Dictionnaire technologique ou nouveau dictionnaire universel des arts et métiers
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- DICTIONNAIRE
- TECHNOLOGIQUE,
- OU
- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS.
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- IMPRIMERIE DE HTÎZARD-COURCîÉR ,
- rue du Jardinet, n® 12.
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- DICTIONNAIRE
- TECHNOLOGIQUE,
- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS,
- ET DE L’ÉCONOMIE INDUSTRIELLE ET COMMERCIALE; PAR UNE SOCIÉTÉ DE SAVANS ET D’ARTISTES.
- Qui pourrait assigner un terme à la perfectibilité humaine?
- TOME TREIZIÈME.
- PARIS,
- THOMINE, LIBRAIRE, RUE DE LA HARPE, N° 78.'
- 1828
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- DICTIONNAIRE
- TECHNOLOGIQUE,
- OU
- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS.
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- IVIAHALEB oc BOIS DE SAINTE-LUCIE [Agriculture). Arbre cultivé dans les bosquets d’agrément, et qui croît jusqu’à une assez grande hauteur : c’est une espèce du genre cerisier (prunus Mahaleb de L.) ; elle se contente des plus maigres terrains , et donne un bois veine' qui est assez usité en ébénisterie. On assure qu’en enfouissant un tronc de Mahaleb durant une année entière, le bois acquiert plus de dureté, d’odeur, de couleur et d’éclat. Le feuillage en est assez joli, mais il a l’inconvénient d’être presque toujours dévoré par les chenilles, qui en sont extrêmement avides : c’est, au reste, un moyen de préserver d’autres arbres voisins des attaques de ces insectes, et même de détruire ceux-ci, qui s’y rassemblent en masse, et qu’on tue ensuite aisément. Dans les bosquets de jardins, il est assez ordinaire de voir les feuilles du Sainte-Lucie remplacées par un immense réseau de fils tissus par les chenilles qui s’y sont nourries et métamorphosées en papillons,
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- Tome XIII.
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- 2 maillet.
- MAI (la) ou MÉE ( Technologie). Dans la fabrication da cuivre jaune ou laiton , on donne le nom de mai ou mée , à un instrument nni a la forme d’une pelle, dont l’ouvrier se sert pour faire le mélange de la calamine avec le charbon de bois pulvérisé. p '
- MAIL ( Technologie). Le maii est un gros marteau ou masse de fer carrée, dont le Carrier se sert pour enfoncer les coins entre les joints des pierres , ou dans les entailles qu’il y a pratiquées avec le marteau et le ciseau. Il y a des mails de différentes dimensions , depuis 8 jusqu’à 12 centimètres ( 3 à 4 pouces et demi) de grosseur , sur 24 à 4° centimètres (9 à 14 pouces) de long, avec un manche d’environ 65 à 81 centimètres ( 24 à 3o pouces) de longueur, menu et élastique , afin de donner plus de coup à la masse. L.
- MAILLET ( Technologie). C’est une espèce de marteau de bois à deux têtes , fait avec un bois dur , tel que le buis. La tête a ordinairement 18 à 22 centimètres (7 à. 8 pouces) de long ; elle est un peu cintrée dans sa longueur ; le manche, en bois de frêne, est placé au milieu de cette longueur. Cet outil sert dans beaucoup d’Arts industriels : le Menuisier , le Charpentier, le Charron, I’Ébéniste , le Graveur sur bois, et beaucoup d’autres artistes l’emploient pour dégrossir et même terminer leurs ouvrages , tels que le Maçon , le Sculpteur , le Marbrier , etc. On fait des maillets de toute dimension.
- Le Ferblantier se sert de maillets de buis. La tête est un cvlindre fait au tour ; il est percé dans le milieu de sa longueur d’un trou, dans lequel on ajuste un manche de bois. La tête est plate ; il s’en sert pour dresser les feuilles de fer-blanc et pour les contourner sur une bigorne ronde. Ü11 marteau de fer maculerait la feuille, ce que ne'fait pas le maillet de bois.
- Le fabricant de papier nomme maillet les grosses masses de bois garnies par un bout de pièces de fer appelées clous, dont ils se servent pour diviser, en petites filandres, les chiffons qu’ils emploient pour faire la pâte du papier. ( V. Papetier. } Le maillet du Plombier est un gros cylindre coupé en deux, dans sa longueur, par son axe; de sorte que le même cy-
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- lindve sert à faire deux maillets e'gaux. Ou voit que ce maillet est plat d’un côté, et de l’autre en demi-cercle , dans sa longueur. Le manche est placé dans le demi-cercle, mais dans une direction parallèle à la section du cylindre. Le plombier s’en sert, par le côté plat, pour battre le plomb ; il frappe quelquefois, par ses bouts, sur des outils qu’il enfonce dans le plomb. E.
- MAILLOCHE {Technologie). La mailloche est un marteau de même grosseur que le Mail , mais le fer de la tête a une bien moins grande longueur. Il a tout au plus, dans cette dimension , la moitié de celle que nous avons indiquée pour le Mail. ( V. ce mot. ) Il sert au carrier pour les mêmes usages.
- Lefabricant de cerceaux donne le nom de mailloche à un gros morceau de bois tourné presque cylindriquement, d’environ i6 centimètres (six pouces) de long , sur onze à quatorze centimètres ( quatre à cinq pouces ) de diamètre , ayant un manche en bois enf< ce dans l’axe du cylindre et saillant d’environ 22 centimètres (8 pouces). La mailloche lui sert, ainsi qu’au Toxxelier , pour frapper sur le contre à fendre le merrain , et sur les perches qu’il veut diviser pour former les cerceaux. L.
- MAIN ( Technologie ). Ce mot est employé dans plusieurs Arts industriels pour désigner des outils ou des instrumens qui remplacent la main naturelle.
- L’Borloger désigne sous le nom de main un outil A,B,C ( PI, 36, fig. ti), qui lui sert à remonter les mouvemens de montre avec plus de propreté que s’il tenait la platine avec les doigts. Il est formé d’une plaque de laiton de 5 à 6 centimètres ( 2 pouces) environ de diamètre , e'vidée comme le présente la figure. Pour tracer les trois croisillons , on décrit sur le tour un cercle au milieu du champ qu’on se propose de conserver ; on divise ce cercle en six parties égales, dont les trois points L,L,L, sont les centres d’où doivent être décrits les arcs qui forment les trois croisillons. Ces mêmes points L, sont les places qu’on doit percer et tarauder pour y mettre les vis qui doivent assujettir les trois
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- griffes , dont une est dessine'e à part (fig. 12). On y voit en a la griffe proprement dite , dans laquelle on engage la platine de la montre; en b, le trou dans lequel doit passer la vis qui la fixe sur la main ; en c, la tête goudronne'e de la vis qui, après avoir e'té engagée dans la coulisse que présente chaque croisillon, va se tarauder dans le pied de la griffe, et la fixe ainsi au point convenable sur la main.
- Cet outil est connu de tous les horlogers; mais ce que beaucoup ignorent, c’est l’ingénieuse idée que Ferdinand Bertlioud a eue d’employer cet instrument pour vérifier, hors de la boî te, la marche des montres selon leurs positions, leurs inclinaisons, ou le degré de température auquel on peut les exposer.
- Pour obtenir tous les mouvemens, cet habile horloger a fixé cette main à frottement sur son centre D ; il a gradué en degrés du cercle la circonférence de la main , de manière qu’eu la faisant tourner sur son centre, 011 place le midi du cadran soit en haut, soit en bas, soit dans toute autre position, tu index F marque l’inclinaison que l’on donne au midi du cadran. La pièce E,G, qui porte la main , est mobile au centre du demi-cercle I,G,H, et peut tourner sur son centre G, de manière à placer la montre horizontalement ou verticalement, ou dans toute autre inclinaison. L’aiguille G,K, marque sur le demi-cercle, gradué en degrés, l’inclinaison de la montre. Voilà les moyens d’en vérifier la marche par rapport aux positions de la montre.
- Pour observer la température que la montre éprouve, l’auteur fixe, par une vis , sur le socle M qui porte l’instrument, un petit thermomètre à mercure N ; il couvre le tout d’une cloche en cristal , qui lui donne la facilité d’éprouver la marche de la montre par tous les degrés de chaleur. Lorsqu’il veut continuer ses expériences par l’absence plus ou moins grande du calorique, il place le tout sur une capsule percée supportée par un vase inférieur, et il enveloppe la clocha d’un petit seau en bois sans fond, de deux pouces ( 6 centimètres) environ de diamètre plus grand que celui de la cloche, et il en remplit l’intervalle avec de la glace pilée. L’eau qui
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- provient de la fonte de la glace tombe dans la capsule , et de là se rend dans le vase inférieur.
- On sent combien cet appareil est commode, et son utilité est depuis long-temps reconnue.
- Main a plonger. C’est le nom que j’ai donné â un instrument nouveau que j’ai imaginé pour faciliter la fabrication des chandelles à la baguette ; un chandelier de ma connaissance , pour qui je l’ai construit, s’en sert avec avantage dans un des départemens du centre de la France. Il m’a paru utile de le faire connaître.
- Les baguettes dont se servent les Chandeliers pour fabriquer les chandelles plongées, ont 81 millimètres (3o pouces) de long ; ils en prennent deux, trois, et quelquefois quatre entre leurs doigts pour les plonger toutes à la fois (T7. T. IV , page 4o5 ), ce qui est fort incommode, puisqu’ils ont leurs deux mains simultanément employées à ce travail, de sorte que si quelque mèche vient à se déranger, ils sont obligés d’avoir recours à un autre ouvrier pour les aider. Depuis l’impression du T. IY, consulté par un chandelier pour lui indiquer le moyen de remédier à cet inconvénient, je lui proposai l’instrument dont voici la description , et que la fig. 13 de la PL 36 montre en perspective.
- Un fort liteau A,B, en bois de sapin, a pour dimension -6 centimètres ( 28 pouces ) de long, puisque les baguettes en ont 81 (3o pouces) , sur une largeur de 54 millimètres (deux pouces), lorsqu’on ne veut travailler que trois baguettes à la fois ; mais on leur donne 81 millimètres ( 3 pouces) de large, lorsqu’on veut en travailler quatre. Le liteau a 54 millimètres ( 2 pouces ) d’épaisseur dans toute sa longueur. On cloue sur les bords, vers chaque bout et en dehors, deux crochets C,D, en fer, faits par leur bout en forme de patte percée de trois trous pour les fixer, et sur la largeur on enfonce , à distances égales des deux premiers, un ou deux autres crochets à pointes E,F , qu’on fixe solidement dans le bois. On en place un ou deux , selon qu’on a donné au liteau deux ou trois pouces de large. Ces crochets se trouvent, par
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- ce moyen , à an pouce de distance l’un de l’autre , ce qui est suffisant pour les chandelles ordinaires ; on peut leur donner une distance plus grande dans le cas où l’on ferait des chandelles plus grosses. On diminue la largeur du liteau dans le milieu de sa longueur , et l’on en arrondit les angles, afin que l’ouvrier ait plus de facilité pour le soutenir.
- A ig centimètres ( n pouces ) de chaque bout du liteau , on fixe des crochets semblables, afin de soutenir les baguettes horizontales dans toute leur longueur ; sans cela, le poids des chandelles les ferait fléchir.
- L’ouvrier engage chaque baguette par les bouts et par le milieu dans quatre crochets , et il travaille avec facilité et d’une seule main, quatre baguettes à la fois ; il a une main libre pour remédier à tous les inconve'niens qui se présentent. En appuyant les baguettes par leurs bouts sur les liteaux de l’égouttoir, les crochets se dégagent d’eux-mêmes ; il n’a pas besoin d’y porter la main.
- J’ai dit plus haut que j’avais été consulté par un chandelier sur les moyens de faciliter l’opération de la plonge dans la fabrication des chandelles à la baguette. Je profitai de cette conférence pour lui indiquer un moyen que j’avais imaginé aussi pour enlever avec facilité la rugosité qu’on aperçoit le plus souvent sur les chandelles plongées, ce qui les fait rejeter assez ordinairement, et je lui montrai comment on peut les rendre parfaitement cylindriques. Yoici le procédé.
- Dans une planche de buis de 27 à 32 centimètres (10 à 12 pouces de long), de 55 millimètres (2 pouces) de large, et de 9 à 11 millimètres ( 4 à 5 lignes ) d’épaisseur, ce qui n’est pas difficile à trouver, je perce à un bout un trou bien rond, du diamètre d’une chandelle moulée des cinq ; car je suppose que cet outil est pour les chandelles des cinq à la livre , et j’ai une filière semblable pour chaque grosseur de chandelles différentes. Je pratique ensuite, sur la longueur de la petite planche ,jhuit à dix trous semblables, espacés entre eux d’environ dix lignes (14 millimètres). Ces trous varient entre eux de diamètre, de telle sorte que le second a un demi-millimètre
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- «le plus que le premier, le troisième un demi-millimètre de plus que le second , et ainsi de suite jusqu’au dixième , qui a par conse'quent quatre millimètres et demi environ de plus que le premier. Il est bien difficile de penser qu’un bon chandelier ait mis une différence aussi grande en plongeant ses chandelles ; la perte serait énorme s’il continuait long-temps d’après de semblables écarts.
- Ces trous étant ainsi pratiqués, je les ébiselle avec soin sur une face, et je donne à cette ébiselure deux millimètres de diamètre de plus qu’au trou , que je laisse presque tranchant sur l’autre face, et je polis bien ces bords. Voilà une filière faite, et j’en fais, comme je l’ai dit, une semblable pour chaque grosseur de chandelle. Voici comment j’opère :
- Lorsque les chandelles sont bien sèches , et par une température assez froide, je fixe ma filière, par son épaisseur, entre les jumelles d’une presse à deux vis posée à plat sur une table, de manière que les trous soient au-dessus de la jumelle, et que la partie ébiselée soit de mon côté. Jeprésente le bout de la chandelle dans le trou le plus grand, la mèche en avant vers moi; je l’accroche avec un crochet de fer enfoncé dans un manche de bois ; je la tire à moi par le crochet ; elle dépose sur les parois du trou les éminences du suif qui n’ont pas pu passer ; de suite je la passe dans le trou suivant, et je continue jusqu’à ce que je sois parvenu au plus petit, où elle achève d’arriver à la grosseur voulue : elle est parfaitement cylindrique et plus agréable à la vue qu’avant cette opération, ce qui est l’affaire d’un instant.
- Le fabricant m’écrivit quelque temps après pour me remercier de lui avoir indiqué ce procédé. « Le chandelier, me dit— » il, est payé avec usure du temps qu’il y emploie, par le suif » qu’il en retire, et par la réputation qu’il se fait de fabriquer » de très jolies chandelles. Cela n’augmente pas leur bonté, » mais cela satisfait l’œil du consommateur. J’y ai acquis » beaucoup d’habitude ; j’en passe dix par minute à la filière,
- et personne ne se refuse à me les payer 20 centimes de plus » par kilogramme. »
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- Le Cirier donne le nom de Mai.y de bois à une planelie mince perce'e vers un de ses bouts de deux trous obiongs l’un à côté de l’autre, de 11 centimètres (4 pouces) de long, laissant entre eux un plein de 54 millimètres ( 2 pouces ) de large pour former poignée. Cette main sert à retourner sens dessus dessous , sur les toiles , les cires rubanées, afin de les exposer dans tous les sens à l’ardeur des rayons du soleil. On a des outils de cette espèce de différentes grandeurs.
- Dans l’art de fabriquer les Glaces , on désigne sous le nom de main, deux outils en cuivre ou en fer, dont on se sert pour retenir le verre en fusion et l'empêcher de déborder au-dessus des tringles par la pression du rouleau qu’on promène sur la table sur laquelle on coule les glaces.
- Bans l’art delà Tréfilerie, on appelle main une tenaille en fer dont les branches sont contournées en dessus , et qui sert à tirer le fil à travers les trous de la filière. Un fort anneau triangulaire en fer est attaché au bout de la sangle du banc à tirer, il accroche les crochets que forment les branches de la tenaille, dont il serre d’autant plus fortement les mâchoires que l’on tire plus fort.
- Le Papetier appelle main une réunion de vingt-cinq feuilles de papier pliées en deux formant un cahier. La rame est composée de vingt mains, formant ensemble cinq cents feuilles.
- Dans divers autres Arts , on donne le nom de main à une espèce de double crochet qui sert à enlever de dessus le feu des vases à anses, dans lesquelles on engage le double crochet. C’est une main additionnelle, qui empêche qu’on ne se brûle.
- Le Carrossier désigne sous le nom de main, plusieurs choses qu’on trouve dans une voiture :
- i°. X’ne espèce d’anse ou de poignée qu’on saisit avec la main pour s’aider à monter dans la voiture ;
- 2°. Des cordons ou de forts galons en soie, qu’on attache en dedans d’une voiture, à côté des portières, pour donner la facilité à celui qui est dedans, de s’appuyer, afin de le garantir contre les secousses et les ballottemens.
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- On appelle aussi main d’un coffre , d’un meuble, etc., l’anse qui sert à le soulever, à le transporter. L.
- MAIN-D'ŒUVRE. Travail ou façon qu’exige une chose quelconque pour être faite. Le prix de main-d’œuvre, joint à celui des matières premières, établit la valeur intrinsèque d’un objet manufacturé ; mais pour le vendre, il faut y ajouter l’intérêt du capital et le bénéfice dus au fabricant et au commerçant.
- Il y a des objets dont la main-d’œuvre de'cuple , centuple la valeur ; dès lors il n’est pas étonnant qu’on ait cherché les moyens de la faire à bon marché : on y est parvenu par la Division du travail et par l’emploi des Machines. ( V. ces mots.) Le prix de main-d’œuvre varie suivant les lieux et suivant les temps. Les journées d’ouvriers, en province, sont moins élevées qu’à Paris, et moins élevées partout en hiver qu’en été. C’est une considération qu’un entrepreneur de produits industriels ne doit pas négliger quand il se décide à se fixer quelque part. E. M.
- IRAIS, BLÉ DE TURQUIE {Agriculture). Grande graminée à feuilles amples, produisant ordinairement deux forts épis ou râjles charnues, en forme de masse cylindrique , sur laquelle de gros grains sphériques et jaunes sont logés. On nomme cette plante, en Botanique, Zea maïs; les fleurs sont monoïques, c’est-à-dire que les sexes sont séparés, sur deux épis portés par un même pied. On a calculé que les épis femelles ont environ 12 rangées de grains, dont chacune en contient 36 ; en sorte que les deux épis que porte un même individu produisent plus de 800 grains, pour un seul qu’on a semé. Cette étonnante fécondité rend bien précieuse cette graminée, qui , depuis la découverte de l’Amérique , est l’objet d’une culture très étendue ; sa tige, qui est d’un beau port, a 5 à 6 pieds d’élévation. Cette plante produit plus de substance alimentaire que toute autre de la même famille.
- Le maïs exige un sol profond , des engrais abondans , de fréquens labours, et épuise beaucoup la terre; il se plaît dans les contrées chaudes et dans les sols humides et légers, et ne
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- MAIS, BLÉ DE TURQUIE, peut guère être cultivé en grand près de Paris, si ce n’est les variétés précoces, qui sont aussi les moins productives, et lorsqu’on lui donne uue exposition abritée des vents du nord. On préfère le semer après le défoncenrent des prairies artificielles, ou après des récoltes binées , telles que les fèves, haricots, pommes de terre, etc. On fait un premier labour avant l’iiivér, et un second au printemps , un peu avant les semailles, en fumant abondamment la terre. On a moins de perte en semant la graine nouvelle. Le maïs craint beaucoup les gelées tardives, et l’on ne doit faire le semis que du 15 avril au i5 mai, selon.le climat. Tantôt on jette les graines dans des sillons écartés de 2 pieds ; tantôt on suit la charrue en jetant quatre à cinq graines à environ 3 à 4 pieds de distance ; le rayon suivant les recouvre; enfin, on sème aussi à la volée. Les semences ne doivent qu’être peu couvertes de terre. Il faut compter sur un boisseau de grains par arpent.
- Lorsque le plan est trop dense, on l’éclaircit au premier binage ; car cette plante a besoin d’être binée jusqu’à trois fois. Le second a lieu quand la tige s’est élevée d’un pied ; alors on butte les tiges, c’est-à-dire qu’on les chausse d’un monticule de terre qui multiplie les racines et favorise la végétation. Enfin, quand les fleurs sont sur le point de se développer, on fait le troisième binage, et l’on enlève toutes les pousses latérales qui affameraient les pieds.
- Comme les tiges de maïs sont écartées les unes des autres, on tire quelquefois parti du terrain libre en y cultivant d’autres plantes qui croissent abritées du soleil, et qu’on choisit de nature à ne pas gêner les binages, tels que les raves , les choux, la moutarde , le chanvre. Trop de pluie ou de sécheresse , à l’époque de la floraison, nuit beaucoup au maïs. En Piémont, où la pluie est assez rare en été , on pratique des irrigations, et l’on y a de superbes récoltes.
- Le maïs se cultive aussi comme fourrage ; les jeunes feuilles et les tiges sont succulentes et sucrées, et les bestiaux les recherchent avec passion. C’est surtout après une orge que cette culture est avantageuse, parce qu'on en tire deux ré-
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- MAIS, BLÉ DE TURQUIE. u
- coites dans la même année. Ce fourrage se sème à la volée, après un seul labour ; on répand 8 à 9 boisseaux de grains par arpent. Dès que les fleurs mâles commencent à se montrer, on faucbe , et l’on dessèche , comme pour le foin ordinaire. Il faut écraser au maillet les tiges qui sont trop dures.
- Dès que les feuilles commencent à se dessécher, et que celles de l’épi se déchirent, on juge que les graines sont arrivées à maturité : on cueille les épis en cassant le pe'dicule. Il faut remuer souvent les amas qu’on en fait, pour que le grain ne prenne pas le goût de moisi et se dessèche vite. On sépare les épis les moins mûrs , pour les manger les premiers. On égrène à la main, ou bien en frappant les épis au fléau , ou marchant dessus avec des sabots ; ensuite on vanne et l’on ^serre au grenier, soit en tas, soit dans des sacs. On arrache les tiges qui restent sur le sol, pour chauffer le four, etc.
- Il y a une variété de maïs qu’on nomme quarantain, parce que, dans les pays chauds, il ne lui faut que quarante jours pour atteindre à la maturité ; mais, en général, surtout en France, on compte sur quatre mois au moins depuis les semailles jusqu’à la récolte. On en cultive un grand nombre de variétés ; il y en a dont les grains sont bruns, d’autres blancs, d’autres jaunes, etc. On a remarqué que les personnes qui se nourrissent de la farine de maïs ont une belle santé, une constitution robuste ; on la dit propre à j-endre à l’estomac ses facultés digestives, et à détruire certaines maladies chroniques des intestins.
- Les jeunes épis de maïs se confisent dans le vinaigre, comme les cornichons. Lorsqu’on les laisse mûrir, on peut manger les grains rôtis sur des charbons : mais leur usage le plus ordinaire est de les moudre et d’en cuire la farine diversement apprêtée. En Piémont, où la consommation en est très grande, cette farine est appelée Polenta; on en compose avec, de la viande et des volailles, différens mets, et même des pâtisseries qui sont un peu massives. On n’en peut faire du pain qu’en y mêlant environ moitié de farine de froment encore cette pâte, quoique saine et agréable, est-elle peu levée.
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- MAITRE A DANSEE.
- Quelquefois on fait bouillir les graines dans du lait ou da beurre, et on les e'erase ; c’est ce qu’on nomme des gaudes en Franche-Comté. La bouillie e'paissie de maïs étant coupée en tranches et grillée, est appelée mique ou cruchade dans les Landes , où elle fait une portion importante de la nourriture des gens de la campagne. Les volailles et les bestiaux aiment beaucoup le maïs. On peut même moudre les rafles et mêler le produit aux grains qu’on réserve à cet usage, qu’ils soient réduits ou non en farine. Les feuilles servent, dans la Savoie et l’Europe méridionale, à faire des paillasses de lit. •
- MAISON ( Architecture). Habitation destinée à être occupée par des personnes privées, et qui est partagée en appartenions dont l’étendue et les décorations sont conformes à la fortune des habitans. Comme nous avons exposé en divers lieux les règles d’ordonnance et de construction des édifices tant publics que particuliers , nous renverrons aux divers articles Macox, Couverture, Architecture ,Caves, Lieuxd’aisaxce, Cheminée et autres mots relatifs aux détails de l’art de bâtir. Fr.
- MAITRE A DANSER ou MAITRE DE DANSE ( Technologie). Les Horlogers donnent ce nom à un outil que représente la fig. 14, PL 36, et dont ils se servent pour prendre la hauteur de la cage d’une montre ou d’une pendule, afin de connaître la distance à laquelle ils doivent enlever les pivots aux deux bouts de la même tige. Cet instrument est construit de manière que la distance de l’extrémité du point a, jusqu’à l’extrémité du point b, est égale à la distance des deux points c,d. Cette disposition résulte d’une égalité parfaite des quatre ravons m,a;m,b ; m,c, m,d; le point m étantle centre autour duquel se meuvent les deux parties ad,cb, de l’instrument.
- Pour se servir de cet outil, on fait entrer juste les pointes a, b, entre les deux platines de la cage, en observant que la ligne droite, qui se dirige par ces deux points, soit perpendiculaire au plan des platines; on serre la vis de pression n, qui fixe invariablement la distance mesurée, et alors les deux points c,d, indiquent la distance des deux parties au-dessus desquelles doivent s’élever les pivots.
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- MALACHITE, 13
- Là forme des deux blanches inférieures de cet instrument, qui ressemblent à deux jambes portant leurs pieds en dehors, lui a fait donner le nom qu’il porte de maître de danse, ou maître à danser. L.
- MAITRE, MAITRISE. On donne le titre de maître à toutes les personnes qui exercent un commandement, comme sont le maître d’hôtel, le maître de l’artillerie, le grand-maître, etc. Dans l’industrie, c’est la qualification que donnent les ouvriers à celui qui les emploie et les salarie ; de là les noms de maître maçon, maître serrurier, etc. Autrefois la maîtrise était une sorte de dignité, qu’on n’accordait qu’après un temps déterminé de travail, et lorsque la capacité du sujet avait été constatée par ce qu’on appelait un chef-d’œuvre • mais depuis la suppression des Cojijiüxactés et Jurandes ( V. ces mots ), on laisse l’intérêt particulier juge souverain des qualités des ouvriers , et la maîtrise est à qui veut la prendre. On donne encore le nom de maître à quiconque est chargé d’un enseignement : maître de danse, maître d’armes , maître de chant, d’écriture, etc., sont des qualifications qu’il faut entendre en ce sens. Fr.
- MAJORDOME. Titre qu’on donne à un officier de la maison d’un prince , et qui équivaut à ceux de grand-maître, maître d’hôtel, intendant. Fr.
- MALACHITE ( Arts chimiques). Le cuivre carbonate' des minéralogistes modernes renferme deux sous-espèces : l’une, de couleur bleue ; l’autre, d’un beau vert. Cette dernière est la malachite , ou cuivre carbonate' vert de Haüy ; sa couleur varie du vert pomme au vert d’émeraude : on la rencontre en Bohème , en Hongrie, à Freybert en Saxe, dans le Tv-rol, etc. ; mais c’est surtout en Sibérie , dans les monts Ourals, qu’on la trouve abondamment, en morceaux remarquables par leur volume , leur dureté, leur compacité , et ne présentant pas dans leur intérieur de cavités, comme on le voit pour l’ordinaire dans les malachites des autres pays.
- On distingue trois variétés de cuivre malachite, auxquelles on a donné les dénominations de pulvérulente, soyeuse et
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- eoncrétionnée. La première , d’un vert pâle , presque toujours sous forme de poussière , ainsi que son nom l’indique, et disse'inme'e à la surface de divers minerais de cuivre. a l’apparence terreuse.
- La seconde varie'té, d’un vert fonce', d’un aspect soyeux ou velouté , est compose'e de fibres ou d’aiguilles convergentes par une extrémité et divergentes par l’autre , à la manière des zéolithes ; selon la disposition de ces fibres, et selon qu’elles sont plus ou moins déliées, le cuivre malachite soyeux affecte tantôt la forme de houppes ou d’aigrettes, tantôt celle d’étoiles.
- La variété la plus abondante , la plus utile, car c’est la seule qu’on emploie dans les Arts, est le cuivre malachite concrétionné; sa pesanteur spécifique ne varie que de 3,5y à 3,68 : il a la forme de stalactites ou de masses mamelonnées, lesquelles sciées et polies, présentent des couches concentriques ou zones de toutes les nuances de vert possibles : aussi en fait-on usage dans la bijouterie pour fabriquer des boucles d’oreilles, des colliers, des tabatières, etc. Les gros morceaux de malachite eoncrétionnée sont très rares, et par conséquent d’un grand prix. On a cité long-temps , comme un morceau unique par sa grosseur, une plaque de malachite que possédait M. le docteur russe Guthrie : elle avait 3a pouces de long, 17 de large, et 2 pouces d’épaisseur. On a vu , pour la première fois en France, à l’Exposition qui a eu lieu dans les salles de l’ancienne École Polytechnique, au Palais Bourbon, des dessus de cheminées, de tables et de secrétaires, revêtus de plaques de malachite. Ces meubles précieux étaient destinés à l’ornement du palais de M. le prince russe DumidofL Les plaques qui les recouvraient étaient du plus beau poli, et offraient les nuances les plus vives et les plus variées.
- M. de Bournon assure avoir vu une malachite cristallisée. Ces cristaux lui ont paru avoir, pour forme primitive, un prisme droit rhomboidal.
- Des analyses faites par les célèbres chimistes Klaprotli, Proust et Yauquelin, de malachites provenant de divers pays, prouvent, comme on le voit par le tableau suivant, que ce
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- MALATES.
- minéral ne renferme autre chose que du cuivre , de l’oxigène , de l’acide carbonique et de l’eau.
- Malachite do Sibérie. —d’Arragon. —l’cChcssv.
- X’ar Kiaproth. Par Proust. Par Vauquciin.
- Cuivre................ 58 57 ....... 56
- Oxigène............... 12,5........... i4........ i4
- Acide carbonique...... 18 27 ....... 21,2
- Eau................... 11,5......... » ......... 8,7.
- L*****a.
- MALATES ( Arts chimiques). Sels résultant de la combinaison de l’acide malique avec les bases. Quoique la découverte de cet acide, due à Schéele, date de 1785, on ne connaissait que quelques-unes de ses combinaisons salines , et d’une manière imparfaite. Ce n’est qu’en i8i5, et à l’occasion de la découverte faite par M. Donovan , de l’acide contenu dans les fruits du sorbier des oiseaux ( scrbus auciiparia), qu’on s’est occupé d’examiner avec plus de soin ces combinaisons , comme offrant le meilleur moyen de déterminer la nature de l’acide du sorbier, et de comparer ses propriété'» avec celles des acides antérieurement connus. Aucun chimiste n’a examiné ces;sels avec plus de détails que M. Braconnot, aux travaux duquel on doit presque tout ce que l’on sait à cet égard. Il en est résulté, ainsi que des expériences de MM. Yauquelin et Bouton La Billardière, que l’acide du sorbier , considéré d’abord comme étant d’une nature particulière, n’est autre que l’acide malique de Schéele, seulement dans un plus grand état de pureté.
- On n’a encore rencontré dans la nature que le malate acide de chaux, dissous dans le suc de joubarbe : tous les autres malates sont le produit de l’art ; on les obtient presque toujours par combinaison directe de l’acide avec les bases • quelquefois par double décomposition, lorsqu’ils sont insolubles , ou peu solubles, comme les malates de plomb et de mercure. Les malates sont aisément décomposés par le
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- 16 MALAXER.
- feu ; ils se boursouflent, et donnent les mêmes produits que les autres sels végétaux : ils existent à l’e'tat neutre , ou avec excès d’acide. Suivant M. Braconnot, dans les premiers, la quantité' d’oxigène de l’oxide est à la quantité' d’acide comme i est à 9,0g ; et suivant M. Yauquelin, l’oxigène de l’acide est à celui de la base : : 4 i 1. Les seconds contiennent deux fois autant d’acide que les malates neutres.
- Parmi les malates, deux seulement me'ritent quelque attention sous le rapport des Arts, parce qu’ils sont employés pour l’extraction de l’acide malique; ce sont les malates de plomb et de chaux.
- Malale de plomb. -— On le prépare en versant une dissolution d’acide malique dans de l’acétate de plomb ; il se dépose des flocons blancs qui bientôt cristallisent : ces cristaux blancs et très brillans sont, ou des lames minces, ou des houppes soyeuses, ou des prismes tétraèdres tronqués à leurs extrémités. Ce sel, très peu soluble dans l’eau froide, l’est beaucoup plus dans l’eau bouillante , dont il se dépose par le refroidissement en prenant la forme cristalline ; ce qui offre un bon moyen de le purifier. Ce sel n’a point de saveur.
- Malate de chaux. Suivant M, Braconnot, il existe un rna-late neutre et un sur ou bi-malate de chaux. On obtient le premier en mêlant les dissolutions concentrées d’hydrochlorate de chaux et de malate de soude ; le malate de chaux se dépose en cristaux , qui ne renferment point d’eau. Ce sel exige i4-7 parties d’eau à 120 pour se dissoudre ; sa dissolution a une saveur salée. On peut préparer le surmalate en dissolvant le malate neutre dans l’acide malique. Ce sel, qui n’exige que 5o parties d’eau à 120, a une saveur acide plus forte que celle du bi-tartrate de potasse. Il cristallise en prismes à six pans terminés en biseaux. Les procédés employés pour extraire leur acide seront décrits à l’article Malique {acide). L*****r.
- MALAXER. Terme usité dans les laboratoires de pharmacie , pour désigner cette espèce de manipulation qu’on est obligé de faire dans quelques cas pour ramollir et pétrir certaines pâtes auxquelles on veut donner plus d’homogénéité
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- MALIQUE. 17
- et de liant, ou dont on a besoin de faire sortir quelques portions d’humidité interposée. C’est ainsi qu’on malaxe une pâte de pastilles ou une masse pilulaire, soit pour y incorporer uniformément les substances énergiques qui entrent dans leur composition, soit pour rendre ces pâtes plus souples et par cela même plus susceptibles de prendre les différentes formes qu’on veut leur donner. On malaxe aussi les emplâtres pour en faire sortir l’eau surabondante qui s’y est interposée pendant leur confection, et qui par son séjour nuirait à la qualité du médicament et à sa conservation. R.
- MALIQUE (Acide). En 1785, Schéele découvrit cet acide dans le suc de pommes et celui du ribes grossularia, et lui donna le nom d'acide malique. On l’a trouvé depuis dans d’autres végétaux , notamment dans le suc de joubarbe , où, suivant M. Yauquelin, il existe à l’état de sur-malate de chaux ; mais l’acide obtenu de ces végétaux était toujours accompagné de substances étrangères qui masquaient ses propriétés. Il n’est connu à l’état de pureté que depuis la découverte qu’en a faite M. Donovan dans les fruits du sorbier des oiseaux. Cet acide, pris d’abord pour un acide particulier, et nommé sorbique, ayant été reconnu, d’après les expériences de MM. Braconnot, Yauquelin et Houton La Billardière, pour de l’acide malique dans un état de pureté plus grand qu’on ne l’avait obtenu jusqu’à cette époque, a dû conserver et conserve le nom que Schéele lui avait donné.
- Le procédé de M. Donovan consiste à verser dans le suc exprimé du fruit de sorbier, abandonné pendant quelques jours à l’air pour subir un léger degré de fermentation qui sépare une substance végétale sans altérer en rien l’acide, et ensuite filtré, une dissolution d’acétate de plomb. Il se forme un précipité floconneux abondant, qui se dépose en cristallisant ; c’est du malate de plomb, que l’on purifie en le faisant bouillir avec de l’eau que l’on filtre bouillante , et d’où le sel de plomb se précipite en prenant une forme cristalline plus régulière : il ne s’agit plus que de traiter le malate de plomb Tome XIII.
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- »8 MALIQUE.
- par une suffisante quantité d’acide sulfurique, qui s’empare de l’oxide de plomb et laisse à nu l’acide malique, qu’on obtient par une évaporation ménagée. Dans le cas où cet acide retiendrait du plomb, on l’en débarrasserait en y faisant passer un courant d’acide hydrosulfurique.
- M. Braconnot neutralise l’acide du suc de sorbier par la craie ; il filtre la liqueur et l’évapore en sirop ; le malate de chaux se dépose en petits grains : il fait bouillir ce sel dans de l’eau avec son poids égal de sous-carbonate de soude, ajoute un lait de chaux pour précipiter une matière colorante , et filtre de nouveau la liqueur, après y avoir fait passer un courant d’acide carbonique pour précipiter l’excès de chaux ; puis il décompose le sorbate de soude par l’acétate de plomb, et le sorbate de plomb par l’acide sulfurique, comme ci-dessus.
- Dans l’intention de prouver l’identité de l’acide de la joubarbe avec celui du sorbier, M. Houton La Billardière a employé un procédé qui diffère de ceux qu’on vient de décrire. Après avoir saturé le suc de joubarbe par un excès de lait de chaux, évaporé la liqueur filtrée , et recueilli le malate de chaux déposé, il lave ce sel avec de l’alcool à i5°, jusqu’à ce que celui-ci ne se colore plus, puis il fait bouillir le malate de chaux avec de l’eau, qui le dissout sans agir sur une combinaison de chaux et de matière colorante qui y était mêlée. La dissolution de malate de chaux est ensuite mêlée à du nitrate de plomb , et le malate de plomb insoluble qui en résulte , délayé dans l’eau , est décomposé par un courant d’acide hydrosulfurique. Ce procédé peut être appliqué aussi avec succès au suc de pommes, ainsi que je m’en suis assuré.
- L’acide malique, quel que soit celui de ces procédés que l’on suive, et le végétal dont on le retire, pourvu qu’il soit obtenu à l’état de pureté, a des propriétés marquées qu’on ne connaissait pas à l’acide de Schéele ; il cristallise sous la forme de mamelons, qui pourtant, exposés au contact de l’air , en attirent l’humidité et se liquéfient. Il est incolore ; il a une saveur acide très forte , analogue à celle des acides ci-
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- MALLETIER. tq
- trique et tartrique ; il est très soluble dans l’alcool. Son caractère le plus remarquable est de précipiter la dissolution d’acétate de plomb en flocons blancs qui se convertissent promptement par le repos en petites lames ou aiguilles très brillantes : il précipite aussi les nitrates de plomb et d’argent, et ne précipite point les eaux de chaux et de baryte.
- D’après les expériences de M. Yauquelin, les élémens dont l’acide malique pur est formé, sont dans les proportions sui-
- vantes :
- Oxigène...................54,9
- Carbone...................28,3
- Hydrogène................. 16,8.
- Lwwt.
- MALLETIER ( Technologie). C’est le nom qu’on donne à celui qui fait des malles pour les voyages. On lui donnait aussi autrefois le nom de bahutier, parce qu’il fabriquait de grands coffres qu’on nommait bahuts. Le coffretier, le malletier, le bahutier, le layetier, qui formaient anciennement quatre états différens, qui avaient continuellement besoin du secours l’un de l’autre pour terminer le même ouvrage, ne font plus aujourd’hui qu’un seul et même état, et chacun fait en entier toutes les parties qui étaient alors divisées.
- Au mot Layetier , nous avons indiqué les travaux dont il s’occupait sous ce seul rapport ; en décrivant ici les procédés qu’il emploie pour faire les malles, nous complétons cet article.
- Les outils dont on se sert pour faire les mallés sont les mêmes que ceux que nous avons décrits à l’article Layetier ( V- ce mot) ; nous n’y en ajouterons qu’un seul , que nous décrirons lorsqu’il en sera temps ; c’est la pince à étirer les peaux.
- En qualité de layetier, l’ouvrier fait le fût ou carcasse de la malle, dont partie est en volige de chêne et partie en volige de sapin. Lorsque le fût est construit, il fabrique le couvercle , qui est ordinairement arrondi ; pour cela, il coupe deux morceaux de bois en are de cercle d’un côté, selon la
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- MALLETIER.
- forme plus, ou moins convexe qu’il veut donner à la malle. Il couvre la partie supe'rieure avec des bandes e'troites de feuillet de chêne, afin qu’elles puissent affecter la forme circulaire ; il les fixe sur les deux bouts avec de petits clous. Il place sur le devant et sur le derrière des liteaux de 5 centimètres ( 2 pouces ) de large , 14 millimètres ( 6 lignes) d’épaisseur, de manière que le couvercle affleure partout le dessus du fût.
- Ce préalable rempli, l’ouvrier engorge la malle , c’est-à-dire qu’il fait la gorge. Pour cela , il cloue tout autour en dedans et sur le bord de la partie supérieure du fût, un liteau de volige de 8 centimètres ( 3 pouces) de large ; ensuite il place les charnières, et creuse l’emplacement que doit occuper la serrure.
- Avec de la colle de rognures de peau , on colle , dans tout l’intérieur , de la toile pour boucher tontes les fentes et consolider cette carcasse. Après cela, on colle de même sur toute la surface , excepté sur le dessous, delà peau de porc, préparée à l’alun , que l’on a fait bien ramollir en la laissant long-temps tremper dans l’eau ; on la tend fortement avec des pinces à étirer les peaux, qui ne sont-autre chose que les tenailles dont le cordonnier se sert pour tendre fortement les cuirs sur la forme.
- Lorsque la colle.est bien sèche, on garnit de fer-blanc les coins et les bords, qu’on assujettit avec de petits clous qu’on nomme broqueites de Liège. On cloue par-dessous deux liteaux de sapin, pour élever un peu la malle au-dessus du sol. On cloue sur le couvercle trois ou quatre liteaux, afin de garantir la peau contre les déchirures que pourrait occa-sioner le frottement.
- Il ne reste plus qu’à la doubler avec de la toile ou du coutil, et à rubaner l’intérieur du couvercle , ce qui se fait en v clouant de petits rubans rouges : mais auparavant, on attache la serrure, on fixe à chaque bout des anses avec des pattes de fer forgé qu’on rive en dedans, de même qu’un ou deux porte-cadenas.
- Voilà comment se fabriquent les malles ordinaires. Quant
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- MAMELON ARTIFICIEL, aux malles soignées , ou à couipartimens, ou à secret, la seule différence consiste dans les précautions que l’on prend dans le choix des matières et dans les soins que l’on apporte à chaque partie de l’ouvrage. II serait trop long et même superflu de détailler toutes les espèces de malles que l’on fabrique, ce sont des objets trop connus, et chaque ouvrier adopte des formes particulières, ou bien suit le goût et le besoin des consommateurs. Ce à quoi l’on doit le plus s’attacher, c’est à la solidité' et à la commodité. On en fait aujourd’hui qui offrent ces deux qualités réunies ; elles sont couvertes en peau de veau tannée, et l’intérieur est disposé de manière qu’à l’aide de cases ingénieusement pratiquées, soit dans le couvercle , soit dans l’intérieur, tous les objets peuvent y être classés de manière que l’on n’a pas besoin de tout défaire pour mettre la main sur-le-champ sur ceux dont on peut avoir besoin. Les habits y sont fixés par des sangles et par des boucles , de telle sorte que quand bien même la malle ne serait pas pleine, ils ne peuvent recevoir aucune altération pendant le voyage le plus long. L.
- MALT. On donne ce nom à l’orge gonflée dans l’eau, germée et touraillée pour la fabrication de la Bière. ( V. dans cet article le maltage des grains , T. III, page 64. } P.
- MAMELON ARTIFICIEL ( Technologie). Madame Breton, sage-femme, à Paris, donne ce nom à un petit instrument qu’elle a inventé pour suppléer à l’allaitement maternel, dans le cas où une conformation vicieuse ou une maladie du mamelon empêche la mère de nourrir son enfant.
- Les fig. i5 , 16 et 17, Pl. 36, font voir le bout de sein avec tous ses détails.
- La fig. i5 montre le chapeau du bout de sein en élévation et sans le mamelon. Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans les trois figures , qui sont de grandeur naturelle..
- Ce chapeau est circulaire ; il a la forme hémi-sphérique ; il est en buis, en ivoire ou en cristal, au choix de la mère. Il est tourné et bien poli, surtout à la partie circulaire A,B, qui est destinée à appuyer sur le sein , et qui pourrait le
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- 22 MAMELON ARTIFICIEL,
- blesser s’il avait quelque aspe'rité. Cette demi-sphère est sur— monte'e d’un mamelon C, et le tout est creuse' au tour, comme l’indiquent les lignes ponctue'es. On voit à la partie supérieure du chapeau en D,D, une gorge dont on va connaître l’usage.
- La fig. 16 représente en élévation le mamelon séparé E; il est formé d’un pis de vache naturel préparé, c’est-à-dire débarrassé de toute la partie charnue et réduit à la simple membrane qui le forme. Ce mamelon, lorsqu’il est sec , ressemble à du parchemin fort : on le laisse tremper pour le ramollir, et alors il paraît être formé d’un morceau de peau blanche très flexible. C’est dans cet état qu’on en enveloppe le mamelon C , et qu’on l’y fixe par quelques tours de fil fort qu’on serre dans la gorge D,D. On fait attention seulement que le pis de vache ne touche pas le mamelon C, mais qu’il laisse un peu de jeu tout autour, afin qu’il ne présente rien de trop résistant aux lèvres du nourrisson. On voit en G un trou pratiqué au bout du mamelon artificiel.
- La fig. i ij montre le bout de sein artificiel en perspective, et prêt à être mis en usage.
- Pour se servir de cet appareil, on place le chapeau bien en rapport avec le bout du sein, de manière que le mamelon naturel se loge dans la cavité E, et on le maintient avec deux doigts, afin d’empêcher l’introduction de l’air entre le sein et la partie circulaire A,B. Avant de le présenter à l’enfant, et pour mieux l’exciter à le prendre, on peut faire tomber surlepetitbout quelques gouttes de lait ou d’eausucrée et tiède.
- Par la forme qu’on a donnée au chapeau ( V. fig. 15), il est facile de concevoir comment l’allaitement a lieu. Le chapeau est concave en dessous, et cette concavité, indiquée par la ligne ponctuée, montre que cet appareil ne s’appuie que par sa circonférence A,B, sur la mamelle. Nous avons fait observer qu’il est important de ne pas laisser pénétrer l’air extérieur. Le nourrisson, par la succion, fait le vide dans la cavité intérieure du chapeau, et cette légère aspiration suffit pour attirer le lait avec facilité et sans aucune douleur, aucune fatigue pour la nourrice.
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- MAMELON ARTIFICIEL. 23
- Lorsque l’enfanta fini de téter, ou exprime bien le petit bout du mamelon, pour qu’il n’y reste pas de lait, et après l’avoir soigneusement lavé et essuyé , on le pose sous un verre ordinaire renversé, le mamelon en haut, comme il est représenté dans la fig. 17, afin de l’empêcher de se sécher.
- Si l’on était long-temps sans s’en servir et qu’il fût sec , on le remettrait dans de l’eau fraîche, et on l’y laisserait le temps nécessaire pour le ramollir. On se sert pour cela d’un petit verre à liqueur, dans lequel on place le chapeau renversé, de manière qu’il n’y ait environ que les trois quarts du mamelon qui trempent dans l’eau. Lorsqu’il y a repris sa souplesse , on le lave bien et on l’essuie avant de le présenter à l’enfant.
- Ces appareils ont été portés à un tel degré de perfection, et ont déjà rendu tant de services, qu’ils ont mérité les éloges et l’approbation d’un grand nombre de médecins, de chirurgiens et d’accoucheurs les plus distingués. Ils ont l’avantage d’éviter ou de guérir les crevasses et les douleurs affreuses qui en résultent ; de remédier au défaut ou à la mauvaise conformation du mamelon ; de fournir une ressource précieuse quand une nourrice est fatiguée ou malade ; en un mot, de favoriser, de la manière la plus parfaite et la plus commode, l’allaitement naturel.
- Madame Breton ne s’est pas bornée à l’appareil que nous venons de décrire ; elle a cherché à appliquer ses mamelons artificiels à Y allaitement complet des enfans sans le secours d’aucune nourrice; elle a parfaitement réussi. Nous connaissons trois enfans qui ont été entièrement nourris d’après son système, sans avoir jamais tété aucune nourrice, qui ont constamment joui de la meilleure santé, et n’ont presque pas souffert aux époques de la dentition. Le Roi, d’après le rapport qui lui a été fait sur cette heureuse découverte, et vu son importance, a prolongé à i5 années la durée des deux brevets d’invention, que l’auteur avait pris seulement pour cinq ans.
- L’appareil qu’on emploie, dans ce cas, consiste en un flacon
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- =4 MAMELON ARTIFICIEL,
- en cristal A (fig. 18, PI. 36 ) , ferme par un bouchon B pareillement en cristal, lequel est surmonte' du même mamelon artificiel, que l’on voit en C (fig. i6), et que nous avons déjà décrit. Ce flacon, que madame Breton nomme biberon, porte un petit trou L, qui sert à introduire ou à intercepter l’air extérieur dans le flacon , selon les circonstances que nous ferons remarquer.
- Le bouchon B, que l’on voit ( fig. 19) séparé du flacon et du mamelon , est percé dans son axe ; il est ajusté à l’émeri avec le flacon. Il porte en M un disque qui sert à le prendre et à le fixer sur le flacon , et est un peu plus grand que le diamètre du goulot du flacon, afin qu’on puisse le placer et l’enlever sans peine. Au-dessus de ce disque est une gorge 0,0, semblable à la gorge D,D, de la fig. 16 , et qui sert au même usage, c’est-à-dire à fixer, par quelques tours de fil fort, le mamelon artificiel.
- Avant de placer le bouchon sur le flacon , on ne doit pas oublier de le frotter avec de la cire blanche, afin d’empêcher qu’il ne grippe dans l’orifice du flacon, par la cristallisation des liqueurs sucrées qu’on emploie pour la nourriture des enfans ; ce qui s’opposerait à sa séparation après la dessiccation de ces liqueurs.
- L’auteur de ces appareils a fait imprimer, sous le titre A’ Avis aux mères qui ne peuvent pas nourrir, une instruction pratique sur l’allaitement artificiel, qu’elle distribue aux mères qui veulent en faire usage. Cette instruction , très simple et très bien faite, entre dans tous les détails nécessaires pour tirer de son invention tous les avantages possibles. Nous 11e donnerons ici que les titres des articles qu’elle a traités, afin d’en faire connaître l’utilité. On peut se procurer facilement chez elle, à Paris, rue du faubourg Montmartre, n° 24, et chez Baillière, libraire, rue de l’École de Médecine, n° 14, le Mémoire entier, pour 1 fr. 25 c.
- Après avoir parlé de l’allaitement maternel, et l’avoir comparé à l’allaitement artificiel, elle s’occupe du choix de l’aliment destiné à remplacer le lait maternel. Elle étudie la ma-
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- MAMELON ARTIFICIEL. z5
- nière dont la nature procède dans l’allaitement naturel : elle indique comment on doit préparer le lait de vache, et pré*:-' crit différentes recettes, appropriées aux différens âges de' l’enfant et à ses divers états de santé. Elle conduit l’enfant jusqu’au moment du sevrage , et termine son ouvrage par des conseils précieux sur les soins qu’on doit donner aux enfans. Ce Mémoire perdrait trop de son intérêt par une simple analyse ; il faut le lire et le méditer. Nous nous bornerons à en extraire l’article relatif à l’usage de ce dernier appareil.
- « L’emploi de ce biberon est simple et facile. On le remplit" du mélange de lait proportionné à l’âge de l’enfant ; on place le bouchon à l’émeri, qui porte le mamelon, et on le serre un peu pour qu’il ne sorte pas du goulot. Alors on le présente à l’enfant, en ayant soin de placer le pouce sur l’ouverture latérale L , par laquelle l’air pénètre dans le flacon, à mesure que la succion diminue la quantité de lait qu’il contient.
- » L’appareil demande à être tenu avec la plus exacte propreté ; il faut, chaque fois qu’on s’en est servi, rincer soigneusement le flacon avec de l’eau chaude, exprimer le mamelon de manière à en faire sortir tout le lait qui pourrait y être resté. Le mamelon, lavé dans l’eau fraîche , sera replacé sur le flacon jusqu’au moment où l’on devra donner à téter de nouveau. Si l’on s’apercevait qu’il se séchât, il faudrait le faire tremper dans l’eau fraîche pendant quelques instans avant de s’en servir. Il reprendra de suite toute sa souplesse et sa flexibilité. Il faut aussi allonger le petit bout avant de le présenter à l’enfant. On aura soin de ne jamais tremper les mamelons dans l’eau chaude ; cela les altérerait. » Madame Breton a reçu une médaille à l’Exposition de 1827, pour l’allaitement artificiel des enfans.
- Les prix de ces appareils sont les suivans, livrés à Paris :
- Ln biberon, "taille riche ou orné.. .. 12 fr. et au-dessus.
- Un mamelon , monté sur chapeau d’ivoire.............................. i)
- Idem, sur chapeau de buis........ 5
- Idem, surun biberon en cristal uni,. . 8
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- 26 MANCHE.
- Un mamelon, sur un biberon taillé ou
- opale......................... 9 à 11 fr.
- Pour changer le petit mamelon quand il est usé...................... 4,5°
- L.
- MANCHE. Ce terme a plusieurs acceptions dans les Arts. On donne ce nom à la poigne'e, ordinaiement en bois, qui sert à tenir un outil. Chaque instrument a son manche fabriqué sous la forme qui convient à l’usage qu’on en fait; les manches de marteaux, de couteaux , de canifs , de rasoirs , de lancettes, etc. , sont très différens les uns des autres. Le manche d’un instrument de musique est une pièce de bois qui maintient les chevilles destinées à tendre les cordes sonores.
- En Marine , la manche à eau est un long tuyau de cuir ouvert aux deux bouts, qui sert à verser l’eau qu’on embarque dans les futailles ou réservoirs situés à fond de cale. On applique le bout inférieur sur l’orifice du réservoir vide , et l’on introduit l’eau par le bout supérieur en l’y versant, ou à l’aide d’une pompe.
- La manche à air est une chausse de toile dont on suspend le haut à l’étai des mâts, tandis que le bas descend sous le pont. C’est un excellent moyen de renouveler l’air des régions inférieures du navire, attendu que cet air est souvent fétide et dangereux pour la santé. La manche ouverte du côté du vent favorise un courant d’air de haut en bas.
- La manche d’un vêtement est la partie qui recouvre les bras.
- Les manchettes sont une garniture en toile fine et brodée, ou en mousseline, ou en dentelle, etc., dont on garnit les extrémités des manches de chemise. Fr.
- MANCHE ( Technologie). Les manches des limes, et surtout de celles qui servent aux ouvrages délicats de l’horlogerie, de l’orfèvrerie, etc., et les manches des marteaux, exigent quelques détails , soit pour les fabriquer soi-même, soit pour les choisir chez les marchands de fournitures, lorsqu’on se trouve à portée de les acheter chez ces derniers.
- Les manches des limes sont de deux sortes , selon la gran-
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- MANCHE. 27
- cteur et la force de la lime. On les de'signe sous le nom de manches à cire et de manches à carrelette et au-dessous.
- Les manches à cire sont pour les limes les plus délicates ; ils sont formés d’un bois dur , quelquefois de bois des îles , d’os ou d’ivoire ; ils sont surmontés d’une virole de cuivre jaune ou laiton, de 35 millimètres environ de longueur, et légèrement coniques. Le bout du manche est plus petit d’un millimètre que son corps , dans une longueur d’un centimètre , et ajusté dans le côté le plus large de la virole , dans lequel il entre très juste, de manière que le bas de la virole vient reposer sur la partie qu’on a ménagée sur le manche, de telle sorte que le tout ne forme qu’une seule pièce légèrement conique , sans saillie depuis le bas du manche jusqu’au bout de la virole , dans laquelle le manche ne s’engage que de la longueur d’un centimètre. Le vide qui reste dans la virole est rempli de cire à cacheter, qu’on y fait fondre à la chaleur d’une bougie. On fait chauffer à la même bougie le bout de la lime qu’on appelle soie, on la plonge chaude dans la cire à cacheter que contient la virole, elle y fait sa place , et l’on maintient la lime droite jusqu’à ce que la cire soit refroidie; alors elle est solidement emmanchée.
- Les manches à carrelettes sans cire ont aussi une virole ordinairement en laiton, quelquefois en fer pour les très grosses limes : ces viroles ont de i5 à 20 millimètres de large, selon la grosseur de la lime à laquelle les manches sont destinés ; le bois arrive jusqu’au bord supérieur de la virole. Les meilleurs sont percés sur le tour d’un bout à l’autre : ceci est important, surtout pour les limes carrelettes et au-dessous, parce qu’il arrive souvent que ces limes cassent au ras du manche, la soie reste dans le bois, et le manche est perdu s’il n’est pas percé, parce qu’on n’a presque jamais aucun moyen d’arracher cette soie. Lorsque le manche est percé , on peut repousser cette soie à l’aide d’un bout d’acier rond et d’un coup de marteau.
- Des manches de marteaux. Pour peu qu’on ait travaillé des mains , on s’est aperçu qu’on ne donne des coups de mar-
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- 28 MANCHON.
- teau secs et dont la force peut être proportionnée au genre d’ouvrage que l’on fait, qu’autant que le marteau est bien emmanché et qu’il est solidement fixé avec son manche. C’est pour qu’on puisse le consolider parfaitement, que, dans la fabrication du marteau , les bons ouvriers forment le trou ou l’œil, qui est toujours rectangulaire, de manière que l’entrée est un peu plus petite que la sortie, de sorte que ce trou dans sa longueur présente la forme d’un tronçon de pyramide quadrangulaire très' allongée. Par ce moyen, lorsque le manche est bien ajusté , on peut, à l’aide de coins en métal, écarter le bois et lui faire remplir tout le vide que présente l’œil dans sa partie supérieure.
- Cette précaution ne suffit pas toujours , parce que le bois se sèche continuellement, et que les coins se lâchent. Pour plus de sûreté , on fait deux pièces de métal, en laiton pour les petits marteaux, en fer pour les gros ; on leur donne la forme d’un T, dont les branches horizontales appuient sur la partie supérieure du marteau, les parties verticales sont ajustées sur les deux cotés les plus étroits de l’œil, et descendent sur le manche d’un centimètre environ au-dessous de l’épaisseur du marteau. On perce là, dans ces deux pièces, un trou qui traverse le manche, et dans lequel on fixe une goupille plus ou moins grosse, selon la forme du marteau, et on la rive par ses deux bouts sur les queues des deux T. On chasse alors les coins, etle marteau a toute la solidité désirable. L.
- MANCHON ( Technologie). C’est un petit meuble qui fait partie du vêtement, et qu’on porte en hiver pour se garantir les mains du froid. Il n’v a pas de meuble qui ait autant éprouvé de changement, quant à la forme ou à la matière, que les manchons. Tantôt ce sont des pelleteries plus ou moins précieuses qui les recouvrent, tantôt ce sont des étoflès de soie , tantôt de la plume des oiseaux plus ou moins rares, plus ou moins précieux.
- En général, le manchon est composé d’un double sac sans fond, dont l’un a un diamètre plus petit que l’autre. Ces deux sacs sont cousus ensemble par leurs extrémités, et le vide qus
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- MANCHON. 29
- reste entre eux est rempli de coton en rame ou de laine fine et carde'e, ou de plume comme un oreiller. Les deux extrémités sont termine'es par des coulisses dans lesquelles on passe un ruban qui sert à élargir ou à diminuer les ouvertures du manchon , selon la grosseur de la main de celui qui s’en sert. Le petit sac est toujours en soie, et sert de doublure au manchon ; le large sac en est la partie extérieure.
- Il serait difficile de déterminer la forme et la grandeur du manchon ; elles varient selon la mode : les petits manchons sont cylindriques, de 325 à 4°6 millimètres (12 à i5 pouces) de long, sur 189 à 217 millimètres (7 à 8 pouces) de diamètre. La mode de ces petits manchons n’est plus usitée en France ; les gros manchons qui couvrent la poitrine et descendent jusqu’à la bifurcation, sont les seuls qu’on voie porter; ils sont très larges, et sont réservés aux femmes ; les hommes n’en portent plus.
- Ce sont les Pelletiers qui fabriquent les manchons et en font le commerce. ( V. Pelletier. ) L.
- MANCHON. En Mécanique , on fait usage de manchons en fer forgé ou en fonte , pour raccorder deux axes bout à bout, dont l’un transmet le mouvement à l’autre dans la même direction. Ces manchons sont ronds ou carrés , suivant la forme des axes : mais quand ils sont ronds , il faut loger des clefs moitié dans les axes et moitié dans l’épaisseur du manchon , pour entraîner le mouvement. Quelquefois on les fait de deux pièces réunies par leurs rebords diamétralement opposés, avec des boulons : alors on place les clefs dans les joints.
- Dans les conduites d’eau en fonte, on raccorde les tuyaux qu’on veut garantir des dangers de la dilatation ou du retrait, avec des manchons de plomb fortement serrés sur les tuyaux ; dont ils ont le calibre extérieur, avec des colliers de fer.
- Les souffleurs de verre donnent le nom de manchons aux cylindres dont ils font, en les étendant, les feuilles de verre à vitre, ainsi qu’on faisait autrefois les glaces. E. M.
- MANDOLINE, MANDORE. C’est un instrument de musique,
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- 3o MANDRINS.
- formé d’une caisse ovoïde sonore, surmontée d’un manche, et sur lequel sont tendues quatre cordes , qu’on tend et accorde de manière que la grosse corde ou 4e soit à la quinte de la 3e, celle-ci à la quarte de la 2e, qui rend un la, et la 2' à la quinte de la 1”, ou chanterelle. La longueur totale de la mandoline est d’un pied et demi. On attaque les cordes avec une petite plume qu’on tient de la main droite, tandis que les doigts de la gauche, qui porte le manche, se posent pour accourcir les cordes selon le son qu’on veut leur faire rendre. La mandore est un peu plus grande que la mandoline, et rend des sons plus nerveux. Ces instrumens sont encore usités en Italie ; mais en France, on les a remplacés par la Guitare, qui offre plus de ressources au musicien, et produit des-effets beaucoup plus variés. C’est pourquoi nous ne croyons pas convenable de donner plus d’étendue à cet article. Fr.
- MANDRINS (Arts mécaniques). C’est le nom qu’un tourneur donne à diverses pièces qui se montent à vis sur le nez d’un tour en l’air. Les forgerons et les ajusteurs appellent également mandrins , des outils de fer ou d’acier dont ils se servent pour agrandir et égaliser des trous , soit à chaud, soit à froid.
- Ceux des forgerons sont disposés par série de diverses formes, ronds, ovales, carrés , légèrement coniques, de manière à pouvoir se succéder les uns aux autres, pour amener les trous à la dimension convenable. Le premier de la série, c’est-à-dire le plus petit, sert à percer le trou : on lui donne le nom de Poixçox. ( F. ce mot. )
- Les mandrins d’ajusteurs sont en acier et trempés ; ils ont leurs pointes un peu effilées , mais le reste est cylindrique, sillonné par des entailles en rochet transversalement : on les enfonce à Coups de marteau, après les avoir huilés, dans les trous qu’on veut égaliser et calibrer. C’est ainsi qu’on perfectionne la mortaise d’une chappe, d’une pûupée, etc. , qui doit glisser à frottement le long d’une règle.
- Nous revenons actuellement à l’explication des divers mandrins de tourneur; ils sont en bois, en cuivre, en fonte ou en fer, suivant les circonstances et les ouvrages à tourner. Les
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- MANDRINS. 3i
- tabletiers, les boutonniers , font usage des mandrins de bois, qui reçoivent, soit les objets qu’on veut tourner, soit des mèches à percer des trous , des broches à équarrir, des vis dites queues de cochon, etc. D’autres fois les objets à tourner se fixent sur le mandrin avec de la colle ou du mastic.
- Mandrin a virole. Ce mandrin a une forme allonge'e et conique , avec un étranglement à un pouce environ de sa base ; il est percé d’un trou suivant son axe, et l’on divise par deux traits de scie en croix toute la partie antérieure à l’étranglement, ce qui donne quatre quartiers qui se rapprochent plus ou moins au moyen d’une virole vissée sur la surface extérieure conique : les objets à tourner mis dans le trou, ou dans une cavité pratiquée sur le bout du mandrin pour les recevoir, s’y trouvent parfaitement maintenus et centrés. On a soin d’armer de morceaux de fer le trou ou la cavité, quand le mandrin n’est que de bois.
- Mandrin a virole collante. La virole, au lieu de se visser sur le cône, glisse seulement dessus dans le sens de l’axe, au moyen d’un levier d’embréage, ayant son point d’appui sur le support du tour même , ou sur un point particulier fixe.
- Mandrin a pince. On se sert avec avantage du mandrin armé d’une pince à boucle coulante. Les objets sont saisis comme dans un étau , tout en occupant toujours le centre du tour.
- Mandrin a deux ou a -quatre vis. On a, dans les grands ateliers de tourneurs, des mandrins à deux ou à quatre vis de pression , soit pour entraîner le mouvement des pièces tournant entre deux pointes , soit pour les serrer fortement quand on doit les tourner en l’air. Les vis de pression pressent directement les pièces , ou bien elles font mouvoir des poupées ou des mâchoires qui remplissent le même objet. On fait ordinairement ces mandrins en fonte de fer ou en cuivre, et les vis en acier trempé.
- Mandrin universel. On voit, sur les tours de Vaucan&on, au Conservatoire, des mandrins qu’on nomme universels, parce qu’on peut, par leur moyen, saisir de gros et de petits objets. Il se compose de deux pièces principales, dont une, celle du
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- 3a MANÈGE.
- fond, qui est un mandrin ordinaire qui se fixe sur le nez du tour, a sa surface oppose'e à l’embase de l’axe, sillonne'e en spirale à pas carré, depuis le centre jusqu’à la circonférence , et dontl’autre , appliquée sur la première par un ajustage en tabatière , c’est-à-dire qui peut tourner, mais non s’en écarter, porte trois poupées ou mâchoires pouvant glisser du centre à la circonférence, dans des fentes parfaitement calibrées, faisant entre elles des angles de 120°. Le côté de ces mâchoires qui s’applique contre la surface de la première pièce sillonnée en spirale , est sillonné de même, en sorte que quand on vient à tourner l’une des pièces , l’autre étant fixe, les poupées s’éloignent ou se rapprochent simultanément du centre, ce qui lâche ou serre l’objet qu’on tourne. Les deux pièces sont disposées de manière à pouvoir être tournées séparément au moyen des clefs et à être arrêtées au degré de pression qu’on veut.
- Maxdrix a ovale. Pour faire des ellipsoïdes sur le tour, on a des mandrins particuliers qui s’y adaptent, et qu’on nomme mandrins à ovale; ils se composent de deux pièces : l’une est un cercle en métal, qu’on peut rendre plus ou moins excentrique par rapport à l’axe du tour, et qui se fixe sur la poupée de devant ; l’autre est une plaque en cuivre, sur laquelle est ajustée une pièce coulante qui obéit en tournant à l’excentricité du cercle, et qui porte à son centre un nez de tour propre à recevoir les mandrins ordinaires. Pour que le jeu de l’excentricité s’exécute avec justesse , il ne faut pas tourner très vite. ( V- Tour a ellipse. )
- Mandrins d’artificiers. Ce sont des cylindres de bois dur, de calibre, sur lesquels on roule le papier pour les cartouches , les gargousses, les feux d’artifice, etc. ( V. Cartouches. )
- On a, dans les arsenaux et dans les ateliers ordinaires, des mandrins cylindriques de fer, faits avec la plus grande précision , sur lesquels on contourne les ferrures auxquelles on veut donner leurs formes. E. M.
- MANÈGE, art de dompter et discipliner les Chevaux. Nous renverrons à cet égard à l’article Cheval , où nous avons exposé
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- MANÈGE.
- tout ce qui se rapporte à la forme, l’âge, les qualités, la nourriture et la multiplication de ce beau quadrupède.
- On donne aussi le nom de manège au bâtiment dans lequel on enseigne l’équitation , et où l’on se livre à cet exercice, en se conformant aux règles de l’art. Cette construction ne consiste le plus souvent qu’en un long espace de terrain entouré d’un mur et recouvert par une toiture d’où l’on tire la lumière : des écuries situées dans le voisinage servent de retraite aux chevaux après les exercices. Le sol doit être en terre sablée , pour la sûreté du pied des animaux et rendre les chutes moins dangereuses. Les exercices ordinaires consistent à faire parcourir aux cavaliers le pourtour de l’enceinte, en les disposant en file l’un derrière l’autre. La main qui tient la bride est celle qui est voisine de la muraille, et lorsqu’on fait les changement de main, on fait aussi traverser le milieu de l’enceinte pour gagner le mur opposé ; la course suit alors un chemin qui a la figure d’un 8 : on habitue par là les écuyers à se servir indifféremment des deux mains et à parcourir les sinuosités du terrain. On les fait aussi trotter ou galoper sur deux, trois,. ... de hauteur : en un mot, on leur enseigne toutes les évolutions nécessaires , ainsi qu’à se faire obéir de leur monture, et à lui faire prendre toutes les allures.
- Vers le milieu du bout du manège, sont plantés deux poteaux , entre lesquels on tient le sauteur attaché. C’est un cheval fringant qu’on a habitué à faire des sauts propres à désarçonner le cavalier , afin de rendre celui-ci maître de l’animal, en lui apprenant à résister à ses caprices et aux mouvemens brusques qu’il peut faire , soit par un effet de la peur, soit par celui d’un tempérament fantasque. L’art de l’équitation ne saurait obtenir plus d’étendue dans notre Dictionnaire, et nous renverrons à cet égard aux Traités spéciaux , et particulièrement à l’Encyclopédie méthodique et à l’ouvrage de La Gue'rinière. Fr.
- v MANÈGE {Mécanique). De tous les modes d’appliquer la force motrice des animaux pour faire mouvoir des machines, le plus convenable paraît être celui qu’on appelle machine-Tome XIII. 3
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- manège, ou simplement manège, dont les bras de levier portent au moins 4, 5 et même 6 mètres de long. Avec cette dimension, les animaux tirent dans la direction de la tangente au cercle qu’ils de'crivent, et toute leur force est employée utilement ; mais s’ils sont attelés sur un bras de levier plus court, outre que leur position est gênée , le tirage se fait en dedans du cercle , suivant une ligne qui fait un angle aigu avec la direction du bras de levier, ce qui anéantit une partie d’autant plus considérable de la force , que le levier est plus court. Ainsi, quand le local le permet, il faut toujours donner aux leviers des chevaux une longueur au moins de 4 mètres. On ne doit point oublier, dans le calcul des vitesses , que le cheval travaillant ne parcourt qu’un mètre par seconde en exerçant une force de 8o kilogrammes : d’après cela, un cheval d’une force et d’une taille moyenne, attelé à l’extrémité d’un levier de 4 mètres, ne doit faire et ne fait réellement que deux tours et demi par minute. ( V. Cheval et Moteur. )
- La marche d’un bœuf n’étant que les deux tiers de celle d’un cheval, il ne ferait, étant attelé au même levier, qu’un tour et deux tiers par minute. Pour que la vitesse de rotation du manège fût égale dans les deux cas, il faut que le levier du bœuf n’ait que 2m,66. On voit que je suppose ici la force de traction du bœuf égale à celle du cheval, ce qui n’est pas toujours vrai : alors il faut y avoir égard. Si l’on voulait atteler simultanément des bœufs et des chevaux au même manège, il faudrait que les leviers des premiers ne fussent que les deux tiers des leviers des seconds. Nous ne savons pas si cet essai a été fait ; mais nous ne doutons pas de son succès.
- Les manèges dont nous venons de parler sont formés d’un arbre vertical, ordinairement en bois, tournant dans une crapaudine et dans un collet fortement assujettis, l’une sur le sol et l’autre contre une poutre du plancher. Cet arbre porte dans le haut un grand rouet d’angle denté, en bois de charme ou de cormier. Pour que ces dents résistent àl’efFort de quatre ou cinq chevaux , elles doivent avoir i5 à 16 lignes d’épais-
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- MANÈGE. 35
- seur, sur 5 à 6 pouces de large. Ce rouet conduit un pignon conique tout en fonte, qui ne doit pas avoir plus de | ou des dimensions du rouet, et même si les machines que le manège doit mettre en mouvement n’exigeaient pas cette vitesse , le mouvement serait beaucoup plus doux en ne faisant ce rapport que de 7. C’est l’axe de ce pignon qu’on peut engrener ou désengrener à volonté, qui porte le mouvement dans les ateliers.
- Les leviers d’attelage se combinent avec les liens qui soutiennent le rouet, qu’on nomme aussi la couronne. Ces leviers, en nombre égal à celui des chevaux qu’on veut atteler, s’étendent de part et d’autre de l’arbre horizontalement à la hauteur de 2 mètres, aux bouts desquels sont placées les fourchettes en contre-bas, où l’on attelle les chevaux ou les bœufs. On né saurait donner trop de solidité à cet assemblage, car rien n’est plus dangereux que les coups de collier des chevaux au moment du départ. J’ai vu se briser des choses qu’on aurait crues, d’après leur dimension, être à l’abri de toute rupture.
- Pour que la pression contre les épaules des animaux s’exerce uniformément, les fourchettes d’attelle, au lieu d’être en bois, sont faites en fonte d’une seule pièce, portant à leur sommet un très fort tourillon qui se loge dans un collet des bras de levier, où il jouit de la faculté de pouvoir tourner; de manière que cette fourchette se prête au mouvement varié des épaules.
- On obtient ce résultat d’une manière plus simple au moyen d’un palonnier placé sur le côté de la fourchette d’attelle, en bois, dans le haut, qui a la faculté de se mouvoir dans un plan vertical, et dont deux cordes ou chaînes attachées à ses extrémités, descendent et passent sous des poulies placées à la hauteur des épaules des animaux, et vont ensuite s’accrocher aux colliers de ceux-ci. Cette disposition est applicable à toutes les fourchettes d’attelage, et prévient les blessures des animaux aux épaules, par l’égalité de pression.
- On fait des manèges disposés différemment, c’est-à-dire
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- dont le rouet et le pignon sont en bas et l’axe en l’air : on les appelle manège de campagne, portatif, parce que leur placement est des plus faciles. Il n’exige aucune construction particulière; seulement, on pratique un trou en terre d’environ un pied de profondeur et de six pieds carrés , pour recevoir le cadre du manège , des angles duquel partent obliquement des étais qui vont, par leur réunion au centre, soutenir à la hauteur d’un mètre le collier , dans lequel passe l’axe du manège, lequel axe, prolongé d’environ un pied au-dessus, reçoit une forte pièce de fonte à deux ou quatre branches , dans lesquelles sont fixés autant de leviers pour les chevaux. Ces manèges , dont l’axe horizontal passe sous terre, sont particulièrement employés pour faire mouvoir les machines â battre les grains. ( V. Batteur. )
- Des personnes peu versées dans les Arts mécaniques ont voulu substituer aux manèges ordinaires , des roues à tympan et des plans sans fin inclinés et circulant.
- On sait que les roues à tympan sont de grands tambours, dans lesquels on fait marcher les animaux , qui , étant attelés à un point fixe qui leur permet de dépasser la verticale de l’axe de la roue, agissent par leur poids et par leur force musculaire. Mais l’expérience a démontré que, malgré cette double action , on est loin d’obtenir des animaux ainsi employés , un effet égal à celui qu’on obtient en les attelant aux manèges ordinaires. Cela peut être bon pour des chiens, qu’on voit assez habituellement faire souffler de cette manière le foyer d’une forge de cloutier ; mais les chevaux et les bœufs ne sont pas d’une structure à pouvoir grimper toujours le long d’un plan incliné. Dans cette position, où tout leur corps est continuellement porté par le train de derrière, ils se trouvent fatigués extrêmement vite , et perdent toute leur force en moins d’une demi-heure. Nous en avons été témoins à Orléans, où il existe un manège de cette espèce qui fait moudre du grain.
- Le manège à plan mobile ne présente guère plus d’avantage. On ne doit l’établir que quand on manque de place pour un
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- MANGANÈSE. 37
- manège ordinaire. Il en existe un à Paris, chez M. Beauvisage, teinturier dans l’ile Saint-Louis. On a grave' et décrit dans le Bulletin de la Socie'te' d’Encouragement de Vannée 1824, celui qui a fait manœuvrer un bateau sur la Seine. E. M.
- MANGANÈSE. Métal découvert par Schéele et Gahn , mais encore fort peu connu, parce qu’il est tellement réfractaire et difficile à purifier entièrement de toute substance étrangère, qu’on n’en a obtenu jusqu’alors que de très petites quantités, et que quelques-uns des caractères qui lui ont été attribués peuvent fort bien résulter de son défaut de pureté. Ainsi, on le regarde comme très cassant, et cette propriété dépend peut-être d’une portion de charbon avec lequel il s’est cémenté pendant sa réduction. Au reste, voici les caractères distinctifs qui lui ont été reconnus. Il est d’un gris blanchâtre , d’une texture grenue, très dur et néanmoins tellement cassant, qu’il peut être réduit en poudre dans un mortier ; sa pesanteur spécifique est de 6,85 ; il se conserve assez bien au contact de l’air ou de l’oxigène, surtout lorsque ces gaz sont privés d’humidité, et ce n’est, selon M. Thénard, qu’à une chaleur rouge qu’il décompose l’eau. Voilà , à très peu près, tout ce que l’on connaît de l’histoire du manganèse métallique , dont au reste on n’a fait jusqu’alors aucun usage dans cet état; mais il n’en est pas de même de ses oxides , ou du moins de celui qui contient le plus d’oxigène, et qu’on nomme pour ce motif peroxide de manganèse. On l’emploie beaucoup maintenant pour la fabrication du chlore, et surtout pour celle des chlorures. Ainsi, relativement à ce métal, l’histoire de son peroxide en forme la partie essentielle et intéressante sous le point de vue des Arts. Nous allons donc y consacrer toute l’étendue que nécessite son importance ; mais avant d’y procéder, nous tracerons quelques généralités sur les différens oxides de ce même métal.
- La plupart des chimistes admettent, avec MM. Berzélius et Arfwedson, quatre oxides de manganèse, non compris celui qui fait fonction d’acide dans le caméléon minéral.
- Le protoxide est blanc à l’état d’hydrate quand on le pré-
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- cipite d’une de ses combinaisons salines à l’aide d’une solution de potasse, de soude ou d’ammoniaque. Cet oxide contient, selon MM. Berzélius et Arfwedson, 28,1077 d’oxigène pour 100 de me'tal.
- Quant au deutoxideil faut se garder de confondre, car le deutoxide des uns est le tritoxide des autres. Ainsi, le deutoxide de MM. Berze'lius, Arfwedson et Berthier est celui qui contient, pour 100 de me'tal, ^2,16 d’oxigène; tandis queM. Thénard désigne, sous cette même dénomination, un oxide intermédiaire entre celui-ci et le précédent ; cet oxide contient 37,475 d’oxigène pour 100 de métal; mais comme cette proportion ne s’accorde pas sous le point de vue de la théorie atomique avec celle des autres oxides de manganèse, on le considère comme un composé des deux oxides extrêmes dans le rapport de deux atomes du protoxide contre un atome de peroxide. Cette manière de voir, proposée par M. Berthier , est conforme aux résultats de ses expériences : il a reconnu qu’en traitant cet oxide intermédiaire par de l’acide nitrique concentré et bouillant, une portion se dissout, tandis que l’autre reste intacte ; celle-ci est entièrement composée de peroxide, et se trouve précisément dans le rapport que nous avons indiqué.
- On pourrait aussi, avec MM. Berzélius et Arfwedson, considérer théoriquement cet oxide intermédiaire comme composé d’un atome de protoxide et de deux atomes du véritable deutoxide ; mais il est plus naturel d’admettre , comme l’a fait M. Berthier, que ce soit le peroxide qui fasse fonction d’acide, et l’on y est d’autant plus autorisé, que c’est le rôle qu’il joue dans les minerais de manganèse ba-ry tiques.
- Quoi qu’il en soit, cet oxide intermédiaire , connu sous le nom à’oxide rouge de manganèse, s’obtient en faisant calciner un temps suffisant le deutoxide ou le peroxide ; sa nuance est d’autant plus claire qu’il aura été formé aux dépens d’un oxide moins dense. Si l’on soumet cet oxide dans un creuset brasqué de charbon, à l’action d’une chaleur des plus élevées et
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- MANGANÈSE. 39
- soutenue pendant trois ou quatre heures, on en obtient la re'duction complète.
- Le deutoside de MM. Berzélius , Àrfwedson et Berthier se préparé en faisant chauffer le nitrate de manganèse au rouge sombre pendant un temps assez long pour de'composer tout le peroxide, et l’on fait en sorte de ne pas élever la température au-delà du degré indiqué , afin que le deutoxide ne puisse se décomposer à son tour. Cet oxide est d’un brun noirâtre ; on le trouve dans quelques minerais à l’état d’hydrate ; il contient 42,16 d’oxigène pour 100 de métal.
- Le peroxide contient 56,215 d’oxigène pour 100 de métal; c’est celui de tous qui mérite le plus notre attention , à raison de son utilité dans les Arts ; il est très répandu dans la nature , mais on ne l’y rencontre que bien rarement dans son état de pureté. Lors donc qu’on a besoin de l’avoir exempt de toute substance étrangère , il faut le préparer exprès, soit en traitant l’oxide rouge par l’acide nitrique concentré et bouillant , soit en décomposant le nitrate au feu, en ayant soin de ne pas pousser trop loin l’effet de la chaleur, qui pourrait lui faire perdre une partie de son oxigène. On l’obtient aussi en faisant calciner à une très douce température le carbonate de manganèse ; mais cette opération, toute simple qu’elle est, exige néanmoins une assez grande habitude, car pour peu qu’on s’écarte des limites voulues pour la chaleur, on n’obtient qu’un oxide rougeâtre ; tandis que si l’opération est bien conduite , il est d’un noir velouté superbe. C’est ainsi qu’on le prépare pour les gravures sur poteries blanches , dites anglaises. Pour cet objet, on le mélange avec de l’oxide brun de cuivre et de l’oxide de cobalt, afin d’obtenir une nuance plus stable à la chaleur. On n’a pas besoin, pour la plupart des autres usages , d’avoir le peroxide de manganèse, ni dans ce degré de pureté, ni à cet état de division extrême ; on l’emploie le plus ordinairement tel que la nature le produit. On donne seulement la préférence , autant que les loca-' lités le permettent, à celui qui contient le moins d’impuretés ; et comme il existe un gi^and nombre de variétés de ces mine-
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- 4o MANGANÈSE.
- rais, nous allons signaler celles qui ont été' indiquées comme les meilleures, et nous décrirons ensuite les méthodes à l’aide desquelles on peut en déterminer les valeurs relatives.
- Les naturalistes reconnaissent trois espèces principales de manganèse oxidé , savoir : le métalloïde", le terne et le. li— thoïde. Chacune de ces espèces est ensuite sous-divisée en un assez grand nombre de variétés.
- La première espèce se distingue à son éclat métallique. Ce minerai a ordinairement la couleur du fer ; il est en prismes ou en aiguilles parallèles ou divergentes ; il se brise facilement et tache les doigts en noir. Sa densité moyenne est de 4,756; si on le chauffe seul au chalumeau, il perd son éclat, mais il. demeure infusible.
- Cette espèce est celle qui se rapproche le plus de l’état de pureté, et à laquelle on doit par conséquent donner la .préférence toutes les fois que les localités le permettent, c’est-à-dire quand le consommateur se trouve à la proximité des lieux d’exploitation.
- Le manganèse métalloïde ne se rencontre que dans les terrains primitifs ; il est presque toujours en rognons , en filons ou même en couches : on le trouve principalement dans le département de la Moselle , à Chambourg près Toley en France , à Crettnick près Saarbruck ; on en trouve en Saxe, en Piémont, en Bohême, dans le Hartz à Slefeld : celui-ci est en gros cx-istaux qui ont un bel éclat métallique ; la baryte sulfatée forme la base principale de sa gangue. Ce manganèse est un des plus purs qu’on connaisse.
- La deuxième espèce des minéralogistes se reconnaît à sa texture compacte , sa cassure terne ; sa couleur varie du noir au brun violet. Ce minerai est très variable dans sa composition; il est fort abondant aux environs de Thiviez, dans le département de la Dordogne ; aux environs de Périgueux ; à Laveline , près Saint-Diez, département des Vosges, et surtout à Romanèche, près Mâcon. Ce dernier est devenu l’objet d’exploitations considérables ; il contient, d’après M. Vau- • quelin, de 1.4 à i5 p. 100 de baryte, directement com-
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- . binée avec l’oxide de manganèse. Le même chimiste y a trouvé aussi de l’oxide d’urane. La gangue contient beaucoup de chaux fluatéè.
- Depuis qu’on a appliqué lé blanchiment Berthollien à l’art de la papeterie , la consommation du manganèse s’accroît chaque jour. Il devient donc très important de bien connaître les moyens d’apprécier cette matière première ; ainsi, nous croyons faire une chose utile en'consignant ici les analyses de différentes variétés de manganèse , et no.us dirons sommairement quelle a été la méthode suivie par M. Berthier, à qui nous -devons les résultats que nous allons rapporter. .
- Cet académicien, si justement recommandable' par son exactitude rigoureuse , commence par soumettre un poids donné de minerai à une simple distillation dans une petite cornue en verre à long col, à laquelle il adapte une fiole tarée pour recueillir l’eau qui se dégage et en déterminer la proportion par l’augmentation de poids du récipient. Le résidu de la distillation est ensuite traité par une quantité convenable d’acide hydroclilorique qui dissout tous les oxides métalliques contenus dans le minerai. La gangue siliceuse, s’il en existe, et même la silice pure qui pourrait se trouver combinée, composent le nouveau résidu, pourvu toutefois qu’on ait suffisamment évaporé la solution muriatique. Si par un essai préliminaire on a reconnu la présence de la baryte dans le minerai qu’on veut analyser, alors on ajoute à la solution filtrée une quantité suffisante d’acide sulfurique, qui la précipite à l’état de sulfate insoluble. Enfin , le traitement devra être modifié suivant les corps qui accompagneront le manganèse , et dont on voudra obtenir l’élimination ; mais comme Me plus ordinairement il ne reste en dissolution, une fois la baryte obtenue, que de l’oxide de manganèse et de l’oxide de fer, ce dernier se reconnaît à la coloration en jaune de la liqueur : alors on ajoute une solution de sous-carbonate de soude par très petites portions , et seulement ce qu’il en faut pour décolorer le liquide. On recueille ensuite le précipité qui se forme, et, après l’avoir bien lavé, on le reprend par de
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- l’acide ace'tique, et l’on fait évaporer à siccité cette nouvelle solution, qui fournit pour résidu la portion d’oxide de fer contenue dans le minerai. Comme les lavages de cet oxide de fer contiennent encore quelques portions de manganèse, on les réunit à la solution muriatique, et l’on précipite le tout par le sous-carbonate de soude bouillant, pour obtenir le carbonate de manganèse, qui, convenablement calciné, donne l’oxide rouge, d’où l’on peut conclure la proportion de peroxide.
- Analyses de différens minerais de manganèse, par M. Berthier.
- ÉLÉMEN'S. OctUiicli. ù C Calvcron. Lavelinc. Roinanèche. 1 2 Compacte. ! u 1 H « v ce Pieu Saint- Marcel. îont. Perilla.
- Oxide rouge
- demandai). 0,823 o.'75ojo,64o 0,762 0,688 0 jo3 o,7o3;o,64i o,65o O GO 4---x W
- Oxigène.... o, 115 0,000:0,08': o,o55 0,071 0,072 0,067 0,075 0,067C
- Eau 0,012 rt.nrnln.nrt r» nrX X
- Oxide rouge w, WW 0 9 4 \ ‘
- de fer..... 0,010* 0,020 0,010 0 b '~n ‘Jï o,oi5 0.012 0,02b
- Baryte n 1
- Silice U, 1 ^ 1 ’ ’ 0,0.601b 0,068
- Alumine. .. o,n3o
- Chaux * 1 0,014
- Magnésie... i 0.014
- Oxide de co- j
- balt 1 0,008
- Résidu inso- 1
- lubie. «.... rt n>jn 0,012 r» no6
- Carbonate de ’ ~ 5 ~
- chaux .... O.OQO 0,240
- Argile u)vy o,o5o
- i » 1
- 1 ,000 j1,000 1,000 1,000 IjOOOiJ,000 1 i 1,000 1,000 1 0,982 ji ,oî3
- a Oxide de cuivre , trace.
- b Avec un peu d’eau.
- c A l’état de silicate.
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- Voici maintenant quelles sont les conclusions générales que M. Berthier déduit de ces analyses :
- i°. Les trois minerais de Crettnich, Timor et Calveron sont de même nature , et l’oxide de manganèse qui les constitue est le peroxide, puisque , comme ce dernier, il perd, par la calcination, en se transformant en oxide rouge , à très peu près, o,n3 d’oxigène. La petite quantité d’eau qui s’y trouve n’est probablement que de l’eau hygrométrique. Quant aux autres substances , elles ne sont que mélangées.
- 2°. Le minerai de Laveline ne perd , en se changeant en oxide rouge, que 0,067 d’oxigène, quantité intermédiaire entre celle que perd le deutoxide , et qui doit provenir d’un mélange de o,no du premier oxide , et de 0,60 du second. Il y a donc tout lieu de croire que ce minerai est de l’hydrate de deutoxide mélangé de peroxide. La proportion d’eau combinée dans l’hydrate n’est que d’un peu plus de o,o5 ; le surplus doit être combiné avec l’argile et avec l’oxide de fer, ou à l’état hygrométrique.
- 3°. Dans les minerais de Romanèche et de* Pe'rigueux, le manganèse est à un degré d’oxidation intermédiaire entre celui de deutoxide et celui de peroxide , ou plutôt ils renferment un mélange de peroxide et de deutoxide : de plus, la présence de l’eau doit faire présumer que ce dernier est à l’état d’hydrate. Quant à la baryte , elle y est combinée avec le peroxide, et cette combinaison est entièrement décomposée par la chaleur.
- 4°. Le minerai de Saint-Marcel contient la silice à l’état de silicate ; aussi ne perd-il rien de son poids par la plus forte calcination. Quant aux oxides de fer et de cobalt contenus dans celui de Pesillo, ils ne doivent être considérés que comme accidentels.
- 5°. Comme la valeur relative des minerais de manganèse dépend principalement de la quantité de chlore qu’ils peuvent produire i ex que cette quantité est exactement proportionnelle à la quantité d’oxigène que l’oxide abandonne pour se réduire à l’état de protoxide et se dissoudre dans l’acide , il
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- en re'sulte qu’il suffit de comparer , comme M. Berthier l’a fait dans le tableau suivant, ces proportions d’oxigène, pour avoir la valeur relative des divers minerais.
- NOMS DES MINERAIS. i Quantité d'oxigène que Pacide muriatique en dégagé.
- Crettnich c 0,170
- Calveron sans rçalcaire 0,173
- Timor sans calcaire 0,106
- Timor avec calcaire 0,140
- Calveron avec calcaire 0, i3o
- Périgueux °’ili
- Romanèche . 0,106 a no
- Laveline. 0, io5
- Pelisso noir sans calcaire 0,100
- Pelisso noir avec calcaire o,o75
- Saint-Marcel. o,o63 à 0,070. |
- On obtiendrait bien ainsi la valeur relative de ces diffe'rens minerais, s’ils e'taientles seuls qu’on trouvât dans le commerce, et si on les y rencontrait toujours dans le même état où M. Berthier les a pris pour les soumettre à l’analyse ; mais il s’en faut de beaucoup qu’il en soit ainsi, car non-seulement on peut les tirer d’autres localités, mais ils sont offerts au consommateur plus ou moins mélangés de leur propre gangue, ét cette espèce de fraude est d’autant plus difficile à reconnaître, que, sous le prétexte d’abréger les manipulations du consommateur, ils lui sont ordinairement vendus tout pulvérisés. Il faudrait donc que chacun fût mis à même, au moyen d’une méthode simple et de facile exécution, d’apprécier la valeur du manganèse qu’on lui présente. Le moyen qui s’offre d’abord, et qui est le plus direct, c’est l’appréciation de la quantité de chlore que peut fournir chaque échantillon : mais la marche qu’on suit habituellement pourfendre cette détermination rigoureuse , présente assez de difficultés pour que ceux qui manquent de cette habitude nécessaire à ces
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- sortes d’opérations, y échouent complètement ; il fallait donc mettre cette operation à la porte'e de tous, en simplifiant les moyens, et c’est ce que vient de faire M. Gay-Lussac , de la manière la plus heureuse , en telle sorte que ne sera trompé désormais que qui le voudra bien. Yoici quelle est la méthode suivie par cet illustre académicien.
- Il a d’abord constaté qu’un poids de 3?r,98o de peroxide de manganèse pur, traité par l’acide hydrochlorique, donnait un litre de chlore à la température de o° et sous la pression de om, 76, et que ce litre de chlore, dissous dans l’eau, pourrait décolorer exactement 10 litres de dissolution d’indigo , titrée et préparée comme il a été dit à l’article Chxoromètre. Il en a conclu qu’on aurait le titre d’un oxide de manganèse quelconque , en cherchant combien de dissolution d’indigo pourrait décolorer le chlore fourni par 3?r,98o de cet oxide. Cela posé , nous allons décrire l’appareil dont il se sert.
- Cet appareil consiste dans les pièces suivantes (1) (Pl. 45,
- fig. i. )
- M , Petit matras de 6 à 7 centimètres de diamètre.
- R, Petit réchaud cylindrique chauffé avec une lampe à huile L.
- Le matras se place sur une petite calotte c de tôle , fixée au réchaud par trois petites bandes de tôle , et dans laquelle on met un peu de cendres ; elle est destinée à garantir le matras M de l’impression directe de la flamme. Quand le matras est placé , on couvre le réchaud E, percé d’une ouverture assez grande pour laisser passer le col du matras, et permettre encore à l’air échauffé qui a alimenté la lampe de s’échapper.
- L, Lampe à huile, et dont la mèche plate peut être élevée ou abaissée au moyen d’une crémaillère ; ce qui permet de régler à volonté l’intensité de la chaleur.
- l, Tube de 2 | à 3 millimètres de diamètre intérieur , dont
- (1) On trouve cet appareil au magasin de produits chimiques, rue des Fussés-Samt-Germain-rAuxerrois, u° 5.
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- la longue branche doit avoir à peu près 6 de'cimètres de longueur.
- T, Tube de 2 centimètres de diamètre inte'rieur et 5o de longueur ; il est rempli aux f- de lait de chaux , c’est-à-dire d’eau tenant de la chaux en suspension. Au lieu de lait de chaux, on peut employer une dissolution de potasse ou de soude caustique, marquant 2 à 3° à l’are'omètre.
- S , Support destiné à soutenir le tube T.
- Dans ce support, on distingue une pièce mobile 0, dans laquelle est un trou de 1 à 2 millimètres plus large que le tube T, et qui peut s’élever ou s’abaisser, tourner sur elle-même et être fixée dans une position quelconque au moyen de la vis Y. Le tube étant engagé dans l’ouverture de la pièce 0, on le place de manière que le bout fermé soit prépondérant sur l’autre. Cette disposition , suffisante pour la stabilité de l’appareil, permet de retourner le tube de temps à autre, pour remettre de la chaux en suspension.
- D, Petit tube de 2S centimètres cubes jusqu’en n, pour mesurer l’acide hydrochlorique avec lequel on doit dissoudre le manganèse.
- B , Bouchon de liège très sain et le moins poreux possible, traversé par le tube t, à frottement très dur : il forme entonnoir dans la partie supérieure K , et le vide est rempli de cire molle ou de cire ordinaire , qu’on a fondue pour mieux la faire adhérer. Enfin , on doit le frotter tout autour avec de la colle un peu épaisse, pour enfermer tous les interstices, ainsi que ceux qu’il pourrait laisser dans un contact imparfait avec le verre.
- Manipulation. Prenez une petite bande P de papier lisse, d’environ 7 centimètres sur 5, sur laquelle vous poserez 3®r,qij9 de l’oxide de manganèse que l’on veut essayer ; roulez le papier en un cylindre N, assez étroit pour entrer sans résistance dans le col du matras, comme on le voit en Q ; redressez le mati-as pour y faire tomber l’oxide de manganèse ; frappez à petits coups sur le papier, et retirez-le.
- La lampe étant d’avance dans le réchaud R, placez-y le
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- niatras et couvrez-le avec le chapeau E ; remplissez aux trois quarts le tube T de lait de chaux , engagez-le dans son support , puis enfoncez-y le tube, dont le bouchon aura e'té frotte' avec un peu de colle; ajoutez dans le niatras une mesure de 25 centimètres cubes d’acide hydrochlorique pur, ou au moins exempt d’acide sulfureux : aussitôt l’acide verse', on place le bouchon du tube t, et l’on allume la lampe ; mais on a le soin de ne produire d’abord qu’une très petite flamme, comme celle d’une veilleuse.
- Le chlore commence aussitôt à se dégager , et l’on s’assure en approchant le nez du bouchon , que le tube tient bien. De temps à autre on tourne le tube T, et si le lait de chaux est convenablement chargé , le chlore se trouve absorbé si complètement, qu’on ne sent pas la plus légère odeur à l’entrée du tube ; on augmente graduellement la flamme de la lampe, et de manière que sept à huit minutes après le commencement de l’expérience, le liquide dans le matras soit en pleine ébullition.
- On pousse l’action de la chaleur jusqu’à ce que le tube t soit fortement échauffé par la vapeur dans toute son étendue libre; alors on éteint la lampe, et l’on retire avec précaution le tube T.
- On verse ensuite tout le chlorure de chaux du tube T dans la cloche F d’un litre , on le rince à plusieurs reprises, et tous les lavages étant réunis au chlorure , on complète avec de l’eau le volume d’un litre , que doit avoir tout le liquide. Enfin , on prend le titre du chlorure avec la dissolution titrée d’indigo , comme il a été indiqué à l’article Chloromètre, pour le chlorure de chaux : le titre en chlore que vous obtiendrez sera le titre de pureté du manganèse. Si, par exemple, le titre du chlorure est de 0,89, ce titre signifiant que l’oxide de manganèse soumis à l’examen ne peut donner que les 0,89 du chlore qu’eût donné l’oxide de manganèse parfaitement pur.
- Si l’on manquait de dissolution d’indigo titrée, on prendrait 3"r,979 d’oxide de manganèse pur, on le traiterait comme
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- il vient d’être dit, et le chlorure de chaux qu’on obtiendrait étant au titre de 1,00 , le rapport de la quantité de dissolution d’indigo décolorée par le chlorure provenant de l’oxide impur, à la quantité de dissolution décolorée par le chlorure provenant de l’oxide pur, sera le titre cherché. Par exemple, le premier volume de dissolution décolorée étant 108 , et le deuxième volume 120, le titre du manganèse soumis à l’exa-108
- men sera ---= o,qo.
- 120
- Si l’on suit exactement le détail des opérations que nous avons indiquées, il est certain qu’on arrivera, après un peu d’expérience, à répondre d’un centième, ou au moins de deux. Nous ferons remarquer que le tube T doit avoir la plus grande inclinaison possible. Par ce moyen, les bulles de chlore resteront long-temps à traverser le lait de chaux et seront absorbées complètement.
- Nous devons observer encore qu’il ne suffit pas, pour fixer la valeur relative d’un oxide de manganèse, de connaître la quantité de chlore qu’il peut produire ; car cette valeur dépend aussi de la quantité d’acide hydrochlorique qu’il détruit, et il est par conséquent utile de faire cette appréciation.
- Supposons donc que l’on traite par de l’acide hydrochlorique de l’oxide de manganèse parfaitement pur. On sait que la moitié de l’acide qui disparaîtra sera converti en chlore, et l’autre en chlorure de manganèse , et que c’est là la plus petite quantité d’acide hydrochlorique qu’il soit possible de perdre ; mais si l’oxide de manganèse contient des matières étrangères , ou s’il 11’est pas entièrement saturé d’oxigène, alors la perte en acide, relativement au chlore produit, sera plus considérable, et c’est là ce qu’il s’agit de déterminer.
- Soit le titre de l’oxide de manganèse, évalué en chlore, égal à o,65 , on prendra un petit flacon G bouché à l’émeri, pouvant contenir 3o à 4° grammes d’eau; on le remplira d’acide hydrochlorique ; on placera le bouchon, qu’on enfoncera de force jusqu’à ce qu’on sente qu’il résiste, et l’on essuiera le flacon avec du papier non collé. L’acide sera
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- Versé dans un bocal ; on l’étendra de deux à trois fois son volume d’eau, et l’on y mettra un morceau de marbre d’un poids connu, mais plus grand qu’il ne faudrait pour saturer tout l’acide ; par exemple, de 3o grammes : l’effervescence terminée, on retirera le marbre, on le lavera, et quand il sera sec, on en prendra le poids ; on trouvera ainsi que le marbre a perdu , par exemple, 12^,42.
- D’une autre part, on prendra un poids connu de l’oxide de manganèse, dont on veut connaître la valeur, mais qui ne soit pas plus grand que le tiers du marbre dissous (dans notre exemple, le poids serait de 4fr, 13). On mettra cet oxide dans le petit matras M ; on versera par-dessus une quantité d’acide hydrochlorique exactement égale à la première , et l’on conduira l’opération comme l’essai de manganèse décrit précédemment , avec cette différence seulement, qu’au lieu de mettre du lait de chaux dans le tube T, on n’y mettra que de l’eau. Quand il ne se dégagera plus de chlore ( ce que l’on reconnaîtra .à ce que le matras M ne sera plus coloré, et que le tube T se sera échauffé), on réunira l’eau du tube T au liquide contenu dans le matras, et l’on y mettra un morceau de marbre d’un poids connu, qu’on y laissera jusqu’à ce que l’effervescence ait cessé. Le marbre sera alors retiré, lavé, séché, pesé, et la perte de poids qu’il aura éprouvée , et que nous supposerons de > fera connaître la quantité d’acide hydrochlorique qui n’aura pas été saturée par le manganèse. Voici maintenant la manière de calculer : on dira
- 5?r,558 : 12^,627 4|Tj,3 • x — 9?r,383.
- Ce poids de 9,383 sera la quantité d’acide hydrochlorique, exprimée en marbre , qui aurait été saturée par l’oxide de manganèse s’il eût été pur ; et ce poids , multiplié par le titre del’oxide de manganèseo,65, donnera g?r,383 X o,65 = 6,09g pour la quantité d’acide hydrochlorique correspondante à celle du chlore fourni par l’oxide de manganèse pur ; mais la quantité d’acide hydrochlorique qui a disparu réellement étant Tome XIII. 4
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- i2*r,42 — 4çr>45 — 7?r)97 , il en résulte que les o,65 de chlore qu’on a obtenus ont occasioné une dépense en acide hydro-chlorique de 7^,97, tandis qu’elle n’eût dû être que de 6'r,ogg si l’oxide n’eût point contenu des matières étrangères qui ont saturé en pure perte une portion d’acide. Ainsi, pour 100 kilogrammes d’oxide impur, contenant seulement 65 kilogrammes d’oxide pur, la dépense pour ces 65 kilogrammes, en acide hydrochlorique, sera dans le rapport de 7,97 à 6,9g, ou de 1,307 à 1, et l’excès de 0,307 devra s’ajouter au prix du quintal d’oxide de manganèse.
- Nous devons avertir que pour tous les essais qui viennent d’être décrits , il est essentiel que l’acide hydrochlorique soit parfaitement pur, et surtout exempt d’acide sulfureux, car celui-ci se change en acide sulfurique par le chlore, et en détruit une quantité correspondante à la sienne : c’est par le même motif qu’il faudrait repousser de la fabrication des chlorures l’acide hydrochlorique chargé d’acide sulfureux.
- Nous n’avons fait mention jusqu’alors que de l’emploi le plus important de l’oxide de manganèse, celui relatif, à la fabrication du chlore ou des chlorui’es, et les autres nous restent encore à indiquer : ainsi , nous devons dire que cet oxide, autrefois connu sous les noms de magnésie noire, de savon des verriers, sert en effet à blanchir le verre quand il est coloré par quelques fuliginosités , et il paraît certain qu’il agit là par la portion d’oxigène qu’il fournit, et qu’il sert à déterminer la combustion des particules organiques. Cependant on regarde comme assez probable que l’amélioration qu’il produit dans la teinte du verre dépend en partie de la coloration qu’il communique lui-même : ainsi, il donne une teinte violette pourprée qui, étant très atténuée, sert seulement à rehausser l’éclat du blanc, comme les couleurs bleues qu’on met dans la pâte du papier ou dans le linge servent à donner une nuance plus agréable.
- On emploie aussi le manganèse pour colorer quelques couvertes de poteries communes ; mais il s’en fait, sous ce rapport, une très petite consommation , et il n’est nul besoin,
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- MANICLE. 5i
- pour cet objet, que le manganèse soit pur ni même exempt de fer, me'tal qui nuirait beaucoup dans le cas pre'ce'dent, car il produirait un effet tout contraire à celui qu’on veut obtenir.
- Depuis quelques anne'es, on a fait un grand usage des dissolutions de sulfate ou de muriate de manganèse dans la fabrication des toiles peintes, pour faire ces couleurs auxquelles on a donne' le nom de solitaires; mais comme, pour cet objet, on se sert presque toujours des résidus de l’opération du chlore , on est obligé de ramener la dissolution à l’état neutre, soit en y ajoutant une nouvelle portion de manganèse très divisée , soit en la saturant par de la craie ou de la chaux. ( V. Toiles peintes. )
- Enfin , on se sert aussi du manganèse pour faire ce qu’on nomme le caméléon minéral, produit qu’on obtient en traitant une partie d’oxide de manganèse par 3 à 4 parties de nitrate de potasse, et faisant chauffer le tout assez fortement dans un creuset. Tous les chimistes s’accordent à dire que, dans cette opération, le manganèse acquiert un degré d’oxige'nation supérieur à celui qu’il possède dans le peroxide ; mais personne n’est encore parvenu à l’isoler. Ce qu’il y a de certain cependant , c’est que cet oxide sature la potasse, effet que ne produit pas l’autre ; aussi l’a-t-on nommé acide manganésique.
- R.
- MANICLE ou MANIQUE ( Technologie). Ce mot a une acception différente dans plusieurs Arts industriels.
- Le Cordonnier , le Sellier , et tous ceux qui réunissent deux morceaux de cuir ou de peau à l’aide de l’alène et du ligneul, entourent la paume et le dessus de la main avec un morceau de cuir, afin d’empêcher que ce fil ciré ne les blesse lorsqu’ils serrent avec force les coutures.
- Les Tondeurs de draps donnent le même nom à un tasseau ou manche qu’ils tiennent à la main pour faire mouvoir les Forces dont ils se servent. {V. Forces , T. IX, page 3or. )
- Le fabricant de Porcelaine appelle manique ou manicleune espèce de manche adapté à la feuille de tôle forte qui recouvre le dessus des allandiers pendant qu’il fait brûler les bûches
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- 5a MANIOC.
- avant de mettre le petit bois en travers. Cette manique sert a faciliter l’enlèvement de l'a tôle , lorsqu’on veut lancer les morceaux de bois. L.
- MANICORDIUM {Technologie). Les fabricans de Formes à papier donnent le nom de manicordium à un fil de laiton fin, qui enchaîne de distance en. distance dans leur longueur les fils de laiton dont est compose'e la forme, et qui par leur ténuité ne pourraient pas se soutenir dans un même plan, ni à une même distance entre eux sans son secours. Lorsqu’on regarde une feuille de papier ordinaire à travers le jour, on distingue de petites lignes grises parallèles, qu’on pourrait compter, et qui se dirigent dans le sens de la plus grande largeur de la feuille ; ces petites lignes sont le résultat de la pâte qui s’accumule en plus grande quantité entre les fils de laiton qui constituent la forme. On aperçoit aussi, dans un sens perpendiculaire à ces premiers fils, des traits plus blancs, parallèles et à une distance de 27 millimètres (un pouce ) environ. Ces traits se nomment Verjures , et sont formés par le manicordium , qui enveloppe en hélice les fils de la forme, les soutient et leur donne la consistance nécessaire. Les verjures ainsi construites présentent une élévation qui, quoique peu considérable à cause de la finesse du manicordium, empêche la pâte de se réunir sur ces points en même quantité que partout ailleurs, et rend le papier plus mince dans toute sa longueur. Le Papier vélin n’a pas de verjures. ( V. Papier vélin.) L.
- MANIOC {Agriculture). Substance alimentaire qu’on retire des racines d’un arbrisseau {jatropha manihot) , qui croît naturellement sous les tropiques. Ce que cette plante offre de remarquable, c’est que son suc est laiteux et très vénéneux, et que cependant on en retire une fécule qui fait la principale nourriture des nègres, principalement dans les Antilles, où l'on cultive l’arbuste pour cet objet. La plante s’élève à 7 pieds ; ses racines acquièrent la grosseur du bras on la multiplie par boutures, dans un sol bien nettoyé et ameubli, espacées de 3 à 4 pieds, en forme de quinconce. La croissance
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- se fait rapidement (en 6 à 18 mois). Oh arrache les racines au fur et mesure des besoins, pour la consommation d’une semaine ou deux : celles qu’on laisse trop long-temps en terre deviennent dures et coriaces. Elles peuvent alors acquérir jusqu’à près de 8 pieds de longueur et 6 pouces de diamètre.
- Pour re'colter le manioc, on l’ébrancbe et on l’arrache ; puis on de'gage le pied de la terre qui s’y attache ; ensuite, on ratisse les racines et on les lave ; puis on les râpe et on les soumet à l’action d’une forte presse , pour en faire sortir le jus, après avoir enferme' la râpure dans des sacs de toile ou de natte : enfin, on la passe dans un gros crible. Les grains encore humides et passe's au feu sur une platine de fer, s’attachent ensemble et composent une galette plate et mince qu’on nomme Cass ave. Nous renvoyons à cet article pour connaître les préparations avec plus de détail. Ce qu’on appelle farine de manioc n’en diffère que parce qu’on remue la râ— pure avec un rabot de bois , pour que les grains restent isolés sous forme de chapelure de pain : cette farine s’appelle aussi couak. On peut conserver plusieurs années la cassave et le manioc. Pour manger ces substances, on les fait cuire dans de l’eau ou dans, du bouillon ; elles renflent alors considérablement et composent un aliment solide et sain , que les nègres préfèrent même au pain. Lecipipaou tapioca se-retire du jus décanté. \ V. Cassave. )
- On fait, avec le manioc fermenté diverses boissons : i°. le vicou contient du jus de patates et du sucre ; c’est une liqueur acide et rafraîchissante ; le cachiri est enivrant, et a le goût du poiré ; on le fait avec du jus de cannes à sucre et de patates, et une variété particulière de manioc; 3°. le paya imite assez le vin blanc, et se fait avec du manioc, qu’on laisse moisir en tas dans de l’eau, où il fermente durant environ deux jours; 4°- enfin, le voua paya se fait à peu près de même , mais on y ajoute du jus de patates : il est piquant comme le cidre. Le jus même de la racine , après avoir bouilli et écume, perd ses qualités nuisibles ; on le passe et on le
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- concentre sous consistance de sirop : dans cet état , il produit un rob dont on se sert comme assaisonnement des rôtis. Fr.
- MANIPULATION ( Technologie). Il n’est pas rare de voir des personnes qui ne sont pas dénuées d’instruction, employer r dans leurs discours et dans leurs écrits , les mots manipulation et manutention comme synonymes ; e’est une grande erreur, qui change ordinairement le sens de la phrase dans laquelle ils se trouvent. Cette considération nous a engagé à donner ici deux petits articles pour expliquer le véritable sens de ces mots.
- Manipulation, manipuler, sont des mots en usage dans les ateliers des Arts industriels. Ce mot est employé particulièrement dans les Arts qui exigent qu’on réunisse la théorie à la pratique, tels que la Chimie et les Arts qui en dépendent. On s’en sert habituellement dans les laboratoires du pharmacien, du distillateur, des produits chimiques, etc. La manipulation a été très bien définie par Diderot; c’est, dit-il, une faculté acquise paivune longue habitude , et préparée par une adresse naturelle, d’exécuter les différentes opérations de l’art. Tel homme connaît parfaitement la théorie, mais ne sait pas manipuler j cela se rencontre tous les jours ; tel autre , au contraire , manipule très bien, mais ne connaît pas la théorie ; c’est ce que l’on voit encore plus souvent. Celui qui ne réunit pas la théorie à la pratique ne peut pas se flatter d’être technologue j car la Technologie suppose ces deux qualités réunies dans le même homme. C’est beaucoup de connaître les principes, mais ce n’est pas assez -, il faut encore savoir manipuler, c’est-à-dire avoir dans les mains l’adresse nécessaire pour conduire avec facilité les opérations. ( V. Manutention". ) L.
- MANIQUE {Technologie). V. Manicle. L.
- MANIVELLE ( Arts mécaniques). C’est une pièce ordinairement en fer, façonnée en équerre, dont une des branches se fixe par son bout sur l’axe d’une machine, d’une roue, et dont l’autre branche forme le manche par lequel on fait tourner à bras la machine ou la» roue. On peut considérer
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- MANIVELLE.
- une manivelle comme un levier au bout duquel l’homme qui la fait tourner applique sa lorce e'quivalente à un poids de 11 kilogrammes environ, qu’il anime d’une vitesse d’un mètre par seconde. Ainsi, en supposant à la branche qui sert de levier une longueur d’un pied, le manche décrit une circonférence d’environ 6 pieds ou 2 mètres. Il fait donc un tour en deux secondes, ou 3o tours par minute.
- Avec une manivelle de i5 pouces, un homme ne fait que 22 tours pendant le même temps. Avec une manivelle de g pouces, il doit en faire 38, toujours dans la supposition que l’effort ou la résistance moyenne est de 11 kilogrammes z car l’application de la force d’un homme sur une manivelle n’est pas constante ; il n’agit sur elle qu’au moment où elle commence, par rapport à lui, à descendre. Il faut que tout le reste de la rotation se fasse en vertu du mouvement acquis.
- On fixe quelquefois le manche d’une manivelle sur le rayon d’un Volant ; ce qui revient au même, et économise la branche qui sert de levier.
- Les manivelles jouent un grand rôle dans le mouvement des machines ; c’est par leur moyen qu’on transforme le mouvement de rotation en celui de va-et-vient, comme dans les scies verticales ou horizontales , dans les polissoires à glaces, les pompes, les soufflets, etc. ; et réciproquement, c’est-à-dire le mouvement de va-et-vient en celui de rotation, comme dans les machines à vapeur, mais à l’aide d’un volant qui, faisant dépasser par sa force acquise les points de nul effet, vient reprendre sa vitesse perdue aux points du maximum d’action, pour continuer son mouvement de rotation d’une manière sensiblement uniforme, quand d’ailleurs sa masse, sa vitesse et son diamètre sont combinés suivant les règles de l’art. ( V. Volant. )
- On peut transformer le mouvement de va-et-vient en mouvement de rotation continue, sans le secours d’un volant, à l’aide d’un axe à deux manivelles faisant entre elles un angle droit. Cette combinaison est employée dans les machines du système de Trewitich, employées elles-mêmes pour la conduite
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- des convois de charbon ou de minerai sur les chemins de fer, parce qu’alors on e'vite de mettre un volant.
- Dans les grands moulins à vent de Hollande, qui font agir à la fois trois ou quatre châssis de scies pour débiter le bois, on fait usage de gros axes en fer ou en fonte, qui portent autant de coudes ou manivelles dans des plans différens, de manière à rendre alternatif le mouvement des scies.
- Feu Régnier, à qui l’on doit beaucoup d’inventions utiles, a fait une manivelle dynamométrique, au moyen de laquelle on peut connaître de suite, du moins à peu près, la résistance qu’on éprouve à faire mouvoir une petite machine. L’effort qu’on fait se marque par un index , sur un limbe gradué en kilogrammes; mais c’est toujours par l’effet d’un ressort comprimé , qui finit par se fatiguer et ne plus réagir exactement. La manivelle à remontoir, que nous avons décrite et gravée à l’article Machines , T. XII, page 460, PL 34, fig. 16, est beaucoup plus juste, puisque ce sont des poids qui mesurent la force de rotation.
- La manivelle est appliquée à une infinité de cas et d’usages dans les Arts. Les cordiers l’emploient pour commettre les aussières, les câbles. C’est avec une manivelle qu’on manœuvre un cric, une vanne, etc. Les charrons nomment manivelle un petit essieu emmanché, avec lequel on conduit une ou deux roues. Les maçons donnent ce même nom à un bran-cart armé de cordes et de crochets, pour élever les pierres.
- E. M.
- MANNE ( Technologie). C’est, une sorte de panier rond, ovale, ou rectangulaire , à fond plat, assez profond, sans anses extérieures, mais garni d’une poignée à chaque bout, et placée dans le haut et dans le sens des parois, dont elle est une continuation. C’est par ces poignées qu’on les prend pour les transporter d’un lieu à un autre. Ce sont les Vanniers qui fabriquent les mannes.
- Le tissu des mannes est plus ou moins serré, selon l’usage auquel on les emploie. Leur forme dépend aussi du genre de service qu’elles doivent rendre.
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- MANNE. 57
- Le Chandelier s’en sert, soit à transporter les suifs d’un lieu à un autre, soit pour filtrer les suifs. Dans le premier cas, le tissu est en osier grossier et n’est pas très serre' ; la forme en est ronde ou rectangulaire, peu importe. Dans le second cas, l’osier dont la manne est construite est plus fin, il est dépouillé de son écorce et le tissu en est plus serré ; sa forme est celle d’un cylindre , ou quelquefois d’un cône tronqué.
- Le Cirier se sert de mannes rectangulaires pour transporter les cires rubanées de la fonderie au blanchissage. Les parois sont formées de gros osiers dépouillés de leur écorce et largement espacés , attendu qu’on les double d’une toile dans l’intérieur.
- Les mannes servent souvent au transport des marchandises. Elles sont construites en gros osier dont le tissu est plus ou moins serré, selon la grosseur ou la petitesse des objets qu’elles doivent renfermer. On s’en sert souvent en librairie, au lieu de caisse, pour certains emballages. Leur forme est rectangulaire.
- Le Chapelier emploie presque toujours des mannes, qu’il appelle aussi bannes, pour le transport de ses marchandises. Elles sont toujours rectangulaires, et sont formées partie de châtaignier refendu d’une largeur arbitraire, et d’osier brut, pour soutenir et lier les petites lattes de châtaignier qui sont placées à une distance de quelques centimètres l’une de l’autre.
- Les mannes en osier à large voie servent aussi, dans beaucoup de magasins, à transporter les marchandises dans la ville ; les commis ou les hommes de peine les portent sur leurs épaules , et vont ainsi rendre les ouvrages. L.
- MANNE. La manne est un suc sucré concret, autrefois très employé, mais qui a partagé le sort de tous les purgatifs, dont on regarde maintenant les effets comme plus funestes qu’utiles. L’opinion, qui varie en Médecine comme ailleurs, viendra sans doute remettre plus tard en faveur ces médica-mens, qui aujourd’hui se trouvent presque généralement proscrits. Quoi qu’il en soit, la manne est principalement pro-
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- 58 MANNE.
- duite par une espèce de Feê.ne ( fraxinus ornus, L. ) , dont elle exsude spontane'ment, et qui croît abondamment en Sicile et dans la Calabre. Pour en faciliter l’écoulement, on pratique de petites incisions qui ont environ un pouce de longueur et 6 lignes de profondeur : ces incisions se pratiquent depuis le commencement de juillet jusqu’en décembre, et l’on n’exploite ainsi qu’un côté de l’arbre chaque année.
- La manne qui s’écoule dans les premiers mois provenant de-sucs mieux élaborés , contient plus de substance cristalli— sable ; aussi se concrète-t-elle bien plus facilement. On la voit se mouler sur l’écorce, ou sur de petits chalumeaux de paille placés à cet effet, en longues et belles stalactites blanches cristallines , auxquelles on donne le nom de manne en larmes.
- A mesure que la saison avance, les sucs propres s’épaississent plus difficilement, les petites larmes qui se forment sont souvent agglutinées entre elles par un suc poisseux in— cristallisable, qui en forme des agglomérations auxquelles les droguistes donnent le nom de marrons. On appelle ce mélange de larmes et de marrons manne en sorte. La portion qui s’écoule sur la fin de la récolte, contient tant de parties sirupeuses , et la température de l’atmosphère est si peu propre à en déterminer la concrétion, que ce suc découle tout le long du tronc, et qu’on est obligé de pratiquer de petites fosses au pied de l’arbre, pour l’y rassembler : ce troisième produit est ce qu’on nomme manne grasse. C’est la dernière qualité ; mais elle passe pour la plus purgative. La manne en larmes est plus adoucissante , moins âcre; aussi la prescrit-on souvent comme béchique.
- En général, les mannes de Sicile sont préférées à celles de Calabre. Ces dernières, lorsqu’elles sont en sorte , se nomment manne capacj, et celles de Sicile manne geracy.
- Comme la manne se conserve difficilement, qu’elle jaunit à l’air et qu’elle y acquiert de l’âcreté , on a cherché , surtout pour les mannes en larmes, à les réhabiliter en les purifiant à peu près comme le sucre. Pour cela , on les fait dissoudre dans très peu d’eau, on en clarifie, la solution à la manière
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- MANNEQUIN. 5g
- ordinaire , on y ajoute même un peu de noir animal, et l’on en fait couler la solution concentrée sur des espèces de cannes, où la manne se concrète en longues stalactites. Cette espèce de falsification , si l’on peut l’appeler ainsi, se reconnaît à la plus grande convexité de la surface interne de la larme , qui s’est moulée sur un cylindre de plus petit diamètre que le tronc des arbres.
- On a reconnu, dans les mannes, deux espèces de matières sucrées très différentes l’une de l’autre : la première, cristalli-sable et tout-à-fait analogue à la portion cristallisable du miel ; elle n’est point susceptible de fermenter ; on lui a donné le nom de marmite. La deuxième, au contraire , fermente facilement ; mais on ne peut l’obtenir à l’état concret. On a profité de ces propriétés opposées pour les séparer l’une de l’autre. Ainsi, pour cela, il suffit, comme l’a fait M. Thénard, de délayer la manne dans une quantité convenable d’eau, de lui faire subir la fermentation alcoolique. On obtient, en évaporant la liqueur fermentée à siccité , et reprenant le résidu par de l’alcool bouillant qui le dissout complètement, mais qui par refroidissement laisse déposer de longues aiguilles blanches, qui ne sont autres que la matière sucrée cristallisable. L’eau-mère fournit, par évaporation , une troisième matière d’une saveur nauséeuse et incristallisable, qu’on n’a pas très bien caractérisée , qui probablement contient le principe purgatif.
- Le fraxinus ornus n’est pas le seul arbre qui fournisse de la manne ; on en récoltait autrefois sur les feuilles d’une espèce de mélèze qui croît aux environ de Briançon, abies larix, deL. : on la désignait dans le commerce sous le nom de manne de Briançon; elle était en petits grains arrondis , blanchâtres. Il y a encore plusieurs autres arbres qui, à certaines époques de l’année, exsudent un suc sucré fort analogue à la manne, mais qui n’est pas assez abondant pour qu’on en puisse faire la récolte. R.
- MANNEQUIN ( Technologie). Ce mot , qui est une corruption d’un mot allemand qui signifie petit homme, fut adopté
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- 60 MANNEQUIN.
- par les Anglais, qui en firent manniquin, d’où nous avons formé, dans le même sens, le mot mannequin.
- Les peintres et les sculpteurs se servent ordinairement d’une figure d’iiomnie plus ou moins grande, qu’ils couvrent de draperies ou d’habillemens, selon le sujet qu’ils veulent traiter. Tous les membres de ces mannequins sont à articulations dans toutes les parties où la nature en a placé dans les corps vivans , et ces articulations sont disposées avec tant d’art, qu’il est impossible de donner à chaque membre une position qui ne soit pas naturelle. Les artistes qui s’en servent disposent les membres comme il leur plaît, après les avoir couverts de draperies, et ils copient ensuite avec plus d’assurance que s’ils travaillaient d’imagination. Le mannequin supplée, dans beaucoup de cas, au modèle vivant, et leur offre un moyen facile de choisir des draperies d’un bel effet et des poses avantageuses. Il n’est pas un peintre ou un sculpteur un peu habile qui n’ait dans son atelier au moins un mannequin de grandeur moyenne.
- On fait des mannequins en bois et en métal (laiton et acier) ; ces derniers sont les plus estimés, parce que les articulations dans le sens naturel y sont partout exactement imitées, jusque dans les doigts.
- Les articulations sont de plusieurs sortes, ou elles n’ont lieu que dans un seul sens, ou dans plusieurs sens à la fois. Dans le premier cas, c’est-à-dire , par exemple, dans les phalanges des doigts, on emploie les charnières ou des ajustemens qui en produisent l’effet. Dans le second cas, comme dans les articulations de l’avant-bras, de la cuisse, etc., alors on emploie un mécanisme qui imite la suspension de Cardan, par lequel on suspend les boussoles , qu’on nomme à axes croisés, et que nous avons décrit au mot Joint-Brisé universel , T. XI, page 395. On se sert assez ordinairement, pour produire quelques-uns de ces effets, d’une boule serrée plus ou moins entre deux coquilles. Ce mécanisme est employé ‘dans la construction des graphomètres , des planchettes et des autres instrumens de Géodésie.
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- MANOMÈTRE. 6î
- Les mannequins en me'tal sont d’un prix beaucoup plus élevé que ceux en bois, ce qui est facile à concevoir, à cause de la plus grande perfection que l’on porte à leur exécution, et la plus grande difficulté qu’ils présentent dans les manipulations.
- On donne encore le nom de mannequin à de longs paniers de gros osier et à claire-voie, dont on enveloppe les ifs , les arbres à fruit, les tilleuls , etc., que l’on réserve pour regarnir les places vides d’un jardin. Ces mannequins sont destinés à garantir les arbres, pendant leur jeunesse, des atteintes des animaux qui pourraient les endommager. L.
- MANOEUVRE ( Arts physiques). Ce mot s’entend, dans les Arts mécaniques, de l’ensemble des niouvemens d’une machine en fonction : c’est ainsi que les marins donnent ce nom aux changemens de dispositions des voiles, des vergues, des cordages, propres à produire dans un navire les évolutions nécessaires. Les règles à suivre pour manœuvrer un vaisseau selon le vent et la force de la mer, sont au rang des connaissances les plus importantes qu’un officier de marine doive étudier. Ce sujet est d’ailleurs étranger à notre plan.
- En Architecture , le manœuvre est l’individu qui sert les maçons, prépare le plâtre , le gâche , nettoie les règles, apporte les pierres, etc. C’est, le plus souvent, un enfant qui est en apprentissage. Fr.
- MANOMÈTRE {Artsphysiques, PL r zf, fig. io). Appareil destiné à donner la tension des gaz et des vapeurs sous des températures données. C’est un ballon de verre dont l’ouverture est hermétiquement fermée par une plaque ou un col en cuivre muni de deux tuyaux de communication, portant divers robinets. A l’un de ces tuyaux aboutit un long tube de verre dans lequel on enferme un baromètre à siphon : on peut diviser ce tube et le séparer du ballon lorsqu’on le juge à propos. L’autre tubulure sert à faire le vide, soit en la vissant sur le tuyau central de la Machine pneumatique ( F. ce mot ), soit en établissant un tube de communication qui se rend à ce tuyau : bien entendu que ce tube né doit pas se déprimer par la
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- 6a MANOMÈTRE.
- pression de l’air lorsqu’on produit le vide. On le fait, le plus souvent, en cuir imperméable , soutenu en dedans par un fil de fer spirale qui règne dans toute sa longueur. Ce tuyau porte d’ailleurs à ses deux bouts des viroles en cuivre, dont l’une se visse sur la machine pneumatique , et l’autre à la tubulure du manomètre.
- Cette tubulure a deux robinets R et R' parfaitement ajustés. Lorsque le vide est fait dans le ballon , à un degré qu’on mesure par la différence des deux colonnes de mercure dans le baromètre : on verse un liquide par la tubulure , dont on a ouvert le robinet supérieur R', qu’on referme ensuite; on ouvre alors l’inférieur R , et le liquide tombe dans le ballon, où il se résout subitement en vapeur. La tension est mesurée par le baromètre, car à l’instant même la colonne de mercure remonte dans la branche fermée , et la différence des niveaux, moins celle qui avait lieu d’abord, est la force élastique développée. Comme on peut saturer l’espace de vapeurs en réitérant le jeu des robinets, on connaît exactement la tension , et même à diverses températures, en faisant varier celle de l’appareil.
- On se sert quelquefois d’un ballon assez grand pour y introduire des plantes, des animaux , ou tout autre objet dont on veut étudier les changemens et recueillir les produits. Lorsqu’un gaz s’est développé dans le manomètre, et qu’on en veut connaître les propriétés, il faut l’extraire du ballon : voici l’appareil dont on se sert. On a un tube T fermé en haut, et dont le bas est soudé à une virole en cuivre à robinet R", qu’on visse à la tubulure ; mais avant, on a renversé ce tube et on l’a rempli de mercure. Lorsque ce tube est vissé sur le manomètre, on ouvre tous les robinets ; le mercure tombe par son poids dans le ballon , et le gaz vient occuper sa place : on ferme alors les robinets, et l’on dévisse le tube, qui fait ici fonction d’éprouvette. Il ne reste plus qu’à essayer le gaz qu’il renferme.
- Il est d’une haute importance de connaître la tension des vapeurs développées dans les chaudières de machines à vapeur,
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- MANSARDE. 63
- surtout lorsqu’elles fonctionnent sous la pression de plusieurs atmosphères. On se sert, pour cela, d’un instrument appelé manomètrej c’est simplement un tube de Mariotte ( V. Dilatation ), qui est scellé au mur de l’édifice et communique avec la chaudière. Le tube contient de l’air dans sa branche fermée , et une colonne de mercure occupe le coude du siphon pour renfermer cet air ( V. fig. 11) : la branche ouverte se rend dans l’intérieur de la chaudière. La tension de la vapeur refoule le mercure et réduit l’air du tube à un volume d’autant moindre que cette force élastique est plus considérable ; et même, pour n’avoir pas à considérer la diminution de l’une des colonnes de mercure, on y pratique une boule servant de réservoir, et dont le niveau ne baisse pas sensiblement lorsque le fluide métallique s’élève dans l’autre branche. Une échelle graduée en parties égales, placée sous la branche à air, permet d’estiiner à chaque instant le nombre d’atmosphères sous lesquelles la machine fonctionne.
- Ce manomètre a l’inconvénient d’être fragile ; il arrive d’ailleurs que, le tube se trouvant plus pressé au dedans qu’au dehors, éprouve de la dilatation , ce qui rend les indications de l’échelle fautives ; sans compter que la vapeur d’eau se fraie souvent un passage et se mêle au mercure. Les réparations qu’exige perpétuellement ce- manomètre le rendent assez incommode : on préfère quelquefois, dans les machines à basses pressions, enfermer hermétiquement une cuvette de mercure (fig. 12) dans un vase, et y faire rendre un tube ouvert aux deux bouts et communiquant avec la chaudière. La vapeur d’eau qui vient presser la surface du mercure fait monter ce liquide dans le tube; en ajoutant à cette hauteur celle du baromètre à l’air libre , on a la tension de la vapeur. On peut encore enfermer sous une cloche l’éprouvette pleine d’air et plongeant dans le mercure : la pression, quelque forte qu’elle soit, sera mesurée , comme dans le tube de Mariotte , par la diminution de l’espace occupé par l’air sous l’éprouvette. Fr.
- MANSARDE ( Architecture). On attribue au célèbre archi-
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- 64 MANTONNET.
- tecte Mansard l’idée de briser le comble qui recouvre ütt édifice, de manière que la partie inférieure formant l’égout soit raide et presque à-plomb du mur, et la supérieure, qui porte le faîtage, en pente plus douce. ( F. fig. 2, PI. 6 des Arts de calcul. ) Par cette disposition , la toiture dite à la mansarde laisse, au-dessous du véritable comble , uu espace dont on peut faire des chambres pour le logement des domestiques ; on y perce des lucarnes pour éclairer l’intérieur. Il faut alors disposer le principal Entrait à 3 ou 4 pieds au-dessous de l'entablement ; et sur cet entrait, portant un plancher, oiT établit des faux Arbalétriers presque verticaux , sur lesquels porte un second entrait assemblé par des liens ; au-dessus de ce dernier existe le véritable comble. Nous avons indiqué, au mot Comble , les règles à suivre pour assembler les charpentes de ces sortes de toitures. On croit maintenant devoir renoncer à ces constructions , parce que le prix des bois les rend aussi dispendieuses que celle d’un véritable étage, beaucoup plus habitable, plus propre à résister aux outrages du temps, et d’une décoration plus facile, tant au dedans qu’au dehors.
- Fr.
- MANTONNET ( Technologie ). Le Serrurier donne le nom de mantonnet à une pièce de fer qui sert à recevoir le bout des loquets ou des loqueteaux, pour tenir une porte fermée. Il fait quelquefois partie de la platine, comme dans les serrures à ressort, dont le pêne mouvant sert de loquet. C’est particulièrement dans le système du loquet ordinaire qu’on emploie le mantonnet. Cette pièce de fer se place dans le montant, à côté de la porte, par une pointe simple ou double. Lorsque le montant est en bois, ces pointes sont droites; mais lorsque le montant est en pierre ou en plâtre, la pointe ou les pointes sont recourbées ou fendues, afin de retenir, par le moyen du plâtre, lors du scellage, le mantonnet et le rendre solide. La partie extérieure du mantonnet a une entaille dans laquelle s’engage le loquet lorsque la porte est fermée. On est obligé de le soulever pour le dégager du mantonnet et ouvrir la porte. ( V. Loquet. ) L.
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- MAQUIGNON. 65
- MANUFACTURE (de manu faceré). On désigne plus particulièrement , par ce mot, les usines où l’on prépare à la main divers produits ; mais on l’emploie souvent dans l’acception générale. {V. Fabrique. ) P.
- MANUTENTION ( Technologie). Ce mot n’est point le synonyme de Manipulation, ainsi que nous l’avons expliqué à ce dernier mot; et il est très important de ne pas les confondre, pour ne pas changer le sens d’une description qui par là deviendrait inintelligible.
- Le mot manutention, qui se rend en latin par conservatio , exprime effectivement le soin que l’on prend ou que l’on doit prendre pour qu’une chose se maintienne dans le même état où elle est, ou bien qu’elle se fasse. C’est ainsi que l’on dit que les souverains et les magistrats doivent veiller à la manutention des lois.
- Ce mot s’applique aussi particulièrement à la conservation des grains et des farines. Le munitionnaire .chargé de surveiller la fabrication du pain pour les troupes, doit avoir soin de la manutention des grains et des farines , afin qu’ils ne se détériorent jamais. C’est dans ce sens qu’on désigne , sous le seul nom de manutention, le lieu, l’établissement dans lequel on fabrique le pain et l’on conserve les grains destinés à la nourriture des troupes.
- On voit, par ces deux définitions rapprochées, quelle grande différence existe dans le sens qu’on attache aux mots Manipulation et manutention, qu’on ne doit jamais employer l’un pour l’autre , puisqu’ils ne sont pas synonymes. L.
- MAQUEREAU. Espèce de poisson très délicat, et dont il se fait une immense consommation. Comme on a donné ce nom à plusieurs espèces du genre Scombre , nous réservons à traiter à ce dernier mot des détails relatifs à la pêche, aux préparations et au commerce de ces utiles poissons.
- Fb.
- MAQUIGNON. C’est le nom de la profession exercée par les hommes qui achètent et vendent les chevaux. Les nombreuses friponneries des maquignons, leurs ruses pour cacher Tome XIII. 5
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- 66 maraîcher.
- les vices de ces animaux, leurs artifices pour en exage'rer les qualités, ont fait prendre en mauvaise part le titre de cette profession, et les personnes qui se livrent à ce commerce préfèrent prendre celui de marchands de chevaux. Comme à l’article Cheval nous avons donné tous les détails relatifs à l’éducation de ce superbe quadrupède, nous croyons inutile d’y revenir ici. Fr.
- MARAICHER ( Agriculture'). Les terrains bas du voisinage de Paris, de Londres, de Venise et de quelques autres grandes villes, ont été successivement exhaussés et fécondés par des engrais que fournissent avec abondance les résidus de la consommation de ces cités populeuses. On a conservé l’habitude d’appeler marais ces jardins actuellement cultivés en plantes potagères , et l’on donne le nom de maraîchers aux ouvriers qui entreprennent ces exploitations. Le fond du sol de ces jardins ne diffère pas des autres marécages ; mais depuis que l’exhaussement -en a fait un autre terrain neuf, il a cessé d’être un marais, et est devenu propre à produire tout genre de légume. Les eaux et les engrais dont les maraîchers peuvent disposer rendent leurs herbages beaux, tendres , mais sans saveur. Ils ont une grande habitude et un rare talent pour forcer la nature à produire des primeurs, qu’ils vendent avec avantage dans les marchés. On doit avouer qu’il n’existe nulle part des jardiniers plus habiles dans leurs pratiques, plus intelligens à profiter des bienfaits du ciel, plus soigneux d’en éviter les intempéries. Il y a tel arpent de marais qu’on loue plus de 800 fr. par an, et qui cependant enrichit encore le jardinier en nourrissant sa famille. Tantôt il fait croître des romaines , des radis, des poireaux , de la chicorée , des champignons , des carottes, panais , ognons , céleri, cardons , etc. ; tantôt il force à mûrir avant terme des pois, des asperges, des melons, et autres raretés qui l’indemnisent amplement des peines qu’il a prises, et des dépenses auxquelles il a été foreé. Il serait superflu de donner à ce sujet plus de développement ; car l’art du maraîcher ne diffère eu rien de celui du jARomv.ii ( Y. ce mot), si ce n’est qu’il lui
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- MARAIS. G}
- faut une prudence , une activité et une intelligence plus exercées. Fr.
- MARAIS { Agriculture'). Terrain plus bas que les lieux voisins , où les eaux pluviales se viennent rassembler, où elles s’eiiiboivent et se croupissent , et qui, favorisant la croissance rapide des joncs , des graminées dures et de beaucoup de plantes inutiles , enlèvent à la culture de vastes étendues de terre, et répandent l’infection et les maladies dans le voisinage. C’est surtout en automne, lorsque l’évaporation a desséché le sol en tout ou partie , que les poissons, les insectes et les plantes putréfiées engendrent des miasmes qui attaquent la santé et même la vie de tous les animaux.
- L’art de dessécher les marais est un des plus utiles qu’on ait perfectionnés de nos jours ; il rend à l’agriculture des terrains singulièrement féconds, et ramène la salubrité dans des contrées désolées. On voit maintenant de superbes prairies en Flandre, en Hollande, près de Bourgoin , et dans différens pays , où régnait il y a peu de temps l’infection et la misère. Le sol de l’Egypte , qui paraît avoir été si peuplé autrefois, quand la nation la plus civilisée de la terre y gouvernait les inondations du fleuve qui la fertilise, n’offre aujourd’hui qu’un pays ravagé par la peste, maladie née des exhalaisons mortelles qui s’élèvent de tous les terrains que le Nil a recouverts.
- Comme nous avons traité à l’article Dessèchement des conditions à remplir pour rendre les marais à la culture, nous n’y reviendrons pas. Les mots Digue , Ecobeage , Tourbe , etc., contiennent aussi des explications qui se rapportent à l’objet dont il s’agit. Nous nous contenterons de faire ici l’observation qu’il y a souvent de grands avantages pour un propriétaire à planter les marais d’arbres à qui ce genre de terrain peut convenir, tels que les saules, peupliers, bouleaux, aulnes, etc. Des saignées, des puisards, pour faciliter l’écoulement des eaux et dégager une partie du terrain en sacrifiant le reste, suffisent pour utiliser le sol. Ces arbres diminuent les qualités délétères des émanations, facilitent l’exhaussement du sol en
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- 68 MARAIS SALANS.
- fixant la vase à leur pied , et croissent assez rapidement pour
- donner des bénéfices avec le temps.
- Le foin qu’on récolte dans les marais est une très mauvaise nourriture pour les bestiaux , qu’il énerve et rend cacochymes : d’ailleurs, ils refusent le plus souvent ces herbes dures et sans saveur. On ne coupe guère ce foin que pour en faire de la litière , couvrir les chaumières et chauffer le four. Au reste, les bœufs et les vaches s’en accommodent mieux que les chevaux; les porcs, les buffles, les oies, les canards, se plaisent beaucoup dans les marais.
- Fr.
- MARAIS SALANS. Ce sont des étendues de terrains que vient inonder le flot de la mer, et où l’on retient les eaux pour les laisser évaporer, afin de recueillir le sel marin qui s’y trouve en dissolution, et qui en forme la trente ou quarantième partie en poids. Comme la plupart des procédés d’art qui se rapportent à cette extraction sont communs à l’exploitation des fontaines d’eau salée, et que cette matière fera le sujet d’une analyse spéciale, nous renverrons, pour les détails, aux articles Muriate de soude et Sauves , où l’on donnera tous les développemens nécessaires à l’intelligence de ce genre d’industrie ; nous nous bornerons à exposer ici quelques particularités relatives à la disposition et à l’établissement des marais salans.
- Pour former un marais salant, il faut choisir un terrain voisin de la mer, une plage qui soit le plus unie qu’on peut ; s’assurer des hauteurs les plus grandes où la marée élève les eaux, afin d’empêcher le flot de passer par-dessus les digues qu’on construira ; préférer les terrains exposés aux vents du nord et de l’est, qui sont les plus vifs et les plus secs ; connaître le niveau des marées les moins élevées , pour que le marais ne manque jamais d’eau ; enfin, arpenter la surface pour apprécier le temps nécessaire à la récolte du sel et même à l’évaporation , etc. Il est bon de ne prendre que 2 pieds d’eau dans le jas ou réservoir principal, quoiqu’on en puisse prendre jusqu’à 6 dans les fortes matines; c’est ainsi qu’on appelle les
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- grandes marées d’équinoxe. Le sol du marais doit être préparé dans ce but.
- On établit près de la mer un premier réservoir nommé jas. qui n’est séparé de la mer que par une Digüe en terre, soutenue par des pierres sècbes. On y laisse entrer l’eau par une écluse ou vareigne, qui est une ouverture assez semblable à la bonde d’un étang ; on l’ouvre à la haute mer et on la ferme quand le jas s’est empli au niveau des eaux. On évite d’y employer le fer , parce que l’eau salée le rongerait promptement ; comme aussi de se servir de portillons , parce que le saulnier se fiant sur ce qu’ils doivent se refermer d’eux-mêmes quand la mer se retire, ne veille pas à son ouvrage, et que quand les portillons s’engagent, le jas se vide à basse mer et ne remplit pas sa fonction , surtout quand on approche de la fin de la maline. Le jas , nommé aussi vaset, qui est le plus grand réservoir , est destiné à couvrir d’eau le reste du marais lorsqu’on le juge à propos ; l’eau y dépose les terres qu’elle tient en suspension, ainsi que les débris organiques qui y flottent entraînés par le mouvement; elle y prend plus de salure par une première évaporation, et s’écoule ensuite dans d’autres réservoirs nommés aires, séparés les uns des autres par de petits murs de terre qu’on appelle velles. Ces aires ont environ 18 pieds de largeur, plus ou moins; le fond est en argile, pour retenir l’eau.
- La communication entre le jas et les aires se fait par un gourmas, pièce de bois percée dans sa langueur et fermée par un tampon lorsqu’on veut empêcher l’eau d’arriver : d’autres trous, au nombre de 4 ou 5, d’un pouce de diamètre , sont situés en dessous , qu’on ouvre ou ferme avec des chevilles, selon qu’on veut faire entrer l’eau avec plus ou moins de force, ou même l’arrêter. Le gourmas est sous l’eau, au niveau de la sole du jas. Le maure est un petit canal d’un pied de largeur, qui fait le tour du marais par où l’eau arrive dans la table en passant par le pertuis , qui est une planche percée de trous que bouchent des chevilles , afin de ménager la force de l’eau. Il est utile de faire ainsi courir
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- :;o marais salaiss.
- l’eau sur terre pour la concentrer de plus en plus : ees canaux Ont jusqu’à 4ooo mètres de longueur. L’eau ne doit pas s’élever au-dessus de 2 pouces à 2 pouces et demi au-dessus de la table ; de là elle va au muant qui est au milieu du marais ; elle y conserve la même hauteur. Le muant fournit les petits canaux de 6 pouces de large nommés brassour, au bout desquels on fait des trous entre deux terres avec une cheville d’un pied de long sur 8 lignes de diamètre. C’est par ces trous, que l’on fait entrer l’eau jusqu’à trois quarts de pouce de hauteur dans les aires, qui sont de 2 pouces plus bas que le brassour et le muant. On bouche alors les trous du brassour avec de la terre, pour qu’il n’entre plus d’eau dans les. aires.
- L’e'vaporation produit le sel ; on voit d’abord l’eau rougir, et il se forme une crème à la surface ; on la casse et elle tombe au fond ; c’est ce qu’on appelle braser. C’est du commencement de juin à la fin de septembre que dure la re'colte. D’abord on ne retire te sel que tous les huit jours ; mais lorsque l’eau s’e'chauffe, on en retire jusqu’à trois fois par semaine. Cette operation se fait en nettoyant lé sol avec un outil nomme' râble. On retire le sel sur la vie, qui est un chemin large de 4 à 5 pieds, élevé de 5 pouces au plus entre deux rangs d’aires. Le sel blanc s’obtient en écumant l’eau des aires. Tout le sel retiré sur la vie est mis à égoutter dans des papiers et disposé en pyramides, qu’on recouvre de chaume ou de fagots. Il est même utile de mettre le feu à ces fagots, pour que la surface de la pyramide forme une.croûte en se fondant, et résiste mieux , par sa dureté, à l’action des eaux pluviales.
- On remplit les aires avant qu’elles soient entièrement à sec, en tirant l’eau du jas; mais après plusieurs extractions, on est obligé de laisser perdre les eaux-mères qui restent, et qu’on n’a pas encore réussi à utiliser. Le sol fortement imprégné de sel- est très favorable à la formation des précipités qu’on retire successivement. ( V. Cristallisation. ) Il est bon d’avoir un réservoir souterrain où l’on puisse retirer les eaux du marais
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- lorsque le temps devient pluvieux, parce que ces eaux, en s’allongeant, seraient trop lentes à cristalliser. On répand ensuite l’eau sur les aires avec des pompes, lorsque le ciel redevient chaud et serein.
- C’est dans les départemens de l’ouest que sont établis nos plus beaux marais salans, et particulièrement à Peyrac, à Ma-renne , au Croisic, etc.... ; dans le département de l’Hérault, à Pécais , etc. Sur les côtes de Normandie , où le climat ne se prêterait pas à ce genre de fabrication , on se contente de faire arriver l’eau de la mer sur de vastes terrains glaise's, qu’on a recouverts d’une couche de sable fin. L’évaporation, activée par cette pratique, donne un mélange de sel et de sable ; ce mélange, ramassé en tas et desséché à l’air, étant ensuite lavé avec de l’eau de mer, donne une liqueur saline très concentrée , qu’on évapore ensuite dans des chaudières de plomb et sur le feu. Le sel est blanc et assez pur. Cette méthode est appele'epar bouillon.
- Dans les contrées septentrionales, au contraire, on enlève les glaçons que la gelée forme dans les marais, et la liqueur qui reste est une eau saline que l’on concentre déplus en plus, en réitérant le même procédé jusqu’à ce que l’eau soit saturée et qu’on en puisse , avec peu de frais, retirer le sel par l’ébullition. Les glaçons ne se forment qu’aux dépends de l’eau à peu près pure , et l’on sait que c’est même un moyen dont plusieurs navigateurs se sont servis pour extraire l’eau douce de la mer.
- Voyez,, au reste , les articles cités, Muriate de soude, Saunes , ainsi que VEncyclopédie , où les détails de constructions sont donnés avec soin. Fr.
- MARBRE, MARBRIER, de pafttafts, marmor. Les anciens désignaient sous ces derniers noms ce que l’on entend encore vulgairement sous le premier, toute espèce de roche susceptible de recevoir un poli brillant. Dans l’acception minéralogique , le mot -marbre ne comprend que les variétés de chaux carbonatée qui offrent ce caractère. Ce sont le calcaire saccaroïde, le calcaire concrctionné et le calcaire de
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- sédiment compacte ou sublamellaire, et quelques autres calcaires compactes (i).
- La première variété seule donne les marbres statuaires ; dans la deuxième se trouve l’albâtre de carbonate de cbaux ; la troisième a reçu le nom de calcaire-marbre , en raison de la finesse de son grain et de la netteté de ses couleurs.
- Ces variétés de calcaire se rencontrent dans presque toutes les formations, mais en proportions différentes : ainsi, les saccaroïdes n’appartiennent qu’aux formations primordiales, aux plus anciennes ou aux plus nouvelles , à celles qu’on appelle , en général, de transition. On n’en rencontre, dans les formations plus récentes, que comme de rares exceptions. C’est ainsi que le calcaire jurassique présente , dans certaines parties peu étendues, quelques caractères du marbre sacca-roïde.
- Les marbres colorés, à texture presque entièrement compacte , avec des parties lamellaires rassemblées en veines ou disséminées, appartiennent, soit aux derniers terrains primordiaux , soit à ceux de sédiment inférieur : ici ils commencent à devenir rares, et dans des étendues considérables de ces calcaires, il arrive qu’on ne trouve pas une seule carrière de marbre.
- Les terrains de sédiment moyen, comprenant le calcaire jurassique, offrent encore moins de marbres exploitables. Ce calcaire cependant est souvent pur, homogène , à grain fin et
- (i) Ainsi, tout marbre, proprement dit, fait une effervescence vive avec les acides nitrique, hydrochlorique, sulfurique, étendus, se laisse rayer par une pointe en fer, reçoit un poli plus ou moins parfait, se réduit en cbaux vive par la calcination ; sa dissolution dans les acides nitrique, hydrochlorique-, laisse déposer un précipité lorsqu’on y verse de l’acide oxalique. Ces caractères bien tranchés ne permettent pas de confondre avec les marbres, cette foule de roches qui appartiennent aux Porphyres, aux Grakits, aux Sëkpextixes, etc. Enfin, l’albâtre calcaire ou oriental pourrait même se distinguer des marbres par sa texture fibreuse et ses nuances jaunes pâles, disposées par zones ondulées ou concentriques. Cet aspect, suite necessaire de sa formation , ne se présente jamais dans les marbres.
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- texture compacte; mais le peu de vivacité des couleurs, et surtout la disposition par fragmens de cette roche, lui ôtent les qualités nécessaires dans le calcaire-marbre, pour qu’il soit exploité en carrières durables.
- Les grandes exploitations de marbres cessent presque entièrement après le calcaire, car on ne trouve plus le marbre, même par échantillon , ni dans le terrain crayeux ni dans le terrain supérieur à la craie ; mais on le reconnaît de nouveau , quoiqu’en moindre quantité , i°. dans le terrain de transport composé de cailloux calcaires roulés, connus sous le nom de puddings ; ceux-ci donnent, en certains lieux , des marbres très estimés, tels que la brèche de Tolonet en Provence , etc. ; 2°. dans le calcaire d’eau douce, supérieur au calcaire grossier, faisant partie du terrain de sédiment supérieur. La pierre de Château-Landon , près Nemours , et celle de Nonette, près d’Issoire , en offrent des exemples. Ce sont, à la vérité , des marbres peu estimés, en raison de leur couleur gris-pâle trop uniforme et de leur poli défectueux ou peu brillant. Ils offrent un avantage important pour être exploités : c’est une grande continuité de masses puissantes.
- Les marbres ne sont pas susceptibles d’un classement minéralogique ; nous les distinguerons seulement, sous le rapport de leurs emplois dans les Arts , en marbres statuaires et marbres de décoration. La nomenclature des variétés de ces deux espèces, les plus connues dans le commerce, est donnée plus loin.
- Partout où les carrières de marbre existent, elles s’exploitent pour les besoins des localités ; là , n’ayant coûté que les frais d’extraction, leur bas prix permet de les assimiler aux pierres à bâtir, aux pierres à chaux, etc., et de les employer au même usage.
- Il ne se fait un commerce important que des marbres dont les carrières, situées dans des positions avantageuses , rendent les transports jusqu’aux lieux de consommation peu coûteux, et de ceux que leurs qualités en faveur, c’est-à-dire leurs nuances agréables ou les accidens et l’opposition tranchée de
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- leurs veines, ainsi que leur poli brillant, font rechercher poulies décorations inte'rieures ; ces qualite's permettent de trouver, dans un prix éleve', la compensation des frais plus considérables qu’ils nécessitent.
- On peut citer comme exemple de la première classe, les marbres de la côte de Carrare, qui sont répandus sur tous les marchés de l’Europe. La préférence qu’on leur accorde généralement n’est pas déterminée par une qualité supérieure à celle de marbres analogues que l’on trouve dans diverses contrées, et notamment en France, mais par la facilité de leur extraction en grandes masses et la situation de leurs carrières près des bords de la mer, aui laisse à un taux modéré leur prix de revient, même à des distances fort éloignées.
- Le marbre se présente, dans les carrières, sous divers aspects ; tantôt en blocs énormes , qui semblent avoir été fondus en une seule masse; tels sont, en général, les marbres blancs et les marbres rouges ; tantôt en bancs, dont l’épaisseur varie depuis 66 à 80 centimètres, jusqu’à quelques millimètres. Ces bancs se trouvent dans toutes les inclinaisons possibles ; quelquefois même ils sont verticaux ou horizontaux. C’est ainsi que se présentent, en général, les marbres noirs. On exploite de cette sorte à Dinant (Pays-Bas), des bancs de 4 à la millimètres, pour faire de petits carreaux qui n’exigent, pour être façonnés, que peu de main-d’œuvre, puisqu’ils sont naturellement d’épaisseur usuelle, et qu’il suffit de les dresser après les avoir débités à la scie. On emploie ces carreaux pour remplir les intervalles entre des carreaux plus épais, en pierre blanche, et former ainsi des carrelages de deux couleurs.
- Quelle que soit la forme des masses de marbres dans la carrière, leur gissement est presque toujours établi du levant au couchant, et leurs veines suivent ordinairement la même direction. On reconnaît cette disposition constante dans les marbres mêmes qui ne semblent pas veinés ; tels sont les noirs et les blancs purs; c’est une sorte de contexture analogue
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- au y?Z du bois ; les ouvriers la de'signent par le nom de passe. Ou doit faire la plus grande attention à ce sens des marbres lorsqu’on débite les masses exploitées; en effet, les blocs dont le sciage est pris à contre-passe, c’est-à-dire perpendiculairement à la direction des veines, donnent des tranches beaucoup moins solides, et qui même , pour certains marbres, n’ont aucune ténacité.
- Les marbres à pâte fine et serrée supportent bien d’être coupés à contre-passe ; quelques-uns sont même recherchés pour les dispositions et formes particulières qu’offrent leurs vaines : les bardigles ou bleus turquins de Carrare , par exemple, dont le sciage sur la contre-passe présente des veines longitudinales très rapprochées, presque rectilignes et bien tranchées, tandis que sur la passe ce marbre n’offre qu’une nuance uniforme légèrement nuageuse.
- Les carrières disposées par bancs superposés sont les plus faciles à exploiter ; et cela se conçoit, puisque ces bancs, séparés le plus ordinairement par des couches terreuses minces et sans consistance, offrent ainsi des joints naturels, entre lesquels des coins, des pinces, trouvent une prise convenable et détachent des blocs avec beaucoup de facilité.
- Lorsque le marbre se présente en masse dans la carrière» son exploitation est bien plus pénible. Si l’on y aperçoit des fissures ou des crevasses, on en profite de la même manière que des séparations de bancs. A défaut de cette circonstance favorable, l’ouvrier est obligé de s’ouvrir un passage à force de travail ; il isole ainsi une masse plus ou moins considérable, creuse au bas une tranchée horizontale, qu’il garnit de coins en fer ou en bois ; dans le dernier cas, il augmente la puissance de ces coins en les mouillant et les faisant ainsi gonfler dans la tranchée. On doit toujours s’efforcer d’extraire les masses les plus considérables possibles; elles peuvent avoir jusqu’à 2000 pieds cubes, et n’ont presque jamais un volume moindre que 200 pieds cubes.
- La masse une fois détachée, onia divise en blocs au moyeu de la scie, dont on favorise l’action par du grès mouillé.
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- Les outils dout se servent les ouvriers pour tailler dans la roche, comme nous venons de le dire, sont dans le Nord, en général, de forts ciseaux terminés en pointe, sur lesquels ils frappent avec des maillets en bois. Dans le Midi, on emploie une sorte de pioche à deux taillans pointus, que l’on nomme trace, et que l’on tient à deux mains.
- On se sert encore , pour le même objet, de ciseaux à plusieurs pointes de diamans : on les nomme gradines, d’où vient le verbe gradiner, usité dans ces carrières et dans le travail ultérieur du marbre.
- Les autres outils nécessaires à l’extraction du marbre, plus particulièrement appliqués à sortir les blocs de la carrière, sont des leviers ou fortes pinces en fer , des crics et des rouleaux.
- Presque toujours les masses saines de marbre sont engagées sous d’autres masses défectueuses, ou même sous des bancs de pierre commune. Dans ce cas, on emploie lamine pour s’en débarrasser ; mais il faut prendre les plus grandes précautions, afin que dans l’explosion, la résistance étant peu considérable du côté des masses inutiles, elle ne produise aucune altération dans la roche que l’on veut conserver.
- Il arrive souvent que l’usage des mines, mal entendu, étonne le marbre, désagrège ses parties dans un grand nombre de fissures, et fait perdre ainsi les morceaux qui auraient eu le plus de prix, en raison de leurs grandes dimensions.
- Nous citerons ici une entreprise fort remarquable, qui vient d’être terminée par les soins de l’agent du Gouvernement français pour les marbres : c’est l’extraction et le transport à Paris d’un bloc de marbre blanc statuaire, dont les dimensions surpassent de beaucoup celles de tous les blocs que l’on a essayé jusqu’à présent de faire voyager pendant un aussi long trajet.
- Ce bloc présentait, sur la carrière , une masse parfaitement saine de 14 pieds de longueur, y pieds de largeur et 14 pieds de hauteur, cubant ainsi 10^2 pieds. Afin de diminuer les
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- difficultés du transport, ce bloc fut alors ébauché suivant la forme indiquée par l'artiste ; son volume fut réduit à 65o pieds cubes , pesant environ 62 mille kilogrammes. Cette énorme masse , embarquée à la côte de Carrare, quoiqu’on fût privé des ressources qu’eût offertes un port, fut déchargée puis rechargée à Arles, à Châlons; enfin, arrivée à Paris, elle présentera bientôt l’étonnante exécution d’une grande statue équestre , où le cheval et l’homme seront d’un seul morceau. Le talent de M. Dupaty partagera, cette fois, l’honneur de fixer l’attention du public avec la matière même que son ciseau aura animée.
- Le marbre varie de poids spécifique , suivant diverses circonstances de gissement et de formation, depuis 2480 kilogrammes jusqu’à 2700 le mètre cube.
- Les défauts naturels du marbre sont en petit nombre ; on désigne les principaux d’entre eux par les mots techniques de fils, terrasses et clous,
- Les premiers sont une sorte de fêlure presque toujours rectiligne, qui forme une solution .de continuité dans la matière , en sorte que par le travail les deux parties se détachent l’une de l’autre. Le moyen de remédier à ce défaut consiste à incruster dans la face non apparente une ou deux petites barres de fer recourbées à chacune de leurs extrémités, qu’on nomme agrafes. Le fil ainsi réparé peut bien encore être aperçu, mais il ne nuit plus sensiblement à la solidité , si ce n’est dans les revêtemens exposés à subir des différences de température un peu considérables: la dilatation du.fer des agrafes peut, dans ce cas, déterminer des dislocations, ou rendre plus apparente la fêlure. Dans les carrières où l’on fait usage de la mine, un grand nombre de fils sont dus à ce mode d’exploitation.
- Les clous sont des morceaux informes et durs de substances étrangères, telles que du silex, etc. , qui se trouvent dans la pâte du marbre et nuisent au travail et au poli.
- Les terrasses se rencontrent plus généralement dans les marbres qui résultent de morceaux agglomérés par des con-
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- crétions calcaires : telles sont les différentes lnèclies. On observe souvent entre leurs fragmens des défauts de liaison, des cavités plus ou moins étendues, remplies d’une matière terreuse, friable et sans consistance, qui constituent ce défaut; Les grandes terrasses détruisent, comme les fils, la solidité des morceaux dans lesquels elles sont interposées ; les petites, qui sont loin de pénétrer dans toute l’épaisseur des blocs et même des tranches , s’opposent seulement à l’uniformité du poli ; elles altèrent l’aspect uni et brillant nécessaire à la beauté du marbre. On répare ces défectuosités en les nettoyant bien à sec, et y introduisant à chaud de la gomme laque mélangée d’une matière colorante minérale, analogue pour sa nuance avec la teinte dominante du marbre. Cette sorte de mastic reçoit ensuite, dans le travail, un poli presque aussi brillant que celui du marbre ; mais il a l’inconvénient de le perdre à une température un peu élevée , par exemple, celle à laquelle se trouvent fréquemment exposées plusieurs parties du revêtement des cheminées.
- Tous les marbres sont sujets aux terrasses ; eeux dans lesquels on en rencontre le moins sont les marbres blanc et bleu turquin; mais quand il s’y en trouve, on ne peut y remédier, les mastics blancs connus devenant grisâtres en refroidissant ou ternes quand on les frotte, et le bleu turquin changeant de nuance à Une chaleur forte. Ce serait donc rendre Un service à la marbrerie, que de trouver des mastics appropriés aux qualités et nuances particulières de ces deux marbres.
- Les marbres les plus connus dans le commerce sont ceux d’Italie, de Belgique et de France. Au nombre des premiers on compte : le blanc statuaire ou blanc pur; le blanc veiné; le bardigle ou bleu turquin ; le bardigle fleuri ; le porlorj les jaunes de Sienne et de Vérone; le vert de Gènes, dit vert de mer; le vert de Turin; la brèche violette; la brèche dite jaspe’ du four, etc.
- Ceux de la Belgique, à l’extrême frontière de la France, et dont une partie, restés français par le traité de iSi/j , ont
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- cessé de l’être par celui de 1815 , sont : le noir pur de Dînant et de Namur, le Saint-Anne, le rouge de Franchimont, dit royal, dont plusieurs salles du Louvre ont été entièrement revêtues, et le bassin de la fontaine de la Bastille , à Paris, formé lorsque ces marbres étaient français ; le marbre de Fêluj , celui de Ligny et des Écaüssines , connu à Paris, où il est très répandu, sous le nom de granité ou petit granit, et le Malplaquet.
- Les marbres français, dont l’énumération serait trop longue , et dont nous nous bornerons à désigner les principales variétés connues des marbriers, sont : dams le nord, les marbres analogues à ceux de la Belgique, et désignés sous les mêmes noms ; dans le midi, les jaunes d’Am pus, de Montpellier et de Touris; les marbres verts et rouges de la vallée de Campan ; le beyr'ede de la vallée de Sarrancolin ; le nankin de Saint— Martory ; les blancs de Soit et de Saint-* Beat; le bleu turquin de Sost et d’Alpin; une multitude de brèches, les plus riches et les plus variées ; la griotte du département de la Haute—Garonne, et celle du département de VHérault, désignée dans le commerce sous le nom de griotte d’Italie; dans le département de l’Aude, Vincarnat, dit Languedoc; le gris de Caunes, dit Califoumie; le cervelat, Y Isabelle; dans le département des Bouches-du-Rhône , la brèche d'Alet et de Tolonais, si connu parmi les marbriers sous le nom de brèche d’Alep.
- Marbres statuaires. Nos artistes ne font guère usage que du marbre de Carrare, dont la belle qualité devient tous les jours plus rare. Cette circonstance a déterminé quelques essais sur les marbres de Florence ; on a tenté également d’employer, dans la Sculpture, les produits des carrières des Pyrénées ; ceux-ci ont donné déjà des résultats d’un bon augure. M. Bosio en a fait une figure en pied qui représente Henri IY enfant, et MUe Carpentier s’en est servie pour le buste de Clémence Isaure, destiné au Capitole de Toulouse.
- Les marbres statuaires les plus renommés sont les blancs antiques de Paros, du mont Pentilès, du mont Hvmette près
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- MARBRE, MARBRIER. d’Alhenes, et de Luni en Toscane. Ce sont particulièrement les marbres grecs que les sculpteurs les plus célèbres de l’antiquité ont employés : aussi la plupart de leurs chefs-d’œuvre venus jusqu’à nous proviennent—ils de ces marbres , dont le grain offre de larges facettes ; leur teinte générale est souvent altérée par des nuances de gris ou de vert, qui ne se trouvent pas dans les marbres d’Italie. Quelquefois ces artistes fameux ont recherché la blancheur et la finesse uniforme de ces derniers. En effet, l’Apollon appartient au marbre de Luni en Toscane. Nous devons ajouter, toutefois, que cette circonstance porta plusieurs savans à le considérer comme une copie.
- Le marbre rouge antique et le marbre noir de Lueullus ont été quelquefois employés comme statuaires ; mais le marbre blanc pur paraît le plus convenable ; il est d’ailleurs presque exclusivement adopté pour l’exécution des figures. La cherté du beau marbre statuaire de Carrare fait désirer que les carrières de Saint-Beat, département de la Haute-Garonne, soient exploitées avec assez de constance pour suppléer à ces produits étrangers, que nos sculpteurs paient de jo à So francs le pied cube, suivant la dimension des blocs.
- Marbre de décoration. L’usage de ces marbres ne remonte pas à un temps aussi reculé que celui des marbres statuaires ; on ne vint même à en exécuter quelques revêtemens pour les temples et les palais, que sous le règne de César.
- Les principaux marbres de décoration sont :
- i°. Le blanc veiné de Carrare, variété du statuaire, dont on a construit le fameux escalier du château de Versailles , et dont on fait les piédestaux et vases qui décorent nos habitations et nos jardins ; sa valeur, à Paris, est de 3o à 36 fr. le pied cube.
- 2°. Le bleu turquin ou bardigle, de couleur ardoise peu nuancé, variété du précédent, et dont la valeur est la même, qui se trouve à Carrare , dans les mêmes carrières.
- 3°. Le bardigle fleuri, dont la pâte blanche est entremêlée' d’une grande quantité de veines ardoisées par ondes et taches diverses ; il se vend de 35 à 4° lr-
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- MARBRE, MARBRIER. Si
- 4°. Le Languedoc, rouge de feu rubané de blanc , qui produit beaucoup d’effet; s’emploie dans la plupart des belles e'glises de France , et se vend de 25 à 3o fr.
- 5°. La griotte dite d’Italie, d’un rouge foncé , variée de taches ovales , d’une teinte plus vive, et de cercles noirs dus à des coquilles, qui se vend jusqu’à 6o fr. le pied cube.
- 6°. La griotte de la Haute-Garonne, marbre d’un rouge brun peu nuancé , qui vaut de 4° à 5o fr.
- 7°. Le rouge de Franchimont, dit royal, à fond rouge clair, mêlé de blanc et de gris , qui se vend 20 à 25 ; et le malplaquet, analogue au royal, mélangé de gris, de bleuâtre et de blanc, dont le prix est de 24 à 3o fr.
- 8°. Le Campan, qui présente trois variétés, que l’on a divisées à tort en trois marbres différens. Son fond rouge, rose ou vert clair , est varié de veines entrelacées, d’une teinte plus foncée ; l’action prolongée de l’air l’altère plus ou moins ; il se vend de 4° à 5o fr. le pied cube, et produit beaucoup d’effet lorsqu’il est bien choisi. Les ruines romaines du midi de la France en présentent des fragmens.
- 9U. La brocatelle d’Espagne. Ce marbre, à pâté jaune, renferme une multitude de coquilles en fragmens ; on l’extrait à Tortose en Catalogne ; c’est une sorte de lumachelle. 11 ne se trouve presque plus dans le commerce, et s’y vend de 60 à 80 fr.
- io°. Le beyrede, marbre gris coquillageux, varié de rouge extrêmement vif ; il vaut de 4© à 5o fr.
- n°. Le nankin, d’un jaune terne, varié de coquillages ; de même valeur que le précédent.
- 12°. Le gris de Caunes, dit Califoumie et gris agate, marbre gris mélangé de rose.
- i3°. Le cervelat et Y Isabelle, marbre rouge, terne, mélangé de blanc. Ces quatre derniers se vendent de 25 à 3o fr.
- 4°. Le Portor, l’un des plus riches marbres de décoration, est d’un fond noir intense, veiné de jaune vif. Le plus beau vient des environs de Gènes , et surtout de Porto-Venese. Louis XIV le fit exploiter pour la décoration de Versailles et de Marly ; il vaut aujourd’hui de 4© à 5o fr. le pied cube.
- Tome XIII. 6
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- i5°. Le jaune de Sienne, d’un jaune vif, veiné de pourpre et de rouge violacé. Ce marbre est fort beau; il se vend 60 à jo fr. le pied cube à Paris ; on l’extrait à 2 lieues de Sienne.
- i6°. Le jaune de Vérone, marbre jaune pur, moins estimé que le précédent; se vend de 5o à 60 fr.
- Le Sicile ou jaspe de Sicile était fort estimé dans le commerce , mais son prix élevé en rend aujourd'hui la consommation presque nulle ; il se distingue par de grandes bandes veinées et rubanées rouges , brunes et olivâtres.
- 1f. Le marbre noir de Flandre et celui de-Dinant, d’un noir très foncé ; celui de Kamur, tirant sur le gris , ne sont guère employés que pour les monumens et les inscriptions funèbres.
- 180. Le Saint-Anne, gris foncé, veiné de blanc.
- ig°. Le petit granit, parsemé ou presque entièrement composé de débris d’entroques d’une teinte cendrée , se trouve à Ligny et aux Ecaussines près de Mons : on en importe une quantité prodigieuse en France. Le marbre français de Moncy, département des Ardennes, lui ressemble beaucoup, et sera susceptible de le remplacer.
- 20°. La brèche violette, marbre très variable, qui présente une foule de fragmens blancs, violets , rouges, lilas, réunis par une pâte verdâtre. Les marbres suivans ne sont que des variétés accidentelles de celui-ci : marbres africain, fleur de pêcher et brèche rose. Il est exploité à Saravezza, en Italie.
- 2i°. La brèche d’Alet et de Tolonais, dite brèche d’Alep, qui est jaune mêlé de cailloux rouges et noirs, et se vend de 25 à 3o fr.
- 220. La brèche tarentaise, marbre qui diffère de tous les autres; son fond, d’un brun chocolat, est parsemé de petits fragmens anguleux jaunes ou blancs ; il s’y trouve quelquefois des débris de coquilles ; on le tire de Yillette en Tarentaise ; il est assez dur pour suppléer au porphyre dans les tables à broyer, et beaucoup moins cher (1).
- (1) On trouvera, dans la Mine'ralogie appliquée aux Arts (le M. Brard, la
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- MARBRE, MARBRIER. 83
- Les carrières des marbres antiques sont maintenant perdues ou abandonnées : il ne nous en reste que les morceaux e'chappés au temps et aux mutilations.
- Les marbres connus sous les noms de vert antique , vert de mer, vert poireau et polzeverra, sont des roches serpenti-neuses. ( V. Serpentines.)-
- Le marbre destiné à la confection de diverses figures, bustes, statues, se taille, pour être dégrossi, à l’aide d’outils semblables à ceux des tailleurs de pierre, puis se travaille au ciseau, par les procédés qui seront indiqués à l’article Sculpture.
- Pour la plus grande partie desbesoins du commerce, les blocs sont débités en tranches, et celles-ci à leur tour sont découpées à la scie, et souvent taillées au ciseau en quelque endroit.
- Pour donner à ces ouvrages le poli brillant qui constitue l’une des qualités les plus recherchées des marbres, on commence par frotter et dégrossir leur surface avec du Grès ordinaire. On répète cette opération avec un Sable argileux aggloméré en couches , que les marbriers nomment rabat; d’où vient cette locution adoptée par eux : rabattre le marbre. On passe ensuite avec soin la Pierre ponce sur toute la superficie ; lorsqu’elle est bien dressée , on réitère encore des frictions assez prolongées , et à l’aide d’un tampon de linge, avec de FÉmeri fin : à Paris , on fait usage de celui qui a déjà servi à donner le premier douci aux glaces , auquel on ajoute un peu de noir de fumée. On donne alors, de la même manière , un premier lustre à l’aide de la potée rouge (Colcotar, peroxide de fer), fournie par la même manufacture des glaces.
- Une troisième façon est opérée en frottant de même avec de la limaille de plomb , mêlée encore de noir de fumée.
- Enfin , le dernier poli, qui donne tout l’éclat au marbre, s’obtient avec du noir de fumée. Le marbre blanc, seul se polit sans qu’on emploie le noir de fumée.
- description (le plus de trois cents variétés de marbres , et dts détails sur leur exploitation.
- 6..
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- -84 MARBRE, MARBRIER.
- Afin de produire un brillant plus vif, et surtout moins péniblement ope're', quelques ouvriers mêlent un peu d’alun à ces substances ; mais c’est toujours aux de'pens de la solidité du poli, puisque la superficie du marbre, altérée par la réaction de ce sel, laisse à l’humidité séparer des particules de sulfate de chaux, de carbonate de potasse et d’alumine (i), dont l’absence fait perdre l’éclat factice ainsi obtenu. En y passant même seulement une éponge mouillée, on produit cette altération du poli.
- La plupart des carrières du midi de la France appartenaient jadis à la couronne. François Ier, Henri II, Henri IY et Louis XIV affectionnaient particulièrement les marbres de France (2). Ce dernier monarque y fit faire des exploitations considérables pour l’embellissement de ses palais, ainsi que
- (1) Ces substances résultent de la décomposition du marbre (carbonate de chaux) par le sulfate de potasse et d’alumine, qui constitue la plupart des aluns. Peut-être l’alun à base d’ammoniaque , ne laissant après la réaction du marbre dans les pores de celui-ci que du sulfate de chaux et de l’alumine (puisque le carbonate d’ammoniaque se serait volatilisé), produirait-il des effets moins désavantageux.
- (2) La lettre suivante, écrite par Henri IV au connétable Bonne de Lesdi-guières, gouverneur du Dauphiné, offre une preuve de l’importance qu’atta-ehait ce grand roi Ji se procurer des marbres français.
- « Mou Compère,
- » Celui qui vous rendra la présente est un marbrier que j’ai fait venir » expressément de Paris pour visiter les lieux où il y aura des marbres beaux » et faciles K transporter à Paris, pour l’enrichissement de mes maisons des » Tuileries, Saint-Germain-en-Laye et Fontainebleau, en mes provinces de
- * Languedoc, Provence et Dauphiné ; et pour ce qu’il pourra avoir besoin » de votre assistance, tant pour visiter les marbres qui sont en votre gonver-» nement, que les faire transporter, comme je lui ai commandé , je vous prie » de le favoriser en ce qu’il aura besoin de vous. Vous savez que c’est chose » que j’affectionne, qui me fait croire que vous l’affectionnerez aussi, et qu’il >1 y va de mon contentement.
- Sur ce, Dieu vous ait, mon Compère, en sa garde.
- » Henry.
- • Le B octobre, à Cbambéry. * *
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- MARBRE, MARBRIER. 85
- pour les immenses travaux de Versailles. Il forma même, pour cette seule branche d’industrie, une sorte d’administration , sous laquelle fut extraite et transporte'e dans les magasins du roi une énorme quantité' de marbre. Tous les marbriers de Paris venaient puiser dans ce de'pôt, également approvisionné des marbres d’Italie et des Pays-Bas. Cette sorte de monopole n’existe plus, et le magasin conservé par le Gouvernement n’alimente qu’une partie de ses propres besoins. L’administration, au lieu d’exploiter elle-même et de se livrer à ce commerce, accorde aux exploitations nationales, entreprises par des Compagnies , des encouragemens dont ou a déjà ressenti l’influence favorable , et qui sans doute amèneront encore de plus grands résultats.
- Les publications faites par M. Héricart de Thury ont stimuléles efforts des industriels. Des rapports lumineux , présentés par ce savant ingénieur des mines à la Société d’En-couragement, ont fait connaître et-apprécier l’étendue de nos ressources territoriales en divers genres de marbres (i). Déjà une foule de carrières nouvelles sont en exploitation, et près d’elles s’élèvent des usines dans lesquelles des cours d’eau font mouvoir à la fois un grand nombre de scies. L’économie introduite par les machines dans les frais de sciage a permis de baisser les prix des tranches, et d’appliquer celles-ci à plusieurs usages nouveaux : telles sont les devantures des magasins et des boutiques , où le marbre remplace, avec beaucoup d’avantages, le bois , sous les rapports de la propreté, de l’élégance et de la durée. Quelques progrès im— portans , sans doute , restent encore à faire dans les applications de la puissance mécanique au travail du marbre ; mais l’élan est donné , et la concurrence forçant à rechercher tous les moyens d’économiser la main-d’œuvre, il n’est pas dou-
- (i) On trouvera, dans un de ces rapports, publie dans ie Bulletin de la Socie'té d’Encouragement en 1S23, et insère dans le T. 'VIII des Annales des IMines, une nomenclature très étendue des marbres, albâtres, granits et porphyres des carrières de France, par chaque département.
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- SS MARBRE, MARBRIER.
- teux que cette industrie ne s’empare bientôt des perfectionne- '
- mens que lui présente l’état actuel des Arts mécaniques en
- France,
- Le travail et le commerce des marbres ont une grande importance pour la France en général, et particulièrement pour Paris, où il s’en fait un emploi assez considérable , soit dans la consommation locale , soit dans les divers objets d’ameublement ou de décors qu’on tire de cette ville. Outre les marbres que nécessitent à Paris les travaux du Gouvernement et les constructions des particuliers, une grande quantité de dessus de meubles, tels que commodes, secrétaires, tables , consoles, s’exportent avec ces meubles mêmes, non-seulement dans toute la France , mais encore à l’étranger.
- Le marbre ne sert pas qu’à la confection d’objets de luxe, on l’applique à divers usages exclusivement d’utilité j on en prépare des morceaux pour battre l’or, broyer le chocolat, pour quelques préparations pharmaceutiques , pour corroyer le cuir, battre les cartes et le papier ; on en fait des coussinets massifs pour recevoir les axes des roues de moulins , et depuis quelques années on le débite en cylindres, pour les apprêts des tissus.
- Afin de donner une idée précise de l’importance du commerce et du travail des marbres dans Paris, nous indiquerons les documens extraits de notre travail sur la dernière Exposition des produits de l’industrie, et qui feront partie de la belle Statistique du département de la Seine , publiée par M. le comte de Chabrol de Volvic.
- Commerce et travail des marbres à Paris.
- Marbres bruts des départemens méridionaux et de l’étranger, arrivant en blocs, valeur
- moyenne, à 9000 pieds cubes.................. ^.o5,ooof.
- Sciage , taille, sculpture, polissage, à ÿof. .... 8io ,000
- A reporter.... 1,2i5,ooo^‘
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- MARBRE, MARBRIER. 87
- Report.... i,2i5,ooc/. Marbres des mêmes provenances, sciés en tables, près deHonfleur, 36,000 pieds superficiels, valeur compensée à 5-f........................ 180,000
- Surplus de façon , à Paris , à 6f........... 216,000
- Marbres bruts et en blocs des départemens du Nord et de la Belgique, 5oo pieds cubes,
- valeur compensée à iif.................... 11,000
- Sciage, façon, etc., terme moyen à 44*...... 22,000
- Marbres sciés en tranches près des lieux d’extraction, 180,000 pieds superficiels , valeur
- moyenne à 2,5o............................ 4^0,000
- Surplus de façon, polissage , etc., à 2/.... 36o,ooo
- Marbres des départemens du Nord,, arrivant tout travaillés, savoir (1) :
- i°. Cheminées capucines mises en place,
- 3ooo à 3of............................... 90,000
- 20. Cheminées à consoles et à colonnes,
- 600 à i5o,................................ 90,000
- 3°. Mortiers de diverses dimensions, 200, produisant environ 1600 pouces à .... 6,400
- 4°. Carreaux noirs, équivalant à 400 toises,
- évalués, compris la pose, à 1A....... 4^,000
- Pierre (le commerce de la marbrerie comprend aussi la taille et pose des carreaux en pierre qui s’ajustent aux carreaux noirs), 4°00 toises
- à 12f, pose comprise...................... 112, uoo
- Le doublage des cheminées en marbre, les fontaines , tombeaux, cheminées et quelques autres ouvrages en pierre, font encore partie
- A reporter.... 2,800,400
- (1) Une partie importée des Pays-Bas à l’etat brut, est travaillée en France. Les prix moyens des façons portés dans ce tableau, comprennent les bénéfices dis ouvriers entrepreneurs et commissionnaires.
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- 88 MARBRE, MARBRIER.
- Report.... 2,800,4oo de la marbrerie; leur valeur totale est, au
- moins, de............................... 210,000
- Granits de Cherbourg, 100 mètres
- cubes à 200f................. 20, ooo-f
- Granits de Sainte-Honorine, 700 mètres à 25&f..................... 175,000
- Valeur totale annuelle des produits de la marbrerie à Paris............................. 3, 2o5,4°°-^
- K ombre de négocians................. 4
- Id. de commissionnaires.......... 6
- Jd. d’entrepreneurs-marbriers.. 100
- Capitaux employés
- 1
- en circulation
- en
- constructions
- par les négocians et commissionnaires , en raison de leurs approvisionne— mens considérables..........
- par les marbr iers, qui font la majeure partie de leurs affaires sur leur crédit.... magasins et habitations ........
- ustensiles......
- 2,167,000
- 1,210,000
- 1,585,ooo 260,000
- Total.....5,212,000^'
- Dont l’intérêt annuel est de 312,720^, ci
- 312,720-G
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- MARBRE, MARBRIER.
- Main-d’œuvre .
- Report..
- 90 scieurs (sur 200 qui '
- travaillent alter-nativem. le marbre et la pierre) pend. 275jours,
- à 3/,80............ 86,6a5
- 4o sculpteurs et graveurs , gagnant en façons environ 6f, pour 2^5
- journées........... 66,000 \
- 3oo ouvr. marbriers à 4/, pendant
- 275 jours....... 33o,ooo
- 4oo polisseurs à 3f5o
- pendant 275 j. 385,000 y5 garçons de magasin, pendant 3oo journées............... 71,250
- 925 ouvriers, gagnant
- ensemble.........938,875 I
- ÏVota. Dans ce nombre ne sont pas compris les artistes statuaires qui travaillent presque exclusivement les marbres du Gouvernement, et pour le compte de celui-ci.
- %
- 312,720f.
- 938,875
- Frais divers, évalués à 5 pour too des dépenses
- ci-dessus......................................... 6o,ot5
- Montant total des frais...... 1,3i 1,610
- La somme totale des façons, dans le tableau ci-
- dessus, est de................................. 1,595,000
- La différence entre elle et les frais, constitue le bénéfice à partager entre les négocians , commissionnaires et marbriers..................... 283,3go
- Ce qui forme environ 23 pour 100 des dépenses générales.
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- go MARBRE, MARBRIER.
- L’extraction des marbres bruts eux-mêmes offre de l’intérêt, surtout pour les localités où s’exploitent leurs carrières, en ce qu’elle est une ressource précieuse dans les contrées pauvres, souvent dépourvues d’autres industries et de produits ruraux. Cependant, les résultats immédiats de ces exploitations ne sont pas d’une importance générale aussi grande qu’on pourrait le supposer d’après les prix des marbres travaillés , ou même d’après la valeur des marbres bruts arrivés à destination ; et déjà le tableau ci-dessus contient quelques, données capables de faire ressortir cette vérité. Afin d’en donner une idée plus exacte , nous présentons ci-dessous l’état des importations de marbres de diverses provenances en 1824, relevé sur les registres de la douane ; c’est, comme nous le verrons plus bas, à peu près une année moyenne de la consommation actuelle en France.
- Marbres importés en France pendant l’année 1824.
- Marbres bruts en blocs des Pays-Bas........ 1,6i4>866UIl’5r'
- Jd. id. id. d’Italie............. i,023,i58
- Jd. id. id. de divers pays....... 3,397
- Marbres sciés des Pays-Bas................. 3,121,3go
- Jd. sciés ou ébauchés d’Italie........ 4^7,154-
- Id. id. id. de divers............ 8,475
- Total.... 6,2o8,44°iito|r'
- Cette quantité en poids, divisée par 2^00kilogrammes, taux admis par l’administration , équivaut à 23o4 mètres cubes, ou environ 67000 pieds cubes. La valeur moyenne de ces différens marbres peut être portée sur la carrière à 5 fr. le pied cube ; elle produit donc une somme de 335ooofr. ; celle-ci est doublée par le droit à l’entrée, quadruplée en y ajoutant les transports, et enfin, plus que décuplée dans le travail complet de l’industrie exercée sur les marbres.
- Plusieurs des nouveaux emplois signalés dans cet article, la baisse des prix résultant d’une concurrence active, ainsi.
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- MARBREÜR. g*
- que les progrès croissans de toutes les consommations, qui suivent ceux de l’industrie manufacturière et démontrent une plus grande aisance générale, ont déterminé un emploi plus considérable du marbre dans ces dernières années. On pourra juger de cet accroissement par la comparaison des quantités importées en 1818, 181g et 1820, avec celles de 1824 , 1825, 1826.
- Importations comparées des marbres , d’après les états de
- douane.
- En 1818...... 3,998,026
- — 1819......... 3,8743688
- — 1820........ 3,080,872
- Total. io,g53,586
- ou pour une année moyenne des trois premières, 3,65i,ig5, et pour terme moyen d’une des trois dernières, 6,227,520; si l’on considère en outre que c’est pendant la deuxième période que les exploitations des carrières françaises ont pris le plus d’activité, on sera porté à admettre que la consommation totale du marbre est à peu près doublée en France. P.
- MARBREÜR ( Technologie). On donne le nom de marbreur à l’ouvrier qui s’occupe spécialement à imiter les couleurs et les nuances irrégulières du marbre sur la tranche des livres, et sur des feuilles de papier isolées , par un procédé particulier , et par des moyens absolument différens de ceux en usage chez le fabricant de papiers à tenture ; procédés que nous décrirons au mot Papiers peints ou a tenture. Cet art est concentré dans un petit nombre de mains, qui ont grand soin d’en conserver le secret, et qu’ils ne veulent communiquer que sous une forte rétribution. Un des plus habiles marbreurs de Paris, à qui nous avions rendu quelques services, a bien voulu nous initier dans ces mystères, et a exécuté le procédé en entier devant nous, avec tous les détails nécessaires pour pouvoir le décrire. Notre reconnaissance nous avait engagé à.
- En 1824...... 6,208,870
- — 1825....... 5,899,281
- — 1826....... 6,574,47!
- Total. 18,682,622
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- 92 MARRREÜR.
- proclamer son. nom , mais lorsque nous lui avons lu notre article, qu’il a approuve', il nous a prié de supprimer son nom, afin, nous a-t-il dit, de ne pas être en butte à l’animadversion de ses confrères. Nous avons cédé à ses instances. Yoici le procédé tel que nous l’avons vu exécuter.
- Les outils dont le marbreur se sert ne sont pas en grand nombre : i°. un baquet formé de planches de chêne bien ajustées, de manière à contenir parfaitement l’eau ; 2°. un petit bâton rond ; 3°. quelques vases de terre pour renfermer les couleurs et les diverses préparations ; 4°- un petit fourneau ; 5°. un porphyre et sa molette pour broyer les couleurs, sont les ustensiles indispensables.
- Le baquet, d’une forme rectangulaire, a 8i centimètres-(3o pouces) de long, sur 487 à 5^i millimètres (18 à 20 pouces)-de large, afin qu’un in-folio y soit bien à son aise : il a environ 81 millimètres (3 pouces) de profondeur. Tous les joints et toutes les fentes doivent être solidement mastiqués, afin qu’il soit absolument imperméable à l’eau.
- Préparation de la gomme. On met dans un vase propre un demi-seau d’eau, environ 7 à 8 litres, et l’on y fait dissoudre à froid 91 grammes ( 3 onces ) de gomme adragante, en remuant de temps en temps pendant cinq à six jours; c’est ici-ce qu’on peut appeler Y assiette ou le matelas; c’est la couche sur laquelle se posent les couleurs qui doivent servir à la marbrure; couche avec laquelle les couleurs ne doivent pas se mêler, comme on le verra par la suite. Cette quantité de gomme est suffisante pour marbrer quatre cents volumes.
- On doit toujours avoir de la gomme préparée, plus forte que celle que nous venons d’indiquer, afin de pouvoir en augmenter la force, si cela est nécessaire , lorsqu’on en fera l’épreuve, comme nous allons l’expliquer.
- Préparation du fiel de bœuf. On verse dans un plat un fiel de bœuf, auquel on ajoute une quantité d’eau égale à son poids, et l’on.bat bien ce mélange ; après quoi on ajoute encore dix-huit grammes de camphre, qu’on a fait dissoudre préalablement dans vingt-cinq grammes d’alcool. On bat bien.
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- MARBREUR. 93
- le tout ensemble, et l’on filtre au papier josepb. Cette préparation doit se faire, au plus tôt, la veille du jour qu’on veut marbrer ; sans cela, elle risquerait de se gâter.
- Préparation de la cire. Sur un feu doux , et dans un vase vernisse', on fait fondre de la cire vierge (cire jaune) ; aussitôt qu’elle est fondue, on la retire du feu , et l’on y incorpore petit à petit, et en remuant continuellement, une quantité suffisante d’essence de térébenthine, pour que la cire conserve la consistance du miel. On reconnaît qu’elle a une fluidité convenable, lorsque , en en mettant une goutte sur l’ongle et la laissant refroidir , elle a la fluidité du miel. On ajoute de l’essence lorsqu’elle est trop épaisse.
- De même que le fiel de bœuf, la cire ne doit pas être préparée trop long-temps à l’avance.
- Des couleurs. On ne doit jamais employer, pour la marbrure, des couleurs extraites des minéraux. Les couleurs végétales et les ocres sont les seules dont on puisse se servir avec succès. Les couleurs minérales sont trop lourdes, et ne pourraient pas être supportées à la surface de l’eau gommée.
- Pour le jaune , on prend ou le jaune de Naples, ou la laque jaune de gaude. Le jaune doré se fait avec la terre d’Italie naturelle.
- Pour les bleus de différente nuance , on emploie Vindigo flore.
- Pour le rouge, on se sert ou du carmin, ou de la Laque carminée en grains. ,
- Le brun se fait avec de la terre d’ombre.
- Le noir, avec le noir d’ivoire.
- Le fiel seul produit le blanc.
- Par le mélange du bleu et' du jaune , on fait les verts ; du rouge et du bleu, on fait les violets; du jaune et du rouge, on fait les aurores, comme dans la peinture ordinaire.
- En employant seulement et sans les mêler, comme nous allons l’indiquer, la terre d’Italie, l’indigo flore et la laque carminée, on fait une très belle tranche, qu’on peut varier à l’infini.
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- 94 MARBREÜR.
- Préparation des couleurs. On ne saurait broyer les couleurs trop fin ; on les broie à la consistance de bouillie e'paisse sur le marbre ou porphyre, avec de la cire préparée et de l’eau, dans laquelle on a versé quelques gouttes d’alcool. Lorsqu’elles sont broyées , on en prend avec le couteau à broyer, on le renverse, et elles doivent tenir dessus. Au fur et à mesure qu’on a broyé une couleur, on la met dans un pot à part : elles doivent être toutes séparées.
- Préparation du baquet à marbrer. Dans le vase qui renferme la gomme préparée, qui doit être en assez grande quantité pour occuper, dans le baquet, la hauteur d’un pouce au moins, on verse deux cents grammes d’alun en poudre fine; on bat bien pour dissoudre l’alun. On prend une cuillerée ou deux de cette eau, ainsi préparée , qu’on verse dans un pot conique à confiture , afin de faire les épreuves nécessaires pour s’assurer si l’eau gommée a trop ou trop peu de consistance.
- On prend un peu de couleur qu’on a délayée en consistance suffisante avec du fiel de bœuf préparé; on en jette une goutte sur la gomme dans le pot conique , et on l’agite en tournant avec un petit bâton. Si elle s’étend en formant bien la volute sans se dissoudre dans la gomme, celle-ci est assez forte : si, au contraire, la couleur ne tourne pas, l’eau gommée est trop forte; il faut y ajouter de l’eau, et la battre fortement de nouveau : si, au contraire, la couleur s’étendait trop et se dissolvait dans l’eau gommée, on ajouterait de l’eau gommée forte qu’on a ep réserve. Toutes les fois qu’on ajoute de l’eau ou de la gomme , on doit battre fortement l’eau, afin que le mélange soit parfait. A chaque essai que l’on fait, on doit jeter l’essai précédent dans un vase à part, et reprendre de nouvelle eau gommée. Lorsqu’on a amené cette eau au point de consistance voulu , on la passe au tamis et on la verse dans le baquet à la hauteur d’un pouce ( 27 millimètres ), comme nous l’avons dit.
- Le baquet ainsi disposé, on colle toutes les couleurs avec le fiel, de bœuf préparé, et Ton fait en sorte qu’elles ne soient ni trop consistantes ni trop liquides. Plus on met de fiel, et plus
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- MÀRBREUR. 95
- elles s’étendent sur l’eau gommée. La couleur qu’on jette la première est la moins collée , celle qu’on jette par-dessus l’est un peu plus , et ainsi de suite. Le rouge, par exemple, est la première qu’on jette. Toutes les fois qu’on jette une couleur sur une autre , celle-ci est étendue par la dernière, qui la pousse de tous les côtés ; et plus le nombre des couleurs est considérable , plus la première est étendue et occupe une plus grande place- Lorsque toutes les couleurs qu’on veut employer sont jetées, si l’on désire que la marbrure présente des volutes, on enfonce le bâton verticalement, et l’on tourne par-ci par-là , en spirale.
- On jette les couleurs avec des pinceaux qu’on peut fabriquer soi-mème. On prend pour cela des brins d’osier de 325 millimètres (un pied) environ de longueur , et de 4 millimètres ( 2 lignes) de diamètre. D’un autre côté on a fait choix, pour chaque pinceau , d’une centaine de soies de porcs de la plus grande longueur possible ; on arrange ces soies de porcs tout autour de l’extrémité la plus mince du brin d’osier, et on les lie fortement avec de la ficelle. Ces pinceaux , dont les soies sont longues, ressemblent plutôt à un petit balai qu’à un pinceau. A l’aide de ces pinceaux on jette çà et là, sur la surface de la gomme, la première couleur ; sur le milieu de celle-ci une seconde, puis une troisième, etc. , de sorte qu’en s’étendant, les paquets de ces couleurs se rapprochent les uns des autres : ensuite on les agite en spirale lorsqu’on le juge nécessaire. Nous allons en donner un exemple.
- Supposons qu’on veuille fox'mer une marbrure qu’on désigne sous le nom d’œil de perdrix : on a préparé deux sortes de bleu avec l’indigo flore, l’un , tel que nous l’avons indique' plus haut, et que nous désignerons sous le nom d’indigo n° i ; l’autre, qui est le même indigo qu’on a mis dans un vase à part, et auquel on a ajouté une plus grande quantité de fiel préparé, que nous désignons par le n° 2. Ofo jette : i°. la laque carminée ; i°. la terre d’Italie ; 3°. l’indigo flore n° i ; 4°- l’indigo flore n° a, auquel on ajoute, avant de le jeter, deux gouttes d’essence de térébenthine, qu’on
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- 96 MARBREUR.
- remue bien ; puis on agite en volute lorsque cela est nécessaire.
- Le bleu n° 2 fait e'tendre toutes les autres couleurs, et donne ce bleu clair pointillé' qui produit un si joli effet. C’est à la seule essence de tére'benthine qu’est due cette propriété'. On peut incorporer cette essence dans toutes les couleurs qu’on voudra jeter les dernières; elle serait sans effet si on l’incorporait dans les précédentes.
- Lorsque tout est ainsi disposé , le marbreur prend huit à dix volumes , et commence par marbrer les gouttières, qu’il prépare en posant le volume sur la table par le dos ; il laisse tomber les cartons , et, appuyant sur les Mors , il aplatit la gouttière ; il met des ais entre chaque volume , les cartons en l’air. Il prend le tas entre les deux mains, serre bien les volumes, et les plonge dans le baquet. Aussitôt la gouttière est marbrée.
- Il prend les mêmes volumes , il Rabat les cartons, et les frappe par la tête pour les faire rentrer jusqu’au niveau de la tranche. Il ne se sert plus d’ais , et les plonge dans le baquet. Il en fait autant à la queue des volumes, et les plonge ensemble de même.
- On peut varier à l’infini les marbrures des tranches ; cela dépend du goût du marbreur, du rang qu’il donne aux couleurs qu’il emploie, et du nombre de couleurs dont il se sert.
- Le papier marbré se fait par le même procédé et avec les mêmes couleurs, préparées et jetées dans le baquet de la même manière que nous l’avons indiqué pour la tranche des livres. Au lieu de se servir d’un bâton rond, on se sert de peignes dont les dents sont plus ou moins espacées, pour former les volutes ou toute autre figure qu’on désire, et qu’on peut varier à l’infini.
- Toute l’adresse consiste à poser adroitement la feuille de papier à*plat sur la surface de l’eau gommée qui supporte les couleurs, et à la retirer sans les déranger. Pour cela , l’ouvrier prend d’une main , entre le pouce et l’index , la feuille par le milieu d’un des petits côtés , et de l’autre main , entre
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- les mêmes doigts, le milieu de l’autre côté. Il couche la feuille sur le baquet, et la relève sans la faire glisser sur la gomme. Il la place de suite sur un châssis , la couleur en dessus , pour faire écouler l’eau et la faire sécher.
- Cette feuille terminée , il en marbre une seconde ; mais il a soin d’ajouter des couleurs au fur et à mesure qu’elles sont enlevées.
- Lorsque les feuilles sont sèches, on les cire, on les lisse et on les plie.
- On fait rarement aujourd’hui le papier marbré par ce procédé ; les relieurs, qui emploient presque exclusivement ce papier pour les gardes de leurs livres, ou pour les demi-reliures , préfèrent celui qui est fabriqué d’après les procédés des Papiers peints ou Papiers a tenture ; les dessins imitent beaucoup mieux les marbres, les porphyres, les racinages , etc., etc.
- Les relieurs font une autre sorte de marbrure sur la couverture de leurs livres, mais par des procédés tout-à-fait diffé-rens , que nous ferons connaître au mot Relieur. L.
- MARCASSITE ( Arts chimiques). Une des variétés du fer sulfuré ou de la pyrite ferrugineuse , contenant, selon Haüy, une petite quantité de cuivre. La marcassite est d’un jaune de laiton , assez dure pour étinceler par le choc du briquet, susceptible d’un beau poli et d’être taillée à facettes. Dans cet état, on en faisait autrefois des boutons, des entourages de pierres précieuses, de portraits et d’autres bijoux de peu de valeur, qui ne sont plus d’usage aujourd’hui. Ce minéral acquiert par frottement l’électricité résineuse, lorsqu’on a eu la précaution de l’isoler : sa pesanteur spécifique est de 4,6
- l*****h.
- MARCHAND, MARCHANDISES {Commerce). La personne qui achète et revend des objets quelconques prend le titre de marchand, soit que les matériaux de son commerce soient débités en détail dans des boutiques, foires ou marchés soit qu’ils aient une destination à l’étranger, ou soient livrés en grande quantité. Dans ce dernier cas, cette profes-
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- sion prend le nom de marchand en gros ou négociant, surtout s’il fait fabriquer lui-même les marchandises, ou les tire des manufactures de première main.
- La profession de marchand est aussi utile qu’elle est honorable quand elle est exercée avec probité; elle exige souvent des lumières très rares et très variées : la connaissance des marchandises, de leurs qualités, de leurs valeurs , de la quantité voulue pour la consommation ; la prévoyance des évènemens qui peuvent hâter ou ralentir la vente ; l’habileté dans les calculs de tout genre ; l’étude des langues vivantes, de la tenue des livres, celle des usages, lois, poids et mesures des diverses localités, etc. Telles sont les qualités que tout négociant doit s’efforcer de réunir : mais une instruction aussi variée est tellement rare, qu’on peut affirmer qu’il existe bien peu de marchands dignes de ce titre. Heureusement que l’intérêt personnel porte nécessairement chacun à s’appliquer à celles de ces connaissances qui se rapportent au genre de commerce qu’il pratique ; et sous ce point de vue, on peut assurer qu’en général la plupart des marchands savent ce qu’ils doivent savoir : le reste est une sorte de luxe dont ils font plus ou moins d’usage, selon les circonstances où le hasard les place , et qui, dans tous les cas, ne peut manquer de leur attirer la considération publique , de leur mériter l’honneur d’être consultés dans les cas extraordinaires, et même les faire choisir pour juger les débats entre leurs confrères. Telle est l’institution des juges du Tribunal de commerce , si recommandables par leurs lumières et leur intégrité.
- Il serait superflu de nous étendre davantage sur des généralités peu instructives pour nos lecteurs. Nous avons cru cependant devoir ne pas omettre de parler dans notre Dictionnaire des marchands, profession qui se présente sous tant de formes dans ce qui nous environne. Fr.
- MARCHÉ ( Commerce, Architecture). Les lieux où se réunissent à jours et heures marqués les marchands de grains, poissons , légumes , volailles, bestiaux , etc., et où les consommateurs viennent s’approvisionner, sont ordinairement
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- des places publiques auxquelles on n’a fait prendre aucune disposition spéciale. Aussi, les objets de commerce et les personnes s’y trouvant exposés aux injures de l’air, a-t-on construit , dans certains lieux, des bâtimens couverts propres à servir d’abri, et dont la distribution offre dés commodités qui, en ménageant l’espace, rendent la circulation plus facile. Nous avons déjà parlé de ces constructions au mot Halle ; mais depuis la rédaction de cet article, nous avons cru devoir répondre aux réclamations qui nous ont été faites , en faisant graver, comme modèles, plusieurs plans des marchés de Paris. Ces édifices, construits récemment, sont au rang des embellissemens les plus utiles de cette grande cité : les villes du royaume qui sont privées de ces beaux établissemens doivent en sentir l’importance et désirer que l’administration fasse les frais de ces bâtimens. On trouvera, dans la PI. i ie des Arts de Calcul, i°. le plan du marché Saint-Germain, par M. Blondel, le plus beau de ceux qui décorent la capitale, et qui a servi de modèle à presque tous les autres; 20. le plan du marché des Carmes, par M. Vaudoyer; 3°. celui du marché Saint-Gervais, par MM. Labarre et de Lespine, qui , étant moins vastes, nous ont paru plus convenables à imiter dans les villes de peu d’étendue ; 3°. enfin , le plan de l’entrepôt des vins, construit par M. Gauche'. Nous n’avons pas jugé à propos de donner les coupes et élévations de ces édifices, parce qu’il aurait fallu multiplier les frais de dessin, pour des objets qui ne sont qu’un luxe dans ce genre de conception. Néanmoins, ce luxe est un de ceux qu’il est plus raisonnable de développer, parce qu’il offre un embellissement peu coûteux , attendu qu’il faut souvent dépenser moins pour édifier avec des formes élégantes et simples , qu’avec des formes dont le goût est blessé. Les personnes qui désireraient des détails plus étendus sur la construction des marchés, devront consulter un bel ouvrage de M. Bruyère (Études relatives à l’art des constructions) , où l’on trouve réunis les plans, coupes, élévations et vues perspectives des principaux marchés, halles , greniers et abattoirs de France et d’Italie.
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- MARCOTTE.
- En termes de commerce, le mot marché s’entend de l’action par laquelle on achète , vend ou e'change des objets quelconques. Ces opérations se font le plus souvent verbalement, et en donnant des arrhes. Cependant les marche's à terme , par lesquels on s’engage à livrer ou recevoir une marchandise à une e'poque et pour un prix fixés, sont très souvent faits par écrits doubles constituant un engagement entre les parties contractantes. Fr.
- MARCOTTE ( Agriculture). Procédé dont on se sert pour multiplier les végétaux, qui consiste à placer une branche, tenant encore à la plante-mère, dans de la terre humide pour y faire pousser des racines. Quand ces racines ont acquis assez de force pour nourrir la branche , on la sèvre en la séparant de la tige qui la nourrissait. Le marcottage donne des jouissances plus promptes que la multiplication par semences.
- Nous ne dirons rien ici des procédés qui consistent à séparer des plantes les coulans ou stolons , les racines ou drageons , les bourgeons souterrains ou œilletons , et à les placer dans les circonstances propres au développement des racines : ces méthodes sont trop simples pour avoir besoin d’être expliquées ; d’ailleurs, ce ne sont pas de véritables marcottages, puisque les jeunes sujets sont séparés de leur mère avant d’avoir poussé leurs racines.
- On distingue plusieurs espèces de marcottes, parmi lesquelles les suivantes sont les plus usitées :
- t°. On courbe une branche jeune, saine et vigoureuse, pour la coucher horizontalement dans une rigole, qu’on recouvre ensuite de terre, et l’on relève le bout supérieur de la branche. Lorsque celle-ci est enracinée , on la sépare de la souche ; le plus ordinairement on la laisse en place : c’est de la sorte qu’on répare les désastres survenus aux vignes, et qu’on garnit les clairières; aussi nomme-t-on ces marcottes des provins. Le provignage est fréquemment employé. Quelquefois on tord la tige, pour en disjoindre un peu les fibres ligneuses ; les racines naissent plus aisément sur cette partie lésée. Les
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- charmes, châtaigniers, chênes, etc., sont souvent multipliés de la sorte.
- 20. On fait une ligature qui étrangle la tige qu’ôn veut enraciner , et l’on couche en terre ; on arrose fréquemment. Cette ligature , qu’on fait avec du fil, du jonc, du fil de fer, etc., détermine la formation d’ün bourrelet, qui pousse bientôt des racines; Quelquefois on fait la ligature en spirale, dont les tours sont écartés et occupent un pouce de longueur : ou bien on supplée à la ligature en enlevant un anneau d’écorce, ce qui produit le même effet. Cette opération se fait pour multiplier les tiges, qui sans cela ne pousseraient pas de racines, ou pour avoir des arbres francs de pieds.
- 3°. Le marcottage des œillets se fait en incisant transversalement la tige jusqu’au tiers environ de son épaisseur, puis, remontant le long de la tige, on la fend de un à deux pouces dans le sens des fibres, de manière qu’en courbant le rameau , la-languette ou l’esquille formée s’ouvre en On place dans la fourche un caillou ou un peu de terre pour empêcher les parties de la plaie de se rejoindre. Comme l’incision est faite un peu au-dessus d’un nœud ou d’un œil, il s’y développe promptement des racines. Ce procédé sert à multiplier un grand nombre de végétaux. Quelquefois on fend la languette en deux selon la longueur.
- 4°. Au printemps ou en hiver, on coupe au niveau de terre la tige d’un arbre , et l’on recouvre la souche de terre. La force de la végétation détermine la croissance d’une multitude de jets qu’on peut séparer quelques mois après, ou l’année suivante, et qui sont très bien enracinés. Les pommiers paradis se multiplient surtout de cette manière, qui convient aussi à d’autres- arbres. On sait que cette méthode sert à reproduire les bois en coupe réglée ( V. Aménagement) ; seulement on ne sépare pas les tiges qui repoussent des souches, et l’on se contente de jardiner, c’est-à-dire de couper, au bout d’un ou deux ans , les brins trop faibles, qui nuiraient à la croissance des tiges les plus vigoureuses.
- 5°. Lorsqu’on ne peut courber les tiges jusqu’à terre , on
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- marcotte en l’air ; on se sert de sacs, de pots , de paniers, de terrines, de caisses, d’entonnoirs en verre, plomb ou fer-blanc , de bouteilles ou de lanternes. Chacun de ces ustensiles est percé ou fendu latéralement, pour laisser un passage à la tige. On emplit le vase de terre , et l’on arrose très souvent. Ce vase doit être soutenu de manière à résister aux vents et à la pesanteur, soit en l’attachant à une forte tige ou au mur, soit en disposant un appui avec des pieux ou des échalas.
- Nous renverrons, pour plus de détails sur ce sujet, au Dictionnaire d’Agriculture, au Cours de Thouin et autres livres spéciaux d’Agriculture. Fr.
- MARÉCHAL ( Technologie ). C’est, en général, un ouvrier qui travaille le fer et faut des ouvrages qui, quoique moins bien finis que ceux qui sortent des mains du serrurier, et surtout du mécanicien, ne laissent pas que de former des pièces qui sont très utiles et exigent du talent et de la pratique pour les objets auxquels ils sont destinés.
- L’art du maréchal se divise en deux parties distinctes , et occupe dans les grandes villes deux sortes d’ouvriers, le maréchal-ferrant et le maréchal grossier. Ces deux Arts, quoique très distincts et parfaitement séparés, sont cependant exercés ordinairement par le même ouvrier, dans les petites villes et surtout à la campagne. Nous les séparerons dans cet article, et nous les traiterons chacun en particulier.
- Maréchal-Ferrant. On donne ce nom à celui qui est chargé de ferrer les chevaux, les ânes, les mulets, les bœufs, etc., et qui les traite dans leurs maladies. Il est tout-à-la-fois artisan et médecin vétérinaire. Notre cadre ne nous permèt-tant pas de traiter ici des Sciences médicales , nous nous bornerons à la première partie des fonctions du maréchal-ferrant, c’est-à-dire à l’art de ferrer les chevaux et les autres animaux qu’on emploie à l’Agriculture.
- On désigne sous le nom de fer une espèce de semelle en fer, que l’on fixe , par des clous, sous les pieds des chevaux, des mulets, des ânes , etc., afin de défendre leurs ongles de
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- l’usure, et de les pre'server de la destruction , qui serait inévitable sans cette précaution.
- Cette semelle ou ce fer est formé d’une bande de fer aplatie et courbée sur sa largeur, selon la figure si. généralement connue, qu’elle est passée en proverbe sous la dénomination de fer à cheval.
- En considérant un fer placé sous le pied du cheval posé par terre , on y distingue deux faces principales, celle qui touche la terre et qu’on nomme face inférieure , celle sur laquelle repose le pied ou sabot du cheval et qu’on nomme face supé-. rieure. La partie extérieure du fer doit suivre exactement le contour de la corne, et sa partie intérieure ne doit gêner en aucune manière la fourchette, qui est cette partie plus ou moins élevée que l’on voit sous le pied du cheval, qui présente la forme d’un Y, dont la pointe est tournée vers le devant du pied, et dont les deux branches répondent au talon. Le fer doit garantir parfaitement la corne, mais ne doit pas l’excéder ; sans cela, le cheval se couperait en marchant.
- On appelle voûte le champ ou la largeur du fer, considéré à l’endroit où sa courbure est le plus sensible. On l’appelle voûte, parce que le fer est en ce point plus ou moins relevé en bateau. Yers le milieu de la voûte, l’ouvrier, d’un coup de marteau et en façonnant le fer, relève un peu de métal, en forme de triangle, qu’on nomme pince. Cette pièce se trouve placée devant le pied, et garantit la corne contre le choc que le cheval pourrait faire dans sa marche par la rencontre d’une pierre ou de tout autre corps résistant.
- Les deux côtés droits du fer se nomment les branches, l’extrémité de chacune d’elles se nomme éponge; elles correspondent au talon.
- On remarque encore sur le fer des trous qui servent à recevoir les clous qui fixent le fer sur le sabot. Ces trous , qui sont ordinairement au nombre de 8, dont quatre sur chaque branche , sont évasés du côté de la surface inférieure , afin de recevoir une partie de la tête du clou qui va s’y loger. Ces éva-semens se nomment étampures.
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- Ces trous, qui sont toujours pratique's plus vers le bord extérieur que vers le bord intérieur du fer, ne sont pas placés dans tous de la même manière. Le placement de ces trous indique le pied auquel le fer est destiné. Les étampures d’un fer de devant sont placées en pince, c’est-à-dire plus du côté de la pince que du côté du talon ; l’inverse est observé pour les pieds de derrière. Outre ces règles générales , la longueur des branches fait toujours distinguer si le fer est destiné pour la jambe droite ou pour la jambe gauche ; la branche qui est en dehors est ordinairement plus longue que celle qui est en dedans.
- Si les pieds des chevaux étaient toujours conformés de la même manière , il serait facile de fixer les dimensions exactes que devrait avoir chacune des parties ; mais les animaux, comme les hommes, sont sujets à des difformités qu’il est impossible d’énumérer et de prévoir. C’est ici que l’art est nécessaire pour remédier à tous ces inconvéniens , et le maréchal-ferrant devrait toujours être très instruit dans l’art vétérinaire , et connaître par conséquent très bien l’anatomie des chevaux, etc.
- On trouve, chez tous les maréchaux, des fers préparés à l’avance et assez bien disposés pour que, dans quelques ins-tans , ils puissent les approprier aux pieds des chevaux qui se présentent. Ces fers sont préparés dans la supposition que les pieds sont bien conformés. Ils leur donnent donc une tournure agréable ; ils disposent la largeur des branches de telle sorte qu’elle décroisse toujours insensiblement jusqu’aux éponges ; que la face intérieure diminue insensiblement d’épaisseur depuis une éponge jusqu’à l’autre. La face extérieure, quoique plus épaisse que la face intérieure , doit s’amincir imperceptiblement comme l’autre, et dans tout le contour du fer , excepté à la pince où elle est plus épaisse. La face supérieure est légèrement concave dans toute la partie qui est comprise entre la pince et les deux premières étampures. Il est important que la face inférieure de chaque branche reste dans le même plan , et que la partie antérieure du fer soit légère-
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- ment relevée en bateau. Enfin , la longueur des éponges doit ' être proportionnel au pied du cheval.
- Le maréchal, après avoir examiné le pied du cheval, qu un aide lui tient relevé, cherche dans ses fers déjà préparés, celui qui paraît pouvoir lui convenir ; il le présente et s’aperçoit de suite de ce qu’il est nécessaire qu’il fasse pour l’approprier au sujet. Alors, après l’avoir fait chauffer à sa forge, il lui donne la forme que l’art lui indique ; il le présente deux et trois fois, selon que le pied offre plus ou moins de défectuosités, et lorsqu’il a atteint le point désiré, il se met en devoir de le fixer sous le pied.
- Pour cela, il attache à sa ceinture son tablier à ferrer, qui est en cuir , avec trois poches de chaque côté , dans lesquelles il place les outils qui lui sont nécessaires, et dont les principaux sont : i°. un marteau nommé brochoir, qui sert à implanter les clous ; 2°. des tenailles qu’il nomme tricoises, qui servent à couper la pointe des clous qui excèdent la corne , à arracher les clous , et de point d’appui pour les river; 3°. une petite pince, qui sert d’un côté à retirer une pointe de clou , et de l’autre côté porte une rénette et une gouge pour fouiller dans le pied ; 4°* le rogne-pied, qui est un morceau d’acier tranchant d’un côté, ordinairement un morceau de sabre cassé, dont il se sert pour couper la corne qui déborde le fer; 5°. un repoussoir ou petit poinçon , qui sert à déboucher les fers ou à faire sortir une pointe de clou du pied du cheval ; 6°. des clous préparés pour servir à l’instant, et plusieurs autres outils. Chacun de ces objets est disposé dans une des poches, afin que l’ouvrier n’ait pas à les chercher, et qu’il puisse les avoir de suite sous la main.
- Le maréchal forge lui-même ordinairement ses clous , qui exigent quelques précautions. Ils doivent être faits avec du fer très doux ; leur tige doit être longue, mince et facile à plier. La tète , pour les clous ordinaires, doit être plate pardessus , et pyramidale lorsque l’on veut ferrer à glace ; elle doit être toujours pyramidale ou conique par-dessous, selon la forme que l’on a adoptée pour l’étampe qui a servi à
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- étamper les trous du fer. Pour avoir une forme constante, on. doit étamper la partie supérieure de la clouti'ere avec la même étampe qui sert pour étamper les fers ; alors le clou remplit exactement l’étampure, et le fer s’use sans se détacher et sans remuer presque jusqu’à un ou deux millimètres d’épaisseur.
- Pour bien ferrer toutes sortes de chevaux, il faut nécessaire-, ment que le maréchal observe quatre règles principales, dont il ne doit jamais s’écarter :
- i°. En termes de l’art,pince (i) devant et talon derrière; ce. qui signifie que la pince des pieds de devant étant forte et bonne, on peut hardiment enfoncer ou brocher (2) les clous, à la pince des pieds de devant, ce qu’on doit éviter aux pieds de derrière- Le contraire a lieu pour les pieds de derrière, où la corne a moins d’épaisseur à la pince, et beaucoup au contraire au talon. On doit donc, dans les pieds de devant, porter les clous du côté de la pince , pour ménager le talon, et dans les pieds de derrière les porter au talon et ménager la pince, où l’on rencontre d’abord le vif.
- 2°. NJouvrir jamais les talons. Le maréchal se sert de cette expression , ouvrir le talon, lorsqu’en parant le pied avec le boutoir (3), il coupe le talon auprès de la fourchette, et l’emporte jusqu’en haut à un doigt de la couronne , de sorte que, par cette fausse opération, il sépare les quartiers du talon. Cette mauvaise pratique tend à faire boiter le cheval.
- 3°. D’employer les clous les plus déliés de lame. Si le fer est bon et doux , la tige peut être tenue mince et a assez de consistance pour résister aux coups de marteau sans ployer. Les clous épais de lame font un grand trou, non-seulement
- (1) L’arète que la corne fait an pied de devant se nomme pince; elle est comprise entre les deux quartiers, c’est-à-dire les deux côtes dn sabot dn cheval jusqu'au talon.
- (2) Brocher un clon, c’est l’enfoncer dans le pied du cheval avec un petit marteau qu’on nomme brochoir.
- (S) Le boutoir est un instrument qui a la forme d’une petite pelle, de 6 à 7 centimètres de large, bien tranchante par le bout, et recourbée vers le manche. Il sert à couper la corne lorsqu’on pare le pied des chevaux.
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- pendant qu’on les broche, niais pendant qu’on les rive ; comme ils sont peu flexibles, ils font fendre ou éclater la corne et l’emportent avec eux. Lorsque le maréchal prépare les clous pour les brocher, il doit en battre à froid la lame, afin de donner à la pointe la forme d’une langue de carpe presque tranchante, et lui donner une petite inclinaison du dedans au dehors. Par ce moyen, le clou fait son entrée facilement, et cette légère inclinaison le fait sortir de la corne au point convenable.
- 4°. Forger les fers les plus légers qu’on le peut, selon les pieds et la taille du cheval. Outre que les fers trop lourds fatiguent considérablement la marche du cheval, ils foulent ses muscles et ses nerfs; au moindre choc contre les pierres, la lourdeur des fers fait bientôt lâcher les clous; et lorsque le cheval forge, c’est-à-dire qu’avec les pieds de derrière il atteint les pieds de devant, ces fers trop lourds se détachent et se perdent très souvent.
- Un apprenti ou un aide, l’épaule appuyée contre le corps du cheval, lui soulève le pied en l’empoignant par le coude-pied, et présentant presque horizontalement à l’ouvrier, qui est en face de lui, le dessous du pied. Le maréchal, à l’aide du boutoir, pare le pied, c’est-à-dire qu’il enlève la corne superflue , mais sans creuser dans les quartiers. Il laisse tout le pied, ainsi que les talons des pieds de devant forts ; sans cette précaution, le cheval venant à se déferrer sur une route, il arriverait souvent que son pied serait entièrement ruiné avant qu’on fût arrivé auprès d’un maréchal pour le faire ferrer de nouveau.
- Le pied étant bien paré, l’ouvrier ajuste un fer qui ne le couvre ni trop ni trop peu. Il ne doit point porter sur la sole, mais seulement de la largeur d’un travers de doigt tout autour du pied justement sur la corne et partout également. Lorsque le fer est bordé par dedans, c’est-à-dire qu’il a été rebattu à froid sur la bigorne, il faut avoir soin , avant de le poser, d’aplatir cette bordure, afin qu’elle ne porte pas sur la corne ; sans cela, elle la ruinerait, ainsi que le pied. La corne,
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- autour du pied, n’a tout au plus que i5 à 20 millimètres d’e'paisseur.
- Lorsque le fer est ainsi bien ajusté, le maréchal y broche quelques clous, et laisse aller le pied à terre pour examiner si le fer est bien assis comme il doit l’être, puis il broche tous les clous également, en ayant soin qu’ils ne sortent pas les uns plus haut que les autres. Avant de river les clous, il coupe.la partie saillante de la lame avec les triquoises, et avec le rogne-pied il coupe la corne qui dépasse le fer quand il est broché. Ensuite , en tenant à pleine main les tenailles fermées, il en place la tête au-dessous de la pointe de chaque clou qu’il a coupé, et frappant quelques coups secs sur la tête du clou, il le rive sur la corne. Il fait en sorte que ces rivets ne soient pas saillans, afin que le cheval ne soit pas daas le cas de se couper.
- Les mulets et les ânes se ferrent comme les chevaux. Les -fers des mulets doivent être plus épais-en pince qu’en éponge, parce que le mulet use en pince. On est dans l’usage, pour les mulets qui marchent isolés , de les ferrer avec des fers qui débordent considérablement tout autour du pied, et surtout en pince qui est très courbée en bateau ; c’est une sottise : la nature a fait les pieds du mulet plus déliés que ceux du cheval, pourquoi les lui élargir? Cette méthode n’a d’autre but que de les faire couper , de les fatiguer et de les rendre boiteux.
- Nous n’avons parlé ici que des fers ordinaires,. c’est-à-dire pour des chevaux sains et qui ont le pied bien conformé ; mais lorsque le contraire arrive , ce qui se présente souvent, le maréchal, qui doit être aussi vétérinaire , doit préparer les fers de manière que le cheval ne soit pas gêné, que les blessures qu’il peut avoir puissent se guérir sans peine : il doit par conséquent pouvoir suppléer, dans leur fabrication , à tout ce que nous n’avons pas pu dire.
- On a beaucoup cherché des moyens de se passer de clous pour faire tenir les fers aux pieds des chevaux s nous pourrions en citer beaucoup ; mais comme aucun n’a parfaitement réussi,, nous nous abstiendrons d’en parler. Nous nous bornerons à
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- décrire un fer qu’un voyageur de notre connaissance avait fait construire , et qu’il portait toujours avec lui pour remplacer sur-le-cliamp un fer qui serait tombé en route. C’est un fer ordinaire, formé de deux pièces à charnière du côté de la pince ; ce sont par conséquent deux moitiés de fer assemblées à charnière par un boulon rivé. Chacune de ces pièces est bordée en dehors de bandes de tôle de 3 centimètres de large, et inclinées du dehors au dedans. Ces deux pièces sont réunies , dans leurs éponges, par un boulon à vis dont l’écrou est à oreilles. Si un fer vient à tomber , il enveloppe le pied avec le fer de rechange ; les bandes de tôle s’appliquent contre la corne , et en serrant l’écrou il fixe parfaitement le fer. On voit qu’au moyen de la charnière ce fer va à tous les pieds. 11 en a toujours deux semblables , et il conserve ainsi les pieds de son cheval jusqu’à ce qu’il soit arrivé à un lieu où il puisse le faire ferrer. Il a fait quelquefois jusqu’à deux et trois lieues sans aucun accident.
- On ci'oirait, au premier aperçu, que l’art de ferrer les chevaux n’est qu’une pure routine, et, à voir tant de mauvais ouvriers s’en mêler, on pourrait penser que c’est une des choses les plus aisées ; cependant, par le peu que nous en avons dit, afin de ne pas sortir de notre cadre, on doit être convaincu que cet art exige beaucoup de connaissances et toute la capacité et l’expérience d’un maréchal instruit et intelligent. Il doit connaître parfaitement l’art vétérinaire, dont le Gouvernement a tellement senti l’importance, qu’il a établi deux célèbres écoles, l’une à Alfort et l’autre à Lyon, où d’habiles professeurs instruisent des jeunes gens dans 1 ’hip-piatrique , qui ne fait point partie du plan de ce Dictionnaire, et dont beaucoup d’ouvrages traitent ex professo.
- Maréchal-Grossïer. Il ne faut pas prendre ici le mot grossier à la lettre : il ne signifie pas qu’il exécute grossièrement les ouvrages qu’il entreprend; mais on lui donne ce nom, parce qu’il s’occupe spécialement de gros ouvrages , qui, lorsqu’ils sont convenablement payés , sont aussi bien finis qu’ik pourraient l’être par un bon serrurier.
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- Le maréchal-grossier s’occupe principalement à fabriquer tous les gros ouvrages de serrurerie destinés aux voitures, tels que les essieux , les arcs-boutans , les sièges , les crics, et généralement toutes les ferrures qui entrent dans la confection d’une voiture. C’est lui qui ferre les roues des voitures, qui en forge les bandes, et qui les place, ce qu’on appelle embattre.
- Nous ne nous attacherons pas à décrire la manière dont il opère pour confectionner chacun des ouvrages dont nous venons de parler; on trouve, dans l’Encyclopédie méthodique, Arts et Métiers mécaniques, T. IV, page 631, tout ce qu’il serait possible de dire sur cette matière. Les 6 planches qui accompagnent le texte, donnent tous les détails nécessaires pour une parfaite intelligence de cet art. Ainsi, nous renvoyons le lecteur à cet ouvrage, qui fait connaître l’ancienne manière d’embattre les roues.
- Nous nous bornerons à décrire le moyen ingénieux qui a été imaginé, en 1822, à l’arsenal de Douai, pour rendre cette opération facile, prompte et exacte. Nous allons l’extraire d’un Mémoire qui nous a été communiqué par un officier d’artillerie attaché à l’arsenal de Douai ; Mémoire qui a été adressé au Ministre de la Guerre , qui l’avait demandé.
- Notions générales. L’adoption du système de Gribeauval ayant introduit l’uniformité dans les constructions de l’artillerie, l’uniformité dans les procédés de fabrication s’introduisit successivement dans les compagnies d’ouvriers, et l’embattage des roues se faisait anciennement de la même manière dans tous les arsenaux.
- Les ouvriers, après avoir compassé les roues , coupé les bandes à froid, les perçaient, les étampaient et les cintraient un peu ; ils les rangeaient en même temps par roues et dans le même ordre qu’elles avaient été compassées. Les bandes étaient ensuite placées dans un fourneau à réverbère , ou chauffées de toute autre manière. Lorsqu’elles étaient à la température convenable ( rouge-cerise foncé ) , on achevait de leur donner le cintre de la roue en les appliquant successivement , au moyen de tenailles et de crochets adoptés pour cet
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- usage, et à l’aide du marteau, à la place qu’elles devaient occuper. Cette ope'ration, de donner aux bandes la forme de la roue , s’appelait brûler les roues. Les bandes étaient ensuite placées près du fourneau, dans le même ordre que précédemment , sur un feu de copeaux , où elles étaient maintenues à la couleur noire.
- Les ouvriers clouaient ensuite les bandes, en ramenant dans la fosse la première roue qu’ils avaient brûlée, et successivement toutes les autres, jusqu’à la fin de l’embattage. Le procédé qui vient d’être analysé a été modifié pendant la guerre, et même depuis la paix dans plusieurs arsenaux, de la manière suivante : au lieu de mettre les bandes se refroidir après leur avoir donné le cintre de la roue, on les clouait en même temps, et les ouvriers disaient : Dans tel arsenal, on ne brûle plus. Ce léger changement dans le procédé produisait de graves inconvéniens. En effet, la bande se trouvant à une haute température lorsqu’on la sortait du fourneau , et étant appliquée dans cet état sur la jante, pendant tout le temps nécessaire pour la faire poser et la clouer, temps qui est plus ou moins long, suivant l’habileté des ouvriers et les accidens imprévus qui arrivent , tels qu’un clou qu’il faut arracher, ou une bande qu’il faut redresser sur son profil, brûlait beaucoup plus la jante que par le premier procédé ; et cette expression, dans tel arsenal, on nebruleplus, voulait dire en réalité, dans tel arsenal, on brûle davantage.
- Le charbon formé par cette combustion de la jante restait interposé entre elle et la bande, se réduisait en poussière par le roulage, et s’échappait. Alors la bande ne posait plus, ballottait et finissait par se détacher, tandis que par l’ancien procédé, le peu de charbon formé sur la jante par l’opération de brûler, se détachait par le roulage de la roue pour l’ôter et la remettre dans la fosse à embattre. Mais le plus grave inconvénient résultant du changement apporté à l’ancienne méthode, était de laisser les bandes pendant tout le temps de l’embattage ( 6 à y heures ) exposées dans un fourneau à réverbère à une haute température, temps pendant
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- n2 MARÉCHAL.
- lequel elles diminuaient d’épaisseur plus qu’elles ne l’eussent fait par un roulage long-temps prolongé.
- Ces inconve'niens reconnus, on a cherché les moyens d’y remédier ; alors on a eu l’idée, qui se présentait naturellement , de cintrer les bandes sur des formes dont voici la description.
- Les formes (PI. 36 , fig. 20 ) destinées à cintrer ces bandes, sont en fer forgé ; elles ont 4 centimètres ( 18 lignes) d’épaisseur. La partie supérieure est formée en arc de cercle d’un rayon égal à celui des roues pour lesquelles elles sont destinées. Sur l’un des bords de la forme est fixée , par le moyen de rivets, une bandelette de fer ayant une ligne de moins d’épaisseur que les bandes des roues. Cette bandelette, qui règne dans toute la longueur de la forme , et qui la traverse perpendiculairement à l’une de ses extrémités, est destinée à servir d’épaulement pour dresser la bande et à arrêter un de ses bouts. ( V. fig. 20. )
- Ces formes, qui sont d’une construction facile, peuvent être faites à peu de frais, avec des essieux hors de service. Nous allons voir que leur emploi est aussi très commode.
- De Vus âge des formes. Lorsque les bandes placées dans le fourneau sont suffisamment chaudes, un ouvrier les apporte successivement sur la forme, l’un des bouts touchant l’épau-lement dont nous avons parlé ci-dessus. Alors trois ouvriers, armés de crochets (fig. 23,24 , 25) et de marteaux, saisissent la bande, comme on le voit fig. 21, pèsent sur les crochets pour la cintrer , et frappent avec les marteaux pour la faire toucher partout. Celui qui tient le crochet B, appuie à gauche pour faire toucher la bande contre la bandelette de la forme; le crochet C tire dans le même but; et l’ouvrier qui a le crochet A, le porte successivement aux endroits où la bande ne touche pas encore contre la bandelette , et, appuyant à droite ou à gauche sur son crochet, il la fait toucher dans toute sa longueur.
- Après cette opération , qui s’exécute très promptement ( 176 bandes en trente minutes), la bande a exactement la
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- MARÉCHAL, u3
- forme de la roue, et se trouve parfaitement dresse'e sur son profil.
- Au fur et à mesure que les bandes sont forme'es, on les range à côte' du fourneau, sur des tringles de fer, et on les maintient à une faible température au moyen d’un feu de copeaux. Toutes les bandes étant ainsi formées, on les cloue à une chaleur telle, qu’elles ne fassent que brûler légèrement la surface de la jante , pour s’y appliquer parfaitement.
- Ce procédé a été exécuté, comparativement avec l’ancien, en présence d’une commission nommée par le Ministre , et elle a reconnu qu’il était de beaucoup préférable à l’ancien. D’après son rapport, le Ministre a ordonné qu’il fût exécuté dans tous les arsenaux.
- Explication des figures de la PI. 36.
- Fig. 20. Élévation de la machine suivant la ligne c fi du plan fig. 2t.
- Fig. 2i. Plan de la machine à vue d’oiseau. On y a figuré la manière dont on se sert des trois leviers, fig. 23, 24 et 2.5.
- Fig. 22. Élévation de la machine suivant la ligue a, b du plan fig. 21.
- Fig. 23,24 et 25. Crochets en fer de différentes formes, employés pour cintrer les bandes des roues. Ils sont vus tous les trois de face et de profil.
- Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans toutes les figures.
- Le bâti DD de la machine doit être construit de la manière la plus solide. Il est en chêne.
- Forme en fer EE, sur laquelle on cintre les bandes. Elle est en fer forgé ; sa courbure supérieure est un arc de cercle d’un rayon égal à celui de la roue. On sent qu’il faut autant de ces formes que l’on a de roues d’un diamètre différent.
- La bandelette de fer FF est fixée sur un des bords de la forme par des rivets de fer qui sont ponctués dans la fig. Tome XIII. 8
- 20.
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- ii4 MARGARATES.
- Celte bandelette se retourne d’e'querre et forme un talon comme on le voit dans les fig. 21 et 22, pour arrêter la bande par un de ses bouts.
- Les boulons à vis G ,G servent à fixer la forme sur la partie supérieure de la machine.
- On voit, par la fig. ai , la manière dont on opère pour cintrer les bandes des roues. La bande HH, chauffée au rouge, est portée sur la forme et posée en contact de la bandelette. Aussitôt trois ouvriers, armés chacun d’un crochet, forcent la bande à s’appliquer exactement sur tous les points de la forme et de la bandelette. Quelques coups de marteau et l’action des crochets suffisent pour produire cet effet avec beaucoup de célérité. L.
- MARGARATES ( Arts chimiques). Sels résultant de la combinaison de l’acide margarique avec les bases. M. Chevreul est le premier qui ait signalé l’existence de ces sels dans les savons , et comme étant un des produits de la saponification. Il est parvenu à en isoler l’acide [ V. l’article Margarique ( acide) ] et à recomposer des sels semblables, en opérant la combinaison directe de cet acide avec les bases alcalines. Il a prouvé que la plupart des margarates alcalins peuvent exister à l’état de sels neutres et à l’état de bi-margarates, qui contiennent deux fois plus d’acide que les premiers.
- Les margarates neutres se préparent en combinant directement l’acide margarique avec les bases, c’est-à-dire en mettant cet acide dans des eaux de baryte , de strontiane ou de chaux bouillantes, ou en le faisant digérer dans des dissolutions de potasse et de soude concentrées. Les margarates alcalins refroidis sont lavés avec de l’eau, avec l’alcool chaud, ou dissous dans ce dernier, lorsqu’ils y sont solubles ; dans ce cas, ils se déposent par le refroidissement.
- Les margarates neutres de potasse et de soude se trouvent dans les savons, ayant ces alcalis pour bases.
- En délayant dans une suffisante quantité d’eau froide, soit les margarates préparés par combinaison directe , soit les savons qui les contiennent, on dépouille ces sels par l’eau de la
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- MARGARIQUE (Acide). n5
- moitié de leur alcali, et ils passent à l’état de bi-margarates qui se précipitent.
- Le margarate de potasse est le plus soluble et le plus facilement de'composable par l’eau ; c’est aussi le seul qui, sous le rapport des Arts, mérite de l’intérêt, parce qu’il est le plus aisément réductible en bi-margarate, et que c’est de ce dernier que l’on retire l’acide margarique qui entre dans 'la composition de bougies dites stéariques. Le procédé par lequel on extrait cet acide est décrit à l’article Margarique {acide).
- Le margarate de potasse est blanc, cristallisable , soluble dans l’eau bouillante, qui lui enlève la moitié de sa base et le réduit en potasse et en bi-margarate, qui se précipite en paillettes nacrées ; il est soluble dans l’alcool bouillant , sans éprouver d’altération ; l’éther bouillant lui enlève une portion de son acide.
- Le margarate neutre de potasse est formé de
- Acide margarique..................85
- Potasse........................... i5.
- Le bi-margarate contient la moitié moins de potasse.
- Le savon de graisse humaine ne contenant point de stéarate, mais seulement du margarate de potasse, est celui que l’on doit préférer pour la préparation du bi-margarate, dont on a pour objet d’extraire l’acide margarique. l*****r.
- MARGARIQUE (Acide). {Arts chimiques.) C’est un des acides gras résultant de la saponification des graisses de mouton , de bœuf, de porc, et de la graisse humaine, par la potasse ou la soude. Celui qui provient des trois premières est toujours mêlé à une plus ou moins grande quantité d’acide stéarique, dont il est difficile de le séparer : celui qu’on retire de la graisse humaine n’est point mélangé d’acide stéarique ; c’est donc cette dernière qu’on doit traiter de préférence pour l’obtenir à l’état de pureté. Tout le monde sait que les résultats de l’action des alcalis sur les graisses sont des savons; mais on ignorait, avant les beaux travaux de M. Clie-vreul sur les corps gras, que les savons sont des sels formés
- 8..
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- ïi6 MARGARIQUE (Acide).
- d’alcalis et d’acides particuliers, connus aujourd’hui sous les noms de stéarique, de margarique, à’oléique, etc. ; lesquels sont ou forme's ou seulement mis à nu par l’acte même de la saponification ; que conséquemment les savons se composent de stéarates, de margarates et d’oléates de soude ou de potasse.
- Quand on délaie dans une suffisante quantité d’eau froide un savon de soude, et surtout un savon de potasse, l’eau dissout : i°. l’oléate ; 20. une portion de margarate et de stéarate ; 3°. de l’alcali enlevé par l’eau à une autre portion de ces sels, qui, réduits par là à l’état de bi-stéarate et de bi-margarate, se déposent sous la forme d’une matière blanche nacrée. Cette matière est composée de potasse et d’une substance que M. Chevreul avait d’abord appelée margarine, mais qu’à cause de ses propriétés analogues à celles des acides , il a nommée depuis acide margarique. Si l’on a pour but de se procurer cet acide pur, il faut préférer le savon de potasse et de graisse humaine, qui ne contient pas d’acide stéarique. La matière nacrée que fournit ce savon n’étant formée que de bi-margarate , on en sépare l’acide à l’état de pureté : pour y parvenir, on dissout le bi-margarate de potasse, qu’on a eu soin de bien laver et de bien dessécher, dans l’alcool bouillant, qui s’empare du suroléate, toujours mêlé à la matière nacrée , et celle-ci se dépose par le refroidissement. Cette matière, ou le bi-margarate de potasse, est traitée à chaud par de l’acide hydrochlorique faible qui se combine à l’alcali, et l’acide margarique se dépose ; on lave celui-ci, on le sèche, on le dissout dans l’alcool bouillant, qui le laisse déposer peu à peu en se refroidissant.
- MM. Bussy, Lecanu et Dupuv, ayant entrepris récemment de soumettre à la chaleur d’un appareil distillatoire des huiles et des graisses, ont constaté que pendant leur distillation il se produisait, comme dans la saponification, des acides margarique et oléique. C’est donc un nouveau moyen de se procurer l’acide margarique ; mais il paraît que par le premier procédé , on en obtient une plus grande quantité. Il est à
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- MARGARIQUE (Acide). 117
- remarquer aussi que l’acide solide fourni, par la distillation, des graisses, est toujours fusible à 6o°, et plutôt au-dessous qu’au-dessus ; d’où l’on peut infe'rer que par ce moyen on n’obtient que de l’acide margarique , et jamais d’acide ste'a-rique , qui nécessairement, même en petite quantité , diminuerait la fusibilité du produit.
- L’acide margarique est blanc , incolore lorsqu’il est fondu, sans saveur, d’une légère odeur de cire; il cristallise en aiguilles entrelacées, plus rapprochées entre elles et moins brillantes que celles de l’acide stéarique ; il est fusible à 6o° ; il rougit le papier de tournesol et se combine directement à toutes les bases alcalines. L’acide margarique est insoluble dans l’eau, et très soluble dans l’alcool et dans l’étber; il n’existe naturellement que dans le gras des cadavres ; il se trouve dans les savons de graisse humaine et d’huile d’olives.
- Cent parties d’acide margarique sont formées, selon M. Che-vreul, de
- Oxigène En poids. • 8>937 En volume. I
- Carbone . .. . • 79>°53 11,55
- Hydrogène. . . 12,010 21,57
- et neutralisent une quantité de base qui contient 3 d’oxigèue. On a commencé , depuis quelques années, à faire usage de l’acide margarique dans l’éclairage : on forme avec un mélange de cet acide et d’acide stéarique , qui existe en même temps dans les savons de graisse, des espèces de bougies très blanches , très solides et très sonores lorsqu’on les frappe l’une contre l’autre. Ces bougies, appelées d’abord oxigénées, aujourd’hui stéariques , dénomination plus convenable , sont fabriquées par MM. Cambacérès et Bonnet (1). Déjà, en parlant des Graisses , nous sommes entrés dans quelques -détails sur cette fabrication , et principalement sur ceux re-
- (i) L’etablissement de ces fabricans est maintenant sitné rue de Bnffon, n° n, près le Jardin des Plantes.
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- u8 MARGARIQUE.
- latifs à la préparation des acides gras , soit qu’on les obtienne par la décomposition des savons, soit qu’on se les procure par la distillation des graisses. Dépüis la publication de cet article , l’expérience que ces fabricans ont acquise, les a mis à même de surmonter plusieurs obstacles qui s’opposaient à la perfection de leurs produits. Le petiJlement de la flamme les a d’abord embarrassés. Devait-on attribuer cet inconvé- v nient à l’eau retenue par les acides gras, ou bien à l’bumidité de l’air attirée par la petite quantité de potasse que des lavages réitérés ne peuvent enlever à ces acides ? Il est difficile d’admettre que la potasse, qu’on doit supposer combinée à l’état de stéarate ou de margarate, puisse attirer l’bumidité de l’air. La première conjecture est donc plus probable, surtout si l’on considère que d’une part la bougie pétillé d’autant plus que la matière a été plus long-temps en contact avec l’eau bouillante, et que de l’autre il n’y a plus de pétillement lorsque les acides gras ont été soumis à une fusion soutenue et bien ménagée.
- La tendance à la cristallisation que possèdent les acides gras, et de laquelle il résulte que les bougies sont comme marbrées à leur surface , et qu’elles deviennent assez friables par la pression, est un inconvénient qu’on peut prévenir, à ce qu’on assure, en ajoutant à la matière des bougies, a ou 3 centièmes de cire ; mais il faut se garder d’employer une proportion trop forte de cette substance , parce qu’elle donne à la matière une consistance empl asti que, qui la fait adhérer aux doigts, et qui détruit tout le mérite de la bougie.
- Une difficulté que les fabricans ont eu plus de peine à vaincre , était de modérer la combustion trop facile des acides gras. Pour atteindre ce but, ils ont senti la nécessité de trouver une mèche qui opposât un obstacle à l’ascension du liquide le long des fils de coton, jouant le rôle des tuyaux capillaires. Ils ont imaginé de natter les mèches de leurs bougies, et ils ont bientôt reconnu que , par cette disposition, les mèches avaient le double avantage de modérer le tirage, et de s’incliner de côté à une certaine hauteur, par un effet
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- MARIONNETTES. 119
- nécessaire de leur structure à côtés inégaux. Cette dernière propriété a été, pour les fabricans des bougies stéariques, de la plus grande importance et de la plus heureuse application. La raison en est facile à déduire. On n’a pas besoin de moucher les bougies de cire ; c’est un de leurs principaux avantages : mais les personnes qui en font journellement usage, savent que souvent une certaine quantité de charbon s’accumulant à la partie supérieure de la mèche sous forme de champignon, et se trouvant préservée de la combustion par la flamme qui l’entoure, diminue momentanément la lumière de la bougie. Dans ce cas il suffit, pour rétablir la lumière dans son intensité , d’incliner la mèche de côté hors de la flamme , et dès que le champignon charbonneux a le contact de l’air, il se consume et tombe en cendres. Les mèches nattées des bougies stéariques s’inclinant d’elles-mêmes à mesure qu’elles brûlent, n’exigent donc, ni qu’on les mouche comme les chandelles, ni qu’on les abaisse de temps en temps, comme les bougies de cire.
- Quant à la durée des bougies stéariques , il est certain qu’elle est beaucoup moindre que celle des bougies de cire ; cependant, pour juger exactement et avec impartialité de leur valeur réelle sous le rapport de l’éclairage, il faut tenir compte, indépendamment de l’avantage dont on vient de parler, de l’intensité de la lumière qu’elles produisent, et qui est plus grande que celle de la bougie ordinaire.
- Les améliorations déjà obtenues dans cette fabrication donnent heu d’espérer qu’elle ne tardera pas à se perfectionner encore. En attendant, il n’est point douteux que les consommateurs n’apprécient déjà ce que ce nouvel art peut offrir d’avantageux, puisque les fabricans des bougies stéariqües peuvent à peine, par un travail actif et soutenu, suffire aux demandes qui leur sont faites. l*****r.
- MARIONNETTES ( Technologie). Tout le monde connaît ces petites figures en bois, assez grossièrement exécutées, et grotesquement vêtues, que les charlatans font mouvoir à l’aide de leurs doigts , pour donner au peuple , sur les places,
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- 120 MARLJN.
- des spectacles ridicules, qui ne laissent pas que d’attirer beaucoup de badauds. Il serait superflu d’en parler ici plus longuement, et de décrire les moyens qu’on emploie pour les mettre en mouvement : nous ne ferions que répéter ce qui est généralement connu.
- Nous dirons •seulement que le jeu des marionnettes n’est pas une invention moderne ; il paraît, par le témoignage des auteurs les plus anciens, que cet amusement populaire remonte à la plus haute antiquité.
- Dans quelques Arts industriels, le mot marionnettes est employé pour désigner une partie de la machine qui paraît isolée, et qui se meut, soit eirculairement, soit en montant et en descendant le long d’une tige ordinairement verticale.
- Dans l’art du Cardeur , on désigne par ce nom deux bobines placées sur les bords de l’établi, et qui glissent verticalement sur des montans en bois plantés à la tête du rouet.
- Dans l’art du Filateur, on donne ce nom aux supports de la roue d’un rouet à filer, et aux bobines sur lesquelles le fil se dévide.
- Dans l’art de I’Ourdisseer , on emploie ce mot pour indiquer une pièce de bois mobile à laquelle sont fixées les tiges sur lesquelles se meuvent les rouets. Ces tiges se nomment /roseaux ou frascaux.
- On voit, par exemple , qu’en général le mot marionnettes est appliqué à toutes les pièces qui, dans une machine, ont l’air de danser. L.
- MARLI. Espèce de tricot-chaîne, ou grosse ga&e gommée en fil de coton, dont on garnit le devant des chapeaux de dames, ou d’autres pièces de leur toilette. Les mailles, disposées en losange , que les fils de la chaîne traversent diago-nalement, sont formées par les fils de la trame qui s’enlacent entre eux et avec les fils de la chaîne à chaque angle du losange; de manière que cette gaze n’est élastique que dans le sens de sa largeur, et nullement dans le sens de la chaîne » dont les fils restent droits. E. M.
- MARLIN ou MERLIN ( Technologie) C’est une sorte de
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- MARLY (Machine de). ' 121
- coin à fendre du bois. La différence qui existe entre le marlin et le coin , instrumens destinés au même usage , c’est que ce dernier, quoique en fer comme le premier, est isolé et n’a pas de manche, tandis que le marlin est emmanché comme une Hache. 11 existe encore une différence importante entre ces trois instrumens : le tranchant de la hache présente un angle beaucoup plus petit que celui du coin, et le marlin un angle encore plus grand que celui du coin. La manière de se servir de ces deux instrumens diffère aussi : lorsqu’on veut fendre du bois avec le coin, on commence par pratiquer une fente avec la hache, on y introduit le coin, qu’on enfonce à l’aide d’une forte masse fixée au bout d’un long manche, et qui frappe sur la tête du coin. Le marlin, au contraire , placé au bout d’un long manche , fait, d’uu seul coup, l’entaille dans le fil du bois, en sépare les fibres , et divise la bûche en deux, en raison de sa masse, de sa forme et de la force avec laquelle il est lancé.
- Cet instrument sert à diviser en petites parties des morceaux de bois à brûler trop gros pour l’usage auquel on les destine ; il est employé par les boulangers, les bouchers, etc. , qui ont besoin de faire des feux clairs et actifs sans employer les broussailles ou les menus bois. Il est très en usage dans les pays froids, pour alimenter les foyers des poêles domestiques.
- L.
- MARLY (Machine de). Sur la rive gauche de la Seine, à 3 lieues et demie au-dessous de Paris, est un petit village nommé Marlj, qui a donné son nom à la machine hydraulique établie à cet endroit sous Louis XIY, pour monter les eaux nécessaires à Versailles. ( V. ce que nous en avons dit à l’article Machines, T. XII, page 481.) Elle fait partie des domaines de la maison du Roi. Cette machine, considérée dans ses élémens, était fort simple, mais considérée dans son ensemble, elle paraissait compliquée et même imposante ; elle donnait l’idée du grandiose, que Louis XIV savait imprimer à tout ce qui se faisait sous son règne.
- Dans les premières années de la révolution , elle fut jugée
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- i22 MARNE.
- incapable de continuer le service ; il fut de'cidé qu’on la reconstruirait sur un autre plan , dans lequel on ferait entrer les ameliorations introduites de nos jours dans la science hydrodynamique. Le Gouvernement consulta , à ce sujet, l’Institut et plusieurs savans tant nationaux qu’étrangers. On fit beaucoup d’essais et de dépenses inutiles. M. Bâden, savant bavarois, avait conseillé d’élever l’eau verticalement, au lieu de la pousser dans des tuyaux établis le long de la côte. A cet effet, on perça une galerie par laquelle l’eau devait arriver de la rivière au-dessous même de l’aqueduc qui sert de réservoir au point culminant, où elle devait être montée par une machine à colonne d’eau. Il voulait par là diminuer la masse de la colonne à mouvoir. On ne s’aperçut de l’impossibilité de ce projet que quand il fut à moitié exécuté.
- Le bélier hydraulique de Montgolfier fut aussi essayé, mais sans succès. Les coups de bélier dans la colonne de chasse étaient si forts , qu’ils ébranlaient tout, disjoignaient les tuyaux , sans que pour cela la colonne ascendante montât au-delà de 5o mètres.
- Enfin, ayant reconnu que les dépenses à faire pour encaisser la rivière, rétablir la digue, les roues hydrauliques, les coursiers et autres accessoires, seraient considérables; vü aussi les fréquentes interruptions que causent à la machine les glaces et les sécheresses, et vu également l’urgence de rendre à la navigation ce bras de rivière : tous ces motifs, dis-je, ont concouru à faire prendre le parti dé substituer une machine à vapeur à tous ces moteurs hydrauliques, excepté une roue qu’on conserve pour servir en cas de besoin.
- C’est à la machine de Marly que M. Martin a mis , pour la première fois, en activité le système des pompes foulantes, dont le corps en fonte n’est point alésé, et dont le piston, parfaitement calibré , glisse dans une boîte à étoupe , comme celui d’une presse hydraulique. ( V. Pompes. ) E. M.
- MARNE {Agriculture'). Terre formée de proportions variables de craie, d’argile , et même de quartz, dont on se sert
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- 120
- . MARNE.
- pour amender le sol et le rendre plus fécond. Comme la marne varie singulièrement de composition, il est presque impossible de donner des règles générales sur la manière de la choisir et de l’employer : l’expérience paraît le mode le plus convenable de décider quelle nature et quelle quantité on doit en répandre sur les terres pour être en droit d’en attendre des effets favorables. Cependant il existe des principes qui peuvent guider le cultivateur dans le choix de cet amendement. Comme ce sujet a été traité avec étendue à l’article Engrais , nous y renverrons , ainsi qu’à un excellent ouvrage de M. Puvis , publié en 1826, sous le titre Essai sur la marne, à Bourg.
- La marne existe .ordinairement sous la terre végétale : celle qu’on nomme calcaire, terre blanche, contient beaucoup de craie ; la marne argileuse , ou terre forte, a une plus grande proportion de terre glaise ; la terre molle, ou légère, abonde en parties sablonneuses. Un labour profond suffit pour amener la marne à la surface, ou bien on l’extrait en creusant des puits.
- Une trop forte quantité de marne rend la terre stérile , et généralement elle a besoin d’un long contact avec l’air pour se déliter, s’imbiber d’air et devenir féconde. La marne agit mécaniquement lorsqu’elle est employée pour ameublir la terre et faciliter le passage à l’eau pluviale et à l’air, ou lorsqu’elle tend au contraire à consolider le sol pour qu’il conserve mieux l’humidité. La marne argileuse doit donc être préférée dans une terre calcaire , et la calcaire dans une terre forte. La marne agit aussi chimiquement en favorisant l’absorption et la décomposition de l’air et de l’eau. Il faut,, en général, laisser mûrir la marne, c’est-à-dire la disposer en petits tas qui, par leur long séjour à l’air, en reçoivent des qualités particulières. C’est à la fin de l’automne qu’on la répand sur la terre , avec une pelle ou un râteau : elle peut être enterrée par les labours au printemps suivant* On peut encore la mêler au fumier. Les terres labourablesr les prairies, les jardins mêmes, peuvent être fécondés par un
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- 124 MAROQUIN.
- emploi bien dirigé de ce genre d’engrais. ( V. le Dictionnaire d’Agriculture. ) Fr.
- MAROQUIN. Le véritable maroquin est de la peau ds chèvre tannée et mise en couleur du côté de la fleur.. On travaille aussi de la même manière des peaux de mouton, qui prennent alors le nom de mouton maroquiné. Il paraît que cette dénomination de maroquin, vient de ce que c’est du royaume de Maroc que cet art a été importé en Europe.
- La fabrication du maroquin n’a été établie en France que vers le milieu du dix-huitième siècle. On prétend que la première fabrique de ce produit a été élevée dans le faubourg Saint-Antoine , par un nommé Garon, et que quelques années plus tard ( en 1749) , un autre fabricant appelé Barrois , en fit construire une deuxième, qui, par lettres-patentes de 1765,fut mise au rang des manufactures royales.^
- Les premières notions qui ont été reçues en France sur la fabrication du maroquin dans le Levant, sont dues à Granger, chirurgien delà marine royale et excellent observateur, qui voyagea dans diverses contrées par ordre du ministre, le comte de Maurepas, et qui adressa successivement à l’Académie de précieux renseignemens sur diverses branches d’industrie, ou dHistoire naturelle. Sa Description de l’Art du Maroquinier, d’après les procédés qu’il avait vu exécuter dans le Levant, date de l’année 1735; de Lalande l’a reproduite avec détail dans l’Encyclopédie. Depuis cette époque , plu-. sieurs fabriques de maroquins ont été établies en France , et notamment celle de M. Fauler, à Choisy-le-Roi, qui est devenue la plus importante et la mieux accréditée , par la supériorité de ses produits.
- L’ensemble de cette fabrication est demeurée à très peu près le même que dans l’origine, c’est-à-dire que l’on suit encore les procédés décrits par Granger, et qui ont été publiés par de Lalande. Cependant on est parvenu à en simplifier plusieurs détails et à en perfectionner quelques points vicieux j en telle sorte que cette fabrication a subi des améliorations réelles, mais qu’il nous est difficile de faire connaître parce
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- MAROQUIN. ia5
- qu’elles forment la ve'ritable base de la prospe'rite' de ces manufactures, et que les divulguer serait leur porter un préjudice conside'rable au profit des e'trangers. Toutefois, nous ferons connaître quelques-unes de ces améliorations , et nous ne laisserons en réserve que celles qui touchent de trop près à la cause essentielle du succès de nos manufactures, et qui leur procurent le grand avantage de pouvoir établir des prix plus modérés, et de les mettre par-là même, hors de toute concurrence avec les étrangers.
- Les peaux qui servent à faire le maroquin sont, comme nous l’avons dit, celles de chèvre et de mouton. Les premières ont non-seulement plus de souplesse , plus d’éclat, mais aussi plus de durée, et cependant la consommation en est assez restreinte , en raison de leur plus grande cherté.
- Les fabricans de Paris tirent les peaux de chèvres de diverses localités ; en France , ce sont celles qui proviennent des anciennes provinces de l’Auvergne , du Poitou et du Dauphiné, auxquelles ils donnent la préférence. Ils en tirent aussi une grande quantité de l’étranger, et notamment de la Suisse , de la Savoie ut de l’Espagne; ces dernières surtout sont recherchées par leur force et leur bonne nature , tandis que celles de France sont plus estimées par rapport à leur plus grande finesse. Il y a, dans chacune de ces qualités, un grand choix à faire pour le maroquinier, et il ne manque pas de mettre au rebut toutes celles qui présentent quelques défauts, car les moindres d’entre eux deviennent très appareils après la teinture , surtout pour les rouges. Il est impossible , quelque soin qu’on ait pu mettre dans le triage, de tout apercevoir ; les plus légères écorchures et les plus petits boutons de gale suffisent souvent pour rendre les peaux tellement défectueuses , qu’elles ne sauraient être employées pour le rouge, qui est la couleur la plus délicate , et celle pour laquelle on exige le plus de perfection : aussi le fabricant est-il obligé, à mesure que son travail fait des progrès , de soumettre les peaux à de nouvelles inspections, et de les classer par couleur, c’est-à-dire de mettre à part les plus défectueuses pour les
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- teintures fonce'es, et les plus belles pour les couleurs claires, et surtout pour les rouges, où elles sont souvent employées dans leur entier.
- Les peaux de chèvres arrivant sèches et en poils, le premier travail qu’on leur fait subir a pour but unique de les ramollir et d’en ouvrir les pores , afin de pouvoir y faire pénétrer les substances nécessaires aux opérations subséquentes. On obtient facilement ce résultat par une simple immersion des peaux dans une eau croupie, où on les laisse séjourner plus ou moins de temps, suivant leur degré de dessiccation, suivant leur épaisseur, et suivant aussi la température régnante ; car dans ce premier bain elles subissent une sorte de fermentation qu’on ne pourrait, sans risques, pousser au-delà d’un certain degré, autrement elles tomberaient dans un commencement de putréfaction qui en altérerait nécessairement la qualité. C’est donc l’habitude seule qui peut servir de guide dans la durée du séjour, qui se prolonge depuis deux jusqu’à cinq jours. Quand on juge que les peaux sont suffisamment ramollies, on profite de cet état pour leur donner une première façon sur le che-s valet, afin d’en séparer les morceaux de graisse ou de chair que les bouchers y ont laissés, et pour faire disparaître les plis qui ont pu se former pendant la dessiccation. Après cette préparation, on les retrempe dans de l’eau fraîche pendant douze heures, puis on les rince dans cette même eau, que l’on conserve pour détremper une autre venue.
- Lorsque les peaux sont bien égouttées, on les met dans des plains ou fosses carrées, remplies de chaux délayée dans une plus ou moins grande quantité d’eau. Ces fosses sont ordinairement construites en pierre ou en bois ; elles ont environ 4 à 5 pieds de côté sur 4 à 5 de profondeur. Le but de cette nouvelle immersion est de dilater assez le tissu réticulaire pour mettre en liberté les bulbes des poils et en permettre une facile extraction. Ici, comme dans l’opération précédente, il y a quelques modifications à apporter , et que l’habitude seule peut indiquer. Ainsi, non-seulement il n’est point indifférent de laisser les peaux plus ou moins long-temps dans la
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- chaux , mais il est souvent ne'cessaire d’en graduer l’action et de suivre une sorte de tâtonnement, afin de pouvoir saisir le point précis qu’on veut atteindre ; autrement la chaux, par une action trop prolongée , finirait par exercer une influence fâcheuse ; la peau se tuméfie trop, elle devient creuse, comme le disent les maroquiniers.. On voit donc que pour se garantir de l’action corrosive de la chaux, il faut avoir égard et au plus ou moins de finesse des peaux qu’on veut débourrer, et à la température de l’atmosphère, car il est certain que le travail se trouvera d’autant plus accéléré que la chaleur ambiante sera plus élevée.
- Pour procéder avec plus de sûreté , on débute ordinairement par des plains anciens , dont la chaux s’est en partie carbonatée par son séjour au contact de l’air, et dont l’action est devenue bien moins énergique ; puis on passe dans de nouveaux plains. Il y a dans cette opération une juste mesure à saisir, car il est bien essentiel qu’elle ne marche ni trop vite ni trop lentement. Si donc le plain est trop fort, ce dont on s’aperçoit quand les peaux se trouvent déjà fortement attaquées après un jour ou deux d’immersion , alors il faut nécessairement les remettre dans un bain plus faible. Si au contraire au bout de douze ou quinze jours on voit que le poil ne se détache pas, alors c’est le cas d’avoir recours à un plain capable d’attaquer plus vivement. Il faut avoir soin, pendant la durée de chaque immersion, non—seulement de soulever de temps en temps les peaux pour permettre à la chaux de se renouveler et de s’infiltrer entre chaque surface, mais encore il est nécessaire de les sortir de la fosse et de les y rentrer au moins une fois tous les deux jours.
- Lorsqu’on a atteintle point convenable , on enlève aussitôt les peaux pour les débourrer, par la méthode suivante. On commence par étendre successivement chacune de ces peaux sur un chevalet, et, à l’aide d’un couteau rond non tranchant, semblable à celui dont on se sert dans toutes les tanneries, on fait tomber tout le poil ; et pour y réussir, il suffit de promener ce couteau dans divers sens sur toute la surface de la fleur, et en
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- exerçant une légère pression. Cette operation e'tant achevée, on passe à la suivante , qui consiste à débarrasser complètement les peaux de la chaux qu’elles peuvent contenir; et comme il est très essentiel au succès définitif du travail que cette chaux soit entièrement soustraite, on donnait autrefois un grand nombre de façons , qui par leur multiplicité devenaient extrêmement dispendieuses ; on est parvenu aujourd’hui à la beaucoup simplifier, sans cependant nuire à la perfection nécessaire. On commence par mettre les peaux à dégorger dans une rivière, pendant toute une journée. Trois façons suffisent ensuite pour les purger totalement. La première se nomme Y écharnage, parce qu’elle a pour but d’enlever les petites portions de chair qui pourraient encore rester adhérentes à la peau. Cette opération donne beaucoup de peines , et exige une grande habitude pour les détacher bien nettement et sans attaquer la peau. C’est aussi à cette époque qu’on l’ébarbe sur son contour pour en enlever les irrégularités.
- La deuxième façon se donne du côté de la fleur, avec la querce (i), afin d’expulser , par la légère pression qu’on exerce , le peu de chaux qui pourrait rester superposée ; et par cette manipulation, on adoucit en même temps la fleur. Enfin, pour bien égoutter la peau, on la retourne encore une fois, et on la comprime fortement sur le chevalet avec le couteau rond non tranchant, afin de la mieux préparer à entrer dans le confit.
- Autrefois , entre chaque façon , et elles étaient alors fort nombreuses , on foulait les peaux dans des baquets, et à l’aide de pilons de bois. Maintenant on se contente de battre les peaux entre chaque façon , et pendant un quart d’heure environ , dans un tonneau disposé verticalement sur deux tou-
- (i) La querce est une longue pierre plate, d’une texture fine et serre'e, espece de schiste dur, qui se trouve enchâssée de la moitié de sa largeur environ dans une traverse en bois dont les extrémités , qui la dépassent de 8 à io pouces de chaque coté, sont arrondies et servent de manches. Cette sorte de lame ou couteau en pierre, a son tranchant arrondi.
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- rillons, et garni dans son intérieur d’un grand nombre de chevilles arrondies par leur extrémité. O11 introduit les peaux dans ce tonneau, on y ajoute une quantité d’eau proportionnelle au nombre des peaux ; on fait ensuite tourner rapidement le tonneau à l’aide d’une manivelle adaptée à un engrenage.
- Nous avons parlé des ineonve'niens que la chaux pouvait occasioner quand son action était trop prolongée ou sa proportion trop considérable, et nous ajouterons ici que c’est sans doute pour y remédier en partie, que plusieurs fabricans diminuent la quantité de chaux, et qu’ils y suppléent par une proportion relative de cendres de bois ou de potasse ordinaire , qui probablement procurent les mêmes avantages sans offrir les mêmes inconvéniens. Ce qui semblerait fortifier dans cette idée, c’est que quelques personnes recommandent pour ce même objet l’emploi de l’urine putréfiée , qu’ils regardent comme infiniment plus favorable à ce genre de travail, probablement en raison de l’ammoniaque qu’elle développe. Il semblerait donc résulter de là que les alcalis les plus solubles et peut-être les moins énergiques , doivent mériter la préférence, par cela même que l’effet du débourre-ment étant produit, il ne reste plus aucune trace de leur action, et qu’on s’en débarrasse facilement par les moindres lavages ; tandis que la chaux, fort peu soluble par elle-même, et qui, dans l’état de division où on l’emploie, peut s’introduire dans les pores , s’y loger, se combiner peut-être avec la matière organique, lui communique de nouvelles propriétés. Ce qu’il y a de certain, c’est que si l’on ne prend pas toutes les précautions possibles pour enlever jusqu’aux dernières portions de chaux , non-seulement la peau conserve de la roideur, mais la présence de cette terre alcaline sert en quelque sorte de mordant pour les matières tinctoriales qu’on doit employer, et en modifie à tel point les nuances, qu’elles deviennent tout-à-fait différentes de ce qu’elles seraient sans sa présence.
- On voit donc , d’après tout ce qui précède , combien il importe que la chaux soit entièrement soustraite, et c’est là, Tome XIII.
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- sans doute, ce qui ne'cessite tant de façons préliminaires à l’opération de la teinture, car autrement on ne concevrait guère l’utilité de ce qu’on nomme le confit, opération dont nous allons nous occuper maintenant.
- Dans la description publiée par de Lalande, on trouve que ce troisième bain , auquel on donne le nom de confit, n’était autre que de la crotte de chien délayée avec de l’eau en consistance de bouillie claire , et dans la proportion de 2.5 à 3o livres par huit douzaines de peaux. Cet auteur prétend que ce confit leur ôte leur crudité, et qu’il les dispose au relâchement , au gonflement et à la fermentation ; que de plus, ces excrémens nettoientles peaux à cause des parties alcalines qu’ils contiennent, et qui facilitent l’élimination de la graisse qu’elles retiennent encore, et qui empêcherait la couleur de prendre. Nous ignorons jusqu’à quel point ces diverses assertions sont fondées ; cependant nous devons dire qu’il est peu probable que les peaux puissent retenir une quantité notable de graisse après l’opération du débourrement, car la chaux et la potasse qu’on emploie dans les plains doivent nécessairement l’avoir transformée en savon soluble ou insoluble. Il est, selon nous, plutôt à présumer que l’utilité réelle de ce bain gît dans l’espèce de fermentation acide qui précède la putréfaction. Ce qui tendrait à le faire croire, c’est que maintenant la plupart des fabricans de maroquins ont entièrement supprimé l’usage de cette matière stercorale, et qu’ils font seulement un confit de son , dont on se servait aussi autrefois, mais subséquemment à celui dont nous venons de faire mention. Or, il est bien positif que le son ne peut donner naissance qu’à une certaine proportion d’acide ; et s’il en est ainsi, on conçoit dès lors que ce confit doit agir principalement sur la peau , en lui enlevant, au moyen de son acide, le restant de chaux qu’elle retient. On conçoit encore que cet acide produise cette espèce de gonflement ou de relâchement dont parle de Lalande, et qu’elle se trouve par là même mieux disposée au tannage.
- Quoi qu’il en soit, lorsque les peaux débourrées ont reçu toutes les façons prescrites, et qu’elles ont été bien lavées, on les
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- immerge dans le confit de son ; on les laisse ainsi pendant une nuit et un jour ; ensuite on les e'tale sur le chevalet pour les nettoyer; puis, celles qui sont destinées à être teintes en rouge, c’est-à-dire les plus belles , sont imme'diatement sale'es pour être conserve'es jusqu'à ce qu’on veuille les mettre en couleur.
- Nous devons observer, sur ce dernier point, que le sel rend probablement un autre service, et qu’il n’est pas utile seulement sous le rapport de la conservation ; car il est de fait que toutes les fois qu’on met du sel en contact avec des substances animales molles, il les tume'fie d’abord, mais il en fait bientôt sortir une grande portion de l’eau qu’elles avaient absorbée, et elles finissent par se contracter. Cet effet est surtout très marqué sur les intestins des animaux lorsqu’on les sale pour les conserver. On ne voit aucun motif pour qu’il en soit autrement par rapport aux peaux : leur tissu doit donc se resserrer ; et comme la salaison précède la mise en couleur, il est à présumer qu’elle a aussi pour objet de la favoriser, en présentant une surface plus compacte et mieux glacée. Un autre avantage qui en doit résulter encore, c’est que la peau, devenue moins poreuse, se laisse pénétrer plus -difficilement par la couleur, et que celle-ci est par conséquent mieux mise à profit. C’est par un motif semblable d’économie , qu’on est dans l’usage de coudre chaque peau en la doublant, la fleur en dehors, afin que la couleur ne puisse pas s’appliquer du côté de la chair.
- De la teinture en rouge.
- C’est surtout ici qu’il devient difficile de donner des rensei-gnemens précis, parce que chaque fabricant fait un grand mystère de sa méthode et que presque tous suivent des procédés un peu différens. Si nous ne pouvons pas donner une grande garantie sur ce que nous allons indiquer, nous tâcherons du moins d’exposer assez bien la chose pour guider sûrement et mettre chacun à même de trouver, au moyen de quelques essais , ce qui pourrait manquer à notre description.
- On sait que la plupart des matières colorantes ne se fixent
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- sur les differentes surfaces à teindre que par l’interme'diaire de corps particuliers auxquels on a donne' le nom de mordans, et que ces mordans sont variables suivant la matière colorante, suivant la nature de la substance à teindre , et suivant encore la nuance qu’on veut produire. On sait aussi que les matières animales se combinent en géne'ral plus facilement avec les substances colorantes que les tissus végétaux. Cela posé, nous dirons, d’après les auteurs, qu’on peut teindre les peaux de chèvres en rouge , soit au moyen du Kermès , ou graine d’écarlate, soit au moyen de la Laqce en bâtons ( V. ces mots), soit enfin au moyen de la cochenille. On a même assuré, tout récemment, qu’on pouvait également obtenir de beau maroquin rouge avec la garance, mais je ne connais rien de positif à cet égard. Quant au kermès, personne n’ignore qu’il peut produire toutes les nuances de rouge que fournit la cochenille ; qu’elles ont peut-être à la vérité moins d’éclat, mais beaucoup plus de solidité, et qu’avant la découverte de la cochenille , on avait uniquement recours au kermès pour cet objet. Si l’on remarque en outre que les Levantins, qui nous ont enseigné à fabriquer le maroquin , sont encore dans l’usage de teindre avec le kermès les gasquets ou bonnets qui leur servent de coiffure habituelle , alors il deviendra très probable qu’ils se servaient aussi du kermès pour les maroquins. Quoi qu’il en soit, il est bien certain que maintenant on a partout substitué la cochenille, qui mérite réellement la préférence, à cause du brillant coloris qu’elle produit lorsqu’elle est convenablement mordancée.
- Quelques auteurs anciens, et particulièrement Geoffroy, ont affirmé que la couleur rouge du maroquin se faisait avec la gomme laque en grains ; nous ignorons où ils ont puisé ce renseignement , et quel degré de confiance il mérite ; mais nous ne doutons nullement que la chose soit possible , et nous demeurons convaincus que tôt ou tard le Lack-Dye ( V. ce mot) sera substitué à la cochenille dans cet emploi, comme dans la plupart des autres ; et si l’on n’y a point encore réussi, c’est probablement faute de l’avoir tenté ; mais si, par une cause
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- quelconque, la cochenille devenait ou rare ou chère, on se donnerait la peine de faire des essais, et l’on y réussirait. En attendant cette nouvelle amélioration, revenons à la méthode actuelle, et disons ce que nous en savons.
- Les peaux destinées à être teintes en rouge étant donc supposées bien apprêtées, entièrement purgées de chaux et non tannées , on les coud séparément par leurs bords, chair contre chair ; on les passe ensuite dans une dissolution d’étain, dont l’oxide se combine en partie à la peau et sert de mordant à la matière colorante. Selon de Lalande, c’est l’alun, c’est-à-dire l’alumine, qui doit servir de mordant, et il prescrit de prendre 12 livres d’alun de Rome pour huit douzaines de peaux. On fait dissoudre ce sel dans environ 3o pintes d’eau chaude, et c’est dans cette dissolution encore tiède, qu’on immerge successivement les peaux ; on les y laisse séjourner seulement pendant quelques instans , ensuite on les met à égoutter, puis on les tord et on les étend au chevalet, pour faire disparaître les plis.
- Les peaux étant mordancées par l’une ou l’autre de ces deux méthodes, et quelquefois même par les deux, il ne s’agit plus que de les teindre, et pour cela il faut commencer par préparer le bain de teinture. Voici comment on y procède : on prend par douzaine de peaux environ de 10 à 12 onces de cochenille concassée, suivant la grandeur des peaux ; on délaie la cochenille dans une quantité suffisante d’eau, à laquelle on ajoute, soit un peu d’alun, soit un peu de crème de tartre ; et l’on soumet le tout à une ébullition de quelques minutes, dans une chaudière en cuivre, puis on passe cette décoction au travers d'un tamis serré, ou mieux d’un linge fin : on partage ensuite le bain en deux portions, afin de pouvoir donner deux couches successives. On introduit la première moitié de ce bain dans un tonneau d’une construction à peu près semblable à celui dont nous avons fait mention pour le lavage des peaux, et l’on en met ordinairement de huit ou dix douzaines à la fois ; là elles sont agitées pendant environ une demi-heure, puis on renouvelle le bain, et l’on procède au deuxième bat-
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- tage pendant le même temps. Lorsqu’elles sont teintes, on les rince et on les met au tannage.
- C’est ici le lieu de remarquer que le résidu du bain de teinture , quoique n’étant plus susceptible de rien communiquer, ou du moins que fort peu, aux peaux, n’est cependant pas épuisé de matière colorante, et qu’il en contient encore beaucoup , mais dans un tel état de combinaison que le mordant fixé sur la peau ne peut pas l’enlever aussi facilement, et que la portion qui s’en séparerait encore aurait beaucoup moins d’éclat. Pour tirer parti de ce restant de matière colorante, les maroquiniers ajoutent à leur résidu de bain un excès de muriate d’étain ou d’alun, qui en détermine la précipitation , et ils vendent ensuite cette espèce de laque carminée encore humide , aux fabricans de papiers peints, ou autres qui peuvent en tirer parti. Revenons au tannage.
- C’est ordinairement avec le sumac que se fait le tannage des maroquins, du moins dans les pays où la noix de galle est relativement plus chère, et l’on donne la préférence à celui qui nous vient de Sicile, parce qu’il contient plus de tannin et moins d’une matière colorante fauve que les autres, ce qui est d’un grand avantage , surtout pour les eouleurs délicates. On en met ordinairement 2 livres par peau d’une moyenne sorte , et 2 livres et demie et jnsqu’à 3 livres pour une plus grande sorte. Cette opération se fait dans un grand cuvier de bois blanc, de forme conique, qui doit avoir, pour huit à dix douzaines de peaux, de i5 à 18 pieds environ dans son plus grand diamètre, sur 5 de profondeur. On concevra que ces grandes dimensions sont nécessaires, lorsqu’on saura que les peaux y sont tendues comme des ballons, et qu’elles ont besoin d’y balancer à l’aise. On emplit cette cuve aux quatre cinquièmes de sa hauteur avec de l’eau de sumac, puis on prend les peaux cousues chair contre chair, et on leur fait une ouverture à l’une des extrémités , pour pouvoir y introduire du sumac et de l’eau de la cuve. On ferme ensuite cette ouverture avec une ficelle , et lorsque toutes les peaux sont ainsi disposées, on les fait balancer dans la cuve par deux hommes, pendant quatre
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- heures de suite. Au bout de ce temps ou les enlève et on les pose sur une espèce de pont qui se trouve placé au-dessus de la cuve, et de manière à ce que l’eau qui en égoutte puisse retomber dans cette cuve. On les remplit ainsi, et on les relève deux fois dans l’espace de vingt-quatre heures. Lorsque l’opération a été bien conduite, et que le sumac est de bonne qualité, ce temps est suffisant pour que le tannage soit achevé, et, une fois terminé, on découd les peaux, on les rince, on les foule à deux reprises avec des pilons ; on les égoutte ensuite sur une table avec une étire (i) en cuivre, et enfin on les met au séchoir.
- Quelques fabricans sont dans l’usage d’aviver encore la couleur de leur rouge, en passant sur les peaux à demi sèches , et au moyen d’une éponge fine, une dissolution de carmin dans l’ammoniaque ; d’autres les mouillent avec une décoction de safran, pour leur donner une nuance plus écarlate.
- Quant aux peaux que l’on destine à d’autres couleurs, on les tanne un peu différemment, et les méthodes varient selon les pays. A Marseille, par exemple, on met dix douzaines de peaux dans une cuve d’environ 7 à 8 pieds de diamètre, également en bois blanc, avec une quantité d’eau et de sumac relative au nombre des peaux ; on les fait tourner pendant toute une journée par quatre ouvriers munis de pelles ; le soir on les lève, et on les pose sur des planches au-dessus de la cuve, et lorsque le sumac est bien déposé, on recouche les peaux sur l’eau claire pendant la nuit. Ce travail se renouvelle pendant deux ou trois jours consécutifs ; mais on s’abstient de les faire tourner continuellement, et ce temps suffit pour les tanner.
- A Paris, on pratique cette même opération dans des espèces de moulins ; ce sont des tonneaux disposés horizontalement, et traversés par un arbre auquel sont adaptées des ailes qu’un homme fait mouvoir au moyen d’une manivelle extérieure.
- (1) Uétire est une lame de cuivre dont le tranchant est pins ou moirts arrondi, ctijui est d’ailleurs dispose'e comme la lame de pierre dans la querce.
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- C’est dans ces moulins qu’on introduit les peaux , le sumac et l’eau ne'cessaire au tannage, puis on agite le tout pendant un temps suffisant.
- Il y a des fabricans qui préfèrent le tannage fait à la noix de galle, et qui en modèrent assez la dose pour être obligés d’employer jusqu’à trois ou quatre semaines à cette opération; du reste, ils procèdent comme à Marseille. Telle était aussi la méthode employée dans le Levant. Il existe plusieurs variétés de noix de galle ; les meilleures nous sont expédiées de Smyrne et d’Alep ; mais pour le tannage des maroquins , on donne la préférence à celle connue sous le nom de galle blanche, probablement parce qu’elle contient moins de matière colorante, et qu’elle est par cela même moins susceptible d’altérer la beauté du rouge. On en emploie environ une livre par peau. Pour procéder au tannage , on commence par délayer dans de l’eau fraîche la moitié de la dose nécessaire de galles pulvérisées et tamisées ; on agite un peu, et, pendant qu’on est occupé à remuer, on y jette les peaux ; au bout d’une heure on ajoute la moitié des galles à employer, puis le reste au bout de deuxbeures. On ne cesse point, pendant près de quinze heures, de remuer ces peaux avec des pelles en bois ; on les laisse séjourner pendant toute la nuit, puis on les relève le lendemain , et après les avoir laissées égoutter quelques instans, pendant lesquels on agite fortement le bain, on les rabat de nouveau en ayant bien soin de les unir, et, après quinze à vingt heures de séjour, l’opération est terminée.
- Lorsque les peaux sont tannées , on les nettoie avec beaucoup de soin , afin que rien ne s’oppose à l’application des couleurs dont on veut les teindre ; ainsi, on commence par les bien rincer, puis on les foule au pilon dans un baquet, ensuite on leur donne une façon du côté de la chair , sur le chevalet , et avec le couteau non tranchant. Après cette première façon, on les foule de nouveau dans de l’eau tiède, et on leur donne , du côté de la fleur, une deuxième façon avec la querce, afin de bien nettoyer cette surface et de l’adoucir en même temps. Lorsque les peaux sont un peu dures, on est
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- obligé de procéder à une troisième façon en tout semblable à la deuxième.
- Au moment de teindre les peaux, on les foule encore une fois dans l’eau tiède, on les ploie en deux, la fleur en dehors. Ordinairement on n’en met que deux à la fois en couleur.
- Chez la plupart des maroquiniers, on passe en couleur, le rouge excepté, dans de petites auges longues et étroites, où l’on met le bain de teinture ; on les plonge à une température aussi élevée que l’opérateur peut la supporter, et on les y maintient jusqu’à ce qu’on ait obtenu la nuance demandée. Quand on a atteint le degré d’intensité qu’on veut obtenir, on les retire , puis on les rince ; on les imprègne ensuite d’un peu d’huile , pour qu’elles ne se racornissent pas à l’air, et on les étend immédiatement dans un séchoir bien aéré, mais où le soleil ne puisse pénétrer, car autrement les couleurs se trouveraient nuancées par l’action de la lumière.
- Comme les couleurs autres que le rouge n’offrent aucune difficulté, et que les peaux prennent très facilement la teinture, nous nous bornerons à indiquer sommairement quelles sont les matières tinctoriales employées pour obtenir telle ou telle couleur.
- Le noir, pour le maroquin, se fait à la brosse ; on imprègne toute la surface du côté de la fleur avec une dissolution d’acétate de fer, qu’on obtient en faisant digérer des ferrailles rouillées avec de la bière aigrie.
- Le bleu se teint en cuve par les procédés ordinaires ( V. Indigo ) , c’est-à-dire qu’on dissout cette substance colorante par les moyens qui sont employés dans les autres ateliers de teinture ; cependant le plus grand nombre des maroquiniers donnent la préférence à la cuve qui se fait avec l’indigo , la coupe-rose verte et la chaux. Leur teinture se fait à froid , et ils donnent plus ou moins de couches, suivant la nuance qu’ils veulent atteindre.
- Pour les violets et les pensée, ou donne une ou deux couches de bleu, que l’on glace ensuite en passant ces peaux
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- dans un bain de cochenille plus ou moins chargé , suivant la nuance qu’on veut avoir.
- Le vert s’obtient ordinairement en passant d’abord dans un bain plus ou moins léger de bleu de Saxe ( V. Indigo ), puis on donne par-dessus une couche de jaune, en trempant la peau teinte en bleu dans une décoction de racines d’épine-vinette hachées, à laquelle on a ajouté un peu d’alun pour lui servir de mordant. Cette même décoction sert pour faire les jaunes ordinaires, et l’on conçoit qu’avec ces couleurs premières et quelques mordans particuliers, on en peut composer beaucoup d’autres, qui résultent de leur union en diverses proportions. Ainsi, pour teindre en olive, on passe d’abord les peaux dans une dissolution très étendue de coupe-rose verte (sulfate de fer) , et de là dans une décoction d’épine-vi-nette, à laquelle on a ajouté plus ou moins de dissolution d’indigo , suivant l’intensité voulue.
- Pour obtenir les nuances solitaire, La Valliere et autres, on mordance également avec la coupe-rose, et de là on passe dans le bain pour le jaune , ce qui produit des couleurs plus ou moins foncées, suivant les proportions relatives de mordant et de matière colorante.
- La couleur puce se fait avec la décoction de bois d’Inde ; il en faut donner deux couches ; mais dans le premier bain il est nécessaire d’ajouter un peu d’alun, et le deuxième se donne sans mordant.
- Si au deuxième bain de bois d’Inde on en substitue un de bois de Fernambouc, on produit la nuance raisin de Corinthe. On peut obtenir toutes les nuances de gris avec le noir , le bleu d’indigo et le rouge de cochenille, le tout employé dans des proportions convenables , mais toujours très faibles.
- Pour toutes les teintures , aussitôt que les peaux sont mises en couleur, on les rince, on les tord, ou mieux on les égoutte sur une table avec une étire, puis on leur donne, du côté de la fleur , une légère couche d’huile de lin avec une éponge, afin de mieux faire couler la lisse lorsqu’on les soumettra au cor-
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- royage, et pour éviter qu’elles se racornissent par une trop prompte dessiccation, puis on les porte au se'choir.
- Le dernier travail que l’on donne aux peaux est le corroyage; il sert à en faire ressortir le lustre et à leur rendre leur souplesse première. Cette opération se pratique de différentes manières , suivant l’emploi auquel les peaux sont destinées. Pour le porte-feuille et la gaînerie , on les amincit le plus possible du côté de la chair, on les mouille un peu, puis on les étend sur une table avec une étire, afin qu’elles restent bien plates ; on les remet sécher de nouveau, puis on les humecte encore , et enfin on les passe trois ou quatre fois au cylindre et en différens sens, pour donner les croisés du grain. Les peaux qui doivent être employées pour la cordonnerie , la sellèrie, la reliure, etc., exigeant plus de souplesse, on les corroie différemment. Lorsqu’elles sont amincies, on les lisse encore un peu humides , ensuite on forme le grain du côté de la chair avec la pommelle des tanneurs ; on les lisse une deuxième fois pour remonter le lustre que la pommelle a détruit, et enfin on fait reparaître le grain en le relevant très légèrement du côté de la chair avec une plaque de liège appliquée sous une pommelle de bois blanc. R.
- MARQUE DU LINGE ( Technologie). On connaît deux procédés pour marquer le linge de ménage , afin qu’il ne se perde pas ou ne s’égare pas lorsqu’on le donne à blanchir. Ces moyens consistent à écrire deux ou trois lettres de l’alphabet dans un lieu convenable de chaque pièce. Ces lettres sont ordinairement les lettres initiales du nom et du prénom du propriétaire.
- La manière la plus ancienne, et celle qui est encore le plus généralement suivie, consiste à dessiner ces lettres par le moyen d’une petite broderie faite à l’aide d’un fil dont la couleur tranche beaucoup avec le fond de l’étoffe sur laquelle on la place. Au mot Lingère ( T. XII, page 31 x), nous avons décrit avec figures la manière de faire ainsi toutes les lettres de l’alphabet.
- Mais ce moyen est long et même coûteux, et l’on cher-
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- i4o MARQUE DU LINGE,
- ehait depuis long-temps une composition chimique qui pût fournir une. encre capable de résister à l’action des lessives et des agens destructeurs dans l’opération du blanchissage. Les premiers procédés qui sont venus à notre connaissance ont été mis en usage en Angleterre. Bientôt en France on trouva le moyen de remplir le même but par des procédés différens. "Voici ces diverses recettes.
- Procédé anglais. On commence par mouiller la place où l’on veut écrire , avec une liqueur composée d’une demi-once (i5 grammes) de carbonate de soude, 4 onces (122 grammes) d’eau pure, et 3 gros ( 11 grammes) de gomme arabique , on laisse sécher, puis on frotte avec un corps dur et uni, du verre par exemple pour lisser le linge ; et alors on écrit, à la plume , avec une encre composée de 2 gros et demi (10 grammes) de nitrate d’argent, 6 gros (23 grammes) d’eau distillée, et un gros ( 4 grammes) de gomme arabique.
- On a essayé, dans la vue d’en répandre l’usage , de faire des empreintes avec un cachet de bois en relief, ceux de métal décomposant l’encre; ces empreintes ont assez bien réussi, mais elles ne sont pas aussi noires que les caractères tracés à la plume, parce qu’elles ne fournissent pas l’encre en aussi grande quantité que la plume , qui d’ailleurs gratte le linge, enlève l’espèce de vernis formé parla première liqueur lissée, et porte la seconde liqueur, ou l’encre, jusque dans l’intérieur du tissu.
- Procédé français. On fait dissoudre 2 grammes de gomme arabique et 3 grammes de prussiate de potasse, dans 7 grammes d’eau distillée ; on fait tremper, dans cette dissolution, pendant un quart d’heure, la portion de linge sur laquelle on veut écrire : on laisse sécher le linge, et on le lisse avec du verre ou de l’ivoire ; ensuite on emploie l’encre suivante :
- On fait bouillir 8 grammes de noix de galle concassée, pendant une demi-heure , dans suffisante quantité d’eau ; on passe à travers un linge , et l’on fait fondre dans cette dissolution 4 grammes de sulfate de fer. On peut aussi, au lieu de cette encre, écrire avec du muriate d’étain un peu concentré ;
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- alors les lettres paraissent en bleu, ce qui provient d’un peu de fer contenu dans la dissolution.
- Toutes ces recettes sont également bonnes ; elles sont généralement employées en Angleterre, où elles ont été publiées dans un ouvrage intitulé : Newfamily receipt book, pages 116, x 17 et 298.
- Nous aurions pu donner une plus grande quantité de recettes analogues, mais celles-ci sont plus simples, plus faciles à exécuter; elles sont recommandées par la Société d’Encourage— ment de Paris , dans son Bulletin, T. XXIII, page 71. L.
- MARQUETERIE, MARQUETEUR ( Technologie). L’art de faire des ouvrages sur bois , dont la surface est couverte de pièces de rapport de diverses couleurs , porte le nom de marqueterie. Cet art fut inventé en Oi'ient ; les Romains Rapportèrent en Occident. Il fit beaucoup de progrès en Italie vers le quinzième siècle, et depuis deux cents ans environ il a été porté en France à un très haut point de perfection.
- Un peintre, contemporain de Raphaël, Jean de Vernie, imagina le premier l’art de teindre les bois avec divers ingré-diens et des huiles cuites qui les pénétraient, et il parvint à faire des perspectives en marqueterie. Les bois colorés d’Amérique ou de France , ayant donné dans la suite les moyens de rendre les teintures plus parfaites, on imagina , pour imiter les ombres, de brûler plus ou moins les bois sans les consumer. Par ces moyens réunis , on parvint à faire des ouvrages de pièces de rapport qui imitent la peinture, et qu’on regarde même comme de véritables tableaux. Tels sont ceux de Boule, l’un des ébénistes que la France a produits, et qui se sont le plus distingués.
- L’ouvrage le plus ancien et le plus remarquable que nous possédions de ces temps-là, est un coffret en marqueterie que l’on voyait au Musée des Monumens français, sous le n°
- Sa masse est composée de bois blanc, recouvert d’omemens en ivoire et en écaille plaqués , ornés de six bas-reliefs représentant divers sujets. Ce petit monument, d’environ 5 décimètres de long, sur 2 de large et de profondeur, avait été
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- exécuté en Syrie vers l’an 1200. Il était conservé à la Sainte-Chapelle, comme un objet de piété chrétienne; il avait servi à saint Louis pour transporter en France quelques reliques qu’il avait recueillies en Palestine.
- La cherté des ouvrages de marqueterie, et surtout la mode, qui les fit regarder comme rappelant les goûts gothiques, avaient fait tomber, dès le dernier siècle, un genre d’industrie dans lequel nous avions acquis une supériorité incontestable; depuis quelques années il paraît cependant reprendre faveur, car dans les trois dernières Expositions, on a vu de nouveaux chefs-d’œuvre en ce genre, et particulièrement des chaises et des fauteuils, décorés des matières les plus précieuses, et travaillés avec la plus grande perfection.
- Outre les bois précieux et aromatiques, réduits en plaques minces, comme on les emploie dans l’art de I’Éeémste , le marqueteur met à contribution : t°. les substances métalliques, telles que l’or, l’argent, le cuivre, l’étain ; 2®. les substances animales , telles que I’Ëcaille de tortue , I’Ivoire , la Corne , la Nacre de perle , le burgau et la Baleine. ( F- cesdifférens mots. )
- Les ouvrages de marqueterie s’exécutent d’une manière bien différente que ceux de l’ébéniste, quant à la manière de préparer la feuille qui, dans l’un et l’autre art, sert à recouvrir le bâti en bois commun, exécuté par le menuisier. Il y a de la différence encore dans l’agent qui sert à fixer les pièces, agent qui varie selon la nature de la matière employée. Occupons-nous d’abord de la fabrication de la plaque ; nous indiquerons ensuite comment on la colle.
- Les matières que le marqueteur emploie éteint d’une certaine valeur, et souvent assez difficiles à mettre en œuvre, il a dû chercher les moyens d’économiser la matière et d’abréger la main-d’œuvre. Il y est parvenu en découpant, l’une sur l’autre deux feuilles de matière différente, de sorte qu’il obtient tout-à-la-fois deux pièces de marqueterie, dont une partie dans chacune peut être considérée comme le dessin ou les ornemens, et l’autre le fond. On peut placer l’une dans
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- l’autre alternativement. Cette manière d’opérer s’appelle travailler en contre-partie.
- Par conséquent, pour exécuter une pièce de marqueterie, on commence par faire le dessin général de l’ouvrage , ensuite on prend une feuille d’écaille, par exemple , qu’on colle légèrement sur une feuille de laiton , et sur celles-ci on colle les calques du dessin à exécuter. On découpe le tout avec la Scie a découper , sur une espèce d’étau nommé âne.
- L’âne est une sorte de petit établi A ( PI. 36, fig. 26 ), supporté par quatre pieds chacun de 4 décimètres de hauteur, et portant un étau de bois G, C, dont une mâchoire C est rendue fixe par l’arc-boutant D, tandis que l’autre se comprime plus ou moins à volonté , par l’action de la pédale I,H, et de la corde H,F, qui font ployer le levier E et l’appuient plus ou moins fortement contre la mâchoire G, pour comprimer les pièces qu’on veut y serrer pour les découper. On en voit une en B.
- Les lames des Scies a découper sont faites avec des morceaux de ressorts de montres refendus à différentes largeurs, depuis un millimètre , y compris la denture , jusqu’à 3 millimètres, sur i5 centimètres environ de longueur. La denture est ti'ès fine et presque droite , afin qu’elle ne s’émousse pas aisément. Àü mot Scies a découper , nous indiquerons un moyen très facile pour denter ces lames, presque avec les yeux fermés, et avec beaucoup de régularité.
- Pour se servir de la scie , on met la pièce à découper entre les mâchoires de l’étau dont nous venons de parler, dans lequel on la maintient au lieu convenable en la serrant avec la pédale ; et tandis qu’on la tient ou qu’on la fait tourner successivement avec la main gauche , on fait aller la scie de la main droite, en suivant exactement les contours du dessin tracé sur la pièce.
- Lorsque le dessin exige que la pièce soit évidée en dedans , on y pratique un petit trou suffisant pour passer la lame de la scie, qu’on démonte de dessus le mors , soit d’un côté, soit de l’autre, et qu’on retend ensuite.
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- Pour éviter le travail que nous venons de décrire , qui est très long et exige beaucoup d’adresse, M. Jouvet a imaginé un balancier, que l’ouvrier le moins babile est capable de diriger, et qui découpe d’un seul coup, dans des feuilles de bois ou de métal, des pièces de la forme désirée. Cette machine ingénieuse , qui a valu une médaille d’argent à l’auteur, est décrite avec figures dans le T. II des Brevets d’invention expirés, page g4-
- Lorsque les deux feuilles sont découpées, on les sépare l’une de l’autre , soit avec la lame d’un couteau mince, soit en les plongeant dans de l’eau chaude ; on sépare le dessin, ou les ornemens, du fond : on a alors quatre parties, dont deux en écaille et deux en laiton , qu’on assemble ainsi qu’il suit : on prend, par exemple, la partie de laiton qui doit former le fond, on y intercalle le dessin ou l’ornement en écaille ; voilà une pièce prête à coller. Il reste un. fond en écaille et un ornement en laiton ; on place l’un dans l’autre et l’on a la seconde partie prête à coller.
- En effectuant cette transposition, on fait affleurer toutes les parties sur le derrière de l’ouvrage ; on les colle ensemble, et l’on couvre le parement d’une feuille de gros papier. On laisse sécher le tout avant de plaquer.
- Le placage se fait au marteau ( V. Ébéniste, T. VII, page 328), mais en appuyant moins fort qu’à l'ordinaire ; et pour l’empêcher de lever , on le met à la presse sous un plateau un peu chaud, dont on modère la pression et la chaleur par l’interposition de linges humides et mollets.
- On termine la marqueterie lorsque le placage est parfaitement sec. On enlève le papier et la colle surabondante ; on dresse l’ouvrage et on l’unit avec des limes de différentes formes, puis on le racle, soit qu’il doive rester uni, soit qu’on veuille le graver, pour achever de tailler et d’ombrer les ornemens qui 11e sont qu’en masses. On se sert pour cela des mêmes outils que le Graveur en taille-douce : des burins, des échoppesj un ébarboir, un grattoir et un brunissoir.
- On remplit les tailles de la gravure avec de la Laque ou de la
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- Colophane fondues, et l’on polit d’abord avec une pierre ponce à l’huile, ensuite avec de la poudre impalpable de pierre pouce à l’huile, à l’aide d’un bois à polir, ou un po-lissoir de jonc, ou bien une molette de bois plein et d’une dureté moyenne.
- Le cuivre et l’ébène se polissent au charbon de saule et à l’huile.
- Enfin, on polit au tripoli d’abord humecté avec de l’huile, ensuite à sec, et l’on finit par le blanc d’Espagne.
- Selon la nature des matières que le marqueteur veut plaquer, il emploie ou de la colle ou du ciment.
- De la colle Les ouvrages de marqueterie exigent , en général, l’emploi de la meilleure colle, celle d’Angleterre, •de Paris, ou mieux la Gélatine. Il est. même des cas où il faut substituer à celles-ci la Colle de poisson. ( V. Colles. )
- Du ciment ou mastic. Le ciment le plus ordinaire pour
- arrêter les métaux , est composé de
- Poix résine.................... 4 parties.
- Cire jaune..................... 2
- Poix noire......................1
- Le tout étant fondu au bain-marie , on y ajoute de la brique pulvérisée et passée au tamis de soie , en quantité suffisante pour donner au mastic la consistance d’une pâte molle.
- Cette composition s’emploie à chaud, de même que la suivante , qui lui ressemble beaucoup
- Poix résine broyée............. 4 parties.
- Cire jaune..................... 1
- Brique pulvérisée.............. i
- Une chose très importante dans l’art du marqueteur, c’est de connaître la manière de teindre les bois indigènes, non-seulement pour imiter les couleurs des bois exotiques, mais pour obtenir toutes les couleurs et leurs differentes nuances, qu’il doit employer pour imiter parfaitement les divers objets Tome XIII. 10
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- naturels qu’il veut copier. Il n’est pas moins important qu’il sache teindre l’ivoire, les os et la corne, puisqu’il emploie ces substances concurremment avec les bois teints. Voici ces divers procèdes , qui diffèrent beaucoup de la teinture des e'toffes.
- De la teinture des bois indigènes.
- Pour obtenir de belles couleurs, il ne faut teindre que du bois blanc. Pour les couleurs tendres et délicates , le bois de boux est excellent; pour les couleurs foncées, les bois durs et colorés, tels que le chêne, et surtout le platane , sont bons. Le chêne imite parfaitement l’ébène. On teint les bois en plaques minces.
- Toutes les teintures pour le bois s’appliquent à bains froids; ce n’est pas que plusieurs d’entre elles ne puissent être employées à chaud ; mais comme il faut un temps assez long pour que les matières colorantes pénètrent le bois , il serait difficile de maintenir le bain à une haute température. D’ailleurs, la teinture froide donne au bois beaucoup plus de brillant que lorsqu’on l’emploie à chaud.
- Le vase le plus commode et le plus avantageux pour mettre les bois à la teinture, est un pot à beurre en grès, parce que, à raison de la forme allongée de ce vase, on peut y placer des morceaux d’une assez grande longueur, sans être obligé d’employer une grande quantité de teinture. Le bois doit y être entièrement immergé.
- Bleu par Findigo. On verse dans un flacon quatre onces d’acide sulfurique concentré , sur une once d’indigo finement pulvérisé, on délaie peu à peu la poudre dans l’acide , de manière à en former ube bouillie bien homogène ; on chauffe le tout au bain-marie , à une température de 3o degrés . pendant quelques heures. On laisse refroidir, et l’on ajoute une once de bonne potasse' sèche et pulvérisée ; on agite le mélange , qu’on laisse ensuite reposer l’espace de vingt-quatre heures. .
- On obtient ainsi une dissolution d’indigo d’un bleu ex-
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- trêmemen t foncé, au point qu’il en paraît noir ; mais on l’amène à telle nuance de bleu qu’on de'sire, en y ajoutant plus ou moins d’eau.
- Bleu par le bois de Campéche. On fait bouillir deux hectogrammes de ce bois , coupé en petits morceaux , dans un litre d’eau, pendant une heure, on y ajoute un décagramme de Vert-de-gris , on agite bien, et l’on teint.
- On obtient un bleu plus ou moins violet, en ajoutant à la décoction du bois de Campéche quelques grammes de perlasse par chaque litre de liqueur.
- Bleu par une dissolution de cuivre. On met les hois tremper dans une dissolution de nitrate de cuivre, telle que la préparent les Affineurs d’or et d’argent.
- Chacune de ces recettes donne une nuance de bleu différente. Il en est de même pour toutes celles de même espèce, que nous allons donner.
- Rouge par la garance. On prépare la solution de garance en mettant un hectogramme , plus ou moins , de cette racine en poudre par chaque litre d’eau , qu’on fait chauffer à 70 degrés Réaumur : la couleur s’altère à 8o° de chaleur. Avant de teindre ,*on doit faire tremper le bois dans une solution d’alun ou d’Acétate d’alumine. On avive le bain par une dissolution d’e'tain ( proto-hjdrochlorate d'étain ), on immerge ensuite le bois dans le bain.
- Rouge par l’orseille. On délaie dans l’eau chaude une certaine quantité d’orseille ; on avive le bain par la même dissolution d’e'tain ; on y plonge le bois aluné.
- Rouge de rocou. On prépare le bain en faisant bouillir la pâte de rocou, coupée en petits morceaux, dans une quantité plus ou moins grande d’eau pure, suivant la nuance qu’on veut obtenir.
- Rouge par le bois de Brésil. On prend un décagramme de bois de Fernambouc en poudre, et 3 décagrammes d’alun, on les fait bouillir doucement dans cinq quarts de litre d’eau pendant une demi-heure ; on passe la décoction à travers une toile , et on la concentre ensuite jusqu’à ce qu’elle se réduise
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- à un quart de litre. Enfin , on y ajoute 4 grammes de potasse purifie'e. On fait tremper le bois dans ce bain.
- Rouge par le débouilli de laine. On prend la quantité d’un kilogramme de laine à débouillir, qu’on trouve toute préparée chez les teinturiers, ou bien des tontures de drap teint en rouge; on la fait bouillir dans 8 litres d’eau, jusqu’à ce qu’elle rende une belle décoction rouge : mais il faut éviter de la faire trop bouillir, parce qu’alors la laine reprendrait la couleur dont elle s’était déchargée d’abord. A ce premier débouilli on en fait succéder un second, un troisième , jusqu’à ce que la laine ne rende plus de couleur. Lorsque les bois sont déjà teints dans ce bain, auquel on ajoute de l’alun, on les fait tremper dans une teinture de bois de Brésil, mêlée d’alun, pour aviver la couleur.
- Jaune par diverses substances. On teint les bois de cette couleur en formant des bains avec l’une des substances suivantes : la gaude , le bois jaune, le fustet, le quercitron, la graine d’Avignon , le curcuma , etc. On fait simplement une décoction d’une ou de plusieurs de ces substances bien divisées , et l’on y met tremper les bois qu’on veut teindre. On donne plus de vivacité à la couleur du bain de gaude, en y ajoutant un peu de soude ou de vert-de-gris, et l’on avive celui du bois jaune en y faisant bouillir des rognures de peaux ou de la colle-forte.
- On donnera un œil rougeâtre au jaune de curcuma, en ajoutant au bain un peu de sang-dragon.
- Fauve par le brou de noix. La couleur fauve dont on se sert pour donner aux bois blancs la couleur du bois de noyer, s’obtient par la décoction du brou de noix , qu’on fait plus ou moins forte , selon qu’on le juge à propos, en y ajoutant toujours un peu d’alun. On s’en sert aussi pour rendre le bois de noyer plus foncé.
- A’oir ordinaire. On prépare une décoction formée d’une once de noix de galle, une once de sulfate de fer, et 6 onces de bois de Campêche, le tout en poudre , dans laquelle on fait tremper le bois jusqu’à ce qu’il en soit Lien pénétré.
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- Gris de diverses nuances. Les gris s’obtiennent par le même procédé, mais il faut employer moins de sulfate de fer. La proportion ordinaire est d’une once de sulfate , sur deux onces de noix de galle.
- Noir d’ébène. On fait bouillir, dans un litre d’eau, du bois de Campêche, jusqu’à ce que l’eau soit d’une couleur bien foncée ; on y jette alors 3 décagrammes d’alun ; on en frotte le bois avec une brosse , tandis qu’elle est toute chaude. On fait infuser à une douce chaleur de la limaille de fer dans du vinaigre, et l’on y jette une pincée de sel de cuisine ; on passe de cette liqueur sur le bois déjà teint en violet, et sur-le-champ il devient d’un beau noir. Pour que la couleur soit plus belle et plus solide, il faut ensuite donner une seconde couche de violet et une autre de noir. Quand la pièce est sèche, il suffit de la frotter fortement avec une toile enduite d’un peu de cire ; elle devient aussi brillante que si elle était vernie , et pour cela il faut qu’avant de la teindre elle soit terminée. Plus le bois est dur, plus la teinture estbelle.
- Cette recette s’emploieavecsuccèspour teindre l’ivoire etlesos.
- Couleurs composées. Ces couleurs s’obtiennent en teignant successivement le bois dans deux couleurs différentes simples, ou en les plongeant dans un bain formé du mélange de ces couleurs ; ainsi , la combinaison du rouge et du bleu donnera une teinte violette ; celle du rouge et du jaune donnera l’orangé ; le bleu et le jaune donneront le vert ; et enfin, le jaune et le gris donneront le fauve. On pourra varier les nuances à l’infini , suivant les proportions des couleurs composantes.
- Lorsqu’on a teint les plaques de bois , on les entasse l’une sur l’autre pour les faire sécher à l’ombre , sous une planche chargée de poids assez lourds pour qu’elles ne se voilent pas. On les aère une fois par jour au moins. On ne les met à l’air que lorsqu’elles sont parfaitement sèches.
- Procédés pour teindre Vivoire , les os et la corne.
- Teinture pour F ivoire et les os. On fait bouillir les pièces qu’on veut teindre dans un bain d’eau claire où l’on aura
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- mis parties égales de sulfate de fer et de sel de nitre. Ces sels pénètrent l'ivoire et les os, et les disposent à recevoir les parties colorantes de la teinture. C’est au sortir de ce bain, encore chaud , qu’on plongera les pièces dans la teinture , où on les laissera autant de temps qu’il sera nécessaire pour que la teinture soit belle et solide.
- Rouge. Pour obtenir cette couleur , on emploie deux procédés différens : i°. on fait dissoudre dans l’alcool du bois de Fernambouc en poudre ; lorsque la couleur a acquis assez d’intensité, on y plonge la pièce, qui se pénètre de la couleur , à l’épaisseur de 2 millimètres en assez peu de temps.
- 2°. On fait bouillir , dans de l’eau commune, de la tonture de draps écarlate ; lorsque l’eau commence à bouillir , on y jette des cendres gravelées pour dégager la couleur de la laine, ce qui rougit fortement la couleur. On y jette un peu d’alun, et l’on passe le tout par un linge , pour en séparer la laine. On trempe l’ivoire ou les os, pendant un instant seulement , dans de l’eau seconde (acide nitrique étendu d’eau), et on les jette dans le bain de teinture.
- Bleu. On fait une bonne lessive de potasse marquant 3 degrés à l’aréomètre de Baumé ; on en prend un litre et demi ; on y ajoute du sulfate d’indigo , dont nous avons donné ci-dessus la préparation, on fait bouillir le tout, et l’on y plonge l’ivoire ou l’os lessivé ; on ôte le vase de dessus le feu, et l’on y laisse l’ivoire jusqu’à ce qu’il soit assez coloré.
- Jaune. On fait subir à l’ivoire et à l’os la préparation générale que nous avons déjà donnée , et on les plonge dans un bain de graine d’Avignon, ou de curcuma.
- Noir. On fait tremper les pièces pendant cinq ou six heures dans une infusion de noix de galle, de cendres gravelées et d’arsenic. Quand les pores auront été ouverts, on leur donnera quelques couches d’une composition pareille à celle qui sert à teindre les bois en ébène.
- Moyen de blanchir l’ivoire jaune.
- On fait dissoudre, dans une suffisante quantité d’eau, au-
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- tarit d’alun qu’il en faut pour que l’eau soit blanchâtre ; on lui fait prendre un bouillon ; on y jette les pièces d’ivoire, et on les y laisse tremper pendant une heure environ, en frottant de temps en temps avec de petites brosses. Quand elles sont devenues blanches , on les met sécher lentement, enveloppées de linges ou de sciure de bois , pour empêcher qu’elles ne se fendent.
- On peut aussi frotter la pièce avec du savon noir, qu’on étend bien également. On l’approche ensuite du feu pour chauffer toute la surface au même degré ; et lorsque le savon aura un peu bouillonné, on essuiera l’ivoire ; la rousseur sera emportée. Si la pièce n’était pas enduite de savon partout, ni. chauffée également , elle deviendrait jaspée.
- Procédé pour teindre la corne blanche.
- La seule préparation préliminaire qu’exige la corne pour recevoir différentes couleurs, consiste à la laisser tremper pendant 12 heures dans une solution d’alun ou d’acide acétique un peu concentré. Il suffit de la plonger ensuite dans une décoction de bois de Fernambouc, pour la teindre en beau rouge j dans une de safran mêlée d’alun à parties égales, ou d’écorce d’ëpine-vinette avec un peu d’alun, pour la teindre en Jaunej et dans une dissolution de vert-de-gris dans l’acide acétique, avec un tiers de sel ammoniac, pour la teind're en vert. On convertit en bleu la belle couleur verte , en la plongeant à plusieurs reprises dans une lessive bouillante de potasse : la soude ne produit pas le même effet. L.
- MARRON, MARRONNIER (Agriculture). Lorsque la coque du fruit du châtaignier ne contient qu’une seule amande , elle est assez grosse et à peu près sphérique, on lui donne le nom de marron {V. Chataigxe ) ; mais ce nom doit être préférablement attribué au fruit de Vcesculus hippocastanum. Cet arbre, d’un beau port, nous est venu des montagnes du Thibet ; on le nomme vulgairement marronnier d’Inde, La majesté de sa tige, la beauté de ses fleurs, l’épaisseur de son feuillage , le font rechercher pour la composition des grandes
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- i5s marte, martre.
- allées de jardin. Il aime une terre fraîche et profonde ; on te multiplie de boutures, de rejetons et de marcottes ; mais les tiges venues de graines sont toujours plus belles et plus vigoureuses. On sème les marrons aussitôt qu’ils sont tombe's de l’arbre, un à un, en ligney et espacés d’environ un pied. Le plant se lève dès le printemps suivant ou un an après, et on le met en pépinière. Il ne faut jamais couper le bourgeon terminal, parce que l’arbre ne s’élancerait plus et serait mutilé. Il croît rapidement et se prête très bien à la taille : on en fait des palissades , des berceaux , etc.
- Le bois du marronnier est blanc, tendre et léger ; il donne peu de flamme, peu de charbon et peu de chaleur. On en fait des voligeset autres planches de service médiocre. L’écorce a été réputée à tort comme pouvant remplacer le quinquina : ainsi, cet arbre est de bien peu d’utilité dans les Arts. Cependant les marrons sont très recherchés des bestiaux : on en extrait avec la râpe une fécule dont on fait de la colle , de là poudre à poudrer, etc. Baumé a donné , à la suite de ses Élémens de Pharmacie, un Mémoire sur ce sujet. On écorce le marron d’Inde, on le râpe, on le réduit en pâte sur une pierre lisse. L’infusion réitérée dans l’alcool, au bain-marie , enlève à cette pâ te la saveur acerbe qu’elle possède, et, séchée au four, elle donne une farine dont on peut faire du pain. La colle de marron d’Inde conserve la vertu d’éloigner les vers. Enfin, la cendre des marrons donne une grande quantité de potasse. Fr.
- MARTE, MARTRE. Petit animal très carnassier, dont le pelage, d’un brun lustré avec une tache jaune clair sous la gorge, est fort recherché comme fourrure. La marte a les pattes et le bout de la queue plus foncés que le corps ; elle vit au fond des forêts et dans les lieux couverts et inhabités ; elle a un pied et demi, outre une queue de dix pouces de long ; elle se nourrit d’oiseaux, d’œufs, de rats, etc. ; sés pieds sont courts et leurs cinq doigts sont réunis par une membrane ; elle a le corps grêle, une marche vermiforme, et grimpe facilement sur les arbres. Elle n’est pas commune en France, mais
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- MARTE, MARTRE. i53
- «lie peuple abondamment les pays septentrionaux , et c'est de ces contrées que le commerce tire les belles fourrures qui servent à parer nos vêtemens et à nous garantir des rigueurs du froid : on en apporte beaucoup du Canada.
- Plusieurs quadrupèdes carnassiers sont si semblables à la marte, que les naturaliste* les classent dans un même genre. Les plus remarquables sont :
- i°. La fouine, qui habite les greniers , les vieux bâtimens, et porte ses ravages dans les basses-cours ; ses mœurs sont moins sauvages que celles de la marte ; elle est aussi bien plus commune en France, où on la nomme quelquefois marte domestique. Comme celle-ci, elle a un pelage brun lustré ; mais la tache de la gorge est blanche ; ses jambes et sa queue sont noirâtres. C’est la nuit qu’elle se met en quête et vient dévaster les poulaillers, les colombiers, etc. Sa fourrure est moins douce et a moins d’éclat que celle de la marte ; aussi est-elle moins estimée. La taille et la forme de ces deux animaux est la même.
- La zibeline diffère des précédentes parce qu’elle a les oreilles et le devant de la tète blanchâtres ; la tache de la gorge est grise. Elle vit dans le nord de l’Asie, au mont Altaïs, aux environs de l’Oby et du Janissea. Le pelage est noir en hiver ; c’est alors qu’il est plus recherché : il pâlit en été. Le moelleux et l’éclat de cette fourrure lui donnent un prix fort élevé, d’autant plus que la chasse est périlleuse et très pénible, au milieu des climats glacés que cet animal habite.
- Le putois a les mêmes mœurs et à peu près le même pelage que la fouine ; le bout du museau est blanc, ainsi que les oreilles et une tache derrière l’œil ; ses flancs ont une teinte fauve; le reste du poil est d’un brun noirâtre. Il répand une odeur infecte , et vit de chasse comme tous les animaux du genre marte. C’est surtout aux lapins qu’il fait la guerre, et Ton peut le regarder comme le fléau des garennes. Il est un peu plus petit que la fouine, et n’a pas la queue aussi longue ; sa fourrure est à vil prix , parce qu’elle ne perd jamais tout-à-foit son odeur repoussante.
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- x54 MARTEAU.
- L’Hermi.ve et le Furet appartiennent aussi à ce genre. ( V. ces mots.) Fr.
- MARTEAU. Instrument de percussion en fer et acier , plus ou moins pesant, et de formes diverses, suivant l’usage qu’on en fait ; il est traversé par un manche en bois de figure ovale, sur l’un des bouts duquel il est fortement fixé. C’est par ce manche qu’on le saisit pour frapper à une ou à deux mains. On appelle ouvriers à marteaux, tous ceux qui dans leur état se servent de cet instrument, comme les forgerons, les serruriers, les ajusteurs, les ferblantiers, les chaudronniers , les batteurs d’or, etc. ,
- Indépendamment de la forme de la masse, on considère dans le marteau quatre parties distinctes, la tête, l’œil, la panne et le manche.
- La tête est ordinairement rectangulaire, quelquefois ronde, légèrement bombée ; elle est toujours acérée et trempée à toute sa force ^elle est polie dans les marteaux de ferblantier, de chaudronnier, etc.
- U œil est le trou ovale percé à travers le marteau, dans lequel on passe le manche. Ce trou est plus ou moins grand, suivant la masse du marteau. On le fait un peu conique, c’est-à-dire un peu plus grand du côté opposé au manche, afin que les coins de fer qu’on y enfonce faisant écarter le bois, le marteau ne puisse pas s’échapper.
- La panne est le côté opposé à la tête ; elle est plus ou moins épaisse et arrondie ; elle est ordinairement dirigée dans le sens transversal au manche, mais quelquefois dans le même sens. On s’en sert pour allonger les pièces, river des clous, des goupilles, etc. ; elle est acérée et trempée le plus dur possible. Il y a des marteaux qui n’ont pas de panne , mais seulement une ou deux têtes.
- Le manche est d’une dimension proportionnée à la masse du marteau ; on lui donne une figure ovale, afin que l’ouvrier le maintienne facilement dans sa direction. On les fait en bois de frêne, ou en bois de houx.
- Le forgeron se sert de marteaux de plusieurs espèces ; il ap-
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- pelle marteau à main , celui dont il fait usage lui-même d’une seule main; son poids est d’environ 3 à 4 livres. Les marteaux à frapper devant, dont se servent ses aides , ont la même forme, mais ils pèsent i o à 12 livres, et ont des manches de 3 pieds.
- Nous ne passerons pas ici en revue toutes les sortes de marteaux qui existent; cela serait trop long et même superflu, puisqu’en décrivant chaque métier, nous indiquons les principaux outils qu’on y emploie : il suffit de savoir que tout ce qui sert à frapper peut être considéré comme étant un marteau , n’importe la forme. *
- Les marteaux des grosses forges pour la fabrication du fer, sont en fonte {F. Forges); ceux des martinets ( F- ce mot) sont en fer forgé et acérés.
- L’effet d’un coup de marteau se mesure par le produit de la masse du marteau et du carré de sa vitesse à l’instant de la percussion. C’est ce qu’on appelle une force vive, et qu’on exprime ainsi 31 Y” ; M étant la masse du marteau et V sa vitesse à l’instant du choc. Si le marteau tombait naturellement d’une hauteur déterminée, on sait que sa vitesse s’accélérant par sa pesanteur, devient capable de lui faire parcourir dans le même temps un espace double de celui qu’il vient de parcourir. S’il tombe, par exemple, de 3 pieds de
- haut en — de seconde, il parcourrait après cela, s’il était libre,
- un espace de 6 pieds dans le même temps. En supposant M = 10 livr. et V = 6, MV*= 10 X 36 = 36o livr., c’est-à-dire que le coup de marteau dans les circonstances indiquées , équivaut à un poids de 36o livr. ; mais il sera plus fort encore, puisque nous n’avons pas tenu compte de l’accélération de vitesse que lui imprime pendant sa chute , la force musculaire de l’ouvrier, force à la vérité très variable, mais qui a toujours une certaine intensité. Aussi voit-on qu’avec un très petit marteau, on enfonce de très grands clous dans du bois dur , qui n’y entreraient, si l’on n’agissait que par pression, qu’à l’aide d’un poids très considérable. Les deux termes
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- M et Y peuvent varier de grandeur, l’un en plus et l’autre en moins, sans que pour cela l’effet de la percussion change.
- E. M.
- MARTINET. Dans les grandes usines à fer, indépendamment des gros marteaux et des cylindres forgeurs dont nous avons parlé au mot Forges, on a de petits marteaux qu’on appelle martinets, du poids de 4o, 5o à 60 kilogrammes, plus ou moins, suivant leur objet, frappant depuis deux cents jusqu’à cinq cents coups par minute, sous lesquels on étire les barres de fer ou d’acier d’un petit échantillon , qu’on nomme mariiné, et où l’on bat à froid les pièces ambouties , telles que les faux , les bêches, les poêles, les casseroles , les fonds de chaudière, etc. La tête de ces marteaux , ainsi que celle de leurs enclumes, est de forme diverse, appropriée au travail qu’on exécute.
- On fait battre ces petits marteaux par les cames d’un arbre horizontal, que l’eau fait tourner plus ou moins vite, suivant le nombre de coups que le marteau doit frapper par minute. Ces cames sont ordinairement implantées et tenues avec des coins de bois dans des mortaises pratiquées sur le contour d’un très fort manchon de fonte qui embrasse l’arbre A de la roue hydraulique. ( V. PI. 38 des Arts mécaniques, fig. i et 2. )
- B est ce manchon, que nous supposons armé de douze cames a tournant dans le sens de la flèche. Ces manchons sont plus ou moins gros , et sont armés d’un plus ou moins grand nombre de cames , suivant la rapidité du mouvement et de la roue motrice et du marteau. Ce rapport de mouvement doit être tel, que la came suivante reprenne le marteau au bond. Ce n’est qu’à l’expérience qu’il appartient de bien régler cette disposition.
- C, Manche du marteau, qu’on fait en frêne ou en tout autre bois liant.
- D, Poupées en bois de chêne, fortement scellées dans le sol, qui servent de point d’appui et de centre de mouvement au manche du marteau , à environ au tiers de sa longueur.
- E, Pièce de fonte à travers laquelle passe le manche du
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- marteau , et qui se termine par deux pointes "opposées , qui entrent dans des crapaudines fixées en face l’une de l’autre, contre les poupées D, au moyen d’écrous et de contre-écrous.
- F, Ressort en bois qui réagit en dessous du manche, pour faire tomber plus rapidement le marteau, aussitôt que la came l’abandonne au point b.
- G, Marteau en fer forgé pour battre les fers-martinés , tels que le carrillon, la tringle, etc. ; pour cette dernière, on arme l’enclume et le marteau d’étampes.
- H , Enclume également en fer forgé, dont le dessus est égal à la tête du marteau.
- Le martineur, placé de côté ou d’autre de l’enclume sur une chaise suspendue en escarpolette , tient avec ses mains la barre, dont il présente le bout chaud en m, où le marteau et l’enclume sont façonnés en panne. Cette barre étant arrivée à la grosseur convenable, il la place sous la tète unie n pour la parer.
- Les cordes de l’escarpolette étant attachées au comble du bâtiment, ont de la longueur, de sorte que le martineur peut parcourir un espace de 4 à 5 mètres presque parallèlement au sol, sur lequel, appuyant ses pieds, il se fait aller et venir avec une vitesse convenable au travail qu’il exécute.
- Les barres de fer ou d’acier destinées à être martinées, sont chauffées dans des fours à réverbère et apportées au martineur, qui substitue l’une à l’autre sans suspendre l’action du martinet.
- Les marteaux et enclumes des martinets à amboutir sont faits différemment, et suivant la forme qu’on veut donner aux pièces. Le martineur, assis auprès de l’enclume , dirige le travail du marteau sur les diverses parties de la pièce, qu’il gouverne à la main.
- Le bruit que font ces martinets travaillant à froid est tel, surtout s’il en existe plusieurs dans un même atelier , qu’il est impossible de se faire entendre à qui que ce soit, autrement que par signe. Ê. M.
- MASQUES ( Technologie). Nous donnons aujourd’hui aux
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- masques le nom de faux-visages, parce que, différons des masques des anciens , ils ne servent qu’à changer la figure de celui qui s’en sert pour se de'guiser.
- On ne connaît pas l’inventeur des masques -, on sait seulement qu’ils ont été inventés par les anciens Grecs, pour leurs théâtres, afin que les acteurs eussent la ressemblance et le caractère du personnage qu’ils devaient représenter. Ces masques différaient beaucoup des nôtres ; ils ressemblaient à des casques qui couvraient toute la tête, et, outre les traits du visage , ils portaient la chevelure , les oreilles , la barbe, et même jusqu’aux ornemens que les femmes portaient sur la tête , tandis que les nôtres ne cachent absolument que le visage. Les Romains adoptèrent les mêmes masques que les Grecs avaient imaginés ; mais on ne croit pas que ces anciens peuples en aient fait d’autre usage que pour les représentations théâtrales.
- L’usage des masques tels qu’on les porte aujourd’hui, nous est venu d’Italie, et particulièrement de Yenise , où, pendant son long carnaval, il eût été ridicule de marcher dans les rues sans déguisement, et sans porter un masque au moins à la main. On emploie encore quelquefois aujourd’hui au théâtre la forme des masques anciens, c’est-à-dire qui couvrent la tête en entier , dans les rôles des divinités infernales ; mais tous les autres sont fabriqués avec beaucoup plus d’art, et sont beaucoup plus légers ; ils fatiguent moins celui qui les porte, soit aux bals, soit aux déguisemens extérieurs, que l’on a encore conservés, et dont le peuple seul se fait une fête bruyante, surtout dans les derniers j ours du carnaval.
- La fabrication des masques exige de l’adresse, une certaine habitude et beaucoup de moules, qu’on appelle creux. Ces moules sont ordinairement en plâtre , et sont formés d’après une figure en relief sculptée exprès , selon les caractères que l’on veut qu’ils représentent. Nous disons ordinairement, car M. Chol, successeur de Marassi, le plus habile des fabricans de masques de Paris , rue Bourg-l’Àbbé , n° 33 , les fabrique avec une composition qui lui est particulière , qui se moule
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- aussi bien que le plâtre et présente une plus grande solidité'. Ils sont cuits et ont l’aspect de la brique. Les proce'de's que nous allons de'crire nous ont e'té communiqués par M. Cbol lui-même , avec une affabilité et une complaisance rare dans un fabricant ; il nous a initié dans toutes les manipulations d’un art qui, au premier aspect, paraît d’une très faible importance , mais qui devient fort intéressant lorsqu’on entre dans tous ses détails, et qu’on acquiert la conviction qu’il est la base d’un commerce très étendu.
- On distingue deux genres de masques, quant à la matière dont ils sont formés : les masques en carton, les masques en cire. Isous allons d’abord faire connaître la manière dont on les fabrique ; nous donnerons ensuite des détails sur leurs sous-espèces.
- Masques en carton. Le papier dont on se sert pour former ce carton, est connu dans le commerce sous la désignation de papier bas-à-homme; c’est une sorte de papier assez fort, gris-blanc , non collé, dont la rame pèse de 17 à 18 kilogrammes. On prend ce papier feuille à feuille , on les plie en deux dans le sens du pli que la feuille présente lorsqu’on l’a mise en main, on colle avec de la pâte de farine ces deux parties l’une sur l’autre, ce qui donne l’épaisseur du carton. On entasse toutes ces feuilles ainsi collées l’une sur l’autre , et lorsque le tas est assez considérable, on le couvre d’une planche de bois dur, et on met dessus un poids assez lourd. On laisse bien prendre la colle, et l’on ne l’emploie que lorsqu’il est desséché au point de conserver de la moiteur.
- Alors on plie chaque feuille de carton en deux dans sa longueur , comme on les plie dans l’imprimerie pour former un in-quarto. On pose ensuite sur ce carré un patron en carton qui donne la moitié delà figure qu’on veut imiter , et, à l’aide d’un outil en laiton fait en langue de carpe, dont le tranchant est bien arrondi, on trace tout autour les traits nécessaires pour indiquer le lieu de la coupure. Dans la vue d’économiser le papier, on place la partie droite du patron sur le bord de la feuille du carton doublée , opposé au pli qu’on avait fait
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- avant de marquer les traits. On pose ensuite la feuille doublée sur le bord de la table, et appuyant la main gauche à plat sur le côte' où est le pli, on de'chire, en suivant les traits, les deux e'paisseurs de carton d’un seul coup. Il est important, dans cette opération, de ne pas se servir de ciseaux, afin qu’il reste des barbes de papier sur les bords qui doivent se coller l’un sur l’autre.
- On découpe ainsi deux moitiés du même masque, et le carton qui reste entre ces deux parties est étendu, et sert à d’autres masques.
- Voici comment on prépare le patron : on prend le quart d’une feuille de papier, on le coupe d’un côté de manière à ce que, placé verticalement dans la direction du milieu du front, du menton et du nez, il touche tout le fond du moule, ensuite on le couche sur la moitié de la figure, afin qu’il remplisse bien exactement toute la moitié du moule. Par tâtonnement on parvient à le perfectionner.
- Lorsque le carton est préparé ainsi que nous venons de l’expliquer, et qu’il conserve une moiteur suffisante, on le livre à l’ouvrier chargé de le mouler ; celui-ci prend le moule devant lui, et à l’aide d’un pinceau il le frotte légèrement avec du sain-doux , afin que la colle ne puisse pas y prendre. Il enduit ensuite l’intérieur de la moitié du moule avec de la colle de farine, à l’aide d’un pinceau ; il place dessus une des deux pièces de carton, et la force, avec les doigts, à s'appliquer sur toutes les parties de la figure et du creux, de manière que le carton en dépasse le bord de deux à trois lignes (5 à 7 millimètres) au plus.
- Ce côté à peu près terminé, il passe de la pâte sur l’autre moitié de la figure, et il pose dessus le carton, dont il colle avec soin, d’abord la ligne sur laquelle ils se j oignent ; ensuite il opère comme il a fait pour l’autre moitié, et il rectifie le tout. Il laisse suffisamment sécher dans le moule, et passe à un autre.
- On fait sécher à l’air libre lorsqu’il est suffisamment sec et chaud, ou bien on emploie le secours d’une étuve. Alors on
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- procède au réparage , qui consiste à voir si toutes les parties sont bien colle'es. Lorsqu'on aperçoit quelque défaut, on soulève le papier en le de'chirant avec une pointe , on fait passer delà colle de farine par-dessous, et l’on applique dessus les parties qu’on avait souleve'es. On répare de la même manière toutes les imperfections.
- Sur six jours dont se compose la semaine ouvrable , cinq sont employés au moulage , et le sixième au réparage. C’est dans cet état que le mouleur livre ses pièces au coloriste.
- Cet ouvrier porte à la cave les masques entassés, et il les y laisse toute une nuit ; là ils reprennent une légère humidité nécessaire à la réussite des opérations subséquentes , qui consistent à les peindre et à les vernir.
- Avant d’aller plus avant, il est nécessaire de dire que l’ouvrier , dans toutes les opérations qui vont suivre , doit avoir une quantité suffisante de moules en relief de la même figure qu’il travaille, afin de déposer sur chacun d’eux le masque au fur et à mesure du travail, pour qu’il se sèche séparément et sans que les masques soient entassés les uns sur les autres. Sans cette précaution, l’intérieur des masques se salirait, et il est important de conserver cet intérieur très propre, puisqu’il doit s’appliquer sur le visage. Ces moules se font comme les masques et dans le même creux ; la seule différence consiste en ce qu’on y emploie une plus grande quantité de cartons, afin de leur donner une plus grande solidité. Du reste , ils se fabriquent comme les masques eux-mêmes.
- L’ouvrier coloriste passe d’abord sur toute la surface de chaque masque une couche uniforme de couleur de chair très pâle, délayée avec de la colle de peau. Cette colle est nécessaire pour donner de la consistance au carton. Il laisse sécher sur les reliefs, et lorsque la couleur est bien sèche, il les porte à la cave pour leur faire prendre , pendant une nuit, la moiteur nécessaire pour le second réparage , que les ouvriers appellent ébauchage.
- Le lendemain matin, il examine chaque masque l’un après l’autre , et lorsqu’il aperçoit que quelque partie n’a pas bien Tome XIII.
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- pris la forme du moule, il le replace dans le creux, et à l’aide d’un instrument en buis ou en ivoire bien arrondi, ou avec une dent de loup enfonce'e solidement dans un manche, il lui fait prendre, par le frottement, la forme du moule, qui avait e'chappé d’abord au premier travail. 11 re'pare ainsi tous les de'fauts qu’il peut remarquer, et les fait disparaître avec tous les soins que l’adresse et l’intelligence peuvent lui indiquer.
- Le même ouvrier passe une seconde couche ou teinte de couleur de chair, délayée avec de la colle de farine. Cette teinte est appropriée à l’âge et au sexe. U y a quatre nuances différentes : la première, qui est la plus rosée , est pour les enfans et pour les femmes; la seconde pour les jeunes gens, la troisième pour l’âge mûr , et la quatrième pour les vieillards.
- Après cette opération, on les farde avec du rouge de toilette, dans lequel on mêle un quart de carmin. Pour étendre le fard , on se sert d’un tampon de laine filée et non tordue. Ce tampon, de la grosseur du petit doigt et d’environ six pouces (16 centimètres) de long, lorsqu’il est neuf, est formé de fils de laine étendus et roulés dans un morceau de papier collé par-dessus, présentant l’aspect d’un petit bâton très solide. On enlève sept à huit millimètres de. papier, par les deux bouts, on éparpille la laine , ce qui forme une -espèce de brosse. Un côté sert à prendre le fard , l’autre sert à l’étendre et à le fondre, en termes d’ouvrier, c’est-à-dire à adoucir la nuance sur les bords, comme le pratiquent les petites maîtresses pour donner le ton incarnat aux joues, au front, au menton, etc.
- On peint ensuite les différentes parties qui doivent l’être, avec les couleurs les plus fines délayées à la gomme arabique, et employées pour la miniature. Ces couleurs, appropriées, soit au caractère de la figure, soit à ses différentes parties, sont mises en œuvre par des mains exercées, qui peignent aussi les sourcils, les favoris , les cils , les lèvres, etc. Lorsque ces couleurs sont sèches , on passe sur le tout un encollage de colle de farine claire, qu’on laisse bien sécher. Cet encollage est indispensable pour empêcher que le vernis, qu’on passera
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- plus tard, tache la figure. On couvre ensuite toute la surface avec un vernis blanc à l’esprit-de-vin, lorsque l’encollage est parfaitement sec. On laisse sécher toutes ces couches sur les moules en relief.
- Alors on perce les yeux, les narines, la bouche, avec des espèces de serpettes bien trempe'es et extrêmement tranchantes. On les rogne avec des ciseaux , c’est-à-dire qu’on enlève l’exee'dant du carton qui dépassait le moule ou creux ; on les met en douzaines, par paquets, pour les livrer au commerce.
- Masques en cire. On les distingue en deux sortes, qu’on de'signe sous la dénomination de masques de Paris, qui sont légers et très diaphanes, et masques de Venise, qui sont moins transparens et presque le double plus lourds. Il y a donc deux manipulations, qui ne diffèrent qu’en très peu de chose l’une de l’autre, et que nous allons faire connaître. Nous commencerons par ceux de Paris.
- La base de ces masques n’est pas le carton, comme dans les précédens, mais la toile de lin fine et à demi usée. On achète de- vieilles chemises ou de tout autre linge très fin ; on coupe la toile avec des ciseaux, sur des patrons, comme nous l’avons indiqué pour les premiers masques.
- Après avoir graissé le moule , et avoir passé la colle sur le creux, comme nous l’avons dit pour les masques en carton, on pose une toile sur la moitié de la figure, on l’étend bien, et, pour lui faire prendre toutes les formes, on tape sur la toile avec une brosse à poils courts , afin de forcer la colle à bien imbiber la toile sèche. On l’étend ainsi parfaitement; mais il arrive souvent que la toile fait des plis qu’on ne peut pas faire disparaître; alors on pince ce pli, qu’on relève verticalement , on le coupe avec des ciseaux , on fend un peu la toile de chaque côté , et on la colle l’une sur l’autre ; cela évite des épaisseurs qui troubleraient la transparence. On place de même l’autre morceau de toile qui doit faire la seconde moitié de la figure.
- Sur ces deux morceaux de toile, on en place deux autres
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- semblables, 4e la même manière et avec les mêmes précautions. Il faut avoir soin, dans ces deux opérations successives, de bien coller les deux jointures, qui doivent se recouvrir de quelques millimètres.
- Après que le masque est bien sec, on lui fait subir toutes les opérations du réparage et de Yébauchage, que nous avons décrites pour les masques en carton.
- On les peint ensuite avec plus de soin et plus d’art que les autres. Toutes les couleurs doivent être très fines. La manière de composer les teintes exige un travail particulier. Le masque de Paris ne reçoit qu’une seule teinte uniforme; il faut par cette raison qu’elle soit bien appropriée au caractère de la figure. Lorsque cette première teinte est bien sèche, on peint le masque avec soin, et l’on n’emploie, comme nous l’avons dit, que des couleurs fines délayées avec de la gomme arabique légère , et on laisse bien sécher.
- Alors on les plonge verticalement l’un après l’autre dans un vase qui contient de la belle cire blanche presque bouillante. Après quelques instans d’immersion , on retire le masque, on le laisse un moment égoutter : la cire se fige, et le masque est alors prêt à être verni, comme nous l’avons dit pour les précédons. Yoilà la manière dont se fabriquent les masques de Paris.
- Ceux de Venise diffèrent peu de ceux-ci : on colle d’abord une feuille de papier simple sur le creux, en deux temps, une moitié delà figure à chaque fois, et ensuite on colle par dessus les deux épaisseurs de toile, comme pour les masques de Paris.
- Le masque de Paris ne reçoit qu’une seule teinte sur tout le masque ; celui de Venise en reçoit trois pour les caractères jeunes , et deux au moins pour les caractères plus âgés.
- Toutes les autres opérations sont les mêmes, ainsi que l’immersion dans la cire bouillante ; mais on ne les vernit pas, ce qui leur conserve le velouté de la peau, mais leur ôte la solidité. Ces sortes de masques sont plus lourds, à cause du papier , et parce qu’ils se chargent d’une plus grande quantité
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- de cire, qui s’imbibe et dans le papier et dans la toile ; mais ils se de'forment bien plus facilement que les premiers.
- Outre ces masques qui couvrent toute la figure , il en est d’autres qu’on nomme à domino/ ils n’ont pas de menton , et sont coupe's à la hauteur de la lèvre supérieure ; on fait des masques couverts de satin de diverses couleurs ; des nez de différentes formes, avec ou sans moustaches en crin ; de fausses j oues à lunettes en acier à doubles branches avec verres, avec nez ou sans nez , favoris et moustaches en crin ; enfin , des caractères garnis de barbes, de sourcils, de moustaches et favoris en crin de diverses couleurs. On fabrique aussi des têtes entières qui imitent parfaitement la nature.
- Toutes ces différentes espèces de masques ou parties de masques se fabriquent par l’un des procédés que nous avons décrits. Il'en est de même pour les fantômes et les masques transparens qu’on emploie dans la fantasmagorie, et qui ne présentent aucune superposition de toile dans la ligne qui partage la figure en deux.
- . M. Marassi, Italien, fonda à Paris, en 1799, ce genre d’industrie, qui n’était pas encore connu en France à cette époque. Cet établissement, que- M. Chol, son élève et son successeur , exploite en ce moment avec beaucoup de talent et de perfection , reçoit chaque jour de nouveaux perfection— nernens , et forme une branche de commerce très importante, comme nous allons le prouver dans un instant. Cet habile fabricant exécute des chefs-d’œuvre en ce genre : il fait des masques élastiques, à mâchoire mouvante, qui laissent la faculté de boire et de manger sans se démasquer et sans faire éprouver la moindre fatigue ; de jolis masques en linon , si légers que le souffle suffit pour les faire voltiger ; des masques en carton doublés en toile ; dans ces masques le carton est plus fin, et la doublure en toile est destinée aux personnes qui craignent l’odeur de la cire.
- On compte dans cette manufacture plus de deux cent cinquante modèles différens , dont chacun porte un numéro qui lui est particulier , et qu’on a soin de coller dans l’intérieur
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- des masques, afin de faciliter aux de'taillans les moyens de les designer dans leurs demandes.
- Autrefois tous les masques se fabriquaient exclusivement en Italie ; aujourd’hui c’est Paris qui fournit, non-seulement l’Italie, mais toutl’univers. Ce commerce, qui n’a lieu que durant trois ou quatre mois de l’anne'e, occupe cependant beaucoup d’ouvriers employés toute l’année à préparer les produits , qui ne sont expédiés que depuis le premier septembre jusqu’à la fin du carnaval. Les cinq fabriques qui existent dans la Capitale, et dont celle de M. Chol est la plus eonsidérable, produisent pour cent mille francs de marchandises, prix de fabrique. Ces prix sont triplés par les détaillans , qui seuls les livrent aux consommateurs. Ce commerce est surtout important par la vente des accessoires qu’il entraîne. Une foule d’autres industries se rattachent à celle-ci, pour les ajostemens des hommes et des femmes. On peut, sans exagération, avancer que ioofr. de dépense en masques, pris chez les fabricans, occasionent une dépense de dix mille francs, ce qui centuple le prix des masques. Ces dépenses, pour déguisemens, se font en draperies , en soieries, en étoffes de toute espèce, en broderies en or et en argent, en soie, etc. ; en bijouterie, joaillerie, orfèvrerie, dentelles, fleurs artificielles , coifiures , chaussures , etc., etc.
- Par conséquent, cent mille francs de masques produisent un mouvement de fonds égal au moins à cent millions au profit de l’industrie française. Aurait-on pu croire qu’un objet aussi futile pût être d’une aussi grande importance ?
- Nous avons cru devoir entrer dans beaucoup de détails, parce que jusqu’à présent l’art du fabricant de masques n’avait pas encore été décrit.
- Indépendamment des masques dont nous venons de parler, et qui servent aux déguisemens, ce mot est employé dans les Arts industriels pour désigner divers objets qui n’ont aucun rapport avec le sujet principal de cet article.
- Dans l’art de Yescrime, on donne le nom de masque à un cadre en fer ovale, couvert d’une toile métallique forte-
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- ment concave, pour y loger la figure, et la mettre à l’abri des coups de fleuret qui pourraient l’atteindre. Ce masque porte à sa partie supérieure un arc en fer, armé à son extrémité d’une plaque de même métal qui appuie sur l’occiput et maintient le masque à sa place sans le secours d’aucun cordon. Les trous de la toile métallique sont assez grands pour ne pas intercepter la vue, et assez petits pour que le bouton du fleuret ne puisse pas s’y introduire.
- L’Architecte donne le nom de masque à une figure d’homme ou de femme , etc., sculptée sur la clef d’une arcade. On en voit à la clef de chaque arceau du Pont-Neuf, et dans beaucoup d’autres édifices. Ces masques sont quelquefois accompagnés de quelques attributs qui indiquent l’usage auquel l’édifice est destiné.
- Le chirurgien donne le nom de masque à un bandage dont il se sert dans le cas de brûlure au visage. C’est un morceau de toile qui couvre toute la figure, et dans lequel il pratique quatre trous, dont deux pour les yeux , un pour le nez et l’autre pour la bouche. Ce morceau de toile ovale porte tout autour six parties saillantes , qui se croisent derrière la tête et qui servent à le fixer au bonnet avec des épingles.
- Le Ciseleur et tous les artistes, tels que les armuriers, les arquebusiers, les éperonniers, les fourbisseurs, les graveurs en cachets, et généralement tous ceux qui se servent de ci— selets, portant en creux une tête qu’ils rendent ensuite en relief sur le métal, par un coup de marteau, désignent cet outil par le nom de masque. Ces sortes de poinçons sont courts, et sont faits d’un morceau d’excellent acier ; ils sont gravés en creux , et représentent des têtes d’hommes et d’animaux, selon le goût ou le caprice du graveur. Ces sortes de poinçons gravés en creux , ne servent que pour former des reliefs ; mais on en fait aussi qui sont en relief, et qu’on emploie lorsqu’on grave en creux. C’est avec les poinçons en relief qu’on grave les poinçons en creux. Ils portent les uns et les autres le nom de masques.
- Le Peintre , le Sculpteur , emploient aussi le mot masque
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- i68 MASSEPAINS.
- pour désigner des figures sans corps, dont ils ornent quelquefois leurs ouvrages. Par exemple , dans un tableau dont le sujet représente une grande quantité de personnes, celles qui sont sur le premier et le second plan, cachent le corps de celles qui sont sur les plans reculés , on n’en peut voir que la tête ; alors on dit : on nJen voit que le masque.
- Cet article était terminé lorsqu’on nous a montré un masque de déguisement fait en toile métallique moulée , par le même procédé qu’on emploie pour mouler les couvre-plats , si ingénieusement inventés pour mettre les alimens à l’abri des mouches et autres insectes, sans les priver de l’influence de l’air et de la lumière. Cette toile métallique est ensuite recouverte d’une peinture qui ne peut jamais imiter la nature, à cause du tissu métallique qui se fait sentir à l’œil et au tact. Ces sortes de masques seront sans doute plus solides que les autres, mais ils sont infiniment plus lourds, et doivent être beaucoup plus chers. Nous ne pensons pas qu’ils puissent jamais entrer en concurrence avec les masques de la fabrique de M. Chol, qui sont portés à une grande perfection, qui sont d’une légèreté étonnante, et d’une assez grande solidité pour l’objet auquel ils sont destinés. L.
- MASSEPAINS ( Technologie). Ce sont des espèces de petits biscuits faits de pâte d’amande et de sucre , auxquels on donne le plus souvent une forme ronde comme un petit pain, d’où leur est venu le nom par lequel on les désigne. Yoici la manière de les préparer.
- On prend une livre (o,4go grammes) d’amandes, qu’on débarrasse de leur pellicule en les jetant dans l’eau bouillante, et, après les y avoir laissées quelques minutes, on les pèle par la seule pression entre les doigts, et on les jette dans l’eau froide au fur et à mesure qu’on les pèle. On pile les amandes dans un mortier de marbre, on y ajoute douze onces (0,367 grammes) de sucre, et l’on continue à piler jusqu’à ce que le tout soit réduit en pâte fine. On fait fondre dans une casserole un peu de sucre dans trois cuillerées d’eau de fleur d’orange ; lorsque le sucre est fondu , on y incorpore les
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- MASSICOT. 169
- amandes et un quarteron (0,122 grammes) de marmelade d’abricots. Lorsque le mélange est bien fait, on le met sur le feu, en remuant toujours, jusqu’à ce que la pâte soit bien formée ; on la met alors sur une table saupoudrée de sucre pilé, on la laisse refroidir, et on l’étend ensuite avec le rouleau. On découpe alors la pâte dans la forme qu’on désire ; on met ces découpures sur des feuilles de papier , on les glace , soit avec un mélange de parties égales de sucre et de farine , soit en les trempant dans du blanc d’œuf battu et les roulant dans le sucre en poudre. On les fait cuire à une chaleur douce dans un four peu chaud, ou dans un four de campagne.
- On fait aussi des massepains sans marmelade ; alors on ajoute un huitième d’amandes amères, qu’on pèle de la même manière que les douces, et Ton met autant de sucre que d’amandes, L.
- MASSICOT {Arts chimiques). Protoxide de plomb jaune, formé de 100 parties de ce métal et de 7,7 d’oxigène. C’est le seul oxide de plomb qui soit susceptible de se combiner aux acides et de former des sels ; il ne diffère de la Litharge {W. ce mot ) que parce que celle-ci, qui se combine également bien aux acides , a éprouvé une demi-vitrification. Ou pourrait donc se procurer le protoxide jaune de plomb en le séparant des sels de ce métal par les alcalis caustiques : mais le procédé le plus usité dans les Arts pour préparer le massicot, consiste à convertir directement le plomb en cet oxide, par le contact simultané de l’air et de la chaleur.
- Pour la préparation du massicot, on se sert d’un grand fourneau à réverbère, dont Taire est légèrement concave j us-qu’à son centre, et dont les bords sont presque planes : on y place le plomb , qu’on y entretient fondu, à l’aide d’un foyer situé au-dessous de Taire. Le surface du métal éprouvant un commencement d’oxidation, se convertit en une pellicule que Ton retire sur les bords au moyen d’un ringard; il se forme bientôt et successivement d’autres pellicules , qu’on sépare de la même manière, jusqu’à ce que la totalité du plomb soit réduit en pellicules. A cette époque , on augmente
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- .170 ' MASTIC.
- le feu jusqu’au rouge-brun, pour achever l’oxidation des pellicules et les amener, pour la plus grande partie , à l’e'tat de protoxide jaune. Quand la matière a acquis cette couleur, on la fait tomber sur le plancher de l’atelier, et on la refroidit en l’arrosant avec de l’eau; mais comme elle contient encore une certaine quantité de plomb métallique qui a échappé à l’oxidation, et qu’il faut séparer avec soin de la portion oxidée, on triture la matière , puis on l’agite dans des tonneaux remplis d’eau. Le plomb métallique se dépose en raison de sa pesanteur, tandis que le protoxide reste en suspension dans l’eau, que l’on décante avec promptitude. Pour mieux diviser le protoxide ou massicot, et le rendre plus propre aux usages auxquels on le destine , on le broie sous la meule avec de l’eau, puis on le délaie dans ce liquide et on le laisse déposer. On doit surtout prendre le massicot réduit à un grand état de ténuité, quand on a pour objet de le convertir en deutoxide. ( V. l’article Minium. )
- On faisait autrefois un grand usage du massicot pour la peinture à l’huile, notamment pour peindre les carrosses en jaune ; aujourd’hui on lui substitue avec avantage le chromate de plomb, dont la couleur est plus vive, plus intense, et dont les nuances sont plus variées.
- Il existe un minerai de plomb auquel les minéralogistes ont donné le nom de massicot, parce que sa couleur se rapproche de celle du protoxide artificiel. Ce minerai est jaune , ordinairement sous forme pulvérulente ; mais il paraît être un carbonate de plomb natif, plutôt qu’un oxide de ce métal.
- MASTIC. Ce mot, qui nous paraît d’origine française, désigne un composé pâteux , ductile, employé pour clore des joints, s’opposer au passage ou à l’action des gaz ou des liquides.
- Les mastics sont en quelque sorte intermédiaires entre les Lots et les Mortiers , et souvent ont des applications semblables à celles de ces dernières substances.
- Nous décrirons successivement les mastics employés concur-
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- MASTIC. 171
- remment avec les luts dans les laboratoires et dans les fabriques, pour fermer les jonctions d’appareils, de chaudières , etc. ; le mastic de vitrier; et nous terminerons cet article en indiquant la préparation et les emplois des mastics usite's dans les constructions diverses.
- Mastic de limaille de fer. Il se compose de limaille de fer bien propre et non oxide'e , ou tournure de fonte douce pilée. de fleur de soufre exempte de corps étrangers, et de sel ammoniac ( muriate ou hydrochlorate d’ammoniaque) en poudre, dans les proportions suivantes en poids :
- Limaille.................. 5o parties.
- Soufre................... 2
- Sel ammoniac............... 1
- On mélange bien exactement ces matières dans un mortier, on
- y ajoute la quantité d’eau nécessaire pour que le tout soit humecté , et on l’emploie aussitôt.
- Ce mastic , ainsi préparé au moment d’en faire usage , -est introduit avec force entre les joints des chaudières ou ajutages en fonte ou en tôle , on l’y comprime à l’aide d’une chasse ou ciseau à matter, qu’on enfonce à petits coups de marteau.
- Il se forme entre les particules de ce mélange un sulfure de fer qui produit une très grande dureté et un gonflement qui remplit très bien tout le vide entre les pièces ajustées : aussi peut-on , avec ce mastic , boucher hermétiquement les joints très ouverts des tubes, ajutages, bouilleurs, et des chaudières à vapeur.
- Pour les pièces en fer que l’on boulonne sur des cylindres, tubes ou chaudières, qui doivent être chauffés à la température rouge , on se sert d’un mastic composé de :
- Limaille.................... 4 parties.
- Glaise non pyriteuse.........2
- Ciment de tessons............1
- On délaie le tout en pâte consistante, avec une solution saturée de sel marin. Ce mastic, interposé entre les pièces et
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- rp MASTIC.
- serré fortement, résiste bien et devient aussi dur presque que la fonte.
- Mastic pour les garnitures métalliques.
- Résine sèche (arcanson), en poids.. 5 parties.
- Cire jaune, id. . i
- Ocre rouge ( peroxide de fer alum.). i
- On fait chauffer l’ocre très divisé, afin de le dessécher complètement , et on l’introduit par portions dans le mélange de cire et de résine fondues ensemble ; on remue en maintenant sur le feu jusqu’à ce qu’il ne se forme plus d’écume ; on laisse alors refroidir en agitant sans cesse, afin de tenir en suspension les parties pulvérulentes. Ce mastic sert, comme plusieurs autres, à fixer les ajutages et fermer hermétiquement les joints. A cet effet, il faut le faire chauffer jusqu’au point de le ramollir suffisamment, et l’appliquer sur les objets également chauffés d’avance , afin de les priver d’humidité. Cette sorte de scellement est très solide , et convient aux appareils pneumatiques et à d’autres qui ne doivent pas être exposés à une température plus élevée que celle de l’atmosphère.
- Mastic de cire jaune. La cire jaune , fondue et mélangée avec un dixième de son poids de térébenthine commune , peut servir de mastic pour couvrir les bouchons ou fermer les joints d’appareils qui dégagent des vapeurs acides, à la température ordinaire ; on l’emploie aussi à enduire l’intérieur des vases en bois que l’on veut préserver de l’action des acides faibles.
- Pour faire usage de ce mastic, il suffit de le faire chauffer légèrement, et de l’appliquer sur des corps soigneusement desséchés.
- Mastic mou. On nomme ainsi un mélange fait à chaud, de cire jaune, 2 parties; térébenthine, 1 partie; et rouge de Venise, quantité suffisante pour le colorer.
- Cette composition refroidie prend une consistance assez ferme ; mais elle s’amollit suffisamment entre les doigts pour être étendue sans peine sur les joints à luter.
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- Le mastic mou est fort commode toutes les fois que, l’ayant sous la main, il s’agit d’arrêter promptement une fuite ; il est préférable aux autres dans les circonstances où l’appareil dont il lute les parties doit être transporté, car il cède sans se rompre à des mouvemens qui détacheraient ou feraient fendre la plupart des mastics même les plus adhérens. On se sert avec beaucoup d’avantage du mastic mou pour recouvrir les bouchons des flacons contenant du gaz ou divers liquides ; il conserve beaucoup d’adhérence, et n’est pas sujet à se briser par les chocs , comme la cire à cacheter.
- On doit s’assurer que les parties sur lesquelles on veut appliquer ce mastic sont exemptes d’humidité ; on les essuie avec du papier non collé bien sec, ou du linge. Il est très convenable de soutenir les bourrelets qu’on forme sur les bouchons avec ce mastic, en les enveloppant d’une vessie ou morceau de parchemin assoupli à l’humidité, et ficelant le tout fortement avec de la petite ficelle.
- Mastic de vitrier. On prépare ce mastic en faisant dessécher au feu de la craie ou blanc d’Espagne en poudre , et malaxant à la spatule sur une table en marbre cette substance, avec une quantité suffisante d’huile de lin pour former une pâte consistante , mais ductile.
- L’huile de lin doit avoir été rendue préalablement un peu siccative par l’ébullition, avec un ou deux centièmes de massicot ou de litharge pulvérisée (oxide de plomb). On ne doit préparer le mastic de vitrier qu’en faible provision , afin d’éviter qu’il ne s’altère avant son emploi : on le préserve du contact de l’air en l’enfermant dans des pots et le couvrant d’une légère couche d’huile de lin ; les vitriers , dans le même but, le portent enveloppé dans un morceau de cuir souple.
- Chacun sait comment les vitriers appliquent le mastic pour sceller les joints des encadremens dans lesquels ils ajustent les carreaux de vitre. On fait encore usage de ce mastic pour reboucher les fentes, cavités, trous de chevilles et clous enfoncés , etc. , avant de peindre à l’huile diverses boiseries. Cette matière plastique peut en outre servir à obtenir certaines
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- empreintes, à intercepter toute issue entre les brides des ajutages , luter les jonctions des tubes, etc.
- Mastic des fontainiers. Il se compose de résine privée d’eau (dite dans le commerce arcanson ) et de ciment de brique parfaitement sec, dans les proportions suivantes :
- Résine.......................... i
- Ciment.......................... 2
- On fait fondre la résine dans une marmite en fonte, sur le feu, et dès que la liquéfaction est complète, on y ajoute par petites quantités le ciment, bien desséché d’avance et encore chaud ; on opère le mélange bien intimement en remuant avec une spatule , puis on en forme des pains arrondis , en le puisant avec une cuillère en fer et le posant par portions séparées sur une plaque en fonte ou en tôle , unie et huilée.
- On emploie ce mastic pour sceller les robinets des fontaines, assembler et lier fortement les tuyaux en grès , etc. On doit, pour s’en servir, le concasser en petits morceaux, le faire fondre dans une cuillère ou marmite en fer, en le remuant sans cesse, et l’employer dès qu’il est amené, parla chaleur, à la consistance de pâte molle. Les objets sur lesquels on l’applique doivent être exempts d’humidité et débarrassés de toute poussière , afin de faciliter l’adhérence. On se sert d’un fer chaud pour étendre ou modifier les formes de l’espèce de soudure en mastic de fontainiers.
- Mastic de Dihl. Ce mastic se compose d’huile de lin cuite (dans laquelle on a fait dissoudre de l’oxide de plomb ) et de ciment de terre à porcelaine en poudre fine, en quantité suffisante pour donner au mélange une consistance plastique assez forte.
- On peut employer du ciment de briques , de tessons de poteries de grès, d’argile calcinée , etc., dans la composition de ce mastic, lorsque la teinte de ces matériaux n’est pas nuisible à l’aspect qu’on se propose d’obtenir.
- Le mastic de Dihl à ciment blanc acquiert une nuance de pierre très convenable pour les rejointemens des dalles,
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- pierres de taille, dans les endroits exposés à la vue. Pour que cette application réussisse bien , il est nécessaire de nettoyer complètement les joints ; on y applique promptement à la truelle le mastic, en le comprimant le plus qu’on peut, et le lissant aussitôt. S’il s’opère des fissures parle dessèchement, on les rebouche avec du mastic nouveau, puis on lisse en comprimant à la truelle.
- On a fait usage du même mastic avec succès pour imprimer d’une première couche les bois exposés à l’air, et surtout leurs joints : à cet effet on doit le délayer dans l’huile de lin siccative mêlée d’essence, et s’en servir comme d’une peinture à l’huile ordinaire.
- M. Dihl a pris un brevet d’invention pour appliquer ce mastic sur des toiles métalliques à larges mailles ; les plateaux ainsi formés peuvent être cloués sur des terrasses , puis réunis par du mastic introduit dans les joints. Cette méthode , employée pour doubler des bassins , couvrir des auvents, etc., est moins sujette aux inconvéniens des fissures que l’application immédiate du mastic sur les bois, le plâtre , les pierres ; mais elle n’en est pas absolument exempte, et devient tout aussi dispendieuse que les doublages en plomb.
- Mastic des sauvages. Le mastic dont les sauvages de la Nouvelle-Hollande se servent pour fixer la pierre de leurs haches est composé, d’après l’analyse qu’en a faite M. Lau-•gier en 1810, de résine jaune, 49 parties; sable pur, 37 ; oxide de fer , 7 ; et chaux , 3 : il est fort dur, et diffère peu, comme on le voit, de plusieurs mastics résineux employés en France.
- Mastic pour les bouteilles. Le mastic bitumineux dont nous parlerons plus loin , mêlé à chaud avec un poids égal au sien de bitume épuré ( dit b rai minéral ) , forme une excellente composition pour cacheter les bouteilles. La couleur noire de ce mastic ne convient pas à toutes les habitudes : ainsi on la préfère pour les vins à cachets noirs, les bouteilles d’encre, de cirage , etc. ; mais pour différens autres vins, liqueurs , etc., on veut de la cire ou mastic jaunâtre, demi-transparent ou
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- rougeâtre, plus ou moins fonce', ou jaunâtre, etc. Un mélange de io parties de résine (arcanson) pour une de cire, donne le premier ; en y ajoutant plus ou moins d’ocre rouge ou d’ocre jaune, on obtient le second ouïe troisième. On sait que pour faire usage de toutes ces compositions , il suffit de les fondre par la chaleur , d’y plonger le bouchon et la partie supérieure du goulot de la bouteille, essuyé préalablement avec un linge sec, puis d’opérer un mouvement de rotation en retirant la bouteille, et dans une position horizontale, afin que le mastic qui se fige forme un bourrelet régulier autour du bouchon.
- Mastic bitumineux. L’importance acquise depuis plusieurs années aux emplois de ce produit, nous engage à entrer dans quelques détails à son égard, relativement à l’extraction du bitume et à sa préparation.
- Le bitume minéral que l’on emploie dans la composition de ce mastic, se tire de plusieurs mines en France, et notamment de celles dites de rObsann (Bas-Rhin), du Parc (département de l’Ain ), du Puy-de- la-Poix ( département du Puy-de-Dôme ) (i). On peut appliquer au même usage le bitume extrait de la houille et préparé par les procédés que nous décrirons plus bas.
- Les détails que nous allons donner sur la préparation et les emplois du mastic bitumineux, sont extraits d’un Mémoire spécial que nous avons été chargé de rédiger au nom des Co-
- (i) V. les détails de son extraction et la manière de l’épurer, à l’article Bitume.
- Les bitumes mine'raux peuvent être divisés en quatre sortes principales: i®. bitume liquide ; 2°. bitume glutineux ; 3°. bitume de Judée; 4°* bitume élastique.
- Le bitume liquide comprend deux sous-variétés : i°. bitume blanc jaunâtre, désigné communément sous les noms de naphte, huile de pétrole rectifiée , très fluide , volatile, d’une odeur forte ; il s’enflamme aisément et brûle avec rapidité; son poids spécifique est d’environ o,836; il se trouve à Fétat natif, et s’extrait de divers mélanges bitumineux par la distillation; a0, le bitume brun noirâtre, à consistance épaisse; son poids spécifique est d’environ o,854; il s’enflamme difficilement.
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- mités des Arts chimiques, économiques et d’Agriculture de la Société d’Encouragement.
- Préparation du mastic bitumineux. Dans les deux localités où sont les exploitations les plus considérables de bitume glutineux , on trouve, à proximité, un calcaire imprégné de bitume propre à la fabrication du mastic ; on le fait dessécher fortement , après l’avoir concassé en petits morceaux , puis on le broie en poudre fine , on le tamise et on le délaie à chaud dans le cinquième, environ, de son poids d’asphalte fondu, On doit ajouter le calcaire par petites portions et en remuant sans cesse à l’aide d’une forte spatule ou ringard en fer, afin que le mélange soit bien intime et qu’aucune des parties ne se détériore ou se carbonise par une trop grande élévation de la température.
- Dès que l’espèce de pâte ainsi préparée est bien homogène , on la puise à l’aide d’une cuillère en fer, et on la porte dans des moules rectangulaires à clavettes , assujettis sur une sorte de chantier en planches dressées, recouvertes de forte tôle. ( V- la fig. 4 de la PI. 44- )
- Les parois de ces moules doivent être préalablement enduites d’une légère couche de mortier de terre et d’eau, afin de prévenir l’adhérence que pourrait contracter avec elles le pain de mastic.
- On laisse refroidir le mastic complètement, on démonte les côtés des moules , et l’on enlève au moyen d’un ringard
- Le bitume glutineux se nomme aussi malthe pisasphalte, c’est celui dont les emplois sont les pins importans, et qui entre dans la composition du mastic bitumineux. Il est très consistant à la température ordinaire, un peu ductile, adhérant à chaud à tous les corps non polis qui ne sont ni gras ni humides à leur surface; il est insoluble dans l’eau , susceptible de s’unir aux résines, aux huiles fixes et volatiles. Cette variété' se rapporte aux produits des mines ci-dessus désignées.
- Le bitume de Judée est dur, sec, cassant ;ne s’exploite pas, à l’état natif, en France.
- Le bitume Élastique, ou caout-chouc minéral, n’a été rencontré qu’en Angleterre. V. Bitumes.
- Tome XIII.
- 1a
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- l'jS MASTIC.
- le parallélépipède solide, toujours plus ou moins adhérent à la tôle.
- Les pains de mastic ont communément 18 pouces de longueur , 12 de largeur et 4 d’épaisseur ; ils pèsent de 3i à 34 kilogrammes.
- On peut remplacer, dans la composition de ce mastic, une partie du bitume glutineux minéral, par le goudron de houille épuré , et le calcaire bitumineux par un mélange de craie tamisée et de ciment ou pouzzolane broyé.
- Le goudron de houille s’épure en lui enlevant, par des lavages, la plus grande partie des acétate, hydrosulfate et sous - carbonate d’ammoniaque qu’il renferme, puis le dépouillant de l’eau et de la plus grande partie de l’huile essentielle qu’il retient, par l’ébullition dans une chaudière munie d’un couvercle et d’un réfrigérant, afin de condenser les vapeurs. Lorsque le bitume de houille est ainsi épuré et amené à l’état de consistance ferme et légèrement élastique, qu’on reconnaît en en versant un peu dans l’eau fraîche, on le fait écouler dans une chaudière en fonte non couverte , et l’on y ajoute environ un poids égal d’asphalte, puis successivement, et par petites portions, un mélange de craie et de ciment en poudre très fine et complètement sèche ; on termine l’opération comme nous l’avons dit ci-dessus.
- Emplois du mastic-bitume. Le mastic dont nous venons de décrire la préparation est expédié en pains , et s’applique à un assez grand nombre d’usages ; il présente surtout des avantages marqués dans les constructions suivantes :
- TerrassesàVItalienne, auvens, balcons, rejointoiement des dalles, scellement des barres de fer, enduits des chappes de voûte et des plalelages des ponts, chaperons des murs, briques mastiquées au haut des cheminées, réservoirs èCeau, caves cilernées, aqueducs, conduites des jardins, lavoirs de laine, carrelages des salles de bains, enduits sous les parquets, silos pour conserver les grains, fosses d’aisance.
- Nous indiquons ci-après les ustensiles les plus commodes pour les applications du mastic ; on pourra substituer tous
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- autres analogues lorsque, n’ayant pas de travaux suivis à exécuter, on ne voudra pas faire les frais d’achat de l’assortiment ci-après, tandis que pour se livrer à des travaux im-portans, il est indispensable de se procurer plusieurs séries de ces outils (i).
- i°. Une chaudière en forte tôle A (fig. 5, PI. 44 ), garnie de deux anses b et munie d’un couvercle c.
- 2°. Un fourneau portatif en tôle (fig. 6) garni [intérieurement d’un foyer mobile B et d’une grille C, sur lequel la
- (i) On trouve, à la fabrique que M. Payen a fondée à Grenelle , ainsi que dans ses de'pôts de Paris, les produits bitumineux et les divers ustensiles convenables pour leur emploi, aux prix suivans. On peut également s’y procurer, par demandes écrites, des entrepreneurs et ouvriers qui exécutent tous les travaux auxquels l’application de ces produits peut donner lieu : Mastic minéral (dit bitume) pour terrasses, etc., les too kilogr. .. 22A
- Brai gras minéral de bitume pour la marine...................... 3a »
- Goudron minéral ou bitume liquide pour id....................... 22 »
- Huile de bitume brute pour peinture commune.................... 3o »
- — essentielle rectifiée pour id. fine........................... 5o »
- Graisse d’asphalte, première qualité, pour les voitures, les machines , etc................................................... yo »
- Graisse d’asphalte, deuxième qualité, pour les voitures, les machines , etc................................................... 60 »
- Bitume siccatif hydrofuge, applicable sur toile, bois , etc.....60 »
- Vernis noir solide, pour ferrures, cartonnages, etc............. 5o »
- Couleurs bitumineuses bydrofuges.
- Blanc et gris, n° t, le kilogramme
- Id., n° 2 OO
- Id., n» 3 30
- Jaune badigeon ». 10
- Id., pierre 00 9°
- Rouge et marron, n° i
- Id. id., n°2 90
- Id. id., n« 3.
- Id., n® 2 20
- Id., n» 3 Go 4o
- Vert pour persiennes, volets et treillages, n° i ,
- Id. id.. a® 4 5o
- 12. .
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- chaudière ci-dessus se repose par ses bords supérieurs, laissant un intervalle entre ses parois late'rales , pour passer les produits de la combustion. Un tuyau D sert de cheminée , dont on dirige la fumée dans le sens le pins convenable, à l’aide d’un coude E.
- 3°. Deux fortes spatules ( fig. 7 ) ou ringards larges en fer , à tige arrondie, terminés d’un bout par une poignée sphérique a, et de l’autre par une lame b épaisse, à tranchant aciéré et biseau double et court.
- Vert pour persiennes, volets et treillages, no 3................... 2 5o
- Id. id., n° 4.................... 2 »
- Id. id., n°5....................... 1 20
- Bleu, lilas, violet................................................ 2 »
- Noir, n° ......................................................... I 20
- Id., n° 2......................................;................. » 5o
- TARIF DU PRIX DES TRAVAUX. Pour la toise carrée.
- 2Tota. Divers travaux, tels que caniveaux, rigoles, voûtes de caves citernées, se font à des prix variables ; la durée de tous ces ouvrages eu bitume est garantie pour dix années t moyennant une indemnité de 5o centimes la toise par an.
- 1 Épaisseur ! mastic pour terrasses. Prix en mastic seul. Contre-mur de 4 pouces en mastic et briques. Contre-mur de 2 pouces en mastic et briques. Carrelage en mastic et carreaux.
- 3 lignes. 20 francs. En briques En briques En carr. de
- depays,63f. depays,36f. pavs,3Sf,5o
- 4 a5 En briques En briques En carr. de
- de Bourgo- de Bourgo- Bourgogne,
- gne, ;of. gne, 3gf,45 3gf,i5.
- 5 3o
- G 35
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- MASTIC.
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- . 4°. Deux grandes cuillères ou puisoirs en fer (fig. 8).
- 5°. Une marmite en fonte (fig. g ) pour transporter le mastic fondu à certaines distances, ou d’un étage à l’autre.
- 6°. Trois fers à souder et à aplanir a ( fig. i o ) , d’environ 8 pouces de long, 2 de large et un d’épaisseur , formant une seule pièce avec leur queue b, c , relevée sous un angle d’environ 45 degrés, et emmanchés d’une tige en bois d,e.
- 7°. Fers semblables (fig. 11 ) , mais beaucoup plus petits, arrondis par-dessous pour unir ou réparer les joints de briques , dalles , etc. , cimentés en mastic.
- 8°. Quelques réglettes en fer de longueurs assorties , depuis 6 pieds jusqu’à 2, de i5 à 18 lignes de largeur , et d’une épaisseur de 3 à 6 lignes, suivant celle qu’on veut donner à la couche de mastic.
- g°. Une règle en bois dur, pour étendre et dresser le mastic coulant.
- io°. Une spatule (fig. 12) pour le même usage.
- n°. Un crible en canevas de fer, pour tamiser et répandre le sable.
- i2°. Une capsule en fonte ou en tôle (fig. i3), pour faire dessécher et chauffer le sable.
- i3°. Un couteau solide, à lame épaisse et large , fig. if\.
- 4°. Une hache.
- i5°. Un balai, etc.
- Terrasses en mastic minéral.
- Le plancher d’une terrasse doit être couvert d’une couchede plâtre ou de mortier, de 8 lignes au moins d’épaisseur, et avoir une inclinaison régulière de 18 lignes à 2 pouces par toise.
- Le mastic pèse environ 72 kilogrammes, ou 44 livres, le pied cube.
- Il faut en couler une épaisseur de 4 à 6 lignes sur une terrasse ; on attend , autant que possible, que l’aire en mortier soit bien sèche pour en faire l’application. On peut néanmoins procéder à cette opération, quoiqu’il y ait encore
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- de l'humidité', en prenant les pre'cautions qui vont être ci-après indiquées.
- Fusion du mastic.
- On opère cette fusion dans la chaudière ( n° i). Le mastic doit être brisé en très petits morceaux, et il ne faut pas remplir la chaudière tout-à-la-fois , mais en ajouter peu à peu au fur et à mesure que la fonte a lieu ; on doit faire un feu vif et soutenu, et brasser fréquemment à l’aide de la spatule (n° 2), soit pour accélérer la fusion, soit pour empêcher le mastic de s’attacher et de se calciner au fond de la chaudière.
- On dispose le foyer du fourneau de manière à ce que la flamme ne puisse pas atteindre le bord de la chaudière , afin d’éviter que le feu ne s’y mette ; cependant si cela arrivait, il suffirait de bien couvrir la chaudière pour l’éteindre. Il faut bien se garder surtout d’y jeter de l’eau. Il ne doit rester entre l’aire en plâtre et le mastic aucun corps détaché ni la moindre poussière ; on les fait disparaître au moyen du soufflet (n0i4).
- Les règles ( n° 6 ) destinées à contenir le mastic seront placées en ligne droite , parallèlement au côté inférieur de la terrasse , et à 2 pieds de distance du bord. Ces règles doivent être assujetties sur l’aire par le moyen de quelques poids ou lingots en fonte, dont on aura soin de les charger.
- Mastic à une seule couche, appliqué immédiatement sur l3aire en plâtre (celle-ci doit être parfaitement sèche, afin d’éviter les soufflures).
- Tout étant disposé comme nous venons de le dire, et la fusion complètement opérée, on procédera alors au coulage. Le mastic sera transporté par le moyen du vase ( n° 4) ; on le versera dans le cadre et on l’y étendra avec la plus grande célérité, en ayant soin de le bien niveler à la hauteur des règles. Il faut se servir pour cela des spatules ( n° 7 ) et d’une réglette que l’on fait glisser transversalement sur les deux règles fixes, parallèles.
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- Dès que la couche se trouve bien nivelée, et qu’on n’a plus à y toucher, il faut, pendant que le mastic est encore fluide, le recouvrir, par le moyen du crible, d’une légère couche de sable chaud et sec, qu’on aura préparé dans la marmite (n° 9).
- Lorsque la première table se trouvera ainsi formée , et que le mastic aura acquis une certaine consistance , il faudra détacher les règles qui se trouveront collées contre le mastic, mais dont il sera facile de les séparer avec la lame du couteau (n“ to). Une seconde table sera coulée ensuite de la même manière, et l’on continuera ainsi jusqu’à la fin.
- Toutes les tables se trouveront, sans aucun doute , parfaitement soudées entre elles , mais il restera néanmoins sur les coutures des inégalités ou des aspérités qu’il faudra faire disparaître en y passant le fer (n° 5). Ce fer doit être chaud, mais jamais jusqu’au point de pouvoir brûler le mastic, ce serait un inconvénient très grave : cette circonstance se manifeste toujours par une fumée épaisse, abondante, plus ou moins jaunâtre, fuligineuse.
- Si, avant de couler le mastic , on veut passer sur la terrasse une légère couche, à la brosse, de bitume chaud concentré, ce sera une garantie de plus de la solidité de l’ouvrage. On peut encore obtenir un degré de perfection, en passant une couche de ce brai minéral par-dessus le mastic , et le couvrant aussitôt avec du sable chaud.
- Mastic à deux couches d’égale épaisseur, pouvant être appliqué immédiatement après l’enduit en plâtre.
- Cette méthode est touj ours préférable à la précédente, parce que la seconde couche fait entièrement disparaître les soufflures que l’humidité occasione quelquefois dans la première ; on aura soin, seulement, d’éviter que les deux coutures ou les joints se rencontrent l’un sur l’autre, et de ne couler la seconde couche que lorsque la première sera entièrement froide.
- Mastic sur toile.
- L’usage de la toile empêche toutes espèces de soufflures,.
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- même en appliquant le mastic en une seule couche , mais nous re'pe'tons encore que deux couches sont toujours préférables ; il faut employer pour cela de la grosse toile commune enduite de brai ou de peinture au bitume, du côte' où elle repose sur l’aire, afin de la préserver des effets de l’humidité ; la bien étendre sur Taire, et l’y fixer par une assez grande quantité de petits clous.
- A défaut de toile, on peut employer du gros papier gris, pour prévenir les soufflures. Il est convenable de le rendre adhérent à Taire au moyen d’un enduit de brai bitumineux appliqué à l’instant.
- Il est toujours avantageux de border les terrasses avec une rangée de briques cimentées à chaud en mastic bitumineux.
- Mastic et carreaux.
- Rien n’approche de la solidité de ce mode de construction.
- Il faut appliquer d’abord, sur toute la surface de Taire, une couche de mastic épaisse d’environ 2 lignes, puis en couler ensuite une autre couche de la même épaisseur, sur laquelle le carrelage sera immédiatement établi ; il est utile que cette seconde couche ne soit coulée qu’au fur et à mesure que Ton place les carreaux, et de la même manière que si Ton employait du mortier ou du plâtre. Le mastic doit donc être très chaud et liquide, et les carreaux très secs et privés totalement dépoussiéré, par une forte friction, à l’aide d’une brosse ou d’un linge. Ces deux conditions sont d’absolue nécessité. Les carreaux carrés sont plus faciles à poser que ceux qui sont hexagones ; enduits après la pose d’une ou deux couches de peinture au bitume , ils sont encore plus solides.
- Les procédés que nous venons d’indiquer pour les terrasses seront en général les mêmes qu’il faudra suivre pour tous autres ouvrages analogues. On ne saurait mieux acquérir de l’habileté dans cette sorte de travaux , qu’en en faisant exécuter quelques-uns en sa présence par les ouvriers de l’entreprise.
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- Citernes, pièces d’eau, caves , fosses d’aisance, etc.
- Il faut établir au fond de la pièce une forte couche de bon mortier, fait, autant que possible, avec delà chaux hydraulique. Lorsque ce mortier sera sec, on le couvrira, comme nous l’avons déjà dit, de deux couches de mastic de l’épaisseur de 3 lignes au moins chacune ; et si l’on veut y ajouter un carrelage, comme celui des terrasses , l’ouvrage n’en sera que meilleur.
- Lorsque cette opération sera terminée, l’on élèvera contre les parois du bassin un petit contre-mur en bonnes briques de 4 pouces d’épaisseur , dans lequel, au lieu de ciment, il sera employé du mastic très chaud en une épaisseur de 2 lignes au moins dans tous les joints , même entre le mur principal et le contre-mur en briques. Les bavures qui sortiront par les joints du côté du parement, devront être étendues et appliquées contre ces mêmes joints, par le moyen d’un fer chaud d’un pouce de largeur, dans le genre de celui ( n° 5).
- Nous ferons observer de nouveau qu’il faut, de toute néces~-site, employer des briques bien sèches, débarrassées de tous corps détachés èt de poussière à leur surface , et que , sans ces précautions , les briques ne se lieraient point avec le mastic, et l’ouvrage pourrait être absolument manqué. Si les précautions indispensables sont prises, les briques sont tellement adhérentes , qu’il est impossible de les séparer sans les briser en éclats.
- Rejointoiement des dalles.
- Les joints de dalles doivent avoir au moins 6 lignes de largeur , et de 8 à g lignes de profondeur ; il faut les sécher et enlever entièrement, avec le soufflet, toute la poussière qui peut s'y trouver. Le mastic sera coulé tout bouillant dans l’ouverture des joints , et les bavures seront étendues ( ou enlevées s’il y en a trop ) avec le fer ( n° 5 ).
- Les chenaux pour les toits , les rigoles d’irrigation, etc.,
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- doivent être formés avec des cai’reaux, des briques de champ ou des tuiles concaves, dites faîtières, cimentés en mastic.
- Il est expressément recommandé de ne jamais mélanger avec le mastic ni huiles ni graisses ; mais comme il arrive quelquefois que le mastic se durcit trop et se dessèche , pour avoir été trop long-temps exposé sur le feu, il faut alors y ajouter seulement un peu de brai minéral, et il deviendra aussi coulant que dans son premier état.
- Afin de faire mieux apprécier les avantages des applications du mastic , nous donnerons le devis comparatif entre les frais de construction d’une couverture en tuiles , et ceux d’une terrasse en mastic, ou avec mastic et carreaux, pour un bâtiment de 36 pieds de long sur 24 de large, à Paris.
- TOIT A COMBLE ORDINAIRE ET A TROIS FERMES.
- Charpente pour une ferme.
- TJn tirant de 26 pieds 6 ponces de long et de 9 pouces sur
- 12 d’éearrissage, cubant............................... i8?‘‘ 2?** 61' -
- Deux arbale'triers de 6 pouces sur 11. Ensemble 3i pieds__ ri 7
- Une demi-ferme de 6 pouces snr 8, et de 8 pieds ’/,.......... 3 2 6
- Deux liens moisés, de 6 pouces sur 8. Ensemble 16 pieds. 5 4”
- Un poinçon de 6 pouces sur 7—10 pieds '/,.................... 3 1 6
- Deux jambettes de 6 pouces sur 6 — 10 pieds.................. 2 6 »
- 44 » »
- Pour les deux autres fermes...... 88 » »
- Ces trois fermes forment donc... i3a » »
- Deux sablières de 4 pouces sur 14 — 80 pieds............... 3i 1 6
- Pannes de 7 pouces sur 8—78 pieds........................... 3o 4 »
- Faîtage de 6 pouces sur 6 — 3g pieds......................... 9 8 3
- Total en pieds cubes........... 2o3 1 9
- Ce qui équivaut à 67 pièces 2 pieds, coûtant chacune I2f, ouvrées et posées........................................... 812/' ’
- Soixante-douze longueurs de chevrons de 17 pieds 3 pouces,
- ou 214 toises à 1/ ioc................................. 224 70
- Deux pignons en maçonnerie; 6 toises 2/î, à 25/........... 166 »
- 70
- A reporter..... 1,202
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- Report....... 1,202/' 70e*
- Quatre cheminées à exhausser, de 8 pieds chacune......... 160 »
- Quarante toises de couverture en tuiles, à i&f............. 64<> »
- Main-d’œuvre pour poser les chevrons, ouvrages de maçons,
- clous, etc................................................ 60 3o
- Soixante-douze pieds de chenaux en fer-blanc, fourniture et
- pose........................ .......................... 120 »
- Plancher sous le et
- Cent quarante-huît toises de chevrons, à
- 1/. ioc...............................
- Vingt-quatre dites bardeaux , à 5A , main-
- d’œuvre comprise......................
- Vingt-quatre dites carrelage, plâtre et façon,
- h 10 /................................
- Main-d’œuvre pour poser les chevrons , et menus frais..............................
- Prix total de la couverture en tuiles. F. 2,766 »
- F055 2,i83 »
- >mble.
- 162/* i5c*
- 585 »
- 240 »
- 60 85
- Terrasse du même bâtiment recouverte en mastic minéral.
- Trois poutres de 27 pieds chacune, et de 10 pouces sur 12,
- font 22 pièces 1 pied 6 pouces, à 8/................. 180 4°
- Trente longueurs de chevrons de 24 pieds, 120 toises à
- 1/. 10e................................................ i3a »
- Vingt-quatre toises, planches de bateaux, pour le plancher, à 5/. 5oc................................................... i32 «
- F. 444 " 4o
- Vingt-quatre toises, mortier de chaux, h pied d’épaisseur. 4§ »
- Main-d’œuvre pour placer les bois du plancher, clous, etc... 120 »
- Vingt-quatre toises mastic, à 4 ligues...................... 537 60
- Prix total de la couverture en mastic... F. i,i5o »
- Il y aurait donc une économie de...... 1,616 »
- F. 2,766 »
- Ce qui fait environ 58 pour ioo du capital employé et de l’intérêt annuel, qui serait d’autant diminué. On pourrait ajouter à ces avantages une économie considérable sur les frais de réparations, qui se trouvent presque entièrement annulés.
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- Même terrasse recouverte d’une couche de mastic de 4 lignes, et en outre carrelée avec les meilleurs carreaux de Bourgogne , qui seront, en partie, noyés dans Venduit bitumineux (i).
- DÉPENSES.
- Sauf les carreaux et la main-d’œuvre , les objets de de'pense de celle-ci seront les mêmes que pour la précédente ; nous pouvons donc en supprimer les détails.
- Bois, mastic et main-d’œuvre....*........ i,i5o/. »
- Vingt-quatre toises de carreaux poses.... 278 4°
- Prix total.....F. 1,428 4°
- Qui, compare avec les dépenses de la couverture en tuiles, offre encore une économie de.......................... 1,337 60
- F. 2,766 »
- ou environ 48 pour 100.
- On reconnaît que le mastic bitumineux est de bonne qualité , lorsque son grain est très fin, sa superficie d’un noir luisant, comme polie; qu’il fond sans bouillonner ; que des briques bien sèches et le'gèrement échauffées, rejointoyées avec cette matière, contractent une adhérence telle, qu’on les brise plutôt que de les séparer, etc. : de telles épreuves démontrent , jusqu’à l’évidence , l’extrême solidité des ouvrages cimentés en mastic de bitume.
- Mastic pour les décors en relief. Depuis 1806, on fabrique en France divers ornemens imitant les plus riches sculptures, à l’aide du moulage d’une composition plastique , formée principalement de carbonate de chaux, de colle-forte et de pâte à papier : on l’emploie principalement pour les décors en bas-reliefs, encadremens ou bordures dorées ; on l’a même appliqué, depuis quelques années, à confectionner des statues-( V. l’article Sculpture en mastic ou carton-pierre. ) P.
- (1) Une telle terrasse ne peut, sons aucun rapport, rien laissera désirer, et doit mériter les suffrages des gens de l’art et des personnes de bon gpût.
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- MATELAS, MATELASSIER. 189
- MAT DE COCAGNE. Dans les fêtes publiques, pour amuser le peuple , on plante un arbre de sapin qu’on nomme mât de Cocagne, dont la tige, éleve'e d’environ 5o pieds , unie et même suife'e, d’une grosseur de 10 à 12 pouces, porte à son sommet une couronne , sur le contour de laquelle on attache des prix de diffe'rentes valeurs, comme une montre , un couvert , un gobelet d’argent, que les concurrens doivent aller prendre sans employer, pour grimper, autre chose que la force musculaire de leurs bras et de leurs jambes. Les premiers qui cherchent à monter ne parviennent guère au-delà de 10 , 12 , i5 pieds , à cause de la graisse dont l’arbre est enduit ; ils s’e'puisent en vains efforts , ils retombent promptement : mais cela est profitable à ceux qui leur succèdent ; ils ôtent la graisse et saupoudrent de sable l’arbre, que les jouteurs parviennent enfin à escalader. C’est un exercice pe'nible à voir, mais qui amuse la multitude. E. M.
- MATELAS, MATELASSIER ( Technologie). On donne le nom de matelas à un long et large coussin qui occupe toute l’e'tendue du lit, et sur lequel on e'tend les draps ; il est formé d’une toile de coutil, de chanvre ou de coton, le plus souvent tissue à carreaux bleus et blancs ; quelquefois on emploie de la cotonnade blanche. Cette toile forme une espèce de sac aplati, qu’on remplit de laine cardée. Les matelas remplis de crin prennent le nom de sommiers. Les uns et les autres se font de la même manière , et par les mêmes ouvriers.
- Quelques personnes désignent mal à propos, par le même mot matelas , des sacs semblables remplis de plume ; elles se trompent, ceux-ci se nomment couettes ou lits de plume. Ils ne se fabriquent point de la même manière.
- Le matelassier est l’ouvrier qui construit les matelas. Ce sont le plus souvent les femmes qui s’occupent de ce travail • elles vont de maison en maison, soit pour faire des matelas neufs, soit pour rebattre et refaire les matelas qui, par un long usage, ont perdu leur élasticité. Elles portent avec elles tous les instrumens nécessaires : on leur fournit seulement la toile et la laine ou le crin.
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- I90 MATELAS, MATELASSIER.
- Pour bien construire un matelas, il faut monter la toile sur un me'tier, et la tendre selon la largeur et la longueur du lit pour lequel il est destiné.
- Ce métier est formé de quatre liteaux de chêne ou de noyer, de six à huit lignes ( i4 à 18 millimètres) d’épaisseur , et dont deux ont 5 pieds ( 16 décimètres) de long, largeur du plus grand lit, et les deux autres y pieds (23 décimètres) de long, longueur aussi du plus grand lit. Ces liteaux sont percés, dans le milieu de leur largeur , d’une multitude de trous également espacés à une distance d’environ deux pouces ( 6 centimètres) l’un de l’autre. De petits crochets en fer, capables de résister à une assez forte tension, sont implantés dans le milieu de l’épaisseur de ces liteaux, et ont la pointe tournée dans le même sens. Ces crochets sont espacés à trois pouces (8 centimètres) l’un de l’autre. On voit qu’à l’aide de ces quatre liteaux et de quatre clavettes en fer , on peut former facilement un cadre de la grandeur déterminée et d’une assez grande solidité pour soutenir l’ouvrage qu’on a à faire. Deux tréteaux sont suffisans pour soutenir ce métier à la hauteur convenable. On se sert quelquefois de deux ou de quatre chaises, pour y suppléer ; mais elles ne valent pas les tréteaux.
- Avant de parler de la manière de bâtir le matelas , il est indispensable d’indiquer comment on prépare la laine et le crin, afin de leur rendre l’élasticité qu’ils ont perdue.
- Les bons matelassiers, désireux de ne pas fatiguer la laine, et surtout de ne pas la briser parce qu’elle serait bientôt réduite en poussière, ne se contentent pas de la carder ; ils la battent , afin d’en séparer les brins qui se sont réunis par une sorte de feutrage. Pour y parvenir, ils étendent une claie d’osier sur les deux tréteaux, ils jettent la laine dessus , et avec une baguette de chaque main , ils la frappent jusqu’à ce qu’elle est bien ouverte. Cette méthode a le double avantage d’ouvrir parfaitement la laine en la défeutrant, comme nous venons de le dire, et d’en faire sortir toute la poussière qu’elle peut avoir ramassée, et qu’on trouve sous la claie.
- Après que la laine a été bien battue avec soin , on la carde,
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- MATELAS, MATELASSIER. 191
- non avec de petites cardes à main qui la de'chirent, mais avec de grosses cardes dont les dents sont longues et grosses, dont l’une est fixe sur le bout d’un banc appuyé contre le mur, et sur lequel le cardeur monte à califourchon, tandis qu’il tient l’autre carde à deux mains. En employant ce procédé, on n’éprouve presque pas de déchet, et la laine conserve longtemps l’élasticité qu’on lui a rendue.
- Il est étonnant qu’à Paris, où les Arts sont en général pra -tiqués avec perfection , on n’adopte pas le double moyen que nous venons d’indiquer , et que les matelassiers s’en tiennent toujours à leur ancienne pratique des petites cardes destructives de la laine , et qu’ils n’adoptent pas le battage , qui accélère beaucoup l’opération, et rend le cardage grossier, tel qu’on le pratique généralement dans le midi de la France, beaucoup plus prompt et d’un usage bien préférable sous tous les rapports.
- A l’Exposition des produits de l’industrie, au Louvre, en 1823 , on a vu une carde à matelas inventée par M. Cartier, rue du faubourg Saint-Denis, n° 21, à Paris. Elle était montée sur deux roues, afin de pouvoir la transporter facilement d’une maison à l’autre, pour y carder la laine des matelas des particuliers, et sous leurs yeux. Cette carde, construite sur le système des cardes mécaniques , se met en mouvement à l’aide d’une manivelle, et remplit parfaitement son but. Nous ne savons pas qu’on en ait construit plusieurs , et qu’est-ce qu’une seule carde pour une ville aussi populeuse que Paris?
- Lorsque la laine ou le crin sont cardés, on monte le métier ; pour cela on prend la largeur et la longueur du lit. On porte cette largeur sur les petits liteaux , en la mesurant sur la ligne des trous , on en fait autant pour la longueur, et l’on fixe les quatre liteaux à ces points par le moyen des quatre clavettes rondes en fer qui entrent tout-à-la-fois dans les deux trous des deux liteaux placés, en croix, l’un sur l’autre. Cette mesure donne un matelas plus court de quelques pouces en longueur et en largeur, que n’est le lit auquel il est destiné. Cela est nécessaire, parce que le matelas, au bout de quelques.
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- i<p MATELAS, MATELASSIER,
- jours, s’affaisse, qu’il augmente en longueur et en largeur, et devient par là de la grandeur ne'cessaire : sans cette précaution , le matelas , peu de temps après qu’il a e'té refait, serait trop long et trop large.
- La toile est préparée de manière que les deux parties qui doivent former le dessus et le dessous ne présentent qu’une seule pièce. On l’accroche par ses bords un peu doublés sur les crochets, on la tend bien en la tirant du côté où pend l’excédant de la toile qui doit recouvrir la laine, et l’on accroche au fur et à mesure de ce côté, on tend de même la toile par ses deux bouts, en l’accrochant de la même manière. On laisse pendre l’excédant sur le côté.
- On étend la laine ou le crin également sur la toile , en ayant l’attention d’en mettre un peu plus sur le milieu que vers les bords , parce que c’est dans cette partie qu’elle s’affaisse davantage. Alors on recouvre la laine avec la toile , et l’on tend celle-ci de la même manière qu’on a tendu la première, en repliant en dedans la toile excédante. On coud les deux toiles ensemble avec du gros fil de Bretagne , dans la longueur de chaque côté, en réservant les coins. Après cela on les pique, et l’on se sert pour cette opération d’une grande aiguille d’environ un pied ( 3 décimètres) de long, et de la bonne ficelle ; on serre fortement le point, qui est double ; et afin que la ficelle ne coupe pas la toile qui se trouve entre les deux points , on met dans cette partie, dessus et dessous , un petit tampon de laine qu’on a réservé. On fait ordinairement trois de ces piqûres de chaque côté au quart de la largeur du matelas , et deux dans le milieu, de manière que ces piqûres se trouvent disposées en quinconce.
- On achève ensuite la couture des coins en enfonçant les angles et formant là une petite couture verticale. Avant de faire la dernière de ces coutures, on y enferme le restant de la laine lorsqu’on en a trop réservé pour les piqûres. Le matelas est alors achevé.
- Nous avions entendu faire beaucoup d’éloges des matelas de mousse, et nous trouvant dans un pays où les forêts
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- MATEUR, MATOIR. 193
- étaient en grand nombre , nous voulûmes en faire l’essai, quoiqu’on n’en connût pas l’usage dans le pays. Vers le mois de septembre , nous allâmes ramasser, au pied des chênes et des hêtres, la mousse la plus douce et la plus longue que nous pûmes trouver ; après l’avoir laissée sécher à l’ombre, nous la fîmes battre sur une claie, afin d’en bien détacher la terre. J’en fis faire des matelas bien préférables aux matelas de lainè et infiniment plus économiques : non-seulemènt ils garantissent parfaitement des puces et des punaises, mais en les battant de temps à autre avec des baguettes, sans les de'coudre et en les plaçant sur une claie , ils reprennent leur première élasticité, et sont aussi mollets que quand ils étaient neufs. Nous nous en sommes servis pendant trois ans ; et en quittant cette ville, nous les cédâmes à un de nos amis , qui ne les a renouvelés que trois ans après, et qui nous a dit que la mousse aurait pu durer encore long-temps. Nous 11e saurions trop engager les personnes qui avoisinent les forêts , de mettre à profit ces expériences.
- Au mot Lits mécaniques (T. XII, page 383), nous avons parlé (article lits à vent ou à air) des matelas à vent. On doit consulter cet article pour en connaître la construction. L.
- MATEUR, MATOIR ( Technologie). On donne le nom de mateur à l’ouvrier qui, par un travail particulier , empêche les surfaces des métaux d’être brillantes , en formant sur elles une espèce de sablé, à l’aide d’instrumens qu’on nomme matoirs.
- Chez 1’Arquebusier , le matoir est un petit ciseau en acier qui n’est pas aigu ; il est bien trempé. Il sert à faire disparaître la raie que l’on aperçoit en regardant deux pièces de fer jointes et soudées ensemble , ce que l’ouvrier appelle malir. Pour cela , on met la pièce dans l’étau, et en frappant à petits coups avec le marteau sur la tête du matoir, on parvient facilement à matir la pièce, et par ce moyen à masquer ou cacher la jonction des deux pièces.
- Le Bijoutier a souvent besoin, dans ses ouvrages délicats, de faire paraître des ornemens polis ou brunis sur un fond Tome XIII. i3
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- 19! MATEÜR, MATOIR.
- mat, c’est-à-dire sur un fond sable' régulièrement, qui fait alors ressortir l’ornement, qui reste seul poli et se détache parfaitement. Pour cela, il polit ou brunit toute la pièce à l’endroit où doit se trouver l’ornement, ensuite il trace son dessin et matit tout le fond, en réservant seulement les places que doit occuper l’ornement. Pour cela , il frappe à petits coups de marteau, de même que l’arquebusier, dont nous venons de parler.
- La difficulté consiste dans la manière de faire les matoirs, car il en faut de plusieurs grandeurs différentes, et qui présentent tous le même grain de sablé. Pour y parvenir, on fait une matrice, dans un bloc de bon acier fondu, qui porte en creux le sablé que le matoir doit présenter en relief. On réserve , sur ce bloc, une petite place de 5 à 6 millimètres en carré , sur laquelle , à l’aide d’un pointeau bien aigu, et en acier trempé, on fait de petits points suffisamment profonds, très près les uns des autres, régulièrement et également espacés. On trempe aussitôt cette matrice, qu’on fait revenir couleur jaune pâle ; ensuite on prépare un bout d’acier fondu de 8 à io centimètres de long , qu’on lime par un bout, selon la forme qu’on veut donner à l’outil, en observant que le bout extrême soit bien plan , et après l’avoir fait bien recuire, on lui fait prendre par le bout, et à coups de marteau, l’empreinte de la matrice. Lorsqu’on est satisfait de cette empreinte, on le trempe , on le revient violet, et l’on s’en sert pour matir.
- Le Ciselecr , le Graveur , I’Oreèvre ex grosserie , etc. , se servent aussi dé matoirs, mais ils ne sont pas toujours faits par le procédé que nous venons de décrire.
- Les uns se servent de limes neuves plus ou moins douces; ils les placent à plat sur un bloc de plomb, afin de ne pas gâter la taille dé la lime , et, après avoir préparé le matoir de la même manière que nous venons de l’indiquer pour celui du bijoutier, ils prennent, à coups de marteau , l’empreinte de la taille sur le bout du matoir. Ils le trempent ensuite et le reviennent violet.
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- MATRICE.
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- Lorsque le matoir doit être à plus gros grain, on a un marteau dont la surface de la tête est taille'e en grains et bien trempe'e. Alors on met le matoir , préparé et bien recuit, dans l’étau , et l’on frappe avec le marteau la partie du matoir qui doit être sablée.
- On prend aussi quelquefois un matoir préparé avec de l’acier fondu et trempé ; on en casse le bout, et lorsque le grain de l’acier présente un sablé régulier, il se trouve naturellemen t préparé; on le revient violet, et l’on s’en sert ainsi.
- Enfin, lorsqu’on désire avoir un matoir qui présente un sablé plus rare et plus clair, on prend l’acier préparé et mou, et l’on frappe à coups de marteau sur un grès dur : on le trempe ensuite et on le revient violet. On obtient quelquefois, par ce dernier procédé, un mat qui est assez agréable.
- L’ouvrier adopte, selon les circonstances, celui des procédés que nous venons d’indiquer, afin d’approprier cet instrument aux ouvrages qu’il se propose d’exécuter.
- Quant à la manière de tremper ces instrumens et de les faire revenir ou recuire, V. notre article Acier (T. I, p i/ji et 149).
- On donne aussi le nom de mateur à l’ouvrier qui s’occupe de travailler les mâts des vaisseaux , selon les règles prescrites par la Marine , et qui les place sur les navires. L.
- MATRICE (J rts mécaniques). En général, on donne ce nom à tout ce qui sert à mouler, à façonner quelque chose, à faire des empreintes sur les métaux , les bois , etc. Les fondeurs de caractères d’imprimerie appellent matrice le moule dans lequel ils coulent ces caractères. ( T'A- Typographie , Caractères. ) Les graveurs de médailles ; des pièces de monnaie, appellent matrices les carrés d’acier fondu sur lesquels ils gravent ces médailles , ces pièces de monnaie. La médaille ou pièce de monnaie étant faite telle qu’on la désire , mais beaucoup plus épaisse et en acier fondu, le graveur la trempe avec toutes les précautions nécessaires pour qu’elle ne s’altère ni ne se déforme en aucune manière. {V. Trempe.) Alors, plaçant cette pièce sons un fort balancier, entre les deux
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- carrés dont nous avons parlé , qui sont aussi d’acier fondu, ayant leurs faces bien dressées et parallèles, et ces carrés étant chauffés au degré de rouge-cerise, on donne un ou plusieurs coups de balancier, jusqu’à ce qu’enfin l’empreinte des faces gravées sur les carrés soit parfaite : les deux matrices se trouvent ainsi formées, à quelques légères retouches près que le graveur y donne.
- Les graveurs de poinçons et de molettes, pour la gravure des cylindres et des planches à imprimer les toiles, le papier peint , nomment aussi matrices ces poinçons , ces molettes.
- On donne le nom de matrice aux originaux ou étalons des poids et mesures, qu’on garde dans toutes les mairies. (V. Étalon.) E. M.
- MATS (terme de Marine). Arbres en bois de sapin, qui portent les voiles d’un navire quelconque. Il y a de grands et de petits mâts , suivant la force des navires et la place qu’ils y occupent. Les mâts d’un petit bâtiment sont formés d’un seul arbre ; mais ceux d’un vaisseau de haut bord sont composés de plusieurs pièces ou esparres, réunies et liées ensemble de distance en distance par des cordages et des cercles en fer.
- Les mâts ont des noms particuliers , d’après la place qu’ils occupent dans un vaisseau.
- Le grand mat est celui qui occupe le milieu du vaisseau ;
- Le mat d’artimon ou de poupe est celui qui occupe l’arrière du bâtiment ;
- Le mât de beaupré ou de proue, c’est-à-dire de l’avant, est couché sur Y éperon;
- Le mât de misaine est placé entre le beaupré et le grand mât ; les voiles qu’ils portent prennent leurs noms. Il y a les mâts de hunier, de perroquet, qui prolongent les mâts principaux au-dessus des hunes : tous sont diversement construits. ( V. Navires , Vaisseaux. )
- Mâter un vaisseau , c’est le garnir de ses mâts ; opération qui se fait au moyen d’une très forte grue établie dans chaque port de mer, dans un endroit où il y a assez d’eau pour recevoir les plus gros bâtimens. Ces grues, qu’on appelle machines
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- à mdier, sont fixes ; elles portent leurs tètes à environ 5o mètres de hauteur et sont penchées vers l’eau, de manière que la projection horizontale de la poulie supérieure se trouve à environ 1 o à 12 mètres du mur de revêtement ; elles sont maintenues dans cette position par plusieurs haubans en cordes ou en chaînes.
- Les mâts étant amenés flottans dans l’eau sous la grue , on les attache à son câble , de manière à les monter debout et assez haut pour que le vaisseau, amené à son tour dessous, les reçoive aux endroits disposés pour cela.
- C’est avec du bois de sapin du nord, bien choisi, qu’011 fait les gros mâts ; il a plus de nerf et plus d’élasticité que les sapins de nos forêts, dont l’échantillon d’ailleurs n’est pas assez fort.
- On lit, dansle Ier vol. des Annales des Arts et Manufactures, page 327, par O’Reilly, qu’un capitaine anglais, Packenham, ayant remarqué que les dommages les plus difficiles à réparer dans des parages lointains où l’on manque d’approvision-nemens maritimes , sont ceux qu’éprouve, dans un combat, la partie des mâts qui se trouve entre le pont et les huniers. Ce marin, disons-nous, a proposé un mode de construction qui, s’il était adopté, remédierait à l’inconvénient signalé par lui.
- Ce mode de construction consiste à façonner le pied des mâts de manière à pouvoir, au besoin, en faire la tête , sans rien changer à leur proportion actuelle. Dans les vaisseaux de ligne, les pieds des mâts ont en général g pouces de diamètre de plus que le diamètre de la tête : de là il suit qu’en faisant des; entailles pour ajuster les barres maîtresses des hunes, les mâts formeront leurs jotereaux ou flasques , d’où il résultera plusieurs dispositions avantageuseset faciles à concevoir.
- Comme les vaisseaux de ligne, et surtout ceux à trois ponts, enterrent un tiers de leurs bas mâts , il est évident que si les boulets de canon ont endommagé le tiers d’en haut, on peut, en renversant le mât et mettant le pied dans les hunes, s’en servir comme auparavant. Cette manœuvre ne présente aucune difficulté, et peut, dans un temps calme, s’exécuter en mer, ce qui évite une grande perte de temps.
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- Les dommages qui se trouvent au-dessous du pont supérieur, ne compromettent en rien la solidité' du mât, puisqu’on peut, à chaque pont, le consolider avec des coins. Ceux qui se trouvent au-dessus, s’ils sont graves, peuvent compromettre la solidité du mât; mais alors on a la ressource de jumeler celui-ci , et de lui rendre toute la force convenable.
- Cette méthode , qui paraît avoir été adoptée en Angleterre, est applicable non-seulement aux vaisseaux de ligne, mais encore à tout navire marchand ou autre, dont le haut du mât aurait éprouvé des avaries.
- Le capitaine Bolton, également de la Marine royale anglaise, a proposé un autre moyen de remédier aux accidens dont nous venons de parler. C’est en employant deux mats de fortune disposés d’une manière particulière. Il suppose que le grand mât est brisé au tiers de sa hauteur au-dessus du pont ; sur ce pont sont affermis des étambraies, où deux mâts sont fixés de chaque côté du grand mât brisé ; ces deux mâts se trouvent assujettis par deux chouquets de rechange emmortaisés sur un carré qui est pratiqué dans son centre. Un chouquet de renfort, mobile sur les mâts additionnels, les réunit. Les parties supérieures de ces mâts sont d’ailleurs solidement assujetties à la grande hune, par les barres-maîtresses. Le pied du mât de hune passe à travers le chouquet qui réunit les têtes des deux mâts, traverse également la grande hune et repose sur le chouquet mobile dont nous avons parlé, de sorte que le mât de hune peut s’élever à volonté, ainsi que le mât de perroquet monté dessus. Le grand mât se trouve ainsi remplacé par les deux mâts latéraux, qu’on nomme mats de fortune. E. M.
- MATTEAU ( Technologie). C’est le nom que les marchands et les Teinturiers en soie donnent à un certain nombre d’éche-veaux de soie qu’on réunit sur une ficelle , dont on noue ensemble les deux bouts , afin que les écheveaux ne se séparent point. C’est ainsi qu’on réunit un certain nombre d’écheveaux de la même couleur et de la même nuance , pour les travailler plus commodément et sans crainte de se tromper. Lorsque le teinturier veut les travailler, il dénoue les matteaux; il en
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- MÉCANICIEN, MÉCANIQUE, MÉCANISME. 199 joint cinq à six de la même manière , pour en former une poigne'e dont la grosseur et le nom varient suivant les pays et les manufactures. A Lyon, cette poignée conserve le nom de matteau; à Tours, elle prend le nom de parceau; et à Paris, celui de bouin. (F~. Teinturier. ) L.
- MÉCANICIEN, MÉCANIQUE, MÉCANISME. L’emploi qu’on fait des appareils pour modifier les forces et les approprier à nos besoins, est si étendu dans ses ressources et ses usages, qu’on doit étudier avec soin l’art de les composer et d’en gouverner les effets. La Mécanique est la science spéciale propre à guider les inventeurs dans leurs recherches et dans les applications qu’ils en veulent faire. Cette science est divisée en théorique et pratique : dans la première partie, on a pour objet de calculer les effets qu’on doit attendre de forces appliquées à un système défini et connu ; la seconde s’occupe de trouver, s’il est possible, quelles sont les combinaisons qui remplissent les intentions qu’on se propose, afin de choisir celle qui satisfait le mieux aux convenances qu’on a en vue.
- La Mécanique théorique est partagée en quatre sections : l’une, sous le nom de Statique , considère les appareils comme sollicités par des puissances qui s’entre-détruisent ; c’est la doctrine de TËqüilibre ; l’autre envisage les corps dans l’état de mouvement, et discute les relations qui existent entre les puissances et les vitesses qu’elles sont capables de produire ; c’est la Dynamique. Et comme les Fluides, par l’excessive mobilité de leurs molécules, forment un ordre de substances qui présentent des phénomènes spéciaux, on examine les lois de l’équilibre et du mouvement des gaz et des liquides ; ce qui établit deux autres sections delà Mécanique, savoir, I’Hydro-statique et I’Hydrodynamiqce , qu’on réunit sous le terme commun d’HYDRAUUQüE. Ces quatre branches de la Mécanique sont traitées à part, chacune à son article, avec les développemens que comporte notre Dictionnaire.
- Quant à la Mécanique pratique, c’est elle surtout qui doit faire le sujet des recherches du mécanicien. En effet, dans la division que nous venons de considérer, on réduit toujours.
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- 200 MÉCANICIEN, MÉCANIQUE, MÉCANISME, les appareils à leur plus simple expression, pour mieux en analyser les rapports ; les règles qu’on y propose pour calculer les effets de leurs diverses combinaisons sont generales et sans application à un but spécial. Mais, dans la pratique, la force motrice est donnée, aussi bien que l’effet qu’on en veut obtenir, et l’art consiste à combiner les agens de la manière la plus heureuse, pour économiser les dépenses, ménager la vie des animaux, obtenir des produits réguliers, et mille autres avantages qui ont fait le sujet de l’article Machines Ici le génie de l’inventeur se déploie sous toutes les formes : la théorie dirige, il est vrai, ses recherches; mais, seule, elle est impuissante pour les rendre efficaces. Le mécanicien doit donc connaître les principales machines, leurs avantages, leurs inconvéniens , les circonstances où l’on peut 'utilement les employer, etc. Il serait superflu de nous étendre ici sur ces généralités, qui d’ailleurs trouvent place en d’autres endroits de notre Dictionnaire. Nous renverrons donc aux articles Machines, Forces, Frottement, Cordes, Yapehk, Vent, Écoulement , Roues hydrauliques , et aux m'ots qui servent de dénominations aux appareils de tout genre. On y trouvera exposés les principes qui doivent guider l’artiste dans ses entreprises.
- Le mécanicien est l’homme qui s’occupe de l’étude de la Mécanique et de la construction des machines. Il existe un grand nombre d’ateliers où l’on exécute les appareils suivant les volontés des inventeurs; et les artistes qui dirigent ces utiles établissemens prennent, comme ces derniers, le titre de mécaniciens. Nous pourrions citer ici les ateliers de MM. Molard jeune, Calla, Amédée Durand, Hoyau, Saul-nier, etc. ; mais le nombre des ingénieurs distingués qui se livrent avec succès à ce genre d’industrie est trop considérable pour que nous ne craignions pas d’en omettre, et d’être injustes envers des artistes aussi recommandables en oubliant de les citer : nous préférons donc ne pas étendre davantage cette liste. D’ailleurs, le public connaît trop bien les hommes qui exercent cette profession, pour qu’il ait besoin que nous ]es lui indiquions. Fr.
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- MÈCHE. 201
- MÈCHE (Technologie). Ce mot, employé dans plusieurs Arts industriels pour désigner des objets qui n’ont souvent aucun rapport entre eux, comme on le verra par la suite, est principalement et généralement affecté pour désigner une substance combustible qu’on place dans l’axe d’une chandelle , d’une bougie, d’un flambeau, ou dans une lampe , et qu’on allume, en mettant en contact un corps enflammé. Cette substance, qu’on nomme mèche, brûle et éclaire tant qu’elle est humectée par le suif, la cire , ou l’huile qui l’environne.
- Les substances végétales sont les seules qui présentent toutes les qualités que l’on peut désirer dans de bonnes mèches. Parmi ces substances, le coton est celle dont on retire le plus grand avantage dans les Arts du Lampiste , du Chandelier , et du Cirier.
- Il y a quelques années qu’on proposa de faire des mèches avec du bois de sapin ; on en exécuta quelques-unes , mais la lumière qu’elles répandaient n’était pas à beaucoup près comparable à celle des mèches de coton.
- En 1811, M. Duffour, orfèvre à Bourges, présenta, à la Société d’encouragement, des mèches formées d’une substance indigène dont il voulut garder le secret. Elles avaient les mêmes qualités que les mèches de coton. Comme l’on ne connaît pas cette substance, et qu'il serait possible qu’on ne put pas s’en procurer en assez grande quantité et au même prix, nous conseillons de s’en tenir provisoirement au beau coton, filé égal et sans nœuds.
- Les Lampistes emploient des fils de coton réunis en faisceau, comme les Chandeliers et les Ciriers, qu’ils plongent dans l’huile. Ils se servent aussi de mèches plates, trempées dans la cire, pour les lampes dites économiques ; enfin, des mèches cylindriques pour les lampes à double courant d’air.
- Pour les nouvelles chandelles ou bougies stéariques, ou margariques, on avait d’abord employé de petites mèches cylindriques, fabriquéessur l’outil à Lacets (L’.T.XI, page 454), à l’aide d’une broche de laiton bien unie et bien droite, qui
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- 202 MÈCHE,
- sert d’axe, et qu’on retire quand la mèche est terminée; ce qui lui donne la forme d’un cylindre creux. Aujourd’hui on les tisse plates comme un lacet, sur le même instrument. Comme elles sont minces, ces mèches s’inclinent lorsque, par la combustion, elles sont parvenues à une certaine longueur; elles sortent de la flamme; le bout se réduit en cendres, qui tombent, et la mèche n’a pas besoin d’être mouchée.
- Les Artilleurs , pour mettre le feu à leurs pièces, se servaient autrefois d’une corde préparée, qui portait le nom de m'eche. On y a substitué, depuis 1804, les lances à feu dont nous avons donné la description. {V. T. XII, page io5.)
- Le Cordier désigne sous le nom de m'eche un toron qu’il place dans l’axe des cordes qui ont plus de trois torons. La grosseur de cette mèche doit être du sixième de la grosseur des autres torons lorsque la corde doit avoir quatre torons; et elle doit être de la grosseur d’un toron lorsque la corde doit en avoir six. (JC CoRDiEh.)
- Le Charpentier, le Menuisier, et en général tous les ouvriers qui ont besoin de faire des trous un peu plus gros que ceux que peuvent former des vrilles ordinaires, soit dans du bois ou dans des pierres tendres, comme le Serrurier, pour percer les murs à travers lesquels doivent passer les fils de fer des sonnettes, emploient un outil d’acier, qu’ils désignent sous le nom de mèche.
- Ces outils, qui, pour l’usage ordinaire, ont environ 16 centimètres (6 pouces) de long, sont formés d’une tige de fer ou d’acier dont une extrémité est carrée, pour entrer dans un trou semblable pratiqué au bout du Vilebrequin, où elle doit être solidement arrêtée. L’autre bout est en forme de gouge bien tranchante : cette gouge est d’autant plus grosse, que l’on veut faire un trou plus grand. Cette considération oblige l’ouvrier à se procurer mie collection de mèches, en nombre suffisant pour faire des trous de toutes les grosseurs. Outre ces mèches ordinaires, il doit en avoir de plus longues, afin qu’elles puissent percer de part en part l’épaisseur à travers laquelle le trou doit être pratiqué.
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- MÈCHE. ao3
- Il u’est personne -qui n’ait remarque que lorsqu’on emploie une mèche ordinaire, telle que nous venons de la de'crire, pour faire un trou dans une planche, le bois est coupé net dans le sens de son fil, tandis qu’il est plutôt refoulé que coupé dans la direction perpendiculaire au fil. Cela ne peut pas se passer autrement, d’après la manière dont ces instru-jnens coupent. Lorsqu’un des côtés de la mèche entame le bois sur son fil, elle le coupe réellement, parce que dans ce sens il présente beaucoup de résistance; mais lorsqu’elle va atteindre le bois dans le sens perpendiculaire à celui-ci, elle comprime les fibres, et le bois, dans ce sens, faisant ressort, se refoule sur lui-même, et se prête inégalement à l’action du tranchant de l’outil, de sorte qu’il est toujours mal coupé dans ce sens, et que le trou n’est jamais bien rond. Cet inconvénient est préjudiciable au menuisier en meubles, et surtout à l’ébéniste, qui sont souvent obligés de pratiquer des trous bien ronds pour y loger des pièces qui doivent y entrer juste sans ballottement.
- Ces observations ont porté des artistes intelligens à s’occuper des moyens d’imaginer un instrument plus parfait. Un Anglais dont le nom n’est pas connu s’attacha à résoudre le problème dont voici l’énoncé :
- « Construire un outil tranchant dans le sens perpendiculaire à l’axe du trou qu’on veut former, de manière qu’une partie coupe le bois circulairement, tandis qu’une autre partie du même outil enlève la surface du bois comprise dans l’intérieur de cette circonférence, afin d’avoir un trou parfaitement rond et lisse dans toute son étendue. »
- Les mèches que cet ouvrier exécuta, et auxquelles on a donné le nom de mèches anglaises, produisent cet effet, et ont résolu le problème. En voici la description.
- Cet outil est carré par le haut, comme les mèches ordinaires, PI. 3^, fig, i , en A, et de grandeur suffisante pour entrer dans le fût du vilebrequin. Sa longueur totale est de r i à i5 centimètres (4 à 5 pouces); il est aplati par le bas et réduit à quelques lignes d’épaisseur, suivant l’effort qu’il doit faire,
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- 204 mèche.
- c’est-à-dire suivant la grosseur des trous qu’il doit produire. Il est de la largeur convenable pour le trou. Ainsi on peut en avoir depuis deux lignes jusqu’à quinze ou dix-huit lignes de large. Lorsqu’on est bien assorti, il faut en avoir dont la largeur croisse de demi-ligne en demi-ligne, et même de moins d’un millimètre.
- La fig. 2 montre le bas de cette mèche. Nous nous sommes dispense's de faire graver le manche, puisqu’il est semblable à celui de la mèche représentée fig. i et fig. 2. Au milieu de sa largeur est une pointe A, ronde si l’on perce dans le bois debout, et à trois pans si c’est dans le bois de travers. Cette pointe détermine et conserve le centre du trou ; cependant, pour plus desûreté, on doit percer le bois en entier-avec une vrille plus petite que le diamètre de la pointe A, lorsque cela est possible, et bien perpendiculairement à la surface de la planche.
- A une des extrémités de la largeur de la mèche est une autre pointe saillante B, mais présentant un tranchant dans le sens où l’on fait tourner le vilebrequin. Entre ces deux pointes, tout l’acier est emporté en demi-cercle C, dans la profondeur d’environ 5 millimètres (2 lignes), afin que le bois ne présente aucune résistance à ces deux pointes ; l’autre côté delà plaque offre en D une saillie tranchante dans le sens où la mèche doit marcher. Cette saillie est en biseau, et forme, avec le corps de la mèche, un angle de 40 à 45 degrés. La partie a,D doit être bien perpendiculaire à l’axe de la mèche , afin que le trou soit parfaitement plat au fond, lorsqu’on ne veut pas percer tout-à-fait.
- Cela bien entendu, on conçoit que si la pointe A est bien au-centre du trou qu’on veut former, la pointe tranchante B doit couper le bois circulairement, et. que le biseau D, faisant l’effet d’un rabot, enlève le bois en tournant dans ce cercle, le coupe net, et donne un trou bien rond, parfaitement droit, et présente de plus sa surface inférieure toujours parallèle au plan de la pièce qu’on perce ; ce qui est quelquefois fort utile quand on veut faire tourner un tourillon dans son trou sans qu’il traverse toute l’épaisseur du bois.
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- MÈCHE. ao5
- L’on conçoit aisément que, pour être bien assorti de ces mèches, capables de percer des trous depuis 2 lignes de diamètre jusqu’à 3o , qui augmenteraient seulement de quart de ligne en quart de ligne, il en faudrait 112, qui, l’une comportant l’autre, coûteraient au moins un franc pièce, et encore ne serait-on pas parfaitement assorti ; car il est beaucoup de cas où l’on aurait besoin de grosseurs intermédiaires. Pour remédier à cet inconvénient, nous sommes parvenus, feu M. Privât et moi, à rendre mobiles les parties tranchantes de cet instrument sans en affaiblir la solidité ; de manière qu’avec deux corps de mèches on peut se procurer un assortiment innombrable pour percer des trous depuis millimètres ( 6 lignes ) de diamètre jusqu’à 88 millimètres (3g lignes) de diamètre. Les deux corps de mèche ne reviennent pas à plus de i5 fr., et remplacent un nombre de mèches qu’on ne pourrait pas se procurer pour 1000 fr. En voici la description.
- La mèche toute montée est composée de trois pièces et de deux vis.
- La figure 3 représente la mèche en perspective, tout assemblée et dans sa plus petite dimension.
- La fig. 4 représente la même mèche vue de face, mais dans sa plus grande dimension.
- Les figures 5,6, 7 et 8 montrent les pièces détachées, vues de face et de profil. Les mêmes lettres indiquent les mêmes pièces dans ces six figures.
- La fig. 5 présente de face le corps de la mèche d’un côté. Le côté opposé est parfaitement égal. Les rainures AB et CD sont limées en queue d’aronde pour y recevoir les deux platines GH, 1K , fig. 7 , qui doivent y entrer et former coulisse. Sur l’autre face de la figure 5 est ajustée, de la même manière , une autre pièce pareille à la fig. 7. Ces trois pièces sont solidement assemblées par deux vis N, O (fig. 3 et 4) 5 qui ne leur permettent pas le moindre jeu. Il importe de s’appesantir un peu sur la manière de les fixer ; car c’est de la solidité qu’elles conservent entre elles que dépend la bonté de cet instrument.
- Le corps de la mèche (fig. 5) porte deux ouvertures longitu-
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- ao6 MÈCHE.
- dinales L, M, à travers desquelles passent librement et sans jeu les vis N, 0. Les deux pièces représentées par la fig. 7, placées sur chaque face du corps de la mèche , portent chacune une entaille P pour recevoir le corps de l’une des deux vis, et un trou Q taraudé dans lequel l’autre vis s’engage. Il est aisé de concevoir que la tête de la vis N, reposant sur la pièce (fig. 7), et s’engageant dans le trou Q de la plaque opposée, rapproche ces deux pièces du corps de la mèche (fig. 5), de sorte que ces trois pièces sont unies ensemble et d’une manière invariable , par deux vis, qu’on fait plus ou moins fortes, selon que la mèche est destinée à faire des trous plus ou moins gros.
- Les deux platines GIIIK (fig. 7) seront assez fortes, pourvu qu’on leur donne une ligne et quart d’épaisseur pour les mèches qui n’auront pas plus d’un pouce de large, une ligne et demie d’un pouce à deux, et deux lignes de 2 pouces à 3. La partie RS est saillante d’une ligne et demie du côté S , et se réduit à un quart de ligne du côté R. Elle est taillée en plan incliné dans toute sa longueur RS : c’est cette partie qui coupe le bois horizontalement, ( Voyez dans la coupe (fig. 8) la lettre S.)
- La partie mince du corps de la mèche EF (fig. 6} doit être aussi épaisse , dans toutes les mèches, que le diamètre de la vis ou queue de cochon V, par la raison que l’extrémité D de la coulisse CD doit être entaillée en plan incliné DX, pour recevoir la partie RK de la platine qui sert à couper le bois horizontalement jusqu’au centre, lorsqu’on élargit la mèche. Sans cette précaution, la mèche laisserait tout autour de la queue de cochon une portion de bois qui ne serait pas coupée et qui empêcherait la mèche de s’enfoncer et de faire le trou.
- La pointe T que porte chaque platine doit avoir une ligne de saillie et être tranchante, dans le sens vertical, du même côté que le plan incliné RS qui coupe horizontalement.
- Indépendamment des deux platines que nous avons décrites (fig. 7), chaque fût de mèche (fig. 5 et 6)- doit avoir une ou plusieurs platines de rechange (fig. q), plus larges du côté de la pointe T (fig. 5), afin de n’avoir que deux fûts pour tous les
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- MÈCHE. 20 n
- trous, depuis 6 lignes ( 14 millimètres) jusqu’à 3g lignes (88 millimètres ), comme l’on s’en convaincra après que nous aurons de'crit cette platine supplémentaire (fig. g).
- Cette platine (fig. g) doit avoir deux lignes d’e'paisseur, et le derrière d,f doit être limé en talus dans toute la partie qui excède la largeur du corps de la mèche. Cette figure montre la coupe delà platine supplémentaire selon la ligne X,Y delà fig. 7. La partie c,d appuie sur le corps de la mèche ; la partie d,f, qui excède le fût, est limée en plan incliné dans toute la hauteur de la platine H, S (fig. 7) ; f, g indique le tranchant de la platine. Nous pensons qu’il n’est pas nécessaire d’expliquer que, dans tous les cas, la pointe T doit se trouver au point f, c’est-à-dire à l’extrémité de la platine.
- Manière de se servir de ces mèches.
- iu. Pour la petite mèche. Nous avons fait observer qu’elle n’a que six lignes de large, les platines fermées ; en en écartant une seulement, on obtient un trou de g lignes, puisqu’elle peut dépasser le fût d’une ligne et demie. Une première platine supplémentaire ou de rechange , qui, toute fermée, excédera la largeur du fût d’une ligne et demie, formera ainsi un trou de g lignes, et, dans son plus grand écartement, donnera un Uou de 10. lignes.
- Enfin, une seconde platine supplémentaire qui, toute formée , excédera le fût de trois lignes, formera ainsi un trou de 12 lignes, et, dans son plus grand écartement, donnera un trou de i5 lignes de diamètre.
- Deux platines supplémentaires suffiront donc pour l’assortiment de cette petite mèche.
- 2°. Pour la grosse mèche. Afin de faire suite à la petite mèche, la largeur du corps ou du fût de celle-ci doit être de i5 lignes.
- La queue de cochon doit avoir 2 lignes de diamètre, et par conséquent la partie mince du fût doit avoir aussi 2 lignes d’épaisseur. Trois platines supplémentaires sont ajustées à cette
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- 208 mégisserie, mégissier.
- mèche, indépendamment de celle qui n’excède pas la largeur du fût.
- Celle-ci, toute fermée, fait des trous de i5 lignes; et, comme elle peut, s’écarter de 3 lignes, elle fait un trou de 21 lignes.
- La première platine supplémentaire déborde le fût de 3 lignes; elle fait des trous de 21 lignes fermée, et de 27 lignes, tout ouverte.
- La seconde platine de rechange déborde de 6 lignes ; toute fermée , elle fait des trous de 27 lignes, et tout ouverte, de 33 lignes.
- Enfin, la troisième platine supplémentaire déborde le fût de 9 lignes ; fermée, elle fait des trous de 33 lignes, et tout ouverte, de 39 lignes ou 88 millimètres.
- Observations générales. On ne doit jamais opérer l’écartement que sur une platine ; l’autre doit toujours rester fermée : sans cela, il resterait, au centre, du bois qui empêcherait la mèche de s’enfoncer.
- Ces sortes de mèches ne sont pas une simple spéculation ; elles ont été exécutées depuis plusieurs années, et sont très estimées parles ouvriers intelligens. J’en ai toujours une chez moi que je montre avec plaisir à tous ceux qui viennent me consulter; je la leur laisse essayer, afin de les convaincre de leur utilité et de leur avantage. Je leur indique aussi un ouvrier qui les exécute fort bien et qui n’est pas cher.
- Le Perruquier désigne sous le nom de mèche une petite pincée de cheveux qu’il prend entre les doigts, tout-à-la-fois, lorsqu’il fait une coupe de cheveux. Il coupe les cheveux par mèches, afin qu’ils soient plus égaux du côté de la tête, et que, par ce moyen, ils éprouvent un moindre déchet. L.
- MÉDAILLES. A la fin de l’article Bronze , nous avons indiqué toutes les données relatives à la composition, l’analyse , etc., des médailles. Nous donnerons, au mot Monnayage, la description de l’art de les frapper, et quelques particularités relatives aux médailles d’or et d’argent. P.
- MÉGISSERIE, MÉGISSIER ( Technologie). L’atelier du
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- mégissier est le même que celui du Chamoiseur , à l’exception du moulin à foulon , de l’e'tuve, et de quelques instrumens qu’il n’a pas. Les premières opérations sont les mêmes dans les deux Arts ; elles consistent : r°. dans le lavage des peaux ; 20. dans la manière de mettre en chaux ; 3°. la surtonte et le pelage des peaux ; 4°- la manière de gouverner les peaux dans le plain. Ainsi, comme nous avons décrit ces opérations dans Fart du Chamoiseur , nous ne les répéterons pas ici. ( V. T. IV, page 392. )
- Le mégissier prépare les peaux blanches et les peaux qui servent à faire les gants. Il prépare aussi les peaux non pelées et qui doivent conserver leurs poils, telles que les housses, les fourrures, etc. Nous allons commencer par le travail des peaux pelées; nous terminerons par les autres. Il travaille les mêmes peaux que le chamoiseur , mais il n’emploie que celles de basse qualité, des animaux les plus jeunes, parce que l’usage qu’on en fait exige moins de résistance, moins de force que les peaux chamoisées.
- Lorsque les cuirets, c’est-à-dire les peaux bien pelées , ont été plamées pendant un temps suffisant, qu’on les a écharnées et rognées, on les met boire dans l’eau, et on les tient : tenir, c’est les épierrer. On les travaille du côté de la fleur avec une pierre à aiguiser emmanchée dans du bois et tranchante, afin d’adoucir la fleur et d’ôter le reste de la laine. On les frotte dans l’eau, on leur donne un travers de chair, c’est-à-dire qu’on passe le couteau sur le travers de la peau, et non en longueur, car cette dernière manière s’appelle donner une glissade. On ne traverse que l’agneau, qui a besoin de souplesse et de douceur pour faire des ouvrages délicats. On ne traverse pas les moutons ; on foule dans l’eau avec les pilons.
- Du confit. Le confit est le même que celui du Chamoiseür ; mais il est important de vendre l’eau la plus douce possible. Sur six seaux d’eau, on met 20 kilogrammes de son ; cela suffit pour confire cent peaux de mouton : si l’on a de l’eau d’un vieux confit épuisé , elle est préférable à toute autre. Le confit dure trois semaines en hiver, et seulement deux à trois Tome XIII.
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- jours en e'te'. On juge qu’il commence à lever, c’est-à-dire que la fermentation se présente bien, lorsqu’on ne voit plus les peaux surnager, ce qui arrive au bout d’un jour en été, et de huit en hiver. Alors on les retourne avec des bâtons pendant deux à trois minutes. Pendant que deux ouvriers les tournent, un troisième démêle les peaux et met le feu au gaz hydrogène qui se dégage. On répète cette opération plusieurs fois et jusqu’à ce que le confit ne lève plus. C’est l’opération la plus délicate de l’art ; c’est celle qui exige le plus d’expérience et d’attention de la part du mégissier.
- Passage des peaux. Au sortir du confit, les peaux qu’on veut passer en blanc doivent aller dans Y étoffe, c’est-à-dire dans un bain d’alun et de sel de cuisine. Six , sept, et quelquefois neuf kilogrammes d’alun pour cent peaux , selon leur grandeur , sont la base de ce bain ; on y ajoute un kilogramme et quart de sel marin en hiver, et un kilogramme et demi en été. On les met ensemble dans une chaudière avec deux seaux d’eau. Le sel leur donne de la blancheur.
- Lorsque l’eau est prête à bouillir, on en jette un demi-seau dans la passoire, qu’on incline. On y passe 26 peaux l’une après l’autre ; la passoire étant inclinée , on les pousse dans la partie sèche , et lorsqu’on a passé toutes les 26 , on les ramène dans le bain , et on les y laisse pendant dix minutes,' pour leur faire prendre nourriture.
- Mettre en pâte. Cette partie de l’opération terminée, les peaux sont prêtes à mettre en pâte. Pour cela on prend, pour cent peaux , six à sept kilogrammes de farine et 5o jaunes d’œufs ; après avoir fait tiédir l'étoffe qui a servi à passer les peaux , on démêle la farine dedans. O11 pétrit cette pâte, dans la passoire, en mettant peu à peu l’étoffe; on en fait une pâte claire comme du miel, on ajoute les 5o jaunes d’œufs , on pétrit à force de bras. On passe les peaux l’une après l’autre comme pour l’étoffe, et lorsque la passée est terminée, on les laisse tremper jusqu’au lendemain. On les étend , pour les faire sécher, sur les perches de la penderie pendant 8 ou i5 jours, suivant la saison. Les effets de la
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- pâte sont de blanchir la peau, de l’adoucir, de la garantir du grand hâle qui, en la desse'chant, la rendrait dure et cassante. On ne pourrait l’ouvrir sur le polisson, sans le mucilage dont cette pâte abreuve la peau.
- Ouvrir et redresser les peaux. On met tremper les peaux dans un cuvier d’eau claire pendant quatre ou cinq minutes ; on les ouvre, c’est-à-dire qu’on les étire sur le polisson pour les étendre et augmenter encore leur souplesse. Les peaux s’étirent en largeur ; 34 millimètres s’étendent jusqu’à 56. On a soin de ne pas laisser de la cire, c’est-à-dire des parties dures.
- On se sert de l’expression redresser la peau, lorsqu’on la met sur son long, le plus qu’il est possible , à l’aide du polisson. On redresse sur chair, pour ménager la fleur. Le pa-lisson achève de blanchir les peaux , ou du moins leur blancheur paraît mieux lorsqu’elles sont bien détirées.
- Le polisson est une plaque de fer de 325 millimètres ( un pied ) de large , arrondie par le haut, montée sur une planche de 812 millimètres ( 3o pouces) de hauteur, élevée perpendiculairement à l’extrémité d’une forte planche ou banc horizontal , de im, 13^ (3 pieds 6 pouces ) de long, sur 325 millimètres (un pied de large). Ce banc horizontal est chargé fortement, afin qu’il soit inébranlable dans le travail de la peau.
- M. J. Main, négociant et chainoiseur à Niort (Deux-Sèvres), prit en 1809 un brevet d’invention pour une nouvelle manière d’apprêter les peaux d’agneaux et de chevreaux en mégie.
- Après avoir rappelé tout ce qu’on vient de lire sur la méthode en usage, il explique la sienne comme il suit :
- Le procédé dont je me sers, dit-il, pour obtenir un autre tissu bien supérieur et beaucoup plus fin que celui qu’on obtient par la préparation ordinaire, commence où celui-ci finit ; le voici :
- On prend parmi ces mêmes peaux déjà mégissées, celles qui sont les plus franches et les plus épaisses, comme pouvant mieux supporter le nouveau travail qu’elles ont à subir -, on les
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- met tremper dans l’eau propre, jusqu’à ce qu'elles soient bien imbibées. Alors on en prend une qu’on pose sur le chevalet, qu’on a recouvert d’une autre peau épaisse non apprêtée, mais bien propre , et avec le couteau à deux manches, l’ouvrier appuie sur la peau d’agneau ou de chevreau, du côté de la fleur , et pousse fortement le couteau jusqu’à ce qu’il ait emporté le premier et le second épiderme , qu’on appelle ordinairement , en termes de Chamoiseur , la fleur et Varrière-fleur.
- Lorsque l’ouvrier a passé le couteau sur la surface de cette peau , et qu’il est parvenu à enlever toute sa fleur et son arrière-fleur , il la fait sécher à couvert, en la suspendant à deux clous à crochets par les pattes de derrière , ou , à défaut, sur des cordes propres. Lorsqu’elle est sèche, il la foule et l’ouvre sur unpalisson. Dans le cas où on l’aurait laissée trop sécher , on la mouille légèrement, et quand l’humidité s’est répandue uniformément dans la peau , on l’ouvre plus facilement sur le palisson ; enfin , après que la peau est ouverte et sèche, on la remet à l’ouvrier poneeur, qui l’établit sur une espèce de paroir de corroyeur, et ayant une pierre ponce dans la main , il l’appuie sur le côté de la peau où le chamoiseur a enlevé la fleur et L’arrière-fleur. Si on la veut blanche , pour pouvoir être teinte , le poneeur ne se servira que du sable de mer, qui est ordinairement très fin il le frottera brusquement sur la peau , par le moyen de la pierre ponce qu’il tient dans la main droite , qu’il pousse rapidement et toujours de haut en bas, en tenant l’autre extrémité de la peau de la main gauche.
- Si l’on veut que la peau soit d’un jaune tendre, qui est ordinairement la couleur recherchée , on se servira d’une pierre composée de 6 parties de blanc de Meudon et de 2 parties d’ocre jaune , qu’on pulvérise et qu’on mêle bien. On mouille le tout ; on le pétrit et on le fait sécher ; on passe ensuite cette pierre ocrée sur toute la surface de la peau , du côté où étaient la fleur et l’arrière-fleur. Le poneeur appuie fortement et agite vivement la pierre ponce, en ajoutant un peu de sable
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- fin, et il frotte la peau de la même manière qu’il a fait pour celle qui devait rester blauclie ou être destinée à la teinture.
- Le travail de la ponce fait avec soin, achève de polir ce tissu finque l’on a trouvé après avoir enlevé, sur le chevalet , la fleur et l’arrière-fleur des peaux mégissées ; ensuite on étire les peaux. On les lisse avec un fer à repasser, de la même manière qu’on lisse le linge, ce qui ajoute encore un degré de finesse au tissu, et donne plus d’éclat aux peaux ; on les livre alors au Gantier , pour en faire les plus beaux gants.
- De la mégisserie des peaux non pelées.
- Les mégissiers de Paris désignent sous le nom de houssée les peaux de mouton qu’ils travaillent en laine , et qui servent à couvrir le cou des chevaux et des mulets, à faire des housses, des scliabraques , pour garnir mille objets qui doivent être fourrés , et qu’il serait trop long de détailler.
- On choisit les plus belles peaux , celles dont la laine est la plus longue, la plus claire, celle qui est la moins feutrée, dont les brins se séparent aisément ; enfin , celle qui présente le moins de défectuosités qui puissent disparaître par les lavages. Comme ces peaux ne vont point en chaux, on les travaille de manière à conserver les poils. Pour cela, on les fait tremper pour les nettoyer et les ramollir ; on ôte avec le fer à écharner tout ce qu’on peut enlever de chair. Quelques ouvriers, attachés à l’ancienne méthode qu’on ne suit plus, les passent en chaux, mais dans ce cas on doit employer de la chaux beaucoup plus claire, et il serait imprudent de les y laisser plus de deux heures, parce qu’alors elle ne pénètre pas plus de la moitié de la peau. Sous le répétons , cette méthode est abandonnée depuis long-temps à Paris.
- On peut les passer dans un vieux confit presque usé ; on les y laisse pendant trois à quatre jours , après quoi on en ôte le son , ce qu’on appelle ravaler. On les passe en blanc, en ayant soin de plier la laine en dedans ; mais on compose Xétoffe de 8 à g kilogrammes d’alun pour un cent de peaux,.
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- c’est-à-dire plus que pour les cuirets ou peaux pelées. On fait la pâte de la même manière que pour les cuirets; mais au lieu d’y plonger les peaux, on étend la pâte sur chair, on la laisse ainsi pendant quinze à 18 heures, afin qu’elle se rafi’erniisse, ensuite on les e'tend à la penderie pour les faire sécher.
- Cela fait, .on les mouille bien avec de l’eau pure, à l’aide d’une queue de mouton emmanchée au bout d’un bâton ; on les plie et on les entasse, on les charge de planches avec des pierres par-dessus, et on les laisse ainsi pendant deux jours. On les ouvre sur le chevalet avec le fer rond , on les repasse sur le palisson, en les mettant sur leur large. On les fait hâler en mettant la laine en l’air, et quand on le peut on les expose au soleil ; enfin, on les termine en les redressant sur le palisson.
- Il est très important, pendant toutes ces opérations, de bien ménager la laine ; un seul flocon qui manque à une peau la fait paraître chauve et usée, et lui fait perdre beaucoup de sa valeur.
- Les veaux et les agneaux en poil se travaillent de la même manière, avec une petite différence dans les apprêts. Plus une peau est épaisse , plus on doit mettre d’alun et de sel dans l’étoffe. Pour les veaux , on met un demi-kilogramme d’alun et de sel pour chaque peau. On les laisse quatre jours en alun, après quoi on les repasse et on les foule une seconde fois, et lorsqu’elles sont à moitié sèches, on les ouvre sur le chevalet, et on les pare à la lunette. Huit jours suffisent au printemps pour passer ces sortes de peaux.
- Pour les peaux d’agneau, on les fait tremper pendant huit jours, on les lave ensuite dans de l’eau claire, et on les laisse bien égoutter, ensuite on les met pendant huit jours dans un confit préparé avec de la farine de seigle non tamisée et de l’eau froide , avec la précaution de les remuer une ou deux fois par jour. On les fait sécher, ensuite on les tire au fer, et on les baguette du côté du poil. L.
- MÉLASSE ( de pOa , mel, miel). On désigne ainsi le liquide sirupeux qui s’écoule des cristallisations de sucre, et dont on
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- ne peut plus extraire économiquement le sucre cristallisable qu’il contient encore.
- On voit que, d’après son origine, la mélasse doit se composer de toutes les substances solubles dont sont imprégnés les cristaux de sucre brut, de la Canne et de la Betterave, et être saturée, à la température atmosphérique, de ce sucre même.
- Dans le commerce, on distingue, relativement à leurs qualités, prix, emploi, trois sortes de mélasse, et même quelquefois quatre.
- t°. Mélasse de sucre brut des colonies. La plus grande partie de celle-ci est employée, sur les lieux, à la confection de l’alcool avec lequel on prépare diverses liqueurs. Une partie est exportée dans différentes contrées de l’Europe, où elle est également soumise à la fermentation, et distillée pour fournir à la consommation de l’alcool. (Voyez les articles Distillation et Distillateur.)
- 2°. Mélasse de sucre brut de betterave. Elle sert au même usage que la précédente : le goût plus ou moins désagréable qui la caractérise diminue de beaucoup sa valeur vénale ; cependant on parvient à en obtenir I’Alcool de bonne qualité, en la mélangeant à chaud avec du Charbon animal bien préparé, et la faisant filtrer sur cet agent avant de la soumettre à la fermentation.
- Cette sorte de mélasse peut, ainsi que la précédente, être utilisée dans la confection des rouleaux d’imprimerie. (Voyez Colle-forte, Gélatine.)
- 3°. Mélasse de raffinage du sucre de canne. Cette sorte, dont on obtient près de dix millions de kilogrammes annuellement en France, s’emploie dans la préparation du pain d’épice, des oublies, de Y alcool. Traitée au charbon d’os et clarifiée, elle peut servir à renforcer les moûts de cidre, de bière, des petits vins, dont elle améliore parfois économiquement la qualité. Cette mélasse sert encore à remplacer le sucre chez les personnes indigentes. Ce dernier usage, naguère très en vogue, en raison du prix élevé du sucre, est aujourd’hui fort restreint.
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- La quatrième sorte de mélasse est celle qui résulte du raffinage du sucre de betteraves. Celle-ci pourra se distinguer de la précédente lorsque la fabrication du sucre indigène aura acquis toutle développement qu’elle commence à prendre; mais jusqu’à présent, mêlée en faible proportion avec la mélasse du raffinage ordinaire, élle n’a pas eu d’influence sur sa qualité ni sur sa valeur vénale.
- C’est à éviter, de tous leurs soins, d’augmenter la proportion de mélasse par l’altération du sucre que doivent surtout s’appliquer les fabricans et raffineurs ; nous en indiquerons tous les moyens , à notre connaissance, dans l’article Sucre ; mais, malgré les annonces trompeuses fréquemment réitérées dans ces derniers temps, nous n’espérons pas qu’on parvienne dans les raffineries à faire cristalliser la mélasse préexistant dans le sucre brut. Il ne nous semble pas moins difficile de parvenir à ce résultat que d’obtenir en grand la totalité du sucre cristaï-lisable contenu dans le jus des eannes ou celui des betteraves.
- P.
- MÉLÈZE ( Agriculture ), genre d'arbre résineux de la famille des conifères ( Larix ), qui se rapproche, par son port et ses usages, des pins et sapins, mais qui, seul de tous les arbres de cette famille, perd et renouvelle chaque année ses feuilles. Le tronc est élancé et s’élève jusqu’à plus de cent pieds de hauteur, sur un diamètre de 3 à 4 pieds à sa base. Les branches sont horizontales; les rameaux, grêles etpendans, portent des feuilles fines et en aiguille, disposées en petits faisceaux ; ce qui donne à l’arbre un port particulier dont on tire avantageusement parti dans les jardins d’agrément : ses petits cônes violets semblent des fraises attachées aux branches. Le mélèze est l’un des arbres les plus communs dans les forêts des hautes montagnes et les contrées boréales de l’Europe et de l’Asie. Il ne peut vivre dans les pays chauds : on n’en voit pas en Angleterre, ni dans les Pyrénées ; mais il est très répandu dans les Alpes, en Allemagne, en Russie, etc.
- Le bois de mélèze est blanc, jaune ou rougeâtre, et on. l’estime beaucoup, parce qu’il est incorruptible. Cet arbre est
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- le plus droit, le plus haut et le plus léger de tous. Dans les constructions, on l’emploie de préférence, attendu qu’il charge peu les murs qui le supportent ; aussi le paie-t-on souvent plus cher que le chêne de même dimension. Le mélèze se conserve très bien sous l’eau ; et Miller assure avoir trouvé un navire submergé depuis plus de mille ans, et qui s’était très bien conservé : ce bois était du mélèze et du cyprès. On l’emploie rarement aux mâtures de navire.
- Suivant l’expression de Malesherbes, le mélèze est intolérant; il ne souffre pas que d’autres grands végétaux croissent auprès de lui, et, dans sa jeunesse, les arbres et les herbes élevées le gênent et l'étouffent : il ne se plaît qu’isolé, ou avec des individus de son espèce ; aussi les graines de ses cônes, que le vent sème çà et là,' réussissent-elles rarement, à moins qu’elles ne se propagent près des autres mélèzes. Le bois de ce géant des forêts de montagnes est beaucoup plus dense que celui de sapin : le pied cube pèse 52î,v-,5i56 (à très peu près trois quarts de kilogramme par décimètre cube).
- Le mélèze est excellent pour la charpente, la menuiserie, les tuyaux de conduite, etc. Il n’est pas propre au tour, parce que sa résine graisse l’outil et l’empêche de couper. Mais cette résine, qui bouche ses pores, rend le bois moins attaquable aux vers et à l’humidité , et le conserve. L’écorce est astringente , et on l’emploie aux usages de la tannerie, quoiqu’elle donne aux cuirs une couleur désagréable. On s’en sert aussi pour couvrir les maisons, au lieu de chaume, parce qu’elle est légère et inaltérable : à cet égard, les habitans voisins des forêts de mélèzes causent souvent la mort de ces arbres , en les dépouillant de leur écorce dont ils couvrent leurs toits, genre de fraude très préjudiciable.
- Les cônes de mélèze sont recueillis en novembre et décembre ; on les conserve jusqu’au printemps. La chaleur du soleil ou du feu fait ouvrir les écailles ; on en retire les graines pour les semer dans des lieux abrités du soleil ; elles préfèrent l’exposition au nord et une terre très légère. On sarcle le plant et on l’éclaircit. Le printemps suivant, au retour de la
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- sève, on repique, au nord, en laissant 6 pouces d’intervalle entre les pieds. A deux ans, on repique de nouveau à 2 pieds de distance et à demeure. On peut l’e'laguer ; mais on doit beaucoup ménager le bourgeon terminal, qui permet à l’arbre de s’élancer.
- On voit suinter sur l’e'corce du mélèze un suc fade qui se coagule en petits grains blancs, et qui sont bientôt résorbés sous l’action solaire : ces grains sont une substance purgative, connue sous le nom de manne de Briançon, parce qu’on la recueille principalement près de cette ville. Cette manne est d’un faible produit : le miel des abeilles qui s’en nourrissent est d’une basse qualité, parce qu’il contracte une saveur et des vertus qui se ressentent de son origine.
- La gomme est au centre des troncs, qu’il faut fendre pour l’extraire. Elle a dans les Arts le même usage que la gomme arabique.
- La résine du mélèze est limpide, visqueuse, jaunâtre et aromatique. Elle est connue, dans le commerce, sous le nom de térébenthine de Venise. On fait, au pied de l’arbre, une entaille avec une baehe ou des trous de tarière, et elle s’écoule par ces plaies dans des baquets de bois, d’où on l’enlève tous les deux ou trois jours. C’est de mai en octobre qu’on fait cette récolte, dont la quantité est proportionnée à l’intensité de la chaleur du jour. On passe au tamis la Térébenthine quand elle est salie par des impuretés. (V. ce mot). Lorsque le suc cesse de couler, on rafraîchit la plaie. Un arbre peut, pendant 4o à 5o ans, fournir 738 livres de résine par année ; mais la qualité de son bois en est beaucoup diminuée ; aussi ne fait-on ces saignées qu’aux arbres situés dans des lieux escarpés, ou l’exploitation serait trop difficile et trop coûteuse. Fr.
- MELON ( Agriculture ). Fruit d’une plante de la famille des cucurbitacées {cucumis melo ), qu’on cultive pour la consommation , et qui fait le sujet d’un commerce assez étendu. On reconnaît les bonnes graines en les jetant dans l’eau ; celle® qui surnagent doivent être rejetées. On doit préférer les se-mences nouvelles lorsqu’on cultive sous couche ou dans les
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- terrains appauvris , parce qu’elles sont plus vigoureuses et les fruits plus précoces ; les graines de deux et trois ans réussissent mieux en pleine terre , dans les sols riches en parties nutritives et bien fumés. Dans les contrées méridionales, on se contente de bien préparer la terre, et l’on fait le semis dès que les froids sont passés ; mais à Paris, où les gelées tardives sont assez communes et les températures variables et peu élevées, on abrite les plants entre des murs très bas formant une enceinte nommée melonnibre : on y dispose même des Bâches ou des Châssis , qui recouvrent les pieds qu’011 destine à donner des primeurs ; les melons tardifs se sèment plus tard, et n’exigent pas ces abris protecteurs ; des Cloches suffisent pour garantir la plante et modérer les influences atmosphériques. La culture artificielle des melons étant celle qui présente le plus de difficultés, fera principalement l’objet de notre article.
- On travaille la terre en Couche formée de bon terreau ou de fumier, qui conserve une chaleur douce et égale , et ait environ 2 pieds d’épaisseur. Lorsque la fermentation a développé 2.5 à 3o degrés Réaumur, on fait le semis en février ou mars ; il est bon d’entourer le châssis d’un lit de fumier long nommé réchaud, qui maintienne la chaleur. La semence est déposée dans des pots qu’on enterre ; on n’y laisse qu’un ou deux pieds dans chacun. On recouvre le châssis avec des paillassons.
- Quand la tige a poussé trois à quatre feuilles, on pince le bout pour faire partir des aisselles autant de rameaux. Souvent on hâte la pousse en retranchant les feuilles séminales ou cotylédons-, peu après, on transplante dans une terre substantielle , bien ameublie et terreautée. On couche les rameaux sur terre, et-lorsque la vigueur du sujet le fait pousser à bois, on pince l’extrémité pour forcer les fleurs de se nouer. On arrête ensuite les branches principales à une longueur qui dépend de la vigueur de la plante, retranchant peu à peu les tiges secondaires. Les fleurs sont, les unes mâles, les autres femelles sur le même pied ( monoïques) , également nécessaires
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- pour la fructification, quoique les premières restent stériles; Quand les fruits sont noués , on a soin de n’en laisser qu’au-tant que le pied en peut nourrir, en sacrifiant ceux qui sont faibles et mal conformés. On doit multiplier avec soin les binages et surtout les sarclages, et conserver les feuilles , qui sont, comme on sait, une des sources' les plus puissantes de nourriture. Les arrosemens seront faits avec discernement, et l’on ne permettra jamais qu’un air froid, ou un soleil trop ardent , vienne contrarier la végétation.
- Ces principes généraux sont faciles à suivre ; cependant la culture du melon est une des occupations les plus délicates du jardinier, parce qu’elle exige des soins continuels et une intelligence exercée par l’expérience. Lorsqu’on tient plus à avoir de beaux et bons fruits qu’à les obtenir de primeur , on peut éviter l’emploi des châssis et des bâches, et se contenter de semer un peu plus tard , dans des pots placés à l’orangerie , et de transplanter sur la couche quand les froids sont passés, en n’abritant qu’avec des cloches et des pail— lassons.
- Les melons présentent une multitude de variétés; ceux qu’on appellent cantaloups , dont les côtes sont épaisses , galeuses et fortement prononcées, sont cultivés de préférence par les maraicliers de Paris ; ils exigent plus de soins et d’habileté ; mais leur chair est fine, exquise et parfumée. Les melons de Honfleur sont très bons et d’une dimension extraordinaire; il n’est pas rare d’en trouver du poids de 20 , 3o et même jusqu’à 36 livres. Le melon brodé, appelé maraîcher, est ordinairement fade et aqueux. Le petit sucrin peut être mangé dès le mois de juin. Fit.
- MEMBRURE. Les charpentiers donnent ce nom à une planche épaisse d’au moins 3 pouces. On en fait surtout usage dans l’établissement des machines et des bâtis de la forte menuiserie , comme portes cochères, panneaux à rainures et languettes , etc.
- La membrure est aussi un assemblage formé de chevrons convenablement espacés pour mesurer les volumes de bois de
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- MÉMOIRES. 2?.i
- chauffage ; elle avait autrefois 4 pieds de largeur et 4 de hauteur. Maintenant que le bois se vend au stère, elle doit représenter un mètre cube , c’est-à-dire produire le volume d’un mètre cube. Le double stère , qui tient lieu de l’ancienne voie, vaut 2 mètres. Comme les bûches n’ont pas un mètre de longueur, on doit proportionner les deux dimensions de la membrure de manière à produire le volume qui vient d’être indiqué : on lui donne i ou 2 mètres de couche ou base, sur une hauteur variable avec la longueur des bûches, de manière que le produit des trois dimensions soit juste de i ou de 2 mètres cubes. Ainsi, le bois des forêts étant taillé sur 114 centimètres de longueur, on trouve que la membrure doit avoir 88 centimètres de hauteur, pour que, sur i ou 2 mètres de couche, le produit soit de 1 ou de 2 mètres cubes; et, en effet, i,i|X 0,88 X J donne 1 pour produit. Le brigaut et les autres bois qui n’ont pas la taille voulue par les ordonnances, doivent être cordés dans des membrures dont la hauteur des montans soit établie sur la règle précédente.
- On dispose donc un chevron horizontal d’environ 2 mètres et demi de longueur, sur lequel on implante verticalement deux montans à tenons et mortaises, soutenus aux deux bouts par des liens obliques : ces montans sont espacés l’un par rapport à l’autre, ainsi qu’il vient d’être prescrit. Ces liens résistent à la poussée causée par le poids des bûches, qui les écarterait vers le haut et changerait le volume mesuré. La couche doit toujours être callée horizontalement lorsqu’on veut corder le bois, et le rang supérieur des bûches doit affleurer les extrémités supérieures des montans. Fr.
- MÉMOIRES {Commerce). On donne ce nom à l’état détaillé de la nature, et des qualités et quantités de marchandises fournies, dont on réclame le paiement. Dans le commerce de consommation , on préfère le terme de facture. Les mécaniciens , ouvriers de bâtiment, etc., sont dans l’usage de faire dresser leurs mémoires par des hommes qui exercent uniquement cette profession. Une belle main, l’habitude des toisés, la connaissance des prix locaux , la facilité des cal-
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- culs, etc., telles sont les qualite's principales qu’on exige de ces préposés.
- Comme les dépenses doivent être vérifiées et réglées , il est indispensable que chaque article soit convenablement détaillé. Il est reçu assez généralement qu’à moins que le prix du travail ne soit convenu d’avance , les mémoires sont susceptibles d’être réduits d’un cinquième. Aussi les entrepreneurs qui veulent accroître leurs bénéfices au-delà de ce qui leur est légitimement dû font-ils monter leurs mémoires de manière que, déduction faite de ce cinquième, qu’ils savent qu’on retranchera, le reste soit exagéré en leur faveur. Ainsi, dans les règlemens de mémoires, il ne faut pas s’arrêter à cette condition du cinquième en excès.
- Voici légitimement ce qu’un honnête entrepreneur doit faire dans la composition de ses mémoires : il évalue chaque objet de dépense à sa juste valeur, savoir, le salaire des hommes de journées, les matériaux fournis, les charrois, etc. ; il y ajoute un dixième de la somme pour ses bénéfices et l’emploi de ses équipages. En faisant en détail un calcul semblable pour chaque objet de dépense, et le portant en compte de cette manière, il ne demandera que ce qui lui est équitablement dû , et sera certain de ne se voir sujet à aucune réduction. Il évitera donc de se trouver confondu avec des hommes dont les prétentions et l’avidité sont ordinairement connues d’avance, poursuivis par une réputation qui les déshonore, sans réussir à les mener au but qu’ils se proposent.
- Fr.
- MÉMORIAL. Terme par lequel on désigne l’un des livres de commerce ( V. Livres ), qui présente jour par jour la série des opérations par ordre de date et sous une forme particulière. Fr.
- MENEAUX ( Architecture). Ce sont les montans et traverses de bois, de fer ou de pierre, qui, dans les croisées, servent à séparer les baies ou ouvertures. Fr.
- MÉNISQUE. Espèce de verre d’Optique dont les surfaces sont, l’une concave, l’autre convexe. ( V. Lentilles. ) Fr.
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- MENTON NET ( Arts mécaniques). Pièce saillante fixée à une roue , ou à un arbre tournant, ou, etc...., qui vient faire arrêt sur une autre pièce , lorsqu’elle la rencontre dans son mouvement. Fr.
- MENUISIER (Technologie). Il est peu d’Arts qui embrassent autant d’objets que la menuiserie et qui soientd’une utilité aussi générale. Il peut être défini, art qui a pour but la construction de toute sorte d’ouvrages en bois, appropriés aux usages de la vie , excepté ceux qui sont du ressort du chaipen-pentier et du charron. La menuiserie est divisée en cinq branches : menuisier en bâtimens, menuisier en meubles, ébéniste et marqueteur, menuisier en voitures, et menuisier treilla-geur.
- Nous avons déjà traité l’art de I’Ebéxiste et celui du Marqueteur; il nous reste à parler des quatre autres. Notre cadre ne nous permet pas d’entrer dans tous les détails nécessaires pour donner une description complète d’un art aussi étendu que celui dont nous nous occupons, et qui a été traité très au long par Roubo fils, en plusieurs volumes in-folio, qui font partie de la belle collection de l’Académie des Sciences. Nous en dirons cependant assez pour donner à nos lecteurs une connaissance suffisante de cet art important. Nous nous dispenserons de traiter ici de Y art du trait, que le menuisier doit connaître , et qui est du ressort de la Géométrie descriptive, que notre cadre n’embrasse pas.
- Dans la vue d’être aussi laconique que possible, nous diviserons cet article en plusieurs parties : i°. nous ferons connaître d’abord les outils qui sont communs à tous les menuisiers ; 2°. nous parlerons des bois qu’ils emploient et de la manière de les débiter, de les corroyer, etc. ; 3°. nous traiterons des assemblages ; 4°- nous décrirons succinctement les travaux exécutés par chacune des branches de la menuiserie dont nous n’avons pas encore parlé.
- Des outils communs à tous les menuisiers.
- L'établi ou banc ( PI. i'j, fig. io) doit être considéré comme
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- le premier et le plus important des outils du menuisier. Il est formé d’un dessus ou table À d’orme ou de hêtre, de 20 pouces (347 millimètres) environ de largeur; de neuf pieds (2m,g2:f) de longueur, et de 5 à 6 pouces (i4 à 16 centimètres) d’épaisseur.
- Cette table est supporte'e par quatre forts pieds cariés
- B, B, B, B, aj ustés à tenons et mortaises et à enfourchement en queue d’aronde avec la table ; de quatre fortes traverses
- C, C, C ,C, qui consolident les pieds, avec lesquels elles sont assemblées à tenons et mortaises, et d’un fond D, cloué par-dessous les traverses.
- La table est percée de plusieurs trous E E, de 14 à 16 lignes (29 à 34 millimètres) de diamètre. Ces trous , qui doivent être percés bien perpendiculairement à la surface de la table, sont destinés à recevoir les valets F, qui sont des outils en fer servant à fixer l’ouvrage d’une manière solide.
- CesîWeteont ordinairement environ 2 pieds (65 centimètres) de long ; la queue est de 12 à 15 lignes (27 à 34 millimètres ) de diamètre ; la courbure de leurs pattes est de 4 à 4 pouces et demi (108 à ii4 millimètres) de hauteur. Cette courbure est contournée de manière que, lorsqu’ils sont serrés , ils ne pincent la pièce que du bout de la patte qui doit s’amincir insensiblement , comme l’indique la forme que le valet présente en F (fig. 10). C’est en frappant avec le maillet sur la tête du valet qu’on le serre ; en frappant la tête en sens contraire, on le desserre.
- A 3 pouces (8 centimètres) environ du bout de l’établi, on perce un trou carré , G,de 2 pouces (54 millimètres) de côté bien perpendiculaire à la surface de la table, et bien dressé intérieurement. On y fait entrer à force un morceau de bois dur carré, ou mieux , un morceau de fer de même dimension, qui porte un fort ressort par-derrière, et par-devant quelques pointes saillantes qui retiennent la pièce qu’011 veut travailler. Lorsque cette pièce est en bois, ce qui est le plus ordinaire , on y fixe , à son extrémité supérieure, un crochet en fer H, garni de dents qui remplacent les pointes dont nous
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- venons de parler. On élève on l’on abaisse cette pièce à coups de maillet.
- Les deux pieds de devant sont percés de plusieurs trous semblables à ceux qu’on a percés dans l’établi, afin d’y placer des valets, qu’on désigne sous le nom de valets de pied, qui ne diffèrent des autres que parce que leur tige est plus courte. Leur usage est de retenir le bois sur le champ le long de l’établi. Le bois est arrêté d’une manière solide par un crochet de bois I, fixé par des vis à bois sur le champ de la table de l’établi.
- Sur la face de la table opposée au crochet en bois I, on fixe une planchette J , d’environ 18 pouces (4g centimètres) de long , attachée par des vis sur des tasseaux qui la séparent de la table de 6 à 8 lignes (i4 à 18 millimètres). Cette planchette, nommée râtelier, sert à placer les outils emmanchés , tels que ciseaux , bédanes, fermoirs K, etc., afin de les avoir à tout instant à portée de la main. A côté et le long de ce râtelier, on attache un tasseau plus bas que le dessus de l’établi d’environ 2 pouces ( 54 millimètres ). Ce tasseau est percé , par le bout, d’une mortaise de 2 pouces et demi ( 68 millimètres ) de longueur, dans laquelle passe la lame d’un triangle ou équerre qu’on pose sur le tasseau , dans le temps qu’on n’en a pas besoin.
- Enfin, on ajuste des tiroirs sous la table de l’établi, dans lesquels on serre de petits outils.
- Le Maillet , que nous avons déjà décrit au commencement de ce volume , est représenté ici (fig. 11) ; il est en bois de charme ou de frêne.
- Le Marteau est en fer ; il a de 4 à 5 pouces ( 108 à 135 millimètres) de long; sa tète qui est carrée, et sa panne qui est mince, doivent être en acier trempé assez dur ; son manche est en bois, et a de 9 à 10 pouces ( 24 à 27 centimètres) de long.
- La scie à refendre, que l’on voit fig. 12, est disposée comme celle des scieurs de long ; la lame est placée au milieu d’un châssis , mais elle est plus petite ; elle n’a que 3 pieds ou 3 pieds et demi ( 98 à 114 centimètres) de hauteur, sur 2 pieds Tome XIII. x5
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- (65 centimètres) de largeur, la lame se tend à l’aide du double coin A , qu’on enfonce plus ou moins.
- La scie à débiter est connue de tout le monde : on en voit la forme fig. i3. On tend la lame à l’aide de la corde A, que l’on tord par le moyen du garrot ou morceau de bois B.
- La scie à chantourner, que l’on voit fig. 14, ressemble beaucoup à la scie à débiter; elle est un peu plus longue, sa lame est plus e'troite, et au lieu d’être arrêtée fixement dans l’extrémité des deux bras de la monture, elle est arrêtée dans deux tourillons de fer A, B , qui passent librement à travers les deux bras de la monture, et reposent par une embase sur la partie extérieure de ces bras. On la tend de la même manière que la scie à débiter. Elle sert à suivre des contours à droite ou à gauche, selon le besoin. On en a de plusieurs largeurs de lame.
- Le Rabot, le Riflard, la Varlope, la Demi-Varlope, etc., seront tous décrits à ces mots, parce qu’ils exigent des détails de construction qui nous entraîneraient trop loin dans cet article , et nous écarteraient de notre but principal.
- Le Guillaume a été décrit T. X , page 385.
- 'L’équerre (fig. i5) est formée de deux morceaux de bois dur, dont un À, épais , et l’autre B, mince. Ils sont assemblés à angle droit très exact, tant en dehors qu’en dedans, à tenon à recouvrement et à mortaise. La lame B a un pied ( 325 millimètres) environ. On emploie aussi une autre sorte à’équerre (fig. 16), que les ouvriers nommentpiece carrée. La branche B donne Y onglet, c’est-à-dire la moitié de l’angle droit, ou l’angle de 45°.
- La fausse équerre (fig. 17), que les ouvriers nomment sauterelle , est composée de quatre morceaux de bois, dont trois servent à former le fût A, et le quatrième la lame B , qui se meut à charnière sur une cheville placée au centre du demi-cercle formé sur l’extrémité des deux branches du fût. La lame se plie et se renferme dans l’intérieur du fût, dont on ne la sort que selon le besoin. Cet outil sert à prendre des angles plus petits ou plus grands que l’angle droit.
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- Le Trcsqbiît exige des détails , et sera décrit à son rang al* phabétique , ainsi que le Réglet .
- Le Cisead a été décrit T. V, page 327.
- Le Fermoir a été décrit T. VIII, page 5i 1.
- Les Gouges, les Bédanes ou bec-d’dnes, ont été pareillement décrits T. X, page 3oo, et T. III, page 1.
- Les menuisiers se servent aussi de Niveaux , de Râpes, de Limes à queue de rat, de Sergexs , de Presses a main, etc., qui seront décrits plus tard. ( V. ces mots. )
- Des bois ordinairement employés par les menuisiers.
- Les bois que les menuisiers emploient le plus ordinairement pour leurs ouvrages , sont le chêne, le noyer, le sapin, le peuplier, le châtaignier, le tilleul. ( V. le mot Bois , et chacun des mots qui précèdent. )
- Débiter le bois. Cette expression signifie l’action de couper à la scie le bois relativement à l’ouvrage que l’on veut faire. Ce mot a deux sens différens : i°. il désigne l’opération de l’ouvrier qui, après avoir acheté ou un arbre ou des madriers épais, les fait réduire en planches ou feuilles plus minces, et dont il désigne les épaisseurs selon la nature de l’ouvrage auquel il les destine; 20. lorsque le bois est ainsi réduit' en planches plus ou moins épaisses, il le débite ou le coupe en morceaux de la grandeur convenable à l’ouvrage auquel il travaille.
- Il y a deux manières de débiter le bois dans le premier cas : on le fait scier sur le champ ou sur le plat. Le madrier.débité sur le champ est divisé en planches de la même largeur , par des traits de scie donnés dans son épaisseur. Par ce moyen , on divise le madrier en planches minces, qui servent à des ouvrages qui n’exigent que peu d’épaisseur, comme les panneaux. On doit avoir des bois refendus sur le champ de toutes les épaisseurs convenables.
- Le bois débité sur le plat est celui qu’on fait scier en sens inverse , en petites planches plus épaisses , mais moins larges que les premières ; elles servent à des battans , des montans de
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- portes , de croisées , d’armoires, des traverses et autres pièces de menuiserie.
- Avant de faire débiter les bois, on les établit, c’est-à-dire qu’on doit les marquer selon le trait de scie , afin que les ouvriers ne puissent pas se tromper.
- Lorsqu’on fait scier des arbres , on préfère les planches qui sont sciées sur la maille du bois , c’est-à-dire celles dont le trait de scie est parallèle au rayon qui va du centre à la circonférence. Dans ce sens, le bois est moins sujet à se tourmenter ; il se polit cependant plus difficilement, mais il présente de plus belles veines et un plus bel effet dans les ouvrages qui ne sont que vernis.
- Ce sont les Scieubs de long qui sont chargés de refendre les bois.
- Lorsque le bois est préparé ou débité de cette manière, et qu’il est assez sec pour le travailler , le menuisier le débile, soit à l’aide des patrons, soit avec la règle et l’équerre, en marquant les traits de la scie avec de la craie , et le livre à ses ouvriers, afin qu’ils le coupent en morceaux propres à faire l’ouvrage auquel il les destine. C’est là le second cas pour lequel l’ouvrier emploie le mot débiter le bois. On sent combien son intérêt le porte à économiser le plus possible la matière, sans nuire à la solidité de son ouvrage.
- Du corroyage des bois.
- On choisit d’abord le côté de la pièce qui présente le plus de fil ; on le dégrossit sur le plat à la demi-varlope ou riflard à grand fer, jusqu’à ce qu’on ait atteint tous les défauts du bois. On achève de le dresser et de le dégauchir à la varlope , jusqu’à ce qu’en le regardant par les bords, ce que les ouvriers appellent bornoyer, on aperçoive une surface bien plane. On s’en assure encore mieux à l’aide d’une règle qu’on pose par son tranchant sur le plat de la planche, ce qui fait découvrir les creux ; ou en y posant dessus le Réglet , qui indique par quel point elle gauchit, et quelles sont les parties qu’il faut enlever.
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- Lorsque le bois est bien corroyé sur le plat, on le retourne sur le champ , à côté de l’établi ; on le dresse bien sur son épaisseur, d’abord avec la demi-varlope , et l’on termine avec la varlope. Quand il est bien droit et à l’équerre , on le met de largeur en passant un Tkusqüin le long du côté dressé, de sorte que sa pointe trace sur l’autre côté une ligne parallèle à la première.
- Si ce qu’on doit retrancher est trop large, on enlève le liteau d’un coup de scie à refendre, ou bien si le morceau n’en vaut pas la peine , on le fixe sur l’établi avec le valet , et on le hache avec le fermoir et le maillet ; on l’unit et on le met à l’équerre jusqu’au trait du irnsquin, avec la demi-varlope et la varlope. Si le bois est un peu épais, on passe le irusquin sur les deux faces , afin de le rendre plus juste de largeur et d’épaisseur.
- Lorsque les planches qu’on veut dresser sur l’épaisseur ne sont pas assez longues pour atteindre les deux pieds où sont les valets de pied, on la fixe , par le bout opposé au crochet de bois , par un morceau de bois dur au bout duquel on a fait une entaille angulaire, qu’on nomme pied-de-biche, et l’on assujettit c epied-de-biche parle valet, sur lasurface de l’établi.
- Les surfaces qui doivent être cintrées sur leur plan présentent un peu plus de difficulté; on les corroie de deux manières différentes :
- i°. On les dresse sur le champ , puis on les met d’équerre par les dèux bouts ; enfin , on trace le cintre des deux côtés avec le calibre, et on les corroie avec un rabot cintré.
- 20. Lorsque les courbes sont larges et qu’on craint de les gauchir pour les mettre d’équerre, on tire sur le plat de la courbe, et à ses deux extrémités , deux traits carrés , d’après lesquels on donne quelques coups de guillaume en forme de feuillure. On pose dans ces feuillures des liteaux de même largeur et bien dressés, qui suppléent aux réglets.
- Quand les deux extrémités de la courbe sont parfaitement dégauchies , on y marque un trait des deux côtés, et on le corroie avec un rabot cintré.
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- Des assemblages.
- Les assemblages sont la partie la plus importante de l’art du menuisier ; c’est leur exactitude et leur parfaite exécution qui constitue la solidité' des ouvrages. C’est aussi la partie de Fart sur laquelle nous nous arrêterons le plus.
- Les Tenons , les Mortaises, les Rainures et les joints servent à faire les assemblages qui exigent beaucoup d’attention pour la solidité et la propreté dans la construction de la menuiserie. On doit entendre par arrosement, les deux extrémités de la pièce portant tenon, qui vient remplir la mortaise. Dans les fig. 18, 19 et 20 , la lettre C marque l’arrasement.
- Les assemblages prennent différens noms, selon la diversité de la coupe des bois. Nous allons les décrire séparément.
- Assemblages en enfourchement. Ce sont ceux dont le tenon et la mortaise occupent la totalité du bout de chaque pièce assemblée, de sorte que l’une est préparée en fourche, et l’autre porte un ou plusieurs tenons qui remplissent exactement les vides de la fourche, sans avoir d’èpaulement. On entend par épaulement, un, petit espace de bois plein entre deux mortaises, ou entre une mortaise et l’extrémité de la pièce. II suit de là qu’il n’y a pas de mortaise sans épaulement ; et que lorsqu’il n’y a pas d’épaulement, la mortaise perd son nom et prend celui d’ enfourchement. Le bois qui reste en B (fig. 19), est l’épaule ment. L’entaille A en dessus du tenon, est recouverte par l’épaulement B, lorsque le tenon est dans la mortaise. Le tenon ne serait pas recouvert si c’était un enfourchement , et la partie du tenon qui monterait au niveau de B se montrerait à découvert.
- On désigne sous le nom d'assemblages carrés, ceux dont les deux arrasemens du tenon sont égaux. ( F', fig. 19. )
- Les assemblages à demi-bois sont faciles à faire, et s’emploient assez fréquemment dans les ouvrages communs et les châssis légers ; mais ils sent moins solides qu’à tenons et mortaises. Les pattes A, B (fig. 18) se joignent l’une sur l’autre, et se fixent avec des chevilles.
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- On emploie les assemblages d’onglet lorsque la menuiserie est ornée de moulures. On prolonge alors l’arrasement du tenon du côté et de la largeur de la moulure , ou de ce qui en tient lieu; ce qu’en termes de menuisier on appelle rallonger une barbe. La distance qu’il y a depuis l’arrasement jusqu’à l’extrémité de la barbe rallongée , se coupe d’onglet, c’est-à-dire par un angle de 4$ degrés. ( V. fig. 20, 21 et 22. )
- La fig. 23 montre un assemblage en onglet entaillé à demi-bois.
- La fig. 24, un assemblage en onglet à tenon et mortaise.
- La fig. 25, un assemblage à fausse coupe.
- Lorsqu’on doit assembler des pièces de différentes largeurs, et que l’épaisseur des deux premières réunies égale la pièce dans laquelle on les assemble , alors on emploie l’assemblage à tenon flotté, c’est-à-dire qu’on fait la mortaise d’une largeur capable de contenir les tenons des deux pièces jointes ensemble.
- Il est facile de joindre deux planehes l’une contre l’autre, lorsqu’elles sont assez épaisses pour recevoir chacune des mortaises vis-à-vis l’une de l’autre. On rapporte un tenon qui est commun aux deux mortaises. On cheville ce tenon, qu’on nomme clef, des deux côtés , après avoir mis de la colle sur les joints. Les clefs empêchent les planches de se décoller. La fig. 26 montre cet assemblage : A,A, les mortaises; B,B, les tenons.
- On pratique aussi dans le même cas Xassemblage à languette (fig. 27). Dans le milieu de l’épaisseur de la planche et dans toute sa longueur, à l’aide du bouvet à rainure, on pratique une rainure plus ou moins large , pour laisser toute la solidité au joint ; avec un autre bouvet à languette, on pratique à l’autre planche une languette dont la largeur est proportionnée à celle de la rainure. Les bouvets à rainure et à languette sont toujours disposés par paires : l’un porte un fer plus ou moins large , et sert à faire la rainure ; l’autre porte un fer à deux tranclians disposés l’un à côté de l’autre , à une distance égale à la largeur du fer de l’autre bouvet, pour faire
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- la languette. Il emporte le bois des deux côtés de la planche, en laissant exister au milieu de son épaisseur la languette qui doit remplir exactement la rainure. L’un et l’autre de ces bouvets est le plus souvent armé d’une joue en fer qui, en s’appuyant pendant le travail contre le bord de la planche, ne permet au fer de mordre que dans l’endroit voulu, afin que la languette d’une planche concorde avec la rainure de l’autre , avec laquelle elle doit s’assembler de manière que les surfaces des deux planches se trouvent sur le même plan. On sent bien qu’on doit avoir plusieurs paires de bouvets de cette espèce , afin de pouvoir assembler des planches de plusieurs épaisseurs.
- Pour éviter de multiplier le nombre de bouvets de cette nature , on se sert du bouvet à deux pièces, dont le fût est formé de deux bouvets , dont l’un sert de joue et l’autre porte le fer. Ces deux bouvets sont unis l’un à l’autre par deux clefs carrées , fixées dans le bouvet qui porte le fer , et qui entrent carrément dans l’autre. On les sépare facilement pour les mettre à la distance convenable, à laquelle on les fixe par des vis de pression.
- Lafig. 28 donne la forme des assemblages à emboîture. On voit en A, la traverse de bois qui forme l’emboîture dans laquelle est pratiquée la rainure B ; C, la languette qui remplit la rainure ; D, les mortaises des clefs ; E, les clefs ; F , les planches assemblées à languette. Cet assemblage se pratique ordinairement aux deux extrémités du dessus d’une table, d’une porte arrasée , etc., etc.
- L’assemblage à Queue d’aroxde se fait de plusieurs manières, qu’il suffit d’indiquer. La première et la plus simple est celle que montre la fig. 29, et qu’on nomme à une queue. Une des pièces porte une queue d’aronde saillante , l’autre une queue d’aronde creuse de même forme ; ou les ajuste l’une dans l’autre bien exactement, et l’on colle. C’est une manière très solide d’ajuster deux pièces de bois.
- La fig. 3 i montre la manière d’assembler à plusieurs queues. que les ouvriers désignent sous le nom de queues d’aronde
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- percées, parce qu’elles ne sont pas recouvertes comme dans l’assemblage suivant.
- Enfin, la fig. 3o fait voir l’assemblage à queues perdues ou queues recouvertes ; on l’emploie dans les ouvrages soignés. On prend les deux tiers ou les trois quarts de l’épaisseur des bois pour faire les queues ; le restant est coupé d’onglet.
- D’après les détails dans lesquels nous venons d’entrer sur la manière d’exécuter les élémens des assemblages , il nous suffira de donner, par des figures, des exemples de tous ces assemblages sur l’épaisseur des bois : nous terminerons cette partie, la plus importante de la pratique de la menuiserie, par l’assemblage sur la longueur du bois.
- Assemblages droits , les bois de même épaisseur.
- La fig. 32 donne sept dispositions différentes de ces assemblages.
- A, Assemblages à feuillure, qu’on voit en a.
- B, ----------à rainure et languette : a, la rainure; b , la
- languette.
- C, ----------à rainure, à languette avec feuillure : a, la
- rainure ; b, la languette ; c , la feuillure.
- D, ---------- à double rainure et languettes : a,a, les lan-
- guettes ; b,b, les rainures.
- E, ----------d’une autre disposition de même nature.
- F, ------------à rainure et languette, avec doubles feuillures :
- a, la rainure ; b, la languette ; c, c, les feuillures.
- G, ---------- à noix : a, la noix creuse ; b , la noix ronde.
- Assemblages droits, les bois d’épaisseurs différentes.
- La fig. 33 montre sept dispositions de ces assemblages..
- H, Assemblage à feuillure simple.
- I, ----------à feuillure double.
- J, ----------à double rainure.
- K, ----------en avant, à rainure et languette.
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- L, Assemblage d’une autre disposition , en avant, à rainure
- et languette.
- M, ---------en avant, à rainure et doubles languettes.
- N, ---------à recouvrement, à rainure et languette : a, le
- recouvrement.
- Assemblages angulaires.
- La fig. 34 indique six dispositions de ces assemblages.
- O, Assemblage à feuillure à bois entier.
- P, ---------à feuillure à demi-bois.
- Q, ---------à feuillure et languette à demi-bois.
- R, ---------à rainure et languette d’un côté.
- S, ---------à rainure en arrière.
- T, ---------à rainure et languette en avant.
- Assemblages pour allonger les pièces de bois.
- On ne connaît que cinq manières de rallonger les pièces de bois qui sont trop courtes , par des assemblages solides.
- La fig. 35 montre l’assemblage à patte et à queue d’aronde : a porte la queue mâle , b la queue femelle.
- La fig. 36 indique l’assemblage à tenon et à mortaise bout à bout : a porte le tenon , b la mortaise.
- La fig. 37 fait voir l’assemblage en trait de pupitre à pattes et à demi-bois.
- Ces trois assemblages sont collés et chevillés.
- La fig. 38 montre la manière dont doivent être entaillées les deux pièces pour être réunies par un double coin C, et former ainsi l’assemblage qu’on nomme à trait de pupitre à pattes. On voit en D les deux pièces A , B, réunies et rendues solides par le double coin C.
- La fig. 39 indique la disposition des pièces qui forment l’assemblage à trait de Jupiter. Les deux pièces A, B, séparées , sont vues en D , réunies et rendues solides par le double coin C. Nous avons décrit la manière de faire ce double coin au mot Clavette (T. V, page 348), avec figures.
- Lorsqu’il s’agit de cheviller ces assemblages ou d’autres ou-
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- vrages, le menuisier emploie l’outil connu sous le nom de Vilebrequin. (V. ce mot.)
- Les assemblages, comme nous l’avons dit, sont la partie la plus essentielle et la plus importante de l’art du menuisier. Il doit avoir la plus grande attention de faire les ajustemens avec la plus grande exactitude. Les tenons doivent être faits de manière à ce que leurs faces soient bien perpendiculaires à la surface du plan sur lequel ils s’élèvent, et que les faces soient bien parallèles deux à deux. La mortaise doit présenter les mêmes conditions, afin que le tenon y entre juste et libre, et en remplisse exactement tout le vide. On a toujours mis une si grande importance à ces conditions, qu’autrefois, pendant l’existence des jurandes et des maîtrises, on exigeait, des prétendans à la maîtrise, qu’ils exécutassent, comme chef-d’œuvre , un cadre d’un pied en carré , avec du bois de noyer de quatre pouces en carré, dont les angles fussent ajustés à trois tenons et deux onglets, avec cette condition que la première pièce couchée sur le banc devait recevoir les deux pièces verticales , de manière qu’en présentant les tenons aux mortaises, et lâchant la pièce , elle entrât jusqu’au fond par son propre poids; qu’ensuite, en les recouvrant de la quatrième pièce, celle-ci descendît aussi par son propre poids, et qu’elles fussent toutes les quatre si exactement assemblées que les joints ne présentassent aucun vide. Il fallait de plus qu’en soulevant la pièce supérieure, elle entraînât tout le cadre. Nous avons vu un chef-d’œuvre de cette nature qui avait été exécuté depuis plus de vingt ans. On était assuré alors que l’ouvrier qui avait su exécuter une pièce aussi difficile était très capable de rendre des ouvrages parfaits. Les menuisiers se servent aussi des SergeNs et des Presses pour serrer et coller leurs assemblages.
- Du menuisier en bâtimens.
- Le menuisier en bâtimens exécute toutes les boiseries qui tiennent aux murs et qui appartiennent aux propriétaires des maisons; portes, croisées, persiennes, jalousies, parquets,
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- planchers, lambris, alcôves, cabinets d’aisance, etc., etc. Nous n’entrerons pas dans les de'tails de toutes ces constructions , puisqu’il n’y a rien de fixe et que le goût seul et la mode en décident : d’ailleurs ces détails seraient ici superflus; une foule d’ouvrages sont remplis de dessins et de projets qu’il est facile de consulter. Nous dirons seulement un mot des croisées impénétrables à l’eau pluviale, imaginées depuis quelques années par M. Saintamand, architecte, qui a rendu par cette découverte un service important aux propriétaires. Nous avons admiré les procédés ingénieux qu’il emploie, et nous avons vu un château isolé, tellement exposé aux vents d’ouest, que l’on était obligé, tous les deux ou trois ans, de refaire les lambris pourris par l’infiltration et le séjour de l’eau pluviale. Depuis que cet architecte a fait réparer les croisées, aucune goutte d’eau n’a pénétré, et les lambris sont aussi sains et aussi secs que le jour qu’on les a posés. Nous donnerons, dans un article additionnel, les détails de cette construction aussitôt qu’un nouveau perfectionnement, que M. Saintamand exécute dans ce moment, sera reconnu, par l’expérience, avoir atteint le but qu’il s’est proposé. Cet architecte est breveté pour cette invention.
- Le Menuisier en meubles partage avec I’Ébéniste et le Marqueteur la fabrication des diverses pièces qui servent à l’ameublement d’une maison. Nous avons déjà décrit l’art de Y ébéniste et celui du marqueteur (/-V T. VII, page 328, et au commencement de ce volume) ; nous dirons seulement que le menuisier dont nous nous occupons en ce moment n’exe'cute que les meubles en bois plein , c’est-à-dire ceux sur lesquels il n’y a pas de placage. Il fait aussi les massifs sur lesquels Yébéniste plaque les bois , lorsque celui-ci ne se soucie pas de s’en charger.
- Il fait les sièges, les banquettes, les fauteuils, les canapés, les lits de toute espèce, les armoires, les buffets, les bibliothèques, les tables, les billards, les bureaux, les secrétaires, les commodes, les encoignures, etc., etc. On trouvera les détails de tous les meubles les plus modernes dans l’art du me-
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- nuisier en meubles et del’ébe'niste, par M. Mellet, chez Fortic, rue de Seine, n° 21, un volume in-8° de 45o pages et 15 grandes planches. On trouvera aussi beaucoup de dessins et de de'tails dans le T. IV de l’Encyclope'die méthodique. au mot Menuisier.
- Le menuisier en meubles, ainsi que le menuisier en voiture , dont nous allons parler, emploient les mêmes outils que le menuisier en bâtimens. La forme varie seulement pour certains , tels que les rabots et les guillaumes cintrés , quelquefois des rabots à moulures, etc. Us ajoutent à leur établi deux presses à vis , l’une au-devant du pied à gauche, et l’autre par-derrière. La vis de la presse à gauche est taraudée dans le pied devant lequel la presse est placée.
- Du menuisier en voitures.
- Le Menuisier ex voitures ne fait que la caisse des voitures ou carrosses de toute espèce. Le lecteur sentira bien que nous 11e pouvons pas entrer dans de grands détails à ce sujet, et qu’il faudrait pour cela passer en revue la construction de toutes les voitures, et un volume ne suffirait pas pour cela. Nous avons fait connaître tous les assemblages employés dans la menuiserie en général; ils ne varient pas. L’ouvrier, après avoir fait le plan de la voiture qu’il se propose de construire, fait des calibres de chacune des pièces. 11 forme d’abord le bâti avec des bois d’orme, aussi minces que peut le lui permettre la solidité de l’ouvrage. Il pousse, des deux côtés de chacun de ces montans ou traverses, des rainures, avec des bouvets cintrés ou droits, selon le cas, pour recevoir les panneaux qu’il doit y consolider.
- Comme ces panneaux doivent être très minces, il emploie du bois de noyer noir refendu en feuillet, qu’il corroie et unit sur son établi, muni de presses verticales, par lesquelles il remplace le valet, qui serait sujet à faire fendre ces planches minces. Il les ajuste dans les rainures et les renforce intérieurement par des liteaux assemblés dans les traverses et dans les pieds corniers. Ces liteaux servent à faciliter le mouvement
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- des glaces et des faux panneaux , et à attacher la toile qu’on nomme matelassure, ce qui ne pourrait pas se faire sur le panneau sans risquer de le fendre.
- On place inte'rieurement des panneaux de doublure, qui servent à recouvrir les coulisseaux et à empêcher de casser les glaces lorsqu’elles sont baisse'es. Ces panneaux sont encore utiles pour appuyer les sièges et les tasseaux qui les portent et sur lesquels on attache les garnitures et les étoffes.
- Pour faire cintrer les panneaux, on les creuse à bois de travers, c’est-à-dire sur sa largeur ; ensuite on allume un feu clair et vif, et, après avoir mouillé avec une éponge le côté du panneau qu’on veut faire bougir, on présente le côté opposé au feu jusqu’à ce que le panneau soit suffisamment cintré, en observant de mouiller toujours le panneau à mesure qu’il se chauffe et qu’il creuse, et d’y présenter le calibre de temps en temps, afin de s’assurer qu’il creuse assez et également, tant sur la largeur que sur la longueur, et si l’un des bouts n’est pas plus ou moins creusé que l’autre.
- On remédie à ces inconvéniens en cachant le feu par une plaque de fer ou une pièce de bois : on la retourne aussi du haut en bas. On doit encore d’autant plus ménager l’activité du feu que les panneaux sont plus minces. On augmente ou l’on diminue l’action du feu en mouillant plus ou moins le derrière du panneau qu’on veut faire bougir.
- Aussitôt que le panneau est cintré, on le place dans son bâti, ce qui lui conserve sa forme , en l’empêchant de se redresser. On doit bien prendre garde de ne pas donner une trop vive chaleur ; elle ne laisserait pas le temps à l’humidité de pénétrer, et ferait fendre le bois.
- Nous nous abstiendrons dé*rappeler ici le nom de toutes les voitures en usage ; on en trouvera la description à leur nom particulier, dans le cours de ce Dictionnaire.
- Du menuisier-treillageur.
- Cet art est moderne; il a pris naissance en France, vers la fin du siècle de Louis XIY. Dans le principe, les produits de
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- cet art e'taient extrêmement grossiers ; ce n’étaient que des branches entrelacées qui servaient à soutenir des treilles, d’où lui est venu le nom de treillageur, ou des fleurs dont la tige frêle a besoin d’un appui. Aujourd’hui, par les perfectionne-mens qui s’y sont introduits, cet art se rattache à la menuiserie et en est une branche. Les travaux qu’on y exécute sont souvent très jolis, et attirent avec plaisir les regards de l’amateur. On est surpris de trouver, dans beaucoup de jardins soignés, des ouvrages dans ce genre qui annoncent dans l’ouvrier un goût et une délicatesse admirables. Les principes de l’art du trait et les lois de l’architecture y sout observés ri-goureusemeut. Ici ce sont des murs transparens qui n’empêchent pas les yeux de s’arrêter avec satisfaction sur les belles fleurs qu’ils garantissent contre la main indiscrète de celui qui voudrait les détacher de leur tige ; là c’est un temple ou une cabane rustique et élégante; plus loin, ce sont des bancs, des sièges qui vous invitent au repos , à côté d’un temple à jour, orné de colonnes environnées de guirlandes et surmontées de chapiteaux ornés de feuillages.
- C’est le menuisier-treillageur qui produit toutes ces merveilles, en employant les bois de châtaignier, de chêne, de frêne et des bois lisses, tels que le bouleau, l’aune, le pin, le sapin, le mûrier blanc, le cyprès, le laurier, etc. La seule condition exigible dans le bois dont il fait usage , c’est qu’il se fende aisément.
- Les outils dont, il se sert sont peu nombreux ; en voici l’énumération : i°. le coulre. Il y en a de deux formes fig. -jn ; l’un A, dont le manche a est perpendiculaire au tranchant de la lame ; l’autre B a son manche b dans le même sens que le tranchant. Ces outils servent à fendre le bois. '
- 2°. Deux bancs, dont un en pente sur lequel on dresse les échalas ; l’autre a quatre pieds. L’ouvrier s’assied sur l’un de ses bouts, et avec le pied fait mouvoir un levier à l’aide duquel il assujettit la pièce qu’il plane.
- 3°. Une plane, qui est une espèce de couteau à deux manches dont le tranchant est en biseau d’un seul côté, comme
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- le ciseau du menuisier. C’est à l’aide de cet outil que l’ouvrier unit le bois, l’amincit et le met d’une e'paisseur uniforme. La fig. 4i représente la plane, A de face, B de profil.
- 4°. Un étau en bois, dont il se sert pour découper les planches minces, qu’on appelle copeaux pour en faire des feuilles ou des fleurs. Il se sert pour cela de la Scie a découper.
- 5°. Des bigornes de différentes formes et d’un petit marteau à petite tête et à panne pour enfoncer les clous d’épingle.
- 6°. Un foret à percer, qu’on nomme violon, et que la fig. Ip. représente. On le fait mouvoir à l'aide d’un archet dont on voit les bouts de la corde.
- 7°. Un rabot d’une forme particulière, qui sert à dresser, à unir et à mettre de largeur et d’épaisseur les échalas qui servent de base à la plus grande partie des travaux du treilla-geur.
- 8°. L’ouvrier lie et consolide les échalas qu’il entrelace , en liant leur jonction avec du fil de fer d’un millimètre de diamètre , dont il tord les bouts, qu’il coupe tout près du nœud avec des tenailles à couper.
- 9°. Indépendamment des autres outils, qui sont très connus et que nous ne décrirons pas, l’ouvrier emploie des pinces rondes dont une branche est creuse et l’autre ronde comme un fer à toupet. Il s’en sert pour donner la forme courbe aux copeaux qu’il destine aux feuillages. La fig. 43 en indique la forme.
- Sans entrer dans tous les détails des travaux du treillageur, que notre cadre ne pourrait pas nous permettre, nous allons donner une idée des diverses manières dont on pratique les treillages.
- i°. Après avoir planté de distance en distance des poteaux carrés ou ronds, de deux pouces, en chêne, pointus et un peu brûlés du côté qui doit s’enfoncer en terre, dans lesquels on a pratiqué des rainures dans les deux sens qui doivent'recevoir les échalas, rainures qui doivent être assez larges pour en contenir deux àla fois, on les enfonce en terre, à coups de masse, jusqu’à la hauteur convenable ; on entrelace les échalas, soit en carré
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- (fig. 44) 1 s0*1 en lozange ( fig. 45 ) ? soit en ogive (fig. 46>.47 et 48), et on les couvre d’une main courante rainure'e par-dessous qui reçoit le bout des e'chalas. Ces mains courantes sont cloue'es sur les pieds-droits et consolident toute la palissade.
- On lie tous les joints avec du fil de fer d’uu millimètre de diamètre, parfaitement recuit. Ces liens sont place's diagona-lement dans les carrés (fig. 44) •> et horizontalement dans les lozanges (fig. 45)-
- 20. Pour plus de propreté, on forme des cadres par assemblage , qu’on garnit intérieurement d’échalas, et l’on place ces cadres l’un à côté de l’autre et séparés par des pieds-droits enfoncés en terre, comme dans le premier cas. On peut se dispenser de mettre par-dessus une main courante, quoique cependant cela soit plus propre avec cette addition. Alors la main courante doit être plus mince.
- Nous pensons qu’on ne sera pas fâché de trouver ici le dessin d’une cabane rustique (fig. 48), qu’un de nos amis a fait construire dans son jardin, et qui donnera une idée de ces sortes d’ouvrages. La porte et les bois naturels qui garnissent les panneaux sont avec leur écorce et tels qu’ils ont été coupés : tout est à jour, et la cabane est d’une dimension telle, qu’elle contient une table de 24 couverts, avec tout l’espace nécessaire pour le service. On voit combien l’art du menuisier treil-lageur est fécond et procure de jolis ouvrages qui forment un bel ornement. L.
- MERCERIE, MERCIER ( Technologie). On donne le nom de mercier à celui qui fait le commerce de la mercerie. Ce commerce embrasse presque toutes sortes de marchandises. Le mercier ne fabrique rien et vend un peu de tout, mais principalement tous les petits objets qui tiennent à la toilette et au travail habituel des femmes : des aiguilles, des épingles, des rubans de toute espèce , du fil, du coton , de la soie à coudre et à broder, et une infinité d’autres choses qu’il serait inutile et trop long d’énumérer. Ce n’est point, à proprement parler , un art technologique ; c’est une branche de négoce.
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- Un magasin de merceries renferme la réunion d’une grande partie des produits des fabriques , des manufactures et de l’industrie en général. L.
- MERCURE ( Arts chimiques). L’un des corps simples rangés dans la cinquième section des métaux. La couleur de ce métal, son vif éclat, si semblable à celui de l’argent bruni, avaient fait concevoir aux alchimistes les plus brillantes espérances d’obtenir sa transmutation ; il ne s’agissait presque, selon eux, que de fixer le mercure pour le convertir en argent ; c’était surtout vers ce but que tendaient tous leurs efforts. Il en est au moins résulté beaucoup de travaux qui ont servi à faire connaître ce métal, dont l’histoire, parmi celles des métaux , est une des plus complètes. Nous sommes loin de pouvoir ici la retracer dans tous ses détails , que le but de ce Dictionnaire ne comporte pas. Nous devons nous borner, en nous renfermant dans nos limites, à exposer les propriétés qui caractérisent ce métal, les divers états sous lesquels il se présente dans la nature, les procédés employés pour l’extraire de ses mines, et celles de ses nombreuses combinaisons qui sont en usage, soit dans la Médecine , soit dans les Arts ; et comme , parmi ces dernières, il y en a beaucoup qui déjà ont été traitées à fond dans des articles particuliers , nous nous contenterons, pour éviter les répétitions inutiles, d’y ren-vover les lecteurs.
- La fluidité qu’il conserve à toutes les températures des divers pays de l’Europe distingue le mercure de tous les corps qui nous entourent. Il faut que la température s’abaisse à 32°— o ( R. ), ou à 4<>° centigrades pour qu’il cesse d’être liquide ; c’est une circonstance qui a lieu quelquefois en Sibérie , où plusieurs voyageurs, du nombre desquels sont Pallas et Gmelin, l’ont vu solidifié par un froid naturel. On doit croire, d’après cela, que, dans les régions polaires les plus froides , le mercure se trouve constamment à l’état solide , comme le sont ici les métaux les plus fusibles , tels que l’étain, le plomb et le bismuth. On peut donc considérer le mercure comme un corps excessivement fusible, puisqu’il
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- MERCURE.
- reste liquide jusqu’à 4o° — o ; et comme il n’est volatil, ou ne passe à l’e'tat gazeux qu’à 36o°, on peut dire que ce me'tal est liquide dans un espace de 4°°0- A l’aide de moyens artificiels , on opère aisément la congélation du mercure ; 25 grammes de mercure introduits dans un matras de verre mince , que l’on plonge dans une terrine renfermant 2 kilogrammes d’hydrochlorate de chaux cristallisé, et d’un kilogramme de glace, tous deux pulvérisés et préalablement refroidis, ainsi que le vase, à quelques degrés au-dessous de o, deviennent bientôt solides. On congèle également quelques grammes de mercure, en les plaçant sous le récipient de la machine pneumatique , dans un petit vase rempli d’acide sulfureux liquide, et en y faisant le vide. L’acide, en passant rapidement à l’état gazeux , enlève au métal tout le calorique qui le maintenait liquide , et celui-ci se congèle. On doit à M. Bussy, professeur à l’École de Pharmacie, cette intéressante découverte.
- En se solidifiant le mercure se contracte et augmente de pesanteur dans le rapport de plus de 9 à 10 ; car le pied cube de ce métal liquide pèse g5o livres, et dans l’état solide le poids du pied cube s’élève à 1093 livres. La pesanteur spécifique du mercure est de 13,598. Si, avant qu’il soit entièrement solidifié, on décante la portion demeurée liquide au centre, la cavité se tapisse de cristaux octaédriques. A l’état solide , on peut l’aplatir en le frappant sur une enclume et avec un marteau qu’on a eu le soin de refroidir ; on remarque que sa cassure est grenue. Le mercure solide placé sur la peau l’altère, la blanchit, et cause une sensation douloureuse , comparable à celle que produit une brûlure ; son avidité pour le calorique est telle, qu’on ne peut le conserver que quelques instans à l’état solide, d’où il repasse promptement à l’état coulant.
- Le mercure n’a ni odeur ni saveur ; il est d’une extrême mobilité , qui lui a fait donner le nom de vif argent; il se divise à l’infini, et à l’aide d’une légère pression il se fait joui-par les moindres ouvertures : aussi le cite-t-on en Physique
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- pour exemple de la divisibilité des corps, et le comprime-t-on dans use peau de chamois, dont il traverse aisément les pores , lorsqu’on a l’intention de le séparer de la poussière ou de l’oxide qui le salissent. Lorsqu’il est pur, il est très brillant , et il se divise en globules parfaitement sphériques ; il n’en est point ainsi lorsqu’il est combiné avec une petite quantité de plomb, d’étain ou de bismuth ; les globules ne sont ni très mobiles, ni ronds : on dit, dans ce cas, qn ils font la queue.
- Lorsque le mercure est contenu dans un vase de marbre ou de verre, c’est-à-dire d’une matière pour laquelle il n’a point d’affinité , on remarque que sa surface a de la convexité, et qu’il en résulte un intervalle entre les bords de sa surface et les parois du vase. Cet effet tient à ce que l’affinité des molécules du métal entre elles est supérieure à celle qu’elles ont pour la matière du vase : ce qui le prouve, c’est que l’effet contraire a lieu si le métal est renfermé dans un vase d’une matière , d’étain par exemple , pour laquelle son affinité est supérieure à celle qu’exercent entre elles ses molécules ; dans ce cas , la surface du mercure est concave, et les bords de sa surface s’appliquent immédiatement sur les parois du vase.
- Le mercure est bon conducteur de la chaleur et de l’électricité ; il se volatilise à 36o°. Quoique sa tension à la température ordinaire soit très faible, M. Faraday a prouvé, par l’expérience suivante, qu’elle n’est point nulle. Ayant suspendu une feuille d’or dans la partie vide d’un flacon de la capacité d’un litre qui contenait xoo grammes de mercure, il a trouvé au bout d’un certain temps la feuille convertie en un amalgame. On peut faire bouillir long-temps de l’eau sur le mercure , sans que celui-ci perde rien de son poids ; néanmoins , il est reconnu que cette eau acquiert par ce moyen la propriété vermifuge.
- Le mercure existe sous plusieurs états dans la nature ; ses mines appartiennent presque toujours aux terrains secondaires ; on les rencontre le plus abondamment dans les grès quartzeux, parmi les schistes bitumineux et les argiles en-
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- durcies ; elles y sont quelquefois accompagne'es de débris de matières organisées, tels que d’empreintes de poissons, de bois pétrifiés, de coquilles fossiles, etc. Les principales mines de ce métal se trouvent à Idria en Carniole, à Almaden en Espagne, dans le ducbé des Deux-Ponts ; ce sont les plus riches : quelques-unes , beaucoup moins productives, se rencontrent en Hongrie et en Bohême; la France en possède quelques-unes, à Saint-Lo, à Allemont, dont on tire encore moins de profit.
- Les principaux états sous lesquels ce métal se présente dans ces mines ont reçu les dénominations vulgaires'de mercure vierge, d’amalgame natif, de cinabre et de mercure corné.
- i°. Le mercure vierge ou natif ne constitue pas , à proprement parler , de mine , mais il accompagne presque toujours les autres minerais ; il est sous forme, tantôt de gouttelettes attachées aux roches, tantôt de globules disséminés dans les fentes des minerais ou de leur gangue ; il est rassemblé quelquefois en quantité assez considérable dans des cavités profondes, où il est entraîné par sa pesanteur ; il n’est besoin que de l’y puiser pour le recueillir dans un grand état de pureté.
- 2°. Amalgame natif ou mercure argentai de Haüy. Ce minerai est rare ; il n’existe point dans toutes les mines qu’on exploite avec avantage ; on ne l’a encore trouvé que dans celles du duché des Deux-Ponts. Il est d’un blanc d’argent, sous la forme de lames, de grains, et plus rarement de cristaux dodécaédriques à plans rhombes; d’une consistance tantôt molle, tantôt solide, selon que le mercure ou l’argent domine. Il est remarquable que la pesanteur de cette combinaison est de beaucoup supérieure à celle des métaux pris séparément ; son poids est de t4,i 1 , tandis qu’il ne devrait être que de 12,5, eu égard à leur pesanteur respective. L’amalgame est décomposé par la chaleur du chalumeau ; le mercure se dégage et l’argent se fond en un bouton métallique. Deux analyses, du mercure argentai ont donné :
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- Kiaproth. M. Cordier.
- Argent.,....... 36 ................ 27,6
- Mercure........ 64................. 72,6.
- 3°. Cinabre natif, vermillon natif, mercure sulfuré, réductible en poudre d’un rouge vif, qui le distingue du sulfure rouge d’arsenic, dont la poussière est constamment d’un jaune orangé. C’est le minerai le plus abondant et le seul qui serve à l’exploitation du mercure ; il est ou en couches superficielles d’un beau rouge, ou en masses, ou plus rarement en cristaux hexaédriques réguliers ; sa poudre, frottée comme le mercure argentai sur une lame de cuivre, blanchit ce métal. Le cinabre, chauffé au chalumeau ou distillé dans une cornue, se volatilise entièrement. D’après l’analyse qu’a faite Kiaproth du cinabre de la Chine, 100 parties de ce composé sont formées de
- Mercure................84,5o
- Soufre................. 14,75
- Perte............... » ,76.
- On emploie deux procédés pour extraire le mercure du cinabre. L’un s’exécute au moyen de grandes cornues de fonte rangées des deux côtés d’une galère : on y introduit le minerai pulvérisé et exactement mêlé à de la chaux éteinte, qui est destinée à fixer le soufre auquel elle se combine ; le mercure devenu libre se volatilise à 36o°, il est reçu dans l’eau d’un récipient à l’aide d’un canal de linge adapté au col de la cornue, et dont l’autre extrémité plonge dans le liquide ; le métal condensé par le contact de l’eau, se réunit au fond du vase. C’est le procédé en usage dans le duché des Deux-Ponts.
- Dans l’autre procédé, usité à Idria en Carniole et à Almaden en Espagne, on place le minerai pétri avec de l’argile et divisé en petites masses arrondies sur la sole d’un grand fourneau à réverbère, percée de trous destinés à donner issue à la
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- flamme. Jci le soufre se brûle et s’échappe à l’état d’acide sulfureux , tandis que le mercure volatilisé est conduit par des files d’aludels adaptées à des ouvertures pratiquées au chapiteau du fourneau, et vient se condenser dans des petites chambres de plomb auxquelles les aludels aboutissent, et dont le plancher concave à son milieu contient de l’eau destinée à condenser et à recueillir le métal (i).
- 4°. Le mercure corné , mercure muriaté, chlorure de mercure des modernes, est peu abondant ; il se présente sous la forme de petits mamelons superficiels, ou tapissant les cavités et géodes qui se trouvent dans les gangues ferrugineuses des autres minerais de mercure ; quelquefois il est en petits cristaux dont la forme n’a pu être déterminée. La couleur du chlorure de mercure est gris de perle, ou gris verdâtre ; il est solide , cassant, et se volatilise en entier ; caractères qui le distinguent du chlorure d’argent, attendu que ce dernier est assez mou pour recevoir l’impression de l’ongle, et qu’il laisse au chalumeau un bouton métallique. On ne sait point encore si ce chlorure est un proto ou un deutochlorure de mercure.
- Le mercure agité pendant plusieurs jours dans un flacon avec de l’air, se convertit en une poudre noire, nommée par les anciens éthiops perse. Cette matière a été considérée , par beaucoup de chimistes, comme un oxide, et par d’autres comme du mercure simplement divisé.
- Introduit dans un vase à fond plat, et dont le col tiré à la lampe de l’émailleur n’offre qu’une très petite ouverture, qui permet la rentrée de l’air et s’oppose à la sortie du métal, le mercure chauffé à un degré voisin de l’ébullition , se convertit en petites paillettes rouges, que les anciens appelaient fort improprement précipité perse. L’appareil où l’on préparait ce corps portait le nom à.’enfer de B or le.
- (0 On tionvera, à la fin de cet article, la description des procédés usités en grand à Idria, à Almaden, dans le Pa'atinat, avec l’explication des planches qui représenteront les appareils dont on se sert dans ces divers pays.
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- On connaît deux oxides de mercure distincts par leur couleur , noire et rouge.
- Protoxide noir. Peroxide rouge.
- Oxigène... 4 ou 8,99 Oxigène. .. 8 ou 7,99
- Mercure... 100 Mercure... 100.
- Le premier, ou protoxide, ne s’obtient que par l’action des acides sans le concours de la chaleur, et n’existe, selon M. Gui-bourt, que dans sa combinaison avec ces acides; dès qu’on l’en se'pare au moyen des alcalis , il cesse d’exister et se réduit d’une part en mercure coulant et de l’autre en deutoxide de ce métal. Le second, ou peroxide, se prépare par l’action simultanée des acides et de la chaleur, ou par celle de l’air et de la chaleur, comme on l’a dit dans la préparation du précipité perse, qui est un deutoxide de mercure. Le proce'dé le plus expéditif et le moins dispendieux de préparer le peroxide de mercure, consiste à dissoudre le métal à chaud dans l’acide nitrique du commerce , à évaporer la dissolution à siccité, à calciner doucement le résidu salin au bain de sable , jusqu’à ce qu’il 11e se dégage plus de vapeurs, et que le résidu ait pris une couleur rouge orangée. Cette matière est le peroxide de mercure ou précipité rouge des anciens. Préparé de cette manière , ce peroxide retient un peu d’acide, auquel il doit une action qu’on met à profit pour la destruction de la vermine et le tx-aitement des ulcères vénériens, après l’avoir mêlé à de l’onguent basilicum.
- On convertit aisément le mercure en protoxide ou en deutoxide, au moyen des acides nitrique et sulfurique, et l’on a pour résultat de cette action, soit des proto , soit des deuto ou pernitrates et persulfates de mercure.
- L’acide nitrique à 3o° versé sur du mercure , agit sur lui sans le secours de la chaleur, avec dégagement de gaz nitreux : le protoxide qui se forme se dissout dans la portion d’acide non décomposée ; il se dépose bientôt des cristaux blancs, qui sont le protonitrate de mercure.
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- MERCURE. 249
- Si l’on fait chauffer le même acide, et surtout de l’acide. nitrique concentre' sur le même me'tal, l’action est plus rapide , le de'gagement du gaz plus abondant ; le mercure se dissout entièrement dans l’acide à l’état de peroxide ; le mélange retiré du feu se prend par le refroidissement en une masse cristalline : c’est le pernitrate de mercure.
- Ces deux dissolutions ont des propriétés très prononcées, qui ne permettent point de les confondre.
- Le protonitrate précipite en noir par la potasse, et en blanc par l’acide hydrochlorique et les hydrochlorates. Le pernitrate précipite en jaune foncé par les alcalis, et ne donne point de précipité par l’acide hydrochlorique et les hydrochlorates. Si le précipité que donnent les alcalis est mêlé de jaune , et que celui fourni par les hydrochlorates soit peu abondant, il faut en conclure que la dissolution est un mélange de proto et de pernitrates de mercure.
- Ce mélange des deux nitrates ( car pour le préparer on employait la chaleur de l’ébullition ) portait autrefois , dans les pharmacies, le nom d’eau mercurielle; elle était employée en Chirurgie comme un puissant escharrotique.
- Le protonitrate de mercure était mêlé à la dissolution d’hydrochlorate de soude , pour la préparation de ce que l’on appelait le précipité blanc, qui n’est qu’un protochlorure de mercure, différant un peu du mercure doux sublimé.
- Le pernitrate de mercure servait à préparer le sublimé corrosif ou perchlorure de mercure par la voie humide, au moyen de l’addition d’une dissolution d’hydrochlorate de soude. ( V. l’article Chlorures , où sont exposés en détails les divers procédés en usage pour la préparation des proto et perchlorures de mercure, et du précipité blanc. )
- Le mélange des deux nitrates , étendu d’un poids égal d’eau ou de décoction de guimauve, sert au feutrage des poils dans l’art du chapelier, particulièrement dans l’opération dite secrétage. ( W. l’art. Chapelier.) Il est employé avec un tel succès, qu’on n’a pu encore le remplacer par d’autres moyens, ce qui pourtant serait à désirer, à cause des dangers qui en résultent
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- pour les ouvriers. Le même mélangé des deux sels mercuriels entre dans la composition, de la pommade citrine. On verse la dissolution dans l’axonge fondue, et l’on agite avec un pilon ae bois jusqu’à ce que le mélange soit épais, puis on le coule. Il paraît qu’une partie de l’acide enlève à la graisse de l’hydrogène et du carbone, qu’au moyen de son oxigène il convertit en eau et en acide carbonique, et que le sous-nitrate reste interposé : ce qui est certain, c’est que, devenue plus oxigénée, la graisse jaunit et acquiert beaucoup de consistance.
- Le protonitrate de mercure, mêlé au chromate de potasse, sert à obtenir l’oxide de chrome, avec lequel on colore la porcelaine en beau vert, qui se marie si bien avec la couleur de l’or.
- En ménageant la quantité d’acide sulfurique et le degré de chaleur qu’on fait agir sur le mercure, on obtient le proto-sulfate de ce métal. Une portion de l’acide décomposé, ainsi que l’annonce le dégagement de l’acide sulfureux, sert à former le protoxide qui se combine à l’acide non décomposé. Le protosulfate de mercure, desséché avec précaution, mêlé à son poids de chlorure de sodium également sec, et introduit dans un vase destiné à opérer la sublimation, peut être employé pour la préparation du protochlorure de mercure. (F. Chlorures. )
- Une plus grande quantité d’acide sulfurique concentré, une chaleur plus forte et plus soutenue fournit avec le mercure le persulfate de ce métal. On chauffe jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de dégagement de gaz sulfureux et que le mélange soit devenu sec. On mêle ce résidu avec du chlorure de sodium desséché et de l’oxide de manganèse , et l’on pousse à la sublimation pour obtenir le perchlorure de mercure. (F. pour les détails de l’opération, l’article Chlorures.)
- Si l’on verse sur la masse de persulfate encore un peu acide, de l’eau bouillante , il se fait sur-le-champ un abondant précipité jaune qui est un sous-persulfate de mercure , tandis que l’eau dissout une petite quantité de persulfate acide. Ce sel jaune portait jadis, à cause de sa couleur, le nom de turbith
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- minéral, et était d’usage en Médecine, à cause de ses propriétés vomitive et purgative.
- Le protosulfate de mercure précipite en noir, et le persul-fate en jaune par les alcalis, ainsi qu’on l’a vu pour les nitrates.
- Les oxides de mercure se combinent, soit directement, soit par double décomposition, avec l’acide acétique, et forment des acétates. L’une de ces combinaisons, le protoacétate, nommée autrefois terre foliée mercurielle, entrait dans la composition des pilules de Kejrser.
- Le chlore s’unit au mercure en deux proportions ; ces deux combinaisons se nomment protochlorure et perchlorure de mercure. Ce dernier contient une quantité de chlore double de celle du protochlorure.
- Protochlorure. Perchlorure.
- Chlore,............ 18................ 36
- Mercure............ 100............... ioo.
- Le protochlorure a porté successivement autrefois les noms de mercure doux , aquila alba, calomélas et panacée mercurielle, selon qu’il avait été sublimé trois, six ou neuf fois consécutivement. On croyait que plus on le sublimait, plus on le dépouillait de sublimé corrosif, et moins il était malfaisant ; c’est une erreur qu’on a depuis reconnue. On a constaté au contraire qu’à chaque sublimation il se formait une petite quantité de sublimé corrosif; aussi se contente-t-on aujourd’hui d’une seule sublimation, et de laver le mercure doux dans de l’eau bouillante avant d’en, faire usage. Le protochlorure de mercure, quoique très blanc, prend constamment une couleur jaune par la pulvérisation, moyen simple autant que sût-de le distinguer du perchlorure, qui, pulvérisé, conserve sa blancheur. Il n’a que très peu de saveur ; il est insoluble dans l’eau, et prend une couleur noire lorsqu’on verse dessus quelques gouttes de dissolution de potasse.
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- Leperchlorure de mercure, qui contient moins de ce métal que le protochlorure, est moins pesant et plus volatil que lui. Sa saveur est excessivement âcre et métallique ; il est soluble dans l’eau, même dans l’alcool faible, et peut, dans ce cas, recevoir la dénomination d’bydrochlorate de mercure. Il précipite en jaune foncé par la potasse et l’eau de chaux , et en blanc par l’ammoniaque. {F. l’art. Chlorures pour la préparation de ces composés.)
- Le protochlorure de mercure est employé en Médecine comme purgatif et comme vermifuge. Le perchlorure est plus spécialement usité comme antisyphilitique.
- Suivant la plupart des chimistes , le mercure se combine au soufre en deux proportions. M. Guibourt a émis le premier l’opinion qu’il n’existait qu’une combinaison de soufre et de mercure. Il a fondé son opinion sur la différence qu’il a remarquée entre la nature des deux précipités noirs que forme l’acide hydrosulfurique dans les dissolutions de proto et de pernitrates de mercure.
- Le précipité que donne le pvotonitrate, lorsqu’on le comprime , laisse suinter du mercure coulant ; ce qui reste est du cinabre ou persulfure. Ce phénomène n’a point lieu avec le précipité fourni par le pernitrate; aucune portion de mercure ne se sépare par la compression : tout est donc du persulfure ou cinabre, le seul qu’admette M. Guibourt.
- Lorsqu’on triture dans un mortier 4 parties de soufre avec i de mercure, on obtient une poudre noire qu’on appelait jadis éthiops minéral par trituration. Cette poudre est-elle un sulfure ou en contient-elle une portion, ou bien n’est-elle qu’un mélange de mercure divisé et de soufre en excès? C’est ce qu’on ne peut décider dans l’état actuel de nos connaissances.
- Il paraît bien plus certain qu’on obtient un sulfure dans la poudre noire , ou éthiops minéral par fusion, qui se prépare en chauffant, dans un vase de terre non vernissé, un mélange à parties égales de soufre et de mercure. Ce qui le prouve, c’est que cette poudre donne du cinabre par sublimation. Il faut.
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- remarquer pourtant que la manipulation diffère selon l’intention qu’on a de préparer de l’éthiops minéral ou du cinabre. Dans le premier cas , on empêche le soufre de s’enflammer, et l’on a une poudre noire ; dans le second, on laisse le soufre s’enflammer et s’éteindre de lui-même, et l’on a pour résidu une poudre violette, que l’on sublime ensuite en cinabre.
- En admettant l’existence de deux sulfures de mercure et les rapports que le système des proportions définies établit entre les oxides et les sulfures du même métal, la composition des deux sulfures de mercure est celle-ci :
- Protosulfure. Persulfure.
- Mercure............. ioo ............. ioo
- Soufre.............. 8................ 16.
- Le cinabre ou sulfure rouge de mercure entre dans la composition de la poudre tempérante de Stahl, qui lui doit sa couleur. On préfère pour cet usage le cinabre artificiel. {V. pour sa préparation l’art. Cinabre.)
- Le cinabre est employé dans les Arts pour colorer la Cire à cacheter. ( V. ce mot. ) On en fait également usage pour la peinture.
- Ce n’est pas seulement dans l’état de combinaison avec l’oxigène, les acides, le chlore et le soufre, que le mercure est utile; allié, ou plutôt amalgamé avec d’autres métaux pour lesquels il a beaucoup d’affinité ; seul, dans son état naturel , ou bien amené à un état de division extrême et mêlé à des corps gras ou mucilagineux, il rend aussi de grands services à la Médecine, aux Sciences et aux Arts.
- Le plomb, l’étain, le bismuth, sont, après l’or et l’argent, les métaux auxquels le mercure s’unit le plus volontiers. Dans un temps où le mercure , rare et cher, excitait la cupidité, on s’était servi de ces métaux pour le falsifier; ainsi amalgamé, il perdait en partie sa liquidité, surtout sa
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- mobilité, et devait être rejeté pour les usages de la Médecine.
- L’amalgame de bismuth, fait avec 4 parties de mercure et i de bismuth, sert pour étamer à l’intérieur les ballons de cristal que l’on suspend aux plafonds. {V. le mot Amalgame.)
- L’amalgame d’étain , que l’on opère aisément en versant le mercure chaud sur de l’étain fondu, acquiert d’autant plus de consistance que l’étain y est plus abondant. Quatre parties d’étain, i de mercure, donnent un amalgame qui devient solide par le refroidissement. On le coulait autrefois en boules que l’on suspendait dans l’eau pour la purifier ; mais connue en même temps on faisait bouillir ce liquide, il est vraisemblable que l’ébullition contribuait plus que l’amalgame à la séparation des corps étrangers qui s’en déposaient.
- L’amalgame d’étain, auquel on ajoutait autrefois du bismuth , vraisemblablement dans une vue d’économie, est surtout d’un usage important pour l’étamage des glaces. Cet amalgame, immédiatement appliqué sur l’une de leurs surfaces polies, soigneusement éloignée de tout corps étranger, et même de l’air, qui pourraient s’interposer entre elle et le métal, leur communique l’éclat dont elles jouissent et la faculté de réfléchir avec la plus grande netteté les objets placés devant elles. \_V. l’art. Glaces ( travail mécanique des)'].
- L’affinité du mercure pour l’or et l’argent, supérieure à celle qu’il a pour les métaux dont on vient de parler, a été mise à profit d’une manière bien plus importante encore pour l’extraction de ces métaux précieux. On sait que l’or et l’argent , peu susceptibles de combinaison avecl’oxigène et d’être altérés par ce corps, comme le sont la presque totalité des métaux , existent naturellement dans un état voisin de la pureté. Il arrive le plus souvent que leurs particules, disséminées dans des gangues salines ou terreuses, sont d’une ténuité telle, que leur pesanteur est égale aux particules de la gangue. Dans ce cas, le lavage est insuffisant pour séparer les particules métalliques de celles qui ne le sont pas. Le mercure, dont l’affinité pour l’or et l’argent est si grande que le seul contact suffit
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- pour les unir, est employé' avec le plus grand succès pour s’emparer de tout le métal contenu dans le minerai ; il ne s’agit que de pétrir soigneusement et long-temps le minerai bien pulvérisé avec un grand excès de mercure. C’est cette opération que, dans l’art métallurgique, on nomme Amalgamation.
- (y. ce mot, qui contient la description détaillée de ce procédé ingénieux. )
- L’amalgame d’or, fait avec les deux métaux parfaitement purs, est très utile dans l’art du doreur sur métaux, et particulièrement sur cuivre. Le mercure, après qu’il a servi à l’application de l’or, est volatilisé par une suffisante chaleur, tandis que l’or reste sur la pièce qu’on avait pour but d’eu recouvrir. {V. l’article Doreur.)
- On connaît, comme il a été dit plus haut, un amalgame d’argent natif. Jadis on s’est beaucoup occupé d’un amalgame d’argent artificiel, quoiqu’il ne fût qu’un objet de curiosité. Pour le préparer, on mêlait une certaine quantité de deux dissolutions, l’une de nitrate de mercure, et l’autre de nitrate d’argent, après les avoir séparément étendus d’eau, et l’on plaçait au fond du vase qui contenait le mélange un amalgame d’argent artificiel. On opère aujourd’hui d’une manière plus simple et plus prompte le phénomène qui en résultait. On met dans un verre à pied quelques grammes de mercure, et l’on verse dessus une dissolution de nitrate d’argent contenant une quantité de ce métal égale au tiers environ du mercure employé , puis on abandonne le mélange au repos. Au bout de quelques jours, l’argent se précipite sur le mercure et se combine avec lui de manière à former un grand nombre de petits rameaux brillans, imitant une sorte de végétation argentée, que les anciens avaient nommée arbre de Diane. Diane et Lune étaient les noms par lesquels les alchimistes désignaient l’argent. Avant la découverte de Galvani, on expliquait simplement ce phénomène par la désoxigénation d’un des deux métaux au moyen de l’autre plus avide d’oxigène et d’acide ; mais cette explication ne donnait pas le motif pour lequel la décomposition ne s’arrête pas, lors même que le métal précipité s’attache au
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- précipitant et l’enveloppe de manière à empêcher son contact avec la dissolution. M. de Grothus a levé cette difficulté en faisant observer que, dès que la moindre quantité du métal précipité était mise à nu par la perte de son oxigène, il se formait un élément de la pile dont le métal précipitant est toujours le pôle positif, le métal précipité le pôle négatif, et en vertu duquel l’eau est décomposée. Ainsi, les éle'mens de l’eau continuent l’action commencée par le métal précipitant ; son oxigène sert à oxider ce métal qui se combine à l’acide, et son hydrogène à désoxider le métal qui est précipité.
- Le mercure, dans l’état de simple mélange avec des corps dont la viscosité facilite sa division, que l’on opère d’ailleurs par des moyens mécaniques, devient un remède efficace dans le traitement de certaines maladies de la peau, delà syphilis, et pour la destruction de la vermine. Son succès, dans ce cas, dépend de sa division , qui doit être telle, que, dans le mélange dont il fait partie , et qu’on a soin d’étendre sur la main ou sur du papier, on ne doit pas, même à l’aide d’une bonne loupe, apercevoir le plus petit globule de ce métal. Les substances avec lesquelles on le triture pour le diviser sont l’essence de térébenthine, le tartre, les mucilages de gomme, le beurre de cacao, l’huile d’œufs, et le plus ordinairement la graisse de porc ou axonge. Ainsi divisé et mêlé avec l’une ou l’autre de ces substances, on le fait entrer, soit dans des potions ou pilules mercurielles, soit dans des pommades, on-guens ou emplâtres, tels que les onguens gris et napolitain, l’emplâtre de vigo mm mercurio, etc.
- Mais c’est surtout à son état naturel dans l’état liquide que le mercure est devenu pour les Sciences un agent précieux qui a contribué à leur avancement. La Physique spécialement et la Chimie sont redevables à l’emploi de ce métal de brillantes et d’utiles découvertes. Ces Sciences ont mis à profit les singulières propriétés qu’il possède exclusivement. Sa grande pesanteur, la dilatation et la condensation constamment régulières qu’il éprouve par la chaleur et le froid, l’ont fait préférer par les physiciens pour indiquer les variations de la pe-
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- santeur de l’atmosplièse, la force élastique des gaz et les chàn-gemens de température. Le mercure est le corps le plus universellement employé pour la construction des Baromètres , Éprouvettes et Thermomètres. (AÈ ces mots.)
- La Chimie pneumatique a pour base la connaissance des gaz, aujourd’hui très nombreux. Son origine ne remonte qu’à l’importante de'couverte du gaz acide carbonique, faite par Black vers le milieu du dernier siècle. On ne peut nier que ses progrès n’aient été immenses ; on peut ajouter que l’emploi du mercure y a beaucoup contribué.
- On sait, en effet, que les liquides au moyen desquels on obtient les gaz sont d’autant plus propres à cet usage, qu’ils sont moins capables de les dissoudre. Il en résulte que l’eau ayant la faculté d’en dissoudre un grand nombre , ne peut être employée avantageusement qu’à recevoir ceux qu’elle ne dissout point. S’il fallait absolument s’en servir pour les gaz solubles , il serait indispensable de la saturer préalablement des gaz qu’on voudrait y faire passer ; mais, outre qu’il serait difficile de saisir toujours le point de saturation, comment parviendrait-on à recueillir de petites portions de gaz et à en déterminer la quantité d’une manière précise ?
- Avec le mercure, qu’on a substitué à l’eau toutes les fois qu’il s’agit de gaz solubles et qui ne sont point susceptibles de l’altérer, toutes les difficultés ont disparu. Les moindres quantités des gaz sont recueillies et déterminées avec la plus grande exactitude. On ne peut même guère douter que sans lui plusieurs de ces gaz auraient échappé à l’attention des chimistes.
- D’après cet exposé de l’emploi fréquent et des nombreuses applications qu’on a faites du mercure, on jugera sans doute que, parmi tous les corps de la nature, et en particulier parmi les métaux, il en est peu dont la Médecine, lés Arts et les Sciences puissent retirer autant d’avantages.
- L’importance du mercure , l’intérêt que présente le traitement métallurgique de ce métal, qui, à cause de sa volatilité, nécessite l’emploi d’appareils distillatoires , nous font un Tome XIII. Ir
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- devoir de ne point terminer cet article sans exposer les pro-céde's que l’on a successivement employés pour l’extraire des minerais qui le renferment, et particulièrement du cinabre, le plus abondant et le plus riche de tous. Nous emprunterons à l’excellent ouvrage de M. Héron de Villefosse, les détails propres à donner une idée exacte des travaux mis en usage pour obtenir ce métal précieux. La description des appareils sera complétée par des figures que l’on trouvera réunies dans les PL 4® et 47 de ce Dictionnaire. Le Palatinat du Rhin, près de Deux-Ponts, Almaden en Espagne, Idria en Carniole, sont les lieux où l’on extrait la presque totalité du mercure que l’on trouve dans le commerce.
- Antérieurement au dix-septième siècle, la méthode dite per descensum était la seule en usage pour distiller le mercure • on l’opérait au moyen de deux pots de terre ajustés l’un sur l’autre, à la manière du sulfure d’antimoine. Le pot supérieur rempli de minerai, fei'mé en dessus, recouvert de combustible enflammé, laissait passer par de petits trous pratiqués à son fond, les vapeurs mercurielles qui se condensaient dans l’eau que contenait le pot inférieur. Quelque commode que fût ce simple appareil, à cause de la facilité de le transporter partout où se trouvait le minerai, on conçoit son insuffisance et les pertes auxquelles il donnait lieu. Déjà avant i635, quelques usines du Palatinat avaient renonce à la méthode per descensum, qui était encore en usage à Idria, et lui avaient substitué les fourneaux dits galères, qui n’ont été adoptés par Idria qu’à l’époque citée. On a d’abord employé pour ces fourneaux des cornues de terre cuite , qu’on a remplacées depuis par des vases de fonte et de tôle. Dans le Palatinat on continue à opérer encore aujourd’hui par ce mode de distillation; mais à Idria, dès 1760, on établit de grands appareils distillatoires pour le traitement des minerais de mercure, à l’imitation de ceux qui existaient déjà à Almaden en Espagne, et connus sous le nom de fourneaux avec aludels. Mais à compter de 1794, on a supprimé les alu-dels , et l’on a construit à Idria des appareils distillatoires,
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- également remarquables et par leur perfection et par leur grandeur tellement considérable , qu’il n’y en a point d’autre exemple en métallurgie.
- Il existe donc trois sortes d’appareils pour la distillation du mercure : le fourneau dit galère , le fourneau avec aludels, et le grand appareil d'îdria. Chacun d’eux sera décrit successivement.
- Fourneau dit galère du Palatinat.
- La construction de ce fourneau est disposée de manière à contenir quatre rangées ad, b b' de grandes cornues dites cucurbites , en fonte de fer, dans lesquelles le minerai de mercure est soumis à la distillation ; c’est ce que montre la fig. i de la PI. 46 ; elle offre une coupe verticale suivant ab du plan (fig. 2). Dans le plan, la voûte ee' du fourneau (fig. 1) est supposée enlevée, afin qu’on aperçoive la disposition des quatre rangées de cucurbites au-dessus de la grille c,f, qui reçoit la houille employée comme combustible. Sous cette grille s’étend un cendrier d; la fig. 3 , qui offre l’élévation du fourneau, indique ce cendrier, ainsi que l’une des deux portes c, par lesquelles on jette le combustible sur la grille cf Des ouvertures e,e (fig. 1) sont ménagées sur la voûte supérieure du fourneau, afin qu’on puisse diriger convenablement, par leur moyen , le tirage de l’air. La grille de la chauffe règne dans toute la longueur du fourneau , depuis la porte c jusqu’à la porte f, située à l’extrémité opposée. Le fourneau dit galère renferme ordinairement trente cucurbites, et dans quelques usines jusqu’à cinquante-deux. On introduit dans chacune d’elles 70 livres de minerai et i5 à 18 livres de chaux, mélange qui ne remplit que les deux tiers de sa capacité ; aux cols des cucurbites sont adaptés des récipiens de terre cuite contenant de l’eau jusqu’à moitié de leur hauteur. Le feu, d’abord modéré, est poussé ensuite jusqu’à faire rougir les cucurbites. L’opération étant terminée, on verse ce que les récipiens contiennent dans une jatte de bois posée sur une planche au-dessus d’une cuve ; le mercure gagne le fond de la
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- jatte, et l’eau entraîne dans la cuve le noir mercuriel ; c’est ainsi que l’on nomme la matière qui tapisse l’intérieur des récipiens , et qu’on regarde comme un mélange de sulfure noir et d’oxide de mercure. Le noir mercuriel retiré de la cuve et desséché, est distillé de nouveau avec beaucoup de chaux. Le résidu des cornues est rejeté comme inutile.
- Fourneau avec aludels d’AImaden.
- Les fig. 4 et 5 représentent les grands fourneaux avec aludels en usage à Almaden, et anciennement à Idria. Il n’y avait entre les uns et les autres que très peu de différence.
- La fig. 4 offre une coupe verticale ab de la fig. 5, qui est le plan de deux fourneaux semblables, réunis en un seul massif de maçonnerie. Sur les deux figures, on remarque les objets suivans : une porte a par laquelle le bois est introduit sur un foyer b. Celui-ci est percé de trous destinés au passage de l’air ; au-dessous règne un cendrier c. Une chambre supérieure d doit contenir les minerais de mercure disposés sur des arceaux à jour, qui forment le sol non continu de cette chambre. Immédiatement sur les arceaux , on place en voûte de gros blocs de roches calcaires, très pauvres en minerai de mercure ; au-dessus sont posés des blocs d’un moindre volume , puis des minerais d’une faible teneur et des minerais de bocard mêlés avec des minerais plus riches ; enfin, le tout est couvert de briques formées d’argile pétrie avec du scblich et avec des menus fragmens de mercure sulfuré. Six rangées d’aludels ou tuyaux de terre cuite f, f', lûtes avec soin, sont établis en face de chacun des deux fourneaux, sur une terrasse dont le milieu présente deux gouttières f, v, un peu inclinées vers le mur intermédiaire m. Dans chacune des rangées , celui des aludels qui se trouve sur la ligne t,m,v de la fig. a , c’est-à-dire au point le plus bas (F'. g, fig. 4) ? est Perc® d’un trou; ainsi le mercure volatilisé en d, s’il est déjà condensé par le refroidissement en f', g, peut se rendre dans la gouttière correspondante, puis au point m, et de là dans des
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- tuyaux de bois h, K, qui le conduisent, à travers la maçonnerie de la terrasse, dans des cuves remplies d’eau.
- La portion de 'mercure qui ne se condense pas en f, g, et c’est la plus conside'rable, se rend à l’état de vapeur dans une cbambre k ; mais, en passant sous une cloison 1,1, une certaine portion se dépose dans une cuve i qui est remplie d’eau : la plus grande partie des vapeurs répandues dans la chambre k s’y condense, et le mercure se précipite sur les deux plans inclinés qui en forment le sol. Ce qui se maintient encore à.l’état de vapeur passe dans une chambre supérieure k' par une petite cheminée n. Sur l’un des côtés de cette chambre se trouve un volet s’ouvrant à volonté de bas en haut, et au-dessous de ce volet une gouttière où se rassemble une quantité notable de mercure ; il s’en condense beaucoup aussi dans les aludels. Ces faits prouvent que ce procédé a des inconvéniens auxquels on a eu pour but de remédier par la construction plus vaste et mieux entendue du grand appareil d’Idria. Les fig. 6 et 7 offrent les mêmes objets que ceux des fig. 4 et 5, mais dans des dimensions plus considérables, qui permettent d’en saisir mieux l’ensemble et les détails.
- Grand appareil d’Idria.
- Avant d’entrer dans les détails de l’usine, il ne sera pas inutile de connaître le classement métallurgique des minerais qui y sont traités On y distingue, i°. les minerais en gros blocs, fragmens ou éclats, dont le volume varie depuis un pied cube jusqu’à la grosseur d’une noix ; 2°. les minerais menus , en morceaux dont le volume varie depuis la grosseur d’une noix jusqu’à celle du moindre grain de poussière.
- La première classe des minerais gros comprend trois subdivisions, savoir : a, blocs de rochers métallifères, qui est l’espèce du minerai la plus abondante et la plus pauvre, ne donnant qu’un pour cent de son poids ; b, le mercure sulfuré massif, minerai le plus riche et le plus rare, donnant jusqu’à 80 pour cent lorsqu’il est choisi ; c, les fragmens ou éclats prove-
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- nant du cassage et du triage, variant, pour leur valeur, depuis i j usqu’à 4o pour cent.
- La seconde classe des minerais menus comprend : d, les fragmens ou éclats extraits de la mine à l’état de menu, donnant de 10 à 12 pour ioo ; e, les noyaux de minerai, séparés sur le crible par dépôt, rendant jusqu’à 32 pour roo; f, les sables et bourbes dits schlich obtenus par le traitement des minerais les plus pauvres, à l’aide du bocard et des tables de lavages; ioo pax-ties de ce schlicb donnent au moins 8 parties.
- L’aspect général de l’appareil est indiqué par les fig. i, 2, 3 de la PL 47- La troisième en représente l’extérieur, mais seulement une moitié, qui suffit, étant exactement semblable à celle qu’on se voit pas. On distingue dans ces trois figures les objets suivans : fig. i, a, entrée de la chauffe b du fourneau, où l’on brûle du bois de hêtre mêlé d’un peu de sapin ; c, entrée du cendrier qui s’étend au-dessous ; d, espace dans lequel les minerais sont déposés sur les sept voûtes ( i à 7 ) qu’indique la figure ; ee', conduits en briques par lesquels la fumée du combustible et les vapeurs de mercure se rendent d’un côté dans les chambres successives J.J k, et de l’autre en f k'.
- fi Si h > 11 j ) k, /, et f,g,h,i,j,k,l, ouvertures qui permettent la circulation des vapeurs, depuis lé*fourneau a,b,ç,d, jusqu’aux cheminées II et I'I'. La fig. 1 et la fig. 2 rendent sensible la disposition de ces ouvertures de chaque côté d’un même fourneau, et dans chaque moitié de l’appareil, qui est double, comme le montre la fig. 2 , sur laquelle les espaces non affectés de lettres sont en tout semblables aux espaces mentionnés ci-après.
- m,m', fig. 2, bassins de réception , disposés devant la porte s de chacune des chambres f, k , f'k’. C’est là que se rend le mercure condensé qui s’écoule hors des chambres. n,n', rigole dans laquelle on verse le mercure puisé dans les bassins m, afin qu’il s’écoule vers une chambre commune o suivant l’inclinaison indiquée par des flèches, o emplacement de la chambre au mercure reçu dans une cuve de porphyre ; on l’y puise pour l’emballer par portions de 5o ou 100 livres dans des peaux de mou-
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- ton préparées à l’alun, p, p' (fig. 1 ), arceaux de voûte sous lesquels on peut circuler autour du fourneau a,b,c,d, au rez-de-chaussée ; sur ces arceaux sont établis des planchers ; q,q', voûtes des étages supérieurs. r,r (fig. 3), voûtes qui permettent l’accès des conduits é,e" (fig. 1).
- s,/ et t,t’ (fig. 3), entrées des chambres, f,k et fit. Ces ouvertures sont fermées pendant la distillation par des portes de bois armées de ferrures et lutées par un mortier d’argile et de chaux, u, u\ entrées des voûtes 1 à 7, du fourneau représenté (fig. 1). Ces ouvertures sont hermétiquement fermées, comme les précédentes. v, v ( fig. 1), ouvertures supérieures des chambres ; fermées pendant l’opération par des bouchons lutés, on les ouvre ensuite pour faciliter le refroidissement de l’appareil, et pour recueillir la suie mercurielle. x,y,z (fig. 4) , planchers qui correspondent aux entrées upi, des voûtes 1 à 7 ( fig. 3 ) ; on parvient à ces planchers par des escaliers ménagés dans les diverses parties du bâtiment qui renferme tout l’appareil.
- Sur les voûtes inférieures on établit les plus gros blocs dé roche métallifère, et par-dessus on dispose les fragmens moins volumineux , en terminant par les éclats et morceaux de moindre dimension. Sur les voûtes moyennes, on place des minerais menus, répartis dans des écuelles cylindriques de terre cuite , de 10 pouces de diamètre et de 5 de profondeur. Les voûtes supérieures reçoivent également des écuelles remplies des sables et bourbes dits schlich.
- En 3 heures, un atelier de 40 hommes vient à bout de charger les deux appareils doubles et de fermer toutes les ouvertures. Cela fait, on allume un feu vif de bois de hêtre : toute la masse étant échauffée , le mercure sulfuré se vaporise ; cette substance se trouve alors en contact avec la portion d’oxigène qui n’a pas été absorbée par la combustion ; il en résulte que le soufre brûlé se convertit en acide sulfureux, tandis que le mercure, devenu libre, passe avec les autres vapeurs dans les chambres où il se condense, et se précipite à une distance plus ou moins considérable du foyer ; les parois des chambres et les planches dont leur partie inférieure est recouverte, se trouvent
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- enduites d’une suie noire mercurielle que l’on traite de nouveau , et qui fournit 5o pour ioo de mercure. La distillation dure de i o à 12 heures ; tout le fourneau est au degré de chaleur qu’on appelle rouge cerise. Un chargement complet pour les deux appareils doubles est de 1000 à i3oo quintaux de minerai qui produisent de 80 à 90 quintaux de mercure coulant. Le fourneau exige 5 à 6 jours pour se refroidir , suivant la saison ; si l’on ajoute à cela le temps nécessaire pour retirer les résidus et pourvoir à quelques réparations dont le fourneau a besoin, on voit que l’on ne peut faire qu’une distillation par semaine.
- Dans l’usine d’Idria, en 1812, 56,686 quintaux 46 livres de minerais de mercure traités , après avoir subi une préparation mécanique très soignée, ont donné 4832 quintaux de mercure coulant, quantité qui représente environ 8j pour ioo.
- L*****r.
- MERIDIENNE. On donne ce nom à la ligne d’intersection d’une surface quelconque par le plan vertical du méridien. Cette ligne est verticale sur tous les cadrans solaires verticaux ; elle est horizontale sur tous les plans horizontaux. Il suffit, pour tracer une méridienne, de marquer , un jour quelconque , à l’heure juste de midi, l’ombre portée sur cette surface par un fil-à-plomb librement suspendu. On est assuré qu’à tout autre jour, l’ombre d’un fil-à-plomb couvrira exactement cette ligne à l’heure précise de midi, et la croisera sous un angle variable à toute autre époque. Ainsi, marquez sur le plancher d’une chambre la ligne d’ombre projetée à midi quelque jour que ce soit, par l’arête verticale de l’embrasure d’une porte ou d’une croisée, et chaque jour vous aurez le midi, en remarquant attentivement l’heure où l’ombre viendra se projeter sur cette même ligne. Cette règle n’est vraie pour aucune autre heure que pour midi. Quant à l’art de tracer une méridienne, V. l’article Cadran solaire, page 37, T. IV. Fr.
- MERINGUES (Technologie). C’est une pâtisserie fine, une sorte de biscuit, qu’on sert en deux pièces, contenant entre elles de la crème ou de la confiture. En voici la composition.
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- On prend des blancs d’œufs et du sucre en poudre , à raison d’une once (3o grammes) pour deux blancs d’œufs. On fouette bien les blancs en neige, on les mêle avec le sucre, auquel on a ajouté de la fleur d’oranger pralinée en poudre, ou de l’écorce de citron râpée. On place la pâte par . petits tas suides feuilles de papier, on les saupoudre de sucre , et on les fait cuire : il leur faut peu de chaleur. Lorsque les méringues sont cuites, on les creuse un peu en dessous, on les place dans un endroit sec, afin qu’elles ne se ramollissent pas ; et au moment de les servir, on les réunit deux à deux , après avoir rempli le vide que l’on y a formé, soit avec une crème en mousse, ou mie crème à la moelle, soit avec une crème cuite un peu épaisse, soit avec des confitures, etc.
- Pour faire la crème en mousse, on prend un demi-litre de crème levée sur du lait de la veille, ou un litre de bon lait, que l’on fait réduire à moitié; on y met 4 onces (122 gramm.) de sucre et une bonne pincée de gomme arabique en poudre, dissoute dans l’eau de fleur d’oranger. On fouette avec une poignée d’osier, jusqu’à ce que la crème soit toute en neige. On ne doit fouetter la crème qu’au moment de servir, parce qu’elle ne tarde pas à tomber , surtout lorsqu’il fait chaud ; on peut la conserver plus long-temps en mettant le vase qui la contient sur de la glace pilée, à laquelle on ajoute du sel de cuisine ou du muriate ( hydrochlorate ) de chaux : on recouvre avec un plat, sur lequel on met aussi de la glace. La crème en mousse s’aromatise de toutes les manières, à la vanille, à la rose , etc., selon le goût qu’on préfère.
- La crème à la moelle se fait de la manière suivante : on délaie dans un litre de lait réduit aux trois quarts, deux cuillerées de fécule de pommes de terre, huit jaunes d’œufs, 4 onces (122grammes) de sucre, de la fleur d’oranger pralinée en poudre, et un peu d’écorce de citron râpée. On fait fondre 4 onces ( 122 grammes) de moelle , on la passe au tamis, et on l’ajoute à la crème. On fait cuire cette crème pendant une demi-heure, en la tournant sans cesse. On la retire ensuite du feu, pour y mêler six blancs d’œufs battus en neige ; on la met
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- dans les me'ringues , après l’avoir parfumée selon le goût
- L.
- MERISIER ( Agriculture ). Arbre de nos forêts, qui est une espèce de cerisier sauvage (cerasus avium ) ; il acquiert un tronc assez fort, et se débite en planches pour l’usage de l’ébé-nisterie. C’est un des bois indigènes les plus propres à cet art, à cause de son tissu fin et serré , quoique peu dur ; il est nuancé de veines qui se dessinent agréablement ; sa couleur est rougeâtre pâle. Les fruits, appelés merises, sont petits, noirs, assez fermes et sucrés, ayant un peu d’amertume : on les mange rarement, mais on en extrait une boisson spiri-tueuse en les pilant, cassant les noyaux , laissant fermenter et distillant. Cette liqueur est appelée Kirscbwaser. (V. ce mot.) Dans les pays où l’on se livre à cette espèce de fabrication, on ne cultive pas toujours les merisiers ; on se contente d’aller cueillir les fruits dans les forêts , lorsqu’ils ont atteint la maturité. Du reste, rien n’est plus facile que de cultiver ces arbres, puisqu’il ne s’agit presque que de planter les noyaux dans l’été, et de repiquer en place les jeunes plants lorsqu’ils sont levés au printemps suivant. On donne d’ailleurs les soins accoutumés, tels que binages , sarclages , etc. ( V. Cerisier. ) On greffe ensuite les jeunes arbres, quand on veut en obtenir des cerises, prunes ou abricots, pour le service de la table.
- Fr.
- MERLAN. Ce poisson est l’un de ceux qu’on voit le plus communément dans les marchés de Paris , et il s’en fait une énorme consommation : il se nourrit de petits poissons, de mollusques, etc. On le pêche toute l’année sur nos côtes, dont il se rapproche volontiers ; on en trouve beaucoup aussi en pleine mer. Le merlan est très avide du frai du hareng ; il s’en engraisse et devient plus délicat à l’époque où ce dernier poisson abonde dans la Manche. Les naturalistes classent le merlan dans le genre gade ( gadus merlangus ) ; sa chair est légère, écailleuse, agréable au goût et de facile digestion -, elle a peu d’arètes. La pêche de ce poisson ne présente aucune particularité qui soit digne de remarque. Fr.
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- MERRAIN ( Technologie). On donne le nom de merrain à de petites planches de bois de chêne ou de châtaignier , plus longues que larges , propres à faire des douves et des fonds pour la construction des futailles, et à l’usage des tonneliers. On l’appelle merrain à futailles.
- Avant l’e'tablissement du système métrique , les dimensions assez généralement adoptées pour le merrain étaient les suivantes. Celui qui était destiné pour les pipes devait avoir, en longueur, quatre pieds ; celui pour les muids , trois pieds, et celui pour les barriques ou demi-queues , deux pieds et demi. Leur largeur devait être de 4 pouces jusqu’à 7, et leur épaisseur neuf lignes.
- Celui qui était destiné à faire des fonds de tonneaux devait avoir deux pieds de long, six pouces de large au moins et neuf lignes d’épaisseur. Toutes ces dimensions étaient prises sur le pied de roi de Paris. Les merrains , tant pour les douves que pour les fonds, qui n’avaient pas ces dimensions étaient réputés ejfautage ou merrain de rebut.
- Lors de l’établissement du système métrique, le Gouvernement fixa la longueur de la futaille et le diamètre des fonds et du bouge de chaque espèce , afin que leur capacité pût être uniforme et selon le nouveau système adopté. Ces trois dimensions étaient prises intérieurement. Sur ces dimensions on avait aussi fixé la longueur des merrains , leur largeur et leur épaisseur. Yoici le résultat du travail qui fut fait.
- Pour le demi-hectolitre, longueur, 56o millimètres ; pour l’hectolitre et le double hectolitre , 1 o3o millimètres ; pour le demi-kilolitre, i33o millimètres, et pour le kilo litre, t4io millimètres. La largeur est de 108 à 200 millimètres , et l’épaisseur de 20 à 27 millimètres, relativement à leurs diverses longueurs.
- Les fonds doivent avoir de 600 millimètres à un mètre, selon la longueur et la capacité des futailles métriques.
- Au mot Tonnelier , nous donnerons le tableau des dimensions intérieures que doivent avoir toutes ces diverses futailles
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- MESSAGERIES.
- afin qu’elles soient exactement d’une contenance en rapport avec le système métrique.
- Le merrain se fabrique dans les forêts , où l’on fend le bois avec le contre, que nous avons décrit au mot Menüisiek-Treil-lageür. ( V. T. XIII. )
- On désigné encore par le nom de merrain, de petites planches faites de la même manière , que les menuisiers emploient pour des panneaux. L.
- MESSAGER. Homme qui exerce la profession de porter des dépêches, ou d’aller avertir certaines personnes de faits qui les intéressent. Il fut un temps où, pour les affaires publiques, les messages étaient portés par des officiers spécialement attachés à ces fonctions. Les tribunaux, les chambres parlementaires , ont encore des messagers , dont la charge est de porter les avis et les ordres. Fb.
- MESSAGERIES ( Commerce). Voitures publiques partant et arrivant à jours et à heures fixes , destinées au transport des voyageurs et de leurs effets d’une ville à l’autre. Les transports étaient faits autrefois sous les ordres de compagnies, à qui le Gouvernement avait concédé le monopole de ces voyages ; mais depuis que la liberté a été rendue à l’industrie, chacun a le droit, à ses risques et périls, d’établir des messageries, en se conformant aux règlemeus relatifs au fisc et à la sûreté publique. Le droit perçu par l’État est du dixième du prix des places; et pour ne pas avoir à régler chaque fois ce prix d’après le nombre des places occupées , l’administration des contributions indirectes a fait un pacte avec les entrepreneurs, pour qu’ils paient le droit dans la supposition que le tiers des places est toujours vacant : en sorte que le droit perçu est seulement du quinzième du prix de toutes les places , qu’elles soient occupées ou non.
- Les messageries, plus connues sous le nom de Diligences,. sont ordinairement de grandes voitures pouvant contenir de quinze à vingt-cinq personnes , plus ou moins. Un coffre intermédiaire reçoit six voyageurs ; trois occupent une caisse antérieure appelée coupé; six se placent dans une caisse posté-
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- ïieure nommée rotondey en dessus de la voiture, plusieurs voyageurs occupent le cabriolet; on loge les paquets dans une caisse à bâche , sur l’impériale. Ces diligences , dont nous donnerons une description plus étendue au mot Selljer-Carrossier, sont traînées par des chevaux, au nombre de cinq, six, ou plus, selon la charge et les localités. Les relais sont placés de distance en distance ; ordinairement ces chevaux appartiennent à des relayeurs , qui font le service en vertu d’un pacte fait avec l’entrepreneur : alors chaque maître de poste, sur la route parcourue, a droit d’exiger qu’on lui paie cinq centimes par cheval , impôt onéreux autant qu’injuste, et qu’il serait important de voir détruit. On objecte, pour le maintenir, que les maîtres de poste ne pourraient servir le public au prix fixé par les règlemens , sans le droit dont nous parlons , et c’est à ce titre qu’il .leur est accordé ; mais il est évident que c’est un impôt établi sur les pauvres et sur les commerçans, au profit des gens riches qui voyagent en poste : il serait plus équitable de faire payer à ceux-ci des frais plus élevés, mais qui , après tout, sont volontaires , que d’en charger le public. En Angleterre, où toutes les professions sont libres, même celle de maître de poste, on voyage mieux, plus vite et à meilleur compte qu’en France ; ce qui est un avis de la conduite qu’on devrait tenir ici.
- Chaque messagerie est conduite par des postillons qui sc relaient avec les chevaux , et accompagnée d’un conducteur qui veille à la conduite, aide les voyageurs , fait le service de l’administration, etc. On est en droit de demander, sans être trop exigeant, que la voiture parcoure deux lieues de poste par heure, en y comprenant les montées, les retards pour les relais, le temps des repas.... Ce service est loin d’avoir atteint en France le degré de perfection désirable, quoiqu’il ait fait de grands progrès depuis dix ans ; mais sur plusieurs routes il se fait en général assez bien. Les administrations les plus recommandables pour la sûreté des expéditions et l’étendue des relations sont celle de la rue Notre-Dame-des-'Victoires , appelée messageries royales ou grand bureau ;
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- celle de MM. Lafitte et Caillard, etc. : mais on remarque qu’en general, dans les pays où elles ne rencontrent aucune concurrence, le service s’y fait moins bien, et avec plus de lenteur. Les routes de Rouen, Calais , Orléans, passent pour être les mieux servies. Celles de Lyon, Bordeaux, Strasbourg, sont fort négligées, et les promesses des bureaux sont bien loin d’êtfe remplies.
- Une ordonnance du 27 septembre 1827, qui ne doit recevoir son exécution qu’à dater de l’an 1829 , prescrit des mesures très sages de sûreté relativement à la forme, à la charge et à l’administration des messageries. Les nombreux accidens arrivés par l’avidité des conducteurs, leur insouciance des dangers, l’insolence des postillons, et même l’incurie des entrepreneurs, ont appelé une réforme , qui vraisemblablement améliorera ce genre d’industrie. Mais les difficultés qu’on rencontre pour faire une utile inspection de ces maisons ambulantes , l’improbité des inspecteurs, les ménagemens qu’ils croient devoir à des établissemens dont ils ont intérêt à gagner la faveur, font craindre que cette ordonnance soit rarement appliquée, du moins sur les points les plus délicats de son texte.
- Excepté en France, en Hollande et en Angleterre , les messageries sont partout sous le régime du monopole ; aussi les voyages sont-ils rarement bien connnodespour le public. On assure cependant qu’en Prusse, ce service est assez bien fait maintenant. Il ne peut y avoir qu’une seule diligence allant de Lyon à Turin, parce que la maison Bonafous de Lyon en a acheté le privilège du roi de Sardaigne. Cet établissement est certainement très honorable, mais il se ressent beaucoup du défaut de concurrence ; et si le souverain régnant trouve quelque avantage à immoler les intérêts de ses sujets et de la France pour quelques sommes qu’il en retire, il est certain qu’il est aveuglé sur la véritable économie politique, puisqu’il retirerait des sommes peut-être décuples, en laissant au commerce toute liberté, par la facilité qu’on trouverait à ces communications, et les droits que le fisc en retirerait.
- En Italie , les diligences ne sont pas connues ; tous les
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- voyages se font en poste, ou parle moyen de voitures particulières , allant à petites journées. Les conducteurs, nommés viturini, sont propriétaires de la voiture et des chevaux; ils ne partent que lorsqu’ils ont un nombre convenable de voyageurs , avec lesquels ils débattent le prix du voyage , nourriture ordinairement comprise. Aussi est-il fort ordinaire que le vilurirw avec lequel vous avez fait prix , et qui vous a donné des arrhes, ne vous emmène pas ; il vous cède à quelque confrère qui a acheté les voyageurs comme une marchandise à transporter, et emplit sa voiture de personnes qui n’ont pas traité avec lui, et même ne l’ont jamais vu. Quoique ces hommes soient en général fidèles et exacts à leur promesse, il est certain que leur insolence , leur avidité et l’abus qu’ils font du droit de s’arrêter où ils veulent, rendent ce mode de transport fort désagréable. Du reste, si l’on voyage lentement , on est assez commodément, on voit bien le pays qu’on parcourt, et l’on a toute sûreté dans les auberges. Fr.
- MESSIER {Agriculture). Paysan commis à la garde des vignes : ce titre paraît dériver du mot messis, moisson. Les fonctions du messier commencent à l’époque où le raisin approche de la maturité , et se terminent après la vendange ; il n’est payé que par ceux des habitans qui sont propriétaires de vignes non closes , et au prorata de l’étendue de leur vignoble. Ce salaire est réglé par le maire, qui choisit le messier avec l’agrément des propriétaires. Fr.
- MESURÉS FRANÇAISES {Commerce). La grande variété des mesures usitées dans les diverses contrées de l’univers est un des inconvéniens les plus graves qu’éprouve le commerçant dans la combinaison de ses entreprises, parce que, s’il n’a pas acquis une instruction précise des rapports de ces mesures entre elles, il n’est jamais assuré qu’il ne résultera aucune perte sur les quotités de marchandise qui font le sujet de ses traités. Le public même ne peut être indifférent à ces variations , qui l’empêchent d’attacher une idée juste aux choses dont on l’entretient ; qu’on lui parle de verge, d’yard, de journée de terre, de muid de vin, d’éinine'e, de biclierée, de vare,
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- de canne, de braccio, de gallon, etc., on se sert d’une langue e'trangère à laquelle il ne peut rien comprendre ; et le pire est encore que souvent les mots dont on se sert lui sont connus, tels que ceux de pied, arpent, aune, qu’il croit comprendre, mais qui, désignant des grandeurs différentes de celles auxquelles il est habitué, lui donnent des idées fausses des choses, et l’induisent en erreur à son insu ; et ces mutations de mesures se multiplient à tel point, qu’on les voit changer, comme les lois et les usages, de ville en ville.
- Autrefois, la France était, comme les autres pays, en proie à ces perpétuelles variations ; et ce fut un des bienfaits les plus certains de la révolution qu’elles aient disparu pour faire place à un système unique, qui règle actuellement toutes nos relations commerciales. Quelques amis des vieux usages ont résisté à cette heureuse innovation, qui triomphe aujourd’hui de toutes les résistances. Cependant on doit avouer qu’il existe des départemens où l’aveuglement sur des intérêts réels et évi-dens ralentit encore le succès de cette admirable mesure d’administration publique. Quelques personnes sont encore intéressées à conserver les livi’es de douze ou de quatorze onces, les setiers de volumes divers, les perches de 18, 20 ou 22 pieds, etc. ; mais tôt ou tard ces usages disparaîtront, parce qu’on sentira la nécessité d’éviter les erreurs, en adoptant le langage commun, et y façonnant ses idées et ses usages.
- Nous allons exposer les bases du nouveau système métrique et sa concordance avec les anciennes mesures, afin de fournir aux lecteurs tous les e'iémens de calcul nécessaires à la traduction des anciennes mesures en nouvelles. Il 11e sera question ici que des unités métriques pour les lignes, les surfaces et les volumes, ainsi que des poids; nous réservons à traiter des Monnaies à leur article.
- On avait à choisir entre deux partis lors de l’établissement d’un système général et uniforme, ou de détruire toutes les anciennes mesures pour leur en substituer de nouvelles, ou d’ordonner que certaines mesures plus généralement répandues, telles que celles dont on faisait usage à Paris, fussent intro-
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- duites dans toute la France. Ce dernier parti a paru plus con* venable au gouvernement anglais, qui vient de l’adopter récemment pour la Grande-Bretagne, où l’on se sert partout des mesures de Londres : en France, on a préféré le premier. On a conçu l’idée vaste et honorable de composer un système de poids et mesures qui fût digne d’être accepté de toutes les nations , et par conséquent on a préparé le résultat qui soumettrait la terre entière à l’uniformité d’un seul et même système. On a tiré de la nature l’unité des mesures de longueur, et l’on a fait servir cette unité de base à la détermination des mesures de surface, de volume et de capacité, à celles des poids et des monnaies.
- On appelle Mètre la dix-mïllionni'eme partie du quart de méridien terrestre , allant du pôle à Véquateur ; et pour déterminer cette longueur, des travaux géodésiques immenses ont été entrepris pour mesurer, avec l’ancienne toise du Pérou, l'arc de méridien qui traverse la France, depuis Dunkerque jusqu’à Barcelone. Ces travaux, exécutés par Delambre et Méchin , ont fait connaître la longueur du quart du méridien, et le mètre a été défini par une loi et par des étalons construits avec un soin extrême. Une première appréciation avait supposé le mètre de 3pioP° i iZi,44 (loi du 18 germinal an III); mais quelques petites erreurs ayant été reconnues depuis, la loi du ig frimaire an VIII a changé la fraction de lignes; ainsi le mètre légal a 3?'o?c 11 *',296 ou 443z‘,2g6 de la toise du Pérou, en fer, à la température de i3° Réaumur.
- Depuis cette époque, l’arc du méridien a été prolongé au nord jusqu’aux îles Orcades, et au sud jusqu’à l’île de For-mentera, par les soins de MM. Biot et Arago. Un arc plus étendu a permis de conclure le quart de méridien terrestre avec plus de précision qu’on ne l’avait fait encore. Il aurait donc fallu changer de nouveau la longueur du mètre pour l’accorder avec cette nouvelle détermination ; mais on a préféré s’en tenir au mètre légal, non-seulement parce que l’altération aurait été si faible que le public n’aurait trouvé à ce changement aucun avantage propre à compenser l’inconvénient Tome XIII. 18
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- de la variation, mais aussi parce qu’on a dû pre'voir que des travaux ge'ode'siques ultérieurs, et le perfectionnement des méthodes et des instrumens, pourraient conduire à changer encore l’unité de longueur ; car le calcul de cette unité se trouve dépendre de Y aplatissement du globe terrestre, élément un peu incertain. Il y aurait de graves inconvéniens à changer ainsi sans cesse une unité si importante. Ainsi, le métré légal de 443“,296, qui ne se trouve plus être en toute rigueur la dix-mil-lionnième partie duméridien, est conservé pour unité métrique.
- Pour mesurer les distances beaucoup trop grandes ou trop petites, le mètre se serait trouvé avoir une dimension incommode : il a donc fallu créer d’autres unités plus petites ou plus grandes. On a adopté le système décimal ; chacune de ces nouvelles unités est 10,100,1000,..., fois plus longue ou plus courte que le mètre. On a tiré du grec les initiales déca, hecto, kilo, mjria, qui signifient dix, cent, mille, dix mille, lesquelles , placées devant le mot mètre, désignent des longueurs formées de 10, 100, 1000 et 10000 mètres. Un décamètre vaut 10 mètres; un kilomètre vaut mille mètres. Les initiales déci, centi, milli, tirées du latin, désignent un dixième, un centième, un millième ; ainsi un centimètre est la centième partie du mètre.
- L’unité des surfaces est un carré dont le côté a dix mètres ; il vaut cent mètres carrés : on l’a nommé Are ; ainsi l’are est un décamètre carré.
- L’unité des volumes est un cube dont le côté a un mètre, c’est le mètre cube ; on l’a nommé Stère.
- Les initiales déca, hecto, se placent aussi devant les mots Jre et Stère, pour former de nouvelles unités métriques de surfaces et de volumes, propres à suffire aux besoins ; ainsi Y hectare vaut cent ares ou roooo mètres carrés; le décastère vaut dix stères ou dix mètres cubes.
- Les capacités se mesurent à l’aide de vases dont le volume équivaut à un décimètre cube ; on nomme cette unité Litre. On se sert encore d’hectolitres et de décalitres , valant 100 et 10 litres.
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- On a pris pour unité de poids celui d’un centimètre cube d’eau distille'e, à la température de 4 degrés du thermomètre centigrade (terme où l’eau acquiert le maximum de densité ) : cette unité a été appelée gramme. Comme elle ne pèse que i8,83 grains de l’ancien poids de marc, elle est trop faible pour mesurer la plupart des poids. On se sert aussi d’7>eo togrammes valant environ 3 onces, de kilogrammes valant mille grammes, etc. Le kilogramme est, comme on voit, le poids d’un litre ou décimètre cube d’eau pure au maximum de densité ; il pèse un peu plus de 2 livres.
- Quoiqu’on puisse, avec les initiales deçà, déci, hecto, centi,..., former beaucoup d’autres unités de longueur, de surface , de poids et de volume, on y a renoncé, parce qu’on n’y trouve aucun avantage et que les besoins publics n’exigent pas une aussi grande variété de mesures. On ne se sert donc pas de myriares, d ’hectoslères, de kilolilres, etc., quoique le plan de la nomenclature en permette l’usage. ' •
- La manière d’énoncer et d’écrire les nombres d’unités métriques contenues dans un corps qu’ofi veut mesurer n’exige d’autre règle que de se conformer au système de numération ordinaire, employé pour les fractions décimales. Ainsi i'/j52 mètres et 36g millimètres seront écrits ainsi, i452m,36g. Cette notation revient à i4523,6g, l’unité étant le décimètre, ou bien i45236,g centimètres, etc.
- De mèmè, ce nombre 24,65g, l’unité étant le kilogramme, revient à 2,465g myriagrammes, ou 246,5g hectogrammes, ou 2466g grammes. On pourrait encore énoncer ainsi ce poids, 2 myriagrammes, 4 kilogrammes, 6 hectogrammes, 5 deçà— grammes et g grammes; mais c’est ce qu’on ne fait jamais, parce que cet énoncé est plus compliqué.
- Nous allons développer ici en peu de mots les usages de ce système, en l’appliquant à des exemples vulgaires et comparant aux anciennes mesures.
- i°. Mesures de longueurs.
- L’ancienne unité linéaire était le pied; la toise en contenait
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- 6. Les subdivisions du pied e'taient duode'cimales ; ainsi le pied avait ia pouces, et le poüce 12 lignes. La ligne est si courte, que rarement on avait besoin d’unités plus petites; alors les fractions ordinaires ou décimales suffisaient. Voici le tableau de ces mesures :
- „ _ Toises. Pieds. Pouces. Lignes.
- 1 = 6 = 72 = 864
- 1 — 12 *= 144
- 1 = 12.
- Les calculs nécessités par ce mode de division de l’unité
- étaient fort compliqués ; maintenant le système décimal a fait disparaître toutes ces difficultés.
- Pour réduire les anciennes mesures en nouvelles ou réciproquement, voici leurs rapports, auxquels nous avons joint leurs logarithmes pour faciliter les opérations numériques :
- Un mètre = 0,513074074074, log = 1,71018007
- Un mètre = 3P‘oP° 11^,296 = 3,0784/}''*, log — o,48833i32
- Une toise =; i,q49°363 mètres, log = 0,28981993
- Un pied = 0,8248394 mètres, log = i,5nô6S68
- Un pouce = 2,706995 centimètres, log = 0,43248743.
- L’ancienne aune avait 43f’° io!i,5 = 1,187694 mètre ; la nouvelle est juste de 12 décimètres, par conséquent plus longue que l’ancienne de 11 millimètres.
- Pour abréger le calcul, on peut, par approximation, supposer que
- 76 mètres = 39 toises. i3 de'cimètres = 4 pieds.
- 19 mètres = 16 aunes anciennes. 3 décimètres = 11 ponces.
- 81 centim. = 2 et demi pieds. 97 millimètr. = $3 lignes.
- Rien n’est plus facile que de convertir les mesures les unes en les autres. Par exemple, si l’on demande combien 3Ici 5?‘ 8^° 1 ou font de mètres ; exprimez les fractions en décimales, vous aurez 3‘,g56 : or, si 1 toise vaut 1,949 mètres, combien valent 3',g56? La multiplication donne 7^,71 à fort peu près, pour le nombre cherché.
- De même, pour savoir combien 7*”,7r valent de toises, po-
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- sez cette proportion : si 1 mètre vaut o‘,5i3o7, combien *7m, 71? La multiplication donne 3',956 , nombre demandé. Quant ayx mesures de longueur usitées autrefois en France ,
- voici les plus importantes : Brasse du Cantal, = 1,7à r,8mèt. Perche, Aisne, = 5,47 mètres.
- Ca72/zedesBass.-Alp.,= 1,98 mèt. —Calvados, = 4,8 à 7,8
- Chaîne ,\.r\àxe-ei-\u., =8,12 — Cher, n=6,5à.7,8
- Compas, Gironde, =1,78 Pied, Aisne, = o,3
- Empan, Basses-Pyr-, =0,232 — Marne, = 0,270k o,3i6
- Gaule, Morbihan, =2,598 Rand, Hautes-Alpes, , = i,92
- Ban, Basses-Alpes, = 0,20 Trabuc, Mont-Bl., II 'b 00 u*
- 20. Mesures de superficie.
- Les étendues agraires s’évaluaient autrefois en prenant un arpent pour unité ; eet arpent était composé de cent perches carrées, mais la perche avait tantôt 22 pieds de long, tantôt 20, tantôt 18, selon les localités; et même il y avait des perches de 19 pieds, de 19 et demi, etc. En adoptant la perche de 18 pieds (ou 3 toises), usitée à Paris, on trouve que {V. Arpent)
- Un arpent de 900 toises carrées = 34,18867 ares.
- Un hectare = a,024944 arpens
- Une toise carrée = 3,798743 mèt. carr» log =: 0,57968986 •
- Un pied carré = to,552 décim. carr. log = r,02333736
- Un pouce carré =: 7,32782 cent. carr. log == 0,86497487,
- et par approximation
- 4o hectares =117 arpens. 21 décim. carr. = 2 pieds carr.
- igamèt. carr. = 5 toises carr. 22 centim. carr. z±z 3 pouces carr.
- Lorsqu’une pièce de terre, une muraille, une tablette, etc., a la forme d’un parallélogramme, c’est-à-dire est composée de quatre côtés parallèles deux à deux, la surface se trouve en multipliant la base par la hauteur. Que cette base soit de. 45m, 32 et la hauteur de 19”,54, la surface est de 885,5528, l’unité étant le mètre carré, savoir, 885 mètres carrés et 0,5528 de mètre carré, ou, ce qui équivaut, 55 décimètres carrés et 28 centimètres carrés (en séparant la fraction décimale de 2 en 2 chiffres, parce que le mètre carré contient cent décimètres carrés, et celui-ci cent centimètres carrés). Si l’on.
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- 278 MESURES FRANÇAISES.
- veut prendre l’are pour unité', comme l’are vaut cent mètres
- carre's, on dira que la surface vaut 8 ares et la fraction
- 86
- 0,855528, à peu près o,86 ou----d’are.
- 1 r ioo
- Si la surface a la figure d’un triangle, on multipliera la base parla hauteur, et l’on prendra la moitié' du produit. Enfin, si la figure est celle d’un polygone , on la de'composera en triangles par des lignes mene'es d’un point intérieur à tous les sommets, ou par des diagonales menées de l’un des. sommets à tous les autres, et l’on cherchera la surface de chaque triangle. {V. les mots Triangle , Polygone , Surface. )
- La surface du Cercle , celle de la Sphère , du Cylindre , etc., est donnée à ces articles.
- Ce qui a été dit de la multitude des mesures agraires en France fait prévoir que le tableau de ces unités pour chaque province doit être fort étendu et très variable. C’est ainsi que l’acre du Calvados variait de 36,5. ares à 97,2 ; le bonnier des Ardennes, de 54 ares à g5; la charge des Hautes-Aipes, de 3g,g à 64; l’éminée, de 7,6 à 56,5; la hui tel ée du nord, de a3,8 ares à 47)8, etc. Voici quelques-unes des mesures autrefois en usage :
- Bicherée, Ain, = io,5 ares.
- Boisseau, Aisne, = 2,6
- — Bouch.-du-R. ,= I,T
- Boisselée, Allier, = 7 à 7)6
- Cartonnade, H.-Loir. : — 7>6
- Cartonnée, Loire, IO O ^3 11
- Coupée j Ain., =6,6
- Danrée, Marne, = 5,4 ^ 5,9
- Dinerade9 H.- Garon., = 38,4
- Essain, Aisne, = I3,i à 28,4
- Oise, = 27,6
- Faucheur, H.-Alpes, = 3o,4
- Fessorêe, id>, — 4)7
- Hommée, Aisne, = 0,5
- Jour, Bretagne, = 68 à 73
- Journal, Ain, = 16 à 21.
- — Aisne, Il <1
- Métanchée, Loire, = 10,7
- Métanchée, Ardèche, =9,5 ares. Métérée, Loire, = à 1 l, j Minée, Maine:Ct-L., = 3g,6 Mouée, Moselle, =4)4 Pichet, Aisne, = 10,2à 17,3
- Pognerée, Dordogne, = 10 à 13,7 Pogneux, Aisne, =8,6 Quartel, Aisne, =i5,5 Quartenée, Vienne, =27,3
- ---- B.-du-R., = 20,5à23,7
- Quartier, Aisne, [=8,6 Raie, Côtes-du-Nord, =0,4 Rasière, Nord, =27,9^48,2
- Sadon, Gironde, = 7,9 Septérée, Allier, = 5i,i Sextérée, Dordogne, = 25,0 à 182,6. Sillon, Illc-et-Vilh, =2,4
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- MESURES FRANÇAISES. =79
- 3°. Mesures de volumes et de capacité.
- Les bois de charpente e'taient évalue's en pièces de 3 pieds cubes. {V. Bois de charpente, T. III, p. 261.) Les bois à brûler étaient mesurés à la corde, à la voie, à Vanneau, au moule, etc. ; et ici la variété des unités est presque infinie, et même insaisissable, parce qu’elles étaient rarement définies avec exactitude. Nous nous bornerons à parler des quatre mesures les plus généralement reçues. La voie de Paris valait 1,92 stères; le stère = o,52i voies. La corde des eaux et forêts contenait 8 pieds de couche sur 4 de hauteur, la bûche ayant 3 pieds et demi de longueur : elle formait donc 112 pieds cubes ; elle valait 2 voies de Paris. La corde de grands bois était mesurée dans la même membrure, mais la bûche ayant 4 pieds de long, le volume était de 128 pieds cubes. Cette corde = 4)287 stères. Enfin, la corde dite de port avait 8 pieds de couche sur 5 de hauteur, et servait à mesurer des bûches de 3 pieds et demi, en tout 140 pieds cubes. La corde de port = 4>799 stères. Maintenant le bois à brûler se vend partout austère. (V. Membrure.)
- Lorsque le corps à mesurer a, comme cette membrure comblée de bois, la forme d’un parallélépipède, c’est-à-dire qu’elle est limitée par six plans parallèles deux à deux, le volume s’obtient en cherchant le produit de la multiplication des trois dimensions, longueur, largeur et épaisseur. Ainsi une pile de bois qui aurait 37,42 mètres de long sur 18,22 de hauteur, la bûche ayant 1,14 de longueur, renferme un volume qu’on trouve en multipliant 37,42 par 18,22 , et le produit, 681,7924 par 1,14, ce qui donne 777,243336, l’unité étant le mètre cube. Ce volume contient donc 777 stères ou mètres cubes, et la fraction 0,243336 de mètre cube : cette fraction revient à 243 décimètres cubes, et 336 centimètres cubes, en coupant la fraction de 3 en 3 chiffres , parce que le mètre cube contient 1000 décimètres cubes, et celui-ci 1000 centimètres cubes.
- Si le corps a la forme d’une pyramide, on cherche la sur-
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- face de la base , et on la multiplie par le tiers de la hauteur ; et si le corps est un polyèdre termine' par des faces planes, on le de'compose en pyramides en menant des plans par l’un des sommets, et l’on mesure chaque pyramide à part.
- Lorsque le corps a la figure d’un Côxe , d’un Cylindre ou d’une Sphère , le volume s’obtient par des calculs qu’on trouvera indique's à chacun de ces articles. ( V. Volumes. ) L’opération que nous venons d’exposer s’appelle cuber un corps , en trouver le cube.
- Les mesures de capacité', tant pour les solides que pour les liquides, variaient à l’infini. ( W. le mot Jaugeage , où ce sujet a été traité. ) Nous traiterons spécialement ici des mesures usitées à Paris, parce qu’elles étaient plus répandues , et nous les comparerons à l’hectolitre, au décalitre et au litre, qui servent à mesurer les grains, le sel,-le charbon, le vin , etc., et remplacent les boisseaux, litrons, etc. Voici les subdivisions de ces dernières unités de mesures :
- Muid. Septiers. Mines. Minots. Boisseaux. Litrons.
- x — 12 = 24 = 4® *44 — 23o4
- 1= q=4— 12 — 192
- 1=2= 6 = 96
- 1 = 3 = 48
- 1 = i(i
- Le boisseau contenait, en capacité, 655,^8 pouces cubes, ce qui suffit pour évaluer les autres mesures. Les boissons étaient mesurées à la pinte , qu’on avait eu l’intention de prendre le 36e du pied cube, c’est-à-dire de 48 pouces cubes, mais qui réellement n’en avait que 46, g5 , ainsi qu’on l’a trouvé en mesurant les anciens étalons légaux. Cette pinte se divisait en 2 chopines, la chopine en 2 demi-setiers, celui-ci en 2 pois* sons, chacun de deux roquilles.
- Voici les nombres propres à l’estimation de toutes ces anciennes mesures en nouvelles :
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- MESURES FRANÇAISES.
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- Un stère ou mètre Un stère = Une toise cube = Un pied cube =
- Une pinte = Un litre, ou ) = de'c. cub. / = Un litron =
- Un litre =
- Un décalitre =
- Un boisseau =
- Un seüer =
- cube = o,t35o64 tois. cube ~ 29,1 ^386pi.cub.
- o,52i voie = 0,291 corde, t voie =s 1,920 stère. 7,403887 mètres cubes, log = 0,86940979
- 34,277255 litres, log i,535oo5o4
- 36,8o5n pintes, log = 1,5609081
- 0,9313 litre, log = 1,9690979
- 1,07375 pinte, log = o,0309020
- 5o,412^2 pouces cubes, log = 1,7025376
- o,8i25 litre = ^0,560 pouces cubes ;
- 1,244 litron ;
- 0,29174 pied cube ; un hectolitre = 7,6874 boisseaux ; i,3oo8 de'calitre ;
- 7869,36 pouces cubes = 4>554 ph-ds cubes.
- La velte était = 8 pintes = 7,45 litres ; dans le commerce on la fait actuellement de 7,61717 Etres.
- Par approximation, on peut dire que
- i3 litres = 16 litrons; 5 de'cim. cubes = 252 pouc- cub. ;
- 37 stères ^ 5 toises cubes; i3 décalitres = 10 boisseaux.
- 27 litres = 29 pintes;
- Les nouvelles mesures sont rapportées au cube métrique ; mais comme des vases cubiques seraient d’un usage difficile, et qu’ils se détruiraient promptement, la loi exige qu’ils soient de forme cylindrique, et leur donne les dimensions suivantes, en établissant que, pour les grains et matières sèches, la hauteur sera égale au diamètre, et que pour les liquides, la hauteur sera le double du diamètre. Le calcul a ensüite déterminé ces deux dimensions, pour que le volume fût exactement conforme à la dénomination de la mesure.
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- MESURES FRANÇAISES.
- NOM DES MESURES. SUBSTANCES sèches. Hauteur et diamètre. SUBSTANCES liquides. Hauteur, j Diamètre.
- Hectolitre Demi-hectolitre tçm 5o3,4 3(59;3 a5i,6
- Huitième d’hectolitre.... mm mm.
- Double décalitre 29b a 467,0 233,5
- Décalitre ... 233,5 870,0 i85,3
- Demi-décalitre i85,3 294 >2 210,7 '470
- Double litre i36,6 108,4
- Litre 108,4 172,0 86,0
- Demi-litre 86,0 i36,6 68,3
- Double décilitre 63,4 100,6 5o,3
- Décilitre 5o,3 79.9 39.9
- 63,4 46,7 37,1 3l n
- Centilitre I ï8,è
- Le 8e d’hectolitre prend le nom de nouveau boisseau; il contient 12 litres j, et se divise en moitié et quart.
- La multitude infinie des anciennes mesures de France, selon les localités , ne nous permet pas de nous étendre plus longuement sur ce sujet, qui d’ailleurs est privé d’intérêt aujourd’hui, que ces mesures se trouvent complètement abandonnées. Cependant les futailles qui servent au transport des boissons ayant conservé leurs anciennes dimensions , nous croyons utile de donner ici les capacités de ces vases, en faisant remarquer cependant que les procédés de la tonnellerie ne permettent de considérer les capacités que nous allons indiquer que comme des à peu près.
- Le demi-muid de Languedoc a 3g5 litres , le muid 730 , la pipe 610 ; la pipe ou barrique de Cognac en a 624. Le tonneau, de Bordeaux a goo litres, et vaut 4 barriques de 220 litres. La pièce d’Auvergne a 314 à 335 litres, la petite pièce 282.
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- MESURES FRANÇAISES. a83
- La demi queue d’Orle'ans a 23o litres; la pièce de Touraine , 245 ; la charollaise, 2o5 ; la pièce de Mâcon, 212 ; celle de Pouilly, 220 ; de Beaune, 228 ; la feuillette de Bourgogne, i36 â 144litres; labusse d’Anjou, 236 ; le quarteaude Pouilly et de Mâcon, uo; celui d’Orle'ans, n4- Le quart de bière a 70 litres, etc.
- 4°. Mesures de poids.
- Le poids dit de marc e'tant le plus usité', nous le prendrons ici pour terme de comparaison. La livre se divisait en 2 marcs ou en 16 onces. Yoici le tableau de ces subdivisions
- livre. Marcs. Onces. Gros- Scrupules. Grains.
- 1 = 2 = 16 = 128 = 384 — 9216
- 1 = S r= 64 — 192 = 4^°8
- 1 = 8 = 24 = 5-6
- i=3— 72
- 1 = 24
- Un kilogramme = 2,042877 livres, log = 0,310242-12
- Une livre = 4,890008 hectogrammes, log = 0,68975788
- Une once = 3o,5g4i grammes, log = 1,48063790
- Un hectogramme = 3,26861 onces, log = o,5i4362io
- Un gramme - 18,82715 grains, log = 1,27478458
- Le pied enhe d’eau k -+ 4° cent, pèse 645343 gr. = 7oliv.o onc. 3 gros 7 gr. L’hectogramme =r 3 onces 2 gros 10,715 grains.
- Le kilogramme = 2 livres 5 gros 35,15 grains.
- Multipliez le prix du kilogr par 0,4895, vous aurez celui de la livre. -------------de la livre par 2,0429,---------du kilogr.
- Le tonneau est un poids de mille kilogr. s on donne actuellement le nom de livre au demi-kilogr.
- Par approximation, on peut dire que
- 70 kilogrammes = i43 livres ;
- n hectogrammes = 36 onces;
- 8 dècigrammes = i5 grains.
- Non-seulement en certaines provinces de France le poids de marc n’était pas en usage, mais même on y employait deux espèces de livre, selon qu’on voulait peser telle ou telle substance.
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- Ainsi, à Lyon, la soie e'tait pesée avec une livre plus forte que la livre courante, et ces deux livres étaient plus faibles que la nôtre. En Provence, le poids dit de table était différent selon les villes ; ici il était de 12 onces, là de 14 ; il y avait aussi des grosses livres, du poids de 3 livres courantes, etc. Comme plusieurs de ces usages subsistent encore contre les volontés du législateur, nous donnerons ici les rapports de grandeur des. principales de ces mesures avec le gramme :
- Départ, de l’Ain.. livre de onces.. . = 428>32 grain.
- livre de 18 onces.. . = 550,69
- Hautes-Alpes Embrun, livre . - 435
- Gap = 492
- Aude • = 4°7,921
- Bouches-du-Rhône. Aix . =1 379,16
- Arles . = 3qi,26
- Marseille . — 388,5i
- Tarascon, livre de table . — 3S8,n
- Salon . — 376,63
- Aveyron. . — 408
- Drôme . = 44
- Gard Rîmes . =
- Uzès . = 412,11
- Haute-Garonne. ... • = 4»7,922
- He'rault . = 44,65
- Isère Grenoble, livre . = 442,764
- Vienne, poids de crochet. . . = 456,83
- ». — poids de balance. . — 4o4so8
- Haute-Loire, livre.. . - 4.5,5
- Lot = 4°7>922
- Lozère = 44,'94
- Nord Lille . — 43.
- Cambrai = 47°
- Douai - 425
- Dunkerque.... , = 435
- Rhône Lyon, livre = 418,757
- poids de soie. = 458,911
- Viilefrancbe — 436,821
- Tarn Castres — 412
- Alby, Lavanr = 407,922
- Tam-et Garonne. . Montauban = 425,657
- Moissac. = 429,156
- Var — 38o
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- MESURES ÉTRANGÈRES. a85
- Vaucluse.......Avignon................= 4077922 gram.
- Carpcntras............= 400
- Orange ............... = 3pï, 606.
- Cette diversité de mesures encore en partie subsistante , doit faire sentir au commerçant la nécessité de se refuser toujours à employer le mot livre dans ses transactions écrites, s’il ne veut courir le risque d’être trompé dans ses spéculations ; qu’il se serve toujours des mots kilogramme, hectolitre, mètre, dans toutes les demandes qu’il fera à ses correspondons , dans tous les actes contenant engagement de livrer, et jamais il ne se verra obligé de disputer sur les prix et les quantités , et ne sera pas forcé à calculer les rapports des prix des denrées d’après la mesure locale. Cette règle est de la plus grande importance, et nous connaissons un grand nombre de circonstances où , faute de s’y être servi des nouvelles mesures, on a été entraîné dans des procès que les tribunaux ont jugés en faveur de leurs compatriotes, en se fondant sur ce principe, que le commerce local n’a jamais connu la livre de Paris.
- 5°. Mesures des forces employées dans les machines.
- La force nécessaire pour faire marcher une machine et surmonter la résistance s’évalue à l’aide de Dynamomètres , de Freins. ( V. ces articles et les mots Machine , Dynamie , Force, Vapeur , Manomètre. ) Il serait inutile de revenir ici sur un sujet déjà traité ailleurs avec étendue.
- V. encore les mots Pression, Écoulement, Eau, Roues hydrauliques, où nous traitons de la force motrice de l’eau en mouvement et en repos ; Poussée des terres et des Voûtes, etc.
- Fr.
- MESURES ÉTRANGÈRES {Commerce). C’est en vain que nous entreprendrions de donner les rapports de toutes les mesures étrangères entre elles ; non-seulement leur multitude infinie ne saurait trouver place ici sans usurper une étendue plus utilement employée à d’autres sujets; mais ces mesures
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- 286 MESURES ÉTRANGÈRES,
- sont souvent incertaines et mal définies ; la discussion des opinions des auteurs, leur diversité', les bases douteuses sur lesquelles elles se fondent, tout cela doit nécessairement faire la matière d’un ouvrage spe'cial très étendu. Celui de ces Traites qui paraît me'riter le plus de confiance est intitule' : Tables pour la réduction des poids, mesures et monnaies, par Lôhmann , imprimées en allemand et en français, à Leipsick. Déjà quatre volumes in-4° ont été publiés, et ils ne comprennent pas les mesures de capacité pour les solides et les liquides. Le lecteur doit concevoir , d’après l’étendue donnée à ce travail, qu’il ne nous est permis de traiter ce sujet que par aperçu. On pourra consulter aussi les ouvrages de Kruse, Chelius , Nelkenbrecher, Gerbardt, Ricard, Vega, Leuchs, Berch, Paucton, etc.... Le Traité récemment publié par Kelly est digne d’éloges.
- Parmi les mesures étrangères , il n’en est aucune qu’on puisse regarder comme formant un système analogue au nôtre. On peut même dire que ces mesures ne sont définies avec précision qu’en Angleterre, dans le canton de Vaudt en Suède, en Hollande, en Prusse et dans quelques autres états, et que partout on se contente d’usages locaux et d’étalons sans autre autorité que la volonté des gouvernemens. Nous exposerons les systèmes métriques des divers états principaux de l’Europe , et nous donnerons les rapports des unités métriques de ces pays avec les nôtres, en nous limitant à celles qui sont plus fréquemment usitées dans le commerce. Nous continuerons de renvoyer à l’article Mqvvaie tout ce qui se rapporte au système monétaire.
- t°. Sjsteme métrique anglais.
- Une loi du 17 juin 1824 établit l’uniformité des poids et mesures dans toute l’étendue de la Grande-Bretagne ,- et cette loi est actuellement mise en vigueur. À l’exception des mesures de capacité qui ont toutes été remplacées par d’autres , on n’a fait qu’étendre aux trois royaumes l’usage des mesures usitées à Londres ; mais les savans anglais, et particulièrement
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- MESURES ÉTRANGÈRES. 287
- MM. Kater et Young, se sont occupe's de définir ces unités métriques, et de chercher dans la nature des termes de comparaison propres à les faire retrouver , s’il arrivait qu’elles fussent perdues ou altérées Les nouvelles mesures anglaises sont qualifiées d’ impériales, pour les distinguer des anciennes. La demi-toise, appelée yard impérial, est la distance entre deux points marqués sur deux clous en or fixés à une règle de cuivre servant d’étalon, pris à la température de 62° Fahrenheit (160 2 centigrades ) ; cet étalon porte la date de 1760, et équivaut à celui dont s’est servi sir George Schuckburgh dans ses opérations géodésiques. M. Kater a trouvé que le pendule simple qui, dans le vide et à Londres , mais réduit au niveau des mers, bat la seconde sexagésinale par des oscillations infiniment petites, a pour longueur 3g, 1393 pouces, l’yard ayant 3 pieds ou 36 pouces. La toise ou fathom vaut 2 yards. Sans discuter ici le mérite de cette détermination, on voit qu’ori a eu pour but, par cette expérience, de définir les unités linéaires anglaises : des attractions locales peuvent agir sur le pendule de manière à le soustraire à la loi générale des mouvemens de ce corps , et l’on ne peut espérer déduire cette longueur des formules de dynamique, sans courir le risque d’une erreur de 3 à 4 centièmes de millimètre ; ce qui condamne la loi anglaise à supporter toutes les conséquences d’une définition aussi défectueuse qu’elle est arbitraire.
- De même qu’en France le mètre sert de base à toutes les autres mesures, la loi anglaise tire de l’yard les autres unités métriques. L’unité de surface est l’acre, composé de 4840 yards carrés, ou 160 rocds : le rood est le quart d’acre.
- L’unité de poids est la livre de Trop, valant 12 onces ; l’once vaut 20 penny, de chacun 24 grains ; en tout 5760 grains. Mais on se sert, pour peser les grandes masses, d’une autre unité dite livre avoir du poids, qui pèse 7000 grains de Troy ; cette livre se divise en 16 onces, de chacune 16 drams. Le quintal vaut 112 de ces livres, et le tun 20 quintaux. Ces deux espèces de livres sont réglées sur deux étalons, et l’on a trouvé qu’un pouce cube d’eau distillée, pesé dans l’air avec des
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- poids de cuivre, la température étant 62° Fahrenheit, et le baromètre à 3o pouces, pèse 25a,458 grains de Troy : ce qui définit les unités de poids.
- L'étalon des mesures de capacité, tant pour les liquides que pour les solides mesurés raz, est le gallon impérial, vase qui contient dix livres avoir du poids d’eau distillée pesée dans l’air, sous les mêmes conditions atmosphériques. Le boisseau, dit bushell, vaut 8 gallons, le quarter 8 bushells, le peck 2 gallons ; le gallon contient 8 pintes anglaises.
- La chaux, le charbon, les pommes de terre, etc., se mesurent combles ; alors le bushell contient 80 livres avoir du poids. Le cylindre a ig pouces et demi d’un bord à l’autre; le comble s’élève en cône de 6 à 8 pouces de hauteur au-dessus du bord supérieur. Trois de ces bushells font un sac, 12 sacs un chaldron.
- Voici maintenant les rapports de ces mesures avec les nôtres :
- 1 yard = o,gi43834 mètr.
- I pied — o,3o47944 mètr.
- 1 mille = 88q fath = 1609,3i5 mètr. 1 yard carre ~ 0,8360970 m. c,
- 1 rode = 25,29193 m. e.
- 1 livre Troy = 373,09562 gram.
- 1 liv. av. du p. = 453,1!47 gram.
- 1 gallon = 4,543454 litres.
- 1 quarter = 290,7811 litres.
- 1 fathom == 1,8287663 mètr.
- 1 pouce = 2,5399535 cent.
- 1 furlong = 110 fath 210,1644 m-1 acre = 4°,4^710 aresi
- 1 rood = 10,116775 ares;
- 1 once de Troy = 81,0913 gram.;
- 1 onc. av. du p. = 28,33842 gram. ;
- 1 bnsbell = 36,3^63 litres ;
- 1 pinte = 0,5679318 litres.
- Dans les États-Unis d’Amérique, les mesures anglaises sont partout en usage ; il n’y a que les mesures de capacité qui diffèrent des précédentes, parce que celles-ci ont seules été changées par la loi anglaise de 1824, et que ce changement n’a pas été admis en Amérique.
- 20. Mesures du canton de Vaud.
- Le système métrique adopté dans le canton du Vaud est exposé dans un ouvrage publié à Lausanne ; et ce qui est remarquable , c’est qu’il est l’œuvre d’un homme faisant partie
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- de cette classe de citoyens dont on n’attend pas les lumières suffisantes pour composer un pareil code. Nous cédons d’autant plus volontiers au désir d’en consigner ici-les élémens, que les décisions récentes paraissent devoir conduire à adopter ce système dans toute la Suisse, où la diversité des poids et mesures est un sujet continuel de plaintes. Ce système est entièrement fondé sur le nôtre ; seulement les unités y sont choisies conformément aux usages du pays, et les noms appropriés à ces circonstances.
- Le pied vaut 3 décimètres : il se divise en 10 pouces de 10 lignes chaque. L’aune a 4 pieds : elle vaut 12 décimètres et est la même que la nôtre. La toise vaut 10 pieds ou 3 mètres.
- - Le fossorier vaut 5o toises carrées ; la pose, 5oo toises carrées = 45oo mètres carrés ou 45 ares. La toise cube vaut 1000 pieds cubes = 27 stères.
- Le moule, ou la toise cube pour mesurer le bois et les fourrages, vaut 125 pieds cubes ; elle est le huitième de la première toise. Chaque côté du cube est une demi-toise ou 5 pieds. Le moule = 3,375 stères.
- Le quarteron vaut un demi-pied cube ou 5oo pouces cubes ; il se divise en 10 émines de 10 copets chaque. Le sac vaut 10 quarterons ou 5 pieds cubes = 135 litres; le muid, 10 sacs == i35 décalitres.
- Le pot ou émine est ~0 de pied cube , ou 5o pouces cubes : il se divise en 1 o verres ou copets. Le broc ou brochet vaut 10 pots ou t pied cube ; le setier vaut 3 brocs ou 3o pots=40 * litres ; le char, 16 setiers ou a4 pieds cubes = 648 litres.
- La livre est le poids de de pied cube d’eau pesée dans le vide et à 4°; elle est = 9413,575 grains, poids de marc; on la divise, comme notre ancienne livre, en 16 onces de 8 gros, etc. : cette livre vaut5oo grammes, ou notre demi-kilogramme ; l’once vaut 31 ~ grammes.
- Toutes les mesures sont décimales, excepté la livre.
- 3°. Mesures de Berne et Bâle, en Suisse.
- Le pied de Berne vaut 0,293258 mètres ou i3o lignes du Tome XIII. 10
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- ago MESURES ÉTRANGÈRES,
- pied de roi; on le divise en 12 pouces. Une perche vaut 10 pieds, une toise (klaftcr} 8. On se sert encore d’un autre pied, dit de carrière, dont 13 valent i3 pieds ordinaires. Un degré de l’équateur contient 13,3 milles de Suisse. Le pas carré, mesure agraire, a 6 \ pieds carrés ; il faut 4ooo de ces pieds pour former un juchart j mais les bois se mesurent au pas de 9 pieds carrés. Il faut 46000 pieds carrés pour un juchart de bois. L’aune de Berne (e/Z) vaut o,54-25 mètre. La livre se divise en 16 onces ou 32 loths ; chaque loth vaut 4 drachmes de 4 fenings chaque. Cent livres font un quintal. Les poids de cette contrée de la Suisse sont frappés d’une grande incertitude, parce qu’ils ne sont établis que d’après des étalons qui ne sont pas égaux entre eux. On suppose volontiers que la livre de commerce est de o,520i 12 kilogr. ; selon Chelius, elle ne vaut que 0,47987 kilogr. Outre ce poids, il en existe encore deux autres, l’un dit poids de fer, dont la livre est 2 pour cent plus pesante, et l’autre, poids de mercier, qui est, au contraire, de 5 pour cent moindre.
- 4°. Mesures de Genève.
- L’aune de Genève vaut 507 lignes de roi = 1,143 7 mètre, La livre se divise en i5 onces, poids de marc français, de 24 deniers ou grains chaque : c’est le petit poids. La grande livre vaut 18 onces poids de marc = 0,550718 kilogr. ; elle ne sert qu’à peser les marchandises communes.
- 5°. Mesures du grand-duché de Bade, Hesse.
- Le pied est ~ du mètre ou = o,g235332 du pied de roi = 132,9888 lignes. L’aune vaut 2 pieds = 0,6 mètres. Le mille a 29629,6 pieds. I/arpent vaut 400 perches carrées ou 4o mille pieds carrés ; la perche vaut 1 o pieds. La toise de bois de chauffage a 6 pieds sur 6, et la bûche a 4 pieds ; elle contient 144 pieds cubes. La livre est le demi-kilogramme.
- 6°. Mesures de Bavière.
- Le pied porte 129,38 lignes du pied de roi, et vaut 0,291869 mètre. L’aune vaut o,833o mètre ; elle est = 0,694?
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- MESURES ÉTRANGÈRES. 291
- de notre nouvelle aune (12 décimètres). Le quintal vaut 100 livres ; on le divise en 5 steins de 20 livres. La livre vaut 32 loths; le quintal pèse n4,4012 de nos anciennes livres; la livre bavaroise = o,56 de kilogramme.
- 70. Mesures de Hollande et des Pajrs-Bas.
- Le pied d’Amsterdam (fuss ) se divise en trois palmes, ou bien en 11 pouces de chacun 24 quartes ; la perche ( ruthe ) vaut i3 pieds ; la brasse (Jaden), 6 pieds Le mille de Hollande a 20692 pieds; l’arpent, 600 perches carrées. Le pied contient 126,4776 lignes du pied de roi, et il est = o,283o56 mètre. On se sert aussi dans ce pays du pied du Rhin. {V. Berlin, ci-après.) L’aune d’Amsterdam contient 3o6 lignes de France, et vaut o,6go3 mètre; l’aune de Flandre = 0,7106 mètre.
- Le scbiffpfund vaut 3 quintaux; le quintal, 100 livres; la livre, 2 marcs ; le marc, 8 onces, de chacune 2 loths. La livre de commerce vaut 10280 as de Troy, 49>3g26 kilogr. ; le kilogr. = 20812,8 as de Hollande; le marc de Cologne = 0,2338556 kilogr. ~ ^86/^as. La livre de Troy hollandaise se divise eh 16 onces de 20 engels, ayant 32 as, en tout 10240 as =49?2°°4kilogr. La livre de Brabant = 4yjo383 kilogr.
- Depuis l’an 1820, on se sert, dans le royaume de Hollande, de tout notre système métrique ; les noms seuls ont été changés. L’aune est le mètre. La livre se nomme pond, et vaut I kilogr. ; elle se divise en 10 onces de 10 lood chaque, etc.
- 8°. Mesures de Prusse.
- On s’y sert généralement, depuis 1816, du pied du Rhin {fuss), mesure usitée dans une grande partie de l’Allemagne, qui vaut 169,i3 lignes dè France = o,3i3854 mètre. La brasse {faden) vaut 6 pieds ; la perche ( ruthe) vaut 2 brasses; les divisions du pied sont duodécimales, comme notre pied de roi. L’arpent, 180 p*erches carrées ; le hufe vaut 3o arpens ; le mille vaut 2000 perches. L’aune contient 25 4 pouces du pied du Rhin = 0,6669 mètre. La livre (pfund) peut être regardée
- *9>.
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- comme égale à celle dite de Cologne {T. plus haut ) ; elle est divisée en 32loths, de 4 drachmes chaque; elle vaut 0,46771131 kilogr. Le quiatal vaut 110 livres, et le tonneau 4000. Cette nouvelle livre prussienne, conforme à l’ordonnance de 1816, est le 66e du poids d’un pied cube d’eau distillée à i5° de Réaumur ; elle est un peu plus faible que l’ancienne livre de Berlin , qui était de o,4685i4 kilogr.
- 90. Mesures de Saxe.
- Le pied se divise comme le nôtre, et vaut 125,568 lignes de France = 0,283260 mètre ; l’aune (ellen) est de 2 pieds; la toise (klafterne) vaut 6 pieds ; la perche, i5 | pieds. Le pied de Leipsick est le même que celui d’Espagne. La livre se subdivise comme en Prusse, mais elle vaut 0,467447 kilogr.
- io°. Mesures du Wurtemberg.
- Depuis le 3o novembre 1806, qui a réglé les mesures de ce pays, le pied est de 127 lignes de roi, et vaut 0,286490 mètre ; les subdivisions sont décimales. La perche (ruthe) vaut 1 o pieds ; la toise (klafter) en vaut 12. L’arpent (juchart) a 576 perches carrées ; le journal (jnorgen) en a 384- La toise pour le bois de chauffage a 6 pieds sur 6 ; la bûche a 4 pieds ; en tout 44 pieds cubes. L’aune vaut o,6i43 mètre. On se sert à Stutt-gard de deux poids : l’un est la livre de Cologne ou de Prusse — 0,467711 kilogr. ; l’autre, le grand jpoids, vaut 4 pour cent de plus, et sert à peser tout ce qui dépasse 25 livres : i o4 livres petits poids valent 100 livres poids de quintal.
- ii°. Mesures d’Autriche.
- Le pied se divise comme le nôtre; il vaut 140,127 lignes de roi = o,3i6to3 mètre; la toise (klafter) vaut 6 pieds; le mille, 4ooo toises ; le faust a 4 pouces. L’aune de Vienne = 0,7792 mètre ; celle de la Haute-Autriche = 0,7*997 mètre. La livre, qui se subdivise comme celle de Prusse = o,56oon kilogr. ; le saum pèse 275 livres; le quintal, 5 steins ou 100 livres.
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- mesures Etrangères. 293
- 12°. Mesures de Nuremberg.
- Elles sont les mêmes qu’en Bavière ; mais les anciennes mesures étant encore usitées dans une partie de l’Allemagne, nous en donnerons les valeurs. Le pied de ville = o,3o37g3 mètre ; le pied d’artillerie = 0,292807 mètre; l’aune = o,6564 mètre. Lalivre, qu’on subdivise comme la nôtre, vaut 0,50996 kilogr.
- i3°. Mesures de Hanovre.
- Le pied, qu’on subdivise en 12 pouces de 12 lignes chaque, vaut 129,44 lignes de roi = 0,291995 mètre. La perche vaut 16 pieds; l’arpent contient 120 perches carrées; l’aune vaut 2 pieds. On s’y sert de plusieurs sortes de livres différentes ; la plus usitée pèse 0,4896 kilogr.
- i4°. Mesures d’Espagne.
- Le pied vaut 4 petites palmes ou 12 pouces ayant 12 lignes ; l’aune ou rare vaut 3 pieds; le pied = 0,282655 mètre; la vare de Castille = 0,8480 mètre. L’estado ou toise vaut 6 pieds; le passo en vaut 5. Cinq mille pas font une lieue royale. L’estadale an pieds. La fanegade est une superficie de 5oo estadales carrées ; l’arançada en contient 4oo. La grande palme a 1 § pied ; la corde a 33 grandes palmes. La livre de Castille est divisée en deux marcs ou 16 onces de 16 drachmes, chacune ayant 36 grains ; l’arobe pèse 25 livres ; le quintal, 100. Cette livre =0,46087 kilogr. Les mesures de capacité sont aussi des arobes , parce qu’elles désignent des volumes équivalens aux poids des substances mesurées.
- i5°. Mesures de Portugal.
- Le pied (pabno) est de deux espèces : l’un a 96,9 lignes de roi = 0,218590 mètre; l’autre (baufuss), dont se servent les maçons, = o,3386oo mètre = i5o, 1 lignes de roi. L’aune vaut 5 palmes, la brasse 1 o ; la palme a 8 pouces. Les lieues de Portugal sont de 18 au degré. La livre vaut o,458948 kilogr. ; elle se divise en deux marcs, ou 16 onces. L’arobe a 32 livres.
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- MESURES ÉTRANGÈRES. i6°. Mesures de Turin.
- Le pied dit de liprande se divise en 12 pouces [onces) de 12 points à 12 atomes chaque. Six livres font un trabuc. Le pied vaut 227,708 lignes de roi = 0,513670 mètre. L’aune (ras 0) =z 0,60 3 2 mètre = 267,4 lignes françaises. Les terres se mesurent en giomate de 100 tawle ou 4oo trabucs carrés : le tavole vaut 144 pieds carrés. La livre piémontaise vaut 0,368902 kilog. ; elle se divise en 12 onces de 8 octaves chaque : l’octave 3 deniers ou 72 grains. Le rubbio d’huile pèse 25 liv.
- 17°. Mesures de Venise.
- Le pied a i54 lignes de roi = 0,347398 mètre; le passe a. 5 pieds; le mille a g4i | toises. L’unité de mesures agraires est le passo carré == 2.5 pieds carrés. L’aune ( braccio ) pour les soieries = o,6384 mètre ; et pour le linge, la laine, etc., = o,6851'mètre. On se sert d’une grande et d’une petite livre, qui se divisent l’une et l’autre en 12 onces : la première pèse ig onces de la seconde. Un millier pèse 40 miri ou 1000 livres grand poids ; la charge vaut 4 quintaux ou 4<>o livres petit poids. La grosselivre = o,477494 Édogr. ; lapetite=o,3o2<»25 kilogrammes.
- 180. Mesures de Toscane.
- Labrasse ou pied toscan vaut 263,4 lignes de F rance=o, 5942 mètre ; la canne ou aune a 4 brasses. Le pied des maçons ne vaut que 243 lignes. Un cavezzo vaut 2 pas ou 6 brasses. Le slioro vaut 12 pano.ri de 48 cannes carrées. La sacato a 10 star goli, dont chacun vaut66pertice carrés. La livre vaut o,33g5o2 kilogrammes. Le quintal'ou cantaro pèse 102, io3 ou rogliv., selon la nature des marchandises. On divise la livre en 12 onces de 24 deniers chaque : le denier pèse 24 grains.
- ig°. Mesures romaines.
- Le nouveau pied ( b au palmo) ou palme des architectes vaut 99,033 lignes de roi = 0,223402 mètre; le pied romain
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- — 0,294611 mètre. La canne ou brasse de construction a 10 des nouveaux pieds. La brasse ou aune pour la mesure des étoffes = 2,0016 mètres. Le mille romain vaut 764 toises. La livre pèse 0,389070 kilogr. : on la divise comme en Toscane. Le petit quintal (cantaro) pèse 100 livres; le grand, 1000.
- 20u. Mesures du Milanais, de Parme , etc.
- On y a conservé l’usage du mètre, du kilogramme et du litre , ainsi que ccs dénominations; en outre, dans les possessions autrichiennes en Italie, on se sert des mesures d’Autriche. ( V. l’art. 11.) A Parme, la brasse ( braccio di le g no ) vaut o,524i5i mètre. L’aune pour les soies = o,5944 mètre; et pour la toile, les draps, 0,6438 mètre. Le rubbio est un poids de 26 livres : la livre = 0,32644 kilogr.
- ?,i°. Mesures napolitaines.
- La canne de Naples vaut 8 pas ou 60 palmes ; la palme, 12 onces de 5 minutes chaque. Cette palme vaut n6,5 lignes de roi= 0,262804 mètre; celle de Palerme n’a que 107,3 lignes de roi = 0,242051 mètre. L’aune ou canne de Naples pour mesurer les étoffes se divise en 8 palmes; elles vaut 2,1128 mètres. Le moggîa de terre contient 900 pas carrés, de chacun 56 i palmes carrées. On se sert de deux poids : l’un irottel), de 0,891038 kilogr., sert pour les grosses marchandises. Le cantaro vaut 100 rotoli, de 2 § livres (rottel) chaque. La livre a 12 onces. La livre de soie ne pèse que 0,320764 kilog. A Païenne, on fait, usage de trois espèces de poids : le rot-tel de 33 onces = 0,873808 kilogr. ; le rottel de 3o onces = o,793934 kilogr..; la livre de 12 onces = 0,317593 kilogr. Le rotolo vaut 2 | livres du premier de ces poids ; le petit rotolo, 2 5 livres du second.
- 220. Mesures de Constantinople.
- L’unité de mesures linéaires est le pick : on en connaît deux espèces; l’un qui vaut 0,669079 mètres ; l’autre ( draa-stam-bulin), qui est de 0,647874 mètre. Les aunages se font avec
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- ces deux picks. Le berri est une mesure itinéraire équivalente à 1669,67 mètres. La livre, nommée odras oder ou rottel, vaut 0,637828 kilogr. : on la divise en deux cbekys ou 20 drachmes. Le batmannpèse 60k as ; l’okas 2 rot tels.
- 23°. Mesures de Pétersbourg.
- Ces mesures sont usitées dans la majeure partie de la Russie. Le pied russe vaut o,538i5t mètre ; Yarschine vaut 1 pied; le verst a 2000 pieds ou i5qo arschiues; le saschen 4 pieds. Le pied se divise en 12 pouces (werschock) de 24 lignes chaque; l’arschine, en 16 pouces : elle sert aux aunages et = 0,7115 mètre. On se sert aussi en Russie du pied anglais et du pied du Rhin {V Angleterre et Prusse) pour certains usages. Sept verst foDt un mille d’Allemagne. La desailine vaut 28800 arschines carrées. La livre russe se divise en 32 loths de 3 solotnicks chaque ; ceux-ci en 68 grains. Un berko-witz vaut 10 puds ou 4o° livres. La livre = 0,408979 kilogr.
- 24°. Mesures de Suède.
- On a imité en Suède ce qui a été fait en Angleterre, en rendant générales les mesures en usage à Stockholm. Il résulte des travaux de M. Swamberg que le pied vaut 131,615 lignes de roi =0,2969010 mètre ; on le divise comme le nôtre. L'aune (eZZ) vaut 2 pieds ; \efamn, 6 pieds; la perche (ruthen), 8 aunes ou 16 pieds Le mille de Suède vaut 22Ôo perches; la tonne vaut 218 j perches carrées. La livre (schalgewicht) pèse 0,42496 kilogr. ; elle sert pour peser presque toutes les substances : celle des mineurs est de deux sortes ; l’une, qui ne sert qu’aux fers (mark eisengew) , pèse 0,340079 kilogr. ; l’autre {mark berggew) pèse 0,375826 kilogr. Ces poids servent dans toutes les villes maritimes ; mais dans l’intérieur on emploie un autre poids qui vaut 0,357952 kilogr. La réforme exigée par la nouvelle loi fera disparaître bientôt ces dissidences.
- z5°. Mesures de Danemarck.
- Le pied vaut o,3i362i mètre et se divise comme le nôtre;
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- l’aune a 2 pieds, et la perche 10. On se sert aussi du pied du Rhin. {V. Prusse, 8°.) Le mille a a.^00 perches. Le pfiung vaut 1804,8 perches carrées et se divise en 8 tonnes, kart kom, valant 225,6 perches carrées; celle-ci vaut 100 pieds carrés. La livre pèse 0,499327 kilogr. ; elle se divise en 32 loths de 4 drachmes chaque ; le drachme en 4 orts de 16 es chaque. Le laft pèse 16 l schiffpfunds; celui-ci 20 liespfund de 16 livres. Le wog ou wage pèse 3 bismerpfunds de 12 livres.
- 26°. Mesures de Varsovie {Pologne russe).
- Le pied, qui est divisé comme le nôtre, vaut 0,29776g mètre ; la perche vaut i5 pieds, le sznur i5o, le. klaftern 6. Le wlaka de 3o arpens {morgeri) vaut 9000 perches carrées. L’aune a 2 pieds. La livre pèse o,4o5o3g kilogr. C’est le poids usité en Silésie, avant l’ordonnance qui y établit les poids prussiens. La livre a 32 loths de 4 drachmes chaque. Le quintal pèse i32 livres; le stein, 24.
- Le tableau que nous venons de présenter est nécessairement fort incomplet, car l’abondance de la matière nous a forcé delà restreindre dans d'étroites limites. Comment, en effet, exposer avec quelques détails les mesures d’une multitude de petits états indépendans de l’Allemagne, de la Suisse, etc.? Comment établir les distinctions entre les mesures anciennes , toujours plus ou moins usitées, et celles que les nouvelles circonscriptions politiques y ont fait établir légalement? On conçoit qu’il a fallu limiter ces développemens et renvoyer, pour plus de détails, aux sources que nous avons indiquées. 11 nous suffira d’aiouter que plusieurs mesures que nous avons marquées comme propres à certaines localités le sont ordinairement à beaucoup d’autres, sauf quelques changemens de noms ou de subdivisions. C’est ainsi que la livre de Genève est formée de 18 onces poids de marc : celle d’Aix-la-Chapelle est la même qu’à Dresde. À Gand, à Konisberg, à Cologne, on se sert du poids de Prusse ; à Maroc, de celui d’Espagne ; à Lucerne , Saint-Gall, on se sert du pied de Prusse, dit du Rhin.
- Il nous reste à indiquer comment on peut trouver, d’après
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- les données précédentes, le rapport de deux mesures étrangères entre elles, et quel est le calcul qui sert à réduire une quantité donnée d’une espèce eii son équivalente en l’autre. On évaluera d’abord ces deux espèces d’unités en unités métriques françaises (mètres, kilogrammes, etc.), et une proportion conduira ensuite au résultat demandé. Si, par exemple, on demande combien i5a livres poids nouveau de Prusse font de livres de Troy d’Angleterre ; je trouve que la première de ces livres pèse 0,46771 i3x kilogr., et la seconde 0,3730956. Je pose donc, si 0,3760956 valent 1 livre de Troy, combien 0,46771131 valent-ils? Cette opération, qui consiste à diviser l’unité de poids à réduire par l’unité qu’on veut trouver, l’une et l’autre exprimées en kilogrammes, donne au quotient i,a535g7 livre de Troy, pourle poids équivalent à la livre de Prusse : il ne reste plus qu’à multiplier par i52 , et l’on a 190,5466 livres de Troy pour valeur équivalente à i5a nouvelles livres prussiennes. Fa.
- MÉTAIRIE ( Agriculture). Ferme destinée à l’èxploitation d’une culture d’environ 3o à 40 hectares seulement. Ordinairement , les trois quarts de cette étendue sont cultivés en froment, orge, avoine ou jachère^ le reste est en prés ou en bois. L’éducation des bestiaux fait une partie importante des soins du métayer, qui les tient souvent à Cheptel. Le fermage se paie en argent ou en nature (la moitié ou le tiers des produits en céréales ), ce qui conduit les métayers à accroître lé plus possible la nourriture des bestiaux et à négliger la culture des terres, surtout celle des pièces éloignées de la ferme. Aussi les propriétaires des métairies servent-ils bien mieux leurs intérêts, en préférant faire administrer la métairie à leurs frais et risques, par un valet intelligent et fidèle. Fr.
- MÉTALLURGIE. Art d’extraire les métaux de leurs minerais. Cet art, qui fournit à l’industrie les instrumens les plus indispensables à ses besoins, participe également de la Chimie et de la Mécanique : ainsi, comme science, la Métallurgie se rattache à la Minéralogie par la connaissance qu’elle èxige des substances minérales que l’on se propose de traiter ;
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- à la Chimie, par la nature des effets que l’on cherche à produire et par les agens qu’elle emploie ; enfin, à la Mécanique, par les machines dont elle a souvent besoin.
- Maigre' l’analogie extrême qui existe entre les opérations chimiques et métallurgiques, qui consistent principalement à isoler certaines substances, cependant il y a des différences essentielles et qu’il faut soigneusement remarquer. D’abord la quantité de matières sur laquelle on opère à la fois exige de grands changemens dans les appareils employés, et donne souvent lieu à des phénomènes particuliers; mais la plus grande différence qui existe entre ces opérations est dans la nature des agens chimiques qu’elles emploient. Ainsi, en Chimie, le but principal étant l’exactitude des résultats et la pureté des produits obtenus, on s’embarrasse peu de la valeur des agens que l’on emploie, valeur au reste de peu d’importance à cause de la petite quantité dont on fait usage. Dans la Métallurgie, au contraire, un des points essentiels est de pouvoir livrer au commerce les produits au plus bas prix possible. On ne peut donc employer comme agens chimiques que des substances communes et de peu de valeur .
- Les minerais métalliques que nous offre la nature sont presque toujours mélangés d’une assez grande quantité de matières étrangères. Le plus ordinairement, il serait très coûteux de les soumettre dans cet état aux opérations métallurgiques ; mais on parvient à les en débarrasser en partie par des opérations préparatoires, que l’on désigne sous le nom de préparation mécanique, Quoique souvent la préparation .mécanique soit exécutée dans des ateliers indépendans des usines métallurgiques, elle est tellement liée au travail des métaux, que nous croyons utile de la décrire dans cet article, dans lequel nous nous proposons d’exposer les principes généraux de Métallurgie. îious sommes donc conduit à le diviser en quatre paragraphes (1).
- (i) Nous avons adopté,dans la division de cet article, celle que M. Gue-niveau, professeur de Métallurgie à l'École royale des Mines, a donuce
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- 3oo MÉTALLURGIE.
- Dans le premier, nous indiquerons la préparation méca-' nique des minerais et la manière d’essayer leur richesse.
- Dans le second, nous énoncerons les différens agens chimiques employés le plus ordinairement dans le traitement des métaux.
- Le troisième sera consacré à la description des fourneaux.
- Enfin , dans le quatrième, nous ferons connaître seulement les opérations métallurgiques qui sont communes à un grand nombre de métaux, celles qui sont particulières à un métal étant décrites à part dans ce Dictionnaire à chaque article concernant les métaux.
- De la préparation mécanique des minerais, et de leur essai.
- Il est peu de substances minérales qui puissent être employées immédiatement dan$ les Arts comme elles sortent du sein de la terre. Les unes ont besoin d’être pétries, comme les argiles; les autres, comme le sel gemme, exigent, pour être purifiées, une dissolution et une évaporation préliminaires ; mais, de toutes ces substances, ce sont les minerais métalliques qui nécessitent le plus d’opérations préliminaires. Elles consistent principalement dans la séparation de matières étrangères, qui communiqueraient au métal des propriétés nuisibles ou qui rendraient la fusion du minerai difficile et coûteuse, quelquefois même impossible, comme les mélanges pierreux qui accompagnent en général les minerais.
- Ces préparations varient suivant la nature du minerai et suivant celle des substances mélangées.
- Lorsque le minerai est pur et massif, il n’a besoin que d’être cassé pour être fondu.
- Le minerai couvert de boue doit être lavé pour qu’on puisse en distinguer les parties métalliques.
- dans un ouvrage intitulé Principes généraux de Métallurgie ; imprime chez Levranlt. Nous engageons les personnes qui veulent avoir des détails plus étendus sur cet art, h recourir à cct ouvrage, qui nous a souvent servi de guide dans lu rédaction de cct article.
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- MÉTALLURGIE. 3oi
- S’il adhère â un roc, il faut le casser pour pouvoir l’en séparer; s’il est disséminé dans une gangue, il faut le réduire en poussière et séparer les parties métalliques, en mettant en jeu les pesanteurs spécifiques.
- Enfin, s’il est mélangé avec des cailloux, il faut le trier.
- Ces différentes opérations peuvent être réunies en trois classes, qui sont :
- Le triage, le bocardage et le lavage.
- Ces opérations présentent des sous-divisions que nous allons indiquer, en donnant leur description.
- i°. Le triage, qui a pour objet d’isoler le minerai et de l’obtenir pur, se sous-divise en quatre opérations :
- Le débourbage, dans lequel on sépare le minerai de la boue qui l’enveloppe ;
- Le cassage, opération dans laquelle on brise le minerai pour pouvoir séparer à la main les parties pauvres et les parties riches;
- Le triage à la main, dont le but est la séparation que je viens d’indiquer ;
- Enfin, le criblage, qui consiste à séparer le minerai en différentes grosseurs et en différente^ richesses.
- Le débourbage s’exécute souvent près de l’embouchure des mines : on se sert pour cet effet des courans d’eau qui en sortent. Le plus ordinairement, il consiste simplement à remuer les minerais avec une pelle ; quelquefois on fait cette opération avec plus de soin, et Ton se sert d’une grille horizontale sur laquelle on place le minerai. Un courant d’eau, dirigé sur cette grille, enlève la boue qui recouvre le minerai, et, pour faciliter son action, on le remue continuellement avec une pelle. Ces boues, étant très souvent riches en métaux, sont recueillies dans des bassins où elles se déposent à des distances qui sont en raison inverse de leur pesanteur spécifique. Ce dernier appareil , connu sous le nom de grilles anglaises (fig. i et 2, PI. 48 des Arts chimiques), est employé principalement pour la préparation du minerai de plomb. Le débourbage du minerai de fer s’exécute à l’aide d’une machine appelée patouillet. Il y en
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- a de differentes formes : la plus usite'e (fig. 3 et 4, PL 48} consiste en une auge en bois ou en fonte, dont le fond est courbe, et dans l’intérieur duquel se meut un arbre horizontal portant des bras en fer. Cet arbre est ordinairement le prolongement de l’axe de la roue hydraulique. On tient cette auge constamment pleine d’eau, et l’on verse, de distance en distance, du minerai que l’on veut nettoyer. L’eau, en se renouvelant, entraîne la boue dont elle est charge'e, et sort par un dégorgeoir placé à la partie supérieure de l’auge. Lorsque le lavage est terminé, ce que l’on aperçoit par le ralentissement de la machine et par l’état de l’eau, qui est moins chargée de terre, on enlève une des parois latérales de l’auge, et le courant entraîne le minerai dans un bassin plus spacieux. Quelquefois le minerai de fer, ainsi préparé, est passé à un crible pour le diviser en plusieurs grosseurs.
- Quand le cassage a pour but de faciliter le triage, qui consiste à séparer les morceaux pauvres des morceaux riches, il se fait à la main. Dans ce cas, on se sert d’un marteau ou d’une masse en fer ; mais lorsque l’on se propose dans le cassage de réduire le minerai en très petits fragmens ou en grenailles pour pouvoir ensuite les cribler, on se sert indistinctement de marteaux plats en fer, appelés battes, de pilons, ou de cylindres , entre lesquels on place le minerai à écraser. Cette dernière méthode, la plus expéditive de toutes, et qui paraît apporter une assez grande économie dans cette opération, est employée principalement en Angleterre. Les cylindres sont disposés ainsi qu’on le voit dans la fig. 5. Il y en a de deux natures différentes : les uns cannelés et les autres unis. Les premiers reçoivent le minerai d’une trémie qui est placée au-dessus d’eux et le versent sur deux rangs de cylindres unis placés au-dessous. On conçoit que les premiers cylindres recevant des fragmens assez gros, ceux-ci glisseraient sur leurs surfaces s’ils étaient unis, tandis qu’ils s’engagent au contraire facilement entre les cannelures des cylindres supérieurs. Comme souvent la gangue qui accompagne les minerais est fort dure , et qiï’a-lors la résistance que les cylindres auraient à supporter pour-
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- rait être trop considérable , on dispose des contre-poids PP de manière que les cylindres puissent s’écarter et laisser tomber les fragmens qui font éprouver cette résistance:
- Le triage à la main consiste simplement dans la séparation en plusieurs lots du minerai qui vient d’être cassé : on fait ordinairement quatre lots , qui, suivant leur richesse , sont appelés minerai massif, minerai divisé, minerai pauvre de rebut.
- Le criblage, qui complète l’ensemble d’opérations que nous avons réunies sous le nom de triage, s’exécute à la claie, au panier, au moyen de l’égrappoir ou à la cuve. Les trois premières méthodes sont usitées dans les mines de fer. La claie sert pour séparer ce qui est suffisamment écrasé de ce qui ne l’est pas assez. Le panier et l’égrappoir sont employés pour séparer en différentes grosseurs les minerais en grains. Ce dernier instrument est une espèce de chaudron en cuivre ou en fonte, percé de trous comme une écumoire. Une anse en fer, portant un coude en son milieu, sert à le suspendre à une perche qui fait ressort. L’ouvrier fait monter et descendre dans l’eau l’égrappoir chargé de minerai de fer : par ce mouvement, l’argile qui entoure le minerai est entraînée par l’eau, et le minerai se sépare en deux grosseurs. Le plus fin passe à travers l’égrappoir et le plus gros reste dedans.
- Le criblage à la cuve est employé pour les minerais autres que le fer : les cribles dont on se sert sont des espèces de tamis carrés ou circulaires, garnis, à leur partie inférieure, d’un treillis métallique en fil de fer ou en laiton, dont la dimension des mailles dépend du minerai que l’on veut cribler ; elles ont ordinairement d’une ligne à six lignes d’ouverture. Après avoir mis une certaine quantité de minerai sur le crible, on le plonge rapidement et à plusieurs reprises dans l’eau : le liquide entre par le fond du crible, soulève le minerai et le tient un instant suspendu. Les particules retombent à peu près suivant l’ordre de leur pesanteur spécifique, et présentent ainsi des zones de différentes richesses. Un ouvrier adroit facilite beaucoup cette distribution des particules par la manière dont
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- il penche ou fait osciller le crible. Après chaque coup de crible, il se'pare le minerai en plusieurs lots : ordinairement, la surface est recouverte de pierres ne contenant pas de parties métalliques ; le centre est mis à part pour être concentré de nouveau, et la partie inférieure donne une certaine quantité de minerai bon à fondre. Quand le minerai que l’on crible est très pauvre, on n’obtient du minerai prêt à fondre qu’après avoir ajouté à plusieurs reprises du minerai à cribler, de manière à lui faire subir une espèce de concentration. ,
- Les cribles sont ordinairement mus à la main ; quelquefois ils sont suspendus au bout d’une perche, comme nous venons de l’indiquer pour l’égrappoir.
- 2°. Du bocardage. Lorsque les particules métalliques sont disséminées en petite quantité dans une gangue, il faut, ainsi que nous l’avons annoncé, pulvériser le minerai en poussière très fine, de manière à'pouvoir séparer par le lavage les parties métalliques de celles qui ne le sont pas. Un cassage à la main , outre qu’il serait très coûteux, remplirait fort mal le but qu’on se propose ; on exécute donc cette opération dans un appareil qui est désigné sous le nom de bocard. Il consiste, ainsi qu’on le voit dans les fig. 6 et 7 PL 48, en une auge en bois dans laquelle tombent successivement des pièces de bois verticales appelées pilons. Ces pièces de bois sont maintenues dans la position verticale au moyen de moises, entre lesquelles elles glissent ; elles sont armées à leur partie inférieure de masses de fonte ou de fer. Les pilons sont soulevés au moyen de cames placées sur un arbre horizontal, ordinairement le même que celui de la roue hydraulique motrice. Trois pilons forment ce qu’on appelle une batterie; il y a des bocards à une, à deux et à trois batteries. Les cames sont disposées sur l’arbre de manière qu’il y ait constamment le même nombre de pilons soulevés : cette disposition est importante, afin que le mouvement de la machine soit régulier.
- Le minerai à piler est ordinairement placé dans une trémie dont le mouvement dépend du bocard , de manière qu’elle en
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- verse proportionnellement à celui qui est enlevé par le courant d’eau qui arrive constamment dans le bocard. On pratique ordinairement sur le devant du bocard une grille ou un treillage métallique , par lequel sort continuellement l’eau qui tombe dans l’auge. On conçoit que la grosseur du sable dépend en partie de l’écartement des mailles : aussi cette grille est-elle •mobile, et peut-elle être remplacée à volonté par une autre dont les mailles sont plus ou moins grandes. On peut encore faire varier la grosseur des grains en augmentant ou en diminuant le volume du courant d’eau, et en changeant la levée, la vitesse ou le poids des pilons.
- Les eaux qui sortent du bocard traversent des bassins dans lesquels elles déposent la plus grande partie du sable qu’elles entraînent, ou des particules fines qu’elles tiennent en suspension. La grosseur de ce sable étant toujours assez variable en raison de la différence de dureté des matières qui les composent , les eaux le déposent à peu près par ordre dé grosseur et de pesanteur spécifique. Les parties métallifères, surtout lorsqu’elles sont très pesantes, comme les mines de plomb, se déposent dans le premier bassin.
- Outre les bocards à eau, on emploie quelquefois des bo-cards à sec ; mais ces derniers ne sont usités que pour piler le minerai qui ne doit pas être lavé : il remplacerait avec avantage le cassage à la batte, et pourrait être employé dans les mêmes circonstances que l’écrasage entre les cylindres.
- L’emploi du bocard ne se borne pas au bocardage des minerais ; il est souvent usité pour piler les crasses de fourneaux qui contiennent des grenailles métalliques. Dans presque toutes les usines à fer, il existe un bocard destiné à cet usage.
- 3°. Du lavage. Les sables produits par le bocard sont un mélange de particules métalliques et de particules terreuses, dont la pesanteur spécifique est en général assez différente. On rend encore cette différence plus sensible par l’intermédiaire de l’eau : ce liquide entraîne en outre les parties les plus légères, et opère ainsi une concentration du métal dans une moins grande quantité de sable. Pour faciliter cette action Tome XIII.
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- de l’eau, on place le minéral sur des plans légèrement inclinés , que l’on désigne sous le nom de tables. On peut, en faisant varier la quantité d’eau et l’inclinaison de la table, favoriser ce départ naturel ; on se sert en outre d’autres moyens pour accélérer ou retarder l’entraînement des molécules du sable par l’eau ; ils consistent principalement à placer des obstacles sur les tables, et à remonter continuellement au moyen d’un râble le sable vers la partie supérieure de la table , pour l’exposer de nouveau à l’action du courant d’eau, etc.
- Suivant la grosseur et la nature du sable, les méthodes de lavage varient beaucoup : nous allons indiquer succinctement les principales.
- La plus simple de toutes est celle employée pour le lavage des sables aurifères ; il se fait à la main, dans des sebiles ou des augettes ; il consiste simplement à remuer continuellement l’augette de manière à agiter le sable. Un petit filet d’eau qui arrive sur le sable en mouvement enlève les parties pierreuses qui accompagnent les paillettes d’or, dont la pesanteur spécifique est très différente. Malgré l’imperfection que présente cet instrument, les orpailleurs parviennent à extraire des sables aurifères une proportion très faible d’or, et presque sans aucune perte. On substitue quelquefois à la sebile et à l’augette , des tables recouvertes de toiles ou des tables présentant des rainures : mais ces tables sont employées principalement pour concentrer l’or dans une moins grande quantité de sable , et le lavage est terminé à la sebile.
- On conçoit que cette méthode, quoique fort dispendieuse, puisse être employée avec avantage pour le lavage de l’or ; mais il serait impossible de s’en servir pour la préparation des minerais qui ont peu de valeur , comme ceux de plomb, d’étain , etc. Dans ce cas , le lavage sur les tables est le seul en usage. La forme des tables varie avec la richesse et la grosseur du sable; on en distingue trois espèces : i°. celles désignées sous le nom de caisses allemandes ou à tombeau ; 2°. les tables dormantes ; 3°. les tables à secousses ou à percussion.
- Les caisses allemandes (fig. 8 et 9, PI. 48 ) sont rectangulaires ;
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- elles ont de 3 mètres à 3m,5o de long, et sontprofondes de om,5o ; leur inclinaison est de om,4o ; à leur partie supe'rieure , que l’on appelle tête de la table, est placée une espèce de boîte B ou compartiment, dans lequel on met le minerai à laver ; au-dessous de ce compartiment arrive le courant d’eau qui coule en nappe sur le haut de la table. Le devant de la table porte plusieurs ouvertures m.,m, par lesquelles l’eau s’écoule successivement ; à mesure que le minerai s’élève dans la table, on bouche les orifices inférieurs avec des tasseaux, pour que l’eau s’échappe par les supérieurs.
- L’ouvrier, après avoir rempli la tête de la table avec du sable à laver, en fait tomber sur la table avec un rouable, et y fait arriver l’eau ; celle-ci entraîne en partie le minerai ; mais pour qu’il n’y ait que le sable de nulle valeur et les parties fines qui soient enlevés , le laveur ramène continuellement le sable vers la tête de la table : ce mouvement a en outre l’avantage de présenter de nouvelles surfaces du sable à l’action de l’eau. Quand lé laveur juge que la partie qu’il a mise sur la table est suffisamment lavée, il en fait tomber une nouvelle ; il continue ainsi jusqu’à ce qu’il s’accumule une quantité assez considérable de sable dans la caisse, au moins les trois quarts de sa hauteur. Tout ce sable est loin d’être également lavé ; on le divise ordinairement en trois tranches horizontales : celle qui avoisine la tête est la plus pure, quelquefois elle l’est assez pour être fondue immédiatement ; le milieu a besoin d’être soumis à une seconde opération, et la tranche qui occupe le bas de la caisse est regardée comme du minerai qui sort du bocard. Outre ces trois lots de minerai, il en existe un quatrième, produit par le sable fin que les eaux déposent dans les bassins ou labyrinthes qu’elles traversent en sortant des tables.
- Les caisses allemandes ne sont employées que pour le lavage des sables un peu gros; elles donneraient des déchets trop considérables si l’on soumettait à ce travail des sables fins , à cause de la grande inclinaison des tables et de la vitesse du courant d’eau.
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- Les tables dormantes ( fig. i o et 11 ) , appele'es aussi tables jumelles, parce qu’elles sont accole'es deux à deux, sont en usage pour le lavage des sables fins, et pour le lavage des boues qui se déposent dans les labyrinthes. Elles sont longues d’environ 4 à 5 mètres , larges de o^ia à om,i8 , et incline'es à peu près de 12 à i5 centimètres. A leur partie supérieure est un. compartiment A, dans lequel on place le minerai qui doit être soumis au lavage; un canal B amène un courant d’eau qui se déverse en nappe sur le minerai, le délaie, l’entraîne et le répand sur la surface de la table. Le laveur ramène continuellement le minerai au haut de la table, pour qu’il y ait --Je moins possible de parties métalliques entraînées. L’eau qui s’échappe de la table traverse des canaux et des caisses m,n placées au bas de la table , et dans lesquelles elle dépose une grande partie du sable qu’elle entraîne. En ramenant ainsi continuellement le minerai au haut de la table, le laveur parvient en peu de temps à rendre le minerai assez net î cependant lorsqu’il est mélangé avec des substances dont la pesanteur spécifique est à peu près la même que la sienne, comme le sulfure de plomb avec la blende, par exemple , le rouable ne suffit pas pour opérer la séparation : on passe alors légèrement sur la surface un balai en jonc, qui soulève la couche de blende et la force à s’en aller en partie. Du reste, il est extrêmement difficile de la chasser entièrement.
- Le minerai que l’on obtient de ce lavage est ordinairement assez pur pour être livré immédiatement aux fonderies ; il est désigné sous le nom de schlich.
- Quand la matière soumise au lavage est à l’état de boue, comme les dépôts qui se font dans les labyrinthes, on est obligé de lui faire subir une opération préliminaire ; elle consiste à délayer cette boue ou schlamm dans le compartiment A, au moyen d’un moulinet, ou seulement en l’agitant avec un râble ; l’eau l’entraîne alors et la dépose en partie sur la table. Pour favoriser ce dépôt, et afin que les parties métalliques ne soient pas entraînées, on donne aux tables moins de pente que lorsqu’on lave des sables provenant dubocard.
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- ' Lorsque les schlamms sont très fins et fort pauvres , souvent le lavage sur les tables jumelles est difficile et dispendieux. On lui a substitué avec beaucoup d’avantage, dans quelques usines de la Saxe, l’emploi des tables à secousses : il paraît que cette méthode apporte une grande économie dans la main-d’œuvre. On peut en outre, avec leur secours, laver des sables qui étaient négligés avant à cause de leur pauvreté.
- Les tables à secousses ou à percussion sont construites à peu près comme les tables dormantes ; elles ont environ 4 mètres de long sur im,3o de large; les rebords placés sur les deux côtés longitudinaux ont om,20 de hauteur. Ces tables, ainsi que l’indique la fig. 12, sont suspendues par leurs quatre angles au moyen de chaînes d,d. , disposées de telle façon que la table présente une légère inclinaison.
- Au-dessus et un peu en arrière de la tête de la table est placé un plan triangulaire incliné B, portant des rebords sur ses côtés. Sur ce plan sont fixés de petits prismes triangulaires placés verticalement, dont le but est de présenter des obstacles à l’eau et au minerai, et de les forcer à se distribuer régulièrement sur la surface de la table. Immédiatement au-dessus de ce plan B est une trémie D, dans laquelle on met le minerai que l’on doit soumettre au lavage. Un canal R est disposé au-dessus de cette trémie, de manière à pouvoir y verser de l’eau pour délayer et entraîner le minerai sur la table ; il s’y étend en une nappe mince et uniforme ; pendant qu’il descend, la table reçoit une impulsion douce qui la porte en avant. Cette impulsion cessant, elle revient à sa première position , et éprouve en frappant contre la pièce Z une secousse violente, qui la ramène vers le haut. Ces mouvemens en sens contraires ont pour objet : i°. de séparer les particules terreuses et les particules métalliques qui pourraient être adhérentes, en leur communiquant des vitesses qui sont inégales et en raison de leurs densités différentes ; z°. de ramener vers la tète de la table les parties métalliques qui sont les plus pesantes.
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- Nous n’avons pas indiqué le mécanisme qui imprime à la table les secousses dont nous venons de parler, la fig. 12 le faisant assez connaître. On modifie, en raison de la nature du minerai que l’on doit laver, les différentes circonstances qui influent sur le lavage ; ainsi l’inclinaison de la table varie de om,o8 à om,i5. L’eau y est répandue tantôt en filets déliés, tantôt à plein tuyau , en sorte qu’il y coule jusqu’à 2 pieds cubes d’eau par minute. Le nombre des secousses varie de i5 à 36 par minute. La table s’écarte de sa position primitive tantôt de o’n,o2, tantôt de om,2o. Le gros sable exige en général moins d’eau et moins d’inclinaison dans la table que le sable fin et visqueux.
- Les minerais d’étain sont quelquefois mélangés de pyrite arsenical ( fer arsenical), dont la pesanteur spécifique est à peu près lamême que celle de l’étain ; lelavage en serait très difficile si l’on ne changeait pas la nature du minerai. Pour arriver à ce but, on le soumet à un grillage préparatoire sur la sole d’un fourneau à réverbère, opération qui volatilise l’arsenic et laisse le fer à l’état d’oxide : celui-ci étant beaucoup plus léger que le minerai d’étain, est ensuite facilement enlevé par le lavage.
- Les minerais qui proviennent des diverses opérations que nous venons d’indiquer sont mis dans des magasins particuliers; mais, pour obtenir une fonte plus uniforme, on les mélange dans les proportions qui paraissent les plus favorables à un bon fondage. Pour connaître ces proportions, il est nécessaire de déterminer la richesse des minerais par des essais. Il faut, autant que possible, soumettre à ces épreuves non-seulement chaque minerai, mais aussi tous les produits métallurgiques qu’on ajoute souvent au bain de fonte, de manière à connaître exactement la richesse du mélange. On conçoit de quelle importance il est de savoir exactement la quantité de métal qu’011 doit retirer, parce que l’on modifie le traitement et le mélange si les produits ne s’approchent pas de ceux que l’on doit obtenir. Ces essais facilitent aussi beaucoup la surveillance des ateliers, en fournissant un contrôle certain.
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- Les essais en usage dans les usines sont ceux que l’on de-signe sous le nom à’essais par la voie sèche ; ils consistent en général, lorsque les minerais sont à l’état d’oxides, à fondre le minerai dans des creusets brasqués, en ajoutant un flux : le charbon de la brasque réduit les oxides, et le flux aide la. fusion des matières étrangères, qui existent toujours en certaine quantité dans les minerais les plus purs.
- Lorsque les métaux sont à l’état de sulfures, on ajoute ordinairement une certaine quantité de fer, ce métal ayant plus d’affinité pour le soufre, que le cuivre et le plomb, se combine avec lui et met ces métaux à nu.
- Quand le minerai contient une certaine quantité d’argent, on le fond avec du plomb ou de la litharge , qui s’empare de l’argent. On coupelle alors le plomb obtenu, et l’on obtient un bouton d’argent.
- Les essais se font ordinairement, soit dans des foyers alimentés par un soufflet, et que Ton appelle forges, soit dans des fourneaux à courant d’air, dits fourneaux à vent. Les essais des différens minerais métalliques ayant été décrits avec beaucoup de détail dans les articles de ce Dictionnaire relatifs à chacun de ces métaux , nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet.
- Des agens chimiques et des combustibles. La production des métaux devant se faire avec le plus d’économie possible, on ne peut se servir dans ce genre de travaux pour agens chimiques , que de substances abondantes dans la nature, et que Ton puisse se procurer à un prix très modique : aussi leur nombre est-il très restreint. On peut les diviser en deux classes : les agens généraux, comme la- chaleur produite par la combustion , et les agens particuliers ; telles sont certaines substances employées pour opérer la décomposition de quelques minerais, ou pour faciliter la fusion de la gangue qui les accompagne. Nous allons les indiquer succinctement, nous donnerons ensuite quelques détails sur les combustibles et sur leur emploi.
- La chaleur employée pour faciliter l’action chimique, opère
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- souvent aussi des changemens dans les corps : ainsi , elle les fait passer de l’état solide à l’e'tat liquide , et de celui-ci à l’e'tat gazeux.
- Le charbon et les autres combustibles pre'sentent non-seulement le moyen de se procurer de la chaleur; mais ils fournissent e'galement du carbone et de l’hydrogène qui opèrent la réduction des oxides me'talliques. Dans certains cas aussi, la présence du charbon donne lieu à la formation de nouveaux compose's qui jouissent de propriétés particulières ; c’est ainsi que, réuni au fer, il donne naissance à l’acier.
- U air atmosphérique, indispensable pour alimenter la combustion , opère aussi l’oxidation de certains métaux. Cette propriété souvent nuisible, comme dans le travail du fer, est au contraire mise à profit pour séparer l’argent du plomb, pour aider le raffinage du cuivre, etc.
- Le soufre sert à opérer la séparation de certains métaux, par la différence d’affinité : c’est ainsi que dans le travail du plomb et du cuivre, il facilite la séparation de ces métaux, en se portant de préférence sur le fer pour former des mattes ( nom que l’on donne à des sous-sulfures produits par la voie sèche). Souvent les minerais métalliques portent avec eux le soufre , et l’on est obligé d’y ajouter des substances ferrugineuses ; mais quelquefois, au contraire , on ajoute du soufre. Cette addition ne se fait pas à l’état de pureté ; elle a lieu ordinairement par le mélange de pyrites de fer.
- Quelques métaux sont employés comme fondans ou comme dissolvans : comme fondans, pour former les alliages fusibles et les soudures; comme dissolvans , dans le traitement de l’or et de l’argent. Le plomb et le mercure sont les deux principaux que l’on emploie dans cette circonstance. Quelquefois cependant l’antimoine et le bismuth ont également servi à cet usage.
- Les oxides métalliques facilitent la vitrification des terres, et quelques-uns, comme l’oxide de fer, l’oxide de manganèse, et dans quelques cas l’oxide de plomb, sont employés dans ce but.
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- Les terres, soit seules, soit mélange'es, exercent à une haute température une action très e'nergique les unes sur les autres, ainsi que sur les oxides métalliques. On sait que, quoique infusibles séparément, le mélange de plusieurs d’entre elles devient fusible ; on met surtout cette propriété en usage pour le traitement des minerais de fer : ceux-ci étant toujours mélangés dans la nature avec une quantité plus ou moins considérable de matières terreuses, on leur ajoute un fondant tel qu’on ait un mélange fusible ; et comme le plus ordinairement le minerai de fer est associé avec de l’argile, l’addition la plus fréquente consiste dans celle de pierre à chaux.
- Enfin, les alcalis, qui entrent toujours dans une petite proportion dans les cendres des combustibles employés , facilitent la fusion des verres terreux; ils sont en outre employés pour la décomposition du sulfure d’antimoine, etc.
- Le bois, le charbon de bois, la houille , les lignites et la tourbe, sont les seuls combustibles qui soient employés dans les Arts. La nature nous en fournit bien quelques autres, comine la résine, les bitumes, etc. ; mais ces derniers n’étant pas susceptibles de pouvoir servir aux travaux qui nous occupent , nous ne les examinerons pas.
- Les combustibles sont composés d’élémens de nature essentiellement différente : les uns, volatils à une certaine température , peuvent brûler loin du foyer d’ignition ; tels sont le gaz hydrogène , le gaz oxide de carbone , les bitumes qui se dégagent, etc. : les autres, fixes, ne brûlent que dans le foyer même de l’ignition. Il suit de là que les combustibles peuvent être employés de deux manières, soit en développant de la chaleur dans le lieu même où ils se trouvent, comme lorsqu’ils sont mélangés dans le fourneau avec les matières à fondre, soit à chauffer à une certaine distancé, comme dans les fourneaux à réverbère, ou dans Réchauffement des chaudières.
- Le bois est employé pour le chauffage des chaudières d’évaporation , pour celui des fourneaux à réverbère , pour le grillage des minerais, etc. On ne peut s’en servir avec économie
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- que dans les pays où il est très bon marché ; dans les autres, il est remplacé avec avantage par la houille.
- La composition chimique des. bois présente peu de différence ; ils contiennent tous les mêmes élémens ; mais leur pesanteur spécifique étant fort variable, il en résulte que dans un espace donné ils développent une quantité de chaleur très différente. Cette différence est en rapport avec la nature des bois , que l’on divise généralement en deux classes, en les désignant par les noms de bois durs et bois tendres. Les premiers, qui comprennent le châtaignier, le chêne , le charme, le noyer, l’érable, le sycomore, l’orme et le hêtre , donnent un charbon plus dur , plus résistant que les autres ; mais ils s’enflamment moins facilement, et donnent moins de flamme que les bois tendres.
- Suivant l’âge du bois et le degré de dessiccation , la température développée par chaque bois est très variable. M. de Rumford, qui a fait beaucoup d’expériences à ce sujet, a reconnu que des copeaux de bouleau desséchés à l’air libre ont produit une chaleur capable de porter trente-quatre fois leur poids d’eau, de o° à ioo°. Les mêmes copeaux , desséchés dans une étuve, ont élevé d’un même nombre de degrés trente-neuf fois leur poids d’eau. C’est par cette raison que dans les verreries et dans les fabriques de porcelaine, on a soin de faire dessécher dans des étuves le bois destiné à chauffer les fours. M. de Rumford a également reconnu que l’on pouvait classer les bois dans l’ordre suivant, relativement à la quantité de chaleur qu’ils développent, le hêtre, le chêne , le charme, l’ormeau, le tilleul, le bouleau, l’aune, le tremble, le peuplier noir, le peuplier "d’Italie , le mélèze, le sapin et le pin.
- Le charbon de bois est employé dans les fourneaux où les substances à fondre sont en contact avec le combustible ; le bois, dans des circonstances semblables, ne produirait pas assez de chaleur , ou du moins il faudrait en mettre une proportion trop grande relativement au minerai. Les charbons de bois participent de la nature et de la qualité des bois. ;
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- ainsi les bois tendres fournissent un charbon plus le'ger et moins résistant que les bois durs, et par suite développent moins de chaleur.
- La quantité de charbon que l’on retire du bois est loin de correspondre à celle qui y existe réellement. Selon MM. Gay-Lussac et Thénard , les bois durs contiennent de 5o à 52 pour i oo de charbon, et l’on en retire rarement en grand plus de 3o pour ioo.
- Le charbon absorbe l’humidité avec facilité ; il peut se charger d’un tiers à un quart de son poids d’eau ; fait récemment , il brûle trop vite, et l’on préfère ne s’en servir que lorsqu’il a été plusieurs mois en magasin.
- La houille fournit aux Arts un combustible d’un emploi très avantageux, surtout dans le traitement des métaux, qui exige presque toujours une chaleur élevée et concentrée dans un espace circonscrit : mais toutes les houilles ne sont pas également bonnes ; leurs usages varient suivant leur pureté et suivant la quantité de bitume qu’elles renferment. On peut, d’après leur nature, les diviser en trois classes, savoir : les houilles sèches, les houilles maigres et les houilles grasses.
- Les premières sont très peu bitumineuses ; elles sont mélangées de beaucoup de matières étrangères, et fournissent par suite un mauvais combustible. Elles ne peuvent servir qu’à la cuisson de la chaux, au chauffage domestique et aux fourneaux d’évaporation.
- La houille maigre est ordinairement une houille bitumineuse, mélangée d’une certaine quantité de matières terreuses ; elle est de qualité supérieure à la précédente , et peut servir dans un très grand nombre d’usages : ainsi, elle est très bonne pour le service des verreries, des fours à faïence, des fourneaux à réverbère, etc.
- Enfin, la houille grasse, désignée aussi sous le nom de houille collante, à cause de la propriété qu’elle possède de s’agglutiner, est la meilleure de toutes : elle est susceptible d’être employée à tous les usages. Cependant, pour le travail du fer, on la transforme à l’état de charbon de houille , par
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- une opération assez analogue à celle de la carbonisation du bois. Par cette operation, elle perd toutes les parties volatiles qu’elle contenait. Le charbon qui en provient est désigné sous le nom de coke ou coak; il n’est ordinairement que la moitié de la houille employée. On préfère, pour la fabrication du coke, la houille peu bitumineuse, parce qu’elle fournit un charbon plus dense que celui préparé avec de la houille collante. La houille grasse augmente de volume par la carbonisation ; quelques variétés éprouvent peu de changement : enfin, certaines houilles maigres diminuent par cette opération.
- La carbonisation de la houille offre deux avantages : d’abord elle chasse les matières qui pourraient communiquer des défauts aux métaux avec lesquels on la mélange ; ensuite elle fournit un combustible qui produit une chaleur plus intense dans le foyer resserré d’un fourneau , et l’on peut obtenir avec lui des effets que la houille ne donnerait pas.
- La fabrication du coke exige quelques précautions ; ce sujet ayant déjà été traité dans ce Dictionnaire, nous n’entrerons dans aucun détail à cet égard.
- Le lignite, appelée aussi bois bitumineux, et la tourbe, fournissent aux Arts des combustibles fort utiles : jusqu’ici ils n’ont pu être employés pour le travail des métaux. Les premiers se trouvent intercalés dans différentes formations géologiques, ou quelquefois, comme à Aix en Provence, ils forment des dépôts considérables et d’une exploitation avantageuse. La tourbe extraite de certaines vallées marécageuses sert principalement au chauffage domestique et aux fourneaux d’évaporation. Depuis quelques années on est parvenu, en la comprimant avec de l’eau de chaux , et même en la carbonisant , à la rendre susceptible de développer plus de chaleur. Elle peut servir, dans ce cas, à la cuisson de la chaux ; nous avons vu plusieurs fours à chaux des environs de Paris alimentés avec ce combustible.
- Les différens combustibles que nous venons d’indiquer produisent des quantités de chaleur fort différentes.
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- Les expériences de Lavoisier indiquent les rapports suivans entre les différens combustibles employe's à vaporiser dans les mêmes appareils des quantités d’eau égales, c’est-à-dire à produire des effets calorifiques ou des quantités de chaleur à
- peu près égales :
- 4o3 livres de coke.......... ou 17 mesures.
- 600 — de houille.........ou 10
- 600 — de charbon de bois, ou 4°
- 108g — de bois de chêne. . . ou 33
- Des expériences faites dans des verreries ont prouvé qu’une-partie de houille équivalait à 1,70 de bois, ou à 1,66 quand le bois était très sec. Cependant on admet, en général, qu’il faut 2 parties de bois pour remplacer 1 partie de houille de bonne qualité.
- M. Rumford annonce qu’une livre de bois de sapin, par la combustion, peut faire passer de o° à ioo° 20 5 livres d’eau ; il admet que la quantité que peut échauffer de la houille au même degré , est de 36 livres
- Voici un tableau formé d’expériences laites dans des circonstances très rapprochées de celles de la pratique.
- DÉSIGNATION des combustibles. QUANTITÉ D’EAU élevée à la tempe'rature de ioo° centigrad. QUANTITÉ D’EAU bouillante convertie en vapeur.
- Af lime. . .... 57,60 lois le poids du combustible. 36,5o id. 3i,70 .............. 10,9 fois son poids. 6 ou 7 U IT 6 6,23 7,89
- Hrmilîp
- ( s/v
- Sapin
- Houille de Newcastle..
- Fr1#m
- Idem
- Le coke produit, du moins quand il ne contient que très peu de matières terreuses, autant de chaleur que le charbon de bois.
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- La tourbe produit des effets beaucoup moindres ; ainsi employée à chauffer de l’eau comparativement avec de la houille, son effet a été comme i,5o : 6,5o : g,i5.
- Des fourneaux. Les opérations métallurgiques se font dans des appareils que l’on désigne sous le nom de fourneaux• leurs formes et leurs dimensions sont très différentes, suivant les operations auxquelles ils sont destinés, et l’on trouvera, à l’article relatif à chaque métal, la description de ceux qui sont employés à son traitement ; mais ces appareils considérés par genres, ont des propriétés distinctes qu’il est utile d’exposer ici. Suivant qu’il est nécessaire que le charbon soit en contact avec le minerai, ou qu’il suffise au contraire de le chauffer avec la flamme, la forme des fourneaux employés à cet usage varie. Dans les premiers, pour entretenir la combustion , on est obligé d’y introduire l’air avec des machines ; les seconds sont, au contraire, tellement disposés, qu’ils sont alimentés par un courant d’air naturel suffisant.
- Les premiers fourneaux présentent toujours intérieurement la forme d’une espèce de puits dont l’axe est vertical. Ce vide intérieur est cependant rarement cylindrique ou carré ; il est plus habituellement formé de la réunion de plusieurs pyramides, ou de plusieurs troncs de cône dont les bases sont horizontales. Leur hauteur est très variable ; elle n’est que d’un pied ou 18 pouces dans les forges qui servent au raffinage du fer ; quelquefois , au contraire, dans la fusion des minerais au coke, ils atteignent la hauteur de 60 pieds. Ces fourneaux ont reçu des noms différens, suivant leur hauteur et leurs usages : ainsi on appelle forges ou fojers d’affi-nerie ceux qui n’ont que 18 pouces de profondeur. On donne en général le nom de fourneaux à manche aux fourneaux qui ont de 3 à t5 pieds de haut, et de hauts-fourneaux à ceux dont la hauteur surpasse cette dernière. Parmi les fourneaux à manche , on distingue encore plusieurs sous-divisions , suivant la forme des fourneaux.
- A la partie inférieure de ces fourneaux , sont ménagées des ouvertures ; l’une d’elles est destinée à la sortie des matières
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- fondues, l’autre sert à l’introduction du vent : la première s’appelle coulée, la seconde tuyère. Il peut y avoir plusieurs tuyères : souvent, dans les hauts-fourneaux destine's à la fusion des minerais , il y en a deux.
- Dans les hauts-fourneaux , les tuyères sont ordinairement horizontales ; dans les autres, on leur donne habituellement une certaine inclinaison, soit vers le haut du fourneau, soit vers le bas. Cette inclinaison est de la plus haute importance pour l’affinage du fer , et l’on a indique', à la description de cette opération, les règles à suivre dans cette circonstance.
- Toutes les matières qui entrent dans le fourneau sont mises par la partie supérieure , appelée gueulardj ainsi, il doit y avoir continuellement une marche descensionnelle. Pour que le fourneau marche bien, elle doit être uniforme : lorsqu’elle est irrégulière , il se fait assez promptement un engorgement qui dérange l’allure du fourneau, et qu’il est souvent fort difficile de détruire.
- Quand les fourneaux sont élevés, comme pour les fourneaux à manche, de 12 à i5 pieds , et surtout pour les hauts-fourneaux à fer, on conçoit que la partie supérieure , assez éloignée du point où arrive le vent, n’ait pas une température aussi grande que le bas : on favorise même cette disposition naturelle des fourneaux en leur donnant la forme de deux cônes ou de deux pyramides opposées base à base, de manière à concentrer pour ainsi dire la chaleur vers cette partie du fourneau que l’on appelle ventre. Les minerais se réduisent et se préparent à la fusion dans la partie supérieure du fourneau, tandis qu’ils fondent lorsqu’ils sont arrivés vers cette hauteur. Les métaux et les verres terreux, à mesure qu’ils entrent en fusion , se rendent dans le creuset qui forme la partie inférieure du fourneau : on lui donne ordinairement une forme prismatique. Les matières fondues s’y accumulent peu à peu, et la différence de pesanteur spécifique fait que les verres terreux désignés sous les noms de laitiers et de scories se portent à la surface du bain. Comme les laitiers sont beaucoup plus abondans que le métal, bientôt le creuset
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- ne peut plus les contenir entièrement, et l’excédant s’écoule par une ouverture pratiquée à cet effet.
- La conduite de ces espèces de fourneaux consiste à les tenir constamment pleins de combustible et de matières à fondre. Dans un fondage régulier, les proportions de combustible et de minerai sont constantes ; un fondeur expérimenté doit les faire varier suivant que la marche du fourneau l’exige : il peut aussi, dans le même but, changer la quantité et la vitesse du vent.
- La température développée dans ces fourneaux étant très •considérable ; il faut que leur intérieur soit construit avec des matériaux très réfractaires; on doit en outre les choisir tels, qu’ils soient difficilement attaqués par les matières fondues qui coulent continuellement dessus. Cette température élevée, qui tend à détériorer l’intérieur des fourneaux, produit aussi une dilatation qui exerce une action destructive puissante sur leurs parois extérieures. Pour y remédier, on donne une épaisseur considérable aux massifs extérieurs de ces -fourneaux, on les arme en fer, et l’on ménage des canaux dans l’intérieur des massifs, de manière à fournir des issues aux gaz et à l’eau qui peut exister dans la maçonnerie : on pratique aussi des canaux dans les fondations de ces fourneaux, pour empêcher l’humidité de s’introduire, humidité qui pourrait nuire beaucoup à la marche du fourneau, en le refroidissant dans certaines parties.
- La seconde classe de fourneaux , ceux dans lesquels le minerai n’est pas mélangé avec le combustible, ne sont échauffés que par l’action de la flamme et du courant rapide d’air et de fumée qui les traverse. Ces fourneaux, désignés sous le nom •de fourneaux à réverbère, sont composés de trois parties : la -chauffe, le laboratoire et la cheminée.
- La chauffe se compose d’une grille sur laquelle on place le combustible, au moyen d’une porte placée sur le devant; au-dessus est un espace vide que l’on appelle cendrier, et par lequel s’établit le courant d’air qui doit alimenter la combustion. Les dimensions de la chauffe doivent être proportion-
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- nées à celles de la cheminée et de la sole, mais cependant elles peuvent varier dans certaines proportions, et cette variation en amène une considérable dans la chaleur produite. L’écartement des barreaux de la grille dépend du combustible ; il est plus considérable quand les fourneaux sont chauffés avec le bois que lorsqu’ils le sont à la houille.
- Le laboratoire se compose de la sole, du pont et de la voûte ou réverbère.
- La sole est la surface sur laquelle on place les matières à échauffer ou à fondre. Elle doit être formée de matières réfractaires ; ordinairement elle est recouverte de sable quart— zeux ou de brasque mélangé d’argile et de charbon. Lorsque les fourneaux à réverbère sont destinés à la fusion d’un métal, on pratique à l’extrémité opposée à la chauffe un bassin dans lequel le métal fondu se réunit ; il communique à l’extérieur par un canal qu’on appelle coulée.
- Depuis quelques années, la sole des fourneaux à réverbère est souvent formée d’une plaque de fonte soutenue par de petits murs ou par des piliers également en fonte ; cette plaque est recouverte d’une couche de sable ou de scories pour la garantir de l’action qu’exerceraient sur elle les métaux fondus. C’est seulement dans le travail du fer que l’on a introduit l’emploi de ces soles en fonte.
- Le pont est un petit mur qui sépare la chauffe de la sole ; il sert à empêcher, à la fois, les matières fondues de se répandre dans la chauffe, et l’air froid de venir frapper immédiatement sur le bain métallique en fusion. Enfin, la voûte qui recouvre la sole force la flamme à la toucher continuellement ; elle lui renvoie en même temps beaucoup de chaleur rayonnante. La hauteur de la voûte au-dessus de la sole est une des choses les plus essentielles dans la construction d’un fourneau à réverbère ; c’est d’elle que dépend l’intensité de la chaleur, qui est d’autant plus considérable que la voûte est plus surbaissée. Il faut qu’elle soit construite en briques très réfractaires.
- Les différens points de la sole sont inégalement chauffés.
- Tome XIII.
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- Le maximum de chaleur est près du pont de la chauffe ; aussi on a soin de placer près de ce point les substances qui offrent de la difficulté à fondre.
- Une ou plusieurs portes sont destinées à la manœuvre de ces fourneaux.
- La cheminée sert à exciter le tirage , et remplace par conséquent les machines soufflantes qui sont adaptées aux fourneaux de la première classe. On conçoit que le tirage est d’autant plus fort que la cheminée est plus élevée. Les dimensions des cheminées doivent être dans un certain rapport avec la chauffe et le laboratoire du fourneau.
- La construction des fourneaux à réverbère exige beaucoup moins de précautions que celle des hauts-fourneaux; mais on a toujours soin d’y pratiquer des voûtes qui les garantissent de l’humidité, et on les arme fortement en fer pour s’opposer à l’action de la dilatation.
- On peut obtenir, dans les fourneaux à réverbère, une température de i5o à i6o° du pyromètre de Wedgvood, chaleur à laquelle le fer doux commence à entrer en fusion. Elle est ordinairement beaucoup moindre, ^
- L’air qui traverse les fourneaux à réverbère n’est jamais complètement dépouillé de son oxigène, et il résulte nécessairement de cette circonstance, l’obligation d’y faire entrer une quantité d’air plus considérable (le double où le triple) que s’il était entièrement absorbé par la combustion. Une conséquence importante de ce résultat est que l’air qui traverse le laboratoire du fourneau est encore chargé d’une assez grande quantité d’oxi-gène, et que par suite il produit presque toujours une oxida-tion ; aussi l’emploi des fourneaux à réverbère est-il plus favorable quand on veut séparer des métaux par l’oxidation que lorsqu’on veut décomposer des oxides. Cependant on s’en sert avec avantage dans les usines à plomb pour la revivification de la litharge.
- La nécessité d’établir un fort courant d’air dans les fourneaux à réverbère entraîne celle de maintenir une température très élevée dans leur cheminée : il suit de là qu’il se fait
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- une grande déperdition de chaleur dans ce genre de fourneau. Pour y remédier, on a cherché à faire passer ce courant d’air et de fumée échauffée dans d’autres fourneaux ; presque toujours ces dispositions nuisent au tirage du fourneau, elles ont été abandonnées, excepté lorsqu’il s’agit du chauffage des métaux et du grillage des minerais.
- Procédés généraux employés en Métallurgie. Les minerais métalliques, ou les produits de fonderies, qui forment les matières premières que l’on soumet aux opérations métallurgiques , présentent ordinairement le métal que l’on veut obtenir, à l’état de combinaison avec certaines substances : il s’ensuit que la Métallurgie se propose toujours une espèce d’analyse, dont le but est l’isolement d’une ou plusieurs substances. Pour y arriver, on emploie deux méthodes principales.
- i°. On cherche à combiner entre elles, ou avec un autre corps , les substances qui sont alliées avec les métaux ; on décompose ainsi en deux parties la matière que l’on traite. Dans l’une est le métal , qui est à peu près à l’état de pureté ; dans l’autre, la combinaison nouvelle que l’on a produite. C’est ce procédé que l’on suit quand on traite le sulfure de plomb (galène) par le fer. Ce dernier métal ayant plus d’affinité pour le soufre que le plomb, il se forme une combinaison de fer et de soufre appelée matte, qui est fusible, et le plomb est mis à nu. C’est encore ce procédé qui est employé pour la séparation du plomb et de l’argent. On expose le plomb argentifère à l’action d’un courant d’air qui oxide le plomb sans altérer l’argent, qui reste pur. L’oxide de plomb coule à l’état de litharge.
- 2°. La seconde méthode générale consiste , au contraire , à former avec le métal que l’on veut obtenir une combinaison nouvelle, facile à séparer des autres substances, qui pourra ensuite se décomposer. Le traitement des matières argentifères par le plomb ou par le mercure, nous offre des exemples de cette méthode. Ainsi, dans le premier cas on obtient un plomb riche en argent, et dans le second un amalgame d’argent ; le problème se réduit alors à décomposer ces nouvelles combinaisons.
- ai. .
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- L’imperfection du petit nombre d’agens que l’on a à sa disposition, et les masses conside'rables sur lesquelles on agit, sont cause qu’on parvient bien rarement du premier coup à l’isolement que l’on s’est propose'. Il faut souvent répéter les opérations à plusieurs reprises, et même les alterner, pour arriver à la concentration du métal dans une moins grande quantité de matières étrangères. C’est ainsi que, dans le traitement de la plupart des sulfures, on est obligé de faire des grillages et des fontes successives. Par les premières de ces opérations, on chasse une certaine quantité de soufre ; dans les secondes, on sépare le métal qui a été mis à nu par le grillage. Cet ensemble d’opérations constitue ce qu’on appelle un procédé.
- Les deux méthodes générales que nous venons d’indiquer offrent trois genres d’opérations très distinctes, que nous allons examiner avec quelques détails, parce qu’elles forment toute la base de la Métallurgie.
- La première est le grillage des minerais ;
- La seconde est Yoxidation des métaux ;
- La troisième, la Jiision des métaux.
- Du grillage des minerais. Cette opération est une espèce de préparation que l’on fait subir aux minerais pour les disposer à la fusion ; elle s’exécute sur les minerais avant d’avoir été mêlés avec les agens, que l’on introduit ensuite, et sur lesquels sont en partie fondés les procédés que l’on emploie. Cette opération produit des effets très différens : i°. elle détruit ordinairement l’adhérence des molécules ; 2°. elle volatilise les substances qui sont susceptibles de l’être, comme l’eau, l’acide carbonique , une partie du soufre, et l’arsenic , etc., que certains minerais métalliques contiennent; 3°. enfin , elle produit quelquefois un changement dans la nature du minerai, en oxidant certains métaux. Les deux premiers grillages peuvent s’exécuter dans des vases clos sans le contact immédiat de l’air atmosphérique ; pour le troisième , au contraire , son action est la base de l’opération. Les premiers sont faciles à exécuter, et peuvent atteindre facilement leur but en une seule opération ; mais il n’en est pas
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- de même quand on veut opérer une oxidation ; il faut que le corps présente toutes ses surfaces à l’action de l’air, et ce n’est qu’en répétant les opérations qu’on peut atteindre ce but important. Souvent aussi, par un grillage prolongé , la masse pourrait se fondre en partie, ce qu’il faut éviter avec soin, parce que cette fusion diminue l’étendue de la surface. Pour empêcher cet accident, on fait des grillages successifs.
- Le grillage, suivant la nature des minerais, s’exécute à l’air libre , entre des aires murées, ou dans des fourneaux.
- Le grillage à l’air libre est employé pour les minerais de fër et pour ceux qui sont pyriteux ou bitumineux. Il consiste à étendre sur une aire plane, dressée d’avance et souvent recouverte d’ùne-couche d’argile battue, un lit de bois ou de fagots. On emplit les inégalités que présentent le bois et les fagots , soit avec du charbon de bois, de la houille ou de la tourbe. Le minerai concassé est mis en tas sur ce lit de combustible. Quelquefois, pour que le grillage soit plus uniforme, on fait des couches successives de minerai et de combustible. Les tas de grillage, qui ont ordinairement une forme de cône tronquée, comme onlevoitfig. i3 et‘i4, sont recouverts d’une couche de terre ou de gazon, pour empêcher que la combustion ne soit trop vive dans l’inférieur de la masse, et qu’il ne s’établisse quelque courant qui nuirait beaucoup à la réussite de l’opération, en la rendant fort inégale. Le feu est mis à la partie inférieure et se communique de proche en proche : lorsque les tas sont grands, on pratique souvent des cheminées dans l’intérieur du tas, de manière à faciliter l’embrasement de toute la masse. La conduite du grillage consiste à tâcher que le feu soit uniforme ; pour y parvenir, il suffit de donner passage à l’air dans les parties qui paraissent ne pas brûler, et d’étouffer au contraire, au moyen de terre ou de fraisil, le feu dans les parties où il est trop vif.
- La dimension des tas de grillage est fort variable. Pour les minerais de fer, ils n’ont pour ainsi dire pas de limites, et souvent on les allonge d’un côté à mesure qu’on les détruit de l’autre. Pour les minerais pyriteux , c’est-à-dire ceux qui con-
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- tiennent du soufre, leurs dimensions dépendent de leur composition , attendu que la combustion est alimente'e par l’excès de soufre qu’ils contiennent. Dans ces grillages, qui durent quelquefois six mois, les tas sont compose's de plusieurs milliers de quintaux me'triques.
- Cette espèce de grillage est fort e'conomique pour les minerais pyriteux ; on peut même en retirer une certaine quantité de soufre. Pour cela, on recouvre d’argile toutes les surfaces du tas de grillage, en ayant soin d’en mettre davantage sur les faces latérales ; on fait ensuite des trous hémisphériques dans la surface supérieure, ils servent de récipient au soufre qui suinte de tous côtés. De temps en temps, on puise le soufre avec une cuillère et on le met dans l’eau froide.
- Grillage entre des aires murées. La difficulté de la conduite du feu dans le grillage en tas a donné l’idée de l’entourer de petits murs qui puissent le défendre des courans d’air et occa-sioner une inégalité nuisible dans l’action du feu. On met des murs sur trois ou sur quatre côtés du grillage : dans ce dernier cas , on pratique une porte sur l’un de ces côtés. Ces murs ont de 2 à 3 pieds de hauteur. On accole ordinairement plusieurs fourneaux de manière qu’un mur soit commun à deux grillages : on les recouvre souvent par un hangtrd, pour les mettre à l’abri de la pluie.
- Grillage dans des fourneaux. Suivant la nature du minerai, les fourneaux employés au grillage sont très variables : ceux dont on se sert pour les minerais de fer ont le plus habituellement la forme des fours à chaux ; ce sont des cônes tronqués ou des pyramides tronquées renversées. Us sont également comme les fours à chaux, à cuisson périodique ou à cuisson continue. Le combustible est ordinairement stratifié avec le minerai.
- AuCreusot, on se sert avec beaucoup d’avantage d’un fourneau chauffé par des alandiers extérieurs, comme dans les fours à porcelaine. Dans ces genres de fourneau, la flamme traverse tout le minerai t la cuisson est continue.
- On a essayé à plusieurs reprises d’employer les deux genres de fourneaux que nous venons d’indiquer, pour le grillage des
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- minerais pyriteux , mais on n’a jamais entièrement réussi : les morceaux s’agglutinaient dans certaines parties du fourneau, et l’opération s’arrêtait tout-à-fait, ou languissait beaucoup, l’air ne pouvant plus pénétrer également dans tout le fourneau. Il s’ensuit que, pour les minerais très sulfureux , lorsqu’ils sont en fragmens, le grillage en tas paraît le plus avantageux , et surtout le plus économique. On se sert des fourneaux à réverbère lorsque l’on grille des minerais en poudre ou schlicks. L’emploi de ces fourneaux offre de grands avantages par la facilité que l’on a d’exposer toutes les surfaces du minerai à l’air, en le remuant sur la sole du fourneau. On peut à chaque instant hâter ou diminuer l’action du courant d’air, et par conséquent accélérer le grillage. Cette méthode de grillage est la plus commode et la meilleure ; mais elle deviendrait fort coûteuse pour certains minerais , à cause du grand nombre de fourneaux qu’elle exigerait, et de la main-d’œuvre, qui serait fort considérable.
- Elle est employé principalement pour les minerais de plomb, pour certains minerais de cuivre , pour le grillage de la blende, et ensuite pour les minerais qui contiennent quelques substances volatiles et qu’on désire recueillir, comme l’arsenic. Dans ce dernier cas, les fourneaux de grillage présentent des dispositions particulières : ordinairement, les fumées, avant de s’échapper du fourneau, passent à travers une ou plusieurs chambres de condensation et y déposent l’oxide d’arsenic, etc.
- La conduite du grillage au fourneau à réverbère, sans être difficile , demande cependant beaucoup de soin et d’habitude de la part de l’ouvrier : il doit presque constamment remuer le minerai, d’abord pour renouveler les surfaces, et ensuite pour empêcher la fusion. Il doit en outre savoir modérer le feu, rapprocher ou éloigner le minerai de la chauffe, suivant qu’il est plus ou moins grillé. On s’aperçoit que le grillage est terminé quand il ne se dégage plus de vapeurs de la surface du minerai.
- Oxidation des métaux. Cette opération est une des plus importantes de la Métallurgie ; sur elle est fondée la sépara-
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- tion de beaucoup de me'taux, et Ton peut dire que Y affinage ou le raffinage des métaux est presque toujours le résultat de la différence de l’affinité des métaux, pour l’oxigène. Pour faire voir son importance , nous citerons quelques exemples.
- Dans l’affinage de la fonte, pour en obtenir le fer doux , ou cherche à brûler le carbone qui se trouve combiné au fer. Pour effectuer cette oxidation, on dirige un fort courant d’air sur le bain de fonte ; courant d’air qui, dans l’affinage à l’anglaise , est déterminé par le tirage de la cheminée, et, dans les forges ordinaires, est le résultat de l’action des soufflets. Quelquefois l’oxidation est produite en partie par le mélange de substances qui fournissent l’oxigène ; ainsi, dans l’affinage du fer, on ajoute souvent des battitures qui fournissent de l’oxigène et offrent en outre l’avantage d’augmenter le produit en fer. Cette réaction des substances oxigénées sur celles qui contiennent du carbone en excès a continuellement lieu, même sans qu’on fasse d’addition ; ainsi, en même temps qu’une partie du carbone contenue dans la fonte se brûle, une certaine quantité de fer s’oxide et réagit continuellement sur le carbone.
- L’affinage du cuivre noir est basé sur ce principe. Après l’avoir mis en lingots, on le soumet, soit dans un fourneau à réverbère, comme en Angleterre, soit dans de petits foyers, comme en Saxe , à l’action d’une forte chaleur et d’un courant d’air rapide, de manière à oxider les métaux étrangers ; on finit par fondre toute la matière. Quelquefois on ajoute une petite quantité de plomb, pour enlever tous ces oxides à l’état de scories.
- La séparation de l’argent et du plomb, celle du cuivre et de l’étain, dans l’affinage du bronze ou du métal de cloches, sont encore le résultat de l’oxidation d’un des métaux.
- Ce moyen est au reste un des plus simples et des meilleurs, quand toutefois on ne craint pas de volatiliser une trop grande partie d’un des métaux.
- De la fusion. On n’entend pas par ce mot, en Métallurgie, la seule action de fondre un métal, et de le séparer, par sa
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- pesanteur spécifique, des substances qui pourraient le souiller. Rarement la nature nous présente les métaux dans cet état, et rarement aussi ils sont purs dans les produits des Arts. Ils sont souvent combinés avec l’oxigène, et souvent aussi le résultat des opérations métallurgiques est de les amener à cet état de combinaison , pour ensuite pouvoir les réduire facilement. La fusion, telle qu’on l’entend en Métallurgie, a donc ordinairement pour but de décomposer les oxides et de fondre ensuite le métal : c’est donc ici une véritable opération chimique. Suivant la nature des minerais et des substances qui les accompagnent, cette opération exige une température plus ou moins élevée ; ainsi la réduction des oxides de plomb doit s’effectuer à une faible température , comparativement à celle qu’exige la réduction des oxides de fer. L’action de la chaleür doit être aussi plus ou moins prolongée, ce qui influe sur la forme des fourneaux que l’on adopte pour la réduction.
- Dans les fourneaux alimentés par des soufflets, le métal, à mesure qu’il se réduit et se fond, coule à travers tout le fourneau qu’il est obligé de traverser. Dans ce mouvement, il est continuellement exposé à l’action oxidante de l’air. Les terres qui accompagnent presque toujours les minerais forment des verres terreux ou laitiers qui s’opposent en partie à cette oxida-tion, en enveloppant les globules métalliques à mesure qu’ils coulent à travers la masse. Une condition indispensable d’un bon travail est donc que les laitiers aient la fusibilité nécessaire : des laitiers visqueux ne couleraient pas assez vite ; des laitiers trop liquides, au contraire, n’adhéreraient pas suffisamment aux globules métalliques , et les laisseraient exposés à l’action du vent; de plus, les verres terreux très liquides sont souvent corrosifs et attaquent les parois des fourneaux .
- Les différentes opérations que nous venons de parcourir successivement forment la base de tous les traitemens métallurgiques. Sans doute, il nous reste encore beaucoup de choses à décrire pour faire connaître à fond cet art important; mais comme elles trouvent naturellement leur place à la description
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- 33o MÉTÉOROLOGIE.
- des diffe'rens me'taux , nous nous contentons de donner ici ces
- principes généraux. D.
- MÉTEIL (Agriculture). Mélange de froment et de seigle, qu’on sème, cultive et récolte ensemble. On blâme justement cette culture, parce que le seigle mûrissant plus tôt que le blé, les grains se détachent et se perdent lorsqu’on fait la moisson. On objecte que, si la saison n’est favorable qu’à l’une de ces graminées, on aura un produit abondant de l’une des espèces là où l’on n’aurait rien obtenu en semant l’autre ; mais il est clair qu’on ferait mieux de cultiver chaque moitié du champ en une seule céréale, puisqu’on ne serait pas obligé de sacrifier ainsi l’une à l’autre pour attendre la maturité de la moisson, comme on est forcé de le faire quand on les mêle ensemble. D’ailleurs , les proportions qu’on juge à propos d’établir entre les graines des deux espèces ne peuvent se conserver, parce que la saison qui favorise l’une nuit à l’autre ; et si l’on sème le méteil récolté , l’une des deux semences sera mieux nourrie et plus abondante que l’autre. La qualité du sol est aussi une condition pour que la disproportion s’établisse , car le blé aime une terre substantielle , et la terre légère convient mieux au seigle. Au reste, la culture du méteil devient de plus en plus rare, et sera bientôt abandonnée.
- Fr.
- MÉTÉOROLOGIE. Partie de la Physique qui a pour objet de rechercher les causes des phénomènes atmosphériques , et de s’efforcer de les prévoir. Ces phénomènes sont nombreux et variés ; ils ont leur origine dans les influences diverses de la vapeur d’eau , du calorique , de la pression de l’air, de l’électricité et de la lumière. La connaissance des principes de ces circonstances physiques est donc indispensable pour expliquer les météores, et nous devons supposer ici que ces principes , développés en plusieurs endroits de ce Dictionnaire, sont présens à l’esprit de nos lecteurs ; car sans cela, l’intelligence du sujet que nous traitons ne pourrait être suffisamment acquise. Au reste nous renverrons, selon le besoin, aux articles où ces principes sont exposés, et l’on pourra y re~
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- courir lorsqu’on ne trouvera pas nos explications assez étendues ; c’est le seul moyen d’abréger la rédaction d’une théorie qui, jusqu’à un certain point, peut être regardée comme plus savante qu’utile aux Arts dont nous exposons les procédés.
- Des vents. Le vent est causé par le transport spontané d’une masse d’air d’un lieu dans un autre ; deux causes principales le produisent, savoir, la chaleur et la pression. Chacun peut observer qu’en certains lieux abrités , le courant d’air prend une direction différente de celle du vent régnant : les obstacles qui en dévient le cours par réflexion sont rarement la cause de cet effet; mais une température passagèrement plus élevée d’un côté que d’un autre suffit pour déterminer une affluence vers le côté le plus échauffé. Le soleil donne-t-il sur les murailles et les pavés d’une cour, ou sur une côte rapide, sablonneuse et dénudée , l’air qui s’y trouve s’échauffe , quoiqu’il conduise mal le calorique , parce qu’au contact il enlève la chaleur , se dilate , devient plus léger, s’élève et fait place à d’autre air qui s’échauffe et s’élève à son tour. Un torrent d’air s’élève donc sans cesse , qui appelle à sa place l’air froid du voisinage , et un courant plus ou moins violent s’établit, et dure autant que sa cause. Ce que nous observons dans des espaces limités, se produit en grand dans la nature. Le soleil échauffe les plages d’Afrique durant le jour, et le vent de mer vient affluer sur les rivages ; la nuit, ce mouvement dure encore quelque temps, parce que le sol conserve une grande partie de la chaleur dont l’astre l’a imprégné. Telle est la cause des moussons, des vents étésiens d’Égypte, et d’autres vents qui dominent régulièrement en certains lieux et certaines saisons.
- Le soleil qui échauffe les régions de la zone torride, où il lance ses rayons à pic, forme de même un courant d’air ascendant qui appelle en ces contrées l’air froid des pôles ; des courans de vents inférieurs venant du pôle boréal d’une part, et du pôle austral de l’autre, doivent donc avoir lieu, tandis que des courans contraires ont lieu dans les régions élevées.
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- Mais la terre tourne sur son axe d’occident vers l’orient, et l’atmosphère qui recouvre ce globe, par son contact avee la terre, participe à ce mouvement ge'ne'ral ; et comme les mo-le'cules d’air, à mesure qu’elles approchent de l’e'quateur, doivent de'crire de plus grands cercles et par conse'quent prendre plus de vitesse, qu’en outre elles s’élèvent avant d’avoir acquis la vitesse du sol, jamais l’atmosphère n’est pousse'e avec une aussi grande vitesse que la terre. Les arbres, les maisons, les voiles des navires , les montagnes, tournent donc plus vite que l’air et le frappent de l’ouest à l’est avec leur excès de vitesse. Ainsi l’effet est le même que si, la terre étant immobile’, le vent soufflait de l’est. On conçoit donc pourquoi le vent d’est règne constamment sous la ligne, le vent du nord-est dans la partie boréale du tropique , celui de sud-est dans la-partie australe. Tels sont les vents alises.
- Hors des tropiques , ce mouvement général de l’atmosphère des pôles vers l’équateur dans les basses régions, et au contraire de l’équateur aux pôles dans les régions supérieures, sera modifié par une foule de circonstances locales. Telles sont la présence des chaînes de montagnes et des neiges qui les recouvrent, celle du soleil en certains lieux , lorsque les nuages n’en arrêtent pas les rayons,- la nature du sol et de sa forme unie ou montueuse ; la présence des mers et des lacs ; d’abondantes pluies , qui causent un refroidissement ou un vide local, etc. C’est ici le lieu de parler des effets de la-pression atmosphérique.
- Cette pression , qui est manifestée par les variations de la colonne de mercure dans le baromètre, ne peut changer en un lieu, sans que l’air des régions voisines ne se trouve ébranlé. Les légères variations diurnes et périodiques du Baromètre ( V. ce mot ) doivent donc produire de petits chan-gemens dans la direction des vents , et se combiner avec ceux qui sont dus à la présence du soleil sur l’horizon durant le jour. Mais sous l’équateur, la colonne est presque constante, tandis qu’ici elle varie sans cesse ; voilà donc une cause perpétuellement active qui doit pousser l’air çà et là , selon les
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- diversités de pressions locales. Enfin, ces mouvemens brusques du mercure , que nous voyons si souvent dans nos contrées , doivent agir bien puissamment sur 1’atmosplière ; car les lieux où, en même temps, ces mouvemens ne se sont pas fait sentir, parce que les causes accidentelles qui les ont produits n’y ont pas exercé leur action, sont recouverts d’un air plus ou moins dense , qui doit, pour rétablir l’équilibre de piession, affluer vers les lieux où cette pression est moindre, ou recevoir celui qu’y apporte avec lui son excès de densité. La grande mobilité de l’atmosphère doit rendre cet effet sensible à de très grandes distances ; de là ces vents généraux, même ceux de tempête, qu’on remarque en Europe lorsque le baromètre a baissé subitement; et comme ces variations de pression sont étrangères à celles de la température, et se combinent avec elles dans leurs effets , on prévoit que le cours des vents sera d’une extrême irrégularité en certaines contrées, et qu’on ne pourra ni en présager la direction future, ni en expliquer la direction actuelle , la constance ouïes variations.
- Brouillards. Rappelons ici en peu de mots la théorie de la formation de la Vapeur d’eau. L’espace est susceptible de contenir une certaine dose de vapeur à une température donnée , quantité qui est constante , quelle que soit la pression , mais qui croît quand la température s’élève. Si le baromètre monte , la quantité possible de vapeur reste la même, seulement son développement est ralenti; il est presque instantané dans le vide. La vapeur n’est point dissoute dans l’air; elle ne s’y combine pas, elle y est seulement répandue. Quand l’espace est saturé d’eau, c’est-à-dire quand il contient toute la quantité de vapeur qui est propre à son étendue sous la température actuelle, il ne peut plus se former de nouvelle vapeur , à moins que la température ne s’élève ; si celle-ci baisse, au contraire , une portion de l’eau ne peut plus rester à l’état de vapeur et redevient liquide , pour qu’il ne reste que la quantité de vapeur propre à la température et à l’étendue de l’espace. Tous les passages de l’état liquide
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- à celui de vapeur exigent que l’eau absorbe du calorique, qu’elle restitue au contraire quand elle redevient eau. On l’e'value à 55o degrés centigrades, c’est-à-dire qu’il faut dépenser autant de combustible pour faire passer une masse d’eau à i oo°, de l’état liquide à celui de vapeur, que pour élever de i° une masse d’eau 55o fois plus pesante. Cette quantité de calorique est la même à toute température où se forme la vapeur ; ainsi l’eau qui s’y résout lentement à l’air libre , absorbe tout autant de calorique pour ce passage que si elle était bouillante, ou même glacée ; seulement il faut ajouter aux 55o" ce qui s’en manque pour que le liquide soit à ioo°. Il faut65o°, par exemple, à la glace fondue pour se réduire en vapeur.
- La vapeur d’eau ne pèse que les | d’un pareil volume d’air; elle est transparente comme l’air sec, et cette transparence n’est troublée que lorsque la vapeur redevenant liquide, se montre sous forme de petits globules qui font dévier la lumière ou l’absorbent. On a présumé que ces globules sont de petites splières creuses, qu’on a nommées globules vésiculaires, parce que c’est le seul moyen d’expliquer comment l’eau étant plus pesante que l’air, peut y flotter suspendue, ou même s’élever. La vapeur invisible monte toujours, parce qu’elle est plus légère que l’air, sous la même température ; mais l’eau à l’état de vésicule monte ou descend, selon que les globules sont plus ou moins pesans que l’air.
- L’eau, pour se réduire en vapeur, doit occuper un espace 1800 fois plus considérable : elle s’évapore donc sans cesse, puisque s’élevant par sa légèreté spécifique dans l’espace indéfini , la saturation ne peut presque jamais s’établir, toutes choses égales d’ailleurs. Les courans d’air emportent aussi la vapeur à mesure qu’elle se forme, et renouvellent ainsi l’espace , ce qui est un obstacle perpétuel à la saturation. L’IIv-gromètre est rarement à ioo°, terme qui indique ce dernier état de l’air. ( V. ce mot, où la théorie des vapeurs a reçu tous les développemens qui sont nécessaires pour faire comprendre comment l’hygromètre est susceptible d’indiquer si l’espace est
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- saturé, et quelle est la quantité pondérable de vapeurs qu’il contient. )
- Comme les rivières, les lacs, les mers, etc., sont des sources indéfinies de vapeurs , on doit se représenter l’atmosphère comme charriant sans cesse de l’eau invisible, en quantité variable selon les localités , l’état hygrométrique et la température. Plus l’air est échauffé, et plus il devient capable de contenir de l’eau vaporisée ( V. Évaporation ) ; ainsi, par le temps le plus serein , en été, et surtout dans les contrées tropicales , l’air, quoique paraissant sec parce que sa transparence est parfaite , contient une grande quantité d’eau, supérieure de beaucoup à celle qu’on éprouve en hiver, même lorsqu’il pleut. Mais le refroidissement de l’air chaud peut à l’instant manifester la présence de la vapeur aqueuse : les bouteilles qu’on monte de la cave en été se couvrent de gouttelettes qui ne tardent guère à ruisseler; les vitres de nos appartemens sont ternies en hiver par un nuage qui va même jusqu’à se glacer en forme d’herborisations , lorsque l’air extérieur est très froid ; la vapeur qui s’exhale de nos poumons , celle qui s’échappe par les soupiraux des caves et ceux des égouts , en se mêlant à l’air froid qui la saisit, prend l’apparence d’une fumée épaisse ; l’eau en ébullition dégage des torrens de vapeur nuageuse , effet produit par le refroidissement que son expansion lui fait éprouver ; cette vapeur, un peu plus élevée dans l’espace , disparaît si l’air est chaud ; elle se résout en eau si le froid la saisit. ( V. Ébullition , Distillation. )
- 11 est facile , d’après cette exposition , de concevoir la formation des brouillards. Lorsque l’air surchargé de vapeurs est arrivé au point de saturation, soit par son refroidissement, soit par son mélange avec un courant d’air saturé, soit, etc., la vapeur vésiculaire se forme et reste suspendue , ou s’abat en gouttelettes. Ces brouillards, poussés par les vents , s’avancent dans l’espace, occupent divers lieux, montent sur les coteaux, descendent dans les vallons , se dissipent là où l’air est plus chaud ou plus sec, se résolvent en pluie là où l’espace est déjà saturé d’humidité. La cause de la formation des brouillards
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- est une conséquence si facile à tirer des principes déjà exposés, qu’il serait inutile de s’étendre davantage sur ce sujet. On voit combien l’étendue des eaux voisines, celle des forêts, les cou-rans d’air, la température, l’action des sables échauffés, et mille autres causes, peuvent influer sur la production de ce phénomène.
- Nuages. Il sera bien aisé d’expliquer la formation des nuages , en considérant que la vapeur d’eau est plus légère que l’air et doit s’élever dans l’espace ; mais qu’à mesure qu’elle monte, elle se refroidit, si aucune cause accidentelle n’agit sur elle , non-seulement par l’effet de son expansion , mais encore parce que les hautes régions atmosphériques sont plus froides. M. De Bumboldt, après une discussion approfondie de la question, a évalué à igi mètres l’élévation verticale qui répond à i degré centigrade d’abaissement dans la température ; M. Gay-Lussac a trouvé 187,4 mètres seulement par ses expériences aérostatiques. Ainsi l’eau naturellement répandue à la surface de la terre est continuellement évaporée et charriée par les vents, et lorsqu’elle s’est élevée à une certaine hauteur , elle reprend la forme liquide sous l’apparence de vésicules , qui troublent la transparence de l’air; ces amas forment les nuages ; ce sont des brouillards élevés , qui montent et descendent , au gré des vents et de la température ; qui se résolvent en pluie ou s’évanouissent, selon que le froid les précipite, ou que la chaleur des rayons solaires les évapore, ou que l’espace où ils arrivent est plus desséché. Les mélanges des divers courans d’air humide sont aussi des causes fréquentes de nuages, ainsi que nous allons l’exposer en traitant de la pluie.
- La hauteur des nuages est très variable : ceux qui nous viennent par les vents d’ouest, en hiver, ne sont guère qu’à 12 ou 14 cents mètres d’élévation ; mais en été , ils se tiennent beaucoup plus haut, et même on en trouve jusqu’à 7600 mètres de hauteur. Les nuages se tiennent ordinairement entre 6 et 12 cents toises d’élévation.
- Pluie. Ce phénomène est rarement dû au seul état de saturation où se trouve l’air, eu égard à sa température et à la
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- quantité d’eau qu’il contient : cependant il paraît que sous l’influence du fluide électrique, et des ébranlemens causés dans l’air par les fulgurations, cette saturation suffit pour amener des pluies subites et extrêmement abondantes. On 11e connaît pas encore assez les actions que l’électricité exerce dans la production de ce phénomène pour en donner une explication satisfaisante : on sait seulement que le fait est certain.
- Mais dans toute autre circonstance, la pluie n’est pas l’unique effet de la saturation de l’espace, parce que cette circonstance ne peut produire qu’une précipitation lente de l’eau vésiculaire, c’est-à-dire un simple brouillard, un nuage bas, ou au plus une petite pluie peu abondante. La véritable cause de la pluie est dans le concours des vents différens, qui amènent des airs saturés d’eau à des températures éloignées ; aussi pleut-il rarement lorsqu’il n’existe qu’un vent de direction déterminée ; il faut ordinairement, pour que la pluie tombe, que des vents amènent de diverses régions des espaces saturés d’eau ; et ces courans d’air se remarquent surtout dans les hautes régions atmosphériques, au cours que suivent les nuages. Le refroidissement causé par le mélange d’un air froid et d’un air chaud humides amène une précipitation d’eau plus ou moins abondante. Voici comment cet effet s’explique.
- La tension de la vapeur d’eau dans l’air saturé est bien éloignée d’être proportionnelle à la température ; c’est ce qu’on voit au mot Force , T. X, page 3o5. Lorsque la vapeur passe de o à io°, à 20° et à 3o°, la force élastique croît successivement de 4,4*6? 7,83g et 13,329. Ainsi, des airs à peu près saturés d’eau à ces températures deviennent sursaturés par leur mélange. Par exemple , on a vu au mot Évaporation, page 35o , T. VIII, qu’un mètre cube d’air aux températures de o° et 3o°, contient 5,4oet 29,53 grammes d’eau lorsqu’il est saturé. Le mélange contient donc 34,93 grammes, ce qui fait pour chaque mètre cube 17,47 grammes d’eau : mais la température moyenne est i5°, et alors le mètre cube saturé ne peut contenir que i3,o3 grammes ; donc chaque mètre cube doit abandonner 4,44 grammes d’eau liquide. Un Tome XIII.
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- litre d’eau est abandonne' par 225 mètres cubes d’air, et le renouvellement perpe'tuel de ces airs sature's accumule et reproduit sans cesse les quantite's d’eau pluviale. Dans la saison chaude , l’effet a d’autant plus d’intensite' que l’espace se trouve à cette température chargé d’une proportion d’eau très considérable.
- Supposez en même temps quelque cause propre à faire descendre les nuages supérieurs, ou à reproduire le mélange des airs saturés, ou à laisser agglomérer les vésicules aqueuses, ou, etc., et vous concevrez que l’eau du ciel doit tomber plus ou moins long-temps, et avec une abondance variée. Telle est la cause quelquefois redoutable , mais bien plus souvent utile, qui reporte à la surface des champs les eaux évaporées des mers. Tel est l’admirable jeu des effets naturels, que les vapeurs émanées de tous- les points du globe s’élèvent, sont poussées par les vents, vont se refroidir et se condenser dans les hautes plaines de l’air, et se résolvent en eau sur les montagnes où elles alimentent les sources des fleuves, ou bien recouvrent la terre de glace et de neige, qui plus tard prendront part à l’écoulement des eaux.
- La quantité de pluie varie avec les saisons, les localités et d’autres circonstances. ( V. l’article Pluie , où nous indiquerons la manière de mesurer la quantité des eaux tombées du ciel, leur nature, et quelques autres faits relatifs à ce sujet. ) Les localités décident de la direction des vents qui amènent la pluie. Ici les vents du nord sont secs et froids , ainsi que ceux de l’est ; les vents du sud sont chauds , ceux de l’ouest très humides ; le nord-ouest produit la neige , la pluie froide ; le sud-ouest, les tempêtes, etc.
- Neige. Lorsque l’eau en vésicules aqueuses descend du ciel par un temps froid , elle se gèle en petits globules qui se réunissent sous forme d’étoiles ; c’est une véritable Cristallisation , qui est soumise à tous les effets de ce genre de phénomène ( V. ce mot. ). Des flocons glacés tombent avec plus ou moins d’abondance par les mêmes causes qui produisent de Ja pluie quand le temps est doux. C’est ordinairement par un
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- air calme que le plie'nomène se fait remarquer, quoiqu’il arrive aussi que la neige soit pousse'e avec force par les vents.
- La neige s’amasse par couches plus ou moins e'paisses ; et comme elle conduit mal la chaleur, elle ne descend à une très basse tempe'rature qu’à une petite profondeur. Cette couche de neige , qui conserve la température zéro , protège alors les plantes et les graines que renferme la terre, et les empêche de périr par la rigueur du froid. Aussi voit-on, dans les pays de montagnes , les fleurs s’ouvrir immédiatement au-dessous des parties du sol où se terminent les plaines dè neige. Les premières impressions de la chaleur qui ont liquéfié l’eau et mis le sol à nu suffisent pour faire germer les semences et éclore les fleurs indigènes dans ces localités.
- Il arrive aussi très souvent, sur les hautes montagnes, que la pluie qui tombe au printemps imbibe la neige, y reçoit une basse température et se convertit en glace à plusieurs degrés au-dessous de zéro : c’est ce qui forme ces immenses amas qu’on appelle glaciers ; et comme, dans ces lieux élevés, la température de l’atmosphère y est toujours assez basse ( Saussure a trouvé que, dans les grandes chaleurs de l’été, le thermomètre ne marquait que de o à i ou 2 degrés' sur les sommités alpines); que la blancheur de la neige atteste qu’elle réfléchit toute la lumière solaire ; que d’ailleurs la neige et la glace exigent, pour fondre , une énorme quantité de chaleur (55o degrés) ; qu’enfin, cette eau glacée est souventà 8ou 10 degrés au-dessous de zéro, la montagne reste sans cesse couverte de neige sous une épaisseur qui va quelquefois à 100 pieds. C’est par-dessous seulement qu’elle fond en été, parce que la chaleur de la terre qui la touche la liquéfie. Ces amas de neige, séparés du sol, descendent en glissant sur les plans inclinés, jusqu’aux plaines inférieures, où elles apportent une immense quantité de fragmens de rochers que leur chute a entraînés, fragmens qui se disposent en lignes remarquables sur les flancs des montagnes , et qu’on nomme morènes.
- La neige persiste en été sur les hautes sommités jusqu’à une limite inférieure qui dépend de la latitude. Saussure et
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- M. de Humboldt ont fait à ce sujet des remarques utiles. Sous l’e'quateur, où la température moyenne est de 270 centigrades, les neiges perpétuelles descendent à 4800 mètres au-dessus du niveau de la mer; à la latitude de 45°, la température moyenne est de io°,6, et la hauteur des neiges estivales est de ïï55© mètres ; à 62° de latitude, elle est à 1 ç5o mètres, la température moyenne n’étant que de 4° ; enfin, à 65°, elle n’est qu’à goo mètres pour une température moyenne de o°. La partie du glacier qui fond actuellement, est celle qui est tombée il y a cinq à six ans , et qui, à son tour , s’est trouvée recouverte des couches successives, en même temps qu’elle s’est approchée du sol par la fusion des couches inférieures.
- Givre, grésil. Lorsqu’après un froid de quelque durée, les arbres, les murailles, les herbes , se sont mis à l’unisson de température de l’air , et qu’il survient un air plus chaud, les particules d’eau viennent se déposer en petits glaçons sur tous les corps, et les recouvrent d’une multitude de cristaux qui se disposent en herborisation ; ces couches glacées prennent le nom de givre. On les produit à volonté, en entretenant dans un vase une masse glacée : le froid que ressentent les parois se communique à l’air ambiant, qui y dépose l’eau que sa basse température ne peut plus conserver à l’état de vapeur , et cette eau se congèle. L’air fait place à une nouvelle couche , parce qu’il est devenu plus dense en se refroidissant, •et cette couche d’air produit d’autres petits glaçons qui s’ajoutent aux premiers, et ainsi de suite.
- Le grésil est une neige dense , en cristallisation informe et diffuse , qui est produite par le refroidissement instantané de l’air. C’est vers l’équinoxe du printemps que les agitations de l’atmosphère donnent principalement naissance au phénomène.
- Rosée, gelée blanche. Lorsque le ciel est couvert de nuages, le rayonnement de la terre est compensé par un effet semblable produit par les nuages ; le sol se refroidit peu et graduellement : mais quand l’air est calme et le ciel serein, la perte de chaleur qu’éprouve la terre reste sans compensation, et tous les corps se refroidissent avec rapidité , surtout à la
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- naissance du jour, à cause du froid produit par la longue absence du soleil. On a observé qu’il n'est pas rare que la température de la surface de la terre soit de 8 degrés plus basse que celle de l’atmosphère ; alors l’air qui est en contact avec les herbes et avec le sol, se refroidit, et abandonne l’eau qu’il tient en vapeur invisible ; tout se recouvre d’une humidité qui ne tarde pas à s’accumuler en gouttelettes , par le renouvellement des couches d’air quelque peu agitées. Une petite épaisseur de paille mise au-dessus des herbes , s’oppose au phénomène, parce que cette substance est peu conductrice de la chaleur, et contrarie le jeu du rayonnement. Une atmosphère très agitée l’empêche aussi, parce que l’air chaud, qui se renouvelle au contact, rend au sol la température que le rayonnement lui enlève. Si l’air est très &ec , il n’y a pas non plus de rosée. ( V. l’Annuaire du Bureau des Longitudes de 1827.) *
- Il ne faut pas confondre la rosée avec le phénomène qu’on observe au-dessus des prairies et des rivières , dès que le soleil s’approche de l’horizon : on voit un brouillard épais qui cesse à une certaine hauteur et aux limites des lieux humides. La chaleur élève des torrens de vapeur qui sont invisibles durant le jour : lorsque l’affaiblissement des rayons solaires permet à l’air de se refroidir , ce dégagement de vapeurs continue , parce que le sol est encore échauffé ; l’air froid saisit ces vapeurs et les change en vésicules qui troublent la transparence. Ces vésicules retombent par leur poids et mouillent les herbes comme la rosée ; mais on voit que ce phénomène n’est plus produit par la même cause que celle-ci.
- Lorsque l’abaissement de température du sol qui engendre la rosée fait descendre les herbes au-dessous de zéro, l’eau qui s’y vient déposer se glace , et il s’y forme une espèce de givre qu’on nomme gelée blanche. C’est surtout au printemps et en automne qu’on remarque cet effet, après une nuit sereine et au lever du soleil. On sait combien le phénomène est destructeur dans la première de ces deux saisons, lorsque les jeunes pousses, tendres et succulentes, sont saisies par la
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- froid. Les petits glaçons qui se forment dans le tissu cellulaire, par l’abaissement de température dû au rayonnement, déchirent les vaisseaux et causent la mort du végétal. Les plantes basses, situées dans un sol humecté, sont les plus exposées à périr. On se garantit de la gelée blanche, soit avec des paillassons, soit en brûlant, avant le jour, des substances mouillées, qui élèvent un nuage de fumée ; on a soin de faire ce feu sous le vent, afin de diriger la fumée au-dessus du sol qu’on veut préserver. Ce nuage arrête les effets du rayonnement.
- Gelée. Dès que la température s’abaisse au-dessous de zéro, toutes les eaux situées sur le sol se solidifient. Le rayonnement contribue aussi à cet effet, ainsi que l’évaporation, qui enlève une forte portion de chaleur à l’eau non évaporée : ainsi un ciel serein, un air vif et sec , accroissent l’intensité de la gelée, qui n’est pas toujours en raison de la température de l’air. Lorsque la saison se radoucit, la glace subsiste encore, parce qu’il lui faut, pour fondre, beaucoup de chaleur. Il n’est pas rare, durant l’hiver, de voir que, lorsqu’une tem- . pérature douce succède à un froid rigoureux , les glaces persistent encore en partie durant dix et quinze jours.
- En général, l’eau du ciel qui, de l’état de vapeur passe à l’état liquide , abandonne beaucoup de chaleur, comme aussi celle qui prend la forme de neige ou de glace : les hautes régions en sont donc échauffées, mais en pure perte pour nous. Cette eau, cette neige, une fois tombée, enlève au sol sa chaleur pour reprendre l’état de gaz , et produit du froid. Aussi, après un temps d’orage, surtout lorsque le vent du nord s’établit , et qu’il a tombé de la grêle, voit-on succéder un froid assez vif, qui descend même souvent jusqu’à la gelée.
- Grêle. Lorsque l’eau tombe de nuages denses subitement formés par les causes précédemment exposées, et surtout sous l’influence d’une vive action électrique, les énormes gouttes qui tombent nous arrivent glacées, et s’agglomèrent quelquefois en masses qui vont jusqu’à acquérir la grosseur d’une noix et même d’un œuf. On a remarqué qu’il ne grêle presque
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- jamais durant la nuit, et que la grêle accompagne souvent le tonnerre. Les ravages causés par ce phénomène destructeur sont connus ; la cause ne l’est pas encore assez. On conçoit bien que lorsqu’une goutte d’eau, déjà fort grosse et formée par une précipitation subite due à un refroidissement instantané , tombe de très haut, la rapidité de sa chute peut évaporer une portion de sa surface , et réduire le reste à l’état de glace : mais on verrait là tout au plus la cause de ces grêles ordinaires, dont les grains n’acquièrent que de petites dimensions. Pour expliquer l’effet dans toute son intensité , il faudrait savoir comment il se peut que les grêlons se soudent ensemble ; car on remarque que les forts grains sont composés de plus petits, agglomérés entre eux, sous des formes très variées et très irrégulières.
- On avait cru que les petits grêlons sont situés originairement entre deux nuages épais chargés d’électricités différentes ; qu’ils sont alternativement attirés et repoussés de l’un à l’autre ( V. Électricité ), par un effet ordinaire à ce genre de fluide, et que par cette suite de mouvemens, les grains se choquaient et se réunissaient : on expliquait même ainsi le bruit qu’on entend de loin, lorsque les nuages apportent la grêle. Mais sans nier que le phénomène puisse être en partie dû à cette cause , il est permis de croire qu’elle n’y agit que très secondairement, et que les forts grêlons sont produits par une autre influence. ( V. l’Annuaire du Bureau des Longitudes de 1828 , où M. Àrago a discuté cette question avec beaucoup de talent et de soin. )
- Tonnerre. Lorsqu’un nuage chargé de fluide électrique se trouve au-dessus d’un pays, il agit par influence sur tous les corps qui s’y trouvent placés, attire à lui I’Électricité de nom différent et repousse celle qui est de même espèce que la sienne. (V. ce mot.) Lorsque l’intensité des deux électricités, l’une dans le nuage, l’autre dans le sol, est assez forte pour vaincre la résistance de l’air interposé, il se fait une décharge électrique, comme dans l’expérience de la bouteille de Leyde : cette décharge constitue la foudre proprement dite. On con-
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- çoit comment les sommite's sont plus exposées à en être frappées que les lieux bas; comment, à chaque solution de continuité entre des substances conductrices, il se produit un éclat, une fulguration; comment les métaux peuvent diriger la course du fluide et préserver les édifices de ses coups destructeurs. (V. Paratonnerre.)
- L’éclair qui jaillit de la nue est la foudre j elle sillonne l’air avec impétuosité, et se porte sur tous les points où l’électricité contraire abonde, changeant, par des zigzags instantanés, sa route primitive au gré de leur influence. Jamais un orage n’éclate dans un pays que lorsqu’il y règne à la fois des vents de directions différentes ; c’est ce que prouve l’observation, et ce qui s’accorde avec ce que nous avons dit de la formation de la pluie.
- Et quant au bruit qu’on appelle proprement tonnerre, c’est le son produit par le déchirement de l’air traversé par la foudre. Ce bruit ne se fait souvent entendre que plusieurs secondes après que l’éclair a paru, parce qu’il faut au son, pour parvenir à notre oreille, une seconde pour i y3 toises de distance. Or le vide instantané , produit dans l’air par le passage de la foudre, est de suite comblé par l’air même : de là un choc violent qui se fait entendre ; et, comme les différens points traversés par la foudre sont à des distances inégales de nous, chacun des chocs est entendu à son tour, ce qui produit cette longue suite de retentissemens et d’éclats qui constituent le coup de tonnerre. Au reste , la réaction de l’air, à de grandes distances, causée par l’immense ébranlement qui se produit, ajoute beaucoup à l’effet, qui est encore accru par les échos des montagnes, etc.
- Trombes. Après de grandes chaleurs et un temps calme, on voit un nuage épais qui descend en cône vers la terre : ce cône a sa base en haut, et lorsque le phénomène se produit en mer, le sommet descend jusqu’à l’eau qu’il entraîne en tourbillon, de manière à former un cône ascendant, ayant le même axe que le premier, mais la base située sur la mer. Ce phénomène, qu’on appelle trombe, est très redoutable, parce que
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- ce cône se déplace, entraîne avec lui tout ce qu’il rencontre, de'racine les arbres, arrache les murailles ou brise les navires, couvre tout de grêle et d’un torrent d’eau, etc. On attribue les trombes à de violens courans d’air dirige's en sens contraire, et qui font tourbillonner tout ce qui se rencontre entre leurs directions, à peu près comme nous voyons quelquefois dans la campagne la poussière voltiger, en tournant au gré des vents opposés. L’électricité exerce sans doute une action importante dans ce phénomène, dont l’explication ci-dessus ne répondrait pas, sans cette influence, à l’immensité des effets produits.
- Arc-en-ciel. Lorsque le soleil est peu élevé sur l’horizon, et qu’il y a un nuage épais situé dans la région opposée, on voit, en tournant le dos à l’astre , un arc orné des couleurs du prisme. Cet arc, qu’on nomme arc-en-ciel, est quelquefois brisé aux lieux où l’air a encore sa transparence , ou bien aux points trop élevés, et enfin il arrive parfois qu’on voit deux arcs concentriques dont les couleurs sont disposées en ordre inverse. Ce beau phénomène est causé par la réfraction de la lumière à travers les gouttelettes d’eau du nuage. Chaque rayon entre dans la goutte , s’y brise à l’entrée, et, au lieu d’en ressortir, s’y brise de nouveau lorsque son incidence est de direction convenable : il se réfléchit ainsi à la surface opposée. Après avoir décrit cette ligne brisée dans l’intérieur, il se brise de nouveau en sortant vers le côté de la goutte où il est entré, et, par ces réfractions et réflexions successives, arrive à notre œil. Les réfractions ont séparé les couleurs de la lumière blanche ( V. Lunettes) , et chacune des gouttelettes, d’après sa situation et celle du soleil, nous transmet la sensation d’une couleur. L’ensemble de ces faisceaux se range en arcs d’une couleur semblable, et ces arcs réunis forment l’arc-en-ciel. Lorsque les rayons éprouvent deux réflexions dans l’intérieur des gouttes, on obtient le second arc concentrique au premier.
- La preuve que cette explication est juste, c’est qu’elle résiste à l’épreuve du calcul, qui en détermine rigoureusement
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- toutes les conditions, savoir, la largeur des arcs, leur hauteur, la situation de chaque couleur, etc. Nous renverrons aux traités de Physique pour la connaissance approfondie d’un beau phe'nomène qui ne se rattache qu’indirectement au sujet que nous traitons ici. C’est par cette raison que nous ne parlerons pas des hallos ou cercles colorés qu’on aperçoit autour du soleil et de la lune ; des parhélies et des parasélenes, qui nous offrent l’image de ces astres doubles, triples, etc.; des aérolilhes ou pierres tombées du ciel ; des aurores boréales, phénomènes magnifiques dont la cause est encore peu connue , quoiqu’on sache que l’électricité et le magnétisme y jouent un rôle important, etc.
- Des présages météorologiques. L’art de prédire les variations de l’atmosphère est un des plus utiles aux succès de l’Agriculture et de presque toutes les entreprises commerciales; mais il est aisé de comprendre que ces prédictions sont absolument impossibles long-temps d’avance, tant les causes sont multipliées et se combinent diversement. Il est constaté que chaque phénomène météorologique est dù à des causes bien connues, dans tous les cas du moins où l’électricité exerce peu d’influence. Si ces causes se combattent, on restera incertain ; mais si elles concourent, leur effet ne pourra être douteux, à moins de changemens subits. Ainsi, pour annoncer qu’il tombera bientôt de la pluie, il faudra récapituler toutes les conditions sous lesquelles le phénomène peut exister. Un vent d’ouest dominant, ou qui s’établit actuellement, ou un autre vent qui règne à une hauteur différente, sont des motifs très puissans de croire à la pluie ; surtout si les autres conditions s’y réunissent, telles que la pression atmosphérique, qui, en s’affaiblissant , tend à faire descendre les nuages ; la température, qui, en s’abaissant, doit amener le terme de saturation de l’espace, etc. Si un vent humide est saisi par un vent froid, il n’y aura peut-être qu’un brouillard ou des nuages élevés, qui, en interceptant les rayons du soleil, empêcheront la température de s’élever; mais plus souvent cet air froid est sec; et, après quelque durée, le ciel se rassérénera, parce que les vé—
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- sicules d’eau reprendront l’état de vapeur : c’est ce qu’on voit souvent en automne. L’absence du soleil laisse au froid de la nuit le pouvoir d’amasser des vapeurs qui, au lever de l’astre, sont répandues sur toute la contrée; mais bientôt la chaleur, la sécheresse de l’air, dissipent ce brouillard : s’il a tombé, l’air s’est dépouillé de son humidité, le soleil a percé, et il réchauffe la terre et l’atmosphère: la plus belle journée succède à une matinée nébuleuse. Mais si le brouillard a monté, il se condensera dans les régions élevées , et la pluie succédera au contraire à une belle matinée.
- On a cherché à expliquer les variations atmosphériques par une influence supposée de la lune; mais l’expérience et la théorie s’accordent à prouver que ces influences sont sans effet. De ce que l’attraction de la lune sur les mers est incontestablement une cause puissante des mouvemens périodiques des eaux sur nos rivages deux fois par jour, on en a inféré que cet astre exerçait une action semblable sur l’atmosphère ; et de même que les marées sont les plus fortes dans la nouvelle et la pleine lune, et aussi quand l’astre est plus près de la terre, on a cru devoir en conclure que dans les syzygies, et quand la lune est périgée, il y aurait de plus fortes variations atmosphériques. Cette opinion a même succédé à des dictons populaires , qu’il ne faut jamais mépriser quand ils sont l’expression des faits observés.
- Mais, d’une part, en comparant les époques astronomiques à celles où l’on a remarqué des changemens de temps, on ne trouve absolument aucun accord, en sorte que ces dictons populaires sont à cet égard en contradiction avec l’expérience , et perdent par là le seul mérite qu’ils peuvent avoir. On est donc forcé d’avouer que, dans l’impossibilité de présager les phénomènes atmosphériques, on a cru devoir les imputer, sans discussion, à la lune, comme on lui a prêté mille autres qualités occultes tout aussi chimériques, telles que la faculté de troubler les vins dans la cave, celle de présider aux conceptions et aux enfantemens, d’amener certaines infirmités périodiques des femmes, de faire pourrir les bois de charpente
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- coupés dans le décours, d’arrêter la sève des arbres, de corroder les pierres, etc.
- D’une autre part, la théorie se refuse à accorder à la lune le pouvoir qu’on lui attribue, et le calcul le plus précis démontre que les actions de cet astre sont à peu près nulles pour produire des marées atmosphériques ( V. la Mécanique céleste), parce que l’air est un fluide trop rare pour résister comme la mer à l’attraction lunaire , et refouler, par sa masse mise en mouvement, celle qui n’a pas encore cédé à son action.
- Ainsi la lune ne peut rien sur les variations du temps : c’est à tort qu’on présume que le retour de la nouvelle et de la pleine lune viendra apporter la saison qu’on désire ; rien de semblable n’arrive jamais que fortuitement, c’est-à-dire quand ces syzygies se rencontrent avec les causes actives précédemment exposées. Au reste, il ne paraît pas que ce préjugé populaire soit prêt à disparaître, puisque sans cesse en opposition avec les faits, il résiste depuis si long-temps à l’évidence. Il ne faut qu’ouvrir les yeux pour s’assurer combien il est faux que la lune préside à la pluie et au beau temps ; mais peu de personnes veulent les ouvrir. On remarque bien que le présage fondé sur cette influence supposée ne s’est pas réalisé le jour de la syzygie; mais on prétend qu’elle s’étend plusieurs jours avant et après, que chaque quartier est doué du même pouvoir, et, embrassant ainsi dans le calcul presque tous les jours de la lunaison, le préjugé se trouve avoir raison plus tôt ou plus tard.
- En bonne logique, ce n’est pas ainsi qu’il faut étudier les phénomènes. On doit ne faire aucune attention à ces petites variations , qui restent sans influences sur les jours suivans : une légère pluie, un vent de peu de durée, un brouillard passager, ne devront pas être comptés. On ne s’attachera qu’aux grandes variations qui amènent des saisons durables. Après une forte sécheresse, s’il survient une pluie de plusieurs jours, ou bien si après un froid soutenu un dégel durable survient, ou réciproquement, on écrira les époques de ces changemens, sans attacher à l’heure précise aucune impor-
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- tance, on comparera ces e'poques aux syzygies, et l’on se convaincra bientôt quelles n’y exercent aucune action.
- Ce qui amène les variations atmosphériques, ce sont surtout les causes que nous avons énumérées, savoir, les cban -gemens de température, ceux qu’éprouvent les vents domi-nans, la direction qu’ils suivent, la quantité de vapeur d’eau répandue dans l’air, etc. ; aussi les meilleurs instrumens pour présager le temps sont-ils une Girouette qui indique le côté d’où souffle le vent, et surtout la marche des nuages, qui souvent dément la girouette ; un Baromètre , un Thermomètre , un Hygromètre , confectionnés avec soin ( V. ces articles ), qui apprennent les changemens survenus dans la pression, la température et l’humidité de l’air. Une analyse éclairée des évènemens dont ces instrumens attestent la présence, permettra de conclure avec une sorte de certitude les changemens qui doivent survenir prochainement dans le temps. On ne peut que très rarement affirmer ces présages, parce que les phénomènes changent quelquefois si rapidement qu’ils sont alors tout autres qu’on ne l’a déclaré : on ne peut non plus faire des prédictions à long terme , comme celles qui se lisent dans nos almanachs, escortées des sottises politiques dont l’auteur juge à propos de bercer la crédulité des peuples. Mais la science météorologique est actuellement assez avancée pour permettre de prévoir fréquemment les évènemens atmosphériques , et se mettre en garde contre les revers qu’ils peuvent amener. Aujourd’hui, le fermier consulte le baromètre avant d’abattre ses foins et ses moissons, et je pense que s’il consultait la lune, à laquelle il attribue tant de vertus redoutables, il aurait eu plus d’occasions de se convaincre de l’inefficacité d’un astre auquel on impute à tort tant de choses bonnes et mauvaises. La lune rousse (celle qui succède à la fête de Pâques) n’est pas plus malfaisante qu’une autre; seulement l’époque printanière est plus sujette aux alternatives de froid et de chaud, qui arrêtent ou excitent la végétation, et qui, poussées à un certain terme, peuvent détruire les espérances de l’agriculteur, en frappant de mort les
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- jeunes pousses, dont les sucs abondans et le tissu délicat ne peuvent résister à ces actions. Fr.
- MÉTIER (Profession d’un art mécanique'). Les diverses professions des Arts et métiers forment une série très étendue. Elles sont plus ou moins importantes, mais toutes sont utiles et même nécessaires au bien-être de la société et à son existence. C’est ce qui a fait dire qu77 ny a point de sot métier, et que peu seraient méprisés, si ceux qui les exercent ne les rendaient pas, par leur conduite, méprisables. Néanmoins, l’opinion les divise en classes ; elle leur assigne des rangs plus ou moins honorables, suivant qu’il faut pour les exercer plus ou moins d’instruction, d’habileté et de capitaux. Aux premiers rangs elle place les fabricans d’étoffes de soie, de laine, de coton, les ingénieurs mécaniciens, les opticiens, les horlogers, les orfèvres, les cultivateurs, etc., etc. Aux derniers rangs se trouvent, toujours suivant l’opinion, les vidangeurs, les boueurs, les ramoneurs, les savetiers, les porte-faix, etc.
- Les professions de négociant, de banquier, d’avocat, de médecin, de chirurgien, etc., tiennent un rang intermédiaire entre ce qu’on appelle Arts libéraux et métiers. Cependant, pour exercer quelques-uns de ces derniers avec avantage, tels que ceux d’ingénieurs mécaniciens, de fabricans de certains produits chimiques, il ne faut pas moins de savoir, ni d’études moins variées, que pour être avocat, médecin, etc.
- Avant la révolution, les grands regardaient avec dédain toute la classe industrielle, sans doute à cause de l’ignorance dans laquelle elle restai t plongée, cette classe ne recevant aucune instruction primaire ni aucune leçon de théorie sur les Arts et Métiers : chaque ouvrier apprenaihle sien, en le pratiquant pendant quelques années dans l’atelier d’un maître, et ensuite en faisant ce qu’il appelait son tour de France. La publication de l’Encyclopédie, ouvrage capital, mais trop volumineux, et par conséquent trop cher pour être à la portée de la classe ouvrière, ne lui fut d’aucune utilité. D’ailleurs, à quoi eût servi le savoir à un simple ouvrier soumis au système absurde des jurandes ? Attaché pour la vie à une corporation, ce n’é-
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- tait que rarement et difficilement qu’il parvenait au rang de maître, où il lui e'tait permis de donner quelque essor à son ge'nie inventif.
- A la révolution , on sentit le besoin d’enseigner les principes, la the'orie et la pratique de quelques Arts fondamentaux. L’Ecole Polytechnique, les écoles d’application pour les travaux publics furent créées. Plus tard, on forma des écoles spéciales pour les Arts et Métiers {V. Ecole) , et l’on fit au Conservatoire des cours publics de Mécanique et de Chimie appliquées aux Arts et Métiers. Aujourd’hui, ces mêmes cours se font dans nos principales villes des départemens, grâce à la persistance et au zèle éclairé d’un de nos savans les plus distingués, M. Ch. Dupin.
- Assez habituellement, un fils unique, ou l’aîné d’une famille , embrasse le métier de son père et lui succède ; mais lorsque la famille se compose de plusieurs enfans, on cherche â leur donner des métiers différens : cela est nécessaire dans l’intérêt de l’union des familles. On évite par là les jalousies de profession , qui ne sont pas moins vives entre pa-rens qu’entre étrangers.
- Le choix d’un métier, d’une profession ou d’un état quelconque , est ce qu’il y a de plus embarrassant pour les jeunes gens dont les études préliminaires sont finies. Ils ne lèvent cette difficulté qu’en s’essayant dans plusieurs pendant quelque temps, et s’arrêtant ensuite à celui qui s’accorde le mieux avec leur goût, leur habitude et leûr caractère.
- La publication isolée de la théorie et de la pratique de chaque métier, comme le Manuel du teinturier, du jardinier, du menuisier, du tailleur de pierre, etc., etc., est une idée heureuse qui contribuera à perfectionner chaque métier, parce que ces petits ouvrages étant d’un prix médiocre, chaque ouvrier peut se procurer celui qui le concerne et l’étudier.
- E. M.
- MÉTIERS ( Machines qui servent à fabriquer divers produits ). Il n’y a pas, entre les mots machines et métiers une ligne de démarcation bien fixe ; c’est l’usage qui les a séparés
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- en deux classes sans qu’on puisse en alléguer le motif. Ainsi, on ne dit pas machines , mais bien métiers à bas, à broderie, à cordonnet, à dentelle , à ficelle , à filer, à lacet, à passementerie, àpeigne, à ruban, à tissus, à tricots, à tulles, etc.
- Dans cet article, nous nous bornerons à décrire les métiers à bas et à dentelle. Les autres l’ont été ou le seront aux mots qui désignent leurs produits.
- Métier à bas ordinaire. L’histoire de l’invention du métier à bas est très obscure : les uns l’attribuent à un Français, qui, n’ayant pas trouvé dans sa patrie les encouragemens que méritait son ingénieuse et utile découverte, passa en Angleterre, où il fut bien accueilli et récompensé ; d’autres, et c’est la version la plus probable, en font honneur aux Anglais. Quoi qu’il en soit, ce fut dans l’année de i656 que le premier métier à fabriquer les bas fut importé d’Angleterre et établi en France par Jean Hindres. Il a été, comme on le pense bien, considérablement modifié et perfectionné depuis ce temps-là. Nous allons le décrire tel qu’il existe aujourd’hui. ( V. PI. 38 des Arts mécaniques.)
- La fig. 3 représente en perspective un métier à bas, vu du côté où l’ouvrier se place. Il est porté sur un bâti en bois formé de quatre montans A et de plusieurs traverses, dont les deux supérieures B se nomment têtes. Sur elles sont fixés les patins à charnière C, formant la base de la cage du métier. Aux bouts antérieurs D de ces patins recourbés en contre-bas sont réunis à charnière les deux leviers E terminés par une courbe en forme de croissant. Sur la partie droite de ces leviers est fixée la barre F qu’on appelle presse, dont l’usage sera expliqué plus loin. Les extrémités des courbes en croissant sont réunies par une barre de fer G qu’un ressort en arc de cercle H soutient, à l’aide d’une corde double, tandis qu’avec la pédale I du métier et la tringle I', qui va de cette pédale au milieu de la barre G, on peut abaisser celle-ci.
- Sur l’autre bout des patins C s’élèvent verticalement deux montans en fer J, unis ensemble par une traverse b. Dans leurs sommets passent les tourillons de l’axe K, centre de
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- mouvement de tout le système des platines L et des ondes M.\
- ( V. fig. 4 et 5. )
- Ce système se compose, i°. des bielles horizontales N, fixées, d’un côté, sur l’axe K, et unies, par l’autre bout en articulation, avec les pièces verticales O; 2°. de la barre P fixée par ses extrémités sur les pièces O, et portant dans l’intervalle la moitié des platines L de la manière qu’on le voit fig. 4; 3°. d’une traverse Q fixée par ses bouts sur l’extrémité inférieure des montans O, laquelle traverse sert de manche à l’ouvrier pour manœuvrer le métier; 4°- des leviers R , dont l’usage sera expliqué tout à l’heure.
- D’après cette disposition, on voit que ce système peut se mouvoir horizontalement en avant et en arrière, et verticalement. Un ressort S le tient en équilibre, de manière que l’ouvrier n’a pas plus de peine à le faire monter qu’à le faire descendre. Son mouvement est limité par des vis d’arrêt T ( V. fig. 7 ) que portent deux montans en fer, placés à droite et à gauche du métier.
- L’ouvrier, assis sur le banc X, fait mouvoir dans l’ordre convenable les diverses parties de la machine, avec ses pieds et ses mains.
- Avec ses pieds, il fait agir alternativement les pédales jz, qui, au moyen des cordes cd attachées en sens contraire autour d’un petit tambour monté sur le même axe que la roue Ü, donnent à celle-ci un mouvement alternatif qui est communiqué au curseur Y (fig. 5) à l’aide des cordes e ,f passant sur les poulies de renvoi g. Nous verrons plus loin la fonction de ce curseur. L’ouvrier porte le pied qui lui reste libre sur la marche I du milieu à l’instant où il faut agir sur la presse L.
- Avec ses mains, qu’il applique à droite et à gauche de la traverse Q, il élève et abaisse le système des platines.L comme il convient pour le cueillage des mailles , en appuyant en même temps ses deux pouces sur les leviers angulaires R.
- Le fil dont le tricot doit se former est placé sur une bobine h qui tourne librement sur une broche plantée dans un des montans A du bâti. L’ouvrier a soin d’en dérouler une quan-Tome XIII.
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- tite plus que suffisante, qu’il laisse flotter en le conduisant sur les aiguilles, tantôt d’une main et tantôt de l’autre. Le tricot W, à mesure qu’il se forme, s’enroule autour d’un petit cylindre dont la monture en fer suffit pour le tenir tendu au degre' convenable.
- La flg. 6 fait voir la disposition des aiguilles : elles sont en fil de fer, dont l’extrémité, très effilée, est recourbée en crochet. Yis-à-vis la pointe de ce crochet est une petite rainure pratiquée dans le corps de l’aiguille, où cette pointe, quand on vient à la comprimer, se loge, de manière qu’alors le crochet de l’aiguille se transforme en œil allongé. Si dans ce moment le fil i, passé entre les aiguilles, est amené vers leurs extrémités, il passera par-dessus les crochets et s’échappera; mais si on l’amène avant de fermer les crochets , il y entrera et s’v trouvera disposé comme on le voit en k fig. 6.
- Avant de faire arriver ce nouveau fil dans les crochets, on en fait sortir les mailles précédentes en les repoussant en arrière sur les aiguilles jusqu’au-delà des pointes des crochets, et même par-derrière la ligne suivant laquelle se fait le cueillage. Mais aussitôt que les nouvelles mailles sont entrées dans les crochets, on fait sortir les anciennes, en les ramenant, à l’aide des platines L et V, vers le bout des aiguilles, dont les crochets, abaissés dans leurs châsses par la presse F, ne s’opposent point à la sortie de ces mailles, qui, en abandonnant les aiguilles, restent entrelacées avec les nouvelles mailles qui se trouvent dans les crochets ; ainsi de suite.
- Les queues des aiguilles, un peu aplaties, sont prises, au nombre de deux, de trois, de quatre, suivant leur finesse, dans de l’étain qu’on coule dans un moule. C’est par cet étain qu’on les fixe dans un plan horizontal contre la barre immobile l (fig. 5).
- Entre chaque aiguille est placée une plaque mince faite de tôle d’acier, appartenant alternativement à deux systèmes dif-fe*rens L et L' (fig. 4 et 5). Nous avons déjà dit qu’on les nomme platines. Elles ont la même forme, mais elles sont tenues différemment par leur partie supérieure. Lès platines
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- L sont fixées avec des plombs coulés contre la barre P (fig. 4), et font par conséquent partie du système de cette barre, qu’on sait être mobile en avant, en arrière,et verticalement dans une certaine limite. Les platines L', alternées avec les précédentes-, comme on le voit fig. 4, sont tenues à charnière par leurs bouts supérieurs, recourbés en équerre, aux extrémités des leviers M qu’on nomme ondes , et qui ont leurs points d’appui suivant la ligne mm (fig. 5). Chacune de ces ondes est maintenue dans une position horizontale par autant de ressorts n qui portent des 'entailles dans lesquelles entrent les bouts des ondes coupés en biseau. Le curseur V,- assujetti à se mouvoir tantôt dans un sens et tantôt dans l’autre, sur la barre horizontale o, soulève, en passant par-dessous, au moyen de la petite saillie que porte son milieu, successivement toutes les ondes qu’il fait sortir des entailles des ressorts. Il en résulte que les platines correspondantes descendent en même temps et dans le même ordre, d’une quantité qu’on règle à volonté, à l’aide de la barre p qui sert à ramener les ondes à leur première place, en faisant agir les leviers q et les leviers angulaires R.
- Le fil, mollement étendu sur les aiguilles, immédiatement au-dessous des petits crochets r des platines, est enfoncé successivement de deux en deux entre les aiguilles, par les platines du système des ondes, que pour cette raison, on appelle abaisseuses, en faisant passer le curseur Y dans le sens convenable , à l’aide des marches latérales jz. Cet enfoncement du fil est double de ce qu’il faut pour former une maille ; mais la moitié de cette longueur est ensuite prise et enfoncée dans les intervalles des autres aiguilles, par les platines L que l’ouvrier abaisse un peu, en même temps qu’il relève les premiers , en appuyant ses deux pouces sur les leviers angulaires R qui vont, comme on le sait, agir sur la barre p par l’intetrmé-diake des leviers q. Ce fil est alors également enfoncé entre chaque aiguille, ainsi que cela se voit fig. 6.
- Nous avons déjà décrit une partie du jeu de ce métier, mais nous croyons devoir y revenir encore, cette manœuvre ne pouvant jamais être trop claire; Supposons qu’on Commence
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- l’ouvrage. L’ouvrier passe son fil, qu’il enfonce entre les aiguilles et qu’il amène dans ses crochets, comme à l’ordinaire. La seconde rangée , faite de même, est amene'e, non pas dans-les crochets, mais bien par-dessus, pendant qu’il fait sortir les premières mailles, qu’il repousse un peu en arrière, et ensuite, faisant entrer les dernières dans les crochets , il fait échapper les premières , ce qui produit le premier entrelacement. Continuant à former de nouvelles mailles, comme nous l’avons expliqué, qui viennent successivement prendre la place des précédentes dans les crochets des aiguilles, l’ouvrier obtient un tricot plus ou moins serré, suivant l’enfoncement du fil entre les aiguilles par les ondes, ou pour mieux dire par les platines qui y sont attachées.
- La jauge ou la finesse d’un métier à bas se mesure par le nombre d’aiguilles, ou de platines contenues dans l’espace d’un pouce. Cela varie en général de 15 à zjo pour les tricots ordinaires.
- La fig. 7 représente la disposition antérieure de l’abattant ou presse, limité dans son mouvement vertical par les deux vis d’arrêt T.
- En résumé, la manœuvre d’un métier à bas ordinaire, comme celui que nous venons de décrire, se fait en cinq temps dilférens et dans l’ordre suivant :
- i°. Étendre mollement le fil sur les aiguilles de droite à. gauche, et vice versa, immédiatement sous les petits crochets des platines, et le cueillir par les platines du système ;
- 2°. L’abattage des platines du système L , pour égaliser les mailles entre chaque aiguille ;
- 3°. Amener les nouvelles mailles dans les crochets des aiguilles dont on a retiré et poussé en arrière les anciennes ;
- 4°. Ramener ces anciennes mailles près les pointes des crochets des aiguilles ;
- 5°. Faire agir la presse sur les crochets des aiguilles, et faire échapper les anciennes mailles.
- Nous ferons remarquer qu’un bas ne se fait pas avec une bande de tricot également large partout ; il faut qu’elle soit
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- rétrécie dans certains endroits , ce qui se fait en réunissant de côté et d’autre deux ou plusieurs mailles en une seule, et continuant le travail sur un moindre nombre d’aiguilles. On élargit en faisant l’inverse ; mais alors on a eu soin , en commençant, de réserver un certain nombre d’aiguilles à droite et à gauche du métier, sur lesquelles on n’étend pas le fil. En général, on commence toujours un bas par la partie la plus large, afin de 11’avoir pour ainsi dire qu’à rétrécir.
- Indépendamment du métier simple, il en existe beaucoup d’autres plus ou moins compliqués sur lesquels on fait des tricots à mailles fixes, à côtes, à jour, sans envers, sans coutures , etc. (J7'. Tricots. )
- Métier à dentelle. Il y a long-temps qu’on s’occupait de la recherche d’un métier qui put imiter la dentelle qu’on fabrique à la main sur des coussins, à l’aide de petits fuseaux dont les fils, tortillés entre eux dans un ordre déterminé, forment les mailles. Aucun n’y étaitparvenu complètement avant M. James Heathcoat de Tiverton, dans le comté de-Devonshire, en Angleterre. Cette invention étant très importante pour l’industrie manufacturière, dans une des branches de laquelle elle a produit une révolution pour ainsi dire complète, nous croyons devoir consigner ici un extrait historique de cette déi eouverte.
- Les machines dont il s’agit sont, comme nous venons de le dire, de l’invention deM. James Heathcoat de Tiverton, dans le comté de Devonshire. M. Heathcoat est maintenant ( mois de février 1828 ) le plus grand fabricant de cette dentelle , et reçoit, comme premier inventeur, un droit d'usage de tous les autres fabricans.
- La dentelle qu’il fabrique, bobbin-net, c’est-à-dire réseau ou dentelle fabriquée à la mathine au moyen de bobines, présente le même tissu que celle qui se fabrique à Buckingham ou à Valenciennes, sur un coussin avec des fuseaux. où les fils sont tordus ensemble. Il existe d’autres imitations de dentelles dites point-net et warp-net, qui se fabriquent à Not~. tingham depuis vingt ans. Ces imitations ressemblent telle-
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- ment à la ve'ritable dentelle, qu’on ne peut les distinguer que par un examen très rigoureux : mais quand on les lave, les mailles perdent leur figure et se délient, tandis que la bobbin-net résiste plus parfaitement même que le lace ou dentelle de Buckingham.
- La bobbin-net est faite avec des fils de coton depuis le n° i^o jusqu’au n° 25o. (i).
- Ce n’est que le filet ( fond uni ) de la dentelle, qu’on appelle bobbin-net, et c’est la seule partie que, jusqu’à présent, ori soit parvenu à faire avec des machines : les ornemens sont ensuite brodés sur le fond avec l’aiguille ; on y attache aussi les fleurs et les petites bordures qui sont travaillées à part sur un coussin avec des bobines , d’après le procédé ordinaire. Un avantage de la nouvelle méthode, est de pouvoir détacher ces ornemens, lorsque le filet ou fond uni est usé, et les placer sur un autre. Le fond uni que produisent les ma-, chines est de la plus grande beauté, et se fabrique à fort bon compte. U est à remarquer que la partie de la broderie restant à faire aux ouvriers ordinaires en dentelle leur laisse le moyen d’exercer leur industrie et leur imagination sur un champ plus vaste, débarrassés du travail excessif et pénible que la fabrication de la dentelle- exigeait autrefois. Aussi, depuis l’invention de M. Heathcoat, la consommation de la bobbin-net, tant en Angleterre que dans les autres pays où les Anglais en ont porté, est devenue immense, et en même temps les faiseurs de fleurs, de broderies ou autres ornemens, y on trouvé un surcroît de travail.
- Les dames anglaises font un grand usage de cette nouvelle dentelle, non-seulement pour robes , voiles, manches brodées de grande toilette, mais encore en fond uni pour bonnets
- (i) Le numéro du ûl de colon indique le nombre de hancks ou d’éche-vettes, chacune e'tant de 8.}o yards, qui se trouvent dans une livre de fil : mais comme celui qu’on emploie pour la fabrication de la dentelle est double, son numéro' indique le nombre de hancks ou •(PéêheYettes contenues dans 2 livres pesant.
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- mouchoirs, fichus, etc. Il se fait aussi un commerce considérable de bobbin-net en bandes ou rubans de dentelle pour garnitures.
- Les inventions successives de M. Heathcoat lui sont assurées par quatre patentes , savoir : la première en 1808, pour une machine qui produisait le véritable fond de dentelle, mais qui ne pouvait en exécuter qu’une bande étroite à la fois. Er. conséquence , il imagina une autre machine sur des principes entièrement différens , propres à faire de larges pièces. Ce fut en 180g qu’il établit une manufacture à Longhboro enLeices-tershire, avec ces deux sortes de machines, en s’associant avec M. Lacy, qui fournissait les fonds.
- En i8i3, il prit une autre patente de perfectionnement de la seconde machine , perfectionnement qui consistait à faire plusieurs bandes étroites à la fois , ce qui rendit la première invention inutile.
- En 18 r 5, il imagina une machine à mouvement rotatif pour faire la dentelle en bandes , au moyen d’une force mécanique mue par un moulin à eau; mais avant d’établir sa nouvelle fabrication, il se sépara de M. Lacy, et partagea avec lui le droit d’usage de cent cinquante de ses premières machines : il s’associa alors avec un nommé M. Boden , à Longhboro.
- En 1816, M. Heathcoat prit une nouvelle patente pour un perfectionnement au moyen duquel on peut introduire la broderie dans la bobbin-net, en même temps qu’on fabrique celle-ci.
- En cette même année, pendant la nuit du 2 ou 3 juin, les luddites détruisirent ses machines et sa manufacture. MM. Heathcoat et Boden n’ont jamais pu obtenir aucun dédommagement pour cet outrage à la propriété , qui leur oc-casiona une perte de dix mille livres sterlings. Mais les gens égarés qui avaient commis ce crime , au nombre de seize , furent découverts, et en 1817, douze d’entre eux furent condamnés , huit au dernier supplice, et quatre à la transportation. Les quatre autres se sont sauvés en pays étrangers avec quelques-uns de leurs complices.
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- Après la destruction de leurs machines, ces messieurs prirent un troisième associe', M. Oliver, et commencèrent immédiate-ment un établissement nouveau à Tiverton , dans le Devons-hire : c’est celui qu’ils exploitent aujourd’hui. M. Heathcoatn’y a transporté avec lui que fort peu de ses anciens ouvriers, à cause de leurs dispositions turbulentes; mais ceux de Devons-hire n’étant pas assez habiles pour construire et exécuter les ouvrages dont il avait besoin, il a inventé des outils pour construire ses machines.
- Les nouveaux perfectionnemens des métiers consistent : i°. dans des mouvemens produits par les pieds et les mains des ouvriers, d’une manière plus expéditive qu’auparavant ; 2°. dans un système de mécanisme combiné de façon qu’étant adapté audit métier, tous ses mouvemens sont produits par la force d’une roue hydraulique ou de tout autre moteur, ce qui le rend beaucoup plus expéditif. Cette dernière invention lui ayant encore mieux réussi que les autres, une foule d’ouvriers lui en ont acheté Yusage, et la totalité du droit que l’association perçoit de ce côté s’élève à douze mille livres sterlings par an, dont moitié pour M. Heathcoat, et moitié pour son premier associé M. Lacy.
- La grande manufacture de Tiverton comptait, en 1820, 180 machines en activité, savoir : 52anciennes, 5o nouvelles, 36 rotatives n° 1, et 23 idem, n° 2 ; elles sont en activité jour et nuit, et produisent ensemble trois mille cinq cents aunes ou yards carrés de dentelle par semaine. Six cents personnes sont employées dans la manufacture , et quatre cents dans la ville pour broder , attacher les ornemens et bordures , qu’ils achètent des fabricans de dentelles. La dépense des ouvriers et du fil monte, par semaine, à six cents livres sterlings pour les premiers , et à trois cents livres sterlings pour les autres.
- Les rivaux de M. Heathcoat ont essayé, au moyen de quelques changemens, de faire des machines différentes en apparence , quoique foncièrement les mêmes , afin d’éviter de payer le droit (Yusage; mais, après différens procès soutenus en ]8i5 et 1816, il a été décidé que toutes ces machines
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- étaient faites sur les principes de celle de M. Heathcoat, et au moyen des de'bris des modèles qui furent brisés par les luddites.
- La machine invente'e en 1809 et perfectionnée en i8i3 a été apportée en France en 1814 par un ancien ouvrier de M. Heathcoat, nommé Couth. Cet ouvrier s’est associé depuis avec d’autres ouvriers venus de Longhboro, qui ont apporté les autres perfectionnemens jusqu’en i8i5 , et ont établi une manufacture à Douai, après avoir obtenu un brevet d’invention.
- En 1820, M. Heathcoat vint en France prendre un brevet d’importation pour ses derniers métiers , tels qu’ils étaient établis à Tiverton , et qui n’avaient plus rien de semblable avec ceux pour lesquels Couth avait pris un brevet en 1814, si ce n!est quelques-uns des principes élémentaires. Ce ne fut que quelques années après que M. Heathcoat est venu former un établissement avec ses propres métiers, qu’il plaça provisoirement rue de l’Oursine , à Paris, où une machine à vapeur en faisait travailler trente. Cette manufacture , considérablement agrandie , a été transportée en 1827 à Saint-Quentin, dans un vaste local dont M. Heathcoat a fait acquisition , où deux machines à vapeur, de la force de vingt-quatre chevaux chaque , vont être employées à cette fabrication.
- Jusque là , cette nouvelle industrie n’avait pas pris en France une grande extension : on ne comptait que quelques petits établissemens élevés à Douai, à Lille , à Calais , à Caen, au Grand-Couronne, près de Rouen, et quelques-uns dans les environs de Paris, par quelques ouvriers venus d’Angleterre. On les regardait plutôt comme couvrant un commerce de contrebande que comme productifs ; ils ont eu, et ils ont même encore à lutter contre une difficulté presque insurmontable, du moins quant à présent, c’est de se procurer les fils d’un numéro convenable à cette fabrication. Nous n’avons en France que très peu de filatures qui fournissent des numéros au-dessus de i5o°, et pour fabriquer la belle bobbin-net, il faut des numéros 200 et plus. L’importa-
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- tion de tous les file's de coton e'tant prohibée , ce n’est qu’en payant des frais d’assurance/extrêmement élevés que les fa-bricans peuvent en tirer de l’étranger. Si cet état de choses durait , il nous serait impossible de supporter la concurrence avec les Anglais, qui ont d’abord une grande expérience dans la production de cette marchandise ( la bobbin-net), et qui ensuite possèdent la matière première.
- La dentelle peut être considérée comme un tricot à chaîne et à jour (F. Tricot ), dont l’ouverture des mailles est déterminée par des broches plus ou moins grosses, autour desquelles s’entrelacent successivement les fils deux à deux, et de voisin à voisin. Nous donnerons, au mot Tulle, le texte explicatif du métier inventé par M. Heathcoat. E. M.
- METOPE ( Architecture). C’est le carré qu’on laisse entre les triglyphes de la frise , dans l’ordre dorique. ( F. Architecture.) On orne les métopes de sculptures, telles que des têtes de bœuf et autres choses employées aux sacrifices. Fr.
- MÈTRE. Mesure française. ( F. Mesures. ) Le mètre est la dix-millionnième partie de Tare terrestre qui s’étend du pôle à l’équateur; il équivaut à 3^0?°“ 11^,296, ou 442^296, et excède un peu la demi-toise.
- 1 mètre = o,5i3oç4°y4° to'se — 3S,ç)4i3333 pouces — 3,078444 P'e3s,
- 1 toise = i,949o363oq8 mètre; 1 pied = 0,324839385 mètre;
- 1 pouce = 2,7069948748 centimètres.
- Fr.
- MÉTRONOME. Instrument imaginé par M. Maelzel, pour régler d’une manière certaine la vitesse d’exécution des pièces de Musique. ( F. ce dernier mot, où nous donnerons la description du métronome. ) Fr.
- METTEUR EN OEUVRE ( Technologie ). C’est le nom que prend Forfèvre-joaillier qui s’occupe spécialement de monter les pierres taillées de toute espèce, et principalement les pierres précieuses. Cet art n’était pas connu des anciens, et il n a commencé que sous Louis XIV à prendre une certaine consistance ; mais il n’est parvenu au point de perfection où il eE>t aujourd’hui que depuis peu de temps.
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- Quoique l’art du metteur en œuvre s’exerce en Allemagne, en France, en Angleterre et en Flandre , ce n’est guère qu’en Allemagne et en France que les ouvriers ont acquis de la réputation. Le bon goût qui se fait remarquer dans tout ce qui sort des mains des ouvriers français fait toujours préférer leurs ouvrages de joaillerie.
- La première opération du metteur en œuvre , est de mettre en cire. L’ouvrier a une boîte en fer-blanc, sur le fond de laquelle il place de la cire molle qu’il a pétrie entre ses mains, et qui en remplit toute la surface. Il dispose sur cette cire, à l’aide de Brucelles , les pierres dans l’ordre et selon le dessin de l’objet qu’il veut faire; par ce moyen, il juge déjà de l’effet qu’elles produiront. Il les assujettit en les pressant un peu et en les faisant entrer dans la cire. Il dispose ainsi toutes les parties d’une pièce , quelque compliquée quelle soit.
- Pour décrire l’art du metteur en œuvre avec tous les détails dont il est susceptible , il serait nécessaire d’employer beaucoup de figures et un discours très étendu, que notre cadre ne comporte pas ; nous nous bornerons à décrire la manière dont on s’y prend pour monter un seul diamant en bague , qu’on nomme solitaire, et ce seul exemple sera suffisant pour faire concevoir l’opération dans les cas où l’ouvrier est obligé de placer plusieurs pierres les unes à côté des autres, selon les dispositions d’un dessin qui lui a été donné. Le travail qu’il est obligé de faire pour une seule pierre se répète pour chacune des autres.
- Indépendamment des burins, des échoppes, des limes dont se sert le metteur en œuvre pour monter les pierres , qui sont très connus, et qui ont été déjà décrits, il y en a trois, qu’il est important de faire connaître.
- Le dé à emboutir est un bloc de bronze ( fig. i, PL 38 ) de forme cubique, dont chacune des six faces a 68 millimètres ( 2 pouces et demi ) de côté, percé de plusieurs cavités hémisphériques de différentes grandeurs.
- La bouterolle est un poinçon en acier arrondi par le bout, et qui entre juste dans les trous du dé à emboutir; il en faut par
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- conséquent autant que le dé a de trous. Ces outils ont 8. centimètres ( 3 pouces) de long.
- La boule à sertir est une boule de cuivre A ( fig. z ), percée de plusieurs trous de différentes grandeurs, ajustée entre deux bassins B, C, également en cuivre ou bronze, entre lesquels elle peut se mouvoir en tous sens. Ces deux bassins sont ajustés l’un sur l’autre par trois vis a, b, c. Outre ces trois vis, le bassin inférieur C porte une vis D, qui entre dans l’établi, et sert à la fixer.
- Le marteau à sertir n’a pas la forme des marteaux ordinaires ; il ressemble à une palette que la fig. 3 représente : on voit en À la tête, en B le manche.
- Lorsque la pierre qu’on doit monter est blanche, un diamant, par exemple, la sertissure doit être en argent ; elle est en or pour toutes les autres pierres de couleur. L’ouvrier prend un fil d’argent , ou d’or, selon le cas ; il le contourne de manière à pouvoir entourer la pierre. Il prend ensuite une plaque d’or mince , il 1 ’ emboutit sur le dé à emboutir, à l’aide de la boutterolle adaptée au trou. Cette opération terminée , il en lime la surface, sur laquelle il ajuste le fil d’argent et il le soude à la lampe. C’est un assemblage qu’on nomme chaton.
- L’ouvrier prend ensuite l’anneau d’or qu’il a préparé selon la grosseur du doigt, il ajuste le chaton aux deux bouts qu’il rapproche, et il soude. L’ouvrier habile soude tout-à-la-fôis l’anneau et le fil d’argent sur le chaton.
- Cela fait, il met la bague en ciment, c’est-à-dire qu’il l’enfonce dans le ciment, suffisamment chauffé, dont il a garni une poignée de bois tournée, afin d’avoir la facilité de travailler la sertissure, et de la sertir ensuite sans qu’elle vacille. Il creuse avec un onglet et une Échoppe la place qui doit recevoir les bords de la pierre dans le fil d’argent : il y ajuste la pierre de manière à ce qu’elle y soit bien assise et sans ballottement. Le fil d’argent doit être assez épais, et il doit le creuser assez profondément pour qu’il lui reste au-dessus de la pierre assez de matière pour faire la sertissure, dont nous allions bientôt parler.
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- Pour avoir la facilité de présenter souvent la pierre dans remplacement qu’il lui prépare, l’ouvrier la fixe, par sa partie supérieure , au bout d’un petit bâton dont le bout est couvert de cire. Il y fait un repère , ainsi qu’au chaton, afin de la présenter constamment à la même place.
- Lorsque le chaton est bien préparé , il met la poignée de bois dans un des trous de la boule à sertir, et couvre le fond du chaton de noir d’ivoire, préparé comme nous le dirons plus bas.
- Pour donner de l’éclat aux pierres, le metteur en œuvre place dans la cavité du chaton , et sur le noir , une feuille d’argent battu , mince comme une feuille de papier à lettres, et brunie avec beaucoup de soin d’un brun extrêmement doux et vif. Cette feuille blanche ne se met que sous le diamant et sous les pierres blanches ; il y a beaucoup d’art à la découper de manière que les jointure s se trouvent correspondre aux angles de la taille de la pierre , et qu’elle laisse un trou au-dessous de la petite table qui termine la pointe inférieure de la pierre. Ce trou, qui ne doit pas excéder cette table, laisse à découvert le noir d’ivoire, qui donne un plus beau reflet à la pierre.
- Pour les pierres de couleur, on colore la feuille brunie de la couleur de la pierre , et l’on ne laisse pas le petit point noir-sous la table inférieure. A cette exception près, on opère de même.
- Tout ce préalable rempli, on pose la pierre à la place qu’elle doit occuper, en la présentant au bout du petit bâton garni de cire dont nous avons parlé ; on la détache avec un instrument tranchant, et lorsqu’elle est bien assise, on procède à la sertissure.
- Sertir une pierre, c’est rabattre sur ses bords une partie du métal qui l’entoure, qu’on a relevé sur le contour de la pièce, de manière que le métal ainsi rabattu ne cache de la surface de la pierre que da quantité absolument nécessaire pour l’empêcher de sortir de sa place et la rendre solide.
- A l’aide d’une échoppe à arrêter, l’ouvrier arrête d’abord les
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- sertissures, qui sont les rebords qu’il avait élevés, afin d’empêcher la pierre de chanceler sur sa portée ; ensuite, avec le poinçon à sertir, et à l’aide du marteau à sertir, il resserre les rebords ou les sertissures, de manière à les faire appliquer plus intimement sur la pierre.
- L’opération la plus délicate du metteur en œuvre, est de découvrir, c’est-à-dire d’enlever, avec un poinçon destiné à cet effet, la partie superflue de la sertissure qui couvre la pierre au-delà de la partie sur laquelle elle repose, et qu’on nomme feuillet, de sorte que sans cette précaution elle perdrait de son étendue. Le poinçon dont il se sert prend le nom de fer à découvrir, avec lequel il agit par la partie tranchante de bas en haut. Il arrive de là qu’à force de faire agir ce poinçon dans le sens que nous venons de l’indiquer , la sertissure s’amincit du côté de la pierre, elle la recouvre parfaitement et empêche l’humidité d’y pénétrer.
- On forme ordinairement huit griffes sur la sertissure, afin de donner plus de solidité à la pierre; ces griffes se font à l’aide d’une échoppe. Le bon goût exige qu’elles soient également ou symétriquement espacées entre elles.
- Lorsque toutes ces opérations sont terminées , l’ouvrier polit la bague, d’abord avec la pierre à l’eau, qu’il appelle pierre à passer; ensuite, avec de la pierre ponce en poudre et délayée à l’huile ; enfin, avec du tripoli délayé à l’eau.
- Pour donner le dernier brillant, on avive avec du rouge d’Angleterre, qu’on passe partout avec une brosse. Il ne reste plus qu’à la nettoyer, ce qui lui donne la dernière perfection.
- JSoir du metteur en œuvre. On broie bien exactement du noir d’ivoire à l’eau , aussi fin qu’il est possible , et pour l’employer on le délaie avec de l’eau légèrement mais suffisamment gommée.
- Il est impossible de donner des règles fixes pour l’emploi de ce noir. Les uns remplissent toute la cavité du chaton; d’autres ne placent qu’un point noir au-dessous de la table inférieure ; d’autres remplissent le chaton de poudre noire sèche. Tout cela dépend du goût et des circonstances dans
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- lesquelles se trouve l’ouvrier. L’artiste essaie souvent de plusieurs manières, et il s’arrête à celle qui donne plus de jeu à la pierre, ou qui déguise mieux sa couleur et ses défauts.
- L.
- MEULE, GERBIER (Agriculture). Lorsqu’on ne peut trouver assez de place pour rentrer les foins et les céréales , on les dispose en un grand amas sur le lieu même où s’est faite la récolte : cet amas, construit avec méthode et en prenant des soins particuliers , est ce qu’on nomme une meule.
- Il y a plusieurs manières de faire les meules de foin ; voici la plus ordinaire. Sur le sol un peu élevé, on creuse une rigole circulaire de quelques pouces de profondeur, où viendront s’écouler les eaux pluviales qui tomberont du toit de la meule. Au centre , on plante une perche verticale qu’on prend plus longue que la meule ne doit avoir de hauteur i pour que , fichée en terre, elle dépasse le sommet. Après avoir battu le sol, on le couvre d’un lit de paille ou de foin d’environ 6 pouces d’épais , sur lequel on établit un second lit de fourrage de 8 à 10 pouces , qu’on piétine pour tasser ; puis un autre lit vient au-dessus, et ainsi de suite jusqu’en haut. La perche doit retenir le bout d’un cordeau dont on se sert pour régler le contour de chacun des lits horizontaux, afin que la circonférence soit régulière à chaque étage. Des hommes rangent et foulent le foin qu’on leur jette ; d’autres peignent l’extérieur avec des râteaux , pour enlever le foin qui n’est pas arrêté dans la masse , et qu’on rejette vers le haut. Il est bon de placer des lits de paille mince en divers points, pour rendre la meule plus solide.
- On recouvre le tout d’un toit pyramidal en paille longue liée par petites bottes ; ce toit doit déborder la meule d’un pied tout autour , et servir à égoutter les eaux.
- On a imaginé d’isoler les meules du sol, soit par un lit de platras qu’on couvre de grande paille , soit par une estrade en planches portées sur quatre chevrons posés à plat, soit enfin par un plancher en fonte de fer élevé au-dessus du sol, ainsi qu’on le pratique en Angleterre : l’air circulant par-dessous
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- empêche l’humidite' de gagner le bas de la meule. On peut aussi ménager un courant d’air par un canal central, conduisant à quatre canaux horizontaux qui vont du centre à la circonférence : ces conduits sont faits en planches percées d’une multitude de trous. Quelquefois le toit de la meule est mobile et en planches ; on l’élève à volonté avec une grue sur quatre poteaux, à l’aide de chevilles entrant dans des trous faits aux poteaux.
- Les procédés que nous venons de décrire conviennent pareillement aux meules de paille, et aussi à celles des gerbes de céréales : seulement, comme ces gerbes sont formées en bottes , il est bien plus facile de les ranger. On a soin de les disposer en pente, pour faciliter l’écoulement de l’eau qui pourrait percer la toiture ; on tient les épis tournés vers la partie interne de la meule.
- L’érection des meules exige de l’habitude et de l’art, pour qu’elles soient solides, à l’abri de l’eau , faites avec régularité et élégance, et susceptibles de résister aux vents. Dans les contrées ravagées par les vents, on renonce à la forme symétrique , et l’on préfère l’assurer en inclinant la meule du côté d’où souffle le vent le plus impétueux. Le plus souvent la meule s’élève cylindriquement au-dessus du sol, ou même plutôt va en se renflant ; puis elle diminue de diamètre peu à peu , pour assurer la toiture de paille, qui est semblable à celle des chaumières , et s’attache au pivot central. L’ouvrier qui y a mis la dernière main redescend ensuite de cet édifice avec une échelle qu’on lui apporte.
- Le foin ne se met ordinairement en meule que passagèrement , et pour achever sa dessiccation sans que le soleil le frappe. On le dispose d’abord par ondains, ou lignes suivies par la faux, et on le retourne avec la fourche, afin qu’il jette sa première eau ; le soir on en fait de petits tas , pour abriter de la rosée ; le lendemain on l’étale de nouveau et on le retourne encore, jusqu’à ce qu’il soit presque sec ; alors on le met en meule , pour laisser le temps de botteler sans avoir à craindre la pluie ni le soleil.
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- Le plus grand ennemi des grains, le Charançon , se multiplie prodigieusement dans les gerbiers de cére'ales ; les mulots, souris, etc., s’y cachent et s’y nourrissent aux dépens de l’agriculteur. Il est donc préférable de ne mettre en meules que les pailles et les foins, et de rentrer les grains au grenier, après les avoir battus : il est plus facile alors de les conserver ; et quant aux frais de battage, comme ils sont tôt ou tard nécessaires , il vaut mieux les faire aussitôt après la moisson.
- Fr.
- MEULES. On en distingue de plusieurs sortes. Les meules à aiguiser ou à émoudre sont des cylindres en pierre de grès de diverses dimensions, traversés à leur centre par un axe en fer sur lequel ces meules tournent, soit à bras d’homme, à l’aide de manivelles ou de pédales , soit par toute autre force motrice , au moyen de poulies et de courroies.
- Une meule est réputée bonne, quand elle a partout le même grain, la même dureté , et qu’elle ne s’exfolie point : elle doit tourner rond, et son contour doit être parfaitement uni. Pour cela, quand elle est enarbrée, on la dégrossit au ciseau du tailleur de pierre , et ensuite on la tourne à sec , avec un morceau de fer qu’on présente à sa circonférence.
- On donne le nom de meulard ou de meularde aux grandes et moyennes meules employées dans les grandes usines pour émoudre ou blanchir des objets de quincaillerie, des outils, des limes , etc. Ces établissemens étant pourvus de moteur, on s’en sert pour imprimer le mouvement aux meules : celles-ci tournant très vite , cent et plus de tours par minute, volent quelquefois en éclats par l’effet de la force centrifuge. On préserve des dangers que cela, ferait courir aux ouvriers émouleurs, en entourant la meule d’un bâti en bois de charpente fortifié par du fer, ne laissant à jour à la partie supérieure , que l’espace nécessaire pour lui présenter les pièces à émoudre. Cet entourage est d’ailleurs nécessaire pour retenir l’eau que la meule , sans cela , projetterait fort loin, et qu’il faudrait remplacer à chaque instant, car une meule doit constamment tourner dans l’eau.
- Tome XIII.
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- 3^o MEULES.
- Plus une meule est dure, moins elle a de mordant, mais plus le travail qu’elle exécute est uni. On a pour ébaucher des meules tendres , et pour finir des meules dures, qui disposent très bien les surfaces à prendre le poli.
- Les meules , dans beaucoup de métiers, sont des instrumens indispensables, mais de dimensions différentes. Les couteliers , les fabricans de rasoirs, les rémouleurs qui courent dans les rues , ont de fort petites meules, mais tournant très vite au moyen d’une grande roue , pour évider les lames.
- C’est avec des meules de tôle de fer et des meules de bois tendre, qu’on taille et polit les cristaux. [ V. Cristaux { Taille des ) ].
- On a découvert dernièrement qu’avec un disque ou meule de tôle de fer tournant avec une excessive vitesse, on coupe la fonte la plus dure.
- C’est avec des meules d’acier taillées au ciseau qu’on fait la pointe des aiguilles, des épingles , des clous d’épingle. ( V- Ëpivgle. )
- Les polisseurs se servent de meules de bois , auxquelles ils donnent du mordant avec de la pierre ponce en poudre, de l’émeri, du rouge d’Angleterre, etc.
- Les ouvriers en nacre -, en ivoire , en os , ébauchent sur la meule les pièces qui ne peuvent se mettre sur le tour : mais le contour de cette meule est sillonné de rainures circulaires, afin de faire arriver à l’endroit du travail une plus grande quantité d’eau.
- La plupart des meules sont munies d’un support -, sur lequel on appuie les pièces à émoudre , en même temps qu’on les pousse avec les mains contre la meule.
- Quelques précautions qu’on prenne, il est impossible d’empêcher une meule, quoique de bonne qualité , de se déformer assez promptement par le travail. S’étant pas d’une matière parfaitement homogène dans toutes ses parties , les plus tendres se creusent et produisent des ressauts qu’on est obligé d’aplanir de temps en temps.
- Indépendamment des meules dont nous venons de parler, d
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- MEULIÈRE. 37i
- -existe des meules h écraser, à broyer, à moudre. ( V. Moulins.)
- E. M.
- MEULIER. Ouvrier qui façonne les meules. Aussitôt que celles-ci sont extraites de la carrière , le meulier les examine, les mesure et de'termine les dimensions qu’elles peuvent porter , et se hâte de les travailler, parce qu’en général elles deviennent dures en séchant. Ses outils consistent en une règle , une équerre en fer, un grand et un petit compas, des ciseaux, un maillet, une pince en fer, des pics, des hachettes, et un cric pour manier la masse. E. M.
- MEULIÈRE ( Architecture). Espèce de pierre siliceuse employée dans les bâtimens ; elle est souvent blanche , luisante, dense et en forme de moellons ; on l’appelle alors cail-louasse; on s’en sert pour des fondations, des contre-forts,
- murs de terrasse.....Mais la meilleure meulière pour bâtir
- est celle qui est brune , légère , perforée d’une multitude de trous et d’anfractuosités ; elle charge peu les murs, et se lie très bien au mortier. Cette pierre est préférable à toute autre pour les constructions. On en tire beaucoup de Corbeil, Viry, Versailles.... ; elle prend beaucoup de mortier, et la maçonnerie est plus long-temps à sécher.
- C’est cette espèce de pierre , si abondante à la Ferté-sous-Jouarre , qui s’y trouve en grandes masses et qu’on travaille en meules , d’où lui vient le nom qu’on lui donne ; elle étincelle sous le briquet, est fort dure, et se laisse tailler de manière à faciliter la mouture. Lorsqu’on veut faire une meule , on arrondit le bloc en cylindre d’un diamètre arbitraire (de i à 6 et 8 pieds), en enlevant tout le bouzin et taillant dans le vif. A coups de ciseaux on fait des entailles qui régnent tout autour , en forme de cercle horizontal, laissant une épaisseur d’environ 8 à i o pouces , plus ou moins , à la meule. On fait entrer dans les entailles, à coups de masse, des coins en bois sec , et l’on mouille les coins. Le gonflement que le bois éprouve fend la meulière horizontalement et sépare une meule d’un diamètre plus ou moins grand , selon l’usage qu’on en veut faire. Ou continue de tailler le bloc en cylindre
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- en descendant dans la carrière, et à se'parer autant de meules que le permet la nature des choses.
- Les grandes meules sont ensuite cerclées ea fer pour leur servir de protection , et on les transporte où il est nécessaire. Il se fait un immense commerce de meules en France. On emploie aussi quelquefois, pour déliter les meules, l’explosion de la poudre à canon, ou seulement des coups simultanés donnés sur les têtes de coins en fer tout autour du bloc cylindrique. ( V. Moulin , où l’on indiquera le travail que les meulés doivent faire, leurs formes, la manière de piquer leurs surfaces, et comment on les remplace par la fonte de fer. ) Fr.
- MEUNIER {Arts mécaniques). Ouvrier qui exerce l’art de réduire les céréales en farine et d’en séparer les diverses espèces de son. On ne s’est long-temps servi, pour broyer les grains , que de pilons, de rouleaux et de tables ou mortiers en pierre ; des eseiaves , ou même des criminels , étaient chargés du travail pénible qui consistait à concasser le blé et à le réduire en poudre. Plus tard , on imagina dé coucher deux Meules l’une sur l’autre , d’interposer le grain et de faire tourner celle de dessus , qui était en bois, armée de tètes de clous en fer. Bientôt après on fit les deux meules en pierre ; elles avaient un pied à un pied et demi de diamètre ; ensuite on créa des mécanismes propres à abréger le travail, et la rotation fut produite par la force des animaux. La farine était séparée à l’aide de tamis ou de cannevas. Enfin, on créa les moulins mus par l’eau, le vent et même la vapeur. Nous renverrons à l’article Moulins la description de ces ingénieuses machines, qu’on fait d’ailleurs servir à une multitude d’usages.
- Pour que la mouture soit bonne , il faut que la farine soit au plus tiède en sortant de la meule ; que le son soit large et ait conservé sa couleur. Quoiqu’on ait plusieurs espèces de procédés pour réduire les grains en farine, on peut en réduire les effets à deux ordres principaux, la mouture septentrionale ou à la grosse, où le blé ne passe qu’une fois sous la meule, et la moulure à blanc ou économique, où l’on moud plusieurs
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- fois consécutives, pour tirer une farine plus blanche et en plus grande quantité. Dans la première , qui est la plus généralement en usage, on se contente de faire passer la farine à travers un ou deux bluteaux , pour en retirer des gruaux de divers degrés de finesse ; le reste est réservé pour faire du pain bis. Cette méthode est très défectueuse , parce qu’elle laisse de petits gruaux dans le son qui, étant remoulus, augmenteraient la quantité des farines.
- La mouture économique a l’avantage d’e'curer les sons , de manière à n’y laisser aucune partie de farine. On nettoie d’abord le blé en le passant par différens cribles placés à l’étage supérieur du moulin ; arrivé à la trémie , il descend entre les meules, d’où il sort pour tomber dans un bluteau ou dodinage , qui sépare la première farine. Les sons mêlés aux gruaux vont dans une bluterie qui met à part les différens gruaux, les recoupettes et les sons. Cette première opération terminée , on porte de nouveau sous les meules les gruaux et recoupettes qui ont été séparés, et à l’aide de plusieurs moutures, on en retire des farines diverses. Le restant est le remoulage, la pellicule ou le petit son qui recouvrait les gruaux. Dans ce procédé, la roue motrice fait aller les cribles qui nettoient les grains , les meules qui les broient et les bluteaux qui séparent les sons ; en sorte que le tout marche ensemble et se fait dans le même lieu.
- La mouture économique permet de retirer 160 livres de farine blanche d’un setier de blé, ancienne mesure de Paris, formée de 12 boisseaux , pesant 240 livres, et en outre donne 20 livres de farine bise et 55 livres des différens sons : le reste est un déchet évalué à 5 sur 240 , environ 2 pour joo. Comme l’hectolitre de bon blé pèse 75 kilogrammes, on voit qu’on en retire 5o kilogrammes de belle farine, 6 de farine bise , 17 de différens sons , et 2 à peu près de déchet. La mesure nouvelle est l’hectolitre et demi, qui remplace l’ancien setier, et il est facile de calculer sur ce taux les produits de chaque espèce.
- Des 160 livres de farine blanche dont nous venons de parler, on estime qu’il y en a 92 de première qualité appelée
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- farine de blé, 46 dite première de gruau, et 22 dite deuxième de gruau. Quant à la farine bise, elle donne | dite troisième de gruau, et f dite de gruau. Les 55 livres (l'issues se partagent en 14 de rémoulages, i5 de recoupes et 26 de sons.
- On a pre'tendu que la mouture économique n’était qu’un moyen de faire manger le son avec la farine ; mais il est évident qu’au contraire, lorsqu’elle est bien dirigée, elle donne les produits les plus beaux et en plus grande quantité. Les résultats numériques qui viennent d’être exposés sont ceux qu’on obtient de la mouture la plus parfaite : il est démontré qu’on ne peut aller au-delà de ces limites sans nuire à la qualité de la farine.
- C’est une opinion généralement reçue , que les meuniers trompent les personnes qui ont recours à eux pour leurs moutures ; souvent ils rendent de la farine bise pour de beau blé, ou bien ils font des déchets de 5 et 6 pour 100. À l’aide des résultats numériques ci-dessus énoncés , on pourra se mettre en garde contre les fraudes.
- On peut consulter, sur l’art dont nous traitons , le Manuel du Meunier, par Buquet et Béguillet, et l’Art de la Meunerie, dans les Mémoires de l’Académie.
- Les fraudes des meuniers ont tellement excité l’attention publique, qu’on a désiré des-règlemens qui en arrêtent les manœuvres ; mais la difficulté de rédiger et d’exécuter ces règlemens a été un obstacle jusqu’ici insurmontable. Afin d’éviter les vols des meuniers , on a voulu dispenser le consommateur de leur office, et l’on a imaginé des moulins à bras, pour que chacun puisse faire moudre chez soi le blé nécessaire à sa maison. ( V. le Bulletin de la Société d’En-couragement, T. XI, XII, XIII et XVII.) M. Cagniart-la-Tour a inventé une machine, où une râpe, en fonctionnant, peut moudre du blé ; il a présenté cet appareil comme pouvant être utile en temps de guerre, dans certaines circonstances , attendu que chaque soldat pourrait moudre lui-même le blé nécessaire à sa subsistance. En général,, ces machines ont paru coûteuses , d’une manœuvre pénible et d’un produit
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- MEZZO-TINTO. 3:o
- médiocre, et l’on a préféré en revenir aux meuniers , sauf à supporter les fraudes inévitables de cette profession. Fr.
- MEUTE. Les veneurs donnent ce nom à une troupe de chiens destinés à la chasse : il en est qui sont composées de plus de cent de ces animaux. On désire qu’ils aient à peu près même taille et même vitesse, parce qu’on n’en espère rien d’utile qu’autant qu’ils chassent ensemble et s’aident mutuellement. On en éloigne tout chien trop vif ou trop lent. Des accouplemens bien dirigés et une éducation convenable suffisent pour obtenir de belles meutes, en réformant les chiens qui ne montrent pas la même ardeur que les autres. On fait plus de cas d’une meule pesante que des chiens qui, par trop de feu, n’ont pas le temps de suivre la voie et de se redresser les uns par les autres, lorsqu’ils se fourvoient.
- Nous ne pourrions, sans nous écarter beaucoup du but que nous nous sommes proposé , entrer ici dans les détails nécessaires pour enseigner à modérer la fougue des jeunes animaux , ou leur donner de la souplesse , de l’exercice , etc. , non plus que pour guider la meute , l’animer , la rappeler , la rendre docile, etc. Ce sujet est entièrement hors de notre plan. Fr.
- MEZZO-TINTO ( Technologie ). C’est un mot italien que nous avons adopté dans notre langue, et qui, littéralement, signifie demi-teinte.
- Ce mpt se dit de certaines estampes, qu’on appelle ordinairement en français estampes en manière noire, et de la gravure qui les produit.
- Cette gravure, désignée , comme l’a dit Cochin , par son défaut capital, n’est guère cultivée avec succès qu’en Angleterre, où on l’appelle mezzo-tinto. Elle fut inventée par un certain Sieghen ou Sichen , lieutenant-colonel au service du prince de Hesse-Cassel. Cet officier enseigna son secret à Robert de Bavière , prince palatin du Rhin , amiral d’Angleterre sous Charles Ier. Le palatin communiqua la découverte de Sieghen à Walcrand Vaillant, peintre flamand, et ce secret fut divulgué par l’indiscrétion de quelques ouvriers. Les Anglais
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- 3:6 MICA.
- ont porté ce genre au plus haut degré de perfection dont il soit susceptible.
- La gravure en manière noire ou en mezzo-tinlo diffère entièrement de celle au burin ou à l’eau-forte , par ses procédés et par ses effets. Au lieu que dans ces deux manières ou passe de la lumière aux ombres, en donnant peu à peu de la couleur et de l’effet à sa planche , dans la maniéré noire , au contraire , on passe des ombres aux lumières , et peu à peu on éclaircit sa planche. Le cuivre d’une manière noire est tellement préparé par une infinité de très petits points formés par une roulette , que le fond y est totalement noir et recouvert d’un grain velouté, égal et partout moelleux. Sur ce fond ainsi préparé, le graveur trace son sujet, et avec des instru-mens propres à ce genre de gravure, il enlève peu à peu le fond, suivant les places , et en proportion du plus ou du moins de lumière qu’il veut répandre sur son estampe. Cette manière de graver est presque toujours molle, et ne peut bien rendre que les chairs et les draperies , fût-elle même entre les mains d’un excellent artiste.
- La manière noire ou mezzo-tinto n’exige pas autant de travail que la gravure ordinaire ; mais elles n’a pas le même relief : d’un autre côté, on réussit mieux à rencontrer la ressemblance d’un portrait en mezzo-tinto qu’avec le trait ou la hachure. L.
- MICA (Arts chimiques). On a donné improprement le nom de mica, du mot micare fbriller), à un grand nombre de substances, quoique très différentes entre elles, parce qu’elles avaient la propriété de se diviser en petites lames minces, flexibles et plus ou moins brillantes. Il est aujourd’hui exclusivement appliqué au minéral que les géologues et les minéralogistes reconnaissent aux propriétés suivantes : il se présente sous la forme d’un prisme droit rbomboïdal de 120 et 60 degrés, transparent, d’un éclat vitreux tirant sur le métallique ; il se divise aisément en feuillets ou lames flexibles, élastiques , extrêmement minces ; sa dureté est peu considérable , et moyenne entre celle du gypse et du spath calcaire ;
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- MICA. 877
- il offre la couleur verte ou la couleur rouge , selon qu’on le regarde parallèlement ou perpendiculairement à l’axe des lames ; sa pesanteur spécifique est de 2,65 à 2,93 ; il acquiert par frottement l’électricité vitrée, mais il communique à la résine et à la cire d’Espagne l’électricité résineuse ; en cela il diffère du talc , qui communique à ces substances l’électricité vitrée, et qui de plus a une onctuosité au toucher que ne possède pas le mica. Ce dernier se raie facilement et se réduit très difficilement, à cause de son élasticité, en une poussière blanche ; chauffé au rouge, il devient opaque , prend une couleur jaune analogue à la pyrite de fer , et se divise en une infinité de lames, à l’instar du gypse ; il est fusible au chalumeau , en un émail gris ou verdâtre.
- L’origine du mica remonte aux plus anciennes formations ; il entre dans la composition des roches primitives, telles que le gneiss, le granit, etc. ; il fait aussi partie de diverses roches , comme le grès des houillères et la dolomie du Saint-Gothard , où il est disséminé en petites lames rhomboïdales. On le trouve encore en parcelles libres dans les sables de beaucoup de terrains de transports.
- L’analyse chimique a prouvé qu’un certain nombre de micas contiennent de la magnésie, dont toutes les autres variétés sont entièrement dépourvues , tandis que celles-ci renferment une beaucoup plus grande quantité d’alumine. Il résulte des observations de M. Biot que ces dernières ont deux axes de polarisation répulsive, l’une perpendiculaire à la surface des lames , et l’autre parallèle aux lames , au lieu que les variétés qui contiennent de la magnésie n’ont qu’un axe de polarisation répulsive perpendiculaire à la surface des lames. On a remarqué encore que les variétés de mica alumineuses , dont l’éclat est vitreux, ne sont point attaquées par l’acide sulfurique aidé de la chaleur, et qu’au contraire les variétés magnésiennes , d’un éclat onctueux , sont facilement attaquables par l’acide sulfurique bouillant.
- D’après ces considérations, M. Brongniart a divisé les micas en trois variétés principales :
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- Ire variété. — Micas alumineux, à deux axes , d’un éclat vitreux, non attaquables par l’acide sulfurique. De ce nombre sont les varie'te's : micas rose des États-Unis, en grandes laines de Sibe'rie, argentin de Zinnwald, verdâtre du Mexique, de Kimito ; de Brodbo, prèsFalilun.
- IIe variété. — Micas magnésiens à un axe, d’un éclat onctueux , attaquables par l’acide sulfurique. Ce sont les micas : jaunâtre, onctueux , noir foliacé de Sibérie, de Sibérie à un axe.
- IIIe variété. — Micas lêpidolithes. Cette variété comprend toutes les lêpidolithes qui, d’après les observations de M. Cor-dier, réunissent un grand nombre de propriétés qui doivent les faire considérer comme presque identiques avec les micas. Les lêpidolithes ont la même composition que les micas alumineux , et ne renferment point de magnésie ; mais elles se distinguent par des couleurs variées , le plus ordinairement violâtre , plus rarement rougeâtre , jaunâtre et verdâtre.
- Le mica est employé à plusieurs usages. En Sibérie, on l’a substitué au verre dont on garnit les fenêtres. On a trouvé, dit-on, dans ce pays, quelques feuilles de mica de 3 mètres en carré. La marine russe le préfère au verre pour le vitrage dans les vaisseaux , comme moins susceptible d’être brisé par les commotions de l’artillerie. On s’en sert avec avantage à Boston, à New-Port, dans l’Amérique septentrionale, pour remplacer la corne des lanternes, qui a l’inconvénient de brûler par le contact de la flamme. On emploie le mica eu poudre pour l’appliquer sur certains ouvrages d’agrément, auxquels on donne par ce moyen du brillant. En poudre plus fine , on s’en sert pour dessécher l’écriture. On prétend, mais il n’y a rien de positif à cet égard , qu’en Russie et même eu Belgique, on introduit du mica dans la pâte et dans le vernis de certaines poteries à paillettes brillantes et de diverses couleurs. M. Brard a proposé récemment de substituer des lames quadrangulaires de mica de i5 centimètres , provenant de Saint-Ferréole, près Brives (Corrèze) , aux petites plaques de verre de même dimension dont on se sert pour conserver et
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- MICA. • 379
- transporter au loin le vaccin : elles ont l’avantage d’être moins volumineuses , plus légères et moins fragiles que le verre. *
- M. Rose a trouvé un centième environ d’acide fluorique dans les micas qu’il a examinés. M. Peschier de Genève a vu , dans tous les micas qu’il a analysés, plus de 3o Centièmes d’oxide de titane , qui, selon lui, aurait échappé aux recherches des autres chimistes. Postérieurement à son travail , M. Vau-quelin a constaté la présence de cet oxide métallique dans quelques micas., mais seulement dans la proportion de moins d’un centième.
- Klaproth a fait l’analyse de trois variétés de mica , et a obtenu les résultats suivans :
- Mica Argentin Noir
- foliacé. fie Zinnwalde. de Sibérie.
- Silice .48 ., 4: ... 4^,5
- . 34,^5 ..
- Oxide de fer . 4,5o .. .... i5,5 ... . . . 22
- Potasse . 8,75 .. 4,5 ... . . . ÏO
- Oxide de manganèse. . . . 2
- Magnésie ••• 9
- Perte .. 4 .. 3 ... ... 3
- À l’époque déjà ancienne où Klaproth a publié ces analyses , on n’avait point encore reconnu dans les micas la présence de l’acide fluorique et de l’oxide de titane.
- Dans des analyses récemment faites par M. Rose, et dont nous donnons les résultats ce chimiste a constaté l’existence de l’acide fluorique et d’une petite quantité d’oxide de titane.
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- MICOCOULIER.
- Mica blanc d’Ocbotzh en Sibérie.
- Mica vert de Sibérie,
- Silice •• 47>»9
- Alumine
- Oxide de fer • • 447
- Oxide de manganèse .. 2,58
- Magnésie
- Chaux O M
- Acide fluorique .. 0,29
- Potasse .. 8,35
- Eau .. 4,07
- Titane traces...
- 4°
- 12,67 19,03 o,63 15,70 « » 2,10 5,6i » » 1,63
- L’analyse d’un mica des environs de Falilun et de deux autres micas, a offert à M. Rose des résultats à peu près semblables. l*****b.
- MICOCOULIER ( Agriculture ). C’est un arbre naturel au midi de l’Europe , et qu’on cultive en pleine terre dans toute la France ; il atteint 4o à 5o pieds de hauteur, et plaît dans les jardins et les bosquets par le contraste de ses rameaux pen-dans et de son feuillage sombre et persistant l’hiver : il se prête très bien à la taille comme la charmille, et est peu attaqué par les insectes. Les botanistes l’appellent Celtis australis. Tous les terrains lui conviennent, mais surtout celui qui est chaud et léger : on le multiplie par semences, qu’il faut mettre en terre dès qu’elles sont mûres ; on le lève au bout de deux ans, pour le repiquer en pépinière, et on le plante a demeure à l’âge de cinq à six ans. Il est fort sujet à geler dans sa jeunesse ; mais il repousse de sa racine : il est bon même , lorsqu’il ne gèle pas , de le rabattre au raz de terre, pour lui faire pousser des jets vigoureux , dont on choisit l’un pour former l’arbre : on coupe tous les autres. Le micocoulier convient aux haies , buissons, avenues , etc. ; il vit plusieurs siècles.
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- MICROMÈTRE. 38i
- Cet arbre me'rite d’être plus cultive' qu’on ne fait ; son bois est noir , dur et serre, très souple, n’est point attaque' par les vers et ne se gerce pas. 11 est très utile au charronnage; on en fait des cercles de cuve, de la menuiserie, des pièces sculptées, des brancards , de belle marqueterie, desinstrumens à vent, etc. Il prend un poli satiné très agréable quand on coupe les fibres obliquement ; son écorce est astringente et propre au tannage et à la teinture en noir. Les beaux manches de fouet sont faits en micocoulier ; il y a des pays où on le cultive pour cet usage ; ou le coupe au raz de terre à dix ou douze ans, pour en obtenir des jets vigoureux, qui atteignent jusqu’à 2 toises de haut ; on coupe ces tiges, on les redresse au feu, etc. Les taillis de cette espèce sont d’un bon revenu.
- Les bestiaux aiment à brouter son feuillage. Les fruits sont sucrés et d’un goût assez agréable ; mais on n’est pas dans l’usage de les recueillir, et ils servent de nourriture aux oiseaux. Si l’on pouvait en récolter de grandes quantités , on en fabriquerait une boisson utile : on fait usage de ces fruits dans les dyssenteries. Les amandes des noyaux contiennent une huile douce. Il est des pays où on le fait mourir en l’étêtant et le privant de tous les rameaux qui paraissent : ces tiges servent de soutien aux vignes. Enfin, on assure qu’on peut tirer des jeunes pousses une couleur d’un jaune foncé. Fr.
- MICROMÈTRE ( Arts de Calcul). On donne ce nom, dans les Arts, à tout appareil destiné à mesurer les petites distances. La généralité de cette définition fait pressentir que le nombre de ces instrumens doit être considérable, puisqu’il faut les disposer de manière à se prêter à une multitude presque infinie de circonstances. Déjà à l’article Graduation des instrument , nous avons indiqué plusieurs espèces de micromètres, et particulièrement celui qu’on fait en traçant sur le verre une série de parallèles excessivement rapprochées ( par exemple, ioo dans un millimètre ) ; ces intervalles, presque invisibles à l’œil nu, tant ils sont fins, amplifiés sous le Microscope {V. ce mot), sont assez perceptibles pour servir de mesure à des corps très fins; et quant à l’instrument qui sert à former ces
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- traits parallèles, on en comprendra mieux l’usage, et la,description donnée T. II, page 309, par ce qui va être dit ci-après. ( V. Diviseur de machines. )
- Il serait fort inutile de tenter l’exposition de tous les genres de micromètres,, à cause de leur multitude et de leurs ressemblances. Il suffira de dire que ce sont le plus souvent des ins-trumens où un curseur marche par une Vis de rappel, et dont la progression est mesurée par les tours de la vis, comme cela se fait dams le micromètre astronomique dont nous allons parler. Ce sont aussi quelquefois des Yerniebs , ou bien des appareils d’Optique ( V. Microscope ) qui, grossissant les espaces , les font saisir à l’œil ; ou bien, des verres à double réfraction , comme ceux que nous avons décrits au mot Lunette. Nous croyons que ces exemples , déjà expliqués ailleurs , suffiront pour faire concevoir tous les micromètres , et même pour en imaginer d’autres qui soient propres à remplir de certaines conditions particulières. Nous nous bornerons donc à donner la construction du micromètre dont se servent les astronomes pour mesurer les petits espaces célestes, tels que les différences de hauteurs ou de déclinaisons des étoiles, et les diamètres des planètes. L’utilité de cet appareil, les beaux résultats qu’on en a obtenus, le soin avec lequel 011 réussit à le fabriquer, le rendent le modèle de tous les instrumens de ce genre.
- Un châssis en cuivre (fig. 5 , PI. 10 des Arts de Calcul) est percé d’une fenêtre à jour ACEBFD , sur laquelle est tendu un fil très fin CD ; c’est le plus souvent une soie sortant du cocon, ou un fil d’araignée- Un second fil semblable EF est parallèle au premier , mais mobile, de manière à pouvoir s’en approcher ou s’en éloigner, sans perdre le parallélisme. Ordinairement , il y a un troisième fil AB, fixe et perpendiculaire aux premiers.
- Le mouvement du fil EF est donné par une vis qui entre dans un écrou taraudé tenant au chariot qui porte ce fil. Le chariot est une lame qui glisse juste le long d’une bande à rainure , dans laquelle entre une languette ou le bord de la lame :
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- MICROMÈTRE. 383
- cette bande maintient le chariot pour qu’il ne puisse prendre qu’un va-et-vient parallèle au fil AB , et que par conse'quent le fil EF conserve le parallélisme. On a soin que l’axe de lavis, la rainure de la bande et le fil AB soient exactement parallèles ; que l’écrou ne ballotte pas sur la vis ; enfin , que le pas de celle-ci soit très régulier, sans temps perdu. Une lame de ressort qui presse le curseur ôte le jeu que peut avoir la vis.
- On voit que , pour ^un tour entier de la vis , le fil EF s’avance selon la direction AB d’une longueur égale au pas de cette vis. En amenant d’abord le fil EF en coïncidence avec CD, on s’assurera si ces fils sont parallèles ; puis faisant tourner la vis , pour écarter les fils, et comptant le nombre des tours, on saura de combien de pas ces fils sont écartés. Comme d’une part les filets sont très serrés , et que de l’autre les fractions de tours sont mesurées par une aiguille montée sur l’axe de la vis , et qui parcourt la circonférence d’un ca-d*3h divisé en 100 parties égales, on voit qu’il est aisé d’assigner en petites fractions de millimètre la distance actuelle des fils , ainsi qu’on va bientôt l’expliquer.
- Pour éviter les erreurs causées par le temps perdu de la vis, on amène la coïncidence des fils , en faisant mouvoir le chariot dans le sens où il devra continuer son mouvement pour s’écarter du fil fixe ; car le temps perdu a surtout lieu si l’on tourne la vis en sens contraire. Quand les fils CD,EF paraissent n’en faire qu’un seul, on place l’aiguille du cadran sur-la division numérotée zéro ; car cette aiguille, serrée sur l’axe par une vis de pression, peut à volonté être libre ou dépendante de la vis. Les fractions de tour se lisent ensuite sur le cadran , quand on a écarté les fils, et les tours entiers sont marqués sur la tranche du micromètre par un index qui tient à Fécrou , et qui parcourt une ligne divisée en parties égales numérotées , dont chacune représente un tour entier.
- Le micromètre est construit de manière à s’adapter en avant de l’oculaire d’une lunette : il faut que les fils soient d’abord nettement vus à travers l’oculaire , et l’on en approche ou éloigné ce verre, jusqu’à ce qu’il ait atteint ce point : en
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- outre, il faut que les fils soient au foyer de l’objectif, pour qu’ils n’aient aucune parallaxe , chose qu’on doit bien éviter, parce qu’on ne tirerait de l’observation que des résultats trompeurs. ( V. Lcxette. ) On juge que cette condition est exactement remplie, lorsque Ton ne voit pas marcher le fil sur un objet très éloigné, quoiqu’on promène çà et là l’œil sur le contour du trou percé devant l’oculaire pour laisser voir dans la lunette.
- Lorsqu’on veut mesurer le diamètre d’un astre, ou le chemin qu’il a décrit dans un certain temps, ou sa distance à une étoile qui en est voisine , on commence par diriger Taxe optique de manière à faire coïncider le fil fixe CD avec le bord de la planète, et Ton meut le fil mobile EF de manière à atteindre l’autre bord, ou bien Ton amène les fils à passer par les deux astres dont on veut trouver la distance : on compte ensuite les mouvemens du curseur.
- On conçoit que les mesures prises avec le micromètre n’ont de précision qu’autant qu’on s’est assuré de la distance des fils parallèles. Il ne s’agit pas ici de connaître seulement combien de millimètres sont compris dans l’écartement, car il suffirait de compter le nombre des filets de vis contenus dans un ou deux centimètres de longueur, d’où Ton conclurait celle du pas de vis, et par suite de ses fractions : cette évaluation , faite une fois pour toutes, servirait dans toutes les observations ; mais on veut bien plutôt obtenir làx valeur du petit angle formé par les rayons visuels qui, rasant les deux fils, donne le diamètre de l’objet qui s’y trouve renfermé. Voici comment on obtient cet angle.
- On évalue la distance d’une mire située au loin et la longueur interceptée entre les deux fils , écartés d’un nombre de tours de vis déterminé : en divisant cette longueur par cette distance , le quotient est la tangente de l’angle dont il s’agit; ou plutôt, comme cet angle est très petit, ce quotient est l’angle lui-mème , en sorte qu’en multipliant par sin i", on a le nombre de secondes de cet angle. On a plus de précision dans cette mesure, en observant le temps que met une étoile
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- près du méridien à traverser l’espace des deux fils ; le nombre de secondes écoulées étant multiplié par i5 , donne l’angle en secondes de degré ; mais comme l’étoile ne décrit pas l’équateur, on doit diviser le résultat par le cosinus de la déclinaison de l’astre, pour avoir l’angle demandé. On connaît, par ce petit calcul, la valeur angulaire qui répond à un tour entier de la vis ; et même on a soin de réitérer un grand nombre de fois cette opération , qui doit donner des résultats à très peu près égaux : la moyenne est considérée comme indépendante des erreurs d’observation, et on l’adopte pour terme de comparaison dans toutes les mesures qu’on prendra à l’avenir avec le micromètre. Si, par exemple, on a trouvé qu’un tour de vis répond à un angle de 5",7"5 , et qu’on ait pris une mesure de 3,42 tours de vis ( la fraction 0,42 se lit sur le cadran du micromètre) , on en conclut, en multipliant ces nombres, que l’angle est de 19",75.
- Tout cela suppose que la vis et l’écrou sont construits avec un grand soin, pour que la progression du curseur soit parfaitement uniforme ( T. Vis), et en outre que les fils sont parallèles et que le zéro de l’aiguille répond juste à leur coïncidence. On ne s’assurerait pas exactement de ces dernières conditions en se contentant de placer les fils l’un devant l’autre; mais on amène le fil mobile en contact d’abord à droite, puis à gauche, du fil fixe , de manière à ne laisser passer aucun trait de lumière entre eux , ce qui établit déjà si le parallélisme existe ; puis en notant les graduations de l’aiguille dans les deux positions du fil mobile , la moyenne répond juste à la coïncidence. Si cette moyenne n’est pas zéro, sans y ramener l’aiguille, on tient compte de la différence dans les indications que donne par suite ce curseur.
- Quelquefois la lunette des passages est pourvue d’un fil mobile qu’on place devant ceux du réticule, et auxquels il est parallèle. Le mécanisme est le même ; seulement le micromètre ne porte plus de fil fixe, celui-ci étant remplacé par les fils du réticule.
- M. Richer a imaginé d’adapter aux instrumens qui servent à Tome XIII. 25
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- mesurer les angles , un micromètre pour évaluer les fractions de degré ; cet appareil tient lieu de vernier. Lorsqu’on a pris une valeur angulaire dontla mesure, évaluée sur le limbe, ne donne pas un nombre entier de degrés, on fait mouvoir une vis micrométrique qui tient lieu de vis de rappel et fait marcher l’alidade , jusqu’à ce qu’elle indique une division exacte du limbe , ce dont on juge à l’aide d’une loupe ; le nombre de tours de la vis donne la fraction de degré. De très petits instrumeus conduisent à des mesures extrêmement précises, lorsque la vis est bien travaillée ; et comme cette vis est fort courte, il n’est pas très difficile de la bien exécuter. L’atiteur réussit même à lui donner un pas si exactement choisi, qu’un tour entier de la vis fait marcher l’alidade d’une division juste du limbe , qui est d’un demi-degré. Lé cadran est divisé en 120 parties égales 5 en sorte qu’on lit le 120e de 3o minutes, ou une graduation de 15 secondes , avec un instrument dont le diamètre du limbe n’est que de 11 centimètres. ( V. page 70 -du Bulletin de la Société d’Encourage-ment pour 1820, T. XIX.)
- On remplace souvent avec avantage les micromètres astronomiques par un système de fils fixes; c’est ce qu’on appelle des Réticules : ce sujet sera traité à part. Les personnes qui voudraient avoir des détails plus étendus sur le sujet que nous venons de traiter, pourront consulter le ier vol. , chap. 7, de l’Astronomie de Delambre, et le mot Micromètre dans l'Encyclopédie méthodique. Fr.
- MICROSCOPE ( Arts physiques). On donne ce nom aux instrumeus d’Optique destinés à grossir de petits objets, en les offrant à l’œil sous un angle beaucoup plus grand qu’à la vue simple. Il ne sera pas question ici des microscopes simples ou à un seul verre lenticulaire , parce que ce sujet a été traité avec toute l’éîtenduè qu’il exige au mot Loupe. Nous renverrons de même au mot Lentille , où nou‘s avons exposé én détail la théorie des foyers et des grossissemens, lorsqu’on place l’œil et l’objet dans une relation convenable, par rapport •aux surfaces convexes des verres lenticulaires. La nécessité
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- d’abréger autant que possible la description des appareils nous impose la loi d’éviter les répétitions ; nous supposerons donc , dans ce qui va suivre , que le lecteur a présens à l’esprit les sujets traites aux deux articles qui viennent d’être indiqués.
- Les verres des microscopes peuvent être disposés de diverses manières, ce qui donne à ces appareils des formes différentes ; on peut les varier à l’infini, et nous nous contenterons d’expliquer ceux qui sont le plus en usage.
- Quelquefois on assemble dans un même tube deux lentilles rapprochées ; on fait en sorte de les disposer sur le même axe partantxle l’objet situé près du foyer du verre le plus voisin, qui est l’objectif ; les rayons traversent ce verre , sont réfractés, et il se produit au foyer antérieur une image déjà fort agrandie ; après être sortis du premier verre , ils entrent dans la seconde lentille , qui augmente encore la convergence des rayons ; l’œil, qui reçoit ces rayons émergens , voit donc l’objet sous un angle plus ouvert ; il juge l’objet plus grand, parce que le témoignage de cette grandeur lui est donné par l’ouverture de l’angle. Du reste, l’objet est vu droit, comme à l’œil nu, parce que la lentille oculaire reçoit les rayons émergens en avant du foyer de l’objectif, et que les rayons changent de direction avant la formation de l’image , attendu que les verres sont plus voisins que leurs foyers respectifs.
- La théorie de ce microscope est aisée à concevoir , et nous l’avons déjà exposée, lorsqu’à l’article Loupe, nous avons parlé des biloupes et des iriloupes. Le grossissement est la somme des grossissemens des deux verres. Quand les distances focales' des lentilles sont inégales , il faut avoir soin de placer près de l’œil la lentille qui a le plus long foyer. Ces microscopes ne sont pas d’un usage fort étendu, parce que la lumière est beaucoup affaiblie en traversant des lentilles épaisses et à courts foyer ; aussi est-il bon , quand on s’en sert, d’é-clairer beaucoup l’objet, soit en y projetant de la lumière avec un miroir, soit en la réfléchissant à l’aide d’une capsule d’argent percée au centre , pour donner passage au verre
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- objectif qui y est vissé ; la concavité de cette capsule est tournée vers l’objet-, qui en doit être d’autant plus rapproché que la lentille grossit davantage, c’est-à-dire a un plus court foyer.
- Microscope composé. Cet instrument est formé d’au moins deux verres concaves0 et I (PI. r/j, fig. i àes Arts phjsiques), comme celui que nous venons de décrire ; mais Y oculaire I, ou celui qui est près de l’œil, est placé au-delà du foyer D de l’objectif 0 , ou de la lentille qui est près de l’objet ab qu’on veut agrandir. Si l’on a bien entendu la théorie des foyers des Lentilles ( Tr. ce mot) , on comprendra que si l’objet ab est placé un peu plus loin que le foyer F de l’objectif G, il se formera de l’autre côté , à une certaine distance OD qu’on sait calculer , une image AB agrandie et renversée. Le rapport des grandeurs est précisément celui des distances OE, OD, de l’objet et de son image à la lentille 0 ; et comme plus l’objet «à est près du foyer F des rayons parallèles , plus en même temps le point D s’éloigne , on voit que le grossissement de AB devient plus considérable. Il s’accroît encore quand on prend pour objectif une lentille de très court foyer.
- On pourrait recevoir l’image AB sur un verre dépoli ou sur un écran, et l’on jugerait ainsi de l’effet qu’on vient d’indiquer ; mais on préfère voir cette image à travers une loupe I «lui augmente le grossissement. Puisque l’état optique est tel qu’on peut substituer à l’objet ab situé en E , son image agrandie et renversée AB, le verre lenticulaire I produit le même effet que s’il y avait en D un objet réel AB. En plaçant donc ce verre I un peu plus près de D que ne l’est son foyer principal, on aura la sensation d’une autre image. AB' aussi renversée , mais rejetée à la distance IC où les objets doivent être situés pour être nettement aperçus. Ce verre oculaire ajoute donc son effet à celui de l’objectif (i), mais ne redresse pas l’image.
- (i) Voici le calcul du grossissement. En considérant seulement l’effet de
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- On conçoit maintenant qu’au lieu de mettre un oculaire simple , on pourrait en mettre 2, 3,... place's près les uns des autres et faisant fonction de biloupe ou de triloupe, pour accroître le grossissement. On pourrait encore placer entre l’objectif O et son foyer D un verre intermédiaire qui, augmentant la convergence des rayons émergens, rapprocherait ce foyer D , c’est-à-dire diminuerait la distance OD et la longueur de l’instrument. Ce verre diminuerait aussi la divergence des rayons qui sortent de l’objectif, et par conséquent le grossissement ; mais il affaiblirait la coloration et l’aberration de sphéricité , et donnerait plus de netteté à l’image.
- Enfin, on pourrait disposer l’appareil de manière à pouvoir substituer à l’objectif O, diverses lentilles propres à donner des grossissemens variables selon le besoin. Ces verres seraient d’ailleurs contenus dans des tubes susceptibles d’entrer les uns dans les autres, pour augmenter ou diminuer les distances des verres, comme dans l’usage des lunettes ordinaires. Enfin, le tout serait porté par une monture qui se prêterait au mouvement des pièces, ou du système entier ; qui permettrait de placer l’objet à une distance convenable de l’objectif, et de répandre la lumière sur cet objet au gré. de l’observateur.
- l’objectif, on a OE : OD ‘l ah ‘ AP> = x ah. Mais, d’nn autre côté, si CI est la distance de la vision nette, la loupe I produit sur l’image un
- IC
- effet tel, qu’on a ID : IC : : AB : A'B' = jjj x AB ; donc en mettant ici la
- valeur ci-dessus de AB, on trouve A'B' — x x ah. Le rapport de
- la longueur de l’image h celle de l’objet est égal h celui des produits IC x OD à ID x OE. On voit que plus les deux lentilles sont de courts foyers, et plus le microscope grossit ; mais la nécessité de donner à l’oculaire quelque étendue, et la difficulté' d’e'clairer les objets qui sont très près de l’objectif, limitent les dimensions et les effets de ces verres. On voit en outre que le grossissement d’un microscope n’est pas le même pour toutes les tues; il est plus considérable pour les presbytes que pour les mvopes : il varie aussi avec les positions de l’objet et de l’oculaire par rapport à l’objectif.
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- Telles sont les conditions qu’il s’agit de remplir, et qu’on obtient de differentes manières. Nous nous contenterons d’exposer ici celle de ces dispositions qui estle plus en usage, et qui a e'té imagine'epar Dellebardy mais avant nous ferons remarquer qu’un microscope n’est autre chose qu’une lunette renversée à deux verres convexes, c’est-à-dire que l’oculaire a pris la place de l’objectif, et réciproquement. Aussi peut-on toujours changer une lunette astronomique en un microscope , en mettant près de l’œil le verre qui est tourné vers les objets éloignés, et plaçant près du verre opposé l’objet qu’on veut grossir. Par exemple, la lunette astronomique dont I est l’objectif et 0 l’oculaire (fig. i), fera un microscope dont réciproquement O sera l’objectif et I l’oculaire. Cette remarque nous conduit à renvoyer à l’article Lunette toutes les explications nécessaires pour avoir l’intelligence complète des effets du microscope composé. Mais comme ces deux instrumens ont des destinations spéciales très différentes, ce n’est qu’en théorie qu’on peut réellement changer l’un en l’autre. L’objectif O d’un microscope est toujours une très petite lentille, dont on ne pourrait faire commodément un oculaire ; et de même l’oculaire des lunettes ne grossirait pas assez pour en composer un objectif de microscope.
- Microscope de Dellebard. L’ancien microscope , dont la fig. i représente les effets, consiste , comme on voit, dans un système (fig. 2) formé de trois tuyaux verticaux AB,DC,GE entrant l’un dans l’autre , de manière à pouvoir approcher ou éloigner les verres à volonté ; le tube FH estmonté sur une tige verticale le long de laquelle il peut glisser pour mettre l’objectif A à la distance convenable de l’objet qu’on veut grossir. Cet objet se place sur un verre circulaire retenu dans un anneau S sous lequel est disposé un miroir concave ou plan V, pour jeter de la lumière sur les corps qu’On veut voir par transparence. Les corps opaques sont éclairés par réflexion, à l’aide d’une capsule en argent dont la concavité les regarde, et qui est percée au centre pour laisser passer les rayons qui vont de l’objet à l’objectif. Le tuyau supérieur GF est le porte-ocu-
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- laite, qui renferme une lentille GG en dessus de laquelle on applique l’œil. Le tube DC. porte un diaphragme DD, et il faut entrer le porte-oculaire dans ce tube, selon la force de cette lentille, jusqu’à ce qu’on aperçoive le bord de ce diaphragme avec netteté. Ensuite on entre le second tube DC dans le porte-objectif FH, au point où l’image est transmise, après avoir traversé cette lentille A, ce qui dépend aussi de sa force ; enfin l’objet est approché de l’objectif mn au degré voulu par sa distance focale. On juge que ces cpnditions sont remplies lorsqu’on voit très clairement l’objet. On a d’ailleurs des objectifs de différentes forces qui sont logés dans de petits tubes, qu’on visse au bout À pour varier les grossisseinens, ainsi que des oculaires de rechange.
- Les modifications que Dellebard a apportées à ce système résultent de la description suivante. Une tige carrée et verticale AB ( fig. 3 ) est terminée aux deux bouts par de courts cylindres a,b , destinés à entrer dans des douilles ou trous ronds de mêmes calibres ; le supérieur a entre dans le tuyau d’une petite boîte qui porte les tubes ; l’inférieur b, dans un plateau circulaire B , auquel sont articulés trois pieds s’ouvrant à charnière. Les pieds et le corps des tubes peuvent ainsi être séparés delà tige lorsqu’on veut serrer le microscope dans sa boîte. Des talons servent d’arrêts aux pieds , pour qu’ils ne s’ouvrent qu’au degré voulu pour la stabilité : on les plie pour les rapprocher, quand on veut les loger dans la boîte, pour qu’ils y occupent peu de place. Des vis dépréssion i et k empêchent la tige de tourner dans les douilles.
- Deux petites boîtes carrées C,D, embrassent la tige et peuvent glisser sur sa longueur ; l’une D sert d’attache à deux bras à charnière et formant demi-cercle, qui tiennent par les deux bouts un miroir Y, lequel, tournant sur son diamètre , peut recevoir le degré d’obliquité qu’on désire. Ce miroir pirouette sur deux pointes de vis placées aux bouts des arcs (on les serre à volonté ), et peut être élevé ou abaissé, en faisant glisser la boîte sur la tige par frottement ; on l’y arrête par une vis de pression F. L’autre boite carrée C porte
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- un anneau horizontal M, sur lequel on place un cercle de verre qui y entre dans une rainure ; on peut l’approcher ou l’éloigner des tubes en faisant tourner une tête moletée G qui a sur son axe un pignon, lequel engrène avec une crémaillère pratiquée sur la face antérieure de la tige.
- Les tubes formant le corps du microscope sont serrés dans un anneau H qui s’ouvre à charnière et est fermé par une vis K. La queue A de cet anneau est carrée, etpeut glisser horizontalement dans la boîte À, pour se porter en avant ou en arrière : on l’arrête par mie vis de pression L. Ce mouvement de translation , combiné avec la rotation de la boîte A dans sa douille, permet de présenter l’objectif à tous les points du verre M, où l’objet peut se trouver porté. Enfin, la tige carrée AB peut tourner autour d’une charnière rude qui la brise en N, pour se rejeter en direction horizontale, lorsque cette attitude est nécessaire à l’expérience qu’on veut tenter.
- La partie la plus essentielle de l’instrument, est celle qui contient les verres. Le bout inférieur O des tubes est taraudé en dehors et en dedans ; on visse à l’intérieur plusieurs petits cylindres , où sont fixées des lentilles de rechange de diverses sphères, selon le degré de grossissement qu’on veut obtenir; et à l’extérieur, une capsule concave P en argent, pour éclairer l’objet en dessus, en y réfléchissant la lumière envoyée par le miroir Y.
- La pièce QO, vissée en Q, porte à son bout inférieur l’objectif , et un peu au-dessus une lentille m d’environ 2 pouces de foyer : c’est ce qu’on nomme le premier verre intermédiaire. Il est assez rapproché de l’objectif pour s’interposer entre lui et l’image qu’il projette au-dessus. A 6 centimètres de distance de Q, le tube Qd se termine ; mais un second tube df y entre à frottement, et porte par en bas le second verre intermédiaire n , qui n’est pas, comme le premier, à une distance fixe de l’objectif. Ce verre , et tous les oculaires dont nous allons parler , sont des lentilles de 18 lignes à 2 pouces de foyer. Le second tube d/a aussi 6 centimètres de longueur.
- Un troisième tube gf entre dans le second de 5 centimètres
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- de longueur ; son bout supérieur est taraude' pour recevoir les oculaires, au nombre de quatre. Chacun de ces oculaires est renfermé dans une courte virole taraudée aûx deux bouts, et l’on peut les substituer l’un à l’autre, ou les ajouter ensemble , selon les diverses combinaisons qu’on veut faire. Le plus souvent on ne place qu’un seul oculaire, mais rien n’empêche d’en employer deux ou plus , ou même de les substituer au second verre intermédiaire, les calibres des viroles étant construits de manière à ne pas gêner les mouvemens.
- Les tubes sont tous en cuivre et fendus en long par le bout, pour faire ressort et rendre les glissemens assez doux, sans permettre trop de jeu. Il y a aussi un quatrième tuyau, d’un décimètre de long, qui ne reçoit aucun verre , et qu’au besoin on peut entrer dans le premier tube Qd pour allonger le microscope, et écarter les oculaires de l’objectif et du second verre intermédiaire. Enfin, au-dessus de l’oculaire supérieur, on visse la visière gh ; c’est un tube sans verre , dont le bout supérieur ne porte qu’un petit trou où l’œil s’applique : ce trou est fermé par un bouton qui s’y visse , quand on 11e fait pas usage de l’instrument, pour empêcher la poussière de salir les verres. Cette visière , d’environ 2 centimètres de long, est destinée à tenir l’œil à la distance convenable de l’oculaire ; elle sert aussi, lorsqu’on la visse en bas du deuxième tuyau , à écarter l’objectif du second verre intermédiaire n.
- Cette description suffit pour faire comprendre l’usage de l’instrument et la grande variété d’effets qu’011 peut en obtenir : les dimensions que nous avons données pourront servir à en construire un semblable. Les lentilles objectives numérotées de 1 à 5, sont de 2 à 10 lignes de foyer ; celle dont le foyer est le plus court est la plus petite , la plus convexe et grossit davantage ; mais elle a l’inconvénient d’être très rapprochée de l’objet, d’ôter beaucoup de lumière, de mal détailler les parties qui ne peuvent toutes occuper ensemble la place où la vision est nette. On préfère souvent employer des lentilles moins fortes, et obtenir le grossissement en plaçant convenablement les oculaires. Le principe général est
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- que, plus on veut avoir de grossissement, et plus il faut augmenter la distance entre la lentille objective et le second verre intermédiaire , et aussi plus on doit diminuer l'intervalle entre ce dernier verre et les oculaires. Ainsi, il faut enfoncer le tube gf dans fd, d’autant plus qu’on écartera davantage n de m, sans toutefois amener le verre intermédiaire n dans le foyer des oculaires, ce qui troublerait beaucoup les images. La visière gh doit alors être accourcie , car plus vous mettrez de distance entre les oculaires et l’objectif, et plus l’œil doit se rapprocher du verre supérieur. Cette visière est formée de deux courts tubes vissés l’un sur l’autre, pour en diminuer la longueur, quand cela est nécessaire.
- Le miroir qui projette de la lumière sur l’objet est double sur la même pièce Y. L’un de ces miroirs est d’un côté, l’autre à la face opposée ; le premier est plan, le deuxième concave. On se sert de celui des deux qui convient mieux à l'expérience. Mais plus le microscope s’allonge, plus on perd de lumière , et il faut diminuer l’éclat de la réflexion, aussi bien que lorsque l’objet est transparent. Pour y parvenir, on a des diaphragmes ou lames circulaires noircies, qu’on place sur le miroir , et qui ne laissent voir qu’un disque central plus ou moins étendu, ou bien on se sert du miroir plan , ou enfin ou l’éloigne de l’objet en faisant descendre la boîte D.
- On grossit encore les images en supprimant le deuxième verre intermédiaire n; on peut aussi placer les uns sur les autres tous les oculaires et même le verre n.
- On adapte en outre à la tige carrée du microscope, une piece que nous n’avons pas figurée, pour éviter de rendre la représentation compliquée : c’est une loupe montée sur une tige ayant deux articulations à angle droit, pour permettre tous les mouvemens , comme sur un Genou. On se sert de cette loupe, soit pour disséquer commodément les objets quon veut soumettre à l’observation, soit pour les éclairer pardessus, en plaçant cette loupe de manière que l’objet soit a son foyer.
- On a coutume de joindre au microscope une ou deux pe-
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- tites boîtes contenant diverses petites pièces d’Histoire naturelle, telles que des puces, bouches ou pattes d’insectes, ailes de papillon, etc., qu’on destine à être vues à l’aide du microscope, pour récréer les amateurs. Ces objets sont ordinairement enchâssés dans des anneaux entre deux lames de talc ou de gypse, très mince et transparent.
- Microscope d’Euler. Nous avons exposé, au mot Lüxette , l’effet de la dispersion de la lumière qui traverse des corps transparens à surfaces non parallèles , effet qui a pour objet d’orner les images des couleurs de l’arc-en-ciel, et de donner à chaque couleur un foyer différent. 11 en résulte deux incon-véniens : le premier, de rendre les images diffuses , parce que les distances focales qui conviennent à une couleur ne sont pas propres à une autre, et que par conséquent on ne peut jamais avoir des images nettement terminées ; le second, de colorer les bords des images , ce qui fatigue l’œil et jette de la confusion sur les objets. Nous avons dit qu’on peut remédier à ces inconvéniens par 1 ’achromatisme, dont nous avons expliqué la nature, en donnant les limites qui s’opposent à la perfection de l’art sous ce rapport. On conçoit que dans le microscope composé, comme on agrandit par l’oculaire l’image projetée derrière l’objectif, quelque petites que soient les imperfections de cette image , elles seront agrandies dans le même rapport que l’image même, et qu’il est d’une grande importance qu’elle soit la parfaite représentation de l’objet. Les verres intermédiaires ne remédient que très imparfaitement à ces graves inconvéniens.
- C’est à Euler qu’on doit la théorie de l’achromatisme , qui est d’autant plus nécessaire que l’image se trouve rejetée plus loin de l’objectif. Cet illustre géomètre a donc établi l’utilité des verres composés de substances dont la réfringence est différente et se forment une mutuelle compensation , lorsqu’on les dispose selon certaines règles, dans les instrumens de Diop-trique. Il a indiqué les principes de l’art de composer les microscopes achromatiques, et le Mémoire qu’il a publié à ce sujet ne laisse rien à désirer. Mais il est bien difficile d’as-
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- socier ainsi, sous forme lenticulaire, deux petits verres ac-cole's, l’un en Jlint-glass biconcave , l’autre en crown-çtass biconvexe, à cause de leurs dimensions exiguës. On ne fait guère que des verres achromatiques de 4 lignes de fover ; c’est ainsi que M. Vincent Chevalier les exe'cute ; il en a fait cependant de 2 lignes et demie et même d’une ligne de foyer, et son frère , Louis Chevalier, en a aussi fabriqué de pareils. Mais ces pièces sont coûteuses , et l’on préfère employer la conjugaison de deux lentilles de 2 à 4 lignes de distance focale, placées l’une devant l’autre, parce qu’on en retire le même avantage.
- Le microscope d’Euler n’est autre chose qu’un assemblage d’un oculaire et d’un objectif achromatique : celui-ci O (fig. 1) est de très court foyer, mais achromatique ; l’oculaire I sert de loupe pour agrandir l’image projetée. Ici les verres intermédiaires ne sont plus nécessaires , et diminueraient le grossissement sans utilité : on n’en emploie donc pas. Mais on adapte un oculaire achromatique de Ramsden à deux verres, décrit à l’article Lunettes , qui grossit beaucoup et ne colore pas sensiblement les objets. Le tout est réuni dans des tubeset porté par une monture.
- La fig. 4 montre les détails du microscope achromatique d’Euler, tel que le fait M. Vincent Chevalier : a est le pied, formé de trois branches à charnière ; b est le système des tubes de cuivre formant tirages ; au bout supérieur b" est placé l’oculaire de Ramsden , formé de deux lentilles fixées dans un même tube à la distance qui est requise ; à l’inférieur est la lentille d objective et achromatique. Il place en avant un prisme triangulaire e en cristal, dont deux faces sont courbes, qui fait fonction de miroir et de loupe pour éclairer les objets ( V. l’article Chambre obscure ) ; la lumière qui entre par la face antérieure se réfléchit sur la face plane , inclinée d’environ 450 à l’horizon, et en ressort par la troisième face, pour projeter une vive lumière. Cette pièce présente peu d’utilité , surtout quand l’objectif est de court foyer, parce que le passage du faisceau de lumière projeté est empêché par le
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- bout (lu tube de la lunette. Une platine de cuivre percée à jour d’un grand trou circulaire , bordé d’une rainure , reçoit un cercle de verre sur lequel on place l’objet ; cette platine peut monter ou descendre, par mouvemens lents et parallèles, à l’aide d’un pignon i qui engrène avec mie crémaillère h ; le pignon i porte une tète moletée qu’on tourne à la main. La platine k tient à vis sur une tige qui est menée par la crémaillère et glisse le long d’un petit arbre. En g est un miroir concave pour éclairer en dessous les objets transparens, comme dans le microscope de Dellebard. M. Lebaillif a imaginé de placer sous l’objet un diaphragme f, pour arrêter la trop grande quantité de lumière réfléchie , et ne laisser passer que celle qui est nécessaire, laquelle traverse par de petits trous de divers calibres. Ce diaphragme est une plaque de métal, qu’on glisse dans la fente f.
- Les objets éclairés de la sorte sont plus nettement aperçus, parce que l’éclat réfléchi n’est porté que sur eux, et non pas sur l’œil de l’observateur , comme dans le microscope de Dellebard.
- Le même physicien se sert, pour jeter de la lumière sur les corps, d’une lampe de réflexion (fig. 5) ; c’est un quinquet ordinaire , dont la flamme est environnée d’une cheminée opaque et d’un réflecteur parabolique /, qui projette la lumière en avant. Non-seulement on peut alors faire des observations pendant la nuit, mais on trouve, que, dans les expériences délicates, l’achromatisme est plus parfait lorsqu’on ne se sert pas de la lumière du jour. Le grossissement varie, soit en changeant la force des lentilles objectives , soit en les ajoutant l’une à l’autre , soit enfin en allongeant la lunette par le tirage , ou changeant la force des oculaires.
- Nous croyons superflu d’entrer dans d’autres détails pour montrer l’usage du microscope d’Euler, dont l’emploi est d’ailleurs le même que celui des appareils déjà décrits.
- M. Selligue a présenté ce microscope comme étant de son invention ; l’Académie des Sciences en a fait un éloge mérité • mais le rapporteur ignorait qu’Euler avait décrit cet appareil
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- dans tous ses de'tails, parce que son Mémoire n’avait reçu aucune exécution, par la difficulté de construire les lentilles objectives. On doit à M. Selligue d’avoir ressuscité cette belle invention, et à M. Vincent Chevalier d’avoir montré que l’exécution était possible. C’est encore cet habile artiste qui construit ces microscopes avec le plus de soin et d’intelligence. Les personnes qui désireraient des détails plus étendus sur cet appareil, consulteront le Bulletin d’août 1825, delà Société d’Encouragement, où se trouve le Mémoire d’Euler, publié en 17745 à Saint-Pétersbourg.
- Champ des microscopes. Nous ne reviendrons pas ici sur ce qui a été dit à cet égard à l’article Lexette ; il nous suffira de remarquer que Y aberration de sphéricité causée par les lentilles donne aux bords des images des apparences confuses , lorsqu’on les voit au-delà de certaines limites d’étendue. Plus les verres sont ouverts, et plus la concentration des rayons en un seul foyer, la formation régulière des traits semblables à ceux de l’objet, sont des approximations qui s’écartent de la réalité. On est donc obligé, pour la netteté de la vision, de supprimer les rayons qui s’écartent trop de l’axe, en les interceptant par des diaphragmes, et retranchant ainsi tout ce qui détruirait la pureté des contours. Les rayons qui rasent les bords du diaphragme , en partant de l’oculaire, déterminent l’étendue visible de l’objet, ou le champ de l’instrument.
- Grossissement. Nous avons donné , dans la note page 388, la théorie du grossissement des microscopes ; mais il y a des avantages à l’obtenir par des expériences directes : voici comment on opère. On a de ces verres micrométriques dont nous avons déjà parlé {V. Micromètres, Gradeatiox) ; sur une lame de verre, on trace une série de parallèles excessivement rapprochées ; il y en a , par exemple, 100 dans la largeur d’un millimètre. On place cette lame sur le porte-objet, après avoir réglé.la position de l’oculaire et du diaphragme (celui-ci est nettement aperçu au travers l’oculaire , quand il est juste à la distance exigée ) ; lorsqu'on aura amené le micromètre a
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- la distance de l’objectif qui donne la vision nette des traits, on comptera combien de divisions sont contenues dans le champ de l’instrument. Comme l’image projetée par l’objectif est peinte sur le cercle ouvert du diaphragme , divisez la largeur de son diamètre par lé nombre de parties qu’on y aperçoit , et vous aurez le grossissement de l’image par l’objectif. Mais nous savons que l’oculaire agit comme une loupe qui amplifie l’image dans le rapport de la portée de la vue ordinaire à la distance focale ; donc nous pourrons évaluer le grossissèment que produit l’oculaire sur l’image déjà agrandie, et par conséquent le grossissement total de l’instrument. Si, par exemple, le diaphragme a un centimètre de diamètre , et qu’on compte 20 divisions du micromètre supposé partagé en 10 par millimètre, on voit d’abord que l’objectif grossit ou 5 fois : supposons que l’oculaire grossisse 10 fois [et le calcul doit en être fait à part ( V. Lentille ) ] ; le microscope grossit donc 5 fois 10, ou 5o fois. Bien entendu que les surfaces sont comme les carrés des longueurs , en sorte que le microscope qui fait voir une ligne 5o fois plus grande , grossit 25oo fois la surface des objets. Mais lorsqu’on parle du grossissement d’un microscope, on n’entend jamais parler que de l’amplification des longueurs : l’instrument qui grossit dix fois, est celui qui fait voir les lignes décuples.
- Il faut observer que lorsqu’on déplacé l’objet, le grossissement n’est plus de même : il augmentera, si l’on rapproche l’objet du foyer principal, il diminuera dans le cas contraire ; car l’effet dé ce déplacement de l’objet est de rejeter l’image plus loin de l’objectif dans le premier cas, plus près dans le second. Aussi faut-il alors déplacer l’oculaire pour suivre l’image dans sa nouvelle position, ou plutôt il faut transporter, par -le tirage, le diaphragme DD (fig. 2 ) au foyer de l’objectif, c’est-à-dire au lieu où l’image est portée, et cela sans changer la distance de l’oculaire au diaphragme.
- On tire parti, dans les Arts , du grossissement donné par le , microscope, pour mesurer les dimensions de certains petits corpuscules, par exemple , l’épaisseur d’un fil de soie , de lin
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- ou de laine. On place ce fil sur un verre portant des divisions microrae'triques, et Ton examine au microscope ; en comptant combien d’espaces parallèles se trouvent cachés par la juxta-position de ce fil, on a l’e'paisseur en centièmes de millimètre, si le micromètre porte cent divisions dans l’intervalle d’un millimètre. ( V. Comptf.-Fils. ) Comme l’e'paisseur des objets empêche souvent de les placer au foyer de l’objectif, en même temps que le micromètre, de manière à voir nettement l’un et l’autre , on place un micromètre dans l’in-te'rieur du tube , sur le diaphragme même, lieu où se trouve le foyer de l’objectif, et où l’image agrandie de l’objet est apporte'e. On compte combien d’espaces cette image occupe, et ce nombre, divise' par le grossissement de l’objectif seul pour la même distance focale , donne l’épaisseur de l’objet ou sa grandeur absolue.
- Microscope d’Amici. Le savant physicien de Modène ayant remarqué que les meilleurs microscopes ne sont pas exempts de défauts, et que la situation gênante d’un observateur, dont la vue plonge de haut en bas dans un tube vertical, ne lui laisse pas le pouvoir de continuer commodément ses expériences , a imaginé de rendre le tube horizontal , et d’apporter des modifications à l’appareil pour en perfectionner les effets : l’observateur est alors assis, quand il se sert du microscope , ce qui facilite beaucoup ses travaux. M. Amici a imaginé deux appareils, l’un caiadioptrique, l’autre diop-trique, que nous allons décrire.
- Les appareils accessoires, tels que le miroir éclairant, le porte-objet, la crémaillère, etc., restent les mêmes que dans les appareils précédemment décrits, sauf les modifications qu’y apporte la situation horizontale de la lunette. Le bout du tube du microscope catadioptrique est assez étroit, pour pouvoir s’approcher beaucoup de l’objet situé en dessous ; un petit miroir c ( fig. 6 ), incliné à 45°, réfléchit l’image de l’objet ; elle y entre par un orifice latéral; les rayons brisés sont de nouveau réfléchis par un miroir concave ellipsoidal a> situé vers le bout, à un ou 2 pouces de foyer, ou moins en-
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- core. Ce miroir concave reçoit les rayons émanés de l’objet qui doit être situé à son foyer (supposé placé au-delà du miroir •. plan c à même distance), et renvoie ces rayons à l’autre foyer" de l’ellipse, pour y former une image agrandie. Un oculaire de Ramsden, formé de deux verresf, e, est placé à l’autre bout du tube , qui a environ 6 à 8 pouces de long; il sert à amplifier encore l’image qui est rejetée en i, où l’on place un diaphragme et même un fil d’araignée tendu, pour servir à certaines comparaisons. Voici le détail des miroirs de rechange usuellement employés ; ces pièces se vissent successivement au bout du tube, selon le grossissement qu’on désire :
- Foyers des miroirs. i,5 .. i .. o,6 .. o, 3 pouces;
- Largeurs........... o,6 .. o,3 .. o,3 ..0,2 pouces.
- Nous n’en dirons pas davantage sur un instrument dont la célébrité a été effacée par celle du microscope dioptrique, qui nous reste à décrire; en recourant aux articles Miroirs optiques et Télescopes , on trouvera toutes les notions propres à l’intelligence de l’ingénieux appareil dont nous venons de parler : mais la difficulté de fabriquer des miroirs elliptiques en a beaucoup restreint l’usage, et l’invention des lentilles achromatiques a déterminé les physiciens à donner la; préférence à l’instrument de réfraction dont nous allons donner la description, tel que l’exécute M. Vincent Chevalier.
- Le tube est horizontal, formé de deux tuyaux HG,BQ (fig*. 7), formant un tirage. En H est un oculaire de Ramsden à deux verres m, n, séparés par un diaphragme 1 placé au foyer, conformément à la règle donnée au mot Lunette. On .tire le tube au degré qui convient à la force de l’objectif et au degré de grossissement qu’on veut obtenir. Une grande rondelle AA, en tôle noircie, porte au centre un trou rond; on y entre le bout de l’objectif ; cette rondelle opaque sert à détourner toute la lumière étrangère qui arrive aux yeux de l’observateur dans la situation où il se trouve devant la lunette; il obtient en outre cet avantage, de n’être pas obligé de fermer l’œil qui est sans fonction.
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- Vers le bout ante'rieur du tuyau et en dessous, est placé un petit bout de tube taraudé, sur lequel on visse la lentille objective achromatique ; on peut y placer des lentilles de diverses forces, et même en adapter deux ensemble quand on veut accroître le pouvoir amplifiant. Une image de' l’objet placé un peu en avant de son foyer , est donc rejetée verticalement au-dessus de l’objectif; mais un.prisme triangulaire de cristal, faisant fonction de miroir, renvoie dette image horizontalement ; en sorte qu’elle se trouve portée au foyer g, où l’oculaire la trouve pour l’agrandir. Oh voit que le microscope dioptrique d’Amici n’est autre chose que celui d’Euler, dont la lumière, brisée à angle droit par une réflexion, renvoie l’image dans la direction horizontale.
- Nous ne décrirons pas les pièces accessoires, telles que le pied et la tige qui portent l’instrument, le miroir V éclairant l’objet, le porte-objet GM qui monte ou descend sur la tige àl’àide d’un pignon G grimpant sur une crémaillère, etc. Toutes ces parties sont les mêmes qu’aux autres appareils de même genre.
- Il importe surtout que le prisme D renvoie la lumière parallèlement à l’axe, et qu’on puisse facilement lé nettoyer des poussières dont il est incessamment sali. -La .queue qui le porte tient à une vis, dont la tête E est saillante au bout du tube ; en tournant cette vis, on fait mouvoir la queue du prisme, et il est aisé de l’amener à présenter son plan réflecteur D dans la direction convenable : c’est ce qu’ôn juge a la vue de ses effets. Quand une fois on a réussi à lui donner la place convenable, une seconde vis e l’arrête dans cette situation. Le fond Q de la lunette se dévisse lorsqu’on veut essuyer le verre, qui est seulement ajusté et serré latéralement entre des lames de métal : il suffit de desserrer une vis pour enlever le prisme de sa monture ; on le nettoie , on le remet on place, on visse le fond Q de la lunette , et tout est rentré dans l’ordre, puisqu’on n’a pas touché à la queue du prisme D, qui en assure la disposition. On sait que les rayons qui entrent dans les prismes de cristal de manière à frapper la surface hypoténuse sous un angle de plus dé .ji degrés, au
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- lieu de sortir par cette face en se réfractant, se réfléchissent au contraire. Toute la lumière transmise par l'objectif est donc renvoyée par le prisme.
- Ce microscope est du plus bel effet ; l’usage en est très commode , surtout en adaptant sous le porte-objet un diaphragme percé de trous, qui arrête la lumière renvoyée inutilement par le miroir. Ce diaphragme est une plaque circulaire J qui pirouette sur un axe fixé sous le porte-objet, et vient présenter sous l’objet les divers orifices dont il est percé. Pour éclairer les objets opaques , on les recouvre d’une petite capsule d’argent qui réfléchit en dessus la lumière du miroir ; cette capsule est percée au sommet, pour laisser passer les rayons qui vont à l’objectif: une lentille montée sur deux bras à charnière , sert aussi à éclairer en dessus les objèts opaques.
- On adapte aussi , quand on le Veut, en avant du tube, du côté de l’oculaire, un prisme de cristal formant une Chambre claire, afin de pouvoir dessiner les objets amplifiés qu’on voit, ou du moins marquer sur un papier lés situations relatives des divers points aperçus. Le fil tendu au fover de l’oculaire sert même à Tendre sensibles ces relations et à apprécier les grandeurs.
- Microscope solaire. Si l’on perce le volet d’une chambre entièrement obscure, la lumière passant â travers l’orifice formera un faisceau qui déterminera la représentation des objets extérieurs. ( Chambre obscure, où cet effet est expliqué avec détails, y Placez un corpuscule i en dehors du trou du volet ( fig. 8 ), un peu au-delà de la distance focale d’une lentille très convergente e ( on peut mettre deux lentilles e et c, pour améliorer l’effet ), et vous aurez, à l’intérieur une image renversée/et agrandie de l’objet, formée par les rayons qu’il envoie, et qui , après avoir traversé la lentille s’épanôuissént en un cône lumineux. Recevez cette image sur-un écran, et, suivant que l’objet sera plus voisin du foyer de la lentille , l’image sera plus agrandie elle le sera encore en éloignant l’écran du volet, parce que vous couperez le cône plus loin du sommet.
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- Mais cette image agrandie est difficile à distinguer , parce qu’elle n’a pas assez de lumière. Placez en dehors un miroir plan d qui réfle'chisse les rayons du soleil sur le trou du volet ; fixez à l’entrée une lentille qui réunisse ces rayons et projette une vive lumière sur l’objet i renfermé entre deux lames de verre , et la représentation A sera à la fois grande et éclairée.
- Le pouvoir amplifiant est donné par le rapport des distances ic,cA de l’objet au verre c, et du verre à l’image. Si la lentille est à un pouce de l’objet-, et que l’image soit reçue à S pieds de distance , elle sera 60 fois plus grande, et sa surface sera 36oo fois celle de l’objet. Un ciron paraîtra un colosse ; les plus petits détails seront rendus visibles. Plus vous éloignerez l’écran, plus l’image sera grande, et aussi plus la lumière s’affaiblira, et cela en raison des carrés des distances au sommet du cône, parce que la même lumière se trouve répandue sur des cercles qui varient dans ce rapport. En recevant l’image plus près du sommet, les traits sont plus purs et plus vifs ; cependant les contours sont toujours indécis, le centre seul est nettement exprimé ; et il faudrait recevoir l’image sur un écran concave de rayon CB, pour que le disque entier fût parfaitement pur dans toutes ses parties.
- Un des spectacles les plus curieux qu’offre le microscope solaire, c’est de prendre pour objet quelque dissolution saline ; uné petite goutte de liquide mise sur la lame qui sert de porte-objet, sè vaporise bientôt par la chaleur du soleil, et l’on voit sur le tableau la cristallisation se faire : les cristaux se groupent subitement en formes arborescentes, comme la glace sur nos vitres durant l’hiver.
- On voit que le microscope solaire n’est autre chose qu’un appareil semblable à la Lanterne magique. En se servant de lentilles achromatiques, les images sont beaucoup plus régulières. La fig. 9 montre l’instrument tel qu’on l’a perfectionné : r est le miroir qui réfléchit les rayons solaires ( un Héliostat conviendrait mieux, parce qu’on ne serait pas oblige de faire marcher le miroir à la main , à mesure que le soleil
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- s’avance) ; c est le verre qui condense la lumière sur l’objet o ; cet objet est contenu entre deux lames de verre, qu’on fait glisser dans une fente dont les bords font ressort, pour retenir ce porte-objet ; b est un tube qui perce le volet de la chambre, et au bout duquel est place'e la lentille achromatique.
- Si l’on veut dessiner les objets au microscope solaire, comme cela serait fort incommode à faire sur une toile verticale , on réfléchit le faisceau par un miroir à 45 degrés, qui reporte l’image sur une table. Fr.
- MIEL, mel, substance sucrée connue des anciens, que 1’Abeille, apis mellijica ( Jyr. ce mot) prépare en recueillant le suc, d’une saveur douce, qui se trouve dans les nectaires et sur les feuilles de certaines plantes. Ces laborieux insectes le déposent ensuite dans les alvéoles des gâteaux qu’ils ont eux-mêmes formés.
- On ne sait pas encore d’une manière précise si le miel est tout formé dans le suc des plantes, ou s’il est produit par les abeilles.
- M-. Huber fils a démontré que la cire résulte de l’élaboration d’une partie des sucs récoltés par les abeilles ; ce qui donnerait lieu de penser , par analogie, que le miel est également le produit de la décomposition de ces sucs.
- D’un autre côté , si l’on considère que le suc contenu dans les nectaires est sucré et possède la plupart des propriétés du miel, on sera tenté d’admettre que celui-ci est tout formé dans les plantes.
- Enfin, comme les abeilles nourries exclusivement de sucre ou de miel produisent une certaine quantité de cire, on peut supposer que le miel est contenu dans les sucs recueillis par les abeilles, et que celles-ci en décomposent seulement une partie pour leur nourriture et pour former la cire.
- Le miel se compose de deux sortes de sucre ,’ l’un cristalli-sable , l’autre incristallisable , en diverses proportions ; d’une substance aromatique , d’une matière colorante, d’un peu d’acide et de cire , et quelquefois de marmite.
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- L'extraction du miel est très facile : il suffit, en effet, d’enlever avec la lame d’un couteau les plaques minces de cire qui ferment les alve'oles, et d’exposer les gâteaux ainsi préparés sur des claies, à la température douce d’une étuve, et au-dessus de terrines ou de tout autre récipient. Bientôt le miel, liquéfié par la chaleur, s’écoule goutte à goutte, entraînant beaucoup moins d’impuretés que celui obtenu postérieurement par des moyens plus énergiques. La première portion de miel séparée ainsi spontanément se nomme miel vierge; on ne lui fait subir, ordinairement, aucune espèce d’épuration : peut-être conviendrait-il de le clarifier au charbon , comme nous l’indiquerons plus bas , afin de modifier l’action laxative trop prononcée que certaines personnes éprouvent par l’usage du miel vierge.
- Lorsque l’écoulement spontané du miel cesse d’avoir lieu, on sépare les premières portions ainsi obtenues, on brise les gâteaux ; puis, élevant davantage la température , on parvient à faire égoutter une nouvelle quantité de miel d’une qualité inférieure à la première.
- Pour obtenir la plus grande partie des dernières.portions de miel adhérentes aux cellules des gâteaux brisés, on soumet ceux-ci à l’action graduée d’une forte pression ; il convient de les éplucher préalablement des couvains et rougets qui y sont logés. Quelque précaution que l’on prenne , il en reste toujours une partie, et le liquide azoté qu’ils produisent par la pression, se mêlant au miel, altère sa qualité. C’est à la présence de ce liquide que le miel obtenu en dernier lieu, par la plus forte pression, doit le goût putride qu’il acquiert quelque temps après son extraction.
- Lorsque l’on a extrait des gâteaux toute la quantité de miel que la pression en pouvait séparer, on les renferme dans des sacs en toile claire, on les soumet, dans l’eau , à la température de l’ébullition ; la cire fondue se dégage au travers du tissu et laisse dans l’intérieur des sacs les couvains et autres détritus. La cire refroidie se prend en masse dure ; onia traite alors par les procédés indiqués aux articles Cire et Blanchîmext.
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- Nous venons de voir quelle influence le mode d’extraction exerce sur les qualités du miel ; d’autres modifications sont dues aux différens états de l’atmosplière pendant la saison de sa production , et des propriétés fort remarquables dépendent de la nature des plantes que les abeilles peuvent exploiter. C’est ainsi que les plantes aromatiques de la famille des labiées ( le thym , la lavande , le romarin , les menthes, les sauges, etc. ), produisent les miels les plus suaves, tandis que le sarrazin ne donne que des miels de goût désagréable, et que l’azalis pontique ( azalea pontica, L. ) détermine la sécrétion d’un miel dont l’usage, dit-on , offre des dangers. Tournefort a reconnu que cette plante cause les qualités vénéneuses du miel des bords méridionaux du Pont-Euxin et des montagnes qui avoisinent Trébizonde ; et l’on sait qu’en traversant cette partie de l’Asie-Mineure , un grand nombre de soldats , lors de la retraite des dix mille, furent empoisonnés par le miel qu’ils y avaient mangé. M. A. Saint-Hilaire a communiqué à l’Académie royale des Sciences un âccident remarquable dont il faillit être la victime , qui prouve la qualité délétère du miel du Brésil, produit par la guêpe dite lechenagua, et dont les principes avaient, sans doute , été fournis par une plante de la famille des apocyne'es, très abondante dans le voisinage.
- Le miel le plus renommé pour son arôme et la suavité de son goût, est recueilli sur les monts Hymette et Ida , et dans l’ile de Cuba, où les labiées et autres plantes odorantes abondent. Celui qu’on désigne et qu’on trouve le plus généralement dans le commerce, sous le nom de première qualité, nous vient de Narbonne. On en récolte aussi d’excellent dans le Gâtinais, où des champs de safran et de diverses fleurs aromatiques offrent aux abeilles d’abondantes ressources ; enfin , la vallée de Chamouny, tout émaillée de fleurs entre les neiges des Alpes, fournit un miel blanchâtre fort estimé, tandis que celui que l’on expédie de la Bretagne , où le sar-razin couvre de grandes étendues de terrain, est d’une couleur rousse, d’un goût âcre désagréable ; il s’emploie aux usages
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- les plus communs, et sert notamment dans la Me’decine vétérinaire.
- Les miels de bonne qualité contiennent une proportion très grande de sucre cristallisable, qui se montre , quelque temps après leur extraction, sous la forme de petits grains blancs brillans. On parvient aisément à séparer une partie de ce sucre en délayant le miel dans un peu d’Alcool , renfermant le tout dans une toile forte, serrée , et soumettant à l’action graduée d’une presse : le sirop alcoolique contient presque tout le sucre incristallisable. On imprègne une seconde fois le sucre solide avec de l’alcool ; on soumet encore à la presse. Si l’on voulait l’épurer davantage, il faudrait répéter une troisième fois cette opération.
- Le sucre incristallisable contenu dans le sirop alcoolique est obtenu en évaporant ou distillant celui-ci. On conçoit qu’il doit toujours retenir plus ou moins du sucre susceptible de cristalliser.
- On peut enlever aux miels de qualité inférieure l’acidité, le goût désagréable et la couleur foncée qui les caractérisent et nuisent à leur emploi , par le procédé suivant. C’est de cette manière que l’on doit traiter aussi les miels fermentés qui se rencontrent dans le commerce.
- On verse le miel dans une chaudière, on y ajoute 2 centièmes de son poids de craie lavée (carbonate de chaux ) délayée dans l’eau; on complète l’addition dans le miel de 15 pour 100 de son poids d’eau ; on agite et l’on échauffe promptement ce mélange jusqu’au degré de l’ébullition ; on y projette alors 8 pour 100 de Charbon animal bien préparé en poudre fine ; on délaie exactement, et après deux ou trois minutés d’ébullition , on ajoute encore 2 à 3 pour 100 de Charbon végétal écrasé en poudre grossière; on agite fortement pendant une ou deux minutes. On a apprêté d’avance 2 - pour ioo (toujours du poids du miel employé) d’œufs ( blancs, jaunes et coquilles ) ou de sang frais, battus ou mieux fouettés dans 8 fois leur poids d’eau. Dès que le charbon végétal est mélangé comme nous venons de le dire, on pro-
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- jette dans la même chaudière le liquide albumineux (œufs ou sang); on agite très vivement, et l’on retourne complètement en quelque^ secondes tout le liquide, à l’aide de quatre ou cinq secousses imprimées du fond de la chaudière avec un râble en bois.
- Il faut mettre le moins de temps possible pour opérer cette agitation vive et complète , car elle a pour but de disséminer toute l’albumine et d’éviter la division du réseau qu’elle forme bientôt ; cette division nuisible résulterait d’un mouvement trop prolongé : on doit donc enlever le râblé immédiatement.
- On laisse l’ébullition se manifester, et dès qu’elle a lieu on ouvre une large cannelle adaptée au fond de la chaudière, qui donne issue à tout le mélange et le verse dans un tuyau qui le conduit dans un filtre garni d’un blanchet semblable à ceux dont on fait usage dans les raffineries de Sucre. ( V. ce mot. ) - .
- Les premières parties du liquide sucré ou sirop qui passent au travers du blanchet sont troubles ; on les recueille séparément , pour les reporter sur le filtre.
- Le produit limpide de la filtration étant obtenu, on peut l’employer immédiatement à tous les usages qui nécessitent l’addition de l’eau dans le miel ; mais pour tous les autres, et lorsqu’il s’agit de conserver ou d’expédier le miel épuré, il est nécessaire de le concentrer, en le réduisant à son volume primitif, ou même un peu moindre, par une évaporation rapide. A cet effet, on le fait bouillir vivement dans une chaudière plate, à l’air libre, ou dans une chaudière elliptique et par le vide. ( V. les procédés d’évaporation des sirops, solutions de Secre, qui conviennent également ici. )
- Le dépôt charbonneux ou marc resté sur le filtre, est épuisé de toute la substance sucrée qu’il recèle, au moyen d’arrosages fréquens d’eau bouillante. Il est utile de maintenir les filtres couverts pendant la filtration et les lavages.
- Les solutions faibles obtenues en lavant ainsi lés marcs, peuvent servir à traiter une nouvelle quantité de miel, au
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- lieu d’y employer de l’eau ; mais si l’on ne fait pas d’autre opération , il faut rapprocher ces solutions au même degré de concentration que le miel. Ce dernier produit, ainsi obtenu, a toujours subi quelque altération par la température soutenue à laquelle il a été soumis ; il est plus coloré et d’un goût moins agréable : on doit le réserver pour l’ajouter à d’autre miel dans une clarification subséquente.
- Les sirops de miel épurés par le procédé ci-dessus peuvent être utilement employés à augmenter la proportion du principe sucré dans les moûts faibles de Bière , de Cidre et même de Vlv ; on peut s’en servir dans la confection du pain d’épices, des oublies, des sirops communs, et pour édulcorer diverses préparations culinaires.
- Le miel vierge de bonne qualité est fréquemment employé comme médicament alimentaire et dans le traitement de certaines affections. Il est émollient et légèrement laxatif ; on le prescrit pour édulcorer les tisanes dans un régime rafraîchissant ; on s’en sert de la même manière dans les phlegmasies de poitrine et en gargarisme dans les maux de gorge. Quelquefois on l’applique sur les plaies pour diminuer l’irritation et amener une suppuration de bonne nature.
- Les pharmaciens font usage du miel pour un assez grand nombre de, préparations, et particulièrement dans la confection des robs, sorte de sirops épais que le miel empêche de candir. Ils préparent, en outre , un genre de sirop dont le miel ' forme la base, et que, par cette raison, Von nomme actuelle-’ ment mellitpset. parmi-lesquels on distingue le mellite simple,
- 1 ’Tijdromel, le miel rosat, Y oximel, etc.
- Le mellite. simple n’est autre chose que le sirop de miel, et il s’obtient à l’aide du mode dp clarification que nous avons indiqué ci-dess.us. Lorsqu’il est destiné aux applications médicales, on le prépare dans les pharmacies avec du miel de bonne
- qualité,
- Il hydromel, ainsi que son nom l’indique, est compose d’eau et de miel. On phoisit cette dernière substance d’une belle qualité' et d’un goût suave , sans âcreté, et il suffit alors
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- de l’étendre de seize fois son poids d’eau ; ori filtre au papier joseph et l’on renferme ce liquide clair dans des bouteilles bien bouche'es, tenues dans un endroit frais. Cette sorte d’hy-dromeLne doit être conservé que .pendant quelques jours, car il ne tarderait pas à fermenter. Qn emploie l’bydrpmel simple comme délayant et adoucissant; ; il est prescrit contre les constipations, la toux, etc.
- Vhydromel vineux, s’obtient en excitant la fermentation dans une solution de miel ; par cinq.fqis son poids d’eau, à l’aide de 2 pour 100 , environ, de son poids de levure et d’une température douce (environ 203 centigrades). Lorsque le premier mouvement de la fermentation tumultueuse a cessé, ce qui arrive au bout de cinq ou six jours, on soutire dans une barrique que l’on remplit jusqu’à la bonde ; on pose un linge mouillé sur celle-ci et on laisse les choses eii cet état à la température ordinaire, des caves, pendant deux ou trois mois, jusqu’à ce que tout dégagement de. gaz ait cessé et que le liquide se soit clarifié spontanéznent ; alors on met en bouteilles que l’on conserve dans la cave.
- En France, on ajoute quelquefois un vingtième du poids da miel en crème de Tartre rendue plus soluble par l’acide borique, et une décoction d’un cinquantième du même poids de fleurs de sureau, afin de lui communiquer un goût plus agréable.
- En Russie, on fait plusieurs sortes d’hydromels avec des infusions de framboises, fraises, mûres, cerises, etc., dans lesquelles on ajoute du miel vierge et un peu de levûre ; on laisse la fermentation se soutenir activement pendant près de deux mois à une température de i5 à 18 degrés. Du laisse alors déposer au frais, puis on soutire en: bouteilles.
- M. Cadet-de-Yaux a publié le procédé suivant pour obtenir de l’hydromel potable en quelques jours.
- On clarifie au charbon. 2 kiiog. de miel étendu de 4 litres d’eau, on y ajoute 1 litre d’eau-de-vie dans laquelle ou a fait infuser pendant trois ou quatre jours d’avance , une pincée de fleurs de sureau, autant d’iris de Florence et six amandes
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- amères;-on expose ce mélangé au soleil ou à l’étuve pendant douze à quinze jours ; on filtre,, on met aussitôt en bouteilles que l’on conserve au frais.
- Ollivier de Serre compare un de ces hydromels aromatiques à la Malvoisie, non de celle de « Candie, mais de l’artificielle, dit-il, non faite avec du raisin, mais avec du miel, tant l’homme abonde en inventions. »
- L’hydromel vineux peut être employé comme boisson alimentaire et remplacer la bière ou le cidre. En. Médecine, on le regarde comme stimulant.
- Mellite acide simple ou oximel, oximellite. On désigne ainsi le miel acidifié par du vinaigre, ou mieux avec l’acide acétique concentré.
- On mêle à chaud au bain-marie 53o grammes d’AciDE acétique à 1 o° avec 2 kilogrammes de miel vierge de première qualité. Lorsque la solution est bien fluide, on la verse dans un entonnoirà doubles parois, entre lesquelles on maintient de l’eau à la température de 55 à 60 degrés. On obtient ainsi- un oximel limpide, presque incolore et d’un goût très agréable. C’est le procédé que l’on a substitué avantageusement dans nos officines à l’ancien procédé du Codex.
- L’oximel simple est employé en Médecine comme rafraîchissant et facilitant l’expectoration à la dose de 3o à 64 grammes délayé dans une décoction végétale appropriée.
- Mellite de roses ou miel rosat. On passe une décoction aqueuse de calices de roses rouges, on y ajoute les pétales de ces mêmes roses qu’on laisse infuser à chaud ; on verse sur un filtre de toile ; on comprime très légèrement le marc, on ajoute la quantité de mièl nécessaire pour former un sirop,, et l’on fait évaporer en consistance de miel.
- Ce mellite, faiblement astringent, est administré comme détersif ; il entre dans la composition des gargarismes employé5 contre les inflammations et les ulcères de la bouche et de5 amygdales.
- Van Swieten conseille le mélange du miel rosat avec 1 Acide iiydrochlorique (20 gouttes de ce dernier par once de miel) poUl
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- le traitement des ulcères gangreneux ou scorbutiques de la bouche par applications locales à l’aide d’un pinceau.
- Dans les pharmacies on prépare, pour les usages de la Médecine, divers mellites analogues aux préce'dens, auxquels on ajoute plusieurs autres préparations médicamenteuses ou sucs de plantes, telles que concombre sauvage , mercuriale, romarin , scille, acétate de cuivre, acide hydrochlorique, borate de soude, etc. On trouvera les détails y relatifs dans la derrière édition du Codex et dans le Dictionnaire des Drogues simples et composées que publient en ce moment MM. Chevallier., Guillemain et A. Richard , et qui est au niveau de toutes-.les •connaissances acquises en-ce genre. .P- : , ;
- MIL, MILLET (Agriculture). On donne ce nom â plusieurs espèces de graminées qu’on cultive pour leurs graines. Le grand millet ou le millet d’Afrique,, est le holcus sorghum des botanistes; le millet des oiseaux est le panicum italicum et le mil-liaceum; le gros millet ou millet d'Inde est le Maïs; enfin, plusieurs autres espèces de panicum portent aussi le nom de millet. On cultive principalement ces plantes pour la nourriture des bestiaux et des gens de la campagne, qui en font un pain mat et nourrissant: Ces graminées ne font pas un assez grand objet d’exploitation , surtout en France, pour que nous donnions à ce sujet des développemens ; d’ailleurs la culture eu est la même que celle des mars, et autres céréales. Les tiges du holcus sorgho servent, en Italie et dans le midi de la France, â faire d’assez mauvais balais; les graines sont données aux volailles pour les engraisser. Le petit millet sert à la nourriture des oiseaux qu’on tient en cage ; on le mêle ordinairement à des graines de moutarde, de navet ou des autres crucifères. En général, les millets, ont un port élégant ; leurs fleurs sont en grosses panicules resserrées en épi qui se courbe sous le poids des graines. , Fr. . .
- MILIEU (Artsphysiques). Terme dont on se sert pour designer la substance liquide ou gazeuse à travers laquelle se meut un corps, ou celle que traverse la lumière. Ainsi,, quand un rayon passe obliquement de l’air dans l’eau, la réfraction ,1e
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- brise à la surface de séparation ; l’air-et'l’eau sont alors des milieux. Le verre est un milieu quand oh le considère comme laissant le passage à la lumière, etc. ' - Fa.
- MINE ( Art-s chimiques). Ce mot a trois acceptions, dont deux sont impropres.-Dans la première ; il a été employé à tort commë synonymé de minerai. Dans la seconde, on a fait de ce mot mr usage bien plus inSon venant,-lorsque, joint à un autre mot, on s’en est servi pour exprimer une fausse combinaison , comme dans le cas où l’on a appelé mine de ploml d’Angleterre une combinaison qui ne contient pas de plomb et qu’on sait être Un carbure de fer; ou bien quand on nomme, dans les Arts, mine orange, une espèce de minium qui est un produit de fabriqué. Dans sa véritable-acception , ce mot est pris au pluriel , rhineë-, par lequel on. entend lé lieu où résident les minerais dès métaux autopsides, Ou bien l'excavation d’où l’on extrait ces minerais pour les soumettre aux travaux métallurgiques. ( V. lès articles Mines et Minerais. )
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- MINE, MINOT. Anciennes mesures encore en usage aujoùr-d’hui en plusieurs parties de France ; elles servaient à mesurer les volumes:cle substances sèches , telles que les blés, les pois, les lentilles, la navette, etc. Le minot contient 3 anciens boisseaux de 16 litrons chaque; Il faut 2 minots pour faire une mine, 4 minots pour un setier ; le muid était composé de 12 septiers ou de ^8 mmots. Le minot était un vase cylindrique cerclé en fer au bord du fût, ayant n pouces q lignes de hauteur, sur r pied 2 pouces 8 lignes de diamètre. La mine vaut 3,g décalitres à fort peu près. ( V Mesures.) Fr.
- MINERAI (Arts chimiques). Toute substance minérale naturelle sortant de la terre, et qui renferme' un ou plusieurs métaux, est connue sous le nom de minerai. Mais, sous le rapport métallurgique, ôn désigne plus spécialement par ce mot celles des- substances minérales qui sont assez riches en métaux pour étrè traitées avec avantage et exploitées pour le besoin des Arts; tandis qu’au contraire cm1 ne considère point
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- comme de véritables minerais, les substances pauvres eu métal, ni celles qui en étant abondamment pourvues, comme lés pyrites de fer, le fer arsenical, etc., contiennent en même temps des matières qui s’opposent à ce qu’on en retire du me'tal de bonne qualité.
- Le minerai porte le nom du métal qui y domine ; par-exemple, telle combinaison de cuivre et d’argent est un minerai de cuivre, si l’argent ne s’y trouve qu’en petite quantité ; c’est un minerai d’argent aü contraire , si la quantité de ce métal l’emporte sur celle du cuivre.
- Lorsqu’on a extrait le minerai de la terre, il est soumis à plusieurs opérations dont les unes sont mécaniques , comme le triage, le bocardage, le lavage, etc., et les autres chimiques, comme le grillage. Une opération d’un autre genre, préliminaire à l’exploitation et bien importante pour son succès , est celle qui consiste à déterminer la valeur du minerai, et à s’assurer, par des expériences exactes , si lés métaux qu’il contient sont èh quantité suffisante, non-seulement pour couvrir les frais de l’exploitation, mais pour produire un profit raisonnable.
- ( V. pour le détail de toutes ces opérations, les articles Métallurgie et Docimasie.) L*****r.
- MINÉRALOGIE ( Arts chimiques ) , est la science qui a spécialement pour objet l’étude des minéraux, ou des corps bruts inorganiques qui composent la masse du globe, en y comprenant ceux qui la parcourent, la pénètrent et l’entourent immédiatement, comme les eaux et les fluides. Lés autres corps inorganiques , qui sont le résultat de l’action des forces vitales , chez les animaux et les végétaux , appartiennent à l’Histoire naturelle en général. La Minéralogie a pour but direct de connaître les minéraux par tous les caractères_ qui peuvent servir à lés distinguer lés uns des autres, de les ordonner, de les classer d’après leurs rapports les plus naturels. Mais, prise dans son sens le plus e'tendu, la Minéralogie peut embrasser la Géologie, qui s’occupe de l’examen des minéraux à la place même qu’ils tiennent, et tels qu’ils se présen-
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- tent dans le sein de la terre, du soin de reconnaître les rapports ou connexions qu’ils ont entre eux, la disposition des couches qu’ils constituent, l’ordre dans lequel ils sont placés. Par l’ensemble de ces observations, la Ge'ologie est amenée à expliquer les changemens, à constater les révolutions que diverses parties du globe ont pu éprouver. La Minéralogie peut comprendre encore les Arts qui la concernent médiate-ment, ceux à l’aide desquels on retire les minerais de la terre, on s’assure de leur valeur, et l’on parvient à en extraire les métaux à l’état de pureté : tels sont l’art du mineur et les Arts docimastique et métallurgique. ( V. les articles DocmsiE, Métallurgie, Mives, Mixeurs. ) '
- La Minéralogie rend aussi de nombreux et d’importans services à presque tous les Arts, en leur fournissant des matériaux dont ils font journellement un emploi si avantageux.
- Pour arriver à la connaissance des minéraux, la Minéralogie fait usage de caractères que l’on a distingués en extérieurs, physiques et chimiques. Les premiers sont perçus par les sens , sans qu’il soit besoin d’autre secours ; les seconds sont ceux què les agens physiques développent ; les caractères chimiques résultent de l’action des réactifs , qui , en altérant ou changeant la nature des minéraux , offrent des moyens de les reconnaître. On réunit aujourd’hui ces trois caractères sous les seules dénominations de physiques et chimiques.
- Les caractères physiques sont nombreux , mais ils n’ont pas tous la même valeur ; quelques-uns n’en ont que très peu : ceux qui en ont lé plus sont la forme, la pesanteur spécifique, la dureté, l’électricité , et ceux qui dépendent de l’action de la lumière, tels que l’éclat, la couleur, la transparence,1a réfraction, etc.
- Caractères physiques. —La forme. Ce caractère, considère long-temps comme étant de premier ordre,. et qui conserve encore beaucoup de valeur, en a cependant perdu un peu, depuis que les intéressantes expériences de MM. Beudant et Mitscherlick ont prouvé incontestablement que, dans un grand nombre de circonstances , le même corps pouvait
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- prendre une forme différente, et deux corps de composition très diverse pouvaient affecter la même forme. Ces faits positifs ont dû affaiblir la confiance que l’on avait précédemment accordée aux caractères tirés de la forme. Nous entrerons dans quelques détails à cet égard , en parlant des méthodes ou systèmes de classification.
- La dureté. Un minéral qui en raie un autre est nécessairement plus dur que lui ; ainsi , le diamant a une dureté supérieure à celle de tous les autres corps, parce qu’il les raie tous, et qu’il n’est rayé par aucun. On peut se borner à la série suivante de dix espèces , en allant de la moins dure à la plus dure , pour juger de la dureté des corps.
- 1. Le talc laminaire blanc. 6. Le feldspath adullaire.
- 2. Le gypse prismatique lim— 7. Le quartz hyalin prismé.
- 8. La topaze jaune du Brésil.
- 9. Le corindon télésie.
- 10. Le diamant octaèdre.
- pide.
- 3. Le calcaire rhomboïdal. 4- Le fluor octaèdre.
- 5. Le phosphorite opalite.
- La densité ou pesanteur spécifique. C’est un caractère de grande valeur. Un corps plongé dans l’eau perd un poids égal à celui du volume qu’il déplace ; c’est sur ce principe que sont fondés les instrumens dont on se sert pour déterminer la densité des corps, qui souvent est très différente dans le même corps, selon ses divers états de cohésion. Par exemple, les métaux fondus ou forgés n’ont point la même densité. Le cuivre fondu pèse 7,8 ; le cuivre forgé 8,8 ; le platine forgé pèse au moins 21 ; il ne pèse que 20 s’il a été fondu seulement. ( V. les mots Densité et Pesanteur spécifique.)
- La ténacité. C’est la résistance qu’un corps oppose à la force mécanique qui tend à le rompre. Les corps les plus tenaces parmi les métaux , sont le fer , le cuivre , le platine , l’or et l’argent. On estime la ténacité comparative des métaux, en suspendant des fils métalliques de même longueur et de même diamètre par un de leurs bouts, et en attachant à l’autre des
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- poids jusqu’à ce qu’ils se rompent. Le fil qui résiste au poids
- le plus fort appartient au métal qui a le plus de ténacité.
- La fragilité. C’est la propriété opposée à la ténacité ; les pierres, quoique souvent très dures, comme le silex , se brisent aisément par le choc.
- La flexibilité. Certaines substances minérales jouissent de la faculté d’être ployées ou courbées sans se briser. Quelques variétés de grès sont dans ce cas.
- La ductilité. Par ce mot, on entend la faculté que des corps, et particulièrement certains métaux , ont de s’étendre sous le choc du marteau, ou par la pression du laminoir ou de la filière. Leurs particules glissent plus ou moins aisément les unes sur les autres , par l’effort qu’on leur imprime.
- L’action de la lumière est la cause d’un assez grand nombre de phénomènes , que le minéralogiste sait mettre à profit comme caractères pour la distinction des minéraux ; de ce nombre sont ceux qui suivent :
- ï/éclat. Lorsqu’un minéral dur et opaque renvoie de sa surface, naturellement ou artificiellement polie, une grande quantité de lumière, on dit qu’iZ a de Véclat. Cet éclat est vitreux quand il est analogue à celui du verre ; il est gras, s’il a l’onctuosité de l’huile, comme le quartz gras, le jade, le plomb carbonaté, etc. ; nacré, comme les lames de l’ictyoph-talmite ; métallique ou métalloïde, lorsqu’il résulte d’une grande opacité , et qu’il participe de la couleur du corps qui renvoie la lumière.
- La transparence, la translucidité, Vopacité. Un minéral est transparent lorsque la lumière qui tombe à sa surface, également attirée par toutes ses parties, le traverse complètement , comme le cristal de roche. Il est translucide seulement, si la lumière, inégalement attirée par lui, ne le traverse qu’en partie, comme la calcédoine. Le minéral est opaque, si, réduit à l’épaisseur d’un millimètre, la lumière ne le traverse pas sensiblement, comme cela a beu avec les métaux.
- La réfraction simple et double. Lorsque la lumière traverse
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- un corps obliquement, elle éprouve une déviation qui la ran-proche ou l’éloigne de la perpendiculaire, et qu’on nomme réfraction. En se réfractant, le faisceau de lumière se divise, ou ne se divise pas. Dans le dernier cas, on a la réfraction simple, ou une seule image du corps ; s’il se divise , il produit le phénomène de la double image ou de la réfraction double. {V. l’article Réfraction. )
- La polarisation. En traversant certains corps transpârens ,1 et dans certaines conditions, la lumière se polarise, ce qui veut dire qu’elle se comporte comme si elle avait acquis des pôles. ( V. le mot Polarisation. )
- La couleur. Elle est due à la décomposition de la lumière réfléchie par la surface des corps opaques. Les couleurs des minéraux ont été divisées en propres et en accidentelles. Les premières , auxquelles Werner a surtout attaché une grande valeur pour distinguer les espèces, semblent appartenir aux molécules intégrantes des corps elles-mêmes , car celles-ci les offrent constamment, pourvu que le mode d’agrégation et le degré de densité soient les mêmes. Les couleurs accidentelles des minéraux sont dues à l’interposition de corps étrangers entre leurs molécules, comme l’eau dans les sels , et les oxides dans beaucoup de minéraux. Ces oxides sont èux-mêmes, tantôt essentiels à la composition du minéral, comme le fer dans les grenats et le péridot; tantôt accidentels, comme ce même métal dans l’épidote. Quelquefois les variétés de la même espèce, quoique présentant des couleurs semblables en apparence, diffèrent par la nature des oxides auxquels elles doivent leur couleur ; l’épidote de Zillerthal doit sa couleur au chrome, et celui de Sibérie au fer oxidé ; le chrome oxidé colore l’émeraude, et le fer oxidé l’aigue-marine ou béril ; l’acide chromique rougit le spinelle rubis et le fer oxidé le spinelle pléonaste.
- Il y a des minéraux transparens ou translucides , qui se colorent par suite de quelque altération dans leur structure et qui présentent des phénomènes peu importans comme caractères , parce qu’ils sont accidentels, et qu’ils n’appartien-
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- nent qu’à un petit nombre d’espèces : on leur a donné les
- dénominations d’iridation, de chatoiement, de dichroïsme.
- Uiridation, ou la série des couleurs de l’iris , due à la décomposition de la lumière , est produite , soit par l’application d’une substance légère et incolore à la surface d’un minéral, soit par une altération survenue dans sa structure par des fissures ou par un écartement de ses lames. On peut citer pour exemple le fer cristallisé de l’île d’Elbe, la chaux sulfatée transparente de Montmartre.
- Le chatoiement. Ce mot exprime la faculté qu’ont certains minéraux exposés à la lumière, de la renvoyer, non de leur surface extérieure , mais de leur intérieur , par la surface des lames qui appartiennent à leur structure. On observe ce phénomène dans la baryte sulfatée, l’apophyllite, le feldspath opalin ou labrador.
- Le dichroïsme. Propriété que possèdent quelques minéraux, comme la cordiérite , de faire apercevoir des couleurs très différentes lorsque, placées entre l’œil et la lumière , on les regardé, soit parallèlement, soit perpendiculairement à leur axe.
- « La structure, dit M. Brongniart, qui se distingue de la » texture, est la disposition des joints de séparation des par-,, ties d’un minéral, d’où résulte nécessairement la forme de » ces parties. Ces joints existent dans le minéral indépendam-» ment de toute action mécanique , dont l’effet est de les » mettre à nu. Ainsi, la structure peut indiquer le clivage, » et par conséquent la forme primitive d’une substance cris-» tallisée. » On distingue des structures, feuilletée (schiste argileux), lamellaire (marbre de Paros),fibreuse (asbeste), radiée (zéolithe, fer hématite), etc.
- La texture est, pour le même minéralogiste , « la considé-» ration de la forme non géométrique , de la grosseur et de » l’aspect des parties qui composent une masse minérale. » Ob en connaît de grenue ( grès) , de saccharoide ( le calcaire , la dolomie), de compacte (jaspe), de vitreuse, etc.
- « La cassure s’entend d’une surface mise à nu par le choe » imprimé à un minéral, et qui ne préexiste pas chez lui; dl®
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- » dérive de la structure , de la texture et de la ténacité,
- » qu’elle ne crée point. » Il en résulte que la cassure ne peut être ni lamellaire , ni feuilletée, expressions seulement applicables à la structure ; mais on peut dire qu’une cassure est conique (grès luisant), conchoide (silex pyromaque), raboteuse ( l’argile esquilleuse, le talc ) , résineuse ( le silex résinite ), vitreuse (quartz hyalin) , etc.
- U élasticité. Faculté qu’ont certains minéraux de reprendre leur direction naturelle, lorsque la force qui les avait contraints d’en changer a cessé d’agir (lames de mica).
- La friabilité. Quand l’agrégation des molécules d’un minéral est tellement faible, qu’un léger effort suffit pour les séparer, on dit qu’il est friable. Quelques grès, la plupart des marnes, sont dans ce cas. La friabilité est un avantage dans l’emploi qu’on fait de celles-ci pour amender les terres, et qui , à cause de cette propriété , n’en sont que plus propres à se mêler avec elles.
- Le happement à la langue. Quelques minéraux poreux ét avides d’eau, comme les argiles , adhèrent aisément à la langue, en absorbant l’humidité qui la pénètre.
- Le son. Les métaux surtout sont sonores. Quand cette propriété se rencontre dans les pierres, elle peut être utile pour distinguer les espèces.
- La phosphorescence. Propriété que possèdent un grand nombre de minéraux, d’être lumineux dans l’obscurité, et qu’on peut faire naître chez eux de plusieurs manières : 1 °. par un léger frottement de curedent ou de plume, comme avec la blende ou zinc sulfuré ; 2°. par la chaleur, en plaçant la plupart des minéraux phosphorescens sur un support exposé à un degré de chaleur fixe pour chacun d’eux; 3°. par l’insolation, en les exposant pendant, quelques secondes ou quelques minutes aux rayons directs du soleil, ils acquièrent une phosphorescence qu’ils conservent plus ou moins long-temps ; 4°. en les exposant à l’action des étincelles électriques pendant quelque temps, on leur communique la propriété de luire dans l’obscurité. La couleur de la lueur phosphorescente varie selon
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- les minéraux ; elle est blanche, bleue, verte, jaune, orangée ou rouge. Les belles expériences de M. Dessaigne donnent lieu de penser que la phosphorescence est indépendante de l’in-' fluence de la lumière, et qu’elle est plutôt un phénomène entièrement électrique, et pendant lequel, dans les circonstances favorables, le fluide électrique se dégage des molécules des corps.
- électricité. Le frottement, la pression et la chaleur sont les moyens qu’on emploie pour électriser les minéraux qui en sont susceptibles. Le succin ou électrum, d’où provient le nom d’électricité, les résines, le soufre et les autres substances de texture vitreuse s’électrisent par le frottement, et manifestent cette propriété en attirant à eux les corps légers. La pression entre deux doigts suffit pour électriser une lame de spath d’Islande. Le succin, les résines , le soufre, les substances vitreuses dépolies acquièrent, parle frottement, l’électricité résineuse ou négative ; et les minéraux vitreux polis, l’électricité vitrée ou positive. On remarque que les minéraux électrisés par le frottement ou la pression ne donnent jamais les marques des deux électricités à la fois. Au contraire, les minéraux électrisés par la chaleur, manifestent les signes des deux électricités. Dans ce dernier cas, l’extrémité qui offre le plus grand nombre de facettes donne des signes d’électricité vitrée, tandis que l’électricité résineuse se manifeste toujours à l’extrémité la moins compliquée. Parmi les minéraux électrisés, il en est qui perdent promptement, et d’autres qui conservent long-temps leur électricité. On pourrait, par ce moyen, distinguer un fragment taillé et poli de quartz hyalin, qui ne conserve qu’une demi-heure son électricité, d’un fragment de topaze incolore du Brésil, qui la conserve plus de trente heures, et surtout d’un fragment de spath d’Islande, qui donne des signes d’électricité pendant onze jours consécutifs, quoiquil n’ait été électrisé qu’au moyen de la pression entre deux doigts.
- Le magnétisme. Quelques minéraux possèdent la faculté d’agir sur l’aiguille aimantée. Mais ce caractère n’appartient
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- qu’aux, minerais de fer (parmi lesquels se trouve l’aimant lui-même ou le fer oxidulé aimanté ). au nickel et au cobalt, lorsque ces métaux sont à l’état de pureté. Il faut que les autres minéraux contiennent une quantité de fer très notable et à un faible degré d’oxidation pour agir d’une manière bien remarquable sur l’aiguille aimantée. Le célèbre Haüy, à l’aide d’une méthode qu’il a inventée et nommée méthode de double magnétisme, est parvenu à faire agir sur l’aiguille des minéraux qui, malgré le fer qu’ils contenaient, n’avaient aucune action sur elle. Cette méthode consiste à placer dans le voisinage de l’aiguille un barreau aimanté, de manière à changer en partie sa direction, et à la maintenir vers l’ouest. On conçoit que l’aiguille, à cause de sa tendance naturelle à retourner au nord, n’aura besoin que d’un bien léger effort pour obéir à son penchant ; aussi trouve-t-elle assez d’aide dans les minéraux qu’on lui présente, et qui, sans ce moyen ingénieux, malgré le fer qu’ils contenaient, n’avaient point d’action sur elle, lorsqu’elle était dans l’état ordinaire.
- Caractères chimiques. Quoique les caractères physiques puissent servir avec plus ou moins de succès pour reconnaître les minéraux, et que des minéralogistes d’un grand mérite aient cru devoir les employer presque exclusivement comme moyens de classification, il n’est pas difficile de prouver que les caractères chimiques méritent la préférence ; la constance de ces caractères, leur invariabilité, que les caractères physiques sont loin de présenter, leur assigne le premier rang. Toutefois il ne faut pas se méprendre sur le but que se propose le minéralogiste en les employant, et qui est très différent de celui de l’analyse chimique. L’analyse a pour objet de déterminer et la composition du minéral et la proportion de ses élémens ; elle veut que le minéral soit pur et exempt de tout mélange étranger à sa composition ; elle demande beaucoup de soins, d’habitude , de sagacité, de la bonne foi, surtout, et une grande exactitude. L’emploi des caractères chimiques n’est pas, à beaucoup près, aussi exigeant; ce n’est qu’un essai qu’il veut faire. Il se borne à reconnaître la nature du minéral par des
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- moyens prompts, simples et faciles , mais précis et certains, et qui permettent de le classer dans le genre et l’espèce auxquels il appartient. Peu importe que le minéral soit mêlé à des substances étrangères, pourvu que l’on parvienne à déterminer le composé ou le principe qui domine et qui marque la place qu’il doit occuper.
- On peut admettre trois sortes de caractères chimiques : ceux qui émanent spontanément du minéral et qui agissent d’eux-inêmes sur nos sens ; ceux qui ne se développent que par la seule altération qu’une chaleur plus ou moins forte fait éprouver au minéral ; ceux enfin qui sont les résultats du changement qu’opèrent sur les minéraux les corps qu’on a nommés réactifs.
- La saveur. Le cuivre, le fer, le zinc, à l’état métallique, et surtout à l’état salin, se manifestent par la saveur nauséabonde , ou astringente , ou styptique. Les sels dissous dans les eaux minérales se reconnaissent par leur saveur salée, amère, acide ou alcaline.
- L’odeur. Le fer et le cuivre, et leurs minerais , ont une odeur qui leur est propre, et qui sert seule à les faire reconnaître ; mais le plus ordinairement, l’odeur se développe dans les minéraux, soit par le frottement et le choc, soit par la chaleur. Par le choc, certains marbres laissent dégager une odeur fétide d’hydrogène sulfuré; par la chaleur, le soufre, l’arsenic , etc., exhalent une odeur particulière qui décèle leur nature ; quelquefois le contact de l’haleine humide, comme on le voit dans les argiles, ochreuses, suffit pour en développer l’odeur.
- Mais les caractères chimiques perçus par les sens sont peu nombreux, si on les compare à ceux que fournit la chaleur seule, et surtout aidée par les réactifs.
- La chaleur employée seule n’agit point toujours de la même manière sur les minéraux. Tantôt elle ne détruit que la force de cohésion du minéral, sans en altérer la composition. L’antimoine sulfuré se fond, le mercure sulfuré se volatilise sans éprouver d’altération. Tantôt elle altère l’individu minéralo-
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- gique et de'truit l'affinité' qui unissait ses composans. Elle volatilise le soufre et l’arsenic , partie constituante de certains sulfures et arseniures. Souvent la chaleur, en fondant des minéraux dont la composition est compliquée, mais qui ne renferment que des substances fixes, opère leur décomposition, et crée d’autres composés qu’il n’est plus possible de reconnaître. Il en résulte que les caractères obtenus par cette troisième action de la chaleur sont bornés et de peu de valeur.
- Parmi les moyens employés pour connaître les résultats de l’action de la chaleur sur les minéraux , le chalumeau tient le premier rang. l’article Chalumeau de ce Dictionnaire, pour la description et l’emploi de cet instrument}.
- Les résultats que l’on obtient par l’emploi des réactifs et fondans sur les minéraux pour les reconnaître , ne sont ni moins nombreux, ni moins précieux que ceux fournis par le chalumeau. On renvoie le lecteur aux articles Fond axs et Docimasie , où sont décrits en détail les divers réactifs dont on peut faire usage pour l’essai des minéraux.
- Lorsqu’au moyen des caractères physiques et chimiques, on est parvenu à connaître assez les minéraux pour les grouper, les coordonner, on s’est occupé de classification. Les méthodes ou les systèmes de classification se sont succédé en grand nombre.
- De tous ces systèmes, les uns, le plus anciennement conçus, étaient uniquement fondés sur les caractères extérieurs ; tels étaient ceux de Wallerius , deCronsted, de Kirvan, etc. ; les autres étaient établis, à la fois, sur les caractères extérieurs et sur la composition des minéraux, comme ceux de Werner et Haussman ; les plus nouveaux sont exclusivement fondés sur la composition chimique, tels sont ceux de Haiiy et de M. Ber-zélius.
- Les caractères nombreux que présentent les minéraux, considérés sous le rapport de la classification, peuvent être divisés en caractères essentiels et en caractères accessoires. On nomme essentiels ceux tirés de la forme de la molécule intégrante et de la composition chimique ; par accessoires, on entend la dureté,
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- la pesanteur, la structure, la couleur, etc. Des deux caractères essentiels, celui tiré de la composition est le seul fixe, invariable; c’est au moins ce qui résulte des expériences de M. Mis-teeherlich. Selon cet habile observateur, la même forme cristalline est indépendante de la nature chimique des atomes, et n’est déterminée que par le nombre et la position relative de ces atomes. Une base peut être substituée à une autre dans une combinaison saline, par exemple, la strontiane à l’oxide de plomb, sans que la forme soit changée par cette substitution, pourvu que le nombre des atomes soit le même dans les deux cas. On peut également, dans quelques circonstances, et sans changer la forme de la combinaison, substituer, par exemple, l’acide phosphorique à l’acide arsenique ; toujours avec la condition que le nombre de leurs atomes sera le même. D’un autre côté, deux portions d’un corps simple, dans le même état de pureté, par exemple de soufre, présentent des formes très différentes, si l’une cristallise par refroidissement après sa fusion, et que l’autre cristallise par l’intermède du carbure de soufre. Cette inconstance dans la forme assure la préférence au caractère que donne la composition, et c’est le seul qu’on doive employer comme essentiel et fondamental dans la classification. Cela posé, 1’individu, en Minéralogie, sera, comme l’individu chimique, la réunion d’un certain nombre d’élé-mens dans les mêmes proportions, ou, en d’autres termes, l’individu minéralogique n’est autre chose que la molécule intégrante obtenue par un moyen mécanique qui ne peut en opérer la décomposition. L'espèce est la collection d’individus identiquement composés ; mais elle se partage en variétés qui peuvent différer par des formes secondaires, par la couleur, l’éclat, la transparence, l’odeur, et d’autres caractères physiques ou extérieurs. Le genre est l’assemblage d’un certain nombre d’espèces remarquables par l’ensemble de leurs propriétés et contenant un ou plusieurs principes communs qui établissent entre elles des analogies chimiques. Une famille minéralogique est formée de toutes les combinaisons que peut présenter un corps simple ; ainsi la famille arsenic se compose
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- de l’arsenic natif, l’arsenic sulfuré, l’acide arsénieux ; la famille plomb, de toutes les combinaisons que ce métal forme avec le soufre, l’oxigène et les acides, ou des sulfures, des oxides et des sels. Enfin, la classe comprend un plus ou moins grand nombre de familles qui se distinguent toutes par un ou plusieurs caractères qui leur sont communs, et qui servent à les y réunir.
- Relativement à la classification des minéraux dont les familles se composent, les minéralogistes ne s’accordent pas tous sur la question de savoir lequel on doit préférer, pour établir cette classification, du corps qui fait fonction de base, ou de celui qui remplit les fonctions d’àcide, ou, en d’autres termes, du principe électro-positif, ou du principe électro-négatif. Pour entendre cette distinction, il faut se rappeler que tous les corps composés soumis à l’action de la pile voltaïque, se divisent en deux parties, dont l’une se porte constamment au pôle positif, et l’autre au pôle négatif. S’il s’agit d’un oxide, c’est l’oxigène ou l’élément négatif qui se porte au pôle positif, et le métal ou l’élément positif qui se rend au pôle négatif. Si la pile agit sur un sel, l’acide remplace l’oxigène au pôle positif, et la base remplace le métal au pôle négatif. Dans le cas où le composé n’est ni oxide ni sel, c’est toujours son élément négatif qui passe au pôle positif et son élément positif qui paraît au pôle négatif. Il résulte de ces faits que tous les corps de la nature peuvent être divisés en deux classes, relativement à l’action qu’exerce sur eux le fluide électro-galvanique. Mais ces deux importantes propriétés ne doivent pas être prises dans un sens absolu, elles ne sont que relatives. Ce qui le prouve, c’est que tel corps a qui est électro-positif par rapport à un corps b , joue le rôle d’électro-négatif avec un troisième corps c qui est plus fortement électro-positif que lui : l’oxide d’antimoine, par exemple , joue le rôle de base avec les acides, et celui d’acide avec les alcalis. L’oxide d’aluminium sert de base dans le silicate d’alumine , et fait fonction d’acide dans les aluminiates de chaux, de zinc et de magnésie» Les corps électro-positifs ou les bases, les corps électro-
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- négatifs ou qui font fonction d’acide , peuvent être choisis indistinctement pour la classification. L’un ou l’autre mode a ses avantages et ses inconvéniens. MM. Haüy et Berzélius, malgré les différences qui existent entre leurs systèmes, ont donné la préférence aux bases ou aux groupes chez lesquels le principe électro-positif est commun.
- Ces deux systèmes étant le plus généralement adoptés, et en même temps les plus originaux, seront les seuls que nous exposerons d’une manière succincte.
- M. Haüy a partagé tous les minéraux en quatre classes : les acides libres, les substances métalliques hétéropsides, les substances métalliques autopsides, et les substances combustibles non métalliques.
- La première classe ne renferme que les deux espèces d’acides libres dans la nature , les acides borique et sulfurique.
- La deuxième classe comprend les substances métalliques hétéropsides, ou privées de l’éclat métallique, c’est-à-dire les substances terreuses combinées entre elles ou avec des acides, et que M. Davy a fait connaître pour des oxides métalliques. A cette classe est joint un appendice formé d’un seul ordre,, comprenant les minéraux composés de silice, et les silicates terreux et alcalins.
- Dans la troisième classe sont rangées les substances métalliques autopsides, c’est-à-dire jouissant de l’éclat métallique, ou les métaux proprement dits.
- La quatrième comprend les substances combustibles non métalliques, divisées en quatre espèces : soufre, diamant, anthracite, mellite. Un appendice de cette classe renferme quatre espèces minérales , qu’il nomme philogenes, parce qu’elles tirent leur origine du règne végétal ; ce sont les espèces bitume, houille, jayet et succin.,
- Enfin, un appendice général aux quatre classés , contenant vingt-deux substances dont la composition n’est pas connue, termine sa méthode.
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- Esquisse de la méthode de Haüy} sous forme de tableau.
- ire CLASSE. — Acides libres.
- 2e CLASSE. — Substances métalliques hétéropsides.
- Subdivisées en huit genres, d’après les bases.
- Appendice, un seul ordre. — Silice et silicates.
- 3' CLASSE. — Substances métalliques autopsides.
- 1er ordre. — Non oxidables, mais réductibles immédiatement.
- 2e ordre. — Oxidables et réductibles immédiatement.
- 3e ordre. — Oxidables, mais non réductibles immédiatement.
- A, sensiblement ductiles.
- B, non ductiles.
- 4e CLASSE. Substances combustibles non métalliques.
- Subdivisées en quatre espèces.
- Appendice. — Substances phitogenes.
- Appendice aux quatre classes. — Substances dont la classification est incertaine.
- M. Berzélius, dans son Système de Minéralogie, divise tous les minéraux en deux classes, dont l’une est formée de corps simples et de corps composés seulement de deux élémens , ou de composition inorganique, et la seconde de corps composés de plus de deux élémens , ou de composition organique.
- La première classe est partagée en trois ordres. 1er ordre : métallo)'des, ou corps combustibles qui ne possèdent point les principaux caractères des métaux, tels que le soufre, le bore, le charbon, etc. 2e ordre : métaux électro-négatifs, c’est-à-dire métaux dont les oxides tendent plutôt à jouer le rôle d’un acide que celui d’une base. 3e ordre : métaux électro-positifs , ou ceux dont les oxides forment de préférence des bases salifiables.
- Ce troisième ordre est partagé en deux sous-divisions ,
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- dont la première contient les me'taux dont les oxides se laissent réduire au moyen du charbon, et la seconde renferme les me'taux qui ne se laissent point réduire par les moyens ordinaires, c’est-à-dire les radicaux des alcalis et des terres.
- Chacun des corps contenus dans les trois ordres ci-dessus indiques forme une famille ; les familles sont rangées, relativement les unes aux autres , de manière que le corps simple qui forme la première est le plus électro-négatif, savoir, l ’oxigène; les autres se suivent après cela, à mesure qu’ils sont de plus en plus électro-positifs, et la série se termine par le plus électro-positif de tous, le potassium.
- Les minéraux de chaque famille sont partagés en genres chimiques, par exemple, en sulfures, oxides, sulfates, mu-riates, etc. Ainsi, le genre sulfate , de la famille du fer, contient quatre espèces, savoir : le vitriol vert, le vitriol rouge, l’ocre ou le fer sous-sulfaté terreux , et le fer sous-sulfaté résinite. Le genre silicate des familles des terres contient souvent un grand nombre d’espèces, dont la plupart renferment deux bases , et dont la plus forte détermine la famille dans laquelle le silicate doit être placé.
- Quant à la seconde classe des substances fossiles offrant des •restes d’une organisation détruite, et formées des mêmes élémens, qui ne varient que dans leurs proportions, elle est divisée en six genres, dont les premiers sont ceux oùles traces de l’état primitif se sont le mieux conservées, et les derniers ceux qui sont déjà si altérés que toute trace de leur origine a disparu. Cette classe est terminée par quelques sels fossiles , dont l’un des principes constituans est d’une origine organique.
- PREMIÈRE CLASSE.
- Renfermant des corps simples et des corps composés inorganiques , dans lesquels les atomes composés du premier ordre ne contiennent que deux élémens.
- A, oxigène.
- B, corps combustibles.
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- 1er ORDRE. ORDRE.
- métalloïdes. MÉTAUX ÉLECTRONÉG.
- \Ttfamille. ... soufre. famille... . . arsenic.
- 2' ... chlore. 2e .. chrome.
- 3e ... azote. 3e .. molybdène.
- 4' ... bore. 4e . . antimoine.
- 5e ... carbone. 5e .. titane.
- 6e .,. hydrogène. 6e .. silicium.
- 3' ORDRE. — MÉTAUX ÉLECTRO-POSITIFS.
- lre SOUS—DIVISION. 2e SOUS -DIVISION.
- Métaux dont les oxides se ré- Métaux qui ne sont point ré—
- duisent à chaud, soit par ductibles à l’aide du char—
- eux-mêmes, soit par Vad- bon, et dont les oxides for—
- dition du charbon. ment des terres ou des alcalis.
- famille. .... iridium. famille. ... zirconium.
- 2' .... platine. 2e ... aluminium.
- 3' .... or. 3e ... yttrium.
- 4' .... mercure. 4e . .. glucinium.
- 5e .... palladium. 5e ... magnésium.
- 6e .... argent. 6e ... calcium.
- f .... bismuth. 7e . .. strontium.
- 8e .... étain. 8e ... barium.
- 9e .... plomb. 9' — lithium.
- ioe .... cuivre. 10e ... sodium.
- I Ie .... nickel. IIe ... potassium.
- 12e .... cobalt.
- i3c .... urane.
- 4e .... zinc.
- i5c .... fer. *
- 16' .... manganèse.
- 4' .... cérium.
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- MINES.
- SECONDE CLASSE.
- Renferme les corps compose's organiques chez lesquels les mole'cules compose'es du premier ordre contiennent plus de deux e'ie'mens.
- i" genre. — Corps provenant d’une décomposition plus ou moins lente de substances organiques.
- Humus, tourbe, lignite.
- 2e genre. — Corps résineux.
- Ambre jaune ou succin, re'tin-asphalte, bitume élastique.
- 3e genre, — Substances liquides.
- Naphte, pétrole.
- 4e genre. — Substances bitumineuses.
- Bitume mou, asphalte.
- 5e genre. — Substances charbonntes.
- Anthracite , houille ou charbon de terre.
- 6e genre. — Sels.
- Sulfate d’ammoniaque, muriate d’ammoniaque, mellate d’alumine (mellite).
- L*****r.
- MINES (Exploitation des). On donne ce nom aux excavations que l’on pratique dans le sein de la terre pour eu extraire les substances métallifères et salines qu’elle recèle. Quant à celles destinées à l’exploitation des sables et des diffé-rens matériaux de construction, on les désigne sous le nom de carrières.
- Le mot mine s’applique aussi aux trous cylindriques que l’on fait, soit dans les rochers, soit dans d’anciennes constructions , et que l’on charge avec de la poudre pour les faire sauter. On dit alors faire jouer la mine. On l’emploie en outre pour indiquer les excavations remplies de poudre , ou fourneaux, que l’on pousse sous les fortifications d’une ville que Fon assiège. A l’article Mineur, nous donnerons des détails relatifs à cette dernière acception.
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- Outre l’avantage que l’exploitation des mines procure à la société en fournissant une grande partie des matières premières nécessaires à l’industrie, leur exploitation a beaucoup étendu le domaine des Sciences. C’est dans les mines que la Minéralogie et la Géologie ont pris naissance ; ce sont elles qui nous ont appris les lois suivant lesquelles sont disposées les substances minérales qui composent les filons ; lois qui ont conduit à des conséquences si remarquables sur la manière dont ces masses ont pu se former. En nous fournissant la facilité de pénétrer dans l’intérieur de notre globe, les mines ont encore ouvert un vaste champ à l’observation des physiciens ; par leur moyen, on peut connaître la quantité , la température et le degré variable de pureté des eaux qui circulent dans diverses directions dans les fissures du terrain. C’est là surtout qu’ils peuvent mesurer la température propre des roches à diverses distances de la surface du sol , et résoudre l’importante question de la chaleur propre du globe. Guettard et Deluc furent les premiers qui firent des expériences à ce sujet ; ils publièrent, vers le milieu du siècle dernier, quelques températures prises dans les mines de Wieliska et dans celles du Hartz. Depuis cette époque, un grand nombre d’observateurs , parmi lesquels nous citerons Gensanne, M. de Humboldt, M. Freisleben , M. Daubuisson et M. Fox, ont fait des expériences multipliées. Ces expériences , quoique faites dans des lieux et dans des circonstances différentes et avec des procédés dissemblables, s’accordent toutes à indiquer que la température des mines augmente avec leur profondeur. Cette augmentation est généralement d’un degré centigrade pour 3o à 5o mètres de profondeur ; mais elle ne paraît pas être la même dans toutes les mines , même d’une même contrée. On a soutenu pendant long-temps et quelques géologues pensent encore que cette augmentation de température est due à des causes extérieures et indépendantes delà chaleur centrale. Il serait intéressant de faire connaître les argumens mis en avant pour soutenir cette hypothèse, et les expériences nombreuses qui détruisent cette assertion; mais Tome XIII. 28
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- cette question devant être traite'e à l’article Température delà terre, nous n’entrerons pas ici dans plus de détails à ce sujet.
- Les travaux que nécessite l’exploitation des mines sont nombreux et variés ; ils forment un art particulier, que nous nous proposons de décrire dans cet article. Nous indiquerons aussi le produit des principales mines connues ; et pour donner une idée de leur répartition sur la partie explorée de notre globe, nous ferons connaître les contrées où elles se présentent avec quelque abondance. Nous sommes donc conduits à diviser en deux les détails que nous nous proposons d’indiquer sur les mines. Nous ferons d’abord connaître les moyens de pénétrer dans l’intérieur de la terre, pour arriver aux gîtes métallifères. Nous donnerons ensuite une espèce de revue statistique des différentes mines connues, dans laquelle nous indiquerons leurs noms, leurs positions, et les particularités les plus remarquables qu’elles présentent.
- Recherche et exploitation des mines. Les procédés pour pénétrer dans l’intérieur de la terre et en extraire les richesses qu’elle recèle ont varié avec la civilisation. D’abord on s’est servi du feu pour désagréger les rochers et pouvoir ensuite les abattre avec plus de facilité ; mais ce moyen, devenu très dispendieux par la diminution de combustible, a été remplacé par l’abattage au pic et par l’usage de la poudre. Cette méthode est encore en usage dans quelques cas très rares, lorsque les rochers et les minerais sont extrêmement durs, et que l’emploi des outils et de la poudre ne produirait que très peu d’effet. On voit des exemples de ce genre d’exploitation au Rammelsberg, dans le Hartz où les pyrites cuivreuses que l’on exploite dans cette mine sont engagées dans une masse de quartz et dans les granités stannifères de Gayer et d’Altenberg dans l’Erzgebirge ; cette exploitation est aussi en usage dans quelques parties de la Norvège et de la Suède, où les montagnes presque inhabitées sont encore couvertes de forêts vierges.
- Pour excaver au moyen du bois, on dresse des bûchers contre la paroi de la galerie ou de l’entaille que l’on veut continuer; on les place de manière que la flamme se dirige
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- sur tes parties que l’on veut attaquer. La chaleur que ce genre de travaux développe , et les gaz qui peuvent se dégager de certaines mines pynteuses et arsenicales, exigent que les ou— vriers sortent des mines pendant la combustion, et qu’ils n’y rentrent que quelque temps après. La température est ordinairement considérable, ils doivent en y rentrant jeter de l’eau sur les parois des galeries., Cette opération a l’avantage de faire éclater le rocher, et de rendre plus facile l’abattage au moyen de coins et de leviers.
- L’emploi du pic a succédé à l’emploi du feu ; il est encore en nsage qnand la masse a exploiter est tendre, et snrtout quand elle est caverneuse , car dans ce cas la poudre ne produirait aucun effet ; mais dans tous les autres son emploi est bien préférable ; il apporte une grande célérité et procure une grande économie. C’est ainsi que, dans des galeries hautes de 2 mètres eî demi, le mètre d’avancement a coûté plus de 200 fr. au moyen [du pic et de la pointerole, tandis qu’exploité à la poudre , il n’est pas revenu à plus de4o à 60 fr.
- La manière d’employer la poudre consiste à creuser un trou cylindrique dans le rocher, et à y introduire ensuite une cartouche remplie de poudre, que l’on fait éclater en y portant le feu au moyen d’une mèche d’une certaine longueur. L’instrument dont on se sert pour percer les trous de mines s’appelle yfeuret ; il est composé d’une tige ronde enfer, terminée à son extrémité, soit par un biseau en acier, soit par deux biseaux en croix, comme on le voit dans les fig. 1 et 2, PL 4g des, Arts chimiques. Pour s’en servir,le mineur le tient dnas la main gauche et frappe dessus avec une masse de fer (fig. 3), qu’il tient de la main droite ; il a soin de tourner le fleuret à chaque coup qu’il donne, afin que le biseau entaille la pierre dans tous les sens. A mesure que le trou s’approfondit, on se sert de fleurets plus longs. La poussière que le choc du fleuret produit est enlevée de temps en temps avec un petit instrument que l’on appelle curette, et qui consiste ( fig. 4 ) en une tige de fer à l’extrémité de laquelle est une petite cuillère ou un disque en fer. Les dimensions des trous de mine
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- varient avec la nature du rocher. Dans les mines métalliques* ils ont ordinairement de o"*,4o à om,65 de profondeur, sur ora,o3 à o”‘,o5 de diamètre. Dans les mines de sel et dans les carrières de pierre à bâtir, où le rocher est bien moins résistant, on donne jusqu’à im,3o aux trous de mines. Dans ce cas, la manœuvre exige au moins deux ouvriers, un qui tient le fleuret et le tourne continuellement, et l’autre qui frappe avec la masse.
- Lorsque le rocher ne donne pas d’eau, on peut alors mettre la poudre immédiatement dans le trou de mine ; dans le cas contraire, il faut tâcher de boucher les fissures par lesquelles elle s’introduit, en les garnissant de glaise. Si l’eau arrivait avec trop d’abondance , on enfermerait la poudre dans une cartouche de toile cirée. La poudre ne se met pas à même le trou ; il serait trop difficile de la placer convenablement : on l’emploie ordinairement en cartouches faites en jfipier, que l’on introduit à la partie inférieure du trou de mine, après y avoir enfoncé sur le côté une petite broche cylindrique ( fig. 5 ) nommée épingïette. On bourre le trou avec de l'argile sèche ou avec des pierres tendres réduites en petits frag-mens : on se sert pour cet usage d’un barreau cylindrique en fer ( fig. 6 ), portant une cannelure pour la place de l’é-pinglette. Lorsque le bourrage est terminé , on retire l’épm-glette, celle-ci a laissé un canal destiné à porter le feu à la cartouche. On remplit ce petit canal de poudre fine, au moyen d’un tuyau de plume, de paille ou de papier. On colle sur ce tuyau une petite mèche soufrée, dont la longueur est assez grande pour que l’ouvrier puisse se retirer à une distance ou il n’ait rien à craindre.
- Dans la plupart des mines, on se sert d’épinglettes en fer ! mais les rochers siliceux, étant susceptibles de donner des étincelles par le choc , leur emploi est très dangereux ; il faut leur substituer des e'pinglettes en cuivre, qui n’offrent pas cet inconvénient. Ces dernières sont, à la vérité, moins commodes, parce qu’elles se plient et se rompent facilement-Aussi les ouvriers, naturellement fort insoucians de l'avenir,
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- apportent beaucoup de résistance à cette substitution, et il arrive très fréquemment qu’ils remplacent les épinglettes-en cuivre qu’on leur fournit, par des épinglettes en fer qu’ils apportent eux-mêmes.
- La poudre en usage dans les mines est moins fine que celle destinée au service de l’artillerie ; on la désigne sous le nom de poudre de mine. On l’emploie ordinairement pure ; il paraît qu’on a essayé de la mélanger avec une certaine quantité de sciure de bois, et qu’on est parvenu à diminuer ainsi la consommation de poudre, sans diminuer l’effet produit.
- Le placement des trous de mines demande beaucoup d’attention de la part des ouvriers ; aussi les maîtres mineurs sont ordinairement chargés d’en indiquer la place et la direction : ils doivent être placés de manière à produire le maximum d’effet. Pour cela, il faut considérer le sens des couches du terrain, s’il est schisteux, et les fissures qu’il peut présenter.
- Lorsque la mine a éclaté, l’ouvrier , au moyen de coins, de leviers et de divers autres outils, communs , du reste , à tous, les terrassiers , détache les parties ébranlées, et procède, au. percement d’un nouveau trou de mine.
- Lorsqu’il s’agit de miner sous l’eau , circonstance assez rare-dans les mines, mais qui peut cependant se présenter lors-, qu’on travaille dans le fond des travaux, on peut employer le procédé suivi dans les ports, qui consiste à introduire dans le trou.de mine qui a été pratiqué un cylindre en fer-blanc, du même diamètre que lui ; on y introduit ensuite la cartouche, que l’ôn bourre de la manière ordinaire. Quelquefois la cartouche, faite d’une toile imperméable , est mise immédiatement dans le trou'de mine, alors on remplace le bourrage par un cylindre en fer du même diamètre que le trou, composé de deux coins disposés en sens inverse, de manière que la pression ne fait que les serrer davantage contre le rocher.
- Après avoir exposé les moyens que le mineur met en usage pour pénétrer dans l’intérieur de la terre, nous allons indiquer les règles générales qui doivent toujours présider à la direction de ses travaux.
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- La première de toutes est de s’être assuré d’avance de l'existence et de l’allure du gîte minéral qu’il veut exploiter. Il faut donc que la connaissance du pays ait donné quelques indices, sinon certains, du moins très probables. Pour cela, il faut étudier sa composition géologique, et examiner si, d’après sa nature, on peut concevoir une espérance raisonnable de succès. Si, par exemple, l’on recherche de la bouille, il faut au moins que le pays soit composé de grès et de schiste houil-ler ; qu’on sache que Ton exploite ce combustible â une petite distance du lieu où l’on veut établir une exploitation. Pour les mines métalliques, non-seulement les caractères géologiques doivent guider le mineur dans ses premières explorations , mais il faut en outre qu’il ait reconnu quelques affleuremens qui lui aient décélé l’existence d’un gîte minéral. Rarement ces premières données sont assez positives pour qu’on puisse y établir immédiatement des travaux d’exploitation ; la prudence exige que l’on s’assure de la richesse et de la disposition du terrain par des travaux de recherches.
- Ces travaux sont de trois espèces ; ils ont lieu suivant la disposition du gisement et la nature du terrain , par tranchée ouverte , par travaux souterrains, ou enfin , par le moyen du sondage.
- Les recherches par tranchée ouverte s’exécutent pour reconnaître l’afileurement d’une couche ou d’un filon ; elles doivent toujours être dirigées perpendiculairement au gîte que l’on veut explorer. Ces recherches sont peu dispendieuses ; elles consistent simplement dans l’ouverture d’un fossé dont la largeur et la profondeur dépendent du terrain à enlever pour arriver au gîte que l’on soupçonne.
- Les recherches souterraines ont pour but de reconnaître la marche' et la richesse d’un filon ou d’une couche dont on connaît déjà l’existence , soit par des travaux à ciel ouvert, soit par des affleuremens. On conçoit que ces recherches exigent des travaux semblables à ceux usités dans l’exploitation des mines, puisqu’il s’agit également d’ouvrir des galènes, ou de percer des puits. Nous n’indiquerons donc pas, dans ce
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- moment, la manière de les exécuter ; mais nous allons dire quelques mots delà disposition qu’on doit leur donner.
- Supposons, par exemple, que le filon ou la couche dont on veut e'tudier la nature se montre au jour sur le flanc d’une montagne , on ouvrira une galerie horizontale sur l’affleurement de cette couche ou de ce filon , et on la prolongera suivant leur direction. Cette galerie, qu’on désigne sous le nom de galerie d'allongement, fera connaître le gîte minéral sur une grande longueur. Si l’on voulait e'galement le connaître suivant sa pente, on établirait un puits incliné dans un des points de cette galerie d’allongement. Si ce puits avait quelque profondeur, il serait utile de le faire communiquer avec une seconde galerie d’allongement, que l’on pratiquerait à un autre niveau. Par cet ensemble de travaux , on aura étudié un massif assez considérable pour avoir une idée exacte de la régularité et de la richesse de la couche ou du filon que l’on veut exploiter. Ces travaux, quoique coûteux , le sont cependant beaucoup moins que tout autre, puisqu’ils sent faits entièrement dans la masse du gîte à exploiter, et qu’ils doivent fournir quelques produits.
- Si la couche est presque verticale et que l’affleurement se dessine sur une assez grande longueur sur la surface du terrain , il vaudra alors mieux faire des puits verticaux de distance en distance, de manière à la reconnaître dans toute cette partie. La profondeur que l’on donnera à ces puits dépendra de la dureté du roc et de la facilité que l’on aura de faire écouler les eaux, que l’on rencontre presque toujours à.une petite distance de la surface du sol. Il est rare que l’on donne aux puits de recherche plus de 8 à 10 mètres.
- On se servira encore de puits verticaux si l’on veut explorer une couche horizontale qui se trouve à une petite profondeur; pour que les récherches soient plus certaines, on fera communiquer ces puits entre eux par des galeries d’allongement faites entièrement dans la couche dont on veut reconnaître la nature. Cette dernière disposition des travaux de recherche serait très coûteuse si. la couche se trouvait à une-certaine pro-
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- iondeur. On les remplace avec beaucoup d’avantage par le sondage, surtout quand le terrain qui recouvre n’est pas trop dur, comme cela a lieu quand on fait des recherches de houille, de sel gemme, ou de toute autre substance qui se trouve dans les terrains secondaires. Cette ope'ration consiste à faire des trous cylindriques qui ont om,o" à om,3o de diamètre, avec une espèce de tarrière. On peut donner aux trous de sonde plus de 200 mètres de profondeur et explorer ainsi des couches qu’il serait impossible de reconnaître par tout autre moyen. Il est rare qu’un seul trou de sonde suffise pour éclairer suffisamment sur l’allure de la couche ; on en fait ordinairement plusieurs, au moins trois, pour pouvoir connaître l’inclinaison et son épaisseur. ISous décrirons au mot Soxde les précautions que cette opération exige et les instrumens dont on se sert.
- De l’exploitation. Après avoir reconnu le gîte minéral par les recherches que nous venons d’indiquer succinctement, on procède à l’exploitation, qui s’exécute à ciel ouvert ou par travaux souterrains, suivant que la couche ou le filon reconnu est près de la surface du sol ou qu’il s’enfonce à de grandes profondeurs.
- U exploitation à ciel ouvert a lieu principalement pour les sables, les pierres à bâtir, lesminerais d’alluvion, etc. ; il s’emploie aussi, dans certains cas, pour l’extraction des minerais métallifères ; ainsi, la masse de pyrite cuivreuse de Fahlun en Suède , celle de calamine de Limbourg, les niasses de granité stanifère de Gayer, d’Altenberg et de Seyffen dans l’Erzge-birge ; celle de Cardasse , près de Saint-Austle, dans le Cornouailles , sont exploitées de cette manière. Ce genre d’exploitation est facile et n’exige que peu de règles. Les principales sont de déblayer avec le moins de dépense possible , en faisant en sorte que le transport des déblais se fasse avec économie ; de disposer les entailles de manière que les ouvriers puissent abattre avec facilité, résultat qu’on obtient en disposant l’exploitation par gradins ou par banquettes , parce que la niasse à exploiter se présente alors dégagée sur plusieurs laces; de se
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- précautionner contre les e'boulemens qui pourraient avoir lieu, soit en donnant aux parois le talus convenable, soit en pratiquant quelques moyens de soutenenrens ; d’empêcher, autant que possible , les eaux de la surface de filtrer dans l’intérieur des travaux, de donner de l’écoulement à celles que l’on ne peut détourner ou de les épuiser de la manière la plus économique ; enfin, d’enlever hors de l’excavation, avec le moins de frais possible, les substances extraites. Ces principes généraux varient suivant l’état sous lequel on veut obtenir la substance minérale, et suivant la disposition du terrain. Ce genre d’exploitation, qui est un véritable terrassement, n’exige aucun détail, si ce n’est peut-être l’exploitation de la tourbe, qui diffère de toutes les autres, en ce qu’elle s’exécute sous l’eau, et que la matière qu’on extrait doit être desséchée postérieurement. Nous l’indiquerons en traitant cet article.
- De T exploitation souterraine. La nature et la disposition des travaux de mines dépendent des gîtes de minerai, que l’on peut regarder comme formant cinq classes ; savoir ;
- Les filons ou les couches très inclinées à l’horizon, ayant au plus 2 mètres de puissance.
- Les couches peu inclinées ou horizontales, dont la puissance ne surpasse pas 2 mètres.
- Les couches très «paisses et peu inclinées ; les filons ou couches très inclinées ayant une très grande puissance.
- Enfin, les masses dont les dimensions sont considérables: telles sont certaines couches de houille, des amas métallifères et des roches pénétrées d’une infinité de petits filons riches , comme le granité stanifère , les stockwerk, etc. Les trois dernières classes de gisement peuvent être, dans quelques cas, exploitées à ciel ouvert, du moins pendant un temps.
- La plupart des mines dont l’exploitation est un peu ancienne ont été d’abord fouillées à la surface, et les travaux , dirigés seulement dans le but d’obtenir immédiatement des produits avantageux, ont souvent compromis l’existence de la mine ou nui à son exploitation postérieure. On conçoit donc que pour tirer tout le profit désirable d’un établisse-
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- ment de cetre nature, il est nécessaire de disposer les travaux de manière à ne laisser que le moins possible de matière exploitable , et à se ménager des ressources pour le moment où le gîte commencerait à s’appauvrir. Pour arriver à ce but, on t fait ce qu’on appelle des travaux préparatoires, dont le but est de dégager la masse minérale sur plusieurs côtés, depréparerdes champs d’exploitation, de faciliter la circulation de l’air, l’écoulement des eaux et le transport des matières que l’on extrait. Ces travaux préparatoires, qui ont beaucoup d’analogie avét les travaux de recherches , consistent en puits et en galeries. Les puits peuvent être droits ou obliques : les premiers sont préférables, lorsqu’ils doivent servir à l’exploitation et à l’épuisement des eaux ; mais, comme moyen de recherche, les puits inclinés sont souvent plus économiques et plus convenables. En effet :
- Percés suivant l’inclinaison de la couche ou du filon, et pratiqués entièrement dans leur masse , ils ont l’avantage de faire connaître son allure et sa richesse.
- Ils produisent immédiatement du minerai ; en outre la rock des filons est souvent plus facile à excaver que celles qui l’encaissent.
- Leur inclinaison naturelle offre de la facilité pour le placement des échelles qui doivent servir à la descente des ouvriers,
- Le placement des puits dépend de la nature du terrain et de la disposition du gîte ; on les place tantôt au toit (i), tantôt au mur des couches ou des filons.
- On les ouvre au toit, lorsque l’inclinaison du filon ou de k couche est parallèle à la pente de la montagne ; on les pkce au mur dans les cas opposés.
- Si le minerai est en masse , quelque dureté et quelque solidité qu’il présente, il convient de placer les puits hors dek masse , parce qu’il y a toujours à craindre des éboulemens et qu’il résulterait une perte assez considérable des piliers qn°a
- (') On appelle toit d’un gtle minéral, la partie des rochers qui ^ 1 couvre , et mur relie sur laquelle il s’appuie.
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- serait obligé de laisser pour la solidité du terrain. Dans la mine de houille du Creusot, l’une des plus riches de la France, par la puissance des couches de combustible et par sa qualité, il est arrivé beaucoup d’accidens par suite des puits creusés ainsi au milieu de la houille.
- Relativement aux galeries, la disposition du terrain conduit à la position qu’on doit leur donner. Par exemple, si le filon ou la couche à exploiter se trouve sur la pente d’une montagne, il sera convenable de la placer au niveau de la vallée, parce qu’on pourra, par ce moyen, assécher facilement les travaux ; la sortie du minerai sera plus commode.; enfin, il sera plus facile, en commençant ainsi les travaux par le bas, de soutenir les parties supérieures qui sont vierges et intactes, que de soutenir une masse exploitée et remplie de déblais , ce qui aurait eu lieu si l’on avait attaqué l’exploitation par la partie supérieure. Malgré l’avantage que nous signalons, il ne s’ensuit pas qu’on doive toujours porter les travaux au point le plus bas où ils puissent jamais arriver ; il est ordinairement préférable de diviser le filon ou la couche à exploiter par des galeries horizontales ouvertes à différens niveaux dans la masse, et de les recouper par un ou plusieurs puits verticaux. On obtient, par ce moyen, autant de massifs qu’il y a de galeries d’allongement, et l’on exploite chaque massif en commençant par la partie inférieure. Les galeries, comme nous venons de l’indiquer, sont toujours placées dans la masse minérale.
- Lorsque pour reconnaître le gîte minéral sur une grande surface, on recoupe les galeries dont nous venons de parler par plusieurs puits verticaux, ceux-ci ne doivent pas être à plus de 3 à 4°° mètres , ni plus loin de 5oo. Ces distances sont au reste réglées par la facilité du transport et par la profondeur des exploitations. Ainsi, dans les mines dont les travaux n’atteignent pas une grande profondeur, on peut les percer plus près, parce que les dépenses que ce percement exige sont plus que compensées par l’économie que l’on fait sur les transports intérieurs. Il faut, dans tous les cas, bien se garder .de faire un grand nombre de puits, comme on a l’habi-
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- tude de le faire dans les mines d’alluvion, et comme on le pratiquait autrefois dans les mines de houille. En criblant ainsi d’ouvertures la surface du terrain, on permet aux eaux pluviales de s’introduire dans l’exploitation, et l’on augmente de beaucoup les dépenses d’e'puisement, souvent déjà fort considérables.
- Si le filon ou la couche à exploiter était incliné d’environ 45. degrés à l’horizon , sa puissance n’étant pas trop considérable , on apporterait alors quelques modifications aux règles générales que nous venons de poser sur la disposition des travaux préparatoires , surtout s’il s’agissait de l’exploitation d’une mine de houille. Ainsi, au lieu de recouper les galeries d’allongement par des puits verticaux, on commencerait par pratiquer une galerie suivant la pente de la couche, et l’on ouvrirait ensuite des galeries perpendiculaires à celle-ci, de manière à diviser la couche en plusieurs massifs. Ces galeries, pratiquées suivant la pente de la couche, sont désignées parles noms de descenderies, de montées ou de vallées, suivant qu’elles descendent au-dessous de la galerie principale de l’exploitation , ou qu’elles s’élèvent au contraire dans les travaux supérieurs à cette galerie. Si la pente de JLa couche est trop considérable pour que les ouvriers puissent marcher dans une galerie qui suivrait cette inclinaison, on lui donne quelquefois une pente moyenne en la faisant oblique à la direction ; on l’appelle alors demi-vallée.
- De laforme et des dimensions des puits et des galeries. Quand le terrain dans lequel on ouvre un puits est solide, et quil n’exige ni boisage ni muraillement, on lui donne la forme: d’un carré, d’un rectangle ou d’un cercle. On donne la forme carrée, rectangulaire ou polygonale aux puits qui traversent des terrains peu solides et que l’on veut boiser ; enfin, on fait-ovales ceux que l’on veut revêtir d’une maçonnerie.
- Les dimensions des puits varient suivant leur destination-lorsqu’ils sont ouverts seulement pour des recherches, on ne leur donne que 3 à 4 pieds de diamètre ; ils ont également cette dimension, quand ils sont destinés à l’aérage.
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- Les puits d'extraction, d’épuisement et ceux qui doivent servir à la descente des ouvriers, ont de 2m à 2”,3o de côté s’ils sont carrés. Quand ils sont oblongs, ils peuvent avoir im,5o sur 3m ; quelquefois on a percé des puits de 2m,5o sur 4m,5o. Les puits oblongs sont souvent préférables, parce qu’on peut les faire servir à plusieurs usages. Ainsi il arrive fréquemment qu’un puits de cette forme est séparé en trois comparti-mens par des cloisons : l’un d’eux étant destiné à l’extraction, les deux autres servant à l’épuisement et à la descente des ouvriers.
- Quand les puits sont inclinés, on fait le grand côté parallèle à la pente du filon.
- Les galeries employées dans les mines peuvent être horizontales ou inclinées. Ordinairement celles qui servent à la reconnaissance du gîte minéral, ou à sa division en massifs sont horizontales, sauf la pente nécessaire à l’écoulement des eaux , qui est ordinairement de 1 sur 4°°- On donne fréquemment aux galeries 1 mètre de large sur 2 de haut. Cette règle est cependant bien loin d’être générale, et les dimensions dépendent entièrement de la destination de la galerie, de la puissance du gîte minéral et de la solidité du terrain : ainsi, quand une galerie est pratiquée dans une couche de houille, on lui donne assez généralement pour hauteur la puissance de cette couche, si elle 11’excède pas 3 mètres ; si le terrain est dur, et que la galerie ne serve que de chemin de communication, on la fait aussi étroite et aussi basse que possible. Ces dernières galeries sont désignées sous le nom de galeries de traverse.
- Les galeries inclinées sont analogues aux puits inclinés ; seulement leur inclinaison est beaucoup moins grande ; elles sont également pratiquées dans la masse du filon ou de la couche à exploiter. Elles servent souvent à la descente des ouvriers.
- Souvent le terrain dans lequel les galeries ou les puits sont ouverts, présentent des parties peu solides qui menaceraient incessamment la sûreté des ouvriers et l’existence de la mine, si on ne les soutenait pas. On se sert le plus ordinairement
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- de pièces de bois pour cet usage ; quelquefois aussi, on revêt les parois des galeries et des puits, de maçonnerie. Nous ne parlerons de ces moyens de soutenemens qu’après avoir termine' ce qu’il nous reste à dire sur les principes generaux d’exploitation.
- Principes généraux d’exploitation. Ayant préparé' le cbamp d’exploitation, ainsi que nous venons de l’indiquer, par la disposition de massifs compris entre des galeries d’allongement et des puits verticaux qui les recoupent, ou entre des galeries d’allongement et d’autres suivant la pente de la couche , indiquons la manière d’exploiter chacun de ces massifs.
- On peut poser d’abord comme principes ge'ne'raux qu’il faut commencer l’exploitation par les massifs inferieurs, et réserver les supérieurs pour une époque plus reculée. Cette disposition des travaux procure une grande économie dans le boisage, parce que l’on marche sur les déblais, et qu’on a le terrain solide au-dessus de soi.
- Réunir dans la même partie de la mine le plus grand nombre d’ouvriers possible, ce qui économise les lumières, rend l’extraction plus commode, les transports plus faciles et la surveillance plus active.
- Quand on a commencé l’exploitation d’un massif, on doit la continuer jusqu’à ce qu’elle soit entièrement terminée, pour n’avoir pas long-temps à étayer les galeries qui en dépendent.
- Il faut, autant que possible, enlever tout le minerai et ne pas laisser de piliers.
- L’exploitation doit être dirigée de manière que l’abattage soit facile, et que l’écoulement des eaux ne rencontre pas d’obstacle.
- Enfin, il convient, pendant qu’on exploite les massifs préparés , d’en disposer de nouveaux, et de pousser des travaux de recherche, pour reconnaître si le gîte minéral ne se prolonge pas au-delà des parties déjà reconnues.
- Ces principes généraux établis, on procédera à l’exploitation, qui devra être exécutée de différentes manières, suivant la puissance, la position et la solidité du gîte minéral. On distinguera : ,
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- i°. Les filons ou les couches droites ou inclinées, dont la puissance n’excède pas 2 ou 3 mètres ;
- 2°. Les filons ou les couches presque horizontales ayant une grande épaisseur;
- 3°. Enfin, celles très inclinées et présentant également une grande puissance.
- Exploitation par gradins. Pour le premier cas, c’est-à-dire lorsque le filon ou la couche à exploiter est presque vertical et qu’il n’a que 2 mètres environ d’épaisseur, on emploie deux méthodes, que l’on désigne par les noms d’ouvrage en gradins droits ou descendons, et d’ouvrage en gradins renversés ou montons. Nous allons indiquer ces deux méthodes, ainsi que les avantages et les inconve'niens que chacune d’elles présente.
- Supposons, par exemple, fig. 7, PI. 4g, qu’on veuille exploiter par gradins droits le massif N compris entre la galerie d’allongement AB et le puits CD. Un ouvrier placé au point a qui forme l’angle du puits et de la galerie d’allongement, attaquera le massif qui est devant lui et sous ses pieds. Quand il aura ainsi exploité un parallélépipède de 4 à 6 mètres en largeur et de 2 mètres en hauteur, on placera un second ouvrier en b, à 2 mètres au-dessous du premier, qui attaquera également le rocher qui est sous ses pieds. Quand le second mineur aura de même enlevé un massif de 4 à 6 mètres de largeur sur 2 de hauteur, un troisième ouvrier commencera à travailler en c, à un troisième gradin, etc. On mettra ainsi autant d’ouvriers que l’on pourra faire de gradins entre les deux galeries d’allongement entre lesquelles est compris le massif que l’on a attaqué. Il est bien entendu que tous les ouvriers travailleront en même temps , de manière qu’ils seront toujours semblablement placés, et qu’ils seront ainsi disposés sur une espèce d’escalier à grandes marches. Les ouvriers, à mesure qu’ils avancent, construisent devant eux des planchers en bois, mb, me, md, destinés à supporter les déblais que chaque ouvrier retire de son gradin. Ce plancher, qui doit être très solide, sert aussi de moyen de roulage pour porter le
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- minerai au puits. Les rondins sur lesquels les planchers sont appuyés, soutiennent en outre le toit ou le mur du filon ou de la couche que l’on exploite. Quand la mine donne beaucoup de déblais, ce qui est le cas le plus ordinaire, les planchers sont perdus. Quelle que soit la solidité qu’on leur ait donnée, ces planchers ne pouvant être restaurés, céderont bientôt à la pression qu’ils éprouvent ; tout le poids des déblais sera supporté par la galerie d’allongement qui se trouve au-dessous ; elle devra donc être muraillée ou boisée avec une grande solidité.
- Pour exploiter par gradins renversés, au lieu de placer l’ouvrier au-dessous de la galerie d’allongement, on le place au-dessus , en a, fig. 8, PI. 49 • Il construit, pour cet effet, un petit plancher dans le puits et se place dessus. Quand il aura enlevé un parallélépipède de 3 à 4 mètres de long sur 2 de large, on placera au-dessus, en b, un second mineur, et l’on continuera ainsi de suite , de manière que l’exploitation présentera la forme d’un escalier renversé, un ouvrier travaillant à chacune de ses arêtes saillantes. Pour soutenir les déblais que l’on obtient dans cette méthode, on fait rarement des planchers à chaque gradin. Le plus ordinairement, on en construit un seul avec beaucoup de solidité , qui forme le ciel de la galerie d’allongement inférieur ; on jette les déblais dessus : souvent les déblais sont assez abondans pour former un talus assez élevé pour que les ouvriers puissent s’en servir au lieu de planchers et travailler dessus. On soutient alors le toit et le mur du gîte minéral par des pièces de bois qui s’appuient perpendiculairement aux parois.
- En comparant ces deux méthodes d’exploitation, on remarque que, dans l’ouvrage en gradins droits, l’ouvrier placé sur la masse même du filon, travaille devant lui et commodément ; il n’est pas exposé aux éboulemens comme dans l’ouvrage en gradins renversés ; mais, dans celui-ci, le poids de la masse à détacher se joint à l’elfort des outils et de la poudre. Un autre avantage de cette dernière méthode, c’est que 1 on communique de suite avec la galerie inférieure, et qu’on peat y jeter les déblais. D’après ces considérations, on peut dire
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- que la méthode par gradins renversés convient quand le filon à exploiter est solide, et qu’il faut employer de préférence l’ouvrage à gradins droits quand le filon est ébouleux.
- Pour l’exploitation delà houille, que l’on désire toujours avoir en gros fragmens, on se sert ordinairement de l’ouvrage en gradins renversés, parce que le mineur ne marchant que sur les déblais, n’écrase pas la houille. On fait les gradins plus grands que dans les mines métalliques : ils ont souvent 1 o mètres de hauteur sur 15 de profondeur : on place alors plusieurs ouvriers sur chaque gradin. Si l’on craignait le dégagement du gaz hydrogène, on ne donnerait aux gradins que 2 mètres de hauteur sur 2 mètres de profondeur, et pour forcer le courant d’air de raser leur surface, on formerait avec des déblais, un plan qui fût dans le prolongement de celui des arêtes saillantes des gradins.
- Lorsque la couche est assez épaisse et assez pure, qu’elle ne donne qu’une petite quantité de déblais, que le toit est difficile à soutenir, et qu’on veut exploiter à de grandes distances du puits sans employer beaucoup d'étais, on remplace l’emploi des gradins par celui des chambres. On donne ce nom à des tailles droites de 1 o à 20 mètres de largeur, qui avancent dans la houille, soit suivant la direction de la couche, soit suivant son inclinaison, soit enfin suivant une ligne intermédiaire. On laisse entre les chambres des massifs de houille qui ont ordinairement 10 mètres : cette largeur varie, ainsi que celle des chambres, suivant la solidité du toit et celle de la couche* Cette méthode d’exploitation est avantageuse surtout quand on craint les amas d’eau , comme dans le pays de Liège. Toutes les mines de houille de cette contrée sont entourées d’anciennes exploitations qui forment des réservoirs où s’accumulent les eaux. On est alors dans l’habitude de faire précéder la taille par trois trous de sonde, dont l’un est percé perpendiculairement à la taille, et les deux autres obliquement à ses deux angles. On les avance continuellement, de manière que les trous de sonde reconnaissent le terrain au moins 3o ou 40 mètres au-delà de la taille. Lorsque les trous de sonde ren-Tome XIII.
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- contrent les réservoirs d’eau , on la laisse écouler par ces espèces de tuyaux, si toutefois elle ne paraît pas former des amas trop considérables. Dans le cas contraire, on rebouche les trous de sonde avec soin ^ on construit une forte digue, et l’on reporte l’exploitation dans une autre partie de la mine.
- Les couchespresque horizontales présentant une grande épaisseur , offrent beaucoup de difficulté, surtout quand elles sont peu solides, comme il arrive ordinairement pour les couches de houille. On les exploite alors en plusieurs étages et par la méthode des piliers. Elle consiste à pratiquer dans la partie inférieure de la couche des galeries parallèles, auxquelles on donne une largeur telle, que leur toit puisse se supporter sans se rompre ; elles sont séparées par des massifs longitudinaux de la largeur de la galerie. Si le terrain est assez solide, on recoupe les galeries parallèles par un système de galeries perpendiculaires aux premières, de manière qu’il reste des piliers rectangulaires entre toutes ces galeries, et que les parties vides et les parties pleines représentent assez exactement les cases d’un damier. L’épaisseur de ces piliers est plus ou moins considérable , et toujours proportionnée à la solidité du terrain. On remplit les galeries de déblais destinés à empêcher le minerai de s’ébouler petit à petit, et à supporter les ouvriers quand ils viendront à exploiter ce qui est au-dessus. Lorsque, par ce système de galeries à angles droits, on a exploité une étendue assez considérable de la partie inférieure de la couche, on pratique un second étage de travaux en ouvrant des galeries au toit des premières. On doit avoir soin de leur donner les mêmes dimensions , afin que les piliers des deux étages se correspondent exactement et ne forment qu’un seul et même massif. On peut ainsi établir plusieurs étages. A Dudley, dans le comté de Stafford en Angleterre, la couche principale , désignée sous le nom de ten yards, qui veut dire épaisse de 10 yards (à peu près io mètres), est exploitée par cinq étages successifs.
- Supposons maintenant qu’on doive exploiter une couche presque verticale et d’une puissance considérable, de 20 mètres par exemple. Au moyen des travaux préparatoires, on va
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- joindre la couche au point le plus bas où Fou veut porter l’exploitation , du moins pour le moment, au moyen d’un puits ouvert du côté du mur de la couche et d’une galerie de traverse ; on pousse alors dans la masse de la couche, à gauche et à droite du puits, une galerie d’allongement, qui se prolonge à une distance déterminée par les limites que l’on veut donner à l’exploitation. On ouvre ensuite une galerie de traverse perpendiculaire à la galerie d’allongement, et qui, allant du mur au toit, coupe toute la couche à exploiter. QSand cette galerie est entièrement exploitée, on la remplit de déblais et l’on ôte le boisage. On pratique aussi une seconde galerie de traverse à côté de la première, une troisième à côté de la seconde , etc., et l’on parvient par ce moyen à enlever une tranche horizontale de la couche, de im,5o à 2 mètres, qui est remplacée en partie par des déblais. Si la mine n’en fournissait pas assez, on en exploiterait au mur pour remblayer la tranche enlevée. Mais, avant que cette tranche ne soit entièrement exploitée, on est déjà occupé à en exploiter une seconde : pour y parvenir, on ouvre une seconde galerie d’allongement au-dessus de la première, dont le ciel sert de sol à celle-ci ; on fait partir également de cette seconde galerie d’allongement des traverses, que l’on remblaie aussi au fur et à mesure de l’enlèvement du minerai. Dès que l’exploitation de la seconde tranche est un peu avancée, on procède à l’exploitation de la troisième, et l’on forme ainsi des étages successifs qui présentent une espèce d’ouvrage en gradins. Quand on a exploité dix étages, on ouvre un nouveau niveau, pour ne pas être obligé de remonter le minerai extrait du fond des travaux. Par cette méthode, désignée sous le nom d’ ouvrage en travers, on voit qu’on enlève tout le minerai. Si la couche ouïe filon est très ébouleux, il vaut mieux ménager des massifs qui s’élèvent perpendiculairement depuis le fond. Ces massifs, plus ou moins puissans , sont entourés de déblais qui les soutiennent.
- Les mines en masse ou en amas constituent une dernière espèce de gîte minéral, dont il nous reste à indiquer l’exploitation. On doit concevoir que la méthode des piliers montans, avec
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- ou sans remblais, Y ouvrage en travers, et l'exploitation par chambres, sont applicables à ces masses ; mais on se sert en outre de la me'thode dite par éboulement.
- Quand les masses à exploiter sont très solides , comme le sel gemme, la pierre à plâtre, etc., la méthode des piliers sans remblais est très avantageuse ; le toit se soutient de lui-mème, sans qu’il soit nécessaire de l’étayer : seulement on a soin de le tailler en forme de voûtes. Plusieurs mines de sel sont remarquables par la hauteur et la distance des piliers, et il en résulte des excavations d’une hauteur considérable, qui ont plus d’une fois excité l’admiration des voyageurs. On cite particulièrement , sous ce rapport, celles de Yieliczka et de Boch-nia, en Gallicie, et celles du Cheshire, en Angleterre.
- Quelquefois, comme en Hongrie et en Transylvanie, on exploite le sel gemme au moyen d’une seule chambre conique, en forme de cloche , que l’on creuse au bas d’un puits vertical , et que l’on agrandit tant qu’on ne craint pas d’éboules ment. Les ouvriers y descendent par des échelles qui pendent sans appui dans le milieu.
- Du boisage et du muraillement. Nous avons annoncé que les roches qui composent le gîte minéral et celles qui en forment le toit et le mur, sont rarement assez solides pour se soutenir d’elles-mêmes, et ne pas produire d’éboulemens qui compromettent à la fois la sûreté des ouvriers et l’existence de la mine. On remédie à ce défaut de solidité naturelle par le boisage et par le muraillement. Nous allons indiquer successivement ces deux méthodes , qui sont également bonnes. La première est la plus usitée ; elle est aussi la plus économique, excepté cependant quand il s’agit d’une grande communication, et que les matériaux de construction sont à très bon marché.
- La disposition du boisage varie suivant la nature du terrain et la forme de l’excavation. Dans une galerie, par exemple, on peut supposer qu’il s’agisse seulement de soutenir le ciel, le mut et le toit étant solides ; il suffit alors de mettre des solives qui s’appuient sur ces deux parois; on garnit en outre par des ma-
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- drïers l’ëspace qui sépare ces étais, pour retenir les pierres qui pourraient se détacher du ciel. Si le mur ou le toit menacent en outre de s’ébouler, on étançonnera du côté où le rocher sera pourri; la solive reposera de l’autre côté sur le roc vif. On mettrait deux étançons si le mur et le toit étaient peu solides, et, dans ce cas, la solive ou chapeau qui soutient le ciel, porterait sur des entailles faites sur chaque étançon. Enfin il peut arriver que le sol de la galerie ne soit pas également assez solide pour résister à la pression des étançons ; dans ce cas, on les fait porter sur une pièce de bois que l’on appelle sole, et la galerie est boisée à cadres complets, comme on le voit dans les fig. 9 et 10 , PI. 49-
- Le boisage se place ordinairement à mesure que l’exploitation avance ; mais lorsque le terrain est meuble, comme les sables, il faut, en quelque sorte, qu’il précède l'exploitation, dont il est alors un des moyens. Pour cela , après avoir placé un cadre complet, le mineur enfonce derrière ce cadre des planches épaisses et pointues, que l’on appelle pattes-planchesy elles soutiennent les sablés, que l’on peut enlever sans crainte d’éboulement. Le mineur place ensuite un nouveau cadre, à l’extrémité des palles-planches, qui deviennent alors bois de garnissage. Il pousse de nouvelles palles-planches , et continue ainsi jusqu’à ce qu’il ait traversé la partie meuble du terrain. La dimension des bois employés dans le soutènement dépend du plus ou moins de résistance du terrain , et de la grandeur des excavations. Lorsqu’une galerie doit servir à la fois au roulage et à l’écoulement des eaux, on construit un plancher ab (fig. 9 et 10).
- Le boisage des puits présente aussi des modifications suivant la nature du terrain. 11 se compose quelquefois seulement de deux pièces de bois perpendiculaires aux parois ; par exemple, lorsqu’il peut être creusé dans la masse meme du filon, et qu’il faut empêcher le toit et le mur de se rapprocher. Le plus ordinairement, le boisage des puits est exécuté à cadres complets; ceux-ci sont placés à des distances plus ou moins grandes, suivant la solidité du terrain quelquefois
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- les cadres sont contigus. On n’emploie cette dernière disposition que lorsque la pousse'e des terres et des eaux est considérable : dans ce dernier cas, comme nous allons l’indiquer plus bas, les interstices qui existent entre les cadres sont remplis par de l’e'toupe, et le boisage est appelé' cuvelage. On donne ordinairement la forme carre'e ou rectangulaire aux puits que l’on boise, parce que cette forme, plus commode pour le service du puits, est aussi plus favorable à l’exécution du boisage. Lorsque les puits sont rectangulaires, on les divise souvent en trois compartimens, comme le représentent les fig. 11 et 12. Le centre AB est ordinairement destiné au service de l’exploitation, l’un des compartimens CD sert à la descente des ouvriers, tandis qu’on place les pompes dans l’autre FG. Souvent on ménage aussi dans un angle de ces compartimens un canal M pour l’aérage.
- Lorsque les cadres ne se touchent pas, on place derrière des madriers destinés à soutenir les pierres qui pourraient se détacher des parois du puits ; ils servent aussi à consolider le boisage, parce qu’on y attache solidement les cadres. On voit donc qu’il est fort important que le cadre inférieur soit très solide , tout le système reposant dessus. Souvent on est obligé d’exécuter un double boisage , un provisoire quand on creuse le puits, et un plus solide que l’on établit en partant de la partie inférieure. Quelquefois on donne au puits que l’on veut boiser la forme circulaire ; mais c’est généralement lorsqu’ils doivent avoir peu de durée, comme ceux que l’on creuse pour l’exploitation des mines d’alluvion ; on se contente alors de les garnir avec des branches flexibles, que l’on tresse comme les paniers, ou même avec des douvelles de tonneaux.
- Nous avons annoncé que lorsque le puits traverse un terrain dont il s’échappe une grande quantité d’eau, son percement exige des précautions particulières. Nous allons donner quelques détails sur la manière d’exécuter cette opération, peut-être la plus difficile de l’art du mineur ; elle est employée dans les mines de la Belgique et du nord de la France , pria-
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- eipalement à Ànzin, près Valenciennes , où son exe'cution peut être citée comme un modèle. Dans ce pays , les puits doivent traverser près de 200 pieds de terrain d’alluvion, qui laissent filtrer une quantité d’eau telle , qu’approfondis seulement de 3o à 4<> mètres, trois à quatre cents chevaux ne suffisent pas pour les tenir à sec. Il faut ordinairement creuser une ou deux fosses de secours , et épuiser les eaux par ces deux fosses, au moyen de machines à vapeur puissantes. Dans le creusement de l’une d’elles, trois machines à vapeur qui faisaient mouvoir six corps de pompe de 5 décimètres de diamètre chacun, étaient continuellement en mouvement, et enlevaient l’effroyable quantité de 4 millions de pieds cubes d’eau par vingt-quatre heures. Cette opération, extrêmement pénible pour les ouvriers , qui reçoivent continuellement des torrens d’eau, est souvent aussi fort dangereuse ; car si un piston vient à manquer, les eaux montent rapidement et soulèvent les ouvriers , qui périssent s’ils ne savent pas se diriger au milieu du puits, ou si par hasard leurs habillemens trop larges s’accrochent aux pompes, qui remplissent un grand espace. Ces détails doivent faire concevoir de quelle importance est le cuvelage ; car il serait impos-. sible d’exploiter ces mines s’il fallait continuellement élever cette masse d’eau de 4 à 5oo mètres de profondeur.
- Lorsque le terrain est peu solide, et qu’il exige beaucoup de précaution pour le percement du puits , on se sert, dans quelques cas, de petites planches, qu’ou enfonce sur les quatre faces du puits, après toutefois avoir placé un cadre dans le terrain. On excave dans la partie comprise entre les palles-planches, et l’on met un nouveau cadre ; on enfonce un nouveau cours de palles-planches, et l’on continue ainsi à faire succéder les cadres aux palles-planches jusqu’à ce qu’on ait traversé tout le terrain ébouleux. Comme on diminue à chaque cadre les dimensions du puits, on doit avoir calculé d’avance la largeur nécessaire à lui donner pour qu’il ne soit pas trop étroit. Il faut, pour cela, s’être assuré d’abord, par le sondage, de l’épaisseur du banc à traverser. Lorsqu’on a à
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- traverser un banc mouvant, comme cela s’est présenté dans le creusement du puits de l’École Militaire, on y enfonce avec des vis de pression et à coups de mouton, un cadre tranchant à sa partie inférieure , sur lequel on en place d’autres , en faisant descendre tout le système tant qu’il obéit, et déblayant à mesure dans l’intérieur. Lorsqu’il refuse de descendre, on recommence la même opération dans l’intérieur, jusqu’à ce que le banc soit traversé. Quelquefois, au lieu d’enfoncer les cadres de bois par la percussion , on construit une maçonnerie sur le premier cadre, et on le laisse enfoncer par sa pesanteur.
- A Valenciennes , le terrain, quoique peu solide, n’exige pas ces précautions. Quand on a passé ce qu’on appelle dans le pays le niveau d’eau, on arrive à une couche argileuse qui retient les eaux, et sur laquelle on peut établir un boisage imperméable à l’eau. On entaille ce banc de manière à présenter un plan horizontal et des faces verticales bien unies; on y applique des poutres plates nommées lambourdes, derrière lesquelles on fait entrer de la mousse. On place dans l’intérieur des lambourdes le premier cadre du boisage, auquel on donne le nom de cadre à picoter. Entre ce cadre et les lambourdes on dispose , la tête en bas, de petits coins de bois sécliés au four ; entre ceux-ci on en enfonce d’autres de la même nature, la pointe en bas ; enfin, dans les petits intervalles qui restent, on chasse, à coups de marteau , des coins de bois de chêne , jusqu’à ce que les moindres interstices soient bouchés, et que le tout forme entre la lambourde et le cadre une masse solide , imperméable à l’eau et capable de soutenir le cadre en l’air quand le banc sur lequel il repose sera enlevé. Les petits coins dont nous venons de parler sont désignés par le nom de picots, et l’opération par celui de picotage. Sur ce premier cadre on en place successivement d’autres, jusqu’à ce qu’on soit arrivé au-dessus des couches qui donnent de l’eau. Pour solidifier tout le système, souvent, comme à la mine d’Anzin , on établit des picotages intermédiaires. On emplit l’espace compris entre le terrain et le
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- boisage avec de l’argile, ou de la cendve'e de four à chaux à la houille.
- Quand tout le cuvelage est élevé , on fait le brondissage ou calfatage, qui consiste à introduire des e'toupes avec un fermoir, entre les joints des cadres.
- Dans quelques mines, on remplace le boisage par des mu— raillemens. Souvent, par exemple en Angleterre, les puits sont revêtus d’une maçonnerie en briques ; méthode plus économique dans ce pays, où le bois est fort cher et le combustible au contraire à un très bas prix ; nous ne donnerons aucun détail sur ce genre de soutènement, qui consiste presque toujours dans la construction de voûtes cylindriques ou elliptiques.
- Roulage intérieur du minerai et transport au jour. Dans les différentes méthodes d’exploitation que nous venons de décrire succinctement, nous avons vu qu’on jetait le minerai dans la galerie inférieure , en le faisant descendre, soit sur les gra-dius, soit par de petits puits intérieurs. Pour le sortir au jour, on se sert de différens moyens qui sont en rapport avec les localités. Ainsi, lorsque la mine est dans un pays de montagne, et qu’il existe une galerie d’écoulement, on la dispose de manière à servir également de galerie de roulage ; dans le cas contraire, le minerai est élevé au jour au moyen de puits : il faut alors amener le minerai au bas du puits , pour être ensuite élevé au jour. L’économie du roulage doit fixer l’attention des personnes qui s’adonnent à ce genre d’industrie, car souvent sa dépense est fort considérable et influe beaucoup sur la réussite de ce genre d’entreprises. On se sert assez généralement, au lieu de brouettes, de petits chariots désignés sous le nom de chiens (fig. i3); ce sont de petites caisses portées sur quatre roues d’inégales grandeurs. Pour diminuer le frottement, on est dans l’habitude de placer des limandes en bois qui servent de chemin de roulage ; on empêche les roues de s’écarter de cette voie, en mettant entre elles une cheville qui glisse entre les limandes. On décharge le minerai dans la place d’assemblage qui est au bas du puits, et on le charge dans la tonne qui doit l’élever au jour. Dans les mines
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- de houille, comme le charbon en gros fragmens a une valeur plus grande que le menu, il faut autant que possible ne pas le transvaser; aussi dans presque toutes les mines de l’Angleterre, on charge immédiatement, dans les tailles, le charbon dans les memes paniers dans lesquels on doit l’élever au jour. Outre l’avantage que nous signalons, il y a une économie de main-d’œuvre, puisqu’il faudrait charger et décharger la houille deux fois au bas et au haut des puits. Dans ce même pays, les limandes en bois sont presque toujours remplacées par des chemins de fer, qui ont souvent des développemens immenses. Dans quelques grandes exploitations, telles que les mines de houille de Newcastle en Angleterre , celles de sel da Cheshire et dç la Galiçie, les mines de cuivre de Fahlun, les mines de plomb d’Alstoon-Moor, etc., on introduit des chevaux et des ânes dans les exploitations, pour tirer des chariots plus grands. Dans d’autres mines , les chariots sont tirés par des machines placées, soit au jour, soit dans l’intérieur même. Enfin , dans celles de Worsley , situées dans le comté de Lancaster , on a établi des canaux souterrains sur lesquels on transporte le minerai dans des bateaux.
- Aérage des mines. S’il n’existait dans une mine qu’un seul puits, on conçoit que l’air ne pouvant se renouveler, serait promptement vicié, par la combustion des lumières, la déflagration de la poudre, la respiration des ouvriers et plusieurs autres causes. Une condition essentielle est donc qu une mine présente au moins deux ouvertures qui communiquent avec l’air extérieur ; il faut autant que possible que ces deu* ouvertures soient à des niveaux différens, pour que les cou-rans d’air puissent s’établir facilement. Quelquefois cependant on se sert d’un seul puits en établissant un conduit dans un des angles, comme les figures n et 12 l’indiquent. Mais parmi les nombreuses ramifications de travaux que presque toutes les mines présentent, il en est toujours certaines dans lesquelles l’air a de la peine à circuler; et si même les deux orifices dont nous venons de parler sont assez éloignés, et que l’air ait en core un grand espace à parcourir avant d’y arriver, souvent
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- renouvellement de l’air est difficile et imparfait. On le favorise par des moyens artificiels qui sont de deux espèces. Dans les uns , on refoule l’air dans les excavations ; les autres, au contraire , aspirent l’air intérieur et produisent un courant rapide en le raréfiant.
- Le premier moyen ne peut être employé, pour ainsi dire, qu’accidentellement, quand on veut, par exemple, prolonger une galerie qui doit communiquer bientôt avec une autre, ou quand on veut faire des recherches dans une direction un peu différente de celle de l’ensemble des travaux, etc. Il est toujours très imparfait et ne porte l’air qu’à une distance peu considérable.
- Le second moyen est au contraire très puissant. On se sert à cet effet de machines aspirantes de toutes espèces, mais le feu fournit le procédé le plus commode et le plus énergique. Pour l’employer, on établit une grille surmontée d’un tuyau d’aspiration et disposée de telle manière que le feu qu’on fait dessus, ne puisse être alimenté que par l’air tiré de l’intérieur des travaux. Souvent on place le feu dans l’intérieur de la mine , au fond d’un puits principal ou d’un puits d’aérage qui reçoit l’air du puits principal à une certaine hauteur. Quand l’air qui se dégage de la mine contient un mélange de gaz hydrogène, on le fait passer à travers un tuyau qui traverse un foyer alimenté par l’air extérieur.
- Outre cette disposition, qui a pour but de faciliter le tirage, il est encore nécessaire d’en exécuter dans l’intérieur, pour forcer l’air à circuler dans les différentes parties des travaux. On ne peut indiquer ici ces dispositions , qui varient suivant chaque localité, mais qui sont toujours faciles à prévoir.
- Epuisement des eaux. Les eaux de la s urface qui s’infiltrent à travers la terre végétale, et les sources que l’on trouve ordinairement , pour peu qu’on s’enfonce de quelques pieds au-dessous du sol, apportent un grand obstacle à l’exploitation des mines. Quand les travaux sont situés au-dessus d’une vallée, le moyen le plus économique est presque toujours d’ouvrir une galerie d’écoulement au niveau de cette vallée,
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- de manière à sécher les travaux. Mais quand ils s’enfoncent au-dessous du niveau des vallées qui environnent, il faut avoir recours aux méthodes artificielles d’épuisemens. Ils se réduisent à deux, épuisement au moyen de tonnes, ou par des pompes. Le premier ne peut être employé que quand les eaux sont peu abondantes ; le second est le seul qui soit généralement en usage dans les mines : les pompes peuvent être aspirantes simplement, ou aspirantes et foulantes à la fois. Dans la plupart des mines, on emploie les pompes aspirantes, parce qu’elles sont moins sujettes à casser et plus faciles à réparer. On en place autant de répétitions au-dessus les unes des autres, que le puits a de fois io mètres de hauteur. Quant aux machines qui mettent ces pompes en mouvement, on se sert, suivant les circonstances locales, de machines à colonnes d’eau, de roues hydrauliques et de machines à vapeur. Quand le combustible est à bon marché , ces dernières sont souvent préférables, surtout si la quantité d’eau à extraire est très grande, parce qu’on peut leur donner une force que les autres ne peuvent presque jamais atteindre. Aussi, depuis leur application à l’épuisement, on a repris l'exploitation de mines importantes , anciennement abandonnées à cause de l’impossibilité de les assécher. Il n’est pas rare , dans le Cornouailles, de voir des machines à vapeur de la force de 3oo chevaux, destinées à l’épuisement des eaux ; et dans plusieurs mines de ce pays, il y a deux et même trois machines aussi puissantes employées à cet objet.
- Descente des ouvriers. L’entrée des ouvriers dans la mine a lieu par les galeries d’écoulement, quand les localités permettent d’en établir. Malgré leur existence, il arrive rarement qu’on puisse parcourir une mine de plain-pied. Il faut ordinairement monter dans des étages supérieurs, ou descendre dans des travaux placés à un niveau plus bas que b galerie d’écoulement. Ces communications ont lieu ordinaire ment au moyen d’échelles placées dans les petits puits de communication. Quand les mines n’ont pas d’autres issues que les puits, les ouvriers descendent, soit au moyen de*
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- échelles , soit par la tonne. Cette dernière méthode, plus commode et plus expéditive, est dangereuse, par le peu de soin que l’on apporte souvent à l’entretien des câbles qui servent à cet usage. Dans les mines peu profondes, comme la plupart des mines de fer, les ouvriers , pour descendre, mettent seulement le pied dans un crochet suspendu à l’extrémité du câble.
- Les échelles , ordinairement à deux montans , sont droites ou inclinées ; elles sont scellées dans la roche ou fixées dans le boisage des puits, au moyen de happes en fer. Lorsqu’elles sont droites, on pratique de distance en distance, ordinairement de 10 en io mètres , des planchers de repos qui ne présentent qu’une ouverture suffisante pour le passage d’un ouvrier.
- Quelquefois, comme dans les mines de sel de Wieliczha, de mercure d’Idria et du Palatinat, et dans les mines d’argent du Mexique, la descente des ouvriers a lieu au moyen d’escaliers pratiqués dans le roc.
- Eclairage. On se sert, pour l’éclairage des mines, de chandelles ou de lampes. Les chandelles, ordinairement plus minces que celles habituellement employées, sont placées, soit dans une pelote d’argile , soit dans un chandelier pointu, fig. i4 et i5, que l’on fixe dans les interstices que présentent les rochers. Les lampes en usage dans les mines (fig. 16 et 17) sont en fer; elles sont fermées hermétiquement, de manière que l’huile ne puisse jamais tomber; elles portent un crochet par lequel on les suspend.
- Il se dégage souvent des mines de houille du gaz hydrogène carboné, qui, mélangé avec l’air atmosphérique dans certaines proportions, devient détonant et cause des accidens très graves. On a employé différens moyens pour prévenir l’inflammation de ce mélange, connu des mineurs sous les noms de gaz inflammable et àefeu grisou. Le seul qui soit efficace est l’ingénieuse lampe à enveloppe de toile métallique inventée par sir Hurnphry Davy. De nombreuses expériences ont complètement démontré qu’on devait y avoir une pleine confiance.
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- Elles sont généralement employées dans les mines de l’Angleterre et de la Belgique, où l’on a lieu de craindre les explosions du gaz hydrogène ; elles commencent à l’être dans nos mines. On en compte plus de deux mille dans celle d’Anzin ; mais des préjugés ou de faux prétextes ont jusqu’ici empêché de les admettre dans plusieurs de nos exploitations.
- La lampe de sûreté consiste spécialement dans une lanterne dont l’enveloppe en toile métallique (de fil de fer ou de cuivre) recouvre et renferme la mèche d’une lampe ordinaire.
- Cette toile métallique, dont le tissu est assez fin et serré pour qu’il contienne au moins cent quarante ouvertures dans un centimètre carré, a la propriété très remarquable de ne point laisser passer la flamme à travers ses interstices ; de sorte que , si l’on porte cette lampe allumée dans une atmosphère explosive de gaz hydrogène carboné, le gaz entrant dans l’intérieur de l’enveloppe pourra prendre feu à la lumière de la lampe, mais l’explosion ne pourra se propager au dehors, même quand la toile métallique aurait acquis la chaleur du fer rouge.
- La condition essentielle pour que cet effet ait toujours lieu infailliblement, c’est que l’espace dans lequel la flamme de la lampe est confinée ne communique avec l’atmosphère extérieure par aucune ouverture, aucune jointure ou aucune fente qui soit plus large que les mailles de l’enveloppe (i).
- Nous terminerons ici l’esquisse que nous avons voulu donner de l’exploitation des mines : les personnes qui voudraient faire une étude approfondie de cet art devront consulter l’ouvrage que M. Héron de Villefosse , inspecteur divisionnaire au Corps royal des Mines, a publié sous le titre de Richesse minérale. Elles trouveront dans ce recueil, considéré à juste titre comme le plus complet et le plus instructif, des
- (i) On trouvera, dans le T. X des Annales des Mines, page 3 et suivantes, une instruction très détaillée, faite par M* Baillet, inspecteur divisionnaire au Corps royal des Mines, sur l’emploi des lampes de sûreté et sur leur construction»
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- faits relatifs aux mines et aux usines qui en dépendent, des plans géométriques de tous les différens modes d’exploitation de mines , et des machines qu’on y emploie.
- Aperçu statistique sur les mines (i).
- Les gîtes minéraux sont distribués dans la nature dans des situations géologiques très différentes , qui sont en partie en relation avec la nature des substances minérales qu’on y exploite. On peut considérer qu’ils forment trois grandes classes.
- i°. Ceux qui appartiennent aux terrains anciens; ils constituent des filons, des amas ou des couches métallifères.
- 2°. Les mines des terrains secondaires : telles sont les couches de combustible, de sel gemme , et quelques couches métallifères.
- 3°. Les mines qui existent dans les terrains d’alluvion, comme certaines mines de fer, les lavages d’or, de platine, d’étain, et ceux de diamans, etc. Nous allons parcourir succinctement les différentes contrées minérales, en associant celles qui appartiennent à peu près à un même groupe.
- Mines des Cordillieres de VAmérique méridionale. Peu de contrées sont aussi célèbres par leur richesse minérale, que cette chaîne de montagnes. Les mines du Mexique sont connues de tout le monde , et la richesse de celles du Pérou est passée en proverbe.
- Les mines les plus importantes des Cordillieres sont celles d’argent; on y a trouvé aussi quelques mines d’or, de mercure, de cuivre et de plomb. Ces montagnes ne paraissent pas également métallifères ; les mines connues forment un certain nombre de cantons fort éloignés lés uns des autres, dans le détail desquels nous ne pouvons entrer dans cet
- (i) Nous avons emprunté , pour la rédaction de cette partie statistique, l’ordre adopté par M. Eiie de Beaumont, dans un ouvrage intitule' Coup d’œil sur les Mines. Levrault, r8'.’
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- article. Nous dirons seulement quelques mots des principales.
- Les mines du Potosi, découvertes en i545, étaient autrefois le gîte le plus riche du monde. M. de Humboldt dit que depuis leur découverte jusqu’à nos jours, elles ont versé dans le commerce une masse d’argent qu’il évalue à O,^5o,ooo,ooofr. Les premières années ont été les plus productives; les minerais rendaient communément, à cette époque , 4o à 45 pour ioo; maintenant leur richesse moyenne est de o,ooo3 à 0,0004 : ces minerais sont donc aujourd’hui très pauvres. Cependant le produit des mines n’a pas diminué en raison de la richesse, l’abondance ayant succédé, de sorte qu’elle tient encore le second rang immédiatement après le fameux filon de Gua* naxato, qui existe dans l’ancien royaume du Mexique. Dans cette partie de l’Amérique méridionale, on connaît de quatre à cinq mille gîtes de minerai exploités. Les travaux forment trois mille exploitations distinctes, qui se trouvent réparties autour de cinq cents chefs-lieux ou réales. Ces mines sont loin d’ètre distribuées uniformément sur toute l’étendue des Cordillières ; on peut les considérer comme formant huit groupes. Le filon de Guanaxato, dont nous venons de parler, forme à lui seul tout ce district ; il ne présente qu’un filon principal appelé Veta-Matre; sa puissance est de 4° à 45 mètres; il est reconnu et exploité sur une longueur de 12700 mètres, et contient dix-neuf exploitations , qui produisent annuellement pour près dfe trente millions de francs d’argent. L’une d’elles, celle de Valencianna , en produit pour huit millions. Ce filon est composé d’argent natif, d’argent sulfuré et d’argent rouge.
- D’après les indications de M. de Humboldt, puisées en grande partie dans les documens officiels, le produit des mines d’argent de l’Amérique méridionale, en i8o4» était a peu près ainsi qu’il suit :
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- Mexique...... 2,196,140 mares, ou 53r,5i2 kil., valant i<9,44;,00° fr.
- Pe'rou........ 573,958 ....... i4o,4yS.......... 3i,2i5,5oo
- Bue'nos-Ayrts.. 468,098 ......... 110,764........ 24,614,200
- Chili........ 20,907 ........ .. 6,827 ......... 1,017,100
- Total... 3,25g,i53 marcs 796,58i kil....176,793,800 fr.
- A cette richesse immense en argent, il faut ajouter pour le produit des.mines et des lavages d’or de l’Amérique méridio-nale, ensemble ^1,5^5 marcs, ou 10,418 kilogrammes d’or, ayant une valeur de 35,8g3,ooo fr.
- Mines de la Hongrie. Les mines de ce royaume, la partie de notre continent la plus riche en mines d’or , en y comprenant celles de la Transylvanie, sont groupe'es en quatre centres. Le premier comprend les environs de Schemnitz, ou groupe du sud-est ; les mines de Nagybanya, qui forment le groupe du nord-est ; celui de l’est, ou d’Abrudbanya ; enfin, celles du Bannat de Temeschwar, au sud-est.
- Le premier groupe est le plus riche ; il est compose' de montagnes de porphyres analogues à ceux du Mexique ; on y trouve de l’argent sulfuré mêlé d’argent natif, renfermant une plus ou moins grande quantité d’or, quelquefois en lamelles visibles; de la galène argentifère, de la blende, des pyrites de cuivre et de fer. Les deux premiers minerais sont les plus importans.
- Les mines de ce royaume produisent annuellement, suivant M. Héron de Villefosse, 52i8 marcs, ou 1277 kilogrammes d’or, ayant une valeur de 4,399,410fr. , et environ 85,ooo marcs , ou 20,8o3 kilogrammes d’argent, qui valent 4,633,3o2 fr.. La Hongrie verse en outre annuellement dans le commerce, 18 à 20,000 quintaux métriques de cuivre, 4ooo quintaux métriques de plomb , et une grande quantité de fer.
- Mines des monts Altdi et des monts Gurals. Dans les monts Altaï, qui séparent la Sibérie de la Tartarie chinoise, il existe un grand nombre de filons métalliques, qui sont exploités depuis le milieu du siècle dernier. L’exploitation la plus im-Tome XIII. 3o
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- portante «le ce pays est la mine de Schlangenberg, qui produit de l’or natif argentifère , de l’argent natif aurifère, de l’argent sulfure, diflerens minerais de cuivre, de plomb et d’arsenic. Les minerais d’argent de cette contrée donnent moyennement, par quintal, une once d’argent, qui contient 3 pour loo d’or ; leur produit annuel était, vers 1786, d’après M. Patrin, de 734kilogrammes d’or, ayant une valeur de 2,538,780 fr., et de 14,100 kilogrammes d’argent, qui valent 3,263,ooo fr.
- Quant aux mines de cuivre , celles d’Aleïski-Loktefski produisaient annuellement i5oo à 1600 quintaux métriques.
- Les monts Ourals, qui forment pendant plus de 5oo lieues la limite entre l’Europe et l’Asie, contiennent des gîtes déminerais très riches et très remarquables, qui ont donné naissance à des exploitations très importantes de fer, de cuivre et d’or. Ces exploitations, situées sur les deux versans de cette chaîne, sont en plus grande abondance sur celui qui regarde l’Asie ; elles existent principalement depuis les environs d’Ekaterinbourg jusqu’à 120 lieues au nord de cette ville.
- Les mines de cuivre sont nombreuses et productives ; celles d’Ékaterinbourg et de Goumecliefski fournissent à elles seules 3o,ooo quintaux métriques de cuivre par an. Quant à la quantité de fer que produisent les mines de cette chaîne de montagnes, elle était de 5oo,ooo quintaux métriques il y a trente ans; elle s’est beaucoup accrue depuis cette époque. ^
- L’or paraît exister en assez grande abondance dans ces montagnes, à en juger par des dépôts aurifères que l’on a récemment trouvés, et qui paraissent être d’une étendue et d’une richesse surprenantes. La mine d’or de Bérésof, la seule exploitée il y a quelques années, donnait communément 5oo marcs d’or.
- Mines du nord de l’Europe. Elles sont principalement situées dans le midi de la Korwège, vers le milieu de la Suède, et dans le midi de la Finlande. Il n’existe que peu de mines dans les parties septentrionales de la Nonvège et de la Suède.
- La IS'orwège possède principalement des mines de cuivre et des mines d’argent. Les dernières sont surtout célèbres. Elles
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- sont situées à 20 lieues au sud-ouest de Christiania et près de Konsberg ; elles ont été pendant fort long-temps d’un grand produit, maintenant elles ne donnent qu’un faible bénéfice. Depuis leur découverte, qui a eu lieu vers 1623 jusqu’en 1792, elles avaient donné une quantité d’argent équivalente à 100 millions de francs. En 1768 , l’une des années les plus productives, elles ont donné 38,000 marcs d’argent. Les mines de cuivre de cette contrée produisent annuellement 4,913 quintaux métriques de ce métal.
- La Suède est également célèbre par ses mines de fer et ses mines de cuivre. Le fer que ce royaume produit jouit d’une juste réputation; il provient principalement des mines de Da-nemora en Rosslagie, situées à 11 lieues d’Dpsal. Le minerai est un fer oxidulé qui forme trois masses aplaties, placées verticalement dans un terrain formé de roches anciennes. On les exploite à ciel ouvert, sur une longueur de plus de 1400 mètres et jusqu’à la profondeur de 80 ; elles alimentent i5 hauts-fourneaux. On évalue que les mines et usines de la Suède produisent annuellement ’jôo mille quintaux métriques de fonte de fer, dont 5oo mille sont exportés.
- La mine de cuivre de Fahlun en Dalecarlie est aussi remarquable par son gisement que par sa richesse ; elle est exploitée sur un amas immense offrant cette singularité, que le minerai forme une zone autour d’elle. Les travaux ont 400 mètres environ de profondeur, et présentent des excavations considérables. Cette mine, qui fournit annuellement 8 à 9 mille quintaux métriques de cuivre , en donnait, dit-on, dans sa prospérité, plus de 5o mille. Elle produit en outre 3oo quintaux métriques de plomb, 5o marcs d’argent et 3 ou 4 d’or. Les autres mines de cuivre de la Suède fournissent environ 2 mille quintaux métriques, ce qui fait un total de 11 mille quintaux métriques.
- D’après M. Héron de Villefosse, les mines et usines de la Suède donnaient, en 1809, un produit brut de 36,5go,ioo fr
- Mines du Hartz et de l'est de l’Allemagne. Les mines du Hartz sont renommées par leur bonne exploitation, et les
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- mineurs de ce pays sont célèbres par leur activité, leur patience et leur habileté. Les filons de plomb, d’argent et de cuivre, qui forment la principale richesse minérale de cepavs, ne sont pas également répandus sur toute sa surface. Ils sont groupés près des villes d’Andreasberg, de Clausthal, deZellerfeld et de Lauthentlial. L’exploitation de ces mines remonte à neuf cents ans environ. L’époque de leur plus grande prospérité a été le milieu du dix—huitième siècle. Leur produit brut annuel était, en 1808, de 00 millions de francs. Le plomb est le produit principal. Elles livrent annuellement 3o mille quia-taux métriques de ce métal, 8,ooo kilogrammes d’argent, 16 à 1700 quintaux métriques de cuivre, et une grande quantité de fer.
- Nous avons réuni sous le titre de mines de l’est de l’Allemagne , celles de la Bohême, de la Saxe, de la Bavière, de l’Autriche, de la Moravie et de la Silésie. Parmi les petites chaînes de montagnes que présente cette contrée, celle connue sous le nom d’Erzgebirge , qui sépare la Saxe de la Bohême, est la plus riche en gîtes métalliques, qui sont principalement celles d’argent, d’étain et de cobalt. Les exploitations les plus importantes sont situées aux environs de Frevberg, petite ville célèbre par son école de mines, regardée comme la première du monde. La partie de ces montagnes qui appartient à la Saxe présente plus de quatre cents mines distinctes , coordonnées à un même ensemble d’exploitation et occupant directement au moins dix mille ouvriers. Elles fournissent annuellement 5a mille marcs d’argent, parmi lesquels 46 mille sont produits par les mines du district de Freyberg : celle de Himmelsfürst seule en donne 10,000
- Après les mines d’argent, les exploitations les plus importantes de-la Saxe sont les mines d’étain, qui se trouve en filons et en sables d’alluvion ; elles produisent annuellement 2,200 quintaux métriques de ce métal.
- Mines de la Grande-Bretagne. On peut distinguer en deux groupes principaux les mines de ce pays, le plus favorise peut-êt»e sous le rapport minéral. Le premier, qui comprendra
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- le Cornouailles , le Devonshire, l’Irlande , l’ile d’Ànglesey, le pays de Galles , le Cumberland, le Westmorland, le nord du Lancashire, l'île du Man et le midi de l’Ecosse , est forme' principalement d’un terrain de transition ancien, se rap -prochant beaucoup des terrains primitifs, dans lequel il existe de nombreux filons d’étain et de cuivre. Le second groupe comprend les montagnes calcaires désignées par les Anglais sous le nom de mountain lime stone, calcaire de montagne; elles forment la partie centrale de l’Angleterre, notamment le Der-byshire et le Cumberland.
- Le cuivre se trouve dans plusieurs de ces provinces ; l’étain n’existe que dans la principauté de Cornouailles , qui est aussi la plus riche en cuivre. Quelquefois l’étain et le cuivre se trouvent dans les mêmes mines, mais la plupart ne produisent en quantité notable qu’un seul de ces métaux. Les mines d’étain sont plus nombreuses que les mines de cuivre : ces dernières sont, en général, beaucoup plus étendues et plus productives.
- L’étain est traité sur les lieux. Quant aux minerais de cuivre, ils sont envoyés à Swansea, dans le pays de Galles, pour y être fondus.
- Le plomb est exploité aussi dans quelques mines de cette province ; mais ce métal est surtout très abondant dans les montagnes du Derbyshire et dans celles du Cumberland. Dans ce dernier comté, les mines sont d’une richesse extraordinaire, et leur produit est plus considérable que de celles de tout le reste de l’Europe.
- L’Angleterre produit aussi une grande quantité de fer ; elle renferme en outre d’immenses dépôts houillers , auxquels elle est peut-être redevable de sa supériorité commerciale, par l’économie que ce combustible apporte dans ses manufactures. La réunion du minerai de fer et de la houille dans les mêmes mines lui permet de fabriquer le fer à un prix très modéré , et nous fait craindre que l’Angleterre n’ait toujours un grand avantage sur nous dans ce genre d’industrie.
- Pour donner une idée de la richesse minérale des îles Britan-
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- niques, nous allons extraire, d’un ouvrage publie' par MM. Du-fre'noy et Élie de Beaumont, sur le traitement des me'taux en Angleterre, sous le titre de Voyage métallurgique en Angleterre , un table au indiquant la quantité' de métaux produits par chaque province.
- Etain. Cornonail]es seulement
- Cuivre*
- Cornouailles. , Devonshire. . Straffordsliire.
- Anglcsey......
- Pays de Galles Cumberland. . Irlande.......
- Écosse........
- 9,470,965 J 545,o55 I 3S,5^o J 749,070 \ 55,825 / 2r,3i5 1
- >49)°7° I n,i65 J
- Plomb.
- Pays de Galles...........
- Écosse...................
- Cornouailles et Devonshire.
- Sbropshire...............
- Derbyshire...............
- Cumberland...............
- 7,5oo,ooo
- 2,800,000
- 800,000
- 800,000
- 1,000,000
- 19,000,000
- 3,iy5,g5B kilogr.
- ii,64t,o35
- 3i,900,000
- Fonte de fer, environ.
- 600,000,000
- On n’indique pas la quantité de fer, parce qu’elle rentre dans la fonte , celui-ci étant le produit de la transformation en fer malléable d’une partie de la fonte.
- On ne peut indiquer la quantité de houille exploitée chaque année en Angleterre. Pour faire voir combien elle est immense , nous dirons seulement que la quantité de houille exportée du bassin de Newcastle, à la vérité l’un des plus considérables de l’Angleterre, surpasse deux millions de milliers métriques.
- Mines de la France. Nos richesses minérales ne sont pas a beaucoup près aussi considérables que celles des contrées que nous venons d’indiquer. D’après la disposition géologique des terrains, on peut classer en cinq groupes les mines métalliques de la France , qui sont ainsi disposés : mines des Vosges et de la Foret— Noire, du centre de la France , de la Bretagne , des Pyrénées et des Alpes.
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- MINES. 471
- Les Vosges contenaient, il y a peu d’anne'es, plusieurs centres d’exploitation de minerais de plomb et de cuivre argentifère. Les deux mines principales étaient celles de la Croix-aux-Mines et de Giromagnj•, qui produisaient du plomb argentifère. Elles sont abandonnées depuis la révolution ; mais on espère qu’elles seront reprises bientôt. La première produisait environ 12,000 quintaux métriques de plomb et 1468 kilogrammes d’argent ; la seconde, 280 à 3oo kilogrammes d’argent, et une assez grande quantité de plomb.
- Le terrain ancien du centre de la France présente une grande quantité de mines de plomb ; mais elles sont en général peu productives. Les principales sont celles de Villefort et deViallaz, dans la Lozère; elles donnent annuellement 1000 quintaux métriques de plomb et 1600 marcs d’argent. C’est à ce groupe que se rattache la mine de cuivre de Chessy, qui fournit du cuivre carbonate' vert et bleu disséminé dans un grès analogue au grès bigarré. Dans l’usine qui dépend de cette mine, on y fondait, il y a encore quelques années, du cuivre pyriteux qui était extrait des mines de Saint-Bel.
- La Bretagne est un peu plus riche en exploitations que les deux groupes que nous venons d’indiquer. Il en existe dans ce moment deux assez importantes, à ïluelgoat. et à Poullaouen. Elles occupent neuf cents ouvriers, et livrent annuellement au commerce plus de 5ooo quintaux métriques de plomb et environ 2000 marcs d’argent. Il y avait encore dans ce pays plusieurs autres mines qui ont été abandonnées.
- La chaîne des Pyrénées est fort peu riche en mines ; il n’v existe qu’une mine de cuivre dans la vallée de Baigorry, encore est-elle abandonnée depuis long-temps. Le fer, à la vérité, y constitue des masses considérables ; on en exploite une à Rancié, dans la vallée de l’Arriège, composée de fer hématite et de fer spathique, et dont la puissance est immense. Ces mines de fer alimentent plus de 200 forges catalanes.
- Les Alpes sont également fort pauvres en mines ; il n’y existe que quelques mines de plomb peu productives, des indices d’or à la Gardette, une mine d’argent abandonnée à Allemont,
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- et des mines de fer assez abondantes dans le departement de l’Isère. Outre les mines que nous venons d’indiquer dans les diffe'rens groupes de montagnes de la France , on exploite de la houille dans beaucoup d’endroits, et plusieurs provinces sont fort riches en minerai de fer, provenant à la vérité de formations très récentes. Pour compléter l’aperçu que nous venons de donner sur les mines de la France, nous ajouterons un tableau des substances métalliques produites par la France, d’après un travail que M. Héron de Villefosse a inséré dans le dernier numéro des Annales des Mines de 1827.
- Plomb en saumons............... ib3,oookil., val. .117,120 fr.
- Litharge 513,700 .... . . 308,220
- Plomb sulfure ! nlquifoux).. . II2,3oO .... 65,6So
- (Enivre noir . T fi/j nnn . . ... 295,200
- Antimoine*. 91,700 .... 64,190
- Manganèse . . '’v'x ftnn . . . ... 60,4^0
- Fonte de fer hrnt.p . . . o^i fir*fi W ... 5,i2i,3oo
- Fer en barres. .... 6'-,qo5,232
- Acier .. 3,5ûOjOOO .... 579,340
- Argent en lingots 1,162 .... .... 25},4;8
- fr‘
- Mines d’Espagne et de Portugal. Les montagnes qui sont au nord du Portugal paraissent avoir été fort riches en mines ; on y exploitait jadis beaucoup d’étain , et quelques mines de plomb; on exploite encore à Rio-Tinto en Espagne, sur les frontières du Portugal, une mine de cuivre qui produit environ i5o quintaux métriques de ce métal par année. Les montagnes des environs d’Opporto présentent partout des indices de minerai de plomb et de cuivre. C’est dans ces contrées qu’existaient les mines d’or et d’argent que les Romains et les Carthaginois ont exploitées avec tant d’avantages et qu’ils se sont si vivement disputées.
- Les montagnes qui séparent l’Andalousie de l’Estramadure, celles des royaumes de Murcie et de Grenade renferment quel-, ques mines célèbres ; nous citerons d’abord les mines d’argent de Guadalcanal et Cazalla, à 15lieues N. de Séville. Elles pro-.
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- MINEUR. 473
- «luisaient, dit-on, au commencement du 17e siècle, 170 marcs d’argent par jour.
- Sur le versant méridional de la Sierra-Morena, on trouve des mines de plomb très importantes. Les filons sont très riches et fort près de la surface. Six de ces mines, encore actuellement exploitées , produisent, d’après M. Eelaborde, 6000 quintaux métriques de plomb. Sur le versant septentrional de la Sierra-Morena, se trouvent les fameuses mines de mercure d’Almaden qui fournissent tout le mercure nécessaire pour le traitement dés nombreux minerais d’argent du Mexique. •
- Mines des monts Alleganj. Ces montagnes, qui traversent les Etats-Unis d’Amérique , renferment un grand nombre de gîtes de minerais' de fer, de cuivre, et de plomb. Le fer est exploité avec beaucoup d’activité, et les usines de ce pays exportaient déjà une assez grande quantité de ce métal avant 1773. Les mines de plomb les plus remarquables de cette chaîne sont celles de Southampton dans le Massachussets , et de Perkiomen-Creek dans la Pensylvanie. Aucune des mines de cuivre actuellement exploitées ne présente d’importance. Enfin, on' connaît des couches assez puissantes de houille sur les bords de l’Ohio, et quelques exploitations de sel gemme.
- D.
- MINEUR. Ouvrier employé à l’exploitation des mines. Ce mot s’emploie aussi pour indiquer, en terme d’art militaire , les ouvriers qui travaillent à la mine ; on dit, en ce. sens, une compagnie de mineurs. Ayant, indiqué à l’article Mises les procédés en usage pour pénétrer dans le sein de la terre, et les règles générales que l’on doit suivre dans la conduite d’une exploitation de mines, nous ne considérerons le mot mineur que dans son rapport à l’art militaire ; nous donnerons en conséquence une idée générale du creusement des mines militaires et de leurs principales dispositions. Nous commencerons par indiquer les dénominations les plus usitées.
- Chambre de la mine, ,cavité 'dans laquelle on dépose la
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- 474 MINEUR.
- poudre. Quand la mine est chargée, la chambre prend le nom de fourneau.
- Fougasse, petite mine ou fourneau situé à une profondeur qui n’excède pas 4 mètres.
- Camouflet, petit fourneau pratiqué dans la mince paroi de terre qui sépare deux mineurs ennemis.
- Galeries, rameaux, chemins pratiqués sous terre et dont l’objet est de conduire aux fourneaux.
- Entonnoir, excavation produite par le jeu d’un fourneau.
- Ligne d’explosion, axe de l’entonnoir, et par suite de moindre résistance.
- Mine simple, fourneau isolé, placé à l’extrémité d’un rameau.
- Mines double, triple, quadruple, réunion de deux, trois ou quatre fourneaux, placés à l’extrémité de rameaux en croix.
- Saucisson, long boyau de toile rempli de poudre bien grenée, qui sert à mettre en communication le fourneau avec l’entrée des galeries.
- Les mines militaires n’ayant jamais que quelques pieds de profondeur, le terrain à excaver est ordinairement peu solide; souvent même il est entièrement meuble : pour qu’on puisse s’y enfoncer, il faut ce que l’on appelle coffrer le terrain. Cette opération a beaucoup d’analogie avec celle en usage pour le percement d'un puits dans un terrain mouvant ; elle consiste à placer d’abord un cadre solide et à creuser dans son intérieur , au moyen de planches que l’on enfonce derrière lui. On place alors un second cadre, qui consolide les planches entre lesquelles on a enlevé le terrain ; on enfonce de nouvelles planches derrière ce cadre, et l’on continue de même jusqu’à ce que l’on soit arrivé au niveau où l’on doit ouvrit un rameau , à l’extrémité duquel on place la chambre qui doit servir à l’établissement du fourneau. On se sert du même procédé pour le creusement de la galerie et de la chambre de la mine. Le terrain étant rarement solide) le mineur militaire ne fait usage des trous de mines que
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- MINEUR. 4^5
- dans des cas très rares; presque toujours ses travaux sont des terrassera ens souterrains, qui diffèrent de ceux à ciel ouvert, en ce qu’il faut continuellement consolider le terrain.
- On place la chambre de mine tantôt sur le prolongement des rameaux, tantôt sur leur flanc ; on la consolide e'galement au moyen de châssis faits de differentes manières ( Voir, à ce sujet, le Traite' de Fortification souterraine, de M. C.-L. Gillot, capitaine du Génie ) ; si les localités le permettent, il est bon de les enfoncer au-dessous des rameaux, de manière à ce que le centre du fourneau se trouve au niveau du sol. Les dimensions de la chambre doivent être proportionnées à la quantité de poudre qu’elle doit renfermer , et celle-ci à l’épaisseur du terrain. Sa capacité doit être plus grande que celle nécessaire pour renfermer exactement le coffre aux poudres ; car il résulte , d’une manière incontestable , d’expériences faites par le général Marescot, que l’action d’un fourneau est sensiblement augmentée en ménageant des espaces clos autour de la poudre. Cet espace ne doit pas non plus être trop considérable, mais il peut varier cependant dans une assez grande proportion.
- La quantité de poudre que doit renfermer une mine ayant été calculée relativement à sa ligne d’explosion , à la ténacité et à la dureté du terrain à enlever, et la chambre du fourneau étant toute préparée, on y place un coffre en bois de forme cubique, dont les dimensions sont réglées d’après cette donnée qu’un décimètre cube de poudre pèse o,gi kilogramme. Le coffre une fois placé, on ajuste le long de la galerie une espèce de canal ou auget, composé de trois planches de sapin clouées solidement ensemble ; on le fixe ensuite sur les semelles de la galerie. Cet auget est destiné à recevoir le saucisson, qui sert à communiquer le feu au fourneau. L’une des extrémités de ce boyau est coupée en sifflet, et entre de 16 à 20 centimètres dans le coffre aux poudres ; il y est fixé au moyen d’une cheville. Le saucisson étant placé, on recouvre l’auget dans toute sa longueur, au moyen d’une
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- planche ; après quoi on remplit le coffre de poudre, et on le ferme avec son couvercle.
- On ne saurait apporter trop de précautions quand on charge un fourneau. Il faut se servir de lanternes pour éclairer les galeries, on doit en outre les tenir éloignées, quand on verse la poudre dans le coffre , de crainte que le pulvérin qui s’élève et se répand dans le rameau, ne vienne à s’enflammer ët à porter le feu aux poudres. Les marteaux que l’on emploie pour clouer le couvercle doivent être en cuivre.
- Les poudres étant placées, on procède au bourrage, qui s’exécute de différentes manières , suivant la position du fourneau. Quand il est pratiqué sur le flanc du rameau, on dresse des madriers contre le coffre des poudres, que l’on étançonne solidement en mettant des pièces de bois qui s’appuient sur le côté opposé de la galerie. On remplit l’intervalle entre les pièces avec de la terre, et l’on continue ainsi à boucher tout le rameau, que l’on ferme par quelques pièces de bois. Si le fourneau est placé sur le prolongement de la galerie, on remplit d’abord avec des bois mis en travers et que l’on fait entrer avec force, les intervalles entre deux châssis ; on bourre ensuite avec de la terre seule un espace égal, et l’on continue cette manœuvre jusqu’à l’extrémité du rameau, en mettant successivement des bois en travers et des remplissages de terre. Souvent dans les sièges, où le temps est toujours précieux , on se sert de sacs à terre pour bourrer les rameaux ; on doit prendre garde de ne pas écraser ni déranger l’auget qui renferme le saucisson.
- Le bourrage terminé, on met le feu aux poudres, au moyen d’une mèche soufrée ou d’un morceau d’amadou que l’on place à l’extrémité du saucisson qui sort du rameau. Cette maniéré de porter le feux aux poudres, au moyen de saucissons, pre" sente l’inconvénient de remplir les rameaux de fumée ; souvent aussi l’air que ceux-ci renferme étant vicié, la combustion àt la poudre est fort lente et s’arrête même quelquefois. On a, en conséquence, essayé différens moyens de porter le feu aux poudres, comme une étincelle électrique, etc. ; mais on
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- revenu à l’emploi des saucissons, qui est le seul en usage actuellement.
- Souvent plusieurs fourneaux doivent jouer simultanément, ou bien l’effet de quelques-uns d’entre eux doit pre'ce'der de quelques secondes l’explosion des autres. Dans l’un et l’autre cas, on donne aux saucissons des longueurs convenables, suivant l’objet qu’on se propose ; on appelle cette ope'ration, en terme de mineur, compasser les feux.
- On emploie les mines également dans l’attaque et dans la défense des places. Leurs positions sont très variées ; elles dépendent de la forme de la place, et du point où en est le siège. Nous ne pouvons entrer dans des détails circonstanciés sur ce sujet ; mais nous allons extraire quelques passages d’un Mémoire sur la Fortification souterraine, par le général Marescot, dans lequel ce célèbre ingénieur, après avoir rectifié la nomenclature de la science du mineur militaire , et rappelé la théorie des mines à ses véritables principes, pose les règles générales d’un bon système de mines défensives.
- Selon cet officier, la fortification souterraine défensive doit s’avancer le plus loin possible sous la campagne, ses nombreux rameaux doivent embrasser tout le terrain présumé de l’attaque , afin que l’assiégeant, combattu plus tôt, soit arrêté plus long-temps; que. tout passage sur terre comme dessous lui soit interdit ; que tous ses établisseniens , sans exception, soient menacés ; on doit éviter surtout de faire marcher les galeries parallèlement à la place et de prêter le flanc aux fourneaux assiégeans, qui, surchargés à volonté, les crèveraient facilement dans cette position défavorable, et les convertiraient en tranchées. Qu’au contraire elles s’avancent dans des directions enfilées des ouvrages qu’elles défendent, et présentent constamment la pointe aux fourneaux assiégeans ; que la configuration des galeries établisse, entre toutes leurs parties, une circulation d’air abondant et général ; que celles qui conduisent à une disposition de fourneaux soient toutes indépendantes de celles qui mènent à une autre disposition. On évitera
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- ainsi le de'sordre , la perte simultanée de plusieurs galeries • on assurera le feu successif de tous les fourneaux.
- Les mineurs ont disputé long-temps sur la meilleure position d’escarpe et de contrescarpe, et, dans leurs diverses suppositions, ils avaient le défaut majeur de présenter le flanc aux fourneaux assiégeans. Toutes ces disputes sont devenues sans objet, depuis que les officiers du génie sont généralement convenus de substituer à la pratique des revêtemens ordinaires, la méthode ingénieuse des talus, méthode qui réunit tous les avantages , accroissement de solidité, prolongation de la défense , diminution de dépense. L’expérience a prouvé combien il est difficile de faire brèche par le canon à des revêtemens ainsi construits. Il est aisé de sentir les difficultés et la résistance qu’ils opposeront à leur destruction par les mines, soit que le mineur assiégeant s’avance de loin sous terre en faisant jouer ses fourneaux surchargés, soit qu’il s’enfonce dans le terre-plain de l’ouvrage pris pied à pied ou de vive force; car, dans le premier cas , les arceaux de décharge présentent la pointe à l’ennemi, et dans la seconde supposition, l’assiégeant ne pourra jamais, par le jeu d'un fourneau, en crever qu’un ou deux, et les autres arceaux , comme autant de redoutes souterraines isolées, exigeront, pour chacun d’eux, autant d’attaques particulières, et deviendront, dans les mains d’un assiégé intelligent, le moyen fécond de chicanes interminables ; tandis que les anciennes galeries d’escarpe et de contrescarpe, une fois forcées sur un point, étaient à peu-près perdues sans ressource. Enfin, les avantages ultérieurs de ces arceaux de décharge sont de servir de places d’armes, de retranchemens, de procurer des ateliers commodes aux mineurs, des magasins spacieux pour leurs approvisionnemensde tout genre, etc.
- On se sert d’un ou plusieurs rangs de fourneaux, suivant la nature du terrain, les manœuvres de l’assiégeant et l’importance de la place. Les plus légers, voisins delà surface, se détacheront en avant, iront à la découverte de l’ennemi et escar-moucheront pour ainsi dire avec les premiers fourneaux ;
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- d’autres plus conside'rables, habitant la région moyenne, seront d’un usage plus habituel et soutiendront tout l’effet du combat. Enfin, les plus gros , placés dans sa partie inférieure, seront réservés pour les circonstances les plus importantes, contre les batteries de brèche, les établissemens dans les ouvrages , etc.
- Il sera avantageux de les placer par files parallèles qui seront espacées de io mètres environ, distance suffisante pour donner au mineur assiégé la facilité de n’étre pas prévenu. On arrivera à ces différens étages par des rameaux portant des tiges différentes. Ainsi, les rameaux conduisant au premier et au troisième étages partiront de la même galerie, et le rameau destiné au second étage viendra de la galerie voisine.
- Quelquefois les évènemens de la guerre ne permettront pas qu’une file de fourneaux soit placée précisément au milieu de deux files voisines.
- Le mineur assiégeant aura à combattre successivement toutes les lignes de fourneaux que l’espace permettra de lui opposer graduellement jusqu’à la dernière disposée contre les batteries de brèche , de manière à laisser entre les entonnoirs et la crête du glacis un massif trop étroit pour leur établissement et assez épais pour les masquer.
- Les galeries, partant du fond des arceaux de décharge, descendront par des pentes douces jusqu’à 10 ou 12 mètres au-dessous de la surface du sol, autant que sa nature plus ou moins sèche ou humide pourra le permettre, et suivant le degré de force que le plan général de défense a attribué à la guerre souterraine. En s’éloignant ainsi de la surface, les galeries principales se soustrairont autant que possible aux atteintes des fourneaux ennemis, et les rameaux, par leurs positions inclinées, leur présenteront presque toujours la pointe et rarement le flanc. Cette disposition est évidemment plus avantageuse que celle qui obligerait les rameaux à descendre.
- Il sera utile de pratiquer de 4 en 4 °n de 5 en 5 mètres dans les pieds-droits des galeries, des rainures d’un mètre de lar-
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- geur et de 3o centimètres de profondeur, exécutées en maçonnerie ordinaire. Ces rainures donneront la facilité d’exécuter des barrages d’une grande solidité, d’une prompte construction, qui serviront soit à abréger l’opération du bourrage, soit à se retrancher successivement en défendant les galeries pied à pied. Des puits ajoutés par intervalles et tenus couverts jusqu’au moment de la retraite, aideront encore à remplir ce dernier objet.
- On devra faire , dans l’intérieur des ouvrages, des dispositions souterraines destinées à culbuter les parties de ces ouvrages qui après leur prise pourraient devenir nuisibles.
- Les communications couvertes seront établies entre les arceaux d’escarpe et de contrescarpe ; dans les terrains secs, ces communications seront souterraines ; lorsque les fossés seront pleins d’eau, soit constamment, soit accidentellement, elles seront ménagées dans les bâtardeaux , qui seront alors construits avec beaucoup de soin, afin de les rendre parfaitement étanchées. D.
- MINIATURE ( Technologie). Nous sommes loin de partager l’opinion de ceux qui font dériver ce nom du mot minium ( vermillon ) , parce qu’ils supposent que le peintre en miniature emploie beaucoup de minium. C’est une erreur ; les bons peintres rejettent cette couleur , parce qu’elle noircit. Nous pensons, au contraire , que le mot miniature dérive du vieux mot français mignard, délicat, mignon, gentil, agréable. En effet, la miniature, par la petitesse et le grand fini des objets qu’elle présente, flatte ou embellit la nature en l’imitant, et en réduisant du grand au petit.
- Le peintre en miniature se contente souvent de pointiller les chairs ; il peint à Gouache les fonds et les draperies. B existe cependant des miniatures dans lesquelles tout le travail est pointillé. C’est sur l’ivoire ou sur le vélin que l’on fait ces sortes de peintures. Dans l’un et l’autre genre , le mérita consiste à économiser savamment le travail, et à laisser agi' l’effet de l’ivoire ou du vélin qui lui sert de fond.
- La miniature ne fut d’abord que l’art de peindre en petl!
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- MINIATURE. 481
- sur une matière quelconque naturellement blanche, telle que le marbre, l’albâtre, les pierres, les os blanchis au soleil, l’ivoire. On n’y employait que très peu de couleurs , parce qu’on ne savait pas les rendre légères ; mais quand on eut fait quelques progrès dans la peinture, on vit que le seul moyen d’avoir des teintes de dégradation , e'tait de faire entrer le blanc dans les couleurs; et des artistes intelligens en admirent le mélange dans toutes les couleurs de fond, de draperies, etc., qui en ont besoin , à l’exception des chairs et d’autres parties délicates, dans lesquelles l’emploi du blanc , dans les mélanges , ferait perdre à l’objet sa touche caractéristique.
- La miniature se faisait admirer en Hollande , qu’elle n’était encore en France qu’une froide enluminure; on n’y voyait que des portraits entièrement à l’épargne (i) , ou à la gouache et pointillés. Les Caméra, les Harlo et.les Macé ayant abandonné la peinture à l’épargne , qui défendait d’employer le blanc dans le mélange des couleurs , firent sentir que la miniature était susceptible de rendre en petit les plus grandes choses, de briller par la belle composition, par un coloris frais et vigoureux , et par un bon goût de dessin.
- Quoique la miniature n’embrasse pas généralement tous les détails des objets qu’elle imite, cependant elle a de grandes difficultés qui contrarient ses succès, et qu’il importe de surmonter. Ces difficultés sont la petitesse des objets, la précision et le moelleux des contours, le grand fini, sans perdre du côté de la vigueur ; le choix des matières sur lesquelles on se propose de peindre , qui présentent souvent des inconvé-niens ; le choix et l’apprèt des couleurs, et la touche ; sans compter qu’il est toujours très difficile d’annoncer la grande manière dans un tableau qui perd déjà de son effet à quelques décimètres de distance.
- (i) On appelait peinture a Pépargne, cette espèce de miniature dans la,-quelle on épargne en effet le blanc de la matière sur laquelle on peint, pour en former des blancs ou de grands clairs, assoupis à la vérité par les coideurs locales.
- Tome XIII.
- JL
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- 482 MINIATURE.
- On ne peint aujourd’hui en miniature que sur l’ivoire ; quelquefois, quoique rarement, sur le vélin. L’ivoire doit être choisi très blanc , en tablettes très minces, parce que plus il est épais, plus il paraît roux. Ces tablettes doivent être très unies, sans être très polies. Avant que de peindre dessus, on en dégraissé la surface en la frottant légèrement avec un peu de coton imbibé d’une dissolution d’alun, qu’on essuie avec un linge blanc et sec ; ensuite on la frotte avec de la pierre ponce en poudre très fine, à l’aide d’un linge fin, ou mieux on promène dessus un os de sèche, qu’on a rendu bien uni. Le Vélin est le veau mort-né ; il doit être très blanc, très doux , sans taches ou veines claires. Pour le choisir, on le mouille par un coin avec le bout de la langue : s’il sèche de suite, il ne vaut rien ; s’il est long-temps à sécher, il est bon.
- Les couleurs qu’on emploie à ce genre de peinture sont en petit nombre ; elles doivent être broyées avec beaucoup de soin, à l’eau, sur une glace dépolie, ensuite détrempées à la gomme arabique.
- Nous ne chercherons pas à donner ici des règles sur l’art de peindre la miniature ; notre cadre ne nous permettrait pas d’entrer dans des détails aussi étendus. Nous engageons le lecteur qui désirerait des notions plus circonstanciées, à lire un ouvrage intitulé Ecole de la Miniaturey mais nous ne lui assurerons pas, avec l’auteur, qu’il apprendra à peindre sans maître.
- Une nouvelle manière de peindre la miniature a été inventée dans ces derniers temps par M. Vincent de Montpetit : l’auteur lui a donné le nom de peinture éludorique, parce qu’il emploie un mélange d’huile et d’eau.
- Avant cette découverte, on ne peignait en miniature quen détrempe , par les procédés dont nous avons parlé plus haut, ou en émail ; on n’avait pas encore imaginé qu’on put employer la peinture à l’huile. Ses touches larges , ses couleurs épaisses, la liberté de son pinceau, le vernis gras dont elle fait usage , semblaient ne pouvoir jamais s’allier avec le délicat , le gracieux et le fini de la miniature. •
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- MINIUM. 483
- Après diverses expe'riences, M. Vincent de Montpetit est parvenu à peindre à l’huile les sujets les plus petits, et qui ont tout le fini et le moelleux de la miniature en de'trempe.
- Les avantages que cette peinture présente au-dessus de toutes les autres méthodes , ont engagé beaucoup de peintres à imiter les beaux morceaux que nous a laissés M. Vincent de Montpetit ; mais il ne paraît pas qu’ils aient parfaitement réussi à l’imiter , vraisemblablement parce qu’ils ignorent les procédés imaginés par l’inventeur. Nous avons connu un très habile peintre en miniature qui était parvenu à faire des tableaux admirables dans ce genre ; ses portraits étaient regardés par tous les connaisseurs comme des chefs-d’œuvre. Il avait pris un élève , mais il ne put pas lui donner long-temps ses leçons ; un mois s’était à peine écoulé, qu’il fut subitement emporté par une attaque d’apoplexie foudroyante. Tout ce qu’on a pu savoir, c’est qu’il peignait sur du taffetas. Il serait infiniment avantageux que quelques amateurs s’occupassent des moyens de retrouver des procédés aussi précieux : alors il serait possible d’espérer que la miniature aurait ses Rubens et ses Vanloo. L.
- MINIUM ( Arts chimiques). Oxide rouge de plomb , ou deutoxide de ce métal. Il est formé, selon Proust, de pro-toxide et de peroxide de plomb ; son existence à l’état natif, long-temps contestée , a été mise hors de doute par les travaux de M. Smithson. Deux échantillons , en masse amorphe, sans indice de cristallisation, • l’un provenant du pays de Hesse-Cassel, l’autre de Sibérie, où le minium était accompagné de plomb sulfuré , ont été examinés par ce chimiste, qui y a reconnu la présence de ce deutoxide.
- Le minium que l’on emploie dans les Arts est toujours lui-même le produit de l’art. La fabrication du minium est d’abord semblable à celle qui a été décrite à l’article Massicot , ou protoxide de plomb, dont on se sert pour le préparer. Ce dernier , pour être converti en minium, a besoin d’être réduit en poudre dans des moulins ; de l’état de ténuité de cette pondre dépend en grande, partie le succès de l’opération
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- 484 MINIUM.
- plus elle est fine , et plus elle est susceptible d’absorber l’oxi-gène d’une manière égale dans toutes ses parties. On place le massicot ainsi divisé, soit sur la sole d’un fourneau à réverbère, soit dans des caisses de tôle de i pouces de profondeur, qu’on introduit dans le fourneau : on le fait chauffer avec précaution, pour empêcher qu’il ne se fonde , et pour que néanmoins il puisse se suroxider d’une manière suffisante ; la clôture exacte de toutes les issues et ouvertures du fourneau, parait nécessaire pendant l’opération. C’est avec ces précautions qu’on parvient à faire absorber une quantité d’oxigène double vraisemblablement de celle que le minium exige, et dont l’excédant se sépare par le refroidissement.
- ( D’après l’analyse de M. Berzélius, le minium est formé de loo parties de plomb et d’environ 11,5 d’oxigène. ) Cette présomption est fondée sur l’observation faite par les fabricans, que l’oxide a une couleur puce (qui, comme on le sait, est celle du peroxide de plomb ) lorsqu’on le retire très chaud encore du fourneau, pour opérer son refroidissement à l’air, qui est alors sans inconvénient, et après lequel il conserve la belle couleur rouge et l’éclat qu’on y recherche. Il est à remarquer que cette couleur n’est pas moins vive dans les dernières couches, vers le fond des boîtes, qu’elle ne l’est à la surface ; uniformité due vraisemblablement à l’extrême division qu’on a soin de donner au massicot avant de le soumettre à la calcination. La nécessité de l’amener à la couleur puce pour l’obtenir d’une belle couleur rouge par le refroidissement, nous semble appuyer l’opinion des chimistes qui pensent que le minium contient une portion de peroxide. Le minium n’a ni saveur, ni odeur, ni solubilité dans l’eau ; expose' à la chaleur, il perd de son oxigène et repasse à l’état de protoxide; poussé à une chaleur rouge dans un creuset de terre , il se combine à une certaine quantité de la silice et de l’aluinine qui le composent, et forme avec ces terres une matière vitreuse , transparente et jaunâtre, qui perce le creuset et s’écoule au dehors. En traitant le minium à chaud pa* l’acide liydrochlorique, on obtient du chlore, de l’eau et du
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- chlorure de plomb. Si l’on verse sur le minium de l’acide nitrique, le mélange prend une couleur puce : l’acide dissout le protoxide et met à nu le peroxide , selon l’opinion de Proust; ou bien , suivant M. Vauquelin , il facilite la suroxi-dation d’une portion du deutoxide aux de'pens de l’autre, qui repasse à l’état de protoxide et se dissout dans l’acide.
- Le minium est employé dans la peinture à l’huile, pour colorer les papiers de tenture, pour la préparation du cristal et celle du jlint-glass. La consommation que l’on en fait en, F rance est considérable ; elle va bien au-delà de la quantité de plomb que les mines qu’elle possède peuvent produire. La manufacture de céruse et de minium de Clichy, créée et dirigée par M. Roard, consomme la moitié du plomb fourni par la mine de Poullaouen en Bretagne , la plus productive , sans comparaison , de toutes celles qui existent en France. Cette quantité n’est que la neuvième partie du métal que cette manufacture convertit annuellement en céruse et en minium ; elle est forcée de tirer d’Espagne et d’Angleterre les huit autres neuvièmes que sa fabrication exige.
- On connaît dans le commerce, sousje nom de mine orange, une préparation analogue au minium. Connue d’abord en Angleterre, elle est aujourd’hui un des produits de nos manufactures , et principalement de celle de Clichy, dont M. Roard est le directeur et l’un des propriétaires. Ce chimiste habile qui, par ses connaissances et son activité , a tant contribué au succès de ce bel établissement, a bien voulu nous donner sur cette préparation quelques renseignemens que nous nous empressons de faire connaître. La mine orange a beaucoup de rapports avec le minium ; mais, quoiqu’elle contienne la même proportion d’oxigène , et que ce soit comme lui un deutoxide de plomb, on ne peut pourtant pas la considérer comme parfaitement identique ; ce qui en fait la différence ne consiste pas tant dans la couleur que dans la présence ( ainsi qu’on va le voir ) d’une petite quantité de matière étrangère à l’oxide. Les deux procédés dont on fait usage pour préparer la mine orange , et qui donnent
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- des résultats très diffe'rens , sinon dans l’aspect des deux produits, au moins dans la pratique des Arts auxquels on les emploie , savoir, la fabrication des papiers de tenture , de couleur aurore et jaune-orangée, fournissent la preuve de cette assertion. Le premier procédé ne consiste que dans l’extrême division du minium, opérée à l’aide de moulins ; il suffit, pour obtenir une mine orange d’une nuance aussi éclatante , aussi intense que celle fournie par le procédé que nous allons décrire, et d’une couleur tellement semblable, qu’il serait difficile de les distinguer l’une de l’autre; mais il en est tout autrement lorsqu’il s’agit de les employer, c’est-à-dire de les mêler à la colle ; la mine orange obtenue par la seule division du minium , prend presque sur-le-champ avec la colle une solidité, une consis tance qui ne permet plus de diviser le mélange et de l’étendre à volonté. Cet inconvénient très grave a forcé les fabricans à renoncer à l’emploi du minium pour la préparation de ce produit ; ils lui ont substitué le blanc de céruse, et ce second procédé est le seul en usage aujourd’hui. Il ne s’agit que de calciner le blanc de céruse avec précaution dans les mêmes fours et dans les mêmes boîtes de tôle dont on se sert pour la préparation du minium. Le degré de calcination pour atteindre le point convenable est seul différent, et il est si difficile à saisir, que les ouvriers les plus exercés n’y réussissent point toujours. Dans cette opération, la céruse perd son acide carbonique ; elle est décarbonatéej mais il parait qu’elle ne l’est point entièrement, et qu’il y reste encore une petite quantité de carbonate de plomb, qu’on évalue à quatre ou cinq centièmes. C’est cette portion de carbonate de plomb, échappée à la calcination , que l’on regarde comme la différence essentielle existant entre la mine orange résultant de la simple division du minium et celle qui provient de la calcination du blanc de céruse : celle-ci se divise parfaitement avec la colle, ne se grumelle ni ne se solidifie par ce mélange ; elle est, en un mot, la seule propre à cet usage. Lorsque, par la calcination , on a atteint la nuance que l’on désire, il ne faut plus'que l’amener à un degré de ténuité considérable.
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- que les manufacturiers de papiers peints exigent, et qu’on lui donne en la pulvérisant à sec à l’aide de moulins. Au reste, la fabrication de la mine orange est bornée ; elle ne s’élève point, pour l’établissement de Clicliy, où on la prépare presque exclusivement, au-delà de 20,000 kilogrammes; son prix est infiniment plus élevé que celui du minium, vraisemblablement à cause de la difficulté de sa préparation.
- Les fabricans de cristaux préfèrent le minium au massicot et à la litliarge, parce qu’il leur réussit mieux et plus constamment. Quoique le motif réel de celte préférence ne soit point connu , on peut présumer , avec quelque raison , que l’excès d’oxigène qu’il perd en passant à l’état de silicate, qui, comme tous les sels de plomb , n’admet ce métal qu’à l’état de peroxide , est mis à profit pour la combustion , et conséquemment pour la destruction de petites quantités de matières, soit végétales , soit animales, que peuvent contenir la soude ou la terre siliceuse qu’on emploie à la fabrication du cristal. Le minium entre pour un tiers de son poids dans la composition du cristal ; les proportions ordinaires des matières constituantes de ce produit précieux sont dans le rapport de 1, 2 et 3, c’est-à-dire 1 de potasse, 2 de minium et 3 de matière siliceuse. L*****fi.
- MINUTE ( Ans de calcul, mécaniques et physiques). C’est la 60e partie d’un degré ou d’une heure : on l’indique par le signe'; ainsi, 15'signifie i5 minutes, ouïe quart d’un degré ou d’une heure. La minute se partage en 60 parties appelées secondes, qu’on désigne par ".
- En commerce et jurisprudence , la minute d’une lettre ou d’un acte est l’original de cette pièce, dont on n’a délivré qu’une ou plusieurs copies. Les minutes d’actes et dejuge-mens restent déposées chez les notaires, juges de paix, aux greffes de tribunaux , etc. Fr.
- MINUTERIE ( Arts mécaniques). On donne ce nom, dans une pièce d’horlogerie, à la partie du mouvement qui est destinée à indiquer les heures et minutes : elle est placée sous le cadran. Comme les heures ne sont pas marquées sur un
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- cadran séparé, on fait passer l’axe de l’aiguille des minutes dans un tuyau ou canon, qui porte celle des heures; ce canon est terminé, sous le cadran, par une roue dont la vitesse est douze fois moindre que celle de l’axe qui traverse le canon, afin que cet axe fasse douze tours à chaque tour entier du canon, dans le même sens que lui, c’est-à-dire un tour par heure. Pour obtenir cet effet, on fait porter à l’axe des minutes une roue qui en mène une autre , laquelle a sur son axe un pignon qui mène à son tour la roue de canon portant l’aiguille des heures. Ce mécanisme est représenté fig. 2, PI. 37 des Arts mécaniques. AB est la platine sous laquelle est le mouvement de la pièce, tellement réglé, qu’il fait faire à l’axe C un tour par heure ; cet axe porte à son extrémité l’aiguille des minutes mn, et traverse le canon f qui meut l’aiguille des heures fg. Quand l’axe C et la roue ig tournent, la roue gh , portée par un pont i, tourne aussi, et entraîne son pignon k ; celui-ci fait tourner la roue des heures h. Il reste à nombrer les dents des roues de façon à rendre le canon f douze fois moins rapide que l’axe C, ce qui peut se faire d’une multitude de manières différentes. On fera , par exëmple, les deux roues i et h du même nombre de dents, tel que 3o ou 36, pour qu’elles aient la même vitesse en sens contraire ; puis on prendra la roue h de 72 dents et le pignon k de 6 ailes : on voit que le sixième de 72 étant 12 , le canon tournera douze fois moins vite que le pignon et en sens contraire ; par conséquent ce canon y 11e fera qu’un seul tour pendant que l’axe C en fait douze dans le même sens. ( V. Nombre de dents des roues. ) Le cadran, disposé sous les aiguilles, cache ordinairement ces rouages, qui constituent ce qu’on appelle la minuterie. {V- Montre, Pendule.) Fr.
- MIRE ( Arts de Calcul). On donne ce nom, en Géodosie et en Arpentage, à un signal qui sert à diriger les instrumens, pour fixer la position des lignes dans l’espace. Le plus souvent on prend pour mire un simple Jalon verticalement implante en terre, dont le bout supérieur est blanchi, ou est enveloppe d’un papier blanc, pour pouvoir être aperçu de loin : mais
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- dans les opérations faites en grand et avec soin , il faut avoir des appareils construits exprès. Tantôt on se sert d’un e'difice en charpente surmonté d’un mât, ou même d’un arbre dépouillé de ses branches et qui est très droit, ou d’une flèche de clocher ; tantôt on élève un disque en tôle percé d’un trou qui laisse traverser la lumière et pirouette sur son axe pour présenter sa surface des divers côtés où cela est nécessaire. On blanchit le signal lorsque, aperçu de loin , il se projette sur terre ; on le noircit quand il se peint sur le ciel.
- Mais dans les nivellemens, où l’on veut connaître avec précision les différences de niveau de plusieurs stations , comme de petites erreurs pourraient, en s’accumulant, donner des résultats très défectueux et tout-à-fait éloignés de la vérité, il faut que la mire laisse voir de loin une ligne horizontale qui sert de visée , et qu’on puisse hausser ou baisser à volonté , pour l’amener à la hauteur de l’œil de l’observateur, dirigé par un Niveau. Voici comment on construit cette mire.
- On a une forte règle bien droite divisée en décimètres et centimètres , qu’un aide tient dressée verticalement sur le lieu de visée ; et une petite planche quadrangulaire de bois ou de tôle, nommée voyant, divisée en quatre parallélogrammes rectangles par deux lignes , Tune verticale, l’autre horizontale (ou seulement en deux bandes égales horizontales). 11 est bon de peindre en blanc deux des carreaux opposés par leur angle au centre , et les deux autres en noir ou en rouge, pour qu’on en distingue nettement de loin la séparation. Ce voyant est monté sur une réglette qu’on applique le long de la première , et qui est aussi divisée en centimètres , mais de haut en bas , à partir de la ligne horizontale du voyant, nommée ligne de foi. On conçoit que le nombre d’unités métriques de cette réglette au-dessus du haut de la grande règle, étant ajouté à celui de la règle, donnera la hauteur absolue de la ligne horizontale de foi du voyant, lorsqu’elle dépasse le haut de celle-ci ; on retranche au contraire dans le ras où cette ligne est plus basse que ce sommet.
- Le plus ordinairement on fait placer l’aide avec sa mire
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- vers le milieu de la distance entre les deux sommets dont on veut connaître les hauteurs relatives ; on lui fait des signes convenus pour lui indiquer s’il doit hausser oubaisser le voyant, pour amener la ligne de foi dans l’alignement du niveau. On en fait autant à chacune des deux stations oppose'es, et la différence de hauteure est donnée par le seul mouvement vertical du voyant le long de la grande règle ; alors il n’est pas nécessaire de tenir compte de chaque hauteur absolue ; dans d’autres cas, c’est cette hauteur même qu’on a besoin de connaître. (V. Niveau, Nivellement.)
- Supposons que le voyant ait 16 centimètres de hauteur et 12 de largeur ; les divisions devant être numérotées à partir de la ligne de foi, qui est située à moitié hauteur, le bas du voyant portera le n° 8 centimètres , et la réglette continuera de marquer 9, io, 11...., en descendant. Si la grande règle a 2 mètreset qu’elle soit dépassée de 23 centimètres par le voyant, on lira a3 au bout de celle-ci sur la réglette , et la hauteur absolue sera 2,23 mètres. Si au contraire le voyant est dépassé par la règle , on le renversera en tenant la réglette dirigée en haut, et on lira de même la quantité dont la ligne de foi est dépassée ; cette quantité devra être retranchée de 2m. Dans le cas d’une différence de 23 centimètres , la hauteur totale serait i,yy mètres ; et si l’on ne demande que la différence de niveau entre deux stations, il ne faudra tenir compte que du mouvement vertical du voyant d’une visée à l’autre , c est-à-dire des deux nombres lus sur la réglette , sans avoir égard à la longueur de la grande règle.
- Nous donnons (fig. 6 , PI. io des Arts de Calcul) la représentation d’une mire plus facile à employer et plus exacte que celle que nous venons de décrire. Le voyant abcd est en tôle , de 20 centimètres de haut sur 3o de large. La réglette à laquelle il est attaché est logée dans une rainure PP pra" tiquée le long de la grande règle, et qui est en bois de sapin ou de noyer bien sec, de 2 mètres de longueur et de 25 à 5o millimètres d’équarrissage. Il faut que le glissement de a règle soit facile, sans trop de jeu ; une vis de pression sert
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- à arrêter l’aue des règles sur l’autre. Ces deux règles sont divisées selon leur longueur et numérotées de haut en'bas, savoir : la réglette à partir de la ligne de foi portant le n° 200 centimètres; elle porte aussi des divisions décroissantes igo, x 80,... dont les chiffres sont renversés.
- Si la visée est de 2 à 4 mètres de hauteur, on fera sortir la réglette jusqu’au terme signalé , et l’on serrera la vis de pression ; on lix-a sur cette réglette le n° qui affleure le sommet eg de la gi-ande règle , et l’addition sera toute faite. Quand la visée est moindre que 19 centimètres, on retoui’ne la mire de haut en bas, et on lit de même au niveau de eg sur la réglette les divisions décroissantes , et la soustraction se trouve toute faite. Enfin, entre 19 et 20 centimètres, on place le voyant droit comme dans le premier cas, mais on lit la hauteur sur des divisions tracées à la partie latérale de la grande règle , et dont les nos croissent de bas en haut.
- Les fractions de centimètres pourraient se lire sur un vernier, mais on préfère se servir d’un double décimètre , qu’on porte à la main le long de la partie saillante de la réglette , pour évaluer la fraction. Fjr.
- MIROIR, MIROITIER (Technologie). Nous ne traiterons dans cet article que des miroirs employés dans les usages domestiques et du ressort du miroitier proprement dit, à l’exclusion des miroirs ardens et des miroirs d’optique, qui seront traités dans l’article suivant.
- On donne le nom de miroitier à celui qui fait ou qui vend des miroirs. Le miroir est un corps dont la surface réfléchit les objets que l’on met au-devant.
- Dans le sens que nous Mfi donnons aujourd’hui, le mot miroir signifie une glace de verre parfaitement polie, étamée par-derrière et représentant exactement les objets que l’on place au-devant.
- Nous ne considérons ici le's miroirs que î-elativement au travail du miroitier qui les confectionne, sans nous occuper de leur théorie, qui sera nécessairement développée dans l’article qui suivra immédiatement.
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- Par le mot miroir, sans aucune épithète, on entend ordinairement un miroir plan , c’est-à-dire dont la surface est parfaitement plane. C’est une condition indispensable ; car sans cela le miroir rendrait difforme la personne qui s’y regarderait. Cela est facile à concevoir : la loi de la réflexion est générale et n’admet aucune modification ; l’angle d’incidence est toujours égal à l’angle de réflexion. Lorsque la surface du miroir est parfaitement plane, tous les points du corps radieux se trouvent dans l’image placés de la même manière qu’ils se trouvent dans l’objet; mais si la surface présente des irrégularités, toute cette surface n’est plus dans le même plan; alors la réflexion est changée en vertu de cette même loi immuable que nous venons de citer, et les points radieux ne se trouvent plus placés dans le même ordre que dans l’objet, ce qui rend la figure plus ou moins difforme.
- L’usage des miroirs remonte à la plus haute antiquité. Ils furent d’abord construits en métal ; mais leur surface se ternissait ou s’oxidait en peu de temps, et en rendait l’usage désagréable. Quoique la fabrication du verre et du cristal ait été découverte dans les temps les plus reculés, il est étonnant que les anciens n’aient pas connu l’art de couler les glaces, de les polir et de les étamer. Nos recherches n’ont pu nous fournir des notions exactes sur l’époque où cet art a été découvert.
- L’art de fabriquer les glaces et de les étamer a été décrit au mot Glace (T. X, page 206), avec tous les détails nécessaires, et cet article ne nous laisse rien à ajouter, pour l’intelligence du lecteur, sur l’étamage des glaces planes. Il nous reste à décrire les procédés employés pour étamer les glaces concaves et convexes, de même que les globes^dans leur intérieur.
- Procédé pour étamer une glace dans sa concavité.
- Après avoir préparé du beau plâtre très fin, passé au tamis desoie , et d’autre plâtre un peu plus gros, passé au tamis de crin assez fin , de la même manière que le préparent les mouleurs de figures en plâtre, on gâche le premier comme une crème épaisse, et après avoir passé une légère couche d huile
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- d’olive sur toute la surface concave de la glace, on y coule le plâtre ; on promène ce plâtre sur toute la surface, de manière â en former une couche de 2 à 3 millimètres au moins. On gâche le second plâtre, et on le verse sur la premièi-e couche, qui, n’étant pas encore sèche, permet à la seconde de faire corps avec elle. On forme ainsi un moule exact en appuyant sur chaque point de la concavité de la glace. On élève le moule d’environ 2 centimètres au-dessus de la glace; mais l’on a soin qu’il ne dépasse pas la circonférence de sa concavité, il suffit qu’il l’atteigne bien partout.
- Avant d’enlever le moule , lorsqu’il est parfaitement sec, on marque sur le moule et sur la glace un repère qui puisse faire reconnaître la manière de le replacer, afin de prévenir les petites irrégularités qu’on aurait pu commettre en polissant la glace, et faire concorder parfaitement tous les points du moule avec ceux de la glace qui lui correspondent ; sans cette précaution, il pourrait arriver que l’étamage ne réussît pas.
- On conçoit que le moule a une forme convexe ; c’est sur cette convexité qu’on étend une feuille d’étain coupée en rond, d’un diamètre qui ait au moins un centimètre de plus que ce qui serait nécessaire pour remplir exactement la concavité sphérique du miroir. Cet excédant est indispensable pour fixer l’étain tout autour du moule par de petites boulettes de cire verte ou de cire à commissaire, dont nous avons indiqué la composition T. V, page 3i8 ( V. Cire a Sceller). Avant de fixer ainsi la feuille d’étain, il faut la bien étendre sur le moule , éviter tous les plis , car la moindre crispation produirait une tache et gâterait l’ouvrage. Ï1 est facile d’arriver à ce résultat avec un peu de patience et d’adresse ; on n’a qu’à presser uniformément sur la surface avec les doigts: l’étain est tendre et très ductile, il s’emboutit aisément, et les défectuosités qui se manifestent d’abord se dissipent sans peine. Alors on fixe les extrémités de la feuille d’étain avec de la cire, comme nous l’avons dit.
- Tout cela ainsi préparé, voici comment on procède à rétamage. On place la glace sur un sac de toile plein de sable fin, le sac bien cousu. Ce sac est placé dans une boîte qui joint
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- parfaitement, et sur le fond de laquelle on a collé du papier, afin que le mercure, dont nous allons parler, ne puisse s’échapper par les fentes. On y enfonce la glace en appuyant sur tous les points, de manière qu’elle porte bien par toutes ses parties. On nettoie avec soin la concavité de la glace, afin d’en enlever toutes les saletés, et surtout l’humidité : on se sert pour cela de cendres tamisées ou de blanc d’Espagne en poudre , dont on remplit un petit sac de toile, à l’aide duquel on saupoudre, sur la surface de la glace , les poussières qui passent à travers le tissu, et l’on enlève cette poussière avec des linges fins. On doit surtout avoir soin d’en écarter même l’humidité de l’haleine. On remplit alors toute la concavité avec du mercure bien pur dont on la comble entièrement.
- On plonge un peu le moule dans le mercure : l’étain en enlève une petite portion avec laquelle , et à l’aide d’un tampon de laine , on avive toute la surface, en ayant toujours soin de ne pas respirer dessus. Aussitôt que cet avivage est fait, on plonge le moule, non pas verticalement, mais en commençant par un bord, et doucement jusqu’à ce que les centres se rencontrent ; de manière que l’étain repousse toujours le mercure. En plongeant ainsi le moule, on doit avoir soin que les repères se rencontrent bien, et l’on ne doit le laisser reposer sur la glace que lorsqu’on est sûr que les deux repères se rencontrent ; alors on livre le moule à son propre poids.
- Pendant cette opération , le moule chasse le mercure surabondant. Il tombe sur le sac et de là se rend dans la caisse au milieu de laquelle il est placé, et va occuper une rigole en pente qui le conduit dans un sac de peau disposé au-dessous d’un tuyau de bois qui le reçoit de la rigole. On laisse le tout en repos pendant une demi-heure.
- Il ne s’agit plus que de renverser cet appareil sans le déranger , pour achever de faire écouler le mercure surabondant. On a pour cela une caisse semblable à la première, au milieu de laquelle est placé un support haut de i6 centimètres (6 pouces), c’est-à-dire plus haut d’un pouce que les bords de la caisse, afin qu’onpuisse manœuvrer avec facilité. La surface supérieure
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- du support doit être à peu près du diamètre de la surface du moule. Deux ouvriers sont ne'cessaires pour exe'cuter l’opération suivante.
- Ils appuient chacun une main sur le moule et soulèvent la caisse avec l’autre, en faisant bien attention de ne pas laisser déranger le moule qu’ils font reposer sur le support de la seconde caisse.
- On a eu soin, avant de renverser le premier appareil, de détacher le sac qui a reçu le mercure, afin de ne pas en perdre.
- Il ne s’agit plus que de laisser écouler le mercure surabondant. Si le poids du sac de sable n’est pas jugé suffisant, on ajoute par-dessus des poids supplémentaires , en telle quantité qu’on le juge convenable. On laisse le tout ainsi disposé pendant deux ou trois jours.
- Avant de séparer la glace du moule, il faut en détacher la feuille d’étain qu’on a fixée avec de la cire sur le moule ; cela se fait aisément avec une lame tranchante. Alors on enlève le poids, le sac, la glace qui emporte avec elle l’étain qui y adhère parfaitement, et l’on supprime la partie delà feuille qu’on avait collée sur le plâtre, et qui est inutile.
- Procédé pour étamer une glace sur sa convexité.
- Lorsqu’on a bien conçu l’opération précédente, celle-ci, qui y ressemble beaucoup, n’a besoin que de peu d’explication pour être bien comprise.
- On fait un moule en plâtre, comme nous l’avons dit précédemment ; ce moule est concave ; on marque les repères, avant de les séparer ; on étend bien la feuille d’étain dans le moule, avec les mêmes précautions indiquées ci-devant; on l’avive d’abord avec du mercure, et l’on en remplit ensuite la concavité. Après avoir bien nettoyé la glace, on l’enfonce dans le bain de mercure: une grande partie s’épanchera ; mais ce n’est pas assez. On pose sur la glace un sac de sable, et l’on renverse le tout comme précédemment sur le support, on met des poids sur le moule et on laisse écouler le mercure pendant plusieurs jours.
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- Si la glace est d’une grande dimension, 3o à 4<> pouces (812 à to83 millimètres) de diamètre, on s’y prend différemment. On prépare un cadre en fer ou en bois, circulaire au moins intérieurement, supporté par trois pieds forts, et d’un diamètre au moins double de la glace. On coupe dans une bonne toile bien serrée et neuve, un rond égal au diamètre du cadre, on y fait faire un bon ourlet, et on y pratique tout autour des œillets à 2 ou 3 centimètres de distance l’un de l’autre ; on tend bien la toile avec un fort lacet, sans cependant outrer cette tension, afin de laisser à la toile l’élasticité nécessaire pour qu’elle puisse servir de moule. On la doit tendre cependant de manière qu’elle ne fasse aucun pli. Cet appareil placé bien horizontalement, on étend dessus une feuille d’étain assez grande pour couvrir la surface convexe de la glace ; on l’avive bien avec le mercure, et l’on en met abondamment comme pour les glaces planes. On y pose dessus la glace convexe biennettoyée: son poids et celui des poids additionnels affaissent régulièrement la toile et lui font prendre la forme de la glace qui touche parfaitement la surface de l’étain noyé de mercure qui s’extravase tout autour. On recouvre le tout comme dans le premier cas, en ayant la précaution de ne rien déranger et de ne pas perdre du mercure.
- Procédé pour étamer un globe dans son intérieur.
- Ces globes étamés ont fait pendant long-temps l’ornement de nos appartenions richement décorés ; on en fait un grand usage encore en Angleterre. Nous ne serions pas étonné que la mode l’introduisît de nouveau parmi nous, car nous en avons vu un essai qui produit un effet surprenant. Un de ces globes, suspendu au milieu d’un lustre à la hauteur à peu près de la flamme des bougies, en réunit la lumière au centre de la sphère , où l’on aperçoit un seul foyer très éclatant et très considérable. Voici le procédé pour étamer ces globes, tel qu on le trouve dans les Transactions philosophiques.
- On fait fondre dans une cuillère de fer une once d’étain et autant de plomb ; on ajoute à ces métaux fondus une once de
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- bismuth concassé; le bismuth est de suite liquéfié. On agite bien le mélange, et lorsqu’il est refroidi, au point qu’il n’est plus que tiède, on y ajoute deux onces de mercure privé de toute humidité ; on agite de nouveau, et l’on écume les saletés qui s’élèvent à la surface.
- Les boules de cristal sont surmontées, comme les bouteilles, d’un goulot plus ou moins allongé. On les nettoie parfaitement dans l’intérieur, soit avec un linge fin et propre attaché au bout d’un bâton, ou de toute autre manière, afin qu’il n’y reste absolument ni saleté ni humidité. On chauffe modérément ce globe, et l’on y verse le mélange fluide en petite quantité. On entretient la fluidité de l’alliage par une chaleur suffisante et continue ; on promène le liquide sur toutes les parties du globe, et tous les points sur lesquels on le porte successivement sont étamés presque sur-le-champ.
- Cet étamage n’est pas comparable à l’étamage des glaces ; mais la forme du vase, et le peu de régularité de sa surface qu’on ne peut pas polir, oblige d’employer un moyen d’étamage différent.
- Le miroitier, indépendamment de l’étamage des glaces dont il s’occupe , monte les miroirs et les glaces de grandes dimensions. Il ne fait pas les cadres, il les achète tout prêts; il se charge souvent de les .faire dorer, et y fixe ensuite la glace.
- Il y a deux manières de monter les glaces, selon qu’elles sont de petite ou de grande dimension. Les petites glaces se nomment miroirs, et sont amovibles dans les appartemens ; on les transporte facilement d’un lieu à l’autre , et on les accroche contre les murs. Pour les monter, on les fait entrer dans les feuillures du cadre qui leur est destiné ; on cale la glace tout autour avec des petits morceaux de bois ou de papier , afin qu’elle ne ballotte pas : on applique ensuite tout autour, des bandes de flanelle d’un pouce (27 millimètres) de large, et deux autres en travers. On couvre le tout d’une planche mince que l’on fixe avec des petites pointes de fer.
- On ne monte pas de même les glaces d’un grand volume, qui se placent sur les cheminées et sur les diverses parties des Tome XIII. 32
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- 4g8 MIROIRS OPTIQUES, MIROIRS ARDENS. murs d’un appartement. On fixe d’abord sur le mur un assemblage de menuiserie qu’on nomme Parquet , ordinairement en bois blanc, forme' de panneaux et de traverses, dont le cadre laisse une profondeur suffisante pour recevoir Fe'paisseur de la glace. On garnit de bandes de flanelle toutes les traverses et le contour du cadre, on les colle à la pâte de farine ; lorsque la colle est bien sèche, on place la glace, on l’arrête par quelques pointes de fer plates ; on la cale tout autour comme pour les miroirs, et l’on n’ajuste le cadre qn’après coup. On le fait tenir avec des vis à tète dorée ; le cadre ne doit couvrir la glace que de 7 à 9 millimètres (3 à 4 lignes) tout autour.
- On prend souvent des baguettes dorées qu’on coupe en onglet , et qu’on ajuste sur place ; mais ces cadres ne sont jamais aussi bien ajustés que lorsqu’on assemble le cadre avant de le faire dorer, et qu’on l’applique ensuite sur la glace : on ne voit pas alors de fente dans les angles, ce qu’on ne peut pas éviter en employant les bagettes qu’on ajuste sur place. L.
- MIROIRS OPTIQUES, MIROIRS ARDENS (Arts physiques), La réflexion des surfaces lisses et polies est en usage-dans un grand nombre de circonstances ; nous en allons développer la théorie et montrer les applications, avec les développemens nécessaires à l’importance de ce sujet.
- Nous dirons peu de choses des miroirs courbes en verre ou glace dont une surface est étamée pour réfléchir les rayons de lumière ; on les façonne à la manière des Verres optiques et 011 les étame comme les Miroirs et les Glaces. La théorie de la réflexion de ces appareils est la même que celle des miroirs métalliques ; mais ceux-ci leur sont bien préférables, parce que les premiers produisent deux images, réfléchies , l’une par la surface postérieure étamée, l’autre, qui est beaucoup plus faible, par la surface antérieure ; en sorte qu’on a réellement deux miroirs parallèles dont deux surfaces réfléchissent les images des corps ; et comme ces deux images se superposent inégalement, elles deviennent confuses. Il est vrai que l’image rendue par la surface étamée est beaucoup plus brillante que celle qui est produite par l’autre surface, et que celle-ci en est comme absor-
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- MIROIRS OPTIQUES, MIROIRS ARDENS. 499 bée ; mais ce défaut devient sensible et très gênant dans les instrumens de catoptrique, où les images sont agrandies par des lentilles ; on est donc forcé d abandonner leur usage* Aussi les glaces et miroirs de verre ne servent-ils que d’ornemens à nos demeures et pour la toilette ; cependant on se sert aussi quelquefois de miroirs qui ont des formes concaves, ou convexes pour grossir les traits de la figure ou pour quelques expériences de Physique. Venons-en donc aux miroirs métalliques.
- On travaille ces miroirs à la manière des Verres optiques, à l’aide de bassins et de substances propres à en limer, user polir et doucir la surface, et à leur donner la forme concave ou convexe moulée sur une sphère. On fait aussi des miroirs paraboliques ; mais le travail en est si difficile et si coûteux qu’on voit rarement de ces appa*eils. On construit quelquefois, pour les télescopes, des miroirs en platine, et même en palladium, métaux qui sont inattaquables par les âge ns extérieurs, et conservent leur éclat pendant une durée indéfinie ; mais le haut prix de ces miroirs, et surtout l’extrême difficulté de les travailler, en limite beaucoup l’usage ; il n’y a que des amateurs riches qui consentent à faire la dépense nécessaire pour les avoir : ce n’est donc pas un objet d’art qui puisse nous occuper ; nous devons réserver l’espace consacré à notre article aux mirois dont l’emploi est général.
- L’alliage dont on compose les miroirs métalliques n’est pas exactement défini, les qualités qu’on en espère s’obtenant de diverses manières. On veut que le son en soit uniforme, la matière exempte de petits pores et de gerçures ; quelle ne s’oxide pas à l’air sec ou humide ; qu’elle soit dure, sans se refuser au travail qu’elle doit subir; enfin, qu’après le poli, elle réfléchisse vivement la lumière. On y emploie ordinairement 32 parties de cuivre rouge, sur i5 d’étain en grain, et 2 parties d’arsenic qui rend le métal blanc et compacte : on y ajoute quelquefois un peu d’argent. On assure que parties égales de cuivre , d’argent et d’arsenic donnent un miroir parfait sous les rapports d’éclat de blancheur, de dureté et de pouvoir réflecteur. Enfin, voici une recette qu’on regarde comme excellente. On fait fondre
- v 3a..
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- 5oo MIROIRS OPTIQUES, MIROIRS ARDENS. dans des creusets séparés 2 parties de cuivre rouge et 1 d’étain en grain : ensuite on mêle et l’on brasse l’alliage avec une spatule de bois; enfin, on coule dans des moules. La face inférieure sera celle qu’on devra travailler. Ou a grand soin que les métaux employés soient parfaitement purs.
- Quand la masse est fondue, qu’on l’a-limée sous la forme et les dimensions que le miroir doit avoir, il s’agit de la travailler en spbère concave ou convexe et de la polir. On a un bassin d’airain travaillé sur le tour et vérifié dans toutes ses parties avec le plus grand soin, en y promenant une jauge circulaire , ou patron , qui doit le toucher en tous les points où on l’applique. Le bassin est fixésolidement à un établi ; on y répand del’énieril à gros grains pour commencer le travail. Le morceau de métal est cimenté à un manche dorsal que l’ouvrier tient en main, et mouillant l’émeril avec de l’eau, il promène la surface du miroir dans tous les sens, sur le bassin. Lorsqu’il a enlevé par l’usure les parties les plus grossières, il lave le tout pour en ôter l’émeril, et en substitue d’autre plus fin, avec lequel il recommence le travail, jusqu’à ce que la surface du miroir soit devenue uniforme. Il reproduit ensuite la même manœuvre avec de l’émeril de plus en plus fin, en veillant à ce qu’à chaque fois qu’il en change, il ne reste aucune trace du précédent ; car ce seraient autant de grains de sable qui sillonneraient la surface.
- Il reste ensuite à polir le miroir. Pour y parvenir, on recouvre le bassin, préalablement bien lavé, d’une couche de poix très pure, et l’on promène sur cette matière un second bassin concave, si le premier est convexe, et réciproquement; il faut que l’un soit le moule exact de l’autre. À l’aide de la chaleur-, on parvient à former un bassin en poix de même forme exactement que le premier. On le saupoudre avec delà Potée d'étais ( deutoxide d’étain mêlé à de l’oxide de plomb), et l’on recommence à mouvoir le miroir à polir sur le bassin. Dans toutes ces diverses opérations, il faut vérifier de temps a autre, avec la jauge, si le bassin conserve exactement sa forme ; car s’il en était autrement, il faudrait la rétablir par
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- MIROIRS OPTIQUES,.MIROIRS ARDENS. Soi le travail au tour. Au lieu de manœuvrer le miroir à la main, il est bien plus commode de se servir d’un appareil de rotation lente et continue, qui, conservant au miroir une pression constante sur le bassin, met l’ouvrier à l’aise , de manière qu’il gouverne beaucoup mieux son opération, (/U Verres OPTIQUES.)
- Les miroirs plans métalliques se font de même que les courbes ; on les travaille sur des platines d’airain parfaitement planes.
- Miroirs plans. Les rayons qui émanent d’un corps lumineux F (fig. i5, PL i3 des Ans physiques), tels que Fc, Frf, qui vont rencontrer un miroir plan AB, se réfléchissent à la,sur-, face et suivent la route ca, db. La loi de cette réflexion consiste en ce que, si l’on mène en c la perpendiculaire cl à la surface, Vangle Fcl, qu on nomme d’incidence, est égal à l’angle de réflexion ]ca, ou, ce qui équivaut, l’angle FcAest égal à acB.
- Parmi tous les rayons partis du point F qui vont se réfléchir aux divers points de la surface AB, il en est qui se dirigent selon ca, db vers l’oeil ah d’un spectateur. Il est visible que ces rayons vont en s’épanouissant et forment une partie de cône acdb dont la base est à l’œil ab, et dont le sommet F' est situé de l’autre côté du miroir à même distance que F. Abaissons du point F la perpendiculaire FCF' que nous prolonge-, rons en F' d’une égale quantité, savoir, FC = CF' ; l’œil ab verra le point F par réflexion, comme s’il était situé en F'. En effet, tirant la droite F'c, les triangles rectangles FCc, F'Cc sont égaux comme ayant FC égal à F'C , Ce commun, et l’angle droit en C ; ce qui entraîne l’égalité des deux angles FcC F'cC ; et comme ce dernier est égal à son opposé au sommet acB , on voit que l’angle FcC = ucB , ou bien Fcl = acl. Ainsi, le rayon Fc doit se réfléchir selon ca, prolongement de F'c. De même Frf doit suivre la direction db ; et le pinceau Fc, Frf va se rendre à l’œil ab , comme s’il émanait de F'.
- Nous jugeons donc les objets réfléchis par un miroir plan , comme s’ils étaient situés à même distance de l’autre côté de la surface, et sur une perpendiculaire à celle-ci. La droite
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- 502 miroirs optiques, miroirs ardens.
- oblique FG (fig. 16) nous paraît disposée en F'G', de même longueur, ayant la même obliquité. Les objets nous semblent avoir la même forme, la même grandeur, la même disposition, avec un éclat un peu affaibli, à cause de la lumière perdue par le miroir. Si l’objet s’éloigne de la glace, l’image s’éloignera aussi; et voilà pourquoi nous voyons, dans une glace, nos mouveniens se faire en apparence en sens opposés. Si nous approchons la main du miroir, l’image s’en approche et vient à nous ; la main qui s’est écartée en avant produit un rapprochement effectif de son image. La figure i5 bis montre comment s’opère la vision dans une glace étamée : les traits de notre figure sont réduits à moitié, parce que l’image est produite à une distance double. Si c’est le miroir qui se meut, on explique de même les mouveniens apparens de l’image. Une ligne verticale FG (fig. 1 y) paraît horizontale lorsqu’elle est vue dans un miroir AB incliné à 45 degrés : car la perpendiculaire FF' donne l’image F'G, en prenant FC=F'C, et cette image F'G est visiblement horizontale.
- Miroirs concaves sphériques. Comme chaque élément d’un miroir courbe peut être regardé comme étant un petit miroir plan, la réflexion de chaque rayon s’y produit en comparant sa direction à celle de la tangente et de la normale au point où il tombe ; ainsi les rayons réfléchi et incident font des angles égaux avec la normale au point d'incidence.
- Dans ce qui va suivre, nous admettrons que le miroir est de peu d’étendue, c’est-à-dire qu’il n’est que de quelques degrés du cercle, parce que les images n’ont de netteté que sous cette condition.
- Supposons d’abord un point lumineux situé à l’infini, envoyant des rayons om (fig. 18) parallèles à l’axe AC du miroir : on nomme axe la droite qui passe par le centre C de la sphère, de laquelle le miroir fait partie, et par le point milieu A du miroir, lequel est représenté ici par l’arc mkm! de section suivant l’axe.
- Puisque le rayon mC de l’arc de cercle Am est perpendiculaire à la tangente au point m, omG est l’angle d’incidence ;
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- MIROIRS OPTIQUES, MIROIRS ARDER’S. 5o3 faisant donc l’angle CwF égal à omC, on aura l’angle de réflexion , et le rayon om se réfléchira selon mF ; et puisque l’angle omC est alterne interne de l’angle C , on voit que les angles C et FmC sont égaux ; ainsi le triangle FmC estisoscèle, savoir, Ym égal à FC. Mais le peu d’étendue qu’on suppose au miroir permet de considérer AF comme égal à Fm, puisque l’arc entier mkrri n’est censé avoir qu’un petit nombre de degrés ; c’est-à-dire que si du centre F on traçait un cercle passant en A, il ne s’écarterait pas de l’arc km , dans ce peu d’espace : ainsi AF est à fort peu près égal à FC, et le rayon om se réfléchit au point F, situé à moitié distance du rayon CA de la sphère dont le miroir fait partie. Ce résultat indépendant de la distance de om à l’axe AC, a donc lieu pour tous les rayons o'm parallèles à cet axe ; ainsi ces rayons doivent converger tous en F. Et si l’on suppose que les rayons émanés de l’objet arrivent parallèles à l’axe AC, ou bien que l’objet lumineux est situé sur l’axe à une distance infinie, il faut en conclure qu’ils se rendent tous au point F', qu’on appelle le foyer principal ou des rayons parallèles, point qui est situé au milieu du rayon pris sur l’axe.
- On conçoit comment un miroir concave un peu étendu, présenté au soleil de manière que l’astre soit sur le prolongement de l’axe, peut enflammer une substance placée au foyer F, comme le fait un verre lenticulaire convexe. {V. Lentille.) Yillette fit construire un miroir de métal large de 3 pieds 11 pouces, ayant 3 pieds 2 pouces de distance focale, avec lequel il fit fondre au soleil, en sept secondes et demie , une pièce de monnaie en argent, une d’étain en trois secondes ; un diamant pesant 4 grains perdit les sept huitièmes de son poids. Les miroirs de Manfredus Septala,de Tchirnliausen et de Gartner, ont été célèbres autrefois par les effets qu’ils ont produits.
- Comme il est très difficile de fabriquer un grand miroir, on peut, avec le père Kircher, disposer une grande quantité de petits miroirs plans dans les inclinaisons convenables pour projeter chacun au même point l’image du soleil. Buffon fit
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- 5o4 MIROIRS OPTIQUES, MIROIRS ARDENS. construire un de ces appareils composé de cent soixante-huit glaces étainées, ayant 6 pouces carrés chaque, mobiles sur des axes, à l’aide de trois vis , et qu’il fixait de manière à porter le foyer commun où il voulait. À 200 pieds de distance, il brûlait un morceau de bois ; à 45 pieds , il fondait le plomb, l’argent et le cuivre. Ces expériences portent à croire à la réalité de ce qu’on attribue à Archimède, qui brûlait, de loin la flotte romaine avec des miroirs ardens, quoiqu’il paraisse bien difficile de penser que ce fait soit vrai.
- On a tenté de faire des miroirs ardens en métal, de forme parabolique concave , en présentant leur surface polie de manière que i’axe tende vers le soleil; les rayons de l’astre réfléchis au foyer, d’après la propriété connue de la parabole, s’y réunissent et produisent une vive chaleur ; mais, par la difficulté d’exécuter ces miroirs, l’effet ne répondait pas aux dépenses, et l’on y a renoncé. Les verres de forme lenticulaire n’ont pas non plus donné une chaleur assez forte , parce que l’épaisseur de la substance traversée par la lumière' entraînait une absorption considérable de chaleur. C’est alors que Buffon imagina de faire des lentilles à échelons j elles étaient composées de fragmens de verre travaillés tous sur une même sphère, et elles s’ajustaient ensemble pour former une lentille unique. Une lentille centrale était entourée de quatre morceaux disposés en zone ; une seconde zone de 8 pièces entourait la première, et ainsi de suite. Chaque pièce était réduite à la moindre épaisseur possible, fet avait son foyer au point commun. Les résultats de cet appareil ont été très puissans, et la fabrication bien plus facile.Le docteur Brewster a depuis combiné ces lentilles avec des réflecteurs pour accroître l’intensité de la chaleur. (V. son Encyclopédie.) Nous ne dirons rien de plus sur ce sujet, nous réservant d’en parler avec plus d’étendue à l’art. Phare. Fresnel a récemment appliqué ce système à l’éclairage avec un succès qui offre beaucoup plus d’utilité, et conduira bientôt à ne plus se servir, pour cet objet, des réflecteurs paraboliques qu’on avait jusqu’ici mis en usage : les lentilles à échelons rendent un service Rien supérieur à celui;
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- MIROIRS OPTIQUES, MIROIRS ARDENS. 5o5 qu’on retirait de ces derniers appareils , toujours très coûteux et imparfaits. { V. aussi l’article Réflecteurs. )
- Lorsque le point lumineux P est sur l’axe (fig. 19), le rayon Pttz se réfléchit selon mY, en faisant l’angle YmC = PmC ; et comme ce dernier est plus petit que l’angle omC, que fait avec mC la parallèle orn à l’axe , on voit que l’autre est moindre que FwC ; ainsi le point F s’est rapproché du centre en P'. Le calcul (1) apprend que les distances AP = D, AP' — x, sont liées au rayon AC = r par l’équation Dr = (2D — r)x, d’où l’on tire
- Dr r 1 2
- ----, ou =
- 2D — r x U r
- en divisant toute l’équation par Drx. Et puisque cette relation, qui détermine la distance AP' = x, et la position du point P', est indépendante de celle du point m où le rayon incident vient rencontrer le miroir, il sera le même pour tout autre rayon P m' partant du point P. On voit donc que tous les rayons émanés de P, après avoir rencontré les divers points du miroir, se réfléchissent en P', qui est le fojer relativement au point P de l’axe ; et aussi, réciproquement, les rayons émanés de P' iraient en P qui en est le foyer, parce que notre
- (1) Appelons P, C, P' (fig. 19) les angles qui ont ces points pour sommets , et dont l’ouverture est tournée vers l’arc Am.
- L’angleC, extérieur au triangle CmP, donne C=P-)-CmP;
- De même l’angle P', extérieur au triangle CmV, donne P' = C -f- CwP';
- Retranchant ces équations, et observant que I angle CmP CmP', on a C___P'=P — C; d’où 2C — P-t-P'- Ainsi, l’angle C est moyen arith-
- métique entre les angles P et P'.
- Dans le triangle PmP', la droite mC coupant l’angle m par moitiés , on a la proportion
- Pm ; P'm " PC : P'C.
- Or, on accorde que l’arc Am étant fort petit, on est en droit de supposer pm = PA = D , P'm = P'A = x ; d’ailleurs PC = PA — AC = D — r, P'C = AC—AP' = i—x-, donc D I x :: D—r;r — x; d’où l’on tire
- D (r — x) = (D — r)x ; Dr=aDx — rx. C’est l’équation du texte.
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- 5o6 MIROIRS OPTIQUES, MIROIRS ARDENS. équation redonne cette distance AP = x, quand on prend AP = D ; ces foyers P et P' se reproduisent mutuellement : on nomme ces deux points P et P' les foyers conjugués.
- Plus le point lumineux s’avance vers le centre C le long de l’axe, plus son foyer P' s’e'carte de F pour se rapprocher de ce centre, qui est son foyer à lui-même. Et quand le point lumineux , continuant de s’approcher du miroir, dépassé C pour
- arriver en P'. . .F, les foyers P___vont en s’éloignant sans
- cesse. Enfin, si le point lumineux est placé en F, milieu de AC, les rayons réfléchis sont tous parallèles à l’axe.
- Dans tous les cas, l’équation ci-dessus fait connaître la place du foyer, point qu’on trouve aussi par expérience , en exposant le miroir par rapport au point lumineux dans les conditions du problème proposé.
- Quand enfin le point lumineux est placé plus près du miroir que le point F, l’angle d’incidence surpassant FnzC, celui de réflexion est plus grand que Cmo ; les rayons réfléchis sont divergens et il n’y a plus de foyer, si ce n’est de l’autre côté du miroir ; l’opacité de ce corps ne permet plus de trouver à ce point les propriétés de la convergence de la lumière : c’est, si l’on veut, un foyer virtuel, dont cependant on trouve la place , en supposant D^jr, et par conséquent, en changeant le signe de x dans notre équation.
- Enfin, supposons que le point lumineux P soit hors de l’axe AC (fig. 20) ; on tirera Pm parallèle à l’axe AC, et mF allant au point F, milieu de AC , le rayon P m devra se réfléchir selon mF. De plus, on mènera la droite PA allant au milieu ou centre À du miroir, et la droite AI faisant l’angle PAC = CAI ; PA se réfléchira selon AI. Le foyer conjugué du point P est donc à l’intersection P' de ces deux rayons réfléchis. D’ailleurs, on conçoit que si par le centre C on mène la droite PCD, à raison de la forme sphérique, cette ligne peut être considérée comme étant l’axe du miroir AD -, les rayons réfléchis iront donc tous se rendre au foyer conjugué P', situé sur cette droite en un lieu que nous savons déterminer.
- Soit un corps quelconque PH (fig. 21), placé où 1 on von-
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- MIROIRS OPTIQUES, MIROIRS ALDENS. 5o7 dra devant un miroir concave km , le point P aura pour foyer conjugue' P', et le point H, H' : chaque point de PH donnera, par une construction semblable, un foyer conjugue' d’où résultera que PH aura pour image renverse'e P'H', et réciproquement, que PH sera celle de P'H'. Les positions de ces images seront faciles à trouver par notre théorie. Quant à leurs grandeurs , observons que les triangles semblables PCH, P'CH donnent la proportion PC : P'C : : PH ; P'H', c’est-à-dire que le rapport des grandeurs relatives d’un corps et de son image est égal à celui des distances du centre C aux foyers conjugués P et P'.
- D’après cela, on conçoit qu’un objet placé au-delà du centre du miroir concave a son image placée en-deçà et rapetissée ; qu’au contraire, si l’objet est placé entre le centre et le foyer principal F, l’image est agrandie et située au-delà du centre : dans les deux cas, l’image est renversée. Il convient de placer l’objet un peu de côté par rapport à l’axe, pour que l’image se forme de l’autre côté. Qu’on place une flèche renversée en P'H', et elle paraîtra droite et agrandie en PH, expérience qui cause d’abord quelque surprise lorsqu’on la fait. On se sert d’un verre dépoli qu’on place au foyer pour recevoir l’image ; ou bien on fait en sorte que l’œil soit situé au point P, ou dans le prolongement des faisceaux qui en dérivent, attendu que tous les rayons émanés de P' se croisent en P, et divergent à partir de ce point : la grandeur de la pupille permet de recevoir les faisceaux qui arrivent de tous les points de PH', tandis que hors de cette direction, le croisement des rayons ne produirait plus d’image nette.
- Supposons, par exemple , que l’objet P'H' ait y millimètres, le rayon AC du miroir, 75 centimètres, et la distance AP' 43 ; notre équation donne AP = 3oo centimètres : c’est à 3 mètres de distance du miroir qu’est situé le foyer P. De plus,
- P'C=75—43=32, CP=3oo—75 —22 5; d’où 32 : 225 :to,7 ; PH = 5
- à très peu près; donc l’image PH a 5 centimètres.
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- 5o8 MIROIRS OPTIQUES, MIROIRS ARDENS.
- Yoici donc la série d’effets produits par un verre concave. Qu’on dispose un corps de peu d’étendue , tel qu’une bougie allumée , à une grande distance et presque sur l’axe , et Ton verra une petite image renversée et très brillante de la bougie à la distance d’un demi-rayon en avant de la surface réfléchissante. A mesure que Ton rapprochera l’objet du miroir, l’image s’en éloignera de plus en plus en grandissant. Arrivée au centre, elle se confondra avec l’objet même : en continuant le mouvement vers la surface , l’image de la bougie continuera aussi de grandir en s’éloignant, et lorsque ce corps aura atteint la moitié du chemin entre le centre et le miroir, son image sera devenue infinie et à une distance infiniment éloignée ; elle ne peut plus être vue, parce qu’on ne peut placer l’œil dans aucune des conditions nécessaires pour l’apercevoir. Dans toutes ces épreuves, l’image est renversée.
- Faisons encore approcher la bougie du miroir , en-deçà du foyer principal, nous reverrons bientôt l’image derrière le miroir , mais droite, d’abord très grande, puis successivement décroissante. Cette image n’est plus l’effet d’une réunion réelle de rayons en des points , puisque ces foyers sont situés de l’autre côté du miroir ; mais l’œil recevant les rayons réfléchis dans des directions déterminées , nous avons la Sensation d’un effet identique avec celui que produiraient des traits lumineux émanés de ce foyer virtuel. La figure 22 montre qu’alors nous jugeons l’image située au-delà du miroir, comme si elle était vue par transparence. Cette image décroît à mesure que l’objet se rapproche du miroir et s’en approche aussi elle-même ; et quand enfin il le touche, l’image se confond avec l’objet.
- Les miroirs concaves produisent plusieurs illusions curieuses , qui résultent des propriétés que nous venons, d’exposer. Par exemple , lorsqu’une personne se tient devant un de ces instrumens un peu plus loin que son foyer principal, ou demi-rayon de la surface, elle voit sa propre image pendante en l’air devant ses yeux, la tête en bas ; elle avancera ou reculera en même temps que cette image , et si elle tend la main, l’image en fera autant. Des physiciens ont fait, en
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- MIROIRS OPTIQUES, MIROIRS ARDENS. 5og public des expériences singulières de déceptions , à l’aide d’un large miroir concave. Un homme était placé la tête en bas, et l’on voyait au foyer son image droite , quoique le personnage fût caché à la vue des spectateurs. Le miroir étant placé dans l’obscurité , on amenait un spectateur pour prendre un fruit placé dans la main de cette image, et ce fruit était changé adroitement en un poignard ou quelque autre arme dangereuse.
- Il ne faut pas oublier que la théorie que nous venons d’expliquer suppose que le miroir n’a qu’une petite étendue , c’est-à-dire que son profil est d’un petit arc du cercle entier de la sphère- , dont il est un segment, et que le point lumineux -, ou l’objet dont on cherche à former une image, est situé de manière que la ligne conduite de ce point au centre de figure du miroir fait un très petit angle avec le rayon qui de ce point va au centre de la sphère. Hors de ces conditions, qui entrent implicitement dans tous les raisonnemens sur lesquels nous avons fondé cette théorie, on ne peut avoir que des images diffuses et incertaines, parce que ce foyer, que nous avons considéré comme un point unique pour chaque point radieux, est une petite surface, et que ces surfaces se superposant consécutivement, ne laissent aucune pureté aux traits de l’image.
- Les miroirs ardens ne donnent pas un point unique pour foyer, lorsqu’on les présente directement au soleil, mais une petite surface circulaire. L’intensité de la chaleur qu’on obtient est à celle que répand l’astre, comme la surface du miroir est à Faire de ce cercle qui est peint au foyer. Le miroir de M. de Yillette avait 47 pouces de diamètre, et celui de l’image solaire était o,358 pouce ; les carrés de ces nombres donnent pour rapport des surfaces circulaires, et pour l’intensité des rayons solaires , 17257. Ainsi, la chaleur développée au foyer était 17257 fois celle que répandait le soleil au même moment, sauf cependant la perte qui provient des rayons absorbés par le miroir même. On a remarqué que l’intensité des effets des miroirs ardens s’affaiblissait dans les grandes
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- 5io MIROIRS OPTIQUES, MIROIRS ARDE1STS. chaleurs de l’été : un soleil pur et une température moyenne ont paru les conditions les plus favorables aux expériences.
- Nous avons fait nos raisonnemens en préférant la forme concave , parce que les propriétés en sont plus variées ; mais ils s’appliquent également aux miroirs convexes. Le ravon ont ( fig. 23 ) , qui est très voisin de l’axe BAC , et vient rencontrer la convexité km, se réfléchit selon mi en faisant l’angle imd égal à omd, avec la normale dmC en m, ou la droite dirigée au centre C de la sphère ; et l’on prouve, comme ci-devant, que le point F de rencontre avec l’axe AC est au milieu du rayon AC ; F est le foyer des rayons parallèles. Si le point radiant est sur l’axe en P , il se réfléchit selon km, et le foyer P' se rapproche de la surface du miroir ; de là résultent les effets qui vont être exposés. L’image réfléchie par un miroir convexe est toujours idéale, et placée de l’autre côté du miroir : on ne peut la recevoir sur un écran, comme dans le cas des miroirs convexes. Quand l’objet est à l’infini, on voit l’image derrière le miroir au point F ; elle est rendue plus petite que lui et très brillante. A mesure qu’on le rapproche de la surface convexe, elle s’en approche aussi, et s’accroît jusqu’à coïncider avec l’objet, et l’égaler en grandeur quand l’objet touche le miroir. Dans toutes ces positions, l’image reste droite. La formule qui détermine la place du foyer P', pour un point radiant P situé sur l’axe, est la même que précédemment, en changeant le signe de r, et prenant d’ailleurs le foyer du côté opposé. Ainsi faisant AP — D, AP' = x, kC — r, on a
- Dr
- X — 2D-j-r’
- i
- ou -
- X
- Il sera facile de rapprocher ces formules de celles que nous avons obtenues pour les lentilles ( T. XII, page 208 ), dans le cas où le rayon reste dans le verre ; en faisant n = 2 , dans l’équation (1) qui y est démontrée, on retrouve les précédentes, qui, par le jeu des signes, rentrent l’une dans l’autre.
- Rien n’est donc plus facile que de trouver, par le calcul,
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- MIROIRS OPTIQUES, MIROIRS ARDENS. 5n la situation du foyer principal d’un miroir sphérique ; mais on peut aussi l’obtenir par expérience. Si la surface est concave , on recevra les rayons du soleil et l’on approchera un écran du côté où la lumière est projetée ; le point où l’image est formée d’un disque le plus petit possible est le foyer demandé. On peut encore tourner le miroir du côté de la fenêtre , et recevoir les images des objets extérieurs sur un verre dépoli : la position de ce verre , quand l’image est très nette, détermine le foyer. On peut ensuite en conclure le rayon de la sphère en doublant la distance focale.
- Si le miroir est convexe , comme le foyer n’est pas un point effectif de concentration de la lumière, voici ce qu’il faut faire. On colle sur le miroir une feuille de papier noir, et l’on fait deux petits trous m, tri au papier (fig. a3), à égales distances du centre A de figure du miroir. En présentant le miroir au soleil, ces trous laissent réfléchir l’image dans deux directions - ces lignes prolongées derrière la surface don-
- nent le foyer F. On présente un écran devant le miroir , perpendiculairement à l’axe PG,. et l’on en mesure la distance au point A, ainsi que l’écartement des deux petites images : on en conclut la situation du point F de convergence.
- Les miroirs courbes sont employés dans les expériences de Physique ; mais le principal usage des miroirs concaves est dans la construction des Télescopes et Microscopes catadioptri-ques; on les construit alors en métal. On se sert aussi des miroirs concaves en verre étamé, pour la toilette ; il suit de ce que nous avons expliqué, que si on leur donne un foyer de 8 à 12 pouces , un spectateur qui se place plus près de la surface que ne l’est ce point, y voit sa figure droite et d’autant plus agrandie, qu’il s’écarte davantage pour se rapprocher de ce foyer. Les traits sont grossis autant qu’on veut co assez commode pour se raser, etc.
- Nous n’avons pas parlé de la construction et de l’usage des miroirs cylindriques, coniques, polyèdres, la théorie en ayant été exposée au mot Anamorphose. Les procédés indiaués pour couler, polir et doucir les miroirs sphériques en métal seront facilement modifiés par le lecteur, pour lui faire conce-
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- voir comment on en construit de formes différentes, et même d’ellipsoïdaux, de paraboliques, etc. ( V. Microscopes, où des miroirs de ce genre sont employés par l’instrument de réflexion de M. Amici. ) Er.
- MISAINE. Nom de l’un des grands mâts d’un navire; c’est celui qui occupe l’avant, immédiatement après le beaupré. On nomme voiles de misaine , celles qui sont portées par les vergues du mât de misaine. ( F. Mat. ) Fr.
- MITAINES {Technologie). Ce mot signifie, en général, un gant qui n’a qu’un pouce et pas de doigts. Il se fabrique de différentes manières dans différens Arts.
- Les mitaines que fait le Gaxtier sont en peau ; le pouce se loge, comme dans les autres gants, dans une petite poche destinée à le recevoir : les quatre autres doigts se logent ensemble, dans un sac unique , souvent rembourré , afin de donner plus de chaleur à la main. Ce sont ordinairement les charretiers, les voituriers , les voyageurs, qui emploient ces sortes de gants, surtout lorsqu’ils voyagent dans des pays froids. Ils sont plus chauds et moins sujets à se détériorer que les gants ordinaires.
- Le Bonnetier fabrique des mitaines semblables.
- Les Modistes fabriquent et vendent des mitaines à jour, qui servent de parures aux femmes ; elles ressemblent à de la dentelle , et sont fabriquées sur un métier particulier. Elles sont en soie blanche ou noire ; le pouce est ouvert, et la première phalange est à nu : les quatre doigts sont seulement couverts par une patte de même étoffe, de sorte que tous les doigts sont libres et à découvert.
- Le Pelletier donne le nom de mitaines à des peaux de castor de belle qualité, et qu’il désigne par ce nom, par la raison qu’il les considère comme ne pouvant servir que pour fourrer des mitaines, quoique cependant elles puissent être employées pour toute sorte de fourrure. L.
- MITOYEN. Ce mot s’entend d’un mur qui fait la séparation commune de deux habitations contiguës. ( F. Mur. ) Fr.
- MITRES DE CHEMINÉE ( Architecture). On rétrécit ordi-
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- MITRES DE CHEMINÉE. 5i3
- nairement le sommet du tuyau des cheminées, pour empêcher la pluie d’y tomber , et donner de l’activité au courant ascendant, afin qu’il ne descende pas un courant d’air froid dans le tuyau, qui , contrariant la marche de la fumée, et la refroidissant, la refoulerait dans l’appartement. Ce rétrécissement se fait le plus souvent en disposant quatre planches de plâtre en plans inclinés , qui se joignent selon leurs arêtes, et laissent au conduit l’ouverture supérieure suffisante. Ou scelle ces planches avec du plâtre ; quelquefois même on façonne leur extérieur en courbe , ou bien on y attache des ardoises, pour empêcher l’infiltration de l’eau de la pluie. Cet appareil est ce qu’on appelle une mitre.
- On a imaginé récemment de faire en terre cuite et poterie dite de grès, d’excellentes mitres d’une seule pièce : les parois s’élèvent du bas verticalement, sur la hauteur de 3 pouces environ, pour faire le scellement sur le bout du tuyau ; ensuite la partie courbe s’élève en bec , auquel on donne en haut la figure ronde et cylindrique. La partie inférieure de la surface courbe est garnie tout autour d’un rebord saillant formant égoût, pour rejeter les eaux pluviales en dehors de la partie qui recevra le scellement. On porte ces mitres en place, et il n’y a d’autre peine à prendre qu’à les sceller avec du plâtre.
- Fr.
- FIX DU TREIZIÈME VOLUME.
- Tome XIII.
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- ADDITION.
- Addition au mot Laiton, page 37, T. XII.
- Dans l’article relatif au travail du laiton, nous avons décrit avec détail le fourneau employé à la fabrication du laiton, et celui dans lequel on recuit les feuilles de cet alliage lorsqu’on le lamine ; mais nous avons oublié d’indiquer le n° de la planche et les nos des figures auxquelles le texte se rapporte. Pour réparer cette omission, nous allons donner une courte description de la PI. 44 bis des Arts chimiques, nécessaire pour l’intelligence de cet article.
- Fig. 1 et 2. Plan et coupe du fourneau à laiton. Le plan est pris à la hauteur des creusets , de manière à montrer leur disposition relative, ainsi que celle des tuyères destinées à alimenter la combustion, qui sont pratiquées dans la sole du fourneau.
- Fig. 3, 4 et 5. Plan et coupes du fourneau à recuire les feuilles de laiton lorsqu1 on les lamine. Ces figures représentent les grands fourneaux que nous avons décrits page 46 , et dans lesquels on introduit un chariot qui porte les feuilles de laiton que l’on veut recuire. Le plan est pris au-dessus de la grille. L’une des coupes est dans le sens de la longueur du fourneau ; l’autre ( fig. 5 ) est en travers, et passe par le milieu d’une des deux cheminées.
- Fig. 6. Moules entre lesquels oncoule le laiton (page 3g). Ils sont composés de deux pierres de granité, que l’on soulève au moyen de chaînes qui y sont attachées. La figure représente ces moules en élévation. D.
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