Dictionnaire technologique ou nouveau dictionnaire universel des arts et métiers
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- DICTIONNAIRE
- TECHNOLOGIQUE,
- OU
- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS.
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- IMPRIMERIE DE HEZARD-COURCIER,
- rue du Jardinet, n° 12.
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- DICTIONNAIRE
- TECHNOLOGIQUE,
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- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS,
- ET DE L’ÉCONOMIE INDUSTRIELLE ET COMMERCIALE; PAR UNE SOCIÉTÉ DE SA VANS ET D’ARTISTES.
- Qui pourrait assigner en terme à la perfectibilité humaine?
- TOME DIX-SEPTIÈME.
- PARIS,
- THOMINE, LIBRAIRE, RUE DE LA HARPE, N« 88-
- 1830
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- TECHNOLOGIQUE,
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- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS.
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- POSTE , POSTILLON. Les postes sont des relais de chevaux établis de distance en distance, à l’usage des courriers qui portent les lettres et des voyageurs qui consentent à payer le prix réglé par les ordonnances. On attribue cette invention à Cyrus, cinq cents ans avant notre ère. Les empereurs romains avaient aussi établi un système de postes ; et Charlemagne a imité quelque chose de cette institution, qui d’ailleurs était bien éloignée d’ètre ce que nous la voyons de nos jours. A proprement parler, c’est Louis XI qui renouvela en France 1 usage des postes : deux cent trente courriers, à ses gages, portaient sans cesse ses ordres, en se servant des relais de poste qu’il entretenait en certains lieux ; les particuliers pouvaient aussi courir avec ces chevaux, en payant 10 sous par cheval, pour chaque espace de 4 lieues. Cette institution fut long-temps inconnue dans les pays étrangers , si ce n’est au Japon et en Chine, où elle existe de temps immémorial.
- Quoi qu’il en soit, la poste, telle quelle est aujourd’hui Tome XVII.
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- 3 POSTE, POSTILLON,
- en France, est une des plus belles administrations qui existent. La promptitude des transports , la sûreté des communications , l’exactitude du service , font de cette branche du fisc une des plus utiles et des plus lucratives entreprises du Gouvernement. La direction en est toujours confiée à un magistrat recommandable par son mérite ; et quelques abus qui se glissent toujours dans les meilleures choses, quelques infidélités privées , enfin, quelques mesures ministérielles qui ont violé la foi publique , ne doivent être considérés que comme des maux passagers ; et l’institution des postes, telle que nous la voyons perfectionnée en France, est assurément une des plus utiles attributions du Gouvernement, et une des mieux réglées.
- La distance qu’on appelle lieue de poste est composée de 2000 toises, ou 4 kilomètres : la poste est formée de i de ces lieues. Ordinairement les relais, appelés postes, sont écartés lps uns des autres d’une à deux postes, plus ou moins. Ces relais sont la propriété de particuliers qu’on appelle maîtres de poste, qui s’engagent à fournir le public de chevaux, à toute heure de jour et de nuit, et en tout temps, moyennant le prix de i^,5o par cheval et par poste.
- On changej à chaque relai, de chevaux et de postillon , et l’on paie la course. L’administration règle , par une ordonnance , le nombre de chevaux qui doivent être attelés aux voitures , suivant leur forme et leur charge. Ainsi deux chevaux suffisent pour un cabriolet ou. une chaise à deux roues et un brancard. On met un cheval de plus pour chaque voyageur au-delà de deux. Dans de certaines localités, où la route est plus difficile à parcourir, on autorise le maître de poste à atteler un cheval de plus, aux frais des voyageurs ; mais le plus souvent ceux-ci conviennent, par économie, de n’en faire atteler que deux, qu’ils paient à raison de i fr. par poste, au lieu de i-f,5o. t
- Un postillon peut soigner cinq chevaux à l’écurie. Lorsque quatre chevaux sont attelés à une voiture, il faut deux postillons pour les conduire : un seul suffit pour deux ou trois
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- POSTE, POSTILLON. 3
- chevaux. Le postillon monte un de ces chevaux, qu’il appelle porteur : celui qui est entre les brancards est le maillet.
- II ne revient, en toute rigueur, que 15 sous par poste au postillon ; mais on lui en donne au moins le double, excepté dans les cas où Ton est mécontent de son service. Comme ces hommes font un métier très rude et sont exposés à toutes les inclémences des saisons , il n’est pas rare qu’ils aient des façons brusques et impertinentes, qu’ils soient ivres, etc. Le maître de poste doit avoir un registre où les voyageurs inscrivent leurs sujets de plainte ; des inspecteurs qui lisent ces registres de temps à autre sont chargés de faire rendre justice aux voyageurs. Au reste, si le métier de postillon est pénible, il est fort lucratif -, l’administration donne de petites pensions à ceux dont les longs services ont été satisfaisans. Ces hommes font une sorte de régiment, soumis à des règles, ayant ses droits , etc.
- Lorsqu’on voyage, il n’est pas nécessaire de se munir de monnaie pour payer les appoints ; on donne au postillon, ou plus , ou moins qu’il n’est dû, quand la course est faite , et on lui dit, en présence de son successeur : tant de payé, ou tant à rapporter; et c’est lui qui paie ou reçoit l’appoint, en faisant le compte de son camarade. Par exemple, si l’on doit 6f,5o, et qu’on paie 20 fr. , on dit : i3f,5o sont payés; et si Ton doit au contraire 24 fr-, on dit : 4 fr. à rapporter.
- L’administration publie chaque année un livre de poste, où elle indique les règlemens qu’il est utile aux voyageurs de connaître ; les noms des stations ou relais de chaque route; les distances qui séparent ces relais, évaluées en postes; les usages ou concessions de troisième cheval en certains lieux, etc. Les voyageurs peuvent difficilement se passer de ce livre • ils doivent en outre être pourvus d’un passeport et d’un permis de courir la poste. A leur départ, ils font prévenir le maître de poste du lieu , de l’heure à laquelle les chevaux leur sont nécessaires, et celui-ci les leur envoie sous la conduite du postillon.
- La difficulté dès passages dans les mes des grandes villes, le
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- 4 POSTE. POSTILLON.
- temps qu’on perd à aller chercher les voyageurs, etc., sont les motifs qui ont détermine' à établir ce qu’on appelle des postes doubles en ces lieux. Ce titre donne droit au maître de poste de recevoir le prix d’une poste en sus de la distance parcourue.. Il est même défendu aux voyageurs de se soustraire à cette dette, en se faisant conduire par des chevaux pris ailleurs qu’à la poste. La double poste est due au maître dont les chevaux ont amené le voyageur dans la ville, et aussi à celui qui l’en fait sortir. Paris, Lyon Bordeaux , etc., sont des postes de ce genre.
- L’administration des postes se charge aussi du transport des lettres , moyennant un prix déterminé par la loi. Comme la connaissance des principales dispositions de cette loi est utile au commerce', nous les rapporterons ici.
- Il existe à Paris douze bureaux d’arrondissement, outre l’administration générale de la rue J.-J. Rousseau. Ces bureaux marquent les lettres d’un timbre portant la date du jour où elles y sont déposées. Un aufre timbre indique l’heure et le signe du bureau qui en est dépositaire. Voici les noms des bureaux et leurs signes :
- A, rue EenoirSoinc-Honoré^
- B, — <lesTourné*les, n° 5s;
- C, — du Grand-Chantier, n° r ;
- D, Bergère, n° i i ;
- E, — (de la Madeleine;
- E, — de Verneuii, n° 2g;
- G, — de Condé, n°a4i
- Ainsi, quand les timbres d’une lettre portent g décembre 1829, D 71M, cela signifie que la lettre a été mise au bureau de la rue Bergère à 7 heures du matin, le 9 décembre 1829 Ces timbres ont l’avantage de donner à la lettre une date authentique, et d’apprendre à la personne qui la reçoit, s’il y a eu retard dans le transport.
- 11 y a deux cents boîtes , situées en différentes rues ; les levées de ces boîtes se font à toutes les heures de numéros
- H, rue des Fo.ssés-Saznt-Vietor^
- J, — "Vivienne, n° j;
- Gbambre des Pairs, rue de Yauiû-rard, n° ig ;
- Chambre des Députés, palais Bourbon ;
- La Cour, place du Carrousel.
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- POSTE, POSTILLON. 5
- impairs, 7,9,1:...; une demi-lieure après , «lies ont lieu dans les bureaux, et doivent être rendues à domicile au plus deux heures après celle de la levée. Les lettres qui viennent des départemens sont distribuées à 9 heures , 11 heures et 1 heure de jour : celles qui sont destinées aux départemens doivent être mises aux boîtes avant 3 heures, aux bureaux avant 3 et demie , et à la grande poste avant 5 heures.
- Il y a douze grands courriers qui, tous les jours, partent à 6 heures du soir de l’hôtel rue J.-J. Rousseau ( le dimanche, le départ a lieu à 5 heures). Ces courriers sont ceux de .Besançon , Bordeaux , Brest, Calais , Caen , Lille , Lyon (parla Bourgogne ), Mézières, Moulin, Nantes, Strasbourg ( par Metz ), et Toulouse. De ces villes partent d’autres courriers particuliers, qui vont, dans divers sens, porter les dépêches aux lieux situés dans leur circonscription ; de manière que, chaque jour, les lettres de Paris arrivent dans toutes les communes de France. Mais ces petits courriers font le service à cheval, ou n’ont, le plus souvent, pas d’autre voiture qu’une patache ; ou bien ce service est fait par quelque entreprise de messagerie particulière. De même les lettres doivent partir tous les jours pour Paris de toutes les communes. C’est vers 3 à 5 heures du matin que les douze grands courriers arrivent à l’hôtel, et les heures du départ des douze grandes villes et de leur circonscription sont combinées pour ce but, en prenant un peu de latitude , pour prévoir les aecidens possibles sur la route.
- Le courrier porte les dépêches dans une voiture divisée en deux caisses : l’une où l’on enferme les dépêches, et dont il n’a pas la clef ; cette caisse n’est ouverte qu’en certaines villes; l’autre où sont placés trois voyageurs, outre celui qui est dans le cabriolet à côté du courrier.
- Les dépêches sont enveloppées dans des paquets, dont chacun porte en titre le nom de la ville à laquelle il est destiné. Le courrier remet ce paquet au directeur de la poste du lieu, qui en donne reçu, en indiquant l’heure de la remise. Tout le travail est préparé à Paris, savoir : le classe-
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- 6 POSTE, POSTILLON,
- ment par lieux,.la taxation, la mise en paquets, etc. On remet au courrier les petits paquets qu’il doit distribuer sur sa route près de Paris : dans les grandes villes , le directeur ouvre le magasin, eu retire le paquet qui est pour lui, et livre au courrier les paquets de la route qu’il va parcourir, jusqu’à la ville voisine. Ces paquets, réunis ensemble par une corde qui les enfile, et classés par ordre de distribution, sont momentanément placés dans le cabriolet, pour que le courrier les donne à chaque bureau , sans avoir besoin de lire la suscription du paquet, sans perdre un seul moment, et pendant le temps du relai. Il doit faire , en général, 3 lieues de poste par heure, relais et montagnes compris ; du moins sauf les accidens.
- Les quatre voyageurs prennent place dans la voiture selon leur rang d’inscription, et après avoir payé le prix de la place; ce prix est calculé sur le taux de if,5o par poste. Ils ne peuvent s’arrêter nulle part, pas même un seul moment, excepté aux lieux où le courrier est arrêté pour son service. Le magasin porte gratuitement les effets, pourvu que le poids n’excède pas 3,5 kilogrammes par voyageur. La voiture est assez commode. Cette manière de voyager rapidement n’est guère plus coûteuse que celle des diligences, et convient beaucoup aux personnes qui n’ont pas de temps à perdre.
- Voici les prix du transport des lettres. On se ressouviendra que le kilomètre est un quart de lieue de poste, ou 5oo toises.
- Pour les lettres simples, du poids de moins de 7 grammes et demi, jusqu’à 4° kilomètres inclusivement__ 2 décimes.
- de 4° hilom. à 80................. 3
- de 80 à i5o................. 4
- de i5o à 220................. 5
- de 220 à 3oo................. 6
- de 3oo à 4oo................. 7
- de 400 à 5oo................ 8
- de 5oo à 600................. 9
- de 600 à 75o................ 10
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- POTASSE. 7
- de 75o kiloin. à goo............... 11 décimes.
- au-dessus de goo ..................... 12
- Quand le poids de la lettre est d’au moins 7 grammes et demi, on la pèse , et la taxation se fait par cette règle :
- De 7 grammes et demi à 10 exclusivement, on ajoute la moitié du port en sus ;
- de 10 à i5 gramm. exclusivem., on double le port ;
- de i5 à 20 2 fois et demi ;
- de 20 à 25 3 fois;
- de 25 à 3o 3 fois et demi ;
- de 3o à 35 4 fois ;
- et ainsi de suite. Fr.
- POTASSE. La potasse , dans l’acception la plus générale, est ce composé alcalin qu’on obtient dans son état brut, en incinérant la plupart des végétaux , et qu’on emploie tel dans un grand nombre de fabrications différentes , mais qui a besoin , pour plusieurs autres, de subir une purification plus ou moins complète.
- On prévoit, d’après cela, que nous aurons à examiner, dans ses diverses modifications, ce produit important', devenu aujourd’hui l’objet d’une immense consommation : mais nous devons, avant tout, indiquer les moyens mis en usage pour l’obtenir.
- On trouve dans le commerce un grand nombre d’espèces de potasses , qu’on distingue entre elles par les noms des pays où elles sont fabriquées. Les principales sont celles dites d Amérique, de Russie, de Pologne, de Trêves, de Toscane, des Vosges, etc. A chacune de ces espèces correspondent plusieurs variétés , dont nous ne manquerons point de faire mention. Toutes ces potasses , quelles qu’elles soient, s’obtiennent, à de légères différences p^ès , de la même manière. Il suffira de donner un exemple de cette fabrication, pour servir de type à toutes les autres , et nous citerons , de préférence, celui fourni par Gray, qui paraît avoir eu des renseignemens assez précis à cet égard. Voici la description
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- 8 POTASSE.
- du procédé suivi en Suède, telle qu’on la trouve dans la traduction française de son Traité de Chimie appliquée aux Arts.
- « On fabrique beaucoup de potasse en Russie, en Suède, » et dans quelques autres contrées du Nord.
- » Le Smaland et les autres parties de la Suède possèdent » une grande quantité de forêts de hêtre, à défaut duquel » ils emploient l’aune. Leshabitans choisissent de préférence » les vieux arbres et ceux qui se meurent ; ils les coupent en » bûches, les empilent pour les réduire en cendres , ce qui se » fait sur le sol même des forêts, et à un feu lent. Us » séparent avec soin les cendres des parties étrangères , du » charbon, par exemple, qui pourraient s’y trouver mêlées ; » cette opération prend le nom de raclage ( rahing ) ; ils les » transportent ensuite dans une hutte bâtie dans le bois tout » exprès, jusqu’à ce qu’il y en ait une quantité suffisante. » Alors ils choisissent un lieu convenable pour eu faire une » espèce de pâte, en les détrempant avec de l’eau, qu’on » y introduit petit à petit, de la même manière et avec « les mêmes instrumens qu’on emploie pour faire du mortier » avec de l’argile et de la chaux. Cela fait, ils forment sur le » sol un lit de pins verts ou de bois de sapin , qu’on plâtre » et qu’on recouvre de ce mortier de cendres ; par-dessus » cette couche de cendres , on en forme une autre de bois, » ayant soin que les bûches croisent les premières à angle » droit. On plâtre ce second lit de bois, comme on l’a fait » pour le premier, et après l’avoir recouvert d’une couche » de cendres, on met encore du bois , puis de la cendre, » et ainsi de suite, jusqu’à ce que la provision de cendres soit » épuisée. Lapileatteintalorssouventjusqu’àlahauteur d’une » maison. L’édifice ainsi construit, on y met le feu avec du » bois, et Ton accélère la combustion par tous les moyens » possibles ; on alimente le feu de temps en temps, jusqu’à » ce que les cendres soient rouges , comme liquéfiées, et » qu’elles coulent à travers le feu. Arrivé à ce point, les ou-» vriers , armés de perches, jettent la pile en bas avec autant » de célérité qu’ils le peuvent, et pendant que les cendres
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- » sont encore toutes chaudes et en fusion, ils les battent avec « de gros bâtons ronds et flexibles, pre'pare's pour cet usage, » et incrustant les bûches de ces cendres ; elles forment » ainsi des masses solides aussi dures que la pierre, lorsque » l’opération qu’ils appellent walla ou apprêt a été bien >, faite. Enfin , on enlève le sel ainsi préparé , en grattant » les bûches avec des instrumens de fer, et on le vend pour » de la potasse. Il est d’une couleur foncée bleuâtre , assez » semblable aux scories de fer, mêlé çà et là d’un sel hlanc-» verdâtre.
- » Toute la potasse qui nous vient de Russie, de Suède et » de Dantzick est préparée de cette manière. On s’accorde ce— » pendant généralement à donner la préférence à celle de Rus-» sie, qui contient une bien plus grande quantité d’alcali. Il » est clair que, si au lieu d’eau pure, on employait de la lessive » pour faire la pâte de cendres, cette pâte en serait d’au-» tant plus forte. C’est probablement ce qu’on fait en Russie, » où d’ailleurs le bois peùt en outre être de meilleure qua-» lité pour l’objet qu’on se propose ici. »
- Quelque bonnes que soient les cendres provenant de ces combustions , il n’est guère à présumer qu’elles soient assez riches en alcali pour être livrées comme potasses ; car il en est dans le nombre qui sont presque entièrement solubles dans l’eau, ce qui n’arrive presque jamais pour les cendres. Il est donc probable que là, comme dans d’autres contrées, on lessive ces cendres pour en isoler la partie soluble, qu’on obtient ensuite par évaporation des lessives, ainsi que nous l’expliquerons plus bas.
- On peut croire que, dans ces grandes exploitations , les diverses espèces d’arbres ou de plantes sont prises sans choix -; cependant toutes ne sont pas également susceptibles de fournil-un alcali ni aussi abondant ni aussi pur. Plusieurs auteurs se sont occupés de l’étude de cette question, qui prend un haut degré d’intérêt pour les contrées peu boisées , et où il importe beaucoup de n’employer à cette fabrication que les végétaux les plus riches en alcali, ou bien encore ceux qui sont les moins convenables pour les constrnctions , et qui s’opposent,
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- dans les forêts, à la crue des bons : tels sont les trembles, les saules, les bouleaux, les troènes et les bois à demi morts, connus sous le nom d'arbres couronnés. 11 est d’ailleurs d’observation que les jeunes pousses des arbres , les arbustes ou les plantes vertes, fournissent, par l’incinération, des cendres plus riches en alcali que la partie ligneuse des grands arbres. Nous relaterons , dans cet article , des résultats assez nombreux d’expériences faites dans ce but, et que nous devons principalement à MM. Pertuis, Yauquelin, D’Areet, Ber-thier, etc.
- A une époque où le territoire de la France se trouvait envahi ou menacé, et que, privé de toutes denrées étrangères , le Gouvernement était contraint de puiser toutes ses ressources dans le pays même , on fit beaucoup d’essais pour connaître les'meilleurs moyens de se procurer, à peu de frais , la potasse nécessaire à la fabrication du salpêtre, dont la consommation était immense alors. Il fut ordonné à notre célèbre Yauquelin d’entreprendre , conjointement avec Trus-son, pharmacien à Paris, une série de recherches sur cet objet. Le Comité de Salut public fit publier ce travail en 1794? sous le titre d’ Instruction sur la combustion des végétaux, la fabrication du salin, de la cendre gravelée, et sur la manière de saturer les eaux salpétrées. On en a publié un extrait dans le T. XIX des Annales de Chimie.
- M. Pertuis, ingénieur militaire, fit insérer dans ce même volume un Mémoire sur les moyens de multiplier la fabrication de la potasse en France. On trouve, dans l’un et l’autre de ces ouvrages , d’utiles renseignemens , mais trop étendus pour que nous puissions les rapporter dans leur entier. Il est d’ailleurs à regretter que les nombreux résultats consignés par M. Pertuis n’aboutissent qu’à connaître les quantités relatives de cendres fournies par chaque espèce de végétal. Sur soixante qu’il a soumis à l’incinération, les cendres de huit seulementjont été lessivées. JA la vérité , M. Pertuis prétend qu’en général les végétaux donnent d’autant plus de salin, qu’ils produisent plus de cendres, ce qui est loin d’être dé-
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- POTASSE. 11
- montré ; et en serait-il ainsi, qu'on n’en pourrait rien conclure pour la richesse alcaline , car les salins sont très variables dans leur composition. Toutefois, voici quels sont ces résultats, que M. Pertuis a mis en parallèle avec ceux publiés , quelques années auparavant, par la régie des poudres et salpêtres.
- Tableau du produit en cendres et en salin des arbres forestiers brûlés par la régie. (Pour ioo livres.)
- NOMS DES VÉGÉTAUX. PRODUIT EX CENDRES. PRODUIT 1 EX SALIN.
- Chêne. liv» onc• gros grains. i 5 5 3 i 3 6 4 i i » 33 » 9 2 62 liv onc• gros grains* » 2 3 5o n i l 45 a 2 )) 4 J> 2 » 51
- Tremble....... .......
- Charme................
- "Hêtre
- Total
- 4 4 6 3o | » 8 » 6
- Produit moyen d’un chuintai de bois
- 11 1 43 » 2 » I
- Tableau des produits en cendres et en salin de huit espèces de plantes incinérées par M. Pertuis. (Pour 100 livres.)
- NOMS DES VÉGÉTAUX. PRODUIT EX CENDRES. PRODUIT EX S ALIX.
- Ortie commune. ....... liv• Onc• gros grains liv* onc* gros grains*
- 10 IO !> 3) 2 8 33 33
- Chardon commun 4 i) 5 36 33 8 4 61
- Fougère des bois 5 33 I 33 33 10 3> Q
- Chardon des srrains IO 8 » >3 I i5 3 5i
- Glayeul à larges feuilles. 4 4 I 4° » 12 6 3o
- —— àfeuillesétroites. 2 i5 4 33 3) 6 5 32
- Grand jonc de rivière.... 3 i3 5 24 33 I I 4 36
- Jonc à plumasseau 4 5 3 33 0) S I 3
- Total 45 IO 2 2S S I 2 23
- Produit moyen pour un quintal de ces plantes.. 5 11 2 22 I 33 I 23
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- i2 POTASSE.
- M. Berthier a publie un Mémoire intitule' Analyse des cendres de diverses especes de bois. bous en extrairons les résultats suivans , les seuls qui puissent intéresser sous le point (1e vue qui nous occupe dans cet article.
- NOMS des COMBUSTIBLES EMPLOYÉS- Quantités de cendres produites. Produî parties Salin. t de 1000 de cendr. Matières insolubl. LIEUX D’ORIGINE.
- i. Bois de charme » 0,189 o.Sir Departement de la jXièvre.
- 2. Charbon id. 0,0260 0,172 0,589 0,820 Département de la Somme.
- 3. —— de hêtre o,o3oo o,o33o 0,160 Id.
- 4« de chêne 0, i5o o,845 Id.
- ,5. JBois de chêne O,025o 0,120 0,880 Départ, du Lot, près Cahot;
- 6. Ecorce id. 0,0600 0,15o 0,750 Département de l’Ailier.
- 7. Bois de tilleul o,o5oo 0,108 0.892 Seine-et-iV]arne, à Nemours.
- 8. de Sainte-Lucie... 5,0l60 0,1C0 o,84° là., id.
- q. _ sureau à grapp. o,or64 o,3r5 o,8G5 Idid.
- 10. d’arbre de Judée.. 0,0170 0,190 r 0,8l0 Id., id.
- rr. de noisetier 0,0167 0,254 Jd., id.
- 12. de mûrier delà Ct. 0,189 o,8n h., id.
- i3. — de mûrier blanc... OjOIÔO 0,15o 0,800 Id. id.
- 14. id. 0,200 0,700 Bouches*du-tth., près d’Aii
- 15. d’oranger... 16. de chêne blanc..,. 0,096 0,904 0,925 id.
- 0,070 id.
- 18. de bouleau 0,0100 0, 0,160 » 0,840 Forêt d'Orléans.
- iq. — de faux ébe'nier... 0,0125 o,3io o,685 Paris , près le Luxembourg.
- 20. Charbon de châtaignier. <V-46 o,854 Isère, près d'Ailevard.
- 2ï. — d’aune 0, t8S 0,812 u., id.
- 22. de sapin 0,257 ' 0,7^3 Id., id.
- 23. Bois de sapin. o,oo83 o,5oo ! o.ooo Norwège.
- 24. Charbon de pin 0,0124 o,i36i o,8G4 Basses-Alpes.
- 2S. Paille de froment °j°44° 0,090! o,8ro o,o*4?.; o,q5S Seinr-et-M-, près deLSemonn
- 26. Fanes de pommes de terre. 0,t5oo Id., id.
- 27. Tanaisie 28. Racines de tabac O.2Q0 | 0,710 i i Id , id.
- 0, T 20 Envoyées de £>amt-Màlo.
- Si les expériences de M. Pertuis sont exactes, il en résulterait donc que, terme moyen, et en négligeant les fractions, les huit plantes citées fourniraient cinq fois plus de cendres et huit fois plus de salin que les quatre espèces d’arbres sur lesquelles
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- la régie a fait opérer ; encore serait-il à observer , selon cet ingénieur, que ces plantes n’avaient point été soumises au même degré de dessiccation que les bois employés par la régie. M. Pertuis allègue encore beaucoup d’autres raisons qui militent en faveur de ses expériences. Ainsi il fait observer, avec raison , que non-seulement la récolte des plantes est moins dispendieuse que l’exploitation des bois , puisqu’elle peut être faite par des femmes ou des enfans , mais encore que cette fabrication ne porte que sur des végétaux inutiles ou nuisibles ; car quel parti peut-on tirer des orties , des chardons , des ronces , des épines , des genêts, des tiges de blé noir, de fèves de marais, de millet, d’artichaud, de choux, des feuilles d’arbres, des fruits du marronnier d’Inde, de tiges de pommes de terre, et de tant de mauvaises herbes qui, en général, donnent d’excellentes cendres et en grande proportion. En somme, il conclut de toutes ses expériences :
- . i°. Que les arbustes et les remanans produisent trois fois, et les plantes cinq fois plus de cendres que la pile des arbres forestiers ;
- 2°. Que la pile des arbres produit moins de cendres que les branches, et celles-ci moins que les feuilles ;
- 3°. Que les plantes brûlées à leur point de maturité produisent plus de cendres que les mêmes plantes brûlées avant on après leur maturité.
- La combustion des végétaux qu’on destine à la fabrication de la potasse ne saurait offrir de difficulté, et les précautions à prendre se réduisent :
- i°. A opérer sur les lieux mêmes de la récolte, pour éviter les frais de transport, et à choisir de préférence un temps calme, dans la crainte que les cendres ne puissent être emportées par les vents ;
- 2°. A établir les foyers sur un terrain assez solide et bien battu, pour qu’il ne puisse facilement se délayer et se mêler aux- cendres ;
- 3°. A environner chaque foyer d’un fossé de 6 pouces de
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- profondeur et de 2 pieds de largeur au moins, et à éviter le trop grand voisinage des plantations, dans la crainte de les incendier.
- Ces dispositions étant prises, il ne s’agit plus que d’opérer la combustion le plus promptement et le plus également possible ; et pour y bien réussir, on a soin de ne pas mettre de trop grandes masses de plantes à la fois , et de bien les débarrasser préalablement de toute la terre à laquelle elles pouvaient être mélangées ; d’alimenter le foyer au fur et à mesure du besoin; de ramener de temps à autre dans le centre du foyer les débris les plus grossiers pour en achever la combustion , en leur donnant le contact simultané de l’air et de la chaleur. Lorsque tout est réduit en cendres , comme elles ne pourraient que s’altérer par les pluies ou les vents, on les enlève encore en feu, pour les transporter sous des hangars, où Ton en achève la calcination.
- L’opération une fois terminée, on passe les cendres dans un crible, pour en séparer les parties qui auraient pu échapper à la combustion, et le charbon qu’on èn extrait est mis de côté pour de nouvelles calcinations.
- Quelques auteurs pensent qu’il est bien plus avantageux d’opérer la combustion des végétaux en vaisseaux clos, et Landmark affirme avoir obtenu 5 livres de cendres d’une quantité de bouleau brûlé dans un foyer fermé, tandis que le même poids n’en avait donné que 2 à l’air libre. Gray prétend que c’est à cause de cela qu’on a adopté l’usage des fours ou des fosses pour ces combustions. Il est bien difficile de prévoir la cause d’une différence aussi tranchée, à moins qu’on ait négligé la précaution de choisir un temps calme. Il serait donc bien à désirer qu’on répétât ces expériences.
- Lorsqu’on a réuni une assez grande provision de cendres, on les soumet à la lixiviation , en suivant la même marche que celle déjà tracée dans un de nos préce'dens articles, pour les matériaux salpêtres. ( V. Nitrate de potasse, T. XIVJ page 35g. ) A mesure qu’on obtient des lessives assez conc'en*-trées pour qu’elles marquent de to à 12 degrés à l’aréomètre,.
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- on les fait évaporer dans des chaudières de fonte , ou mieux dans des chaudières en tôle, du moins pour le commencement de la concentration. On proportionne le nombre et la dimension des vases évaporatoires à la quantité de lessive qu’on peut préparer chaque jour, et il est essentiel de consacrer un de ces vases uniquement à la dessiccation des lessives , lorsqu’elles ont à peu près acquis la consistance de miel ; et tout l’appareil doit être combine' de manière à ce qu’on puisse également alimenter les vases évaporatoires et la chaudière à dessiccation. Mais il est bien entendu qu’on ne doit réunir dans celle-ci que la quantité de produit nécessaire pour que la dessiccation puisse s’en opérer facilement, ce qui exige un vase d’une capacité assez grande , parce que la matière, sur la fin de la concentration , se tuméfie beaucoup, et qu’il faut l’agiter sans cesse avec une spatule en fer; et lorsqu’elle entre dans une sorte de fusion tranquille, on diminue la chaleur, et l’on continue d’agiter pour granuler le produit à mesure qu’il se concrète. Aussitôt qu’une venue est terminée , on en met une autre en train. Telle est la méthode adoptée dans plusieurs pays pour obtenir ce qu’on nomme le salin, qui se compose, comme l’on voit, de la réunion de tous les produits solubles que les cendres contiennent. Ou retire, terme moyen, io livres de salin de ioo livres de bonnes cendres.
- Le salin ne diffère de la potasse que par une plus forte proportion d’eau, et par la présence d’un reste de matière extractive qui a échappé à la combustion ; de là vient la nécessité de le soumettre à une nouvelle calcination, pour chasser l’eau et brûler les substances organiques qu’il renferme. Cette dernière opération se pratique habituellement dans des fours à réverbère dont la-sole a environ io à 12 pieds de long, sur 4 à 5 de large ; la voûte est très surbaissée , et n’a pas plus de 18 à 20 pouces d’élévation au centre de la courbe. On brasse fréquemment la matière, au moyen de ringards en fer, et lorsqu’elle commence à se réduire en pâte, et qu’on n’y remarque plus de taches noires, on la retire par l’une des
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- ouvertures, et l’on en enfourne une nouvelle.charge par l’ouverture oppose'e.
- Les plus belles potasses sont parfaitement blanches ; on leur donne le nom de perlasse, d’une expression anglaise pearl ashes, qui signifie cendres perlées. Ces qualite'snous viennent habituellement d’Ame'rique ; mais elles sont rarement de cette blancheur : la plupart sont colorées, au moins partiellement , en bleu-verdâtre, en rouge, en jaune , etc. -, et chaque espèce a pour ainsi dire sa nuance particulière, qui forme un de ses caractères distinctifs propre à en faire reconnaître l’origine, mais qui est tout-à-fait nul pour en apprécier la qualité', qui ne peut s’e'valuer avec précision que par les moyens qui ont e'te' de'crits au mot Alcalimètre. Nous devons avertir nos lecteurs que depuis la publication de cet article, M. Gav-Lussac a fait paraître, dans le T. XLII des Annales de Physique et de Chimie , un Me'moire sur le même objet, dans le but d’ajouter à cette méthode rationnelle tous les perfeçtionnemens dont elle était susceptible. L’innovation la plus remarquable qu’ait introduite cet illustre savant consiste à substituer, au poids de 5 grammes pris arbitrairement par Descroizilles, pour la potasse, celui de 4^,807 qui représente la proportion d’alcali pur que peuvent exactement saturer 5 grammes d’acide sulfurique à 66 degrés, quantité qui forme comme l’unité de la liqueur alcalimétrique ; en telle sorte que si la potasse soumise à l’essai était parfaitement pure , elle absorberait complètement les 100 parties que contient l’al-calimètre, et que si elle renferme 20 pour 100 de matières étrangères , la saturation n’en exigera que 80 parties. Ainsi, le titre de la potasse fait connaître immédiatement la proportion d’alcali pur qu’elle contient, et ce renseignement peut être très précieux dans une infinité de circonstances.
- L’introduction dans le commerce d’une méthode exacte d’évaluation pour un produit aussi employé que la potasse est un exemple trop heureux pour qu’on ne le mette pas à profit. C’est à notre célèbre Yauquelin , dont les Sciences déploreront long-temps la perte irréparable, qü’on en doit la
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- première idée. Ge fat lai qui, dès 1807, eut recours aux acides comme le moyen le plus précis de connaître la valeur intrinsèque des potasses, et l’on trouve dans son Mémoire (Annales de Chimie , T. XL ) un tableau qui exprime les quantités relatives d’acide qu’exigent les principales espèces de potasses du commerce, et les proportions d’alcali réel qui y correspondent. Yauquelin se servait, pour ces essais, d’acide nitrique pur et un peu affaibli, marquant 20 degrés à l’aréomètre de Baumé, ou d’une densité de 1165, l’eau étant 1000. Il a aussi déterminé les quantités de sulfate et de muriate de potasse qu’elles contiennent habituellement. Nous rapporterons ici le tableau dans lequel tous ces résultats ont été consignés.
- Analyses des principales espèces de potasses du commerce, par Vauquelin.
- NOMS DES POTASSES. :* Quantité employée , iiSs parties. Potasse réelle. Sulfate de potasse. Muriate de potasse. Résidu insolu- ble. Acide carbon. et eau.
- Potasse de Russie 7p 65 5 56 254
- (l’Amériqne 857 20 2 us
- g — - perlasse 754 80 4 6 3o8
- 1 — de Trêves 7^ itto 44 24 199
- | de Dantzick 6o3 i5 2 !4 70 3o4
- | des Vosges 444 148 5io 34 3o4
- Vauquelin fait remarquer que plus les potasses contiennent de sels étrangers , et plus leur solution offre de densité, tout étant égal d’ailleurs.
- Il est à observer que toutes ces évaluations ont été rapportées à la potasse à l’alcool, prise pour alcali pur, et sans avoir égard à la proportion d’eau qu’elle contient. Les quantités de potasse réelle sont donc portées à un taux trop élevé. Il est d’ailleurs certain que les proportions relatives des di-Tome XVII.
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- verses substances qui constituent une même espèce de potasse sont loin d’être constantes : elles varient non-seulement pour chaque espèce différente, mais encore dans une même espèce.
- M. D’Arcet a donne', dans un Mémoire inséré dans le T. LXXIX des Annales , les titres alcalimétriques de plusieurs espèces de cendres.
- Résultats moyens de plusieurs essais faits sur 100 grammes de cendres.
- Céndres de bois pelard............................. io°4o
- -------de charbon de bois brûlé dans un fourneau
- de coupelle............................. u, 6
- -------de bois neuf brûlé dans une chemin, ordin. 8,ig
- -------de bois flotté id. 4*35
- -------de fougère id. i,85
- -------de côtes de tabac préparé et encore humide.. 2,85
- -------de mottes à brûler.......................... o
- --------de tartre rouge.......................... 17,8
- --------de tartre blanc........................... 20,35
- --------de crème de tartre........................ 25
- -------d’un mélange de deux parties de tartre et
- d’un de nitre........................... 5i
- -------d’un mélange de parties égales de tartre et
- de nitre................................ 60
- Le même chimiste a obtenu , de la combustion de 100 kilogrammes de marrons d’Inde avec leurs capsules et bien séchés , 3s,485 de cendres , et de potasse à 65 degrés de
- l’alcalimètre.
- Bien que les caractères extérieurs des potasses ne servent tout au plus qu’à en faire connaître l’origine , nous les indiquerons cependant comme pouvant être utiles dans quelques circonstances.
- La potasse d’Amérique , qui en général est l’espèce la plus riche en alcali, est ordinairement expédiée en masses assez volumineuses très dures et d’une cassure nette, présentant
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- dans sa cassure tantôt une contexture grenue et une couleur d'un gris cendré qui lui donne à peu près l’aspect du grès ordinaire ; d’autres fois la couleur est d’un blanc mat, ou rougeâtre , ou verdâtre ; quelquefois aussi, elle a une teinte d’un rouge violacé ; sa saveur est une des plus caustiques , et elle attire puissamment l’humidité de l’air, et se transforme bientôt, par son contact, en une pâte jaunâtre plus ou moins consistante, suivant la durée du séjour.
- Cette espèce nous est ordinairement expédiée en barils de chêne, qui en contiennent de a à 3oo kilogrammes. On en distingue dans le commerce trois sortes.
- Première sorte. Elle est en morceaux entiers légèrement colorés ; l’intérieur est d’une couleur rouge , quelquefois jaspée de bleu ou de vert. Il y a quelques morceaux blancs qui présentent une cassure raboteuse et inégale ; les autres sont d’une cassure nette ; son titre alcalimétrique est ordinairement de 54 à 58 degrés.
- Deuxieme sorte. La couleur des morceaux est, en général, plus variée et plus foncée; on remarque à leur surface une espèce de croûte blanchâtre de peu d’épaisseur, qui se détache assez facilement par le frottement, et forme comme une espèce de poussière : elle présente d’ailleurs les mêmes accidens de cassure que la sorte précédente; son titre va de 48 à 5a degrés.
- Troisième sorte. Les morceaux en sont durs, la couleur foncée et les nuances très variables ; la cassure est nette, la saveur un peu moins caustique que celle des précédentes. Cette sorte passe pour contenir une plus grande quantité de sulfures; son titre varie depuis 20 jusqu’à !\i degrés.
- Potasse perlasse de New-Yorck. Cette espèce est en petits fragmens irréguliers, inégaux, très blancs et quelquefois légèrement azurés; elle n’a point de causticité , et elle se réduit facilement en poudre. On en reconnaît trois sortes :
- La iTe, titre de 55 à 6o° ;
- La 2e, de 25 à 45°;
- La 3e, de 25 à 4°°-
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- Elle nous est expédie'e en tonneaux de 200 à 200 kilogrammes.
- Potasse de Saint-Pétersbourg. Elle nous vient de Casan : les morceaux en sont petits, irréguliers et d’un blanc-bleuâtre. On l’expe'die en fûts de bois de peuplier de forme allongée, qui contiennent de 35o à 36o kilogrammes ; son titre est de 54 à 55 degrés.
- Potasse de Pologne. Ordinairement sous forme pulvéru-lente, de couleur blanche un peu azurée; s’expédie en tonneaux assez semblables aux précédens ; elle est un peu plus riche en alcali; elle porte de 55 à 60 degrés.
- Potasse de Riga. Cette qualité est en petits grains arrondis assez durs, d’une couleur blanche-bleuâtre ; absorbe assez promptement l’humidité de l’atmosphère ; son degré varie depuis 3o jusqu’à 5o degrés. On la reçoit aussi en tonneaux allongés, comme pour la potasse de Saint-Pétersbourg.
- Potasse de Toscane. On reçoit cette potasse en masses petites et irrégulières , quelquefois même en poudre assez fine, mais ordinairement mélangée de morceaux durs, qui paraissent avoir subi une forte calcination. Elle est expédiée en barriques de bois de chêne, reliées de six cercles plats ; sur l’un des fonds est inscrit le mot potasse. On en distingue trois variétés :
- ire, blanche; elle porté de 5o à 55 degrés ;
- 2e, grise; un peu plus riche en alcali; elle titre de 55 à 60 degrés ; les morceaux en sont moins durs ;
- 3e, bleue; en morceaux plus durs; d’une nuance bleue claire ; son titre est de 5o à 55 degrés.
- On en reçoit, mais plus rarement, d’une teinte violette, qui est d’un titre plus élevé que toutes les autres ; elle porte ordinairement de 60 à 63 degrés.
- On reçoit en outre, dans le commerce, sous le nom de cendres gravelèes, une autre espèce de potasse, qui provient de la combustion des lies de vin et des rafles de raisin. Cette qualité a long-temps passé pour la meilleure ; et, en effet, quand elle est bien fabriquée, ce qui arrive très rarement maintenant, elle contient fort peu de substances étran-
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- gères. Aussi la trouve-t-on prescrite de préférence dans une foule de recettes anciennes, et plus particulièrement pour la teinture.
- La bonne cendre gravelée doit être blanche, ou parsemée çà et là de taches bleuâtres ou verdâtres, en petites masses à demi fondues; elle imprime sur la langue une sënsation vive et même brûlante ; et, ce qui en distingue surtout la bonne qualité', c’est sa dissolution facile et presque complète dans l’eau. Malheureusement elle possède bien rarement ces caractères , parce que la cupidité , et peut-être plus encore la nécessité de livrer ce produit à bas prix, détermine les fabricans à y ajouter des substances étrangères qui en augmentent le poids et en diminuent les bonnes qualités. ( V. Cendres gra-velées.)
- On trouve en outre, dans le commerce, ce qu’on appelle la potasse <1 Amérique factice. Elle est ordinairement en morceaux assez gros et très durs , d’un blanc sale et laiteux à l’extérieur, d’une teinte rougeâtre à l’intérieur ; sa cassure est d’un grain assez fin , quelquefois rabotteux , et offrant çà et là quelques cavités.
- Cette espèce se fabrique de toutes pièces, et doit son alcalinité à de la soude, et non à de la potasse ; ce qui ne saurait nuire dans certains cas où cette fraude a eu pour heureux résultat de vaincre le préjugé qui s’opposait, mal à propos, à l’emploi de la soude ; mais ce qui peut être très préjudiciable dans d’autres. Ainsi, il est fort indifférent, pour les blanchisseries, que la lessive soit à base de potasse ou de soude ; mais il n’en est point de même pour la fabrication du savon , car celui qu’on fait avec de la potasse ne ressemble en rien à celui qu’on obtient avec la soude. Il est donc bien essentiel de savoir distinguer ces deux bases l’une de l’autre : or, voici les meilleurs moyens que nous fournit la Chimie.
- i°. Une dissolution concentrée et filtrée de potasse , exposée au contact de l’air, se conserve presque indéfiniment dans son état de liquidité.
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- La dissolution de soude, au contraire , pre'sente, au bout de peu de jours, de gros cristaux rhomboïdaux et transpa-rens, peu consistans et faciles à reconnaître pour du sel de soude.
- 2°. Quelques gouttes de chlorure de platine, versées dans une solution de potasse, y déterminent un abondant précipité grenu, d’une couleur jaune-serin.
- Le même réactif, mis en contact avec la soude, n’y produit aucun changement, à moins qu’elle ne contienne quelques portions de potasse.
- 3°. Une dissolution de potasse , qu’on sature par de l’acide sulfurique, donne, au moyen de l’évaporation et du refroidissement , de petits cristaux durs et grenus , peu solubles et de saveur amère ; séchés et projetés sur les charbons ar-dens, ils décrépitent.
- Une dissolution de soude traitée de la même manière donne de gros cristaux prismatiques, transparens, striés, friables, très solubles , saveur fraîche et un peu amère, susceptibles de s’effleurir au contact de l’air sec, et de se fondre dans leur eau de cristallisation , quand on les projette sur les charbons ardens.
- Voici le procédé qu’on suit pour imiter les potasses d’Amérique :
- On commence par faire dissoudre un poids déterminé de sel de soude, dans une quantité d’eau telle, que la dissolution marque 20 degrés à l’aréomètre, puis on la soumet à l’action de la chaleur, et lorsqu’elle a atteint le point d’ébullition , on y ajoute, par portions, environ de 12 à i5 pour 100 du sel employé, de chaux bien éteinte à l’eau. On laisse bouillir quelques instans , et quand la lessive filtrée ne fait plus effervescence avec les acides, on couvre la chaudière , on retire le feu , et après une heure de repos environ, on syphone la liqueur claire, puis on lave le marc avec une nouvelle portion d’eau , et l’on transvase la lessive dans une autre chaudière de fonte, où on la fait évaporer sur un feu vif. Lorsqu’elle est très concentrée , on y ajoute environ
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- I et demi pour 100 de sulfate de cuivre pulvérise', et Ton continue de chauffer jusqu’à ce qu’on atteigne la fusion ignée. Gomme les soudes contiennent assez ordinairement une certaine quantité de sulfure , et qu’il se formerait du sulfure de cuivre qui colorerait en noir le mélange, on a soin d’ajouter, dans le moment de cette fusion, un peu de nitre, qui détruit le sulfure et le change en sulfate. Ou juge qu’on en a mis une quantité suffisante, lorsqu’en prenant un peu de la fonte au bout de la spatule, elle devient très jaune en se refroidissant. On coule alors dans des espèces de moules en fonte, et pendant que la masse est encore liquide, on l’agite pendant une ou deux minutes avec un morceau de bois de hêtre , qui se charbonne en partie et produit quelques vapeurs fuligineuses, qui ramènent le cuivre à l’état deprotoxide et colorent la masse en rouge. On laisse refroidir, on enlève la soude des moules, et on la divise en gros frag-mens, qu’on met en barils.
- Bien que cette espèce d’alcali se fabrique habituellement avec des sels de soude de qualité inférieure, c’est-à-dire qui contiennent une assez forte proportion de sulfate et de muriate de soude, souvent on en ajoute encore.
- On fait aussi, avec la soude , une espèce de potasse perlasse factice, qui s’obtient de la manière suivante : on commence par préparer une lessive caustique, comme précédemment, et on l’amène à 22 degrés par la concentration , puis on a d’autre part du sel de soude pulvérulent et bien desséché, on le gâche comme du plâtre avec cette lessive ; il se dégage un peu de chaleur, et le tout se prend en masses assez dures, qu’on divise ensuite en fragmens moins gros. Cet alcali porte de 5o à 55 degrés à l’alcalimètre.
- Après avoir passé en revue toutes les potasses du commerce, il convient sans doute d’indiquer les moyens de les obtenir dans un plus grand état de pureté que celui où elles sont habituellement, car cela est nécessaire pour certaines opérations. Le procédé le plus usité et le plus simple pour les débarrasssr, sinon de la totalité des matières étrangères
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- qu’elles contiennent, au moins de la majeure partie, consiste à les laisser expose'es au contact de l’air jusqu’à ce qu’elles aient assez attiré l’humidité pour tomber tout-à-fait en deliquium. On décante le liquide, qui est de consistance sirupeuse, on l’étend d’un peu d’eau, puis on le filtre, et l’on obtient ainsi une solution limpide qui, évaporée à sic-cité, fournit un sous-carbonate de potasse presque entièrement débarrassé de sels étrangers. Lorsqu’on veut obtenir un plus prompt résultat, au lieu de laisser la potasse s’humecter au contact de l’air, on la délaie immédiatement dans une petite proportion d’eau, et le même effet se produit, c’est-à-dire que le sel le plus soluble, le sous-carbonate de potasse, se dissout sans que le sulfate et le muriate de potasse soient entraînés en quantité notable.
- On obtiendra un alcali encore plus pur, en faisant concentrer ces solutions jusqu’à 45 degrés et les abandonnant pendant quelque temps dans un lieu frais. Le sous-carbonate cristallise ; on met les cristaux à égoutter sur un entonnoir, puis on les fait sécher dans une bassine. Le produit est ordinairement très blanc , et contient à peine quelques traces de sels étrangers.
- Lorsqu’on a besoin d’un sous-carbonate de potasse plus pur encore , il faut alors le faire pour ainsi dire de toutes pièces, en faisant brûler dans une poêle de fonte un mélange de parties égales de crème de tartre et de nitre pur : ces deux sels à base de potasse, soumis à l’action de la chaleur, se décomposent réciproquement; leurs acides se détruisent en donnant naissance à de nouveaux produits , et entre autres à de l’acide carbonique, dont une partie reste combinée à la potasse pour former du sous-carbonate de potasse. On donnait autrefois à ce produit le nom d'alcali du tartre fixé par le nitre, et l’on conçoit que quand les matières premières sont bien choisies, on doit obtenir, par ce procédé , un alcali exempt de sels étrangers, et c’est là celui qui peut faire le type de l’espèce. Il est parfaitement blanc , entièrement soluble dans l’eau; et les précipités qu’il forme, soit avec le
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- nitrate d’argent, soit avec un sel de baryte, sont complètement solubles dans un excès d’acide nitrique pur.
- Jusqu’à présent nous n’avons parlé que de la potasse considérée sous le rapport du commerce et des Arts, il nous reste maintenant à la faire connaître sous le point de vue chimique ; et nous devons commencer par faire observer que, même dans l’état que nous venons de signaler, elle n’est point encore pure pour le chimiste, et qu’elle n’est telle que quand on l’a complètement séparée, non-seulement de sels étrangers, mais encore de tout oxide métallique et d’acide carbonique. Alors on a cette substance connue sous le nom de potasse caustique pure ; substance bien autrement énergique que la potasse du commerce , et qui s’en distingue parles caractères suivans : elle agit si puissamment sur les matières organiques, qu’on ne peut en placer impunément la plus petite parcelle sur la langue ; elle la cautérise de suite ; exposée au contact de l’air, elle en attire encore bien plus fortement l’humidité; aussi se dissout-elle dans les moindres portions d’eau. Elle se dissout également dans l’alcool ; mais elle en exige une plus grande quantité. Les précipités formés dans sa solution aqueuse par le nitrate d’argent, ou par le nitrate de baryte, doivent se dissoudre complètement dans l’acide nitrique pur et étendu. L’eau de chaux n’y produit aucun trouble si elle est bien décarbonatée, ce qui est très rare. Le muriate de platine y manifeste un précipité jaune très abondant. Soumise à l’action de la chaleur, elle entre en fusion long-temps avant d’être rouge , et elle se prend, par refroidissement subit, en une masse homogène compacte , solide, sonore et très blanche ; elle se combine aux acides avec tant de promptitude et d’énergie, qu’il se dégage une chaleur considérable pendant la réaction. Son affinité pour les oxides métalliques, et surtout pour les oxides terreux {V. Verrerie) est telle, que pour la conserver dans son état de pureté, on doit éviter soigneusement de la mettre en contact avec des vases qui en contiennent dans leur composition. Ainsi, on ne peut fondre de la potasse , ni dans un creuset de terre, ni
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- dans aucun autre vase dont la silice fait partie. Sa solution concentrée et mélangée avec les huiles ou autres corp% gras, en opère la saponification. Enfin , M. D’Àrcet a démontré, dès long-temps, que la potasse caustique parfaitement pure et desséchée autant que possible, contenait encore 20 pour 100 d’eau : aussi classe-t-on ce produit au nombre des Hydrates. Naguère, la potasse était considérée comme un corps simple, et ce n’est que depuis les belles expériences de Davy, de Thénard et Gay-Lussac, et de Cureaudau , qu’il a été bien démontré que cet alcali était un véritable oxide métallique, ainsi que nous l’indiquerons plus particulièrement à l’article Potassium, et même que son radical était susceptible de se surcharger d’une plus grande quantité d’oxigène, et que par conséquent on avait un protoxide et un deutoxide de potassium. Celui-ci s’obtient facilement en maintenant en fusion, dans un creuset d’argent.et pendant un certain temps, le protoxide ou la potasse , qui alors absorbe peu à peu l’oxigène de l’air, et acquiert une teinte d’un gris-verdâtre. Ce deutoxide , en se dissolvant dans l’eau, abandonne l’oxi-gène qu’il avait acquis , et il reprend son état primitif de protoxide. Telles sont les principales propriétés de la potasse. Disons maintenant comment on peut l’obtenir dans cet état de pureté parfaite.
- On commence par faire choix d’une potasse de bonne qualité ; on prend de préférence de la cendre gravelée bien préparée , ou , à son défaut, de belle perlasse, qu’on fait d’abord dissoudre dans une petite quantité d’eau froide, ainsi que nous l’avons indiqué pour purifier le sous-carbonate de potasse , puis on délaie la solution dans une proportion d’eau telle, que le tout représente sept fois le poids de la potasse employée ; puis on ajoute une demie partie de chaux tout récemment éteinte à l’eau. Ce mélange se fait habituellement dans une chaudière en fonte placée sur un fourneau : on chauffe , on pousse à ébullition , et après quinze à vingt minutes d’un bouillon bien décidé, on enlève le feu, on ajoute dans la chaudière une quantité d’eau égale à celle qui s’est
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- évaporée ; on délaie le tout, et on laisse en repos pendant quelques instans, puis on tire à clair au moyen d’un siphon , et l’on fait immédiatement et rapidement évaporer cette lessive dans une autre bassine , soit de fonte , soit d’argent. Pendant que cette évaporation a lieu , on délaie le marc avec une nouvelle quantité d’eau froide ; on laisse déposer, on décante comme la première fois, et cette deuxième lessive est encore ajoutée, au fur et à mesure, dans la chaudière d’évaporation ; enfin, on jette ce marc, ainsi lavé, sur des carrés ou sur des chausses en toile , pour qu’il puisse s’y égoutter, et on lave à diverses reprises , en versant dessus de petites quantités d’eau. Lorsque les lessives ne portent plus que 5 à 6 degrés à l’aréomètre, on les met de côté pour une nouvelle opération. Tout le reste est mis en évaporation , et il est de toute nécessité que l’ébullition soit soutenue, autrement la potasse reprend dans l’air une grande partie de l’acide carbonique qu’elle a perdu, tandis qu’une chaleur vive développe beaucoup de vapeurs qui chassent l’air et s’opposent à son contact avec la lessive. Lorsque l’évaporation touche à sa fin , on voit la lessive se tuméfier beaucoup, en raison de sa plus grande viscosité, puis elle s’affaisse, et la potasse entre en fusion tranquille quand il n’y a plus d’eau. Arrivé à ce point, on coule par portions la potasse sur des plateaux d’argent ou de cuivre étamé, qu’on a eu la précaution de frotter légèrement avec un papier huilé. On refroidit ces plateaux en promenant leur fond extérieur sur de l’eau froide contenue dans un baquet, et aussitôt que la potasse est prise , on se hâte d’essuyer le dessous du plateau, et de le renverser sur une feuille de papier ; on donne une forte secousse , la potasse se détache ; on enleve le plateau, on recouvre la potasse avec un autre morceau de papier, et on la brise en la frappant du poing, puis on la serre immédiatement dans des bocaux propres et secs. C’est ainsi que se prépare ce qu’on nomme, dans les officines, pierre à cautère, en raison de l’usage qu’on en
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- fait en Médecine, et on l’appelle potasse caustique à la chaux dans les laboratoires de Chimie.
- Cette préparation, toute simple qu’elle paraît, exige cependant un peu d’habitude et de soin ; car, pour peu qu’on s’écarte des données prescrites , et qui peuvent sembler indifférentes , il est certain qu’elle n’aura pas tout le succès désirable. Si, par exemple, on ne met point assez d’eau , ce qui arrive très fréquemment, on ne réussit point ou que très difficilement à décarbonater la potasse, par la raison toute simple que la chaux est peu soluble, et qu’il n’y a que la portion dissoute qui puisse enlever l’acide carbonique. On pense, assez ordinairement, atteindre le but, en faisant fortement et long-temps bouillir le mélange ; mais plus on insiste , et plus on s’en éloigne, puisque le dissolvant va toujours en diminuant. Plusieurs praticiens prescrivent aussi une proportion de chaux beaucoup trop forte. Cet excès ne sert qu’à entraver la marche de l’opération, et à la prolonger inutilement.
- Lorsqu’on veut procéder à la purification de la potasse, non-seulement il devient inutile de la couler en plaques, mais il est même préférable de la granuler, parce quelle présente ainsi plus de surface , et que le reste du traitement en est facilité. Pour obtenir ce plus grand état de division, on enlève la chaudière de dessus le fourneau aussitôt que la potasse est en fusion tranquille, et à l’aide d’une large spatule en fer, on ramène sans cesse vers le milieu les portions qui se figent sur les bords ; et lorsque le tout commence à prendre une consistance pâteuse, on écrase autant que possible toutes les petites masses qui se forment, et l’on enlève sans cesse les portions qui s’attachent à la chaudière. Quand la potasse est assez refroidie pour qu’il n’y ait plus d’adhésion à craindre , on achève de la diviser en la broyant vivement à l’aide d’un pilon en fer, qu’on a eu soin de chauffer un peu. Cette manipulation étant achevée , on projette portion par portion la potasse granulée et encore un peu chaude, dans une cruche en grès neuve et contenant de
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- l’alcool à 4° degrés. Un aide, armé d’une longue et forte spatule en fer, agite doucement l’alcool et la potasse , afin d’éviter que celle-ci puisse se masser au fond du vase ; car sans cette précaution, elle se solidifirait à tel point, qu’il deviendrait impossible de la désagréger. Quand toute la potasse est introduite dans l’alcool, on bouche la cruche et on la place dans un endroit chaud , en ayant le soin d’agiter de temps à autre, avec la spatule , pour s’opposer à l’agglomération de la potasse. On continue ainsi pendant trois ou quatre jours, et lorsqu’on reconnaît, à l’aide de l’arée— mètre , que l’alcool est aussi chargé que possible , c’est-à-dire lorsqu’il ne marque plus que 1 o degrés environ , on décante cette solution dans des grands flacons très propres , on les bouche et on les abandonne au repos pendant un jour ou deux. Il se forme une couche d’un brun-rougeâtre et plus ou moins abondant, suivant la qualité de la potasse employée. La solution est d’une couleur de vin d’Espagne plus ou moins intense , selon son degré de concentration , et surtout selon la durée du contact de la potasse et de l’alcool, parce que ce véhicule subit une altération progressive qui n’a point encore été bien déterminée , mais d’où il résulte de nouveaux produits plus riches en carbone, et qui donnent une couleur foncée à la dissolution. Comme plus on laisse cette réaction se prolonger, et plus il devient difficile, non pas de purifier la potasse , mais de l’obtenir bien blanche , qualité qu’on aime à lui retrouver, on abrège autant que possible cette opération, et dès que la liqueur est éclaircie , on la décante dans une bassine d’argent, à l’aide de siphons en verre, qu’on remplit préalablement d’esprit de vin, et l’on procède immédiatement à l’évaporation de l’alcool, dans un appareil consacré à cet usage, et qui se compose d’une chaudière eu fonte d’une capacité telle , que la bassine d’argent puisse facilement y être introduite ; d’un chapiteau d’alambic qu s’adapte exactement à cette chaudière , et d’uu serpentin ordinaire. Pour que la bassine d’argent 11e s’applique pas immédiatement sur le fond de la chaudière, on y dispose
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- trois petits tuileaux à distance, et l’on place la bassine d’argent sur cette espèce de tre'pied, puis on recouvre avec le chapiteau , on ajuste le serpentin, et on lute au papier collé toutes les jointures. Quand l’appareil est monté, on chauffe modérément, et jusqu’à ce que l’on ait retiré en alcool environ les quatre cinquièmes du volume de la dissolution. Cet alcool porte au moins 4° degrés à l’aréomètre ; on le met en réserve pour une nouvelle opération. On continue encore d’évaporer, tant que la distillation marche bien ; mais aussitôt qu’on la voit se ralentir sensiblement, bien que le feu soit convenablement soutenu , alors on démonte l’appareil , on enlève la bassine d’argent, et on la transporte sur un autre fourneau, où l’on a disposé par avance un feu de charbon bien allumé. La potasse entre en ébullition , et l’on voit peu à peu se former une écume noire et visqueuse , que le bouillon rejette sur les côtés, et qui s’applique aux parois de la bassine. Habituellement, on enlève avec des cuillères d’argent cette sorte de bitume ; mais il est préférable , lorsqu’on en a la facilité, de nettoyer un des côtés de la bassine, et de transvaser la dissolution, quand elle s’est bien épurée par l’ébullition, dans une autre bassine d’argent, où l’on en achève l’évaporation. En agissant ainsi, on obtient de la potasse plus blanche, parce que l’écume étant mieux isolée, elle ne pèut plus venir souiller la potasse , comme cela a lieu quand elle reste appliquée sur les parois , et que la solution, en se tuméfiant par la chaleur, vient s’y mélanger sans cesse.
- Il ne suffit pas, pour obtenir de la potasse à l’alcool bien blanche, de la débarrasser complètement de son écume bitumineuse : on doit en outre être habile à saisir le point d’évaporation où il convient de la couler; car si Ton s’v prend trop tôt, elle retient plus d’eau qu’elle n’en doit contenir, et elle conserve , en se refroidissant, une démi-transparence et une teinte grise peu favorable ; si au contraire on la laisse trop long-temps sur le feu, elle attaque un peu l’argent, et elle acquiert probablement une surcharge d’oxigène , et devient
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- d’un gris-verdâtre. Entre ces deux extrêmes, il y a un point à saisir, et qu’on ne saurait trop se hâter de mettre à profit. Pour y bien réussir, il faut s’arranger de manière à ce que rien n’entrave la manipulation ; en conse'quence, l’opérateur doit être seconde' par un nombre suffisant d’aides, et avoir fait disposer par avance des bocaux propres, tarés et bouchés ; une grande table bien sèche , entièrement libre et garnie de feuilles de papier déployées. Toutes ces précautions étant prises, il essaie de temps en temps la potasse, en en prenant dans une cuillère, et aussitôt qu’il reconnaît qu’elle se fige promptement, se détache facilement du vase, qu’elle est sonore, et que sa couleur enfin est d’un blanc mat, alors il se hâte de la couler. Muni d’une cuillère à oille, il en verse une épaisseur suffisante dans chaque plateau qui lui est présenté par un aide : aussitôt que la potasse est figée et renversée sur le papier, d’autres aides sont chargés de la briser et de la serrer, tandis que le premier repasse de suite le chiffon huilé dans le plateau , et le représente de nouveau à l’opérateur. En y mettant de la promptitude , on a le temps de recueillir tout le produit en belle qualité ; dans le cas contraire, les dernières portions sont grises.
- Ce procédé de purification est dû à Berthollet ; mais ce qu’il y a de fâcheux, c’est qu’il est excessivement difficile, pour ne pas dire impossible, d’obtenir par ce moyen de la potasse parfaitement exempte d’hydroclilorate, à moins d’employer des potasses brutes, qui n’en contiennent pas,- et encore ne serait-on pas bien certain d’y réussir, surtout en agissant sur des quantités un peu considérables ; car, d’une part, la chaux qu’on emploie pour décarbonater en contient elle-même , et que de simples lavages à l’eau froide n’enièvent pas aussi facilement qu’on pourrait le supposer ; de l’autre , si cette préparation se fait dans un lieu où il y ait quelques vapeurs muriatiques , on peut être assuré qu’il y en aura d’absorbées par la potasse.
- Lowitz a proposé un procédé pour obtenir cet alcali parfaitement pur ( Annales de Chimie , T. XXII ) ; mais comme
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- il exige de longues manipulations , il n’a point été' adopté, du moins en France. Toutefois, nous indiquerons ce procédé, comme pouvant obvier au grave inconvénient que présente celui à l’alcool.
- « On évapore une solution de potasse caustique jusqu’à » forte pellicule ; après le refroidissement, on sépare le sel » étranger qui se trouve cristallisé, et l’on continue d’éva-» porer la lessive dans une bassine de fonte, comme pour » la préparation de la pierre à cautère. Pendant cette deuxième » évaporation, on enlève soigneusement, au moyen d’une » écumoire de fer, la pellicule des sels étrangers, et surtout » de sous-carbonate de potasse , qui continue de se former. » Lorsqu’il ne se produit plus d’écumes, et que la matière » a cessé de bouillonner, on l’enlève du feu et on la laisse « refroidir sous une continuelle agitation avec une spatule » de fer; ensuite onia dissout dans le double d’eau froide, » on filtre la solution, et on la fait évaporer dans une cornue » de verre , jusqu’à ce qu’elle commence à déposer des cris-» taux réguliers. S’il arrivait que la masse se consolidât tant b soit peu par le refroidissement, on y ajouterait un peu b d’eau, et l’on chaufferait de nouveau pour la rendre fluide. » Après la formation d’une quantité suffisante de cristaux b réguliers, on décante la liqueur, qui est très brune; on b laisse égoutter le sel, et on le redissout dans la même b quantité d’eau ; on conserve la liqueur décantée dans une » bouteille bien bouchée , et on la laisse déposer pendant b quelques jours : après qu’elle est devenue claire , on la b décante de dessus le marc pour l’évaporer et la faire eris-b talliser de nouveau , ce qu’on renouvelle aussi long-temps b que les cristaux qui se forment donnent, avec le moins b d’eau possible , des dissolutions parfaitement limpides. On b conserve ces dissolutions dans des bouteilles bien bouchées, b afin de les garantir de l’accès de l’air.
- b On obtient ou des cristaux octaédriques groupés, qui b contiennent o,43 d’eau, ou des lames cristallines transpa-b rentes, très minces, qui se croisent en tous sens, et ne
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- » donnent point passage aux eaux-mères. Ces cristaux,
- » fondus à l’incandescence et coule's, donnentune potasse d’un » blanc de neige. »
- Il est à craindre qu’en faisant ainsi e'vaporer des dissolutions concentrées de potasse caustique, dans des vases de verre, il n’y ait de la silice entraînée en dissolution. R.
- POTASSIUM. Radical métallique, dont la potasse est l’oxide, et qui jouit d’une excessive affinité pour l’oxigène. Ta découverte de ce nouveau corps a fondé pour ainsi dire une ère nouvelle dans la science, en offrant aux chimistes et aux physiciens un agent assez énergique pour décéler la présence de l’oxigène partout où il se rencontre, et désunir les élémens d’une foule de substances dont la composition était demeurée jusqu’alors complètement inconnue. Cette importante découverte , qui date de 1807, est due au célèbre Davy; mais elle avait été pressentie quelques années auparavant parCuraudau, homme doué d’une imagination peut-être trop vive pour approfondir les idées ingénieuses que lui suggérait son esprit observateur. Cette mobilité d’idées empêcha d’ajouter confiance aux singuliers résultats qu’il annonçait sans cesse au monde savant, et, loin d’en recevoir des encouragemens , peu s’en fallut qu’on ne le rebutât comme un misérable charlatan. Toutefois, ce fut en calcinant la potasse avec le charbon que Curaudau avait aperçu les vapeurs du nouveau métal; Davy parvint, par une route toute nouvelle, à obtenir le métal lui-même, en soumettant de la potasse humectée à l’action d’une pile énergique. Peu à près MM. Thénard et Gay-Lussac réussirent à le préparer beaucoup plus en grand, en faisant passer de la potasse en vapeur sur du fer bien décapé, et ces illustres académiciens purent en étudier avec détail- les nombreuses et intéressantes propriétés. Maintenant, ce produit est presque devenu un objet de fabrication en grand, et nous devons décrire avec soin les appareils et les moyens à l’aide desquels on obtient le plus de succès ; mais auparavant, nous indiquerons les principales propriétés de ce métal.
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- Le potassium a, comme les autres métaux , lorsqu’il est bien pur, l’éclat métallique ; sa couleur est le blanc argentin ; sa texture est cristalline ; mais il est infiniment plus mou que le plomb lui-même; on le pétrit, on le malaxe entre les doigts aussi facilement que de la cire. Mais il faut bien se donner de garde de tenter cette expérience à l’air libre ; car sa combustibilité est si grande , qu’il s’enflammerait infailliblement : aussi est-on obligé , pour le conserver, de le renfermer dans des flacons, où on le recouvre entièrement d’huile de naphte rectifiée, qui, ne contenant que peu ou point d’oxi-gène dans sa composition, le préserve de toute oxidation. Le potassium le plus pur et le plus brillant se ternit aussitôt qu’il a le contact de l’air, et surtout de l’air humide ; sa pesanteur spécifique a été évaluée à o,865 à la température de 15 degrés centigrades ; il entre en fusion à 58 degrés, et si l’on continue de le chauffer , mais dans un milieu où il ne puisse trouver aucun aliment à sa combustion, alors il se volatilise sous forme de vapeurs, dont la couleur est d’un beau vert-émeraude. Cette opération se fait bien dans une petite cloche courbe qu’on remplit d’abord de mercure, puis, en partie de gaz azote, et dans laquelle on introduit quelques fragmens de potassium jusqu’au fond de la partie courbe. On chauffe l’appareil avec une lampe à l’alcool.
- Nous avons dit que le potassium se ternissait aussitôt qu’on l’exposait au contact de l’air, et l’on a dû naturellement en conclure que ce phénomène avait également lieu avec l’oxi-gène pur, et même dans un degré plus marqué. En effet, non-seulement le potassium s’oxide à sa surface , mais si la température ambiante est un peu élevée , il s’enflamme et se convertit en deutoxide de potassium.
- Une des propriétés les plus saillantes de ce métal, c’est celle de brûler avec flamme lorsqu’on le projette à la surface de l’eau. Parmi les anciens métaux , les plus .oxidables possèdent bien la faculté de décomposer l’eau avec plus ou moins de rapidité, et de s’oxider à ses.dépens ; mais aucun d’eux ne jouit de cette faculté à un aussi haut degré que le
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- potassium. Son affinité pour l’oxigène est telle , et la réaction si énergique, qu’il se manifeste un développement considérable de chaleur; que le potassium devient incandescent, et que l’hydrogène s’enflamme à mesure qu’il se dégagé, par suite de la décomposition de l’eau. Lorsqu’on fait cette expérience sans le contact de l’air, l’hydrogène ne s’enflamme pas , et peut être recueilli. Ainsi, qu’on prenne une cloche remplie de mercure et renversée sur une cuve, qu’on y introduise quelques fragmens de potassium; puis qu’on y fasse passer de l’eau , on verra se développer, au premier contact de ces deux corps, une vive effervesc ence, produite par le gaz hydrogène qui se dégage , et qui se réunit au haut de la cloche, tandis que l’eau restante devient alcaline et présente tous les caractères d’une solution de potasse.
- Comme corps simple, le potassium s’unit à tous les principes élémentaires , si l’on en excepte cependant le bore. On a remarqué généralement que les autres métaux perdaient de leur ductilité lorsqu’on les alliait avec le potassium.
- Presque tous les composés qui contiennent de l’oxigène le cèdent au potassium ; et c’est là , ainsi que nous l’avons déjà fait observer, la propriété qui l’a rendu si précieux pour les chimistes.
- On ne connaît aucun autre moyen de se procurer le potassium , que de le prendre à l’état d’oxide , et de lui enlever l’oxigène, pour lequel il a tant d’affinité ; mais on prévoit toute la difficulté qu’on doit éprouver à rompre une union aifssi intime. En effet, il ne faut rien moins qu’avoir recours à l’action énergique de l’électricité , ou bien à l’affinité si puissante du fer ou du charbon pour l’oxigène, à une température très élevée, et c’est uniquement dans ce cercle étroit qu’on doit se renfermer pour obtenir ce singulier métal : encore est-il vrai de dire que le premier de ces trois moyens doit être considéré comme nul, sous le rapport de la fabrication , tant sont considérables les frais qu’il exige relativement aux résultats minimes qu’il procure. Ce n’est donc qu’à l’aide du fer ou du charbon qu’on peut obtenir le potassium
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- en quantité notable. Le premier de cts deux procédés est dû à MM. Thénard et Gay-Lussac, et le second, qui d’abord avait été proposé par Curaudau , puis abandonné, a été repris par M. Brunner de Berne, qui en a tiré un parti tellement avantageux, que c’est à peu près le seul qu’on suive maintenant dans les laboratoires. Comme le premier procédé a été décrit avec détail dans tous les ouvrages de Chimie, nous n’aurons à nous occuper ici que de celui de l’habile professeur de Berne.
- On sait que les corps réagissent d’autant plus facilement les uns sur les autres, que leurs molécules sont plus divisées, et c’est pour atteindre ce but plus sûrement, que M. Brunner, au lieu de mélanger du charbon en poudre avec de la potasse, fait simplement calciner du tartre dans une chaudière de fonte. On se rappelle qu’en cette circonstance l’acide tartrique se décompose, et que le résultat de cette décomposition est du sous-carbonate de potasse mélangé d’une certaine quantité de charbon excessivement divisé, c’est-à-dire dans la condition la plus favorable au succès de l’opération. On introduit immédiatement ce tartre brûlé dans la panse d’une cornue en fer forgé et faite de deux pièces : la première est la panse elle* même, qui est pyriforme ( PI. 5a des Arts chimiques, fig. g) A; et la deuxième est un canon de fusil courbé, comme on le voit dans cette figure. Ces deux pièces sont réunies au moyen d’un pas de vis qui est taraudé pour celle-ci à la partie extérieure, et pour l’autre dans son intérieur. Quand la matière est introduite , on bouche le col, puis on nettoie bien la vis, pour éviter toute perte des vapeurs par cette jointure. Cela fait, et les deux pièces étant réunies , on revêt la cornue jusqu’à la naissance du col avec un lut maigre d’argile et de sable ; de plus , on a garanti par avance la majeure partie du col de la cornue , en enroulant dessus un fil de fer un peu fort, dont tous les tours sont contigus; on laisse sécher le lut, puis on monte l’appareil de la manière suivante.
- Ou introduit la cornue par l’ouverture latérale pratiquée
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- presque au niveau du i’oyer d’un fourneau à vent, construit comme celui représente' ûg. 9, et on la place sur trois-barres de fer qui sont disposées dans l’intérieur, de manière que l’une reçoit en B le col de la cornue, et què la panse-repose sur les deux autres situées en F, dans la partie du fourneau où se produit la plus forte élévation de température: La grande branche du col doit ressortir, mais de peu, à l’éxtêfietit du fourneau. On a, d’autre part, uiv segment d?ttn'grand creuset, ou pot à fond plat, et qu’on a coupé diagonaleinëht de manière à comprendre dans ce fragment tout lé fond du pot. A ce fond est pratiqué un trou pour laisser passer Te col. On ferme l’ouverture latérale du fournéau, en;f plaçant cette portion de creuset, de façon que la section diagonale du creuset se trouve à peu près située perpendiculairement par rapport aux sections supérieure et inférieure du fourneau. Ces dispositions ont pour but de soumettre Te cbl dans presque toute sa longueur à la même température' que là cornue, et l’on en reconnaîtra tout à l’heure Ta nécessite: Aussitôt que la cornue est placée dans le fourneau , bn allume le feu, et de manière à obtenir le plus promptement possible le maximum de température ; on voit immédiatement des vapeurs sortir du col, et bientôt après elles s’enflamment spontanément. On leur laisse ainsi un libre cours -pendant quelques instans ; mais dès qu’à l’aide d’une petite gïace’pré-sentée à l’orifice du col, on s’aperçoit que la couléur de la flamme intérieure prend une teinte d’un vert-émeraudéalors la partie du col qui dépasse le creuset est promptement introduite dans un petit récipient en cuivre D , qui contient assez de pétrole pour que l’extrémité du col s’y trouvé plongée. Ce récipient, qui porte latéralement un tube E pouf le dégagement des gaz , est lui-même placé dans une terrine, où on le tient entouré d’eau froide. On adapte ôrdinairemént un tube en E, sinon pour recueillir les gaz , du moins pour pouvoir apprécier la rapidité plus ou moins grande avec laquelle ils se dégagent, et savoir où en est l’opération.
- Quand le récipient est adapté, on ne saurait trop se hâter
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- d’en luter les jointures , pour e'viter toute déperdition de potassium, car c’est à cette époque qu’il commence à se dégager; et c’est alors aussi qu’il convient, pour en favoriser la production,, de donner au registre placé en K. le degré d’ouverture nécessaire pour obtenir le plus grand tirage, et par conséquent la température la plus élevée. C’est, pour le dire en passant; presque toujours par le défaut de chaleur que l’opération manque , et malheureusement la température nécessaire à la production du potassium est aussi celle où le fer commence à brûler., ou du moins elle en est très voisine; en telle sorte que, si la cornue n’est pas parfaitement garantie par le lut, qui subit une demi-vitrification, les points non préservés s’oxident, se scorifient et se fondent, d’où résulte très souvent la perforation et la perte totale de l’instrument. Ce concours de difficultés rend le succès de l’opération très éventuel, surtout lorsqu’on ne connaît pas assez son foprneau pour en bien régler la chaleur. II. est encore un autre inconvénient que nous devons signaler, et cet inconvénient est fi’autant plus grave, qu’il est une conséquence inévitable .des combinaisons qui se forment dans cette opération. Outre ;les gaz qui se dégagent par suite de la réaction du charbon sur la potasse et sur l’acide carbonique, il se volatilise tout-à-la-fois du potassium et une combinaison de potasse et de charbon ,. qui se condensent dans le col de la cornue, surtout vers la partie qui est hors du fourneau, et qui finit par l’obstruer complètement ; ce dont on s’aperçoit immédiatement à la cessation du dégagement des gaz. Lorsque cela arrive, il faut retirer le récipient et boucher toutes les issues du fourneau, pour éteindre le feu et ménager la cornue, qu’on détériorerait inutilement en soutenant plus long-temps la chaleur.
- C’est cette condensation qui se produit dans l’intérieur du col de la cornue, qui oblige à ne laisser sortir du fourneau que la longueur nécessaire pour pouvoir l’adapter, au récipient , et à maintenir tout le reste au milieu des charbons ardens; autrement l’obstruction aurait lieu dès le commence-
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- nient de l’opération , et l’on n’obtiendrait aucune portion de potassium.
- Il est essentiel d’être averti que ce produit qui se condense dans le col est souvent détonant, et qu’on s’expose à de graves accidens lorsqu’on veut le détacher, quand il a pris le contact de l’air. Le meilleur moyen de s’en débarrasser est de dévisser le col et de le plonger entièrement dans l’eau. Il se produit un fort bouillonnement, dû au dégagement d’hydrogène. On parvient au même résultat, mais plus longuement , en laissant le col exposé pendant quelques jours au contact de l’air ; il en absorbe peu à peu l’humidité , et fournit le krokonale dé potasse de Gmelin.
- M. Brunner recommande de se servir , pour l’extraction du potassium, de cornues en fer forgé, dont la capacité n’excède pas ioà 12 onces d’eau , parce que cette opération, qui ne réussit que quand elle marche rapidement, est bien plus facile à gouverner qü’en agissant sur de plus grandes masses. D’ailleurs, comme ces sortes de vases n’exigent aucune précaution ni pour les échauffer ni pour les refroidir , on peut, surtout si l’on a une cornue de rechange , profiter de la chaleur du fourneau pour faire plusieurs opérations consécutives ; et en fractionnant- ainsi, on obtient en général des résultats plus avantageux et avec moins de risques. Cependant, Berzélius ne semble pas partager cette opinion ; car il a mis à exécution ce procédé sur une échelle beaucoup plus grande, en substituant à la petite cornue de Brunner, ces bouteilles en fer forgé dans lesquelles on expédie le mercure, et qui sont d’une capacité presque décuple. A la vérité , rien n’oblige à les remplir. Lorsqu’on a introduit dans cette bouteille la quantité de tartre brûlé sur laquelle on veut opérer, 011 y adapte un bout de canon de fusil de 4 à 5 pouces de longueur, et qui porte à l’une de ses extrémités un pas de vis qui s’ajuste avec celui pratiqué dans le goulot. On place horizontalement ce vase sur trois barres de fer disposées au centre du foyer d’un fourneau à vent, comme on le voit fig. 10, A. Le canon sort par l’ouverture latérale pratiquée en B ; on clôt
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- cette ouverture au moyen d’une plaque en forte tôle , qui est percée d’un trou vers son milieu, pour donner passage au canon de fusil, et on applique cette plaque dans une feuillure pratiquée à dessein dans l’épaisseur des briques qui forment le bord de l'ouverture. On enduit tous ces bords avec un peu de lut d’argile. D’autre part, on a un récipient cylindrique en cuivre c, qui est garni dans son intérieur d’un diaphragme ou cloison perpendiculaire, qui partage sa capacité en deux parties à peu près égales , mais qui s’arrête à quelque distance du fond. Ce diaphragme est pgreé , vers le tiers de sa partie supérieure, d’un trou qui se trouve en regard des douilles latérales établies sur la ligue DB. Ce même récipient est muni, à sa partie supérieure , d’une ouverture garnie d’une gorge, et assez large pour qu’ôn puisse y introduire le bras. Cette ouverture est bouchée avec; un couvercle à recouvrement E, et tout à, côté se trouve placée une petite douille destinée à recevoir un tube pour le dégagement des gaz. On verse du napkte dans le récipient, et en assez grande quantité pour que l'extrémité du diaphragme y plonge d’une ligne ou deux. A la douille qui se trouve opposée au fourneau , on adapte.une tige en fer d,. qui traverse à frottement un bouchon eu liège, puis le diaphragme, et qui- vient s’appuyer ensuite sur le bord .de l’autre douille. Enfin , ce récipient doit être placé dans un seau, et être plongé dans l’eau presque au niveau des douilles. . i
- Il est indispensable que toutes ces choses soient apprêtées d’avance,,.parce que ce n’est point quand une'opération marche , et surtout aussi rapidement que celle-là , qu’on a.le loisir et le sang-froid nécessaire pour s’en occuper. Lors donc que tout est disposé, on introduit beaucoup de charbons allumés par la porte Ipuis un mélange de coke et de charbon de bois, et l’on met une charge assez forte : de combustible pour n’avoir plus besoin de retoucher au fourneau. Tous les phénomènes dont nous avons fait mention pour l’opération précédente se reproduisent ici, et avec beaucoup plus d’intensité : ainsi, le jet de flamme-des gaz qui se dégagent
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- dépasse de plusieurs pouces 1’extrémité du canon, et ne laisse pas que d’inquiéter un peu l’ope'rateur, qui serait tenté de ralentir le feu , s’il n’e'tait convaincu de la nécessité d’aller vite. Lorsque la flamme prend une teinte verte, on applique immédiatement un tampon mouillé sur l’orifice du canon, pour éteindre le gaz, et aussitôt un aide vient adapter le récipient et le luter le mieux possible, ce qui offre bien quelque difficulté , en raison du peu d’espace qui reste entre l’extrémité du col et la surface de la plaque de tôle , qui est toute rouge à cette époque. On se sert ordinairement, pour cela, d’une pâte de farine , de craie et d’eau salée. Quand le récipient est bien assujetti, on fait couler un peu d’eau froide à l’aide du robinet G, ce qui m’empêche pas que quelquefois le gaz qui se dégage par le tube F s’enflamme dans l’atmosphère. L’opérateur doit porter principalement son attention à désobstruer l’intérieur du canon à mesure qu’il s’engorge; et pour y bien réussir, il faut que, saisissant de la maitt droite la baguette eh ,D , il la fasse.aller et:venir sans cesse dans l’intérieur du canon. Pour faciliter cette manœuvre., an a eu soin d’aplatir l’extrémité de la baguette et de l’aiguiser en biseau des deux côtés , afin de pouvoir racle.r.la surface interne du canon, en imprimant de temps à autre à la baguette.un mouvement de révolution sur son axe. Quelques praticiens préfèrént donner à cette extrémité delà baguptte la forme d’une gouge ou d’une tarrière , parce qu’on peut alors, non-seulement détacher les matières qui se conçtètent,: mais les.enlever à mesure et les renverser dans le naphte, en ramenant à soi et retournant la baguette.
- Il est assez aisé de bien commencer l’opération ; mais rien de si difficile que delà terminer à souhait. Les gaz se dégagent avec tant de:rapidité, et l’engorgement est si imminent, qu’il faut, la plus grande présence d’esprit et la plus grande habitude pour ne pas se laisser gagner par l’opération ; ainsi, on doit veiller tout-à-la-fois à ce que le feu soit aussi intense que possible, à ce que le naphte ne s’échauffe pas trop; autrement il s’enflamme et fait sauter le couvercle , et à
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- ce que le tube ne s’obstrue pas. Je ne conseillerai point à ceux qui ne sont pas encore assez familiarisés avec ces sortes d’opérations, de tenter l’emploi de cet appareil; il offre trop de dangers et exige trop de soin : celui de M. Brunner m’a toujours paru bien préférable.
- Au reste, quel que soit le mode qu’on ait adopté pour produire le potassium, il est nécessaire de le purifier quand on l’a obtenu, parce que, dans l’état où on le recueille d’abord, il est plus ou moins mélangé de charbon et d’une combinaison plus solide de charbon et de potasse. On lui fait subir un premier degré de purification , en l’agitant à diverses reprises avec du napbte, et décantant pendant qu’il est encore trouble. On réitère ces lavages jusqu’à ce que le naphte en sorte aussi clair qu’il est primitivement, puis on en sépare les plus grosses boules, qui souvent n’ont pas besoin d’autres préparations. On met le reste dans des gros tubes en verre bouchés en forme de cloches par une des extrémités , et l’an a toujours soin que le potassium soit recouvert de naphte ; on prend ensuite chacun de ces tubes pour les soumettre successivement à l’action d’une température capable de liquéfier le potassium , et lorsqu’il est fondu , on le pétrit au fond du tube à.l’aide d’un cylindre ou mandrin en fer, afin de réunir les globules divisés, et de séparer dé la masse liquide les substances étrangères qui y sont adhérentes, et qui, en raison de leur plus grande légèreté, sont, par cette agitation , entraînées dans le naphte. Lorsque le potassium paraît bien net et bien brillant, alors on le laisse refroidir pour le recueillir ; mais on est souvent obligé de réitérer cette purification à diverses reprises , avant d’avoir pu enlever complètement toutes les substances étrangères.
- Un moyen plus certain encore d’obtenir le potassium parfaitement pur, serait de le soumettre à la distillation, en prenant les mêmes précautions que celles déjà prescrites pour le phosphore, ayec cette seule différence, qu’il faudrait substituer dans le récipient le naphte à l’eau employée daus h premier cas.
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- Pour conserver le potassium , on le moule en petits sphéroïdes , en le foudant au fond du naphte, pais on le renferme dans des flacons bouchés à l’émeril et contenant du naphte rectifié. Il est à remarquer que ce liquide, tel que la nature le produit, et quoique parfaitement rectifié, subit, lorsqu’on le met en contact avec le potassium, mie altération très notable, qu’on n’a point encore bien appréciée , qui occasione une perte assez considérable du produit qu’on veut préserver ; mais une fois que cette altération est produite, le reste 11e subit plus de décomposition : de là résulte que le meilleur moyen est de rectifier le naplite qui a été employé dans l’opération même du potassium , et qui a déjà éprouvé l’altération dont nous avons parlé ; alors ces deux corps peuvent être mis en contact sans qu’il en résulte aucune réaction réciproque. Lorsqu’on veut expédier le potassium, il est bon de renfermer les flacons qui le contiennent dans des petites boîtes en fer-blanc. R.
- POTÉE D’ÉTAIN {Arts chimiques). C’est du peroxide d’étain obtenu par la double action de la chaleur et de l’air, mais presque toujours mêlé d’oxide de plomb, parce qu’on a coutume d’ajouter du plomb à l’étain pour accélérer sa calcination, qui, sans cette précaution, serait longue et difficile. La masse qu’on obtient pour résidu est soumise au lavage pour en séparer le métal qui a échappé à la calcination. La potée d’étain varie par sa couleur, qui est tantôt grise, tantôt jaunâtre. On se sert de cette matière dans plusieurs arts; d’abord pour user certains bois, le verre, et donner aux glaces le beau poli qu’elles sont susceptibles de prendre. Chauffée avec des matières vitrifiables, la potée d’étain produit un émail qu’on emploie pour les couvertes de la faïence et de la porcelaine. Ajouté en petite quantité à la matière du verre, cet oxide infusible s’interpose entre les molécules du verre, en altère la transpai'ence et lui donne une couleur blanche opaline. l*****r.
- POTENCE ( Technologie ). Ce mot a plusieurs acceptions différentes dans les Arts industriels.
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- i°. Le Charpentier donne le nom de potence à l’assemblage de trois pièces de bois, dont l’une est posée debout, l’autre est placée dessus en travers, et la troisième est fixée à tenon et mortaise , par un bout, dans celle qui est verticale , et par l’autre bout à l’extrémité de celle qui est en travers , afin de la soutenir. Il emploie ordinairement cet assemblage pour soutenir une poutre.
- 2°. Le Chaudronnier désigne sous le même nom de potence, une sorte de bigorne ,! ou plutôt une petite enclume, dont la partie supportée directement par le pied , et immédiatement au-dessus, présente une surface plane qui lui sert à planer le cuivre , et dont l’autre partie, qui sort d’une des faces de cette table, se prolonge en avant comme l’un des bras d’une bigorne.
- Dans l’art de Couler les glaces , on appelle potence ce qui sert à transporter plusieurs objets trop chauds pour être maniables , et dans un arc de cercle dont le rayon est égal à la longueur de son bras. Cet instrument est formé d’une pièce de bois d’environ 5 à 6 mètres (t5 à i.8 pieds) de long; les deux bouts sont arrondis, afin de recevoir deux fortes viroles enfer, qui lui donnent de la solidité. La partie inférieure porte un bon pivot en fer qui repose dans le trou pratiqué dans une plaque de bronze qui sert de grenouille. La partie supérieure est arrondie au-dessous de la virole de fer, à la hauteur d’une poutre contre laquelle elle passe , et où elle est fixée par un collier en fer, dans lequel la pièce de bois peut tourner librement. Au-dessous de l’anneau de fer, et aussi près qu’il est possible, est fixée à tenon et à mortaise une pièce de bois horizontale , à laquelle on donne ordinairement environ 3 mètres de long. Cette pièce est soutenue par une troisième pièce , comme la potence du charpentier décrite ci-dessus. Le point de suspension de l’objet qu’on veut transporter circulairement est au bout delà pièce horizontale ; c’est là où sont placées les chaînes qui doivent supporter la charge. Un engrenage mu par une manivelle sert à faire tourner circulairement la potence.
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- 4°. L’Hoklogee appelle potence une forte pièce en laiton qui sert à porter deux des quatre pivots des deux pièces de l’échappement, dans les montres à roue de rencontre. La potence est fixée dans la cage , sur la petite platine , par une bonne vis et deux pieds ; elle est composée de plusieurs pièces : d’un lardon dont le nez porte le pivot intérieur du pignon de la roue de rencontre, et dont l’autre pivot est porté par la contre-potence. Le lardon a la faculté de glisser dans une rainure pratiquée sur le devant et dans toute la longueur de la potence , parallèlement à la platine ; il est retenu et fixé , dans cette rainure, par une et mieux deux bonnes vis. Les trous du lardon, dans lesquels passent ces vis qui sont taraudées dans la potence, sont un peu ovales , afin de permettre au lardon un petit mouvement en avant ou en arrière. Une vis de rappel taraudée dans le derrière de la potence , et dont la tête entre dans une entaille pratiquée au bout du lardon opposé à son nez , sert à imprimer au lardon le mouvement nécessaire pour amener le pivot de la roue de rencontre , ou, pour parler plus correctement, le plan horizontal de l’axe de cette roue dans le plan vertical dans lequel se trouve l’axe de la verge ou du balancier, afin de former l’échappement et de rendre égales les chutes de la roue de rencontre. Une plaque en acier trempé et poli couvre tout le dessus de la potence et y est fixée par une vis. Le pivot inférieur de la verge roule dans un trou pratiqué dans le talon de potence, et appuie par son bout arrondi et bruni sur la plaque , ce qui lui donne toute la liberté désirable, et évite le frottement qui aurait lieu s’il roulait sur sa partie.
- 5°. Dans le jeu de bague, on donne le nom de potence à la boîte d’où la bague pend ; et lorsqu’au lieu d’emporter la bague, ou delà toucher, on frappe contre la boîte, on appelle cela brider la potence.
- 6°. Le Lapidaire désigne par le mot potence la pièce de bois qui, dans son moulin , avance pour soutenir le pivot supérieur de l’arbre qui porte la roue ou la meule à tailler.
- Le fabricant de mesures de longueur appelle potence
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- une mesure «Je deux mètres de longueur, sur laquelle glisse une sorte d’e'querre en bois. Cette mesure, place'e verticalement, sert à mesurer la taille des hommes; on les fait tenir debout contre la mesure, on fait appuyer sur le sommet de leur tête le bout de l’équerre ou potence, qui indique la taille exactement sur le mètre.
- 8°. Le Tourneur de'signe aussi sous le nom de potence, un long bâton fait en forme de T, par un bout, dont les paralytiques, les infirmes dont les jambes sont faibles , se servent en les plaçant sous leurs aisselles. On les fait plus commodément aujourd’hui. Ce sont deux bâtons légers réunis par leurs parties inférieures en un seul, dans un anneau de fer. Ils sont retenus dans la partie supérieure par un rouleau rembourré, sur lequel l’aisselle repose mollement. Une petite traverse en bois, placée à la hauteur de la main , rend cet instrument solide, et c’est par là que l’infirme le fait mouvoir. L.
- POTERIES ( Arts chimiques), Nous comprendrons sous ce titre tous ustensiles, vases et autres objets façonnés en pâtes argileuses cuites, quelque faible que soit le degré de cuisson qu’elles éprouvent.
- INTRODUCTION.
- C’est une espèce de lieu commun , mais beaucoup plus en usage autrefois qu’aujourd’hui, que de chercher à donner une haute antiquité à la science ou à l’art dont on doit traiter. Il ne faut pas cependant que l’abus qu’on a fait de cette curieuse considération la fasse rejeter ou négliger lorsqu’elle est liée au sujet par des rapports réels et du plus grand intérêt.
- Lorsque l’antiquité d’un ai t peut être établie par le raisonnement le plus simple, parla déduction la plus naturelle des faits, il ne faut pas éviter de l’admettre , dans la crainte de paraître suivre servilement une considération banale. A plus forte raison doit-on aborder cette considération, lorsque la •haute antiquité d’un art, comme celui de la poterie, est
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- établie par des monumens nombreux et authentiques, par des monumens si simples et si clairs, qu’il ne faut aucune étude profonde pour en saisir la valeur et l’intérêt, et lorsque ces monumens font voir que cet art antique a été lié avec ce que les hommes ont regardé comme ce qu’il y a de plus utile, de plus respectable et de plus beau.
- C’est le cas des arts céramiques ou de la poterie. C’est, après l’art de fabriquer des armes pour leur défense, quelques tissus grossiers pour leurs vêlemens, celui que les hommes ont cultivé le premier, celui qui a été comme la première ébauche de la civilisation : car les armes étaient indispensables pour soutenir et défendre la vie; les tissus végétaux ou de peaux, pour éloigner des douleurs physiques, les deux seules choses évidemment et essentiellement utiles ; tandis que la fabrication de la poterie la plus grossière est déjà un art de luxe. On peut vivre, et vivre sans souffrance, et ne point faire cuire ses alimens; mais il faut peut-être, pour faire avec le limon le moins rebelle au maniement du potier un vase qui se durcira à l’air et au feu, et ne servira qu’après le résultat éloigné de cette opération, il faut, dis-je , plus de soins , de réflexions et d’observations que pour façonner des bois, des os , des peaux et des filamens , des armes et des vêtemens, car ces matériaux offrent immédiatement à l’ouvrier le résultat de son travail.
- Il ne peut entrer dans le plan dé l’ouvrage dont cet article fait partie de donner les preuves et les développemens de ce que nous venons d’avancer ; mais nous ne pouvons pas non plus les omettre entièrement.
- Il est certain que les produits des arts céramiques, et les. produits de luxe encore plus que les objets d’usage, ont présenté tous les genres d’intérêt dont les monumens puissent être susceptibles
- Des nombreuses applications de cet art aux habitudes de la vie, la plus commune et la plus répandue est, sans aucun doute, celle qui avait pour objet les usages domestiques; c’est la plus variée dans les temps moyens et surtout dans les temps
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- actuels ; mais c’est, de toutes les parties de l’histoire de cet art, la moins connue dans les temps anciens. On sait peu de choses sur la forme et la matière des vases employe's aux usages domestiques par les peuples de l’antiquité, parce-qu’il ne reste presque aucune pièce de ces ustensiles fragiles. Les monumens, et surtout les scènes représentées sur les vases en terre, destinés à un autre usage et conservés par cet usage même, sont presque les seuls matériaux qui puissent servir à nous fournir quelques notions sur cette partie de l’histoire des arts céramiques.
- On y voit des coupes à boire, des plats et des plateaux destinés à recevoir des fruits et des alimens, mais peu ou presque point de vases propres à faire chauffer des liquides ou cuire dès aliinens ; c’est aux temps modernes, et l’on peut même dire aux temps les plus modernes dans les contrées européennes, qu’il faut reporter la fabrication de vases capables de remplir efficacement ce dernier objet. Il est une autre destination des produits de l’art céramique, destination qui n’est certainement venue que long-temps après la première, mais qui, par son importance et par la manière de la remplir, a donné à ces produits un grand intérêt et les a fait parvenir riches d’instructions et en nombre immense jusqu’à nous ; c’est la destination religieuse donnée aux vases de terre par un grand nombre de peuples de l’antiquité. Ces vases, sur lesquels nous reviendrons lorsque nous traiterons cfe la classe de poteries à laquelle ils appartiennent, ont fourni des notions nombreuses et d’un vif intérêt sur l’histoire , la religion , les usages , les costumes des peuples qui les avaient consacrés aux dieux et enfermés dans les tombeaux. Cette consécration religieuse est la cause de leur conservation. Si on ne les eût placés que dans les temples ou dans les chapelles des maisons, ils auraient éprouvé le sort des vases domestiques, et très peu eussent échappé aux ravages du temps. Cette destination religieuse des vases non-seulement contribua à leur conservation ; mais réunie à celle qu’on leur donna de servir de prix ou de récompenses pour les vainqueurs dans différens exercices, elle procura à l’art du potier et à ses pro-
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- duits une telle importance dans l’antiquité, que les noms des plus célèbres artistes dans cet art ont été conservés par les historiens, et qu’un grand nombre de médailles et de monnaies béotiennes, athéniennes, etc., présentent pour type un-vase sous la protection de la chouette, oiseau de la divinité qui présidait aux Sciences et aux Arts. Enfin, non-seulement il y eut des potiers célèbres, mais il y eut aussi des vases célèbres , dont les noms , consacrés par les historiens ,' sont arrivés jusqu’à nous: tels sont le vase Prusias , le vase Sé-leucus, etc.
- La position souterraine des tombeaux, celle des vases qu’ils renfermaient, la situation des débris de poteries dans des parties assez profondes et assez épaisses des terrains meubles qui composent la partie la plus superficielle de l’écorce du globe, donnent encore aux produits de l’art céramique une autre sorte d’intérêt et d’importance géologique, en nous montrant les plus profonds enfouissemens des plus anciens produits de l’industrie humaine.
- Les progrès des Arts et ceux de la civilisation , qui marchent nécessairement de front, en ajoutant aux productions de l’art céramique des qualités solides et brillantes, les firent s’étendre au-delà des ustensiles de ménage et d’une destination sévère et religieuse ; ils devinrent des objets d’une utilité plus variée dans l’économie domestique, et des objets de luxe et même d’apparat dans l’ameublement des personnages marquans par leur rang ou par leur richesse.
- Mais on peut dire que ce perfectionnement si considérable et si subit dans la nature des pâtes et des couvertes des poteries , ce changement si remarquable dans leur destination, est tout récent, du moins eh Euvope. On n’v connaissait, que je sache, avant le quatorzième siècle, aucune poterie à pâte compacte, imperméable et dure comme les grès ; aucune poterie à pâte aussi imperméable et aussi solide que celle de la faïence proprement dite, ou faïence italienne; aucune poterie à vernis de plomb ou d’étain , étendu également suide grandes surfaces, comme ceux des faïences fines. Les Tome XVII. 4
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- vraies porcelaines européennes ne remontent pas au-delà du commencement du dix-huitième siècle, et les faïences fines, dites terre de pipe ou fdiences anglaises, sont d’une origine encore plus récente.
- La découverte ou l’introduction en Europe de ces deux sortes de poteries, la faïence et la porcelaine, a tellement frappé les peuples et les princes contemporains, que ces belles productions céramiques sont devenues, dès leur origine, un objet recherché, un objet d’un gTand luxe, et d’un luxe si marqué et si restreint dans la classe des hommes riches et puissans, que les princes se sont emparés de cette fabrication , non pas pour en faire un monopole productif, mais pour en faire la matière de' leur faveur, de leur grâce, et le signe de leur générosité.
- Lorsque Lucca délia Robbia, à Florence, vers 1400, Orazzio Fontana, à Pezaro, vers i54«, découvrirent et portèrent tout . de suite à un haut degré de perfection , la belle faïence connue alors sous le nom de Majolica et de terra invetriata, les ducs de Toscane , et notamment le duc Guidobaldo de la Rovère, admirant ces belles productions, en favorisèrent la fabrication par tous les genres d’eneouragemens. Les artistes les plus habiles du temps fournirent des dessins de formes et de sujets ; d’habiles peintres les exécutèrent ; et cette faïence, qui porta, dit-on, le nom de porcelaine d’Italie, devint pour les ducs de Toscane un objet digne d’être donné par eux aux personnages du plus haut rang, aux souverains même. On cite les artistes qui travaillèrent au beau service dont le grand-duc fit présent à l’empereur Charles-Quint. Cette faïence fut déjà et très recherchée et très chère, parce que des hommes habiles dans tous les genres concouraient à sa fabrication : mais lorsqu’à la mort de Guidobaldo elle fut livrée au commerce , il fallut la donner à bas prix ; alors tout ce qui tient aux arts du dessin , à ce qu’on appelle le mérite ou la perfection dans ces Arts , dut être et fut négligé, parce que le commerce fait peu de cas d’un mérite, qu’il faut payet cher et qui produit peu. Cet art tomba dans les métiers. Mais
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- si ces faïences perdirent ce genre de me'rite et d’illustration, le perfectionnement industriel resta, et ses ele'mens furent transportés en France et dans toute l’Europe. Bernard Pa-lissy, à peu près dans le même temps, c’est-à-dire vers i58o, chercha et trouva, après des peines et des dépenses infinies, cette partie brillante par ses couleurs et ses reliefs colorés, de l’art du faïencier, qui, après avoir pris naissance en Italie, venait de s’y perdre. François Ier et Henri II, son successeur, sans faire pour cet illustre potier et pour sa fabrication, tout ce que le duc Guidobaldo avait fait pour le Majolica, l’encouragèrent néanmoins , en permettant à son inventeur de prendre un titre analogue à celui de potier royal.
- La découverte, ou plutôt, comme nous venons de l’exprimer avec plus d’exactitude, l’introduction de la porcelaine en Europe, nouvelle sorte de poterie encore plus solide, encore plus brillante que la faïence, susceptible de recevoir tous les genres d’ornemens imaginables, produisit, vers le commencement du dix-huitième siècle, c’est-à-dire vers 175.5, le même étonnement, le même mouvement dans les arts du dessin, que celui que la faïence avait fait naître au quinzième siècle. Les princes voulurent de même s’attribuer la fabrication presque exclusive de cette belle poterie, ou du moins en honorèrent les produits par des encouragemens de toutes espèces , et par la plus noble destination : elle fut pour eux, comme elle l’est encore, un des objets les plus précieux des présens royaux et diplomatiques.
- Une troisième découverte , entièrement européenne , fit naître en Angleterre, vers le milieu du dix-huitième siècle, une sorte de poterie tout-à-fait différente des précédentes, et dont on ne trouve quelque exemple qu’en Chine , cette souche antique de tous les arts céramiques ; c’est la faïence à pâte fine et dure, à couverte transparente , presque créée par Wedg— wood , ou du moins portée , par cet illustre potier, à un degré de perfection qu’elle n’a pas dépassé depuis lui. Cette poterie, remarquable par sa légèreté , sa solidité , et par bien d’autres qualités, n’ayant point eu, comme la faïence italienne, la
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- prérogative d’être la première poterie à vernis brillant et blanc, qui ait paru après les poteries rouges et noires des anciens , ne pouvant pas présenter, comme la porcelaine, cette dureté , cet éclat, cette richesse de couleur et de décoration, qui caractérisent un meuble du plus grand luxe , n’a pas eu à sa naissance la célébrité royale des deux autres poteries ; mais elle eut une célébrité industrielle et commerciale , qui lui a donné et qui lui conserve un caractère tout particulier.
- On a pu voir , par le tableau que je viens de présenter, et dont je me réserve de développer les détails ailleurs , comment, en quatre siècles au plus, la poterie européenne a passé de l’état naissant, de l’état le plus grossier, à une perfection remarquable sous les rapports de la solidité, de l’utilité et de l’éclat. Si les anciens , frappés par les ouvrages des premiers potiers, dont les arts du dessin faisaient le principal mérite, ont porté leur considération pour ces artisans jusqu’à nous transmettre les noms des plus célèbres d’entre eux ; de Talus, neveu de Dédale le sculpteur ; de Coroebus d’Athènes ; de Thériclès d’Athènes ; de Téléphanus de Si-ciane , etc. ; que n’âuraient-ils donc pas fait pour les hommes qui, en quatre siècles, ont produit successivement des poteries dont ils n’avaient aucune idée, des poteries qu’ils auraient certainement mises au-dessus de tout ce qu’il y a de plus précieux, eux qui mettaient un si haut prix à des vases presque toujours rouges et noirs, et à peine cuits ? Que n’auraient-ils pas fait pour honorer dans Lucca délia Robbia l’invention de la faïence italienne ; dans Bernard Palissy, celle des faïences françaises; dans Boettiger, la découverte de la composition céramique, qui a conduit à la porcelaine allemande ; dans TVedgwood , le créateur de la faïence anglaise? Certainement, ils eussent honoré ces hommes de médailles , de statues, eux qui en ont érigé à des inventeurs d’arts bien moins remarquables.
- Nous pourrions ajouter beaucoup d’autres exemples à ceux que nous venons de rapporter ; mais ils nous semblent suffi-sans.pour établir, sur des faits non contestés, la considération
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- que les peuples et les princes ont accordée à l'art du potier et à ses productions. Il nous reste à rechercher la cause de l’espèce de stagnation dans laquelle cet art est resté pendant plus de trois mille ans , et l’essor considérable qu’il a pris en moins de quatre siècles. Les causes de ces grandes améliorations, de ces rapides progrès, sont évidemment liées avec les progrès de plusieurs sciences très peu avancées chez les anciens, et qui prêtent des secours efficaces , fournissent des matériaux nombreux aux arts céramiques; Ces sciences sont, la Minéralogie, qui a fait découvrir une multitude d’élémens propres à la fabrication et à la décoration des poteries, et la Chimie, qui a donné les moyens de les employer.
- Aux argiles , aux marnes , aux ocres , bases ordinaires des poteries et des matières colorantes des poteries des anciens, les modernes ont ajouté, parmi les substances terreuses, la craie, la magnésie, le quarz , le silex, le talc, le felspatli, le kaolin ; parmi les substances salines , le gypse , le phosphate de chaux, le sulfate de baryte, le borax , l’acide borique ; parmi les métaux, aux innombrables préparations de fer, à l’emploi de l’or, du plomb , de l’étain , du cuivre , métaux connus des anciens, mais peu employés par eux dans l’art céramique, les modernes ont ajouté le cobalt, l’antimoine, le zinc, le chrome, l’urane, le manganèse, etc. La Chimie modifiant tous ces corps et leurs propriétés fondantes, durcissantes , colorantes, a fourni aux potiers modernes une multitude d’élémens et de composés inconnus aux anciens. Or, on remarquera que la découverte de tous ces corps et de leurs propriétés date presque du même temps que celle des faïences italiennes , françaises et anglaises.
- On jugera facilement combien ces découvertes ont dû multiplier les sortes de poteries et étendre , dans diverses directions , les modifications que l’emploi de ces corps et la proportion de leur mélange ont dû faire naître ; de là le nombre considérable d’espèces de poteries que les Arts et le commerce nous fournissent actuellement.
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- Malgré les différences nombreuses et considérables que les diverses sortes de poteries présentent entre elles , quoiqu’il semble difficile au premier aspect de trouver quelque analogie entre un pot de terre de couleur sale, à texture grossière et poreuse, et un vase de porcelaine mince translucide , couvert d’un vernis brillant et de couleurs éclatantes , on est conduit, par l’observation, à reconnaître des règles et des principes généraux applicables à toutes les sortes de poteries. On voit qu’on peut même établir entre ces variétés, qui semblent presque infinies, des divisions ou classes assez nettement caractérisées, et qui rendent plus facile et plus intéressante l’étude des procédés de leur fabrication.
- Ce sont ces principes généraux , ce sont ces considérations communes à toutes, ou au plus grand nombre de poteries, qu’on va exposer avant de faire l’histoire particulière de chaque sorte.
- On peut considérer, dans les arts céramiques cinq objets et opérations principales :
- i°. La composition et la fabrication des pâtes ;
- 2°. La façon des pièces ;
- 3°. Le vernis, couverte ou émail ;
- 4°. La cuisson ;
- 5°. La coloration et décoration des pièces.
- CHAPITRE PREMIER.
- COMPOSITION ET FABRICATION DES PATES.
- On doit examiner les pâtes céramiques sous deux points de vue différens :
- Leur composition ou état chimique, et leur fabrication ou leur état mécanique. Si dans la théorie ces deux états peuvent être considérés isolément, ils sont inséparables dans la pratique. Mon but ne peut donc être que d’examiner ce qui se passe de particulier dans chacune de ces opérations, qui, par leur réunion , constituent la pâte céramique.
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- ARTICLE PREMIER.
- COMPOSITION GÉNÉRALE DES PATES CÉRAMIQUES.
- II faut soigneusement distinguer, dans la composition des pâtes, celle de leurs ingrédiens et celle des pâtes elles-mêmes, lorsque par la cuisson, c’est-à-dire par une des opérations fondamentales de l’art, elles ont été' amenées à leur dernier résultat, à leur réelle composition.
- On croit pouvoir avancer qu’en dernière analyse la composition essentielle de toutes les pâtes consiste en une liaison chimique de silice avec une base terreuse, soit d’alumine, soit de magnésie ; qu’on ne connâît pas de pâte, quelque impure qu’elle soit, qui ne renferme ces matières comme élémens essentiels et principaux ; qu’on ne peut faire aucune pâte sans la combinaison de ces élémens ; qu’en enlevant l’un d’eux à une pâte céramique, on la détruit; tandis qu’en enlevant d’une pâte les autres corps qui s’y trouvent quelquefois , tels que le fer, la chaux , la potasse, loin de la détruire, comme cela aurait lieu si on en enlevait, soit la silice , soit l’alumine , soit la magnésie, on exalte, au contraire, les qualités qui constituent une bonne pâte.
- Quoique ces principes , la silice d’une part et l’alumine ou la magnésie de l’autre, paraissent rarement combinés dans la pâte en proportion définie, parce qu’il y a presque toujours l’un des deux élémens en excès, on peut cependant considérer la plupart des pâtes comme des silicates à base simple ou d’alumine, ou de magnésie, ou à base double d’alumine et de magnésie, et malgré l’excès, soit de l’élément positif, soit de l’élément négatif, il y a nécessairement, dans toute pâle faite, des silicates à combinaison définie.
- ïe dis dans toute pâte faite, parce qu’il faut distinguer une pâte en fabrication d’une pâle faite.
- On peut regarder comme pâte en fabrication , celle dans laquelle les élémens sont rapprochés, mais non encore réunis 1 eau suffit alors pour les séparer.
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- Dans une pâte faite, les silicates sont formes, l’eau n’enlève plus rien à la pâte , et les acides ne peuvent lui enlever que les parties non combinées et non enveloppées par la combinaison. Le feu, c’est-à-dire la cuisson , est le seul moyen que nous ayons pour former ces combinaisons et faire les silicates, qui sont le re'sultat auquel il faut arriver pour obtenir une pâte solide , inaltérable par l’eau et les acides, et d’autant plus inaltérable que la proportion du silicate neutre l’emportera davantage sur les élénrens en excès.
- Quelques exemples rendront cette théorie plus claire et plus évidente.
- Les pâtes à silicate terreux sont les vraies pâtes céramiques ; elles se rapprochent du verre lofsqu’elles commencent à renfermer des silicates alcalins: telles sont les porcelaines.
- On peut prendre dans, la poterie commune à pâte grossière et poreuse, telles que les poteries campanienne, indienne , américaine, gauloise, un exemple des pâtes les moins faites, de celles qui renferment le plus d’élémens en excès.
- Les faïences fines, dites vulgairement terres de pipes , et les poteries de grès , nous offrent un exemple des pâtes les plus faites, de celles où les silicates en proportion définie sont les plus abondans, où il y a par conséquent le moins d’élémens en excès.
- L’homogénéité de la pâte, la finesse .de son grain , sa densité, sa dureté, sont des caractères des pâtes dans lesquelles les élémens sont dans la proportion la plus voisine de celles qui peuvent former des silicates.
- Les porcelaines offrent ces mêmes caractères avec celui de la translucidité ; mais elles sortent des limites que nous assignons aux pâtes uniquement terreuses, en raison de la potasse ou de la soude, et peut-être même de la chaux, bases alcalines qui leur donnent ce commencement de fusion auquel elles doivent leur translucidité.
- Les pâtes faites , dans l’acception que je donne à ce mot, ne renfermant plus d’eau ni aucun principe volatil, sont composées, en dernière analyse :
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- POTERIES. 57
- i°. Eu principes essentiels , c’est-à-dire indispensables à toute pâte,
- de silice.........o,55 à 0,75,
- d’alumine.........o,35 à 0,25,
- ou, mais rarement,
- de magne'sie remplaçant l’alumine en totalité' ou en partie, o,35 à 0,2.5.
- 20. En principes accessoires encore plus variables que les précédens,
- de chaux ; de potasse ; de peroxide de fer.
- On y fait entrer encore quelques autres éle'mens , tels que le phosphate de chaux, les sulfates de baryte et de chaux ; mais ces éle'mens sont particuliers à certaines pâtes , qui s’éloignent d’autant plus des vraies pâtes céramiques ou silicates terreux, qu’elles renferment une plus grande proportion de ces matières. Nous ferons connaître en leur lieu ces compositions particulières.
- Tels sont les éle'mens essentiels et les matériaux accessoires qui composent toutes les pâtes céramiques faites, c’est-à-dire cuites.
- Mais ces matériaux qui entrent dans la composition des pâtes, renferment d’autres élémens que la cuisson, élaboration définitive de la pâte , a fait dégager.
- Ces élémens sont l’eau , et quelquefois l’acide carbonique, le bitume ou le charbon.
- L’eau, si elle n’existe plus dans les pâtes céramiques parfaites , est au contraire abondante dans l’un des matériaux de cette pâte, et paraît indispensable au façonnage des pâtes, du moins dans le plus grand nombre des cas , et dans 1 état actuel de la fabrication.
- Ainsi, les élémens essentiels des pâtes faites sont unique-
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- 58 POTERIES.
- ment, d’une part, l’alumine ou la magnésie, et de l’autre, la silice. Les élémens accessoires sont la chaux, les sulfates de baryte ou de chaux , l’oxide de fer.
- Les matériaux qui, dans la nature, fournissent ces élémens, sont :
- Les argiles plastiques ;
- Les argiles figulines ;
- Les marnes argileuses ;
- Les kaolins divers ;
- La magnésite ou la giobertite, qui renferme en outre toujours de l’eau, dans les proportions de io à 18 pour ioo, et souvent de l’acide carbonique.
- L’analyse que nous donnons de plusieurs de ces matériaux y va démontrer la présence des élémens constitutifs des pâtes céramiques. Fous les réunissons ici, afin qu’on puisse en comparer plus facilement la composition : nous n’aurons plus qu’à les citer et renvoyer aux tableaux suivans, lorsque nous aurons occasion d’employer ces matériaux dans la composition des différentes sortes de poteries.
- Composition des matières naturelles employées comme base ou partie essentielle des pâtes céramiques.
- Argile plastique.
- C’est une argile qui a pour caractère de ne renfermer que de l’alumine, de la silice et un peu d’oxide de fer , par conséquent de ne faire aucune effervescence avec les acides, et d’être infusible au feu du four de porcelaine , c’est-à-dire à une température de 120 degrés du pyromètre de Wedgwood.
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- %
- CARACTERES
- et
- .LOCALITÉS*
- COMPOSITION
- Silice. I Fer.
- Observations.
- D’Abondant, lisière delafor. de Dreux.
- Presque blanche; teinte vert-pâle.
- De Forges (Seine-Infe'rieure).........
- De Montereau (Yonne)..................
- D’un gris-blanchâtre ou j au r: a ?... du sable micacé'.
- De Devonshire (Angleterre) ...........
- Blanc-grisât. ; onctueuse; calcine'e, devient blanchâtre.
- Pour la faïence fine anglaise.
- Andenne, près Na-mur..................
- Grise à grain fin, douce au toucher.
- Pour les pots à laiton.
- De Saint — Amand ( Meuse )............
- Grise, monchet. de jaune avec un peu de mica. Pour les poteries de grès.
- 41
- 27
- 27
- 43
- 59
- 73
- 73
- %
- 33.3
- 24
- Id.
- Id.
- 64,2:2,5
- 73>3;2î7
- i3ài8*
- n ,2
- Bertliier.
- Id.
- Id.
- Id.
- Id.
- Id.
- * Selon le degré de sécheresse , épluchée , non lavée.
- Lavée.
- Argile Jiguline.
- C’est une argile qui a pour caractère d’être liante , de renfermer, en proportion très dominante, de la silice, de l’alumine et de l’oxide de fer, et toujours une petite quantité de calcaire ; elle fait alors une effervescence faible et de peu de durée, avec l’acide nitrique ; elle se ramollit à une haute température, et prend une couleur rouge due à l’oxide de fer qu’elle renferme.
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- 6o
- POTERIES.
- CARACTÈRES COMPOSITION
- et AUTEURS. Observation»
- LOCALITÉS. Alu- mine. Silice. Fer. Chaux.
- Argile de Provins ( Seine-et Marne)... 37 57 4 * j 7 Aubert. Laboratoire & Sèvres.
- Argile de Livemon près Figeac ( Lot). 3o 6o 7>6 2,4 Berthier. Il y avait o,iï d’eau.
- Marne argileuse.
- Ce sont des minerais terreux , c’ëst-à-dire peu solides, même friables, néanmoins donnant avec l’eau une pâte qui a une assez forte liaison, et qui sont essentiellement composés de silice, d’alumine et de carbonate de chaux.
- Ils font une effervescence vive et continue dans les acides, et se fondent à la température de la cuisson de la porcelaine, et souvent beaucoup au-dessous.
- CARACTÈRES et COMPOSITION,. sans eau. AUTEURS. Observations.
- LOCALITÉS. Alu- mine- Silice- Fer. - Carbonate de chaux.
- Des envir. de Billom (Puy-de-Dôme).
- Brune feuilletée. Grise compacte.. 18 20 II 1 2 4o 46 Lecoq. Eau et bitumes1
- De Belleville, près Paris. r Laboratoire^ Sèvres.
- Yerte *7 46 6 28 Buisson.- Il y avait ea* ron 0,7 d’ea®* Y a probable®® de la chaux à r*" tat de silicate.
- Virofiai, près Versailles I I 29 6 5 2 1 - Cette, ns*®' était empl°?f; pour les caïetfp de la porcelai* tendre, àSèvrt'-
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- POTERIES.
- 6.1
- Kaolin.
- Ce sont des minéraux terreux de consistance friable, souvent très blancs, donnant avec l’eau une pâte assez courte ;
- Essentiellement composé de silice , souvent visible à l’état de quarz , de sable et d’alumine ;
- Ne faisant aucune effervescence avec les acides, et ne se fondant pas à la plus haute température des fours de porcelaine.
- CARACTÈRES. COMPOSITION,
- et AUTEURS. Observations.
- LOCALITES. Alu- naine. Silice. Fer. Potasse.
- Saint-Yriex, près Limoges ( Lavé et sans eau). 37,3 44 00 to to » 02,5 Berthier. Id. Eau, x3.
- D’Anx, près Schnee-berg, en Saxe 37,7 43,6 oi ,5 Id. Eau, i?..
- Ibidem. 47 52 oo,3 Rose.
- Epieux, près Cherbourg 25>o dx O O 08 02,2 Berthier. Eau, g; chaux, 5.
- Magnésile et giobertite.
- Ce sont encore des minéraux d’aspect terreux, souvent durs, ne donnant avec l’eau une pâte peu liante que par un long broyage.
- Ils sont essentiellement composés , ou de carbonate de Magnésie , mêlé d’un peu de silice ( la giobertite) ;
- Ou de magnésie silicatée (la magnésite). Ils ne font aucune effervescence, et sont infusibles à la plus haute température des fours à porcelaine.
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- CARACTÈRES et LOCALITÉS. Magac- iîe. Acide carbo- nique- Silice. Eau. AUTEURS. Observations
- Giobertite de Bau-dissero, prèsTurin. 68 37 12 33 i5 12 3 i3 Giobert. John. Perte, 5!
- Magnésite de Val-lecas, près Madrid. • 24 54 20 Berthier.
- Nous pourrions actuellement parler de l’influence de chacun de ces éle'mens des poteries sur leur solidité', leur densité, leur fusibilité', la plasticité de leur pâte, la facilité ou la difficulté de leur fabrication , sur les défectuosités qu’elles font éprouver aux poteries dans leur façonnage, leur dessiccation , leur cuisson, etc. : mais on voit que nous serions obligé d’anticiper sur la connaissance de toutes ces propriétés, et qu’il est plus convenable de parler de ces diverses influences à mesure que nous traiterons des opérations qu’il faut faire pour fabriquer entièrement une poterie parfaite , et des diverses propriétés qui accompagnent ou suivent ces opérations.
- ARTICLE II.
- FABRICATION GÉNÉRALE DES PATES CÉRAMIQUES-
- Cette opération a pour but de lier les élémens des pâtes de la manière la plus facile , la plus complète et la plus convenable , ou de former des pâtes faciles à travailler et solides sous tous les rapports.
- La plasticité et Yhomogénéité sont les conditions essentielles de fabrication de toute pâte eéramique.
- Pour remplir ce double objet, les matériaux (i) de toutes
- (i) On voîl qu’il ne faut pas confondre les matériaux qui composent «ne pâte, avec les elemens de cette pâte. Par exemple, les matériaux de la por-
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- POTERIES. 63
- les pâtes céramiques doivent consister en matières plastiques et en matières arides ou dégraissantes, réunies de manière à former un tout homogène.
- L’homogénéité de nature et de densité est la condition de premier ordre ; car on peut façonner, par différens procédés . des pâtes, et en obtenir des poteries parfaites , pourvu que ces pâtes soient homogènes.
- § ter. — De la plasticité et des matières plastiques.
- Ou entend , par plasticité, la faculté qu’ont certaines matières molles, de prendre sous la main de l’ouvrier toutes les formes qu’il veut produire. On appelle pâtes longues , celles qui jouissent au plus haut degré de cette faculté, et pâtes courtes, celles qui , par opposition, ne la possèdent que faiblement. Nous reviendrons plus bas sur ces qualités des pâtes.
- La plasticité, quoiqu’elle ne soit pas, à notre avis , une condition indispensable au façonnage des pâtes céramiques, est cependant celle qui est le plus généralement recherchée, comme se prêtant le mieux au façonnage le plus facile et le plus ordinaire de ces pâtes.
- la plasticité ne se trouve complètement et naturellement que dans quelques élémens naturels des pâtes , l’argile, la marne argileuse et la magnésite. Je ne connais aucune autre matière minérale qui possède cette propriété.
- On remarquera que les trois matières que je viens de citer renferment de l’eau dans un état d’adhé^nce telle , que la dessiccation à 100 degrés ne peut l’en faire dégager, et qu’on peut presque les considérer comme des hydrates.
- On remarquera que dans la marne, c’est l’argile qui lui donne cette propriété, et qu’elle décroît à mesure que la marne devient plus calcaire.
- «laine sont : ie kaolin et le felspath; et ses élémens sont : la silice, l’alumine et la potasse.
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- 64 POTERIES.
- On remarquera enfin que, dans l’argile elle-même , qu’on regarde comme un silicate d’alumine hydraté , c’est à l’alumine seule qu’on peut attribuer cette propriété, et cependant l’alumine pure , soit qu’on la prenne à l’état gélatineux, soit qu’après l’avoir desséchée, on la broie long-temps avec de l’eau, ne donne jamais une pâte liante et plastique.
- On ne peut pas l’obtenir davantage , lorsqu’on y mêle de la silice pure dans la même proportion que celle qui entre dans la composition des argiles.
- Il y a donc dans ces dernières une texture particulière, que les circonstances de leur formation ou le temps a fait prendre aux parties qui les composent, et que nous n’avons pu encore imiter complètement.
- Si la plasticité est une condition de première importance pour faciliter la fabrication, et par suite le façonnage des pâtes , portée à un trop haut degré , elle a de graves incon-véniens, qu’il faut savoir maîtriser. Les pièces fabriquées avec des pâtes trop plastiques se dessèchent difficilement et inégalement , éprouvent par leur dessiccation une déformation considérable , et sont très sujettes à se fendre : ces inconvé-niens sont développés e t aggravés par la cuisson. Il a donc fallu introduire dans la composition des pâtes céramiques une matière qui détruisît les mauvais, effets de la plasticité, lorsque ces matières n’y existaient pas naturellement.
- Des matières dégraissantes. *
- «
- Les matières que l’on appelle matières arides ou dégraissantes sont assez variées : ce sont, suivant la nature de la base plastique et la qualité de poterie qu’on veut obtenir,
- du sable, du silex broyé, de la craie ,
- du ciment de pâte cuite. des escarbilles.
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- POTERIES. 65
- Les trois premières matières sont, comme on voit, naturelles ; celle que l’on nomme ciment est le re'sultat de la trituration des pâtes céramiques déjà cuites. Les escarbilles employées comme matière dégraissante dans la fabrication de quelques terres cuites très grossières, sont les scories mêle'es de charbon qui tombent de la forge des serruriers.
- On choisit ces matières suivant la nature , la qualité' et le but économique de la poterie qu’on se propose de fabriquer. On sent qu’elles agissent sur les pâtes non-seulement comme moyen mécanique ou physique de division, mais qu’ayant aussi une grande influence sur leur fusibilité et sur quelques-unes de leurs autres qualités, elles doivent être choisies en raison de cette double influence ; on les réduit aussi-, dans le même but, en poudre ou en gravier plus ou moins grossier.
- § 2. — De l’eau.
- L’eau est le troisième des matériaux qui entrent dans la fabrication des pâtes céramiques. Quoiqu’elle ne serve qu’à mêler les autres matériaux, à leur donner la mollesse nécessaire et à développer les qualités plastiques, cet élément de la fabrication des pâtes est cependant susceptible de plusieurs considérations très remarquables.
- Il entre toujours dans la fabrication, mais rarement dans lacomposition des pâtes faites. Dans quelques cas, l’eau paraît n’y être employée qu’en quantité fort petite ; mais quoiqu’il y ait certains cas où les pâtes céramiques semblent être employées et façonnées sèches , elles ne sont jamais absolument privées d’eau.
- L’eau, qu’elle y ait été introduite en grande quantité ou laissée en très petite proportion , n’existe plus dans la plupart des pâtes faites. Néanmoins, il me paraît sûr qu’il en reste un peu dans les pâtes qui n’ont éprouvé qu’une cuisson incomplète à une température peu élevée ; c’est le cas de la plupart des poteries grossières et de celles qui ont été fabriquées par les anciens sous le nom de poteries grecques ou cam-Tome XVII. 5
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- paniennes, de poteries étrusques et de poteries romaines. L’eau paraît donc adhérer avec une grande puissance aux pâtes céramiques. Cette puissance est telle, qu’une longue dessiccation aidée d’une élévation de température à ioo degrés ne suffit pas pour l’en chasser entièrement ; il faut une chaleur rouge au moins égale à celle de la fusion de l’argent pour opérer cette expulsion.
- Cette adhérence est d’autant plus grande, que la pâte est plus argileuse, plus plastique, et par conséquent moins dégraissée. Le dégraissage par les matières arides paraît donc avoir pour but principal de permettre à l’eau de se dégager facilement et également, et de manière à ce que la pâte reste d’une égale densité dans toutes l'es parties. Il faut faire en sorte que la dessiccation puisse s’opérer lentement et également; et l’une des principales précautions du potier est d’éviter une dessiccation trop rapide, qui est toujours inégale.
- Le second inconvénient de la dessiccation rapide est de produira, à la surface des pièces, une croûte desséchée et dense qui s’oppose à la sortie de l’eau de l’intérieur de la pièce , si ses parois sont épaisses ; en sorte qu’une pièce ainsi séchée , et qui paraît l’avoir été complètement, renferme encore de l’eau dans l’intérieur de ses parties épaisses. Cette eau, vaporisée par la haute température de la cuisson , fait alors briser et même éclater la pièce en plusieurs morceaux.
- Par conséquent, sous le rapport de ^expulsion de l’eau des pâtes céramiques en fabrication , la dessiccation doit être égale, lente et complète ; les^matières dégraissantes , l’aérage à l’abri des courans d’air , de la chaleur et du soleil, sont les moyens et les précautions à prendre dans cette partie de la fabrication.
- § 3. — Homogénéité'.
- On peut dire qu’il faut désirer dans les pâtes deux sortes d’homogénéité, bien différentes par elles-mêmes et parleur influence :
- . L’une est Yhomogénéilé des partiesy L’autre est Yhomogénéilé des masses.
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- POTERIES. 67
- La première, qui consiste dans l’égalité de nature , de grosseur et de densité des parties qui composent les pâtes, n’est pas toujours nécessaire , et doit même être quelquefois évitée. Les matières dégraissantes , et surtout le ciment, ont ce but.
- On voit que, dans ce cas, on cherche à détruire l’homogénéité de la pâte , mais à la détruire régulièrement, et par conséquent également.
- Il ne faut cependant pas croire que cette hétérogénéité soit tellement essentielle aux pâtes , pour leur donner la propriété de résister plus efficacement au choc ou au changement de température, qu’on ne puisse obtenir ces qualités que par ce moyen. Il y a des pâtes faites, sensiblement homogènes, qui résistent cependant assez bien à la fracture, les unes par le choc (la porcelaine tendre), les autres pàr le feu ( un grand nombre de porcelaines dures). On peut donc obtenir ces qualités , au moins en grande partie, par d’autres moyens que par l’hétérogénéité grossière des parties , qui a toujours l’inconvénient de donner des pâtes à surface raboteuse et d’un usage très restreint ( les réchauds , les fourneaux de Chimie , les étuis et les moufles pour cuire les porcelaines, etc. ).
- La seconde sorte d’homogénéité est celle des masses. C’est la plus importante, celle qu’on doit chercher à obtenir dans toutes les pâtes et dans toutes les circonstances ; celle à laquelle est attaché le succès de presque toutes les pièces, de presque toutes les fabrications.
- Elle consiste à donner à une masse de pâte, et surtout à celle dont une pièce doit être fabriquée , une égalité parfaite de composition et de densité, de manière à ce que le mouvement qui s’opère dans les pièces par leur dessiccation, par leur retraite, ou diminution de volume à la cuisson, ait lieu le plus également possible dans toutes les parties de cette pièce.
- Nous reviendrons sur l’influence remarquable de ce défaut d’homogénéité, en parlant des différentes propriétés physiques des pâtes et de leur rôle dans la fabrication.
- On peut dire que les nombreuses opérations que nous al-
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- Ions décrire , et qui constituent la fabrication mécanique des pâtes, ont pour objet principal d’obtenir cette homogénéité de composition et de densité dans les masses. Comme la plupart de ces opérations ont ce double but, nous ne les classerons plus sous ces rapports ; nous nous contenterons de faire remarquer de quelle manière elles l’atteignent.
- La première série d’opérations (À) a pour objet de mélanger intimement les matériaux qui entrent dans la composition des pâtes, et de conduire ainsi aux deux sortes d’homogénéité; elle atteint ce but en portant à une division la plus complète possible les matériaux des pâtes.
- Elle se compose du lavage des matières, du broyage de celles qui sont grossières, et du mélange des matières ainsi atténuées.
- La seconde série (B) a encore pour objet de mêler plus intimement les matériaux ; mais elle a plus spécialement pour but de donner à ce mélange, et par conséquent aux pâtes céramiques qui en résultent, la seconde sorte d’homogénéité, celle que nous appelons homogénéité des masses.
- Elle consiste dans le marchage, le premier ébauchage, le battage[, la pourriture , etc.
- A. Séparation et division mécanique des matières.
- 1°. LE LAVAGE.
- Lorsque les premiers matériaux , soit plastiques, soit arides des pâtes, sont naturellement hétérogènes, que cette hétérogénéité résulte de la réunion de matières terreuses ou pierreuses de grosseur ou de pesanteur spécifique différentes ; que ces matières ne sont pas dans des proportions, des quantités ou des grosseurs à peu près convenables pour la composition des pâtes qu’on veut obtenir , il faut séparer 1® matériaux pour les doser convenablement 2 et pour broyé' ceux qui ne peuvent être atténués que par ce moyen.
- Le lavage est le résultat de deux sous-opérations, qui sont
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- le délayage et le décantage. Pour laver uue matière ce'rami-que, c’est-à-dire pour séparer par l’eau les matières ténues et légères, des matières ou grossières ou plus lourdes , il faut d’abord délayer cette matière dans une quantité d’eau suffisante.
- Ce délayage exige différentes précautions pour être complet, c’est-à-dire pour qu’il ne reste aucune partie ou motte qui n’ait été divisée ; il faut que l’eau pénètre les parties et les divise : or, cette division par pénétration n’a lieu facilement et complètement que sur des matières sèches. Les matières agrégées par humidité se divisent difficilement ; mais aussi les matières trop sèches et pulvérulentes , dont les parties sont comme enveloppées d’une couche d’air, offrent également quelques difficultés à une division complète, lorsqu’on les couvre tout de suite d’une trop grande quantité d’eau ; il faut donc, quand une matière terreuse bien sèche doit être lavée, y mettre l’eau d’abord en petite quantité, l’y introduire par le brassage avec râble ou spatule, l’y mêler intimement, et ensuite y ajouter la quantité d’eau suffisante. Les kaolins , les sables , ne demandent pas d’autres précautions ; mais quand ce sont des marnes argileuses, des argiles figu-lines, et surtoutdes argiles plastiques , le lavage et le délayage qui doit le précéder deviennent beaucoup plus difficiles.
- Il faut non-seulement faire sécher ces matières, mais ensuite les pulvériser grossièrement, puis les humecter d’une petite quantité d’eau, et les laisser s’en pénétrer par un séjour de plus de vingt-quatre heures. On les délaie ensuite dans la quantité d’eau suffisante. Ce qui parait valoir encore mieux, t’est de répandre dans l’eau de délayage , comme par saupoudration , l’argile à délayer, réduite en poudre grossière, de la même manière qu’on jette par pelletées le plâtre dans 1 eau pour le gâcher.
- La division des matières argileuses dans l’eau et leur dégage , se fait par des moyens qui varient en raison de la uature des matières, et de la quantité qu’on doit en employer.
- Lorsque ce sont des matières meubles ou peu.plastiques,
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- 70 POTERIES.
- qu’on ne doit agir que sur de petites quantite's , le délayage se fait à bras d’homme , dans de simples tonneaux , à l’aide d’un râble ou spatule, ajusté comme le représente la fig. i de la PL 5 7.
- Mais lorsqu’il s’agit de délayer des matières argileuses, tenaces et plastiques , et d’agir sur de grandes masses , il faut des moyens plus puissans, qui consistent généralement en palettes fixées à un arbre vertical, qu’un moteur quelconque fait tourner dans une cuve remplie de la matière argileuse à délayer.
- Le lavage et le décantage viennent ensuite, et sont plus variés.
- Le procédé le plus usité est de recevoir, dans des cuva échelonnées au-dessous de la cuve de délayage, l’eau trouble qui tient en suspension la partie argileuse la plus fine, séparée par ce délayage du sable et des autres matières plus grossières, et d’y laisser l’eau déposer la partie argileuse plus pure et plus ténue ( Sèvres, Meissen, Engelhard près Passau, Berlin ). Afin d’éviter que quelques parties grossières n’échappent, et pour retenir les parties végétales légères , on place ordinairement un tamis au-dessous du canal de transmission de la cuve de délayage dans celle de lavage. Pour que le lavage soit réputé bien fait, il faut que l’eau n’emporte aucune partie grossière , et dans ce but on doit, après le délayage, la laisser reposer quelques instans. Pour qu’H soit complet, il faut que l’eau de délayage ainsi reposée dans la cuve, redevienne claire en peu de temps.
- Des matériaux meubles des pâtes ainsi séparés par le lavage, les uns sont inutiles et rejetés ; tels sont les petits caillou* siliceux, calcaires , pyriteux , ferrugineux ; les autres sont suffisamment atténués pour être immédiatement employés dans la composition des pâtes , tels que l’argile, soit plastique , soit figuline ; les autres enfin, plus grossiers , tel* que le sable quartzeux, le sable feldspathique , doivent être broyés avant d’être employés. Les matériaux solides et pierreux qui doivent entrer dans cette même composition de-
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- POTERIES. :i
- mandent aussi à être réduits en une poudre plus ou moins fine, suivant qu’ils entrent comme principes composans ou comme ciment.
- 2°. LE BKOTAGE.
- C’est la suite d’opérations qui a pour but d’amener les matières à l’état de ténuité requis ; il peut se diviser lui-même en trois sous-opérations, le cassage, le pilage et le broyage proprement dits.
- On a pour but, dans le cassage, de réduire à une dimension ovulaire les masses trop volumineuses de pierre, qui ne se prêteraient que difficilement au pilage ; il s’opère à la niasse ; mais pour que cette opération soit plus facile , plus prompte, il faut rendre fragmentables, c’est-à-dire facilement brisables, ces masses pierreuses , quelles qu’elles soient ; pour cet effet, on les expose à une température incandescente , et quelquefois on les plonge encore rouges dans l’eau. On appelle cette préparation improprement calcination, quoiqu’elle ne fasse ordinairement éprouver à la pierre calcinée aucune réelle altération dans sa composition, et qu’elle n’ait pour but et pour effet que d’y faire naître un grand nombre de fissures. On soumet à la calcination, avant de les broyer, le quartz, le silex,le feldspath. On les porte ainsi préparés sous la machine à piler ou à broyer grossièrement.
- C’est ordinairement un bocard , tellement semblable à celui qui est en usage dans les 'usines métallurgiques , que nous croyons superflu de le décrire ou de le figurer.
- Toutes les précautions qu’on emploie dans ces usines pour rendre le pilage facile et prompt doivent être mises en pratique dans le cas actuel; ce sont des précautions qui tiennent plus à la construction et à l’action du bocard, qu’à leur application spéciale aux matières.
- On n’a pas besoin , dans le plus grand nombre des cas, de faire passer un cours d’eau dans les auges du bocard ; mais il faut quelquefois humecter les matières, pour éviter le dégagement d’une poussière siliceuse , nuisible à la santé de l’ouvrier.
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- Dans certains cas, la matière à piler est placée sous la circonférence d’une roue ou meule de pierre qui tourne sur éette circonférence, dans une espèce de manège ou d’auge circulaire également en pierre. Cette matière est alors plutôt écrasée que pilée. La matière ainsi pilée ou écrasée peut être portée immédiatement sous les meules qui doivent la broyer, si elle est destinée à entrer comme élément dans la composition des pâtes ; mais si elle ne doit y entrer que comme ciment, on se contente de la réduire en un gravier à grains à peu près égaux , au moyen d’un crible de fer, soit à trous, soit à mailles.
- DU BROYAGE BROPREMENT DIT ET DES MOULINS A BROYER.
- Le broyage proprement dit, dernier acte de l’opération de la division des matières, s’exécute au moyen de diverses sortes de moulins.
- Nous n’avons pas à nous occuper du moteur, qui, devant être choisi suivant la position dans laquelle se trouve le fabricant , doit être aménagé de telle manière qu’on perde le moins possible de la puissance. C’est un principe de Mécanique pratique , qui n’est pas plus particulier au broyage des matériaux céramiques qu’à toute autre action. Ce moteur est donc , suivant les circonstances, ou le vent, ou une chute d’eau , ou la force des animaux de trait, ou enfin , celle de la vapeur d’eau dans les machines à vapeur.
- Le moulin proprement dit est toujours composé de deux parties dures , dont l’une est fixe et l’autre est mobile.
- La partie fixe ou inférieure ne présente presque aucune variété ; c’est une pièce de pierre dure , grès ou silex , ordinairement cylindrique , à surface supérieure parfaitement plane ; elle est encastrée dans la cuve ou tinette qui reçoit la matière à broyer ; elle est quelquefois percée à son centre, pour laisser passer l’axe qui fait tourner la meule supérieure ; quelquefois elle ne reçoit que la crapaudine , sur laquelle pi rote la pointe de l’axe vertical de la meule tournante.
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- POTERIES. :3
- Il n’en est pas de même de la partie supérieure mobile ; elle présente de nombreuses variétés. Cette partie est ordinairement une meule de grès, ou ellipsoïde ou cylindrique, mais profondément écbancrée sur une partie de sa circonférence.
- Les meules ovales, employées dans beaucoup de fabriques, et les meules cylindriques à échancrure, presque aussi usitées, sont en grès dur.
- Leur mode de suspension est d’une grande importance ; dans quelques fabriques, elles sont réellement suspendues de manière à ne pas peser de tout leur poids sur la meule inférieure fixe ; une nille soudée sur la partie supérieure de la meule traversée par l’arbre ou axe reçoit un crochet qui attache la meule médiatement à l’arbre ; la queue de ce crochet est garnie d’un pas de vis, sur lequel tourne un écrou qui relève la meule, par une action qu’on peut ménager comme on veut.
- Dans le plus grand nombre des cas, la meule supérieure est abandonnée à tout son poids, et l’arbre qui la traverse n’a d’autre fonction que de la faire tourner.
- Enfin, tantôt l’arbre qui la fait tourner vient d’en haut, passe dans l’axe de la meule, qui est percé et garni d’un œil carré en fer, et vient s’appuyer sur une crapaudine de la meule inférieure. Tantôt cet arbre vient d’en bas, traverse la meule inférieure , et, enveloppé dans une espèce d’étui fixé sur cette meule , il se rend dans un collet engagé dans une traverse supérieure , en traversant la meule mobile par son axe, muni de même d’un œil carré ; il la fait tourner sans l’empêcher de peser de tout son poids. ( V. PL 60 et son explication.)
- Les méthodes de broyage offrent quelques différences importantes ; il est difficile de dire encore quelle est la préférable de celles que nous allons faire connaître, figtte préférence pouvant résulter des circonstances dans lesquelles se trouve le fabricant.
- Nous en indiquerons deux principales.
- ,0- Le broyage au moyen des petites meules de 7 décimètres
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- de diamètre au plus, ou rondes et écliancre'es, ou ovales dont le petit diamètre est d’environ un tiers du grand.
- Ces meules doivent être de grès dur.
- Quand elles sont circulaires, elles doivent présenter une échancrure cunéiforme; elles sont piquées en dessous, placées au nombre de huit à seize autour d’un grand hérisson d’environ 4 mètres de diamètre.
- Ces meules portant de tout leur poids sur la meule dormante , peuvent être chargées de 4<> à 8o kilogrammes de matières à la fois, et faisant environ quatre tours par minute, broyer 6o kilogrammes de sable siliceux en quarante-huit heures, ou 8o kilogrammes de felspath dans le même temps.
- C’est principalement sur cette sorte de moulin qu’on doit éviter de mettre tout de suite la charge qu’ils peuvent porter. Ces matières doivent être broyées sous l’eau.
- 2°. Le broyage au moyen de blocs de pierre dure, poussés par des bras ou palettes fixées à un arbre.
- Cette méthode est en usage depuis assez long-temps en Angleterre, pour le broyage de toutes les matières dures, et notamment de celles qui doivent entrer dans la fabrication des objets céramiques.
- Nous en donnons la figure (PI. 6o) , et l’explication de la planche qui la présente doit suffire à sa description (i).
- Le pavé qui sert de meule dormante doit être composé de pierres dures, jointes le plus exactement possible.
- Les blocs sont aussi de pierre dure , tantôt de quartz, tantôt de grès, tantôt de granité : on ne peut employer cette roche ou toute autre roche colorée , que dans les cas où l’on ne craint pas d’enlever aux pâtes la qualité qu’elles tirent de leur blancheur. Chaque pierre ou bloc mobile doit peser au moins ioo kilogrammes, pour avoir une action suffisante.
- (i) Des moulins fondes sur le même principe, et par conséquent à peu prés semblables à celui que nous décrivons, ont été' figurés et décrits par M- d° Saint-Amans, dans le Bulletin de la Société d’Enconragement, XXVIe année, page345, PI. 341 et XXVIIIe année , page 21, PI. 37g.
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- On peut broyer, en vingt-quatre heures, 240 kilogrammes de matière dure, ce qui équivaut par conséquent, en force et en produit, à plus de huit meules de 7 décimètres , du système précédent.
- On a remarqué que ces moulins avaient quelquefois l’inconvénient de faire rejaillir la matière lorsqu’on veut la rendre plus ténue par un broyage prolongé.
- Observations générales sur le broyage.
- Quel que soit le procédé de.broyage que l’on suive, il.y a des précautions générales à prendre pour exécuter cette opération d’une manière complète et économique.
- On peut broyer à sec ; mais la poussière siliceuse qui se répand dans l’atelier est des plus pernicieuses à la santé et à la vie des ouvriers, et je crois que cette pratique a été prohibée en Angleterre.
- Quand on broie à l’eau dans des tinettes , il ne faut pas que le mouvement soit trop rapide, parce qu’alors les matières à broyer restent en suspension et ne passent pas sous les
- meules.
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- Un ralentissement trop grand, et surtout une suspension complète de mouvement vers la fin du broyage, permet aux matières fines de se précipiter entre les meules, de s’y agglomérer et de coller les meules avec une si grande force, qu’il faut avoir recours aux leviers les plus puissans pour les séparer, et permettre au moulin de reprendre son mouvement. On dit que les matières plombent les meules. Il faut remarquer qu’il n’y a que les matières pierreuses, telles que le sable siliceux et le feldspath , qui aient cette faculté ; les terreuses et les argileuses non-seulement ne l’ont pas, mais elles empêchent le plombage des premières , lorsqu’elles y sont mêlées. Ainsi, dans les fabriques où l’on broie la tuasse entière de la pâte , il n’y a pas de plombage.
- Les matières siliceuses précipitées au fond de l’eau et s’y plombant, y forment une masse très difficile à entamer ; mais
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- cette masse se divise au moyen de l’eau, qu’on agite au-dessus d’elle : enfin, on pare en partie à cet inconvénient en mêlant du vinaigre à l’eau de délayage.
- On appelle engrenage l’action d’introduire dans les moulins les matières à broyer ; il faut, en général, avoir soin de ne pas mettre de suite toute la charge du moulin, et lorsque les matières sont différentes en dureté ou en grosseur, on doit commencer par les plus grossières et les plus dures.
- Le dégrènage est l’action de retirer la matière broyée ; tantôt il se fait de lui-même , et alors le moulin marche toujours. Dans le plus grandnombre des cas, on arrête le moulin, ou plutôt on dégrene entièrement la matière broyée avant d’en engrener de brute.
- La finesse que doit acquérir la matière ne peut ni se prescrire, ni s’exprimer; elle se juge empiriquement par le toucher, ou même par le craquement sous les dents.
- B. Mélange intime des matières.
- Les matériaux des pâtes céramiques réduits au même degré de ténuité parles deux dernières opérations de division (le décantage et le broyage) sont en état d’être mêlés.
- Ce mélange se fait à l’état liquide ; il ne faut pas cependant que la liquidité aqueuse de ces matériaux soit trop complète, parce qu’étant de pesanteur spécifique différente , ils se séparent facilement. On doit les prendre à l’état d’une bouillie claire, et les mêler avec rapidité et facilité.
- Ce mélange s’opère tantôt dans une grande cuve , où les deux bouillies sont agitées avec des râbles ; tantôt dans une tinne ou cuve cylindrique , plus profonde que large, où les matières sont mêlées par des palettes attachées à un axe vertical et tournant ; tantôt enfin, dans une auge à patouillet, et par les mêmes procédés que celui qui est employé pour le lavage des rainerais de fer ( au Val-sous-Meudon),
- Cette opération a encore pour but l’homogénéité des parties ; les suivantes n’ont plus pour objet que l’homogénéité des masses.
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- La pâte ainsi composée est en consistance d’une bouillie plus ou moins e'paisse; mais on ne peut pas la laisser longtemps dans cet e'tat : premièrement, parce qu’on aurait à craindre que les parties d’ine'gale pesanteur ne se séparassent ; en second lieu , parce qu’elle n’est pas maniable. Il faut donc lui faire acquérir la consistance qu’on nomme pâteuse.
- C’est une opération dont l’importance est très différente, suivant le genre de fabrication céramique.
- Lorsqu’une fabrication emploie peu de pâte à la fois, les moyens d’absorption set d’aérage suffisent pour amener ces pâtes à la consistance nécessaire. Lorsqu’au contraire la fabrication consomme beaucoup de pâte , comme celle des faïences fines, on est obligé d’avoir recours à la chaleur artificielle pour opérer le ressuage ou raffermissement de la pâte.
- Le moyen de simple aérage est rarement suffisant, surtout dans les pays septentrionaux , où les jours sont courts et l’atmosphère peu desséchante.
- Le second moyen, qu’on combine avec le premier, est le raffermissement par absorption. Qn met la pâte ou bouillie dans des caisses de plâtre rectangulaires ou circulaires et segmentaires; les parois en doivent être épaisses. L’eau est promptement absorbée par le plâtre, et la pâte, amenée à l’état de fermeté nécessaire, s’en détache aisément.
- Cette méthode n’est praticable que pour les petites fabriques ; elle a plusieurs inconvéniens : elle exige une dépense assez considérable pour l’approvisionnement, l’entretien et le maniement de toutes ces caisses, très pesantes. Ce mouvement perpétuel les détériore promptement ; il faut des hangars assez vastes pour abriter de la pluie les caisses et les pâtes qu’elles contiennent , et ensuite pour faire sécher ces caisses et les rendre propres à remplir leur destination. On reviendra sur les détails de ce procédé à l’article de la Porcelaine dure.
- ha troisième méthode est la plus usitée, surtout dans les fabriques de faïence fine de tous les pays : elle consiste à introduire les pâtes en bouillie dans de grandes caisses ou cuves, informe de parallélépipèdes très longs, composées de plaques
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- de terre cuite très exactement jointes ; on e'tablit sous cette espèce de long bassin un foyer alimenté avec le combustible le plus économique que l’on puisse se procurer en raison des localités. Il est d’une grande importance de construire ces fosses et ces foyers de la manière la plus propre à employer toute la chaleur dégagée ; car cette opération , dans laquelle la pâte en bouillie est portée jusqu’au degré d’ébullition, est une des plus dispendieuses de la fabrication des pâtes de faïence.
- Nous devons nous contenter d’en établir ici les principes généraux, nous réservant de revenir sur les détails à l’article des sortes de poteries auxquelles ils doivent s’appliquer.
- Il est convenable que la pâte sortant des cuves de mélange soit amenée, par un écoulement naturel, dans les cuves d’évaporation.
- Ces cuves, dont l’étendue doit être proportionnée à la quantité de pâte qui est consommée par les fabriques, doivent être construites de manière que la chaleur dégagée par le combustible soit employée presque en totalité. On y parvient en lui donnant la forme qu’on appelle de galère; le foyer est à une extrémité, et la cheminée est située à l’extrémité opposée , soit que la cuve soit rectiligne, soit qu’en raison de la place qu’on peut consacrer, elle revienne sur elle-même. La pâte raffermie est rassemblée vers cette extrémité , et peut alors être enlevée en une masse molle , mais suffisamment consistante.
- L’agitation produite par les transvasations, par l’ébullition, par le râblage , empêche les parties de se séparer, et contribue à leur mélange parfait.
- La pâte amenée, soit directement, soit par ressuage, à l’état de fermeté nécessaire pour être travaillée , a besoin d’être encore pétrie, battue, maniée, pour acquérir l’homogénéité de masse si désirable.
- Le pétrissage, dont le nom indique l’opération , que Ton appelle aussi marchage, est une des opérations dont presque aucune pâte n’est exempte, depuis celle des briques les plus
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- giossières, jusqu’à la pâte de la porcelaine. Nous verrons du moins que les exceptions sont extrêmement rares. C’est pour ainsi dire l’opération caractéristique du potier.
- Cette opération , qui pourra être remplacée par un procédé plus général mécanique, et peut-être aussi efficace, consiste à étendre la pâte en un cercle plein , sur une aire en pierre ou en bois , et sous une épaisseur d’environ 3 décimètres. L’ouvrier marcheur, pieds nus, la pétrit en partant du centre et marchant vers la circonférence, et revenant de même en spirale de la circonférence du centre.
- Il la relève ensuite avec une pelle , et la met en ellipsoïde d’environ 25 kilogrammes, qu’on nomme des ballons.
- Tantôt la pâte est immédiatement employée après cette opération (dans les fabriques de briques , tuiles , poterie commune, faïence commune) ; tantôt la pâte, après avoir éprouvé encore une opération préparatoire qu’on nomme ébauchage, est mise en réserve dans des fosses , bâches ou caves, pour y acquérir les qualités qui paraissent résulter de l’ancienneté. Nous parlerons de chacune de ces préparations à l’article des fabrications auxquelles elles s’appliquent plus particulièrement.
- Mais dans presque toutes les fabriques dont les poteries s’élèvent au-dessus des poteries grossières, l’homogénéité de la pâte est encore augmentée par le battage et le coupage.
- Battre la pâte céramique, c’est la comprimer à l’aide d’une percussion violente , exercée par les forces seules de l’ouvrier, ou quelquefois par des machines de diverses espèces.
- Dans le premier cas, qui est le plus ordinaire et le plus usité dans les fabriques où Ton ne fait pas une grande consommation de pâte, l’ouvrier roule la pâte céramique avec ses mains et ses bras, la réunit en petites masses ou ballons, qu il jette fortement contre la table, et en resserrant par ce moyen toutes les parties, il chasse l’air qui pourrait y etre engagé. Il reconnaît que cette opération, qu’on appelle maniéré t battre la pâte , a attèint son but, lorsqu’en cassant les petites masses ou ballons, il n’v voit plus aucun vent.
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- Lorsque la quantité' de pâte qu’on doit employer est. considérable , on a recours, pour la comprimer ainsi, à des moyens mécaniques. On la bat avec des battes de bois mues par un axe, ou bien on la comprime au moyen de rouleaux pesans, qu’on fait tourner sur la pâte étendue sur une aire.
- Enfin, on arrive à ce même résultat, l’bomogénéité de densité, en coupant la pâte au moyen de lames deocouteau disposées en spirales à l’entour d’un axe vertical tournant dans un vase dé^bois cylindrique ; ce cylindre, en tournant et faisant tourner les couteaux , comprime par ce moyen la pâte de bas en haut, la divise en la coupant, et la fait sortir par des ouvertures latérales pratiquées vers le fond de la tinette. ( y. la PI. 67 et la description. )
- Il est une autre voie par laquelle les pâtes céramiques semblent acquérir les qualités qui paraissent dépendre d’une parfaite homogénéité des masses ; c’est une voie ou action qui doit être considérée comme chimique. Les qualités qui dans les considérations précédentes , s’acquéraient par le pétrissage , s’augmentent ou se complètent dans la considération actuelle par l’ancienneté des pâtes, et par des moyens qui, paraissent produire le même effet sur l’arrangement ou le rapprochement des parties ; c’est ce qu’on appelle la pourriture des pâles.
- C’est une opinion généralement admise par les fabricans, que les pâtes anciennes se travaillent mieux, que les pièces qui en sont faites gauchissent et fendent moins en séchant ou en cuisant, que celles qui sont faites avec des pâtes récentes.
- Pour que cet effet favorable ait lieu, il faut que les pâtes soient conservées dans un état constant d’humidité ; du moment où elles se sèchent, elles ne vieillissent plus.
- Cette opinion, qui n’est admissible que parce qu’elle est générale, n’est cependant fondée sur aucune expérience directe. Ces sortes d’expériences sont trop longues à suivre et trop délicates à juger, pour avoir été faites avec des soins capables de donner de la confiance dans leurs résultats.
- On s’accorde à reconnaître que les argiles et marnes lavée»
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- et destinées à entrer dans la composition des faïences , acquièrent les qualités que nous venons de désigner, lorsqu’on les abandonne pendant plusieurs années dans les fosses aux intempéries de l’air, à la gelée, aux météores atmosphériques.
- On assure que la pâte à porcelaine de la Chine contribue, par son ancienneté , qu’on porte dans certaines fabriques à plus d’un siècle, à rendre la fabrication plus économique, en éloignant les difficultés de façonnage, les défectuosités et pertes par gauchissage ou fentes auxquelles les pâtes récentes sont exposées. Enfin, on reconnaît l’heureuse influence de l’ancienneté des pâtes, dans plusieurs manufactures de porcelaine d’Allemagne , notamment dans celle de Vienne.
- Une autre influence favorable, qui n’est également que fortement présumée , est le genre d’altération qu’éprouvent la plupart des pâtes céramiques dans leur état humide et mou, et qui consiste dans ce que l’on nomme la pourriture.
- Les pâtes abreuvées d’humidité ou à l’état de mollesse, et réunies en une masse assez volumineuse pour que l’action de l’air ne s’étende pas jusque vers leur centre , prennent une couleur d’abord grisâtre, et ensuite entièrement noirâtre ; elles répandent une odeur de gaz hydrogène sulfuré , et conservent ces deux propriétés tant qu’elles sont abreuvées d’eau et abritées du contact de l’air par une écorce blanche assez épaisse.
- C’est du charbon qui s’y développe ; la surface de ces niasses de pâte reste constamment blanche , et quand on en prend une masse noire, cette masse perd sa couleur à sa surface et blanchit jusqu’à son centre, si elle n’est pas trop volumineuse , ou si elle se sèche : il y a de l’acide carbonique de produit. Je m’en suis assuré en mettant cette pâte noire sous des cloches remplies de gaz oxigène, qui a été transformé en acide carbonique.
- Cette altération ne paraît pas venir de la matière terreuse elle-même ; outre qu’on ne voit aucune raison d’admettre ni aucun moyen d’expliquer une pareille altération dans les terres argileuses qui ne renfermeraient aucune matière orga-Tome XVII. 6
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- aîque, on a remarqué que la putréfaction des pâtes était d'autant plus prompte et plus complète, que l’eau était moins pure.
- Il paraît aussi que la finesse des parties a de l’influence sur le développement plus rapide et plus complet de cette altération, et que, toutes choses égales d’ailleurs, une pâte broyée très finement se pourrit plus promptement qu’une pâte grossière.
- Comme on a cru remarquer que cette sorte de putréfaction améliorait la pâte en lui donnant les qualités qu’elle acquiert par l’ancienneté, on a cherché à l’accélérer, à l’exalter même, en abreuvant des pâtes avec des eaux marécageuses , avec des eaux dans lesquelles les végétaux s'étaient décomposés; enfin, avec des eaux de fumier , ou avec l’addition d’un peu de miel (i). La pâte délayée dans ces eaux éprouve l’effet de la vraie fermentation qui s’y développe, et devient beaucoup plus facile à travailler. Les pièces qu’on en fait se déforment moins.
- CHAPITRE II.
- FAÇON DES PIÈCES.
- L'art de façonner toutes sortes de pièces avec la pâte amenée à l’état de perfection désirable par les opérations que nous venons de décrire, se compose et de principes généraux, c’est-à-dire applicables à toutes sortes de pâtes, et de préceptes particuliers , nombreux , importans, applicables à chaque sorte de pâte.
- Ce sont les principes généraux que nous devons exposer ici.
- On façonne toutes les pièces par des procédés qui, quelque différens qu’ils paraissent, peuvent se réduire aux trois sui-vans :
- débauchage, le moulage et le coulagej ce sont les seuls procédés réellement et essentiellement différens. Ainsi, le
- (i) Weber, Art de la vraie porcelaine, iresect., art. VIII.
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- tournage n’est qu’une suite de l’un des trois, et quoiqu’il soit ge'ne'ralement regardé comme le procédé fondamental dont l’ébauchage ne serait que le préambule, nous allons faire voir que c’est une manière peu exacte d’envisager cette opération importante dû façonnage des pâtes céramiques.
- ARTICLE PREMIER.
- DE l/ÉBAUCHAGE.
- L’ébauchage ( mot qu’il faut bien se garder de prendre dans sa signification littérale ) est la sorte de façon qui consiste à donner à la pâte molle, une forme quelconque avec le seul moyen des mains, sans l’aide d’aucune espèce de moule ou d’appui.
- Comme l’éftauchage n’a généralement lieu que pour les pièces rondes et que cette opération se fait presque toujours sur le tour, elle se lie généralement avec le tournage, qui en est la suite ordinaire, mais non pas nécessaire. Nous devons donc de'crire d’abord l’ébauchage fait au tour et le tour du potier en général.
- Le tour à ébaucher, qui est le véritable tour à potier, offre, dans sa primitive simplicité, un des instrumens les plus anciens de l’industrie humaine.
- Le tour simple (i) est mis en mouvement par le pied de l’ouvrier. Dans quelques fabrications extrêmement grossières, où la roue du tour est une vieille roue de voiture , c’est à l’aide d’un bâton pointu que l’ouvrier imprime un mouvement à la roue.
- Lorsque l’ouvrier a de grandes pièces à exécuter, et que la résistance deviendrait trop considérable pour les seules forces de son pied, le tour avec sa roue massive qui fait l’office de volant est mis en mouvement par un autre.ouvrier, au moyen d’une manivelle.
- Enfin, si un grand nombre de tours doivent marcher à la (*)
- (*) y PI. 58 et son explication , à la fin de cet article.
- 6..
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- fois, il est possible de leur imprimer le mouvement à l’aide d’un moteur puissant et commun, tel qu’une machine à vapeur. J’ai vu ce moyen employé avec succès dans la manufacture de porcelaine de Copenhague.
- On peut par des moyens simples et que tous les mécaniciens trouveront aisément, modérer ou accélérer le mouvement de chaque tour au gré de l’ouvrier.
- Pour l’ébanchage sur le tour d’une pâte céramique quelconque, l’ouvrier prend une masse humide de pâte proportionnée à la pièce qu’il veut faire, il la met sur la tête ou girelle du tour , mouille ses mains avec de la barbotine, met le tour en mouvement, élève cette masse en cône informe, la rabaisse en espèce de grosse lentille et perce cette masse lenticulaire avec les deux pouces ; il l’élève ensuite de nouveau en la pinçant entre le pouce et les autres doigts, et lui d'onne le commencement de forme qu’il veut faire prendre à cette masse.
- {V- PI- 5g, fig- 7> A> B> c> D-)
- 11 l’étend ainsi en la tenant humectée au moyen de la barbotine qu’il prend avec la main, et la rapproche plus ou moins de la forme qu’elle doit définitivement avoir. L’ébauchage des petites pièces se fait avec les doigts par l’opposition de l’index aupouce, soit d’une même main, soit des deux mains ; celui des grandes pièces se fait avec les mains et les poignets opposés l’un à l’autre, et le secours d’une éponge , qui est comme destinée à étendre la surface des doigts de l’ouvrier ; celui-ci est souvent debout, et la limite de hauteur des pièces ébauchées est donnée par la longueur de ses bras.
- On n’a encore aucun moyen mécanique de la dépasser, mais en plaçant successivement des colombins ou cylindres de pâte sur les bords supérieurs du cylindre ébauché , on parvient à lui donner par cette suite d’ébauches un assez grande hauteur.
- Lorsque ce sont des poteries à formes grossières et à parois d’une moyenne épaisseur que le potier doit produire , l’ébau-chage peut compléter les formes de manière à ce qu’il n’y ait plus à retoucher à ces pièces.
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- Lorsque les formes doivent être moins grossières et les piétés moins épaisses, il termine l’ébauche à l’aide d’une sorte d’ébauehoir de bois qu’on nomme esteque , et dont il se sert pour amincir les pièces par dedans et en unir en même temps la surface. Enfin, lorsque la pâte qu’il travaille doit donner des pièces légères , délicates et de contours bien purs, il arrête son ébauche long-temps avant d’approcher de ce terme, afin de lui conserver assez d’épaisseur pour lui enlever par le tournage , après qu’elle est raffermie, tout ce qui excéderait les contours et épaisseurs déterminés.
- Les pièces fermées ou à col étroit sont ébauchées en deux parties réunies ensuite. Une sorte de tige verticale garnie de pièces horizontales qu’on peut faire avancer plus ou moins, sert à l’ouvrier pour donner à la pièce ébauchée à peu près la dimension déterminée; cet instrument (PI. 59, fig. 7) porte le nom deporte-mesure.
- L’opération de l’ébauchage est une des plus importantes ; le succès de la pièce dans certaines poteries en résulte. Elle est d’autant plus importante que le mauvais résultat d’un mauvais ëbauchage ne s’aperçoit souvent qu’après la cuisson, c’est-à-dire lorsqu’il n’est plus temps d’y remédier , et lorsque les différentes modifications que la pièce a reçues par le tournage, le dessèchement, la cuisson, le vernis, etc., etc., ont fait perdre la trace du défaut original, et donné à l’ouvrier le moyen de s’excuser en rejetant ces défauts sur l’altération que la pièce a pu éprouver dans les opérations subséquentes. Il est difficile d’exprimer d’une manière générale et précise toutes les précautions qu’il y a à prendre, on ne peut que les indiquer. Il faut en général, i°. que la pâte n’ait pas trop de mollesse ; l’ébauche d’une pâte molle est plus facile, mais souvent plus défectueuse ;
- 2°- Que la main de l’ouvrier soit sûre, qu’il ne serre pas inégalement les parties de la pièce qu’il élève ;
- 3°. Et surtout qu’il mette parfaitement d’accord la vitesse de rotation de son tour, c’est-à-dire le mouvement horizon-^1 circulaire, avec la vitesse de l’ascension de ses mains ou
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- avec le mouvement vertical qu’il fait pour élever les parois de la pièce, de manière à décrire une spirale cylindrique ou conique dont les pas soient le moins espacés possible.
- Plus la pâte est plastique et argileuse, plus l’ébauche est difficile à bien conduire ; non pas que cette pâte soit plus difficile à ébaucher qu’une pâte courte, mais parce que les inégalités de mouillage et de compression s’y manifestent bien plus par l’effet de la dessiccation et de la cuisson que dans une pâte maigre.
- Les défauts d’un mauvais ébauchage doivent être de nature à en signaler la cause ; c’est principalement celui que l’on nomme le vissage. On peut dire que tous les autres en résultent ou n’en sont que des modifications. Ce défaut consiste en des lignes ou sillons enfoncés plus ou moins sensibles qui. partant de la base du vase, s’élèvent en spirale comme les pas d’une vis. On voit qu’elles sont dues à la pression exercée inégalement, soit par les mains de l’ouvrier, soit par l’éponge, su: les différentes parties qu’elles ont parcourues.
- Ces vis ont deux inconvéniens : l’un n’est que pour l’œil, et ce qu’elles altèrent la pureté du contour et forment des dépressions désagréables; l’autre est plus important, les pièce éprouvant une dessiccation et un retrait inégaux, se déformai presque complètement, les anses sont emportées de côté, le couvercles et autres accessoires ne peuvent plus s’y adapter Enfin, quelquefois l’inégalité de densité et celle de retrait sont si grandes, qu’il se forme des fentes ou des gerçures daï les cavités spirales, et quelquefois il se manifeste dans cespè ces après leur cuisson des fêlures qui suivent la direction df lignes de vissage.
- La seconde sorte d’ébauchage, qui ne se pratique que sur k poteries les plus communes, et qui est même restreinte aux®' tions chez lesquelles les arts sont encore dans l’enfance, cou' siste à faire prendre aux pâtes céramiques plus ou moins gros-sièrement la forme qu’elles doivent avoir avec le seul secor des mains sans moules et sans tour, tout-à-fait sans appui-
- Les sculpteurs qui ébauchent avec la main une masse d a['
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- gile plastique qu’on nomme terre glaise, pour en faire une figure, un bas-relief, un vase, exercent cette sorte d’ébaucbage, sur lequel il est inutile d’insister davantage ; ils le conduisent même par un re'parage précieux à l’aide du pouce et de petits outils en forme de spatules, nommés ébauchoirs, à une perfection qui est d’autant plus rare et recherchée , qu’elle conserve l’esprit et le sentiment de la touche du maître.
- Les ouvriers qu’on appelait terriniers , qui font ces figures en terre cuite à parois minces qu’on plaçait autrefois sur les poêles, élevaient ces figures à la main, sans moule et en leur donnant partout une épaisseur égale et convenable.
- ARTICLE II.
- DU MOULAGE.
- Cette opération est une des plus compliquées, des plus difficiles , des plus importantes de l’art céramique ; elle s’exerce sur toutes sortes de pâte et sur toutes sortes de pièces, depuis les briques jusqu’aux statues.
- On va remarquer que, malgré ces différences énormes des pâtes et des produits, les principes généraux sont à peu près les mêmes.
- Le moulage diffère de l’ébauchage en ce qu’il suppose un moule ou appui sur lequel la pâte céramique doit être appliquée pour en prendre la forme.
- Le moule suppose ordinairement un modèle sur lequel il a été fait. L’appui est la condition essentielle du moulage ; il u en est pas de même du modèle. Ainsi dans un des moulages les plus difficiles, celui des tables, plaques, carreaux à la croûte, et celui des vases, tasses , etc., à la housse, le moule ne se fait pas sur le modèle, et souvent il n’y en a aucun.
- L opération complète du moulage nous présente cinq considérations ou actes qui doivent être étudiés successivement :
- ,0- Le modèle j
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- Les moules ;
- 3°. Le moulage proprement dit, dans lequel se succèdent:
- a. La préparation des pâtes ;
- b. L’action du moulage ;
- c. Le démoulage.
- § ier, — Des modèles.
- Les modèles pour le moulage des pâtes céramiques, faits pat les artistes nommés modeleurs, ou emprunte's même à d’autres arts, n’exigent essentiellement aucune construction particulière. L’art céramique peut exécuter toutes les formes , mais il en est qui réussissent plus facilement que d’autres.
- Il en est de même des matières dont les modèles peuvent être faits ; il n’y a aucune exception à cet égard, mais il y a beaucoup de préférence.
- Les modèles en argile se font aisément, mais ils ne peuvent pas être terminés avec pureté. Les modèles on cire présentent de grands avantages et sont préférables à tous autres, quand ils ne doivent pas fournir un grand nombre de moules.
- Les modèles en plâtre ont plus de fermeté ; on les fait en plâtre gâché serré , et l’on augmente encore leur durée en les pénétrant d’huile siccative qui les durcit considérablement. Lorsque les modèles doivent fournir un grand nombre de moules, on a recours à l’un des deux procédés suivans :
- Si ce sont des modèles de figures ou de pièces d’ornement, on les fait en métal, soit en étain , soit en bronze ;
- Mais si ce sont des modèles de pièces unies et de formes simples , on se contente d’un modèle en plâtre très exactement fait et durci par l’huile grasse. On coule des m'eres sur le modèle , c’est-à-dire des moules qui ne sont pas destinés au moulage des pièces de poterie, mais à redonner de nouveaux modèles sur lesquels on peut faire un très grand nombre moules avant qu’ils soient altérés.
- Nous prendrons pour exemple une assiette , la pièce la ph* multipliée dans tous les arts céramiques. Après avoir fait ® métal ou en plâtre un modèle exact de l’intérieur de l’assiette!
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- qui par conséquent la représente en saillie et qui pourrait même être considéré comme un moule modèle, on le durcit avec l’huile siccative; c’est le modèle type (PI. 5g, fig. 4, C).
- On peut couler sur ce modèle type, sans l’altérer, cinquante modèles en creux qu’on appelle des mères (fig. 4, B. ), et chacune de cés mères étant susceptible de produire avant d’être altérée cinquante moules (fig. 4, A) , on voit que le modèle type, quoique fait en plâtre, peut produire plus de deux cents cinquante moules d’assiettes, avant qu’on soit obligé de reprendre et de réparer une des mères pour fournir un nouveau modèle type.
- S’il était en métal, il n’y aurait à ma connaissance aucune limite assignable à cette multiplication.
- Les épreuves du même moule ou de la même mère ont, toutes choses étant égales d’ailleurs , exactement la même dimension.
- Mais celles qui résultent de la succession de moulages, qui sur ce modèle donne la mère et dont la mère donne les moules, varient de dimensions, suivant qu’ils sont en métal, en plâtre ou en terre. A chaque opération de moulage en plâtre, il y a augmentation de ; et comme du modèle type au moule il y a deux opérations ou moulages, il faut donner au modèle type 7^5 de moins en dimension linéaire que celle que doit avoir le moule.
- La manière d’obtenir le modèle type avec une grande régularité , tantôt en le faisant directement, tantôt en le coulant dans un modèle creux ou matrice fait en argile, les précautions qu’il faut prendre pour former la mère sur le modèle type, l’attention qu’il faut apporter pour qu’il n’y ait pas d’humidité dégagée, ni d’adhérence entre les 4eux pièces en coulant les moules dans la mère, sont des considérations de détail que la pratique peut seule enseigner efficacement.
- Les parties que l’on appelle de garniture, et qui doivent être très multipliées, telles que les anses de tasses, les becs de P°ts, etc., demandent aussi qu’il soit fait des modèles types dont on puisse tirer un très grand nombre d’autres modèles
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- destinés à fournir les moules nombreux dont on a besoin ; c’est une espèce polytypage.
- § 2. — Des meules (i).
- On doit considérer, dans les moules, leur nature et leur construction. Il faut que des moules destinés aux pâtes céramiques molles soient faits avec une matière absorbante ; c’est une règle qui ne souffre pas d’exception. Tout moule qui ne peut pas s’imbiber d’eau est impropre au moulage des poteries.
- Cela restreint considérablement le nombre des matériaux qu’on peut y employer, et les réduit même à deux, le plâtre et la terre cuite.
- Le plâtre est le plus usité , surtout en France et en Allemagne, où il est abondant et de bonne qualité.
- Les moules pour les poteries devant éprouver une forte pression, demandent un plâtre choisi convenablement. Le gypse ou pierre à plâtre (sulfate hydraté de chaux) à petits grains cristallins, des collines gypseuses du nord et du sud de Paris, et notamment celui d’Àrgenteuil, est regardé comme la meilleure pierre. La cuisson doit en être ménagée et complète ; et comme il faut que le moule soit absorbant, le plâtre doit être gâché clair, afin qu’il n’acquière pas une texture trop serrée et qui s’opposerait à l’imbibition. Les moules de cette matière s’établissent aisément, et n’exigent point que le mo-
- (i) Nous devons supposer qu'on sait ce que c’est qu’un moule, expression vulgaire; nous ne devons donc rien dire de la manière de faire les moules en general ; mais regardai^ la fabrication des moules pour les pâtes céramiques comme une branche de l’art du mouleur en poterie, nous ne parle* rons ici que des différences qui se présentent entre les moules en plâtre destinés au moulage des poteries , elles moules en plâtre destinés au coulage en plâtre, cire ou autre matière. Les procédés d'exécution de ces derniers ont été très bien exposés dans le 1er vol., page 45 et suivantes, de l’ouvrage ée M. le comte de Clarac, intitulé : Musée de Sculpture antique et moderne, T. I, page 45, et dans le Manuel complet du Mouleur, par MM. le Brun Frédéric Denyau; i vol. in-i8. Paris, Rorct, 1829. Nous y renvoyons.
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- dèle soit fait exprès ; mais ils ont le grave inconvénient d’être promptement attaqués par l’eau des pâtes , et de ne pouvoir souffrir de fortes et fréquentes pressions sans s’émousser ou se briser.
- On doit donc préférer les moules en terre cuite pour tous les moulages qui doivent être fréquemment répétés et donner des empreintes nettes et économiques.
- Ces moules précieux ont aussi leurs inconvéniens. Comme ils prennent de la retraite en cuisant, il faut, pour ce genre de moulage, faire un modèle exprès, et dont les dimensions soient calculées sur la retraite du moule. Ils servent principalement dans les fabriques de faïence à la manière anglaise ; mais comme ils peuvent être employés pour toutes sortes de pâtes, nous indiquerons ici la manière de fabriquer et les moules en terre et les moules en plâtre.
- Moules en plâtre.
- On sait que toutes les pièces qui composent un moule sont réunies dans une espèce de boîte de plâtre, qui est elle-même moulée sur l’extérieur de ces pièces, et qu’on nomme chappe. Le moulage des pâtes céramiques s’exerçant toujours par pression, il est nécessaire que l’ouverture du moule soit assez grande pour recevoir la masse de pâte qui doit y être moulée ; aussi cette chappe s’ouvre-t-elle, comme on le dit, en deux coquilles, c’est-à-dire en deux parties qui divisent la pièce moulée à peu près également (PL 5g, fig. 1, A, B, et fig, 2, B, ab).
- L’art de faire les moules pour des poteries est susceptible d’un si grand nombre de modifications, en raison de la grandeur et des formes plus ou moins compliquées des pièces à mouler, qu’il faudrait pour le décrire d’une manière complète et utile, de très longs développemens et beaucpup de figures. Nous devons nous contenter d’indiquer quelques préceptes sur la manière de couper les modèles, de placer les sutures des pièces du moule, la division des deux coquilles, etc.
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- i°. Les pâtes céramiques prenant toujours de la retraite, même en se ressuyant, c’est-à-dire en perdant une partie de leur eau ou humidité par l’action absorbante du moule, on ne doit jamais laisser dans une coquille de moule des parties saillantes qui, empêchant les deux parties latérales de se rapprocher , excitent une fente dans la partie la plus'mince des parois. 11 faut faire autant de coupes qu’il y a de ces parties, et autant de moules qu’on a fait de coupes.
- 2°. Par le même motif, quoiqu’il faille toujours laisser ce que Fon nomme de la dépouille dans les cavités , cette dépouille peut être moins grande dans le moulage des matières céramiques que dans celui des autres matières, parce qu’elles se réduisent ou diminuent assez de volume en se raffermissant, pour être facilement dégagées des cavités.
- 3°. Il faut éviter d’être dans le cas de faire pénétrer la pâte dans des cavités profondes et étroites , ou sous des saillies ; c’est encore ici le cas de faire des coupes qui séparent les parties trop saillantes du modèle.
- 4®. Comme le réparage par usure des lignes saillantes laissées par les coutures des moules sur certaines pâtes cuites, est très difficile et souvent presque impossible à opérer complètement , il faut éviter de placer les coutures sur des parties trop visibles, ou sur des parties dont elles altéreraient les formes : il faut, au contraire, essayer de lès confondre avec les saillies naturelles.
- Moules en terre cuite.
- Les moules en terre cuite exigent, comme nous l’avons dit, un modèle d’une dimension plus grande que celui de la pièce qu’ils doivent fournir : on en a indiqué les raisons. La pâte argileuse avec laquelle on fait ces moules doit être peu grasse, afin qu’elle adhère moins au modèle, et que les moules gauchissent moiny en séchant et cuisant ; elle doit néanmoins avoir assez de plasticité pour s’étendre sans se gercer. Elle peut être ainsi composée, suivant la recette donnée par M. de Saint-Amans :
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- Pâte maigre pour les grands moules.
- Pâte de porcelaine dure..................... 7
- Pâte de porcelaine frittée (1).............. r
- Argile très plastique. ...... .............. 1
- Pâte grasse pour les petits moules.
- Pâte de porcelaine dure..................... 5
- Argile plastique....................... ... 2
- On varie la manière de faire ces moules suivant la nature, la forme et la dimension des modèles. Lorsque c’est un médaillon ou un ornement simple et de petite dimension, qui est plane ou a peu de relief, on cherche à l’imprimer dans la masse de pâte à moules au moyen de la pression pnissante et égale que le choc violent de la masse sur le modèle, ou du modèle sur la masse, doit lui faire éprouver. C’est ce qu’on appelle formation du moule par projection.
- Lorsque le modèle est trop grand ou d’une forme qui ne se prêterait pas à ce procédé, tels que des anses de tasses ou de vases, de petits plateaux ou soucoupes, on remplit une virolle en cuivre ou en toute autre matière solide (2), de la pâte à moule ; on la remplit exactement, on l’y comprime même, et après avoir uni sa surface et graissé légèrement le modèle, s’il est en métal, on y enfonce la partie du modèle dont on veut avoir le moule , soit avec la seule force des bras, soit à l’aide d’une presse.
- On ne peut pas faire, par ce procédé , des moules composés d’un grand nombre de pièces ; il paraît même qu’il est dif-
- (1) On fera connaître, à l’article Porcelaine tendre, la composition de cette porcelaine.
- (2) On appelle virolle, dans les Arts, un cercle ou cylindre très bas de
- Métal et de bois, qui peut s’ouvrir en deux ou trois parties sur sa circon-
- férence , lorsqu’on a lâche' on enleve’ les vis ou goupilles qui tenaient ces par-
- ties re’nnies.
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- ficile deTes faire de plus de deux pièces, encore faut-il beaucoup de soin dans la division des modèles et dans la fabrication du moule, pour que ces pièces s’ajustent bien après la cuisson des moules.
- Les moules en terre cuite sont très sujets à gauchir ; il faut donc les faire sécher avec beaucoup de lenteur, et ne -les porter au four que parfaitement secs. On les cuit au feu que l’on nomme de dégourdi.
- Les moules cintrés doivent être séchés sur un support en plâtre qui ait la même courbure que le modèle dont on a tiré le moule.
- Les moules en terre cuite absorbent l’humidité de la pâte comme les moules en plâtre, et il faut les laisser sécher avant de continuer de s’en servir, quand on s’aperçoit qu’ils sont complètement abreuvés.
- Du moulage proprement dit.
- Le moulage le plus général s’exerce sur des pâtes molles, On peut aussi mouler des pièces avec des pâtes sèches et pulvérulentes , et même avec des pâtes céramiques liquides ; mais comme ce sont des opérations tout-à-fait distinctes les unes des autres, nous en traiteronsséparément ; nous distinguerons donc trois sortes de moulage :
- A. Moulage à la main ;
- B. Moulage à la presse ;
- C. Moulage par coulage.
- Le premier étant le plus ordinaire, et ne s’appliquant qu’aux pâtes molles , c’est-à-dire humectées d’eau, c’est pai lui que nous commencerons , comme présentant le plus à procédés communs aux autres, et presque toutes les consi-dérations essentielles de succès. Cette opération délicate oSk des différences assez notables, suivant les diverses sortes à poteries auxquelles on l’applique, ce qui rend assez diffidk de la décrire d’une manière qui soit en même temps général* et précise.
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- On peut reconnaître, dans toutes les classes de moulage, plusieurs actes ou temps, qui peuvent se réduire à trois : le premier est la préparation de la pâte ; le second consiste dans l’action propre du moulage, et le troisième dans celle du démoulage et de ses suites. Nous allons suivre ces trois temps dans les trois sortes de moulages que nous allons décrire.
- A’. Moulage à la main.
- C’est celui dans lequel la main de l’homme est l’instrument principal.
- Suivant l’objet qu’on veut mouler, on prépare la pâte en balle, en croûte, en housse.
- Pour le moulage à la balle, on fait, par le maniage, des balles de pâte bien homogènes, comme pour débauchage. Si la pâte est trop courte , on peut lui donner du liant ou de la plasticité, par le gommage ou l’addition d’un mucilage ; il faut le choisir de telle nature, qu’il ne prenne pas en se desséchant plus de retraite que la pâte, et qu’il n’occa-sione pas de gerçures; la gomme arabique en petite quantité, et la colle de farine, sont ceux qu’on emploie ordinairement.
- Ayant ouvert le moule en deux parties, on imprime fortement, dans toutes les cavités d’une des coquilles de ce moule , le plus également et le plus lentement possible, les petites balles de pâte qu’on a préparées ; pour que la pâte adhère au moule comme il convient, qu’elle ne se soulève pas et ne produise pas de contre-moulage , on met une toile plus ou moins fine entre le doigt et la pâte, ou bien on se-sert d’une éponge, la pâte ne contractant pas avec ces corps 1 adhérence qu’elle contracterait avec la peau.
- S’il s’agit d’une pièce symétrique qu’on puisse composer de tieux moitiés égales, et qui doive rester pleine, comme une anse de tasse ou de vase , on moule de même l’autre partie, en laissant sur chacune d’elles un peu de pâte en excès ; °n appüqUe alors les deux coquilles l’une contre l’autre ; en
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- les serrant fortement, l’excès de pâte se rend dans une rigole qui borde la pièce.
- Si la pièce moule'e à la balle doit rester creuse, comme doit l’être un buste, un petit vase à ornement, etc., on suit à peu près la même marche, mais on augmente l’adhésion, et l’on évite des bavures trop fortes, en garnissant les bords des deux coquilles de barbotine.
- Le moulage à la croûte consiste à faire, sur une table, une croûte ou lame de pâte qui soit bien égale de densité et d’épaisseur, et qui est destinée à prendre sur le moule la forme de la pièce qu’on veut obtenir.
- On étend sur une table de marbre ou de pierre bien dressée, une toile mouillée ou une peau de daim mouillée ; on place sur cette peau la masse de pâte bien corroyée et battue, nécessaire à la grandeur de la croûte que l’on veut obtenir, (PI. 5q, fig. 3, A,B.)
- On pose des deux côtés de cette masse, hors de la peau «t sur le marbre même, des règles de bois assez minces et eu nombre suffisant pour égaler presque en épaisseur celle de k croûte de la pâte qu’on veut déplacer ; alors prenant un rouleau ou cylindre de bois bien régulier, on l’appuie sur œ règles , et on le fait rouler de manière à étendre la masse de pâte. On commence ainsi à en réduire l’épaisseur ; on ôte de chaque côté une règle , et l’on pousse de nouveau le rouleau, qui amincit également la croûte ; on ôte encore une règle, et l’on continue ainsi jusqu’à la dernière règle , dont l’épaisseur doit donner celle de la croûte que l'on veut obtenir.
- Alors, soulevant cette croûte à l’aide de la peau, on l’applique sur la convexité du noyau en plâtre de la pièce q« l’on veut mouler (fig. 6, B). On a eu soin de mouiller ce noyau ; on y applique exactement la croûte avec une éponge-mais on ne l’y laisse pas long-temps, car en prenant de la retraite elle se fendrait.
- On recouvre alors ce noyau avec le moule creux (fig. G,a)<p-doit donner l’extérieur de la pièce dont le noyau a ébauché l'intérieur : ce moule plus sec enlève la croûte au noyau ; on con-
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- tinue à l’y appliquer exactement d’abord avec l’éponge, puis avec des tampons remplis de poussière de cette même pâte. Cette opération commence le raffermissement de la pâte, et en l’abandonnant à elle-même , elle continue à se dessécher et à se détacher du moule sans se fendre ni se gercer, parce qu’âu-*cune saillie ne doit s’opposer à sa retraite.
- L’exemple que nous avons pris du moulage d’une saucière, et les figures que nous donnons (PL 5g, fig. 4, A, B, C), feront comprendre cette opération avec plus de clarté que ne pourrait le faire une plus longue description.
- Ce moulage est le plus compliqué ; c’est, en général, celui de la porcelaine. Nous indiquerons, en traitant des autres sortes de poteries communes, comment on le simplifie.
- Le moulage à la housse est la combinaison de l’ébauche par le tour et du moulage ; c’est le plus précieux pour les pâtes délicates , c’est-à—dire pour celles qui sont le plus susceptibles de manifester les inégalités de pression de l’é-baucliage ou du moulage ; il consiste donc en deux opérations , et s’exécute toujours par le tourneur.
- Par la première, il ébauche sa pièce comme s’il devait la finir sur le tour; mais il tâche d’atteindre le plus près possible la forme extérieure , et en partie l’épaisseur de la pièce. {F. PI. , fig. 6, A , une pièce ainsi préparée. )
- Cette opération faite, il prend la pièce, ou ce qu’on appelle alors la housse, encore molle, et la plaçant dans un moule de plâtre creux, mais nécessairement simple et d’assez large ouverture, il applique la housse avec l’éponge contre les parois du moule , et lui en fait prendre extérieurement exactement la forme.
- Il faut que la pièce qu’on veut mouler à la housse soit évasée, et qu’elle le soit assez pour permettre l’introduction delà main ou des doigts de l’ouvrier, ou au moins celle d’un bâton muni d’un tampon d’éponge. Il faut qu’elle soit unie.. Elle ne peut porter Sncune moulure, astragale ou autre saillie, parce que la pression qu’on peut lui faire.éprouver ne serait pas assez forte pour faire pénétrer la pâte de ces saillies dans Tome XVII. 7
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- les cavités qu’on aurait laissées dans le moule, et qui devrait les donner après le démoulage , ou bien si l’on voulait y arriver, cet excès de pression dans ces points contribuerait à la déformation des pièces.
- Par conséquent, si cette pièce doit présenter des parties d’ornement en saillie, il faut, ou-les faire naître en les tournant , ou les appliquer après coup par les procédés que nous décrirons en leur temps.
- J’ai dit que ce procédé avait de grands avantages pour les pâtes délicates, et notamment pour les pâtes de porcelaine ; il évite, quand on peut l’employer, une multitude de causes de déformation et de déchets, telles que le vissage, le gau-chissage et même la fente. K ous y reviendrons en parlant de la porcelaine. On moule ainsi les assiettes ( mais par une opération toute particulière, qui sera décrite en son lieu ), les culots des vases, les jattes, les pots à sucre, et même la plupart des tasses.
- On doit appliquer ce moulage à toutes les formes qui en sont susceptibles ; il n’a d’autre inconvénient que d’exiger deux opérations avant le tournage , et ' d’entraîney la confection d’un grand nombre de moules de plâtre, qui sont chers en façon et ep matière , et qui causent de l’encombrement.
- Ce que nous venons d’exposer n’est pour ainsi dire relatif qu’à la préparation de la pâte pour le moulage. Nous n’avons point encore parlé de l’opération en elle-même et des précautions générales qu’il faut prendre pour la faire réussir.
- Le moulage, quel qu’il soit, d’une pâte quelconque, ne peut s’opérer sans pression. Cette pression s’exerce ou à la main ou à la presse.
- La balle, la croûte ou la housse, et uniquement les deux premières lorsqu’il s’agit de pièces garnies de parties en relief, doivent être pressées sur le moule avec le plus d’égalité possible. La main et les doigts même suffisênt, dans quelques cas, #ti prenant la précaution indiquée plus haut, d’interposer un linge entre la pâte et la peau des mains, pour
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- éviter l’adhérence qu’elle est disposée à contracter avec elle.
- Lorsque les parties à mouler sont planes ou courbes, mais unies et étendues , on les comprime avec une éponge légèrement humide, soit en glissant, soit en tamponnant. Dans le moulage à la housse, on emploie ce moyen, et l’on s’aide aussi de l’estèque.
- Lorsque les parties à mouler sont de formes irrégulières, garnies de saillies et de cavités profondes , comme le sont les figures, les anses, les parties de vases chargées d’omemens, on s’aide d’un tampon de linge placé à l’extrémité d’un manche de bois ou même d’une espèce de marteau de bois, et après avoir fait entrer avec la main la balle de pâte dans la cavité du moule, on lui fait prendre exactement toutes les sinuosités de cette cavité, à l’aide de l’un ou de l’autre de ces tampons.
- Quels que soient le moyen et la pâte qui sont employés, il faut faire' en sorte que toutes les parties d’une même pièce soient également comprimées ; cette condition est de rigueur pour le succès des pièces d’une certaine dimension. On sent que son exécution résulte entièrement de l’intelligence, de l’adresse et de l’attention de l’ouvrier. Que l’une de ces qualités lui manque, la pièce*sera mal exécutée. J’ai souvent vu les pièces les plus simples, telles que des portraits en médaillon d’un décimètre de diamètre, faits avec la même pâte dans le même moule, réussir tous ou manquer presque tous, suivant l’ouvrier ou l’attention de l’ouvrier qui les avait moulés. Les résultats ordinaires d’un mauvais moulage sont la déformation , le bosselage et les fentes.
- Au bout d’un certain temps les moules de plâtre, et même ceux de terre cuite, perdent en grande partie la propriété qu’ils ont d’absorber l’humidité de la pâte, et celle - ci devient alors adhérente au moule ; on dit alors que les moules se graissent. Ils prennent ce défaut par une longue exposition à l’air des ateliers : la poussière et les fuliginosités qui s’y répandent bouchent en effet les pores du plâtre et lui enlèvent sa propriété absorbante. Un long usage produit le
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- même effet, en enduisant peu à peu la surface des moules d’une le'gère couche de pâte très comprimée ; on répare ce mal, du moins en partie, pour les pièces rondes, en leur enlevant sur le tour cette sorte d’épiderme ; mais cette opération ne peut .pas se répéter, puisqu’elle diminuerait alors sensiblement la dimension des moules. On peut aussi laver fortement et brosser la surface des moules : toutes ces corrections les altèrent.
- Un moule pénétré de toute l’humidité qu’il peut absorber est dans le même cas qu’un moule graissé. Il faut donc avoir un très grand nombre de moules d’une même pièce dans les fabriques où le travail est actif, afin de laisser sécher les moules humides, sans être obligé de suspendre le travail.
- Le démoulage est l’action de retirer du moule la pièce moulée. Lorsque le moule n’a aucun des inconvéniens que l’on vient de signaler, et qu’on peut y laisser séjourner quelque temps la pièce sans craindre que , gênée daus sa retraite, elle se fende , on doit la laisser diminuer de volume en se raffermissant, parce qu’on peut alors la retirer avec plus de facilité du moule.
- Si le moule est d’une seule pièce, comme dans les anses, les médaillons , etc., on facilite le* dégagement de la pièce moulée, en l’enlevant avec une petite balle de pâte humide.
- Si le moule est de plusieurs pièces , on ôte la dhappe , puis successivement et avec soin toutes les pièces du moule. La pièce moulée est alors dégagée , mais elle présente beaucoup de parties en saillie, qui sont d’autant moins fortes que le moule était bien fait et ses pièces plus serrées les unes contre les autres. L’enlèvement de ces lignes de suture constitue une partie du réparage , dont nous parlerons plus bas.
- Il faut toujours éviter de démouler trop tôt, surtout les pâtes délicates, parce qu’étant encore très molles , très gonflées, on peut, en cherchant à vaincre leur adhérence au moule, les déchirer ou simplement les courber ; courbure qui reparaît souvent par la cuisson.
- Lorsque la pièce est retirée du moule, et qu’elle a été mise
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- en état de sécher, il faut visiter cette dessiccation, la rendre lente et égale ; et pour empêcher certaines parties saillantes et minces de se relever, il faut mettre la pièce sur la surface plane d’une matière absorbante, qui est ordinairement une plaque de plâtre, et charger les parties saillantes de petites masses de pâte qui les empêchent de gauchir. Enfin, lorsque la pièce qu’on veut obtenir a été moulée en plusieurs parties , il faut réunir ces parties ensemble. Cette réunion, que l’on appelle colage, est une opération particulière, mais commune à plusieurs sortes de poteries : comme elle exige des précautions particulières, nous en traiterons dans un paragraphe distinct.
- B. Moulage à la presse.
- Nous avons fait remarquer, à l’article du Moulage à la main, comment le succès de ce moulage dépendait de la diversité de talens, du caractère et même des dispositions accidentelles de l’ouvrier ; on a pu voir aussi combien d’opérations , de précautions minutieuses, il fallait suivre pour le faire réussir. C'est pour éviter ces incertitudes, ces lenteurs, qu'on a cherché à employer des moyens mécaniques. On croyait que ces moyens procurant une pression puissante et toujours égale, donneraient promptement, nettement et sûrement les empreintes et les pièces moulées qu’on voudrait obtenir ; mais' l’expérience a prouvé que ce moulage offre de nouvelles difficultés , de nouvelles incertitudes, et qu’il était très difficile de le mettx-e en pratique avec succès dans les arts céramiques.
- Le moulage à la presse des pâtes molles est presque impossible , pour peu que les pièces aient une dimension de plus d’un décimètre de côté.
- Il faut réunir deux conditions , la solidité des moules et l’égalité de pression.
- Les moules absorbans étant les seuls qui soient propres au moulage des pâtes humides, on 11e peut employer que deux matières , le plâtre , qui est trop peu solide , la terre cuite ,
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- qui ne peut donner que des moules petits, rarement réguliers.
- Quoiqu’il paraisse au premier aperçu qu’il ne soit pas difficile d’obtenir d’une bonne machine une pression e'gale , on trouve à la pratique qu’il est très difficile de réunir la condition d’une bonne presse , avec celles qui sont nécessaires pour que la pâte ne fuie pas sous la pression , ou que l’eau qu’elle renferme soit exprimée également de tous les points de la masse ; en sorte qu’on n’a jusqu’à présent pu obtenir, par ce procédé, que de très petites pièces, souvent altérées par des gerçures, des fentes et le relèvement de leurs bords.
- Nous ne nous y arrêterons donc pas , nous réservant d’y revenir à l’article des Briques ou de quelques autres poteries spéciales, pour lesquelles on emploie ce procédé avec plus d’avantage. Nous devons seulement faire connaître les principes qui doivent diriger tous les moulages à la presse. Premièrement , il paraît indispensable que les pâtes soient presque sèches, mêmes pulvérulentes, afin que la pression n’ait point d’autre action à exercer que de rapprocher le plus possible les parties, de manière que la cuisson n’ait plus qu’à compléter ce rapprochement. Ainsi, il ne faut pas que la pression ait à chasser l’eau interposée entre les parties d’une pâte molle ; car à cette expulsion , -qui ne peut presque jamais se faire également dans toutes les parties , s’ajouterait la difficulté de savoir où diriger cette eau expulsée.
- On a donc, comme on vient de le faire pressentir, abandonné tout moulage à la presse des pâtes molles ; mais il ne faut pas confondre ce . moulage par une puissante pression mécanique, avec celui qu’exerce dans des moules absorbans, en plâtre ou en terre cuite, la force du bras de l’ouvrier.
- D. Coulage.
- La propriété absorbante des moules de plâtre suffisamment secs a fait remarquer qu’une pâte liquide que l’on y répand est très promptement amenée à un état de fermete
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- analogue à celui des pâtes ébauchées et déjà ressuyées. Ou a pensé qu’on pourrait faire prendre facilement, promptement et assez sûrement un grand nombre de formes à des pâtes liquides versées dans ces moules ; de là est résulté le procédé de façonnage ou moulage par coulage.
- Il consiste, en général, à choisir des pièces dont les parties non soutenues, et surtout les supérieures, présentent peu d’étendue, soit dans le sens vertical, soit dans le sens horizontal, à faire des moules dans lesquels on puisse introduire la pâte par une ouverture en forme de goulot, et dont on puisse la faire ressortir, ou par cette même ouverture, ou par une autre ouverture convenablement placée.
- Quand une pièce remplit la première condition, que le moule a été disposé de manière à répondre aux secondes, on prépare la pâte pour la rendre propre au coulage : on l’amène, par une addition suffisante d’eau, à l’état d’une bouilbe peu épaisse, et surtout complètement exempte et de. parties grumeleuses et de bulles d’air ; lorsqu’elle est dans cet état d’homogénéité , on la coule avec des précautions nombreuses, minutieuses , mais7importantes, dans le moule, de manière à le remplir entièrement et promptement. On n’y laisse la pâte qu’un instant ; on décante tout ce qui est resté liquide par l’ouverture destinée à laisser sortir cette partie de la pâte. Le moule se trouve couvert sur toutes ses parties d’un enduit de pâte céramique”de 3 ou 5 millimètres d’épaisseur, suffisamment solide pour se soutenir, et qui prend plus de consistance à mesure que l’eau pénètre dans le moule, par l’effet de la capillarité.
- Lorsque l’on juge que l’absorption a atteint ses limites, on coule une seconde couche de pâte de la même manière, et ensuite une troisième , jusqu’à ce que la pièce ait acquis assez de consistance pour pouvoir être dégagée du moule, être maniée et réparée sans se briser.
- Les coutures du moule, en général très peu saillantes , sont faciles à enlever, et ne laissent presque aucune empreinte, meme sur les pâtes les plus sensibles aux inégalités de la
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- pression. Lorsqu’on est parvenu à couler la pâte sans choc, avec e'galite', c’est-à-dire sans la faire repasser plus souvent sur une partie du moule que sur l’autre , à lui donner une e'paisseur convenable, on obtient des pièces légères , d’une épaisseur égale et peu susceptibles de se fendre par dessiccation ou cuisson. Ce procédé senjblerait parfait, si Ton pouvait l’appliquer à toutes les pâtes et à toutes les pièces , et si les conditions précédentes ne devenaient pas très difficiles à remplir lorsque les pièces ont une dimension supérieure à celle d’un buste de demi-nature, d’un cylindre de 6 ou 7 décimètres , d’une plaque de même dimension , etc. ; enfin, comme il s’applique plus particulièrement à la porcelaine,1 nous pourrons y revenir en traitant de cette sorte de poterie.
- ARTICLE III.
- DD RACHEVAGE.
- Je désigne , par cette expression technique , toutes les opérations qui ont pour but de perfectionner, finir, orner, ou compléter une pièce déjà ébauchée ou préparée par les opérations précédentes.
- Le rachevage, qui concerne le fini ou l’ornement des pièces, a bien moins d’importance pour ce qu’on appelle la réussite de lapiec.e, que l’ébauchage ; il exige en général de l’adresse, de la finesse de main et de travail, du goût, et un talent plus voisin de celui de l’artiste que de celui de l’artisan ; mais il est plus commun de le trouver ou de le faire naître, que celui qui constitue l’habile ouvrier ébaucheur. La bonté ou la perfection du travail sont extérieures, et peuvent être jugées facilement par un œil exercé , tandis que le mérite de l’ébau-chage ét du moulage est pour ainsi dire intérieur, et ne se manifeste que par la dessiccation et la cuisson, et lorsqu’il n’est plus temps de remédier aux imperfections du travail.
- Le rachevage consiste à terminer ou orner des pièces, et à les compléter par des garnitures ou des ornemens ajoutés.
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- § 5. — Retouche et fini des pièces.
- A. Tournassage.
- La fabrication des poteries grossières rondes ou ovales, faites sur le tour ou sur la tournette, se borne à un ébauchage plus ou moins soigné, et qui suffit pour leur donner l’épaisseur et la forme désirée. La plupart des poteries antiques n’ont pas reçu d’autre façon; mais dans les poteries modernes et fines , telles que la faïence fine , les grès, les porcelaines, on demande des contours plus arrêtés et des surfaces plus unies : pour y parvenir, lorsque la pièce dont la forme a été préparée par l’ébauche a acquis assez de consistance pour résister à la pression de l’outil tranchant dont *on vase servir, on la remet sur le tour. Cette opération s’appelle toumasser.
- Les pièces rondes de poterie qui doivent être tournassées sont ébauchées d’autant plus épaisses que la pâte est moins liante et moins plastique. Ainsi, on conserve à l’ébauche des porcelaines dures une épaisseur telle , qu’à peine peut-on présumer sur la vue de l’ébauche la forme de la pièce’qu’on veut obtenir. Les pièces de faïence fine sont au contraire amenées, par l’ébauchage, presque à leur épaisseur.
- Lorsque la pièce ébauchée a acquis par une dessiccation appropriée, et dont on a déjà parlé article ier, § i, la consistance convenable, qu’elle n’est pas tout-à-fait sèche, mais lorsqu’elle conserve encore un degré d’humidité qui permet de la couper en copeau sans la réduire en poussière, on la place sur un mandrin ou dans un mandrin pratiqué sur la girelle du tour : on l’y place de manière à ce que son axe se continue ’ avec celui du tour, et elle s’y fixe ou par la seule humidité du mandrin, ou au moyen d’un peu d’eau mise avec un pinceau. Tantôt on se sert, pour tournasser, du même tour que celui qui a été employé pour l’ébauche (PI. 58, fig. 3 et 4), et alors l’axe de la pièce est vertical : tantôt on emploie des tours particuliers, qu’on nomme tours anglais et tours en
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- l'air, dont l’axe est horizontal (fig. i et 2 ). La pièce se place à l’extrémité de cet axe , sur un mandrin qu’on y a établi; et comme elle a acquis par la dessiccation assez de consistance pour se soutenir dans cette position horizontale, on ne craint pas de la lui donner ; on la consolide sur le mandrin, en pressant le bord de la pièce sur le support, au moyen de la lame
- Dans les fabrications où l’on peut opérer avec une grande vitesse, et où il est nécessaire que la main de l’ouvrier soit sûre et reposée par un appui, cette sorte de tour et de position sont presque indispensables pour le tournassage de toutes les petites pièces. Dans les poteries plus délicates, qui ne pourraient recevoir sans se briser une pression ou un choc trop fort, comme la porcelaine, on préfère, dans le plus grand nombre de cas, le tour à axe «vertical au tour à tour-nasser à axe horizontal. 1
- Les instrumens coupans employés, par le tourneur pour terminer les pièces s’appellent toumassins, et sont de la plus grande simplicité. Ce sont, pour dégrossir, une plaque carrée à bords tranchans, placée à l’extrémité d’une tige , perpendiculairement à cette tige ; pour finir, ce sont des lames d’acier minces, provenant ordinairement de vieilles lames de scies, auxquelles l’ouvrier donne lui-même la courbure que doit avoir la pièce sur laquelle il l’applique ; c’est une sorte de calibre tranchant. C’est en tournassant que l’on forme sur la pièce les moulures saillantes, les filets, les gorges, etc., qu’aucune sorte d’ébauchage ni de moulage ne peut donner Enfin, lorsque la pièce a reçu exactement la forme qu’ellr doit avoir et une surface unie, le tourneur polit ces surfaces, c’est-à-dire remplit les petites cavités, abat les inégalités au moyen d’une lame mince de corne, ou d’acier de ressort de pendule. Ce poli ne se donne pas à toutes les poteries, ui même toujours à celles auxquelles on l’applique quelquefois’
- B. Sculptage.
- Les bustès et figures, les pièces à ornemens en relief, n’on>
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- quelquefois reçu dans le moulage qu’une forme grossière. On a e'té forcé de laisser pleines certaines cavités , de grossir certaines bases de saillies ; ce qui s’appelle engraisser une partie, parce que, sans ces précautions , ces parties n’auraient pu sortir du moule. Il faut enlever les parties en excès, et reproduire ces cavités. Cette opération est un véritable sculp-tage, qui s’opère avec l’ébaucboir et la gouge ; elle est souvent longue, et elle exige de la part de celui qui l’exécute un vrai sentiment des Arts, puisqu’il s’agit de reproduire à la main ce que le moule a ôté ou ce qu’il n’a pu donner.
- Suivant la nature de la pâte , et plus encore la perfection et la finesse qu’on veut donner à la pièce , on se sert avec plus ou moins de succès de la gouge, qui donne de l’effet et de la fermeté aux figures et aux ornemens , ou de l’ébauchoir, qui va plus vite, mais qui arrondit et émousse les formes.
- C. Réparage et évidage.
- Ce sont encore des opérations à’achevage des pièces moulées.
- La première consiste à enlever les coutures des moules , comme dans le moulage en plâtre ; mais dans le réparage des plâtres, ces coutures enlevées ne reparaissent plus, tandis que dans celui des poteries et des porcelaines , la cuisson fait souvent reparaître, et d’une manière beancoup trop sensible, les coutures ou sutures. Le mouleur, tant en plâtre qu’en poterie, doit donc apporter la plus grande attention pour que ces sutures soient placées de manière à être enlevées facilement, et pour qu’elles soient le moins sensibles possible. Il faut remarquer, à cette occasion, que , loin d’abattre ces sutures avec l’ébauchoir, et de les faire pour ainsi dire rentrer •fans la pâte , il faut les enlever avec l’instrument coupant et dentelé qu’on appelle grhdine.
- Le répavage consiste aussi à boucher avec de la pâte les bulles, cavités et gerçures que le moulage a fait naître,. ou que le tournassage a découvertes. Cette opération exige
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- encore des pre'cautions et de l’intelligence, afin que la pâte qu’on met dans ces cavite's pour les bouclier soit de la même densité que celle de la pièce. Il faut donc se garder de 1: faire entrer avec force au moyen de l’ébauchoir; mais oa doit remplir toutes ces cavite's avec de la pâte qu’on y introduit légèrement et sans pression, au moyen du doigt. Enfin, on doit opérer ce réparage presque immédiatement après que la pièce est sortie du moule : sans ces attentions, les gerçures reparaissent après la cuisson, soit en creux, soit en saillie.
- Lorsqu’une pièce doit faire voir des ouvertures ou jour? qui en traversent l’épaisseur, comme dans les corbeilles, le moulage ne pouvant les donner par aucun procédé count jusqu’à présent, il faut ouvrir tous ces jours à la main, ce qui est une opération longue et assez difficile. Le moulage forme les parties saillantes, et présente en empreinte les parties qui doivent être enlevées pour produire ces jours oa trous. C’est avec une lame de couteau mince et effilée que k répareur ouvre et découpe tous ces jours ou trous. Il doi; éviter de presser sur la pièce et de briser ou fausser les partit; imitant les osiers ou toute autre baguette séparant ces ouvertures et formant ornemens ou réseaux.
- Lorsque les ouvertures ou jours, au lieu d’être, soit ronds soit en lozange, sont allongés dans le sens de la haute»', de la pièce, la difficulté devient encore plus grande , et, da® les pâtes délicates, on est obligé de mettre une limite très rapprochée à l’allongement de ces ouvertures, parce q® sans cette précaution, les baguettes gauchissent et entraîne»' la déformation de la pièce.
- D. Moletage et estampage.
- On peut enrichir toutes les poterie^, sans aucune excepta» d’ornemens variés et même délicats , et qu’on y place à U® peu de frais, pourvu que ces ornemens, ou au moins k,j' champ, soit en creux.
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- •C’est au moyen d’espèce de cachets de métal, ou de roulettes de même matière, qu’on nomme molettes , et dont on a fait dans ces derniers temps de si nombreuses applications, qti’on imprime dans les pâtes céramiques encore molles les ornemens dont on veut les enrichir.
- Ce procédé est de la plus haute antiquité; on voit que l’estampage et même le moletage ont été employés, d’une manière imparfaite, il est vrai, sur les vases antiques vulgairement nommés étrusques, mais d’origine grecque , et qu’011 trouve si abondamment en Sicile et dans la Campanie.
- Le procédé de l’estampage avec cachet, pour placer à côté les unes des autres des parties indépendantes d’ornement, telles que rosaces , culots, etc. ; et celui du moletage avec de petites roues ou molettes , qui portent gravé sur leur circonférence l’ornement qu’on veut placer sur la circonférence d’une pièce, sont des procédés et des outils si connus et employés dans tant de genres d’industries, que nous n’avons pas à les décrire : mais leur application sur les pâtes céramiques exige des précautions que nous devons faire connaître.
- En général, il faut que la pièce soit encore assez molle pour recevoir facilement cette empreinte ; mais il faut aussi qu’elle ait assez de consistance pour ne point céder sous la pression de l’estampage ; pour que la pâte, adhérant trop facilement au cachet ou à la molette, ne soit pas enlevée par ces instru-mens, on doit les huiler ou mieux encore les essencer; mais ces précautions ne suffiraient pas si la pâte de la pièce était trop molle.
- La seconde, et la plus grande difficulté qu’offre ce procédé, et qui est telle pour certaines pâtes, comme la porcelaine, que ce n’est que depuis peu qu’on a pu y appliquer le moletage , résulte de la condition de la fermeté qu’il faut laisser acquérir à la pâte, et de la pression qu’on est obligé d’exercer avec le cachet ou la molette, pour imprimer son empreinte sur une pâte déjà ferme, sans briser ou fausser la pièce.
- On est parvenu à vaincre cet obstacle , en laissant à l’ébauche des pièces destinées à être moletées une très grande épais-
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- seul’, une épaisseur proportionnée à leur fermeté ou à leu fragilité. On sent qu’il faut en laisser beaucoup à la porcelaine, dont la pâte a plus de densité et moins de liant, qu’aux faïence à pâte plus plastique.
- Mais ce moyen est accompagné d’un autre inconvénient : le ébauches épaisses sont beaucoup plus sujettes à se fendre et séchant que les'ébauches minces, et laissent au tourneur me très grande quantité de pâte à enlever, pour que la pièce finie soit amenée à l’épaisseur convenable.
- Si, malgré ces précautions, on est obligé , surtout èœ l’estampage, d’appliquer le cachet avec force, il eç résiilt prèsque toujours une déformation dans les parties estampées, la pâte ayant reçu dans cette partie et par cette opération, une densité plus grande que celle des parties environnantes Ces altérations sont très sensibles sur les porcelaines.
- E. Guillochage et goudronnage.
- On a deux moyens de faire naître sur une pièce ces côtes o: saillies qu’on appelle goudrons, et ces demi-canaux qu’oi nomme cannelures.
- Ces moyens sont, le moulage et le guillochage ou gauâm nage au tour.
- Par le premier, on forme en creux sur le moule les partie qui doivent être en relief sur la pièce , et vice versa, en lffl donnant les proportions et variations désirées. La pièce moule offre ces saillies ou canaux, qui n’ont plus.qu’à être perfectionnés par le réparage.
- Ce procédé est bon, assez prompt ; les côtes ou canal restent droits, et il est peut-être préférable à tout autre p® les pièces dont l’intérieur ne doit pas être visible, ou peut » pas être uni ; mais pour les tasses , les jattes , les coupes f toutes les autres pièces dont l’intérieur' doit être aussi fe que l’extérieur, il a le grand inconvénient de laisser paraît* dans ces intérieurs l’empreinte émoussée ou imparfaite côtes ou cannelures.
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- Pour éviter cet inconvénient, et dans quelques circonstances pour opérer plus vite et obtenir des cannelures ou gau-drons plus vifs que par le moulage, on fait ces sortes de côtes sur le tour à guilloclier. Le même tour que celui qu’on emploie pour guillocher ou gaudronner le bois, le plâtre , les métaux, peut servir pour guillocher , canneler ou gaudronner les poteries. Cependant M. Baudet a proposé un tour à guillocher plus approprié encore aux arts céramiques , en ce qu’il a un mouvement plus doux , qu’il n’est pas sujet aux mêmes saccades , ni à ce que les tourneurs appellent broutement, et qu’il peut se munir d’un mandrin élastique, qui retient plus exactement la pièce sans la serrer (i).
- Mais c’est bien plus dans la préparation de la pièce à guillocher ou gaudronner que consiste la différence, que dans la disposition du tour ; il faut, pour la plupart des poteries, que cette pièce ait été ébauchée assez épaisse, et ait pris assez de fermeté pour résister sans se briser ou se fausser aux secousses qui sont inhérentes à ce genre de façonnage. Comme l’outil entame et qu’il n’imprime pas , on doit laisser prendre à la pâte une bien plus grande fermeté que dans l’opération du moulage. Nous indiquerons, à chaque sorte de poteries, les précautions particulières qu’elles exigent pour que ce genre de façonnage ait tout son succès.
- îi 6. — Réunion des parties.
- Nous avons déjà fait remarquer que l’ébauchage au tour et même le moulage ne pouvaient donner, ou que des parties unies, ou que des portions de vases qui ne'présentent aucune partie comme dégagée et indépendante.
- 11 faut donc , dans toutes les sortes de poteries, depuis les plus communes jusqu’aux plus précieuses, faire séparément le corps de la pièce, les anses, les becs, les ^ûeds, et dans beaucoup de cas les ornemens en saillie, et réunir ensuite
- lO V Brevets d’invention, T- X, p. 18, Pi. i, la description et la figure <lc ce tour.
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- toutes les pièces accessoires, qu’on nomme .ordinairement de garniture, à la pièce principale , par un ve'ritable collage.
- Le façonnage des garnitures ne diffère pas de celui des pièces principales tourne'es ou moule'es ; mais le collage de ces garnitures est une opération très délicate.
- A. Garnissage.
- Le garnissage consiste dans la préparation des ornemens e: pièces de garniture , et dans leur application. La plupart des garnitures sont moulées ; d’autres sont faites par un procède qui est aussi une sorte de moulage , mais qui a encore pins de ressemblance au tirage à la filière des métaux ductiles.
- Le moulage proprement dit s’applique nécessairement aux parties qui, offrant des inégalités de diamètre dans leur longueur et des ornemens, soit horizontaux , soit longitudinaux, mais interrompus , ne pourraient pas être faites par le secoue procédé.
- Le moulage de ces pièces, anses, becs et pieds, ordinairement déliées, délicates et enrichies d’ornemens , demanà une grande adresse ; car il faut que la forte pression que do; donner l’ouvrier pour obtenir une empreinte nette soit e: même temps égale sur toute rétendue d’une anse, qui ; quelquefois plus d’un décimètre de longueur. Il faut qui fasse sortir du moule cette partie si flexible sans la gauchir car ce gauchissement reparaîtrait par la cuisson, et déformerait et l’anse et la pièce dont elle fait partie. C’est en sais» sant le moment cÆl la pièce de garniture est assez ferme et; pris assez de retraite pour sortir du moule sans effort, qui évite le premier inconvénient.
- Si la pièce de garniture doit être isolée, et si par conséqu® elle n’a point de surface d’application, elle est mouléef; deux coquilles, dt la partie qui reste en saillie sur l’une dr deux sert à la prendre pour la retirer du moule ; mais ' c’est un ornement d’application destiné à une pièce à surfai plane, convexe ou concave, comme le moule doit présent'
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- la même courbure que la pièce sur laquelle on veut appliquer l’ornement, et que celui-ci ne doit faire aucune saillie sur le moule, l’ouvrier ne peut le détacher du moule et l’enlever qu’au moyen d’une petite pelote de pâte qu’il tient dans sa main, qu’il applique sur la pièce encore engagée dans le moule, et qui, en adhérant à cette pièce , l’enlève assez facilement.
- La plupart des garnitures se moulent pleines ; mais si ce sont des becs de théière ou de cafetière, ou des anses de grande dimension dont on veuille diminuer le poids,- elles doivent rester creuses. Alors on fait une sorte de croûte qu’on applique avec le doigt et l’éponge dans une des coquilles du moule, ayant soin d’unir le demi-canal qu’on réserve dans chacune d’elles, et qui doit former un canal entier par l’application de ces deux moitiés ; il faut passer dans cette espèce de canal, droit ou courbe, un petit tampon de linge ou d’étoffe porté à l’extrémité d’une tige , pour enlever de son intérieur les bavures du moule , en rendre la surface unie et assurer la jonction parfaite des demi-parties.
- Les pièces de garniture ainsi moulées et détachées sont réparées et finies sans délai, et sont placées, pour être raffermies et presque séchées, sur des supports en plâtre ou en terre cuite, dont la forme est appropriée à celle de la pièce de garniture. On charge quelquefois l’extrémité ou les bords avec de petites balles de pâte encore humide, pour empêcher ces parties de sécher plus vite que le corps de la pièce , de se relever ou de gauchir. Enfin , suivant les circonstances, tantôt on entretient cette garniture ainsi réparée et prête à être employée , dans un état convenable d’humidité ( c’est le cas le plus ordinaire), tantôt on la laisse sécher entièrement.
- L’autre procédé de préparation de garniture, qu’on peut appeler procédé de tirage, n’est applicable qu’à des parties pleines, d’une grosseur qui doit être au plus d’un centimètre dans son diamètre, et rester la même aux deux extrémités, enfin, dont les ornemens ne peuvent consister qu’en canaux ou cotes de céleri.
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- Il faut ensuite que la pâte ait assez de plasticité et de ténacité pour résister, sans se rompre, se gercer ni s’allonger, à l’action de pression et de traction qu’elle doit éprouver.
- On obtient ces cylindres destinés aux garnitures, au moyen d’une machine qu’on appelle généralement presse à colombia (PL 5y , fig. 3) ; nous dirons plus loin la raison de cette dénomination. On garnit l’ouverture inférieure de cette presse dut faux fond (d) muni d’une espèce de filière ou calibre, dont la coupe est celle des baguettes qui doivent être employées en garniture. On met dans la boîte cylindrique (a) la masse de pâte destinée à donner les rubans ou baguettes, et faisant descendre le diaphragme ou piston (b ), au moyen de la vis de pression qui le surmonte, on force par compression la pâte à sortir par l’ouverture pratiquée dans le fond de la boîte , garnie à calibre qu’on vient de mentionner ; le calibre donne à la baguette de pâte la grosseur, la forme, les pleins et cannelure qu’on veut avoir.
- Pour éviter que le poids de cette baguette (f) ne fasse éprouver à ses diverses parties une extension différente, et toutes le défectuosités qui en résulteraient, on la reçoit sur un plan b cliné (k), et Ton se hâte de la couper à la longueur demandée.
- C’est avec ces baguettes de pâte qu’on forme, en leur donnant la courbure convenable , les anses d’un grand nombre dt vases d’usage , pots à eau, théières, cafetières, tasses, etc.
- B. Applicage et collage.
- Lorsque les garnitures sont réparées , et que les pièces sur lesquelles elles doivent être placées ou appliquées sont éga" lement terminées , il s’agit de les y attacher d’une manièff propre et solide.
- La première condition est que les deux pièces soient t très peu près dans le même état de dessiccation, ou égale-ment humides ou entièrement sèches Tune ou l’autre; k seconde, qu’il n’est pas toujours possible de remplir, cfr qu’elles soient faites toutes deux par le même procédé , c ^1
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- à-dire l’une et l’autre moulées. Ce cas est rare ; néanmoins le moulage à la housse, dont nous avons parlé article 2, § 3, satisfait plus souvent à cette condition.
- Il s’agit d’abord d’ajuster les deux pièces l’une sur l’autre; l’ouvrier trace sur la pièce principale la place des deux attaches de la garniture. Le moule a souvent indiqué l’inclinaison et la courbure du point d’attache. Il présente la garniture à plusieurs reprises, en l’y ajustant au moyen de la lame ; enfin, il chiquette, c’est-à- dire qu’il grave des raies croisées sur les surfaces d’application , afin de rendre ces surfaces rugueuses ; et prenant avec un petit pinceau ou une petite palette de la pâte délayée en consistance de bouillie épaisse, qu’on nomme barbotine, il en met une couche mince sur la surface d’application , et colle promptement la garniture, anse, bec ou ornement d’application.
- Il doit avoir soin de ne mettre que le moins possible de barbotine, ce dont il est le maître lorsque les deux surfaces d’application sont exactement sur le même plan ; car une épaisseur trop forte de barbotine introduit entre les deux pièces une partie de pâte d’une densité très différente, qui prend par la cuisson beaucoup plus de retraite, d’où résultent des gerçures désagréables et de vraies défectuosités. S’il n’en met pas assez, ou que la barbotine soit trop sèche, le collage ne tient pas; il doit enlever sans pression et sans vouloir la faire rentrer dans la fissure de réunion, la barbotine qui excède.
- Lorsqu’on attache une garniture moulée sur une pièce moulée , si l’on a eu égard aux précautions mentionnées plus baut, il n’y en a plus d’autres à prendre que de ne pas presser par le collage les-bords de la pièce ; car on lui fait éprouver une déformation qui, quoique insensible sur la pièce crue, reparaît au feu.
- Mais si c’est une garniture moulée, comme elles le sont presque toutes, excepté celles qui sont faites à la filière, sur une pièce tournée, il est extrêmement difficile , surtout dans les pâtes délicates, de mettre d’accord la garniture avec les pièces tournées. Celles-ci prenant plus de retraite que les
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- garnitures moulées, quelquefois s’en séparent, et plus souvent les déforment, et sont en même temps déformées par elles, Il faut alors calculer les attaches et les moyens de faire céder la garniture sans déformation. Or, ce calcul, ou plutôt cette condition, est extrêmement difficile à obtenir.
- Si l’anse est un peu longue et qu’elle soit attachée, comme elles le sont presque toutes, par les deux extrémités, la pièce en cuisant prend de la retraite , et tourne un peu sur elle-même, comme nous l’avons déjà indiqué; elle emporte le bas de l’anse et lui fait quitter la direction perpendiculaire qu’elle devrait avoir sur le bord ou sur le pied de la pièce, fi faut que le garnisseur prévoie et évalue ce mouvement ht torsion, et qu’il place son anse hors de la ligne perpendiculaire, afin qu’elle y revienne par la cuisson.
- La barbotine suffit pour coller solidement, même avant h cuisson , une garniture humide sur une pièce humide ; mas lorsque les deux pièces sont sèches, comme elles.ont tuf grande avidité pour absorber l’eau, la barbotine serait desséchée avant qu’on ait pu appliquer les deux pièces l’une sur l’autre. Il faut, pour éviter cette absorption, enduit; d’eau gommée les deux surfaces d’application, et gomma également la barbotine , afin de lui faire contracter avec k deux pièces une adhérence suffisante pour les contenir aval.: que la cuisson ait complété cette adhérence.
- Enfin , le collage ne s’applique pas uniquement aux garnitures ; on est obligé de faire certains vases ou ustensiles à plusieurs pièces , soit à cause de leur forme, soit à cause i leur dimension ; il faut coller ces pièces ensemble. Ce s® quelquefois des parties de grands vases , et dans ce cas le collage exige encore plus de soin, d’adresse, d’intelligence et i pratique, pour qu’il soit bon, qu’il ne soit pas trop -visible-et qu’il n’altère pas les contours du vase. C’est donc ici qu: faut porter toute son attention pour que les parties de ce toi-soient d’une dessiccation égale, pour que les surfaces d’appk cation se correspondent très exactement, qu’elles soient coupées plutôt obliquement à la surface du vase, que perpeo^
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- culairement 4' cette surface, afin que le collage puisse s’opérer promptement, et cependant avec la précision ne'cessaire ; car une fois les deux parties placées l’une sur l’autre, il faut éviter de les déplacer pour les mettre mieux ; il faut aussi éviter d’enlever par le tournage les parties débordantes.
- Ces difficultés et ces précautions s’appliquent beaucoup plus spécialement à la porcelaine dure qu’à toute autre poterie ; nous y reviendrons avec les détails nécessaires, en traitant de cette belle poterie.
- CHAPITRE III.
- DES VERNIS, ÉMAUX ET COUVERTES, on
- ENDUITS VITREUX.
- Lorsque les pièces de poterie sont façonnées et parfaitement sèches, tantôt on les passe au four immédiatement, pour leur donner , ou une demi-cuisson, ou une cuisson complète ; tantôt, avant toute cuisson ou après la demi-cuisson, on les recouvre d’un enduit qui doit se vitrifier par l’action d’une, cuisson appropriée, et qui s’appelle vernis', émail ou couverte.
- Cette opération suit donc quelquefois immédiatement la dessiccation de la pièce , et précède toute cuisson ; d’autres fois elle se fait entre deux cuissons. C’est pour ne point séparer ce qui est relatif aux fourneaux et cuissons, que nous traiterons des vernis vitrifiables avant de traiter des cuissons, la série des opérations, dans quelques poteries, nous permettant d’adopter cet ordre.
- . Les mots vernis, émail et couverte semblent être synonymes; mais je crois qu’on peut et qu’on doit même attribuer à chacun d’eux une signification propre.
- Nous appellerons vernis de poterie, tout enduit vitrifiable transparent et plombifère, qui se fond à une température basse et ordinairement inférieure à la cuisson de la pâte (les
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- poteries communes , les faïences fines ) ; émail, un enduit vitrifiable opaque, ordinairement stannifère (les faïences proprement dites ) ; couverte , un enduit vitrifiable terreux qui se fond à une haute température , égale à celle de la cuissoii de la pâte ( les porcelaines dures, quelques grès).
- L’objet de ces enduits vitreux est de rendre la pâte des poteries imperméable aux corps liquides, et surtout aux corps gras , et de leur donner un éclat et quelquefois des couleurs agréables à l’œil.
- Nous allons voir qu’ils sont très Variés ; mais ils doivent tous avoir les qualités indispensables à l’objet qu’on se propose.
- Il faut donc qu’ils puissent s’étendre complètement sur les pièces , de manière à ne laisser aucune partie à nu, qui permettrait aux liquides de s’introduire dans la pâte. Cette condition exige une certaine affinité entre la matière de l’endnit vitreux et la pâte ; tantôt elle dérive de la nature même du vernis, tantôt de celle des pâtes. Ainsi, la chaux est indispensable dans la composition des faïences communes, pour leur faire prendre l’émail stannifère : sans cette condition, les vernis ou émaux se réunissent en gouttes, ce qui cause ce qu’on nomme le retirement, ils bouillonnent, ou même tombent en écailles.
- Il ne faut pas non plus que cette affinité soit poussée trop loin ; car le vernis pénètre dans la pâte , il disparaît presque de la surface des pièces, et montre le défaut auquel on donne le nom de vernis terne, desséché, ressuyé.
- Il faut, en second lieu, que le vernis ait un degré de fc' sibilité approprié à la pâte sur laquelle on le place, et quai t éprouvé la température convenable à son degré de fusi-bilité.
- Si ce vernis est ce que l’on nomme trop dur, il ne s’étend pas sur la pâte, il reste terne, ou se couvre de petits trou» qu’on nomme coque cCçeuf.
- Si le vernis est trop fusible, il se fond avant que la pâK soit cuite , il coule sur les parties inférieures des pièces, e‘
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- pénétrant dans le corps de la pâte , il laisse sa surface rude et non glacée. Un feu trop fort produit à peu près le même défaut : on dit que le vernis a été sucé.
- • Une troisième condition non moins essentielle, non moins difficile à obtenir que la première , est que le vernis soit eu rapport de dilatation avec la pâte des pièces sur lesquelles on le place. Lorsqu’il ne possède pas cette qualité, il ne peut céder aux mouvemens de dilatation de la pâte , et se fendille dans tous les sens. On donne le nom de tressaillure à ce défaut qui est des plus graves, car il ne tarde pas à s’introduire par cés fissures des matières liquides, et surtout des matières grasses ; celles-ci, en pénétrant dans la pâte, s’y altèrent, lui donnent une odeur désagréable, la salissent, et finissent par faire tomber le vernis en écailles.
- Ces tressaillures résultent, non-seulement d’un vernis dont la dilatation 11’est pas en rapport avec celle de la pâte , mais encore, ou d’une trop grande épaisseur dans le vernis, ou de ce qu’il n’a pas été porté à la température nécessaire pour le cuire.
- Il arrive souvent, surtout dans les poteries à pâte dense, comme la porcelaine, que les grandes tressaillures dégénèrent en fentes qui se continuent dans la pâte même de la pièce, et la font casser par le moindre choc ou le moindre changement de température.
- Lorsque ces tressaillures sont nombreuses, et assez également disposées en réseaux, on les reçoit comme un accident heureux, on les recherche même dans quelques poteries, telles que certaines porcelaines de la Chine, et elles font donner aux pièces qui les présentent ainsi le nom de porcelaine fruitée.
- Telles sont les principales conditions exigées dans les enduit vitrifiables, et les principaux défauts que l’absence de ces conditions peut faire naître.
- On peut arriver, par ces remarques, à deux résultats généraux :
- ,0- Que les défauts des enduits vitreux se réduisent aux sui-
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- vans, que nous exprimons en termes techniques, puisque nous les avons expliqués :
- La tressaillure; la coque d’œuf '; les trous; le retirement; Y écaillage; les ondulations; les bouillons ou bulles; le ressuie; le sucé; le coulage; le ponctuage ;
- a0. Que le même défaut peut être produit ou attribué à des causes différentes ; ce qui rend très difficile et de reconnaître ces causes et de corriger les défauts qu’elles produisent.
- ARTICLE PREMIER.
- XATÜRE ET QUALITÉS DES ENDUITS VITREUX*
- Ces enduits, considérés dans l’état où on les prend pour les employer, et non dans celui qu’ils prennent par l’emploi, peuvent être rangés en quatre classes :
- i°. Les enduits terreux purs ; ce sont le felspath, les ponces, quelques terres volcaniques ;
- 2°. Les enduits qu’on peut appeler salins, dans l’ancienne acception de ce mot ; ce sont le sel marin, les alcalis des cendres, l’acide borique, le phosphate de chaux, le sulfate de baryte ;
- 3°. Les enduits composés de parties terreuses et de parties métalliques, ou simplement mêlées ou fondues préalablement en verre ; ce sont les plus ordinaires : les verres de silice et de plomb, les émaux de silice, d’étain et de plomb, en offrent des exemples ;
- 4°. Les enduits composés d’oxide et de sulfures métalliques purs : tels sont l’oxide de plomb à l’état de litharge ou de minium, l’oxide de manganèse et l’oxide de cuivre, mêlés avec le premier ; le sulfure de plomb, appelé alquifoux par 1« potiers.
- Nous avons dit que ces corps formaient, par leur incorpo-ration avec la matière des poteries , au moyen du feu, 1111 composé vitreux dans lequel presque aucun de ceux des troisième et quatrième classes ne restait dans l’état où on l’avait
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- pris pour le placer sur la poterie. Ces corps salins ou métallifères forment, avec la pâte céramique, un verre dans lequel la matière de l’enduit est plus ou moins dominante. Ce verre ainsi formé sur la surface même des pièces, et aux dépens de la silice de leur pâte, est ordinairement tendre et facilement attaquable par les acides même les plus faibles, les graisses, etc.
- Les enduits vitreux ont encore pour objet d’embellir les poteries, en laissant voir la couleur et rehaussant l’éclat de la pâte de celles qui ont une pâte blanche ou qui sont d’une couleur agréable, et en cachant ou changeant la couleur des poteries à pâte d’un ton incertain et sale. On a,' pour obtenir ce résultat, trois sortes d’enduits vitreux.
- Les transparais, qui sont en général donnés par les vernis terreux, salins et vitreux ; les opaques, que l’oxide d’étain et le phosphate de chaux donnent seuls ; les colorés, qui sont dus aux oxides presque purs de manganèse, de Cuivre et de fer, ou à l’introduction de ces oxides et des oxides de cobalt et de chrome dans les enduits vitreux, opaques et demi-trans— parens.
- Lorsqu’on veut cacher les couleurs désagréables d’une pâte r ou les changer, et qu’on ne peut ou qu’on ne veut pas employer , soit les enduits vitreux opaques, soit les enduits transparens, on place sur la pâte et dessous l’enduit vitreux, Un enduit terreux mince, fait avec des ocres, des argiles blanches ou des argiles colorées, et qu’on appelle engoibe. Nous reviendrons sur ce sujet important en parlant de la coloration et de la décoration des pâtes céramiques.
- ARTICLE II.
- fOSAGE DES EWDUITS VITREUX.
- Le nombre de pièces qu’on doit couvrir de ces enduits étant toujours considérable, on ne peut employer pour les poser que des moyens expéditifs et économiques : par conséquent, aucun
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- vernis ne se pose au pinceau; outre le temps qu’une semblable opération exigerait, il serait difficile d’étendre également par ce moyen les enduits lourds et courts, et par conséquent très difficiles à employer.
- On pose les enduits vitreux par des procédés qui peuvent se réduire à trois :
- \Jimmersion, Varrosement et la volatilisation.
- § ter. — Posage par immersion.
- Ce procédé ne peut s’appliquer qu’aux pâtes suffisamment poreuses pour absorber l’eau avec avidité, et assez solides pour être plongées dans le liquide sans s’y délayer. Pour les mettre dans ces deux conditions , on leur fait éprouver un commencement de cuisson qu’on appelle dégourdi ( la porcelaine dure , les faïences fines ).
- L’enduit vitrinable , quel qu’il soit, ayant été finement broyé à l’eau dans des moulins semblables à ceux dans lesquels on broie les parties dures des pâtes, on le délaie dans une quantité d’eau convenable , de manière cependant que ce mélange conserve souvent toute sa liquidité aqueuse. Afin d’empêcher la poudre vitrescible de se précipiter au fond du baquet où se fait le mélange et l’immersion, on l’agite fréquemment, et l’on y introduit même une certaine quantité de vinaigre, qui a évidemment la propriété de retarder notablement cette précipitation.
- On plonge rapidement, avec adresse et précaution, la pièce à vernir dans ce liquide trouble ; elle absorbe l’eau qui dépose à la surface de la pièce , en pénétrant dans son intérieur, la matière vitrescible qu’elle tenait en suspension. Par ce procédé simple et rapide , la pièce est recouverte d’une couche de matière vitrescible qui est d’une épaisseur convenable, «si l’on a eu soin de bien doser le mélange d’eau et de vernis, et de ne mettre dans l’immersion que le temps nécessaire ; d’une épaisseur égale, si l’on n’a pas laissé dans le liquide une partie de la pièce plus long-temps qu’une autre. A moins
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- que certaines parties d’une pièce ne soient très minces, on ne remarque pas que l’e'paisseur de l’enduit vitrescible soit en rapport avec la différence d’épaisseur des parties d’une même pièce ; car l’absorption de l’eau ne se fait pas en raison de l’épaisseur de la pièce, mais en raison du temps pendant lequel on l’a plongée dans le liquide qui tient l’enduit en suspension. Cependant il ne faut pas porter ce principe à l’extrême. 11 est certain que les pièces minces étant promptement saturées de toute l’eau qu’elles peuvent absorber, il faut, pour leur donner un vernis suffisant, les plonger dans une eau qui en soit plus chargée ; et si on laisse une pièce dans cette eau après qu’elle en a été pénétrée dans toute son épaisseur, l’enduit vitrescible se délaie et tombe.
- Les bords prennent moins de l’enduit que le milieu ; les parties par lesquelles on tient la pièce n’en prennent point. C’est ici qu’on emploie le pinceau, pour ajouter ou mettre du vernis sur ces parties : cette opération est délicate , et beaucoup plus difficile qu’on ne croit, par les motifs que nous avons indiqués au commencement de cet article, et qui tiennent à la difficulté d’emploi de ces matières.
- On enlève, avec une lame et un morceau de feutre , le vernis des parties qui ne doivent pas en avoir , telles que le dessous des pieds des pièces, les gorges qui reçoivent des couvercles, etc.
- Nous avons dit que les matières grasses s’opposaient à l’adhérence des enduits vitrescibles ; il faut donc avoir bien soin que les pièces n’en soient pas imprégnées par la main des ouvriers : mais on trouve dans cette propriété un moyen de laisser sans vernis certaines parties que Ton veut réserver mattes, telles que des ornemens délicats. On les enduit d’huile avec le pinceau avant de les plonger dans le vernis. Enfin , lorsqu’on veut qu’une pièce ou qu’une partie de pièce prenne moins de vernis qu’une autre , on la mouille plus ou moins fortement avec le pinceau, avant de lui donner l’enduit
- vitrescible.
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- § a. — Posage par arrosement ou aspersion.
- Lorsque la pâte est complètement cuite et qu’elle n’est plus absorbante , on ne peut plus poser le vernis par simple immersion ; il n’adhe'rerait pas suffisamment à la surface des pièces.
- Alors il faut donner au liquide aqueux qui tient l’enduit vitreux ou l’enduit vitrescible en suspension, une consistance beaucoup plus forte, telle que celle de la crème ou d’une bouillie assez épaisse. On prend de cette bouillie dans un vase d’une petite capacité, et on la verse dans la pièce plate ou sur la pièce ronde qu’on veut mettre en vernis. On imprime à cette pièce un mouvement particulier de balancement, qui empêche ce liquide visqueux de quitter trop promptement, et qui lui permet au contraire de s’étendre assez également sur la surface. Une légère secousse fait tomber l’excédant.
- Le reste du procédé de retouche et de nettoyage de la pièce dans les parties où il ne doit pas rester de vernis, est le même que dans le premier procédé.
- Ce procédé s’applique presque exclusivement aux porcelaines tendres et aux grès : je regarde la mise en couverte ou en vernis des faïences fines comme participant à peu près également du procédé de l’immersion et de celui de l’arrosage, quoique le premier semble dominer.
- L’aspersion consiste à saupoudrer la pièce à vernir d’un corps qui doit se fondre à sa surface et entraîner une partie de la pâte dans sa fusion. Ce procédé ne s’emploie que pour les poteries les plus grossières , qui ne doivent recevoir qu’un feu pour la cuisson et du biscuit et du vernis., et qu’on ne pourrait plonger dans le vernis sans les briser ou les délayer. L’enduit vitrescible dont on couvre ces poteries est du minium ou de la litharge en poudre. Ce grossier procédé a en outre le grave inconvénient d’être extrêmement dangereux pour la santé des ouvriers, qui respirent une poussière doublement dangereuse et comme poussière et comme matière minérale vénéneuse.
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- § 3. — Posage par volatilisation.
- Ce proce'dé est des plus remarquables , des plus anciens , mais des plus près d’être tout-à-fait abandonnés.
- Il consiste à remplir le four ou les étuis d’une vapeur saline ou métallique, qui, s’étendant sur les pièces porte'es à l’incandescence, en vitrifie la surface.
- Ce posage a lieu, ou dans le four même et sur toutes les pièces qui le remplissent, et dans les étuis et casettes , et seulement sur les pièces qu’elles renferment.
- Dans le premier cas, je ne sache pas qu’on ait employé d’autres matières vitrifiantes que le sel marin. Vers la fin de la cuisson , lorsque le four est amené à la plus haute température qu’il doive recevoir, on cesse le feu, on ferme toutes les issues, et l’on jette dans les bouches du foyer incandescent du sel marin , qui se volatilise aussitôt, se décompose sur la surface des pièces et leur cède son alcali, qui forme avec la silice de la pâte un enduit vitreux , mince et fortement adhérent à la pâte ; il a la dureté d’un verre terreux , et ne se lève jamais ni en bouillon ni en écailles. Le seul défaut que présente ce mode de vernissage, c’est l’inégalité, toutes les pièces et toutes leurs parties n’étant pas toujours également exposées à cette vapeur.
- Le second procédé de cette sorte de posage consiste à enduire la surface intérieure des casettes ou étuis de la matière volatilisable et vitrescible qui doit former l’enduit vitreux des pièces enfermées dans ces étuis. On n’emploie guère dans ce procédé, très peu répandu, que de l’oxide rouge de plomb et de l’acide boracique. Lorsque le four devient incandescent , ces matières se volatilisent et enveloppent la pièce renfermée dans les étuis, d’une vapeur métallique ou saline, qui en vitrifie la surface. Ce procédé a’ l’avantage de ne faire que polir pour ainsi dire , par un faible enduit vitreux , la surface des pièces ; il n’a pas l’inconvénient des vernis épais posés par immersion ou arrosement, qui altèrent les formes
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- et qui détruisent toutes les finesses des ornemens délicats destinés à enrichir certaines pièces.
- Les étuis qui ont servi à un premier vernissage peuvent servir à un second et à un troisième , sans qu’on soit obligé de leur donner une nouvelle couche de l’enduit vitrescible vola-tilisable.
- ARTICLE lit.
- CUISSOIT DES EXDUITS VITREUX.
- Nous ne traiterons ici que des rapports qu’il y a entre la cuisson de ces enduits et celle de la pâle qu’ils recouvrent. Ces rapports présentent des principes généraux assez remarquables, et que nous n’aurons ' plus qu’à rappeler lorsque nous parlerons des moyens de cuisson des diverses sortes de poteries.
- En considérant sous le même point de vue la cuisson complète d’une poterie, c’est-à-dire la cuisson de la pâte et celle de l’enduit vitreux, on arrive à remarquer que les poteries offrent deux modes généraux de cuisson , que nous désignerons sous les noms de cuisson simple ou unique , et de cuisson double.
- § ier. — Cuisson simple ou unique.
- Elle appartient à toutes les poteries dont la pâte et l’enduit vitreux pouvant cuire à la même température, et par conséquent en même temps, n’ont besoin de passer au feu qu’une seule fois.
- On trouve, dans cette classe , les poteries les plus grossières et les poteries les plus fines et les plus chères, les poteries communes à pâte lâche et à vernis tendre et les poteries a pâte dense et dure, telles que les grès et les porcelaines dures; mais la température qu’exigent ces poteries si différentes présente elle-même des différences considérables.
- A. Les unes cuisent à une très basse température, où le four est à peine incandescent. Ce sont les poteries communes a
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- pâtes colorées, lâches et fusibles, couvertes d’un vernis où l'oxide de plomb , applique' presque seul sur la pièce, ne trouve que dans la pâte de cette pièce la silice qui lui est nécessaire pour former un verre très tendre et très fusible.
- Les poteries de cette première division de la cuisson simple ne sont soumises qu’à une seule opération , c’est-à-dire que le vernis se cuit immédiatement sur la poterie sèche , et qu’un seul four dans lequel se porte cette poterie vernissée cuit en même temps la pâte et le vernis. Telles sont les poteries grossières et communes couvertes d’un vernis transparent jaune, vert ou brun; telles sont les poteries grossières de l’Inde, couvertes d’un vernis d’anthracite, presque noir; les anciennes poteries grecques ou campaniennes, couvertes d’un vernis noir ou rougeâtre. On voit, par les déformations que ces dernières ont quelquefois éprouvées , et qui ne peuvent être attribuées qu’à une inégale pression sur leur pâte encore flexible, qu’elles ont été portées au four encore crues , et cependant déjà recouvertes de leur enduit vitreux.
- B. D’autres cuisent à une très haute température, et néanmoins elles pourraient de même n’être soumises qu’à une seule opération ; mais comme ce sont en général des poteries très belles, et qui peuvent payer les frais du soin qu’on y apporte , on donne à la pâte ce demi-degré de cuisson que nous avons déjà fait connaître, et désigné sous le nom de dégourdi, afin de pouvoir les enduire de leur; couverte par voie d’immersion. On la leur donne , non pas dans un four particulier, mais dans une partie du four où la température est de beaucoup inférieure à celle où se cuit complètement le biscuit et le vernis. Ici le vernis se cuit dans la division inférieure du four, et la pâte se dégourdit dans la division supérieure.
- Les porcelaines dures , les grès-cérames, couverts de vernis terreux ou salins, offrent des exemples de ce mode de cuisson simple à haute température.
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- § 2. —- Cuisson double.
- L’enduit vitreux devant cuire à une tempe'rature inferieure à celle qu’exige la cuisson de la pâte, il faut cuire se'pare'ment ou successivement la pâte d’abord, et le vernis ensuite; de là deux operations , deux cuissons, et souvent deux fournées tout-à-fait distinctes.
- La première ope'ration est celle de la cuisson complète de la pâte ; on obtient par cette cuisson complète de la pâte ce que l’on appelle le biscuit, qui est en ge'ne'ral dense, sonore, et quelquefois susceptible de se ramollir au feu : tels sont les biscuits de faïence commune, de faïence fine, de porcelaine tendre, et même quelques grès.
- La seconde opération est celle de la cuisson des vernis ou de l’émail qu’on a mis sur le biscuit, soit par immersion, soit par arrosement.
- Cet enduit vitreux est tantôt uû vernis vitro-inétallique et transparent, comme ce que l’on appelle du cristal; c’est celui de la faïence fine et de la porcelaine tendre : tantôt un émail stannifère opaque, blanc ou coloré; c’est celui delà faïence commune, et même de certaines faïences fines.
- Il cuit, comme on l’a dit, à une température de beaucoup inférieure à celle du biscuit, et quand on le place dans le même four, on met le biscuit dans la division inférieure , celle qui reçoit immédiatement l’action du feu, et les pièces recouvertes de leur enduit vitreux dans l’étage supérieur.
- Mais plus ordinairement, et aussi plus sûrement, on opère ces deux cuissons successivement, soit dans le même four, soit dans des fours différens, surtout en capacité.
- Dans la première division, la haute température { et elle « quelquefois à degrés du pyromètre de Wedgwood) est aussi bien pour l’enduit vitreux que pour la pâte. Dans b seconde division , la haute température, qui atteint rarement 80 degrés du même pyromètre, est pour la pâte ou biscuit, et la basse température pour le vernis ou 'émail.
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- Tels sont les principes et rapports generaux de la cuisson des pâtes ou biscuits, avec les enduits vitreux ; couvertes, vernis ou émaux qui les recouvrent.
- Nous donnerons les développeme'ns de ces principes dans les nombreuses applications que nous en ferons aux diverses sortes de poteries.
- CHAPITRE IV.
- CUISSON, FOURS, CONDUITE ET INFLUENCE DU FEU.
- Le but essentiel de la cuisson des poteries est cfe leur donner assez de solidité" pour qu’on puisse les manier sans les briser, et assez de densité pour les rendre plus ou moins impevméables aux liquides. On s’est proposé ensuite de leur donner plus d’éclat, d’aviver certaines couleurs, et l’on a été jusqu’à vouloir donner à ces pâtes une translucidité flatteuse.
- Le premier but est tellement le principal, le seul essentiel, qu’il y a des poteries qui n’ont reçu aucune cuisson réelle. Les peuples des pays méridionaux, les seuls chez lesquels on les ai faites, se sont contentés de les laisser fortement sécher à l’ardeur de leur soleil. On en cite de telles dans l’Inde et en Egypte ; mais il en est encore un bien plus grand nombre qui n’ont éprouvé que l’action d’un feu si faible, qu’on peut à peine lui donner le nom de cuissont Or, on remarquera que ces poteries, pour lesquelles on a cru pouvoir se passer de cuisson, étaient et sont encore, par leur destination, rarement exposées à être fréquemment maniées ou à conserver des liquides. Telles sont les briques non cuites des peuples méridionaux de l'Asie et de l’Afrique , ces vases des anciens peuples, presque tous destinés à l’ornement des habitations et à être placés dans les tombeaux, les vases des Indiens et de quelques peuples, tant modernes que d’une haute antiquité, qui étaient destinés plutôt à recevoir, conserver ou mesurer des grains qu’à contenir des liquides.
- Presque tous ces vases jaunâtres, rougeâtres ou noirs, les anciens aussi bien que ceux qui sont faits à peu près avec les
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- mêmes matériaux par quelques peuples modernes très en arrière dans les arts céramiques, se laissent traverser plus ou moins promptement par l’aau qu’on y met.
- Nous allons remarquer, dans la cuisson des poteries, telle qu’on la pratique dans les pays les plus éclairés, des différences extrêmes de température. Dans quelques circonstances, cette température, à peine rubescente, ne peut pas donner à la pâte assez de densité pour la rendre imperméable à l’eau, et cependant la plupart de ces poteries sont destinées à conserver des liquides, et même des liquides bouillans; mais les modernes ont trouvé dans les vernis ploinbifères, placés si communément sur ces poteries à texture lâche, des moyens faciles et sûrs de les rendre imperméables. Nous verrons que ces vernis étaient presque inconnus chez les anciens, qu’ils n’ont été connus que très tard chez les modernes, et que ni les uns ni les autres ne possédaient de moyen de donner de l’imperméabilité à des pâtes trop fusibles d’ailleurs pour l’acquérir par une haute température.
- Une basse température laisse donc aux pâtes céramiques leur porosité et les incoavéniens qui l’accompagnent dans les usages domestiques, inconvéniens qui ne sont pas compensés par le faible avantage que présentent ces poteries de supporter, sans se briser, les changemens brusques de température, ni par l’avantage plus sensible d’être à très bas prix.
- Une haute température exige d’abord une composition capable delà supporter. Elle est beaucoup plus dispendieuse: elle donne des pâtes denses, imperméables, solides, mais résistant rarement, et toujours imparfaitement, aux changemefc brusques de température auxquels ces poteries peuvent être exposées, même dans les usages domestiques. Enfin, l’échelle de température de cuisson des poteries va depuis 4<> à 5o degrés du thermomètre centigrade ( et l’on peut dire que , dans ce cas, ce n’est qu’une dessiccation et un raffermissement de k pâte) jusqu’à i/jo degrés du pyroinètre de Wedgwood, c’est-à-dire au degré de la fusion de la fonte, en passant par beaucouf de degrés intermédiaires.
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- ARTICLE PREMIER.
- DES FOURS POUR LA CUISSOJf DES PATES CÉRAMIQUES.
- Nous ne parlerons ici que des fours destines à cuire les pâtes et les enduits vitreux, mais point de ceux dans lesquels on cuit les couleurs et autres ornemens de la surface.
- Ces fours sont très variés, non-seulement par rapport aux époques et aux pays, mais aussi suivant la nature des poteries qu’on doit y cuire. On peut cependant en généraliser encore les formes et structures sous plusieurs points de vue assez distincts. Le tableau suivant, que nous allons développer, indique ces divisions :
- I. Fours en demi-cylindre couché (i).
- A. Bouche latérale ; foyer inférieur ; cheutinée supérieure multiple ;
- axe de tirage vertical.
- B. Bouche et foyer latéraux à une extrémité; cheminée late'rale à
- une autre extrémité'; axe de tirage oblique.
- (t) J’ai cherché autrefois (1807, Traité élémentaire de Minéralogie, T. II, p. 3i6) à déterminer, d’une manière générale et comme le font les naturalistes, les différentes parties qui composent les fourneaux, de manière que ces fiarties étant dénommées, définies, et même lents variations décrites, on pût employer ces dénominations avec sûrete', clarté et laconisme, dans la description de tout fourneau. L’expérience que j’ai pn acquérir depuis cette époque me fait présumer encore que cette méthode peut être suivie avec quelque avantage. Je me contenterai de répéter ici la définition des parties principales.
- Ces parties sont : la bouche, le foyer, le laboratoire et la cheminée.
- La bouche est la partie par laquelle le fourneau aspire l’air nécessaire à la combustion. Les conduits d’air et les machines soufflantes en sont des appendices.
- Le foyer est le lieu o ù se place le combustible, quel qu’il soit.
- Le laboratoire est le lieu où se met la matière sur laquelle doit agir le com- . bnstible.
- La cheminée est l’issue par où se dégagent les produits de la combustion.
- Vaxe de tirage est la ligne moyenne de direction que suivent du foyer à la cheminée l’air dilaté et les produits de la combustion. On verra qu’il est souvent différent de l’axe du fourneau.
- Ces parties sont quelquefois très distinctes; quelquefois elles sont confondues. Ainsi, le foyer et le laboratoire sont confondus dans les fours où J"o‘S fBW 'o Lriquc avec des lits de houille, etc.
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- fl. Fours cylindriques verticaux, à foyers latéraux et multiples, et bouches supérieures.
- Cheminée supérieure œultipie;
- Axe de tirage vertical.
- A. A un seul laboratoire ou étage.
- B. A plusieurs, laboratoires ou étages.
- § ,er. — Fours en demi-cylindre couché. ( PI. 61, fig. 3 et 4. )
- La bouche b de ces fourneaux par où l’air est aspiré et le foyer f où se plaee le combustible sont presque confondus. L’une est toujours late'rale, et l’autre tantôt latérale, tantôt inférieure. La chambre du foyer ( PI. 62 , fig. 2) est voûtée et percée d’ouvertures par lesquelles la flamme pénètre dans le laboratoire l, qui est lui-même en forme ou de demi-cylindre avec une cheminée latérale (PL 61 , fig. 3) onde parallélépipède, voûté à sa partie supérieure et percé d’ouvertures ( PL 62, fig. 2) qui font l’office de cheminées, et pu lesquelles se dégagent les produits de la combustion.
- Ces fours présentent encore deux modifications générale qui paraissent liées, comme on va le voir, à la température plus ou moins haute qu’on veut y produire.
- A- Bouche latérale; foyer inferieur; un ou deux laboratoires supe* rieurs au foyer; cheminées nommées carneaux, multiple supérieures.
- Axe de tirage vertical.
- Ce sont les fours dans lesquels on cuit les poteries grossière les faiences communes, et dans lesquels on a cuit à Sèvres h porcelaines tendres en biscuit ou émail.
- Les figures que nous donnons ( Pl. 62, fig. 2, et PI. ® fig. 1 ) et leur explication nous dispensent d’une plus long*1 description.
- Ces fours, encore très répandus parmi les fabricans def teries et de faiences communes, ont pour avantage de tant®-pour ainsi dire la chaleur qui se dégage du combustible, de-
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- répandre assez également dans le four, les parties supérieures et voûtées du laboratoire compensant, par cette forme et la réverbération qui en résulte , l’éloignement où cette partie est du foyer. Quand ces proportions entre la hauteur et la largeur sont bien calculées, la chaleur y est plus égale qu’on ne pourrait le croire.
- Mais la voûte épaisse qui sépare ce foyer du laboratoire consomme , pour être portée à l’état d’incandescence où elle doit arriver, une quantité considérable de combustible, et telle qu’on ne pourrait peut-être pas, avec les dimensions ordinaires du foyer, amener le laboratoire à la haute température nécessaire à la cuisson des autres sortes de poteries. Ces fours, destinés aux poteries vernissées cuites à basse température, qui sont les plus anciennes parmi les modernes et les plus répandues, doivent être aussi les plus anciens. C’est, en effet, à peu près la forme des fours dont on trouve les vestiges dans différentes contrées. On remarque même qu’ils sont compliqués d’une grande quantité de canaux que le perfectionnement des arts céramiques a fait successivement disparaître.
- B. Bouche et foyer latéraux à une extrémité'; cheminée iale'rale à une antre extrémité'.
- Axe de tirage oblique.
- On obtient avec ces fours une température des plus élevées, mais elle est distribuée si inégalement dans le laboratoire, qu’il faut nécessairement faire des compositions de pâte plus ou moins fusibles ou cuire des poteries de différentes qualités, pourprofiter de tout l’espace. Ainsi, vers l’ouverture du foyer, ^ns le laboratoire, la température est telle qu’elle suffit pour cuire la porcelaine la plus dure, tandis qu’à l’autre extrémité, elle est quelquefois à peine capable de cuire du biscuit de faïence.
- Tel est le grand inconvénient de ces fours ; aussi les aban-donne-t-on dans presque tous les pays, et bientôt ils ne seront plus qu’historiques.
- Ces fours présentent quelques modifications. Dans ceux qui
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- ont servi si long-temps à cuire la porcelaine dans toute l’Allemagne (PI. 61 , fig. 3 ), et qui sont peut-être encore employés dans quelques fabriques, le sol du laboratoire est horizontal, et l’arète de la voûte l’est également. Dans ceux qui sont employés à cuire les grès communs ( PI. 61, fig. 4 ) > le sol est oblique, et l’arète de la voûte lui est à peu près parallèle; mais on remarquera que, dans les uns et les autres, l’axe de tirage est oblique, et qu’il y a peut-être une sorte de perfection et quelques avantages à avoir rendu les deux parois du four à peu près parallèles à l’axe de tirage.
- § 2. — Fours cylindriques verticaux. ( PL 6i, fig. i et 2, et PI. 62,
- fig. 1.)
- On les appelle aussi fours à alandiers, du nom des bouchest ou foyers /" qui sont flanqués à leur base. Ils paraissent avoir été établis en France pour cuire la porcelaine dure, et ensuite introduits en Angleterre par les fabricans du Staffordshire, et notamment par Wedgwood, pour cuire la faïence fine ; ce n’es: que depuis quinze à vingt ans qu’ils commencent à se répandre dans toute l’Europe et à être appliqués à la cuisson de poteries très différentes.
- Ils ont, comme l’indique leur définition, la forme d’un cylindre placé sur sa base. Le laboratoire/a la même forme, mais la base supérieure du cylindre est terminée par un segment dt sphère.
- Les alandiers font successivement l’effet de bouches et dt foyers, et bientôt ces deux parties se réunissant, c’est entre les interstices du combustible que s’établissent les bouche multipliées d’aspiration.
- En effet, on jette d’abord le combustible dans le fond /& l’alandier, et comme l’air est aspiré par son ouverture b, « voit que le foyer est pour le mpment séparé des bouches h mais lorsque le four commence à rougir, le combustible, et no® ne parlons ici que du bois, se place en talus sur la bouche1 (fig. 1) supérieure de l’alandier. La bouche inférieure b fermée. C’est donc là que le foyer est transporté, et c’est end-
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- les bûchettes que s’établissent les bouches d’aspiration. Alors la flamme du bois plonge dans l’alandier, se relève pour pénétrer dans le laboratoire ou partie intérieure du four, et la température du feu croît avec une grande rapidité. Le tirage devient aussi très vif, et tel, que la fumée est brûlée, et Test entièrement quand le four marche bien ; il n’y a point de braise de formée; les cendres mêmes sont volatilisées. Toute la chaleur produite par la combustion est emportée dans le four; les bûchettes, qui ne brûlent que par leur face inférieure, ne laissent sortir aucun rayon de calorique, et Ton peut placer la main sur le talus des bûchettes , l’y laisser même long-temps sans ressentir aucune chaleur, tant que le combustible ferme exactement l’ouverture de l’alandier.
- Les alandiers, considérés comme bouches et foyers, varient en nombre depuis trois jusqu’à six, et même huit. On peut donc dire que les foyers sont multiples, latéraux et disposés eirculairement.
- Lelaboratoire l est, comme on Ta dit, cylindrique, et communique avec le foyer par des ouvertures quelquefois garnies de piliers, qu’on nomme improprement grils g. Tantôt il n’y a qu’un laboratoire terminé supérieurement en calotte sphérique , percée de plusieurs ouvertures nommées carneaux, et qu’on doit considérer comme une cheminée supérieure et multiple; tantôt ( PL 63 , fig: 2) il y a deux, et même trois laboratoires placés l’un au-dessus de l’autre, communiquant par des carneaux disposés en échiquier et alternant, qu’on doit toujours considérer comme des cheminées ; mais le dernier laboratoire est terminé en cône, percé à son sommet d’une ouverture qui est simple, placée dans Taxe de tirage, et qui se prolonge quelquefois par un canal cylindrique ou prismatique plus ou moins long.
- LTn coup d’œil sur les figures donnera à cette description générale la clarté et la précision que ne lui donneraient pas de plus longs détails.
- Tels sont la forme générale et les principes de construction des fours à alandiers, que j’appelle :
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- A, simples (PL 62, fig. 1), parce que, s’ils ont plusieurs laboratoires , on peut les conside'rer comme e'tant la suite l’un de l’autre, comme lie's ensemble, ou comme les chambres d’un laboratoire principal. Ce sont les fours à alandiers les plus ordinaires. Mais dans ces derniers temps, c’est-à-dire depuis environ vingtans, on a construit des fours à alandiers que jenomme:
- B, composés (PL 63 , fig. 2), parce qu’ils ont, non-seulement plusieurs laboratoires distincts, mais aussi pour chaque laboratoire des foyers qui agissent séparément et successivement; ce sont les remarquables fours à plusieurs étages que nous allons faire connaître.
- Je prends le type de ces fours dans celui que M. le marquis de Ginori a fait construire dans sa manufacture de Doccia, près Florence, parce que c’est, à ce que je crois, le premier dont on ait publié la description, qu’on doit à son généreux zèle pour les arts, et parce que j’ai eu le précieux avantage de le voir fonctionner.
- La figure que nous donnons Pl. 63, fig. 2, m’exemptera d’une longue et inutile description; l’explication qu’on eu trouvera à la fin de cet article sera suffisante.
- On voit que ces fours ont trois étages, composés chacun d’un laboratoire, de foyers et de bouches qui leur sont propres. Les cheminées du laboratoire inférieur se continuent dans le supérieur ; mais à mesure qu’on met un laboratoire en action particulière, au moyen du feu qu’on allume dans leurs alandiers, la cheminée va pour ainsi dire en diminuant de longueur, et le tirage devient moins fort.
- On remplit chaque laboratoire de poterie, en plaçant dans l’inférieur la poterie qui exige la plus haute température pour sa cuisson complète: c’est, dans l’exemple que j’ai choisi, de la porcelaine dure. Quand cette poterie est cuite, on cesse le feu des alandiers de l’étage inférieur, et on l’allume dans ceux & l’étage moyen. Les poteries qu’il renferme, et qui sont en ge' néral de nature à exiger moins de feu, sont déjà fortement échauffées et à moitié cuites quand on y transporte la combustion. Elles ne tardent donc pas à être complètement cuites
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- alors on ferme les alandiers du moyen étage, et l’on établit la combustion dans ceux du troisième et dernier étage, qui renferme une poterie dont la cuisson exige encore moins de feu ; aussi est-elle bientôt cuite, car quand on y a transporté le feu immédiatement, elle avait déjà été élevée à une température voisine de celle qui est nécessaire à sa parfaite cuisson.
- On voit qu’à mesure qu’on établit le feu dans le foyer du laboratoire supérieur, on trouve des cheminées plus courtes, moins de tirage, et par conséquent moins de moyens d’arriver à une haute température, qui d’ailleurs n’est plus nécessaire pour l’espèce de poterie qu’on y place.
- Ces fours cuisent avec une égalité qu’on aurait pu craindre de ne point obtenir. Ils consument beaucoup moins de combustible que trois fours séparés de même dimension, et la raison en est si patente, qu’il est inutile de la déduire. Ils doivent donc apporter une assez grande économie dans la fabrication. Néanmoins, cette économie ne peut être sensible que dans une fabrique où Tou travaille beaucoup , et où par conséquent on cuit fréquemment ; car la construction d’un semblable four est très dispendieuse, et beaucoup plus dispendieuse que celle de trois fours séparés, parce qu’en raison de la grande hauteur d’un tel four et des mouvemens qu’une chaleur incandescente imprime nécessairement au bâtiment qui l’éprouve, il faut donner à ce bâtiment des fondations profondes et solides ; il faut le construire avec un soin infini, pour que rien ne le dispose à s’éloigner de la verticale, lorsqu’il se dilatera par la chaleur qu’il doit supporter. Il faut donc ajouter à ces soins de construction des moyens d’étaiement pris dans les bâti— mens dont on doit l’entourer : telles sont du moins les précautions que M. Ginori a dû prendre, et qui ont rendu son four difficile et cher à construire.
- Sauf quelques modifications, dans les détails desquelles nous ne devons pas entrer ici, il paraît qu’il y a des fours composés à plusieurs étages dans la fabrique de faïence de M. Boch-Buschmann, à Luxembourg ; dans celle des faïences de grès de
- Arnould, à Toulouse; dans celle de grès de M. Albrecht,
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- à Berlin. On adonné dans ce Dictionnaire (PI. 10 de la Technologie, fig. i et 2) la figure d’un four à trois étages, destiné à cuire des briques ; il est décrit à l’article Briquetir Enfin, il y a à Copenhague, à la manufacture de porcelaine, ut four qui, sans appartenir complètement à la classe des fours à plusieurs étages de laboratoire et de foyers, a cependant avec eux quelques points de ressemblance.
- ARTICLE II.
- DE l’ezïCASTAGE ET DE L’EXFOEBSElIEîrT.
- La première opération consiste à préparer les pièces à subir, sans être altérées, l’action du feu de cuisson; la seconde, à les disposer convenablement dans le four. t
- § 1er. — Encastage.
- C’est l’action de placer la pièce sur des supports ou espèces de moules ( cast, en allemand), ou dans des étuis de terre nommés cazeltes (petites boîtes), et, par corruption, gazettes.
- Considérant toujours les opérations céramiques sous le poin; de vue le plus générai, nous ferons remarquer que l’encastage est entièrement lié avec la nature de la pâte; et commek pâtes forment deux classes de poteries très différentes , celle qui se ramollissent et celles qui ne se ramollissent pas a; four, on a été forcé d’établir deux modes tout différens d'encastage. - ,
- A. Des gazettes et des supports.
- I.
- Les poteries de ces deux catégories ont toujours besoir d’être, sinon entièrement enveloppées, au moins support* par différens moyens. Si quelques poteries communes peucet se cuire pêle-mêle et à nu dans le four, et en se supportât-mutuellement lorsqu’elles sont en biscuit et même en ven® il faut nécessairement, pour la plupart des poteries, des supports qui les séparent lorsqu’elles sont recouvertes d’un duit vitreux.
- Ces enveloppes et supports, qu’on appelle étuis, cazetthirondeaux, renversoirs, sont faits avec une pâte argileuse <1°
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- doit réunir les deux conditions, d’avoir une texture grossière et d’être moins infusible que la poterie qu’on doit y placer.
- Il faut qu’elle soit grossière, afin de pouvoir résister à l’action immédiate et inégale du feu sans se briser, et que les étuis et supports qui en sont faits puissent retourner plusieurs fois au feu. La qualité de l’argile ou de la marne argileuse que l’on emploie doit contribuer à cette première qualité ; mais le ciment plus ou moins grossier, qu’on y introduit dans une proportion qui est quelquefois de plus de moitié, y contribue encore plus efficacement.
- Elle doit être plus infusible, plus solide même que la pâte des pièces qu’on cuit dans ces étuis ou sur ces supports ; car lorsque cette pâte tend à se ramollir, il faut que les supports s’opposent autant que possible à la déformation qui accompagne souvent ce ramollissement.
- On trouve assez facilement des argiles pour faire les étuis et supports de faïence, de porcelaine tendre, etc. ; des marnes argileuses peuvent même y être employées efficacement : mais il est très difficile de trouver des argiles qui réunissent à la plasticité l’iafusibilité nécessaire à la cuisson des grès-cérames et des porcelaines dures, qui ne cuisent qu’à une haute température. Les argiles plastiques, dans l’acception minéralogique et rigoureuse de ce mot, sont les seules qu’on puisse employer à cet usage : de là naît une des plus grandes difficultés qu’on trouve dans l’établissement des fabriques de porcelaines.
- A ces conditions essentielles des étuis et supports se réunissent d’autres conditions accessoires qui rendent le choix des terres à Cazettes encore plus difficile.
- Il faut qu’elles ne renferment ni grains de quartz ni grains cal-eaires, qui,en se dilatant et se brisant, détachent des esquilles qui tombent sur les pièces et les gâtent.
- Il faut qu’elles soient exemptes de gypse, qui excite la fusion de la partie où il se trouve ; de pyrites, qui produisent le même effet que les grains de quartz et que le gypse, et qui mpandent en outre des vapeurs sulfureuses presque toujours nuisibles au vernis des pièces, et surtout aux vernis et cou-
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- vertes colorie's ; enfin, non-seulement il faut que ces e'tuis résistent sans se briser à l’action immédiate et brusque de la chaleur, mais il faut qu’ils y résistent plusieurs fois sans se fendre , sans se ramollir, sans se diviser en écailles, etc.
- On corrige les défauts qui résultent des corps étrangers, sable grossier, petits cailloux, quartz, grains de craie ou de calcaire , cristaux de gypse et pyrites , qui peuvent être disséminés dans les argiles à cazettes, eu les lavant. C’est une opération qu’il est difficile d’éviter. On s’oppose en partie à la chute de ces grains, en vernissant les faces des cazettes qui doivent former plafond sur les pièces qui sont dans la cazette inférieure. Cette opération, qui a lieu dans presque tous les genres de fabrication, et qu’on étend quelquefois aui parois latérales de la cazette, s’oppose aussi à l’influence d’absorption que la pâte argileuse matte et poreuse de la cazette exerce quelquefois sur le vernis des pièces qui y sont renfermées. Enfin, on corrige les défauts de qualité des argiles, par l’introduction d’un bon ciment et par le mélange d’argile de diverses qualités.
- On remarque que les vieilles cazettes, celles qui ont servi plusieurs fois, sont meilleures que les neuves, qu’elles jettent moins de grains, et sont moins susceptibles d’agir sur le vernis ou émaux ; aussi les fait-on servir, quoique déjà brisées en plusieurs pièces. On est obligé, pour les mettre et place, de les lier momentanément avec des cordes.
- La fabrication des cazettes et supports se fait comme celle des pièces , mais plus grossièrement ; on marche la pate; pour y incorporer le ciment et les argiles diverses dont on l’a composée. Les cazettes, supports et rondeaux sont, te uns tournés, mais simplement en ébauche , ils ne sont jamais tournassés ; les autres moulés.
- Les rondeaux ou plaques de terre cuite destinés à port# les pièces se font avec une pâte en général plus sableuse, o l’on rend leur surface parfaitement plane en l’usant, lorsqu >b doivent porter des poteries qui se ramollissent au feu.
- Les renfersoirs, espèces de rondeaux qui prennent b
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- forme des pièces , assiettes, compotiers,' soucoupes, et qu’on fait cuire sur eux en biscuit, sont faits avec une pâte plus fine et très sableuse.
- B. Encastage des pâtes non ramollissables, tant en biscuit qu’en vernis.
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- L’encastage consiste , comme nous l’avons dit, à placer les pièces à cuire dans les étuis, cazettes ou boîtes, et avec toutes les pre'cautions convenables pour leur succès. Lorsque les poteries ne doivent éprouver aucun ramollissement par l’action du feu nécessaire à leur cuisson , si elles n’ont encore aucun vernis, on peut les placer les unes sur les autres , de manière à ce qu’elles se soutiennent mutuellement ; mais en ne portant pas cet entassement au point que les inférieures soient écrasées ou déformées par le poids des supérieures ; elles ne tiennent alors dans le four que leur place.
- Tantôt on les met à nu les unes sur les autres, sans aucun plancher ni support de séparation ; c’est le cas des poteries ou terres cuites non vernissées , et assez épaisses pour que les inférieures supportent le poids des supérieures : tantôt on les met encore à nu ; mais comme on ne pourrait pas remplir la capacité du four sans que les inférieures fussent écrasées par le poids des supérieures , on établit plusieurs planchers avec des plaques octogones de terre cuite, supportées par des espèces de colonnes ou piliers de même nature. C’est sur ces planchers que s’entassent les pièces à cuire qui n’ont pas de vernis. Cette méthode s’appelle encastage en échappade ou chapelle. Tantôt, enfin, on les met dans les étuis ou cazettes, dont le seul objet est de garantir certaines poteries plus précieuses de l’action trop immédiate de la flamme, de la fumée et de la cendre, qui pourraient en salir et en colorer la surface.
- Telles sont les manières d’encaster les poteries sans couverte, telles que les poteries grossières, les grès qui ne doivent recevoir aucun vernis , le biscuit de faïence grossière et de faïence fine, le dégourdi de porcelaine dure, etc.
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- Mais si ces poteries sont recouvertes d’un enduit qui doit se vitrifier par l’action du feu, il faut e'viter qu’elles ne se touchent, et il faut même qu’elles ne touchent que par le plus petit nombre de points possibles aux pièces qui doivent les supporter, Pour atteindre ce but, on les fait porter par les points les moins nombreux et les plus petits possibles, ou sur elles-mêmes, ou sur des supports appropriés, qu’on appelle pemetles, colifichets , pattes de coq , etc. Ces pernettes sont des prismes triangulaires à arête aiguë , en poterie cuite , de différentes dimensions , qu’on fixe sur trois rangées dans des trous pratiqués dans les parois des cazettes, et qui supportent par leurs bords les pièces plates , assiettes , plats, compotiers, soucoupes, etc., qu’on place dans ces cazettes (PL 63). Afin de mettre autant de pièces que la cazette peut en contenir, on rapproche ces pièces le plus qu’il est possible, mais de manière à ne pas craindre qu’elles se touchent, car alors elles se colleraient au moyen de leur vernis. Elles se collent bien sur l’angle aigu de la per-nette , mais c’est par un point de contact si petit, qu’à peine pàraît-il sur la pièce. Cependant on remarquera que toutes les poteries susceptibles d’être cuites ainsi en vernis, poterie? grossières vernissées , faïence commune, faïence fine, présentent toujours sur leur surface vernissée des -petits points sans émail, qui indiquent le point de contact des pernettes ou des pièces.
- Les pièces élevées et creuses , petites ou grandes, comme tasses, pots à eau, jattes, se mettaient autrefois dans le? étuis, et seulement à côté les uns des autres. Mais pour économiser la place , on est arrivé à les placer l’un dans l’autre ou l’un sur l’autre, au moyen de petites calles en terre cuite, qu’on nomme triangles, supports, pattes de coq, qui ont de; arêtes très aiguës ou des pointes très déliées, afin que le? points de contact de ces pièces soient à peine sensibles.
- On sent que des pièces aussi plates que des assiettes, -sont comme soutenues en l’air par trois points placés vers leur circonférence , ne pourraient être cuites ainsi si elles étaient susceptibles d’éprouver, par l’action du feu nécessaire à leui
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- cuisson, le moindre ramollissement qui les de'formerait ou les ferait se coller les unes contre les autres.
- On encaste aussi ei* échappade les poteries grossières et faïences communes vernisse'es ; les cales, supports ou colifichets qu’on emploie pour les se'parer sont beaucoup moins délicats et place's avec moins de soins.
- C. Encastage des pâtes qui se ramollissent par la cuisson.
- Il est facile de voir qu’il faut que les pièces faites avec ces pâtes puissent être soutenues par une surface ou par des points suffisans pour qu’il n’y ait presque point de porte-à-faux ou de parties en saillie , qui, en s’affaissant par le ramollissement que leur cuisson complète leur fait nécessairement éprouver , de'formeraient entièrement la pièce.
- Quand les pièces de cette nature n’ont point de vernis ou de couverte , on peut en entasser plusieurs l’une dans l'autre, si la forme s’y prête , comme dans les assiettes, soucoupes, si elles ont exactement le même galbe, et si l’on ne pousse pas trop loin cet empilage : mais si les pièces ont une forme assez raide pour qu’on n’ait pas à craindre l’affaissement , telles que les tasses cylindriques, les tasses hémisphériques , certains vases , on peut les encaster sans supports ni renversoirs, en se contentant de placer leur pied sur un rondeau parfaitement plan.
- Enfin, si ces pièces présentent des porte-â- faux très étendus, des parties très saillantes, il faut les soutenir par des renversoirs ou des supports.
- On appelle renversoirs des pièces en terre cuite très sableuses , qui offrent, en saillie ou en creux , les contours que présente en creux ou en saillie la pièce qu’on doit cuire dessus. On place, sur ces renversoirs sablés, les pièces trop piates ou à bords trop étendus , qui ne pourraient pas se soutenir d’elles-mêmes. Le renversoir est une sorte de moule, Rti lui conserve la forme.
- On doit remarquer combien un tel procédé est dispendieux
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- par les façons qu’il exige, et par la place qu’il tient au four : encore peut-il servir plusieurs fois, parce qu’il est disposé de manière à permettre à la pièce de prendre la retraite qu’elle doit e'prouver par la cuisson.
- Mais lorsque les pièces , par leurs formes, ne sont pas susceptibles de cuire sur des renversoirs , il faut alors en soutenir les parties saillantes au moyen de supports. Ces supports doivent être faits avec la même pâte que les pièces à supporter , parce qu’il faut ^qu’ils prennent la même retraite qu’elles. Il faut aussi qu’ils soient faits avec le même soin, pour que la fabrication n’apporte aucune différence dans celte retraite. S’ils ne remplissent pas cette condition, ou bien ils laissent déformer la pièce par affaissement, lorsqu’ils diminuent trop, ou bien ils la déforment par repoussement. lorsqu’ils ne se réduisent pas assez. On sent aussi qu’un support cuit ne peut plus servir à cuire aucune pièce crue, puisqu’il a pris sa retraite, et que cette obligation entraîne pou chaque pièce à supporter des frais de pâte et de façon qui ne laissent aucune trace sur la pièce ; aussi évite-t-on avec sois dans les fabriques qui travaillent pour le commerce et le usages domestiques, de composer des pièces en pâtes ramol-lissables qui exigent ces frais de supports.
- Lorsque les poteries ramollissables par le feu de cuiss» sont en couverte, l’encastage devient encore et bien pte délicat et bien plus difficile , et surtout plus dispendieux,]» la place qu’exigent les pièces.
- Il n’y a plus de possibilité ni de les placer les unes sur 1* autres, ni de les soutenir avec des pernettes ; il faut q® chaque pièce pose à plat sur un rondeau bien dressé, f: chaque assiette ait son étui, etc. S’il y a des parties étends* et en porte-à-faux , telles que les bords des coupes ou d* jattes ; des parties saillantes, telles que des anses, il nécessairement les soutenir avec des supports pointus, qu® peut comparer aux colifichets ou pattes de coq ; mais la mension que doivent avoir ces supports , la position dan laquelle on doit les mettre, les moyens qu’il faut leur donne
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- pour suivre la pièce dans sa retraite, sont des difficultés nombreuses qui, appartenant particulièrement à la porcelaine dure, seront traite'es à cet article.
- Pour les éviter, au moins en partie, on a cherché à faire une poterie dont la pâte soit seulement ramollissable en biscuit, mais qui ne le soit plus à la température où la couverte ou vernis peuvent être cuits ; c’est ce qui constitue la porcelaine tendre. Les pièces faites avec cetté sorte de pâte prennent leur forme et leur cuisson complète en biscuit, et par conséquent dans un état où il est facile de la soutenir : or, comme elles ne se ramollissent pas, ou ne se ramollissent que très peu au feu de cuisson du vernis , on peut les cuire alors avec des pernettes, des colifichets et les autres moyens particuliers de suspension, que nous avons fait connaître d’une manière générale en parlant, à l’article précédent, de l’encastage des pièces vernies non ramollissables, et sur lesquels nous reviendrons en traitant de ces poteries en particulier.
- Nous devons terminer l’exposé de ces principes d’encastage, en faisant connaître les précautions générales qu’il faut prendre dans cette opération.
- D. Précautions générales à prendre dans l’encastage.
- Ce sont des préceptes applicables à presque toutes les poteries ; ils consistent :
- i°. A bien nettoyer les cazettes et étuis, de manière à ce que rien ne puisse s’en détacher pour tomber sur les pièces ;
- 2°. A les garnir intérieurement du vernis ou de la couverte qui, en retenant les parties, doivent diminuer la qualité absorbante de l’argile pour le vernis plombifère ou alcalins ;
- 3°. A dresser avec soin les rondeaux sur lesquels posent les pièces, pour que les inégalités de surface de ce support ne se transmettent pas aux pièces ramollissables qu’on y place ;
- 4“• A couvrir les fonds de cazettes ou les rondeaux de sable, ou d’esquilles de silex, pour que les pièces ne puissent pas y adhérer : le sable doit cependant s’y mettre avec Tome XVII.
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- épargne > être même lié par un peu d’eau argileuse, pour que l’action du feu ne le fasse pas se détacher et retomber en poussière sur les pièces ;
- 5°. Enfin , un soin non moins important que doit prendre un bon encasteur, c’est d’épargner la place, de faire tenir dans une cazette le plus de pièces possible , en les emboîtant l’une dans l’autre avec intelligence , et de se tenir assorti de cazettes et de cercles ou hausses de toutes les dimensions.
- § 2. — Enfournement.
- Nous n’avons considéré , sous le titre d'encastage , que l’opération de disposer les pièces à être portées au four; mais comme c’est une des opérations principales de la cuisson, il nous reste peu de chose à dire sur l’enfournement en général, c’est-à-dire sur la manière dont les pièces doivent être placées dans le four. On sent que cette manière dépend principalement de la forme des fours et de la nature des poteries. Il y a trois sortes de méthodes principales d’enfourner, et tré sortes d’enfournemens, qui ont déjà pu être présumées parce qu’on a dit plus haut de l’encastage. La première , la pte simple , la plus ancienne , qui ne peut s’appliquer qu’à dès poteries grossières et solides , consiste à mettre les pièces le unes sur les autres. Telle est la manière d’enfourner les briques , les tuiles, les terres cuites , les poteries communes, même les;grès communs.
- La seconde est celle qu’on appelle par échappade, et ans-: par chapellej elle consiste à placer les pièces sur des planches faits avec de grandes dales de terre cuites, et soutenues |»[ des piliers de même nature. Ce mode étant particulier à b faïence commune, nous y reviendrons en parlant de cette poterie.
- La troisième est l’enfournement en étuis ou cazettes. Ie pièces sont placées dans des boîtes en terre cuite cylindriques ovales, ou même quadrilatères, suivant la forme des pièces le four est rempli avec des cazettes rangées en piles verticales
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- 11 y a, dans ces trois sortes d’enfournemens, des règles pénérales à suivre, et des précautions semblables à prendre.
- La première de toutes, c’est de laisser entre les pièces et leurs enveloppes, que ce soient des tuiles d’échappade ou des piles de cazettes, un espace suffisant pour la circulation de la flamme ; c’est cet espace que l’enfourneur doit calculer avec beaucoup de soin, en se servant de la pratique et de son intelligence , dans les cas non ordinaires ; car c’est de cette disposition que dépend en partie le tirage , et par conséquent la bonne cuisson.
- Il faut que la flamme circule également entre toutes les pièces ; qu’il n’y ait point de parties qui, par leur disposition, l’attirent en plus grande quantité ou avec plus de vitesse; qu’elle ne soit pas étouffée , etc.
- Quelle que soit la perfection d’un four sous le rapport de l’économie du combustible et de l’égalité de tirage, il y a toujours des parties où la chaleur est plus considérable ; on choisit ces places pour y mettre les pièces qui exigent, pour être cuites, une température plus élevée; et il est d’observation générale que, dans toutes les espèces de poteries, ce que l’on appelle la platerie (assiettes plates; plaques, etc.) demande plus de feu que ce que l’on nomme le creux ( tasses, jattes,pots, vases, etc.).
- Les pièces qu’on appelle de repassage, c’est-à-dire qui, ayant déjà passé au four , doivent y repasser pour une cause quelconque, et les pièces en émail à couvertes colorées , demandent aussi moins de feu que les autres pièces d’une même sorte de poteries.
- Ce sont maintenant, c’est-à-dire dans l’état de perfection où l’on a porté les fours et la cuisson, presque les seuls rapports qu’on soit obligé d’établir entre les différences de températures des diverses parties d’un four et celles qu’exige la cuisson de certaines pièces. Mais dans le temps on se servait, pour la cuisson des poteries qui exigent une haute température , des fours de la division B du § Ier, c’est-à-dire de ceux en demi-cylindre couché, à foyer et cheminées latérales ;
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- la différence de température était si considérable entre les parties voisines du foyer et les parties voisines de la cheminée, qu’on était obligé de laisser dans la première partie plusieurs piles d’étuis vides, et de composer des pâtes particulières plus faciles à cuire, pour les parties postérieures du four. Cette pratique a lieu encore dans la cuisson du grès commun, et l’on peut dire qu’on s’en rapproche jusqu’à un certain point dans les fours à alandiers, où l’on cuit en même temps des faïences fines et des grès en émail, parce qu’on a soin de donner à ceux-ci des places particulières et où l’on sait que la température est plus élevée.
- Pour arriver .encore avec plus de sûreté à répartir la température également dans les fours , on coupe quelquefois l’enfournement par des espèces de cloisons à claire-voie, qui ont pour objet, non pas de diviser le four en deux parties égales à température différente, mais de forcer les courans de flamme qui pourraient s’établir entre les piles d’étuis à suivre d’autres canaux.
- Cependant cet effet, qui est celui qu’on cherche et qu’m obtient, est presque toujours accompagné d’une différence de température assez tranchée entre ces deux parties du laboratoire du four. On voit un exemple de ces cloisons verticales dans le four à grès-cérames ( PI. 6:, fig. 4 ), et des cloisons horizontales dans l’enfoux-nement de la porcelaine (PI. 63, fig. 2, A.)
- Dans tous les enfournemerrs, soit en e'cliappade, soit en cazettes, il faut en général que les piles soient montées bien verticalement. Le sol du four doit donc être maintenu plan' et horizontal ; on le garnit quelquefois de sable , pour quels première cazette pose solidement, sans cependant contracter d’adhérence avec le plancher du four.
- Quelquefois cependant ce plancher est légèrement incline-et les piles sont resserrées vers le haut : ce resserrement s «" père, ou en les inclinant un peu l’une vers l’autre et rets l’axe du four, afin que la plus grande force du feu vers parois ne puisse pas les faire tomber de ce côté ; ou (l:
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- plaçant dans la partie supe'rieuve des cazettes un peu plus larges qu’en bas. Il faut souvent employer dans le haut des piles, des cazettes plus le'gères que dans le bas ; tandis que dans cette place on doit employer des cazettes plus fortes, plus solides, et en état de supporter le poids de la pile.
- Tant pour assurer la solidité des piles de cazettes que pour empêcher la fumée et les cendres de pénétrer dans les cazettes et d’altérer les pièces qui y sont renfermées , on lute tantôt toutes les cazettes , tantôt seulement celles de la partie inférieure. Ce lut est fait en général d’argile plastique et de beaucoup de sable , afin d’avoir un mélange presque infusible , qui n’adhère pas aux cazettes et qui ne prenne pas de retraite. On le dispose en baguettes ou cylindres très allongés, qu’on appelle colombins; on pose ces colombins sur le bord de chaque cazette ; le poids de la cazette supérieure les aplatit, et rend la jonction complète et solide.
- La porte du four doit être proportionnée à la grandeur des pièces qu’il est susceptible de recevoir. Comme cette porte se muraille après l’enfournement, et que ce mode de fermeture entraîne presque toujours l’emploi de matériaux humides et même mouillés , il faut réduire, autant qu’il est possible, la dimension de cette porte, afin de réduire aussi 1 emploi de ces matériaux, qui jettent dans cette partie du four du froid et de l’humidité, et l’empêchent d’arriver à la température des autres parties.
- ARTICLE HI.
- MS COMBUSTIBLES ET DE LA COKDEITE DO TEC.
- La fermeture de la porte est la dernière opération de l'enfournement. On procède immédiatement à la cuisson, qui va DOus présenter deux considérations importantes, le choix du tombustible et la conduite du feu.
- § ,er. — Des combustibles.
- ^°us allons voir qu’on peut employer, pour la cuisson des
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- produits céramiques , des combustibles assez différens ; mais nous pouvons avancer, comme règle generale , qu’ils doivent être toujours susceptibles de donner de la flamme en brûlant. Les exceptions qu’on pourrait apporter sont rares, et ne s’appliquent ni aux poteries proprement dites ni à une véritable fabrication. Ainsi , dans la cuisson des briques avec du coke, etc., il y a mélange du combustible avec l’objet à cuire. Quand les peuples sauvages ou peu civilisés cuisent la poterie qu’ils font eux-mêmes pour leur usage, en rassemblant à l’entour de quelques vases les braises du foyer, on ne peut pas dire qu’il y ait ici fabrication, etc.
- La nécessité de la flamme pour la cuisson céramique , c’est-à-dire d’une combustion gazeuse qui s’opère ou au moins se continue au milieu même des objets à cuire, est tellement sentie , que , toutes choses égales d’ailleurs , on préfère le combustibles qui donnent beaucoup de flamme et moins de chaleur, à ceux qui répandent une chaleur vive à Pentom d’eux, mais qui ne donnent qu’une flamme courte , etc. la question ne se réduit donc pas, dans l’art dont nous traitons , à savoir quel est le combustible qui, au plus bas prix, produit le plus de chaleur, mais celui qui, en remplissant lf mieux possible cette condition, conduit et répand la chalœ le plus également et le plus convenablement dans le four.
- Les principaux, et presque les seuls combustibles qu’o: emploie pour la cuisson des poteries , sont :
- A, le bois ;
- B, la houille ;
- C, la tourbe.
- Je ne sache pas qu’on ait encore fait usage de ligwt;
- ( braunkohle ) , ni de coke, ni de charbon de bois , pour --cuisson en grand.
- Les lignites donnent de la flamme, mais ils produisent e-général trop peu de ehaleur, et laissent trop de résidu ; & pendant, quelques lignites se rapprochent tellement rie • houille, qu'il est probable qu’on les a employés, ou qu’on peli les employer pour la cuisson des poteries.
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- A. Le bois.
- Les bois dont on fait le plus d’usage sont, suivant les pays cl les sortes de poteries :
- Le tremble (populus tremula ) ;
- Le bouleau ( betula alba ) ;
- Le sapin ( abies picca ) ;
- Le pin (pinus sylvestris ) ;
- Le chêne (quercus robur). fsè
- En général, ces combustibles végétaux doivent être réduits en bûchettes d’autant plus fines, que la température qu’on veut obtenir doit être plus forte et le coup de feu plus vif.
- 11 en résulte que les bois qui se fendent le mieux, comme le tremble , le sapin , sont les plus recherchés, parce que la façon du feudage est moins chère. Le chêne, qui ne pourrait donner une flamme longue que s’il était réduit en bûchettes minces , se prêtant difficilement à cette division , s’emploie aussi plus rarement dans cet état.
- Lorsqu’on rie peut pas se procurer aisément d’autre bois, on emploie alors ce que l’on nomme des fagots, c’est-à-dire des branchages minces réunis en faisceau. Ce combustible, qui est en général à meilleur marché que les autres, est principalement employé dans la cuisson des poteries communes, quelle que soit la température qu’elles exigent.
- Les bois doivent être amenés à un état de dessiccation convenable ; mais il paraît qu’il ne faut pas qu’elle soit portée trop loin.
- Je crois qu’on peut distinguer, dans l’buinidité des bois, deux origines bien différentes :
- Celle qui est due à la sève et celle qui n’est due qu’à l’eau , °u bien l’humidité des bois verts et l’humidité des bois mouillés.
- • La première y paraît, bien plus tenace ; elle semble être retenue dans le bois par une suite de l’organisation et de l’action VJtale : on ne peut donc l’en dépouiller qu’avec peine, et par
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- une température élevée long-temps continuée. De là résulte une consommation beaucoup plus considérable de combustible, une lenteur de combustion et de cuisson, accompagnée d’un dégagement considérable de fumée humide, toutes choses souvent très nuisibles à la cuisson des poteries. Il faut donc éviter avec soin les bois verts, et, sauf quelques momens où on les emploie dans un but particulier, ils sont nuisibles à la fabrication sous plusieurs rapports.
- Mais lorsque des bois ont perdu leur verdeur, ils conservent encore, selon les circonstances où ils s^psont trouvés, une plus ou moins grande quantité d’eau ; cette eau y est peu adhérente ; quelque temps d’exposition à l’air, au soleil ou dans une étuve , suffit pour les faire sécher : mais faut-il pousser cette dessiccation très loin, jusqu’à ce que les bois aient perdu toute l’eau interposée, et que leur dessèchement presque complet soit indiqué par te son clair qu’ils rendent quand on les frappe ? C’est une question qu’il est difficile de résoudre par l’expérience , parce qu’un grand nombre de circonstances viennent compliquer les résultats et les rendre tout-à-fait incertains.
- L’opinion des artisans , qui paraît résulter chez eux, non pas d’observations exactes, mais d’une pratique souvent répétée , et qui équivaut presque à des expériences rigoureuses, est le seul moyen que nous ayons jusqu’à présent de répondre à cette question. Il paraît, d’après cette opinion et d’après ce que j’ai vu moi-même, que du bois porté à une trop complète dessiccation perd une partie de ce que l’on appelle sa force. J’ai remarqué plusieurs fois qu’en laissant long-temps sur les séchoirs en été le bois de tremble fendu fin , destiné à la cuisson de la porcelaine, il fallait, pour amener le four au même degré de cuisson, 4et 5 stères de bois en plus dé ce que le four en consommait ordinairement.
- Nous n’avons pas besoin de dire que le bois d’un âge moyen , c’est-à-dire 15 à 25 ans, donne en général plus de chaleur, surtout parmi les bois blancs , que le bois plus âgé; que le bois altéré en donne beaucoup moins que le bois sain ;
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- que celui qui a crû dans un sol gras et ferme en donne plus que celui qui a crû dans un sol marécageux ou dans un sol le'ger et aride , parce que ce sont des faits et des principes qui ne sont pas plus particuliers à l’emploi des bois pour la cuisson des poteries qu’à leur emploi dans tout autre art ; mais on remarque , dans l’art que nous traitons, que les bois fendus sont plus avantageux que les rondins de même grosseur, la flamme qu’ils donnent étant plus vive et plus longue et leur dessiccation ayant été en général plus parfaite.
- B. La houille.
- Ce combustible n’est abondamment et habituellement employé qu’en Angleterre : on en fait bien usage dans diverses parties de l’Allemagne, mais cet usage est restreint à certaines localités et à certains genres de fabrication.
- En général, et par application du principe posé au commencement de cet article, il faut que la bouille puisse donner iela flamme, et par conséquent on ne peut employer que de la houille très bitumineuse, et que de gros morceaux ; les petits fragtnens, et à plus forte raison le poussier, sont rejetés.
- Comme le feu de houille ne peut être alimenté que par un courant d’air très vif, et qu’il n’y a pas de moyen d’employer de soufflets, on ne peut faire usage de ce combustible que dans les fours à alandiers, tantôt en le plaçant sur des grilles, méthode peu usitée, parce que les grilles ne peuvent résister long-temps à la haute température dégagée par ce combustible; tantôt et plus ordinairement, en formant avec de gros morceaux de houille des espèces de murs à claire-voie , à travers lesquels passent l’air et la flamme*, tant des gros Morceaux que des morceaux plus petits qu’on met en de-Tant d’eux , ou sur eux, connue sur une grille. Enfin , la bouille, quelle que soit sa qualité et sa supériorité, donne toujours une grande quantité de cendre, tout-à-fait terreuse , c°lorante et légère. Il faut en garantir les pièces par l’en— Clstage en cazette et par un lutage plus soigné. Il faut
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- enlever cette cendre assez fréquemment; opération qui se pratique rarement dans la cuisson au bois, quand elle marche bien.
- On conçoit que, pour diriger un semblable feu, il faut de l’intelligence, de la pratique et du soin. Nous y reviendrons avec plus de détail en traitant des faïences fines ou anglaises.
- C. La tourbe.
- On peut certainement l’employer pour cuire les poteries. J’en connais peu d’exemples ; mais j’en puis citer un, qui prouve que la tourbe de bonne qualité possède les conditions nécessaires pour cuire les poteries qui exigent la plus haute température ; c’est celui de la cuisson de la porcelaine, que j ’ai vu pratiquer à Berlin avec un succès constant. Il faut quelques chan-gemens dans la disposition des alandiers ; ils doivent présenter plus d’étendue, afin d’y faire tenir une plus grande quantité de ce combustible, qui donne dans le même temps moins de chaleur que le bois. Il est nécessaire de le placer sur une grille qui laisse tomber dans une fosse la grande quantité de cendre qu’il produit. Enfin, comme il donne aussi beaucoup de poussière, les cazettes doivent être lutées avec soin ; ce <p n’empêche pas que les pièces qui sont voisines de l’entrée des feux dans le four ne soient ordinairement couvertes de petites taches.
- Il faut aussi que la tourbe soit en mottes solides et d’un-qualité qu’on ne trouve pas facilement dans tous les pays.
- § 2. — Conduite du feu.
- Malgré les nombreuses différences qui résultent pour ce* opération de la forme du four, de la nature du combustible de la sorte de poterie, on peut encore y rencontrer des i'èglfc générales.
- Ainsi, il n’y a presque pas de cuisson de poterie qui nes divise en deux temps, celui qu’on appelle le petit feu ou trempe, et celui qu’on nomme le grandfeu : ce qui prouve <?'
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- dans toute cuisson céramique, il faut échauffer les objets à cuire avec ménagement.
- Dans le petit feu, qui n’est bien distinct que dans les fours à alandier, quelle que soit d’ailleurs leur forme, le combustible est jeté dans le fond du foyer, et quelquefois même placé en avant et auprès de la bouche. Si c’est du bois qu’on emploie , les morceaux sont jetés ou pêle-mêle, mais croisés, ou dans une position verticale ; les bouches supérieures sont souvent fermées avec des plaques ou trappes, et l’air entre par les bouches inférieures. Il se dégage beaucoup de fumée ; mais comme on ménage le combustible, le four n’en est pas engorgé.
- Lorsque le four a acquis une température suffisante , qui varie entre le rouge très sombre et peu visible, et le rouge-cerise , on commence le grand feu. Ordinairement le combustible est dispose pour donner plus de flamme ; et si c’est du bois , il est plus menu. On le place avec soin dans une position horizontale, ou dans le foyer, et sur la bouche même du foyer ; il remplace la trappe qui la fermait ; on ferme alors en partie ou en totalité la bouche inférieure, quand les foyers en ont une. La température croît assez rapidement; et, si l’on ne charge pas trop les foyers , que le combustible ne soit pas humide, qu’il soit disposé de manière à permettre le passage facile de l’air entre ses morceaux, la fumée diminue et disparaît même entièrement dans la cuisson au bois blanc ; il ne se forme plus ou presque plus de braise v et le four acquiert promptement la température à laquelle il doit être porté.
- La durée du petit feu par rapport à celle du grand feu est très différente , suivant la nature des poteries. Ainsi, pour la faïence fine, la durée du petit feu est environ la moitié de relie du grand feu ; tandis que dans la cuisson de la porcelaine le rapport est inverse : le petit feu dure quelquefois le double de temps du grand feu, mais ordinairement deux cinquièmes de plus. Au reste, cela dépend du volume, de la délicatesse et de l’importance des pièces qu’on a à cuire.
- Nous avons dit que les fours cylindriques à alandiers avaient
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- l’avantage, sur les fours demi-cylindriques à un seul foyer late'ral, de pouvoir être élevés dans toutes leurs parties à une température à peu près égale ; mais le feu est très difficile à conduire pour arriver à obtenir ce résultat. Dans les fours demi-cylindriques, on savait qu’il y avait une grande différence entre le devant et le fond du four; on se réglait là-dessus, et une fois les poteries fabriquées pour répondre à ces différences , le feu marchait toujours à peu ptès de la même manière ; mais dans les fours cylindriques, qui ont depuis trois jusqu’à huit alandiers, la conduite du feu est très difficile ; il est rare que les alandiers tirent également ; la moindre circonstance influe sur le tirage, et donne beaucoup plus de feu à un coin du four qu’à l’autre. On arrive à le régulariser, mais avec peine, et quelquefois même on n’y parvient pas. C’est à l’aide de portes pratiquées à la partie inférieure des alandiers, qui par conséquent modifient le tirage par la bouche ; c’est à l’aide de registres pratiqués au-dessus des alandiers et communiquant dans le four, et modifiant par conséquent le tirage de la cheminée , qu’on est parvenu à conduire le feu avec assez de régularité. Cette conduite s’applique particulièrement à la faïence fine ou anglaise ; mais comme elle pourrait s’appliquer à toute autre poterie, nous devons l’indiquer avec plus de détails et à l’aide du four dont nous donnons la figure. Nous n’aurons pas à y revenir en traitant de cette poterie.
- Dans les fours à alandiers, les carneaux percés dans les voûtes, et, dans les fours anglais à faïence fine, le carneau cv1, PI. 6 r, et la visière M, sont les places qui font juger de la régularité de la marche du feu. Lorsque la flamme qui sort est en même temps abondante et bleuâtre , par conséquent plu5 dégagée de fumée, on juge que les alandiers qui correspondent à ces carneaux donnent plus de feu : si au contraire la flamme est courte ou fuligineuse, ou bienl’alandier correspondant brûle moins vivement , ou bien la circulation est obstruée. Alors il faut, ou ralentir le tirage en donnant de l air à l’alandier, ou diminuer la charge du combustible. Cela
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- se fait en ouvrant la plaque z, fig. 2, F, qui ferme la bouche supérieure de Ualandier, mais jamais complètement, surtout dans les momens où l’on inet de nouvelles charges de houille. Néanmoins , tant pour accélérer le feu que pour le concentrer dans l’intérieur du laboratoire , il faut, dans le four dont il est question ici, que la bouche supérieure de l’alandier soit exactement fermée pendant le grand feu.
- Lorsqu’on voit que la partie inférieure du four est moins avancée que la partie supérieure, on ouvre la bouche supérieure de l’alandier et la porte du régulateur ou registre x ; elle concentre le feu dans le bas du four.
- C’est par ces moyens qu’on parvient à faire marcher les alandiers à peu près également entre eux, et à répandre aussi la chaleur à peu près egalement dans le four.
- Cependant, en général, les piles près de la porte , celles du milieu, les pièces sur le sol, celles qui avoisinent la voûte, sont moins cuites que les pièces placées près de la circonférence du four et dans les parties autres que celles qu’on vient de désigner.
- Il faut éviter les reprises irrégulières de feu, et ne pas croire que si l’on a négligé quelque temps l’entretien de la combustion dans un ou plusieurs foyers , 011 regagnera le temps perdu en mettant plus de combustible ; il ne peut jamais se consumer entièrement qu’en raison de la quantité d’air que le tirage et la grandeur des bouches de cheminées permettent d’introduire dans le four. Tout ce qu’on met de combustible en excès se résout en fumée, obstrue le four et ralentit la marche du feu , plutôt qu’elle ne l’accélère.
- 11 faut aussi mettre beaucoup de soin à ne pas se laisser gagner par un excès de température dans une partie du four ; tar cette élévation de température augmentant le tirage, va toujours en croissant, et il devient presque impossible, au tout d’un certain temps , de ramener cette partie à la température des autres. Il en est de même du ralentissement de combustion dans certains alandiers ; il se produit alors beau-coup de biaise, qui ne peut pas brûler aussi vite qu’elle se
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- forme, et il en resuite un engorgement qui arrête le tirage et augmente le mal. On voit alors , dans les fours à alandiers alimentes avec du bois , une partie de la flamme sortir parla bouche, au lieu de plonger dans l’alandier, et Ton dit que Yalandier boude. Il n’y a ordinairement d’autre remède que de débraiser, c’est-à-dire d’enlever la braise avec des pelles par la boucbe inférieure ; opération fatigante pour les ouvriers , qui remplit le four de poussière, de cendre , et y introduit une masse d’air refroidissant. Mais après cette opération, l’alandier reprend souvent avec beaucoup d’activité.
- Lorsque l’on passe du petit feu au grand feu , les ouvriers ont l’usage , dans beaucoup de fabriques de porcelaine, d’agiter tous ensemble et avec des palettes de fer, le bois placé en travers sur les alandiers ; ils appellent cette pratique laver le four. Ils introduisent dans ce moment beaucoup d’air dans le four, y établissent peut-être un courant rapide , ce que je ne regarde pas comme sans danger. Ils pensent que ce courant d’air doit entraîner toute la fumée produite pat le petit feu, et qui serait restée engagée entre les cazettes. J’ai laissé essayer cette pratique à Sèvres pendant plus de sis mois; mais j’ai cru remarquer des résultats plutôt défavorables qu’avantageux : j’ai dû la faire cesser.
- Outre les difficultés que nous venons d’énoncer, et qui rendent si difficile la conduite du feu dans les fours garnis d’un grand nombre d’alandiers , il est d’autres inconvéniens qui, ne tenant pas à cette forme de four, appartiennent à toutes les cuissons.
- L’humidité du sol est un des premiers ; elle a une influence funeste sur la plupart des enduits vitreux des poteries. 11 es1 difficile d’en rendre raison ; mais l’opinion des fabricans est si unanime à cet égard, les exemples qu’ils citent sont si remarquables, qu’on ne peut guère en douter. On a reconnu que des fours qui allaient bien avaient cessé d’être bons, parce que des aqueducs, des ruisseaux, avaient été conduit-' dans leur proximité ; que le changement de place d’un four-
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- seulement de quelques mètres, avait eu une influence funeste sur les cuissons, parce qu’en le reconstruisant on l’avait placé sur un aqueduc.
- On a cherché à éviter l’humidité du sol en réservant des caves sous les fours , mais le courant d’air qui traverse ordinairement ces caves , èn rafraîchissant le plancher du four, en ralentit souvent beaucoup la marche. Ainsi, l’humidité et les courans d’air sont deux choses qu’il faut soigneusement écarter des fondations d’un four.
- Nous ne devons pas parler de la construction irrégulière d’un four comme obstacle à la conduite. du feu, parce qu’il dépend du soin et de la volonté du fabricant d’éviter ce vice ; mais nous devons faire remarquer que les fours très vieux cuisent moins vite et moins bien que les fours neufs ; et cette différence est si grande, qu’on a été obligé d’abandonner des fours, non pas parce qu’ils tombaient en ruine, niais parce qu’ils étaient trop vieux. Alors ils dévient de la verticale , leurs parties se déforment et ne conservent plus la symétrie nécessaire à un tirage égal ; il se forme entre les briques une multitude de fissures, qui laissent pénétrer l’air de toute part et s’opposent au tirage ; mais une autre anse plus remarquable , et dont je ne puis douter, vient des aspérités qui hérissent toutes les surfaces intérieures de ces vieux fours, et qui font éprouver à l’air un frottement suffisant pour en ralentir considérablement le mouvement.
- -l’ai remarqué que les fours que j’ai fait construire ont toujours cuit beaucoup plus promptement dans les premières fournées, que dans celles qui ont succédé à la douzième, et dans une proportion de durée de deux à trois pendant les premières fournées ; en sorte que l’un de ces fours, dont le gi'aud feu dure maintenant de douze à quinze heures, n’a duré dans les trois ou quatre premières fournées, que de sept à neuf heures.
- tne observation plus directe , et qui équivaut à une expé' "ence qu’on aurait faite exprès, a prouvé encore mieux cette influence des frottemens.
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- Toutes les fois qu’on a répare', non-seulement un gril, maj, les parois du four qui y correspondent, ce gril a marché beaucoup plus vite que les autres. Une fois deux grils et toute une moitié d’un four à porcelaine de la manufacture de Sèvres furent refaits presque entièrement ; à la cuisson qui suivit cette grande réparation, la moitié ainsi réparée fut cuite deux ou trois heures avant la moitié à laquelle on n’avait pas touché.
- Les nouvelles expériences de MM. Biot et Girard sur les frottemens que l’air éprouvait dans les longs tuyaux de conduite semblent coïncider avec ces observations , pour faire attribuer la lenteur de cuisson des vieux fours aux frottemens que leur surface raboteuse fait e'prouver à l’air.
- Un vent violent tombant par raffale sur la cheminée d’un four en dérange et en arrête même le tirage. Il est donc bon que la têtière qui doit empêcher la pluie de tomber dans la cheminée d’un four soit disposée de manière qu’elle garantisse cette cheminée de l’action des vents violens, en inclinant cette têtière vers le côté d’où ces vents viennent le pins ordinairement.
- La chaleur, et surtout celle du soleil, donnant sur la cheminée d’un four, en arrête le tirage. J’ai eu occasion de remarquer plusieurs fois que quand une fournée languissante s’élait prolongée jusque vers midi, il était presqœ impossible de la faire monter davantage de midi à deoi heures et demie ; qu’il fallait pour ainsi dire l’entretenir dans le même état pendant cet intervalle, et que le feu ne reprenait son activité que quand le soleil baissait et que l’air redevenait frais. C’est ce motif qui m’a porté à faire finir la cuisson de la porcelaine dans la nuit.
- Il ne faut pas croire cependant que ces causes agissent toujours. J’ai vu également les fours à porcelaine continuer ô marcher, et de marcher régulièrement, pendant les plus viol® orages et dans les plus grandes chaleurs.
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- § 3. — Jugement du feu.
- Nous entendons , par ce titre.concis , tout ce qui concerne les moyens de juger la marche du feu, son accélération, l’accroissement de la température dans certaines parties du four et dans la masse du four, et enfin, le moment où, jugeant que la température a atteint le degré nécessaire à la cuisson des poteries, il est convenable de cesser le feu, soit brusquement, soit graduellement.
- On n’a encore, il faut en convenir, aucun moyen assuré pour arriver à la connaissance exacte de ces circonstances, et par conséquent pour juger avec certitude la marche du feu.
- Le jeu des cheminées , qu’on appelle carneaux, la hauteur de la flamme qui en sort, la couleur de cette flamme qui est plus ou moins chargée de fumée, sont les premiers moyens qu’on a pour juger si le tirage est bon et égal.
- Lorsque les différentes pièces qui sont dans le four commencent à rougir, on examine, par des visières ménagées dans diverses parties du four, quel est le ton de cette couleur , si elle est rouge sombre, rouge-cerise, rouge-blanchâtre ou incandescente ; ces nuances donnent au praticien habile des moyens de juger la force du feu et l’égalité de température. Mais on voit qu’il ne peut porter que des jugemens comparatifs, et qu’il n’a aucun moyen, ni de connaître le degré de température auquel est arrivé son fourneau , ni encore moins celui de le faire connaître.
- On en est donc réduit, dans toutes les fabriques de po~ teries, depuis les plus communes jusqu’aux plus précieuses, a juger la température à laquelle le fourneau est arrivé , au m°yen de pyroscopes. Ce sont des petites pièces de poterie ?u on nomme montres, et qu’on a mises dans des places de 1 intérieur du four, d’où l’on peut aisément ies retirer. L’état de cuisson de ces pièces, qui sont de la même nature que telles que l’on veut cuire, fait connaître assez exactement le ^egré de cuisson de la poterie qui remplit le four. Les chan-Tome XVII. n
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- gemens qu’elles éprouvent à mesure que la chaleur s’élève, indiquent la marche du feu. La comparaison de ces montres, placées dans diverses parties, du four, fait voir la manière dont la chaleur y est répartie. Enfin, la comparaison des montres d’une fournée avec les montres d’une autre fournée, établit assez bien l’état où il faut les amener pour que la fournée ait le feu qui lui convient.
- Quoique ces montres aient été prises parmi les pièces qui sont à cuire, elles n’apprennent pas toujours sûrement l’état de cuisson de la fournée. On conçoit que la disposition qu’il faut faire pour les retirer du four permet à l’air froid de s’introduire dans les cazettes où elles sont placées , et retarde un peu leur cuisson ; qu’elles ne peuvent jamais être placées que vers les parois , où la température est différente de celle du milieu du four ; enfin, qu’un refroidissement prompt peut influer sur leur couleur, le glacé de leur émail, et par conséquent les mettre dans un état un peu différent de celui de la poterie qu’on veut cuire. Il faut donc encore des précautions, de l’expérience, et même du tact, poùr juger le feu par ce moyen, presque direct.
- On a dû chercher, et cette recherche a été une des pins suivies par les physiciens qui se sont occupés de l’industrie pyrotechnique: on a dû chercher, dis-je , des moyens de juger d’une manière plus précise , plus absolue , plus transmiscible , la marche du feu dans les fours à poterie , c’est-à-dire à trouver un pyromètre qui la donnât.
- On a tenté successivement les pyromètres d’argile, les py-romètres métalliques, les thermomètres à air, etc. La description de ces instrumens , l’histoire de ces tentatives et <k ces résultats, serait longue, et nous éloignerait beaucoup trop de l’objet de cet article. Nous devons nous borner « faire voir quelles sont les qualités que doit avoir un pyr0" mètre pour être appliqué utilement aux arts céramiques, * l’on en déduira facilement pourquoi aucun de ceux qui ont en inventés n’a pu encore y être employé.
- Les conditions que doit remplir un pyromètre destine
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- mesurer les hautes tempe'ratures des fours à poteries, sont : i°. qu’il soit d’un usage facile ; c’est la première de toutes, pour l’introduction des instrumens mensurateurs dans les Arts industriels ; 2°. qu’il fasse connaître la tempe'rature de la partie du four où s’opère la cuisson des pièces ; 3°. qu’il la fasse connaître promptement, c’est-à-dire dans le moment où l’on observe ; 4°- qu’il puisse indiquer avec sûrete' la marche du feu dans le four ; 5°. qu’il donne ces résultats et ces indications avec exactitude, d’une manière précise, absolue et transmiscible dans tous les lieux et dans tous les temps.
- Il faut donc qu’un pyromètre qui doit faire connaître la tempe'rature d’un four à poterie, puisse être place' assez avant dans l’inte'rieur de ce four, pour éprouver la tempe'rature qu’il est essentiel de juger.
- Or, les parois d’un four ont, terme moyen , 7 décimètres d’épaisseur ; il faut que l’instrument pénètre jusqu’à au moins 6 décimètres dans l’intérieur du four, et c’est encore très peu : il faut par conséquent qu’il fasse connaître la température qu’il a éprouvée à i3 décimètres au moins de distance, et qu’il la fasse connaître promptement et sûrement.
- Le pyromètre d’argile, construit par Wedgwood, et fondé sur la propriété qu’ont les pâtes argileuses de diminuer de volume par la cuisson, faisait connaître la température promptement et commodément. -Il ne s’agissait que de retirer les petits cylindres d’argile, et d’en mesurer la diminution sur une échelle disposée dans ce but (1) ; il remplissait donc fort bien deux des conditions précédentes, mais il ne remplissait nullement les autres ; car, suivant qu’on conduisait le feu avec plus ou moins de rapidité , le retrait des cylindres était sensiblement différent à température égale, comme l’a très bien prouvé M. Fourmy ; ensuite, suivant la nature de 1 argile emplovée pour les faire , la préparation mécanique ï^on lui avait fait, subir, la pression que la masse et les cy-
- (]j 'Nous ne décrirons pus ici cet instrument, qui l’a e'té dans tous les ou-Trages de Physique, et snr lequel-nous reviendrons plus bas.
- II. ,
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- lindres avaient e'prouve'e dans la fabrication, ceux-ci prenaient, par la même tempe'rature, des retraites fort différentes, en sorte que des cylindres mis dans un four à côté les uns des autres indiquaient des températures qui auraient différé de 5 à 7 degrés ; ils ne faisaient donc connaître la température ni sûrement, ni constamment de la même manière : aussi y a-t-on renoncé.
- On a passé au pyromètre métallique ; et comme il n’y a que le platine qui puisse résister sans altération à la haute température de la plupart des fours à poteries , c’est à l’emploi de ce métal qu’on a dû nécessairement se borner. : mais on sait qu’il est un de ceux dont la dilatation est la plus faible. Or, il faut nécessairement : i°. supporter et arc-bouter les baguettes ou petites barres de platine, de manière à ce que leur dilatation se reporte et se manifeste en entier à une seule extrémité ; 2°. transmettre complètement et exactement cette dilatation en dehors du four, c’est-à-dire à au moins i mètre 3 décimètres du point où elle a lieu, et pour cela établir des supports et des moyens de transmission qui n’éprouvent ai courbure, ni affaissement, ni retraite, à la haute température qu’ils ont à supporter.
- On voit que ces conditions sont presque impossibles à remplir d’une manière satisfaisante , c’est- à-dire de manière i faire connaître sûrement la température de la partie du fosr où Ton a mis la baguette de platine ; car certainement ce; supports et barres de transmission éprouveront des dérai-gemens et une dilatation qui seront plus considérables, et par conséquent plus sensibles que la petite dilatation du barreau de platine, en le supposant de 3 décimètres de long.
- On a proposé le thermomètre à air. Il paraît susceptiü de mesurer avec précision les plus hautes températures; dans son état actuel, c’est un instrument trop difficile à établir, à manier, à placer convenablement dans un four à p°" teries, pour qu’il puisse devenir usuel.
- On a proposé , dans ces derniers temps , un pyromètrej01 mensurateur des hautes températures, fondé sur la fusion &
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- différens alliages métalliques ; il pourra peut-être être appliqué aux fours à poteries; mais je ne sache pas qu’on en ait fait usage, et je ne le connais pas assez bien pour dire s’il pourra être admis dans la pratique de l’art que nous décrivons.
- Les potiers sont donc réduits à juger la température par la couleur du four et par les montres ou pyroscopes .- ceux-ci font connaître cette température, tantôt par le glacé de l’émail ou de la couverte, tantôt au moyen du ton que certains vernis colorés acquièrent par les différences de température. Nous parlerons de ces sortes de montres, en faisant la description des classes de poteries auxquelles elles sont propres..
- CHAPITRE Y.
- DIVERSES PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DES PATES CÉRAMIQUES CUITES.
- Les différentes opérations par lesquelles les pâtes céramiques ont passé pour arriver à leur perfection , c’est-à-dire à l’état de pâtes cuites ou faites, leur ont fait éprouver des diangemens notables , et leur ont donné des propriétés physiques particulières.
- Ce sont ces propriétés qu’il convient maintenant d’examiner.
- Les unes sont dues évidemment ét presque uniquement à faction du feu ou au fait de la cuisson ; les autres dérivent en partie de cette action , mais en plus grande partie encore delà composition des pâtes. Nous examinerons séparément les propriétés qui résultent de ces deux influences.
- ARTICLE PREMIER.
- modifications et propriétés physiques des paies céramiques
- DÉRIVANT DE LA CUISSON.
- L’action du feu chasse l’eau des pâtes céramiques, rapproche leurs parties et modifie leur volume, leur densité, leur texture ; elle leur donne de la dureté, et combine leurs Pitiés au point de les amener à une vitrification.
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- § ier. — Expulsion de l’eau.
- Nous avons déjà dit quelques mots (cliap. Ier, art. Ier, §2;, sur le rôle que l’eau joue dans la fabrication des pâtes. Nous avons considéré cet agent de fabrication dans les pâtes non faites ; les pâtes faites n’en contiennent plus ; et si des pâtes qui paraissent faites , c’est-à-dire cuites , en renferment encore un peu, c’est que la cuisson n’a pas été poussée jusqu’aux limites qu’elle peut atteindre.
- L’eau est donc entièrement chassée par une cuisson complète. Cette expulsion doit se faire, comme on l’a déjà indiqué , avec le ménagement et la lenteur qui assurent que l’expulsion a lieu également dans toutes les parties d’une même pièce. En manquant à ces précautions , on produit dans la cuisson les mêmes accidens de brisure, ou au moins de fissure, que dans la dessiccation trop rapide.
- L’eau qui était interposée entre les molécules de la pâte produit, en la quittant, deux résultats dilférens :
- Lorsque l’expulsion de l’eau est entière avant la cuisson complète de la pâte , les parties de celle-ci n’ayant pu se rapprocher , la pâte n’a pas pris sensiblement de retraite ; mal' il reste entre ces parties des vacuoles, qui donnent à 1» pâte une structure poreuse, et qui permettent aux liquides de la traverser : c’est le cas des vases à rafraîchir l’eau, qu’on nomme alcarazzas. On augmente, il est vrai, cette structure poreuse par d’autres moyens, que nous examinerons en le® lieu ; mais la preuve que ces moyens ne sont qu’auxiliaires-et que l’expulsion de l’eau suffit seule pour donner aux vase la porosité recherchée , c’est que le dégourdi de porcelai® fait des alcarazzas parfaits.
- Lorsque la composition des pâtes permet aux molécule de se mouvoir facilement, qu’aucun corps étranger à l’hydrate d’alumine ne tient à distance les molécules d’alunu® privées d’eau , elles se rapprochent, et dans ce cas la retrait ou diminution de volume est le second phénomène quire'
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- suite de l’expulsion de l’eau. Il est très important, et nous devons l’étudier particulièrement.
- Ce qui distingue l’un de l’autre ces deux résultats , c’est-à-dire la retraite par l’expulsion de l’eau , de la retraite par simple rapprochement des molécules , c’est que dans le premier cas il y a diminution de poids , avec ou sans retraite, et dans le second, retraite sans diminution de poids. Il ne se dégage plus d’eau.
- § 2. — Retraite.
- Ce mot technique désigne la diminution de volume que prennent les pâtes céramiques , d’abord en séchant, ensuite en cuisant.
- C’est une des considérations les plus importantes de l’art, par les précautions qu’elle requiert et les difficultés d’exécution qu’elle entraîne.
- L’étendue de retraite ordinaire des pâtes céramiques, mesurée depuis la dimension du modèle ou dessin, qui donne la pièce, jusqu’à la parfaite cuisson , varie , suivant les pâtes, d’un douzième, et même beaucoup moins, jusqu’à un cinquième, en dimension linéaire.
- La retraite peut se diviser en deux temps : le premier s’étend depuis l’ébauche ouïe moulage de la pâte molle, jusqu’à sa dessiccation à l’air ; le second, depuis cette complète sécheresse de la pièce jusqu’à sa complète cuisson. C’est ordinairement de ce second point de départ que se mesure la retraite.
- La retraite n’est pas la même sur toutes les dimensions ; elle est en général plus grande dans le sens vertical que dans le sens horizontal : mais nous allons voir que cela tient plus au mode de fabrication qu’à l’affaissement produit par la pesanteur.
- Les différences des retraites sont donc dues principalement :
- A, à la nature des pâtes
- Ji, au mode de fabrication.
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- À. Influence de la nature des pâtes sur la retraite.
- Les pâtes très plastiques et les pâtes fusibles sont en gé, ne'ral celles qui prennent le plus de retraite, sauf les exceptions que nous ferons connaître.
- Les pâtes arides ou maigres et en même temps infusibles sont celles qui en prennent le moins.
- Les pâtes très plastiques, dans la composition desquelles il entre beaucoup d’hydrates terreux , tels que les grès-cérames, les terres cuites, les pâtes à base de magne'site, doivent leur retraite au de'gagement de l’eau : c’est à cette cause qu’il faut attribuer la grande retraite qu’e'prouvent ces dernières, qui sont peu plastiques. Ce sont celles qui, après les pâtes faites directement avec des hydrates d’alumine, offrent le maximum de retraite, un cinquième ; elles ne le doivent pas à leur fusibilité , ear elles sont au contraire des plus réfractaires.
- Les pâtes fusibles, telles que la porcelaine dure , la porcelaine tendre , qui sont en général peu plastiques , et dont 1a retraite varie d’un dixième à un septième , ne doivent pas ce changement au dégagement de l’eau , car elles en étaient déjà absolument privées, qu’elles n’avaient pas encore pris de retraite , mais au rapprochement des molécules , par le commencement de fusion qu’elles éprouvent.
- L’inverse est exactement vrai. Ainsi, les pâtes dans la composition desquelles on fait entrer beaucoup de sable et de ciment, tels que les rondeaux propres à supporter les porcelaines, les cazettes , les étuis, quelques espèces de briques, ne prennent pas ordinairement plus d’un dixième de retraite, et si l’on augmente la dose de sable au point de les rendre très arides, on rend la retraite presque nulle.
- B. Influence du mode de fabrication sur la retraite.
- Cette influence est prodigieuse et des plus importantes a considérer ; on peut avancer que la moitié des défectuosités dans les poteries délicates r telles que les porcelaines, viennent de cette cause.
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- Les pâtes ce'ramiques, toutes choses étant égales d’ailleurs, prennent d’autant moins de retraite qu’elles étaient moins abreuvées d’eau lorsqu’on les a façonnées, et qu’elles ont été plus comprimées dans le façonnage.
- Ainsi, et sans exception, toute pièce faite par moulage prend moins de retraite que celles qui sont faites par ébau-chage ; de là la difficulté que l’on éprouve d’ajuster régulièrement dans une même pièce les parties tournées, comme les tasses, les vases, les culots ou parties rondes des pots à l’eau et des pots à lait, etc., avec les anses et les collets qui sont moulés.
- Cette différence est si sensible, si délicate dans certaines pâtes très plastiques, telles que les grès, et en même temps plastiques et fusibles , comme les porcelaines dures, que la moindre inégalité de pression , soit dans le tournage , soit dans le moulage, se manifeste dans la dessiccation de la pièce, action où commence la retraite , et bien plus encore par la cuisson, où la retraite s’opère complètement.
- Aussi, dans le tournage, la pâte étant plus serrée sur la ligne de la spirale, où les mains de l’ouvrier, opposées l’une à l’autre, la compriment entre elles, que sur la ligne intermédiaire de cette même spirale. ( V. PI. 5g, fig. ç, D, où d indique la partie de la spirale faite par les mains de l’ouvrier, et s les parties qui restent en saillie, et qui ont été moins comprimées. ) Cette inégalité de compression se représente à la dessiccation , et surtout à la cuisson, et produit le défaut dont nous avons déjà parlé à l’article 1” du chap. II, du façonnage des pièces, sous le nom de vissage.
- Dans % tournage, quelques saillies circulaires qui paraissent sur les pièces, et le gauchissage des pièces, peuvent être aussi attribués à des inégalités de compression • mais elles peuvent aussi être dues à d’autres causes, ^ce qui rend la question plus compliquée, et le remède plus difficile à appliquer.
- Des fentes ou fissures qu’éprouvent certaines pièces en séchant et en cuisant sont aussi dues à la retraite ; celle-ci, au lieu de
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- se faire vers un seul point qui, pour que la pièce soit régulière, doit être le centre de figure, se fait sur deux points. Ce qui montre que les fentes doivent être attribuées à cette cause, c’est qu’une pièce une fois sèche n’en éprouve plus; c’est qu’on n’en voit que très rarement dans le sens horizontal, la pesanteur concourant avec la retraite pour la faire agir dans une même direction. Le potier doit donc éviter toutes les circonstances de formes qui peuvent déterminer un ou plusieurs centres de retraite dans les pièces , comme des amincissemens placés entre des parties épaisses, des plis ou raies profondes et minces dans leur fond , etc. Le procédé du moulage mince et égal d’épaisseur, est le plus sûr pour faire réussir toutes les pièces de poteries qui sont, par leur nature , plus disposées à fendre que les autres.
- Les autres altérations que les poteries éprouvent dans leurs formes , et qui résultent de la retraite , sont principalement applicables au moulage ; ce sont :
- i°. Les inégalités de surface, dues au tamponnement inégal, oui la pression inégale du rouleau, lorsqu’on moule à la croûte. Dans le premier cas, ce sont comme des ondulations: dans le second, ce sont des sillons presque superficiels.
- 2°. Les lignes saillantes que laissent, sur les pièces faites dans des moules, les sutures des différens morceaux du moule. En vain fait-on disparaître ces lignes sur la pièce fraîche, au moyen d’un réparage très soigné : la différence de pression, et par conséquent la retraite différente qui s’opère sur ces parties par la cuisson , fait reparaître toutes ces lignes et sutures.
- Tels sont les résultats principaux de la retraite ’dans les pâtes céramiques , et les graves inconvéniens qu’elle entraîne à sa suite. On a donc dû chercher tous les moyens de 1«! éviter ou de les corriger; nous en avons déjà indiqué pi"' sieurs en parlant, au chapitre du façonnage, des soins que devaient apporter le tourneur et le mouleur, pour exercer une pression égale sur toutes les parties de la pièce qu*k exécutent.
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- L’ancienneté de la pâte , et une manipulation fréquente, contribuant à donner l’homogénéité de masse, les matières dégraissantes, facilitant d’une part le dégagement égal de l’eau, et de l’autre répandant dans toute la masse argileuse une sorte de réseau qui, non sujet à la retraite, met obstacle à un rapprochement plus rapide dans une partie de la pièce que dans l’autre, égalisent pour ainsi dire la retraite, et concourent, avec le moyen précédent, à en régulariser la marche. A ces moyens, pour ainsi dire inhérens à la matière, on en a ajouté d’autres, qui sont presque mécaniques, ce sont les cerces, c’est-à-dire des petits cerceaux ou couvercles de construction, qu’on met sur les pièces rondes pour les empêcher de gauchir, en leur opposant un obstacle mécanique; ils maîtrisent aussi jusqu’à un certain point la retraite en spirale des pièces tournées , en prenant une retraite semblable , mais dans une direction opposée.
- Lorsque toutes les circonstances et toutes les précautions que je viens d’énumérer ont été rassemblées pour donner à la pâte l’homogénéité de masse si nécessaire , et à la compression et à la fabrication toute l’égalité possible , la retraite se fait avec une constance et une régularité remarquables.
- Les mêmes pâtes présentent, avec une exactitude rigoureuse , la même retraite , en sorte qu’on peut obtenir avec certitude la dimension déterminée. La retraite se fait également dans toutes les directions : on le prouve en traçant un cercle avec le compas sur une plaque céramique ; si cette plaque a été moulée avec les précautions indiquées, et qu’elle soit d’une pâte à prendre un dixième de retraite , le diamètre du cercle diminue juste d’un dixième, et le cercle est resté parfaitement régulier, ce qui n’eût pas eu lieu si la retraite se fut opérée inégalement.
- Il paraîtrait, d’après cela, que le pyromètre de Wegd-w°od, fondé sur la retraite des pâtes céramiques, devrait dre un instrument exact ; or, nous avons déjà avancé qu’on ne pouvait le considérer, ni comme instrument comparable.
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- ni comme un instrument propre à faire connaître avec exactitude et constance la tempe'rature du foyer où où le place, la retraite qu’il éprouve dépendant de la nature nécessairement variable de la pâte avec laquelle on l’a fait, de l’état de mollesse dans lequel on a pris cette pâte, de la pression qu’on a exercée pour mouler les cylindres pyrométriques. Or, quelque attention qu’on apporte dans le moulage, de quelque manière qu’on l’opère, il y a toujours des variations et inégalités de pression, qui seraient sans importance pout un vase, mais qui suffisent pour enlever à l’instrument son exactitude ; enfin , nous rappellerons que la rapidité qu’on met à cuire une pâte céramique a, d’après les expériences de M. Fourmy, une influence bien sensible sur la retraite qu’elle éprouve. Néanmoins , nous croyons qu’on pourrait donner, au moyen de quelque perfectionnement, assez de précision à cet instrument pour le rendre utile dans la pratique des arts céramiques.
- § 5. — Densité.
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- La cuisson augmente considérablement, comme on doit s’y attendre, la densité des pâtes céramiques, et change leur texture; de terreuses et poreuses qu’elles étaient, elles deviennent serrées, quelquefois un peu grenues, à grain très fin; elles acquièrent même une texture presque vitreuse. La cuisson d’une pâte céramique doit avoir pour bu1 de lui faire prendre la plus grande densité qu’elle puisse acquérir sans se fondre. Ainsi, la limite de la densité et celle de la cuisson est la même ; au-delà il y a fusion et passage de la pâte céramique à l’état vitreux. Les porcelaines sont des poteries qui sont pousséesjusqu’à cette limite, et même un peu au-delà ; quelques degrés de plus, elles se fondent en verre.
- Dans ces deux derniers états, c’est-à-dire lorsque les pâtes céramiques commencent à prendre la texture du verre, elles deviennent absolument imperméables aux liquides aqueut et même oléagineux ; mais lorsque leurs pores sont comme ouverts par une haute température, elles ne conservent plas
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- la faculté de retenir les fluides aériformes : il faut qu’un enduit vitreux, vienne compléter leur imperméabilité.
- On n’a pas encore de table comparée de la densité ou pesanteur spécifique des différentes sortes de poteries; on ne connaît bien que celle des porcelaines, qui donne, pour terme moyen, 2,3o.
- Nous avons déjà dit que cette densité, acquise par la cuisson, était presque toujours accompagnée d’une grande fragilité par changement de température.
- § 4* — Dureté.
- •
- C’est encore une propriété entièrement due à l’action du feu ou à la cuisson ; elle varie considérablement, suivant la nature des pâtes : elle est souvent en rapport avec la densité acquise par la même action ; mais ce rapport n’est pas constant, et par conséquent n’est pas essentiel.
- Quelques poteries peu denses, telles que les briques et les tuiles bien cuites, acquièrent une assez grande dureté pour faire feu sous le clioc de briquet ; mais celles qui prennent ce haut degré de dureté ont en général une texture très dense ; elles le doivent à deux causes fort différentes, et qui nous permettent d’assigner des règles générales à la production de cette propriété. Les poteries dures au point de rayer le verre, l’acier, et d’avoir presque la dureté du quartz, sont :
- i°. Celles dont la pâte a pour base une argile plastique qui n’est pas dégraissée , ou qui ne l’est que par du sable. Ces poteries acquièrent, sans apparence de réelle fusion , une dureté considérable : tels sont les grès-cérames, les faïences fines, dites cailloutage;
- 2°. Les poteries qui, sans renfermer aucune proportion d’argile plastique, ont une composition qui leur donne la propriété d’acquérir une texture sémi-.vitreuse , mais de ne l’acquérir qu’à une très haute température : telles sont les porcelaines, non-seulement celles que l’on nomme dures, mais encore la plupart des porcelaines tendres ; car le nom de ces dernières indique plutôt leur facile fusion, par opposi-
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- tion à la fusion très difficile des porcelaines dures, que leur réelle dureté physique.
- §5. — Fusion.
- Nous venons de dire que cette altération des pâtes céramiques se présente lorsque la limite de densité' qui doit leur donner la cuisson était dépassée. Cette limite est extrêmement variable; la pâte la plus fusible est celle qui se rapproche aussi le plus de la composition suivante, donnée par Macquer, et dont l’expérience a confirmé l’exactitude ;
- Alumine 20
- Chaux 20
- Silice 6o.
- Si Ton remplace une partie de la silice par de l'oxide de fer, la fusibilité est encore augmentée.
- On remarquera que les pâtes de quelques poteries grossières, et surtout celles des faïences communes, qui sont extrêmement fusibles, reçoivent dans leur composition des marnes argileuse et calcaire et des marnes sableuses ( ce que l’on appelle terre franche), qui rapprochent plus ou moins cette composition des proportions qu’on vient d’indiquer ; mais en même temps elle donne des pâtes à texture poreuse. Or, le but, la perfection de l’art céramique , est de produire des pâtes denses, qui puissent s’obtenir à une basse température. On ne peut guère espérer d’arriver au maximum de ce résultat, c’est-à-dire d’avoir des pâtes aussi denses que celles des grès ou des porcelaines, qui puissent cuire complètement à la température suffisante pour cuire les pâtes des faïences communes : mais il paraît qu’on en a approché autant qu’il est possible , au moyen des faïences fines, dites terre de pipe et cailloutage. En effet, quand elles sont bien faites*, elles présentent une pâte d’un tissu serré, imperméable aux liquides, qui se cuit à une température supérieure, il est vrai, à celle de la cuisson des faïences communes, mais de beaucoup inférieure aussi à celle des grès-cérames, et surtout des porcelaines dures.
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- Si, tout en approchant de la fusion dans la cuisson des pâtes ou biscuit, on veut cependant l’éviter, il n’en est pas de même dans la cuisson des vernis, émaux et couvertes ; ici, on recherche la fusion, et une fusion complète ; mais cependant il ne faut pas qu’elle soit trop facile, ni, si je puis m’exprimer ainsi, trop liquide, pour les motifs que j’ai exposés au commenceînent du chap. III des Enduits vitreux.
- Or, ce degré de fusibilité qu’il est si important de con--naître, est très difficile à apprécier avec une sorte d’exactitude. J’ai néanmoins cherché à l’évaluer par différens moyens , qui n’ont pas encore acquis la précision que je désire, et que j’espère leur donner. 11 serait trop long de les décrire ici ; je me réserve de les faire connaître lorsque je croirai être parvenu à leur donner la précision nécessaire au but qu’ils doivent atteindre.
- On sait bien que les vernis plombifères, dans lesquels l’oxide de plomb entre dans une grande proportion, sont les plus fusibles, et que les vernis purement terreux et alcalins, tels que le feldspath , sont les moins fusibles. Ce ne sont pas ces extrêmes qu’il est difficile de reconnaître , mais ce sont les intermédiaires , qui ne diffèrent entre eux que par des nuances qu’il est aussi difficile de trouver, que de signaler avec exactitude; et cependant, c’est de ces légères différences de fusibilité des enduits vitreux, que dépend l’éclat et la solidité de ces vernis , et par conséquent une des plus belles et des plus importantes qualités des poteries.
- ARTICLE II.
- PROPRIETES DIVERSES DES PATES CERAMIQUES.
- Avant de terminer l’exposé des considérations générales que présentent les poteries dans leur fabrication et dans les propriétés que leurs pâtes acquièrent par la cuisson , il nous reste encore à examiner quelques-unes de ces propriétés, qui ’»e dérivent pas immédiatement, comme la précédente, de 1 influence du feu et du fait de la cuisson.
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- Ce sont : la dilatabilité des pâtes faites, leur ténacité, leur propriété conductrice pour la chaleur et leur propriété hygrométrique. Nous allons remarquer, avec peine , qu’on n’a que très peu de notions précises sur ces sujets.
- § ier. — Ténacité.
- C’est une propriété très importante pour les usages économiques, puisque c’est celle qui est relative à la plus grande résistance que les poteries offrent à la cassure par le choc. Non-seulement le potier doit chercher à faire des poteries brillantes, fines, imperméables, mais il doit aussi chercher à les rendre aussi peu fragiles que le comporte la nature de la matière.
- Or, la ténacité des pâtes faites n’est pas toujours , comme on pourrait le croire , en rapport avec leur texture ; et la fragilité elle-même ne suit pas exactement la ténacité ; elle tient autant à la facilité avec laquelle le mouvement du choc se propage dans le corps, qu’à l’adhérence entre elles des parties de ce corps. On reconnaît, par l’expérience journalière et par l’observation la plus simple, que les poteries à texture grossière, qui ne se cassent pas facilement par le choc, jouissent cependant d’une très faible ténacité. En effet, leurs parties ont peu d’adhérence-entre elles, et la plus faible courbure suffit pour les séparer, tandis que la porosité de leur pâte s’oppose à la propagation du choc.
- Parmi les pâtes à pâte dense, on a remarqué que, toutes choses paraissant égales d’ailleurs, celles qui étaient composées d’une matière vitreuse alcaline , rendue opaque par des matières terreuses comme interposées, avaient beaucoup plu* de ténacité, dans toute l’étendue de cette propriété, quête pâtes vitreuses à composition presque uniquement terreuse-Aussi les porcelaines tendres, comme celles de Tournav et même celles qu’on faisait à Sèvres, résistent bien plus à h cassure par le choc , que les grès et la porcelaine dure, que le moindre choc fait éclater.
- Il ne faut donc pas confondre dans l’usage, la ténacité
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- à la cohésion des pavties, qui se mesure par la résistance qu’elle montre à la fracture par pression, avec la ténacité, qui consiste dans une résistance à la fracture par le choc. La porcelaine dure, dont le moindre choc détache des éclats avec facilité, présentera beaucoup plus de cohésion que les faïences communes, qu’on peut frapper assez fortement sans en détacher aucun éclat. Mais on voit que ces évaluations de cohésion ne sont qu’approximatives, qu’on ne peut que les présumer, sans les exprimer ni d’une manière précise, ni même--avec certitude.
- M. Boch Buschmann, que j’ai eu plusieurs fois occasion de citer dans cet article, a inventé un instrument propre à faire connaître, avec une exactitude qui paraît suffisante pour la pratique, le degré de cohésion ou de ténacité de différens corps fragiles. Cet instrument, dont la- description exigerait des détails trop nombreux et une ligure très compliquée, a été décrit dans le Bulletin des Sciences, par la Société philomatique , mars 180g, page 311, et figuré PI. 5. Nous y renvoyons.
- § 2. — Dilatabilité.
- Nous ne possédons encore aucune notion précise sur ce point important; on sait seulement que les pâtes céramiques cuites sont, en général, comme les pierres, comme les verres, beaucoup moins dilatables que les métaux ; mais il y a cependant, dans le peu qu’on sait à ce sujet, une considération assez importante à faire , et qui peut servir à montrer combien est illusoire l’idée qu’on a eue d’employer le platine comme pyromètre. On remarquera que, d’après les expériences de MM. Dulong et Petit, la dilatation du verre étant exprimée pour une élévation de o à 3oo degrés centigrades par o,oo3,o32 ; celle du platine est exprimée, pour les mêmes limites , par 0,002,754 ; or si, comme il est probable, les pâtes céramiques, et notamment la porcelaine, ont une dilatation voisine de celle du verre , on voit que le support en pâte céramique infusible, qu’on donnerait à un barreau de platine , éprouverait plus de mouvement que le barreau lui— Tome XVII.
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- même ; mais il est possible que ces rapports changent à de très hautes tempe'ratures, puisqu’ils ont déjà changé entre les limites si peu distantes de ioo à 3oo degrés.
- § 3. — Conductibilité de la chaleur.
- On en sait un peu plus sur cette propriété physique des pâtes céramiques, par le moyen des expériences que M. Des-pretz a faites sur les lois de la propagation de la chaleur dans les corps solides.
- Comme on devait s’y attendre, la porcelaine et la terre cuite de fourneaux, les seules espèces de pâtes céramiques que ce physicien ait essayées, conduisent beauçoup moins bien la chaleur que le. métal le moins conducteur, qui est le plomb; et c’est probablement en partie à cette propriété, jointe à l’absence delà ténacité, qu’est due la grande facilité avec laquelle les pâtes céramiques très denses et très homogènes se cassent par le changement de température : mais ce qu’ilya d’assez particulier, c’est que la porcelaine à texture dense est encore un moins bon conducteur que le marbre blanc à texture grenue et cristalline; c’est du moins ce qui résulte du tableau donné par M. Despretz, dont nous n’extrayons que les articles suivans, les-seuls qui soient utiles à notre objet, en faisant voir le rapport de conductibilité de deux pâtes céramiques, avec le meilleur conducteur, et avec celui qui l’es*
- le moins.
- Or..................... 1000
- Plomb.................... 179,6
- Marbre blanc.............. .23,6
- Porcelaine................ 12,2
- Terre cuite du fourneau.. ii,4-
- On ne peut pas cependant attribuer beaucoup d'influence a cette propriété sur la fragilité par le changement de température , car il y a une immense différence à cet égard entre la porcelaine et la terre cuite de fourneau ; et l’on voit qu^ y en a peu entre leur propriété conductrice du calorique-
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- § 4- — Hygrométrie des pâtes céramiques.
- On sait que les corps mine'rauxnon métalliques qui paraissent les plus denses sont susceptibles d’absorber l'humidité répandue dans l’air ; c’est un fait bien connu pour le verre ; il est moins bien établi pour les pâtes céramiques à texture vitreuse ; mais si des expériences directes n’ont pas encore constaté rigoureusement cette propriété, beaucoup d’observations d’artisans tendent à la faire admettre.
- On .ne doute pas que les pâtes céramiques peu cuites et poreuses, et même celles qui, quoique plus cuites , ont conservé une texture lâche, n’aient, comme tous les corps poreux , la propriété d’absorber la vapeur d’eau : mais ce fait est plus difficile à concevoir au sujet des pâtes denses, comme le grès et la porcelaine. 11 est cependant généralement admis que les pièces de cette dernière poterie qui ont séjourné long-temps dans un lieu humide , ne peuvent recevoir facilement et sûrement les couleurs vitrifiables, délayées dans des huiles essentielles qu’on veut appliquer sur leur surface ; il faut non-seulement essuyer cette surface, mais faire sécher dans une étuve la pièce à peindre.
- Cette précaution est encore plus importante lorsqu’il s’agit de repasser ces pièces au feu, soit au grand feu, soit au feu de moufle. On a remarqué, et j’ai eu fréquemment occasion de faire cette observation à Sèvres, dont les magasins de dépôt sont généralement très humides, que si l’on soumettait immédiatement au feu les pièces qu’on en tirait, elles cassaient assez fréquemment.
- Cependant, on ne peut pas attribuer ce dernier effet exactement à la même cause ; ici ce n’est pas l’humidité introduite dans les pores du vernis qui peut produire ce genre d’accident : il faut admettre que l’humidité a pénétré dans la pâte même ou dans des cavités imperceptibles de cette pâte sdense, soit de proche en proche, soit par des fissures ou des ouvertures capillaires, pareillement imperceptibles.
- 12, ,
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- CHAPITRE VI.
- COLORATION ET DÉCORATION DES POTERIES.
- Il faut distinguer comme choses en effet très differentes, la coloration des poteries, soit de leur pâte, soit de leur enduit vitreux, des peintures en couleurs vitrifiables qu’on peut exécuter sur leurs surfaces.
- Il faut ensuite distinguer les règles générales de cette coloration , des procédés particuliers de composition et d’application des diverses couleurs vitrifiables , et des variations que ces procédés éprouvent, suivant les espèces de poteries auxquelles on veut les appliquer.
- Plusieurs des procédés de détails de la peinture en couleurs vitrifiables sur poteries et même sur verre ont été exposés dans le XVe volume de ce Dictionnaire, au mot Peixtcrs (Arts chimiques ), page 4^3. Ce que nous allons dire de général sur la coloration et la décoration des pâtes céramiques (r) sera probablement assez différent des détails exposés dans cet article, pour qu’on ne puisse pas le considérer comme une répétition. D’ailleurs , cet exposé sera très court, et nous ne le présentons que pour ne pas laisser la description des arts céramiques incomplète dans une de ses parties les plus brillantes et les plus variées.
- ARTICLE PREMIER.
- DES MATIÈRES COLORANTES ET DÉCORANTES DES POTERIES.
- Les couleurs et les métaux dont on orne les poteries, devant être fixés à leur surface par une sorte de vitrification,
- (1) On remarquera que nous sommes soavent oblige (l’employer cette expression, comme plus generale que celle de poteries; celle-ci suppose toujours un vase, ce qui ne pourrait s’appliquer aux plaques, aux carreau*» aux tuiles, aux briques, qu’on colore de différentes manières : genre de coloration qni était beaucoup plus commun, plus varié même chez les anciens»* que la coloration des poteries proprement dites.
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- il faut que ces couleurs et ces métaux soient assez fixes et assez peu altérables pour résister à l’action d’une chaleur qui doit toujours être élevée au moins jusqu’à l’incandescence rouge sombre , et souvent beaucoup au-delà. Cette condition exclut de cet emploi toutes les matières organiques ou d’origine organique, tous les métaux à oxides volatilisables à cette faible température , et même les oxides dont les couleurs pourraient y être ou détruites ou considérablement altérées.
- Les matières colorantes et décorantes des poteries peuvent se classer sous trois divisions : i°. les oxides métalliques et les ocres ou terres colorées naturellement par ces oxides ; 2°. les lustres métalliques ; 3°. les métaux à l’état métallique complet.
- § jer. — Les oxides et ocres colorans.
- Tantôt on emploie les oxides purs ou simplement mélangés entre eux : c’est ce procédé qui a reçu chez les^nodernes une immense extension ; les anciens le connaissaient à peine et d’une manière très restreinte. Tantôt on emploie des terres argileuses naturellement colorées, et que l’on appelle généralement des ocres, ou des argiles que l’on colore .par des oxides métalliques , comme cela se pratique dans le procédé qu’on nomme engobage.
- Les oxides métalliques ayant les conditions que nous avons indiquées plus haut n’adhéreraient pas sur la plupart des pâtes céramiques, et n’y prendraient aucun brillant, aucun vernis par l’action du feu, s’ils ne pouvaient s’y vitrifier. Pour leur donner cette double faculté , ou l’exalter dans ceux qui ne l’auraient pas d’eux-mêmes ou par l’action de la pâte céramique, on ajoute à toutes ces couleurs tirées des oxides métalliques, ce que l’on appelle un fondant. C’est un verre généralement composé de silice, d’alcali, soit potasse, soit soude, et plus souvent du second que du premier, de borax et d’oxide de plomb.
- Ces cinq matériaux ne sont pas ordinairement réunis, mais te sont eux qui, ensemble ou séparément, ou deux à deux,
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- entrent dans la composition des fondans des couleurs vitri-fiables.
- Tantôt ces fondans ont e'té eux-mêmes préalablement fondus , ou au moins frittés avec l’oxide métallique, de manière que la couleur est un verre coloré et pulvérisé ; tels sont les jaunes de plomb et d’antimoine, les bleus de cobalt, quelques verts, quelques noirs et quelques bruns. Tantôt ils sont simplement mêlés avec l’oxide, et fondent avec lui sur la pièce. Les gris, quelques verts, les rouges et les jaunes d’ocre, tirés du fer ou du zinc ; les roses, pourpres et violets , tirés de l’or, sont dans ce dernier cas. Toutes ces couleurs sont donc, en dernier résultat, vitrifiées ; de là le nom de couleurs vitrijîables qu’on leur donne.
- Lorsque l’enduit vitreux qui recouvre les poteries est terreux , et appartient à ce que nous avons défini sous le nom de couverte, comme dans les porcelaines dures et les grès , les couleurs ont besoin, pour s’y incorporer, de beaucoup de fondant. Quand au contraire il appartient à la sorte d’enduit vitreux que nous avons désigné sous les noms de vernis et Ol émail, comme ces enduits sont déjà composés à peu près comme les couleurs vitrifiables , et qu’ils se ramollissent par l’action du feu nécessaire pour fondre les couleurs, celles-ci reçoivent beaucoup moins de fondant, et quelquefois même elles peuvent s’en passer entièrement. Telles sont les faïences fines et communes, les porcelaines tendres, les grès à vernis plombifère, etc.
- Les couleurs qu’on donne aux poteries se placent :
- A, dans la pâte même ;
- B, sous l’enduit vitreux ;
- C, dans l’enduit même ;
- D, et c’est le cas le plus ordinaire, sur cet enduit.
- A. Pâtes colorées.
- Toute couleur introduite dans la pâte est d’autant plus développée et plus vive, que la cuisson de la pâte approche
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- davantage de la vitrification. Mais les oxides colorans rendant les pâtes plus fusibles, les moyens de coloration des pâtes sont d’autant re'duits que la pâte est destine'e à cuire à une haute température , à laquelle elle doit résister . sans se fondre.
- Aussi, de toutes les pâtes, celle qui olfre le moins de ressource aux variétés de coloration est la porcelaine dure. La coloration de cette pâte se réduit presque au bleu pâle par le cobalt, oxide très colorant en petite quantité. On ne peut y introduire d’autre oxide colorant, sans changer sa composition, son mode de cuisson, etc. ; alors on arrive aux grès-cérames , aux faïences fines, et encore mieux à la porcelaine tendre ; poteries dont les pâtes sont susceptibles de prendre presque toutes les couleurs, et de les présenter avec d’autant plus de vivacité et de pureté, que leur composition est plus vitreuse ; aussi la porcelaine tendre, qui renferme les élémens du verre , et les grès anglais qui en approchent par leur composition, sont-ils les poteries qui offrent les couleurs les plus variées et les plus vives.
- Lorsque ces pâtes ne sont pas assez vitreuses par elles-mêmes , les oxides colorans doivent y être introduits à l’état de fritte.
- B. Couleurs sous le vernis et evgobage.
- 11 faut, pour qu’une couleur mise sous les vernis céramiques devienne glacée et brillante par la fusion de ce vernis, que cdui-ci puisse s’y étendre également et ne pas s’en détacher pendant ou après la cuisson. Les oxides métalliques purs rempliraient très rarement ces conditions, lors même que, comme dans la porcelaine, on la cuirait à la plus haute température ; il faut donc que toutes les couleurs dont on veut orner une pièce en les plaçant sous le glacé du vernis, aient quelques rapports de composition et de nature, tant avec la pâte de la pièce qu’avec l’enduit vitreux qui va les recouvrir. Il faut aussi qu’elles aient acquis assez d’adhérence et dans leurs parties et avec la pièce, pour qu’elles ne puissent pas être dé-
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- layées et enlevées par le posage du vernis. Le procédé particulier qu’on appelle engobage remplit à peu près ces diverses conditions.
- Il consiste à recouvrir une pâte céramique d’une couche de matière terreuse, soit blanche, soit colorée , qui, par son opacité, cache et semble changer la couleur de la pâte, au point qu’une pièce de poterie de pâte rougeâtre ou jaunâtre peut offrir dans son intérieur un fond d’un beau blanc, et à l’extérieur un fond d’un beau brun-marron. Le vernis qu’on place sur ce fond lui donne le glacé et le brillant exigés.
- C’est à la matière terreuse colorée qu’on donne le nom d’engobe. Cette invention, qui a reçu en Angleterre un développement remarquable, a pris son origine en Italie, vers i3oo.
- Les engobes sont essentiellement composés d’une base terreuse, argileuse, colorée naturellement comme les ocres, ou artificiellement par divers oxides métalliques. Dans les premiers, on n’introduit aucune matière vitreuse ; on les emploie tels que la nature les donne , se contentant de les laver et de les réduire en poudre fine ; mais dans les engobes colorés par l’introduction de divers oxides métalliques , on a remarqué qu’il faut y ajouter une matière alcaline pour exalter leur couleur et leur donner plus d’adhérence avec la pièce. On fritte donc préalablement le mélange d’alcali, de sable et d’oxide ; et c’est cette fritte qu’on introduit dans l’argile blanche , base de l’engobe.
- Nous donnons ici des exemples de la composition de quelques-uns de ces engobes (i). *
- Les engobes uniquement terreux, c’est-à-dire sans fritte, sont :
- Le rouge, donné par l’ocre jaune calcinée. '
- Le brun, donné par les terres dites de Sienne ou d’Ombre, qui doivent cette couleur au manganèse.
- (i) ia partie de la composition des engobes me paraît incertaine et obscure-Je ne l’ai pas ve'rifie'e ; j’ai choisi les compositions données par JVI- Opp01 teniu , comme celles qui m’ont paru les pins vraisemblables.
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- Le noir, qui résulte d’un mélange
- de manganèse calciné et broyé. ........ gg
- d’argile blanche........................ i
- Le blanc.
- Argile blanche ou kaolin argileux , bien divisé.. g6
- Oxide d’étain................................. 4
- Quant aux engobes, qui renferment des frittes , on compose d’abord la fritte vitreuse colorée, et après l’avoir pulvérisée , on l’ajoute à l’argile blanche pour former l’engobe ; tels sont :
- L’engobe jaune.
- i°. Pour la fritte :
- Sable..................... 25
- Potasse................... 5o
- Jaune de Naples........... 25
- 100
- 20. Argile blanche.........................2
- L’engobe violet.
- Pour la fritte :
- Sable 32
- Potasse 66
- Manganèse 2
- 100
- Argile blanche
- Jjengobe bleu.
- Azur de cobalt............... 12
- Minium........................ 1
- Argile blanche............... 24
- On ne fritte pas.
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- Uengobe vert.
- Fritte bleue................... 2
- Fritte jaune................... 2
- Argile blanche................. 1
- Les engobes sont plus généralement appliqués sur le cru que sur le biscuit. Les premiers peuvent être uniquement terreux, c’est-à-dire ne point renfermer de fritte ; mais il paraît qu’il faut, pour les autres, que la partie colorante ait été frittée.
- Les engobes, pour être employés, sont finement broyés et délayés dans l’eau à l’état d’une bouillie claire ; ils y restent assez facilement suspendus au moyen de l’argile quiles soutient.
- La pièce à engober ayant été tournassée , on lui laisse prendre une fermeté suffisante pour être maniée et même plongée dans l’engobe, sans qu’on ait à craindre de l’y roi' se désagréger ; mais ordinairement on préfère placer l’engobe sur la pièce, ou dans la pièce, si c’est l’intérieur qui doit être couvert. Tantôt on répand cette espèce de bouillie su la pièce ; tantôt on l’y projette par voie d’insufflation. Dans ce dernier procédé , on met l’engobe dans un vase qui ressemble à une théière à bec effilé et droit; alors soufflant par la grande ouverture de ce vase, on fait sortir l’engobe, soit par le bee. soit par un canal de paille encore plus étroit, qu’on y ajuste, et l’ou asperge ainsi l’extérieur de la pièce , soit en partie. soit en totalité, de l’engobe dont on veut la couvrir. Po® que cette matière s’y étende le plus également possible,01 met ordinairement la pièce sur le tour, et on la fait tourne pendant l’opération de l’aspersion.
- On laisse raffermir l’engobe , ce qui a lieu très prompt*" ment, à cause de la propriété que possèdent les pièces presq® sèches, d’absorber l’humidité; on remet ensuite cette pi^ sur le tour, pour régler, par une coupe nette , les bords ilia partie engobée ; mais on le fait aussi pour enlever 1®'
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- partie de l’engobe et découvrir la pâte, dont la couleur, quelle qu’elle soit, forme alors des zones, filets , etc., d’une couleur differente de celle de l’engobe.
- On recouvre quelquefois cette partie ainsi de'couverte d’un engobe d’une autre couleur, et l’on orne la pièce , par ces proce'de's, de zones ou de filets de différentes largeurs et couleurs.
- Si, avant de mettre l’engobe sur une pièce, on y a fbrmé , soit sur le tour ordinaire, soit sur le tour à guillocher, ou par tout autre moyen, des ornemens en creux, l’engobe dont on recouvre la surface de la pièce remplit toutes ces cavités ; mais si l’on remet la pièce sur le tour et qu’avec la lame *ou le tournassin on enlève l’engobe jusqu’à ce qu’on ait atteint les parties saillantes, les parties creuses ayant seules conservé de l’engobe, montrent sur la pâte des ornemens qui ont la couleur de l’engobe. Ainsi, pour nous contenter d’un seul exemple , si l’on grave un échiquier sur une pièce à pâte blanche ou jaune, qu’on la recouvre entièrement d’un engobe brun , et qu’on enlève sur le tour cet engobe jusqu’à ce qu’on ait atteint les carrés en saillie, on aura alors un dessin en échiquier, composé de carrés blancs dépouillés de 1 engobe, et de carrés bruns formés par ceux qui, étant en creux, ont conservé l’engobe.
- Ces opérations faites, et l’on sent qu’on peut les varier à bnfini en dessins et en couleurs, on passe la pièce engobée au feu de biscuit, comme on l’eût fait lors même qu’elle n’eût point été engobée ; on lui donne ensuite le vernis qui lui est propre. Il ftut remarquer ici que c’est bien un vernis, c’est-à-dire un enduit vitreux transparent, et non pas un émail.
- Ces vrais engobes ne s’appliquent guère qu’aux faïences fines que grossières, et c’est aussi presque le cas principal 0U fe matière colorante est placée sous le vernis. Cependant Peut rattacher à cette considération : x°. les ornemens en
- eu qu’on met immédiatement sur le dégourdi de la porce-yme dure ou sur le biscuit de la porcelaine tendre; 20. les 0»d$ bleus de cette dernière porcelaine, puisque la couverte
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- dans le premier cas et le vernis cristallin dans le second sot:
- place's sur les couleurs et les recouvrent'
- C. Couleurs dam le vernis.
- Cette circonstance est rare, et son résultat presque toujonn imparfait ; on ne peut apporter, pour exemple de ce procédé, que, les fonds bruns, bleuâtres, jaunâtres, verdâtres, des faïences communes , dont le vernis, ou plutôt l'émail,® mêlé avec les oxides susceptibles de donner ces couleurs.
- On a essayé de colorer ainsi la couverte de la porcelaine dure ; mais on a toujours obtenu des couleurs louches ; ei comme l’éclat et la vivacité des couleurs sont une des qualité essentielles de cette riche poterie, on a été obligé d’aiai-donner un procédé dont l’économie ne compensait pas a perte qu’on faisait du côté de la qualité.
- Enfin , il faut que ces couleurs fondent à la même température que le vernis : or, comme cette température est soinen; très élevée, cette circonstance réduit à un petit nombrek oxides métalliques qui peuvent être employés à ce genre & coloration.
- D. Couleurs sur l’enduit vitreux.
- C’est la manière la plus ordinaire, la plus variée dans sesie-sultats, et tantôt la plus facile, tantôt la plus difficile d’o» les poteries ; car elle conduit à la peinture en couleurs n®" fiables , partie des arts céramiques liée intimement à ce f-y a de plus parfait et de plus difficile dans les arts du Dess|p Nous ne suivrons pas cette considération j usqu’à cette b1-' lante et admirable application ; elle forme maintenant af-seule un art qui a ses principes, qui doit être étudié à f et long-temps pratiqué avec intelligence, soin et même sci®1-pour répondre avec sûreté aux belles, difficiles et disp*”-dieuses conditions qu’il a à remplir. Nous ne parlerez comme nous l’avons annoncé, des couleurs vitrifiables, f les considérant comme*moyen d’ornement.
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- On jugera aisément que les poteries auxquelles se rapportent ce quatrième mode de coloration doivent être, avant de le recevoir, entièrement cuites , tant en biscuit qu’en couverte, émail ou vernis ; car on place quelquefois les couleurs immédiatement sur le biscuit, c’est-à-dire sur la pâte cuite sans vernis.
- Ces couleurs, dont j’ai fait connaître les principes au commencement de ce chapitre, doivent toujours être plus fusibles que le vernis sur lequel on les applique.
- Tantôt les degrés de fusibilité sont tellement différens , que le vernis, ou plutôt la couverte, n’éprouve aucun ramollissement par la cuisson des couleurs qu’on y a placées; alors elles conservent à très peu près le ton qu’elles avaient avant la cuisson, elles n’acquièrent, par cette opération, que le glacé qui leur donne de la transparence et de l’éclat ; mais ce glacé n’est pas toujours tellement parfait, tellement égal, qu’il ne reste un aspect sec, même terne, qui ne satisfait pas l’œil complètement ; et, comme l’adhérence qu’elles ont contractée avec la couverte est faible , elles sont susceptibles de se détacher par écailles. La porcelaine dure et les grès-cérames sans vernis sont les seules poteries qui présentent ce rapport entre les couleurs et leur excipient.
- Lorsqu’au contraire le vernis et l’émail, sans entrer en complète fusion par l’action du feu nécessaire pour parfondre les couleurs, s’y ramollissent assez pour que les couleurs puissent le pénétrer, le glacé est plus complet, plus profond. Ces couleurs adhèrent parfaitement à l’émail ; on ne craint jamais qu’elles s’endétachent en écailles, quels que soient l’intensité et le nombre de feux auxquels on les soumet ; mais elles changent de ton, prennent quelquefois trop de transparence et de Mollesse, et produisent des effets moins prononcés.
- Les changemens de ton que les émaux et les vernis font éprouver aux couleurs ne tiennent pas seulement à la pénétration qui résulte de leur ramollissement par le feu ; ils résultent aussi de l’action chimique que les alcalis, les sels, les oxides de plomb et d’étain, qui entrent dans la compo-
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- sition des émaux et vernis, exercent sur les oxides 3*
- couleurs.
- Les faïences communes' et fines , les grès-ce'rames couvert de vernis plombiferes , les porcelaines tendres , sont les poteries dont les émaux et vernis ont, avec les couleurs vit fiables, les rapports que nous venons d’exposer.
- On peut tirer, tant de ce que nous venons de dire, quet quelques autres conside'rations que la pratique fait connaître, les règles et conse'quenees suivantes :
- r°. Les couleurs place'es sur un excipient qui ne se ramolli: pas au feu où on les cuit ne changent pas de ton ; mai: quand elles sont placées sur un excipient qui se ramollit e: qui peut réagir sur elles en raison de sa composition, elfe changent de ton, et quelquefois même d’une manière tris frappante ; ainsi les bruns deviennent rougeâtres, les ronge disparaissent ou deviennent jaunes, etc.
- 2°. Quel que soit l’excipient sur lequel on place et ot parfonde les couleurs , d’opaques qu’elles étaient avant la cuisson, elles deviennent après la cuisson transparentes, ot au moins translucides.
- 3°. A ces deux causes de changemens plus ou moins complets et frappans, s’en joint une troisième, qui résulte c: l’action des couleurs les unes sur les autres, quand on » a mêlées ou superposées sans avoir eu égard à ce d’action.
- 4°. Les couleurs qui peuvent résister sans altération à -température nécessaire pour cuire les vernis , émaux ou couvertes des poteries s’appellent couleurs au grand feu. Ce son1 pour les porcelaines dures, le bleu de cobalt, les vert' <fc chrome , les bruns dits écailles • pour les faïences, ce sontis jaunes d’antimoine, les bruns de manganèse, les vert'^ cuivre, les bleus de cobalt.
- 5°. Les couleurs qui ne pourraient supporter une aussi h®’' température sans éprouver de grandes altérations, et qui, f' cela, doivent être cuites ou parfondues à une températ beaucoup inférieure , dont le maximum n’atteint pas
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- degré de fusion de l’argent fin, portent le nom de couleurs de moufle, ou couleurs de réverbère. Ce sont toutes celles que nous n’avons pas nommées plus haut.
- § 2. — Les lustres métalliques.
- C’est un genre de décoration dans lequel les couleurs participent un peu de l’éclat métallique, ou dans lequel les métaux, extrêmement divisés et mis à la manière des couleurs, doivent prendre leur éclat métallique par la cuisson, et n’ont pas besoin, pour être polis et brillans , d’être soumis à l’opération du brunissage. On peut admettre, en raison de leur source, cinq sortes de lpstres métalliques.
- À. Le lustre d’or.
- Il a tout-à-fait la couleur de l’or, et acquiert son éclat métallique par le simple frottement avec un linge.
- On l’obtient en précipitant une dissolution régalienne d’or par l’ammoniaque. On sait que l’ammoniure d’or qui se précipite est ce que les chimistes appellent aussi or fulminant. Comme il ne jouit de cette propriété que quand il est sec, il ne faut pas l’amener à cet état, mais le prendre encor§ humide, et le mêler avec de l’huile essentielle de térébenthine; alors, sans y ajouter aucun fondant, on l’étend avec un pinceau sur le vernis des poteries ^comine on le fait pour les couleurs. On le passe au feu de moufle ; il adhère sur les poteries, et prend un brillant métallique qu’on augmente encore en le frottant fortement avec un linge.
- On peut reconnaître qu’une pièce a été dorée par ce procédé, œ remarquant que l’or qui en recouvre toutes les parties, tant extérieures qu’intérieures, offre partout le même éclat, le même poli, sans montrer nulle part la trace du brunissoir.
- Cette dorure , extrêmement mince, n’a ni la solidité, ni surtout la durée de la dorure dont nous parlerons plus bas.
- B. Lustre de platine.
- On prend une dissolution concentrée de platine, et on la mêle avec de l’essence de lavande ou toute autxe huile es-
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- sentielle ; et, sans y ajouter aucun fondant, on étend cette dis-solution avec un pinceau sur le vernis de la poterie à laquelle on veut donner l’éclat métallique de l’argent, ou plutôt dt platine. On passe la pièce au feu de moufle.
- Le platine paraît avec son éclat métallique ; il est étendu également sur toute la pièce, dont il cache entièremeat k couleur, et il a pris un poli aussi vif, aussi éclatant, que s’il l’eût reçu du brunissoir.
- G. Lustre Burgos.
- Celui-ci a le chatoiement rosâtre ét en même temps jaunâtre métallique de quelques coquilles ; il n’est pas opaque: il laisse au contraire très bien voir la couverte sur laquelle il a été étendu ; il participe de la couleur de cette couverte, K prend alors des tons très différens et très remarquables.
- Il y a plusieurs manières de le faire.
- Tantôt on fond ensemble du soufre, de l’or et de la potasse , ou bien de l’or dans un sulfure alcalin déjà fait ; « dissout le tout dans l’eau ; on précipite par un acide faible; on recueille le précipité, qu’on conserve à l’état d’un sirop épais, dans de l’essence de lavande.
- Quand on veut s’en servir sur la porcelaine dure, ou b broie avec une petite quantité de fondant, on l’étend avec beaucoup de soin , beaucoup de propreté, et le plus mb® possible sur le vernis de la poterie à laquelle on veut donso: cette sorte de chatoiement ; on le cuit à la moufle, et po®b rendre plus beau, on remet une seconde couche de la inè®; manière.
- La cuisson suflit pour lui donner, sans aucun frottern®1, l’éclat et le poli, qui en font les qualités ; mais la moin^ vapeur dans la moufle , les étincelles, la moindre poussière trop d’épaisseur, l’altèrent, le rendent terne et sale, etl1 enlèvent tout son mérite.
- On le fait aussi avec l’or fulminant, que l’on met extre®' ment mince ; car plus épais, il donnerait le lustre d’or.
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- Le lustre Burgos se place, comme les pre’ce’dens, sur toutes les poteries, pourvu qu’elles soient en couverte ou vernis.
- D. Lustre cantharide.
- Celui-ci, malgré ses vives et brillantes couleurs métalliques, est peu usité, parce qu’il est très difficile à mettre et à faire réussir.
- C’est, en général, du chlorure d’argent en partie décomposé par des vapeurs combustibles, et qui a pris la couleur que cette altération lui fait ordinairement acquérir.
- Pour l’obtenir, on fait un mélange de vernis vitrifiable plombifère ou verre de plomb, d’un peu d’oxide de bismuth et de muriate d’argent ; on emploie ce mélange au pinceau comme une couleur, sur une poterie quelconque, soit en le mettant en fond , soit en .dessinant des orneniens. On passe cette pièce au feu de moufle ; mais lorsqu’elle est rouge, ou bien on la sort de la moufle dans cet état pour l’exposer à la fumée d’un combustible végétal ou animal, ou bien on introduit cette fumée dans la moufle. Les parties de la pièce couvertes de ce lustre prennent des couleurs vertes, rougeâtres, jaunâtres, bleuâtres, enfin, toutes les couleurs métalliques que le muriate d’argent et le plomb sont susceptibles d’acquérir.
- On voit que la grande difficulté de l’emploi de ce lustre résulte de l’opération de l’enfumage de la pièce dans son état mcandescent, et du risque que l’on court de la briser par le Rangement brusque de température auquel il faut l’exposer.
- E. Lustre de litharge.
- Je ne connais pas bien la manière dont on fait ce singulier lustre, je ne l’ai encore vu que sur des poteries très grossières , venant de l’orient de l’Allemagne.
- Cest un lustre jaunâtre, ayant l’éclat métallique jaune ^ori verdâtre, bleuâtre même du lustre cantharide, mais ueanmoins toujours d’un ton jaunâtre dominant.
- Tome XVII.
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- Il me paraît que c’est un vernis très chargé d’oxide de plomb, auquel on a donné, par l’enfumage, la couleur que je viens de désigner.
- Ces lustres, comme tout ce qui a beaucoup d’éclat sans être cher, ont été très en vogue, très recherchés dans certainsino-mens; mais quand, par la facilité qu’on a de les obtenir, le commerce en a été inondé, on ne les a plus demandés, et ils sont tombés dans l’oubli.
- § 3. — Les métaux.
- Plusieurs métaux sont employés en nature dans la décoration des poteries ; il faut qu’ils soient malléables et inaltérables par l’action de l’air. Cette double condition réduit à deux les métaux convenables pour cet usage : ce sont l’or et le platine. On pourrait employer l’argent, le cuivre, etc., mais leur éclat et leur couleur s’altèrent promptement parle vapeurs sulfureuses, si fréquemment répandues dans nos lia-bitations. Aussi a-t-on renoncé entièrement à l’usage ou premier, qui a été quelques mornens en vogue, à cause de sa belle couleur et de son vif éclat.
- Pour que ces métaux puissent être employés au pinceau, à la manière des couleurs, il faut qu’ils soient mis dans un état de poudre très subtile et tellement fine, que, perdant uns partie de leur éclat, ils se présentent sous forme d'une poudre brune ou même noire.
- Cette poudre est néanmoins métallique, et sa couleur noire est due à la grande division du métal. Elle doit être, e* outre, délayée et broyée dans un véhicule visqueux, qui est, suivant la circonstance, de l’essence de térébenthine mêlée d’essence grasse, ou de l’eau fortement gommée.
- La dissolution chimique est le moyen qu’on emploie le plus ordinairement pour amener l’or et le platine à cet de division. Le mode de dissolution est le même pour të deux métaux ; c’est l’acide nitro-muriatique ou nitro-hydr0' chlorique, dit acide régalien (eau régale), qui l’opère.
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- Mais la manière de retirer le métal de cette dissolution est, comme on sait, différente pour chacun d’eux. Nous parlerons d’abord de l’or.
- À. On précipite l’or de la dissolution, soit par le protosulfate de fer (couperose ), soit par le proto-nitrate de mercure ; il est à l’état métallique, mais extrêmement divisé : dans le second cas, l’or est mis dans un état de division encore plus grand, et tant par cette division que par le mélange d’un peu de mercure à l’état de muriate ou d’oxide, il prend une couleur noire presque pure.
- C’est dans l’un ou l’autre de ces états qu’il faut l’amener pour qu’on puisse l’employer au pinceau, en le broyant avec l’huile essentielle de térébenthine ; mais il coule difficilement, et son emploi devient par là et long et dispendieux. Il faut pour le rendre plus beau, en même temps plus coulant, et par conséquent plus facile à employer, le soumettre avec soin aux préparations suivantes :
- t°. Faire le précipité avec du protosulfate de fer non altéré, et tenir la dissolution convenablement étendue d’eau.
- 2°. Le laver à grande eau, dans l’eau chaude, pour lui enlever le peu d’oxide de fer qui pourrait y être mêlé»
- 3°. On enlèverait cet oxide plus sûrement, en le lavant à l’acide muriatique ; mais l’action de cet acide semble rendre les molécules d’or plus grossières et plus dures ; il rend ainsi l’or moins coulant.
- 4°. Le faire sécher complètement au bain-marie ; une dessiccation trop forte l’empêche de couler.
- 5°. Le broyer avec soin sur une glace, en le délayant avec de l’essence de térébenthine mêlée d’un peu d’essence grasse. In broyage fait par une main lourde et inhabile écrase et téunit les molécules d’or, et produit dans la masse de nombreuses paillettes.
- b". Laisser l’or broyé séjourner pendant quelque temps SUr la glace avant de l’employer.
- 1°' Quand on y ajoute une grande quantité d’essence grasse, *1 devient plus visqueux, est plus difficile à employer, mais
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- il donne, par la cuisson, un or mat plus beau que l’or moulu du bronze (i).
- On préparé aussi , par la voie mécanique, l’or employé dans l’ornement des poteries, et l’on obtient en général par cette voie de l’or mat qui n’a besoin pour être très beau que de recevoir une cuisson à une température ordinairement inférieure à celle que l’on donne à l’or dissous.
- On emploie des feuilles d’or pur telles que les préparent les batteurs d’or ; on les broie sur une glace avec un divisant que l’eau chaude puisse enlever : c’est, suivant la pratique de chaque préparateur, tantôt du miel, tantôt du sucre, tantôt du sel marin ; mais la préparation de cet or ainsi divisé est si dispendieuse, que cette façon double presque le prit de l’or.
- Comme on le place ordinairement dans des coquilles de moules, on lui donne le nom d’or en coquille. On l’emploie à l’eau gommée.
- B. Le platine métallique et pur se dissout de même dans l’eau régale. On précipite sa dissolution avec du muriate d’ammoniaque ; on a un sel jaune, qui est de l’hydrochlorate de platine et d’ammoniaque, qu’on lave avec soin, c’est-à-dire en n’employant que la quantité d’eau indispensable car, comme il est un peu soluble dans l’eau, on en perdrai: beaucoup si on le lavait à trop grande eau.
- On décompose ce sel dans un creuset, en l’exposant â uni température incandescente. Le platine se présente à l’état métallique sous forme d’une masse spongieuse; on p® rendre cette masse encore plus divisée, en broyant le sel de platine avec du sel marin ; on enlève celui-ci après la cak>-nation, au moyen de l’eau bouillante.
- Le platine ainsi divisé est noir ; il est broyé et employé au pinceau comme l’or.
- (i) Ce procédé bien simple, mais d’une grande efficacité', est dûàM-f**^ Robert, de Sèvres; il a donné le moyen d’avoir des dorures mattes s01 qu’on nomme le biscuit, plus belles que celles des bronzes.
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- On fait aussi du platine en coquille qui offre un brillant métallique assez -vif.
- Ces me'taux, mis en ornemens ou en fond sur les poteries, doivent y être fixés par l’action du feu ; mais cette action ne suffirait pas pour les faire adhérer sur les poteries dont le vernis est une couverte terreuse, qui ne se ramollit pas à la température convenable à leur cuisson, telles que la porcelaine dure, les biscuits de quelques grès, etc. Il faut nécessairement y ajouter une matière qui, en se fondant à cette température, serve de lien entre le métal et la poterie. C’est pour ces deux métaux, du borax, ou, plus ordinairement, de l’oxide de bismuth.
- Quant aux poteries à couvertes plombifères, telles que les faïences grossières, les faïences fines, certains grès, les porcelaines tendres, etc., l’émail ou le vernis de ces poteries est un fondant suffisant pour les métaux qu’on y place.
- Lés métaux passés au feu, pour être fixés par la cuisson, y reprennent en partie leur éclat métallique. L’or devient jaune ou jaune-brun, mais mat; le platine reste gris. Il faut, pour leur rendre leur éclat complet, les polir ; et comme ce poli leur donne un éclat qui, placé à côté du mat, y joue le rôle du brun ou de l’ombre, on donne le nom de brunissage à cette sorte de poli.
- Il se pratique avec des outils d’agathe et d’hématite , taillés en cônes droits et courbes, montés dans une virole de cuivre sur un manche de bois.
- C’est avec le brunissoir d’agathe que l’on ébauche le poli ou brunissage, et c’est avec celui d’hématite qu’on le finit et qu’on donne le dernier poli, qui, pour être parfait, ne doit pas laisser voir la moindre raie.
- On peut comme dessiner sur l’or mat avec le brunissoir, et ombrer son dessin avec des hachures et du grené : c’est ce qui s’appelle brunir à l'effet. Ce genre d’ornement ne produit 50n effet que sous un certain jour, et n’a aucune durée.
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- ARTICLE II.
- POSAGE DES COULEURS , LUSTRES ET METAUX, SUR LES POTERIES.
- Les couleurs vitrifiables et les métaux divisés dont on orne les poteries sont, comme on l’a dit, d’un emploi très difficile ; ils sont ce qu’on appelle, en termes d’art, courts et lourds. On a donc dû chercher tous les moyens de les employer plus facilement et avec succès.
- On peut reconnaître cinq procédés différens de poser les couleurs et métaux sur les poteries : au pinceau, au putois, au mordant, par impression et par réserve.
- § 1er. — Posage et emploi au pinceau.
- Nous avons dit que, dans le plus grand nombre des cas, les couleurs et métaux se mettent sur les poteries cuites et recouvertes de leur enduit vitreux.
- On conçoit que la couleur doit adhérer difficilement sur une surface aussi lisse : on peut rendre cette surface un peu collante, en l’enduisant d’une légère couche d’essence qui fait déjà adhérer le tracé au crayon : il faut ensuite réduire, parle broyage, les couleurs à une grande finesse, et en y ajoutantune certaine quantité d’essence grasse, leur donner une viscosité qui retienne ces couleurs vitreuses et pesantes. On applique la couleur ainsi préparée, avec des pinceaux à poils longs et très déliés ; il faut ne revenir sur celle qu’on vient de poser que quand elle a acquis, par un commencement de dessiccation, une adhérence suffisante avec la surface de la poterie. Tels sont les principes du posage des couleurs au pinceau, ouïe mécanisme de la peinture en couleurs vitrifiables : nous ne devons pas y insister davantage.
- § 2. — Posage au putois.
- Lorsqu’au lieu d’orner les poteries de peintures proprement dites, on veut donner une couleur uniforme à une pièce on à une surface étendue de cette pièce, il faut mettre la cou-
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- leur le plus egalement possible. On n’y parviendrait pas avec le secours du seul pinceau; toutes les reprises paraîtraient, et l’on n’aurait jamais un fond uni ; mais après avoir broyé, essence et graisse la couleur convenablement, l’avoir même laissée quelque temps dans cet état dans un lieu chaud , pour quelle perde son humidité et qu’elle contracte une sorte de liaison avec son véhicule, on l’étend sur la pièce avec un pinceau ordinaire ; quand on l’a étendue le plus également possible, on prend un autre pinceau beaucoup plus gros que le premier, qu’on appelle un putois, et dont les poils se terminent tous par un plan perpendiculaire à la monture, de manière à lui donner la forme d’une brosse. Tamponnant avec cette espèce de brosse la couleur étendue sur la pièce, on en rend l’épaisseur parfaitement égale partout, et l’on fait disparaître toutes les traces du premier posage au pinceau. Cette opération s’appelle poser des fonds de couleur au putois.
- Pour que ces fonds soient beaux et très égaux, il faut presque toujours les mettre à deux couches.
- Il faut que la couleur ne- renferme aucune humidité ; sans cela elle pelotte. Il faut aussi se garantir de toute poussière, les petits corps qui la composent réunissant autour d’eux plus de couleur, produiraient sur le fond des épaisseurs qui font des taches, et qui sont très disposées à se détacher par écailles.
- On remarque que les couleurs posées ainsi brillent plus difficilement que celles qui sont étendues au pinceau.
- § 3. — Posage au mordant.
- Il y a certaines couleurs qui, pour produire leur effet, demandent à être mises à une assez grande épaisseur, ou qui, par leur nature vitreuse, ne pourraient pas être étendues également au moyen du putois.
- On pose ces fonds de couleur par le procédé du mordant. kt couleur doit être broyée, mais pas aussi finement que
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- pour le posage par les proce'dés pre'ce'dens , ou même seule-ment triturée ; elle doit être parfaitement sèche.
- On enduit la pièce sur laquelle on veut la placer avec une couche mince de ce qu’on appelle un mordant; c’est une huile grasse rendue visqueuse par la chaleur ou par son exposition à l’air. Cette huile se pose par le proce'dé du pinceau et du putois, et comme il est important qu’elle soit posée également, on la colore légèrement, afin de mieux juger son épaisseur.
- Lorsque la pièce ou la partie de la pièce qui doit recevoir la couleur a été recouverte du mordant, on prend la couleur broyée et bien sèche, on la met dans un tamis dont la soie a une finesse déterminée, et l’on saupoudre cette couleur sur la pièce ; elle s’attache sur les seules parties enduites de mordant : on nettoie le reste de la pièce de.la.pous-sière de couleur qui peut y être restée.
- Ce procédé s’emploie principalement pour le posage des fonds au grand feu.
- § 4- — Posage par réserve.
- On veut quelquefois peindre sur un fond des ornemens ou des objets d’une autre eouleur. Or, par la nature des couleurs vitrifiables, il est très rare qu’une couleur puisse être placée sur une autre avec succès. Ou bien la couleur inférieure agit sur la supérieure, ou bien, lors même que l’une ne ferait pas tomber l’autre par écailles , elle se verrait à travers, en raison de la transparence de la plupart des couleurs vitrifiables, et salirait ainsi celle de dessus ; il faut donc réserver la place de cette dernière, au milieu du fond qu> doit l’entourer. Dans le plus, grand nombre des cas, onna pas d’autre moyen que d’enlever avec un grattoir la couleur inférieure et de réserver ainsi la place de la supérieure. Mais ce procédé est très long, et exige beaucoup d’adresse, car les fautes sont presque irréparables.
- On a employé quelquefois un autre moyen.
- 11 consiste à peindre sur la pièce blanche avec une ®a"
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- tière gommeuse, susceptible par conséquent de se dissoudre dans l’eau, l’ornement ou l’objet qu’on veut entourer d’un fond de couleur. On laisse sécher complètement cette peinture à la gomme, et quand elle est devenue parfaitement ferme, on pose le fond de couleur délayé dans une huile essentielle, sans avoir égard aux parties dont la place est occupée par la couleur 4fcKoluble dans l’eau. On laisse aussi sécher le fond mis avec le véhicule huileux, et lorsqu’il a pris de son côté la fermeté nécessaire, on plonge la pièce dans l’eau ; ce liquide enlève les parties de couleurs à la gomme, et ne touche pas au fond de couleur à l’essence. La place des objets à peindre sur le fond est donc mise à nu , et en état de recevoir les couleurs vitrifiables qui doivent être employées pour peindre cet objet.
- § 5. — Posage par impression (i).
- Le but qu’on se propose est de transporter sur le vernis ou le biscuit d’une poterie un dessin quelconque qui a été gravé sur une planche de métal, et par conséquent de multiplier sur la poterie, par un procédé beaucoup plus prompt que l’exécution à la main, les épreuves de ce dessin, comme on les multiplie sur le papier et les étoffes, par la voie ordinaire d’impression.
- 11 y a deux procédés différens : par le premier A, le transport du dessin se fait de la planche sur la poterie par la voie du papier ; par le second B, ce transport s’opère au moyen de la gélatine. Ils peuvent s’appliquer aux mêmes poteries ; mais en général le second ne s’applique guère qu’aux poteries
- (0 On a déjà dit quelque chose de ce procédé dans ce Dictionnaire, L XI, à l’article Impression sur poterie, et T. XV, page 433, à la suite 3e l’article Peinture sur faïence ; mais, outre quelques inexactitudes qui * Souvent dans ces articles, et qui sont un inconvénient presque inévitable ’hos la description d’un art, quand on ne l’a pas pratiqué, il m’a semblé qu’on Pouvait y revenir ici d’une manière en même temps plus générale, plus précise
- «plus détaillée.
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- vernissées, tandis que le premier s’applique également sur lt
- biscuit et sur le vernis.
- A. Impression au moyen du papier.
- Nous ne parlerons ni de la gravure de la planche; elle est la même que pour l’impression au^pipier; seulement, lorsqu’on doit fournir un très grand nombre d’épreuves, on préfère l’acier au cuivre; ni de la composition des valeurs ; ce doit être des couleurs vitriüables , appropriées à l’espèce de la poterie sur laquelle on veut placer le dessin; ni du tirage, qui se fait à la presse de l’imprimeur en taille-douce, comme pour toute autre gravure.
- La différence entre les deux procédés ne commence qu’à la composition de l’encre et à la préparation du papier.
- L’encre est encore à peu près la même que celle des imprimeurs en taille-douce; mais comme une partie du succès de l’impression dépend de sa préparation, l’imprimeur snr'poterie doit la faire lui-même , afin de donner à l’huile de lin, parle recuit, la viscosité convenable. Il y ajoute ensuite la quantité de couleur vitrifiable nécessaire pour que le dessin transporte sur la pièce soit net et bien senti après l’expulsion des partis huileuse et combustible de l’encre.
- On charge la planche avec cette encre : le choix des teints est d’une assez grande importance pour le succès de lim" pression.
- Le papier sur lequel on tire les épreuves de la planche ans1 chargée doit être du papier josepli, c’est-à-dire de papier & absolument sans colle et convenablement humecté; on lui ‘ir sait subir autrefois diverses préparations avec du sel wan“‘ du savon, etc., mais on a reconnu l’inutilité de ces procédé'1 Aussitôt que le dessin a été transporté de la planche sur le P1 pier, on place ce papier dans l’eau, ou plutôt sur l’eau.
- On prépare alors la pièce à imprimer.
- Si c’est une poterie vernissée, on enduit le vernis ou 1»cot verte avec une espèce de mordant qu’on nomme
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- composé d’essence de térébenthine, à laquelle on a ajouté environ un douzième de copal ou de térébenthine de Venise ; on fait complètement sécher cet enduit. La pratique a fait connaître que cet enduit, qu’on ne met pas sur le verre, n’est pas indispensable sur la faïence ni même sur la porcelaine, mais il amène le succès du décalcage.
- On prend alors le papier qui porte l’épreuve de la planche et dont on a enlevé l’eau en excès, eu le faisant égoutter sur du papier buvard ou sur de la flanelle , et l’appliquant sur la pièce de poterie de manière que le dessin ou la gravure soit mis dans la place qui lui convient ; on décalque cette gravure en appuyant sur le papier au moyen d’un tampon de feutre, ou mieux encore à l’aide d’un petit rouleau emmanché, garni en feutre.
- On humecte de nouveau le papier, si cela est nécessaire, et on l’enlève. La gravure qu’il portait a été entièrement transportée sur la poterie vernissée.
- L’impression sur le biscuit s’opère encore plus facilement, la surface rnatte du biscuit n’a pas encore besoin de préparation. La couleur vitrifiable ne doit pas contenir de fondant, l’enduit vitreux qu’on place sur la pièce et qui recouvre l’impression devant en tenir lieu. Comme cet enduit, délayé dans l’eau, ne prendrait pas sur les traits de la gravure faite avec une matière huileuse, on est obligé d’exposer les pièces de biscuit imprimées, avant de les passer en émail en vernis ou en couverte, à une température assez élevée pour faire volatiliser entièrement la matière grasse. C’est un feu de plus qu’elles doivent éprouver; mais ce feu est peu dispendieux.
- B. Impression à la colle ou à la gélatine.
- Ce procédé est plus long que le précédent, mais il a deux avantages sur lui : premièrement, de donner les épreuves beau» coup pluS nettes ; secondement, de ne fatiguer en aucune ina-niere les planches de cuivre les plus précieuses.
- Ou prépare une dissolution presque limpide de colle-forte
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- ou de gelée animale, à laquelle on donne la consistance d’un sirop visqueux. On la coule chaude dans une assiette de faïence, sur un plat ou sur toute autre surface parfaitement lisse, de manière à avoir, parle refroidissement, une plaque de gélatine de quatre à cinq millimètres d’épaisseur qui a la solidité de la gomme élastique.
- On charge la planche de cuivre dont on veut tirer une épreuve, avec une huile siccative mêlée d’un peu d’essence de térébenthine, et on l’essuie à la main à la manière des imprimeurs en taille-douce. On voit qu’on n’a mis dans cette huile, ni par conséquent dans la taille de la planche, aucune couleur vitreuse ou vitrifiable.
- On applique la plaque de gélatine mentionnée plus haut, ou une partie de cette plaque seulement, sur la planche de cuivre ainsi chargée. On peut aussi appliquer la planche de cuivre par un mouvement de roulement sur cette gélatine, à laquelle on a donné une courbure convexe en la plaçant sut un demi-cylindre de bois garni de flanelle.
- Par l’un ou l’autre procédé, et à l’aide d’une faible compression, exercée simplement avec la main, on transporte sut la plaque de gélatine le dessin gravé sur la planche de cuivre. On n’oublie pas que la planche n’a été chargée qu’avec de l’huile.
- On prend alors cette plaque de colle qui a reçu l’empreinte, et on la déealque sur la pièce de poterie sur laquelle on veut la placer , en appuyant fortement, mai' également, sur la plaque de gélatine ; le dessin à l’huile h quitte pour se fixer complètement et très nettement sur la fc' terie. On enlève la plaque de colle ; et comme l’huile do®1 elle était chargée est transparente, à peine voit-on sur lapièci de poterie le dessin qui y a été décalqué.
- Alors, avee une espèce de tampon de coton cardé très fin; on prend une couleur vitrifiable, réduite par le broyage à h plus grande ténuité et parfaitement sèche, et Ton saupoadm cette couleur sur la pièce de poterie qui a reçu le dessin Les traits à l’huile seuls se chargent de couleur, et la R
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- tiennent ; on enlève facilement avec un pinceau de poils de blaireau la couleur tombée entre les tailles et sur les differentes parties de la pièce qui entourent le dessin. Le dessin est maintenant rendu exactement, complètement et nettement avec une couleur vitrifiable qu’il ne s’agit plus que de cuire, c’est-à-dire de parfondre au feu.
- On peut charger l’huile de'pose'e par la ge'latine sur la pièce de toutes sortes de couleurs vitrifiables, qui doivent contenir leur fondant, si le de'calcage s’est exe'cuté sur porcelaine dure; On peut également la charger d’or en poudre, et obtenir par ce moyen des ornemens en dorure à larges parties, au lieu des traits maigres que donne le procédé décrit en A. Mais cette dorure, dont l’invention est due à M. Legros d’Anisy, n’acquiert jamais sous le brunissoir le poli éclatant de la dorure à la main, et elle n’a pas non plus la même solidité.
- ARTICLE III.
- CUISSON DES COULEURS ET METAUX DONT ON DÉCORE DES POTERIES.
- Ce sujet ayant été déjà traité par M. Bastenaire-Daudenard, dans le volume précédent, à la fin de l’article Peinture , page 5o3 , nous n’en parlerons ici que pour n’omettre aucun des procédés qui constituent l’ensemble des arts céramiques.
- La température convenable pour cuire les couleurs vitrifiables, c’est-à-dire pour les fondre et pour les faire adhérer aux vernis, émaux ou couvertes, et même les faire pénétrer un peu dans les premiers , est de beaucoup inférieure à celle qui est nécessaire à la cuisson de ces enduits vitreux ; elle peut être d’autant plus faible, que l’enduit vitreux est lui-même plus fusible. On peut donner une idée des limites de cette température, en disant qu’elle s’étend depuis le rouge sombre, jusque vers la fusion de l’argent, mais encore à une assez grande distance de cette fusion, ou bien du troisième jusque vers le cinquième degré du pyromètre de Wedgwood.
- Les fourneaux dans lesquels s’opère cette cuisson portent le nom de moufles. Ce sont des espèces de boîtes rectan-
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- gulaires en terre cuite , dont la partie supérieure est voûtée la plaque de la partie antérieure sert de porte pour introduire les poteries : on la ferme en la lutant avec de la terre à four, etc.
- Cette partie est le laboratoire ; au-dessous est le foyer, dont la bouche est antérieure ; la cheminée est souvent formée par un grand nombre d’ouvertures pratiquées dans une plaque cintrée placée au-dessus, et à très peu de distance de la moufle , etc. ; elle est comme prolongée par le canal ou tuyau de la hotte de cheminée, sous laquelle on place ordinairement ce fourneau.
- Ce mode de fourneau est le plus général ; mais on le modifie suivant les pays et les usages. Ainsi, en Allemagne, dans plusieurs fabriques , la moufle est placée dans un fourneau à deux alandiers latéraux.
- Dans d’autres circonstances, où les pièces à cuire en couleur sont très abondantes et se succèdent avec assez de rapidité pour que la cuisson soit presque continue, on a cui dans des moufles portées sur un traîneau de fer , et qu’on faisait passer dans un fourneau long à alandiers latéraux, ou même à foyer inférieur; le milieu, ou plutôt la chambre du milieu de ce fourneau, était portée constamment à la température nécessaire pour parfondre les couleurs. Les chambres d’entrée et de sortie de la moufle ou de cette espèce de laboratoire mobile, étaient tenues à une température beaucoup pte basse, de manière à laisser les pièces de poterie s’échauffe1 graduellement en entrant, et se refroidir de même en sortant, précaution nécessaire pour éviter les fractures. Un four de ce genre, très singulier et très remarquable, mais beaucoup trop compliqué , a été employé pendant long-temps à la manufacture royale de Sèvres, pour cuire les peintures et dorure sur porcelaines tendres et sur porcelaines dures (i). Un four-
- (i) On trouvera le plan et la coupe de ce fourneau, et son explication, <3l” j’ai fournis à M. Dumas, dans le second volume de sa Chimie applique a® Arts.
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- neau semblable, mais beaucoup plus simple, a été construit et employé par M. Legros d’Anisy, pour cuire les décorations sur faïences fines.
- On ne cuit les porcelaines à couleurs vitrifiables qu’avec du bois ou du charbon de bois. Dans ce dernier cas, le fourneau de moufle est construit différemment ; et pour indiquer en deux mots lê principe de sa construction, nous dirons que le foyer enveloppe le laboratoire, et qu’ici bouche et cheminée sont confondues avec le foyer. C’est ainsi que se cuisent, à Sèvres et à Vienne, les peintures délicates ; mais on a abandonné cette méthode dans le premier endroit.
- Le feu doit être conduit d’abord lentement, et ensuite avec vivacité, pour que les couleurs prennent, en se parfondant, le glacé, qui est un de leurs mérites.
- On juge du feu par trois moyens :
- i°. La couleur rubescente plus ou moins vive de l’intérieur delà moufle. 11 faut, pour établir un jugement certain d’après ce moyen , un coup d’œil sûr et une grande habitude. Les personnes qui jouissent de ces deux moyens se trompent moins qu’avec des instrumens ; mais on sait que ces qualités sont individuelles et qu’elles ne peuvent pas se transmettre.
- a0. Par des montres ou pjroscopes. On sait que la couleur rose tirée du précipité d’or par l’étain, et qu’on appelle en Chimie pourpre de Cassius, et dans Fart de la peinture en couleurs vitrifiables carmin d*or, varie beaucoup de couleur, suivant la température à laquelle on l’expose; cette variation s étend depuis le rouge sale de la brique jusqu’au pourpre-violâtre sale : la nuance intermédiaire présente le beau rose.
- On met donc quelques taches de cette couleur sur des petits morceaux de la poterie dont on veut cuire les peintures , et c’est surtout à la porcelaine que s’applique ce procédé ; °n fait entrer ces plaquettes chargées de carmin d'or, et portées à l’extrémité d’un fil de fer, dans l’intérieur de la moufle, au milieu des pièces à cuire ; en les retirant de temps temps, on juge, par la couleur que prend ce carmin , la température de l’intérieur de la moufle et le moment où, les
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- couleurs devant être regarde'es comme bien cuites, il fait cesser le feu. C’est un pyroscope très bon et très délicat, tellement délicat, que la manière de broyer le carmin à l'essence ou à l’eau, la manière de l’étendre, etc., lui font prendre de nuances un peu différentes.
- 3°. Par un pyromètre métallique. C’est un moyen que j’ai employé à la manufacture royale de porcelaines de Sèvres. pour apprendre, non—seulement à juger le feu, mais encore i en connaître la marché.
- Cet instrument consiste dans un barreau d’argent fin de 2 décimètres de long, qu’on place dans l’intérieur de h moufle, au milieu des pièces à cuire ; sa dilatation doit faire connaître l’élévation de la température, et le point jusqu’oi l’on doit la mener. Pour que cette dilatation puisse être jugée hors du fourneau , le barreau est placé dans la rainure d’une barre de porcelaine dure en dégourdi ; il are-boute à l’extrémité de cette rainure, et toute sa dilatation se reporte w l’autre extrémité. Il pousse alors une baguette de dégourdi de même nature que son support, qui fait mouvoir hors de la moufle une aiguille dont les dimensions sont calculées pour multiplier par cent l’extension que la dilatation fait éprouver au barreau d’argent. L’extrémité libre de cette aiguille parcourt un arc de cercle divisé en 3oo degrés ; 10 degrés de cet arc équivalent à très peu près à i oo degrés du thermomètre centigrade.
- La cuisson des couleurs sur porcelaine a une latitude depuis 200 degrés jusqu’à 290. A 3i5 ou 325 environ de ce pyro-mètre , l’argent se fondrait ; c’est ce qui m’a fait dire que le maximum de cuisson des couleurs vitrifiables n’était pas très éloigné de la fusion de l’argent.
- On voit que cet instrument est encore très imparfait, qud ne donne pas des mesures absolues de température, i»® qu’il fait connaître seulement la différence qu’il y a entre h dilatation d’un barreau d’argent de 2 décimètres de long »et celle d’une barre de porcelaine dure dégourdie d’une égal* longueur.
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- La cuisson fixe les couleurs vitrifiables, et en les fondant leur donne de la transparence et de l’éclat. Lorsqu’elles sont appliquées sur une couverte qui n’agit pas sur elles, elles n’éprouvent pas d’autre changement, ainsi que nous l’avons déjà dit; mais ce changement en diminue et l’intensité et quelquefois le ton, il détruit donc l’harmonie d’un tableau, et diminue la vigueur des peintures d’ornemens ; il faut alors les recouvrir d’une nouvelle couche de couleurs, les recuire de nouveau, et quelquefois même leur donner encore quelques nouvelles retouches , et les cuire une troisième fois. La température de chaque cuisson va toujours en diminuant ; cette diminution résulte de ce qu’à chaque fois on a mis moins d’épaisseur de couleurs, que celles de dessous facilitent la fusion de celles de dessus, et qu’enfin, une si fréquente répétition de la même température pourrait altérer les couleurs qui l’auraient déjà éprouvée une ou deux fois.
- CLASSIFICATION ET CARACTÈRES DES DIVERSES SORTES DE POTERIES.
- Quoiqu’il soit possible, ainsi que nous l’avons fait pressentir au commencement de ce traité, de fabriquer des variétés presque innombrables de poteries qui passent des unes aux autres par des nuances insensibles, il est cependant assez remarquable que, dans l’état actuel de cette fabrication, si ancienne et si universelle, on puisse établir parmi les poteries, en y comprenant même les terres cuites, plusieurs groupes distincts assez bien caractérisés, et auxquels on peut donner le nom de classes.
- On peut diviser toutes les sortes de poteries connues actuellement, en sept classes, et attribuer à chacune de ces classes, à la manière des naturalistes, des caractères assez précis et tirés de leurs propriétés les plus essentielles.
- Nous ne prétendons pas qu’il ne puisse s’en établir dans la suite un plus grand nombre ; que certains procédés ne puissent faire naître des poteries qui participent à peu près également
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- des deux classes. Si ces nuances, ces incertitudes et ces etn-branchemens se trouvent dans toutes les divisions que nous voulons e'tablir parmi les corps naturels, à plus forte raison doit-on les rencontrer dans les produits de l’industrie humaine. Mais de ce qu’une classification ne peut pas être rigoureuse et absolue, faut-il abandonner ce proce'de' d’étude, d’où résultent des idées et des points de vue qui conduisent, dans les Arts comme dans la nature, à la découverte de propriétés communes et de principes généraux? Je ne le pense pas. J’ai donc cherché à procéder par ce moyen à la description des arts céramiques. C’est d’après ces principes que j’ai cru pouvoir répartir en sept classes tous les produits de ces arts; et comme il faut des dénominations simples et fixes à ces classes, afin de leur appliquer constamment les caractères qui leur conviennent, je les désigne parles noms suivans :
- ire classe. Terrescuites, renfermant la plastique desanciens;
- 2e classe. Poteries communes ;
- 3e classe. Faïences communes ou italiennes ;
- 4e classe. Faïences fines ou anglaises ;
- 5e classe. Grès-cérames ou poteries de grès ;
- 6e classe. Porcelaines dures ou chinoises ;
- •f classe. Porcelaines tendres ou françaises.
- Nous allons donner les caractères techniques de ces classes, exposer les procédés de fabrication propres à chacune d’elles. et comme nous avons déjà exposé les procédés généraux, il sera quelquefois suffisant ou d’y renvoyer simplement ou d indiquer les circonstances par lesquelles ces procédés particuliers diffèrent des généraux ; enfin, nous prendrons des exemples^ chaque classe dans les poteries les plus célèbres ou les pi"5 connues.
- L’ordre que je suivrai dans l’exposition des propriétés e1 des procédés caractéristiques de chaque classe ou sorte de p0' terie sera celui dans lequel j’ai exposé la série des procédé? généraux.
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- PREMIÈRE CLASSE.
- TERRES CUITES.
- C’est ici que l’expression de poterie est inapplicable ; et c’est ce genre de produits qui nous a force's à adopter l’expression d’arts et de pâtes céramiques, de préférence à celle de poterie ; car on ne peut appliquer ce dernier nom à la plupart des produits de cette classe, qui renferme les briques, les carreaux, les tuiles, fourneaux, etc., des ornemens, des bas-reliefs et des figures en terre cuite.
- Les produits céramiques compris dans cette classe comprennent la plupart des productions qui faisaient partie, chez les anciens, de l’art nommé plastique; ils les renfermeraient tous, si la plastique ne s’était exercée aussi sur des matières différentes de l’argile, mais susceptibles comme elle de recevoir des formes, telles que le plâtre, la cire, etc.
- Les terres cuites sont des « produits céramiques à pâte » souvent hétérogène , à cassure terreuse , à texture po~ » reuse, n’étant ordinairement recouverts d’aücun enduit vi-» treux. »
- Leur pâle est composée généralement d’argile figulïifè ou de marne argileuse ; elle est marchée, mais rarement lavée.
- Elle est dégraissée, soit avec du sable, soit avec du ciment, des escarbilles et autres matières grossières (les briques, les carreaux, les fourneaux). L’enduit vitreux est presque toujours nul; quand on en met, c’est un vernis de plomb (les
- tuiles de Hollande, les conduits d’eau).
- Eafaçonnage est grossier ; il se fait à la main, et rarement dans des moules plus ou moins soignés. C’est une des classes de poteries auxquelles s’appliquent le plus fréquemment les. m»yens mécaniques de pression (i).
- (Ù Je connais plusâe douze procédés proposés et même mis en pratique, fabriquer des briques et des carreaux, à l’aide de la presse.
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- La cuisson est simple, et sa température s’étend depuis la simple dessiccation à un soleil ardent , jusqu’à une cuisson voisine de celle du grès-cérame.
- Le four est tantôt nul, c’est-à-dire que les pièces à cuire sont disposées de manière à le former; tantôt c’est une enceinte carrée à bouches inférieures multiples sans cheminée déterminée.
- L g foyer est tantôt inférieur, tantôt latéral et tantôt interposé dans le laboratoire avec les pièces.
- Le combustible est, soit du bois en bûches ou fagots, et alors le foyer est inférieur ou latéral, soit de mauvaise houille, quelquefois même les résidus d’autres fourneaux, soit de la tourbe, et- alors le foyer est interposé (cuisson des briques en Angleterre, à Auteuil près Paris, etc.).
- Tels sont les caractères de cette fabrication.
- Les produits céramiques qui lui appartiennent sont les suivans :
- Briques, carreaux, tuiles ;
- Fourneaux de laboratoire ;
- Fourneaux et réchaux domestiques, chaufferettes, etc.; Pots à fleurs, vases de jardin sans émail ;
- Tuyaux de conduite pour la fumée, etc. ;
- La plastique, et ses diverses applications en ornemens et en figures.
- Les plus grossiers de ces produits sont en général les briques, les tuiles et les carreaux, puis les fourneaux de laboratoires.
- Les détails de fabrication des premiers ayant été donnes dans ce Dictionnaire, T. III, à l’article Briquetier, TmuO' Carrelier , nous n’y reviendrons pas.
- La fabrication du Fourneau de laboratoire a été déente dans ce même ouvrage, T. IX, page 402> et nous ? ren" voyons (i).
- i £•*
- (i) Je me permets d’indiquer aussi l’article Argile du Dictionnam • Sciences naturelles, publié par Levrault, où j’ai donné, T. III, PsSe 1
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- Les autres terres cuites à texture plus homogène et plus fine, qui renferment les fourneaux domestiques, les re'chaux, les chaufferettes, les tuyaux de conduite de fumée, etc., ne diffèrent des précédentes que par l’introduction d’un ciment moins grossier, même de sable, et d’une fabrication plus soignée. Leur pâte est souvent composée exactement comme celle des poteries grossières ; elles cuisent dans le même four qu’elles, et n’en different que parce qu’elles ne reçoivent aucun enduit vitreux.
- Quelques-unes se rapprochent aussi des grès-cérames, mais elles s’en distinguent par une texture plus lâche, par moins de dureté, et surtout par une composition qui ne leur permettrait pas de supporter une aussi haute température.
- La Plastique, expression empruntée des anciens, et qui indique plutôt un art qu’un produit, renferme pour nous toutes les productions en terre cuite auxquelles l’art du sculpteur et même celui du statuaire a contribué.
- 11 a, chez les modernes, beaucoup moins d’extension qu’il n’en a eu chez les anciens, et il peut paraître assez remarquable que les arts céramiques, qui, sous le rapport des pâtes et des vernis, sont restés dans l’enfance pendant une si longue suite de siècles, aient été, au contraire, portés très loin dans l’antiquité sous le rapport de la plastique, qui consiste à faire en terre cuite des ornemens, des ustensiles, des statues mêmes, d’une assez grande dimension.
- Il reste une multitude de fragmeos de corniches, d’enta-hlemens, de mausolées, de tombes en terre cuite, qui faisaient partie d’édifices d’une grande étendue, et qui sont ornés de sculptures et de bas-reliefs composés avec autant goût et de style, qu’exécutés purement, exécution dont
- histoire et la fabrication des Briques, des Tuiles et des Fourreaux, ,,tc écs de'veloppemens assez étendus , et quelques détails qui ne sont pas ,'IT1S bs articles dn Dictionnaire Technologique, auxquels je viens de ren-’ oser: ils concernent surtout la manière de cnire les briques à la houille et h la tourbe.
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- le mérite reconnu et admiré du temps de Pline, donnait à
- ces produits une valeur considérable.
- Ce procédé a été surtout très fréquemment employé pour de petites tombes, dont on trouve encore un grand nombre dans l’ancienne Étrurie, et pour faire ces sortes d’ornemens du bord des toits plats, qu’on appelle antéfixes.
- Les figures antiques en terre cuite ne sont pas moins nombreuses que les ornemens, mais la plupart sont d’assez petite dimension; cependant les anciens savaient aussi en faire de très grandes. Pline cite une statue de Jupiter , placée au Capitole, une d’Hercule encore célèbre de son temps, et il ajoute une longue énumération des artistes qui s’étaient distingués dans l’art de la plastique. Enfin, on vient d’en avoir tout récemment un nouvel exemple dans une figure de Bacchante du plus beau travail et de grandeur naturelle, qu’on a découverte à Rome (i).
- On ne peut pas dire que cette partie des arts céramiques ait été inconnue ni même entièrement abandonnée dans les temps modernes ; mais il est assez singulier qu’on l’ait presque entièrement appliquée à des objets sans style, sans goût et sans mérite, tels que ces figures habillées dont on peuple certains jardins, les mauvaises figures mythologiques et allégoriques placées sur les poêles d’antichambres, etc.
- DEUXIÈME CLASSE.
- POTERIE COMMUNE.
- •( Poterie grossière, grosse poterie. )
- « C’est une poterie à pâte homogène, tendre, à cassure » terreuse,.A texture poreuse ; opaque, colorée, recouverte » d’un vernis translucide, plombifère. »
- (i) Lettre de M. Pietro Visconti, à M. Raoul-Rochette, datée deRoBli' 1er juillet 1829.
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- La pâte est composé ed’argile figuline et même plastique , de marne argileuse, de sable.
- Venduit vitreux, principalement plombifère, est tiré de la galène (alquifoux), de la litharge ou du minium, et coloré par le manganèse ou le cuivre.
- Le façonnage est grossier, rapide ; il se fait sur le tour à roue, mais ordinairement sans modèles ni moules.
- La cuisson est simple, plus souvent double ; sa température, faible, s’étend depuis le rouge-brun jusqu’au rouge-blanchâtre. Elle est la même pour le biscuit et le vernis.
- Le four, en demi-cylindre couché, est très haut, souvent divisé dans la hauteur en deux laboratoires.
- 11 n’y a pas d’encastage; les pièces, même vernissées, s’enfournent en charge, c’est-à-dire les unes sur les autres.
- C’est une des poteries les plus répandues et des plus anciennes ; c’est la première et la plus simple des poteries, c’est bien aussi la plus grossière sous tous les rapports.
- Ses seuls avantages sont d’aller assez bien au feu des foyers domestiques sans se briser, et d’être à un prix des plus modiques : dans la plupart des fabriques de ces poteries, la douzaine d’assiettes ne passe pas i fr. 5o c., et quelquefois elle n’est que de i fr. 20.
- Mais ces poteries à terre poreuse et lâche n’ont aucune ténacité ; elles se laissent aisément pénétrer par les corps gras, et s’empuantissent en peu de temps. Leur vernis plombifère, très tendre, est très altérable, et peut, dans beaucoup de cas, devenir nuisible à la santé.
- On a cherché à perfectionner cette poterie en lui donnant on tissu plus serré et un vernis purement terreux , et cependant aussi fusible que le vernis plombifère. C’est à M. Fourmy qu’on doit les recherches et les tentatives d’exécution de cette sorte de poterie ; mais il paraît qu’on n’a pas encore pu réussir à introduire ce genre de perfectionnement dans la fabrication en grand, usuelle et économique, ni pu atteindre le prix si bas de la poterie commune à vernis plombifère ; or le prix est la qualité que le peuple, grand consommateur de cette
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- sorte de poterie, prise au-dessus de tout ; et comme malheureusement il n’est pas convaincu du danger de la poterie plom-bifère , il lui donne toujours la préférence, même à prix égal, sur la poterie salubre , parce que cette dernière n’offre pas les couleurs brillantes, le vernis luisant qui frappe les yeux et attire le choix des personnes dont les sens ne sont en général émus, même dans les plus petites choses, que par des qualités et des propriétés tranchées.
- Cette classe renferme des poteries bien dissemblables au premier aspect : depuis ces vases, ou plutôt ces ustensiles de ménage, les plus grossiers en épaisseur à pâte sans vernis ou couverte d’un vernis épais, et qui sont fabriqués par les peuples sauvages et par les paysans de toutes les contrées européennes, jusqu’à ces célèbres vases grecs, à pâte fine, à parois minces, remarquables par leur légèreté, la pureté de leurs formes et par le dessin aussi caractérisé que naïf de leurs ornemens et de leurs figures.
- Nous aurons donc à choisir nos exemples dans trois catégories ou sections différentes :
- i°. Parmi les poteries de fabrication moderne des peuples européens ou des peuples des autres parties du monde qui en ont adopté les arts ;
- 2°. Dans les produits de la fabrication encore plus imparfaite des peuples de l’Asie, de l’Afrique ou des Amériques, qui suivent encore les préceptes industriels de leurs ancêtres;
- 3°. Parmi les produits céramiques de l’antiquité.
- Les résultats essentiels, les propriétés caractéristiques de ces trois sortes de fabrication sont les mêmes, mais les procédés de fabrication sont assez différens.
- Première section-. — Poteries communes par procédés européens.
- Nous prenons pour type ou module la fabrication de Pan5 et des environs, qui a pour produit des terrines, poêlons-marmites, etc., vernissés en jaune, en brun ou en vert.
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- La pâte est composée d’argile plastique brune, extraite au sud de Paris, près des villages de Gentilly, d’Arcueil, de Yaugirard, de Vanvres, d’Issy, et de sable siliceux, mélangé naturellement d’un peu de marne ferrugineuse des hauteurs au sud et au nord de Paris.
- Les matières sont mêlées à peu près dans les proportions suivantes :
- Argile.................. 80
- Sable de Belleville (1)... 20.
- Le sable impur est ici la matière dégraissante.
- On ne lave pas l’argile, on se contente de l’éplucher, pour enlever les pyrites ( fer-à-mine des ouvriers ) qu’elle peut contenir.
- On ne broie pas le sable.
- On mêle ces matières par le marchage ; on y ajoute des tournassures ou plutôt des rognures de pâte déjà maniée, et la pâte est fabriquée.
- La seule façon qu’on donne aux pièces rondes est Vébau-àioge; cependant on tournasse quelquefois l’intérieur de certaines pièces.
- On distingue deux sortes de tours :
- t°. Celui auquel on donne ce nom , et que nous avons décrit et figuré (PI. 58, fig. 3), si ce n’est qu’il est fait beau-coup plus grossièrement : le potier ne l’emploie que pour les petites pièces.
- 2°- Celui qu’on nomme roue, et qui est destiné aux grandes Pleces. Il diffère du précédent par d’assez nombreuses cir-c°nstances : la roue n’est pas pleine ; elle a environ i/j déei-
- Le sable employé' est composé à peu près comme il suit :
- Silice.................. 970
- Alumine.................. 20
- Chaux..................... 5
- Fer hydraté.............. 14
- 1000.
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- mètres de diamètre, et est composée de jantes réunies obliquement à l’axe par quatre rayons en fer. L’ouvrier ne la fait pas tourner avec ses pieds ; au contraire, assis sur une planche inclinée vers la roue et qu’on nomme siège, il a les jambes écartées et les pieds arc-boutés sur deux traverses nommées pajens, inclinées vers le siège, et garnies de coches pour retenir ses pieds. Il prend un bâton qu’on appelle toumoir, et poussant les rais de la roue avec l’extrémité pointue de ce bâton, il lui imprime assez de mouvement pour qu’il puisse ébaucher la balle de pâte qu’il a placée sur la girelle du tour.
- Les pièces ovales se façonnent à la main.
- Les garnitures, telles qu’anses de pots, manches de poêlons, oreilles de marmites, se font aussi à la main sans aucun modèle ni moule, et s’ajustent immédiatement sur la pièce.
- Cependant quelques pièces rectangulaires ou de formes très composées, comme réchauds, chaufferettes, etc., se font dans des moules de plâtre, qui donnent seulement l’extérieur de la pièce.
- Les pièces faites et séchées, sont portées au four pour être biscuilêes.
- Le four est assez semblable à celui dans lequel on cuit h faïence (PL 63, fig. i); mais il a, comme celui de la pot" celaine tendre (PI. 62, fig. 2), deux laboratoires séparés par une voûte percée de carreaux. Le but de cette séparation est de soulager les pièces inférieures du poids des pièces supérieures , l’enfournement se faisant entièrement en charge, c’est-à-dire sans aucun support entre les pièces.
- Il n’y a pas d’encastage ; les pièces crues se placent les un® sur les autres dans le second étage , ou second laboratoire.
- Le feu qu’elles ont reçu leur a donné entièrement la cuisson nécessaire ; le second feu qu’elles vont recevoir n’a pour objet que de fondre le vernis.
- La cuisson est donc généralement double, mais pas ess® bellement ; car il y a des fabrications où elle est simple, ain:' qu’on le verra en parlant des poteries grossières d’Épernav.
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- Le vernis de la sorte de poterie que nous décrivons particulièrement est essentiellement plombifère, et fait, suivant sa couleur, à peu près dans les proportions suivantes :
- Le jaune.
- Minium ou litharge............ .............. 70
- Argile plastique de Yanvres, délayée......... 16
- Sable siliceux de Belleville................ 14-
- Le brun.
- Minium....................................... 64
- Argile....................................... i5
- Sable........................................ i5
- Manganèse de Romanesche, près Mâcon (1).. 6.
- Le vert.
- Minium......................................... 65
- Argile....................................... 16
- Sable........................................ 16
- Protoxide trituré de cuivre rouge (2) , que les potiers nomment improprement calamine. . 3.
- Ces matières, mêlées ensemble, sont broyées sous des meules en grès mues à bras, à l’aide d’un manche vertical attaché sur un point de la circonférence de ces meules. Les matières délayées dans l’eau sont versées par l’œil de la meule.
- Ce vernis se met, à Paris, par immersion, ou par arrosement , lorsqu’on ne veut vernisser qu’une partie ou qu’une face de la pièce.
- On procède à l’enfournement. Le four dont je viens d’indi-(per l’espèce et la structure particulière est carré ; il a environ ® utètres de hauteur totale, à partir du sol du premier labo-mtoire jusqu’à la voûte du second , sur 2 mètres 3 décimètres
- Ils ne mettent que 9 de manganèse d’Allemagne.
- Quand ce sont des battitnres de cuivre jaune, il en faut davantage.
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- de côté ; le foyer, qui est latéral et inférieur, a 1 mètre
- 2 décimètres de hauteur ; le laboratoire inférieur, 2 mètres
- 3 décimètres, et le laboratoire supérieur, 2 mètres. Il est terminé par une trémie et un tuyau de cheminée, qu’on peut fermer à volonté, au moyen d’une plaque de fonte qui glisse dans mie coulisse.
- On concentre ainsi la chaleur ; on la force à se répandre dans les ateliers qui entourent le four, et où travaillent les tourneurs; il les chauffe et contribue à la dessiccation plus prompte des ouvrages.
- Les pièces vernissées sont placées dans le laboratoire inférieur du four ; il n’y a pas plus d’encastagè pour elles que pour le biscuit ; elles portent toutes les unes sur les autres. On a égard à deux choses : à placer dans le bas les pièces les plus pesantes et les plus solides ; à former des lignes et des niveaux à peu près réguliers ; à ne faire poser les pièces vernissées que sur le plus petit nombre de points possible , et sur les parties qui offrent le moins de surface. Néanmoins elles se collent sur ces points , au moyen du vernis ; il en résulte des parties peu étendues, qu’on appelle touches, et dont le vernis a été enlevé par son adhérence avec celui de la pièce qui le touchait.
- Il y a deux époques de cuisson.
- D’abord le petit feu, que l’on nomme trempe, fait à Pans avec des rondins de bois de chêne pelard , c’est-à-dire sans écorce : on jette ces grosses bûches dans le foyer, qui est latéral et inférieur. Il dure environ 12 heures.
- Ensuite, le grand feu, qui va toujours en croissant rapide* ment, et qui se fait avec du bois long, mais fendu en bûchettes assez minces ; on le jette de même dans le foyer, en le croisant ; mais lorsqu’il est bien enflammé , on relève ce tas de bois avec une sorte de fourche , et on l’applique contre h voûte du foyer. Il se dégage une grande masse de flamme et de fumée, et une partie sort par une ouverture ou visière pra" tiquée à la partie supérieure de la porte du laboratoire inférieur'
- Telles sont les principales opérations de la fabrication de h poterie commune, à Paris.
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- Elles présentent, dans d’autres lieux, quelques différences, que nous allons indiquer.
- A Épernay, dans le département de la Marne, cette poterie est faite avec une argile plastique assez blanche, et la pâte participe en effet de cette couleur. Les pièces, qui sèchent néanmoins assez promptement, acquièrent une assez grande solidité pour qu’on puisse les vernisser crues : on leur donne d’abord un engobe terreux , destiné à recevoir le vernis et à le fixer. Le vernis , qui est du minium , se pose par aspersion; ce qui est une pratique extrêmement dangereuse pour la santé des ouvriers II cuit blanc , et non pas jaune, comme sur les poteries de Paris ; ce qui tient probablement à ce que l’argile , base de la pâte , est bien moins ferrugineuse. Pour rehausser cette couleur pâle et incertaine, les potiers aspergent, sur le minium, de l’oxide de manganèse, qui produit des taches de vernis d’un violet sale. On porte alors les pièces au four. On voit que la cuisson est simple, la pâte et le vernis cuisant à la même température.
- Ces poteries sont d’une fabrication un peu moins grossière que celles de Paris, et vont assez bien au feu.
- A Magnac-Laval, département de la Haute-Vienne , on fabrique de grandes cuves ou jarres, destinées aux lessives , qui ont quelquefois i mètre de diamètre sur 7 à 8 décimètres de profondeur. Cette poterie est d’un noir brillant et sans vernis, de l’aspect des creusets de plombagine de Passau ; elle résiste bien aux chocs et aux changemens de température, et contient, sans transsudation , la lessive bouillante. Pour lui donner cette couleur noire , on met en pratique un procédé déjà indiqué, et sur lequel nous aurons occasion de revenir ; d consiste à remplir le four de fumée produite avec du bois humide, au moment où la cuisson de la poterie se termine. Pour y faire séjourner cette fumée, on ferme toutes les issues du four. La poterie sort noir mat ; on lui donne le brillant en frottant sa surface avec une poignée de foin. (Note c°mmuniquée par M. Alluaud.)
- On cite ( M. Boyer ) des poteries noires de Saint-Eutrope,
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- dans la Charente (1), qui sont noircies par un procédé semblable au précédentc’est-à-dire que lorsque le four est en grand feu, on y jette des fagots, et dans le même moment on bouche les issues du four. Les potèries acquièrent une couleur noire solide.
- Enfin , il paraît que les poteries noires à texture très grossière , qu’on fait à Moulins et Cesse!, département de l’Ailier, à Saint-Pourcain-de-Bord (Puy-de-Dôme), doivent leur couleur noire charbonneuse à un semblable enfumage.
- Deuxième section. — Poteries communes des peuples extra- européens.
- Il est assez remarquable que la plupart des poteries fabriquées par les indigènes de l’Asie, de l’Afrique et des déni Amériques , par ceux du moins qui ont conservé la tradition de l’art telle qu’elle leur a été transmise par leurs pères, aient à peu près le même aspect, le même mode de composition, la même propriété principale.
- Ainsi, toutes ces poteries grossière** sont généralement ou rouges , ou noires ; leur pâte , tantôt grossière , tantôt fine, a toujours une texture lâche; elle est par conséquent peu sonore, fragile, perméable.
- La base de cette pâte est en général un limon d’atterrissement , soit ancien, soit moderne, laissé par les grands cours d’eau qui traversent le pays. Si ces cours d’eau viennent de terrains à roches micacées, le limon qu’ils ont déposé renferme des paillettes de mica, et la pâte des poteries en contient aussi, qui fait l’effet de petites paillettes d’or ; telle est celle de l’Inde orientale.
- Un mélange de limon argileux avec un binon plus sablonneux donne à cette pâte le liant nécessaire pour être facile*
- (i) Je ne puis assurer que ce que M. Boyer die de ces poeeries noires s-rapporte à celle de la Charente, dout il parle dans l’alinea precedent. (M“* nuel du Porcelainier, etc., T. II, page 177.)
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- ment travaillée. Du sable tiré du même terrain est la matière dégraissante, lorsque le limon est trop argileux.
- C’est sur le tour, ou plutôt sur la roue du potier, que les pièces sont tournées , mais dans l’ancien continent seulement, et quelquefois avec beaucoup de pureté ; quelques-unes sont orne'es de côtes ou gaudrons saillans, disposés avec assez de svmétrie et de régularité.
- En général, comme les potiers n’ont-point de moules pour les garnitures, celles-ci, faites à la main , sont très grossières et très irrégulières.
- On augmente, dans l’Inde, la densité de la pâte du fond des vases destinés à la cuisson du riz et des autres alimens, en comprimant cette pâte au moyen d’une espèce de battoir ; pour cela, on soutient le fond en dedans avec une sorte de tampon en pierre, et l’on frappe en dehors avec le battoir en bois.
- Il y a presque toujours deux sortes de poteries , les rouges ou brun-rouge et les noires. Il paraît, par l’aspect de la dernière et par ce que j’ai appris de leur mode de fabrication , qu’elles doivent leur couleur noire à un enfumage, comme les poteries de Magnac, etc., citées plus haut.
- Cet assortiment de poterie rouge et de poterie noire se présente sur tous les parages de l’Inde. La collection céramique de la manufacture royale de Sèvres possède une suite instructive d’échantillons de ces poteries , qu’elle doit la plupart à M. J. de Blosseville; ils viennent de Calcutta, de Pondichéry, de Chandernagor, de Trinquemalay, dans l’île de Ceylan, de Java , etc. ; ils offrent une similitude de fabrication qui permet d’établir les généralités que je viens de présenter. Aucun de ceux qui sont faits suivant la méthode qu’on peut appeler indigène ne présente de vernis plombifère; ils sont luisans par frottement ou par enfumage , tous assez bien tournés, quelques-uns garnis d’ornemens, les turs comme sculptés , les autres évidemment imprimés avec des espèces de cachets (ceux de Trinquemalay ). ha pâte des poteries de Cossepaleon, près Pondichéry, est
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- composée d’un sable grossier , impur , en partie siliceux, en partie granitique, et de limon argileux d’atterrissement, bru-nâtre et un peu micacé'.
- Celles de Trinquemalay ont aussi pour base argileuse un limon brun-rougeâtre.
- Ces poteries sont à peine cuites, et il paraît qu’il n’va, pour cette opération, aucun four proprement dit ; on les réunit en tas, et on les entoure de combustible.
- Les poteries de Rangoun, à l’embouchure de l’Àva, au Pégu, présentent les deux sortes de poteries désignées ci-dessus , dans toute leur perfection ; mais ce pays semble avoir seul ressenti le voisinage de la contrée d’où est sorti, depuis des siècles, tout ce que les arts céramiques peuvent produire de plus beau et de plus parfait. Un vernis plombifere, épais, de couleur verdâtre sale, recouvre ces poteries très grossières, dont la pâte est plus dense et plus cuite que celle des poteries indiennes.
- On fait à Madagascar, comme dans le lieu que je viens de citer, des poteries du plus beau noir ; elles doivent cette couleur à l’introduction, par extérieur, d’une quantité considérable de matière charbonne'e. Ce qui paraît indiquer que c’est par l’extérieur, c’est que le milieu de la pâte est moins noir que les parois, et que celles-ci ont reçu , par un frottement analogue au brunissage, un noir éclatant très remarquable.
- Le peu que nous savons de la fabrication des poteries eu Afrique nous montre que ce sont encore des poteries grossières, faites en Égypte avec le limon d’atterrissement du Mb au Sénégal avec une terre rougeâtre, et donnant des va*1 sans vernis et très peu cuits , tantôt rouges , tantôt noirs, quelquefois gris , lorsqu’ils ont été à peine cuits, commet sont les borlasses égyptiennes.
- Les vases et poteries qu’on a faits et qu’on fait encore cber les indigènes des deux Amériques offrent et la même paje lâche , et les mêmes couleurs dominantes, le rouge sale et noir, et l’absence de vernis et la cuisson faible, que nous venoo-de faire remarquer chez plusieurs peuples de l’ancien monde-
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- POTERIES. aaS
- Ces mate'riaux paraissent être à peu près les mêmes ; néanmoins , la poterie de ces continens, que la manufacture de Sèvres possède dans sa collection (i), ne montre pas autant de mica que celle de l’Inde.
- La pâte a souvent une texture très grossière ; mais leur fabrication grossière, et encore plus imparfaite que dans l’ancien continent, présente une particularité remarquable, qui la rend très différente de celle des poteries asiatiques.
- Il paraît que le tour à potier n’était connu nulle part dans les deux Amériques , et qu’il ne l’est pas encore chez les potiers indigènes. Toutes les pièces , ovales ou rondes , se fabriquent à la main. Le potier ou les femmes , quand ce sont elles qui se livrent à ce travail, pétrissent, amincissent et façonnent la pâte et le vase entre leurs mains. Aussi voit-oa plus de pièces ovales ou non circulaires dans ces pays, que je n’en ai vu provenant de l’ancien continent. Au reste, il est aisé de reconnaître , sur les pièces rondes, qu’elles n’ont point été faites au tour. Cette remarque, et ce que j’ai pu apprendre des diverses personnes qui ont visité ces contrées, me permet de présumer que le tour et la roue du potier étaient absolument inconnus en Amérique, et que ces instru-mens n’ont même pas été introduits, par les artisans européens, dans les beux éloignés des grandes villes et habités par les indigènes.
- Troisième section. — Poteries communes de l’antiquité.
- h’examen technologique de toutes les poteries de l’anti-?mté , si connues, si célèbres même , et depuis long-temps, sens les noms de poteries grecque, campanienne , étrusque, ^mienne, romaine, etc., nous conduit nécessairement à conclure que toutes ces poteries appartiennent à la classe dont “ous faisons l’histoire, et que nous avons désignée sous le nom de poterie commune ou grossière, d’après l’ensemble
- \') Elle les doit principalement à 3VL Roulm et à M. d'Orbigny.
- Tome XIII. i5
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- 226 POTERIES.
- des caractères exposés à la tète de cette classe. Nous ne rappellerons pas ces caractères, mais on pourra remarquer qu’ils conviennent, à bien peu de chose près, aux poteries antiques, dont nous allons faire mention comme exemple.
- Poteries campaniennes et grecques. — Ces poteries^que l’on considère comme les plus anciennes, sont celles qu’on à désignées pendant long-temps.sous les noms impropres de vases ou poteries étrusques j mais les antiquaires et tous les érudits qui ont fait attention aux lieux d’où ces vases sont tirés , qui ont étudié les sujets qu’ils représentent et les inscriptions qu’ils portent, ont admis que la fabrication de ces poteries datait d’un temps antérieur aux Etrusques , qu’elle était d’origine grecque et des plus anciens temps de la Grèce. Win-kelmann, faisant remarquer que ces vases ne se trouvaient point en Toscane, mais toujours dans ces parties de l’Italie qu’on appelait la Grande-Grèce, et notamment dans la Campanie , leur donna le premier le nom de vases campaniens: c’est particulièrement sous ce nom, et sous celui de vases agrées, qu’on les désigne maintenant, et que nous allons en parler.
- La pâte, toujours rougeâtre, quelquefois cependant d’un gris-rougeâtre pâle , est en général fine et légère, à texture lâche, et, comme nos poteries communes, elle laisse transsuder l’eau, lorsqu’elle n’a été enduite d’aucun vernis; elle est tendre, facile à être entamée par le couteau, et n’a reçu qu’une faible cuisson.
- Lorsqu’on met de l’eau dans ces vases, ils répandent une odeur argileuse des plus sensibles ; l’eau ne les traverse pas tout de suite, mais au bout de dix à vingt heures, elle suinte en gouttelettes très petites de presque toutes les parties où il n’y a pas de vernis ; néanmoins cette poterie s’approche davantage , par sa compositionde la pâte des faïences que de celle des poteries communes; car elle fond complètement à h température de la cuisson de la porcelaine, et renferme environ io pour 100 de chaux, indiquée par l'analyse, ?ul a donné les résultats suivans.
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- POTERIES.
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- Analyse de la pâte dépouillée de vernis et privée d’eau , d’un vase campanien.
- Par M. Buisson (1). Par Yaoquelm (a). Silice fiS
- Alumine 20 i5
- Chaux. OA 8
- Magnésie . vy 02
- Oxide de fer . 04 . 24
- Perte de manipulation. . 02
- 100. 100.
- Le vernis transparent qui recouvre cette pâte est tellement
- mince, qu’on n’a pas encore entrepris d’en déterminer la nature. La couleur noire qui est employée, soit comme fond général, soit comme couleur, n’est pas très bien connue. M. Cbaptal affirme que ni l’un ni l’autre ne renferme aucun oxide de plomb , et que la couleur noire est due à la vitrification de quelques produits volcaniques. M. Yauquelin l’attribue à une combinaison charbonneuse analogue à l’an-tracite.
- La façon de ces poteries est souvent très parfaite et très soignée, au point que le dessous des pieds de certains vases présente des moulures peu saillantes et tournées avec une grande pureté.
- Des instrumens semblables à nos estampilles ou cachets ont souvent été employés pour former des ornemens comme gravés sur différentes parties de cës vases. La ressemblance complète de ces ornemens, et la manière dont ils sont estampés sur la pièce, ne laissent aucun doute sur ce mode de fabrication.
- Il y a très peu de pièces ovales , encore moins de rectangulaires ; des côtes arrondies ou gaudrons délicats, mais pro-
- (0 Fsile dans mon laboratoire de Sèvres;
- (a) Vases grecs, par Dnbois de Maisonneuve, T. I, introduction, page 8,
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- 223 POTERIES.
- nonces avec fermeté, ornent le corps des pièces. Leur irrégularité prouve qu’ils ont été faits â l’outil et non au tour, sur la pièce encore fraîche ; leur obliquité sur le pied de la pièce, due à la retraite en spirale qu’elle a prise en cuisant, prouve qu’ils n’ont pas été faits dans un moule. Les garnitures , anses et becs, sont en général simples, sans jamais être lourds ; des méplats, tellement sentis et réguliers, qu’ils sembleraient avoir été faits à la filière, des côtes peu saillantes, parallèles aux hords, et des torsades, allégissent les anses, sans leur ôter la solidité qui leur est nécessaire.
- La plupart de ces vases ont été ébauchés d’une seule pièce; mais quand ce mode de façonnage n'était pas praticable, soit en raison de la forme de la pièce, soit en raison de sa grandeur , le collage est en général si exact et si parfait, qu’il est très difficile d’en découvrir les traces, et par conséquent de déterminer avec certitude le mode de façonnage.
- Les pièces ovales très rares et les figures d’animaux des Ryton , ont été faits dans des moules à deux coquilles.
- Ces poteries sont généralement à pâte rougeâtre pâle et sale, très souvent couvertes d’ornemens en noir et de figures réservées en rouge : il n’y a que très rarement des ornemens et des figures en relief, encore ces figures sont-elles mattes et accompagnées des ornemens noirs et rouges qui caractérisent les vases campaniens.
- Le vernis, qu’on appelle rouge et jaune, ne me paraît avoir aucune couleur; mais comme il est mince et transparent, il exalte et ravive la couleur rougeâtre de la pâte.
- Le noir, seconde couleur dominante des vases campaniens, peut être aussi considéré quelquefois comme un vernis général , placé sur ce premier. Les vases campaniens présentent quelques autres applications de couleurs peu variées et toujours mises en teinte plate. Ces couleurs sont en général opaques, mattes et de la nature des engobes ; ce sont :
- Le rouge de brique mat, employé en rehaux et en ornement; Le rouge-violâtre mat;
- Le blanc, employé de la même manière, mais plus com'
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- POTERIES. 229
- munément; il est d’une nature argileuse, happant à la langue et devenant translucide par l’absorption de l’eau.
- Il est employé', tantôt à faire des ornemens blancs, qui sont toujours en saillie, et qui ont cependant beaucoup de fixité ; tantôt en fond général ; il paraît moins solide ; il est extrêmement absorbant, et quelquefois peint en jaune.
- C’est sur ce fond blanc que les anciens ont quelquefois placé des peintures de diverses couleurs, rouge vif, verte, bleue, mais toujours à teinte plate. Ces couleurs ne sont point de la nature des couleurs vitrifiables ; elles n’ont qu’une très faible adhérence avec le fond ; elles n’appartiennent donc pas à l’art dont nous traitons, et je n’en parle ici que pour faire apprécier ce qu’on doit entendre par ces vases grecs, ornés de sujets et d’or-nemens richement colorés, et qui sont mentionnés comme des objets aussi précieux que rares. Néanmoins, on remarque que les contours des figures et des grandes parties qui composent ces espèces de tableaux ont été tracés avec une couleur vitrifiable jaunâtre.
- Quelques-uns de ces vases ont offert, mais bien rarement, des ornemens en or : ce sont, en général, de petites perles ou de petits épis d’or, placés en ornemens sur d’autres ornemens, ou sur des figures, et qui paraissent avoir eu pour dessous tinpied ou collage fait avec un engobe rougeâtre, qui forme une légère saillie. La feuille d’or a été appliquée sur cette saillie , qui paraît avoir fait l’office du fondant de bismuth, avec lequel on fixe l’or sur les couvertes non ramollissables (1).
- Les figures, qui sont presque toujours en rouge sur un fond noir, ont été réservées ; on en a tracé les contours avec du noir, et le fond a été mis au pinceau et rechampi à l’entour des figures. La plus simple attention suffit pour faire roir que les anciens n’ont employé dans le posage des fonds, et la peinture des figures et ornemens, ni le procédé du putois, m celui du grattage, ni celui des types ou réserves décou-
- (>} On voit plusieurs exemples de ces pièces remarquables dans, la collection âe M. Durand, et dans celle de M. le duc de Blacas.
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- pées. Il y a plus d’incorrections, mais aussi plus de sentiment; celui de l’ouvrier artiste qui dessinait et touchait si rapidement ces figures s’y présente dans toute sa force et dans toute sa naïveté ; c’est ce qui fait le mérite ou au moins l’intérêt de ces sortes de peintures.
- Le noir est mis sur le vernis ou enduit transparent, et participe plus ou moins du brillant de ce vernis; le blanc et le rouge mats sont placés sur le noir.
- Les anciens attachaient un grand prix à ce genre de peinture , puisqu’ils nous ont transmis le nom de l’artiste qui l’avait pratiqué le premier. C’est à Télépbanus de Sicyone qu’on en attribue l’invention.
- Il est généralement admis que ces poteries sont de la plus haute antiquité, et que parmi elles les plus anciennes sont celles dont les ornemens et les figures sont en noir sur un fond rouge pâle ; elles ont une raideur de contour et de pose qui contribue à caractériser cette ancienne époque, qu’on fixe à 6 ou 700 ans avant l’ère chrétienne. Ces vases, d’origine grecque, qu’on ne trouve ni en Toscane , ni à Pompéia, ni à Herculanum, mais qui sont si abondans dans les environs de Capoue, de Kola, de Cumes, et jusqu’aux portes de Naples, étaient déjà rares et fort recherchés du temps de Jules-César.
- Ce sont en général, ou des vases votifs, ou des vases reçus en prix, ou enfin des vases d’ornement qu’on enterrait avec celui qui les avait possédés, comme étant une des choses auxquelles il était le plus attaché. Aussi est-ce presque uniquement dans les tombeaux, entre les jambes et tout autour des squelettes, qu’on trouve presque tous ceux qui garnissent en si grand nombre les collections de vases antiques, formées dans h plupart des villes de l’Europe où les arts sont cultivés.
- C’est à leur destination religieuse, c’est à la place qu’elle leur a assignée dans des lieux qui les ont mis pendant des siècles à l’abri des dégradations de tous genres, qu’on doit la belle et abondante conservation de ces poteries, si instructives sous tous les rapports.
- Les poteries antiques de Sicile, celles des environs d’Athènes;
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- d’Égine, etc., peuvent se rapporter en général à cette série de fabrication antique.
- Poteries étrusques et samiennes. — La seconde série de vases antiques, qu’on doit rapporter à la classe des poteries dont nous faisons l’histoire, sont ceux qui font partie des poteries grecques- samiennes. Ce sont là les véritables vases étrusques, puisqu’ils se trouvent dans toute l’ancienne Etrurie.
- Ils ont une pâte fine , d’un rouge-jaunâtre plus pure, d’une plus grande densité et d’une plus grande dureté que celle des vases campaniens ; ils sont, comme eux, couverts d’un vernis mince qui avive la couleur de la pâte.
- Il y en a aussi à pâte noire, mais ils ne présentent presque jamais les peintures d’ornemens et de figures noires et rouges-qui caractérisent les vases campaniens; ils sont donc, sauf quelques exceptions, ou tout rouges ou tout noirs. La plupart présentent, les uns des figures et des ornemens en relief, les autres , des ornemens seulement.
- On trouve aussi ces vases dans les tombeaux ; mais ce n’était pas leur principale position. Il n’y a pas de doute que la plupart de ces poteries servaient aux usages domestiques, et l’on rapporte que Porsenna en avait un service de table. C’est aussi pour ce motif que ces poteries et les vases qui en sont fabriqués sont plus rares que les poteries campaniennes, et qu’il est si difficile de trouver entières des pièces un peu volumineuses.
- Ils diffèrent légèrement les uns des autres, suivant les fabriques, et par conséquent suivant les beux où on les trouve. On présume néanmoins qu’ils ont tous été fabriqués par des ouvriers grecs venant de Samos, île célèbre par le grand nombre de vases qu’on y faisait et par celui des potiers qui y travaillent. Pline et quelques autres auteurs anciens nous ont transmis les noms des plus fameux potiers, tels queCorœbus, Tbériclès d’Athènes.
- Les vases et poteries qu’on trouve dans les fouilles d’Arezzo sout à pâte fine, rouge, avec des bas-reliefs et des ornemens en relief.
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- Ceux des tombeaux des environs de Chjusi sont noirs ; les ornemens en relief ne se remarquent, en ge'ne'ral, que sur les anses et sur les bords des becs, du collet, de la panse, etc.
- On peut rapporter à cette se'rie de fabrication des poteries de même époque, qu’on faisait dans diverses parties de h Grèce , à Cos, à Gnide, à Cythère, dans l’île de Milo, dans l’île de Naucratès, etc.
- Telles sont encore les amphores, dans lesquelles les anciens conservaient leur huile, leur vin, leurs grains, et qui avaient une assez grande capacité pour qu’un homme pût s’y loger facilement. Le tonneau qu’habitait Diogène était un vase de cette sorte ; les médailles et pierres gravées antiques ne laissent aucun doute à ce sujet. On a même trouvé, aux environs de l’ancien Antium , dans le territoire de Cube, des amphores de cette dimension qui, ayant été brisées ou fêlées, avaient été raccommodées avec des liens de plomb.
- Les vases plus petits, propres à contenir des liquides, on même à servir de coupes à boire, et qu’on nommait diota, parce qu’ils étaient munis de deux .anses, offrent encore des exemples de cette série de fabrication.
- Poteries romaines. — Tous les pays qui ont été sous la domination des Romains présentent, dans les fouilles que différentes circonstances font faire, des débris de poteries plutôt que des pièces entières, qui se ressemblent toutes sous tous les rapports, et qui ont, en outre, beaucoup de ressemblance avec les poteries samiennes.
- C’est une pâte fine, assez dense , rouge, avec un enduit vitreux très mince, transparent ; il est sans couleur propre. mais il rehausse celle de la pâte. Ces vases sont tantôt tout unis et même sans aucune espèce de peinture, tantôt garnis d’ornemens et de figures en relief de même pâte et par conséquent de même couleur que le fond.
- Ces poteries étaient employées aux usages domestiques; aussi ne les trouve—t—on que dans les débris des villes, des habitations ou des fabriques où on les faisait, et les trouve-t-on presque toujours en fragmens. Néanmoins on a, tant sut
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- leur fabrication que sur leur cuisson, des renseignemens plus nombreux et plus authentiques que sur les poteries grecques. Ainsi, l’on a reconnu que les ornemens se faisaient dans des moules ; que ces moules étaient en terre cuite ; que les étuis et supports qui servaient dans la cuisson étaient faits avec la même argile, mêlée seulement d’une plus grande quantité de sable; enfin, on a trouvé des fondatious et même des parties de fours assez bien conservées pour pouvoir prendre une idée de leur construction ; et l’on a vu, comme nous l’avons déjà indiqué, qu’elle était compliquée d’une multitude de canaux propres à porter la chaleur, la flamme ou la fumée dans les diverses parties du four.
- Sous ne pouvons pas nous étendre davantage sur ce sujet ; nous devons seulement ajouter qu’on a trouvé des débris de ces poteries et de ces constructions dans plusieurs parties de la France ; à Paris, près du Luxembourg ; à Nîmes ; en Normandie, près Dieppe; en Auvergne très abondamment ; en Alsace, etc. ; en Angleterre, dans différens comtés ; en Espagne, près de Murviedo, l’ancienne Sagonte, ville célèbre dans l’antiquité par le nombre des potiers qui y travaillaient, et qu’on porte à plus de douze cents. Je ne sais pas si cette fabrication ne doit pas être rapportée plutôt à la samienne qu’à la romaine. En Allemagne, mais beaucoup plus rarement. Or, dans tous ces lieux, ces poteries ont offert entre elles une ressemblance complète sous tous les rapports que nous avons signalés au commencement de cet article.
- Enfin, il paraît , d’après les échantillons que j’ai vus , quune partie des fragmens de poteries qu’on trouve dans ks cavernes à ossemens, mêlés avec quelques débris d’osse-^ens, dans les parties superficielles du sol de ces cavernes , appartiennent à cette fabrication. L’autre partie appartient a la fabrication suivante, qui paraît plus ancienne que la
- romaine.
- Poterie gauloise. — Nous la désignerons sous le nom de poterie gauloise, parce qu’elle paraît avoir été fabriquée par les habitans de cette partie de l’Europe, et même dans
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- presque toute l’Europe, dans la même période de temps, e! d’après les mêmes principes. Ce serait, avec les armes en pierre de différentes natures, qu’on nomme tantôt cérau-nites, tantôt casse-têtes, les restes de la plus ancienne industrie humaine.
- C’est une poterie grossière, presque toujours noire, à texture lâche, à surface souvent rabotteuse ; elle a été à peine cuite. On conçoit que des pièces entières d’objets aussi fragiles doivent être fort rares ; celles qu’on découvre de temps en temps se trouvent assez ordinairement, ou dans de véritables tombes avec des squelettes, ou des restes de squelettes , ou dans des positions qui indiquent qu’elles ont été enfouies dans des tombeaux. Ce sont des vases qui pouvaient être aussi bien consacrés à des usages domestiques qu’à des usages religieux ou d’ornement ; leur forme est en général simple ; quelques-uns portent des ornemens par incision et peu réguliers ; d’autres présentent des ornemens et même des caractères d’écriture qui, par leur netteté et par leur exacte répétition, semblent avoir été appliqués par estampage. Malgré leur haute antiquité, qui les reporte à un temps où les Arts industriels devaient être dans l’enfance, ces vases ont été fabriqués au tour. Tous ceux que j’ai eu occasion d’examiner en portent l’empreinte évidente on y voit la ligne en spirale des mains ou de l’estèque du tourneur, et lorsque le pied n’est pas excavé, il porte, de la manière la plus distincte, l’empreinte de l’instrument coupant que le tourneur appelle scie, et qui sert à détacher le vase de dessus la girelle ou tete du tour.
- Ce n’est pas ici le lieu de rapporter les nombreux exemples qui peuvent servir à établir ces résultats généraux ; je me contenterai d’indiquer, comme un de ceux qui réunissent, delà manière la plus évidente , toutes ces considérations, un vase qui a été étudié par M. Coquebert-Montbret, et déposé dan-5 la collection céramique de la manufacture royale de Serre»-
- 11 est d’un beau noir ; sa forme est celle d’une jatte creuse, de
- 12 centimètres de hauteur sur 15 centimètres d’ouverture ;11
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- porte des caractères et ornemens en creux, probablement mis par la voie d’estampage dont je viens de parler, et ne laisse aucun doutesur son mode de façonnage au tour. Ce vase a ète' trouvé à Delaincourt, près Chaumont, departement de l’Oise, dans un cercueil de pierre en forme d’auge, découvert dans un champ connu vulgairement sous le nom de Cimetière des Gaulois.
- Je dois faire remarquer combien cette fabrication a de ressemblance avec celle des anciens peuples de l’Amérique méridionale, mais seulement sous le rapport de la pâte , de la texture, de la couleur et même de la position , puisqu’on les trouve aussi dans des tombeaux. Quant au façonnage, il n’y a plus d’analogie ; car on ne voit sur les pièces américaines aucun indice qu’elles aient été faites sur le tour à potier, et par conséquent que ces peuples aient connu cet instrument si simple, employé de temps immémorial chez les peuples de l’ancien continent.
- TROISIÈME CLASSE.
- FAÏENCE COMMUNE OU ITALIENNE.
- « Poterie à pâte opaque, colorée on blanchâtre, tendre, à ’ texture lâche , à cassure terreuse, recouverte d’un émail * opaque, ordinairement stannifère. »
- La pâte est composée d’argile figuline, de marne argileuse, marne calcaire, de sable; les argiles sont lavées.
- L enduit vitreux est toujours opaque et plombifère, presque toujours stannifère.
- façonnage est grossier, rapide; le tournage ne consiste îoclquefois qu’en ébauchage assez soigné, mais plus souvent le tournassage a lieu. Ils se pratiquent l’un et l’autre sur le tour, et non sur la roue.
- Les pièces qui ne sont pas rondes et les pièces des garnitures se font presque toutes au moule.
- La cuisson est double. On cuit d’abord les pièces en biscuit; a Une température qui s’étend du rouge-cerise au rouge-blan_
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- châtre, et ensuite en e'mail, à une tempe'rature un peusupé-rieure; en sorte, que la cuisson pourrait être simple, s’il n’avait pas de grandes difficulte's à mettre l’e'mail sur le cru.
- Le four est ge'ne'ralement rectangulaire, termine'en demi-cylindre couche' ; il est très haut, à bouche late'rale et foyer in-fe'rieur. Il n’y a en ge'ne'ral qu’un laboratoire: {V. Pl. 63, fig. i.
- L’encastage des pièces vernissées se fait en échappade et dans des cazettes à pernette ; le cru seul est enfourné en charge.
- Le même four cuit le cm et le vernis.
- Le cm est cuit en biscuit dans le haut du four (fig. i, /'), et le biscuit vernissé dans le bas (fig. i, l).
- Tels sont les procédés de fabrication qui appartiennent à cette sorte de poterie et qui la caractérisent.
- Les faïences communes ont peu de ténacité; cependant quelques-unes acquièrent assez de dureté pour être rendues sonores par le choc. Les faïenciers distinguent, dans cette poterie, les terres à feu de celles qui ne peuvent pas résistera l’action du feu, dans les usages domestiques.
- La porosité de leur pâte est corrigée par le vernis épais qui la recouvre, mais qui, très sujet à tressaillir , ne remplit pas toujours son objet. La couleur sale e-t incertaine de cette pâte est cachée ou dissimulée par l’opacité de l’émail ou par les couleurs foncées du vernis presque opaque dont on recouvre ces poteries.
- Celles qui ont été fabriquées avec soin sont d’un usage économique par leur durée ; car d’ailleurs le prix de ^ faïence blanche est assez élevé, les assiettes se vend» de 2 fr. à 4 la douzaine. Mais quand la fabrication $ négligée, surtout à l’égard de l’émaillage, cette poterie p^-sente de graves défauts. Non-seulement l’émail se fendilb-mais il se détache en écailles ; le biscuit coloré et poreux est®' à nu, et les pièces deviennent en peu de temps hors de serv»
- Toutes les faïences, telles que nous venons de les défit111, sont modernes. Elles ont pris leur origine chez les Arabe»!c' l’on en voit quelques indices dans le neuvième siècle. L ; ont été ensuite introduites et fabriquées avec activité,sUCCl'
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- POTERIES. ( a37
- et perfectionnement, en Espagne et surtout en Italie, Vers le treizième siècle, et principalement dans le milieu du quatorzième siècle. C’est cette sorte de naturalisation qui nous a engagé à distinguer cette poterie par le nom de faïence ita-lienne. Sa fabrication est maintenant répandue dans toute l’Europe, et en France encore plus que dans aucun autre pays.
- Nous allons prendre, comme dans l’histoire de la poterie grossière, des exemples de fabrication , d’abord dans les temps actuels, tant en France que dans les pays étrangers, ensuite dans des temps plus reculés et voisins de son origine.
- Première section*. — Faïence commune actuelle.
- C’est à Paris, à Sceaux près Paris, à Rouen, à Ne vers, à Luneville, etc., que sont situées les fabriques les plus considérables de oette sorte de faïence.
- En prenant celle de Paris pour exemple, nous ferons suffisamment connaître les particularités de cette fabrication qu’il nous paraît suffisant d’exposer.
- On y fabrique les deux sortes de faïences que j’ai indiquées pins haut, c’est-à-dire la faïence blanche et la faïence brune ou terre à feu.
- Ees vases qu’on fait avec la première ne peuvent aller sur le feu sans se briser. Ceux qui sont de faïence brune y vont an contraire avec une sûreté qui leur donne dans l’économie domestique un grand avantage sur de plus belles faïences. On «oit pouvoir attribuer cette différence à la prédominance de 1 argile sur la marne calcaire.
- Composition. — La faïence brune se compose à Paris :
- D’argile plastique d’Arcueil................... 3o
- De marne argileuse verdâtre (supérieure au gypse). 3 a De marne calcaire blanche des terrains gypseux . io De marne sableuse ou sable impur, le marneux jaunâtre ( supérieur au terrain gypseux de Picpus )....................................... 28
- 100.
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- La faïence blanche de Paris se compose :
- D’argile plastique d’Arcueil.................... 8
- De marne argileuse verdâtre.....................36
- De marne calcaire blanche....................... 28
- De sable impur et marneux jaunâtre..............28
- 100.
- Je ne donne ces proportions que comme un exemple de composition ; elles varient suivant les lieux et les opinions des fabricans. Mais en géne'ral ils reconnaissent
- i°. Que le mélange des argiles et marnes, convenable pour la fabrication de la faïence blanche et brune, doit renfermer de la silice, de l’alumine, du carbonate de chaux, à peu près dans les proportions suivantes (1) :
- Faïen.e Faïence blanche» brune.
- Alumine ferrugineuse................. 35 38
- Silice............................... 58 51]
- Carbonate de chaux.................... 7 5
- 100 100;
- 2°. Que la marne blanche, en rendant Le biscuit de la faïenc? plus sonore, le rend en même temps moins propre à résiste, aux changemens de température , dans les usages dôme-tiques ;
- 3°. Que l’argile plastique est introduite dans la second composition pour empêcher l’émail d’écailler.
- Fabrication. Ces matériaux sont mêlés dans une caisse K1 tangulaire qu’on nomme gâchoir. La pâte qui résulte de mélange est délayée dans assez d’eau pour que les corps reux étrangers s’en séparent, et par décantation, et pat-passage au tamis, à sa sortie du gâchoir. Dans la fabricat1'-'
- (0 Basteuaire, Art de fabriquer la Faïence, 1828, page 3a.
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- POTERIES. 23g
- de la faïence, un seul tamisage suffit, et la pâte, en bouillie assez épaisse, est immédiatement conduite dans des fosses d’une grande dimension , creusées à la portée du gâchoir et des ateliers. On l’y laisse séjourner plus ou moins de temps ; elle v est exposée aux intempéries atmosphériques, qui semblent l’améliorer. On la relève ensuite pour la mettre sur des renversons, sur des tablettes, ou pour l’appliquer en grosses poignées contre des murs, afin qu’elle s’y raffermisse. Enfin, si l’on ne l’emploie pas immédiatement, on l’emmagasine dans des caves où elle se bonifie encore. C’est donc ou dans les fosses ou dans les caves qu’on vient la prendre pour l’employer. On la marche, et l’on en fait des ballons d’environ 25 kilogrammes que l’on met à la disposition des ouvriers façonneurs.
- Ie façonnage de la faïence ne présente de particulier que ce que nous avons indiqué en exposant les caractères techniques de cette poterie. Il faut la préparer en battant la pâte comme nous l’avons expliqué dans les généralités, cbap. Il, art. 2,
- § 2, 5, 1, et former avec cette pâte, bien battue et corroyée, des balles d’une grosseur calculée sur le volume de la pièce qu’on veut exécuter. Les dimensions des pièces sont déterminées par l’outil mesureur. La retraite varie , suivant la composition, du sixième au neuvième.
- Beaucoup de pièces, surtout dans la faïence brune, sont terminées par l’ébauche; mais dans la fabrication de la faïence blanche, la plupart des formes étant plus déterminées et plus légères, elles sont dans le cas d’être tournassées.
- La pâte des faïences n’ayant pas la même susceptibilité que relie des porcelaines, etc., le tourneur peut remettre en forme, par la compression entre les mains, une pièce ronde ébauchée ÏU1 prend du gauche en se raffermissant ; il doit même le faire avant que le raffermissement soit complet.
- Lorsque le raffermissement ast trop fort et approche de la dessiccation, la pièce ne peut être achevée par le tournassage. ^ essaie de lui rendre la mollesse en l’humectant, mais ce Dloyen n’est ni efficace ni sûr.
- Le tournassage se pratique comme nous l’avons décrit au § 5
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- a4o POTERIES.
- de l’art. 3 du chapitre II, relatif au façonnage en général. Quelquefois le soin de cette opération va jusqu’au polissage à la corne ; mais on a remarqué que ce polissage avait quelquefois l’inconvénient de faire naître une croûte dense et dure sur les faïences dont la pâte était très plastique, et de rendre l’émaillage plus difficile et moins sûr (i).
- Les pièces rondes plates, telles qu’assiettes et plats, et les pièces ovales, se font dans des moules de plâtre, par moulage à la croûte. La croûte ne se fait pas au rouleau, mais sur une table de plâtre dur, avec une batte ou tampon de plâtre constamment tenu humide. Elle s’applique sur le moule, soit au tour, soit à la tournette.
- Les pièces tournassées se mettent à sécher cinq à six l'une dans l’autre, lorsqu’elles sont plates et sans pieds, comme les assiettes, etc. ; à boucTieton, c’est-à-dire bord sur bord,la pièce de dessus étant mise l’ouverture en bas, lorsqu’elles sont creuses, profondes et munies d’un pied, comme les jattes, etc. Le but de cette disposition est de mettre, par leur propre poids, un obstacle au gauchissement qui pourrait avoir lieu dans cette dernière dessiccation.
- Enduits vitreux. Ils sont très aifférens pour les deux sortes de faïences, mais tous deux sont opaques. Dans l’une, l’opacité est donnée par une matière terreuse, et dans l’autre par l’oxide d’étain.
- L’émail brun de la faïence brune est composé à peu près comme il suit :
- Minium 52 53
- Manganèse 7 5
- Poudre de brique fusible (on prend celle
- de Sarcelle) 41 42.
- On se contente de réduire ces matières en poudre. , et de les
- mêler dans l’eau, de manière à obtenir une bouillie claire.
- il) Bastenaire, Art de fabriquer la Faïence, 1828, page 244-
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- POTERIES. 241
- L’émail blanc de la faïence blanche est essentiellement composé :
- D’oxide d’étain ;
- D’oxide de plomb ;
- De sable quarzeux ;
- De sel marin ou de soude.
- Les oxides d’étain et de plomb sont mêlés par leur calcination en commun dans un petit four à réverbère qu’on appelle fournetie. La réunion de ces deux oxides donne une poudre jaunâtre qui porte le nom de calcine, et qui devient la base de l’émail blanc ; celui-ci est fait par le mélange et la fusion de ces matières métalliques, siliceuses et salines , sous le foyer du four, dans une place que l’on nomme bassin} elle est indiquée en n dans la fig. 1 de la PL 63.
- Les compositions varient un peu suivant les localités, la nature des pâtes et le but que se propose le fabricant.
- Nous donnons ici la plus dure, c’est-à-dire celle qui est la plus chargée d’étain, et la plus tendre, qui renferme plus de fondant, et qui est la plus usitée (1).
- r , . , t d’ox. d’ét.. 23 >
- Calcme composée jd,oxdepl
- d’ox. d’ét. 18 d’ox.depî. 82
- Minium.......................... 2 ............... »
- Sable de Decise, près Nevers.... 44 • • • ............ 47
- Sel marin......................... 8.................. 3
- Soude d’Alicante................... 2 3.
- 100.
- 100.
- Quand on ne peut pas se procurer le sable de Nevers, qui est "n peu fusible, on peut le remplacer par du sable quarzeux Pui', et il faut alors augmenter la dose du fondant.
- f1) Ces compositions sont tirées de bourrage déjà cité de 3T. Bsslenairc-battdenard, page 3a8 et suivantes; nous ne pouvions en espérer de meilleures ni de pjus sûres, ':uuH données par nu praticien éclairé.
- Tome XVII. 16
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- 34a POTERIES.
- „ . . , fd’ox. d’ét.. 23)
- CalanecomposeeJ^ ^ ^{4*
- Jd’ox. d’ét. ï8) jd’ox.depl. 82 j
- Sable quarzeux lavé............ 4^ ................ 4®
- Minium......................... 2 ................. , »
- Sel marin...................... 5 ........... . . r
- Soude d’Alicante............... 3 .................. 3
- too.
- ioo.
- La masse fondue n’est pas toujours blanche en sortant du bassin ; elle est même quelquefois presque noire, en raison des matières charbonneuses qu’elle renferme, et qui n’ont pas pu se dégager; mais broyée et refondue sur les pièces, elle donne la couleur blanche qu’on a voulu obtenir.
- On évalue à 60 ou 70 degrés du pyromètre de Wedgwood la température nécessaire pour fondre l’émail dans le bassin.
- Les émaux peuvent être colorés en jaune, en vert pur, en vert pistache, en bleu, par les oxides métalliques suivaos :
- Email jaune.
- Émail blanc................................ 91
- Jaune de Naples, c’est-à-dire oxide d’antimoine.. 9
- Émail bleu
- Émail blanc..................................9^
- Oxide de cobalt à l’état d’azur............. 5.
- Émail vert pur.
- Émail blanc.................................9®
- Battiture de cuivre (protoxide)............. 5.
- Émail vert pistache.
- Émail blanc................. ...............?4
- Protoxide de cuivre.......................... 4
- Jaune de Naples............................. 2'
- Email violet.
- Émail blanc............................... 9^
- Peroxide de manganèse....................... 4‘
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- Ces couleurs se donnent quelquefois à l’émail même , eu 'introduisant dans sa composition les oxides colorans ; quelquefois aussi on se contente de les ajouter à l’émail broyé.
- Il faut éviter de mettre à côté l’une de l’autre des pièces émaillées en blanc et des pièces colorées en vert ou en bleu, ces couleurs étant susceptibles de teindre le blanc par volatilisation.
- L’einail brun ou blanc, broyé trèst fînemen et suspendu dans l’eau à l’état d’une bouillie claire , se met sur la pièce par immersion lorsque la pièce est toute blanche, et en partie par immersion et partie par arrosement lorsque la pièce est brune ou colorée eu dehors, et blanche en dedans.
- On trempe d’abord la pièce dans l’émail de l’extérieur, en la plongeant jusqu’au bord : l’ouvrier la tient en dedans. On laisse raffermir cet émail extérieur, et reprenant la pièce , on y met l’émail blanc intérieur en l’y versant au moyen d’une cuiller ou d’une tasse ; on étend cet émail dans tout l’intérieur par un mouvement approprié , et l’on verse l’excédant dans le baquet.
- Les pièces émaillées à épaisseur convenable ont besoin d’ètre retouchées dans les parties où l’émail manque ; il faut eu outre ôter celui qui est sous le pied de la pièce, pour l’ein-pêcher d’adhérer sur son support lorsqu’on le cuira. Cette opération se fait avec une brosse. Il en résulte une poussière siliceuse et plotnbifère, très nuisible à la santé des ouvriers chargés de cette opération.
- Cuisson. Les fours à faïence de Paris sont de la classe de ceux que nous appelons demi-cylindres couchés, à foyer inférieur et latéral ; mais on peut cuire aussi cette poterie dans des fours cylindriques verticaux, ayant, les uns une voûte à foyer inférieur, communiquant avec le laboratoire par des carneaux ; les autres, des alandiers et point de voûte.
- Nous ne parlerons que des premiers, non parce qu’ils sont les meilleurs, mais parce qu’ils sont les seuls employésà Paris.
- L’encastage se fait partie en cazette, partie en tuile et cchappade.
- » 16..,
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- On entend, pav êchappades, les lignes ou séparations verticales , et par plancher, les séparations horizontales qui s’établissent au moyen des plaques de terre cuite qu’on nomme tuiles. (PI. 63, fig. 2, a. )
- Les pièces émaillées se cuisent dans les deux tiers inférieurs du four, les pièces en cru dans le tiers supérieur, de manière qu’il y ait onze à treize planchers de pièces en émail, et deus ou trois de pièces en cru. On met dans les Cazettes les pièces plates , assiettes et plats; elles sont portées par des pernettes grossières, pyramidales et non prismatiques. Ces cazettesétant percées d’outre en outre, c’est par l’extérieur que se posent les pernettes.
- Les cazettes doivent être soigneusement engommêes à l’intérieur, c’est-à-dire couvertes d’un émail très plombifère, fait avec les résidus d’émaux , auxquels on ajoute du minium. Le but de cet émaillage est d’éviter le ressui ou dessèchement de l’émail qu’éprouveraient des pièces mises dans des cazettes non émaillées.
- Les pièces placées sur les tuiles des êchappades y sont posées sur des colifichets en triangles (fig. 6) . On n’en met guère que vers le bas du four, où le feu , plus violent, en faisant couler l’émail sur les tuiles, y ferait adhérer la pièce.
- Les tuiles sont portées par trois piliers b disposés en triangle; ceux de devant servent pour deux tuiles. Une boulette lut affermit la pose des tuiles sur les piliers.
- Les tuiles et les piliers devant aller souvent au feu et résister à son influence ramollissante, sont faits avec de l'argile plastique du sud de Paris, dégraissée avec une quantité suffi' santé de ciment.
- On place les piles des cazettes, qu’on nomme arcades x ^ le devant et sur le derrière du four, et on ne les élève îje jusqu’à environ les deux tiers de la hauteur du laboratoire-
- Les tuiles des êchappades y se mettent dans le milieu ^ four, jusqu’en haut, et même sur les piles de cazettes.
- Le cru se place toujours en échappade, d’abord sur deu* ou trois planchers de tuiles, ensuite en charge, c’est-à^
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- que les pièces sont placées les unes sur les autres sans aucun moyen de support intermédiaire (1) dans la partie supérieure l' du laboratoire.
- Il faut avoir soin de placer les conduits qui résultent des troncatures des angles de quatre tuiles exactement au-dessus des carneaux d,dyd, pour que le feu puisse jouer faci lement.
- Enfin, autant pour laisser jouer le feule long des parois du four, que pour affermir les rangées d’échappades, on cale contre les murs latéraux du four les tuiles des extrémités de chaque rangée d’échappade et de chaque plancher, avec des coins en terre cuite c, c.
- Le feu , dans un four carré, dure de vingt-sept à trente heures ; le petit feu est de quinze à seize ; il se fait en jetant dans le foyer de gros morceaux de bois non fendu. Le grand feu dure de douze à quatorze heures ; on emploie alors du bois fendu, qui se place horizontalement en travers et en long, sur les rebords de l’alandier.
- La conduite du feu est assez difficile ; le four cuit tantôt trop sur le devant, tantôt trop sur le derrière. On juge cette marche par le jeu de la flamme des carneaux qui sont percés dans la voûte supérieure du laboratoire, et l’on dirige la marche du feu aussi bien qu’on le peut, en jetant des morceaux de bois plus ou moins en avant dans le foyer ou chambre à feu-.
- Ou a pour pyroscopes ou montres , des tasses émaillées renfermées dans une cazette placée au niveau de l’avant-dernière des cazettes qui renferment la faïence émaillée, et dans laquelle on peut pénétrer au moyen d’un ringard. On juge l’état de la cuisson par celui de l’émail de ces tasses.
- Un four delà capacité de celui dont nous donnons la figure, et qui contient environ 14» douzaines de pièces, brûle pour une fournée à peu près 14 stères de bois gris, mélange de chêne
- (1) V. les planches et leur explication à la fin de cet article. Les figures ayantete'exactement proportionnées, nous dispensent de donner ici aucune dimension; l’e'chelie les fera connaître.
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- flotté, de hêtre et de charme, tant en gros bois qu’en fendons.
- On peut défoumer au bout de trente-six heures.
- La faïence est susceptible d’être décorée par des peintures qui peuvent être très soignées. Lorsque ces peintures, qui sont ordinairement grossières, parce que cette poterie, d’une très faible valeur, ne supporterait pas le prix de peintures précieuses, sont mises sur l’émai'l, on repasse les pièces dans un four particulier, à un feu de beaucoup inférieur à celui qu’elles ont reçu,- cela s’appelle des peintures au feu de réverbère. La composition de ces couleurs, leur application, leur cuisson, diffèrent peu des procédés de la peinture en couleur vilrifiable; nous y renvoyons.
- Tels sont les procédés particuliers à la fabrication de la faïence commune de Paris, prise pour exemple.
- C’est par les mêmes procédés, simplement modifiés dans quelques-uns de leurs détails, et surtout dans les proportions de composition des pâtes et émaux, en raison de la différence des matières premières, que se fabrique cette même faïence dans un très grand nombre de lieux, tant en France que dans diverses contrées de l’Europe, et même de l’Asie. Nous nous contenterons de citer les fabriques s
- Du Bourg-la Reine et de Sceaux, près Paris ;
- De Ne vers, où la faïence, importée d’Italie en France, a été établie pour la première fois ;
- De Saintes, dans le département de la Charente ;
- De Saint-Clément, près Lunéville , et de Lunéville même;
- De Rouen, où s’exécutent de très grandes pièces, et où l’on travaille principalement pour les colonies ;
- De Forge-les-Eaux, dans le même département. L’abondance des bonnes argiles et du combustible a dû contribuer à ces établissemens ;
- De Tours, où l’on fait plus de faïence brune que de blanche ;
- De Yron , près Lille, dans la Moselle ;
- De Cologne : c’est une belle faïence , dont l’émail est quelquefois un peu mince, mais dont la pâte ou biscuit a une
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- assez grande densité, au point d’approcher de celle des faïences fines.
- On fait en Espagne, dans diverses provinces , mais principalement à Talnvera-la-Rejna, dans la Nouvelle-Castille, province de Tolède, des faïences à biscuit assez dense, jaunâtre , qui est couvert d’un émail blanc bien glacé. Le nom de Talavera, appliqué en Espagne à toutes ces faïences , vient de celui de la ville où elles se sont fabriquées autrefois avec une perfection que Proust (en i8o4) prétend qu’elles ont perdue.
- On a fait à Delft, en Hollande, une faïence remarquable par le beau glacé de son émail, sur lequel on a pu exécuter des peintures qui joignent à une grande finesse, des couleurs assez vives. .
- Les faïen ces actuelles d’I talie, du moins celles que j e connais, qui viennent de Savonne en Piémont, de Doccia près Florence , du royaume de Naples, paraissent avoir beaucoup perdu de leur ancienne supériorité, et me semblent inférieures, sous tous les rapports, aux faïences française, espagnole et allemande, que je viens de citer.
- En Asie, la belle poterie à émail d’un bleu pur, relevé d’ornemens et de dessins blancs, qu’on appelle quelquefois porcelaine de Perse, appartient, sans aucun doute, à l’espèce de faïence dont je viens de décrire les procédés. Je n’en conclus pas néanmoins qu’on ne fasse pas, ou qu’on n’ait pas fait de vraie porcelaine en Perse ; mais je n’en ai pas encore vu d’authentique.
- Deuxième section. — Faïences communes anciennes.
- On avance généralement que c’est à Faënza , en Romagne, vers i3oo, que se sont établies les premières fabriques de faïences , et qu’elles y ont été importées des possessions arabes en Espagne, et notamment de Majorque ; de là le nom de Maïolica qu’on leur a donné, et que portent encore les anciennes faïences toscanes.
- Nous ne pouvons discuter ici ce sujet intéressant pour
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- l’histoire de la première poterie, qui, par son bel e'mail éclatant, attira tellement l’attention lorsqu’elle parut en Italie, vers i3oo, qu’elle reçut dans ce pays le nom de porcelaine.
- Mais ce ne fut que vers i45o qu’un sculpteur florentin, Lucca délia Robbia, fit des figures et bas-reliefs en terre cuite, recouverts d’un enduit vitreux, blanc, opaque, stan-nifère. Il colora cet émail à volonté, et donna ainsi à ses figures et à ses bas-reliefs différens tons et différentes couleurs, Ces produits, très répandus alors sous le nom de terra in~ vetriata, sont encore fort recherchés pour le mérite de leur exécution, et pour leur intérêt historique.
- Cet art se perpétua dans sa famille, se répandit même dans plusieurs parties de l’Italie, et Jeremi délia Robbia, l’un des frères de l’inventeur, vint en France, appelé par François I". Il orna de ce genre de faïence le petit château qui fut construit alors dans le bois de Boulogne, sous le nom de Château de Madrid.
- L’art continua de faire des progrès sous le rapport des vernis, des couleurs et des peintures. Ce fut de i5oo à i54o que s’exécutèrent les plus beaux vases , principalement à Castel-Durante, sous la conduite d’Orazzio Fontana d’Urbin, et à Florence, sous celle de son frère Flaminio, qui fabriqua de grandes pièces de faïence, et y peignit des sujets d’histoire.
- Alors presque toutes les principales villes d’Italie voulurent avoir des manufactures de maïolica. Pesaro, où les premières faïences de cette sorte avaient été fabriquées, conserva sa supériorité. Le style de Raphaël, qui s’était répandu dans toute l’Italie, eut une telle influence sur les peintures qui ornaient ces faïences, qu’on crut long-temps que ce grand peintre y avait lui-même travaillé. Cette tradition populaire parait venir de ce que le duc Guidobaldo délia Rovere, ou Guido-baldo II d’Urbino, qui encouragea avec magnificence ce nouveau genre de poterie et de peinture, donna à exécuter aux peintres des fabriques qu’il avait établies à Pesaro, des des* sins de Raphaël et de ses élèves, et de ce que, parmi le5 peintres les plus habiles de ces fabriques, il y en avait deux,
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- Raphaël Ciarla et Raphaël fiel Colle, qui portaient le nom de cet illustre peintre. Cette fabrication acquit une si grande vogue, que les noms de plusieurs autres habiles peintres en maïolica devinrent célèbres, et que ses produits eurent dans le temps la même célébrité et la même importance dont jouit la porcelaine de nos jours ; c’est même alors qu’on lui donna ce nom.
- Le duc Guidobaldo fit exécuter à Pesaro des services magnifiques, dont il faisait présent aux princes et aux personnages les plus éminens. On cite le service qu’il fit exécuter pour l’empereur Cbarles-Quint, et les artistes habiles, Taddeo Zuccaro et Batista Franco, qui y travaillèrent, sous la direction des frères Flaminio et Orazzio Fontana.
- On apportait dans l’exécution de ces assortimens en pièces de faïence, le talent, le soin, les recherches d’érudition et de convenances qui pouvaient ajouter à leur richesse, à leur intérêt et à leur mérite.
- Ce genre de perfection se maintint tant que le souverain protégea cette industrie de luxe, cette branche des beaux-arts. Mais quand vers i56o, après la mort de Guidobaldo et d’O-razzio Fontana, on crut qu’elle devait se soutenir par elle-niême, et qu’on pouvait la livrer au concours des intérêts particuliers, on ne fit plus que des choses communes et médiocres, qui n’avaient.ni le mérite que cette belle faïence devait autrefois à des artistes habiles, ni le prix que ce mérite rare pouvait lui donner ; alors ce genre de poterie, qui participait encore plus des arts du dessin et des arts de luxe que de l’industrie, alla toujours en s’altérant, et finit par tomber entièrement ,1).
- Ce ne fut pas la découverte de la porcelaine européenne qui causa cet abandon; caria fabrication de cette nouvelle potelé ne commença en Europe, comme on sait, que vers 1700, par conséquent plus de cent cinquante ans après les derniers
- La plupart des faits rapportes dans cet article sont tires de l’ouvrage M. Castellan, intitulé : Lettres sur Vlln’ie, T. II, page ajS h 391 , qui «-meme paraît les avoir puisés dans l’ouvrage de Passeri.
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- produits remarquables de la maïolica de Toscane. Mais l’ia. troduction en Europe de la porcelaine de Chine, qui eut lieu à peu près à cette époque, put y contribuer.
- Il paraît que les procédés de Lucca délia Robbia et de ses successeurs immédiats dans l’art de faire la faïence maïolica, étaient entièrement perdus ou au moins absolument inconnus en France en i55o, époque de la mort du dernier fabricant florentin qu’on vient de nommer ; car les essais multipliés, les recherches intelligentes et opiniâtres, et les efforts prodigieux d’un potier célèbre de ce temps , de Bernard Palissy, eurent pour premier mobile le désir d’imiter une belle coupe de terre émaillée, probablement de maïolica, qui était venue d’Italie. C’est de io55 à i56o, à Saintes, qu’il entreprit les recherches qui devaient le conduire à ce résultat. Ou sait combien les travaux de cet homme si instruit pour son époque et si persévérant dans ses entreprises, lui prirent de temps et lui «• casionèrent de dépenses ; on sait qu’il fut plusieurs fois sur le point d'ètre entièrement arrêté dans ces travaux, par la perte de tous ses moyens, avant de réussir à faire ces faïences si remarquables par leurs formes et leur grandeur, par la fermeté, le style particulier et la richesse de leurs ornemens en relief, enfin parla vivacité de leurs couleurs et l’éclat de leu émail. Ces émaux , d’après ce qu’il nous apprend lui-mème, étaient composés des mêmes élémens que les émaux et les couleurs de la faïence actuelle ; c’était, pour l’émail blanc, sable, de la potasse, du plomb et de l’étain; c’était, pour te émaux de couleur, de l’antimoine, du cuivre, du manganèse, du fer, etc.
- Ses vases, ses ustensiles de ménage, ses plats, couverts h figures en relief et colorées, de poissons , de serpens, deco* quilles et de mille autres objets, étaient évidemment moult: dans des moules faits la plupart sur nature.
- Ces plats ou plutôt ces plateaux, surchargés d’objets enK liif, et que l’on appelait pièces rustiques, ne pouvaient^-d’aucun usage, mais ils étaient destinés à garnir les grâB armoires nommées dressoirs, qui ornaient les salles à wa®ê£I
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- Cette de'couverte et ces beaux produits ne donnèrent pas encore la faïence commune en France. Mais on dit généralement que les procédés de sa fabrication furent apportés vers 1600 de la ville de Faenza, en Italie, à Ne vers, par une personne de la suite du duc de Gonzague.
- C’est De Thou qui a avancé ce fait historique que Legrand d’Aussy révoque en doute, attribuant à un petit bourg nommé Fayence, près de Fréjus en Provence, la fondation de la première fabrique de cette poterie et l’origine de son nom.
- Quoi qu’il en soit, il paraît que ce fut vers t6o3 qu’il s’éleva plusieurs manufactures de faïence, non—seulement à Ne-vers, mais à Paris et à Brillautbourg en Saintonges.
- QUATRIÈME CLASSE.
- FAÏENCE FINE OU ANGLAISE.
- ( Terraglia des Italiens. )
- « Cette poterie est caractérisée par une pâte blanche, opa-
- * que, à texture fine, dense et sonore, recouverte d’un vernis
- * cristallin plombifère. »
- I.a pâte est essentiellement composée d’argile plastique lavée, et de silex broyé fin. Il y a quelquefois un peu de craie; elle est très fine et très plastique.
- Henduit vitreux est un vernis cristallin , c’est-à-dire fondu préalablement en verre, dont la composition, très variable, peut cependant être ramenée aux principes suivans : de la silice unie à du quarz ou même à du felspath, de la soude et du plomb à l’état de minium.
- Cet enduit, délayé dans l’eau à l’état de bouillie épaisse, 81 mis par immersion, et quelquefois par arrosage
- Cefaçonnage est soigné, quoique rapide, et les pièces qui eu résultent sont en général minces et légères.
- ha cuisson est nécessairement double. La pâte est d’abord cutièrement cuite en biscuit, à une température qui a été Saluée entre 25,60, 80 et même too degrés , au pyromètre d« Wedgwood.
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- Le vernis est cuit séparément, à une température inférieure qui n’est que rie 10 à 3o degrés du même pyromètre.
- Les fours sont cylindriques, à alandiers, dont le nombre varie de six à douze. La cuisson peut avoir également lieu au bois et à la houille.
- L ’ encastage se fait dans des cazetles fermées; les pièces sont supportées par des permettes et par les autres moyens qui ont été indiqués à l’article de VEncastage.
- Cette poterie est susceptible de recevoir ries décorations très variées, en fond de couleur, lustre métallique, ornemenset peintures par voie d’impression. Comme elle estprincipalemeit employée par des personnes d’une aisance moyenne, les décorations soignées en sont assez appréciées; et comme elle es! très répandue, les pièces de même sorte et de même décoration peuvent être assez multipliées pour que leur débit couvre les frais de premier établissement, que nécessitent les moyens mécaniques de décoration par estampage, impression , etc.
- La couleur blanche ou déterminée qu’on peut donner à la pâte de cette poterie, l’éclat et la solidité de son vernis, et surtout la finesse, la légèreté , la pureté de contour que pen«t; offrir ses pièces, sont des qualités qui la font rechercher. De autre côté, la plasticité de sa pâte , qui en rend le travail facile , expéditif et sûr , les moyens mécaniques et les procédés économiques qu’on peut mettre en usage pour rendre cettefa-brication encore plus expéditive, permettent de réduire d»-' dérablement le prix de cette pote rie , sans que ce soit ni dépens de ses qualités fondamentales, ni même aux dépens^ qualités accessoires, qui tiennent au goût, à la purete t-formes et à celui des décorations. Cette réduction de pris,c" étendant considérablement le débit et la fabrication, perC" une nouvelle réduction de prix dans les pays où cette fabneâ-tion est conduite en grand et avec une longue expérience.
- Les défauts de cette poterie, qui tiennent à sa nature, de ne pouvoir aller sur le feu pour les usages domestiq^ et d’avoir un vernis tendre, qui se laisse aisément entamé
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- les instrumens d’acier et de. fer. Mais lorsque cette poterie est mal fabrique'e, ou fabriquée avec une économie mal entendue, ses défauts deviennent bien plus graves ; son vernis jaunâtre et tendre tressaille souvent ; il se laisse entamer ou user avec la plus grande facilité par les instrumens de fer, ou par l’usage ordinaire. Les fissures que ce tressaillement ou ces rayures ouvrent dans le vernis permettent aux matières grasses de pénétrer dans le biscuit, qui, dans les poteries affectées de ce défaut, a presque toujours une texture lâche; les pièces se salissent, s’empuantissent, et se brisent même avec la plus grande facilité.
- Il est important de reconnaître ces défauts, qui ne se manifestent pas au premier aspect ; il y a plusieurs moyens , qui sont à la portée de presque tout le monde :
- i“. Le vernis se laisse entamer avec facilité par le plus mauvais couteau ;
- 2°. Les pièces de cette poterie placées dans un lieu où se dégagent des odeurs de matières putrides, ne tarderont pas à se couvrir de couleurs irisées, et même à noircir ;
- 3°. Un œuf mêlé d’un peu de graisse et cuit sur une pièce rayée, fera naître à sa place une couleur irisée ou d’un brun-noirâtre, qui s’étendra à une plus ou moins grande distance de la rayure, suivant la mauvaise qualité du vernis ou du biscuit.
- On doit établir dans cette classe de poterie, comme dans la faïence commune , deux sections, fondées sur les différences de composition des pâtes.
- La première renferme la faïence fine, que nous nommerons cailloutée, parce qu’elle ne renferme que du silex; on l’a appelée vulgairement cailloutage en terre anglaise.
- La seconde portera le nom de marnée, parce qu’elle consent de la craie ou tout autre calcaire ; c’est la poterie qu’on appelle vul airement terre de pipe.
- Après avoir exposé d’une manière générale les procédés de fabrication de la faïence fine, nous devons les décrire d’une Manière plus positive, en prenant pour exemple la fabrication
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- 254 POTERIES.
- anglaise, telle que nous l’a fait connaître M. de Saint-Amans
- et la fabrication française, telle qu’on la pratique dans les îa-
- briques placées dans un rayon d’environ 25 lieues autour de
- Paris.
- R ous tâcherons de les rapporter, autant qu’il nous sera possible, à celle des deux sections précédentes à laquelle elle nous paraîtra devoir appartenir.
- Première section. — Faïence fine; fabrication anglaise.
- Composition de la pdle. Il y a plusieurs compositions de pâtes, et parmi toutes les recettes qui ont été publiées ou qui m’ont été données, il y en a peu qui s’accordent exactement entre elles; cela tient à la nature des argiles employées, età la préférence que les fabricans donnent à une composition sur une autre. C’est le cas de toutes les recettes publiées : elles ae conduisent jamais à une exécution sûre et constante; leur utilité se borne presque toujours à mettre sur la voie le fabricant instruit et expérimenté; mais elles ne peuvent pas faire éviter les recherches, les essais, ni faire arriver du premier coup à des résultats assurés. Ainsi, suivant la nature plus ou moins siliceuse de l’argile plastique employée, la composition de la pâte peut s’exprimer par les proportions suivantes, eu faisant abstraction des autres matériaux qu’on y ajoutent qui paraissent aussi variés dans leur nature que variables dans leur proportion. Aussi, on prétend que la faïence fine anglais* est essentiellement composée :
- D’argile plastique de Devonshire
- et de Dorsetsbire............. 83 (0,
- De silex broyé.................. 17.
- Mais il paraît, ou que la vraie composition de Wedjpvooc
- (1} En réduisant en centièmes, les proportions ilonnées par MM Op tn” îicim,dt Saint-Amans 11 Baatenaire, on remarque que ces fauriuûs cordent assez bien sur ces proportions.
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- POTERIES. 255
- n’avait pas été connue, ou que depuis quelques années on a apporté dans cette composition des changemeus qu’on a regardés comme des améliorations; car, d’après les communications qui m’ont été faites par M. de Saint-Amans, et qu’il a publiées en partie (:), la pâte de faïence fine la plus en usage maintenant, et qui est destinée à recevoir par la voie de l’impression, des ornemens en bleu, est composée :
- D’argile plastique.... 1NT0 1. N° a. 56
- De kaolin ... 16 27
- De silex ... i9 i4
- De felspatb en partie composé (2) dé- ... 3 3
- 100. IOO.
- Suivant que l’argile est moins siliceuse, on met moins de ïaolin et plus de silex. La première composition appartient aux argiles de Devonshire et Dorsetshire, et la seconde , plus spe'cialement aux argiles analogues â celles de Mcntereau.
- 11 paraît qu’il y a en outre toujours un peu de chaux dans ces compositions, c’est-à-dire un à deux centièmes ; et quoique les matériaux dénommés ci-dessus n’ed indiquent pas , elle peut y être introduite , soit par les argiles qui en renferment un peu, soit par la croûte calcaire du silex de la craie (3). Mais, nous le répétons, les recettes publiées sont
- (0 Bulletin de la Société d’Encouragement, XXVIIIe année, janvier, l>a?e 18.
- W Ce que M. de Saint-Amans désigne sous le nom de granité dans les compositions qu’il a publiées, est un felspatb très altéré, passant presque ^l’état de kaolin , et qui se trouve en Cornouaille avec le kaolin de ce pars. Ie premier est connu, par les ouvriers, sous le nom de moorstone. Watson 'Chir,i. essay, 1787, page 274), dit que cette pierre, qu’il nomme aussi granité, ressemble an petunt-zé de la Chine, qu’on la trouve à Landsend, en Cornouaille, avec Je soop rock, qn’il considère comme du kaolin : ou la •feigne aussi sous le nom de cornish clay.
- (5) Cette présomption est de M. Bastenaire; elle me paraît fondée. Mais il ûttt convenir que cette source doit être susceptible de bien grandes variations.
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- a56 POTERIES.
- si obscures, si compliquées , si particulières à certaines localités, que nousue pouvons donner celles qui viennent d’ètre pre'sente'es, que comme les résultats ge'néraux qu’on peut essayer de tirer de toutes ces prescriptions. Neanmoins, j’ai vu opérer M. de Saint-Amans avec la seconde composition; elle a produit un corps de pâte dense, sonore, blanc, et qui m’a paru doué de toutes les qualités d’une bonne poterie.
- Enfin, il ne faut pas confondre ce corps de pâte avec celni des grès-cérames , que les Anglais nomment drj-bodies, et qui appartient à la cinquième classe.
- Les matériaux de la pâte ayant été préparés par le lavage soigné des argiles dans les gâchoirs et bassins, dont nous donnons la figure PI. 60, fig. 4) A, B, et par la trituration très fine des matières dures dans le moulin figuré PL 60, fig. 3, A, B , sont mêlées ensemble de la manière la plus intime. Pour cela , on amène chacun de ces matériaux à l’état de barboline, c’est-à-dire de bouillie claire, afin que le siîeï et l’argile, différens en pesanteur spécifique, ne puissent pas se séparer trop facilement.
- La pâte est composée ; mais elle est trop liquide pour être employée ; on lui donne la consistance nécessaire dans des fosses chauffées , que nous avons fait connaître chap. 1°: art. II, § 2, B, page 77. Ces fosses ont, dans quelques fabriques anglaises, jusqu’à 20 mètres de long.
- La pâte serait alors en état d’être travaillée ; mais on doit lui faire encore éprouver l’opération du pétrissage , et l’amélioration qui résulte de la conservation.
- Le pétrissage pour des masses de pâte aussi considérable' est une opération très dispendieuse, quand 011 la fait faire p des hommes ; on a apporté en Angleterre une grande économie dans cette manipulation , en la faisant exécuter mCCJ' niquement par des espèces de piston en forme de pilon, qu:' montent et descendent dans des cylindres de fonte, à 1**^ de la force des machines : ils font éprouver à la pâte unbat tage et une compression violentes, et la forcent de sortirp-une ouverture en forme de cylindre, à l’état d’une pâteden*
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- homogène et privée d’air interpose'. On peut l’employer immédiatement; mais il vaut encore mieux la laisser s’améliorer, par un séjour de quelques mois dans des caves humides.
- Façonnage. Le façonnage des pâtes céramiques a été décrit, d’une manière générale , au chap. II ; nous ne devons donc indiquer ici que ce qui est particulier à la faïence fine.
- Cette pâte étant en général très plastique ou longue, se travaille aisément. L’ébauchage, qui a très souvent lieu à la housse , se fait sur le tour anglais à ébaucher (PI. 58, fig. r, A, B ) ; il s’opère avec une célérité remarquable. Lorsque les balles de pâte ont été préparées et les moules réunis, on assure qu’un bon ouvrier ébaucheur, avec les deux apprentis qui lui apportent les balles, et qui emportent l’assiette ébauchée , peut ébaucher une assiette en huit secondes ; par conséquent , il peut en fournir, dans ce premier état de façonnage, environ trois mille six cents dans une journée de dix heures, et en supposant même qu’il mette dix secondes pour chaque assiette.
- Dans le moulage à la croûte de cette poterie, soit assiettes, soit plats ou plateaux, la croûte se fait sur une table de plâtre ou'de marbre, avec une batte ou tampon en plâtre ; elle est ensuite portée sur le moule de plâtre, appuyée sur ce moule avec le chapeau ou l’éponge, puis formée avec le calibre, qui est fait lui-même en faïence fine.
- La platerie ovale se fait de la même manière ; mais le moule est placé sur une tournette, au lieu d’être placé sur le tour à ébaucher.
- Dans la plupart des fabriques actuelles, l’ébauchage à la balle et à la housse est réservé pour les pièces creuses ; le moulage s’applique à toutes les pièces plates, non-seulement aux pièces ovales, mais aux pièces rondes, soucoupes, assiettes, etc.
- Toutes les pièces ébauchées doivent être finies par le tour-nassage, qui ne présente rien d’assez particulier dans son execution pour que nous devions le décrire; nous rappellerons seulement qu’il se fait sur le tour anglais à axe hori j Toke XVII. in
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- a58 POTERIES,
- zontal (PL 58, fig. 2, A,B ), et que l’emmandrinage delà pièce exige plus d’attention pour qu’il soit solide , cette pièce étant dans une situation horizontale.
- Les pièces moulées n’ont besoin , pour être tout-â-fait terminées, que d’être revues par l’ouvrier, qui enlève les bavures de l’éponge et du calibre , et les coutures du moule, si ce moule était de plusieurs pièces.
- Le garnissage ne présente non plus aucune particularité. Assez ordinairement les anses sont faites à la presse à Jiliere, qu’on appelle aussi presse à colombin, et les ornemens en relief qui couvrent ou garnissent assez souvent les faïences fines anglaises sont faits dans des moules de terre, et appliqués comme on l’a expliqué au chap. II, art. 2, § 2, et art. 3, 5 6.
- On laisse alors sécher les pièces avec précaution, et on les cuit en biscuit.
- Vernis (1). Nous avons déjà fait connaître, d’une manière générale, la composition des vernis qui recouvrent les faïences fines. La composition précise de ces vernis présente encore plus de variétés, et par conséquent d’incertitude , que celle des pâtes.
- Nous indiquerons les différentes compositions suivantes, pour la faïence fine anglaise, d’après les renseignemens publiés ou communiqués par M. de Saint Amans :
- i°. Pour la faïence fine blanc de crème (cream color),
- N° 1.
- Oxide blanc de plomb................. 48
- Felspath............................... i5
- Silex................................ 33
- Verre, cristal, dit Jlint-glass....... 4
- 100.
- 2“. Pour les faïences fines destinées à recevoir des 1®' pressions,
- (t) On l’appcüe aussi couverte ; mais nous avons réservé ce non) pour classe d’eaduit vitreux tout-à-fait différente de celle-ci.
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- POTERIES.
- 269
- N° 2.
- rFelspath.. 28
- Fritte com- J Soude.... 6
- posée de j Nitre...... 2
- (.Borax.... 1
- Oxide blanc de plomb....
- Felspatk..................
- Silex.....................
- Craie.....................
- Oxide d’étain.............
- îî° 3.
- .Felspath.........26,
- I Sulfate de bar y t. 10 j
- 26 < Soude............. 5 56
- j Nitre. ......... 1 i
- L Borax........... 1 )
- 26 ................... i3
- .................. 3i
- 100.
- 34
- 8
- 5
- 1
- 100.
- 3°. Pour les faïences fines destinées à être ornées de peintures,
- N9 4.
- Fritte du n° 2 ou 3..... 11
- Minium.................... 44
- Oxide blanc de plomb. ... 35
- Silex..................... 10
- ÏOO.
- Nous ne devons donner ici que les vernis vitreux applicables aux faïences, tels qu’on les fait en Angleterre ; ces recettes sont déjà assez incertaines, pour ne pas ajouter à leur incertitude , en confondant avec elles celles des vernis applicables aux faïences fines faites dans d’autres pays.
- Le vernis n° 1 est simplement broyé et appliqué, sans être ai fondu ni même fritté préalablement. Dans les autres vernis, Uu de leurs coniposans, comme on peut le remarquer, a été fritté.
- Il ne paraît pas qu’il soit jamais fondu à l’état de verre cristallin.
- 6n broie la fritte, et l’oa y ajoute l’oxide de plomb. Ou
- *7«ï
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- 2,6a POTERIES.
- remarque qu’on a tout-à-fait abandonné l’emploi du blanc de plomb ou céruse, qui est un carbonate de plomb, pour y substituer le minium. Aussi, le vernis délayé en consistance de bouillie, pour être employé, a-t-il une couleur rosâtre.
- Cuisson. On connaît déjà le four et l’encastage en général; le même four peut servir, mais successivement, à cuire le biscuit et à cuire le vernis ; en général, les fours à vernis sont plus petits que les fours à biscuit. Les dimensions moyennes d’un four à biscuit sont de 4® décimètres de diamètre sur 47 de hauteur, et celles d’un four à vernis ou émail sont de 35 décimètres de diamètre sur ùp décimètres de hauteur.
- L’encastage du four à biscuit ne présente rien ni de difficile ni de remarquable. Un four de la dimension qu’on vient de supposer renferme environ quatre-vingt-sept piles de cazettes, qui contiennent chacune de quinze à seize assiettes ; elles en contiennent moins que les cazettes à émail, parce qu’elles sont beaucoup plus basses, n’ayant guère que 14 centimètres de hauteur.
- La cuisson d’une fournée de biscuit dure environ quarante heures.
- L’encastage des pièces en vernis offre, au contraire, un grand nombre de circonstances, auxquelles il faut avoir égard.
- Les principales sont :
- i°. D’enduire de vernis l’intérieur des cazettes, avec assez de soin pour qu’elles n’absorbent pas celui des pièces qui Y sont enfermées ;
- 2°. De faire en sorte de mettre dans une cazette le plus de pièces possible, sans cependant qu’elles se touchent autrement que par des points peu nombreux et très petits. U n’est pas possible de décrire cet encastage : il suffit de dire que pour empêcher les pièces de coller sur le fond des cazettes, san» cependant recourir aux colifichets, on sable les fonds des cadettes avec du silex grossièrement concassé ; il se colle sur le fond de la cazette au moyen du vernis dont il est enduit, et porte par des pointes ou arêtes très déliées toutes les pièces
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- POTERIES. 261
- qu’on place dans la cazette ; mais pour gagner de la place, on met souvent de petites pièces dans les grandes, telles qu’un coquetier, un pot à crème dans un pot à l’eau, et pour que ces pièces complètement vernies n’adhèrent pas ensemble, on les sépare, ou par des colifichets (fig. 6), ou par des espèces de petits chevaux de frise en biscuit, qu’on appelle pattes de coqs (fig. 7, a, b ). Les fig. 4 et 5 de la PI. 63 indiquent suffisamment ce mode d’encastage.
- Les piles de cazettes sont dispose'es de manière à permettre entre elles la libre circulation de la flamme qui sort des alandiers ; elles ne sont pas exactement verticales, mais elles s’inclinent un peu vers l’axe du four, afin qu’il ne puisse jamais leur arriver de tomber vers la paroi du four, et d’étouffer ainsi le feu , si la dilatation ou les autres mou-remens causés par la chaleur tendent à les faire pencher.
- • Elles sont toutes lutées.
- On disperse dans le four des faïences fines un peu différentes par la composition de leur pâte ou de leur vernis ; leur place est déterminée par le rapport qu’il y a entre la fusibilité de leur vernis et la température de la partie du four où on les place.
- • Ainsi, on met dans les parties les plus chaudes cette sorte de faïence, participant un peu de la porcelaine tendre que les Anglais nomment porcelaine ou faïences de fer ( ironstone China ).
- Les cazettes, placées entre les alandiers, renferment les grandes pièces, telles que pots à l’eau, cuvettes, qui sont revêtues des vernis n° 2 et 3, et ornées de dessins imprimés en bleu.
- La partie inférieure et moyenne du four ayant ordinairement moins de feu, on y met la faïence dite couleur de crème, enduite du vernis n° 1, comme étant plus tendre que le vernis pour l’impression.
- On place aussi les grès-cérames de couleur dans les cazettes basses du second rang et dans celles du milieu.
- Enfin tout-à-fait dans le bas du four, où le vernis ne
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- 262 POTERIES.
- cuirait pas, on place les pièces en biscuit imprime'es, qui sont remises au four dans le seul but d’en de'truire la partie Lui», leuse.
- Les cazettes où sont les pièces de montres ou pyroscopes dont on va parler sont placées près de la porte, à la hauteur de quatre cazettes, et plus du côté de l’alandier de droite que vers celui de gauche, afin, dit-on, de mieux faire connaître la plus haute température du four
- Les fours ne doivent être, ni trop petits, il y aurait perte; ni trop grands, il y aurait trop de difficulté à y répartir la chaleur également. On a indiqué plus haut comme ternie moyen de leurs dimensions, un diamètre de 35 décimètres, sur une hauteur de 42 décimètres. Il est difficile de dire exactement le nombre de piles de cazettes qu’ils renferment; mais on peut l’évaluer à soixante-six piles, en supposant que ce soient toutes cazettes à assiettes d’environ 3 décimètres de hauteur, renfermant dix—huiL assiettes ordinaires.
- On voit que, s’il était possible de ne mettre que des assiettes dans un four de la dimension que l’on vient d’établir, il en contiendrait environ quatorze mille.
- Lorsque l’enfournement, fait suivant les règles et les précautions qu’ori vient d’indiquer, est terminé, on mure la porte avec deux rangs de briques, ayant soin d’y introduire le moins possible de terre à four, afin d’éviter les causes de refroidissement et d’bumidité.
- On met le feu ; et, comme c’est la fabrication anglaise que nous décrivons, il ne peut être question ici que de la cuisson à la houille. On choisit celle de la qualité la plus convenable ; il faut qu’elle donne une flamme longue et qu’elle ne s’agglutine pas trop fortement. On dispose la houille de manière que les plus gros morceaux forment dans le fond de l’alandier une muraille verticale à claire-voie, qui sert comme de grille aux plus petits morceaux qu’on met en avant, comme on l’a indiqué PI. 6i, fig. 2, F, f. Les alandiers sont ouverts, ainsi que le régulateur x.
- En supposant, comme c’est l’usage en Angleterre, qu 011
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- POTERIES. 263
- mette le feu à six heures de soir, onFaugmeute peu à peu jusqu’à dix heures que les alandiers sont entièrement pleins. Jusque là les alandiers et le régulateur étaient ouverts, la bouche inférieure b' seule était fermée ; à cette époque du feu on ferme, mais non pas entièrement, la bouche supérieure b, en poussant le plateau z. De minuit à six heures du matin, on met toutes les heures une charge de houille. De six à sept heures, l’émail commence à fondre, et l’on tire la première montre. A huit heures et demie, la cuisson est très avancée. Le cuiseur doit être sur ses gardes, pour discontinuer le feu dès que la boule pyroscopique qu’il tire lui indique que la cuisson est finie, ce qui a lieu ordinairement à neuf heures.
- On ouvre alors les alandiers ; la température baisse très promptement. Par conséquent la cuisson à la houille du vernis de faïence fine dure en Angleterre environ quinze heures, depuis le moment où l’on commence le feu jusqu’à celui où on le cesse.
- On conduit le feu en ouvrant plus ou moins le plateau z du dessus de l’alandier. Ainsi quand la flamme sort par le carneau cv', on ouvre un peu le plateau. On le referme lorsque la flamme ne paraît plus.
- Lorsque le vernis entre en fusion, il faut faire en sorte que la température ne baisse pas, mais qu’elle reste à peu près la même jusqu’à la parfaite cuisson.
- Lorsque la température de la partie supérieure du four paraît trop élevée en comparaison de celle de la partie inférieure, le cuiseur ouvi’e l’alandier pour faire descendre le feu vers le bas. Il le referme lorsqu’il juge que l’équilibre est rétabli.
- Les montres ou pyroscopes pour juger le feu sont des petites sphères ou boules creuses d’argile ou de pâte de faïence, dans laquelle on introduit une certaine quantité d’oxide de fer. Elles ont de 2 à 3 centimètres de diamètre , et sont percées de part en part.
- Pour cuire les biscuits, on prend les sphères crues, et l’on jttge la température par la retraite qu’elles éprouvent, et
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- 264 POTERIES.
- qui est près d’un dixième, et par la couleur rouge pâle,
- rougeâtre et brun-rouge qu’elles prennent successivement.
- Pour cuire l’e'mail, on prend les sphères cuites et rougeâtres, et on les met en vernis plombifère très fusible. Le vernis paraît d’abord rouge clair, il pai-aît ensuite rougeâtre, puis brun-rougeâtre, puis brun-rouge très foucé, à mesure que la tempe'rature augmente.
- On compare ordinairement les sphères d’une cuisson prête à finir, avec celles d’une bonne cuisson précédente; mais on remarque que les montres d’un four neuf sont, à température égale, d’une teinte moins foncée que celles d’un vieux four qui cuit plus lentement. On doit avoir égard à ce changement aussi remarquable que difficile à expliquer.
- On sait que Wedgwood a employé, pour juger le feu, le pyromètre de son invention, qui porte son nom, et dont nous avons déjà parlé au § 3 de l’art. 3 du chap. IV.
- On évalue la cuisson de biscuit de faïence fine anglaise de go à i oo degrés de ce pyromètre, et celle des vernis entre 27 et 3o degrés du même instrument.
- Deuxième section. — Faïence fine; fairication française et
- autres.
- Plusieurs fabriques de faïences fines, établies dans un rayon d’environ 25 lieues de Paris , à Choisy, à Creil, à Chantilly, à Montereau , etc. , employant à peu près les mêmes argiles, les mêmes fours, les mêmes procédés, nous serviront d’exemples pour comparer la fabrication anglaise avec celle des autres pays.
- L’argile que ces fabriques emploient vient en général des environs de Montereau ; c’est une argile plastique grisâtre, dont on a fait connaître la composition page 5g ; on voit qu’elle est bien moins riche en alumine que celle du Devonshire.
- La pâte est composée à peu près dans les proportions suivantes ;
- Argile plastique de Montereau.. . 88 ou 87 Silex pyromaque.................. 12 ou 13.
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- POTERIES. a65
- Le biscuit, en général moins dense et moins sonore, cuit à une température de 80 degrés au plus du pyromètre de
- Wedgwood, par conséquent de beaucoup inférieure à celle de biscuit en Angleterre ; mais lorsqu’on veut atteindre une telle
- température avec cette composition, le teinte rougeâtre. biscuit prend une
- La composition des vernis doit être appropriée à un biscuit qui est moins dense et moins cuit. On adonné tant de recettes de cette couverte, qu’il est difficile de savoir quelle est la vraie
- et la bonne.
- K° i.
- Sable quarzeux blanc ... 28
- Minium ... 45
- Soude à 70 degrés . . . 17
- Verre ordinaire ... 9
- Borax du commerce. .....
- IOO.
- 3 millièmes d’azur de cobalt.
- 2.
- Sable quarzeux blanc . Minium Soude à 80 degrés . 36 . 45 • *7
- 2 à 3 millièmes d’azur. 100.
- N° 3.
- Sable quarzeux blanc . 18
- Silex . I I
- Verre plombifère, dit cristal.. . . . 4
- Minium ou massicot . 95
- Potasse t ou 2 millièmes d’azur. . 3 100.
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- 266 POTERIES.
- Ces vernis cuisent à une tempe'rature beaucoup plus basse, et qu’on évalue à i5 ou x8 degrés du pyromètre de Wedgwood,
- Le façonnage est à peu près le même que celui que nous avons décrit.
- La cuisson s’opère dans des fours un peu différens des fours anglais. On appréciera facilement ces différences, en comparant les fig. i et 2 de la PL 61.
- On n’est pas dans l’usage de juger le feu par les boules ou sphères pyroscopiques: les montres sont des tasses faites de la même pâte que la faïence qui est à cuire , et que l’on retire par l’anse avec une tringle de fer, vers la fin du feu.
- Jusqu’à présent le biscuit de la faïence et le vernis qui la recouvre ont présenté beaucoup moins de densité et de dureté que ces mêmes parties dans les faïences de fabrication anglaise.
- C’est sur des principes à peu près semblables, mais avec des compositions qui paraissent se rapprocher davantage delà pâte et des vernis anglais par leur solidité, que travaillent les fabriques de faïences fines
- De MM. Fouque et Arnoux, à Toulouse;
- De MM. Fabry et Utzschneider, à Sarguemine;
- De M. Boch-Buscliman, à Mettlach, près Trêves, dans la Prusse rhénane, et à Sept-Fontaines près Luxembourg, avec l’argile plastique de Valendahr près Coblentz, le quarz des Ardennes, et un huitième de craie.
- Le vernis, avant d’être employé, est fondu préalablement.
- Les tours à ébaucher et à tournasser sont mus par une machine hydraulique.
- On cuit dans des fours en demi-cylindre couché, de !\ me* très de hauteur sur 8 de longueur, avec du bois à Luxem* bourg, avec de la houille à Mettlach. Le biscuit est cuit dans le bas du four, et les pièces en vernis dans le haut. cuisson dure de vingt-deux à vingt-trois heures 'i).
- en iSab
- (i) Ces renseignemeus m'ont été donnés par M. Boch lui-même,
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- POTERIES. 267
- De M. Geyer, à Rostrand, près Stockholm, où les tours à ébaucher et à tournasser sont mus par une machine à vapeur, etc., etc.
- Comme les principaux défauts de la faïence fine résident dans son vernis, qui est tendre, altérable et susceptible de tressailler, on a cherché à les éviter en couvrant un biscuit analogue par sa composition à celui de cette faïence, avec l’email stanifère et très dur de la faïence commune , et l’on a donné à cette poterie le nom de terre de pipe émaillée.
- C’est principalement à Sarguemine, dans le département de la Moselle, à Saint-Clément et à Lunéville , dans le département de la Meurthe, qu’on a fabriqué cette sorte de poterie, qui fait, comme ou voit-, le passage de la faïence commune à la faïence fine.
- Ses pièces peuvent prendre les formes élégantes et avoir le peu d’épaisseur de cette dernière, avec l’émail d’un beau blanc glacé et dur de la faïence commune ; mais cet émail, épais et opaque arrondit toujours et alourdit même les formes; et d’ailleurs, cette poterie est d’un prix qui est trop voisin de celui de la porcelaine, pour qu’on lui donne la préférence sur celle-ci.
- Ainsi, les assiettes de 22 à 24 centimètres de diamètre se rendent, la douzaine, rendues à Paris :
- De Sarguemine.............. 5 fr. » c.
- De Saint-Clément........... 3 »
- De M. Keller de Lunéville. . 3 25
- La faïence fine est une fabrication complètement moderne, bns qu’on puisse assigner rigoureusement l’époque où elle a été introduite , parce qu’elle n’a pas paru tout à coup avec les qualités et les caractères qui lui sont propres.
- On faisait depuis long-temps des poteries communes assez estimées dans le Staffordshire, à Burslem, à Hanley, etc.; ces lieux étaient déjà renommés pour ce genre de fabrication en t6§6, lorsque le docteur Plott écrivait l’histoire de ce c°üUé. Les poteries faites avec la bonne argile du pays,
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- 268 POTERIES,
- cuites économiquement avec la houille, dont l’extraction était presque superficielle, étaient vernissées avec du plomb sulfuré, et très répandues dans le commerce.
- Vers i6go , ce vernis fut changé, et la pâte perfectionnée par les frères Ellers, qui introduisirent le procédé du vernissage au moyen du sel marin jeté dans le' four vers la fin de la cuisson, et volatilisé comme on l’a expliqué à l’article 2 du chap. III.
- Mais ce fut vers 1700 que la pâte reçut la qualité remarquable qu’elle doit à l’introduction du silex dans sa composition : on attribue cette découverte à une circonstance assez singulière.
- Le cheval de M. Astburv, potier du comté de Stafford, allant à Londres, fut atteint, à Dunstable, d’une ophthalmie. Le maître de l’auberge lui conseilla d’employer, pour le guérir, du silex calciné. M. Astbury remarquant que le silex, de noir qu’il était, avait pris une couleur blanche opaque par la calcination , pensa qu’il pourrait blanchir la pâte de sa poterie, qui était rougeâtre, en y introduisant cette matière qui devenait blanche par l’action du feu. Il exécuta cette idée, et obtint le résultat avantageux que l’on connaît (1). Mais le vernis était toujours, ou du plomb presque pur, ou du sel marin, jusque vers 1760, époque où l’on importa de France en Angleterre des faïences dites terre de pipe, qui étaient recouvertes d’un vernis beaucoup plus brillant que celui que les faïences du StafFordshire peuvent recevoir du sel marin.
- Josiah Wedgvvood était alors fabricant de poterie dans ce même comté ; il employa les connaissances et le génie industriel qu’il possédait, à perfectionner le biscuit et le vernis des poteries du StafFordshire, et arriva, vers 1763, à établit
- (1) Cette histoire est raconte’e par le docteur Watson, dans son onvra?e intitulé : Chemical essays, 2 vol. in-12, 4e e'dit., London, 178;, Pa5c 3W’ Mais il fait remarquer que l’emploi du silex était déjà pratiqué à Broselj en 1697. Elle est aussi rapportée avec plus de détails dans le Stafford&hin Pottery directory, etc.; Hanleyt and London hy Croshy, «w-i I^5Î’ page 3j.
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- POTERIES. 269
- une fabrication active, fondée sur des moyens mécaniques, d’une faïence fine, à biscuit dense, très fin, recouvert d’uu vernis transparent, dur, très1 bien glacé, auquel, en raison de sa couleur d’un blanc légèrement jaunâtre , on donna le nom de cream color, et celui de queens ware, par suite de la protection que lui accorda la reine d’Angleterre.
- Le célèbre auteur de ce perfectionnement, qui en créant une poterie toute nouvelle, et en variant les compositions, en a multiplié les variétés presque à l’infini, a fait différentes sortes de poteries qui sont, les unes de vraies faïences fines [earthen ware ), les autres des grès-cérames ( ironstone ) recouverts de vernis, les autres des porcelaines tendres. On donna en Angleterre, à ces diverses sortes , suivant leur nature et leur couleur, les noms de bambou, de basalte, de jaspe, de porcelaine (China et semi-China), et bien d’autres noms encore , en raison de leur mode de décoration, tels que gold lustre , silver lustre, purple lustre , etc.
- Ces jolies poteries, si variées en couleurs de biscuit et d’émail, en formes , en décorations de toutes sortes, si légères, d’un prix moyen si peu élevé, ont augmenté d’une manière remarquable la prospérité et la population de cette partie du Staffordshire. Les villages, qui étaient à quelques milles les ans des autres, se touchent presque tous ; Wedgwood en a fondé un particulier, auquel il a donné le nom d’Etrurie; enfin, on compte dans ce petit arrondissement plus de !4° fours, dont les produits occupent plus de 5o milles perj sonnes.
- CINQUIÈME CLASSE.
- GRÈS—CÉRAMES (i)
- ( Grès, ou poteries de grès).
- p C’est une poterie à pâte dense, très dure, sonore, opaque, * a grains plus ou moins fins, de couleurs variées.
- (0 J’ai cru nécessaire d’ajonter l’épithète de cérames, synonyme de po-,qrie> nom de grès, afin de distinguer cette poterie de la tochc de quarz, 'Jui porte le même nom.
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- » Sans vernis, ou enduite, soit d’un vernis salifère ou plom. » bifère, soit d’une couverte terreuse. »
- La pâte est essentiellement coinpose'e d’argile plastique dégraissée par du sable, du silex ou du ciment de grès.
- L’enduit vitreux est tantôt salin ; c’est un silicate produit par l’alcali du sel marin volatilisé et décomposé par le biscuit; tantôt c’est un vernis plombifère, mince, renfermant du quarz, du felspatb , du cobalt, de la baryte, ensemble ou séparément; tantôt, enfin, c’est une couverte produite par du laitier de forge, de la ponce, des scories volcaniques, ou du felspath.
- Le façonnage est tantôt grossier, et se borne à l’ébaucbage au tour ; tantôt délicat, soigné, se composant de l’ébaucbage, du tournassage et des garnissages les plus riches.
- La cuisson est presque toujours simple, et demande une des plus hautes températures, qui va au moins à ioo et 120 degrés de Wedgwood.
- Elle est simple lorsque ce sont des vernis salifères ou des couvertes ; elle est double lorsque ce sont des vernis plom-bifères.
- Les fours sont, pour les grès communs, des demi-cylindres couchés à axe de tirage oblique et à foyer terminal, et pour les grès fins, des cylindres verticaux à alandier. Ce sont les mêmes fours que pour les faïences fines.
- U encastage est ou nul ou en échappade ( pour les grès grossiers), ou en cazettes avec colifichets, mais sans pernettes ( pour les grès fins).
- On cuit au bois et à la houille, suivant les pays; mais il paraît qu’il faut toujours finir au bois, lorsqu’il s’agit de couvrir les grès cérames d’un enduit vitreux salifère.
- Ces poteries ont pour qualités de pouvoir donner des pièces solides, dures, imperméables, sans le secours d’aucun vernis; de pouvoir donner des pièces d’une très grande dimension, d’être propres à recevoir des colorations très variées, et des ornetnens en relief délicats et très nets.
- Mais elles ont l’inconvénient d’être fragiles par le choc e*
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- parles changevnens brusques de température, par conséquent de ne pas pouvoir aller au feu ; enfin, d’être toujours d’un prix assez élevé, à cause de la haute température qu’exige leur cuisson.
- Il faut nécessairement diviser les grès en deux sortes ou sections, dont les principes de fabrication et les produits sont assez différens. Nous les désignerons sous les noms de grès-cérames communs, et de grès-cérames Jins.
- Première section. — Grès-cérames communs.
- En prenant pour exemple les fabriques de Saveignies, près Beauvais, département de l’Oise, nous préciserons suffisamment les procédés de cette fabrication.
- La pâte est uniquement composée de l’argile plastique qui recouvre la craie ; elle est grisâtre.
- On la dégraisse quelquefois avec du sable quartzeux, dont la dose est proportionnée à la qualité plus ou moins siliceuse de l’argile. C’est la seule addition qu’on fasse à l’argile, base de cette pâte, et encore se contente-t-on, à Saveignies, de ne lui ajouter en sable que celui qu’elle prend sur le sol sur lequel 011 l’etend pour la marcher ; on ne la lave pas, mais on l’épluche, pour lui enlever les petits cailloux et les pyrites qu'elle peut renfermer : on la marche et on la pétrit avec soin, et à plusieurs reprises.
- Les pièces se font au tour ; celles qui ne passent pas la dimension moyenne se tournent sur le tour à roue pleine ; mais les pièces d’une grande dimension, telles que jarres, fon-toines et pots à beurre, se font sur des tours à roue, qui sont eux-mêmes très grands. Les potiers de Saveignies préfèrent même ce tour pour faire les grandes pièces, à celui dont la tête est un disque plein.
- Avaut de passer les pièces au feu, ils les laissent parfaitement sécher, mais en plein air, et sans prendre d’autre pré-euution que de les abriter de la pluie.
- Le four est un demi-cylindre couché, assez irrégulier, que
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- 37.2 POTERIES,
- nous avons figuré PI. 61, fig. 4 > et dont on trouvera la description détaillée à l’explication des planches, à la fin de cet article. Les parois latérales et verticales sont en briques, mais la voûte , la cloison de clôture o et la fausse-tire m sont en pots défectueux, qui laissent passer la flamme entre eux et font l'office de cheminée à carneaux irréguliers.
- Le sol, qui n’est pas moins incliné que la figure le représente , est couvert d’une couche de sable, sur laquelle sont placées les pièces de grès à cuire.
- La cloison du milieu n (fig. 4> B) n’a, dit-on, d’autre objet que de soutenir les pièces placées dans la seconde moitié du four, et de soulager les pièces inférieures de leur poids.
- Le foyer ou fournaise f est voûté en briques, et fermé en devant par un mur de briques, qui a deux ouvertures ou bouches b et b'; c’est par la bouche supérieure b qu’on introduit le combustible, et c’est par l’inférieure b' qu’on retire la braise.
- On chauffe d’abord avec du bois de bouleau, de i mètre 3 décimètres de long, et gros au plus comme le bras. Le petit feu, qu’on appelle aussi trempe, dure cinq jours, dans un four de i3 à i4 mètres, dimension de celui qui est figuré. On brûle, pour la trempe, environ 72 stères de ce bois.
- Le grand feu est fait avec des fagots de bourrée, et dure trois jours ; il consume environ cinq cents fagots.
- Il se produit beaucoup de braise, qu’on est obligé d enlever par la bouche b'. Pendant cette opération, qu’on nomme débraiser, on suspend le feu ; il sort alors du four une colonne de fumée très noire, très abondante et très élevée, et l’ouverture postérieure une masse de flamme très considérable-
- Ainsi, la cuisson de ce genre de poterie dure huit jours, c’est une des plus longues dans les arts céramiques.
- On présume que le grès est cuit, lorsque le mur de pots qui ferme le four en o est rouge, et l’on juge les progrès et l’avancement du feu , en tirant vers cette époque, et par ouvertures pratiquées dans cette cloison, quelques Peüleî pièces de poterie.
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- POTERIES.; a7S
- On ne donne aucun vernis à ces grès.
- C’est à peu près de la même manière que se fabriquent :
- Les grès-cérames de Bretagne, qui sont d’un gris foncé bleuâtre ;
- Les grès-cérames de Saint-Amand, département de la Nièvre, avec une argile plastique qui se trouve près de ce lieu, en bancs très étendus (i). On met quelques grandes pièces en couverte. M. Berthier, quia analysé celle de Saint-Fargeau, departement de l’Yonne, y a reconnu à peu près la composition d’un laitier de haut-fourneau :
- Silice . . . . 56
- Alumine........ . . . 7
- Chaux. . . . 2ï
- Magnésie . . . I
- Oxide de fer , . ♦ 13
- Oxide de manganèse.. . . . 3 100
- C’est, comme on voit, une couvêrte terreuse.
- A 4 lieues de Briare (2), les argiles employées sont, les unes d’un gris cendré, les autres blanchâtres; celles-ci sont plus sableuses, et donnent un grès pins fin. Ces grès cuisant, tomme les autres, à une haute température, acquièrent une surface luisante comme s’ils avaient été vernis. Les fours ont beaucoup de ressemblance avec ceux de Saveignies. Le feu ne dure que quatre jours et trois nuits.
- Les grès blancs se mettent auprès du foyer, et les grès faits avec l’argile grise se placent à l’extrémité opposée.
- On donne à la plupart de ces grès un enduit vitreux par-
- (') V. Annales des Mines, 1837, T. I, page 4/2, quelques notions sur ttttc fabrication, et planche VII, la fignre du font à cuire ces grès, par Berthier.
- (2) Arts et Métiers, de l’Académie royale des Sciences, article da Potier terre, par Duhamel Dnmonceau, page 4$-
- Tome XY1I. 18
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- ticulier, qui est une vraie couverte terreuse. Elle est faite avec le laitier des forges et fourneaux à fer; on le pulvérisé et on le met par aspersion sur la poterie non cuite et simplement humectée , pour que cette poussière y adhère. La cuisson est simple ; la pâte et la couverte cuisent ensemble ; celle-ci prend une couleur marron ; elle est unie, brillante et très dure. Le biscuit de ces grès est jaunâtre, grisâtre ou bleuâtre.
- Ceux de Martin-Camp , près de Neufchâtel en Bray, département de la Seine-Inférieure, qui sont vernissés.
- Ceux deSartpoterie, département du Nord; leur pâte est très dense, presque vitreuse, d’un gris de lin assez agréable; leur fabrication est un peu moins grossière que celle des grès précédens : ils sont souvent ornés de dessins, taches et linéa-mens, faits avec une couverte bleuâtre, dont la couleur est due à l’oxide dé cobalt.-
- On fait au Montet, près Charolle, département de Saône-et Loire, des grès qui, par la couleur de leur pâte presque blanche, la beauté de leur couverte, se rapprochent des grès fins et même de la porcelaine. On y fabrique des pièces d’une assez grande dimension , telles que des jarres de 5 décimètres de haut, des terrines ,de. 5. décimètres de diamètre. L’argile plastique qui en fait la base est blanche, et vient de Ciry ; la couverte est composée de cette même argile lavée, de silex , de calcaire comme fondant On cuit ces grès dans un four différent de ceux qui sont usités dans le nord de la France; c’est un four cylindrique à trois alandiers : la cuisson se fait au bois de tremble fendu, et ne dure que trente heures.
- Parmi les grès étrangers, nous nous contenterons défaire remarquer ceux que l’on fait dans la partie occidentale de l’Allemagne, et particulièrement dans les environs de C°" logne et de Coblentz, à Frechen , Niederfell, Vallendas, An' denne, avec les argiles plastiques de ces derniers lieux.
- La plupart des grès anglais appartiennent à la section des gre3 fins. Il paraît cependant que ceux que l’on fabriqueà Lambehej à Wauxhall, faubourg de Londres, peuvent être classés par®1
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- POTERIES. 275
- les grès communs; ils présentent cette particularité, que leur cuisson, commencée à la houille et conduite presque jusqu’à sa fin avec ce combustible, est terminée avec du bois, afin que la cendre alcaline volatilisée donne à ces grès l’enduit vitreux mince qu’ils présentent, et que ne leur donnerait pas la cuisson la plus forte, faite uniquement à la houille.
- Les grès d’Elsenborg, en Scanie, d'une grande dureté, d’une pâte assez fine pour recevoir des empreintes d’ornement avec assez de netteté, sont recouverts d’un vernis mince produit par le procédé de la volatilisation du sel marin, comme nous l’avons décrit. L’argile plastique employée est. celle qui recouvre les gîtes de lignite exploités dans la même province.
- La fabrication des grès en Allemagne, qui remonta jus.que dans le seizième siècle, a produit dans ces temps des pièces remarquables par la finesse de la pâte, la richesse et la netteté de leurs ornemens, et même des figures en bas-relief qui les recouvrent ; leur couleur est le brun-marron et le gris foncé ; ils sont recouverts d’un enduit vitreux mince , dû à la volatilisation du sel marin, comme le fait présumer et ce que l’on a pu savoir des procédés employés dans ces temps, et l’aspect même de ce vernis. Ils sont en outre ornés, comme les vases de Cologne, de parties émaillées avec une couverte colorée en bleu par le cobalt.
- Deuxième section*. — Grès-cérames fins.
- La composition de la pâte, celle des enduits vitreux, les procédés de fabrication, diffèrent beaucoup de ces mêmes opérations dans les grès communs ; mais, sauf la composition •le la pâté, des enduits vitreux et le degré dé cuisson, ces opérations étant semblables à celles de la fabrication de la kîence fine, nous n’aurons pas à y revenir.
- C’est la fabrication anglaise que nous devons prendre pour exemple.
- Les pâtes étant souvent colorées, il faut d’abord considérer
- 18.-•
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- 2*6 poteries;
- la composition de la pâte sans couleur. Ces pâtes et poteries sont ce que les fabricans. anglais appellent en general dry-bodies (corps de pâte sec ), parce qu’en effet ces biscuits sont plus durs, plus cassans que ceux de la faïence fine ordinaire.
- Suivant M. de Saint-Amans, les pâtes destine'es à recevoir diverses colorations sont composées comme il suit :
- i. N® 2.
- Kaolin de Cornouaille. ...... » .... i4
- Argile plastique du Devonshire. 22 ... . j4
- Silex.......................... i3 .... i5
- Sulfate de baryte. ....... 3g .... 9
- Sulfate de strontiane.......... 8 .... »
- Felspath de Cornouaille........ i3 .... 27
- Sulfate de ehaux (gypse).. . . 5 . . . . 21
- 100. 100.
- La composition des grès fins paraît susceptible d’être considérablement simplifiée, et réduite même aux données suivantes :
- 3ST° 3.
- Argile plastique blanche ou faiblement colorée. 25 Kaolin argileux.. 1 .......... . . . . s5
- Felspath ou couverte de porcelaine. ..... 5o.
- On voit que ces poteries n’appartiennént aux grès que par leur dureté, leur densité, leur opacité, mais qu’elles en different par leur fusibilité, qualité très indifférente pour les poteries consacrées à l’ornement ou aux usages domestiques.
- Les oxides métalliques introduits dans ces pâtes leur donnent la couleur qui leur est propre, et qui est avivée par leur nature fusible. Ainsi, l’oxide de cobalt les colore en bleu plus ou moins foncé, suivant la quantité d’oxide quon y introduit, et qui peut être réduite à un quatre-centième lorsqu’on ne veut qu’un bleu pâle.
- Le manganèse avec l’oxide de fer donne le beau noir des grès anglais, remarquables par cette couleur ; l’or donne 1®
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- rosâtre; l’antimoine, le jaune orange'; le cuivre, le brun tirant sur le verdâtre , et le nickel, le vert pâle.
- Ces pâtes sont très broye'es, et ont en ge'ne'ral une plasticité qui en rend le travail très facile ; on les tournasse avec sein ; les garnitures et les ornemens d’applications sont très délicats, très nets, et ordinairement moulés dans des moules de terre cuite. L’application et le collage en sont très faciles et très solides, probablement par suite de la fusibilité de la pâte, qui établit une liaison intime entre ces parties.
- Tantôt ces grès sont cuits sans vernis ni couverte ; c’est le cas le plus ordinaire : tantôt ils sont recouverts d’un enduit vitreux plus ou moins mince.
- Ce vernis mince est quelquefois produit par la seule influence de l’oxide de plomb et des alcalis qui entrent dans la composition du vernis particulier avec lequel on recouvre l’intérieur des cazettes où. les grès sont placés pour être cuits. Cet enduit vitreux est composé à peu près comme il suit, d’après l’indication donnée par M. de Saint-Amans s
- bT° 1.
- Sel marin..........« , , . . 67
- Potasse...................... 28
- Vernis plombifère n° 2. , , . 5 ou moins.
- xoo.
- Les alcalins et le plomb, en se vaporisant par l’action du feu, s’attachent sur la surface des pièces de grès, et les vitri * fient superficiellement. C’est l’opération qu’on nomme en An*, gleterre smearîng.
- Le vernis pour ces grès , qu’on place plutôt à l’intérieiu des pièces qu’à l’extérieur, peut être composé comme il suit •
- N® 2, pour les grès noirs.
- Minium........................... 84
- Silex............................ 14
- Oxide de manganèse................ 2
- 100-,
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- POTERIES.
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- N° 3, pour les grès fins en général.
- Verre plombifere, dit cristal.. ... 5i
- Sable quarzeux........................ y
- Felspath.............................. 17
- Sulfate de baryte. . ..................a5
- 100.
- l.i i poteries couvertes de ces enduits vitreux sont susceptibles d’ètre richement ornées, avec des lustres métalliques qui y prennent un éclat très vif. Elles sont aussi propres à recevoir des ornemens en couleurs très variées et remarquables par la saillie qu’elles peuvent conserver sans écailler.
- Nous donnerons pour exemple de ces belles poteries :
- La Chine elle Japon, qui font, depuis un temps presque immémorial pour nous, des grès fins bruns, rougeâtres, jaunâtres , couverts d’ornemens et de figures en relief de la plus gTande délicatesse. Ces grès sont en général sans vernis ni couverte ; mais quelques-uns sont enrichis d’ornemens et émaux de différentes couleurs : on èn fait des pièces qui ont souvent une grande dimension. La collection céramique de la manufacture royale de Sèvres possède une jarre de grès du Japon, grès grossier il est vrai, qui ao,y5 centimètres de hauteur, sur 0,75 centimètres de diamètre.
- Les prétendues premières porcelaines européennes, faites en Saxe en 1702, par Boëttiger, sont de vrais grès bruns-rouges, mais fins, auxquels il paraît qu’on ne savait pas encore donner de vernis; car le brillant qu’ils montrent est uniquement du à la taille et au polissage de la pâte elle-même.
- Les grès anglais faits maintenant dans toutes les fabriques de faïences fines, concuremment avec ces faïences, parce qu ils remplissent dans le four des places où ils cuisent mieux que ne le ferait la faïence , sont extrêmement remarquables parla variété de leur couleur, la finesse de leur pâte, la richesse et la pureté de leurs godrons et de leurs ornemens. C’est a
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- POTERIES. 279
- Wedgwood qu’on doit l’introduction de cette jolie poterie. Il paraît, tant par ce que nous savons sur leur composition, que par ce que nous pouvons juger d’après les résultats, que cette composition est très différente de celle des grès de la Chine et du Japon, et des anciens grès de Boëttiger.
- Les grès fins que M. Ützneider a faits à Sarguemines tiennent par leur aspect, et peut-être aussi par leur nature , aux grès de la .Chine et du Japon, et à ceux de Saxe ; ils imitent parfaitement par la finesse de leur pâte, léur dureté et leur couleur, les pierres d’ornement les plus dures ; ils sont susceptibles de prendre le poli brillant des jaspes et des porphyres , et de donner des pièces pour orner de grands appar-temens, qui, parleur ressemblance complète avec ces matières, peuvent les remplacer à s’y méprendre.
- On y fait aussi des grès fins blancs, gris de lin, noirs, bronzes, bleus, ornés de. reliefs blancs, qui ne sont inférieurs, sous aucun rapport, aux grès d’Angleterre de même sorte.
- . Enfin, les poteries de grès, consacrées plutôt aux usages domestiques qu’à l’ornement, et qu’on fait à Saint-Uze, dans le département de la Drôme ; au Montet, dans le département de Saône-et-Loire, et dont la pâte est blanchâtre avec une couverte terreuse blanchâtre, forment comme la transition des grès communs aux grès fins.
- SIXIÈME CLASSE.
- PORCELAINE DORE OU CHINOISE.
- « Les deux classes de poteries auxquelles on donne le nom » de porcelaines ont une pâte fine quoique grenue, dure,
- * translucide ; celle qu’on appelle porcelaine dure se dis—
- * lingue, parce qu’elle a pour enduit vitreux une couverte “ terreuse dure, qui ne fond qu’à une haute température. »
- La pâte est essentiellement composée de deux élémens principaux : l’un, argileux, infusible, donné ou par le kaolin, °*t par l’argile plastique pure et blanche, ou par la ma—
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- affo POTERIES.
- gnésite ; l’autre, aride et fusible, est donné par le felspath, le sable siliceux, la craie, le gypse, pris séparément ou réunis ensemble de diverses manières.
- La couverte consiste, soit en felspath quarzeux, tantôt seul, tantôt mêlé avec du gypse ou de la pâte cuite et broyée.
- Les matériaux de cette pâte demandent à être plus lavés, plus broyés, mieux mélangés, et la pâte elle-même à être plus pétrie et plus maniée qu’aucune pâte de poterie. Néanmoins , cette pâte est toujours courte, ce qui rend le façonnage plus lent.
- Elle est aussi beaucoup plus susceptible de manifester, tant à la dessiccation qu’à la cuisson, les plus légères différences de compression ; elle demande donc à être façonnée avec beaucoup de soin et d’habileté.
- Le façonnage est en outre très délicat, et souvent assez compliqué.
- Les pièces rondes sont toujours ébauchées, soit à la balle ( PI. 5g , fig. 7 ), soit à la housse ( fig. 6), et ensuite tour-nassées avec soin , pour conserver aux contours la pureté de leur forme et la finesse de leurs moulures. Les pièces non rondes sont moulées , soit à la balle ( fig. r et 2 ) , soit à la croûte ( fig. 3 et 4 ), et réparées par les procédés et avec les soins que nous avons décrits chap. II, en avertissant qu’ils s’appliquent plus particulièrement à la porcelaine.
- La cuisson est essentiellement simple, quoiqu’elle paraisse double ; car la première cuisson de la pâte, celle qui donne ce que l’on apelle le dégourdi, n’a pour but que de raffermir assez la pâte pour qu’on puisse lui donner plus facilement la couverte par immersion ; mais on pourrait à la rigueur s en passer, et cuire en même temps la pâte et la couverte, qUI exigent la même température.
- La température est très élevée , et monte jusqu’au i£oeàe-gré du pyromètre de Wedgwood.
- La pâte se ramollissant à cette haute température, l’encastage exige les procédés et les précautions qui ont été dé-
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- POTERIES. 2g i
- critsà la section C (page i/fî) de l’art. II du cliap. IV, et figuré PI. 62, fig. 5, A, B> et fig. 6.
- Le four ( PI. 62, fig. 1 et 2 ) est cylindrique et vertical-, à quatre ou six alandiers au plus. Les cazettes doivent avoir la solidité et l’infusibilité nécessaires pour résister, sans s’affaisser , à la haute température qu’elles doivent éprouver.
- Le combustible est presque partout du bois , et surtout du bois à flamme longue, tels que le tremble, le sapin, le bouleau.
- La pâte se ramollit, devient translucide, et prend depuis un septième jusqu’à un dixième de retraite, à partir de l’époque de la dessiccation complète, pour aller jusqu’à la cuisson parfaite. Presque toute la retraite se prend après le dégourdi. La pâte, dans ce même intervalle, perd un huitième de son poids.
- La couverte doit être bien glacée, et avoir contracté avec la pâte une liaison intime et presque continue.
- Un four à quatre alandiers, de 3 mètres 2 décimètres de diamètre, sur 2 mètres 3 décimètres de hauteur, consomme, pour cuire une porcelaine de la nature et de la solidité de celle de Sèvres, environ 38 stères de bois de tremble; la cuisson dure, terme moyen, vingt-huit heures, savoir : dix— huit heures de petit feu, et dix à onze heures de grand feu.
- Qualités, défauts et considérations générales. — Les qualités de la porcelaine dure sont de pouvoir résister, sans fracture , aux changemens brusques de température, quand ils s’étendent de o à 100 degrés, et de pouvoir être portée à une plus haute température sans se briser, quand on prend les précautions convenables : c’est ainsi que cette porcelaine peut etre employée long-temps à tous les usages domestiques, et exposée même aux températures hautes et variables des laboratoires de Chimie. C’est la première qualité, la qualité fondamentale.
- Les autres qualités, pour être moins importantes, n’en s°ut pas moins recherchées. On demande que la pâte soit Lianche, d’un blanc de lait , saos taches ; que le vernis offre
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- a8a POTERIES.
- une surface glacée et unie, sans ondulations ni points enfoncés; que les pièces présentent avec pureté, avec finesse même, les formes et les contours qu’on a voulu leur donner; enfin, qu’elles n’aient ni l’épaisseur ni les formes émoussées de la faïence.
- Les défauts que la porcelaine a pu prendre dans les diffé, rentes opérations qu’elle a subies, les accidens auxquels elle a pu être exposée, sont nombreux.
- Ainsi, une composition trop argileuse contribue à la déformation des pièces, et leur donne une couleur jaunâtre; une composition trop siliceuse ou trop fondante, la rend vitreuse et fragile par le changement de température.
- La moindre négligence dans la façon des pièces, trop de célérité dans l’ébauchage ou le moulage, des pressions inégales, font gauchir ces pièces ou les couvrent d’ondulations désagréables à la vue ; un feu impur, c’est-à-dire chargé de fuliginosités ou d’humidité, les fait jaunir ; une fournée dans laquelle la température n’a pas été élevée au degré convenable donne une porcelaine jaunâtre dont la couverte est ondulée et très sujette à se fendiller : les pièces qui en sortent se cassent plus facilement par les changemens de température; un feu trop fort déforme les pièces, couvre le vernis de petits points saillans, et le fait même pénétrer dans la pâte, au point de donner au bord des pièces une surface terne et rude.
- Enfin, quand il n’y a pas d’accord parfait entre la pâte et le vernis ou émail, si ce dernier est dur, il paraît grenu; s’il est trop fusible, il pénètre dans la pâte ou coule vers la partie inférieure des pièces; sa surface est ou picotée comme la coquille d’un œuf, ou couverte de petits bouillons; s’il n est pas en rapport de dilatation avec la pâte et avec ce quou appelle le biscuit, il se fendille ; on dit alors qu’il est tiessaittéi craquelé ou truité; mais lorsque par hasard cette tressaillure acquiert une sorte de régularité, qu’elle couvre la pièce de fissures croisées à peu près également espacées, ce défaut) difficile à faire naître, devient une curiosité, unerarete, est alors recherché comme une qualité. De là le prix fiu 0&
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- met aux porcelaines truite'es de la Chine. Enfin, si le vernis n’a aucun rapport de cuisson avec la pâte, que .celle-ci soit trop dense et cuise complètement avant que le vernis soit fondu, il se retire en petits amas, laissant des parties nues, comme le ferait une liqueur visqueuse et grasse place'e sur une surface humide.
- En comparantes porcelaine dure avec la faïence fine sous le rapport des frais de pâte, de façon, de cuisson et de réussite, on obtient les résultats suivans :
- Un habile tourneur d’assiettes de porcelaine ne peut pas faire plus de cinquante assiettes ordinaires dans une journée de dix heures; tandis qu’un tourneur d’assiettes de faïence âne, dite terre anglaise, peut en faire jusqu’à six cents., aidé seulement d’un enfant, qui n’a d’autres fonctions que de lui. apporter la pâte et de transporter sur les planches les assiettes à mesure qu’elles sont faites. Or, en réduisant ces quantités en valeur, on voit que les assiettes que fait un habile tourneur de porcelaine, qui peut gagner 7 fr. 5o c. par jour, reviennent à environ 15 centimes, tandis que les assiettes d’un tourneur en faïence, qui avec son aide reçoit également 7 fr, 5o c. par jour, ne reviennent qu’à 1 centime un quart de façon ; ou enfin, que le prix de façon d’une assiette ordinaire de faïence fine est à celui d’une assiette de porcelaine environ comme 1 est à 12.
- Dans un four de la dimension que nous avons admise plus haut, on peut cuire quinze cents assiettes de porcelaine, s’il en était entièrement rempli, ce qui ne se peut pas. Nous avons dit qu’il consommait environ /{o stères de bois de tremble, or, en prenant seulement le prix du combustible, sans î ajouter celui de la main-d’œuvre ou des ouvriers enfour-Deurs, ni celui de la consommation des étuis, on a un total d’environ 600 fr., ce qui porte la cuisson d’une assiette de porcelaine ordinaire, pour le combustible seulement, à plus de /[o centimes.
- Si l’on établit le même calcul pour une fournée de faïence boe, dite anglaise ou terre de pipe, on trouvera que dans un
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- four de 4 mètres de diamètre sur 4 mètres 3 de'cimètres de hauteur, jet ensuite dans des fours plus petits pour la cuisson de la couverte, on cuira, tant en biscuit qu’en couverte, environ trente mille assiettes, en consommant pour à peu près 85o fr. de combustible ; ce qui portera à 3 centimes environ le prix de la cuisson d’une assiette de faïence, pour le combustible seulement. Cet aperçu donne le rapport de 3 à 4° entre le prix de la cuisson des assiettes de faïence et celui des assiettes de porcelaine, ou au moins celui de 3 à 3o, en prenant la valeur qu’on peut attribuer à la cuisson dans les fabriques de porcelaine de Paris, pour le combustible seulement. On voit quelle énorme différence il y a entre ces deux principaux éléinens de la fabrication des poteries, la façon et la cuisson, et qu’il est, pour ces deux seules operations , dans le rapport de i à 22 , ou au moins à 20. Il s’en faut de beaucoup que le rapport soit le même dans le prix de la vente ; cela tient à des causes que nous ne pouvons qu’indiquer ici.
- D’abord, nous avons pris les frais pour la porcelaine dans les fabriques de Paris ; ces frais sont considérablement réduits dans celles des départemens. En second lieu, nous n’avons point fait entrer les frais de pâte et de couverte , et ce dernier élément est très important dans la faïence fine. Ces considérations conduisent à expliquer comment les frais de façon et de cuisson étant dans le rapport de 1 à 20, le rapport du prix de vente n’est guère que de 1 à 5.
- Il y a quelques différences dans le procédé de fabrication des porcelaines, suivant les pays; ces différences, qui étaient autrefois assez tranchées, s’effacent peu à peu par les communications de procédés que les voyages et les ouvrages technologiques établissent entre les fabricans. Néanmoins, il en reste encore assez pour que nous puissions établir quelques sections dans cette classe, comme nous l’avons fait dans les précédentes.
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- POTERIES.
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- Première seçtiojt. — Porcelaine dure de fabrication française.
- Nous en prendrons l’exemple dans la porcelaine de Sèvres , en la comparant à celle qui se fabrique à Paris et dans les dé-partemens du centre.
- La pâte de service de Sèvres est composée, en general, de
- kaolin de Saint-Yriex, argileux et lavé (1).
- Craie.. ......
- „ , , , 1 Sable quarzeux pur.. . 10
- fondant composé de < „ ,, * * , .. 1 ,
- r * Sable ielspatruque du
- lavage de kaolin.. , 10
- 64
- 36
- ioo.
- tes pâtes employées à Paris et dans le Limousin sont composées , en général, de
- Kaolin non lavé. .................... 80
- Felspath, dit cailloux (2). .... . 20
- 100.
- ta pâte de Sèvres, dite de sculpture, ou pour faire les pièces
- (0 V1 sa composition , page 61, et lisez Aue près Sctneeberg, et non pas Aux. Le sable felspalthique est compose de
- Silice.............. 80
- Alumine............... S
- Potasse............ 2,5
- Eau................ g.
- (*) Ce felspath est ordinairement composé de
- Silice. ............. ç3
- Alumine............. 16
- Potasse. ......... 8,5
- E an...... o,5.
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- destinées à être cuites en biscuit, c’est-à-dire sans couverte,
- est composée de
- Kaolin argileux lavé............, . 62
- Sable quarzeux pur................. 15
- Felspatb................'.......... 17
- Craie............................ . 4
- 100.
- Le kaolin et le felspath viennent de Saint-Yriex, près Limoges ; le sable quarzeux, qui est très pur, est tiré de la butte d’Aumont, près Chantilly, département de l’Oise; la craie vient de Bougival, entre Paris et Saint-Germain.
- Le kaolin, quoique déjà lavé à Saint-Yriex, est relave à Sèvres, pour arriver à ën extraire complètement le sable, et pour faire connaître exactement la quantité d’argile qu’il renferme. C’est cette argile qui donne ce qu’on appelle kaolin argileux lavé.
- Le lavage s’opère dans l’appareil figuré PL 5y, fig. 1, A etB.
- Les matières dures, c’est-à-dire le sable quarzeux, le sable felspathique, le felspath et la craie, sont broyés très finement dans des moulins à meules de grès, dont les parties essentielles sont figurées PL 60, fig. 1,2 et 3.
- Ces matières sont mêlées dans de grandes cuves , comme on l’a décrit au cliap. I, art. 2, sect. B, page 76. La pâte est ressuyée et raffermie dans des caisses de plâtre, soit hémi-sphériques, soit parallélépipédiques , qù’on nomme coques ou renversoirs, et qui sont, disposées en ligne ; tantôt en pieu* air, quand le temps est beau ; tantôt sous des hangars ou sous des toits portatifs, quand le temps est à la pluie.
- La pâte est mise en ballon, marehée, remise en ballon, ébauchée, coupée, remise en ballon et conservée humide le plus long-temps possible , dans des coffres ou bâches en pierre.
- Le façonnage , tant des pièces rondes que des pièces .moulées, a été suffisamment décrit cliap. II, page 82, et figure PI. 69, fig 1, 2, 3,4 > 6 et 5. Noùsn’j reviendrons pas.
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- La pâte de Sèvres e'tant plus argileuse que la pâte de Paris, est aussi plus susceptible de manifester, par des ondulations et des déformations, en séchant ou en cuisant, les inégalités de pression que le tourneur, le mouleur ou le garnisses ont pu lui faire éprouver dans le façonnage. 11 faut donc apporter beaucoup de soin et employer toutes les précautions connues de pétrissage, débauchage répétés, et de longue conservation, pour diminuer cet inconvénient ; mais aussi on peut en former des pièces d’une grande dimension, qui résistent assez bien à l’action du feu sans s’affaisser. Les gorges, les moulures, les anses, les cannelures et godrons, toutes les parties d’ornemens, conservent assez nettement leurs détails, et ne sont pas émoussées, arrondies et comme noyées par l’action du feu,ainsi que cela arrive aux pâtes de porcelaine vitreuse.
- Enfin, des pièces d’usage domestique et d’usagé chimique peuvent éprouver sans se briser des changemens assez brusques de température , auxquels ne résisteraient pas des porce*-laines à pâte plus vitreuse.
- Les pièces tournassées sont en outre polies à la corne; et cette façon, qui fait naître une sorte d’épiderme dura leur’ surface, ne les empêche pas de prendre facilement la couverte.
- Le dégourdi, qui se donne aux pièces crues dans le laboratoire du four, placé immédiatement au-dessus de celui ou s’opère la cuisson complète, est assez fort, et peut être évalué à environ 60 degrés du pyromètre de Wedgwood.
- La couverte est donnée par une roche de felspath presque pare, toujours mêlée néanmoins d’une petite quantité de tjuarz : on n’y ajoute aucun autre corps; on choisit seulement Proche de manière à ce qu’elle renferme plus ou moins de tjttarz, selon que l’on veut que la couverte soit moins fusible °u plus fusible.
- Les fours à porcelaine sont, comme on l’a dit, des fours cylindriques verticaux , à alandiers. Dans ceux de Sèvres, les proportions et la disposition des grils et des carneaux sont un
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- s88 POTERIES,
- peu differentes de ceux de Paris. Les fig. i, A, B et C, PI, fi2 • font connaître, avec les de'tails et l’exactitude de'sirables, les proportions et la disposition des parties des fours de Sèvres. Dans les fours de Paris et du Limousin, la voûte S est moins surbaissée ; il y a en S, dans le milieu de la voûte du laboratoire inférieur, un grand carneau cylindrique faisant fonction de cheminée principale; le laboratoire supérieur où se place le cru pour être dégourdi, et qu’on nomme le globe, n’est point fermé par une voûte s' ; la cheminée c est beaucoup plus allongée et élevée ; enfin, il n’y a point en avant des grils u, de banquette jr, pour éloigner les cazettes i et 2 de l’action du feu dans le four, et pour porter les piles de cazettes g.
- L’encastage des pièces ordinaires, telles qüe tasses et assiettes , se fait comme on le voit fig. 5, en À et en B.
- Les tasses étant susceptibles de se déformer en cuisant, on est obligé d’en maintenir la régularité au moyen de couvercles provisoires, qu’on appelle des cerces c et c’ ; et pour faire en sorte que la même cerce puisse servir à deux tasses, on cuit à boucheton, comme on le voit en c, les tasses dites carrées ou litrons.
- Chaque tasse doit en outre avoir un petit support particu-culier b, ou rondeau.
- On est obligé de repasser les tasses à un second feu de couverte , pour cuire celle qu’on met sur le bord où portait la cerce, et qui n’avaient pas pu en recevoir au premier feu.
- Les assiettes dl, d*, se cuisent dans des cazettes a'et«% guon appelle à cul-de-lampe, et qui sont disposées de manière a ce que le fond de chaque cazette recevant la convexité de 1 assiette , soit lui-même reçu dans la concavité de l’assiette inférieure. b1 et b’1 sont les rondeaux sur lesquels porte le des assiettes.
- L’encastage des plaques de porcelaine pour tableau et des pièces de sculpture exige encore plus de soin. On voit en (fig. 2, A) de quelle manière une grande plaque de porce^ laine, portée sur une plaque de terre à cazette, est places3
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- POTERIES. 289
- ^5 degrés, dans une cazette en forme de botte, composée de pièces rectangulaires posées les unes sur les autres en construction.
- On a pris pour exemple de l’encastage de la sculpture, celui d’une figure pédestre , d’un très jeune homme, d’environ 15décimètres de haut, et d’une seule pièce. Des supports en porcelaine, distingués par le pointillé, soutiennent toutes les parties saillantes ou en porte-à-faux; des traverses, également en porcelaine, lient ensemble ces plaques de support ; plusieurs piles de cazettes i, 2, 3, doivent porter le rondeau principal b , qui est lui-même surmonté d’un autre rondeau b', sur lequel est placé le socle de la figure. Deux enveloppes de cerces de cazettes a1, i à 5 et <z i à8, entourent la figure et soutiennent tout l’appareil de support.
- Ces exemples suffisent pour donner une idée de l’encastage approprié aux pièces tant ordinaires qu’extraordinaires qui appartiennent à une fabrication soignée.
- L'enfournement représenté fig. 2, A, eu coupe suivant la ligne DE de la fig. i, C, et en plan dans cette même figure, fait voir que, pour que le tirage ait lieu le plus également possible, il faut que les piles de cazettes i, 2, 3, 4, 5, soient disposées avec beaucoup de symétrie.
- Pour juger le feu , on introduit les montres par les visières e1, v2, v3, o1-, disposées de manière à juger l’intensité de la chaleur et l’état de la cuisson en devant D du four, et en arrière E, et à différentes hauteurs et vs. La visière inter-uie'diaire v>2 est rarement placée.
- Ces visières consistent, à Sèvres, en un canal cylindriqued,c (fig- 2, B) engagé dans un bouchon carré de terre cuite a, b, qui ferme les ouvertures pratiquées dans le mur et dans la porte p du four ; ce canaL est fermé en d par un verre qui Permet de juger la couleur du feu sans laisser entrer l’air fr°id, et en c par un coulisseau en fer, que l’on tire à volonté, ruais qui en fermant le canal empêche la radiation de la cha-frur sur le verre d, et son trop grand e'chauffement.
- fre feu se conduit comme on l'a expliqué à l’art. III du Tome XVII.
- •9
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- chap. IV ; on quitte, c’est-à-dire qu’on cesse le feu, ordinairement vers le milieu de la nuit, et on laisse le four refroidir de cinq à sept jours, suivant sa capacité'. Ce refroidissement lent et complet conserve les eazettes et né provoque pas les tressaiilures de la couverte.
- Après avoir retiré les pièces du four, on enlève avec un grès le sable qui est resté adhérent au pied des pièces; on enlève, par la roue du polisseur, les grains de cazette qui sont tombés sur la pièce, et l’on polit la place qu’ils occupaient.
- Pour ôter l’aspérité des parties qui n’ont pu recevoir de couverte, telles que le pied des assiettes, des tasses, le dessous de quelques tasses, les gorges des couvercles de certaines pièces, comme les pots à sucre, lés éeuelles, les soupières , etc., on met sur ces parties un enduit vitreux d’émail fusible, qu’on appelle blanc de gorge, et on h fait fondre au feu de moufle, c’est-à-dire de peinture. Il imite assez bien , par la couleur et par le glacé qu’il prend, la couverte vernie, mais il n’en a pas la dureté.
- La porcelaine blanche est faite, elle est parfaitemeut finie, et nous devons faire remarquer qu’aux qualités que présente le biscuit des porcelaines en pâte très argileuse, comme celles de Sèvres et de Saxe, et que nous avons indiquées plus haut, s’ajoutent celles qui résultent d’une couverte bien glacée et très dure, qui résiste long-temps, sans se dépolir ni se rayer, à tous les frottemens rudes auxquels elle est exposée dans les usages domestiques. En comparant ces porcelaines sous ce rapport à celles qui, cuisant à une température pins basse et plus économique, ont nécessairement une couverte moins dure, on voit la différence de la durée de l’éclat et du poh des couvertes de ces deux qualités de porcelaine.
- Les porcelaines dures sont susceptibles d’un genre de décoration en couleur, que les autres poteries ne présentent pas d’une manière aussi tranchée ; ce sont les fonds de couleurs que l’on appelle au grand feu. Nous les avons énunieres à l’art. I du chap. IV, page ryo ; il nous suffira d’ajouter qu’on les place sur la couverte de la porcelaine cuite, et
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- qu’on les cuit dans le laboratoire inférieur du four, avec les porcelaines crues ; mais comme en général ils exigent moins de feu, on les place dans la partie supérieure.
- . Plus le feu est vif, et plus ces fonds, et surtout le fond bleu, sont fleuris et glacés ; mais il paraît qu’un feu languissant et comme étouffé y fait naître des défauts nombreux, qui consistent principalement en ce que les fonds deviennent louches, plombés, picotés, bouillonnes, etc. La porcelaine susceptible de recevoir une haute température, sera donc aussi celle qui présentera les fonds au grand feu les plus beaux.
- Deuxième section. — Porcelaines dures de fabrication allemande.
- ftous prendrons pour exemple de cette fabrication la porcelaine de Saxe, qui est la plus ancienne porcelaine dure d’Europe, et nous la prendrons, non telle quelle est actuellement, mais telle qu’elle était lorsque je l’ai vue vers 1812, et en indiquant quelques-uns des principaux cbangemens qu’elle a éprouvés.
- La composition de la pâte et de la couverte ayant été conservée secrète avec beaucoup de rigueur et pendant très longtemps, n’a jamais été parfaitement connue ; celle que de Milly a donnée dans son Art de la Porcelaine, quoique fort différente de celle que nous allons donner, n’était peut-être pas éloignée delà vérité à l’époque oùill’a publiée (1791). On faisait alors trois qualités de pâte, en raison de la place que les pièces devaient occuper dans le four. Celle du milieu était plus fusible que celle de l’entrée; celle de l’extrémité opposée à la sortie du four était la plus tendre. Il indiquait pour celle du milieu :
- Argile blanche (c’est-à-dire kaolin). 82
- Quarz blanc........................... *
- Tesson. . ........................... «
- Gypse................................. 4
- 100.
- *9- *
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- On voit qu’il n’est pas mention de felspath, à moins que ce ne soit le minéral nommé quarz blanc, ou que ce quarz ne soit une pegmatite grenue.
- La pâte actuelle paraît, d’après des renseignemens assez sûrs, être composée à peu près comme il suit :
- Kaolin d’Àue, près Schneeberg.. . . 77
- Felspath.............................. 23.
- La couverte est composée de
- Quarz blanc calciné.................... 4°
- Kaolin de Sedlitz..................... 4<>
- Gypse. ............................... 20.
- Malgré la couleur un peu rosâtre du laolin., la pâte de la porcelaine de Saxe est d’un beau blanc ; cette pâte, très argileuse, très solide, est presque opaque; enfin, la couverte présente une couleur et une translucidité laiteuse ; elle a un glacé parfait, qui sont regardés avec raison comme des qualités caractéristiques de cette porcelaine. Mais comme, en raison de la forme ancienne des fours, on avait des températures très différentes, on était obligé de composer des pâtes et des couvertes également différentes sous le rapport de la fusibilité.
- Le lavage des matières, leur broyage, leur mélange, présentent des différences trop peu importantes pour que nous nous y arrêtions.
- Les différences qu’offre le façonnage des pièces en Allemagne et en France, quoique assez nombreuses dans toutes ses parties, ne sont pas assez remarquables et exigeraient trop de détails pour que nous les décrivions ici.
- Les pièces faites et sèches étaient dégourdies dans un f°ur particulier, ce qui entraînait une dépense de combustible qu’on évite en se servant des fours français.
- Les fours propres à cuire la porcelaine mise en couverte étaient, comme on Fa dit, en demi-cylindre couché ; nous
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- en avons donne la figure PI. 61, fig. 3. Près de l'entrée des feux, verso, on plaçait ordinairement des cazettes vides, la température y e'tant trop éleve'e pour qu’on pût y cuire convenablement delà porcelaine. Dans le milieu se plaçaient, dans des cazettes comme les nôtres, des porcelaines d’une pâte plus dure que celle qu’on mettait dans les cazettes placées dans les parties les plus postérieures du four, vers la porte p.
- M. Kuhne, directeur de cette fabrique célèbre en 1822, et qui a apporté de nombreuses et importantes améliorations dans la fabrication de cette belle porcelaine, y a fait cons*-truire des fours cylindriques à quatre alandiers et à quatre laboratoires. On cuit la porcelaine dans le laboratoire inférieur , et on la de'gourdit dans le second et le troisième. Le quatrième n’a pas d’usage habituel.
- Cette porcelaine donne souvent l’exemple d’une couleur vi-trifiable placée sous le vernis : en effet, les petites fleurettes et les petits ornemens en bleu de cobalt, que l’on voit sur les tasses et assiettes communes de Saxe et de quelques autres fabriques d’Allemagne ont été mis sur le dégourdi -, celui-ci repasse au feu pour que l’essence qui servait de véhicule à la couleur soit brûlée ; on met alors la pièce en couverte par immersion, et on la cuit définitivement.
- Ces ornemens bleus,. comme fondus-et épanchés dans la couverte, ontpar cela même plus d’éclat, mais moins de netteté.
- Cette fabrication est donc caractérisée par la composition de la pâte et de la couverte, dans laquelle il entre du gypse, que nous n’y mettons pas ; par. la forme des fours qui servent, ou plutôt qui servaient à la cuire, et par une couverte d’un blanc laiteux et d’un glacé un peu différent de celui des porcelaines françaises.
- C’est à peu près sur les mêmes principes qu’étaient composées et cuites les autres porcelaines d’Allemagne, de Vienne, de Frankenthal, de Louisbourg près Stuttgard, de Nym-phenbourg près Munich , etc. La composition paraît être restée à peu de chose la même ; mais dans la plupart de ces
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- fabriques, les fours en demi-cylindre couché ont etc- remplacés par des fours à alandiers.
- SEPTIÈME CLASSE.
- PORCELAINE TENDRE OU FRANÇAISE.
- (Porcelaine frittée ; porcelaine vitreuse.)
- « Pâte fine, dense, à texture presque vitreuse, dure, » translucide, fusible à une haute température ;
- » Vernis vitreux, transparent, plombifère, tendre. »
- La pâte de la porcelaine tendre française et ancienne, telle qu’on la fabriquait à Sèvres vers i jSo, avait une composition si différente de celle qu’on fait actuellement dans quelques parties de l’Europe , mais principalement en Angleterre, qu’il est bien difficile de trouver des caractères qui, en distinguant cette porcelaine des autres poteries, conviennent en même temps à ses diverses sortes.
- La pâte de la porcelaine tendre renferme toujours un principe qui lui donne assez de fusibilité à une haute température, pour qu’elle puisse prendre en approchant de cette température une translucidité presque semblable à celle d’une matière vitreuse ; elle là doit tantôt à des alcalis , soit soude, soit potasse, soit sels qui en renferment, tels que le sel marin ou le nitre ; tantôt à des sels à base terreuse , tels que des sulfates de chaux ou de baryte , ou des phosphates qui, ajoutés à des éle'mens terreux, l’argile ou le felspath, for-inènt des composés assez fusibles. C’est le caractère de sa pâte ; caractère que nous ne pouvons pas généraliser davantage , à cause des différences dont nous venons d’avertir.
- Le vernis, qui n’est plus ici une couverte, a une composition plus constante ; c’est un verre dit cristal (flini-glass ), tantôt composé de silice, d’alcali et de plomb ; tantôt de silice, de felspath, de borax ou d’acide boracique, mais toujours plombifère.
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- Le façonnage de la porcelaine tendre actuelle di itère moins de celui de la faïence fine que dè celui de la .porcelaine dure ; mais celui de la porcelaine tendre ancienne était aussi compliqué que funeste à la santé.
- La. cuisson est double; on cuit d’abord le biscuit. et comme on va jusqu’au ramollissement, il faut, ou que les pièces aient une forme propre à les faire se soutenir mutuellement r èn cuisant l’une dans l’autre , ou qu’on les cuise sur des espèces de noyaux, qu’on nomme renversoirs; noyaux qui conservent la forme des pièces , et sur lesquels elles peuvent prendre leur retraite sans obstacle.
- Le biscuit n’étant pas absorbant, on met par arrosage le vernis, réduit en bouillie épaisse.
- La plus haute température est celle que reçoit le biscuit. Néanmoins, dans plusieurs compositions de porcelaine tendre, le vernis, assez dur, a besoin aussi d’être cuit à une température qui n’est pas éloignée de celle de la cuisson du biscuit, mais qui, sans aller jusqu’au ramollissement complet, en approche assez pour qu’on ne puisse pas employer ces supports qu’on nomme pernettes ; chaque pièce plate doit donc être cuite dans une cazette particulière.
- On peut se servir successivement du même four pour cuire le biscuit et le vernis, ou avoir pour ce dernier un four particulier et plus petit, ou bien a,voir un four à deux étages ou laboratoires, et cuire en même temps le biscuit dans le,laboratoire inférieur, et le vernis dans le laboratoire supérieur.
- Les pâtes, comme celles des grès fins, sont susceptibles d’être très diversement, colorées. • On peut aussi mettre plusieurs fonds de couleur sur le biscuit, et par conséquent sous le vernis. Le fond bleu est dans ce cas. Enfin , le vernis par sa nature incorpore facilement les couleurs avec lui, et leur donne un glacé brillant et recherché.
- Première sectiox. — Ancienne porcelaine tendre française.
- Nous allons d’abord décrire, mais sucomctementy le-procédé* d‘ fabrication de la porcelaine tendre, telle qu’on la .faisait
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- à Sèvres de 1760 à i8c>4; poterie, qui a eu beaucoup de célébrité' dans son temps , et qui est encore plus célèbre et plus recherchée depuis qu’on n’en fait plus. On va voir combien ces procédés étaient compliqués ; mais on conviendra en même temps qu’il a fallu plus de recherches, de travaux, de génie même , pour inventer une telle porcelaine, que pour faire la porcelaine composée de deux élémens, que nous prenons tels que la nature nous les offre.
- La composition de la pâte a un peu varié ; mais celle qui a été la plus employée , qui a donné la porcelaine la plus recherchée , était composée comme il suit :
- Nitre fondu ( cristal minéral ).. . 44° ou 22 > °
- Sel marin gris..................... i46 7,2
- Alun................................ 74 3,6
- Soude d’Alicante.................... 74 3,6
- Gypse de Montmartre................. 74 3,6
- Sable de Fontainebleau.............1212 60,0
- 2020. 100,0.
- Ap rès avoir bien mêlé ces matières, on les faisait fritter, soit dans le four à biscuit, soit dans un four particulier ; il était convenable de calciner fortement l’alun et le gypse avant le frittage.
- On broyait cette fritte, on la lavait à l’eau bouillante, et l’on en formait la pâte, en lui donnant du corps avec de la craie et de la marne calcaire, dans les proportions suivantes:
- Fritte précédente. . 9° OU 75
- Craie blanche.. . . 20
- Marne calcaire du terrain gypseux
- d’Argenteuil. . . 10 8
- 120. 100.
- La marne calcaire d’Argenteuil doit être délayée et lavee ; «lie ne donnait au lavage que 46 ou 46 pour 100 de marnf pure, propre à la confection de la pâte.
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- POTERIES. 2g7
- On variait la blancheur et la qualité dure ou tendre de cette pâte, en augmentant ou diminuant la proportion de craie.
- Tous ces matériaux devaient être intimement mêlés, broyés avec de l’eau au moulin, et passés au tamis de soie.
- Le vernis, qu’on appelle aussi couverte, se composait comme il suit :
- Litharge............................. 82 ou 38
- Sable de Fontainebleau calciné.. . . 58 27
- Silex calciné........................ 24 11
- Sous-carbonate de potasse........... i5 15
- Sous-carbonate de soude..............20 g
- 100.
- Les matières, mêlées et broyées, étaient fondues sous le four dans des creusets , pilées et broyées de nouveau , et fondues une seconde fois.
- La pâte n’ayant aucun liant, ne se prêtait que très difficilement au façonnage par l’ébauche ; il fallait mouler toutes les pièces ; mais comme elle se gerçait dans cette opération, il était nécessaire de lui donner un peu de ténacité, par une addition d’environ un huitième en poids d’un mélange de savon noir et de colle de parchemin. Cette préparation portait le nom de chimie : on a substitué , depuis, la gomme adra-gante au savon noir, auquel on attribuait les efflorescences salines qui se manifestaient sur les pièces.
- Les moules sont faits en plâtre ; ils ont une très, grande epaisseur ; ils donnent l’extérieur de la pièce. Un noyau également en plâtre en donne grossièrement l’intérieur : ce ooyau comprime la pâte dans le moule, au moyen d’une Presse. Les moules qu’on a tenté de faire en métal n’ont pas pu réussir.
- kes pièces moulées ainsi sont réduites à leur épaisseur, et Hoies en les tournassant sur le tour.
- garnissage se fait comme pour les autres poteries ; les
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- garnitures se collent sur la pièce principale avec de la bar-botine.
- Les pièces terminées sont encastées , pour être portées aa four. Ces pièces, éprouvant par la cuisson deux cbangemens, le ramollissement et la retraite , exigeaient beaucoup de soin pour leur encastage.
- Il fallait en soutenir toutes les parties saillantes avec des supports de même pâte, ajustés de manière qu’en soutenant la pièce, ils en suivissent la retraite ; par conséquent, il fallait aussi que les rondeaux qui les portaient fussent de même pâte. On voit un exemple de cet encastage dans la fig. tp A et B, de la PI. 62, où les supports sont marqués s, et les rondeaux r, Du sable pur, simplement pétri avec un peu d’eau, placé entre les supports et la pièce , empêche leur adhérence mutuelle. On cuit sur des renversoirs (fig. 4»C) ^es pièces qui parleur forme évasée en sont susceptibles, comme assiettes, compotiers, soucoupes, etc.
- Les cazettes ou étuis doivent être faits en marne argileuse verdâtre , qu’on tire ou des collines gypseuses de Ménilmon-tant, ou des terrains gypseux de Viroflay ; on y ajoute de la marne sableuse de Fescamp, près Picpus.
- Le four est en demi-cylindre couché , à foyer latéral; h bouche de ce foyer fait alandier ; il y a deux laboratoires, l et V : c’est dans le laboratoire inférieur l que se cuit le biscuit. L’enfournement n’offre rien de particulier ; les cazettes se placent en piles verticales. Les montres, qui consistent eu petites tasses, se retirent par la visière pratiquée dans la porte p.
- Les pièces doivent être parfaitement sèches avant dette mises au four, et comme cette pâte est très avide d’humidit6-elle la prend aisément. Les pièces enfournées humides sortent du four picotées et même bouillonnées.
- La pâte acquiert par la cuisson de la dureté., de la traBSr lucidité ; elle a éprouvé une retraite d’un septième, à de la dimension du moule, taittén séchant qu’en cuisant.
- La cuisson de éette porcelaine tendre est bien ph’s
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- que celle de la porcelaine dure ; elle exige de soixante-quinze à cent heures, et consomme de 32 à 4° stères de bois de tremble.
- On donne le vernis au biscuit par arrosement. Pour que le remis, délayé en consistance de bouillie, ne se précipite pas trop promptement, on y ajoute du vinaigre.
- Les pièces mises en vernisse repassent au four sans support, dans des étuis semblables à ceux du biscuit., mais enduits intérieurement du même vernis, afin qu’ils n’absorbent pas celui des pièces qu’ils enveloppent.
- Lorsqu’on fait une fournée particulière de couverte, on peut la cuire en trente heures : mais on peut aussi cuire la couverte en même temps que le biscuit, dans le laboratoire supérieur V du four. ;
- Lorsque le vernis n’est pas assez glacé, on l’use avec un grès et on rend la surface delà pièce dépolie, mais unie; on la recouvre d’un nouvel enduit dé vernis, et on la repasse au four.
- Les couleurs et les fonds de couleurs qu’on applique sur cette porcelaine demandent à être préparés et employés particulièrement. '
- Les unes, comme le bleu , et c’est même la seule couleur qui soit dans ce cas, se mettent sur le biscuit et se recouvrent arec le vernis.
- les porcelaines faites à Saint-Cloud dès 1695, à Chantilly, à Orléans, à Villeroy, étaient des porcelaines tendres , fabriquées par des procédés semblables à ceux que l’on vient. de décrire. Les produits de la manufacture de Saint-Cloud sont comparés, par le docteur Martin Lister, voyageur anglais, “«698 , aux belles porcelaines de la Chine. Il remarque que les pièces passaient un grand nombre de fois au feu, qu’il y avait une fritte dans la pâte, etc. Cette fabrique, au rapport de Kganiol , faisait déjà des objets remarquables en 171$ ; die était dirigée alors par un nommé Cbicoineau. Celle de ^antilly avait été fondée par un ouvrier de la précédente, dles de Tournay, de Saint-Amand-les-Eaux, appartiennent
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- aussi à cette section des porcelaines tendres ; mais les produits de ces fabriques, plus épais , plus lourds, moins blancs, moins bien glacés que ceux de Sèvres, présentèrent une telle infériorité en comparaison de ces derniers, que, vers i ^5 ou 1780 , la plupart de ces fabriques cessèrent leurs travaux, ou firent de la porcelaine dure. On continua néanmoins d’en faire à Tournay, à Arras, à Saint-Àmand, parce que, si les produits de ces manufactures étaient moins beaux que ceux de Sèvres, ils étaient à un prix qui en permettait l’usage à un bien plus grand nombre de personnes , et ils avaient une ténacité qui les faisait résister long-temps aux fractures par choc. Cette qualité compensait, pour les maisons publiques, telles que restaurans, auberges, etc., les défauts que cette sorte de porcelaine présentait d’ailleurs. Nous ne connaissons pas les procédés de composition et de fabrication de la porcelaine tendre de Tournay; mais l’analyse que M. Berthiera faite de sa pâte nous montre qu’elle peut très bien se rapporter à cette première section; il a trouvé dans la pâte cuite:
- Silice.............................. ^5,3
- Alumine..............................08,2
- Chaux............................... 10,0
- Alcali (soude et potasse)............o5,o
- Perte, par une très forte chaleur. . 00,6
- 99>7'
- Deuxième section-.
- Porcelaine tendre anglaise ( iron store China ).
- Celle-ci est faite par des procédés plus simples, plus surs-plus économiques, et qui ne peuvent avoir aucune délétère sur la santé des ouvriers; elle tient presque eg1 ment et de la porcelaine dure et de la faïence fine ; e^e distingue de la première, parce que la pâte est plus 1181 ^ et que son vernis est plombifère ; et de la seconde, parce 1 la pâte est transparente et que son vernis est plus dur.
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- Xa composition de la pâte varie en raison de l’usage des pièces qu’on veut en faire ; la plus générale, celle dans laquelle il n’entre pas de fritte, et qui est destinée aux services > de table, résulte des matières suivantes, mêlées à peu près dans la proportion indiquée :
- N°i. N» 2.
- Kaolin argileux...................... 11 .... 20
- Argile plastique........................ 19 .... 14
- Felspath................................ 21 .... 16
- Sable ou silex. . . _................. » .... 2
- Phosphate de chaux des os calcinés. - 49 .... 4®
- Sulfate de baryte........................ » .... 2
- too. 100.
- Pâte frittée pour les objets de sculpture et les ornemens en relief :
- N°3.
- Sable siliceux.......................33
- Phosphate de chaux des os calcinés. . 65
- Potasse.............................. 2
- . 100.
- Faites fritter, et ajoutez à cette fritte broyée :
- Kaolin....................................21.
- Ces pâtes se travaillent très aisément, et à peu près comme les pâtes de faïence fine ; je n’ai du moins remarqué aucune différence notable dans les procédés du façonnage.
- La couverte, ou plutôt le vernis, peut être composé de
- 1ST0 1.
- Felspath................................. 48
- Silex ou sable............................ 9
- Borax brut et non calciné.............22
- Verre-cristal, dit jlint-glass............21
- 100.
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- On fait fritter cette composition, et l’on y ajoute, lois qu’elle a e'te' broye'e, environ 12 parties dé minium (1).
- Le beau bleu pour fond, qui a eu et conserve encore use prande célébrité', se fait comme il suit :
- On prend du minerai de cobalt, soit de Suède, soit de Saxe, qui est un sulfure de cobalt, de fer et d’arsenic, oble calcine pour en dégager le soufre et une partie de l’arsenic, et après l’avoir dissous dans l’acide nitrique, on en précipite par le carbonate de potasse,, avec les précautions qui sont connues , de l’arseniate de cobalt. Il n’est pas nécessaire que ce soit de l’oxide pur, et Hellot avait déjà remarqué qu’il était même avantageux au développement de la couleur qu’il, restât une certaine quantité d’arseniate de cobalt.
- On prend cet arseniate convenablement desséché , on le combine par la fusion avec les substances suivantes :
- Arseniate de cobalt............. 6
- Sable siliceux de Fontainebleau . 4
- Sous-carbonate dé potasse très pur. 1 à 2 Nitre........................... 1 à 2.
- On fond ce mélange dans un creuset ; il arrive souvent que, n’étant pas content de la teinte du culot bleu qu’on obtient, on le refond en y ajoutant, ou du nitre, ou du silex broyé, suivant qu’on le trouve trop dur ou trop tendre.
- Lorsque le culot vitreux qui résulte de cette fusion présente la teinte que l’on désire, on le réduit par la trituration et le broyage, en une poudre qui ne doit pas être trop fine.
- On pose cette poudre, délayée dans de l’eau, sur le biscuit de la porcelaine, en la mettant et l’étendant avec une petit® palette de fer, le plus également possible, et l’on attache ce fond par la fusion sur le biscuit.
- S’il est raboteux et comme bouillonné, on l’use avec us
- (1) .Le nickel, indiqué dans le Bulletin de la Socie'te'd’Encomagewent, page i58, est évidemment une erreur.
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- grès, et souvent on met une seconde couche de bleu, qu’on lise par un second feu; on l’use de nouveau pour l’unir, et l’on place par-dessus le vernis de porcelaine tendre, qu’on v met quelquefois à plusieurs reprises.
- C’est de la préparation de l’oxide, de celle du bleu, de son posage à une épaisseur convenable et égale, du feu juste que reçoivent et ses deux couches et les deux couches de vernis dont on le recouvre, que résultent sa beauté, son éclat et son velouté. Comme il était difficile , et par conséquent, très rare que toutes ces conditions fussent également remplies, il était aussi rare'd’avoir de beaux fonds bleus sur la porcelaine tendre, qu’il est difficile de les obtenir exempts de défauts sur les porcelaines dures.
- La préparation des couleurs de porcelaine tendre diffère, en général, de celle des couleurs de porcelaine dure, en ce qu’on n’a pas besoin d’y ajouter autant de fondant, que ce fondant peut être plus alcalin, et qu’on préfère les employer plutôt à la gomme qu’à l’essence.
- L’or, pénétrant dans le vernis, doit être employé plus gros ; et c’est pour ce motif qu’on donnait la préférence à la poudre d’or obtenue par la trituration des feuilles d’or et qu’on nomme or en coquille, sur l’or dissous et précipité. Enfin, on n’ajoute pas de fondant à l’or, le ramollissement du vernis étant suffisant pour le faire adhérer ; mais aussi, par suite de ce ramollissement, le brunissage de cet or était plus difficile, et son résultat toujours moins éclatant.
- On a donné, dans le recueil intitulé : Trans. of the Soc. of Jrts, 1820, une autre composition de couverte, faite par Rose de Coalport :
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- K® 2.
- Felspath de Velchport...............44
- Sable................................ 6
- Kaolin............................... 5
- Borax............................... 3o
- Potasse et soude...................... io
- On fait fritter, et l’on ajoute à la. fritte finement broyée :
- Borax. ................................. 5
- 100.
- La couverte, amenée à l’état de bouillie claire, se met par immersion. Le n° i, en raison du minium non fondu qu’il renferme, est rose.
- Cette porcelaine ne peut s’encaster sur pernette, ni en biscuit, ni en vernis ; les petites assiettes cuisent en biscuit l’une dans l’autre ; elles ne sont séparées que par une poudre grossière de silex ; mais les grandes assiettes cuisent sur des ren-versoirs, comme on l’a expliqué aux généralités de fabrication de cette porcelaine.
- La cuisson est double, et se fait comme celle de la faïence fine, et dans les mêmes fours qu’elle.
- Telles sont les principales variétés de porcelaines tendres; quant au corps vitreux qu’on appelle porcelaine de RéaumWi on sait maintenant que ce n’est autre chose qu’un verre de-vitrifié par l’effet d’une température ramollissante qu’on !ul fait éprouver pendant long-temps au milieu d’un ciment crayeux ou gypseux.
- Troisième section . — Histoire de la porcelaine-
- La porcelaine, ce dernier degré de perfection des arts ce' ramiques, fleurissait dans l’Orient, mais seulement en Cli*nf et au Japon , déjà depuis un temps qu’on dit immémorial;
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- POTERIES. 3o5
- puisqu’on fait remonter l’existence de cette poterie à plus de deux mille ans avant l’ère chrétienne, par conséquent deux ou trois siècles avant le temps où les Grecs fabriquèrent leurs plus anciens vases ; mais sans admettre ni rejeter une antiquité si haute et si douteuse , ce qui demanderait une discussion dans laquelle nous.ne pouvons pas entrer, il nous suffit de faire remarquer qu’on a des dates certaines qui font remonter au treizième siècle l’introductiQn de la porcelaine asiatique en Europe, et qu’on possède dans les collections de porcelaines de Chine, des pièces d’une fabrication très parfaite, qui portent une date correspondante à 1471 , et plusieurs autres du même siècle. Ôn attribue à l’année 1277, époque de l’invasion de la Chine par les Mongols, la cons-traction de la tour de porcelaine de Kiangnan , c’est-à-dire d’une tour dont le revêtement est en plaques de porcelaine ; ainsi la porcelaine était déjà connue depuis long-temps à la Chine et au Japon, quand on découvrit la faïence en Europe ; et elle y était connue au moins depuis six cents ans, quand on arriva à faire en Saxe de vraie porcelaine. Cette perfection de la porcelaine, déjà si ancienne à la Chine et au Japon quand elle naissait en Europe, est, selon nous, un des faits les plus remarquables de l’avancement des arts chimiques dans ces pays.
- On dit qu’on a fait de la porcelaine en Egypte, mais les petites figures auxquelles on donne ce nom n’appartiennent à la vraie porcelaine ni par la composition de leur pâte, ni par celle de leur vernis, ni par leur mode de fabrication. Je chercherai à en donner des preuves ailleurs. Je ne connais donc de vraie porcelaine antérieure aux porcelaines européennes, que celle qui vient de la Chine et du Japon.
- Le nom àe porcelaine, appliqué maintenant à une poterie assez exactement définie, n’est p chinois ; personne n’a pu le prétendre : nous pouvons rend ries syllabes tse-ty-, le n°m sous lequel on désigne en Chine la poterie que nous appelons porcelaine. Parmi les origines qu’on a attribuées à ce dernier nom, on en distingue trois : celle qui le fait dériver Tome XVII.
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- du mot purslain, fleur purpurine du pourpier, à cause des fleurs de cette couleur qu’on y repre'sente souvent; cette étymologie nous parait aussi peu probable qu’elle est étrange ; celle qui lui a fait donner le nom de la coquille nommée porcelaine , de porcellus, etc. , à cause de la ressemblance de l’éclat du vernis et des couleurs ; enfin, celle qui fait venir ce nom du mot portugaisporcelana, qui veut dire une tasse, ou porcolana, qui, dans la même langue, signifie écuelle ou vaisselle de terre. Cette origine nous paraît la plus vraisemblable, la première porcelaine chinoise ayant été apportée en Europe par les Portugais.
- Cette belle poterie arriva pendant long-temps de l’Asie orientale en Europe, sans qu’on se mît beaucoup en peine d’en introduire la fabrication, puisque ce fut vers i5oo que les Portugais l’apportèrent, et que ce ne fut que vers 1706 que Bœttiger fabriqua à Meissen, en Saxe, un grès rouge qui avait quelque analogie avec la porcelaine. Un autre chimiste, Tscliirnhausen, perfectionna cette pâte, et en 1 y 10 il introduisit la composition de la vraie porcelaine, de celle qui a été fabriquée jusqu’à ces derniers temps dans la manufacture royale de Meisseu, près Dresde.
- Les trois manufactures qui furent les premières à s’établir, après l’espèce d’éveil que la découverte de Tschirnhausen venait de donner à l’art céramique, furent premièrement celle de Vienne en Autriche, de jy 18 à 1744 : e^e dut ses procédés a un transfuge de la fabrique de Meissen. La manufacture de Vienne, probablement beaucoup moins impénétrable que celle de Meissen, fut comme la mère d’une multitude d autres petites fabriques allemandes, parmi lesquelles on remarqua celle de Hœchst-sur-le-Mein, près Francfort, et celle de Frankenthal, dans le Palatinat. Elles furent célèbres dair leur temps, mais elles n’ont pas eu une durée aussi longue et aussi illustre que leur souche. Ce fut à peu près vers b même époque que s’élevèrent les fabriques de Furstenbeig> dans le pays de Brunswick ; celle de Copenhague, fondée p3 le baron de Lang, et ensuite la fabrique de Nymphenbotirgi
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- POTERIES. 3o7
- en Bavière, de 1747 ù *761; enfin celle de Louisbourg, près Stuttgard, en 1756. Elles furent donc aussi des plus anciennes: leur date d’établissement s’étend, comme on le voit, de 1747 à 1761, parce que, fondées sur des procédés inexacts, transmis par des ouvriers transfuges et souvent ignorans, elles éprouvèrent beaucoup d’embarras et de pertes, et furent abandonnées et relevées à plusieurs reprises.
- C’est vers ce même temps, c’est-à-dire de 1^55 à 1760, que s’établit la manufacture de porcelaine de Berlin. Le roi de Prusse y attacha une assez grande importance pour faire servir le succès de ses armes au succès de sa manufacture, en y faisant transporter des pâtes de Meissen.
- La France n’avait encore rien fait dans ce genre de poterie, devenu déjà célèbre dans presque toute l’Allemagne, devenu, pour plusieurs souverains, un objet de spéculation et en même temps un objet de splendeur et de munificence. Cependant depuis 1727, et même , selon d’autres, depuis i6g5, on y faisait une poterie translucide, blanche, à couverte brillante, qu’on appelait de la porcelaine., et qui appartenait bien effectivement, par les caractères de sa.pâte, à cette classe de poterie : c’était de la porcelaine tendre ; et, si l’on a bien saisi les différences qu’il y a entre la composition de cette porcelaine et celle de la porcelaine dure, on verra qu’il avait fallu plus de recherches, j’ose dire plus de génie, pour composer cette porcelaine artificielle par des moyens très compliqués, que pour obtenir la porcelaine dure résultant du simple mélange de deux matières naturelles ; mais c’est qu’un laboratoire et des matières premières connues peuvent répondre dans tous les temps aux questions que leur font la science, la sagacité et la persévérance , tandis que ces qualités , sans un heureux concours de temps et de circonstances, ne peuvent faire découvrir le kaolin et le felspath convenables pour la porcelaine; matériaux assez rares et propres seulement à quelques terrains. On ne connaît encore en France que quatre °u cinq cantons où l’on trouve ces matières , et ils sont situés dans des lieux où il n’avait peut-être paru depuis des
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- siècles aucun homme capable de les reconnaître et de les employer.
- En Allemagne , les terrains qui renferment ces mêmes matières se présentent sur un bien plus grand nombre de points, et surtout à la proximité' de villes et d’e'tablissemens de mines remplis de chimistes, de métallurgistes, de mineurs en état de les reconnaître , de les essayer et de les employer. Aussi, après avoir fabrique' de la porcelaine tendre pendant soixante ans à Saint-Cloud, à Chantilly, Orléans, Yilleroy, enfin à Yincennes et à Sèvres ( car on peut la faire partout ), ce n’est que du moment où l’on eut découvert le kaolin dans les environs de Limoges qu’on put faire et qu’on fit de la porcelaine dure , de la vraie porcelaine.
- Cette découverte avait été comme préparée par les recherches et les travaux de Guettard, du comte de Lauragais, de Macquer. Ils avaient employé du kaolin, mais du mauvais kaolin d’Alençon, et avaient obtenu, comme Bcettiger, une porcelaine trop imparfaite pour être comparée aux belles porcelaines du Japon et d’Allemagne. C’est donc la découverte du beau kaolin de Saint-Yriex-la-Perche, près Limoges, qui créa la belle porcelaine de France, porcelaine actuellement recherchée sur tout le globe.
- Cette découverte mérite que nous y revenions.
- On vient de voir que la fabrication de la porcelaine tendre en France est presque contemporaine, si elle n’est antérieure, à celle de la porcelaine dure en Saxe ; mais ce ne fut que lorsque cette fabrication fut établie à Yincennes, et peu apres à Sèvres, en 1^56, d’abord sons la protection, et ensuite, en 1760, entièrement pour le compte du roi, qu’elle fit ouvrages d’une beauté et d’une perfection qui la rendheri célèbre dans toute l’Europe. Hellot, chimiste-métallurgiste célèbre de cette époque , appelé dès i"46 à Yincennes, coc" tribua puissamment, par ses lumières et ses recherches, au perfec tionnemént de cet art.
- En 1761, un Strasbourgeois nommé Eanong, qui aval‘ travaillé dans la fabrique de Frankenthal, apporta à Sèvres e
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- secret de la porcelaine dure ; mais comme il ne pouvait fabriquer qu’avec du kaolin de Passau, sa communication fut infructueuse, jusqu’au moment où l’on fit la de'couverte du kaolin de Limoges. Elle est due, comme la plupart de ces sortes de de'couvertes, à un heureux concours du hasard et de la science.
- Madame Darnet, femme d’un chirurgien de Saint-Yriex, croyant trouver dans l’onctuosité' du kaolin mouille' une matière savonneuse propre au blanchissage , le fit voir à son mari, qui, soupçonnant que ce pouvait être une précieuse argile à poterie, courut à Bordeaux la montrer à Villaris, pharmacien de cette ville : celui-ci se rendit à Saint-Yriex, envoya à Macquer l’argile blanche , que ce chimiste reconnut pour du beau kaolin ; et la fabrication de la porcelaine dure fut en peu de temps établie à Sèvres, par ses soins. Elle était en pleine activité en 17 y 4- f-es progrès que ce genre de fabrication a faits depuis cette époque, tant à Sèvres que dans toute la France, où s’établirent une multitude de manufactures, sont immenses et bien connus. Ces progrès ont conduit à deux genres de perfection : l’un industriel, en permettant de réduire peu à peu les prix de la porcelaine usuelle, au point que les assiettes blanches, qui coûtaient, il y a quarante ans, 24fr. la douzaine, peuvent s’établir maintenant à iafr., en conservant toutes les qualités qu’elles avaient alors, et même à g fr., quand on veut négliger ces qualités. L’autre sorte de perfection est de luxe, et consiste dans la grandeur, la pureté des formes, la blancheur et l’éclat du vernis qu’on est parvenu à donner aux vases, aux plaques et aux autres objets de porcelaine, et dans la richesse, la beauté et la perfection des peintures qu’ils sont susceptibles de recevoir. Ces qualités, qu’on ne peut obtenir et conserver qu’à grands frais, ont rendu cette classe de produits rares et chers. Ils sont devenus l’objet d’un luxe royal, en ce qu’ils procurent aux souverains l’avantage de pouvoir donner des objets précieux que l’industrie particulière ne peut fournir, et qui deviennent par là des signes particuliers de leur munificence.
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- 3io POTERIES.
- Aussi la plupart des souverains de l’Europe ont-ils fonde' ou acquis des manufactures de porcelaine, non pas dans le but d’en tirer profit, mais plutôt dans celui de conserver un art dont la perfection repose sur le soin, sur la lenteur de l’exécution , et sur les talens individuels, principes presque tous oppose's à ceux qui doivent diriger les fabriques particulières, essentiellement productives.
- 'Explications des planches relatives aux arts céramiques traités dans l’article Potebies.
- EXPLICATION DE LA. PLANCHE 5".
- Machines relatives au lavage et au mélange des terres et pâtes.
- Fig. i, A, Profil; et B, plan ue l’appareil à laver les kaolins , et relaver les tournassures, dans la fabrication de la porcelaine, employé à la manufacture royale de porcelaine de Sèvres.
- a, Tonneau élevé sur un échafaud , dans lequel se
- met la matière à laver h.
- b, Matière terreuse à laver, ou dépôt lavé.
- c, Eau surnageante, tenant en suspension l’argile
- lavée.
- d, Spatule à long manche, destinée à remuer la ma-
- tière à laver.
- e, Cône renversé en fer-blanc, pour empêcher que
- la limaille produite par le frottement dans l’anneau m, scellé au plafond, ne tombe dans la pâte. r, Robinet placé à une distance suffisante au-dessus du fond du tonneau, pour que la partie argileuse suspendue dans l’eau c, puisse se décanter sans que le résidu b soit entraîné.
- f, Tuyau en zinc, qui conduit l’eau chargée d argue
- dans les cuves de réception 7i‘, 7i% h3, k, Tamis à tissu métallique bien serré, suspendu
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- POTERIES. 3it
- Fig. 2,
- au support l, de manière à être agité facilement pour le passage de l’eau argileuse, qui doit y laisser les impuretés et les parties grossières qu’elle aurait pu entraîner.
- p, Pâte ou argile en dépôt ; on décante l’eau surnageante à l’aide d’un siphon en zinc.
- A, Machine à manège, destinée à opérer le mélange intime des argiles et des matériaux des pâtes céramiques.
- a, Cuve cerclée en fer, dans laquelle on place les matières argileuses à mêler; elle est portée sur un châssis en charpente b, et y est fortement attachée au moyen des bandes de fer c et des c'crous e. d, Arbre vertical, tournant dans un collier f, fixé dans le plafond de l’atelier, et sur une crapau-dine g encastrée dans le massif de maçonnerie h.
- Cet arbre est muni, sur la partie qui entre dans la cuve, de lames coupantes de fer, qui ont différentes directions et destinations.
- i, Est une lame recourbée, placée obliquement dans
- le sens de sa largeur, et qui est destinée à faire descendre l’argile dans le tonneau, à mesure qu’on l’y place.
- j, Sont des lames ou barres destinées à couper l’ar-
- gile ou la pâte dans plusieurs sens.
- k, Est une lame placée horizontalement sur sa lar-
- geur, qui pousse la pâte ou l’argile, et la force de sortir par l’ouverture l.
- m, Fil de laiton fixé près de l’ouverture, avec lequel
- on coupe des masses de pâte mêlée.
- n, Porte latérale pour nettoyer la cuve.
- o, Levier attaché à l’arbre, qu’il embrasse et qu’il
- serre, comme le montre d’une part la figure p, et de l’autre le coin q, et à l’extrémité duquel on attelle le cheval qui fait tourner l’arbre et ses couteaux.
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- 312 POTERIES.
- Fig. 2, B, Coupe de la cuve, montrant de quelle manière elle est fixe'e sur son châssis.
- Fig. 2, C, Plan de la cuve, exposant la même disposition.
- Les mêmes lettres place'es sur la figure, indiquent les mêmes parties que sur la fig. 2, A. Fig. 3, Presse destine'e à donner des cylindres et lames de pâtes céramiques.
- a, Boîte cylindrique en fonte de cuivre , dans la-
- quelle se place la pâte.
- b, Plaque munie supérieurement de trois griffes qui
- se réunissent à l’écrou c ; elle est destine'e à entrer avec force dans la boîte a, à y comprimer la pâte, et à la faire sortir par l’o'uverture pratiquée dans le faux fond d.
- d} Faux fond qu’on place dans la boîte, et qui y est retenu par les rebords inférieurs de la paroi : il
- j. x
- est percé tantôt d’une rainure r, tantôt de trous cylindriques, cannelés, triangulaires, etc., suivant la forme qu’on veut donner au prisme ou au cylindre de pâte que la pression fait sortir.
- e, Arbre vertical, fixé supérieurement, par un collier,
- dans une pièce de charpente qui n’est pas indiquée sur cette figure, se terminant en vis à la partie inférieure.
- f, Traverse fixée solidement par les trois montons?.
- sur le châssis h, et munie d’un pas de vis, dans lequel descend l’arbre de la presse, lorsqu’on le fait tourner au moyen du levier à deux bras i. k, Planchette placée obliquement, destinée à recevoir la pâte façonnée qui sort par l’ouverture du faux fond. On a supposé ici qu’on voulait obtenir des lames destinées à faire des tuiles.
- Cette planchette a pour objet de soutenir la pâte façonnée, et d’empêcher que le poids de »a pâte sortie ne le déchire.
- Nota. Les fig. 2 et 3 sont tirées du Bulletin
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- POTERIES. 3x3
- de la Société' d’Eneouragement, XXVIIIe aimée, n° 290, pl. 378, et viennent des communications faites par M. Saint-Amans ; elles sont décrites pages 20 et 21.
- EXPLICATION DE LA PLANCHE 58.
- Machines et opérations relatives au façonnage des pièces.
- Fig. i, à, Profil, et B, plan du tour anglais à ébaucher.
- D, Caisse du tour.
- a, Tête du tour sur un plan horizontal. a, b , Axe vertical du tour.
- d, Poulies à plusieurs gorges de diflerens diamètres ,
- fixées à l’axe, à l’entour desquelles s’enroule la corde motrice.
- k, Banquette sur laquelle le tourneur est assis à
- cheval.
- e, Banquette oblique, sur laquelle le tourneur place
- ses pieds.
- l, Planche destinée à retenir fés éclaboussures de la
- pâte.
- h, Instrument mensurateur de l’ébauche , dit porte-mesure.
- C, Roue motrice mue par un aide, et son traîneau. Pierre qui fixe le traîneau.
- Roue de volée donnant le mouvement.
- f, Poulie à plusieurs gorges, à l’entour de laquelle tourne la corde motrice, et destinée à changer le mouvement vertical de la roue motrice dans le mouvement horizontal de la tête du tour.
- A, Profil, et B , plan du tour anglais à tournasse!-, ayant la disposition du tour en l’air. a, Tète du tour sur un plan vertical, composé du mandrin en bois, garni en terre et fixé sur le nez du tour.
- Fig
- r.
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- 3 4 POTERIES.
- a, b, Axe horizontal du tour. à, Roue de vole'e donnant le mouvement et le recevant de la pédale e.
- e, Pédale nommée A, à cause de sa forme, mue par
- un aide.
- c, Poulie à plusieurs gorges, à l’entour de laquelle s’enroule la corde qui transmet le mouvement de la pédale.
- h, Support mobile de la main et des outils de l’ouvrier tourneur.
- m, Coffre pour recevoir les tournassures.
- f, Tablette du tour avec une échancrure pour la place
- du tourneur.
- Fig. 3, A, B, C, Profils et plan du tour à ébaucher et tournasser. ( Les mêmes lettres indiquent les mêmes parties dans les trois figures. )
- A, Profil sur la face de devant, l’ouvrier supposé
- tournant le dos au spectateur.
- B, Profil de la partie à gauche de l’ouvrier, supposé
- assis sur le banc oblique e, et ayant ses pieds sur la tablette oblique f. a, Tête horizontale ou girelle du tour, ù, c, Axe vertical et en fer du tour, dont la tête est engagée en e dans un collet, dont on voit les détails fig. 4 , et dont la pointe est portée en c dans la crapaudine, formée d’un silex engagé dans du plâtre.
- à, Roue horizontale pesante, fixée à l’axe du tourqui reçoit le mouvement du pied de l’ouvrier, et k conserve long-temps, en raison de sa masse. g et h, Tablettes à gauche de l’ouvrier et devant lui; où il dépose son ouvrage.
- C, Plan du tour.
- Fig. 4, A, Développement de la partie principale et essentielle du tour, montrant en a, b etc la maniéré dont la tête mobile ou girelle du tour, quies£ en
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- POTERIES. 3i5
- plâtre, est fixée sur l’axe au moyen de l’écrou e à trois branches scellées dans la masse.
- B, Détails de la partie qui fixe le collet de l’axe du tour.
- v, Vis pour attacher la chappe du coussinet sur la traverse en bois n.
- g, g', Pièces du coussinet ; g', pièce mobile qui peut être serrée contre l’axe au moyen de la vis de pression i.
- , p, Pièce fixée par des goujons et des goupilles , et
- qui forme le cadre en avant.
- Fig. 5, Instrument mobile, dit porte-mesure, que l’ouvrier place près de la pièce à ébaucher, pour déterminer ses dimensions.
- , Socle ou pied.
- a, Tige fendue, dans laquelle glisse la petite règle b, en baleine très flexible : on la fixe à la hauteur et à la longueur désirée, au moyen de la virole mobile en bois d.
- EXPLICATION DE LA PLANCHE 5q.
- Façonnage par tournage et moulage.
- Fig. i , A, B, Moulage à la main.
- Moule en plâtre d’un buste, pour le moulage de la porcelaine en deux coquilles.
- Coquille A , pour le derrière de tète; coquille B, pour la face.
- €, Chape du moule.
- a, Sutures , ou plutôt lignes de séparation des différentes pièces du moule.
- fie. 2.. A, B, Moule en deux coquilles d’une anse.
- A, L’une des coquilles, faisant voir le creux de l’anse.
- c , Chape avec ses tenons t.
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- 3i6 POTERIES.
- a, Moule proprement dit. a, indiquant les lignes de se'paration de ses diverses pièces.
- B, Coupe du moule et de ses deux coquilles, suivant la ligne C, B.
- a, Moule proprement dit et ses pièces.
- Fig. 3, Moulage à la croûte.
- B, Plan du moulage.
- A, Profil et coupe de l’appareil du moulage, sut la ligne G, E.
- r, Rouleau en bois de hêtre, que l’ouvrier tient par les poignées n, n.
- m, Table de marbre, sur laquelle est étendue la peau b.
- c , Pâte qui, après avoir été bien maniée et corrovee. est étendue sur la peau b, en avant du rouleaur, pour donner la croûte.
- a, Règles en plus ou moins grand nombre, que l'on ôte successivement, à mesure que la masse de pâte est amincie par le cylindre r, et amenée à l’état de croûte.
- Fig.4, B, Posage de la croûte c sur la convexité du noyauè en plâtre, d’une saucière.
- A, Transport de la croûte c du noyau convexe b, dans le moule a de la saucière, qui doit donner la forme extérieure, comme le moule b a donne la- forme intérieure.
- C, Figure représentant la croûte c dans son mouleu-
- et dégagé du noyau b.
- Fig. 5, Moules pour le moulage d’une assiette à la housse-
- A, Modèle type en plâtre vernis, donnant l’intérieur
- de l’assiette.
- B, Moule creux ou mère en plâtre vernis, dans leque-^
- on coule le moule en relief C’.
- C, Moule en plâtre non vernis, sur lequel oniaou 1 la housse des assiettes.
- Moulage à la housse d’une grande tasse.
- Fig. 6,
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- POTERIES. 3i 7
- Fig. À, a, Housse ou ébauche mince en pâte de la tasse qu’on veut avoir, placée sur un rondeau r et sur la gi-relîe g de la tète du tour.
- Fig. B, a, Housse placée et appuyée dans le moule, composé de deux pièces b , c, et placé sur la girelle du tour.
- Fie.7, À, B, G, D,E, Différentes formes que prend une pièce en ébauche, depuis l’état de balle A, jusqu’à sa dernière façon D.
- d et s indiquent les dépressions et les saillies en spirale produites dans Pébauchage par la pression des mains du tourneur.
- E, est l’ébauche de l’épaule du vase, fig. 8.
- Fig. 8, Yase tournasse, c’est-à-dire terminé , et composé cfe deux parties collées D et E, dont on voit les ébauches en proportion sous les mêmes lettres,
- fig. 7-
- Fig.g, Porte-mesure, nommé aussi chandelier de jauge, que le tourneur place auprès de la pièce en ébauche , afin de l’amener à la dimension voulue.
- a, Tige fendue longitudinalement, dans un sens que la figure ne peut pas laisser voir. Les baguettes en baleines b, b, montent et descendent, avancent ou reculent dans cette fente, qui est serrée par le collier en cuir c.
- EXPLICATION DE LA PLANCHE 60.
- Lavage et broyage des matières céramiques.
- Fig. 1, 4, Profil de l’ensemble de l’engrenage du moteur, et des meules du moulin à meule tournante établi à la manufacture royale de porcelaine de Sèvres, en i83o, par M. John Hall. b', b", Pièces de charpente vues en bout, qui portent
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- 3i8 POTERIES.
- les parties de la machine qui reçoivent le mouvement du moteur et le transmettent à la meule tournante s.
- r'r', Roue d’angle horizontale fixe'e à l’arbre, vertical de la meule tournante, et qui reçoit le mouvement par son engrenage avec la roue d’angle verticale rr (fig. B).
- U, Levier qui enfonce la pièce d’engrenage, à deux becs h, h, dite décli, entre les rayons de la roue horizontale r'r. Cette pièce, en tournant alors avec la roue, fait tourner l’axe e dé la meules, avec lequel elle est lie'epar la clavette/(fig. B, C;.
- s, Meule tournante.
- /, Meule gissante.
- z, Solin en bois qui fixe la meule gissante, et qui par son inclinaison reporte la matière à broyer sous la meule tournante.
- u, Tinette ou cuve cercle'e en fer, enfermant les meules et contenant la matière à broyer délayée dans l’eau.
- Fig, i , B, C, De'tails de l’engrenage qui fait mouvoir la meule tournante.
- Fig. 2, À, B, C, D, De'tails de l’ennillage de la meule tournante.
- (Les mêmes parties portent, sur les sept figures, les mêmes lettres. )
- Fig. i, C. b, Traverse en charpente, sur laquelle estporie l’arbre horizontal aa, qui fait tourner la roue dente'e verticale rr.
- c, Collet qui fixe l’arbre dans sa position.
- d, Clavette ou filet saillant sur l’axe a, qui entre <wn>
- une rainure d pratiquée dans l’œil ou boîte de la roue r, et qui, en la liant à l’arbre a, la force de tourner avec lui.
- l'I, Levier ayant son point d’appui en lr sur la piece de charpente longitudinale b'-, il enfonce
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- POTERIES. 319
- décli h, h, entre les rayons de la roue d'angle horizontale rV, qui fait tourner alors cette pièce et l'axe ee, avec lequel elle est en liaison au moyen de la clavette ou filet saillant f.
- g, Clavette ou filet qui met en liaison l’arbre creux ii avec la roue d’angle horizontale rr.
- kk, Collet qui fixe l’axe creux ii sur la traverse en fonte mn.
- Fig. 2, A, B, Ennillage, c’est-à-dire liaison de l’arbre ou axe tournant avec la meule tournante.
- yjr, Cheville de fer àe'crou, qui fixe la partie inférieure de l’axe creux i, au moyen du collet 1, sur la traverse en fonte mm.
- , p, b7 il le en fer, scellée en plomb dans la meule tournante s.
- v, x, Trous pratiqués dans cette nilîe, pour recevoir l’extrémité de l’axe e, et les dents ou cornes de la nille mobile 0, fixée à l’extrémité de l’axe e, et qui, en entrant dans les cavités carrées v, fait tourner la meule.
- q, q, Anneaux scellés dans la meule, et destinés à donner des moyens d’attaches pour l’enlever.
- C , Profil, et D plan de la meule tournante s.
- t, t, Biseaux dits engrains, pratiqués à la face inférieure de la meule tournante, et destinés à engager sous cette meule les matières à broyer.
- F>t>. 3, A, B, Plan et profil du moulin à blocs mobiles, établi à la manufacture royale de porcelaine de Sèvres, en i83o, par M. John Hall.
- 1, Pièce de charpente qui porte la partie de la machine qui reçoit le mouvement et le transmet aux blocs mobiles.
- bb, Roue d’angle verticale qui reçoit de l’axe c le mouvement de rotation.
- ff, Roue d’angle horizontale qui engrène avec la roue précédente, et communique le mouvement
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- 320 POTERIES.
- de rotation au cercle en fonte g, au moyen de l’arhre e.
- 1,1,1, Rayons en fonte qui lient le cercle g- avecl’axe e; celui-ci est porté sur un arc en fonte ad, qui porte en d une crapaudine qu’on peut faire monter ou descendre, pour conserver l’exactitude de l’engrenage , à mesure que la pointe de l’axe s’use.
- l, l, l, Rayons ou bras fixés à l’arbre e, et liés en-
- semble par le cercle en fonte g, portant des palettes verticales h en chêne , destinées à pousser devant elles les blocs ou meules de grès t, t, qui sont mus circulairement et glissent sur la meule gissante ou sur le pavage s, Meule gissante en grès d’une seule pièce. On peut la faire de plusieurs pièces. k, k, k, Planchettes verticales en chêne, fixées sur le cercle g, et destinées à empêcher les blocs de venir frapper contre les parois de la cuve u. z, Solin pour rejeter sous les blocs la matière a broyer.
- x, Cône tronqué en fonte, portant un collet en J pour fixer supérieurement l’axe e. v, Revêtement en bois de ce cône, afin d’abriter te matières à porcelaine de tout contact avec le fer.
- m, n, Pièces de charpente qui portent la cuve et ses
- meules.
- Fig. 4, A, B, Coupe et détails du gâcboir, ou caisse à délayer et laver les matières céramiques.
- Les matières k délayées dans la masse d eau^i passent de la caisse n° I de délayage et de §a chage , par le robinet r, dans la caisse n° II-L’eau trouble a est reçue dans la caisse eu trémie b, et s’écoule par les robinets r', r > ^as' la caisse n° II, en passant parles tamis t, t.
- L’eau trouble e est épanchée, par une se» blable opération, dans la grande caisse en tte
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- Fig. 4,
- POTERIES. 3a:
- mie cc du il0 III. et après avoir passé à travers les tamis t', f!. qui sont encore plus fins, elle se réunit en f. et est ensuite conduite, par l’ouverture et le canal o, dans la fosse n° IY, où elle dépose en g l’argile fine qu’elle tenait en suspension.
- Si les tamis n’étaient pas perpétuellement agités, l’argile ne passerait pas. ün des moyens de suspension les plus simples , pour qu’ils reçoivent aisément le mouvement horizontal, est celui que représente la fig. 4 - B- ^
- mn~^Charpente qui supporte, à différentes hauteurs, les caisses n°s I. II et III.
- Pour éviter la multiplication des figures, on a supposé la caisse en trémie h vue extérieurement, et non coupée.
- B, b. Est la caisse en trémie fixe. d, Châssis qui porte les tamis i.t, et qui, suspendu par les tirans mobilesp, p, peut recevoir facilement le mouvement de va-et-vient- au moyen des poignées h, h.
- EXPLICATION DE LA PLANCHE 6î .
- Fours divers.
- Fig. t, Â, B, C, D, Coupes et plans du four cylindrique à six alandiers, pour la cuisson de la faïence fine en France, forme du four à biscuit construit en 18o8 au Yal-sous-Meudon, par M. Mittenhoff. À, Coupe sur la ligne I, K du plan
- B, Élévation extérieure du four.
- C, Plan au niveau du sol.
- D, Plan au niveau L, M, suv lequel 'on a abaissé les
- carneaux de la ^oûte s.
- Tome XYII. 2-
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- 322 POTERIES.
- Les mêmes lettres indiquent les mêmes parties sur les quatre figures.
- a, Alandier ou ensemble du foyer et des bouches.
- b, Eoucbes supe'rieures ; b' i bouches inférieures.
- f, Foyer proprement dit.
- y et g, Canaux et chemine'es qui conduisent la flamme et la répandent également dans le laboratoire l.
- v, r, Visières pour voir et juger la marche du feu, et servir de canal-registre pour diriger cette marche.
- I, Laboratoire. Partie du four où se place la poterie à cuire.
- c, Chemine'e commune des cheminées particulières t,
- nommées carneaux.
- s , Voûte de séparation du laboratoire et de la cheminée.
- U, Carneaux ou ouvertures carrées qui traversent cette voûte ; t1, carneau de l’axe, circulaire et plus grand que les autres.
- p , Porte du laboratoire.
- p', Porte de la partie de la cheminée qui sert quelquefois de second laboratoire.
- Fig. 2, A, B, C, D, E, F, Four pour cuire le biscuit et l’émail des faïences fines anglaises, tels qu’ils sont en Angleterre.
- Figure tirée du Bulletin de la Société d’En-couragement, année 1829, mars, pl. 384, et des communications particulières de M. deSamt-Âmans.
- a, Alandiersoupartieréunissantlesboucheset le foyer.
- b , Bouches supérieures; b', bouches inférieures.
- z , Plaque destinée à fermer plus ou moins la boucle supérieure.
- ft Foyer indiquant dans la fig. Fia manière dont b houille est disposée.
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- POTERIES. 3a3
- g, J', Canaux et cheminées, tant verticales qu’horizontales , qui conduisent la flamme.
- I, Laboratoire.
- k, Sol du laboratoire, légèrement incline' du centre à la circonférence.
- x, y, Visière ou canal-registre horizontal, donnant dans la cheminée y de l’alandier, premier régulateur.
- x, u, Canal-registre vertical, donnant dans le foyer/' de l’alandier, deuxième régulateur, e, Visière au-dessus de l’alandier et de la cheminée, donnant dans le laboratoire. v, Visière et carneau régulateur, au-dessus de l’e'pau-lement.
- i , Cintre destiné à soutenir les parois du four, lors des réparations de l’alandier. c, c , Carneaux ou petites cheminées, percées dans la voûte s du laboratoire. s, Voûte du laboratoire.
- o , Carneau de l’axe , ou lunette du laboratoire.
- T, Tour conique nommé howell, enveloppant le four.
- O', Cheminée ou grande lunette de la tour, n, Armature en fer du four.
- p , Porte du laboratoire, bordée d’une armature en fer.
- A, Ensemble du four en façade et en coupe, et de la
- tour conique qui l’enveloppe.
- B, Plan au niveau d, d du sol, montrant la disposi-
- tion et distribution des cheminées horizontales, tant circulaires que rayonnantes.
- C, Plan au niveau e, e des bouches supérieures b,
- montrant la disposition du foyer, des chemiuées verticales et des visières horizontales.
- D, Vue supérieure de la voûte s, montrant la dispo-
- sition des carneaux c. c.
- ai..
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- 3a4 POTERIES.
- E. Plan détaillé au niveau c. c dun alandier et de ses dépendances.
- F. Coupe détaillée et en travers d’un alandier et de
- ses dépendances.
- Les mêmes lettres , sur toutes ces figures, indiquent les mêmes objets.
- Fig. 3- À, B, Coupe et façade de l’ancien four à porcelaine de 3a manufacture royale de Meissen, prés Dresde.
- Les mesures ne sont qu’approximatives.
- a. Grand alandier divisé en trois parties, eu sous-
- alandiers qu’en ne peut pas voir dans la coupe
- b, Bouche supérieure et nosition du bois dans le
- grand feu. f, Foyer.
- b',b', Bouches inférieures communiquant avec ie cendrier c ; eile communique avec l’air exiérieiu quand 3a plaque d n’est pas fermée. c , Cendrier qu’on ferme dans le grand feu, par ia plaque d.
- d, Mur du cendrier, souvent enfoncé dans le soi o , Ouverture du foyer dans le laboratoire.
- /, Laboratoire où se place la porcelaine. v, Porte latérale du laboratoire pour l’enfournement.
- v, 'Visière dans la porte pour juger le feu et retirer les montres du four. Il y en a une autre vers la face du four, pratiquée dans le mur du four.
- C, Cheminée à la partie postérieure du four. li, Hotte recouvrant la cheminée, et disposée^ manière qu'on puisse voir le jeu de la flamme sortant par l’ouverture de la cheminée C.
- B, Façade du four et coupe transversale. a , Mur de l’alandier. d . Mur du cendrier.
- o : c , Ouvertures du foyer f dans le four.
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- POTERIES. 3a5
- b’, b', Bouches inférieures, ou ouvertures du cendrier dans ie foyer.
- On voit que, pour ne pas multiplier les figures, on a rapporté sur un même plan vertical des parties qui ne lui appartiennent pas , et qui sont en devant les unes des autres ; la coupe , qui porte les mêmes lettres , explique suffisamment la position de ces parties.
- Fig. 4? a; B. C. Four à cuire les grès-ecrames. de Saveignies, de'partement de l’Oise.
- A, Coupe du four suivant sa longueur, y, Foyer qu’on remplit de fagots.
- b . Bouche supérieure . par laquelle on jette le combustible.
- d'; Bouche inférieure, par laquelle se fait le tirage.
- m, Cloison-faite en vieux pots, qui sépare le foyer du
- laboratoire.
- I, Premier laboratoire, où se cuit le grès-cérame.
- 1\ Second laboratoire, où se cuit la poterie commune.
- n, Cloison en briques, dont les arceaux n sont
- fermés en partie par des tuyaux de grès r, qui sépare le premier laboratoire du second.
- o, Clôture à claire-voie du laboratoire , formée aussi
- de vieux pois de grès défectueux, et faisant fonction d’orifice de cheminée.
- > Voûte du four, composée en grande partie de vieux pots de gvès.
- o Sol du four, suivant à peu près l’inclinaison de l’axe de tirage et celle de la voûte.
- C, Les bouches, vues de face.
- B, La cloison n, vue de face.
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- POTERIES'.
- 3a5
- EXPLICATION DE LA PLANCHE 62.
- Fours à porcelaines et encastages.
- Fig. 1, A, B,C, Coupe, profil extérieur et plan du four à porcelaine dure de la manufacture royale de porcelaine de Sèvres, en i83o.
- A, Coupe sur la ligne FG du plan C.
- C, Plan à quatre hauteurs differentes : n, à la hauteur nn ; m, à la hauteur mm ; r, à la hauteur rr ;
- 11, à la hauteur uu, faisant voir par l’ouverture z le plancher t'o t'.
- ( Les mêmes lettres indiquent les mêmes parties sur les trois figures. )
- aa, Alandiers ou ensemble du foyer et des bouches. b, Bouche supérieure ; b', bouche inférieure.
- f, Foyer proprement dit; f, sa continuation dans le four.
- s, z, Briques pour régler la portée du bois posé sur la
- bouche b du foyer.
- q, q, Piliers dans l’arrière-fover f', pour couper le feu.
- jr, X, Piliers formant grils, sur lesquels porte la banquette gg, où sont placées trois piles de cazettes. xx, Cheminée conduisant une partie du feu vers la voûte du laboratoire.
- l, Laboratoire inférieur, où se cuit la porcelaine en
- couverte.
- V, Laboratoire supérieur , où se place la porcelaine crue pour être dégourdie.
- t, t,t. Carneaux pratiqués dans la voûte s, par où la
- flamme passe du laboratoire l dans le laboratoire V.
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- POTERIES, 327
- t', t', l’, o, Carneaux pratiqués dans la voûte/, par où la flamme passe du laboratoire l’ dans le corps de cheminée c. Ils alternent avec les carneaux t de la voûte s.
- p, p' etp", Portes du laboratoire et de la cheminée.
- t>, Ouverture dans le mur du four, pour la visière de derrière.
- Fig. 2, A, Détails d’un enfournement, dans^ine coupe du four prise sur la ligne DE,
- , Porte avec ses trois visières v',
- v*, Visière de derrière, pratiquée dans l’épaisseur du mur.
- 1,2,3, etc., Rangées ou tours de piles de cazettes.
- 2, Piles de montres.
- 5, 5, Piles du bâti 6, qui renferment la plaque de porcelaine 0, pose'e sur une plaque de terre à 45 degrés.
- x, x, Lignes de tuileaux allant d’une pile de cazettes à uue autre, destinés à couper le feu et à forcer la flamme à se disperser dans le four.
- Fig. 2, B, Détails d’une visière.
- a b, Tampon en terre chite, qui ferme l’ouverture carrée par laquelle on tire les montres.
- de, Tuyau en terre cuite, placé dans le milieu de ce tampon.
- d. Plaque de verre fermant l’ouverture oculaire de ce tuyau.
- , Coulisseau ou diaphragme de fer, qu’on peut tirer
- à volonté', pour ouvrir l’ouverture objective du tuyau de visière.
- Fig. 3, À, Coupe et plan du four à cuire la porcelaine tendre, de la manufacture royale de porcelaine de Sèvres, tel qu’il était en 1800.
- A, Coupe sur la ligne CD du plan B.
- a, Grand et unique alandier latéral.
- b, Bouche.
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- 3a8 POTERIES.
- f. Foyer, et f', arrière-foyer sous le mur de face du four.
- v, Voûte inférieure : continuation du foyer.
- / Premier laboratoire où se cuit ia porcelaine er. biscuit; en j> est sa porte.
- i', Second laboratoire où se cuit la porcelaine er. vernis, et p sa porte.
- c, Corps ou chambre des cheminées, etp“ sa porte.
- ; i, t, Carneaux qui laissent passer la flamme de k voûte v du foyer dans le premier laboratoire.
- /, l . Carneaux qui établissent la communication entre le premier et le second laboratoire. t", f, f. Carneaux faisant fonction de cheminée multiple, qui communique du second laboratoire dans la chambre des cheminées.
- Fig. 3 B Plan de ce four au niveau du plancher du premier laboratoire.
- Fig. 4, A; B, C, Encastage de la porcelaine tendre.
- a, c, c, Cazettes ou étuis en marne argileuse de\i-roflav.
- A b, ITn seau à bouteille en biscuit.
- s, s, s, Ses supports en pâte de porcelaine. r Rondeau en pâte de porcelaine, portant ce vase et les supports.
- B e, d, e, Tasses en biscuit, cuites renversées ou à bou~ ckeion.
- r, r, r, Rondeaux servant de cerces.
- G a, Assiette en biscuit, mise renversée sur le renver-
- soir v en terre cuite.
- Fig. 5, A,B, Encastage de ia porcelaine dure, pièce de set-vice en couverte.
- a1, a2, Cazettes ou étuis, dits à cul-de-lampe, pour les assiettes s’emboîtant Tune dans l’autre.
- «3, Cazette à fond plat, pour le petit creux, e, e, Tasses, litrons, cuits à bouchelons, séparés pai la cerce c, et portés sur le rondeau b.
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- S* c/t)
- POTERIES. Sac
- Tasse a thé, avec la cerce c et son rondeau*.
- , Pot à jus, sans cerce, sur son rondeau b.
- d> et d , Assiettes plates, portées sur leurs rondeaux b et b-, qui ferment l’ouverture du cul-de-lampe des cazettes a' et ad.
- Fig. 6, Encastage d’une figure de 12 décimètres, en pâte de sculpture dite biscuit.
- :,2,3, Piles d’étuis qui portent le premier rondeau ou plutôt la première plaque de terre cuite b. et ies deux cylindres de cazettes a et d.
- V. Seconde plaque de terre cuite , ne portant que la
- • figure. *
- o, Supports moutans en porcelaine, pour soutenir toutes les uarties saillantes ou e'videes de le. figure.
- ». Plaques transversales en porcelaine, pour empêcher î’e'cartemect des supports et des parties évidées.
- b", Rondeau fermant le cylindre extérieur de cazettes.
- EXPLICATION be la pl-àxçhe 63.
- Fours de faïence 3 stc.: et encastages.
- ïig. i, À. B, Coupe et plan d’un four fie faïence .commune à Paris, en 1S29 B, Plan au niveau CD. a, Àlandier unique et latérai. ù, Bouche de l’alandier. f, Foyer de l’alandier.
- f', Yoùte sous le four, formant arrière-foyer, o, Cave à la cendre.
- 72, Place où se met l’émail pour être fritte et fondu.
- 2, t, Carneaux qui conduisent la flamme du fover dans le premier laboratoire.
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- 33o POTERIES.
- I et l', Laboratoire divise' en deux par le mode d'enfournement. La partie inférieure l reçoit les pièces en vernis; la partie supérieure / reçoitles pièces crues pour être cuites en biscuit.
- , Porte delà partie l du laboratoire, et p’, porte de
- la partie V.
- /, t', Carneaux par où sort la flamme du laboratoire, pour entrer dans le corps de cheminée h. u, Toit à claire-voie, donnant issue aux produits delà combustion.
- p”, Porte de la chambre-cheminée h. y, Encastage,et enfournement en échappad.e, dans le milieu du four.
- xx, Encastage et enfournement en cazettes, nomme’ arcades, sur le devant et sur le derrière du four. Fig. 2, A, B, Encastage en écliappade, de faïence commune.
- A, Vu en profil.
- B, Vu en plan.
- a a, Plaque carrée de terre cuite, échancrée sur les angles, dite tuile.
- b, b, b, Petits cylindres de terre cuite, dits piliers on pillels, destinés à porter les tuiles. On en met cinq pour deux tuiles, etc.
- , c, Coins en terre cuite, qui s’appuient sur les murs
- du four, et qui setTent les planchers de tuiles.
- d, d, Espaces à peu près circulaires, qui résultent
- de l’échancrure des tuiles sur les angles, et qui servent au passage de la flamme sortant par le-’ carneaux t, t, de la fig. i, A.
- e, /, g, Pièces diverses encastées dans les échappades. Fig. 3, A et B, Coupe sur la ligne ab, et plan de l’encastage
- des assiettes en faïence fine.
- a, a, a, Cazettes.
- b, b', b", Les trois pernettes qui soutiennent sur leurs
- arêtes les assiettes d, posées renversées.
- c, c,c, Trous ou cavités, pour recevoir les pernettes-
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- POTERIES. 33 î
- Fig. 4j Coupe de l’encastage de diverses pièces de petits creux en faïence fine. Les pièces a, b, c, d, e, f, sont placées l’une sur l’autre, et même l’une dans l’autre, en portant sur les points les moins nombreux et les plus petits possibles, au moyen des colifichets o
- p, Coupe de la cazette.
- Fig. 5, Encastage de petites assiettes de faïence fine sur des pattes-de-coq. p, Coupe de cazette. i, Pattes-de-coq. d, Assiettes.
- Fig. 6, 7, 8 et 9, Petits supports qui servent dans les encastages des pièces diverses, nommés :
- 6, colifichets;
- 7, patle-de-coq, vue en plan et vue de profil;
- 8, pernette à côtes de céleri, pour la faïence fine; a, en profil ; b, en coupe.
- g, Femelle triangulaire ; a, en profil ; b, en coupe. Fig. to, A, B, C, D, E, F, G, Coupe, profil, plans et détails du four à plusieurs étages de laboratoires, établi dans la manufacture de porcelaine et faïence de M. le marquis Ginori, à Doccia près Florence, tel qu’il était en 1820.
- l\ Laboratoire inférieur ou premier laboratoire, dans lequel on cuit la porcelaine dure.
- P, Second laboratoire, dans lequel on cuit le dégourdi de porcelaine dure et le biscuit de faïence fine et de faïence commune.
- P, Troisième laboratoire, dans lequel on cuit en émail la faïence commune, et en vernis la faïence fine et la porcelaine tendre.
- P, Quatrième laboratoire, où s’opère la cuisson des mêmes poteries.
- rt',a2, a’, Coupe d’un des quatre alandiers des premier, deuxième et troisième laboratoires.
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- POTERIES
- î;; c5, c\ Cheminée des premier deuxième eî quatrième laboratoires.
- ef Ouverture du tuyau commun à toutes les cbe-minées.
- r et i’, ^Carneaux du deuxième et du troisième laboratoire.
- vl. v3. Yisièrss pour retirer les montres.
- H. H. Corps de bâtimens qui eatcurent et soutiennent le four.
- D. E, F; G, Plan de chaque étage à la hauteur des alandiers
- 3c, Cendrier des alandiers du laboratoire P
- •:c Coupe en largeur des alandiers, faisant voir le pilier p, la grille g et le cendrier e de l’alandier a.
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- TABLE
- MÉTHODIQUE DES MATIÈRES
- ET DES SORTES DE POTERIES
- DE LABTICLE POTERIES,
- Page:,
- Î>TRODUCTIO>T. Définitions et histoire de. l art céramique .............................. 46
- PRINCIPES ET METHODES GENERALES. ....... 54
- CHAPITRE PREMIER. Composition- et fabrication: des
- PATES.................................... Jù.
- article premier. Composition générale des pâtes céramiques........................................... 55
- § Ie’. Composition des matières bases des pâles céramiques. ...................................... 08
- Art. II. Fabrication générale des pâtes céramiques. . Se. | Ier. De la plasticité et des matières plastiques. .. 63:
- Des matières dégraissantes............................- 64
- § 2, De Veau............................................ 65
- § 3. Homogénéité. ......................... — ............ 66
- A. Séparation et division mécanique des matières.... GS
- :°. L.e lavage...................................... Ib.
- 2°. JLe broyage..................................... . 71
- Du broyage proprement dit et des moulins............ 52
- Observations générales sur le broyage.............. ~5
- B. ÜVîelange intime des maiicres.*................. 56
- CHAP. il. Façon dés pièces. ..... ............... 82
- Article premier. De Débauchage.................... 83
- Art. il. Du moulage............................... 87
- § i*-. Des modèles. .... ................... 88
- 5 2. Des moules. ................ ............... gc
- Du moulage proprement dtt... ................... g4
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- POTERIES. TABLE MÉTHODIQUE.
- Page*.
- A. Moulage à la main............................. g5
- B. Moulage à la presse.......................... ioi
- C‘ Coulage........................................ 102
- Art. III. Du rachevage................................. io^
- § i,r. Retouche et fini des pièces............... ioâ
- A, Tournassage................................... lb.
- B. Scnlptage..................................... 106
- C- Rcparage et e'vidage............................ io”
- D. Moletage et estampage....................... 108
- E. Guillochage et godronnage...................... no
- | 2. Réunion des parties..............................m
- A. Garnissage...................................... m
- B. Applicage et collage......................... ii-i
- CHAP. III. Des vernis, émaux et couvertes ou enduits
- VITREUX..................................... 11^
- Article premier. ÎVature et qualités des enduits vitreux........................................... 120
- Art. II. Posage des enduits vitreux. ............ 121
- § Ier. Posage par immersion..................... 122
- § 2. Posage par arrosement ou aspersion......... 124
- § 3. Posage par volatilisation.................. iî5
- Art. III. Cuisson des enduits vitreux......... >26
- | 1". Cuisson simple ou unique..................
- § 2. Cuisson double........................... 128
- CHAP. IV. Cuisson , fours , conduite et influence du
- FEU.......................................... 129
- Article premier. Des fours pour la cuisson des pâtes
- céramiques................................... i3i
- § i'r. Fours en demi-cylindre couché.............
- § 2. Fours cylindriques verticaux.................
- Art. II. De l’encastage et de l’enfournement......
- § x'r. Encastage................................. • •
- A. Des cazettes et supports...................
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- POTERIES. TABLE METHODIQUE. 335
- Pages.
- jB. Encastage des putes non ramollissahles, tant en biscuit
- qu’en vernis................................ t
- C. Encastage des pâtes qui se ramollissent par la cuisson. x43 JJ. Précautions gcnciales à prendre dans l’encastage. i.}5
- 5 2. Enfournement.................................. \[f>
- Art. III. Des combustibles et de la conduite du feu. i/fg
- § i". Des combustibles..................................Ib.
- § 2. Conduite du feu................................ i54
- 5 3. Jugement du feu.............................. 161
- CHAP. Y. Diverses propriétés physiques des pâtes
- CÉRAMIQUES..................................... l65
- Article premier. Modifications et propriétés physiques
- des pâtes céramiques, dérivant de la cuisson. . Jb.
- 5 i,r. Expulsion de l’eau........................... 166
- 5 2. Reü'aite....................................... 167
- § 3. Densité........................................ 172
- § 4. Dureté...................................... i"3
- 5 5. Fusion......................................... 174
- Art. II. Propriétés diverses des pâtes céramiques.. 175
- § Ier. Ténacité....«.................................... 176
- § 2. Dilatabilité................................... 177
- § 3. Conductibilité de la chaleur................... 178
- § 4- Hygrométrie des pâtes céramiques............... 179
- CHAP. VI. Coloration et décoration des poteries... 180 Article premier. Des matières colorantes et décorantes
- des poteries................................... Jb.
- § Ier. Les oxides et ocres colorons................. t8t
- A. Pâtes colonies............................ 182
- B. Couleurs sous le vernis et engobage.... ........ i83
- C. Couleurs dans les vernis.................. 1S8
- JJ. Coulems sur l’enduit vitreux............... Jfam
- § 2. Les lustres métalliques........................ igi
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- 336
- POTERIES. TABLE MÉTHODIQUE.
- Images.
- § 3. Les maiaur.. .......................... ................ :g^
- àet. II. Posage des couleurs, lustres et métaux sur
- les poteries............................... . ig?
- § Ie'. Posage ei emploi au pinceau..... ........ Ib.
- 5 i. Posage au putois................. ,v .... Ib.
- § 3. Posage au mordant..................... :gc
- 5 4- Posage par réserve..... 200
- 5 5. Posage par impression................. 20;
- àp.t, III. Cuisson des couleurs et métaux dont on décore les uoteries.................................. 2o5
- CLASSIFICATION ET CARACTERES
- DES DIVERSES SORTES DE POTERIES. EN SEPT CLASSES
- CLASSE PREMIÈRE. Tekp.es cuites. 209
- Produits céramiques à pâte souvent hétérogène, tendre, à cassure terreuse, à texture poreuse, n’étant ;> ordinairement recouverts d’aucun enduit vitreux.
- ' Briques. — Tuiles. — Carreaux. — Fourneaux. Plastique. )
- CLASSE IL Poterie commune. {Grossepoterie).................. 24
- •e Poterie à pâte homogène, tendre, à cassure ter-:s reuse, à texture poreuse ; opaque et colorée, recou-verte d’un vernis translucide, plombifère. ;>
- § Ier. Poteries communes par procédés européens. 2*6
- § 2. Poteries communes de: peuples extra-euro-
- , q22
- peens............................................
- § 3. Poteries communes des peuples de Vantiquité. 22v
- Poterie étrusque et sarrûennc..................... ^
- Poterie romaine........«.......................... ^
- Poterie gauioîse..................................
- CLASSE III. Faïence commune ou italienne....................* '
- Poterie à pâte opacîvte. colorée ou blanchâtre,
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- POTERIES. TABLE MÉTHODIQUE. 33ç
- Pages.
- » tendre, à texture lâche, à cassure terreuse , recou-» verte d’un e'inail opaque ordinairement stannifère. »
- | ier. Faïence commune actuelle...................237
- § 2. Faïence commune ancienne.....................247
- CLASSE IV. Faïence fixe ou anglaise...................25t
- « Poterie à pâte blanche , opaque, à texture fine et » dense, sonore , recouverte d’un vernis cristallin » plombifère. »
- § Ier. Faïence fine, fabrication anglaise.........254
- § 2. Faïence fine, fabrication française..........264
- CLASSE V. Grès-cérames ou poteries de grès............269
- « Poterie à pâte dense, très dure, sonore, opaque, à » grain plus ou moins fin, de couleurs varie'es, sans » vernis, ou bien enduite, soit d’un vernis salifère ou » plombifère, soit d’une couverte terreuse. »
- § i". Grès-cèrames communs........................271
- 5 2. Grès-cérames fins............................275
- CLASSE VI. Porcelaine ddre ou chinoise................279
- <c Poterie à pâte fine , dense, à texture grenue, très » dure, translucide, ayant pour enduit vitreux une “ couverte terreuse ; le tout cuit à haute tempe'rature. »
- 5 Ier. Porcelaine dure de fabrication française.. . 285 § 2. Porcelaine dure de fabrication allemande.. . 291
- CLASSE VII. Porcelaine TENDRE OU FRANÇAISE............2g4
- « Poterie à pâte fine, dense, à texture presque vi—
- » treuse, dure, translucide, fusible; vernis vitreux,
- » transparent, plombifère, tendre. »
- 5 Ier. Porcelaine tendre française................2g5
- § 2. Porcelaine tendre anglaise...................3oo
- § 3. Histoire de la porcelaine....................3o3
- Explication des planches...........................3io
- { Alex. Brongniart. )
- Tome XVII.
- 22
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- 338 POTIER D’ÉTAIN.
- POTIER D’ÉTAIN ( Technologie). On donne le nom de potier d’étain à l’ouvrier dont le travail consiste à fabriquer toutes sortes d’instrumens propres aux usages domestiques, tels que de la vaisselle, des plats, des mesures pour les liquides , des cuillers de toute espèce et de toutes grandeurs, et une infinité d’autres instrumens qu’il serait trop long et trop minutieux de détailler. L’étain est le métal qu’il emploie ; il le fond, le coule dans des moules de bronze ou de potin ;;.il le tourne ensuite elle polit.
- L’étain ne peut pas être employé pur pour la fabrication de la vaisselle et des mesures, parce qu’il est trop cassant ; il est indispensable d’y ajouter du plomb : on y mêle aussi d’autres matières , mais en très petite quantité, dont il est inutile de nous occuper ici.
- Mais en augmentant la densité de l’étain, le plomb en altère la pureté, le rend plus pesant, et, ce qui est un inconvénient plus grave, lorsqu’il s’y trouve en trop grande quantité, il peut être nuisible à l’économie animale.
- Il fallait donc trouver le point juste où le plomb peut être allié à l’étain, pour que son usage ne soit-pas nuisible à la santé. Lors de l’établissement des nouvelles mesures métriques pour les liquides, le gouvernement chargea MM. Four-croy, Vauquelin , D’Arcet, Le Lièvre , Gillet-Laumont, etc., des expériences nécessaires pour constater le degré de l’alliage dont l’importance était reconnue. Ces savans, dont le nom seul est un sûr garant du degré de confiance que l’on doû donner au résultat de leur travail; ces savans, dis-je, firent connaître que l’on peut, sans danger, allier jusqu’à dix-huit parties de plomb avec quatre-vingt-deux parties d’étain. D a-près cela, le titre de l’étain , pour la fabrication des mesures , fût fixé., par un arrêté du gouvernement, à 83 centièmes et demi, avec une tolérance d’un centième et demi-Ainsi, le métal dont les mesures peuvent être fabriquées ne doit pas contenir moins de 82 centièmes d’étain pur, °u' ce qui revient au même, le plomb ne doit pas y être allié a
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- POTIER D’ÉTAIN. 339
- l’étain dans une proportion plus grande que dix-huit centièmes du poids total de la masse.
- Cette donnée a été admise, depuis, non-seulement pour les mesures, mais elle a été adoptée pour tous les vases destinés à renfermer des substances alimentaires. L’arrêté du gouvernement , en même temps qu’il fixa le titre de l’alliage de l’étain , indiqua les moyens à suivre pour s’assurer, d’une manière facile, si les pièces fabriquées avaient exactement le titre voulu. Nous ferons connaître ces moyens après avoir décrit succinctement l’ai't du potier d étain.
- Le potier d’étain jette en moule presque toutes les pièces d’étain qu’il fabrique. Un seul exemple suffira pour faire connaître son travail : nous choisirons une assiette.
- Les moules sont ordinairement en cuivre jaune ou bronze ; ils sont en deux pièces pour la vaisselle , la chape, qui forme le dessous de la pièce, et le nojau, qui forme le dedans. Les moules de poteries sont de quatre pièces, deux chapes pour le dehors de la pièce, et deux noyaux pour le dedans. La distance entre la chape et le noyau fixe l’épaisseur que l’on veut donner au métal. Les noyaux ont un cran qu’on nomme portée, qui tient les chapes en place, et le jet tient
- aux chapes.
- On écure bien les moules avant de jeter dedans, et dans tous les endroits où l’étain doit couler, on y répand, avec un pinceau de crin, de la ponce en poudre délayee dans un blanc d’œuf; cela s’appelle potoyer les moules. Après quoi on fait chauffer le moule en dehors , afin qu’il soit assez chaud pour recevoir l’étain, qui doit avoir le temps de parcourir et de remplir, dans l’état liquide, toute la partie vide du moule
- avant de se figer.
- Tout cela ainsi préparé, on prend le moule avec des morceaux de vieux chapeaux épais, on place le moule sur la selle à jeter, ou entre les genoux lorsqu’il n’est pas trop chaud, le jet en haut; on prend de l’étain fondu avec une cuiller’de fer, après avoir jeté sur le côté l’oxide qui se forme à sa surface, et l’on en verse dans le moule, par le jet, jusqu’à
- 22. .
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- 340 potier d’étain.
- ce qu’il soit plein. Le degré de chaleur de l’étain et du moule ne sont pas indifférens. Si l’un ou l’autre est trop chaud, la pièce vient grumeleuse, c’est-à-dire remplie de petits-trous, qui ne percent cependant pas, mais qui la rendent défectueuse , et l’on doit les rever cher, c’est-à-dire boucher ces trous avec le fer à souder.
- Les anses qu’on voit sur certains vases, tels que les mesures pour le vin, un pot à l’eau , sont jetées sur la pièce même lorsqu’elle est tournée. On emploie pour cela un moule composé de plusieurs pièces ; on l’applique contre la pièce, à l’endroit où l’on veut fixer l’anse ; on fixe ce moule contre la pièce à l’aide de deux serres en fer. Ce moule a un jet particulier vers le haut, et il est ouvert aux deux bouts qui joignent la pièce , et par lesquels elle doit se souder contre le vase. On remplit le vase de sable que l’on tasse, et à l’endroit où doit avoir lieu la soudure, on tient deux ou trois épaisseurs de vieux chapeaux. On verse l’étain fondu ; la chaleur tréfond la place où il touche , et se soude avec l’étain du vase ; après quoi on retire le moule pièce à pièce.
- Les pièces moulées présentent une surface brute, qui ne leur donne pas ce coup d’œil vif et brun que l’on exige dans une pièce d’étain finie ; on est obligé de la tourner pour la polir. Cette opération, qui se fait sur un instrument qu’on nomme tour, et que nous décrirons au mot Tourneur, ne diffère que par les outils, et la manière de faire tenir la pièce sur le nez de l’arbre du tour. Le plus souvent on la soude sur le mandrin par trois gouttes de soudure. Les outils sont très tranchans, même polis. Comme le métal ne présente pas beaucoup de résistance, on se sert de petites lames d’acier de trois ou quatre centimètres de large , et de cinq à six centimètres de long, limées en biseau, trempées, revenues bleu, et aiguisées sur une pierre à l’huile.
- Nous ne décrirons pas plus au long les nombreuses manipulations de l’art du potier d’étain; notre cadre ne nous permet pas d’entrer dans de plus grands détails. Nous nous bornerons à faire connaître les moyens de s’assurer du titre
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- POTIER D’ÉTAIN. 34i
- de l’étain, ce qui est plus important, puisque ces notions touchent de très près à la salubrité alimentaire.
- Le gouvernement avait fixé, comme nous l’avons dit au commencement de cet article , les proportions de l’alliage de l’étain pour qu’il conservât la salubrité indispensable aux usages alimentaires ; cette proportion est de 82 parties d’étain sur 18 parties de plomb , dans 100 parties d’alliage ; mais cela ne suffisait pas. Il était essentiel de trouver un moyen par lequel on pût reconnaître facilement et sûrement, sans altérer le vase, si ces proportions ont été observées par le fabricant, dans la composition du mélange des matières qu’il a employées.
- La Physique a offert ce moyen ; il consiste à trouver le poids spécifique du vase, c’est-à-dire combien pèse ce vase, comparativement avec un pareil volume d’eau. Pour y parvenir, on pèse le vase exactement dans l’air, ensuite on le pèse dans l’eau , en ayant attention de l’y tenir entièrement plongé ; et comme alors il perd une partie de son poids , égale au poids du volume de fluide déplacé, il est facile de juger, par la comparaison des deux pesées, combien de fois le poids du corps dans l’air contient le poids d’un pareil volume d’eau. ( V. Poids spécifique , T. XYI, page 35o. )
- On a reconnu, par l’expérience , qu’un alliage d’étain et de plomb, dans lequel l’étain entre pour 82 centièmes du poids de la masse entière, perd dans l’eau 1288 dix-millièmes de son poids, c’est-à-dire que si la masse pèse dans l’air 10,000, elle ne pèsera dans l’eau que 8712, de sorte que le poids spécifique de cette masse est 7,764. Toute masse alliée au même degré perdra dans l’eau la même quantité de son poids ; elle en perdrait une plus grande partie si elle contenait plus d’étain, et réciproquement la perte de poids serait moins forte si l’étain y était en moindre quantité.
- D’après ces données, on s’est trouvé en état d’apprécier la qualité du métal dont sont fabriqués les vases d’étain. Yoici l’appareil dont on se sert pour cette opération.
- On choisit une balance P, Q, R (fig. 2, PI. 46), sensible et
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- 342 POTIER D’ÉTAIN.
- capable de porter trois kilogrammes de chaque côte', sans que le fléau puisse fléchir.
- Cette balance, portée par un pied en fer P, est fixée solidement sur une forte table K , L, spécialement destinée à ces opérations, sur laquelle on place le vase V,V, qui doit être assez grand pour que l’on puisse y suspendre les plus grandes pièces sans qu’elles touchent aux parois. Le vase Y, Y est, à cet effet, posé sous le bras Q de la balance.
- Les bassins de cette balance ne sont pas suspendus de la même manière. Le bassin T est suspendu au bras R, comme à l’ordinaire, à une petite distance de la table ; mais le bassin S doit être suspendu assez haut au-dessus du vase V,Y, pour ne pas toucher à l’eau qui sera dans ce vase.
- Au bord de ce bassin S sont attachées, à des distances égales, trois chaînes faites de fil de laiton et à mailles longues, pour soutenir un autre bassin ü , formé par plusieurs fils de laiton croisés. Ce second bassin est destiné à recevoir la pièce à vérifier, que nous supposons ici une mesure pour les liquides , lorsqu’après avoir été pesée dans l’air, au moyen du bassin S, on voudra la peser dans l’eau, dont le vase V,Y doit être rempli jusqu’à une petite distance de sa hauteur, et dans laquelle ce bassin doit toujours rester plongé.
- On doit se servir de l’eau distillée , s’il est possible , pour faire ces opérations, ou du moins de l’eau de rivière ou de pluie bien filtrée. On doit aussi avoir des poids très exactement divisés, jusqu’au demi-centigramme.
- Toutes choses étant disposées comme on vient de l’expliquer, on place dans le bassin S la mesure que l’on veut vérifier , et l’on place dans le bassin opposé T des morceaux de plomb ou autre métal, pour en faire la tare.
- Lorsque l’équilibre est établi, on ôte la mesure du bassin, et on la remplace par des poids dont la somme exprime le poids de la mesure dans l’air : nous appellerons ce poids A.
- On introduira ensuite la mesure dans l’eau du vase V,\, et on la placera dans le bassin U, qui y est plongé, de manière qu’elle y soit entièrement submergée.
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- POTIER D’ÉTAIN. 343
- • Alors il faudra ôter du bassin S les poids qui s’y trouvent de trop ; ceux qui y resteront après que l’e'quilibre sera rétabli seront la différence du poids dans l’air au poids dans l’eau, ce sera la quantité de son poids que la mesure aura perdu dans l’eau : nous le nommerons P.
- Il s’agira ensuite de connaître en quel rapport le poids P, que la mesure a perdu dans l’eau , se trouve avec le poids A, qu’elle avait dans l’air. Si le nombre P surpasse 1288 dix-millièmes , ou simplement 129 millièmes de A, le titre sera bon ; s’il est moindre, le titre sera trop bas, et la mesure, contenant moins de 82 centièmes de fin , ne pourra être admise.
- Le moyen le plus direct pour savoir immédiatement à combien de millièmes du poids trouvé dans l’air correspond le poids perdu dans l’eau, serait de diviser ce dernier nombre par le premier, c’est-à-dire P par À.
- Quelque simple que soit cette opération, le Gouvernement pensa qu’il serait bon d’en abréger le travail, et c’est dans cette vue qu’il fit dresser la table suivante , qui réduit tous les calculs de ce genre à de simples additions.
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- 344 POTIER D’ÉTAIN.
- Tablepour connaître ce que l’étain allié doit perdre, dans F eau, du poids qu’il avait dans l’air, son titre étant à 82 centièmes de fin.
- Poids Perte Poids Perte
- dans l’air. dans Peau. dans l’air. dans l’eau.
- I . . .., 0.129 2,000 .. 257.566
- 2 . . ... o.258 3,000 .. 386.34g
- 3 .. o.388 4,000 .. 5i5.i32
- 4 .. o.5i5 5,000 .. 643.gt5
- 5 .. 0.644 6,000 .. 772.698
- 6 .. ... 0.773 7,000 .. 901.481
- 7 •' 0.901 8,000 .. i,030.264
- 8 .. ... 1.o3o 9,000 .. i,i59.o47
- 9 •• i.i59 10,000 .. 1,287.83
- 10 . . ... 1.288 20,000 .. 2,575.66
- 20 . . ... 2.576 3o,ooo .. 3,863.4g
- 3o .. ... 3.863 4o,000 .. 5,15i.32
- 4o .. ... 5.i5t 5o,ooo .. 6,439.i5
- 5o .. ... 6.439 60,000 .. 7,726.98
- 60 .. .... 7.727 70,000 .. 9,014.81
- 70.. ... g.oi5 80,000 .. 10,302.64
- 80.. io.3o3 90,000 ». 11,590,47
- 9° ... n.5go 100,000 .. 12,878.3
- 100 . . ... 12.878 200,000 .. 25,756.6
- 200 . . ... 25.757 3oo,ooo .. 38,634-9
- 3oo .. ... 38.635 4oo,ooo .. 5i,5i3.2
- 4oo .. ... 5i.5i3 5oo,ooo .. 64,391.5
- 5oo .. ... 64.392 600,000 .. 77,269.8
- 600 .. ... 77.270 700,000 90,148•1
- 700 . , , ... 90.148 800,000 .. 103,026.4
- 800 .. 103.026 900,000 .. n5,704.7
- 900 ... ... i15.905 I ,000,000 . . 128,783.
- 1 I,000 ... ... 128.788.
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- POTIER D’ÉTAIN. 345
- L’usage de cette table est très simple, comme on va en juger pr les deux exemples suivans :
- Premier exemple. Le poids d’un vase en e'tain s’e'tant trouve' dans l’air de ^3a5 grammes , on prendra dans la table,
- Pour 7000, ci.... gor.481
- — 3oo............ 38.635
- ---- 20. .,.... 2.576
- ---- 5......... 0.644
- L’addition faite, on aura pour total. g43.336.
- Ce sera la quantité de son poids que le vase devra perdre lorsqu’il sera pesé dans l’eau : s’il perd davantage , l’étain contiendra plus de 82 centièmes de fin ; s’il perd moins, ce sera une preuve que l’alliage ne contient pas une assez grande quantité de fin, et la pièce ne sera pas admissible.
- On. introduira donc le vase dans l’eau, on comptera les poids qui seront restés dans le bassin, et ces poids s’étant trouvés, par exemple, de gj3'r ,4, ou de g44>6, nombres plus grands que g43,336, on en conclura que le titre est l>on : si la diminution n’était que de g43,2 , le titre ne serait pas admissible.
- Deuxieme exemple. Soit encore un autre vase, dont le poids dans l’air s’est trouvé de 8549 décigrammes. On prendra dans la table :
- Pour 8000...... 1,o3o.264
- ---- 5oo....... 64.392
- ----4°............... 5.i5i
- ----9................. lïS9
- Total... 1,100.966
- Ce sera le nombre de décigrammes que ce vase doit perdre dans l’eau , si son titre est à 82 centièmes de fin.
- Si les poids qui resteront dans le bassin S après la pesée dans l’eau excèdent 1,100.966, le titre sera bon ; il ne sera P°int admissible si la somme de ces poids est moindre.
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- 346 POUDRE A CANON.
- On voit, par l’usagé de cette table, combien il est facile à chacun de s’assurer si l’alliage de l’étain est salubre ou non.
- L.
- POTTN ( Arts chimiques). Alliage de cuivre et de zinc, souvent mêlé de plomb et d’un peu d’étain et de fer. On en distingue de deux sortes dans le commerce : l’un , qui est le plus pur, est nommé potin jaune; il peut servir à la fabrication d’ouvrages importans, tels que mortiers , canons et autres pièces d’artillerie, pourvu qu’on y ajoute de la rosette ou cuivre rouge, en quantité convenable ; l’autre , appelé communément potin gris, à cause de sa couleur terne et grisâtre, est aigre et cassant ; on y mêle du plomb ou de l’étain, pour le rendre plus doux et plus propre au travail. Ce mélange se fait ordinairement dans la proportion de 7 parties de plomb pour 100 de potin. Chez les fondeurs, il porte le nom technique d’arcoi; il est formé de lavures et de scories provenant des fabriques de laiton. On en fait des robinets de fontaine, des cannelles de barils ou de tonneaux, des pots, dont vraisemblablement il tire son nom. On en fabrique aussi des ouvrages d’église de peu de valeur, tels que des chandeliers, des encensoirs, etc. On le vend , par livre, quelques sous de moins que le potin jaune. L*****R-
- POUDRE A CANON (?) ( Arts chimiques). Mélange de charbon de bois ,. de soufre et de salpêtre, où l’on fait entrer •chacune de ces trois substances dans une proportion déterminée. Les effets et les divers usages de la poudre sont généralement connus; ses qualités les plus importantes sont b force et l’inaltérabilité ; elles dépendent : 1°. de la pureté des matières qui entrent dans sa composition ; ?.°. de leurs quantités relatives ; 3°. de la fabrication, qui a principalement
- (1) Indépendamment des renseignemens que l’auteur de cet
- article a tt-
- cueillis par lui-même sur les détails de la fabrication de |a poudre, en
- visita?1
- souvent les poudreries d’Essonnes et du Ripault, et en séjournant à plasic0^ reprises dans ccs établissemens, il a consulté avec fruit l’ouvrage MM. Bottée et Riffaolt, le plus complet qui ait encore été publié sor objet.
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- POUDRE A CANON. 347
- pour objet de rendre leur mélange aussi intime que possible. Nous nous occuperons successivement de ces trois objets.
- CHOIX ET PRÉPARATION DES MATIÈRES PREMIÈRES.
- Charbon. Tous les bois ne sont pas egalement propres à la fabrication du charbon destiné à entrer dans la composition delà poudre. On doit préférer, pour cet usage, les bois tendres et légers, susceptibles de donner un charbon friable, poreux, brûlant avec rapidité, sans presque laisser de résidu, et contenant par conséquent beaucoup de carbone.
- Celui que l’on emploie généralement est le bourdaine ( rhamnus frangula , de Linné ) ; il remplit toutes les conditions désirables. On peut aussi faire de très bonne poudre avec le charbon de peuplier , de tilleul, de marronnier, de châtaignier, de saule , de coudrier, de fusain, de cornouiller sanguin, d’aulne, de saule marsaut, etc. Le charbon tiré des tiges de chanvre ou chenevottes peut être substitué , sans trop de désavantage, à celui de bois : c’était le seul dont on fit usage en Espagne dans les fabriques de poudre, à l’époque où les armées françaises ont occupé ce pays.
- Quel que soit le bois dont on adopte l’emploi, il faut avoir soin de le couper dans sa sève ; on en enlève l’écorce , qui renferme des principes terreux dans une plus grande proportion <fie le bois. On doit, par la même raison , éviter d’employer des bois morts. Pour que la combustion du bois puisse se faire également, il convient que les branches soient d’une moyenne grosseur, de 6 à 9 lignes. On choisit donc de préférence les jeunes branches de cinq à six ans : si elles étaient trop petites , il serait difficile d’empêcher qu’elles fussent en-éèrement consumées, et si elles étaient trop grosses, il en resterait des portions qui ne seraient pas complètement carbones. On peut cependant employer, en les refendant, les branches dont le diamètre n’excède pas 10 à 12 lignes. On rassemble ordinairement les branches de bois de bourdaine en hottes de 6 pieds de long, sur 11 à 12 pouces de diamètre ; tes bottes pèsent de 25 à 3o livres.
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- On emploie des procéde's particuliers pour la fabrication du cbarbon à poudre. Les fauldes, qui sont en usage pour la préparation des charbons domestiques , ne conviendraient point ici ( quand bien même on pourrait en obtenir un degré de carbonisation e'gal et constant), à cause de la grande quantité' de terre et d’autres corps e'trangers , que leur revêtisse-ment introduirait dans le charbon. Les fours et les fosses employés dans les poudreries n’ont point cet inconvénient, et ils fournissent les moyens de régler la marche de la carbonisation et de l’arrêter au moment convenable.
- Les fours dont on se sert actuellement encore dans quelques poudreries sont construits en briques; leur voûte est à plein cintre et a environ 6 pieds de diamètre ; leur âtre, e'tabli à la hauteur de 3 pieds de terre , a ordinairement g à 10 pieds de long ; une ouverture, fermée par une porte en fer, est pratiquée à chacune de leurs extrémités : l’une de ces ouvertures doit être d’une grandeur suffisante pour permettre d’introduire les bottes de bois de bourdaine et de remplir le four ; l’autre porte, par laquelle on retire le cbarbon, est plus petite. La chemine'e peut être placée ou devant l’une des portes , comme aux fours des boulangers , ou au sommet de la voûte du four, et communiquant directement avec son intérieur. Dans ce dernier cas, on doit se ménager les moyens de la fermer par une trappe ou par une clef.
- Quand on veut faire usage du four, on le remplit de bottes de bois, auxquelles on met le feu avec de la paille, du cote opposé à celui où se trouve la cheminée, si elle est placée devant une des portes. On laisse les deux portes ouvertes dans le premier moment, mais on ferme celle par laquelle on a allumé, aussitôt que la combustion est commencée. On â soin de l’activer en remuant la masse embrasée avec une fourche de fer fixée au bout d’un long manche de bois. Quan la carbonisation est presque complète , on ferme la porte que l’on avait laissée ouverte , ainsi que la cheminée. Après avoir tenu le four complètement clos pendant un quart d heure environ , on en retire le charbon. Cette opération se fait pal
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- POUDRE A CANON. 34g
- la petite ouverture, à laquelle est adapte'e une plaque de tôle, incline'e et garnie de rebords. On fait tomber le charbon, à l’aide d’un fourgon, dans de grands e'touffoirs en tôle, que l’on place successivement sous cette plaque. On doit laisser le charbon dans les étouffoirs pendant deux jours au moins : ce temps est nécessaire pour qu’il soit entièrement refroidi.
- Depuis quelques années on a, par divers motifs , abandonné dans la plupart des poudreries l’usage des fours. Les mieux fondés paraissent être la construction coûteuse de ces fours et leur peu de capacité. Comme on ne peut, par leur moyen, opérer que sur de petites quantités, ils donnent beaucoup de déchet en braise et en cendre : les fosses n’offrent point ces inconvéniens ; elles sont entièrement revêtues en briques. Les premières qu’on a construites étaient rectangulaires ; mais on leur donne actuellement la forme ronde, qui présente plus de solidité. On en fait de différentes grandeurs; leurs dimensions les plus ordinaires sont de 4 à 5 pieds de diamètre dans œuvre , et de 3 à 4 pieds de profondeur. On y jette le bois après l’avoir coupé en morceaux d’environ i pied de long. On peut l’amonceler au-dessus des bords de la fosse, en le disposant de manière à ce qu’il ne tombe point au dehors pendant la combustion. On se ménage les moyens d’allumer le feu au fond de la fosse. Pour faire circuler l’air dans toutes les parties de la masse embrasée, on la soulève de temps en temps avec un crochet et une fourche de fer, auxquels sont adaptés des manches en bois. On rend ainsi la combustion plus active et la carbonisation plus égale. En brûlant, le tas s’affaisse bientôt; on peut alors remettre du Eois, en assez grande quantité pour que la fosse se trouve, à la fin de l’opération , à peu près remplie de charbon. Quand la combustion est parvenue au point de ne plus donner de flamme, on ferme la fosse avec un couvercle formé de feuilles fle forte tôle réunies par des traverses de fer ; on recouvre ce couvercle de terre, pour empêcher l’air de pénétrer. Il faut, Pour que le charbon soit parfaitement éteint et refroidi, hisser la fosse fermée pendant trois ou quatre jours ; on la
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- découvre ensuite , en ayant soin de n’y pas laisser tomber de terre, et on la vide avec des pelles et des paniers, ou des futailles. Le produit dépend des soins et des précautions qu’on a apportées dans l’opération; quand elle a été bien faite, on doit retirer en charbon près de 20 pour 100 du poids du bois.
- La qualité du charbon ayant la plus grande influence sur celle de la poudre , il importe de reconnaître l’état de cette substance avant de l’employer. Le meilleur charbon est celui dont les bâtons sont secs et sonores , dont la cassure est nette et lisse , mais non brillante , et laisse apercevoir la disposition des fibres du bois. Lorsque le charbon est mêlé de portions réduites en braise , il attire plus facilement l’humidité de l’air, et ne peut servir qu’à fabriquer des poudres de qualité inférieure. On a aussi remarqué que le charbon éteint à l’eau ou qui avait été mouillé par accident s’altérait promptement en magasin et donnait une poudre de mauvaise qualité, surtout s’il n’était pas employé de suite. L’emploi du charbon mouillé rend d’ailleurs plus difficile et plus incertain le dosage de la poudre ; aussi vaut-il mieux ne prendre que des charbons bien secs et nouvellement confectionnés , lorsqu’on se propose de faire de la poudre de qualité supérieure.
- Le charbon , avant d’être employé , doit être soumis à un triage qui a pour objet, non-seulement d’écarter les portions réduites en braise ou imparfaitement carbonisées, mais encore d’en séparer les terres , pierres et les autres corps étrangers qui pourraient se trouver mêlés avec lui, et dont la pre" sence nuirait à la qualité de la poudre et pourrait occasioner des accidens. Pour opérer ce triage, ou a recours à deux procédés : dans la plupart des poudreries, il a lieu entière* ment à la main. A cet effet, le charbon est versé sur aDe grande table de pierre ou de bois, entourée d’un rebord q® n’offre qu’une seule ouverture de peu de largeur, parlaqu ^ un ouvrier fait tomber l’un après l’autre, dans une ni131 piacée au-dessous, tous les morceaux qui sont en hoo ®ot‘
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- tes parties qui ne sont pas propres à la fabrication de la poudre et les graviers ou autres corps e'trangers restent sur la table, qui est ensuite nettoyée.
- Lorsque le charbon est brisé et réduit en petits morceaux , il serait fort long d’en faire le triage entièrement à la main ; on peut alors employer un moyen plus prompt, que nous avons vu mettre en usage à la poudrerie du Ripault, près Tours. Dans ce procédé, après avoir enlevé à la main les plus gros morceaux de charbon, on amoncelle le reste près d’une plate-forme construite en plein air dans un endroit exposé à tous les vents. Cette plate-forme , de 12 à i5 pieds carrés , est élevée d’un pied au-dessus du sol environnant ; elle est recouverte en dalles , carreaux ou briques, de manière à offrir une surface unie et assez inclinée pour que l’eau qui y tombe ne puisse y séjourner. Un ouvrier jette le charbon au vent sur cette plate-forme , avec une pelle. Par l’effet du vent et du mouvement imprimé à la masse, la poussière ainsi que les brûlots, le gravier et la terre, dont la pesanteur n’est pas la même que celle du charbon , en sont séparés, et celui--ci tombe seul auprès de l’ouvrier. Il est évident que cette opération ne pourrait être pratiquée par un temps de pluie ; l’ouvrier qui en est chargé doit se placer de manière à ce que la poussière qui en résulte ne se porte point sur lui. Il a le soin de nettoyer la plate-forme avant de s’en servir.
- Salpêtre. Le salpêtre qu’on emploie à la confection de la poudre doit être bien sec et en poudre cristalline, tel, en un mot, qu’on l’obtient en troublant la cristallisation au moyen d’instrumens en forme de rabots, que l’on promène dans la dissolution de ce sel, au.moment où elle est suffisamment concentréè. Les procédés de la fabrication ayant été décrits en détail à l’article Nitre ou Nitrate de potasse, nous y renvoyons le lecteur.
- Soufre.. La troisième matière qui entre dans la Composition de la poudre, le soufre, est raffiné dans des éta-Missemens spécialement affectés à cette destination. Il est' s°us la forme de bâtons, ou en morceaux irréguliers, lors-
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- qu’on l’apporte dans les poudreries. ( V. l’article Sodfre de ce Dictionnaire , où se trouvent expose's ses divers e'tats dans la nature, les procéde's mis en usage pour le purifier, et les caractères physiques et chimiques qui servent à le distinguer des autres corps simples.)
- DOSAGE.
- On appelle dosage les proportions de nitre, de soufre et de charbon qu’on fait entrer dans la composition de la poudre; il est calcule' de manière à procurer à la poudre, au plus haut degré possible , les qualités qu’elle doit posséder, et dont les principales sont, ainsi que nous l’avons dit, la force et l’inaltérabilité ; mais comme il y a de l’avantage à ne mélanger les trois matières qui doivent former la poudre qu’a-près avoir réduit chacune d’elles à un état de division aussi grand que possible, qui, d’une part, rend plus facile leur mélange, et de l’autre permet de s’assurer qu’on n’introduit pas dans la poudre des substances étrangères, qui pourraient en altérer la qualité et produire des accidens pendant la fabrication , nous croyons devoir rendre compte des opérations préparatoires auxquelles on soumet les matières avant de procéder au dosage.
- Salpêtre. D’après le procédé actuellement employé pour le raffinage de ce sel, on l’obtient en cristaux assez fins pour qu’on ne cherche pas à en augmenter la ténuité. On se borne a le passer dans un tamis de fils de laiton, pour en séparer les corps étrangers.
- Soufre. Il n’en est pas de même du soufre , qui se trouve en bâtons ou en morceaux plus ou moins gros. On se sert ordinairement , pour le réduire en poudre, d’une machine a meules verticales en pierre ou en métal, tournant circulaire-ment dans une auge faite de la même matière. On emplo'e aussi à cet usage des tonnes tournant sur leur axe, et dans lesquelles le soufre est renfermé avec des gobilles de métal-Ces machines sont mues par un cheval ou par l’eau, au moyen d’un engrenage. On ne se sert point, pour la pulvérisation de
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- cette substance, de pilons, qui occasioneraient une trop grande volatilisation.
- Mais , quelque proce'de' que l’on mette en usage , toutes les parties du soufre ne sont point egalement divisées ; il est donc nécessaire de les soumettre à un tamisage; afin de l’abréger, on y emploie un blutoir. La partie principale de ce blutoir est un cylindre de 6 à 8 pieds de long, sur 3 pieds de diamètre, dont la carcasse, en bois ou en fer, est recouverte d’une toile de soie d’un tissu très serré. Ce cylindre est, suspendu par son axe dans une caisse carrée , qui est susceptible d’être hermétiquement fermée, pour éviter la volatilisation. Les panneaux d’un des grands côtés sont mobiles , afin qu’on puisse les enlever ou les ouvrir, quand le service l’exige. On adapte à l’axe du cylindre une manivelle, au moyen de laquelle un homme peut aisément lui imprimer un mouvement de rotation qui doit être assez lent. Quand on veut faire usage de ce blutoir, on y introduit le soufre pulvérisé par celle des extrémités où est la manivelle , et au moyen d’une trémie qui communique avec l’intérieur du cylindre ; celui-ci , par l’effet du mouvement de rotation , tamise le soufre , qui passe à travers la soie en poussière impalpable , et tombe au fond de la caisse. Les parties qui. n’avaient point été suffisamment écrasées se trouvent, au moyen d’une légère inclinaison qu’on a donnée au cylindre, portées à son autre extrémité, où elles tombent dans un compartiment du blutoir destiné à les recevoir. Ces parties doivent subir une nouvelle trituration. Le soufre tamisé est ramassé avec des pelles à main, et on le met dans des futailles, qu’on a soin de recouvrir d’une toile.
- Charbon. Pendant long-temps on a écrasé et bluté le charbon de la même manière que le soufre; mais on a remarqué que cette substance réduite en poussière impalpable s’enflammait spontanément, ainsi que cela a eu lieu une ou deux fois à la poudrerie d’Essonnes, et l’on a cru devoir renoncer à lui donner cette préparation. Nous pensons qu’on s’est trop pressé , dans cette circonstance, d’abandonner les Tome XY1T. 23
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- anciennes pratiques. L’inflammation spontanée du charbon en poudre est un évènement très rare ; on préviendrait tout danger en s’abstenant d’en former de grands approvisionne-mens, et en ne le préparant qu’au moment de l’employer. La nouvelle méthode qu’on a adoptée, et qui consiste à mettre le charbon entier sous les pilons, présente, à notre avis, des inconvéniens plus réels que ceux quVn a voulu éviter.
- Les matières étant ainsi préparées séparément, on s’occupe de les réunir. La théorie, l’expérience, et enfin des considérations d’économie, ont conduit à adopter r pour les différentes espèces de poudre, les dosages ci-après indiqués, qui sont les seuls usités en France :
- Poudre de guerre....
- Poudre de mine et de commerce intérieur.
- Poudre de chasse....
- Salpêtre........... y5,oo
- Soufre........... 12,5o
- Charbon.......... i2,5o
- ion ,oo
- Salpêtre. ........ 62
- Soufre............ 20
- Charbon........ 18
- 100..
- Salpêtre......... 98
- Soufre............ 10
- Charbon........... 12
- 100.
- FABRICATION DE tA POUDRE.
- Poudre de guerre.
- Composition, La première opération dont on s’occupe consiste à peser les trois matières, afin de les mêler dans les
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- POUDRE A CANON. 355
- proportions que nous venons d’indiquer, savoir : ^5 pour ioo de salpêtre, i2,5o de soufre, et ia,5o de charbon; c’est ce que l’on appelle faire la composition, et l’on nomme atelier de composition, celui où le pesage a lieu.
- Dans une partie bien e'claire'e de la chambre que l’on consacre à cet usage, et dont le sol est couvert d’un plancher (i) , on fixe une forte table, sur laquelle doivent être établies deux balances à plateaux de cuivre ou de fer-blanc : l’une, pour le salpêtre, est susceptible d’en recevoir facilement 7 à 8 kilogrammes dans un de ses plateaux ; l’autre , pour le soufre et le charbon, et pouvant contenir environ 3 kilogrammes de ce dernier. Une autre face de l’atelier est garnie de maies. On appelle ainsi de grandes caisses, de forme rectangulaire, solidement construites en bois de chêne. ( la PI. 65, fig. 4- ) Ces caisses sont élevées sur des pieds p, p, à i5 pouces du sol environ. Le côté de devant d, d, est à hauteur d’appui; celui de derrière , q, q, qui est appuyé contre le mur, est plus haut de i5 à 18 pouces; leur largeur est de 3 pieds et demi à 4 pieds. On les fait, plus ou moins longues , suivant les localités ; elles sont traversées dans leur largeur par des barres de bois c, espacées d’environ 6 pieds ; ces barres sont carrées, et ont à peu près 2 pouces sur chaque face ; elles doivent être faites d’un bois très dur ; on a soin d’arrondir un peu leurs arêtes. Elles sont soutenues horizontalement , un peu au-dessous du bord antérieur de la maie , par des tasseaux o, o, entaillés de manière à ce qu’elles présentent un de leurs angles en dessus quand elles sont en place. D’après la disposition des tasseaux , ces barres , qui ne sont point attachées à la maie, peuvent être aisément enlevées , lorsque le travail l’exige. Les maies servent à tamiser
- (1) Nous Avons ici, une fois pour toutes, que tous les atelieis à poudre, à l’exception des moulins, doivent être planchéïés avec soin. On ne doit point employer de clons dans la construction de ces planchers, qui donneut le moyen de maintenir les ateliers dans un état de propreté telle, qu’on pent re-eueillir la poudre qui y est répandue.
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- le salpêtre, à contenir, et, dans certains cas, à mélanger les
- matières.
- L’opération du pesage exige beaucoup de soin ; elle doit être confiée à un ouvrier exact ; on en charge ordinairement dans lés poudreries , un contre-maître Ou maître-garçon de confiance; il puise les matières; avec une pelle à main , dans des futailles placées à sa portée. La composition se fait par portions de 10 kilogrammes ; c’est la charge de chaque mortier des moulins. Autrefois, lorsque le charbon était, comme le soufre , trituré avant la composition, on réunissait les 10 kilogrammes de matières au moment du pesage , et ou les mélangeait grossièrement dans une maie. Actuellement, chaque -composition de ro kilogrammes est partagée dans deux petits baquets de bois, que l’on appelle boisseaux. Dans l’un, on met i kilogramme 25 décigrammes de charbon en bâtons, et dans l’autre, 7 kilogrammes 5o décigrammes de salpêtre , et 1 kilogramme 25 décigrammes de soufre pulvérisé. O11 évite de mettre le soufre au fond, du boisseau, où il s’attacherait. L’ouvrier, pour abréger l'opération, fait d’abord toute la pesée du charbon, puis celle du salpêtre, et enfin celle du soufre. Si le salpêtre renfermait une quantité d’humidité assez grande pour qu’elle augmentât sensiblement son poids, on aurait soin d’en tenir compte.
- Lorsque la composition est faite, on la porte au moulin. On se sert pour cela , quand les ateliers sont un peu éloignes les uns des autres , de brouettes , sur lesquelles on place de larges plateaux de bois à rebords, qu’on appelle caisses de brouettes. On range un certain nombre de boisseaux sur ces plateaux , destinés à recevoir les matières qui pourraient s en échapper dans le transport.
- Battage. Dans les moulins, la poudre subit une opération que l’on nomme battage, et dont l’objet est de rendre intime le mélange des trois matières. Le battage donne aussi a la poudre la consistance nécessaire pour qu’on puisse la transformer en gi-aîns.
- Moulin à poudre. Nous allons donner d’abord la description
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- d'un moulin. Les moulins à pilons étant ordinairement mus par l’eau , sont la plupart du temps au bord d’une rivière. Il est presque toujours nécessaire, pour que le terrain puisse supporter le bâtiment, et résister à l’ébranlement causé par le mouvement des pilons , de le consolider par des pilotis et par les autres moyens employés en pareil cas. On distingue, dans le moulin, la cage et la machine .
- Cage. On construit, d’une manière particulière, l’édifice destiné à devenir un moulin à poudre. E11 effet, malgré toutes les précautions que l’on prend pour éviter les accidens, ces moulins sont exposés à des explosions, dont on doit chercher à diminuer les ravages. En opposant à des côtés forts capables de leur résister, des côtés faibles qui cèdent à leur premier- effort, on parvient à diriger en partie les effets de ces explosions du côté de la fabrique où ils doivent faire le moins de dégâts, c'est-à-dire où il n’y a ni maisons d’habitation ni ateliers. Trois des côtés du moulin doivent donc être formés de murs solides, épais, et appuyés sur des contre-forts, tandis que le quatrième côté est fermé par une charpente recouverte extérieurement de planches , attachées peu solidement, et qui a pour base un mur de 2 à 3 pieds seulement de hauteur. Dans certaines circonstances , on fait aux moulins, toujours d’après les mêmes principes, plusieurs côtés faibles.
- Le toit du moulin doit être aussi extrêmement léger,.pour n’apporter aucun obstacle à l’explosion ; il est formé de planches de bois blanc , qui sont accrochées par des chevilles , mais non fixées, sur les charpentes qui les supportent. On donne à ce toit une assez grande inclinaison pour que la neige n’y séjourne pas, et pour que les eaux pluviales s’écoulent facilement; sa pente est dirigée vers le côté faible du mouliu; il prend naissance à 3 pieds environ au-dessous du sommet du mur opposé. Les murs latéraux, s’ils 11e conservent pas la même hauteur que celui-ci, doivent du moins être, dans toute leur longueur , plus élevés que le toit de 3 à 3 pieds, de manière à le mettre à l’abri des vents, qui, en
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- raison de sa grande légèreté , pourraient, sans cette précaution , l’endommager fréquemment. On place ordinairement la porte principale du moulin du côté opposé à la roue ; elle se trouve ainsi vis-à-vis l’intervalle qui sépare les deux rangées de pilons. On laisse une autre porte près de la roue, afin qu’on puisse y arriver promptement, dans le cas où il est nécessaire d’arrêter le moulin ou d’en ralentir le mouvement ; enfin, on pratique dans les murs un nombre de fenêtres suffisant pour que l’intérieur du bâtiment soit bien éclairé.
- Machine ou mécanique. Quelques moulins à poudre n’ont que i o à i s. pilons disposés sur un seul rang ; d’autres en ont 24 placés sur deux rangs ; mais le plus communément ils ont 20 pilons partagés sur deux rangs : c’est d’un moulin de cette espèce que nous allons parler.
- La machine d’un moulin à pilons est mise en mouvement au moyen d’une grande roue hydraulique R.P». IV. la PI. 64(i)> fig. 1.) L’arbre AA de cette roue est supporté, à ses extrémités, sur des massifs en pierre M, M, appelés mottes, dont l’un est à l’extérieur et l’autre à l’intérieur du moulin. Sur la portion de l’arbre qui est à l’intérieur du bâtiment est fixée une seconde roue HH, nommée hérisson, dont la circonférence est garnie de dents D, D, D, D ; ces dents engrènent dans les fuseaux F, F, F, de deux lanternes L, L, qui se trouvent des deux côtés du hérisson. Ces lanternes sont fixées sur deux arbres a, a, qui se prolongent dans le moulin parallèlement à l’arbre de roue. La partie de ces arbres ( appelés arbres de levée ) qui porte les lanternes est carrée, de sorte qu’ils reçoivent de celles-ci le mouvement de rotation que leur communique le hérisson.
- Ces arbres, soutenus par des mottes G, G, en charpente ou en pierres revêtues de bois, sont traversés par des
- (1) On n’a pu représenter sur cette planche qu'une tîes batteries de m0U|1^ la seconde batterie, située parallèlement à la première, de l’autre côte hérisson , est symétriquement semblable à celle-ci dans toutes ses parties.
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- morceaux de bois B, B qui les débordent, et qui sont disposés en spirale sur leur longueur. Ces morceaux de bois sont appelés levées, et sont destinés à soulever les pilons. A cet effet, les pilons P, P, placés au nombre de io, sur un rang, le long de chacun des arbres, portent à une hauteur-convenable des traverses de bois T, T, appelées menionnets qui les mettent en rapport avec les levées , quand la machine est en mouvement. Les levées rencontrant les menton-nets au moment où, par l’effet de la rotation de l’arbre, elles s’élèvent elles-mêmes, soulèvent les pilons, qu’elles laissent ensuite échapper, quand la suite du mouvement les en éloigne ; les pilons retombent alors sur la matière placée au-dessous dans des mortiers creusés dans une énorme pièce de bois solidement fixée en terre , et à laquelle on donne le nom de pile. Chaque pile , avec la rangée de pilons qui lui correspond , forme une batterie. Les pilons sont soutenus dans une position verticale par deux charpentes C , C, appelées moïses, percées de mortaises dans lesquelles ils jouent librement. Les moises sont supportées par d’autres charpentes J, J, qu’on nomme jumelles; celles-ci sont implantées dans les piles Q, Q, fit liées entre elles et consolidées par des traverses appuyées sur les murs dumoulin.
- Le mécanisme des moulins à ude seule batterie ne diffère de celui que nous venons de décrire, qu’en ce que la roue hydraulique et les levées sont fixées sur un seul et même arbre. Dans ce cas, on donne un plus petit diamètre à la roue , dont le mouvement doit être plus rapide.
- Détails et dispositions particulières. On doit, dans la construction de quelques parties de la machine, donner des dispositions et user de précautions qu’il est bon d’indiquer. La roue dentée HH, nommée hérisson, est en bois, mais, construite de manière à pouvoir supporter un effort très grand ; ses dents ou alluchons D, D, doivent être solidement fixés sur sa circonférence , et on les fait en bois très dur : ils sont ordinairement au nombre de 48-
- Les lanternes L, L (fig. i et 2) sont composées de deux pla-
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- teauxp,p ronds, en bois, cerclés en fer, qui vers leur circonférence sont réunis parallèlement, à la distance de 8 pouces environ, par les petits cylindres E, E, qu’on nomme fuseaux ; ceux-ci, en bois très dur , sont recouverts quelquefois de manchons mobiles de cuivre , pour diminuer le frottement. Le rapport entre le nombre des dents du hérisson et celui des fuseaux des lanternes doit être exprimé en nombre entier, afin que par le nombre des tours de roue, dans un temps donné, on puisse facilement connaître celui des tours des arbres de levées , et par suite le nombre des coups de pilons. On met ordinairement 16 fuseaux à chaque lanterne, d’où il résulte qu’à chaque tour du hérisson correspondent exactement trois tours des lantentes.
- Les levées B, B (fig. i), faites d’un bois dur, ont beaucoup plus de largeur que d’épaisseur; elles traversent l’arbre de levée en passant par son centre , et leur saillie de part et d’autre est d’environ 9 pouces ; à chaque tour de l’arbre , chacune d’elles rencontre donc deux fois le mentonnet du pilon correspondant. Disposées en spirale, et d’une manière parfaitement régulière , elles ne se trouvent que successivement en rapport avec les pilons ; ainsi, il n’y a qu’un petit nombre de ces pilons en charge à la fois, et cette charge est constamment la même. Toute autre disposition occasionerait des secousses, et dans certains mornens un excès de charge, auxquels la machine ne pourrait point résister long-temps.
- Les tourillons t, t (fig. 1) des arbres portent sur despalliers en cuivre, encastrés dans de fortes pièces de bois. Ces tourillons doivent baigner constamment dans la graisse, autrement ils pourraient s’échauffer assez pour occasioner des accidens. En général, on doit, par le même motif, s’appliquer à diminuer autant que possible les frottemens dans les machines a poudre : c’est pour obtenir ce résultat qu’on fait en bois dur les parties qui y sont exposées. Il est inutile de faire observer que les mottes qui supportent les arbres doivent avoir toutes exactement la même hauteur.
- Les pilons P, P (fig. 1 et 3) sont des solives carrées d’enin011
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- r pieds de long sur 4 pouces d’e'quarrissage , dont rextrémité inférieure est aiTondie en cylindre. A la hauteur du centre de l’arbre de levée, est fixée dans chaque pilon, au moyen d’une mortaise , la traverse TT (fig. i, 3 et 4 ) > qu’on appelle men-lonnel ; celle-ci dépasse le pilon de quelques pouces de chaque côté. La partie du mentonnet m ,m ( fig. 3 et 4 ) qui regarde l’arbre , et qui est exposée à la rencontre des levées, est cylindrique ; l’autre extrémité, par laquelle il entre dans la mortaise, et qui en conséquence est aplatie latéralement, doit être arrondie : n, n (fig. 3 et 4) ; c’est cette partie que saisissent les ouvriers pour manœuvrer les pilons. De la longueur des levées et des mentonnets dépendent la hauteur à laquelle s’élèvent les pilons et le nombre des pilons en charge à la fois. On doit donc calculer cette longueur de manière à obtenir pour les pilons une élévation suffisante sans que la charge soit trop considérable. Au-dessous du mentonnet chaque pilon est percé d’un trou r, r ( fig. i et 3 ) , dans lequel on passe une cheville qui, s’appuyant par ses deux extrémités sur la moise inférieure, tient le pilon suspendu , lorsqu’on veut qu’il reste hors du mortier et qu’il cesse d’être en prise à la levée. Le cylindre c (fig. 3), qui termine le pilon à sa partie inférieure , entre dans une boîte de cuivre b, b (fig. î et 3), à laquelle on donne la forme d’une poire, qui est la plus en rapport avec celle du mortier, ainsi que nous le verrons plus bas : on la maintient en enfonçant un coin dans le bout du pilon, en même temps qu’on la met en place. Les boîtes à pilon sont faites d’un alliage dans lequel entrent roo parties de cuivre rosette et 22 parties d’étain ; elles pèsent 20 kilogrammes ; les pilons doivent avoir le même poids, ce qui forme un total de 4° kilogrammes. Le poids des pilons serait ordinairement plus considérable , d’après leurs dimensions, mais on les amène à ce point sans altérer leur forme carrée et sans diminuer leur longueur , en faisant sur leurs 'quatre faces des rainures aussi profondes qu’il est nécessaire. On donne à la moise inférieure une assez grande largeur pour qu’elle couvre en quelque sorte les mortiers, et
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- on la fait de deux pièces jointes dans leur longueur, de manière qu’en écartant l’une d’elles on peut facilement déplacer les pilons.
- Les piles à mortier Q, Q ( fig. i et 5) sont des pièces de bois d’une grosseur considérable : on les fait, autant que possible, d’un seul morceau ; il faut^pour cela des arbres qui aient au moins 2 pieds d’équarrissage. Toutes les parties malsaines doivent être enlevées et remplacées avec soin, surtout dans le voisinage des mortiers. Il est nécessaire de les fortifier par des bandes de fer placées latéralement et- réunies par des boulons qui traversent la pile : ce n’est qu’ainsi qu’on les empêche de se fendre et de se disjoindre. L’emploi du fer dans les ateliers à poudre présente beaucoup de danger; aussi, quand on ne peut éviter d’en faire usage , on doit le masquer ou le noyer dans le bois , afin de le mettre à l’abri des corps qui pourraient en tirer des étincelles. Si l’on est forcé de faire la pile de deux pièces, on les assemble solidement, et l’on a soiu de ne pas creuser de mortiers trop près de cet assemblage. On donne aux mortiers ss (6g. 5) la forme sphérique , avec un diamètre de 14 pouces , mais on les creuse d’un pouce environ au-delà de ce diamètre; ils ont à peu près 9 pouces d’ouverture ; leur col v, v est évasé à sa partie supérieure : ils doivent être faits avec une grande régularité. C’est par l’effet de cette forme des mortiers et de celle des boîtes à pilons, que la matière, rejetée du centre à la circonférence par chaque coup de pilon , y retombe constamment aussitôt que le pilon est soulevé, si toutefois elle a le degre de consistance convenable.
- Comme les fibres du bois, exposées longitudinalement aux coups des pilons, n’en pourraient pas supporter le choc, on* soin, pour empêcher les mortiers de se déformer et la pile àe se fendre, de pratiquer au fond du mortier un trou cylindrique , dans lequel eu fait entrer à force un morceau de bot* dur, placé debout, auquel on donne ensuite la forme primitive du mortier ; ce morceau de bois, qui a environ 6 Pol,ce> de hauteur, est appelé faux-cul, zz.
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- Les mortiers doivent être espacés, d’un centre à l’autre, de 17 à 18 pouces. Il est évident que la position des mortiers détermine celle des pilons et des levées correspondants. Les piles sont enfoncées en terre de la moitié de leur hauteur environ, et solidement établies ; on en garnit le bord, par-devant (1), d’une languette de bois, pour empêcher la poudre qui, dans les différentes manipulations et par l’effet du soufflage, est répandue hors des mortiers, de tomber à terre. On donne par-derrière 6 pouces d’élévation à ce rebord.
- Le sol des moulins n’étant pas planchéié comme celui des autres ateliers , à cause de l’ébranlement occasioné par la machine , on fait, devant chaque pile , un plancher d’environ 2 pieds de largeur, pour faciliter le service, et pour qu’on puisse recueillir facilement la poudre que les ouvriers répandent pendant leur travail.
- Voyons maintenant quel usage on fait de la machine que nous venons de décrire. En entrant au moulin , les ouvriers, au nombre de quatre, qui apportent les matières, se partagent les batteries. Chacun d’eux est chargé du service d’une demi-batterie, ou de cinq mortiers et des pilons corres-pondans.
- Nous avons dit qu’au moment où les matières étaient envoyées au moulin , le charbon, qui, daus l’ancien procédé, était en poudre et réuni au salpêtre et au soufre, se trouvait, d’après un nouveau système, à l’état de bâtons et dans des boisseaux séparés. On commence par mettre dans chaque mortier le charbon qui lui est destiné , on verse dessus un kilogramme d’eau, au moyen d’une petite mesure d’étain de cette capacité, et on le retourne pour que l’humidité se répartisse également ; on abat ensuite les pilons , en ôtant les chevilles qui les tenaient suspendus sur la moise inférieure. Pour dégager la cheville et la retirer du trou où elle est placée ,
- (0 C’est-à-dire du côte' oit se fait le service de la batterie; r’est le côte appose' à l’arbre de levée, qni est ainsi derrière les pilons.
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- l’ouvrier la saisit de la main droite et soulève en même temps le pilon de la main gauche , par l’extrémité du mentoniiet. Le maître-garçon chargé de la direction du moulin donne alors à la roue l’eau nécessaire pour que les pilons battent quarante coups par minute. Le charbon doit être battu pendant vingt-cinq à trente minutes. On perd ainsi un temps précieux, qui serait employé bien plus utilement au battage des trois matières, réunies préalablement à l’état de poussière, ainsi qu’on le faisait autrefois. En effet, c’est surtout le défaut de moyens de battage (particulièrement dans l’été) qui ralentit la fabrication de la poudre, ou qui empêche de l’activer, quand des besoins extraordinaires l’exigeraient. Indépendamment de la perte de temps qui résulte du nouveau mode, il est certain qu’on courait autrefois des risques moins grands que ceux auxquels on s’expose en faisant entrer le charbon en bâtons dans la composition de la poudre. On introduit ainsi sous les pilons de petits clous ou d’autres substances existant dans le charbon , qui peuvent échapper à l’opération du triage, mais que le blutage aurait infailliblement séparés.
- Lorsque le battage du charbon est achevé, on arrête le moulin, et l’on remet les pilons à la cheville. Pour faciliter cette opération , le maître-garçon baisse la vanne peu à peu: les ouvriers, qui tiennent les chevilles dans la main droite, profitant du mouvement ralenti, saisissent le mentonnet delà main gauche au moment de l’ascension du pilon , et le tiennent élevé pendant qu’ils passent la cheville dans le trou destiné à la recevoir. On met alors dans les mortiers le soufre et le salpêtre ; on mélange les trois matières avec la inaia. pu1' on ajoute un demi-kilogramme d’eau dans chaque mortier on arroserait avec moins d’abondance , si l’on avait remarqua que le charbon et le salpêtre renfermassent, au moment de b composition , assez d’humidité pour qu’on dût en tenU compte. Après le second arrosage, on remue de nouveau le matières , dont chaque quantité de 10 kilogrammes se trouu avoir reçu i5 décagrammes d’eau. On abat ensuite les p1
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- lons(i), après avoir, avec une balayette de crin, fait retomber dans les mortiers les matières qui ont pu en sortir pendant les précédentes manipulations. En général, ce balayage doit être fait avec soin après chaque opération.
- Le maître-garçon, après s’être assuré que tout est convenablement disposé, met le moulin en mouvement ; mais il a soin de ne pas donner trop rapidement à la vanne toute l’élévation qu’elle doit avoir , afin de ménager la machine. Quand elle est en pleine activité, elle doit avoir une vitesse telle , que chaque pilon batte de cinquante-cinq à soixante coups par minute. Pour savoir si la vitesse convenable est obtenue, le maître-garçon compte le nombre des révolutions qu’accomplit la roue dans une minute. En effet, d’après le rapport établi entre le nombre 46 des dents du hérisson fixé sur l’arbre de roue, et le nombre 16 des fuseaux des lanternes, dont l’axe est celui de l’àrbre de levée, ce dernier fait trois tours à chaque révolution de l’arbre de la roue , et comme à chaque tour de l’arbre de levée le pilon est levé deux fois , puisque les levées agissent par leurs deux extrémités, on aura six coups de pilon pour chaque tour de roue , et neuf à dix tours de roue par minute donneront le nombre de coups nécessaires. Chaque pilon frappera ainsi environ trois mille cinq cents coups par heure.
- Avant de quitter le moulin, le maître-garçon écoute un instant le bruit de la machine ; il s’assure ainsi ri elle marche facilement, et s’il n’y a aucun dérangement. La moindre irrégularité serait aisément reconnue par une oreille exercée.
- Au bout de quinze à vingt minutes , le maître-garçon rentre dans le moulin pour examiner l’état de la matière. D’après la forme donnée aux mortiers et aux boîtes des pilons , cette •naticre doit tourner sous les pilons, c’est-à-dire qu’à chaque coup elle doit remonter autour du mortier et retomber au
- (1) Les chevilles, dont on peut avoir besoin àl’improviste, doivent être placées dans un endroit déterminé et à portée des ouvriers. On les met ordinairement sur les mottes les plus voisines delà porte du moulin.
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- fond lorsque le pilon est relevé : par ce mouvement toutes les parties de la matière se trouvent tour à tour soumises à l’effet de la percussion ; mais il faut, pour qu’il ait lieu d’une manière régulière , que cette matière ait le degré de consistance convenable. Si elle est trop humide, elle s’attache aux parois du mortier; dans le cas contraire, elle est chassée au dehors : on donne à ce dernier accident le nom de soufflage. Le maître-garçon y remédie en faisant un nouvel arrosage , auquel il a soin de faire participer toute la matière,, en la remuant avec la main. Si la matière est trop humide et adhérente au mortier, il la détache avec un bâton nommé touilloir, aplati et recourbé par une de ses extrémités. On évite, par ces soins , que le pilon ne balte à fond, c’est-à-dire qu’il ne frappe au fond du mortier sans interposition de matière. Après une demi-heure de battage., on procède à une opération que I’od nomme rechange, et qui consiste à changer la matière de mortier ; elle favorise le mélange des substances, et elle est encore nécessitée par un autre motif. En effet, malgré le mouvement de la matière, quelques portions fi' nissent par adhérer au mortier. A l’endroit où frappe le pilon, elles forment une couche dont l’épaisseur augmente progressivement, et au bout d’un certain temps, il y a ainsi au fond de chaque mortier une masse de matière adhérente, compacte , et qui ne participe point au mouvement : on lai donne le nom de eulot. Il est important de ne pas laisser an culot le temps de se durcir et de s’échauffer par le choc répété du pilon.
- Au moment des rechanges, les quatre ouvriers affectés au service du moulin, qui dans l’intervalle ont été occupés a d’autres travaux , sont appelés par le maître-garçon, te moulin étant arrêté et les pilons mis à la cheville, chaque ouvrier se saisit d’une layette ( fig. 6 ) et d’une main (fig- ; )> déposées dans l’intérieur du moulin sur une petite plateforme. On donne le nom de layette à une espèce de caisse longue, ouverte par l’un de ses côtés et par l’un de ses bouts, te main est une curette de cuivre ; elle a la forme d’une coquine,
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- ses bords sont tranchans, et son talon est arrondi et d’une grosseur suffisante pour qu’on puisse l’empoigner facilement. Deux des ouvriers se placent devant le premier mortier de chaque batterie ; les deux autres devant le sixième ; ils appuient le bout ouvert de leur layette sur le bord de la pile vis-à-vis du mortier , et mettant un genou en terre, ils ramassent avec la main de cuivre toute la matière , et la vident dans la layette ; ils ont soin de briser et de détacher le culot, et de gratter les parois du mortier. Ce mortier étant vide, l’ouvrier passe au mortier voisin , et transporte toute la matière de celui-ci dans le premier, toujours à l’aide de sa eu-rette. La même opération étant faite pour les trois autres , le dernier se trouve vide; alors on verse dans celui-ci la charge du premier, qui avait été déposée dans la layette ; pour cela, l’ouvrier pose le bout ouvert de la layette sur le bord du mortier, et soulevant l’autre bout, il le choque contre la moise inférieure, pour faire tomber toute la matière. Après avoir remis à leur place les layettes, dans les-(juelles on dépose les mains , on balaie le dessus des mortiers, ainsi que nous l’avons dit ; les planchers qui se trouvent devant les piles sont aussi nettoyés , et les balayures recueillies dans des baquets : enfin, on remet la machine en mouvement. On a reconnu que, d’après la préparation qu’on fait subir aux matières avant de les soumettre au battage, la durée de ce battage devait être de quatorze heures environ , disposant les rechanges de la manière suivante : le premier rechange ayant été fait une demi-heure après la mise des matières au moulin, les autres ont eu lieu d’heure en heure, jusqu’au douzième et dernier. On laisse alors marcher le moulin sans interruption pendant les deux dernières heures, afin de donner du corps à la matière. Pendant le temps du battage, il est nécessaire d’arroser le mélange. On fait ordi-"airement deux arrosages , immédiatement après le huitième n le onzième rechange. Le maître-garçon verse alors dans chaque mortier environ 25 décagrammes d’eau, au moyen d’une petite mesure d’étain de cette contenance, et d’un ba-
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- quet rempli d’eau qu’il porte avec lui le long des batteries. Au reste, le maître-garçon doit examiner l’état de la matière, pour ne lui donner que la quantité d’eau dont elle a besoin, et qui varie suivant la température. On emploie ordinairement aux arrosages l’eau dans laquelle les ouvriers se sont lavé les mains après avoir retourné le mélange dans les mortiers. Pendant que le moulin est en mouvement, le maître-garçon le visite souvent, pour reconnaître si la matière est en bon état et si rien dans la machine n’est dérangé. Ce n’est qu’à l’aide de la surveillance la plus attentive qu’on parvient à éviter les explosions de moulin , ou du moins à les rendre très rares.
- Pendant les quatorze heures qu’a duré le battage, la matière placée dans chaque mortier a reçu environ trente mille coups de pilon, en tenant compte des interruptions occasionées par les rechanges. Ce temps a été reconnu nécessaire pour obtenir une poudre qui réunît à la force la solidité du grain. Dans des circonstances où il devenait indispensable d’activer la fabrication , on a diminué la durée du battage, et l’on a été jusqu’à la réduire à trois heures. On a fait de cette manière de la poudre d’un fort bon usage immédiat, mais qui n’aurait pu ni se conserver en magasin ni supporter de longs transports, En diminuant le temps du battage, on avait soin d’augmenter le nombre des rechanges.
- Pour retirer la matière des mortiers, lorsque 'l’opération du battage est terminée , on vide la charge de chacun d eux dans la layette, et on la verse dans des baquets qui peuvent contenir 5o kilogrammes de poudre. Ces baquets, nommes Unes (PI. 65, fig. 9 ) j sont cerclés en bois; deux douves opposées sont plus hautes que les autres , et ont à leur parue supérieure un œil, dans lequel on peut passer les doigta ou un bâton. Au moyen de ce bâton la tine est portée sur les épaules de deux ouvriers ; on la charge sur une brouette garnie de sa caisse, si l’atelier du grenoir est éloigne moulin.
- .Lorsqu’au moment du transport des matières d’un a e
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- à l’autre, le temps est à la pluie , ou s’il fait un vent assez violent pour enlever de la poussière ou de petits graviers , les ouvriers couvrent la poudre, soit avec les tabliers de peau dont ils se servent constamment, soit avec des draps. On a soin, dans les mêmes circonstances, de fermer les portes et les fenêtres des ateliers , et particulièrement des moulins, que ,1’on arrête même pendant les orages.
- Nous avons dit que, par l’effet du battage, une portion de la matière devenait adhérente au fond des mortiers ; elle s’attache aussi aux boîtes des pilons , quoiqu’en moindre quantité. Il est donc nécessaire de les nettoyer de temps en temps , on appelle cette opération décordonnage. Pour décordonner les pilons, on couvre les piles avec des planches, sur lesquelles on place de petits baquets à moitiépleins d’eau , en nombre égal à celui des pilons ; on fait descendre ceux-ci dans ces baquets, et en les frottant après quelques heures d’immersion, on en détache facilement la croûte qui s’était formée autour. En commençant cette opération le samedi, on peut laisser tremper les boîtes jusqu’au surlendemain sans que le travail en souffre. Avant de recharger le moulin, on lave et l’on essuie avec soin les pilons ; il faut aussi prendre garde de répandre de l’eau dans les mortiers
- Comme on ne peut pas introduire de feu dans les ateliers à poudre, et qu’ils ne pourraient être éclairés que du dehors , on ne travaille dans les poudreries que pendant le jour, à moins de circonstances urgentes. Cependant il arrive souvent, quand on est forcé d’activer la fabrication, et particulièrement dans la saison où le soleil ne reste pas sur l’horizon pendant quatorze heures, qu’on laisse tourner les moulins la nuit, pendant le nombre d’heures nécessaire pour achever le battage de quatorze heures. On place alors des lanternes à réflecteur au dehors des moulins , à une assez grande distance , et en face de la porte et des fenêtres ; ces lanternes, bien fermées, sont attachées à des poteaux et disposées de manière à ce que le poussier provenant de la volatilisation des matières, et qui sort constamment des moulins, ne tombe Tome XVII. 24
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- pas sur la flamme. A la fin du battage, on se borne à mettre les pilons à la cheville, et l’on couvre les mortiers avec des toiles. On attend au lendemain pour décharger les moulins, et pour porter la poudre au grenoir.
- Grenage. On appelle grenoir l’atelier où l’on convertit en poudre, par l’opération du grenage, la matière retire'e des moulins. C’est surtout dans cet atelier que l’on doit recommander aux ouvriers les plus minutieuses précautions; il faut qu’ils n’y entrent qu’avec des chaussons , qu’ils évitent toute espèce de choc, qu’ils s’abstiennent d’y traîner aucun objet pesant.
- Ces précautions sont nécessitées par la grande quantité de poudre jouissant déjà de toutes les propriétés fulminantes qui s’y trouve réunie et à découvert. Cette quantité est d’autant plus considérable, que dans la plupart des poudreries, soit pour gagner du temps , soit faute de place , on apporte dans la chambre même où les ouvriers travaillent au grenage, la matière qui sort du moulin, et qu’on y accumule ainsi les produits de plusieurs battages, pendant tout le temps dont la matière a besoin pour s’essorer, c’est-à-dire pour perdre l’excès d’humidité qui mettrait obstacle à la formation des grains. C’est par cette raison que l’on voit presque constamment , au milieu des grenoirs, de hautes piles de tines pleines de matière. On devrait éviter avec soin cet encombrement dangereux , et avoir, à quelque distance du grenoir, ua lieu de dépôt pour les matières non essorées.
- Autour du grenoir sont rangées de grandes caisses ou maies semblables à celles que nous avons décrites en parlant de l’atelier de composition. On procède au grenage, dans ces maies, au moyen de cribles de plusieurs espèces, que 1oa distingue sous les noms de guillaumes, de grenoirs et d éga-lisoirs; ils diffèrent par l’usage qu’on en fait, et par le diamètre des trous dont sont percées les peaux qui en forment le fond. Les cribles sont ronds, et leur pourtour est com-posé, dans sa hauteur, de deux portions de cylindres qul s’enchâssent l’une dans l’autre, en serrant entre elles les bords
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- de la peau qui sert de fond au crible. Chacune de ces parties est formée d’une cerce de bois de noyer ; celle qui est en haut entre dans celle qui est au-dessous ; elle est donc d’un diamètre un peu plus petit, mais elle est un peu plus haute. Le diamètre du crible est d’environ i pied io pouces, et la hauteur de 7 pouces pour la cerce supérieure, et de 4 à 5 pouces pour la cerce inférieure. Les peaux employées pour ces cribles sont celles de cochon ou de veau; elles doivent être percées de trous ronds et réguliers, faits à l’emporte-pièce. Les bords des peaux, destinés à être pressés entre les deux cerces du crible, ne doivent point être troués. Le diamètre des trous est de 3 lignes et demie pour les guillaumes, d’un peu plus d’une ligne pour les grenoirs à poudre à canon, et d’une demi-ligne pour les grenoirs à poudre à mousquet. On fait usage de grenoirs à poudre à mousquet pour égaliser la poudre à canon , et, pour la première de ces poudres, on emploie des égalisoirs qui ont des trous dont le diamètre est seulement d’un quart de ligne.
- L’ouvrier chargé du grenage se sert d’abord du guillaume ( PL 65, fig. i) ; il verse la matière dans la maie, tout près et adroite de l’endroit où il doit prendre place, en face d’une des barres transversales dont il a été parlé en décrivant les maies ; il incline ensuite son guillaume du côté où se trouve la matière , en l’appuyant contre la barre , et à l’aide d’une pelle ordinaire en bois, il le remplit en partie, de manière à ne pas fatiguer la peau, et à ce que la matière ne soit pas exposée à être lancée au dehors pendant le travail; il relève ensuite le guillaume , de façon qu’il porte sur la barre suivant un de ses diamètres, et le saisissant devant lui par le bord supérieur avec les deux mains placées l’une près de l’autre, il le promène sur cette barre en l’éloignant et le rapprochant de lui tour à tour, sans cesser de le maintenir dans la position horizontale.
- Mais ce mouvement de va-et-vient ne suffirait pas pour faire passer toute la matière, dont beaucoup de morceaux sont plus gros que les trous du guillaume. Pour les briser et
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- les forcer de tomber à travers le crible, on introduit dans le guillaume un disque de bois dur, d’environ 8 pouces de diamètre sur 2 pouces d’épaisseur au centre, et qui porte le nom de tourteau T ( fig. 2 et fig. 3 ). Par l’effet du mouvement de va-et-vient imprimé au guillaume, le tourteau suit rapidement, en tournant sur lui-même, la circonférence du crible. D’après la forme lenticulaire de ce tourteau, la matière se trouve toujours interposée entre lui et la peau, et il agit sur elle assez fortement pour la briser et la contraindre à passer. L’usage du guillaume est donc de rompre la matière.
- Quand ce travail est entièrement terminé, l’ouvrier transporte sa barre, qui, comme on l’a dit, est mobile, à la gauche de la matière qu’il vient de rompre , et qu’il va maintenant grener. Cette seconde opération se fait au moyen d’un grenoir dont les trous sont plus ou moins gros , selon qu’il s’agit de grener de la poudre à canon ou de la poudre à mousquet. L’ouvrier répète avec le grenoir les manœuvres qu’il a faites avec le guillaume , et toujours avec l’emploi du tourteau. La matière, après avoir passé dans le grenoir, se trouve réduite, partie en grains de diverses grosseurs, et partie en poussier ; il est donc nécessaire , pour terminer l’opération du grenage, de séparer du reste les grains qui ont la grosseur convenable, c’est-à-dire celle des trous du grenoir dont on s’est servi. A cet effet, on met la matière dans un égalisoir dont les trous, un peu moins gros que ceux du grenoir, laissent passer le poussier et le grain trop fin, tandis qu’ils retiennent tout ce qui doit être conservé. Ce qui reste dans l’égalisoir est mis a part dans des barils à main. Le fin grain et le poussier sont ramassés avec une pelle à main et une balayette, et placés dans des tines. Après cette opération , on a encore à séparer du bon grain quelques fragmens trop gros, qui s’y mêlent toujours pendant les précédentes manipulations. On les en retire en faisant de nouveau passer la matière dans un grenoir bien régulier, percé à la grosseur du grain, et auquel on donne le nom d’égalisoir, parce qu’il sert, comme celui qu’on a employé immédiatement avant, à égaliser le grain de la pouure.
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- Ces secondes égalisures sont jointes aux premières, pour être reporte'es ensemble au moulin, comme on le Terra plus tard.
- Dans quelques poudreries , le grenage est fait pas des cribles réunis, au nombre de quatre, six ou huit, dans un châssis, et mis en mouvement par une roue hydraulique ou partout autre moteur. Ce procédé, qui diminue considérablement l’emploi des bras d’hommes. n’a pas encore été adopté généralement, et quelques personnes pensent qu’il n’est pas sans inconvéniens et sans dangers.
- Après avoir subi toutes les opérations du grenage, la poudre, placée, comme on vient de le dire, dans des barils à main , est portée au séchoir, ou déposée dans un bâtiment situé à proximité, et qu’on appelle magasin des poudres vertes, c’est-à-dire non séchées.
- Séchage. On donne le nom de séchoir au local dans lequel on fait sécher la poudre. On emploie deux inodes de séchage : le premier, par l’exposition à l’air libre dans un lieu ouvert, et le second , par la chaleur du feu, laquelle agit sur la poudre dans un bâtiment fermé.
- On choisit pour établir un séchoir en plein air, un emplacement exposé au midi ; s’il n’est pas borné au nord par un bâtiment, on élève de ce côté un mur qui le garantit du vent, et réfléchit les rayons du soleil; on établit dans toute la-longueur de ce local, et dans la direction de l’est à l’ouest, plusieurs doubles rangs parallèles de tréteaux. Ils doivent être construits solidement, et leurs supports sont scellés en terre. Chaque double rang est destine à porter une suite de tables de bois juxta-posées, sur lesquelles on étend les poudres , comme nous le dirons bientôt. La hauteur relative des deux tréteaux du même couple doit être calculée de manière à ce que les tables, élevées de terre à 2 pieds et demi environ , se trouvent légèrement inclinées vers le midi. Les tables ont environ 9 pieds de long et 2 pieds de large, et doivent être assez solides pour ne pas se déjeter facilement. On conserve entre chaque rang de tables un espace suffisant pour
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- que le service puisse s’y faire sans embarras, et le rang est coupé par autant de passages qu’il est nécessaire pour maintenir libre la circulation des ouvriers dans le séchoir. Afin de conserver en bon état les tables, que les intempéries mettraient promptement hors de service , on les dispose en piles dans l’intervalle d’un séchage à l’autre, et l’on couvre les piles avec des chapiteaux.
- Le séchage ne peut avoir lieu que lorsque l’air est sec et calme; un vent fort enlève les parties les plus légères de la poudre. On n’expose jamais la poudre au séchoir quand le temps menace de pluie , et s’il est incertain, il faut veiller avec une. grande attention, afin de retirer la poudre, s’il y a lieu, assez tôt pour qu’elle ne soit pas mouillée. On attend, pour étendre la poudre à l’air, que l’humidité de la nuit et la rosée du matin aient entièrement disparu. Il faut tâcher cependant que dans le premier moment elle ne soit pas expose'e à un soleil trop ardent qui, en vaporisant subitement l’humidité renfermée dans l’intérieur des grains, les briserait en petits fragmens , ou en séchant trop vite leur surface, formerait une croûte qui mettrait obstacle à leur complète dessiccation.
- Quand on veut faire usage du séchoir, on place les tables partielles les unes à côté des autres , de manière à ce qu’elles n’en forment qu’une seule sur chaque couple de tréteaux; on étend ensuite par-dessus des draps en toile serrée, qui’se recouvrent l’un l’autre , afin que la poudre ne glisse pas entre eux, et dont on roule les bords extérieurs en bourrelets. Ces bourrelets, que l’on maintient par le poids de morceaux de bois ou de briques, servent à retenir la poudre ; elle est apportée avec des barils à main ; on la verse sur les draps, dont chaque mètre carré en reçoit environ 4 kilogrammes. U en resuite que la couche de poudre n’ayant nulle part plus d une ligne d’épaisseur, la dessiccation s’opère d’une manière égale et convenable. On étend la poudre sur les tables au moyen de râteaux de bois ( V. PI. 65, fig. 1 ), que l’on manie avec légèreté, pour ne pas briser les grains- On retourne la poudre
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- de deux heures en deux heures, afin de changer les surfaces exposées à l’action directe du soleil et de l’air. Pour procéder à cette opération, deux ouvriers placés eu face l’un de l’autre , des deux côtés d’un rang de tables, déroulent les bords du premier drap , et soulevant en même temps les deux coins adjacens , le frappent à l’envers avec une baguette , pour en détacher le grain et le poussier ; ils en font ensuite autant aux deux autres coins, puis remettent le drap en place. Par cette manipulation , toute la poudre se trouve en tas au milieu du drap qu’elle couvrait ; les ouvriers font la même chose au second drap, et successivement à tous les autres , puis, au moyen de râteaux, ils étendent de nouveau la poudre.
- Il faut environ dix heures , par un temps favorable , pour sécher la poudre ; on l’expose plusieurs jours de suite, si cela est nécessaire. On a soin de la retirer toujours avant le coucher du soleil, pour éviter l’humidité du soir. Tant qu’elle n’est pas parfaitement sèche, on la laisse dans les draps avec lesquels on la dépose, dans l’intervalle d’un séchage à l’autre , au magasin des poudres vertes, qui doit être assez près du séchoir pour qu’en cas de mauvais temps, la poudre qui est étendue puisse y être promptement mise à l’abri.
- Dans quelques poudreries (à celle d’Essonnes, par exemple), on a établi un séchoir couvert dont on peut, sans s’exposer à aucun accident, faire usage quand le temps est incertain. Dans ce séchoir, les tables sont placées sous un hangar fermé de trois côtés et ouvert au midi. Ce hangar a peu de profondeur, et son toit, incliné du sud au nord, est établi à une assez grande élévation pour que les rayons du soleil pénètrent jusqu’au fond du bâtiment. La partie supérieure , du côté ouvert du hangar, est garnie de châssis portant une toile peu serrée. Ces châssis peuvent être abaissés ou relevés facilement ; ils donnent les moyens de garantir la poudre d’un soleil trop ardent, ou d’une pluie poussée par le vent dü sud;
- Pour retirer la poudre du séchoir, les ouvriers en rassemblent les grains en tas, comme lorsqu’ils veulent la retourner, et tordent les deux bouts de chaque drap, de manière qu’il
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- forme en son milieu une poche dans laquelle la poudre est renferme'e. Chaque ouvrier s’empare d’un drap , et le porte en cet e'tat, sur son e'paule , au dépôt des poudres vertes, ou à l’atelier de l’e'poussetage, si le séchage est terminé.
- Dans cet atelier, on vide les draps dans des maies ou dans des barils. La poudre étant retirée du séchoir, avant d’empiler les tables, on recueille le poussier qui a passé à travers les draps. Pour cela, un ouvrier balaie le poussier jusqu’aux bords des tables, sur lesquelles il est monté, et un autre ouvrier le fait tomber, au moyen d’une balayette, dans un crible non percé, qu’il tient de l’autre main.
- Nous allons maintenant rendre compte du second mode de séchage, ou du séchage par la chaleur du feu. On nomme sécherie l’appareil destiné à sécher la poudre ; il se compose : i°. d’une machine à comprimer l’air; 2°. d’une étuve où l’air comprimé s’échauffe au moyen d’un fourneau ; 3°. d’un séchoir où la poudre , étendue en couches minces, reçoit l’air chaud et comprimé de l’étuve.
- On a d’abord employé, comme machine de compression, un soufflet à pistons ; mais celui-ci exigeant de trop fréquentes réparations, on lui a substitué un ventilateur à force centrifuge. Ce ventilateur est terminé par un pivot implanté dans une crapaudine, laquelle est encastrée dans la tête d’un poteau scellé dans le fond d’un canal souterrain, nommé canal d’aspiration. A l’extrémité supérieure de l’arbre, est un pignon qui engrène dans une roue dentée , à l’axe de laquelle est adaptée une manivelle que tourne un ouvrier pour mettre la machine en action. Par le mouvement de rotation, lair est poussé par le ventilateur dans l’ouverture d’un canal qui le porte dans l’étuve. Là, il est échauffé par le contact delà surface extérieure de tuyaux qui, communiquant à un poêle, renferment, dans leur intérieur, de l’air élevé à une haute température. Ces tuyaux , après avoir fait un long circuit dans l’étuve, aboutissent à la cheminée. Un second canal établit une communication entre l’étuve et le séchoir.
- L’air chaud et comprimé arrive dans le séchoir sous les
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- poudres , qu’il traverse , et auxquelles, en raison de sa compression et de sa température élevée, il enlève l’humidité. Le séchoir est une auge formée avec des briques, et ayant un couronnement en bois ; il supporte un treillage en fer, incliné, recouvert d’une étamine, sur laquelle on étale la poudre en couches minces , au moyen d’un râteau. L’air chaud, d’autant plus léger qu’il est plus chargé d’humidité , tend à s’élever et à se dégager par les ouvertures placées à la partie supérieure du séchoir; il est d’ailleurs poussé vers le haut par l’air qui arrive incessamment sous la poudre, et qui, encore sec, est plus pesant que lui. Il faut observer que le séchoir n’a aucune communication avec l’étuve, si ce n’est par le tuyau ou canal d’insufflation qui amène l’air chaud destiné à la dessiccation de la poudre.
- Lorsque celle-ci est suffisamment desséchée, on la fait tomber dans des tines par le moyen de trous en forme d’entonnoirs , percés dans la partie la plus basse du couronnement en bois, et que l’on tient constamment bouchés avec des chevilles. Les sécheries par le moyen du feu ont l’immense avantage de pouvoir être employées par tous les temps, à toutes les heures et dans toutes les saisons.
- Époussetage. Ainsi qu’on l’a vu, la poudre en sortant du gvenoir était à peu près purgée de poussier ; mais il s’en forme de nouveau pendant le séchage, et il est nécessaire, après cette opération, de faire subira la poudre un dernier tamisage, auquel on donne le nom à?époussetage. Pour la poudre à canon, l’époussetage est fait au moyen d’un blutoir semblable à celui qu’on a employé pour tamiser le soufre, avec cette seule différence, que le cylindre aboutit et se vide, au dehors de la caisse du blutoir, dans un baril à main placé sous son extrémité, et qu’on renouvelle à mesure qu’il en est besoin. On passe ensuite la poudre dans un égalisoir, afin d’avoir un grain bien égal et d’en séparer le peu de poussier qui peut y être resté après le blutage.
- ha poudre à mousquet est époussetée au moyen d’un tamis de toile de crin très serrée. Le tamisage se fait dans une
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- maie dispose'e comme pour le grenage ; mais l’ouvrier ne se borne pas à imprimer au tamis un mouvement horizontal, il le balance à droite et à gauche, de manière à ce que la poudre s’e'lève et retombe comme le ble' dans le vannage. On parvient ainsi à séparer entièrement le poussier du grain : ce qui ne passe pas à travers le tamis s’envole en l’air. La poudre qui a e'té bien e'poussetée ne laisse plus de poussière lorsqu’on la fait couler sur la main. L’époussetage est la dernière opération de la fabrication de la poudre : quand elle est terminée, il ne reste plus qu’à renfermer la poudre dans les barils.
- Enfonçage. Lorsqu’on veut embariller la poudre, on prépare sous un hangar , qui doit être près de l’atelier à l’époussetage, un nombre suffisant de barils. Ces barils, d’une capacité suffisante pour renfermer 5o kilogrammes de poudre, sont rangés debout et défoncés par en haut. On pèse la poudre dans une chambre qui communique avec l’époussetage et avec l’enfonçage, où est établie une forte balance à plateaux de bois. On place sur l’un des plateaux une tine d’une forme particulière , dite line dJenfonçage sa forme est ovale ; aux extrémités du grand diamètre ses bords sont échancrés, et il y a aux extrémités du petit diamètre des trous qni servent à la porter avec la main, ou au moyen d’un bâton. ( F. PL 65, fig. 8. )
- On verse la poudre dans la tine placée sur la balance, et quand la pesée est faite , deux ouvriers emportent la tine a l’enfonçage et la vident dans un baril, manœuvre que rend facile l’échancrure ménagée à chaque côté de la tine.
- Les tonneliers ferment les barils à mesure qu’ils sont remplis ; ils ne se servent dans leur travail que d’outils de bois ou de cuivre, afin d’éviter les étincelles que pourrait produire le choc du fer. Ces barils pleins de poudre sont ensuite renfermés dans d’autres barils, auxquels on donne le nom de chapes. Après l’enfonçage, les barils de poudre sont portes sur des brouettes au magasin, dans lequel on les engerbesnt plusieurs rangs de hauteur, en les séparant suivant les especes de poudre et l’époque de la fabrication. Le magasin à poudm
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- doit être mis, avec le plus grand soin, à l’abri de l’humidité. Il est garni d’un plancher élevé au-dessus du sol, et d’un plafond en bois ; les murs sont aussi revêtus de planches. Les portes et les volets sont couverts extérieurement de plaques de tôle, pour garantir autant que possible le bâtiment de toute communication d’incendie. Les magasins à poudre sont d’ailleurs isolés, et souvent on ajoute à ces précautions, celle de les entourer d’un fossé , au-delà duquel est une seconde enceinte formée d’un mur élevé.
- Les tonneliers, lorsqu’ils ont à ouvrir des barils dans le magasin, soit à l’occasion des épreuves, soit pour toute autre cause, s’interdisent l’emploi des outils de fer. En général, on en évite l’usage dans tous les ateliers à poudre, et si l’on est forcé d’y avoir recours, on a soin d’évacuer toute la poudre des bâtimens où l’on a à travailler, et de les noyer, c’est-à-dire de les mouiller dans toutes leurs parties, à l’aide d’une pompe à incendie.
- Poudre fine ou de chasse.
- Nous allons maintenant parler de la fabrication de la poudre de chasse, qui diffère peu de celle de la poudre de guerre. Ainsi qu’on l’a dit plus haut, le dosage de la poudre de chasse est de 78 parties de salpêtre sur 10 parties de soufre et la de charbon. La composition et le battage de cette poudre sont les mêmes que ceux de la poudre de guerre. Le grenage a lieu aussi de la même manière, mais les cribles dont on se sert sont percés plus fin. Les trous du guillaume de fine n’ont pas tout-à-fait 2 lignes de diamètre , et ceux du grenoir en fine ont moins d’une demi-ligne.
- Lissage. Après le grenage, la poudre de chasse est soumise à une opération que l’on appelle lissage, et dont l’objet est de lisser le grain , c’est-à-dire d’en détruire les aspérités, de lui donner du lustre, et de le rendre ainsi plus net et moins susceptible de fournir du poussier. Cette opération a lieu dans un atelier et au moyen d’une machine qui tous deux sont
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- nommés lissoirs. La machine du lissoir est fort simple, car son objet est seulement d’imprimer à des tonnes un mouvement de rotation sur leur axe. Cette machine peut recevoir son mouvement ou d’une roue hydraulique ou d’un cheval; ordinairement, dans les poudreries, elle est mue par l’eau. Le nombre des tonnes varie : s’il n’y en a qu’une ou deux placées sur le même axe, la machine est réduite à la plus simple expression , car alors la roue hydraulique et la tonne ou les tonnes , ont un axe commun ; mais le plus ordinairement on établit deux rangs de tonnes. Dans ce cas, l’arbre de roue AA (PI, 64, fig. 8) porte, dans l’intérieur du bâtiment, un hérisson HH, qui, comme dans les moulins, communique le mouvement à deux lanternes LLLL placées de chaque côté, dont les axes sont ceux des deux rangs de tonnes. Les tonnes, indépendamment de leur axe, sont traversées d’un fond à l’autre par quatre barres de bois, dont nous indiquerons l’usage tout à l’heure. Sous chaque tonne est placée une caisse en bois CC (fig. jo), dans laquelle on étend un drap destiné à recevoir la poudre qui s’échappe pendant l’opération.
- Nous ne devons pas oublier de dire que la poudre, avant d’être mise au lissoir, doit subir une préparation que Ion appelle essorage; elle a pour objet d’enlever à la poudre un excès d’humidité qui mettrait obstacle au lissage. Pour cela, on l’étend à l’air pendant une heure ou deux, suivant 1 état de l’atmosphère. Le poussier qui se forme pendant l’essorage est séparé du grain par un époussetage. La poudre étant essorée et époussetée, on l’introduit dans les tonnes au moyen d’une trémie mobile (fig. g), montée sur une espèce d’échelle de bibliothèque à roulettes. On enfonce pour cela l’extrémite inférieure de cette trémie dans une ouverture de 6 pouces carrés que présente le bouge de chaque tonne. Une tonne de 4 pieds de long sur 2 pieds et demi de diamètre reçoit environ y5 kilogrammes de poudre. Quand elle est chaigee> on en ferme l’ouverture avec un couvercle de bois Wpoitan1 une poignée et garni d’une toile qui, se trouvant serrée dans
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- feuillure, ferme hermétiquement la tonne. On maintient le couvercle au moyen de tourniquets de bois qui pèsent fortement dessus, ou de cordes croisées attachées à des chevilles fixées à cet effet aux bords de l’ouverture.
- La machine est ensuite mise en mouvement. Ce mouvement doit être assez lent, afin que la poudre glisse sur les parois des tonnes, et ne soit pas bouleversée et exposée à des chocs qui briseraient les grains. Les barres transversales fixe'es dans l’intérieur de la tonne empêchent la poudre de s’agglomérer, et augmentent le frottement. La durée du lissage dépend de l’état de l’atmosphère ; elle est d’autant moindre que l’air est plus sec ; elle varie de huit à douze heures. Il ne faut pas que la poudre soit trop lissée , elle s’enflammerait moins facilement. On doit regarder l’objet du lissage comme rempli quand les grains onc acquis un lustre mat. On retire alors la poudre des tonnes, en débouchant l’ouverture de celles-ci et en les laissant tourner lentement ; la poudre tombe dans les caisses placées sous ces tonnes, et on l’en retire ensuite pour la mettre dans des barils à main et la porter au séchoir. On doit faire remarquer que, pendant le lissage, le poussier qui est formé s’attache aux parois des tonnes sous la forme de crôûtes qui se mêlent ensuite à la poudre; on les fait tomber en frappant sur la tonne avec un maillet. On donne à ces croûtes le nom de ramandeaux.
- La poudre fine est séchée comme la poudre de guerre, et époussetée au tamis comme la poudre à mousquet ; on l’égalise ensuite, pour en séparer les ramandeaux qui pourraient s’y trouver mêlés. Au lieu de mettre la poudre de chasse dans des barils de 5o kilogrammes, on la divise maintenant par petites portions d’un huitième à un demi-kilogramme, qu’on renferme dans des rouleaux de papiers portant le cachet de l’administration des poudres et salpêtres, et l’on met ces paquets dans des barils ou dans des caisses.
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- Poudre de mine.
- On donne ce nom à la poudre qui est employée par les carriers et pour les travaux publics. On en diminue le prix aux de'pens de sa force , en faisant entrer dans sa compositioa moins de salpêtre que dans celle des poudres de guerre et de chasse. Le dosage de la poudre de mine est de 62 parties de salpêtre, 20 de soufre et 18 de charbon. On donne ordinairement au grain de cette poudre une grosseur telle, qu’on ne peut la confondre avec les autres. On la fabrique absolument comme la poudre de guerre.
- Poudre de commerce extérieur.
- On appelait autrefois cette poudre poudre de traite, parce qu’elle servait principalement à la traite des nègres. Son dosage est le même que celui de la poudre de mine, et on la fabrique comme la poudre de chasse , en ayant soin seulement de la lisser plus fortement, pour lui donner un éclat qui augmente sa valeur aux yeux des gens peu connaisseurs. Ou la grène à la grosseur de la poudre <le chasse. L’embarillage des poudres de commerce extérieur se fait d’une manière particulière : on place dans l’intérieur de chaque baril destiné a recevoir ces poudres, un sac de forte toile serrée, dont les bords sont renversés sur ceux du baril. Quand la poudre a été versée dans le sac de manière à remplir le baril, on relève les bords du premier , on les rapproche et on les noue fortement ; on enfonce ensuite le baril, qui n’est pas mis dans une chape comme ceux qui renferment la poudre de guerre.
- Poudre superjine.
- On a cherché depuis long-temps à fabriquer, pour 1 usage des chasseurs , une poudre de qualité supérieure. Ce résultat a été obtenu par différens procédés , qui consistaient à com primer fortement la matière après l’avoir soumise à 1 action
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- des pilons, de manière à en faire une galette très dure , que l’on réduisait ensuite en grains. On produisait cette galette , soit par l’usage des presses, soit par celui des meules ; mais ces divers moyens, étant ou très dangereux, ou fort dispendieux , on a été obligé de les abandonner et d’en chercher qui ne présentassent pas les mêmes inconvéniens. Le but proposé a été complètement atteint, et l’on est parvenu, sans employer d’autre moyen de compression que les moulins , à faire une poudre d’élite qui peut soutenir la concurrence avec les meilleures poudres étrangères.
- Nous allons décrire le procédé qu’on suit pour cela depuis vingt-cinq ans environ: ouïe doit, ainsi que beaucoup de travaux intéressans sur la fabrication de la poudre, à M. Robin , commissaire des poudres, qui a successivement dirigé, pendant trente ans, les deux poudreries les plus importantes de France, celles d’Essonnes et du Ripault.
- Quand on veut fabriquer de la poudre superfine , on commence par faire des compositions de poudre fine , qu’on bat et qu’on grène comme à l’ordinaire. Le poussier provenant de ces compositions est reporté au moulin , où on le rebat pendant trois heures, en l’arrosant de 3 à 4 pour îoo d’eau. On met dans les mortiers un peu moins de la charge ordinaire ; on se contente de la mesurer sans la peser ; on ne fait qu’un seul rechange pendant le battage, après la première heure. Cette opération terminée, on grène la matière, qui donne déjà un grain plus ferme que le premier. Le poussier est battu de nouveau ; le grain obtenu à la suite de ce nouveau battage est réuni au précédent ; il forme une poudre fine de choix ; on y joint le grain provenant du troisième poussier. Les poussiers suivans , jusqu’au huitième inclusivement, sont battus pendant quatre heures, avec des rechanges à la % des deux premières heures ; ou les arrose de 4 à 5 pour îoo d’eau ; ils produisent la poudre superfine ; on la grène avec un grenoir dont les trous ont moins d’un quart de ligne de diamètre. Le grain provenant de chaque battage est mis à part. On éprouve ensuite ces produits, et on les classe, en
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- raison de leur qualité relative , du n° 4 au n° 8. Ce classement n’a lieu que dans l’intérieur des poudreries. Les poudres superfines de tous les numéros sont vendues au public le même prix, et sans aucune distinction.
- Après le huitième battage, la qualité de la poudre, qui avait progressivement augmenté, diminue tout à coup, au point que le neuvième ne produit plus de poùch-e superfine. On attribue cet effet à une altération dans le dosage. On voit que ce procédé , qui donne une poudre de qualité supérieure, est bien simple, puisqu’il se borne à rebattre des poussiers un certain nombre de fois. 11 est inutile de faire observer que si l’on voulait se procurer une plus grande quantité de poudre superfine, on pourrait, au lieu de rebattre seulement les premiers poussiers, rebattre la totalité de la matière ; mais, dans ce cas, pour épargner la main-d’œuvre, on grenerait cette matière en guerre après chaque battage, au lieu de la grener en fine. Au reste, la qualité de la poudre dépend d’une infinité de circonstances inappréciables , et n’est point du tout constante ; c’est pour cela que le classement des poudres superfines est déterminé par l’épreuve, et non par le numéro du battage. On égalise avec soin la poudre superfine, et l’on se sert d’un égalisoir ou tamis de Quinlin, pour en retirer le fin grain , qui peut être employé pour le pistolet. On fait passer les égalisures à la poudre de chasse ordinaire.
- On a, pendant quelques années, fabriqué à la poudrerie d’Essonnes une poudre superfine de qualité supérieure, a laquelle on donnait le nom de poudre impériale. Cette poudre était le résultat du procédé suivant : les trois matières, pulvérisées séparément, étaient réunies au dosage de la poudre superfine ; après avoir battu la matière pendant huit heures, on la grenait d’abord en guerre, puis en fine. Cette matière, grain et poussier, était ensuite comprimée et transformée en galettes, par le moyen d’un moulin à meules cylindriques verticales, tournant sur une troisième meule établie horizontalement à hauteur d’appui. Les meules, du poids de i5ooD logrammes environ chacune, et en chaux carbonate'e fétide,
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- étaient mues par une roue hydraulique ; on leur faisait faire six révolutions par minute. Les galettes e'taient ensuite brisées avec des maillets, et gvenées très fin. On obtenait ainsi une poudre d’une très grande force ; mais on n’en pouvait faire qu’une très petite quantité à la fdis ( 3o kilogrammes ), et l’opération durait une heure. La lenteur de ce procédé de fabrication , les dangers dont il était accompagné , et qu’on n’évitait qu’à l’aide des plus minutieuses précautions, et surtout en ayant soin de maintenir constamment sous les meules une couche de matière d’une certaine épaisseur, ne permettaient pas d’en faire usage habituellement. On ne fabriquait ainsi que la poudre destinée aux chasses du souverain. Ce moulin à meules, ainsi que la plupart des ateliers de la poudrerie d’Essonnes, ont été incendiés au mois de mars i8i4- On ne l’a pas rétabli ; les meules avaient été entièrement calcinées et réduites en poussière. Ce mode de fabrication n’existe plus en France.
- Traitement des poussiers. On a vu que, par l’effet des opérations que nous avons décrites, une portion assez considérable de la matière soumise aux manipulations se trouvait à l’état de poussier. Ce poussier, qui a subi le battage, a tontes les propriétés de la poudre, sauf la forme du grain. Il ne s’agit donc que de le grener pour en faire de ia poudre : il faut pour cela donner à la matière la consistance nécessaire ; elle ne peut la recevoir que par le battage.
- Pour rebattre les poussiers , on les mêle avec les cgalisures, qui se trouvent absolument dans le même cas ; on ne pèse pas ces matières pour former la charge des mortiers, on se contente de les mesurer On met dans chaque mortier à peu près la charge ordinaire, qu’on arrose de 8 à i% pour 100 d’eau, selon les proportions dans lesquelles le poussier vert et le poussier sec entrent dans la matière soumise au battage (i).
- (il On appelle poussier vert celui qui a été obtenu pendant !e grenage de ia poudre, et auquel se trouvent réunis lepulvérin ou fin grain elles égalisâtes: ce poussier a été séparé de la poudre avant le séchage. Le poussier sec est celu i qui provient de la poudre se'chée, et qui est obtenu par l’époussetage.
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- Ce battage dure trois à quatre heures, avec un rechange après la première heure ; la matière est ensuite grene'e. Le poussier qui provient de ce grenage est mêlé avec les poussiers du premier battage. On ne fait aucune distinction entre les différens poussiers*qu’on obtient successivement, et leurs produits sont confondus avec ceux provenant de la matière neuve.
- Balayures. Nous avons dit que les ateliers à poudre étaient balayés avec soin, et qu'on mettait à part le poussier qui était ainsi recueilli. Les portions de balayures qui ne renferment point de corps étrangers peuvent être mêlées aux compositions de poudre de mine, pourvu que ce soit en petite quantité, afin de ne pas altérer le dosage ; car les balayures renferment toujours un excès de charbon, attendu que cette substance est plus volatile que le soufre et le salpêtre ; mais la plupart du temps les balayures sont trop impures pour qu’il soit possible de les employer ainsi , et l’on est obligé de les lessiver.
- Traitement des poudres avariées. Quand la poudre est altérée , on cherche à reconnaître , par l’analyse, en quoi consiste cette altération , à laquelle il est quelquefois possible de remédier, ce qu’on appelle radouber la poudre. Les avaries de la poudre proviennent, ou de ce qu’elle a été mouillée, ou de ce que son dosage a été détruit par l’humidité excessive de l’atmosphère, ou de ce qu’elle se trouve mélangée à des corps étrangers. Quand la poudre ne renferme pas beaucoup d’humidité, il suffit de la faire sécher de nouveau -T mais quand elle contient plus de 6 à 7 pour 100 d’eau, ce qu’on reconnaît en pesant une petite portion de cette poudre, et en h repesant après l’avoir fait sécher, il est nécessaire de la rebattre , pour lui rendre la densité qu’elle a perdue. et h grener ensuite comme de la matière neuve. Quand le dosage a été altéré, ce qui peut être un effet de l’humidité qui a dissous le salpêtre, on soumet une portion de la poudre a une analyse fort simple (par la dissolution et le lavage, V- C1 après), qui en fait connaître le dosage actuel ; on ajoute alors
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- la quantité de salpêtre qui manquait, et l’on rebat la matière , qu’on traite ensuite comme si elle provenait d’une composition ordinaire. Lorsque la poudre a été submergée dans l’eau de mer, on en sépare le salpêtre par la dissolution, mais on a soin de laver à l’eau saturée le sel provenant de l’évaporation à siceite', afin d’être bien assuré qu’il ne consiste plus qu’en salpêtre pur. Dans tous les cas où la poudre est trop altérée pour être radoubée, ou quand elle est mélangée à des graviers et à d’autres corps étrangers, il n'y a d'autre chose à faire que de la lessiver pour en retirer le salpêtre.
- Essais et procédés nouveaux. Les procédés que nous venons de décrire sont ceux qu’on a suivis exclusivement dans toutes les poudreries de France pendant les premières années du siècle. D’après l’expérience, ils avaient paru préférables à tous ceux qu’on avait employés précédemment, et qui étaient ou plus dispendieux , ou plus dangereux , ou moins satisfaisans dans leurs résultats , quant à la qualité de la poudre. Cependant la supériorité qu’on attribuait à quelques poudres étrangères , à celles de Suisse et d’Angleterre particulièrement, a excité l’émulation du Gouvernement français , qui a ordonné des recherches et des essais.
- On connaissait la fabrication de la poudre suisse ; elle diffère très peu de celle des poudres fines françaises. Cette poudre est faite avec du charbon de bois de noisettier et de coudrier, écorcé et cuit dans des chaudières ; elle est composée au dosage unique de-6 parties de salpêtre, sur 14 de charbon et 10 de soufre. La matière est battue avec des pilons ou des martinets, et après le grenage la poudre est arrondie dans des manchons de toile, auxquels on imprime un mouvement de rotation sur leur axe. Ce procédé, ayant déjà été essayé en France sans beaucoup de succès , c’est sur les procédés anglais que s’est portée toute l’attention des personnes chargées de la recherche ries perfectionneinens. L’un des commissaires les plus distingués de l’administration, M. Maguin, s’est rendu en Angleterre, et est parvenu à obtenir une connaissance assez exacte
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- du mode de fabrication suivi dans ce pays. On y pratique la distillation du charbon (i), la trituration des matières dans des tonnes , et leur compression en galettes. On a profité des renseigne mens qu’il a rapportés pour l’établissement de deux nouvelles poudreries , celles du Bouchet et à’ A ng ouïe me.
- Nous en aurions donné la description, si l’on avait pu con-side'rer comme définitivement adoptés, les procédés qui v sont en usage ; mais ces procédés , continuellement modifiés depuis six ans , ont donné des résultats tels , et par la multiplicité des explosions, et par les propriétés fâcheuses (2) de la
- (1) On a cru d’abord que la bonne qualité des poudres anglaises tenaii à l’emploi du charbon distillé ( ce mode de préparation a d’ailleurs l’avantage de donner on produit beaucoup plus considérable que tons les autres)5 avec du charbon distillé on a- fabriqué de la poudre par le procédé ordinaire. Cette poudre s’est trouvée d’une très médiocre qualité, et l’on- a reconnu que rosage du charbon distillé exigeait un mode de fabrication spécial pour la poudre, et qu’il n’était point susceptible d’étre introduit dans le système de fabrication par les pilons. C’est à l’emploi de ce charbon que la poudre anglaise doit la conleur brune ou rougeâtre qu’elle présente quand on l’écrase.
- (2) On ava t déjà fabriqué des quantités considérables de cette poudre, qui à l’éprouvette avait donné une bonne portée, îoisqu’on s’est aperçu qu’elle mettait, après un petit nombre de coups, les bouches à feu hors de service, en les fendillant et en déformant l’intérieur. On a expliqué cet effet, qui semblait résulter d’un excès de force, quoique le projectile ne fût pas porté plus loin que par la poudre de guerre ordinaire, en l’attribuant à l’in-flammation trop instantanée de la poudre fabriquée par les nouveaux procédés. Il résulte de cette instantanéité, que toute l’action de la poudre s'exerçant dans le premier moment, et avant que le projectile soit en mouvement, elle est dépensée en grande partie contre les parois de la pièce, à leur grand préjudice et sans profit pour la portée du boulet, tandis qu’avec la poudre ordinaire, Us premières portions de la charge qui prennent fen, ayant déplacé le boulet sans exercer un trop grand effort sur les parois de la pièce, la force produite par les autres portions qui s’enflamment successivement trouvant une moindre résistance du côté du boulet, qui est en marche, que des autres côtés, agit presque ent èremenf contre ce boulet, et «joute ^ chaque instant à son mouvement, de manière à lui donner une portée aussi grande que celle qu’on obtient avec l’autre poudre. On a été obligé de renoncer tout-à-fait à l’emploi de celle-ci pour les armes de guerre, et dans les deux nouvelles poudreries, on n’en fabrique plus que pour les armes chasse, qui, étant d’uné qualité supérieure, résistent mieux à Vùction destru'-thede cette poudre.
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- poudre fabriquée , que le Gouvernement a juge' à propos de suspendre l’introduction du nouveau système dans les autres poudreries. On s’est borne' à adopter l’emploi de quelques nouvelles machines, qui y est combiné avec celui des anciennes , de manière à produire des effets assez satisfaisans. Nous allons dire quelques mots de ces machines, parce que nous sommes fondés à croire que leur adoption est une véritable amélioration. Quant au mode de fabrication suivi dans les deux poudreries d’essai, nous attendrons, pour en rendre compte, que l’expérience en ait constaté les avantages et déterminé l’adoption définitive.
- Le perfectionnement dont nous avons à nous occuper consiste dans l’usage d’une machine à trituration ou mélangeoir, et d’une presse hydraulique. I/emploi de ces machines dans la fabrication de la poudre n’est point nouveau (i), mais elles font ici parti d’un système différent de celui dans lequel elles entraient autrefois, et leur usage n’est plus précisément le même ; leur construction a d’ailleurs été entièrement changée, et les modifications essentielles qu’elle a éprouvées ont fait disparaître les principaux inconvéniens des anciennes machines. Avant d’indiquer la manière dont ces deux machines sont actuellement employées , il est à propos d’en donner la description.
- Machine à trituration ou mélangeoir. La partie principale du mélangeoir est une tonne EE ( PI. 65, fig. 5 et 6 ) en cuir très épais , cloué sur un châssis en bois P, P, à l’intérieur
- (i) Les presses étaient employées dans le procède' de fabrication dit révolutionnaire, à l’aide duquel on est parvenu à fournir de la poudre aux quatorze arme'es qui de'fendaient le sol de la France, dans les premières années delà révolution. On doit ce procédé, et ceux qui ont été introduits à ta même époque dans la fabrication du salpêtre, h M. Carnv, qui fut chargé par le Gouvernement de l’établissement et de la surveillance des nouvelles poudreries et raffineries. L’important service que ce savant rendit alors à son pays a été trop tôt oublié, et l’on s’étonne avec raison de ne point retronvcr son nom dans la plupart des ouvrages relatifs à la fabrication de la poudre, et Même dans ceux où sonl décrits les procédés dont il est l’inventeur.
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- duquel il se trouve. Cette tonne est traversée par un axe B, B, sur lequel elle tourne, et qui se prolonge au dehors del’usme, au moyen d’un œillard perce' dans le mur ; il porte sur cette extrémité une roue dentée AA (fig. 5), qui s’engrène avec une autre roue du même genre , fixée sur l’arbre de la roue hydraulique. C’est au moyen de cet engrenage en fonte, placé à l’extérieur du bâtiment, que la machine est mise en mouvement. Il n’y a ainsi, dans l’intérieur de l’usine , qu’un seul tourillon L, qui soutient une des extrémités de l’arbre de la tonne. On diminue beaucoup par là les chances d’accidens qui peuvent être causés par Réchauffement des tourillons. L’axe B , B de la tonne est en fonte, et revêtu de bois. Cette tonne a environ 4 pieds de diamètre, sur 3 pieds 8 pouces de largeur: on applique intérieurement contre ses parois des côtes en bois K., K., K, K (fig, 6 ), fixées au châssis par des vis en cuivre ; nous,en ferons connaître la destination. On pratiques la tonne une porte F, F (fig. 5 et 6), formée, comme le reste, d’un châssis de bois recouvert de cuir. Cette porte est maintenue par des boulons à vis et écrous en cuivre a, a, a, a; on la manœuvre au moyen de deux poignées en cuir b, b. Dans certains cas , que nous indiquerons tout à l’heure, cette porte est remplacée par un châssis ( fig. 8 ) garni d’un grillage en fil de laiton.
- Pour éviter la volatilisation des matières , la tonne est renfermée dans une cage carrée CCCC (fig. 5 et 6 ), aussi formée de châssis en bois, recouverts intérieurement de cuir, et dans laquelle elle tourne librement. Cette cage est immobile; elle laisse passer par deux trous l’axe de la tonne. Le panneau supérieur DD de la cage peut s’ouvrir ( il est représenté ouvert dans la fig. 5 ), et l’on peut enlever le panneau inférieur H. Ces panneaux sont fermés avec soin lorsque la machine est en mouvement; ils sont alors maintenus au moyen des toui-niquets N, N (fig. 5). Une maie G (fig. 6 ) montée sur des roulettes, et dont les bords s’adaptent aux portions duchâssjs^r est placée sous la tonne, et sert à recevoir les matières, quand on veut vider celle-ci.
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- Il y a ordinairement deux tonnes dans une usine à trituration. La matière, dans les tonnes, se trouve soumise à l’action de gobilles en métal de cloche. Dans le mouvement de rotation , les gobilles, élevées par les côtes en bois dont on a parlé, retombent continuellement sur la matière , qui est ainsi triturée. C’est avec cette machine qu’on pulvérise aujourd’hui, dans plusieurs poudreries, le soufre destiné à la composition des poudres de guerre, de mine et de commerce extérieur, opération qui demande environ deux heures; mais on en fait surtout usage pour la fabrication des poudres de chasse.
- Quoique, en reportant l’engrenage à l’extérieur de l’usine, et en construisant en cuir les tonnes qui autrefois étaient en bois, ou ait éloigné les causes et diminué lès dangers des explosions, jadis si fréquentes avec les anciennes machines, on a cru devoir renoncer à triturer les trois matières réunies , et l’on n’introduit dans ces tonnes que des mélanges binaires. Une tonne reçoit de 80 à 100 kilogrammes de matière; on pulvérise ordinairement ensemble le soufre et le charbon d’une composition, et l’on charge dans une autre tonne le salpêtre , auquel on ajoute, pour faciliter sa trituration , une petite quantité de charbon, que l’on a soin de mettre de moins dans la première tonne, afin de ne pas altérer le dosage. Pour charger la tonne, on arrête la machine de manière que la porte de la tonne se présente à la partie supérieure ; un ouvrier s’en approche avec un baril de matière sur l’épaule , et verse cette matière dans la tonne ; on en referme ensuite la porte, ainsi que les panneaux de la cage, et l’on donne de l’eau à la roue hydraulique , en quantité suffisante pour que la tonne fasse vingt-quatre tours par minute. Quand' les matières sont bien pulvérisées, c’est-à-dire au bout de dix à douze heures, on arrête la machine et l’on remplace la porte de la tonne par le châssis ( fig. 8) garni de toile métallique ; on remet ensuite la machine en mouvement, et les matières passant à travers la toile métallique, lorsque la porte se trouve en bas, tombent dans la maie G (fig. 6 ) placée au-
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- dessous, taudis que !es gobilles sont retenues dans la tonne. Celte maie étant montée sur roulettes, on la tire au milieu de l’atelier, pour en enlever les matières , qui sont ensuite mélangées dans une maie (i) à l’atelier de composition, puis portées au moulin , où le battage ordinaire de quatorze heures est réduit à huit heures. La poudre et les poussiers obtenus par ce procédé sont traités comme nous l’avons indiqué en décrivaut le mode ordinaire de fabrication des poudres fines et superfines , à moins qu’on ne veuille faire usage de la presse hydraulique, dont nous allons nous occuper.
- On se sert de la presse hydraulique pour comprimer les poussiers, afin de leur rendre la consistance nécessaire pour être grenés. On trouvera la description détaillée de la presse hydraulique, à l’article Presse de ce Dictionnaire. Elle a l’avantage d’être mise en action- par un effort très peu considérable, et d’être dans toutes ses parties d’une grande solidité : sa supériorité sur les anciennes presses à poudre, qui n’étaient manœuyrées qu’à force de bras, et qui exigeaient des réparations continuelles et un renouvellement fréquent, est donc incontestable. Voici comment on applique cette presse à la fabrication de la poudre.
- La tablette en fonte que soulève le piston de la presse reçoit une caisse en bois de chêne solidement construite et fortifiée par des crampons en fer. La paroi antérieure de cette caisse est formée de planches qu’on peut enlever à volonté, et qui sont maintenues par de forts crochets. La caisse est ouverte à sa partie supérieure ; elle est montée sur des roulettes : quand on veut la charger, on la tire sur un châssis
- (i) Quelques commissaires sont dans l’usage de réunir, après la trituration,
- les trois matières dans une tonne, et de la faire tourner ainsi chargée pendant
- quelque temps, pour obtenir un mélangé plus complet. Ce procédé na» jusqu’à présent, oceasionè aucun accident. Il en est aussi qui, en remettant au moulin les poussiers de poudre de chasse, y mêlent e'gale quantité de matière triturée, et se contentent de battre ce mélange pendant quatre heureS* comme s’il ne renfermait que des poussiers. Il parait qu’ils obtiennent ainsi *me poudre de bonne qualité, malgré le peu de durée du battage.
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- établi devant la presse, et qui est exactement à la même hauteur que la partie supérieure du piston, lorsqu’il n’y a pas d’eau au-dessous. La machine a été enfoncée dans le sol de l’atelier, de manière à ce qu’un homme puisse facilement verser les matières dans la caisse ainsi posée. La caisse étant amenée sur le châssis , on y introduit une quantité de poussier plus ou moins considérable, selon qu’on veut obtenir des galettes plus ou moins épaisses. On a soin de donner préalablement à ce poussier un certain degré d’humidité. On recouvre cette première couche de poussier d’un plateau mince en bois ou en cuivre, puis on met une seconde couche de poussier, puis un nouveau plateau, et ainsi de suite jusqu’à ce que la caisse soit pleine. On place au-dessus un plateau très fort, sur lequel on dispose, en les croisant à angle droit, plusieurs rangs de chanteaux ou petits madriers carrés, puis on repousse la caisse sur le piston. Lorsque la pompe est mise en mouvement, le piston élève la caisse, et les chanteaux s’appuyant contre le chapeau de la presse, qui est fixé d’une manière invariable , s’enfoncent dans la caisse et compriment la matière. Pour décharger celle-ci, on fait redescendre le piston , on ramène la caisse sur le châssis, on enlève les chanteaux et la paroi antérieure de cette caisse ; il est alors facile d’en retirer les galettes. Ordinairement on presse roo kilogrammes de poussier à la fois , partagés en quatre couches de quelques pouces d’épaisseur, ce qui produit des galettes assez fortes. La disposition de la machine ( V. sa description) donne les moyens de calculer exactement la pression qu’on leur fait subir. Avant de grener la matière qui a été soumise à l’action des presses , on brise les galettes avec des maillets. Les frag-wens de galettes, beaucoup plus durs que la pâte ordinaire provenant des moulins , étant sujets ^ sauter hors des guil-lautnes pendant les premières opérations du grenage , on a soin de couvrir les guillaumes avec une toile que l’on assujettit au moyen d’une ficelle qui en serre les bords autour du crible.
- U y a des poudreries où l’on substitue presque entièrement
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- l’usage des presses à celui des moulins, pour le traitement des poussiers, même pour la fabrication de la poudre superflue. On obtient ainsi d’excellente poudre. Cependant quelques commissaires (i) se servent peu des presses, et ne les emploient que pour les poudres communes, et seulement dans le but de diminuer le service des batteries. Ils ont été conduits à renoncer à l’usage habituel des presses, d’après ces motifs , que le grain qui provient des galettes est très plat et plus anguleux que celui qui est tiré de la matière battue par les pilons , de sorte que les angles du grain se réduisent facilement en poussier pendant les transports. Cette poudre est aussi moins jolie à l’œil ; enfin, le grenage en est très long et très difficile, à cause de l’extrême dureté de la pâte; mais cette dureté étant un des élémens de la bonne qualité de la pondre , il nous semble qu’on devrait y voir un motif en faveur de l’usage des presses, du moins pour les poudres de choix.
- Inflammation de la poudre, ses produits, son analyse.
- Après avoir exposé les procédés mis eu usage pour la préparation des poudres de diverse nature, et décrit les instrumens propres à leur confection , il nous reste à examiner les circonstances dans lesquelles la poudre s’enflamme, les produits auxquels sa combustion, soit lente, soit rapide , opéree a l’air ou en vaisseaux clos, peut donner lieu ; enfin , les moyen8 d’en faire l’analyse, c’est-à-dire d’en séparer les élémens et d’en déterminer les proportions.
- Proust a fait, relativement à la fabrication de la poudre a canon, uu grand nombre d’expériences sur la combustion e mélanges de nitre et de^charbons provenant de diverses subs tances; nous en ferons connaître les résultats les plus m iéressans.
- (i) Les agens de l’administration des pondres et salpêtres, chargés àe direction des êtablissemens, portent le titre de commissaires.
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- Tl se servait, pour opérer cette combustion, d’un tube de laiton de 2 lignes et demie de diamètre intérieur, d’une demi-ligne d’épaisseur, et de 3 pouces de longueur. Ce tube, dans lequel il introduisait 72 grains de mélange, formé de 60 grains de nitre pur et de 12 grains de charbon , était plongé dans un verre d’eau, et y flottait au moyen d’une plaque de liège qu’il traversait; le mélange était embrasé au moyen de l’amadou ; puis on recouvrait le tube d’une cloche munie d’un robinet ouvert, qu’on enfonçait jusqu’à ce qu’il restât 20 pouces cubes d’air, et qu’on plaçait sur la tablette de la cuve, quand on avait pour but de recueillir les gaz.
- On remarquera, dans le tableau suivant, beaucoup de différences entre la durée de la combustion, et les résidus qu’elle a fournis, quoique Proust eût agi sur des quantités égales de charbon et de nitre.
- Dorée de la combustion Grains restes dans en secondes. le tube.
- 60 grains de nitre et i2 grains de
- charbon de sucre...............70 ..........4 8
- ---------fusain..................21 .......... 27
- •---------bourdaine..............20................24
- ---------pin. . . ...........11 ..........3o
- ---------tiges de pois chiches. i3 ............. 21
- ----------sarment..............11 ..........20
- -----------chanvre...............10 12
- ---------d’asphodèle.............10 12.
- Le charbon de sucre ne peut, comme on le voit, entrer en comparaison avec ceux de toutes les autres substances, qui brûlent beaucoup plus promptement et plus complètement (jue lui.
- Parmi les trois derniers , qui sont évidemment les plus propres à la fabrication de la poudre , Proust préfère le charbon de clienevotte, non-seulement parce que sa combustion est plus rapide , mais parce qu’il est assez divisé pour n’avoir
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- pas besoin d’être pulvérisé avant le mélange , et parce qu’il 11’est point nécessaire d’écorcer la clienevotte, comme ou écorce le bourdaine, auquel jusqu’à présent on a généralement donné la préférence.
- La proportion du charbon mêlé au nitre influe sur la durée de la combustion et sur le poids du résidu ; et, ce qui est fort remarquable, l’une et l’autre diminuent à mesure que la quantité du charbon est plus considérable.
- Proust avait eu pour produit de la combustion de ces mélanges, de l’acide carbonique, du gaz oxide de carbone, du gaz hydrogène carboné , qui, selon lui, proviennent en partie de l’eau décomposée par le carbone rouge ; du gaz azote, du gaz nitreux, de l’hyponitrite ou du nitrate de potasse; dessous-carbonates de potasse et d’ammoniaque; enfin, du cyanure de potassium.
- Proust pense que dans les circonstances où l’on manquerait de soufre , comme dans une ville assiégée , on pôurrait se servir d’une poudre formée d’une partie de charbon, et de 4 parties de nitre, pourvu qu’elle fût employée immédiatement après l’avoir grenée , pour éviter qu’elle ne s’humecte à l’air.
- Ce célèbre chimiste ayant opéré la combustion de la meme manière qu’il a été dit plus liaut, de mélanges de soufre, de nitre et de charbon, a observé que du soufre ajoute a 4 parties de nitre et à i partie de charbon accélère la combustion de ce mélange de neuf secondes à six, et augmenteIe volume du gaz produit, tandis qu’au contraire un excès de soufre ralentit la combustion du mélange.
- Le mélange de nitre , de charbon et de soufre, dans les proportions indiquées ci-dessus , et constituant proprement la poudre, s’enflamme dans le vide et à l’air, soit par le choc, soit par une élévation de température.
- Proust a obtenu de la poudre qui avait brûlé successive ment dans un tube , les produits suivans : de l’acide nitreux rutilant, du gaz nitreux , de l’azote, de l’acide carbonique de l’oxide de carbone, de l’hydrogène carboné, de Phydr°gene sulfuré, du sulfure de potasse, du sous-carbonate de potasse.
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- du cyanure de potassium, du nitrate ou de l’hvponitrite de potasse, et du charbon.
- MM. Collin et Taillefer, ayant fait de'toner de la poudre rapidement, n’ont trouve' dans ses produits ni acide nitreux, ni gaz nitreux , ni cyanure de potassium, mais un peu de sous-carbonate d’ammoniaque.
- M. Chevreul ayant fait brûler de la poudre dans un tube de cuivre sous une cloche pleine de mercure, a eu pour produit 100 volumes de gaz, composés ainsi qu’il suit :
- Acide carbonique............... 45)4*
- Gaz azote......................... 3^,53
- Gaz nitreux........................ 8,10
- Gaz hydrogène sulfuré....... o ,5g
- Gaz inflammable formé d’oxîgène, de carbone et d’hydrogène._____ 8,37
- 100,00.
- Proust a conclu de la présence du gaz hydrogène carboné et du sulfure de potasse dans le produit de la détonation de la poudre, qu’il devait y avoir une seconde combustion de ces corps * lorsque, à leur sortie de l’arme, ils arrivaient au contact de l’air dans un état de chaleur suffisant pour se combiner à l’oxigène ; que dans ce cas il se produisait de l’eau, de l’acide carbonique et du sulfate de potasse , et que la flamme devait être l’effet de cette seconde combustion.
- Le sulfure de potasse étant considéré comme l’un des produits de la détonation de la poudre en vaisseaux clos , on conçoit comment Proust a été conduit à établir que le soufre, quelle que soit sa quantité, n’enlève point au nitre d’oxigène, qui se porte tout entier sur le carbone, d’où il résulterait que le soufre ne contribue à la production de la lumière de la Poudre enflammée , que quand la combustion s’opère au milieu de l’air.
- Mais à l’époque où Proust tirait de son travail cette dernière conséquence, les expériences de MM. Vauquelin et berzélius, et celles de M. Berthier, n’avaient point encore fait
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- connaître, d’une part, que le soufre est capable de réduire à chaud la potasse en sulfure de potassium, et en sulfate de potasse, dans les proportions de trois quarts du premier, et d’un quart du second; et de l’autre, qu’à une chaleur assez élevée, le charbon ramène le sulfate de potasse à l’état de sulfure de potassium.
- Si, en conséquence de ces faits, on admet que dans le dosage de la poudre il y a excès de carbone, non-seulement tout i’oxigène du nitre, mais encore celui delà potasse, doit se porter sur le charbon, tandis que le soufre s’unit au potassium, et contribue par là à la détonation de la poudre. Il résulterait encore évidemment de ces faits, qu’en employant les quantités de nitre, de charbon et de soufre ci-dessus prescrites pour la confection de la poudre, on ne devrait avoir pour produits de la combustion en vases clos, que de l’acide carbonique, du sulfure de potassium et de l’azote.
- A l’appui de cette conjecture très vraisemblable, et qui n’est que la conséquence des faits établis par les travaux de ï,IM. Yauquelin, Berzélius et Berthier, M. Chevreul a présenté des considérations théoriques fondées sur le système atomistique : il a cherché à déterminer par le calcul, et d’apres le poids des atomes fixé par M. Berzélius, quelles quantités de nitrate de potasse, de soufre et de charbon seraient nécessaires pour n’obtenir que les trois produits présumés,
- Au moyen de ce calcul, que nous empruntons à 1 auteur.
- et que l’on suivra avec intérêt, il est constant que les quantités des substances qui forment la poudre coïncident presque exactement avec le dosage adopté dans les poudreries pou> la fabrication de la poudre de guerre :
- Poids.
- Aton:'1 OS. 1°
- T atome de nitrate de potasse.. a5B.'j,85 ou
- 4o2,32, CB 401,98, ci.
- 2 atomes de soufre.. 6 atomes de charbon
- Total des a:oines
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- Dosage adopté pour la poudre de guerre •
- .... 75
- .... 12,5o
- .... 12,5o.
- Après la détonation on doit avoir :
- Ce qui donnerait pour le dosage de la poudre.
- ISilrate de potasse...... 74*^0
- Soufre......*................ 11,87
- Charbon..................... i3,3o
- 6 atomes d’acide carbonique..... < oxi^ene..... 12
- ( carbonate... 6
- 1 atome de sulfure de potassium . J ®ot.fre...... a
- ( potassium... 1
- 2 atomes d’azote, ci............................. 3
- Total des atomes, égal au précédent... 23.
- Dans ses recherches sur les effets des détonations, M. le capitaine Brianchon estime : i°. qu’un litre de poudre, pesant goo grammes, produit par sa combustion 216 litres d’acide carbonique, 72 litres d’azote , et de la vapeur de sulfure de potassium , dont le volume peut être hypothétiquement porté à 112 litres; 2°. que la température produite par la combustion de la poudre s’élève à 2400 degrés. D’après ces évaluations , et à cette tempe'rature, les 4oo litres présumés, mesurés à zéro et sous la pression de ora,y6, occuperaient, d’après la loi de M. Gay-Lussac, 4000 litres, d’où il s’ensuivrait que le volume de la poudre est à celui des fluides, élastiques qu’elle développe pendant sa combustion,, comme 1 est à 4000.
- Il est constant, d’après l’exposé qu’on vient de faire , que pendant la combustion de la poudre, il se forme des corps dont le volume peut être plusieurs milliers de fois plus grand qu’il ne l’était auparavant. De cette expansion énorme, résulte une force plus ou moins considérable, qui, dans les armes à feu, agit sur l’obstacle mobile, et !e chasse plus ou moins loin. Cette action 11e peut être exercée que parles gaz instantanément développés ; elle est nulle de la part de ceux qui ne se formeraient qu’après que le corps est lancé. Ainsi, le
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- problème à résoudre pour obtenir la meilleure poudre, est de préparer un me'Iange qui par sa de'tonation doit, dans un temps donné, développer la plus grande quantité de gaz.
- Pour évaluer la force de la poudre, on fait usage d’un instrument qu’on nomme Épbodvette. ( V. ce mot, où l’on trouvera la description de cet instrument, le moyen de s’en servir et les résultats qu’on en obtient. )
- On fait l’analyse de la poudre au moyen de procédés fort simples. On dessèche la poudre, on en prend une quantité quelconque exactement pesée,, que l’on traite par l’eaii; on filtre la dissolution, et on l’évapore à siccité ; le résidu fondu dans un creuset de platine, donne rigoureusement le poids du nitre ; la portion que l’eau n’a point dissoute est chauffée avec une dissolution de potasse, qui se charge du soufre sans toucher au charbon ; celui-ci, lavé avec soin , est séché à la même température que la poudre employée. Les poids du nitre et du charbon étant connus, on pourrait se dispenser de rechercher le soufre ; car pour connaître la proportion de celui-ci, il suffirait de défalquer du poids total de la poudre la somme des deux premières substances ; mais si l’on veut pousser plus loin l’exactitude , on étend d’eau le sulfure hydrogéné, on y fait passer uu courant de chlore jusqu’il ce qu’il y en ait un excès : le soufre se trouve converti en acide sulfurique , que l’on précipite par une dissolution d’hydrochlorate de baryte ; le sulfate de cette base, lavé et calciné, donne exactement le poids du soufre.
- On peut varier cette analyse de la poudre de la manière suivante : on fait sécher la poudre , on en lessive une quantne donnée, ou filtre , on évapore, et l’on fond pour avoir k poids du nitre. D’un autre côté, on prend une partie de poudre, une partie de carbonate de potasse , une partie de nitre, et quatre parties de chlorure de sodium; on fait un mélange de ces quatre substances, que l’on pulvérise dans ua mortier, et que l’on chauffe au rouge dans un creuset de ph tine. Le soufre , retenu par l’alcali, s’acidifie ensuite pa‘ l’oxigène du nitre, et se combine à mesure qu’il est loin*
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- . POUDRE A VERS. 4oi
- avec la potasse Le sulfate de potasse qui en résulte étant dissous dans l’eau, et la dissolution étant sursaturée par de l’acide nitrique, on en précipite l’acide sulfurique par l’hy-drochlorate de baryte, puis on lave et l’on calcine le sulfate de baryte pour avoir lè poids du soufre. L*****r.
- POUDRE A POUDRER. V. Parfumeur.
- POUDRE A VERS. Préparation médicamenteuse employée contre les affections vermineuses. Il en existe plusieurs recettes ; les plus recommandées sont les suivantes :
- Poudre vermifuge du nouveau Codex.
- R. Coralline de Corse, V
- Semen-contra, i
- Sommités d’absinthe, I
- -------de tanaisie, ) aa parties égales.
- Feuilles de scordium,
- ------- de séné,
- Rhubarbe choisie,
- Poudre anihelmintique du Code de Parmentier.
- R Coralline mondée pulvérisée, 1 , ,
- . \ aa parties égalés
- Semen-co-ntra, ta., )
- Mêlez. La dose est depuis 24 grains jusqu’à 1 gros.
- Poudre anihelmintique, Pharm. TVurt.
- R. Poudre de racines de fougère,
- ------ id., rhubarbe,
- ------de semen-contra,
- ------de mousse de Corse,
- aa parties égales.
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- Tome XV U
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- POUDRE DE FUSION.
- 4oa
- Poudre vermifuge pour les chevaux, Pharm. de Lebas
- R. Soufre,
- Mercure cm, Fougère mâle, Rhubarbe indigène, Tauaisie,
- Gentiane,
- Absinthe,
- Sabine,
- Âloès,
- 6 parties.
- aa 2 parties.
- aa 1 partie.
- La dose est de 2 onces pour un cheval.
- Poudre vermifuge pour les moutons.
- R. Covalline de Corse, "j
- Fougère mâle, £ aa 4 parties.
- Tanaisie, î
- Rhubarbe indigène, 2 parties.
- Mercure doux, 5 partie.
- Mêlez. La dose est de 3 gros pour un mouton.
- Quelques préparations mercurielles , et principalement le mercure doux, passent pour d’exeellens vermifuges, et les médecins leur accordent souvent la préférence, surtout en raison de la facilité qu’ils ont à l’administrer aux enfans. On mélange le mercure doux avec un peu de sucre, et on le divise par prises. R.
- POUDRE DE FUSION {sirts chimiques), est le nom qu*® donne à un mélange de 3 parties de nitre, d’une partie de soufre et d’une partie de sciure de bois. Si l’on remplit h moitié d’une coquille de noix de ce mélange, au milieu du* quel est placée une petite pièce de monnaie, et qu’on ® approche un corps en ignition, le mélange brûle vivement avec
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- POUDRE FULMINANTE. 4o3
- une flamme brillante, et le métal, converti en sulfure plus fusible qu’il ne l’est lui-même, est fondu avec tant de promptitude , que la coquille où la combustion s’opère reste parfaitement intacte' L*****r.
- POUDRE D’OR pour mettre sur l’écriture. C’est un simple mélange de sable et de mica. R.
- POUDRE D’OR pour les peintres, ou or en coquilles. Cette préparation s’obtfent ordinairement en broyant des feuilles d’or avec des substances dures et solubles, qui ne .soient pas susceptibles de réagir sur l’or et de le ternir, soit en l’oxidant, soit en le sulfurant. On prend donc des feuilles d’or, et on les broie dans un mortier de verre ou de porcelaine, avec du sulfate de potasse en petits cristaux et très pur ; lorsque le tout est réduit en poudre excessivement fine, on met cette poudre dans un vase allongé, en verre, et l’on y ajoute de l’eau pure et qui n’ait point séjourné dans des vases métalliques ; on agite avec une baguette en verre ; on couvre le vase ; on laisse déposer, puis on décante, et l’on renouvelle l’eau jusqu’à ce qu’elle n’entraîne plus rien , puis on fait sécher sans chauffer. Quand l’opération est bien conduite, on obtient ainsi de l’or excessivement divisé, et qui a conservé tout son brillant. ‘ R-
- POUDRE FULMINANTE ( Arts chimiques). Mélange pulvérulent, dont la détonation , opérée par la chaleur, est beaucoup plus considérable que celle de la poudre à canon. On prépare cette poudre en triturant dans un mortier 3 parties de nitre, 2 de potasse caustiqüe et une de soufre ; on la conserve dans un flacon. 25 à 3o grains de cette poudre chauffés dans une cuillère de fer, à l’air libre, se fondent et font entendre, au bout de quelques minutes, une explosion beaucoup plus bruyante que celle que produirait un fusil fortement chargé. Un mélange de nitre et de soufre ne détone que faiblement, parce que le soufre brûle lentement et partielle-ment ; mais le soufre converti en sulfure dans le mélange des trois corps, retenu et fixé par la potasse, reçoit une chaleur capable d’opérer à la fois sa combustion totale, et de mettre
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- 4o4 POUDRES MÉTALLIQUES,
- rapidement une grande quantité' d’air en vibration sonore.
- L****+b.
- POUDRES MÉTALLIQUES POUR ARGENTER ET POUR DORER ( Technologie). On voit à Paris, sur les ponts, sur les quais, sur les places publiques, des charlatans qui vendent des petits paquets dune poudre blanchâtre propre à blanchir le cuivre et le laiton , de manière à le faire paraître argenté. Nous allons donner plusieurs proce'dés pourUibtenir non-seulement Vargenture, mais même la dorure sur le laiton.
- Procédé pour blanchir le cuivré avec ou sans argent.
- On fait fondre, dans une cuillère de fer, 23 grammes (6 gros) d’étain bien pur ; lorsqu’il est fondu, on y ajoute a3 grammes (6 gros) de bismuth ; on remue le mélange avec un fil de fer, jusqu’à ce qu’on soit assuré que le bismuth est entièrement fondu. On retire alors le tout du feu , et l’on y ajoute 23 grammes ( 6 gros ) de mercure ; on remue encore pendant quelques instans, et l’on verse le tout sur un marbre, pour le laisser refroidir.
- On pile cette composition , qu’on nomme argent musif, on la passe au tamis de soie , et on la mêle avec quatre fois autant , c’est-à-dire 276 grammes (9 onces) de blanc d’Espagne, passé aussi au tamis de soie , et la poudre est préparée. H suffit d’en frotter fortement avec un morceau d’étoffe le laiton , pour qu’il soit blanchi et paraisse argenté : cependant cette argenture n’est pas solide ; Vile se dissipe promptement.
- L’argent musif est beaucoup plus utile pour les décorations , et surtout pour orner le papier peint. La composition est la même ; on la pile et on la tamise comme nous 1 avons dit, mais on 11e la mêle pas avec du blanc d’Espagne. Ou délaie la poudre d’argent musif dans du blanc d’œuf) ffu vernis ou de l’alcool, dans lequel on a fait dissoudre de b gomme arabique. On l’applique , avec le pinceau, sur le p* piev, le bois, les métaux, et on le polit avec la dent de loup-Alors il conserve son brillant métallique pendant long-£enlPs-
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- poudres métalliques: 4o5
- Amalgame propre à argenter le cuivre; par AL Strattingh, professeur à Groningue.
- On broie, dans un mortier qui ne soit pas de cuivre, une partie de raclure d’e'tain fin ou de feuilles d’étain , avec deux parties de mercure. L’amalgame ne tardé pas a se former ; il est à demi coulant, et a une consistance butireuse ; on ajoute ensuite Une partie d’argent précipité de son nitrate par le cuivre et lavé avec soin ; on broie de nouveau : l’amalgame s’empare de cette poudre avec avidité. On incorpore alors six à buit parties de poudre d’os calcinés. Le mélange solide qui est obtenu étant frotté sur une surface nette de cuivre rouge, au moyen d’un morceau de toile humecté d’eau, y adhère promptement et donne un platinage aussi beau que solide. Oii frotte ensuite avec une étoffé sèche, et l’on voit paraître une surface d’un éclat blanc argentin , qui ne le cède en rien au platinage du plus beau plaqué. On ne doit pas sortir de ces doses si l’on veut obtenir un succès complet. Ce platinage résiste en partie à une chaleur rouge modérée.
- La même poudre peut être appliquée avec avantage sur le cuivre jaune ou laiton ; il prend un très bel éclat d’argent bruni. La poudre d’argent, outre qu’elle divise convenablement l’amalgame par le frottement qu’élle exerce , donne au métal un surcroît de poli qui le rend singulièrement disposé à s’approprier l’amalgame. Le platinage fait d’après cette méthode résiste un peu moins à l’impression de l’air que celui qui est fait avec la poudre d’argent seule ; l’addition d’un peu de savon ne nuit pas à l’effet.
- Lorsqu’on doit opérer sur des objets nombreux ou d’une grande étendue , on fait bien d’enduire le métal d’une couche de nitrate saturé de mercure , ce qui procure une amalgamation préalable, et facilite beaucoup l’action subséquente de la poudre.
- Maniéré de blanchir les pièces de laiton.
- On prend de l’étain fin de MaSaca ou de Banca ; c’est le
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- 4o6 POUDRES MÉTALLIQUES,
- plus pur ; on le re'duit en rubans; on le jette dans une marmite d’une grandeur suffisante pour que les pièces qu'on veut blanchir puissent y être à l’aise. Cette marmite contient déjà, aux trois quarts pleine, de l’eau bouillante dans laquelle on a fait dissoudre de la crème de tartre , dans la nro-portion d’une once sur quatre-vingts onces d’eau. C’est lorsque la crème de tartre est dissoute qu’on y jette l’étain. On fait bouillir pendant un demi-quart d’heure, et l’on y jette ensuite les pièces qu’on veut blanchir : quelques instans après on les retire blanches, et on les rend brillantes sur le tour, ou avec la dent de loup.
- On remplace l’eau au fur et à mesure qu’elle s’évapore. Ce bain sert pendant tout le temps que l’étain n’est pas épuisé. Si le blanchiment ne venait pas bien, il faudrait ajouter un peu de crème de tartre en poudre. C’est le procédé qu’on suit pour l’étamage des épingles.
- Argenture au pouce.
- On prend de l’argent fin ou de coupelle , que l’on rend très mince , soit par le laminoir ou par le marteau ; on le coupe par petits morceaux, et on le jette dans de l’acide nitrique contenu dans un vase de verre ou de porcelaine. Lorsque l’argent est dissous, on jette encore dans ce vase deux fois autant d’eau distillée qu’il y a d’acide nitrique.
- On suspend au milieu de l’eau une planchette de cuivre rouge bien décapée ; on l’y laisse pendant un quart d’heure : l’argent vient se déposer sur la surface. Lorsqu’elle en est couverte , on la retire, on y en met une autre, et Ton jette la première dans un autre vase plein d’eau fraîche ; l’argent se détache de la planche de cuivre et se dépose au fond du vase. On réitère cette opération jusqu’à ce qu’on ait retire tout l’argent que l’acide nitrique tenait en dissolution.
- Lorsque l’argent est détaché du cuivre , on le lave dans la même eau, et Ton continue à le laver dans deux ou tr°lS eaux; ensuite, on décante et on laisse l’argent presquà sec, on le met dans un mortier de cristal.
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- POUDRES MÉTALLIQUES. 407
- • Sur un gros de cette poudre d’argent, on met deux gros de crème de tartre et autant de sel commun bien blanc. On broie parfaitement le tout ensemble, et l’on ajoute quelques gouttes d’eau claire, de manière à en former une espèce de bouillie.
- Avec un linge fin et serré, dont on enveloppe le doigt, on prend un peu de cette pâte, et l’on en frotte la surface du laiton bien décapé et bien propre. On a près de soi un vase plein d’eau tiède, dans lequel on a fait dissoudre une pincée de cendres gravelées. C’est dans cette eau tiède qu’on lave la pièce de laiton blanchie ; ensuite on la trempe dans de l’eau pure et tiède, et enfin dans de l’eau froide et claire." On essuie l’ouvrage avec un linge blanc de lessive, et l’on expose la face blanchie devant le feu, jusqu’à ce qu’il ne paraisse plus d’humidité
- Avec un peu d’adresse , ce procédé réussit parfaitement j il faut laver avec promptitude.
- Poudre (Targent. Indépendamment de la poudre d’argent fin, que l’on peut facilement obtenir en le précipitant par le cuivre, du nitrate d’argent, ainsi que nous l’avons dit plus haut, on se la procure aussi facilement en broyant sur le porphyre des feuilles d’argent, en livrets, avec du miel, comme nous allons l’expliquer pour obtenir la poudre d’or.
- Diverses 'poudres métalliques pour dorer le cuivre.
- i°. Ormusif. On trouve, dans tous les traités de Chimie, diverses recettes pour préparer l’or musif. M. Pelletier, qui s’est beaucoup occupé de cet objet, a publié le procédé suivant pour préparer en grand l’or musif, que les chimistes désignent sous la dénomination de sulfure d’étain.
- On chauffe dans une cuillère de fer 214 grammes ( y onces) d’étain fin, sur lequel on verse, lorsqu’il estfondu, 2i4gramm. de mercure. On laisse refroidir cet amalgame , et on le triture dans un mortier avec 153 grammes (5 onces) de fleur de soufre, et g2 grammes ( 3 onces ) de sel ammoniac. On place ce mélange dans un creuset évasé, de manière à n’en faire
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- 4o8 POUDRES MÉTALLIQUES,
- entrer qu’au tiers de sa hauteur; on introduit ensuite dans le creuset un couvercle en terre, e'chancré en plusieurs endroits. Ce couvercle doit entrer dans le creuset de manière qu’il se trouve à un pouce au-dessus de la matière ; on recouvre ensuite le creuset d’un second couvercle, qu’on y lute avec un peu d’argile de'trempe'e. Le creuset ainsi disposé , on le place dans un creuset plus grand, qu’on remplit de sable. Par ce moyen, le creuset contenant le mélange nécessaire pour l’or musif se trouve dans un bain de sable. Alors on plaee cet appareil immédiatement sur la grille d’un fourneau ordinaire, et on le chauffe ensuite avec précaution. En général, pour avoir de bel or musif, il faut qu’il soit préparé à une chaleur très douce et long-temps continuée : le degré de feu nécessaire pour sublimer le sel ammoniac est celui qu’il faut maintenir pendant que l’on fait cette opération, qui exige ordinairement de huit à dix heures; il n’v a pas même d’inconvénient à continuer le feu plus long-temps, pourvu toutefois qu’on ne le pousse pas au-delà du degré indiqué. À ce degré de feu, l’or musif n’est pas décomposé.
- Lorsque l’or musif est ainsi préparé et refroidi, on le pile, on le tamise au tamis de soie, et on l’enferme dans des flacons bouchés à l’émeri, pour l’employer de différentes manières, selon l’usage auquel on le destine.
- Pour dorer le cuivre ou le laiton, on en mêle une partie avec six parties d’os calcinés et tamisés bien fin, et, par le seul frottement avec un morceau de toile imbibé d’eau, on obtient une imitation de la dorure ; on essuie avec un linge fin et sec, et l’on polit avec une dent de loup.
- Pour dorer le bois, le papier, le carton, on délaie la poudre d’or musif dans du blanc d’œuf ou du vernis clair, ou bien de l’alcool dans lequel on a fait dissoudre de la gomme arabique; on l’applique avec un pinceau de blaireau, et on le polit avec la dent de loup.
- On se sert aussi d’une poudre de cuivre qu’on obtient par précipitation du nitrate de cuivre, en y plongeant des morceaux de fer bien décapé. On lave bien cette poudre de cuivre; elle
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- sert pour la dorure, mélangée avec 6 parties de poussière d’os ealcinés. ' •
- Autre maniéré de dorer le cuivre. On mêle ensemble une partie de zinc et douze de mercure, et l’on jette ce mélange dans de l’acide hrdrochlorique (muriatique); on y ajoute un ou deux feuillets d’or et du tartrate acidulé de potasse. Après avoir nettoyé soigneusement, avec de l’acide nitrique, la pièce de cuivre qu’il s’agit de dorer, on la laisse bouillir dans le mélange, où elle prend parfaitement bien la:dorure. Deux fils de laiton ainsi dorés ont été tirés, à la filière, à une grande finesse, ce qu’rfh ne peut obtenir du fil de laiton non doré. On les emploie pour la fabrication des galons.
- Ce procédé a beaucoup d’analogie avec celui qu’on emploie pour l’étamage des épingles, dont nous avons parlé plus haut.
- Autre poudre à dorer. On prépare cette poudre de la même manière que l’or fin, dont nous allons parler; et l’on se sert pour cela de l’or d’Allemagne, qui se vend en livrets comme l’or fin en feuilles.
- On emploie ce dernier procédé pour les tapisseries de papiers peints, pour décorer les cartonnages, le bois, et même pour dorer le cuivre, le laiton, l’étain ; mais on est obligé de les recouvrir d’une couche légère de vernis qui les préserve de l’oxidation.
- Préparation de la poudre d'or fin. On prend de l’or en feuilles, qu’on broie avec de la mélasse et du miel sur un porphyre. Quand on s’aperçoit qu’il est parfaitement divisé , on verse le tout avec une grande quantité d’eau dans un vase, et l’on agite jusqu’à dissolution complète du miel ou de la mélasse : on laisse alors reposer la liqueur, et l’or se précipite en poudre très fine au fond du vase. On décante ; on lave à grande eau, et de la même manière, jusqu’à ce qu’il ne reste plus de matière étrangère ; on sèche la poudre, on la met dans des flacons tien bouchés. On peut s’en servir immédiatement.
- Le mode d’application le plus simple et le plus économique de la poudre d’or consiste à se couvrir le doigt d’un morceau très doux de peau de. chamois, qu’on trempe dans la poudre ;
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- on frotte légèrement le doigt, ainsi couvert, sur une autre peau qui retient les particules les moins adhérentes : on peut alors promener en sûreté le doigt sur les parties où l’on doit appliquer la poudre. Cette méthode permet de l’étendre avec exactitude et de forcer les teintes ou de les adoucir, selon qu’il est nécessaire. Le vernis est inutile quand on emploie l’or fin.
- Procédé de la dorure au pouce.
- L’eau régale, que les chimistes appellent acide hydro-cMoro-nitrique, est le seul acide qui puisse dissoudre l’or.
- On le prépare en mêlant deux onces d’acide nitrique pur et une once d'acide muriatique concentré. Ce mélange doit se faire avec précaution, afin de ne pas casser le flacon dans lequel on l’opère. On verse petit à petit l’acide muriatique, et l’on agite chaque fois le flacon, qui, sans cela, s’échauffe considérablement.
- On prend des feuilles d’or dont se servent les doreurs sur bronze, qui est très aminci et pur; on le jette par morceaux dans l’acide : il s’y dissout assez promptement, et l’on n’ajoute un second morceau que lorsque le premier est presque entièrement dissous. On en ajoute jusqu’à ce que l’acide refuse d’en dissoudre.
- Cette dissolution se fait dans un petit matras placé sur un bain de sable posé sur de la braise.
- La proportion est celle qui suit : pour un gros d’or, oc met deux onces d’eau régale.
- Lorsqu’on veut que la dorure soit rouge, comme le vermeil ou l’intérieur d’un calice, on ajoute douze on quinze grains de cuivre de rosette bien mince. La dorure est d’autant plus rouge qu’on a mis plus de cuivre, et d’autant plus jaune qu’oo en a mis moins.
- Lorsque ces matières sont bien dissoutes, on verse goutte » goutte cette dissolution sur de vieux chiffons fins et bien pr0 près qu’on a placés dans un vase de verre ou de porcelaine, en quantité suffisante pour absorber toute la liqueur ; on les la*ss
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- bien se'cher ; on les met ensuite dans un plat de porcelaine sans les tasser ; on les allume avec une allumette dont on a ôte' le soufre : la cendre que donnent ces chiffons est l’or en poudre.
- Lorsqu’on veut dorer quelque objet, soit en argent, soit en cuivre, après lui avoir donné le degré de poli qu’on nomme adouci, on mouille légèrement un bouchon , on le trempe dans la boîte qui contient la poudre, on frotte l’ouvrage avec ce bouchon. Lorsqu’on voit que la couche est assez épaisse, on cesse de frotter : alors on polit avec des brunissoirs de sanguine ou d’acier bien poli. Ce bruni se fait avec de l’eau de savon!
- Procédé pour dorer le fer ou Vacier.
- Après avoir fait dissoudtfe de l’or dans l’eau régale, comme c’est expliqué dans le procédé qui précède, on verse dans le flacon qui contient cette dissolution, et qui doit être suffisamment grand, le double d’éther sulfurique, c’est-à-dire que, pour un gros d’or, il faut quatre onces d’éther sulfurique, en versant peu à peu. On agite ensemble les deux liquides, afin qu’ils se mêlent bien, et on laisse reposer. Aussitôt l’éther se sépare et monte à la surface. L’acide, qui était jaune, se décolore , et l’éther, qui était blanc, est devenu jaune, parce qu’il a enlevé l’or à l’acide. On verse les deux liqueurs ensemble dans un entonnoir de verre à robinet de cristal, dont le bec, qui doit être fin, demeure fermé jusqu’à ce que , par le repos, les deux fluides se soient complètement séparés l’un de l’autre. Alors on ouvre le robinet : l’acide, comme plus pesant, et occupant la partie inférieure , passe le premier. On ferme le robinet dès qu’il a coulé en entier, et l’entonnoir ne contient plus que la dissolution d’or dans l’éther : on la naet. dans une fiole bien bouchée , et on la garde pour l’usage.
- Lorsqu’on veut dorer le fer ou l’acier, ou commence par en bien polir la surface ; ensuite, avec un pinceau , on applique l’éther aurifère partout où Ton veut dorer. L’éther s’évapore très promptement, et l’or demeure. On chauffe et Ton passe le brunissoir. On peut, au moyen de cette dissolu-
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- tion d’or dans l’étlier, tracer à la plume ou au pinceau toutes sortes de figures sur le fer ou sur l’acier; elles s’y conservent long-temps. Ce procédé appartient à Guyton deMorveau. Nous-avions donné cette recette au mot Doreur, T. YII, page 160 ; mais nous avons reconnu, depuis, qu’elle n’était pas parfaitement exacte ; c’est pour cela que nous l’avons répétée ici. L.
- POUDRERIE. Établiss ement destine' à la fabrication de la poudre à canon. ( V. Poudre. ) L*****r.
- PDüDRETTE. On nomme ainsi la matière fécale recueillie dans les grandes villes, desséchée spontanément et livrée aux agriculteurs sous la forme pulvérulente qui lui a fait donner son nom.
- La préparation de la poudrette est fort simple; elle consiste à faire écouler dans de vastes basses peu profonds, creusés dans la terre, toute la vidange des Latrines. Une partie des urines s'infiltre dans la terre; l’évaporation spontanée enlève graduellement aussi une portion du liquide, et la matière solide s’accumule de plus en plus. Lorsque l’un des grands bassins est rempli, on y laisse la dessiccation continuer lentement, et Ton commence à verser dans un autre réservoir semblable les vidanges qui arrivent journellement de la ville. Lorsque le deuxième bassin est plein, on en remplit encore de la meme manière un troisième, puis un quatrième, et même plus, si ce nombre ne suffit pas pour que la matière déposée dans le premier bassin soit desséchée avant que le dernier soit empli-
- Lorsque la matière est assez sèche pour prendre la forme pulvérulente, on achève sa dessiccation en l’étendant en couches minces sur une aire battue, et la retournant de temps a autre, soit avec des pelles, soit à l’aide de râteaux en bois, afin d’exposer, autant que possible, toutes ses parties à Taction de l’air et du soleil.
- Lorsque la poudrette est ainsi parvenue à un degré de siccit6
- qui ne laisse plus craindre qu’une fermentation ultérieure ne
- s’y développe, on l’expédie, soit dans des bateaux, soit pa* tombereaux, en vrague ou en sacs, suivant que la distance parcourir est plus ou moins grande.
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- POUDRETTE.
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- -Dans la préparation de la poudrette , une proportion assez importante des produits utiles est perdue, soit par la fermentation qui fait exhaler en gaz une partie de la matière azotée, soit par les lavages des pluies et les infiltrations dans la terre. On évite cette déperdition en Flandre par la conservation de la matière fécale dans des fosses ou caves citernées, dans lesquelles la température peu élevée ne favorise pas la fermentation, et que les eaux pluviales ne peuvent pénétrer. On pourrait parvenir à dessécher cette substance, sans en perdre beaucoup, en opérant l’évaporation dans des Séchoirs couverts, ou Bâti mens de Graduation ; et alors on obtiendrait réunis les avantages de rendre cette matière transportable à de grandes distances, et de lui conserver la plus forte proportion possible de substance utile. Ainsi desséchée, la matière fécale en pâte perd les deux tiers de son poids.
- Pendant tout le cours des opérations faites sur la poudrette, une odeur excessivement fétide, et difficilement supportable pour les personnes qui n’y sont pas habituées, domine constamment ; elle est d’autant plus forte, que les masses travaillées sont plus considérables et que la fermentation donne lieu à un plus grand dégagement de gaz. Dans les temps chauds et humides, un vent léger porte au loin ces émanations infectes; aussi cherche-t-on les moyens d’éloigner des grandes villes ces foyers de puanteur. Toutefois, il est bien certain que, soit auprès, soit à des distantes plus ou moins éloignées, aucune sorte d’affection morbide attribuable à cette cause ne prévaut. Ces émanations ne sont donc réélisent pas insalubres, dans la véritable acception du mot. ( V. l’article Fabriques.)
- La poudrette convient à presque toutes les grandes cultures, pourvu qu’on en ménage les quantités répandues sur les terres, et qu’on dose cette quantité suivant les sols et les plantes auxquels on la destine. Ces précautions s’appliquent, au reste, à tous les engrais actifs, parmi lesquels la poudrette occupe un des premiers rangs.
- Un essai concluant sur la qualité de la poudrette devrait toujours servir de base aux transactions. Malheureusement il
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- 44 POUDRETTE.
- n’en a pas été ainsi jusqu’à présent : on s’est contenté des caractères extérieurs. Aussi des mélanges frauduleux extrêmement faciles à celer aux yeux les plus exercés ont-ils très souvent déprécié ce puissant engrais , et rendu très variables les résultats de son emploi.
- Un moyen fort simple de découvrir si la poudrette a été mélangée avec des substances terreuses, de la cendre, etc., consiste à la faire brûler dans une marmite en fonte ou une cuillère en tôle, et à peser le résidu de la combustion, la poudrette de bonne qualité laissant ainsi un résidu de 32 à 34 parties en poids pour 100. La quantité du résidu dans l’essai sera plus forte , si l’on a altéré cette substance par le mélange de terre, cendres ou autres corps incombustibles : mais si l’altération avait été faite avec des substances végétales en poudre , telles que de la sciure de bois , des marcs de tan, etc., la proportion de résidu après l’incinération ne suffirait pas , il faudrait décomposer par la température rouge l’échantillon qu’on voudrait essayer dans une cornue en fonte ou en grès, et recevoir les produits volatils de cette distillation dans un ballon rafraîchi par de l’eau froide et fermé par un tube plongé dans l’eau ( F. la manière de disposer ces vases , la cornue, le ballon et le tube, à l’article Appareils. ) Les vapeurs condensées ainsi donnent lieu à la cristallisation du carbonate d’ammoniaque , et ce sel, dont la quantité est relative à celle de matière animale, doit représenter, pour la poudrette.de bonne qualité, de i3 à i5 centièmes du poids de l’échantillon essayé.
- Ce mode d’essai est applicable à tous les engrais riches en matière azotée. C’est ainsi que le sang sec (équivalant en poids aux o,25 du sang liquide) donne 32 à 33 centièmes de son poids de carbonate d’ammoniaque cristallisé, et la chair musculaire desséchée ( dont on obtient les 0,28 centièmes de la chair fraîche ) produit 34 à 36 centièmes de ce même sel-
- On pourrait obtenir une appréciation plus rigoureuse encore de la qualité de ces engrais, de même que de ceux résultant des os, cornes, etc. , en recueillant les produits gazeux dans
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- POULE,. 415
- un excès d’acide sulfurique e'tendu , puis constatant la quantité d’acide saturé ; ce qui serait facile par le complément de la saturation avec une solution alcaline connue. ( V. les mots Alcalimètre et Saturation. )
- On trouvera des notions générales sur la nature et l’action des engrais, dans les articles Engrais , Fumier et Terreau. P.
- POULAILLER. ( Agriculture). Ce bâtiment doit être construit dans une position qui 11e soit ni trop froide l’hiver, ni trop chaude l’été ; il doit être sec et tenu proprement. On évite les fentes et crevasses qui permettraient aux fouines , aux rats et autres ennemis des basses-cours de s’y introduire. On y ménage une petite pc-rte pour en faire le service, et une ouverture au-dessus, pour qu’à l’aide d’une échelle, les poules puissent y entrer, au niveau des juchoirs. De petites fenêtres grillées , qu’on ferme la nuit par des volets , y entretiennent un courant d’air. hes- juchoirs sont des bâtons équarris, espacés de 10 à 12 pouces, et scellés dans les murs. Les nids ou pondoirs sont des paniers d’osier fixés contre les murs, et qu’il est bon de recouvrir d’un petit toit en planches, pour abriter les pondeuses.
- Les accessoires d’un poulailler sont : une auge pour servir d’abreuvoir, un hangar, une mue ou panier à claire-voie, pour entourer les mères et leur petite famille, etc. Fr.
- POULE {Agriculture). Un coq suffit à vingt-cinq poules; il conserve sa vigueur jusqu’à l’âge de cinq ans , et la durée de sa vie est de dix ans. Les poules huppées sont peu fécondes, vivent peu de temps, et ne sont guère conservées que pour orner les basses-cours. La poule commune pond toute l’année , excepté pendant les grands froids et dans le temps de la mue ; elle est la plus robuste de l’espèce , et la moins difficile sur la nourriture. Dès le mois de février, sa ponte recommence : le terme moyen de ses produits est d’un œuf tous les deux jours; mais il y a des individus qui pondent tous les jours , surtout dans leur jeunesse. On a calculé que , par an, une poule donne environ cinquante-quatre œufs, terme moyen.
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- Lorsque la poule demande à couver, elle jette une sorte de cri particulier, qu’on reconnaît aisément ; elle est plus assidue au nid. On donne à une couveuse douze à seize œufs, selon sa taille. On mire ces œufs devant une chandelle allumée, pour s’assurer qu’ils sont transparens et pleins : on ne peut reconnaître d’ailleurs s’ils ont été fe'condés ; c’est l’événement seul qui en de'cide, car les œufs clairs sont stériles. On retourne quelquefois les œufs sur le nid , de temps à autre ; mais cette pratique n’a rien d’utile , et peut même nuire au succès de la couve'e. Les œufs sont placés sur de la paille dans un panier, ou tout autre vase de capacité convenable. Des préjugés dominent les habitans de la campagne sur les diverses influences qui agissent dans cette opération de la nature : nous croyons inutile d’en prouver le ridicule. Il nous suffira de dire que les uns veulent qu’on ne commence la couvée qu’au temps du croissant de la lune ; d’autres, que le nombre des œufs soit impair ; il en est qui regardent les œufs pointus comme devant produire des coqs, ou qui interposent des ferrailles dans les nids , pour garantir les œufs des effets du tonnerre. Ces sottises ne méritent pas de nous arrêter.
- C’est ordinairement le vingt-unième jour de l’incubation, que le poulet brise sa coquille, avec un petit os supplémentaire dont la nature a pourvu son bec , et qui tombe peu après. Les individus faibles ne peuvent souvent réussir à briser leur prison ; on les y aide lorsque cela est nécessaire. Le premier jour, ils n’ont besoin d’aucune nourriture ; le lendemain , on place les poussins sur un nid d’étoupes, sous une mue y et on leur donne des miettes de pain mouillées de lait ou de vin. Des jaunes d’œufs rendent la force aux plus débiles. Du millet, du lait caillé, des poireaux hachés, de l’orge bouillie, des herbes potagères , sont une excellente nourriture pour ces jeunes animaux. Lorsqu’ils sont âgés de quinze à dix-huit jours , on leur permet de sortir dans la basse-cour, sous la conduite de leur mère, qui peut alors en soigner vingt-cinq ou trente. Les mères qu’on a privées de leurs petits se remettent bientôt à pondre ou à couver. Quan
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- les poulets ont atteint la moitié de leur grosseur, et qu’ils sont revêtus de toutes leurs plumes , les soins sont devenus inutiles.
- La castration se fait au fort de l’été, et même dès le commencement de juin. On incise la peau, on coupe les testicules sans blesser les intestins, et l’on recoud la blessure, en là frottant d’huile et.de cendre. Enfin, on coupe la crête. On engraisse les chapons dans une mue, avec une pâtée faite de diverses grenailles. C’est en hiver que la vente en est la plus avantageuse.
- L’orge , l’avoine, le sarrazin , et en général tous les grains, sont bons pour nourrir les volailles : rien n’est perdu pour elles, tant elles ont d’art pour trouver la moindre semence dans le fumier. Elles recherchent avec avidité les hannetons, les limaçons , les araignées, les insectes, la viande même corrompue, etc.
- Lorsque les poules cessent de pondre par l’effet de l’âge, on en fait des poulardes, en leur enlevant les ovaires : mais cette opération réussit mieux, lorsqu’on la fait avant lage de la ponte. On engraisse ces animaux comme les chapons, et on les voit figurer avec honneur sur les tables délicates.
- Uépinette est une boîte divisée en cases, où l’on enferme les poules et poulets qu’on veut engraisser ; chacun de ces animaux y est placé de manière à ne pouvoir se retourner ; la façade de la boîte est grillée , et en devant, on dispose, sur une rigole , la pâtée dont ils se repaissent, en allongeant leur tête au travers des barreaux. Le fond de la boîte est à jour, pour que la fiente n’y séjourne pas. Fr.
- POULIE {Arts mécaniques). Cette machine simple est composée de trois parties : d’un rouet GH (fig. 4, PE 4$ des Arts mécaniques),de forme cylindrique; d’un axe E ou essieu central , et d’une chape El qui porte cet essieu, de manière que le rouet puisse librement tourner sur son axe.
- Le rouet est composé en métal ou en bois dur ; sa surface circulaire est creusée d’un canal extérieur semi-annulaire, nommé gorge, dans lequel est courbée une corde P'GIHP Tome XVII.
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- dont les extrémités sont tirées par deux forces P et P'. L’axe est un boulon de grosseur proportionnée aux efforts que la machine est destinée à vaincre ; il entre librement dans un canal cylindrique qui perce le rouet d’une face à l’autre perpendiculairement, et est rivé à la chape aux deux bouts, ou retenu par des clavettes : quelquefois il fait corps avec le rouet et tourne avec lui sur des collets, dans des yeux pratiqués à la chape. Enfin la chape est un corps de forme arbitraire, percé d’une mortaise dans laquelle le rouet est logé et tourne, et d’un trou rond perpendiculaire à cette mortaise, pour recevoir l’essieu. {V. l’article Poulieur , où nous indiquerons les procédés de fabrication de cette machine ; nous nous bornerons à examiner ici les circonstances mécaniques de son usage dans les deux cas d’équilibre et de mouvement.)
- Réduisons la corde à son axe et le rouet à un cercle ; les deux forces P et P' agissent ici comme sur un levier coudé GEH, dont les bras sont égaux : dans le cas d’équilibre, les deux forces doivent donc être égales. {V. Levier.) Ainsi cette machine sert à transmettre l’action d’une force en différens points du cordon, sans changer l’intensité ; la tension du cordon en lous ces points demeurant la même, il est indifférent, sous ce rapport, que le cordon embrasse un arc plus ou moins grand du rouet. Dans tous les cas, la puissance P est égale à la résistance P' qu’elle met en équilibre, même lorsque l’arc enveloppé égale ou surpasse la demi-circonférence ; c’est pour cela qu’on donne le nom de poulies de renvoi, à celles qui sont retenues par une chape fixe. Lorsqu’on veut transmettre l’action d’une puissance d’une direction dans une autre, on dispose dans le système autant de ces poulies qu’on veut, et l’on fait passer les cordons sur toutes les gorges : le dernier cordon est tiré précisément comme si la force y était immédiatement appliquée ; c’est le principal usage de cet appareil. Ce théorème subsiste quelle que soit la direction des cordons, et par conséquent lorsqu’ils sont parallèles.
- Mais il peut arriver aussi que la chape soit tirée par une force Q, ainsi que l’un des bouts du cordon P, l’autre bout
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- étant retenu par un point fixe P', comme on le voit fig. 5. C’est ce qu’on appelle une poulie mobile, de'nomination impropre, puisque les poulies doivent toujours tourner sur leur axe. Pour examiner les conditions d’e'quilibre de ce système, imaginons qu’il soit retenu par trois forces : deux égalés entre elles P et Q (fig. 6), tirant le cordon en sens contraires ; l’autre R, destine'e à retenir l’axe.
- Formons le parallélogramme DEHF dont les côtés sont égaux; la diagonale HD passant par l’axe C, divise par moitié l’angle D ; les côtés DE, DF, représentent les forces égales P et Q, et la diagonale HD, la force R. Or, les rayons CA, CB étant perpendiculaires sur les côtés DE, DF, et HD l’étant aussi sur AB, les deux triangles ACB, EDH sont semblables ; ainsi les côtés CA, CB, HB représentent aussi les trois forces P, Q et R, c’est-à-dire leur sont proportionnelles. Donc la force P qui agit sur le cordon, est à celle R qui retient l’axe de la poulie mobile, comme le rayon du rouet est à la corde de l’arc AB que le cordon embrasse.
- Le point fixe Q, qui retient l’autre bout du cordon, éprouve l’effort P, comme si cette puissance y était immédiatement appliquée selon QB. On peut même étendre ces raisonnemens à la poulie fixe, en remplaçant l’appui sur lequel porte l’axe, par une force R qui le retient, et mesure la pression qu’il supporte. Ainsi, quand l’axe C est fixe, les forces égales P et Q qui tirent les bouts du cordon exercent sur l’axe une pression mesurée par AB,
- D’après cela, on voit que plus les cordons approchent d’être parallèles, et plus la pression sur l’axe de la poulie fixe augmente : cette pression est le double de chaque force P et Q , ou leur somme, dans le cas du parallélisme, parce que AB devient le diamètre. Lorsqu’il s’agit d’une poulie mobile , et que les bouts du cordon qui l’embrasse sont parallèles , la force P est la moitié de celle R qui retient l’axe.
- Les poulies fixes sont employées dans presque toutes les machines ; elles servent à élever 1 eau des puits, les matériaux des mines et des carrières, etc. Les poulies mobiles sont mises
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- en usage pour ralentir la descente des poids moteurs des horloges (v. T. XYI, page 32 ), pour les manœuvres des vaisseaux, la composition des Moufles, etc. (V. cet article et les fig. 12 et i3, PI. 37 des Arts mécaniques.) La poulie pouvant indifféremment tourner en deux sens contraires, lorsqu’on veut s’opposer à l’une de ces rotations , on garnit le rouet d’une Roue a rocket et d’un Cliquet. {V. fig. 8, PL g.)
- Les relations qui viennent d’être démontrées entre les forces P, Q et R sont purement théoriques ; mais en réalité les choses ne se passent pas comme notre analyse le suppose, à cause que nous avons négligé certaines conditions du système , qu’il faut maintenant examiner, pour appliquer cette théorie à la pratique.
- Et d’abord, quoiqu’il soit vrai de dire que la force qui tire l’eau d’un puits à l’aide d’une poulie fixe , soit égale au poids soulevé, on doit observer que ce poids se compose, non-seulement du seau et de la charge, mais encore de celui du cordon. Or, à mesure que le seau monte, l’une des parties de la corde s’allonge et l’autre s’accourcit d’autant; la force motrice décroît donc de plus et plus. Dans les grandes machines surtout, on ne peut négliger ce poids de la corde, qui quelquefois égale ou surpasse celui du fardeau qu’on élève. Il peut arrivér ainsi que la force motrice s’accroisse jusqu’à produire un effet dangereux ; on se sert alors d’une chaîne de compensation dont le poids, pour d’égales longueurs , est double de celui du cordon ; on attache un bout de cette chaîne sous le fardeau et on la laisse pendre jusqu’à poser sur le sol inférieur : à mesure que le poids monte, la chaîne se déroule et reste suspendue , ajoutant une partie croissante de son poids à celui du fardeau. En même temps qu’une égale longueur de la corde de suspension se trouve supprimée de ce côté et ajoutée de l’autre , la résistance a perdu un poids de corde que la puissance a gagné ; celle-ci est donc devenue prépondérante de ce double poids. Mais la chaîne de compensation s’est développée de toute la hauteur d’ascension , et comme son poids est double de celui de la corde, l’équilibre est rétabli, et 1 action de la force motrice reste constante.
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- Ordinairement, dans ces sortes de machines, la même corde porte un seau à chaque bout, et la force n’est de'pense'e qu’en quantité e'gale au poids des matières contenues dans le seau ascendant. La chape peut pirouetter sur sa suspension, afin que tour à tour chaque seau puisse être chargé et remonté. Une corde sans fin, de même espèce que celle de la poulie, a l’un de ses bouts attaché sous chaque seau, et tient lieu de corde de compensation, parce qu’il y a toujours, en somme, la même longueur de corde de chaque côté. {V. PL 26 de Technologie, fig. 8. )
- La raideur de la corde est un obstacle au mouvement ; nous avons vu à l’article Corde, comment, en y ayant égard, on en tient compte dans le calcul des conditions d’équilibre : il suffit d’ajouter au bras de levier de la résistance , une petite quantité que nous avons appris à déterminer, d’après le rayon du rouet, la grosseur de la corde, son ourdissage, etc. ; sous ce rapport, la poulie fixe devient un levier à bras inégaux, et la puissance n’est plus égale à la résistance. On trouve aisément le rapport de ces forces, en considérant la machine comme un Levier.
- Quant au frottement sur l’axe de rotation, c’est encore un effort que la puissance doit surmonter : or, nous savons que le Frottement est proportionnel à la pression, et celle-ci se compose du poids de la poulie et de la résultante des puissances qui agissent aux deux bouts du cordon. Nous savons que cette résultante R (fig. 6) est à la force P comme la longueur AB est au rayon AC du rouet ; ces élémens suffisent pour connaître la pression , et par suite le frottement exercé sur l’axe. L’équation qui exprime ces conditions est trop compliquée pour que la pratique en puisse retirer quelque avantage ; mais il est facile de voir que le frottement exerce une grande influence sur le mouvement de la poulie. On diminue quelquefois cet effet en faisant rouler l’axe sur des Galets, pour changer le frottement de première en seconde espèee.
- Ainsi, quoique nous ayons dit qu’en théorie les poulies de renvoi transmettent intégralement la force qui tire le cordon, et en changent seulement la direction, quels que soient
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- le rayon du rouet et l’arc embrassé par la corde, on voit que la raideur des cordes et le frottement diminuent beaucoup cette force. Il ne faut donc introduire les poulies dans les machines que lorsque cela est nécessaire, parce qu’elles absorbent une partie de la force motrice ; en outre, il faut proportionner la grosseur des cordes à la tension qu’elles doivent supporter sans se rompre. On estime qu’il ne faut pas donner moins de i35 millimètres au diamètre d’un rouet qui est destiné à porter une, charge de 5oo kilogrammes. Il est avantageux que le diamètre de la poulie soit très grand, pour diminuer la perte due à la raideur des cordes : mais d’un autre côté les plus petites poulies sont les moins lourdes et ont un frottement moindre. Quand la pression sur la gorge est faible, la corde coule sans faire tourner la poulie, ce qui accroît le frottement, élime la corde et détruit la force motrice. Les petites poulies sont très sujettes à ne pas tourner, ce qui conduit à en éviter l’usage.
- L’expérience a appris qu’il était avantageux que l’épaisseur du rouet fût le cinquième de son diamètre ; que l’épaisseur du boulon fût le douzième de ce diamètre ; qu’enfin la largeur de la mortaise de la chape dépassât d’un sixième l’épaisseur du rouet.
- Nous ne dirons rien ici des poulies composées, c’est-à-dire des systèmes de poulies mobiles dont chaque cordon a 1 un de ses bouts fixes, et dont l’autre bout retient l’axe de la poulie suivante. Ce système et ses différentes modifications ont été examinés à l’article Moufle (fig. 12 et i3, PL 37).
- On emploie quelquefois dans les machines des rouleaux et des tambours (v. fig. 1 et 6, PI. 3 des Arts mécaniques), que des cordes entourent selon un arc; ces appareils sont, à proprement parler, des poulies privées de gorges : la même théorie s’y applique. Le frottement devient considérable quand la corde est enroulée suivant une ou plusieurs circonférences entières ; et la théorie montre que pour 1, 2, 3.-.., circonférences, la force destinée à surmonter la résistance croît en progression géométrique. On préfère souvent les courroies
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- aux cordes, et même les Chaînes de Vaucanson, qu’ou fait gripper sur des chevilles implante'es à la surface des rouleaux. {V. fig. 7, 8 et 9, PL 48.) Pour empêcher le cordon de glisser sur la circonfe'renee du rouet, on façonne les parois de la gorge en cônes tronque's oppose's (fig. 10), et le fond est plus étroit que le diamètre de la corde ; la pression fait entrer cette corde de force et la retient. On garnit aussi les parois de la gorge de dents ou de pointes. Certaines horloges à poids sont ainsi construites.
- Lorsqu’on fait communiquer ensemble deux poulies fixées par une corde sans fin, les vitesses relatives suivent les mêmes règles que les Rodes dentées. {V Nombre de dents des roues. ) On s’en sert souvent pour éviter les engrenages. Fr.
- POULIEUR, POÜLIERIE {Arts mécaniques'). L’art de construire les poulies est pratiqué par des ouvriers qui en font le sujet spécial de leurs travaux. Le grand nombre de ces machines qui sont employées pour la manœuvre des vaisseaux et dans la plupart des ateliers, rend la profession des poulieurs très utile et fort lucrative, surtout dans les ports de mer. Nous exposerons les principaux procédés de cet art, et principalement ceux qui sont usités dans les poulieries, usines réservées à cette seule fabrication. Celles de deux ingénieurs français sont les plus remarquables; savoir : la poulierie de M. Hubert, établie à Rochefort, à Brest et en d’autres lieux , et celle de M. Brunei, à Portsmouth. Forcés de beaucoup limiter nos descriptions , nous donnerons à cette dernière une attention spéciale, parce que les artistes ont moins d’occasions de la connaître.
- Lorsque le rouet d’une poulie doit être en fer ou en cuivre, onfaitdes moules en menuiserie avec le plus grand soin, et l’on dessine des épures qui mettent à même de donner toute la précision nécessaire aux pièces dans lesquelles on coule le rouet; on le travaille ensuite selon les règles de l’ajustage. Ou l’axe est fixé à la chape , alors cet axe traverse le rouet dans un trou cylindrique de même calibre, et la rotation se fait autour de cet axe ; ou l’axe est un cylindre de métal qui fait corps
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- avec le rouet et tourne sur des tourillons pratiqués dans la cliape; c’est ainsi que les canons tournent sur leur affût. Comme le poids du rouet fatigue l’essieu sans aucun avantage pour la puissance, le frottement s’en accroît d’autant. Ainsi, outre que la dépense de construction est plus considérable, la force motrice se trouve diminuée, ce qui fait qu’on évite de se servir de poulies métalliques. Il est vrai que la machine a plus de durée ; mais les rouets de gaïae sont si durs, qu’on leur donne la préférence sur ceux de fer et de cuivre. Quand on veut se servir de rouets métalliques, on les rend plus légers en les évidant entre l’axe et la circonférence, soit en n’y laissant qu’une mince cloison, soit en perçant le rouet à jour et soutenant la gorge par des rais, comme des roues de voitures.
- Les chapes de poulies se font quelquefois en métal, mais dans la marine les moufles sont toujours en bois d’orme et le rouet en gaïae. C’est à ce genre de fabrication que nous devons donner une attention particulière.
- Le rouet est exécuté au moyen de la scie et du tour. On débite le bois en rondelles d’épaisseur convenahle et grossièrement circulaires. On les rend cylindriques sur le tour, en y ménageant une gorge dont la profondeur répond au rayon de la corde qui doit l’envelopper ; on perce ensuite au centre.un trou cylindrique perpendiculaire aux bases planes , pour recevoir l’axe. Ce trou est garni d’une virole ou anneau de cuivre dont l’ouverture circulaire a presque exactement le même diamètre que l’essieu.
- Au lieu d’une virole, on préfère boucher le trou par un dé en cuivre ajusté avec une grande précision dans une entaille convenablement préparée pour le recevoir ; on le boulonne ensuite avec soin. Le dé est carré, ou triangulaire^ou en trefle à trois branches circulaires , pour qu’il ne puisse pas tourner dans sa mortaise.
- Mais la caisse dans laquelle les poulies mouflées tournent est la partie la plus difficile à travailler. Après avoir débité l’arbre avec la scie, en tronçons ayant l’épaisseur voulue, ce tronçon a la forme d’un parallélépipède à quatre faces
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- rectangulaires, et il faut y creuser les mortaises et les trous pour loger les roues et leur axe. C’est un travail lent et difficile quand on le fait à la main , avec la tarrière, le maillet et le ciseau. On trouve plus commode d’y percer vers un des bouts de la mortaise un trou cylindrique dans le sens que doit avoir la mortaise et ayant pour diamètre la largeur de celle-ci; on introduit dans ce trou une petite lame de scie très mince, dont on se sert pour de'tacher le bois à droite et à gauche et ouvrir la mortaise à jour selon deux plans parallèles aux faces delà caisse. Nous dirons bientôt qu’on fait aussi ce travail avec une machine en imprimant un mouvement de va-et-vient à un ciseau, par un mouvement continu.
- Le peu qui vient d’ètre dit sur la fabrication à la main des rouets et des caisses de poulies doit suffire pour prendre une ide'e ge'ne'rale de ce genre de travail. L’exposition que nous allons faire de lapoulierie de M. Brunei, telle qu’on la trouve dans l’Encyclopédie deRees, complèteral’intelligence du sujet, attendu que les machines ont pour fonction de remplacer le travail de l’homme, et que les meilleures sont celles qui l’imitent le mieux, en lui donnant plus de régularité et de promptitude que la main. Cet habile ingénieur, aidé des soins de M. Maudsley , a réussi à construire les poulies avec économie de temps, de peine et d’argent , et à leur donner la solidité et la forme gracieuse qu’on leur désirait. Les bâtis de l’atelier sont en fonte, et même en acier, dans les parties exposées à des mouvemens brusques et violens. On a eu soin de disposer les élémens des machines de manière à pouvoir aisément et sur-le-champ remplacer les pièces usées ou rompues, affûter les outils, etc., pour éviter le chômage, et se passer de la présence de l’ingénieur.
- On commence par débiter l’orme et le gaïac en tronçons, à l’aide de scies mécaniques droites et circulaires, pour façonner les rouets des poulies et leurs caisses. Cette partie du travail ne présente rien de particulier, que la bonne ordonnance des machines; il en sera question à l’article Scie. Il faut ensuite percer au centre des caisses et des rouets le trou qui doit
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- recevoir l’essieu, et, dans des plans perpendiculaires à cet axe, d’autres trous aux caisses, pour commencer les mortaises où logent les rouets. Plusieurs machines servent à percer ces trous , à les allonger, et à achever les mortaises. Les deux principales sont décrites ci-après.
- On coupe ensuite avec des scies les angles des caisses, pour apprêter la forme elliptique qu’elles doivent avoir : la machine qui exécute ce travail opère sur dix caisses à la fois. La moufle doit recevoir la corde qui en sort dans une gorge ; cette gorge est pratiquée par deux autres machines. Enfin le polissage se fait à la main.
- Quant aux rouets, lorsque le bois de gaïac a été débité en rondelles avec les scies circulaires , on se sert de deux machines, l’une pour arrondir, l’autre pour percer le passage central de l’axe, ou plutôt du dé de cuivre dans lequel cet axe passe. Deux marteaux, mis en mouvement par le moteur, servent à river ces dés sur les faces du rouet, où ils demeurent encastrés fixement. Une autre machine mandrine les dés pour rendre les trous parfaitement cylindriques; enfin, on termine le rouet et sa gorge sur le tour.
- Les essieux sont des boulons en fer forgé à l’ordinaire, puis tournés et brunis. Enfin, il y a deux machines pour faire les moques et les caps de mouton (i). Une troisième sert a percer les moufles de grande dimension, telles que les poulies d’itague, etc.
- On trouve dans l’usine deux machines à vapeur de la force de- trente chevaux , l’une de Watt, l’autre de Murray et de Wood. Cette force est communiquée à un arbre découché horizontal en fer, qui traverse tous les ateliers, et sert de moteur à quarante-cinq machines , qui marchent de ma-
- (1) Les marins appellent moque un bloc de bois, ordinairement en forme de cœur, ayant une mortaise, et imitant une chape ou caisse sans poulie : elle sert à bander des cordages d’étai, etc. Le cap de mouton est un petit billot perce' de trois trous, et fortifie’ par une bande de fer pour empêcher que le bois n’éclate. Chaque trou donne passage à une petite corde ou ride. On se sert des caps de mouton pour raidir ou lâcher les haubans, etc.
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- nière à obtenir la plus grande régularité dans les travaux. Il serait impossible d’obtenir de la main une aussi grande économie de temps, et la même précision d’exécution. Plusieurs de ces appareils ébauchent encore une partie des ustensiles de bois nécessaires à bord des Jiâtimens. L’un des ateliers contient dix-sept machines dont lesj fonctions achèvent complètement une poulie. Sept autres machines coupent et débitent les bois dans une autre pièce. L’étage supérieur contient trois machines qui débitent les,-bois des rouets, treize qui les confectionnent, et enfin cinq qui tournent et brunissent les essieux. Partout on voit l’ordre régner, et l’on reconnaît que le génie qui a présidé à l’invention de ces moyens mécaniques , a tout prévu pour en assurer le succès et la durée, et suffire aux besoins de la marine la plus considérable de l’univers.
- Nous allons décrire lesdeux machines les plus remarquables. Ces appareils peuvent, aussi bien, que les Scies , être employés par l’industrie dans d’autres circonstances analogues.
- Machine à percer les trous. Cet appareil ( fig. 1, 2, 3, PI. 49 des Arts mécaniques ) est destiné à pratiquer dans les tronçons de bois des trous cylindriques, l’un perpendiculaire aux faces ou bases de la caisse pour recevoir l’axe du rouet,les autres dans un plan parallèle à ces faces, pour amorcer les mortaises où jouent les rouets. Les fig. 1 et a. sont les élévations, la fig. 3 le plan de la machine.
- A et B sont deux arbres horizontaux, de directions perpendiculaires entre eux, qui tournent par un mouvement imprimé aux poulies a, b, lesquelles communiquent au moteur. Ces arbres tournent sur deux tourillons portés par des chariots, C , D , glissant sur des guides K, I. Ces parties imitent la poupée mobile d’un tour. Les chariots portent une pointe sur laquelle s’appuie l’extrémité de l’arbre tournant. Au bout de chaque arbre A, B est une Mèche c, d, semblable à celles des Machines a percer ordinaires. ( y. ces articles. ) X est le tronçon de bois qu’on veut façonner en caisse de moufle. Un châssis EL le retient- par le secours
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- d’une vis F , qui est manœuvrée à l’aide du balancier N,
- ainsi qu’on va bientôt l’expliquer.
- G, H, sont des leviers dont le centre de mouvement est à un bout : ces leviers poussent les mèches pour les approcher du bloc qu’on veut percer. Il y a une cheville fixée à chaque chariot ; elle entre dans un œil pratique' au levier ; cet œil a la forme d’une boutonnière ; on manœuvre la poignée i de manière à reculer le chariot, ou à l’avancer vers le tronçon de bois X. Les points fixes des leviefs sont à des hauteurs differentes, pour que ces branches ne se gênent pas.
- Voici comment on trouve la situation à donner au tronçon , selon les trous qu’on veut y percer. L’arcade EL est formée de trois montans qui s’élèvent du bâti et se joignent en haut, où ils soutiennent l’écrou dans lequel tourne la vis F. Deux de ces montans se réunissent avant d’atteindre l’écrou, et portent trois vis e, f, g, dont les têtes sont saillantes, et forment un support contre lequel on appuie le bloc d’un côté, avant de manœuvrer le balancier N de la vis F. Les trois vis e, f, g, servent à fixer la place du tronçon de bois par rapport à la mèche d qui doit le percer perpendiculairement de son côté. Quant à la mèche c qui doit traverser le milieu du tronçon, on se sert d’une règle 0 en fer qui s’élève verticalement du bâti, exactement sous l’outil d. On voit que, par cette disposition, le tronçon de bois est fixé, puisque d’un côté il butte contre les vis e,/> g, et que de l’autre il s’appuie contre la règle 0. Ce système rend assuré de faire des trous dans des directions perpendiculaires , et de les pratiquer exactement aux points ou cela est utile.
- Tant que les tronçons ont même dimension , on conserve l’ajustement ; mais si les volumes sont différens, comme cela arrive quand on les débite sur des bois d’équarrissages inégaux, pour faire des pièces plus ou moins grosses, il faut faire saillir à un degré conyenable les trois vis, e, f, &> afin que la mèche d se trouve juste au milieu du tronçon
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- qtt’elle doit percer perpendiculairement à sa surface. De même , il faut que l’outil c présente sa pointe au milieu de la face du tronçon qui est de ce côte', et pour cela on avance ou recule la règle O.
- Les guides K du chariot qui porte l’arbre A sont des règles solidement fixe'es au bâti ; mais celles I, I du chariot de l’arbre B, sont place'es sur un châssis P, P, qui tourne sur les deux pointes coniques de deux vis Q. Ces vis, situe'es sur le bâti, sont engagées dans des collets inférieurs. On peut rendre immobile ce châssis P, P, et les règles I, I, au moyen de deux vis l /n, fig. 4- Par cette disposition, on peut donner au chariot un petit mouvement circulaire sur l’axe Q , Q, dans le sens latéral. Quand le châssis est vertical, la machine perce un trou central ; en l’inclinant un peu à droite ou à gauche, d’une certaine quantité, la mèche c perce un trou à quelque distance du premier. On peut donc percer plusieurs trous voisins parallèles.
- La distance en hauteur, entre les deux outils c, d, doit être d’un peu plus du demi-diamètre du rouet; car l’un perce le centre où doit passer l’axe du rouet, et l’autre perce le trou à la partie supérieure de la mortaise. Pour obtenir cette différence de hauteur, quand les diamètres des rouets varient, les montans du châssis PP portent une série de trous rapproches et en ligne droite, pour recevoir les pointes des vis Q à des degrés de mêmes numéros. On peut ainsi élever ou abaisser l’outil d’une quantité convenable.
- La vis F , destinée à retenir fermement le tronçon de bois , a son extrémité, qui porte sur ce corps, façonnée en bague à bords saillans. En tournant la vis F par le levier N, l’action est si forte, que cette partie de contact laisse une impression profonde sur le bois , qui sert à centrer le tronçon sur les appareils auxquels il doit être soumis après coup.
- Machine à mortaiser. Il s’agit maintenant de prolonger les trous en forme de mortaise où les rouets doivent se loger. L’appareil précédent a déjà pratiqué un trou en haut
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- de la mortaise ; la machine que nous allons de'crire ( fig. 5, G, 7 ) continue cette opération : les deux premières sont, la première l’élévation , la deuxième le plan de l’appareil.
- Le chariot A coule sur le bâti et est maintenu par des guides, de manière à avancer à chaque coup de ciseau de l’épaisseur du copeau que le coup suivant doit enlever : cette progression s’arrête, comme on va bientôt le faire concevoir, dès que le ciseau est arrivé à la fin de la mortaise. Les deux règles verticales B, B, fixées par des vis aux colonnes ou mon-tans, ont le bord intérieur taillé en angle, qui sert de guide pour le mouvement des deux coulisseaux a ; ces coulisseaux vont se réunir ensemble en d sous une disposition angulaire. La tige verticale cpart de ce point de jonction, et coule dans un collier que retiennent les deux branches des montans. Cette tige c est destinée à conserver aux mouvemens des coulisseaux leur direction, et aux ciseaux qui sont attachés à cette espèce de chariot vertical, un va-et-vient régulier. {V. la fig. 6.)
- Les traverses d, d, fixées aux coulisseaux a, a, portent les outils II, et la disposition de ces pièces permet de monter ou descendre les ciseaux, et de les espacer de manière à faire autant de mortaises qu’on veut dans le bloc qui est soumis à la machine, afin de loger à volonté i, 2 ou 3 rouets dans la caisse. Le mouvement est donné aux coulisseaux par une manivelle b qui termine l’arbre de couche C, lequel tourne dans des coussinets D, E, l’un sur une traverse, l’autre sur un support. Une courroie qui entoure la poulie F, montée sur l’arbre C, sert à communiquer avec la machine motrice ; et le Yolaxt G régularise le mouvement. Par ce mécanisme, la rotation de l’arbre et de sa manivelle fait aller et venir bas et haut les coulisseaux et les ciseaux qui y sont fixés, lesquels allongent de plus en plus les mortaises, à mesure que le chariot A fait avancer la caisse de la moufle.
- Ce chariot A est en fonte; il reçoit ce mouvement de progression à l’aide d’une vis j qui passe dans un écrou L, porte sur le bâti, étayant une roue à vochet dont l’axe est celui
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- de l'écrou. Par un mécanisme que chacun peut se représenter aisément, et que la fig. 8 représente, à chaque révolution de l’arbre C, un excentrique soulève un levier qui fait mouvoir la roue à rochet d’une dent, dont l’espace est calculé pour que le chariot n’avance à chaque tour que de l’épaisseur du copeau qu’enlève l’outil. N est une roue dentée, montée sur l’arbre de la roue à rochet et tournant avec elle ; elle est menée par le pignon O, monté sur le bout de l’arbre P d’une manivelle Q. En tournant celle-ci, l’ouvrier amène le chariot au commencement de sa course.
- Lorsqu’on veut arrêter la marche du chariot, on débraie le levier moteur- du rochet ; la rotation de l’axe cesse alors de faire tourner la vis j, et le chariot n’avance plus. Les choses sont disposées de manière que cet effet soit produit de lui-même, dès que les ciseaux sont arrivés à la fin des mortaises.
- Le volant G et la poulie F ne font pas corps avec l’arbre C ; au contraire, ils peuvent tourner librement et indépendamment de cet axe. Mais pour rendre le tout solidaire, on embraie, en rapprochant de la poulie une roue R qui se meut latéralement sur l’ârbre. Comme l’arbre porte des mentonnets qui entrent en prise sur cette roue C, celle-ci saisit aussi la poulie, et l’entraîne dans la rotation de l’arbre. Ce mouvement se donne avec le levier S, dont le centre de mouvement est au bout, et fixé au bâti : ce levier meut latéralement le manchon de la roue R, en portant sur la gorge m. Quant à l’embraiement de cette roue R avec la poulie, il se produit à l’aide d’une partie conique de cette roue, qui entre dans une cavité de même calibre creusée dans la poulie, et le frottement suffit pour produire l’adhérence.
- Après le débrayage , la vitesse acquise et les frottemens de l’arbre suffiraient pour conserver quelque temps le mouvement à l’appareil, s’il n’était pourvu d’un mécanisme qUi s’oppose à cet effet, lequel nuirait à l’opération. Le côté opposé de la poulie R est aussi façonné en cône, et entre dans une cavité conique de la roue T qui est fixée solidement au
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- 43a POÜLIEÜR, POL'LIERIE.
- bâti. Le mouvement de la poulie s’arrête simultanément quand
- on débraie.
- Les ciseaux ( V. fig. g ) portent en arrière de la lame un taillant pour couper les angles de la mortaise, en sorte qu’à chaque fonction de l’outil, le copeause trouve préparé pour que le ciseau suivant l’emporte sans écorcher les angles delà mortaise. En outre, on fixe devant la lame, par une vis, une petite pièce d’acier, qui sert à écarter les copeaux à mesure que le ciseau les coupe. Lorsque le tranchant est bien affilé, les copeaux tombent du tronçon avec facilité ; mais quand il commence à s’émousser, ils s’amasseraient et obstrueraient la mortaise, si cette pièce d’acier ne les écartait.
- Le tronçon déjà préparé par la machine à percer, est fixé sur le chariot par une vis qui est terminée en couronne, d’un diamètre égal à l’anneau qui a laissé son empreinte dans l’emploi de celte dernière machine, ainsi qu’on l’a déjà indiqué : cette vis est fichée dans l’impression. L’appareil est pourvu de trois de ces vis, afin de pouvoir fixer plusieurs tronçons sur le chariot, et travailler à la fois plusieurs caisses de moufles. La vis du milieu sert à faire les caisses à deux ou trois rouets ; les autres né servent que pour les caisses à une seule poulie ; la vis du milieu reste inutile, quand on ne veut fabriquer que celles qui sont de cette dernière espèce. Il ne suffit pas que le bout du tronçon qui répond à cette vis soit en exacte coïncidence avec elle, sur l’empreinte de l’anneau ; il faut encore que l’autre bout porte contre des tasseaux fixés au bord opposé du chariot; les bouts de ces tasseaux doivent butter contre le bois en des points déterminés , pour l’assujettir dans la position régulière qui est indispensable, afin que la mortaise ait ses flancs parallèles aux faces latérales de la caisse, et perpendiculaires aux faces des deux bouts. Le système de ces appuis est trop facile à comprendre pour qu’il soit nécessaire de nous étendre davantage sur ce sujet.
- Pour faire fonctionner la machine à mortaiser, on place le tronçon à la sortie de la machine à percer, en ayant
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- soin que la vis destinée à le fixer sur le chariot couvre l’empreinte que l’anneau y a laissée, et serrant le morceau de bois contre les tasseaux, de manière que le tout se coordonne dans les relations voulues par les dimensions du tronçon. Par là le trou qui a commencé le bout de la mortaise se trouve vertical. On tourne la manivelle q, jusqu’à ce que ce trou atteigne sous le bout du ciseau I. On embraie alors la roue R dans la poulie F du volant G. Le premier coup de ciseau transforme l’une des parois cylindriques du trou en un plan vertical. Ensuite le ciseau se relève, l’excentrique met en mouvement le levier coudé ( fig. g ) qui fait passer une dent du rochet, fait tourner un peu la vis J, et avance le chariot d’un pas. Le ciseau redescend, et enlève son copeau; puis fl remonte ; le chariot fait un nouveau pas ; ensuite le ciseau redescend, et coupe un second copeau; et ainsi de suite jusqu’au bout de la mortaise. La longueur de cette mortaise a été déterminée d’avance par celle du rouet qui doit y jouer; car cette longueur doit dépasser un peu le diamètre du rouet plus celui de la corde. Alors il faut débrayer pour que l’action du ciseau soit arrêtée. Il y a un guide qui soulève le levier, dégage le rochet et la vis ;' le chariot cesse d’avancer, et le ciseau fonctionne à vide ; alors on arrête le mouvement de cet outil en engageant la roue R dans le cône creux T.
- Cette machine opère admirablement, et le ciseau marche avec une régularité et une vitesse remarquables. Il y a un de ces appareils qui fait jusqu’à 400 tailles par minute , sans bruit, sans effort ; et le mouvement en est si rapide qu’on ne peut voir marcher les ciseaux, et que les copeaux tombent, la mortaise s’agrandit, et la caisse s’achève, sans qu’on en aperçoive la cause. Fr.»
- POUPÉE, POUPETÏER ( Technologie). Le mot poupée est employé dans les arts industriels pour indiquer des choses tout-à-fait différentes.
- Dans l’art du Tourneur, ce mot désigne deux pièces très solides fixées sur le banc ou établi, qui servent, dans le tour à Tome XYIL ab
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- pointes, à soutenir les deux extre'mite's de la pièce qu’on veut tourner; et, dans le tour en l’air, à supporter les deux extrémités de l’arbre au bout duquel est fixée la pièce que l’on tourne. ( V. Tourneur. )
- Le mot poupée est généralement employé pour désigner des petites figures, soit en carton, soit en bois, soit en cire, imitant des figures humaines , qui servent de jouet aux enfans. On donne le nom de poupetier à l’ouvrier qui fabrique les poupées.
- Les poupées en carton ou en cire se font dans des moules, de la même manière que les Masques ( V. ce mot) ; la tête senle est moulée en deux pièces, la face et le derrière de la tète, qui sont ensuite collées ensemble : le restant du corps est fait grossièrement dans des moules et en deux parties, avec ce'qu’on appelle du papier mâché ou de la pâte de papier imprégnée de colle de farine. On fait très peu de poupées en cire ; il faut les commander; la tête seule est en cire, le restant du corps est en carton de pâte, comme nous venons de l’indiquer ; les mains et les pieds sont en cire. A l’exception du visage, ces sortes de poupées n’imitent en aucune manière la nature.
- Depuis quelques années, il nous est apporté d’Allemagne des petites poupées eu bois léger, très bien exécutées, et dans toutes sortes de dimensions, depuis 81 millimètres (3 pouces) jusqu’à 325 millimètres ( un pied) et au-delà. Dans les plus petites , la tête peut tourner de droite à gauche, les articulations des coudes, des épaules, des genoux, des cuisses, peuvent avoir lieu dans leurs sens naturels ; dans les grandes, toutes les articulations sont fidèlement observées. La tête, les mains et les pieds sont sculptés avec soin et peints de couleurs naturelles. On en fabrique dont les articulations ont lieu jusque dans les doigts ; ce sont les plus grandes, de sorte qu’elles peuvent servir de Mannequins pour les peintres. ( V. ce mot. ).
- Ces poupées sont exécutées dans des proportions naturelles, et peuvent servir à donner des idées exactes aux enfans, qu’il importe d’accoutumer de bonne heure à former leur jugement.
- Non-seulement ces poupées servent aux jouets d’enfans que
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- POUPRE DE CASSICJS. 43S
- les petites filles, lorsqu’elles commencent à manier l’aiguille, s’amusent à habiller, en leur faisant toutes les parties de l’habillement qu’elles portent elles-mêmes ou qu’elles voient porter à d’autres ; mais les accoutument de bonne heure au travail des mains, de sorte qu’à mesure qu’elles grandissent, elles apprennent, en s’amusant, à faire pour leur usage les diverses parties de leurs habillemens.
- Diffêrens arts industriels, tels que le tailleur, la modiste, etc., se sont emparés de ces poupe'es pour envoyer dans les de'par-temens et à l'étranger les modes nouvelles qui pvennent naissance dans la Capitale. En effet, ces sortes de mannequins donnent une idée plus exacte, du costume qu’on veut faire connaître, que les gravures dont on s’était servi jusque là, et ont donné naissance à un nouveau genre d’industrie. En effet, des ouvrières sont occupées à habiller, de pied en cap, ces poupées, dont il se fait un grand débit.
- Dans toutes les articulations où la nature a ménagé deux mouvemens diffêrens, comme dans l’épaule, par exemple, et dans le poignet, où l’on remarque un mouvement circulaire et un mouvement perpendiculaire à ce premier plan, une cheville , fixée en haut de l’humérus, est engagée dans un trou pratiqué à l’épaule, où elle peut se mouvoir circulairement, et l’humérus est fixé au bout saillant de cette cheville par une entaille à fourchette qui permet un mouvement perpendiculaire au premier. Il en est de même pour le poignet. Lorsque l’un de ces mouvemens ne doit parcourir qu’une certaine étendue , un arrêt fixe la grandeur du mouvement et ne permet pas qu’il dépasse la limite.
- C’est surtout dans les poupées exécutées avec soin que les ouvriers s’astreignent à imiter la nature, et cependant on est étonné du bas prix auquel ces objets sont livrés. Les peintres qui en font usage les préfèrent aux mannequins, qui sont très chers ; ils les habillent et les drapent, et en obtiennent les mêmes avantages. On les trouve chez tous les marchands de jouets d’enfans. <• L.
- POURPRE DE CASSIUS. Cette préparation, très usitée pour
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- 436 POURPRE UE CASS LUS.
- la peinture sur émaux on sur porcelaine, est un composé en proportions variables d’or ou d’étain ; mais les uns pensent, avec Proust, que l’étain y est à l’état de peroside et l’or complètement réduit ; d’autres admettent, avec Berzelius, que l’or s’y trouve à Fé’tat de deutoxide, qu’il fait fonction de base, et. l’oxide d’étain fonction d’acide; de là, la dénomination admise par quelques auteurs de stannate d’or. Il est à présumer cependant que s’il en était ainsi, cette combinaison ne se ferait que dans des.proportions bien fixes, tandis qu’il en est tout autrement, d’après les observations de M. Oberkainpf ( Annales de Chimie, T. LXXX, page 161 ), puisque ce chimiste a trouvé depuis 3g,82 jusqu’à 79,4-2 d’or dans 100 parties de oompre de Cassius, et que Proust en a analysé un qui n’en contenait que 24 parties. On peut sans doute supposer qu’une partie de l’oxide d’étain y est à l’état desimpie mélange ; mais quelle cause déterminerait la précipitation-de cette surabondance , si ce n’est une véritable affinité du composé déjà formé ; et d’ailleurs sile pourpre de Cassius contient l’étain à l’état de peroxide et l’or à l’état de deutoxide, comment se fait-il que le chlorure d’or n’est point précipité par le deutocblorure d’étain? 11 semblerait cependant que l’on devrait se trouver ainsi dans les circonstances les plus favorables pour la formation du stannate d or. Au reste, on prendra peut-être une plus juste idée de la véritable composition du pourpre de Cassius, par l’examen des recettes les plus accréditées pour la fabrication de ce précipité; je dis les plus accréditées, parce qu’il en existe.un grand nombre, et que cette préparation a toujours passé pour une des plus incertaines et pour ainsi dire une des plus capricieuses qu’on connaisse. Cette variabilité de succès dépend très certainement de ce qu’on ne connaît point encore assez nettement la composition du pourpre, et aussi de ce que toutes les circonstances qui peuvent influer sur ce composé n’ont pas été suffisamment appréciées.
- La plupart des chimistes modernes prescrivent simplement de précipiter la dissolution d’or dans l’eau régale par le proto-chlorure d’étain, et d’avoir soin d’étendre préalablement les
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- POURPRE DE CASSIUS. 43;
- deux dissolutions d’une assez grande quantité d’eau ; autrement on n’obtiendrait, comme l’a fait voir M. Oberkampf, que de l’or réduit. Ce même chimiste a également démontré que la nuance du précipité variait suivant les proportions relatives d’or et d’étain qu’il contenait, et qu’elle tirait d’autant plus sur le violet,.que la quantité de muriate d’étain employée était plus considérable , tandis qu’au contraire la nuance est plus ou moins rose lorsque c’est le muriate d’or qui domine. Il paraîtrait donc , d’après cela, que la couleur est d’autant plus violâtre ou brune, que l’or est plus complètement réduit, et qu’il serait possible d’arriver au même résultat pour la nuance, sans que la proportion d’or fût plus considérable ; c’est-à-dire que la nuance rose du précipité obtenu par M. Oberkampf, et qui contenait près de 80 pour ioo d’or, dépendait, à mon avis, de ce que ce métal n’avait pas pu être complètement réduit , en raison de la petite proportion d’étain employée. IL résulterait donc de cette manière de voir, que le beau pourpre de Cassius ne doit contenir l’or ni à l’état métallique ni à l’état de deutoxide, ce qui s’accorderait bien avec l’opinion émise par M. Oberkampf, qui dit, page 162 ,Tout porte à croire que si l’or n’est pas entièrement à l’état métallique, comme le pense M. Proust, il ne doit y rester qu’une très faible proportion d’oxigène. » Au reste , voici le fait principal sur lequel je m’appuie pour croire qu’il en est ainsi , c’est qu’on est toujours certain d’obtenir un beau pourpre de Cassius, en précipitant la dissolution d’or avec un mélange de proto et de deutomuriate d’étain, et qu’avec ce mélange l’étain peut entrer en assez forte proportion dans le précipité d’or, sans que la nuance cesse d’être belle. Ce résultat semble dû à ce que cette dissolution d’étain, moins avide d’oxigène, en laisse un peu plus dans l’or.
- Macquer dit, en parlant de cette préparation, que l’un des procédés qui lui ont mieux réussi, est celui décrit dans la Chimie métallurgique deGellert, qui consiste d’abord à faire dissoudre à froid et partie par partie de l’étain fin, dans une eau régale composée de 1 parties d’esprit de nitre et d’une partie d’esprit
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- de sel. Quand l’acide est saturé d’étain, ou du moins qu’il re* fuse d’en dissoudre , on décante la solution et on l’étend de ioc parties environ d’eau distillée. Arrivé à cette proportion, on en verse des quantités égales dans plusieurs verres à expériences, puis on ajoute dans le deuxième une partie d’eau, dans le troisième deux, etc., et on laisse tomber dans chacun de ces verres une goutte de solution d’or : celui des mélanges qui donnera un précipité de plus belle couleur fixera pour la proportion d’eau qu’on doit encore ajouter à la solution déjà étendue de 100 parties. Quand ce nouveau mélange est fait, on réunit le tout dans un grand vase de verre, et l’on y ajoute peu à peu la dissolution d’or, et à peu près dans la proportion de moitié de celle d’étain. On agite continuellement pendant qu’on fait ce mélange, puis on abandonne au repos. La liqueur devient d’un rouge pourpré, et lorsque l’opération a réussi, on voit bientôt la liqueur s’éclaircir, et se décolorer par endroits en de larges flocons pourprés, nageant de toutes parts dans la liqueur. Peu à peu ces flocons se. déposent , et après un jour ou deux de repos, si la liqueur est bien incolore et que le muriate d’étainn’y occasione plus de précipité, on décante au siphon, puis on verse sur le dépôt une pareille quantité d’eau pure ; et l’on continue ainsi les lavages jusqu’à ce que l’eau n’enlève plus rien; enfin, on jette le précipité sur un filtre et l’on fait sécher.
- Il est à remarquer que dans ce procédé de Gellert, qui est à très peu près celui que nous suivons, la dissolution d’étain doit offrir aussi un mélange des deux oxides, puisqu’on la fait, mais à froid, avec une eau régale où l’acide nitrique domine.
- Voici en quoi diffère notre opération : nous faisons d’abord évaporer la dissolution presqu’à siceité , pour chasser l’excès d’acide, parce qu’en le laissant dans la dissolution, il fait obstacle à la précipitation du pourpre. On l’étend également d’environ ioo parties d’eau; puis on a d’autre part une dissolution de protomuriate d’étain très étendue, et l’on y ajoute peu à peu du deutomuriate, j usqu’à ce qu’on se soit assuré par tâtonnement de la proportion qui donne le plus beau pourpre ; alors on fait la précipitation, comme il a été indiqué ci-dessus.
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- POUSSÉE DES MURS, DES TOUTES. 43g Il arrive assez souvent, et sans qu’on en connaisse le motif, que le pre'cipite' est d’une si grande ténuité , qu’il ne se dépose pas et qu’il est comme en dissolution. On parvient à en déterminer l’isolement, soit en ajoutant quelques sels neutres dans la liqueur, tous ne réussissant pas , soit en versant avec précaution le long des parois du vase de l’eau pure , jusqu’à ce que celle-ci vienne former une couche assez épaisse au-dessus de la surface du liquide. Alors, avec une baguette de verre, on agite très légèremeut au contact des deux couches ; 41 en résulte un commencement de mélange des deux liquides, qui détermine la séparation du précipité (1). R.
- POUSSÉE DES MURS, DES VOUTES {Arts de Calcul ). Lorsqu’un mur est construit en pierre, ayant le Fruit conforme aux règles de l’art, et les fondations solidement établies , il ne doit éprouver aucun changement dans sa forme et son à-plomb. Cependant certains accidens, des défauts de construction, la disposition des bois dans les pans, sur les planchers, etc. , font quelquefois boucler les murs , et il est indispensable de prévoir cette poussée pour s’y opposer, ou du moins d’y remédier. Lorsqu’on craint qu’un mur ne pousse au -vide , on le maintient par des tirans et des ancres de fer, à chaque étage de la face de devant et de celle de derrière , pour les lier entre elles, afin d’empêcher qu’elles ne s’écartent.
- Quant à la poussée qui s’exerce contre les murs de revêment et ceux des digues, V. ce qui est expliqué sur la Poussée des terres, üous avons d’ailleurs traité à l’article Fluide , de ce * qui se rapporte à poussée de l’eau.
- Pour comprendre la théorie de la poussée des voûtes, il convient d’abord d’avoir la connaissance des formes de ce genre de construction. Les piliers DR', ER (fig. 3 des Arts de Calcul) qui supportent la voûte ÀOC, s’appellent pieds-droits on les nomme piles quand il s’agit d’un pont; ces piles prennent le nom de culée lorsqu’elles forment la maçonnerie des
- (i) Celte observation m’a été communiquée par M. Buisson, de Lyon.
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- 44° POUSSÉE DES MURS, DES VOUTES, deux extrémite's du pont tenant aux rivages. Imaginez un coin N'TN appuyé sur les pieds-droits , et retranchez-en le triangle curviligne aocï ; le reste AN'SNCO restera soutenu comme avant cette suppression; et cela quand même on aurait divisé le massif par une suite de plans dirigés perpendiculairement à la surface cylindrique ÀOC de la voûte , ainsi qu’on est forcé de le faire, parce que l’ouverture ne peut être recouverte par une seule pierre. On nomme voussoirs chacune de ces pierres, et clef celle du haut de la voûte , où la tangente est horizontale. Les joints de lit sont les faces planes de contact ; la douelle ou Yintrados est la surface inférieure AOC : Yextrados est la surface supérieure V'SN. On donne ordinairement à l’intrados la forme d’un arc de cercle, ou plus rarement d’EixipsE, ou d’AxsE de paxxier. Les reins de la voûte sont les parties latérales Nno, Cca ; les naissances sont les lignes A et C de rencontre avec les faces des pieds-droits : la hauteur OB est la montée de la voûte, qui est dite en plein-cintre quand on 1» fait en demi-cercle. La voûte est au contraire surbaissée, quand BO est moindre que AB.
- Si la voûte s’enfonçait, par une cause quelconque, la chute des voussoirs du milieu entraînerait celle des voisins, et il ne resterait au-dessus des pieds-droits que les pierres qui s’y trouveraient reposer en équilibre, sôit parce que leur centre de gravité serait au-dessus de quelqu’un des points de la base DQ', EQ, soit en vertu du frottement sur leur joint de lit. Les plans aN', eN de séparation , sont les joints de rupture. On peut donc considérer le massif N'nocN compris entre ces joints comme un coin qui tend à écarter les deux piliers et • à les renverser en dehors, ou à les faire glisser sur leurs bases DQ', EQ.
- Le problème de l’équilibre des voûtes consiste à savoir exprimer les relations qui lient ensemble les poids des voussoirs, la forme de l’intrados, les joints de rupture, le frottement des joints, l’adhésion et les masses des pieds-droits. Dans les constructions, il faut satisfaire rigoureusement aux conditions imposées par ces relations, et même se tenir beaucoup au-
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- POUSSÉE DES MÛRS, DES VOUTES. 441 dessous des termes ne'cessaires à l’e'quilibre : car, par exemple, lorsqu’on de'cintre un pont, on sait que les cimens n’ont pas encore acquis toute leur consistance, et que les petits graviers interpose's dans les joints ont une tendance à rouler qui facilite beaucoup le mouvement. Le frottement n’est donc pas alors ce qu’il doit devenir plus tard. En outre, quand l’ouverture d’une arche est très grande, la montée s’affaisse et la courbure de la douelle éprouve toujours un peu d’altération ; les voussoirs ne glissent pas les uns sur les autres, mais la montée diminue et les reins s’élèvent. Enfin , la pierre doit avoir la consistance propre à résister à la pression qu’elle est destinée à supporter.
- Il nous serait impossible d’entrer ici dans les détails que ce sujet exige pour être examiné avec utilité : nous renverrons à l’Architecture hydraulique de M. de Prony, T. I, page i52. La conclusion à laquelle on est conduit, quand on fait abstraction du frottement, mérite d’être indiquée : pour qu’une suite de points pesans, libres et indépendans les uns des autres, puissent demeurer en équilibre en s’appuyant mutuellement , il faut que la courbe ÀaOcC suivant laquelle on les aura disposés, soit une Chaîvette ( V. ce mot ), c’est-à-dire soit la courbe renversée que forme une corde uniformément pesante suspendue par ses deux extrémités.
- Mais l’existence du frottement change tout-à-fait ces conditions , et l’on peut donner à l’intrados une forme curviligne arbitraire. Les équations d’équilibre sont alors, dans l’hypothèse du renversement du pied-droit,
- N =
- W — VH o.Hk
- XM,
- N = —---- XM;
- 2g sin «
- et dans celle du glissement horizontal,
- N —
- g
- 2/ tang «
- X M.
- M est le poids absolu de la portion N'aOcN de la voûte entre les joints de rupture; N est le poids d’un des pieds-droits N'aDQ', y compris la portion qui s’étend du sommet
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- 443 POUSSÉE DES TERRES.
- jusqu’au joint de rupture; k est la distance Q'i du centre de gravité G du pied-droit à son parement extérieur Q'R' ; F est la distance du point de rupture a de l’intrados à la verticale menée par le centre de gravité de la portion de voûte N'aOS comprise entre la clef et le joint de rupture ; h et Ji sont les distances verticales du point a de rupture à la base Q'DE du pied-droit, et à l’extrados S de la clef; b est la distance horizontale du point Q' à la verticale menée par a ; p est 1a perpendiculaire abaissée de Q' sur la normale du milieu du joint Na de rupture, point qu’on regarde comme étant le centre de pression des poids voisins ; q est la distance du point Q à la verticale de a ; f est la puissance qui s’oppose au mouvement de translation horizontal du pied-droit sur sa base ( V. Frottement) ; g est la gravité (9““,Si) ; a l’angle du joint Na de rupture avec la verticale.
- La dernière équation exprime une condition tout-à-fait distincte des deux autres ; elle exprime que le pied-droit ne peut pas glisser dans le sens horizontal. Les deux autres sont d’une application plus générale, parce que le renversement est ordinairement la seule cause possible de destruction du pilier. Cependant, quand la largeur de la base du pied-droit est très grande relativement à sa hauteur, comme cela arrive aux culées des grands ponts, c’est la dernière équation qui doit être mise en usage , parce que la poussée n’a plus alors d’autre effet que de faire glisser la culée sur sa base ou sur l’une de ses assises.
- Ainsi, après avoir introduit dans nos équations les valeurs numériques qui se rapportent à l’exemple qu’on veut traiter, on jugera bientôt si la stabilité des pieds-droits est suffisante, car le poids N devra toujours surpasser d’au moins un dixième celui que cette théorie indique.
- Consultez sur ce sujet la Science de l’ingénieur, par Bélidor, et M. Navier. ÉR.
- POUSSÉE DES TERRES ( Arts de Calcul). Il existe uu grand nombre de circonstances où il est indispensable de ton naître l’effort nécessaire pour résister à la poussée des terres-
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- et y proportionner l’épaisseur des murs de revêtement. Les constructions de quais , murs de terrasse, fossés et sauts-de-loup, escarpes des fortifications, perrés de ponts, etc. , offrent des exemples de ces sortes de calculs. Ils sont établis, d’une part, sur une théorie géométrique , et de l’autre , sur des expériences propres à faire connaître les valeurs des constantes de la formule et à vérifier les résultats des conceptions de la science. Ce sujet est beaucoup trop étendu pour qu’on s’attende à le trouver développé dans quelques pages de notre Dictionnaire, puisqu’il fait la matière de traités spéciaux, que nous indiquerons plus loin : mais nous devons exposer ici tout ce qu’il est indispensable d’en savoir, pour être en état d’en appliquer les conséquences aux constructions que l’art exige.
- Pour atteindre ce but, nous nous contenterons donc de donner une idée succincte des principes sur lesquels la théorie repose , de faire ensuite connaître les résultats pratiques, et d’en montrer l’application. Comme le calcul différentiel est nécessaire à employer dans cette analyse , ce serait sortir des limites qui nous sont prescrites, que de traiter la question à fond ; jl suffira d’indiquer les résultats de ce calcul, et surtout d’en montrer l’application. Nous renverrons , pour de plus amples détails, aux ouvrages qui traitent de la poussée des terres , et principalement au Mémoire de Coulomb, inséré parmi ceux de l’Académie des Sciences, en 1773 ; aux recherches de M. de Prony ( in-4°, 1802); et au Traité de M. Mayniel. Ce dernier ouvrage ne laisse rien à désirer sur cet important sujet.
- Soit ADBH une masse indéfinie de terre retenue par le revêtement FDBC (fig. 1, PI. 14 des Arts de Calcul). Si le massif de maçonnerie était supprimé, la terre n’étant plus adossée contre cet obstacle, obéirait à la gravité, et à la condition de sa nature qui permet à ses parties de se disjoindre, comme ferait une matière imparfaitement fluide ; un prisme triangulaire DEB se détacherait et s’éboulerait ; le reste de la masse HEDA subsisterait en équilibre sous une pente DE déterminée
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- par la nature du sol, par l'adhérence de ses particules et par le frottement. On doit donc considérer le revêtement comme destine' à résister seulement au poids du prisme BDE , que contribue d’ailleurs à retenir aussi le frottement sur le planDE, et la cohésion , qui est une adhérence produite par le tassement et un séjour plus ou moins prolongé du sol en place.
- Considérons le prisme BDE comme un corps pesant P, situé sur le plan incliné DE; il est facile de calculer la force horizontale capable de retenir le poids P de ce prisme sur ce plan : ce poids P agit verticalement sur le centre de gravité G du prisme, et l’on sait {V. Plan incliné , T. XVI, page 245) que, pour l’équilibre entre les forces Q et P, il faut que les composantes GprGq, parallèles au plan, soient égales. En nommant * l’angle BDE formé par le plan avec la verticale, on a donc l’équation Q sin * = P cos a, qui exprimerait l’équilibre, si le prisme et le plan étaient parfaitement lisses à leurs surfac es.
- Mais la pression sur le plan est la somme des composantes Qq -j- P'p, perpendiculaires au plan = Q cos * -f- P sin «. On sait que le Frottement ( V. cet article) est proportionnel à cette pression, savoir : f (Q cos a -J- P sin *), et cette résistance favorisant la force horizontale Q qui produit l’équilibre, doit être ajoutée à sa composante Gg. Il en faut dire autant de la cohésion , qui est proportionnelle à la longueur DE , sur laquelle elle s’exerce, et qui est =lx DE , k étant cette dernière résistance sur la surface un; et comme on a visiblement,
- DB
- dans le triangle rectangle BDE, DE =------, la cohésion est
- COS 06
- kh
- =------, en représentant la hauteur DE par h.
- COS a r
- On voit donc que le poids P est sollicité à descendre le long du plan DE par la composante P cos *, et qu’il y est retenu par trois forces opposées à celle-ci, savoir : la composante Q sin*, le frottement f (Q cos* -f- P sin*), et la cohé-kh
- sion . Il faut donc que la première de ces forces soit
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- égale à la somme des autres. De cette égalité' on tire la râleur de Q, qui est
- sin a -j- f cos a
- Maintenant, en faisant varier l’angle BDE, la force Q varie aussi, et il est facile de trouver quelle est la grandeur que cét angle doit avoir pour que l’effort horizontal Q soit le plus grand possible. Ceci n’est qu’une application d’une théorie de laquelle nous 11e nous occuperons pas ici. Nous nous bornerons à dire que ce maximum de Q répond au cas ou tang« = — f -f- 1/ (t -f- f ‘)-
- Observez que si l’on pose f = cotr, cette expression se réduit à tang a = tang j r, ou C’est-à-dire que
- le maximum de Q répond au cas où l’angle BDE est la moitié de ce qu’on appelle Vangle HDB du frottement ; c’est celui sur lequel le corps P, retenu sur le plan DH par le frottement, prendrait un mouvement naissant, s’il n’y avait pas de cohésion.
- Il suit de cette analyse que, pour s’opposer à la poussée de la terre, il faut détruire cet effet horizontal maximum. On reprend donc la théorie , en donnant à l’angle BDE la valeur qui vient d’être obtenue, et il faut calculer Q dans cette supposition. Rien n’est plus facile que de substituer pour tang « cette expression dans l’équation d’équilibre.
- Il reste ensuite à trotrver les momens de toutes les poussées particulières qui, agissant sur la surface verticale BD du revêtement, tendent à le renverser, en le faisant tourner autour du point F : ces momens une fois connus, il faudra proportionner la masse du mur à cette puissance de destruction. Sans nous arrêter à ce calcul, voici la formule à laquelle on est conduit :
- tang « — f tang" «
- n 9 (f d)
- x — — hn + h
- k est ici la hauteur DB de la terrasse; n est le rapport de
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- la base FI du talus extérieur, divise'e par la hauteur CI du mur ( on suppose la face BD verticale du côte' des terres) ; •s- est le poids spe'cifique des terres, ir celui de la maçonnerie ; ces nombres ont pour rapport celui des poids d’un cube de chacune de ces substances ; x est l’e'paisseur CD=:ID du mur au niveau supe'rieur du terrain, qui est le cordon de couronnement. Enfin l’angle a est celui que fait avec la verticale un tas de la terre du sol qu’on laisse e'bouler librement sans être tassée ni mouille'e, et f est le rapport du frottement à la pression sur la pente du sol en équilibre.
- On fait abstraction du frottement des terres sur le parement vertical, parce que cette force est très petite, comparée aux autres, et qu’elle n’exerce, en pratique, presque aucune influence.
- On remarque que les dimensions du prisme de plus grande poussée ne dépendent nullement de la cohésion.
- L’équation ci - dessus suppose qu’on emploie au remblai des terres damées, c’est-à-dire convenablement humectées, corroyées et battues par couches successives, pour en augmenter la ténacité. S’il n’en était pas ainsi, les terres n’auraient aucune cohésion , et il faudrait remplacer par 3 le diviseur 9 du dernier terme de la formule.
- Venons-en maintenant aux applications de cette théorie.
- Ces principes ne sont pas fort difficiles à mettre en pratique, et M. de Prony a même traduit la formule par une construction géométrique qui en rend l’application assez simple. Mais il n’en faut pas moins déterminer, dans chaque cas, les poids spécifiques s- et sr de la terre et de la maçonnerie, ainsi que la constante f ou l’angle v du frottement ; ce qui exige quelques expériences qui ne sont pas à la portée de la plupart des constructeurs.
- Cette théorie due à Coulomb, suppose que le revêtement est un mur vertical du côté des terres ; il est facile de b généraliser et de l’étendre au cas où le mur est aussi en pente de ce côté. Du reste, cette extension a peu d’importance, et nous 11e nous y arrêterons pas, attendu que l’expérience
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- a démontré que les revêtemens à parement vertical du côté des terres sont beaucoup préférables. Si le parement est en talus, l’eau des terres y séjourne et le dégrade. On rejette donc les paremens inclinés de toute bonne construction, si ce n’est du côté extérieur.
- Pour rendre l’application de la théorie précédente plus facile à faire , on a exécuté avec soin des séries d’expériences, avec des appareils convenablement disposés , pour amener à des conséquences utiles ; et l’on a d’abord reconnu que la pratique s’accordait en tout point avec la doctrine de Coulomb. De plus, on a cherché quel devait être, dans les différentes natures de matériaux en usage, le rapport du frottement à la pression, pour en déduire la valeur de l’angle r. On a reconnu les faits suivans.
- On appelle ligne de rupture la lézarde qui se forme dans le remblai, lorsque le mur n’est pas assez fort pour soutenir le terrain. Soit E un point sur la ligne de rupture ; nous ferons BD = h mètres, comme ci-devant ; f est le rapport du frottement à la pression.
- i°. Un mur de terrasse, soutenant un remblai de terres végétales, homogènes, ou mêlées de gros graviers, a sa ligne de rupture à une distance BE de l’arète intérieure du mur égale à h X 0,618. Ainsi, lorsque la hauteur du mur est de 6 mètres, le sol se lézarde en E, et l’on a
- BE = 6m x o,6i8 = 3m,7o8.
- 2°. Si le remblai est formé en sable, la ligne de rupture se. fait à la distance BE= h x o,677 ; ainsi BE = 4m>°^2- Pour un mur de 6 mètres , on a f — om,4o.
- 3°. Quand le remblai est en terres végétales mêlées de petits graviers, la ligne de rupture estàla distance BE = Ax 0,646; par exemple, pour un mur de 6 mètres de hauteur, BE = 3m,876, on a f — om,45.
- 4°. Si le remblai est formé de décombres, on regarde le frottement comme égal à la pression , ou / = 1} et l’on a
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- BE = ix 0,44 5 en sorte que pour un mur de 6 mètres, la ligne de rupture est à la distance BE = 2m,484-
- Souvent le sol porte une surcharge, comme un pavé, un trottoir dallé, un réservoir, un surhaussement de terre prenant sa pente naturelle, etc. L’expérience prouve que cette circonstance influe très peu sur la ligne de rupture, et que cette ligne s’établit à fort peu près à la même distance du mur que si le remblai était tout-à-fait de la même nature que le sol.
- Les expériences qu’on vient de citer déterminent pour chaque cas la ligne de rupture , et par suite l’angle « de notre formule, et la quantité f. Cette équation devient donc
- x = — 7in-\- h \ / ^ raa -f- A —.
- V 3 7T
- En prenant : Ie. A = o,c44 dans le cas où le sol est en terres végétales argileuses, ou mêlées de gros graviers;
- 2°. A = 0,0464 lorsque les terres sont mêlées de petits graviers ;
- 3°. A = o,i528 quand le remblai est en sable ;
- 4°. A = 0,05^3 quand il est formé de décombres ;
- 5°. Enfin, A = 0,166 dans le cas où les terres sont savonneuses.
- La pente extérieure FC du revêtement ajoute beaucoup à sa solidité, et quoiqu’on la supprime quelquefois, cas auquel n = o, on préfère ordinairement ce mode de construction. Il faut cependant dire que plus la pente diminue de rapidité, et plus la durée du revêtement est compromise par le séjour des eaux pluviales ; en sorte que les pentes rapides sont meilleures sous ce rapport, si elles sont moins favorables sous celui de la solidité. On accorde ces deux exigences, en ne donnant à la base FI que le vingtième de la hauteur CI ; c est-à-dire qu’on prend ci-dessus n = Nous adopterons ce rapport dans tout ce qui suit; on pourra, si l’on veut, appliquer les formules aux cas où n aurait des valeurs différentes de la précédente.
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- Quant aux poids spécifiques sretsr, ils varient avec la nature du terrain et celle des matériaux du revêtement. Voici les valeurs les plus ordinairement en usage :
- i°. Les terres végétales pèsent environ 38 kilogrammes le pied cube ;
- 2°. Le poids des terres argileuses est ar == &k,5 ;
- 3°. Lorsque la terre végétale est mêlée de gros gravier, le pied cube pèse à peu près 53 kilogrammes ;
- 4°. Si les terres sont mêlées de petit gravier, le poids est ar — 5o kilogrammes ;
- 5°. Quand le remblai est en sable, on a zs- = kilogrammes environ ;
- 6°. Pour les matériaux en décombres, le pied cube pèse à peu près 6o kilogrammes ;
- 7°. Si les terres sont savonneuses, s-= 54 kilogrammes. Voilà pour les valeurs de sr ; passons à celles de w, qui est le poids d’un pied cube des matériaux dont on compose la maçonnerie du revêtement :
- i0. Si le mur est en briques, il faut faire a- = 6o kilogrammes ;
- a0. Pour la maçonnerie en moellon, on a a-= 74 kilogrammes ;
- 3°. On fait a- = 93 kilogrammes quand le revêtement est en pierre de taille
- 4°. Si le mur est construit en maçonnerie de brique et de moellon, a- = 67 kilogrammes ;
- 5°. Pour la maçonnerie en cailloux roulés, on fait a- — 81 kilogrammes.
- Maintenant, en combinant ces valeurs deux à deux , il est aisé d’en tirer une règle pratique pour chaque cas, qui dispense de recourir à la formule générale ; c’est sur cette règle qu’il importe ici d’insister. Voici en quoi elle consiste.
- Pour retenir les terres d’un remblai lorsqu’elles sont damées, que le revêtement est vertical du côté des terres, et qu’il a un vingtième de pente à l’extérieur, il faut donner au haut du revêtement l’épaisseur x — F X h, h étant la hau-Tome XVII. 2o
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- 45o POUSSÉE DES TERRES,
- teur en mètres du revêtement, jusqu’au couronnement ou niveau du remblai, et F un facteur numérique donné pour chaque cas par la table suivante.
- NATURE Poids spécifique de la terre, j MUR CONSTRUIT EN
- du s 01. Brique, îr = 6ok. Moellon, jr = 74k. Pierre de taille, 5r = 93k. Brique et moellon, = 67 k. Cailloux rouies, n =-&i k.
- Terre végétale. 'nr=3Sk. 0,12 O, IO 0,08 0, ï 1 0,09
- — argileuse 4^,5 o,i3 O, t I 0,09 0,12 0,10
- — avec gros gravier 53 k. 0, i5 0,14 0,IÏ o,t4 0,12
- Terre avec petit gravier... 5o 0,10 o,t3 0, t r 0,14 0, 12
- Sable. ....... 46 0,29 0,2G 0,23 0,28 0,20
- Déconibres... (>o 0, >9 0,17 0,14 :>,l8 0, i5
- Terre savonn. 54 o,5o o,44 o,3g o,4: 0,42
- Pour montrer, . par un exemple , l’application de cette théorie, supposons qu’on veuille soutenir par un mur en pierre de taille une terrasse en terre argileuse damée, ayant i o métrés de hauteur ; on construira un mur vertical du côte des terres, auquel on donnera pour épaisseur au cordon la quantité F X h ~ 0,09 X iom = 9 décimètres : il faudra donner au parement extérieur une pente de — de 10 mètres, ou 5 décimètres, c’est-à-dire que la base du mur aura décimètres.
- Quoique nous ayons opéré sur des nombres particuliers, pris
- pour n , a-, a-, cependant la formule générale pourra s’appliquer à tout autre cas.
- U est inutile de dire que si les terres sont savonneuses, il convient de pratiquer au mur des Barbacanes pour l’écoulement des eaux.
- O11 doit avoir soin de bien corroyer les terres qu’on veut damer, pour les lier entre elles et augmenter leur force de cohésion.
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- POUSSÉE DES TERRES. 45i .
- Nous n’avons point égard ici à la surcharge du terrain en haut de la terrasse, lorsqu’on y établit un exhaussement, un pavé , ou, etc.... ; nous en parlerons plus loin.
- Une pratique généralement usitée pour les murs élevés qui soutiennent des terres, c’est d’y ménager des Contre-Forts ou éperons, espacés de 5 à 6 mètres, et disposés du côté des terres. L’effet de ces éperons est de diminuer l’épaisseur du revêtement, et par conséquent la dépense , de donner plus de stabilité à la construction ; enfin, de diviser la masse du remblai, et par suite de donner à la ligne de rupture une forme brisée qui affaiblit le prisme de poussée vers certains points du revêtement.
- On ne fait des contre-forts qu’aux murs élevés d’au moins 3'n,25 ; on les espace de 5 mètres1 de milieu en milieu; leur longueur est de tm,3o; l’épaisseur est i mètre à la racine, et om,65 à la queue ; pour chaque im,6o au-dessus des 3m,25, on accroît la longueur du contre-fort de è de mètre, tandis que la racine n’augmente que de moitié (j de mètre), la queue se trouvant toujours les § de la racine. Quand le talus est de à l’extérieur, avec un parement vertical intérieur, renforcé par des éperons, construit comme on vient de l’indiquer, M. Mayniel trouve pour l’épaisseur du haut du mur de
- revêtement x = h(--------7—J, s étant le facteur qui mul-
- \k q 40/ t-
- tiplie ci-devant la valeur s-A* dans l’expression de Q, suivant
- la nature du remblai : q est le rapport du frottement à la
- pression du mur sur sa base ; on peut prendre q = |, et
- ^ = 0,147; on trouvera donc
- formule où il ne s’agit plus que de substituer pour «- et «• les poids spécifiques delà terre et du mur, tels qu’on les a donnés ci-devant. Ainsi, par exemple, si le remblai est formé en terres argileuses, et le revêtement en maçonnerie de brique, on prendra sv = 38 et * = 6o, ce qui donnera x ~ 0,099. A
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- Ainsi l’épaisseur du mur au cordon n’est qu’environ le dixième de la hauteur (le talus étaut toujours de -^) lorsqu’on pratique des contre-forts intérieurs pour résister à la poussée. Sans ces sortes de soutiens , l’épaisseur devrait être o,vz.h, c’est-à-dire de deux centièmes plus considérable : il est facile de voir que les éperons diminuent beaucoup la dépense de la construction.
- Au reste , pour abréger les calculs pratiques, nous poserons encore, pour le cas actuel, l’équation i=Fx^, le facteur F étant donné, dans les divers cas, par la table suivante.
- Le peu de consistance des terres savonneuses rend les contre-forts inutiles pour ces sortes de remblais, ce qui en fait disparaître l’avantage, et nous détermine à exclure ces matières du tableau précédent.
- La théorie des contre-forts diffère de celle des revêtemens qui n’en sont pas pourvus, parce qu’il est démontré que lorsque le mur de revêtement est amorcé dans son parement intérieur par des contre-forts, depuis sa fondation jusqu au couronnement, la pression du remblai ne tend plus autant a renverser le mur qu’à le faire glisser sur sa base. Ainsi l’effort
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- POUZZOLANE. 453
- maximum Q de la poussée , tel qu’on l’a calculé ci-devant, doit être considéré comme ayant ce mouvement de progression pour effet principal.
- Il arrive souvent qu’on veut soutenir un terrain formant la pente naturelle d’un coteau, par un mur avec contre-forts, qui porte l’effort de pression jusqu’à une certaine hauteur, et laisse le reste du terrain formant une surcharge. Pour calculer dans ce cas l’épaisseur du revêtement, en lui donnant toujours de pente extérieure, le renforçant d’éperons amorcés sur un parement intérieur vertical, il faut augmenter
- la valeur qu’on vient de trouver pour x de la quantité ,
- en prenant pour a les f du côté du carré égal à la surface de section de la surcharge.
- A cet effet, nous rappellerons que la surcharge n’influe pas sensiblement sur la ligne de rupture, ainsi que nous l’avons déjà énoncé : soit E le lieu de cette ligne ; on tirera la droite DE qui se prolongera en n, et déterminera’ la surface S = mriEB, que nous représenterons par xy ; or on a (|a)2 = S, ce qui détermine a. On peut encore poser a5 = S X o,633. Fr.
- POUZZOLANE. On appelle ainsi une substance minérale que les uns considèrent comme rejetée par les volcans et les autres comme provenant de la décomposition des laves. Ce qu’il y a de certain , c’est que la pouzzolane se trouve toujours dans le voisinage des volcans brûlans, on dans les contrées qui portent encore l’empreinte des ravages occasionés par des volcans actuellement éteints. Ainsi, il en existe des amas prodigieux dans les environs de Pouzzole, ville voisine de Naples et du Vésuve, et de laquelle cette substance a tiré son nom. L’Etna produit moins de pouzzolane, que l’on rencontre abondamment en France , aux environs des volcans éteints d’Auvergne, du Vivarais, du Velav, du Languedoc, etc.
- La pouzzolane est tantôt sous la forme de poussièrês, de cendres de couleur grise ou noirâtre ; tantôt sous forme de grains bruns , violâtres, ou rouges, semblables à des fragmens de briques pitées. Elle a pour caractère essentiel, lorsqu’elle
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- 454 PRAIRIES.
- a été pulvérisée, de s’unir intimement à la chaux et au sable-et de former avec ces matières de très bon ciment, qui a la faculté de se durcir par le contact de l’eau ; de là résulte qu’on s’en sert avec le plus grand avantage pour la composition des mortiers hydrauliques. Ce ciment se compose de 2 parties de pouzzolane, d’une partie de chaux et d’autant de sable de rivière. On en revêt le fond et les parois des bassins, des réservoirs, des canaux ; on en forme aussi des figues, et en général il est employé avec succès dans toutes les constructions qui doivent être recouvertes d’eau, et s’opposer à toute infiltration de ce liquide.
- Les minéralogistes modernes reconnaissent plusieurs variétés de pouzzolane, auxquelles ils ont donné les dénominations de poreuse , argileuse, tufeuse, et de trass. La première, qui est celle de Pouzzole , ou pozzolite de M. Cordier, provient de laves spongieuses, et varie par ses couleurs noire, brune, violette et rouge ; on en exploite à Civila-Vecchia, près Rome, pour tous les pays de l’Europe ; celle du Yivarais égale en bonté les pouzzolanes d’Italie. La deuxième, qui renferme plus d’alumine que la précédente, ressemble en apparence aux terres ocreuses ; elle vient de l’Etna , et est fort recherchée. La troisième n’est pas le produit de la décomposition d’une seule lave; elle offre la réunion de fragmens hétérogènes agglutinés; c’est, à proprement parler, un tuf volcanique. Quant à la quatrième variété, connue surtout en Hollande, elle est sous la forme d’une masse poreuse blanchâtre, qui est composée de fragmens de pierre-ponce, liés par un ciment de la même nature.
- L’emploi des chaux hydrauliques, soit naturelles, soit artificielles, ne peut manquer de diminuer, au moins en partie, la valeur et l’importance qu’on attachait aux pouzzolanes.
- L+****il.
- PRAIRIES ( Agriculture). Ce sont des terres qui produisent des herbages, de taille souvent assez élevée pour pouvoir etie fauchés et servir à la nourriture des bestiaux : on en distingue de deux sortes, lés naturelles et les artificielles.
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- PRAIRIES. 455
- Les prairies des coteaux éleve's sont sèches et s’appellent pâtis ou Pâturages ; elles sont composées d’herbes courtes ou rares, qu’on ne fauche pas, et on les abandonne au parcours libre des chèvres et des moutons. On donne aussi ce nom aux prairies artificielles usées qu’ou veut rompre. ( V. Pâturages ) Nous n’avons rien à dire de plus sur ce sujet.
- La plupart du temps, on laisse à la nature le soin de féconder les prairies naturelles ; mais il est souvent productif d’y faire intervenir l’art, pour accroître les récoltes, même au prix de soins et de dépenses. Ainsi, un système d’irrigation bien ménagé, dans les lieux où cela est possible ; l’entretien de haies ou de fossés de clôture ; le dessèchement des marécages ; l’abattage des buttes de terre et trous de taupe ; l’arrachement de la mousse avec une Herse de fer ; l’extirpation des mauvaises herbes, surtout de celles qui ont des bulbes profondes ou produisent des graminées dures et coupantes , que les bestiaux refusent ; enfin , quelques engrais étendus sur la surface, etc., sont des moyens puissans d’amélioration.
- Les prairies sont une des richesses les plus assurées des propriétaires , et quoique les produits en soient très variables par les influences des diverses saisons , comme elles exigent très peu de soins, et que les récoltes s’en font dès le milieu du printemps , lorsque les travaux de la campagne ne sont pas dans une grande.activité, le cultivateur préfère toujours ces sortes de terres à celles qu’il faut labourer et ensemencer. Il est impossible d’indiquer le produit moyen annuel d’un arpent de pré, parce qu’il dépend à la fois des temps, des lieux et des saisons. Il y a des prairies qu’on fauche jusqu’à trois et quatre fois, et des années où l'herbe s’élève à 3 pieds de hauteur, tandis qu’ailleurs l’herbe est courte, rare et mêlée de beaucoup de plantes inutiles.
- Les prairies artificielles sont le fondement d’une fortune assurée pour le cultivateur qui les établit dans une proportion convenable à l’étendue de son exploitation rurale. Après avoir labouré, fumé, aplani et nettoyé la terre où l’on veut faire une prairie artificielle , on y sème, au premier printemps , la
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- 456 PRALINES, PRALINEUR.
- graine de luzerne , de trèfle ou de sainfoin qui doit composer le pre' ; mais on recommande de ne semer qu’une seule espèce de plante, à cause de l’inëgale hauteur des herbes, et de leurs differentes e'poques de maturité'. On a soin de semer en même temps de l’avoine ou de l’orge, dont la récolte paie les frais de culture de cette première année, qui ne doit pas produire d’autre fruit : d’ailleurs, l’ombrage des tiges de ces graminées conserve l’humidité du sol, et protège la très jeune luzerne contre les ardeurs du soleil.
- On recommande de semer dru ; le terme moyen varie avec la qualité du sol ; on estime que par arpent il faut 25 livres de graine de luzerne, ou 18 de trèfle , ou 240 livres de sainfoin. Comme nous avons donné ailleurs des détails sur ce sujet, nous ne nous répéterons pas ici. ( T. Luzerne, etc.)
- On coupe ordinairement trois fois l’an les prairies artificielles , surtout vers l'âge de trois à quatre ans, qu’elles sont dans toute leur force : les dernières coupes sont appelées regains. Cependant, il est des localités où l’on fauche beaucoup plus souvent les luzernes , tandis qu’au contraire les sainfoins et les trèfles ne sont guère coupés que deux fois chaque année.
- Le foin des prairies, soit naturelles, soit artificielles, est desséché sur place , d’abord en longues lignes , nommées ondains , formées par le travail de la faux, puis en petits tas, ou villottes, puis en mule. On le laisse dans cet état se dessécher complètement, et l’on bottelle. {V. Foin.) Fr.
- PRALINES, PRALINEUR {Technologie'). O11 donne le nom de pralineur, à l’ouvrier qui, dans les ateliers du confiseur, est occupé particulièrement à fabriquer les pralines, les dragées, etc. Les pralines ne sont autre chose que des amandes douces, recouvertes de sucre légèrement caramélisé. Voici la manière d’opérer :
- On prend une quantité d’amandes douces à volonté ; sup-posons-en un kilogramme. On nettoie bien la surface des amandes, et on leur enlève toute la poussière dont elles sont ordinairement couvertes. Pour opérer avec promptitude et
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- sûreté, on les place bien à l’aise dans un sac à peu près d’un mètre de long et de deux décimètres environ de diamètre. Ce sac est fait avec de la toile neuve et un peu rude. Après y avoir introduit les amandes et fermé l’orifice du sac, on le saisit de chaque main par un de ses bouts, et l’on fait promener les amandes dans le sac en les conduisant rapidement de la main droite à la main gauche, et réciproquement. Quelques minutes suffisent pour en détacher parfaitement la poussière, de sorte que si l’on continuait pendant assez long-temps , on finirait par enlever toutes les aspérités de la surface, et elles se trouveraient polies, ce que l’on est loin de vouloir faire.
- Les amandes ainsi préparées, on les met dans une bassine dans laquelle on a jeté un kilogramme de sucre en poudre, et une dixaine de cuillerées d’eau. On fait chauffer jusqu’à ce que les amandes fassent entendre un pétillement assez fort et soutenu ; alors on retire la bassine du feu, et l’on remue avec une spatule de bois, jusqu’à ce que le sucre se détache des amandes. On retire environ la moitié du sucre ; on remet la bassine sur le feu, et l’on remue avec la spatule. Les amandes ne tardent pas à reprendre le sucre , et lorsqu’il est entièrement absorbé, on ajoute la moitié de celui qu’on avait enlevé. On remue avec la spatule comme la première fois. On ajoute enfin le reste du sucre ; on continue à remuer, et lorsque la couleur des pralines est satisfaisante , on retire la bassine du feu, on les verse sur des feuilles de papier, en séparant celles qui se seraient réunies. Lorsqu’elles sont totalement froides , on les met en magasin.
- On fait quelquefois des pralines dont la couleur tire sur celle de la rose : cette couleur est due à une teinture de bois de Brésil, que l’on substitue à l’eau pure que nous avons dit devoir être ajoutée au sucre dans la première opération. Pour conserver cette couleur rosée, il faut bien ménager le feu, qui doit être encore plus faible que pour les pralines ordinaires, et remuer beaucoup, et sans discontinuité avec la spatule , afin de s’opposer à la caramélisation du sucre, dout la couleur fauve très prononcée masquerait entièrement la
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- couleur du bois de Brésil. Toute la manipulation consiste dans cette précaution importante.
- Le pralineur fait aussi les Nougats , dont nous avons parlé T. XIV, page 448.
- LaJleur <Forangerpralinée est encore préparée par le pralineur : en voici deux procédés différens qui conduisent au même résultat.
- Préparation de la Jleur. Cette préparation, qui est la même pour les deux procédés, s’opère sur les pétales seulement; on rejette le calice et les étamines, etc. Au fur et à mesure qu’on monde les fleurs, c’est-à-dire qu’on effeuille les pétales, on les jette dans l’eau. Lorsque tout est épluché, on jette les pétales sur un tamis pour les faire bien égoutter; ensuite on leur fait faire quelques bouillons dans du sirop de sucre cuit au perlé ; on passe au tamis. On jette ensuite les fleurs sur du sucre en poudre , et on les y frotte avec les mains, afin de les sécher. Enfin , on les met sur un tamis, on agite; le sucre se détache; on passe les pétales à l’étuve, et on les renferme dans des bocaux hermétiquement bouchés.
- Le second procédé est le même pour la première partie, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’on ait jeté les pétales dans le sirop au perlé. Comme les pétales ont apporté de l’eau dans le sirop, cette eau Ta décuit, et Ton doit, par quelques momens dé-bullition, le ramener au même degré de cuisson qu’il avait auparavant. Dès qu’il y est revenu, on retire la bassine du feu; on remue avec la spatule , afin de réduire le sucre eu poudre; on jette le tout sur un tamis de soie, par le moyen duquel on sépare le sucre, et Ton renferme la fleur d’oranger pralinée dans des bocaux bien bouchés et à l’abri de toute humidité. h-
- PRÉCIPITÉ. Dans les laboratoires de Chimie , on désigne sous cette dénomination tous les dépôts insolubles qui se forment dans les différens liquides , soit spontanément, soit par suite de quelques mélanges. Nos prédécesseurs avaient aussi donné ce même nom à plusieurs produits obtenus par tout autre moyen, et en ayant égard seulement à ce que ces produits
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- étaient secs, pulvérulens et insolubles. On distinguait ces diffé-rens pre'cipités par l’indication de leur couleur ; ainsi on avait le précipité blanc, le précipité rouge, jaune, vert,pourpre, etc. Plusieurs de ces pre'parations, presque toutes mercurielles, sont encore en usage, soiten Me'decine, soitdansles Arts, et on leur a conservé dans le commerce leur ancienne dénomination.
- Nous allons successivement les décrire, et nous commencerons par celui connu sous le nom de précipité blanc.
- Le précipité blanc est appelé, par les chimistes modernes, protochlorure de mercure, parce que telle est en effet sa composition ; il ne renferme qu’une proportion de chlore et une proportion de mercure. Pour l’obtenir, on suit encore aujourd’hui, à très peu près , le procédé ancien, qui consistait à faire une dissolution de mercure dans l’acide nitrique, et à précipiter cette solution par une dissolution de sel marin, ou par l’acide hydrochlorique lui-même. Cependant il est résulté de la connaissance exacte de la composition du précipité blanc, une amélioration notable dans son mode de préparation. Comme on s’était aperçu qu’une partie assez considérable de mercure restait en dissolution dans la liqueur, on en avait conclu que le précipité blanc était un peu soluble, et l’on se donnait bien de garde de prolonger les lavages, dans la crainte de tout entraîner en dissolution. Mais en examinant les choses d’un peu plus près, on a vu que le vrai protochlorure de mercure était tout-à-fait insoluble, et que la portion qui était retenue dans les eaux-mères y était à l’état de deutochlorure, puis on a reconnu que cette espèce de partage du mercure provenait de ce que la dissolution nitrique contenait partie de ce métal à l’état de protoxide, et partie à l’état de deutoxide, de manière que, par l’addition du sel marin ou de l’acide muriatique, au protoxide répondait le protochlorure, et au deutoxide le deutochlorure; et que, comme celui-ci est soluble, il reste dans les eaux-mères. D’après cela, il est donc évident que le meilleur moyen d’éviter cet inconvénient serait d’avoir tout le mercure de la dissolution nitrique à l’état de protoxide ; mais rien n’est
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- moins facile, surtout quand on agit sur des masses un peu considérables : aussi est-on obligé, dans les fabriques où l’on s’occupe do ces préparations , d’en faire marcher plusieurs de front, de manière à pouvoir faire servir le résidu de Tune à l’obtention de l’autre. Ainsi, par exemple/ dans le cas dont il s’agit ici, le mieux, selon moi, est de faire dissoudre, comme d’usage, le mercure dans l’acide nitrique, puis de laisser cristalliser le protonitrate de mercure, et d’emplover les eaux-mères , qui contiennent ordinairement beaucoup de deutoxide, à la préparation de ce (qu’on nomme le précipité rouge. Eu conséquence , voici le procédé que je suis : je commence par diviser tout le mercure que je veux employer, par kilogramme , que je verse dans autant de cols droits, puis j’ajoute dans chaque vase 1^,000 d’acide nitrique ordinaire, et je laisse la dissolution s’opérer à froid. On conçoit que la précaution que je prends de diviser ainsi le mercure n’a pour but que d’éviter une trop forte élévation de température pendant la dissolution, et, par suite la formation d’une plus grande quantité de deutoxide. Ces dissolutions une fois faites, je les abandonne à elles-mêmes pendant deux ou trois jours, pour donner tout le temps nécessaire aux cristaux de protor.ilrate de se former. Le deutonitrate étant beaucoup plus soluble, reste dans les eaux-mères ; on les décante, et on les met de côté pour la préparation du deutoxide; ( V. Précipité roege. ) Les cristaux sont ensuite réunis dans une même terrine ; on les dissout dans de l’eau aiguisée d’acide nitrique, et Ton précipite cette liqueur par une dissolution étendue d’un mu-riate quelconque , ou avec de l’acide hydroclilorique dont ou a soin de mettre un léger excès, afin de précipiter tout le protochlorure que la liqueur peut fournir. Dans l’un et l’autre cas, il y a précipitation de protochlorure de mercure; mais lorsqu’on se sert de sel marin, il se forme en même temps du nitrate de soude, qui se dissout dans la liqueur ; tandis qu avec l’acide hydroclilorique, il n’y reste que de l’acide nitrique.
- Il est nécessaire d’étendre les solutions d’une assez grande quantité d’eau, non-seuleinent pour obtenir un précipité
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- moins compacte et plus facile à laver, mais aussi pour éviter la réaction de l’acide nitrique sur le précipité lui-même ; car il arrive quelquefois, lorsque les liqueurs sont concentrées et que la température atmosphérique est un peu élevée, qu’il se dégage beaucoup de vapeurs nitreuses, qui proviennent nécessairement de la décomposition d’une partie de l’acide nitrique en excès. Cela a surtout lieu lorsqu’on emploie de l’acide muriatique pour la précipitation. Cette réaction est d’autant plus à éviter, qu’elle a pour résultat de faire passer une partie du protochlorure à l’état de deuto , (|ui, en raison de sa solubilité, reste dans la liqueur, et se trouve en pure perte pour l’opération.
- Cette précipitation se fait ordinairement dans des jarres ou dans des pots en grès. Lorsqu’on la juge terminée , on abandonne au repos pendant un jour ou deux, puis on décante au siphon. On remplace la liqueur de décantation par de l’eau limpide, on agite fortement avec un bâton, puis on laisse reposer de nouveau. On réitère ces lavages et ces décantations tant que l’eau rougit le papier de tournesol, ou plutôt, tant qu’elle conserve une sapidité bien marquée, et qu’elle précipite par l’addition des alcalis. Les lavages ne sauraient être trop multipliés, parce que cette préparation est très usitée dans quelques pays, où elle est administrée comme médicament interne, et qu’elle peut produire dans ce cas des effets funestes, lorsqu’elle retient quelques portions de sel soluble, dont le deutoclilorure de mercure fait presque toujours partie. On a long-temps attribué ce fâcheux résultat à la solubilité du précipité blanc lui-même, dont on ne croyait pas la composition tout-à-fait identique avec celle du protochlorure obtenu par sublimation. On pensait, et avec raison, que celui-ci ne contenait rien autre que du chlore et du mercure, tandis que l’autre retenait, comme partie constituante , une petite quantité du corps précipitant, et que c’était à cette différence qu’on devait attribuer la légère solubilité du précipité blanc. M. Guibourt a démontré qu’on était tout-â-fait dans l’erreur à cet égard, et que le précipité blanc suf-
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- fisamment lavé , avait exactement la même composition que le prolochlorure ordinaire ; mais à la vérité, pour qu’il en soit ainsi, il faut que les lavages aient été terminés avec de l’eau bouillante.
- Lorsque le précipité est bien lavé, on le verse sur un carré de toile serrée, et on le trochisque aussitôt qu’il est suffisamment égoutté, puis on le laisse sécher, et on le serre dans des cruches bouchées au liège.
- Quand cette opération a été conduite avec tout le soin qu’elle exige,de précipité est d’un blanc mat bien pur et très intense; mais pour le conserver ainsi, il faut avoir la plus grande attention d’éviter les émanations sulfureuses, qui le noirciraient immédiatement. R.
- PRÉCIPITÉ POURPRE DE CASSIÜS. V. Poubpbe de Cassius. R.
- PRÉCIPITÉ ROUGE, ou Dectoxide de mebcüre des chimistes modernes. Il y a deux procédés très distincts pour préparer cet oxide : l’un, qui est le plus anciennement connu, et qui a été généralement abandonné , comme étant trop long et trop dispendieux, consistait à déterminer l’oxidation du métal par le seul moyen de l’air. On nommait autrefois l’oxide ainsi obtenu, précipité perse, pour rappeler qu’il était produit en quelque sorte spontanément. Cette dénomination de précipité ne convenait ni à l’une ni à l’autre de ces préparations, car aucune des deux ne résulte d’une précipitation. Toutefois, à une époque où les alchimistes et les médecins attachaient de hautes espérances à ces transformations des métaux en ce qu’ils nommaient chaux métalliques, on faisait de la préparation du précipité per se une des plus importantes opérations des laboratoires, et l’on avait donne a l’appareil employé pour cet objet l’emphatique dénomination à’enfer de Boy le. C’était tout simplement un petit matras de verre à fond plat, et dont le col très allongé était effilé à la lampe. On avait fait choix de cette forme aplatie vers le fond, pour pouvoir faire présenter plus de surface au mercure , qu'on mettait en contact avec l’air. La longueur et
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- le rétrécissement du col étaient destinés à condenser et à retenir les particules du mercure, qui se trouvaient volatilisées par la chaleur avant d’avoir été transformées en oxide. C’est à l’aide de ces dispositions qu’on prétendait tourmenter le mercure jusqu’à ce qu’il ait perdu ses qualités métalliques, et de là cette expression à’enfer.
- Lorsque la Médecine s’empara de cette préparation pour en faire une panacée, on fut obligé de la fabriquer très en grand dans quelques laboratoires, et principalement dans celui de Kayser, qui l’employait pour faire ce qu’il nommait sa terre folliée mercurielle, composition qui servait de base aux fameuses dragées anti-syphilitiques de ce médecin. Voici de quelle manière on procédait à cette calcination du mercure : on avait un grand nombre de ces petits matras à fond plat, on couvrait le fond de chacun d’eux de quelques lignes de mercure, puis on les disposait tous dans un bain de sable formé par un carré long, dont le fond était uniquement composé de plaqûes de fonte , et les côtés en briques. Ce n’était qu’après avoir placé à nu tous les matras sur les plaques de fonte, qu’on ajoutait du sable, et seulement assez pour recouvrir les matras jusqu’à la naissance du col. Cela fait, on commençait à chauffer d’abord très graduellement, puis on entretenait continuellement une chaleur suffisante pour que le mercure fût maintenu à une température très voisine de son ébullition ; circonstance qui , d’après l’observation, était la plus favorable au succès. On conçoit, en effet, que par ce moyen le mercure se présentait au contact de l’air chaud à l’état de vapeurs, c’est-à-dire de division extrême, et que par conséquent sa combustion devait en résulter. Ce qu’il y a dé certain, c’est qu’après un ou deux jours de calcination , on apercevait, en découvrant la surface des matras, une foule de petites paillettes rouges , dont le nombre allait toujours croissant à mesure que l’opération, ordinairement fort longue , faisait des progrès. Quand on la jugeait suffisamment avancée, on laissait refroidir le fourneau, puis on enlevait tous les matras pour en retirer le
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- produit, qui était un mélange d’oxide rouge et de mercure métallique. Il suffisait de jeter le tout sur une toile pour séparer le métal demeuré intact. Cet oxide est très pur; il est en petits cristaux prismatiques d’un beau rouge violeté. C’est en exposant le précipité per se à une température plus élevée que celle nécessaire à sa formation que Bayen découvrit, en 1^74) l’existence de l’o'xigène, qui depuis a joué un si grand rôle dans la Chimie.
- Le deuxième procédé, et le seul usité maintenant pour obtenir le précipité rouge , consiste à réunir dans un certain nombre dematras à fond plat, mais de beaucoup plus grande capacité que les précédens, parties égales de mercure et d’acide nitrique; on place ces matras sur un bain de sable, où l’on a étendu très également quelques lignes de sable; puis lorsqu’ils sont disposés, on ajoute assez de sable pour couvrir environ les deux tiers de la panse des matras. On chauffe doucement : l’acide réagit; le métal s’oxide et se dissout; des vapeurs nitreuses se dégagent, et bientôt il ne reste dans les vases qu’une dissolution de nitrate de mercure. On soutient une température modérée, pour évaporer sans secousse l’excès d’acide et d’humidité, et quand l’évaporation a cessé, on augmente graduellement la chaleur, pour déterminer la décomposition du nitrate formé. De nouvelles vapeurs nitreuses se manifestent, parce que, à cette époque , tout le métal n’est point encore converti en deutoxide , et que l’acide nitrique , au moment de se dégager, achève cette sur-oxidation. On continue de chauffer tant qu’il se dégage des vapeurs nitreuses, et l’on ralentit un peu le feu quand elles deviennent plus rares , et surtout lorsqu’on s’aperçoit que du mercure métallique commence à se condenser à la partie supérieure du col des matras, ou dans les petits pots de faïence avec lesquels on est dans l’usage de les boucher. Comme cette vapeur mercurielle est la conséquence de la réduction d’une portion du deutoxide de mercure, ce phénomène est accompagné d’un dégagement d’oxigène, et il est toujours facile de s’en assurer, en plongeant dans l’intérieur
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- du col une allumette, qui conserve un point en ignition; la flamme se manifeste aussitôt lorsqu’il y a production d’oxi-gène, et alors il faut arrêter le feu en bouchant toutes les ouvertures du fourneau, autrement la décomposition de l’oxide se continuerait, et l’on perdrait tout le produit.
- On jie retire les matras que quand le fourneau est à très peu près froid. Il est fort rare que toute la masse du résidu contenu dans chaque vase, ait atteint le même degré de décomposition, à moins que la quantité n’en soit très petite par rapport à la surface de la partie intérieure du matras. Le plus ordinairement on trouve à la surface une couche qui contient encore un peu de deutonitrate, et qui est jaunâtre et pulvérulente , tandis que le fond est en petites paillettes micacées d’un rouge plus vif que le précipité per se. Il paraît même que ces portions, que nous jugeons plus pures, contiennent encore une quantité notable de nitrate, dont on ne peut les débarrasser complètement qu’en les soumettant, et à diverses reprises, à une ébullition soutenue dans de l’eau distillée.
- Depuis long-temps les Hollandais étaient en possession de cette fabrication , et ce n’est que depuis quelques années qu’on s’en est occupé avec succès en France. R.
- PRÊLE. Espèce de plante que les botanistes nomment Equisetum, qui a une apparence joncacée, et se plaît dans les terrains marécageux, ou du moins humides : elle infeste souvent les prairies , et y cause de grands dommages, parce que la prêle est dure et rebutée des bestiaux. Du reste , cette plante est assez élégante ; d’une tige fistuleuse, droite et striée , on voit partir, à divers étages , des rameaux de même apparence, qui sont verticillés ou en anneau, et s’étalent en cercle : souvent ces rameaux donnent aussi naissance à de semblables verticilles. La plante n’a point de feuilles, à moins qu’on ne donne ce nom à des anneaux membraneux , denticulés, qui enceignent la tige tout autour; les fleurs forment une sorte de masse terminant la tige.
- Lorsqu’un pré est usurpé par la prêle , on la détruit par Tome XVII. 3o
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- Y écobuage, ou en labourant et semant de la luzerne. On ne peut rien faire de la prêle , si ce n’est de la litière pour les bestiaux , ou du fumier en la laissant pourrir en tas. ta saveur de la prêle est astringente, et l’on a quelquefois ordonne' cette plante en Me'decine, contre les hémorrhagies, la dyssenterie, etc. Pourtant il y a deux espèces de prêle, dont on fait usage dans les Arts. U equisetum hiemale a des tiges si rudes et contient des particules siliceuses si abondantes, que l’on s’en sert pour polir les bois ou les métaux , en frottant ceux-ci fortement. Au contraire , Yequisetum fluviatile, qui se plaît dans les eaux pures, a la tige si tendre, si succulente, qu’on la mange, en quelques endroits d’Italie, à peu près comme les asperges : les bestiaux recherchent cette espèce avec avidité. Fa.
- PRÉPARATIONS ANATOMIQUES. La tendance que les matières animales ont à se putréfier exige de l’anatomiste diverses préparations qui s’opposent à la décomposition des pièces anatomiques qu’il veut conserver. Tantôt la pièce doit servir à un examen plus ou moins prochain ; sa conservation n’est alors que provisoire : tantôt, au contraire, elle est définitive, parce que l’organe ou le système d’organes préparés sont destinés à figurer dans une collection.
- La conservation provisoire peut avoir lieu par la congélation, c’est ce qu’on pratique ordinairement dans les pays froids ; le plus souvent c’est dans des liquides appropriés ; mais comme laVonservation dans les liquides est souvent aussi définitive, et que ce genre de conservation suppose un certain nombre de moyens préliminaires, nous allons d’abord parler de ces operations préalables. Ce sont : i°. la dissection; 2°. les injections ; 3°. les lavages; 4°- les corrosions; 5°. la ligature des vaisseaux ; 6°. la séparation et la distension des parties.
- La dissection, dont le but principal est l’isolement des organes , n’est pas susceptible d’une description générale. Elle s’exécute à l’aide de scalpels, de bistouris, de pinces, etc. (F. Ixstrumexs de Chirurgie) ; mais les procédés varient suivant l’adresse et le génie de l’anatomiste.
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- Injections, Elles peuvent être évacuantes ; en effet, certains organes creux contiennent, soit du sang, soit des matières ex-crémentitielles, qui s’opposeraient à leur conservation. On les nettoie en y injectant de l’eau, de l’eau acidulée, ou de l’alcool étendu.
- Elles sont aussi rêplétives, et servent alors à conserver aux organes leur forme : c’est le plus souvent dans les vaisseaux qu’elles sont poussées. Les matières ordinairement employées pour les injections sont : le suif, la cire, les huiles, les résines fluidifiées au bain-marie. On peut les colorer diversement , suivant les cas, à l’aide du vermillon, du minium, des laques carminées, du bleu de Prusse, de l’indigo, etc., etc. On les projette enfin dans les organes creux, à l’aide de seringues faites pour cet usage. {V. Instruments de Chirurgie.)
- Enfin les injections sont conservatrices ; ce sont des baumes, des solutions mercurielles ou arsenicales, et surtout la solution alcoolique de sublimé corrosif. A l’article Embaumement de ce Dictionnaire, on a déjà traité de ces différens modes de conservation.
- Lavages. Avant de préparer une pièce , ou de la plonger dans un liquide conservateur, on la soumet à des lavages répétés , pour la dégorger des fluides sanguin et séreux qu’elle contient, et qui hâteraient sa décomposition putride. C’est ordinairement l’eau pure qu’on emploie à cet usage , souvent un filet d’eau courante ; quelquefois on se sert de solutions alcalines ou d’huile de térébenthine, qui enlèvent la graisse dont est recouvert ou pénétré le tissu de certains organes : c’est là le dégraissage.
- Les lavages ont aussi la propriété de rendre plus apparens certains tissus. C’est ainsi qu’une petite quantité d’acide hy-drochlorique étendue d’eau ou d’alcool donne plus de consistance aux nerfs ; le nitrate de potasse rend plus rouge la fibre musculaire.
- C’est encore au moyen des lavages que s’opèrent les corrosions. Par ce genre d’opérations, on ne conserve d’une pièce anatomique que les vaisseaux préliminairement injectés.
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- Après l’injection, on met la pièce dans trois parties d’acide muriatique étendu d’une partie d’eau ; on l’y laisse plusieurs semaines, jusqu’à ce qu’elle ne présente plus qu’une espèce de pulpe ; alors on la retire pour la plonger dans un vase plein d’eau, puis la placer sous un filet d’eau, qui entraîne la pulpe, jusqu’à ce que toutes les ramifications vasculaires soient bien isolées. On se sert d’un tube fin et bien calibré, afin que la force du filet d’eau soit toujours égale. Quand la pièce est parfaitement propre, on la place sur de la laine ou du crin couverts de linge fin, ou mieux encore, on la suspend à l’aide d’une bande d’étoffe, qui n’a point, comme un fil, l’inconvénient de couper le vaisseau, et ou la dessèche comme nous le dirons plus loin.
- Ligature des vaisseaux. On doit avoir soin de lier exactement les vaisseaux d’une pièce injectée et que l'on veut conserver ; car la matière de l’injection, par la chaleur de l’étuve, si l’on fait dessécher la pièce, ou par l’action des liquides dans lesquels elle serait plongée, sortirait par les orifices des vaisseaux laissés ouverts.
- Séparation et distension des parties. Après avoir isolé, par la dissection, les diverses portions d’une pièce anatomique, il est souvent nécessaire de les tenir artificiellement séparées. Si l’organe est creux et membraneux, l’insufflation est le meilleur moyen à employer, parce que cette distension est toujours uniforme ; toutefois elle exige l’intégrité parfaite de l’organe. Si elle ne peut être employée, la distension sera faite à l’aide de crin, de laine cardée, de coton, qu’on pourra retirer après la dessiccation. Quelquefois on s’est servi pour la distension de plâtre liquide : M. Breschet conseille, dans ce cas, l’emploi du plâtre le plus fin possible.
- Après les opérations préliminaires, on peut, pour la conservation définitive, ou dessécher la pièce, ou la laisser plongée dans un liquide conservateur.
- Dessiccation. Avant de dessécher une pièce d’anatomie, on doit la soumettre à une ou plusieurs opérations, qui ont principalement pour but de s’emparer de l’eau qu’elle peut con-
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- tenir. Ce sont : i°. la macération dans l’alcool, jusqu’à ce qu’il n’augmente plus de densité, ce qui prouve qu’il ne soutire plus d’eau à la pièce anatomique ; i°. l’immersion dans des dissolutions métalliques, mais surtout celle de sublimé corrosif; 3°. le séjour dans une forte dissolution d’alun, après avoir préalablement laissé la pièce recouverte d’une couche de sel marin, plusieurs fois renouvelée (hongroyage); 4°. enfin le tannage, opéré graduellement, à l’aide d’infusions d’abord faibles, puis très chargées, de tannin.
- La dessiccation peut avoir lieu à l’air libre, dans le vide, dans une étuve, dans un bain de sable ou de poudres absorbantes. L’étuve est le meilleur moyen ; 45 à 55 degrés centigrades sont la température convenable.
- Une pièce bien préparée et desséchée ne peut encore être abandonnée à elle-même : les insectes, dont les plus redoutables sont les dermestes, d’autre part l’humidité de l’air, ne tarderaient pas à l’altérer et à la détruire.
- i°. Contre les insectes on emploie les lotions avec la solution alcoolique de sublimé, ou la liqueur proposée par Nicolas, dont la formule est : savon blanc découpé en tranches minces, 1 once ; camphre en petits fragmens, 2 onces ; coloquinte grossièrement pulvérisée, 2 onces ; alcool rectifié, 2 livres. Faites macérer quatre à cinq jours dans une bouteille, agitez de temps en temps le mélange, filtrez et conservez la liqueur dans une bouteille bien bouchée.
- 20. Pour préserver la pièce de l’humidité de l’air, on la couvre d’un vernis. Les vernis à l’alcool sont les plus usités, mais ils s’écaillent facilement, et manquent de souplesse; les vernis gras sont préférables, et parmi eux le meilleur est celui qui est fait d’huile de lin et de litharge; c’est le vernis de taffetas ciré. Pour les os, le vernis blanc alcoolique des boutiques est convenable. L’huile de vernis permet de laver la pièce sur laquelle elle est appliquée.
- Des pinceaux de poils de chameau ou de blaireau, d’une grosseur proportionnée au volume et à la délicatesse de la pièce, servent à appliquer le vernis ; ils doivent être pro-
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- menés sur elle toujours dans le même sens et sans croiser les coups ; l’épaisseur de la couche de vernis doit être à peine celle d’une feuille de papier.
- Après la dessiccation, on monte les pièces anatomiques sur des pieds, et on les place dans des cages de verre bien fermées.
- Quand une pièce est altérée par le temps, par la poussière, et qu’elle a besoin d’être nettoyée, on la baigne d’abord pour ramollir l’injection, de peur que les vaisseaux ne se rompent par le lavage , puis on passe sur sa surface un pinceau trempé dans une solution alcaline. On la soumet à de nouveaux lavages, qui enlèvent le savon ; on l’immerge dans une liqueur conservatrice, et l’on applique ensuite un nouveau vernis. Il est nécessaire, avant d’appliquer le vernis, de peindre les vaisseaux de la même couleur que celle de l’injection.
- Enfin, si une portion de la pièce est détachée et perdue, on la remplace avec du mastic ou de la cire que l’on façonne et que l’on peint convenablement.
- Conservation définitive dans les liquides. Nous avons déjà eu occasion de voir que les liquides propres à la conservation des pièces anatomiques sont : l’alcool, seul ou chargé de sels métalliques, surtout le sublimé corrosif, les huiles, les acides, seuls ou unis à l’alcool; quand les acides sont seuls, ils ne doivent pas être concentrés, car alors ils couvrent les parties molles d’un enduit gluant, et s’emparent des sels terreux des os.
- Vases. Ils ont une vaste ouverture ; pour la conservation définitive on les choisit de verre blanc ou de cristal, parce que leur transparence permet l’examen de la pièce. Tantôt celle-ci est simplement plongée dans le liquide, tantôt fixee sur un pied qui pose au fond du vase, tantôt enfin, si elle est petite, elle est suspendue, soit au couvercle, soit à une ampoule de verre, qui surnage le liquide, et empêche la pièce d’aller au fond.
- On sent bien qu’il est indispensable de fermer exactement
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- ces vases et de les luter. M. Breschet conseille pour toutes les pièces conservées dans l’alcool absolu, de luter le bouclion avec le mastic de chaux et de blanc d’œuf. Au Muséum d’histoire naturelle on se sert exclusivement du mastic des vitriers. Si la dissolution conservatrice est saline ou acide, le lut dont on fait usage est composé de résine, de cire et de brique pilée.
- La Squelettopée, ou l’art de préparer les os qui forment le squelette, est une branche distincte dans la préparation des pièces anatomiques. Toutefois, certains procédés , comme l’immersion dans l’eau, l’injection, se retrouvent dans la squelettopée, ce qu’il est facile de prévoir, puisque les parties molles sont attachées aux os, et que ceux-ci sont pourvus de vaisseaux.
- Les différentes pièces du squelette sont unies, comme on sait, par désarticulations. Or, en les préparant, on peut se proposer, soit de les étudier isolément, dans leur conformation extérieure ou intérieure, soit dans leurs rapports mutuels. On atteint ce dernier but en conservant leurs moyens naturels de réunion, c’est-à-dire les articulations, ou en les unissant artificiellement ; de là, les squelettes naturels et artificiels. Quel que soit le but qu’on se propose, on commence toujours par Vexcarnation et le blanchiment des os.
- Excarnation. On peut décharner les os à l’aide des instru-mens tranchans , les scalpels et la rugine ; mais ce procédé est imparfait, et ne dispense pas des autres, qui sont la macération et l’ébullition.
- La macération peut avoir lieu dans l’eau simple ou dans l’eau chargée de divers réactifs, mais le premier mode de macération suffit. Toutefois on a recommandé la macération dans l’eau avec addition de carbonate de soude, d’acétate de plomb, d’acide muriatique. La macération doit être, dans l’été, d’environ quatre ou cinq mois; dans l’hiver, de sept à huit mois, pour les os d’adultes ; ceux des vieillards demandent un temps plus long, ceux des enfans un temps plus court. La macération sera suffisante lorsque les parties fi-
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- breuses dont les os sont revêtus se de'tacheront facilement. D’après M. Jules Cloquet, l’effet de la mace'ration est obtenu plus promptement, si l’on met les os encore revêtus de parties molles dans un baquet où l’on ne verse que 2 ou 3 Etres d’eau, et dont on Jute avec soin le couvqycle. La dissolution putride des parties molles a lieu dans l’air humide du baquet en six semaines ; puis on remplit d’eau le baquet, et après une immersion de dix jours, les os sont suffisamment macérés.
- L’ébullition à l’eau simple doit être continuée pendant sept à huit heures environ ; trop long-temps prolongée, elle altère les os; trop forte, elle peut racornir les tissus fibreux qui y adhèrent, et augmenter ces adhérences.
- C’est dans le but de séparer promptement de l’os les matières animales, qu’on ajoute quelquefois à l’eau des réactifs alcalins ; mais ces réactifs peuvent porter leur action sur les os eux-mêmes. Toutefois, suivant Bogros, l’ébullition des os dans une forte dissolution de savon, après macération, est un des meilleurs procédés pour préparer les os au blanchiment.
- Enfin l’ébullition est aussi, dans quelques cas, le moyen de séparer les os réunis par des sutures très solides, comme celles des os de la tête et de la face. Après avoir vidé le crâne, on le remplit de graines de plantes légumineuses, ordinairement de pois, qui, par l’ébullition, se gonflent et écartent les sutures. La macération ne pourrait suppléer à ce moyen que chez de très jeunes sujets.
- Blanchiment. 11 y a plusieurs moyens de blanchir les os. Le meilleur est de les soumettre , sur un pré, â l’action réunie de l’air, de la rosée et du soleil ; on les retourne tous les quinze jours, afin qu’ils blanchissent d’une manière égale; ils sont blancs au bout de deux à trois mois, surtout au printemps. On peut encore les plonger deux ou trois fois par jour dans une dissolution de chlore, et répéter ces manœuvres pendant dix jours. On peut aussi, après les avoir trempés dans l’eau, les exposer au-dessus d’un mélange qui dégage du
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- chloré, ou même de l’acide sulfureux. Enfin, on fait usage aussi de lessives alcalines.
- Les os une fois blanchis, des coupes variées, longitudinales , transversales ou obliques, peuvent mettre à nu telle ou telle partie de leur structure intérieure, soit normale, soit morbide : mais ce serait entrer dans des spécialités trop étrangères au but de ce Dictionnaire, pour que nous voulions nous y arnafer. Nous passons de suite à une partie purement technologique, la confection des squelettes naturels et artificiels. ;
- Les squelettes sont dits naturels, lorsqu’on a conservé les articulations qui réunissent les os. Après avoir vidé les cavités splanchniques des viscères qu’elles contiennent, enlevé toutes les chairs qui couvrent les os, disséqué tous les liga-mens articulaires avec soin, on doit soumettre le squelette à une macération de quelques jours, et à des lotions de chlore, pour détruire toutes les larves d’insectes. On l’essuie avec soin ; on fait à chacune des articulations une petite ponction , qui laisse écouler la synovie et permet d’introduire dans l’intérieur de l’articulation du crin imprégné d’une dissolution d’alcool camphré, qui sert à distendre les membranes synoviales.
- Le squelette, suspendu dans une cage de bois, de 6 pieds de haut sur 2 pieds de large, aux traverses de laquelle il est fixé, est abandonné à une température d’environ 25 degrés, et à un courant d’air, qui en opèrent la dessiccation. On le garantit de la poussière et des mouches en recouvrant l’appareil d’un canevas.
- Mais de cette manière les articulations du squelette naturel sont raides , puisque ses ligamens sont desséchés ; MM. Jules Cloquet et Bogros sont parvenus à leur conserver leur souplesse. Le procédé de Bogros consiste à plonger les parties dans un mélange d’une partie d’alcool et de deux parties de térébenthine. Le procédé deM. Cloquet, trop détaillé pour trouver place dans cet article, conduit aussi à un résultat fort avantageux. (Thèse pour le concours de chef
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- des travaux anatomiques, p. 42.) II ne reste plus qu’à appliquer une liqueur préservatrice, puis un vernis, comme je l’ai déjà dit plus haut.
- La confection des squelettes artificiels est purement mécanique. Ici les os ont été isolés ; il s’agit de les réunir et de les maintenir réunis, mais dans leur rapport naturel, les surfaces articulaires correspondantes rapprochées. Cet art exige : i°. des fils métalliques de laiton «j^Tai-gent, parce que le fer est trop fragile et se rouille facilement. Ils servent à former des goupilles qui retiennent les os. Les fils de laiton sont quelquefois tournés en spirale ; pour les grandes articulations , les goupilles portent un anneau à une extrémité et sont taillées à pas de vis à l’autre, afin de pouvoir être relâchées ou serrées à volonté, au moyen d’un écrou à oreilles.
- 20. Des forets de diverses formes et longueurs, pour pratiquer des ouvertures convenables.
- 3°. Des pinces à mors aplatis, d’autres à mors coniques, taillées en limes sur leur côté correspondant.
- 4°. Un compas , pour déterminer le centre des mouvemens des articulations.
- 5°. Des emporte-pièces en acier, pour tailler des paillettes de cuivre destinées à protéger les os du frottement des fils métalliques, et traversées par ces fils.
- 6°. Des feuilles de cuivre ou d’argent laminées, pour fixer la rotule, etc.
- 7°. Des tenailles incisives, des scies, des limes, etc.
- 8°. Des rondelles de peau de buffle de diverses grandeurs, et destinées à remplacer les fibro-cartilages intervertébraux.
- 90. Une tige de fer, pour donner à la colonne vertébrale de la solidité. Cette tige doit présenter des courbures dans le même sens que le rachis , dont elle traverse la cavité. L’extrémité qui traverse le crâne est terminée par un pas de vis, pour recevoir un écrou à oreilles.
- Quant à l’application des instrumens à la confection du squelette artificiel, ce serait donner à cet article une étendue que ne comporte pas le Dictionnaire, que d’en parler en dé-
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- tail. Chacune des articulations exigerait un examen et des procédés particuliers. Nous nous bornerons à indiquer quelques règles générales pour toutes les articulations.
- i°. Multiplier le moins possible les points d’attache.
- 2°. Fixer les fils dans les endroits où les os ont le plus d’épaisseur et de résistance.
- 3°. Proportionner le volume des fils à celui des extrémités articulaires des os, et les choisir plutôt trop gros que trop petits , de sorte que les ouvertures faites par les forets soient exactement remplies.
- 4°. Arrêter les extrémités des fils par des boucles bien régulières à plusieurs tours de spirale : l’une de ces boucles sera disposée avant d’introduire le fil dans l’os. Chacune d’elles sera séparée de l’os par une paillette.
- 5°. Si l’articulation est orbiculaire, passer la goupille dans la direction du col de cette tête, et la faire sortir par le milieu de cette tête.
- 6°. Si l’articulation est un ginglyme angulaire , avant de percer le trou, déterminer le centre des mouvemens, pour y placer la goupille qui servira d’axe.
- Si l’on voulait connaître plus de détails sur les préparations anatomiques, on devrait consulter les thèses de MM. Bres— chet et Cloquet, et le Manuel d’Anatomie de M. le Professeur Marjolin. L*****f. fils.
- PRESSE ( Arts mécaniques'). On donne ce nom à toute machine ayant pour objet de rapprocher les molécules des corps sans recourir au choc. Nous avons exposé, au mot Pression, les principes sur lesquels ce genre d’effort est établi; les presses sont les divers agens dont on se sert pour transmettre à la résistance les effets d’une force non interrompue. On rapproche aussi les molécules des corps par Percussion, comme dans le cas où l’on écrouit un métal; mais la force vive qui est mise en jeu , étant d’une tout autre nature que celle qu’on emploie dans les presses, il n’en sera pas question ici. La plupart des substances qu’on veut comprimer ont une puissance d’élasticité qui restitue aux corps une partie de leur
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- volume primitif, dans l’intervalle qui sépare une impulsion de la suivante ; c’est par une action continue qu’on s’oppose à cette force de restitution, et voilà pourquoi on préfère employer la pression plutôt que le choc pour diminuer les volumes ; sans compter que les trépidations causées par les chocs sont toujours des causes de destruction des corps et des appareils. Mais quand le choc est assez puissant pour détruire rÉLASTicnÉ des corps {V. ce mot), on le préfère ordinairement ; c’est ce qu’on fait dans l’écrouissage. Dans tout autre cas, on renonce à la percussion, et l’on met la presse en usage.
- Les presses varient beaucoup de forme et de puissance. Comme la. résistance des corps croît très rapidement à mesure qu’ils cèdent à la pression , il arrive un terme où. la puissance n’a plus d’effet. Ce terme dépend de la composition de la machine et de la nature des corps pressés ; on conçoit que, selon les circonstances , il doit être avantageux de donner la préférence à telle machine sur telle autre. Comme la force a des instans de repos , son action est intermittente ; le frottement est presque toujours le moyen qu’on y emploie pour soutenir la pression, pendant l’intervalle des actions de la puissance ; celle-ci doit donc surmonter ce frottement à chaque effort qu’elle exerce. En outre, si l’on veut que l’action soit poussée très loin et la réduction de volume très considérable, il faut en même temps , par le principe général ( V. Machine ), que la puissance agisse lentement, et réciproquement; en sorte qu’une force donnée doit presser peu, mais vite ; ou beaucoup , mais avec lenteur. On voit donc que , selon les cas, on doit choisir les presses qui remplissent le mieux leur destination. Nous allons faire une revue rapide des principaux appareils de ce genre.
- On distingue six espèces de presses : les leviers, les cylindres, les excentriques, les coins , les vis et l’eau, sont, dans chacune, le principal agent. Mais ces modes d’action sont souvent aussi combinés entre eux, en sorte que cette distinction est plus théorique que pratique. La substance àcompnmer est ordinairement serrée entré deux plateaux parallèles C,E
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- (fig. 4 j PE 5o), appelés semellesj l’une E est fixe , l'autre C est mobile et poussée par le moteur : celle-ci conserve son parallélisme à l’aide de guides pratiqués aux colonnes DE ou jumelles de la presse.
- 1°. Presse à levier.
- Imaginez qu’un corps soit placé près du point d’appui d’un levier ; la puissance se transmettra au corps , et le rapport de cette force à la pression qu’elle produira sera celui des bras de levier respectifs. Ainsi, en supposant que ces bras soient io pour la puissance, et i pour la résistance, cette force sera décuplée : un poids de 70 kilogrammes placé au long bras de levier exercera une pression de 700 kilogrammes. {V. le Pressoir à tesson, ci-après. )
- Cette machine est souvent employée , parce qu’elle est fort simple ; mais elle n’est pas susceptible de produire de grands effets, et exige une place assez étendue pour que le levier puisse jouer. Je l’ai vue servir très utilement pour exprimer l’huile des graines oléagineuses. Ces graines étant broyées sous la meule et enfermées dans des sacs de grosse toile ( V. Pressoir ), on plaçait la substance ainsi préparée sur un sommier, près d’un point fixe, sous l’extrémité d’une longue poutre : le poids de cette poutre commençait la pression. A l’extrémité libre était suspendue une caisse en tôle de fer, ayant la capacité d’environ 1 mètre cube, et dans laquelle on faisait arriver l’eau d’un ruisseau. Quand le vase était plein, il pesait à peu près 1000 kilogrammes , ce qui exerçait une pression de plus de 20000 kilogrammes sur la matière. Lorsque l’huile était chassée des sacs par cette pression , une trappe qu’on levait au fond de la caisse laissait écouler l’eau de ce vase, allégeait la poutre, et permettait de la soulever avec des coins, pour retirer les sacs.
- Comme la substance à presser occupe sous le levier une étendue plus ou moins grande , la distance de chaque point à l’axe fixe varie, et certaines parties du corps sont plus pressées que d’autres ; c’est un des inconvéniens de la presse à
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- levier ; aussi est-on obligé de retirer la substance de dessous la presse, pour l’y présenter de nouveau, et plusieurs fois, dans différentes positions, ce qui allonge la durée de l’opération.
- 2°. Presse à cylindre.
- Cet appareil est un véritable. Laminoir, composé de deux cylindres, dont les axes sont parallèles, et dont les surfaces courbes sont plus ou moins rapprochées l’une de l’autre. Ou imprime , par un engrenage, un mouvement de rotation à ces cylindres dans des sens contraires, et l’on présente à leur surface le corps à comprimer. Le frottement fait adhérer la substance aux surfaces des cylindres, qui, en tournant, obligent cette substance à 'passer d’un côté à l’autre de l’espace qui les sépare. Ainsi le corps doit, dans ce passage, prendre la forme d’une lame, dont l’épaisseur diminue avec le moindre intervalle des axes. Il faut, en général, que cet intervalle puisse varier à volonté, pour graduer la pression. En conséquence , les tourillons qui portent les axes doivent être mobiles, sans que le parallélisme des axes soit altéré. Cette partie de l’appareil exige beaucoup de précision.; il faut d’ailleurs que les axes soient solidement retenus, parce que tout l’effort de la pression se porte sur les tourillons.
- L’avantage de cette machine consiste à ne faire porter la pression que sur une petite surface, ce qui rend la force d’autant plus efficace. Souvent cette presse n’est faite que de deux rouleaux de bois d’orme, posés horizontalement l’un près de l’autre. Mais lorsqu’on veut que l’appareil soit- capable d’une grande résistance , on fait l’un des cylindres, ou tous deux , en fonte de fer, et l’axe en fer forgé; cet axe tourne sur des coussinets de cuivre fixés au bâti de la machine. C’est ainsi qu'est construite la presse de Lavergnat, pour exprimer le jus de betterave ( V. la Mécanique de M. Christian, PL & , fig. i) ; la presse à cylindrer les papiers d’impression, pour remplacer le battage ; le pétrissoir mécanique , décrit T. XVI, page 96 la presse à copier les lettres,
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- de Scheibler { V. page 3o du Bulletin de la Société d’Encoura-gement, pour 1818) ; etc. Nous jugeons inutile de donner une figure de ce genre d’appareil, dont la construction est si simple, qu’on la conçoit par la seule description.
- 3°. Presse à excentrique.
- Imaginez qu’un cylindre C (fig. 1, PI. 5o des Arts mécaniques) soit recouvert d’une enveloppe en forme de spirale, et qu’un plateau mobile AB soit dispose' près de la surface, parallèlement à un sommier inébranlable CD. Lorsqu’on imprimera au cylindre un mouvement de rotation sur son axe, la surface poussera le plateau et le rapprochera du sommier AB. Si l’on interpose une substance dans l’espace qui sépare ces deux plaques parallèles AB, CD, et si, par un engrenage, une manivelle , ou tout autre moyen , on force le cylindre à tourner, la matière sera comprimée dans cet espace , dont l’étendue diminuera de plus en plus. Telle est la presse à excentrique, dont on varie d’ailleurs beaucoup la forme et les effets. Quelquefois on ne fait occuper à l’excentrique qu’une partie du contour du cylindre; ou bien cet excentrique, poussé par un mouvement de vis , agit sur le plateau sur lequel on place le corps à comprimer, etc.
- Les moteurs continus s’appliquent très commodément à cette presse ; et lorsque le point le plus saillant de l’excentrique est passé, si l’on veut réitérer la pression , on interpose une lame de métal, ou une planche, qui s’empare de l’espace que la compression du corps a laissé libre, et sur laquelle l’excentrique recommence à agir à son tour. On reproche à cette presse de ne se prêter qu’à de faibles réductions de volume des corps , et de perdre beaucoup de force à raison du frottement.
- La presse muette de M. Halette est construite sur ce principe (fig. 2 ) ; elle est à mouvement continu. En faisant tourner la grande roue d’engrenage G, les roues C de fonte, dont l’une est montée sur l’axe de G, tournent en sens contraires, et impriment un mouvement de rotation aux deux
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- excentriques D, portés par les axes parallèles B des roues C. Ces excentriques sont des corps en fonte de forme elliptique, qui poussent les plateaux de fonte parallèles E. Le tout est solidement établi dans un bloc de bois d’orme, creusé pour recevoir les excentriques et les coussinets des axes. C’est dans l’espace F, compris entre les plaques de fonte et le bloc, qu’on dispose la substance à presser.
- La presse typographique de M. A. Durand , décrite p. 386 des Bulletins de la Société d’Encouragement, pour 1822, agit aussi par le secours d’un excentrique. Ce mécanisme est d’un très fréquent usage ; nous croyons inutile de donner plus d’étendue aux descriptions des formes variables qu’on lui attribue , selon les circonstances. Plus l’excentrique est court et la roue d’engrenage grande, et plus la machine exerce d’action.
- 4°. Presse à coin.
- De toutes les presses, celle qui a la plus grande énergiee st la presse à Coin , parce que le mouvement est imprimé par une force vive , qui chasse le coin dans l’espace qu’il doit occuper, pour comprimer la substance. Imaginez que cette substance soit entre deux plaques de fonte, et que le tout soit posé sur la semelle horizontale de la presse ; qu’une autre semelle parallèle, et fixée aussi solidement que la première au bâti de la machine, soit voisine de la plaque supérieure ; qu’enfin on chasse, dans l’intervalle entre celle-ci et la semelle, des coins en fer ou en bois : cette force vive déterminera l’introduction des coins et le rapprochement des plaques. La substance sera donc fortement comprimée.
- C’est ainsi ( V. T. VI, page 84) qu’on aplanit la Corne, dont on fait ensuite des peignes, des vitres de lanterne, des rapporteurs, etc. Après avoir préparé la corne à chaud, l’avoir délivrée du noyau plein, et avoir fendu la partie creuse dans la longueur, on la développe entre deux plaques de fonte chauffées. Entre les semelles verticales et parallèles de la presse, on dispose ainsi des plaques alternatives de fonte
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- et de corne. Enfin, on chasse des coins entre la dernière plaque et la semelle du bout ; cette force, aide'e du feu qu’on entretient par-dessous, aplanit la corne et l’e'tend : on la retire au bout de quelque temps, et il reste à la débiter en lames minces, à la travailler, etc. {~F. Corxe. )
- La force prodigieuse que transmet le coin , et le frottement qui le retient en position, dépendent de l’angle du prisme, du nombre et de la puissance des chocs, etc. Cet appareil est si énergique, qu’il est très difficile de retirer ensuite les coins. Il faut donc se ménager d’avance les moyens de les ôter facilement. Pour y parvenir, on dispose sur la semelle inférieure de la presse d’autres coins placés en sens contraire des premiers , afin qu’après les avoir chassés , l’espace soit libre , et les autres coins dégagés.
- C’est ce qu’on observe dans la presse de M. Canning, décrite page 34o des Bulletins de la Société d’Encouragement, peur l’année i83o. Cet appareil très énergique a l’avantage d’être facile à établir et peu coûteux.
- La même chose a lieu pour la presse à huile , figurée T. XLI1I de l’ouvrage de M. Christian. Les graines oléagineuses , broyées et enfermées dans des sacs de crin (étreintes ou élendelles) , sont placées entre des plaques de fonte parallèles , dans l’espace qui sépare les deux semelles inébranlables de la presse. On chasse les coins à l’aide de pilons qu’on fait monter avec des Cames , et qui retombent sur la tête des coins par leur poids. On a d’avance disposé d’autres coins la tête en bas ; et quand la pression est poussée assez loin , on suspend l’action des cames. D’autres pilons, soulevés par le même moteur, chassent ces derniers coins , et permettent de retirer les tourteaux, pour les soumettre à une nouvelle compression, ou pour les rejeter s’ils sont épuisés de toute l’huile qu’ils contiennent.
- 5°. Presse à vis.
- Cette machine est une de celles qu’on emploie le plus ordinairement , quoique l’énorme frottement que la force doit Tome XVII. 3i
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- surmonter dissipe une grande partie de son action : mais outre que ce frottement sert à continuer long-temps la pression sans dépenser de nouvelle force, en laissant la substance dans les étreintes , la presse à vis est si facile à manœuvrer, elle exige si peu d’espace, qu’on la préfère presque toujours. Comme on peut donner aux dimensions des filets des proportions telles, que la résistance ait une petite vitesse, et la puissance au contraire une très grande, il suit des principes théoriques des Machines , que la presse à vis peut exercer des efforts considérables. Si, par exemple, le pas de vis est de i millimétré, et si le cercle décrit par la puissance qui agit sur le levier est d’un mètre, avec un effort de 20 kilogrammes, il est clair qu’abstractioii du frottement, l'effort sera de 20 mille kilogrammes.
- Sur une.base solide A (fig. 3) sont fixées deux colonnes B,D et un chapeau C , le tout, fortement boulonné, pour que la distance reste invariable entre ces parties, fermant le bâti de la presse. Sous le chapeau, on fixe un écrou en cuivre, dans lequel est engagée la vis G, en fer, à filets carrés. Au bout inférieur de cette vis. est une lé le H, percée de dèux trous à angles droits, dans lesquels entrent des barres ou leviers, pour faire tourner la vis dans son écrou. La tête est travaillée en pivot, qui appuie sur le fond d’une crapaudine fixée sur le plateau coulant I. On comprend que lorsqu’on fait tourner la vis en sens convenable, le plateau I descend, et comprime la substance qu’cn a disposée sous lui. Quand on veut exprimer; les sucs d’une substance, on ménage à la semelle A une rigole et un creux, pour laisser écouler le liquide exprimé. On fait souvent cette vis en bois, avec filet triangulaire.
- Lorsqu’on veut exercer une pression considérable avec la presse à vis, on y applique de longs leviers, et même on fait tirer ces leviers par des cordes aboutissant à un cabestan. Les machines destinées à presser les papiers d’impression sont dans ce cas. ( V. fig. g. )
- Lorsque la compression a duré assez long-temps, il tourner la vis en sens contraire pour remettre la substance
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- en liberté : cette fonction exige peu de force ; mais c’est un temps perdu. En filetant la moitié de l’arbre d’une vis en sens contraire de l’autre moitié , et appliquant la force au milieu, la machine presse alternativement dans les deux sens; en sorte qu’elle presse à droite en même temps qu’elle dépresse à gauche, ce qui, dans certains cas, évite les pertes de temps.
- Au lieu de faire tourner la vis dans un écrou fixe, on peut au contraire fixer la vis et rendre l’écrou mobile. La manière dont on fait marcher la mâchoire d’un étau en est précisément un exemple ; la presse à deux vis et à deux écrous est encore dans ce cas : alors les vis sont fixes et parallèles , et le plateau coulant est poussé par les écrous mobiles, qu’on fait tourner sur les deux vis. Cet appareil ne sert guère que pour les vis en bois , parce qu’il présente l’avantage de répartir la force de pression sur les deux vis , et de moins agir sur les fibres de chacune.
- Mais quand on veut rendre mobile l’écrou d’une presse à une seule vis, et que la vis tourne sur son axe , on fait en sorte que l’écrou pousse le plateau de pression. La vis n’ayant pas de translation, cette disposition est préférée quand le moteur est inanimé; mais, dans ce cas, il faut une transformation de mouvement pour faire tourner la vis en sens contraire, lorsque la pression est effectuée.
- Les presses à vis sont employées de mille manières , et avec des modifications multipliées , selon les cas auxquels on les emploie , et nous ne finirions pas si nous voulions en examiner tous les détails de construction, bious croyons en avoir assez dit pour que chacun supplée à ce que nous sommés forcé d’omettre. D’ailleurs, ce qui sera exposé ci-après fournira encore des moyens de modifier la presse à vis. ( V. l’article Pressoib , fig. 8 et 9. )
- La plus simple des presses à vis est faite , en petit, comme la machine à percer (fig. 9, PL 4^)- Lorsqu’un corps est placé entre le bout I de la vis et la membrure de l’instrument, il suffit de tourner la béquille mn pour faire entrer la vis dans son écrou et serrer le corps. Les presses portatives des ébé—
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- nistes , des luthiers, des relieurs, etc., sont de cette espèce: ces ouvriers s’en servent pour serrer l’une contre l’autre des pièces de peu d’épaisseur, qu’ils veulent coller et maintenir ensemble.
- 6°. Presse hydraulique.
- On attribue à Pascal l’invention de cette utile machine, parce qu’il a découvert le principe sur lequel elle est fondée ; mais la vérité est que ce théorème était resté jusqu’à nos jours sans application à la mécanique usuelle, parce qu’on n’avait pas trouvé le moyen de coercer un liquide enfermé dans un vase clos de toutes parts, quand on exerçait une pression énergique sur ce fluide, à l’aide d’un piston. Le liquide se faisait jour par les joints du piston , et fuyait sous la pression. Le véritable inventeur de la presse hydraulique , celui qui le premier en fit une machine utile , est Bramah , qui réussit à fermer toutes les issues, même quand l’action produite était énorme. Ainsi Pascal est l’homme de génie qui enleva à la nature le secret de la loi suivant laquelle la pression se transmeta travers les fluides; Bramah est l’artiste inteliigeut qui sut tirer parti de cette loi pour l’appliquer à nos besoins, en imaginant la boite à cuir, qui est d’un usage si général dans tous les cas où un piston agit avec énergie sur un fluide.
- Rappelons ici le théorème de Pascal. ( V. Fluide.) Lorsqu’un vase est hermétiquement des et rempli d’eau, si l’on pratique deux ouvertures circulaires aux parois, pour y introduire deux pistons, à bases inégales quelconques, et ayant leurs axes dans des directions arbitraires ; lorsque deux forces agiront sur ces pistons , elles seront en équilibre, quand elles seront dans les rapports des bases. Si le vase est pourvu de cent pistons égaux, poussés par cent forces égales, 1 é-quilibre existera encore ; en sorte qu’une seule de ces forces suffit pour faire équilibre aux quatre-vingt-dix-neuf autres; et si l’on réduit toutes ces dernières à une seule force égale à leur somme , et leurs pistons à un seul dont la base soit la.
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- sonime des bases, la première force résistera à cette dernière, et fera équilibre à une puissance quatre-vingt-dix—neuf fois plus grande, agissant sur une base quatre-vingt-dix-neuf fois plus étendue.
- D’après cela, si un poids de 20 kilogrammes pousse un piston d’un centimètre de diamètre, il fera équilibre à un poids de 2000 kilogrammes , agissant sur un autre piston ayant 1 décimètre de diamètre : car les bases sont comme les carrés, ou comme 1 est à 100. Ainsi, 1 kilogramme appliqué au petit piston en soutient 100, qui poussent le grand ; 20 kilogrammes en soutiennent 2000. On peut augmenter beaucoup ce rapport, en diminuant l’une des bases et faisant croître l’autre , et même en faisant agir le poids qui presse le petit piston , à l’aide d’un long bras de levier; c’est ce qui sera explique' plus loin;
- Maintenant, supposons que la tige du grand piston soulève un plateau sur lequel on aura placé un corps, et qu’un autre plateau inébranlable soit disposé au-dessus de ce corps. La pression, que , dans notre exemple, nous avons vu être de 2000 kilogrammes , se transmettra aux plateaux et au corps interposé, et cette transmission suivra la loi des surfaces, telle qu’on l’a exposée au mot Pression. Ainsi, en supposant que l’aire occupée par le corps sur le plateau mobile soit équivalente à un carré de 3 décimètres ( 1 pied ) de côté, la surface sera de g décimètres carrés , et chaque centimètre carré portera le poids du 900e des 2000 kilogrammes , ou 2 | kilogrammes. Comme les pressions produites par la presse hydraulique sont énormes , pour éviter les grands nombres, on est dans l’usage de les exprimer en atmosphères, à raison d’un kilogramme par centimètre carré de surface : la pression serait, dans notre exemple, de 2 atmosphères |. ( V. l’article Pression. )
- Voyons maintenant comment est composée la presse hydraulique. Les personnes qui voudraient des détails plus étendus sur cet utile appareil, les trouveront dans l’ouvrage de Molard jeune et M. Leblanc , sur les filatures de coton
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- anglaises, et surtout dans les planches 1 x et 12 du Recueil de M. Leblanc , pour les machines d’Agriculture.
- EEDD ( fig. 4 ) est le bâti solidement assemblé dont est formée la presse; le corps qu’on veut comprimer est place' sur Je plateau G , qui, comme cela a lieu dans toutes les espèces de presses , est guide' par les jumelles boulonnées DD , et se rapproche du chapeau E, sous l’influence de la force motrice : cette action se transmet par le piston B qui sort du corps de pompe A. La fig. 5 représente le mécanisme de ce mode de transmission , comme il sera bientôt expliqué.
- F (fig. 4 ) est un petit corps de pompe, dont le piston g est mu en va-et-vient par le levier G, ayant son point d’appui en d sur le montant dl, qui porte en I un œil où entre la tige du piston. Cet œil sert de guide à la tige pour la maintenir dans une situation verticale, lorsqu’on fait jouer le levier G. L’appareil F s’appelle pompe d'injection •, cette pompe est foulante et aspirante ( V. Poupe), et puise l’eau dans le réservoir J. On verra qu’une assez petite quantité d’eau est nécessaire aux fonctions de la presse.
- Quand tout est plein , l’eau refoulée dans le corps de pompe À, par le tuyau K, produit une pression sur la base du piston B, et la puissance transmise suit, comme on l’a dit, le rapport des bases. Pour mieux nous faire comprendre , imaginons que les bras de leviers G soient le dixième l’un de l’autre, et que la force appliquée en G soit de 20 kilogrammes ; le piston de la pompe d’injection pressera le liquide comme si la tige était chargée d’un poids de 200 kilogrammes. Maintenant , si les deux pistons ont pour diamètres 1 et 4 centimètres, les bases circulaires sont entre elles comme 1 à 16, et chaque kilogramme posé sur le petit piston fait équilibre a 16 kilogrammes posés sur le grand. Ainsi, le poids de 200 kilogrammes que nous avons trouvé, produit 3200 kilogrammes de pression sur le plateau supérieur C de la machine, ou sur la base du grand piston. Or, cette base a pour surface 12,566 centimètres carrés; en divisant 3aoo par ce nombre, le quotient 255 est le nombre de kilogrammes porté pat
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- chaque centimètre carré. Ainsi, la pression intérieure <le la pompe est de 255 atmosphères (j).
- Pour évaluer cette pression intérieure , on adapte à la machine une soupape de sûreté L , qui est représentée fig. 6. Le poids f agit, à l’aide du levier L, sur la tête du piston g, qui est façonné au bas en tronc de cône, fermant un trou exactement de forme et de calibre semblables. Le petit diamètre de ce cône étant connu, ainsi que le poids L et les bras du levier f, on sait quelle est la pression intérieure, en éloignant le poids f jusqu’à ce que l’eau soulève la soupape. Le calcul est ici le même que ci-dessus. Un seul homme peut, armé d’un levier de presse hydraulique, développer une force de 2 à 3 cent mille kilogrammes, en faisant un effort qui ne va pas à 70.
- Passons maintenant aux détails de construction de la presse. Les pistons H et B (fig. 5) bouchent hermétiquement les corps de pompe, qui sont en fer, ou en bronze, très solidement contruits, pour résister à la pression. Pour diminuer le frottement , l’ajustement est tel, qu’il n’y a qu’une petite partie du tuyau qui frotte , le reste étant d’un plus grand diamètre
- (1) Voici la formule generale qui sert à faire ces calculs. Le rapport du cranrî bras de levier au petit, ou le nombre de fois que le premier contient le second, étant a, et P la force qui agit sur le grand bras , le piston de la pompe d’injection porte le poids *P. Soient d le dîhmètre de sa base, D celni de la base du grand piston, X la force qui agit sur ce dernier piston et produit l’équilibre : le théorème de Pascal donne la proportion aP l d1 * * * * * * * X l D* $
- v *PD‘ , . . ,, . . , .
- d ou A = —; c7est la pression qu éprouvé le corps place sur le pla-
- teau de la machine, ou celle de la base du grand piston, Lase dont l’aire
- est 7 ^rl)a, ou o.'-SS X Da. Ainsi, en divisant X parce nombre,
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- quotient Q —> Pour le Poic’s porte' pur chaque unité' carrée
- eie surface (le la base du piston. Si l’unité' line'aire est le centimètre et si les
- poids sont rapportés au kilogramme , cette expression est le nombre de kilogrammes de pression d’un centimètre carre , ou le nombre d’atmosphèies de pression de la machine.
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- que le piston. En a, il y a une cavité' annulaire, dans laquelle on adapte un cuir imperméable à l’eau, etonl’emboutit comme il est indiqué fig. 7, pour s’opposer à ce que la pression fasse sortir le liquide. La disposition de ce cuir est telle, que plus la pression est forte, et mieux le cuir est appliqué contre le cylindre intérieur et sur le fond de la cavité a. C’est cette ingénieuse invention qu’on appelle boîte à cuir, et qui fait de cette machine un appareil applicable à la pression.
- Les pistons doivent être exactement calibrés sur les diamètres des tuyaux. On voit (fig. 5) la disposition delà soupape 0 d’aspiration et de la crapaudine P qui communiquent avec la bâche J, pour éviter que des corps étrangers ne puissent monter avec le liquide -, Q est un tampon à vis, dont le bout inférieur reçoit deux cuirs emboutis, séparés par une rondelle en cuivre ; en l, est la soupape de jonction du tuyau d’injection ; N est une vis qui en limite le jeu. La vis M sert à dépresser, parce que l’eau y trouve une issue par laquelle elle retombe dans la bâche.
- Il faut observer qu’ici, comme dans toutes les Machi.ves ( V. ce mot ), si une petite puissance résiste à une autre très considérable, les espaces qu’elles parcourent sont en raison inverse de césforces, abstraction faite des frottemens. Ainsi, lorsqu’on place un poids de 20 kilogrammes sur le petit piston d’un centimètre de diamètre, nous avons vu qu’il fait équilibre à 2000 kilogrammes posés sur le piston qui a 1 décimètre, c’est-à-dire à une force cent fois plus grande : mais aussi lorsqu’on parvient à surmonter cette dernière, le chemin qu’elle parcourt n’est que le centième de celui que décrit la tige du petit piston. Le levier qui accroîtrait le poids et le rendrait décuple, rendrait aussi l’espace décrit par la puissance dix fois plus grand encore.
- Il s’ensuit qu’il faut un grand nombre de coups de piston pour imprimer un très petit mouvement au plateau de Ta presse, et cela d’autant plus que la presse a plus de puissance. Yoilà pourquoi l’axe d du levier G (fig. 4) peut être changé à volonté. Dans le commencement de la compression, la
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- substance cède facilement, et l’on n’a pas besoin de déve-lopper beaucoup de force, et par conséquent on peut fonctionner plus rapidement ; on place l’axe d plus loin de c. Mais à mesure que la compression s’opère, la résistance s’accroît, et il faut rapprocher l’axe d de c, pour donner plus d’intensité à la puissance qui agit sur le levier.
- M. Saulnier, habile mécanicien de la Monnaie, a imaginé de faire le piston d’aspiration double , de manière à pouvoir faire agir chacun seul, ou tous deux ensemble , dans le même sens ou en sens contraires. Si ces pistons ont des bases de 3 et 2 centimètres, on voit que leurs actions simultanées produisent 5 quand elles agissent ensemble , ou bien 1 si c’est en sens contraires. Ainsi, il obtient des effets mesurés successivement par i,2, 3.et 5, et il peut, en variant les nombres, obtenir de la puissance la progression croissante qui s’accorde avec le degré de compression à obtenir.
- 70. Presse à 'volant.
- Le Balancier monétaire a donné à M. Révillon l’idée de faire servir la force vive dans la presse à vis. Sur l’arbre de la vis G (fig. 3), on établit un volant , ou une roue pesante horizontale, ou même une barre armée à ses deux bouts de masses, comme celles du balancier à battre monnaie. {V. fig. 4, PI. 5 des Arts mécaniques. ) Ce volant peut tourner librement sur l’arbre de la vis, dont il est tout-à-fait indépendant ; mais il porte en dessous un fort taquet, et l’arbre de la vis est muni d’un mentonnet tellement situé, que l’un forme arrêt sur l’autre, quand le volant, dans sa rotation , les apporte en contact.
- D’après cette disposition , on voit qu’on peut se servir du volant comme d’un levier, pour forcer la vis à tourner sur son axe, ce qui fait marcher le plateau mobile I, et commence la compression du corps soumis à l’action de la machine. Mais lorsque la force a atteint la limite passé laquelle elle ne peut plus faire tourner la vis, parce que la résistance est
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- devenue trop conside'rable, on fait rétrograder le volant, en tournant d’une portion de circonfe'rence ; en ce sens, le mouvement a toute liberté , et la force dépensée est de peu d’importance : ensuite on agit sur le volant par une action vive, qui lui communique de la vitesse et ramène le taquet sur le mentonnet de la vis, avec toute la quantité de mouvement qui résulte de cette vitesse et de la masse qu’elle anime. Il se produit alors un choc du volant sur la vis, qui force celle-ci à tourner. On répète cette action jusqu’à refus.
- Cette machine a une puissance très énergique, attendu que la masse du volant agit avec un bras de levier considérable et qu’il est facile de donner à cette masse une vitesse assez grande, en faisant parcourir au volant un grand arc de cercle. M. Révillon a appliqué cette machine à presser du marc de raisin, à frapper des pièces de métal, etc. ; elle est peu coûteuse , tient peu de place, et mérite d’occuper un rang important dans les applications aux Arts. ( V. les Bulletins de la Société d’Encouragement, année 1828, page i3. )
- 8°. Presse à timbre sec.
- C’est un petit appareil à vis , de la forme de celui qu’on voit fig. 3, mais où le plateau coulant I manque. La tête de la vis porte une pièce d’acier ou coin gravé en creux, et l’arbre G tourne avec une béquille qu’on manœuvre à la main, comme dans la machine à percer ( fig. 9, PI. ^5), ou avec ua *evier à clef, qui embrasse l’arbre carré de la vis. Lorsqu’on veut marquer l’empreinte du coin sur une feuille de papier, on la place sur le sommier L, avec un coussinet d’étoffes ou de papier par-dessous la feuille , et l’on fait tourner la vis. Le coin appuie si fortement sur la feuille, qu’on y voit ensuite distinctement l’empreinte en relief. Les diplômes et copies d’actes notariés sont munis de cette espèce de preuve d authenticité. On a soin de mouiller une hostie, de la coller sur l’acte, et de poser dessus un papier blanc. Le tout soumis à la presse, laisse très bien distinguer la marque du coin.
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- q°. Presse à cric.
- Au lieu de la vis G fig. 3, PI. 5o , placez sur le sommier L, et sous le plateau coulant I, entre les jumelles B, D, un cric semblable à celui de la fig. 2 , PI. i5 des Arts mécaniques. La manivelle et le pignon, en faisant monter la crémaillère , pousseront le coulant I, et la substance placée en dessus sera comprimée entre ce plateau et le chapeau C. Dans un grand nombre de filatures, cette presse est employée pour empaqueter les fils de coton, ainsi que dans beaucoup d’autres circonstances.
- io°. Presse typographique.
- L’art d’imprimer les livres a fait de si grands progrès de nos jours , qu’on a complètement renoncé à se servir des anciennes presses, et on les a remplacées par celles qu’on appelle à la Stanhope, du nom de l’inventeur, et par les mécaniques. Comme le jeu de ces appareils ne peut être bien compris que lorsqu’on connaît les autres parties de la Typographie , nous remettrons à en traiter à ce dernier article, auquel nous renvoyons.
- 11°. Presse lithographique.
- Ces machines sont décrites à l’article Lithographie. ( V. T. XII, page 347.)
- Outre les pressés que nous venons de passer rapidement en revue, il en est une foule d’autres qui sont appropriées aux divers usages que les Arts en doivent faire : mais tous ces appareils sont faciles à rapporter aux formes que nous avons décrites, et leurs fonctions s’expliquent par les mêmes principes. L’étendue qu’il faudrait donner à la description de cette multitude de machines ne peut s’accorder avec le plan de notre Dictionnaire, et nous sommes forcé de nous borner à celles qui ont été exposées précédemment. Plusieurs presses sont d’ailleurs décrites à l’article Pressoir, qUi servira de supplément à celui que nous venons de faire. Fr.
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- PRESSION ( Arts mécaniques ). Lorsqu’un corps agit contre un autre qui est soumis à une puissance, et que cette force est de'truite en tout ou en partie, on nomme pression l’action exerce'e au contact de ces corps. Il est e'vident que cette pression est une force perpendiculaire à la surface de contact, que nous supposerons d’abord plane : car si l’on concevait cette force oblique, on pourrait la décomposer en deux autres ( F. Force ), l’une perpendiculaire au plan , l’autre dirigée dans le sens du plan ; celle-ci ne contribuerait qu’à faire glisser le corps sur le plan, et serait inefficace pour presser l’un sur l’autre; il ne resterait donc que la première, qui constitue par conse'quent la pression totale. Lorsqu’un .poids repose sur une base horizontale , la pression est le poids même, dont les éle'mens se distribuent sur tous les points de contact, de sorte que chacun en supporte sa part.
- Lorsque le poids repose sur trois pieds, comme il est représente' par une force agissant au centre de gravité, on peut aisément la décomposer en trois autres forces verticales , et trouver ces composantes : on obtient ainsi la pression exercée sur chacun des pieds. Mais s’il y a plus de trois points de contact, la décomposition donne lieu à la résolution d’un problème indéterminé ; en sorte qu’a’ors il semble que l’on soit maître d’attribuer à plusieurs de ces points telle pression qu’on veut. Or, il est évident que, dans l’état véritable des choses, il n’en est pas ainsi, et que la pression de chaque point est toujours déterminée. Par exemple, si les points d’appui forment un polygone régulier, chacun supporte visiblement la même partie de poids, c est-à-dire le quotient du poids total divisé par le nombre des points de contact.
- Ce paradoxe a excité l’attention des géomètres, qui ont cru trouver la solution de la difficulté dans l’élasticité des parties pressées. Nous ne nous arrêterons pas à ces discussions théoriques, étrangères à notre objet. Nous supposeious donc que lorsque deux plans se pressent l’un contre iautie tous les points éprouvent une égale pression; c’est en effet es
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- PRESSION. 493
- qu'on peut dire de plus vraisemblable , et cette hypothèse devient même une certitude dans le cas où lespressions sont exercées par des liquides ou des fluides.
- Nous avons déjà traité ce sujet à l’article Fluide, et il est inutile d’y revenir ici. Nous savons donc quelle pression éprouve la paroi d’un vase , la digue d’un étang, etc., lorsque l’eau y est retenue ; nous pouvons calculer le centre d’action de tous les efforts élémentaires, assigner les résistances qu’il faut opposer, juger des effets produits sur les surfaces courbes immergées, sur les parties du navire qui sont sous la flottaison, sur le gouvernail, etc.
- Les pressions exercées par les puissances sur un fluide enfermé dans un vase se reproduisent intégralement sur leurs parois et sur toute surface qui y est plongée ; ces pressions sont toujours perpendiculaires aux surfaces. Ainsi lorsqu’un vase cylindrique fermé de toutes parts et rempli d’eau, est muni, en quelque point de sa paroi, d’un piston soumis à l’action d’une force P, toute surface plane égale à la base du piston, quelque part qu’elle soit placée dans l’eau, et quelle qu’en soit la direction, éprouve précisément la même pression P que si le piston et la force y étaient immédiatement appliqués dans une direction perpendiculaire; et si cette surfcce est double de celle du piston, chaque moitié supportant l’effort P, l’aire éprouve la pression 2P. Quand l’aire est n fois celle du piston , la pression est nV.
- C’est sur ce principe, dû à Pascal, qu’est fondée la construction delà Presse hydraulique, dont nous traitons p. 484. Il s’applique également aux gaz comprimés dans des vases fermés , au poids de l’atmosphère, etc., et est indépendant de la gravité, dont l’effet s’ajoute à la pression active P : en sorte que la surface plongée dans l’eau éprouve, outre la pression dont on vient de calculer l’effet , celle qui résulte de la charge d’eau située au-dessus de la surface.
- Une chose bien importante à remarquer sur le sujet qui nous occupe, c’est que, lorsqu’on veutdonner une idée nette de la pression qu’éprouve une surface plane, il faut essentiel—
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- lement dire quelle est l’étendue de cette surface, ou du moins supposer tacitement que la surface presse'e est l’unité de mesure des aires. Par exemple, on n’exprime rien d’inteb» ligible en disant qu’une surface éprouve une pression de 2 kilogrammes, si l’on n’ajoute que cette surface a 1, 2, 3... centimètres carrés, puisque la force de pression étant la même, l’effort supporté est double sur un seul centimètre, de ce qu’elle serait sur une base de deux centimètres carrés.
- Aussi lorsqu’une puissance est donnée, et qu’on veut l’employer à presser uu corps , la pression est d’autant plus faible qu’on l’exerce sur une aire plus étendue. Voilà pourquoi la presse d’imprimerie exige une force si grande, qu’on accroît encore par un jeu de leviers ou de manivelles, pour que, l’action étant répartie sur toute la feuille de papier, chaque caractère d’imprimerie en ressente assez d’effet pour déposer l’encre dont il est teint ; et même la pression en chaque point doit être assez forte pour que, sans le secours d’encre, les caractères entrent un peu dans la feuille et y laissent leur empreinte. Pour la presse lithographique, ou pour celle de rotation qui se meut par la machine à vapeur, îi faut dépenser beaucoup moins de force, parce que la pression ne s’exerce que sur une bande étroite qui ne comprend qu’une petite surface ; seulement la feuille ne se trouve comprimée que successivement dans tous s-as points. Les impressions en taille-douce exigent d’autant plus de force, que le cuivre est plus étendu. Pour les grandes planches de l’ouvrage d’Égypte il faut une force énorme, parce que leur étendue superficielle étant de plus de ii5 décimètres carrés, la pression y est exercée sur toute la surface en même temps, ce qui la réduit à la 1 i5ooc partie sur chaque centimètre carré.
- Lorsque les pressions sont un peu considérables, on les mesure en les comparant à celles de l’atmosphère. Comme ce mode est très fréquemment usité dans la mesure des forces des machines à vapeur, il convient de nous y arrêter un moment.
- L’air presse tous les corps qui sont sur la terre, et son
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- poids se transmet perpendiculairement à toute surface. C’est ce poids qui soutient le mercure à environ 76 centimètres dans lebaroinètre; d’où l’on doit voir que toute surface e'ie'men-taire est presse'e perpendiculairement par l’air atmosphérique, comme si elle était horizontale et chargée d’une colonne de 76 centimètres de mercure. Supposons que sa base soit d’un centimètre carré, la colonne aura 76 centimètres cubes : si cette colonne était d’eau, elle pèserait 76 grammes; le mercure pèse treize fois et plus que l’eau; cette colonne de mercure pèse donc i3,6x 76 grammes , ou io34 grammes,.eu viron 1 kilogramme. Ainsi Vatmosphère presse toute surjace d’un centimètre carré d'étendue , comme si elle était chargée du poids d'un kilogramme.
- Ce résultat si simple, si facile à se graver dans la mémoire, est un des avantages que présente notre nouveau système métrique. Si l’on voulait se servir des anciennes mesures, le résultat serait beaucoup plus compliqué. La hauteur moyenne da baromètre est 28 pouces, et un pouce carré est chargé du poids de 28 pouces cubes de mercure. Le pouce cube d’eau pèse 5 gros i3 grains et demi ou 5,187 gros, multipliant par i3,6et par 28, on trouve i5 livres 7 onces. Ainsi toute surface d’un, pouce carré est pressée de i5 livres 7 onces par l’atmosphère. Pour abréger, on a coutume d’énoncer le résultat en le réduisant à i5 livres; c’est-à-dire que la pression d’une atmosphère est de i5 livres par pouce carré.
- Bien entendu que si la pression est 2, 3... atmosphères, il faut multiplier les résultats précédens par 2, 3... Ainsi supposons que le Manomètre d’une machine à vapeur accuse une pression intérieure de 4 atmosphères et demie, on voit que chaque centimètre carré des parois, de la base du piston, des soupapes, etc., porte un poids de 4 kilogrammes et demi, que chaque pouce carré porte 68 livres environ : telle est la force motrice de la machine.
- Il est vrai que cette pression varie avec l’état atmosphérique, manifesté par la hauteur de la colonne barométrique î
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- elle s’affaiblit beaucoup sur les sommite's ëleve'es, et s’accroît dans les profondeurs souterraines : mais on adopte comme unité de pression celle qu’on vient d’assigner. Une machine à vapeur qui travaille sous une pression de 4 atmosphères, si la course du piston est i5 centimètres, élève 4 kilogrammes à i5 centimètres de hauteur dans le temps de sa course. La puissance de la machine est donc mesurée par ce résultat ( Dy.vamîe ), en observant toutefois que ce n’est ici qu’un effet théorique, attendu que les résistances en dissipant une grande partie, l’effet utile n’est guère que la moitié du précédent.
- Pour donner un exemple de ce genre de calculs, supposons qu’une pompe soit destinée à monter de l’eau à •f', 74 de hauteur. Comme une atmosphère représente le poids d’une colonne d’eau de to mètres environ, en divisant '-,74 par ce nombre, le quotient 0,774 indique que l’eau pressera le piston avec une force de 0,7g4 ( ou environ trois quarts d’atmosphère), et que chaque centimètre carré de la base du piston portera 0^,774- Si le piston a 12 centimètres de largeur ( ou 6 de rayon ), l’aire sera n3 centimètres carrés ( V. Cercle ); multipliant 0^,774 par u3, on voit que la force motrice devra résister à une pression de 87^,46- Si la course du piston est de 8 centimètres , elle devra à chaque action du piston monter ce poids à 8 centimètres. Il faudra donc proportionner la force à cet effet, et même la doubler, à cause des frottemens. C’est environ 8 fois ou 14 kilogrammes, qu’elle doit être rendue capable d’élever à u» mètre, en réglant convenablement la vitesse d’ascension, par la disposition de la machine, de manière que la force suffise à l’effet continué , et soit entièrement employée. Et en effet chaque coup de piston monte à "m,74 d’élévation, un cylindre d’eau de 113 centimètres carrés de base et 8 centimètres de hauteur : doublant, pour la force perdue, on trouve 14 kilogrammes élevés à 1 mètre, comme ci-dessus.
- Yoici la formule qui sert à faire ces opérations numç-
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- riques, dont on fait un fréquent usage pour les machines à vapeur. Soit D le diamètre du piston, exprimé en centimètres , la surface est de un quart jr D% ou o,7854 D2 centimètres carrés. Pour la pression d’une atmosphère , la charge est donc de ( o,7854D2 ) kilogrammes, et pour n atmosphères, elle est (o,7854D!ra ) kilogrammes. Telle est la force motrice du piston des machines à vapeur. Soit p la course du piston, exprimée en fraction de mètre ; cette force peut élever à x mètre de hauteur ( o,7854D2nj> ) kilogrammes dans le temps d’un coup de piston; d’où l’on conclut le poids élevé chaque heure et Le nombre de dynamies dont l’appareil est capable, en faisant abstraction des pertes dues aux résistances, etc. Fr.
- PRESSOIR- Ce qui a été dit au mot Presse semblerait nous permettre de ne pas donner de nouveaux détails sur le mode d’action à l’aide de laquelle on exprime les sucs des fruits ; mais ce sujet étant spécial, il nous a paru utile d’exposer ici les machines le plus ordinairement employées pour exercer cette action. Ces appareils varient de mille manières, suivant la nature des fruits, et surtout suivant la force qu’on peut développer, les dépenses qu’on peut faire et l’étendue de l’emplacement. Nous nous contenterons de décrire les machines qui rendent le plus de services.
- l°. Pressoirs à vin.
- I. Pressoir à tesson (fig. 8). Sur un corps de maçonnerie en fondement, on établit au niveau du sol diverses pièces de charpente solidement assemblées, pour résister à l’effort qu’elles doivent supporter. Ce sont les charpentiers qui fabriquent ces machines. Voici les noms et les fonctions de ces pièces de bois.
- Le chantier RSm porte les jumelles P et Q, et le souillardT porte les fausses jumelles X et Y. On relie ces couples par les chapeaux N, O et Z, par les moises L et M, les contrevents d, /, a et h, et les patins V. Enfin, le tout doit présenter une masse de construction très résistante ; et sous les Tome XVII.
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- dimensions qui conviennent à l’étendue de l’exploitation » laquelle le pressoir doit servir.
- On dresse le plancher ghik • c’est une table formée de madriers jointifs, qu’on nomme la maie, et sur laquelle on doit disposer le marc de raisin qu’on veut comprimer. Ces madriers sont sans feuillures ; on les assemble par des coins chassés le long des pièces extrêmes , entre celles-ci et les jumelles et fausses jumelles. Les joints sont garnis de terre glaise et de mousse , pour empêcher la liqueur de filtrer. Chaque pièce de bois est un peu bombée par-dessus, pour former rigole aux joints et faciliter l’écoulement du vin. On donne un peu de pente à la maie du côté antérieur, où se trouve un conduit p, nommé héron, par lequel le vin s’écoule. On creuse en terre un. trou assez profond pour y placer un vase W, qu’on appelle barlong, dans lequel le vin tombe, et d’où on le puise ensuite pour l’entonner, en se servant de seaux.
- H et K sont deux leviers, nommés arbres; ils sont formés de deux fortes pièces de charpente, que les moises L et M empêchent de monter par le bout où elles s’appuient, et dont la vis ËF fait descendre l’autre bout, en abaissant l’écrou G, daus lequel elle entre. Ce mouvement de bascule se produit en faisant tourner la roue D, ou quelquefois à l’aide de leviers qu’on passe dans des trous pratiqués à la tête de la vis.
- Les arbres sont reliés ensemble de distance en distance par des clefs qui les empêchent de se désunir; ils sont joints l’un contre l’autre au bout K qui répond aux jumelles LO , et s é-cartent insensiblement vers l’autre extrémité H, pour laisser entre elles un intervalle où passe la vis.
- Ces arbres sont disposés entre les jumelles et les fausses jumelles, et sont entaillés pour porter sur la clef 3 , ou contre les moises L et M. Lorsque le pressoir est en repos, on tourne la vis, pour la faire porter sur la clef 3 des fausses jumelles: mais lorsqu’on veut faire fonctionner le pressoir, avant de pressurer, on tourne la vis en sens contraire pour élever le bout H , et faire baisser l’autre bout K par un mouvement de bascule ; on force des coins entre les arbres et la moise LM ? pour retenir ce bout abaissé, et après que le marc est moulé
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- sur la maie, chargé de ses manteaux et garnitures, comme on le dira ci-après , on manœuvre la vis de manière qu’en mordant dans l’écrou , elle le fasse descendre et que les arbres exercent la pression.
- Le bout inférieur de la vis a une tête en fer, qui entre dans une crapaudine, et la roue DE sert à la faire tourner. AB est la fosse, en maçonnerie et en charpente, sur laquelle on monte cette vis. On comprend que, dans ces mouvemens de bascule, l’écrou de'crit un arc de cercle dont le centre est sur les moises des jumelles, et que par conséquent il s’exerce un un effort tendant à courber la vis et à arracher les fiftts. Aussi cette machine exige-t-elle une grande longueur pour les leviers , autant pour remédier à cet inconvénient que pour se procurer la force nécessaire. 11 faut souvent jusqu’à dix et douze hommes pour manœuvrer les grands pressoirs , quand ils se servent de leviers pour tourner la vis. L’emplacement que ce pressoir exige est une des causes qui fait souvent donner la préférence au suivant, où l’on peut employer avec avantage une vis à filet carré.
- Comme tous les pressoirs ont des parties communes, nous n’en répéterons pas la description, en expliquant la construction et le mécanisme des appareils suivait s.
- Pressoir à étiquet (fig. 9). Après avoir consolidé le sol par un bâti en maçonnerie, on dispose les chantiers k,k, et les faux chantiers QM, RN, O, P, et l’on assemble verticalement les jumelles verticales CF, GH, les chapeaux 6, 7, et les liens 8 ; le tout en charpente de la foree convenable à la grandeur du pressoir. CD est un écrou fortement chevillé aux j umelles sous les chapeaux ; AB est une vis portant la roue 3,4, sur laquelle une corde est enroulée, pour qu’en tirant cette corde, la roue tourne , ainsi que la vis avec laquelle cette roue fait corps. On fait tirer la corde par un treuil B, ou Z, dont la circonférence de la roue porte des chevilles servant d’échelons pour monter quand la roue est verticale, ou que des hommes font mouvoir à force de bras. La maie porte le marcC. On charge le marc des planches ou manteaux T, puis des bois on garnitures 1, \ , sur lesquels posent le mou-
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- ton KL, dont les bouts sont guidés dans une coulisse pratiquée le long des faces intérieures des jumelles. La tête de la vis, en portant sur le mouton , le force à descendre et exerce la pression sur le marc.
- Ce pressoir est le plus usité de tous, parce qu’il est peu coûteux et occupe peu de place : il faut aussi moins de bras pour le faire fonctionner ; mais il travaille avec plus de lenteur. Quelquefois même on supprime les roues, et on leur substitue des leviers qui entrent dans des trous pratiqués à la tête de la vis ; cette disposition est plus économique encore, et J^exige que peu d’emplacement. Alors ce pressoir est réduit à ce que nous avons représenté fîg. 3.
- Lorsqu’on veut presser un marc avec l’un ou l’autre des deux pressoirs qu’on vient de décrire, on le dispose sur la maie en tas cubique : on met dessus trois grosses perches parallèles , qui servent à tracer les lignes pour couper le marc à la deuxième et troisième pressée. Sur ces perches, on pose des planches, et au-dessus, des poutres de 8 à g pouces d’équarrissage, nommées mojaux, espacées d’environ i pied; ensuite on croise avec d’autres rnoyaux, de manière que le sac soit élevé de 4 à 5 pieds. C’est sur ce sac que pressent les poutres et le mouton du pressoir, sous l’effort de la vis.
- La première pressée donne le vin de goutte, qui est le meilleur. On relève la vis de pression, et l’on taille le marc avec des pelles tranchantes en acier. On rétablit ensuite le sac, en remontant le marc qui a coulé sur les bords. On fait ainsi une seconde, une troisième , une quatrième pressée , et même plus encore, jusqu’à ce qu’il ne coule plus de vin.
- Il faut avoir soin de niveler le marc dans les pressoirs a étiquet ; mais dans ceux à tessons, comme la pression est plus forte du côté des jumelles où les arbres trouvent leur point d’appui, il faut que le marc soit en talus en montant du côté de la vis. Après la dernière pressée, le sac, dégage de la liqueur exprimée, est un tiers moins volumineux qu a" vant la première.
- Le vin coule de dessus la maie dans un barlong W, qui est enfoncé en terre, d’où on le retire ensuite pour l’entonner,
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- avec des seaux, un siphon , etc. Il est bon de mettre un peu d’intervalle entre les pressées, afin de donner le temps au vin de couler, et pour laisser du repos aux ouvriers. Quand l’opération est terminée, ce marc est sec et dur ; on peut encore en retirer un engrais, du vinaigre, de l’eau—de—vie , etc. ; les grains de raisin donnent de l’huile à la pression. ( V. Hoile. )
- Pressoir à cage. Sur une maie en pierre, à laquelle on a donné un peu de pente et une rigole d’égout, on élève une cage cylindrique composée de douves verticales qui laissent entre elles un peu d’intervalle , pour faciliter le passage de la liqueur. Ces douves sont reliées par des cordes entrelacé^, ou mieux encore par des anneaux de fer, qui les maintiennent debout, et forment ainsi une espèce de tonneau sans fonds et à claire-voie : c’est ce qu’on appelle une cage. On y empile le marc de raisin, en le foulant ; et lorsque la cage en est à peu près remplie , on dispose au-dessus un billot presque de même diamètre que celui de la cage. C’est sur le haut de ce billot qu’on exerce la pression , à l’aide de l’un des deux appareils ci-dessus décrits.
- On se contente même le plus souvent d’élever sur la maie deux montans ou jumelles solidement fixées et reliées entre elles par un chapeau percé en écrou ; on y fait passer une vis dont le bout s’appuie sur le billot, et comprime la masse du marc, quand on fait tourner cette vis avec des leviers passés dans des trous qu’on a pratiqués à l’arbre. Composée de cette manière, la presse est réduite à une extrême simplicité, et est peu coûteuse : c’est, il est vrai, une machine bien grossière , et dont on doit attendre des résultats peu importans ; mais elle rendra service toutes les fois que la vendange sera à bas prix, parce qu’on doit faire peu de cas des produits,qu’on n’obtiendrait que par des dépenses qui surpasseraient leur valeur.
- Le pressoir à coffre, décrit dans l’Encyclopédie et dans le Dictionnaire d’Agriculture, est un système de roues et de pignons qui transmettent la force motrice à la substance comprimée par des cylindres. Nous ne décrirons pas cet appareil compliqué et peu usité, que tout mécanicien peut concevoir sur ce seul exposé.
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- II existe un grand nombre d’autres pressoirs usite's dans les Arts ; nous renvoyons à l’article Presse , où les bases principales de ces machines sont explique'es.
- 2°. Pressoir à huile.
- L’expression de l’huile contenue dans les graines de colza, lin, navette, noix , etc. ( V. Huile) , se fait presque toujours avec la presse à coin. Voici l’ide'e qu’on doit se faire de cette machine. La graine est d’abord broye'e sous là meule : on la place sur le fond d’une auge circulaire en pierre ou en bois , eAetement jointe, et très peu creuse. Au centre de l’auge, s’élève un axe vertical, sur lequel est entrée une douille tenant au bout d’un levier horizontal ou rayon, qui, élevé au-dessus de l’auge à une certaine hauteur, peut en décrire le cercle. Ce levier sert d’axe à une meule en pierre dure et pesante , qui a la forme d’un cylindre massif ou d’un cône tronqué. Cette meule est percée au centre, pour donner passage au levier de rotation, et quand on imprime le mouvement à ce levier, la xneule roule sur le fond de l’auge, comme une roue de voiture sur son essieu. On dispose sur Faire de l’auge un lit de graines oléagineuses, et l’on fait tourner la meule, soit avec une Roue hydraulique , soit par un Manège , soit autrement. Les graines sont ainsi broyées par la meule, et réduites en une sorte de farine pulpeuse. Un râteau attaché au bout du levier qui sert d’essieu ramène sans cesse la substance sous cette meule, dont la rotation tend à l’écarter.
- Les meilleurs moulins à huile sont formés de .deux meules opposées, attachées aux deux bouts d’un levier horizontal, qui tourne sur une douille placée au milieu de sa longueur. ( V. PI. 55, i oe livraison du Recueil des machines d’Agriculture, de M. Leblanc. )
- Il reste ensuite à presser la matière pour en faire sortir l’huile; on se sert de pressoirs de diverses formes : le suivant est souvent en usage. On met la substance dans des sacs de toile, de crin, ou de sparte, qu’on nomme cahcis, étreintes, étcndelles, selon les localités. On dispose ces sacs entre des
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- plateaux verticaux, dont ceux des extrémités sont des semelles inébranlables , et l’on insère des coins entre ces semelles et les plateaux , qui, étant mobiles, se rapprochent parallèlement l’un de l’autre , et produisent la pression. Pour enfoncer ces coins, on dispose au-dessus de l’appareil une lourde pièce de bois qui bascule sur un bout, et dont on laisse tomber l’autre bout sur les têtes des coins. Pour desserrer ensuite la presse , comme il serait difficile de faire sortir ces coins, on a eu soin d’en prédisposer d’autres dont la pointe est en haut, en sorte qu’en frappant sur cette pointe avec la même pièce de bois, on rend le système à la liberté. Cette bascule peut être mue par des Cames.
- L’huile jaillit par les mailles du sac et s’écoule dans des vases où on la reçoit ; il faut aider l’opération par la chaleur, etc. ( V. Huile. )
- On se sert encore , pour exprimer l’iiuile, de la presse représentée fig. 3. Pour donner plus de solidité à l’appareil, on arrête les sommiers et les jumelles dans les murs de l’édifice, ou bien on construit exprès des murs pour résister aux efforts.
- Quelquefois on fait exercer la pression avec une poutre qui peut basculer à l’une de ses extrémités, où se trouve un axe de rotation, et dont l’autre bout porte un écrou ; une vis verticale engagée dans cet écrou fait monter ou descendre le bout de la poutre : la vis est tournée par des leviers. C’est la presse de Martin, qui est très usitée en Provence, pour extraire l’huile d’olive ; elle ressemble beaucoup au pressoir à tesson, que nous avons décrit page 497•
- On peut employer à l’extraction de l’huile toutes les presses connues, et il faut en dire autant des pressoirs à betteraves, à cidre, etc. ; particulièrement la Presse hydraulique peut être d’un secours très avantageux. La Société d’Eneourage— ment a long-temps excité les inventeurs à s’occuper de ce genre de recherches; et, sur le rapport de M. Héricart de Thury, en novembre 1826, elle a décerné un prix à M. Ha-lette d’Arras, pour ce genre d’invention. On trouvera la description cle la presse hydraulique de cet artiste, page 33 des Bulletins de 1827.
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- PRÉSURE.
- 3°. Pressoir à cidre.
- Les pressoirs à cidre ne diffèrent pas de ceux A vin. Les pommes sont d’abord broye'es, soit sous la meule, dans l’auge circulaire dont on vient de parler page 5oa, soit entre deux cylindres cannelés, mus en sens contraires par une manivelle et un engrenage , à peu près comme pour les Laminoirs. Ces cylindres ont leurs surfaces assez peu écartées, pour que, quand on jette des pommes par-dessus, elles soient saisies entre les cannelures et broyées au passage. On jette à diverses reprises la matière sur les cylindres , et on la réduit ainsi en pulpe.
- Quand cette opération est terminée, on ajoute une certaine quantité d’eau, et l’on met la matière sous le pressoir par lits successifs de pommes et de paille. Ainsi on dispose sur la maie un lit de pommes broyées d’environ i décimètre de hauteur, sur laquelle on place un lit de paille de seigle, qu’on nomme glui i au-dessus on met une seconde couche de pommes et un glui, puis une troisième couche et un glui, etc., de manière que le sac ou amas ait à peu près la forme cubique.
- En Amérique, on remplace les lits de paille par des nattes ou des toiles de crin, pratique qu’on doit recommander.
- On soumet la masse à la presse, et l’on reçoit le jus dans des tonnes ( V. Cidre ) ; ensuite on retire la substance de dessous la presse, en mettant les gluis à part, pour les faire servir de nouveau : on coupe le marc, et l’on y ajoute de l’eau, pour exercer une seconde pression, en suivant le même procédé. On fait même une troisième opération semblable, dans les années où la récolte a été peu abondante. Fp”
- PRÉSURE. Lait qui s’est caillé dans l’estomac des jeunes veaux, et qui, jouissant de la propriété de faire coaguler le lait, est très usité sous ce rapport dans la fabrication des Fromages. On trouvera à cet article de longs détails sur les divers caractères de la présure. É-
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