moins long, dans de l’eau que l’on maintient à une température de 3o à 4o°- Quand elles ont été suffisamment ramollies par cette action prolongée de l’humidité, alors on les traite, soit par ébullition dans le même liquide, soit par infusion ou digestion dans un autre véhicule approprié aux principes que l’on veut extraire. R-
- MACHEFER. On nomme ainsi les scories à demi vitreuses qui s’agglomèrent dans les foyers et forment le résidu incombustible des diverses houilles. II se compose d’oxides terreux , de schistes en diverses proportions, et de quelques millièmes d’oxide de fer.
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- Un des moyens faciles de reconnaître la bonne ou mauvaise qualité des houilles résulte de la proportion de mâchefer laissée par chacune d’elles ; car un fourneau bien construit et dont le foyer est alimenté d’une manière convenable , convertit presque la totalité des parties non combustibles de la houille en mâchefer : la couleur rougeâtre ou gris blanchâtre de ce résidu fait voir que toutes les parties combustibles ont été brûlées. Dans certains fourneaux d’une construction vicieuse ou mal soignée, une grande partie du charbon incomplètement brûlé tombe sous la grille et se trouve confondu avec les cendres et le mâchefer. Le résidu est alors noirâtre, rempli de petits frag-mens de coke, et peut être utilisé à divers usages : on le nomme Escarbille. ( V. ce mot. ) Il s’emploie avec avantage à chauffer les Étuves , à cuire la Chaux ou les Briques. On le fait même entrer dans la composition de ces dernières, dont il diminue le retrait.
- Les meilleures houilles donnent; 3 à 4 pour ioo de mâchefer , et parmi les plus mauvaises il s’en rencontre qui laissent un résidu de 25 pour ioo après leur combustion.
- Lorsque voulant cesser le feu d’un fourneau, on tire quelques barreaux de grille pour faire tomber tout ce que contient le foyer de charbon incandescent, le mâchefer se trouve mêlé avec le coke; on étend le tout à l’air pour accélérer l’extinction, et après le refroidissement on sépare, à la main, les morceaux de mâchefer, afin de faire rentrer tout le reste, mélangé avec de la houille, dans le chargement du foyer.
- On fait usage du mâchefer pour garantir les rez-de-chaussée de l’humidité : à cet effet, on en forme une couche de 3o à 4o centimètres sous le plancher ou le carrelage. On conçoit que cette substance à demi vitrifiée est fort peu hygrométrique, et que les larges interstices qu’elle offre entre ses parties ne favorisent pas l’ascension de l’eau par la capillarité. Cependant cette dernière action n’est que ralentie, et l’on est bientôt en proie aux inconvéniens que l’on voulait éviter : nous indiquerons à l’article Mastics des moyens plus sûrs.
- On fait entrer le mâchefer dans la composition du Pizé , dans
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- celle des briques de construction, dont il lie les parties et diminue les retraits ; on s’en sert pour ferrer les chemins, pour rendre plus perméables à l’eau les fonds des puisards, etc.
- Thouin, professeur au Jardin du Roi, a employé avec succès le mâchefer dans la culture des végétaux exotiques conservés dans des caisses ou hivernés dans les serres. On sait que les vers de terre, achées, ou lombrics communs, occasionent de grands dégâts en s’introduisant dans les caisses , dérangeant les racines, épuisant l’humus, etc. : pour éviter ces inconvéniens, on étend sur le terrain aplani et orienté aux expositions convenables , une couche de 5 à 6 pouces de mâchefer passé à la claie ; on bat légèrement cette surface, afin de lui donner une consistance assez forte. Après avoir empoté les arbustes afin de changer la terre usée et d’extraire les lombrics qui se trouvent dans la portion de terre laissée à chaque pied, on dispose les caisses sur la sole ainsi préparée. Quoique le terrain sur lequel repose la couche de mâchefer puisse recéler une très grande quantité d’achées, aucun d’eux ne la traverse, soit parce que cette matière vitreuse ne renferme aucun de leurs alimens, soit que, par sa dureté et ses parties anguleuses et coupantes, elle présente un obstacle invincible pour ces animaux. P-
- MACHINES. Dans l’industrie, on donne ce nom à l’assemblage , à la combinaison d’un certain nombre d’organes mécaniques, qui, étant mis en action par un moteur quelconque, facilitent, abrègent et suppléent le travail manuel de l’homme. Cette dénomination ne s’applique qu’à des combinaisons un peu importantes. Les objets d’une composition plus simple, bien que servant aussi à faciliter et à abréger le travail de l’honnne , prennent le nom d’OuriLS, d’IxsTRUMENS, d Engins. ( V. ces mots.} A celui de machines est attachée l’idée de mouvement, qui en est inséparable.
- Dans les Beaux-Arts, en Poésie, on se sert du mot machine pour désigner un grand tableau, une grande décoration, mie tragédie, un opéra.
- Pour ne pas être exposé à attribuer aux machines des propriétés chimériques, et pour rie pas méconnaître celles qu elles
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- possèdent réellement, il est utile et même indispensable, pour ceux qui s’occupent de leur construction, d’en faire une étude toute particulière.
- Cette étude nous apprend que les machines ne créent ni force, ni mouvement ; qu’elles ne sont que des intermédiaires inertes entre le moteur et la résistance, ou , si l’on veut, le travail, et que par conséquent elles consomment par frottement et par inertie une portion de la force motrice; qu’on peut à son gré augmenter l’effet de la force motrice au point de lui faire surmonter les plus grands obstacles , mais que la durée du travail augmentera dans la même proportion ; qu’elles peuvent produire l’effet inverse, c’est-à-dire abréger le travail en augmentant l’intensité de la force ; qu’elles peuvent rendre uniforme le travail, lors même que la puissance motrice serait variable ; qu’elles donnent le moyen de substituer à l’action directe des hommes , non-seulement celle des animaux , mais aussi celle des moteurs inanimés, comme l’eau courante , le vent, la vapeur, les poids , les ressorts.
- Les machines , en général, se composent d’un bâti, d’axes ou arbres, de roues d’engrenage, de poulies, de courroies et d’une quantité plus ou moins considérable de pièces accessoires , suivant l’espèce de machine.
- Les bâtis se font aujourd’hui en fonte de fer, surtout ceux des machines et métiers de fabrique , qu’011 exécute par douzaines. Ce mode a singulièrement facilité la construction, par l’égalité qu’on obtient dans toutes les pièces semblables, et par les formes plus ou moins contournées qu’on peut leur faire prendre sans qu’il en coûte davantage : cela leur donne aussi un aspect plus léger, plus élégant. Le tout consiste à bien établir les modèles, et à calculer la retraite et la force de la fonte. ( V. Modèles , Modeleur. )
- Les arbres sont, suivant les circonstances, de bois, de fonte ou de fer forgé : leur force doit excéder de beaucoup , au moins du double , l’effort présumé de torsion qu’ils ont à supporter dans un travail ordinaire , afin de ne pas s’exposer à les voir se rompre ou se tordre au moment du départ,
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- ou de quelques résistances extraordinaires. Néanmoins , comme les frottemens des arbres tournons s’accroissent beaucoup dans leurs collets, en raison des diamètres , cette considération, jointe à celle de la dépense, porte un bon constructeur à ne pas sortir des limites que l’expérience pratique a fixées. On sait, par exemple , que pour résister à la force de quatre chevaux, un arbre de bois de chêne doit avoir 14 pouces de diamètre, celui de fonte 4 pouces, et celui de fer forgé 4° lignes, le tout sans défauts , sans mortaises et sans trous; et ensuite, d’après des règles de pratique encore, la section doit croître en raison du nombre de chevaux. Leur ajustement bout à bout, s’ils doivent être prolongés dans la même direction, se fait de plusieurs manières : avec des manchons de fonte ou de fer d’une seule pièce, ou de deux pièces et boulonnées ; avec des fourchettes et des entraîneurs. Mais quand on veut éviter les ruptures qu’occasionent les secousses violentes, les départs trop brusques, cette transmission s’établit, soit avec un frein à collier (V. PI. 34, fig. 6 et 7 ), qu’on serre en raison de la résistance ordinaire, et qui glisse quand la résistance devient par trop excessive; soit avec l’entraîneur dynamométrique ( V. même planche, fig. 8 et g), qui a la propriété de rendre élastique, si je puis m’exprimer ainsi, le mouvement de rotation de l’axe, et de mesurer en même temps l’intensité de la force de rotation.
- Le raccordement avec frein à collier se compose d’une fourchette coulante À, et d’un disque en fonte B portant une gorge carrée qu’un collier C, formé de deux pièces en fer, embrasse et serre fortement au moyen des deux boulons B. On voit que les deux branches de la fourchette A, s’avançant jusqu à dépasser le collier, entraînent celui-ci, et par conséquent le disque B et l’axe sur lequel il est fixé. Ce raccordement donne la faculté de suspendre le mouvement, en retirant la fourchette dans le sens de son axe.
- Le raccordement dynamométrique se compose de deux le-viersAA', fixés chacun sur les axes BB', dont un des bouts, façonné en pivot, entre dans l’autre. Les leviers portent a
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- leur extrémité des patins ad, en retour d’équerre vis-à-vis l’un de l’autre, sur chacun desquels s’appuient les branches du ressort C ; la branche de droite est fixée contre la partie a , et celle de gauche est traversée librement, ainsi que le patin a, par l’arc de cercle gradué mn ; de sorte que le mouvement venant à avoir lieu dans le sens de la flèche, le levier A transmet l’impulsion du moteur au levier A', à l’aide du ressort C , qui se comprime en raison de la résistance qu’éprouve la machine. Un petit disque O de liège, poussé le long de cet arc , va marquer le maximum de compression qu’a occasioné la résistance.
- Les dynamomètres de White et de Lavelaye, étant aussi des moyens de transmettre le mouvement des axes en mesurant la force de rotation , le premier dans la même direction, et le second dans le cas des axes parallèles, nous croyons que c’est ici le lieu d’en donner l’explication, ne l’ayant pas fait au mot Dtxamomètke. ( V. même planche, fig. 10 et 11.)
- A, Axe que nous supposons être celui qui commande.
- A', Axe dans la même direction que le premier, et qui en reçoit le mouvement.
- B, Roue d’engrenage conique , fixée sur le bout du premier axe.
- B', Roue semblable et égale à la précédente , montée sur le bout du deuxième axe.
- C, Roue intermédiaire égale aux précédentes; elle pourrait être plus grande ou plus petite, sans rien changer ait résultat : elle tourne librement sur un axe D, assujetti à tourner lui-même dans un plan vertical, autour du point a qui est sur la ligne des axes AA'.
- E , Poids curseur pour mettre en équilibre la roue C et le prolongement de son axe.
- F , Romaine à cadran, à laquelle est attachée l’extrémité du levier D.
- La roue B venant à tourner, communique son mouvement à la roue intermédiaire C , et celle-ci le communique à son tour à la roue B' de la même manière , en changeant toutefois
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- la direction du mouvement. L’effort qu’elle reçoit de la première roue est exactement transmis à la seconde ; et d’après les propriétés des forces parallèles , il en résulte que l’axe D, qu’on peut considérer comme l’appui de la roue C , supporte la somme de ces deux efforts , dont la romaine F tient compte. Mais pour que cet effort soit peu considérable sur la romaine, on prolonge le levier D, dix ou douze fois le petit bras ab compris entre le point a et le milieu de la roue C ; alors on a le cinquième ou le sixième de l’effort de rotation, marqué en kilogrammes sur la romaine.
- Le dynamomètre de M. Lavelaye est fondé sur le même principe, mais il est applicable, comme nous l’avons dit, aux cas des axes parallèles. ( V. fig. 12. )
- A, Arbre du moteur.
- A', Arbre parallèle au premier, auquel il faut transmettre le mouvement.
- B, Roue d’engrenage droit, fixée sur l’arbre A.
- B', Idem, fixée sur l’arbre A', dans le même plan vertical que la roue B.
- C, Roue intermédiaire portée par le levier D , qui a son point d’appui sur la même ligne que l’axe A', et dont l’autre bout K est suspendu à la romaine F , qui marque le rapport de la puissance à la résistance, lorsque la machine est en mouvement.
- Nous ferons ici la remarque que la roue intermédiaire portée par le levier D , engrènera toujours bien avec la roue B ; mais il n’en serait pas de même à l’égard de la roue B, si la pression exercée sur la roue intermédiaire C devenait considérable, au point de faire beaucoup baisser le levier D. On y remédie en prolongeant le levier et en portant le point d attache de la romaine à son extrémité, ce qui diminue tout-à-la-fois l’abaissement de la roue intermédiaire et l’effort qua à supporter la romaine. Du reste, le calcul se fait comme dans le dynamomètre de White.
- Le mesureur de force de M. Welter a aussi pour objet de déterminer la force de rotation d’un moteur quelconque,
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- transmettant son mouvement à un arbre parallèle à celui du moteur, mais placé plus haut ou plus bas, dans le même plan vertical. Nous avons, pour le décrire, choisi le premier cas, où l’axe du moteur est dans un plan inférieur. ( V. PL 34- )
- La fig. i3 en est le plan ;
- La fig. 14 en est une vue en élévation parallèle au plan vertical des axes.
- La fig. i5 est une coupe suivant la ligue ah, fig. i3.
- A , Manivelle à laquelle est appliqué le moteur, que nous supposons ici être un ou plusieurs hommes , mais qui peut être tout autre.
- B, Roue d’engrenage montée sur l’arbre de la manivelle, lequel arbre tourne du côté de celle-ci dans un support fixe, et du côté de la roue dans un support mobile posé dans une gouttière C. La partie supérieure de ce support embrasse, par un retour d’équerre, la roue B, lesquels retours viennent dans son plan, ne laissant entre elle et eux que l’espace nécessaire au mouvement.
- D , Support fixe de l’arbre E, destiné à porter le mouvement aux machines ; il est façonné de manière à présenter dans le plan horizontal de l’arbre inférieur, deux butoirs ou points d’appui F, ne laissant au support mobile qu’un jeu de 2 lignes.
- G, Roue d’engrenage égale à la roue B, et conduite par elle. On peut la mettre ou plus grande ou plus petite , suivant qu’il faut ralentir ou accélérer le mouvement.
- H , Support fixe du bout extrême de l’arbre E.
- I, Levier angulaire ayant son point d’appui sur l’une des cornes F, en a , qui est fourchue pour le recevoir. Le petit bras de ce levier va tirer le support mobile à droite, au moyen des bielles jumelles J' et de la masse K, qu’on peut placer à un point quelconque de la romaine I. Cette masse est maintenue en équilibre par un ressort à boudin L , de sorte qu’elle n’est là que comme masse inerte, pour s’opposer aux variations brusques de la résistance.
- M, Poids curseur, destiné à mesurer le long de la 10-
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- maine le degré d’action exercé par le moteur pour vaincre la résistance.
- N , Frein au moyen duquel, en le serrant plus ou moins, on produit la résistance voulue. Il est composé d’un disque en cuivre fixé sur l’axe E , et de deux arcs de cercle en fer qui l’embrassent. Il tient lieu de machine travaillante.
- Actuellement, supposons le frein serré à un certain degré, que pourra cependant surmonter la puissance appliquée à la manivelle A : la roue B , pour faire tourner la roue G, exercera un effort sur les dents dont la réaction se fera sentir sur l’axe et le support mobile, lequel tirant à son tour, au moyen des bielles J, la petite branche du levier I, tendra à faire monter la tige de la romaine, qu’on équilibre avec le poids curseur. La consommation de force est ainsi marquée d’une manière fort régulière.
- Le mouvement oscillatoire de la roue B étant très petit, il n’en résulte pas pour la denture de contrariété qui puisse nuire à l’effet du mouvement.
- Les bobines P et Q, placées sur l’un et l’autre arbre, sont destinées à faire les expériences avec des poids, quand on ne veut pas se servir de la manivelle et du frein. C’est un moyen de vérification qui ne peut cependant avoir beu que dans le cas de petites résistances.
- Quelles que soient les dispositions d’un moteur, on peut toujours mesurer la résistance qu’il éprouve, au moyen d’un des instrumens dont nous venons de parler ; mais ils ne s’appliquent pas aux petites machines mues à bras d’homme. M. Welter a, pour ce cas-ci, imaginé une manivelle dynamomètnque, à laquelle on peut donner le nom de remontoir, parce qu en effet il ne s’agit pour l’homme ou le manœuvre qui fait tourner une machine , que de remonter constamment un poids qui fait équilibre à la force employée pour la faire mouvoir, et qui agit quand l’action du manœuvre cesse en tout ou en partie, de manière que le travail de la machine n’en est pas moins uniforme, bien que l’action du manœuvre soit variable.
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- ( Voyez fig. 16, PI. 34- )
- A, Manivelle en forme de vilebrequin. La poignée est percée suivant son axe pour passer une corde abcd, attachée par l’un de ses bouts dans la gorge de la poulie B, et ayant le poids C attaché à l’autre bout. Partout où cette corde change de direction , il y a des petites poulies en cuivre pour en faciliter le mouvement.
- La poulie B est fixée sur l’arbre D, qui tourne dans un collet de support E. Le bout en est carré , afin de pouvoir, au moyen d’une boîte, entraîner le mouvement de la machine. L’œil F du vilebrequin est libre sur l’arbre D.
- Si l’on met en mouvement la manivelle, il pourra arriver que le poids soit trop léger, ou qu’il soit trop pesant. Dans le premier cas, la corde se roulera autour de la poulie B jusqu’à ce que le poids trouve un obstacle qui l’empêche de monter ; alors la machine tournera, mais le poids ne servirait à rien. Dans le second cas , la machine tournera avant que le poids quitte la terre ou le plancher sur lequel il pose; il ne servirait encore à rien , il serait même nuisible, puisqu’il s’opposerait au mouvement de rotation qu’il doit prendre , d’après la torsion qu’éprouve la corde par le mouvement du vilebrequin . Il faut donc que ce poids soit tel, que sa corde enveloppée sur la poulie B imprime la vitesse convenable à la machine, trente tours par minute. Si sa résistance équivaut à la force d’un homme, ce poids sera de 12 kilogrammes, toujours suspendu, tantôt plus et tantôt moins haut, suivant l’action variable de l’homme sur la manivelle , d’où il résulte l’uniformité dans le mouvement de la machine. Ce poids est une espèce de compensateur , qui mesure non-seulement la force employée , mais qui remplit encore les fonctions d’un volant à l’égard de la puissance motrice.
- Le mouvement de rotation du poids sur lui-même n’offre aucun inconvénient, surtout s’il a la forme d’une surface de révolution , parce qu’alors il n’éprouve aucune résistance à se mouvoir dans l’air.
- Il est nécessaire d’empêcher le mouvement rétrograde d»
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- vilebrequin. Pour cela, on y adapte une petite roue à rochet G ou mieux encore l’arrêt excentrique de Dobo.
- Il est si important de pouvoir mesurer la re'sistance des machines, que nous avons cru devoir faire connaître ici les moyens employe's pour y parvenir.
- Après les axes , viennent les roues dentées, qu’on fait ordinairement en fonte. Cette partie des machines exige tous les soins du mécanicien. Les vitesses sont ou accélérées ou retardées ; dans les deux cas , il doit y procéder avec mesure. Il ne faut pas brusquer le mouvement accéléré. Ordinairement le rapport de deux roues qui s’engrènent, ne doit pas dépasser quatre ou cinq : il y a perte de puissance à le faire plus grand. Dans les mouvemens ralentis où les pignons mènent, il n’y a pas d’inconvénient à faire ce rapport plus grand, de huit, dix et même de douze. Il ne faut pas oublier que la denture doit diminuer de force à mesure que l’accélération a lieu et qu’elle doit augmenter à mesure que le mouvement se ralentit. La denture de fer contre fer est bonne dans les mouvemens lents ; mais il faut mettre bois contre fer dans les mouvemens rapides, si l’on ne veut pas avoir de bruit. Les roues larges présentent de grands avantages, en ce qu’on peut faire la denture plus fine , tout en conservant la même force à chaque dent ; mais alors elles doivent avoir leurs flancs parfaitement parallèles à l’axe de la roue ; sans cela, toute la dent ne porterait point, et n’aurait pas de solidité.
- Les poulies à courroies et à cordes se font en fonte, ainsi que la plupart des pièces accessoires qui n’ont pas de grands efforts à supporter. Les boulons sont en fer forgé. On fait rarement les écrous en fonte.
- Il y a encore à considérer, dans les machines, la transformation d’un mouvement en un autre ; les changemens de direction des axes et des mouvemens ; la modification des deux principes qui constituent le mouvement, force et vitesse, diminuant l’une par l’augmentation de l’autre, ou réciproquement ( V sur ces sujets l’article Mouvement) ; la régularisation du mouvement, dont la variabilité nuirait à l’effet utile ; c’est au moyen de
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- volans que cette régularité s’obtient ( V. Volast ) ; la diminution , autant que possible , des résistances passives , telles que les frottemens dans les collets, l’inertie de la matière, le mouvement dans l’air ; enfin, la considération la plus importante , et qu’il ne faut point perdre de vue, c’est d’effectuer l’opération , le travail pour lequel chaque machine est construite.
- Nous n’avons pas l’intention de passer ici en revue toutes celles que le besoin et l’industrie de l’homme ont créées. Ce travail serait immense et même superflu, puisque toutes les machines qui ont un nom et quelque importance, se trouvent déjà décrites , ouïe seront à leur rang, dans ce Dictionnaire; ou, si elles n’ont pas un nom , dans l’article des produits qu’elles confectionnent, comme, par exemple, au mot Filature , nous avons décrit toutes les machines qui se rapportent à cette opération. Pour calculer l’effet des machines plus ou moins compliquées , il faut se rappeler le calcul de chaque machine élémentaire , que, dans tous les traités de Statique et de Mécanique , on réduit à sept, savoir : les cordes, le levier, la poulie, le treuil, le plan incliné, la vis et le coin. On fait la remarque qu’on pourrait les réduire à un plus petit nombre, vu l’identité qu’il y a entre la vis, le plan incliné et le coin, si quelques circonstances particulières n’engageaient pas à les considérer séparément. Toutes ont le même but, d’aider la puissance à surmonter la résistance ; mais toutes n’y sont pas également propres. Pour apprécier l’efficacité des unes et des autres, on les a ramenées à un même point de vue, qui est l’équilibre entre la puissance et la résistance , et l’on en a cherché les conditions , que nous rappelons ici brièvement.
- i°. La condition de l’équilibre dans le système des cordes, que , d’après Varignon,ona appelé machine funiculaire, est que les trois cordons auxquels on peut toujours réduire un nombre quelconque de ces cordons, sont toujours dans un même plan, et que chaque puissance doit être comme le sinus de l’angle compris entre les directions des deux autres. ( V. Cordes. )
- 2°. La condition de l’équilibre dans le levier, est que les
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- momens des puissances soient égaux, c’est-à-dire que chaque puissance soit réciproquement comme la perpendiculaire menée du point d’appui sur sa direction , ou bien, quand le levier est droit, que les puissances soient en raison inverse de leur bras de levier. On voit que la résistance est désignée comme une puissance, ce qui ne change rien aux conditions de l’équilibre. ( V. Levier. )
- 3°. L’équilibre dans le système des Poulies ou des Moiti.es ( V. ces mots ), dont une est mobile, a lieu quand la puissance est à la résistance comme un est au nombre de cordons qui aboutissent à la moufle mobile.
- 4°. La condition de l’équilibre dans le treuil est que la puissance appliquée à la circonférence de la roue soit au poids comme le rayon du treuil est au rayon de la roue. 11 est évident que, dans cette machine, plus la roue est grande, plus la puissance a d’avantage.
- Tant que le treuil conserve une position horizontale, cette machine ne change pas de nom ; mais on l’appelle Cabestax quand on lui donne une position verticale, ce qui fait alors une machine en usage sur les ports. ( V. Treuil, Cabestax et Grue.)
- Les machines à rouages dentés se rapportent au treuil et se calculent de même. En supposant trois roues dont les rayons sont RR'R", et trois pignons dont les rayons sont rrr, le poids élevé P et la puissance Q , on a pour l’équilibre Q ; P t ; rrr" ", RR'R", c’est-à-dire que la puissance est au poids comme le produit des rayons des pignons est au produit des rayons des roues; et le rapport de la vitesse, dans le cas du mouvement, de la puissance Q au poids P, est égal au produit du nombre des dents des roues, divisépar le produit du nombre des ailes des pignons. ( V. Roues dentées.)
- 5°. Dans le plan incliné on a : la puissance est au poids comme la hauteur du plan est à sa longueur.
- Les plans inclinés jouent un grand rôle, comme on sait) dans l’Architecture civile , militaire et navale. C’est par Ie calcul des plans inclinés qu’on apprécie la poussée des voûte». des terres de remblais , la pente d’un chemin , d’un escaliei,
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- la pente des glacis d’une fortification ; la pente des chantiers de construction pour les vaisseaux, tant pour les lancer en mer quand ils sont finis, que pour les en retirer quand ils ont besoin de radoubs. {F. Plan incliné.)
- 6°. La condition de l’e'quihbre dans la vis est, que la puissance qui tend à faire tourner la vis avec un bras de levier R, est à la force avec laquelle la vis tend à avancer suivant son axe, comme le pas de la vis est à la circonférence que décrit le bout R, où est appliquée la puissance. ( F. Yis. )
- La puissance aura d’autant plus d’avantage, que le levier R sera plus long et que le pas de la vis sera plus fin. ( F. Pressoir a vis. )
- 70. L’équilibre dans le coin a aussi sa formule, mais qui est rarement applicable ; seulement elle fait voir que plus le coin est aigu, plus il pe'nètre facilement dans la matière qu’on veut fendre ou e'carter. ( F. Coin. )
- C’est au coin qu’il faut rapporter les outils tranchans, les haches , les rabots , les clous , les dents des animaux , surtout les dents incisives, le bec des oiseaux, les griffes, les cornes, les défenses du sanglier, les instrumens d’Agriculture , etc.
- D’après les principes d’équilibre que nous venons d’exposer dans ce qu’on appelle les sept machines élémentaires, il est toujours facile , comme on voit, de rompre cet équilibre, et de mettre une puissance, même médiocre , dans le cas d’en vaincre une très considérable. Il suffit, pour cela , de faire usage d’une ou de plusieurs des machines simples, disposées de manière à concourir au même effet : mais en augmentant ainsi prodigieusement la force par des agens mécaniques, on diminue dans la même proportion la vitesse du poids ou du fardeau qu’on soulève. Rien n’est plus aisé que de faire surmonter par un seul homme la résistance qui en exigerait trente, mais il faudra à cet homme trente jours pour faire l’ouvrage qui eût été fait en un jour par trente ouvriers travaillant ensemble. L’expérience , d’accord en ce point avec la théorie , établit comme un fait constant, que, dans toutes les machines , on perd du côté de la vitesse, ce qu’on gagne du Tome XII. 3o
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- côté de la puissance; ou , ce qui revient au même, on perd en temps ce qu'on gagne en puissance.
- Cette propriété fondamentale, inhérente à toutes les machines en général, et qu’un machiniste ne doit jamais perdre de vue, se démontre clairement par le principe des vitesses virtuelles. Soient deux puissances P et Q en équilibre, appliquées aux extrémités d’un levier inflexible. On peut imaginer qu’une cause quelconque rompt cet équilibre et leur fait parcourir au même instant, dans le sens vertical, des espaces infiniment petits , mais proportionnés aux bras de levier, ou, si l’on veut, aux puissances. Nominons-les E,e. Or, pour que les puissances P etQ, animées des vitesses E ete, puissent conserver leur équilibre , il faut que leur quantité de mouvement, c’est-à-dire le produit de la puissance P par sa Vitesse E , égale la puissance Q multipliée par sa vitesse e. Cela s’exprime par l’équation PE = Qe ; d’où il résulte que les puissances, si elles se mettaient en mouvement, parcourraient des espaces qui leur seraient réciproquement proportionnels. Or, ce principe démontre, d’une manière générale, que la puissance perd dans le mouvement ce qu’elle gagne dans l’équilibre. ( V , pour plus de développemens sur cette matière, l’article Mouvement. )
- Comme le frottement modifie beaucoup les effets des machines , surtout lorsque leur composition est compliquée, il faut, quand on les calcule, y avoir égard. Faute d’apprécier ce que la force motrice emploie de son énergie pour vaincre les frottemens, on s’expose à des mécomptes souvent fort désagréables et toujours dispendieux. ( V. Frottement.)
- Il y a des moyens de les diminuer, soit en polissant bien les surfaces frottantes, soit en interposant des rouleaux de friction, soit en les oignant de quelque matière grasse, soit en les frottant de matière savonneuse ou plombagineuse, mais principalement en évitant, dans la construction, de faire mouvoir des corps homogènes les uns sur les autres. L expérience prouve que des métaux différens se meuvent avec plus de facilité, soit en glissant, soit en tournant , et s usent
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- moins vite en frottant l’un contre l’autre, que diverses parties du même métal que l’on ferait mouvoir les unes sur les autres. Le fer, l’acier, la fonte , se meuvent plus facilement sur du cuivre jaune ou sur du bronze , que fer contre fer, acier contre acier, fonte contre fonte. Néanmoins l’acier bien trempé et poli contre acier trempé et également poli, est ce qui donne le moins de résistance.
- Avec toutes ces précautions , on parvient bien à réduire à son minimum la résistance des frottemens, mais jamais on ne peut, quelque simple que soit une machine, parvenir à en anéantir complètement les effets. C’est donc une chimère qu’une machine sans frottement ; c’en est donc une autre que le mouvement perpétuel, tant vanté, tant cherché par quelques soi-disant machinistes , dont l’instruction bornée ne va pas jusqu’à pouvoir se rendre compte de la résistance que le frottement oppose au mouvement des machines.
- Croire tout inventé, c’est une erreur profoneb ;
- C’est prendre l’horizon pour !es bornes du inonde,
- a dit un poète ; mais c’en est une autre bien plus déplorable de voir une foule de gens, quelquefois fort sensés sur toute autre matière , se ruiner à la recherche de ce qu’ils appellent le grand œuvre de la mécanique, et souvent mourir à la peine. C’est une véritable monomanie, une maladie d’esprit, dont le remède ne se trouve que dans l’instruction. ( F. l’article Moc-vemest, où ce sujet est traité avec l’importance qu’il mérite. ) Dans la plupart des circonstances, on cherche à diminuer, autant que possible , l’effet du frottement, parce que d’une part il consomme en pure perte une partie de la force motrice, toujours fort chère, et que de l’autre il est la cause sans cesse agissante de la destruction de la machine ; mais il existe des cas où il est utile , et où l’on cherche même à l’augmenter , comme dans les freins de moulin, de voitures ; dans ceux au moyen desquels on modère la descente des convois de charbon, de minerai sur les chemins de fer. Dans le premier cas, nous avons vu que les surfaces frottantes doi-
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- vent être bien polies, et faites surtout de matières hétérogènes ; dans le second, on devra suivre la règle inverse et donner beaucoup de diamètre et de largeur aux roues des freins, qu’on enveloppe d’un cercle en fer solidement fixé par un de ses bouts, tandis qu’on le serre par l’autre au moyen d’un levier.
- L’un des dynamomètres que nous avons décrits au commencement de cet article , étant interposé, suivant les circonstances, entre le moteur et les machines travaillantes, marquera : i°. la force du moteur; i°. la résistance occasionée par les frottemens, tant du mécanisme intermédiaire que des machines en mouvement, mais non travaillantes, c’est-à-dire la quantité de mouvement employée en pure perte, que nous appelons passive; 3°. la quantité de force que consomme chaque machine tournant avec la vitesse qu’exige le travail net ou positif qu’elle exécute ; 4°- la somme des résistances tant passives que positives qui doivent être en équilibre avec le moteur tournant avec une vitesse déterminée. L’admission des dynamomètres dans la machinerie fera disparaître les tâtonnemens quelquefois fort dispendieux, qu’on était obligé de faire pour savoir quelle quantité d’ouvrage on pourrait exécuter avec une puissance motrice donnée ; ils feront voir l’énorme consommation de force qu’on fait pour transmettre le mouvement dans le sens horizontal à de grandes distances, parle moyen d’axes, tandis que cette consommation est à peine appréciable pour les axes verticaux. Ainsi, quand la nature des travaux le permet, il vaut mieux s’élever que de s’étendre. Les Anglais , si éclairés dans l’économie industrielle, donnent à leurs fabriques, surtout aux filatures de coton , une grande élévation , sept ou huit étages au moins. Le mouvement d’un pivot d’arbre vertical dans unécrapau-dine , et successivement dans les collets placés d’étage en étage, en ligne verticale, n’éprouve pour ainsi dire pas de résistance.
- La Mécanique industrielle , dont l’objet est la recherche des moyens de suppléer à la force et à l’adresse de l’homme,
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- a fait dans ces derniers temps d’immenses progrès. Cette science, toute d’expérience et d’observation , dont les résultats sont positifs , doit plaire et plaît en effet aux esprits cultivés et nourris de l’étude des Sciences mathématiques et physiques. De tous côtés on voit s’élever des établissemens d’industrie dirigés dans des vues d’utilité publique , autant que dans des vues d’intérêts particuliers, où les appareils et les machines jouent le principal rôle.
- Pour étudier les machines , il faut en faire une classification d’après leur emploi dans les services publics et particuliers , et d’après la nature des travaux qu’elles exécutent.
- M. Christian, dans un petit ouvrage publié en 181g , sur un plan de Technonomie , range les moyens d’exécuter immédiatement les travaux mécaniques de l’industrie , en quinze séries , de la manière suivante :
- ire série. Déplacement ou soulèvement des fardeaux.
- Grues, Treuils, Cabestans , Chariots , Traîneaux , etc., etc.)
- 2e série. Division des matières solides, soit par percussion, comme les Bocards, etc. , soit par le broiement, comme les Moulins à farine , à tan , à huile, à papier , etc., soit en arrachant ou en coupant, comme les Scies , les Râpes , les machines à fendre ou à diviser les métaux , etc.
- 3e série. Opérations de percussion ou de forte compression, pour enfoncer, aplatir, exprimer ou dégorger, comme les Moutons, les Presses, les Martinets, les Foulons, etc.
- 4e série. Réduction des métaux en lames, en feuilles , en fils, comme les Laminoirs, les Fenderies, les Tréfilekies, etc.
- 5e série. Séparation des particules fines, des grossières ; des pesantes, des légères : les Machines à tamiser ou à bluter, les Patoüillets , les Tarares , les Diables, les Volans, etc.
- 6e série. Élévation de l’eau du sein de la terre, ou au-dessus de sa surface, et moyens de la contenir ou d’élever son niveau : les Pompes , les Moulins à chapelets, les Norias, le Bélier hnoraulique , les Digues , etc.
- re série. Compression , rassemblement et transmission de l’air pour le renouveler , ou pour exciter l’action du feu : les
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- Yentilateurs , les Soufflets , les Cayes à air, les Trombes , etc.
- 8e série. Division des matières ve'ge'tales et animales, filamenteuses : Machines à nettoyer, à battre, à ouvrir, à peigner, carder, etc.
- 9e série. Extension , distribution et torsion des matières filamenteuses : Machines à étirer, à bocdiner , à filer, à
- TORDRE , à CABLER , etc.
- 10e série. Apprêts des fils et formation de toutes espèces de tissus : Dévidoirs, Bobinoirs, Ourdissoirs, les divers systèmes de métiers à tisser, à faire des bas, du tulle , des filets, des cordons , des lacets, etc. ( V. ces mots. )
- ne série. Apprêts de toutes espèces pour les étoffes : Machines à LAINER , à TONDRE , à CALENDRER , à RAMER , à RATIXER, à LUSTRER , à ROUSSIR , etc.
- 12e série. Polissage des matières dures : machines à polir le verre , le marbre , les métaux , etc.
- i3e série. Machines et instrumens pour estimer les poids, les capacités, les forges et les ténacités : Balances, Dynamomètres, Anémomètres, Aréomètres , Casse-Fils.
- i 4e série. Machines et instrumens destinés principalement à l’Agriculture et au jardiuage.
- i5e série. Enfin , machines et instrumens qui, ayant pour objets divers travaux particuliers , ne peuvent trouver place dans les séries précédentes , telles que, par exemple , les diverses machines à faire les cardes, les clous, les épingles, les vis , à rayer ou à raboter les canons de fusil, à tailler les limes, à imprimer, les machines de polytypage, etc.
- C’est la marche qu’on a suivie dans l’Encyclopédie méthodique , déjà vieille à cause des progrès rapides que l’industrie a faits dans ces derniers temps, mais^qui est encore bonne à consulter. L’Encyclopédie de Rees , pour ceux qui lisent l’anglais , est un ouvrage précieux, en ce qu’il contient les inventions modernes. Nous possédons d’autres ouvrages sur les machines et leur usage dans les Arts , qu’il faut consulter , tels que le Traité des Machines , par M. Hachette; la Mécanique industrielle, de M. Christian ; les ouvrages
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- sur l’Angle terre , de M. Charles Dupin ; la Me'canique appliquée aux Arts, de Borgnis ; l’Essai sur les Machines , de Gueniveau , etc. , etc. Pour se faire une idée des inventions nouvelles, il faut parcourir le Recueil des Brevets expirés ; il ne faut pas oublier surtout, quand on est à portée de le faire, de parcourir et d’examiner avec soin les collections de machines et de modèles du Conservatoire des Arts et Métiers, du Dépôt central de l’Artillerie , de l’École des Ponts et Chaussées, des Mines, de la Marine. Ces visites guérissent plus d’un chercheur de mouvement perpétuel, et font remettre souvent dans la poche l’argent destiné à prendre un brevet.
- Rien n’est plus propre à donner une idée de la puissance que donne aux hommes l’usage des machines, que le maniement et le transport de masses énormes dont l’histoire a conservé le souvenir. ( V. Fardeaux et Transports. )
- Ce n’est pas F emploi des machines dans ces sortes de travaux qu’on s’est jamais permis de blâmer ; mais quelques publicistes ayant rajeuni l’opinion caduque , qu’aux grands et nombreux avantages de l’emploi des machines et des procédés qui abrègent, dans les fabriques, le travail des hommes, étaient joints de graves ineonvéniens , nous croyons devoir rappeler ici les raisons par lesquelles on combat victorieusement de semblables assertions.
- Malgré la controverse qui divise encore les plus savans professeurs d'économie politique sur quelques-uns des principes de cette science , ils sont néanmoins d’accord pour reconnaître ses vérités fondamentales. Au nombre de ces vérités, on range les axiomes suivans : « Entre plusieurs états égaux » en population et en territoire, celui qui produit le plus » est le plus puissant ; et parmi plusieurs nations, dans la » même hypothèse, celle qui produit le plus avec le moins » de travail, est à la fois la plus puissante et la plus heu-» reuse , parce que ses individus pourront accorder plus de » temps à leur instruction , aux affaires publiques , au repos » et aux plaisirs intellectuels et physiques. »
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- Enfin, il s’agit de trouver la solution de oe problème : Produire plus en travaillant moins.
- Recherchons d’abord les moyens les plus propres à accroître la production ; ils nous paraissent être au nombre de quatre : i°. l’adresse manuelle ou la dextérité dirigée par l’intelligence ; 2°. la division du travail ; 3°. le perfectionnement des procédés; 4°- l’emploi des machines et des appareils.
- La dextérité est une disposition naturelle , que l’apprentissage ou la pratique développe et renforce au plus haut degré.
- La division du travail favorise étonnamment la rapidité de la production, et perfectionne les produits.
- L’amélioration des procédés est quelquefois l’effet du hasard , plus souvent l’heureuse application d’une théorie, plus souvent encore la pratique redressée par l’intelligence.
- L’emploi des machines est l’auxiliaire le plus puissant de la main-d’œuvre. Ce sont elles qui suppléent tour à tour l’intelligence, la force, la dextérité, la pratique, le nombre des hommes ; elles paraissent d’abord multiplier ceux-ci, et deviennent ensuite la cause réelle de leur multiplication, par l’aisance qu’elles répandent dans toutes les classes delà société, en augmentant la masse des produits.
- De ces quatre moyens de produire , c’est principalement contre le dernier que se déchaînent ceux qui voient le bouleversement de l’ordre social dans les progrès de l’industrie, et qui cependant n’osent pas manifester trop ouvertement cette opinion, en attaquant la dextérité, la division du travail et le perfectionnement des procédés de fabrication. Mais l’hypocrisie des détracteurs des machines est manifeste ; c’est à tous les moyens de produire économiquement qu’ils en veulent.
- En supposant que leur intention n’est en effet que d attaquei le système des machines , que répondraient-ils si on leur demandait de préciser ce qu’ils entendent par cette dénomination de machines, et s’ils regardent comme des machines la charrue , la herse, la brouette, les voitures, les vaisseaux, les soufflets, les laminoirs, les tours, etc., etc.? et lorsqu ils seraient parvenus à déterminer avec précision la véritable accep-
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- tion du mot machine, comme nous ne pouvons croire qu’ils voulussent les proscrire toutes, d’après quelle règle les diviseraient-ils en catégories d’approbation ou de réprobation ? Serait-ce d’après l’étendue ou la nature des services qu’elles rendent qu’on les condamnerait ? Faudrait-il conserver les anciennes et proscrire les nouvelles ? mais alors quelle serait l’époque qui servirait de limite entre les bonnes et les mauvaises?
- Au surplus, voici les principales objections qu’on élève contre l’emploi des machines dans les fabriques :
- Qu’elles privent les pauvres de travail, et par conséquent des moyens de subsister; qu’on s’expose par là à voir l’ordre troublé , à voir les prolétaires s’armer contre les propriétaires ;
- Que ces maux ne trouvent pas de compensation dans la prospérité des fabriques ;
- Que les productions gigantesques des machines ne servent qu’à encombrer les magasins de marchandises dont on ne trouve pas le débouché ;
- Que le bas prix n’en augmente pas en proportion la consommation , parce que les personnes que les machines privent de travail n’ont pas le moyen d’acheter ;
- Que les exportations , que semble favoriser la production par machines, n’augmentent point la richesse publique , parce qu’il y a compensation entre la quantité et le prix, et qu’en définitive on n’en exporte que pour la même somme ;
- Que les machines coûtant fort cher, il n’y a que les fabricans riches qui peuvent s’en procurer ; que les petits en sont privés ; qu’elles favorisent le monopole de l’industrie manufacturière , et par conséquent l’accumulation démesurée des richesses ;
- Qu’elles privent la classe ouvrière d’intelligence et de tout ressort moral, en les réduisant au rôle d’automate.
- Voilà l’exposé des griefs avancés contre l’usage des machines en manufactures. Voyons s’il n’y a pas moyen de les combattre victorieusement.
- Sans doute on doit respecter le travail, que Smith qualifie avec raison la propriété la plus sacrée, puisqu’elle est l’origine de toutes les autres. Dans cette persuasion, si nous pensions
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- que l’emploi des machines pût réduire une des classes laborieuses de la société à manquer d’ouvrage, nous serions les premiers à soutenir que , malgré les avantages que cet emploi assure au corps social, tous les gouvernemens devraient s’op— poser jle concert à sa trop grande extension. Mais loin de voir dans l’usage des moyens de produire plus économiquement une cause de réduction du nombre de bras que l’industrie occupe , nous avons toujours reconnu, au contraire , et par raisonnement et par expérience , que plus les machines se multiplient dans un pays , plus s’y accroît le nombre des ouvriers.
- On sait que la consommation d’une marchandise augmente en proportion que son prix baisse. C’est là un des résultats des machines. Mais plus les choses nécessaires à la vie sont à bas prix, plus la population augmente , plus elle vit aisément.
- Le débit d’une marchandise est encore accru par l’augmentation de consommation à laquelle donne lieu un prix moins élevé ; de sorte que souvent les machines introduites dans une branche d’industrie ne font que ce surcroît de consommation, et que le nombre d’ouvriers est plutôt accru que diminué.
- En outre, il faut considérer qu’une nouvelle machine ne s’applique ordinairement qu’à une ou deux des opérations d’une fabrication ; que si, de son emploi, il résulte une production double ou triple , il faudra doublet' ou tripler le nombre d’ouvriers employés dans les autres branches de la fabrique; observant encore que cet accroissement de travail a lieu dans la même proportion pour les producteurs de la matière première, pour les emballeurs , porte-faix , rouliers , marins, commissionnaires, marchands, etc.
- Nous avons avancé que l’expérience comme le raisonnement prouvaient que plus les machines se multiplient, plus le nombre des ouvriers s’accroît : pour en être convaincu, il suffit de jeter un coup d’œil sur la fabrication du coton. Avant 1784, époque de l’introduction en France des filatures par mécaniques, on ne consommait que trois millions métriques de coton , qui n occupaient que cinquante-trois mille ouvriers. Aujourd’hui, que les machines sont généralement répandues, on en consomme
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- trente millions de kilogrammes, qui emploient plus de cinq cent mille ouvriers.
- Les machines de fatigue , qui produisent des effets qu’on regarde généralement comme secourables aux hommes , rencontrent moins d’opposition que celles qui sont destine'es à suppléer la main-d’œuvre ; mais on ne doit voir dans cette tolérance qu’une inconséquence de plus à reprocher aux antagonistes des machines : car il n’est point de machine , de quelque force qu’elle soit, à laquelle on ne puisse substituer un certain nombre de manœuvres , et pas d’ouvrage d’adresse ou de précision exécuté par une machine, qu’un ouvrier habile ne parvînt , avec le temps et des soins, à faire aussi bien.
- Sans doute l’introduction subite au milieu d’une population ouvrière , d’une machine qui abrège l’ouvrage, doit causer et y cause en effet quelques désordres. Cela s’est vu en Angleterre et en France, à l’époque de l’invention des machines à filer le coton et des métiers à tulle. Mais alors la classe ouvrière était dans la plus grande ignorance ; elle ne savait pas que sa résistance était vaine ; que du moment qu’on trouve un mode plus économique de travailler, rien ne peut l’empêcher d’avoir lieu. L’intérêt des entrepreneurs et des consommateurs le fait nécessairement triompher ; si ce n’est dans un endroit, ce sera dans un autre. La résistance des ouvriers n’aboutirait qu’à déplacer-une branche d’industrie. D’ailleurs, on les a toujours vus se soumettre à la nécessité , et jamais s’armer contre les propriétaires. Ils finissent par trouver de l’occupation dans les nouveaux procédés , ou ils en cherchent dans des états qui ont de l’analogie avec ceux qu’ils exerçaient.
- La prospérité d’une fabrique fait celle de tout un pays ; elle joue au milieu d’une population ouvrière le même rôle que le cœur dans le corps humain; elle répand la vie et l’aisance dans toute une contrée. On a vu à la mort de M. le duc de La Rochefoucauld tout le pays de Liancourt plongé dans la plus grande tristesse, par l’idée qu’on avait que ses fabriques , qui ont rendu ce pays un des plus fortunés, allaient cesser.
- Les magasins d’un fabricant ne doivent pas être dépourvus
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- de marchandises, comme aussi ils ne doivent pas en être encombres : la prudence et l’intérêt le commandent ; mais quand par suite d’évènemens imprévus, ils se trouvent encombres, ce n’est pas aux machines qu’on doit s’en prendre. Eût-on fabrique' d’une autre manière, le résultat serait le même. Du reste, le fabricant seul en pâtit, et cette circonstance amène assez habituellement une baisse dans les prix, tout-à-fait profitable aux consommateurs, c’est-à-dire à tout le monde.
- La proportion des ouvriers que les moyens économiques de travailler pourraient momentanément priver d’ouvrage est si faible en comparaison d’une population entière, que le principe établi par les économistes, d’une consommation en raison inverse du prix , n’en subsiste pas moins.
- C’est un fait que, pour exporter des marchandises à l’étranger, il faut pouvoir supporter la concurrence étrangère, tant pour le prix que pour la qualité ; c’est un fait aussi qu’on n’y parvient qu’à l’aide des mêmes moyens dont nos rivaux font usage. Ainsi, pour ce genre de commerce, on reconnaît l’utilité des machines ; sans elles il faudrait y renoncer. Alors il n’est pas nécessaire de calculer comparativement quelles sommes les exportations peuvent produire, puisque sans machines ce commerce n’existe plus. Il faudrait, pour qu’on supprimât l’usage des machines chez nous, qu’on les supprimât partout.
- Il reste à répondre à cette assertion, que Y usage des machines et la division du travail abrutissent les ouvriers.
- La réponse n’est pas difficile, mais elle exigerait quelques développemens dans lesquels nous ne pouvons pas entrer ici, cet article étant déjà fort long; d’ailleurs dans l’article Ditt-siov du travail ( V. ce mot ), nous l’avons considéré sous ce point de vue.
- Quant à l’ouvrier chargé de surveiller la marche d une machine qui exécute un travail quelconque , on ne voit pas qu il lui faille moins d’intelligence que pour exécuter à la main une infinité d’objets manufacturés. Il faut qu’il connaisse parfai tement la composition de la machine, le jeu de son méca-
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- nisme, qui est quelquefois très compliqué. La distraction ne lui est pas permise ; car toutes les machines exigent, à des instans déterminés, des manœuvres particulières ; et sous ce rapport il doit être bien plus attentif que s’il exécutait un travail manuel : et puis il est bien reconnu que les machines ne vont pas seules , qu’il faut que l’intelligence humaine y préside, tant pour l’entretien que pour la direction.
- La dernière objection contre les machines est, qu’étant fort chères , il n’y a que les fabricans riches qui puissent s’en procurer, d’où il résulte le monopole de l’industrie manufacturière et l’accumulation démesurée des richesses.
- A cela on répond qu’il est peu de machines assez coûteuses pour n’être à la portée que des fabricans riches; que si ceux-ci ont plus le moyen de s’en procurer, il leur en faut aussi davantage ; que l’accaparement de l’industrie par les riches fabricans, tel qu’il existe en Angleterre, n’est point à craindre dans les pays où, comme en France, les fortunes sont divisées ; que d’ailleurs il est nécessaire , dans bien des genres de fabrication , qu’il y ait quelques riches entrepreneurs en état de faire des sacrifices pour le perfectionnement de leur industrie , et qui, mettant un point d’honneur à mieux faire que les autres, fraient à tout prix la route des améliorations.
- Cette défense des machines est sans doute incomplète ; elle exigerait un volume , et une plume plus exercée que la nôtre ; mais nous ne saurions mieux la terminer qu’en citant l’opinion d’un de nos plus savans professeurs d’économie industrielle. « Quelques avantages, dit M. Say dans son Traité d’économie » politique, liv. I, chap. VII, que présente définitivement « l’emploi d’une nouvelle machine pour la classe des entre-» preneurs et des ouvriers, la classe qui en retire le plus d’a-» vantages est celle des consommateurs; et c’est toujours la » classe essentielle , parce qu’elle est la plus nombreuse, parce » que les producteurs de tout genre viennent s’y ranger, parce » que le bonheur de cette classe, composée de toutes les autres, » constitue le bien-être général, la prospérité d’un pays. » Dans notre opinion, les principes généraux et absolus de
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- l’économie politique et industrielle sont aussi favorables à l’emploi des machines que les jugemens particuliers que nous en avons portés. Nous allons justifier cette assertion par la récapitulation succincte des axiomes qu’elle a établis.
- La production, est la source de la richesse.
- Plus on facilite la production, soit par la division du travail, soit par Vemploi des agens physiques, mécaniques et chimiques, et plus on obtient de produits pour une quantité donnée de services productifs.
- Plus on obtient de produits pour une même quantité de services productifs , plus ils reviennent à bon comptej plus on en crée et consomme, et plus le producteur gagne ; plus le consommateur économise, et plus l’un et l’autre ils forment et accumulent de capitaux.
- Plus les individus accumulent de capitaux, plus la nation s’enrichit.
- Plus la nation s’enrichit, plus sa population s’accroît, et réciproquement.
- Plus sa richesse et sa population s accroissent, plus elle se civilise et s’éclaire.
- Enfin, plus elle se civilise et s’éclaire,plus elle devient libre, morale, heureuse et puissante. ( Extrait du mémoire de M. Paris sur l’emploi des machines. )
- Machines a briser. V. Bocarts , Broies a chanvre, Pilons, etc.
- Machines a couper. V. Hache-paille, Coupe-racines, Faux, Ciseaux, Couteaux, etc.
- Machines a écraser. Les Laminoirs , tous les Moulins , tant à meules horizontales que verticales et à cylindre, sont des machines à écraser, ainsi que les gros marteaux de forge.
- Machine a épingle. Depuis que nous avons fait dans ce Dictionnaire l’article Épingle , deux Anglais, MM. Lemuel Well-inan Wright, ingénieur à Londres, et Daniel Foot Taylor, nous ont apporté une machine extrêmement ingénieuse pour fabriquer les épingles, qui est gravée et décrite dans le Bulletin de la Société d’Encouragement du mois de septembre 183.7-Nous allons tâcher d’en donner une idée.
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- Le fil de laiton destiné à fabriquer les épingles est roulé, comme à l’ordinaire, sur un dévidoir conique vertical, placé sur l’un des côtés de la machine. Il est tiré horizontalement par une pince à travers l’engin qui le dresse, et va se faire couper à chaque fois par longueur d’épingle à une cisaille, ce qui donne la hanse.
- Au même instant, une pince la saisit par le milieu, la transporte parallèlement à elle-même , suivant un plan horizontal, dans une deuxième pince qui la saisit par le bout destiné à former la tète. Aussitôt cette dernière pince prend sur elle-même un mouvement de rotation alternatif, tout en s’abaissant de manière à faire appuyer l’autre extrémité de la hanse destinée à faire la pointe sur une meule métallique à grosse taille, qui exécute la première façon de l’empointage. Il faut remarquer ici que la hanse est appuyée sur la meule à la distance de 5 ou 6 lignes de la pointe, par un poussoir vertical qui s’abaisse en même temps que l’épingle.
- Ce premier empointage fait, l’épingle se relève et est saisie de nouveau par un mécanisme semblable au précédent, qui termine l’empointage sur une meule taillée en doux.
- Cette troisième opération terminée, l’épingle reprend sa position dans le plan horizontal. Alors une pince semblable à la première la prend par le milieu et la transporte, toujours parallèlement à elle-même, dans une mâchoire qui la serre fortement, et où la tête , par une très forte compression exercée par un piston dans la direction de l’épingle, reçoit une première façon. Elle est achevée dans une matrice percée d’un trou du calibre du corps de l’épingle, où une pince mobile . comme les précédentes, la transporte. L’entrée de la matrice est creusée en hémisphère, ainsi que la tête du piston qui vient s’appuyer dessus, dans laquelle cavité la tête se trouve arrondie. L’épingle en est retirée d’abord par l’effet de la réaction d’un petit ressort à boudin placé derrière la matrice , lequel ressort ayant été comprimé par la pointe de l’épingle qui s’engage dans un trou pratiqué dans un morceau d’os ou d’ivoire placé au-devant du ressort, repousse l’épingle aussi-
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- tôt que l’action du piston sur la tète cesse, et ensuite par une petite fourchette qui s’abat entre la matrice et la tête, laquelle fourchette, par un mouvement rétrograde dans le sens de l’e'pingle, la retire entièrement de la matrice et la fait tomber dans une boîte placée au-dessous.
- Ainsi une épingle est faite en six opérations : i° le dressement à l’engin ; 2° le coupage ; 3° première façon de la pointe • 4° adouci de la pointe ; 5° ébauchage de la tête ; 6° dernière façon de la tête. Il y a toujours six épingles en confection sur la machine, qui passent successivement par chacune de ces divisions de travail.
- Les nombreux mouvemens variés et simultanés que cette machine exige sont produits tous par un seid axe à manivelle qu’un homme fait tourner, et qui communique son mouvement à un second axe, à l’aide d’un pignon de i5 dents contre un de 3o, de sorte que le mouvement du mécanisme, comparé à celui du moteur, se trouve ralenti de moitié ; et comme c’est le second axe qui porte, tant en dehors du bâti qu’en dedans, les excentriques et les cames qui font jouer toutes les pièces de la machine , il s’ensuit qu’il faut deux tours de manivelle pour produire une épingle. L’inventeur estime que sa machine peut recevoir une vitesse de 80 tours de manivelle par minute, et faire par conséquent |o épingles d’un numéro quelconque pendant le même temps, ou 2,400 par heure. Nous croyons qu’en effet on peut lui imprimer cette vitesse, tant les mouvemens s’exécutent avec facilité.
- Les meules d’empointage, dont les plans sont obliques par rapport à la direction des épingles, reçoivent leur mouvement d’une poulie fixée sur l’arbre de la manivelle et par des cordes à boyaux. Ces meules tournent avec une vitesse de 600 tours par minute.
- Cette machine, dont l’emplacement n’exige pas plus d m mètre superficiel, coûte 3,000 francs. On peut, avec des pièces de rechange, fabriquer par son moyen plusieurs numéros d é-pingles ; mais il paraît qu’en Angleterre, où elle est en activité depuis quelques années, 011 préfère en avoir une pour chaque
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- numéro : ce qui ne laisse pas que d’employer un capital assez considérable, puisqu’on fabrique jusqu’à trente-deux numéros d’épingle.
- Tl paraît que son travail, dans l’état où elle est, ne présente pas d’avantages sur la fabrication ordinaire : mais il est possible qu’on parvienne à la perfectionner. C’est pouf cette raison que nous avons pensé qu’il convenait de la faire connaître.
- Machines hydrauliques. On donne ce nom aux machines qui servent à élever l’eau, et à celles que l’eau fait.mouvoir. Dans le premier cas, voyez Bélier hydraulique, Noria, Chapelet, Pompes, Yis d’Archimède. Dans le second, voyez Moteur hydraulique , Roues hydrauliques.
- Il y avait à Marly une machine hydraulique qu’on regardait comme une merveille. Elle élevait l’eau de la rivière , qui, à cet endroit, a une chute, dans un réservoir placé à 5oo pieds de hauteur, d’où elle se rendait et se rend encore, par des tùvaux de fonte, à Versailles.
- Cette machine de Marly, construite sous Louis XIV par un Hollandais, se composait de 14 roues hydrauliques de 3o pieds de diamètre, dont les unes faisaient jouer des pompes qui portaient l’eau dans un premier réservoir placé à mi-côte, tandis que les autres faisaient mouvoir des balanciers en fer,, réunis par des barres également de fer, qui transmettaient le mouvement à des pompes placées'dans le susdit réservoir'et dans un second, d’où l’eau était enfin, après deux reprises, élevée au point culminant du réservoir supérieur. On ne pensait pas alors que des tuyaux de fonte fussent capables de résister à la pression d’une colonne d’eau de 5oo pieds. C’est pour cela qu’011 l’avait divisée en trois et qu’on avait fait tous ces échafaudages le long de la côte pour porter le mouvement aux pompes intermédiaires. Tout cela est supprimé aujourd’hui et remplacé par une très belle machine à vapeur de la force de 60 chevaux, construite par MM. Cécile et Martin ; elle fait monter l’eau tout d’un jet dans le réservoir supérieur, au moyen de huit fortes pompes foulantes jouant simultanément , mais de manière à fournir un jet continu. Des, 14 roues
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- hydrauliques, on n’en a conservé qu’une pour servir dans le cas de besoin.
- Machixes théâtrales. ( V. Théâtre. ) E. M.
- MACHINE ( Supplément à l’article précédent ). L’utilité dont peut être une machine n’est qu’un fait qui résulte d’un calcul d’argent. Si une machine donne des produits dont la vente amène des bénéfices plus grands que ne le ferait tout autre procédé, le fabricant doit la regarder comme utile. Mais cette supputation dépend d’élémens très composés; elle doit, d’ailleurs, être faite avant d’établir la machine, pour juger s’il faut ou non s’en servir ; il convient done de donner sur ce sujet quelques principes généraux propres â guider dans cette détermination.
- On commencera par évaluer le capital que doit coûter la machine et ses frais de mise en activité; l’intérêt de cette somme sera considéré comme une dépense annuelle, et il faudra élever cet intérêt à un taux à peu près double de celui qui est accordé généralement pour les placemens en perpétuel, parce que les matières, en se détruisant par l’usage, rendent, après un certain temps, le capital nul ou à peu près ; ce n’est donc qu’un placement viager. A cet intérêt on ajoutera les dépenses annuelles pour faire fonctionner l’appareil, telles que salaires d’ouvriers, chauffage, éclairage , patente , ustensiles, loyer des bâtimens, etc. ; enfin, le prix des matières employées à la fabrication, et les frais d’entretien et réparation des pièces usées. En comparant ces dépenses réunies au produit total de la machine durant une année , on en déduira le prix coûtant des objets confectionnés. Il sera donc aisé de reconnaître si l’on peut avec avantage et bénéfices soutenir la concurrence avec les fabriques déjà en activité , sous les rapports de quantité , qualité et prix des objets. Cette balance apprendra s’il est utile ou non d’employer la machine qui fait le sujet de ces calculs.
- Plusieurs considérations accessoires doivent aussi être attentivement examinées : i°. la machine ne doit pas chômer par le fait des réparations quelle exigera; car le fabricant serait
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- obligé de la doubler pour suffire aux demandes , ce qui accroîtrait ses frais d’établissement. On sait combien il importe au manufacturier de ne pas être forcé à suspendre ses fournitures , parce que le consommateur irait chercher ailleurs les produits, et ne reviendrait peut-être plus ensuite les demander au propriétaire de la machine.
- 2°. Ordinairement les objets confectionnés par des machines ont plus de régularité que ceux qu’on obtient autrement : mais il faudra s’assurer si cette condition sera remplie, car, à prix égal, le public donnera certainement la préférence aux choses mieux exécutées. La machine ne peut être avouée comme bonne qu’autant qu’elle a une action uniforme qui donne au produit une exacte régularité ; et quand bien même elle paraîtrait avantageuse à employer sous le rapport des bénéfices, bien que ses effets fussent de qualités variables, il ne faudrait pas l’établir sans la perfectionner, pour éviter que d’autres fabricans plus habiles ne réussissent mieux, ce qui entraînerait infailliblement la ruine de l’entreprise.
- 3°. Lorsqu’on attend du travail d’une machine un produit compliqué, il importe d’en analyser les détails pour s’assurer si quelque partie ne serait pas utilement exécutée à la main ; car alors il faudrait renoncer à la portion de la machine qui s’y rapporte, et lui substituer le travail manuel.
- Je donnerai pour exemple la jolie invention de M. Hoyau pour faire les agrafes ( F. le Bulletin de la Société d’Encou-ragement pour 1827) ; il fabrique à la fois quatorze pièces, savoir, sept crochets et sept portes , des diverses grandeurs demandées par le commerce : mais on peut arrêter telle partie qu’oir veut de la machine, pour en suspendre l’action, ou pour la réparer, sans que le reste cesse de fonctionner ; et comme la dépense nécessaire pour plier le bec du crochet avec des pinces est très légère, l’auteur, qui aurait pu facilement faire exécuter cette partie du travail par la machine, a mieux aimé y renoncer. A cette courbure près , les agrafes sortent toutes faites de sa machine.
- ' 4°. Il faut examiner si la force nécessaire pour animer l’ap-
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- pareil sera constamment disponible , et à quel prix on en peut jouir. Les cours d’eau, le vent, la force des animaux, les actions intelligentes de l’homme, sont variables selon les temps et les lieux ; et la machine ne doit pas être arrêtée ou ralentie contre le gré du fabricant, à moins qu’il n’y trouve d’autres avantages propres à compenser ce défaut.
- 5°. On doit soigneusement s’assurer des débouchés pour les produits, sous peine de perdre ses soins et son argent.. Une machine très ingénieuse , qui a coûté plusieurs millions, était établie en Angleterre ; elle faisait des clous de toutes dimensions. L’entreprise a été ruinée, parce que , pour compenser les- frais et payer l’intérêt du capital, il était nécessaire de fabriquer plus de clous que l’Europe entière n’en consomme. La machine aurait peut-être suffi à cette entreprise gigantesque; mais les circonstances locales s’opposaient aux débouchés.
- 6°. Il faut surtout veiller, dans l’établissement d’une machine, à ce que les pièces aient la solidité nécessaire pour résister à la fatigue. Rien n’est plus funeste à une entreprise, que de la fonder sur un travail sujet à être interrompu chaque jour, pour faire des réparations aux pièces ; sans compter que la vie des ouvriers peut quelquefois être compromise par l’action d’un appareil qui tout à coup s’arrêterait, ou prendrait une vitesse considérable , par la rupture de quelque partie.
- y°. Il faut obéir aux conditions générales établies en divers endroits de notre Dictionnaire, sans lesquelles une machine ne peut être bonne, durable et économique. Ainsi, les frotte-mens doivent être adoucis le plus possible , les résistances rendues uniformes, ou du moins variables par degrés, aucun bruit ne doit se faire entendre, si ce n’est lorsqu’un choe est nécessaire à l’effet demandé ; les trépidations et actions brusques et latérales doivent être prohibées , comme destructives de l’appareil, et absorbant la Force vive en pure perte, etc., etc.
- Quant au calcul de la force nécessaire pour animer la machine , sa disposition, sa nature et la résistance étant données , oïl la décompose en ses éléincns, c’est-à-dire en machines
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- simples, car nous avons déjà dit que quelque composé que soit un appareil, il n’est jamais formé que de poulies , plans inclinés, leviers , treuils , etc., qui, par leur combinaison, réagissent les uns sur les autres. Les pressions qu’exerce l’une de ces machines simples sur les deux qui sont en contact immédiat avec elle, sont assimilées, l’une à la force, l’autre à la résistance que cette partie du mécanisme doit animer : :ces deux puissances seront désignées chacune par une lettre, P et Q, par exemple. Dans le cas d’équilibre, il y aura entre P et Q une relation connue, qui est celle dont nous avons parlé page 463 , entre la puissance P et la résistance Q, pour la machine dont il s’agit . Chaque machine simple donnera une équation de cette espèce ; et comme la pression de deux machines élémentaires l’une sur l’autre est la même,, la réaction étant toujours égale et contraire à l’action , cette pression est résistance pour l’une et puissance pour l’autre. Ces équations auront donc des forces communes deux à deux et l’on pourra les éliminer , ou même les déterminer par le-calcul, de manière à connaître les pressions et actions réciproques d’un élément sur l’autre, et à obtenir la relation entre la puissance et la résistance que la machine doit mouvoir. On donnera donc des applications de cette méthode aux articles Roues dentées , Plan incliné , etc.
- Par exemple, supposons que la force?£) (fig. i , PI. 37 des Arts mécaniques ) agissant sur la manivelle BC, fasse tourner la vis sans fin FE, engrenant avec la roue dentée K ; le poids R montera, et la corde Rr s’enroulera autour du cylindre Rr, si la force Q est suffisante. Pour trouver la relation d’équilibre entre P et Q , décomposons le système en deux machines simples, la manivelle BC, qui fait tourner la vis FE animant la roue dentée K, et le treuil formé de cette roue et de son cylindre rc; posons les conditions d’équilibre propres à chacune Me ces parties. Nommons X la pression exercée par les filets de la vis sur les dents de la roue. Il est clair que si l’on supprimait la roue dentée ou bien la vis, l’équilibre existerait encore dans la machine simple, qui subsisterait, si
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- l’on y appliquait la résistance X aux dents de la roue , ou bien aux lilets de la vis. Ainsi, pour l'équilibre de la vis entre O et X, on a ( Vpage 465)
- Q : X :: A ; cir. y, ou AX = Q cire, q,
- en nommant h le pas de vis FE et q le bras CB de la manivelle. De même l’équilibre du treuil Kc entre la pression X et la résistance R, donne
- X ! R : ; r : A, ou Rr = A-X,
- en nommant k le rayon Kc de la roue , et r le rayon rc du cylindre. Donc en multipliant ces deux équations membre à membre, on trouve RrA =Q£.circ. q, pour la relation propre à faire connaître la force Q capable d’équilibrer le poids R dans la machine proposée. Ainsi , dans l’équilibre de la -vis sans fin, le produit de la résistance par le pas de la vis et par le rayon du cylindre , doit égaler le produit de la puissance par le rayon de roue et par la circonférence que la puissance tend à décrire. On peut ensuite trouver la pression X à l’aide de l’une ou de l’autre des deux premières équations.
- On se conduira d’une manière analogue dans toute autre circonstance, quelque compliquée que soit la machine proposée.
- Le principe des vitesses virtuelles donne un moyen extrêmement commode de déterminer le rapport de la puissance à la résistance dans toute espèce d’appareil ; comme nous nous réservons de traiter çe sujet à part avec l’étendue qu’il comporte, nous renverrons à l’article Vitesse.
- Tout ceci suppose qu’il n’v a pas de frottement dans la machine ; hypothèse absolument inadmissible dans la pratique. Mais la marclre que nous avons suivie ci-dessus n’en est pas mojns celle qu’on doit observer pour calculer le* rapport de la puissance à la résistance ; seulement, il faut se servir des équations d’équilibre déterminées pour le cas ou le frottement existe. On sait que ce frottement est une ioree
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- passive, utile à la force cjui fait équilibré , nuisible à celle qui produit le mouvement , et variable au gré des diverses circonstances où elle se développe : mais nous avons donné , à l’article Frottement , les règles propres à la déterminer et à l’introduire dans les calculs. Il serait superflu d’y revenir ici : il en est de même des autres obstacles au mouvement, tels que la raideur des cordes, l’adhésion des surfaces et la résistance des milieux.
- Une fois qu’on a trouvé les conditions d’équilibre , il suffit d’accroître tant soit peu la puissance , pour être assuré qu’elle surmontera la résistance ; alors la machine fonctionnera. Le calcul de la puissance et de ses effets est donc toujours possible et soumis à des règles fixes et certaines.
- Nous n’avons pas eu le dessein , en publiant notre Dictionnaire , de décrire toutes les machines utiles : le travail eût été immense ; nous avons senti la nécessité de nous borner à celles qui sont le plus usitées, ou du moins qui sont remarquables par l’esprit d’invention. Ce n’est pas dans le présent article que l’on trouvera la description de ces appareils; chacun est ex— posé à l’article spécial qui est consacré à l’objet fabriqué. Ainsi les Machines à laver, à piler, à scier, à forer, à mâter, à draguer, etc., sont expliquées aux mots Alésoir ,. Bocard ,. Scierie, Foret, Fardeaux (T. VIII, p. 420) 1 Drague et Curage , etc. Cependant il existe divers appareils usités en Physique et dans les. Arts , qui ne peuvent trouver place dans d’autres articles , et que nous décrirons ici, parce qu’il est plus naturel que le lecteur les y cherche qu’en tout autre lieu du Dictionnaire.
- MACHINES (J rts physiques).
- Machine pneumatique. C’est un appareil destiné à faire lé vide dans un vase : il a été inventé par Otho de Guérici., et sert dans un grand nombre d’expériences de Physique et de Chimie. Pour se représenter cet instrument, concevons une pompe aspirante hermétiquement jointe à un ballon de verre, de manière que l’air ne puisse se faire passage ni entre le pis-
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- ton et le corps de pompe, ni dans les pièces de jonction de la pompe avec le ballon; que le piston soit d’ailleurs enfoncé jusqu’au bas du corps de pompe. Dans cet état, si l’on tire le piston, l’air intérieur se répandra dans toute l’étendue de ce cylindre, et son ressort élastique sera diminué dans le rapport des deux espaces qu’il a remplis successivement, conformément à la loi de Mariotte ( V. Dilatation. ). Qu’on ferme la communication entre le ballon et le corps de pompe à l’aide d’un robinet, et qu’on enfonce de nouveau le piston : l’air déjà raréfié contenu dans le corps de pompe pourra s’échapper par une soupape adaptée au piston, et qui se fermera aussitôt que ce piston sera redescendu. En recommençant à tirer le piston , après avoir rouvert le robinet, on soustraira une nouvelle portion d’air intérieur ; et l’on conçoit que par cette manœuvre réitérée, on diminuera la quantité de cet air de plus en plus, non pas jusqu’à l’enlever en totalité, mais du moins jusqu’à ce qu’il en reste très peu. C’est ce qu’on appelle faire le vide
- Un semblable appareil serait bien incommode à manœuvrer; car, outre qu’il faut ouvrir et fermer successivement l’accès à l’air à chaque coup de piston, on voit que le vide intérieur ne s’obtient que graduellement et en surmontant des portions croissantes de la pression atmosphérique. Si le vide est parfait, on a dû au dernier coup faire un effort capable de soulever le poids de l’atmosphère, ce qui revient à élever une colonne d’eau de io mètres (32 pieds) de toute la hauteur parcourue par le piston, et ayant pour base cette surface , outre la résistance du frottement, qui est ici très considérable. En donnant à la machine pneumatique la disposition qui va être décrite, on évite une grande partie de ces inconvéniens. ( V. fig. i , PI. 14, des Arts physiques. )
- Au lieu d’un seul corps de pompe, on en emploie deux dont les tiges de pistons, années d’une crémaillère, sont mises en mouvement par une roue dentée, à l’aide d’un levier à bascule MM qui est fixé par son milieu à l’axe de cette roue. On voit qu’en donnant à ce levier un mouvement de va-et-uent
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- circulaire, on fait tourner en sens alternatifs la roue dentée , qui fait monter l’un des pistons en même temps que l’autre descend ; en sorte que si d’une part on doit surmonter le poids de l’atmosphère pour élever le piston, ce même poids, en pressant d’autre part le piston descendant ( sous lequel on a un vide partiel) , aide la puissance, qui n’a plus à vaincre que la résistance constante du frottement, les deux autres forces se faisant équilibre. Cet appareil est vu de côté fig. 2 , où l’un des pistons est censé caché par l’autre, leurs projections verticales se confondant.
- Un plan horizontal de glace GG sert de support à la cloche R, ou récipient, où l’on veut faire le vide ; et comme il faut que la jonction de l’une sur l’autre soit si exacte que l’air ne puisse se glisser par les bords en contact, on rode avec soin à l’émeril ces bords, et l’on enduit de suif ou d’huile la glace, qui est parfaitement dressée et dépolie : ce corps gras suffit pour conserver le contact.
- Un tuyau recourbé Vo, qui se divise en deux canaux, va aboutir du centre Y de la glace à chacun des corps de pompe. Un petit bouchon conique b est destiné à fermer l’orifice o, qui est convenablement calibré ; ce bouchon termine une tige lt' qui traverse le piston avec un frottement assez dur pour que l’air ne puisse se glisser dans le conduit de passage. On voit que lorsque le piston descend, le bouchon se glisse, ferme l’orifice o, et qu’il le rouvre en remontant. Et comme cette tige l£ est presque aussi longue que le corps de pompe, son bout supérieur vient buter contre la plaque qui ferme le haut du cylindre , et le bouchon ne s’éloigne qu’à peine de l’orifice o qu’il doit clore.
- Une soupape garnit le piston P pour laisser évacuer l’air aspiré dans le corps de pompe : cette soupape s’ouvre de bas en haut, de manière à rester fermée quand on soulève le piston, chargée qu’elle est du poids de l’air et de son propre poids ; et au contraire à se lever, pour chasser l’air contenu dans le corps de pompe , lorsqu’on fait redescendre le piston ; car alors cet air se comprimant de plus en plus, la soulève
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- pour s’échapper. Comme ii importe de rendre facile le mouvement ascensionnel de cette soupape , on dispose un ressort à boudin chargé d’en supporter le poids presque entier.
- Le bec Y du conduit est travaillé en vis, afin d’y adapter des ballons dont le col, convenablement garni d’un écrou de même pas, se visse en V au lieu et place de la cloche, lorsqu’on préfère se servir d’un récipient sphérique.
- On comprend qu’ea faisant basculer par mouvement de va-et-vient le levier MM, on fera alternativement monter et descendre chacun des pistons, et l’on diminuera de plus en plus la densité de l’air intérieur. 11 est facile de calculer à chaque coup de piston quelle portion de vide on a produite, en connaissant le rapport des volumes de la cloche et de l’excursion du piston, qui doit toujours s’appliquer très exactement sur le fond du corps de pompe à chaque descente. Mais on préfère mesurer effectivement le degré du vide à l’aide d’une éprouvette dont l’appareil est muni.
- L’éprouvette est un court baromètre à siphon ( fig. 3 ) ayant des branches égales, à peu près de i5 centimètres (9 pouces) de long. Le tube ABCD est fixé sur une planchette graduée en millimètres, et environnée d’une petite cloche de verre, dont le pied perforé est vissé au-dessus de quelque point du canal qui aboutit aux pistons. L’air contenu sous cette cloche est ainsi en communication avec celui de ce conduit, et y a la même densité que sous le récipient. L’un des bouts supérieurs du tube de l’éprouvette est bouché et l’autre est ouvert; on y a introduit du mercure purgé d’air et d’humidité, comme dans un Baromètre, en sorte que ce fluide métallique, presse par l’air qui est dans une des branches du siphon, est poussé jusqu’au sommet fermé du tube, pour que le vide n’y existe pas. Les choses demeurent en cet état tant que le vide sous la cloche n’est pas poussé jusqu’au degré où le ressort de 1 air intérieur devient moindre que le poids de la petite colonne de mercure suspendue dans l’une des branches au-dessus du niveau H de la branche ouverte ; mais dès que la densité devient moindre que ce poids, on voit le mercure descendre
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- d’un côté et monter de l’autre. Si le vide était parfait, le mercure serait de niveau des deux parts, puisqu’il n’y aurait aucune force pour le soutenir ni d’un côté ni de l’autre ; et si le vide n’est qu’approché, on apprend combien d’air il reste encore en lisant la différence de niveau sur l’échelle et se servant de la loi deMariotte. Que l’éprouvette marque, par exemple, 4 millimètres pour cette différence, et que le baromètre à l’air libre se tienne à '-68, la dilatation de l’air sous la cloche sera exprimée par le rapport de 768 à 4) savoir 192; c’est-à-dire que l’air y est 192 fois plus rare qu’au dehors, ou que celui qui remplit actuellement la cloche, s’il était réduit à n’occuper que le 192e de l’espace où il est répandu, redeviendrait aussi dense que l’air extérieur (1).
- Au lieu d’éprouvette , on se sert quelquefois, pour mesurer le degré du vide, d’un tube vertical ouvert aux deux bouts , et dont l’orifice inférieur plonge dans une cuvette à mercure, le supérieur s’ouvrant sous le récipient, de manière que le vide se fasse dans l’un et l’autre à la fois. La pression sur le bain de mercure est celle de l’atmosphère, tandis qu’à l’intérieur elle va sans cesse décroissant. Pour l’équilibre, il faut donc que le mercure s’élève dans le tube jusqu’à ce que le poids de la colonne, plus le ressort de l’air intérieur, fassent une somme égale à la colonne barométrique qui est à l’air libre. On en déduit donc à chaque coup de piston le degré du vide intérieur, en divisant cette dernière colonne de mercure par l’excès de l’une des colonnes sur l’autre. Si le baromètre libre marque 768'”", et le tube de la machine il y a
- (1) Le volume d’air V du lécipient supporte d’abord la pression barométrique p 5 lorsqu’on aura diminue sa densité, si l’air restant était soumis à la pression p, il n’occuperait plus que le volume soit V = « n mesurera la dilatation de l’air dans son nouvel état, puisque les forces élastiques d’une meme masse d’air sont réciproques aux volumes qu’on lui fait occuper, on a / V = p v, f étantfla force élastique de l’air dilaté, savoir fn = p \ d’oii
- ainsi qu’on le dit dans le tcxM.
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- 4 millimètres de différence , et la dilatation de l’air intérieur est exprimée par le rapport de 768 à 4, comme ci-devant.
- Le conduit de communication des pistons est muni d’ua robinet qu’on ferme lorsqu’on veut faire le vide, et qu’on ouvre pour laisser rentrer l’air; sans cela il serait impossible d’enlever la cloche où le vide est fait , sans vaincre le poids énorme d’une colonne d’eau haute de 1 o mètres, plus ou moins, et ayant pour base la base de la cloche.
- Les bonnes machines pneumatiques sont très difficiles à bien exécuter. Il faut que les bases des pistons portent sur les bases des corps de pompe, sans aucun intervalle ; que les bouchons ferment exactement les orifices, et que leurs tiges jouent librement dans leur canal ; que les engrenages soient faciles ; que les soupapes des pistons soient fortes et légères; la glace bien plane, les vis bien justes, les cloches bien rodées, etc; Les artistes Fortin et Picci sont ceux qui réussissent le mieux à fabriquer ces appareils.
- Comme les deux bras de l’homme développent des forces très inégales, on conçoit que le mouvement de bascule fatigue plus l’un que l’autre : on a cherché un mécanisme propre à donner le va-et-vient aux pistons par une rotation continue. M. Ritchie (Edimbourg, Journal des Sciences 1826, juin, page 118) place deux roues d’engrenage l’une au-dessus de l’autre, dans' le même plan vertical que les crémaillères ; ces roues sont égales, et l’une est mue par une manivelle; elles engrènent ensemble et tournent en sens contraire : mais leur denture ne règne que sur une moitié de leur épaisseur, savoir, sur le bord antérieur pour une demi-circonférence, et sur le postérieur pour le reste du contour. Quand 1 une de ceg roues a élevé l’un des pistons et abaissé l’autre, elle cesse d’engrener avec les crémaillères parce qu’elles ne sont plus en prise, attendu qu’elles ne trouvent plus de dents sur le demi-contour qui leur correspond. Cette roue achève donc son tour sans rien produire , si ce n’est qu’elle force 1 autre roue à tourner : celle-ci entre en prise dès que la première quitte , et comme elle tourne en sens opposé, elle donne aux
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- pistons un mouvement contraire à celui qu’ils ont reçu. Les dents du bord de devant ne mènent que l’une des crémaillères , et celles du bord de derrière que l’autre, parce qu’on a soin de disposer les engrenages dans deux plans verticaux perpendiculaires à l’axe de rotation et situes le long des bords respectifs.
- Le journal cité (janvier 1827, page 133) décrit une machine de M. Buchanan pour faire le -vide ou condenser Vair dans un récipient, sans le secours des soupapes ; elle est très ingénieuse. Elle a deux corps de pompe, l’un vertical et l’autre horizontal : le premier est porté sur le milieu du second, avec lequel il est en libre communication par un petit orifice percé à leurs parois en contact ; le fond du cylindre horizontal porte un tube qui se rend dans le récipient de la machine. Quand le piston de la pompe horizontale est appliqué sur le fond de son cylindre, les deux corps de pompe communiquent avec l’air extérieur, par l’ouverture qui est percée dans l’un et l’autre ; on abaisse alors le piston vertical, puis on tire l'horizontal : l’orifice qui était en arrière de celui-ci passe alors au-devant. On soulève alors le piston vertical, et le ressort de l’air intérieur est affaibli, puisque cet air s’est répandu dans les deux cylindres : on rentre d’abord le piston horizontal, et le ressort de l’air n’est plus affaibli que par le volume de l’une des capacités cylindriques ; puis on abaisse le vertical, et ainsi de suite : le vide se produit peu à peu par cette manœuvre alternative. Le même appareil peut servir à la condensation de l’air sous le récipient, en donnant aux mou-vemens des pistons une action dans un autre ordre, et chacun peut aisément reconnaître le mode de succession qui est capable de produire cet effet.
- M. Ritchie a aussi inventé une machine pneumatique sans soupape avec une seule pompe (journal cité, juillet 1826, page 112). Lorsque le piston est au bas du cylindre, l’orifice du tuyau latéral de communication avec le récipient se trouve situé immédiatement au-dessus du piston : le haut du cylindre est hermétiquement fermé par un fond que la tige du
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- piston traverse en glissant clans une boîte à cuir, sans permettre à l’air d’y passer ; il y a un petit trou au fond supérieur. Lorsqu’on soulève le piston, le conduit d’en bas se trouve au-dessous, et l’air du récipient se raréfie. Quand le piston est au bout de sa course , on ferme avec le doigt l’orifice supérieur et l’on abaisse le piston jusqu’au bas du corps de pompe, ce qui fait le vide au-dessus et force l’air à refluer dans le récipient et à revenir à sa tension primitive. Mais dès que le piston a passé sous l’orifice inférieur, cet air se répand au-dessus du piston où le vide est fait ; et en enlevant le piston, puis débouchant le trou supérieur, on chasse cette quantité d’air, et l’on vide le cylindre de tout celui qui s’v trouve. En répétant cette manœuvre, on fait le vide dans le récipient.
- Machine de compression ou de condensation. Le récipient (fig. 4) est nu vase cylindrique MG en verre très épais, pour résister à la pression intérieure ; les fonds sont des plaques de cuivre qui s’appliquent juste sur les bases du cylindre, et v sont maintenues par un scellement et par des tringles de fer taraudées aux deux bouts et serrées par des écrous. Le tout est enveloppé d’un grillage pour parer aux accidens possibles , si la compression de l’air venait à briser le vase. Le fond inférieur est muni d’un canal de communication qu’on visse au bout d’un tuyau, par où l’air va être successivement refoulé. Un robinet 11 sert à fermer le récipient, lorsqu’on veut le séparer des pompes foulantes, en conservant celui-ci plein d’air condensé.
- La condensation pourrait se faire avec une simple pompe foulante garnie de soupapes ; mais il est préférable de se servir de l’action alternative de deux de ces pompes, disposées comme dans la machine pneumatique ( V. fi g. 4 ) ; mais 1CI l’action de ces appareils ne se contre-balance plus, et l’effort va croissant avec le degré de condensation, ce qui oblige a faire les pistons d’un petit diamètre (V. Pression.). Chaque cylindre porte à sa base une soupape qui se lève pour laisser entrer l’air que le pistou chasse devant lui quand on 1 a-baisse, et qui se referme aussitôt; en sorte qu’on peut sou-
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- lever le piston, lequel porte aussi une soupape pour laisser entrer l’air dans le cylindre , à mesure que ce corps s’élève ; air qui va bientôt être chassé à son tour dans le récipient. ( V, Pompe foulaxte. )
- Pour évaluer la pression intérieure, on emploie une éprouvette ( fi g. 3 ) semblable à celle qui sert à mesurer le degré de dilatation ; mais ici le haut A de la branche fermée du tube , contient mie certaine quantité d’air sec qu’on y a emprisonné au-dessus de la colonne de mercure, laquelle s’élève dans la branche ouverte jusqu’en un certain point h , à l’air libre; en sorte que la différence entre -les deux niveaux est l’effet du poids de l’atmosphère , qui surpasse d’autant le ressort de l’air intérieur , quelque peu affaibli par ce poids. A mesure que l’air se condense dans le récipient, et aussi dans l’éprouvette , qu’on visse au-dessus du canal de communication des pompes , et dont l’air a même ressort, on voit le mercure s’abaisser dans la branche ouverte h\{ , s’élever dans la branche fermée BA, et la colonne d’air enfermée dans le tube se resserrer de plus en plus. Sa densité s’accroît et résiste davantage à la pression, selon la loi de Mariotte ; et l’équilibre de cet air, qui s’établit nécessairement, permet de juger de l’état de l’air comprimé dans le récipient par celui du tube de l’éprouvette, c’est-à-dire par la différence des deux colonnes de mercure dans les tubes (1).
- Au lieu de l’éprouvette , on se sert aussi, pour mesurer la tension de l’air condensé , d’un long tube plein d’air , fermé
- (i) Soit p le nombre de millimètres du baromètre à l’air libre , et a celui de-l’éprouvette avant l’expérience ; p — a est la tension de l’air dans le tube. On connaît le volume V de cet air, par les degrés qu’on lit sur le tube dans las partie occupée par l’air, et aussi le volume Y' qu’il occupe après la eonden-
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- sation. La loi de Mariotte donne Y ' ; V “ p — e If, d’oiif = 'j> — a)
- pour le ressort de l’air intérieur aptes l’expérience. Soit h la différence de niveau des deux colonnes de mercure, le ressort de l’air comprimé extérieur
- sera visiblement F — h -p 'p — n) ^-p
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- en haut et plongeant dans un bain de mercure. D’abord le ressort de l’air étant égal dans le tube et au dehors, le niveau du mercure est le même dans la cuvette et dans le tube • mais si cet appareil est en communication avec le récipient d’air condensé , le mercure s’élève dans le tube et refoule l’air à la partie supérieure , de manière à occuper un volume d’autant moindre que la compression est portée plus loin.
- Machine Electrique. V. T. VII, page 5i8, au mot Électricité.
- Machine d’Athood. C’est un appareil qu’on emploie dans les cours de Physique, pour vérifier par expérience les lois de la chute des corps pesans, La partie principale de cet appareil est un support vertical divisé en centimètres , et portant en haut une poulie très mobile , à axe horizontal, sur la gorge de laquelle est passée une soie ; à ses deux bouts sont suspendus des poids inégaux ; le plus lourd entraîne l’autre et descend avec une vitesse croissante comme les temps, et parcourant des espaces qui augmentent comme les carrés des temps. Comme ici la gravité s’exerce sur des poids qui tirent en sens contraire , le mouvement est d’autant moins rapide que les poids sont plus grands et plus. proches de l’égalité ; d’où l’on voit qu’on est maître de ralentir la chute à volonté, et par conséquent qu’il devient facile de mesurer les espaces décrits. Si les poids étaient égaux, le mouvement ne serait que l’effet d’une impulsion et aurait une vitesse constante; seulement, cette machine ne donne pas les résultats rigoureux de la théorie, parce qu’il faudrait y tenir compte des résistances.
- Pour en diminuer l’effet et faciliter les observations, l’appareil est pourvu d’une pendule sonnant les secondes , qui permet de compter les temps écoulés; et la poulie tourne, non pas sur deux collets fixes , mais sur des roues extrêmement mobiles, et qui, entraînées par la rotation de laxe, changent le frottement en celui de seconde espèce. ( V. Frottement. ) L’horloge porte une détente qui soutient celui des deux poids qui est le plus lourd , et cette détente, qui est au
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- iét0 de l’éclielle verticale , part et abandonne le poids lorsque l’aiguille du compteur arrive au zéro du cadran ; cet effet obéit au mouvement même de l’horloge. A partir de ce moment, on commence à compter les secondes de la chute. Un support horizontal peut être fixé en tel point qu’on veut de l’échelle par une vis de pression ; et lorsque le poids descendant vient s’y placer en frappant, on sait au juste quel est l’espace décrit pendant le temps écoulé. On peut même placer quelquefois un support en cercle à jour, qui laisse passer le poids dans sa chute , mais retient un poids additionnel dont on l’a surchargé, poids dont le diamètre surpasse celui du cercle à jour; et l’on peut, par conséquent, suivre la chute d’un corps qui est tout à coup allégé d’une partie de son poids.
- La fig. 5 représente la machine d’Athood, que nous ne croyons pas nécessaire d’expliquer plus en détail. Les personnes qui désireraient des développemens plus étendus sur cette construction, et particulièrement sur celle de la détente , peuvent recourir à la Mécanique de M. Hachette. Les supports des quatre rouleaux de friction de la poulie sont fixés sur une plate-forme, à 19 centimètres au-dessus du chapiteau de la colonne verticale. La hauteur totale de l’appareil est de 2,4 mètres. Le pied est une base carrée portée sur les bouts de quatre vis à caler, pour que l’échelle soit exactement verticale. Le rayon de la grande poulie est de 94 millimètres ; la gorge a 3 millimètres de profondeur ; les rouleaux ont 60 millimètres de rayon ; leurs axes et celui de la poulie sont parallèles, et à 88 millimètres de distance mutuelle , en forme de triangle équilatéral.
- Quant aux lois_de la gravité , elles ont été exposées au mot Chute. Yoici comment on les vérifie à l’aide de la machine d’Athood , en négligeant le poids de la soie de suspension, l’inertie des poulies, et les résistances de l’air, du frottement et de la flexion de la soie sur la poulie. Évaluez la différence et la somme des poids suspendus aux deux bouts du fil, et formez-en une fraction ; prenez pour force de gravité Tojie XII. 32
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- cette fraction du nombre gm,8i qui est, comme on sait, r;n_ tensité de la gravité totale ; vous aurez un résultat qui sera la valeur de la gravité produisant le mouvement des deux poids, c’est-à-dire que la chute se fera suivant la même loi que celle des corps pesans ( V. Chute , Pesanteur ), mais comme si la force d’attraction qui la cause était affaiblie dans le rapport de la somme des poids à leur différence (i). Par exemple , si les deux masses sont égales à 5oo grammes, et
- que l’une soit surchargée d’un gramme, vous aurez 1
- tooi
- de 9m,8i, ou 9,8 millimètres, c’est-à-dire que la chute se fera comme si la gravité était réduite au 1001e de cë qu’elle est ; les poids ne parcourront plus que la moitié de gmm,8 dans la première seconde , au lieu de la moitié de 9ra,8i qu’ils parcourraient librement dans le vide ; la vitesse sera alors qmm,8 au lieu de g"1,81. Et si l’on enlève le gramme additionnel, le mouvement deviendra tout à coup uniforme avec la vitesse acquise , conforme à la règle qui vient d’être donnée.
- Machine parallactiqüe , ou équatorial. Un arbre Pp (fig. 6) est situé dans le plan du méridien et parallèle à l’axe de la terre, se dirigeant d’un pôle à l’autre. Un cercle ZMNO attaché à cet arbre , peut tourner autour de lui et faire une révolution entière. Une lunette AE mobile autour d’un axe central C, peut
- (i) Voici la formule algébrique qui exprime ce théorème. Soient e un espace vertical décrit par le poids durant t secondes, v la vitesse de ce poids au même instant, p et p les deux poids, g la gravité ou le- nombre 9ra,8i, ou 3oP‘,ig5; on a
- e
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- P ~ P
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- P — P P ~h P'
- x t
- Si après une chute accélérée durant t secondes , l’excès d u poids p sur/vient à être enleve', la vitesse acquise v se conservé, le mouvement devient uniforme, et les espaces égaux parcourus pendant chaque seconde sont égaux a la valeur ci-dessus de v. Le mouvement est d’autant plus lent que les poids p et p' sont plus grands et moins différons, parce que le numérateur p—? est plus petit, et le dénominateur p 4- // plus grand.
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- se diriger sur le limbe selon tous les rayons de ce cercle. A l’aide de ce double mouvement, on peut amener une étoile quelconque dans le cbamp de la lunette. Un cercle SD fixé perpendiculairement à l’arbre P’p , et par conséquent parallèle à l’équateur, est indépendant de l’arbre , et une alidade Bg se porte sur tous les points de cette circonférence. La lunette AE a pareillement son alidade , qui parcourt le cercle ZN. Ces deux cercles sont divisés en degrés, minutes , etc., et les alidades portent des Vernieks pour évaluer les plus petites fractions. Le cércle équatorial SD a son zéro dans le plan vertical mno , qui est celui du méridien PLp, et l’alidade Bg indique de combien le plan circulaire ZN a tourné autour de l’arbre, en partant de la situation verticale où il se confondait avec le méridien, pour arriver au cercle horaire que l’àstre occupe : elle en indique la distance au méridien ; distance qu’on nomme différence en ascension droite. Le zéro du grand cercle AE est au point où il est coupé par ACE parallèle à mn : ainsi, l’alidade de la lunette marque la distance de l’astre à l’équateur , soit en dessus, soit en dessous de ce plan ; c’est ce qu’on nomme sa déclinaison boréale ou australe. Et comme l’ascension droite et la déclinaison d’un astre sont les deux coordonnées qui en déterminent la position sur la sphère céleste, une seule observation , faite à un instant quelconque, suffit pour en fixer la situation, quoique le ciel entier tourne perpétuellement. Aussi l’équatorial sert-il, principalement dans les grandes observations astronomiques , à observer les planètes et les comètes, pour en apprécier le mouvement propre.
- Nous ne nous étendrons pas davantage sur une matière en quelque sorte étrangère au plan de notre Dictionnaire. Nous nous contenterons de dire qu’on munit l’appareil de diverses pièces propres à en régler la position. L’arbre P'p porte en P une charnière qui permet d’en changer l’inclinaison sur le plan horizontal PI, pour amener cet axe à être parallèle à celui de la terre, angle qui dépend de la latitude du lieu , et est constant pour un observatoire donné. Il faut aussi que la
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- ligne PL , projection de l’arbre sur l’horizon , puisse être ramenée à être dirigée dans le méridien quand elle s’en est écartée. On voit que lorsque la lunette a été dirigée à un astre et fixée au limbe N Z eu un de ses points , il ne sera nécessaire pour poursuivre l’astre dans ses mouvemens successifs, que de l'aire tourner le cercle N Z autour de l’arbre P'p, sans changer la situation de la lunette sur le limbe. La déclinaison de l’astre se conserve constante , et son mouvement en ascension droite va croissant proportionnellement au temps écoulé. On a même imaginé de faire tourner l’arbre par un engrenage communiquant avec une pendule, de manière que la vitesse de rotation du limbe soit précisément celle du ciel étoilé ; et alors la lunette marche avec l’astre, qui se conserve toujours dans le champ, en sorte que l’observateur est dans le même état que si le ciel était immobile.
- Le plus bel équatorial que nous possédions en France, est celui que M. Gambey a fait pour l’Observatoire royal de Paris. Celui de Fraünhofer, qui est à l’observatoire de M. Struve, à Dorpat, est un des instrumens les plus remarquables, par la force de la lunette et la précision des mouvemens.
- Machine de Schemnitz. Cet appareil est destiné à épuiser une mine de plomb sulfuré, à Scbemnitz en Hongrie; elle ne fonctionne que par la seule pression des eaux supérieures. .Deux boîtes hermétiquement fermées sont situées, l’une e au fond du puits a (fig. 7 ) ; l’autre /, d’une capacité double, au sommet d’une colline ; ces boîtes communiquent entre elles par un tuyau i qui s’ouvre aux deux bouts près des fonds supérieurs, et ne donne passage qu’à l’air ; le tuyau nh ouvert près du fond inférieur, sert à vider l’eau du puits, en la montant sur la colline en c, d’où elle s’écoule sur le sol. Ln troisième tuyau kl communique du récipient/ à un réservoir d, qu’on suppose être sur le haut d’une montagne beaucoup plus élevée que l’orifice h d’écoulement. Des robinets sont placés en n, l et m, pour fermer ou ouvrir le passage a l’air et à l’eau, selon le besoin, ainsi qu’il va être expliqué.
- Fermant le robinet l, et ouvrant n et m , le récipient/se
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- remplit d’air, qui communique avec la caisse inférieure e par le tube i; cette caisse, qui est immergée, se remplit d’eau, parce que ce liquide, par la pression extérieure, entre par un orifice en soulevant la soupape g. Qu’on ferme les robinets n et m, et qu’on ouvre l; l’eau du réservoir d descendra dans la boite f, et refoulera l’air dans le tube n; l’eau de la caisse e, poussée par cet air comprimé, montera dans le tube nh, comme si elle était chassée par le poids de la colonne Id. {V. Pressions) Aussitôt que la boîte inférieure e sera vidée d’eau , l’écoulement cessera en h avant que le liquide du récipient supérieur f ait atteint le sommet f du tube ii : alors on fermera le robinet l et l’on ouvrira m, pour faire évacuer l’eau de ce récipient f. Une fois que l’air intérieur, qui est dans l’espace hneif, se retrouve en équilibre de tension avec l’atmosphère , la boîte inférieure e se remplit de nouveau de liquide, qu’on chasse en fermant le robinet m et ouvrant l, pour reproduire l’action de la colonne d’eau il sur l’eau renfermée en e ; et ainsi de suite.
- Ün ouvrier est sans cesse occupé à ouvrir et fermer alternativement les deux robinets l et m ; il ferme l et ouvre m aussitôt que l’eau cesse de coulev en h ; et ensuite il ferme m et ouvre l, dès que l’eau cesse de couler en m. Ce n’est, comme on voit, qu’une application des pressions de l’eau dans les tuyaux , analogue à celle de la Fontaine de Héron. Le réservoir d est à 45 mètres au-dessus du fond de la boîte qui est un cylindre de 1,62 mètres de diamètre , et 1,7g mètres de hauteur. Ce récipient contient donc 3,7 mètres cubes; sa capacité est double de celle de la boîte inférieure e. Il y a 31 mètres de distance du niveau bb de l’eau au fond du puits jusqu’à la surface du sol en h. La machine travaillant vingt-quatre heures sans interruption , élève 411 mètres cubes d’eau, et la source d en dépense 685. Le calcul de ces données montre que le produit utile est les o,4i de la force employée.
- La pression de la colonne d’eau de 45 mètres équivaut à 4 i atmosphères. Lorsqu’on ouvre le robinet n, qui laisse l’issue à l’air comprimé du récipient^ on remarque qu’en s’échappant
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- avec vitesse, cet air humide se dilate subitement et se refroidit, au point d’abandonner la vapeur d’eau qu’il contient et de la congeler. Lorsqu’on présente un chapeau à l’orifice n on le voit se couvrir de petits glaçons ou de neige, selon qu’on ouvre plus ou moins le robinet n.
- La nécessité d’ouvrir et fermer les. robinets m et Z, a conduit M. Boswell à perfectionner cette machine, en y adaptant un appareil qui exécute de lui-même ces deux effets alternatifs; il se sert pour cela de la chute même de l’eau , du réservoir. On trouvera plus de détails sur cette ingénieuse machine dans la Mécanique de M. Hachette, n° 181.
- Machine de \ erra. Deux poulies égales et placées , l’une au fond d’un puits , l’autre en haut, ont leurs axes parallèles et fixés de manière qu’une corde sans fin passée dans leurs gorges y soit convenablement tendue. Lorsqu’on fait tourner la poulie supérieure avec une manivelle, l’inférieure, entraînée par le frottement de la corde, tourne aussi ; et comme cette corde entre dans l’eau pendant une portion déterminée de sa longueur, le liquide s’y attache, et cette adhérence suffit pour qu’il soit entraîné jusqu’en haut, où un conduit le reçoit pour tel usage qu’on en veut faire. C’est une espèce de chapelet, qui ne coûte presque rien à établir et peut être utilement employé , en doublant ou triplant les cordes , et faisant tourner rapidement les poulies. L’emploi de cet appareil est très limité , car l’eau ne peut guère monter par ce procédé qu’à 2 ou 3 mètres d’élévation.
- Canne hydraulique. Imaginez un tube vertical ouvert en haut, et fermé au bas par une soupape, et donnez à ce tube un va-et-vient verticalement : chaque fois que le tube descendra, l’eau qui baigne l’orifice inférieur soulèvera la soupape et entrera dans le tube. En répétant le mouvement, on finit par amener l’eau en haut du tube, qui est recourbé, et rend le liquide dans un réservoir. On produit le va-et-vient, en attachant la canne au bout d’une perche dont l’autre extrémité est fixe , et l’on tire cette perche en bas ; elle se redresse ensuite par son élasticité, comme dans le tour en l’air. D autres
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- moyens peuvent aussi être employés avec avantage pour produire le même effet. {JF. Mouvement.)
- Machine de Vialon. On entoure un arbre vertical de deux tuyaux qui s’élèvent en forme d’hélice (F. fig. 8) : ces tuyaux sont attachés à l’arbre et ouverts en bas; les hélices, tournées en sens contraire , sont égales ; il y a une soupape qui ferme les orifices inférieurs , baignés par l’eau d’ùn puits ; les deux tubes se réunissent et sont soudés en un seul vers le haut, où ils ont un orifice supérieur commun par lequel l’eau est versée. L’arbre peut tourner sur des collets fixés haut et bas : on lui donne un va-et-vient circulaire , à l’aide d’un levier ; dans une des excursions, la pression de l’eau ouvre la soupape de Tuu des orifices, et le liquide monte ; lorsque l’excursion se fait en sens contraire , c’est l’autre soupape qui s’ouvre, et l’eau monte dans le second tuyau.
- Machine centrifuge (fig. 9). Tig est un arbre vertical qui peut tourner sur deux tourillons , lorsqu’on agit sur la manivelle i : à cet arbre sont attachés un nombre quelconque de tubes creux mm, qui plongent dans l’eau par un bout, où ils sont très proches de l’axe de rotation , et qui vers le haut s’en écartent à volonté : ils sont disposés , si l’on veut, selon les arêtes d’un cône tronqué dont le sommet est dans l’eau. Les extrémités supérieures sont recourbées , pour que l’eau qui s’y rend ne se disperse pas én jaillissant dans un canal circulaire II. Lorsqu’on imprime à l’arbre un vif mouvement de rotation, l’eau contenue dans chaque tuyau s’y élève en vertu de la force centrifuge (F. ce mot) ; on munit les orifices inférieurs d’une soupape , pour que l’eau ne retombe pas lorsqu’on cesse de tourner.
- Nous avons cru devoir exposer ici quelques machines hydrauliques , parce qu’étant fondées sur de simples lois physiques , elles n’auraient pu trouver de place convenable à aucun autre article. Nous remettrons à parler des Machines à colonnes d’eau et de divers autres appareils, aux mots Pompes , Siphons, Houes hydrauliques, etc. Fr.
- MACHINISTE. C’est le nom qu’on donne à celui qui in-
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- £><4 MACHINISTE.
- vente, fait ou conduit des machines ; on l’appelle aussi Mécanicien.
- Pour exercer convenablement la profession de machiniste il faut connaître la ge'ome'trie ordinaire, la géométrie descriptive et ses applications, le calcul arithmétique et même algébrique , la statique , la dynamique, l’hydrostatique et l’hydrodynamique. Un machiniste doit posséder également le dessin linéaire. Il doit avoir fait une étude particulière de la mécanique industrielle, non-seulement dans les livres, mais encore dans les ateliers, dans les manufactures ; et puis, pour qu’il soit dans le cas de diriger et de redresser le travail des ouvriers qu’il occupe, il faut qu’il sache travailler de ses mains le bois et les métaux; qu’il en connaisse les propriétés physiques , le poids, la force, la densité ; mais quand il posséderait à fond toutes ces connaissances, il ne deviendra jamais un Faucanson, s’il n’a le génie des machines.
- Avant de commencer l’exécution d’une machine nouvelle, il faut en faire le dessin par projection, sur une échelle la plus grande possible. On la représente en plan, en élévation sur toutes les faces qui diffèrent, et puis on fait des eoupes longitudinales et transversales sur les endroits qui ne se trouvent pas représentés dans les projections. L’art de dessiner les machines est le fruit d’une longue pratique. Il y a dans toutes des pièces ou un mécanisme essentiel, qu’il faut bien saisir et rendre intelligible; le reste n’étant qu’un accessoire qu’on comprend toujours facilement, n’a pas besoin de tant de détail.
- Quand le dessin de l’ensemble est terminé, le machiniste fait ce qu’on appelle les épures, c’est-à-dire le relevé sur des feuilles particulières de tout ce qui doit être fait dans le même atelier. Ainsi il y a la feuille du menuisier, du modeleur, du forgeron, etc. La forme et la dimension de chaque pièce y est indiquée d’une manière exacte. L’exécution des modèles de celles qu’on doit faire fondre, exige le plus grand soin. Il faut que le modeleur tienne compte de la retraite ou du tassement qu’éprouve la fonte eu se refroidissant. Ce calcul est fort sujet à erreur, puisque toutes les fontes ne se contractent pas égalé-
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- MACHINISTE. 5o5
- ment; mais on compte assez habituellement i pour 100. Il est prudent, quand on le peut, d’attendre pour commencer les pièces de fer ou de bois qui doivent composer une machine concurremment avec des pièces de fonte, que celles-ci soient coule'es.
- Une des choses les plus difficiles pour un machiniste est de bien proportionner la force qu’il convient de donnér aux differentes pièces, eu égard à la place qu’elles occupent, aux matières employées et à la résistance qu’elles doivent surmonter : les faire trop faibles , il s’expose à les voir se briser ; les faire trop fortes, le prix de la machine en est accru sans utilité, le transport en est plus coûteux et le jeu en devient plus dur. Il faut donc trouver un j uste milieu qui n’expose pas à ces inconvénieus : l’expérience est ici de toute nécessité ; c’est au constructeur à la consulter. Dans tous les cas, il ne doit faire usage que de matériaux de première qualité.
- La profession de machiniste, comme on voit, ne peut s’exercer convenablement qu’avec un savoir assez étendu et une longue expérience ; elle est d’ailleurs divisée en plusieurs branches dans chacune desquelles se renferment assez habituellement les individus qui l’embrasse'nt. Les uns font la grosse machinerie pour les csixes , les ‘machistes a vapeur , les juoüuxs , etc. ( V. ces mots) ; d’autres se sont établis constructeurs des métiers à filer le coton, la laine, le lin, les métiers à filer, et généralement toutes les machines et tous les métiers, appareils à l’usage des fabriques.
- Les machinistes anglais, pour les premières, sont beaucoup plus avancés que les nôtres. Nous n’avons pas d’ingénieurs— mécaniciens qu’on puisse comparer à MM. Watt, Maudslay, Taylor et Martineau, etc. Ils sont d’ailleurs singulièrement favorisés par le bas prix des matériaux, du combustible, et de grands capitaux.
- Quant aux machinistes de deuxième classe, pour la petite machinerie, nous n’avons plus à envier aux Anglais que le bon marché des matières premières. Les ouvrages qui sortent des ateliers de MM. Calla, Pihet, Fournier et Westerman à Paris ;
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- de ceux de M. Dixou à Cernav, et de beaucoup d’autres, uele-cèdent en rien, pour le fini et la. bonne exe'cution, à ceux du même genre que font les Anglais. E. M.
- MACHOIRES ( Arts mécaniques). Ce sont deux Levieks du premier genre joints par itn axe de rotation , dont les bras les plus courts sont façonnés selon l’objet qu’on a en vue de saisir , et dont les longs bras prêtent leur secours à la puissance pour serrer fortement. Les étaux, pinces, tenailles, inordaches , etc. , ont deux mâchoires pour embrasser et tenir ferme les corps qu’on veut saisir. Fn.
- MACIS. C’est une espèce d’arille qui entoure et enveloppe en partie le fruit du myristica moscata, ou muscadier. Le macis est immédiatement placé sur une espèce de coque brune et cassante qui enveloppe la muscade, et qui se trouve recouverte par le brou; il est disposé en lanières irrégulièrement découpées ; elles sont assez épaisses et consistantes. Lorsqu’elles sout récentes, leur couleur est d’un assez beau rouge ; mais elle passe au jaune par la dessiccation. Leur odeur est très aromatique, et a quelque chose de plus suave que la muscade ; la saveur est chaude et piquante. Le macis est très employé dans nos cuisines, comme un des plus agréables con-dimens. Pour en faire la récolte , on le sépare de la semence et on le fait sécher , après l’avoir trempé dans l’eau salée , qui le préserve de toute altération.
- Le macis renferme , comme la muscade , deux huiles différentes : l’une fixe et l’autre volatile , qui contient le principe aromatique.
- Le macis bien sain et de bonne qualité conserve une certaine souplesse, et il a de l’onctuosité ; on doit le choisir d une couleur jaune-orangée claire.
- MAÇON ( Arts mécaniques). Ouvrier qui est employé à élever les briques et les pierres d’un bâtiment, et à les lier par un mortier. Le plus ordinairement, le maçon agit sous la direction d’un architecte, dont il suit les plans : quelquefois 1 est à la solde d’un maître maçon , qui fait 1 entreprise con formément aux devis convenus avec le propriétaire. L ouvn
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- MAÇONNERIE. 5o 7
- qui est chargé de tailler les pierres sous la -forme.voulue, prend le nom d’AppAREiLLECR.
- Les instrumens dont se sert le maçon sont le pied, le fil-à-plomb, le niveau, les règles , le compas, la hachette , le marteau , la truelle, le riflar, le panier, l’auge à plâtre, la brettelée , etc. Fr.
- MAÇONNERIE {Arts mécaniques). Lorsque le plan d’un bâtiment est arrêté, on commence par fouiller la terre pour faire place aux caves, fondations et travaux souterrains. Les briques , pierres de taille , pierres meulières , moellons etc., qui doivent servir à la construction , sont amenés sur les lieux à l’avance et au fur à mesure des besoins. Le choix de ces matériaux dépend de l’importance de l’édifice, et de leur abondance dans le pays. On a soin de pratiquer, dans l’épaisseur des murs , sous les retombées des voûtes, sous les maîtresses poutres, dans les angles et les lieux qui exigent plus de solidité , des chaînes de pierre , capables de résister à l’effort. Les premières assises , et même jusqu’à une certaine hauteur, sont faites en pierre dure, surtout si la maison doit être très élevée : on fait, avec des pierres de même consistance et qualité , toutes celles qui régnent sur une même assise , pour qu’elles offrent une égale résistance à la charge. On a soin de poser les matériaux de niveau, et de les bien lier entre eux par le mortier de terre, de plâtre ou de chaux, et même,, lorsqu’on craint le tassement causé par une trop forte charge supérieure , on pratique dans l’épaisseur des murs des arcades ou décharges appuyées sur des chaînes de pierre ou des jambes sous poutre , qui soutiennent le fardeau. Les pans de bois, lorsqu’on juge à propos d’en faire, sont d’abord assemblés par le charpentier ; le maçon remplit ensuite les vides avec des plâtras, et lie le tout au mortier , qu’il ravale par enduit et crépis.
- Lorsqu’on fait des murs de face ou de refend, il convient de choisir des matériaux d’excellente qualité : les assises sont souvent d’une hauteur égale , ce qu’on appelle bâtir à assises égales, et les joints des paremens sont le plus serrés qu’il
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- 5o8 MAÇONNERIE,
- est possible. Les joints larges sont non-seulement désagréables à la vue, mais n’offrent pas de solidité. Dans les édifices de peu d’importance, oùl’on ménage le temps, on cale jles pierres avec des lattes entre lesquelles on coule du mortier et l’on jointoie.
- L’épaisseur des murs varie selon leur hauteur. ( V. Fondations. ) On donne communément aux murs en pierre i pieds d’épaisseur sur io toises d’élévation :1a face est verticale du côté intérieur ; mais elle fait retraite de l’autre côté, de 6 lignes par toise; le mur extérieur est de la sorte à fruit, ou en talus décroissant d’épaisseur à mesure qu’on s’élève davantage. Du reste, on conçoit que la charge variant avec le nombre des planchers, la poussée des arcades et des combles, etc., on doit aussi proportionner en conséquence la résistance , et par suite l’épaisseur des murs. C’est pour cela qu’on renforce les angles saillans des bâtimens.
- Les murs qui traversent le bâtiment et servent à porter les bouts des solives des planchers, murs qu’on appelle de refend, diffèrent d’épaisseur selon la force des bois qu’ils supportent ; et aussi selon la grandeur des appartemens qu’ils séparent, surtout lorsqu’ils servent de cage à des escaliers, où les voûtes et le mouvement continuel des rampes exigent une résistance proportionnée à la poussée, et surtout aussi lorsqu’ils contiennent dans leur épaisseur des tuyaux de cheminée qui montent de fond.
- Les murs de terrasse n’ont que le parement extérieur ; l’autre face est destinée à retenir les terres. On leur-donne une grande épaisseur, pour offrir une résistance convenable ; mais le plus souvent on préfère, par économie, construire ces murs sous une épaisseur ordinaire, et les fortifier par des éperons ou contre-forts, tant au dehors qu’au dedans : ceux-ci se font en direction oblique, ou même en demi-cercle. {F. Poussée des terres. ) On donne d’épaisseur au sommet la sixième partie de la hauteur, et le septième de talus.
- Lorsque les gros murs d’un bâtiment sont élevés , il reste ensuite à faire le Ravalement , c’est-à-dire à le crépir et 1 enduire pour en rendre la surface unie.
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- Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet, attendu que tous les détails de construction ont été traités chacun à leur article. Ainsi, vojez, les mots Fenêtre , Arcade , Architecture, Porte, Croisée, Cave , Ravalement , Crépis, Plafond, etc. Nous terminerons en disant .qu’on distingue la grosse maçonnerie de la légère : la première consiste à fabriquer les massifs des fondations, les gros murs, etc. ; la seconde comprend les hourdis , gobetis, enduits , pigeonnages et autres ouvrages délicats. ( V. Légers. )
- Le toisé des murs est facile à faire, en multipliant leur épaisseur par leur longueur et leur largeur : car l’usage est .de les regarder comme pleins , quoiqu’ils puissent être percés d’un grand nombre de portes et fenêtre^. On, considère que le temps pour tailler et disposer les pierres^;en les ajustant selon l’élévation donnée , ocçasione à l’ouvrier des soins qui sont contre-balancés par la valeur des matériaux qu’il aurait employés si le mur eût été plein ; car le temps est souvent plus précieux que la pierre et les mortiers.. Cependant, pour évaluer les prix de la sorte , il faut, que les baies soient surmontées de plates-bandes en pierre ou d’un linteau recouvert, avec seuil.et appui en bas ; car sans cette condition, on déduirait portion du vide.
- Cependant les grandes baies de boutique, de porte cochère, de magasins , etc. , se déduisent ordinairement. En général j calculez la surface du pourtour des tableaux et embrasemens, des dessous de linteaux et du seuil; si le tout n’e'gale pas l’aire de la baie, il y alieu. à réduire le toisé de toute la quantité excédante. Que la baie ait 9 pieds sur 6, et le pourtour seulement. 4*> pieds carrés de surface ; il faudrait déduire un vide de 8 pieds carrés, excès de 54 sur 46.
- Lorsque les murs sont' en retour d’équerre , pour toiser en dehors les faces latérales , il faut déduire l’épaisseur du mur, puisqu’en toisant le mur de face, cette épaisseur a déjà été comptée.
- Du reste, dans les évaluations des prix des ouvrages, il faut toujours avoir égard à la nature des matériaux qui y sont
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- 5io maculatüre, maculer.
- employés; car les prix de la pierre de taille; de la brique, du moellon, de la meulière , etc. , sont très différens , et il est rare qu’un mur soit entièrement construit d’une seule espèce de matière : ainsi, les chaînes de pierre , les soupiraux de cave, les pilastres et colonnes, etc.", doivent etre évalués à part. Fr.
- MACQUE. ou MAQUE ( Technologie). G’est un instrument dont on se sert pour préparer le chanvre et lé lin, de même que les autres plantes filamenteuses , à recevoir l’action de la broie-dans l'opération du teillage. Dans les campagnes où l’on n’a pas cet 'instrument, on y supplée par une masse en bois semblable à celle des menuisiers , des charpèntiers , etc., avec laquelle on écrase le^ tiges des plantes filamenteuses, que- la broie casse ènsuite avec facilité.
- • 'ha. macque Ordinaire est une masse le double plus large que celle des menuisiers; on y pratique sur la longueur deux ou trois cannelures, et l’on frappé sur un lit de paille ou dés nattes, dans lesquelles les parties saillantes puissent sel loger facilement pour écraser parfaitement la cliènevotte.
- Dans la broie mécanique rurale , la macque est formée de deux blocs de bois solides ; la partie inférieure est creusée de trois cannelures fortes et saillantes ; la partie supérieure en forme la contre-partie , de sorte que ce qui est en relief dans l’une, est en creux dans l’autre. La partie inférieure est solidement fixée ; la partie supérieure est mobile ; elle est portée par un châssis à coulisse , qu’on élève plus ou moins à volonté par un mécanisme. Lorsqu’elle est élevé# en haut de sa coürse, elle retombe par son propre poids de toute sa massé sur les parties fixes; Le macquage, par ce moyen, s’opère fort bien et avec beaucoup de célérité. L.
- MACULATÜRE , MACULER {'Technologie). Le mot macu-lature est employé dans plusieurs Arts avec dès significations différentes. Nous allons indiquer ces divers Arts par ordre alphabétique.
- Le Graveur donne ce nom aux contre-épreuves, dont il fait souvent usage. Il couvre d’une feuille de papier blanc et
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- MACULATURE, MACULER. 5iï
- mouillé , le dessin mouillé lui-même , ou l’épreuve d’une gravure encore fraîche , et les passe soirs la presse d’un imprimeur en taille-douce. Alors le dessin ou l’estampe se trouve répété, en sens contraire, sur la feuille de papier. De cette manière, le dessin est fixé , et l’on ne craint pas qu’il s’efface par le frottement. Le graveur ne tire pas une contre-épreuve par la même raison , puisque le noir à l’huile qu?ôn emploie pour l’imprimer en assure lui-même la fixité ; mais cette opération lui est utile , parce qu’elle lui montre l’estampe k laquelle il travaille , dans le même sens que le dessin ou tableau qu’il copie, et qu’elle lui fait voir plus aisément s’il s’en est écarté ou non. C’est cette contre-épreuve, qui ne sert plus à rien lorsque son but est rempli, qu’il nommé maculalure.
- L’Imprimeur désigne, sous le nom de rnaculàlures , les feuilles de papier très épaisses , ordinairement grises ou colorées, qui enveloppent les rames lorsqu'il, les reçoit des mains du papetier. Il s’en sert pour empêcher le papier blanc de se salir pendant qu’il le trempe-du l’imprime : il le pose sur ces maculaturês. - - -
- L’imprimeur, de même que le Libraire , désignent par ma-culalures, les feuilles mal imprimées, pochées, peu lisibles et entièrement défectueuses. Ils les emploient pour enveloppes ou à d’autres usages.
- De Papetier fabrique , pour enveloppe de sespapiers, et avec de mauvaises matières, un papier fort, le plus souvent gris ou coloré de différentes manières,qu’il nomme maculaturês. Il Te désigne aussi sous le nom de papier trace, lorsqu’il n’est pas du tout collé.
- Dans l’art du Relieur , on dit que les feuilles d’impression sont maculées ou maculent, lorsqu’elles ont été pliées trop fraîches , c’est-à-dire en sortant de l’impression , et qu’elles ont été soumises à une pression suffisante avant que l’encre ait eu le temps de se sécher; ou lorsque, dans cet état, le relieur les a battues sans avoir été prévenu, ou sans y faire attention. Dans ce cas, l’encre, qui résisterait parfaitement au
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- 5i2 MADRÉPORE,
- battement considérable du marteau, si elle était assez sèclie, sc détache de la page sur laquelle, elle se trouve, et, parla forte percussion du marteau, s’imprime sur la page qui la touche, et fait paraître les lettres se doublant les unes sur les autres ; l’encre s’épanche et sort de l’œil de la lettre, au point que souvent l’impression est illisible. On évite toujours cet inconvénient, lorsqu’on laisse au papier et à l’encre un temps raisonnable et suffisant pour sécher avant de faire relier le volume. Le plus sûr est de ne faire relier un ouvrage que six mois au moins après qu’il a été imprimé. L.
- MADRÉ, MADRURE ( Technologie }. Dans l’art, du Savonnier, ces mots sont synonymes de marbré, marbrure, que l’on emploie vulgairement pour désigner le savon qui n’est pas entièrement blane, mais qui présente, dans sa coupe, des accidens qui ressemblent beaucoup à ceux qu’on aperçoit dans, le marbre de couleur. Jusqu’ici, ces madrures n’avaient présenté que des couleurs gris-noirâtres, ou gris-bleuâtres ; on est parvenu aujourd’hui à donner au savon des madrures rougeâtres, jaunâtres, brunâtres. On préfère , pour le blanchissage, le savon madré au savon blanc, parce qu’il est.plus cuit, plus dur, et. qu’il est d’un usage plus économique. ( V. Savonnier. ). L.
- MADRÉPORE. C’est le nom d’un genre de la classe des polypiers, particulièrement de ceux qu’on appelle pierreux ou lithophjtes. M. de Lamarck a donné. d’un polypier la définition suivante : « Une enveloppe fixe, solide , calcaire ou cornée, dans laquelle.habité un polype , et qui est le résultat évident d’une transsudation de son corps, d’une èxcrétion par certains pores de sa peau, de matières susceptibles de former par leur rapprochement un corps concret plus ou moins solide et entièrement inorganique. » Cette définition est plus spécialement applicable aux madrépores. La dénomination de madrépore, étendue d’abord à tous les polypiers pierreux , a été restreinte, par le célèbre Linné., aux espèces qui offrent à leur surface des excavations en forme d’étoiles lamelleuses, et en dernier lieu limitée par M. de Lamarck aux polypiers
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- MADRIERS. 5i3
- lamellifères dendro'ides, dont la surface est hérissée par des cellules saillantes. D’après cette considération , les madrépores proprement dits sont, d’après les expressions de M. de Blain-ville, « le produit d’animaux ou polypes contenus dans des cellules plus ou moins profondes , situe'es à la surface d’un arbuscule entièrement calcaire * fixe' par sa base, ramifié irrégulièrement, et percé d’un grand nombre de pores. On ignore quel est le mode d’accroissement, de reproduction et de mort de ces animaux. »
- On ne rencoutre les madrépores à l’état vivant que dans les mers de l’Amérique méridionale et des Indes, et dans la mer Rouge. Ces climats chauds sont surtout propres à l’existence des polypes qui les produisent ; ils y prennent en peu de temps un accroissement tellement considérable, qu’ils donnent naissance à des bancs , à des récifs immenses , et à des îles même , qui existent en grand nombre dans les mers du Sud. Ces idées sur la formation et l’étonnante multiplication des madrépores et des polypiers en général, résultant des observations de beaucoup de voyageurs, et confirmées depuis par Fors ter et Péron, ne sauraient être aujourd’hui révoquées en doute. Néanmoins, de nouvelles recherches faites par MM. Quoy et Gaimard sur ces animaux et leurs productions pierreuses , donneraient heu de penser que les masses existantes dans les mers du Sud et des Indes, loin d’être entièrement composées de madrépores , seraient en grande partie formées de terrains analogues à ceux des con-tinens voisins, et le plus souvent volcaniques, lesquels seraient seulement revêtus ou encroûtés de dépôts madréporiques.
- Quoiqu’on ne trouve plus dans nos climats de polypes de madrépores j on ne peut douter qu’il n’en ait existé jadis, puisque l’on en rencontre de fossiles dans les couches anciennes et modernes des divers pays de l’Europe, et notamment dans plusieurs endroits de la France. p*+***K
- MADRIERS ( Architecture ). Ce sont des planches fort épaisses, ordinairement en bois de chêne, qu’on dispose horizontalement en manière de plate-forme , pour servir à Tome XII. 33
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- différens usages ; tantôt on les attache sur clés pîeux ou racinaux , pour asseoir des murs sur la glaise, qui paraît de trop faible consistance pour supporter la maçonnerie ; tantôt on en fait des fonds de puits , de citernes et de bassins, etc. Pour qu’une planche soit appelée madrier, il faut qu’elle ait au moins 5 à 6 centimètres (2 pouces) d’épaisseur. Fr.
- MAGIE, MAGICIEN. Le sabisme ou culte des astres, considérés comme les divinités qui gouvernent l'univers, était en rivalité avec la secte des mages ou adorateurs du feu, qui reconnaissait Zoroastre pour législateur. Mais ces deux sectes s’accordaient à regarder les évènemens terrestres comme amenés par des causes dont il était possible de prédire ou prévoir l’influence. Les uns interrogeaient le ciel, pour juger, par les aspects qu’offrent les constellations, de ce qui devait arriver, parce qu’ils attribuaient aux astres une action dominatrice dont tout était la conséquence nécessaire. Les autres contestaient cette influence, et aspiraient à exercer le même empire sur l’esprit des peuples. Le magianisme, originaire de Médie, se répandit en Perse et dans l’Inde, et, depuis la dispersion de cette secte, ses partisans, dont le nombre était fort réduit par les atteintes du mahométisme, prirent le nom de Guèbres. Les mages se croyaient doués de l'art de prédire l’avenir, ce qui ne doit pas surprendre dans une contrée où cette prétention était assez générale, et où l’on rencontrait un grand nombre de faux prophètes.
- Que ce soit au magisme qu'il faille attribuer l’origine de ces imposteurs qui, sous le nom de magiciens, faisaient des actions surnaturelles, devinaient l’avenir, disaient la bonne aventure, composaient des philtres , etc., c’est ce qui paraît vraisemblable, quoiqu’on trouve dès le temps de Moïse des hommes qui exerçaient cette profession ; car le législateur des Hébreux avait été aux prises avec eux à la cour de Pharaon, et il défend expressément de consulter les personnes qui ont un esprit de Pillion. (Lévit. xix, 3i.) Les lumières de la philosophie ont appris à mépriser des fables nées des siècles dé barbarie , et l’on ne regarde plus les magiciens que comme des
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- MAGIE, MAGICIEN. 01S
- charlatans qui vivent aux dépens des sots qu’ils ont l’adresse de tromper. Il ne peut donc être question, dans un livre consacré aux Sciences et aux Arts, de ces pratiques occultes qui, sous le nom de magie, prétendent faire des choses au-dessus des pouvoirs humains, renverser l’ordre de la nature, ressusciter les morts et rajeunir les vieillards, comme on dit que le faisait Médée ; faire descendre la lune du ciel à la voix des enchanteurs, etc.
- Mais il en est autrement de la magie blanche ou magie naturelle, qui a pour objet d’étudier les lois de la Physique et de la Chimie, d’en découvrir les secrets , de les appliquer à nos besoins et à nos jouissances, et même de les faire servir à produire des effets extraordinaires qui frappent d’étonnement les personnes étrangères à ces sortes de phénomènes, et que l’étude n’a pas éclairées. Les anciens registres des cours de justice sont remplis de procédures intentées contre de prétendus sorciers, qui ont souvent payé de leur vie une célébrité funeste, acquise par des moyens naturels, et que la superstition attribuait à des œuvres du démon. Il n’y a pas long-temps que ces horribles jugemens étaient encore en usage. C’est en 162g -qu’Urbain Grandier fut condamné de sang-froid à périr dans les flammes , sur la déposition de Celsus, Asmodée , Astaroth et autres princes des ténèbres. Un Français qui avait instruit sa jument à répondre à ses signes, fut déféré en Espagne à l’inquisition , et n’échappa que difficilement au supplice qui le menaçait; sa jument fut perdue pour lui, parce qu’on la regardait comme inspirée par le démon.
- Aujourd’hui les habiles magiciens ne sont plus persécutés, du moins en France. On est persuadé qu’ils ne réussissent à faire des choses qui semblent surnaturelles qu’en se servant des moyens simples que leur indique l’étude des sciences, et dont ils réussissent à cacher les ressorts. La plupart des tours singuliers qu’ils font, et qui frappent le vulgaire d'étonnement , sont l’effet de compositions chimiques, ou des illusions d’optique , ou des préparations magnétiques , ou des jeux d’électricité, etc. Souvent l’adresse des mains y joue un grand
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- 5i6 MAGNANIER,
- rôle; et les presd-digitateurs en escamotant une carte, une boule, un bijou, en faisant sauter la coupe, etc., réussissent admirablement à tromper les yeux et la perspicacité du spectateur le plus attentif. Souvent aussi leurs jeux ne sont que des compérages ; un homme intelligent, aposté eu un lieu choisi, aide merveilleusement à fasciner les yeux et détourner l’attention de l’auditoire.
- La multitude des de'tails dont se compose la magie blanche ne nous permet pas d’en exposer ici l’ensemble ; c’est dans les ouvrages spéciaux qu’on doit aller chercher les règles dont cet art se compose. Parmi ces Traités, nous citerons les Récréations mathématiques de Guyot, où Ton trouvera les secrets d’une multitude de tours, qui serviront à en découvrir un grand nombre d’autres. Il nous suffit d’avoir indiqué ici les principes généraux qui servent de base à-un art qui n’est pour le public qu’un sujet d’amusement, et qu’on ne punit plus du supplice du feu. Il est même certain que les hommes qui autrefois ont été victimes des jugemens barbares dont nous avons parlé, étaient infiniment moins adroits, moins savans et moins exercés que ceux qui maintenant nous procurent une innocente récréation. Fa.
- MAGMA ( Arts chimiques) , se dit en Chimie, et dans les Arts qui en dépendent, d’une masse épaisse, visqueuse ou gélatineuse, ayant l’aspect et la consistance d’une bouillie. Ainsi, quand, à l’aide d’un réactif versé dans une dissolution, on opère un précipité assez abondant pour que le mélange se prenne en niasse épaisse, on donne à celui-ci le nom de magma. D’après l’étymologie de ce mot , tiré du grec fut-rra, j’exprime, il paraîtrait que, dans son ancienne acception , il s’appliquait également au résidu d’une masse soumise à l’expression ( par exemple, d’un onguent ) , ou au dépôt formé dans un liquide trouble, lesquels on a désignés depuis sous les dénominations plus généralement adoptées de Mabc et de Fèces. ( V. ces mots. ) L**¥¥*r.
- MAGNANIER ( Technologie). C’est le nom que Ton donne, dans les départemens méridionaux de la France, et au pro-
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- MAGNANIER. 5i7
- priétaire d’un atelier où l’on cultive en grand les vers à scie, et au chef d’atelier- qui dirige et surveille ces sortes de travaux. Ce mot prend son origine dans le nom de magnons , que l’on donne, dans le langage du pays, aux vers à soie. Un habile magnanier n’est pas un homme ordinaire, et l’on ne se décide à lui confier la direction d’un travail aussi important , qu’autant qu’on est convaincu qu’il a acquis les connaissances théoriques et pratiques par un long apprentissage, sous un homme parfaitement exercé dans cet art, et qu’il a dirigé pendant plusieurs années, sous sa surveillance immédiate , un atelier considérable.
- Le travail du magnanier serait de peu de durée s’il ne se comptait que du moment où il fait éclore les œufs jusqu’au moment où les vers ont fabriqué leurs cocons , ce qui a lieu dans un espace de quarante ou soixante jours au moins ; mais cela ne suffit pas, et le magnanier expérimenté est occupé presque toute l’année. Il doit surveiller d’abord la culture du mûrier, dont il doit s’assurer une récolte double de celle dont il peut avoir besoin, parce qu’on ne doit guère employer de chaque arbre que la moitié des feuilles qu’il porte, afin de se réserver une ressource pour l’année suivante ; car aucun agriculteur instruit n’ignore qu’un arbre se nourrit par les feuilles comme par les racines. Les feuilles sont des suçoirs par lesquels la plante tire de l’air les principes qui forment la sève descendante ; les racines élaborent et attirent les élémens de la sève montante. D’après ces vérités , que nous répétons d’après un célèbre agriculteur, il est constant que le dépouillement des feuilles est nuisible aux arbres, puisqu’on les prive d’une partie des organes qui leur transmettent la nourriture dont ils ont besoin.
- Le magnanier doit encore, d’une récolte à l’autre, surveiller la graine ou les œufs, pour les garantir de la gelée et de toutes les influences de l’atmosphère. Il ne doit les mettre à éclore que dans le moment le plus favorable ; et pendant qu’il attend ce moment propice, il doit préparer tout ce qui est nécessaire pour obtenir une récolte avantageuse.
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- Il doit donc faire mettre en e'tat : i°. les poêles et autres ustensiles destinés à communiquer la chaleur; 2°. les tablettes qui doivent supporter les vers à soie ; 3°. les claies ou clayons qui servent à les changer de place , ouà les transporter d’un endroit dans un autre ; fÇ. les échelles et les marche-pieds ; 5°. les thermomètres. En un mot, il doit tout disposer pour que rien ne manque au moment où le travail commencera.
- Pendant que la récolte s’opère, il doit redoubler de surveillance et d’activité, être prêt à remédier à tous les accidens qui peuvent survenir , et surtout veiller à ce que la plus grande propreté existe dans les ateliers ; car c’est d’elle que dépendent la santé des précieuses chenilles , l’abondance et la beauté de la soie qu’elles produiront.
- 11 ne doit pas négliger de se munir des bruyères ou autres branchages dont il aura besoin pour faire monter les vers à soie ; et lorsque le travail est terminé , il doit soigner les cocons, mettre à part ceux qui doivent fournir la graine pour l’année suivante, récolter cette graine et la soigner jusqu’au printemps suivant. Il doit étouffer avec soin les chrysalides dans les cocons destinés au dévidage de la soie ; surveiller ce dernier travail et le conduire à sa fin.
- Il n’est pas nécessaire, sans doute, de lui rappeler qu’il doit se procurer de bonne heure tous les ouvriers des deux sexes qu’il présume devoir lui être nécessaires pour le seconder dans ses travaux.
- Au mot Ver a soie, nous décrirons avec détail tous les travaux que nécessite une exploitation aussi importante, et tous les soins qu’on doit y apporter pour réussir dans une entreprise de cette nature r qui intéresse si vivement l’industrie et le commerce de notre patrie. E.
- MAGNÉSIE. Ce corps, autrefois rangé au nombre des substances terreuses , et actuellement placé parmi les oxides métalliques , se distingue de tous ses analogues par quelques propriétés bien tranchées , que nous allons indiquer.
- La magnésie est parfaitement blanche, excessivement légère, très douce au toucher, ne jouit d’aucune saveur bien
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- distincte, presque insoluble dans l’eau : elle agit cependant un peu sur certaines couleurs végétales ; elle verdit les teintures de violettes ou de mauves ; elle brunit celle de curcuma. Soumise à l’action d’une forte chaleur, elle demeure à peu près inaltérable, à moins qu’on n’élève considérablement la température, au moyen du chalumeau à air vital. Sa pesanteur spécifique est, d’après Kirwan, de 2,3. Elle n’est d’aucun usage dans les Arts, et cela n’est dû sans doute qu’à sa rareté ; car des essais ont démontré qu’elle pourrait être utilement employée dans la composition de quelques poteries fines. En Médecine, on en fait un fréquent usage , soit à l’état de pureté,, soit à l’état de combinaison avec quelques acides; son extrême ténuité et son peu de causticité la font employer avec beaucoup de succès pour absorber les acides, lorsqu’ils se trouvent en surabondance dans les premières voies , et qu’ils nuisent aux fonctions ordinaires de la vie.
- On a rencontré , dans quelques localités, la magnésie à l’état d’isolement et presque de pureté ; on cite principalement Baudissero, aux environs de Turin, et Boboken, dans le New-Jersey ; mais encore est-elle fort peu abondante, même dans ces endroits, et serait-on très éloigné de pouvoir en extraire toute la quantité nécessaire à la consommation qui s’en fait en Médecine. Pour s’en procurer, on est donc obligé d’avoir recours à d’autres moyens, qui consistent surtout à l’extraire des eaux de certaines sources qui la contiennent à l’état de sel, ou des eaux-mères des salines qui renferment aussi beaucoup de muriate de magnésie, ou enfin des eaux-mères de nos salpêtriers, où elle se trouve à l’état de nitrate. Pour séparer la magnésie de ces solutions salines, il suffit d’y ajouter une proportion convenable d’un sous-car-bonate soluble ; ceux de potasse, de soude ou d’ammoniaque, sont également convenables pour cet objet. Cependant il se pourrait qu’on obtînt, relativement à la beauté du produit , quelques légères différences dans les résultats en employant tel ou tel de ces sous-carbonates ; car il est probable, par exemple, qu’il est plus facile d’enlever par les lavages le
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- sous-carbonate d’ammoniaque que les autres, qui restent plus adhe'rens à cette base terreuse, et qui peuvent contribuer à lui donner une plus grande densité. Ce qu’il y a de certain , c’est que , malgré les progrès immenses que la Chimie manufacturière a faite en France, les Anglais sont encore les seuls en possession de cette fabrication ; cela tient, sans doute, en grande partie à ce qu’elle ne nous présente pas d’avantages assez marqués pour mériter qu’on s’y attache particulièrement ; mais jusqu’à présent le petit nombre de ceux qui ont essayé à faire de la magnésie en France , l’ont obtenue et moins blanche et moins légère que celle fabriquée en Angleterre. Il serait probablement facile d’obvier au premier inconvénient en ayant soin de bien purger les eaux-mères de tout oxide métallique, et l’on y réussirait sans peine en ajoutant préliminairement un peu d’hydrosulfate d’ammoniaque , qui convertirait en sulfures insolubles tous les métaux contenus dans cette dissolution ; on ferait ensuite chauffer légèrement, pour chasser l’excès d’hydrosulfate, et la liqueur filtrée donnerait, par l’addition d’une solution de sous-carbonate , un précipité bien blanc de sous-carbonate de magnésie. Mais il ne suffit pas de l’obtenir pure et très blanche, on veut en outre qu’elle soit extrêmement légère, et c’est là ce qu’on n’a pu atteindre jusqu’à présent. On prétend que cela tient à ce qu’en Angleterre on se sert du sous-carbonate d’ammoniaque, qu’on y fabrique à beaucoup meilleur compte qu’ici ; et que ce sel, moins susceptible en quelque sorte d’attaquer la magnésie, s’en sépare plus facilement par les lavages , et enfin que, dans ce cas, le sous-carbonate de magnésie retient moins d’eau combinée , et qu’elle est par conséquent plus légère. Si ce n’est pas là la véritable cause des diffe-! rences observées, nous pensons que les moyens les plus capables de favoriser le résultat cherché , seraient de n’em-, ployer, pour la précipitation du sous-carbonate de magnésie, que des liqueurs très étendues, afin que les molécules fussent plus divisées ; de pousser les lavages aussi loin que possible, pour ne point conserver d’alcali dans le dépôt;
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- et enfin, de n’employer aucun moyen de compression pour en enlever l’humidité surabondante, mais bien au contraire de le laisser d’abord s’égoutter naturellement, et de le poser ensuite sur des corps secs et poreux qui pussent absorber promptement cette humidité sans changer le volume de la masse. Quoi qu’il en soit de ces observations et de leur utilité , il n’en demeure pas moins vrai que c’est avec le sous-carbonate de magnésie qu’on prépare la magnésie pure, qu’on nomme aussi magnésie calcinée parce que c’est à l’aide de la chaleur qu’on l’obtient. ( Cent parties de sulfate de magnésie cristallisé exigent, pour leur complète décomposition , 56 parties de sous-carbonate de potasse, ou 44 parties de sous-carbonate de soude sec : on obtient pour produit 16 parties de magnésie pure, si on l’a soumise à la calcination. )
- Comme l’acide carbonique est peu adhérent à la magnésie, il n’est pas nécessaire d’employer une forte chaleur pour cette opération ; il suffit d’aller jusqu’au rouge naissant : mais ce qui rend cette calcination embarrassante et dispendieuse, c’est la grande légèreté de la magnésie et de son sous-carbonate, lorsqu’il s’agit d’en calciner de grandes quantités, parce que cela exige de très grands vases. Ceux auxquels nous donnons la préférence , en raison de leur forme et de leur bas prix , ce sont de simples camions, sorte de pots non vernis , dont se servent les peintres en bâtimens pour mettre leurs couleurs. On réunit deux de ces pots par leur ouverture, et on les fixe entre eux au moyen de fils de fer ; on brise ensuite le fond de l’un des deux, ce qui est très facile par rapport à leur peu de consistance et d’épaisseur. On remplace ce fond par une tuile, un carreau, ou un couvercle de poterie ordinaire : on introduit ensuite la magnésie carbonatée dans les pots, et l’on procède à la calcination , mais avec précaution et très progressivement, parce que l’humidité et l’acide carbonique, en se dégageant, soulèvent de toutes parts la magnésie, de telle sorte que cela simule une véritable ébullition, et que les bulles de gaz ou de vapeurs entraîneraient une assez grande quantité de magnésie , si l’or*
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- n’avait le soin de ménager beaucoup la cbaleur dans le principe. Après avoir maintenu aiusi la magnésie pendant un certain temps à une température suffisante pour lui faire perdre toute son humidité et la majeure partie de son acide carbonique, alors on entoure complètement les pots de charbon , et l’on active la combustion au moyen d’une cheminée en tôle, ou de toute autre manière. Lorsque l’on juge que la chaleur a pu pénétrer partout également, et que le centre a dû rougir aussi bien que la circonférence, alors on range les charbons, on découvre le pot supérieur, et, à l’aide d’une petite cuillère à projection , on brasse la magnésie de manière à pouvoir ramener dans le centre les portions qui étaient à la circonférence , et réciproquement. Lorsque le mélange est à peu près uniforme, on en prend une très petite portion, qu’on essaie avec un acide étendu. Si à l’aide de l’agitation elle se dissout tranquillement et sans aucune effervescence, alors l’opération est terminée ; dans le cas con traire , il faut recouvrir le pot, pour donner un nouveau coup de feu, et l’on continue ainsi jusqu’à ce qu’on ait atteint ce point de solubilité sans effervescence.
- Il est essentiel de ne pas se servir d’acide concentré pour faire cet essai, car il arriverait souvent d’être trompé par un petit bruissement qu'on peut prendre pour une effervescence, et qui n’est dû qu’à la vive réaction qui s’exerce entre ces deux corps, et au dégagement d’une portion d’air interposé dans la magnésie.
- Cette opération , toute simple et facile à juger dans ses résultats , nous met cependant encore en rivalité avec les Anglais. Beaucoup de médecins, surtout de médecins étrangers, accordent la préférence à la magnésie calcinée de la fabrique de Henry, chimiste à Londres, et ils en jugent sans doute sur ce qu’elle est beaucoup plus douce au toucher, et que par cela même elle paraît plus divisée; ils en infèrent probablement qu’elle doit mieux se dissoudre , et que sa propriété absorbante est plus prononcée. En cela, ils se trompent beaucoup, comme il est facile de s’en convaincre en la traitant compata
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- tivement avec la magnésie calcinée ordinaire par un même acide affaibli; on reconnaîtra qu’elle résiste beaucoup plus long-temps à son action. Cette réputation dont jouit la magnésie calcinée de Henry est donc mal fondée et préjudiciable au but qu’on se propose. Néanmoins , comme cette magnésie est plus demandée par les étrangers, nos praticiens ont cherché , et sans succès, à en faire de semblable. Ils obtiennent facilement cette plus grande pesanteur dont elle jouit, parce qu’il suffit, pour cela , d’humecter le carbonate et de le comprimer fortement avant sa calcination ; mais ce qu’ils ne peuvent obtenir, c’est cette douceur extrême et cette sorte d’onctuosité qu’elle présente au toucher. La nôtre conserve toujours un peu de rigidité; elle est comme graveleuse sous le doigt.
- Cette propriété que possède la magnésie de Henry, de résister davantage à l’action des acides , fait supposer qu’elle a subi une chaleur intense qui a donné plus de cohésion aux molécules. Ainsi il paraît assez probable que le meilleur moyen de réussir serait de produire une température plus élevée et plus long-temps soutenue. On a prétendu que la magnésie de Henry résultait peut-être de la calcination de tout autre sel que du sous-carbonate ; du nitrate ou du muriate, par exemple. Il n’est guère présumable qu’il en soit ainsi.
- Plusieurs auteurs prétendent que la magnésie calcinée attire promptement l’acide carbonique de l’air; mais ils font erreur. Quand elle a été bien préparée, elle ne s’y combine qu’avec une extrême lenteur. On dit aussi qu’elle s’unit facilement au soufre; mais cette combinaison, si elle existe réellement, est très'éphémère et susceptible d’être détruite par une assez faible chaleur.
- La magnésie, qui, comme nous l’avons dit, se trouve très rare-mentisolée dans la nature, entre dans la composition d’un grand nombre de pierres différentes, où elle est presque toujours accompagnée d’une certaine proportion de chaux. La réunion de ces deux terres offre une difficulté assez grande aux analystes, et ils éprouvent souvent beaucoup de peine à les séparer eomplè-
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- tement l’une de l’autre. Pour atteindre ce but d’une manière satisfaisante, on a proposé plusieurs méthodes particulières ; mais la plus rigoureuse de toutes est, sans contredit, celle qui consiste à éliminer la chaux de la magnésie au moyen de l’oxalate d’ammoniaque. Ainsi ces deux terres étant supposées dissoutes au moyen d’un acide, et réunies dans un même liquide , sans aucun autre corps étranger, on verse dans ce liquide, suffisamment étendu, une quantité surabondante d’oxalate d’ammoniaque, qui précipite la chaux à l’état d’oxa-late insoluble, et retient la magnésie en dissolution également à l’état d’oxalate. On filtre pour séparer l’oxalate de chaux, qui, après avoir été convenablement lavé et séché , fait connaître par son poids la proportion de chaux qu’il contient. D’une autre part, on ajoute dans la liqueur filtrée de la potasse caustique en excès, et l’on fait fortement bouillir jusqu’à ce que toute l’ammoniaque soit entièrement chassée ; point très essentiel et d’où dépend tout le succès de l’opération ; car tant qu’il reste un peu d’ammoniaque dans la liqueur, il y a de la chaux de retenue à l’état de sel triple. Enfin, quand on voit que, malgré l’excès de potasse aidé d’une ébullition soutenue, il ne se dégage aucune portion d’ammoniaque, alors il ne reste plus qu’à filtrer pour isoler la magnésie.
- Il est certain que cette méthode serait beaucoup trop dispendieuse pour être adaptée à une exploitation en grand; mais comme, dans ce cas, il ne s’agit plus d’une élimination rigoureuse , on peut alors avoir recours à des moyens moins exacts. Le plus ordinairement, il suffit de traiter le mélange des deux terres par l’acide sulfurique, parce que c’est toujours la magnésie qu’on veut obtenir, et jamais la chaux. Ainsi, par ce moyen, on convertit la chaux en sel insoluble , et la magnésie en sel soluble ; on extrait celui-ci au moyen de la lixiviation, et l’on purifie par cristallisation. Une fois le sulfate obtenu, si c’est la magnésie pure qu’on veut avoir, il ne reste plus qu à procéder ainsi que nous l’avons prescrit plus haut.
- Nous avons dit, dans le commencement de cet article, que la magnésie était actuellement rangée au nombre des oxides
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- métalliques , et en cela il faut convenir que l’on s’est un peu laissé guider par l’analogie : car jusqu’à présent on ne cite que Davy qui ait obtenu quelques atomes de magnésium. À la vérité, son témoignage fait autorité ; mais les moyens indirects auxquels il a eu recours et la quantité minime qu’il en a obtenue, permettent peut-être de conserver quelques doutes jusqu’à ce que de nouvelles expériences soient venues confirmer celles du célèbre chimiste anglais. Toutefois si la magnésie est réellement un oxide métallique , comme l’analogie l’indique, la difficulté qu’on éprouve à en isoler le radical, démontre la grande affinité de celui-ci pour l’oxigène.
- Nous ne terminerons point cet article sans avertir que la magnésie que nous venons de décrire n’a rien de commun avec la magnésie des anciens, si ce n’est qu’elles sont l’une et l’autre des oxides métalliques; mais celle qui fait l’objet de cet article est l’oxide de magnésium, tandis que celle des anciens est l’oxide de manganèse, qu’ils désignaient sous les noms de magnésie noire, de savon des verriers, etc. R.
- MAGNÉSITE. Substance composée de silice, de magnésie et d’eau ; c’est de la magnésie hjdrosïlicatée. On en connaît plusieurs variétés : la plus recherchée est ce qu’on nomme de l’écume de mer; elle est compacte , à grain fin, susceptible d’être travaillée et de prendre un beau poli ; elle nous vient d’Asie-Mineure par le commerce. On l’emploie presque exclusivement à la fabrication des pipes à fumer ; il s’en fait surtout une grande consommation en Turquie , où elle est très estimée pour cet usage. C’est en Crimée et en Anatolie qu’on travaille l’écume de mer avec le goût qui plaît aux Ottomans. Les Européens recherchent aussi beaucoup cette substance, et elle est en général chère et précieuse. On trouve aussi des ma-gnésites près Paris, dans le Gard et près Madrid ; mais ces dernières variétés sont de peu de valeur, parce qu’elles sont trop tendres : pourtant, on en fabrique aussi des pipes, mais de peu de durée, et beaucoup moins coûteuses que les premières. La magnésite de Madrid est ce qu’on appelle de la terre de Vallecas. Fr.
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- MAGNÉTISME ( Arts physiques). C’est le nom de la partie de la Physique qui s’occupe des propriétés de l’aimant. Comme ce sujet a été traité aux articles Aimant , Aiguille aimantée et Boussole, nous n’y reviendrons pas ici. Quant au magnétisme animal, quoiqu’un assez grand nombre de personnes s’en soient fait une ressource pour vivre aux dépens des dupes qu’elles font, nous croyons que cette espèce d’industrie n’est pas faite pour trouver place dans notre Dictionnaire , où tous les genres de charlatanisme doivent être plutôt démasqués qu’étudiés. Si le magnétisme exerce en effet des impressions sur les êtres animés, fait qui paraît assez généralement avoué, du moins en ce qui concerne l’influence du moral sur le physique, il faut ajouter qu’aucune expérience constatée n’a pu encore mettre en lumière les avantages qu’il est permis d’en espérer pour guérir les maladies ; et même les tentatives qui ont été faites à ce sujet, si elles prouvent quelque chose, tendent plutôt à faire penser que le mal dont on se plaint augmente au lieu de diminuer, par les influences magnétiques qu’on exerce. Ainsi, dans l’état actuel de nos connaissances, on ne peut qu’exhorter les malades à éviter l’emploi d’un procédé dont les effets sont ordinairement funestes, quand ils ne sont pas nuis ; et surtout à se garder de croire à ces prophétesses endormies, qui simulent avec adresse un état naturel dont elles ont l’art de se faire une ressource lucrative. Le somnambulisme ne saurait faire la matière d’un article, dans un traité sur l’industrie. Fr.
- ADDITIONS.
- Addition au mot Lits mécaniques ( Technologie), T. XII, page 369, lig. 34.
- Lit mécanique pour les malades, en usage en Angleterre dans l’hôpital général du Derbjshire. Dans beaucoup de cas , les malade^ sont exposés à souffrir considérablement lorsqu ds ne peuvent se retourner dans leur lit, et les infirmiers ont
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- beaucoup de peine à les changer déplacé toutes les fois que cela devient nécessaire. Ces inconvéniens ont conduit M. W. Strutt, «cuver, à inventer un lit susceptible de prendre diverses positions à l’aide d’un mécanisme particulier , et à produire ces mouvemens sans causer aucune douleur au malade, et même sans qu’il s’en aperçoive.
- Les détails de cette invention sont représentés par les fig. 1, 2 et 3 de la Planche 36.
- La fig. 1 offre une vue latérale de ce lit. g,g,h,h sont les barres auxquelles est attaché le fond sanglé ou le fond de toile, dont la fig. 3 présente la coupe en a,a,b,b.
- La fig. 2 représente le même lit vu du côté de la tête.
- Les extrémités des barres qu’on voit en g,h (fig. 1 et 3) sont assemblées aux parties a,c,f,e, et le montant Z>,P,7M (fig. 1 et 2) supporte, par le point de suspension b, toute la partie mobile du lit, laquelle peut tourner autour de ce dernier point. A cet effet, une roue dentée et â rochet sert à arrêter le lit au point convenable, à l’aide d’un cliquet. Cette roue porte un pignon qui engrène dans une crémaillère circulaire lvl, et le bout de son axe est muni d’une manivelle w, qui sert à lui imprimer le mouvement pour faire tourner le lit, soit dans un sens , soit dans l’autre. Un cliquet k, pressé par un ressort, vient s’appuyer sur la roue à rochet, et sert à la maintenir dans la position où l’on veut arrêter le lit.
- On place les matelas et les draps dans le fond * ( fig. 3 ), et le mouvement du lit se faisant autour du centre b ( fig. 1 et 2 ) r a pouv objet de placer le fond ou plan s (fig-, 3) plus ou moins obliquement à l’horizon, et de faciliter ainsi les mouvemens et le service du malade.
- Cette invention a mérité une approbation générale en Angleterre , et elle sera sans doute d’une grande utilité dans tous les hôpitaux où elle sera adoptée.
- Les couchettes des lits ordinaires du même hôpital sont enfer, aussi bien que le lit que nous venons de décrire. Elles présentent dans leur construction quelques avantages, particulièrement en ce qui concerne la manière dont le fond est
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- fixé sur le bâti en fer. Sur chaque côté des longues barres du bâti est attachée une bande de fer, à l’aide de vis qui la traversent et la réunissent à la barre correspondante, en la serrant fortement. Avant de visser ces deux pièces de fer l’une sur l’autre, on y interpose les bords du fond du lit, qui se trouve saisi et arrêté comme dans un étau. L.
- Addition aux articles Dynamomètre et Frein.
- Nous avons oublié de traiter, sous ces deux titres, de divers appareils plus ou moins employés pour arrêter le mouvement d’une machine tournante, ou pour mesurer l’effort dont elle est capable. Cette omission a été réparée à l’article Machine (page 456 du présent volume), où l’on trouve la description des freins de White et Lavelaye, et du mesureur de force de Welter.
- FIN DC DOUZIEME VOLUME ;
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