Dictionnaire technologique ou nouveau dictionnaire universel des arts et métiers
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- DICTIONNAIRE
- TECHNOLOGIQUE,
- • OIT
- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS.
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- imprimerie de hüzard-coeréier,
- rue du Jardinet, no 12.
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- DICTIONNAIRE
- TECHNOLOGIQUE,
- ou
- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS,
- ET DE L’ÉCONOMIE INDUSTRIELLE ET COMMERCIALE;
- PAR UNE SOCIÉTÉ DE SA VANS ET D’ARTISTES.
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- Qui pourrait assigner on terme à la perfectibilité humaine?
- TOME QUATORZIÈME.
- PARIS,
- THOMINE, LIBRAIRE, RUE DE LA HARPE, N* 78,
- 1828
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- DICTIONNAIRE
- TECHNOLOGIQUE,
- otr
- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS.
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- Mobile, mobilité {Ans mécaniques). La faculté qu’ont
- les corps de pouvoir être transportés en divers lieux de l’espace est ce qu’on appelle la mobilité; et lorsqu’ils se déplacent ainsi, on leur donne le nom de mobiles. Gomme toutes les notions générales qui se rapportent à cette propriété ont été exposées en divers lieux de notre Dictionnaire, nous y renvoyons. Ainsi, V. les articles Force , Écoulement, Mouvement, Eau, etc. Fr.
- MODÈLES, MODELEURS {Arts mécaniques ). U existe plusieurs sortes de modèles. On donne ce nom :
- t°. A tout ce qui imite, soit l’ensemble, soit quelques parties isolées , mais dans des proportions plus petites, une machine ou un objet quelconque de grandeur naturelle. On peut, de cette manière, réunir dans une localité peu spacieuse une collection de modèles qui représentent un grand nombre de machines pour servir à l’instruction des machinistes, des manufacturiers, etc. C’est ainsi que la plupart des galeries du Tome XIV.
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- 2 MODÈLES, MODELEURS.
- Conservatoire des Arts et Métiers, celles du Musée de l’Artillerie , de la Marine, etc., sont garnies. Des dessins, quelque bien faits qu’on les suppose, ne rempliraient pas le même objet. Outre que tout le monde ne les comprend pas, il est impossible, par leur moyen , de figurer le jeu des diverses pièces et l’ensemble du mouvement d’une mécanique, qu’il est important de connaître pour la rendre intelligible.
- Relativement à la construction des modèles, il est évident que la dépense en matières premières est peu de chose ; mais nous dirons que la main-d’œuvre est pour ainsi dire aussi dispendieuse que pour la construction en grand , par la raison qu’il faut des ouvriers plus habiles , et par conséquent plus chers , et que d’ailleurs le travail graphique et l’établissement des modèles des pièces qui doivent être fondues sont à peu près les mêmes.
- 2°. On nomme également modèles, bien qu’elles soient de grandeur naturelle, les pièces en bois ou en métal qu’on établit pour être fondues en fer ou en cuivre , dont se compose une machine. Le grand emploi qu’on fait actuellement de la fonte de fer dans toutes sortes de constructions a donné lieu à une nouvelle branche d’industrie exercée par des menuisiers ou des ébénistes , qui en font un apprentissage particulier, et qu’on nomme modeleurs. Il est très important, pour des ateliers de construction, d’avoir un habile modeleur qui, indépendamment de son état de menuisier et de tourneur, connaisse aussi les procédés du moulage en sable , la manière de faire les noyaux , la retraite qu’éprouve la fonte en refroidissant, sa force , afin de donner aux modèles ce qu’on'appelle la dépouille, la dimension en sus qui doit compenser le retrait, les épaisseurs et largeurs nécessaires dans le sens où s’exerce l’effort du moteur, tout en économisant la matière'. C’est surtout dans la confection des modèles de roues d’engrenage qu’il faut apporter un soin tout particulier, non-seulement dans la division exacte de la denture, mais encore dans la forme des dents, qui varie en raison du rapport du diamètre des roues qui s’engrènent, ( V. Engrenage. )
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- MODÈLES , MODELEüBS. 3
- Le modeleur doit prendre ses mesures de telle sorte , qu’on n’ait pas besoin de travailler les dents quand les pièces reviennent de la fonderie, autrement que de les polir, parce que la croûte de la fonte e'tant toujours plus dure que l’intérieur , la denture s’use moins vite.
- Donnant actuellement beaucoup d’e'paisseur aux roues , on comprend que les dents doivent être placées dans une direction parfaitement parallèle à l’axe , ou perpendiculairement au plan de la x'oue ; la moindre obliquité donnerait des porte-à-faux qui occasioneraient leur rupture.
- Indépendamment des outils nécessaires à un menuisier et à un tourneur, le modeleur doit avoir une plate-forme pour la division des roues. ( V. Plate-Forme. ) La division au compas est trop longue , et, de plus, sujette à erreur.
- Les modeleurs ont une méthode pratique fort simple pour tracer le flanc des dents, et qui est exacte, puisqu’elle est fondée sur le développement de l’épicycloïde. Je crois devoir la décrire ici. Supposons les deux roues A et B (fig. 8, PI. 38 des Arts mécaniques) d’un diamètre inégal, destinées à s’engrener. Les dents ébauchées étant fixées à queue d’aronde sur le contour des roues, on en fait la division sur une circonférence abc,mbn qui passe par le milieu de la longueur des dents. On détermine l’épaisseur de celles-ci, qu’on sait devoir être moindre que leur intervalle ; on découpe dans une planche mince deux courbes ou jantes, suivant les circonférences abc,mbn, qu’on fixe alternativement sur les roues À et B , c’est-à-dire qu’on fixe la courbe sur la roue dont on -veut tracer le flanc des dents. Supposons la courbe abc fixée sur la roue B, et faisant rouler l’autre courbe mbn dessus , tantôt à droite et tantôt à gauche, les points e et f de celle-ci tracent les flancs des dents de la roue B. On trace de même ceux de la roue A, en fixant à son tour la courbe mbn, et en faisant rouler dessus, tantôt d’un côté et tantôt de l’autre , la courbe abc, dont les points ik tracent les flancs des dents ; ainsi de suite pour chacune des roues, en partant toujours def points de contact qui marquent l’épaisseur des dents.
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- 4 MODÈLES, MODELEURS.
- Quand les deux roues sont d’égal diamètre, la courbure des dents se détermine par un arc de cercle pqr, décrit du point o comme centre , milieu de l’intervalle de deux dents.
- Les modèles en bois , bien qu’on ait soin de les huiler, se déforment très promptement par leur séjour, pendant le moulage, dans du sable humide. Quand on doit en tirer beaucoup d’exemplaires , il y a un grand avantage à les faire en fonte de fer ; celle-ci prend une teinte rougeâtre imitant un vernis, qui n’adhère point au sable : mais il ne faut point perdre de vue que les pièces qu’on tirera dessus étant des surmoulées , c’est-à-dire tirées en deuxième, seront plus petites d’une fois la retraite de la fonte , que les pièces venues d’après le modèle en bois ; de sorte qu’il faut y avoir égard dans l’établissement de celui-ci.
- On sait que les trous, dans la fonte , y sont ménagés par des noyaux en terre grasse mêlée de crottin, bien desséchés et mis chauds dans le moule de sable à l’instant du coulage. Ces noyaux se moulent eux-mêmes dans des boîtes de bois ou de fer-blanc que fournit le modeleur, et dont la forme et la capacité sont égales aux portées appliquées sur le modèle. Si le noyau est conique, la boîte peut être d’une seule pièce, parce qu’alors on peut le faire sortir par le gros bout ; mais s’il est cylindrique , ou plus gros au milieu que vers les bouts , la boîte se fait de deux parties , réunies d’un côté par une charnière, et de l’autre par une goupille , de manière qu’en retirant celle-ci, le noyau se trouve dégagé. On voit qu’il est indispensable qu’un modeleur, ainsi que je l’ai déjà dit, connaisse les procédés du moulage.
- Quand un modeleur entend bien son métier, il procure une grande économie dans le travail de la lime, du burin et de l’ajustage. Par exemple, si deux pièces doivent se joindre dans une certaine étendue, il ne fera pas leurs surfaces continues et unies ; il ménagera de distance en distance des saillies vis-à-vis les unes des autres , dont les surfaces seulement seront dressées. Il y aura tout-à-la-fois économie de travail et de matière, sans compromettre’ la force de résistance.
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- MODISTE. 5
- 3°, Indépendamment des modèles morts que les peintres, les sculpteurs emploient pour exécuter des tableaux , des statues, etc., ils font poser des hommes, des femmes , qu’ils appellent modèles vivonsj ceux-ci se louent à tant par séance, 6, 8, et jusqu’à ro fr., suivant leur perfection. Il est rare d’en trouver qui soient généralement bien faits , bien proportionnés ; les uns n’ont que la tête, la coiffure , la barbe ; d’autres que les bras, la poitrine , la taille ; de sorte qu’il faut souvent plusieurs modèles pour former une belle Académie. Beaucoup de personnes des deux sexes vivent, à Paris, de ce métier, qu’on croirait, au premier aperçu, peu fatigant, mais qui le devient en raison des attitudes quelquefois gênantes qu’il faut garder pendant des heures entières.
- Les sculpteurs, avant d’exécuter en marbre des statues, des bas-reliefs, un monument quelconque , en font le modèle en terre grasse. Ils prennent alors le nom de modeleurs. E. M.
- MODÉRATEUR ( Technologie). C’est le nom que quelques mécaniciens donnent à une pièce dont la fonction, dans certaines machines, est de modérer la vitesse du mouvement et de la régulariser. On donne généralement à cette pièce, ou à plusieurs pièces réunies qui remplissent ce but, le nom de Régulateur . ( V- ce mot.) L.
- MOD1LLONS {Architecture). Ce sont de petites consoles, ou tasseaux renversés en forme d’S, sous le plafond des corniches de l’ordre corinthien; ils semblent soutenir le larmier : ce sont des ornemens qu’on dispose toujours aplomb de l’axe de la colonne, de la manière la plus régulière. ( V. Architecture. ) Fr.
- MODISTE ( Technologie). On donne aujourd’hui le nom de modistes aux ouvrières qu’on désignait autrefois sous le nom de marchandes de modes. Depuis que le luxe a pris un grand essor parmi nous , l’art de la modiste est devenu très important, et occupe, surtout à Paris et dans les grandes villes, une grande quantité de personnes.
- Les modistes s’occupent principalement de tout ce qui concerne les ornemens superficiels de l’habillement des
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- 6 MODULES.
- femmes. Elles ne travaillent que des étoffes très légères : les dentelles, les Mondes, les tulles , les gazes, les fines batistes , les taffetas, les satins, les rubans de toute espèce, les broderies de toute nature , les fleurs artificielles, les plumes, etc. , sont les matériaux qu’elles emploient le plus ordinairement dans les ouvrages qui sortent de leurs mains. Souvent elles garnissent seulement des robes faites par d’autres artistes. Leur grand talent consiste à inventer des modes nouvelles, qu’elles font le plus souvent adopter, surtout lorsque le bon goût ou une bizarrerie singulière frappe les regards de nos fascionables.
- Nous ne prétendons pas avancer que les modistes réussissent toujours à introduire des modes qui flattent l’œil et le bon sens ; au contraire, nous apercevons le plus souvent des combinaisons ridicules qui déparent quelquefois la beauté qui les a reçues avec confiance de la main d’une ouvrière sans goût.
- C’est la modiste qui prépare les corbeilles de mariage et tous les ajustemens dont se parent les jeunes demoiselles le jour de leurs noces. Il serait inutile et même ridicule de vouloir donner ici la nomenclature de tous les objets sur lesquels la modiste exerce son talent ; plus inutile encore d’entrer dans les détails de leur construction ; ce qui est de mode aujourd’hui ne le sera pas demain, et notre article serait suranné même avant d’avoir été imprimé. Nous nous bornerons donc à dire que la modiste ne travaille sur aucune base fixe, qu’elle ne se dirige que sur les caprices d’une mode toujours inconstante ; mode qu’elle invente le plus souvent, trop heureuse lorsque le bon goût a présidé à son adoption.
- L.
- MODULES ( Architecture). Longueur arbitraire qu’on prend pour unité de mesure dans les constructions , pour régler la juste proportion relative des parties. C’est ordinairement le demi-diamètre de la colonne; et l’on établit combien de ces modules ou unités doivent être contenus dans la hauteur de la colonne, dans la frise, dans son architrave , etc. , selon
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- MOILON, MOELLON. 7
- l'ordre qu’on a adopté. Le module se divise en douze parties égalas dans les ordres dorique et toscan , et en seize dans le corinthien et l’ionique. ( V. Architecture. ) Fr.
- MOÇLLE ( Agriculture). C’est un tissu cellulaire , lâche et blanchâtre, qui remplit un canal au centre des tiges, et communique avec l’écorce par des rayons qu’on nomme médullaires. Le sureau, les joncs et un grand nombre de plantes sont abondamment pourvus de moelle ; son usage dans la physiologie végétale est inconnu : on sait seulement que la moelle n’est nécessaire que dans la jeunesse de la tige ou des rameaux, et que le plus souvent elle s’oblitère. On voit des troncs entièrement privés de moelle , et qui végètent très bien.
- La greffe en fente réussit rarement sur les branches pourvues de moelle, parce que la plaie qu’on fait est très sujette à se dessécher. En général, il faut éviter de couper les tiges des arbres à moelle, ou du moins préserver avec soin les plaies du contact de l’air. On fait avec la moelle de .jonc des mèches de lampe ; avec celle de sureau, diffe'rens joujous, etc.
- Fr.
- MOILON, MOELLON ( Architecture). Pierre débitée en petits blocs, et qui le plus souvent n’est formée que des débris de pierre de taille. Il y en a en pierre siliceuse ( V. Meulière ), en pierre à plâtre , en pierre calcaire, etc. La meulière est la meilleure, mais elle n’est pas commune. On se sert des moellons pour construire les caves , murs et fondations. Le moellon calcaire employé dans les bâtisses de Paris se tire de la plaine de Montrouge , de celles de YauS'rai'd > ^SSY > Villejuif, etc. ; il coûte actuellement, tout rendu, 68 à 72 fr. la toise cube, selon la distance où il faut le porter.
- Il n’est pas permis d’employer, à Paris, le moellon de plâtre ; et pour porter les poitrails des portes-cochères et des larges ouvertures de boutiques, on exige que les montans soient en chaînes de pierre de taille. En général, celles-ci sont employées à toutes les façades des édifices construits avec soin.
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- 8 MOIRÉ MÉTALLIQUE.
- On enlève, de dessus les moellons , le bousin, partie tendre et sans consistance ; on travaille la surface en plan , pour poser la pierre à plat ; on dit alors que le moellon est gisant; il est dit piqué, quand il est taillé d’écliantillon et à vives arêtes , lits et joints carrés ; on s’en sert dans les caves et fondatioi^. Le moellon essemillè est celui qui est grossièrement taillé avec la tachette ; le bourru est mal fait, et sert à garnir dans l’épaisseur des murs. Le moellon appareillé est carré , à vives arêtes , démaigri en queue, de longueur suffisante pour faire leparpain, et s’allonger dans l’épaisseur du mur jusqu’à 3 ou 4 pouces du parement opposé. Cette pierre d’élite est réservée pour les murs qu’on veut élever avec élégance et solidité. Les’ blocailles sont formées d’éclats ou débris de pierre, qu’on noie dans les murs avec le mortier. Fr.
- MOINEAU ( Agriculture). Petit oiseau qui est hardi, fin, avide et très familier. On doit le regarder comme un fléau des moissons ; car on estime que chacun mange près de deux boisseaux de grain par an, et que les moineaux font éprouver en France une perte annuelle de 7 à 8 millions. Leur tête est mise à prix en Angleterre et dans quelques lieux d’Allemagne. Comme ils ne valent pas le coup de fusil, on les prend au filet à l’époque des gelées, ou dans des pièges. Les épouvantails qu’on met dans les champs sont sans succès contre leurs ravages, parce qu’ils se familiarisent bientôt avec ces fantômes. Fr.
- MOIRÉ MÉTALLIQUE. On a donné ce nom à une cristallisation variée qui se manifeste à la surface du fer-blanc quand on la décape au moyen d’un acide. Cette cristallisation préexiste, et l’on ne fait que la mettre à nu en dissolvant la légère pellicule d’étain qui la recouvre ; il est facile de s’en convaincre par l’examen attentif d’une feuille de fer-blanc placée dans un endroit bien éclairé, et en donnant divers degrés d’inclinaison à sa surface ; on aperçoit dans l’épaisseur de l’étamage des lames chatoyantes qui réfléchissent diversement la lumière , et l’on peut, par cette seule inspection, savoir d’avance quelle espèce de moiré l’échantillon qu’on
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- examine est susceptible de donner. 11 est donc bien surprenant qu’on ait trouvé aussi tardivement une chose qu’une foule de personnes touchent, manient, et ont été à même de voir depuis un si grand nombre d’années. Quoi qu’il en soit, la découverte du moiré métallique ne date que de 1817, et l’on prétend même qu’elle n’a été due qu’au hasard. Ce qu’il y a de certain , c’est que cette découverte a eu le sort de tant d’autres : à peine fut-elle signalée , qu’on la contesta à son auteur M. Allard, et qu’il eut à soutenir plusieurs procès contre un grand nombre de ferblantiers qui s’étaient constitués solidaires les uns des autres, et qui finirent par exploiter cette nouvelle branche d’industrie, et je dirai presque par l’avilir. Ainsi ce produit, qui d’abord avait excité l’attention de tous les curieux , devint bientôt à si bas prix, qu’on put l’appliquer aux objets les plus communs, et ce fut raison suffisante pour le déprécier aux yeux de tout le monde. Quoi qu’il en puisse être , nous n’en devons pas moins consigner ici la manière de fabriquer le moiré, et indiquer les principales précautions à prendre pour y bien réussir.
- J’ai dit que le moiré du fer-blanc était tout formé, et qu’on ne faisait que le mettre à nu ; mais il reste à savoir s’il résulte d’une combinaison de l’étain avec le fer, ou si c’est une simple cristallisation de l’étain. Plusieurs personnes ont admis la première opinion , en se fondant, d’une part, sur ce que le moiré ne s’apercevait point à la surface du fer-blanc, et qu’il n’existait qu’à une certaine profondeur, c’est-à-dire au point de contact des deux'métaux; que là il y avait réellement combinaison entre eux , et l’on apportait pour preuve de cette espèce de pénétration réciproque : i°. ces nombreuses inégalités qu’on aperçoit à la surface de la tôle quand on en a soustrait l’étain au moyen d’un acide faible ; 2°. la couleur blanche de la tranche du fer-blanc qu’on a coupé avec des cisailles. Mais il est à remarquer qu’on se fait sans doute illusion dans ces deux circonstances, et surtout dans la dernière ; car il est évident que par l’action mécanique qu’on exerce au moyen de la cisaille, l’étain est rabattu des deux côtés de
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- xo MOIRÉ MÉLALLIQÜE.
- la tranche, de manière à faire croire qu’il a pe'ne'tre' jusque dans le centre ; mais si, au lieu de couper le fer-blanc, on le de'chire en le ployant alternativement et un grand nombre de fois en sens contraire , on distingue bien nettement la couleur de la tôle et celle de l’étain. Quant aux inégalités rendues sensibles par un acide, cela peut dépendre de ce que la surface du fer ne se trouve pas partout également défendue par une même épaisseur d’étain, et que pendant que l’acide enlève les dernières couches d’étain dans les parties qui en étaient les plus fournies, il attaque déjà la tôle dans les autres, et de là ces cavités qu’on remarque après l’opération. H faudrait donc, pour acquérir une entière conviction à cet égard, employer un dissolvant qui ne fût point susceptible d’attaquer le fer ; ainsi, on se servirait avec avantage d’un bain de mercure dans lequel on laverait le fer-blanc pour enlever l’étain seul. Au reste, que cette pénétration ait lieu ou non , que la combinaison se limite aux surfaces de contact ou qu’elle pénètre plus avant, il n’en reste pas moins vrai que la cristallisation du moiré est uniquement due à l’étain, et la preuve , c’est que les feuilles d’étain pur présentent ces cristallisations. On a cependant prétendu que les plus beaux moirés s’obtenaient avec des étamages dans lesquels on faisait entrer un peu de bismuth ou d’antimoine. Ce qu’il y a de très certain, c’est que ce sont les fer-blancs anglais , surtout ceux marqués d’un F , qui réussissent le mieux pour cet objet, et l’on sait que cet étamage est le plus pur. Cela posé, revenons au procédé vju’il convient d’employer pour obtenir le moiré.
- 3STous avons déjà dit que ce procédé consistait à décaper la surface de l’étain au moyen d’une liqueur acide ; mais on a indiqué un grand nombre de recettes , qui pour la plupart peuvent également bien réussir, lorsqu’on prend les précautions convenables. On ne doit pas perdre de vue qu’il faut que l’action de l’acide soit extrêmeme'nt limitée, et qu’elle ne s’étende pas au-delà de cette mince pellicule qui a été planée , soit par les cylindres du laminoir, soit par .le mai-
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- MOIRÉ MÉTALLIQUE. a
- telage qu’on a fait subir au fér-blanc après l’étamage. Lorsque l’acide pénètre plus avant, il met la tôle presque à décôu-vèrt, et il en résulte des reflets sombres et même noirâtres, qui se substituent à l’éclat argentin et nacré de l’étain. Ainsi, l’opérateur doit avoir pour principal soin d’arrêter l’action de l’acide aussitôt qu’il en est temps, et voici comment on doit s’y prendre pour y réussir.
- On a, d’une part, une eau régale faible, composée, par exemple, de 4 parties d’acide nitrique, une de muriate de soude ou d’ammoniaque , et 2 d’eau distillée ; de l’autre, on place une feuille de fer-blanc au-dessus d’une terrine de grès pleine d’eau , puis , à l’aide d’une petite éponge fine légèrement Humectée de la liqueur acide, on imprègne très également toute la surface du fer-blanc , qu’on a préliminairement un peu chauffé ; et aussitôt que les reflets du moiré se manifestent d’une manière bien nette , on plonge la feuille dans l’eau, et on la lave, soit à l’aide d’une barbe de plume, soit avec un peu de coton, mais toujours de manière à éviter un frottement capable d’enlever la très petite portion d’étamage qui constitue le moiré.
- On conçoit que l’action sera d’autant plus prompte et plus vive , qüe l’acide employé sera plus concentré et la température plus élevée. On ne peut donc pas limiter d’avancé le temps qu’exige chaque opération , et l’on voit qu’il devra varier avec les circonstances influentes : tantôt l’action sera terminée en moins d’une minute, et d’autres fois elle en nécessitera plus de dix.
- 11 est bien essentiel d’étendre promptement la liqueur acide et de ne pas la verser directement sur la feuille, parce que la beauté du moiré dépend en grande partie d’une action bien égale sur toute la surface ; autrement, si elle est plus vive en certains points que dans d’autres, le fer s’y trouve mis à nu, et cela forme des taches noirâtres.
- Lorsque le moiré est convenablement développé et qu’on 1 a bien lavé de manière à ne laisser aucune portion d’acide ; ce qui ne manquerait pas de l’oxider et de le ternir très
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- MOIRÉ MÉTALLIQUE-promptement, on le fait se'clier avec précaution, et sans avoir recours à une forte chaleur, car dans ce cas aussi il perd de. son éclat ; et pour prévenir tout effet ultérieur de l’air, on le vernit immédiatement,. soit d’une manière définitive , soit provisoirement, en le recouvrant d’une simple solution de gomme , qu’on peut enlever ensuite au moyen de l’eau.
- Les différentes couleurs que Ton donne aux moirés sont dues aux vernis colorés et transparens dont on les recouvre ; on a soin seulement de les poncer, afin de les rendre d’une épaisseur moindre , plus égale , et qui laisse par conséquent mieux apercevoir les diffe'rens reflets des cristaux.
- La trop grande malléabilité des lames minces d’étain de ces sortes de cristallisation , ne leur permet pas de résister au fort martelage auquel on est obligé d’avoir recours pour façonner des objets en creux ; aussi n’en peut-on faire avec du moiré, mais seulement des surfaces planes ou légèrement courbes, qui ne nécessitent que le maillet.
- Chacun, sait combien les cristallisations en général sont susceptibles d’être modifiées par l’influence de quelques agens, et principalement par la chaleur ambiante. Il en est absolument de même pour la cristallisation du moiré, et Ton peut pour ainsi dire la modifier à son gré, en la détruisant en tout ou en partie, suivant l’effet qu’on veut obtenir, et la laissant se reproduire sous l’influence d’un refroidissement plus ou moins prompt. Qu’on expose, par exemple, une feuille de fer-blanc à une température suffisante pour liquéfier l’e'tain : si on la laisse refroidir lentement, la cristallisation se reproduira à peu près semblable à ce qu’elle était dans le principe ; mais si la feuille étant encore très chaude , on la plonge subitement dans l’eau froide, alors la cristallisation sera toute confuse, et ne présen--. tera qu’une espèce de sablé. Si, au lieu d’opérer ce refroidissement sur toute la surface, on ne l’effectue que partiellement au moyen de quelques aspersions d’eau froide , on aura une cristallisation variée. On obtiendrait des résultats analogues en insufflant çà et là de l’air froid sur la surface de l’étamage pendant qu’il est encore en fusion, et au moment où il commence
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- MOIRE, MOIRAGE, ÉTOFFES MOIRÉES. i3 à se figer. Enfin, on peut tracer diffe'rens contours, des caractères , etc., en promenant à la surface d’une feuille de fer-blanc le dard d’une flamme , qu’on dirige à l’aide d’un chalumeau. Comme l’étain se trouve liquéfié dans tout le trajet de la flamme , et qu’en se refroidissant il affecte une cristallisation autre que celle qu’il avait primitivement, il en résulte diffe'rens dessins qu’on peut varier d’une infinité de manières. Il y a encore d’autres moyens de modifier la cristallisation du moiré ; mais nous pensons en avoir dit assez pour servir de guide et laisser à chacun la satisfaction de s’en créer de nouveaux.
- Nous terminerons cet article en indiquant les différens mélanges quiont été recommandés comme susceptibles de fournir un beau moiré ; nous mettrons ainsi les lecteurs à même de faire choix de celui qui leur paraîtra le mieux convenir.
- i°. Deux parties d’acide nitrique, i d’acide muriatique, a d’eau distillée.
- 2°. Deux parties d’acide nitrique, 2 d’acide muriatique, 4 d’eau distillée.
- 3°. Une partie d’acide nitrique , 2 d’acide muriatique, 3 d’eau distillée.
- 4°- Deux parties d’acide nitrique, 2 d’acide muriatique, 2 d’eau distillée et 2 d’acide sulfurique.
- 5°. Quatre onces de muriate de soude, 8 onces d’eau, 2 onces d’acide nitrique.
- 6°. Huit onces d’eau, 2 onces d’acide muriatique et 1 once d’acide sulfurique. R.
- MOIRE, MOIRAGE, ÉTOFFES MOIRÉES {Technologie). La moire est une étoffe de soie qui se tisse comme le gros de Tours, avec la seule différence que la trame est en organsin tors et retors, de manière qu’elle présente une surface comme cannelée; mais elle ne montre le reflet qu’on appelle moirage qu’après une certaine préparation que nous allons décrire, et qui lui fait prendre le nom à!étoffe moirée.
- On désigne sous le nom d'étoffe moirée, celle dont la surface présente des reflets ondulés différemment contournés. Il
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- 4 MOIRE, MOIRAGE, ÉTOFFES MOIRÉES, n’y a que les e'toffes qui ont un grain saillant qui puissent être moirées. On nomme grain dans l’étoffe cette éminence faite par la grosseur du fil de trame, et qui forme des cannelures parallèles qui vont d’une lisière à l’autre.
- C’est l’aplatissement de ce grain, ou des cannelures couchées par parties, en sens contraire, les unes sur les autres, qui fait paraître les ondes sur l’étoffe, à cause des différens reflets de lumière que les couches occasionént. Pour que la moire soit belle , il faut que les ondes soient grandes et bien terminées par des filets fins et déliés, produits par l’intersection des apla-tissemens du grain en sens contraire.
- Autrefois on moirait les étoffes en les enveloppant dans une toile de coutil ; et, après les avoir roulées sur un cylindre de bois de gaïac, on les exposait sous la pression d’une caisse nommée calandre, chargée d’un poids très considérable. Cette caisse, tirée par un câble altërnativement en avant et en arrière , écrase, par l’énormité de son poids , le grain de l’étoffe, et l’aplatit en divers sens , ce qui forme les ondes que l’on remarque sur l’étoffe.
- On était obligé d’employer deux calandres pour rendre l’opération parfaite : la première, appelée petite calandre, portait une charge de vingt milliers ; la seconde, une charge de quatre-vingts milliers. Ce fut en 14° que cette branche d’industrie fut introduite en France ; jusqu’alors les Anglais avaient été en possession des méthodes de bien moirer les étoffes.
- L’ingénieux Vaucanson ne fut pas long-temps à s’apercevoir des défauts que présentait cette manière d’opérer. En effet, la nature de la soie qui compose l’étoffe, la grosseur ou la finesse de son grain, l’espèce de teinture dont elle est colorée, introduisent nécessairement des différences dans la fovce nécessaire pour écraser le grain ; et il faudrait, pour que l’étoffe se trouvât également moirée, que la machine pût s’y prêter sans embarras , avec facilité et promptitude, et qu’elle pût prendre presque à l’instant le degré de force nécessaire pour s’accommoder à la résistance du grain. Il est évident que l’espèce .de calandre dont nous venons de parler ne peut remplir ces
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- MOIRE, MOIRAGE, ÉTOFFES MOIRÉES! i5 conditions ; d’ailleurs la manière de rouler les e'toffes sur un rouleau de bois rend l’action de la machine très inégalé sur les diffe'rens tours de l’étoffe ; et pour peu qu’elle quitte le rouleau, eu se desserrant, les plis se dérangent, et les ondes se croisent et deviennent confuses.
- Yaucanson ayant jugé qüe cette méthode devait être entièrement abandonnée, y substitua une calandre cylindrique , composée de deux rouleaux disposés à peu près comme ceux d’un laminoir. La fig. 3 , PI. 38 , suffira pour donner une intelligence parfaite de cet instrument. La calandre est vue ici en profil : on doit concevoir qu’à l’autre bout des cylindres, suffisamment longs pour moirer toutes sortes d’étoffes, est un appareil semblable à celui que présente la figure, excepté les engrenages , qui sont de ce côté seulement.
- Les jumelles A, A sont fixées solidement dans le sol; elles sont fixées par le haut, à tenons et mortaises , avec la charpente B,B,B,B. Le sommier inférieure repose sur le sol, et est chevillé à tenons et mortaises avec le bas des jumelles. La charpente B est liée avec l’autre charpente, placée sur la face postérieure de la machine, par de fortes traverses ajustées, par tenons et mortaises, aux points D,D,D,D, afin de présenter une grande solidité.
- Le sommier supérieur a est ajusté, par ses deux bouts à queue d’arohde, avec les quatre jumelles. Le cylindre supérieur b est formé de métal très dur, et a les tourillons appuyés sur des .collets immobiles c , fixés au bâti. Le rouleau inférieur d , qui est en bois de ga’iac, a ses tourillons roulans dans des collets de métal, à coulisse dans les jumelles, et reposant sur les extrémités de deux leviers f, à une distance de 244 millimètres (environ 9 pouces ) (1) de leur point d’appui g. La queue de chacun de ces leviers est saisie par un tirant de fer h, qui répond à un second levier *, i, au bout duquel est placé un bassin de balance l, portant dans son milieu une tige de fer m,
- (>) Nous nous abstiendrons dans la suite d’exprimer les distances; l’eclirUe que nous avons donnée remplira ce bnt*
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- 16 MOIRE, MOIRAGE, ÉTOFFES MOIRÉES, qui reçoit des cylindres de fer ou de plomb n, percés pour exercer une pression à volonté. Le seul poids des leviers, sans aucun poids additionnel dans les plateaux, produit sur le point de contact des deux rouleaux un effort de six milliers ; et un poids de 12 kilogrammes, ajouté dans chaque plateau, augmente cet effort de 2,500 kilogrammes. On peut donc, avec la plus grande facilité, augmenter ou diminuer dans un instant la pression de la machine , qui supplée à elle seule aux deux calandres exigées par l’ancienne méthode, et elle donne un moirage bien plus parfait que celui que celles-ci produisaient.
- Pour se servir de cette calandre , on plie l’étoffe en deux dans toute sa longueur, c’est-à-dire qu’on rapporte les deux lisières l’une sur l’autre, en observant que l’extrémité de chaque cannelure formée par le fil de la trame réponde exactement à l’autre extrémité de la même cannelure. On contient la jonction des deux lisières par deux points d’aiguille faits à un décimètre de distance les uns des autres, sur toute la longueur des lisières. La largeur de l’étoffe ayant été pliée en deux dans toute la longueur de la pièce, on replie l’étoffe ainsi doublée en feuillets de 60 centimètres de long, on arrange ces feuillets sur une forte toile de coutil, en forme de zigzag, c’est-à-dire qu’on les incline les uns aux autres sous un angle de 4 à 5 degrés environ. La toile de coutil doit être plus longue de deux mètres au moins que celle de l’étoffe, et assez large pour que la moitié de sa largeur puisse recouvrir l’étoffe ainsi disposée. On coud aux deux bouts de ce coutil un morceau de toile forte de trois mètres de long, afin qu’elle puisse s’enrouler sur les ensouples o, p, qui sont placés l’un et l’autre des deux côtés de la calandre. Ces deux ensouples sont armés chacun d’une manivelle sur laquelle s’exercent des ouvriers , afin de tenir le coutil et l’étoffe continuellement tendus, en allant et en revenant entre les cylindres.
- Un troisième ouvrier, appliqué à la manivelle q, fait tourner la lanterne r, dont les fuseaux , engrenant dans la roue s , fout tourner le cylindre métallique b. Cet ouvrier est soulagé
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- MOÏSES. 17
- dans ce travail par le volant triangulaire t, armé de trois lentilles en plombo, «, «•
- Une grande roue à gorge E, sur laquelle s’enroule une corde F, dont le bout pend à la portée de la main, sert à soulever les poids et rendre nulle leur action et celle des quatre leviers, de sorte que l'on peut introduire facilement l’étoffe entre ces deux cylindres ou la retirer sans peine.
- Le mouvement alternatif imprimé au cylindre est continué une douzaine de fois, après quoi on soulève un coin de la toile qui recouvre l'étoffe', et, sans la déranger, on examine l’effet de la première impression, qui n’a été faite que par le poids seul des leviers, c’est-à-dire avec six milliers de charge. On juge si elle est assez forte pour déterminer la formation des ondes, ou bien on met un poids de douze kilogrammes sur chaque plateau pour la seconde passée ; lorsque les ondes paraissent se bien former, on fait courir les plis de l'étoffe, c’est-à-dire qu’on les change de place, pour recevoir le moirage comme les autres parties de l'étoffe. On augmente peu à peu la charge par de nouveaux poids dans le plateau, jusqu’à ce que l’on voie les ondes bien terminées par des filets très déliés, ce qui arrive ordinairement après la cinquième ou la sixième p&séc, c’est-à-dire après la cinquième ou la sixième charge. L.
- MOÏSES ( Architecture ). Quand on veut arrêter ensemble deux planches ou deux pièces de bois, soit bout à bout, soit en se croisant, on ne se contente pas de les appliquer l’une sur l’autre, et de les clouer ou boulonner, on entaille chaque planche à mi-bois de son épaisseur, et l’on applique l’une sur l’autre ces deux parties entaillées et délardées, lesquelles, se trouvant réduites chacune à une demi-épaisseur, se trouvent avoir, en place, l’épaisseur entière s c’est ce qu’on appelle moiser. Les moiscs ont l'avantage, outre que le travail est fait plus proprement, d’empêcher les bois de jouer l'un sur l’autre, parce que l’entaille sert d’arrêt. Ainsi, dans les combles en planches, où la charpente est remplacée par des bois plats, les moises sont d’un usage général ; elles le sont aussi dans les charpentes mêmes. Lorsqu'on a placé les Kv-Tome XIV. a
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- i B MOI SSON, M0ISS03S NEUR.
- cHF.vtTRLHES, les Chèvêtres et les solives d’un plancher, on-les maintient contre la courbure, qui les déjetterait, et, les accourcissant, compromettraient la solidité de l’ensemble, en croisant les solives par des bois moise's , ou même des planches entaillées en dents de peigne, où l’on fait entrer les solives. Fr.
- MOISSON, MOISSONNEUR ( Agriculture). La moisson est la récolte des céréales ; le moissonneur est l’ouvrier qui la fait. La maturité des grains est facile à reconnaître ; il y a d’ailleurs peu d’inconveniens à hâter ou retarder la moisson de quelques jours; et la saison, le défaut de bras, les préparatifs à faire, etc., forcent souvent le cultivateur à ne pas saisir juste le jour où le grain est mûr pour l’abattre. Si le grain ne l’est pas assez , il mûrit ensuite ; mais on est obligé de laisser sécher les tiges sur le sol, durant quelques jours, avant de les rentrer ou de les mettre en meule, ce qui rend la moisson susceptible de se ressentir des intempéries de la saison si au contraire on attend trop long-temps pour moissonner, les grains se détachent aisément de l’épi, et l’opération fait éprouver des pertes. Un agriculteur attentif doit consulter le baromètre et la girouette avant de couper ses grains, afin de prévoir s’il aura le temps de les rentrer , ou si la pluie ne le forcera pas à laisser sa moisson souffrir en javelle des atteintes funestes de l’humidité.
- C’est en août que se fait la moisson des blés, les seigles en juillet, etc.; mais cette époque dépend beaucoup des localités et des saisons. Dans le midi de la France et en Italie, il ne reste souvent aucune moisson debout au premier juillet.
- Ordinairement on coupe les chaumes à la faucille. Le moissonneur en saisit une poignée de la main gauche , et la scie de Ta droite; il pose ensuite sa poignée sur terre, disposition qu’on appelle Javelle , et qui a pour objet de préparer le bottelage et d’achever la dessiccation des tiges. Cette manière de moissonner est lente et coûteuse ; on préfère en beaucoup d’endroits abattre les chaumes à la faux : du moins les orges «t les avoines se coupent tonjours de cette manière, et même
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- MOISSON, MOISSONNEUR. 19
- souvent aussi les seigles. Quant au blé, on le regarde comme trop précieux pour l’abattre ainsi ; la secousse imprimée à l’épi en détache beaucoup de grains, ce qui fait une perte assez grande. Maintenant, presque partout, en Flandre et près de Paris, on abat le grain avec le Fauchox : c’est ce qu’on appelle saper. On a trouvé que les pertes étaient légères parce mode d’opération, qui va très vite et coûte peu : l’épi n’est pas assez secoué pour se dégarnir.
- Vers l’époque de la moisson, un grand nombre d’ouvriers accourent à Paris des lieux éloignés ( de Bourgogne, de Flandre, etc.), pour offrir leurs services. Ils font prix à la journée, ou plutôt à l’arpent. Ces moissonneurs nomades passent la belle saison entière en voyages de cette espèce, commençant par les foins, en mai; puis coupent les luzernes, trèfles, seigles, et enfin terminent, en août, par les orges, les blés et les avoines ; plusieurs même- se louent plus tard comme vendangeurs. Ces ouvriers, ordinairement très sobres, très durs à la fatigue, et fort économes, recueillent ainsi durant l’été assez d’argent pour vivre le reste de l’année oisifs. On les voit accourir, armés de leur faux , de la pierre à aiguiser et du vase de fer-blanc qui la contient, d’un sac contenant des souliers de rechange, quelques vêtemens et du pain noir, enfin d’une cruche en terre , de forme presque sphérique, et à deux goulots , contenant leur boisson. Ils couchent à terre ou dans les granges, travaillent i5 heures par jour, bravent la chaleur ou la pluie, etc. Les moissonneurs sont assurément les ouvriers qui fatiguent le plus au monde, peut-être en exceptant les nègres : ils paient quelquefois leur ardeur dé la vie, qu’ils exposent'aux ardeurs dévorantes du soleil.
- Quand le javelage est fait et que les tiges sont assez sèches, on songe à hotteler le grain, c’est-à-dire à lier le chaume en Gerbes : on y emploie des liens de bois ou d’écorce, nommés harts, ou enfin des liens de paill e de seigle, ou même du foi n. Ces liens sont préparés d’avance dans la ferme, et mouillés pour leur donner de la flexibilité ; on les porte ensuite aux champs. Les gerbes doivent être de grosseur moyenne, pour
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- qu’il soit aisé de les remuer ; il faut qu’elles soient à peu près égales entre elles, etc. {V. Gerbes.) Enfin on rentre les gerbes, ou bien on les met en Meules.
- En Italie et dans le midi de la France , on moissonne en ne coupant que l’épi avec une petite faucille, et lorsque l’air rendu au sol et les pluies ont permis, quelques jours après, aux herbes de pousser, on fauche le champ pour donner la paille aux bestiaux. Cette pratique est excellente, quoiqu’elle soit plus coûteuse que la nôtre de tous les frais de fauchage ; car le grain est plus net, on n’en perd presque pas, il est plusaiséde le rentrer au grenier et surtout de le battre ( V. Battage) ; il tient moins de place, et l’on ne trouve pas nécessaire de le mettre en meule ; enfin il y a moins de risqué à courir de voir la moisson perdue par des pluies abondantes et continues. C’est surtout lorsque les blés ont été versés que cette manière de moissonner est avantageuse, et même on ne peut guère, dans ce cas, couper autrement les grains, du moins dans les endroits qui sont versés. Enfin, les bestiaux aiment beaucoup la paille qui a séjourné sur le sol après la moisson, à cause des grains et des herbes qui y sont mêlés, et qui, ayant eu de l’air, ont pu croître aisément. Fr.
- MOLETTE ( Technologie). Ce mot a plusieurs acceptions différentès dans les Arts industriels , selon l’emploi qu’on en fait.
- Le Cordier donne le nom de molette à un cylindre monté entre deux planches, formant cage ; ce cylindre a un arbre en fer dont les deux pivots roulent dans des trous pratiqués dans les deux planches. Un des pivots se prolonge au dehors de la planche, qui est tournée vers l’ouvrage , et porte là un crochet plus ou moins fort, selon que l’ouvrier travaille à une ficelle, à une petite corde ou à un câble. Il accroche le chanvre ouïe toron à ce crochet. Le rouet porte toujours plusieurs molettes , une pour chaque brin qui doit composer la corde. Un grand tambour est placé à côté ou en dessous du rouet; il est monté sur un arbre en fer à manivelle , que l’aide du cordier met en mouvement. Ce tambour est enveloppé d’une
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- lanière de cuir qui passe sur toutes les molettes et les fait tourner toutes à la fois. On donne à ce cuir une tension suffisante , afin qu'il ne puisse pas glisser , et que les "molettes tournent toutes avec la même vitesse.
- Le Passementier emploie le même instrument pour retordre ; mais il est portatif, et l’ouvrier le tient presque toujours à la main. Les crochets sont portes par- des pignons au lieu de poulies ; le grand tambour du cordier est remplace par une roue en cuivre dentée , qui dispense d’employer une bande de cuir ; l’engrenage y supplée.
- L’Ëperonnier donne le nom de molette à cette petite roulette en forme d’étoile qui, dans l’éperon , sert à piquer les chevaux.
- Dans le travail des Grâces , on donne le nom de molette à un instrument dont les ouvriers se servent pour dégrossir et doucir les glaces. C’est cet instrument qui a été décrit au mot Glaces ( Travail mécanique des ), T. X, page 210 , sous la dénomination de moellon, nom que les ouvriers lui donnent le plus souvent.
- Les Racheveers et ajusteurs donnent le nom de molette à de petites roues en acier trempé, plus ou moins épaisses, selon les circonstances, ordinairement de la forme d’un cylindre aplati , dont la surface convexe est quelquefois creusée comme une poulie, d’autres fois convexe, c’est-à-dire l’inverse de la poulie. On grave en creux sur cette surface, des perles, des lignes plus ou moins inclinées, plus ou moins rapprochées, imitant la circonférence d’une corde à gros ou à petits torons ; des petits dessins en arabesques qui se répètent sur toute la circonférence et de la même manière, un certain nombre de fois exactement et avec la plus grande régularité , afin qu’on ne puisse remarquer aucune différence entre chaque partie de ces dessins. Nous indiquerons dans un instant la raison pour laquelle cette extrême régularité est indispensable, et c’est là le point le plus difficile pour le graveur en molettes.
- Le fabricant de toiles peintes se sert aussi de molettes cons-
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- truites sur le même principe, pour graver les cylindres qu’il emploie dans l’impression des indiennes.
- Les molettes à cordes se fabriquent à l’aide d’une vis et par le secours d’un outil très ingénieux , et que les fabricans ne laissent voir qu’avec beaucoup de difficultés. La fig. 5, PI. 38, montre le plan de cet outil ; la fig. 6 en montre la coupe selon la ligue a,b, de la fig. 5 , afin d’en faire bien concevoir la construction. Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans les deux figures.
- La plaque de fer A, A sert de base à l’outil ; c’est sur elle que sont ajustées toutes les autres pièces, qui doivent être toutes très solides, à cause de la grande résistance qu’elles doivent présenter à l’effort qui s’exerce pendant le travail.
- Sur les deux côtés de cette plaque on rive les deux bandes en laiton écroui B,B*; B,B, qui offrent entre elles un espace parallèle, dont lès côtés qui se regardent sont en plan incliné, dans leur épaisseur, afin de former entre eux une coulisse dans laquelle se meuvent les deux ponts C,C, qui portent chacun une poulie D en acier fondu, recuit, et montée sur un axe en acier trempé. Ces deux coulisses C sont mues chacune par une vis F de rappel, taraudée dans le pont C. La tête de ces vis est prise , entre l’épaisseur du pont E qui la supporte, par une embase ou partie réservée sur la vis elle-même, et de l’autre par la pièce de laiton moletée G, qui sert à la faire tourner, à la main, ou bien elle est à can-é pour la mouvoir avec une clef.
- Une grosse vis H,H,'en bon acier trempé, soutenue par deux ponts 1,1, qu’elle traverse par ses pivots, porte à carré une manivelle K. Les poulies D doivent être disposées de manière que leur gorge embrasse la vis H.
- Voici la manière de s’en servir. On approche les deux poulies D,D de la vis H , de manière à établir un frottement assez considérable ; on met une goutte d’huile au point de contact, et l’on tourne la manivelle jusqu’à ce qu’on n’éprouve plus de résistance. La vis a déjà commencé à imprimer ses filets dans les deux poulies. On rapproche successivement les deux poulies, et en continuant cette opération, on parvient à iin-
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- primer dans ces poulies te même pas de la vis. Il faut employer continuellement de 1’huile dans les points de contact.
- Ce sont les poulies D qui sont les molettes; on voit qu’on en forme deux à la fois. Lorsqu’elles sont terminées , on les trempe, on les revient jaune et on les monte sur un fût, comme l’indique la fig. 7. On s’en sert en la tenant ferme sur le support du tour, en embrassant la partie ronde , que l’on a auparavant préparée, et en ajoutant de l’huile au point de contact. A force de faire tourner la pièce, on parvient à lui imprimer en relief les dessins que la molette porte en creux. Le relief des molettes dont nous venons de parler ressemble à une corde.
- Il est essentiel que nous consignions ici une observation importante pour ceux qui n’ont jamais employé l’outil que nous venons de décrire pour faire des molettes ,.de même que pour les ouvriers qui molettent des pièces sur le tour.. Pour que la molette rende exactement le même pas que celui de la vis génératrice, il faut qu’il y ait une correspondance exacte entre les pas de la vis et la circonférence de la molette, afin que lorsqu’elle a fait un tour entier, le filet de la vis génératrice entre dans le premier filet imprimé par elle dans la molette ; alors, les pas sont égaux dans l’une et dans l’autre pièce. Il arrive souvent que la molette présente des pas la moitié moins dis tans que ceux de la vis; cela a lieu, toutes les fois que le dernier pas de la vis tombe entre deux pas tracés d’abord. Il ne faut pas s’en inquiéter, on doit continuer à marcher : la surface de la molette s’use; elle acquiert la circonférence convenable, et tout rentre dans l’ordre.
- Il en est de même lorsqu’on molette un ouvrage ; il faut persévérer , et l’on obtient la régularité désirée.
- Quelques fabricans de limes à arrondir les dentures se ser— v ent des molettes que nous venons de décrire, quoique d’autres soient bien préférables ; mais ce n’est pas ici le beu convenable pour en parler. [ V. Dentures (Finisseur de), T. VI, page 441 -3
- Les fabricans de Faïence , de Porcelaine , etc., emploient aussi un outil qu’ils nomment molette, pour fixer sur le bis-
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- cuit les gravures dont on orne aujourd’hui les produits de ces différens Arts.
- Cet outil a la forme d'une molette placée dans son fût, comme les molettes ordinaires ; le cylindre a environ 4 centimètres de diamètre et un centimètre d’épaisseur ; sa circonférence convexe n’est pas gravée , mais elle est recouverte d’une bande de drap fin. Lorsqu’on a tiré l’épreuve de la gravure, et pendant qu’elle est encore fraîche et le papier humide, on l’applique sur le biscuit, et à l’aide de la molette et de l’eau, l’ouvrière décalque, fixe la gravure sur le biscuit, et enlève le papier, sur lequel il ne reste pas de trace d’impression^.
- Dans Y exploitation des mines, on emploie souvent une machine connue sous le nom de machine à molettes j elle est composée d’un grand treuil vertical, mû par un moteur quelconque, manège, machine à vapeur, etc. Le treuil est garni d’un tambour d’un grand diamètre , enveloppé en sens inverse par deux câbles , dont un des bouts est fixé sur le tambour. Ces câbles passent sur de grandes poulies de renvoi qui les conduisent jusqu’au-dessus du puits dont on se propose d’extraire ou l’eau ou le minerai. Ces grandes poulies, qui portent le nom de molettes, règlent la direction des câbles qui soutiennent des tonnes , dont l’une remonte remplie de minerai ou d’eau , et l’autre descend à vide. Tout cet appareil est ordinairement placé sous un hangar, auquel on donne le plus souvent une forme conique.
- Le Peintre , le Pharmacien et plusieurs autres artistes, donnent le nom de molette à un morceau de porphyre , de marbre , de verre, de porcelaine, ou de toute autre pierre très dure , de forme conique ou pyramidale , de 16 à 19 centimètres (6 à 7 pouces) de haut, dont la grande base a de io à 13 centimètres ( quatre à cinq pouces) de diamètre, et dont la partie supérieure est d’une grosseur telle qu’011 puisse l’empoigner facilement. La surface de la grande base doit être légèrement convexe et bien polie. Cette molette sert à broyer ou porphyriser, c’est-à-dire réduire en poussière extrêmement ténue les substances terreuses ou pierreuses susceptibles de
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- subir cette opération. Pour y parvenir , l’ouvrier promène la molette sur une table de porphyre bien dressée et bien polie, sur laquelle il a placé la substance à broyer. L.
- MOLLETON. Étoffe de laine ou de coton , tissée lisse ou croisée , dont on fait des doublures , des caleçons, des enveloppes de matelas, etc.
- L’apprêt de cette étoffe consiste en un brossage, qui a pour objet de couvrir la corde et de donner une direction aux poils, qu’un pressage un peu prolongé entre des plaques de fer chaud , maintient couchés. Ordinairement les molletons se font dans les fabriques de couvertures, et de la même manière, excepté qu’on emploie des fils plus fins. E. M.
- MOLYBDÈNE ( Arts chimiques). C’est à Schéele que l’on doit la découverte de ce métal. L’illustre Suédois le trouva en faisant l’analyse d’un minéral en masse grise brillante , que l’on avait confondu jusque là avec la plombagine, vulgairement nommée mine de plomb cF Angleterre; il en diffère cependant en ce que son tissu est lamelleux ; et, selon l’observation de Haiiy, en ce que , frotté sur de la porcelaine, il laisse des traces brunes, tandis que la plombagine a un tissu grenu, et que ses traces sur la porcelaine sont d’un gris bleuâtre , comme celles qu’elle laisse sur le papier ; il diffère surtout de celle-ci par sa composition, puisque ce minéral est un composé de molybdène et de soufre, et que la plombagine est formée de beaucoup de charbon et d’une petite quantité de fer.
- On a employé deux procédés pour extraire le molybdène de son minerai. Schéele traitait le sulfure de ce métal par un mélange de to parties d’acide nitrique et de 2 d’acide hydrochlorique : il convertissait ainsi le soufre et le molybdène en acides sulfurique et molybdique, faciles à séparer au moyen de l’eau, qui dissout le premier sans dissoudre sensiblement le second. Bucholz se contente de griller doucement le sulfure de molybdène pulvérisé, dans un creuset de platine ; le soufre se dégage en acide sulfureux, le molybdène s’acidifie et se sublime en aiguilles blanches-
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- a6 MOLYBDÈNE
- jaunâtres sur les parois du creuset. L’acide molybdique obtenu dans les deux proce'de's est traité par la potasse ou l’ammoniaque , avec lesquelles il se combine facilement, et se sépare ainsi du sulfure non attaqué ou des autres substances qui y seraient mêlées. En acide versé dans la dissolution des molvbdates de potasse ou d’ammoniaque, s’empare de l’alcali , et l’acide molybdique se précipite. L’acide molybdique est blanc , peu soluble dans l’eau , qu’il rend à peine aigrelette , quoiqu’il lui donne la propriété de rougir la teinture du tournesol ; il se sublime par la chaleur en vapeurs qui se condensent sur les corps froids en écailles jaunâtres ; mêlé seul ou combiné avec l’ammoniaque à des corps désoxigénans, tels que de la résine , de l’huile , du charbon pulvérisé et fortement chauffe', il se réduit en une poussière noire qui, poussée à un violent feu de forge, se réunit en une masse agglutinée formée de petits globules grisâtres, dont la pesanteur spécifique a été estimée, par Bucholz, à 8,611. L’acide molybdique est composé de i oo de métal et de 49,92 d’oxigène ; si l’on ajoute dans sa dissolution ou dans celle de molvbdates d’ammoniaque ou de potasse , du fer ou du zinc à l’état métallique, ces dissolutions prennent bientôt une couleur bleue, qui est un caractère distinctif de ce métal. Dans ce cas, l’acide molybdique perd de l’oxigène et repasse à l’état d’oxide bleu, ou d’acide non saturé d’oxigène, que Bucholz a nommé acide molybdeux; cet acide est soluble dans l’eau, et au lieu de contenir 5o parties d’oxigène pour 100 de métal , comme l’acide molybdique, il n’en renferme que 33,51.
- On a pensé que cet oxide ou acide de molybdène , à cause de sa couleur bleue peu altérable par la chaleur , pourrait être de quelque utilité dans les Arts. Bucholz a donné le procédé suivant pour sa préparation : on mêle 2 parties d’acide molybdique et x partie de molybdène métallique; après les avoir réduits séparément en poudre très fine , on les amène à l’état de bouillie par l’addition d’une suffisante quantité d’eau , et on les triture dans un mortier de porcelaine , jusqu’à ce que le tout ait pris la couleur bleue. On étend le mélange avec
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- MOMENT. 27
- environ 10 parties d’eau , on le fait bouillir pendant un quart d’heure, et on le jette sur un filtre. Le liquide bleu qui a passé est ensuite évaporé à une chaleur très douce, qui ne doit pas s’élever au-delà de 5o degrés. Bucholz recommande encore d’introduire dans la liqueur, avant l’évaporation , un ou deux fragmens de molybdène ; ce sont deux précautions nécessaires pour prévenir la suroxigénation de l’acide bleu.
- Nous avons appris de M. Brongniart, directeur de la manufacture royale de porcelaine de Sèvres , qu’on avait fait dans ce bel établissement quelques essais relativement à l’emploi de l’oxide ou acide bleu de molybdène, mais qu’on n’en avait point obtenu de résultats satisfaisans. On a voulu le faire entrer dans la composition d’un émail , mais cet émail avait une couleur bleue sombre , de beaucoup inférieure en beauté à celle produite par le cobalt. On a été d’autant moins empressé à continuer ces essais, que l’emploi du molybdène, dont les minerais sont plus rares que ceux du cobalt, serait beaucoup plus dispendieux. l*****r_
- MOMENT ( Arts mécaniques'). Ce mot s’entend du produit d’une force par la perpendiculaire abaissée sur sa direction, en partant d’un point déterminé. Par exemple , lorsque deux forces sont en équilibre en agissant sur un levier, si l’on prend le point fixe pour origine des perpendiculaires, il est démontré que chaque force, étant multipliée par sa perpendiculaire , doit donner le même produit. ( V. Levier. ) D’après la définition précédente, ce théorème s’énonce plus aisément en disant que les deux forces ont des momens égaux par rapport au point fixe.
- Quelques auteurs ont imaginé une sorte d’être métaphysique qu’ils ont appelé moment, et dont l’effet était mesuré par le produit d’une force multipliée par une distance ; et Us ont fait de cet être idéal un composé qu’ils ont cru être une propriété des puissances. Considérant que deux forces égales, contraires et parallèles, ne peuvent être équilibrées par une force unique, et que leur action engendre dans les corps un mouvement de rotation, ils ont pensé que la rota-
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- tion des corps était un effet de la propriété' appelée moment! delà une théorie particulière, fondée sur ces idées. Les discussions théoriques sur cette doctrine seraient déplacées ici, et nous ne nous y arrêterons pas. Il doit suffire de savoir que la théorie desmomens, considérés comme étant des propriétés de la matière soumise aux puissances, est parfaitement inutile , puisqu’elle ne conduit à aucun résultat qu’on ne puisse obtenir aussi facilement sans son secours ; qu’elle est obscure dans ses principes ; qu’enfin les lois de l’équilibre et du mouvement, telles qu’on lésa trouvées directement, ne souffrent aucun changement de ce genre de considérations métaphysiques.
- Le mot de moment s’emploie aussi pour désigner le produit d’une masse par une vitesse ; c’est ce qu’on appelle plus ordinairement la quantité de mouvement. {V. Force et Choc.) Les mécaniciens nomment aussi moment la quantité de mouvement naissante qu’un corps prend dans le premier instant, lorsque l’équilibre est rompu. (V. Mouvement. ) Enfin, dans lu. haute Mécanique , la même expression a reçu encore d’autres acceptions, liées au calcul infinitésimal. Il serait bien inutile de nous arrêter à exposer les différences de ces dénominations et leur usage. Fr.
- MONNAIES ( Arts de calcul). L’or et l’argent sont des marchandises qui ont été employées , par toutes les nations civilisées , comme moyen d’échange : sous un petit volume, ces métaux ont une valeur assez considérable; ils ne s’altèrent pas naturellement, et s’usent peu par le frottement, etc. Cette valeur intrinsèque résulte, comme celle de toute autre marchandise, de son utilité pour les usages domestiques, de sa rareté, du prix que coûte l’exploitation de la mine, etc. Il serait fort incommode d’échanger les objets de consommation les uns contre les autres, parce que leur transport serait dispendieux , leurs qualités faciles à s’altérer par les agens extérieurs, etc. ; les métaux précieux sont en grande partie exempts de ces détériorations et de ces frais de déplacement. Une fois qu’il a été reconnu qu’il est plus facile de changer de certains poids convenus d’or ou d’argent contre des objets de com-
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- merce, que «l’échanger l’une contre l’autre deux autres marchandises , tout le monde s’est bientôt entendu pour payer les achats eu lingots de ces me'taux ; et comme leur valeur intrinsèque dépend de leur degré de pureté , il a été indispensable d’en faire constater le titre, c’est-à-dire la quantité d’alliage, ainsi que le poids, avant de l’introduire dans les relations commerciales. C’est encore ce qu’on fait de nos jours , et l’on fait frapper sur les lingots des marques propres à en indiquer le titre , afin d’en établir la valeur. Les lois (Code pénal, art. 423) punissent la fraude qui se rapporte au degré d’alliage, comme celle des faux poids employés dans les ventes publiques.
- Les embarras que présente l’usage des lingots dans le commerce, et surtout la difficulté d’en fractionner la valeur, ont déterminé les gouvernemens à composer des pièces de monnaie, c’est-à-dire des quantités de métal dont le poids et les titres fussent connus et garantis par l’effigie du prince. II est vrai que souvent les souverains ont été eux-mêmes des faux-monnayeurs, en altérant le poids et le titre des pièces dont leur empreinte devait garantir la valeur. C’est par ces affaiblissemens que les monnaies sont réduites à valoir aujourd’hui considérablement moins que celles de même dénomination valaient autrefois. L’ordonnance de "55, sur la fabrication des sous de France, établit qu’il y avait alors autant d’argent fin dans un sou qu’il y en a présentement dans une demie-pièce de 5 fr. Depuis deux siècles, les espèces d’argent ont été affaiblies des deux tiers.
- Mais depuis que les lumières se sont répandues, il a été bien reconnu que ces fraudes sont à la fois funestes au prince et attentatoires à la morale, ün souverain peut bien, il est vrai, déclarer par un arrêt que la pièce d’un franc en vaudra tout-à-coup cinq : mais voyons les conséquences de cette mesure. Tous les particuliers qui ont des rentes ou des capitaux à recevoir seront ruinés, en ne recevant en métaux que le cinquième de ce qui leur est dû ; car, bien que la valeur nominale serait la même que celle à laquelle ils ont droit, la valeur
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- intrinsèque n’aurait que le cinquième de cètte dernière ; et lorsqu’ils voudraient acheter les objets ne'cessaires à la vie, le marchand qui les leur vendra, élèvera de suite son prix de vente au quintuple, etc. Chaque marchandise acquerrait ainsi une valeur nominale cinq fois plus grande , et celui qui aurait reçu un remboursement ne pourrait, avec cette somme, se procurer que le cinquième des choses qu’avant il aurait pu acquérir. La mesure dont nous parlons favoriserait donc les débiteurs aux dépens des créanciers ; et comme l’État est un fort débiteur, surtout lorsqu’il s’avise d’affaiblir les monnaies, il est clair que tout illicite qu’est le gain qu’il fait, il gagne cependant : et voilà précisément ce qui a conduit les princes à altérer si souvent les monnaies. Mais voyons les autres suites de cette ordonnance.
- Si le souverain est débiteur, il est créancier et consommateur, et même il est le plus considérable de tous. Les impôts qu’il est en droit d’exiger lui sont alors payés avec cette monnaie détériorée qu’on lui rend pour valeur nominale, et les fournisseurs de ses armées, de ses bâtimens, de sa maison, ne lui vendent leurs denrées qu’au prix qu’elles ont au cours actuel. On doit reconnaître, d’après cette exposition évidente, que l’argent dont il paie un objet a la même valeur intrinsèque que celui-ci : le nom qu’il donne à la pièce n’y fait rien. Le prince peut l’appeler écu , ducat, rixdalle, peu importe ; peu importe aussi le prix qu’il y attache , car le prix réel est indépendant de sa volonté ; c’est la force des choses qui le fixe. Ainsi le prince aura , il est vrai, gagné d’abord en fraudant ses créanciers, et autorisant chaque débiteur à l’imiter, mais il reperdra aussitôt ce qu’il a gagné : ce n’était pas la peine de donner l’exemple de la fraude. De plus, il perdra encore autant les années suivantes, parce que le fisc ne recevra réellement que le cinquième des taxes, à moins que l’impôt ne soit quintuplé. On dira peut-être que le souverain pouvait, en altérant la monnaie, quintupler de suite l’impôt. Mais on sait que cette puissance ne lui est pas ordinairement permise: ce serait joindre deux crises politiques dangereuses ; et d’ailleurs il reste
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- toujours le plus fort consommateur de l’État, il reperd donc au moins ce qu’il a gagné.
- Il résulte de là que l’altération du titre et du poids des monnaies est à la fois un crime et une action ruineuse pour le souverain ; aussi a-t-on renoncé depuis long-temps à ces mesures désastreuses. Une pièce de 5 francs vaut intrinsèquement 5 francs, moins les frais de fabrication; car si elle valait davantage, toutes ces pièces seraient bientôt exportées ou fondues, pour en retirer le bénéfice excédant, quelque minime qu’il fût : et si elle valait moins que 5 francs, ce serait une autre occasion de perte, semblable à celle que l’État fait quand Haltère la monnaie.
- Pour bien comprendre ce que c’est que la valeur d’une monnaie , il faut se représenter cette pièce comme une marchandise dont la valeur dépend, comme toutes les autres, de son utilité, duras que l’on en fait, et des demandes dont elle est l’objet. Le blé augmente de valeur quand il y a peu de vendeurs et beaucoup d’acheteurs : l’or et l’argent sont dans le même cas. La valeur de ces métaux est sans doute beaucoup augmentée par la circonstance qui fait qu’en les frappant en monnaie, on les rend d’un usage universel, valeur qui s’ajoute à celle qu’ils ont comme substance capable d’être employée dans les arts. Lette valeur des métaux précieux change avec les temps et les lieux , comme celle de toutes les mar--chandises ; l’abondance de ces métaux, depuis la découverte de l’Amérique, en a beaucoup diminué la valeur, c’est-à-dire qu’avec le même poids de métal, on ne peut plus acheter aujourd’hui la même quantité de blé, de terres , de laine, etc., qu’autrefois. Dans le pays où l’argent abonde , ce métal a peu de valeur, ou, ce qui équivaut, les denrées sont plus chères. Aussi le métal tend-il à reprendre son équilibre en venant affluer aux lieux où il est plus rare, ce qui revient à dire que le consommateur préfère y acheter les denrées plutôt que dans un autre lieu, s’il peut aisément les transporter où elles sont plus chères.
- Oa croyait autrefois qu’un pays est riche quand il a beau-
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- coup d’or et d’argent, mais ouest revenu de cette erreur. L’Espagne n’a jamais été plus pauvre que depuis la découverte de l’Amérique, parce que son industrie a été ruinée , et que les capitaux ne faisaient que passer par ses mains pour se répandre dans le reste de l’Europe , d’où elle était obligée de tirer tout ce que son défaut d’industrie la mettait dans la nécessité d’a-clieter à l’étranger : sans parler des prodigalités de la cour , qui, croyant sa richesse inépuisable , cherchait à corrompre tous les ministres des autres puissances, pour se frayer un chemin à la chimérique domination de l’univers.
- Un pays qui ne posséderait que d’immenses amas de blé serait très pauvre, et cependant il serait plus riche que l’Espagne , parce que le blé est du moins une chose nécessaire à la nourriture de l’homme, qui mourrait de faim auprès d’un tas d’argent. L’État le plus riche est celui où il y a plus d’industrie , où les habitans peuvent se procurer toutes les choses nécessaires à la vie , et propres aux aisances. L’argent, comme métal utile , et comme moyen d’échange, est sans doute fort précieux : il en faut une quantité qui suffise à ces échanges ; mais comme il n’est presque bon qu’à cela, au-delà de cette quantité, il est nuisible, et même il fuit bientôt de lui-même vers les lieux où on l’estime davantage, c’est-à-dire où il est moins commun.
- Autrefois que l’argent était rare, l’intérêt annuel qu’on en retirait était du dixième, ou 10 pour ioo ; maintenant il n’est plus que la moitié, c’est-à-dire 5 pour i oo. De plus, l’affaiblissement des monnaies les a réduites au sixième de leur valeur ; en sorte que 10,000 francs en argent monnayé ne valent plus que 1666^,67, lesquels rapportent seulement 83f,33, au lieu de 1000 qu’on en retirait. Et puisque l’abondance des matières en a enfin réduit la valeur intrinsèque au dixième, le capital supposé de 10,000 fr. ne produit donc en effet queSfr.; c’est-à-dire que celui qui aurait placé 10,000 fr. il y a quelques siècles, et en aurait retiré 1000 fr. de revenu, ne recevrait plus aujourd’hui que 8 fr. par an , en subissant toutes les dépréciations publiques des monnaies et de leurs valeurs intrinsèques.
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- Pour juger de la valeur d’une somme, il ne suffit donc pas d’en connaître la valeur nominale : l’autorité'publique est sans pouvoir pour la fixer, car cette valeur résulte forcément de l’état des choses ; il faut savoir quel est son rapport avec les autres marchandises, par exemple, ce que coûte une mesure de blé, eu prenant, non pas le prix courant d’un lieu ou d’une année, mais la moyenne des prix de plusieurs années dans la contrée dont il s’agit. Toutes ces conditions sont nécessaires pour faire l’appréciation ; car l’abondance ou la rareté accidentelle du blé établissent des prix passagers extraordinaires dont on doit éviter de tenir compte dans les calculs, puisque le blé n’est pris ici que comme terme de comparaison, auquel on aurait également pu substituer toutes autres marchandises, telles que les terres, les maisons, les bois, les bestiaux, la laine, le chanvre, etc., sous la même condition de prendre des prix moyens. Le souverain peut bien donner le nom d’écu à une pièce de i fr. ; mais ce nom ne fait rien à la valeur réelle pour laquelle le commerce la reçoit, et elle y retombe tout de suite, en amenant une foule de désastres dans les fortunes, qui troublent l’ordre et la paix, sans profiter au prince, et même qui tournent à son immense détriment. Voilà pourquoi il doit renoncer à un avantage frauduleux et momentané, dont il supportera bientôt les conséquences funestes et durables.
- Celui qui se sert de vaisselle d’argent, outre le contrôle, la façon et l’intérêt de la somme employée, perd encore sur la valeur même du métal, qui, à mesure qu’il devient plus commun par l’importation, s’avilit davantage. La famille qui, depuis trois siècles, se sert d’une vaisselle du poids de 200 kilogrammes, a per du plus de j 80 kilogrammes, indépendamment de la façon, de l’intérêt de son argent et du contrôle, parce que les 200 kilogrammes ne valent pas ce que 20 kilogrammes valaient lors de l’acquisition.
- Quant à la valeur de l’or comparée à celle de l’argent, elle est pareillement variable avec les temps, selon leurs quantités relatives et les besoins qu’on en a. Il est donc impossible de fixer pour toujours la quantité d’argent qu’on doit donner Tome XIY. 3
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- pour un kilogramme d’or. Lorsqu’on dit que 5 pièces de i fr. valent une pièce de 5 fr., rien n’est plus clair ; il faut pour cela que les poids des deux parts soient égaux à titre e'gal, moins les frais de fabrication. Mais lorsqu’on veut qu’une pièce d’or de 20 fr. vaille 4 pièces de 5 fr., cela ne peut être qu’accidentellement ; car , selon la rareté ou l’abondance de l’or et de l’argent, les valeurs relatives doivent changer. Aussi les pièces de 20 fr. se vendent-elles ordinairement quelque chose au-dessus de 4 pièces de 5 fr., et ce surplus est ce qu’on appelle agio, qui change avec les circonstances. Le kilogramme d’or, au titre de 0,9, vaut i55 pièces de 20 fr. ; mais si l’on dit qu’il vaut aussi 3100 fr., ou 620 pièces de 5 fr., il faut ajouter que c’est dans l’état actuel des choses, qui est susceptible de varier avec les circonstances.
- A comparer les choses anciennes et modernes , on reconnaît que la quantité d’or a excède' les demandes , et sa valeur a diminué ; mais l’argent a diminué davantage, parce que la quantité matérielle s’est plus considérablement accrue : ainsi, l’or, converti en sa valeur d’argent, a réellement augmenté. Il v a trois siècles, l’once d’or se vendait, en France, i6#_5-f 43', et l’once d’argent 1* 1 ?/ ; ainsi, l’ônce d’or, en matières et en espèces, valait alors 10 onces d’argent; il en vaut aujourd’hui i5 j.
- Le kilogramme d'argent pur, payé en argent monnayé, vaut 222^ | ; le marc, 54^,39 : mais comme le temps perdu par le monnayage, ainsi que d’autres causes dont nous avons fait mention , rendent le lingot de moindre Valeur que les écus , le change réduit la valeur du kilogramme d’argent pur à 218 fr. §.
- Le kilogramme d'or pur vaut 3444^4 ; l’once vaut io5^,38. La retenue du change diminue de 10 fr! la valeur du kilogramme d’or pur.
- Comme l’or et l’argent ne peuvent être dégagés de leur alliage sans des opérations coûteuses , on préfère lés employer à l’état un peu impur , pourvu que le litre en soit bien réglé. Ce titre, qui désigne la proportion dè cuivre allié à l’argent, Ou de cuivre et d’argent alliés à l’or, s’exprime en indiquant la
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- fraction décimale qui marque le poids pur. I/or ou l’argent à 0,9, contient les A de son poids d’or pur, et^ d’alliage ( t ). Le poids et le titre des monnaies françaises d’or et d’argent sont réglés par la loi du 7 germinal an XI; le titre est fixé à 0,9 ; seulement, comme il serait trop difficile au monnayeur d’atteindre en toute rigueur ce titre , on accorde une tolérance , soit en plus, soit en moins, de 0,002 sur l’or, et o,oo3 sur l’argent; c’est ce qu’on appelle 1 e remède d’aloi. Ainsi, une pièce de 5 francs contient seulement les de son poids d’argent pur, et n’a de valeur que par ce poids de métal ; encore faut-il accorder que o,oo3 de ce poids peut être du cuivre.
- Le kilogramme d’argent à 0,9 vaut 200 fr., ou 4» pièces de 5 fr., et avec la retenue du change, il vaut 197 fr. ( V. l’article Moxvavagï. ) Le kilogramme d’or à 0,9 vaut 3100 fr.
- (1) Autrefois le titre de l’or s’exprimait en 24£s, qu’on appelait des ka.ra.ts : ainsi, l’or à 24 karats c'tait pur ; l’or à 22 karats contenait a5/„4 ou "/u d’or pur et !/îs d’alliage. Le karat se divisait en 32 grains. Nos louis d’or étaient au titre de 21 karats ao grains, c’est-à-dire que le poids 24 contenait 21 =<>/), d’or pur et 2 ’1 * 3/, 2 d’alliage : l’or pur était donc, dans les louis, selon le rapport de 21,62a d’or pur sur 24 d’alliage ; divisant le premier de ces nombres par le second, on trouve que le titre était à 0,901, ou 901 parties Je fin sur un poids de 1000. Au reste, il y a eu quelques variations dans le titre selon les e’poques, et cela doit arriver tontes les fois que le prix relatif de l’or et de l’argent change; il faut alors que les gouvernemens refondent les pièces d’or pour les mettre an poids qu’exigent leur dénomination et leur titre. Le poids des pièces de 48 livres était de 16,29706 grammes; celui des louis de 24 livres en était la moitié. Il faut aussi admettre les remèdes de poids et d’aloi.
- Le titre de l’argent s’évaluait aussi en I2es ou deniers, dont chaque partie contenait 24 grains. Les écus, par exemple, étaient au titre de 10 deniers 21 grams, ce qni signifie que sur un poids de t2, il n’y avait que 10 “/ai, ou 10 d’argent pur : ce titre revenait donc à 0,906, on 906 de fin sur 1000. Le poids de l’écu de 6 livres était 29,4883 grammes ; celui de l’écu de 3 livres en était la moitié , toujours sauf la petite différence des remèdes de poids et d’aloi. Les petites pièces d’argent de 6, ia et 24 sons, étaient aussi au titre supposé de 0,906 ; mais celles de t5 et 3o sous n’étaient qu’au titre de 0,660; les premières pesaient jo,t366 grammes ; les deuxièmes la moitié.
- Les pièces de 24 sous pesaient 5,89766 grammes, et celles de t2 sous et 6sous la moitié et le quart.
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- sans retenue ; à cause du change, la monnaie ne paie que 3ogi fr. Mais ce dernier prix, paye' en argent, est susceptible de varier, comme on l’a fait remarquer.
- On comprend , d’après ces explications, que ce qui constitue la valeur d’une monnaie, c’est le poids du me'tal pre'cieux qui y entre ; l’alliage n’y compte pour rien. Une pièce d’or à o,g5o de fin, aura la même valeur qu’une aut,ve à o,goo, si celle-ci pèse 5o de plus sur 1000 que la première, ou en sus ; par exemple, si les poids respectifs sont ig et 20 grammes. Un orfèvre qui aurait besoin d’or à o,g5o pour faire un ouvrage, pourra payer l’une plus cher que l’autre ; mais il n’y dépensera que les frais d’affinage pour élever le titre à o,g5o; d’ailleurs, dans l’évaluation de l’or à o,g5o, le prix de cet affinage se trouve compris, parce que la valeur commerciale est fondée sur la valeur relative de l’or à l’argent, et aussi sur les demandes qu’on en fait.
- Il semble, au premier abord, que dans un achat ou une vente, les espèces qu’on donne en paiement ont une valeur fixe, et que le prix de la marchandise varie seul ; mais c’est une illusion qui vient de ce que la valeur nominale de la monnaie ne change pas. Il faut se représenter que l’on échange deux marchandises dont les prix varient sans cesse, mais qu’il n’est pas nécessaire , pour évaluer l’état aotuel de leur rapport, de faire supporter la variation sur les deux termes ; l’un des deux change seul dans cette appréciation ; l’autre semble être resté constant, paixe qu’on a fait frapper le double changement de valeurs relatives sur l’autre , sans s’en apercevoir ; le résultat final de l’opération a seul fixé notre attention.
- Voici le système monétaire adopté maintenant en France.
- L’unité est le franc, formé d’un poids de 5 grammes d’argent à o,g de fin; on la divise en 10 parties de chacune 10, sous le nom de décimes ou centimes ; le décime vaut 2 sous, le sou vaut 5 centimes.
- La pièce d’argent de 5 francs doit peser 25 grammes, au titre de o,g; elle a 37 millimètres de diamètre. Cent francs en pièces d’argent pèsent un demi-kilogramme ; 8 écus de 5 francs placés bout en bout, en ligne droite, ont environ 3 décimètres
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- de long ; 27 pièces font le mètre. On admet o,oo3 de tole'rance en plus ou en moins ; c’est le remède de poids, comme celui de l’aloi est aussi de o,oo3 sur le titre.
- Les pièces de 4» et 20 fr. sont en or à 0,09 de fin ; le poids des dernières est de 6,45i6i grammes (or pur, 5,806459 grammes), sauf un remède de poids de 0,002 , ainsi qu’un remède d’aloi de 0,002. Le poids de i55 pièces de 20 fr. est de 1 kilogramme, valant 3100 fr. Les pièces de 4° fr- pèsent le double de celles de 20 fr., et sont aussi à 0,9 de fin. Quatre-^ vingt-quinze pièces de 20 fr., ou 77 de 4° fr- > mises bout à bout, en ligne droite, font une longueur de 2 mètres.
- Les anciennes monnaies françaises, et toutes les conventions sociales, étaient réglées en livres tournois, monnaie fictive qui, comparée au franc, donne ce rapport :
- 80 francs valent 81 livres tournois.
- Ainsi, pour convertir des francs en livres tournois , il faut ajouter à la somme son 80e (le 8e du 10e) ; et pour traduire des livres en francs, il faut retrancher le 81e (le 9e du 9').
- Le louis de 24 livres vaut 23^,55 ( il perd g sous) ; celui de 48livres vaut 47^,20 (ilperd 16sous); l’écu de6 livres vaut 5f,8o ( il perd 4 sous ou) ; celui de 3 livres vaut 2^,75 (il perd 5 sous, ou ~ ).
- Le kilogramme de louis de 24 et 48 livres est reçu pour 3094^,43 aux hôtels des monnaies; le kilogramme d’éeus de 6 livres et de 3 livres l’est pour 198^, 31.
- Quiconque veut faire frapper des lingots d’or ou d’argent, livre les matières au directeur de la monnaie, qui, outre les frais d’affinage, pour élever le métal au titre de 0,9, perçoit, pour droit de fabrication, 9 fr. par kilogramme d’or pur, et 3fr. par kilogramme d’argent pur; à quoi il faut ajouter que souvent une personne doit attendre son tour pour arriver à jouir du travail de l’établissement, temps pendant lequel on perd l’intérêt de son argent. C’est même un des profits du directeur dans certaines circonstances.
- Nous ne dirons rien ici des monnaies de billon, de cuir, des monnaies obsidionales, ou frappées durant le siège d’une
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- ville pour suppléer à la monnaie d’aloi : ces détails ont peu d’intérêt par eux-mêmes.
- Puisque les monnaies de tous les pays sont des marchandises susceptibles de varier de prix, on peut se trouver conduit à payer plus ou moins cher une monnaie dont on a besoin, selon l’abondance ou la rareté de cette pièce dans le commerce. Le coût du transport, les dangers de la route, et d’autres circonstances, peuvent élever une monnaie beaucoup au-dessus de sa valeur intrinsèque; et c’est là ce qui constitue le Change. {V. cet article.) Pour bien comprendre la signification de ce mot, il faut d’abord attacher une idée nette au pair des monnaies, car c’est là qu’il faut remonter pour résoudre toutes les questions de finance et de commerce, qui ont pour objet l’appréciation des monnaies: Quand ce pair est une fois bien établi, il est bien facile de calculer la valeur relative d’une monnaie d’un pays en celle d’un autre pays, et l’on juge ensuite, par le prix qu’on en demande actuellement, si le change gagne ou perd. Si mille livres sterlings valent intrinsèquement 9.521 fr., et qu’à la Bourse on en demande 2700, à cause de la rareté de cette nature de marchandise , le Français qui aura une somme à remettre à Londres perdra 179 fr. sur 1S21, ou environ 7 pour 100, que gagnera, au contraire, celui qui aura une somme à faire venir de Londres à Paris.
- Le pair des deux monnaies résulte de la comparaison de leur poids et de leur titre ; mais, comme on voit, la valeur commerciale est différente, et varie selon la valeur attribuée actuellement aux unités monétaires des deux pays. Pour concevoir cette proposition, il suffira de remarquer que l’écu de 5 fr. a diverses valeurs, ou est payé à divers prix, et cela, même sans sortir du royaume. L’argent dé France qu’on veut faire tenir d’une ville dans une autre, prend une valeur différente en changeant de lieu, ou plutôt 100 fr. en valent 99 ou 101, plus ou moins, quand on demande que la somme soit payée en une autre ville française. Cela dépend des mouve-mens des capitaux. Mais omettons cette circonstance, et cherchons quel est le pair, . ’ésl-à:dire quel est le rapport des
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- valeurs intrinsèques des deux monnaies, par comparaison de leurs poids et de leurs titres.
- Prenons pour exemple la conversion des souverains d’or anglais valant 20 schellings , ou une livre sterling, par rapport au louis français de 20 fr. Le titre du souverain est de 0,917, son poids r,g8o855 grammes ; en multipliant ces deux nombres, on trouve pour produit 7,3i8444°35; c’est, en grammes, la quantité d’or pur que cette pièce contient. La pièce de 20 francs est au titre légal de o,g; en multipliant ce nombre par le poids du louis, 6,45i6i grammes, on trouve qu’il renferme 5,806449 de matière pure. On pose ensuite cette proportion :
- Si 5,8o6449 valent 20 fr., combien 7,318444 -
- On a 25^,2079; ainsi, la valeur du souverain anglais est de 2, à fort, peu près, en or de France. On fait, pour les monnaies d’argent, un calcul semblable (1).
- Tel est le principe qui a servi à former la table suivante, sur laquelle il nous reste à donner encore quelques explications.
- Les monnaies d’or portent ordinairement le nom du prince dont elles présentent l’effigie ; ainsi, on trouve en circulation des Charles, des Louis et des Napoléons en France et en Ita-
- (1) Soit t le titre en millièmes d’une monnaie d’or étrangère, P son poids en grammes, Pt est son poids d’or pnr: celui des louis de 20 fr. est 5,806449, et l’on pose la proportion
- 5,8o64i9 : 20 :: Pt : * = = 3 $ Pt.
- 5,bo6449 9
- Ainsi, il faut multiplier le poids par le titre et par 3 - , et l’on trouve te pair <Tunç monnaie d’or étrangère, ou sa valeur intrinsèque en
- francs.
- La pièce de 5 fr. est au titre de o;9 et pèse 25 grammes ; on aura de meme
- i» p £. 2
- o,9X2a;5”Pt : x ~ — — - Pt.. Donc le pair dune monnaie d'argent 4,5 9
- étrangère, ou sa valeur intrinsèque en francs, s’obtient en multipliant snn poids en grammes pnr son titre en millièmes, et par -,
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- lie, des Maximiliens en Bavière, des Augustes en Saxe, des Charles à Brunswick, etc. Elles valent toutes à peu près 20 fr., ainsi que les ducats, monnaie d’or ge'ne'ralement usite'e , surtout dans le nord de l’Europe. Mais il ne faut pas oublier que la valeur nominale des pièces d’or diffère toujours plus ou moins de leur valeur réelle, selon les circonstances, comme il a été èxpliqué précédemment. L’or est une marchandise dont la valeur hausse et baisse, comparativement à celle de l’argent qu’on donne en échange. Par exemple, les ducats de Saxe sont frappés à 2 écus 20 gros, et, dans la circulation, on les prend pour 3 écus ( 4 gros de plus ).
- C’est l’argent qui partout est censé avoir une valeur invariable, et qu’on prend pour unité de mesure monétaire.
- Les pièces d’argent sont presque partout réglées sur un taux arbitraire, soit quant au poids, soit quant au titre ; souvent elles n’ont pas la valeur que leur nom indique, ni même celle que les lois ont fixée, et dont on s’est écarté par une fraude mal entendue, en vertu de directions secrètes ; de là résulte qu’il est impossible d’avoir des tables rigoureusement exactes des rapports des monnaies de différens peuples.
- On trouve, dans l’Annuaire du Bureau des Longitudes, une table des poids, titres et valeurs des monnaies ; c’est l’administration qui a donné cette table, et l’on peut y avoir confiance. Cependant, à cause des remèdes de poids et d’aloi, ou par d’autres motifs, il n’est pas rare que les pièces qu’on rencontre dans la circulation s’écartent plus ou moins des règles légales, et que la Monnaie refuse de prendre ces pièces pour le prix qu’elle a fixé. Elle pèse et essaie alors ces monnaies, et les évalue comme lingots. Ainsi, la valeur du pair n’est pas une règle reçue aux hôtels des monnaies, et ils retiennent encore 3 fr. par kilogramme d’argent, et g fr. par kilogramme d’or, pour droit de fabrication. C’est sur ce principe qu’est fondé l’arrêté des Consuls du 17 prairial an XI, qui fait loi sur cefte matière. Il faut donc faire cette diminution sur tous les nombres de la table de l’Annuaire, lorsqu’on veut trouver le prix vénal d’une pièce étrangère. C’est ce qui a donné
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- MONNAIES. 4i
- lieu de trouver des valeurs, poids et titres un. peu différens de ceux qu’on trouve dans cette table. On peut consulter, à ce sujet, le Traité théorique et pratique sur les monnaies de M. Ju-vigny. Nous avons compris dans une colonne les valeurs des pièces telles que l’administration a coutume de les payer d’après leurs poids et titres effectifs.
- Table des titres, poids et valeurs des monnaies étrangères, d'apres le tarif du 17 prairial an X, et le Traité de M. Juvignj.
- ANGLETERRE.
- Or. Guinée de 21 schellings........
- Demi'guinee..................
- Un quart...................... *
- Un tiers ou 7 schellings. ...
- Souverain de 20 schellings, frapp-
- en 1817...........«.........
- Demi-souverain de 10 scîiell., id. Arg. Crown, on couronne de 5 schell.
- Demi-couronne................
- ScheIJing....................
- Nouvelle cour., frappe'e en 1817. Ecude banque, dit dollar d’Angleterre (1).................
- ALLEMAGNE.
- Or. Double ducat de l’empereur...
- Ducat simple.................
- Double ducat de Hongrie......
- Dncat simple.................
- Lyons d’or, ou pièces de florins de la Belgique, Brabant et Pays-
- Bas Autrichien..............
- Souverains de Flandre et des Pays-Bas Autrichiens..............
- TITRE de chaque pièce. 6 C 0 0 —• & 2 'ü a VAL! sans le de fabr et d’a£ du kilogr. SUR s frais cation inage. d e la pi èce VALEUR delà pièce droite de poids et de titre.
- fir» fr. c. fr. c. fr. c.
- 9i5 8 34 3l42 Ô2 26 21 26 47
- qi5 4 U 3i'4a 52 i3 01 i3 24
- qi5 2 02 3i42 52 6 35 6 62
- 915 2 76 3142 52 8 67 8 82
- gi5 : 97 3i42 52 20 o5 25 20
- gi5 3 98 3r42 52 12 5i 12 60
- 92° 3o 5) 201 38 6 04 6 18
- 920 14 98 201 38 3 02 3 09
- 920 5 90 201 38 t 20 1 24
- 920 28 22 201 38 5 68 5 si
- 892 26 72 '95 94 5 24 5 41
- 980 6 96 3365 76 23 43 23 70
- 980 3 45 3365 76 h 61 11 86
- 984 6 96 3379 49 23 52 23 bo
- 984 345 3379 49 i i 66 Il go
- 917 8 2g 3i49 89 26 II 26 47
- 910 5 5a 3l42 52 17 35 17 58
- (1) Ces éeus de banque ne sont autre chose que des piastres d’Espagne qui reçoivent nn« no®velle empreinte en Angleterre , opération qui en altère légèrement le poids.
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- 4? MONNAIES.
- VALEUR ALSC R
- £ -Ü sans les frais • de fabrication de la . pièce
- es î? H ^ • ^ 2 a “ et d/af Hnage. droite de poids
- ALLEMAGNE (suite). « 0 ; du kilogr. . de la pièce. et de titre.
- Or. Pistoles du Palatinat 898 6 6'4 fr. c. 3o83 5o fr. c 20 47 fr. c. 20 78
- Pis tôles à Te toile de Hesse-Casse] 89a 6 69 3o6i t; 20 48 20 82
- Florinsde io thalers dè Brunswick-
- \yoMenbuttel, jusgu’en i8i3 inclusivement, au cheval en
- course 901 i3 33 3oq4 43 4« o5 41 48
- Florins de io thalers, id., ici., de-
- puis iSi3 886 i3 3o 3009 °5 41 25 41 4s
- FJoiinsdeio thalersdeBrunswick-Y^olfenbuttel-Hanovre, arec la
- valeur de la pièce. ;. 898 i3 28 3o83 5o 40 95 41 48
- Albertus de Flandre et des Pays-Bas Autrichiens, à la croix de
- 5aint-André 88; 5 08 3o42 ri i5 46 16 iS
- Florins ou carolins flu Rhin et de Hesse-d’Armstadç 772 9 7° 2635 98 25 5; 25 91
- Florins Se Hanovre: 777 3 24 2653 32 S 60 8 78
- Florins, ou demi-maximiliensdu Palatinat, de Bavière et d’Ans-
- pach ;67 3 2! 2618 65 8 41 8 63
- Florins, ou tiers de carolins rfceon-vention, et de Bade-Dourlach.: ;5S 3 21 iSSr 4q 8 Si S 63
- Arc. Fine siiber de Westphahe, de Jé-
- jôme 095 i3 3o 217 79 215' i'7 2 00 y> »
- Gros ecu du Palatinat 983. 25 02 5 58 5 78
- Gros ecu de INassau-W’eiibourg.. o“6 25 87 2t3 64 5 53 5 78
- Ecn de Lubeck (i) ;33 27 41 i5ü 49 4 2Q 4 58
- Ècus vieux dé Bareith 729' T9 49 ï55 5o 0 o3 » »
- Risdale de constitution, frappée
- avant 1753, ou doubles-florins
- . d’Autriche 872 2S 7q iSg 32 5 4e; 5 78
- Ecu, ou risdale d’espèce de con-
- vention de tous les cercles 833 28 00 t8o a3 5 06 5 20
- Denri-risdale on florin. 833 14 02 180 23 2 53 2 60
- Ducatons de Lie'ge. 917 32 29 200 72 6 48 3) » '
- Gvons d’argentdc la Belgique. Bra-
- bantetPavs-Kas Antrichiens. .. 87O 32 83 189 33 6 21 6 3q
- Florins d’argent, id.,ul 87O 9 3o 189 33 1 76 i 83
- JJueatons de Mane-lbérèse, de
- Flandre, et des Pays-Bas Autri-
- chiens (2) 87O 33 3o 189 33 6 3o 6 49
- (?) iquele tarif «les monnaies ne porte ce» pièces qu’au titre tle ^33 , on obtient comffiu-nèrnent à l’essai celui de *'4^*
- Ces ducatons re sont porté? sur le tarif qu’à 858; mais ce titre ayant été reconnu trop i-\ .ble . ce? pièces sont renies h 8-o, d’apres une décision de l’admin. gêner, de? monnaie?.
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- MONNAIES.
- 43
- ALLEMAGNE (suite).
- Êcq de Brabant, kronen-thaler ou ccu de Bavière et Wurtemberg
- Vingt kreutzers.............
- Dix kreutzers...............
- DANEMARCK. et HOLSTEIN.
- Or- Ducat courant, depuis 1767..
- Demi..........................
- Ducat spccies, 1791 à 1802...
- Chrétien, 1773...............
- Arc. Risdaled’espèce, ou double écu do 96 schellings, depuis 1776..... Risdaie courante, ou pièce de 6 marcs, danske, de 1750....
- ESPAGNE.
- Or. Quadruple-pistole, frappée avant
- _ Iy72...................... *
- Double-pistole, id...........
- Pistole, id..................
- Demi-pistole.................
- Pistoïe du Pérou, dite cornudo. ~ ' :2 à 1785.
- Quadrupîe-pistole, 17 Double-pistole, id... Pistole, id.
- Demi-pistole...................
- Un quart ou escudillo (1).... Arc. Piastre-vieille , avant 1772, deux écussons sans effigie. .
- Demi-piastre..............
- Cinquième de piastre ou piécette Dixième de piastre ou demi-piéc Vingtième de piastre ou real... Piastre neuve à l’effigie dep. 1772 Demi-piastre, depuis 1772...
- Piécette ou 1 j$ de piastre___
- Demi-piécette ou T/r° de piastre. Réalillo, ou réai de vellon, ou de piastre.....................
- ÉTAT ECCLÉSIASTIQUE.
- Or Pistoies de Pie VI et de Pie VII
- -S a c_ as a ^ Z H cz 53 53 53 t/7 “ £ Ê O CT* p. 2 53 VALE sans les de fabri et d’affi du kilogr. 0 U R frais nation aage. delà pièce. VALEUR de la pièce droite de poids et de titre.
- * fr. C. fr. c fr. c.
- 870 29 60 iSq 63 5 61 5 75
- 581 6 64 121 08 j> 80 » 67
- 493 3 82 100 68 » 38 33 43
- 8-1 3 08 29S4 44 9 ic 9 47
- 871 i 5o 2984 44 4 48 4 74
- 900 3 45 3365 76 ii 61 n 86
- fl°5 6 69 3io8 17 20 79 20 g5
- 875 29 » tgo 5- 5 53 5 66
- S3o 26 77 ï79 53 4 Si 4 9e
- 9°9 26 98 3l2I 91 84 23 85 42
- 9°9 i3 49 3l2I 91 42 II 42 11
- 9°9 <? '2 3i2i qi 21 O7 21 36
- 9°9 3 35 3l2I 91 10 46 10 68
- 897 26 08 3079 77 83 00 33 3)
- 893 2Ü qb 3o6i 88 82 69 83 g3
- 893 i3 49 3o64 88 4135 4i 97
- 8q3 £ 73 3064 88 20 6g 20 98
- 8q3 3 35 3o64 88 IO 27 10 49
- 885 1 7 5 3o35 58 5 3i 5 36
- 906 26 q8 iqS 3i 5 35 5 5i
- QO« *3 49 198 3i 2 68 2 76
- 83o 5 74 179 53 I O: I 10
- 83o 2 87 179 53 » 52 3) 53
- 83o 1 49 179 *3 » 27 33 28
- 8q6 26 98 I96 12 5 29 5 43
- 896 i3 3ç 196 12 2 62 2 72
- 808 5 7/ 174 20 3 1 08
- 808 2 92 174 20 » 5i » 54
- 808 149 174 20 » 2Ê 3) 27
- 906 5 47 3m 61 17 02 17 28
- . (1) I-es pièces d’or frappées depuis' i-S5 ne peuvent être évaluées à cause de leur grande va-r at‘on dans le titre. Eitcs donnent communément à l'essai .
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- 44
- MONNAIES.
- ÉTAT ECCLÉSIASTIQUE (suite)
- Or. Demi'pïst. de Pie VI et de Pie VII Sequin, 1709, Clément XIV et ses
- successeurs............,
- Demi (1).„................
- Çcud’ordelare'publique romaine.
- Arg. Ecu de 10 pauls de 100 bayoques.
- Demi.........................
- Trois dixièmes d’écu, ou teston de
- 3o bayoques................
- Un cinquième d’écu, oupapeto de
- 20 bayoques................
- Un dixième d’écu, ou teston de 10 bayoques................
- BOLOGNE.
- Or. Doppia, ou pistole de Pie VL.. Doppia nuova , ou pistole neuve. Zechmo, ou sequin, frappé avant
- 1760....................
- Abg. Scudo de la communauté de Bologne , à la Vierge.........
- Teston, ditto...........
- ÉTATS-UNIS D’AMERIQUE.
- Or- Double-aigle de 10 dollars....
- Aigle de 5 dollars...........
- Demi-aigle, ou 2 J/3 dollars....
- Arg. Dollar de 1790...............
- Demi, id.....................
- Dollar de 1795, autre fabrication
- Demi, id..........
- Un quart, de 1796............
- Dollar,de 1798, aatre fabrication. Demi, id....................
- FRANCE.
- Or. Louis d’or fabriqué depuis 1716
- jusqu’à 1785.................
- Louis de la fabrication commencée
- en 17S5.................... _
- Pièces de France de toute fabrication, avant 1726...........
- 911
- 33
- 9°6
- 906
- goR
- 906
- 906
- 9°9
- 913
- 99S
- 833
- gi3
- 9*1
- 9ï3
- 911
- 875
- 873
- >3
- go3
- Sgü
- 896
- S&9
- 896
- goi
- £ tt O ~
- 2 66
- 3 40
- 1 70 58 95 26 45 i3 1
- 7 90
- 5 21
- 2 65
- 5 5î 5 52
- 3 4°
- 29 10 92
- 7 48
- s 7
- 4 36 26 g3 6 80
- 26 93
- J3 44
- i3 44
- 27 O9
- i3 49
- » J>
- J) 3)
- ); JJ
- VAL sans le de fabr et d’af du kilogr. EUR s frais cation ïnage. de la pièce. VALEUR de la pièce droite de poids et de titre.
- fr. c. fr. c. ir. c.
- 3î28 78 8 32 8 64
- 3242 12 II 02 11 80
- 3242 12 5 5i 5 90
- 2849 OI 167 78 172 83
- 198 3i 5 2D 5 3g
- 198 3i 2 61 2 69
- 198 3i I 57 1 62
- 198 3i i o3 1 08
- 198 3i » 52 » 54
- 3l2I 91 17 23 17 33
- 3i35 65 17 3i 17 42
- 3420 7I ii 63 11 80
- 180 23 5 24 5 45
- 199 85 i 58 JJ JJ
- 3i35 65 54 61 55 21
- 3135 65 27 3i 27 61
- 3128 78 i3 64 i3 80
- 150 57 5 i3 5 5o
- '95 9f i 33 1 3S
- 193 11 5 20 5 5o
- 190 57 2 56 2 75
- 197 66 2 66 2 76
- '95 94 5 3i 5 5o
- '91 i3 2 62 2 70
- 3076 o3 23 55 JJ >J
- 3o94 43 23 55 JJ JJ
- 3io.{ 74 a3 55 )j >J
- '1) Quoique le tarif des monnaies ne porte les sequins, sans distinction de date, quaQ^*-'«pendant ceu.i que nous imVquons ici donnent communément à l'essai le titre de 996.
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-
-
- MONNAIES. 45
- 1 V U -O „ ’E. VALEUR sans les frais de fabrication VALECa de la pièce
- £5 O fi 0 et d’affinage. droite
- H CS 0 £* fr es —* de poids
- FRANCE (suite). V c du kilogr. delà pièce. et de titre.
- Arc. Écu de 6 livres depuis 1720 906 28" 84 fr. c. 108 3i fr. c- 5 80 fr. c. X> »
- Id. de 3 id 906 891 » » 198 3i 2 75 )) »
- Pièce de 24 sous » » 194 65 ï 57 3) »
- Id. de ia 901 » ?; 197 22 » 5o » »
- Id. de 6(1) S69 » i> 18g 0 5 » 20 V »
- GÈNES.
- Or. Sequin 995 3 45 3417 27 1179 12 OI
- Génovine ancienne de ioo livres,
- depuis 170S inclusivement 906 28 i5 3111 61 87 59 88 97
- Génovine neuve de 9$ livres, de-
- puis 1781 Inclusivement 909 25 18 3l2I 91 78 61 7Q 77
- Arg. Écu de banque de saint Jean-Baptiste , ancien 910 20 77 199 >9 414 4 '7
- Madonine, depuis 1747 inclusive-
- ment 826 4 5i 17b 53 » 81 » 85
- Georsine 85S 5 80 186 33 1 08 1 09
- Écu neuf de saint Jean-Baptiste,
- de 8 livres, depuis 1792 889 33 20 194 i3 6 45 6 58
- GENÈVE.
- Or. Pistoles neuves gi3 5 41 3i35 65 16 96 17 14
- Arg. Patagons.., 840 27 04 181 95 4 92 >7 »
- HAMBOURG.
- Or. Ducat ad leçem imperii 978 3 45 3358 8g 11 59 ii 86
- Ducat de Hambourg. 980 3 45 3360 76 11 61 11 £6
- Arg. Pièce du siège de Hambourg Risdaie de banque C|6S i4 16 211 88 3 » )) »
- S75 29 21 190 57 5 57 5 78
- HOLLANDE.
- Or. Ducat 978 3 45 3358 8g 11 5g n 93
- Ryder. 9i3 9 q3 3i35 65 3i 14 3i 63
- Demi gi3 4 r 5 3i35 65 i5 52 i5 83
- Vingt florins du roi Louis (1808). qi3 i3 65 3135 65 4^ 80 43 14
- Dix florins, id gi3 3i35 65 21 32 21 O7
- Arg. florin de 20 sous IO 52 198 53 119 21 2 og « 58 2 ié
- Fscalin, ou pièce de 6 sous Ducaton, ou rvder 4 qo >7 Cq
- 935 32 5o 204 66 6 65 9 85
- Ducat, ou risdales 858 28 10 186 33 5 24 5 48
- v ^e.s personnes qui auraient nue grande quantité de ces petites pièces, auraient plus d’a-antage a les faire fondre, attendu que la fonte donnerait un titre supérieur à celui ducliange.
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- 46
- MONNAIES.
- d Ç/ K ^ CS ü H 5^ H « "S U Cl 'V £ ~ 0 B* VAL! sans le de fabri et d’afi du EUR s frais cation inage. de la VALEUR delà pièce droite de poids et de
- JAPON (douteux). kilogr. pièce. titre.
- Or. Kobang vieux, de îoo mas 85o sr* 1 7 60 St. c. 2QOQ 20 fr. c. 5l 20 fr. C. 5i 2.'j
- Demi-koban de Soruas S5o 8 60 2Q0Q 20 25 02 20 62
- Kobaug nouveau 73o i3 * 24qo 80 32 38 32 69
- Demi 73o 6 5o 2490 80 16 IC, 16 35
- Arg. Tigo-gin, ou pièee de 4o mas..... 900 72 » 197 » 14 18 >4 4»
- Demi de 20 mas. 900 36 x >97 » 7 °9 7 20
- Un quart de 10 mas qoo 18 x >97 » 3 54 3 60
- Un huitième de 5 mas |5o 16 5o 9° 77 1 5u 1 80
- MALTE. Or. Louis d’or d’Emmanuel de Rohan, grand-maître 840 8 40 2873 r3 24 14 24 79
- Arg Ecus 83o 12 II 179 53 2 17 JJ );
- MOGOL (douteux). Or. Roupie du Mogol 908 12 32 3nS 4S 38 4 2 38 ^2 iQ 36
- Demi. qoS 6 16 3nS 48 iq 21
- Un quait (1) 908 3 o5 3uS 48 9 5i 9 68
- Pagode au croissant Boq 3 35 2764 76 9 28 9 4«
- à l’étoile 79» 3 35 272Ü 3S 9 *3 9 35
- Ducat de la compe hollandaise... 97s 3 45 3358 8q n 5q 1162
- Demi 97^ I 70 3358 89 5 -1 5 81
- Arg. Roupie du Mogol 948 944 u 47 207 5i 2 38 2 42
- —de Madras n 45 206 63 2 3- 2 4°
- — d’Arcate 941 11 45 2o5 q7 2 36 2 36
- - de Pondicbe'ri 961 11 208 ié - 38 2 42 jj 63
- Double tanon des Indes 94o 3 x 2o5 76 » 62
- Fanon des Indes 94° 1 5o 205 76 » 3i )) 32
- Pièce de la compe hollandaise.... 83o ï3 r. >79 53 2 33 2 4°
- MILAIS. Or. Sequin 99° 3 45 3400 IO 11 73 12 o\
- Doppia, ou pistole de Marie-Thérèse 908 6 3a 3i18 4^ IQ nî JJ JJ
- ld., de Joseph JI ;.. 9°5 6 32 3io8 17 IQ- 64 >9 87
- Arg. Scudo de lire sei, ou écu de 61iv. 896 23 II 195 94 4 53 4 64
- Demi 896 u 53 >9f 94 113 00 2 26 2 32
- Lire nouvelle 549 6 21 J> 71 » 77
- Pièce de 3o soldi de l’empereur François II, et delà république Cisalpine 6S4 7 33 145 01 1 06 I 12
- 4) C1). Quoique le tarifées monnaies ne porte ces pièces qu’à qo8, on obtient communément à l essai le titre de 970. J
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-
- MONNAIES.
- 47
- 6 “ « V t n *“ G 2 VALEUR sans les frais de fabrication et d’affinage. VALEUR delà pièce droite
- H 2 O C“ P* « de poids
- MILAN (suite;. « c da kiïogr. delà pièce. et de titre.
- Arc. Scndo, on c'cu de la république s** fr. c. fr, c- fr. c.
- 23 16 4 53
- Cisalpine 896 »:» 94 4 64
- NAPLES et SICILE.
- Or. Pistole de 6 ducats de don Carlos. .871 8;i S 76 2984 44 26 14 26 58
- Id., de 4 5 9? 2984 44 17 61 17 72
- Id., de 6 ducats de Ferd. IV. 87I 8 82 2984 44 20 32 26 58
- /d., de 4 id 871 5 qo 2984 44 17.61 17 72 8 86
- Id , de 2 id (i).. 87I 2 '8- 2984 44 8 07
- Double once de Sicile........... 840 8 87 2873 73 25 49 26 85
- Once, id 840 4 4. 2873 73 12 gn i3 43
- Ducat vieux de Naples, de Charles VI 3» 21 78 J93 73 4 2S 4 26
- Ducat neuf de Ferdinand VI {aL 390 22 r'i 196 73 4 47 4 26
- Once de 5 ducats de iNaples, fabriquée depuis 1818 996 3 79 3420 71 12 96 » »
- Once quintuple de i5 ducats, de
- même fabrication 99e i? jg 07 O; 3^20 71 64 82 X) )}
- Id. décuple id 99<> 3420 71 129 64 3) 3)
- Arg. Pièce de 12 carlins d’Italie,
- vieille (3_) 882 » 3) 192 35 3) 33 3> 3)
- Id., neuve, de_puis 1786 833 27 5i 1S0 23 4 96. 4 97
- Ecu d'argent de 12 tarins de Ferdinand IV 823 27 3o 177 83 4 86 5 io
- PARME.
- Or . Double pistole vieille, de Plaisance. 900 i3 17 3108 17 4° 93 4189
- Sequîn 99» 3 45 3400 ro 11 73 1195
- Pistole avant 1786 880 7 4o 3oi7 10 22 33 23 01
- Pistole depuis 1786 880 7 10 8017 10 81 42 21 02
- Arg- Ducat de 1784 et 1796. Pièce de 3 liv. depuis 1790 (4'... 896 25 65 ig5 94 5 o3 5 18
- 826 3 ai 178 53 » 93 » 68
- PERSE (douteux).
- Or. Roupie. 97° II 3> 3331 4i 36 64 36 75
- Demi . . Q70 5 5o 3331 41 18 32 18 3S
- Arg. Double roupie de 5 abassis 97° 22 QO 212 32 4 8j 4 9°
- Roupie de 2 */* abassis 97° ir 45 212 32 2 43 2 45
- v(i) Ces pièces offrent beaucoup de variation dans les titres et les poids. Elles sont générale-cnt au-dessous du titre que le tarif indique.
- (2) L« tarif des monnaies admet les ducats neufs et vieux au même titre. Ceoendant les ore-®iers ne sont qu’au titre de 840. P P
- V, ) Le jaoids de ces pièces varie de 24 à 25gr.39. '
- W, Le titre du ducat de 1784 n’eSt pas aussi certain que celui de 179C.
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- 48
- MONNAIES.
- PERSE (suite). c K S U H "v V ü Jt “ C C! C C-A. fl ij U VAL] [sans le de fabr et d’afl du kilogr. iUR s frais cation mage. delà pièce. VALrtB delà pièce droite de poids et de titre.
- Arg. Abassi 97° 8r- 4 5o fr. c. 212 32 fr. c. » 96 ^ïr™' » 97
- Marmondi 97° 2 25 212 32 » qS » 4s
- Lar'm 97° 4 80 212 32 I 02 1 o3
- PORTUGAL.
- Or. Moëda , douro, de 4>§oo rées.... 9*4 10 73 3i3q oS 33 68 33 q6
- Demi, de 2.4°° r^€S 9*4 5 26 3x39 08 16 83 16 98
- Quart, id.. de i ,200 rees 914 2 60 3i39 oS 8 16 6 49
- Meia dobra, lisboninc oa porta-çaise de 6,400 rëes 914 14 29 3i3q 08 44 85 45 27
- Demi, id., de 3,200 rées 914 7 12 3i3q 08 32 35 22 t>4
- Pièce de i6 testons de i,t>oorées.. 914 3 55 3i3q 08 11 14 Il 32
- — de 12 testons de 1.200 rées.. 914 2 60 3i39 08 3i3q 08 8 16 8 02
- — de 8 testons de 800 rées.... 9'i 1 75 5 49 5 66
- Creuzade de 480 re'es 9>4 i o5 3i3q 08 3 3o 3 3o
- Arg. Creuzade neuve de 480 re'es 896 14 61 196 94 2 86 2 98
- PRUSSE.
- Or. Frederick doubie de 1569 897 i3 33 3o79 77 4i o5 4i 61
- Frederick simple de 1^78 897 6 69 3o79 77 20 60 20 80
- Demi 897 3 35 3779 77 10 32 10 4°
- Frederick simple de 1798 (1) 897 6 64 3079 77 20 45 )) »
- Ducat » 978 3 45 3358 89 11 59 11 77
- \rg. Feu, ou risdale de Prusse de 24
- bons gros. 743 22 20 i58 83 3 53 3 72
- Demi, ou 12 bons gros Risdale d’espèce ou de convention. 743 83o I I 10 28 o5 i58 83 179 53 1 76 5 04 1 86 5 20
- RAGUSE.
- Arg. Talaro vieux, dit ragusine 583 28 47 121 53 3 46 3 90
- Demi, id 588 14 5o 122 65" ’ I 78 195
- Talaro nouveau de 1774 5t6 28 52 119 88 3 42 3 92
- Autre de 1794 597 2q 11 i2‘4 75 3 63 3 92
- Ducat 451 i3 60 93 3. I 27 1 §7
- RUSSIE.
- Or. Ducat à l’aigle déployée de Russie. Ducat à la croix de Saint-André.. 973 3 45 334l 71 11 53 1179
- 965 3 4° 33i4 24 II 27 1159
- Ducat, ou pièce de 5 roubles, pa-
- pier-monnaie 973 4 3n 334t 71 >4 37 » »
- Impériale de 10 roubles, 1756 qi5 16 41 3l4^ 52 5i 57 52 38
- Demi, de 5 roubles, de 1756 915 8 18 3142 52 25 71 2619
- i) Les Frédéricks de 1800 sont au meme titre et du meme poids que reux de 1^69 et de 1^78.
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- MONNAIES.
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- RUSSIE, (suite).
- •Or- Impériale de 10 roubles, de 1762..
- Demi, de 5 roubles, de 1763.. .
- Arg. Rouble de 100 coppecks, de 1700.
- Roubîe de ioo coppecks, depuis
- ’ U98........................
- VALEUR VALECR
- V c 0 sans les frais de la
- v*£« de fabrication pièce
- «s « 2 C3 et d’aftinage. droite du
- Ph S ' poids
- da delà et de
- 1 * kilogr. pièce. titre.
- SARDAIGNE.
- Or. Carlin, depuis 1768. ..........
- Demi..........................
- Pistole, doppietta ou donbleîte.
- Arg. Ëcu, depuis 1768.............
- Demi-e'cn.....................
- Quart d’écu...................
- SAVOIE et PIEMONT.
- Or. Sequin à l’annoticiade......
- Pistoles vieilles, de Piémont.. Pistoles neuves de Charles Emmanuel III, depuis 1755, et de
- Vietor-Ame'de'e, de 1773.....
- Pistoles neuves de Victor-Ame dée III, de 1786, et du règne de
- Charles-Emmanuel IV..........
- Carlin de Charles-Emmanuel III. Carlin de V ictor-Ame'dée III..
- E>émi, ïd...................
- Arg. Ecude 6livres, depuis 1755. .
- Demi-ecu....................
- U n quart ou 3o sous........
- Demi-quart, ou i5 sous......
- Qia
- gi5
- 88
- 870
- 890
- 8go
- 890
- 896
- 99
- 896
- 902
- 002
- 90:
- 902
- 902 9°3
- 903
- 903
- 903
- SUEDE.
- Or.
- Ducat. ......................
- Demi-ducat...........:.......
- U n quart.....................
- Arg. Risdale d’espèce de 4® escalins, ou schellings de 1720 à 1802.... Deux tiers risdale, oudoubleplotte
- de 32 schellings..............
- Un tiers, ou 16 schellings (1)... .
- 975
- 972
- 97»
- 899
- ?99
- S*- fr. c. fr. c. fr. c.
- l3 OJ 6 53 5l$2 52 4i 07 41 29
- h 42 52 20 52 20 65
- 25 5o 169 43 4 33 4 6i
- 20 g3 18g 33 3 96 4 08
- 16 04 3o53 78 48 98 49 33
- 8 02 3o53 78 24 49 24 67
- 3 19 3o53 78 9 74 9d
- 23 48 195 94 4 60 4 7°
- 11 74 196 73 2 3i 2 35
- 5 84 198 94 114 1 18
- 3 45 3386 38 11 68 I t g5
- 6 64 3o6r 17 20 33 3) »
- 9 6î 3097 87 29 77 3o 02
- 9 08 3097 87 28 i3 28 46
- 48 12 3o97 87 î49 °7 i5o »
- 45 52 3o97 87 t4i 02 142 3o
- 22 73 35 IO 0097 87 197 Go 70 41 G 94 71 î5 '7 07
- 17 5o 197 66 3 46 3 56
- 8 76 197 66 1 73 » 8a 1 76
- 4 3o 197 66 11 88
- 3 4^ 3348 58 n 55 u 70
- rc 3343 5 6c 5 85
- 0 85 3348 58 2 8; 2 93
- 29 3c 196 7; 5 5 76
- IQ 5c 9 7< 196 7: 196 7' 3 8-2 9 3 84 2 92
- (ï) Quoique le tarif des monnaies porte ces trois pièces â 899, cependant elles qaeesqu’au titre deS^$.£ües donnent communément à l’essai celui de 8*5*
- Tome XIY.
- ne sont fabri-
- 4
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-
- MONNAIES.
- 5o
- VALEUR VAtECft
- SUISSE. titre de chaque pièce 5 Ai O « 0 c-P. a *0 « sans les frais de fabrication et d’affinage. du 1 delà kilogr. \ pièce. de la pièce droite de poids et de titre.
- Or. Pièce de 3a francken suisse 90 ï i5 24 fr. c. 3094 43 tr. c 47 16 fr. c- 47 42
- de 16 9°i 7 60 S094 43 23 52 23 71
- Double ducat de Zurich 974 6 QJ 3345 i5 23 II 3)
- Ducat de Berne 974 3 45 3345 i5 11 54 » );
- Pistole neuve de Berne 901 7 60 3o94 43 23 52 23 71
- Arg. Pièce de 4° batz, ou écu, depuis I797’ république helvétique.. .. Pièce de 20 batz, ou demi-écu, depuis i»jq7, république helvétiq.. 899 29 48 196 73 5 80 6 »
- 899 14 71 196 73 2 89 3 »
- Pièce de \ francken, ou écu de 1799, république helvétique.... Pièce de 4 francken, de 1801, id. 89g 29 48 196 73 5 80 6 »
- 89b 29 48 193 94 5 78 6 »
- Double écu de Bâle d'ancienne ta-brication. « 868 57 47 188 8t 10 85 12 »
- 865 l88 O7 5 3i 6 33
- Demi-écu ou florin, id 868 i4 08 188 Si 2 66 3 »
- Écu neuf de Bâle 840 25 81 181 90 4 7° »
- TOSCANE. Or. Ruspone, ou 3 sequins aux lis. .. 993 10 40 3410 4» 35 43 36 04
- TJn tiers ruspone, ou seq. aux lis. 993 3 45 3410 40 ii 7$ 12 02
- Demi-sequin 993 170 3410 40 5 70 6 >3
- Sequin à l’effigie 991 3 45 34o3 53 1174 12 02
- Pistole qi3 i3 38 3i35 65 4195 » fc
- Rosine 8g2 6 85 3o6i 17 20 07 21 54
- Demi 892 3 45 3o6t 17 10 56 io 77
- Arg. Frauncescone de io pauls, livour-sine, piastre à la rose, talaro, léopoldine, et e'cu de iopauls.. 906 27 3o 198 3T 5 41 5 61
- Pièce de 5 pauls 906 i3 65 198 3t 2 71 2 Si
- TURQUIE (douteux). Or. Sequin zermabhoulddu sultan Ab-donl-Hamet, de 1187 (1773).... 90S 4 94 3290 20 16 26 8 72
- Sequin fondoukli de Selim lll, de iao3(1788fet1789) 799 3 45 2729 84 9 42 9 80
- Demi, id 8o5 1 65 2750 78 4 54 5 §3 4 90
- Sequin du Caire, id 682 2 55 2325 67 » »
- Sequin de zerm. de Selim 111. .. 819 2 34 2799 78 6 55 » »
- Sequin foundoukli 99e 33 » 3420 71 » » » 3)
- Arg. L’altmicblec de 60 parasd’Abdonl-Hamet, depuis 1771 552 26 77 114 36 3 06 )) »
- Grouch, piastre de 5o paras, ou iïoaspres, depuis 1771 556 18 64 u5 24 2 l5 )) 3>
- Piastre de 40 paras, de Seiim IH.J486 t3 17 99 °4 » 3o 33 3'
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- MONNAIES.
- St
- VENISE. TITIlE de chaque pièce. G G -G ft 0 CT P 5 "3 G VALI sans le< de fabri etd’affi du kilogr. frais cation nage* delà pièce. TilïPJ de la pièce droite de poids etde titre.
- Os. Sequin 995 gr. 3 45 fr. -c. 3420 71 fr. c. II 80 fr. -c. 12 5)
- 996 1 70 3420 71 Ô Si 6 »
- nr,fi i3 o; 3420 71 3420 71 47 78 7 46
- 99e 2 ié 7 49
- 908 22 63 3ii8 48 21 05 21 36
- Arc. Dacat effectif de 8 liv- piccohs (i). 8i3 175 43 3 g: 6 4 itf
- Écn à la croix 3i 39 207 2() 6 70
- Justine, onducaton 948 27 5o 207 5i 5 51 5
- Talaro. - • • * 83o 28 68 179 53 5 21 5 32
- Oselle 1948 9 Tj 207 5i 2 o3 2 07
- Les fréquentes altérations que subirent les monnaies ont long-temps entravé le commerce, qui, avec raison, était sans cesse en méfiance de la bonne foi des princes, et se mettait en mesure de n’en être pas trompé. On sait que l’intérêt personnel est toujours très éclairé, lorsqu’il s’agit d’éviter les circonstances fâcheuses, ou de tirer parti des mesures maladroites. Les Juifs ont été long-temps en possession d’exploiter à leur profit les fautes que commettaient les souverains en abaissant les monnaies; c’était une mine féconde pour les premiers, et un sujet perpétuel de ruine pour les peuples, et surtout pour les princes, qui pourtant ne pratiquaient cette fraude que pour s’enrichir. Telle est probablement l’origine de ces monnaies fictives dont les commerçans font usage pour tenir les comptes ; ils ont imaginé de se créer une unité monétaire dont la valeur fût fixe et indépendante des rois, et qui pût servir de mesure aux monnaies publiques aussi bien qu’aux marchandises.
- Maintenant que les souverains ont enfin reconnu qu’il était de leur intérêt que leur effigie fût une garantie réelle du
- (i) Quoique le tarif tles monnaies ce porte ces pièces qu’à 8i3, on obtient commusèmeot l’essai, le titre de 83o.
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- 5-2 MONNAIES,
- titre et du poids des pièces, ces monnaies de compte ne sont plus utiles ; mais elles ont surve'cu aux circonstances qui les ont fait naître, et il importe de les connaître. D’ailleurs, plusieurs États se servent de papiers-monnaies , qui sont plus ou moins discre'dite's, et dont la valeur, variable avec les circonstances , jette dans les transactions des incertitudes fâcheuses. Nous allons exposer les principales de ces valeurs locales, aussi bien que les taux relatifs auxquels chaque monnaie est reçue dans le pays pour lequel elle est frappe'e. Nous allons donner-à ce sujet quelques de'tails. Nous renverrons, pour des développemens plus étendus, au Cambiste universel de Kelly, et aux Tables des Monnaies, par Lôhmann. ( Leip-sick, 1826.)
- i°. Monnaies d’Angleterre.
- Les comptes se tiennent en livres sterlings de 20 schellings à 12 pences; la guine'e vaut 21 schellings , le crown 5. La livre sterling a été une monnaie fictive jusqu’en 1816 ; mais alors on a frappé des pièces d’ôr, dites souverains, de la valeur de 20 schellings. On se sert aussi de demi-guinées et de demi-souverains , de tiers , de doubles, etc. Le schelling vaut 12 pences, ou environ 24 sous de France. Il y a aussi de petites monnaies de cuivre, savoir, le groat de 4 pences , le pence de 4 farthings.
- On trouve aussi, dans la circulation , des billets de banque (banlt notes), qui sont reçus pour leur valeur nominale, et sont échangeables à vue contre de l’argent monnayé.
- 20. Monnaies d’Autriche et de Bohême.
- On compte par florins de 60 kreutzers, dont chacun vaut 4 pfennings ; l’écu d’empire ou risdale ( reichsthaler ) vaut 1 5 florin ou 12 schillings; le florin vaut 8 schillings ou 20 gros ; le gros 3 kreutzers. Les ducats d’or valent 4 florins 3o kreutzers ; les souverains t3 florins 20 kreutzers. Il y a des écus argent valant 2 florins d’empire ; des pièces d’argent de 20, 17, 15, 10, 7, 5, 3 et t kreutzers.
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- MONNAIES. 53
- Les billets de la banque de Vienne sont de i, 2,5,10,25, 5o, i oo et 5oo florins : en ï 811, ils furent réduits au cinquième de leur valeur nominale , et changés contre ceux qui sont aujourd’hui en circulation. Ces billets , appelés einlôsungs scheine, billets de rachat ou de dégagement, ont une valeur sans cesse variable. Termé moyen , en 1824, 10 florins argent valaient 25 florins en papier.
- Depuis 1816, il existe des billets ( œsterreichische national banknoten) depuis 5 jusqu’à 1000 florins : ce sont des mandats de la banque , qu’elle rembourse à vue, et qui par conséquent ont même valeur que l’argent.
- 3°. Monnaies de Hollande et des Pajs-Bas.
- Depuis l’ordonnance de r8i6 , on compte en florins de 100 centimes ; il y a des pièces de 1 et de 3 florins , des demi, quarts, dixièmes et vingtièmes (sous) de florin en argent. Les monnaies d’or sont des pièces de 1 o florins ; le ducat de 5 florins 4; la risdale ou ducat d’argent vaut 2 florins { ; le ryder d’argent ou ducaton vaut 3 florins i5 centimes.
- 4°- Monnaies de Dannemarck et Holstein.
- Les comptes se tiennent en risdales de 6 marcs ou 16 schillings. Depuis 1814, toutes les anciennes monnaies sont annulées par le souverain, et regardées comme marchandises. Il n’y a que des risdales ou écus de banque, des pièces de 2 marcs, 1 marc , 8 schillings, et des species ou doubles écus. D’après cette loi, un marc de Cologne en argent fin ( V. Mesures ) doit fournir 18 ~ rixdalles ou écus de banque. Les billets de banque ont toute leur valeur nominale , et sont acceptés pour le prix des espèces dans tous les paiemens.
- 5°. Monnaies des États ecclésiastiques.
- On compte en écus romains, valant 100 baiocchi de 5 qua-trini ou 10 décimes ( paoli). Les monnaies d’or sont les se-quins, qui valent 2i5 baiocchi, et la doppia, de 313 baiocchi.
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- 54 MONNAIES.
- Celles d’argent sont l’e'cu romain, qui vaut 3 | lestoni, ou 5 papeti ou piécettes de 20 baiocchi.
- 6°. Monnaies d’Espagne.
- Chaque province tient les comptes à sa manière. Les monnaies sont d’argent ancien ou d’argent nouveau (depuis 1686) ; l’usage de compter en l’une ou l’autre de ces monnaies a prévalu sur les règlemens contraires. La méthode castillane est cependant la plus usitée ; on y tient les comptes en réaux,. soit de veilîon , soit de plate ( argent ancien ) , ayant 34 ma— ravédis.
- La pistole d’or de 8 écus vaut 160 réaux d’argent nouveau, 170 d’argent ancien , ou 320 réaux de veillon. Il y a des pis— tôles de 4j 2 > 1 et ~ écus. La piastre espagnole est fort répandue en divers pays, tels que l’Italie , l’Égypte, l’Afrique, etc. ; c’est une pièce d’argent valant 10 réaux d’argent nouveau, ou 20 de veillon. Il y a des pièces d’argent d’une demi-piastre, d’un quart, d’un huitième et d’un seizième , ainsi que des menues monnaies de bas aloi.
- 70. Monnaies de Hambourg.
- Les comptes se tiennent en marcs lubechois ou hambourgeois de 16 schillings, valant 12 pfennings chaque. La livre flamande est reçue pour 2 ‘ écus, ou thallers où risdales ; ceux-ci pour 1 j écus de banque ou 3 marcs lubeckois. On reconnaît, à Hambourg, trois sortes de valeurs :
- i°. La valeur de banque , en laquelle s’énoncent toutes les lettres de change ; c’est une monnaie imaginaire, qu’on suppose telle que le marc de Cologne, en argent fin, vaut 27 | marcs de banque.
- 20. Les espèces de banque ; ce sont des écus qui valent 3 marcs espèces déposées à la banque.
- 3°. Enfin, la valeur courante monnayée. Le marc de Cologne en argent fin produit 34 marcs courans; l’argent de banque est à la monnaie courante comme 16 est à i3. Il y a des pièces d’argent de 1,4, B schillings , de 2 marcs, et des
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- ^cus ou risdales de 3 marcs. Les monnaies d’or sont les ducats, valant 6 j marcs de banque.
- 8°. Monnaies du Grand~Duché de Toscane.
- La comptabilité se tient en livres de 20 sous à 12 deniers chaque, et aussi en écus valant 7 livres. Dans le commerce de Livourne, elle se tient en pièces de 8 réaux de ao sous chaque ; ces sous de pièces valent 5 | sous de livre. La livre vaut 1~ paoli de 8 crazie ou 4° quattrini ; 3 quattrini valent 1 sou ; 25 livres de Toscane valent 21 fr. Les monnaies d’or sont le ruspone, de 4° livres , valant 3 s équins y celles d’argent sont le fronces cône de 10 paoli, le franceschino, valant moitié ; la livre de 1 | paoli. Il y a en outre des pièces de 1 , 2 et 5 paoli.
- 90. Monnaies de Suisse.
- Les divers cantons suisses ne s’accordent pas entre eux pour adopter une monnaie commune, ce qui jette beaucoup de confusion dans leurs usages. On compte cependant assez généralement en francs ou livres de 10 batz à 10 rappen. A Berne, les comptes se tiennent en livres de 20 sous à 12 deniers : il y a des monnaies d’or de 16 et 32 francs ou livres , des écus de 4fr., de 2 fr., et des pièces de 2 | , 5 et 10 batz. Le batz vaut 4 kreutzers ou 1 o rappen ; l’écu ou tlialer de 3 livres vaut 2 florins , ou 3o batz de 2 sous chaque ; le sou vaut 2 kreutzers. À Bâle , les comptes se tiennent en florins de 60 kreutzers à 8 hellers , ou en florins de 15 batz à 4 kreut-zers, ou enfin en livres , comme à Berne. La livre de Suisse vaut if,5o de France. A Genève , on compte en livres de 20 sous à 12 deniers , et en florins de 12 sous à 12 deniers ; 1 livre vaut 3 ~ florins ou 20 sous courans , ou 42 sous géne-vois. Il y a des pistoles d’or de 1 o livres courantes ou 35 florins petite monnaie; l’écu vaut 3 livres courantes ou 12 f de ces florins.
- Les amis des Sciences ont lieu d’être surpris que l’administration d’une ville si éclairée sous tous les rapports, et
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- dont les habitans sont si renommés pour leur habileté en finance, restent tellement en arrière des pays civilisés relativement à leur système monétaire, qu’il est impossible à un étranger qui vient à Genève, de concevoir comment le peuple peut se reconnaître dans l’emploi qu’il fait d’une monnaie de billon très compliquée, et qui est presque seule en circulation.
- io°. Monnaies du royaume de Naples et Sicile.
- Depuis 1818, on compte en ducats de 100 grains ou ba-rochi à i o cavalli ou piceioli. Il y a des ducats d’or de i o, 20, 4° et 6o carlins ; des pièces d’argent dei,2,3,4>5,6, io et 12 carlins, etc. Le ducat vaut’5 tari ou io carlins de io grains chaque. L’once de Sicile vaut 6o carhns, l’écu 24, le florin 12.
- 11°. Monnaies du duché de Parme.
- Les comptes se tiennent en lire de 20 sous à 12 deniers; 81 lire valent 20 fr. de France. On y frappe des pièces d’or de 4° et 20 fr. ; et en argent de 1, 2 et 5 fr. Le système français y est reçu pour les titres et les valeurs.
- 120. Monnaies de Gênes.
- On y emploie quatre sortes de valeurs : celle de banque, qui vaut un quart en sus de celle dite hors banque; la monnaie de permission, en usage aux douanes, qui est de 15 p. 100 au-dessus de cette dernière ; enfin , la monnaie numerala, en laquelle la banque paie ses dividendes. Cinq livres hors banque en valent donc 4 de banque ; 23 livres des premières en valent 20 de la monnaie numerata; enfin , 437 livres hors banque valent 225 livres numerata. On tient les comptes en livres de 20 sous à 12 deniers ; les sequins d’or valent i3 livres io sous; les génoises 100 livres. Les écus génois en argent valent 9 livres et 9 livres 10 sous ; les écus à saint Jean-Baptiste 5 livres,. dont il y a des demis et des quarts. Les, Georgini sont de 26 sous, etc.
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- i3°. Monnaies de Portugal.
- La plus petite monnaie, les rées, sont l’unité de compte ; les lettres de change se tirent en crusades de 4°° rées, ou en crusades neuves de 480 rées ; le teston en vaut 100, le réal 40. Les portugaises d’or valent 20 et 24 mille rées, la meia dobra 6400, et il y a des pièces d’or de moitié , du quart (ou 16 testons), du huitième et du seizième (ou 800 rées) ; enfin, des crusades de 480 rées, tant en or qu’en argent, et des crusades d’argent de 1000 rées.
- 4°. Monnaies du rojaume de Prusse.
- D’après l’ordonnance de 1821, on compte , dans tous les états prussiens, en écus de 3o silbergos à 12 pfennings. Il existe des billets et des mandats de 1,5, 5o, 100 et 25o écus ; il est ordonné que ces billets auront la valeur de l’argent. Les monnaies réelles sont les ducats, les frédéricks et les demi— frédéricks d’or ; le ducat vaut 2 frédéricks, dont chacun est compté pour 5 écus tbalers ou risdales ; l’éçu vaut 24 bons gros, ou 3o silbergros.
- i5°. Monnaies de Russie.
- Les comptes se tiennent en roubles de 100 copecks : les paiemens se font en argent ou en papier de banque, perdant plus ou moins ; 100 en argent valent au moins aujourd’hui 3^4 en papier ; on ne compte guère le rouble que x fr., tandis qu’en monnaie d’argent il en vaut 4- ( V. la table précédente, pour la subdivision en roubles des pièces d’or et d’argent. )
- 160. Monnaies de Savoie, Piémont et Sardaigne.
- Les comptes se tiennent en livres de 20 sous à 12 deniers , et aussi en livres de 100 centimes. L’écu de 6 livres et celui de 3 livres sont les principales pièces d’argent ; les pistoles de 20 livres valant 20 fr., les carlins de 5 doubles valant 120 livres , sont les monnaies d’or : on a encore des fractions de ‘, '
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- de ces pièces. Les nouveaux règlemens ont adopté tout le système monétaire de France. En Sardaigne , l’écu vaut 2 livres et demie ou I o réaux ; le réal vaut 5 sous : 5 livres de Sardaigne en valent 8 de Piémont.
- 170. Monnaies du royaume de Saxe.
- On y compte en écus ou thalers, monnaie fictive , valant 24 gros à 12 pfennings. L’auguste d’or vaut 5 thalers, le ducat 2 thalers 20 gros. Les monnaies d’argent sont les écus ou risdales de 32 gros, les florins de 16 , le thaler de 24 , le gros, etc.
- 180. Monnaies du royaume de Suède.
- Les comptes se tiennent en écus ou risdales de 48 shillings à 12 rundstucks. Il y a des billets de caisse et des billets florins ; 3 des premiers valent 2 dés seconds. Les billets de caisse sont presque la seule monnaie en circulation , et sont la matière de tous les paiemens publics et particuliers. La valeur de ces billets varie beaucoup ; en juin 1824 , on donnait 100 écus d’argent en échange de 270 | en billets de caisse , et de 4®6 | en billets florins. On trouvera, dans notre table, les subdivisions des espèces monétaires.
- ig°. Monnaies vénitiennes.
- Outre les monnaies autrichiennes, on se sert du système français. Autrefois les comptes se tenaient en livres de 20 sous ou marchetti à 12 deniers piccoli, et en ducats de 24 gros à 12 grosetti ; 1 ducat vaut 6 A livres. Il y a des sequins d’or de 22 livres, des ducats de 14, des doublons de 38. Les monnaies d’argent sont l’écu de la croix de 12 | livres, le guistini de 11, le ducat de 8 , l’oselle de 3 , et le tallero
- de io. Toutes ces monnaies sont ici exprimées en livres vénitiennes ou piccoli.
- 2o°. Monnaies des Etats-Unis d'Amérique.
- Les comptes se font en dollars ^ qu’on divise en décimes et
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- MONNAYAGE. 5g
- centimes. Il faut 4 f dollars pour une livre sterling. L’aigle d’or vaut i o dollars ; il en existe aussi de 5 et de 2
- 2i°. Monnaies du Grand-Duché de Bade.
- On compte en florins de 60 creutzers. Il y a des ducats d’or de i, 2,5 et 1 o florins, et des pièces d’argent de 1 et 2 florins.
- 220. Monnaies du Japon.
- Les comptes se font en taies de 10 mas, valant 10 candorins chaque. On a des pièces d’argent de 5, 10 , 20 et 4° mas j et d’or de 5o et 100 mas.
- 23°. Monnaies de Perse.
- On compte par tomans, valant 5o abassis ou 100 mamoudis, ou 80 larins. Les monnaies d’or sont des roupies, qui valent, les unes 38, les autres 19 abassis à peu près. Les roupies d’argent en valent 5 et 2 Il y a beaucoup de variations dans les titres et les poids, ce qui rend incertaines les évaluations de ces monnaies, tant entre elles qu’à l’égard des nôtres.
- 24°. Monnaies de Turquie et d’Egypte.
- La piastre , grusch on dollar, vaut 4° paras ou 100 aspres chaque. La bourse d’argent est une somme de 5oo piastres ; la bourse d’or en vaut 3o mille. Le cours des changes porte environ 5g paras pour 1 fr., ou 125 pour 1 florin d’Hollande. Le fonduckli est une monnaie d’or valant 4 piastres : il n’en existe presque plus. Le sequin zermabub d’or vaut 3 piastres: mais il a subi des altérations , et souvent il ne vaut que 2 piastres 3o paras. Le juspara d’argent vaut 2 j piastres , ou too paras ; Yicklic 2 piastres ou 80 paras ; Valmichlec 60 paras, le grusch 40, Yyaremlec 20, le roubb 10. Il y a encore des menues monnaies d’argent de 5, 10, x5, 20 et 3o paras. Fr.
- MONNAYAGE {Arts mécaniques). Nous avons établi à l’article Monnaie qu’il importe à la prospérité des gouvernemens et
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- MONNAYAGE.
- des nations que l’effigie du prince soit la garantie du titre et du poids des monnaies, c’est-à-dire de la valeur qu’elles doivent avoir dans le commerce. Nous avons dit que les fraudes commises dans leur altération, et en leur attribuant une valeur nominale différente de celle qu’elles ont réellement, étaient punies par la ruine du crédit et des revenus fiscaux des gouvememens qui croyaient s’enrichir par cette mesure. Il est du plus haut intérêt pour les princes que les monnaies aient une valeur égale précisément à celle qui leur est attribuée , moins les frais de fabrication. Il ont donc dû environner les procédés du monnayage de toutes les précautions propres à en assurer les résultats contre les fraudes de la fabrication. De là les Cours de monnaies, qui jugeaient autrefois souverainement, et en dernier ressort, de tout ce qui concernait ce genre d’entreprises. Il y en avait deux en France, l’une à Paris, l’autre à Lyon, et vingt-un hôtels des monnaies; mais maintenant l’administration du monnayage est très simplifiée, et il paraît que les douze villes où les monnaies sont fabriquées sont sur le point de se voir encore réduites à un moindre nombre. Ces villes sont Paris, Lyon, Bordeaux, Lille, Strasbourg, Besançon, etc.
- C’est à Paris que réside l’administration centrale, qui remplace la Cour des monnaies; elle est composée d’une commission de trois membres, juges des opérations de toutes les monnaies de France, du graveur, qui exécute les Coins, et d’EssAYEüRs, qui préparent les élémens du jugement du tribunal.
- Nous avons exposé à l’article Essayeur , la nature des fonctions qui leur sont attribuées. Toutes les monnaies de France doivent envoyer à la commission des échantillons pris au hasard dans le pièces frappées d’une même fonte. Ces échantillons sout choisis par les chefs légalement préposés par h Gouvernement pour surveiller tous les détails de la fabrication , contradictoirement avec le directeur, lequel est un entrepreneur chargé, à ses risques, périls et bénéfices, de faire confectionner la monnaie. Les pièces d’échantillons sont en-
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- vôyées cachetées aux essayeurs, qui leur font subir sur-le-champ les épreuves chimiques : s’ils s’accordent ensemble ( ils sont au nombre de deux), le jugement est conforme à leur sentiment; eii cas de discordance, l’inspeeteur refait l’essai. Les pièces sont détruites, ou admises en circulation sur un ordre de la commission, fondé sur cette décision. Le contrôleur exerce aussi son droit de révision, et atteste que le poids est conforme à la loi. La commission est, en outre, chargée de tous les autres règlemens généraux relatifs à la fabrication, et d’en surveiller toutes les parties.
- On accorde au directeur un droit de 3 fr. par kilogramme d’argent à 0,9 pour ses frais; le droit sur l’or est de 9 fr. : de plus, on lui donne le local et les appareils nécessaires à l’exploitation. Il frappe monnaie pour quiconque lui apporte des lingots. A cet effet, il les fait essayer par ses préposés, s’il ne veut pas s’en rapporter à la marque de l’essaveur du commerce , et les paie en argent monnayé, conformément au titre, et en prélevant son droit de 3 fr. ou 9 fr. par kilogramme. Quelquefois aussi on obtient une modération sur le droit, en laissant un temps convenu entre les mains du directeur les métaux sans en retirer de profit; les frais sont payés par les intérêts.
- Chaque hôtel des monnaies est composé de chefs qui, comme nous l’avons dit, représentent le prince et surveillent les opérations. Ces détails administratifs seraient étrangers à notre objet; nous ne nous y arrêterons pas, non plus qu’à décrire les procédés chimiques dont on se sert pour faire l’essai des lingots et des pièces, parce que ce sujet a été traité avec tous les détails qu’il comporte à l’article Coupellation’.
- La loi ordonne que toutes les monnaies soient au titre de neuf dixièmes de fin, c’est-à-dire qu’un dixième seulement du poids soit en cuivre, et le reste en métal pur. Le poids des pièces est pareillement fixé. On accorde une tolérance de 2 à 3 millièmes sur le titre, et autant sur le poids, sous le nom de remède d’aloi et remède de poids. ( P. Monnaie.) Il convient
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- de de'crire les proce'de's d’art qui servent à atteindre le résultat prescrit par la loi.
- Et d’abord, le directeur qui veut fabriquer les pièces de monnaie compare les titres des me'taux dont il peut disposer , pour les fondre ensemble et les amener à 0,9. Ceci n’est qu’un simple calcul, qu’on nomme règle d’alliage, qui consiste à savoir quels poids on doit prendre des divers métaux, les uns plus purs, les autres plus alliés que 0,9, pour que la fonte produise juste 0,9. Nous l’avons expliqué au mot Arithmétique, T. II, page 184. L’opérateur pourrait bien traiter chimiquement les lingots pour les affiner au degré légal ; mais c’est, ce qu’il se garde bien de faire , parce que cette opération exigerait des frais qu’il doit éviter avec attention. Il n’affine que dans le seul cas où il ne pourrait se procurer, par les voies du commerce , des métaux plus purs que 0,9 , pour amener le titre à ce degré, et ce cas arrive bien rarement.
- Les métaux , convenablement divisés en fragmens pour en faciliter la fonte, sont mis dans des creusets à un feu de Fourneau à réverbère (ce sujet a été traité ailleurs), et lorsque la matière est bien fondue et brassée, l’essayeur prend h goutte, c’est-à-dire qu’il enlève une petite partie du métal liquide, pour s’assurer si le titre est dans les limites légales de tolérance. Il ajoute ce qu’il faut pour l’amener à ce point, et il y a un grand art à profiter de toute la tolérance de 2 ou 3 millièmes pour accroître le bénéfice de l’opération.
- Cela fait, on coule dans des lingottières ; ce sont des vases de fonte très épais , qui s’ouvrent en deux mâchoires, à la manière des appareils à faire des gauffres. Chaque lingottière est creusée d’un sillon longitudinal d’environ i5 pouces de long , dans lequel on verse le métal ; l’épaisseur des parois est nécessaire pour que le refroidissement soit régulier, afin d’éviter les soufflures. L’air se dégage et cède la place au métal, à l’aide de rigoles qui font de petites rebarbes le long de la pièce, laquelle a la forme d’une lame épaisse d’environ 3 lignes. On ouvre de suite la lingottière ; le métal solidifié,
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- mais encore rouge, tombe à terre, et l’on en verse de nouveau. Ordinairement il y a cinq à six lingottières semblables , que deux ouvriers emplissent tour à tour en y apportant le me'tal liquéfie' ; ils se servent d’espèces de cuillères , avec lesquelles ils puisent dans le creuset; et passant successivement d’une lingottière à l’autre , l’opération marche avec vitesse.
- Toutes les lames tombées sont enlevées avec des pinces et réunies en un tas ou faisceau, pour les laisser refroidir : on coupe ensuite les rebarbes, et l’on porte au laminoir. Trois ou quatre laminages réduisent la lame à une ligne et demie d’épaisseur ; l’effort est énorme , et souvent elle rougit le métal par la pression, qui en exprime la chaleur combinée. On recuit alors la lame pour rendre du nerf au métal, qui sans cela deviendrait fragile. On lamine de nouveau, on recuit, et enfin on arrive à donner à la lame l’épaisseur strictement nécessaire à la suite de l’opération.
- Il faut savoir que dans le laminage la pièce de métal ne s’élargit pas sensiblement ; elle s’allonge seulement. On a donc eu soin, en la fondant, de lui donner la largeur voulue pour qu’on puisse y tailler la pièce. Trop de largeur donnée à la iame ferait un déchet de fragmens qu’il faudrait reporter à la fonte ; trop peu de largeur serait un inconvénient pire, parce qu’on n’y trouverait pas la largeur de la pièce. La lingottière est donc construite en conséquence pour que la lame excède peu le diamètre de la pièce. Cette lame est ensuite blanchie en la plongeant dans une eau acidulée par l’acide sulfurique , et dont on retire de beaux cristaux de sulfate de cuivfe ; ensuite on essaie de nouveau le titre.
- Comme il est indispensable que la pièce ait une épaisseur bien exactement déterminée, sous peine de former ensuite des monnaies trop légères ou trop pesantes, et que les laminoirs sont sujets en s’échauffant à prendre du mouvement, on a soin de veiller à donner aux cylindres l’écartement nécessaire, à l’aide d’un toume-à-gauche, ou petit mouvement de vis qui change la distance des axes aussi peu qu’on veut.
- C’est dans ces lames qu’avec un emporte-pièce on taille les
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- Jlans ; on nomme ainsi les disques me'talliques qui feront bientôt des monnaies. Si la lame pre'sente des soufflures j on saute par-dessus : on remet ensuite les débris à la fonte.
- Dans cet état, chaque flan est pesé avec le poids faible de la tolérance ; tout ce qui est au-dessous est rebuté et refondu ; ce qui est au-dessus de ce poids est soumis à une autre pesée avec le poids fort. Tout flan qui a résisté à ces épreuves est réputé bon ; ceux qui sont trop pesans sont affaiblis en enlevant un copeau, et soumis de nouveau aux deux pesées comme la première fois.
- Il ne reste plus , pour achever la pièce de monnaie, que de la frapper. On la marque d’abord du Cordon’, opération qu’on fait avec une machine que nous avons décrite à ce mot -puis on la marque sur ses deux faces , en la faisant frapper par le Balancier , appareil que nous avons décrit, et dont nous avons expliqué l’effet.
- C’est alors que l’on prend quelques pièces au hasard pour vérifier si elles satisfont aux conditions légales de poids et de titre. Les commissaires délégués par le Gouvernement ont suivi toutes les opérations , pour s’assurer si par fraude on n’aurait pas mêlé au tas de monnaies quelques pièces qu| sont étrangères à la fonte , si l’alliage des métaux s’est fait avec régularité, etc. ; et en éprouvant quelques pièces seulement, on a la garantie que toutes sont dans les mêmes conditions de titre et de poids. Ce sont ces pièces que la commission centrale doit juger, et qu’on lui envoie. Le reste des pièces est soigneusement enfermé , pour n’être répandu dans la circulation qu’après une décision favorable. Cette décision est ordinairement transmise par le télégraphe dans les villes autres que Paris, parce qu’il importe de ne pas conserver, sans profit, les sommes considérables qui restent, sans produire d’intérêt jusqu’à l’arrivée du jugement. En général, dans l’art de fabriquer les monnaies , le temps est un élément de la plus haute considération, parce qu’une partie des bénéfices du directeur résulte souvent de l’emploi qu’il fait des capitaux dans la durée assignée pour exécuter l’opération.
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- MONNAYAGE. CS
- Chaque pièce contient sur une face l’effigie du prince et sou nom ; sur l’autre , une le'gende relative à sa valeur , des armoiries , l'année de sa fabrication, et enfin, deux marques de convention, l’une qui est celle de la Monnaie, l’autre du directeur : celles-ci changent avec les lieux et les temps. Les coins sont gravés à la commission de Paris, par un artiste qui ordinairement obtient cet honneur par suite d’un concours; ils servent pour toute la France , en sorte que les monnaies frappées dans tous les hôtels sont identiques pour tout le rovaume, quant au titre , au poids, aux diamètres et aux empreintes; mais on ajoute à chaque coin la marque spéciale de la Monnaie et du directeur , et lorsqu’il y a mutation dans le personnel, celle-ci est changée.
- Toutes les opérations du monnayage sont exécutées par des machines qui abrègent le temps ou multiplient les forces ; le laminoir, la machine à cordonner, le balancier, l’emporte-pièce , sont les principales. À Londres, ces effets sont produits par des machines à vapeur qui donnent le mouvement à toutes les parties ; en France , elles ne sont employées qu’au laminage ; le balancier marche sous l’effort des bras des hommes ; la machine à cordonner est aussi manœuvrée à la main ; elle exige peu de force. Nous ne nous proposerons pas d’expliquer ici comment des machines à vapeur peuvent produire tout le travail du monnayage , parce que ces communications de mouvemens ne présentent aucun intérêt, et que chacun suppléera aisément à notre silence. Il ne faut pas croire que le monnayage soit un art plus perfectionné en Angleterre que chez nous, par ce motif que de belles machines à vapeur y exercent toutes les fonctions que chez nous on ne fait que successivement et à bras d’hommes. D’une part, nos monnaies ne le cèdent à aucune autre de l’Europe sous tcus les rapports, et de l’autre , quant aux procédés qui amènent ce résultat, ce n’est absolument qu’une question d’argent. Que le monnayage coûte plus cher ici que là, c’est le sujet qu’il suffit d’examiner. Or, ce calcul suit des prix de la houille et de la main-d’œuvre , qui sont très différens dans les deux Tome XIV. 5
- con—
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- trées. 11 n’y a que le laminage et l’emporte-pièce qui, à raison de la force énorme qu’ils exigent, puissent rendre indispensable l’emploi d’une machine à vapeur : mais le reste de l’opération peut être fait à Paris avec moins de dépense, en se servant des bras d’hommes.
- Le balancier de M. Gingembre est une des inventions les plus ingénieuses et les plus commodes pour frapper les pièces de monnaies ; cette machine est maintenant en usage dans presque toute l’Europe. Rien ne sera plus facile que de la faire fonctionner par la vapeur quand on le jugera nécessaire ; et c’est ce qu’on fera dès qu’on aura reconnu qu’il y a quelque gain à en retirer. C’est de la comparaison des frais d’établissement et d’entretien ( V. Machines } , avec le prix de la houille et de la journée d’ouvrier , que suivra le parti qu’on devra prendre à cet égard ; et, comme nous l’avons fait remarquer, le temps nécessaire au monnayage est l’élément le plus essentiel à considérer , parce que dans cette durée le capital reste inactif. Il faut aussi faire entrer en ligne de compte les réparations des machinés , la nécessité de les avoir doubles pour qu’elles ne chôment pas, etc. On voit que la question dont nous traitons doit être abandonnée à l’intérêt particulier , qui seul est appelé à décider s’il vaut mieux opérer comme on le fait à Londres que comme on le fait à Paris.'Ce qui importe essentiellement, c’est que les sommes allouées au directeur des monnaies soient les moindres possibles , et que la monnaie soit belle et bien frappée. Je pense que , sous ces rapports, nous n’avons rien à envier à nos voisins.
- L’administration des monnaies des médailles est tout-à-fait distincte de celle qui a fait le sujet de notre article; les procédés de fabrication sont de même nature, et nous n’avons pas cm devoir en parler séparément. C’est sous les rapports des Beaux-Arts que cette fabrication pourrait être considérée avec intérêt, et ce sujet nous est étranger. {V- l’article Bronze, où nous avons donné plusieurs des renseignemens utiles à ce genre d’industrie. )
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- MONOCORDE. 67
- Les hôtels des monnaies renferment aussi deux établisse-^-mens d’utilité' publique et de perception d’impôt fiscal : l’un est I’Argue , vaste salle où sont établies les machines propres à réduire en fils les lingots d’or et d’argent ; l’autre est le bureau de Garantie , où les fabricans de vaisselle et de bijoux viennent faire marquer les objets d’un poinçon qui en atteste le titre. Comme ces sujets ont été traités aux articles Argue , Garantie et Contrôle , nous n’y reviendrons pas. Fs.
- MONOCORDE ( Arts physiques). Ce sont des instrumens de Physique dont on se sert pour démontrer dans les cours , par expérience , certaines propriétés des cordes vibrantes : on les voit fig. i3 et 14 , PI. i5 des Arts physiques. Dans l’un -, fig. i3, la corde sonore est tendue horizontalement sur une caisse d’environ i mètre de longueur et i5 centimètres de largeur : deux chevalets placés vers les extrémités sont, l’un fixe, l’autre mobile > la corde, nouée par un bout au-delà du premier chevalet, est tendue à l’autre bout et en-deçà du second, par une cheville ou par un poids variable à volonté. En rapprochant le chevalet mobile de celui qui est fixe , on accourcit la corde , et l’on reconnaît que , sous la même tension, les sons qu’elle rend deviennent de plus en plus aigus en la rendant plus courte. En conservant la même longueur de corde et la chargeant de poids croissans , on entend encore monter les sons vers l’aigu ; et comme on peut mesurer les longueurs des cordes vibrantes et les poids dont elles sont chargées, on peut vérifier les lois d’acoustique exposées T. VI, page 47, à l’article Cordes vibrantes. On voit, par exemple, que la corde qu’on charge d’un poids double rend un son à l’octave, et qu’elle le rend aussi sous un même poids en réduisant la corde à moitié. La quinte est rendue par les deux tiers de la corde sous la même tension, la tierce par les quatre cinquièmes, etc.
- Le monocorde de la fig. >4 est beaucoup plus exact que celui de la fig. ï3 , quand on veut faire varier les tensions, parce que l’inflexion que fait la corde sur la poulie où elle se trouve engagée pour prendre la direction verticale et porter
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- 68 MONOPOLE.
- les poids, peut changer certaines conditions de l'expérience ; le frottement de la poulie entre aussi enjeu. Là corde sonore est pincée au bout supérieur qui est fixe , et une petite caisse à jour portant un anneau au sommet, est suspendue à l’autre bout par cet anneau : on charge la caisse de poids variables au gré des expériences. Un curseur mobile le long d’une tringle verticale tient lieu de chevalet , ou porte une pince ; on peut de la sorte isoler la longueur de corde qu’on veut faire vibrer sous une tension connue. Ici, comme ci-dessus, les sons se trouvent renforcés par une caisse en carré long parallèle à la corde, et formée de planches minces en sapin bien sec, de la même manière qu’on fait les tables de Violon, et ayant des ouvertures pour donner issue aux vibrations intérieures. ( V. Guitare. ) La table est divisée par des lignes parallèles horizontales équidistantes et numérotées , par exemple, en millimètres , pour y pouvoir lire facilement les longueurs qu’on expérimente.
- Un pareil système peut être employé comme Diapazon ; si le poids est choisi de manière que la corde rende le son que les musiciens appellent un la, elle rendra constamment ce même son, tant que le poids ne changera pas. Il faut pourtant dire que la chaleur , en dilatant la corde , l’allonge , et que cet effet rend le son un peu plus grave.
- C’est avec le monocorde qu’on fait , dans les cours de Physique, les expériences qui démontrent les propositions d’acoustique relatives aux ventres et aux nœuds des cordes vibrantes, aux sons harmoniques, aux rapports qui existent entre les sons produits, le nombre des vibrations , la tension de la corde, sa grosseur et sa longueur. ( V. Cordes vibrantes.)
- Fr.
- MONOPOLE {Commerce). Terme par lequel on désigne un système qui rend un homme ou une compagnie seul capable de vendre et d’acheter une espèce de marchandise , ou d’exploiter seul une branche d’industrie. Tantôt le monopole est le résultat de la législation d’un pays ; c’est ainsi qu’en F rance, en Savoie , etc. , l’Etat fait seul le commerce de tabacs ; en
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- MOITEUR DE BOITES. 69
- Plusse, en Autriche , etc. , les voitures publiques n’existent qu’au profit d’une compagnie ; en Égypte, le pacha est presque le seul commerçant, et ce n’est qu’à lui ou à ses délégués qu’on peut acheter ou vendre la plupart des marchandises. Tantôt le monopole naît de la concurrence même , lorsqu’un individu a écrasé toutes les concurrences par la puissance de ses richesses et dé ses relations, comme lorsqu’il achète toutes les laines ou toutes les soies d’un pays , et ne les revend ensuite qu’à haut prix ; ce genre d’ope'rations a toujours été regardé comme le plus funeste emploi du talent et des ressources. Nous ne nous arrêterons pas à discuter les dangereux effets du monopole , et à montrer combien la concurrence est utile aux consommateurs et aa fisc : ces vérités incontestables sont de celles qui ne trouvent plus de contradicteurs. Fr.
- MONTAGNES RUSSES ( Arts mécaniques). On a donné ce nom à des plans incline's d’une certaine étendue, de 2 à 3oo mètres, garnis d’un chemin en fer le long duquel on descendait, ou, pour me servir du mot technique, on dégringolait , par l’effet de la pesanteur, dans de petits chariots dont les roues correspondaient aux ornières du chemin. Les personnes qui voulaient jouir de cet amusement montaient à pied au sommet de la montagne et se plaçaient, en payant, sur un chariot qui, à un signal donné, partait avec une grande rapidité, qu’augmentait encore sa chute le long du plan incliné ; de manière qu’elles arrivaient dans un instant au bas, où elles se faisaient ramasser.
- Je parle de tout cela au passé, parce qu’il n’existe plus aucune trace de cette folie, qui n’était pas sans danger. On a vu, en 1816 ou 1817, époque de leur plus grande vogue , plusieurs individus tués ou blessés en dégringolant des montagnes de Beaujon , à Paris. Alors la police s’en étant mêlée , le charme disparut, et les montagnes russes cessèrent d’être à la mode. Beaucoup d’entrepreneurs s’v ruinèrent. E. M.
- MONTEUR DE BOITES ( Technologie). La profession du monteur de boites est une des nombreuses divisions de l’art tle l’horloger. C’est le nom que l’on donne à l’ouvrier qui.
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- construit des petites boîtes en or, en argent, encrysocalque, etc., qui servent à renfermer les mouvemens que l’horloger confectionne, afin, de les garantir de la poussière, de l’humidité et de tous les accidens auxquels ils seraient sujets sans cette précaution.
- Le grand art dans la construction de ces boîtes consiste à ce qu’elles renferment le mouvement sous le plus petit volume possible , sans gêner aucune pièce , ce qui tendrait à ôter de la régularité à la montre. Il est important surtout que la rainure dans laquelle entre le verre, et qu’on nomme drageoir, soit assez profonde et faite avec assez de soin, pour que le verre v tienne bien et ne soit exposé ni à se détacher ni à se fendre.
- C’est à feu Bréguet que l’on doit l’excellente construction des boîtes telles qu’on les a généralement adoptées aujourd’hui. Les mouvemens n’y sont plus retenus à charnière , ils y sont fixés par trois clefs, de sorte qu’il n’y a qu’un horloger qui puisse en examiner l’intérieur : par cette précaution, on empêche beaucoup de saletés de s’y accumuler. Ce sont de ces nouvelles boîtes dont nous allons décrire la construction.
- Une boîte est composée de plusieurs pièces, deux lunettes, le cercle, la cuvette , la queue , la boucle , la charnière , et d’une seconde cuvette lorsqu’elle ne doit pas avoir de verre. On appelle ces dernières sortes de boîtes montres à savonnettes.
- L’ouvrier tire à la filière le métal qui doit lui servir à faire les lunettes et le bord du cercle. Il arrondit ces pièces avec la masse sur un mandrin légèrement conique et de la grandeur qu’exige le mouvement qu’il veut renfermer. Il contourne de même le cercle. Ces pièces ainsi disposées, il les soude séparément, ensuite il place sur le tour, l’une après l’autre , les deux pièces qui doivent terminer le cercle pat ses deux extrémités; après leur avoir donné, sur le tour, la forme nécessaire, et préparé la place où doit s’ajuster le cercle, il place celui-ci sur le tour et l’ajuste successivement par chacune de ses extrémités sur les pièces qu’il vient de préparer-Alors il soude ces trois pièces ensemble.
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- Tl remet cette pièce ainsi soudée sur le tour, et dispose les places sur lesquelles doivent reposer les lunettes. Il metcelles-ci sur le tour, les ajuste l’une après l’autre sur la base du cylindre que forme le cercle que chaque lunette doit couvrir, et creuse avec soin le drageoir destiné à recevoir le verre d’un côté et la cuvette de l’autre.
- Il s’agit ensuite de placer les charnières et la queue. Les charnières sont formées chacune de trois ou cinq çharnerons, selon que la charnière doit être plus ou moins longue. Ces çharnerons sont coupés d’un petit cylindre creux , fait du même métal que la boîte, et obtenus de la grosseur convenable en le tirant à la filière. L’ouvrier fait, sur le bord de la lunette et sur le bord du cercle, la place que doit occuper la charnière ; il se sert pour cela d’une lime qu’on appelle à charnière. Cette lime est plate et de l’épaisseur du charneron ; elle a une forme ronde sur son épaisseur, et n’est taillée que dans cette partie. Après avoir ajusté les çharnerons à la place qu’ils doivent occuper, il les soude avec précaution, et achève ensuite de les ajuster.
- 11 soude en même temps la queue, qu’il a préparée auparavant et tournée. Toutes ces soudures faites avec soin, il répare le tout, fait jouer la charnière après l’avoir goupillée, approprie et polit le tout..
- 11 lui reste à faire la cuvette. Pour celail prend une plaque de la même matière , il la forge à froid et l’emboutit convenablement ; il la place sur le tour et l’ajuste dans le drageoir, de manière qu’elle ne puisse s’en séparer qu’avec force. Si la boîte doit être à savonnette, c’est*-a-dire qu’elle n ait pas de verre, il place une cuvette sur chaque lunette avec le même soin.
- Dans les boîtes à savonnette et dans les boîtes des montres a répétition , la queue ne doit pas être pleine. C’est un cylindre creux que l’ouvrier soude en place de la queue dont nous avons parlé , et il ajuste dans ce cylindre la queue , qui doit entrer à frottement doux. Cette queue est aussi un cylindre creux qui doit contenir une pièce d’acier trempé dont
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- nous ne parlerons pas ici , puisqu’elle n’est pas du ressort du monteur de boîtes, mais que nous de'crirons aux mots Répé-titïox et Savonnette.
- L’ouvrier ajuste au bout de la queue l’anneau, qu’on nomme atîsgi beliere, et il l’assujettit, soit par une goupille qu’il rive, soit par une vis dont la tête est noyée dans une des branches de la boucle , et taraude'e dans l’autre. L.
- MONTGOLFIÈRE ( Technologie). C’est le nom que l’on donne aux ballons aérostatiques , imaginés par Montgolfier, qui s’élèvent et se soutiennent dans l’air par la seule cause de l’air dilaté par la chaleur, et qui se trouve renfermé dans l’enveloppe qui constitue le ballon. Le principe de cette construction a été développe' au mot Aérostat, T. Ier, pages 169 et suivantes, auquel nous renvoyons. On a donné à ceux-ci le nom de montgolfières, pour les distinguer des aérostats, dont l’ascension est due au gaz hydrogène qui remplit le ballon. On voit que , dans les deux cas , l’effet est le même ; la cause seule est différente. L.
- MONTRE ( Arts mécaniques). Pièce d’horlogerie portative, et qui par conséquent ne fait intervenir dans sa construction aucun poids moteur. Le plus souvent la machine et la boîte qui la contient sont d’assez petit volume pour pouvoir être suspendues au cou à l’aide d’une chaîne , ou portées dans un gousset : on en fait de si petites, qu’elles peuvent s’enchâsser dans le chaton d’une bague, et de très grosses qui servent dans les voyages , qu’on suspend dans les voitures, ou qui règlent la marche des navires. Ces appareils varient autant par leur volunlt que par l’art qui préside à la disposition des pièces , et nous ferions un ouvrage entier si nous entreprenions de décriie cette multitude de modifications, où éclate le génie d’invention le plus remarquable. Nous devons nous borner à expliquer le mécanisme le plus en usage, et les principaux changemeus qu’on y fait pour donner à la montre une grande précision de mouvement, ou pour la livrer au commerce à plus bas prix. L’habitude qu’on a de se servir de ces jolies machines , ne laisse pas fixer l’attention sur ce qu’il
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- faut développer de talent pour obtenir un moyen de diviser la durée avec régularité , ou du moins pour obtenir une marche passable , et cependant rendre l’appareil d’un prix si modique , que les gens du peuple même le trouvent à leur portée. Mais on ne craint pas d’affirmer qu’il n’v a pas d’art plus perfectionné que l’horlogerie, et pas de pièce plus délicate et plus ingénieuse que la montre même la plus commune, dont le prix ne dépasse souvent pas celui d’une serrure.
- On croit que les montres ont été inventées du temps de Charles-Quint, dans le quinzième siècle : elles étaient alors chères, rares et très grossières. On y trouvait une corde à boyau qui communiquait du ressort moteur aux rouages ; il y entrait des poulies, un échappement très imparfait, etc. : mais peu à peu le génie d’invention qui a présidé à l’horlogerie a tellement perfectionné le mécanisme , qu’il ne reste plus que peu de progrès à espérer pour l’avenir. Les montres marines de Bréguet conservent une marche si constante, qu’elles rapportent souvent l’heure j uste après de longues navigations. Lorsqu’on considère quelle courte durée est une seconde, n’est-il pas prodigieux qu’un chronomètre puisse soutenir sa marche de manière à ne pas la laisser varier d’un intervalle beaucoup plus grand chaque jour? Assurément le génie et l’habileté de la main-d’œuvre ne peuvent aller plus loin.
- Il ne sera question ici que des montres simples , qui marquent seulement les heures, minutes et secondes ; nous nous réservons de parler des mécanismes qui donnent les jours de la semaine , les quantièmes, les phases de la lune , etc. , en traitant des Nombres de dents des rodes ; nous indiquerons aux articles So.vxerie, Réveil, Répétition, les procédés employés pour faire sonner les heures, ou faire frapper à volonté sur un timbre.
- ^°us distinguerons dans une montre plusieurs parties principales pour les décrire à part, le ressort moteur , le spirale, le régulateur du mouvement ou l’échappement, les rouages , quon appelle le mouvement, la fusée et sa chaîne, le cadran ,
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- enfin , la boite. Nous aurons soin de montrer aussi comment chaque pièce fonctionnant, il en re'sulie un mouvement uni-, forme de toutes, qui se traduit aux aiguilles indicatrices de la durée écoulée.
- 1. Ressort moteur. Une lame d’acier trempé et revenu au bleu, très élastique et souvent de plus de 2 pieds de Ion- 1 gueur, est roulée en spirale et enfermée dans un tambour en cuivre, sorte de cylindre creux qu’on nomme Barillet. ( W. ce mot. ) Les deux fonds sont percés d’un trou central pour laisser passer les bouts d’un arbre d’acier , autour duquel on enroule la lame de ressort. À cet effet, cette lame est percée d’un œil à chaque bout ; celui du centre reçoit une dent ménagée à l’arbre, et qui saisit ce bout, entraîne la lame et l’enroule, lorsqu’on fait tourner l’arbre : l’œil de l’autre extrémité dé la lame est de même retenu par une dent qui saille sur la paroi interne du tambour, en sorte que lorsqu’on tourne l’arbre , ce bout ne puisse quitter le tambour, et que le ressort s’enroule sur l’arbre quand on maintient celui-ci •fixe. Cette disposition est indiquée fig. 3 et 7, PL 37 des Arts mécaniques; seulement le tambour est ici à jour, pour montrer comment le ressort im s’y trouve placé , tandis qu’on a soin de fermer le barillet par une plaque circulaire en cuivre , dont les bords coupans se logent dans un sillon circulaire , pour empêcher les poussières d’y entrer et d’épaissir l’huile dont on graisse la lame, afin qu’elle glisse plus aisément.
- Lorsqu’on tourne l’arbre à l’aide d’une Clef forée ( V. Clef) qui en saisit le bout travaillé en carré, le barillet reste im-.. mobile , parce qu’il est indépendant de l’arbre : le ressort se ;» serre donc sur l’arbre de plus en plus, et fait effort pour se ^ débander. Remarquez que la lame ainsi bandée tire le tambour pour le faire tourner ; mais que celui-ci, retenu par les engrenages dont on va parler, résiste à cet effort, et demeure en repos lorsqu’on monte le ressort. Si l’on venait à quitter la clef, l’arbre devrait retourner en sens contraire ; mais il est retenu par un Encliquetage dont le Cliquet B est engagé dans
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- la roue à Rochet K. Cette roue est en acier, fixée à l’arbre , et ses dents obliques, au fond desquelles butte le cliquet B , ne permettent la rotation que dans un sens ; en sorte qu’on puisse tourner l’arbre avec la clef pour monter la montre, mais que lorsqu’on lâebe la clef, cet arbre ne puisse céder à la tension du ressort et rétrograder. La roue à rochet K est percée d’un trou central carré, de même calibre juste que cette partie de l’arbre, qui est aussi carrée en cet endroit, aussi bien qu’au bout que saisit la clef. Cette pièce est aussi figurée PI. q des Arts mécaniques, fig. 8. Du reste, l’arbre est maintenu entre les deux platines de la montre HM ,DN ( fig. 3, PL 37 ) , et cylindrique aux parties qui portent ; le bout carré que la clef saisit, vient saillir par un trou ménagé, soit au cadran, soit au fond de la boîte de montre, selon les dispositions qu’on donne au mouvement.
- Voilà donc la montre montée, et le ressort qui tire avec plus ou moins de force le barillet pour le faire tourner sur son arbre immobile. C’est cette puissance, de développement du ressort qui va mettre les rouages en jeu, ainsi qu’on va l’expliquer. Pour qu’un ressort soit réputé bon, il faut qu’il y ait du nerf, que sa longueur soit telle que, roulé dans le barillet , il y fasse environ six tours, laissant au centre un vide de cinq à six tours. Il faut qu’en le bandant sur son arbre , les tours viennent s’y enrouler en se quittant successivement sans gripper, ni même glisser les uns sur les autres.
- Dans le système qui vient d’être décrit, on fait porter au contour du barillet une denture E (fig. 3), qui engrène avec le rouage, et le mène ; c’est ce mécanisme qu’on appelle un barillet tournant, expression impropre, puisque, dans tous les cas, le barillet doit tourner pour suffire au développement du ressort ; mais cette manière de fonctionner n’est employée que lorsqu’on a travaillé le ressort de manière à lui donner de la régularité, et que l’échappement est libre , pour obtenir Un effet constant dans tous les états de développement. On fait en général le ressort beaucoup plus long qu’il ne faut, afin qu’il n’ait besoin de se développer que d’une petite por-
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- tion de sa longueur , et que son action ne produise pas trop d’inégalité dans toute la durée que la pièce doit marcher (environ 3o heures). ( F. Ressort et Remontoir. ) Quoi qu’il en soit, on ne se sert guère des barillets tournans que lorsque l’échappement est à cylindre, ou à foxxe constante {JF. Échappement ), ou dans les horloges dont le régulateur est un pendule. Dans le cas où l’on préfère un échappement à recul, pour remédier à l’action variable du ressort à mesure qu’il se débande , on a imaginé un mécanisme très ingénieux , que nous allons décrire.
- 2. Fusée, chaîne. Les fig. 4 et 7 représentent le barillet A privé de denture , et son arbre K ; la fusée est une pièce de forme conique B , dont la surface est recouverte d’une rampe spirale en plan incliné. Une chaîne BA , formée de petits chaînons d’acier , s’enroule alternativement sur le tambour A et sur la fusée B. La fig. 4 montre l’état des choses quand le développement est à moitié ; mais si le ressort vient d’être complètement monté, la surface du tambour est nue , et la chaîne recouvre la fusée de bas en haut. On ne bande plus le ressort, comme dans les barillets tournans, en saisissant leur arbre avec la clef; cet arbre est immobile; mais comme la chaîne est accrochée par l’un de ses bouts au bas de la fusée , et par l’autre sur le barillet, on conçoit qu’en tournant l’arbre de la fusée avec une clef forée en carré , on force la chaîne à s’enrouler sur la surface, et à tirer le barillet pour l’obliger à tourner sur son arbre , qui est tenu immobile : ainsi, le grand ressort s’enroule autour de l’arbre , puis fait effort pour tirer la chaîne en sens contraire. La fusée tourne donc par cette action, et le rouage est mis en jeu à l’aide d’un engrenage avec la roue E. On voit que dans lé commencement du mouvement, où le ressort a toute sa puissance, il agit avec le petit bras de levier du diamètre supérieur de la fusée, et qu’à mesure qu’il se développe et que son énergie s’affaiblit, son bras de levier va croissant. Le ressort regagne ainsi la force qu’il perd , par les conditions où soa action s’exerce.
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- Dans le cas où l’on se sert d’une fusée , l’encliquetage que nous avons décrit s’adapte à la fusée , mais on le cache dans son intérieur, pour ménager l’espace. Ainsi, à l’arbre de la fusée tient une roue à rochet ( fig. 8 ) qui permet à cet arbre de tourner dans un sens quand on monte le ressort ; mais la pièce conique B (fig. 4 ) est indépendante de la roue E, qui, engagée dans le rouage, reste immobile : dans le mouvement qu’on vient de décrire , cette roue E porte l’encliquetage qui s’oppose à ce que l’arbre HI , que tirent le ressort et la chaîne, ne puisse tourner en sens contraire , sans entraîner avec lui la roue E, la fusée et le reste du rouage. Le barillet a d’ailleurs son arbre retenu' par une roue à rochet comme ci-devant ; mais il est assujetti à ne jamais tourner dans aucun sens. Ce n’est plus cet arbre qu’on fait tourner, mais celui de la fusée, quand on remonte la pièce , et ce dernier est à quatre pans et saillant, pour donner prise à la clef.
- Quant à la chaîne, c’est une des pièces les plus délicates de la montre : ce sont de petits brins d’acier nommés paillons, qu’on taille à l’emporte-pièce, et qu’on perce d’un petit trou à chaque bout. Chaque paillon est une petite lame très mince, deux fois plus longue que large , et imitant la figure de deux cercles accouplés, dont les centres sont percés. Tous ces paillons sont exactement égaux , et voici comment on les assemble pour former la chaîne.
- L’épaisseur totale est celle de trois paillons, attendu qu’entre deux , qui sont disposés l’un sur l’autre parallèlement, on glisse le bout d’un troisième, dont l’œil correspond entre les deux yeux des premiers , qu’il sépare ; on y entre une goupille qu’on rive aux deux bouts. L’extrémité du paillon du milieu est de la sorte saisie entre ces derniers, mais les dépasse , et c’est ce bout excédant qn’on saisit de meme, entre les extrémités de deux autres paillons , l’un dessus , l’autre dessous ; et ainsi consécutivement, de ma-niere que la chaîne soit formée d’une suite immédiate de paillons placés bout à bout, entre lesquels sont d’autres
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- paillons aussi bout à bout, mais dont une moitié est saisie entre une paire, et l’autre moitié' entre une autre paire.
- On commence par polir une plaque d’acier mince, puis un ouvrier, armé d’un poinçon à deux pointes , qui sont écarte'es d’autant que le doivent être les trous des bouts de chaque paillon, frappe sur la tête du poinçon pour percer la plaque de part en part. Il a d’abord posé la plaque sur un morceau de bois, pour que le poinçon ne s’émousse pas. A. chaque coup, il ne perce qu’un seul trou, parce qu’il fait entrer l’une des pointes de l’outil dans le trou qu’il vient de percer ; tons ces trous , également espacés , sont à peu près en ligne droite : c’est ce qu’on appelle piquer la lame. Tous ces trous ont des rebarbes, qu’on enlève à la lime , en retournant la plaque sens dessus dessous ; et comme cette opération les rebouche en partie, on les rafraîchit avec de petits coups donnés sur un autre poinçon à une seule pointe.
- On a une matrice en acier solidement établie ; c’est une petite pièce qui est percée d’un trou , moule exact d’un paillon, qui traverse son épaisseur d’une ligne et demie environ , mais qui va en s’évasant un peu en dessous. Le coupoir, ou emporte-pièce , est exactement de la forme et de la dimension d’un paillon , imitant deux petits cylindres accolés , dans l’axe desquels est une pointe un peu saillante. Ces pointes étant entrées dans deux trous de la plaque, on la pose sur la matrice au-dessus de son pertuis , et Ton frappe un coup de maillet qui détache un paillon et le laisse tomber sous la matrice. Il y a une condition nécessaire pour que le coupoir soit tellement placé au-dessus de la matrice , qu’il y entre juste quand le coup est donné ; c’est ce qu’on obtient par un guide qui est adapté dans un trou carré de l’enclume chargée de maintenir la matrice. Le guide ne peut que glisser perpendiculairement à la surface de la matrice ; et comme le coupoir est lié à un bras horizontal du guide , on le dispose à la distance exigée, et l’ouvrier est assuré que le coupoir enfilera toujours juste le trou de la matrice.
- Les goupilles sont des fils d’acier qu’on entre de force dans
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- les trous des paillons , assemble's comme il a e'te' explique', et faisant en sorte que les faces qui ont eu des rebarbes se regardent , et que par conséquent les faces extérieures présentent à leurs trous une petite concavité. Le fil d’acier est rendu plus fin à son bout, en le passant sous la lime dans un très petit sillon, sur un morceau de buis, et tournant en même temps le fil. Lorsqu’il est entré dans les trois trous des paillons qu’il doit unir en forme de charnière, on serre son bout dans un étau, et l’on passe les pointes d’une brucelle ou pince entre l’étau et le chaînon, pour que, par un petit coup, on force le chaînon à entrer davantage sur le fil : on coupe celui-ci au niveau des surfaces des deux côtés, et l’on rive, de manière qu’une tête plate emplisse la petite concavité des trous du côté externe de la chaîne.
- Les chaînons sont ainsi assemblés bout à bout ; ceux des deux extrémités sont terminés en crochet ; c’est un paillon de rang intermédiaire, dont l’un des yeux est ouvert en forme de crochet, qui est destiné à saisir le bord du tambour, ouïe bas de la fusée. Un trou percé au tambour d’une part, et une fente pratiquée à la fusée et renforcée d’une goupille de l’autre part, sont les parties que saisissent les crochets.
- Vient ensuite le tour de la lime à égayer; c’est une bande d’acier épaisse de 2 lignes , à surface courbée et non taillée, qu’on maintient horizontalement en serrant le bout dans un étau, et sur laquelle on fait couler la chaîne tendue et enduite d’un peu d’huile ; on tire les deux bouts alternativement avec une poignée prise dans le crochet, et l’on augmente de plus en plus l’angle que fait la chaîne avec l’horizon, pour qu’elle frotte plus fort et alternativement sur les deux faces.
- Cette bande d’acier est improprement appelée lime, puis-qu elle n’a pas de taille ; mais on lime ensuite la chaîne , en 1 accrochant par un bout sur un bâton de buis, et la maintenant le long de ce bois, en tenant l’autre bout de la chaîne avec la main gauche ; de la droite on fait aller une lime douce dans toute la longueur, pour user toutes les rivures des goupilles et les rebarbes. On repasse encore sur la lime à égayer, en faisant
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- agir une lime taillée sur tous les bords des paillons et sur les faces ; après quoi on repasse le tout au burin, pour achever la pièce.
- Enfin, on trempe la chaîne , en la roulant dans un trou fait à un gros charbon , et y faisant aller la pointe de la flamme d’une chandelle, qu’on souffle avec un chalumeau. Lorsque cette chaîne est rouge-cerise, on la jette dans de l’huile; ensuite on la fait revenir, en l’exposant ainsi huilée à la flamme de la chandelle qui brûle l’huile. Il ne reste plus qu’à la polir, en la passant à la pierre du Levant, et aussi en la frottant avec de la poudre de cette pierre : ces opérations se font en huilant la pièce.
- 3. Échappement. Divers appareils servent de régulateurs au mouvement des montres ; comme ce sujet a déjà été traite avec étendue au mot Échappement , nous n’y reviendrons pas. Nous dirons seulement qu’en général une roue sans dent ou volant, nommée Balancier , pivote et oscille sur un axe central , auquel est fixé le bout intérieur d’un ressort capillaire nommé Spirale , à cause de sa forme , et dont le bout extérieur est fixé à la platine. Lorsqu’on met ce balancier en rotation, il serre autour de lui le spirale , qui par son élasticité restitue , en se développant en sens contraire , une force rotative au balancier, puis revient sur lui-même , puis se détend, et ainsi de suite ; et comme l’axe du balancier est chassé par l’action du rouage , il retrouve à chaque coup la force que les résistances lui font perdre , et le mouvement s’entretient avec toute la régularité qu’on doit attendre d’une force constante agissant sur le spirale avec une égale énergie et de la même manière.
- C’est l’échappement à verge, dit à roue de rencontre, qui est le plus en usage dans le commerce; ce mécanisme , déjà représenté fig. i et 2 , PL 21 des Arts mécaniques, l’est aussi fig. 6, PI. 37 , pour montrer l’assemblage du ressort spirale hl, sur le balancier II-K , et celle que transmet le rouage à la verge CL , en agissant sur ses palettes L et L alternativement , par le secours de la roue de rencontre G. Mais
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- dans les pièces soignées , on préfère l’échappement à cylindre ou celui à ancre, ou tout autre dont les effets sont bien plus sûrs, mais qui est plus coûteux. Dans les chronomètres , on a besoin de plus de régularité encore, et l’on emploie l’échappement d’Arnold. Nous y reviendrons bientôt.
- 4. Rouages. Expliquons le mécanisme qui sert à lier la force motrice au régulateur, et qui est représenté fig. 5 et g. On voit, entre les deux platines, le barillet a entouré de sa chaîne qu’il tire , en faisant tourner le tambour, par l’effort du ressort qu’il contient. Cette chaîne tire la fusée b, qu’elle fait tourner dans le même sens que le barillet ; la roue de fusée engrène dans le pignon e de la roue centrale, nommée grande roue moyenne/; celle-ci doit, dans tous les cas, faire un tour entier par heure , parce que c’est sur son axe prolongé qu’est portée l’aiguille des minutes y. Cette roue/"mène le pignon g et la roue h, appelée petite roue moyenne, laquelle engrène avec le pignon i de la roue de champ k : celle-ci engrène avec le pignon l de la roue de rencontre, laquelle a son axe n parallèle aux platines, et porté sur deux pièces nommées potences. En m est une vis qui serre la grande potence et lui permet un peu de mouvement, lequel suffit pour mettre la la roue l d’échappement. Enfin, en dessus de la platine est un pont o nommé Coq (V. ce mot), destiné à recouvrir le spirale et le balancier p , dont il porte un des pivots.
- On doit comprendre qu’à chaque double vibration du balancier , les palettes de sa verge ne permettent qu’à une seule dent de la roue de rencontre de passer en s’échappant ; le rouage est donc assujetti à modérer sa course en obéissant à cette action, qui sans cesse permet la marche et s’y oppose alternativement. Tel est l’échappement, dont nous avons d’ailleurs expliqué les effets, à cet article , avec plus de détails. Et puisqu’il faut que la gvande roue moyenne f accomplisse un seul tour par heure , il faudra proportionner le nombre de dents des diverses roues à la vitesse que doit avoir le balancier , d’après la force du spirale et celle du ressort moteur.. Supposons que le balancier doive exécuter gooo vibrations Tome XIY. 6
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- par heure , ou i5o par minute (c’est-à-dire 5 pour 2 secondes, comme cela a lieu ordinairement dans les chronomètres), on proportionnera la vigueur du spirale à cette condition ; puis on armera les roues et les pignons de Nombres de dents qui s’accommodent avec cette disposition , savoir, que la roue/ fasse un seul tour pendant que le balancier accomplira gooo excursions.
- Si je veux que , la grande roue moyenne/-faisant son tour en 1 heure, la roue de champ k fasse le sien en t minute, c’est-à-dire tourne 60 fois plus vite , je pourrai donner à la roue f 60 dents, et 6 au pignon d’engrenage g ; d’abord h marchera 10 fois plus vite que f-, ensuite je donnerai 48 dents à la roue h et 8 au pignon i ; k tournera 6 fois plus vite que h , et par conséquent fera 60 tours pendant que f en fera un seul. Si les axes de ces roues/"et k portent chacun une aiguille, la première marquera les minutes sur un cadran divise' en 60 arcs égaux, et l’autre les secondes sur un autre cadran. Seulement, comme l’échappement à verge recule un peu, avant de tourner, à chaque vibration ; que d’ailleurs on n’obtient pas dans la minute 60 coups secs , mais un beaucoup plus grand nombre , on dit alors que l'aiguille trotte les secondes. Par exemple , si l’on donne i5 dents à la roue de rencontre , 48 à la roue de champ et 6 au pignon l d’engrenage , alors cette dernière roue va 8 fois plus vite que la première , qui accomplissant 3o vibrations à chaque tour pour ses 15 dents, donne 240 vibrations pour un tour de la roue de champ ou de l’aiguille trotteuse , c’est-à-dire par chaque minute, ou i4400 vibrations par heure.
- Au reste, on varie beaucoup les nombres de dents et de vibrations des montres, mais on se règle toujours sur les mêmes principes. Pour que les mouvemens soient plus faciles, on a coutume, sans qu’on s’en fasse une loi rigoureuse, de faire en sorte que chaquè roue et le pignon qu’elle mène aient des nombres rentrons, c’est-à-dire que ces nombres soient l’un multiple de l’autre , afin que les mêmes dents se retrouvent en prise à chaque tour : on désire aussi que les pi'
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- o-nons soient très nombres, au moins 6 ailes, et s’il se peut 7, 8, 10 ou 12, afin que jamais une dent ne cesse detre en prise avant qu’une autre y soit déjà arrivée. Le nombre des vibrations du balancier varie de 14 à 20. mille vibrations , et le plus souvent 18 à 19 mille par heure, environ 8 doubles vibrations pour 3 secondes ; on a remarqué que les inégalités causées par la marche deviennent peu sensibles , ou plutôt se compensent presque, quand les oscillations se font en grand nombre. On conçoit qu’à moins que la montre ne soit faite avec un soin extrême, on ne doit pas s’attendre qu’elle ira bien, si ce n’est par des compensations de petites erreurs.
- Cadrature. Maintenant il s’agit d’indiquer, avec des aiguilles , sur un cadran, les heures et minutes. Entre la platine ch et le cadran se trouve ce qu’011 appelle la Minuterie. Nous avons expliqué, à cet article , comment on évite de se servir d’un cadran particulier pour chaque genre d’indication, en faisant partir les axes de rotation du centre du cadran, divisé en heures et minutes. La roue de chaussée gi (fig. 2), solidaire avec l’axe C de la grande roue moyenne, engrène avec la roue de minuterie gh, qui a le même nombre de dents qu’elle, et tourne aussi vite en sens contraire ; son pignon k engrène avec la roue de canon p, ainsi nommée parce qu’elle est montée sur un canonou tuyau creux, que l’axe Cm des minutes traverse. La roue de canon p a 12 fois plus de dents que le pignon k de minuterie , et l’on voit qu’elle tourne 12 fois moins vite , dans le même sens que la roue ig et que l’axe C de la grande roue moyenne. Ainsi du centre du cadran partiront deux aiguilles y et z, tournant dans le même sens, allant 12 fois plus vite l’une que l’autre ; celle my de 1 axe décrira son tour en une heure et marquera les minutes ; celle^g- du canon, qui n’est pas solidaire avec l’axe , ne fera qu un tour en 12 heures, et marquera les heures.
- On ne peut se dispenser d’ajouter ici une explication.
- L’axe de la roue moyenne porte deux roues solidaires entre elles, outre le pignon e , savoir, ig en dessous, et f (fig. 5) ; mais comme ces roues sont séparées par une platine ch , on
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- conçoit qu’elles ne peuvent pas être toutes deux soudées à l’axe, car on ne pourrait pas démonter la pièce lorsqu’elle aurait besoin d’être nettoyée ou réparée. Il suffirait de faire porter la roue gi (fig. 2) à frottement dur sur l’axe, aussi bien que l’aiguille mj des minutes ; mais pour qu’il soit facile de remettre la montre à l’heure, en faisant tourner l’aiguille des minutes portée par l’axe C de la grande roue moyenne f, on fixe la roue gi sur un canon ou tuyau qu’on appelle Chaussée, qui serre à frottement cet axe Cm, et l’enveloppe dans presque toute sa longueur : on y ménage de petites fentes longitudinales , où l’on glisse un peu d’huile. Le c&nonf de la roue des heures est traversé par cette chaussée, dont le bout façonné en carré entre dans l’œil carré de l’aiguille my des minutes, tandis que celle fz des heures entre à frottement dur sur son canon/ et est indépendante de la chaussée qui s’y trouve logée et la dépasse par son bout. Pour les pendules, une goupille fichée dans un trou au bout saillant m de l’axe, maintient les aiguilles sur leurs tiges respectives. Ces tiges semblent au premier abord n’en faire qu’une seule au centre du cadran.
- On conçoit maintenant que par ce mécanisme la roue gi est solidaire avec l’axe de la grande roue moyenne Cf, et que cependant on peut tourner la chaussée et l’aiguille des minutes sans déranger cet axe. Les mouvemens donnés à cette aiguille se transmettent par la minuterie à celle des heures, tandis qu’au contraire ceux qu’on donne à cette dernière n’agissent pas sur celle des minutes, parce que le canon reste immobile quand on tourne l’aiguille des heures, qui n’y tient qu’à frottement.
- Spirale, avance et retard. Le spirale est un fil d’acier très mince et plat, imitant un cheveu ; on le revient au bleu , et on le contourne en spirale ayant cinq à six circonvolutions. L’une de ses extrémités, celle du centre , entre dans un trou fait à l'axe du balancier , où elle est retenue par une goupille qu’on y fiche; l’autre entre dans l’œil d’un petit piton, où une autre goupille l’y maintient. On a soin de laisser dépasser une portion du spirale au-delà du piton, pour pouvoir
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- allonger la partie vibrante comprise entre le balancier et le piton. Il y a un trou à la platine , où l’on fait entrer le piton à frottement dur.
- Le nombre de vibrations qu’accomplit le balancier, pour une force de grand ressort donne'e , de'pend du nerf de l’acier du spirale et de sa longueur : on doit donc l’allonger ou l’accourcir entre ses deux points fixes, jusqu’à ce qu’il accomplisse le nombre de battemens voulu par la denture, afin que la grande roue moyenne fasse son tour juste en une heure.
- Ce n’est pas tout encore. Comme l'épaississement des Huiles et d’autres causes vont agir pour alte'rer cette vitesse, il convient de pouvoir accélérer ou ralentir ses vibrations, suivant qu’on s’apercevra que la montre retarde ou avance. On fait passer le grand tour du spirale entre deux goupilles un peu écartées, sur lesquelles il vient battre alternativement. Ce peu de gêne change sa marche, et, suivant que ce demi-arrêt se trouve placé en tel ou tel lieu du spirale , la montre prend plus ou moins de vitesse, parce que cela revient à ac-courcir ou allonger la partie vibrante du spirale. Ces goupilles sont portées sur l’arc d’un râteau concentrique au balancier, et en poussant ce râteau dans un sens ou dans l’autre , on allonge ou accourcit le spirale , on retarde ou avance la montre. Le râteau est denté du côté extérieur , et maintenu par un guide du côté intérieur, en sorte qu’il puisse faire un mouvement circulaire en s’appuyant sur ce guide. Le râteau est mû par un pignon dont l’axe tourne avec la clef de la montre : une aiguille , en se promenant sur une portion de cadran, indique l’étendue qu’on fait parcourir au râteau et aux goupilles ; et les lettres A et R, placées aux bouts de 1 arc, marquent le sens où il faut diriger l’aiguille pour avancer ou pour retarder.
- Le mécanisme si compliqué en apparence des montres ordinairement en usage , est maintenant facile à comprendre. Un barillet a (fig. 5 et g) contient un ressort d’acier contourné en spirale, attaché par un de ses bouts à l’arbre central ira-
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- mobile, et par l’autre à la paroi interne du tambour ; une fuse'e b est lie'e au barillet par une chaîne qui s’enroule sur cinq ou six plans incline's dispose's en rampe conique. On tourne cette fusée avec une clef forée qui saisit le bout de l’arbre carré, et cette action tire la chaîne qui entoure le barillet, et a ses deux bouts accrochés, d’une part au tambour, de l’autre au bas de la fusée. La chaîne fait tourner le barillet, en se débitant de sa surface pour entourer la fusée. La force du ressort est de la sorte égalisée , parce que la résistance , ou plutôt son bras de levier , s’allonge à mesure que l’énergie du ressort s’affaiblit. La roue d de fusée ne tourne pas lorsqu’on monte la montre, parce qu’elle est indépendante du cône ; mais quand le ressort du barillet tire la fusée en sens contraire , la roue d est entraînée dans sa rotation, parce qu’un encliquetage intérieur les rend solidaires ; elles le sont dans ce dernier sens, et ne le sont pas dans le premier.
- Les rouages de la montre sont donc mis en mouvement sous cette influence, dont on doit regarder l’énergie comme constante , et il s’agit d’obtenir que la grande roue moyenne y, menée par la fusée d et le pignon e , n’accomplisse son tour entier qu’en une heure. Un ressort spirale donne au balancier p la faculté d’osciller sur son axe tournant avec vitesse dans un sens , puis en sens contraire ; la force du ressort transmise par les roues et leur engrenage à l’une des palettes de l’axe de ce balancier, oblige cette espèce de volant à pirouetter et à bander le ressort spirale , dont l’énergie croissante est amenée au point d’arrêter cette rotation et de repousser le balancier en sens contraire. Ce volant tourne donc en sens alternatifs sous l’empire du grand ressort, puis du spirale. La verge ou axe du balancier est armée de deux palettes , qui imitent une roue à deux dents : ces palettes sont tour à tour en prise aux extrémités du diamètre de la roue de rencontre Z ; il ne passe qu’une seule dent de cette roue à chaque double excursion du balancier. La vitesse du rouage est donc modérée par l’échappement, et l’on obtient aisément de donner au spirale l’énergie qui convient à la vitesse qu’on
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- a dessein d’obtenir. Enfin, les aiguilles, portées par un axe au centre du cadran, indiquent, l’une les minutes , parce que l’axe de la roue f qui la porte fait son tour en une heure ; l’autre les heures , parce qu’elle tourne 12 fois moins vite sur son axe creux , qui livre un libre passage au premier.
- Si nous avions dessein d’exposer tous les détails de construction qui doivent être minutieusement employés pour donner aux mouvemens la précision qu’on en attend, nous ferions un traité d'horlogerie , qui serait un ouvrage utile , mais n’aurait aucune proportion avec les divers sujets que nous devons embrasser dans notre Dictionnaire : on accordera donc que nous sommes forcés de nous renfermer dans le cercle étroit des notions les plus importantes à l’art que nous traitons. D’ailleurs , ajouterions-nous des idées bien utiles à cet art, lorsque nous aurions indiqué les pratiques de l’horlogerie pour dessiner les calibres, manier la lime, tremper, recuire, souder les pièces, façonner les vis, arrondir les dents, et une infinité d’autres choses que l’exercice peut seul apprendre, que le plus mince artiste sait mieux que le plus docte écrivain, et qu’on ne peut apprendre qu’en pratiquant. Nous nous contenterons de donner ici un tableau des nombres les plus usités dans les dentures , en rappelant que l’on peut beaucoup varier ces relations , théorie qui fera le sujet de T article Nombre de dests des roues.
- Divisez chaque nombre de dents d’une roue par le nombre d’ailes du pignon d’engrenage , le quotient marquera le rapport des vitesses des deux axes ; multipliez ensuite deux ou plusieurs de ces rapports, vous aurez le rapport des vitesses des axes extrêmes compris dans les nombres considérés ; doublez le nombre de dents de la roue de rencontre, et le produit total sera le nombre de battemens par heure. Par exemple, si la roue de rencontre a 17 dents, et que les roues f,g,k aient les nombres respectifs 48 , 4^ et 5° , les pignons d’engrenage g,i,l, ayant 6, 6, et 6 ailes , les quotiens sont
- 48 45 5o q 1 0 1 . . -,
- -g-, - et -g- ; ou o, 7 - , 8 g ; je vois que la roue g tourne
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- 8 fois plus vite que /; la roue de champ k, 7 ~ plus vite que g-, et par conse'queut 8 X 7 - ou 60 fois plus vite que f ; que la
- roue de rencontre tourne 8 fois ~ plus vite que la roue de \ 6
- champ k, ou 5oo fois plus vite que la grande roue moyenne/ et comme celle-ci fait un tour en une heure, on voit que g en fait 8 ; k, 60 ou un tour par minute ; t, 5oo par heure ; et multipliant par 34, attendu que la roue de rencontre a 17 dents, la montre fait 17000 vibrations par heure.
- Nous appelons dans ce tableau, avec tous les bons horlogers, du nom de 1” mobile, la première roue ou la fusée; 2e mobile, la grande roue moyenne ; 3e mobile, la petite roue moyenne ; 4e mobile, la roue de champ. Ces dénominations s’accordent bien mieux avec la multitude de compositions d’horlogerie, car souvent la roue de champ, par exemple, eonserve ce nom, quoiqu’elle ne soit pas dentée sur sa couronne, etc.
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- Table des dentures des roues et de leurs pignons, du nombre de vibrations du balancier, et de la vitesse d’un quatrième mobile appelé roue de champ.
- Vitesse du 4e mobile.
- mobil.
- mobile.
- ^encontre.
- Roue.
- Roue.
- Roue.
- 9 dents.
- 11 dents, i
- 17160
- i3 dents.
- i56oo
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- 9°
- MONTRE.
- 2e 3e 4 e 5=
- Roue mobil. mobile. mobile. mob. = < Vitesse
- de EL T v % du 4e
- rencontre. ' 2- 2 mobile.
- Roue. Pign. Roue. Pign. Roue. Pign.
- 48 6 45 6 54 6 16200 ÔO"
- 48 6 45 6 58 6 17400 18000 60
- 43 6 45 6 60 6 60
- 54 6 4s 6 46 6 i656o 5o
- 54 6 48 6 48 6 17280 5o
- 54 1 fl 6 48 6 64 8 17280 5o
- 6 5o 6 48 6 l8000 48
- 56 56 45 6 56 6 16800 60
- 45 6 58 6 17-400 60
- 56 7 45 6 60 6 IOOOO 60
- 56 l 60 8 CO 6 18000 60
- if» défile, i ÔO 4| 6 58 6 17400 18000 60
- 60 8 4S 6 60 6 60
- \ 6o 8 56 58 6 1 ^4°° 60
- OO 8 56 7 60 6 I^OOO 60
- 60 8 56 I 60 7 i53S6 60
- I €0 6 60 48 6 l8000 48 60
- 1 60 6 60 lo 48 6 i44oo
- 60 6 60 10 58 6 1T4o° 60
- 60 10 60 6 ÔO 6 18000 60
- 60 6 60 IO 64 8 i44oo 6b
- 63 7 56 7 56 17280 18000 5o
- 7° é 60 10 7° 60
- 52 60 10 48 6 17280 5o
- 7.2 8 74 n 54 7 16662 5o
- 1 bi 9 72 9 72 9 17280 5o
- 1 48 6 45 6 5o 6 17000 60"
- 17 dents. < 56 60 é 45 56 6 53 52 6 6 18020 17828 60 60
- 1 64 8 60 8 60 7 17485 60
- Le pignon du 2e mobile est mene' par la roue de la fuse'e, et Ton proportionne ses dentures au nombre de tours que Ton veut faire marcher la montre sans la remonter (3o heures environ , et 6 tours de fuse'e), en donnant au grand ressort le de'veloppement ne'cessaire : ensuite les autres roues et leurs pignons reçoivent les nombres de dents inarque's dans la table , et qu’on peut varier beaucoup plus que nous ne l’avons
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- fait ici. Par exemple , dans la sixième ligne, on voit que la grande roue moyenne faisant un tour par heure , pourra recevoir 48 dents et mener un pignon de 6 de la petite roue moyenne , qui aura 45 dents ; celle-ci mènera un pignon de 6 de la roue de champ ayant 70 dents ; cette dernière fera son tour en 60 secondes, mènera un pignon de 6 de la roue de rencontre ayant 11 dents , et le balancier battra i54oo vibrations par heure. En effet, le produit de toutes les dentures
- de roues , divise' par celui des pignons, donne ^ "g " , qui
- se re'duit à 700 ; multipliant enfin par le double 22 du nombre
- de dents de la roue de rencontre, on a i54oo ; et comme
- 48.45 e . , .
- --g- vaut 00 , on voit que la roue de champ fait son tour
- en 60 secondes, puisqu’elle en fait 60 pour un de la roue de minutes. On en dira autant des autres éle'mens du tableau. [V., au reste, l’article Nombre de dents des roues. )
- Platines. Le mouvement d’une montre est renfermé entre deux disques de cuivre doré, dont le diamètre est proportionné à l’étendue que les rouages occupent. On tient beaucoup à ce que la pièce n’ait pas beaucoup d’épaisseur, mais on est moins gêné sur la largeur ; elle atteint quelquefois 6 centimètres et plus : l’art a réduit tellement la longueur des axes, qu’il n’est pas rare que, déduction faite de la boîte et du cadran, l’épaisseur n’excède pas celle de deux pièces de 5 fr., quoique la montre soit chargée de la cadrature de répétition .
- Ces disques métalliques, qu’on nomme platines, sont percés de trous où roulent les bouts des pivots. On a un outil, inutile à décrire ici, qui permet de trouer les platines en des points qui se correspondent avec une telle précision, qu’il semble-que ces disques soient une seule et même plaque percée d’abord, et dédoublée ensuite sur som épaisseur. L’ouvrier a soin de dessiner les cercles des roues et des pignons chacun à sa place de projection , d’après leurs diamètres connus : on sait qu ils sont dépendans les uns des autres et des nombres de
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- dents , car les dents d’une roue doivent toujours être d’égale grandeur entre elles, et aussi avec les ailes du pignon d’engrenage, et les circonférences ou leurs rayons sont dans le même rapport que les nombres de dents. {V. Dents de rodes.) Il perce ensuite au foret les centres des cercles sur une des platines , puis les points correspondans sur l’autre.
- Les deux platines sont parallèles et distantes l’une de l’autre de la hauteur des pivots , moins la partie qui entre dans les trous. On les maintient à cette distance par trois à quatre petits piliers parallèles aux axes, et qu’on soude vers le bord de l’une des platines aux endroits où les roues n’en sont pas gênées ; l’autre bout du pilier entre dans la platine opposée, qui est percée de trous calibrés pour le passage, et le tout est arrêté par des goupilles qui passent en travers des bouts des piliers.
- Cadran. On fait ordinairement les cadrans en émail blanc, sur lequel les chiffres des heures et les divisions de minutes sont peints en noir ; le cadran est donc divisé en 60 arcs égaux. L’émail est appliqué sur une feuille de cuivre ( V. Cadran) ; les chiffres sont arabes ou romains , selon la mode et le goût. On fait aussi des cadrans en cuivre doré ou argenté, portant les heures et divisions gravées et peintes en noir. Ces cadrans sont plus minces et plus solides que les premiers.
- Aiguilles. Les aiguilles sont de petites barres d’acier, de cuivre , d’or ou d’argent, très minces ; leur fabrication est un objet de commerce assez étendu. M. Darrier, à Genève, est l’un des horlogers qui les confectionne en nombre avec le plus de soin, d’élégance et de délicatesse. L’acier est travaillé avec des emporte-pièces et divers outils très ingénieusement imaginés ; la même aiguille passe par huit ou dix mains, dont chacune lui fait subir sa portion de travail : on la revient au bleu à la flamme d’une lampe. Chacune porte l’œil où doit entrer l’axe , et cet œil est renforcé d’une très petite chaussée ; la pointe est effilée en flèche. Du reste , on donne à ces pièces les formes que le goût et la mode indiquent.
- C est entre le cadran et la platine supérieure que se trouve
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- la cadrâture et la minuterie ; en dehors de la platine op-pose'e sont place's le spirale, le balancier, l’avance et retard, et le rochet qui retient l’axe du barillet. L’axe du balancier a son pivot qui roule dans le Coqueret porté par le Coq. ( V. ces mots. )
- Boite. Tout l’appareil est renfermé dans une boîte de métal, le plus souvent d’or ou d’argent, portant une queue et un anneau où Ton attache une chaîne ou un ruban : ce sont des ouvriers particuliers qui sont chargés de ce travail d’orfèvrerie. Cette boîte s’ouvre en dessus , où elle porte un verre circulaire un peu bombé , serti dans une gorge du couvercle qui a une charnière perdue ou se fait la rotation. Ces verres sont faits en fabrique ; il y en a qui sont en cristal poli, d’autres plus communs, selon les goûts. Quelquefois aussi le verre est remplacé par un disque de métal, et il faut ouvrir la boîte chaque fois qu’on veut voir l’heure : c’est ce qu’on appelle une boite de chasse. Il y a des boîtes simples, d’autres guillochêes • celles-ci sont fort élégantes. ( V. Tour a gdil-locher.)
- Le mouvement est souvent retenu dans la boîte par une charnière fixée d’une part au bord de la cuvette , et de l’autre à celui de la platine supérieure ; ces deux parties de la charnière sont réunies par une longue goupille qu’on ôte lorsqu’on veut retirer le mouvement de la boîte. Celle-ci porte, à l’opposé de la charnière , un petit verrou d’acier pressé d’un ressort, qu’on pousse avec l’ongle lorsqu’on veut voir l’intérieur du mouvement. Il y a aussi des boîtes qui s’ouvrent en dessous comme en dessus, pour éviter la charnière dont on vient de parler, qui est chargée du poids du mouvement. Ces diversités sont de mode et de convenance.
- Le cadran est percé d’un trou pour le passage du carré de la fusée ; dans d’autres, c’est au fond de la boîte que le carré est saillant. Tantôt il faut tourner la clef à droite pour remonter la montre, tantôt à gauche. Il y a aussi des montres à double boîte , pour empêcher plus complètement l’entrée de la poussière. Enfin, nous ne finirions pas si nous voulions
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- entrer dans une foule de détails qui ont leur intérêt, mais dont chacun peut aisément se rendre raison.
- Comme le prix de la boîte d’une montre s’élève, même en argent, au quart du prix total de la pièce , on a imaginé de réduire cette dépense, en faisant la boîte en alliage de cuivre qui imite l’or, et est très peu coûteux. On nomme cet alliage chrysocale : on n’a pour ainsi dire à payer que la façon de la boîte, puisque la matière est presque pour rien. Ces boîtes sont aujourd’hui fort répandues , et simulent l’or à s’y méprendre. Ainsi, on peut se procurer une meilleure montre, ou même une montre à répétition, sans que le prix dépasse celui d’une pièce en boîte d’argent. ( V- Laitox. )
- Il nous reste à parler des perfectionnemens que l’horloger apporte à la confection des montres. Ces pièces sont fort grossièrement exécutées dans les fabriques où on les fait en grand nombre , toutes sur les mêmes calibres ; elles sont livrées à la douzaine en blanc, c’est-à-dire complètes quanta leurs parties (fusée, chaîne, spirale , rouages, balancier, etc.}, mais non finies. L’art en est venu à ce point de les livrer à 2 fr. pièce dans cet état. L’artiste achève ensuite et finit la pièce pour la faire marcher tant bien que mal : cadran et boîte, tout se fait en manufacture et avec une promptitude qui étonne, et permet de livrer au public à très bas prix des appareils compliqués , qui sont aussi d’élégans bijoux, et que la masse des hommes peut employer à ses usages. C’est surtout à Genève , à la Chaux-de-Fond , au Locle, et dans les environs de Neufchâtel, en Suisse, que ces fabrications se font en grand : des lieux autrefois pauvres et inhabités sont aujourd’hui peuplés et dans l’aisance, et offrent la preuve des avantages que produit l’industrie. Ainsi que dans toute manufacture bien entendue , chaque partie d’une montre est confectionnée par un ouvrier qui ne fait jamais que cela, et même chaque partie passe souvent par les mains de plusieurs ouvriers ; en sorte qu’il n’en est pas un seul qui soit capable de faire une montre entière.
- Mais si les montres de commerce suffisent à la plupart des
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- hommes pour re'gler leurs occupations diurnes, et s’il est utile de re'pandre à bas prix des appareils de ce genre, il l’est aussi d’en composer avec plus de soin , qui marchent avec pre'cision, et ne se retrouvent pas d’accord avec les mouvemens uniformes du ciel par des compensations d’erreurs. L’horlogerie , conside'rée sous ce rapport, est assurément l’art le plus difficile et le plus perfectionné ; c’est à lui qu’est confié le salut des hommes et des équipages qui sillonnent les mers en mille sens divers ; privés de ces admirables machines, ils n’oseraient pas affronter des dangers dont ils se jouent, et l’on peut regarder les chronomètres comme une des plus utiles ressources pour ces voyages, dont le commerce et l’aisance publique retirent tant de fruits.
- L’échappement étant la partie la plus délicate d’une montre, c’est lui qu’il convient d’améliorer d’abord. La roue de rencontre est précieuse pour les montres vulgaires, parce qu’elle marche sans huile, est d’une exécution facile , fonctionne même dans un assez grand état de délabrement, etc. ; mais le petit recul qu’elle fait à chaque pas lui ôte la régularité dans les mouvemens, surtout lorsque l’agitation de la marche de celui qui porte la pièce , produit des secousses qui agissent sur les vibrations : en outre les pointes des dents sont sujettes à piquer les palettes de la verge du balancier, et à mettre promptement la montre hors d’état de fonctionner. Dans les montres soignées, on remplace l’échappement à verge par celui dit à cylindre ( V. Échappement) , dont les mouvemens sont bien plus réguliers et les effets plus sûrs. Il est vrai que ce mécanisme étant plus difficile à exécuter, coûte plus cher , quoiqu’on rende la fusée inutile lorsque le grand ressort est bien conditionné : aussi les montres de cette espèce sont-elles réservées aux amateurs qui ne regardent pas trop au prix. On emploie aussi dans ces pièces de prix l’échappement à ancre , celui d’Arnold et plusieurs autres : mais l’échappement à cylindre est aujourd’hui préféré dans les pièces a usage civil, et celui d’Arnold dans les montres marines.
- On ajoute beaucoup à la régularité des mouvemens , en
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- faisant rouler les pivots, et surtout celui du balancier, dans des Pierres dures, qu’on travaille à dessein. ( V. cet article.) Les trous fonce's en rubis rendent les mouvemens plus libres et les huiles moins faciles à s’épaissir. On garnit aussi en pierres fines les dents de la roue d’échappement, et l’on fait le cylindre en pierre.
- Pour que la marche d’une montre soit passable, il faut surtout que le spirale soit isochrone, c’est-à-dire que les vibrations aient une égale durée , quelle que soit l’excursion. L’activité de la marche du corps imprime aux vibrations d’une montre portée des secousses qui changent l’arc d’oscillation , tantôt plus étendu, tantôt moindre, que lorsque la pièce est en repos. On fiche ordinairement aux platines une goupille d’arrêt pour empêcher l’oscillation d’être trop étendue , parce qu’alors la goupille butte contre un des bras du balancier. Malgré ce soin, l’étendue des vibrations est fort sujette à varier. Mais si une plus grande excursion est plus rapidement exécutée , en sorte que l’étendue soit compensée par la vitesse , et que la durée reste constante ; en un mot, si ce spirale est isochrone , la marche de la pièce sera uniforme.
- Cette qualité du spirale ne peut être reconnue que par des expériences réitérées , et c’est ici le désespoir de l’artiste de ne pas savoir, lorsqu’un spirale a mal satisfait aux épreuves, s’il ne serait pas excellent en le prenant un peu plus loin sur le fil éprouvé. Ce n’est qu’à force de tâtonnemens qu’il rencontre de bons spirales. Ordinairement on les construit en spires planes, pour que la montre soit moins épaisse ; mais on trouve que les spirales en globe ou en cylindre sont meilleurs. On les fait aussi atténués en manche de fouet. Enfin , on doit avouer que cette partie de la construction des montres de précision est celle qui est la plus délicate et la plus incertaine dans ses effets : son succès dépend , pour ainsi dire , du hasard et de la patience.
- Ce qui est surtout indispensable- dans les chronomètres, c’est que le froid et le chaud n’influent pas sur la vitesse du
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- mouvement, non plus que l’attitude du corps. C’est ce qu’on obtient en lestant le balancier, pour que les oscillations soient uniformes dans toutes les positions données à la pièce, et en se servant d’arcs bi-métalliques. (V. ce qu’on a dit des balanciers compensateurs à l’article Compensation. ) Il est difficile que le lest du balancier ne produise pas sur sa marche quelques irrégularités , du moins sur certaines positions ; dans l’impossibilité de les faire toutes disparaître , on les fait porter de préférence sur la situation où le n° 12 heures est tourné en bas, parce que c’est la plus inusitée. On verra aussi à l’article Compensation l’emploi des arcs sans boules de lest, tels que Bré-guet les emploie dans ses montres ordinaires, dont l’effet est satisfaisant et compense , à peu près juste , les dilatations et condensations. On s’en sert généralement dans les bonnes montres à usage civil.
- On munit aussi les balanciers de Parachutes. {V. cet article, où l’on expliquera comment cette pièce permet d’espérer qu’un choc brusque empêchera le pivot du balancier de se rompre, et mettra la montre à l’abri d’aceidens. )
- Dans les montres marines , on a coutume d’employer une fusée, pour que la force du ressort soit égalisée ; on ne s’en fie pas uniquement à l’échappement d’Arnold pour produire cet effet. Souvent aussi on y supprime la fusée, mais on emploie deux barillets tournans , dont chacun engrène avec le pignon de la grande roue moyenne : l’action de ces deux ressorts paraît tenir un juste milieu entre leurs irrégularités respectives ; mais dans le cas d’une fusée , on y adapte un ressort intérieur , qui ne fonctionne que pendant qu’on monte la pièce, et l’empêche de retarder dans cette courte durée. On sent en effet que lorsqu’on monte le chronomètre , en tournant la fusée, l’action du grand ressort se trouvant suspendue, la marche de la pièce changerait. Comme on ne souffre pas quelle ait même une seconde d’irrégularité par jour, le ressort supplémentaire prévoit l’effet dont nous parlons et y remédie. On adapte aussi un Remontoir , pour empêcher qu’en montant k ressort, on ne le casse en le forçant.
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- Ces de'tails nous dispensent d’expliquer la construction des chronométrés ou montres marines, dans lesquels on re'unit tous les genres de perfectionnemens que nous avons énumérés, pièces d’une exécution parfaite, et dont la marche est si régulière , qu’on peut l’appeler miraculeuse. Je possède un chronomètre de Bréguet depuis plusieurs années , et je donnerai une idée de l’admirable précision des mouvemens de ces sortes de pièces, en disant que son retard diurne est d’une seconde par jour; que les saisons , les secousses du corps , le repos de la station, n’ont aucune influence sur sa marche ; que les inégalités que parfois on y remarque tiennent à des causes inaperçues et ne se sont jamais élevées au-delà de deux secondes d’avance diurne. Cette pièce, que je soumets constamment aux épreuves astronomiques , que je compare à toute heure avec le ciel, conserve sa marche avec une régularité étonnante ; et je crois pouvoir affirmer que ses mouvemens ont toute la précision des meilleures pendules ; ils sont du moins plus uniformes que ceux d’un bon régulateur de F. Berthoud , que je lui compare chaque jour. N'est-ce pas une chose surprenante, qu’une aussi petite machine, qui est portée dans le gousset, et soumise à tant de mouvemens brusques , n’offre d’erreurs qu’à de longs intervalles , et encore ne sont-elles que de une à deux secondes par jour ?
- Les montres marines sont enchâssées dans des boîtes qui ont deux mouvemens à angles droits , comme les genoux de Cardan, afin que leur assiette demeure horizontale dans toutes les situations du navire, à l’aide d’un lest qui charge la boîte mobile sur ses axes , et la maintient stable.
- Nous terminerons cet article en donnant la description d’une montre peu répandue dans le commerce, et qui nous paraît digne de l’être. Nous n’en rapporterons pas l’invention à Bréguet, quoique cet illustre horloger soit le premier qui l’ait exécutée de nos jours , parce qu’elle remonte à l’origine de l’horlogerie. L’idée de ne marquer que les heures a été certainement la plus facile à mettre en pratique et la première qui s’est présentée ; mais la régularité des mouvemens
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- étant une condition qu’on ne savait pas remplir à cette époque, ces montres ont dû être abandonnées pour celles pins compliquées , qui ont deux aiguilles au moins. On en revient souvent aux premières inventions d’un art, quand on a réussi à leur donner le degré de perfection dont elles sont susceptibles.
- Dans cette montre, il n’y a pas de minuterie ; le cadran est d’un diamètre assez fort, et le contour, où sont marquées les douze heures, a sa circonférence divisée par des marques au nombre de 12 entre deux chiffres horaires , savoir, trois traits pour les quarts d’heure, séparés chacun par deux points ; chaque intervalle vaut 5 minutes. Une seule aiguille parcourt le cadran, et saforme allongée et atténuée en pointe, indique l’heure par sa place entre les chiffres horaires , et les minutes de 5 en 5', par la division où aboutit la pointe sur-la circonférence. La précision des mouvemens et des subdivisions du cadran permet de lire même les minutes , comme s’il y avait une aiguille spécialement chargée de les indiquer.
- On supprime la fusée, parce qu’on se sert d’un échappement à cylindre, et qu’on règle avec soin la force du grand ressort. On proportionne les dentures de manière que la grande roue moyenne n’accomplisse que deux tours en 24 heures ; l’axe de cette roue porte l’aiguille sans chaussée, et cette aiguille parcourt le cadran entier en 12 heures. On adapte au balancier l’arc de compensation de Bréguet, et même le parachute ; enfin , on fait rouler le pivot du balancier dans des pierres fines, dont on fait aussi l’échappement à cylindre. Les avantages de cet appareil sont de rendre la montre pins plate, en supprimant la cadrature des minutes; de diminuer la quantité de rouages, ce qui rend les fonctions plus sûres et plus faciles ; enfin, de simplifier la main-d’œuvre, en sorte qu’on a une excellente montre pour un prix modéré.
- Si la mode consentait à donner de la vogue à cet appareil très simple, il me semble que l’horlogerie y gagnerait beaucoup , même celle dite de commerce, parce que le prix de
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- fabrication serait diminué d’un quart, en renonçant à l’aie compensateur et au parachute , et que les pièces seraient meilleures.
- La fig. i o représente les détails de cette montre , que nous recommandons à l’attention des fabricans d’horlogerie, parce qu’elle est digne de devenir plus répandue , et tend à simplifier et à perfectionner l’art. Le barillet a est au centre de la platine ; il est terminé par le carré , qui sert à remonter la pièce, et armé du rochet des barillets tournans ; il porte la roue motrice de go dents, qui mène la roue b par un pignon de 10 ; ce second mobile b a 80 dents , et mène le troisième c par un pignon de io ; la troisième roue c a 5o dents, et mène la quatrième d, ayant aussi un pignon de i o et une denture de 5o, ainsi que la cinquième roue e : ces trois dernières pièces sont également nombrées, 5o et io. Enfin, le sixième mobile a un pignon de i o et une denture de 12 ; c’est la roue de cylindre. Le barillet central porte sur son axe un canon qui sert à maintenir à frottement l’aiguille unique, laquelle indique les heures et minutes. Il est facile de conclure de ces nombres, que Ta roue centrale a faisant un seul tour en 12 heures , il y ajuste 18000 vibrations par heure. Le troisième mobile fait son tour en 2 minutes, le quatrième fait 5 tours en deux heures, etc.
- Notre fig. io montre le détail de la disposition des parties, la. situation des ponts qui portent les pivots , la place de l’échappement, le parachute, etc. Le quatrième mobile d est ponctué, parce qu’il est de l’autre côté de la platine, et ce revers est montré fig. 11 , où l’on voit le balancier m , le cylindre n, et le remontoir i,k, ou arrêt du barillet. Il n’y a qu’une seule platine ; le diamètre est de 23 lignes. Fk.
- MONUMENT ( Architecture). On donne ce nom à tout ouvrage d’architecture ou de sculpture destiné à conserver la mémoire des hommes ou des évènemens ; tels sont les mausolées, tombeaux ,pyramides, statues, arcs de triomphe, etc.
- Fk.
- MOQUETTE. Etoffe de laine, velue ou plucheuse , tissée,
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- croisée et coupée comme ie "Velours (P. ce mot); elle est employée à faire des petits tapis de pied, des garnitures communes de meubles, etc. C’est principalement à Abbeville (|u’on la fabrique. E. M.
- AIOR.A1LLON ( Arts mécaniques). C’est un morceau de fer plfit percé d’un œil où entre un anneau ; on s’en sert pour fermer une porte avec un cadenas , dont on fait passer l’anse dans l’anneau ; le moraillon est fixé au battant, et l’anneau au dormant. Le plus souvent le inoraillon a un œil, où l’on fait entrer un lasseret pour l’attacher au battant , et permettre les mouvemens nécessaires, afin d’y introduire l’anneau ou de l’en séparer : quelquefois aussi le moraillon tourne à charnière sur un axe fixe. On varie la conformation de cette pièce de bien des manières. On s’en sert comme d’une fermeture grossière aux portes des caisses , des malles, des caves , des greniers, etc. Fr.
- MORDACHE ( Arts mécaniques). C’est une espèce de tenaille en bois dont.les deux branches sont élastiques , réunies par un de leurs bouts , et façonnées par l’autre en manière de pince. Quand on veut travailler des objets délicats qu’on a besoin de tenir serrés , si l’on se servait de l’étau, la pression des mâchoires laisserait des traces fâcheuses ; on pince la matière avec la mordache , entre des linges ou des pièces de feutre, et l’on serre les deux branches avec la main, ou même dans l’étau. Fr.
- Les mordaches sont aussi des instrumens de cheminée, en fer, et sous, la forme de tenailles. Ce sont deux leviers du premier genre, réunis par une goupille au sixième ou au huitième de leur longueur, comme une paire de ciseaux. Les extrémités des petits bras sont recourbées en dedans, à angle droit. Un des bouts est limé en angle saillant, et l’autre en angle rentrant, dans lequel le premier se loge lorsque la mordache est fermée. Cet instrument sert à saisir les grosses bûches, et à les arranger sans peine dans la cheminée. La longueur des longs bras donne beaucoup de force à celui qui s’en sert , L.
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- MORDANT. Cette expression est usitée dans plusieurs Arts, pour désigner des substances agglutinatives qui déterminent, par leur application sur des surfaces , l’adhérence de certains corps dont on veut les revêtir. Tel est le nom qu’on donne dans l’art du Doreur à ces espèces de vernis ou de colle dont on se sert pour fixer les feuilles d’or ou d’argent. Dans d’autres ateliers, au contraire, on appelle ‘mordant des agens à l’aide desquels, dans un but particulier , on attaque, décape ou corrode des surfaces métalliques ; mais en teinture , on attribue à ce même mot une tout autre acception ; il est principalement consacré pour désigner des corps qui jouissent de la double propriété de pouvoir tout-à-la-fois s’unir à la fibre organique et à la matière teignante , d’où résulte une combinaison triple , dans laquelle le mordant sert de lien commun entre la substance colorante et le tissu ; en telle sorte que l’union est beaucoup plus intime et par conséquent moins destructible.
- Comme l’emploi des mordans constitue une des bases principales de l’art de la teinture , nous allons entrer dans quelques développemens, pour en mieux faire sentir toute l’importance.
- Pour bien apprécier l’utilité des mordans et leur véritable fonction, il faut savoir que les matières colorantes sont en général des principes -sni generis, qui jouissent de propriétés et d’affinités spéciales; leurs caractères distinctifs sont en général de n’être ni acides ni alcalines, et néanmoins de pouvoir se combiner avec les corps, et plus particulièrement avec les bases , et de recevoir de chacun d’eux des modifications dans leur couleur, leur solubilité et leur altérabilité. Les matières colorantes organiques pures ont uue affinité très énergique pour certains corps, faible pour d’autres, et presque nulle pour quelques-uns. Parmi ces produits immédiats, les uns sont solubles dans l’eau pure, et les autres ne le deviennent qu’à l’aide d’agens particuliers. Or, on conçoit, d’après ce que nous venons de dire, que toutes les fois qu’une substance colorante jouira
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- d’une certaine affinité pour la fibre organique , elle pourra s’v fixer, c’est-à-dire la teindre sans l’intermédiaire des mor-dans , si par elle-même elle est insoluble dans l’eau , et c’est en effet ce qui a lieu pour les matières colorantes du car-tfiame, du rocou et de l’indigo. Les deux premiers sont solubles dans les alcalis : aussi suffit-il, pour les appliquer sur des tissus, d’en faire une solution dans une eau alcalise'e , d’y plonger les tissus à teindre , et de précipiter la matière tinctoriale , en saturant l’alcali de la dissolution, au moyen d’un acide. La matière colorante, au moment où elle se sépare deson dissolvant, se trouve dans un grand état de division, et elle est là en contact avec les fibres organiques , pour lesquelles elle a une certaine affinité : elle s’y unit étroitement ; et comme elle est naturellement insoluble dans l’eau , c’est-à-dire qu’elle n’a point d’affinité pour ce véhicule, les lavages subséquens n’ont aucune prise sur cette teinture. Il en est à peu près de même pour l’indigo, bien que sa solubilité dans le bain de teinture ne dépende pas d’une cause semblable ( V. Ixdigo) , et qu’elle soit due à une modification dans ses principes constituans. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’après avoir subi cette modification, elle devient soluble dans les alcalis ; que les étoffes qu’on plonge dans ce bain s’imprègnent de cette solution, et qu’une fois exposée à l’air, la matière teignante reprend en même temps et sa couleur et son in- • solubilité primitive ; que les lavages ne peuvent soustraire que les portions surabondantes à la combinaison possible, et qui sont simplement déposées sur les fibres du tissu.
- Voilà ce qui arrive pour les matières colorantes insolubles, et l’on prévoit déjà qu’il doit en être tout autrement pour celles qui jouissent d’une plus ou moins/grande solubilité : celles-ci, en effet, ne possèdent pas en général une affinité pour les fibres organiques, telle que cette combinaison puisse être stable , par cela même que l’eau a pour la matière colorante une affinité qui balance et souvent surpasse celle du tissu.
- C’est surtout dans ce cas que les teinturiers sont obligés
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- d’avoir recours à des corps internie'diaires, qui viennent ajouter leur propre affinité pour la matière colorante à celle que possèdent déjà les molécules organiques du tissu, et augmentent par cette double action l’intimité et la stabilité de la combinaison. Ce sont ces corps intermédiaires qui reçoivent, comme nous l’avons déjà dit, le nom de morâans.
- Les mordans sont en général pris parmi les bases ou oxides métalliques, et l’on serait tenté de croire, d’après ce premier aperçu , qu’il doit en exister un très grand nombre; mais si l’on se rappelle qu’il faut qu’ils réunissent la double condition de posséder tout-à-la-fois une forte affinité pour la matière colorante et pour la fibre organique ; si de plus on réfléchit que les bases insolubles sont à peu près les seules à pouvoir former des combinaisons insolubles , alors on concevra que le nombre pourra en être singulièrement restreint. On sait, en effet, que bien que la chaux et la magnésie, par exemple, possèdent une assez grande affinité pour les matières colorantes, et qu’elles soient susceptibles de former avec elles des combinaisons insolubles ; on sait, dis-je, qu’elles ne peuvent être généralement employées comme mordans , par cela seul qu'elles ne jouissent d’aucune affinité pour la fibre organique
- L’expérience a démontré que, de toutes les bases, celles qui réussissent le mieux comme mordans , ce sont l’alumine, l’étain et le fer oxidés ; encore est-il que les deux premières étant naturellement blanches , sont les seules à pouvoir être employées lorsqu’on veut conserver à la matière teignante sa couleur primitive, ou du moins ne lui faire subir qu’une -légère modification. Toutes les fois, au contraire, que le mordant est coloré par lui-même , on conçoit qu’il devra nécessairement en résulter une couleur composée tout-à-fait différente de la première.
- Si, comme nous l’avons dit, le mordant contracte une véritable combinaison avec le tissu à teindre, il en résulte que l’application du mordant doit être faite dans les circonstances reconnues comme les plus capables de favoriser les combinai-
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- sons, et c’est en effet ce qu’on pratique journellement dans nos-ateliers. Nous allons entrer dans quelques conside'rations à cet e'gard.
- Pour qu’une combinaison puisse bien s’effectuer, il faut en général que les corps qui doivent s’unir soient mis en contact , non-seulement dans un état de liberté , ou au moins le plus près possible de cet état ; mais il est reconnu, en outre, aue la combinaison se fait d’autant mieux que les molécules seront plus ténues. Or, les mordans qu’il s’agit de combiner avec les tissus sont, comme nous l’avons vu, insolubles par eux-mêmes , ce qui oblige, pour diviser leurs molécules, à les dissoudre dans un véhicule approprié ; mais ce dissolvant exercera pour son propre compte une affinité sur le mordant, qui deviendra un obstacle à son attraction pour le tissu. Ainsi, on devra choisir parmi les dissolvans celui dont l’attraction pour le mordant sera la plus faible : or, de tous les acides qu’on peut employer pour dissoudre l’alumine, par exemple , le vinaigre est celui qui la retiendra avec le moins d’énergie ; aussi a-t-on généralement substitué maintenant l’acétate d’alumine à l’alun, parce que l’acide acétique abandonne l’alumine avec une telle facilité, qu’unesimple élévation de température suffit pour- que le départ de ces deux corps puisse s’opérer. Avant cette substitution de l’acétate, on ne se servait que de l’alun ; mais sans en connaître le vrai motif, tous les teinturiers donnaient la préférence à l’aluu de Rome, qu’ils regardaient comme le plus pur ; et ce n’est que depuis quelques années seulement qu’on s’est aperçu à quoi tenait cette préférence , long-temps et fort mal à propos attribuée à de simples préjugés. M. D’Arcet a été le, premier à reconnaître que cet alun n’avait pas la même composition que les autres, et qu’il était en grande partie formé d’alun cubique, c’est-à-dire qu’il contenait un excès de base par rapport aux aluns ordinaires. Or, l’acide sulfurique tient beaucoup moins à cet excès qu’à la première dose qui lui est nécessaire pour sa saturation ; aussi l’abaudonne-t-il très promptement; et quand on chauffe une solution
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- d’alun cubique, on voit cette surabondance d’alumine se séparer, soit à l’état de sous-sulfate , soit à l’état d’alumine pure, long-temps avant qu’elle ait atteint le degré d’ébullition; Cependant on n’avait pas reconnu cette différence , parce que l’alun de Rome étant ordinairement sali à l’extérieur par du peroxide de fer qui trouble la solution, on ne s’apercevait pas de cette précipitation de l’alumine ou du sous-sulfate ; et quand on venait à filtrer la liqueur pour la faire cristalliser de nouveau , on n’obtenait que de l’alun octaédrique ; d’où l’on avait conclu , bien à tort, que la préférence accordée à l’alun de Rome n’était nullement fondée, et que s’il exisait quelques différences, elles ne pouvaient résulter que du plus ou moins de pureté.
- Ce fait rappelle une anecdote qu’il ne sera point inutile de citer ici, pour démontrer combien on doit y regarder de près avant de changer des procédés mis en usage dans les Arts. Dans le temps où les Français étaient maîtres de Rome, un de nos plus habiles chimistes fut envoyé dans ce pays pour inspecter les différentes manufactures et les mettre au niveau des connaissances acquises. Une des fabrications qui lui parut le plus en arrière , fut précisément celle de l’alun, et il se récria surtout sur la construction des fourneaux , tellement vicieuse, que de vastes chaudières ne chauffaient que par leur fond, et ne pouvaient atteindre le degré d’ébullition. Il conseilla donc fortement de les établir sur un tout autre plan ; mais malgré ses avis , qui paraissaient appuye's sur une saine doctrine, la routine prévalut ; et bien cette fois en prit aux manufacturiers, car s’ils s’étaient avisés de suivre les conseils qu’on leur avait donnés , ils n’auraient plus fait que de l’alun octaédrique , puisqu’il est constant, d’après les expériences de M. D’Arcet, que l’alun cubique se décompose de 4» à 45 degrés.
- A une époque où l’alun de Rome était fort rare en France, on s’occupa beaucoup des moyens de purifier celui de notre fabrication, parce qu’on croyait, comme nous venons de le voir, que c’était uniquement à cette cause qu’on devait attri-
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- buer les différens effets qu’on en obtenait ; mais quand on eut re'ussi à avoir de l’alun parfaitement exempt de fer , on reconnut que ne'anmoins l’alunage ne se faisait pas aussi bien qu’avec l’alun de Rome, et l’on fut conduit, d’après les idées émises par M. D’Arcet, à ajouter dans le bain, et au moment del’alunage, un peu d’alcali. En effet, on voit qu’on reproduit là de l’alun cubique, puisqu’on diminue la proportion de l’acide en en saturant une partie.
- Ges deux conditions principales de grande ténuité moléculaire et d’état de liberté, étant remplies pour le mordant, l’opération se fait facilement ; mais il est à remarquer que la combinaison qui s’opère n’étant que le résultat d’un jeu d’affinité entre le dissolvant et la matière du tissu, il doit s’opérer une espèce de partage proportionné à la masse du dissolvant. Ainsi, l’étoffe retiendra plus de mordant lorsque la solution sera plus concentrée , c’est-à-dire lorsque la base insoluble sera moins défendue par une plus grande masse de véhicule, et l’on tire un grand parti en teinture de cette observation. En imprégnant, par exemple , en différens points une même étoffe d’un même mordant pris à divers degrés de concentration , on obtient, quand on plonge ensuite dans le bain de teinture, une fixation de matière colorante d’autant plus grande que le mordant aura été plus concentré. C’est ainsi qu’avec l’acétate d’alumine plus ou moins concentré et la garanceon peut produire toutes les nuances depuis le rouge le plus foncé jusqu’au rose le plus tendre , et avec l’acétate de fer et la garance, toutes les nuances depuis le noir jusqu’au violet clair.
- On voit, d’après ce que nous venons de dire , qu’il est indispensable d’avoir recours à des mordans de différens degrés de concentration , et il est facile d’atteindre ce but en faisant varier la proportion de véhicule. Ainsi, pour obtenir l’acétate d’alumine plus ou moins concentré, il suffirait d’ajouter plus ou moins d’eau aux quantités convenables d’acétate de plomb et d’alun. Si l’on préparait directement l’acétate d’alumine en saturant l’acide acétique au moyen de cette base, le degré
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- de densité de la solution indiquerait son degré de concentra-, tion , et l’aréomètre pourrait servir de guide à cet égard; mais comme ce mordant s’obtient le plus ordinairement par la décomposition réciproque de l’acétate de plomb et de l’alun , et que ce dernier contient, outre l’alumine , de la potasse, il s’ensuit qu’il y a formation d’acétate de potasse qui reste dans la liqueur , et qui en accroît la densité ; que de plus , si l’on est demeuré au-dessous de la proportion d’acétate de plomb nécessaire à la complète décomposition de l’alun , ce qui a lieu assez habituellement, il reste du sulfate de potasse qui n’a point été attaqué , peut-être même de l’alun ; il en résulte que si la densité se trouve en rapport avec le degré de concentration de l’alumine , du moins elle ne l’indique pas d’une manière précise.
- Dans les fabriques d’acide pyroligneux , où l’acétate de cliaux se prépare en grand pour l’obtention de l’acétate de soude, et par suite de l’acide acétique , on a cherché à appliquer directement ce produit, peu coûteux, à la confection de l’acetate d’alumine, et toujours par la double décomposition de l’alun. Rien de plus facile, en effet, puisque le sulfate de chaux résultant jouit d’une assez grande insolubilité pour permettre cette double décomposition , mais pas assez cependant pour qu’il n’en reste aucune portion dans la dissolution; en sorte qu’en supposant même qu’on ait mis un excès d’alun, il demeure toujours dans le liquide une assez grande quantité de chaux pour exercer une influence fâcheuse sur les nuances que l’acétate d’alumine est destiné à produire ; tel est du moins le motif qui l’a fait rejeter par les fabricans de toiles peintes.
- Du moment où l’on reconnaît qne l’acétate d’alumine est un mordant préférable à l’alun, il faut admettre , comme une conséquence de ce principe , que les meilleures proportions pour obtenir cet acétate seront précisément celles dans lesquelles les deux sels se décomposeront plus complètement. Or, l’analyse chimique a démontré que 1 oo parties d’alun contenaient io,5 à peu près d’alumine ; mais io,5 d’alumine
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- •exigent, pour leur saturation, 3i,5 d’acide acétique, et il ne faut pas moins de 1 x6 parties d’acétate de plomb pour fournir cette proportion d’acide acétique.
- On sait que l’alun ordinaire est composé d’acide sulfurique, d’alumine, de potasse et d’eau, et qu’on peut aussi le considérer comme composé de sulfate d’alumine , de sulfate de potasse et d’eau, On sait aussi, par expérience, qu’en fractionnant la dose d’acétate de plomb nécessaire , les premières portions qu’on ajoute s’adressent de préférence au sulfate d’alumine. Le but unique de cette opération étant d’obtenir de l’acétate d’alumine, il en résulte qu’il devient pour le moins inutile d’employer plus d’acétate de plomb qu’il n’en faut pour décomposer seulement le sulfate d’alumine , et que tout ce qu’on ajouterait en plus se trouverait dépensé en pure perte.
- En partant des données que nous venons d’établir, on doit admettre que les proportions les plus convenables pour obtenir une complète décomposition réciproque, sont de ioo parties d’alun contre 116 d’acétate de plomb, en supposant ces deux sels dans leur état de pureté, et ne contenant pas plus d’eau qu’ils n’en doivent contenir.
- Quant à la manière de préparer ce mordant, elle n’offre aucune difficulté ; toutefois, comme l’alun est peu soluble à froid, il convient de faire sa solution à chaud et dans 4 parties d’eau au plus. Aussitôt que la dissolution est achevée, on y ajoute d’abord un peu de sous-carbonate de soude, pour saturer l'excès d’acide et ménager d’autant l’acétate de plomb, ce qui nécessite environ un dixième du poids de l’alun, puis on y met par portion l’acétate de plomb bien divisé ; on agite vivement lé mélange et l’on renouvelle cette manœuvre de temps à autre , jusqu’à complet refroidissement; on laisse ensuite déposer; on décante à l’aide d’un siphon, et l’on jette enfin le marc sur une toile de treillis très serrée, pour obtenir les dernières portions de liquide.
- Ce mordant, ainsi composé, est un des plus forts qu’on puisse employer, et il est même assez rarement nécessaire de
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- no MORDANT.
- l'avoir aussi concentré ; on peut donc , en y ajoutant de l’eau, l’affaiblir autant que le besoin l’exigera ; on a même reconnu qu’ainsi étendu, il se conservait mieux.
- La plupart des fabricans, au lieu de suivre la marche que nous venons d’indiquer, préfèrent employer moins d’acétate de plomb pour se procurer un mordant plus faible , et ils pensent y trouver de l’économie. Nous croyons qu’ils s’abusent en ce point, parce que bien que l’alun soit lui-même un bon mordant, du moment où l’on a reconnu que l’acétate lui est préférable, on doit trouver de l’avantage à l’obtenir le plus pur possible , et la qualité du mordant doit toujours être proportionnelle à sa richesse en acétate d’alumine.
- Après avoir établi d’une manière générale les principes de la préparation d’un bon mordant d’acétate d’alumine , celui de tous qu’on emploie le plus fréquemment ; nous devons exposer maintenant quelles sont les règles théoriques qui doivent être suivies pour en effectuer la combinaison avec la fibre organique du tissu qu’on veut soumettre à la teinture, Rappelons d’abord que la première condition à observer ici. sera précisément la même que dans toute autre combinaison, c’est-à-dire qu’il faudra que les corps qui doivent être unis soient dégagés autant que possible de toute substance étrangère, dont la présence nuirait nécessairement au contact immédiat, sans lequel l’union ne peut avoir lieu : tel est k motif qui oblige à bien dégorger et nettoyer les étoffes avant de les mordancer, de même que l’on, décape deux surface? métalliques avant de chercher à les combiner par application Cela posé, remarquons que s’il ne s’agissait que de mordancet uniformément les deux surfaces du tissu, rien ne serait pi® aisé, puisqu’il suffirait alors de l’immerger complètement dans une dissolution de ce mordant ; mais il est très rare qu’il en soit ainsi, et le plus ordinairement, au contraire,2 ne faut mordancer que des dessins plus lui moins délicats, dont tous les contours doivent être nettement tracés; or, 2 serait de toute impossibilité d’obtenir ce résultat avec le mot'
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- MORDANT. m
- <laut tel que nous venons de le décrire , soit qu’on se serve de la planche oü du rouleau, ou de toute autre mécanique connue. Non-seulement la trop grande fluidité de ce liquide ne permettrait pas à la gravure d’en retenir une assez grande quantité pour en déposer une proportion convenable sur le tissu ; mais en outre , cette fluidité eu favoriserait trop l’expansion, et tous les traits du dessin se trouveraient grossis. Pour obvier donc à ce double inconvénient, il a fallu agir d’artifice, et voici comment on y est parvenu : on donne une consistance convenable au mordant, en lui ajoutant une certaine proportion d’un corps visqueux et non susceptible d’altérer la nuance de la matière colorante, ou d’exercer une réaction fâcheuse sur le mordant. Les gommes, les fécules pures ou torréfiées , quelquefois aussi la terre de pipe , sont employées avec succès pour cet objet ; mais on n’y a pas recours indifféremment; la pratique suggère le choix qu’on en doit faire. On sait, par exemple, que les acides réagissent très énergiquement sur les fécules , et que par conséquent il faut éviter, autant que possible , de mettre ces corps en contact. Toutes les fois donc que ce mordant contiendra un excès notable d’acide , il sera préférable de l’épaissir avec de la gomme : il est d’ailleurs un autre motif qui détermine souvent à accorder la préférence à la gomme , c’est la difficulté qu’on éprouve, lorsque l’action du mordant est produite, à purger entièrement le tissu de toute la fécule, et la petite portion qui reste nuit à l’éclat et à la transparence de la couleur.
- A l’avantage que procurent ces corps invisquans, de permettre une impression plus précise et plus nette , est lié l’inconvénient de nuire au contact immédiat des deux corps qui doivent se combiner. Il faut donc, pour atténuer autant que possible ce défaut, n’en employer que la quantité rigoureusement nécessaire ; et ce motif, qui mérite grande considération , doit déterminer à accorder la préférence au corps qui, à poids égal, donnera le plus de consistance. Telle est la raison qui force d’avoir recours, dans quelques occasions,
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- lia MORDAIS T.
- à la fécule pure, à la gomme adragante , et même Su salep.
- Ces corps auxiliaires présentent souvent encore un autre inconvénient, contre lequel il faut être en garde ; c’est celui d’éprouver, dans certaines circonstances, une trop prompte dessiccation, et d’emprisonner en quelque sorte le mordant avant qu’il ait pu éprouver la modification qu’il doit subir, et qui consiste principalement dans l’évaporation de son acide , auquel il faut laisser un libre cours.
- Il ne suffit pas, comme on voit, que le mordant soit convenablement appliqué, il faut en outre qu’il soit mis dans des circonstances favorables à sa décomposition et à la combinaison de sa base avec la matière du tissu, et l’on ne peut atteindre ce but d’une manière vraiment efficace qu’en maintenant pendant un certain temps l’étoffe mordancée, dans un lieu dont la température soit modérément élevée, et dans lequel l’air ait un libre accès. Ce n’est pas tout encore , il faut que cette étoffe soit régulièrement distendue, et que l’air qui circule à sa surface ne soit ni trop sec ni trop humide. C’est en prenant toutes ces précautions qu’on arrive à éliminer uniformément, mais progressivement, l’acide du mordant, et que l’on réussit à combiner intimement l’alumine au tissu. Il est donc de toute nécessité que l’artiste qui dirige ce travail, sache en apprécier toutes les circonstances influentes, afin de s’en rendre maître et pouvoir y suppléer en cas de défaut. C’est ainsi que, par un temps froid et humide, il doit éléverla température de son séchoir, afin d’obtenir une évaporation plus décidée ; qu’il doit, au contraire, pour une atmosphère trop chaude et trop sèche , y introduire de l’humidité, ou ajouter à son mordant des corps déliques-cens, s’il veut prévenir les inconvéniens déjà signalés d’une trop .prompte dessiccation.
- Si nous supposons maintenant que l’application du mordant et sa combinaison avec le tissu aient été bien dirigées, il s’en faut encore de beaucoup que l’opération soit entièrement achevée ; et l’on pourrait peut-être dire, avec quelque vérité,
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- MORDAiNT. 1,3
- que ce qui reste à faire est le plus important et le plus difficile. En effet, rappelons-nous toujours que le mordant n’est pas seulement destiné à se combiner avec la fibre organique , mais qu’il doit ultérieurement se combiner aussi avec la substance colorante, et que par conséquent il faut qu’il soit entièrement mis à découvert, bien décapé, si je puis m’exprimer ainsi, c’est-à-dire complètement débarrassé de toute matière étrangère qui pourrait le revêtir et nuir â son contact avec la matière colorante. Tel est le principe et le but des deux opérations auxquelles on donne le nom de bousage et de dégorgeage.
- Si le mordant qu’on a appliqué à la surface du tissu se trouvait complètement décomposé et toute sa base intimement combinée, il est certain qu’un simple dégorgeage à l’eau suffirait pour enlever les corps invisquans qu’on lui a ajoutés , et dont on veut maintenant le débarrasser : mais il n’en est point ainsi, quelque précaution qu’on ait prise ; une portion du mordant s’est conservée intacte , et de plus , une partie de la base de la portion décomposée n’est point entrée en combinaison avec le tissu, elle reste libre et en surcharge. Il a donc fallu trouver moyen d’enlever tous ces corps sans qu’il en résultât aucun préjudice. Or, il est évident que si dans cet état de choses on se contentait d’immerger l’étoffe dans l’eau, la portion du mordant qui est restée libre s’y dissoudrait, et qu’elle se combinerait indistinctement avec toutes les parties du tissu non encore mordance'es, et qu’on a voulu préserver ultérieurement de l’action de la matière colorante ; mais si l’on ajoute dans l’eau de lavage un corps capable de s’emparer du mordant aussitôt qu’il s’y délaie, et de contracter avec lui une combinaison insoluble, il se trouvera amsi soustrait à mesure, et ne pourra plus exercer aucune influence sur le tissu. Tel est, en effet, le résultat qu’on obtient par l’addition de la bouse de vache : cette substance excrémentitielle contient une assez forte proportion de matières animales solubles et de particules colorantes, qui jouissent d’une grande affinité pour les sels alumineux. La chaleur Tome XIV. 8
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- , 4 mordant.
- que l’on donne au bain de bousage accélère cette combinaison , et détermine un coagulum insoluble et parfaitement inerte.
- Ainsi, le bain de bousage produit tout-à-la-fois la dissolution du corps invisquant ; une union plus intime entre l’alumine et le tissu, en raison de son élévation de température, qui favorise nécessairement cette combinaison ; une soustraction efficace de la partie du mordant non décomposée, et peut-être aussi un commencement de séparation mécanique des particules d’alumine , qui ne sont qu’interposées dans les fibres du tissu ; séparation qui ne peut d’ailleurs bien s’achever qu’à l’opération du dégorgeage, qui se fait à grande eau, et à l’aide d’un mouvement qui facilite beaucoup l’expulsion des particules étrangères.
- A cela se bornent les considérations théoriques qui doivent guider dans l’importante opération que nous venons de décrire ; mais on conçoit qu’il est ensuite une foule d’observations pratiques qui n’auraient pu trouver place dans cet article, et qui ne s’apprennent bien d’ailleurs que dans les ateliers, et non dans les livres.
- Avant de terminer cet article, il nous reste à dire un mot des astringens, et particulièrement de la noix de galle, qui ont été rangés aussi parmi les mordansmais il est plus difficile de bien rendre compte du véritable rôle qu’ils jouent ; et ici je n’entends point parler des teintures en noir, parce qu’il est certain que dans ce cas ils agissent comme corps teignans, et non plus seulement comme mordans, puisque le noir résulte de leur combinaison avec l’oxide de fer ; mais je veux parler des circonstances où l’on emploie les astringens comme de simples mordans, ainsi que cela arrive pour le rouge des Indes. Tout ce qu’on établit à cet égard, c’est que la matière astrin-'gente ou tannin, dont on ne connaît pas la nature, se combine comme les mordans à l’étofFe et à la substance colorante qui se trouve ainsi fixée ; mais comme ce tannin est lui-même coloré en brun plus ou moins foncé , il s’ensuit qu’il ne saurait être employé pour les couleurs claires. Au reste, nous re-
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- MORDANT. 115
- viendrons sur cette ope'ration, qu’on nomme engallage, lorsque nous traiterons de la teinture en général. R.
- MORDANT ( Technologie). Indépendamment des mordans qu’on emploie dans la teinture et l’impression des toiles, tels qu’ils sont décrits dans l’article précédent, ce mot désigne plusieurs autres objets en usage dans les Arts industriels.
- Le Doreur sur bois donne le nom d'assiette à cette composition que dans d’autres Àîts on nomme mordant. Nous en avons donné la recette au T. VII, page i45, coucher d’assiette.
- Le papier, le vélin, le taffetas , etc., se dorent facilement avec différens mordans , dont voici plusieurs recettes : i°. la bière, dans laquelle on fait bouillir du miel, de la gomme arabique ; 20. de la gomme arabique et du sucre ; 3°. le suc de l’ail seul ou le suc d’oignon ou de jacinthe , dans lesquels on ajoute très peu de gomme arabique , retiennent très bien les feuilles d’or ou ’ d’argent, et pourvu qu’on n’emploie pas trop de gomme, on peut être sûr que la partie dorée ou argentée ne se fendillera pas.
- Comme ces liqueurs sont aussi limpides que de l’eau pure, il est bon d’y mêler une légère teinte de carmin, afin de reconnaître la place sur laquelle on a posé le mordant. Alors on applique dessus la partie d’or ou d’argent qu’on destine à y laisser; on a soin de la tenir un peu plus grande qu’il ne faut ; on la fixe en appuyant dessus un tampon de coton eu bourre , et lorsqu’on juge que le mordant est sec, on frotte le tout avec le même coton, qui enlève ce que le mordant n’a pas fixé, et le dessin qu’on a voulu former est exact.
- Il y a certains ouvrages que l’on désire dorer au vernis ; niais le plus souvent le mordant dont on se sert sèche avec peine, et l’on se trouve embarrassé pour saisir le moment favorable -, car s’il est trop sec, Tor n’v prend pas, et s’il ne l’est pas assez , la feuille métallique s’y noie et n’est plus visible. Celui dont se servent les Hollandais n’a pas ces incon-véniens ; un quart d’heure suffit pour le dessécher au point convenable. Il n’est plus aujourd’hui un secret, le voici :
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- j i6 MORDANT.
- Dans un pot de terre vernissé , on met 489 grammes ( une livre) d’huile de lin, 184 grammes (6onces) de litharge blanche, térébenthine, poix-résine, terre d’ombre et gomme en poudre, de chacune 3o grammes (une once), un oignon et une croûte de pain bis : on fait bouillir pendant trois ou quatre heures. On connaît que la composition est assez cuite , lorsqu’en en prenant avec une cuiller, et la laissant couler, on voit qu’elle file. Lorsqu’on a ôté le pot de dessus le feu, et qu’on voit que la composition est presque refroidie, on ôte l’oignon et la croûte de pain bis , et l’on y ajoute 122 grammes (4 onces) d’huile essentielle de térébenthine ; on passe le tout à travers un linge , et on le conserve en bouteille pour s’en servir au besoin.
- Ce mordant j quoique très vanté, n’est cependant pas le meilleur. On y en a substitué un autre qui nous a été apporté d’Angleterre, et qu’on emploie le plus souvent pour dorer à l’or mat, surtout lorsqu’on est pressé. Il sert aussi pour bronzer. En voici la recette :
- On fait fondre 489 grammes (une livre) de bitume de Judée • on y verse autant d’huile de lin rendue siccative par la litharge; 245 grammes (demi-livre) de mine de plomb ou de vermillon en poudre. Quand le mordant est en pâte, on l’éclaircit avec 489 à ^34 grammes ( une livre à une livre et demie) d’huile essentielle de térébenthine, car il en faut plus en hiver qu’en été.
- On pose ce mordant sur de l’or couleur comme assiette. L’or couleur est le reste des couleurs broyées et détrempées à l’huile, qui se trouvent dans les pinceliers sur lesquels les peintres nettoient leurs pinceaux. Cette matière , extrêmement grasse et gluante, ayant été rebroyée et passée au travers d’un linge, sert de fond ou d’assiette ; plus elle est vieille, plus elle est onctueuse.
- Depuis une trentaine d’années, les habiles ouvriers ont renoncé à faire usage d’or couleur et de mordant ordinaire pour les dorures à l’huile ; ils emploient une composition à laquelle ils ont donné le nom de mixtion, pour la distinguer
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- MORDANT. u7
- du mordant dont nous venons de donner la recette. C’est un liquide qui, lorsqu’il est bien fait, l’emporte de beaucoup sur les ors couleurs et les mordans , en ce qu’il ne fait aucune •épaisseur, et ne laisse apercevoir aucune soudure des feuilles d’or.
- On fait fondre 4^9 grammes ( une livre ) de karabe', 122 grammes ( 4 onces) de mastic en larmes, 3o grammes (une once) de bitume de Judée, dans 489 grammes (une livre) d’huile de lin rendue siccative parla litbarge.
- Il faut qu’il ait de Vamour, pour me servir de l’expression des ouvriers, qu’il soit liquide , qu’il ne soit ni trop long ni trop prompt à sécher ; enfin , qu’il puisse s’étendre aisément sous le pinceau.
- Les peintres en détrempe rehaussent quelquefois leurs ouvrages par des reflets d’or, qu’ils placent dans les endroits les plus convenables; ils emploient le même mordant.
- Les fabricans de papiers peints se servent d’une composition de cette nature pour appliquer des feuilles d’or ou d’argent sur leurs ouvrages, ou pour fixer sur les papiers la poussière de la tonture de drap, afin d’imiter le velouté. Le mordant que nous venons d’indiquer est très utile dans tous ces cas.
- On se sert quelquefois, pour dorer ou pour argenter des dessins sur le papier ou sur le vélin, d’une couleur qu’on appelle encre d’or ou d’argent, et nous saisissons cette occasion pour en faire connaître la composition.
- Encre d’or. On prend des feuilles d’or battu, en livrets, on y ajoute assez de miel blanc pour en faire, sur un porphyre , une pâte ni trop claire ni trop épaisse. On broie cette-pâte avec la molette, de la même manière qu’on broie les couleurs, jusqu’à ce que l’or soit réduit dans la plus grande division possible. On rassemble alors cette pâte avec le couteau du peintre , on la met dans un grand verre , où on la délaie dans l’eau. L’or, par son propre poids, gagne- le fond du vase , et le miel se dissout dans l’eau ; on décante, et on lave à plusieurs reprises , jusqu’à ce que le miel ait été entièrement enlevé. On fait sécher la poudre qui reste au fond,
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- I iS MORS.
- et qui est très brillante. Quand on veut s’en servir pour écrire ou pour peindre, on la délaie dans une dissolution de gomme arabique, et l’encre est faite. On polit ensuite avec la dent de loup, lorsque l’encre est bien sèche.
- Encre d’argent. Elle se pre'pare de la même manière que l’encre d’or, et on l’emploie de même.
- Le Cloutier-d’épivgle donne le nom de mordant à une espèce de pince courte et sans branches , parce qu’on ne la serre pas dans la main. Les mâchoires sont garnies intérieurement de dents , qui se dirigent de bas en haut, pour mieux retenir le fil de fer qui doit former le clou, qu’on place verticalement dans le mordant. On le serre dans un étau poür le tenir plus ferme, pendant qu’on frappe dessus le bout excédant, avec un marteau, pour former la tète.
- Dans I’Imprimerie , le compositeur se sert d’un instrument qu’il nomme mordant. C’est une petite tringle de bois à peu près carrée , d’environ 325 millimètres (un pied ) de long , et 27 millimètres ( an pouce) de large. Cette tringle est fendue et évidée, dans sa longueur, d’environ 216 millimètres (8 pouces) seulement ; la partie qui reste pleine sert de manche pour s’en servir.
- Le mordant sert à retenir la copie sur le Visoricm , pendant que le compositeur travaille , et à lui indiquer la ligne qu’il copie. Le compositeur se sert ordinairement de deux mordons à la fois : le premier, qu’on peut appeler le mordant supérieur, embrasse le visorium par une de ses branches qui passe par-derrière ; l’autre, qui passe par-devant, fixe la copie au-dessus de l’écriture ; celui-là reste toujours immobile. Le second, placé de la même manière, est mobile ; le compositeur le fait glisser le long du visorium; il sert à lui indiquer la ligne sur laquelle il travaille , et il place ce mordant toujours au-dessous de la ligne qu’il copie. Sans cette précaution, le compositeur serait souvent exposé à sauter des lignes, et par là à faire, ce qu’en terme d’imprimerie on nomme des bourdons, L.
- MORS ( Technologie ). Le mors est cette partie de la bride
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- MORS. 119
- d’un cheval qui entre dans sa bouche, et qui sert à le diriger et à le dompter. Le mors est en fer ; il est formé de trois parties distinctes : Y embouchure, la gourmette ,1a chaînette.
- Il embouchure est un mot généralement consacré pour désigner cette partie du mors qui est reçue dans la bouche du cheval, et dont l’effet est d’agir immédiatement sur les barres, et d’imprimer à cettè partie délicate et sensible de la bouche du cheval une sensation douloureuse , qu’il cherche à faire cesser en obéissant à la main qui la lui cause.
- Par l’expression emboucher un cheval, on entend non-seulement l’action de donner un mors quelconque au cheval, mais l’art de fabriquer ce mors avec toute la perfection nécessaire pour qu’il soit exactement approprié à l’animal auquel on le destine. De toutes les parties qui composent l’art de l’éperonnier, c’est la plus délicate et la plus difficile , celle qui exige le plus de connaissance de l’hippiatrique. Un bon éperonnier doit avoir étudié avec soin , comme l’a si bien développé un savant vétérinaire , dont nous empruntons les expressions : i°. la conformation de quelques parties du cheval ; 20. les situations respectives que la nature a assignées à chaque individu ; 3°. les rapports de force, de sensibilité et de mouvement qu’elle a mis entre elles et les autres parties du corps ; 4°. les effets mécaniques de cette machine simple, destinée à entretenir, comme milieu, l’intime réciprocité du sentiment de la bouche du cheval et de la main du cavalier. Il est indispensable d’apprécier tous ses effets, afin de fixer avec précision les mesures des parties du mors, dont la théorie générale des leviers ne nous donne pas toutes les solutions que nous désirerions, parce qu’il entre dans les calculs auxquels nous nous livrons , en la consultant, une multitude d’élémens purement physiques, dont il est presque impossible de fixer la valeur.
- La solution de toutes ces questions ne peut être donnée que par un homme très versé dans Yhippiatrique, et en présence de l’animal sur lequel il est consulté. Cette science est étrangère au but de notre Dictionnaire , et par cette raison nous ne
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- i2o MORS.
- pousserons pas plus loin nos réflexions sur l'embouchure proprement dite.
- La gourmette est une chaîne en fer, composée de mailles et de maillons de différentes grosseurs , assemblés de manière que les plus grosses mailles sont placées au milieu de sa longueur, qu’elles vont en diminuant jusqu’aux deux extrémités ; elle est fixement attachée à la branche gauche du mors par un maillon contourné en S, et arrêtée, lorsqu’elle est en place, dans un crochet porté par la branche droite du mors. La gourmette se place sous la barbe du cheval ; cette partie est d’autant plus importante dans une embouchure , qu’elle lui sert d’appui, dont la perfection dépend de l’exactitude de ses proportions et de la justesse de ses effets. Le plat de la gourmette doit toujours porter sur la barbe du cheval.
- La chaînette n’est autre chose qu’une petite chaîne en fil de fer, qu’on place quelquefois seule , quelquefois au nombre de deux, au bout des deux branches du mors, afin d’en fixer la distance et de s’opposer à leur écartement. Les branches du mors sont deux pièces de fer courbées qui portent, comme nous l’avons dit, l’embouchure , la gourmette et la chaînette. Ces deux branches sont attachées par leur extrémité la plus longue à la bride par la têtière , et de l’autre aux rênes , afin d’assujettir la tête du cheval.
- On a imaginé des mors d’une infinité de formes différentes, auxquels on a donné des noms particuliers , que nous croyons inutile d’énumérer et de décrire, attendu que nous ne pourrions nous faire concevoir qu’à l’aide d’une multiplicité considérable de figures, qui n’apprendraient rien de nouveau, et qu’on trouve dans les ouvrages les plus récens sur l’art vétérinaire , qui est étranger à notre but.
- On étame très souvent les mors, les gourmettes et les chaînettes : il ne sera pas inutile de dire un mot sur cette opération.
- Etamage du mors. Lorsqu’il est entièrement terminé, on en éclaircit à la lime douce toutes les parties, afin d’en enlever l’oxide qui peut s’y être formé et les coups de feu ; on le frotte
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- MORTIER. ,2I
- "bien d’huile partout ; on le saupoudre de poix résine et de sel ammoniac en poudre, et on le plonge en entier dans un bain d’étain fondu, chauffé au degré de chaleur qui lui donne la couleur jaune. On le retire avec un crochet de fer , on le secoue en frappant sur le crochet avec un bâton, afin de faire tomber les gouttes d’étain superflues.
- Étamage des gourmettes et des chaînettes. On les fait rougir à la forge, on les secoue, afin de faire tomber les écailles , on les jette dans un baquet plein d’eau ; on les met ensuite dans un tonneau monté sur un axe de fer armé d’un côté d’une manivelle, et l’on y jette du sable grossier. On fait tourner la manivelle pendant un temps suffisant pour que, par le frottement, toutes les parties en soient bien éclaircies et décrasse'es. Alors on jette les pièces ainsi dérochées dans une marmite de fer dans laquelle on a fait fondre de l’étain sur lequel on jette du sel ammoniac en poudre. On agite bien le tout, on tourne et retourne continuellement les pièces , jusqu’à ce qu’elles soient parfaitement étamées sur toute leur surface. On a soin , en retirant chaque pièce , de la secouer , pour faire tomber les gouttes d’étain superflues. On les jette dans un baquet d’eau froide ; on les met ensuite dans un tonneau semblable au premier, dans lequel est du son bien sec, qui sèche et éclaircit toutes ces pièces.
- L’étain doit être chauffé au même degré que nous l’avons indiqué plus haut. L.
- MORTAISE ( Technologie ). Le menuisier donne le nom de mortaise à une entaille plus ou moins profonde , de forme ordinairement rectangulaire , qu’il pratique à l’aide du bédane ou bec-d’âne, du ciseau et du maillet, dans une pièce de bois qu’il veut assembler avec une autre qui porte une saillie qu’il nomme Tenox , et qui doit remplir exactement la mortaise. (V. T. XIII, page 23o, au mot Menuisier, les détails que nous avons donnés sur l’assemblage. ) L.
- MORTIER (de mortarium). Nous désignons aujourd’hui, de même que les Romains autrefois , par ce nom , une substance plastique susceptible de lier entre eux les matériaux durs em-
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- i22 MORTIER.
- ployés dans les constructions. Nous ferons connaître la composition et les effets des mortiers dans leurs applications spéciales aux travaux enfouis , immergés, exposés à l’air ou résistans à l’action du feu.
- La plupart des premiers se composent de Chaux et de Ciment ; nous ajouterons à ce que nous avons dit de ces deux matériaux dans leurs articles respectifs, des données confir-me'es par un grand nombre d’essais , et que nous extrairons principalement d’un résumé des connaissances récentes et positives à cet égard, que M. Vicat a publiées depuis quelques jours, et qui sont dues aux nombreux essais de cet ingénieur, ainsi qu’aux analyses de M. Berthier, professeur de l’École des Mines, et aux recherches de M. Bruyère , inspecteur-général des Ponts et Chaussées. Les notions antérieures qui ont mis sur la voie ou éclairé le plus cette question , ont été fournies par les observations de Saussure, relativement à l’effet utile de l’argile dans la chaux hydraulique de Chamouny, et par l’analyse de la marne compacte de Senonches, de laquelle Collet-Descotils conclut que la cause de sa propriété distinctive dépendait de la forte proportion (0,20) de silice très fine disséminée dans la masse.
- Tout récemment, M. l’ingénieur Lacordaire a complété ces importuns résultats, en traitant comme un mortier naturel les pierres à chaux hydraulique cuites imparfaitement.
- La chaux hydraulique qui donne les meilleurs mortiers est obtenue des pierres naturelles ; on en approche par des mélanges factices. Les premières se reconnaissent»l’analyse, faite de la manière suivante , d’après M. Berthier : on broie la pierre, on passe la poudre au tamis de soie, on en met 10 grammes dans une capsule, et l’on verse dessus, peu à peu, de l’acide muriatique étendu d’une petite quantité d’eau, jusqu’à ce qu’il ne se fasse plus d’effervescence, en agitant sans cesse avec un tube en verre ; on évapore la dissolution a une température douce , jusqu’à consistancè pâteuse ; on délaie le tout dans un demi-litre d’eau , on filtre ; l’argile reste sur le filtre ; on fait sécher celte substance au soleil ou
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- MORTIER. ,a3
- devant lé feu, on la calcine au rouge dans un creuset, puis on en prend le poids ; on verse de l’eau de chaux bien limpide dans la dissolution , tant qu’il s’y forme un précipité par chaque addition nouvelle. On recueille aussitôt sur un filtre le précipité, qui est de la magnésie, mêlée quelquefois d’oxides de fer et de manganèse ; on le lave à l’eau pure, on le dessèche , puis on le pèse.
- Le poids de l’argile comparé avec celui de la substance calcaire dissoute, indique approximativement le rang de la substance essayée parmi les pierres hydrauliques.
- Si, au lieu d’argile douce au toucher, il restait après la première filtration un sable fin, mais rude, ou un mélange d’argile et de sable , dans le premier cas, la pierre essayée ne donnerait que de la chaux maigre ; dans le second, on séparerait le mieux possible le sable de l’argile par plusieurs décantations, on prendrait séparément le poids de chacune de ces matières, et suivant la proportion de sable , la pierre s’éloignerait davantage de la qualité propre à la chaux hydraulique.
- Les pierres à chaux moyennement hydrauliques donnent à l’analyse de 8 à 12, centièmes d’argile, mélangée ou non d’oxides de fer et de manganèse et de magnésie.
- Les calcaires à chaux hydraulique contiennent de i5 à 18 pour 100 d’argile, qui peut être mêlée des mêmes matières étrangères, mais dans laquelle la silice a toujours la prépondérance.
- L’argile s’élève à la proportion de 20 à 25 centièmes dans les calcaires à chaux éminemment hydraulique.
- Les calcaires presque purs, ou contenant de 1 à 6 centièmes doxides, donnent des chaux grasses, tandis que s’ils contien-tiennent de i5 à 3o pour 100 de sable , ils ne fournissent à la cuisson que des chaux maigres.
- M. Yicat indique les moyens suivans d’essais pratiques , à la portée de tous les constructeurs, et qui la plupart ont dès long-temps été mis en usage par M. Bruyère.
- L’abord on reconnaît la nature de la pierre calcaire à l’aide
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- d’une pointe de fer qui doit la rayer, et d’un acide faible qui doit, par son contact, produire une effervescence.
- On réduit les échantillons à essayer en fragmens du volume d’une forte noix , on en remplit une gazette percée de trous, ou un autre vase analogue de terre réfractaire , et l’on place le tout dans la région moyenne d’un four à poterie, à briques ou à chaux, alimenté au bois : au bout de quinze à vingt heures, la cuisson est achevée ; on retire le vase du feu et l’on met la chaux , non encore refroidie, dans un bocal qu’on ferme hermétiquement , pour la conserver vive ( caustique). Lorsqu’on est disposé à l’essayer, on en remplit un litre, vides compris, on la verse dans un sachet de toile très claire ou canevas ; on trempe le tout dans l’eau pendant cinq à sir secondes , on laisse égoutter un instant, puis on met la cliaur dans un mortier de pierre ou de fonte. Nous avons indiqué, et chacun connaît les phénomènes que la Chaux grasse présente pendant son extinction : quant à la chaux hydraulique, elle reste , après être sortie de l’eau , de même que la chaut maigre , de cinq à six minutes et jusqu’à une heure avant de s’échauffer, puis dégage de la vapeur et se fendille.
- Dès que le fendillement se prononce, on verse de l’eau dans le vase, à côté de la chaux, afin qu’elle soit aspirée spontanément par les portions les plus avancées ; on remue ensuite lentement, et l’on continue d’aj outer de l’eau avec précaution, de peur de noyer le mélange ; enfin , on triture avec le pilon, et l’on amène le tout en forte consistance pâteuse.
- La chaux ainsi préparée doit être abandonnée à elle-même jusqu’à ce que les parcelles non éteintes achèvent de s’hydrater , ce qui dure environ .trois heures, et d’ailleurs est indiqué par un refroidissement complet de toute la masse.
- On triture de nouveau avec le pilon , en ajoutant de l’ean si cela est nécessaire, pour obtenir une pâte de consistance argileuse, aussi ferme que celle de l’argile prête à être moule* pour les poteries.
- On remplit aux deux tiers environ un verre à boire ou 1111 pot en faïence avec cette chaux, on la tasse bien par quelque*
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- coups sur le fond, qui lui font prendre un niveau plan ; on étiquette, en notant la date et l’heure, puis on immerge dans l’eau imme'diatement.
- D’après une e'tude de quatorze anne'es faite de cette manière , M. Vicat a classé toutes les chaux françaises en cinq catégories : i°. chaux grasses ; 2°. chaux maigres ; 3°. chaux moyennement hydrauliques, 4°- chaux hydrauliques;5°. chaux éminemment hydrauliques.
- Les chaux grasses doublent de volume, et au-delà, par l’extinction ordinaire ; leur consistance ne varie pas dans le cours de plusieurs années d’immersion , et elles sont encore dissolubles jusqu’à la dernière parcelle, par une eau fréquemment renouvelée.
- Les chaux maigres, comme celles qui sont hydrauliques, augmentent peu ou point de volume par l’extinction ; mais lespremières se comportent ensuite dans l’eau comme les chaux grasses, si ce n’est qu’elles laissent au lavage un résidu insoluble sans consistance.
- Les chaux moyennement hydrauliques se prennent en masse après quinze ou vingt jours d’immersion , continuent à durcir, mais de plus en plus lentement, surtout après le sixième ou le huitième mois ; au bout d’un an, leur consistance est comparable à celle du savon sec ; elles ne se dissolvent dans l’eau qu’avec beaucoup de difficulté.
- Les chaux hydrauliques sont prises après six ou huit jours d’immersion , et continuent à se solidifier jusqu’au douzième Mois ; alors elles ont acquis une dureté semblable à celle de la pierre tendre, et ne sont plus attaquables par l’eau.
- La chaux éminemment hydraulique se prend en masse du deuxième au quatrième jour d’immersion; au bout d’un mois, elles sont fort dures et complètement insolubles ; au sixième mois, elles se comportent comme les pierres calcaires absorbantes, dont le parement peut être layé : les chocs en font jaillir des éclats laissant des cassures écailleuses.
- Les oxides de fer et de manganèse paraissent sans influence emarquable dans la solidification des chaux, qui,, grasses,
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- maigres ou hydrauliques , peuvent être colore'es diversement en brun, gris, fauve, roux, blanc, etc.
- On entend que la chaux a fait prise lorsqu’elle porte sans dépression une aiguille à tricot de 12 millimètres de diamètre , limée carrément à son extrémité et chargée d’un poids de 3 hectogrammes : elle ne peut plus alors changer de forme sans se briser.
- A peine connaissait-on , il y a vingt-cinq ans , douze localités en France où se trouvaient des pierres à chaux hydrauliques; on ne peut plus les compter aujourd’hui; on en a rencontré partout où la recherche en a été faite.
- Calcaires artificiels à chaux hydrauliques. La meillenre méthode, mais aussi la plus dispendieuse, consiste à mêler 80 parties de chaux grasse avec 20 d’argile sèche. D’après le procédé en usage, bien plus économique, le mélange se compose de i4o de craie sèche pour 20 d’argile. On conçoit, d’ailleurs, que si déjà le carbonate de chaux employé contenait une quantité notable d’argile , ou que l’argile renfermât plus ou moins de calcaire, il faudrait modifier leurs proportions respectives en conséquence.
- La fabrique de Meudon , près Paris, fondée par MM. Brian et Saint-Léger, emploie la craie de cette localité et l’argile (glaise) de Vaugirard. Voici comment on y opère.
- Une meule verticale et une roue à jantes (celle d’une charrette ordinaire ), dans la même position , sont liées invariablement entre elles et avec un système de herse et râteau; elles pivotent sur un axe ; celui-ci est implanté au milieu d’un bassin circulaire de 2 mètres de rayon, dans lequel elles roulent. On jette dans ce bassin 4 mesures de craie pour une de glaise, et l’on y fait arriver l’eau, au moyen d’un robinet. En une heure et demie de manège à deux chevaux, obtient ira,5 cube de bouillie claire, que l’on évacue par un conduit percé horizontalement au sud du bassin,
- La matière s’écoule par une légère pente dans une première fosse , suivie d’une deuxième, d’une troisième , d’une quatrième et cinquième. Ces fosses , peu profondes , communi-
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- qUent ensemble par le haut à l’aide d’un de'versoir ; lorsque la première est pleine, la nouvelle bouillie qui arrive passe en partie avec les eaux surnageantes dans la deuxième , de celle-ci dans la troisième , puis dans la quatrième et la cinquième, qui de'verse ses eaux claires dans un puisard. Un semblable système de fosses e'chelonne'es reçoit les nouveaux produits du mane'ge, pendant que la matière prend dans le premier la consistance utile au moulage.
- On moule alors la pâte en forme de prismes. L’ouvrier charge' de cette besogne, à la tâche, fait moyennement cinq mille briquettes par jour, cubant ensemble environ 6 mètres. Ces sortes de briquettes, e'tendues à l’air libre ou dans des séchoirs abrités, acquièrent en quelques jours le degré de consistance et de siccité nécessaire pour la cuisson. Les chaux hydrauliques artificielles sont employées dans les endroits où le calcaire argileux manque ; elles se vendent, à Paris, 70 fr. le mètre cube. Tous frais et bénéfices compris, elles reviennent à 3o fr., au plus, en province, au fabricant.
- Les pierres à chaux hydraulique naturelles ou artificielles exigent plus de ménagement dans leur cuisson que la pierre calcaire à chaux grasse ; en effet, celle-ci est infusible, même au rouge-blanc, tandis que le mélange de chaux, silice et alumine est fritté à une température peu différente de celle qui suffit pour en chasser l’acide carbonique. Ainsi agglomérée par un premier degré de fusion, la chaux argileuse s’éteint difficilement ou ne s’e'teint pas ; elle tombe après quelques jours en une poudre rugueuse inerte. Si au contraire la cuisson est trop peu avancée , le calcaire argileux, de même que le calcaire à chaux grasse , ne s’éteint pas ou s’éteint mal, en laissant un noyau solide , sorte de sous-carbonate basique , dont M. Lacordaire a fait un bon mortier, comme nous le verrons plus bas.
- La forme et la capacité des fours à houille continus influent sur la régularité de la cuisson des calcaires argileux ; cependant l’adresse et l’habitude du chaufournier ont plus d’influence encore. C’est ainsi que les anciens fours en cône ren—
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- versé , décrits sous le n° 3, PI. i4 des Arts chimiques, article Fours a chaux , chauffés par lits alternatifs de gros coke et houille entre les lits de pierre , ont donné successivement de très bons et de mauvais résultats. La forme ovoïde et les dimensions indiquées Pl. 5o, fig. i des Arts chimiques, onf constamment donné une cuisson égale et peu dispendieuse. Un mètre cube de houille peut cuire de 3 à 4 mètres de chaux. Il est très probable que le four elliptique, fig. a , Pl. i4 de l’article précité, réussirait également bien.
- Les fours à bois sont plus faciles à gouverner que les fours continus à houille ; la forme indiquée fig. i, Pl. i4, est très convenable. L’habitude peut seule faire connaître le temps utile à la cuisson ; une foule de circonstances le font varier, telles que la qualité du bois , sa grosseur , son degré de siccité, la direction du vent, qui accélère ou diminue le tirage. Les chaufourniers se règlent habituellement sur le tassement général, qui doit être d’un sixième à un cinquième de la charge totale. Le feu dure de cent à cent cinquante heures pour un four contenant 6o à *]5 mètres cubes; chaque mètre cube de chaux exige , terme moyen , en bois de corde dur, i!I,66; en fagots, 22 stères; en fascines de bruyères, 3o stères; les genêts et fagots mesurés en grandes piles et sous le volume qui résulte de la pression à laquelle ils sont alors soumis.
- Extinction de la chaux destinée à la confection des mortiers. On peut suivre trois procédés différens pour cette opération ; nous les décrirons succinctement.
- i°. La chaux vive imbibée d’eau, et recevant ensuite d’une manière convenable ce liquide par portions successives, se réduit en un temps variable et avec les phénomènes indiqués plus haut, en une bouillie épaisse. La chaux grasse en fournit environ trois fois son volume en cet état, tandis que les bonnes chaux hydrauliques ne rendent communément que 1 ou 1 i, et au plus 1 \ : on les nomme alors chaux fondues.
- 20. La chaux plongée sous l’eau pendant quelques secondes,
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- puis retirée, produit d’une façon variable les phénomènes de l’extinction, et en un temps également variable, tombe en poudre : c’est la chaux éteinte par immersion. Cent parties de chaux grasse, en cet état, retiennent seulement 18 d’eau en poids, et donnent i5o à 170 de poudre non tassée, en volume, tandis que les chaux hydrauliques conservent de 20 à 35 d’eau et produisent 180 à 218 de poudre.
- 3°. Soumise à l’action lente de l’atmosphère, la chaux vive se réduit en poudre fine ; les chaux grasses augmentent de 4opour 100 de leur poids, et donnent jusqu’à trois fois et demie leur volume (mesurées en poudre et vives) ; les chaux hydrauliques ne prennent qu’un huitième d’eau ; leur augmentation en volume ne s’élève qu’à 1,75 ou 2,55 au plus.
- De ces trois modes d’extinction , lorsque les hydrates restent exposés à l’air, le premier, le mode ordinaire, est celui qui divise le plus les chaux , et qui convient le mieux , puisqu’il multiplie les points de contact ; le troisième, foisonnant davantage , est aussi préférable au deuxième pour la chaux grasse. Relativement aux chaux hydrauliques , l’ordre déplus grande dureté acquise par les hydrates est : i°. extinction ordinaire ; 20. extinction spontanée ou troisième procédé ; et 3°. extinction par immersion, ou deuxième procédé. Le troisième procédé est en outre utile pour conserver ou expédier, dans des futailles et sans altération sensibleries chaux hydrauliques.
- L’action de l’air sur les hydrates de chaux en pâte dure augmente leur solidité en les carbonatant à une plus ou moins grande profondeur. Cet effet, insuffisant pour les chaux hydrauliques , peut rendre fort dures les chaux grasses ; mais le retrait qui résulte de leur dessèchement ne permettrait de les employer ainsi que pour former des corps de petite dimension et non adhérens.
- L’action prolongée de l’eau sur les hydrates de chaux grasse les dissout complètement, quelle qu’en soit la cohésion, s’ils ne sont pas carbonatés. Nous avons fait connaître plus haut la dureté et l’insolubilité que' contractent les hv-Tome XIY.
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- drates de chaux hydrauliques immergés ; quant à l'influence du procédé d’extinction , elle est, pour les chaux moyennement hydrauliques, la même que pour les chaux grasses ; et relativement aux chaux hydrauliques et éminemment hydrauliques , elle conserve le même ordre de prééminence que pour les hydrates exposés à l’air. Les chaux hydrauliques à l’état d’hydrates ne peuvent être employées utilement que sous terre ou dans l’eau, soit en bétonnemens , soit en cor-rois ; mais elles ne rendraient pas un meilleur service que le mortier résultant de leur mélange avec le sable ordinaire, et ce serait à tort qu’on négligerait de doubler, au moins, le volume de la matière par cette addition. On ne saurait donc, en application, considérer les chaux grasses ou hydrauliques, seules, comme des mortiers.
- Mortiers naturels.
- En Angleterre, on nomme improprement ciment romain, un mortier naturel résultant de la calcination ménagée d’un calcaire renfermant 3i pour 100 d’argile , que l’on broie en poudre et qui se gâche comme le plâtre. On en fait une très grande consommation à Londres, dans les fondations, les revêtemens de murs et de colonnes en briques : il sert en ce moment à lier toute la maçonnerie du pont sous la Tamise;
- M. Lacordaire , ingénieur des Ponts et Chaussées, en réduisant à trois jours la durée de la cuisson du calcaire argileux de l’Auxois, qui avant était de six jours, n’a calciné à l’état de chaux hydraulique que les deux tiers environ du volume total ; le reste , non susceptible d’extinction , et facile à séparer par cette propriété, lui fournit un mortier naturel qu’il suffit d’écraser pour le rendre susceptible d’être conservé ou transporté. On le gâche comme du plâtre au moment de s’en servir, et il prend avec une telle rapidité, qu’on peut en quelques minutes en obtenir des corps solides et même des moulages de diverses formes. Les premières expériences promettent un mortier naturel d’une qualité au moins égale à celle du ciment anglais.
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- D’après les recherches de MM. Berthier, Vicat et Minard, on explique les proprie'te's des chaux hydrauliques par l’action à une haute température, de la chaux sur la silice et l’alumine , et l’on considère le mortier naturel comme un sous-carbonate avec excès de base ; toutefois, les résultats fort analogues obtenus par M. Bruyère, avec des chaux grasses et des Pouzzolanes factices, l’impossibilité' d’obtenir par des mélanges de craie et d’argile les mêmes effets que produisent les chaux et mortiers hydrauliques de calcaires naturels, rendent incomplète la théorie : c’est ce qui nous détermine à n’y pas insister davantage.
- Cimens. Nous avons traité, dans un article spécial, de la préparation et des emplois de ces matériaux ; nous pourrons donc nous borner ici à décrire leurs propriétés relatives à la composition des mortiers ; nous en dirons autant des sables, sous le rapport de la même application.
- Les corps solides incorporés dans les mortiers de chaux sont : les sables, les arènes, les psammites, les argiles, les produits volcaniques ou pseudo-volcaniques, et les substances modifiées par une calcination artificielle.
- Sables. Les roches granitiques, schisteuses, calcaires, les. grès, etc., divisés en grains durs , soit par le mouvement des eaux, soit par une désagrégation spontanée, donnent naissance aux divers sables. Les terrains granitiques fournissent le quartz, le feldspath et le mica ; les terrains volcaniques donnent les diverses variétés de laves ; les roches calcaires sont en général trop tendres pour être désagrégées autrement qu’en poudre, ou trop compactes pour se rompre autrement qu’en éclats. Les sables fossiles présentent des grains plus anguleux que les sables des rivières, mais sont composés de même, et quelquefois colorés par des ocres.
- L’arène est un sable fossile généralement quartzeux , à grains inégaux très irrégulier’s, mêlés d’argile, rouge, jaune, brune ou blanchâtre, en proportions qui varient entre un quart et trois quarts du volume total. L’arène occupe presque
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- toujours les sommités des collines peu élevées; elle appartient aux terrains d’alluvion.
- Psammites. Ce nom désigne des mélanges de grains de quartz, de schiste, de feldspath et de mica, agglomérés par une substance variable. Les psammites schistoïdes rouges, jaunâtres ou bruns , en poudre douce au toucher, faisant pâte avec l’eau, constituent une sorte particulière, remarquable sous le rapport qui nous occupe : on les trouve par bancs et veines parmi le schiste, dont ils sont une altération ; ils abondent aux environs de Brest et de Carhoix.
- Argiles. ( V. ce mot. ) Nous nous bornerons à rappeler que ces matières, susceptibles de se délayer en bouillie plastique onctueuse, perdent cette propriété lorsqu’on les chauffe à une certaine température ; elles deviennent d’abord absorbantes , et forment une pouzzolane artificielle ; chauffées davantage , elles diminuent de volume de plus en plus : les unes se frittent, puis finissent par être fondues ; d’autres résistent à la température de lijo0 de Wedgwood sans se fondre.
- Pouzzolanes. C’est, à proprement parler, un produit volcanique, employé pour la première fois par les Romains, qui le découvrirent près du Vésuve, aux environs de Pouzzol. La plupart des terrains volcanisés renferment cette matière ; mais elle se présente sous divers aspects : en gros grains, pulvérulente ; en scories, tuf, ponces, etc. , colorée en jaune, noir, mais le plus généralement brune. Les substances pseudovolcaniques résultant des houillères embrasées, telles que les argiles cuites et les tripolis, peuvent être rangées parmi les pouzzolanes. Enfin, les argiles, arènes, psammites, et les schistes calcinés à la température utile ; les débris de tuiles, briques, carreaux, poteries de grès et d’argile, et même les scories de houille et de tourbe , seront considérés comme des pouzzolanes artificielles. Ces matériaux, formés la plupart des mêmes principes, mais de texture variable, ont des influences différentes dans la composition des mortiers à chaux grasses ou hydrauliques, et suivant qu’ils sont exposés à l’air ou immergés dans l’eau.
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- Qualités spéciales des sables et cimens. Ces parties constituantes des mortiers sont classées, par M. Yicat, en matériaux très énergiques, énergiques, peu énergiques, inertes.
- Une substance est très énergique lorsque son mélange, en consistance argileuse, avec la chaux très grasse, éteinte par le procédé ordinaire , produit un mortier capable , i°. de faire prise d’un à trois jours environ, après l’immersion ; 2°. d’acquérir la dureté de la bonne brique après un an ; 3°. de donner une poussière sèche sous la scie à ressort.
- Une substance dite énergique doit produire-, dans les circonstances ci-dessus , un mortier qui fait prise du quatrième au huitième jour, acquiert la dureté d’une pierre très tendre au bout d’un an d’immersion , et donne une poudre humide sous la scie à ressort.
- Toute substance peu énergiquedans les mêmes circonstances , produit un mortier capable de faire prise du sixième au vingtième jour,, d’acquérir, par un an d’immersion, la dureté du savon sec, et d’empâter la scie.
- Toute substance, enfin , est dénommée inerte, lorsque son mélange avec la chaux grasse en pâte ne change rien à la manière dont se compose cette chaux immergée seule.
- La dureté acquise à l’époque indiquée est ce qui caractérise rigoureusement chaque substance.
- D’après ces définitions, les sables proprement dits sont en général inertes; les arènes, psammites , argiles, sont ordinairement des matières peu énergiques et rarement énergiques , sans que leurs caractères physiques puissent les faire apprécier exactement entre ces limites. Les pouzzolanes naturelles ou artificielles peuvent être très énergiques , énergiques ou peu énergiques; leurs caractères extérieurs ne donnent pas, à cet égard, des indices certains : c’est encore à l’expérience que l’on peut seulement s’en rapporter. Toutefois , celles qui réunissent la porosité à une consistance forte, qui happent à la langue, sont les meilleures ; et réciproquement, une grande densité , l’aspect vitreux, les grains durs et lisses , in-
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- cliquent une mauvaise qualité' relativement à la solidification des mortiers.
- Les proprie'te's chimiques donnent des notions plus précises sur l’influence des sables et cimens ; nous devons donc les exposer ici.
- Action des acides. Les sables quartzeux ne sont pas atta-que's par les acides sulfurique , nitrique , hydrochlorique ; l’action de ces acides est même fort lente et bornée, lorsque des parcelles de rocbes volcaniques ou pseudo-volcaniques y sont mêlées.
- Les arènes laissent au lavage une argile à laquelle l’acide hydrochlorique enlève un peu de fer, et du dixième aux trois cinquièmes de son alumine. Les psammites schistoïdes sont dans le même cas.
- Les argiles sont dépouillées , par le même acide , de presque tout leur oxide de fer et chaux carbonatée , mais ne laissent pas attaquer plus du dixième au cinquième de leur poids total, après trois ou quatre jours de digestion.
- Les pouzzolanes naturelles en contact avec les acides, présentent des résultats variés : quelques-unes paraissent inattaquables ; d’autres perdent une assez grande quantité d’oxide de fer, et plus de la moitié de leur alumine ; les unes, traitées par l’acide sulfurique, se couvrent en peu de temps d’efflorescences de sulfate d’alumine ; les autres ne manifestent aucun signe d’altération après un mois et plus de contact.
- Les pouzzolanes artificielles peuvent présenter exactement les mêmes phénomènes ; ce qui démontre que les principes de ces matières sont plus ou moins intimement combinés entre eux, d’où il résulte qu’ils résistent plus ou moins aux autres âge ns chimiques, et qu’un état vitreux les rend presque inattaquables ou inertes.
- Action de Veau de chaux. La chaux est sans action sur les sables quartzeux et calcaires , tandis que sa solution aqueuse agitée avec les arènes, les psammites, argiles et pouzzolanes naturelles ou artificielles en proportion suffisante , est dépouillée de toute la chaux qu’elle contient.
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- Eu rapprochant les réactions chimiques des qualités des cimens ou sables , on voit : i°. que toutes les substances inertes sont sans action sur l’eau de chaux, et résistent aux acides (les sables calcaires exceptés) ; 2°. que la plupart des substances peu énergiques sont faiblement attaquées par les acides et ne précipitent qu’une petite quantité de chaux ; 3°. qu’en-fin, la plupart des agens très énergiques sont fortement attaqués par les acides , et ramènent à l’état de pureté une assez grande quantité d’eau de chaux. Nous répétons que pour acquérir une entière certitude , il faut en revenir toujours à l’essai pratique.
- Préparation de la pouzzolane artificielle. Parmi les composés de silice et d’alumine , on choisit, comme plus faciles à transformer, les argiles, les psammites schistoïdes bruns ou jaunes, faisant pâte ductile avec l’eau , les arènes argileuses et quelques schistes. Les conditions à remplir sont une calcination tellement ménagée , que la matière acquière assez de cohésion pour cesser de faire pâte avec l’eau, le minimum de densité et le maximum de faculté absorbante, en sorte qu’elle soit facile à attaquer par les agens chimiques (i).
- Il peut convenir quelquefois , et surtout pour les argiles compactes et fusibles, de les diviser préalablement par un mélange de sciure de bois, de cote en poudre , etc., afin de les obtenir plus poreuses.
- Mélanges réciproquement convenables entre les diverses chaux et les cimens ou sables qui composent les mortiers. Pour obtenir des mortiers capables d’acquérir une grande dureté sous l’eau , il faut mélanger :
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- Arec les chaux grasses.
- {
- Les pouzzolanes ( naturelles ou artificielles ) très énergiques.
- (i) M. le comte Chaptal fit voir le premier que les argiles ocreuses du Languedoc, convenablement calcinées, se comportent exactement de même que les pouzzolanes d’Italie; il remarqua, de plus, les différences d’action entre l’aeide sulfurique et diverses pouzzolanes d’Italie et du Vivarais. M, Vicat a rattaché ccs propriétés aux qualités des mortiers.
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- 2o. Avec les chaux moyennement hydrauliques.
- 3°. Avec les chaux hydrauliques.
- 4°. Avec les chaux éminemment hydrauliques*
- Soit les pouzzolanes simplement énergiques.
- Soit les pouzzolanes très énergiques mêlées avec la moitié de leur volume de substances inertes, telles que les sables.
- Soit les arènes et psammites énergiques.
- Les pouzzolanes peu énergiques.
- Les pouzzolanes énergiques mêlées de moitié de sable environ.
- Les arènes et psammites peu énergiques.
- Les matières inertes, telles que les sables quartzeux ou calcaires, les cimens vitreux, les laitiers, les scories.
- Pour les mortiers destine's aux joints et enduits extérieurs, qui doivent résister à toutes intempéries des saisons, on doit allier :
- i ». A la chaux éminemment f Les sables bien purs hydraulique. ) Les poudres quartzeuses.
- 2°. Et h la chaux hydrau- J Les pierres calcaires ou antres substances lique. l dures inertes, en poudre.
- 3e. A la chaux moyenne- J" Aucun ingrédient ne peut atteindre comment hydraulique. \ plètement le but.
- 4°. A la chaux grasse..... Aucune substance n’atteint le bat (i).
- On conçoit qu’il convient de prendre des termes moyens entre ces termes, lorsque l’on rencontre des substances offrant des qualite's moyennes entre celles des catégories ci-dessus.
- Alliages des diverses chaux, sables et cimens qui composent les mortiers.
- Après avoir fourni les données spéciales sur chacune de ces parties en particulier, nous nous occuperons dès procédés re-
- (i) Cependant des enduits faits anx murailles de l’nne de mes fabriques, avec du ciment de poteries de grès de'te'riore'es an feu (dites tessons), des morceaux de briques de Bourgogne également calcinées dans le travail des fours, et de la chaux grasse bien éteinte en pâte, ont acqnis, après avoir été très soigneusement lissés à la truelle, une consistance et une dureté très grandes. Des bassins construits dans le même lien en briques de Bourgogne et mortier semblable, ne peuvent être démolis sans briser tontes les briques en éclats.
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- latifs à leur réunion , et d’abord nous parlerons des mortiers destinés à l’immersion. Quant au mélange préalable à l’emploi de ceux-ci avec des cailloux, blocailles, recoupes dures, etc., il constitue les bétons ou maçonneries à petits matériaux , et le mortier seul formant la gangue, doit nous intéresser, puisque seul il sert de lien à toute la masse.
- Proportions des mélanges. Elles peuvent être indiquées tout au plus approximativement, et varient avec la nature, souvent incertaine, des composans.
- Les arènes, psammites, argiles, mesurées en poudre, exigent en volume i5 à 20 centièmes (un cinquième) de cbaux grasse en pâte forte , ou 20 à 25 de chaux moyennement hydraulique , ou 25 à 3o de chaux hydraulique.
- Les pouzzolanes plus ou moins énergiques doivent être unies avec 3o à 5o de chaux grasse, ou 40 à 60 de chaux très hydraulique ; les sables quelconques demandent de 5o à 66 centièmes de chaux hydrauliques ou éminemment hydrauliques.
- En général, il vaut mieux pécher par défaut que par excès de chaux grasse, relativement aux pouzzolanes : le contraire a lieu pour les chaux hydrauliques.
- Les mortiers employés pour lier les matériaux y adhèrent davantage à l’aide d’un léger excès de chaux, tandis que pour agir isolément, ils doivent en contenir seulement les proportions utiles.
- Mode d’extinction préférable. Il varie suivant les qualités de la chaux et des cimens ou sables. Pour tous les mortiers à chaux grasse ou moyennement hydrauliques, la préférence doit être donnée dans l’ordre suivant d’extinction : i°. spontanée; 2°. par immersion ; 3°. ordinaire. Relativement à tous les mortiers à chaux hydrauliques ou éminemment hydrauliques , l’ordre de prééminence devient : 1°. extinction ordinaire ; a0, par immersion ; 3°. spontanée. Cette dernière influe d’autant plus défavorablement, que la chaux est plus hydraulique.
- Manipulation. De quelque manière que l’extinction ait eu
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- lieu, la chaux doit être amenée à l’e'tat de pâte homogène, pour être mélangée exactement, ensuite, aux cimens ou sables. Cette pâte doit être aussi forte que possible lorsqu’elle doit lier des parties distantes, comme dans les mortiers de sable; elle peut avoir une consistance plus ou moins molle , lorsqu’elle doit être corroyée avec des poudres fines absorbantes; c’est le cas des mortiers de pouzzolanes, arènes, argiles ou psammites. Au reste, dans tous les cas, toute la masse du mortier fait doit avoir une bonne consistance argileuse.
- Les chaux hydrauliques présentant quelque difficulté pour être amenées, par le procédé ordinaire d’extinction, à la consistance pâteuse voulue, nous devons donner les détails utiles au succès.
- On jette la chaux vive en pierres dans un bassin tenant l’eau, on l’y étend en couches égales de 20 à 25 centimètres d’épaisseur ; on amène l’eau au fur et à mesure, de façon à ce qu’elle pénètre aisément entre les vides ; le bouillonnement ne tarde pas à s’opérer ; on continue à jeter alternativement de la chaux vive et de l’eau, sans jamais brasser la matière; mais si quelques parties fusent à sec , on y dirige l’eau , et de temps à autre on enfonce un bâton dans les endroits où ee liquide a pu manquer : si le trou exhale une vapeur chargée de poussière, on y fait arriver l’eau par des rigoles tracées sur la pâte.
- On ne doit éteindre ainsi que la quantité utile à la consommation journalière ; et comme il est bon que vingt-quatre heures soient laissées à l’achèvement des réactions, il est convenable d’avoir deux bassins , dont on vide l’un tandis qne l’autre est rempli.
- Au bout de vingt-quatre heures, la chaux est déjà très ferme ; on la coupe à la pelle, puis on la ramène en pâte an moyen du pilon , avec lequel on frappe d’aplomb avec force et vitesse. Tout mortier destiné à l’immersion doit être ainsi trituré en consistance argileuse forte ; si l’on se contentait de le corroyer au rabot, en facilitant le travail par une ph^ forte proportion d’eau, on n’obtiendrait qu’une solidification
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- bien inférieure, quelquefois des deux tiers ou des quatre cinquièmes moindre.
- Lorsque le mortier est entièrement achevé , on y incorpore les pierrailles , cailloux, etc., qui constituent le béton.
- Immersion des bétons hydrauliques. Il faut les plus grands soins pour éviter que la matière se délaie ; à cet effet, on emploie la caisse de Bélidor, à laquelle M. Yicat a donné la forme de pyramide tronquée , suspendue peu au-dessus de son centre de gravité ; elle se vide au fond de l’eau par un mouvement de bascule, comme les camions ; le mortier en sort sous forme pyramidale, et s’assied sur sa plus large base.
- Le béton immergé ainsi dans la fouille ou encaissement, par couches successives dont l’épaisseur n’excède pas 4° centimètres , chasse progressivement devant lui une bouillie claire qui s’accroît de plus en plus. Il faut prendre garde que cette bouillie ne s’interpose entre les couches , et à cet effet on pratique des trous dans les encaissemens, au milieu de l’eau courante , ou l’on place, pour les eaux stagnantes, des pompes à l’extrémité de l’enceinte où chaque couche vient se terminer, afin d’enlever ce mortier noyé.
- Le béton immergé se tasse de lui-même ; il faut se garder de le battre; seulement, on peut, à chaque immersion partielle, le comprimer sans choc.
- Lorsqu’accidentellement du béton non employé à temps utile vient à durcir, il est possible de lui rendre sa ductilité en le rebattant avec un peu d’eau, pourvu que sa dureté ait été acquise en quelques heures sous l’influence de la sécheresse de l’air.
- Lorsqu’il est possible d’employer à sec les mortiers dans une enceinte épuisée, on substitue une maçonnerie au béton ; on peut en outre doubler la résistance future de ces mortiers, en leur laissant acquérir une solidification non exclusive d’humidité , avant que de permettre la rentrée de l’eau-Action de Veau sur les mortiers. Les parties de mortiers en contact immédiat avec une eau courante peuvent s’amollir et se dégrader de proche en proche, en perdant toute con-
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- sistance. Cet effet désastreux ne se montre qu’à l’égard des mélanges de chaux grasses et sable, ou cimens peu énergiques ; dans une eau tranquille, cette altération a une limite, et l’acide carbonique forme bientôt une couche mince , souvent brune, qui défend les parties inférieures.
- Influence du temps. La rapidité de la prise des mortiers ne peut être un indice certain de leur solidité future. Voici les remarques que les faits ont amenées à cet égard :
- i°. L’excès de chaux grasse ou moyennement hydraulique dans un mortier en retarde la prise, tandis que les proportions les plus favorables, expérimentalement, à cette prise donnent la plus grande dureté.
- 2°. Les deuxième et troisième modes d’extinction ( V. plus haut ) paraissent accélérer davantage la prise que le premier.
- 3°. Les progrès en dureté des mortiers à chaux grasse et pouzzolanes, ou cimens énergiques, sont encore sensibles pendant la troisième année après leur immersion.
- 4°. Les mortiers à chaux hydraulique ou très hydraulique et sable, n’acquièrent plus de dureté sensible après deux ans d’immersion.
- 5°. Le temps ne détruit pas l’ordre de prééminence entre les duretés dues aux trois modes comparés d’extinction ; il eu modifie seulement les rapports.
- Mortiers exposés à l’air.
- Ainsi que nous l’avons dit, les mortiers naturels ( ciment romain) avec ceux de chaux hydrauliques et de sables purs, paraissent seuls en possession de résistera toutes les intempe" ries des saisons , et il est probable que par la suite on renoncera aux mélanges de chaux grasse et sable.
- L’addition des sables purs ne contribue pas , comme on b supposait autrefois, à augmenter la cohésion de toute espece de chaux ; elle est nuisible aux chaux grasses, sans influence sur plusieurs sortes intermédiaires, et très utile aux chaus hydrauliques et éminemment hydrauliques. RelativementJ
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- ces dernières, la grosseur du sable importe plus à considérer que ses autres qualités.
- Effets dus à la grosseur des sables. Nous nommerons gros sable, celui dont le diamètre moyen varie de i à 3 millimètres; sable fin, de i à i | millimètre; en poudre, ceux dont les plus grosses particules n’ont pas un cinquième de millimètre. Ces sables présentent l’ordre de supériorité suivant , relativement à chaque sorte de chaux :
- Pour les chaux hydrauliques : i°. sables fins ; 2°. idem à grains inégaux (ou mélange du sable fin et du gros) ; 3°. gros sables. Pour les chaux moyennement hydrauliques : i°. sables à grains inégaux ; 2° sables fins ; 3°. gros sables. Pour les chaux grasses : i°. gros sables ; 20. sables à grains inégaux ; 3°. sables fins. Les plus grandes différences entre les résultats de l’emploi de ces sables n’excèdent pas un cinquième poulies chaux grasses, tandis qu’elles s’élèvent à plus du tiers de la dureté totale pour les mortiers à chaux hydrauliques ou éminemment hydrauliques.
- Quel que soit le degré de ténuité des poudres sableuses, elles produisent d’excellens mortiers dans les mélanges à chaux hydrauliques ; niais on ne saurait trop insister sur les mauvais effets des matières limoneuses ou argileuses ( crues ) dans les sables. Des exemples remarquables prouvent qu’elles finissent par détruire toute cohésion ; il semblerait qu’elles savonnent toutes les particules, et les font glisser les unes sur les autres, ainsi que cela me paraît arriver lorsqu’on prévient les incrustations des eaux séléniteuses par une dissolution visqueuse de pommes de terre.
- Proportions des ingrédiens. Relativement à ces mortiers, comme pour ceux qu’on doit immerger, on ne peut donner de règles générales, en raison du grand nombre de variétés de chaux dans chaque espèce, à moins peut-être que l’on ne se livrât pour toutes à une analyse délicate. Voici cependant des limites approximatives, qui pourront guider les constructeurs.
- Chaux très grasses. Éteintes par le procédé ordinaire , leur
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- résistance croît depuis le mélange de 5o jusqu’à 2,124 de sable pour 1 de chaux en pâte consistante, puis décroît de plus en plus au-delà. Éteintes par immersion ou spontanément, les mêmes chaux constituent des mortiers dont la résistance croît depuis o,5 jusqu’à 2,20 de sable pour 1 de chaux en pâte forte, puis décroît indéfiniment au-delà.
- Chaux simplement hydrauliques. Éteintes par le mode ordinaire, la résistance de leurs mortiers croît depuis o jusqu’à 1,80 de sable pour 1 de chaux. Éteintes par immersion ou spontanément, la résistance croît depuis o jusqu’à 1,70 de sable pour 1. Outre la qualité de la chaux , il est encore une foule d’autres considérations, desquelles dépendent les meilleures proportions des mortiers.
- Procédé d’extinction. Son influence sur la dureté des mortiers exposés à l’air est bien moindre que relativement aux mortiers immergés ; cependant l’effet des trois modes indiqués est dans le même sens que relativement à ces derniers. {V. page 129. )
- Manipulation. Plusieui's auteurs assurent que les mortiers gagnent beaucoup à être bien et longuement corroyés. D’après les derniers essais publiés par M. Vicat, cela est vrai relativement aux chaux grasses mélangées avec le sable, et d’ailleurs est pleinement justifié par la méthode lyonnaise, qui consiste à préparer d’avance de grands tas de mortier, dont on manipule de nouveau chaque partie que l’on emploie: mais il en est tout autrement pour les chaux hydrauliques, qui perdent d’autant plus de leurs qualités qu’elles sont plus exposées à l’air.
- Tout ce qui est dit sur l’extinction de la chaux et la consistance des mélanges, en parlant des mortiers immerges, s’applique également aux mortiers exposés à l’air.
- En toute saison , on doit fabriquer le mortier à couvert, pour éviter, soit la dessiccation en été, soit les inconvémens plus grands, des pluies en hiver. Dans ce dernier cas , il es* convenable d’employer la chaux hydraulique éteinte par immersion , afin d’absorber l’excès d’eau du sable mouille :
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- c’est même le seul moyen d’obtenir la consistance utile.
- Emploi. Il est tout entier dans cette maxime , mortier ferme et matériaux mouillés, et dans les soins à poser tous les moellons à bain , en sorte que les à côté soient garnis du premier coup. Afin de se garantir de l’action corrosive de la chaux, les maçons doivent s’impre'gner les mains deux ou trois fois par jour de goudron , bitume liquide ou graisse d’asphalte.
- Précautions après l’emploi. Elles consistent surtout à éviter la dessiccation, soit par des abris, soit par des aspersions d’eau en pluie fine pendant les chaleurs.
- Solidification par le temps. Les mortiers à chaux grasse durcissent avec beaucoup de lenteur, et les plus durs se rencontrent dans les fondations ou massifs de maçonneries construits depuis plusieurs centaines d’anne'es. La cause d’une aussi lente solidification est peut-être due à l’accès difficile de l’acide carbonique. Les mortiers hydrauliques acquièrent une solidité' progressive plus en rapport avec la dure'e de notre existence ; sous un petit volume ils offrent, au bout de quinze à vingt mois, une résistance, sinon maxime, du moins assez grande pour que l’on puisse se fier à leur solidité ultérieure.
- Mortiers en contact avec la terre humide.
- Outre ce que nous venons de dire relativement aux mortiers exposés à l’air, nous ajouterons les remarques suivantes, spécialement applicables au cas d’une exposition constante à l’influence de la terre humide.
- Grosseur des sables. Elle doit toujours être plus forte que telle qui constitue les poussières, surtout relativement aux sables de pierres calcaires tendres.
- Proportions. Les considérations suivantes les doivent modifier : r0. les mortiers à chaux très grasse en pâte , éteints par le mode ordinaire, présentent une dureté décroissante depuis o,5o jusqu’à 2,90 de sable, et au-delà ; i°. pour la Meme chaux éteinte par immersion , la résistance du mortier
- soutient à peu près égale depuis o,5 jusqu’à i,3o de sable,
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- et de'croît au-delà ; 3°. la résistance des mortiers à cliaux hydraulique , quel que soit le mode d’extinction, augmente graduellement depuis o jusqu’à o,g de sable , et reste constante jusqu’à 2,4 de sable pour i de cbaux en pâte forte.
- Emploi. Mêmes soins et précautions que relativement aux mortiers exposés à l’air, si ce n’est qu’on peut augmenter leur adhérence aux moellons , en augmentant un peu la proportion de chaux.
- Influence des vicissitudes auxquelles les mortiers peuvent être
- soumis.
- Les mortiers capables de se solidifier dans l’eau s’altèrent quelquefois promptement, s’ils sont ensuite exposés à l’air sec ; cela arrive, en général, à ceux dont les parties ne se conviennent pas parfaitement, d’après les remarques exposées plus haut. Nous ajouterons que les mortiers à chaux hydrauliques ou éminemment hydrauliques, solidifiés sous une terre humide, se comportent ensuite très bien à l’air comme à l’eau. Réciproquement, les mêmes mortiers durcis à l’air se conservent indéfiniment sous l’eau comme dans la terre humide. Les mortiers à chaux grasse et sables inertes durcis par la dessiccation, se décomposent complètement dans l’eau ; la plupart des autres mortiers à chaux grasse et cimens résistent imparfaitement à la gelée, si l’on n’y ajoute une certaine quantité de sable pur. Tous les mortiersâ chaux grasse et gros sables, lorsqu’ils ont atteint un degré suffisant de dessiccation, résistent aux hivers de nos climats, à moins que les parties du sable employé ne soient elles-mêmes gelisses, auquel cas ils peuvent être insensiblement désagrégés. En général, les mortiers chargés en sable sont ceux qui résistent le mieux aux intempéries.
- Moulage des mortiers.
- Les mortiers naturels, tels que le ciment romain et le mortier de M. Lacordaire ( V. page i3o ), faisant prise en quelque minutes, sont très convenables pour les moulages des diverse»
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- pièces d’ornement, moulures, etc. Parmi les autres mortiers, ceux qui sont susceptibles de faire une prise assez prompte peuvent être employés au même usage ; mais ils exigeraient toujours un plus grand nombre de moules, et ne s’appliqueraient guère, économiquement, qu’aux objets tels que moulures rectilignes ou circulaires pour entablemens, susceptibles d’être traînés à l’aide d’un calibre. On pourrait les préparer ainsi sous des hangars, dans une fosse ; on les diviserait ensuite en fragmens réguliers, pour les mettre eu place. A cet égard, la Société d’Encouragement, qui a fondé un prix pour la découverte d’une matière plastique se moulant comme le plâtre, accueillit favorablement les efforts de M. Vicat, en. lui décernant une médaille d’or. (Séance du 39 octobre 1823.)
- Mortiers antiques.
- Le mortier qui lie les pierres des Pyramides, notamment de celle de Cheops, est exactement semblable aux nôtres ; celui qui reste entre les joints des édifices dégradés à Ombos,. Edson, dans l’île de Philœ, et en d’autres lieux , contient un sable rougeâtre fin, mêlé à la chaux dans les proportions ordinaires. L’usage des mortiers remonte donc à deux mille ans avant notre ère , et sans doute au-delà. Les Égyptiens, en bornant l’emploi des mortiers au remplissage des joints étroits entre les assises de leurs pierres, ont prévenu l’effet désastreux des vents brûlans sur les grandes surfaces des mortiers.
- Les restes des mortiers antiques de Grèce et d’Italie sont assez durs pour façonner avec leurs fragmens des tabatières et autres objets d’économie domestique, susceptibles d’acquérir un poli solide. Il paraît que ces mortiers, originairement composés de chaux grasse et de ciment de briques dures ou pouzzolanes , à grains mélangés, n’ont acquis une si grande dureté que par la pénétration de l’acide carbonique : ce sont donc de véritables marbres factices.
- Quant au prétendu secret des Romains pour la composi-tlon d’un mortier inaltérable, il n’existe réellement pas, car Tome XIV.
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- ce qui nous en reste dans leurs ouvrages varie de dueeté dans les localités différentes , et souvent, à l’exception de la couclie plus ou moins épaisse carbonatée , la chaux qui est interposée entre les fragmens de pouzzolane est à peine plus dure que la craie desséchée , et paraît devoir cette solidification à l’adhérence de ses molécules, lentement contractée.
- Résistances comparées des mortiers.
- En consultant les diverses catégories d’alliages présentées dans les tableaux des nombreux essais de M. Yicat, on voit que les limites des résistances absolues des mortiers à chaux et sable , varient par centimètre carré de j8*,53 à o’y-o ; or, celle des pierres à bâtir, en prenant pour degré maximum le halsate d’Auvergne, et pour dureté minime le calcaire trop tendre pour résister au layage , serait de 77 kilogrammes et 20 kilogrammes ( la pierre tendre employée à Paris donne à peine 10 kilogrammes). Il ne faut donc pas prendre à la lettre ce que disent quelques auteurs, sur la possibilité de composer, avec de la chaux et du sable , des pierres factices aussi dures que des cailloux.
- On fabrique, en Piémont, des pierres factices dites prismes, destinées à construire les augles des murailles. À cet effet, on emploie une chaux hydraulique des environs de Casai. Cinq à six jours après l’avoir éteinte en pâte , on la met au milieu d’un tas de sable quart2eux, mêlé de calcaire dur, à grains inégaux , depuis la grosseur ordinaire jusqu’à celle du fort gravier ; on opère le mélange avec beaucoup de soin ; une fosse prismatique, d’une largueur arbitraire, est préparée d’avance dans une terre nivelée à l’abri des inondations, les parois lissées à la truelle ; on y coule le mortier, dans lequel on répartit, à des distances égales, des cailloux de même grosseur. On forme ainsi une série de prismes triangulaires, que Ton recouvre de la terre provenant de la fouille, en une épaisseur de 3o centimètres. La composition totale est, en volume, de 24 de chaux en pâte, 90 de sable et 20 de cailloux , les dimensions des prismes, longueur , '
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- côté, om,8o. On les laisse ordinairement enfouis pendant trois années ; on les emploie alors, et ils peuvent soutenir de très fortes charges.
- Lorsque l’on n’aura rien négligé pour régler convenablement le mode d’extinction, les proportions du mélange, etc., on peut, d’après M. Yicat , compter sur les résistances moyennes suivantes, par centimètre carré, pour les mortiers exposés à l’air depuis un an.
- Relativement aux chaux éminemment hydrauliques. 11 kil.
- chaux hydrauliques ordinaires... i o
- id., id.,.....................moyenne..............qualité 7
- chaux grasses................. 3
- mauvais mortiers ordinaires des
- maçons.................... 0,7$
- Les meilleurs mortiers du même âge, enfouis dans une terre constamment humide , ou immergés , ne donnent pas au-delà de 10 kilogrammes.
- On fera bien d’avoir recours , pour plus de détails sur les expériences, l’historique de l’art et les théories proposées , à l’ouvrage de M. Vicat.
- Il y a plusieurs autres sortes de mortiers : ceux dits de terre sont formés de Terre franche moyennement argileuse ; on les emploie pour les maçonneries légères. La Boue des chemins est préférable {T\ ce mot) ; on s’en sert souvent aussi, mais à tort, pour ber les briques exposées au feu. Le nueux, dans ce cas, serait d’employer les mélanges réfractaires d’argile et ciment propres aux Creusets. ( V. ce mot. )
- P.
- MORUE ( Pèche de la ) ( Technologie ) La morue est un poisson de mer connu, de tout le monde ; sa chair a beaucoup d analogie avec celle du merlan ; elle se sépare par feuillets. La morue a trois nageoires dorsales ; son corps est très allongé ; s® mâchoire supérieure dépasse l’inférieure ; celle-ci est ac-
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- compagnée d’un barbillon. C’est à la pointe de Terre-Neuve , dans les parages de l’Amérique septentrionale, que nous allons la pêcher. Quoique les gros individus mangent les petits, elle y est très abondante : on lui ôte, pour,la saler, la tête, les intestins et l’arète. On met alternativement des couches de morue et de sel, et on la conserve en tas ou dans des tonneaux.
- Pour la faire sécher, après l’avoir préparée comme pour le sel, et l’en avoir saupoudrée, on l’expose au soleil ou à l’action du vent du nord. Elle acquiert une dureté considérable ; on la nomme, dans cet état, merluche ou stock-fiche. La morue ainsi préparée est une manne pour les Norwégiens; elle leur tient lieu de tout aliment, même de pain, et ils en nourrissent aussi leurs bestiaux.
- La chair de. la morue n’est pas la seule partie utile de ce poisson : les intestins deviennent des appâts pour de nouvelles captures; les. œuf s sont une espèce de caviar appelé ressure, très recherché; les langues sont salées à part, et présentent un mets délicieux; les foies sont séparés de tout le reste, et Ton en retire de l’huile...
- On ne prend guère de grosses morues'' sur nos côtes ; mais on en pêche souvent de petites qui se mangent fraîches, et ne diffèrent de la morue ordinaire que par la grosseur. On les connaît à Paris sous le nom de cabeliau. Entrons actuellement dans quelques détails.
- C’est ordinairement des vaisseaux à deux ponts, du portée ioo à i5o tonneaux, dont on se sert pour aller à la pêche de la morue, afin de charger de trente à trente-cinq milliers de morue verte. C’est le nom qu’on donne à la morue qui n’est pas destinée à être séchée.
- On se sert pour cette pêche de Lignes , de Hameçons, & calles de plomb et de Rets.
- Indépendamment des gens nécessaires à l’équipage, os embarque un nombre suffisant de décolleurs , de tranchent* et de saleurs. On choisit les plus habiles et les plus expert' mentés pour ces trois opérations importantes.
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- Lorsque le bâtiment est arrivé au lieu où il veut faire la pêche, et après avoir jeté l’ancre, tout l’équipage se met en devoir de former sur le bâtiment , et souvent sur toute sa longueur, une galerie, qu’on se contente quelquefois de ne prolonger que depuis le grand mât jusqu’en arrière.
- Après la construction de cette galerie , les pêcheurs placent en dehors des barils défoncés par un bout ; ils les consolident bien. Ces barils sont surmontés d’un toit goudronné qui tient solidement au baril, disposé pour recevoir un matelot pêcheur. Chacun de ces barils contient un pêcheur assis , qui ne sort que sa tête au-dessus. On dispose ainsi autant de barils qu’il y a de pêcheurs.
- Aussitôt qu’un poisson est pris, le pêcheur retire sa ligne, un mousse détache la morue de l’hameçon, le charge d’appât, et le pêcheur la jette de nouveau. Le mousse porte le poisson au décolleur, qui est sur le pont ; celui-ci lui coupe la tête , arrache la noue ou les entrailles, le foie et la langue, et par l’ouverture d’une petite écoutille , qui est un trou carré , il fait passer le tout du pont dans l’entre-pont, où se trouve le trancheur, qui ouvre le poisson, en arrache l’arète , et par une autre écoutille , il le jette dans la cale , avec la langue et les entrailles, après avoir séparé le foie, qu’il jette dans des cuves nommées cayots, où on les laisse corrompre pour en tirer l’huile.
- Le saleur, qui est dans la cale , jette les intestins dans un tonneau, où. il les saupoudre de sel ; il jette la langue dans un autre, et met le poisson en pile , comme nous l’expliquerons dans un instant, en l’étendant bien, peau contre peau , en mettant assez de sel entre les peaux pour qu’elles ne se touchent pas.
- Le saleur arrange la morue, à fond de cale, tête contre queue et queue contre tête. Lorsqu’il en a fait une couche d un à deux mètres en carré, il la couvre de sel, et ainsi de suite pour toute la pêche d’un jour. Il ne mêle point ensemble la pêche de différens jours. On laisse ainsi la morue trois à quatre jours égoutter son eau, puis on la place dans
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- un autre endroit. On la sale de nouveau, et l’on n’y touche plus qu’on n’en ait la charge du navire.
- La pesanteur du poisson et le grand froid rendent ce travail fatigant. Cette pêche occupe ordinairement pendant un mois ou six semaines, depuis le commencement de fe'vrier jusqu’à la fin d’avril.
- La pêche et la salaison de la morue verte se fait non-seulement dans la baie du Canada, au grand banc de Terre-Neuve , mais encore au banc Yert, à l’île Saint-Pierre et à l’ile de Sable. Quoiqu’on ne doive pas e'conomiser le sel, le saleur doit faire attention de ne pas en employer trop , parce que la morue serait avariée si l’on employait trop ou trop peu de sel.
- La pêche de la morue qu’on veut sécher ne se commence pas aussitôt que celle de la morue verte; comme elle ne peut sécher qu’au soleil ou par le vent du nord, on ne la commence que vers la fin de mai , afin de profiter des chaleurs de l’été.
- C’est sur la côte de Plaisance et sur celle du cap Breton, que se fait la grande pêche de la morue destinée à être séchée.
- Il existe une singularité assez remarquable parmi les navires qui font route en même temps pour le même endroit et la même pêche. Celui qui le premier arrive à terre, a le rang d’amiral ; il dresse et fait élever le tableau sur lequel il fait placer l’affiche sur laquelle chaque maître de vaisseau est obligé d’inscrire son nom et le jour de son arrivée. Il choisit le galet ou gravier qu’il préfère , et a le droit de prendre, pat préférence à tout autre , tout le bois de charpente qui se trouve propre à construire les échafauds qui lui sont nécessaires sur le bord de la mer, pour y apporter le poisson et le préparer.
- La pèche se fait de la même manière que nous l’avons indiqué , mais au lieu de préparer le poisson sur le navire, on l’apporte avec des chaloupes au bord de la nier , auprès des échaffauds qu’on a préparés. Là le décolleur, le trancheur et 1£
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- saleur, le préparent comme nous l’avons dit. Ce dernier l’e'tend sur une table éleve'e de trois pieds de terre, qu’on nomme vignot, le sale par le même proce'de', et l’y laisse pendant huit à dix jours.
- Après ce temps, on sort la morue du sel, on la lave, on la met se'cher pendant quatre à cinq jours ; ensuite on l’étend sur le gravier pendant un jour, afin de lui donner de la couleur, et le soir onia met en javelle.
- Le lendemain on l’étend de nouveau , le soir on la met en javelle comme la veille , et l’on renouvelle cette ope'ration trois ou quatre fois après l’avoir laissée en javelle, la queue en haut pendant quatre jours , et l’on en fait de petites piles , puis de plus grandes ; enfin , on l’étend de nouveau , et l’on ne les met dans le vaisseau que lorsque le poisson est bien sec et qu’il a pris de la couleur, ce que l’habitude fait connaître. On place les piles, dans le navire , sur des greniers construits en bois de sapin, de deux pieds de hauteur, sur lesquels on étend des broussailles sèches , de même que sur les côtés du vaisseau.
- La pêche finie, on échoue les chaloupes, on les enfouit dans le sable, afin que les sauvages ne les brûlent pas, et qu’on puisse les retrouver l’année suivante.
- Quoique chaque pêcheur ne pêche qu’une morue à la fois, ce poisson est si abondant, qu’il s’en prend chaque jour de 35o à 4oo.
- La morue qu’on prépare au printemps et avant les grandes chaleurs est plus belle, d’une meilleure qualité , et a la peau plus brune lorsqu’elle est salée comme il faut : trop de sel la rend plus blanche, plus sujette à se rompre et à paraître humide dans le mauvais-temps ; trop peu de sel la fait corrompre. La bonne qualité de ce poisson dépend toujours, de savoir le préparer à propos et dans une saison favorable.
- Huile 4e morue. Nous avons déjà dit qu’on jette les foies dans des cuves, afin qu’ils s’y corrompent, pour en retirer l’huile. Après un certain temps , l’huile vient surnager; on la retire avec de grandes cuillers , et on l’entonne dans des
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- barils. Un navire qui a pèche' six mille quintaux de morue, z ordinairement quatre-vingts barriques de cette huile, et chaque pièce pèse 200 à 25o kilogrammes. On en envoie beaucoup à Gênes , en Sardaigne et en Italie ; il s’en consomme une grande quantité dans nos tanneries , lorsque les huiles de noix ou de lin viennent à manquer.
- La pêche de la morue se fait ordinairement chez nous pâlies habitans des Sables d’Olonne, et pour encourager le capitaine et son équipage , on leur donne le tiers de la morue qu’ils rapportent.
- Les sauvages troublent quelquefois la pêche de la morue ; ils tuent les matelots quand ils s’écartent de leurs vaisseaux. On oppose ordinairement à cette petite guerre des sauvages, des chaloupes armées en course , qui, pendant le temps de la pêche , rôdent continuellement le long de la côte où elle se fait. Ce petit armement étant destiné à protéger la cause commune, chaque vaisseau est obligé à y contribuer par égale part, d’après les ordres de l’amiral.
- La pêche de la morue est importante pour tous les États qui s’y livrent ; elle forme une branche de commerce considérable , et est d’un très grand secours pour la nourriture, pendant l’hiver, de la classe industrieuse. On prépare de la même manière plusieurs autres poissons du même genre , tels que Y aiglefin, le lien , la lingue, le charbonnier, etc. L.
- MOSAÏQUE (/Iris mécaniques et physiques). On en distingue de différentes sortes, mais toutes ont pour objet de réunir diverses substances colorées et de les consolider par un ciment , de manière qu’il résulte de leur réunion une sorte de tableau. Quelquefois on travaille et polit des pièces de marbre et de pierres dures qu’on joint avec art, de manière à imiter des dessins ; c’est ce qu’on appelle de la marquetterie en pierre. Les curieux ont leur salon orné de tables construites à grand frais de cette manière. La belle chapelle de Saint-Laurent , à Florence, où sont les tombeaux des Médicis, est admirée des artistes, par la multitude de marbres précieux , jaspes , agathes , avanturines, malachites, jaspes , etc., dont
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- toutes ses murailles sont couvertes. Il faut sans doute beaucoup de talent pour joindre exactement ensemble ces pièces diversement dures et colorées , et les assembler dans leurs rapports de convenance : mais le principal me'rite de ces constructions tient surtout au choix et à la rarete' des marbres et des pierres dures qui les composent. Cet art n'a pas de proce'de's spe'ciaux que nous jugions dignes d’être de'crits ; car on conçoit bien que les pierres doivent être retenues dans les murs par des crampons de fer, exactement ajuste'es entre elles, solidement cimente'es, polies avec art, etc. Ce qui sera dit plus bas suffira pour en faire concevoir l’exe'cution.
- On fait, en Italie, un fréquent usage des pavés en mosaïque , connus sous le nom de pavés vénitiens. M. le colonel Rœdlich a écrit un ouvrage sur ce genre de construction ; on y trouve décrits avec détails tous les procédés et les outils qu’on y emploie. On établit ces pavés sur des terrasses, dans des vestibules et autres lieux où l’on se plaît à trouver de la fraîcheur. Le sol doit être bien égal et bien sec ; on peut l’établir sur des poutres ou sur des voûtes.
- On forme une première couche de vieux platras d’environ a pouces d’épaisseur, puis une seconde composée de platras mêlés à de la brique pilée , de la chaux et du sable ; elle est épaisse de 3 pouces ; enfin , une troisième formée de 2 parties de brique pilée et d’une de chaux , ayant 2 pouces environ d’épaisseur. On l’arrose avec du lait de chaux, pour qu’elle se lie bien avec les couches inférieures, et qu’on puisse en rendre la surface bien unie et parfaitement de niveau ; on appelle cette aire la couche rouge.
- On fait une quatrième couche avec du marbre blanc pilé et passé au crible , mêlé avec un tiers de chaux vive : cette couche n’est épaisse que de 6 lignes. On la traite comme la précédente, pour l’unir le mieux possible.
- Lorsque le tout est sec, l’ouvrier trace sur le sol les dessins ffu il veut obtenir, et la place que doivent y occuper les diffe-rens morceaux de marbre, de couleurs diverses, que l’on casse tout simplement avec un marteau à pointe. On met à
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- plat ces petits morceaux de marbre, en observant de les choisir de la couleur qui convient au dessin qu’on a en vue , et ayant soin de laisser entre eux un petit intervalle. Ces morceaux de marbre forment la couleur principale du pavé : les intervalles sont remplis avec du marbre concassé des différentes couleurs choisies. Comme les cailloux ont été disposés sur un fond encore mou et humide , ils s’y collent, et le ciment en se durcissant les y maintient solidement fixés.
- Il ne reste plus qu’à battre ce pavé avec soin pour l’affermir, à faire rouler dessus , d’un bout à l’autre et dans tous les sens, un cylindre de pierre dure, pour que la surface soit bien dressée. On remplit les fissures qui peuvent se présenter par le dessèchement, avec de la matière qui a servi à faire la quatrième couche ; on polit le sol avec du grès en poudre, du sable fin , etc., de manière à user la surface et à mettre les couleurs des pierres à nu ; on frotte le pavé avec du son ; on dessine à la craie noire les contours des morceaux de marbre, et l’on passe où il est nécessaire une légère couche de couleur à l’eau , dont M. Rœlich indique la préparation; enfin, on frotte toute la surface du pavé avec un morceau d’étoffe de laine imbibée d’huile de lin.
- On obtient ainsi des rosasses, des étoiles, des figures géométriques à compartimens, des arabesques et autres dessins qui donnent aux localités un charme et une élégance dont on n’a pas l’usage en France. Lorsqu’on ne veut pas faire les frais qu’exige ce travail difficile , on se contente de rouler des cailloux , au lieu de morceaux de marbre , dans la pâte gui sert de ciment et de les agglomérer les uns à cote' des autres, sans distinction de couleurs, ou du moins sans prendre, pour disposer ces couleurs , les mêmes soins que dans le premier cas. Quand le tout est bien sec , on polit ensuite la surface par le frottement avec des rouleaux et du sable, puis des molettes et du sable plus fin, et l’on a des pavés communs gui sont encore fort agre'ables.
- Les anciens faisaient un grand cas des mosaïques : cet art est connu de temps immémorial ; mais il a subi beaucoup
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- variations, et s’est même beaucoup dégradé dans les premiers siècles de notre ère. Le travail très minutieux qu’exigeaient ces préparations a fait rechercher des simplifications que l’industrie a préférées aux méthodes longues dont on faisait jadis usage ; mais l’art a pris une marche rétrograde. Du temps d’Auguste, on faisait la mosaïque avec de petits morceaux de verre carrés , de cailloux, des substances vitrifiées de toutes couleurs, qu’on fabriquait exprès , qu’on assemblait sur un fond de stuc, et dont la réunion présentait des tableaux analogues à ceux que produit la tapisserie, et dont on nuançait les détails par des procédés de même espèce. Ce stuc était un mélange d’une partie de chaux éteinte et de trois parties de marbre de Tibur en poudre, qu’on arrosait d’huile de lin. Les marbres ont depuis remplacé les carrés de verre dans le moyen âge.
- On trouve en beaucoup d’endroits des antiquités de ce genre. A Nîmes , Sens, Arles, Autun, Lyon , Aix , et un grand nombre de villes d’Italie, et surtout à Venise, à Palestine, Rome , Florence , on rencontre des mosaïques antiques, ouvrages qui datent de près de 2000 ans. Ce sont des arabesques, des paysages, des figures d’animaux, et même des scènes de comédie. On a l’art d’enlever ces tableaux entiers, afin de les soustraire aux ravages et aux dégâts, et de les exposer dans les Muséums. Les mosaïques trouvées dans les fouilles de la ville de Trajan , de Pompeïa , etc., ornent les cabinets des curieux et les Musées publics d’Italie.
- Pour enlever ces mosaïques, il faut les scier par compar-timens de 2 ou 3 pieds carrés , que l’on enchâsse dans des cadres bien cerclés. On scie en bas transversalement le ciment sur lequel sont appliqués les cubes de la mosaïque. Le cadre étant plus haut que la pièce n’a d’épaisseur, on recouvre le dessus de celle-ci d’une couche de plâtre, pour prévenir tout accident et empêcher que les cubes ne se déjoignent. On numérote les cadres, et lorsqu’on les a transportés dans le local où la mosaïque doit être rétablie en place et à demeure, on remet les pièces chacune à son rang , dans l’ordre
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- qu’elle occupait d’abord. On aura soin, en préparant la place, d’y étendre une couche de ciment, dans laquelle on incruste les carrés de la mosaïque. On enlève aisément le plâtre qui couvre la surface , en le ramollissant : on nettoie et l’on polit ensuite la pièce. M. Scheider, directeur de l’École de dessin de Vienne en Dauphiné , a conservé de cette manière plusieurs fragmens de mosaïque de 3 à 5 pieds carrés, qui ornent le Musée de cette ville.
- Lorsque la magnifique église de Saint-Pierre de Rome fut construite , on comprit que les peintures dont on en décorerait les murailles ne pourraient résister aux atteintes du temps , on y substitua la mosaïque. Aussi, dans cette superbe basilique, le monument le plus étonnant de notre âge et le séjour du trône pontifical, il n’existe pas un seul tableau , et toutes les peintures qu’on y voit sont d’admirables mosaïques , copies des tableaux des plus grands maîtres. Le Saint-Jérôme du Dominicain est principalement remarquable par la perfection de l’exécution. L’immense voûte de cet édifice offre un vaste tableau qui représente Dieu et les douze apôtres ; il est entièrement en mosaïque, dont les carrés de plus de 6 lignes de côté , et en partie enlevés par le temps , semblent de près n’offrir à l’œil que des vides, et des places colorées où il cherche en vain à reconnaître l’image : mais vues de loin et du bas de l’enceinte , ces grossiers assemblages présentent de beaux contours, et les défauts sont invisibles.
- En l’an VII, Napoléon, excité par l’influence de Ginguené, fit venir d’Italie des maîtres pour enseigner l’art de faire des mosaïques, qui, n’ayant pas la fragilité des tableaux ordinaires, sont plus propres qu’eux à décorer les édifices publics. C’est M. Bellony qui a dirigé cet utile établissement, forme' d’abord dans les bâtimens des Cordeliers ; il a depuis été déplacé, mais existe encore sans recevoir une aussi puissante protection. C’est à cet habile et savant artiste qu’on doit la restauration des belles mosaïques de Lyon, et la création d’un grand nombre de pièces de ce genre , aussi admirables que celles que l’antiquité nous a transmises. J1 a formé beau-
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- coup d’excellens élèves en marbrerie fine, marquetterie de pierres, etc.
- Non-seulement on fait des mosaïques pour orner les pavés et murailles des maisons, ou pour imiter des tableaux ; mais on en compose de petites qui représentent des fleurs, des animaux , etc. , et qu’on dispose sur le couvercle des tabatières, ou dans des chatons de bagues ou d’épingles de cou, ou sur des bracelets et ornemens de dames. C’est à Rome et à Florence que ce genre d’industrie est exercé avec plus d’habileté, et il se fait en ce genre un commerce assez étendu.
- On distingue deux espèces de mosaïques très différentes : l’une, dite romaine, est composée de cailloux colorés qu’on emploie avec un choix convenable de nuances pour former des tableaux : c’est la belle mosaïque ancienne , celle du pavé de Palestrine , etc. Dans la seconde, dite de Florence, ce sont des pierres dures et polies, qu’on assemble auprès les unes des autres ; et l’on cherche quelquefois à profiter des nuances de couleurs et des taches accidentelles qu’elles présentent, pour produire des images. Un jaspe jaune et vert, par exemple, fera le vêtement d’une figure, une coraline son bonnet; une calcédoine , du corail brûlé, etc., y sont mariés avec art. Il ne nous reste qu’à indiquer les procédés qui sont employés pour composer ces mosaïques. Pour faire la mosaïque romaine, on commence par creuser la surface d’une pierre pour y créer une sorte de bassin dans lequel la mosaïque sera établie. Dans les petites pièces, on se contente de faire une espèce de boîte en cuivre où elle sera moulée et retenue. On se sert beaucoup aussi, pour enchâsser les petites mosaïques, de purpurine; c’est une composition très dure , dont le secret est perdu, et qui a fait le sujet des recherches de nos chimistes , et particulièrement de M. D’Arcet. C’est le célèbre Mathiole qui, sous Léon X , était chargé de faire les mosaïques de Saint-Pierre de Rome, qui a trouvé cette composition , et en a produit d’énormes masses , actuellement encore en magasins. On l’a depuis imitée ; elle contient des oxides de fer et de cuivre , et même d’étain et d’or. M. D’Arcet pense
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- que la purpurine de Matbiole ne renferme pas d’or, et que c’est pour cela qu’on se la procure à bas prix.
- Le fond du bassin creusé pour recevoir la mosaïque est perforé de trous pour donner prise au mastic qu’on y doit introduire. Ce mastic eu ciment est composé de pouzzolane, de marbre en poudre, de cliaux, d’huile siccative et lithar-girée ; il y entre un peu d’eau. On bat ce mastic comme celui de vitrier, pour bien incorporer les substances, et l’eau se dégage. Les proportions de ces ingrédiens varient beaucoup. On fait trois sortes de mastic ; le plus grossier occupe le fond; on le recouvre d’une couche qui est moins grossière , et enfin, le mastic supérieur est très fin et très divisé.
- Avant d’appliquer le mastic , on couvre de petits papiers les trous du fond , et l’on y coule un plâtre très fin , qui remplit le bassin entier et ne doit pas boucher ces trous , pour que plus tard le mastic puisse s’y introduire. On lisse et polit parfaitement la surface de ce plâtre, pour en faire un plan uni, sur lequel on dessine , avec le plus grand soin , l’objet qu’on veut représenter. Cela fait, on enlève ce plâtre par parties, de manière à mettre le fond du bassin à nu, d’abord en un endroit, puis en un autre, et ainsi successivement; mais on n’enlève une partie de plâtre que lorsque la mosaïque a été faite dans la portion voisine , qui le plus souvent n’embrasse que l’espace où domine une même teinte.
- On met d’abord le plus grossier mastic sur le fond , après qu’on l’a découvert en cet endroit seulement ; il sèche vite , à cause de l’huile siccative qu’il contient. On recouvre cette couche d’une autre moins grossière, qui sèche de même; enfin, on applique la troisième couche, qui doit avoir en hauteur la moitié environ de l’épaisseur des pierres qui constitueront la mosaïque. Ces pierres sont des cailloux colorés, à pâte calcaire ou siliceuse très fine, qu’on trouve et choisit en certains lieux d’Italie. Ces pièces sont d’abord taillées de grandeurs et de formes convenables ; les petits intervalles se bouchent avec des émaux , qu’on coule en baguettes de couleurs diverses, que l’ouvrier coupe de longueurs proportion-
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- nées à l’objet. Souvent même les petites mosaïques ne sont composées qu’avec ces e'maux ; ce sont les moins chères et les moins durables : la plupart de celles qu’on façonne en tabatières , en bijoux, sont dans ce cas.
- Ces pierres ou ces émaux , loge's par morceaux l’un proche de l’autre , dans la couche supérieure de ciment liquide , s’y accolent, et le mastic en séchant et se durcissant, les maintient dans cet état. On bouche les intervalles avec des mastics colorés, dont la base est la cire et même le soufre, la résine , le mastic en larmes , etc. On a eu soin de lessiver d’abord la surface , et d’en enlever avec une pointe les corps gras, le mastic qui a pu s’y élever du fond par la pression, etc.
- On polit ensuite les morceaux ainsi ajustés. Ce polissage se fait à l’émcril avec une molette de plomb, ou avec du cristal pour les parties claires ( attendu que le plomb les noircirait ) ; on y emploie aussi un bouchon , du linge, de la potée d’é-taiu, du soufre. Ces procédés sont exactement les mêmes que pour le polissage du marbre.
- On couçoit que les pièces colorées ainsi ajustées , logées chacune à la place qui appartient à leur couleur propre , forment par leur ensemble un tableau, une image , qui a toutes les grâces de la peinture originale , quand il est fait avec talent ; et que de plus , ce tableau est pour ainsi dire inaltérable par le temps, parce que la lumière , l’humidité , le frottement et les agens extérieurs, sont impuissans pour le détruire. Si un accident vient à ternir ou rayer la surface, il suffit de la polir de nouveau, pour retrouver le dessin dans sa pureté.
- Les mosaïques de Florence n’exigent pas autant de soins et de talent ; cependant cet art a aussi de grandes difficultés. Le mastic dont on se sert pour agglomérer les pièces est appliqué a chaud ; il est composé de colophane , de poussière de marbre , etc. Il varie beaucoup, selon le travail et la nature des pierres qu’on veut cimenter ;-on y emploie même le mastic de fontainier, mêlé à diverses substances.
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- î6o MOUCHE.
- Il nous serait difficile de donner plus d’étendue à la description d’un art bien intéressant, il est vrai , mais dont les procédés varient selon les circonstances ; il faudrait un ouvrage spécial pour en bien faire comprendre les détails. Les personnes qui désireraient avoir des connaissances plus étendues sur ce sujet peuvent visiter les ateliers de M. Bellony, à Paris , quai de Billy, nos 24 et 26. Ce savant artiste ne fait pas, comme les Italiens, un secret de ses compositions et des principes qui le guident dans l’exécution des superbes ouvrages qu’il a produits. Fr.
- MOSCOU ADE. On désigne par ce nom le sucre à l’état brut, extrait des cannes ou des betteraves ; c’est un mélange de cristaux menus imprégnés de Mélasse ou sirop incristallisable.
- La grosseur des cristaux du sucre, leur forme cristalline plus prononcée , la moindre coloration du sirop dont ils sont imprégnés, etc., sont des caractères qui annoncent un plus fort rendement en sucre raffiné ; de là le prix plus élevé de la moscouade dans le commerce. ( V. l’article Sucre.) P.
- MOTEUR ( Ans mécaniques). Nom que les mécaniciens donnent à la cause qui imprime le mouvement à un appareil quelconque. Les animaux , le vent, une chute d’eau, la vapeur, etc., sont des moteurs , lorsqu’ils agissent de manière à communiquer une vitesse aux parties inertes d’une Machijx ( V. cet article et le mot Force , où ce suj et est traité en détail.)
- Fr.
- MOUCHE ( Technologie ). Ce mot est employé pour designer plusieurs choses différentes dans les Arts industriels.
- i“. Dans quelques machines à vapeur, on donne le nom de mouche à un engrenage qui communique le mouvement du balancier au volant. Une bielle a (PL 38 , fig. 8) est suspendue à l’extrémité du balancier ; elle est assemblée solidement avec la roue dentée b, b. Les centres des roues dentées M et c,c, sont liés l’un à l’autre de manière que b,b a la liberté de se mouvoir autour delà circonférence de c,c, mais sans que les deux circonférences puissent se séparer l’une de l’autre. L’axe de la roue c,c est le même que celui du vo-
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- MOUCHE. i6t
- lant d,d; la première ne peut pas tourner sans communiquer son mouvement à l’autre, et réciproquement. La denture de chacune des roues b,b et c,c est double , comme on le voit en A (fig. 9). Les dents de chaque paire de dentures sont disposées de manière qu’il y a toujours plein sur vide , c’est-à-dire qu’une des dents , dans une circonférence , répond toujours à l’espace compris entre deux dents de la circonférence qui lui est accouplée. Les deux circonférences accouplées sont séparées par une bande circulaire n3 n, qui se loge dans un vide ou rainure correspondante, pratiquée entre les dentures des deux circonférences accouplées de la roue b,b. Toutes ces précautions ont pour objet l’uniformité , la solidité de l’engrenage, et le maintien stable des deux roues dans le même plan, malgré les secousses qu’elles éprouvent.
- Il est facile de concevoir que le mouvement du balancier de la machine fait hausser et baisser la bielle ou tringle a, a, et en même temps la roue b,b, qui lui est parfaitement unie : or, cette roue ne pouvant pas quitter la circonférence de la roue c,c, doit lui imprimer un mouvement de rotation, et par suite au volant d,d; ce volant, une fois mis en jeu, sert, comme personne ne l’ignore , à régulariser le mouvement, et à suppléer à l’action du balancier dans les instans où les centres des deux roues dentées se trouvent dans la même ligne verticale.
- 2°. Dans Vart de la pêche, on donne le nom de mouches à des imitations souvent assez grossières d’insectes qui servent d’appâts aux poissons.
- Les Anglais, dont le goût est très décidé pour la pêche à la ligne , ont fait, sur l’art des appâts artificiels, de nombreuses et utiles observations ; ils ont remarqué que, parmi les mouches et les insectes que la nature produit, les poissons sont ordinairement plus friands les uns que les autres de tel °u tel insecte. Ils ont étudié quelle est l’espèce d’insecte qui convient le mieux à telle ou telle espèce de poisson, et qui présente ainsi le succès le plus assuré. Ces observations les °nt conduits d’abord à employer pour chaque espèce de pois-Tome XIV.
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- son l’insecte qu'ils savaient leur plaire le plus ; mais comme ces insectes ne paraissent que pendant quelques mois de l’année, et qu’il n’est pas toujours facile de s’en procurer à volonté, ils ont imaginé d’imiter la forme et la couleur de ceux qui réussissent le mieux. Ils ont donné le nom général de mouche à ces sortes d’imitations.
- Avec quelque soin qu’on fasse ces insectes artificiels, ils n’imitent jamais parfaitement les insectes naturels ; mais il paraît que cette condition n’est pas indispensable pour une réussite complète : la plupart ne ressemblent même à aucune espèce de ceux qui existent, et même de ceux dont ils portent le nom.
- Cependant les chenilles , les papillons, les teignes aquatiques et les insectes ailés qui en proviennent, étant ceux qui méritent la préférence, sont aussi ceux qu’on cherche à imiter pour en faire usage dans les saisons où il n’en existe pas.
- M. Kresz aîné, à Paris, rue Grenetat, n° 36, qui fabrique et tient magasin de tout ce qui est utile pour la pêche , s’attache à en fabriquer qui imitent aussi parfaitement qu’il est possible les insectes naturels, et nous en avons vu chez lui qui offrent une assez grande illusion. Nous avions d’abord le dessein de donner ici la figure de quelques-uns ; mais il en existe un si grand nombre, qu’il aurait fallu les dessiner tous, et cela nous aurait entraîné trop loin sans présenter mie très grande utilité, puisqu’on peut se les procurer facilement. Nous nous bornerons à décrire la manière dont on les construit.
- Pour le corps des insectes, on choisit du camelot, de la moire et d’autres étoffes fines de différentes couleurs ; la laine filée, la soie torse ou plate, et des fils d’or ou d’argent, conviennent encore à cet usage. On emploie le crin teint ou le poil de divers animaux , chats , chiens, lièvres , renards, écureuils, cochons, etc., pour imiter le velu de certains insectes, et l’on a soin de mêler des poils raides et qui ont de la consistance, avec ceux qui sont fins, dans la vue de soutenir ceux-ci et d’empêcher qu’ils ne s’affaissent lorsqu’ils sont mouillés. Avec des plumes étroites du cou ou de la tête
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- de divers oiseaux, on forme les ailes des insectes, en leur donnant avec des ciseaux la forme qui leur convient. Lorsque le corps de l’insecte doit être gros, on le forme avec une bandelette d’une étoffe mince, qu’on assujettit avec de la soie ; lorsque ce corps doit être petit 5 on n’emploie que de la soie de différentes couleurs, et l’on y mêle des fils d’or ou d’argent, lorsque l’insecte qu’on veut imiter a des parties brillantes qui ont la couleur de ces métaux.
- On fabrique l’insecte sur l’hameçon même, dont on couvre en entier la branche, laissant, au-dessous, le crochet que l’on masque par quelques points volans. La soie tordue ou plate dont on enveloppe la tige de l’hameçon , sert à donner la solidité nécessaire. Lorsque l’insecte doit être ailé , on a soin de passer plusieurs tours de soie sous les ailes, afin de leur donner l’écartement qui convient à leur espèce. La partie postérieure de l’insecte se forme d’une étoffe rase, que l’on rend velue si cela est nécessaire, par les moyens que nous avons indiqués. Il faut toujours , comme nous l’avons dit, quele dard soit à découvert ; on peut seulement le masquer un peu par des poils légers.
- La mouche est un insecte qu’on regarde, avec juste raison, comme un fléau domestique , dont chacun désirerait ardemment d’être délivré. Les mouches sont attirées par les sucreries ou par les viandes, sur lesquelles elles cherchent à déposer leurs œufs. On a proposé une infinité de recettes pour s’en débarrasser, mais aucune n’a rempli parfaitement son but, si ce n’est le poison, toujours dangereux à employer» Les bouchers de Genève possèdent, depuis un temps immémorial , un moyen pour garantir les viandes qu’ils étalent de l’approche des mouches ', et les étrangers qui visitent les boucheries de cette ville sont surpris de voir la quantité innombrable de ces insectes qui tapissent les murs extérieurs de l’étalage, sans qu’aucurie ose arriver jusqu’à la viande. Nous avons, admiré cet effet, sans en connaître' la cause , dont on avait l’air de vouloir conserver le secret. A force de questions à toutes les personnes instruites de Genève , nous
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- avons appris que c’est à l’odeur de Yhuile de laurier que l’oa doit cet avantage. Cette huile , dont l’odeur, quoiqu’un peu forte, n’est pas tout-à-fait insupportable pour nous, fait fuir les mouches, et elles n’osent approcher des murs ou des boiseries qui en ont été' frottés. Nous en avons fait l’essai, et nous avons garanti les dorures des cadres de plusieurs glaces de l’approche des mouches , pendant plusieurs étés que nous avons habité un des départemens méridionaux, où ces insectes incommodes sont en abondance.
- La préparation de l’huile de laurier a été décrite au T. XI, page 29 de ce Dictionnaire. L.
- MOUFFLETTES. Ce sont deux petits morceaux de bois creusés sur leur longueur du côté interne ; les plombiers s’en servent pour prendre leur fer à souder, quand ils le retirent du feu pour faire fondre et étendre leur soudure : c’est un manche coupé en deux longitudinalement, qu’on réunit sur la queue du fer quand il est chaud, et qu’on veut le manier. Fa.
- MOUFLE (Arts mécaniques). Il est démontré que lorsqu’une force agit sur un cordon passé dans la gorge d’une poulie dont l’axe n’est pas fixe , elle peut réduire à l’équilibre une force double appliquée à retenir cet axe, quand les cordons sont parallèles. ( V. Poulie.) On se sert de plusieurs poulies mobiles réagissant les unes sur lès autres , pour augmenter l’effort des puissances ; et quand ces poulies sont ajustées comme on le voit dans la fig. 12 et r 3, PL 37 des Arts mécaniques , le système prend le nom de Moufles , ou poulies mouflées.
- On voit que le cordon enveloppe successivement toutes les poulies, passant de celles qui sont fixes à celles qui sont mobiles ; les premières ne servent qu’à changer la direction de la force M sans modifier sa grandeur ; mais à chaque passage du cordon sur une poulie mobile , le poids R porté par son axe së trouve réduit. Le cordon éprouve dans toute sa longueur la même tension, qui est précisément la force M ; et puisque chaque poulie mobile diminue la résistance , en portant une partie du poids total, on peut regarder la résistance R comme
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- MOUFLE. i65
- distribuée également sur tous les cordons parallèles , et pai conséquent, dans la fig. i3, comme étant 7 fois la tension de chacun des cordons , ou R = 7M, parce qu’il y a ici sept cordons. Dans la fig. 12 , on a R = 6M, parce qu’il n’y a que six cordons.
- En général, dans les poulies mouflées, le poids agissant sur Faxe de la moufle mobile, est égal à la résistance qui relient le cordon, multipliée par le nombre des cordons qui aboutissent à cette moufle. C’est donc un moyen très simple de réduire la résistance à être 2 , 3,4 5 5,... fois plus petite. Cet appareil est fréquemment employé pour enlever des fardeaux, et particulièrement en mer, où on lui donne divers noms, tels que palans, caliornes, etc. On doit regarder la résistance comme composée du poids qui agit sur l’axe de la moufle mobile, plus du poids de cette moufle.
- On donne le nom de chape à la pièce solide qui porte tous les axes d’une moufle, et l’on assemble une moufle mobile avec une fixe, chacune ayant sa chape, de manière qu’un même cordon puisse passer successivement d’une poulie fixe à une mobile. Le cordon est tiré en l’un de ses bouts par la puissance; l’autre bout est attaché à la chape de la moufle fixe.
- Il faut observer qu’ici, comme dans toute autre machine ,. le mouvement qu’on fait prendre au poids, est d’autant plus lent que la puissance motrice est plus favorisée. S’il y a un poids de 5oo kilogrammes mis en jeu par une force de 100 , savoir, cinq coi-dons et deux poulies mobiles , on ne fait aussi monter le poids R que d’un mètre, quand la puissance développe 5 mètres de cordon. Ce qu’on a gagné en force , ou le perd en temps ; ce qui n’empêche pas que cette machine soit souvent fort utile.
- On tire même parti, dans quelques occasions, de ce ralentissement du poids. R ; car si, par exemple , on veut retarder la descente du poids moteur d’une horloge , il suffira de l’adapter à une poulie mobile, et même s’il le faut à une moufle, sous la condition d’augmenter d’autant le poids mo-
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- teur. On peut, de la sorte, disposer les choses de manière que la pendule n’ait besoin d’être remonte'e qu’aux bout de dix jours, lorsqu’il serait sans cela ne'cessaire de la remonter tous les cinq jours , ou même plus souvent.
- Nous n’avons pas tenu compte ici des pertes dues au Frottement et à la flexion des Cordes : aussi ne peut-on accroître le nombre des poulies mobiles au-delà de trois à quatre, parce qu’outre que le fardeau ne procéderait qu’avec une extrême lenteur, on perdrait une forte partie de la puissance motrice par les résistances de la machine. L’expérience a appris que pour supporter un fardeau de ioo kilogrammes, une poulie doit avoir au moins 3 centimètres de diamètre; que le diamètre de la poulie doit être cinq fois son épaisseur ; que ' le diamètre du boulon doit être à peu près le douzième de celui de la poulie ; qu’il est préférable de. fixer l’axe des poulies mobiles à ces poulies mêmes , plutôt que de rendre l’axe indépendant, et de les faire tourner autour de ces boulons. ( V. l’Art de bâtir de Rondelet, et le Traité des Machines deM. Hachette, et la Pl. 41, chap. III, de ce dernier ouvrage, où sont dessinées les diverses manières d’assembler les moufles. ) Fr.
- MOULE. Espèce de coquillage marin qu’on sert sur nos tables : c’est un mollusque dont la chair imite celle de l’huître, mais qui est un peu coriace, ce qui fait qu’on ne la mange que cuite et assaisonnée ; sa coquille, formée de deux valves symétriques et oblongues, est bleue ou verdâtre. L’animal produit une substance filamenteuse qui forme une sorte de pinceau de poils saillans, et lui sert à s’attacher aux rochers et aux cailloux. On trouve les moules réunies en bancs très étendus ; elles aiment les lieux que la basse mer laisse à découvert pendant plusieurs heures ; mais les plus estimées sont celles qui restent toujours au fond des eaux. Les pauvres femmes vont sur toutes nos côtes arracher les moules, et les vendent, par panniers. Il s’en fait une grande consommation à Paris. On ne fait cas que de celles qui sont assez grandes, et dont la coquille ne porte pas de ces parasites si
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- communs sur les côtes, qui, étant eux-mêmes recouverts d’un test calcaire , se détachent à la cuisson et forment un gravier très désagréable à la bouche. Fr.
- MOULE ( Technologie). Indépendamment de l’emploi qu’on fait du mot moule, dans l’art du moulage ou du Mouleur, dont il va être question dans l’article qui va suivre immédiatement celui-ci, pour désigner le vase que l’on prépare afin de recevoir la matière par laquelle doit être exactement représenté le modèle qu’on se propose d’exécuter, le mot moule est souvent appliqué, dans les Arts industriels, suivant des acceptions différentes.
- Les blanchisseuses de bas, de gilets, de chaussons de laine, susceptibles par leur nature de se feutrer et de se retirer en longueur et en largeur par le feutrage, qui devient d’autant plus actif que l’on se sert d’eau chaude et de savon pour les décrasser, emploient des moules en bois appropriés aux dimensions des personnes à l’usage desquelles ces objets sont destinés. Aussitôt que le lavage est terminé, elles placent ces pièces, encore mouillées, sur les moules qui leur conviennent, et les tendent fortement; le tissu cède suffisamment, reprend ses dimensions premières ; elles les laissent parfaitement sécher sur le moule, qui les empêche de se raccourcir et de se rétrécir. Lorsque ces pièces sont sèches , elles les exposent avec les moules à l’action de la vapeur du gaz acide sulfureux , pour augmenter leur blancheur.
- Les blanchisseuses de bas de soie ont pareillement des moules de jambes , sur lesquels elles tendent les bas, afin de les lisser plus facilement après qu’ils sont secs.
- Le Boltoxnier se sert d’un petit morceau de bois plat tourné, arrondi sur une face et plat sur l’autre, percé au centre, qu’il désigne sous le nom de moule , sur lequel il dispose, selon les règles de son art, les fils de soie, d’or, d’argent, etc. , pour en fabriquer des boutons. ( V. T. III, page 428. )
- Le Tailleur se sert des mêmes moules, qu’il recouvre d’une étoffe semblable ou assortie à celle dont il fait le vêtement dont il s’occupe.
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- Le Confiseur, le Pâtissier , emploient des moules que leur fournissent le Chaudronnier et le ferblantier, pour couvrir de dessins et de figures certaines pâtisseries, ou pour imiter des fruits , des plantes, des animaux même , qu’ils imitent en sucre.
- Le Glacier se sert aussi de moules en e'tain , que lui fournit le potier-d’étain, pour imiter des fruits, des fromages , etc., qu’il fait glacer dans ces moules. T. X, page 2.31. )
- Le Fabricant de filets et des étoffes de cette nature , à petites ou à grandes mailles , emploie des moules qui varient de forme, selon que les mailles sont petites ou grandes. Pour les petits filets que les femmes ont porté pendant long-temps comme parures, et dont on se sert encore aujourd’hui pour faire des bourses , les moules sont en ivoire, en acier, en fer, en cuivre, en argent ou en or ; ils sont cylindriques. Ils ont la même forme , mais ils sont en bois pour les filets de pêche à petites mailles; c’est une petite planche mince à côtés parallèles , et arrondis sur les bords pour les filets à larges mailles. ( V. T. IX , page 74. )
- Le fabricant de mitaines de soie à jour , différentes de celles qui sont faites comme les filets, appelle moule une petite planchette de bois très dur, le buis, par exemple, ou l’ébène , large de 4 à 5 centimètres, de 4 millimètres d’épaisseur , arrondie sur les petites faces, et à peu près de 4°6 à 487 millimètres (i5 à 18 pouces) de longueur, c’est-à-dire un peu moins que la largeur du métier.
- Le Fondeur en caractères d’imprimerie donne le nom de moule à un instrument d’une construction très ingénieuse, que nous avons décrit à ce mot. ( V. T. IX, page 187.) Cet instrument est composé de douze principales pièces de fer parfaitement ajustées et bien limées, assujetties ensemble par des vis et des écrous. Le tout est enveloppé de deux morceaux de bois, peu conducteur du calorique, afin qu’on puisse le tenir à la main , sans crainte de se brûler, lorsque le moule s’échauffe par la chaleur de la matière fondue qu’on jette continuellement dedans.
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- Nous pourrions étendre bien davantage la liste des artistes qui emploient des instrumens qu’ils désignent, sous le nom de moules, dans les Arts qu’ils exercent, mais les détails dans lesquels nous venons d’entrer suffisent pour prouver ce que nous avons annoncé dans les premières lignes de cet article.
- Il est encore beaucoup d’autres Arts dans lesquels on désigne par d’autres noms, tels que formes, calibres, etc., de véritables moules. C’est ainsi que
- Le Cordonnier , le Raffineur de sucre , se servent de Formes ; I’Ébéniste, le Menuisier, le Ferblantier, etc. , se servent de Calibres, afin de donner à leurs ouvrages toujours la même forme et les mêmes dimensions qu’ils ont déjà adoptées. L.
- MOULEUR (Art du fondeur). Les métaux fondus destinés à faire divers objets d’une forme donnée, sont versés dans des moules de sable , de pierre ou même de métal. On donne le nom de mouleur à l’ouvrier qui les exécute.
- Les moules en sable vert se font sur des modèles établis en bois ou en métal, qui figurent exactement les objets qu’on veut obtenir. (V. Modèle, Modeleur, Fondeur.) Le sable propre au moulage est mêlé d’argile et de poussier de charbon de bois, dans une proportion telle qu’il puisse prendre et conserver l’empreinte du modèle sans y adhérer. Il doit être tamisé , bien corroyé et légèrement humecté avant d’en faire usage. Les fondeurs de Paris trouvent ce sable à Fontenay— aux-Roses. Quand, à force de servir, il devient trop chargé de poussier de charbon, ils y ajoutent une portion de sable neuf, mais ils n’emploient jamais celui-ci seul.
- Un atelier de mouleur est pourvu non-seulement de sable, mais encore d’un grand nombre de châssis doubles en bois, ou même en fonte, de différentes dimensions, soit en étendue, soit en épaisseur ; de planchettes, de presses à vis , d’une ou de plusieurs grues , d’une étuve, et de beaucoup d’autres petits outils, tels que des maillets en buis , des tranchets, des pointes en fil de fer, etc.
- Le sable pour mouler les petits objets est contenu dans des caisses recouvertes en partie par une table mobile ; les
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- gros objets se moulent par terre. Dans l’un et l’autre cas, le mouleur forme ce qu’il appelle couche, c’est-à-dire que plaçant la moitié d’un châssis sur une planche le débordant de toute part, il le remplit de sable légèrement foulé avec ses poings. Cette couche étant arasée au niveau des bords du châssis, le mouleur dispose les modèles dessus , qu’il y fait entrer d’environ la moitié, en les appuyant des mains et les frappant à petits coups avec son maillet. Cet arrangement fait, eu égard au mode de coulage et du percement des évents et des jets, il appliqué la seconde moitié du châssis sur la première , qui s’y raccorde au moyen de chevilles : alors, saupoudrant le tout avec du poussier de charbon contenu dans un sac de toile fine, il ajoute peu à peu du sable , qu’il foule avec ses mains et le maillet, jusqu’à ce que la seconde moitié du châssis soit pleine ; il la recouvre d’une planche , et saisissant celle d’en bas, il retourne le tout sens dessus dessous; il enlève la planche et la première moitié du châssis, dont il brise la couche, parce que les modèles n’ayant été que pressés dessus, n’y sont pas assez nettement empreints pour servir de moule. Il recommence à l’égard de ce châssis comme il l’a fait tout à l’heure pour le second ; de cette manière, les modèles se trouvent logés par moitié dans l’un et dans l’autre châssis, et ouvrant ceux-ci , on les retire ; alors les moules sont formés : il ne reste qu’à pratiquer les jets et les évents, et à faire sécher dans l’étuve, si la coulée doit avoir lieu en cuivre ; mais s’il s’agit de fonte de fer, on se borne à les saupoudrer d’un poussier de terre bien desséché : c’est ce qu’on appelle couler en sable vert. Dans l’un et l’autre cas, le mouleur place, avant la coulée , les noyaux entretenus chauds dans l’étuve , et met les châssis en presse, et puis le fondeur coule sa matière.
- Si les mêmes modèles doivent être répétés un certain nombre de fois, le mouleur , pour économiser la façon delà première couche, fait autant de paires de châssis superpose» que cette répétition l’exige , avant de retirer les modèles, et même il laisse ceux-ci en sable s’il lui en reste à tirer d’autre' •
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- car il ne peut mettre en presse à la fois qu’un certain nombre de châssis.
- Le moulage des grosses pièces de fonte de fer, qu’on n’étuve point, se fait, comme nous l’avons dit, par terre , mais de la même manière que nous venons de l’expliquer pour les petites. Le châssis inferieur est ordinairement fixe, et le'supérieur s’enlève et se remet en place au moyen d’une grue. Si le poids de ce châssis garni de sable n’était pas assez considérable pour le tenir appliqué contre l’inférieur, et qu’on pût craindre que le métal introduit entre eux ne le soulevât, on le charge de poids particuliers, sans que cela puisse gêner le versement de la matière , qüi a lieu à travers le sable , dans des trous en entonnoir pratiqués au centre , ou sur plusieurs points de la surface , quand les pièces sont de grande dimension. On coule alors par plusieurs jets à la fois.
- Nous ne prétendons pas expliquer ici tous les détails de l’art du mouleur en sable ; cela serait trop long et même inutile , puisqu’il y en a beaucoup qui ne peuvent s’apprendre que par la pratique. Le mouleur doit, à l’inspection des modèles , déterminer leur position dans le sable , pour que la dépouille ait naturellement lieu dans les deux châssis ; il doit voir de suite s’il faut battre des pièces ; si le coulage aura lieu directement ou en siphon ; s’il faut ménager aux pièces des masselottes pour éviter des soufflures ou dés cavités dans le métal. La manière de percer les évents , les jets et les rigoles de communication, pour que l’air fasse place au métal, et que celui-ci coule sans être gêné dans sa marche , est chose importante. La fabrication des noyaux et leur placement mérite toute l’attention du mouleur.
- Le moulage des CaxOxs , des Cloches , se fait d’une manière particulière. ( V. ces mots. )
- 11 y a des objets qui se coulent à ciel ouvert, tels que les ftteuses, les plaques de cheminées , les saumons , etc. Les ®°ules pour ces pièces sont faciles à faire; il n’y a qu’à enfoncer le modèle dans le sable nivelé , ou à creuser le moule dans une pierre.
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- La fabrication des moules en cuivre rouge, pour couler les couverts, la poterie en e'tain, les robinets de métal blanc, etc., est un art particulier exerce' par des ouvriers en me'taux, et qui exige une grande adresse. Les moules pour les objets simples se composent de deux coquilles s’appliquant exactement l’une contre l’autre au moyen de repères, laissant entre elles le creux figuratif de l’objet qu’on veut obtenir : le jet a lieu par un des bouts. On les fait chauffer jusqu’à un certain degré avant d’y verser la matière. Mais si les objets sont compliqués, s’ils ont des parties rentrantes, des creux, les moules sont alors formés de plusieurs pièces se rapportant toutes exactement les unes contre les autres , et pouvant se retirer quand l’objet est coulé, afin de dégager celui-ci potu continuer à en couler d’autres sans laisser refroidir le moule.
- E. M.
- MOULINAGE DES SOIES, MOULINIER ( Technologie). On donne le nom de moulinier à celui qui, dans le travail des soies, s’occupe de la préparation de cette substance, depuis le moment où on la retire du cocon que forme le ver-à-soie, jusqu’à la cuite, au décreusage ou à la teinture appropriée au genre de fabrication que se propose le fabricant. Ces diverses préparations sont comprises dans l’expression ge'ne'rale moulinage des soies.
- La soie, fournie par le bombyx ou ver-à-soie, est dévidée, par l’insecte qui la fournit, sous la forme d’un œuf qu’on nomme cocon, dans lequel il s’enfonce, afin de soustraire aus yeux des curieux le moment de sa transformation en cliry-salide. C’est en quelque sorte le tombeau de l’insecte. Ce fl de soie a une longueur continue de 227m,388 à (700 à iroo pieds), selon les circonstances. Ces circonvolutions sont collées les unes aux autres par une sorte de gomntf qu’il s’agit de dissoudre , afin de pouvoir développer le 1,1 dans toute son étendue. Cette opération se nomme uroE'' de la soie; c’est la première dans l’art du moulinier.
- Le tirage de la soie s’opère à l’aide de la chaleur et dt l’eau. On place les cocons dans une bassine de cuivre pla^i
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- MOULINAGE DES SOIES. MOÜLINIER, ir3 l'emplie d’eau chauffée soit par un foyer renfermé dans un fourneau, sur lequel elle est construite, soit par la vapeur de l’eau bouillante. L’eau de la bassine est portée au degré de température nécessaire pour dissoudre la gomme qui colle entre eux les brins de soie, et à l’aide d’un petit balai dont les pointes sont coupées en brosse, la tireuse parvient à démêler les bouts de la soie , qu’elle porte sur un tour où la soie s’arrange en écheveau pendant que la tourneuse met en mouvement la manivelle du tour.
- Cette opération n’est pas aussi aisée qu’on pourrait le croire au premier aspect. Pour bien apprécier les talens que doit avoir une tireuse, il est indispensable de considérer qu’on est dans l’usage de tirer trois sortes de soie, qu’on désigne sous les noms d'organsin, de trame et de poil.
- La tireuse doit savoir, i°. que Vorgansin sert à la chaîne des étoffes ; qu’on doit y employer la plus belle soie ; qu’on forme chaque fil de 6 , 7 et 8 brins ; qu’on le tord le plus, afin qu’il se bourre moins et qu’il résiste mieux à la grande tension qu’il éprouve pendant le travail.
- 20. Que la trame, pour laquelle on emploie la soie de seconde qualité, se compose de 10 à 13 brins; qu’elle doit être moins tordue que la chaîne ou Vorgansin.
- 3°. Que pour le poil on se sert indifféremment de toutes les soies de qualités inférieures , et qu’on la tord à peu près comme la trame.
- 4°. Que l’on fait aussi de la soie depuis 4 brins jusqu’à 3o ; qu’on la tord plus ou moins, selon le travail pour lequel on la prépare.
- 5°. La tireuse ne doit pas ignorer que chaque brin de soie va toujours en diminuant de grosseur, quoique insensiblement pour chaque cocon , depuis le premier bout jusqu’au dernier, ce qui provient de l’affaiblissement successif du ver, lequel ne prenant plus de nourriture depuis le premier instant où il commence à filer , perd successivement ses forces et épuise la matière qui forme la soie. Alors la tireuse est obligée d’ajouter nu brin, lorsqu’elle s’aperçoit que le fil diminue de grosseur,
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- afin de lui conserver la même force dans toute son e'tendue.
- 6°. Qu’elle doit employer, pour le tirage , une eau le'gère et douce, aussi pure qu’elle peut se la procurer, et rejeter, autant qu’il lui est possible, l’eau dure et qui ne dissout pas le savon, parce que les sels calcaires qu’elle contient forment avec la gomme qu’elle se propose de dissoudre , des composés qui s’opposent à l’entière re'ussite de son travail.
- 70. Elle doit connaître parfaitement la qualité' de la soie par l’aspect des cocons, afin d’approprier chacun au travail qu’elle doit faire , selon l’emploi auquel on le destine.
- Il n’est donc pas aise' de se procurer une bonne tireuse, et ce n’est pas la première venue que l’on peut admettre comme telle. Elle doit re'anir l’intelligence, l’adresse et une expérience qu’elle n’acquiert que par un apprentissage soutenu pendant huit à dix années en qualité de tourneuse, d’aide et à’apprentisse. Lorsque le moulinier est parvenu à se procurer une bonne tireuse, il fait tous ses efforts pour la conserver, et il n’y a aucun sacrifice qui puisse l’arrêter, parce qu’il sait que d’elle dépend la bonne qualité de ses travaux sub-séquens.'
- Le moulinier surveille et dirige tout avec le plus grand soin ; il fait d’abord trier sous ses yeux les cocons qu’on lui apporte , le plus souvent en sorte ; il les fait séparer en trois qualités, selon les trois espèces de soie qu’il doit faire ; chacune de ces qualités est jetée dans une manne d’osier particulière. Cependant il arrive assez souvent qu’il se glisse par mégarde des cocons d’une qualité différente dans chaque manne ; alors la tireuse les rejette pour les mettre dans la manne qui leur est destinée.
- L’art de la tireuse de soie, qui forme la première partie de l’art du moulinier, a été parfaitement décrit dans l’Encyclopédie méthodique, qui est aujourd’hui entre les mains de tout le monde ; nous engageons le lecteur à le consulter. Nous en dirons autant pour l’art du moulinier proprement dit. Ces deux Arts, qui n’en font qu’un, se trouvent dans la partie portant pour titre : Manufactures et Arts, T. II, section ffl;
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- MOULINAGE DES SOIES, MOULINIER. m5 page 19 à 47? accompagnée de 22 planches. Le tout a été décrit avec le plus grand soin par le savant Roland de la Platière, ancien inspecteur des manufactures , et qui a suivi, avec une scrupuleuse attention , tous les détails de ces Arts ixnportans.
- Notre tâche se borne donc à compléter cette description, en faisant connaître tout ce qui a été fait depuis l’impression de cet ouvrage , pour arriver à la perfection d’un art qui intéresse si vivement l’agriculture, le commerce, et en général l’industrie française.
- Le 3 septembre 1796 ,• M. Tabarin, fabricant de soies à Paris, ayant reconnu plusieurs défauts dans l’appareil pié-montais, employé généralement par l’ouvrière pour le tirage des soies, défauts que l’ingénieux Yaucanson n’avait pas corrigés dans l’appareil qu’il proposa de lui substituer, et qui fut abandonné peu après pour revenir à celui de Piémont, imagina un appareil dont il tira de grands avantages. Il s’en servit presque exclusivement tout le temps que dura son brevet de i5 ans. Depuis i8n qu’il est expiré , les fabricans de Paris l’emploient, et son usage commence à se répandre dans les départemens.
- Cet appareil se compose : i°. d’un fourneau; 20. d’une bassine ; 3°. d’une croisade; 4°- d’un tour ou asple, et 5°. d’un va-et-vient.
- Le fourneau, construit en briques ou en tôle , présente l’avantage de mettre à profit la plus grande partie , de la chaleur, et par conséquent d’économiser le combustible.
- La bassine est en cuivre, d’une forme rectangulaire dont les angles sont arrondis, parfaitement scellée sur le fourneau, de manière à ne pas laisser passer le moindre atome de fumée. Son fond est plat ; sa dimension est de 487 millimètres (18pouces) de large, sur 5g6 millimètres (22 pouces) de long, et 54 millimètres ( 2 pouces ) de profondeur. Elle est divisée en deux parties inégales aux trois quarts environ de sa longueur, par une cloison diagonale en cuivre , qui est dirigée vers l’angle qui est à la droite de la tireuse, et divise
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- i76 MOULINAGE DES SOIES, MOULINIER. en deux parties égales l’orifice d’un tuyau, soudé au fond de la bassine, vers cet angle , et qui sert à vider l’eau de la bassine toutes les fois que cela est nécessaire. La moitié de cette cloison est fixée avec le fond, l’autre moitié est mobile sur une goupille qui la réunit au bout de la première moitié. La partie mobile est du côté de la tireuse , qui l’ouvre et la ferme sans se déranger, afin d’en faire sortir les cocons qu’elle y a mis.
- Par la disposition du fourneau, la grande partie de la bassine est toujours plus chauffée que la petite; cela est nécessaire , parce que c’est dans cette partie où sont placés les cocons sur lesquels l’ouvrière opère le tirage, sans gêne et très commodément, puisqu’elle est assise sur une chaise.
- La croisade diffère de celle de Yaucanson en deux points importans : i°. en ce qu’elle fixe invariablement le nombre des tours, sans qu’il soit à la liberté de l’ouvrière de croiser plus ou moins. La lunette est à peu près dans la forme de celle de Yaucanson ; elle est en bois, suspendue par une corde sans fin à une poulie soutenue par deux montans , verticalement et parallèlement posés. Ces montans ont chacun dans leur longueur une rainure qui reçoit des deux côtés les bords de la lunette, qui ne peut balancer ; elle a seulement la liberté de tourner aisément.
- La construction du tour diffère de celui de Vaucanson. Detu roues d’engrenage servent à faciliter et à régulariser le mouvement circulaire de l’asple.
- Le va-et-vient est, à peu de chose près, semblable à celui du Piémont, perfectionné par Yaucanson.
- Les détails de cet appareil sont décrits dans un Mémoire de l’auteur , intitulé : Réjlexions sur le tirage des soies de France, imprimé à Paris en i783. Le brevet se trouve avec figures dans le T. IY des Brevets expirés, page 19.
- L’application de la vapeur, pour le chauffage, avait déjà commencé à faire des progrès, lorsqu’en i8o5 M. Gensoul, célèbre fabricant de Lyon , à qui l’on doit beaucoup d’ameliorations dans le travail des soies, imagina la construction
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- MOULINAGE DES SOIES, MOÜLINIER. 177 d’un appareil à l’aide duquel il appliqua au tirage de la soie le chauffage par la vapeur de l’eau bouillante. Voici la description de cet appareil, dont l’usage n’est pas encore assez répandu, et que nous donnons ici avec les perfectionnemens que l’auteur y a aj outés. Il est représente' par les fig. g, 10, 11, 12, i3, 4> i5 et 16 de la PL 38.
- Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans toutes les figures.
- La fig. 9 montre la coupe verticale et longitudinale d’un grand atelier de tirage de la soie, dans lequel se trouvent 4 appareils. Nous n’en avons représente' ici qu’environ la moitié, qui est suffisante pour faire concevoir l’autre moitié, qui se répète exactement depuis «zjusqu’en b.
- Fig. io, coupe verticale selon la longueur du même bâtiment.
- Le tuyau a est en fonte ; il est adapté à la chaudière, et traverse le mur à huit pieds (2m,5gcj) au-dessus du sol, comme la fig. i5 l’indique , Sur une plus grande échelle.
- Un long tuyau carré en bois b,b, conduit la vapeur ; les extrémités en sont plus élevées de 65o millimètres ( 2 pieds ) que le milieu , afin que la vapeur condensée puisse retomber dans la chaudière. Ce tuyau est vu de côté ou dans sa longueur enp (fig. i3), et debout en u, même figure.
- Quatorze tuyaux , appelés rameaux , c, dont 8 seulement sont vus dans la figure, descendent verticalement du long tuyau b,b, pour conduire la vapeur dans l’eau des bassines ou auges d, jusqu’à g millimètres (4 ligues) du fond. (V. la forme de ces auges, fig. 12.) Ces tuyaux sont en cuivre ; ils ont 20 millimètres ( g lignes) de diamètre. Us doivent entrer de 4 millimètres (6 lignes) dans l’intérieur du tuyau b, afin que l’eau formée par la vapeur condensée ne puisse, en s’en retournant dans la chaudière, descendre dans les bassines. Chaque tuyau ou rameau est muni d’unbon robinete, (fig. 11). Ou peut faire usage des rameaux indiqués fig. 11 et 14 ; le pre-raier a la forme d’un T renversé , bouché aux extrémités inférieures , et percé de petits trous dans la partie horizontale. Tome XIV. 12
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- j78 MOULINAGE DES SOIES, MOULIN1ER,
- Le deuxième porte à sa partie inférieure une plaque de cuivre, servant à empêcher le bouillonnement de l’eau.
- Les bassines d sont en bois de sapin, de 4° millimètres (18 lignes) d’e'paisseur, g-5 millimètres (3 pieds) de long, et 488 millimètres (18 pouces) de large. Elles sont portées par des supports en bois f, et retenues par des vis. Sur le fond est fixé pareillement , avec des vis, un petit tasseau en bois dans lequel entre le bout du rameau, afin qu’il ne puisse pas vaciller.
- La chaudière g est disposée sous un toit, à l’extérieur et au milieu de la longueur du bâtiment ; elle est formée de douves en bois de chêne de 81 millimètres ( 3 pouces) d’épaisseur, retenues par des cercles en fer.
- La cuve h, pleine d’eau , est destinée à remplacer l’eau de la chaudière au fur et à mesure qu’elle s’évapore par l’effet de l’ébullition. Cette euve, placée sur la cuve g, telle qu’elle est représentée fig. 1 o, est vue sur une échelle plus grande (fig. i5), afin de faire mieux sentir les parties accessoires que nous allons décrire.
- On voit en q le tour à filer. C’est le même que nous venons de décrire plus haut, de l’invention de M. Tabarin. Ls chaise s, sur laquelle la tireuse est assise pendant le travail.
- La fig. 16 représente la coupe horizontale de la chaudière, prise un peu au-dessus du tuyau k,kT qui conduit la fumée. Ce tuyau est en serpentin ; il s’élève au centre de la cuve, traverse pareillement la cuve h dans son centre, sort au-dessus en z, et porte la fumée dans le tuyau de la cheminée.
- La cuve h porte à son fond un petit tuyau eu cuivre muni d’un robinet!, qu’on ouvre lorsqu’il est nécessaire d’alimenter la chaudière. Le tube d’épreuve en verre t indique constamment la hauteur de l’eau dans la chaudière, et lorsque son niveau s’abaisse trop , alors on ouvre le robinet l, qu’on referme lorsqu’on a assez introduit d’eau.
- Il est inutile de faire observer que la chaudière g doit être hermétiquement fermée par un bon couvercle en bois, solidement retenu par de fortes traverses en bois et des boulon* à écrous, en fer, r.
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- MOULINAGE DES SOIES, MOULINIER. i79 Le fourneau ne pre'sente rien de particulier. On voit en m le foyer ; en n, la porte du cendrier; en o, la porte du foyer, par laquelle on introduit le combustible.
- On voit en x la soupape de sûreté; eny, la tige d’une autre soupape placée dans l’intérieur de la chaudière, qui est constamment poussée contre le fond par un ressort en hélice ou à boudin. On tient cette soupape ouverte, en mettant un poids à godet sur sa tige, afin de laisser entrer l’air au moment de sa condensation. Pour éviter tout accident, il faut que tous les soirs, lorsque le travail est terminé, l’ouvrier chargé de la conduite du feu ouvre cette soupape y, et la laisse ouverte jusqu’au lendemain, lorsqu’il va allumer le feu.
- M. J. Lacombe, manufacturier à Alais, département du Gard, désirant supprimer le travail de la tourneuse dans l’opération du tirage de la soie, prit un brevet d’invention en 1820, qui est inséré au T. XII, page 78 des Brevets expirés , pour une roue à tambour, qu’il désigne sous le nom de nouveau moteur, propre à mettre en mouvement un grand nombre de tours à tirer la soie des cocons.
- Le poids d’un homme qui marche dans un grand tambour, dont on augmente la force par des poids fixés au bout des leviers placés à charnière sur la circonférence extérieure de la roue, qui se rapprochent du centre dans le sens opposé au côté où l’homme marche , et qui s’éloignent dans ce même sens, met en mouvement, à l’aide d’une grande quantité de roues d’engrenage, un nombre considérable d’asples.
- Il y a trois ans, en 1825, que nous fîmes un voyage dans les départemens du Rhône, de l’Isère , de la Loire et de l’Ardèche, où nous visitâmes beaucoup de manufactures dans lesquelles on s’occupait du tirage de la soie : nous ne vîmes dans aucune ce système établi, ce qui nous fait penser qu’il ne doit pas être aussi avantageux que l’a cru son auteur. Les manufacturiers de ces départemens sont trop jaloux de perfectionner leurs travaux , pour ne pas l’avoir adopté s’il eût présenté quelques avantages.
- Le moulinage proprement dit suit immédiatement l’opé—
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- ration du tirage. Avant de parler de cette manipulation, il faut bien être fixé sur les noms particuliers que prend la soie, des différentes opérations auxquelles on la soumet y ou de l’état où elle se trouve lorsqu’elle les a reçues. Indépendamment des trois noms qu’on lui donne, organsin, trame et poil, pour désigner sa qualité et l’usage auquel on la destine, on la distingue, dans chaque qualité, i°. en soie greze ou grège, qui est celle qui n’a été soumise à aucune autre opération que celle du tirage -, 2°. en soie crue ou écrue, pour désigner celle qui, sans avoir été débouillie, a été tordue ou retordue par les opérations du moulinagej 3°. en soie cuite, c’est-à-dire qui a été bouillie, dans la vue de dissoudre la gomme qui pourrait tenir quelques fils unis entre eux , et faciliter par cette séparation l’opération du dévidage ; 4°- «a soie décreusée, c’est-à-dire celle qui a reçu le débouilli au savon, préparation indispensable au blanchiment et à la teinture.
- Nous avons renvoyé le lecteur, pour la description des opérations du moulinage des soies, au T. II des Manufactures et Arts de l’Encyclopédie méthodique. Il y trouvera décrit, avec beaucoup de soin , le moulin de Piémont pour tordre et organsiner la soie, selon les divers emplois auxquels on la destine. On voit, au Conservatoire des Arts et Métiers, à Paris , une de ces machines perfectionnée par le savant et l’infatigable Yaucanson, et le cadre de notre ouvrage ne nous permet pas de la décrire, à cause de la grande quantité <le planches qu’il nous faudrait employer pour nous rendre intelligibles. Cette machine ne convient qu’à de très grands établissemens.
- Nous nous bornerons à donner la description d’une machine , dans ce genre, exécutée à Lyon par M. Belly, mécanicien , et qui est généralement adoptée dans cette ville manufacturière et dans la plus grande partie des petites fabriques des départemens méridionaux.
- L’auteur, considérant que dans les fabriques de soie de France, on employait deux sortes de moulins , l’un à quatre
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- guindres, et l’autre de 16, 24 et 32 guindres, dispose's sur un ou deux rangs, il remarqua que dans le petit moulin l’ouvrière travaille assise ; que le produit en est bon , mais qu’il est en si petite quantité', qu’il peut â peine suffire à la nourriture de la personne qui s’en occupe.
- Le grand moulin , au contraire , produit plus de travail ; mais il exige un grand emplacement, qu’on ne peut pas trouver partout, beaucoup de jour, et l’obligation aux ouvrières de travailler debout, ce qui les fatigue beaucoup. Un tourneur est en outre indispensable , et cet ouvrier n’est pas toujours sous la main, ce qui rend les ouvrières de'pendantes de cet ouvrier. Un autre inconvénient très important, c’est qu’on remarque que la soie y est travaiile'e trop ferme, qu’elle ne peut pas s’allier au travail du moulin â quatre guindres, et que le plus souvent, par sa durete', son produit est très nuisible à la fabrication des étoffes chinées et lustrées.
- Le moulin de M. Belly remédie à tous ces inconvéniens : i°. il procure un travail serré ou lâche à volonté , selon la grosseur des brins de soie, leur qualité ou leur destination ; a0, il exige moins de jour ; 3°, il produit deux tiers d’ouvrage de plus que le moulin à quatre guindres, et un tiers de plus , toujours à nombre égal, que les grands moulins dont nous venons de parler ; 4°- il n’exige qu’une ouvrière, qui est assise et n’a pas besoin de tourneur ; 5°. il a 16 guindres ; c’est le maximum qu’une ouvrière puisse surveiller ; mais il peut être réduit à 4, à 12, à 10 ou à8, selon l’emplacement qu’on peut lui donner, ou le peu d’importance de la fabrique ; 6°. il sert indifféremment pour toutes les substances filamenteuses, quelle que soit leur nature ; 70. il est d’un usage plus général, et entre par cette raison dans le cadre de notre ouvrage. En voici la description. ( V- PL 3g, fig. 1,2, 3 et 4. )
- La fig. ï présente l’élévation de la machine entière.
- La fig. 2 est l’élévation prise au-dessous de la base des gain-dves, et sur le côté droit de la fig. 1.
- Ea fig, 3 est le plan de la machine vue par-dessus.
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- La fig. 4 est une coupe horizontale prise immédiatement au-dessous du plateau porte-guindres.
- Le bâti a, en forme de T (fig. i, 2 et 4) , porte sur le plancher, et sert de support à toute la machine.
- Deux montans b, assemblés avec le bâti par un boulon, sont destinés à recevoir, à charnière, le châssis c, sur lequel l’ouvrière pose le pied pour imprimer le mouvement à la machine.
- L’arbre vertical d, en fer et à double coude, porte la principale roue d’engrenage e, et le volantfk trois lentilles.
- Le canon en bois g ( fig. r ) sert d’axe vertical à la roue dentée h, et à la poulie à huit gorges i ; ce canon , enfilé sur l’arbre en fer j, est terminé, à sa partie supérieure , par une vis sans fin k, qui engrène avec la première roue de va-et-vient, dont nous parlerons plus loin, et porte un volant l à trois lentilles (fig. 1 et"4).
- Le second bâti m (fig. 1) est formé, à sa partie inférieure, d’un cercle, et à sa partie supérieure, d’une table ronde. Ce cercle et cette table sont réunis par huit consoles ou jambes de force , et font leur rotation autour de l’arbre j (fig. 1 et 2), qui est enfilé dans le cercle formant la partie inférieure de ce bâti, et dont l’extrémité supérieure est percée d’un trou conique , qui reçoit un pivot fixé au-dessous et au centre de la table ronde.
- La pièce de bois n ( fig. 1) est retenue à charnière , par le haut, à chacune des jambes de force , et porte, à sa partie inférieure, deux poulies à gorge 0 (fig. 1,2 et 4 )•
- Sur la tablep (fig. 1 et 3 ) sont disposés, à charnière, seize montans ou poupées q, pour porter les guindres r. Chaque charnière des poupées a deux arrêts : l’un qui retient le guindre inclinéen dedans, dans saposition ordinaire, et l’autre destiné à le porter en dehors, comme on le voit dans la position ponctuée ( fig- 1 ), lorsqu’on veut le charger d’un écheveau.
- A la circonférence et sur le champ extérieur de la table p (fig. 3), sont fixées horizontalement seize petites poupées,
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- MOULINAGE DES SOIES, MOULINIER. i83 dont 8 sont désignées par la lettre s, et les 8 autres par la lettre t. Les poupées s sont évidées et reçoivent une poulie en bois, dont l’axe en cuivre porte sur deux pointes. C’est dans les gorges de ces poulies que passent les cordons u ( fig. i ) , arrivant d’en bas, pour leur imprimer le mouvement de rotation. Les joues de ces poulies présentent une face oblique, qui est en contact avec une pareille face oblique garnie de drap, tenant à la broche porte-roquets. La pression, réglée par une vis, rend à volonté le frottement plus ou moins dur. Les broches porte-roquets, placées entre deux poupées , sont des arbres en fer terminés en pivot à chaque bout : le roquet y est reçu et retenu entre deux bouchons , dont l’un est fixe et l’autre mobile. Le prolongement du bouchon fixe porte la joue oblique garnie de drap dont nous venons de parler.
- Le va-et-vient -v (fig. 3 ), dont l’objet est de distribuer le brin de soie sur la bobine d’une manière égale et régulière , se compose : i°. de la vis sans fin k (fig. i) , qui fait marcher l’engrenage formé de la roue a (fig. i), de l’arbre b', du pignon de 4 dents e (fig. i et 2), de k. roue d’de 25 dents, de son pignon e', de trois, qui mène une autre roue f de a5 dents ; 2®. de la poulie à plusieurs gorges i (fig. 1), avec ses cordons.
- Toutes ces pièces, combinées , impriment le mouvement de va-et-vient à un cercle de même diamètre que celui de la table p, tournant sur des roues de friction et portant des tubes de verre placés en face de chaque guindre, pour recevoir le brin de soie qui passe de l’écheveau au roquet.
- L’ouvrière, assise, mettant la pédale en mouvement, fait tourner la roue e (fig. 1 et 2), qui communique son mouvement à toutes les autres parties. Les cordons sans fin u font marcher les porte-roquets, et le brin de soie, fourni par chaque écheveau, s’enroule sur le roquet. Le va-et-vient est en même temps mis en jeu, afin que la soie se distribue également.
- Si quelque écheveau a besoin d’être débrouillé, l’ouvrière imprime avec la main un mouvement de rotation à la table
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- sur son pivot, afin de l’amener devant elle, et pendant qu’elle
- opère, le travail des autres guindres continue.
- Nous allons terminer cet article, l’un des plus importai» pour nos manufactures de soie, par les réflexions de quelques bons fabricans sur l’art qui nous occupe. Ces détails, que nous avons réunis, tendent tous au perfectionnement du moulinage des soies ; ils sont le résultat de leur pratique.
- MM. Dugaz frères, de Saint-Chamond, et Beauvais, de Lyon, remplacent les bobines qui reçoivent la soie par de petits asples de 5 à 6 pouces (14 à 16 centimètres) de diamètre , sur 22 à 24 centimètres ( 8 à 9 pouces ) de long. Trois de ces asples sont enfilés sur le même axe en bois tournant sur des pivots en fer, et répondent chacun à six bobines qui tournent toujours d’un mouvement égal et régulier, et reçoivent la soie toujours également tordue, parce que l’écheveau qui s’y forme n’augmente pas sensiblement en diamètre.
- Quand les asples sont suffisamment garnis, on les enlève et on les remplace par d’autres, et l’on fait repasser la soie sur les bobines. Ce travail exige à la vérité une opération de plus, mais on en est amplement dédommagé par la perfection donnée à l’apprêt de la soie. Cette méthode est surtout avantageuse dans la fabrication du crêpe en soie grèze ou cuite, ou teinte en couleur, jaspé en cru ou cuit, ou avec brin cru et brin cuit, depuis un bout jusqu’à vingt.
- MM. Poidebard aîné et Dugaz frères, à Saint-Chamond, obtiennent au moulin où se fabrique la soie rondeletine, la soie ondée, qui se fait ordinairement au rouet du guimpier ; il faut pour cela qu’un bout soit gros et l’autre fin. Le gros bout reçoit un premier apprêt, à droite ou à gauche, à volonté. Le bout fin est avec ou sans apprêt, en observant que lorsqu’il a de l’apprêt, il doit être toujours en sens inverse de celui du gros bont. Ces deux bouts sont ensuite doublés ensemble , pour recevoir un dernier apprêt, qui est toujours en sens inverse de celui du gros bout.
- On voit, au Conservatoire des Arts et Métiers, à Paris, un
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- MOULINAGE DES SOIES, MOULIIÏIER. iS5 petit modèle très bien fait d’un grand moulin à organsiner les soies par un système particulier, qui consiste à faire croiser les soies sur les asples par un mécanisme très simple, qui paraît avoir été adopté par tous les fabricans de l’Italie, qui l’ont fait ajouter à leurs moulins. Ce perfectionnement est dû à M. Joseph Àmaretti, de Yerceil, dans le Piémont.
- Plusieurs autres inventions importantes sur le tirage et le moulinage de la soie sont en pleine activité dans nos grandes manufactures ; mais les brevets que les auteurs ont pris leur en garantissent la propriété. Ces brevets n’étant pas expirés , nous ne devons pas les faire connaître. Le lecteur intéressé à profiter de ces perfectionnemens , peut consulter les auteurs dont il trouvera les noms et les adresses, avec la spécification de chaque brevet, dans l’ouvrage publié par ordre du ministère , intitulé : Catalogue des spécifications de tous les principes, moyens et procédés pour lesquels il a été pris des brevets, depuis le juillet 1791, jusqu’à ce jour. Il trouvera toutes ces spécifications textuellement rapportées sous le mot Soie.
- L’art de conditionner les soies n’était point connu avant la première année de ce siècle , et l’Encyclopédie méthodique, Manufactures et Arts, T. II, qui traite des soies , fut imprimée en 1784, et n’a pas pu en faire mention. Cet art intéresse trop nos manufactures, les fabricans de soieries et les mouliniers qui les manipulent, pour ne pas saisir cette occasion d’en dire un mot dans cet article.
- On a reconnu que la soie est très hygrométrique et qu’elle est susceptible de prendre beaucoup plus d’humidité qu’on ne le croyait. Cette surcharge d’humidité peut aller jusqu’à dix pour cent. On conçoit combien l’esprit de fraude avait profité de cette propriété de la soie pour altérer une substance aussi chère et aussi précieuse. Le commerce de Lyon, fatigué de toutes les réclamations qui s’élevaient de toutes parts, chargea ^L Rast-Maupas de chercher des moyens de déjouer les fraudeurs. Le problème présentait, dans sa solution, beaucoup de difficultés ; il fallait soumettre les soies à la dessiccation ,
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- sans les altérer en aucune manière, et donner la certitude au vendeur et à l’acheteur que cette soie ne pourrait être ni soustraite , ni changée pendant cette opération, qui exige quelquefois plusieurs jours.
- Les moyêns proposés par M. Rast-Maupas furent unanimement approuvés. Ils consistent en des armoires fermées par des treillages en forts fils de fer , dont les portes sont scellées du sceau des intéressés. Ces armoires sont renfermées dans une vaste étuve. On en trouve la description , très curieuse et fort importante, dans le T. VI des Brevets expirés , page 42 ; nous engageons le lecteur à la consulter. L.
- MOULINS {Arts mécaniques). On donne le nom de moulin à toute machine qui a pour objet de pulvériser, d’écraser, de diviser une substance quelconque ; tels sont les moulins à farine, à huile, à fruits, à monder et perler forge, le riz, à moutarde, à dr'eche, à tan, à poudre, à foulon, à papier, à débiter les bois, à broyer les couleurs, à polir, à tabac, etc.
- Les anciens, peu versés dans les Arts mécaniques , n’avaient, pour moudre leurs grains, que des moulins très imparfaits, mais d’une grande simplicité. On commença par les piler dans des mortiers ; ensuite, on les écrasa avec des cylindres roulant sur des pierres plates, et puis enfin, on en vint à les moudre entre deux meules de pierre dure superposées, dont l’inférieure était fixe et la supérieure mobile. Ces derniers moulins ayant le mérite de pulvériser les grains d’une manière plus parfaite et moins pénible que par les pilons et les rouleaux , furent généralement adoptés. Chaque ménage eut le sien , qu’un âne ou des esclaves faisaient tourner. Ce travail, alors humiliant, devint une punition à laquelle on condamnait les prisonniers de guerre et même les citoyens qu’on voulait dégrader. On sait que Samson fut condamné a tourner les meules chez les Philistins ; que Plaute, auteur comique latin, fut contraint d’exercer ce métier, en punition de quelques plaisanteries qu’il s’était permises sur le compte de quelques hommes puissans.
- Ce moulin, que nous ne connaissons que par les ineulcs
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- qu’on a découvertes dans des fouilles d’antiquités romaines , dans différens pays, se composait, comme on le voit en coupe (fig. 1, PL 4° des Arts mécaniques), de deux pierres A et B, taillées l’une intérieurement et l’autre extérieurement, en forme de cônes tronqués qui se pénètrent, dont la supérieure A est mobile et l’inférieure B est fixe. Les Romains donnaient à la première le nom de calillus, et à la seconde celui de meta {borne) , d’où le jurisconsulte Pausus avait sans doute tiré le proverbe :
- Fromentum meum molo inter metam et catillum.
- C, Cône renversé servant de trémie, opposé par son sommet au cône inférieur.
- D, Mortaises dans lesquelles on fixe les extrémités des leviers servant à faire tourner le moulin.
- E, Trous des chevilles qui retiennent en place les leviers.
- F, Ouverture de forme ronde par où passe le grain qui se moud entre les deux meules A et B.
- G, Trou rond servant de crapaudine à l’axe H, destiné à soutenir la meule tournante. A cet effet, l’arbre H traverse une espèce d’anille fixée dans l’œillard de la meule immédiatement au-dessous du point F, et se prolonge jusqu’au plancher supérieur, où il tourne dans un trou fixe. On peut, de cette manière, obtenir une mouture plus ou moins fine, en rapprochant plus ou moins les meules, ainsi que cela se pratique dans nos grands moulins modernes.
- Quelques personnes ont pensé que l’arbre vertical H n’avait d’autre objet que de consolider et de maintenir en place la meule inférieure ; mais alors la meule supérieure pressant üe tout son poids sur la surface conique de la meule inférieure , aurait rendu le mouvement très dur et n’aurait pas permis de moudre plus ou moins fin, et peut-être même n’aurait-elle pas moulu du tout, à cause du trop juxta-posé des deux meules , qui ne permettrait pas à la farine de passer, à moins qu’on ne suppose des cannelures longitudinales aux meules, ce qu’on ne remarque pas sur celle qui existe au
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- Conservatoire des Arts et Métiers et dans d’autres Musées; elles sont en général d’une matière volcanique noirâtre , et ne sont que piquées d’un grain fin. Celle du Conservatoire a a pieds de diamètre sur 3 de hauteur, présentant la forme de deux cônes tronqués et creux, unis par leur petites bases. Celles dont parle Thoresby dans l’Encyclopédie méthodique, Antiquités, T. IV, qui ont été trouvées en Angleterre , ont 20 pouces de diamètre et autant d’épaisseur. On en voit une au Musée de Dijon, trouvée dans un village des environs, à Malain, qui porte 28 pouces de diamètre et g pouces seulement d’épaisseur. La partie conique ne s’élève que de 7 pouces i; elle est percée à son centre d’un trou rond de 4 pouces de diamètre. Il est probable que c’est une meule usée , ou que les Romains avaient plusieurs sortes de moulins, mais toujours à surface conique.
- M. Clément en a trouvé une dans la rivière d’Oise, près de Verberie, dont il a fait don au Conservatoire , qui ressemble à celle de Malain, avec cette différence pourtant qu’elle est moins conique , et que sa surface moulante est divisée en huit segmens par des rainures angulaires qui vont du centre à la circonférence , où elles n’ont plus qu’une légère profondeur. Les segmens sont sillonnés de même parallèlement aux premières rainures, absolument comme les meules des moulins anglais d’aujourd’hui.
- Il est évident que nos moulins à noix et à boisseaux coniques en fonte dure ou en acier trempé , avec lesquels on moud le café, le poivre , et qui, étant construits sur une échelle un peu plus grande, ont même servi dans ces derniers temps, surtout aux armées, à moudre des grains , sont imités des moulins antiques. La différence est dans la matière , dans la proportion , et aussi en ce qu’on a rendu le boisseau, catillus, fixe , et la noix ou meta mobile.
- Les anciens ont fait mention des moulins , mais ils ne sont entrés dans aucun détail de leur composition. Vitruve, qui décrit très sommairement les moulins à eau , dont il parait que le mécanisme avait été trouvé peu de temps avant
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- l’époque où il a vécu, ne parle pas des moyens qu’on employait avant lui, pour réduire le grain en farine.
- Les auteurs modernes ne nous donnent pas plus de lumières à cet égard que les anciens : ils se copient les uns les autres, suivant l’usage , sans distinguer les différentes sortes de moulins dont on se servait. On voit, neanmoins, qu’il en existait de deux sortes , à meules coniques , comme ceux dont nous avons donné la description, et à meules plates , comme celui que M. Traullé a trouvé dans les tourbières des environs d’Amiens.
- Il consiste en deux petites meules plates d’environ 12 à i3 pouces de diamètre, sur 6 d’épaisseur; l’inférieure, fixée à 4 pieds du sol sur un établi à rebords, est armée à son centre d’une broche en fer de 3 à 4 pouces de saillie. La meule supérieure est percée dans son milieu d’un trou conique dans lequel entre la broche de la meule inférieure qui lui sert d’axe. On la fait tourner sur la première autour de la broche, par l’effet du mouvement circulaire imprimé à ua bâton engagé par le bas dans un trou peu profond pratiqué près de la circonférence de la meule mobile, et par le haut dans un trou creusé, soit au plancher, soit dans une pièce de bois scellée dans un mur. Un tel moulin, qui est assurément le plus simple qu’on puisse imaginer, est encore en usage dans les pays à demi civilisés , pour moudre leurs grains. On s’en sert dans les colonies pour moudre le maïs destiné à la nourriture des nègres. Nous nous en servons également en France pour moudre la moutarde. ( V. fig. 2 , PI. 40. )
- Les moulins à meules égales produisant des quantités de farine en proportion de la vitesse qu’on leur imprime , ceux des anciens ne devaient pas en donner beaucoup. Celui à meules coniques tournant au moyen de leviers dont la longueur devait être au moins de 5 à 6 pieds, les hommes ou les animaux attelés à leurs extrémités décrivant des cercles de 10 à 12 pieds de diamètre, ne devaient faire que cinq à six tours par minute. En le comparant au moulin à bras d’Ôvide, dont nous parlerons plus tard, auquel on peut l’assimiler
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- pour la dimension des meules, et qui produit en soixante tours qu’il fait par minute , une livre de mouture, le moulin antique ne devait en donner pendant le même temps qu’en-viron un dixième de livre ; mais il est probable que le manque de vitesse e'tait compense' par la forme conique des meules et par la chute libre du grain entre les deux meules.
- Nous ne nous arrêterons pas davantage sur les recherches historiques des moulins antiques : nous passons de suite à l’examen des moulins modernes en usage aujourd’hui pour réduire les grains en farine.
- Il en existe de plusieurs sortes, qui prennent le nom du moteur qui les met en mouvement. i°. Les moulins mus à bras d’homme ; 2°. les moulins à mane'ge, mus par des animaux ; 3°. les moulins â eau ; 4°- ceux à vent ; 5°. ceux à vapeur. {V. Moteurs, Homme, Animaux, Cheval, Boeuf, Eae, Vent , Vapeur. )
- Chacun de ces motgurs n’est pas également avantageux, soit sous le rapport de l’économie, soit sous celui d’une bonne mouture. Pour obtenir celle-ci, il faut que la meule tournante soit animée d’une certaine vitesse en raison de son diamètre , et que cette vitesse reste constamment uniforme. Or, parmi les moteurs que nous venons de citer, il n’en est que deux qui jouissent pleinement de cette propriété, l’eau et la vapeur. Les autres sont très variables en intensité, et par conséquent dans leurs effets. L’homme et les animaux , quoique nullement surchargés , ne conservent pas long-temps la même allure. Le vent, surtout loin des côtes de la mer, est moins permanent encore.
- Moulins mus a bras d’homme. Nous en distinguerons de deux sortes ; ceux à meules de pierre , et ceux à meules métallique5 de diverses formes.
- Les premiers sont imités des anciens moulins, dits à moutarde, que nous avons précédemment décrits. On en a change les dispositions principales et le mode de mouvement. Au lieu d’un bâton qu’on faisait mouvoir circulairement, on a suspendu la meule mobile sur un axe en fer d’environ 3 pieds
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- de long, qui traverse la meule inférieure, où il est tenu comme dans un collet, et va poser sur une crapaudine fixée elle-même sur une traverse mobile dans le sens vertical, afin de pouvoir régler l’intervalle des meules. Cet axe porte près de son bout inférieur une petite lanterne cylindrique en fonte, de neuf fuseaux -, dans laquelle engrène un rouet vertical en fonte, armé de vingt-quatre dents en bois de cormier. Ce rouet est fixé sur un axe en fer horizontal qui, dépassant de part et d’autre le beffroy ou bâti du moulin, reçoit à chacun de ses bouts une manivelle d’un pied , au moyen desquelles un ou deux hommes le font mouvoir. Les meules sont enfermées dans une archure ronde surmontée d’une trémie dans laquelle on met le grain à moudre, d’où il descend régulièrement entre les meules par le trou ou œillard percé au centre de la supérieure , par l’effet d’un auget agité par un axe central qu’on nomme babillard.
- Le rapport du rouet monté sur l’axe à manivelle, à la lanterne fixée sur l’arbre vertical de la meule tournante , étant de îç ou de §, il s’ensuit que les hommes faisant trente tours de manivelle par minute , ce qui est à peu près la règle , la meule mobile fera quatre-vingts révolutions dans le même temps.
- Les meules doivent être en pierre meulière de la meilleure espèce. Pour que deux hommes puissent le faire mouvoir facilement, leur diamètre ne doit pas excéder 21 pouces. L’épaisseur de l’inférieure peut n’être que de 6 pouces ; mais la supérieure doit en porter au moins 9 à 10. Il est nécessaire qu’elle ait de la masse , tant pour broyer les grains que pour conserver de l’uniformité dans son mouvement. Quand elle est trop mince, on ajoute en dessus des couches de plâtre,, ou même un plateau de fonte pour l’appesantir et former volant.
- Ces moulins, bien réglés et piqués à petits grains, donnent par heure environ 5o livres de mouture de froment à la grosse. Cette mouture sortant du moulin, tombe dans un Lluteau que le moulin même fait tourner, et où s’opère de
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- suite la séparation des diverses sortes de farine et du son.
- Il paraît que le premier qui s’est occupé de la construction de ces moulins à bras , est un nommé Durand, père et fils, serrurier à Paris. On en trouve un éloge merveilleux dans un Rapport imprimé fait en août 1790, à la Société royale d’Agriculture , par MM. Yalmont de Bomare , de Saiut-Yictor et Boncerf. Ces messieurs ne proposaient rien moins que de les substituer aux grands moulins à eau, parla raison qu’on donnerait du travail aux bras inoccupés, et que l’agriculture , ainsi que la santé publique, profiteraient du libre écoulement des eaux. Il paraît qu’à cette époque la science de l’économie domestique n’était pas à la hauteur de la science de l’économie politique.
- Après les moulins de Durand, vinrent ceux de MM. Perrier et Ovide, qui furent adoptés de préférence pour les places fortes et les magasins militaires où l’on pouvait craindre de manquer d’autres moyens de mouture. Ici on eut le bon esprit de ne les regarder que comme un moyen supplémentaire et de réserve pour servir au besoin. C’est ainsi qu’on doit envisager tous les moulins à bras et même à manège, dont la mouture est toujours plus chère et de qualité inférieure à celle qu’on obtient avec les grands moulins.
- L’idée d’employer les moulins à boisseau et à noix métalliques pour moudre les grains , est due à M. le maréchal Marmont, duc de Raguse. Commandant en 1808 un corps d’armée en Espagne, il se trouva, au milieu d’une grande abondance de grains, manquer de farine, parce que les Espagnols avaient détruit tous les moulins du pays.
- Le moulin du duc de Raguse avait la forme des moulins à café , mais dont l’axe , au lieu d’être vertical, était dispose horizontalement. On le fixait, pour le faire travailler, au moyen de griffes à vis, contre une jante de roue, un affût de canon, un arbre. Le tout ensemble ne pesait que 8 à 10livres.
- L’utilité de ces petits moulins portatifs ayant été reconnue, surtout pour une armée envahissante , le gouvernement ouvrit un concours pour leur perfectionnement. Ceux que Pie"
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- ♦entèrent MM. Molardaîné, alors administrateur du Conservatoire des Arts et Me'tiers , et Ch. Albert, furent préférés. Le ministre de la guerre en fit construire un grand nombre des uns et des autres, qu’il envoya à l’armée de Russie, où ils furent engloutis dans la Bérésina, comme tout le reste.
- Celui de Ch. Albert ne diffère pas en principe du moulin du limonadier, publié en 1775 par l’Académie des Sciences (PL u , fig. 3 Il se compose de deux meules coniques en. fer trempées en paquet, ou d’acier trempé dans l’huile , qui s’emboîtent l’une dans l’autre. Le cône extérieur, qu’on nomme boisseau, est fixe, tandis que le cône intérieur, qu’on nomme noix, tourne avec l’axe fixé à son centre, dont le bout prolongé du côté de la petite base du cône, porte une manivelle au moyen de laquelle on met le moulin en action. Deux platines en fer, de forme quadrangulaire, ferment les deux bouts du boisseau , contre lesquels elles sont ajustées à tabatière et fortement appliquées par quatre boulons d’assemblage qui, après avoir traversé l’épaisseur des platines , viennent se visser aux extrémités des quatre branches d’un croisillon appliqué contre la platine qui ferme le gros bout du boisseau. Ce croisillon porte à son centre, en dehors du moulin, un fort tenon à vis, pour recevoir un écrou sur lequel s’adapte un sergent à vis qui sert à fixer le moulin. Ce tenon , du côté de l’intérieur, est percé au centre d’un trou assez profond pour recevoir l’un des bouts de l’axe delà noix. L’autre bout de ce même axe est taillé en vis pour recevoir un écrou et un contre-écrou à oreilles, précédés d’une rondelle d’acier trempé, qui servent à faire prendre à la noix la position convenable au degré de finesse qu’on veut donner à la farine.
- Le boisseau est percé à sa partie supérieure , près le sommet du cône, d’une ouverture ronde de 10 lignes, dans laquelle s adapte une trémie en tôle qui reçoit le grain à moudre. Le bord inférieur du même boisseau , du côté de sa plus grande base, porte une échancrure près de la platine, par laquelle la krine s’échappe du moulin.
- Les surfaces du boisseau et de la noix sont sillonnées de Tome XIY. i3
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- rainures angulaires et obliques , en sens inverse dans l’un et l’autre par rapport aux axes , de manière qu’elles se croisent sous un angle d’environ 120. Ces cannelures deviennent de moins en moins profondes et plus multiplie'es à mesure qu’on arrive par le gros bout, par où sort la farine.
- Moral x a bras portatif de M. C.-P. Molard. Il est établi sur d’ail très principes. Les meules sont plates, légèrement concaves, et de fonte dure. Leur diamètre est de 9 pouces, leur épaisseur de 3 lignes , et sont placées dans une position verticale ; l’une est fixe et l’autre mobile; leurs surfaces moulantes sont sillonnées par des cannelures angulaires, obliques par rapport au rayon, très prononcées vers le centre par où le grain est admis , mais peu profondes vers le bord où la farine s’échappe. Le grain est fourni régulièrement par un petit cylindre en fonte à trois gorges, qu’on nomme bail-bU, placé dans le collet de la trémie ; il reçoit le mouvement de l’axe du moulin au moyen de deux petites roues d’engrenage.
- Le moulin A ( V. PL 4° > %• 3 ) est assujetti dans une caisse à deux compartimens B ,C, ferrés de manière qu’on peut les séparer en dévissant un anneau qui sert de poignée.
- Le compartiment B reste uni au moulin, tandis que le compartiment C s’en détache et se pose à terre au-dessous du sac D. Après avoir retiré de la caisse la griffe à vis de pression servant à fixer le moulin, la manivelle E, le sac D, h trémie F et la clef à triple branche N, on fixe d’abord le moulin contre un banc G ou toute autre pièce de bois, soit horizontale , soit verticale ; ensuite on met la trémie F en place , on suspend le sac D au-dessous de l’anche du moulin en passant les glands H dans deux trous pratiqués au fon^ de la caisse B et dans la ferrure I ; puis on visse au bout de l’axe J, la manivelle E , dont la douille K s’avance tout près de la traverse L, sans néanmoins la touchér, ce qui s’obtient au moyen d’un tampon à vis M , qu’on enfonce plus ou moins dans la douille. Cette disposition empêche les deux meules de se toucher et de s’user mutuellement, quand on vient a tourner la manivelle sans que la trémie soit garnie de grains
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- Pour rapprocher la meule tournante de la meule fixe, jusqu’à ce que la farine sorte assez fine , il suffit de faire avancer l’e'crou S monte sur l’axe J , contre la traverse L, où un petit décli le maintient en place. Il y a entre l’e'crou et la traverse une bague d’acier trempé qui adoucit le frottement occasioné par la réaction de la meule , et qui s’userait très vite si on ne l’entretenait pas d’huile.
- Si quelques particules de fer ou quelques petites pierres dures se trouvent mêlées aux grains et s’introduisent dans le moulin , on dévisse les deux écrous à oreille o,o, afin d’écarter la meule tournante de la meule fixe : alors ces corps étrangers tombent, et l’on ne court pas le danger de gâter les meules.
- Pour visser et dévisser la manivelle , on se sert de la clef N, avec laquelle on fait obstacle au mouvement de la meule mobile, en la présentant sous le mantonnet B., que cette meule porte en dehors près de sa circonférence.
- Ce moulin est regardé comme le meilleur parmi ceux qu’on a faits avec des meules métalliques. Un poids de 12 kilogrammes , et par conséquent la force d’un homme -, suffit pour lui imprimer le mouvement convenable, trente tours par minute ; son produit est de 20 livres de mouture de froment par heure.
- Moulin américain en fonte. Dans la revue de ces petits moulins à meules métalliques, je ne dois pas oublier, celui qui nous est venu des États-Unis d’Amérique , dont la composition est extrêmement simple, ce qui permet de l’établir à très bas prix, 12 à i5 francs. ( V. fig. 4, PI- 4°-) H consiste en deux petites meules de 4 pouces de diamètre A et B, en fonte dure , de forme conique, dont la première est fixée par ses bords avec des vis , contre un plateau de bois C , et l’autre mobile à l’aide de la manivelle D. Une vis de pression E, agissant sur une pièce de fer en équerre F, tient la meule mobile appliquée contre la meule fixe, au degré qu’on désire. Le grain, placé dans la trémie G, entre dans le moulin par l’ouverture H, et la mouture en sort par le trou K.
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- Ce moulin, qu’un poids de io livres fait mouvoir, Suis en essai avec beaucoup d’autres analogues, a parfaitement soutenu la concurrence, et a donne' constamment i5 livres de mouture par heure.
- Les meules sont rayonnées obliquement par rapport à leur rayon ; les cannelures, très prononcées vers le centre, ne le sont plus que légèrement vers leurs bords. La meule mobile en porte trois beaucoup plus profondes que les autres, pour faciliter l’entrée du grain.
- Moulin de M. Cagnard-Latour. Il se compose d’une lime ou râpe d’acier, d’environ 16 pouces de long, 2 pouces de large et 4 lignes d’épaisseur. Cette lime se meut verticalement entre deux autres limes de 3 pouces de longueur, fixées latéralement à une distance telle que la lime du milieu passe sans les toucher, et cependant assez près pour faire de la farine fine. Les deux limes latérales présentent un évasement qui donne entrée aux grains. Ce moulin donne 10 livres de mouture à l’heure.
- Mais, quelque perfectionnés que soient les moulins à bras et même à manège, soit à meules de pierre, soit à meules métalliques, on ne doit en faire usage que dans cei-taines circonstances, lorsqu’il est impossible d’en établir d’autres, c’est-à-dire de grands moulins à eau, à vent ou à vapeur. La mouture que donnent les premiers est toujours moins parfaite et moins économique que celle qu’on obtient des derniers.
- Quelque soit le moteur qu’on emploie, il y a perte s’il n’est pas chargé en proportion de sa puissance. La résistance dans les moulins est en raison de la dureté des grains, de la vitesse de la meule mobile et de l’étendue de la surface moulante. Nous avons vu que les meules métalliques plates du moulin de C.-P. Molard ont g pouces de diamètre, et qu’un effort de 12 kilogrammes , ou la force d’un homme, suffit pour lui imprimer un mouvement de trente révolutions par minute, qui produit 10 kilogrammes de mouture. La force motrice n y éprouve aucune perte, ni dans celui de M. Ch. Albert. Il n’en
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- serait pas de même des autres petits moulins dont la résistance est moindre, si l’on y appliquait egalement la force d’un homme. Dans ce cas, il faut les faire mouvoir par des femmes ou des enfans.
- Les meules en pierre de 21 pouces , mues avec une vitesse de quatre-vingts tours par minute , exigent la force de deux hommes, et donnent 20 kilogrammes environ de mouture. Ainsi, dans l’un et l’autre système de moulin, le travail d’un homme par minute est représente' par 10 kilogrammes de mouture. Si l’on veut doubler le produit, il faut d’abord doubler la force motrice, et ensuite doubler, ou les surfaces moulantes, ou la vitesse des meules : mais cette vitesse de— vant avoir une limite, ce sont les surfaces qu’on multiplie. La surface d’une meule de 9 pouces étant de 60,5 pouces superficiels, celle d’une meule double sera de 121 pouces superficiels, ou de 11,3 pouces de diamètre.
- La surface d’une meule de pierre de 21 pouces de diamètre , qui exige la force de deux hommes pour lui faire faire quatre-vingts tours par minute, étant de 346 pouces superficiels, celle d’une meule double sera de 692 pouces superficiels, ou de 29 pouces de diamètre environ , en conservant la même vitesse.
- Si l’on veut avoir un moulin de la force- de sept hommes ou d’un cheval, il faudra, en conservant la même vitesse, que la meule porte 1211 pouces superficiels , ou 38 pouces environ de diamètre ; mais, dans ce cas , on fait faire à la meule cent vingt tours, et comme alors la résistance augmente des deux tiers , sa surface devra être d’autant moindre, c’est-à-dire qu’elle ne devra porter que 80 7 pouces superficiels, ou 32 pouces environ de diamètre. Ce moulin, d’après la règle, devrait fournir qo kilogrammes de mouture par heure ; mais il est reconnu , par expérience , qu’un cheval n'en donne pas au-delà de 55 kilogrammes.
- Les meules pour la force de deux chevaux , toujours avec la vitesse de cent vingt tours par minute, devront avoir j6i4 pouces superficiels, ou 43 pouces de diamètre.
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- Pour trois chevaux , la surface sera de 242i pouces, et le diamètre de 55 pouces.
- Pour quatre chevaux , la surface est de 3228 pouces, et le diamètre de 66 pouces. Les meules de nos grands moulins portent ordinairement 72 pouces de diamètre ; mais ne faisant que soixante-dix à soixante-douze tours par minute, elles ne consomment que la force de quatre chevaux ; leur produit en mouture à la grosse est d’environ i5o kilogrammes à l’heure. Les meules des moulins anglais, dont la surface moulante est rayonnée , n’ont que 48 pouces de diamètre ; elles tournent avec une vitesse de cent vingt révolutions par minute : une force de trois chevaux suffit, et le produit est à peu près le même que celui de nos grands moulins de 6 pieds. Les moulins du système anglais ont un avantage manifeste sur les nôtres.
- Moulins a eau. Il y en a de plusieurs espèces. La force motrice de l’eau est diversement applique'e, suivant les circonstances et les dispositions locales, pour faire mouvoir des moulins. Nous en distinguerons trois modes, savoir :
- i°. Les moulins à roues hydrauliques à augets ;
- 2°. Ceux à roues hydrauliques à aubes ;
- 3°. Ceux à turbines.
- Les premiers admettent l’eau de plusieurs manières : en dessus , quand la chute est plus grande que le diamètre qu’on veut donner à ces roues ; par le côté, si la chute égale la moitié au moins ou les deux tiers du diamètre. Dans tous les cas , pour ne pas perdre de la force motrice de l’eau , la vitesse d’une roue à sa circonférence doit être d’environ un mètre par seconde. Une roue de 4 mètres de diamètre ou de 12 mètres de circonférence , en négligeant les fractions, devra faire un tour en 12 secondes, ou 5 tours par minute.
- Il en est de même des roues à aubes, les seules dont on puisse faire usage dans le cas des petites chutes, d’un mètre et demi et moins, ainsi que sur le courant d’une rivière. iV MOTEURS HYDRAULIQUES. )
- Les turbines forment un système particulier dont nous fe-
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- ïons mention en parlant des moulins du Bàzacle, établis sur la Garonne, à Toulouse.
- La chute et la quantité d’eau déterminent l’espèce de roue qu’on doit employer pour mettre à profit toute sa force motrice. Nous savons qu’il faut au moins la force de trois chevaux pour chaque moulin du système anglais, et celle de quatre pour nos grands moulins à meules de 6 pieds.
- Nous savons aussi que la force d’un Cheval ( V. ce mot ) est représentée par 80 kilogrammes d’eau élevée à un mètre par seconde, ce qui revient à dire qu’une chute d’un mètre équivaut en force à autant de chevaux qu’elle fournit de fois 80 kilogrammes d’eau par seconde. Si la chute est double, triple, la force de la chute augmente en proportion. La hauteur de chute est toujours facile à connaître. Tout se réduit donc à mesurer la quantité d’eau qu’elle fournit. ( V. Chute , Écoulement. )
- Ces connaissances préliminaires étant acquises, il ne s’agit plus que d’exécuter les constructions, soit de la Roue hydraulique ( V. ce mot ), soit du moulin.
- Nous ne nous arrêterons pas à décrire nos anciens moulins, qu’on voit encore dans beaucoup d’endroits, et dont la construction est abandonnée à dés ouvriers charpentiers sans instruction et sans autres guides qu’une aveugle routine, laissant perdre une grande partie de la force «.motrice, et rendant, par un mécanisme lourd et mal calculé, le mouvement de ces moulins très pénible, quoique chacun eût sa roue hydraulique particulière. Nos constructeurs modernes ont appliqué à la construction de ces usines les perfectionnemens de la Mécanique : ils ont substitué aux axes et aux roues de bois, des axes et des roues de fer et de fonte ; et par un calcul bien entendu, on n’établit qu’une seule roue hydraulique, qui met en mouvement autant de moulins que le permet la force motrice de l’eau dont on dispose. Le moulin moderne que nous allons décrire, et qui sert de type à tous ceux qu’on construit aujourd’hui, soit dans le système français, soit dans le système anglais, est tiré de la sixième livraison des Ma-
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- chines, publiées par M. Leblanc; il se compose de quatre tournans, ce qui suppose mie force motrice de seize chevaux. Il est mu par une machine à vapeur dont l’arbre du volant fait trente révolutions par minute. Le mécanisme des rouages est disposé en conséquence, pour que les meules aient en définitive la vitesse convenable d’après leurs diamètres : mais ici nous supposons que le moteur est une roue hydraulique dont la vitesse ne sera que de trois, quatre, cinq ou six tours par minute, suivant son diamètre. Alors il faudra compenser ce retardement par d’autres rapports dans les rouages : c’est ce que nous indiquerons.
- Moulin a farine moderne. ( J7. PL 4° i ûg- 5. ) Il est représenté en élévation : des quatre tournans qui le composent, on n’en voit que deux ; les deux autres sont placés derrière et symétriquement. Le mécanisme occupe le rez-de-chaussée ; les moulins, les tire-sacs, sont au premier étage ; les magasins à blé sont au-dessus et dans les greniers.
- A, Belfroy ou bâti, en très fort bois de chêne, qui reçoit le mécanisme et qui supporte sur une plate-forme les meules au niveau du plancher. Le devant du bâti est supprimé dans la figure , afin de mettre le mécanisme à découvert.
- B, Axe du moteur des moulins ; il est en fer fondu, et reçoit le mouvement, soit d’une machine à vapeur, qui lui fait faire trente tours par minute, soit d’une roue hydraulique, qui lui en fait faire autant, mais par le moyen d’une addition de rouages.
- C, Paliers en fonte, garnis de coquilles en cuivre formant coussinets, dans lesquels tourne l’arbre B.
- D, Boîte en fonte, formée de deux parties serrées ensemble par des boulons ; elle réunit bout à bout les deux pièces dont se compose l’arbre B.
- G, Roue d’engrenage d’angle, en fonte de fer, de4pieds de diamètre, portant quatre-vingt-quatre alluchons en bois dur, plantés dans des mortaises ménagées à cet effet sur la surface conique de cette roue : elle est fixée sur l’axe B au moyen de clefs.
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- H, Axe vertical en fonte, placé dans le même plan vertical que l’arbre B ; son pivot inférieur est en acier et rapporté.
- I, Coupe de la crapaudine qui reçoit le pivot de l’arbre vertical H. Le fond de cette crapaudine est garni d’un dé en acier trempé, et le contour d’un manchon en cuivre qu’on cale avec quatre vis de pression latérale. Cette crapaudine est portée par un support en forme de pont, à cheval sur l’arbre B.
- J, Collet à coquilles de cuivre, qui maintient le bout supérieur de l’axe central et vertical H.
- K, Roue d’engrenage conique, toute en fonte, de 3 pieds et demi de diamètre, portant soixante-douze dents ; elle est fixée à demeure sur l’arbre H, et s’engrène avec la roue G.
- L, Grande roue d’engrenage droit, en fonte, portant 8 pieds de diamètre, et percée à jour pour recevoir cent trente-six alluchons en bois dur ; elle est fixée à demeure sur 1’arbre vertical H, immédiatement au-dessus de la roue L.
- M, Axes verticaux des meules tournantes, en fer forgé.
- N, Roues d’engrenage, en fonte, de 29 pouces de diamètre et de quarante-une dents ; elles sont montées sur une partie conique des axes M des meules, et reçoivent le mouvement de la grande roue L , quand elles se trouvent dans le même plan horizontal ; mais elles sont disposées de manière à pouvoir les élever au-dessus, afin d’en suspendre le mouvement à volonté, sans arrêter le moteur.
- O, Mécanisme au moyen duquel on monte ou on descend les roues N ; il est représenté dans l’une et l’autre position, c est-à-dire l’une des roues levée et l’autre baissée. Ce mouvement s’opère à l’aide d’une vis à béquille , dont la tête est logée sous la crapaudine des axes M des meules, et qui, en tournant sur elle-même, fait hausser ou baisser le châssis, sur le haut duquel posent les roues JNT.
- P j Pièces de fonte mobiles dans le sens vertical, sur le milieu desquelles sont placées les crapaudines des axes M des Seules; elles pivotent, par un de leurs bouts, autour des points a, dans une forte fourchette en fonte, et l’autre
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- bout b, soutenu par une vis à béquille Q , monte et descend par le moyen de cette vis, de manière à pouvoir régler la distance de la meule tournante à la meule fixe.
- R, Disposition des meules. Le moulin de gauche est représenté avec sa boîte ou archure c, sa trémie d, son auget e, son babillard ou agitateur vertical/, et la corde g à guinder Fauget. Le moulin de droite en représente la coupe, où l’on voit de plus l’anille E et le boitillon F.
- U, Tuyaux en toile qui amènent le blé du grenier dans la trémie de chaque moulin.
- Y, Axe en fonte du mécanisme au moyen duquel on fait monter les sacs pleins dans le grenier ; il est placé parallèlement et dans le même plan vertical que l’arbre principal B, dont il reçoit le mouvement à l’aide d’une courroie et des poulies x,y, fixées l’une et l’autre dans le même plan vertical.
- Z, Poulies montées sur l’axe V, communiquant par simple frottement le mouvement aux poulies correspondantes a, fixées sur l’arbre b, et par conséquent aux rouleaux de boise, sur lesquels s’enveloppent les cordes d, qui, après avoir passé sur des poulies de renvoi placées au grenier, viennent prendre les sacs au rez- de-chaussée. L’axe b étant porté par des leviers e mobiles dans le sens vertical, pivotant d’un côte', tandis que de l’autre ils sont tirés par des cordages g attachés à un treuil, qu’on manœuvre d’en bas à l’aide d’une autre corde. Par là on est maître d’augmenter plus ou moins le frottement des roues de friction a,z, en raison du poids qu’on veut manœuvrer.
- h et z, Poulies fixées sur l’axe V, au moyen desquelles on fait mouvoir le blutoir et la machine à nettoyer le blé. ( V. Blutoir et Tarare. )
- J, Coffres en bois contenant les blutoirs ou sasses, dans lesquels tombe la farine en sortant des moulins. La partie supérieure du devant, en k , est fermée par un rideau e° toile qui permet, sans ouvrir de porte , d’introduire la wa® et de s’assurer que la finesse de la mouture est convenable
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- Le bas de ce même devant est ferme' par des portes à coulisse l, qu’on ouvre pour retirer la farine et le son.
- Nous avons vu que les diverses roues d’engrenage ont le
- nombre de dents ainsi qu’il suit, savoir :
- G, Première roue, monte'e sur l’arbre B. = 84 dents.
- K, Deuxième roue, montée sur l’arbre ver-
- tical H........................ .... — 72
- L, Troisième roue , également montée sur
- l’arbre H............................ = i36
- N, Quatrième roue, montée sur les axes des
- meules M.. ...................... = 41
- Nous aurons pour le rapport de vitesse de l’arbre B,
- venant du moteur aux meules tournantes des moulins
- g, ^ gg
- j = 3,87 environ, c’est-à-dire que l’arbre B faisant
- un tour, les meules en font 3,87 ; et comme B, dans le cas d’une machine à vapeur, en fait trente à la minute , il s’ensuit que les meules en font 116,10 pendant le même temps. Cette vitesse est celle qu’il convient de donner aux meules de 4pièds, suivant le système anglais. Nous avons vu que, dans le cas des meules de 6 pieds, la vitesse ne doit être que d’environ soixante tours, c’est-à-dire la moitié de celle des meules de 4 pieds. Alors les rouages doivent se modifier suivant cette circonstance et suivant l’espèce de moteur qu’on emploie.
- Les faces travaillantes des meules, dans le système anglais, sont sillonnées par des rainures angulaires, comme on le voit fig- 6, qui représente le plan de la meule inférieure. Ces ramuresp sont creusées obliquement par rapport au rayon. La direction des onze plus grandes est déterminée par cm cercle de 9 pouces de diamètre décrit du centre, à la circonférence duquel elles sont tangentes. Les autres entailles sont parallèles aux premières , et toutes diminuent de profondeur à mesure qu’on approche de la circonférence, où elles ?ont pour ainsi dire nulles.
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- La meule tournante est taille'e de même, de sorte que les entailles ont entre elles, de l’une à l’autre meule, quand elles sont mises en regard , une obliquité double, qui contribue non-seulement à moudre très promptement les grains, mais encore à les chasser, conjointement avec la force centrifuge , vers la circonférence, où la mouture se trouve achevée.
- Fig. 7, Coupe des meules suivant ab, où l’on voit la forme et les dimensions des rainures pratiquées à la surface des meules. CeS rainures sont faciles à faire dans des meules de matière compacte, comme le granit, la lave, le grès; mais cela est pour ainsi dire impraticable dans nos pierres meulières de La Ferté-sous-Jouarre , à moins qu’on ne les fasse de morceaux rapportés de la même nature, bien jointoyés, parce qu’alors on n’a pas cette inégalité de densité qui existe dans les meules d’une seule pièce, et qui ne permet pas de faire des entailles nettes.
- Les meules étant la partie essentielle d’un moulin, on ne saurait apporter trop de soin à les choisir. Il paraît que les meilleures sont celles qu’on tire de La Ferté-sous-Jouarre. La première qualité présente un grain de sel tirant sur le blanc, veinée de bleu ; la seconde qualité est à œil de perdrix à teinte rougeâtre, parsemée de veines bleues et blanches, faisant feu comme la pierre à fusil. C’est là que s’approvisionnent le nord de la France, les environs de la Capitale, h Normandie et même la Bretagne. C’est de là aussi qu’on en expédie pour l’Angleterre, mais beaucoup moins à présent qu’autrefois, parce qu’on y a découvert des carrières. Une meule de première qualité, sans défaut, de 6 pieds, coûte 1200 fr. ; celle de 5 pieds , 8oo ; celle de 4 pieds, 6oo.
- Il existe en France d’autres carrières de meules de moulins. Orbec, dans le département du Calvados, fournit de bonnes meules, dont on fait usage dans le pays ; elles sont surtout propres à faire les meules gissantes.
- Bergerac, dans le département de la Dordogne , fourni* d’excellentes meules, qui rivalisent avec celles de La Ferté-sous-Jouarre. Les minottiers de Moissac, de Montauban,
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- Toulouse, les préfèrent même à ces dernières, attendu qu’elles donnent une farine plus blanche. Ces meules sont de deux qualités différentes : la première est comme un marbre blanc composé de silex très dur. Bien conduites, ces meules durent cinquante ans. La deuxième qualité se nomme meule de caillou, et ressemble par sa couleur et sa dureté à la pierre à fusil. Les meuniers intelligens mettent pour meule dormante celle de la deuxième espèce, et pour meule cornante, celle de la première. Un moulage ainsi monté fait la meilleure farine possible , et moud jusqu’à 6 quintaux par heure, tandis qu’avec des meules de La Ferté, on n’en fait au plus que 4 quintaux.
- Les départemens de l’Hérault et de l’Aude ont des carrières de meules de moulin de nature granitique de couleur blanche ; elles manquent de dureté, et exigent un repiquage très fréquent : elles ne durent que deux à trois ans.
- Le village de Savonnière, sur les bords du Cher, au-dessous de Tours, fournit des meules dont la qualité approche de la deuxième espèce de celles de la Ferté.
- Les moulins d’Espagne sont montés avec des meules de granit noir, qui n’ont pas de durée.
- £n Angleterre, où l’on sait apprécier les avantages que présentent les bonnes meules , on. a fait de grands sacrifices pour en découvrir dans le pays. On lit, dans les Transactions de la Société d’Encouragement de Londres, 18e vol., que cette Société avait proposé d’accorder un prix de cent livres sterling à celui qui découvrirait, en Angleterre , une carrière de pierres meulières égales en bonté aux meules de France, connues dans le commerce sous le nom de frerwh-burr, Un premier prix fut décerné, en 1800, à la veuve Catherine Bowes età ses enfans, dont le mari et le père avaient découvert une tmnère de pierres meulières à Conway, dans le pays de Galles-Nord, et un second prix en 1801, à James Brownhill, pour m>e autre carrière découverte par lui à Abbey-Craig , distant ^’une lieue du château de Stirling. C’est depuis cette époque que les Anglais tirent peu de meules de France.
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- Moulins pendans et Moulins montés sur bateaux. Les rivières navigables présentant rarement des chutes capables de faire mouvoir des moulins , offrent néanmoins, par le courant de leurs eaux, une force motrice qu’on met à profit au moyen de roues à grandes aubes , construites d’une manière particulière. ( F'. Roue a remorque. ) Ces roues sont ou pendantes, c’est-à-dire susceptibles de s’élever ou de s’abaisser à volonté, suivant la hauteur variable des eaux, ou établies sur bateaux, faisant, dans l’un et l’autre cas, tourner des moulins qui ne diffèrent pas de celui que nous avons décrit; on a seulement égard à l’extrême lenteur de la roue motrice, qui ne fait qu’un et demi à deux tours par minute.
- Les moulins pendans, pour ne pas gêner la navigation, sont établis sur le bord de la rivière, où le courant a toujours moins de vitesse qu’au milieu. Leur construction est dispendieuse, par le grand nombre de grosses pièces de bois qu’il faut enfoncer dans la rivière et mettre en travers pour soutenir la roue et le moulin. „On peut en voir un qui a été décrit et gravé dans le Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’année 1821. Les frais d’établissement et d’entretien d’un de ces moulins, comparés à ceux qu’occasione un moulin à bateaux, doivent déterminer à donner la préférence a ceux-ci , non-seulement par la raison que nous venons de dire, mais encore parce que les moulins pendans sont plus sujets à chômer ; qu’il faut être attentif à manœuvrer la roue suivant le niveau variable des eaux ; qu’ils gênent toujours plus ou moins la navigation, tandis que les moulins sur bateaux ne présentent pas ces inconvéniens, et qu’on a de plus la facilité de les retirer dans le temps des glaces, pour les mettre a l’abri de tous dangers.
- Moulins a turbine ou a cuve. Dans le midi de la France et en Espagne, la plupart des moulins sont de cette espèce. fa construction en est extrêmement simple ; il n’y entre pom1 d’engrenage ; c’est une cuve en bois de chêne, ayant la forma d’un cône tronqué et renversé, de 6 pieds de haut, 4 p*e^® a
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- sa grande base et 2 pieds à la petite : elle est sans fonds , et cerclée en fer ; elle a pour axe, l’axe même de la meule tournante , sur lequel elle est fixée par trois rangées de croisillons ; son intérieur est garni de quinze à seize ailettes en bois de 6 pouces de large, fixées obliquement, par rapport à l’axe, contre les parois ; l’axe pose dans une crapaudine qui a la faculté de monter et de descendre, et passe dans le boi-tillon de la meule inférieure, pour aller soutenir la meule supérieure de la manière ordinaire. Cette cuve ou turbine est contenue dans une tour circulaire en maçonnerie, qui sert en même temps à asseoir le beffroy ou bâti du moulin. L’eau est amenée dans le haut de la cuve perpendiculairement à la surface des ailettes, qu’elle frappe et qu’elle entraîne avec une grande vélocité, tant par sa percussion contre les ailettes, que par son poids en descendant le long de leurs plans inclinés. Arrivée dans le bas , elle s’échappe par une ouverture ménagée dans l’épaisseur de la maçonnerie. Ces roues, quand la chute est de 8 à g pieds, et que l’eau est abondante , font de quatre-vingts à cent tours par minute, et en font faire autant à la meule.
- C’est ainsi que sont montés les fameux moulins du Bazacle , à Toulouse, sur lesquels nous allons faire une notice qu’on lira, je pense, avec plaisir.
- Ces moulins ont été bâtis dans le douzième siècle, par suite de quelques concessions que Raymond YI, comte de Toulouse, avait faites en 1190, et les privilèges qui leur furent successivement accordés ajoutèrent à leur importance et à leur utilité. Ces moulins sont situés sur la Garonne, à l’extrémité de la ville , vers le couchant. Le nom de Bazacle dérive du mot latin vadosus, parce que la rivière était guéable à cet endroit. Suivant les Annales de Toulouse, publiées par Lafaille, ces moulins étaient les plus beaux, non-seulement du royaume, mais même de toute T Europe. Ce qui en fait le merveilleux, dit cet auteur, nest pas tant le grand nombre de meules rangées en ligne, que la hardiesse de la chaussée 1UI coupe la rivière en biaisant <fun bord à l’autre dans une
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- grande étendue , et fait une cascade telle qu’on n’en voit pas de pareille nulle part.
- La chaussée oblique dont parle Lafaille n’existe plus; plusieurs ruptures l’avaient considérablement dégradée à différentes époques, et les dépenses énormes que sa restauration exigea dans ces diverses circonstances, ne purent la préserver de sa ruine. En 1709, elle fut presque entièrement emportée par une inondation extraordinaire, et il fallut s’occuper de sa reconstruction. Un ouvrage de cette importance exigeait un habile ingénieur , profondément exercé dans la pratique. M. Abeille , qui jouissait alors d’une grande réputation , fut. choisi par les propriétaires du Bazacle , et il justifia leur confiance. Il construisit cette chaussée, qui existe aujourd’hui, ouvrage admirable , conçu sur un plan vaste et hardi, et exécuté avec un rare bonheur. La chaussée de M. Abeille ne coupe pas, comme autrefois, le fleuve en biaisant d’un bord à Vautre, elle le coupe droit dans toute sa largeur, et forme un immense bassin dont les eaux sont retenues à i3 pieds au-dessus de leur niveau ordinaire : ce bassin est resserré entre les bâtimens de l’Hôtel-Dieu et l’Hôpital-de-la-Grave, et les beaux quais de la Daurade et de Saint-Pierre. Il est aisé de concevoir ce qu’une telle construction a dû coûter de soins, de travaux et de dépenses. M. Abeille s’y livra avec un zèle infatigable. Les propriétaires, pour lui témoigner leur reconnaissance, lui donnèrent la moitié de leurs actions, qu’ils rachetèrent plus tard à grands frais.
- Avant la révolution , le nombre des meules tournantes de cette usine était de 16, rangées sur une même ligne droite : chaque meule pouvait moudre alors 4° setiers de blé en vingt-quatre heures. Le setier pèse 24° litres. Aujourd’hui le produit est moindre, mais la mouture est plus parfaite.
- Entre autres améliorations que l’industrie moderne avait introduites dans cet établissement, on distinguait un moulin destiné à la mouture économique , exécuté par Ovide, habile mécanicien de Toulouse même, que j’ai connu à Paris, et qui est actuellement.au Brésil, occupé à construire des
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- moulins. Le moulin ajoute' par Ovide à ceux du Bazacle était de quatre meules, disposées à peu près comme dans celui que nous avons précédemment décrit, et mues par une roue hydraulique de 22 pieds de diamètre. Ces vingt meules , constamment en activité , conjointement avec le moulin du château Narbonnais, situé au levant de la ville, suffisaient pour alimenter toutes les boulangeries du pays à huit lieues à la ronde ; c’est surtout dans le temps des sécheresses, lorsque toutes les petites rivières sont taries , que ces moulins deviennent indispensables.
- L’année 1814 fut pour les Toulousains une année doublement désastreuse. Le 12 avril, l’armée ennemie, commandée par lord Wellington, entra dans Toulouse à la suite d’une bataille sanglante livrée la veille sous ses murs. Le y mai, les moulins du Bazacle furent réduits en cendre en deux heures de temps, par un incendie des plus violens, sans néanmoins qu’aucune autre maison, pas même celles attachées au service de l’établissement qui y sont contiguës, ait été atteinte par les flammes.
- On trouve, dans l’Histoire de la ville de Toulouse, par Reynal, que le y mai 1463 , un incendie affreux réduisit en cendres la plus grande partie des maisons de Toulouse. Le feu prit à celle d’un boulanger, située dans la rue Sesquières, aujourd’hui Maletache; un vent d’autan des plus impétueux le communiqua rapidement aux maisons voisines , et quelques efforts que l’on fît pour arrêter le progrès des flammes, Malgré l’intervalle des rues et des places publiques, ce ne fut bientôt qu’un vaste embrasement. L’incendie dura onze jours, et ne s’arrêta qu’aux quartiers du Taur, des Cordeliers et du Bazacle, après avoir consumé 7064 maisons.
- Que de sujets de réflexion pour les personnes qui aiment à méditer sur les évènemens ! Le 7 mai i463 , la ville de Toulouse devint la proie des flammes , et le Bazacle ar-Iete l’incendie. Le 7 mai 1814, le Bazacle est à son tour consumé tout seul, comme si tout ce qui existe devait, à la longue, subir la même destinée. Nous pensons qu’une Tome XIV. 14
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- usine aussi utile a dû être re'tablie immédiatement (i).
- Moulins a vent. La forme et les dimensions des moulins à vent varient suivant les pays et les objets auxquels on les destine. C’est en Hollande et en Angleterre qu’on les a le plus perfectionnés. Dans ces pays de plaines et voisins de la mer, le vent y a toujours plus de force et de régularité que dans l’intérieur des terres; aussi voit-on dans ces pays, surtout dans le premier , le vent servir de moteur à une infinité d’usines différentes, non-seulement pour moudre les grains, mais encore pour débiter des bois, fabriquer l’huile, moudre ou couper le tabac, monter de l’eau, etc. En France , bien que nos savans et même les étrangers, les Maclaurin, les abbés Coulomb, les Smeaton , les Euler, les Bernouilli, nous aient donné la vraie théorie de ces machines , nous 1m avons, jusqu’à ces derniers temps, tout-à-fait négligées. Nous en avons abandonné la construction, comme celle des moulins à eau, à des charpentiers sans instruction, n’ayant pou: guide que la routine , sans discernement.
- Nous ne considérerons dans cet article que l’action mécanique du vent, dont l’industrie , au moyen de divers modes d’application, a su tirer parti pour faire un moteur à son usage. Agissant par impulsion, ce moteur est des plus capricieux et des plus variables ; il est le plus difficile à maîtriser et à régler ; il n’est constant ni dans sa puissance ni dans s* direction : tantôt rien ne résiste à sa violence, et tantôt il n’est pas capable d’imprimer le moindre mouvement à ce qu’c11 soumetà son action. C’est quelquefois subitement qu’il change de direction, pour en prendre une tout opposée, ou bien que sa force s’accroît outre mesure, ou qu’elle diminue de même. Il a donc fallu , pour tirer parti de ce moteur capricieux , 'faire des dispositions qui pussent se prêter à tant de changemens : aussi ne s’en sert-on que pour certaines operations mécaniques , et encore lorsqu’on manque de cours d’eau, toujours préférables.
- (1) Les moulins de Bazacle furent rebâtis dans la même année.
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- Mais, d’un autre côté, ce moteur existe partout, et appartient , ainsi que la lumière, à tout le inonde. L’importation des moulins à vent de l’Orient par les croisés fut donc, comme le dit l’abbé Rozier , une découverte précieuse pour l’Europe.
- Nous avons déjà fait remarquer que les Hollandais et les Anglais, mais surtout ces derniers , ont apporté dans le mécanisme de ces machines de grands et utiles perfectionnemens, qui diminuent de beaucoup les inconvéniens que nous venons de mentionner.
- Smeaton a fixé, par des expériences, l’angle que doivent faire les ailes avec la direction du vent, à chacun de leurs points, par rapport au centre de l’arbre, pour obtenir le maximum de force (i). Il a trouvé que cet angle , à la distance de 2 pieds du centre, doit être de 18 à 20 degrés, et qu’à 24 pieds, il ne doit plus être que de 7 à 8 degrés; de sorte que l’aile présente à l’action du vent une surface gauche. L’airage est une chose importante ; mais, ce qui ne l’est pas moins, c’est d’avoir fait des ailes qui se plient et se développent simultanément, suivant que le vent est plus ou moins fort, et d’avoir trouvé le moyen de les faire tenir toujours au vent sans que personne s’en mêle.
- Nous allons décrire ce mécanisme. {V. PI. , fig. 1,2 et 3.)
- Ces moulins s’établissent sur des tours en maçonnerie ayant la forme d’un cône tronqué dont les dimensions sont plus ou moins considérables, suivant l’objet qu’on se propose. S’il s’agit de moulins à blé , qui est le cas dont nous nous occupons ici, le diamètre intérieur de la tour vis-à-vis les meules, qu’on place sur le premier plancher, à 8 ou 9 pieds du sol, sera de 12 pieds au moins, dans la supposition que les meules n’ont que 4 pieds ; si elles en avaient 6, la tour devrait en
- (1) Recherches expérimentales sur l’eau et le vent, considérés comme forces motrices applicables aux moulins et autres machines à mouvement circulaire, par M. Smeaton , de la Société' royale de Londres ; ouvrage traduit de l’anglais par M. Girard, membre de l’Institut de France, Chez Courcîer, iSro.
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- avoir au moins i5 à i6, afin de pouvoir circuler autour de chaque moulin.
- A, Assise en pierre de taille couronnant le tour.
- B, Base circulaire en fonte, scelle'e en dedans et en dehors sur l’assise A. Cette base, compose'e de huit ou dix seg-mens de cercle , se raccordant par leurs bouts avec brides et boulons, porte sur son contour exte'rieur un rebord a en équerre, dont le dessus est dentelé en crémaillère. Le plan supérieur de cette base doit être bien dressé et bien uni, puisque c’est là-dessus que doit poser et tourner toute la calotte du moulin, pour se mettre au vent.
- C, Système de rouleaux main tenus à égales distances les uns des autres, et dans la direction des rayons de la base B , par deux cercles en fer concentriques, l’un en dedans et l’autre en dehors. Ces deux cercles sont unis ensemble par des entretoises qui occupent les intervalles des rouleaux; des galets fixés au cercle extérieur maintiennent tout le système concentriquement à la base.
- D, Couronné en bois de l’échantillon de 6 sur 8 pouces ; sa face inférieure est armée d’un cercle de fer qui y est fixé avec des boulons à têtes fraisées. Le système des rouleaux se trouvant entre la base B et le cercle de fer dont nous venons de parler, le mouvement circulaire de celui-ci se fait avec facilité, le frottement n’étant que du deuxième degré. Le contour extérieur de la couronne est garni de galets de fonte, qui la maintiennent au centre du rebord a de la base B.
- E, E', E", E'", Cadre en bois de charpente fixé avec des boulons sur la couronne D. Les côtés E , E" se prolongent en arrière pour aller supporter la roue directrice et son mécanisme, comme nous l’expliquerons tout à l’heure. Le côté E supporte le palier en marbre ou en toute autre pierre dure, dans lequel pose et tourne le collet de l’arbre des ailes du moulin. Le côté E'" porte le coussinet du tourillon placé à l’extrémité du même arbre.
- Nous ferons remarquer que cette dernière pièce , contre laquelle s’exerce une poussée considérable , occasionée tant pat
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- la disposition en pente de l’arbre que par la force de projection du vent contre les ailes, a besoin d’être forte et fixée d’une manière invariable. Pour peu qu’elle cédât, il y aurait dérangement dans l’engrenage des roues centrales. A cet effet, on la boulonne contre la couronne et par ses bouts , qui y sont légèrement abreuvés contre les côtés prolongés du cadre.
- F, F', Deux poteaux qui s’élèvent sur le côté E', et qui forment une lucarne dans laquelle passe l’arbre du moulin.
- G, G', Deux autres poteaux qui s’élèvent sur le côté E'", pour former également une lucarne.
- H, H', Poteaux s’élevant sur la traverse ab, sur le haut desquels est placé l’axe de la roue directrice. Ces poteaux sont maintenus sur la traverse ab par des boulons, et ils sont arc-boutés par des liens placés en dehors.
- I, 1, Deux pièces de bois fixées par leurs bouts avec des boulons contre les poteaux extrêmes , et portant sur les poteaux du milieu. Ces pièces ont pour objet de consolider les côtés E, E" prolongés du cadre ; elles servent en même temps à soutenir le toit du moulin.
- Je me suis arrêté un peu à la description de cette charpente , parce que je sais, par expérience, combien il importe de la faire solide et bien disposée : le succès du moulin en dépend,
- J, Axe en fer de la roue directrice fixée sur son milieu. Cet axe, vis-à-vis les poteaux H, H', porte des collets qui sont reçus dans des coussinets de cuivre, et qui maintiennent les poteaux à distance. La roue se compose de trois barres de fer se croisant au centre, formant six branches, aux bouts desquelles sont placés des volans en tôle faisant des angles de i5 à 16 degrés avec la direction de l’axe. Il faut avoir l’attention , quand on fait l’airage de ces petites ailes, que le sens du mouvement se fasse de telle manière que la roue directrice agisse pour faire tourner la calotte du moulin, non-seulement par son mouvement de rotation, mais encore comme girouette.
- Son axe , prolongé au-delà du poteau H , porte un pignon de 12 dents qui conduit une roue verticale de 48 ; celle-ci porte à sou centre un pignon semblable, qui conduit une sem-
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- Llable roue. Cette dernière roue est fixée sur un axe qui traverse le poteau, où il tourne dans une boîte de cuivre s et porte en dedans un pignon conique de i o ailes, lequel conduit une roue également conique de 3o dents. L’axe vertical de cette roue, qui va poser dans une crapaudine placée au-dessous de la traverse ab, porte un pignon conique égal au précédent , qui engrène dans une roue verticale également conique, dont l’axe horizontal en fer, placé suivant la direction du rayon de la hase circulaire B , va tourner dans une douille en cuivre que porte la couronne D, et cet axe , à l’aide d’un pignon de i o dents placé vis-à-vis la crémaillère que porte le rebord a, donne le mouvement à la calotte du moulin quand la roue directrice vient à tourner. Or, cette roue ne tourne que quand elle ne se trouve plus dans la direction du vent ; alors, frappée par celui-ci de côté ou d’autre, elle tourne et ne s’arrête que quand elle est arrivée dans la direction du vent, c’est-à-dire quand le grand volant du moulin , dont le plan est perpendiculaire à celui de la roue directrice, est parfaitement dirigé au vent.
- Ce moyen de tenir le moulin au vent, employé en Angleterre et adapté à quelques-uns de nos moulins construits en dernier lieu , est infaillible, à cause de la grande puissance qu’a la roue directrice pour faire tourner la calotte. Il n’y a qu’un cas où cette roue ne produit pas son effet, c’est lorsqu’après un temps calme, le vent vient à souffler dans une direction touî-à-fait opposée à celle qu’il avait avant le calme. Pour y remédier, on fixe une poulie à gorge angulaire K sur l’axe de la roue directrice , et au moyen d’une chaîne sans fin, on fait mouvoir celle-ci d’en bas, jusqu’à ce qu’elle soit sortie de la direction du vent : alors elle continue à orienter le moulin.
- L , Arbre des ailes du moulin ; il est en bois de chêne et taillé à six pans dans la partie qui reçoit la roue d’engrenage et la roue à frein : il est armé d’un collet en fonte L', composé de deux coquilles se réunissant par des via. Ce collet doit se tourner, s’il est possible , après qu’il est mis en place
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- sar l’àrbre , autrement on s’exposerait à le mal centrer. Nous ayons déjà dit que ce collet pose et tourne sur un palier de marbre.
- M, Roue d’engrenage d’angle à dents de bois , fixée d’une manière invariable sur l’arbre L.
- N , Pignon conique en fonte , monté sur l’arbre vertical qui transmet le mouvement aux meules. On fait ce pignon ordinairement de la moitié de la roue qui le conduit, de sorte que l’arbre vertical tourne avec une vitesse double de celle du gros arbre L.
- 0, Roue à frein en fonte , qui se fixe , comme la' roue M, sur l’arbre L ( V. fig. 3 ) ; elle est embrassée par deux arcs de cercle en fer, qu’ôn serre au moyen du levier P, au bout duquel est attachée une chaîne qui descend jusqu’à terre. Un petit contre-poids Q tient cette pince ouverte pendant que le moulin tourne. Tout cela doit être d’une construction extrêmement solide, parce que , dans des momens de grands vents ou d’orage, où l’on voudrait arrêter le moulin, tout se trouverait arraché ; la force d’un moulin dont les toiles sont déployées pouvant être alors de quinze à vingt chevaux.
- Pour économiser l’embrassure de la roue à frein , on peut fixer la circonférence de celle-ci contre les rayons de la roue d’engrenage ; mais , outre qu’on ne pourrait pas alors lui donner un aussi grand diamètre , ce qui ne présenterait pas la même puissance pour le frein, on courrait le danger, dans les grands efforts, de décentrer la roue. 11 vaut donc mieux avoir une roue à freiu particulière; elle contribue d’ailleurs, en chargeant le derrière de l’arbre , à équilibrer le poids des ailes.
- L’appareil mécanique qui tient le plan des ailes au vent, et qui dispense , par conséquent, du soin de s’en occuper, est une grande amélioration introduite dans la construction des uioulins ; mais la disposition au moyen de laquelle on fait ouvrir ou fermer simultanément les toiles qui recouvrent les ailes, sans en suspendre le mouvement, est aussi très importante. L’un remédie à la fréquente variation de direction du
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- vent, et l’autre à son inconstance dans sa force. On a essayé, mais sans succès, de faire déployer et ployer les toiles en raison inverse de la force du vent, par le modérateur à boules qu’on emploie dans les machines à vapeur. Dans ce dernier cas, il ne s’agit que de faire ouvrir ou fermer le robinet d’admission de la vapeur, ce qui ne présente qu’une faible résistance, que le mouvement centrifuge des boules peut surmonter : mais il n’en est pas de même des quatre toiles des ailes ; il faut, pour les manœuvrer simultanément, une force bien supérieure à celle qu’on peut obtenir du modérateur ordinaire.
- Quelques constructeurs ont fait des volans composés de châssis isolés fixés à charnière contre le bras de l’aile et pouvant s’incliner en arrière lorsque la force impulsive du vent est supérieure à celle d’un ou de plusieurs ressorts, qui réagissent pour les maintenir dans la position la plus favorable au mouvement par un vent ordinaire. Cette combinaison n’a pas eu de succès. Tous ces châssis battans se désorganisent, se brisent très promptement ; les ressorts, suffisamment forts pour une position des ailes, ne le sont plus assez, ou le sont trop dans une situation opposée.
- La construction qui a le mieux réussi, est celle des cylindres longitudinaux, sur lesquels la toile se roule et déroule à volonté. {V. fig. i et 4- )
- Le gros arbre L et son tourillon en fonte, sont percés à leur centre d’un trou de 2 pouces de diamètre, dans lequel passe un axe en fer rond , de 18 à 20 lignes de grosseur. Cet axe, du côté du tourillon , porte une roue d’engrenage R, et à son autre bout, en dehors de l’arbre L , un pignon S de 5 à 6 pouces de long. Ce pignon engrène dans quatre roues T place'es dans deux plans différens, et dont les centres sont disposés, par rapport au carré de la tête de l’arbre L, comme on le voit fig. 4 ; leurs axes X vont faire tourner, par le moyen des roues d’engrenage d’angle Y et des axes à fourchette b, les cylindres z placés le long des bras dans toute la longueur des ailes, et sur lesquels s’enveloppent les toiles. Ces
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- cylindres sont en deux pièces, se raccordant bout à bout par des boîtes ajuste'es sur leurs tourillons.
- Si, à l’aide d’un pignon disposé comme ceux des remontoirs d’horloge, on vient à faire tourner dans un sens ou dans un autre la roue R, le pignon S fera tourner simultanément les quatre roues T, et par conséquent les quatre cylindres Z. Les toiles roulées sur ceux-ci s’étendront sur les ailes quand on tournera dans un certain sens , et se reploieront si l’on tourne dans le sens contraire. On voit que cette manœuvre peut se faire aussi bien pendant le mouvement du moulin que pendant son repos.
- Pour que les toiles restent également tendues dans tous leurs degrés de développement, il faut que la chaîne m qui, après avoir passé sur la poulie de renvoi n, vient se fixer en d sur le même linteau que la toile , s’enveloppe sur une vis conique que porte le cylindre Z , dont la différence de diamètre du premier au dernier pas, soit égale à la différence du diamètre du cylindre tout nu et du cylindre enveloppé de sa toile, et que la développée de cette vis conique soit égale à la quantité de toile qui se déploie. Nous ferons remarquer que lorsque celle-ci est tout-à-fait étendue, tous les pas de vis du limaçon doivent être pleins de chaîne , qui se déroule en commençant du côté du plus petit bout, tandis que la toile se roule sur le cylindre. ( V. fig. 5, où nous avons représenté la réunion par leurs bouts de deux cylindres , dont un porte la vis conique K. ) La toile l s’enveloppant par-dessous , la chaîne m se déroule dans un juste rapport avec le grossissement successif qu’acquiert le cylindre par cette toile roulée sur lui. Il y a deux autres limaçons semblables sur les extrémités des cylindres.
- On sait que l’impulsion du vent sur les ailes obliques se de'compose en deux forces, dont une agit dans le plan général des quatre ailes, et l’autre perpendiculairement à ce meme plan. La première est la seule qui imprime le mouvement au moulin ; la dernière n’a d’autre effet que de tendre à le renverser. On estime que.par un vent qu’on appelle forte.
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- brise, dont la vitesse est d’environ 3o pieds par secoude, l’effet utile est d’une livre sur chaque pied superficiel des ailes ; de sorte que celles qui ont 2.4 pieds de long sur 7 de large, pre'sentant une surface de 168 pieds, produisent une force de rotation de 168 livres, ce qui e'quivaut à peu près à celle d’un cheval. Quatre ailes semblables donnent donc la force de quatre chevaux.
- Observations sur les effets des ailes verticales, suivant les
- différentes vitesses du vent, tirées des expériences de
- Smeaton.
- La vitesse des ailes d’un moulin non chargé, ou charge' au maximum d’effet, est proportionnelle à la vitesse du vent, la figure des ailes et leur inclinaison étant les mêmes. Cette vitesse est de six, huit, dix et douze tours par minute, et quelquefois davantage.
- Le maximum d’effet est un peu moindre que environ proportionnel au carré de la vitesse du vent.
- La charge des mêmes ailes correspondante au maximum d’effet est à peu près comme le carré, et leur effet comme le cube du nombre de leurs révolutions dans un temps donne'.
- Quand les ailes sont chargées de manière à donner un maximum d’effet sous une vitesse donnée, et que celle du vent vient à augmenter, la charge restant la même, i°. l’accroissement d’effet, celui delà vitesse étant supposé faible, sera à peu près comme le carré de cette vitesse; 20. quand la vitesse du vent sera double, les effets seront à peu près comme ïo à 27 | ; quand les vitesses comparées seront plus que doubles de celle sous laquelle le poids donné produit un maximum , les effets croîtront à peu près dans le rapport simple de la vitesse du vent.
- Lorsque les ailes sont semblables de figure et de position, le nombre de leurs révolutions, en un temps donné, est réciproquement proportionné à leur longueur.
- L’effet des ailes de position et de figure semblables est pro* portionnel au carré du rayon.
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- La vitesse de l’extrémité des ailes est considérablement plus rapide que celle du vent; c’est par cette raison qu’on les oblique moins à cet endroit que vers le centre.
- De la meilleure forme et de la position la plus avantageuse des ailes des moulins à vent. Les ailes de nos vieux moulins à vent sont planes , et forment avec l’axe un angle de 72 à 75 degrés, ou, si on l’aime mieux , un angle de i5 à 18 degrés avec la direction du vent ; elles sont garnies de côté et d’autre du bras, de toiles qu’on peut étendre ou resserrer à volonté. Nous avons vu que la surface des ailes doit être gauche, et que, pour avoir le maximum d’effet, l’angle vers le centre doit être de 20 degrés, et à l’extrémité de 8 ou g seulement. Les Hollandais ne mettent de la toile que d’un côté, et l’autre côté, beaucoup moins large et qui marche- en avant, est couvert de planches minces de sapin. Cette forme est préférable à celle que nous leur donnons, parce que, indépendamment de la solidité que la planche procure à l’aile , il en résulte aussi que l’air oppose moins de résistance au mouvement.
- Le célèbre Maclaurin a judicieusement distingué l’action du vent sur une aile de moulin en repos et une aile en mouvement ; et comme le mouvement des ailes est plus rapide aux extrémités que vers le centre, il a observé que les différentes parties de la surface de l’aile doivent, à mesure qu’elles s’éloignent uu centre, former, avec la direction de l’axe, un angle variable. Nous lui devons, à cette occasion, le théorème suivant :
- Supposant la vitesse du vent représentée par a, et la vitesse à’une partie quelconque de l’aile représentée par c, l’effort du vent sur cette partie de l’aile sera le plus grand possible, lorsque la tangente de l’angle d’incidence du vent sur la voile
- sera au raron " \/ 2 4- — 4- — ; 1.
- V a% za
- Cette formule indique la loi suivant laquelle on doit faire varier l’angle formé par la direction du vent et les diflférens elémens de l’aile, suivant le degré de vitesse dont ils sont an<tnés. Mais comme cette vitesse, eu égard à celle du vent,
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- reste indéterminée, l’angle dont il s’agit l’est également ; de sorte que nous manquons encore des données nécessaires pour l’application du théorème. Mais considérant qu’un angle de i5 à 18 degrés est le plus favorable dans le cas des ailes planes, on peut le prendre pour l’angle que forme l’élément transversal de cette aile , au milieu de sa longueur. Supposant de plus que cet élément de l’aile a la vitesse du vent, il s’ensuit que c = a dans ce point de l’aile. La position des autres élémens se détermine d’après la formule.
- Plusieurs moulins ont été construits d’après la loi qu’établit ce théorème. M. Hubert, ingénieur de la Marine , en a fait construire un à Rochefort, dont les ailes présentent la forme qu’exige cette méthode, et qui paraît remplir parfaitement son objet. Il en existe un modèle très bien fait dans les galeries du Conservatoire des Arts et Métiers.
- Il est à remarquer que l’aile engendrée d’après le théorème de Maclaurin présente une surface convexe à l’action du vent, tandis que les Hollandais et tous nos constructeurs modernes, tout en diminuant l’angle d’inclinaison des portions élémentaires de l’aile, depuis le centre jusqu’à son extrémité , elle présente néanmoins à l’action du vent une surface concave. Cette disposition, dans les expériences rapportées par Smeaton, a toujours paru la plus avantageuse.
- Des expériences faites en grand sur des moulins de ma construction , m’ont fait reconnaître qu’on obtient le maximum d’effet, en inclinant les élémens des ailes suivant les angles indiqués ci-dessous. À partir de 2 pieds f du centre, je divise le reste du bras en six parties égales.
- Numéros des Angle fait avec Angle fait avec le plan
- eleinens. l’axe. du mouvement.
- I *. . . ... 68° .... ... 22° près le centre
- 2 . . . . ... 70 .... 20
- 3 .... ... 72 .... ... 18 milieu.
- 4 .... ... 74 ... 16
- 5 .... ... 77 i •••• ... 12 i
- 6 .... ... 83 7 extrémité.
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- M. Parent avait avancé que plus les ailes ont de surface, plus la machine a de force ; qu’on devrait même couvrir de voiles la surface entière comprise entre les bras des ailes , de manière que, formant comme une base de cylindre, le vent tout entier fût intercepté, et devînt ainsi capable de produire, le plus grand effet possible. L’expérience a prouvé qu’il était dans l’erreur ; qu’au-delà d’une certaine limite, plus la surface de l’aile est grande, moindre est l’effet de la machine, proportionnellement à cette surface ; de sorte que dans le cas où le cylindre de vent est tout-à-fait intercepté parles ailes, il ne produit pas le plus grand effet, parce qu’il manque d’issues pour s’échapper après avoir exercé son action.
- On a adopté partout l’usage de quatre ailes : j’ai vu pourtant des moulins en Angleterre qui en ont cinq.
- La position inclinée de l’arbre des ailes d’environ 6 degrés est une habitude et même une nécessité, à cause des tours coniques sur lesquelles on place les moulins ; mais je ne pense pas que cette disposition soit favorable à l’action du vent, dont la direction doit être, du moins dans les pays de plaines, parallèle au sol.
- Moulin à vent à ailes horizontales. Quelques personnes, en observant les effets des moulins à ailes verticales obliques, ont été conduites à imaginer que si ces ailes étaient disposées de manière à recevoir l’impulsion directe du vent comme un navire cinglant vent arrière, ce serait, sous le rapport de l’augmentation de la puissance , un perfectionnement notable. Cette considération a paru si évidente, qu’aucune des dernières années ne s’est écoulée sans qu’on ait vu quelqu’un assiduement occupé de mettre à exécution un projet de cette nature, et y dépenser en pure perte beaucoup d’argent. Il n est donc point hors de propos d’essayer ici d’éclaircir cette
- matière.
- Le désavantage des moulins horizontaux ne consiste point en ce que chaque voile exposée directement au vent est capable d’une puissance moindre qu’une voile oblique verticale
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- des mêmes dimensions, mais en ce que, dans un moulin à vent horizontal, il n’y a jamais qu’un peu plus d’une aile sur laquelle le vent agisse, et encore en diminuant sa vitesse, puisque l’aile fuit, tandis que dans les moulins verticaux , le vent agit contre les quatre ailes en même temps et avec toute sa vitesse d’impulsion. Supposant dans l’un et l’autre cas des ailes de la même dimension, il est manifeste que la puissance des quatre ailes verticales sera quatre fois plus grande que celle d’un moulin horizontal, quel que soit le nombre de ses ailes. Ce désavantage dérive de la nature même de la chose; mais si nous en considérons un plus éloigné, et qui n’est pas moins réel, celui qui provient de la difficulté qu’éprouvent les ailes postérieures à se mouvoir contre le vent, bien qu’elles s’effacent en arrière , nous ne serons point surpris de trouver que la puissance de ce moulin n’est réellement que la huitième ou la dixième partie de la puissance des moulins à ailes verticales. Ce résultat se démontre géométriquement; mais nous croyons pouvoir nous dispenser de donner cette démonstration , attendu que le raisonnement que nous venons de faire, et plus encore que tout cela, les essais malheureai qu’on a tentés , prouvent suffisamment notre conclusion.
- Sans doute les moulins horizontaux seraient très favorables à la construction , puisque cela se bornerait à un arbre vertical dont le haut porterait les ailes, et le bas les roues d’engrenage pour transmettre le mouvement à une usine quelconque ; mais cet arbre n’aurait aucune force et ne dédommagerait pas des dépenses. 11 n’y a qu’un cas où ils ont quelques succès ; c’est celui où la roue à ailes est placée dans une rotonde dont le contour est garni de planches qui jouent comme des jalousies. J’en ai vu un à Shelsea, près de Londres, dont la tour a 36 pieds de haut sur autant de diamètre intérieur. Le Conservatoire en possède plusieurs modèles.
- Moulin à vent destiné à monter peu d’eau. Depuis quelques années, on a construit dans les environs de Paris plusieurs petits moulins à vent, au moyen desquels on tire de 1 d’un puits pour arroser les jardins. Ils sont à peu près tous
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- sur le même modèle ; mais bous avons plus particulièrement distingué celui de M. Ame'dé Durand, qu’il a établi à la campagne de M. Bréguet, près d’Essonne. Il consiste en un fort mât de bois maintenu verticalement sur le bord du puits , au moyen d’arcs-boutans qui vont le saisir à différentes hauteurs.
- ( V. fig. 6, PI. 42.)
- Contre le haut de ce mât, est appliquée une pièce de fonte À, qui sert de support et de centre au mécanisme du moulin.
- B, autre pièce de fonte portant à son centre un tuyau b , qui entre dans des trous circulaires ménagés dans la pièce A, où il tourne librement. Pour rendre ce mouvement plus facile, on met un collier de rouleaux entre les deux pièces de fonte.
- C, Axe coudé des ailes du moulin , tournant dans les poupées d de la pièce B. Le coude n’a que i5 à 18 lignes d’excentricité.
- D, Ailes en tôle , portant 6 pieds de long sur 3 de large.
- D’après cette disposition, on voit qu’à cause de la distance
- des ailes au centre de rotation, et de leur disposition inclinée en arrière, le moulin doit de lui-même se mettre auvent, qui frappe alors les ailes par-derrière : celles-ci venant à tourner, le coude de l’axe C fait jouer la tringle E , qui correspond au piston de la pompe placée dans le puits. La course du piston n’étant que de 3o à 36 lignes , le corps de pompe porte 6 pouces de diamètre , afin que chaque coup fournisse un litre d’eau à peu près.
- Pour peu qu’il fasse de vent, ces petits moulins tournent avec une activité incroyable ; ils font depuis trente jusqu’à quatre-vingts tours par minute. Du reste, cela dépend de la hauteur à laquelle on élève l’eau. Il ne faut pas perdre de vue que, d’après la dimension des ailes , ce petit moulin ne doit avoir qu’une force de 72 livres. Dans tous les cas, on doit rendre la résistance uniforme , soit en mettant deux pompes jouant alternativement, soit une seule pompe garnie d’un réservoir d’air.
- Le moyen employé pour tenir ces petits moulins au vent
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- est très bon, puisque aucune force ici autre qu’un léger frottement, ne s’y oppose. Mais si le moulin communiquait le mouvement par engrenage à un arbre vertical, et que celui-ci offrît beaucoup de résistance , comme dans le cas des moulins à farine, il en résulterait une espèce de lutte entre la force impulsive du vent pour maintenir le plan des ailes perpendiculairement à sa direction , et la résistance que présente l’arbre vertical. Si cette dernière est plus grande que la première , il en résultera nécessairement que les ailes du moulin ne resteront pas exactement sous le vent, qu’elles se détourneront plus ou moins de sa direction, et qu’alors elles ne conserveront pas la même force de rotation qu’elles ont quand elles sont frappées directement. C’est ce qui arrive aux moulins de M. de Lamollère, pour lesquels la Société d’En-couragement lui a décerné un prix il y a trois ans.
- Moulins a fruits. Pour tirer le jus des fruits , on commence par écraser ceux-ci. On emploie pour cela divers moulins; mais le plus usité est le moulin à meule verticale roulant dans une auge circulaire ; sa construction est extrêmement simple. Un arbre en bois s’élevant verticalement au centre de l’auge circulaire, reçoit un bras de levier horizontal qui sert d’abord d’axe à la meule, et ensuite pour atteler le cheval qui doit faire agir le moulin. L’auge , qui est en pierre dure, porte io ou 12 pieds de diamètre : la meule , également de pierre dure, ne porte que 2 | à 3 pieds, sur un pied d’épaisseur. Des pommes ou des fruits quelconques , mis dans l’auge en petite quantité , se trouvent suffisamment écrasés en quelques tours de moulin (i).
- Lorsqu’on a peu de cidre à faire, on se sert du moulin portatif de Buron, que nous avons décrit au mot Écraser.
- On a essayé de râper les pommes au lieu de les écraser; mais on a reconnu qu’il n’est pas nécessaire de les réduire
- (i) Nous pensons devoir faire la remarque qne ces moulins à cidre sont propres à écraser l’ajon on genêt épineux, dont on nourrit les bestiaux, dan* certains pays, pendant l’hiver.
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- en pv^e comme les betteraves. Le cidre alors sort extrêmement trouble de la presse , et donne un dépôt considérable de lie, qu’on n’a pas quand les pommes ne sont que broyées au moulin.
- Mornvs a huile. Il en est des graines oléagineuses comme des fruits ; on ne peut en exprimer l’huile qu’après les avoir broyées et réduites en pâte la plus fine possible. On se servait autrefois, pour cela, de pilons et de meules verticales. Aujourd’hui , on a remplacé les pilons par des cylindres en fonte disposés comme ceux d’un laminoir , mais dont les axes sont dans un plan horizontal. La longueur de ces cylindres est de 16 à 18 pouces , et leur diamètre de 8 à g ; ils sont assujettis par des roues d’engrenage à se mouvoir avec la même vitesse ; ils sont surmontés d’iine trémie pour recevoir la géaine. Un cylindre de bois , gravé comme ceux des semoirs à blé , placé au bas de la trémie , et qui reçoit un mouvement de rotation, fournit uniformément la graine au laminoir , que des raclettes placées en dessous détachent des cylindres. Une seule machine de cette espèce , tournant même lentement, fournit assez de graines laminées pour alimenter deux paires de meules verticales , comme celles que nous allons décrire , et qui composent l’huilerie de M. Salleron, rue des Gobelins , à Paris , destinée à faire partie d'une livraison des Machines publiées par M. Leblanc.
- V. PI. 44 ^es ^rls mécaniques, fig. i et 2. Toutes deux représentent le moulin en élévation , mais sous deux aspects différens. La deuxième est une coupe par un plan parallèle à relui des meules.
- A, Forte pièce en fonte de fer, fixée par ses bouts contre des colonnes de bois, à une hauteur suffisante pour ne pas gêner le service. Il faut autant de ces traverses qu’on veut faire mouvoir de paires de meules. Sur le milieu de cette pièce est fixé un coussinet B, qui reçoit l’arbre de couche qui vient du moteur : sur le côté de cette même pièce est fixé un autre coussinet C, qui reçoit le bout supérieur de l'arbre vertical D. J-e mouvement est communiqué à celui-ci par l’arbre de Tome XIV. ,5
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- couche, au moyen de deux roues d’engrenage d’angle ég^sE. c’est-à-dire avec une vitesse d’environ vingt-six tours par minute. La roue de l’arbre de couche n’est pas figurée. Le bout inférieur de l’arbre vertical est reçu dans une crapaudine de bronze F , ajustée sur le bout d’une pièce de fonte G, qu’on soulève ou qu’on abaisse à volonté, à l’aide de la traverse H, année à ses deux bouts de vis à caler I. Sous le milieu de •cette traverse est un morceau de bois J , qu’on retire avec une corde qui y est attachée , quand on veut faire descendre l’arbre vertical, afin de désengrener les roues E et suspendre le mouvement du moulin. On met la cale J pour empêcher la flexion de la traverse H.
- K, Meule gissante placée horizontalement et solidement sur un massif, dans lequel on ménage l’espace nécessaire au jeu de la traverse H ; elle a son centre percé d’un trou cy-lindrique pour le passage de la pièce G ; au-dessus de ce trou est une boîte circulaire en fonte L, fixée avec scellement sur la pierre et garnie d’un couvercle. Cette boîte a pour objet d’empêcher les matières de venir se mettre dans les mouve-mens , et de les tenir écartées du centre.
- M, Bordure en bois de chêne formant le contour de h meule gissante, dont elle recouvre une partie : elle, est cerclée en fer.
- N, Entaille rectangulaire pratiquée dans la meule et dans la bordure de bois, fermée par une planche. C’est par ce trou qu’on fait tomber la pâte quand elle est suffisamment broyée.
- O, Meules verticales en pierre très dure. On voit qu’elles sont très rapprochées l’une de l’autre , et qu’elles roulent sur le cercle de la meule inférieure, qui n’est pas recouvert de bois. De cette disposition , il résulte que les meules écrasent les graines, non-seulement par pression (chacune pèse 3oooh-logrammes ), mais encore par froissement, puisque leur contour est cylindrique, et que roulant sur une surface planei elles sont obligées à chaque instant de pivoter sur le mllieU de leur épaisseur : leurs centres , garnis de boîtes de f°Dte avec des rebords appliqués contre leurs.faces, sont travers®5
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- par un axe en fer P, qui passe également d,ans un trou allongé , de l’arbre vertical D. Les côtés de ce trou sont garnis de lames d’acier, qu’on remplace quand elles sont use'es.
- Q, Pièces en fonte fixe'es parallèlement entre elles sur l’arbre vertical. C’est à travers ces pièces que passent librement les tiges a,a,a et b , qui portent dans le bas les ramas-settes, qui ramènent constamment la matière sous les meules, et qui la font tomber par la trape, qu’on ouvre quand elle est suffisamment broyée.
- R, Levier au moyen duquel on lève les ramassettes.
- La matière sortant de la première machine est apporte'e à ce moulin et distribuée le plus également possible sur la ligne circulaire que parcourent les meules verticales. Il faut environ une demi-heure pour qu’une mise de 10 livres soit suffisamment broyée.
- Cette pâte, quand il s’agit d’huile fine destinée à être mangée, est portée directement, api'ès l’avoir légèrement humectée d’eau , au pressoir. C’est ce qu’on appelle faire de l’huile à froid.
- Mais pour toutes les autres huiles qui n’ont pas cette destination , on fait chauffer la pâte avant de la soumettre à la presse. Le mode en est à peu près indifférent ; cependant on adopte de préférence le chauffage à la vapeur, comme ne communiquant aucune mauvaise odeur à l’huile. Yoici l’appareil en usage pour cela. ( V. Pl. 44 des J rts mécaniques, fig. 3. )
- A, Vase circulaire en fonte à double enveloppe, dont le fond est légèrement convexe en dessus. Ce vase porte un rebord extérieurement et tout autour, au moyen duquel on le fixe avec des boulons sur une plaque inférieure B, que supporte un massif C et une devanture en fonte D.
- E, Tuyau à robinet, par lequel on fait arriver la vapeur dans les capacités a, b.
- F, Tuyau également à robinet, qui sert à retirer l’eau condensée.
- U, tampon avec lequel on ferme une ouverture latérale c
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- par où l’on retire la matière quand elle est suffisamment chauffée. Il faut qu’on puisse supporter cette chaleur à la main. Cette matière tombe dans le cabas même placé au-dessous de l’ouverture d ménagée dans la plaque B. .
- H, Vue de face et de profil de l’agitateur , qu’on placé au centre du vase À, et que le moteur fait tourner à l’aide d’une courroie et de poulies. ( V. Edile, Presse à coin, Presse à vis et Presse hydraulique. )
- Moulins a monder et perler l’orge. Les moulins ordinaires à farine servent à monder l’orge, le froment, etc. On élève au degré convenable la meule supérieure , et l’on y fait passer les grains préalablement humectés. Quant aux gruaux d’avoine , on les fait bien au même moulin , mais au lieu d’hu-mecter cette graine, on la fait fortement dessécher dans .un four.
- C’est avec de l’orge mondé qu’on fait l’orge perlé. On emploie pour cela diverses sortes de moulins, dont nous ne donnons ici qu’une idée. Les Hollandais font usage pour cela de meules horizontales de la nature du grès , qu’ils rapprochent successivement à mesure que les grains s’arrondissent. Il en existe de semblables en France. On a essayé avec succès des disques en tôle oxidée fixés sur un axe horizontal, à la distance l’un de l’autre d’environ un pouce ,'et tournant dans une archure garnie elle-même intérieurement de segmens de tôle semblable, correspondans aux intervalles des disques. On donne à cette archure un mouvement lent de rotation dans le sens contraire à celui des disques, qui doit être extrêmement rapide, au moins de six à huit cents tours par minute. Moulin a foulon. V. Draperie.
- Moulin a poudre. V- Poudre, sa fabrication.,
- Moulins a papier. V. Papier et sa fabrication.
- Moulin a tan. V. Tan. *
- Moulins a broyer les couleurs. V. Glaces ( Travail des). Moulins a débiter les bois. T7..Scieries. ‘ '
- Moulins a tabac. V- Tabac et sa fabrication. E. M-MOULURES. Ornemens simples et unis, soit dans des ou-
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- vrages de menuiseriesoit d’Architecture , tek que les enca-dremens de tableaux , de gravures , de glaces, le profil d’une corniche, etc. L’ensemble de ces moulures se compose de baguettes, de filets, de quarts de rond, d’astragales, de dou-cines, etc. Les moulures sur la pierre, le marbre, se font au ciseau j les moulures en plâtre se poussent avec des gabaris convenablement profiles, qu’on fait glisser parallèlement à eux-mêmes lë long de deux règles , pendant que la matière est encore molle. Ces gabaris ou profils sont doublés de tôle forte du côté qui marche en avant, pour que le plâtre soit mieux coupé et que le profil ne s’altère pas.
- Les moulures dans le bois se poussent avec del outils dont tous les ateliers de menuiserie sont pourvus, qu’on appelle outils à moulure; ils ne diffèrent des autres que par la forme du fer, dont le profil s’accorde avec celui du bois. L’ouvrier, pour perdre le moins de bois possible , lui donne une coupe biaisée, qui approche du profil de la moulure qu’il veut tirer.
- M. Roguin a imaginé et mis en pratique, à la barrière de la Garre, à Paris, un moyen de faire toutes sortes de moulures dans le bois, par mouvement de rotation. Pour cela, il fixe dans une direction convenable les outils qui doivent profiler, sur un cylindre armé de lames de fer, entre lesquelles la queue des outils est fortement serrée par le moyen de vis. Leur ensemble forme la moulure qu’on veut obtenir. Ce cylindre ainsi armé et tournant très rapidement sur son axe au moyen d’une corde sans fin qui circule, a, en même temps, un mouvement de translation en restant toujours parallèle à lui-même, le long d’un établi, sur le milieu duquel est fixé le bois qu’on veut profiler. Le mouvement de rotation du cylindre porte-outils est tellement combiné avec le mouvement de translation, que chaque outil n’enlève à chaque tour <ju’un copeau e ’trêmement mince.
- Je ne donne iû qu’une idée de cette machine, dont le travail ne paraît pas avoir été lucratif, puisque l’établissement, monté à grands frais , ayant une machine à vapeur, n’a pu se
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- soutenir. Seulement, je ferai remarquer que le bois sur lequel on veut faire des moulures, étant débité d’échantillon aux scies circulaires , egt maintenu dans des espèces de mandrins posés horizontalement sur un très fort madrier qui a la faculté*, à l’aide de vis, de monter et de descendre, afin de pouvoir faire pénétrer plus ou moins les outils dans le bois.
- C’est ordinairement dans du sapin qu’on pousse des moulures. S’il est de fil et sans nœuds, comme le sapin du Nord, elles sont très nettes; mais quand le bois est noueux, tortillé , les outils qui sont simples , bien que leur mouvement progressif soit extrêmement lent, enlèvent quelquefois des éclats de bois qui gâtent la moulure : on est obligé de la réparer à la main. E. M.
- MOUSQUET. Ancienne arme à feu qu’on tirait par le moyen d’une mèche allumée placée sur une pièce de la platine qu’on appelait serpentin. Le canon était court et d’un gros calibre. On donnait le nom de mousquetaires aux soldats à pied ou à cheval qui en étaient armés. E. M.
- MOUSSE ( Agriculture). Végétaux à feuilles très petites et denses, qui jouissent de la propriété de revivre et de reverdir lorsqu’on les met dans un lieu humide , quoiqu’ils aient paru morts et desséchés depuis long-temps. Il existe peut-être plus de huit cents espèces de mousses ; les unes tapissent et couvrent les pierres et les murs, les autres vivent sur les écorces d’arbres , sur les rochers , dans les fontaines, les marais, et au milieu des herbes et des gazons, qu’à la longue elles réussissent à chasser du sol ; on en fait de la litière et des engrais ; on en recouvre les endroits qu’on veut conserver humides et frais ; mais l’usage principal de la mousse, est de calfater les bateaux, de se lier avec les argiles dont on construit certaines habitations rurales , d’enveloppe1 les substances qu’on veut emballer pour porter au loin; quel* ques-unes sont employées en Médecine, etc. Fr.
- MOUSSELINE. Toile de coton très fine, qu’on tirait autrefois de Mosul, ville de la Turquie asiatique , dans la Mésopotamie , sur la rive occidentale du Tigre , vis-à-vis la
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- place qu'occupait Ninive. C’est de Mosul, qui était l’entrepôt de ces toiles , que leur est venu le nom de mousseline. On en tirait aussi directement des Indes orientales , lieu de leur fabrication. {V. Filage du coton.) Aujourd’hui tout ce commerce a cessé. Nous fabriquons des mousselines tout aussi fines que celles qui nous venaient des Indes : il ne faut pour cela que du fil du numéro 100 à i5o , qu’on file couramment dans plusieurs de nos établissemens.
- Quant au tissage de la mousseline, il demande un soin tout particulier. Rien n’est plus aisé que de faire des toiles serrées , comme le calicot, le cambrie ; mais il n’en est pas de même de la mousseline , dont les mailles lâches doivent être également espacées dans toute l’étendue de la pièce. Il faut, de la part de l’ouvrier, une grande habitude de ce travail, ou bien que son métier soit réglé de manière qu’à chaque duite la toile avance d’une quantité donnée, et que le battant trouvant un obstacle, les serre toutes également. ( F. Tissage. )
- E. M.
- MOUSSELINIER. Ouvrier qui fabrique de la mousseline.
- E. M.
- MOUTARDE ( Agriculture). On donne ce nom à plusieurs plantes de la famille des crucifères, qui forment le genre sinapis : on en cultive principalement trois. La première (sinapis arvensis ) pousse avec une funeste abondance dans nos champs , qu’elle couvre de fleurs jaunes assez jolies; mais ce végétal tient la place de l’orge ou de l’avoine qu’on voulait récolter, et sa graine se mêle à celle de ces céréales pour la gâter. Elle se ressème d’elle-même, et dort quelquefois plusieurs années en terre , pour ressusciter lorsqu’elle revient à la surface par le labour. On doit toujours la détruire par le sarclage avant la fructification , et en purger le plus qu’on peut, par le crible , les graines qu’on sème.
- Une autre espèce de moutarde (sinapis alba) est cultivée comme fourrage ; on la sème en mars, et elle fournit deux coupes en vert pour la nourriture des bestiaux.
- Mais la moutarde noire ( sinapis nigra ) est cultivée pour
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- a32 MOUTARDIER,
- ses graines, qu’on re'duit en farine, dont le goût est aromatique et piquant, et qu’on apprête de diverses manières pour le service de la table. On en fait aussi des sinapismes, sortes d’emplâtres ve'sicatoires, ainsi que des pédiluves rubéfians. La Me'decine fait aussi usage de ses graines entières, qu’on avale comme stomachiques. Cette espèce aime un terrain bien meuble et de bonne qualité. On donne deux labours, entre lesquels on fume avec un engrais très consommé : on sème clair et à la volée, ou en rayons. Cette culture ne diffère pas de celle du Colza.
- Du reste , toutes ces moutardes donnent des graines dont on peut retirer de l’huile, mais moins que de celles du colza et de la navette. ( V. Hdile. ) Fr.
- MOUTARDIER ( Technologie). On donne ce nom au fabricant qui confectionne la moutarde dont nous nous servons sur la table et dans les cuisines, comme assaisonnement.
- On donne aussi le nom dé moutardier au vase qui contient la moutarde, et qu’on dispose sur la table pour le service des convives. Elle sert à relever le goût des alimens fades.
- La moutarde est une petite graine qu’on retire d’une plante qu’on nomme sinapis. Il y en a de deux sortes, la moutarde noire (sinapis nigra, L. ), et la moutarde blanche (sinapis alba, L. ). L’une et l’autre ont les mêmes propriétés, et peuvent servir également à faire.le condiment que nous désignons sous le nom de moutarde.
- Le sinapis ou sénevé est une plante dont la tige est haute d’un mètre, légèrement velue et très rameuse ; ses feuilles sont un peu charnues, et ressemblent à celles de la rave ; mais elles sont moins grandes : les inférieures sont chargées de quelques poils écartés, et toutes les autres sont ordinairement glabres.Les’flêurs sont petites, de couleur jaune, et disposées en grappes terminales. Les siliques ont une corne conique et assez longue ; les semences sont petites , globuleuses et de couleur brune ou blanche , selon la variété que nous avons indiquée plus haut.
- C’est avec la farine de cette graine que le moutardier pré-
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- pare la moutarde. Pour réduire cette graine en farine, le moutardier emploie un petit moulin semblable à celui dont on se sert pour moudre l’indigo ; c’est un bloc de granit creuse' en forme d’auge circulaire, dont le fond est plat ; une autre pièce de même nature , de deux décimètres d’épaisseur, est placée dessus et entre librement dans le creux de la première , qui porte un goulot au niveau de son fond. Au centre est fixée une cheville de fer, qui entre dans un trou pratiqué au centre de la meule supérieure. Sur le côté de cette dernière meule , est solidement fixée une cheville ronde en fer, qui, à l’aide d’un étui en bois dont elle est environnée , sert de manivelle pour la faire tourner.
- La plupart des moutardiers n’emploient pas le moulin que nous venons de décrire; ils se servent d’une petite futaille défoncée d'un côté ; ils fixent au fond une meule en pierre, qu’ils cimentent de manière qu’elle ne puisse pas tourner. Ils placent dessus une autre meule mouvante, disposée comme celle dont nous avons parlé dans la description précédente ; ils percent la futaille sur le côté , au niveau de la surface supérieure de la meule inférieure, et ils ajustent devant ce trou une gouttière en fer-blanc.
- Avant de moudre la graine de moutarde, on la vanne et on la lave bien, afin qu’il n’y reste ni ordures ni poussière ; on la laisse tremper dans l’eau pendant douze heures, plus ou moins, afin de la faire gonfler et d’en rendre le broyage plus facile. On la passe ensuite au tamis de soie fin, car le plus important est que la farine soit aussi fine qu’il est possible.
- Voici plusieurs procédés pour faire la moutarde ; nous allons commencer par la plus commune.
- On prend un demi-kilogramme de farine de moutarde bien préparée, on la met dans le moulin , on l’arrose petit à petit avec du vinaigre, et l’on continue de la broyer jusqu’à ce qu’elle forme une pâte fine et homogène, et d’une consistance fluide. On conserve cette composition dans des vases de grès ou de faïence, qu’on scelle avec un bouchon de liège ou avec une vessie.
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- Quelques personnes ajoutent de la farine de blé dans la composition de la moutarde ; cette addition augmente la quantité , mais nuit à la qualité.
- On y mélange avec succès du sucre ou du miel, des clous de ge'rofle et d’autres épiceries de ce genre. Chacun doit se guider en ce point selon ses goûts ou ses habitudes. Les Provençaux estiment, avec raison, la moutarde dans laquelle on a fait entrer des anchois.
- Dans nos départemens méridionaux, on fait d’excellente moutarde en employant le moût de raisin rapproché au tiers par l’ébullition, au lieu de vinaigre. Par ce procédé, on combine un principe suci’é avec une substance piquante, ce qui produit une saveur agréable au palais. La moutarde de Turenne , département de la Corrèze , est très renommée.
- Voici le procédé que j’avais adopté pendant que j’étais dans le Midi, que j’ai donné à une infinité de personnes, qui eu ont été très satisfaites.
- Sur un kilogramme de farine de moutarde très fine, je mêle i S grammes ( une demi-once ) de chacune des plantes suivantes , persil, cerfeuil, céleri et estragon , fraîches, une tête d’ail et douze anchois salés, hachés ensemble. Je broie le tout avec la farine de moutarde , jusqu’à ce que la farine en soit bien fine. J’ajoute le moût nécessaire pour donner la douceur suffisante , sans être trop forte , et je délaie en continuant de broyer, avec de l’eau, après avoir saupoudré le tout de 3o grammes (une once) de sel blanc en poudre. J’en forme une pâte bien liquide , dont je remplis des pots ; mais avant de les boucher, j’éteins dans chacun un morceau de barre de fer, gros comme le doigt médius , rougi au feu. P®1 cette opération, j’enlève une partie de l’âcreté de la moutarde , je fais évaporer une partie de l’eau que j’avais mise en trop grande quantité, et la moutarde est parfaite. Avant de boucher les pots, je les remplis de vinaigre blanc de bonne qualité. La moutarde se conserve parfaitement bien, et acquiert de la qualité en vieillissant.
- Voici les procédés qu’emploie M. Soyés, l’un des bons fa*
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- bricans de Paris, et pour lesquels il était breveté. Son brevet est expiré depuis le ierjanvier 1827.
- Préparation de la moutarde simple ordinaire.
- Cinq litres de graine de moutarde de première qualité ; cinq Etres de vinaigre blanc de bois de première qualité. Ce vinaigre doit être étendu de cinq parties d’eau ; il serait trop fort s’il était employé tel que M. Mollerat le livre au commerce. On peut y suppléer par de bon vinaigre ordinaire. On fait infuser la graine dans le vinaigre pendant huit jours environ, en agitant le mélange deux fois par jour, et ajoutant du vinaigre de manière que les graines soient toujours humectées ; ensuite on broie au moulin, et l’on opère comme nous l’avons dit plus haut.
- Préparation des nouvelles moutardes aromatiques.
- Pour douze litres de graine de moutarde, on prend une demi-botte de persil, — une demi-botte de cerfeuil, — une demi-botte de ciboules, — trois têtes d’ail, — une demi-botte de céleri, — huit onces (245 grammes) de sel marin en poudre, — quatre onces (122 grammes) d’huile d’olives fine, — deux onces (61 grammes) des quatre épices fines, dont on trouve la composition plus bas, — quarante gouttes d’essence de thym, — trente gouttes d’essence de cannelle, — trois gouttes d’essence d’estragon.
- On hache toutes les plantes et les racines, après les avoir épluchées ; on les met ensuite macérer, pendant quinze jours, dans une suffisante quantité de vinaigre blanc de bois de première qualité. Au bout de ce temps on les broie au moulin, comme on est dans l’usage de le faire : on ajoute à la matière broyée les douze litres de moutarde broyée et très fine. On réunit à ce mélange le sel, l’huile, les épices et les essences ; on délaie avec le vinaigre , dans lequel les plantes et les racines ont été mises en macération; on mélange bien le tout. Au bout de deux jours, on remplit de cette composition des pots de faïence bien blanche, qu’on bouche et qu’on goudronne.
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- MOUTON.
- Composition des quatre épices.
- Une livre ( 490 grammes ) de cannelle de Ceylan , — uQ6 livre ( 490 grammes) de bon girofle, — autant de muscade, — autant de poivre de la Jamaïque, — le tout pilé ensemble et passé au tamis de soie fin.
- Les Anglais préparent une moutarde en poudre qu’ils envoient aux Grandes-Indes et autres pays éloignés y- dans des petits flacons hermétiquement fermés. Ils font bien sécher la graine , la réduisent en poudre très fine , et en remplissent les flacons.
- Avant de s’en servir pour l’assaisonnement des mets , on la délaie dans du jus de citron ou du vinaigre. On doit prendre garde de laisser éventer cette poudre, lorsqu’on a ouvert le flacon qui la contient. Les principes piquans et savoureux de la moutarde sont très volatils, et s’échappent promptement au contact de l’air. Les liquides en empêchent l’évaporation.
- Préparation du kari.
- Le kari est une poudre qui nous est apportée des colonies, et qui sert à faire une espèce de moutarde incomparablement plus forte que celle que nous venons de décrire. Yoici sa composition.
- On prend 122 grammes (4 onces) de piment enragé, et 92 grammes ( 3 onces) de racine de curcuma. On pile chaque substance séparément ; on les mêle après les avoir passées au tamis de soie fin , et l’on y ajoute i5 grammes ( \ gros) de poivre fin , 2 grammes (demi-gros) de girofle, et 4 grammes (un gros) de muscade en poudre. On incorpore cette poudre dans de bon vinaigre, comme la moutarde, ou bien on la met en poudre dans les sauces. On conserve cette poudre dans des flacons de cristal bouchés à l’émeri.
- Le piment enragé est une espèce de poivre-long, qui a une force extraordinaire : on le tire des colonies. On peut lui substituer le poivre-long cultivé en France. L.
- MOUTON ( Arts mécaniques). Masse pesante qu’on élève et qu’ensuite on abandonne à la gravité, pour que le choc qu’elle produit en retombant fasse entrer en terre les pieux qu’on y reut
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- MOUTON. 2.3-
- fixer. Comme l’appareil qui sert à mouvoir les moutons est appelé' Sonnette, nous en traiterons en de'tail à cet article. Fb.
- MOUTON ( Agriculture). Le bélier qu’on prive de la faculté de se reproduire en le châtrant, est appelé mouton. C’est le berger qui opère la castration , ou quelquefois des hommes qui vont de ferme en ferme exercer cette profession. L’agneau étant renversé convenablement et maintenu, on ouvre les bourses et on lie les vaisseaux spermatiques avec un fort fil ciré, puis on emporte les testicules en coupant sous la ligature. On étend sur la section un onguent chaud fait de suif et de térébenthine ; on lave les bourses avec de l’huile et du vin. On châtre aussi les femelles , en enlevant les ovaires : on les appelle alors moutonnes. Quelquefois , et surtout lorsque le bélier est âgé de trois ans , on le bis tourne; cette opération consiste à tofdre si fortement les testicules, qu’ils deviennent incapables de sécréter la liqueur séminale, et qu’ils se dessèchent. *
- La castration a pour objet de disposer l’animal à s’engraisser, de procurer à sa chair plus de délicatesse ; enfin, de profiter de la toison et de l’engrais. On a remarqué que la faculté générative, et surtout l’acte de la copulation , donne à la chair du bélier une odeur et une saveur repoussante et sauvage. C’est dans le nord de la France qu’on engraisse la plus grande partie des moutons consommés à Paris ; la Normandie , la Brie , la Sologne , en fournissent aussi beaucoup. Les moutons des Ardennes et ceux de Préssalés sont renommés pour la délicatesse de leur chair. Il en vient encore de Bourgogne, de Berri, de Champagne, et même d’Allemagne et du royaume de Hollande. C’est aux marchés de Sceaux et de Poissy que les bouchers vont acheter leurs moutons , car il ne leur est pas permis d’avoir des troupeaux à eux dans la banlieue (i). Les moutons sont amenés de très loin , en faisant de 4 à 6 lieues par jour.
- T, Il entre à Paris, anne'e commune, 35o mille moutons environ, terme “loyviî entre les consommations de cinq années.
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- a38 MOL TON.
- Les beaux moutons pèsent en général de 35 à 5o livres, et quelquefois 60 et même 70, et plus encore : le poids ordinaire est de 3o à 36 ; les petits moutons engraissés ne pèsent qu’environ 20 à 26 livres. La qualité' de la chair exige, pour être bonne , que l’animal n’ait que trois à quatre ans, qu’on l’ait châtré par l’enlèvement des testicules, et enfin, que sa nourriture ait été bonne. La chair des brebis est fade et peu estimée ; on en mange beaucoup dans les campagnes : les moutons sont réservés pour les villes, où ils sont mieux payés, et surtout pour Paris , où le droit d’entrée étant perçu par tête, on a intérêt que les animaux soient pesans et engraissés. Arthur Young cite un mouton gras anglais qui pesait 212 livres de ce pays.
- Les moutons s’engraissent, ou dans de bons herbages, ou depoulure , c’est-à-dire de fourrages secs donnés au râtelier. Deux ou trois mois suffisent quelquefois pour cela, O11 évite qu’ils ne^e fatiguent, et on les abreuve abondamment; h luzerne, les navets, l’orge, les choux , les pois, les fèves, etc., sont de très bons alimens comme engrais.
- Les toisons et les peaux sont des articles d’un commerce important. Les unes fournissent des Laines de diverses finesses , les autres servent à doubler les souliers de femme, à faire des housses de chevaux, des chancelières , des gants, du parchemin. Tous ces objets sont traités chacun à son article. La toison des gros moutons pèse 10 à 12 livres; celle des petits ne pèse que 3 à 5 livres. La tonte se fait en mai et juin. Les mérinos, très multipliés aujourd’hui, donnent une belle laine, et en assez grande quantité ; celle des moutons de Saxe est plus belle encore.
- Pour tondre l’animal, on le couche sur une table et on l’y attache , avec une corde ,.par les quatre jambes, ün seul homme peut en tondre quarante à cinquante par jour ; mais il ne suffit guère qu’à quinze ou vingt mérinos. Les laines se conservent avec leur suint, parce qu’elles sont plus lourdes, se blanchissent mieux, et sont moins attaquées par les te*' gnes ; on les appelle laines surges : elles perdent la moitié' et
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- MOUTURE. 289
- même les deux tiers de leur poids par le lavage. ( V. Lavoir et Laines. )
- Un des produits les plus utiles des troupeaux de moutons , est l’engrais qu’ils fournissent ; l’urine et la transpiration de ces animaux sont surtout des causes fécondantes. On les parque , durant l’été, dans les lieux qu’on veut fumer, sur un sol déjà labouré. ( V. l’article Parc. ) La santé des moutons en est meilleure , leur engrais est employé en totalité, et l’on n’a point l’embarras de le transporter sur la terre, comme on est obligé de le faire pendant la mauvaise saison.
- Nous ne pousserons pas plus loin notre exposition , qui se trouve complétée par ce que nous avons dit ailleurs. {V. Brebis , Bergerie , etc. ) Fr.
- MOUTURE. C’est l’opération par laquelle le meunier , à l’aide des moulins, sépare, sans les altérer, les différentes parties qui constituent le froment, savoir : la farine très blanche, la farine bise et le son.
- 11 y a plusieurs sortes de moutures, mais qui se réduisent dans le fait à deux : la moulure directe ou à la grosse, et la mouture économique. Dans l’une et l’autre , le blé , si l’on veut avoir de belle farine, ne doit être passé au moulin qu’après avoir été séparé des graines étrangères et de la poussière qu’il peut contenir. Pour cela, le moulin est pourvu d’une machine quelconque à nettoyer les grains , soit à brosse, soit à cylindre de tôle piquée. {V. Nettoyage dd blé. ) Mouture directe, dite rustique ou à la grosse. Par cette méthode, le moulage du grain s’exécute en une seule fois. Les meules des moulins doivent être assez rapprochées pour réduire eu farine toute la partie friable de l’intérieur des grains , sans néanmoins broyer l’enveloppe qui forme le son, et qui doit rester large et parfaitement dépouillé. On sent que ce résultat serait impossible, si les grains étaient extrêmement secs , parce qu’alors le son se réduirait également en farine : mais les grains mis en tas et même dans des sacs, ressuent toujours un peu, ce qui rend leurs enveloppes moins friables.
- D’un autre côté, pour faire cette mouture avec toute la
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- -4o MOUTURE.
- perfection désirable, il faut se servir de bluttoir à brosses, où la farine éprouve un froissement considérable qui achève de dépouiller le son. {V. Bldttoirs. ) Cette espèce de mouture, qui est très expéditive, est généralement usitée dans nos dé-partemens et en Angleterre. Nous avons vu, au mot Mocus, comment on taille les meules.
- Cent livres de blé d’élite moulu par celle méthode, donnent les résultats suivons, à peu de chose près :
- 58ib farine à pain blanc ;
- 4 Idem à pain bis ;
- 26 gros et petit son ;
- 2 déchet.
- Mouture économique. Par cette méthode, le moulage du grain s’effectue en plusieurs fois. Le blé bien nettoyé est placé dans l’étage supérieur du moulin , d’où il arrive à la trémie, passe sous les meules peu serrées, et tombe dans un blutteau ou dodinage , qui sépare la première qualité de farine. Les gruaux et le son, mêlés ensemble, se rendent dans un autre bluttoir qui sépare les différens gruaux , les recou-pettes et les sons ; ou bien l’on opère cette séparation par le moyen de cribles en parchemin. Ces gruaux , ces recoupettes et le son , sont remis séparément au moulin pour en obtenir, par plusieurs moutures successives, différentes sortes de farine : le reste n’est plus que le remoulage et le son parfaitement dépouillé. C’est ainsi que, dans les environs de Paris, on fait travailler quelques moulins, pour avoir la belle farine à l’usage des pâtissiers.
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- MOUVEMENT.
- Êial des produits retirés, par la moulure économique, de i oo livres de blé d’élite.
- Farine blanche (i).
- Première, dite de blé............ 38,33 i
- Deuxième, dite de premier gruau... . 19,16 > 65,99
- Troisième , dite de deuxieme gruau... 8,5o I
- Farine bise.
- Quatrième, dite de troisième gruau.. Cinquième, dite de quatrième gruau. 5 î 3,33 { 8,3
- Issues.
- Remoulages et recoupes Sons gros et menus Déchet 12,5o 1 io,83 J 23,33 2,35
- Poids égal du blé 100,00.
- Cette manière de moudre donne, comme on voit, plus de farine blanche , moins de farine bise et moins de sons que la mouture directe ; mais, d’un autre côté , la mouture d’une journée est bien moins considérable. C’est probablement cette raison qui empêche qu’on adopte la mouture économique. {V. Meunier. ) -* E. M.
- MOUVEMENT {Arts mécaniques). Nous nous proposons de traiter ici de plusieurs sujets qui ne peuvent trouver place
- (') Cent livres de farine blanche contiennent :
- Eau..................... jo
- Gluten.................... 10,96
- Amidon.................. 71 >49
- Sucre....................... 4,42
- Gomme glutineuse............ 3,i3
- 100,00.
- Tome XIV.
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- 242 MOUVEMENT,
- dans aucun autre article de Mécanique, et qu’il est indispensable de bien connaître.
- Nous avons expose' avec soin, aux articles Fobce, Choc, Mécanique , que deux élémens sont ne'cessaires dans la mesure de l’action des puissances, savoir : l’intensité propre de la force et la durée de son action. Quand on compare deux puissances entre elles, admettons qu’on reconnaisse que l’une est double ou triple de l’autre ; on n’a alors pour objet que de les envisager dans l’état d’équilibre, comme si la première était détruite par deux ou trois autres égales entre elles et qui lui seraient immédiatement opposées. Ainsi, lorsqu’on dit que l’eau en repos qui presse contre le fond horizontal d’un vase, exerce une force égale au poids du cylindre vertical de liquide qui est au-dessus de ce fond, on voit que le fond est aussi chargé que si un poids cylindrique en cuivre égal à celui de cette eau reposait sur le fond, et l’on reconnaît la nécessité de pourvoir ce fond d’une résistance égale à ce poids. De même un cheval est supposé avoir la force de sept hommes, lorsque, tirant en sens contraire de cet animal, ces sept hommes en détruisent l’effet.
- Mais, dans les machines, on se propose un objet tout différent de celui-ci, puisque le mouvement est produit ; car on a en vue de mesurer l’effet que produisent ces appareils par une action continuée. Ce ne sont plus des forces mortes, c’est-à-dire aussitôt détruites qu’engendrées ; la permanence des actions donne des résultats dont la somme est l’effet qu’on en doit attendre. Or, cet effet, quel qu’il soit d’ailleurs, peu1 toujours être représenté par un poids élevé à une certaine hauteur. La manœuvre d’une pompe qui monte de l’eau sera évaluée par le produit du poids de cette eau, multiplié paI la hauteur où on l’a portée ; on en dira autant de la grue q® élève des fardeaux, du moulin qui scie des planches, de* Cames qui meuvent des Bocards, et de toute machine en g®" néral, quoiqu’elle n’ait pas été établie pour élever réellement des poids, attendu que les résistances qu’on doit vaincre peuvent toujours être assimilées à des poids qu’on veut monter.
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- MOUVEMENT. 243
- Soit donc P le poids, H la hauteur à laquelle on l’a élevé, T le temps qu’on y a employé ; l’effet produit est mesuré par
- . , PXH la quantité —^—
- car on voit bien que si le poids était
- moitié moindre, ou § P, et la hauteur double, ou 2H , le produit resterait le même, et qu’ainsi la force pourrait indifféremment amener l’un ou l’autre de ces effets, puisque, après avoir élevé - P à la hauteur H, elle le reprendrait pour le monter encore de H, et cela dans le même temps T. On voit donc que la mesure de l’effet produit par une force est toujours représentée par le produit d’un poids multiplié par la hauteur à laquelle il a été élevé, divisé par le temps du travail. Deux machines , dont l’une élève 120 kilogrammes à 63 mètres en une minute, et dont l’autre monte 36o kilogrammes à 7 mètres en 20 secondes, ont des effets égaux, puisqu’on a
- 12o x63 36o X 7 r „ » n j. 1?
- —^------=----------- = 126, et quelles montent lune et
- 00 20
- l’autre 126 kilogrammes à 1 mètre en une seconde.
- On se débarrasse ordinairement du diviseur T, en faisant agir les machines dans des tempes égaux. Les mécaniciens mesurent donc les effets par un poids de P kilogrammes élevé à une hauteur de H mètres, dans un temps quelconque qu’ils prennent le même pour tous les cas, et ils forment du produit de P par H un certain nombre à’unités dynamiques, dont chacune est un kilogramme élevé à un mètre. Le nombre de ces unités, qu’on appelle Dvxamies, mesure la puissance du moteur qui s’aide de la machine dont il s’agit. Dans l’exemple ci-dessus , on aurait pour effet 126 dynamies. S’il s’agit de grandes machines, l’unité qu’on préfère est 1000 kilogrammes (ou 1 mètre cube d’eau) élevés à 1 mètre ; elle est mille fois la précédente.
- Les machines sont destinées à être mises dans des relations propres à faciliter l’action des moteurs, ou à augmenter leur mtensité ou leur vitesse ; mais il faut surtout remarquer que C€s agens doivent toujours laisser le produit PH constant lorsqu’on fait abstraction des pertes dues aux frottemens, etc.
- 16..
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- 244 MOUVEMENT.
- En effet, la puissance P (fig. i, PI. 35 des Arts mécaniques) est rendue décuple lorsqu’elle agit sur le bras du levier AB, qui est dix fois le bras AC, c’est-à-dire qu’elle peut maintenir en repos une résistance R dix fois plus grande qu’elle ; mais lorsque le mouvement naîtra, la force parcourra un espace dix fois plus grand que celui que décrira la résistance, puisque ces chemins sont dans le rapport des rayons AB, AC, dont le premier est dix fois le second. De même, une force peut monter le long d’un plan incliné AB (fig. i5, PI. 25) en poussant dans le sens da de ce plan un poids M triple de celui qu’elle mouvrait sur la verticale ; mais après avoir parcouru la longueur entière AB de ce plan, le poids M ne sera élevé verticalement que de BC, qui sera le tiers de la longueur AB qu’il aurait parcourue dans le même temps. En prenant tour à tour les diverses machines simples, telles que la poulie, la vis, le treuil, le coin, les roues dentées, on reconnaît toujours la vérité de ce même fait, et comme toutes les machines ne sont que des composés de machines simples, ajustées ensemble de manière à réagir les unes sur les autres {V. Machines) , on en conclut ce théorème fondamental de Dynamique appliquée, que, dans toute machine, on perd toujours en temps ce qu’on gagne en puissance, et réciproquement.
- Dans toute machine, on voit donc, par la théorie, que la
- PH
- quantité doit se conserver, et que les modifications qu’<
- on
- fera subir aux dispositions ne pourront que changer les facteurs P et H sans altérer leur produit. On en conclut que l’appareil reçoit l’impression de la force et ,1a rend entière, sans
- pjj
- plus ni moins, en nommant force la valeur -g- qu’on vient
- de prouver être inaltérable.
- Mais nous avons négligé les frottemens , la raideur des cordes, etc. ; et comme aucune machine n’est exempte de résistances, il faut avouer que toutes perdent, plus ou moins» de la force qu’on leur confie Le Fkotxemevt est une fore® passive qui favorise la puissance destinée à établir l’équilibre-
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- MOUVEMENT. 245
- et qui nuit à celle qui doit produire le mouvement ; son effet, dans ce dernier cas, comme dans celui de toute autre force , s’e'value par un certain nombre de dynamies, qui se retranchent de celles que le moteur serait capable de fournir sans elle.
- Une machine qui, avec une force 1 surmonte la résistance 4, la fait mouvoir 4 fois moins vite, et la puissance ne devient quadruple que sous la condition de monter 4 fois moins haut dans le même temps ; c’est une loi générale, quel que soit l’appareil, on ne peut faire varier l’un des trois nombres P, H, T, qu'autant PH
- que le produit conservera la même valeur ; mais il faut
- pour cela négliger les réactions, les frictions, etc., qui réduisent souvent l’effet aux deux tiers ou même à moitié de cette valeur. On ne peut, dans une machine, retrouver que la force imprimée, moins les frottemens ; elle n’est qu’un dépositaire des puissances qu’on lui confie , et loin de les faire fructifier et de les accroître, elle dissipe une partie du dépôt, et ne le restitue qu’infidèlement. Les effets dont le moteur eût été capable sans son secours sont affaiblis ; elle fait ainsi payer le secours qu’elle donne, en sorte que ce qu’on nomme l'effet
- PH
- utile d’une machine, ouïe produit ~ qu’elle amène, est dif-. P'H'
- férent de celui que la force est capable d’obtenir sans
- elle. La meilleure des machines est celle qui perd le moins ; les plus compliquées, les moins bien agencées, perdent plus que d’autres, mais toutes dissipent une partie de la force.
- Ce n’est pas à dire pour cela qu’il ne faut pas employer de machines ; car ces agens rendent d’immenses services malgré leurs défauts inévitables. Un maçon veut remuer une pierre qu’il faudrait dix hommes pour mouvoir ensemble, il s’arme d un levier, et suffit seul à son entreprise. Il est vrai qu’il met dix fois plus de temps à l’amener où il veut, et même que les frottemens faisant éprouver des pertes, il mettra 14 ou '5 fois plus de temps que dix hommes agissant ensemble ;
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- mais le résultat n’en a pas moins une grande utilité. Ailleurs, le piston d’une machine à vapeur donne un va-et-vient tout au plus propre à manœuvrer une pompe qui monte de l’eau, ou une scie à planches ; mais, à l’aide d’une manivelle, on transformera ce mouvement alternatif en une rotation qui fera tourner une roue de filature, ou les aubes d’un bateau, ou la meule d’un moulin. Ce service sera payé sans doute par une perte de force, mais on n'en aura pas moins tiré partie d’une action qui, sans la machine, eût été stérile.
- Ce théorème général, qu’on ne gagne jamais en puissance sans perdre en temps une valeur égale, démontre que le mouvement perpétuel est impossible à réaliser, même en supposant les matériaux indestructibles par l’usage. Si l’on néglige les frictions et résistances, en vertu de la loi d’inertie, toute machine doit conserver la même puissance ; c’est bien là un mouvement perpétuel. Mais les personnes qui font de ce mouvement l’objet de leurs recherches ne se contentent pas de ce résultat impossible à obtenir, à cause des frottemens, ils veulent encore que l’appareil crée de la force, de manière à en obtenir plus qu’ils n’en donnent. Ce sera, par exemple, une roue mue par une chute d’eau, qui remontera plus d’eau qu’il n’en a été dépensé pour la faire tourner, tandis que l’expérience prouve que Ton ne peut jamais, dans la meilleure roue hydraulique, remonter que les trois quarts au plus de cette dernière, et qu’un quart de la force motrice se trouve perdu. Ils veulent donc qu’après l’impulsion donnée, la machine continue à se mouvoir sans cesse, et même accélère d’elle - même ses mouvemens, ou bien conserve un excès de force disponible pour produire de certains effets.
- On comprend, d’après ce qu’on vient d’exposer, que cette recherche est absolument vaine, et dénote ou l’ignorance des lois de la Mécanique, ou une maladie de l’esprit. Supposer de pareils effets, c’est admettre qu’un poids peut remonter seul, ou en entraînera un plus lourd avec une plus grande vitesse ; ce fait, impossible en soi, on l’attend d’une heureuse combinaison d’agens mécaniques , dans l’espoir qu’on rendra la
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- MOUVEMENT.
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- quantité ~ du moteur plus forte qu’elle n’est, tandis que
- nous avons démontré que, par suite des frottemens, on ne peut jamais qu’affaiblir cette fraction , quelle que soit la disposition de l’appareil.
- On énonce encore notre théorème en d’autres termes. P est
- H
- l’intensité d’une force, sa vitesse ; l’appareil auquel on l’applique peut bien changer l’un de ces éléinens, mais ce sera aux dépens de l’autre : la résistance croîtra d’autant que sa vitesse diminuera, et le produit demeurera constant, en négligeant le frottement, etc. Ainsi le produit d’une force par sa vitesse est toujours égal à celui de la résistance, par la vitesse qu’elle reçoit de la machine.
- . Cette vérité, qu’on perd précisément d’un côté ce qu’on gagne de l’autre, offre même le moyen, le plus sûr moyen de juger le pouvoir des appareils. Voulez-vous décider si une machine est capable des effets que vous lui attribuez? réduisez d’abord la question à celle de l’équilibre entre la puissance et la résistance, en négligeant les frictions, et notre théorème vous indiquera aisément si l’équilibre est possible. Évaluez d’abord les espaces parcourus, tant par la puissance que par la résistance , en supposant que la machine prenne un très petit mouvement. Ces espaces sont des longueurs relatives qui dépendent de l’agencement des parties et de leur dépendance mutuelle, car la vitesse de la résistance résultera toujours nécessairement de celle de la puissance et de son mode de transmission à l’aide de l’appareil ; ces deux vitesses, les mécaniciens les appellent des vitesses virtuelles, parce que, dans le cas d’équilibre, les mouvemens sont nuis, et que l’espace décrit n’est alors qu’hypothétique. Multipliez la puissance par le chemin qu’a décrit son point d’application, faites-en autant pour la résistance, et si ces deux produits sont égaux, Véquilibre existera entre les deux forces ; autrement, cet état ne pourra subsister. Ce théorème, appelé principe des vitesses virtuelles, suppose qu’on n’a pas égard au frottement; on fait
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- 24 s MOUVEMENT.
- doac la part de cette dernière résistance {V. Frottement) , et l’on voit si la puissance est sur le point d’être préponde'rante. L’effet utile de la machine s’ensuit, quand l’équilibre est rompu, en examinant les valeurs que prennent les quantités P, H et T pour la résistance vaincue. Ce principe, reconnu par Galilée, mais tiré d’oubli par Lagrange, peut être regardé comme le fondement de toute la Mécanique, parce qu’il s’applique à toute machine, quelle qu’elle soit.
- Une force donnée en grandeur et en direction est transmise à un corps solide qui, en réagissant sur toutes les parties d’une machine, la met en jeu. L’art du mécanicien consiste à disposer l’appareil de manière à produire un effet demandé, lorsque du moins cet effet est dans les limites de grandeurs dont nous venons de fixer les valeurs ; ainsi le moteur produit un mouvement de translation ou de rotation, continu ou alternatif, et le but de l’appareil est de changer ce mode de fonction en quelque autre qu’on veut obtenir. C’est ainsi qu’on change le mouvement circulaire imprimé à une roue en un va-et-vient qui élève ou abaisse le piston d’une pompe, et toutes les autres modifications dont nous allons parler. De là ce problème, qui consiste à changer l’une des quatre espèces de mouvement imprimé à un corps, en un autre qui soit de meme espèce ou d’espèce différente. MM. Lanz et Bet-tancourt ont publié un excellent ouvrage {Essai sur la composition des machines) où les divers procédés de l’art sont exposés ; la Mécanique de M. Hachette renferme aussi des lumières sur ce même sujet. Nous ne pourrions ici, sans excéder les limites qui nous sont imposées, donner les divers moyens connus de résoudre tous ces problèmes. Cependant nous ne devons pas passer sous silence les solutions qui sont le plus ordinairement employées, parce qu’elles entrent dans la composition du plus grand nombre des machines. Nous allons donner quelques détails sur ce sujet en nous renfermant dans ceux qui sont indispensables, et renvoyant pour les autres aux ouvrages cités; à la Mécanique de M. Christian, à celle de Nicholson, au Theatrum machinarum de Leupold, au Re-
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- MOUVEMENT.
- cueil des Machines approuvées par l’Académie des Sciences, au Reperlory of arts, aux Annales des arts et manufactures , par O’Reilly, etc.
- I. Changer un mouvement rectiligne continu ou alternatif en un autre de meme espece. Les seuls moteurs dont l’action soit continue en ligne droite, sont l’air, l’eau, la force expansive de la vapeur et l’explosion de la poudre à canon. Le Bélier hydraulique , les Poulies , les Moutles , les Règles appelées parallèles, les Treuils et Grues, les Mell-Jennïs (T. X, page 62, et PL 24, fig. 12, des Arts mécaniques), sont autant d’appareils où le mouvement rectiligne et continu du moteur est transmis de manière à produire un mouvement de même nature. En voici encore un exemple :
- L’Équerre A (fig. i, PL 3g, des Arts mécaniques') peut glisser le long d’une règle fd entre deux autres règles cd, ef, fixées perpendiculairement à la première ; une autre équerre B est arrêtée par des rouleaux ou des goupilles g, k, h et i. On voit que lorsqu’une force pousse l’équerre A dans le sens parallèle à la règle fd, le corps G se meut dans un sens perpendiculaire à cette direction ; ou bien, si l’on a un tracelet Ip perpendiculaire à bc, muni d’une roulette Z et retenu entre deux tenons q, o, la progression de l’extrémité p sera la conséquence du mouvement imprimé à l’équerre A. On voit que si le bord bd de cette équerre A est une courbe sinueuse , le tout p du tracelet prendra un va-et-vient. L’application de cet appareil aux machines à diviser {V. Diviseur) , aux pédales des Forte-Piano, etc., est facile à concevoir.
- Si le mouvement rectiligne donné est alternatif, et qu’on veuille le changer en un autre de même espèce, on le transformera d’abord en circulaire continu par le problème Y, et ensuite celui - ci en rectiligne alternatif par le même nro— blême.
- IL Changer le mouvement rectiligne continu en circulaire contmu, et réciproquement. Le Treuil et la Manivelle, les Houes dentées, la Chèvre, la Vis sans fin {V. Machines , T. XII i Page 485 et PI. 3^, fig. 1), sont des exemples de cette transfor-
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- mation. L’écrou ne peut descendre sur la Vis qu’en tournant, de même le mouvement circulaire de la manivelle est produit par le mouvement rectiligne de la barre du Chic. [V. PI. i5, fig. 2, 3 et 4.)
- Le Moulin , dont les ailes cèdent à la pression du vent, les roues à aubes et à augets, que le courant de l’eau fait tourner , sont encore des solutions du problème. Une carte circulaire, découpée en spirale et allongée en hélice (fig. 2, PI. 3g), qui est suspendue à un axe central ab, près le tuyau d’un poêle, tourne , poussée par le courant ascendant de l’air échauffé. Ce jouet, connu de tout le monde, a donné l’idée des Tourne-Broches que met en jeu la fumée qui s’élève dans une cheminée. La Danaïde ( fig. 1, PI. 23 ) est encore un exemple de notre transformation de mouvement.
- Dans l’ingénieuse machine de M. Cagniard-Latour (fig. 3, PI. 3g) , C est une vis d’Archimède qu’on fait tourner en sens contraire de celui où elle peut monter l’eau qui remplit un réservoir À ; il en résulte que l’air descend par la vis au fond a de ce vase, et remonte en suivant le canal abdef, en traversant l’eau ; arrivé en f, cet air entre dans les augets d’une roue plongée dans un second réservoir B, dont l’eau est échauffée à la température d’au moins 75° centigrades, ce qui lui fait acquérir une force d’ascension due à la diminution considérable de son poids spécifique. Des engrenages qui font communiquer la vis à la roue établissent une source de mouvement perpétuel dû à la chaleur, et qui cesse avec elle ; b distance de l’orifice / au niveau de l’eau en B, doit etre moindre que celle de l’orifice a au niveau de A. Selon Carnot, une corde qui s’enroule sur l’arbre de la roue peut meme élever un poids de 7 \ kilogrammes, avec une vitesse uniforme verticale de 28 millimètres par seconde, en se servant de b force disponible créée par le calorique.
- Dans presque toutes les applications, si l’on prend 1 effet pour la cause, on transformera un mouvement circulaire con' tinu en rectiligne continu.
- III. Changer le mouvement rectiligne alternatif en circu
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- taire alternatif, et réciproquement. Le Balancier monétaire , le Cric et la Crémaillère, I’Archet (fig. 4, PI. 3) qui sert à manœuvrer le foret, le Parallélogramme du balancier des machines à vapeur, le Dévidoir ordinaire, sont autant d’exemples du problème proposé ou de son réciproque.
- Dans la fig. 4 j PP Sg, AB est un levier qu’on fait basculer autour d’un axe C, et qui fait corps avec le demi-cercle DEF. Une courroie attachée par ses deux bouts en D et F à des boucles qui permettent d’échanger la longueur et de la tendre, court en sens contraire sur les quarts de cercles EF, ED, pour de là tourner sur les poulies K et G. Le mouvement circulaire alternatif imprimé au levier se change en rectiligne de même espèce au point H de la courroie.
- Le trépan (fig. 5) est composé d’un fût AB, terminé par un foret C ; une traverse bb est jointe au sommet par deux cordes a, b, et laisse au fût un libre passage dans un large trou qui la perce ; le mouvement de va-et-vient, qu’on imprime à la traverse dans le sens vertical, produit la rotation du foret, et le YolantED conserve ce mouvement.
- Deux chaînes ab, de (fig. 6) sont attachées, l’une en b, au haut de la tige AB, qui est mobile entre des brides e, f, et en c sur l’arc de-, l’autre l’est en d sur cet arc, et en a sur la tige. La rotation de l’arc cd en va-et-vient fait monter et descendre la tige : on peut encore garnir celle-ci et l’arc de dents qui engrènent. {V. les fig. 3 et 4, PL i5.)
- On fait mouvoir la tige AE du piston d’une pompe (fig. 7 , H. 89) à l’aide d’un levier courbé à la partie supérieure AB , et percé d’un trou I, où un axe le retient. En faisant basculer le levier, le bout A monte et descend, et produit la même alternation dans le piston D ; la tige est assemblée librement en A par un boulon.
- 1\ . Pour changer un mouvement rectiligne continu en rectiligne alternatif, ou réciproquement, on le transforme d’abord en circulaire (2me problème), et celui-ci en rectiligne.
- V. Changer un mouvement rectiligne continu en alternatif etréciproquement. .Nous avons donné des exemples de cette
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- transformation à l’article Crémaillère. La roue dentée E (fig. 5, PI. i5, des Arts mécaniques) ne porte de dents que sur sa demi - circonférence ; ces dents montent la crémaillère et le pilon b, lequel retombe quand la roue, achevant sa révolution , les dents de la crémaillère rencontrent l’arc nu de la roue, et que l’engrenage cesse. Les Cames de la fig. 5 bis produisent le même effet. Dans la fig. 6, la circulation continue de la roue R transmet, par le secteur EB, un va-et-vient à la crémaillère KH, parce que la cheville r coule dans la rainure m, qu’elle parcourt en rétrogradant à chaque demi-tour de la roue.
- A la tige DC (fig. 8, PI. 3g), est assemblée en croix une barre AB, percée d’une fenêtre longitudinale, dans laquelle peut glisser une cheville i fixée à la surface de la roue, comme dans le dernier exemple. Quand cette roue tourne, la cheville excentrique i se promène dans la fenêtre, et fait monter et descendre CD, qui est retenue dans des brides h et k.
- Sur la roue BD (fig. g) est fixée une courbe en relief, de forme quelconque efd ; la pointe C d’une tige AC porte sur cette courbe par son poids, ou bien est pressée contre elle par un ressort : les brides a et b maintiennent cette tige. Lorsqu’à l’aide d’une manivelle , ou autrement, on fait tourner la roue, la tige monte et descend tour à tour.
- Une manivelle (fig. io) qui porte un poids, donne à celui-ci un va-et-vient quand on la fait tourner. {V. aussi la machine dynamométrique de M. Weltlier, fig. 16, PI. 34, ainsi que les fig. g et io, PI. i5.)
- La tige rigide li (fig. 11, PI. 3g) fixée à la cheville excentrique i d’une roue, et à la tige ZD, donne un va-et-vient a cette tige, parce que les points ou axes 1 et i sont des centres autour desquels la barre li doit tourner.
- La roue AB (fig. 12) a son champ bordé de dents ondées de forme arbitraire, qu’on détermine selon l’objet qu’on a en vue ; la verge ab, poussée par un ressort, appuie sur ces dents par son extrémité a, et prend un va-et-vient lorsque la roue tourne. Cet appareil fort simple est employé dans les lampes
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- de Gagneau ( V- Lampes ) et dans beaucoup d’autres machines.
- Le volant S (fig. i3) porte un pignon p qui mène la roue P; celle-ci mène la roue Q, qui tourne en sens contraire ; les manivelles st, mn tiennent aux tiges ou bielles mf sg, unies par leur bout extérieur à la tige fg : en m, s , f et g sont des axes de rotation. Quand le volant tourne avec son pignon, les bielles et la barre fg se meuvent, et impriment un va-et-vient à la tige HR, fixée en H à cette barre. On trouve une application de cet appareil dans la pompe à feu de Cartwright.
- La roue B (fig. i4), sur laquelle s’enroule la chaîne D, porte au centre un arbre auquel le mantonnet A est fixé ; cette pièce accroche la détente C et l’entraîne, parce qu’un ressort l’appuie contre elle ; mais lorsque la détente C rencontre la cheville fixe E, elle bascule autour de son axe, et, prenant la position figurée par la ligne ponctuée, se dégage du mantonnet et devient libre : la roue ne tient qu’à frottement sur l’arbre, et la résistance attachée à la chaîne tire cette roue en sens contraire et la fait rétrograder. Dans cet appareil, imaginé par White, l’arbre tourne toujours dans le même sens, ainsi que le mantonnet, et la chaîne prend un va-et-vient.
- En prenant la cause pour l’effet, dans ces appareils, on change au contraire le mouvement alternatif rectiligne en circulaire continu. En voici encore un exemple : le quadrilatère efhg (fig. i5) est formé de tiges assemblées par des boulons, autour desquels elles peuvent tourner, de manière à changer les angles ; on fait en sorte que les angles f et g soient à peu près droits. La tige hi, maintenue par les deux tenons k et l, reçoit un va-et-vient d’une force quelconque ; aux tiges ef, eg sont attachés deux cliquets m et n par des charnières, et tournées en sens contraires, qui s’engagent dans les dents, à Rochet dont la couronne de la roue bl est garnie. Lorsqu’on tire la tige hi de h vers i, le cliquet m bute contre les dents delà couronne, tandis que le cliquet c glisse à leur surface, et la roue tourne dans le sens qu’indique la flèche ; quand on pousse la tige hi dans une direction contraire, c’est le cliquet
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- n qui entre en prise et m qui se dégagé, et la roue continue à tourner dans le même sens.
- VI. Transformer un mouvement circulaire continu en m autre de même espece , avec des vitesses données. Les engrenages de roues dentées, le barillet qui tire la chaîne d’une fusée {V. Montre et la fig. 4; PI- 3y) > la vis sans fin (fig. i, PL 37), l’engrenage à lanterne (fig. 1, PI. 3), et deux roues unies par une corde sans fin (fig. 16, PI. 3g), sont des appareils qui résolvent notre problème. En voici un exemple, où la vitesse de circulation de l’une des roues peut varier selon un rapport donné.
- On imprime à la roue C (fig. 17, PI. 3g) une vitesse uniforme ; l’axe de cette roue est engagé dans une fenêtre longitudinale mn pratiquée sur une règle fixe AB , et est contraint, par un ressort, à se rapprocher de l’axe A de la roue D. Cette roue D engrène sans cesse avec C , et tourne en sens contraire. On doit préférer à un engrenage denté, une courroie sans fin, mais élastique, qui, comme dans la fig. 16, s’enroule autour des deux roues, pour ne pas être forcé de rendre les dents trop fines et trop faibles. La roue D peut être elliptique ou de toute autre forme, et les vitesses relatives des roues varient suivant une loi donnée.
- VII. Changer un mouvement circulaire continu en circulaire alternatif, et réciproquement. La Pédale qui fait tourner la roue du rémouleur, du Rouet à filer et du Tour de tourneur, la courbe d’ÉQUATiox des pendules, les diverses espèces d’E-chappemexs ( V. ces mots), sont des solutions de ce problème; en voici quelques autres.
- Remplacez (fig. 12) la tige ah qui porte sur les ondes de la roue AB, par un levier coudé, dont une extrémité presse sur ces dents ; l’autre bout prendra un va-et-vient circulaire.
- La roue (fig. 18) est armée de Cames a, h, c, d, qui, lorsque la roue tourne , viennent tour à tour attaquer le manche d’un marteau HAB, mobile sur l’axe I : la masse AB est donc soulevée, puis elle retombe, par son poids, sur-1 enclume CD où elle va frapper.
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- Le volant N fait corps avec la roue à rochet A ; une poulie C tourne à frottement doux sur sou axe, et est entourée d’une corde abcd attachée au poids P qui la tend. Cette poulie porte le cliquet qui bute, contre les dents de la roue à rochet, et la corde QP tient à l’un des bouts du levier PQ. Quand on donne à ce levier un mouvement alternatif de rotation, le volant prend une rotatîbn continue ; mais de deux alternations, l’une est seule utile, parce que la descente du poids est employée à dégager le cliquet ; on peut remplacer le poids P par un ressort.
- Au bout du levier AB (fig. 20) qui bascule autour de l’axe C, est une bielle cd, dont l’extrémité d porte une roue dentée E, laquelle engrène dans la roue F fixée au centre du volant N ; ces deux roues conservent une distance constante, parce que leurs axes sont joints par une verge rigide et inflexible fe. Le mouvement de bascule du levier se change donc en circulaire continu du volant. On nomme ce mécanisme la mouche; il est employé dans certaines machines à vapeur. Quoique les deux roues E, F soient égales, le volant N fait deux tours à chaque oscillation du balancier.
- Le mécanisme (fig. 21) est le levier de la garousse. Lorsque l’on fait basculer en va-et-vient le levier AB sur son axe, les deux étriers IL, MN, mobiles autour des points I, M, sont tellement disposés, que l’un d’eux tire sans cesse à lui le Rochet LN, tandis que l’autre, échappant à la dent qu’il avait prise, en prend une autre. {V. l’Architecture hydraulique de Bélidor. V. aussi la fig. g, PL i5. des Arts mécaniques.')
- La roue CD (fig. 22, PL 3g) tourne sur son axe EF d’un mouvement continu ; une partie de son champ, un peu moindre que la deini-circonférence, est armée de dents qui engrènent successivement avec les deux roues H et I, distantes l’une de l’autre de tout le diamètre CD. On voit que lorsque la roue CB engrène avec GH, l.’arbre GO, fixé aux deux roues H et I? tourne dans un sens, et que quand l’autre roue 01 en-Stène, cet arbre tourne en sens contraire ; il prend donc un Mouvement circulaire alternatif.
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- VIII. Transformer un mouvement rectiligne continu en circulaire alternatif, et réciproquement. On transforme le mouvement donné en circulaire continu ( problème II ou VII ), et ce dernier en celui qu’on demande. {V- le Balancier hydraulique , fig. 7 à 11, PL 5 , des Arts mécaniques.)
- Le levier AB (fig. 33, PI. 3g) bascule autour de son axe fixe C; en D, D, sont les yeux de deux étriers DF, DE, qui saisissent tour à tour les dents obliques des crémaillères de la barre FG. Ici, comme dans le levier de la garousse, cliaque étrier lâche et prend une dent, et la barre FG a un mouvement rectiligne continu.
- On trouvera (fig. 3 , PI. 4 » des Arts Physiques) un Bac que le mouvement rectiligne des flots d’une rivière transporte successivement d’une rive à l’autre.
- IX. Changer un mouvement circulaire alternatif en un autre de même espece. Les procédés du problème VI peuvent être employés ; on peut encore transformer le mouvement donne' en circulaire continu (problème VII), et ce dernier en circulaire alternatif.
- Dans la fig. 24, la pédale D tient par un bout à la corde cka, qui enroule un cylindre bk ; la corde va s’attacher ensuite en a au ressort B : le mouvement de va-et-vient de la pédale en donne unau cylindre A b ; tous deux sont circulaires alternatifs. L’usage de ce mécanisme dans le Tour est très fréquent.
- Le jeu de bascule, appelé casse-cou, offre encore une solution du problème. Un madrier est traversé dans son milieu par un arbre sur lequel se fait la rotation alternative lorsque deux personnes, placées aux deux bouts, descendent et s’élèvent l’une après l’autre, en repoussant la terre avec leurs pieds. L’arbre prend donc aussi un mouvement circulaire alternatif-Le tour à faire des vis, les tenailles à récéper, etc., sont encore d’autres exemples.
- Nous sommes sans doute bien éloignés d’avoir épuisé la ©a* tière, et chacun des articles de Mécanique de notre Diction* naire offre quelque invention du genre de celles que nous venons d’énumérer; mais nous renvoyons, pour de plus ainples
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- MOYEU. 257
- développemens, aux ouvrages cites, et principalement à VEssai sur la composition des machines, par MM. Lanz et Bettan-court.
- Le tableau suivant classe méthodiquement les questions et indique Tordre des solutions.
- Changer le mouvement
- rectiligne continu en
- circulaire continu en
- rectiligne alternatif en
- circulaire alternatif en
- ... f continu................. Voyez problème I
- recti î^ne ^ alternatif............................. IV
- , . f continu............... « ................... II
- circulaire < . ...
- f alternatif................................ VIII
- ... f continu........... ................... II
- rectiligne < . __
- ° ( alternatif........................... V
- , . ( continu............ ................... VI
- circulaire < . .. ..
- ( alternatif.................................. VII
- •f continu.............. ................... IV
- rectiligne ^ a!ternatif............................ I
- , . f continu................................ V
- circulaire j m
- circulaire { Ix
- ... f continu................................ vin
- rectiligne J „r.
- Fr.
- MOYEU ( Technologie). C’est le nom qu’on donne à la partie centrale d’une roue de voiture, qui est traversée par l’essieu, autour duquel elle tourne.
- Les roues sont une des parties du travail du Charron, qui prend un gros morceau d’orme bien sain ; il choisit, autant qu’il le peut, l’orme tortillard , qui présente beaucoup plus de solidité que Forme ordinaire. Le moyeu est rond ; il a une forme cylindrique dans le milieu de sa longueur : cette partie est nommée bouge par les charrons. Le bouge est surmonté d’un cône tronqué aplati du côté de la voiture, et d’un cône tronqué plus allongé du côté extérieur. Il est percé , dans son axe, d’un trou légèrement conique pour re-Tome XIV. 17
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- 258 MOYEU.
- cevoir le bout de l’essieu. Dans les grandes roues de voiture, la partie cylindrique , ou le bouge, est perce'e de douze trous ou mortaises carre'es ou rectangulaires, pour recevoir les bouts d’un pareil nombre de rais ou rayons , dont l’autre extrémité va s’ajuster dans les trous correspondans pratiqués dans les jantes. Chaque moyeu porte quatre Fkettes ou cordons en fer, dont deux sont placées aux deux extrémités de la partie cylindrique, ne laissant entre elles que l’espace occupé par les mortaises, que remplissent les rais : les deux autres sont placées aux deux extrémités des parties coniques. Ces quatre frettes , destinées à empêcher que les moyeux ue se fendent, sont mises en place à coups de manteau.
- Dans la vue de diminuer le frottement causé par le moyeu, lorsqu’il appuie sur l’essieu dans toute sa longueur} les charrons font le trou du moyeu plus grand qu’il ne faut, et ils ajustent, dans chacun de ses bouts, une boîte de bronze, dans laquelle entrent, à frottement doux, les deux extrémités du moyeu. Par cette construction, la graisse nécessaire, pour adoucir le frottement, se loge dans l’espace compris entre les deux boîtes, et lubrifie continuellement les deux parties frottantes. ( V, Boîte. )
- Les Anglais ont tiré beaucoup d’avantages des moyeux en fonte de fer, qu’ils ont imaginés. On voit chez eux une grande quantité de voitures avec des moyeux de cette nature. En 1818, M. le baron d'Oyen de Fursteintein vint à Paris, après un voyage qu’il évaluait à cinq mille lieues, et montra, aux commissaires de la Société d’Encouragement, sa voiture, dont les moyeux, en fonte de fer, avaient été fabriqués dans ses forges, près de Luxembourg. M. d’Oyen assura que , dans le cours de ses voyages, il n’avait été obligé que de changer les jantes de ses roues, les moyeux , les essieux et les rai* étaient toujours les mêmes.
- On connaissait déjà depuis long-temps , en France, leS avantages des moyeux métalliques, par les roues à vous-soirs, de l’invention du général d’artillerie le comte d’Aboville,
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- MUCILAGE. 25g
- Il est reconnu que les roues à moyeu en fonte de fer sont infiniment plus solides que celles dont le moyeu est en bois.. i°. Les boîtes en bronze ont avec le fer une très grande adhérence ; 2°. les rais , emmanchés dans les mortaises métalliques , s’y maintiennent sans ballottement et avec beaucoup de force, surtout si, avant de les enfoncer à coups de marteau , on a eu soin de faire chauffer les tenons devant un feu clair : alors le bois un peu desséché présente moins de volume, et l’humidité de l’atmosphère le fait bientôt gonfler, ce qui donne à cet assemblage une très grande solidité.
- On ne conçoit pas pourquoi ces moyeux , dont on a si sou-ventproclamé les avantages, ne sont pas généralement adoptés en France. L.
- MUCILAGE. On donne le nom de mucilage à une espèce de bouillie claire et visqueuse, qui doit ordinairement sa consistance à des substances gommeuses ou à des fécules, et qui sert tantôt de véhicule ou de lien à des pâtes plus ou moins solides , tantôt à maintenir en suspension au milieu d’un liquide descorps qui, étant insolubles par eux-mêmes, s’en sépareraient sanscet intermédiaire. C’est ainsi que, dans les laboratoires des pharmaciens et des confiseurs, on se sert de mucilage de gomme adraganthe pour fabriquer la plupart des pastilles ou tablettes dont le sucre forme la base. On commence par incorporer dans le sucre pulvérisé les différentes substances qui doivent servir ou d’aromates ou de médicament; puis on ajoute assez de mucilage pour obtenir, à l’aide de la mixtion, une pâte de consistance telle qu’on puisse la malaxer, l’étendre au rouleau, et la diviser en petites rondelles ou pastilles à l’aide d’un emporte-pièce. On emploie aussi dans les officines le mucilage de gomme pour suspendre au milieu d’un véhicule aqueux, ou des huiles qui forment alors émulsion, ou des poudres insolubles telles que le kermès, etc. On donne ordinairement la préférence à la gomme adraganthe, parce gu’à poids égal elle offre l’avantage de fournir beaucoup plus de mucilage que îes autres corps.
- Dans les Arts, et particulièrement pour l’application des
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- a6o MUID.
- couleurs, soit sur la toile, soit sur le papier, on a recours à l’emploi des mucilages pour maintenir en suspension, d’une manière uniforme , les substances colorantes qui, sans cette pre'caution , se distribueraient inégalement dans le liquide, et empêcheraient d’obtenir des teintes identiques. Mais comme dans ce cas il importe beaucoup de se servir de choses peu coûteuses, ces mucilages se font ordinairement avec des gommes communes, dites de pays, ou même avec des fécules légèrement torréfiées, et qui deviennent alors solubles dans l’eau froide. Cependant dans quelques circonstances, et particulièrement pour les couleurs délicates, on se sert aussi de gomme adra-gantlie, desalep, etc. {V. Mordant, Teinture, etc.) R.
- MUID {Commerce). Ancienne mesure autrefois très usitée en France, pour évaluer de grands volumes. Ce n’était pas un vaisseau dont la capacité servait à mesurer des substances sèches ou liquides, mais une mesure idéale, formée de plusieurs autres réelles, et qu’on n’employait que pour éviter de trop grands nombres.
- A Paris, le muid de froment, de légumes, etc., était composé de 12 setiers , dont chacun contenait 2 mines, on 4 miuots, ou 12 boisseaux ( V. Mesures ) ; le muid .d’avoine était le double du précédent ; celui de charbon de bois contenait 20 mines ayant 2 minots ou 16 boisseaux. Le muid de vin contenait 36 setiers ou veltes, de chacune 8 pintes, en tout 288 pintes. Mais ces différentes mesures variaient avec les localités. On donnait aussi le nom de muid à la futaille qui servait à contenir le liquide.
- On évaluait à Paris , le muid , mesure de vin , d’eau, et de tous les liquides , à 288 pintes , à très peu près 8 pieds cubes; la toise cube contenait 27 muids ; le pied cube, 36 pintes. Toutes ces mesures sont aujourd’hui remplacées par l'hectolitre et ses multiples, et nous n’en parlons ici que parce qu’il y a des personnes qui s’obstinent à ne vouloir se servir que d’anciennes mesures , soit par ignorance ou résistance déplacée , soit pour favoriser des fraudes, qu’on trouve bien . mieux l’occasion d’exercer en préférant des usages anciens
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- MULET. 261
- mal fixés, mal définis, et variables au gré de mille circonstances. ( V. Mesures. ) Fr.
- MULE—JENNI ou MULL—JENNY {Arts mécaniques'). Appareil employé dans le filage du coton , pour conserver le parallélisme au mouvement d’un chariot. ( y. T. X, page 62 et PL 24, fig- 12, des Arts mécaniques. ) Fr.
- MULET {Agriculture). L’âne produit un mulet en s’accouplant avec une jument ; le bardeau provient d’un cheval et d’une ânesse ; mais on appelle aussi quelquefois ce dernier un mulet.
- Les qualités des mulets les rendent précieux dans beaucoup de circonstances. Plus sobres que les chevaux , se contentant d’alimens moins délicats, ils ont le pied plus sûr, portent des poids plus lourds, et conviennent mieux aux pays de montagnes : ils sont aussi moins sujets aux maladies. On n’ëst pas dans l’usage, en France , de les atteler aux carrosses ; mais en Espagne et en Italie c’est une chose très ordinaire , quand les mulets sont de belle race. On en élève beaucoup dans nos départemens méridionaux, qu’on exporte en divers pays.
- Le mulet s’élève plus aisément que le cheval, et croît plus vite. L’éducation de ces deux quadrupèdes se ressemble d’ailleurs beaucoup. ( V. Cheval. ) On sait que les mulets son stériles ; mais c’est à tort qu’on croit, en certains pays , que les jumens qui ont produit des mulets ne peuvent plus donner de poulains : cette erreur est constamment démentie par les faits.
- On donne le nom de Muletier à l’homme qui est chargé de conduire les mulets. Dans les pays de montagnes, où les transports ne peuvent être faits par charrois, on fait porter les marchandises à dos de mulet, et c’est un muletier qui conduit une troupe de dix à quinze de ces animaux , qui veille à la sûreté des objets sur la route, qui nourrit et panse les mulets, etc. Cette profession est très répandue en Italie et en Espagne , où les roulages ne sont pas usités comme en France, et où les localités mêmes s’opposent à ce mode de transport. Fr.
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- 262 MUR, MURAILLE.
- MUR, MURAILLE ( Architecture ). On donne ce nom à toute élévation en pierre , moellon, brique, plâtre , meulière , etc., qui forme la cage ou la clôture d’un e'difice, d’un jardin, ou d’un espace quelconque. Lorsque les Caves et Fondatiojîs sont termine'es , on s’occupe de l’élévation des murs, conformément aux plans dressés par l'architecte.
- Les meilleurs murs sont en pierre de taille , avec mortier de cbaux et sable ; le ciment est préféré pour les constructions destinées à contenir l’eau. Ces murs sont réservés aux façades des grands bâtimens. On emploie les pierres dures aux premières assises, à 2 mètres d’élévation, et même jusqu’à 4 et 6 mètres, selon la hauteur du mur et sa charge. Les appuis de croisées, chaînes sous poutre, jambes boutisses, sont aussi en pierre dure.
- Les murs de face ont une épaisseur variable, selon les circonstances ; mais ordinairement cette épaisseur est de 2 pieds (64 centimètres) par le bas , sur la retraite des premières assises : on donne ensuite un peu de fruit, c’est-à-dire que la face est un peu en talus par dehors ; la retraite est d’environ 3 millimètres par mètre. Du côté intérieur, le mur doit être d’aplomb ou vertical ; cependant quelquefois on lui donne un léger surplomb.
- Les murs des maisons ordinaires, et ceux de refends ou mitoyens, sont faits en moellon, meulière, brique , et même pierre de taille ; le choix dépend du prix des matériaux. On les joint avec mortier de chaux et sable ; le plâtre n’y est pas de bon usage. Les moellons sont équarris et disposés par assises. On crépit les murs en dehors à mortier de chaux et sable, et on les enduit intérieurement en plâtre : on leur donne la même épaisseur et le même fruit que ci-dessus. Les murs de refends n’ont que 4§ à 54 centimètres ( 18 à 20 pouces) dé-paisseur, et même moins encore. On les élève en aplomb a chaque étage, mais on peut y faire retraite de 6 lignes (i3 millimètres) de chaque côté et sur chacun des planchers, pour alléger la masse et économiser là dépense.
- Au-dessus des baies des portes et des croisées, on place
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- MUR, MURAILLE. a63
- des Linteaux en bois ; mais la pierre de taille y est beaucoup préférable, parce que le bois est sujet à se pourrir.
- Lorsqu’on craint que la poussée des plâtres ne chasse les niurs en dehors, on les lie avec des tirans de fer, au bout desquels op place des ancres, qu’on assemble au moyen de talons avec des frettes et des clavettes.
- Lorsque les murs sont en brique, il est prudent de faire en pierre de taille les Pieds-Droits des baies et toutes les encoignures. Ces murs sont ordinairement de deux briques d’épaisseur, c’est-à-dire que deux briques y sont placées bout à bout ; ceux qui ont deux briques et demie ont une troisième brique posée en travers, etc.
- Dans les constructions de peu de charge, on se sert souvent de plâtras, joints ensemble avec du plâtre gâché clair.
- Les murs de clôture se font quelquefois en pierre de taille ; mais le plus souvent on y emploie les moellons ou la meulière , joints avec de la terre grasse, ou un mortier de chaux et sable. Il est bon d’y réserver, d’espace en espace, des chaînes en pierre, ou du moins des moellons qui font Parpaing. Le sommet du mur est recouvert par des pierres mises de champ et à mortier de chaux et sable, ou bien en dalles de pierre de taille un peu inclinées. Souvent aussi on y pratique un Chaperon en plâtre ou mortier, ou seulement en terre corroyée et battue. L’épaisseur de ces murs est communément de i5 à i8 pouces (4o à 43 centimètres) par le bas , qu’on réduit de 2 pouces (6 centimètres) par le haut ; la hauteur varie de 6à g et 12 pieds (2, 3 et 4 mètres). S’ils sont très longs, on les consolide par des Contre-Forts ou Eperons ; et s’ils sont destinés à soutenir des terres, on y pratique en outre des Bar-bacanes pour l’écoulement des*eaux.
- Ces murs de clôture se font aussi quelquefois en pierres sèches, c’est-à-dire qui ne sont liées par aucun mortier; mais ces murs n’ont qu’une solidité médiocre : on s’en sert surtout dans les Puisards , ou dans les fonds des puits, ou en contre-mur, pour empêcher l’eau d’atteindre le mur et de le pourrir.
- Nous ne dirons rien ici des murs en Pisai , qui feront le
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- 364 MUR, MURAILLE.
- sujet d’un article se'pare', non plus que des constructions de
- Toutes, des Ravalemens, Cképits, Enduits, etc.
- Quand le maçon veut élever un mur, il place à hauteur convenable deux cordes parallèles dans l’alignement qu’il doit suivre , lesquelles sont distantes l’une de l’autre de l’épais-seur du mur, en sorte que l’une marque l’aplomb du dehors, et l’autre l’aplomb du dedans. Ces cordes sont maintenues par deux lattes ou règles transversales placées horizontalement et soutenues en haut, soit par la portion de mur déjà faite, soit par des règles verticales clouées au mur ou fichées en terre : on les dispose en se servant du fil-à-plomb. C’est donc l’espace compris entre les deux cordes parallèles et le sol ou le bas du mur , qu’il faut remplir de pierres ou de matériaux solidement établis. A mesure que la construction s’élève, l’ouvrier , en alignant à l’œil la corde supérieure avec le bas de mur déjà construit, s’assure qu’aucun moellon ae dépasse ou ne rentre. Les pierres qui sont assez longues pour faire parpaing, c’est-à-dire pour traverser le mur et paraître sur les deux surfaces , sont disposées çà et là pour bien lier les Libages, Moellons piqués et essemillés, etc. On doit toujours ranger les pierres par lits horizontaux, en les plaçant sur leur face la plus plane, et non pas de manière à présenter cette dernière à la surface extérieure , ce qui serait contraire à la solidité. L’intervalle dans le milieu de l’épaisseur est comblé avec blocailles et garnisf c’est-à-dire avec des moellonailles en menues pierres.
- Il faut, avant de commencer la construction d’un mur, se faire assurer de son alignement, en le demandant aux officiers publics, quand le mur donne sur la rue, ou en le faisant décider par experts quand il s’agit d’un mur mitoyen. Dans le premier cas, il faut obtenir de l’administration le pouvoir d’édifier, et même d’échafauder sur la voie publique, et d’y enclore une surface suffisante pour éviter que la chute des pierres ne compromette la sûreté des passans ; dans le dernier cas, il faut d’abord marquer sur le sol la ligne de séparation des deux héritages, ligne qui déterminera le plan vertical de
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- MUR, MURAILLE. a65
- séparation des proprie'te's, soit que le mur ait des deux côtés même épaisseur, soit que, par des causes quelconques , il en doive être autrement. Chaque propriétaire paie la partie de mur qui est de son côté du plan vertical.
- Et si le mur n’est pas mitoyen , le propriétaire qui le fait construire le fonde un mètre en-deçà de la limite de sa propriété, se réservant l’espace extérieur, appelé tour d’échelle, pour y échafauder ou faire à son mur toute réparation qu’il jugera' convenable ; car sans cela, la construction et les réparations ne pouvant être faites en établissant l’ouvrier et les matériaux sur le terrain d’autrui, seraient presque impossibles à effectuer. Si le voisin veut ensuite acquérir la mitoyenneté, il doit payer, outre la moitié du mur, le terrain du tour d’échelle , le tout à dire d’experts.
- Voici l’explication des dénominations usitées en maçonnerie ;
- Le mur de face est celui d’une maison , étendu le long des cours, rues, jardins et lieux extérieurs ;
- Le mur de refends partage les appartemens ;
- Le mur de pignon se termine supérieurement en pointe, où le comble s’appuie ;
- Le mur orbe n’a aucunes baies de portes ou fenêtres ;
- Le mur mitoyen sépare deux héritages , et est construit aux frais communs des deux propriétaires voisins ;
- Le mur de clôture enferme une cour , un jardin, etc., et ne supporte aucune construction ;
- Le mur de terrasse soutient des terres qui s’élèvent d’un côté à'une plus grande élévation que de l’autre côté.
- Le mur d’appui est bas , et sert de garde-fou à une terrasse, un balcon, etc. ;
- Le mur bouclé est près de sa ruine ; il fait ventre avec crevasses.
- Nous terminerons cet article par l’exposition de quelques règlemens relatifs à la construction des murs ; nous avons déjà traité de ce qui se rapporte aux contre-murs des fosses d’aisance. (F. Latrines , Étables , Bergeries , Cheminées, Four..)
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- a66 MUR, MURAILLE.
- La mitoyenneté d’un mur est reconnue ( sauf les titres qui prouvent le contraire ) , entre les murs de séparation des bâ-timens, jusqu’à l’iiéberge ; ou entre cours et jardins, ou enclos dans les champs ; du reste , elle est constatée par un chaperon à deux égouts avec filet de chaque côté (V. le Code, art. 653 et 654), ou bien, lorsqu’il y a des Corbeaux de pierre de chaque côté, mis en bâtissant : mais s’il n’y a filets, corbeaux ou talus au sommet du mur que d’un seul côté, le mur appartient au propriétaire chez qui les eaux sont rejetées , et il n’y a pas mitoyenneté.
- La réparation et reconstruction d’un mur mitoyen est à la charge de ceux qui y ont droit, proportionnellement au droit de chacun (.art. 655). En abandonnant la mitoyenneté, on cesse d’être tenu des réparations , quand le mur ne soutient pas un bâtiment qui appartienne au renonciataire.
- On a droit de bâtir contre un mur mitoyen, de l’exhausser, de le reconstruire en entier, et d’y placer des poutres ou d’y adosser une cheminée. Les frais de construction, l’excédant d’épaisseur du mur, etc. , sont aux dépens de celui qui bâtit; le voisin peut ensuite acquérir la mitoyenneté de l’exhaussement , en payant la moitié de ces dépens ( art. 65y â 66o); et l’on acquiert la mitoyenneté de toute muraille, en remboursant au maitre du mur la moitié de la valeur de la partie qu’on veut rendre mitoyenne.
- Un voisin ne peut pratiquer aucuns travaux contre un mur mitoyen, sans le consentement de l’autre, ou sans un règlement d’experts, qui déclare que la construction n’est pas nw-sible à ce dernier.
- On ne peut pratiquer dans un mur mitoyen aucune fenetre ou ouverture quelconque ; mais on le peut dans un mur a soi seul, pourvu que la fenêtre soit garnie d’un treillis de fer dont les mailles ont au plus un décimètre, qu’elle soit garnie d un châssis à verre dormant, et qu’elle soit à 26 décimètres (8 pieds) au-dessus du sol à rez-de-chaussée, ou 19 décimètres du plancher des étages supérieurs. Les vues droites; fenêtres d’aspect et balcons sont défendus, si ce n’est â 19 dè'
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- MURIER. 267
- cimètres (6 pieds) de distance entre le mur et la limite de l’héritage voisin.
- Le Code civil renferme encore diverses dispositions , dont nous omettrons ici le de'tàil, parce qu’elles se rapportent à des circonstances plus particulières. Fr.
- MURIATES. Ancienne de'nomination exprimant les combinaisons des bases avec l’acide muriatique. {V. Hydrocelo-rates. L*****r.
- MURIATIQUE (Acide). (V. Acide hydrochloriqce.)
- l/f****R.
- MURIER {Agriculture). C’est un arbre dont le bois est peu compacte le pied cube pèse 14 livres i5 onces environ, ou 0,213 kilogrammes par décimètre cube. On en cultive deux espèces : l’une, appelée mûrier noir, ne sert guère que pour son ombrage dans les cours et basses-cours, et pour son fruit, dont le goût acide et sucré est assez agréable ; on sert les mûres sur la table. Ce fruit est une baie mamelonnée, rouge foncé, imitant la framboise. On fait de son jus un sirop qu’on ordonne pour calmer les affections de la gorge et du poumon ; enfin, par la fermentation des mûres , on en retire une liqueuv vineuse, de l’eau-de-vie et du vinaigre. ( V. Fer-mestatiox. ) Cet ari. :e est mâle ou femelle ; on ne cultive que les pieds de ce dernier sexe, les seuls qui soient féconds.
- L’autre espèce, le mûrier blanc , donne aussi des baies sucrées , mais blanches et moins succulentes que les fruits du mûrier noir : aussi ne le cultive-t-on que pour sa feuille , qui est un des objets de commerce de la plus grande importance en certains pays, pour la nourriture des vers à soie. Il ne Ait songer à élever ce précieux insecte, que lorsqu’on s’est assuré des moyens de le nourrir, et réciproquement, on ne doit cultiver le mûrier blanc que dans les lieux où l’éducation des vers à soie est en usage, et permet de compter sur la fente des feuilles. Ces deux branches d’industrie sont ainsi solidaires l’une de l’autre , ce qui empêche quelquefois le commerce des soies de s’introduire dans un pays où il peut prospérer.
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- Le mûrier blanc est un arbre qui atteint n5 à 3o pieds ; ses feuilles sont luisantes et lisses, ovales et lobe'es. Il est originaire de la Chine, ainsi que la chenille qu’il nourrit.
- En Italie et dans nos departement du midi, la culture du mûrier offre de grands avantages , et se trouve fort répandue, MM. Bonafous ont publié sur ce sujet un très bon ouvrage, qui esta sa troisième édition (chez Mme Huzard). On peut multiplier le mûrier par rejets , boutures ou marcottes ; mais les semis sont préférables, parce qu’ils donnent des arbres plus beaux , mieux fournis , et de plus longue vie. Les pays chauds et peu humides sont ceux où la feuille est meilleure et l’arbre plus robuste : cependant il s’accommode de presque tous les terrains et tous les climats. Un bon fond de terre, exposé au soleil du midi, point humide, abrité des grands vents , est ce qui lui convient le mieux ; il croît fort bien dans les rochers, dans les terres arides, calcaires, sablonneuses ; la feuille y est peu abondante , mais d’une excellente qualité pour donner de bonne soie.
- Lorsque le fruit est mûr, on le recueille ; on l’expose à un courant d’air pour que les baies se dessèchent sans fermenter ; ou bien, on les enfouit dans du sable bien sec, ou on les écrase dans l’eau pour en séparer les semences. Dans les pays chauds, on peut les semer aussitôt la maturité, lorsqu’on ne craint pas les gelées.
- On sème par sillons, en planches avec Ados ; on sarcle ensuite , et même on éclaircit le semis , en ne conservant que les pieds vigoureux. On repique en pépinière les jeunes plants nommés pourrettes, dont la tige est au moins de la grosseur d’un tuyau de plume à écrire. On greffe ensuite en écusso#, vers le mois de juin, à quelques pouces de terre ; c’est le moyen assuré de se procurer de bonnes variétés. Lorsque la pousse a produit une belle tige, on transplante à demeure, et l’on arrête le tronc à 5 ou 6 pieds de hauteur, pour former la tête de l’arbre.
- Souvent les champs , les routes, sont bordés de mûueis qui sont espacés entre eux de 2 à 4 toises et plus : l°r'
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- MUSC. 269
- donnance prescrit que les branches ne descendent pas au-dessous de i5 pieds , afin de ne pas gêner la voie publique ; on laisse alors 7 ou 8 pieds au tronc. C’est à la fin de l’automne , ou au printemps , que se font les plantations , quand la sève est endormie. On taille l’arbre de temps à autre pour former la tête , ou supprimer les branches viciées, ou même pour le maintenir nain et en disposition de haie , ainsi qu’on le cultive en certains lieux. Tous les bestiaux aiment la feuille du mûrier, et il faut garantir cet arbre de leurs dégâts. On coupe tous les ans les branches moyennes , pour faciliter le développement d’un grand nombre de jeunes rameaux , qui produisent beaucoup de feuilles.
- La cueille des feuilles se fait en montant dans l’arbre avec une échelle ; l’ouvrier est armé d’un bâton à crochet, pour amener à lui les branches éloignées. On enlève les feuilles en les arrachant de bas en haut, pour ménager les yeux, espoir de la pousse future. On ôte aussi tous les jeunes fruits. Les feuilles, mises dans des sacs , sont portées au logis , puis déposées en tas dans un lieu sec et aéré, pour qu’elles ne s’échauffent pas. On en supprime tous les fruits, qu’on donne aux volailles. Les feuilles sont ensuite portées au marché et données aux vers à soie.
- L’écorce du mûrier, préparée comme le lin, donne une filasse dont on peut faire des cordes : on en compose aussi du papier. Il y a même une espèce de mûrier ( broussonetiapa-pjrifera ) qui est employée en Chine à cet usage. On cultive aussi le mûrier en bois taillis, pour en retirer des échalats et des perches propres à servir de tuteurs, à faire des treillages , etc. Les troncs se débitent en planches dont on fait des futailles, surtout pour le vin blanc, qui en reçoit une saveur agréable et particulière. Fb.
- MUSC. Le musc est une substance aromatique particulière, lui nous est fournie par un animal mammifère ruminant, du genre des chevrotins ; c’est celui que Linné a désigné sous le nom de moschus mosckîferus; il vit au Tonquin et dans le Thibet, où les naturels lui font une guerre très active , uni-
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- 270 MUSC.
- quement pour en obtenir le musc, dont la valeur élevée excite toujours leur cupidité. Cet animal est à peu près de la grosseur d’une chèvre ordinaire ; son poil est de couleur rousse , il est très rude ft comme gaufré ; ce qui le distingue surtout, ce sont deux canines qu’il porte à la mâchoire supérieure , et qui sont tellement prolongées et saillantes, qu’elles forment deux espèces de défenses. Le musc, selon les auteurs les plus accrédités , n’est fourni que par le mâle, et c’est principalement dans le moment du rut qu’il est le plus abondant. Cette singulière substance est contenue dans une sorte de petite bourse, recouverte de poils, que l’animal porte entre le nombril et les parties de la génération.
- On prétend que le musc, dans l’animal vivant, jouit d’une sorte de demi-fluidité, et que ce n’est que parla dessiccation qu’il prend cette consistance pâteuse que nous lui connaissons. Sa couleur est brune-noirâtre ; il est comme grumeleux, et présente assez l’aspect du sang coagulé et desséché par une légère chaleur ; aussi suppose-t-on que c’est avec cette substance qu’on le mélange pour en augmenter le poids. Ce qu’il y a de bien certain, c’est que nous le recevons très rarement dans son état de pureté ; et ce qu’il y a peut-être de plus fâcheux encore, c’est que nous n’avons aucun moyen sûr de reconnaître ces altérations. L’intensité de son odeur est sans doute un des meilleurs caractères auxquels on puisse avoir recours, mais il faut une grande habitude pour en juger avec quelque certitude ; car cette odeur est si forte par elle-même , qu’elle n’est tolérable pour la plupart des personnes , qu’autant qu’elle est déjà très délayée. Il est d’autant plus difficile d’apprécier cette intensité d’odeur, que les marchands ont grand soin d’entretenir le musc dans une sorte de décomposition permanente, en l’exposant de temps à autre dans des lieux humides , puis en le serrant dans des vases hermétiquement fermés. En agissant ainsi, ils obtiennent deux résultats avantageux pour eux : l’un , et c’est le seul qu’ils ont en vue, c’est d’empêcher le musc de se dessécher et de perdre de son poids ; l’autre , c’est de produire un commencement de dé-
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- MUSC. 2<ji
- composition qui donne naissance à' de l’ammoniaque, qui favorise singulièrement le développement de l’odeur du musc, comme de beaucoup d’autres substances aromatiques ; et cela est si vrai, que si l’on dessèche parfaitement le musc en l’exposant un temps suffisant à une chaleur de bain-marie, il devient presque inodore, en perdant et son humidité et son alcali volatil, et que le seul moyen alors de le réhabiliter , est de lui restituer les deux corps qu’on lui a enlevés. Ce fait expliquerait la pratique observée par quelques marchands, et qui semble d’abord si opposée au but qu’ils veulent atteindre. Ils exposent, dit-on, le musc lorsqu’il est ancien et desséché, dans des latrines, où il se dégage sans cesse une grande quantité de vapeurs chaudes et ammoniacales.
- On reçoit dans le commerce deux qualités distinctes de musc : l’un vient du Tonquin, et l’autre du Thibet. Le premier, qui est le plus estimé, est renfermé dans des poches qui sont recouvertes d’un poil brun-roussâtre ; l’autre, au contraire , qu’on nomme plus ordinairement musc kabardin, est recouvert d’un poil blanchâtre et comme argenté : il est moins odorant.
- bous devons à MM. Guibourt et Blondeau une bonne analyse du musc Tonquin ; ils y ont retrouvé
- de l’eau ;
- de l’ammoniaque ; de la stéarine ; de l’élaïne ; de la cholestérine ;
- une huile acide combinée avec de l’ammoniaque ; une huile volatile ;
- des hydrochlorates d’ammoniaque, de potasse et de chaux ; un acide indéterminé, en partie saturé par les mêmes bases ; de la gélatine ; de l’albumine ; de la fibrine ;
- une matière très carbonée, soluble dans l’eau ;
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- 2-2 MUSCADE,
- un sel calcaire soluble , à acide combustible ; du carbonate de chaux ; du phosphate de chaux ; des poils et du sable.
- On conçoit que ces résultats ne peuvent pas être d’une constance bien rigoureuse ; car divers motifs s’y opposent, et le principal dépend du peu de certitude qu’on peut avoir sur la purete' du musc soumis à l’analyse. Ainsi , il est très possible que, dans le grand nombre de substances signalées par MM. Guibourt et Blondeau, il y en eût plusieurs qui ne lui appartinssent réellement pas. Une autre raison qui doit apporter quelques anomalies dans les résultats, c’est le degré de ve'tusté de l’e'chantillon sur lequel on opère ; car le plus ou le moins d’alte'ration qu’il aura subie apportera au moins quelques changemens dans les proportions relatives des élé-inens, et peut-être certains d’entre eux auront-ils disparu, tandis que d’autres auront pris naissance. D’après cela, il est évident que pour faire une bonne analyse du musc, il faudrait l’extraire soi-même de l’animal, et le soumettre immédiatement aux essais.
- Le musc est très employé en Médecine, comme un excellent tonique, et c’est surtout dans les affections spasmodiques qu’on l’administre plus fréquemment. Son odeur suave, lorsqu’elle est suffisamment étendue ou délayée, le fait rechercher de beaucoup de personnes, et il forme la base d’un grand nombre de parfums. • R.
- MUSCADE. Fruit du myristica moscata, bel arbre delà famille des laurinées de Jussieu, qui croît aux îles Molu-ques, et que l’on cultive depuis long-temps à l’île de France.
- Toutes les parties de cet arbre sont très aromatiques; néanmoins on n’emploie que les portions du fruit que nous connaissons sous les noms de muscade et macis. Ce fruit, dans son entier, est une espèce de drupe de forme ovoïde, de b grosseur d’une pêche ; il est sillonné longitudinalement. Le brou qui en forme la première partie est charnu; mais b
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- MUSCADE. 273
- pUlpe en est assez aride, et elle se dessèche promptement. On trouve au-dessous de ce brou une autre enveloppe formée de petites lanières irrégulières, coriaces, qui s’enlacent et forment comme une espèce de réseau ; c’est le macis proprement dit. Il est rouge lorsqu’il est récent, et devient jaune par la dessiccation : c’est un aromate fort agréable, dont nous avons déjà fait mention. ( V. ce mot. ) En enlevant le macis, on découvre une coque brune assez mince, sèche et cassante , presque insipide : on n’en fait aucun usage. Cette coque renferme enfin une semence qui est la muscade, et que tout le monde connaît.
- La muscade est de la grosseur d’une très petite noix ; elle est d’une couleur cendrée tirant un peu sur le rouge-; sa surface est rugueuse et comme sillonnée. Lorsqu’elle est de bonne qualité, elle doit être assez lourde à la main, et quand elle est légère, c’est une preuve certaine qu’elle a été détériorée , piquée par les vers , ce qui arrive très fréquemment ; et il y a sous ce rapport les plus grandes précautions à prendre pour ne pas être trompé, parce que cet article étant toujours d’un prix assez élevé, les marchands mettent tous leurs soins à lui conserver un bel aspect. Ainsi, lorsqu’ils s’aperçoivent que la muscade se pique, ils rebouchent fort artistement les trous pratiqués par les insectes, avec une pâte composée de poudre et de beurre de muscade, puis ils les roulent dans un peu de poudre ou dans un laitde chaux,de manière à donnerune teinte uniforme. Il faut y regarder de très près pour s’apercevoir de cette fraude, et pour s’en convaincre il est nécessaire de briser les muscades. Quand elles sont saines, on trouve leur intérieur comme marbré ; on remarque une foule de veines de couleur ou grise ou rougeâtre , qui sont irrégulièrement disposées ; l’odeur en est agréable , mais forte et aromatique. L’intérieur est onctueux au toucher ; cependant la muscade possède une assez grande dureté, et ce n’est qu’avec un peu de difficulté qu on peut l’entamer à l’aide du couteau ; la saveur eu est acre, chaude et très aromatique. Ces dernières propriétés dépendent principalement d’une huile volatile qu’on peut Tome XIV. 18
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- 2?l MUSÉE.
- obtenir de la muscade en la soumettant à la distillation arec de l’eau. Outre cette huile volatile , la muscade contient encore une substance grasse assez solide, et qu’on peut en séparer par la compression entre deux plaques chaudes , après qu’on en a retiré l’huile volatile. Cette matière sébacée réunie à l’essence constitue le produit que nous recevons dans le commerce sous le nom de beurre de muscades : on le prépare dans le pays même où l’on récolte les muscades , et l’on n’y consacre que celles dont la qualité inférieure ne permettrait pas d’en trouver le débit. On les pile et on les soumet à une forte compression. La matière grasse qui en découle prend la consistance du suif ordinaire, a une saveur et une odeur très agréables. Il est d’une couleur jaunâtre veinée de blanc. On en fait usage en Médecine ; il entre dans la composition de quelques linimens fortifîans.
- La muscade que nous venons de décrire est désignée dans le commerce sous le nom de muscade femelle, pour la distinguer d’une autre espèce qu’on attribue au mjrislica to-mentosa, et qu’on nomme par opposition muscade mâle, parce qu’elle est plus grosse, d’une forme plus allongée ; mais sa saveur est moins aromatique. Elle est encore plus sujette que la précédente à être attaquée par les insectes , et elle n’est point estimée ; mais comme elle est à bon marché, on la substitue frauduleusement à la muscade femelle. On appelle aussi la muscade mâle muscade sauvage, parce que l'arbre qui la produit croît sans culture.
- La saveur et l’odeur aromatiques de la muscade la font rechercher comme un condiment des plus agréables , et l’on en fait un grand usage dans toutes nos cuisines. La Médecine a également mis à profit cette précieuse semence ; elle fart partie de plusieurs médicamens toniques. R-
- MUSÉE ( Architecture ). On donnait autrefois ce nom à un édifice élevé dans la ville d’Alexandrie en Égypte, où l’on entretenait, aux dépens du public, un certain nombre de personnes distinguées par leur mérite, comme l’on entretenait à Athènes , dans le Prytanée , les hommes qui avaient rendu
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- MUSETTE. 2~S
- des services importuns à la république. Selon Strabon , lé Musée était un grand bâtiment orné de portiques, de galeries et de grandes salles, où l’on conférait sur les différentes matières de Littérature , de Sciences , etc., et d’un salon où les savans mangeaient ensemble. Des revenus étaient affectés à ce genre de dépenses. Cet établissement était dû à la munificence des Ptolémées.
- De nos jours , on appelle musée tout endroit où l’oti renferme et conserve des choses qui se' rapportent aux Beaux-Arts ou aux Sciences naturelles. Plusieurs de ces établissemens existent à Paris, qui font l’admiration de tous les peuples. On comprend que la distribution des localités dépendant essentiellement de la multitude et de la nature des objets qu’on veut conserver, il ne nous est pas permis de donner des détails de construction sur ce genre d’industrie. Fr.
- MUSETTE ( Arts physiques). Instrument de musique champêtre , dont les sons doux et flûtes ont Un caractère de naïveté particulière, et sont moins durs et moins rauques que ceùx de la Corxemuse : il est joué d’une manière analogue. La construction de ces deux instrumens étant semblable, est fondée sur les mêmes principes.
- Le corps de la musette est Une poche de peau de mouton qui a la forme d’une vessie , est cousue et très serrée, de manière à ne pas laisser perdre le vent qu’on y introduit, en soufflant avec la bouche par un tuyau à soupape , ou plus ordinairement avec un petit soufflet. On laisse à cette outre un orifice pour y introduire les deux chalumeaux et le bourdon, qui s’y trouvent insérés par un bout dans une boîte, et tellement ajustés que l’air ne puisse s’échapper au dehors des tubes.
- Les chalumeaux ont chacun une Anxhe placée vers la partie où entre le vent, et sont creusés d’un canal selon leur longueur. Le vent qui entre dans ce canal traverse l’anche et résonne en vibrant ; le son est modifié par des trous percés le long de ce tube, corrimé aux flûtes, en sorte que ces trous, ouverts ou bouchés par les doigts , produisent les divers sons
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- 2^6 MUSETTE.
- de la gamme. L’instrument, sous ce rapport , est analogue à deux Hautbois dont les tubes sont parallèles et les diapasons différens ; la the'orie en est absolument la même , et nous ne croyons pas necessaire de revenir ici sur ce qui a été dit ailleurs. ( V. Clarinettes, Flctes. ) Les chalumeaux sont des tuyaux d’ivoire percés, savoir, le grand de sept trous , le petit de six.
- Pour jouer de la musette , il faut s’entourer le corps de la ceinture qui porte l’instrument, et à laquelle sont attachés le soufflet et la poche. On passe autour du bras droit un bracelet qui tient le dessus du soufflet et serre le bras en s’agrafant ; ce soufflet se trouve ainsi placé sous le bras droit, et en le faisant jouer, on gonfle l’outré , qui est maintenue sous le bras gauche. En serrant plus ou moins cette outre , on force le vent à s’échapper par les boîtes, où sont ajustés les chalumeaux et le bourdon. Quant au bec du soufflet, il entre à frottement dans un tube court ou porte-vent, qui sert de conduit à l’air, et porte la soupape qui empêche l’air de ressortir en arrière quand le panneau du soufflet se relève. On souffle jusqu’à ce que la poche soit pleine et ronde, et l’on enfonce celle-ci sous le bras gauche à mesure qu’elle se gonfle. Quand elle est tout-à-fait remplie d’air, et enfoncée le plus possible sous le bras gauche, en l’y poussant avec la main droite , on appesantit ce bras , et en même temps on modère l’action du soufflet, de manière que le volume de vent soit égal à l’entrée et à la sortie ; car lorsqu’on force le vent, on étouffe le son, et les anches cessent de parler.
- Le grand chalumeau est tenu de la main gauche. Le premier trou, le plus proche de l’anche, est en dessous ; c’est le pouce qui le ferme : les six autres trous sont en dessus , et fermés, savoir, le deuxième par l’index , le troisième par le doigt du milieu, le quatrième par l’annulaire. Quant aux trois autres trous , ils sont bouchés avec l’index, le doigt du milieu et l’annulaire de la main droite. Il y a en dessous deux Clefs , l’une pour le si b, l’autre pour le mi b ; le pouce droit est placé entre ces clefs , et en position d’attaquer celle qu’on veut.
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- Quand les sept trous sont bouches, le son rendu est sol, â l’unisson de celui de la seconde corde du violon, qu’on attaque avec trois doigts, et dont la note est écrite sur la ligne de la clef de sol. Pour faire parler l’instrument quand les sept trous sont bouches, on ferme, avec le petit doigt de la main droite , le trou de la perce, c’est-à-dire celui du bout du canal longitudinal, et l’on relève subitement ce doigt pour déboucher ce trou ; c’est ce qu’on appelle donner un coup de doigt. Lorsque ce dernier trou est fermé , le son rendu est le/à j au-dessous du sol dont on vient de parler. En débouchant successivement les trous à partir du bout , on rend les sons de l’octave naturelle depuis le sol, pourvu qu’on tienne toujours bouchés tous les trous , excepté celui qui est propre au son qu’on veut rendre, car on ne doit jamais déboucher aucun trou que tous les autres ne soient bouchés.
- Quant au petit chalumeau , il porte six clefs ; le pouce de la main droite en attaque trois pour le sol di'eze, le la et Y ut naturels de la seconde octave supérieure , et le petit doigt de la gauche les trois autres pour le si , le si et le ré naturels de cette octave. Enfin, on peut rendre le fa di'eze, le sol di'eze, etc.
- On voit que cet instrument, déjà si limité par la possibilité de forcer le vent et de donner de l’expression au chant qu’on fait entendre, l’est encore bien plus par l’étendue diatonique de son échelle musicale. On ne peut jouer que certains airs composés exprès ponr l’instrument, et dont le caractère soit tendre et doux : aussi la musette est-elle fort peu en usage, et devient-elle moins usitée chaque jour. On la remplace par le hautbois, dont les sons, bien plus nourris et plus expressifs , ont pourtant une sorte d’analogie avec les siens ; et lorsque, dans nos orchestres, on veut faire entendre quelque air flûte et champêtre appelé musette, c’est le hautbois qu’on fait parler.
- Nous n’avons rien dit du bourdon, parce que, destiné à faire entendre constamment un son de tenue à la quinte basse, °n à l’octave du ton de l’air qu’on joue , il ne produit qu’un
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- son continu et monotone , appelé' par les musiciens tasto-solo; c’est pour de'truire cet effet désagréable qu’on supprime souvent le bourdon, parce qu’au lieu d’ajouter du charme à la musique, il en rend l’expression fatigante. La cornemuse s’accommode mieux de cet accessoire, parce que, destinée aux danses montagnardes , elle a besoin de sons plus robustes et mieux nourris pour être entendus au loin. D’ailleurs, les airs rendus par elle, en sons rauques et sans grâce, se mêlent volontiers à cette basse uniforme.
- Quoi qu’il en soit, le bourdon de la musette est un tuyau d’ivoire de 5 à 6 pouces de long , formant un cylindre d’environ t pouce à 15 lignes d’épaisseur ; et comme un tube aussi court ne pourrait suffire à rendre un son grave , dont on sait que le ton est déterminé par la longueur du tuyau ( V. Corde sonore , Clarinette , Son ), on se sert d’un procédé fort simple ; c’est de replier le tube sonore en serpent dans la longueur. Le bourdon est creusé longitudinalement de plusieurs canaux, et l’on fait communiquer l’un à l’autre, en bouchant le bout ; de cett.e manière , deux ou trois tubes n’en forment qu’un seul, qu’on fait serpenter autant de fois qu’il est nécessaire pour que la longueur totale développée en ligne droite soit propre à produire le son désiré.
- Le pourtour du bourdon est occupé par plusieurs rainures parallèles à l’axe , appelées coulisses; elles sont travaillées de manière à être moins larges vers l’extérieur qu’au fond, pour y loger les layettes. Ce sont de petits verroux d’ivoire, dont la tète dépasse, et qui sont taillés en queue d’aronde, de manière à se loger dans les coulisses , qui les maintiennent par leurs guides. Çes layettes servent à accorder l’instrument-
- On place une anche au bout du tuyau qui est proche la boîte où le bourdon est entré dans l’outre ; le vent qui passe dans le tuyau fait résonner l’anche. Ce tuvau communique par le bout opposé avec un autre qui lui est parallèle, en laissant une fente dans le milieu de la coulisse , fente qui pé-nètz-e dans le tuyau contigu. Les layettes régissent le son, en ouvrant ou fermant plus ou moins le passage au vent. Il n’y a
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- d’ordinaire que cinq layettes et quatre anches. Deux forment les basses d’ut et de sol; la troisième donne le son à l’octave en dessous , on l’appelle taille; une autre donne Vut à l’octave du premier, c’est la haute-contre ; la cinquième lavette rend le petit sol, qui est à l’octave du premier, c’est le dessus.
- Nous ne croyons pas ne'cessaire d’expliquer plus au long la fabrication des musettes ; la tbe'orie en est la même que celle des clarinettes , et ce qui a été exposé à l’article des Cornemuses suffira pour en faire concevoir le mécanisme. D’ail-leurs , les musettes sont actuellement de si peu d’usage , qu’il serait superflu d’en parler avec détail. Il faut, pour apprendre à jouer de cet instrument, prendre presque autant de peine que pour se servir d’un hautbois ou d’une clarinette ; mais quelle différence dans la qualité du son de ces instrumens, dans les ressources qu’ils offrent, dans l’expression musicale et dans l’étendue des moyens ! L’avantage qu’on peut trouver à la musette de ne pas fatiguer la poitrine de l’exécutant est de peu d’importance, et emporte avec lui tant d’inconvé-niens , qu’on ne doit y voir au contraire qu’un défaut. Cette continuité de sons que n’interrompt aucun repos , qui ne varient ni d’intensité ni d’éclat, qu’on n’entend plus à quelques pas de distance , font de la musette un instrument pauvre et dédaigné, quelque talent que l’artiste mette dans l’exécution. Fb.
- MUSETTES ( Technologie ). Dans l’art du fabricant de papier, on nomme musettes ou bouteilles, des cloches plus ou moins considérables, occasionées par l’air comprimé entre la feuille et le feutre, lorsque la feuille n’adhère pas exactement au feutre dans toutes ses parties. Cette faute peut être due ou au coucheur ( c’est le second ouvrier de la cuve ) , qui a mis de la négligence en couchant la feuille , ou bien qui n’a pas mis assez de Jlotres sous la première feuille pour former un matelas assez épais, afin que la forme puisse s’appuyer partout également. Cette dernière circonstance surtout permet à l’air de se loger entre le flotre et la feuille, et comme l’air n’a
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- plus d’issue pour s’échapper, il s’oppose à ce que la feuille touche le drap , et forme une cloche dans cette partie. La pression que l’on exerce ensuite par la forte action de la presse comprime cet air emprisonné, qui, agissant par son ressort, tend à dilater l’étoffe du papier, et quelquefois la déchire. Ces vides s’allongent toujours dans le sens suivant lequel le coucheur applique la feuille sur le Jlotre, c’est-à-dire de sa droite à sa gauche.
- Ce sont surtout les premières feuilles d’une porse qui sont les plus sujettes à bouteiller, par les raisons que nous avons données. Ces bouteilles peuvent aussi être occasionées par l’inadvertance du coucheur, qui, ne faisant pas attention que le jlotre a été retourné , coucherait sa feuille sur le côté où se trouve le poil du drap ; car alors le poil tiendrait la feuille en l’air, elle ne s’appliquerait pas sur le drap et formerait une sorte de bouteille qui se distingue bien de la première-, sur la surface de laquelle on aperçoit les empreintes des brins de la verjure , tandis qu’on n’en aperçoit aucune sur la dernière.
- Les bouteilles se forment aussi quelquefois parce que le coucheur a manqué d’activité, qu’il a laissé trop long-temps la forme sur le trapan avant de la coucher. La feuille s’est dépouillée d’une trop grande quantité d’eau , et n’en a pas conservé assez pour imbiber suffisamment le jlotre pour le faire adhérer. Les bouteilles proviennent aussi de ce que le jlotre s’est engraissé, terme de papetier, pour dire qu’il a besoin d’être lessivé.. Pour éviter les bouteilles occasionées par ces diverses circonstances, il faut beaucoup d’exactitude et de propreté ( V. Papetier.) L.
- MUSIQUE {Arts physiques). Il nous est interdit de nous occuper ici de la Musique considérée comme une science de composition ou d’exécution ; nous n’avons pas compris les Sciences et les Beaux-Arts parmi les sujets que nous dussions traiter dans notre Dictionnaire technologique , et à ce titre la Peinture, la Médecine, les Mathématiques , etc. , s’en trouvent exclues aussi bien que la Musique; mais la partie de ces
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- connaissances qui est purement mécanique et industrielle ne doit pas être omise , surtout lorsqu’elle donne l’existence à quelque profession particulière. C’est sous ce rapport seul que la Musique peut être envisagée ici. Mais nous avons consacré une série d’articles aux métiers qui ont pour objet la confection des instrumens tant à cordes qu’à vent, tels que les facteurs de Cors, Clarinettes, Flûtes, Hautbois, Violons, Forte-Piano , etc. ; il ne nous reste donc que peu de chose à dire sur la Musique, puisque nous ne devons traiter que des sujets qui n’ont pu trouver place dans des articles spéciaux, où nous avons cru qu’il serait plus naturel que le lecteur les allât chercher.
- On donne dans le commerce le nom de musique à des appareils qu’on met en jeu par une manivelle, ou plutôt par un ressort d’horlogerie renfermé dans un cylindre, qu’on monte comme une pendule ou une montre ; tantôt ce sont des lames d’acier formant ressort, que viennent attaquer des chevilles fichées à la surface du cylindre , en des lieux convenablement choisis. Comme ces lames sont taillées de longueurs variées, elles rendent divers sons, et ces sons, produits dans un ordre successif, font entendre des chants : nous avons déjà expliqué , à l'article Cylindre noté , la manière de construire ces sortes de musiques. Tantôt ce sont des tuyaux de longueurs tellement réglées, que les sons produits par les anches qu’on adapte à l’un de leurs bouts peuvent aussi rendre des airs, à l’aide d’un soufflet qui y fait couler le vent. Ces appareils prennent plus ordinairement le nom d’ORGUE ou Serinette ; d en sera question dans des articles séparés.
- Nous avons déjà traité, aux articles Monocorde et Diapazon, des moyens de conserver un ton fixe, d’accorder les Harpes et les Forte-Piano , et des difficultés qu’on y rencontre, à cause de ce qu’on appelle le tempérament.
- Les principes généraux d’acoustique qui servent de base à la théorie de tous les instrumens de musique sont développés aux articles Cordes vibrantes , Clarinette , Son , Flûte , etc. Ces principes, trop peu connus des artistes qui exécutent la
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- Musique, et même de ceux qui fabriquent les instrumens, sont cependant la première et principale instruction qu’ils devraient recevoir pour se distinguer dans leur art.
- La musique est e'crite sur un papier re'gle' ; cinq lignes parallèles , espace'es l’une à l’égard de l’autre d’environ i a millimètre , plus ou moins, font ce qu’on appelle une portée. C’est sur ces lignes , ou dans leur intervalle, qu’on place les notes; ce sont de gros points noirs , ou des cercles , qui indiquent le degré du son , depuis le grave jusqu’à l’aigu , selon la place qu’on leur fait occuper sur la portée ; et comme il n’y a que onze places, on n’y pourrait marquer que onze notes, si l’on n’ajoutait pas quelques lignes accidentelles, soit au-dessus, soit au-dessous de la portée, pour en étendre l’usage , et servir de signes à des sons plus graves ou plus aigus que les onze premiers.
- Mais ces lignes additives à la portée rendent la représentation confuse et difficile à lire, quand elles sont trop multipliées; c’est ce qui a déterminé à se servir de clefs, qui changent le diapazon de la portée. Voici l’usage de ces clefs; elles sont au nombre de trois , celles defa, d’ut et de sol. On donne le nom de la clef à toute note qui est placée sur la même ligne qu’elle : ainsi, quand la clef de sol est sur la seconde ligne, toutes les notes situées sur cette même ligne sont des sols. De là résultent les noms des autres notes, en suivant l’ordre diatonique, ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ut. Dans la fig. y, PI. to, des Arts de Calcul, nous avons figuré ce système : on y voit 11 lignes, sur lesquelles sont placées les trois clefs. Dans les fig. 7 et 8 , on. y voit un sol noté sur la clef de fa; le même son sol, à l’unisson, est noté dans les fig. 9, 10 et 11, sur les trois clefs d’zn usitées, savoir, celle de taille, 9; de haute-contre, 10 , et de dessus ou voix de femme ,11. Tous les ut marqués sur la ligne de la clef sont a l’unisson ; le sol de u est à l’unisson du sol de la fig- I2' D’après ces figures, il sera bien facile de se rendre raison àu degré de chaque ton indiqué par une note sur une clef quelconque;, et l’on comprend comment, en adoptant pour noter
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- un air, celle qui se rapporte à l’espèce de voix pour qui il est fait, les notes se trouvent presque toutes comprises entre les limites de la porte'e, et rendent presqué inutiles les lignes supple'mentaires.
- On vend , chez les papetiers , des papiers réglés pour noter la musique. Ce réglage se fait avec une griffe, qui est composée de cinq Tike-Ligxes convenablement espacés : on en trempe les bouts dans de l’encre un peu claire, et l’on peut, en glissant la griffe le long d’une règle , tracer à la fois les cinq lignes de la portée. On marque d’avance sur le papier, avec un compas, les intervalles qui séparent les portées , et il est très facile ensuite de régler le papier. Chaque tire-ligne de la griffe est formé de deux petites lames de laiton parallèles et allant en s’élargissant depuis leur pointe. Les cinq tire-lignes sont assemblés à vis sur un manche. On peut aiguiser les lames lorsqu’elles sont usées, soit en y passant une petite lime, soit à l’aide de la pierre à l’huile. Il faut autant de ces griffes qu’on veut d’espèces de portées ; car les lignes parallèles , quoique également espacées les unes à l’égard des autres, peuvent l’être toutes plus ou moins, selon la nature de la pièce plus ou moins chargée de notes, et selon la longueur du morceau à copier.
- On distingue dans un son, outre sa qualité, qu’on ne peut exprimer par des signes, trois choses particulières : i°. le ton, ou le degré du grave à l’aigu ; nous avons traité ci-dessus des moyens dont on se sert pour écrire les tons ; 2°. la force ou l'intensité , qu’on indique en écrivant sous le trait les mots fortejpiano, dolce, etc.,... ou seulement les initiales F,P,D de ces mots italiens ; 3°. la durée du son. Ceci mérite explication.
- On remarque dans un air des sons qui sont plhs marqués qvte d’autres , et qui, revenant péridioquement à des intervalles égaux , donnent à cet air un rhjthme particulier : c’est ce qui constitue la mesure. Chacun sent aisément que, soit en Marchant, soit en dansant, au son d’un tambour ou d’un Mstrument, ou même de la voix , il y a des retours réguliers
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- qui appellent nécessairement les pieds à retomber ; ces chutes partagent le chant en espaces courts et égaux nommés mesures ; il en est de plusieurs sortes, qu’on indique par des chiffres eu tête du morceau de musique. Un quatre, un deux, un trois, etc., indiquent une mesure composée de quatre, de deux ou de trois temps égaux. Il y a d’autres mesures encore , outre celles-ci, qui sont les principales ; il serait superflu de les énumérer ici.
- Cet intervalle d’une mesure est occupé par divers sons successifs , dont la durée relative est indiquée par la queue de la note ou par la forme même de la note. Un cercle vaut quatre noires, et s’appelle une ronde j le son remplit alors seul une mesure à quatre temps. Une blanche ne dure que deux noires; elle est représentée par un cercle ayant une queue. La noire est un gros point ayant une queue droite ; elle vaut un temps; il en faut deux pour la durée d’une blanche : la noire, dont la queue est terminée par un crochet simple , double ou triple , exprime un son dont la durée est de la moitié, du quart ou du huitième d’une noire. Ces signes suffisent pour caractériser la durée relative des sons représentés par les notes. La fin de chaque mesure est marquée par un trait qui coupe transversalement la portée.
- Quant au mouvement général du morceau , on l’indique en tète par des mots italiens , tels que presto, allegro, vivace> adagio, etc. ; et une fois que la vitesse de la première mesure a été donnée par ces termes , comme la durée de chaque mesure est la même dans tout le morceau , on conserve partout cette même vitesse. Il est vrai que les expressions vite, vif, grave, lent, ne désignent qu’imparfaitement le degré du mouvement de l’air, et que la plus légère différence dans la vitesse des traits suffit pour changer le caractère et l’expression de la pièce ; mais on est parvenu à donner à l’art des indications tellement précises , qu’on est assuré de rendre toute pièce de musique juste avec la vitesse que l’auteur a eue dans son intention.
- On a donné le nom de métronomes aux instruirions destine»
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- à indiquer la vitesse des morceaux de musique. Bréguet eu avait imagine' un singulièrement ingénieux, comme tout ce qui sortait de sa tète ; c'était une pendule de cheminée , dont on pouvait changer à volonté la rapidité des mouvemens , en variant la longueur de son pendule : mais cette jolie pièce était beaucoup trop chère pour servir d’instrument usuel. Je ne dirai rien de quelques autres inventions de ce genre, et je me contenterai de décrire le métronome de Maelzel qui est si simple et si peu coûteux , qu’il est généralement adopté de tous les musiciens.
- Lorsqu’on accourcit la longueur d’un pendule, ses vibrations s’accélèrent suivant une loi qui-sera exposée au mot Pevdcle'. Mais on peut aussi faire varier la vitesse d’un pendule, en prolongeant sa tige en haut de la suspension, et la chargeant d’un petit poids mobile, puis faisant glisser ce poids curseur C le long de la tige ST fixée en haut du pendule P, au-dessus du point de suspension S. Le poids P (fig. i3 , PL 10 , des Arts de Calcul) a son centre à 8 centimètres de S , et la tige ST, 18. Cette tige est marquée, à distances convenables et inégales, de traits qui indiquent la place que le haut du curseur doit occuper pour que le pendule fasse en une minute un nombre d’oscillations qui est inscrit sur une lame placée derrière. Veut—on que le pendule batte 112 coups par minute, on descend le curseur jusqu’au trait portant le n° 112 , et ainsi des autres. Ces marques sont faites, par expérience , sur un de ces appareils , avec un grand soin ; tous les autres sont ensuite exé-cute's sur le même modèle. Le même pendule, de 8 centimètres de long, peut donc battre des oscillations de la durée d’une seconde , et même de' plus lentes encore, lorsqu’on élève beaucoup le poids curseur : ses oscillations s’accélèrent-, au contraire, lorsqu’on descend ce poids.
- On conçoit maintenant que, pour indiquer la vitesse d’un, morceau de musique , il suffira de marquer un chiffre à côté d’une note; ce chiffre indiquera à quel numéro il faut placer le curseur du métronome, pour que les battemens aient un intervalle précisément égal à la durée de la note dont il s’agit.
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- Par exemple, une noire et ii6 indiquent qu’en plaçant le curseur au n° ii6, la vitesse des battemens du pendule (i 16 coups par minute) sera la dure'e d’une noire dans la pièce à exe'cuter.
- Yoici maintenant comment les oscillations se conservent et se font entendre. PT (fig. i4) est le pendule; AB, Taxe de suspension perpendiculaire à PC ; C, le curseur ; E, une roue de 3o dents écartées et en forme de chevilles ; en D, sont soudés les deux bras d'une ancre qui, lorsque le pendule oscille, laisse passer une dent de la roue E à chaque double oscillation ; e est un pignon de i o ailes, qui engrène avec la roue F de 120 dents , en sorte que celle-ci va t2 fois plus lentement que E , et que chaque tour entier dé F répond à 720 =60 X12 oscillations du pendule. Sur l’axe de la roue F est un barillet contenant un grand ressort à la manière de celui des montres; son axe carré peut être saisi par une clef, et l’on monte le ressort : il y a même un Remontoir pour empêcher que b force qui tourne l’axe ne dépasse celle du ressort et ne le brise. Un rochet qui retient l’axe empêche le barillet de tourner sans entraîner la roue F, et par suite la roueE. Comme chaque fois qu’une dent passe dans l’ancre ( V. Échappement ), elle frappe et butte sur son bras , on entend un choc assez fort pour servir de régulateur au mouvement de la pièce de musique.
- On n’a pas pour objet, en se servant du métronome, de faire durer ses battemens autant que le morceau qu’on joue. Les musiciens savent bien qu’une exécution qui s’assujettirait constamment à des temps aussi réglés, serait sans grâce et d’une monotonie fatigante. D’ailleurs, ce régulateur glacerait le génie de l’artiste , et étoufferait toute expression : mais une fois qu’on a écouté le métronome durant quelques secondes, et qu’on a saisi l’intention de l’auteur, on impose silence â ce régulateur, en arrêtant le haut T du balancier à une lame fixee à la boîte. Cette boîte est d’acajou, en forme de pyramide quadrangulaire ; elle protège les rouages contre la poussière et les accidens.
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- La musique qui se vend dans le commerce d’Italie est manuscrite ; mais en France on préfère la musique gravée, et le commerce n’en a guère que de cette espèce. Ce sont souvent des femmes qui gravent la musique ; elles se servent de planches d’étain , sur lesquelles elles gravent à l’outil les lignes parallèles qui composent les portées, et ensuite frappent les notes à l’aide de poinçons d’acier de formes et de grandeurs convenables. Elles s’attachent à copier fidèlement le manuscrit; seulement, comme il est très rare qu’on puisse graver la pièce entière sur les deux pages en regard, on est obligé de tourner le feuillet lorsqu’on est arrivé au bas du recto, pour continuer la lecture. Il faut donc , pour que la mesure ne soit pas suspendue, faire tourner le feuillet à un instant où l’exécution en laisse le loisir, et c’est à la graveuse à choisir ce moment avec intelligence. Les copistes sont aussi obligés au même soin. C’est pendant une pose ou un point à’orgue qu’on fait ce mouvement, parce qu’alors le jeu est suspendu momentanément.
- La nécessité de tourner le feuillet se fait surtout sentir aux pièces de piano et de harpe, ainsi qu’aux concerto de divers instrumens, pièces jouées par une personne seule, et que l’auditoire écoute. On a imaginé plusieurs moyens mécaniques de retourner la feuille ; celui qui paraît fonctionner le mieux a été inventé par M. Paillet, horloger. Une pédale qu’on presse avec le pied , ou un ressort qu’on touche avec le genou ou la main, fait faire une demi-révolution à un cadre fait de quatre tringles de métal, et attaché au milieu du pupitre : la feuille, qu’on a d’avance disposée sur ce cadre , est soulevée et appliquée sur sa face postérieure. Comme l’usage des musiciens est de se servir de la langue italienne pour exprimer tous les accidens de l’exécution, et que l’on indique Parles mots voltipresto qu’il faut vitement tourner le feuillet,
- 1 appareil de M. Paillet a été appelé un volti presto. On peut 1 adapter à toute espèce de pupitre recevant la musique qu’on Teut jouer. {V. le Bulletin de la Société d’Encouragement Pour 1828. )
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- 5.88 MUTAGE, MUTER.
- Lorsque la pièce doit être exécutée par plusieurs personnes jouant ensemble des choses différentes qui s’accordent entre elles , on écrit toutes ces pièces sur la même feuille de papier : une portée est réservée au jeu de la première personne, une autre portée pour la seconde, et ainsi des autres ; c’est ce qu’on appelle une partition. Par exemple , comme les pièces de piano sont jouées par deux mains, la gauche faisant la basse et la droite le dessus, chaque main exécute ce qui est écrit sur la portée qui y correspond ; la partition a alors deux portées. Il y aurait trois portées , si en outre la pièce de piano portait un accompagnement de violon ou de flûte. Les partitions d’opéra ont dix , douze, quinze portées et plus, qui se jouent ensemble par l’orchestre et les chanteurs , chaque partie ayant sa portée. Alors toutes les lignes d’une page entière sont jouées à la fois, et la page ne tient lieu que d’une seule ligne.
- Pour que la lecture des partitions soit possible, il faut que les traits transversaux qui marquent les mesures, et même que les durées des sons qui se produisent ensemble, se répondent exactement selon la verticale ; il faut que les paroles qu’on chante soient aussi placées syllabe par syllabe sous les notes qui leur appartiennent. On peut, d’après cela, comprendre combien de soins exigent les copies et les gravures des partitions pour être nettes et intelligibles ; on voit aussi qu’il faut bien souvent tourner les feuillets dans l’exécution des partitions, et même des pièces de harpe et de forte-piano.
- La multitude des personnes qui s’occupent de la Musique est immense ; non-seulement les théâtres, leurs préposes. leurs fournisseurs , sont en nombre considérable; n>»u encore les copistes , graveurs, régleurs de papier, marchands de musique, facteurs de vingt sortes d’instrumens, maître» enseignant à les jouer, musiciens de bals, luthiers, danseurs, amateurs , fabricant de cordes à boyau, de clefs pour les instrumens à vent, etc., tous vivent de ce bel art. FR- .
- MUTAGE, MUTER ( de muto, changer). On désigse ainsi
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- Topera lion qui a pour but de changer la disposition naturelle à fermenter des liquides sucrés , et par suite on a désigné de la même manière tout moyen d’arrêter les progrès de la fermentation dans les liquides déjà plus ou moins vineux.
- Lorsque l’on s’occupait de la fabrication du Sirop de raisin, le mutage était usité, afin de conserver le suc sans altération. Avant qu’il fût rapproché, à cet effet, on versait dedans de I’àcide sulfureux ou du sulfite de chaux; ces substances, avides d’oxigène, prévenaient l’oxidation du ferment, et l’empêchaient ainsi de réagir sur le principe sucré. ( V. Fermentation. )
- On a employé le même moyen pour conserver dans les tonneaux le moût de pommes plus long-temps suci'é, et c’est également afin de prévenir dans les Tins , le Cidre, etc., une fermentation ultérieure capable de les rendre acides, que l’on fait brûler dans l’intérieur des futailles une Mèche soufrée avant de les remplir.
- Dans toutes ces applications , il serait plus convenable d’employer du sulfite acide de chaux ou de soude, dont les effets peuvent être rendus constans à l’aide d’un dosage très facile. Cette substitution aux mèches soufrées serait d’autant plus convenable , que souvent la combustion de celles-ci n’a pas lieu, en raison de l’acide carbonique dont les futailles sont remplies. P.
- METLLE. Terme d’Architecture, par lequel on désigne une sorte de Modillons carrés en usage dans la corniclie d’ordre dorique. Les mutules répondent aux triglyph.es qui sont au-dessous. ( V. Architecture. ) Fr.
- MYOPE (Arts physiques). Personne qui a la vue basse, c’est-à-dire ne voit nettement que les objets suffisamment rapprochés de ses yeux. Ce défaut vient d’un vice de conformation de l’œil ; les rayons émanés des corps éloignés arrivent presque parallèles, et convergent au foyer du cristallin. Quand ce corps est trop convexe, ce foyer en est très rapproché , et par conséquent trop éloigné de la rétine, qui tapisse le fond du globe oculaire : l’image est donc confuse. Il faut rappro— Tome XIV. 19
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- aqo MYRRHE.
- cher l’objet de l’œil, parce que le foyer s’éloigne et atteint la re'tine, quand la distance a été convenablement choisie, ( V. Lentille, OEit,, Lunette. ) On remédie à la myopie, en plaçant devant et près de chaque œil, un verre plus ou moins concave, qui rend les rayons incidens plus divergens, et substitue à l’objet réel l’image formée à son foyer : il faut que la distance focale soit égale à celle de la vision distincte pour la personne qui s’en sert. Cette distance , qui est ordinairement de 8 à io pouces (21 à 26 centimètres), est quelquefois réduite à 2 ou 3 pouces ( 5 à 8 centimètres) pour les myopes. Les presbytes ont le défaut contraire, et n’aperçoivent nettement que les objets éloignés ; aussi ne peuvent-ils lire dans un livre qu’en se servant de verres convexes qui augmentent la convergence des rayons incidens, parce que le cristallin de ces sortes d’yeux transporte les images trop loin pour que la rétine les reçoive à son foyer. Au reste, la forme de la cornée, la densité des humeurs de l’œil, etc. , jouent aussi un rôle important dans la vision, et contribuent à rendre les yeux myopes ou presbytes. Fb.
- MYRIAGRâMME ( Technologie). Unité de poids qui, dans le système décimal, équivaut à 1 o kilogrammes, ou 20 litres y onces environ de l’ancien poids de marc. ( T. Poids. )
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- MYRRHE. Gomme-résine fort odorante, dont on ne connaît pas bien la véritable origine; on l’a long-temps attribuée à un amyris; mais on croit assez généralement maintenant qu’elle doit être rapportée à un mimosa, en se fondant sur une description quia été donnée par Bruce. Au reste, on a si peu de certitude à cet égard, que la Société Médico-Botanique de Londres vient de donner pour sujet de prix, de déterminer la véritable espèce botanique qui produit la myrrhe.
- Cette gomme-résine nous est envoyée de l’Arabie et de l’Abyssinie ; elle est en morceaux détachés, irréguliers, caverneux , d’une couleur rouge-jaunâtre , très fragile , d’une cassure brillante et translucide ; ils sont ordinairement recouverts
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- d’une sorte d’efflorescence produite par le frottement des morceaux entre eux. On trouve, dans quelques fragmens , des traces blanches demi-circulaires, qui repre'sentent assez bien l’impression qu’on produirait avec l’ongle. On avait cru remarquer que ces traces se retrouvaient principalement dans les meilleures sortes, et on les distinguait sous la dénomination de myrrhe unguiculée. La saveur de la myrrhe est amère, âcre ; son odeur est forte et peu agréable.
- La myrrhe n’est d’usage qu’en Médecine, encore n’entre-t-elle que dans quelques anciennes préparations, telles que la thériaque , les confections hyacinthe, le baume de Fiora-venti, l’elixir de Garus, etc.
- Cette substance est composée, d’après M. Pelletier, de 34 parties de résine contenant un peu d’huile essentielle ;
- 66 ----- de gomme soluble.
- R.
- NACARAT ( Technologie ). Ce nom est venu de l’espagnol tiacarado, formé de nacar, nacre de perles. C’est le nom d’une couleur d’un rouge clair tirant sur l’orangé. On indiquera la composition de cette belle couleur au mot Teinture.
- On connaît dans le commerce , sous le nom de nacarat du Portugal, ou de Bezetta, du crépon , ou du linon très fin , teint en nacarat, dont les dames se servent pour se farder, après l’avoir un peu trempé dans l’eau. La couleur nacarat est donnée au crépon par le même procédé qu’on trouvera au mot Teinture ; mais comme on a soin de ne pas la rendre solide, elle cède à un peu d’humidité et s’attache à la peau.
- Ce sont les Turcs qui nous livrent les meilleurs crêpons; on les fabrique à Constantinople : ils sont d’un rouge très vif. On en fabrique aussi à Strasbourg, mais qui ne sont pas aussi beaux. La laine nacarat de Portugal n’est qu’une fine étoffe de coton colorée avec de la cochenille ; elle s’emploie de même que les crépons de Constantinople, sert au même usage, mais ne les vaut pas. L.
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- 5.92 NACRE DE PERLES.
- NACELLE {Marine}. On donne le nom de nacelle à un petit bateau sans mât, ni voile , ni gouvernail, qu’on manœuvre à la rame. On s’en sert pour les embarcations, le passage des rivières, etc. Les nacelles les mieux faites sont celles qu’on voit sur la Tamise, à Londres : leur coquille, extrêmement légère et soignée, a la forme de la carène d’un navire fin voilier , avec une quille extrêmement effilée. On les manœuvre avec une extrême facilité.
- Od donne aussi le nom de nacelle au panier suspendu au-dessous d’un ballon aérostatique , dans lequel se placent les voyageurs dans les ascensions. Le fond de ce panier est garni de planches solidement amarrées avec des cordes, et dans l’intérieur est un ou deux sièges pour les voyageurs. Le panier est enveloppé de toile , ou simplement de papier, afin de ne pas ajouter du poids inutilement. ( V. Gondole et Aérostat. ) E. M.
- NACRE DE PERLES. Il y a beaucoup d’animaux mollusques dont le collier et le bord du manteau sécrètent une matière calcaire dont ils se forment une coquille. Souvent Pinte-rieur de cette coquille est dur, argenté , brillant, et réfléchit des couleurs variées d’azur et de pourpre : c’est ce qu’on appelle de la nacre. Mais pour que cette matière fasse le sujet d’une exploitation et d’un travail, il faut qu’elle soit épaisse et de grande dimension , ce qui n’arrive pas à nos coquilles fluviatiles : ainsi, la nacre des mulettes , des anodontes , des moules, etc., n’est d’aucun usage. Les grandes coquilles delà mer des Indes sont plus riches en nacre, et même l’animal possède la faculté de la sécréter en si grande abondance, qu’il en résulte de petites boules très estimées, et qu’on paie souvent très cher ; on les nomme Perx.es. ( V. ce mot. ) Les ha-liotides, les dauphinules, les turbots, les nautiles, etc., jouissent de cette propriété à différens degrés; mais les avi-cules, et principalement celle qu’on a nommée mère perle, et dont les naturalistes ont fait un genre sous le nom depenta-dine, donnent les plus belles perles, et une nacre si abondante, que leur coquille en est pourvue à des épaisseurs considéra-
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- blés. C’est à Ceylan et dans le golfe Persique, vers Ormus, que s’en fait la principale pêche ; on la trouve aussi au cap Comorin, dans les mers de l’Océanie , etc. On nomme cette espèce avicula margaritifera, eUmjlilus margaritiferus. La coq uille est assez régulière, brune et très écailleuse en dehors ; la valve gauche a un sinus pour laisser saillir le pied et pour le passage du bjssus, sorte de touffe de poils qui sert à, l’animal à s’attacher aux rochers. Des plongeurs sont exercés, dans les contrées dont on vient de parler, à aller chercher ces coquilles aufond des eaux delà mer : on mange l’animal cuit, ou même cru. Ces coquilles, sciées et débarrassées des parties qui sont privées de nacre, sont envoyées en Europe par le commerce. Les bijoutiers, tabletiers, éventaillistes, couteliers , etc. , en font un grand usage. Les Chinois gravent à la surface nacrée de ces coquilles, des fleurs et d’autres figures : les curieux recherchent ces singularités, pour l’ornement de leurs collections.
- Quant à la couleur vive et brillante de la nacre , elle ne résulte pas de la nature de cette substance, mais de la surface , c’est-à-dire de la disposition mutuelle des molécules qui la forment. Les rides imperceptibles qui la sillonnent agissent sur la lumière réfléchie de manière à produire l’effet dont il s’agit ; car M. Brewster a reconnu que si l’on prend, avec de la cire noire bien fine , fondue et coulée , ou avec de l’alliage fusible de D’Arcet, l’empreinte d’une coquille nacrée , comme on prendrait celle d’un cachet, cette matière , détachée avec soin de la coquille après le refroidissement, con-» serve exactement les reflets, et les nuances dç couleur de la nacre. Fa.
- NACRE ( Ouvrages ex) ( Technologie). La nacre qu’on emploie pour fabriquer ces jolis ouvrages, dont on a tant raffolé pendant long-temps, et qui même attirent encore les regards des connaisseurs , est tirée des valves de la moule margarili— fere. ( V. l’article précédent. )
- La nacre est très dure , et elle résiste à tous les instrumens, de manière qu’elle présente beaucoup de difficultés pour la
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- travailler. C’est à l’aide de l’acide sulfurique qu’on parvient à la tourner et la ciseler. On commence par tracer sur la nacre les contours de la figure que l’on a intention d’exécuter, ensuite, à l’aide d’excellentes petites scies , on enlève le superflu ; on approche du dessin avec de très bonnes limes ; on perce les endroits qui doivent être à jour avec des forets et de l’acide sulfurique affaibli. On le cisèle, s’il est nécessaire, après avoir fait agir le même acide pour bâter l’ouvrage, que l’on termine avec de petits ciselets bien trempés , et de bonnes petites bines. Lorsque l’ouvrage est terminé, ou à peu près , on l’acbève et on le polit avec de l’émeri, et l’on termine par la potée rouge (Colcotar ou peroxide de fer)% comme le Marbre, ou mieux comme l’acier. Voilà le procédé assez ordinairement employé.
- Quelques essais que j’ai faits, et qui m’ont bien réussi, m’ont convaincu que l’on pouvait facilement perfectionner ces longues manipulations. J’ai enseigné mon procédé à un artiste distingué qui excelle dans cette partie, et qui aujourd’hui n’en emploie pas d’autre. Je ne me sers pas de scie, ni de ciselets, ni presque d’aucun instrument tranchant. Je suis le procédé qu’emploient les graveurs à l’eau forte ; je couvre la nacre de cire , sur laquelle je trace avec une pointe tous les contours jusqu’à la nacre, je place tout autour un bord de cire, et je verse de l’acide sulfurique affaibli. L’acide mord promptement ; je nettoie les tailles de temps en temps avec un pinceau, que je lave de suite dans de l’eau fraîche, et bientôt ma pièce est détachée. S’il me faut des reliefs, je les fais avant de détacher la pièce ; j’ai soin détenir couvertes de cire fondue toutes les places sur lesquelles l’acide a assez mordu, et je ne découvre que celles que j’ai besoin denfoncer. En opérant ainsi , j’ai obtenu un bas-relief assez joli. Je ne détache la pièce que lorsque tout est termine, même poli, parce qu’on a d’autant plus de facilité que la pièce est plus grande. Dans ce cas , il ne me reste plus qua polir les bords extérieurs lorsque la pièce est finie , ce qui présente aucune difficulté.
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- Je perfectionne le dessin avec de l’e'meri plus ou moins fin , à l’aide de morceaux de bois tendre , et lorsque j’ai enlevé tous les traits, je polis avec le peroxide de fer et la potée d’étain , comme pour l’acier.
- Voilà mon procédé ; il reste le modus faciendi , qu’on ne peut acquérir que par une grande habitude et beaucoup d’exercice. L.
- NAGEUR. V. Natatiov. Fr.
- NAISSANCE ( Architecture). C’est la partie d’un bâtiment qui commence une voûte, ou celle d’une colonne qui pose sur-la base , ou le bas d’un mur, etc. Fr.
- NANKIN. Toile de coton naturellement jaunâtre, qui se fabrique à Nankin, c’est-à-dire Cour du midi, ancienne capitale de la Chine , mais qu’on achète à Canton pour l’importer en Europe. Le nankin , moins salissant que la toile de coton blanc, sert à faire des pantalons , des robes , et autres pièces d’habillement tant pour homme que pour femme. On peut le savonner un grand nombre de fois sans lui faire perdre sa couleur ; mais le lessivage l’altère. Il nous vient en petites pièces de 8 à io aunes et d’un tiers de large : c’est juste ce qu’il faut pour un pantalon. Il semble que les Chinois ont cela en vue dans leur fabrication.
- Le prix excessif du nankin, et la difficulté de s’en procurer pendant la guerre de la révolution , portèrent nos fabricans à chercher à l’imiter; ils y réussirent très bien. Nous allons en consigner ici les procédés.
- Procédé de teinture du coton blanc en couleur nankin.
- !°. Prenez i5o kilogrammes de coton en fil et en éche-veaux, qui est la quantité que quatre ouvriers peuvent teindre dans une journée. C’est de cette donnée qu’on partira pour établir les proportions des matières à employer, ainsi que la dimension des ustensiles et de l’atelier ; bien entendu que si l’on avait à teindre des quantités plus ou moins considérables , il faudrait des matières et des ustensiles en proportion
- 2°. Le nankin qui nous vient de la Chine n’est ni très fm
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- ni très égal, mais il a le mérite d’être très étoffé et d’avoir beaucoup de souplesse , qualités qu’on recherche surtout dans les étoffes destinées à l’habillement des femmes. Pour l’imiter complètement, on prendra pour la chaîne un fil médiocrement tors du n° 3o à 3a, et pour la trame un fil encore moins tors, et de deux numéros au-dessous.
- 3°. Alunage. Pour aluner les 15o kilogrammes de coton, il faut 5 kilogrammes de sulfate d’alumine sursaturé, ou à son défaut d’alun de Rome. Tout autre alun de fabrique, qui est ordinairement chargé d’un excès d’acide , ainsi que ceux qui peuvent contenir du fer , ou autres matières étrangères aux principes de l’aluu , doivent être rejetés pour toutes les couleurs tendres en général, et particulièrement pour celle du nankin.
- Cette quantité d’alun est destinée à former deux bains, dont un est simple. On le fait dissoudre dans de l’eau claire et chaude ; la dissolution doit marquer un degré de l’aréomètre. Le second bain se combine avec le bain d’engallage, ainsi qu’il sera dit à l’article des bains.
- 4°- Engallage. Le bain d’engallage se fait avec environ 4o kilogrammes de tan d’écorce de chêne broyé fin. Le même tan peut servir deux fois , en prolongeant plus long-temps l’ébullition du second bain.
- 5°. On prend i5 kilogrammes de chaux caustique, lapins fraîche possible , c’est-à-dire qui n’ait point été exposée ni à l’air ni à l’humidité : on en sature cinq barriques environ d’eau pure de rivière , destinée à former le troisième bain.
- 6°. Nilro-muriate d? étain. On emploie pour le dernier bain 5 à 6 kilogrammes de nitro-muriate d’étain , dont la préparation doit être soignée , vu le rôle important que cette substance joue dans l’art de la teinture. On prend 5 kilogrammes d’acide nitrique le plus concentré, qu’on étend avec de l’eau distillée , ou de l’eau de rivière filtrée, j usqu’à ce quil marqueaô0 à l’aréomètre. Lorsqu’il est ainsi étendu, on yfait dissoudre peu à peu jusqu’à 3 hectogrammes de muriate d ammoniaque très blanc , ou , à son défaut, autant de munaie
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- de soude. Ce sel étant dissous , on ajoute 1 hectogramme et demi de nitrate de potasse très pur, ou salpêtre raffiné de la troisième cuite. L’acide nitro-muriatique ainsi formé, on y précipite , grain par grain, jusqu’à 8 hectogrammes d’étain réduit en petite grenaille. L’étain doit être très pur : on prend celui qui est en baguette. Cette dernière opération doit être conduite avec lenteur , afin d’éviter la perte du gaz nitreux , qu’il est essentiel de conserver, et qu’une effervescence trop précipitée ferait perdre. Cette dissolution doit être conservée dans un vase parfaitement bouché.
- 70. Qualité de Veau. Toutes les eaux ne sont pas propres à la teinture. On doit éviter de se servir des eaux de puits ou de sources, qui contiennent toujours quelques dissolutions nuisibles à l’effet des mordans. Il est indispensable d’avoir à sa disposition une grande quantité d’eau courante ou de rivière bien limpide , ou de pluie.
- 8°. Ustensiles de cuivre. Il faut, dans un atelier de teinture, pour la quantité de coton indiquée, 1°. une chaudière ronde en cuivre , d’un mètre et demi de diamètre sur 8 décimètres de profondeur, dans laquelle on fait débouillir le coton pour le décreuser ; 20. deux chaudières quadrilatères d’un mètre et demi de long sur 8 décimètres de large et 5 décimètres de profondeur ; elles doivent être étamées, attendu qu’elles sont destinées à recevoir des mordans qui dissoudraient le cuivre. Ces chaudières sont établies de manière à ce qu’on puisse circuler autour.
- 90. Ustensiles de bois. Les ustensiles de bois se réduisent à deux caisses de bois blanc, dont une pour le bain de chaux , et l’autre pour celui de la dissolution d’étain ; elles ont ?.m,2 de long, om,8 de largeet oro,35 de profondeur : elles sontpla-cées sur un massif et isolément , à om,35 de hauteur. Au milieu de ces caisses et dans le sens de leur longueur, est une planche garnie de vingt-deux chevilles , au moyen desquelles on tord les écheveaux de coton lorsqu’on les retire du bain.
- Il est bien entendu que tous ces ustensiles sont en bois blanc , qu’on a fait préalablement débouillir.
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- io°. La première et la plus importante ope'ration de la teinture du coton est le décreusage. Le coton contient naturellement une certaine quantité d’huile , qui s’oppose à la pénétration des mordans et de la couleur. 11 faut donc commencer par l'en débarrasser : pour cela, on le fait débouillir dans de l’eau pure. Pour opérer avec plus d’aisance et de certitude , on partage les 15o kilogrammes de coton en trois parties égales, et on les passe successivement dans les différens bains, en commençant par le décreusage. A cet effet, on met les 5o premiers kilogrammes dans la chaudière décrite au 8e paragraphe, n° i , remplie aux trois quarts d’eau avant d’allumer le feu du fourneau. On remarque que le coton, à mesure que l’eau s’échauffe , éprouve une espèce de crispation , et que ce n’est qu’après un certain temps d’ébullition qu’il s’imbibe d’eau et se précipite au fond de la chaudière. C’est le signe qu’il est suffisamment débouilli. Néanmoins, on lui fait subir encore plusieurs bouillons ; puis on le retire de la chaudière, on le fait égoutter à l’air, et on le rince à l’eau courante. On en démêle ensuite les écheveaux, qu’on tord pour en exprimer l’eau, et on les enfile sur des bâtons, pour les porter au deuxième bain. Pendant ce temps, on a soin de remplacer l’eau de la chaudière qui a servi au décreusage de la première partie du coton , par de l’eau nouvelle , pour procéder de même à l’égard de la deuxième et troisième partie , qu’on traite séparément de la même manière. On a soin que ces trois ébullitions soient terminées dans la matinée , pour que toutes les opérations le soient avant la nuit, afin qu’on puisse juger la nuance de la teinture.
- ii°. Alunage. Cette deuxième opération consiste à faire un
- bain d’alun dans une des deux chaudières carrées dont il est question au 8eparagraphe , n° 2. Remplie à un décimètre près, elle contient environ 480 litres ou kilogrammes d’eau, dans laquelle on fait dissoudre , en la chauffant, 1 kilogramme d’alun. Le bain étant parvenu à la température de 5o à 60 du thermomètre de Réaumur, on y trempe le coton , dispose sur des lissoirs ou bâtons, autour desquels on fait plusieurs
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- fois circuler les écheveaux, afin de les faire plonger partout également dans le mordant. On les en retire et on les laisse pendant quelques minutes s’égoutter au-dessus de la chaudière, puis on les expose à l’air, on les rince à l’eau courante , et on les tord. On passe de même la deuxième et la troisième partie du coton , ayant soin de remplacer à chaque fois l’eau perdue , et d’ajouter une portion d’alun pour entretenir le bain au même degré de l’aréomètre.
- 12°. Engallage. Nous avons vu, au n° 4 , que c’est le tan des tanneurs que l’on emploie pour faire le bain à’engallage. Après avoir rempli d’eau aux quatre cinquièmes près la deuxième chaudière carrée, on y met 20 kilogrammes de tan renfermés dans un sac de toile un peu claire , qu’on fait bouillir pendant deux heures : alors on retire le sac de la chaudière , et l’on y trempe le coton de la même manière que clans le bain d'alun, mais en l’y laissant environ un quart (l’heure, le bain toujours bouillant.
- Le coton étant ainsi suffisamment pénétré par l’acide gal-lique et par la matière extractive du tan , on le soulève au-dessus de la chaudière , où il s’égoutte, et pendant ce temps on jette dans le bain 8 à 9 hectogrammes d’alun. Il se forme sur-le-champ un précipité brun très abondant. L’alun étant fondu et le précipité déposé au fond, on retrempe le coton dans ce bain comme la première fois, en l’y laissant un quart d’heure , afin que ce double mordant le pénètre partout ; après quoi on le retire du bain , on le laisse égoutter, On l’exprime et on lui fait prendre l’air. Il a alors une couleur jaunâtre foncée un peu terne. On observera qu’il n’est pas nécessaire de le rincer à l’eau courante : on le passe au hain suivant aussitôt qu’il a suffisamment pris l’air.
- Ce premier bain d’engallage est entièrement vidé et remplacé par un nouveau, fait de même , pour la deuxième partie du coton, qu’on traite de la même manière. Mais pour la troisième partie , le bain se fait différemment : au lieu de tan nouveau , on prend les deux sacs qui ont servi aux deux premières opérations , et on les fait bouillir ensemble dans le
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- troisième bain ; le reste se fait de même que dans les deux premiers cas.
- i3°. Chaulage. Le bain de cbaux se préparé comme il suit ; mettez to kilogrammes de chaux vive dans un baquet, et arrosez-la d’eau, dont vous augmentez successivement la dose jusqu’à ce que toute la chaux soit fondue ; laissez reposer pendant une heure, et de'cantez l’eau qui surnage; vous versez ensuite cette eau de chaux dans une des caisses décrites n° 9, remplie elle-même aux trois quarts d’eau. On verse de nouvelle eau sur la chaux , jusqu’à ce qu’elle soit e'puisée, puis on la verse dans le bain , qu’on a soin d’agiter.
- Quant au renouvellement de ce bain pour le passage des deux autres parties de coton, on fera éteindre pour chacune 2*,5 de nouvelle chaux , dont on décantera l'eau, qu’on versera dans le bain. On y ajoutera en même temps de l’eau fraîche, en quantité suffisante pour remplacer celle que l'immersion de la première ou deuxième partie de coton a pu enlever.
- Les écheveaux de coton, mis en quantité égale, sur les vingt-deux chevilles ou bâtons dont nous avons parlé n° 9, sont plongés vivement dans le bain trois fois de suite ; il faut mettre à cela la plus grande activité, attendu que le changement de nuance se fait très rapidement et à vue d’œil. Démêlant les écheveaux après qu’ils sont égouttés , on les replonge dans le bain , bâton par bâton , en les promenant dedans, j usqu’à ce qu’on voie paraître la couleur carmélite bien prononcée. Alors on les exprime , on les rince à l’eau courante , et on les expose à l’air.
- 14°. Avivage de la couleur. Le bain d’avivage se fait dans la deuxième caisse , n° 9, remplie comme la précédente aux trois quarts d’eau ; on y verse une portion de la dissolution d’étain ( V- n° 6 ) , et on l’agite fortement dans tous les coins, jusqu’à ce que toute l’eau du bain paraisse laiteuse; alors on y plonge le coton de la même manière et avec les mêmes précautions que dans le bain de chaux ; mais les effets en sont bien différais. Le bain de chaux, comme on l’a vu, élève ra-
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- pidement la nuance de la couleur du coton, tandis que le bain de la dissolution d’e'tain , tout en l’avivant , l’abaisse très rapidement. On doit avoir sous les yeux un e'cbantillon de nankin mouille', pour en faire à chaque instant la comparaison , chose qui ne peut avoir lieu que de jour. Du reste , avec un peu d’habitude et d’attention, on est parfaitement maître de la nuance, tant qu’elle n’est pas abaisse'e au-dessous de celle qu’on veut obtenir.
- Le passage des deuxième et troisième parties de coton se fait dans le même bain, au moyen d’une addition d’eau et d’une petite quantité' de dissolution d’e'tain.
- Le coton ainsi teint est lavé à l’eau courante, exprimé et séché à l’air : il peut de suite être livré au tisserand, qui le traite comme du fil ordinaire, pour en faire de la toile ; elle imite parfaitement le nankin de la Chine. E. M.
- NANKINETTE. Toile plus légère et plus fine que le nankin, mais qui en a la couleur. E. M.
- NAPHTE (de vuÇth, oleum Medecë). On donne ce nom à un liquide diaphane, légèrement coloré en jaune fauve , dont l’odeur très prononcée a de l’analogie avec celle de l’huile essentielle de houille. A la température ordinaire de l’air atmosphérique , il s’exhale lentement en vapeurs, que l’approche d’un corps enflammé peut allumer à peu de distance au-dessus de sa surface.
- Un litre de naphte pèse 836 grammes eJ^ron , à io degrés de température. Cette huile essentielle re rencontre assez abondamment en Perse , sur les bords de la mer Caspienne, dans la presqu’île d’Apcheronn. Le sol qui en est imprégné dégage sans cesse des vapeurs très odorantes et inflammables ; les habitans du pays les utilisent, en y mettant le feu , pour diverses opérations culinaires et la cuisson de la chaux. A 600 mètres environ de ces feux , on creuse des trous de 10 à 11 mètres de profondeur ; bientôt le naphte s’y écoule, et on le puise pour les besoins du commerce.
- On trouve encore le naphte dans plusieurs localités, en Calabre , en Sicile , en Amérique, etc. La source abondante
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- qui fut découverte en 1802 près du village d’Amiano suffit à l’éclairage delà ville de Parme.
- On épure le naphte brut en le distillant dans des chaudières closes, auxquelles sont adaptés des tuyaux en pente. La chaleur constituante de la vapeur du naphte est peu considérable ; aussi la condensation s’opère-t-elle par un faible refroidissement.
- Le naphte est employé en Médecine, à l’intérieur comme calmant, et en frictions à l’extérieur, comme vermifuge. Les Indiens s’en servent pour composer des vernis ; il serait très convenable , d’après nos essais , aux peintures à l’huile, dans lesquelles il remplacerait l’essence de térébenthine : nous en avons également obtenu de bons résultats dans la fabrication du gaz-light. ( V. Éclairage. ) Ainsi décomposé en hydrogène carboné, en réunissant les circonstances favorables , il laisse déposer du charbon très divisé, et donne une quantité de gaz dont le pouvoir éclairant total est d’environ les 70 centièmes de celui qu’on obtiendrait d’un même poids d’huile de colza.
- Il résulte des expériences faites par M. Théodore de Saussure , que le naphte d’Amiano , dont le poids spécifique est originairement de 0,8 36 , ne pèse plus que '"58 grammes le litre , à 19 degrés de température , après avoir été distillé trois fois consécutivement, si toutefois l’on n’a retiré que les premières parties ie chaque distillation. Purifié à ce point, i! ne change plus d^Rensité lorsqu’on le distille de nouveau, et présente les caractères suivans, de même que l’huile essentielle ( naphte ) extraite par la distillation des asphaltes du département de l’Ain et du Yal-de-Travers, ainsi que du pétrole de Gabian.
- Le naphte pur de ces matières brutes est diaphane, incfr lore, aussi fluide que l’alcool, presque insipide ; son odeur est faible et fugace ; il bout à la température de 85 degrés, sa vapeur est plus lourde que l’air atmosphérique , dans le rapport de 2833 à 1000.
- Il offre , dans sa décomposition au feu et dans sa coinbus-
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- tion, la plupart des phe'nomènes auxquels donnent lieu les huiles essentielles.
- Le napbte est insoluble dans l’eau, soluble en toutes proportions dans l’alcool pur, l’éther sulfurique, les huiles grasses et essentielles et le pétrole; il dissout, à la température de l’ébullition , la douzième ’ partie de son poids de soufre , qui se dépose par le refroidissement en aiguilles brillantes , et à la même température, une grande quantité de camphre, de térébenthine et de cire. Le caoutchouc, plongé à froid dans le naphte , s’y gonfle au point d’occuper trente fois son volume , mais sans se dissoudre ; il ne s’y dissout pas complètement, même à chaud.
- Le naphte, suivant l’analyse de Saussure, contient 87,6 de carbone, et 12,78 d’hydrogène, c’est-à-dire un peu plus de carbone que l’hydrogène bi-carboné. P.
- NAPPE ( Technologie). Nous ne parlerons pas ici de ces grandes pièces de toiles en fil ou en coton dont on se sert pour couvrir les tables sur lesquelles on prend ses repas : il en sera question au mot Toile.
- Nous nous occuperons de quelques autres objets auxquels on a donné le nom de nappe.
- i°. Dans I’Aviceptologie, on donne ce nom à un grand filet dont les mailles sont en lozanges , et qu’on emploie à prendre des alouettes , des ortolans, et même souvent des canards sauvages. Sa forme est celle d’un rectangle, vulgairement appelé carré long.
- 20. Dans la filature du coton par mécanique , la première carde donne ordinairement le coton sous la forme d’une large étoffe légère et d’égale épaisseur , qu’on nomme nappe. On a soin de tenir ces nappes tellement légères, qu’elles présentent, isolément, l’aspect d’une toile d’araignée : on a pour but de bien diviser le coton, afin d’obtenir une filature très fine.
- L.
- NAPPE D’EAU (Hydraulique). C’est la partie d’une cascade °a l’eau tombe verticalement en filets très minces, qui sont s> rapprochés les uns des autres, qu’il ne reste pas d’intervalle
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- 3o4 NAPPE D’EAU,
- entre eux. La nappe peut être plane ou courbe ; dans le premier cas, elle imite un plan vertical, et un cylindre dans le second. Pour qu’une nappe soit belle , il faut quelle soit bien garnie, c’est-à-dire que la source d’eau ne soit pas trop pauvre ; il faut aussi qu’elle ne tombe pas de trop haut, parce que la résistance de l’air déchire la nappe. On prend pour règle , assez ordinairement, de ne donner aux grandes nappes que 2 pouces d’eau par pied courant ( il faut que la source débite environ, par pied courant, 22 pouces cubes d’eau par seconde , ou 6^2 pouces cubes par minute , c’est-à-dire 80 litres par minute et par mètre de longueur). Aux petites nappes, on ne donne que la moitié de ce volume.
- Pour faire une nappe d’eau, on environne le bassin d’un rebord ou d’une lame de plomb ; la profondeur du bassin est indifférente , pourvu que l’eau de la source n’arrive pas de manière à éclabousser la nappe et à la déformer. Il y a des bassins de ce genre qui n’ont pas 2 pouces de profondeur. La lame de plomb court tout autour du bassin , et l’on donne à ce circuit la forme qu’on veut que la nappe d’eau prenne : cette lame est exactement cimentée avec le bassin , pour ne pas laisser perdre l’eau ; mais le plus souvent elle recouvre le bassin en entier, surtout lorsqu’il a peu de profondeur. Les soudures doivent être faites avec le plus grand soin et une solidité assurée. Les x'ebords supérieurs de la lame sont exactement nivelés, afin que l’eau s'épanche également sur tous les points.
- Lorsqu’on n’a pas assez d’eau pour suffire aux proportions de dépense d’eau dont nous venons de parler, on déchire h nappe d’espace en espace , de manière à présenter une série de lames tombantes , qui n’ont pas moins d’agrément qu une nappe continue : le plus souvent même on pratique de ces interruptions de continuité, quoique l’eau abonde, pour ajouter de la vivacité aux rayons de lumière qui jaillissent de 1 eau par opposition avec ceux qui viennent, des intervalles. Ces dé-cliirernens se font en laissant en certains endroits du bor de la lame de plomb, des espaces plus élevés que les autre8)
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- NASSE. 3o5
- afin que l’eau ne puisse jamais s’extravaser sur ces parties , parce qu’elle trouve un plus libre e'coulement ailleurs.
- Les nappes d’eau sont un des plus beaux ornemens des cascades, ainsi qu’-on peut le voir à Versailles et à Saint-Cloud. Un des plus heureux emplois qu’on en fait consiste à placer un jet d’eau au milieu d’un petit bassin soutenu en l’air par quelque figure de pierre : l’eau du bassin s’écoule par tous les bords, et forme une nappe cylindrique qui enveloppe la statue, et semble porter le jet d’eau qui l’alimente. Fr.
- NASSE (Technologie). La nasse est un instrument de pêche. C’est une espèce de panier en osier très conique, formé de plusieurs cercles qui vont toujours en diminuant de grandeur depuis l’ouverture. Ces cercles soutiennent des baguettes Ion. gués et droites, avec lesquels elles sont liées solidement par des osiers petits ou refendus. Le gros bout des osiers ne déborde pas le plus grand cercle , qu’on peut considérer comme la base du cône. Tous ces bois sont réunis par une bonne ficelle, ou une petite corde, qui devient le sommet du cône. C’est en détachant cette ficelle qu’on fait sortir le poisson.
- L’ouverture est ronde, de la grandeur de la base ; mais elle est rétrécie par des brins d’osier qui rentrent en dedans en se rapprochant pour former un second cône, dont le sommet n’est pas fixe. Le poisson, qui sent l’appât au fond de la nasse , passe à travers les osiers qui fléchissent , et ne lui permettent pas de sortir lorsqu’il est entré. La nasse est couchée sur le sable au fond de la rivière, et retenue par des plombs ou par des pierres qu’on introduit dedans. Enfin, on la fixe, de quelque manière que ce soit. On ne prend que des poissons d’une certaine grosseur dans les nasses ; le fretin et les petits poissons s’échappent à travers les osiers qui forment les arêtes du cône, et qu’on fixe à la distance d’un centimètre l’un de l’autre. C’est le moyen de ne pas dépeupler les rivières.
- La nasse porte différens noms , tels que nas s on, nanse, lance, bire , boisseau, bouteille, ruche , panier, bouterolle, Tome XIV.
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- bourgne, etc. On fait des petites nasses avec des joncs; elles sont employées pour les petits poissons : en les nomme nas-selles. On en fait aussi qui ont la forme d’une hotte ; on leur donne le nom de nassonnes. L.
- NATATION {Arts physiques). Les poissons sont visible* ment formés par la nature pour l’élément où ils vivent ; non-seulement les organes respiratoires sont disposés pour ce but, mais aussi ceux du mouvement y sont éminemment propres. Des nageoires placées, les unes comme des rames, les autres comme un gouvernail, leur permettent de fendre l’eau et de s’y diriger ; leur corps a une forme allongée qui s’y prête singulièrement , et il est presque aussi pesant que l’eau ; une vessie natatoire gonflée d’air, et dont les muscles de l’animal changent la figure, déplace le centre de gravité et allège la masse, en sorte qu’il puisse descendre ou monter à volonté'.
- Les oiseaux , surtout ceux qui sont nageurs et palmipèdes, ont leur corps beaucoup plus léger que l’eau, et y flottent naturellement, parce qu’ils ont des cavités intérieures considérables ; que leurs os sont creux et minces ; qu’enfin, l’air retenu entre leurs plumes grasses, épaisses et duvetées, donne un poids total spécifiquement moindre que celui de l’eau.
- La plupart des autres animaux peuvent être rapprochés de ces deux classes sous le rapport de la natation ; mais la densité du corps humain ne lui permet pas ordinairement de flotter sur l’eau sans secours ou sans mouvemens ; son poids et celui d’un même volume d’eau diffèrent d’ailleurs très peu, et quelques mouvemens sont nécessaires pour qu’il vienne flotter à la surface. Lorsqu’un commencement de putréfaction a développé des gaz dans le corps des noyés, il devient spécifiquement plus léger , et ne peut rester au fond de l’eau : mais il est rare que dans l’état de vie les choses se passent ainsi. D’ailleurs, en supposant la densité du corps moindre que celle de l’eau , la masse cérébrale, qui est plus dense que le tronc , où sont ménagées plusieurs cavités , tend à immerger les voies respiratoires ; et dès que le visage reste couvert d’eau, l’asphyxie est imminente ; il importe peu aie3
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- DATATION. 3o7
- que quelque membre vienne saillir hors de l’eau , pour rétablir la stabilité nécessaire à la flottaison, car un corps plongé perd toujours une portion de son poids égale à celui du volume de liquide qu’il déplace. ( V. Fluides. )
- Les autres quadrupèdes ne sont pas aussi désavantageusement organisés que nous sous ce rapport, parce que leur tête est plus petite, moins pleine et moins dense ; leur attitude naturelle a placé leur centre de gravité différemment du nôtre, et dans l’acte de la natation leur tê£e se trouve sortir de l’eau sans presque aucun effort : aussi nagent-ils sans avoir besoin d’y être exercés par l’art. Leurs mouvemens dans l’eau sont presque les mêmes que ceux qu’ils font pour marcher ; mais l’homme ne peut flotter sur l’eau sans faire des mouvemens dirigés à dessein, et qui constituent un art; à moins qu’il ne se serve de moyens artificiels pour alléger sa masse et l’équilibrer dans l’eau, de manière à rendre toujours la tête saillante. Des bottes de jonc placées sous la poitrine, ou deux vessies gonflées d’air liées aux deux bouts d’une corde qui passe sous les aisselles, sont les plus simples de ces moyens ; mais on a aussi imaginé des Scaphandres très ingénieux, que nous décrirons à cet article.
- Traitons donc de Fart de la natation, et d’abord du mode le plus ordinaire de nager, qu’on appelle la brasse. Le nageur doit être très couché sur l’eau, et faire, en même temps , avec les jambes et les bras , les mouvemens que nous allons décrire. Ceux des jambes sont en trois temps : i°. on plie les jarrets en rapprochant les talons des fesses ; 2°. on lance vivement les plantes des pieds ensemble à droite et à gauche, comme par un ressort, de manière à frapper l’eau ; 3°. on rapproche les deux jambes tendues ; ce dernier point est le plus essentiel et le plus difficile. D’une autre part, les mains restent toujours ouvertes et les doigts étendus et serrés les uns contre les autres ; les bras s’allongent en avant en étendant les doigts, et souvent faisant regarder les deux paumes ; Ce mouvement se fait juste à l’instant où l’on donne le coup do talon ; puis les mains restent ainsi allongées pendant le
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- 3oB NATATION.
- troisième mouvement des jambes, celui où on les rapproche tendues, ensuite en pliant les saigne'es et rapprochant les coudes du corps, on e'carte les mains, et l’on fait décrire à chacune un petit cercle , en appuyant sur l’eau avec les paumes. Ce cercle est de'crit pendant la durée du premier acte des jambes.
- Ces mouvemens se reproduisent périodiquement dans le même ordre ; il faut les faire avec ensemble. Voici le tableau de leurs corrélations.
- BEAS. JAMBES.
- i°. A; payez les paumes sur l’eau en i°. Pliez les deux jarrets ; décrivant un cercle $
- 2°. Lancez les mains et les bras en 2°. Donnez le coup de pied à droite avant ; et à gauche ;
- 3°. Restez les bras étendus en avant; 3». Rapprochez les jambes tendues; 4°. Restez. 4°* Restez.
- Recommencez. Recommencez.
- Tout cela est très simple, et Ton ne tarde guère à le pratiquer machinalement et sans y songer; mais on le trouve difficile dans le commencement. La cause qui retarde les progrès des apprentis nageurs vient d’une sorte de crainte que l’eau leur inspire et qui les empêche de régler leurs mouvemens ; ils ne font pas ce qu’ils veulent faire. Souvent aussi on conçoit mal l’utilité des règles ; faisons-les donc bien entendre.
- Des trois mouvemens des pieds, le deuxième pousse le corps en avant, c’est celui qui est le plus naturel ; on n’y manque jamais : le troisième, ainsi que l’allongement des bras, a pour objet de rassembler le corps et les membres dans une ligne allongée propre à fendre l’eau et à profiter de l’impulsion donnée ; il ne faut pas même craindre de plonger le visage dans l’eau , entre les bras étendus , parce qu’on avancera mieux en offrant moins de surface au liquide. Les cercles qu’on décrit ensuite avec les paumes , en soutenant la partie antérieure au-dessus de l’eau, permettent de relever la tete hors de l’eau ; c’est alors qu’on respire et qu’on approvisionne
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- NATATION. 309
- sa poitrine de l’air qui est ne'cessaire pendant le reste du mouvement ; et observez que ces cercles s’exe'cutent précisément alors qu’on plie les jarrets : or, cette flexion, ne'cessaire pour donner les coups de talon, est nuisible à la natation ; mais on ne peut l’e'viter ; car lorsque les jarrets plient, les cuisses offrent à l’eau une résistance exercée en sens contraire du mouvement qu’on veut produire.
- Lorsqu’on commence à apprendre, on croit qu’en hâtant les mouvemens, on devra mieux nager, et il est clair que c’est le contraire ; car si le coup de talon une fois donné, vous vous pressez d’en donner un autre, vous ne profitez pas de l’impulsion , parce qu’en pliant les cuisses , vous détruisez en partie ce que vous avez fait. Bien rapprocher les jambes tendues et les y laisser jusqu’à ce qu’on sente que l’impulsion est épuisée, demeurer en même temps les bras tendus et rapprochés en avant ; voilà tout le secret de la natation ; le tout se réduit à marquer bien ce temps de repos des quatre membres. Il est bon aussi de plier les pieds à l’articulation de la cheville, de manière à présenter la plante développée en entier lorsqu’on frappe l’eau, et au contraire à abaisser la pointe du pied pendant le reste des mouvemens. Par crainte , les novices ne se couchent pas assez sur l’eau, et présentent alors au liquide une si grande surface, qu’ils ne peuvent s’y mouvoir ni s’y soutenir ; ils font aussi les cercles trop grands , car cet acte n’est utile que pour aider la respiration ; il permet d’élever la tête, mais soutient peu le corps. Il ne faut donc pas beaucoup fléchir les bras.
- On nage aussi sur le dos ; c’est ce qu’on appelle faire la planche. Il suffit, pour cela, d’exécuter avec les jambes les mouvemens en trois temps que nous venons de décrire; le visage tourné vers le ciel ne laisse aucune difficulté pour respirer. On peut se dispenser de se servir des mains dans cette attitude du corps ; on étend les bras en les collant le long 'tas côtes et posant les mains sur les cuisses : cependant quelquefois on s’aide des bras en même temps comme de rames ; et même dans la planche raide, les mains agissent
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- 3io NATATION.
- seules en pressant l’eau avec la paume ; les jambes sont col-le'es l’une contre l’autre, allongées et immobiles.
- Dans la coupe, le nageur est coucbé sur le ventre comme pour la brasse, et ses jambes manœuvrent de même; mais le jeu des bras est tout différent, car chacun sort à son tour de l’eau pour se porter de l’arrière à l’avant et y rentrer. Yoici comment on opère : l’une des mains chassant l’eau, se dirige vers les côtes et sort de l’eau en arrière , pendant que les jambes se rapprochent tendues ; puis le même bras allongé, rasant la surface du liquide sans le toucher, se porte en avant et rentre dans l’eau. C’est à cet instant que les jarrets plient et qu’on donne le coup de talons, en restant ainsi le bras étendu en avant : alors l’autre bras commence à exécuter son mouvement pour chasser l’eau en arrière, et ainsi de suite. Il faut que cette manœuvre soit faite sans éclabousser ni barbotter, et aussi sans tourner la tête de côté et d’autre. C’est le procédé dont l’exécution offre le plus de difficulté ; il est aussi le plus fatigant, mais il donne beaucoup de vitesse. Nous pensons qu’il serait déplacé de le décrire ici plus longuement.
- Enfin , dans la marinière, les jambes exécutent encore les trois temps qui ont-été décrits, mais lé corps, couché sur le côté droit ou gauche, a le bras de ce même côté constamment allongé en avant et immobile, tandis que l’autre aide à chaque impulsion en poussant Teaù avec la paume , vers les pieds, comme ferait une rame. Ce procédé est un de ceux qui est le plus propre à faire du chemin avec vitesse.
- Nous ne décrirons pas divers autres jeux que les nageurs varient de mille manières en s’exerçant. Nous n’avons pas eu la prétention de faire un traité de natation ; d’ailleurs, d n’est guère possible de penser qu’on puisse apprendre à nager avec un livre : mais nous avons cru devoir assigner les causes physiques des inouvemens qu’on fait pour nager, afin que le lecteur judicieux en conçoive mieux l’utilité et le but, et qu’il puisse ensuite corriger ses habitudes lorsqu’elles sou1 défectueuses. L’art de la natation exige de l’adresse , de ^
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- PATRON. 311
- souplesse de membres, de la force musculaire et de la grâce, et c’est un des exercices dont le goût se passe le moins avec lage, quoique, dans nos climats , il trouve peu d’occasions de s’exercer : c’est d’ailleurs un des plus salutaires et des moins dangereux, quand on s’y livre avec modération et prudence.
- Le nageur a aussi besoin de plonger au fond de l’eau. Comme son poids spécifique est peu différent de celui du liquide, il n’y atteint qu’en nageant vers ce fond, précisément comme il fait pour flotter. Il tourne sa tête en bas, ses pieds vers le ciel, et manœuvre comme pour la brasse : bien entendu qu’il a dû approvisionner ses poumons de l’air nécessaire pour une longue haleine; c’est le terme de l’art.
- Mais on arrive bien mieux au fond de l’eau en s’y précipitant d’une hauteur : alors il faut que le corps soit absolument raide, sans aucune flexion des bras ou des genoux, de manière à entrer dans l’eau comme un trait ; car , outre qu’en offrant une surface résistante on retarderait le mouvement imprimé par la chute , le choc à la surface serait douloureux. Les plal-dos, plat-ventre, sont des coups qu’il faut éviter, parce qu’on en ressent vivement l’atteinte. On dit, en terme de l’art, que le nageur donne une tête, quand il se lance dans l’eau la tète la première. Il se place sur un bord plus ou moins élevé , dans un lieu où il s’est assuré que l’eau est profonde ; puis, se tenant dressé sur les jambes, les bras étendus verticalement en l’air, il plie le jarret pour s’élancer, en faisant une demi-culbute, et entre dans l’eau. On ne doit entendre que très peu de bruit, et point de choc : l’eau ne doit pas éclabousser à la ronde. Alors le nageur est assuré d’atteindre, par son élan, à une grande profondeur , sans avoir besoin de manœuvrer ses bras et ses pieds, et s’il a désiré chercher quelque objet au fond de l’eau, il peut y rester autant que le permettra son haleine. Un coup de pied donné ensuite sur le sol ramènera vivement le nageur à la surface.
- Fr.
- NATR03S {Jrts chimiques). Dénomination donnée par les
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- 312 NATRON.
- anciens à la soude carbonate'e des mine'ralogistes. Ce sel se trouve dissous dans les eaux de plusieurs lacs en Égypte, ou cristallise' sur leurs bords , et à leur fond lorsqu’ils sont à sec. Ces lacs occupant la valle'e dite des Lacs de natron, située à 20 lieues N. du Caire, ont jusqu’à 6 lieues de longueur, sur 4oo toises de largeur ; ils ont en général peu de profondeur, et ne contiennent souvent qu’un pied et demi d’eau dans leur milieu ; dans la saison des chaleurs, l’eau étant aisément évaporée , les lacs salés demeurent long-temps à sec. L’eau qui les alimente pendant trois mois de l’année paraît provenir du Nil , et se faire jour à travers le sol du plateau situé entre le fleuve et la vallée, et dont la pente facilite l’écoulement des eaux. Le natron d’Égypte n’est pas seulement dissous dans les eaux des lacs, mais le sol de la vallée en est imprégné dans toutes ses parties. Il existe également en Hongrie des lacs dont les eaux tiennent du natron en dissolution, et dans plusieurs plaines de ce pays , ce sel se montre à la surface du terrain, sous forme d’aiguilles ou d’efflorescenee légère. Le natron se rencontre aussi en Afrique, dans la province de Sukena , en masses formées de cristaux ou de prismes fins, disposés à la manière des zéolithes, convergens vers le centre et divergens à la surface ; il y est connu sous le nom de trôna : on a trouvé plus récemment le même sel en Amérique , dissous dans les eaux du lac Nolia, dans la province de Maracdibo, et en masses considérables.
- Berthollet, qui a visité en Égypte les lieux où le natron se forme incessamment, pense que ce sel résulte de la double décomposition du sel marin et du carbonate de chaux qui y existent ensemble , et que cette décomposition s’opère à l’aide de l’humidité et de la chaleur du climat.
- Le plus ordinairement le natron dissous dans les eaux y est accompagné de sel marin ou hydrochlorate de soude ; aussi rencontre-t-on fréquemment ces deux sels cristallisés en couches superposées les unes aux autres. Le plus souvent le sel marin , qui cristallise le premier, occupe la couche inférieure et le natron la couche supérieure. Quelquefois ces sels, au
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- NATRON. 3x3
- lieu d’être réunis, existent isolément dans telle et telle partie des lacs. On trouve aussi le sulfate de soude en petite quantité , mêlé à l’un ou à l’autre de ces sels.
- Klaproth a fait l’analyse du natron provenant de la province de Sukena en Afrique , en masses cristallines, très solides et comme fibreuses. Il l’a trouvé formé de 37 de soude, de 38 d’acide carbonique, de 22,5 d’eau et de 2,5 de sulfate de soude. La quantité d’acide étant trop forte pour représenter le sous-carbonate, et trop faible pour représenter le bi-carbonate, on a d’abord considéré ce natron comme un mélange de ces deux sels. Aujourd’hui on est plus disposé à croire que ce sel est une combinaison intermédiaire entre le sous et le bi-carbonate de soude, renfermant 1 partie { d’acide, au lieu de 1 comme le premier, et de 2 comme le second, et l’on a proposé de donner à cette combinaison le nom de sesquicarbonate de soude. La simple dénomination de carbonate , qui tient le milieu entre celles de sous et de bicarbonate , nous semble suffisante et plus conforme à la nomenclature.
- L’analyse faite en 1823 par M. Laugier, de deux natrons , l’un provenant d’Égypte, l’autre des côtes d’Afrique et dit de Barbarie, a fourni à peu près les mêmes résultats que ceux obtenus par Klaproth. Le premier, apporté d’Alexandrie à Marseille , est en masses solides, offrant des cavités tapissées de petits mamelons, est très impur, en ce qu’il contient les trois quarts de son poids de sel marin et de sulfate de soude, tandis qu’il ne renferme qu’un peu plus d’un cinquième de soude carbonatée : aussi sa saveur est-elle fortement salée , avec un arrière-goût alcalin. Cent parties de ce natron impur sont formées :
- 1°. De sous-carbonate de soude mêlé d’un peu de
- bi-carbonate............................ 22,44
- 20. De sulfate de soude....................... 18,35
- 3°. De chlorure de sodium........................ 38,64
- 4°- D’eau..................................... j 4
- 5U- D’un résidu insoluble dans l’eau.... ..... 6
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- 3i4 NATRON.
- Le second, dit de Barbarie, est sous forme de plaques de 3 à 4 lignes d’épaisseur, dont la surface inférieure est aplatie, et la surface supérieure hérissée de cristaux peu prononcés et comme lenticulaires. Quelques morceaux moins purs de cette variété sont recouverts, à leur surface supérieure, de cubes de sel marin, qui semblent s’être déposés après coup. Cette seconde variété de natron est beaucoup plus pure que la première , quoique la soude carbonatée y soit accompagnée des mêmes substances , mais en petite quantité. Il s’ensuit que sa saveur, au lieu d’être salée comme dans la première, est celle de la soude carbonatée. Cent parties de natron de Barbarie sont composées :
- i°. De sous-carbonate et de bi-car bonate de soude, dans la proportion de \ du premier et | du
- second.................................. 65,^5
- 2°. De sulfate de soude....................... r,65
- 3°. De chlorure de sodium................. .. 2,63
- 4°. D’eau..................................... 24
- 5°. De silice mêlée de carbon, de chaux et d’oxide
- de fer.................................. 1
- Les anciens faisaient un grand usage du natron. Tacite et Pline le naturaliste parlent de ce sel, qu’ils nomment nitnan ou natrum; de l’un, comme matière propre à former du verre en la faisant chauffer avec du sable ; de l’autre, comme existant abondamment dans les lacs en Égypte , et comme employé dans ce pays à saler les cadavres avant de les embaumer. Il paraît qu’on attribuait à ce sel une vertu fécondante , et qu’on arrosait avec sa dissolution dans l’eau le» semences avant de les confier à la terre, pour hâter leur développement et leur accroissement. Aujourd’hui même encore on s’en sert en Égypte pour mêler au tabac en poudre, vraisemblablement en guise du sel marin et du sel ammoniac, que l’on fait entrer en France dans la sauce que l’on ajoutc au tabac à priser.
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- NATTE. NATTIER. 3i5
- A compter de l’époque où l’on : a su obtenir des plantes, des salsola, par exemple , une soude beaucoup plus pure que le natron , ce sel est devenu d’un usage borne' dans le commerce ; il a perdu bien davantage encore de sa valeur depuis que , dans les Arts, on est parvenu à extraire la soude du sel marin. L+****jr.
- NATTE, NATTIER ( Technologie). Les nattes sont des tissus en paille, en jonc, en roseau, en quelques autres plantes ou e'corces faciles à se plier et à s’entrelacer. Les plus belles sont faites en Sparte. L’ouvrier qui les fabrique s’appelle r,ailier.
- L’origine des nattes est inconnue ; il paraît, d’après les ouvrages les plus anciens, qu’elles ont pris naissance dans l’Orient. Les anachorètes de la Palestine en faisaient leur principale occupation ; ils les travaillaient et s’en couvraient. Les Orientaux s’en servent encore aujourd’hui pour coucher dessus. Cet usage a été trouve' commun dans le nouveau monde , au moment de sa découverte. Les sauvages en font encore aujourd’hui de très beaux ouvrages, et surtout des Hamacs élégants , qu’ils suspendent à des arbres, et dans lesquels ils couchent;
- Les nattes les plus simples sont celles que fabriquent les jardiniers, et dont ils se servent pour couvrir les espaliers et les autres plantes, afin de les garantir de la gele'e , de la pluie, etc. La paille n’est point tressée ; on prend la plus longue ; elle sert comme de trame à la natte : 3, 5 ou 7 ficelles servent de chaîne ; on les dispose à distances égalés ; les deux extrêmes sont à environ un décimètre des deux bouts. On tend les ficelles, selon la longueur que l’on veut donner à la natte, aux distances voulues et de deux en deux. Entre les deux ficelles on passe une petite poignée de paille de seigle, de manière que les bouts des tuyaux soient bien égaux ; on les place en dehors, et le côté des épis vers le mi-lieu ; on les éparpille selon l’épaisseur qu’on veut donner à la natte. On ajuste de même l’autre bout : on croise les ficelles, et avec un liteau de bois arrondi, on passe entre les ficelles
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- 3i6 NATTE, NATTIER.
- pour consolider la paille ; on continue de même jusqu’au bout, en croisant toutes les ficelles à chaque poignée de paille qu’on place. Lorsqu’on a terminé, on noue les ficelles de deux en deux , en serrant bien les pailles. Il ne reste plus qu’à couper avec des ciseaux les inégalités qui peuvent avoir lieu par les bouts qui passent.
- Les nattes ordinaires dont on se sert le plus souvent pour placer devant les portes des appartemens, sont ordinairement en paille ; celles qui servent pour mettre sous les pieds dans les salles à manger, sont en jonc , en roseau, etc. ; elles sont tressées presque toujours en trois. Les nattiers emploient pour cela un fort tréteau en bois , sur lequel sont fixés de forts crochets en fer , dont un sert pour chaque ouvrier , lorsqu’ils travaillent plusieurs ensemble. Nous ne parlerons ici que d’un seul ouvrier.
- La paille dont se sert l’ouvrier est longue et fraîche ; ilia mouille légèrement, la laisse suffisamment ramollir, afin qu’elle ne soit pas cassante, puis il la bat sur une pierre unie et dure, avec un bon maillet de bois à long manche, afin de l’écraser et de l’aplatir.
- L’ouvrier prend un certain nombre de brins pour former chaque cordon, qu’il assemble en tresse de trois en trois. Le nombre de brins varie depuis 4 jusqu’à douze, selon qu’il veut donner plus ou moins d’épaisseur aux nattes. Supposons qu’il veuille mettre 4 brins à chaque cordon : il prend douze brins qu’il ajuste également par le gros bout, il les lie fortement avec une ficelle tout près du bout ; il fixe le tout sur le crochet, puis il prend 4 bouts pour chaque cordon, et il tresse à 3 cordons. Lorsqu’il est au bout, il ajoute les pailles nécessaires pour allonger celles qui sont trop courtes, et il continue ainsi sa tresse d’une longueur indéfinie ou suffisante pour la natte qu’il veut faire. Au fur et à mesure que la tresse s’allonge, il la détache du crochet, l’accroche de nouveau plus près de son travail, et rejette derrière le tréteau tout ce qui estdéjàfait. Le natlier désigne le crochet par lemotcforoet le travail quenous venonsde décrire s’appelle travailler au clou.
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- NATTE, NATTIER. 3i7
- Lorsqu’une tresse est terminée, on la met à sécher avant de la former en natte, ce que l’ouvrier appelle ourdir à la tringle. C’est un métier dans le genre du métier à matelas {V. Matelas, Matelassier, page 190, T. XIÏI), formé de tringles qu’on éloigne plus ou moins, selon la longueur qu’on veut donner à la natte. On accroche le bout de la tresse au premier crochet, on tend, et l’on passe la tresse sur le crochet vis-à-vis ; on entoure le second, le troisième , etc., jusqu’à ce qu’on soit à la fin , en tendant toujours les tresses : enfin , on accroche le dernier bout au crochet suivant. Alors, à l’aide d’une grosse aiguille, longue de 2 ou 3 décimètres et un peu courbe, on coud les tresses avee une ficelle menue et bien tordue, qu’on appelle ficelle à natte. Cela terminé, on frappe avec le maillet, sur la pierre , le bout des tresses , afin de les aplatir. Voilà la manière de fabriquer les nattes carrées ou oblongues.
- Quant aux nattes rondes ou ovales, il n’y a de différence que dans la manière de les monter. On commence par le centre, et l’on coud de même en contournant la tresse tout autour du noyau. Par ce moyen , on peut faire la natte aussi grande qu’on le désire.
- On en fait en feuilles de palmier de la même manière.
- Les nattes en jonc sont les plus fines , et viennent du Levant ; elles sont travaillées avec beaucoup d’art ; elles sont remarquables par la vivacité des couleurs et par les différens dessins qu’elles représentent. Les Indiens et les Caraïbes excellent dans ce genre d’ouvrages , dont la plupart sont admirables. Ces sortes de nattes sont très chères.
- L’ester est une espèce de natte ou tissu de paille, que les Orientaux étendent par terre pour leur servir de lit.
- Les nattes en sparte sont les plus remarquables , par la finesse et la beauté de l’ouvrage ; elles se fabriquent de la même manière que nous l’avons indiqué : toute la différence consiste dans la matière et les soins que l’on met en usage pour les confectionner.
- Le sparte n’est point, comme plusieurs personnes l’avaient pensé, le genêt d’Espagne ; cette erreur provenait des deux
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- noms latins, qui se ressemblent assez. Le genêt se nomme spardum, et le sparte est connu de tous les botanistes sous le nom de slip a tenac.issima. Cette plante, qui est de la classe des gramine'es, a 8 à i o de'cimètres de haut ; elle croît en Espagne , sans culture, sur les montagnes arides des royaumes de Valence, Murcie, etc.
- Cette plante , qu’on a confondue à tort avec le Ijgeum sparieum, a ses tiges hautes de 6 à g de'cimètres : ses feuilles sont glabres, fermes, coriaces, roule'es en jonc selon leur longueur, qui est d’environ 6 de'cimètres (a pieds), élargies à la base et se terminant en pointe aiguë. Ces feuilles ne se ferment, en s’arrondissant, qu’au fur et à mesure qu’elles sèchent ; mais en les mettant dans l’eau, elles s’ouvrent sur toute leur largeur.
- La disposition de cette plante est telle, qu’elle donne la facilité de fabriquer avec élégance et propreté beaucoup d’ouvrages très jolis et très commodes. Aussi , de tout temps, les Espagnols ont-ils cherché à tirer parti de cette plante, qui leur est indigène. Ils en fabriquaient des cordages, des paniers , des corbeilles , des chaussures, des nattes, etc. Tous les auteurs les plus anciens en font foi. Aujourd’hui ils y ajoutent des tapisseries , des tapis, etc.
- Si les Espagnols étaient un peu plus industrieux , ou moins paresseux, ils retireraient de cette plante précieuse, qui n’exige aucune culture, tous les avantages que son emploi procure dans tous les genres de fabrication. Citons quelques exemples.
- Les cordes de sparte. Il est reconnu, par de nombreux exemples, que les cordes de chanvre ne résistent pas mieux que celles de sparte, à toutes sortes de travaux, mais que ces dernières sont plus légères d’un tiers que celles de chanvre, qu’elles se conservent beaucoup plus long-temps à l’humidite, et quant au prix , les cordes de sparte ne coûtent que les cinq douzièmes de celles de chanvre.
- Les lapis, les tapisseries et les nattes de sparte présentent un avantage bien plus considérable quant au prix et à b
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- propreté. Ces sortes d’ouvrages coûtent, à peine le dixième de ce qu’il faut débourser pour les tapis les plus grossiers. Ils ont l’avantage : 1°. de présenter moins de danger pour la propagation des incendies ; un charbon enflammé tombe sur une natte ou un tapis en sparte , il fait son trou, mais s’éteint de suite , ce qui n’a pas lieu avec les autres.
- a0. Ces tapis se lavent, et les peluches se rajeunissent à l’aide d’un peigne ; ils présentent toujours l’agrément de la frai cheur et de la propreté.
- 3°. Les vers, les mites , les insectes, les punaises même , non-seulement ne se logent pas dans les tissus de sparte, mais n’osent pas même en approcher, ce qui est le meilleur moyen à employer pour écarter ces insectes incommodes des lits et des alcôves.
- 4°. Les tapis, les nattes de sparte résistent non-seulement à l’immidité des murs et des planchers , mais l’eau les nourrit et en augmente la durée.
- 6°. Enfin, il est reconnu que les ouvrages de sparterie ' sont de la plus grande salubrité dans les appartemens. Nous nous contenterons de rapporter ce qu’a imprimé sur cette matière un célèbre médecin, très versé dans l’Histoire naturelle.
- « On ne connaît guère, dit cet auteur, pour se préserver de » l’humidité, que des peaux d’animaux , des tapis de laine » et des paillassons; mais presque tous ces moyens joignent » à l’inconvénient connu des vers, des mites et de la pour-» riture, celui de renfermer quelquefois des germes de ma-11 ladies contagieuses dont les animaux sont morts. Ce n’est » pas ici le lieu d’en fournir la preuve et l’exemple, cela est “ connu ; et il n’y a rien de plus malsain , en général, que » l’usage de certaines peaux, surtout de celle de l’ours, fort “ sujet à mourir du charbon.... La paille dont on se sert " est fort sujette à se corrompre.... Nous croyons que l’usage ” du sparte est beaucoup plus sain, plus commode, que celui ’> des peaux , des paillassons, des nattes ordinaires, etc.... Il ’’ a un avantage que les autres n’ont pas, c’est qu’il se plaît
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- » dans l’humidité , et résiste à ses effets ; ce qui doit le faire » préférer à tout autre moyen, surtout dans les salles à » manger des rez-de-chaussée, dans les boutiques trop hu-» mides et trop fraîches. »
- Après des observations aussi sages et d’une si grande importance , il nous sera permis , sans doute, de faire part de l’étonnement que tout philanthrope éprouve de ne pas trouver en France, où les Arts industriels sont poussés à une si grande perfection, de ne pas trouver, dis-je, une seule fabrique de ces tapis, de ces nattes si salubres, si propres et si économiques. Je rappellerai seulement qu’en i ’j’jS, au commencement du règne de Louis XYI, de glorieuse et de fatale mémoire , une fabrique de cette nature s’éleva dans la rue de Popincourt, en vertu d’un édit du roi, du Ier octobre i"5, qui lui avait accordé de grands privilèges, et avait fait verser des fonds considérables entre les mains du fabricant, pour subvenir aux premiers besoins. Je n’ai trouvé aucune note qui ait pu m’indiquer les raisons qui ont fait abandonner un genre d’industrie aussi intéressant, et qui paraissait devoir être aussi lucratif. Je lis , au contraire, dans Y Introduction à l’Histoire naturelle et à la Géographie physique de l’Espagne , par J. Bowles, que le vicomte de Flavigny a traduite, le phrase suivante : « J’ai compté (dans cette manufacture),
- » dit-il, jusqu’à 4^ ouvrages de sparte , qui servent pour le » besoin ou pour la commodité, et qui occupent beaucoup » d’ouvriers. Il était cependant réservé à notre siècle défiler » cette plante comme le Un et le chanvre , et d’en faire des » toiles excellentes et très fines. »
- Les détails que cet auteur donne de tous les ouvrages quil a vus, seraient trop longs pour que nous puissions leur donner place ici : nous nous bornerons à citer ceux qui se rapportent a notre sujet.
- Indépendamment des cordages et des cordons de toute espèce , blancs ou nuancés de toutes couleurs, on y fabriqua11 des guides, des rênes, des longes et des sangles pour le» chevaux ; des tapisseries, des tapis de toute espèce , des des-
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- cenles de lits , des tapis de cheminées, des nattes de toutes couleurs et de dessins très variés, des sangles de lits pour se garantir des punaises.
- Serait-il donc si difficile de relever une manufacture aussi importante sous tous les rapports? Nos relations avec l’Espagne sont-elles nulles? Serait-il impossible de naturaliser le sparte dans nos provinces méridionales? N’est-on pas parvenu à naturaliser en France des plantes qu’on allait chercher bien plus loin? Notre industrie n’est-elle pas mille fois plus avancée qu’elle ne l’était en 1775? Sous le règne de la liberté, affermie par la ferme volonté du monarque, rien n’est difficile au Français industrieux. Puisse notre voix être entendue par nos laborieux manufacturiers, qui ne s’occupent que des moyens d’augmenter nos relations commerciales ! L.
- NAVET ( Agriculture). C’est une espèce de chou ( brassica napus ), dont la racine se renfle et devient charnue ; elle acquiert assez souvent 3 à 4 pouces de diamètre, et l’on en a vu qui pesaient jusqu’à 10 kilogrammes. Le navet est très nourrissant ; cuit et accompagné de mouton ou de volailles, on le présente sur les meilleures tables. La chair en est ferme et suci'ée ; M. Drapiez en a retiré g pour 100 de bonne mos-couade. On en connaît un grand nombre de variétés, telles que le navet de Meaux , celui de Berlin, celui de Suède ou Rutabaga, le navet jaune, celui deFreneuse, etc. Cette plante vient partout ; mais elle préfère une terre légère : dans nos jardins, on la sème presque toute l’année , mais surtout en mars, pour les variétés qui doivent être consommées durant l’année ; et vers le mois de septembre, pour celles qui passent l’hiver en terre. Le semis se fait à la volée et fort clair, dans les planches qui ont déjà fourni une récolte : on enterre un peu la graine, par un coup de râteau. La sécheresse est contraire aux très jeunes navets : on sarcle , on éclaircit les pieds, et après un ou deux binages, la plante croît bien , en enlevant seulement les pieds qui montent à graine. Il est bon de couper les deux feuilles extérieures, mais non pas toutes les feuilles, a|nsi qu’on a coutume de le faire.
- Tome XIV.
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- On arrache les navets dès qu’on voit qu’ils ne profitent plus ou qu’ils menacent de se creuser, et on les conserve à la cave, ou dans une fosse en terrain sec. On les visite de temps à autre, pour consommer les plus pressés.
- Le navet se cultive aussi en grand , et améliore le sol ; c’est une des cultures les plus utiles dans les Assoleme.vs des terres sablonneuses et de mauvaise qualité. On le sème à l’automne dès que la pluie commence à humecter le sol, et après un ou deux labours ; on mélange la graine avec son volume de sable et de terre , et on la sème à la poignée, comme le blé. Il en faut une à deux livres par arpent, selon la nature du sol : les semis clairs sont les plus profitables. On herse, puis l’on sarcle et Ton éclaircit, quand le plant est levé. On récolte aux approches des gelées, avec la pioche ou la charrue ; on donne tout de suite les feuilles aux bestiaux, et l’on serre les racines pour les leur donner plus tard. Cette plante les engraisse, ainsi que les volailles. On coupe par morceaux les navets, lorsqu’ils sont trop gros pour être donnés entiers.
- Les pieds qu’on a réservés pour graine sont cueillis à maturité et battus sur un drap : on bat et nettoie la semence, et on la serre dans des tonneaux , à l’abri de l’humidité et des attaques des animaux. Les volailles , et surtout les souris,les petits oiseaux et les pigeons, en sont fort avides. On peut aussi retirer de l’huile de ces graines, mais en petite quantité.
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- NAVETTE ( Agriculture). Cette plante, qu’on nomme aussi rabiolle, est une variété du chou dont on vient de parler (brassica napus); on la cultive en grand pour sa graine, comme le Colza ; elle exige très peu de main-d’œuvre ; on b sème à la volée, soit au printemps , soit en automne, apres un ou deux labours : il en faut environ 3 livres par arpent. Elle se plaît dans un sol léger, surtout s’il est fumé, et brave assez bien les gelées. La culture en est à peu près la même <{ue celle du navet. On peut aussi donner la navette aux bestiaux, mais on la cultive plutôt pour l’huile qu’on retire de ses se-
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- NAVETTE, NAVETTE VOLANTE, etc. 3?J tnences. Sous ce rapport, elle est moins productive que le colza, qui donne 18 hectolitres de graines par hectare, tandis que la navette n’en produit que 16. On évalue à 26 litres d’huile le produit de l’hectolitre de l’une ou de l’autre de ces graines, en sorte que le colza rapporte au moins un huitième de plus que la navette. Selon Gaujac, un hectare de colza rapporte 955 kilogrammes d’huile, tandis qu’en navette il n’en produit que 700. On donne aussi la graine de navette aux serins et autres petits oiseaux élevés dans des cages.
- L’huile de navette entre dans la préparation des alimens des gens de la campagne ; on la brûle , on en fait du savon noir, on en prépare les cuirs et les draps : l’odeur en est ordinairement forte et désagréable. ( V. Huile. ) En.
- NAVETTE, NAVETTE VOLANTE, NAVETTE du ruban-nier, du passementier, du fabricant de filet, etc. En général, on donne le nom de navette à tout instrument qui sert à passer la duite , ou fil de trame, dans le pas ouvert de la chaîne d’un tissu quelconque.
- Les navettes les plus importantes sont celles des tisserands ordinaires , tant pour toile que pour draperie ; leurs formes et leurs dimensions varient en raison des tissus qu’on fabrique. Mais, en général, c’est un parallélépipède de 8 à 10 pouces de long , 1 pouce d’épaisseur et 16 à 18 lignes de largeur , terminé par ses deux bouts en pointes arrondies et obtuses, correspondantes à la ligne de centre. Le milieu, dans une longueur d’environ 4 pouces sur 1 pouce, est e'vidé et reçoit une broche en fer ou en cuivre , qui a la faculté de se tenir dans la direction de l’axe et de se relever en équerre. C’est sur cette broche qu’011 fixe , en l’y entrant avec un peu de force , la bobine à une seule tête , dont la tige porte le fil à trame. Cette bobine, quand la broche est réunie dans la direction de l’axe de la navette, ne doit point en dépasser la surface inférieure et supérieure. Vis-à-vis la pointe de la broche est un crochet ou barbin en cuivre , dans lequel on fait d’abord passer le fil, qu’on conduit ensuite à travers un
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- 3a4 NAVETTE, NAVETTE VOLANTE, etc. trou perce' dans le côté de la navette qui est opposé au peigne du me'tier. Pour que ce trou , qu’on appelle la duite, ne s’agrandisse pas si vite , on le garnit d’un grain de verre ou de cuivre.
- Afin de diminuer autant que possible le frottement de k navette dans son trajet à travers la chaîne du tissu , on arme le dessous de deux petits rouleaux en cuivre, logés presque à fleur de bois , dont les axes ne sont pas tout-à-fait parallèles , mais légèrement fermés du côté qui chemine le long du peigne. Cette disposition est nécessaire pour que la navette s’y tienne appliquée.
- Quelques navettes , au lieu de rouleaux , sont tout simplement garnies de deux baguettes de fer à moitié incrustées dans le bois et bien polies ; mais ces baguettes , ainsi que la navette elle-même, présentent une légère courbure dont la cavité est du côté du peigne, et cela pour remplir le même objet que les rouleaux , de l’y tenir appliquée.
- Navette volante. Elle ne diffère point de celle que nous venons de décrire , quant à sa forme et à sa dimension ; seulement, les pointes sont armées de fer, parce qu’étant chassée' par des taquets, au lieu de l’être par la main du tisserand, ces pointes seraient de suite émoussées. On l’appelle navette volante , parce que l’ouvrier n’y touche pas , et que son mouvement est pour ainsi dire continu.
- On sait que l’invention de la navette volante, qu’on doit à un nommé Kay, de Bury en Angleterre , vers l’année r;90’ apporta une grande amélioration dans le travail du tissage. L’ouvrier, assis vis-à-vis le milieu de sa pièce , quelle qu en soit la largeur, fait passer la navette à travers, sans pour ainsi dire se déranger, par un simple mouvement du poignet d’une de ses mains , tandis que de l’autre et des pieds , il fait a8ir le battant et les pédales. Quand le fil est de bonne qualité et ne casse point, le tisserand passe quatre-vingts duites par minute ; il n’en passait, en lançant la navette à la main, quf la moitié, en éprouvant deux fois plus de fatigue.
- Navette du rubannier. Le fil à trame pour ruban se roule
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- sur une petite bobine à deux têtes, et se de'vide par le travers, au lieu de se tirer en long , comme dans les navettes précédentes. Cette petite bobine chargée de fil se place dans une lunette demi-circulaire , percée dans un morceau de buis ayant extérieurement la même forme, où elle a la faculté de tourner très librement sur ses tourillons , étant néanmoins bridée par un faible ressort ; un trou percé au milieu du côté qui figure le diamètre , et qu’on garnit d’un grain de verre ou de cuivre, reçoit le fil. On fabrique ordinairement sur le même métier trente à trente-six rubans à la fois , qui exigent autant de navettes. F'. Rubans ( Fabrication des).
- Navette du passementier, du fabricant de filet, de toile métallique, etc. C’est une latte plus ou moins mince , plus ou moins longue , dont un des bouts est façonné en fourche et l’autre en pointe peu aiguë. Près de la pointe est percée une ouverture parallélogrammique , laissant dans son milieu et dans le sens de sa longueur, une broche dont la pointe est dirigée vers celle de la navette , mais n’y tient pas, et laisse même entre elle et le côté opposé un certain espace.
- ( V. Filet. )
- C’est avec des navettes analogues, mais dans des proportions infiniment plus petites, qu’on spouline les cachemires.
- E. M.
- NAVIRES. Bâtimens de guerre ou du commerce, propres à tenir la mer. ( V. Vaisseaux. ) E. M.
- NÉCESSAIRES (Fabricant de) ( Technologie). On désigne sous le nom de nécessaires, des boîtes plus ou moins grandes, qui contiennent plus ou moins d’objets utiles à celui qui doit s’en servir, et qu’il doit trouver tous réunis sous la main , au fur et à mesure qu’il en a besoin , sans être obligé de se déplacer pour les aller chercher. On sent bien, d’après cette définition , que les boîtes doivent varier de grandeur et de forme , selon le nombre des objets qu’elles doivent contenir, et souvent selon l’emplacement où elles doivent être posées comme ornement, ou afin de présenter une plus grande commodité à celui qui doit s’en servir.
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- 3a6 NÉCESSAIRES.
- Le grand art du fabricant de nécessaires consiste à savoir renfermer, dans le plus petit espace possible, tous les objets qu’il doit contenir, à profiter de toutes les places sans confusion, et que chaque objet soit bien apparent, autant que cela est possible. Il faut ensuite que cette boîte ou nécessaire puisse être transporté facilement et sans embarras ; qu’il se place avec facilité, soit dans une valise, lorsqu’il est petit, soit dans une malle, lorsqu’il est dans une plus grande dimension, sans craindre qu’il endommage le linge ou les habits qui l’avoisinent.
- La boîte est, à l’extérieur, ou en noyer, ou en bois des îles plein , ou de placage. Les divisions intérieures sont ordinairement en bois blanc, recouvert de drap, de velours, de serge, ou de toile de coton, selon le plus ou le moins de valeur des objets qui doivent y être renfermés, soit à cause de leur fragilité , ou du fini du travail de chacun d’eux. Ou ne peut pas donner ici de règles générales ; elles dépendent et du goût et de l’habileté ou de l’habitude du fabricant, et souvent du caprice ou de la volonté de celui qui commande ces sortes d’ouvrages. Ces boîtes sont du ressort de l’ébéniste, qui les exécute d’après les plans et les dessins que lui donne le fabricant. C’est ce dernier qui ajuste les divisions intérieures , en y présentant les objets. Ces boîtes sont presque toujours fermées à charnière et par une serrure des plus propres.
- On n’a pas toujours besoin de commander les nécessaires, on en trouve communément de tout prêts chez les fabricans, pour les objets les plus ordinaires ; tels sont, pour les dames, îespetits nécessaires à ouvrage, qui renferment des ciseaux,® dé , un étui, des aiguilles , des pelotons de fil et de coton de toute couleur et de toute grosseur, et tous les autres mstru-mens de couture, de broderie, etc. : pour les hommes, ® petit assortiment pour la barbe et la toilette, avec les rasoirs, le cuir , quelquefois une pierre à rasoir, des ciseaux, accompagnés de tout ce que l’on peut désirer pour la toilette. PoU1 le voyage, un grand nécessaire doit renfermer tout ce don'
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- peuvent avoir besoin deux e'poux qui voyagent ensemble ; c’est ce qu’il serait trop long de détailler, et que tout le monde peut imaginer. Mais comme ces boites sont trop grandes et trop lourdes pour être transportées d’un lieu à l’autre avec facilité , on est obligé de placer par-dessus et sur le côté des anses en métal doré ; alors on a soin d’incruster ces anses dans le bois, afin qu’elles ne présentent aucune saillie et ne gênent aucune des pièces qui les avoisinent, pendant qu’elles sont emballées.
- Les fabricans de Paris excellent dans ces sortes d’ouvrages. M. Lemaire avait présenté , à l’Exposition de 1819 , un nécessaire de voyage , dont toutes les pièces étaient en vermeil, et qui attira les regards de tous les connaisseurs. 11 avait rassemblé , dans une boîte de grandeur ordinaire, une collection complète de tout ce qui peut être utile dans un voyage, tant pour homme que pour femme. Tout y était commodément classé, et s’y distinguait parfaitement. On ne concevait pas comment un si grand nombre de pièces pouvait être contenu dans un étui qui paraissait plus petit que le volume des pièces dont il était rempli. C’était une petite merveille, que le jury central déclara digne d’une médaille d’argent. MM. Aucoc et Gavet, successeurs de M. Lemaire, rue Saint-Honoré, n° 154, soutiennent la réputation de leur établissement.
- L’extérieur des nécessaires est ordinairement simple et sans aucun ornement , le bois est seulement bien poli et tous les angles arrondis ; cependant on y incruste quelquefois du laiton découpé , de la nacre , de l’ivoire, de l’écaille , certains bois précieux, de l’or, du vermeil, de l’argent. C’est alors le . Marqueteur qui est chargé de faire ces travaux, qui s’exécutent presque toujours dans les ateliers du fabricant de nécessaires , par des ouvriers habiles dans ce genre de travail. L.
- JNEFFLIER ( Agriculture). Cet arbre est principalement cultivé pour son fruit, qui est une espèce de drupe à plusieurs petits noyaux , et qu’on ne mange que quand un excès de maturité les a rendus moins acerbes, et leur a procuré un commencement de pourriture. On élève rarement le nefflier
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- de graines , mais on le greffe sur le coignassier ou sur l’aubépine; il se plaît dans les terrains le'gers et sablonneux. Sou bois est très dur, d’un grain fin, de couleur grise veinée de rouge ; on en fait des manches d’outils, des fléaux, des fouets, etc. : il ne casse pas facilement. Les nefiles sont très astringentes ; on peut en faire une boisson en les laissant fermenter avec des pommes sauvages , etc. Fa.
- NÉGOCIANT , synonyme de Commerçant. ( V. ce mot. ) Ou dit aussi négoce pour commerce. Négocier une affaire, c’est la traiter, en régler les conditions ; négocier un billet, c’est l’escompter, ou le donner en paiement. Fr.
- NEIGE. Eau gelée qui tombe du ciel à l’état de cristallisation. ( V. l’article Météorologie , où ce sujet a été traité. )
- Fr.
- NËROLI. C’est le nom que l’on donne, dans le commerce de la parfumerie , à l’huile essentielle de la fleur d’oranger. Cette essence s’obtient par la distillation et en employant les mêmes moyens que pour la plupart des autres. Ainsi, on peut consulter à cet égard ce qui en a été dit à l’article Hcile essentielle. Du reste , le néroli n’offre rien qui puisse être l’objet d’une observation spéciale et importante, si ce n’est cependant qu’il ne représente pas , comme le plus grand nombre des huiles essentielles , l’odeur de la partie du végétal d’où on l’extrait. Cette propriété est si générale dans les essences , qu’on la regarde comme étant la cause immédiate de l’arôme des plantes, et qu’on pense que les eaux odorantes qu’on retire des végétaux aromatiques, en les soumettant à la distillation, ne doivent leur odeur qu’à une portion d’huile essentielle qui s’v trouve en dissolution, et cela paraît être vrai pour un grand nombre de cas, mais non pour celui qui nous occupe. Il s’en faut de beaucoup qu’en distillant de l’eau sur du néroli, on obtienne un produit semblable à celui que fournit la distillation directe de la fleur d’oranger; ces deux odeurs n’ont pour ainsi dire rien de comparable. Il est donc permis de supposer que l’eau distillée de fleur d’oranger doit son arôme à un principe dif-
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- îérent de l’huile essentielle. Comme d’un autre côté il y a un grand nombre de plantes très aromatiques, telles que les tubéreuses, les héliotropes , les jasmins, etc., qui ne contiennent pas d’huiles essentielles, cela porterait à croire à l’existence d’un principe fugace particulier , auquel les anciens avaient donné le nom à!arôme. R.
- NERPRUN. Les botanistes donnent le nom de nerpruns à un certain nombre de plantes dont ils ont formé une famille qui fait partie de la peatandrie monogvnie de Linné ; mais ce qu’on connaît plus particulièrement sous cette dénomination , est le fruit du rhamnus caiharticus, arbrisseau épineux qui fait partie de cette famille. Ce fruit est une petite baie assez semblable à celle du sureau ; elle est d’abord verte, puis elle noircit à mesure qu’elle mûrit, et le suc qu’elle contient à cette époque est rouge , mais les alcalis le font facilement passer au vert. On a tiré parti de cette propriété pour obtenir une couleur à laquelle on donne le nom de Vert de vessie ( V. ce mot) : elle se prépare en ajoutant une certaine proportion de chaux au suc de nerprun.
- En Médecine, on fait usage des baies de nerprun pour préparer un sirop laxatif connu sous le nom de sirop de nerprun. Pour cela , on cueille ces fruits à l’époque de leur complète maturité, on les écrase, puis on leur laisse subir un commencement de fermentation alcoolique , afin de faciliter la dissolution du principe purgatif ; on exprimé , on passe , on fait concentrer à l’aide de la chaleur, et l’on ajoute la proportion de sucre convenable pour en faire un sirop. R.
- NERVOIR ( Technologie). On donne ce nom , dans l’art du Relieur, à un outil qui sert à bien détacher les nerfs de l’encollage sur le dos, lorsque la reliure doit avoir des nerfs.
- Le Confiseur donne le nom de nervoir à un étampoir qui porte des nervures imitant les nervures des diverses feuilles. R se sert de cet outil pour faire les pastillages , et donner aux feuilles qu’ils imitent la ressemblance des nervures naturelles. Ils doivent avoir un assortiment complet de ces étam-yoirs. L.
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- 33o NETTOYAGE DU BLÉ.
- NETTOYAGE DU BLÉ (Agriculture). Lorsqu’on veut avoir de la belle farine, de la farine de pur froment, il faut, avant de le passer au moulin, le purger de toutes les graines étrangères , des ordures et de la poussière qui peuvent y être mêlées. Ce nettoyage se fait de deux manières, qui réussissent également bien, et que nous allons décrire.
- Les Anglais emploient des cylindres de 18 à 20 pouces de diamètre sur 7 à 8 pieds de long , composés de toile métallique à mailles assez serrées pour que les grains de blé ne passent pas à travers, mais laissant sortir les graines étrangères et la poussière. Chacun de ces cylindres est fixé sous un angle d’environ 8°, sur un bâti en bois propre à le recevoir, et dont le bas a la forme d’un coffre. Dans ce cylindre , composé de deux coquilles appliquées l’une contre l’autre, est un hérisson formé de six ou huit brosses, dont moitié en paille de riz ou de jonc écrasé, et l’autre moitié en fortes soies de sanglier. Ce système de brosses est porté par un axe qui occupe le centre du cylindre , et qu’on fait tourner à l’aide de poulies et du moteur du moulin. Le grain entrant par le bout le plus élevé du cylindre , d’une manière continue, et pas en trop grande abondance, est ramassé par les brosses qui, en tournant très rapidement, le projettent et le froissent contre la toile métallique, à travers laquelle passent les mauvais grains, les graines rondes et la poussière, tandis que le blé bien nourri et bien dépouillé, va sortir par le bout inférieur, pour se rendre de là dans les trémies des moulins. Une de ces machines à brosses suffit pour alimenter quatre moulins. i-n grand nombre de nos meuniers ont adopté ce mode de nettoyage. Les brosses doivent être courtes et bien nourries ; elles sont disposées de manière qu’on puisse les écarter du centre plus ou moins, pour les faire frotter au degre convenable contre la toile.
- L’autre moyen est usité depuis long-temps dans nos mou lins, où Ton se pique de faire de belle farine, • sùrtout dans ceux qui avoisinent la capitale ou autres grandes villes • 1 se compose de deux grands cylindres de î4 à i5 polices e
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- NETTOYAGE Dü BLÉ. 331
- diamètre et de 12 pieds de long ; ils sont en tôle de fer d’un quart de ligne d’épaisseur, et sont criblés de trous de diverses formes, percés avec des emporte-pièces , les uns du dedans au dehors , et les autres du dehors au dedans , laissant subsister les rebarbes du dedans. Ces cylindres , garnis d’axes sur lesquels ils peuvent tourner, sont placés en pente et contre-pente l’un au-dessus de l’autre, dans un grand coffre de bois.
- Le blé mis au grenier descend à travers un sac dans une trémie qui, à son tour, le verse uniformément dans le bout le plus élevé du cylindre supérieur. Il en parcourt' la longueur assez lentement en éprouvant, à cause du mouvement de rotation du cylindre qui a lieu en même temps , environ trente-six à quarante tours par minute , un nombre infini de frottemens contre l’aspérité des trous : il se purge en même temps des mauvaises et petites graines qui s’échappent par les trous. Le bon grain va sortir par le bout inférieur , d’où il tombe immédiatement dans le bout le plus élevé du second cylindre , où il éprouve un second nettoyage semblable au premier.
- Au-dessous du premier cylindre est une planche qui a la même pente, et qui reçoit les ordures et les mauvaises graines, afin que celles-ci 11e tombent pas sur le second cylindre.
- A sa sortie du second cylindre , le grain tombe dans une espèce de tarare ou ventilateur , dont les parois intérieures , même les palettes du volant, sont doublées de tôle piquée. Le blé, violemment projeté par les ailes du volant qui tourne très vite, contre ces surfaces hérissées de barbes, se trouve parfaitement nettoyé. C’est alors qu’on le porte au moulin.
- Les deux machines dont nous venons de parler exigent, comme on voit, une force motrice de deux à trois hommes.
- Il existe, aux moulins de Corbeil et dans quelques autres, des appareils à nettoyer les grains qui n’exigent pas de force motrice, du moins pour les faire mouvoir, puisqu’ils sont fixes. Ce sont des caisses en planches très plates, qui vont du
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- grenier au rez-de-cliaussée, en faisant beaucoup de zig zags ; leur inte'rieur est arme' d’une infinité de pointes et de lames dentelées de tôle. Le grain , versé dans le haut, descend à travers toutes ces pointes et ces aspérités, où il se nettoie passablement bien ; mais il faut ensuite le passer à un ventilateur, pour en chasser la poussière.
- On remarquera que la force motrice qu’il faut pour monter le blé au grenier, est peut-être aussi considérable que celle qu’il faut pour faire manœuvrer les appareils à rotation ; de sorte qu’on ne peut pas dire que, sous ce rapport, il soit économique ; il est loin aussi de purifier le blé au même degré que les autres.
- Quand on veut avoir du blé d’élite sans aucun mélange, celui qu’on destine à la semence, il faut le battre à la machine , et se servir de celui qui est projeté au plus loin, à 20 pieds , par exemple. Il ne va là que les grains les mieux nourris, et pas une graine étrangère. E. M.
- NICHE ( Architecture). Espace en renfoncement, pris dans l’épaisseur d’un mur, pour y placer le plus souvent une statue, une fontaine, etc. On en pratique quelquefois dans des encoignures , en les formant par une Trompe sur le coin. Fr.
- NICKEL. Corps simple, rangé dans la cinquième classe des métaux, à cause de la propriété qu’a son oxide , de se réduire par la seule action de la chaleur. On a attribué la découverte de ce métal à Cronstedt. Bergman est, de tous les chimistes, celui qui a le plus contribué , par ses travaux, à le faire considérer comme un métal particulier. On a cru pendant long-temps que le nickel devait au fer, dont on ne pouvait entièrement le priver, sa propriété magnétique. On est bien convaincu aujourd’hui, d’après des expériences positives, que non-seulement il partage avec le fer cette propriété, dont il ne jouit pourtant pas à un degré aussi éminent; mais qu’il est susceptible de devenir aimant lui-même, ou de posséder les deux pôles , au moyen desquels il attire et repousse également l’aiguille aimantée. Le nickel existe dans la nature à l’état d’arseniure et à l’état A’arsenialc. Le Prc*
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- niier minerai est en niasses métalliques d’un jaune rougeâtre , qui lui avait fait donner le nom de faux cuivre ou de kuppefer nickel; on le nomme aujourd’hui nickel arsenical : c’est un composé de beaucoup d’arsenic et de nickel, d’un peu de cobalt, et d’une certaine quantité de soufre et de fer ; accidentellement il peut contenir des traces de cuivre, de bismuth , de plomb et d’antimoine. L’arseniate natif de nickel est en niasses de couleur vert-pomme plus ou moins foncé.
- Pour obtenir le nickel, on commence par griller la mine arsenicale pulvérisée, dans un têt à rôtir, à plusieurs reprises , et en l’agitant souvent, jusqu’à ce qu’il ne se dégage plus, par la chaleur rouge, de vapeurs d’arsenic. On fait bouillir le résidu de la calcination avec de l’acide nitrique étendu de la moitié de son poids d’eau, et renouvelé jusqu’à ce qu’il cesse de se colorer et qu’il ne se dégage plus de deu— toxide d’azote. Par l’action de l’acide, l’arsenic et le soufre s’acidifiant, le nickel, le cobalt, le fer et autres métaux s’oxident : ce qui reste est un mélange de silice et d’oxide d’arsenic. La dissolution , d’une belle couleur verte, contient donc des arseniates mêlés d’un peu de sulfates ; on la fait évaporer presque à siccité, pour chasser l’excès d’acide et faciliter la séparation de la portion de silice qui a pu se dissoudre , et dont la présence à l’état de silicate s’opposerait plus tard à la fusion du métal; on verse sur le résidu de l’eau aiguisée d’acide nitrique , qui le dissout à l’aide de la chaleur, à l’exception de la silice et d’une assez grande quantité d’arseniale de fer mêlé d’un peu d’arseniate de nickel. Dans les eaux de lavage réunies , évaporées à moitié de leur volume , et suffisamment acides, on fait passer un , deux, trois , et même quatre courans d’acide hvdrosulfu-rique, si cela est nécessaire, jusqu’à ce que le dernier n’v produise plus de précipité floconneux : si la dissolution contient du plomb, du bismuth, le premier précipité est noir ; il est brun seulement si elle contient du cuivre. Le liquide surnageant étant décanté, les autres courans ne forment plus qu’un précipité d’un beau janne d’orpiment. La liqueur fil-
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- tvée et privée d’arsenic, est chauffée pour en séparer l’aeids hydrosulfurique en excès , puis on y verse un excès d’une dissolution de sous-carbonate de soude. On laisse déposer le précipité vert pomme qui s’est formé , on le lave avec soin et à grande eau, jusqu’à ce que celle-ci en sorte sans saveur. On filtre , on laisse égoutter, puis on enlève le sous-carbonate de nickel encore humide , on l’introduit dans une capsule, et l’on y jette de l’acide oxalique en cristaux. Il se fait une vive effervescence, qui ne cesse que quand tous les carbonates sont convertis en oxalates ; il est nécessaire de mettre un excès d’acide, qui sert à redissoudre l’oxide de fer, sans redissoudre les oxalates de nickel et de cobalt. On verse le mélange sur un filtre , et on lave les oxalates , qui n’ont plus qu’un bien petit volume relativement à celui qu’avaient les carbonates, car ils sont pulvérulens au lieu d’être floconneux , et même gélatineux. Les oxalates , bien séchés à l’air, sont détachés du filtre , triturés et introduits dans un mairas ; on verse dessus de l’ammoniaque étendue de deux fois son volume d’eau, et l’on chauffe le mélange à une chaleur qui ne doit pas excéder 5o degrés de Réaumur, jusqu’à dissolution parfaite des oxalates. On filtre la solution ammoniacale , et on la met dans des capsules, pour qu’elle ait le contact de l’air. Au bout de vingt-quatre, ou au plus de quarante-huit heures, tout l’oxalate ammoniaco de nickel est déposé sous forme de larmes d’un beau vert, et la dissolution qui a retenu l’oxalate ammo-niaco de cobalt est d’autant plus rose, que ce sel est plus abondant. On décante la liqueur, et l’on verse sur les'tristaux verts de l’eau chaude , qu’on renouvelle jusqu’à ce que les dernières portions ne soient plus colorées en rose. L’oxalate ammoniaco de nickel est décomposé dans un creuset de platine, et l’oxide verdâtre que l’on obtient est introduit dans un petit creuset de Hesse, plongé dans un grand creuset de terre et entièrement rempli de sable. Les deux creusets lûtes exactement avec leurs couvercles, sont chauffés au feu de forge , alimenté par un soufflet pendant une heure et dem|e' On retire l’appareil, on le laisse refroidir , et l’on trouve dan»
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- le creuset intérieur le nickel bien fondu en culot. Si on laissait l’appareil refroidir lentement dans le fourneau de forge, le culot présenterait à sa surface des rudimens de cubes ou d’octaèdres, et l’intérieur serait sensiblement cristallisé et d’un blanc brillant.
- Dans l’un et l’autre état, le culot est très attirable à l’aimant , quoiqu’il soit entièrement dépourvu de fer ; sa pesanteur spécifique est de 8, ^ k 5.
- Le nickel métallique, chauffé avec de l’acide sulfurique étendu d’eau , décompose l’eau avec dégagement d’hydrogène et se dissout dans l’acide ; mais son action est très lente, et nulle à froid ; son oxidation et sa conversion totale en sulfate de nickel a lieu sur-le-champ, si l’on fait bouillir le nickel avec l’acide sulfurique concentré , dans un creuset de platine.
- Le nickel ayant la faculté de devenir aimant, pourrait être substitué avec avantage à l’acier , dans la construction des boussoles , parce qu’il n’aurait pas , comme ce dernier, l’inconvénient de s’altérer, lors même qu’il serait exposé à l’humidité. L*****r.
- INI EL LE (Agriculture). Nom donné à une maladie des céréales , ou plutôt à différentes maladies. C’est le charbon, la carie, Vergot, le blanc, la rouille , etc. Ces affections sont ordinairement causées par des espèces de champignons qui sont parasites, et dévorent les grains aux dépens de qui ils vivent. Les naturalistes nomment ces champignons uredo, cecidium , erpsiphe, sphœria. Fr.
- NITRATES. Genre de sels dont toutes les espèces résultent de la combinaison de l’acide nitrique avec une base particulière. Ce genre est un des plus importans, non pas par le grand nombre d’espèces utiles qu’il renferme, mais par l’immense consommation qui se fait de l’une d’entre elles , le nitrate de potasse, qui entre dans la composition de la poudre à tirer, et qui sert en outre à fabriquer l’acide nitrique, l’une des matières premières d’un grand nombre d’Arts diffé-rens. On voit donc que c’est cette espèce qui fixera principalement notre attention , et nous y sommes d’autant plus
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- portés , qu’en l’e'tudiant avec soin , ce sera pour ainsi dire faire l’histoire de tout le genre dont elle est le véritable type. Néanmoins, nous aurons soin de traiter de toutes celles dont on fait usage dans les Arts ou dans la Médecine ; mais avant de procéder à la description des espèces, nous allons indiquer les propriétés caractéristiques du genre.
- Tous les nitrates sont solubles dans l’eau , et il est vraiment fâcheux qu’il n’y ait aucune exception à cet égard, parce que cela rend souvent la détermination du genre fort difficile. Tous jouissent aussi de la propriété de fuser lorsqu’on les projette sur des charbons incandescens , et ce caractère ne leur appartient pas exclusivement ; ils le partagent avec les chlorates et les iodates : mais, lorsqu’on n’a plus à décider qu’entre ces trois genres , il est facile de le faire au moyen de l’acide sulfurique, qui, mis en contact avec un nitrate, détermine l’élimination de son acide , qui s’exhale dans l’atmosphère en fumées blanches, tandis qu’un iodate traité de la même manière donne naissance à des vapeurs violettes , et que la réaction sur un chlorate est telle , qu’il en résulte une vive déflagration. Enfin , il y a encore un autre moyen de rendre plus sensible la différence qui existre entre les nitrates et les deux autres genres dont nous venons de faire mention, c’est d’ajouter au nitrate supposé un peu de limaille de fer ou d’étain , et d’y verser ensuite de l’acide sulfurique, car la vapeur qui se produit dans ce cas n’est plus blanche, mais au contraire très rutilante, parce que l’acide nitrique, aussitôt qu’il devient libre, réagit sur le métal nus en contact, et il y a production de vapeurs nitreuses.
- On a mis à profit l’action de l’acide sulfurique sur les nitrates , pour en extraire l’acide nitrique, et c’est par ce procédé qu’on se procure maintenant tout celui du commerce. ( V. Acide nitrique. )
- La facile décomposition de l’acide des nitrates, en fait un des agens les plus énergiques, et c’est ce qui le rend si précieux et d’un usage si fréquent dans la plupart des cas où il s’agit de décaper, d’oxider ou de dissoudre les métaux , et il n’en est
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- qu’un bien petit nombre qui puisse faire exception. De cette même propriété qui se conserve dans les nitrates , dérive encore leur utilité générale ; c’est presque toujours lorsqu’il s’agit de déterminer ou d’alimenter l’oxidation d’une substance combustible , qu’on a recours à leur emploi. Tel est le motif de leur usage dans la fabrication de la poudre de guerre, dans l’affinage de certains métaux, pour l’oxidation de quelques autres, etc.
- Il est encore une autre propriété générale des nitrates, dont on a tiré parti ; c’est celle qui résulte de l’action de la chaleur sur ces sels. Tous ceux à base fixe se décomposent par ce moyen , avec plus ou moins de facilité ; mais , en persévérant, on finit constamment par obtenir la base , tantôt à l’état d’oxide, tantôt à l’état radical, suivant l’affinité de cette base pour l’oxigène. C’est le seul procédé auquel on ait recours pour se procurer à l’état de pureté la baryte, la strontiane et quelques autres bases.
- Parmi les nitrates connus, il y en a qui contiennent un excès d’acide , et d’autres qui sont parfaitement neutres. La composition de ceux-ci est telle, que l’acide contient cinq fois autant d’oxigène que la base.
- Nitrate d’argent. Ce sel s’obtient en faisant dissoudre une partie d’argent fin de coupelle dans 2 parties d’acide nitrique pur. Le tout se met dans un matras, et on l’expose à une légère chaleur de bain de sable ; la réaction est subite : une partie de l’acide se décompose, le métal s’oxide et se dissout, et cette dissolution est accompagnée d’une vive effervescence de deutoxide d’azote, qui, avec le contact de l’air, se traus-forme en vapeurs nitreuses rutilantes.
- Si l’argent est pur, et que la réaction ait été vive, la dissolution obtenue est incolore. Si l’argent contenait du cuivre, elle aurait une teinte bleuâtre d’autant plus intense que l’alliage serait plus considérable. Il est bon de dire cependant qu’une teinte bleue-verdâtre se manifeste parfois sans qu’elle soit due à la présence du cuivre, mais uniquement à la dissolution d’une certaine quantité de gaz nitreux dans le nitrate Tome XIV.
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- d’argent liquide, phénomène qui n’a lieu que dans le cas où la réaction a été lente et sans le secours de la chaleur.
- Lorsque l’argent contient de l’or, ce qui arrivait assez fréquemment autrefois , il demeure dans le liquide sous la forme d’une poussière noirâtre très ténue, qu’on peut séparer par simple décantation ; on la réunit dans un verre conique, on la lave à l’eau distillée à diverses reprises, puis on la soumet à l’action d’une légère chaleur ; l’or, en s’agrégeant un peu, reprend aussitôt sa couleur naturelle.
- Nous avons prescrit de prendre de l’acide nitrique pur, parce que celui du commerce contient ordinairement de l’acide muriatique, qui précipiterait une portion de l’argent à i’état de chlorure insoluble , d’où l’on pourrait à la vérité retirer l’argent, mais qui viendrait inutilement compliquer l’opération et en diminuer le résultat.
- Il n’est pas non plus de rigoureuse nécessité d’employer de l’argent de coupelle pour obtenir du nitrate d’argent pur; seulement l’opération n’en est que plus prompte et plus facile. On peut également réussir avec de l’argent de monnaie ou de vaisselle ; mais il faut prendre la précaution de faire cristalliser le nitrate d’argent, qui par ce moyen se sépare aisément du nitrate de cuivre, en raison de la grande solubilité dont ce dernier jouit. On lave les cristaux égouttés avec un peu d’eau distillée , qu’on réunit ensuite aux eaux-mères ; on les concentre, on fait cristalliser de nouveau, et l’on réitère ainsi jusqu’à ce que le cuivre devienne prédominant, ce qu’on aperçoit à l’intensité de la couleur bleue. Arrivé à ce point, on étend les eaux-mères d’une certaine quantité d’eau, et l’on y plonge des lames de cuivre bien décapées; l’argent se précipite sous forme d’une poudre grenue et brillante. Quand l’action est terminée , on la sépare du liquide, on la lave soigneusement, puis on la fait dissoudre dans une nouvelle quantité d’acide nitrique , si l’on veut la convertir en nitrate d’argent.
- Il est bon d’observer ici qu’un excès d’acide nitrique favorise beaucoup la cristallisation du nitrate d’argent, et à tel
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- point que lorsqu’il arrive qu’une dissolution d’argent suffisamment concentrée refuse de cristalliser, on peut la faire prendre en masse en y ajoutant de l’acide nitrique. Se forme-t-il dans ce cas un nitrate acide, ou bien l’acide borne-t-il son action à s’emparer de l’eau? C’est ce que j’ignore.
- On pourrait aussi séparer une grande partie du cuivre en évaporant la première dissolution j usqu’à siccité, etmême en faisant légèrement liquéfier la masse desséchée ; presque tout le nitrate de cuivre se décompose par l’action de la chaleur, tandis que celui d’argentn’en éprouve pas d’altération sensible. On reprend par l’eau , qui dissout le nitrate d’argent ; on laisse déposer l’oxide de cuivre , on décante et l’on fait évaporer de nouveau.
- Il sera toujours facile de mettre en évidence la présence du cuivre dans l’argent, à l’aide de l’ammoniaque , qui, versée en léger excès dans la dissolution, lui communique une teinte bleue d’autant plus prononcée, qu’elle contiendra davantage de cuivre.
- On emploie le nitrate d’argent sous deux formes différentes , soit à l’état de cristaux , qu’on obtient comme je viens de l’indiquer ; ce sont de larges plaques rhombo'idales ou hexaédriques , qui sont plutôt translucides que transparentes, d’un blanc bleuâtre, d’une saveur styptique et métallique des plus désagréables ; soit à l’état de cylindres (pierre infernale), qui ont été fondus et coulés dans une lingotière, ainsi que nous allons l’indiquer.
- Lorsqu’on a obtenu le nitrate d’argent pur, on le fait complètement dessécher dans une capsule de porcelaine, puis on le transvase dans un creuset en argent ou en platine, et l’on chauffe assez pour déterminer la liquéfaction du nitrate d’argent. Pendant que cette fusion s’opère, on dispose une lingotière qui est en cuivre jaune ou eu fer. Cette lingotière est formée de deux plaques A,B (fig- 2, PI. ), dans chacune desquelles est tracée une série de cannelures parallèles et assez profondes pour former la moitié du cylindre. Les cannelures se correspondent exactement dans les deux plaques , en sorte qu’en les superposant on obtient autant de cylindres creux,
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- qui viennent tous aboutir à une rigole commune CD, qui va en s’évasant jusqu’à la partie supérieure. Ces deux plaques superposées sont maintenues solidement entre elles au moyen d’une traverse et de deux vis de pression E ,F. Les deux plaques de la lingotière étant supposées bien nettoyées, on fait légèrement chauffer, pour en bien chasser toute l’humidité, puis on frotte l’intérieur de chaque cannelure avec un linge fin huilé; mais on a soin de laisser le moins d’huile possible, afin d’éviter qu’il en reste à la surface des débris de cylindres, qu’on est obligé de remettre dans le creuset, et qui détermineraient une prompte réduction de l’argent.
- Si l’on coule le nitrate aussitôt qu’il est fondu, il est d’un gris perle ; mais on n’est point habitué à l’avoir ainsi dans le commerce , et l’on est obligé de le maintenir pendant quelque temps en fusion pour lui donner un peu plus de couleur, ce qui provient de la décomposition d’une petite quantité de nitrate d’argent, et de la mise à nu d’une proportion relative d’oxide.
- Ce serait à tort qu’on regarderait cette exigence des consommateurs comme un pur caprice , car il est certain que la pierre infernale grise n’a point assez de consistance ; elle se brise trop facilement, tandis que celle qui a été plus longtemps chauffée, et qui est noirâtre, a pris plus de dureté.
- Toutefois , lorsqu’on a atteint le point de fusion convenable , et que la lingotière a été disposée comme nous l’avons dit, on coule le nitrate ; et quand ou le juge figé, on détoura la vis , on enlève la barre , et l’on sépare les deux plaques en abattant avec précaution la lingotière dans la main droite. On pose doucement la plaque sur une feuille de papier, et l’on détache les cylindres à l’aide de la pointe d un couteau , qu’on appuie sur la portion qui s’est moulée dans la gouttière. Lorsque les cylindres, qui se tiennent tous ordinairement par cette rigole, sont sortis de la lingotière , on les sépare un à un, on en détache les bavures avec la lame du couteau, puis on remet dans la lingotière tous les débris et portions de cylindres qui sont trop petits pour être mis
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- en vente. On doit aussi éliminer avec soin tous ceux qui ne seraient pas entièrement pleins ; ce qui arrive quelquefois , parce que le nitrate ou la lingotière ne sont pas assez chauds. Ces cylindres creux ont le grave inconvénient, lorsqu’on en veut faire usage pour la Chirurgie, d’exposer à retenir un peu du pus ou du virus de la plaie sur laquelle on l’aurait posée , et à l’inoculer ensuite à une autre personne pour laquelle on en ferait usage. On a soin de serrer les cylindres de pierre infernale dans des bocaux longs et étroits ; et l’on remplit assez ordinairement les interstices qu’ils laissent entre eux, avec des semences de lin , afin qu’ils puissent être transportés sans se briser.
- Comme la cupidité se glisse jusque dans les professions qui devraient en être le plus à l’abri , on trouve aussi des gens assez déhontés pour spéculer sur l’existence de leurs semblables , et qui ne craignent pas de falsifier les médicamens. La pierre infernale étant au nombre de ceux dont le prix est le plus élevé, elle est devenue en ce genre un des principaux objets de fraude. On la fabrique quelquefois avec de l’argent allié de cuivre , qu’on ne sépare pas ; mais pour que la pierre infernale ne conserve pas une teinte verdâtre, on la tient plus long-temps en fusion , afin de déterminer une décomposition complète du nitrate de cuivre ; alors il ne reste crue de l’oxide de cuivre, qui demeure interposé, et donne à la pierre infernale une teinte plus noirâtre. En dissolvant ce nitrate d’argent fondu dans une quantité suffisante d'eau distillée, filtrant la solution et reprenant le résidu par peu d’acide nitrique , on reconnaît immédiatement la présence du cuivre à la couleur bleue de la dissolution, qu’on peut a^Hopper encore davantage à l’aide de l’ammoniaque en excès.
- Une fraude plus blâmable encore , est celle qu’on pratique assez habituellement maintenant, et qui consiste à ajouter dans le nitrate d’argent du nitrate de potasse. On les fond ensemble ; mais il est facile de reconnaître cette fraude , car la pierre infernale , quand elle est pure ou qu’elle ne contient qu’un peu de cuivre, offre une cassure cristalline et radiée,
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- tandis que quand elle est allongée par du nitrate de potasse, sa cassure est lisse et homogène. Si l’on veut d’ailleurs en acquérir une preuve plus certaine, il suffira de dissoudre un poids déterminé du nitrate suspect, et d’en précipiter l’argent à l’aide de l’acide hydrochlorique en léger excès ; on filtre ensuite la liqueur, puis on l’évapore à siccité ; on obtient pour résidu le nitrate de potasse ajouté.
- Le nitrate d’argent sec est formé de
- Proust. Berzclius.
- Acide nitrique...... 3o,5................ 3i,8i
- Oxide d’argent.... 6g,5...................68,ig
- Deux parties d’argent produisent toujours, dans la pratique. 3 parties de pierre infernale.
- Le nitrate d’argent possède, comme tous les autres nitrates , la propriété de se décomposer par une chaleur soutenue ; mais il est du petit nombre de ceux dont la base se réduit complètement, en raison du peu d’affinité qu’elle a pour l’oxigène. Ainsi, en continuant de chauffer le nitrate d’argent, il se dégage successivement de l’oxigène, de l’acide nitreux, de l’azote , et il reste enfin de l’argent métallique. On a quelquefois recours à ce caractère pour reconnaître la présence du nitrate d’argent, car il suffit d’en poser une parcelle sur un charbon ardent : le nitrate se décompose, et il reste une pellicule d’argent mat. Une des propriétés les plus tranchées du nitrate d’argent, c’est celle de noircir les subs-tance organique qu’on soumet à son contact ; il y produit d’abord une tache grisâtre, puis bleue, et ensuite noire, qui résiste à tous les agens : on en a tiré parti pour imprimer sur des tissus une marque indélébile. ( V. Evcre. ) On 1'a mise également à profit, et depuis fort long-temps, pour noircir la chevelure. Le nitrate d’argent fait la base de cette liqueur que vendent à un très haut prix les coiffeurs et les parfumeurs , sous le nom d’eau de Chine. Us se servent ordinairement, pour cet objet, du nitrate cristallisé ; mais ib
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- feraient mieux d’employer le nitrate fondu, parce qu’ils seraient certains de l’avoir bien neutre , et de prévenir par là les effets fâcheux que peut produire l’excès d’acide que contient assez ordinairement celui qui est cristallise'.
- Le nitrate d’argent en solution est le réactif le plus sûr qu’on puisse employer pour reconnaître, dans un liquide quelconque , la présence de l’acide hydrochlorique ou d’un hydrochlorate, et cela en raison de la grande insolubilité du chlorure d’argent qui en résulte. Ainsi, toutes les fois qu’un liquide précipite en blanc par l’addition de quelques gouttes de nitrate d’argent, et que le précipité produit n’est pas soluble dans un excès d’acide nitrique, on est certain qu’il existe de l’acide hydrochlorique dans ce liquide. Comme les proportions du chlorure d’argent sont bien connues, il est facile , en recueillant convenablement ce chlorure, et le pesant lorsqu’il est bien sec , d’en conclure la proportion d’acide hydrochlorique contenu dans la quantité du liquide soumis à l’essai.
- Le zinc, le fer, et principalement le cuivre, précipitent l’argent à l’état métallique de sa dissolution nitrique, et cette propriété est mise parfois à profit dans les Arts, soit pour séparer l’argent de quelques métaux auxquels il pourrait être uni, soit pour revêtir le métal précipitant et y produire une véritable argenture. ( V. Blaxchîment , page 186, T. III. )
- Nous avons déjà dit que les chirurgiens employaient le nitrate d’argent fondu comme un caustique des plus énergiques, et que c’était pour cet usage rpTon -le coulait en petits cylindres susceptibles d’être introduits dans une espèce de porte-crayon en argent, nommé porte—pierre, afin d’éviter de les saisir avec les doigts, et de se noircir la peau. On touche légèrement, mais à diverses reprises, avec l’extrémité humectée de la pierre, la partie malade qu’on veut cautériser , puis on essuie la pierre avec.un linge fin, pour la serrer. Lorsqu’il s’agit de porter ce caustique dans des cavités trop étroites et trop profondes pour qu’on puisse y pénétrer avec la pierre ordinaire , on trempe dans du nitrate fondu l’extré-
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- mité d'une longue aiguille d’argent, faite comme celles dites à tricoter, et on l’en retire aussitôt ; elle reste imprégnée d’une petite couclie de nitrate qui s’est moulée à sa surface et qu’on peut facilement introduire dans toutes les cavités où cela est nécessaire.
- On emploie aussi le nitrate d’argent en solution , mais à très faible dose, comme collyre, et principalement dans le cas où les paupières se trouvent ulcérées par suite d’une inflammation long-temps soutenue.
- On prescrit quelquefois le nitrate d’argent à l’intérieur, contre l’épilepsie , et l’on prétend en avoir obtenu des succès marqués ; mais c’est un remède si dangereux , qu’on ne peut le laisser administrer que par d’habiles praticiens. La peau des personnes qui ont été soumises à ce traitement prend une teinte cuivrée qui ne se dissipe plus.
- On a reconnu encore que le nitrate d’argent était un puissant antiseptique ; malheureusement sa qualité vénéneuse ne permettrait pas de l’employer à conserver des substances alimentaires, et l’on pourrait tout au plus s’en servir pour quelques pièces anatomiques ; mais , sous ce rapport , le sublimé corrosif lui serait sans doute préférable, parce qu’il n’a pas , comme lui, l’inconvénient de noircir tous les tissus organiques.
- Nitrate de baryte. Ce sel s’obtient, soit en décomposant directement le sous-carbonate naturel de baryte par l’acide, nitrique, soit en transformant le sulfate de baryte en sulfure, puis en nitrate. Chacun de ces deux procédés a ses avantages et ses inconvéniens. Le premier est plus rarement employé en France, parce qu’étant obligé de tirer le sous-carbonate de baryte de l’étranger, il nous revient à un prix assez élevé pour qu’il y ait e'conomie à se servir du sulfate. Cependant il est des circonstances où l’on est contraint, malgré cela, d’y avoir recours ; ainsi, par exemple, quand un laboratoire est situé ou construit de manière à ce qu’on ne puisse y de'gager de l’hydrogène sulfuré sans danger. Cette manipulation , plus simple et moins embarrassante, convient d ail-
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- leurs à tous ceux pour qui l’économie 11’est pas une loi.
- Le sous-carbonate de baryte, quoique réduit en poudre très fine, n’est attaqué que fort difficilement par l’acide nitrique, et il paraît que cela tient particulièrement à son agrégation moléculaire : ce qu’il y a de certain, c’est que l’acide le pénètre beaucoup mieux lorsqu’on l’a soumis préliminairement à une chaleur assez intense pour le faire rougir. Il est bon d’étendre l’acide d’un peu d’eau , parce que le nitrate de baryte n’étant pas très soluble, recouvre le carbonate et fait obstacle aux progrès de l’opération : il est également avantageux de placer la terrine dans laquelle se fait cette décomposition au-dessus d’un bain-marie, afin de la faciliter. Lorsque la liqueur a presque atteint le point de neutralité, on jette le tout sur un carré de toile garni d’une feuille de papier, et Ton fait évaporer le liquide filtré.
- Pour préparer le nitrate de baryte avec le sulfate , il faut réduire celui-ci en poudre très fine et le mélanger d’un quart de son poids de charbon également pulvérisé ; on introduit ce mélange dans des creusets recouverts et lutés, puis on les soumet à une forte calcination. On sait qu’à une température élevée, le charbon réagit sur l’acide du sulfate de manière à s’emparer de son oxigène pour former, soit de l’acide carbonique , soit du gaz oxide de carbone , et que le soufre demeure fixé à la base primitivement unie à l’acide sulfurique.
- Lorsque la calcination a été suffisamment soutenue, la poudre , de noire qu’elle était primitivement, est devenue d’un gris cendré clair, et, au lieu d’être mobile, elle est agglomérée ; elle forme une masse assez spongieuse et se délaie facilement dans la salive, en laissant une saveur sulfureuse des plus prononcées.
- Quelques praticiens prescrivent de délayer cette masse dans l’eau , et d’y verser immédiatement de l’acide nitrique ; mais comme le sulfate contient toujours une certaine quantité de fer ou de manganèse, on éprouve l’inconvénient de dissoudre en même temps ces oxides métalliques ; et d’ailleurs , comme d y a constamment une portion de sulfate qui n’a point été
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- attaquée, cela forme un résidu souvent assez considérable d’où il serait difficile d’enlever les dernières portions de nitrate, et la valeur en est assez élevée pour éviter cette perte. Il est donc préférable , sous ce double rapport, de commencer par lessiver le sulfure à l’eau bouillante, et de décomposer ensuite la solution par l’acide nitrique.
- Cette lessive du sulfure offre un phénomène assez remarquable; c’est que quand elle est suffisamment concentrée, elle fournit par refroidissement des cristaux blancs hexaédriques, qui ne sont autre chose que de l’hydrate de baryte ; ce qui est dû probablement à l’influence de la cohésion qui, au moment de la cristallisation, détermine le corps le moins soluble à se déposer, et qui, par contre, facilite la formation delà combinaison la plus soluble , qui reste dans la liqueur, et qu’on nommait autrefois Y hydrosulfate sulfuré. Quoi qu’il en soit, on filtre cette lessive, on la décompose par de l’acide nitrique; il se fait une vive effervescence d’hydrogène sulfuré , et il se précipite en même temps beaucoup de souffe, qui rend la liqueur toute laiteuse. Il est bon de brûler l’acide hydrosulfurique à mesure qu’il se dégage , afin d’en être moins incommodé ; et une précaution bien essentielle à prendre, c’est de ne faire cette opération qu’à l’air libre, on au moins dans un lieu très aéré , et d’éviter de se placer sous le vent. Il est arrivé un si grand nombre d’accidens pour avoir négligé de se garantir de ce gaz dangereux, qu’on ne saurait trop recommander aux praticiens de s’en prémunir.
- Aussitôt que l’effervescence cesse de se manifester, quoique la liqueur contienne un léger excès d'acide, on cesse aeu ajouter, et l’on fait chauffer la liqueur pour en chasser la portion d’hydrogène sulfuré qu’elle retient en dissolution ; on h laisse refroidir, puis on la filtre, et on la soumet enfin à une évaporation convenable, pour obtenir le nitrate de baryte cristallisé. Les premières venues de cristaux sont belles, mais à chaque nouvelle évaporation le nitrate se colore de plus ® plus par des oxides de fer et de manganèse, qui ont été en traînés, malgré toutes les précautions prises.
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- Comme le principal emploi de ce sel est de servir à la préparation de la baryte caustique, et que la présence de ces oxides nuirait à sa pureté , on est obligé , pour les éliminer, de broyer le nitrate et de le soumettre à une légère torréfaction , qui, en suroxidant le fer et le manganèse, détruit leur combinaison avec le nitrate de baryte , et permet de les séparer en faisant dissoudre de nouveau le nitrate, et filtrant sa solution.
- Le nitrate de baryte cristallise en octaèdres ou en tétraèdres, qui sont transparens sur les bords et presque opaques dans leur ensemble ; ils sont solubles dans 12 parties d’eau à 160, et ils en exigent seulement 3 à 4 d’eau bouillante. Ce sel ne contient que peu ou point d’eau de cristallisation ; aussi décrépite* t-il comme le sel marin quand on le soumet à l’action du calorique ; du reste , il éprouve par cet agent les mêmes altérations que les autres nitrates, et c’est le seul moyen que nous ayons de préparer la Baryte caustique etanbydre. ( V. ce mot. )
- Le nitrate de baryte est employé dans les laboratoires, pour reconnaître la présence de l’acide sulfurique ou des sulfates dans un liquide quelconque. Depuis quelque temps, les artificiers l’emploient pour modifier la couleur de certaines flammes, auxquelles il communique un ton jaunâtre.
- Le nitrate de baryte est composé de
- Kirvan. Vauqnelin. Richter. BerzcJins.
- Acide. .. . ... 32 .. ... 38 ... .. 39 ... .. 41,44
- Base.... .... 57 .. ... 5o ... .. 6l ... .. 58,56
- Eau. .. ... 12
- Nitrate de bismuth . La préparation de ce sel ne pre'sente aucune difficulté ; cependant, comme le bismuth du commerce contient habituellement une grande quantité d’arsenic, il est bon, pour le purifier, de le maintenir pendant long-temps en fusion : l’arsenic se dissipe en partie par ce moyen ; mais il en teste encore. Néanmoins , on pulvérise grossièrement ce bis-
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- muth purifié, puis on le projette par portions dans de l’acide nitrique ordinaire, mais un peu étendu d’eau ; il se produit une très vive effervescence de gaz nitreux. Une partie du métal se dissout, l’autre reste au fond du vase sous forme d’une poudre blanche , qu’on a considérée comme un sous-nitrate, mais que je crois en grande partie composée d’arseniate de bismuth , qui se forme par la réaction de l’acide nitrique sur ces deux métaux. Une partie de cet arseniate se maintient en dissolution à la faveur d’un grand excès d’acide, et il se précipite quand on fait évaporer la liqueur pour obtenir le nitrate de bismuth cristallisé.
- Ce sel cristallise en gros prismes aplatis et terminés par des pyramides ; ils sont transparens, ils ont un aspect gras ; leur couleur est le blanc bleuâtre ; l’eau les décompose ; elle s’empare de l’acide et précipite un sous-nitrate insoluble, qui, bien lavé et séché, n’est plus qu’une poudre d’un beau blanc mat, très douce au toucher, mais qui possède la fâcheuse propriété de se noircir par les moindres émanations sulfureuses. Quoi qu’il en soit, l’éclat de sa couleur blanche et sa facile miscibilité avec les autres corps, le font employer, soit comme blanc de fard, nom sous lequel il est connu depuis longtemps ; soit pour étendre d’autres couleurs sans altérer la pureté de leur ton, telles que le rouge de carthame , également usité pour les dames. On s’en sert aussi dans plusieurs autres Arts , et particulièrement pour la fabrication des cires à cacheter de couleur, où il est de même employé pour étendre les matières colorantes. On en fait aussi usage conjointement avec d’autres corps, pour remplir certaines qualités de fausses perles ; et de là lui vient le nom de blanc à perle, qu’il porte encore.
- Les fabricans d’émaux ajoutent du blanc de bismuth dan> quelques-unes de leurs compositions, pour en faciliter a fusibilité.
- Lorsqu’on ne prépare le nitrate de bismuth que pour ob tenir le sous-nitrate, ce qui arrive le plus habituellement) on ne le fait point cristalliser, et l’on se contente d en vel'St
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- la solution dans une grande quantité d’eau ; on agite fortement , on laisse déposer , on lave par décantation , puis on le trochisque , après l’avoir laissé égoutter un temps suffisant sur une toile. Il est inutile d’observer, d’après ce que nous venons de dire , que pour que cette opération ait tout le succès désirable, elle doit être faite dans un lieu exempt de toute émanation sulfureuse.
- Le sous-nitrate de bismuth peut s’obtenir sous forme de belles paillettes nacrées, si Ton rend sa précipitation plus lente, en se servant d’eau acidulée au lieu d’eau pure.
- Le nitrate de bismuth cristallisé est composé, d’après Lagerliielm et Berzélius, de
- Acide...... 33,84 ...... 4°, 70
- Base.......4q>3ï ..........5q,3o
- Eau........ 16,85
- Et le sous-nitrate, d’après M. Grouvelle , de
- Acide............ *3*97
- Base.............81,37
- Eau.............. 4)86.
- Nitrate de cuivre (deuto-). 11 suffit, pour obtenir ce sel, de mettre en contact des planures de cuivre rouge avec de l’acide nitrique étendu de 3 à 4 parties d’eau, afin d’éviter une trop vive réaction ; lorsque la dissolution est achevée , on la laisse déposer pendant quelque temps dans un vase long et étroit, puis on la décante et on la fait évaporer jusqu’en consistance sirupeuse , parce que ce sel est très soluble : on l’obtient alors en beaux parallélépipèdes allongés , d’une couleur bleue claire , mais qui sont très déliquescens.
- Le deutonitrate de cuivre est employé dans quelques fabriques de toiles peintes, comme rongeant.
- C’est en décomposant ce sel par la chaleur qu’on obtient le deutoxide de cuivre pur, produit très usité pour les analyses des substances organiques. Le deutonitrate de cuivre sert aussi pour faire des Cendres bleues. ( V. ce mot. )
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- Ce sel est composé ainsi qu’il suit :
- Acide nitrique..... 5q, 74
- Deutoxide de cuivre. 42,26
- Nitrate d’étain (proto-). L’étain est tellement avide d’oxi-gène, qu’il est difficile d’unir son protoxide à l’acide nitrique, et surtout de maintenir la combinaison de ces deux corps; cependant, comme elle est usitée dans quelques ateliers de teinture , nous devons indiquer les moyens de l’obtenir.Ûn y parvient en mettant en contact de l’étain laminé, dit en rubans, avec de l’acide nitrique étendu d’eau, jusqu a ce qu’il ne marque que 4- ou 5° à l’aréomètre. On laisse réagir ces deux corps, qu’on a eu soin de renfermer dans un vase bien bouché, pendant plusieurs jours. Peu à peu le métal passe à l’état de protoxide, qui se dissout, et aucun gaz ne se dégage ; mais on retrouve dans la liqueur du nitrate d’ammoniaque , ce qui ne peut avoir beu qu’autant qu’une partie de l’oxigène est fournie par l’eau, et une autre par de l’acide nitrique complètement décomposé , puisque son azote est mis à nu, et qu’il s’unit ensuite à de l’hydrogène pour former de l’ammoniaque.
- On peut obtenir le protonitrate d’étain plus pur et plus concentré', en mettant immédiatement le protoxide en contact avec de l’acide nitrique très étendu ; mais ce procédé exige qu’on prépare d’avance le protoxide, ce qui compliqua l’opération. Toutefois, si l’on veut avoir recours à ce mode, on prend le sel d’étain ordinaire (protochlorure d’étain), on le dissout dans l’eau, on le filtre, et l’on y ajoute de l’ammoniaque en très léger excès ; il se forme un abondant précipité blanc, qui est de l’hydrate de protoxide ; on soumet tout le mélange à l’ébullition. Le précipité change de couleur ; il devient d’abord gris, puis noirâtre ; il acquiert plus de cohésion , et se dépose plus facilement : il est alors pr,ve de l’eau de combinaison qu’il contenait. On laisse refroidir, on lave par décantation , puis on le fait sécher.
- Le protonitrate d’étain ne doit se préparer qu’à mesure
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- du besoin, parce qu’il se décompose facilement. On voit, en effet, au bout de très peu de temps, se former un dépôt gélatineux , qui n’est autre que du sous-protonitrate.
- Le protonitrate d’étain paraît employé avec avantage pour la teinture écarlate. M. Chevreul dit s’en être servi avec succès pour la préparation du pourpre de Cassius.
- Nitrate de ter ( trito-). Pour obtenir cette combinaison , on fait bouillir de l’acide nitrique étendu , sur de la rouille de fer, jusqu’à ce que la dissolution ne précipite plus par le ferrocyanure rouge de potassium.
- M. Vauquelin a obtenu ce sel sous forme de prismes blancs quadrangulaires , terminés par des biseaux. Ces cristaux sont très déliquescens , et fournissent une dissolution rouge dans l’eau distillée.
- Le tritonitrate de fer est employé en teinture pour donner au coton la couleur du nankin.
- M. Rémond, de Lyon , l’a recommandé comme étant susceptible de fournir le plus beau bleu de Prusse qu’on puisse obtenir ; mais d’autres praticiens contredisent cette assertion.
- Nitrate de mercure (proto-). Comme il existe deux oxides de mercure, il y a aussi deux nitrates, et qui sont l’un et l’autre employés : nous allons donc indiquer les moyens de les obtenir. Il est très difficile , pour ne pas dire impossible , de ne produire à volonté que du protonitrate, et cependant c’est celui dont on a le plus fréquemment besoin ; mais , comme ces deux sels diffèrent beaucoup de solubilité, on parvient assez aisément à les séparer par cristallisation. On prend donc i partie de mercure , 3 d’acide nitrique étendu à 20 ou 220 ; on met le tout dans un matras, et l’on fait chauffer pour faciliter la réaction. A mesure que le mercure se dissout, on eu ajoute encore, afin de maintenir la dissolution au minimum; après un temps suffisant, on laisse refroidir. On voit se déposer au fond du vase de beaux polyèdres irréguliers, à facettes très brillantes , qui jouissent parfois d’une certaine opacité et deviennent de plus en plus volumineux.
- Quand on a besoin d’obtenir immédiatement une grande
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- quantité de protonitrate de mercure, le moyen que nous venons d’indiquer est trop long pour être mis en usage, parce que la réaction est lente, et qu’elle dépasse souvent la limite qu’on veut atteindre ; alors ou est obligé d’emplover celui auquel on a recours dans les fabriques, quand on peut toutefois tirer parti des résidus ou eaux-mères. Ainsi, on met sur i kilogramme de mercure, i5oo grammes d’acide nitrique ordinaire, et l’on répète cette dose, mais dans des vases séparés, proportionnellement à la quantité qu’on veut obtenir de protonitrate. On fractionne ainsi, pour éviter la trop vive réaction qui aurait lieu en réunissant des masses plus considérables.
- La dissolution est ordinairement achevée en peu d’heures ; elle contient un mélange de proto et de deutonitrate de mercure. Du soir au lendemain, il se forme dans chaque vase une certaine masse de cristaux, quelquefois gros et con-sistans, mais le plus ordinairement en longues aiguilles prismatiques , qui sont entièrement formées par du protonitrate ; on décante toute la portion liquide, on égoutte bien les cristaux , puis on les réunit pour les dissoudre de nouveau dans une eau légèrement acidulée. C’est avec cette liqueur qu on prépare le protochlorure de mercure, ou précipité blanc des anciens, et quelques autres compositions qui nécessitent le protonitrate.
- Quant aux eaux-mères de la première dissolution, on les fait évaporer à siccité, puis on soumet le résidu à la calcination dans des vases de verre, pour obtenir le Peroxide de mercure, ou Précipité rouge. ( V. ces mots. )
- Le protonitrate de mercure est peu soluble dans l’eau; cette dissolution constitue ce qu’on appelle Y eau mercurielle des pharmacies. Cependant on donne aussi le même nom à de l’eau simplement bouillie sur du mercure, qu’on administre aux enfans, comme anthelmintique.
- Le protonitrate de mercure, surtout les cristaux les moin» serrés , s’altèrent promptement à l’air ; il jaunit à sa surface et se convertit en sous-deutonitrate.
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- La solution de protonitrate mercuriel précipité en noir par la potasse et la soude caustique, et en gris-noirâtre par l’ammoniaque. Ce dernier précipite' est un sel double , connu sous le nom de mercure soluble d’Hahnemann.
- Le protonitrate de mercure contient, d’après Berzélius ,
- Acide nitrique.......... 20,47
- Protoxide de mercure.... 79,53.
- Le deutonitrate ne s’emploie dans son état de pureté que comme réactif, et le plus sur moyen de l’obtenir pour cet usage , est de combiner directement le deutoxide avec l’acide nitrique. Ce sel, beaucoup plus soluble que le protonitrate, cristallise en petites aiguilles; sa solution précipite en jaune par les alcalis caustiques : l’ammoniaque n’est cependant pas de ce nombre , parce qu’elle forme un sel triple insoluble qui est blanc.
- Le deutonitrate, délayé dans une grande quantité d’eau chaude, se décompose en sous-deutonitrate qui est jaune, lurbiüi nitreux des anciens, et en nitrate acide , qui reste en dissolution. Cette liqueur ne précipite ni par l’acide hvdro-chlorique, ni par les hydrochlorates.
- Le deutonitrate de mercure est composé de
- Acide nitrique.......... 33,15
- Deutoxide...............66,85.
- Le sous-deutonitrate de
- Acide nitrique.......... J1, o3
- Deutoxide............... . 88,97.
- Dans presque tous les emplois du nitrate de mercure, on fait usage, ainsi que nous l’avons observé, du mélange des deux sels qui résultent de l’action directe de l’acide nitrique ordinaire sur le mercure C’est ce qui a lieu pour la préparation de I’Oxide eoüge de mercure , de la Pommade citrixe , de fa liqueur mercurielle employée par Si. Poutet de Marseille , pour reconnaître la pureté de I’Hüile d’olives ; de celle usitée Tome XÏV. s3
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- pour le secrétage des poils employés dans la fabrication des Feetres {V. ces différens articles. )
- Nitrate de plomb. On a fabriqué, depuis quelques années, beaucoup de nitrate de plomb , qui a été consommé dans les manufactures de toiles peintes, pour les jaunes de chrome. ( V Teinture. ) On les obtenait d’abord avec l’ace'tate de plomb ; mais, malgré la différence de prix , on n’a pas tarde' à donner la préférence au nitrate , qui fournit des résultats bien plus satisfaisans, sous le rapport de la nuance.
- Pour obtenir le nitrate de plomb, on commence par étendre de l’acide nitrique ordinaire de 2 ou 3 parties d’eau chaude à 60 à 70° ; on place ensuite ce mélange sur un bain-marie, dans une terrine de grès, et l’on ajoute peu à peu ‘de la litharge pulvérisée , jusqu’à ce qu’on ait atteint une complète saturation. Arrivé à ce point, on laisse déposer la liqueur pendant quelques instans, puis on la décante dans une jarre en grès préalablement échauffée. On réitère cette opération autant qu’il est nécessaire- pour employer la quantité de litharge qu’on veut convertir en nitrate. Toutes les liqueurs étant réunies dans la même jarre , on abandonne jusqu'à complet refroidissement, ce qui exige un temps plus ou moins long, selon la masse du liquide et la température régnante. A cette époque , on décante le liquide à l’aide d’un siphon en plomb, on fait une première levée de cristaux ; on lave avec des eaux-mères claires , ceux qui sont salis par le dépôt qui se forme ordinairement dans la partie inférieure du vase. On met d’une part les cristaux à égoutter dans une trémie , et de l’autre on fait évaporer les eaux-mères dans des terrines en grès placées au bain-marie, ou mieux dans une chaudière de platine, quand on en a à sa disposition : mais il faut éviter l’emploi des vases en plomb, parce que , bieu que les liqueurs soient neutres, elles réagissent néanmoins sur ce métal, et ils® forme un hyponitrite de plomb qui est jaune , et qui communique cette couleur à tous les cristaux de nitrate de plomb, inconvénient qui nuit à la vente, parce que le consommateur exige que ce sel soit d’un très beau blanc.
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- Après avoir ainsi obtenu plusieurs venues de cristaux, les eaux-mères deviennent vertes, attendu que nos litharges de France contiennent une assez grande quantité de cuivre. On parvient à en séparer une grande partie en les laissant en contact avec des lames de plomb pendant plusieurs jours, mais à froid. Malgré cette précaution, le nitrate qu’on obtient de ces eaux-mères n’est jamais beau, et l’on est contraint de le redissoudre pour le faire cristalliser de nouveau.
- Outre le cuivre , nos litharges renferment encore plusieurs substances étrangères qui ne se dissolvent point dans l’acide nitrique étendu , et particulièrement de l’arseniate, du phosphate et du sulfate de plomb, dus,à la calcination de l’ar-seniure , du phosphure et du sulfure contenus dans le plomb d’ceuvre. On rencontre aussi dans ces résidus des substances terreuses qui proviennent de débris de fourneaux, qui s’introduisent dans la litliarge pendant le cours des manipulations. Tous ces corps forment un résidu ou magma , qu’on reprend par de l’acide nitrique moins étendu, pour en extraire tout l’oxide de plomb qui pourrait y rester interposé , et quand on a suffisamment lavé ce résidu, on le rejette comme inutile ; cependant il retient assez ordinairement quelques portions d’argent, qu’on peut retirer en les traitant dans les fourneaux de fusion.
- Le nitrate de plomb préparé ainsi en grand, cristallise en beaux octaèdres d’un blanc mat. Quatorze parties de ce sel en exigent i oo d’eau pour se dissoudre à la température ordinaire ;
- il est formé de Thomson. Chevreul. Berzëîins.
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- Acide nitrique.. .... 34 .. ... 33 ... .. 32,69
- Oxide jaune.... .... 66 .. . .. 6n ... .. 67,3i.
- On a proposé de faire usage de ce sel pour préparer des mèches d’artifice, parce qu’il s’v conserve mieux que le nitrate de potasse.
- Nitrate de potasse. Cette espèce est, comme nous l’avons
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- SITUATES.
- déjà observé, la plus importante de tout le genre ; c’est celle que la nature nous fournit en plus grande abondance et par contre la plus usitée et la mieux connue ; ainsi elle mérite, à tous égards, que nous en tracions l’histoire avec détail.
- Les anciens l’ont successivement désignée sous les noms de salpêtre, nitre, sel de nitre, nitre de potasse, potasse nitrée ou nitratèe, etc ; et bien qu’elle ait été l’objet de l’étude spéciale d’un grand nombre d’entre eux , ce ne fut réellement qu’à l’époque de l’établissement de la doctrine pneumatique qu’on a pu apprécier et comprendre les singuliers phénomènes qu’elle présente. On savait sans doute que le salpêtre contenait en lui le principe de la combustion , et sous ce rapport on en tirait dés long-temps un parti bien avantageux ; mais la vraie nature de ce principe était inconnue. Jusqu’à Lavoisier, aucune explication plausible de cet admirable phénomène n’avait été produite. Cet illustre académicien fut le premier à constater l’identité de l’air vital de notre atmosphère avec le principe comburant du nitre : il démontra en outre que les deux principes qui forment la base essentielle de l’air atmosphérique , réunis en d’autres proportions , constituent également l’acide du nitre ; et cette similitude de composition bien remarquable est sans doute une des causes qui favorisent et déterminent la création spontanée du nitre, sans laquelle cette combinaison , devenue si précieuse pour nous , serait encore absolument ignorée. Nous n’avons, en effet, aucun moyen de la produire artificiellement ; car l’existence de l’acide nitrique, auquel il faudrait avoir recours pour cela, suppose l’existence du nitre, et à peine nous est-il permis de créer quelques atomes d’acide nitrique. C’est donc la nature qui fait seule les frais de cette importante opération , et nous ignorons encore quels sont ses moyens; nous connaissons tout au plu* quelques-unes des circonstances favorables qui facilitent ce travail, et toute notre puissance së borne à servir d auxiliaire.
- Le salpêtre se forme spontanément dans différentes con
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- trées, telles que l’Espagne, l’Egypte, et surtout l’Inde, où Ton en pourrait récolter en assez grande abondance pour suffire à l’approvisionnement de toute l’Europe. Dans d’autres pays, tels que le nôtre, le salpêtre s’y rencontre plus rarement dans son entier, mais son principe essentiel s’y produit egalement, et il ne reste que peu de choses à faire pour accomplir le travail. Enfin, il en est d’autres encore où le sol, moins favorable à la création de ce sel, n’en présente pour ainsi dire aucune trace ; et comme l’indépendance est un des principaux besoins de chaque peuple, là, les naturels, pour subvenir eux-mêmes à leur propre défense, ont été contraints de réunir artificiellement les matériaux jugés nécessaires à la production du salpêtre.
- Nous indiquerons successivement les différens modes d’exploitation mis en usage pour recueillir ou produire le nitrate de potasse , puis nous ferons connaître les considérations théoriques sur lesquelles on s’est appuyé pour concevoir la formation spontanée de ce sel.
- Dans l’Inde, dans l’Amérique méridionale et dans quelques contrées de l’Espagne , où les terres sont naturellement sal-pètrées, on voit, en certaines saisons, ce sel surgir à la surface du sol sous forme de petites houppes soyeuses ou de cristaux prismatiques plus ou moins consistans. Ce phénomène se fait surtout remarquer lorsque des chaleurs assez vives et continues se manifestent après des pluies abondantes ; et cela se conçoit aisément, car en supposant le sol imprégné de salpêtre, il est certain que l’eau pluviale, qui peut-être aussi contribue à sa formation, le dissoudra pour l’entraîner plus tard à la surface du sol, lorsqu’une chaleur soutenue forcera l’humidité à se réduire en vapeurs.
- Ces efflorescences salines sont ordinairement récoltées à l’aide de simples balais ou houssoirs, et de là vient la dénomination de salpêtre de houssage, qui leur a été donnée. J’ignore si tout le nitre de l’Inde que nous recevons dans le commerce est produit de la sorte ; niais ce qu’il y a de certain , c’est que les cristaux en sont en général peu volumi-
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- neux et très courts. Ce nitre naturel est d'autant plus précieux, qu’il est presque pur ; les bonnes qualités déchoient à peine de 3 à 4 pour ioo à la liqueur d’épreuve. Nous décrirons plus bas la méthode d’essai usitée à cet égard.
- En France, ce n’est point le nitrate de potasse que nous trou-vons-ainsi tout formé, ou du moins on le rencontre si rarement et en si petite quantité , que cela ne peut entrer en ligne de compte ; mais ce sont des nitrates à base de chaux et de magnésie , qui, beaucoup plus solubles , et par conséquent bien moins susceptibles de cristalliser, demeurent dans les terrains salpêtrés, toujours pourvus d’une assez grande quantité pour les retenir en dissolution. Au reste, il est facile de substituer la potasse à ces bases naturellement combinées à l’acide nitrique , et d’obtenir par conséquent de véritable nitrate de potasse. Nous allons indiquer ce qu’il convient de faire pour atteindre ce but, et nous commencerons par observer que l’opération , qui paraît d’abord fort simple , est cependant assez compliquée, en raison des autres sels qui se rencontrent également dans nos matériaux salpêtres , et dont l’élimination offre plus ou moins de difficultés , suivant leur abondance et leur proportion relative : ainsi , ce ne sont pas seulement des nitrates de potasse, de chaux et de magnésie que nous présentent ces matériaux , mais bien encore des hydrochlorates de ces mêmes bases, et de plus, du sel marin, du sulfate de cbaux , des matières colorantes , etc. Il faut donc faire une sorte de départ de tous ces produits , et par conséquent entreprendre une série d’opérations que nous allons décrire, et dont l’ensemble constitue chez nous l’art du salpêtrier.
- Le premier soin du salpêtrier est de reconnaître la richesse des matériaux qu’il se propose d’exploiter, afin de savoir s ils en méritent la peine , et en cela il n’a d’autre guide que son habitude. Il n’a recours à aucune expérience précise ; il se contente de goûter les matériaux salpêtrés, et il juge de leur richesse à leur saveur salée, amère et piquante, plus ou moins prononcée. Il serait cependant aisé d’acquérir plus de certitude à cet égard , en en lessivant une petite portion, et
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- s’assurant par le produit de l’évaporation de la quantité de substances salines contenues. Au reste, quelle que soit la méthode employée pour apprécier cette richesse, lorsqu’elle a été constatée, on procède au lessivage des matériaux ; mais on conçoit que ce lessivage se fera avec d’autant plus de facilité que les matériaux seront plus divisés. On commence donc par pulvériser les plus grossiers, soit à bras d’hommes , soit à l’aide de mécaniques, et Ton passe le tout à une claie assez serrée. Lorsque la provision est suffisante, on la distribue dans des tonneaux ordinairement disposés sur trois rangées. Ces tonneaux, dont le fond supérieur a été enlevé, et qui sont placés verticalement, doivent être garnis, à leur partie inférieure, de quelques douves transversales , sur lesquelles on pose un lit de paille ; on ajuste ensuite une chante-pleure à la partie la plus basse : on en fait autant pour chaque tonneau, et Ton s’arrange de manière que toutes les chante-pleures puissent se déverser dans une même rigole qui communique à un réservoir commun. Quand tout est ainsi disposé, on remplit comble les tonneaux de matériaux salpêtrés, puis on verse de l’eau sur tous ceux qui composent la première rangée ou bande, et Ton en met autant qu’ils en peuvent contenir. Après douze heures environ de macération, on ouvre les chante-pleures, et le liquide s’écoule dans le réservoir. On ferme de nouveau , et Ton procède de la même manière à un-deuxième lessivage ; mais on ne laisse séjourner l’eau que trois ou quatre heures : enfin, on fait encore deux autres lessivages , mais on les reçoit dans un deuxième réservoir , puis on remplace les matériaux lessivés par des matériaux neufs.
- Quand on a épuisé ainsi la première bande , on passe à la deuxième ; mais au lieu d’employer de l’eau pure , on se sert des deux premières lessives, qui sont réunies dans le premier réservoir ; on les passe ainsi successivement sur des matériaux neufs , jusqu’à ce qu’elles marquent de 12 à 14 degrés à l’aréomètre , et c’est alors seulement qu’elles sont assez riches pour être évaporées; on prend
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- toujours, pour leur succéder, celles qui les suivent pour leur richesse. On distingue les lessives entre elles sous trois dénominations différentes : on nomme eaux de cuites, celles qui sont susceptibles d’être évaporées , et qui doivent marquer, comme nous l’avons dit, de 12 à i4 degrés; viennent ensuite les eaux Jones, qui doivent porter au moins 4 degrés ; et enfin, les petites eaux, qui ne marquent que de 1 à 2 degrés ; en telle sorte qu’une fois l’exploitation en train, les premières lessives se font toujours avec des eaux fortes , les deuxièmes avec des petites eaux , et ce n’est que pour les derniers lessivages qu’on emploie de l’eau pure. Cette méthode est également usitée dans tous les cas de ce genre.
- Nous avons dit que la majeure partie des nitrates contenus dans nos matériaux salpêtrés étaient à base de chaux et de magnésie , et qu’on était obligé de leur substituer de la potasse; mais il y a plusieurs manières d’y réussir. La plus simple et la plus directe, qui est souvent aussi la plus dispendieuse, consiste à ajouter dans les eaux de cuite du sous-carbonate de potasse, qu’on se procure, soit en lessivant des cendres, soit en prenant de la potasse du commerce. La chaux et la magnésie se _ combinent à l’acide carbonique pour former des sous-carbonates qui, étant insolubles, se précipitent, et la potasse les remplace dans leur combinaison avec l’acide nitrique. Cette opération étant supposée bien faite, il ne reste plus qu’un seul nitrate, et qui est à base de potasse.
- Le prix relatif du salpêtre et de la potasse ne permettant souvent pas d’avoir recours à ce moyen, l’on est oblige' d en chercher de plus économique. Celui qui parait ensuite de plus facile exécution consiste dans l’emploi du sulfate de potasse, qu’on trouve maintenant à jrès bas prix, attendu qu’on l’obtient comme résidu dans les fabrications d’acide sulfurique et d’acide nitrique; mais il est à remarquer que ce sel 11e remplit pas tout-à-fait la même indication, parce qu’il 11e décompose que le nitrate de chaux, et que son action sur le nitrate de magnésie est comme non avenue, puisque
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- le sulfate de magnésie qui en résulte, est soluble ; on est donc contraint, pour se servir de ce procédé, à convertir d’abord le nitrate de magnésie en nitrate de chaux, en ajoutant dans la lessive assez de chaux pour en séparer toute la magnésie , puis on ajoute la dissolution concentrée de sulfate de potasse, en ayant soin , relativement à la quantité d’alcali qu’il contient, d’en mettre i oo parties, alors qu’il n’en eût fallu que 79,3 de sous-carbonate de potasse, et il se produit du sulfate de chaux, moins insoluble, et par conséquent moins facile à séparer que le sous-carbonate de chaux.
- Comme le sulfate de potasse qui provient des fabriques d’acide sulfurique et d’acide nitrique contient un léger excès d’acide, il est indispensable, pour cet objet, de le saturer préalablement avec un peu de chaux.
- On met encore en usage un troisième moyen, et qui revient au même que le précédent, mais qui a l’avantage d’utiliser des sels dont on est souvent embarrassé dans les fabriques. On fait un mélange de g3 parties d’hydrochlorate de potasse et de 8g de sulfate de soude : il se produit alors du sulfate de potasse et du muriate de soude ; et comme ces deux sels sont l’un et l’autre solubles , il n’v a rien d’apparent. Cependant, quand on ajoute ce mélange a l’eau de cuite, dans laquelle on amis d’abord de l’eau de chaux, comme dans le cas précédent, les choses se passent comme si l’on y eût versé simplement du sulfate de potasse, avec cette seule différence , qu’il y a du muriate de soude de formé et qui reste dans la dissolution.
- Lorsque les eaux de cuite sont ramenées à ne contenir d’autres nitrates que celui de potasse, alors on les soumet à i évaporation dans une chaudière en cuivre , dont le fourneau est construit de manière à ce que l’excédant de la chaleur vienne chauffer un bassin dans lequel on met une autre por-tiou des mêmes eaux de cuite , destinée à alimenter la chaudière ; opération qui se fait d’elle-même , au moyen d’un robinet adapté au bassin , et qu’on laisse couler proportionnellement à l’évaporation produite. D’un autre côté, on fait
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- également arriver dans le bassin autant d’eau de cuite qu’il s’en e'coule dans la chaudière.
- On pousse l’action de la chaleur jusqu a déterminer l’ébullition , et aussitôt qu’elle se manifeste, on voit se former des écumes, qu’on a soin d’enlever et de déposer dans un baquet placé au-dessus de la chaudière , et muni à sa partie inférieure d’une chante-pleure, au moyen de laquelle les écumes s’égouttent. A mesure que l’évaporation fait des progrès , il se dépose des carbonates de chaux et de magnésie, si l’on s’est servi de sous-carbonate de potasse, ou bien du sulfate de chaux, si l’on a employé du sulfate de potasse. La majeure partie de ce dépôt est reçue dans un chaudron placé an fond de la chaudière , et qu’on peut retirer à volonté â l’aide d’une corde et d’une poulie, disposées à cet effet : on l’enlève donc toutes les fois qu’on le juge rempli ; mais on cesse de le remettre aussitôt que l’on s’aperçoit que le muriate de sonde commence à se déposer. Comme ce sel a la propriété de ne pas être plus soluble à chaud qu’à froid, il continue à se cristalliser pendant toute la durée de la concentration ; on l’enlève au fur et à mesure , à l’aide d é-cumoires , et on le dépose dans un panier qui est placé au-dessus de la chaudière , afin qu’il puisse s’égoutter. Lorsque la liqueur a atteint 80 degrés de l’aréomètre, on retire le feu et on laisse déposer la liqueur pendant plusieurs heures, puis , au moyen d’un siphon en plomb , dont la plus petl{e branche ne plonge pas jusqu’au fond de la chaudière, on décante dans une cuve en bois ; on transvase ensuite cette liqueur dans des bassins en cuivre ou en fer, qui sont tenus dans un lieu frais , afin de favoriser la cristallisation, bot5" qu’elle s’est effectuée, et que le refroidissement est complet on décante les eaux-mères, on fait égoutter les cristaux, on les lave en les aspergeant avec un peu d’eau froide, d dans quelques ateliers on place le nitre brut dans des tréou® en bois , où on lui fait subir un lavage successif avec petites quantités d’eau froide. Il se dépouille ainsi de la ma^ jeure partie des sels étrangers qu’il contient, et qui t01'
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- sont plus solubles que -lui à froid. L’effet inverse a lieu à une température plus élevée, et cette différence de solubilité à chaud permet de retirer la petite quantité de nitre que retient le muriate de soude qui a été séparé pendant la concentration. Cette quantité s’élève assez ordinairement à 2 pour 100 ; on la sépare en faisant dissoudre ce sel marin, qui est toujours mêlé d’un peu de muriate de potasse , dans environ un quart de son poids d’eau chauffée à 5o°. Quand on a bien brassé ce mélange, on fait égoutter, et dans ce cas presque tout le nitre est retenu en dissolution ; mais il entraîne près d’un cinquième de son poids de sel marin. Toutefois, ce lavage est encore réuni aux eaux de cuite.
- On fait rentrer les premières eaux-mères et les eaux de lavage dans les eaux de cuite , et l’on ne cesse d’en agir ainsi que lorsqu’elles deviennent trop colorées et assez visqueuses pour s’opposer à la cristallisation du nitre.
- Telle est, en somme, la marche qui a été proposée en 1820 parle Comité consultatif des poudres et salpêtres de France; mais , comme chacun est maître de suivre la méthode qui lui convient, et d’employer les procédés qui lui sont suggérés par son expérience , ses besoins ou son inte'rêt, et que , d’un autre côté, le Gouvernement, qui s’est réservé le monopole de la purification de ce sel, veut se garantir des mauvaises fabrications, l’administration a été obligée de chercher les moyens de ne tenir compte aux salpêtriers que de la quantité réelle de nitrate de potasse contenu dans le salpêtre brut qu’ils livrent au Gouvernement, et pour cela on a proposé différens procédés. Le plus généralement connu est celui qui a été proposé par M. Riffaut, et qui est fondé sur la solubilité dans l’eau saturée de nitre pur, des sels qui accompagnent le salpêtre brut. Yoici de quelle manière il faut opérer.
- On prend du salpêtre pur et pulvérisé, on le broie avec une partie et demie d’eau à 3o°; on laisse refroidir complètement, et l’on obtient ainsi une liqueur saturée de nitre à la température ambiante ; mais il faut faire en sorte que cette température
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- reste la même tant que dure l’épreuve. On verse ensuite dans un vase 4°° grammes du salpêtre qu’on veut titrer, et l’on v ajoute un demi-litre d’eau saturée de nitre ; on agite pendant quinze à vingt minutes, puis on décante la liqueur dans un entonnoir muni d’un filtre de papier. On verse de nouveau sur le salpêtre 2 décilitres et demi d’eau saturée de nitre ; on agite de même pendant un quart d’heure , et l’on verse le tout sur un filtre. On laisse bien égoutter, puis on prend de la main droite l’entonnoir par la douille, et Ton en frappe doucement l’extérieur du pavillon, dans la main gauche, pour faire détacher le filtre de l’entonnoir, et le faire se reployer sur lui-même. Quand on a ainsi effectué cette légère secousse sur toute la circonférence du pavillon, on en pose doucement le bord supérieur sur une feuille de papier brouillard ployée en quatre, puis, par un mouvement horizontal et brusque en arrière, de la main droite qui tient toujours la douille, on en fait sortir le filtre, qui se trouve ainsi posé sur le papier ; on l’enroule aussitôt dans cette feuille et dans plusieurs autres doubles, afin de soustraire promptement l’humidité : on renouvelle ces doubles jusqu’à ce qu’ils cessent de s’humecter ; alors le filtre est assez raffermi pour qu’on puisse le déployer sans risque de le briser ; on l’étale donc sur une nouvelle feuille de papier , et on le laisse sécher dans cet état, pendant vingt-quatre heures environ, après quoi on l’enlève soigneusement de dessus le filtre, et on le dépose dans un bocal de verre taré, qu’on place ensuite sur un bain de sable. On chauffe légèrement, et lorsque le nitre est assez sec pont ne plus adhérer au verre, on prend le poids du bocal, d Ton en déduit la tare ; la différence donne le poids du nitre pur, et en retranchant cette différence du poids primitif du nitre brut employé, on a pour reste la perte subie dans b liqueur d’épreuve ; mais il faut ajouter à cette perte 2 pour io° ou 8 grammes, pour compenser et la portion de nitre pur <pte l’eau saturée y laisse, et aussi quelques matières insolu qui se rencontrent dans le salpêtre brut.
- Cette méthode exige une certaine habitude de la part de ceu-
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- qui l’emploient, autrement ils s’exposent à commettre des erreurs souvent très préjudiciables aux parties intéressées. Ainsi, par exemple, il faut être parfaitement certain de l’exacte saturation de la liqueur d’épreuve, si l’on veut éviter qu’elle n’enlève aucune portion de nitre au sel soumis à l’essai ; et c’est une faute que l’on commet assez souvent dans le commerce, parce que l’on regarde comme une solution parfaitement saturée, celle qui séjourne depuis un temps plus ou moins long sur un excès de nitre, sans faire attention que par un abaissement de température ou par la seule attraction moléculaire , cette liqueur a pu s’appauvrir au-dessous de ce qu’exige la température actuelle. Il est donc indispensable de ne la faire qu’au moment de s’en servir, et de l’employer dans un lieu qui ne soit point sujet à varier de température ; et c’est encore une chose à laquelle , en général, on ne porte point d’attention. Un autre point de difficulté, c’est celui qui consiste à enlever la solution dont le sel reste imprégné , sans permettre qu’elle puisse , par son évaporation , déposer une portion de celui qu’elle contient. Enfin, le degré de dessiccation auquel il convient de s’arrêter mérite une grande attention, car les salpêtres bruts de l’Inde, par exemple , doivent être reçus de l’acquéreur avec une certaine portion d’humidité , dont il ne serait pas juste de le bonifier. On doit donc commencer par déterminer l’humidité contenue dans l’échantillon qu’on veut essayer.
- C’est pour obvier à tous ces inconvéniens , que M. Gay-Lussac a adopté une autre méthode d’essai, qui consiste à transformer le nitre en sous-carbonate de potasse , en le calcinant avec du charbon , et à déterminer ensuite, au moyen de I’Alcalimètre , la quantité de potasse contenue dans le résidu de la calcination. Comparant ensuite le titre donné par le produit de la calcination d’un nitre pur avec celui que fournit l’échantillon soumis à l’essai, on en conclut la proportion de salpêtre pur qu’il contient.
- M. Gay-Lussac prescrit de mélanger io grammes de nitre pur avec 5 grammes de noir de fumée calciné ou de charbon
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- très fin, puis d’ajouter à ce mélange 4° grammes de sel marin pur et sec, afin d’éviter une trop vive déflagration. Le mélange étant fini, on le fait fuser dans une cuillère de fer très propre , qu’on pose sur des charbons ardens. On recouvre le tout d’un cône en tôle , pour donner issue aux vapeurs, et n’en pas être incommodé. Quand la déflagration est achevée, on remue avec une baguette de fer, et lorsque le tout est en fusion tranquille , on retire du feu. Après refroidissement complet, on ajoute environ i5o grammes d’eau, on fait chauffer pour faciliter la solution , et il ne reste plus qua la saturer par la liqueur d’épreuve ordinaire. {V. Alcaliîiètbe.)
- Dans cette méthode d’essai, on ne procède pas immédiatement à la complète saturation, et l’on s’arrête aussitôt que l’effervescence devient moins tumultueuse. Alors on filtre la liqueur et on lave le résidu, puis on achève la saturation, ainsi qu’il a été indiqué à l’article cité. Cette marche a pour but de séparer les carbonates terreux, qui proviennent de la calcination des nitrates de chaux et de magnésie. On pourrait sans doute les éliminer d’abord en filtrant la liqueur avant d’v ajouter aucune portion d’acide ; mais dans ce cas il faudrait pousser les lavages trop loin pour enlever tout l’alcali retenu dans le résidu charbonneux.
- Il est cependant un inconvénient contre lequel il est bon d’être en garde , c’est celui qui provient de la présence des muriates terreux dans le nitre ; car alors, comme ils sont décomposés par le carbonate de potasse , la quantité de celui-ci se trouve d’autant diminuée , et par suite celle du nitre, lorsqu’on sépare par le filtre les carbonates terreux qui en proviennent. A la vérité ces muriates terreux retiennent dans les dernières eaux-mères une certaine quantité de nitre qu’on ne peut obtenir, et il se produit ainsi une sorte de compensation, qui cependant se trouve mal à propos à la charge du vendeur. Au reste , comme les nitres bruts sont toujours soumis à un lavage préliminaire avant d’être nus dans le commerce, il est rare qu’ils retiennent une quantité notable de ces sels déliquescens.
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- Nous devons encore observer, d’aprèsM. Gay-Lussac, que, pour avoir des résultats bien comparables, il est essentiel d’opérer toujours dans les mêmes circonstances, et d’agir sur une quantité de nitre brut qui contienne environ 10 grammes de nitre pur, ce qui est toujours facile, puisqu’on connaît d’avance , à très peu près, le titre de chaque salpêtre , et au lieu de4° grammes de sel marin, on n’ajoutera que la quantité nécessaire pour les compléter, en les réunissant à ce qui en existe déjà dans l’échantillon.
- Les principes sur lesquels se trouve fondée la méthode d’essai proposée par M. Riffaut, servent également de base aux procédés mis en usage pour purifier le salpêtre brut, car ils reposent aussi sur la différence de solubilité du nitrate de potasse et des chlorures qui l’accompagnent ; différence qu’on sait être en sens inverse, suivant qu’on opère à chaud ou à froid. Souvent donc, pour obtenir un premier degré d’épuration des salpêtres bruts , on les soumet à un lavage préliminaire dans de petites quantités d’eau froide, qui entraîne les chlorures. Pour cela , on distribue le salpêtre dans de petites chausses coniques en toile de treillis , ou dans des trémies à double fond , dont le premier, celui de l’intérieur, est percé d’une infinité de petits trous destinés à favoriser l’écoulement de l’eau. On verse ensuite dans chaque trémie, et à l’aide d’un arrosoir, une première dose d’eau, égale au i5 centièmes du sel qu’elle contient ; et quand ce premier lavage est achevé, on en fait un deuxième de la même manière, puis un troisième , mais seulement avec 6 centièmes d’eau pour ce dernier. Le. deuxième et le troisième lavage sont mis de côté, pour le premier lavage d’une opération subséquente, elles premiers lavages sont ensuite exploités comme les eaux de cuite.
- Maintenant, au lieu d’appliquer ces lavages à des salpêtres bruts, on n’y a recours que lorsqu’ils ont déjà subi une première cristallisation, et afin d’en éviter une troisième, rigoureusement nécessaire, autrefois, pour obtenir un salpêtre qui puisse être employé à la fabrication de la poudre
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- de guerre. Cette méthode, beaucoup plus expéditive. qUe nous devons à Beaumé et à Lavoisier, a rendu d’importans services à la France , alors qu’environnée d’ennemis, elle a dû trouver dans ses propres ressources les moyens de subvenir aux besoins multipliés de ses nombreuses arme'es.
- C’est cette méthode mixte qui est actuellement usitée dans les ateliers de l’Arsenal de Paris. Voici comment on procède. On commence par mettre dans une chaudière en cuivre 1200 kilogrammes de salpêtre brut, et l’on chauffe doucement pendant douze heures, afin que les sels mélangés ne se liquéfient que suivant l’ordre respectif de leur solubilité; arrivé à ce terme, où l’eau est déjà assez saturée de nitre pour n’ètre plus susceptible de dissoudre les chlorures, on augmente la chaleur, on ajoute par portion 2400 kilogrammes de salpêtre, et l’on pousse à l’ébullition ; on agite avec un râble , on enlève les écumes qui se forment à la surface , et l’on retire les chlorures qui se sont déposés, puis on verse un peu d’eau froide pour abaisser le bouillon, et l’on ajoute alors un kilogramme de colle de Flandre, qu’on a préalablement fait dissoudre dans de l’eau chaude ; on agite de nouveau, on écume, et l’on verse enfin jusqu’à 4©o kilogrammes d’eau, pour amener la liqueur au degré convenable de concentration. Lorsqu’il ne monte plus d’écume , et que la clarification est achevée, on retire le feu, et quand la température est abaissée à 88° environ, on transvase la dissolution dans un cristallisoir dont le fond est formé de deux plans inclinés qui se réunissent au centre, de manière à former un égout dans le milieu. Pour hâter le refroidissement et troubler la cristallisation , des ouvriers munis de longs râbles ou rabots agitent sans cesse la liqueur, et à mesure que le sel se cristallise , on le ramène, à l’aide de râteaux, sur la partie la plus élevée des plans inclinés, afin qu’il puisse s’égoutter. Cette opération dure ordinairement de six à sept heures pour les proportions que nous avons indiquées. Lorsqu’elle est achevée , on enlève avec des pelles percées en écumoire, le sel égoutté, et on le dépose dans des caisses pour y être laVe-
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- Ces caisses sont percées à leur fond d’un assez grand nombre de trous, qui sont bouchés avec des chevilles ou broches. On répand d’abord sur le sel une certaine quantité d’eau saturée de nitre, on agite de temps à autre , et on laisse environ trois heures en macération ; au bout de ce temps, on enlève les broches , et on laisse bien égoutter. On bouche de nouveau , et l’on procède à un deuxième lavage , mais avec de l’eau pure; et après trois heures également de séjour, on laisse encore égoutter , et l’on 11e cesse les lavages à l’eau pure que lorsque l’eau qui s’écoule a précisément la même densité qu’une solution saturée de nitre à la température du lieu. Le sel une fois bien lavé et égoutté, est ensuite déposé dans uu bassin légèrement échauffé, où on le remue avec des pelles en bois , jusqu’à ce qu’il ne s’attache plus aux parois des vases ou ustensiles ; alors on le crible dans un tamis de laiton, puis on l’embarille.
- Quant aux eaux-mères et aux premiers lavages , on les exploite absolument de la même manière que les eaux de cuite.
- La France a récolté annuellement, par ce procédé, dans ses guerres les plus actives , près de deux millions de kilogrammes de nitre propre à la fabrication de la poudre, et les salpêtriers de Paris en fournissaient à eux seuls les sept vingtièmes.
- Dans les pays où l’on ne trouve point de matériaux naturellement salpêtrés, on est obligé d’avoir recours , comme nous l’avons dit, à ce qu’on appelle des nitrières artificielles, c’est-à-dire à réunir et à placer dans les circonstances les plus favorables les divers élémens qu’on a crus indispensables à la formation du nitre ; et c’est ici le lieu de faire connaître les considérations théoriques qui ont guidé dans l’exploitation de ces nitrières artificielles.
- On a généralement observé que les matériaux salpêtrés se rencontraient plus particulièrement dans les lieux bas et humides , et surtout dans ceux où l’on réunissait un grand nombre d’animaux; telles sont les étables , les écuries , les bergeries. Comme, d’un autre côté, l’acide du nitre et les substances ani-Tome XIV. 24
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- males ont un principe commun qui est l’azote, on en a conclu que les substances organiques azotées étaient indispensables à la formation du salpêtre ; on a également reconnu que l’acide nitrique ne se formait spontanément qu’autant qu’on lui présentait une base alcaline ou terreuse avec laquelle il put immédiatement contracter une union intime ; et comme d’ailleurs l’humidité est pour ainsi dire le véhicule obligé de toute combinaison chimique , on s’est aisément rendu compte de cette plus facile nitrification des parties inférieures des habitations. Mais il n’en est pas de même poulie rôle que joue l’air atmosphérique dans cette importante opération ; on reconnaît bien qu’il y est indispensable, qu’il doit pénétrer et séjourner dans tous les matériaux ; mais on en ignore la véritable cause. Cependant quelques chimistes, et particulièrement M. Longchamp , ont prétendu que c’était ce fluide élastique seul, et non les matières organiques, qui fournissait les élémens de l’acide nitrique, dont en effet il est presque entièrement composé. De chaque côté on s’est appuyé sur des faits également notoires : car s’il est vrai de dire d’une part que les lieux habités par des animaux fournissent plus de salpêtre, il l’est aussi d’ajouter que dans l’Inde, en Espagne et dans d’autres contrées, il se forme des quantités immenses de salpêtre dans des lieux fort éloignés de toute habitation. C’est donc maintenant à l’expérience à prononcer- entre ces deux opinions contraires ; mais tout porte à croire que la nature, sans s’astreindre aux limites étroites dans lesquelles on veut la renfermer, emploie également diffé-rens moyens pour arriver au même but.
- Quoi qu’il en soit, c’est en partant de ces diverses données qu’on a dirigé les ni trières artificielles, et toutes celles qui sont établies maintenant sont basées sur l’idée que les matières organiques azotées sont indispensables à la formation du nitre. Voici donc les règles qu’on suit à cet égard, ou du moins celles qui ont été prescrites par le comité consultatif des poudres et salpêtres , comme étant les plus favorables à cette exploitation.
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- La perméabilité des matériaux à l’air atmosphérique étant reconnue comme une condition aussi indispensable que la présence d’une base capable de fixer l’acide nitrique à mesure qu’il se produit, on doit commencer par choisir une terre légère, contenant le plus possible de sous-carbonate de chaux ; et si l’on n’en rencontre pas qui soit dans ce cas, il faut eu composer une artificiellement, en mélangeant à une terre très meuble des cendres, des plâtras ougravois de démolition, etc. ; et, si l’on en a la facilité, on stratifiera ce mélange avec des couches de fumier de 5 à 6 pouces d’épaisseur, puis l’on arrosera de temps à autre avec de l’eau de fumier. Lorsque le tout paraît converti en une espèce de terreau, on l’étend sous des hangars en couches de 2 pieds et demi à 3 pieds d’épaisseur ; là, on continue d’arroser avec des eaux de fumier, des urines, en ayant soin toutefois de n’ajouter ni trop ni trop peu d’humidité ; car il ne faut pas perdre de vue que le mélange ne doit jamais cesser d’être perméable à l’air, et que cependant il est nécessaire qu’il contienne assez d’humidité pour favoriser les combinaisons qui doivent s’effectuer. Ainsi, on prendra pour type du degré convenable, celui qu’on a soin d’entretenir dans la terre des jardins bien cultivés. Ou prescrit encore de brasser ou de retourner la couche au moins deux fois par mois, et de tenir le hangar fermé ; car si l’air y est nécessaire , il 11e faut cependant pas qu’il y circule en trop grande abondance, si Ton veut éviter une rapide évaporation, toujours nuisible. La réaction qui se produit est lente et successive, et elle ne peut s’effectuer que dans une sorte d’état de repos et de permanence.
- Toute l’opération dure environ deux ans ; mais comme les matières organiques fourniraient au lessivage plusieurs substances solubles qui nuiraient à l’extraçtipn du nitre, on cesse d’en ajouter pendant les six derniers mois du travail, et Ton n’arrose plus qu’avec de l’eau pure , la réaction se continuant pendant tout ce temps, et les matières organiques finissant par se détruire totalement.
- Le comité consultatif conseille, lorsqu’on ne, peut pas dis-
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- poser d’une assez grande quantité de fumier, d’établir la ni-trière dans une étable ; et pour cela , après avoir fait une excavation convenable , on y place la terre préparée comme nous venons de le dire, puis on la recouvre d’unè litière assez épaisse, et, après quatre mois de séjour, on enlève le fumier, ort retourne la terre, on la recouvre d’une nouvelle couche de terre de 8 à g pouces d’épaisseur, sur laquelle on superpose encore de la litière : quatre mois après on réitère la même opération , et on laisse encore réagir pendant quatre autres mois , et ce n’est qu’après cette troisième façon qu’on transporte la terre ainsi disposée sous un hangar , pour que la nitrification puisse y être continuée , en suivant la marche déjà tracée.
- Le bas prix auquel on est obligé de livrer le salpêtre , joint à la petite quantité qu’on en obtient par ce procédé , et le long temps qu’on est obligé d’attendre , ne permettent pas de spéculer avêc avantage sur ces sortes d’exploitations ; car l’intérêt seul des capitaux qu’on serait obligé d’y consacrer serait difficilement compensé par la valeur intrinsèque du produit. On ne peut donc entreprendre cette fabrication que sur une très petite échelle, sans frais, et seulement comme annexe de quelques autres ; et c’est ainsi que cela se pratique en Suède. Là , ce sont de simples paysans qui s’occupent de ce genre d’industrie , et chacun d’eux a pour ainsi dire sa ni-trière , qui se compose uniquement d’une petite cabane en planches, dont le sol est tantôt en argile battue, tantôt recouvert par un plancher ordinaire , sur lequel on étend un mélangé de terre ordinaire , de sable calcaire ou de marne, et de cendres lessivées ; on arrose ce mélange avec l’urine qui s’écoule des étables. On renouvelle les surfaces une fois chaque semaine en été, et seulement tous les quinze jours en hiver. Pour faciliter cette opération , on ménage un petit espace sur l’un des côtés de la cabane , et à chaque remaniement on rejette la terre sur le côté opposé à celui où elle a été mise la fois précédente , en ayant toujours soin de ne point la tasser et de ne pas donner plus de 2 à 3 pieds d’épaisseur à la eouche qu ou
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- forme dans toute la longueur de la cabane ; cette cabane doit être munie de volets, pour empêcher le soleil d’y péne'trer.
- Lorsque , pour des raisons d’économie ou pour tout autre motif, on établit, comme dans certains pays , les nitrières à l’air libre , alors on fait également un mélange de terre et de fumier, comme pour les autres ; mais on y ajoute des tiges de plantes herbacées et des branchages , afin de leur donner de la solidité et de permettre néanmoins à l’air de pénétrer entre les couches. On construit avec ces matériaux des murs de 2 à 3 pieds d’épaisseur, sur 6 à 7 de hauteur, et on les abrite avec un toit de paille. Ces murs, qui sont ordinairement disposés de manière à présenter un de leurs grands côtés à la pluie, doivent être souvent arrosés, mais avec des eaux peu riches en substances organiques. Une des deux grandes faces de chacun de ces murs doit rester unie, tandis que l’autre , qui est la seule sur laquelle on dirige les arrosages, est disposée en gradins , afin que l’humidité puisse pénétrer de l’un à l’autre et se distribuer uniformément dans toute l’épaisseur du mur. Le nitre va s’efîleurir sur la face unie , où il peut être facilement récolté.
- Il est inutile d’observer que, quelle que soit la méthode suivie pour la conduite des nitrières artificielles , on doit, lorsqu’on juge les matériaux suffisamment salpêtrés, suivre la marche qui a été indiquée ci-dessus pour l’exploitation des matériaux salpêtres de France.
- M. Longchamp, dans la conviction où il est que les matières organiques n’entrent pour rien dans la nitrification , propose d’en retrancher tout-à-fait l’emploi , et il trouve dans cette suppression une double économie, parce que, tout en évitant cette dépense, qu’il regarde comme superflue, il devient maître d’établir cette exploitation dans les localités ou il peut obtenir à bas prix la main-d’œuvre, le combustible et les matériaux de construction. Il propose , en conséquence , de fixer les nitrières artificielles au milieu même des forêts ; et là , il conseille de choisir, autant que possible, un sol sec et un peu élevé, d’y tracer un carré de 2 iy
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- 3oo mètres de côte , au milieu duquel on construirait un bâtiment de graduation , et à côte' de celui-ci un deuxième, dans lequel seraient établis les fourneaux et chaudières destinées à l’évaporation des eaux. Aux quatre côtés de ce principal bâtiment, seraient situés ce qu’il nomme des hangars ni-trieres , de 4° mètres de longueur sur 8 à i ô de largeur, où le lessivage se ferait sur place, et d’où toutes les eaux seraient amenées par des conduits au bâtiment de graduation. Ces hangars seraient clos par des murs en pisé, et recouverts en chaume.
- Comme de toutes les substances propres à la nitrification, aucune n’est plus favorable que la pierre naturelle connue sous le nom dé tufeau, M. Longchamp conseille d’y avoir recours toutes les fois que les localités le permettent. Cette pierre, dit M. Longchamp , se nitrifie avec tant de facilité et si abondamment, qu’en Touraine , où elle sert de pierre à bâtir, les salpêtriers rétablissent les fondations des maisons à leurs frais, pour avoir le droit d’enlever les pierres qui se sont nitrifiées.
- Le tufeau doit sans doute cette propriété, non-seulement à sa nature chimique , mais encore à sa contexture , qui est d’une grande et homogène porosité, et qui permet aux fluides élastiques et à l’humidité une facile pénétration. Ainsi, toutes les fois qu’on pourra se procurer des débris de carrière de tufeau, on en construira, à l’aide de quelques moellons, des murs de 5o centimètres d’épaisseur, en suivant d’ailleurs, pour l’ae'rage et les arrosages, les règles déjà prescrites; à défaut de tufeau , il faut faire un mélange de terre des champs, de sable et de craie pulvérisée , dont on pourrait ajouter un dixième si elle est abondante, et moins dans le cas contraire. Si, au lieu de craie, on n’avait à sa disposition qu’un calcaire compacte , M. Longchamp pense qu’il y aurait peut-être de 1 a-vantage à faire d’abord de la chaux , qu’on laisserait ensuite éteindre à l’air avant de la mélanger aux autres matériaux. On peut aussi remplacer la craie par une marne crayeuse, mais en ayant soin de l’exposer préalablement au contact de
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- Fair peur là faire déliter. Dans tous ces mélanges , *il ne faut jamais perdre de vue qu’il y a deux conditions essentielles à remplir pour leur facile nitrification ; c’est de jouir d’une grande perméabilité d’une part, et d’offrir de l’autre la base calcaire dans un état de division qui permette sa combinaison immédiate avec l’acide nitrique, à mesure qu’il est produit. Au reste, nous conseillons à ceux qui désireraient avoir plus de détails sur cette nouvelle manière d’envisager la nitrification et de conduire les nitrières artificielles, de consulter le Mémoire que M. Longchamp a publié dans le T. XXXIII des Annales de Chimie et de Physique.
- Quelle que soit l’origine du nitrate de potasse, il jouit, quand il est pur, des propriétés suivantes : il cristallise en longs prismes hexaèdres, terminés par des pyramides à six faces, mais qui sont rarement réguliers et transparens ; le plus ordinairement il s’en agglomère un grand nombre les uns aux autres, et alors ils paraissent comme cannelés ou striés. Ces prismes acquièrent parfois une si grande dimension , qu’on les nomme nitre en baguette; mais comme on préfère, pour les besoins habituels des Arts et pour la facilité des transports , l’avoir en masses plus serrées, alors on en trouble la cristallisation, et on l’obtient en gros pains qui prennent, comme le sucre, la forme des vases où la concrétion s’en opère. La saveur du nitre est fraîche, salée et piquante , et il excite fortement la sécrétion de la salive; il est très soluble dans l’eau, mais beaucoup plus à chaud qu’à froid. M. Gay-Lussac a déterminé le degré de solubilité de ce seï de 5 degrés en 5 degrés du thermomètre centigrade , et il a dressé la table suivante.
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- température-. QUANTITÉ de nitre dissous dans ioo parties d’eau. TEMPÉRATURE. QUANTITÉ de nitre dissous dans t 00 parties d’eau.
- o°,o t3,32 55, o 97 > 7°
- 5,0 16,60 6o,o 110,70
- 10,0 20,55 65,o 124,01
- i5,o 25,49 70,0 137,60
- 20,0 3ï, '"S -5,o 8o,o l54,I0
- 25,0 39,85 170,80
- 3o,o 45,oo 5 4,35 85,o 1*7,90
- 35,0 90,0 2o5,ü5
- /(0,0 63,8o 95,0 225,60
- 45,0 5o,o :3,95 85,oo 100,0 246,i5
- Malgré cette grande affinité du nitre pour l’eau, il n’en contient cependant pas sensiblement lorsqu’il est bien see.
- L’alcool pur n’en dissout que des traces.
- Soumis à l’action de la chaleur, le nitre entre en fusion tranquille , et après avoir perdu la petite quantité d’eau interposée qu’il pourrait retenir , il constitue, lorsqu’il est coulé en plaques, ce qu’on nommait autrefois cristal minéral. Quelques praticiens y ajoutaient un peu de soufre avant de le couler, et il se formait alors une petite portion de sulfate de potasse, qui restait intimement mélangé au nitre.
- Si, au lieu de couler le nitre aussitôt qu’il est en fonte tranquille, on soutient l’action de la chaleur, alors il se décompose, et laisse d’abord dégager une certaine proportion d’oxigène ; et si l’on arrête l’opération à temps , le nitre se trouve transformé en hyponitrite de potasse. Si l’on continue toujours de chauffer, l’acide restant se décompose complètement , et l’on recueille de l’azote, de l’oxigène , puis de la vapeur nitreuse , et il ne reste que de la potasse; mais pour arriver à ce point, cela exige un très long temps, parce que les dernières portions d’acide tiennent fortement à la base ; et si cette décomposition s’opère dans des vaisseaux susceptible5
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- d’être attaqués par la potasse , tels sont ceux de verre , la décomposition en est plus prompte ; mais au lieu de potasse pure, on n’obtient plus qu’une combinaison de cet alcali avec les oxides terreux qui entrent dans la composition du vase.
- C’était sur cette propriété que se trouvait fondé l’ancien procédé d’extraction de l’acide nitrique ; procédé qu’on n’a employé que depuis un petit nombre d’années, et qui est encore suivi dans quelques pays. On faisait un mélange d’argile desséchée et de nitre, puis on chauffait ce mélange. L’alcali , par sa tendance à se combiner avec l’alumine , la silice et la chaux contenues dans l’argile, abandonnait l’acide nitrique à une assez basse température, et dès lors la majeure partie de celui-ci se dégageait sans subir de décomposition. On peut consulter, à cet égard, tous les anciens Traités de Chimie.
- On conçoit, d’après cela, qu’à défaut d’alcali, on pourrait faire avec le nitre des verres , des émaux , etc.
- Le nitre chauffé avec les différens corps simples, les brûle , et il en résulte des produits qui varient suivant la nature du corps combustible. Ainsi, le soufre est transformé en acide sulfureux ou sulfurique ; il se dégage de l’azote et du gaz nitreux, et il reste du sulfate de potasse. On a tiré un parti bien avantageux, pour la fabrication de l’acide sulfurique , de cette réciproque action du nitre et du soufre : on fait un mélange de 8 parties de ce dernier et d’une partie de sel, on chauffe doucement, et avec le contact de l’air il se produit tout-à-la-fois du gaz nitreux et du gaz acide sulfureux , qui se rendent dans une chambre de plomb, où, avec le concours de l’air et de l’humidité, il forme de I’Acidesulfurique. ( V. ce mot. )
- Le charbon substitué au soufre donne lieu à de l’acide carbonique qui demeure combiné avec l’alcali, et constitue le sous-carbonate de potasse, auquel on avait donné le nom de nitre fixé par le charbon. Cette opération est encore pratiquée quelquefois , et elle exige certaines précautions , pour éviter les accidcns qui peuvent résulter d’une trop vive réaction. On se sert ordinairement, pour cet objet, d’un vase
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- en fonte, dont on chauffe le fond jusqu’au rouge obscur, puis on y projette, par petites portions , un mélange de 3 parties de nitre et de i partie de charbon pulvérisé ; à chaque fois il se produit une déflagration instantanée qui donne naissance à un grand dégagement de lumière, et quelquefois à une détonation plus ou moins forte, suivant la proportion du mélange sur laquelle on a opéré.
- Malgré l’énergie de cette réaction, toutes les parties du mélange n'en sont pas également atteintes, et souvent il reste encore, après qu’elle a eu lieu, une portion de nitrate non décomposé, ou au moins de l’hvponitrite ; de manière que, pour obtenir une entière décomposition, il faut faire rougir de nouveau le vase en fonte, et alors l’acide restant, qui se trouve encore mélangé d’un peu de charbon, subit une nouvelle réaction qui le détruit complètement. Il faut lessiver le résidu pour séparer la petite quantité de charbon qui peut rester, et en évaporant la lessive on obtient du sous-carbonate de potasse très pur.
- Le plus ordinairement, pour obtenir ce sel alcalin également pur , et avec moins de danger, on préfère substituer de ïa crème de tartre au charbon , parce que ces deux sels ont la même base, et que l’acide végétal du tartre subissant une décomposition plus lente, n’expose pas aux mêmes incon-ve'niens.
- Chacun sait que c’est le mélange de nitre , de soufre et de charbon qui constitue la poudre de guerre, et ce serait sans doute ici le lieu d’en parler, si cela ne formait l’objet d’un art particulier, qui, en raison de son importance, mérite sous tous les rapports qu’on y consacre un article spécial, dans lequel on rapportera tous les détails de cette utile fabrication, ainsi que toutes les recherches et les observations auxquelles elle a donné lieu. ( V Poudre de guerre. )
- C’est en faisant fuser dans un creuset rougi un mélange d‘ nitre et d’antimoine, ou de son sulfure, qu’on obtient le produit appelé par les anciens fondant de Ho trou, ou antimoine diaphorétiquc non lavé, qui: n’est autre qu’une combi^
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- naison de peroxide d’antimoine et de potasse , lorsque c’est de l’antimoine métallique qu’on a employé , et de sulfate de potasse si c’est le sulfure. De ce premier produit on- en tire deux -autres, en le soumettant à un lavage complet dans l’eau ordinaire : il se forme deux nouvelles combinaisons , Tune soluble , qui contient beaucoup d’alcali et peu d’oxide d’antimoine ; l’autre insoluble, qui renferme au contraire une grande proportion d’oxide et peu d’alcali ; celui-ci est très usité, et connu sous le nom d’Antimoine diaphorétique lavé. {V. ce mot. ) L’eau de lavage étant saturée par un acide, laisse précipiter un oxide blanc d’antimoine , désigné par les anciens auteurs sous la dénomination de matière perlée de Kerkrïngius, autrefois employée en Médecine.
- L’arseniate de potasse, sel dont on fait une assez grande consommation dans les manufactures de toiles peintes, où ü est employé comme rongeant, s’obtient aussi en faisant chauffer un mélange à parties égales d’oxide blanc d’arsenic (acide arsenieux ) et de nitre. Pour fabriquer ce sel en grand, on chauffe ce mélange graduellement dans des cylindres es fonte ; il se dégage beaucoup de vapeurs nitreuses ; l’acide arsenieux passe à l’état d’acide arsenique, et la majeure partie du résidu est un arseniate acide de potasse, qui se trouve mélangé d’un peu d’arsenite de nitrate et d’hvponitrite. On dissout le tout dans l’eau, on filtré, on évapore convenablement , et l’on obtient I’Arseniate de potasse {V. ce mot) , qui cristallise en beaux prismes carrés très réguliers , transpa-rens , terminés par des pyramides à quatre faces.
- On a mis cette propriété à profit pour séparer l’arsenic de quelques-unes de ses combinaisons naturelles , et il suffira de citer pour exemple le cobalt arsenical, qui contient, outre le cobalt et l’arsenic, une assez grande quantité de fer; on mélange ce minerai pulvérisé avec du nitre , et l’on chauffe fortement dans un creuset. Tous ces métaux s’oxident par suite de la décomposition de l’acide nitrique , et non-seulement se désunissent, mais l’arsenic qui passe à l’état d’acide arsenieux ou arsenique, se combine avec la potasse, et peut
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- être enlevé , du moins pour la majeure partie, par de simples lavages, en sorte qu’il ne s’agit plus que de séparer les oxides de fer et de Cobalt. ( V. ce mot. )
- Il est beaucoup d’autres cas encore où l’on tire également un parti avantageux de l’action du nitre et de la facile décomposition de son acide ; et pour citer un des exemples les plus familiers, je ferai mention du fer chromé , qui, traité convenablement par le nitre , est converti en oxide de fer et en Chromate de potasse. ( V. ce mot. )
- C’est encore au moyen du nitre qu’on peut affiner, en certains cas, l’or et l’argent, lorsqu’ils se trouvent unis à des métaux plus oxidables, tels que le cuivre, le’ fer, le plomb, etc. : en les faisant fondre avec ce sel et un peu de borax ou de sel marin , on les débarrasse en grande partie de ces métaux étrangers ; c’est ce qu’on nomme , dans les ateliers d’affinage, faire une poussée.
- Enfin, ce qui détermine surtout la grande consommation du nitre, c’est la fabrication de la Poudre de guerre et celle de I’Acide sitrique. ( V. ces mots. ) Le Gouvernement a, jusqu’alors , mis des droits considérables sur l’entrée des salpêtres étrangers , afin de soutenir la fabrication du nitre en France ; mais il en résulte le grave inconvénient que tous les fabricans pour qui le nitre ou l’acide nitrique sont devenus des matières premières ne peuvent lutter avec les fabricans anglais, qui reçoivent le nitre à un prix bien moindre. Il est donc à espérer que l’administration, mieux éclairée sur le véritable intérêt général, renoncera à un monopole devenu si préjudiciable à tous.
- Le nitre est employé en Médecine comme un des meilleurs diurétiques connus ; ainsi, il, suffît d’en ajouter quelques grains dans une boisson adoucissante , pour augmenter beaucoup , chez les malades qui en font usage, la sécrétion des urines.
- On ajoute quelquefois un peu de salpêtre au sel marin, pour la conservation de certaines viandes , et principalement celle du porc, parce que cela détermine une couleur rosée dans
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- la partie musculaire ; cette couleur plaît à l’œil, et semble un indice d’une bonne conservation.
- Nitrate de stroxtiaxe. Ce sel, qui depuis quelque temps est consomme' en grande quantité par les artificiers, pour produire des flammes rouges, se fabrique absolument de la même manière que le nitrate de baryte;, ainsi, on peut consulter ce que nous avons dit à cet égard.
- Il y a cependant une observation à faire, c’est qu’il existe deux nitrates de strontiane : l’un , qui contient près de 40 pour 100 d’eau de cristallisation, et qui prend la forme de gros octaèdres transparens ; l’autre, qui est anhydre, et qui cristallise en petits octaèdres opaques, semblables à cenx du nitrate de baryte. Les artificiers préfèrent le premier, parce qu’ils le font effleurir a une douce chaleur, et qu’ils l’obtiennent ainsi en poudre très fine , qui se mélange bien plus facilement avec le chlorate de potasse et le charbon, qu’ils lui unissent ordinairement pour obtenir ces belles flammes rouges qui sont actuellement admirées sur tous nos théâtres. R.
- NIVEAU, NIVELLEMENT {Arts de Calcul). On a souvent besoin , dans les Arts , de déterminer une ligne droite ou une surface plane dans une direction horizontale , c’est-à-dire parallèle à la surface des eaux dormantes, et perpendiculaire au fil-à-piomb. La table d’un billard ou celle du plombier, les appuis des croisées, les chambranles de cheminée, les marches d’un escalier, les supports de presque toutes les machines , les cadres des glaces, les lignes des tapis et papier de tentures , enfin, la presque totalité des appareils sont établis dans cette direction. Tout ce qui se rapporte à la conduite des eaux et à leur vitesse d’écoulement, le lever des plans, l’arpentage parla méthode de Cultellation , et une multitude d’opérations de Géométrie appliquée, rendent indispensable la connaissance exacte des différences de niveau entre les sommités d’une étendue territoriale. Cet article est destiné à décrire les instrumens et les procédés dont on se sert pour faire les nivellemens. Nous décrirons d’abord les niveaux qu’on emploie à ces recherches ; nous en montrerons ensuite l’usage.
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- Niveau de maçon ou àperpendicule. AC, BC (fig. i5, PI. i0 des J rts de Calcul ) , sont deux règles ayant environ 3 centimètres ( i pouce) d’épaisseur et i pied de longueur, plus ou moins ; elles sont assemblées , à leur extrémité C , à rainure et languette , solidement chevillées, et forment ensemble un angle arbitraire , qu’ordinairement on fait droit ou de 90 degrés , pour que le même instrument puisse en même temps servir d’ËQUERRE et mener des perpendiculaires. Pour maintenir les côtés de cet angle à distance constante, on les sépare par une troisième règle I ou traverse , qui va s’assembler vers les bouts des deux branches. Les branches CA, CB sont égales , et les bouts A et B sont coupés obliquement sous des angles de 45 degrés, et la figure ACB est celle d’un triangle isocèle rectangle. Enfin , quelquefois on consolide le tout par une quatrième règle CI , qui joint le sommet C à la traverse.
- Lorsque cet instrument est pose' debout sur ses deux branches comme il .est représenté dans la fig. 15, le triangle ACB étant rectangle isoscèle et la règle I parallèle à la ligne AB, si ces lignes sont horizontales, un fil-à-plomb CP suspendu au sommet C de l’angle droit, ou passé dans un petit trou vers ce sommet, va battre librement en un point I de la règle transversale, marqué au milieu de celle-ci. En retournant l’instrument bout pour bout, plaçant en A l’extrémité B, et en B l’extre'mité A , dans cette nouvelle position, le fil-aplomb doit battre au même point I, du moins si la droite AB est ,horizontale , ce qui donne à la fois le moyen de s’assurer si cette condition est remplie et si le niveau est juste.
- Il est facile de comprendre maintenant l’usage et la construction de l’instrument, quelle qu’en soit la forme , car on varie beaucoup celle-ci. Quelquefois on travaille le niveau en demi-cercle, dont le diamètre est horizontal, quand le fil-à' plomb suspendu au milieu de l’are, va passer par le centre. D’autres fois (fig. 16 ) , c’est une simple règle AB, au miheU de laquelle on en a assemblé une autre CD, sur laquelle un fil à-plomb doit battre sur une ligne de foi Cf., quand AB est horizontal. Le niveau de payeur et de charpentier est constr®1
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- de cette manière. Tous ces appareils sont réglés ainsi qu’il suit : on les pose s.ur une règle AB à peu près horizontale (fig. j 5 et j 6 ), et l’on marque en I un point sur la direction du fil-à-plomb CI ; puis , retournant bout pour bout, sans changer la situation de la règle , on répète la même opération , et l’on marque un second point I sur la verticale. Le milieu entre ces deux points I est sur la ligne de foi, laquelle passe aussi par le point de suspension du fil-à-plomb. Avant de tracer définitivement cette ligne, il faut la vérifier, en élevant l’un des bouts de la règle jusqu’à ce que le fil batte sur la ligne de foi ainsi déterminée ; et l’on doit trouver que ce fil bat sur la même ligne, dans une nouvelle épreuve faite après le retournement.
- Le niveau à perpendicule est celui dont se servent presque tous les artisans , maçons, charpentiers , etc. ; il est suffisamment exact pour les travaux qu’ils entreprennent. On monte même quelquefois ce niveau sur un pied , et l’on garnit l’horizontale AB de Pi.vvttES, pour en faire une Alidade, avec laquelle on-peut niveler le terrain. Mais les arpenteurs, fon-tainiers , etc. , préfèrent se servir de l’instrument que nous allons décrire.
- 1Siye.au d’eau.. Un tube de fer-blanc ou de laiton MM' (fig. 17 ), léger et très mince , -d’environ 3 à 4 pieds , est recourbé aux deux bouts, où l’on ajuste deux fioles parallèles de verre FF', qui y sont lutées avec de la résine ; l’eau qu’on a versée dans ce tuyau maintenu à peu près horizontal, s’élève et apparaît dans les deux fioles ; çes fioles sont ouvertes , pour que la pression de l’air permette au liquide de s’y établir de niveau ; seulement, elles sont un peu étranglées en haut, -pour que l’eau s’en échappe moins facilement dans les mouvemens brusques qu’on peut faire, et pour qu’on puisse les bouclier avec le .doigt ou un bouchon. Quand on vent transporter l’instrument, on bouche une des ;fioles et on l’incline un peu vers le sol ; alors le niveau -est une sorte de vase ouvert en haut, et l’eau qui y est contenue ne peut en sortir, à moins d’une grande maladresse dans les mouyçmens,
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- Vers le milieu de la longueur du tube, on y soude une Douille P propre à recevoir le pivot d’un pied à trois branches B, B', B" ; à l’aide de ce pied, on peut fixer le niveau où l’on veut, et disposer le pivot presque vertical, même sur les terrains en pente rapide. La douille ne doit pas ballotter sur le pivot; quand elle est trop large , on entoure le pivot d’un matelas de linge ou de papier , pour qu’il soit juste de calibre. Le niveau peut être facilement porté où Ton veut, en bouchant avec le pouce une des fioles : on a soin de ne la déboucher d’abord que très peu, pour éviter qu’en débouchant subitement Tune des fioles , le liquide , poussé par une ascension trop rapide , ne s’élance au dehors par l’ouverture de l’autre fiole. Le balancement du liquide, lorsqu’on toucheà l’instrument, ou même quand il est agité par le vent, est assez incommode ; il faut, avant de faire une observation, attendre qu’il soit tout-à-fait arrêté. On bouche avec le doigt Tune des ouvertures, et Ton n’y laisse entrer l’air que peu à peu, pour calmer les oscillations et amener le liquide au repos parfait.
- Deux étuis ou tubes de fer-blanc ou de laiton s’ajustent en dessus des fioles et les recouvrent, pour les enfermer et en protéger la fragilité, lorsqu’on porte l’instrument au lieu où Ton veut s’en servir. Ces petits étuis entrent dans les bouts du tuyau , soit à frottement dur, soit, mieux encore, en s y attachant à l’aide d’un petit anneau de fil de fer, où Ton fait entrer un autre fil de fer transversal qui est au bout du tuyau: cet anneau, fixé au bas de l’étui, est présenté en face du bout de ce dernier fil, qui est soudé au tuyau, et, en tournant, on v fait entrer ce fil par un mouvement de torsion , comme pour le ressort à baïonnette.
- Voici comment on se sert de ce niveau. Le tube MM’étant, comme on Ta dit, à peu près horizontal, et l’eau s’élevant environ aux deux tiers des fioles, on fait pirouetter le tout sur le pivot pour amener ces fioles dans la direction à niveler On a soin qu’aucune bulle d’air ne reste engagée dans la ^ queur, et Ton est certain que le plan déterminé par les dent surfaces de l’eau est parfaitement horizontal. On place un
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- en arrière de l’une des fioles, à une petite distance, et dirigeant le rayon visuel tangentiellement aux parois extérieures , selon les lignes qu’y tracent les surfaces liquides ; ce rayon prolongé marque au loin des points de même niveau. Tantôt on vise du côté droit, tantôt du côté gauche des deux fioles , tantôt même entre elles.
- Quelquefois on colore l’eau pour la rendre plus visible ; mais on obtient le même effet par un moyen très simple. On a imaginé de fixer dans les fioles deux petites lames de cuivre verticales, qui sont peintes en vernis noir. Cette couleur se reflète dans l’eau, et la fait paraître comme de l’encre, ce qui facilite beaucoup la vision. Les fioles , le tube, le pied, peuvent même être démontés parpièces, de manière à rendre l’appareil portatif et de peu de volume quand on n’en fait pas usage.
- Observez que si le pivot du pied n’est pas exactement vertical , la ligne des surfaces liquides n’en est pas moins horizontale , et le nivellement peut encore se faire ; mais alors si le diamètre intérieur des fioles est très inégal , il ne faut plus faire pirouetter le tube sur son pivot, parce que, de deux lignes horizontales ainsi déterminées, l’une serait plus élevée que l’autre; mais on évite cette difficulté en se servant de fioles d’égal diamètre ; et si l’on craint qu’il n’en soit pas ainsi, on n’en peut pas moins faire tourner le niveau sur son pivot, si celui-ci est vertical. C’est ce dont on s’assure en faisant une marque à l’endroit où le liquide monte dans l’une des fioles ; il faut que l’eau s’élève toujours à la même marque , si l’on exige que les fioles étant inégalement larges , toutes les horizontales soient dans un même plan. Il est donc bien aisé de remplir cette condition par quelques essais, quand l’opération la rend nécessaire.
- Niveau à bulle d’air. On prend un tube de verre de 8 à t6 centimètres (3 à 6 pouces) de long, sur i à a de large; ces dimensions varient d’ailleurs beaucoup, selon l’usage qu’on veut faire du niveau. On bouche une extrémité à la lampe, et l’on effile l’autre en un tube fin ; puis, chauffant ce petit vase et plongeant l’extrémité effilée et ouverte dans Tome XIV. 25
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- un liquide , la pression de l’air fait monter ce liquide dans le tube lorsqu’il se refroidit : on fait bouillir le liquide, et l’on achève de le remplir, précisément comme un Theemo-mètke ; mais on y laisse un petit espace qui ne contient que de là vapeur ; enfin , on bouche le tube à la lampe , de manière que le liquide soit complètement enfermé , et qu’on ne voie plus qu’un petit espace simulant une bulle d’air ob-longue , qui s’étend le long du tube quand il est horizontal.
- On introduit ce tube dans un autre en cuivre qui en protège la fragilité ; ce tube de cuivre est fermé par les bouts à l’aide de deux petits couvercles , et porté sur une sorte de base ou patin , qui est une règle à peu près parallèle à son axe. {V. fig. 18. ) On ménage une fenêtre allongée à la surface, qui laisse apercevoir le mouvement de la bulle, et l’on roule sous le tube de verre un papier rouge qui colore la liqueur et la rend facile à voir.
- Il s’agit maintenant de régler le niveau de manière que quand le patin pose sur un plan horizontal, la bulle soit exactement au milieu de la fenêtre, entre des divisions d’égal numéro ; car le bord de cette fenêtre est divisé en millimètres , le zéro au milieu , et portant des chiffres de 5 en 5, tant du côté droit que du gauche. On se contente même d’y mettre deux barrettes , qui indiquent les bouts de la bulle, dans le cas où le patin est horizontal. Pour régler l’instrument, on imite ici ce qui se fait pour le niveau à perpen-dicule. Ou pose le patin sur une règle qu’on suppose être horizontale à peu près ; puis marquant sur la règle , avec un crayon, les lignes qui limitent le patin , et notant les chiffres entre lesquels la bulle est comprise, on retourne l’instrument bout pour bout. Si la règle est horizontale , la bulle devra se remettre entre les mêmes repères ; autrement, il faudra hausser l’un des bouts de la règle pour faire cheminer la bulle d’une moitié de la différence. Quelques essais amèneront la règle à être exactement horizontale , ce qu’on reconnaît en voyant revenir la bulle entre les deux mêmes termes après le retournement. Cela fait, il ne reste plus qu’à pousser
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- de petites cales de carte sous le bout du tube de verre , pour lui faire prendre , dans sa monture , la situation qui amène la bulle au milieu de la fenêtre ; les deux bouts de cette bulle doivent alors répondre à des numéros égaux de part et d’autre du ze'ro marque' au milieu.
- La longueur de la bulle diminue par la chaleur , parce que la dilatation du verre est peu de chose , et que celle du liquide est plus considérable ; ainsi, l’espace occupé par la vapeur est moindre par un temps chaud ; le froid allonge au contraire la bulle. Tout liquide peut être employé à faire ce niveau , pourvu qu’il ne soit 'ni gras, ni épais ; l’eau pure aurait l’inconvénient de geler en hiver, ce qui pourrait casser le tube. On préfère se servir d’alcool ou d’éther : ce dernier liquide est plus mobile , mais l’influence de la chaleur rend l’étendue de la bulle plus variable.
- Les ouvriers prennent ordinairement toute espèce de tube de verre pour faire leurs niveaux ; ils se contentent d’essayer sur quel sens le petit cylindre doit être pose pour faire un niveau ; car si le tube est exactement cylindrique au dedans, la plus petite déviation de la position où l’axe est horizontal suffit pour chasser la bulle d’un bout du tube à l’autre ; et comme alors elle ne se fixe pas de manière à se mouler en forme oblongue le long de la surface longitudinale, il est presque impossible de la faire rester au milieu : l’instrument a trop de sensibilité, et ne peut être d’aucun usage. Mais comme il est rare que le tube ne soit pas plus ou moins irrégulier en dedans, on profite de ce défaut pour choisir la partie où il est facile de faire rester la bulle, sans qu’elle soit ni trop mobile, ni trop paresseuse. Ainsi on colle, avec de la cire , le tube le long d’une règle, après l’avoir presque rempli d’eau et bouché avec du liège, et l’on essaie à incliner la règle de manière à faire venir et rester la bulle au milieu. On retourne le tube sur une autre face s’il ne se soumet pas à cette épreuve , et cela jusqu’à ce qu’on ait trouvé le sens convenable ; ou bien on le rebute s’il y résiste. Dans le premier cas, c’est cette disposition qu’on marque avec de la
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- couleur , et qu’on lui donne dans la monture , quand il est
- ferme' à la lampe.
- Ces niveaux suffisent pour dresser des tables de billard et les autres ouvrages de menuiserie, serrurerie, maçonnerie, les plus délicats. Mais ces instrumens seraient trop grossiers pour les nivellemens et les observations d’astres : il faut alors que les tubes soient rodés à l’intérieur, c’est-à-dire travaillés en arc de cercle selon leur longueur, dans le sens d’une des génératrices du cylindre. Voici en quoi consiste cette opération.
- L’ouvrier introduit un peu d’émeril mouillé dans le tube qu’il destine à faire un niveau , et dont le verre est un peu épais ; puis , à l’aide d’une tige de cuivre de grosseur convenable qu’il promène selon la longueur, il use le dedans du tube. Comme il serre ce tube de l’une des mains pendant qu’il pousse et tire la tige de l’autre main , et que la pression des doigts sur le verre comprime la matière obéissant à son élasticité, on voit qu’on peut user le verre où l’on veut un peu plus qu’ailleurs, et le façonner en dedans de manière que le milieu soit plus usé que les bouts, La section du tube selon s On axe donnerait alors la forme approchée d’un arc de cercle. Par un peu d’habitude, on arrive même à faire ce rodage si exactement, que lorsque le niveau est terminé , on voit cheminer la bulle de longueurs égales pour des inclinaisons également croissantes, par exemple , d’un millimètre pour une valeur angulaire de 3 secondes, 2 millimètres pour 6 secondes ; 3 pour 9; etc. : alors le niveau est regardé comme parfait. Fortin, Bâcher, Gambey, exécutent ces appareils avec un talent remarquable.
- Pour vérifier un instrument de ce genre, on se sert d’un petit outil formé de deux règles en cuivre jointes à un bout par une charnière, et qu’on peut écarter l’une de l’autre sous tout’es les valeurs angulaires. Ce mouvement d’ouverture est réglé par une vis micrométrique qui entre dans le bout libre de l’une où est son écrou , et pousse l’autre, contre laquelle elle bute. Cette vis est courte (5 à 6 centimètres), mais d’un pas très régulier. Le niveau , collé sur l’une des règles avec de
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- la cire, est disposé dans l’attitude où la bulle occupe le milieu du tube ; et en manœuvrant la vis , qui écarte ou rapproche cette règle de l’autre , on sait qu’on fait varier l’angle de quantités égales , et il faut que les déplaceinens correspondais éprouvés par la bulle soient réguliers. En connaissant le pas de la vis , on calcule même les valeurs des variations angulaires qui répondent à la progression de la bulle selon les divisions marquées sur le tube , et l’on sait qu’elle marche, par exemple , d’une division pour 3 secondes dans toute la partie graduée. Les longueurs de ces divisions sont d’ailleurs arbitraires , pourvu qu’elles soient égales.
- Lorsqu’on destine le niveau à placer un cadran solaire horizontal , à établir un billard , ou toute autre opération de ce genre, on se contente de noter combien de secondes d’inclinaison sont indiquées par une division du tube. Souvent même ces divisions sont gravées sur le tube même, et le patin est remplacé en usant le tube en dehors, de manière à y former un plan sur lequel on le pose. Alors la monture de cuivre n’est plus nécessaire , et il ne faut que veiller à ce que le tube ne soit pas brisé. Mais dans les instrumens d’Àstronoinie et d’Arpentage , et surtout dans ceux qu’on destine aux nivel-r lemens, et que nous allons décrire , il faut que le niveau soit enfermé dans un tuyau fenêtre' et gradué comme on l’a dit ci-dessus.
- Niveau à lunette de Chézjr. Cet instrument, d’une extrême précision, est celui dont on se sert dans tous les ni-vellemens soignés, soit pour diriger les eaux , les conduites , les aqueducs , soit pour faire les projets de canaux , ou indiquer les courbes d’égal niveau, ou de pente plus rapide , dans les cartes topographiques bien composées. Outre le pied à trois branches que nous n’avons pas marqué dans la fig. ig , il y a trois parties principales, savoir : la lunette KX, le niveau à bulle d’air N , et enfin la monture eALB/, qui permet d’ajuster le tout convenablement.
- 11 faut d’abord que les axes du niveau et de la lunette soient rigoureusement parallèles , de manière qu’en visant à.
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- un objet éloigné, on soit sûr que l’axe optique est horizontal quand la bulle est au milieu du tube entre ses repères. La Lunette est, comme celle qu’on appelle astronomique, formée d’un oculaire K et d’un ou deux objectifs X , ayant à leur foyer commun un réticule formé de deux fils à angle droit; et lorsqu’on regarde dans la lunette par l’oculaire, que les verres sont bien ajustés, et à la distance convenable du réticule , on voit les fils en croix se peindre sur les objets éloignés. ( V,T. XII, page 412; l’article où nous avons exposé cette théorie, et comment on parvient à éviter le déplacement apparent des fils du réticule, lorsqu’on change la position de l’œil devant le verre oculaire. )
- Le canon ou tuyau de cette lunette doit être parfaitement cylindrique, et porté sur des collets circulaires e,f, de même calibre ; et il faut qu’en faisant pirouetter le canon sur les collets, la croisée des fils se peigne au loin sur un même point, sans déplacement apparent. Un demi-anneau fg recouvre le canon et serre la lunette sur son collet, pour qu’elle y reste fixée : en e, il y a une semblable disposition.
- La tige CT du pied s’assemble avec la règle AB qui porte les collets, et cette réunion se fait par un axe horizontal C, qui permet à la règle de basculer, lorsqu’en tournant la vis sans fin S, qui engrène avec l’arc denté LL', on fait mouvoir lentement la monture ALL'B. Ce mouvement de bascule a lieu dans un plan vertical. Le mouvement horizontal est produit en faisant tourner la tige mobile Cq sur le plateau qr, ce qu’on peut produire , soit par une action vive , soit par un mouvement lent; car en tournant la vis de pression A, qui serre la pièce Z contre l’axe et rend le tout immobile sur le plateau mp, on peut ensuite tourner la vis tangente y, qui engrène sur le contour d’un bourrelet qy creusé en gorge , et force tout l’assemblage supérieur à tourner sur le plateau mp. {J?. Micromètre et V is de rappel. )
- Il faut d’abord vérifier la position du réticule. On visera une ligne horizontale située au loin , et l’on tournera la lunette sur ses collets, de manière à faire coïncider un des fih
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- avec cette ligne ; puis, faisant de nouveau pirouetter le canon pour mettre le dessus dessous , on achèvera une demi-révolution , et si l’on trouve que le même fil ne se confond plus avec la ligne horizontale visée, on fera mouvoir le réticulé de la moitié de la différence, en tournant une vis X' qui pousse le châssis où il est porté. Après quelques essais on arrivera au but, c’est-à-dire que le fil restera en coïncidence avec la ligne horizontale visée , même après une demi-révolution du canon sur ses collets. Ce fd est alors celui qui sert au nivellement. Souvent il y a un autre fil en croix , qu’on rectifie de même , en le faisant coïncider avec une ligne éloignée verticale. Bien entendu qu’il faut que les fils n’aient aucune parallaxe, ce qu’on réussit à faire, comme il a été expliqué à l’article cité ( Lunette), en tirant convenablement l’objectif et l’oculaire , lesquels sont contenus dans des tubes , de manière à les amener à la distance voulue du réticule , l’un en avant, l’autre en arrière.
- Pour rendre l’instrument propre à niveler, il reste à rendre l’axe de la lunette parallèle à celui du niveau. On amènera d’abord la bulle au milieu de son tube, en faisant basculer la règle AB autour de l’axe horizontal C , à l’aide de la vis sans fin S ; puis, enlevant doucement la lunette de ses supports , sans rien déranger à l’instrument, on l’y rétablira en sens contraire et bout pour bout, c’est-à-dire en faisant porter en e la partie f du tuyau , et en fia. partie e. Si la bulle revient alors au milieu du tube entre ses repères, l’axe optique est horizontal ainsi que le niveau ; le parallélisme est obtenu : mais le plus souvent il n’en sera pas ainsi ; alors on ramènera la bulle au milieu, en partie par le mouvement du niveau cd tournant autour d’un axe d, et en partie par la bascule de la vis S ; et remettant la lunette dans sa position primitive, on verra si la bulle revient au milieu , puis on l’v ramènera par le même moyen. Ce mouvement du niveau par rapport à la lunette est facile à concevoir. Il faut remarquer que le niveau est attaché sous la lunette, d’une part à l’aide d’un axe de rotation d,. de l’autre par une vis c qui
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- entre dans un écrou ; ainsi, lorsque cette vis c vient à tourner, le tube du niveau se meut sur la charnière d. Comme, par de petits mouvemens successifs des deux vis s et c, qui ramènent la bulle au milieu , et par le retournement de la lunette, on diminue de plus en plus les erreurs, on ne tarde pas, après plusieurs essais de ce genre , à rendre Taxe de la lunette horizontal , quand la bulle est au milieu du tube. L’instrument est alors réglé pour la série d’opérations qui constitue le nivellement.
- Quelquefois le niveau est fixé, non à la lunette, mais sur la règle AB, par le même système d’une vis c et d’un axe de rotation d. Alors on règle l’instrument en rendant d’abord le niveau parallèle à la règle, ce qui se fait en tournant la monture sur le plateau mp , et réduisant la bulle à rester au milieu du tube dans deux situations de la règle opposées Tune à l’autre ; ensuite on rend Taxe optique de la lunette parallèle à la règle ou au niveau, en visant à une mire éloignée , lorsque la bulle est au milieu ; puis , on retourne bout pour bout la lunette sur ses collets, et la règle AB sur son plateau ; la mire doit se retrouver sur le fil horizontal, ce qu’on fera par le mouvement de la vis du réticule.
- Lorsqu’on veut niveler avec cet instrument, on établit le pied de manière que Taxe CT soit le plus voisin possible de la verticalité, et le plateau mrt horizontal. Cette condition n’est nécessaire à remplir qu’autant que Ton a dessein de parcourir avec la lunette la région dans le sens de l’horizon , car elle est superflue lorsqu’on ne veut procéder que dans une seule direction. ( V. ce qui a été dit ci-devant du niveau d’eau. ) Lorsque l'instrument, bien réglé d’avance et vérifié, est établi sur le terrain , on amène par la vis S la bulle au milieu du niveau , et Ton pointe en avant avec la lunette : tout ce qui se trouve dans la direction du fil horizontal du réticule est situé sur le même plan horizontal. Nous parlerons plus loin de la correction qu’il faut faire à cause de la rondeur de la terre , et de la réfraction atmosphérique.
- Nivellement. Le soin qu’on donne à cette opération, le
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- temps et les instrumens qu’on y emploie , dépendent du dessein qu’on a en vue. Dans les constructions , les ouvrages de terrasse, et pour des nivellemens de peu d’e'tendue, on se contente du niveau à perpendicule, qui détermine la direction horizontale d’une règle, le long de laquelle on s’aligne. Un papier blanc ou une carte accolée à un bâton , tient lieu de mire , qu’on hausse ou baisse , en mettant, si cela est nécessaire , un chapeau derrière ce signal blanc, pour qu’il soit nettement aperçu de loin. On mesure la hauteur de ce signal et celle de la règle horizontale , au-dessus du sol, à chacune des stations ; et comparant ces deux hauteurs entre elles , il est aisé de voir quel est le point le plus bas, et de combien il a baissé relativement à l’autre. On peut de la sorte déterminer l’exhaussement à faire pour amener l’un au niveau de l’autre, etc.
- Lorsqu’on entreprend les travaux pour la conduite des eaux, le terrassement des lieux qu’on prépare pour y faire une route , etc., on ne pourrait se contenter d’une aussi grossière évaluation que celle qui vient d’être donnée , parce qu’à raison de l’éloignement des extrémités, les erreurs s’accumulant, à mesure que la distance entre les points successivement nivelés s’accroît, le résultat de l’opération serait extrêmement défectueux. On se sert alors du niveau d’eau.
- Supposons qu’on veuille trouver la différence de niveau entre deux points peu écartés B et C (fig. 20) : on plantera le niveau en A vers le milieu de l’intervalle ; et si de ce point on peut apercevoir nettement les deux extrémités B et C , l’o-pe'ration sera faite par une seule station. Un aide se place en B ; il est muni d’une longue règle BE, qu’il tient verticalement, et le long de laquelle il fait glisser un voyant. On nomme ainsi une petite planchette carrée, ordinairement divisée en deux moitiés par un trait horizontal ; l’un des espaces est peint en noir, l’autre l’est en blanc. On se contente aussi quelquefois d’une planchette entièrement blanchie, et c’est le Wd supérieur ou inférieur qui sert à la visée. Derrière le
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- voyant est clouée une tige perpendiculaire au trait de visée ; cette tige sert à tenir le voyant, en la faisant glisser le long de la grande règle , à laquelle il est accolé. ( V. l’article Mire, où il a déjà été question de cet instrument. ) L’aide élève ou abaisse le voyant, selon l’ordre qu’il en reçoit par un geste convenu que fait l’observateur qui vise avec le niveau selon OE ; et lorsque la ligne de foi est exactement dans la ligne des surfaces liquides des fioles, l’aide marque avec un crayon un trait sur la grande règle au point où le voyant a été monté. Il se transporte ensuite à l’autre extrémité C, et l’observateur se retourne vers l’autre brandie du niveau; une opération semblable, faite selon OD, donne un second trait D sur la règle : la différence DE' entre ces traits est celle des niveaux des points B et C. Deux coups de niveau ont suffi pour terminer le nivellement.
- Le plus ordinairement, dans les travaux de terrasse, on plante dans le sol des piquets aux lieux B et C qu’on a nivelés , et l’on enfonce ces piquets de manière que le voyant soit à même hauteur au-dessus de chacun. Ainsi, on enfoncera en C un piquet Cp , et l’on en élèvera un de B en i. Le voyant étant appliqué sur la règle zE , et la ligne de foi montée au niveau E de l’alignement OE, est maintenu fixé dans cette situation sur la grande règle , et transporté, sans dérangement, sur le piquet p ; et il faut que ce même voyant ait sa ligne de foi juste selon la même ligne EOD. On enfonce l’un des piquets , ou l’on élève l’autre jusqu’à ce que cette condition soit remplie. Les bouts de ces piquets témoignent qu’ils sont des points de niveau, et servent à régler les déblais et les remblais.
- Il n’est pas nécessaire que le niveau soit placé sur la ligne droite BC qui joint les deux stations , quoique cela soit commode ; mais quand on veut s’en dispenser, on peut faire la station A latéralement, et l’on tourne le niveau sur sa douille» pour viser en B , puis en C, comme il a été dit.
- Si les deux points B et C étaient peu distans, on pouirait se contenter d’une seule observation, en plaçant le niveau a
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- un bout et le voyant à l’autre. On mesure alors la liauteur delà surface liquide des fioles au-dessus du sol, et l’ou retranche cette hauteur de celle du voyant, ou réciproquement, pour avoir la différence de niveau.
- Mais supposons que le nivellement doive être fait sur une grande étendue , il faut alors réitérer l’opération ci-dessus décrite. On partage l’espace en plusieurs parties à peu près égales, et qui n’excèdent pas la portée de la vue, et l’on y plante des piquets , que nous désignerons ici par les nos 1,2,
- 3, 4- • • • Le niveau est fixé au n° 2, et l’on porte tour à tour le voyant aux nos 1 et 3 ; puis l’ou transporte le niveau à 4> l’on pointe de nouveau vers le voyant 3 ; on porte celui-ci au n° 5 , et l’on y vise ; ensuite on porte le niveau au n° 6 , et ainsi de suite. On voit qu’on transporte tour à tour le voyant et le niveau dans Tordre des numélos croissans , le voyant occupant les numéros impairs , et le niveau les numéros pairs ; on donne le coup de niveau d’arrière, on transporte le voyant, on donne le coup de niveau d’avant, on transporte le niveau, et l’on répète la même suite d’opérations autant de fois qu’il est nécessaire.
- On enregistre chaque fois la différence de niveau des deux stations d’arrière et d’avant, en la mesurant par l’intervalle des traits marqués sur la grande règle. Il faut avoir soin de noter quelle est la station la plus élevée , car il est rare que le nivellement se fasse sur un sol dont la pente soit uniforme ; et comme on en suit toutes les inflexions , tantôt en montant, tantôt en descendant, il faudra noter du signe les premières , et de — les secondes, ou réciproquement. On fait la somme des unes, puis celle des autres, et retranchant, on a la différence de niveau des deux extrémités. De la même manière on aurait la différence de niveau entre deux stations quelconques de numéros impairs.
- Il faut avoir soin de mesurer et d’écrire la distance entre les points de numéros impairs , pour en retrouver les piquets s’il en est besoin. Quant à ceux de numéros pairs, ils sont inutiles , et on les enlève. Si Ton veut refaire l’opération
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- pour la vérifier, le niveau peut être placé où l’on veut, entre
- les stations impaires réservées au voyant.
- Comme dans les pays très accidentés on pourrait commettre de graves erreurs en suivant le procédé d’enregistrement dont nous venons de parler , voici comment on doit opérer. An lieu de marquer d’un trait sur la règle chacun des deux coups de niveau d’avant et d’arrière, pour en mesurer ensuite la différence avec un mètre, comme ces traits de crayon pourraient être mal effacés et se confondre ensuite avec celui qu’on notera , on se sert d’une grande règle de 3 à 4 mètres, divisée en décimètres , et à chaque coup de niveau on écrit la hauteur totale du voyant au-dessus du solet non plus la différence entre les hauteurs de deux stations. On a une feuille de papier divisée en six colonnes: la première porte le numéro de la station; la seconde, les observations qu’on juge à propos d’écrire sur les particularités qui servent à. la distinguer , ou les difficultés qu’on a pu rencontrer, etc. ; la troisième, la hauteur totale du voyant au-dessus du piquet; la quatrième et la cinquième, qu’on laisse en blanc pour y inscrire plus tard les différences , dans l’une positives, dans l’autre négatives ; enfin, la sixième comprend la distance entre les piquets.
- Les cotes numériques des hauteurs du voyant étant écrites, les unes au-dessous des autres dans la troisième colonne, on soustrait deux à deux ces nombres consécutivement ; bien entendu que comme chaque station porte deux nombres, l’un pour le coup de niveau d’arrière , l’autre pour celui d a-vant, on ne soustrait pas ces deux hauteurs , qui sont indifférentes à l’objet proposé. Ces résultats sont les différences de hauteur entre les stations successives. La cote la plus grande se rapporte toujours à une plus grande élévation du voyant, telle que BE (fig. 20), et par conséquent à un point plus ba> du sol. O11 écrit dans la quatrième colonne toutes les différences par excès , et dans la cinquième toutes celles qul sont par défaut. Lorsque l’on veut ensuite trouver la différence de niveau de deux stations désignées, il suffit d ajouter
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- toutes les différences positives, puis les négatives, et de prendre l'excès de l’une de ces sommes sur l'autre. La plus grande fera connaître quel est le point le plus bas du sol.
- D’ailleurs , on est dans l’usage de faire un dessin où le profil des stations est indique'. On tire une ligne horizontale qui représente celle des piquets de numéros impairs , quelle que soit la marche sinueuse que l’on a été contraint de suivre à cause des localités. On porte sur cette ligne, à l’aide d’une échelle et d’un compas , des parties propres à marquer les distances entre ces piquets ; on y élève des perpendiculaires , sur lesquelles on porte des parties égales aux hauteurs du voyant au-dessus de l’horizon du point le plus bas ; et à cet égard, nous avons dit comment un calcul très facile détermine ces hauteurs.
- Nous renvoyons à l’article Mire, où l’on trouvera une description de l’instrument qui est en usage pour élever le voyant à la hauteur nécessaire, et mesurer cette hauteur.
- Les nivellemens avec le niveau à bulle d’air &•> font de la même manière que ceux qui viennent d’être exposés ; seulement , l’instrument étant susceptible de donner des observations plus précises , et la portée de la vue s’étendant beaucoup plus loin, on réserve ce genre de nivellement pour les projets de canaux, d’aqueducs et autres aussi délicats. Il convient d’espacer à peu près également les stations, parce que le foyer de l’objectif changeant avec la distance, il faudrait à chaque opération allonger ou accourcir le tube ; car il est indispensable qu’il n’y ait aucune parallaxe des fils. ( V. Luxette.)
- Lorsqu’on est forcé , par les localités, de ne pas placer le niveau entre les deux stations du voyant, et qu’on est obligé de mettre le niveau à un bout et le voyant à 1 autre, la différence entre les hauteurs du voyant et du niveau au-dessus du sol n’est pas exactement la différence des niveaux, du moins quand il y a plus de 3oo métrés d intervalle entre les extrémités , et la portée des lunettes permet de les écarter beaucoup davantage. La raison en est que la droite déter-
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- minée par l’axe du niveau est une tangente à la courbure de la terre au lieu où l’on a placé l’instrument ; cette droite s’écarte donc indéfiniment du centre. Or , on appelle surface de niveau, celle qui est parallèle aux eaux dormantes, et par conséquent concentrique au globe terrestre. Soit AB (fig. 21) l’axe du niveau, tangent au cercle DAE qui représente la terre : c’est le point B qui e6t marqué par le voyant éloigne', et non pas le point D ; or, c’est ce dernier D qui est le niveau vrai, ainsi nommé pour le distinguer du niveau apparenté. Ainsi, lorsqu’on a trouvé la hauteur du voyant B au-dessus de la station sur la verticale BDC, il faut y faire la correction de courbure terrestre , c’est-à-dire en retrancher BD, pour ramener, par ce calcul, le voyant au point D, où il aurait été placé si le rayon visuel, au lieu de suivre .la ligne droite AB, s’était infléchi en suivant la surface de niveau AD.
- Par les principes de la Géométrie, on a la proportion BD : AB *. : AB : BE ; mais AB ne diffère pas sensiblement de la longueur de l’arc AD , dans la petite étendue qu’embrassent les lunettes. On peut encore remplacer BE ou BD + DE par DE , en négligeant la petite hauteur BD par rapport à DE ; appelant donc R le rayon terrestre, on trouve que la correction est BD = Il faut exprimer BD, AD et R par h
- même unité ; prenons le mètre , et d’après la valeur connue du rayon terrestre , nous aurons BD =lx AD2, en prenant
- le log. de la constante k égal à 8.8g5o6 = log k.
- Mais ce n’est pas tout encore. La réfraction atmosphérique élève en apparence les objets , en sorte que la mire que nous voyons en B n’y est pas ; elle est réellement un peu au-dessous , et pour l’y faire monter, il faudrait connaître de combien la présence de l’atmosphère fait dévier les rayonS visuels. On verra, dans mon Uranographie , ff édit., P' qu’en joignant cette correction à la précédente, il faUt abaisser seulement la mire de j — A.AD2, en prenant
- log k = 8,81933 , AD et j étant exprimés en mètres.
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- On comprend que cette correction peut acquérir une très grande importance , toute faible qu’elle est pour chaque station , lorsqu’elle s'e trouve répétée durant une longue étendue, comme l’est celle des canaux de navigation, qui va quelquefois à 4o et 5o lieues de longueur. Mais il ne faut pas oublier qu’on évite cette difficulté en plaçant le niveau vers le milieu des stations où l’on établit la mire, parce qu’il faudrait l’abaisser d’égales quantités des deux parts , ce qui n’altère pas la différence , qui seule est l’objet des recherches.
- Niveaux de pente. Le plus simple de ces instrumens est représenté fig. 22. C’est un appareil semblable au niveau à perpendicule , où la traverse est remplacée par un arc gradué ab. Au milieu Ë de cet arc est le zéro des divisions ; c’est là que doit battre le fil-à-plomb , lorsque les branches portent sur une ligne horizontale AB. Ce point zéro est marqué par expérience , ainsi qu’il a été indiqué précédemment, page 384- Quand la règle AB est inclinée à l’horizon, le fil-à-plomb CE va battre en un point de l’arc, sur lequel on lit le nombre de degrés d’inclinaison de AB car l’angle formé par le rayon du zéro et celui du fil-à-plomb, est égal à celui de AB avec l’horizon , ces angles ayant leurs côtés respectivement perpendiculaires : l’arc qui mesure le premier est donc aussi la valeur du second.
- On a plus de précision en remplaçant le fil-à-plomb par une alidade CE , dont le bout E porte un vernier pour y lire les minutes : un petit niveau cf, à bulle d’air, est fixé perpendiculairement à la règle CE, et on lui donne la position qui convient pour que, AB étant horizontal, et la bulle au milieu du niveau entre les repères, l’alidade indique zéro sur l’arc gradué. Au reste, on se rend indépendant de l’exacte position du zéro , en retournant l’instrument bout pour bout, faisant deux lectures et prenant la moyenne ; car il est clair qu’autant l’un des arcs lus sera trop grand , si le zéro,est tuai placé , autant l’autre sera trop petit, et il y aura compensation entre les erreurs ; la demi-différence entre les indications mesure la quantité angulaire dont le zéro est déplacé.
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- 4oo NOEUDS.
- Cet instrument sert non-seulement à trouver l’inclinaison d’une règle à l’horizon, ou à fixer cette règle sous un angle donné, mais encore à former des alignemens qui aient une pente régulière et déterminée, par exemple, un centimètre
- , i . i
- pour métré ou ------, un pouce pour toise ou —, ou toute
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- autre , ainsi qu’on en a besoin pour disposer les conduites d’eau, les aqueducs , les ruisseaux, les routes de montagne , etc. Dans le triangle formé par la verticale qui a le centième de sa base, l’angle Ô est facile à trouver, puisque
- tang â = o,oi ; ainsi, on peut calculer cet angle,
- placer la règle AB sous l’inclinaison voulue, et faire planter des piquets suivant la direction prescrite, sous la condition que le voyant soit élevé au-dessus de chacun de la même quantité, de manière à s’aligner sans cesse avec AB.
- Chézv a aussi imaginé un niveau de pente, qu’il appelait éclim'etre : c’est un niveau à bulle d’air (fig. 19), réglé comme pour les nivellemens, mais dont les deux extrémités sont pourvues de réticules à fil horizontal, l’un fixe, l’antre mobile par une vis de rappel. Si la règle de niveau a un pied, et que l’on élève au-dessus de la règle l’un des fils d’une ligne plus que l’autre, le plan des deux fils sera incliné à l’horizon d’une ligne par pied. Cet instrument est peu en usage ; on le trouvera décrit dans la Topographie de M. Puissant, excellent ouvrage , auquel nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui désireraient avoir des développemens plus étendus sur le sujet que nous venons de traiter. Fr.
- NOEUD ( Technologie). On donne le nom de nœud à 1 enlacement d’une corde ou de plusieurs cordes, afin d’en obtenir, selon les cas, les résultats qu’on désire. Les nœuds servent à plusieurs usages : i°. pour réunir deux ou un plus grand nombre de cordes ; 20. pour réunir les extrémités d’une même corde; 3°. pour attacher une des extrémités, ou le milieu d’une corde à une autre ; 4°- pour Ber les fardeaux que l’on doit tirer ou soulever; 5°. pour raccourcir la Ion-
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- NOIRS. 4oi
- sueur d’une corde sans la couper. Nous allons rapidement passer en revue la manière de faire ces sortes de nœuds , ce qui est une des parties les plus importantes des Arts industriels.
- Au mot Épisser, Épissure (T. YIII, page i^3), onaindiqué la manière d’ épisser, c’est-à-dire d’enter les cordes sans faire de nœuds : nous nous occuperons donc seulement, dans cet article, des nœuds proprement dits.
- i°. La manière de re'unir les extrémités d’une même corde est représentée par les fig. 5, 6, 7, 8, 9 et 10 (PI. 3g). Cette dernière donne la forme du nœud qu’on emploie quand on veut attacher plusieurs cordes à une autre, afin de pouvoir tirer simultanément par plusieurs bouts.
- 20. Lorsqu’on veut réunir simplement les deux extrémités d’une même corde, on emploie les nœuds que représentent les fig. 11, 12 et i3.
- 3°. Pour serrer fortement les objets liés avec des cordes, et finir les amarrages, on se sert des nœuds indiqués par les fig. 8, 11, î-4, i5, 16, 17, 18 et 19.
- 4°- Lorsqu’il s’agit d’attacher l’extrémité d’une corde à un anneau, ou à un autre objet fixe, on emploie les nœuds a et b (fig. 20).
- 5°. Pour amarrer ou lier les fardeaux que l’on veut soulever ou tirer, on se sert des nœuds représentés par les fig. 21,22, 23 , 24 et 25.
- 6°. On appelle nœuds coulons, ceux qui sont faits de manière que le poids et l’effort que l’on fait en tirant le bout libre de la corde, les serrent de plus eu plus. Les nœuds représentés par les fig. 22 et 23 sont de cette espèce.
- 70. Les enlacemeris (fig. 26 et 27 ) servent à raccourcir les cordes sans être obligé de les couper.
- Le meilleur moyen pour acquérir des idées claires de toutes ces espèces de préparations, nœuds et entacemens que nous avons indiqués , c’est de s’exercer à les répéter avec de petites cordes. L.
- NOIRS. Leur couleur a fait donner ce nom à des subs-
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- tances manufacturées propres à divers emplois : on distingue les espèces suivantes, dont nous nous occuperons successivement:
- Noir animal ou Charbon d’os ( V. ce mot-). Le principal usage de ce noir est dans la fabrication et le raffinage du sucre;
- Noir végétal ou Charbon de bois préparé. Il sert à l’épuration des sirops, des huiles, à la peinture des papiers, etc. ;
- Noirs d’ivoire, de plusieurs sortes , propres à la Peinture, à la fabrication du Cirage, etc. ;
- Noir d’impression. On l’emploie pour tirer les épreuves de la gravure sur cuivre ;
- Noir de fumée, usité dans la composition de l’encre d’imprimerie , et de diverses préparations utiles à la Peinture ;
- Nous avons déjà fait connaître les propriétés et les emplois du noir animal à l’article Charbon d’os ; il nous reste à décrire l’un de ses modes de calcination , qui s’applique également au noir d’ivoire. Un autre procédé, commun aux deux sortes de noirs, sera décrit à l’article Sel ammoniac. Nous allons faire connaître d’abord les différentes matières premières relatives à chaque sorte de noir ; nous décrirons ensuite la calcination , les broyages à sec et à l’eau, enfin la dessiccation et l’embarillage.
- Les matières premières du noir d’ivoire de première sorte sont les rognures d’ivoire mises au rebut par les tabletiers. Le noir que l’on en obtient est sans contredit le plus beau de tous, soit par son intensité, soit par les tons veloutés qu’il donne en Peinture , soit enfin par l’extrême division à laquelle se prêtent ses particules ténues et homogènes : il est aussi le plus coûteux , en raison du prix élevé de la matière qui le fournit.
- Le noir d’ivoire de deuxième sorte se fabrique avec des os de pieds de moutons , bien propres et dépouillés de toutes substances musculaires ou tendineuses.
- Le noir d’ivoire de troisième qualité est obtenu d’os di'Cis bien nettoyés, mais dont la contexture moins régulière ne permet pas d’obtenir par leur calcination un noir aussi homogène dans toutes ses parties.
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- Enfin , la quatrième qualité de noir d’ivoire se prépare avec les mêmes matières que le précédent, il n’en diffère que par une ténuité moindre, résultant du broyage moins prolongé qu’on lui fait subir.
- Calcination. Quelle que soit celle des matières organiques ci-dessus , os ou ivoire , que l’on se propose de carboniser, le moyen à employer est le même ; les fours dans lesquels on l’opère sont de deux sortes, chacun a ses avantages et ses inconvéniens particuliers. Nous allons les décrire successivement.
- Les fig. i,2,3 de la PI. 5i des Arts chimiques, représentent une coupe verticale, une coupe horizontale et une vue en élévation de l’un de ces fours. Les mêmes lettres indiquent les parties correspondantes dans les trois figures.
- A, Cendrier ou foyer dans lequel on brûle du bois fendu et desséché.
- B, Maçonnerie extérieure et voûte au-dessus du foyer.
- C, C,C, Ouvreaux laissant passage aux produits de la combustion , qui se rendent dans le four.
- D, Intérieur du four , dont toutes les parois internes et la voussure sont en briques réfractaires.
- E, Porte par laquelle un homme peut s’introduire pour le service du four.
- F, Conduits latéraux dans lesquels passent les gaz pour se rendre dans la cheminée G.
- H, Porte du foyer.
- La deuxième sorte de four dans laquelle on opère la carbonisation des matières pour la fabrication des noirs , est indiquée par les fig. 4> 5 et 6 de la PI. 5i, qui représentent également une coupe horizontale , une coupe verticale et une élévation.
- A, Foyer qui, comme on le voit, est sur le même plan horizontal que la sole du four.
- B, Maçonnerie dont toutes les parties internes sont en briques réfractaires.
- B', Diaphragme qui sépare toute la capacité du four en deux
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- parties, dont celle anterieure forme le foyer ; et celle postérieure, le four proprement dit.
- C, C, Ouvreaux dont est perce' le diaphragme pour le passage de la flamme du combustible.
- D, Intérieur du four.
- E, Porte latérale pour le service du four.
- F, Ouvreaux par lesquels s’échappent les gaz brûlés.
- G, Cheminée dans laquelle se rassemblent tous les produits de la combustion.
- H, Porte â coulisse pour le service du foyer, et déterminer à volonté ou supprimer l’accès de l’air.
- Dans l’intérieur des villes, on ne permet la carbonisation des os qu’à la condition expresse de brûler la fumée; à cet effet, on prescrit le four additionnel suivant, qui remplirait bien son but, si l’on n’avait à craindre que les frais et l'embarras de son entretien ne fissent quelquefois suspendre son usage.
- La fïg. 7 représente en coupe longitudinale ce four : il se compose, comme on le voit :
- i°. D’un cendrier A ;
- 2“. D’un foyer à grille B ;
- 3". D’un conduit C amenant les gaz à l’issue du four à calciner ;
- 4°. D’une voûte à réverbère D ;
- 5°. D’une cheminée E.
- Ce four , pour opérer convenablement son effet, doit être entretenu constamment chaud par une combustion soutenue de bois sec. On conçoit alors que les gaz puans, tels que l’hydrosulfate d’ammoniaque, la vapeur d’huile pyrogénée, l’hydrogène carboné , indécomposés dans le premier four, en raison de la rapidité de leur dégagement, qui les a soustraits à l’action de la température et de l’air j ces gaz, dis-je , passent au milieu de la flamme du four additionnel, reçoivent l’influence d’une haute température avec le contact de 1 air .atmosphérique , donnent lieu à la formation de l’eau, de l’acide sulfureux , de l’acide carbonique, de l’azote , etc. ;
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- gaz qui sont inodores , à cela près de l’un d’eux fort peu odorant.
- Quelle que soit celle des deux formes de four adoptée , les opérations qui s’v pratiquent sont les mêmes , et les vases à calciner, de deux ou trois modèles, peuvent indifféremment y être employés. Nous décrirons ceux-ci d’abord.
- Les modèles le plus en usage des vases à calciner sont des sortes de marmites de grandeur inégale (fig. 8) , que l’on dispose par paires dans le fond, la plus petite renversée sur la plus grande, après les avoir emplies comme nous le verrons plus bas. Elles sont en fonte coulée ; leur épaisseur régulière est de 2 à 3 lignes , quelquefois elle est renforcée dans le fond jusqu’à 4 lignes , comme le montre la coupe ( fig. 9}, et peuvent entrer l’une dans l’autre, comme le font voir les paires mises en place (fig. 10).
- La deuxième sorte de vases à calciner, représentée par la fig. 11, est un cylindre creux, dont les côtés et le fond ont 3 lignes d’épaisseur, et qui, se superposant les uns aux autres dans le four, se servent mutuellement de couvercle. Il suffit de luter avec de l’argile la ligne de jonction. La fig. 12 fait voir la position de ces cylindres dans le four.
- Lorsqu’il s’agit de charger le four avec l’une des matières premières désignées , on emplit les petites chaudières ou marmites , et on les réunit par paires, une petite sur une grande ; on les incline toutes deux l’une vers l’autre, en engageant un peu le bord de la plus petite, puis , d’un mouvement brusque , celle-ci est renversée sur l’autre, en sorte que toute la capacité est remplie. On lute la gorge que présente leur jonction avec de la terre franche humide, malaxée avec du crottin de cheval.
- On arrange ensuite toutes les doubles marmites dans le four les unes sur les autres , en ayant soin de placer en haut celles qui renferment les os les moins compactes, si l’on se sert du four à voûte percée (fig. 13), tandis qu’on doit placer ces marmites en bas dans le deuxième système de four. Chaque paire de marmites contient environ 25 kilogrammes d’os frais ,
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- et produit, après la calcination, » 3 kilogrammes de charbon ou noir brut.
- Le four se charge de la même manière lorsque l’on fait usage des cylindres , si ce n’est que l’on place un couvercle {V. fig. i4) sur le cylindre supérieur qui termine chaque colonne.
- Lorsque le four est chargé, on ferme la porte d’entrée E avec une double maçonnerie en briques posées à sec et enduites de mortier ; chaque épaisseur de briques est de 4 pouces, et les fentes que détermine la dessiccation du mortier doivent être réparées à plusieurs reprises durant la cuisson. On peut se servir d’une devanture en briques de plusieurs parties, contenues dans des encadremens en fer, et dont il suffit de îuter les joints , afin d’éviter la main-d’œuvre de cette construction , qu’il faut démolir après chaque fournée.
- On allume dans le foyer un feu de bois, dont on augmente graduellement l’activité, et que l’on soutient vivement pendant dix heures, de manière à consumer 2 stères de bois au plus pour un four contenant de soixante-huit à soixante-douze paires de marmites de la contenance indiquée.
- On ferme alors le registre de la cheminée et la porte du foyer, afin d’intercepter le courant d’air et de maintenir la température assez élevée pendant dix heures encore. Au bout de ce temps, on rétablit le courant d’air, afin d’opérer le refroidissement de l’intérieur du four, jusqu’au point utile au défournement. Huit heures après, on ouvre la grande porte E , et six ou huit heures ensuite on peut commencer à sortir les vases en fonte. Les ouvriers saisissent ceux-ci avec des coussins épais de chiffons, pour éviter de se brûler les mains.
- Pendant que le refroidissement des vases défournés s a-chève, on enfourne un second assortiment de vases remplis d’avance, et l’on recommence la calcination comme nous 1 a-vons décrit.
- Les chaudières de la première fournée sont assez refroidies au boutde deux heures d’exposition à l’air , pour les vider. (Si
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- l’on se sert de cylindres, il faut, en les défournant, verser le charbon qu’ils renferment dans des étouffons.}
- Le charbon obtenu par le procédé que nous venons de décrire contient souvent des parties blanches , résultant de la combustion accidentelle due à l’accès de l’air par les défauts des luts. On doit séparer avec soin toutes ces matières incinérées , qui seraient au moins inutiles dans le noir animal, et seraient nuisibles relativement à l’intensité du noir, considéré comme matière colorante.
- Pulvérisation. On réduit en poudre le charbon ainsi préparé , à l’aide d’un moulin composé d’une meule gisante inférieure, sur laquelle tourne une meule supérieure avec une vitesse de cent vingt tours par minute. Cette machine étant semblable à celle que nous avons décrite à l’article Moulin anglais, nous n’y reviendrons pas ici; il suffira d’ajouter qu’une paire de cylindres cannelés disposés au-dessus de la trémie , et mus par le même moteur, concasse préalablement le charbon , afin qu’il puisse s’engager entre les deux meules. Il tombe à cet effet dans une trémie , d’où il s’écoule dans la cavité centrale de la meule supérieure, de la même manière que le blé.
- Le charbon, au sortir des meules, est conduit dans un bluttoir en toile métallique fine, où les fragmens échappés à la mouture sont séparés.
- Après ce tamisage, le charbon en poudre peut être employé directement pour le raffinage du sucre; sa qualité est d’autant meilleure, que la ténuité de ses particules est plus grande. ( V. l’article Charbon animal. )
- Lorsque le charbon d’os ou d’ivoire doit être employé comme matière colorante , la poudre obtenue par la pulvérisation à sec n’est pas assez fine, il est nécessaire d’opérer un broyage à l’eau : on se sert pour cela de moulin à meules de 18 pouces à 2 pieds de diamètre, semblables à celles des Moulins à moutarde. [V. ce mot. )
- Un seul broyage à l’eau peut suffire pour les emplois grossiers du noir d’os, tels que la fabrication du Cirage., par
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- exemple ; mais pour sou application dans la Peinture , et suivant le degré de perfection auquel on veut parvenir, il faut repasser deux, trois, et jusqu’à quatre fois , successivement, le noir entre les meules.
- Quel que soit le degré de ténuité auquel on ait voulu parvenir par les moyens ci-dessus, on peut employer le noir broyé à l’eau, soit directement en pâte, tel qu’il sort du moulin, soit après l’avoir fait dessécher. Pour l’amener à ce dernier état, qui convient surtout aux transports éloignés, on le réduit en petits cylindres de 4 à 5 pouces de diamètre sur 2 et demi de hauteur ; pour cela on verse la pâte sortie du moulin, dans des cercles en bois rangés sur des plancha unies, et qui ont les dimensions ci-dessus.
- Lorsque , par un premier degré de dessiccation à l’air libre, le noir en pâte a pris dans ces moules une consistance assez grande pour conserver sa forme , on enlève le cercle de bois et l’on porte à l’étuve les planches chargées des petits pains de noir ainsi formés. Lorsque la dessiccation est complète , on emballe le noir en pain tel qu’il sort de l’étuve, ou, avant de l’expédier, on le réduit de nouveau en poudre sèche, à l’aide d’un moulin à meule verticale.
- Le noir, pour être employé, n’exige plus alors qu’un simple délaiement, soit à l’eau, soit à l’huile. Pour les peintures fines, il est en général nécessaire de le broyer encore à la mollette des peintres.
- Noir végétal. Ce noir est préparé en broyant, par les mêmes moyens que ceux que nous venons d'indiquer, le charbon de bois ; son degré de finesse varie suivant les usages auxquels on le destine. La pulvérisation à sec suffit pour préparer le noir végétal qu’on veut appliquer à l’épuration des sirops, à la filtration des eaux potables, etc. Celui qui doit servir à l’épuration des huiles est dépouillé, après la pulvérisation à sec et la séparation des gros fragmens au blut-toir, de toute la folle-farine qui s’opposerait à la filtration, en raison de la viscosité du liquide.
- Dans les applications du noir végétal à la Peinture, le
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- broyage doit être opère' à l’eau. Ou l’expédie, soit en pâte, soit à l’état sec ; son broyage et sa dessiccation s’opèrent comme nous venons de l’indiquer relativement aux charbons d’os et d’ivoire.
- Le noir végétal est surtout employé par les confiseurs; il ne décolore pas aussi bien que le noir animal (charbon d’os) ; mais il a plus d’énergie pour enlever le mauvais goût des sirops.
- Noir d’impression. La préparation de cette matière offre des difficultés, en raison de son emploi spécial ; elle ne doit offrir aucun point brillant, qui détruirait l’uniformité de ton des gravures ; il faut qu’elle ne renferme aucune substance terreuse susceptible d’agir sur le cuivre des planches, ou sur l’huile avec laquelle on doit la broyer.
- Pour obtenir la division extrême qui rend le noir parfaitement terne et qui convient au noir d’impression, on traite le sang sec ou les déchets de corne par la potasse, à la température du rouge-cerise ; on lessive jusqu’à épuisement complet le résidu charbonneux de cette calcination, puis on le broie à l’eau de la •même manière que le noir d’ivoire de première qualité; 011 le fait ensuite dessécher, et on le réduit en poudre à sec. Le noir d’impression est expédié, en cet état, aux imprimeurs en taille-douce, qui le délaient et le broient à l’huile de lin, dégraissée pour leur usage.
- Noir de fumée. Ce produit se fabriquait autrefois presque exclusivement avec la résine commune du pin ; il résultait d’une combustion incomplète opérée sous une chambre tapissée de peaux de moutons distantes des parois , et dans laquelle la fumée, conduite par un tuyau, allait déposer la plus grande partie du charbon divisé que son courant entraînait ; une issue laissait échapper les produits gazeux retenant encore une assez grande quantité de carbone en suspension.
- De temps à autre on allait frapper les peaux tendues, pour faire tomber le noir, qu’on ramassait au fond de la chambre.
- Depuis plusieurs années , on a employé à la même fabrication les résidus de goudrons végétaux , de bitumes, etc., et
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- l’on a beaucoup varié les appareils : l’un de ceux qui ont produit de bons résultats en grand , consiste en une série de chambres en briques bien cuites, voûtées AA (fig. i5), et dont tous les joints à la chaux et au ciment lin sont parfaitement lissés à la truelle Deux ou trois couches de bonne peinture à l’huile seraient probablement utiles , pour éviter la dégradation de la maçonnerie, qui peut introduire des matières étrangères nuisibles à la qualité voulue du noir.
- Toutes ces chambres communiquent entre elles par des ouvertures latérales B ; à l’une de leurs extrémités est une cheminée C, adossée à un four qui détermine un tirage, et par suite un appel dans toutes les chambres, et jusque dans le fourneau D, qui les alimente. Ce fourneau se compose d’une capsule en fonte E plus ou moins grande , placée sous une voûte F. La capacité G comprise entre la voûte, la capsule et les parois latérales , communique avec la première chambre par un tuyau en tôle H , et du côté opposé avec l’air extérieur par une embrasure de porte I ; ce tuyau fait l’office de réfrigérant et de condensateur, afin de retenir quelques produits liquides qui s’écoulent par un ajutage J dans une cuvette K. Le noir le plus grossier se recueille dans le tuyau, qu’il faut nettoyer fréquemment. On obtient le noir graduellement plus beau et plus fin, dans les chambres qui s’éloignent de plus en plus du four à combustion.
- Pour brûler des huiles fixes ou graisses fluides, on peut remplacer ce four par une sorte de quinquet à plusieurs becs , dont le niveau est maintenu dans un grand réservoir. La flamme des becs est réunie dans un chapeau conique en tôle qui, se recourbant, conduit la famée dans les chambres.
- On a encore employé un appareil différent pour brûler les huiles essentielles de peu de valeur, et en tirer du noir de fumée. Il se compose d’une chaudière cylindrique à bouilleurs , semblable à celles montées dans les fourneaux de5 machines à vapeur. L’huile essentielle vaporisée se rend, en soulevant la pression d’une soupape, dans des tuyaux, a l’extrémité desquels on l’allume. La flamme produite es
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- conduite , comme dans l’appareil précédent, à l’aide d’un chapeau conique coudé. Ce système présenterait quelques dangers d’explosion , si le jeu de la soupape de pression n’était pas bien assuré, de manière à éviter le retour de la flamme avec l’air dans la chaudière à vapeur. On conçoit qu’il faut en outre une soupape s’ouvrant dans un sens contraire, qui permette la rentrée de l’air froid lorsque le feu est éteint, et que la vapeur cesse de se former.
- Enfin , il serait très facile d’obtenir du noir de fumée plus beau et plus régulièrement, avec toutes les matières grasses, résineuses, essentielles ou bitumineuses, en les traitant de la même manière que pour en obtenir le gaz-light. {V. Éclairage au gaz.) Le gazomètre pourrait être peu volumineux , et ne servir que de régulateur, puisque la combustion serait opérée au fur et à mesure de la production du gaz. Cette méthode offrirait des avantages en quelques localités , surtout si l’on utilisait la chaleur du combustible pour évaporer des solutions salines ou autres. On pourrait encore obtenir un résultat semblable en distillant la houille pour en faire du coke.
- En Angleterre, on fait usage d’un appareil fort simple et très commode, pour recueillir le noir de fumée échappé de la première chambre, au point où la fumée est assez refroidie pour ne pas brûler les tissus végétaux.
- Cet appareil se compose d’un grand nombre de grands sacs A,À,A (fig. 16) (8 à 9 pieds de haut et 3 pieds de diamètre ), communiquant d’abord avec la chambre à l’aide d’un tuyau en cuivre B , puis entre eux alternativement par la partie supérieure, à l’aide d’une calotte en feuille de cuivre C, et par le bas au moyen d’un tuyau D. Une cheminée d’appel E , à l’extrémité de l’appareil, détermine la fumée à suivre tous les détours que lui présentent ces dispositions.
- Le dépôt du noir de fumée dans ces sacs se fait d’autant plus complètement, qu’ils sont plus nombreux : un cercle en cuivre G , adapté à leur partie inférieure , et qui s’ouvre et se ferme à l’aide d’un couvercle à poignée , rend très facile
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- 4i2 noisetier, coudrier.
- la récolte du noir. On remarquera que ce produit est fractionné d’une manière très méthodique, progressive suivant sa ténuité.
- Le noir de fumée préparé par l’un des moyens ci-dessus, s’emploie tel qu’il est recueilli, pour divers usages, et notamment dans la peinture en bâtiment, la préparation de l’encre d’imprimerie, etc. Pour quelques autres emplois, la proportion notable de matière huileuse ou résinoïde qu’il renferme serait nuisible. Dans la composition de l’encre lithographique , par exemple, afin de l’en débarrasser, on le tasse fortement, à l’aide d’un tampon ou mandrin en bois et d’ua maillet, dans de petits cylindres en tôle A (fig. i-), qui s’ouvrent en deux parties et se réunissent par des broches à clavette B. Lorsque ces cylindres sont ainsi chargés, on les enfourne dans un plus grand cylindre en fonte I (fig. 18), monté sous la voûte d’une sorte de four à réverbère , et que l’on chauffe au rouge-cerise à l’aide du foyer K. La coupe de ce fourneau indique suffisamment le cours que suivent les produits de la combustion autour du cylindre, pour se rendre dans la cheminée M , qui détermine le tirage et celui qae prennent les gaz formés dans le cylindre , pour se rendre au foyer, où ils se brûlent.
- Lorsque le grand cylindre ne dégage plus de gaz, ce qae l’on reconnaît au refroidissement du tube externe 0, dans lequel ils passent, la calcination est achevée.
- On démonte l’obtui'ateur N du grand cylindre, on tire avec des crochets les petits , et on les remplace par d’autres.
- Lorsque les petits cylindres sont froids, on les démonte en repoussant, puis tirant les clavettes ; on trouve un paw cylindrique de noir épuré , qu’il suffit alors de broyer, soit a l’eau, soit à l’huile , pour obtenir une couleur très intense et de bonne qualité. P-
- NOISETIER, COUDRIER ( Agriculture). Arbuste qui croît dans les bois, les haies, les jardins, dont le fruit, appelé noisette, est d’un goût assez agréable. Tous les terrains conviennent au noisetier ; on le multiplie en semant les noi
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- NOMBRE DE DENTS DES ROUES. 4i3
- settes , ou plutôt par les rejetons nombreux qui poussent de ses vieilles souches. On greffe par approche les variétés les plus estime'es, qui sont Y aveline et la noisette de Saint-Gratien. Les taillis se coupent à 7, 1 o et même 14 ans : on en retire du bois de fagot, des échalas, des cerceaux. On peut extraire du fruit une huile siccative qui est assez agréable à manger, et qu’on emploie en Peinture. ( V. Huile. ) C’est au milieu de l’hiver que cette opération sa fait avec plus de profit. On traite ce fruit comme celui du Noyer. {V. ce mot. ) Fr.
- NOIX ( Technologie). Dans les Arts industriels , et surtout dans l’art de la filature , on donne le nom de noix à de petites poulies en bois, .portées chacune par la broche en fer d’un fuseau Cette noix ou poulie reçoit une corde qui la fait tourner, et par elle le mouvement est imprimé au fuseau. {F. Fil, Filage, T. IX, page 10.) L.
- NOIX ( Agriculture). C’est le fruit du Noyer ( V. ce mot. ) On donne aussi le nom de noix à divers fruits ligneux , tels que ceux de l’acajou, du coco, du pistachier, etc. La noix de girofle est le fruit du ravenala; la noix muscade est la graine du muscadier ; la noix vomique est celle du strpchnos, qu’on nomme aussi fève de Saint-Ignace, etc. On donne improprement le nom de noix de galle à une excroissance ligneuse produite sur une espèce de chêne par un insecte. (V. Galle.) Fr.
- NOLIS ( Commerce ). Terme par lequel on désigne le louage d’un navire, ou la convention faite avec le propriétaire d’un bâtiment de mer, pour transporter des marchandises d’un lieu à un autre. Cette expression est synonyme de fret. On en fait les verbes fréter, noliser. Fr.
- NOMBRE DE DENTS DES ROUES ( Arts mécaniques ). Dans les engrenages, c’est presque toujours une connaissance importante à acquérir , que celle des vitesses des diverses roues , calculées d’après les nombres des dents qui bordent leur contour. C’est ce sujet que nous nous proposons de traiter ici, avec les détails nécessaires ; mais, avant, nous devons rappeler plusieurs propositions utiles à l’intelligence de ce qui va suivre.
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- 44 NOMBRE DE DENTS DES ROUES.
- Les bords des roues dente'es sont garnis de filets égaux et équidistans nommés dents, qui s’engagent mutuellement l’une dans l’autre, en sorte que l’une de ces roues ne peut tourner sur son axe , sans faire tourner en sens contraire celle qui engrène avec elle. La roue sur laquelle agit la force prend le nom de roue motrice ou premier mobile • celle qui engrène avec elle , ou, comme on dit en terme d’art, la roue qu’elle mène, est le second mobile ; celle-ci mène le troisième mobile, et ainsi jusqu’à la dernière roue , qui est retenue parla résistance , ou qui fait fonctionner Y échappement, ou la machine.
- Sur l’axe d’une roue, on en soude ordinairement une autre plus petite, qui fait corps avec elle ; c’est le pignon, dont les dents prennent le nom d’ailes; ces ailes engrènent avec les dents qui bordent la circonférence d’une autre roue, laquelle porte aussi son pignon d’engrenage avec la roue suivante, etc. S’il y a quelque roue sans pignon, elle n’est inteiposée que pour changer le sens de la rotation ; elle fait fonction de poulie de renvoi , et ne doit pas être considérée lorsqu’on cherche la quantité de puissance que la force motrice transmet à la résistance, ou la vitesse des parties du rouage : on la supprime par la pensée, lorsqu’on veut calculer les rapports de force ou de vitesse.
- Supposons que la force motrice agit à la circonférence de la première roue , et la résistance au contour du pignon du dernier mobile. On prouve que, dans le cas d’équilibre entre ces deux forces, en faisant abstraction du frottement, la puissance est à la résistance comme le'produit de tous les rayons des pignons est au produit de tous les rayons des roues. ( /7. Roues bentées. ) On voit que les rouages sont un moyen puissant d’accroître l’intensité d’une force : car si, par exemple , on a cinq roues dont les rayons soient décuples de ceux de leurs pignons, la force motrice sera la cent-millième partie de la résistance à laquelle elle fait équilibre. Mais nous remettons à développer à l’article cité les conséquences de cette proposition , et à trouver les pressions mutuelles exei-
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- NOMBRE DE DENTS DES RODES. 415
- cées sur les dents en contact : nous ferons seulement remarquer qu’on peut conclure de là, par le principe des vitesses virtuelles ( Jr. Mouvement ), quelle est la vitesse relative des roues extrêmes ; car dans notre exemple, le premier mobile doit tourner cent mille fois moins vite que le dernier : mais c’est précise'ment ce qui va être exposé ci-après avec plus de détail.
- Tout ce qui vient d’être dit des roues et de leurs pignons, doit s’entendre des Lanternes , Rouets , Alléchons , Hérissons et autres moyens d’engrenage.
- Deux roues qui engrènent peuvent être considérées comme deux cylindres tangens , dont les dents ont leurs sommets saillans, et les bases excavées pour livrer passage au sommet de la dent en contact. Ainsi, les dents sont formées de deux parties, l’une saillante au dehors de la surface d’un cylindre , l’autre en excavation : le cercle du cylindre est ce qu’on appelle la circonférence primitive; le creux qu’on y pratique est destiné à livrer passage à la partie saillante de la dent d’engrenage ; mais le point de pression commune est censé sur la circonférence primitive, en sorte qu’on puisse faire abstraction des dents , et supposer que les deux cylindres frottent l’un sur l’autre. Mais en réalité le point de contact de deux dents qui se pressent change à mesure que la rotation s’opère. Les effets de ces pressions exercées à distances variables des axes, et sous différentes inclinaisons , seraient donc aussi variables , si l’on ne façonnait les dents en leur donnant une figure courbe tellement conçue , que si le moteur conserve son intensité, le mouvement engendré soit uniforme. ( V. l’article Dents des roues , où nous avons exposé les principes de construction des dentures. )
- Les dents de deux roues ne peuvent engrener ensemble qu’autant qu’elles sont égales et également espacées ; mais comme les rayons sont différens , et que les circonférences sont dans le rapport de ces rayons, les nombres de dents sont aussi inégaux. 11 est clair que le contour entier doit porter d’autant plus de dents qu’il est plus grand ; d’où l’on
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- 416 .NOMBRE DE DENTS DES RODES,
- voit que les nombres de dents de deux roues d’engrenage sont entre eux comme les rayons de ces roues, ou de leurs circonférences primitives. Pour qu’une roue de 4° dents engrène avec un pignon de 8 ailes, il faut que le rayon de la roue soit 5 fois celui du pignon ; en sorte que de ces deux diamètres, il n’y en a qu’un d’arbitraire^ quand les dentures ou les vitesses sont déterminées.
- Le vide intermédiaire , ou creux de la dent, doit être uu peu plus large que l’épaisseur de.la partie saillante et pleine, et il faut qu’au moins deux dents pressent à la fois celles de la roue d’engrenage , pour qu’il y ait continuité de pression et qu’aucune saccade ne puisse avoir lieu ; car ces petits chocs seraient une cause permanente de destruction du rouage, et de perte de force.
- Les vitesses des parties d’un rouage dépendent de leurs dentures, et nous pouvons aisément les calculer. Si la roue A (fig. 4) PI. 41 des Arts mécaniques) a 6o dents, et que B en porte i o, à chaque tour de B , il n’y aura que i o dents passées , et il faudra 6 tours de la roue B pour que les 6o dents de A aient été mises en jeu, c’est-à-dire pour que la roue A ait accompli un tour entier ; B fait donc 6 tours quand A n’en fait qu’un seul, vitesses précisément dans le rapport inverse des nombres de dents 6o et io ; A fera, par exemple, son tour en 6o minutes, et B le sien en i o.
- Plus généralement, que A ait 20 dents et B 9 ; après g tours de A , cette roue aura engrené 9 fois 20 dents, aussi bien que B après 20 tours ; d’où l’on voit que g tours de A sont exécutés pendant que B en fait 20 : si B fait un tour entier en 9 minutes, B fera le sien en 20. Donc les nombres des dents portées par les contours de deux roues qui engrènent, sont réciproquement comme les vitesses de circulation, ou comme les nombres de tours effectués en même temps. Par le mot vitesse, nous n’entendons pas ici celle de la circonférence de la roue, mais celle de son axe, mesurée par le nombre de tours qu’il accomplit.
- On peut encore dire que les nombres de dents des deux roues
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- NOMBRE DE DENTS DES ROUES. 4.7
- sont comme les temps qu’elles emploient à faire une révolution complète.
- Nous écrivons ainsi ces propositions :
- Vitesse de circulation de A ; vitesse de B ; ; le nombre b de dents de B l nombre a de dents de A ;
- A fait b tours pendant que B en fait a ;
- Temps a. de la révolution de A : temps fi de révolution de B ’ : le nombre a de dents de A : nombre b de B ;
- . , ,3 b
- a fi î a : b , fia — ab, ou - = - .
- a a
- D’après ces principes, si je veux qu’une roue B fasse 1701 o tours , tandis que A en fera i44° > 3e pourrai donner réciproquement 17010 dents à la roue A, et i44° à B : mais comme ces nombres ne sont ici les éle'mens des vitesses que par leur rapport, on peut les remplacer par d’autres qui soient dégagés de leurs facteurs communs. En divisant par 1 o, on a 1701 et i44; pois par 9> il vient 189 et 16; ainsi la roue A portant 189 dents, et B 16 dents, rempliront la condition imposée pour leurs vitesses relatives. A fera 16 tours, quand B en fera 189 ; ou bien A fera i44° tours, en même temps que B en accomplira 17010. En admettant que B emploie tô minutes à tourner, A en mettra 189.
- C’est une règle générale de la théorie qui nous occupe , qu’on peut ôter ou admettre un facteur commun aux nombres de dents de deux roues d’engrenage, sans changer leurs vitesses relatives. Si je veux que A fasse 2 tours quand B en fait 9 , prenant 4 fois ces nombres, je pourrai donner 8 dents à la roue B et 36 à la roue A. L’expérience a montré qu’un engrenage n’a de précision qu’autant que les roues ont au moins 6 dents , lorsqu’elles sont menées ; c’est la limite des nombres d’ailes de pignons , à moins qu’ils ne mènent le rouage.
- Ce qu’on vient d’exposer s’applique principalement au cas où les vitesses, ou bien les durées des révolutions , sont Tome XIV.
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- 4i8 NOMBRE DE DENTS DES ROUES,
- données en nombres fractionnaires, parce qu’on les ramène à des entiers par la multiplication. Pour qu’une roue fasse 3 , -, , . - 2
- 4
- de tour quand une autre en fait 5 -, multipliez ces deux
- O
- quantités par 12, nombre qui pourrait leur servir de dénominateur commun, et vous aurez A qui fera9 tours et B 68; ainsi, ces deux roues auront les vitesses demandées si A porte 68 dents et B 9 , ou bien si A porte i36 dents et B 18, etc.
- Il est évident que dans la proportion a. ; /3 " a t b, on peut se donner les dentures a et b , et en conclure les temps a et fi des révolutions ; ou réciproquement, se donner ces temps a et /S, et en conclure les nombres a et b de dents. La règle consiste toujours à faire en sorte que les rapports soient égaux.
- Temps & de révolution de B nombre b de dents de B Temps a de révolution de A nombre a de dents de A
- Si je veux , par exemple, que A accomplisse un seul tour en 2Q;,53 = a, les dentures étafnt a = 189 , b — 16, comme
- . , , . . _ 16 X 2qt,53 ,, ,
- ci-devant, je trouverai B ~---------—— — 2j,5 a très peu
- 109
- près; c’est-à-dire que le moteur devra être tellement réglé, qu’il ne fasse accomplir à la roue B qu’un seul tour en 2 jours et demi. C’est le cas où la roue A reçoit la vitesse propre à indiquer à peu près les phases lunaires.
- Prenons maintenant un rouage plus composé. Supposons trois roues A, B, C, dont les dispositions et les dentures soient réglées selon les indications de la fig. 5. Il suit de ce qu’on vient de dire que
- A fait 137 tours quand B en fait 173;
- B fait 19 tours quand C en fait 4$-
- Je multiplie par 19 les deux nombres de la première ligne, ainsi que cela est permis, et par 173 ceux de la deuxieme • alors la roue intermédiaire B se trouve, dans les deux cas, faire
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- NOMBRE DE DENTS DES ROUES. 419
- sg X 1^3 , ou 3287 tours : ainsi
- A fait 137 X 19 tours , pendant que C en fait 173 X 48 ,
- et aussi pendant que B en fait 3287, terme auquel nous n’avons pas égard ici, parce que les vitesses des roues extrêmes attirent notre attention particulière. Donc les deux nombres 13 7 et 19 de la première colonne produisent par leur multiplication le nombre relatif à la vitesse de la première roue A, et le produit de ceux de la seconde, savoir, 173 et 48, se rapportent à la vitesse de la troisième roue C.
- Si C porte un pignon engrenant avec une quatrième roue D, en plaçant sous le résultat qui vient d’être obtenu, les nombres correspondans de tours de C et D, on trouvera de même des produits qui, d’après la règle qu’on vient de donner, représenteront les vitesses de A et de D. Par exemple ,
- A fait 137 X 19 tours, et C 173 X 48;
- G fait 21 tours, et D
- Donc on en tire que
- Afaiti37X 19X21 tours,pendantqueDenfait «73X 48 x 46. De là résulte ce théorème :
- Ecrivez sur une première colonne tous les nombres de dents des circonférences qui mènent, faites le produit a de ces nombres ; sur une seconde colonne, notez tous les nombres des circonférences menées; formez-eu un autre produit b. Les produits a et b représenteront les nombres de tours exécutés dans le même temps par les deux roues extrêmes réciproquement ; savoir a , produit des circonférences motrices, indiquera le nombre de tours de la dernière roue menée , et b, produit des circonférences menées , indiquera le nombre de tours de la première roue motrice ; le premier mobile A fait b tours, quand le dernier B en accomplit a.
- Observez qu’il y a toujours une roue de plus que notre théorème ne contient de facteurs, soit dans a , soit dans b ; il n’y avait ci-dessus que trois facteurs de chaque côté et /[ roues.
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- 4ao NOMBRE DE DENTS DES ROUES.
- De plus , s’il y a quelque roue sans pignon, au lieu de faire entier son nombre de dents des deux parts, comme étant à la fois mene'e et motrice, on supprime ce nombre. Cette roue, nous l’avons déjà annonce', est comme si elle n existait pas, et tient lieu d’une poulie de renvoi pour changer le sens de la rotation des roues mene'es qui la suivent.
- Concluons encore de tout ceci que le mouvement est transmis de ia première roue motrice à la dernière par l’intermédiaire des autres , et que les vitesses de ces deux roues extrêmes sont les mêmes que si elles existaient seules, pourvu qu’on suppose au premier mobile A la quantité de dents marquée au produit a de toutes les circonférences motrices, et au dernier mobile B la denture donnée au produit b de toutes les circonférences menées. Quelque compliqué qu’il soit, le rouage se trouve ainsi réduit, par la pensée , aux deux roues qui font le sujet du problème proposé , et dont on a ainsi les vitesses relatives. Donc
- Le produit a des nombres des circonférences motrices, est au produit b des nombres des circonférences menées, comme le temps a de la révolution de la roue motrice est au temps ,<3 de la révolution menée.
- Dans l'exemple de la fig. 5, où A est le premier mobile, on peut supposer que À tnèiie C sâns Jè secours dé l’intév-médiaire B ; mais on doit alors admettre que A porté un nombre de dents = 173 X 4^? produit des circonférences motrices, et que C en porte ‘in X 19 ; A aura donc 83o4 dents, et C 703 , ce sont les nombres que nous avons désignés par « et fi , savoir a = 83o4, et @ = 703, dont le rapport est le même que celui des temps * et /3 des révolutions. Si C fait un tour en 2> \ , on a la proportion
- Temps de révolution de A. 2 -
- : 83o4 ( denture de A ) ; 703 ( denture de C ).
- Ainsi, le temps que A inet à accomplir un tour entier est
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- NOMBRE DE DENTS DES ROUES. 4.21
- g^o/
- = 2j X —: le calcul donue izh 44) à peu près l’intervalle du retour moyen des phases de la lune. Qu’on construise une pendule dans laquelle une roue C fera son tour en à ; en y adaptant l’engrenage de la fig. 4, on voit que la roue A (qui ne sera plus motrice , mais mene'e par C ) accomplira son tour entier durant une révolution moyenne syno-dique de la lune , et qu’une aiguille fixe'e à son centre marquera , sur un cadran concentrique et convenablement divisé (en 29 a parties égales) , les phases et l’âge de cet astre.
- Tout cela est presque sans difficulté. On trouvera de nombreuses applications de cette théorie à l’article Montre , où nous avons donné une grande partie des dentures employées en horlogerie ; et Ton pourra beaucoup varier ces quantités, eu observant qu’elles ne sont soumises qu’à la seule condition d’être telles , que la grande roue moyenne 11e fasse qu’un seul tour en une heure : on y considère la verge du balancier comme une roue à deux dents , dont la vitesse doit être modérée par les vibrations d’une spirale dont l’énergie est convenablement choisie pour cet effet.
- Le problème inverse de celui que nous venons de résoudre présente de bien plus grandes difficultés. Il ne consiste uhrs à . assigner les rapports des vitesses de deux roues lorsque les nombres de dents de tous les rouages intermédiaires sont connus, mais au contraire, à trouver ces nombres lorsque les vitesses relatives sont données. Supposons qu’on demande que la roue C (fig. 5 ) fasse 83o4 tours dans le temps qu’une autre A n’en ferait que 703. A moins que les circonférences ne fussent très grandes, on ne pourrait construire 83o4 dents sur la roue A , et 703 sur C , et faire engrener directement ces deux roues ensemble. Voyons comment, à l’aide d’une troisième roue B intermédiaire, en pourra produire le même effet.
- Ou décomposera les nombres donnés chacun en deux fac-ieurs, savoir 703=19X37, 83o4 = 48 X. 173 ; et il ne s’agira plus, ainsi qu’on Ta vu précédemment, que de donner
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- 422 NOMBRE DE DENTS DES ROUES.
- 173 dents à la loue A, qui mènera B de 37 dents; et faisant porter à B une autre roue de 48 dents qui mènera C de ig, les roues extrêmes A et C auront les vitesses relatives de-mande'es.
- On voit, d’après cela , qu’ apres avoir décomposé les deux quantités données a et b , qui expriment les nombres de tours accomplis en même temps par les deux roues extrêmes, chacun en autant de facteurs qu’il y a de roues moins une, on prendra pour les circonférences qui mènent, les facteurs de a, et pour celles qui sont menées, les facteurs de b ; ce seront les nombres de dents demande's , a étant la durée de la révolution de la roue motrice , et b celle de la roue menée ; ou bien a étant le nombre de tours que fait la roue menée pendant que la motrice en effectue b.
- On disposera d’ailleurs ces facteurs dans tel ordre qu’on voudra ; on pourra les multiplier ou diviser par un nombre pris à volonté, pourvu que leur rapport conserve la même valeur ; introduire dans le système des roues de renvoi sans pignon et ayant telle denture qu’on voudra, pour changer le sens de la rotation.
- Rien n’est plus facile que l’application de notre principe, toutes les fois que les deux nombres qui expriment les vitesses données sont décomposables en facteurs simples r mais que fera-t-on lorsque l’un de ees nombres sera premier? c’est-à-dire n’aura aucun autre diviseur que lui-même et l’unité. C’est ici qu’est la vraie difficulté du sujet. Il faut alors mettre les deux nombres sous forme de fraction , et chercher une autre fraction plus simple, sinon égale à la première , ce qui est impossible , du moins qui en diffère si peu , qu’on puisse négliger la différence et la regarder comme nulle. Il faut observer , à ce sujet, qu’il n’y a pas de rouage dont le mouvement soit tellement précis , qu’il n’en résulte pas quelque erreur à la longue ; et l’Horlogerie, art si admirable et si perfectionné , ne nous permet pas encore de compter sur une précision telle , qu’après un an , il n’y ait pas quelques secondes d’erreur dans les pendules les plus exactes. Ainsi, 1*
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- NOMBRE DE DENTS DES ROUES. 4*3
- substitution d’un rapport à un autre qui ne lui est pas rigoureusement égal, donnera lieu à une petite faute qui se perdra dans d’autres erreurs plus grandes et inévitables.
- Par exemple , je veux que la roue C (fig. 5 ) fasse un four en 2.1 tandis que A n’accomplira le sien qu’en 2cp 12* 44o durée moyenne du retour des phases lunaires. Ces durées, réduites en minutes , donnent 36oo et , ou, en prenant
- le quart, 900 et io63i. Il faut donc que C fasse to63i tours pendant que A en fait 900. Or, le premier de ces nombres n’est pas décomposable en facteurs ; je les remplace par 8304
- et 703, attendu que les fractions et sont ^ ^ort
- peu près égales, et que la première a ses deux termes susceptibles d’être décomposés en facteurs, comme on l’a vu ci-dessus. On compose donc le rouage de la fig. 4 > qui remplit si bien l’objet qu’on se propose , que l’erreur n’est pas d’une demi-minute par an.
- C’est par ce procédé qu’on réussit à faire indiquer à une horloge les phases de la lune et son âge, ainsi qu’on l’a dit
- 16
- ci-devant. On peut même prendre la fraction -g^ au lieu de
- et l’erreur n’ira pas à trois minutes par an. Ainsi, deux
- roues suffiront à l’objet proposé ( fig. 4 ) > la roue B aura 16 dents , et mènera A de 189; si la première fait son tour en al 4, la deuxième s’accordera avec les phases de la lune.
- L’exemple suivant réunit tous les genres de difficultés. Imaginons un système de 5 roues A,B,C,D,E; le premier mobile A a son pignon d , qui mène la roue B ; le pignon U de la roue B mène C : et ainsi des autres jusqu’à la roue E, menée par le pignon d'de la roue D. Supposons qu’il se trouve que le premier mobile A fait son tour en 31h | ; on demande de proportionner tellement les dentures, que la cinquième roue E fasse son tour en i'-/ r}k 43', qui est, en termes moyens , le temps de la révolution sidérale de la lune , ou le temps de son retour à la même étoile. Je réduis ces nombres en mi-
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- 4a4 SOMBRE DE DENTS DES ROUES,
- nutes, et j’ai 1890' et 3g343' ; niais comme ces deux quanti te's ne sont pas décomposables en facteurs simples, je les
- remplace par 4g' et 1020', attendu que les rapports —et
- 3g343
- sont à fort peu près égaux. Je pose donc cette proportion
- 49' temps de la révol. de A : 1020'' temps de iare'vol. deE ; I le produit a des nombres de dents des pignons : au produit b des nombres de dents des roues.
- Faisons donc a = ]Xi, £=4x5x3% 17; et comme ou veut se servir de 5 roues, et qu’il faut que a ait 4 facteurs, multiplions ces nombres par 6 fois 6, savoir 01 = 7X7x6x6, b — 12 X 1 o X 18 X 17. Ainsi, les dentures des pignons sont a = 7, b' — 7 , c = 6, d' = 6 ; et celles des roues sont B = 12, C=io, D = 18 , £=17. On voit, en effet, d’après les principes e'tablis, qu’on peut réduire le rouage entier à deux roues seulement, l’une A, premier mobile, dont le nombre de dents est 49 , et l’autre E qui est menée, et ayant 1020 dents : ces deux nombres tiennent lieu de 1890 et 39343, puisqu’ils ne donnent pas une erreur de 2' par an.
- Ainsi, toute la difficulté consiste à réduire une fraction donnée à une autre, qui lui soit presque égale, mais dont les termes soient décomposables en facteurs simples. Cette question ne peut être résolue sans le secours de l’Algèbre, et je vais exposer la méthode que j’ai trouvée pour y parvenir.
- Supposons qu’on veuille remplacer la fraction P81
- une autre - • en réduisant au même dénominateur, la diffé-
- qooy—io63ix . , , . „ „ ,
- rence 2—z—^--------, par supposition, doit etre une très pente
- quantité, qu’on peut représenter par 0gg~~~, ; " étant un nombre entier quelconque, positif ou négatif, mais assez petit
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- NOMBRE DE DENTS DES ROUES. jo.5
- comparativement au dénominateur i o63 \y ; on a donc 90 oy — io63 ix = u.
- Cette équation est du nombre de celles qui admettent pour les entiers x et y un nombre infini] de solutions, même quand a est donné : on appelle ces questions indéterminées, mais l’Algèbre n’en donne pas moins la solution ( V. mon Cours de Mathématiques, n° 118 et 565) : on trouve, par le calcul, que
- x — 229 a -f- g00/, y ~~ 2^05 «-f- io63i£
- On prend pour t un nombre entier quelconque, positif ou négatif, aussi bien que pour «, si ce n’est que a doit être peu considérable par rapport au produit du coefficient de t, et de la valeur de x ou de y : on aura de la sorte une multitude infinie de valeurs correspondantes de x et de y, parmi lesquelles on choisira celles qui, étant décomposables en facteurs , rempliront l’objet qu’on se propose avec le moins d’erreurs possible. Par exemple, si l’on prend « = 7 et t = — 1 , on trouve x — ^od et j = 83o4, nombres que nous avons employés précédemment. En faisant a = 4 et t = 1, on trouve x —16 et y — 189, autre solution du problème, mais moins exacte que la première.
- Il est même facile d’assigner l’erreur qu’on a commise. En - . 7o3 .. , 36oo
- effet, on a pris —> au lieu de y—c—-, or ces deux fractions
- ’ r 83o4 42524
- . , , 7o3 36oo .
- étant inégalés, posons -, = - — - ; le calcul donnera. . . .
- 2 = 4252.4,04, au lieu de 42024. Ainsi le résultat est trop fort de 0,04, c’est-à-dire de o',o4 ou 2",4 par chaque révolution synodique de la lune, ou environ 3o" par an.
- Pour appliquer cette théorie à un exemple compliqué, prenons lé rapport du temps moyen au temps sidérai. On sait que 24* de temps sidéral équivalent en durée à 23Æ56'4",o9o6 de temps solaire moyen : nous négligerons les centièmes de secondes. Réduisant tout en secondes, nous voyons que 86400"
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- 426 NOMBRE DE DENTS DES ROUES,
- de temps sidéral valent 86164" de temps moyen; ainsi pour que deux roues aient ces nombres pour vitesses, c’est-à-dire que l’une fasse 86400 tours quand l’autre n’en fait que 86164, il faut proportionner les rouages d’après la règle ci-dessus. Otons le facteur commun 4, et nous avons 21600 et 21541 tours. Comme ce dernier nombre n’est pas décomposable en facteurs
- OC
- simples, cherchons une fraction - , presque équivalente à
- : il vient les conditions 2i54ix — aiôooy =«,
- 21041 J
- y = 365r*-{- 2i5^u,
- x == 366i« -)- 21600t.
- Prenons a — — 216 et t~Z^, nous aurons, entre autres solutions du problème, ^ = 8424, y — 8401. Ainsi la roue du temps sidéral fera 8424 tours, pendant que celle de temps moyen n’en accomplira que 8401. Or ces nombres sont décomposés en facteurs, savoir,
- 8424 = 39X216, 8401=31X271;
- donc la roue sidérale aura 271 dents, et mènera une roue intermédiaire de 39 dents : celle-ci fera corps avec une autre roue ou pignon de 3i dents, qui mènera la roue de temps moyen ayant 216 dents, comme on le voit dans la fig- 5, ou l’appareil B tient lieu de la roue intermédiaire et de son
- pignon.
- Et si l’on veut mesurer l’erreur commise en se servant de n , . 8424 .. , , . ,. 86400"
- fraCtl0n 84^ ’ aU LeU du verltable raPPort 86I64V906 ’
- posera ^Jy*- = , et l’on aura a = 86164") 1026 ; on trouve
- 0^.0i z ^
- donc o",o 12 de trop par jour sidéral ; en sorte qu’au bout e
- cent jours l’erreur n’est que de i",2, ce qui fait 44" Par an' ,
- Tels sont les nombres choisis par M. Perrelet dans la
- pendule qu’il a exécutée. Cette pièce marque, sur deux ca ra
- différens, les temps sidéral et solaire moyen. La fig- b rePr
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- NOMBRE DE DENTS DES ROUES. 427
- sente le système de rouages de cette pendule. On y voit deux mouvemens complets et identiques, pour les deux durées que l’on veut indiquer. R et R' sont les tambours portant les poids moteurs liés ensemble. D et D' sont les roues des minutes qui accomplissent un tour entier en 12 -; leurs axes indiquent les minutes sur un cadran concentrique à chaque roue, sur lequel les heures sont marquées par une aiguille que conduit un cylindre chaussé sur l’axe et portant une roue dentée ( ce système est expliqué aux mots Minuterie et Montre ; on peut, pour ce renvoi, employer les nombres i i44 12X12 24X10
- — = - -g = 07^-75 ~ ts---ou tous autres convena-
- 12 1728 3b X 4° 48X bo’
- blement choisis ) : ainsi, sur ces deux cadrans, sont marquées
- les heures et les minutes. Les secondes le sont par des aiguilles portées sur les axes des roues A et A', concentriques à leurs cadrans respectifs. Il n’y a qu’un seul pendule, et un Échappement à ancre (V. ce mot) qui fait ses oscillations en une seconde sidérale. Ces deux roues de secondes sont liées entre elles par une tige cylindrique B, qui porte à ses extrémités deux roues de 3g et 31 , engrenant avec les roues de secondes, bordées de 271 et 216 dents, selon qu’on l’a dit ci-dessus. On voit que par cet ingénieux système les poids moteurs mettront les deux mouvemens en marche; que le pendule réglera le temps sidéral, la roue C ayant 60 chevilles, et que le temps moyen sera réglé par le rouage B. Quant aux nombres des autres roues, D et D' font un tour par heure, 48 tours pour une révolution du premier mobile R ou R' ; si le cordon fait 8 tours sur son cylindre, la pendule marchera 32 jours sans avoir besoin d’être remontée.
- Dans tout ceci, la recherche des valeurs de x et y, ou « et l, est soumise à des règles algébriques certaines, et l’on n’y rencontre guère d’autres embarras que ceux qui naissent de la longueur des calculs, qui ont souvent pour base des nombres très considérables. Mais il reste ensuite à choisir, pour «et t, des valeurs entières positives ou négatives , d’où résultent les nombres x et y à employer. Or ces nombres 11e sont utiles que
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- 428 NOMBRE DE DENTS DES ROÜES.
- lorsqu’ils ne sont pas trop grands, parce qu’il faudrait se servir d’un rouage trop compose', et surtout lorsqu’ils sont l’un et l’autre décomposables en facteurs simples. Le choix des arbitraires te ta. laisse ici une latitude telle, que le problème est susceptible d’être résolu d’une infinité de manières différentes, puisque toutes vaieurs de a et de t, qui donnent pour x et y des nombres décomposables, peuvent être prises à volonté.
- Mais on est guidé dans le choix par la considération que x et y ne doivent pas être de grands nombres : les essais sont limités par cette condition. On fera « et / de signes contraires, pour que les deux termes de l’expression de x et de y soient soustractifs l’un de l’autre. On prendra donc d’abord t = o, puis = — i, puis = —J— i , puis — 2, etc. ; et dans chaque cas on donnera à * une valeur telle, qu’elle se rapproche de celle du terme en t ; ensuite on verra si les deux résultats sont décomposables en facteurs, car sans cela on rejetterait cette hypothèse : et s’ils le sont, on verra, par un calcul dont on a donné précédemment le principe, à combien s’élève l’erreur commise, afin de préférer ceux de ces résultats qui sont d’une plus grande exactitude, sans donner lieu à des constructions de dentures trop compliquées. La recherche des faeteurs de x et y est donc le seul point difficile du calcul; mais on peut s’aider des tables des nombres premiers, lesquelles indiquent et ces nombres, et le moindre facteur de ceux qui ne sont pas premiers.
- Dans ie dernier exemple, prenons t = — t ; nous aurons
- r=365i« — 2i54i,
- ar = 366i«5 — 21600.
- On voit de suite que les coefficiens de « étant contenus entre 2 et 6 fois dans le terme négatif constant, l’on ne doit pas prendre a très différent de 5 ou 6, si l’on veut que a: et y ;ie soient pas de très grands nombres : a — 5 ne conviendrait pas, parce que x serait 3ag5 ou 5 X 65g, et que 65g est premier-Mais a. — 6 donne
- y = 365 -3.5 x ;3. : — 366 = 6 x 6i.
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- SOMBRE DE DENTS DES ROÜES. 429
- nombres qu’on pourrait employer, au lieu de ceux que M. Per-relet a adoptés. La roue sidérale A aurait na dents ; celle A' de temps moyen 61 , et l’axe B des roues de communication porterait une denture de 5 à un bout et de 6 à l’autre , ou hien 10 et 12, ou i5 et 18, etc. Dans ce système, la roue sidérale A de '3 mènerait le pignon de G, et le pignon de 5 mènerait la roue moyenne A' de 6r. En appliquant les principes ci-devant exposés, on voit que A ferait 366 tours pendant que A' n’en
- ferait que 365, et le rapport se trouverait substitué au véritable. Calculant l’erreur produite par ce système, on posera °, et l’on aura z = 86i63",g394 au lieu de
- 86164",0906; l’erreur sera donc de o"t5i2 par défaut chaque jour, savoir i5", 12 en cent jours. Les dentures seront moins composés que précédemment, mais aussi moins convenables sousle rapport de l’exactitude des résultats, qtie celles que M. Perrelet a préférées.
- Lorsque les nombres x et y ne sont pas très grands, il n’est pas nécessaire qu’ils soient décontposables en facteurs, parce qu’on ne met plus de roue de communication. Ainsi on pourrait faire engrener directement la roue A de 365 .dents, avec la roue A' de 366.
- En prenant t — —3, on a « = 17 , puis_y = 2556= 36 x 66, x = 2563 = 233 X 11 ; de là une autre combinaison , d’où résulterait une erreur de o",o64i parjour, ou 6",4i pour cent jours.
- Pour t = 7 et & — — 41 ,• o® obtient y-az 1096 = 8x 137,
- et x= 1099= 7 X 157. La substitution du rapport
- véritable entraîne une erreur de o",o586 par jour sidéral, ou 21" ' par an. Ce rouage * plus simple que celui de M. Perrelet, est aussi moins défectueux. On peut se servir de la fraction
- 32 x~i ot’ l°rs<lu’?n.veut, faire des montres de temps sidéral et moyen.
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- 43o NOMBRE DE DENTS DES ROUES.
- Il ne faut pas attribuer à t et a des valeurs qui auraient un facteur commun, parce que ce facteur subsisterait dansa- et y pourrait en être supprimé, et l’on retrouverait une solution déjà obtenue pour les nombres t et a dégagés de ce facteur.
- 366
- t — — 4 et «=24, donne la solution déjà trouvée pour t = — 1 et a=6.
- Nous nous sommes longuement, étendus sur cette théorie mathématique, parce qu’elle est utile dans les Arts, et principalement en Horlogerie, lorsqu’on veut qu’une pendule marque les révolutions lunaires, celles des planètes, etc. : les machines appelées Planétaires sont nécessairement construites d’après ces principes. {V. le Traité de M. Janvier sur ce sujet, où cet habile mécanicien a donné les détails de construction de ces appareils. ) Il nous a paru qu’en général les auteurs 11’ont pas traité ce sujet avec la précision et la clarté nécessaire , ce qui nous a conduits à l’analyser dans tous ses détails.
- M. Perrelet a imaginé un mécanisme fort simple, qui permet d’arrêter l’un des mouvemens sans altérer l’autre, afin de détruire l’erreur ou le désaccord des deux mouvemens, lorsqu’on aura remarqué qu’elle est trop forte pour qu’on la néglige , ou qu’on ne veut pas en tenir compté par le calcul, dans les observations astronomiques que sa pendule est destinée à diriger.
- Cette substitution d’une fraction à une autre ne présente, comme on voit, rien de gênant dans les applications à l’Horlogerie ; mais M. Péqueur, artiste très distingué, a inventé un procédé fort ingénieux pour conserver les fractions véritables, quelque compliquées qu’elles soient : il se sert pour cela d’une Tout satellite, c’est-à-dire dont l’axe ne soit pas fixe, et dont les mouvemens sont tellement réglés qu’elle influence la vitesse générale du rouage et le réduise à l’état désiré. M. Perrelet, en examinant le procédé de M. Péqueür, qui était d’une difficile conception, lui a fait éprouver une heureuse modification, qui le rend plus simple et plus intelligible. L’importance de cette théorie me détermine à la reproduire ici, telle que je 1al
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- NOMBRE DE DENTS DES ROUES. 431
- donnée dans un Mémoire. {V. Société d’Encouragement, i823; p. 201.)
- Nous avons exposé, à l’article Cycloïde , les principales propriétés de cette courbe; nous rappellerons ici sa génération, qui sert de base à la doctrine qui va être exposée. Lorsque le cercle AB (fig. 7) roule sur la droite AL, l’un de ses points A décrit l’arc AM de cycloïde, dont la longueur = AN. Concevons que le cercle AB soit entre deux règles parallèles, l’une fixe AL, l’autre BK, glissant selon sa longueur de B vers K : le frottement fera rouler le cercle AB, A décrira la cycloïde AMPQ ; mais en même temps le point B décrira une autre cycloïde BB', égale à la seconde moitié PQ de la première.
- Or, quand le point générateur A est monté en M, le diamètre AB a pris la situation MO'B' ; en sorte que B est sur la seconde cycloïde, qui répond à la situation MO'B' du cercle mobile. Le point B de la règle glissante arrive en K, quand le point B de la circonférence arrive en B' ; ainsi la partie IK de la règle est le développement de l’arc IB', savoir, IK=arcIB'; et comme l’arc MN = AN = arc IB', à cause des angles MO'N, IO'B' opposés par le sommet, on a IK = AN = BI ; ainsi I est le milieu de BK, ce qui montre que le centre 0 de la roulette a pris une translation moitié de celle de la règle mobile BK, ou bien que la vitesse de l’une est la moitié de celle de Vautre.
- Courbons les deux règles en anneau, nous formerons le système de la fig. 8 ; le plan circulaire supérieur B tournant sur l’axe XY., et le plan inférieur AQ restant immobile, le frottement fera décrire au cercle vertical IN autour de l’axe XY des révolutions, et le bras OY, dans sa translation, aura une vitesse moitié de celle de la rotation du plan BK : celui-ci aura décrit un cercle entier, pendant que le bras OV n’aura parcouru qu’une demi-circonférence. Il ne s’agit ici que d’un frottement de seconde espece. Et pour assurer l’effet, au lieu de s’en fier au simple frottement du soin de mouvoir le bras OV, on se servira d’un engrenage : les roues BK, AQ, auront un égal nombre de dents arbitraire ; la roue O mobile à son centre sur l’axe OY aura ses dents égales aux précédentes, et en nombre dé-
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- 432 NOMBRE DE DENTS DES ROUES,
- pendant de son rayon, qui est quelconque : ce dernier nombre pourra donc être tel, que l’engrenage soit facile avec les roues BK, AQ.
- Quand on donne une même vitesse aux deux roues BK et AQ, la roue IN est entraînée avec cette vitesse commune ; il n’y a plus engrenage, et le système est comme si le tout faisait corps ensemble. Mais si les roues BK, AQ tournent ensemble avec des vitesses inégales V et Y', que la première tourne plus vite, on décompose Y en deux vitesses : l’une V' égale à celle de AQ; l’autre en Y —V' excès de l’une sur l’autre. En vertu de la première Y', le bras OV prend cette même vitesse commune Y', ou celle de AQ ; par la seconde, Y — Y' : comme la roue AQ est alors censée immobile , le bras OV prend une vitesse moitié moindre, ou f (V —Y') ; ainsi ajoutant à Y', on a ( Y -f- V' ) pour vitesse du bras O Y , c’est-à-dire une vitesse moyenne entre celles des deux roues. Ce serait la demi-différence des vitesses si les roues tournaient en sens contraire.
- Cela posé, supposons que l’un des axes fasse son tour en 12‘-, et l’autre en 29>i2"443ff de tempsmoyen, durée de la lunaisonsv-nodique. Le premier pourramarquer les heures ; l’autre les jours et phases lunaires, chacun sur un cadran concentrique. Le rapport de ces vitesses est celui de 255i443” à 43200", ou “77^-
- Comme le numérateur est un nombre premier, et qu’on ne pourrait donner des dentures si considérables à deux roues, décomposez' le numérateur en deux nombres non premiers, et formez deux fractions réductibles. Par exemple, prenez 85o48i = 800000 -{-5o48i, vous aurez la fraction proposée
- 800000
- i44°°
- 5o48i 2000 5609
- i44oe 36 1600
- 4o X 5o , 77_X_29. 6x6 ' 5o X 3z
- et comme le système que nous allons composer donnera une vitesse moitié de la somme des vitesses, doublons ces fractions, et considérons ensuite, chacune à part, de- manière à produire les rapports de vitesses par. deux engrenages isolés, savoir-
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- 433
- NOMBRE DE DENTS DES ROUES.
- ?°.?L:*£ et 2221 Yâ. C’est ce qu’on fera comme il suit :
- 6 x 6 25 x 3a ^
- 8o X 5o f roues motrices, 8o et 5o dents :
- Premier système ------tt , < , „ ^ -
- J b X b l roues menees, b et b.
- Second svstèmeJ roues motrices, 71 et 79;
- J 25 X 32 (. roues menees, 02 et 25.
- Ainsi sur l’axe XY (fig. 9), qui doit faire sa révolution dans une lunaison, on soudera deux roues A et a, origines de nos deux systèmes, accomplissant leurs tours entiers dans le même temps ; puis on disposera l’engrenage supérieur pour le premier système, et l’inférieur pour le second. On aura donc
- i°. À de 80 dents, engrenant avec B de 6.
- Sur le même axe que B, et faisant corps avec B, on soudera une roue C de 5o dents, engrenant avec D de 6.
- Le premier système aura donc la vitesse voulue.
- 20. a de 79 dents mènera b de 32.
- Sur le même axe que b, et faisant corps avec b, on soudera la roue c de 71 dents, engrenant avec D de a5.
- Le second système sera donc établi.
- En sorte que la rotation de l’axe XY forçant tout le rouage à tourner , communiquera des vitesses égales aux roues A et a, qui seront transmises inégalement aux roues D etd, lesquelles auront celles qui sont assignées par les conditions données.
- Admettons maintenant que ces roues D et d soient montées sur le même axe ZT, mais libres sur cette tige qu’elles enveloppent d’un canon, qui porte une roue de champ ; E fera corps avec D, e avec d, et chacune de ces deux roues de champ E, e, aura une vitesse différente, qui sera celle des roues D et d, ou des deux systèmes établis ci-devant. Au milieu de l’intervalle de ces roues E et e, et sur un bras FO, fixé sur l’axe TZ, faisons porter une roue verticale F mobile sur son bras. Les nombres de dents des trois roues E, e, F seront d’ailleurs arbitraires , pourvu qu’elles engrènent ; E, e seront Tome XIY. 28
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- 434 NOMBRE DE DENTS DES ROUES.
- des roues égales et de même nombre : F n’est assujetti qu’à avoir des dents égales à celles de ces dernières roues.
- 11 suit de ce qu’on a démontré précédemment que l’axe TZ, qui semble être indépendant du reste du rouage, est cependant entraîné par le bras FO, et prend une vitesse moyenne entre celles des deux roues E et e, ou D etd, vitesse égale à la demi-somme de celles-ci. Et comme ces vitesses sont conformes aux
- données déduites de la fraction i qui est précisément
- égale à cette demi-somme, on voit que deux aiguilles portées par les axes TZ et XY marqueront, l’une les lunaisons, l’autre les heures moyennes, lorsqu’on appliquera un moteur dont l’action soit tellement réglée que l’un de ces axes prenne la vitesse qui est assignée. Chaque jour N fera deux tours, etM n’en accomplira qu’un seul en , comme on le de-
- mandait.
- On pourrait décomposer la fraction donnée en une différence entre deux autres ; alors il faudrait faire tourner les roues D, d en sens contraires, ce qui exigerait une roue sans pignon de plus à l’un des systèmes qu’à l’autre.
- Si, par exemple, je veux produire un engrenage dont les vi-
- tesses des axes extrêmes soient dans le rapport qui re-
- . 3t5 44 35 ii . , ,, , .
- vient a —~---------? = —-, — -f~, , je doublerai ces fractions
- 216 2i6 24 54
- et je composerai deux rouages dont les vitesses soient don-
- 35 11
- nées par les fractions — et —, allant en sens contraire, c’est-r 12 27
- â-dire l’un ayant une roue de plus que l’autre, comme I indique la fig. 10, dans laquelle la roue b est destinée seulement à changer la direction du mouvement du système inférieur : cette roue b a un nombre arbitraire de dents, ainsi que D, d, F. A a 35 dents et mène B de 12.
- a a ii dents et mène b, qui mène â son tour c de 27 dents-D est soudé à B et tourne sur un canon indépendant de l’axe TZ.
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- NOMBRE DE DENTS DES ROUES. 435
- Il en faut dire autant de d et e. D et d sont des roues de champ e'gales en tout ; F, une roue verticale dont la denture engrène avec D et d ; F tient fixement à l’axe TZ par le bras FO.
- Quand l’axe XY tourne, TZ tourne aussi, entraîne' par le bras FO , et les vitesses de ces deux axes sont précisément
- dans le rapport exigé —j-q. En effet, quand A fait la tours ,
- B en fait 35, ainsi que D, du moins lorsque FO n’existe pas. Multipliant ces deux nombres par 18, les vitesses de A et D sont telles que,
- A fait 216 tours quand D en fait 63o.
- De meme a fait 27 tours quand c en fait 11 ; multipliant par 8,
- a fait 216 tours quand d en fait 88.
- A et a sont soudés au même axe XY, et quand cet axe tourne, les canons et roues BD, cd tournent en sens contraire, et 216 tours de l’axe XY en produisent 63o dans BD, 88 dans cd ; mais la roue FO étant ajoutée , l’un de ces systèmes réagit sur l’autre et sur l’axe TZ , et il en résulte que cet axe prend la demi-différence des vitesses : l’axe TZ parcourt donc la moitié de (63o—88) tours; savoir, 3i5—44 ou 271 tours, comme on l’avait demandé.
- Il s’agit maintenant de donner des règles à suivre en général pour produire les décompositions de vitesses dont nous venons de donner des exemples.
- Premier cas , où l’on suppose que le dénominateur de la fraction ^ est décomposable en facteurs, mais que le numérateur n ne l’est pas.
- Soit le dénominateur d = abc, la fraction proposée qui . n
- représente le rapport des vitesses Observez que souvent
- le dénominateur pourra se décomposer en trois facteurs de plusieurs manières , ce qui fournira autant de systèmes de
- 28..
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- 436 NOMBRE DE DENTS DES ROUES,
- solutions du problème , sauf une condition dont nous allons parler.
- Nous voulons de'composer en deux fractions réductibles, et par conséquent nous poserons
- n
- abc
- ax by abc ‘ abc ’
- savoir,
- n = ax -j~ by.
- 11 est facile de résoudre cette équation en nombres entiers pour x et y, et d’en tirer une infinité de valeurs de x et de j, qui satisferont au problème et donneront
- + J1.
- abc bc * ac
- Il faut cependant que a et b soient premiers entre eux, puisque n est premier : c’est la condition nécessaire dont nous avons parlé d’abord.
- 2*71
- Par exemple, soit proposée la fraction ^yg ; comme 216=4X9X6, on peut poser
- 271 = 9^ + 4r, a = 9> ô = 4-
- Les calculs ordinaires à ce genre d’équations donnent
- ar = 3i — 4t
- y = 9* — 2 ;
- t étant entier positif ou négatif et quelconque, cb = 24, ac — 54 ;
- on en tire x — 27, 23, 19 .. 3i, 35, 39
- y = 7, 16, 25 — 2, — n, — 20
- répondant à t = 1, 2, 3.. — o, — 1, — 3
- Ainsi, on pourra poser que la fraction donnée yjg est
- in n 23
- = —ou =-
- '24^54’
- 3i 2
- -~7 — -F7, OU
- 24 54
- ’24t54’
- 35 11 54 54'
- 16 10 , 25 ,
- ou =-2-f“F7> etc. ;
- 'i4^54’
- etc.
- ~24 54’
- OU
- OU
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- NOMBRE DE DENTS DES ROUES. 437
- La première série se rapporte au cas où les roues de champ tournent dans le même sens ; la deuxième , au cas où la rotation se fait en sens contraires : on y retrouve l’exemple numérique que nous avons employé ci-dessus.
- Mais puisque 8 et 3 n’ont pas de facteur commun, on aurait également pu décomposer le dénominateur 210 en 8x3X9, et poser
- 271 = 8r -f- 3y ;
- on aurait trouvé
- x = 3t — 1 , y = g3 — 8t ;
- d’où x — 2, 5., 8.... — 1 :— 4 — 7 ...
- J — 85, 77, 69 .... g3 101 109 ...
- et les décompositions
- JL + Ê5, 1 + 52, 1+â! 8?__L, etc,,
- 27 72 27 72 27 72 72 27
- qui toutes donnent des solutions du problème proposé.
- En général, il faudra décomposer le dénominateur proposé
- en facteurs premiers sous la forme ma .rfi ,pv., prendre
- deux quelconques des diviseurs de cette quantité pour a et b, pourvu qu’ils soient premiers entre eux, et résoudre l’équation « = ax -f- bj en nombres entiers ; les fractions compo-x y
- santés seront -,—{- —, c étant le produit de tous les autres bc ac r
- facteurs du dénominateur, a et b exceptés.
- Autre exemple. On sait qu’à fort peu près le temps moyen
- est. au temps sidéral comme 8424 8401 ; mais on a
- 8401___31X271 271___171 100_______ig 25
- 8424 3gX2i6’ 6 216 216 "^”216 24 54'
- Ces résultats numériques conduisent à l’engrenage fig. 11 , où l’axe XY fait son tour dans un temps sidéral quelconque (1 jour, ou 12 heures, ou, etc. ), et l’axe TZ fait en même temps le sien dans la même durée exprimée en temps moyen.
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- 458 NOMBRE DE DENTS DES ROUES.
- La roue A a 31 dents, B en a 3g.
- Sur le même axe on a soudé les trois roues B, C et c, lesquelles tournent ensemble et avec la même vitesse.
- C a 19 dents, D en a 13.
- c a 25 dents, d en a 27.
- Les roues D et E sont soudées ensemble sur un canon indépendant de l’axe TZ ; il en est de même de d et e s E et e sont des roues de champ parfaitement égales, qui engrènent dans la roue verticale F, et celle-ci tourne sur le bras FO, qu’elle entraîne avec l’axe TZ qui y est adapté.
- Yoici l’analyse de l’effet produit :
- G fait 12 tours quand D et E en font ig .... X 18. c lait 27 tours quand d et e en font 25 .... X 8.
- Ou bien G fait 216 tours quand D et E en font 342.
- e feit 216 tours quand D et E en font 200.
- Et comme C et e font corps avec leur axe , 216 tours de cet axe en produisent 342 dans le haut et 200 dans le bas du
- système; donc l’axe TZ en fait la demi-somme ou ^542=271.
- Donc
- 216 tours de B produisent 271 de l’axe TZ ; mais 3g tours de A, ou de l’axe XY, produisent 31 tours de B.
- Multipliant par 31 les deux nombres de la première ligne, et par 216 ceux de la deuxième, on voit que
- 216 X3i tours de B produisent 3i X 271 ou 8401 tours deTZ, 216 X 3g ou 8424 tours de A produisent 216 X 31 tours de B ;
- donc 8424 tours de A ou de l’axe XY
- produisent 8401 tours de l’axe TZ
- comme on
- le voulait-
- Deuxième cas. Il nous reste à traiter le cas où les vitesses relatives qu’on veut produire sont exprimées Tune et Vautre
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- NOMBRE DE DENTS DES ROUES. 43g
- par des nombres premiers; car ce qu’on vient de dire suppose que le de'nominateur est décomposable en facteurs simples.
- Soit — la fraction propose'e, n et d étant des nombres pre—
- n d
- miers. On formera les deux fractions - et - , À étant une
- A A
- quantité arbitraire et commodément décomposable en facteurs; on la choisit telle que les calculs subséquens et les modes de rouages qui en résulteront soient simples, ainsi qu’on va l’exposer.
- On composera séparément deux rouages, tels que les axes extrêmes aient pour vitesses relatives n et A d’une part, d et A de l’autre ; À représentera la vitesse de l’axe moteur (celui qui ne retient pas les deux canons et la roue verticale de translation). Comme ces deux axes moteurs ont la même vitesse , il est évident que si on les met en mouvement par un moteur commun qui ne change pas cette propriété, les roues menées extrêmes des deux parts auront les vitesses netd qu’on demandait. Ainsi , il suffira de réunir les deux systèmes en un seul, en faisant communiquer leurs axes moteurs par une roue égale pour chaque. C’est ce qu’on va développer par l’exemple suivant :
- On demande qu’un axe fasse 17321 tours, tandis qu’un autre axe en fera 11743 : ces deux nombres sont premiers ; et
- la fraction est irréductible et indécomposable en fac-
- 11743
- teurs. Je prends un diviseur tel que 5o^o= 7.8.9.10 , et je forme séparément les rouages, dont les vitesses sont représentées par
- i?321 H743
- 5o4o 5o4o‘
- Premier système.
- i73ai i48o 5o4o 63o
- 783
- 720
- , décomposition qu’on
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- 44o NOMBRE DE DENTS DES ROUES.
- fait par la méthode exposée =: ^ +1~ 5 d’où résultent :
- 74 t ®2
- 63 40*
- Deuxième système.
- résultent
- 166
- 63"
- **743
- 5o4o
- 83° 729 __ 83 81 ,
- + 720 63 "*"8o;dou
- 63o
- t 81
- et y-.
- 40
- Donc si l’on réunit ces deux systèmes entre les deux mêmes platines, et qu’un moteur communique la même vitesse aux roues motrices, les roues menées dans chaque système seront mues avec les vitesses données 17321 et 11743, c'est-à-dire que l’un des axes extrêmes fera 17321 tours, tandis que l’autre en fera 11743, comme on le demandait.
- Quant au moyen de faire communiquer des vitesses égales aux axes moteurs, cela se peut de plusieurs manières :
- i°. En faisant porter les quatre roues motrices sur un même axe ; les roues extrêmes se trouvent alors tourner en sens contraire , ce qui n’offre aucune difficulté à changer.
- Si l’on veut que les axes V et X tournent dans le même
- 6.83 63
- ,, -, f . 166 2.83
- sens, on décomposera les fractions en
- 7X9 9X21
- et Ton formera l’engrenage qui s’y rapporte (fig. 12), où Ton . , ,81 9X9 9 X 36
- & 40 5x8 8 x no
- 20. On peut encore faire porter aux axes moteurs U et T, supposés différens , une troisième roue qui leur soit soudée et ait le même nombre de dents, en sorte que la rotation de Tune entraîne celle de l’autre avec la même vitesse, et l’on évitera les mouvemens contraires des deux axes extrêmes V et X, soit par le procédé précédent, soit en faisant tourner ces roues additives par une troisième roue intermédiaire sans pignon, qui mènera Tune et l’autre.
- Nous donnons encore ici un autre mode de décomposition
- de la fraction proposée , en prenant le dénominateur
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- NOMBRE DE DENTS DES ROUES. 12000 = A,
- 17321__101 61 11743_107
- 96
- 44»
- 12000 125 96’ 12000 96 125*
- Le pignon M ( fig. 13 ) est destiné à changer le sens des
- IH
- mouvemens, à cause du signe — de la fraction
- L’axe T fait 12000 tours, tandis que l’axe X en fait 17321.
- L’axe U fait aussi 12000 tours, tandis que l’axe V en fait 11743.
- Donc une force motrice , qui communique aux deux axes T et U la même vitesse, fait décrire à l’axe X 1 y32i tours , en même temps que Y en décrit 11743.
- La communication de la force qui imprime la même vitesse aux axes T et U s’établit comme ci-dessus.
- Le diviseur A , qu’on prend à volonté pour faire cette décomposition , donne lieu à des calculs plus ou moins longs, et à des résultats plus ou moins compliqués , selon le choix qu’on en a fait. Il faut observer qu’on pourrait prendre deux diviseurs différens A et A! pour chacune des fractions ; car alors il suffirait de donner aux axes U et T des vitesses doubles l’une de l’autre, si A était double de A', etc. (t).
- Le mécanisme de M. Péqueur est si ingénieusement imaginé que nous avons cru devoir l’exposer ici, quoiqu’il n’ait jamais été employé d’une manière très satisfaisante. Les difficultés d’exécution de l’appareil lui donnent une marche douteuse ; et si l’on y conserve aux fractions leur véritable grandeur, on reperd cet avantage, parce que les mouvemens sont moins précis. Il en résulte que les pendules qui ont été construites d’après cette théorie n’ont pas été jugées dignes de préférence sur celles qui négligent quelque petite fraction de temps. Néanmoins, comme la main-d’œuvre se perfectionne chaque
- (1) Dans les figures de la PI. 41, tous les axes sont supposés dans un même plan ; mais cette condition est inutile, et il suffit que les rayons des roues soient dans le rapport des nombres de dents ; ce qui détermine la distance des axes sans en fixer la position absolue sur les platines.
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- 442 NOQUET.
- jour, on ne doit pas de'sespe'rer de tirer bientôt parti d’une invention aussi ingénieuse. 11 faut d’ailleurs observer que le ine'canisme étant parfait en théorie peut être appliqué à d’autres circonstances, et que l’Horlogerie pourrait le repousser, sans que pour cela il cessât d’être intéressant pour d’autres applications. Fa.
- NONIUS (Arts de calcul). Nom quel’on donne, malà propos, à une petite pièce employée dans la division des instrumens de Mathématiques. Elle est ainsi appelée, du nom de celui qui en est supposé l’inventeur. Elle sera décrite au mot Vernier, nom du véritable inventeur de cette pièce ingénieuse et très utile. L.
- INOPALE ( Agriculture). Cette plante est une des richesses de l’Amérique espagnole ; c’est sur elle que se nourrit le précieux insecte appelé Cochenille. (V. ce mot.) Le nopale est une espèce de cierge (cactus cochenillifer ), dont la forme est très singulière ; ce sont des expansions ovoïdes, plates, articulées, charnues, armées de boutons épineux : ces expansions croissent les unes au bout des autres ou sur la tranche , et acquièrent une assez grande hauteur. Les nopaleries sont d’une exploitation facile dans les contrées tropicales et sur un sol chaud et sec. Les pièces ovales terminées par leurs articulations étant mises en terre , s’enracinent d’elles-mêmes : on nomme ces pièces des raquettes {opuntia). On cultive aussi cette plante en France, comme objet de curiosité ; les fleurs sont jaunes et très belles ; elles durent peu de temps. Les cactus testudineus , sjrlvestris, campechianus, luteus, etc., peuvent aussi nourrir la cochenille. Fr.
- NOQUET. Terme de plomberie , qui sert à dénommer une petite bande de plomb qu’on place sur les couvertures en ardoises, le long des noues et dans les angles rentrans des toits, pour conduire les eaux pluviales, qui sans ce secours s’insinueraient sous la couverture et pourriraient les bois, parce que , dans cette partie du toit, les ardoises ne peuvent se joindre exactement. Le noquet est plié et attaché aux jouées des lucarnes et sur le latis. Fa-
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- NOTAIRES. Profession qui tient le rang le plus honorable dans la magistrature, et comprend tous les officiers dépositaires des minutes d’actes et contrats passés entre les particuliers. Ils se font aussi les intermédiaires entre les parties pour prêter ou emprunter des capitaux, pour accorder les intérêts respectifs et amener des conciliations entre les personnes divisées par des prétentions ou des droits mal entendus , pour procurer la vente ou l’acquisition des immeubles , recevoir les inventaires après décès ou faillite , etc. Ce sujet est étranger à l’objet que nous désirons embrasser dans notre Dictionnaire, et ne doit pas être traité ici avec plus d’étendue. Fr.
- NOTATION (Commerce). On désigne par ce mot le système de caractères de convention qu’on destine à représenter des choses dont on désire conserver le souvenir. C’est ainsi que les commerçans se créent une sorte de langage dont chacun a seul la clef, et qui lui rappelle des conditions qu’il veut laisser secrètes pour autrui. Les draps, étoffes, marchandises , portent ordinairement une marque inscrite sur une carte, qui indique au marchand le prix auquel il doit élever la vente de l’objet. Il choisit un mot à volonté, dont les lettres, toutes différentes, et au nombre de dix, désignent chacune un chiffre ; par exemple , s’il prend le mot aromatique : a vaut 1 , r vaut 2, o 3, m 4, etc. ; et pour indiquer le nombre 27, il écrira ri, 3o oe, 54 am, etc. L’orthographe est même inutile à conserver ici, et l’on peut supprimer ou ajouter quelque lettre, sans que le mot choisi cesse d’être propre au but qu’on se propose. L’habitude de cette notation la rend d’un usage facile, et le marchand voit d’un coup d’œil le signe qui lui rappelle le prix que l’acheteur doit payer. Dans d’autres circonstances, le négociant se sert de symboles qu’il adopte, et dont le sens est connu de lui seul ; c’est une sorte d’algèbre à son usage, qui lui sert de guide dans ses opérations. Comme l’immense multitude de ces notations ne nous permet pas de les énumérer ici, que chaque commerçant les crée ou change selon son caprice, nous n’en
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- dirons pas davantage sur ce sujet. Nous avons cru seulement devoir ne pas omettre de parler d’un usage aussi utile et aussi répandu dans les commerces de tout genre. Fr.
- NORIA (Arts mécaniques'). On donne ce nom à une machine hydraulique (fig. i , PI. 41 des Arts mécaniques) composée d’un treuil A, sur lequel est portée une corde ou chaîne sans fin : le long de cette chaîne sont attachés des seaux ou augets qui forment une continuité de petits réservoirs mobiles, depuis le fond où ils vont puiser l’eau, jusqu’à la partie supérieure où le liquide est élevé. On comprend qu’en imprimant un mouvement de rotation au tambour, la chaîne est entraînée, et les seaux d’un côté sont tous pleins et as-cendans, tandis que ceux de l’autre côté sont vides, descen-dans, et ont leur ouverture renversée en en bas.
- Le mouvement de rotation est communiqué à l’arbre, soit en y adaptant une roue B, dans laquelle engrène le pignon C d’une manivelle D tournée à bras d’hommes, soit par un manège, ou de toute autre manière , en appliquant à l’arbre horizontal du treuil un appareil convenable pour changer le mouvement circulaire horizontal du manège, en circulaire vertical du treuil.
- Le tambour est hexagone et porte six bras égaux, sur lesquels la corde se plie. Il faut que la distance entre les orifices supérieurs des augets soit égale à celle des extrémités de ces bras, et par conséquent à leur rayon, compté de cette extrémité au centre de rotation. Si la corde est remplace'e par une chaîne, les charnières de flexion doivent être distantes de ce même rayon. Dès que l’un des seaux arrive au bout du bras sur lequel la chaîne se plie , le seau s’incline , et 1 eau s’extravase dans un réservoir destiné à la recevoir. D’ailleurs, lorsque les seaux descendues arrivent en bas à la source, ds sont inclinés et se remplissent aisément.
- Quelquefois la noria n’a que deux seaux, qui sont attache» aux bouts d’une corde ; et lorsque l’un est monté , on tourne le treuil en sens contraire, pour monter l’autre. Dans ce cas» comme le seau reste vertical en plongeant dans l’eau de 1
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- source , il faut pratiquer à la base un trou fermé par une soupape intérieux-e, qui retient l’eau quand le seau monte, et s’ouvre pour la laisser entrer quand il est arrivé au fond : lorsqu’il est en haut, on le fait buter sur un arrêt, qui l’incline et le force à se vider. Mais lors même qu’on emploie plusieurs seaux et une chaîne sans fin, il est encore utile d’avoir des soupapes au fond, pour laisser une libre issue à l’air, qui sans cela ferait obstacle à l’entrée de l’eau et empêcherait les seaux de se remplir entièrement. Il est bon de faire les augets en tôle de fer ou de cuivre.
- Cette machine est très simple, d’une construction peu coûteuse , et son produit est plus considérable que celui de tout autre appareil hydraulique de même destination. On trouvera, dans la Mécanique de M. Hachette, le détail de la quantité dynamique dont elle est capable : elle est usitée pour les irrigations ; en Égypte, en Asie, elle est d’un usage très ordinaire , et mérite d’être plus employée qu’on ne le fait en Europe. Les Sarrasins l’ont introduite en Espagne , en Sicile et autres contrées méridionales ; elle y sert à fournir l’eau pour arroser les jardins. La description que fait M. de Lasteyrie de la noria de Catalogne mérite de trouver place ici, parce que cette machine est si facile à construire, que les paysans même y réussissent ; et quoique ces appareils soient alors fort grossiers , ils rendent encore de très grands services.
- Une roue verticale B (fig. 2) ou tambour, formé de jantes et de planchettes, soutenues par quatre rayons, a sa circonférence garnie de pots C qui y sont attachés avec des cordes, par un étranglement du col de ces pots; ils sont couchés en long sur ce tambour. Des chevilles horizontales traversent ce contour et vont saillir sur l’un des bords pour servir d’ALLU— chons d’engrenage, avec les chevilles d’une roue horizontale E, dont l’arbre est 111's en mouvement par un homme, un cheval ou un âne. Cet animal est attelé à l’extrémité du levier courbé H, et manœuvre en tournant sans cesse dans le même sens autour du puits A, où la machine est établie. Une auge D, formée de cinq planches clouées ensemble , dont le dossier F
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- est arrondi en haut, reçoit l’eau qu’y viennent successivement verser les pots, lorsqu’arrive's au-dessus de l’axe horizontal de la roue , ils s’inclinent de plus en plus. Cette auge est soutenue par des pierres au bord du puits. Pour que l’air ne s’oppose pas à l’entre'e de l’eau dans les pots, on pratique un petit trou à leur fond : il est vrai que l’eau du pot s’écoule à mesure qu’il monte , en fuyant par ce trou ; mais comme cette eau tombe en grande partie dans le seau de dessous, qui perd de même celle qu’il contient, et ainsi de tous les suivans, la perte totale se réduit à peu de chose. Ce procédé peut même être employé dans les norias mieux établies, attendu que les soupapes sont sujettes à se déranger, et qu’il est, comme on voit, facile de s’en passer.
- Yoici les dimensions que donne l’auteur cité pour les parties de cette machine. Le puits est long de 3",7 sur 1 mètre de large; la roue a im,35 de diamètre , et porte 4° chevilles ; son arbre est long de im,3 y compris les tourillons. Les pots sont longs de 35 centimètres, et leur ouverture a 14 centimètres de large. L’auge a 5 décimètres de large sur 2 - , et le dossier 7 7 de hauteur. La roue E a im,35 de diamètre, porte 4o chevilles longues en tout de 35 centimètres. Souvent les pots sont attachés à des cordes sans fin , comme on l’a dit ci-devant, ce qui rend le tambour inutile.
- Au reste, on comprend que les dimensions des norias varient avec la profondeur de l’eau, la force qui les meut, le nombre et la grandeur des augets ou pots, etc. Mais, dans tous les cas, le nombre des seaux de la machine est, absolument arbitraire ; il en faut seulement proportionner le volume à la force qu’on destine à la manœuvrer. Cette force porte le poids de l’eau qu’on élève, et surmonte en outre le frottement des diverses parties. Il est donc bien facile de calculer ce volume, d’après le poids que doit avoir chaque seau, et la hauteur à laquelle on veut l’élever. On regarde les norias comme très convenables à employer quand la source nest qu’à 8 ou io mètres de profondeur. Les poids des seaux et des chaînes se font équilibre des deux parts : s’il y a trente
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- seaux , savoir, quinze de chaque côté, contenant chacun 20 litres d’eau, le poids à élever est de 3oo kilogrammes ; et mettant 100 pour le frottement, la force motrice doit être capable de porter 4°° kilogrammes ; et si l’on veut que la puissance d’un homme suffise à cet effort , il faudra donner des dimensions convenables à la roue et à la manivelle. Par exemple , le rayon de la roue étant quatre fois celui des bras du tambour , et le rayon de la manivelle décuple de celui du pignon, l’effort ne sera que de 10 kilogrammes, qu’un homme peut exercer long-temps sans fatigue. Ces nombres , pris au hasard, sont seulement donnés ici comme exemple de calcul ; car la construction varie de mille manières.
- Lorsqu’on a une chute d’eau , on peut employer cette force à monter le liquide, en faisant porter deux chaînes de seaux à l’arbre du tambour; les uns puisent le liquide et l’élèvent, comme on vient de l’expliquer ; les autres reçoivent une partie de l’eau de la source , et, rendus plus pesans par ce poids additif, descendent et forcent le treuil à tourner. Ce dernier poids est alors la force motrice, et il est inutile de dire que tous ces derniers seaux descendans éteint pleins , ils doivent former un poids total plus considérable que celui de l’eau de ceux qu’on veut élever , puisqu’ils doivent équilibrer ce dernier poids et surmonter les frottemens. ( V. la fig. 3, où cette machine est représentée. )
- La noria a la plus grande analogie avec les Chapelets hydrauliques, et l’on peut même la considérer comme une simple modification de ceux-ci. Fa.
- NOUE ( Charpenterie). Lorsque deux combles à surfaces planes, venant dans des directions différentes, se rencontrent, il se fait un angle rentrant, ou un pli intérieur de la couverture : la pièce de bois qui est le long de ce pli est appelée noue; elle est travaillée de manière à présenter à sa surface extérieure un angle rentrant, en forme de gouttière, angle qui soit égal à celui que forment les toits. Ces noues sont le contraire des Arêtiers , qui limitent les angles saillans. Du reste, les Empaxons s’assemblent dans la noue de même que
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- dans l’arêtier ; la construction de ce dernier est la même que celle de la noue , seulement l’une a un angle saillant, l’autre un angle rentrant. La noue s’assemble dans I’Enthait , qui a son bout en plan taille' de biais, en angle rentrant, de manière à former le prolongement de la noue.
- Lorsque les deux combles qui se rencontrent n’ont pas même hauteur, le faîtage le moins élevé rencontre une des faces de l’autre comble. On place à la rencontre une espèce de ferme coucbe'e le long de la pente du grand comble ; c’est ce qu’on appelle un noulet. On dit qu’il est biais, quand les deux combles ne sont pas à angle droit.
- On donne aussi le nom de noue aux tuiles en demi-canal qui servent à e'goutter l’eau. Souvent le couvreur préfère se servir de tuiles ordinaires, qu’il écorne à coups de martelet, pour faire l’égout. Fr.
- NOUGAT (Technologie). Sorte de pâtisserie fine, que l’on fait souvent dans les ménages. Elle n’est pas difficile à faire ; il ne faut que de la propreté et de la célérité.
- On monde un demi-kilogramme d’amandes douces de bonne qualité ; on les coupe en plusieurs filets dans le sens de leur longueur ; on les fait sécber sur le feu , jusqu’à ce qu’elles se colorent un peu. On fait fondre à sec, en remuant toujours, 367 grammes (12 onces) de sucre, dans une casserole de cuivre non étamée et légèrement beurrée. Quand le beurre est fondu et commence à se colorer, on y jette les amandes chauffées ; on les mêle avec le sucre, on les étale sur les bords de la casserole, et en laissant au fond une couche de la même épaisseur que celle des bords. On laisse refroidir un peu la casserole, jusqu’à ce que le sucre ait pris de la consistance, et on la renverse sur une assiette , où on laisse bien refroidir le nougat. On le sert ainsi renversé et froid. b.
- NOURRICE. La nature fait un devoir aux mères d’allaiter elles-mêmes leurs enfans ; elles sont dédommagées de leurs peines, en recevant les premières caresses et obtenant 1 entier amour de ces aimables créatures. Depuis que Jean-Jacques Rousseau a marqué des traits de feu de son éloquence les
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- jouissances de ces momens délicieux , il a ramené beaucoup de mères à l’accomplissement de ce devoir. Mais il y a un grand nombre de circonstances qui s’opposent à ce • que les femmes puissent nourrir leurs enfans ; les altérations de leur santé, les occupations de négoce, les soins de famille, viennent souvent contrarier le vœu de la nature : d’ailleurs, le genre de vie qu’on est forcé de suivre dans les grandes villes, pour se conformer aux usages de la société, rend le lait des mères moins salutaire aux enfans que celui d’une nourrice mercenaire , propre et robuste, qui habite un lieu sain, dans un air vif et pur.
- Le métier de nourrice est donc une nécessité de notre état social ; aussi la plupart des femmes de campagne l’exercent-elles dans les premières années de leur mariage. L’âge le plus convenable est depuis 20 jusqu’à 35 ans ; on doit préférer celles qui sont récemment accouchées, et le lait de six mois est déjà un peu trop ancien. Une bonne constitution , un tempérament sain , une extrême propreté, une conduite sobre et réglée, sont les conditions les plus importantes à exiger, et qu’il est bien rare de trouver réunies. Nous nous écarterions du plan de notre ouvrage , si nous exposions les soins hygiéniques qu’on doit attendre des nourrices.
- Il faut être d’une fortune très aisée pour élever, dans les vides, les enfans nouveau-nés, ou bien il faut être trop pauvre pour ne pouvoir pas payer les mois d’allaitement. Les personnes riches qui confient leurs enfans à un sein étranger prennent temporairement la nourrice chez eux, au rang de leurs domestiques : mais le plus souvent on les fait allaiter à la campagne. Les nourrices qui habitent près des villes se font payer beaucoup plus cher que d’autres ; le prix varie de 20 à 4o fr. et plus par mois, outre des fournitures de sucre, savon, linge, etc. , et les produits de la générosité des parens. Mais il y a peu de mères qui aient les moyens de parcourir les villages voisins de la capitale pour y chercher une nourrice, et qui soient pourvues des lumières nécessaires pour faire un choix. Réduites à la nécessité d’en-Tome XIV. 20
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- voyer leurs enfans au loin , elles s’en rapportent à l’administration publique du soin de les pourvoir. Le Gouvernement a e'tabli et surveille à Paris le Bureau des Nourrices où viennent se rendre les femmes éloignées qui demandent des nourrissons. Les mères, en s’adressant à ce bureau, reçoivent toutes les garanties de sûreté et de moralité qu’elles ne pourraient obtenir elles-mêmes. Le Bureau des Nourrices établi à Paris est donc très utile aux habitans de cette ville. Ce sont principalement les paysannes des villages de Bourgogne , d’Orléanais, de Normandie, etc., qui exercent cette profession. Les coches de Sens et d’Auxerre leur donnent des moyens économiques de voyage ; d’ailleurs , l’administration entretient des voitures construites pour cet objet, qui, à des jours réglés , conduisent les nourrices et leur bagage sur diverses routes. Nous supprimerons tous les détails des frais et des règlemens de police relatifs à ce genre d’industrie, parce que ces notions auraient peu d’intérêt, et varient avec les temps et les localités. Le bureau est établi à Paris, rue Sainte-Apolline. Les mois de nourriture se paient xo îr., outre quelques menus frais et. le coût du voyage ; des médecins et les autorités locales surveillent la tenue des enfans. Fr.
- NOURRISSEUR. Ce nom est donné à celui qui exerce la pi’ofession d’entretenir, dans l’intérieur de Paris , on près de ses faubourgs, des vaches qui fournissent le lait consommé chaque jour. Les établissemens de ce genre sont nombreux, ce qui prouve que cette industrie est fort lucrative , quand elle est exercée par des personnes entendues. Nous traiterons, à l’article Vaches , des méthodes qu’on emploie pour accroître la quantité de lait que donnent ces animaux, ainsi que des soins qu’ils exigent. ( V. les articles Boeuf , Lait , Bergerie , etc. ) Nous connaissons un nouiTisseur qui entretient jusqu’à cent vaches ; ces bêtes ne sortent jamais de l’étable, et donnent chacune de 18 à 20 litres de lait en été, et un peu plus de moitié en hiver. Le fonds de rétablissement est en vente pour 90,000 fr. , en y comprenant les chevaux, voitures, et le matériel de l’entreprise. Chaque matin, avant
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- le jour, le nourrisseur et ses préposés viennent en ville dans des charrettes , stationnent en diverses rues , et vendent au public le lait, la crème et les œuis produits la veille. Il y a aussi des e'tablissemens qui envoient le lait dans des vases ferme's et cachetés, aux abonne's qui veulent être assurés contre les fraudes des porteurs. Fr.
- NOYAU. Ce mot s’entend le plus souvent d’une partie dure intérieure , recouverte d’une autre substance plus molle ; il a une foule d’acceptions dans les Arts.
- Le noyau d’un fruit est la partie ligneuse qui contient l’amande.
- Celui d’une pierre est une autre pierre plus dure, qui est logée dans son intérieur.
- Le noyau d’artilleur est une barre de fer revêtue d’un fil d’arcbal en spirale et recouvert d’une pâte de cendres qu’on laisse sécher : il se place suivant l’axe d’une pièce de canon qu’on va couler, pour en former l’âme. Lorsque la pièce est fondue et refroidie, on Tetire le noyau et l’on alèse. ( V. Alé-soir. ) Le noyau des Bombes et Grenades est une boule de terre qu’on fait égale au vide qu’on veut laisser dans l’inte'rieur. ( V. ces articles. )
- En Architecture, le noyau d’escaher est un cylindre de pierre qui porte sur le sol et est formé par l’ensemble de tous les bouts intérieurs des marches gironnées d’un escalier à vis. Si le noyau est très large, on le fait creux dans l’intérieur.
- Le sculpteur appelle noyau l’ébauche grossière d’une figure de plâtre , de stuc, etc.
- En terme de fondeur, le noyau est un corps solide qui remplit l’espace renfermé entre les cires. Lorsqu’on coule le métal, il remplit l’espace qu’occupaient les cires ; le noyau doit résister à la violence du feu sans se fendre , ni se tourmenter , ni s’étendre. Il est ordinairement composé de deux tier: de plâtre, et d’un tiers de briques brisées et tamisées très fin -, le tout gâché ensemble, est coulé dans les assises du moule, après que l’armature est faite. ( y. Fondeur. )
- Les charpentiers nomment noyau une pièce de bois verticale
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- taillée de mortaises sur sa longueur, et propre à recevoir les tenons de quelques-unes des marches d’un escalier en bois : les limons viennent s’y assembler. Le noyau de fond est celui qui, du rez-de-chaussée, monte au dernier étage. Le noyau suspendu est celui qui est coupé au-dessous des paliers et rampes de chaque étage.
- Enfin, le terme de noyau est employé dans presque tous les Arts, dans l’acception que nous avons indiquée au commencement de l’article ; et il serait superflu de donner plus de détails à ce sujet. Fr.
- NOYER (Agriculture). Arbre d’un beau port (Juglans regia ), originaire d’Asie, et très répandu en Europe , où il est cultivé pour ses fruits et son bois. L’odeur pénétrante qui s’exhale de ses feuilles est malsaine lorsqu’on la respire long-temps, et nuisible, dit-on, aux végétaux voisins. La force de ses racines, l’étendue de l’ombrage qu’il porte, les dégâts causés par la récolte du fruit, sont encore des causes importantes pour qu’il ne puisse rien croître sous les noyers. Aussi ne le doit-on cultiver que sur le bord des chemins, des pâtis, des murailles de clôture , en avenue , etc...., afin de réserver le sol à d’autres cultures plus avantageuses.
- Cet arbre craint les grands froids et surtout les gele'es tardives : il ne réussit pas dans le nord de l’Europe. On peut greffer en écusson sur de jeunes pousses, ou en sifflet sur le vieux bois, les variétés dont les fruits sont peu ligneux et remplis par l’amande. Ces fruits, nommés noix, sont d’une grande ressource , non-seulement en cerneaux , ou en noix fraîches et sèches, pour le service de la table, mais à cause de l’huile qu’on en retire par la pression. L’olivier ne produit pas le quart de l’huile nécessaire à la consommation de la France, et quoique l’huile de noix soit de médiocre qualité, elle est cependant très employée pour la cuisine dans les ménagés ; plus de la moitié de la France n’en consomme pas d’autre ; on la brûle aussi pour l’éclairage, et comme elle est siccative, elle sert à la peinture, surtout lorsqu’on l’a h" thargirée.
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- On sème la noix, soit en place , soit en pépinière. Le noyer cherche à pivoter, et aime un sol défoncé profondément ; il craint les engrais animaux et la surabondance de nourriture. Il faut laisser 12 à 15 mètres de distance entre les pieds, pour suffire au développement de l’arbre, qui couvre jusqu’à 100 pieds carrés de surface. On donne quelques labours au pied, pour laisser pénétrer l’eau de la pluie. Dès l’âge de deux ans, et jusqu’à quinze et vingt, on élague ses branches, pour former la tête , qui doit être élevée à 6 ou 8 mètres de terre. Comme la moelle est tendre et disposée par tranches transversales, on recouvre les plaies, pour éviter que la pluie ne s’y introduise et ne les envenime ; surtout les plaies des fortes branches , lorsqu’on les a coupées, ont besoin d’un enduit protecteur, parce qu’il s’y formerait des conduits qui pourriraient l’arbre. Lorsque le noyer commence à se couronner, il faut l’abattre à sa racine, pour prévenir le dépérissement, qui diminue beaucoup la valeur du tronc. On l’écorce ensuite, et on le met debout à sécher sous un hangar. ( V. Écorce et Bois. ) Les fruits sont mûrs vers la fin de septembre, plus tôt ou plus tard, selon le climat et le pays ; comme alors ils tombent d’eux-mêmes , et que leur parenchyme , nommé brou , se dessèche et s’ouvre, on est instruit qu’il convient d’en faire la récolte : on la fait à coups de gaule, en montant dans l’arbre , et ayant soin de ne pas endommager les jeunes bois et les bourgeons , qui font l’espérance de la récolte suivante. On ramasse les noix , et on les transporte au logis dans des sacs ou des hottes. On les expose à l’air par lits peu épais, pour opérer la dessiccation du brou, qui se détache de lui-même. On achève ensuite de bien sécher les noix , et on les conserve dans un beu sec, pour en faire de l’huile : on les casse, on ôte l’amande, et on la porte au moulin. Il ne faut faire cette dernière opération ni trop tôt, ni trop tard, si l’on veut en retirer tout le produit possible : en la différant, on a plus d’huile, mais elle est plus rance. Ainsi, sans être desséchée complètement, l’amande doit tenir fortement à sa pellicule. On n’y doit laisser aucune parcelle de bois. Il ne reste
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- plus qu’à jeter ces amandes sur la table du moulin , qui les re'duit en pâte , et à lui faire subir une forte pression. ( V. Moulin. ) On obtient ainsi Yhuile vierge pour le service de la table. La pâte est remise ensuite dans l’eau bouillante et pressée de nouveau ; on en retire Y huile cuite, qui a une saveur très forte , et qui sert à la lampe et aux peintres. Le marc, ou pain de trouille, engraisse la volaille et les bestiaux. Il faut au moins 20 kilogrammes de noix pour une bonne mouture. On compte, dans les années favorables, sur 5 litres d’buile par double décalitre d’amandes ; mais quelquefois on ne retire que 3 à 4 litres, quand la saison a été froide. Chaque arbre en plein rapport peut rendre, en termes moyens, environ 4 hectolitres de noix, d’où l’on tire i5 à 20 livres d’huile.
- L’huile de noix est la meilleure de toutes pour la Peinture. On l’expose au soleil dans des vases de plomb peu profonds ; elle s’y épaissit et s’éclaircit ; on y ajoute de l’essence de térébenthine , pour lui rendre sa liquidité : elle compose de la sorte un vernis gras très usité en menuiserie ; il reçoit le minium , la céruse et autres matières colorantes. ( V. Huile , Peinture. )
- Le produit le plus lucratif qu’on retire du noyer, est le tronc de l’arbre, qui se vend jusqu’à 100 et même i5o francs, lorsqu’il est d’un beau jet et bien sain. Les carrossiers ne peuvent se passer de ce bois , qui est doux , flexible, fournit des planches larges et minces, se courbe au feu sous toutes les formes, prend un beau poli, ne se déjette pas, etc. Les ébénistes, tourneurs, menuisiers , sculpteurs , etc., recherchent beaucoup le bois de noyer pour les œuvres de leur profession. On ne doit guère abattre cet arbre avant soixante ans pour qu’il ait acquis toute sa perfection. Le noyer sec a pour poids spécifique 0,671, comme l’orme, c’est-à-dire quil pèse les d’un égal volume d’eau ( un peu plus des deux tiers). On compte qu’un pied cube de ce bois pèse 42 livres, et un décimètre cube 6 hectogrammes.
- On fait, avec les noix encore vertes et tendres, une liqueur
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- appelée brou de noix, qui passe pour stomachique. Douze noix un peu concassées , jetées dans un Etre d’eau-de-vie et infusées durant trois semaines, produisent cette liqueur , qu’on décante , sucre et passe au filtre. Le brou qu’on a mis bouillir étant réduit en une sorte de pâte, est encore employé pour peindre les carreaux d’appartement : on y étend cette pâte , on la laisse sécher, on balaie, on cire et Ton frotte. Le brou de noix fournit aussi une teinture dont les menuisiers se servent pour colorer les bois blancs. Fa.
- NOYURE ( Technologie). C’est le nom que l’on donne, dans les Arts industriels, et surtout dans l’horlogerie, à une creu-sure que l’on fait au tour , dans une platine , pour y loger en tout, ou en partie, une roue qui gênerait les autres parties du rouage, sans cette précaution. On donne aussi ce nom à une petite creusure que Ton pratique au-devant d’un pignon , ou d’une assiette, rivés au centre d’une roue, afin de les détacher en apparence de la surface de cette roue, ce qui lui donne de la grâce. L.
- NUAGES, NUES. T. Météorologie. Fr.
- NUMÉROTAGE DES FILS ( Technologie). Le savant M. Hachette se proposa de comparer les divers systèmes de numérotage des fils en usage dans le commerce, et d’indiquer celui qui présente le plus d’avantages. Les numéros usités des fils de coton et de laine expriment le rapport d’une longueur déterminée du fil à un poids constant, et les numéros adoptés pour les fils de lin et de soie sont des rapports inverses des premiers.
- Le travail de M. Hachette, consigné dans un Mémoire qu’on ht dans le T. XXIII du Bulletin de la Société d’En-couragement, cahier de décembre 1824 , n’est pas susceptible d’analyse ; il faut le lire avec attention. Il contient tous les renseignemens qui sont nécessaires pour vérifier, à l’aide de la balance et d’une mesure linéaire, les titres de tous les fils à tissus ou de tous les fils métalliques, quels que soient les numéros sous lesquels ils sont désignés dans le commerce. {V. Fils, Filage, Filature, Balance. ) L.
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- OBJECTIF.
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- OBÉLISQUE (Architecture). Pyramide, ordinairement qua-drangulaire, haute et enrichie de sculptures, qu’on élève par magnificence , dans les places publiques. Les plus beaux sont ceux qui ont été trouvés en Égypte : telles sont les deux aiguilles de Cléopâtre, à Alexandrie (i) ; l’obéhsque de Sa-luste, près le palais de France, à Rome ; celui de Saint-Jean-de-Latran , ceux de la place Saint-Pierre , etc. Les faces de ces monumens sont revêtues de figures hiéroglyphiques ; ils ont été transportés d’Égypte à Rome, après la conquête de ce pays par les empereurs. Aucun de ces obélisques n’a son épaisseur du haut moindre que la moitié, ni plus grande que les trois quarts de celle du bas. Fr.
- OBJECTIF ( Arts physiques). C’est la lentille d’une Buvette ou d’un Microscope , qu’on tourne du côté des objets, pour réunir à son foyer les rayons lumineux qu’ils envoient. Ces rayons réunis sont vus à travers un ou plusieurs verres, qü’on nomme Oculaires , parce qu’ils sont placés près de l’œil, et l’image projetée au premier foyer est vue plus nette , plus rapprochée et agrandie.
- Nous avons expliqué à l’article Lu.vette , T. XII, page 428, que la lumière qui a traversé l’objectif se trouve dispersée, c’est-à-dire décomposée en rayons de diverses couleurs, dont les foyers sont différens, d’où résulte que l’image perd de la netteté et se trouve entourée de franges colorées : les procédés usités pour remédier à ce défaut constituent Y achromatisme, que nous avons analysé avec détail. L’objectif est alors composé de deux ou trois lentilles, les unes convexes, les autres concaves , de densités différentes , appliquées et moulées l’une sur l’autre ; elles semblent ne former qu’un seul
- (1) Le pacha d’Égypte vient de donner l’une h la France, et l’antre à l'Angleterre. On s’occupe actuellement des moyens de transport.
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- OBUS. 457
- rerre lenticulaire , et sont destine'es à recomposer la lumière et à de'colorer les images.
- L’objectif d’une Lunette est le plus grand et le moins courbe des verres qui la composent ; son foyer est très loin de sa surface. ( V. Lentille. ) Celui d’un Microscope est au contraire très convexe, d’un court foyer et d’un très petit diamètre. ( V les articles cite's. ) Fa.
- OBTURATEUR. Terme d’Anatomie, par lequel on désigne les muscles qui bouchent le trou situé entre l’os pubis et celui de la hanche, ou bien un palais artificiel, ou encore une plaque d’or ou d’argent, dont on se sert pour boucher un trou survenu par quelque accident à la voûte du palais. Ce terme a été par suite adopté dans plusieurs Arts, et donné à des plaques de verre ou de métal destinées à un usage analogue.
- On a donné le nom d'obturateur, dans les laboratoires de Chimie , à une plaque ronde de verre dont on se sert pour boucher l’orifice des petites cloches ou des éprouvettes, au moment où on les retire des cuves hydropneumatiques, après les avoir remplies de quelques gaz. U*****R.
- OBUS {Art militaire). Projectile creux en fonte, qu’on lance avec une bouche à feu qu’on appelle obusier. C’est une petite bombe sans anses, qu’on tire à ricochet ; elle produit le même effet que le boulet du canon sur la troupe, et remplit en même temps l'office de la bombe. Pointée à toute volée, elle va très loin. On s’en sert pour sommer un château , une redoute , pour mettre le feu à des magasins, etc.
- Les obus se coulent comme les Bombes ( V. ce mot ) ; elles doivent être rondes et parfaitement unies à leurs surfaces ; la lumière est alésée et mise de calibre à froid. Il y a des obus de deux dimensions, les obus de 6 et de 8 pouces. Dans les premières , on met 12 onces de poudre , et dans les secondes 16 onces , pour les faire éclater. L’œil ou la lumière est bouché par un tampon de bois blanc tourné, percé â son centre d’un petit trou dans le sens de l’axe, qu’on remplit de matière inflammable, dans laquelle on enfonce l’étoupille , qui y met le feu au moment du départ.
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- 458 OBÜSIER.
- L’obus de 8 pouces passera librement dans une lunette de 8 pouces 2 lignes de diamètre , et non dans celle qui aurait 8 pouces t ligne.
- L’obus de 6 pouces passera librement dans une lunette de 6 pouces i ligne, et non dans celle qui aurait 5 pouces 11 lignes
- Des cavite's ou soufflures à leur surface de plus de 2 lignes de profondeur, les mettent dans le cas d’être refuse'es sans autre examen. E, M.
- OBUSIER {Art militaire). Bouche à feu de campagne , en bronze , avec laquelle on lance les obus. Les premiers obu-siers fondus en France, l’ont été' à Douav, en 1749. Ils ont leurs tourillons placés à peu près comme le canon, c’est-à-dire un peu au-delà du centre de gravité , pour que la culasse soit prépondérante. On les monte sur des affûts de campagne, comme les pièces de bataille, avec cette différence que la semelle de pointage est mobile, pour qu’en l’ôtant, on puisse pointer à 45°.
- Il y a deux sortes d’obusiers , celui dont l’âme a 8 pouces 3 lignes , et celui de 6 pouces 1 ligne j. Les obus ont 2 lignes de moins pour le vent : on les pointe , pour avoir des ricochets , sous l’angle de 6, 10 et i53. Pointés plus haut, l’obus s’enfonce dans la terre, où elle éclate sans aucun effet.
- L’intérieur de l’obusier est, comme celui du mortier, composé de l’âme et de la chambre à poudre. La jonction de ces deux cylindres de diamètre différent, ayant le même axe, se fait par une portion hémisphérique du même diamètre que l’âme, dans laquelle se place l’obus immédiatement sur la poudre qui occupe la chambre. La lumière est percée comme dans le canon , et le feu s’y met de même. La charge de 10-busier de 8 pouces à chambre pleine est de 28 onces ; celle de l’obusier de 6 pouces est moindre. Le premier, pointe à 45°, porte l’obus à 1600 toises, et le second à ngâ toises. Pointé à 6°, l’obusier de 6 pouces porte l’obus du premier bond à 400 toises, et va en ricochant jusqu’à 600.
- En bataille , on charge l’obusier de 6 pouces avec des car'
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- touches à balles, qui font un grand effet à 200 toises. La charge contient soixante-une balles de fer battu , de 17 lignes de diamètre chacune.
- Le poids de l’obusier de 8 est de 1 o5o livres ; celui de 6 est de 5oo. Il faut cinq hommes pour le service de ces bouches à feu, qui peuvent tirer six à sept coups par minute. E. M.
- OCRES ou OCHRES. Me'langes terreux formés de silice, d’alumine, d’oxide de fer qui les colore , et accidentellement d’un peu de chaux et de magnésie.
- Selon que l’une ou l’autre de ces substances domine dans ces mélanges, on a divisé les ocres en argileuses, siliceuses et ferrugineuses. L’oxide de fer est si abondant dans quelques-unes , qu’on pourrait les ranger parmi les minerais de fer.
- Les mines d’ocre se rencontrent dans la nature sous la forme de couches de quelques pieds d’épaisseur ; elles sont presque constamment au-dessus du calcaire oolitique, ou chaux carbonatée globuliforme, recouvertes par des grès, des sables quartzeux plus ou moins ferrugineux, et accompagnées par des argiles plastiques grises, jaunâtres ou rougeâtres, toutes substances qui paraissent contribuer, chacune pour sa part, à leur formation. Quelques naturalistes sont portés à croire que les ocres pourraient bien être des dépôts formés par les eaux thermales.
- Les ocres varient par leur couleur, qui est jaune, jaune-orangée , rouge ou brune. Après avoir procédé à leur extraction, qui ne présente pas plus de difficultés que celle des argiles ordinaires, on les soumet à un traitement qui a pour but de les séparer des matières, soit étrangères, soit grossières qu’elles renferment, ou d’opérer le changement de leur couleur. Dans le premier cas , on emploie le lavage. On broie l’ocre ou on l’écrase, on la délaie dans l’eau, on agite et l’on décante le liquide après quelques instans de repos, en le faisant passer à travers un tamis de crin ou de soie : les parties les plus fines sont entraînées par l’eau , de laquelle elles ne se déposent qu’au bout d’un certain temps. Dans le second , on
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- 46o OGRES.
- grille l’ocre dans des fours, où elle prend une couleur plus fonce'e et plus vive que celle qu’elle avait auparavant. Les Hollandais ont e'té long-temps seuls en possession de l’art fort simple de convertir en ocres rouges les ocres jaunes, au moyen de la calcination. Aujourd’hui on le pratique en France, et l’on construit à cet effet des fours sur le lieu même de l’exploitation de la mine. Après le lavage avec une quantité d’eau suffisante, etla décantation duliquide, on place l’ocre lavée sur des papiers-joseph , et lorsqu’elle a acquis la consistance pâteuse, on la divise en morceaux , que l’on fait dessécher à l’air.
- Les ocres naturelles ou préparées comme on vient de le dire, se distinguent par un grand nombre de caractères : elles sont douces au toucher et comme savonneuses , sèches, ternes, opaques , friables , devenant luisantes par le frottement d’un corps poli; elles happent à la langue et exhalent, quand on les humecte légèrement, une odeur particulière qu’on a nommée argileuse ; elles absorbent l’eau avec avidité' et forment une pâte ; elles se délaient aisément dans une plus grande quantité de ce liquide.
- Les ocres rouges sont peu abondantes dans la nature ; la plupart du temps, elles sont le produit de l’art, et ne sont autre chose que des ocres jaunes qui ont été calcinées; en, même temps qu’elles perdent leur eau, le fer oxidé qu’elles contiennent passe à l’état de peroxide, et elles acquièrent par là une couleur plus ou moins vive.
- Les ocres rouges dont on fait le plus d’usage sont : i°. l’ocre rouge ou bol d’Arménie, anciennement employée en Médecine , après avoir été soumise à l’opération du lavage, la portion la plus fine réduite en trochisques, était considérée comme astringente et très efficace dans les cas de diarrhées, dans les affections dyssentériques, pour arrêter les crache-mens de sang ; le bol d’Arménie entrait aussi dans quelques préparations officinales. a°. L’ocre rouge d’Afrique, tirée du pays des Gafres, et dont les naturels se servent pour se peindre le corps. 3°. L’ocre rouge de l’île d’Ormuz , dans le golfe Per
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- siqtie ; cette ocre, est très estimée , et celle que l’on emploie avec le plus de succès en Peinture.
- Il existe à Combal en Savoie, une mine d’ocre d’un beau jaune-orangé. M. Brard, habile mine'ralogiste, qui s’occupe surtout de l’application de cette science aux Arts, a le premier fait connaître cette belle ocre, et conseillé son emploi en Peinture ; aujourd’hui les peintres génevois s’en servent avec beaucoup d’avantage , soit pour la Peinture à l’huile , soit pour la miniature avec la gomme. M. Laugier a fait l’analyse de cette ocre ou argile de Combal ; elle est insérée dans le XIIIe tome des Mémoires du Muséum d’Histoire naturelle, page 283. En voici les résultats :
- Silice .... 44
- Alumine
- Oxide de fer *9
- Cbaux
- Magnésie
- Oxide de plomb 3
- Oxide de cuivre
- Eau .. .... 7
- On pourrait présumer, d’après cette analyse , que la belle nuance orangée qui la distingue n’est pas entièrement due à la présence de l’oxide de fer, mais en partie aux autres oxides qu’elle contient.
- On exploite en France trois mines d’ocre jaune : l’une à Vierzon , département du Cher ; l’autre à Pourrain , près Auxerre (Yonne) ; la troisième à Saint-Amand (Nièvre). L’ocre jaune de Vierzon est la plus estimée, à cause de sa belle couleur, qui est le véritable jaune d’ocre : on l’emploie telle qu’elle est en Peinture, et elle n’est pas du nombre de celles que l’on calcine pour en faire de l’ocre rouge.
- M. Berthier l’a analysée , et l’a trouvée composée de Argile mêlée dé la moitié de son poids de silice.. 69,5
- Peroxide de fer.......................... 23,5
- Eau
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- 462 OCRES.
- L’ocre jaune de Pourrain a aussi une belle couleur, mais seulement dans sa partie la plus friable , et qu’on en sépare d’abord par le tamis immédiatement après qu’on l’a brodée, Ce qui reste sur le tamis n’est pas, à beaucoup près, d’une aussi belle couleur, et l’on ne peut en faire usage qu’après l’avoir converti par le grillage en ocre rouge; c’est celle qu’on connaît dans le commerce sous le nom de rouge de Prusse. Cette ocre est formée, d’après l’analyse qu’en a faite M. Berthier, de
- Argile contenant plus de moitié de silice. 80
- Peroxide de fer..................... 12
- Eau................................. 7,6
- L’ocre jaune de Saint-Amand est très inférieure aux deux premières, et comparativement de mauvaise qualité : aussi est-elle pour la plus grande partie calcinée sur le lieu même de l’exploitation, et convertie en ocre rouge.
- On fait aussi un grand usage, dans les Arts, de l’ocre jaune ou terre de Sienne. Par le grillage qu’on lui fait subir en Italie, d’où elle est tirée , elle prend une nuance de rouge particulier, dont les artistes se servent spécialement pour imiter la couleur du bois d’acajou. Quand elle a été grilîe'e, elle porte dans le commerce le nom de terre de Sienne brûlée.
- Dans les peintures à fresque et dans la peinture sur porcelaine, on emploie fréquemment une ocre brune ou terre d’ombre, qu’il ne faut point confondre avec la terre d'ombre de Cologne, qui n’est qu’un lignite ou bois très altéré. Cette ocre est très fine et donne une couleur de bistre. Cette couleur ayant l’avantage de ne point s’altérer à une forte chaleur, on s’en sert pour donner à la porcelaine une couleur roussatre ou d’écaille. Le nom qu’elle porte a fait croire qu'elle était tirée de la province d’Ombrie, dans les États romains ; mais ce n’est qu’une conjecture, que rien jusqu’à présent ne réalise.
- Klaproth a examiné la terre d’ombre , et l’a trouvée formée de
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- OCULAIRE.
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- Oxide de fer................ 4^
- Oxide de manganèse.......... 20
- Silice...................... i3
- Eau.......................... 4
- Les ocres jouissant de la propriété de s’unir aux huiles, ainsi qu’aux matières gommeuses, sont propres à la Peinture en général, et sont principalement employées à cet usage ; les plus communes servent dans la peinture que l’on nomme à la détrempe, pour mettre en couleur rouge ou jaune les carreaux des appartemens, ou pour peindre l’extérieur des bâtimens. Avant de s’en servir, on les mêle avec une plus ou moins grande quantité de blanc d’Espagne , ou de craie lavée et sécbée, telle qu’on la prépare aujourd’hui à Meudon. On emploie aussi les ocres pour la fabrication des papiers de tenture. Quant aux ocres les plus fines, et dont la couleur est nette et vive, elles sont réservées pour les peintures les plus délicates.
- Une partie de ces détails a été empruntée à l’article Ocre, rédigé par M. Brard, dans le Dictionnaire des Sciences naturelles. L*****n.
- OCTANT. Instrument de réflexion en usage pour la navigation. (V. Sextant. ) Fa,
- OCTOGONE. Figure polygonale formée de huit angles et de huit côtés. L’octogone régulier a ses angles égaux et ses côtés égaux; chaque angle a i35 degrés. On décrit ce polygone en menant dans un cercle deux diamètres perpendiculaires, coupant chaque arc par moitié, et joignant 2 à2 les huit points de division de la circonférence. ( V. Angles et Arcs.) Fr.
- OCULAIRE {Artsphysiques). C’est le verre d’une Lunette ou d’un Microscope , contre lequel on applique l’œil pour voir les objets. Nous avons exposé à ces articles que l’oculaire décompose et disperse la lumière aussi bien que l’objectif, et que les images, même quand ce dernier est achromatique, sont plus ou moins colorées. Mais comme ce défaut étantd’autant plus sensible que les rayons lumineux sontréunis
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- plus loin, ou vus à plus grande distance, on ne cherche pas ordinairement à rendre les oculaires achromatiques, puisqu’ils tendent au contraire à diminuer la divergence des rayons. Cependant en se servant d’au moins deux oculaires au lieu d’un seul, on re'ussit à de'truire ce de'faut, ainsi qu’on l’a vu T. XII, page 4X4 et 4^0, lorsque nous avons décrit les oculaires à deux verres de Campani et de Ramsden. On emploie quatre oculaires dans les lunettes terrestres, mais c’est pour redresser les images , qui sans cela seraient vues ren-verse'es, ainsi que cela arrive aux lunettes astronomiques et aux microscopes compose's. ( V. les articles cite's. ) Fr.
- ODOMÈTRE. Synonyme de Compte-Pas. ( V. ce mot. ) Fe.
- OEIL ARTIFICIEL {Artsphysiques). C’est un instrument dont on se sert dans les cours de Physique , pour expliquer les effets de la vision. Pour en comprendre la construction, nous donnerons d’abord la description de l’œil de l’homme et des quadrupèdes.
- Le globe de l’œil est mû par des muscles obéissant â la volonté, et qui sont destinés à le diriger vers les objets, de manière que les rayons lumineux y pénètrent en s’écartant peu de l’axe optique. Ce globe est renfermé dans Y orbite, cavité osseuse qui le protège et fournit les points d’attache aux muscles ,- il est recouvert en avant par les paupières, espèces de rideaux dont le bord est garni de cils qui s’opposent à l’introduction accidentelle des petits corps flottans dans l’air ; des glandes sécrètent des humeurs qui lubréfient la surface, facilitent les mouvemens et lavent légèrement les tuniques extérieures.
- Le tégument externe SNS (fig. i, PI. 16 des Arts physiques) est opaque, dur, un peu flexible et blanc ; c’est la sclérotique ou cornée opaque ; il s’amincit en avant, et devient transparent en A , pour livrer passage à la lumière, et prend le nom de cornée transparente ; sa forme fait partie d'une sphère àe plus petit rayon ; elle est plus convexe que le reste du globe. Au-dedans s’épanouit une membrane qui tapisse la surface intérieure ; c’est la choroïde .- elle est abreuvée d’une liqueui
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- noire qui empêche les rayons incidens de se réfléchir et de troubler les images. Enfin , la rétine RR est une pellicule transparente et mince qui recouvre la choroïde; elle est formée par l’épanouissement du nerf optique, qui pénètre par un trou N au fond du globe, et transmet au cerveau la sensation produite par les images.
- Au-devant de l’oeil, la choroïde se sépare en deux lames ; l’une antérieure forme un disque coloré nommé iris, dont le centre est percé d’un trou circulaire appelé prunelle ou pu -pille; l’autre est la couronne ciliaire, placée en arrière. L’iris est formée de fibres, les unes en rayons, les autres en cercles, qui, irritées par la vivacité de la lumière, se contractent pour diminuer l’orifice d’introduction ; en resserrant ainsi la prunelle, l’iris modère l’impression, et cette sorte d’érection variant avec l’intensité de la lumière , protège la rétine contre une action trop énergique : la prunelle s’ouvre au contraire quand cette action est faible, pour laisser le passage à un plus grand nombre de rayons lumineux, lorsque l’obscurité s’accroît. En outre l’iris arrête les rayons qui arrivent trop obliquement à l’axe. La couronne ciliaire tient suspendue derrière la prunelle, une lentille transversale CC, nommée cristallin, qui s’y trouve enchâssée.
- La cavité de l’œil est remplie par des liqueurs diaphanes ; la chambre antérieure AA, entre le cristallin et la cornée transparente, contient l’humeur aqueuse; le reste du globe est rempli par Yhumeur vitrée. Ces liqueurs, de densités différentes, sont traversées parla lumière, qu’elles réfractent, aussi bien que le cristallin , de manière à augmenter la convergence des rayons incidens, et à produire sur la rétine une image nette et renversée des objets. ( V. Lunette. )
- Le cristallin n’a pas ses surfaces travaillées en segmens de sphère ; il est plus aplati vers le centre postérieur, c’est-à-dire que le rayon de la sphère est plus long au centre que celui des bords. L’expérience prouve que les densités des milieux sont si admirablement choisies par la nature , que l’«-berration de réfrangibilité est complètement détruite, puisque Tome XIV. 3o
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- les images ne sont pas colorées. Il faut en dire autant de \ aberration de sphéricité, que produisent les diverses courbures des surfaces de la cornée transparente et du cristallin, puisque les images ne présentent aucune confusion. {-T. l’article Ldxette , et le Traité de Physique de M. Biot. ) Ainsi, la nature nous fournit, dans la construction de l’œil, l’exemple d’un instrument de Physique parfait.
- L’œil artificiel dont on fait usage dans les cours pour démontrer ces effets, est composé de deux hémisphères creux en bois, de i pouces de rayon (54 millimètres), qui se joignent et forment une boule ; deux trous circulaires opposés le percent : l’antérieur a i o lignes de largeur (24 millimètres) ; on y place une lentille bi-convexe qui imite le cristallin. L’autre a 1 pouce de rayon (27 millimètres) ; on y adapte un tuyau de même diamètre, dans lequel un autre tube peut glisser pour l’allonger ou l’accourcir à volonté ; enfin, au bout est fixé un disque de verre dépoli, ou un papier huilé.
- Lorsqu’on tourne l’ouverture antérieure vers un objet éclairé, les rayons incidens vont former une image interne et renversée de cet objet ; on proportionne la longueur du tuyau à la distance d’où émanent les rayons, afin d’amener le fond transparent au foyer, et l’image qui vient s’y peindre est aperçue au dehors. C’est une sorte de chambre obscure, destinée à représenter grossièrement les effets que la lumière produit sur notre organe.
- Les yeux des animaux sont conformés par la nature de mille manières appropriées aux circonstances où ils vivent. Tantôt ils sont propres à faciliter la vision au milieu de l’obscurité (ceux des chats , des oiseaux de nuit ), ou dans la profondeur des eaux (ceux des poissons) ; tantôt ils se prêtent a montrer à la fois les objets très proches et très éloignés (ceux des oiseaux de proie) ; quelquefois le globe peut se couvrir en partie d’un voile mobile qui imite une troisième paupière, etc. La description de toutes ces merveilles sortirait des limites que nous nous sommes imposées. ( V• les Traites d’Histoire naturelle. ) Ta-
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- OEUFS. 467
- OEILLETON {Agriculture). On donne ce nom aux pousses latérales qui se forment après la floraison et en automne, au collet des racines des plantes vivaces. Tantôt on s en sert pouv la reproduction des végétaux , en enlevant les- œilletons avec la bêche et les transplantant ; tantôt on les enlève pour empêcher le plan de s’étendre , pour ne pas épuiser le terrain, ou pour conserver aux fleurs leur luxe de parure, attendu que le pied souffrirait de la trop grande multiplication des tiges.
- Fr.
- OEILLETTE. Espèce d’huile qu’on retire des graines de pavot. Cette huile était autrefois regardée comme narcotique, parce qu’on la supposait à tort affectée des propriétés nuisibles de la capsule où la graine se forme. Cette erreur est maintenant reconnue, et Ton a cessé de prohiber l’huile d’œillette; elle est plus blanche, plus fluide, que celle d'olive, est moins sujette à se rancir et n’a point d’odeur. ( V. l’article Huile , T. II, page 23. ) Fr.
- OENOLOGIE ( Technologie). Le mot œnologie dérive de deux mots grecs, et signifie Y art défaire le vin. On a étendu aussi ce mot à Y art de conserver le vin. L’œnologie présente par conséquent deux parties bien distinctes , que nous aurions pu traiter à part; cependant, comme elles sont en quelque manière dépendantes l’une de l’autre, et pour éviter des répétitions , nous les réunirons, et nous les traiterons ensemble au mot Vis, auquel nous renvoyons. L.
- OEUFS {Technologie). Nous ne considérerons dans cet article que les œufs de poule, et seulement sous le rapport de leur fréquent usage comme substance alimentaire. Nous ne nous occuperons que de leur conservation, et de la manière de les faire éclore sans le secours des poules, c’est-à-dire hors des cas de l’incubation naturelle.
- t°. Conservation des œufs. Les services constans que les œufs rendent dans l’économie animale, soit sous le rapport alimentaire, soit sous le rapport hygiénique, ont excité les sa vans de tous les âges à s’occuper de la recherche des moyens, faciles et à la portée de tout le monde, de les conserver à
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- 468 ŒUFS.
- l’abri de la putréfaction et même de la fermentation. Le célèbre Réaumur, qui sentit l’avantage et l’importance de conserver pendant long- temps les œufs des poules, donna tous ses soins à cette recherche.
- Il conçut que le moyen le plus sûr pour arriver au but qu’il se proposait, consistait à couvrir toute la surface de la coquille d’une substance indissoluble par l’eau , et qui fût susceptible d’en boucher tous les pores, afin d’empêcher l’air extérieur de pénétrer dans l’intérieur, et de s’opposer à l’évaporation des liquides contenus dans la coquille. Le vernis le plus commun, une légère couche d’huile, de graisse de mouton ou de cire liquéfiées, suffisent pour les garantir de toute corruption. Des œufs qu’il avait ainsi préparés firent encore le lait au bout de six mois , et n’avaient pas le moindre mauvais goût. Cependant il fait observer que si l’on veut les conserver plus sûrement et plus long-temps , on doit choisir des œufs qui n’aient pas été fécondés, c’est-à-dire provenant de poules qui n’ont point de coq; autrement, dit-il, le germe, étouffé sous le vernis , ne manquera pas d’en corrompre une partie.
- Muschembroeck, qui s’occupa aussi du même objet, assure qu’il n’a réussi qu’en plaçant les œufs dans des vases remplis d’huile de raves, qu’ils s’y conservèrent très frais pendant l’espace de quatre années, et qu’après cette longue période, ils flattèrent encore l’odorat et le goût.
- Il est bon d’observer que, dans tous les cas, et quelque moyen que l’on emploie, il faut toujours opérer sur des œufs dit jour, parce que ceux-ci sont parfaitement pleins, tandis que les autres ont laissé suinter la matière aqueuse à travers lés pores de la coquille, et qu’alors il se forme un vide qui laisse assez d’espace rempli d’air pour que les parties intérieures puissent fermenter.
- Ces différentes manières d’interdire l’accès de l’air extérieur dans les œufs et dans tous les corps que l’on veut préserver de corruption et d’altération, expliquent en même temps,
- ajoute Réaumur, la cause qui aurait fait conserver, pendant
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- trois cents ans, trois œufs dans un mur d’église en Italie , et qu’on a trouvés après ce temps très bons et très frais. (Mémoire de l’Académie, année 1735.)
- On lit dans le T. IV de la Collection académique, partie étrangère, page 204 , la notice suivante : « On assure que les œufs pondus dans l’équinoxe ne se corrompent pas , quoique gardés pendant plus d’une année. » Thomas et Érasme Ber-tholin , tous deux médecins et savans, disent, dans les Actes de Copenhague, qu’ils en ont fait plusieurs fois l’expérience sur des œufs pondus aux environs de l’équinoxe du printemps, et ouverts plus d’une année après. »
- « Ce fait, que j’ai entendu souvent répéter par les habitans de la campagne, est facile à vérifier, en se servant d’œufs qui n’aient pas été fécondés. »
- En i8o5, Parmentier lut à l’Académie des Sciences un Mémoire très détaillé sur les œufs et sur la manière de les conserver. Selon ce savant, le moyen le plus efficace pour conserver les œufs frais serait de ne transporter que des œufs pondus par des poules qui n’auraient point eu de communication avec les coqs. Ses expériences prouvent que ces œufs, désignés sous le nom d’œujs clairs , aussi sains dans leur usage que les œufs fécondés, résistent, sans s’altérer, à une température de 32 degrés Réaumur, continuée pendant trente à quarante jours. Il cite à l’appui de son assertion le témoignage de M. Moreau , qui a certifié avoir conservé en ben état, des œufs de cette espèce , à bord, pendant 32 mois , et celui de M. Hamelen Desessarts, qui a assuré en avoir gardé dans le meilleur état pendant trois ans.
- M. Appert conserve les œufs frais pendant un temps indéfini par le procédé dont il est l’inventeur , et que voici : Plus l’œuf est frais , dit-il, plus il résiste à la chaleur du bain. On range les œufs dans les vases avec de la chapelure de pain, pour remplir les vides et empêcher qu’ils ne se cassent en se choquant les uns contre les autres. Après avoir bouché les vases hermétiquement ( V. Liège , T. XII , page 261 ), on les expose au bain de l’eau ou de la vapeur, dont on ne porte
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- la chaleur qu’à 70 degrés (Réaumur), et l’on arrête aussitôt qu’elle est parvenue à ce point. Les œufs alors se conservent très long-temps aussi frais que le premier jour qu’on les a renfermés. Lorsqu’on veut s’en servir, on les retire du vase, on les met sur le feu dans un vase rempli d’eau fraîche, qu’on chauffe jusqu’au 75e degré : on les retire, et ils se trouvent cuits à propos pour manger à la mouillette.
- En 1820, un fournisseur de la halle de Paris demanda à M. le Préfet de Police la permission de vendre , au marché, des œufs gardés depuis plus d’un an dans une composition dont il ne communiqua pas la recette. Déjà plus de trente mille œufs, ainsi conservés, avaient été livrés au commerce, sans qu’aucune plainte se fût élevée contre le fournisseur, lorsque le Conseil de Salubrité de la ville de Paris fut chargé d’examiner des échantillons de ces œufs. Ils furent trouvés presque aussi frais que s’ils étaient récens, et on ne les distinguait des œufs ordinaires que par une couche pulvérulente de carbonate de chaux, que feu Cadet-Gassicourt remarqua sur leur coquille. Cet indice le mit sur la voie du procédé de conservation, et il tenta l’expérience suivante, qui eut un plein succès.
- Le 24 novembre 1820, ce savant renferma une demi-douzaine d’œufs frais dans un bocal de verre qu’il remplit entièrement d’eau de chaux.-Le 8 septembre 1821, le Conseil de Salubrité chargea MM. Marc et Pariset de constater , avec Cadet-Gassicourt, le résultat de cet essai. Un des œufs qui, par accident, s’était fendu sans se briser tout-à-fait, était entièrement coagulé , mais né répandait aucune mauvaise odeur ; les autres :œufs étaient pleins et avaient conservé leur translucidité. Cuits pendant trois minutes dans l’eau bouillante , ils ont paru fort délicats et de très bon goût.
- Ainsi l’eau de chaux a parfaitement conservé ces œufs pendant neuf mois et demi. Il paraît que c’ést le mode que l’on emploie pour cohserver les œufs que l’on apporte à la halle de Paris.
- En 1822, on proposa dans le même but le moyen suivant.
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- )jc meilleur procédé, dit-on, pour conserver les œufs frais, consiste à enduire les œufs frais de gomme arabique dissoute dans l’eau, et de les tremper ensuite dans du charbon de bois pulvérisé et tamisé. On peut ainsi transporter avec succès les œufs d’un pays dans un autre. Ce mode de conservation a parfaitement réussi. Un Suisse , établi à Rio-Janeiro, était venu à cette époque faire des emplettes à Paris ; il prépara trois douzaines d’œufs qu’il enferma dans trois boîtes différentes , et les laissa en partant chez sa parente à Paris. Quinze mois après il revint dans cette ville ; il m’invita à déjeuner, et nous mangeâmes une douzaine de ces œufs, qui étaient excellens. Il emporta les deux autres boîtes au Brésil, où ils ont été trouvés de la meilleure qualité, environ trois ans après leur préparation.
- Des expériences récentes paraissent prouver l’utilité du chlorure de chaux liquide pour la conservation des œufs. On lit dans le London Paris Observer, du io février 1828 , les détails suivans des essais qui ont eu lieu à ce sujet.
- En septembre r 827 , l’auteur prit trois bocaux de verre, dans chacun desquels il plaça six œufs frais : le premier fut rempli de chlorure de chaux en poudre, et les œufs placés de manière à ce qu’ils nç se touchassent pas ; le second fut rempli d’une solution d’une once de chlorure de soude dans un litre d’eau ; le troisième contenait un litre d’eau tenant en solution une once de chlorure de chaux. Les vases furent bien bouchés.
- Le iq février 1828, ayant ouvert les vases et examiné les œufs , l’auteur reconnut que les diverses immersions avaient produit sur les œufs des effets très différens.
- Dans le premier, lê chlorure de chaux en poudre s’était ag-sloméré et était devenu solide comme de la craie tendre ; et il eut de la peine à détacher les œufs sans les casser. Dans chaque œuf, le jaune, quoique ayant conservé sa forme, adhéraiQàla coquille, l’albumine était assez transparente. Ces œufs, sans être malfaisans , étaient dans uu état de décomposition facile à reconnaître, qu'lies rendait improptes àla nourriture.
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- Dans le second, qui contenait la solution de chlorure de soude, on trouva les œufs totalement corrompus. Quelques instans après qu’ils avaient été' placés dans le bocal, on avait aperçu à leur surface des globules de gaz, et cependant lorsqu’on les cassa, les coquilles ne se trouvèrent ni décomposées, ni même ramollies.
- Dans le troisième, qui renfermait le chlorure de chaux liquide, les œufs furent trouvés dans un état de conservation parfaite. Ce qui rend ce résultat particulièrement remarquable , c’est que , après l’immersion et lorsque le mélange se fut clarifié par le repos, l’auteur avait reconnu qu’un des œufs était fêlé. Le jaune et l’albumine de cet œuf, lorsqu’on le sortit de la coquille , paraissaient à moitié cuits. Tous les œufs que contenait ce vase , avaient leurs surfaces recouvertes d’une légère incrustation.
- L’auteur pense qu’il serait utile de retourner de temps en temps les œufs, afin d’empêrher le jaune d’adhérer à la coquille, ce qui arrive lorsqu’on les tient long-temps dans une même position. 11 fait observer que les œufs qu’il employa à cette expérience ne provenaient pas d’une ponte récente, qu’il les avait pris au hasard dans le panier d’un marchand d’œufs.
- Le docteur HopfF vient d’éprouver en Allemagne que les œufs se conservent parfaitement dans une faible solution d’hydrochlorate de chaux. Il fit dissoudre trente grammes de ce sel dans un demi-kilogramme d’eau ; il maintint le liquide toujours au-dessus des œufs dans un lieu frais, et au bout d’une année presque complète, ils étaient aussi sains que le jour où il les y avait placés.
- 2°. Manière de faire éclore les œufs.
- Jusqu’ici on ne connaissait que deux moyens de faire éclore, les œufs fécondés, sans le secours de la poule, des dindes, des canards ou des chapons, c’est-à-dire par l’incubation naturelle. Le premier de ces moyens fut celui qui, depuis un temps immémorial, est mis en usage en Égypte ; le second e^tdû à l’ingénieux M. Bonnemain, et décrit au mot Incubation
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- artificielle ( V. T. XI, page 160). Depuis', le savant et modeste philantrope M. D’Arcet, que l’on rencontre toujours partout où il s’agit de faire quelque application utile aux Arts industriels, M. D’Arcet, dis-je , est parvenu à appliquer à l’incubation artificielle la chaleur produite par les eaux thermales.
- Ce savant, qui depuis plusieurs anne'es se rendait aux eaux de Vichy, conçut il y a deux ans la possibilité de faire éclore des œufs à la température de ces eaux , qui est à peu près constamment, en hiver, à 36° ( Réaumur). Il choisit pour le lieu de ses expériences, un corridor qui est très près de la source ; il fit établir des tablettes en bois tout le long des murs, et il y déposa des œufs fécondés, qui réussirent parfaitement bien. Quelques jours avant le moment où ils devaient éclore, il fit répandre de la nourriture sur ces tablettes, et les poulets en sortant de la coquille trouvant les alimens nécessaires à leur subsistance, grossirent à merveille sous une température appropriée à leurs besoins. On les accoutuma petit à petit à une température de moins en moins élevée, jusqu’à ce qu’ils pussent soutenir sans danger la température atmosphérique. Alors on les porta dans les fermes, où l’on acheva de les élever.
- M. D’Arcet fut visiter les eaux thermales de Chaudes— Aigues ; il s’aperçut que, dans cette petite ville, toutes les maisons, sous lesquelles on dévie pendant l’hiver les eaux thermales , jouissent, dans leurs rez-de-chaussée, d’une température constante de 3o° ( Réaumur). Il conçut que le même procédé qu’il avait employé avec succès à Vichy, serait applicable à Chaudes-Aigues ; il le conseilla à M. Felgère, qui tient les bains dans cette ville, et il réussit également bien , en suivant le même procédé que nous avons décrit précédemment.
- Ce fut pendant l’hiver de 1827 à 1828 que M. Felgère fit sa première expérience ; les deux premiers chapons qu’il fit éclore par ce procédé furent truffés et envoyés à Paris. L’un de ces chapons, que nous avons goûté, était excellent, et valait ceux du Mans.
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- Voilà donc une nouvelle industrie acquise à la France; elle est plus importante qu’elle ne peut paraître au premier aspect. Les eaux thermales se trouvent le plus souvent dans des lieux isoîe's au centre des montagnes , loin des grandes villes où l’on peut faire les approvisionnemens ne'cessaires pour le nombre de malades qui s’y rendent. Les chefs de ces établis-semens ignorant sur quel nombre de personnes ils peuvent compter , n’osent pas se charger de volailles mortes achetées au loin, de crainte que la consommation ne soit pas suffisante , et il n’est pas rare de voir que les approvisionnemens manquent dans ces re'unions.
- La température , dans les montagnes, est constamment si basse aux approches de la saison des bains, que l’incubation naturelle y est très retardée. À l’ouverture des bains, il est assez ordinaire de voir les poulets n’être pas plus gros que des allouettes, et vers la fin gros comme des cailles : on juge facilement de la quantité nécessaire pour fournir une table de 5o personnes au moins , et cette difficulté augmentait considérablement le prix de la nourriture, dans des pays où l’on vit ordinairement pour peu de chose.
- L’heureuse découverte de ce procédé a attiré l’année dernière un nombre plus considérable de baigneurs que dans les années précédentes ; on nous a assuré qu’il y en avait eu deux cents au moins de plus.
- C’est pendant l’hiver que l’incubation artificielle a lieu ; la quantité prodigieuse de poulets qu’on y fait éclore, et qu on peut augmenter à volonté, procure l’aisauce dans le pays, qui peut alimenter les villes voisines, sans nuire à la provision nécessaire pour le temps des bains , et ce travail se fait sans peines et sans soins.
- Si Vichy et Chaudes-Aigues étaient seulement à 3o lieues de Paris , ou que de bonnes routes pussent établir une communication facile entre ces villes et la capitale, cette immense cité pourrait être facilement approvisionnée, ce qui ferait prodigieusement baisser le prix de la volaille.
- Nous ne doutons pas que l’on ne mette en pratique > dans
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- les autres établissemens d’eaux thermales, dout la température est suffisamment élevée , le proce'dé de M. D’Arcet, que nous menons de décrire. L.
- OEUFS DE POISSON. On fait avec cette substance diverses compositions, dout le commerce de certains pays tire de grandes ressources , et que plusieurs peuples font servir à leur nourriture. ( V. Caviar , Esturgeon , etc. ) La multiplication des poissons serait prodigieuse, si mille ennemis ne détruisaient d’énormes quantités de ces animaux. On en a vu qui ne pesaient qu’une demi-livre et qui contenaient cent mille œufs. Une femelle d’esturgeon pondit 119 livres d’œufs, dont sept pesaient un grain, ce qui donnait 7653ooo œufs. Leenwen-hoeck en a trouvé plus de g millions dans une seule morue. 0n a calculé que si tous les œufs de hareng étaient produits sans destruction, il ne faudrait pas plus de huit ans pour combler de harengs le bassin de l’Océan. Fr.
- OFFICINE. Lieu où le pharmacien réunit, prépare et débite les médicamens que prescrivent les médecins. C’est une véritable boutique, mais qui doit être disposée de manière à ce que l’ordre et la propreté puissent y régner. Cette boutique est ordinairement garnie, dans tout son pourtour, d’armoires à hauteur d’appui, qui sont surmontées de corps de tiroirs et de rayons , où se trouvent classés, par ordre de matière, les différens médicamens simples ou composés qui constituent l’approvisionnement de l’officine. Ainsi, dans une première série de bocaux en verre , on réunit dans un même groupe tous les médicamens simples et peu usités ; et comme cet ensemble est ordinairement composé d’échantillons bien choisis , on lui donne le nom de matière médicale. On place dans des tiroirs les autres médicamens simples , qui sont d’un plus fréquent emploi. Tiennent ensuite les différentes espèces de poudres, les sels , les pastillages , les trochisques , etc., qui forment autant de différentes divisions, et qui doivent être mis les uns et les autres dans des bocaux en verre à cols droits , bien- bouchés en liège fin et garnis de cabochons en fer-blanc verni, pour garantir l’ouverture de la poussière. On
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- range dans d’autres séries, les liqueurs aromatiques ou alcooliques , telles que les vins médicinaux , les teintures ou alcoolats, les vinaigres, etc. Ces sortes de médicamens doivent être conservés dans des flacons bouchés en cristal. On place ordinairement dans le lieu le plus apparent de l’officine les électuaires , les opiats, les conserves , les pommades, les onguens, etc., parce que ces composés sont contenus dans des vases de belle faïence ou de porcelaine, de forme élégante, et revêtus de riches inscriptions. Les autres médicamens gui ne craignent point l’humidité, ou qu’on doit préserver de la lumière , se trouvent distribués dans les armoires du bas, et l’une d’elles fermant à clef doit être uniquement réservée pour y renfermer les substances vénéneuses, sous la garde spéciale du chef de l’officine.. Devant tout cet approvisionnement , sont situés des comptoirs où se font les pesées, les mixtions, les distributions , etc., et qui par conséquent doivent être garnis de poids, de balances, de mesures, de mortiers et de tous les ustensiles nécessaires aux diverses préparations qui peuvent être demandées ; et, pour que ces ustensiles n’encombrent point, ils sont ordinairement rangés sur des tablettes situées dans l’intérieur des comptoirs.
- Comme il y a un certain nombre de préparations magistrales qui exigent l’emploi du feu, il est nécessaire qu’il y ait à la portée de l’officine un petit laboratoire où l’on puisse ramollir un emplâtre , faire une infusion , etc.
- Le pharmacien étant responsable des médicamens qui sortent de son officine, ils doivent être revêtus, autant pour sa propre garantie que pour celle du malade , de son cachet ; aussi est-il indispensable qu’il y ait toujours une petite lampe allumée.
- Dans les officines bien tenues , il y a deux comptoirs particuliers , ordinairement situés à droite et à gauche de la pharmacie , où se tiennent d’un côté le chef, qui doit recevoir l’ordonnance, la coter, désigner l’élève auquel il en veut confier l’exécution, et faire les observations sur le meilleur mode qu’il croit convenable d’employer : ce chef doit avoir a
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- OIE. 477
- sa disposition les différens Codes ou Formulaires, qu’il a souvent besoin de consulter. Le comptoir de face est occupé par la personne qui est chargée de recevoir le montant fixé , ou de l’inscrire sur les livres de crédit. R.
- OGIVE ( Architecture). Yoûte gothique formée de deux arcs de cercle symétriques réunis en haut par une arête rentrante ; la coupe est un angle curviligne. Fh.
- OIE ( Agriculture). Quoique la chair de cet oiseau soit moins délicate que celle des autres animaux de basse-cour, comme il est facile à élever, que sa nourriture ne coûte presque rien, et qu’il est d’un bon produit, on le rencontre en troupes dans presque toutes les fermes. On le conduit dans les pâturages , ou sur les terres après la moisson, et il s’y nourrit des grains perdus, en même temps qu’il engraisse le sol de sa fiente.
- L’oie passe à tort pour stupide ; elle donne souvent des preuves d’une intelligence très remarquable. Celle d’Anisson du Perron , dont parle Buffon, est un exemple du singulier instinct de ces oiseaux. Chaque femelle peut couver quinze œufs; l’incubation dure trente jours. On nourrit les oisons avec de la grossière farine d’orge, avec du son et des recoupes , etc. Dès que leurs ailes commencent à se croiser, on les conduit au pâturage et dans les lieux voisins de l’eau. Lorsqu’on veut les engraisser, on leur donne une pâtée de farine d’orge, de sarrazin, de maïs, de pommes de terre, etc. : souvent même on les enferme dans des cages étroites, pour qu’ils ne puissent presque pas se mouvoir. Il faut les gorger deux ou trois fois par jour, lorsqu’on remarque que leur appé tit diminue. Le foie pèse quelquefois jusqu’à a livres ; c’est la partie la plus estimée de l’oie ; on en fait des pâtés et des mets fort délicats. La graisse de cet animal est aussi très utile pour-la cuisine, surtout dans les contrées où le beurre est rare.
- Dans les départemens méridionaux , on conserve les cuisses d’oie en les noyant dans la graisse. Comme cette chair peut ainsi résister à la putréfaction pendant une année entière , on retire de ce commerce de grands bénéfices.
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- Mais le produit le plus utile fourni par ces animaux , est la Plume. Les grandes plumes servent pour e'crire ; nous décrirons à cet article l’espèce de préparation qu’on leur fait subir pour les rendre propres à cet usage. Le duvet est employé pour faire des oreillers , des matelas, des traversins, etc. C’est en été qu’on enlève ce duvet aux oies vivantes, ou à celles qu’on vient de tuer : on le fait sécher au four pour tuer les insectes, et on le conserve dans des tonneaux, après avoir fait trois lots des plumes fines, des moyennes et des grosses. Quant aux plumes à écrire, on les arrache quand les oies commencent à entrer en mue , et on les sépare ensuite en lots de diverses grosseurs. Les plus estimées viennent de Hollande et de Westphalie.
- Ces détails suffisent pour montrer que l’éducation des oies en grand est un genre de commerce fort utile et très lucratif.
- Fr.
- OIGNON ( Agriculture). Sorte de racine arrondie, succulente , et formée de tuniques qui se recouvrent mutuellement. A la partie inférieure est un plateau d’où partent les fibres radiculaires. A proprement parler, c’est ce plateau qui constitue la racine , et le bulbe ou oignon est une masse formée par les bases des feuilles engainantes , qui s’enveloppent les unes les autres autour des tiges centrales. Beaucoup de liliacées ont un bulbe pour racine.
- Parmi les diverses espèces de plantes bulbeuses, nous distinguerons surtout l’espèce d’ail qu’on appelle plus particulièrement Oignon (allium cepa) , et qu’on cultive pour le service de la table. On en distingue plusieurs variétés : le rouge, le blanc , le jaune, le bulbifère, etc. Cette plante aime les terres légères ; les terrains trop ou trop peu humides ne lui conviennent pas, non plus que les fumiers qui ne sont pas consommés : elle atteint quelquefois un pied de diamètre, surtout dans les contrées méridionales , où il s’en fait une énorme consommation. Il y a des personnes qui aiment cette racine avec passion, et s’en nourrissent presque exclusne-ment. Les semis se font à la volée , au commencement de ié-
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- OISELEUR. 479
- Trier ; lorsque les graines ont pe'ri çà et là, on resème en mars. Dans le midi. on sème en août, on transplante en novembre, et l’on couvre le sol avec de la menue paille, pour servir d’abri contre le froid. Les jeunes plants sont vendus sous le nom de ciboule, quoiqu’ils diffèrent réellement de l’espèce ainsi appelée.
- Il faut beaucoup d’eau à l’oignon durant l’été ; on sarcle, on arrache les pieds trop voisins , pour éclaircir le plant. Quand les feuilles changent de couleur, on les tord près du collet et on les écrase légèrement, pour réunir dans le bulbe ce qui reste de force végétative. Quand les oignons sont mûrs, on les enlève de terre, et on les laisse quelques jours exposés au soleil, pour leur faire perdre l’eau surabondante. On les réunit en bottes , qu’on suspend dans un lieu sec , ou qu’on conserve au grenier.
- Les oignons tapés sont ceux dont la grosseur n’excède pas celle d’une noix ; ils sont recherchés pour certains mets : on vend ces oignons au boisseau. Le plus ordinairement la grosseur de cette racine n’excède pas 4 pouces de diamètre. On doit choisir les plus beaux oignons pour les repiquer après la récolte, ou mieux encore au printemps prochain : ces pieds sont destinés à donner la graine nécessaire pour reproduire les pieds. Les tiges sont creuses, ventrues , et sujettes à êti’e cassées par le vent; il faut donc leur choisir une localité abritée, et les soutenir par des tuteurs , ou les réunir ensemble avec des baguettes horizontales attachées aux deux bouts à des appuis fixes.
- Le suc de l’oignon excite la sécrétion des larmes, par l’huile âcre et volatile qui s’en exhale : ce suc est un puissant diurétique. L’oignon cuit est un bon maturatif. Cette racine est une nourriture saine , et presque un régal pour les gens de la campagne. On sert l’oignon sur les tables les plus délicates, soit en purée , soit comme assaisonnement d’autres mets. On le confit dans le vinaigre comme le cornichon. Fr.
- OISELEUR, OISELIER ( Technologie). Ces deux mots ne sont pas synonymes. Uoiseleur est celui qui fait son état de la
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- 48o OLÉATES.
- chasse des oiseaux de toute espèce, et qui les vend soit vivans soit morts. L’oiselier est celui dont la profession consiste à élever des oiseaux, et à les vendre ensuite lorsqu’ils sont parfaitement élevés, selon les diverses espèces. Ces deux états, qui peuvent être et qui sont souvent séparés, sont ordinairement exercés par la même personne.
- Au mot Aviceptologie ( T. II, page 382), nous avons décrit les procédés les meilleurs pour remplir les fonctions d'oiseleur. Quanta la manière d’élever les oiseaux, qui varie presque pour chaque espèce, nous ne nous en occuperons pas; cet art exigerait trop de détails, que le cadre de notre Dictionnaire ne nous permettrait pas d’entreprendre, et qui ne seraient d’aucune utilité réelle. L.
- OLÉATES {Arts chimiques). Sels résultant de la combinaison de l’acide oléique avec les bases. On doit la découverte de cet acide gras et de ses combinaisons à M. Chevreul; ce qu’il a dit de ces substances étant tout ce que l’on en sait, nous ne pouvons, aux articles Ouéates , Oléixe et Acide oléique , donner autre chose que des extraits du travail que cet habile chimiste a publié.
- On prépare les oléates de baryte, de strontiane et de chaux, en faisant bouillir les dissolutions aqueuses de ces bases avec l’acide oléique. Ces oléates , formés et refroidis, sont lavés avec de l’eau , qui ne les dissout pas ; puis, dissous dans l’alcool bouillant, d’où ils se déposent par le refroidissement.
- Les oléates de potasse , de soude et d’ammoniaque se préparent en chauffant légèrement de l’acide oléique avec un excès de ces alcalis purs et dissous dans l'eau; les oléates se déposent de l’eau-mère alcaline : on les presse dans des papiers-josepb, pour en séparer l’eau; on les dissout dans l’alcool à 0,820, qu’ensuite on évapore.
- Les oléates insolubles dans l’eau s’obtiennent par double décomposition, en mêlant les dissolutions chaudes d’un oléate alcalin, et du sulfate ou de l’hydrochlorate de la base qu on veut unir à l’acide oléique. C’est par ce mode qu’on se procure les oléates de magnésie, de chaux, de zinc, de cuivre, e
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- OLÉIQUE. 481
- cobalt, de nickel, qui sont insolubles dans l’eau. On prépare l’oléate de plomb en faisant bouillir avec de l’acide oléique un excès de sous-acétate de ce métal.
- Dans les oléates neutres, l’oxide renferme 3 parties d’oxi-gène, quantité qui est à celle de l’acide comme i est à 2,5.
- Les oléates dissous ou en suspension dans l’eau sont décomposés par les acides très solubles dans ce liquide.
- Tous les oléates alcalins sont incolores Les oléates formés avec les oxides métalliques des quatre dernières classes participent plus ou moins de la couleur des dissolutions qui ont servi à les former. Les oléates de potasse , de soude et d’ammoniaque sont les seuls solubles dans l’eau ; les autres sont plus ou moins solubles dans l’alcool. Les oléates de potasse et de soude ont une saveur amère et alcaline ; les autres oléates alcalins sont insipides. M. Chevreul pense que l’oléate d’ammoniaque pourrait être employé en Médecine. L*****r.
- OLÉINE ( Arts chimiques). Nom substitué par M. Clievreul à celui d’élàine , que primitivement il avait donné à la substance liquide des corps huileux , le mot oléine ayant une relation plus directe avec les mots oléique et oléates , ses dérivés.
- Lwwj.
- OLÉIQUE (Acide) (Arts chimiques). Un des trois acides gras contenus dans tous les savons d’huiles et de graisses. Le procédé suivant est le plus prompt pour obtenir l’acide oléique. On fait macérer à froid ioo parties de savon de graisse à base de potasse , bien sec, dans 200 parties d’alcool froid de la densité de 0,821, et l’on filtre. La matière restée sur le filtre est mise une seconde fois en macération avec une meme quantité d’alcool froid. Les deux liquides alcooliques ne contiennent que l’oléate de potasse, ou que très peu de stéarate et de margarate ; ou les fait évaporer doucement, et l’on traite de nouveau le résidu avec l’alcool froid le plus rectifie, pour ne redissoudre que l’oléate. L’oléate ainsi purifié est dissous dans l’eau et décomposé par de l’acide liydrochlo-rique ou tartrique, en quantité suffisante pour s’emparer de la potasse ; on enlève avec une pipette l’acide oléique séparé, Tome XIY. 3i
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- 48a OLÉO-SACCHARUM.
- et qui vient surnager la liqueur; on l’agite avec de l’eau cliaude pour le laver, et après l’avoir mis dans un petit vase on l’expose à une température assez basse pour que la masse se congèle. S’il contenait encore d’autres acides gras, on filtrerait de nouveau ; ce qui passerait serait l’acide oléique pm-qui est encore fluide à 4° — °- L’acide oléique bvdraté a l’aspect d’une huile incolore et une saveur rance ; sa densité est de 0,898. Exposé à uue température inférieure à celle de 4° — o , il se congèle en une masse blanche aiguillée.
- Cent parties d’acide oléique sec saturent une quantité de base qui contient 3 d’oxigène ; d’où il suit que , dans les oléates, l’oxigène de l’acide est à celui de la base comme 2,5 est à i.
- D’après l’analyse qu’en a faite M. Chevreul, l’acide oléique sec est formé :
- En volnme, de En poids, de
- Oxigène. ....... 1 ............. 7,59
- Carbone........ 14 ............. 81,52
- Hydrogène...... 23,4 ............... 11,09
- L’acide oléique est insoluble dans l’eau, très soluble dans l’alcool ; il rougit la teinture de tournesol, s’unit aux bases et forme des ole'ates ; il brûle comme l’huile ; il est décomposé par la distillation à feu nu et les acides sulfurique et nitrique concentrés. L*****b.
- GLÉO-S ACCU ARUM. Les médecins prescrivent fréquemment, soit comme médicament, soit comme aromate, des huiles essentielles dans des véhicules aqueux, et le peu d’affinité qui existe entre ces corps rend le mélange tellement imparfait, qu’il a fallu avoir recours à une sorte d’artifice pour obtenir une union plus intime. Ce moyen consiste à verser l’huile essentielle sur un riiorceau de sucre, et à le broyer ensuite pendant un certain temps, et c’est là ce qui constitue Yoléo-sacchm'um. Le sucre sert ici, non-seulement à diviser les molécules de l’essence, mais encore à former une sorte de combinaison qui se délaie facilement dans l’eau et
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- OLIVIER. 483
- l’y maintient uniformément en suspension, du moins pour tout le temps que doit durer le me'dicament. On se sert aussi de cette méthode dans l’économie domestique, pour aromatiser des liqueurs , des crèmes, du punch, etc. Ainsi, on frotte un morceau de sucre sur une écorce de citron, d’orange , ou on le broie directement avec quelques gouttes d’huile essentielle, ou bien avec de la vanille , etc. ; puis on délaie cet oléo-saccharum avec le liquide qu’on veut aromatiser. R.
- OL1BAN ou ENCENS. Gomme résine. V. Excexs. R.
- OLIVIER ( Agriculture). Cet arbre, nommé par les botanistes O le a Europcea, est l’objet d’une importante culture, à raison de l’huile qu’on retire de ses fruits. Son tronc crevassé, ses rameaux tourmentés , et son feuillage pâle et rare, en font un arbuste difforme, qui imite assez le saule. On le cultive dans les contrées méridionales , où il fleurit à la fin de mai. Il y a une multitude de variétés , qui se distinguent par quelques caractères appropriés aux lieux où ces variétés sont cultivées. La délicatesse et le parfum de l’huile, son abondance, celle des fruits , l’aptitude à résister, soit aux froids, soit à la sécheresse , etc. , telles sont les qualités qu’on recherche dans les oliviers. On trouvera, dans le Dictionnaire d’Agriculture , les noms de toutes les variétés connues, et la description des caractères qui les distinguent.
- Quoique l’olivier puisse croître loin de la mer , on a cependant remarqué qu’il prospère rarement à plus de 3o lieues du littoral. Cet arbre craint beaucoup le froid. Lorsque le thermomètre descend à 8 ou i o degrés en hiver, les branches meurent, et il faut les recéper, pour que le tronc donne de jeunes pousses : dans ce cas, les récoltes sont perdues pour plusieurs années. Les gelées tardives sent moins fortes et moins nuisibles , mais elles privent de la récolte pour un ou deux ans. Ainsi, les lieux abrités doivent être préférés pour cette culture. Cet arbre aime les sols secs et caillouteux ; on ne le multiplie guère de semences , parce qu’il est trop lent à croître; on préfère les boutures, les marcottes, les rejets
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- naturels, les éclats de racines , etc. On greffe en écusson les variétés qu’on veut perpétuer.
- Le tronc peut s’élever à 20 pieds de hauteur; mais on ne lui laisse pas cette facilité, parce que les vents auraient trop de prise , et que la récolte serait plus embarrassante à faire et moins productive : on taille donc toujours les vieilles branches. La distance entre les arbres doit être de 6 à S toises. On cultive, dans les espaces intermédiaires, des céréales ou d’autres produits. Les labours et les engrais qu’exigent ces travaux s’étendent jusqu’au pied des oliviers , ce qui suffit pour faire prospérer ces arbres.
- Il est rare que l’olivier rapporte des fruits tous les ans ; le plus souvent, sur deux années, il n’y en a qu’une seule féconde. Lorsque le fruit est arrivé à maturité, et même un peu avant ( vers le mois de novembre, en France ), il devient noirâtre , et il faut le cueillir à la main. Le plus souvent, 011 abat les olives arec des gaules, pratique très défectueuse, mais plus économique que la cueille. On treille cette récolte en séparant les olives belles et saines de celles qui sont gâtées ou tombées naturellement : celles-ci ne donnent qu’une huile médiocre , propre à l’éclairage ou à faire du savon. Les olives sont amassées dans un grenier ou sous des hangars, où elles achèvent leur maturation ; mais on doit arrêter promptement cet effet, qui n’est propre qu’à augmenter la quantité d’huile, en lui donnant un goût rance et échauffe. Souvent on laisse les fruits en tas durant un mois entier, et l’on sacrifie ainsi la qualité à l’abondance du produit. On peut regarder comme très convenable de conserver les olives en tas durant trois a quatre jours , en les aérant avec soin ; mais lorsqu’on destine l’huile à faire du savon ou à l’éclairage , il est avantageux de pousser à la quantité, en tardant le plus possible à envoyei les olives au Mouuv. Isous renvoyons à cet article et au mot Huile pour les rcnseignemens relatifs à cette fabrication.
- L’olive est détestable au goût ; elle ne paraît sur nos tables qu’après avoir subi une préparation qui lui enlève la saveur acerbe et repoussante qui lui est naturelle. On la cueille alors
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- encore verte , en octobre ou novembre, et on la met dans de grandes jattes d’eau , qu’on renouvelle durant neuf à dix jours; on sale ensuite fortement l’eau, et c’est dans cette saumure qu’on conserve les olives. Avant de saler l’eau , on baigne les olives dans une faible dissolution de potasse ou de soude rendue caustique par la chaux : on remplace ensuite cette liqueur par de la saumure. On enferme les olives dans de petits barils d’environ i à 2 litres, et on les transporte au loin. Ces fruits se conservent ainsi pendant six mois et plus.
- Quelquefois on fend l’olive pour en ôter le noyau, et l’on remplace ce noyau par un assaisonnement d’ancliois , de câpres ou de truffes. Le tout se conserve dans une bouteille qu’on remplit avec d:excellente huile : on bouche ensuite lier-me'tiquement. Il se fait un commerce très étendu d’olives , conservées de l’une ou de l’autre manière.
- Les fruits du Camélia odorijeva donnent une excellente huile, dont les Japouais font usage. On cherche maintenant à acclimater cet arbuste en Europe. Fr.
- OMBRONIÈTRE ( Arts physiques}. Instrument destiné à mesurer la quantité d’eaux pluviales. ( V. Pluie. ) Fr.
- ONCE. Ancienne mesure , qui était la seizième partie de la livre, et la huitième du marc : elle se divisait en 8 gros. L’once vaut 61,2 grammes ; 36 onces valent, à très peu près,
- 11 hectogrammes. Fr.
- ONDE, ONDULATION ( Arts physiques). Lorsqu’on excite un ébranlement à la surface d’une eau dormante, on remarque de petites vagues qui s’élèvent autour du lieu ébranlé, et qui se répandent de tous côtés. Ces vagues forment des protubérances qui s’abaissent de plus en plus à mesure qu’elles s’étendent, et se propagent avec une vitesse uniforme. Ces rides qui se forment circulairement sont ce qu’on appelle des ondesy elles s’entrecoupent à la surface sans se mêler l’une à l’autre , lorsqu’on excite à la fois des ébranlemens en plusieurs lieux.
- Un effet analogue est produit dans l’air par les corps qu’on y fait vibrer rapidement. Lorsqu’une corde élastique et tendue
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- est écartée de la direction rectiligne, elle n’y revient qu’après une multitude d’excursions , qui, transmises à l’air ambiant, y excitent des ondes. Notre oreille est sensible à ces chan-gemens successifs et rapides de densités et de mouvemens ; car les particules d’air contiguës au corps sonore participent à son mouvement vibratoire, vont et viennent avec lui, sont comprimées dans un sens et dilatées dans l’autre, puis immédiatement poussées en sens contraire : ces molécules d’air agissent de même sur celles qui les touchent, et ainsi en se propageant dans l’espace et dans tous les sens. Nous expliquons aux mots Corde et Son, comment les ondes qui sont delà sorte produites dans l’air, nous donnent la sensation qui atteste leur existence : c’est ce qu’on appelle des ondes sonores, dont la force , la vitesse et l’étendue donnent aux sous les divers caractères qui les distinguent.
- Enfin, il y a des physiciens qui pensent que les effets de la lumière sont produits de même par des ondes ; ils croient qu’il existe dans l’immensité de l’espace un fluide éthéré d’une rareté excessive ; que les molécules de ce fluide reçoivent des vibrations qui se transmettent à nos yeux par des ondulations d’une prodigieuse rapidité , et nous communiquent la sensation de l’existence des objets. Ce n’est pas ici le lieu d’examiner ce système, qui réunit en sa faveur les autorités les plus recommandables, et supporte l’épreuve des calculs. Fr.
- ONGLET ( Technologie). Ce mot a plusieurs acceptions dans les Arts industriels.
- Le Graveur et I’Orfèvre désignent sous le nom A’onglet un burin d’une forme particulière, qui leur sert dans leurs ouvrages. Il présente une surface tranchante plate, plus ou moins large , selon les circonstances.
- La brodeuse au crochet appelle onglet une espèce de dé en fer-blanc qu’elle met au bout de l’index, et qui sert à diriger, par le moyen d’une fente qui y est pratiquée , l’aiguille à crochet dont elle se sert. On lui donne le nom à’onglet, parce qu’il remplace l’ongle qu’ori aurait dû laisser croître d’une manière démesurée, afin d’atteindre le même but.
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- V
- L’Impriîiedh donne le nom d'onglet à deux pages qu’on réimprime après que l’ouvrage a été achevé, parce qu’il s’était glissé des fautes dans les autres pages qu’on avait imprimées auparavant, et que l’on supprime. Ces deux pages ou ce feuillet portent sur le recto une signature particulière, qui indique à la brocheuse ou au relieur qu’ils doivent supprimer ces deux pages dans la feuille où elles se trouvent, pour y substituer Vonglet.
- La brocheuse et le relieur donnent le même nom , et dans le même sens, à ces deux pages.
- Le Coutelier désigne par le nom d ‘‘onglet ou onglelte, une entaille qu’il fait sur la lame d’un couteau ou sur celle d’un canif, dans laquelle on place le bout de l’ongle pour sortir cette lame au dehors du manche.
- Le Menuisier , TÉbéniste , etc. , se servent du même mot pour exprimer une entaille qu’ils font sur le couvercle d’une boîte, lorsqu’il est ajusté à coulisse, afin de le tirer commodément.
- Le Menuisier, appelle assemblage à onglet, une manière d’assembler les pièces de bois, que nous avons décrite au mot Menuisier, T. XIII, page 231. L.
- ONGÜENS. Dénomination qui sert à désigner des composés médicamenteux destinés à être appliqués à l’extérieur, et qui résultent ordinairement du mélange de plusieurs substances graisseuses ou huileuses. Ces sortes de topiques doivent être d’une consistance assez molle pour qu’on puicse facilement les étendre sur les surfaces qu’on veut lubréfier ou oindre. R.
- . OPACITÉ (Artsphysiques). Particularité delà disposition des molécules de certains corps qui ne se laissent pas traverser par la lumière : c’est l’opposé de la Transparence. [V. ce mot.)
- ' Fr. :
- OPHICLÉÏDE. Nouvel instrument à vent, qui est en usage dans les grands orchestres et dans les musiques de régiment : nous le décrirons sous le titre de Serpens a clef. Fr.
- OPIATES. Dans les officines, on distinguait primitivement sous cette dénomination des especes de conserves ou élec—
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- tuaires, dans lesquels il entrait de l'opium; depuis, on'l’a étendue à d’autres médicamens de consistance de pâte molle, qui sont ge'ne'ralement composés de poudres, de pulpes, d’extraits , de miel ou de sucre. et dont l’opium ne fait pas partie. Uopiate dentifrice, que tout le monde connaît, est de ce nombre. R.
- OPIUM. On nomme ainsi dans le commerce l’extrait brut qu’on obtient du pavot blanc ( Papaver somniferum, de L.), plante que l’on cultive , principalement pour cet objet, dans tout l’Orient, en Arabie et en Perse, mais qui, dans ces diverses contre'es , fournit, soit relativement à l’influence du climat, soit par rapport au mode d’exploitation, des produits de qualités différentes , et qui ne sont pas estimés à la même valeur dans le commerce de la droguerie.
- D’après des voyageurs dignes de foi, l’opium dont on fait îe plus de cas chez les Orientaux , est celui qu’on obtient par incision des capsules mêmes du pavot. On les exploite alors qu’elles sont encore très succulentes , et avant qu’elles ne jaunissent ; c’est à cette époque de leur maturation qu’on y pratique des incisions peu profondes, d’où l’on voit découler aussitôt un suc laiteux et e'pais, d’une odeur vireuse et d’une saveur amère, qui se colore et acquiert de plus en plus de consistance par son contact avec l’air, et qui, après dix à douze heures d’exposition , se trouve entièrement solidifié. On enlève cette première récolte, et l’on procède à de nouvelles incisions, qu’on réitère ainsi jusqu’à ce qu’on ait épuisé toute la péripke'iie des capsules.
- L’opium qui se produit ainsi spontanément est très recherché des naturels , et nous n’en recevons point dans le commerce de cette première trualité, à laquelle tes Turcs donnent le nom d’ajjïon ou de mère-goutte , parcs qu’on le divise assez ordinairement par petites portions, sur des papiers légèrement huilés , où il prend, en s’étalant un peu, la formé de gouttes ou de pastillés.
- Il ne paraît cependant pas que tout cet opium de premier choix soit consommé dans le pays; du moins'on affirme gé-
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- néralement qu’une partie est réservée pour ajouter dans celui de qualité inférieure, afin de lui donner cette odeur vireuse qui forme un des caractères essentiels du bon opium. Ainsi, aussitôt que l’exploitation des capsules est terminée , 011 récolte les tiges, on les pile avec les capsules, et l’on en-extrait le suc, qu’on met à part, puis on délaie le marc dans une cei'taine quantité d’eau ; on en fait une décoction qu’on passe au travers d’un tissu serré, et cu’on soumet ensuite à une évaporation ménagée. Lorsque la décoction est réduite des deux tiers environ , on y ajoute le suc obtenu par expression, et l’on fait évaporer de nouveau jusqu’à ce qu’on ait atteint la consistance d’extrait, et c’est alors seulement qu’on y incorpore l’extrait naturel qui provient des incisions. On forme avec l’extrait ainsi préparé de petites masses arrondies, qu’on saupoudre avec des feuilles de pavot grossièrement pilées, ou avec des débris de quelques autres végétaux, et principalement des semences d’un rumex, dont on incorpore même quelquefois une assez grande quantité dans la masse ; enfin, on achève la dessiccation de cet extrait au soleil. Yoilà à- quoi se réduit ce qu’on a dit jusqu’à présent de plus raisonnable et de plus probable sur la fabrication de l’opium oriental.
- On doit choisir l’opium en petites masses bien sèches et d’une cassure nette et homogène, d’une couleur brune-rougeâtre et d’une odeur vireuse sans mélange d’empyreuine. Lorsqu’il est de bonne qualité , il se ramollit facilement en le pressant entre les doigts ; il est susceptible de s’enflammer par l’approclie d’une lumière ; mais le meilleur moyeu qu’on puisse ajouter à tous ces caractères pour s’assurer de sa qualité, c’est de déterminer, par expérience, la proportion de matière soluble qu’il contient.
- Le rang éminent où l’opium se trouve placé parmi les me— dicamens, l’a de tout temps rendu l’objet de l’attention des praticiens, et il en est un grand nombre qui en ont fait une étude spéciale , et toujours dans l’intention d’y découvrir le principe actif, que l’on a fait résider tour à tour dans des produits de nature très différente. Cependant nous n’avons
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- acqviis des données positives sur la nature de ce précieux remède, que vers i8o3, e'poque à laquelle M. Derosne, pharmacien distingue' de Paris , publia sur cet objet un excellent Mémoire, qui se trouve inséré dans le T. XLY des Annales de Chimie. Il résulte en effet de ce travail, qu’il existe dans l’opium une matière cristalline particulière , qu’on obtient facilement en abandonnant à une évaporation spontanée une macération d’opium faite à froid , mais déjà rapprochée, à l’aide d’une douce chaleur, en consistance de sirop très clair. Cette matière cristalline qui se sépare ainsi et entraîne dans sa précipitation une certaine quantité de résine brune, peut en être purifiée au moyen de nouvelles dissolutions et cristallisations , par l’intermède de l’alcool, et quand elle est entièrement débarrassée de matières étrangères , elle est parfaitement blanche, brillante et comme satinée ; elle affecte la forme de longues aiguilles ou prismes aplatis ; elle est insoluble dans l’eau pure , mais elle s’y dissout en très grande abondance au moyen de l’addition d’une petite quantité d’acide : si l’on sature cet acide, elle en est complètement précipitée et reproduite avec tous ses caractères primitifs. Cette substance remarquable jouit en outre de la propriété de se fondre sans se décomposer quand on l’expose à une chaleur modérée , mais suffisante , et de conserver après refroidissement la transparence qu’elle acquiert par la liquéfaction. Soumise à une température plus élevée, elle brûle avec flamme , répand une odeur d’aube-épine, si elle a le contact de l’air ; mais en vaisseaux clos , elle se décompose et fournit des produits azotés. Tel est l’ensemble des propriétés caractéristiques de cette substance, qui fut long-temps connue sous la dénomination de sel de Derosne. Cependant ce même auteur lui en avait assigné quelques autres, qu’il attribuait a une modification particulière. Ainsi, il avait vu qu’en ajoutant du carbonate de potasse à une solution aqueuse do-pium , on obtenait un précipité qui , traité et purifié par l’alcool bouillant, reproduisait une substance analogue à la précédente , mais qui conservait la propriété remarquable et
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- probablement dépendante, selon M. Derosne, d’un reste de l’alcali précipitant, de verdir le sirop de violettes. Ainsi, voilà une importante découverte qui a échappé, pour avoir trop compté sur une règle d’analogie ; car il est en elFet généralement vrai qu’un corps précipité par un autre en entraîne une certaine portion en combinaison ; mais cette règle n’est pas constante. M. Derosne n’eût pas dû admettre cette conclusion sans examen. Cela fait donc voir combien il est essentiel, en Chimie surtout, de ne rien admettre par analogie, et de ne regarder comme décidément vrais que les faits démontrés par l’expérience. Quoi qu’il en soit, cette découverte , qui ne semblait plus tenir qu’à un mot, a encore été amenée plus près de sa conclusion par M. Séguin, puisque ce chimiste a non-seulement vu, comme M. Derosne, que cette substance cristalline précipitée de la solution aqueuse d’opiutn par les alcalis conservait de l’ai-, calinité ; mais il a de plus observé qu’elle se dissolvait complètement dans les acides, tandis qu’elle demeurait insoluble dans les alcalis, et il en a d’ailleurs parfaitement décrit toutes les propriétés. Mais on était tellement éloigné de soupçonner à cette époque l’existence des alcalis organiques , que l’idée n’en a pas été suggérée , malgré l’évidence des faits, et il était réservé à M. Sertuerner d’apercevoir et de signaler cette importante vérité, qui est devenue l’unique source d’un grand nombre de découvertes intéressantes. C’est lui en effet qui, le premier, nous a annoncé que le principe actif de l’opium était une substance qui, bien que de nature organique , était néanmoins alcaline par elle-même ; qu’elle était susceptible de s’unir aux acides, de les saturer et de former avec eux de véri tables sels, à la manière des alcalis ordinaires , et que ce nouveau principe immédiat, qu’il a appelé morphine, était naturellement combiné à un acide auquel il a donné le nom de mèconique. Mais ce chimiste , qui venait de nous prouver combien il était essentiel dans les Sciences de se débarrasser de toute prévention pour dégager le vrai du vraisemblable, n’a pas su lui-même se défendre
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- de cette sorte d’entraînement, et en cherchant à trop généraliser sa de'couverte, il n’a voulu voir dans le sel de Derosne qu’un méconate de morphine; mais notre habile confrère était trop bon observateur pour s’ètre mépris à ce point, et il a été' facile de démontrer, par de nouvelles expériences, que cette matière cristalline qui se dépose spontanément dans les solutions concentrées d’opium , différait essentiellement de la morphine ; qu’elle ne participait ni de la nature des acides ni de celle des alcalis ; qu’elle se dissolvait à la vérité dans les acides , mais sans les saturer, et que c’était en un mot un principe particulier, auquel on a donné le nom de narcoiine. Ainsi, voilà trois corps différens bien caractérisés, qui coexistent dans l’opium, et qui en forment comme la base essentielle. On en a signalé plusieurs autres encore ; mais comme ils n’ont pas à beaucoup près le même degré d’importance, nous ne les citerons qu’après avoir tracé la marche à suivre pour séparer ces corps de l’opium, et nous commencerons par celui auquel ce précieux extrait doit ses hautes qualités médicinales , c’est-à-dire par la morphine.
- Sertuerner, en partant de l’idée que la morphine était à l’état de sel, c’est-à-dire combinée à un acide , dans l’opium, avait primitivement conseillé l’emploi de l’ammoniaque pour séparer cette nouvelle base de la solution aqueuse d’extrait d’opium. Lorsque je répétai cette expérience, je cherchai à me convaincre que l’alcali précipitant n’entrait pour rien dans l’alcalinité de la morphine, et je crus atteindre plus certainement ce but en employant une base insoluble et des moins énergiques. Je substituai donc la magnésie à l'ammoniaque, et ce changement fut ensuite généralement adopté ; mais lorsque la morphine devint un objet de plus grande consommation , les fabricans furent obligés d’avoir recours aux moyens les plus économiques et les plus expéditifs ; et, comme, sous ce double rapport, l’ammoniaque présente plus d’avantage, on en revint au procédé de Sertuerner, mais l’on y apporta quelques légères modifications. C’est ainsi que, d’après le conseil de M. Hottot, on fractionne en deux doses la proportion né-
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- eessaire (l’ammoniaque ; on commence par épuiser par des lavages réitérés, à î’eau froide, l’opium dont on veut extraire la morphine ; on réunit tous les lavages , pour les réduire environ des trois quarts par évaporation, puis on ajoute une première dose d’ammoniaque pour saturer seulement l’excès d’acide de l’opium , ce qui 11’est pas fort aisé, parce que la liqueur étant très colorée, on n’aperçoit qu’avec beaucoup de peine son action sur le papier de tournesol. Il se forme un dépôt floconneux qui ne contient pas sensiblement de morphine , et qui est presque entièrement formé d’une substance résino'ide colorante, qui était tenue eu solution à la faveur de l’excès d’acide. On passe sur une toile pour séparer le dépôt ; on .remet la solution sur le feu , et aussisôt qu’elle a atteint une pleine ébullition, on en complète la précipitation par l’addition d’une nouvelle quantité d’ammoniaque , dont on met un léger excès. L’élévation de température à laquelle on a recours pour cette précipitation procure le double avantage et de chasser le trop grand excès d’ammoniaque qu’on aurait pu mettre involontairement, et qui nuirait en retenant de la morphine dans la liqueur , et de maintenir momentanément la morphine en dissolution , de manière qu’en se déposant plus lentement à mesure du refroidissement, elle contracte une sorte de cristallisation grenue qui permet de l’isoler assez complètement, ët par simple lévigation, d’une matière plus ténue et plus floconneuse qui l’accompagne dans sa précipitation , et qui, lorsqu’on la laisse mélangée, rend sa purification beaucoup plus difficile 11 est à noter, néanmoins , que ce dépôt qu’on enlève ainsi par lévigation ne doit pas être rejeté comme inutile : il contient un peu de morphine, qu’on en sépare au moyen d’un acide très dilué. Quant au précipité grenu, qui estpresqueentièrementcomposé de morphine et d’un peu de matière colorante, on le traite d’abord à chaud par une petite portion d’alcool faible, qui dissout une grande partie de la matière colorante et assez peu de morphine. On ne filtre point cette première décoction ; il faut la laisser refroidir sur le marc , qui reprend la petite quan-
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- tité de cristaux qui peuvent se séparer par refroidissement. On décante, on lave le résidu avec de l’alcool froid, puis ou ajoute un peu de charbon animal ; on verse sur le tout de l’alcool à 4°°, et l’on fait bouillir dans un autoclave, afin d’augmenter encore l’énergie du dissolvant. Après quelques minutes d’ébullition , on laisse refroidir l’autoclave jusqu’à ce qu’on puisse l’ouvrir sans danger. On filtre dans des vases échauffés, et qu’on garantit d’un trop prompt refroidissement. La morphine cristallise abondamment, surtout dans ces premières liqueurs ; on reprend l’alcool surnageant pour faire un nouveau traitement du résidu, et l’on réitère ainsi jusqu’à ce qu’il soit entièrement épuisé. Si, au lieu de se servir du même alcool, on en reprend de nouveau, la morphine qu’on obtient est de plus en plus incolore : quant à celle du premier traitement, on est le plus ordinairement obligé de la redissoudre pour l’obtenir au degré de pureté et de blancheur que nécessite son emploi médical. En effet, la morphine, par ces solutions réitérées, se sépare non-seulement de la matière colorante qui l’accompagnait, mais aussi de la narcotine, qui, plus soluble dans l’alcool, reste dans les eaux-mères avec une portion de morphine. Pour recueillir ce qu’elles retiennent, on réunit ces eaux-mères dans un petit alambic, on les distille aux trois quarts pour en retirer l’alcool. Il se dépose par refroidissement d’abondans cristaux colorés et plus volumineux que ceux qu’on obtient primitivement : on les broie, on les mélange avec du charbon animal, et on les purifie comine la morphine brute. On procède ainsi tant qu’on peut obtenir des cristaux ; les derniers qu’on recueille de l’évaporation des eaux-mères sont plus plats , plus allongés ; ils répandent une forte odeur d’aube-épine quand on les projette sur des charbons ardens : c’est de la narcotine. Il est assez difficile d’obtenir chacun de ees deux corps parfaitement exempt de l’autre, et cette pureté absolue n’est pas de rigoureuse nécessité pour l’emploi médical. Cependant, lorsqu on veut les isoler complètement l’un de l’autre, deux moyens se présentent: ou bien il faut, comme je l’ai proposé, soumettre
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- le mélange à l’action de l’éther bouillant, qui dissout la nar— cotine sans enlever sensiblement de morphine, ou bien on devra traiter le tout, ainsi que l’a conseillé M. Pelletier, par un acide faible, puis évaporer la dissolution jusqu’à siccité , mais à une chaleur ménagée. L’excès d’acide en se dissipant abandonne la narcotine, qui, comme nous l’avons dit, n’est pas susceptible de former des sels comme la morphine. On reprend le résidu par l’eau froide , on filtre pour séparer la narcotine ; on décompose la solution par de l’ammoniaque , pour obtenir la morphine.
- En traitant l’opium par l’eau froide, une grande partie de la narcotine reste dans le marc , et pour l’en retirer, il suffit de le traiter par une eau acidulée qui favorise la solubilité de ce principe cristallin. On filtre ces solutions , on les sature par de l’ammoniaque qui précipite la narcotine unie à plusieurs autres substances ; on fait sécher ce dépôt, puis on le traite par l’alcool bouillant qui en extraitla narcotine, que l’on purifie par des solutions et cristallisations réitérées.
- Les premiers physiologistes qui ont voulu connaître l’action de la narcotine sur l’économie animale avaient conclu de leurs essais, que cette substance était la cause essentielle du narcotisme prononcé que produit l’opium brut ; mais il paraît résulter d’expériences plus récentes dues au docteur Eally, qu’elle peut être prise à très haute dose sans produire d’effets fâcheux , ou qu’elle est, pour ainsi dire , inerte. Il serait bien à désirer que l’on sût. précisément à quoi s’en tenir sur ce point essentiel, mais on ne saurait trop répéter les expériences avant de prononcer d’une manière définitive.
- On a successivement proposé plusieurs modifications au procédé de Sertuerner, pour l’extraction de la morphine, et il serait difficile et surtout beaucoup trop long de les rapporter toutes. Nous nous bornerons donc à citer celles qui ont paru le plus susceptibles de fixer l’attention. De ce nombre se trouve la proposition faite par M. Dublanc jeune, qui s’est beaucoup occupé, et avec succès, de l’étude des produits de l’opium : cette modification consiste à ajouter un peu d’acide
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- acétique dans les derniers lavages aqueux , afin de faciliter !a dissolution des dernières portions de morphine. A la vérité on dissout en même temps la narcotine, mais on a, pour la séparer, les moyens que nous avons indiqués ci-dessus. M. Du-blanc conseille de poursuivre les lavages acidulés jusqu’à ce qu’ils ne précipitent plus par la teinture de noix de galle, signe certain qu’ils ne contiennent plus de morphine.
- Cette addition d’acide paraîtrait peu fondée si elle n’était justifiée par l’expérience ; car on a admis, avec M. Sertuerner, que la morphine était naturellement combinée dans l’opium avec un acide qui s’y trouve même en excès, et dès lors à quoi bon en ajouter? Cependant, il est constant que les acides favorisent singulièrement la solubilité des bases organiques, et c’est ce qui résulte bien évidemment de l’excellent procédé que nous devons à M. Henry fils , pour l’extraction de la quinine. Aussi en a-t-on conclu, avec grande probabilité, que ces Hases étaient engagées dans les végétaux différemment qu’on ne l’avait supposé d’abord, et que, selon toute apparence, elles s’v trouvaient combinées avec certains corps résineux colorans, ou autres , qui en déterminaient l’insolubilité, et qu’il ne fallait rien moins que des acides assez énergiques pour les entraîner dans les véhicules aqueux.
- C’est encore en s’appuyant sur ces données , que M. GuiUer-mond, pharmacien de Lyon, a proposé de traiter l’opium immédiatement par l’alcool qui dissout complètement la combinaison naturelle de la morphine, et il ajoute de l’ammoniaque dans les teintures alcooliques , comme cela se pratique pour les teintures aqueuses. La morphine se sépare également en cristaux grenus qui ont besoin d’être purifiés. M. Guiller-mond assure que ce procédé, que l’on trouve détaillé dans le Journal de Pharmacie, 1828, est plus expéditif et d’un meilleur produit. Kous l’avons répété, mais nous n’y avons pas retrouvé des avantages assez marqués pour abandonner la méthode suivie jusqu’alors.
- Plus récemment, M. Blondeau, pharmacien de Paris, a proposé un procédé qui lui a fourni ues résultats beaucoup
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- plus avantageux que les prëcédens, et qui consiste à soumettre l’opium à une fermentation alcoolique, en le délayant dans de l’eau mielle'e à laquelle on ajoute ensuite un peu de levure ; on place ce mélange dans une étuve convenablement chauffée. M. Blondeau pense détruire, par ce moyen, la plupart des corps qui sont unis ou mélangés à la morphine, et nuisent à son extraction. Lorsque la fermentation est achevée, on filtre la liqueur, on précipite par l’ammoniaque, on reprend le dépôt par de l’acide muriatique affaibli ; on filtre de nouveau, on évapore ; on fait cristalliser le muriate de morphine; on le recueille sur une toile serrée, on soumet à la presse pour enlever les eaux-mères ; on délaie le muriate dans une très petite quantité d’eau froide, et l’on met une deuxième fois à la presse. On réunit ces eaux de lavage aux premières eaux-mères, et l’on soumet le tout à une nouvelle évaporation pour obtenir une deuxième levée de cristaux, et ainsi de suite. On réunit ensuite tout le muriate lavé , on y ajoute un peu de noir d’os, et l’on fait dissoudre à chaud, puis on filtre, et l’on évapore. Le muriate ainsi purifié est blanc, et il suffit, pour en obtenir la morphine, de le dissoudre encore une fois dans l’eau, et d’y ajouter un peu d’ammoniaque.
- - On voit que cette manière d’opérer a pour but principal d’éviter l’emploi de l’alcool ; mais reste à savoir si l’économie que l’on y trouve sous ce rapport n’est pas compensée et au-delà par le long temps que toutes ces manipulations nécessitent. Il est à présumer, selon nous , qu’il serait plus avantageux, si réellement la fermentation produit les bons effets que l’on annonce, de ne pas transformer la morphine brute en muriate, mais de la traiter immédiatement par l’alcool comme on le fait dans le procédé ordinaire, ce qui abrégerait beaucoup. Au reste , c’est à l’expérience à prononcer sur le mérite de toutes ces variantes qui n’ont point encore été sanctionnéespar l’usage.
- On a long - temps admis que le pavot que l’on cultive en France pour obtenir l’huile connue sous le nom d’huile blanche ou d’huile d’œillette, qu’on retire de ses semences, ne contenait pas sensiblement de morphine, ou du moins en quantité Toîie XIV.
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- si minime, que le produit qu’on obtiendrait serait fort éloigné de compenser les frais. Nous devons à M. Tilloy , habile pharmacien de Dijon , un procède' ( F. Journal de Pharmacie, T. XIII, 1827 ) au moyen duquel on peut extraire avec économie la morphine contenue dans les capsules de cette variété de pavot, et en proportion fort supérieure à ce qu’or> avait généralement supposé ; à tel point, qu’il y aurait avantage à traiter comparativement avec l’opium d’Orient les capsules du pavot indigène, pour en extraire cet alcali organique, et d’autant qu’on ne fait aucun usage de ces capsules. Voici sommairement en quoi consiste ce procédé.
- On commence par faire un extrait aqueux, puis on traite cet extrait par de l’alcool qui n’en dissout qu’une partie; ou décante, on filtre et l’on distille. On évapore le résidu de' l’alambic jusqu’à consistance de mélasse, et ou le reprend par de nouvel alcool. Cette fois on sépare, outre de la matière gommeuse, comme dans le premier traitement, beaucoup de nitrate de potasse. On distille de nouveau, pour retirer l’alcool, et le résidu desséehé est encore repris par l’eau. On filtre, pour séparer la matière résinoïde qui avait été entraînée par l’alcool. Le liquide obtenu contient beaucoup d’acide acétique libre; on sature par du carbonate de magnésie, et quand il n’y a plus d’effervescence, on ajoute de la magnésie caustique; il se dégage de l’ammoniaque, et la morphine se précipite. Après vingt-quatre heures de repos, on filtre, on lave le précipité, 011 le fait sécher, et on le traite à la manière ordinaire par l’alcool.
- On voit que les mauvais résultats obtenus par tous ceux qui ont précédé M. Tilloy dans ce genre de recherches, tenaient à ce que, dans les capsules du pavot indigène, la morphine s’y trouve relativement en moindre proportion que clans l’opium, et que de plus elle y est masquée par de la gomme, du nitrate de potasse, de la résine, et probablement par plusieurs autres corps qui s’y rencontrent plus abondamment, et qu’on parvient néanmoins à éliminer au moyen des uaitemens successifs par l’eau et par l’alcool. 11 est à pre-
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- sumcr que ce mode de traitement, appliqué à d’autres cas analogues, procurerait également de grandes améliorations dans ces sortes d’exploitations.
- Avant qu’on eût acquis des données aussi positives sur la nature de l’opium, les praticiens avaient cherché à en séparer par différens procédés la partie vireuse, à laquelle ils attribuaient les propriétés narcotiques que produit l’opium brut, quand on l’administre à l’intérieur. Comme la plupart d’entre eux attribuaient ces qualités fâcheuses à la matière huileuse ou résinoïde de l’opium , les diverses méthodes proposées avaient pour but principal d’en éliminer cette portion. Telle était celle proposée par Josse, et qui consistait à malaxer l’opium brut sous un très petit filet d’eau froide, ce qui revient à le délayer dans une grande quantité de ce véhicule ; parce qu’on est obligé, pour enlever toutes les parties solubles, de continuer ce lavage pendant un temps fort long. Ou n’obtenait ainsi, et précisément en raison de cette grande masse d’eau, que les parties les plus solubles dans ce liquide; car il n’est pas toujours vrai de dire qu’on entraînera d’autant plus de particules en dissolution, qu’on emploiera davantage de dissolvant. Il est certains corps, surtout parmi les composés organiques, qui se dissolvent à la faveur les uns des autres, lorsqu’on les délaie dans une petite quantité de véhicule. Ainsi, pour le cas actuel, les matières gommeuse , extractive, etc., entraînent de la résine si l’on emploie peu d’eau ; mais en étendant davantage, l’influence de ces corps plus solubles cesse de s’exercer, et il se fait un dépôt. On a de fréquens exemples de ce genre dans la Chimie organique. On obtient donc, par le procédé de Josse, un extrait assez bien dépouillé de résine, en soumettant ces lavages aqueux à une évaporation bien ménagée, surtout si Ton a soin , comme le recommandent quelques praticiens , de suspendre l’évaporation de temps à autre , pour séparer ensuite par filtration les portions insolubles qui se déposent. On se rappelle que c’était en procédant ainsi que M Derosne isolait sa matière cristalline , appelée aujourd’hui narcoline.
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- Ce qu’on nomme, dans les officines, extrait gommeux d’opium, se préparé à très peu près par cette me'thode; seulement, au lieu d’avoir recours à cet interminable lavage, on délaie l’opium brut immédiatement dans l’eau froide.
- Il a été bien reconnu que ces extraits aqueux n’avaient pas les mêmes inconvéniens, sous le rapport du narcotisme, que l’opium brut ; mais on n’a pas également constaté quelle en était la cause. Il est bien certain cependant que la partie résineuse n’entre plus qu’en très petite proportion dans ces extraits; mais il est d’autres préparations dont les effets, sous ce point de vue, sont encore plus tranchés, et dans lesquelles il ne semble pas que la résine soit exclue. Telle es t celle si justement célèbre dont nous devons la recette à l’abbé Rousseau, et qui consiste à soumettre l’opium brut à une fermentation spiritueuse en le délayant dans de l’eau miellée , et exposant ce mélange à une température d’étuve. Il est hors de doute que quelques-uns des principes de l’opium sont détruits par cette opération ; mais il est peu probable que ce soit la résine, du moins à en juger par les propriétés de ses analogues ; et comme d’ailleurs il se produit de l’alcool par la fermentation , il est à présumer qu’une partie de la résine doit être retenue dans cette liqueur vineuse. On prescrit, à la vérité, delà soumettre à la distillation ; mais on recommande aussi de réunir la liqueur spiritueuse au résidu. Ainsi, il devient donc assez vraisemblable qu’une grande partie de la résine y reste, et cependant lorsque cette préparation est fidèlement exécutée d’après la véritable recette de l’abbé Rousseau, c’est sans contredit la plus sédative de toutes.
- Quelques auteurs ont aussi fait résider la propriété vireuse et narcotique de l’opium dans une huile essentielle , et ils y étaient en quelque sorte autorisés par l’odeur stupéfiante que l’opium brut porte avec lui ; mais il est à présumer que cette huile essentielle doit se retrouver dans le produit de la distillation du laudanum de Rousseau qu’on prescrit d’y conserver. Il y a plus, c’est que quelques célèbres praticiens ont prétendu que ce produit de la distillation possédait lui-même des pro-
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- priétés très calmantes, et l’on en a vu plusieurs le prescrire sous le nom de gouttes blanches de Rousseau. Si toutes ces assertions sont fondées, il faut nécessairement en conclure, ou que nous ne connaissons pas tous les élémens de l’opium, ou que quelques unes de leurs propriétés n’ont point encore été assez appréciées. Il est à remarquer néanmoins que les préparations d’opium les moins narcotiques sont aussi les moins odorantes. Au reste, il pavait assez certain que la morphine, dans laquelle on fait résider toutes les qualités sédatives de l’opium , ne possède cependant pas toute l’énergie d’action que l’on devrait y supposer d’après la proportion que cet extrait en contient ; ainsi on est obligé généralement d’en employer proportionnellement plus que d’opium pour obtenir les mêmes effets. Peut-être ne retire-t-on pas toute la morphine contenue dans l’opium.
- A l’époque où l’on attribuait la propriété de l’opium à la narcotine , j’avais proposé de purifier l’extrait gommeux en le faisant macérer pendant plusieurs jours dans de l’éther, et ayant soin d’agiter fréquemment. Cet extrait ainsi privé de narcotine a paru à plusieurs praticiens beaucoup plus sédatif que l’extrait ordinaire, et j’ai entendu affirmer à l’un d’eux qu’il en avait obtenu les résultats les plus avantageux chez un malade qui ne pouvait supporter les moindres quantités d’extrait aqueux ordinaire. Il se pourrait que l’éther enlevât autre chose que de la narcotine ; c’est ce qui reste à examiner.
- Parmi les élémens de l’opium, l’acide méconique est un des mieux connus, après ceux que nous venons de décrire; mais, comme il offre un bien moindre intérêt, nous n’y insisterons pas autant. La découverte en a été faite, comme nous l’avons dit, par Sertuerner; mais il en a à peine déterminé les principaux caractères Le procédé d’extraction de la morphine par l’ammoniaque ofFre peu de facilités pour l’isolement de cet acide, parce qu’il reste en combinaison dans les eaux-mères, et qu’il y est mélangé à un grand nombre d’autres substances ; néanmoins on prescrit de le précipiter à
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- l’état de méconate de baryte, au moyen de l’addition d’une solution de nitrate ou de muriate de baryte ; mais comme il existe dans l’opium, d’après M. Derosne, d’assez grandes proportions de sulfate de potasse et de sulfate de chaux, il en résulte que le méconate de baryte, qui se précipite, se trouve mélangé de beaucoup de sulfate de baryte •, et comme d’ailleurs le méconate de baryte ne jouit pas d’une grande insolubilité , il s’ensuit qu’on n’en obtient réellement que fort peu par ce moyen. Pour extraire l’acide méconique du méconate de baryte, on le décompose par la méthode usitée dans tous les cas analogues, en le traitant par une proportion suffisante d’acide sulfurique pur.
- Quand on se sert de la magnésie pour l’extraction de la morphine, l’obtention de l’acide méconique est plus aisée, parce qu’il est entraîné en précipitation avec la morphine, et à l’état desous-méconate de magnésie avec grand excès de base. Lorsqu’on a épuisé, au moyen de l’alcool, le précipité magnésien de toute la morphine qu’il peut contenir, on le reprend par de l’acide sulfurique étendu, et l’on en ajoute jusqu’à ce qu’il cesse de se saturer ; aussitôt qu’il y a excès, on filtre pour séparer la liqueur qui ne contient que du sulfate de magnésie, et après avoir lavé le restant du dépôt avec un peu d’eau, on le reprend par une nouvelle quantité d’acide sulfurique étendu, et mis en assez grande proportion cette fois pour dissoudre complètement le sel magnésien. On filtre, on évapore convenablement, et l’on obtient par refroidissement de petits cristaux d’acide méconique brut qui sont grenus et grisâtres. On les sépare par le filtre, on les mélange avec un peu de noir d’os, et on les dissout de nouveau dans de l’eau bouillante ; ou filtre, et l’on obtient par refroidissement des cristaux aiguillés et souvent groupés en barbes de plumes , quelquefois blancs et d’autres fois d’un rouge rosé. Le moyen le plus certain de l’obtenir parfaitement pur est de le sublimer, mais l’on eu perd beaucoup.
- L’acide méconique sublimé est en longues aiguilles blanches; sa saveur acide est franche et agréable; il est soluble dans 1 eau
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- et dans l’alcool; sa propriété la plus caractéristique est de déterminer une couleur rouge de sang dans les solutions, même très étendues, de muriate de fer au maximum.
- Plusieurs autres substances ont encore été signalées dans l’opium. M. Derosne y a retrouvé de la résine, une huile Tireuse très colorée, des sulfates de chaux et de potasse, de l’alumine, de l’oxide de fer, etc. M. Séguin y a démontré en outre la présence de l’acide acétique, d’un principe amer soluble, qui ne précipite par aucun réactif, d’une substance amilacée, etc. J’en ai retiré, en le traitant par l’éther, une matière glutineuse et élastique qu’on peut comparer au caout-chouc; enfin, il est à présumer que cet extrait, si compliqué dans sa composition, est encore fort éloigné d’être bien connu.
- Chacun sait que l’opium est un des médicamens les plus précieux que nous possédions ; c’est le calmant par excellence-, il forme la base fondamentale de tous les remèdes anti-spasmodiques, et l’on est obligé d’y avoir recours dans presque toutes les affections nerveuses.
- Les Orientaux en font un usage journalier , mais sous un autre rapport; ils le prennent à plus haute dose, afin d’en obtenir cette sorte d’ivresse ou de délire qui les excite à la gaieté et leur fait méconnaître les dangers; mais une fois ce premier effet produit, ils tombent dans un accablement qui est toujours suivi de faiblesse et d’ennui, dont ils ne se délivrent qu’en prenant une nouvelle dose d’opium, ou en buvant du café.
- Les Chinois le fument en le mélangeant avec du tabac ; mais on assure qu’avant de l’employer, ils le dépouillent de son principe vireux en le soumettant à une légère torréfaction, après lui avoir fait subir une nouvelle solution et évaporation lente. Us reprennent par l’eau l’opium torréfié, et ils l’évaporent encore une fois, mais à grand feu d’abord, puis en modérant la chaleur ils en font un extrait mou. On prétend que l’opium purifié par cette méthode est moins nuisible, et l’on donne pour preuve le témoignage
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- de Marsden, observateur très judicieux, qui affirme avoir vu des Malais qui ne pouvaient rester un jour sans fumer de l’opium-,-et qui néanmoins jouissaient d’une très bonne santé ; tandis que, d’après le rapport de quelques autres voyageurs dignes de foi, ceux qui font abus de l’opium dans la Turquie et la Perse conservent, hors l’instant du délire, un état de stupeur de corps et d’esprit qui les rend comme des brutes. R.
- OPTICIEN (Artsphysiques). C’est l’artiste qui exécute les instrumens propres à aider la vue, tels que les Lunettes d’approche, lunettes terrestres et astronomiques, besicles, Microscopes, Télescopes, Loupes, Chambres claires et obscures, Miroirs optiques , etc., en un mot tous les appareils usités en Optique. On étend même cette profession jusqu’aux personnes qui font ou vendent les instrumens d’Arpentage, de Physique , de Géométrie , etc. Comme chacun de ces appareils fait le sujet d’un article spécial, nous y renvoyons. (V. les articles déjà cités, et les suivans : Baromètre , Thermomètre, Électricité, Cercle répétiteur, Sextant , Machines physiques, Goniomètre, etc.) Fr.
- OPTIQUE (Arts physiques). C’est ainsi qu’on appelle la science qui a pour objet d’étudier les effets de la lumière, dans toutes les conditions où elle agit sur notre organe : on la divise en deux sections.
- La première, appelée catcp trique, traite de la lumière réfléchie à la surface deg corps. Ici se placent les Miroirs concaves et convexes, les Télescopes de réflexion , la coloration des surfaces extérieures , etc.
- La seconde, nommée Dioptriqüe , considère les effets de la lumière après qu’elle a traversé les corps transparens , la Rétraction simple ou double, la polarisation ; cette partie étudie les effets des Lunettes pour rapprocher ou grossir les corps , les Microscopes , les Loupes , les besicles, etc. ; la dispersion ou coloration de la lumière transmise , Vachromatisme ou reproduction de la lumière blanche ; enfin , la coloration provenue des lames très minces.
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- Comme tous ces sujets n’ont d’importance pour nous, en ce qui concerne notre Dictionnaire, qu’au tant qu’ils reçoivent des applications dans les Arts, nous ne nous étendrons pas ici sur des généralités déjà exposées ailleurs , pour ne pas faire de répétitions superflues. Nous renverrons donc nos lecteurs à chacun des sujets particuliers qui font l’objet des produits de l’industrie, et qui sont traités dans des articles spéciaux. Fr.
- FIN- DU QUATORZIÈME VOLUME.
- ERRATA des Tomes X, XII et XIII.
- Tome X.
- Page 2S4, ligne 24, Arts de calcul, ajoutez PI. 8.
- Tome XII.
- 385, 1, elle l’est de 21000, lisez elle est délitée de 2100a
- 488, fi en remontant, PI. 14, lisez PI. i5.
- 25, PI. 14, lisez PI. i5.
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