Dictionnaire technologique ou nouveau dictionnaire universel des arts et métiers
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- DICTIONNAIRE
- TECHNOLOGIQUE,
- OU
- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS.
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- IMPRIMERIE T>E ALFRED COURTIER j
- rue du Jardinet, n° 12*
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- S° K^d
- DICTIONNAIRE
- TECHNOLOGIQUE,
- OU
- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS,
- ET DE L’ÉCONOMIE INDUSTRIELLE ET COMMERCIALE-, PAR UNE SOCIÉTÉ DE SAVAN'S ET D’ARTISTES-
- Qui pourrait assigner un terme h la perfectibilité’ humaine?
- TOME DIX-NEUVIÈME.
- PARIS,
- THOMINE, LIBRAIRE, RUE DE LA HARPE, N- 88.
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- DICTIONNAIRE
- TECHNOLOGIQUE,
- OU
- NOUVEAU DICTIONNAIRE
- UNIVERSEL
- DES ARTS ET MÉTIERS.
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- S-4BLE. On donne ce nom à des substances minérales granu-liformes ou pulvérulentes, tantôt étendues en couclies plus ou moins épaisses à la surface de la terre, tantôt existant à une certaine profondeur du sol, ou formant le lit des eaux des fleuves, des rivières, de la mer qui les charient continuellement et les déposent sur leurs bords. Parmi ces sables, les uns paraissent avoir existé de tout temps à cet état , et être le produit d’une cristallisation plus ou moins confuse ; les autres sont évidemment les détritus de roches quartzeuses , granitiques, micacées ou métalliques , opérés ou par l’action des eaux précipitées en torrens, ou par le frottement des frag-mens de rochers les uns contre les autres.
- Les premiers, qu’on a nommés sables cristallins, sont abondamment répandus dans la nature ; les plaines immenses connues sous les dénominations de déserts, de steppes, de landes, etc. , si multipliées en Afrique , en Asie, en Europe, sont entièrement recouvertes de ces sables ; le sol des fleuves, des rivières . de l’Océan , en est formé : ce dernier en rejette Tome XIX.
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- SABLE.
- sur ses bords une grande quantité', qui s’y amoncelle en dunes. Ces sables, presque entièrement compose's de très petits grains de quartz hyalin ou de quartz laiteux, constituent la variété connue sous le nom de quartz arénacé. ( V. le mot Quartz.) Le plus souvent ces grains ont une forme irrégulière ; ils sont tantôt arrondis, tantôt anguleux ; cependant dans quelques localités on en a trouvé qui, vus au microscope, offraient des cristaux réguliers de quartz à doubles pyramides. Les sables cristallins sont souvent mêlés de particules d’argile, de paillettes de mica, de sels, de détritus de végétaux et d’animaux ; tels sont ceux qu’on appelle vulgairement sables de rivière et de mer : selon qu’ils sont purs ou impurs, ils sont propres à différens usages dans les Arts.
- Les plus purs et les plus blancs sont employés de préférence pour la fabrication des glaces et des verres blancs ; ceux qui sont mêlés de matières terreuses et de détritus de végétaux , non-seulement suffisent à la fabrication des verres noirs, mais même y sont plus propres, en ce que ces matières étrangères favorisant leur vitx-ification , on n’a pas besoin d’autant d’alcali pour en opérer la fusion.
- Dans l’art du Mouleur , on rejette les sables trop secs et purement quartzeux ; on préfère ceux qui, étant mêlés d’un peu d’argile et de mica, prennent corps avec l’humidité, et sont susceptibles de se comprimer assez pour recevoir le moule des modèles. Dans les fonderies, on recherche aussi les sables légèrement argileux , destinés à former le sol et à recevoir le coulage des grosses pièces.
- Des sables à gros grains mêlés d’argile et de mica sont préférés pour la fabrication des mortiers , surtout de ceux qui, étant susceptibles de se durcir sous l’eau presque autant que la chaux hydraulique , peuvent remplacer celle-ci dans les constructions humides ou submergées. Une partie de chaux grasse et 3 ou 4 parties de ces sables, dits arènes, forment un mélange fort convenable pour suppléer la chaux hydraulique dans les lieux où il est trop difficile ou trop dispendieux de se la procurer.
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- SABLE. 3
- Tout le monde connaît l’usage que l’on fait des sables, soit de rivière, soit de carrière ou fossiles, pour le filtrage des eaux ; on en forme la couche supe'rieure dans les filtres à charbon. On se sert journellement de ces sables pour recouvrir les allées des jardins; parce mélange, qui donne à la terre de la consistance , on prévient sa conversion en boue, et l’on rend la marche plus facile.
- Un usage bien plus important, auquel on emploie les sables cristallins, est celui qui a pour objet l’amendement des terres. A cet effet, on donne la préférence aux sables marins , à cause des sels et des détritus de substances animales dont ils sont naturellement imprégnés , et qui sont très propres à activer la végétation.
- Nous sommes entrés dans un assez grand nombre de détails sur les sables cristallins, c’est-à-dire sur ceux que l’on considère comme ayant existé de tout temps à cet état, parce qu’ils sont d’un usage plus général ; nous n’insisterons pas de la même manière sur ceux qui proviennent de la désagrégation des roches, soit anciennes, soit modernes.
- Ces derniers, pour la plupart, ont appartenu à des roches qui n’existent plus, et ont été recouverts par des terrains de formation postérieure. Très différens par leur composition des sables proprement dits, dont ils n’ont reçu le nom que parce qu’ils en ont la forme pulvérulente ou grenue, les sables aurifères, platinifères, stannifères, titaniferes et ferrugineux, renferment un grand nombre de substances, indépendamment de celle qui domine dans chacun d’eux, et que, dans beaucoup de cas, on exploite avec avantage : tels sont les sables dits aurifères,platinifères, stannifères, cupri-Jères, ferrifères , titannifères, etc.
- Sable aurifère. La poudre d’or, les paillettes, et quelquefois les pépites de ce métal, que les nègres de Guinée et les orpailleurs d’Europe retirent avec tant de patience des sables de certains fleuves ou de certaines rivières , ne proviennent point, selon l’opinion de la plupart des géologues, de filons qu’ils traversent, mais plutôt de dépôts de roches
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- 4 SABLIER,
- anciennes , que leurs eaux entraînent et mêlent à leur propre sable.
- Sable platinifère. On y trouve des paillettes d’or, d’après lesquelles on lui suppose la même origine que le préce'dent. Il est composé d’un grand nombre de métaux, de cuivre , de fer; d’un alliage d’iridium et d’osmium , de rhodium, de palladium, et de beaucoup de substances pierreuses, telles que des rubis, des hyacinthes, etc.
- Sable stannifere. Romé Delisle a rapporté des environs de Malaca, un sable noir, en grande partie formé d’oxide d’étain, et qui n’est évidemment qu’un détritus de mines de ce métal, entraîné par les eaux. On l’exploite avantageusement , et l’on en retire de très bon étain.
- Sable cuprifère. C’est le sable d’un beau vert, rapporté du Pérou par le voyageur Dombey ; il doit sa couleur à du chlorure de cuivre, et l’on y remarque une grande quantité de sable ou de grains de quartz arénacé. Patrin a ru en Sibérie, à la base occidentale des monts Oural, un terrain de plusieurs lieues carrées d’étendue, recouvert d’un sable cuprifère , qu’on exploite avec beaucoup d’avantage.
- Sable ferrif ère. On donne ce nom à des dépôts de fer oxi-dulé pulvérulent, qui se trouvent en Suède, en Dalécarlie , et plusieurs autres lieux où on les exploite , pour en retirer le fer.
- Sable titanifere. On trouve dans beaucoup de lieux, et notamment à Saint-Quay et sur les bords de la Loire , des sables noirs et brillans, qui contiennent une quantité très notable de titane : quelques-uns d’entre eux renferment un peu de cuivre et de chromate de fer. M. Cordier, qui a fait l’analyse de celui de Saint-Quay, pense que ces sables, qui sont très abondans dans les pays volcanise's , proviennent du détritus des laves altérées par l’action de l’air, ou celle d’autres agens assez puissans pour en opérer la désagrégation.
- L*****k.
- SABLIER {Arts physiques). Espèce de clepsydre où l’eau est remplacée par du sable. Les temps écoulés sont mesurés
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- SABLIER.
- par la quantité de sable qui s’écoule d’un vase à travers un petit trou percé à la partie inférieure. Voici la forme et la construction de ces appareils. Quand la durée ne doit être que de quelques minutes , on prend un gros tube de verre, qu’on ramollit, étire et souffle à la lampe d’émailleur, de manière à former deux petites bouteilles séparées l’une de l’autre par un étranglement fort étroit, à peu près comme on le voit fig. 28, PI. 16 des Arts physiques. On laisse à l’une des deux bases des fioles un petit trou pour y introduire le sable ; ce trou est ensuite bouché par un disque de peau , quand le sablier est réglé. Dans les sabliers qui sont destinés à mesurer une demi-heure , une heure et plus, comme les fioles doivent avoir de larges panses, on fait l’instrument de deux pièces, dont les orifices sont séparés par un disque de clinquant troué.
- Rien n’est plus facile que de régler la dose de sable ; on se sert d’une montre à secondes, et l’on ajoute ou ôte du sable jusqu’à ce que la durée de la chute soit celle qu’on demande. On peut même graduer, par des traits horizontaux, les fractions de cette durée, en indiquant à quelle hauteur le sable est, descendu après chacun de ces temps partiels. Le tout est retenu dans une monture formée de deux disques égaux et parallèles, maintenus à distance l’un de l’autre par trois ou quatre petites colonnes. C’est ainsi que ces instrumens nous viennent d’Allemagne par le commerce des jouets d’enfans.
- Il importe que le sable soit très fin, très sec , et que le trou 11e soit pas trop étroit; car le sable pourrait s’arrêter dans le col, et l’instrument ne servirait plus. On prétend que des coquilles d’œuf séchées au four, pulvérisées et tamisées , sont d’un excellent usage. Il arrive aussi que, par un vice de fabrication, le sable ne met pas le même temps à descendre d’un côté que de l’autre : quand la différence est très petite, on dose le sable de manière à avoir pour durée moyenne celle qu’on veut obtenir.
- Les sabliers sont employés en mer- ( V. Ampoulette. ) Qp
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- 6 SABOT, SABOTIER,
- s’en sert avec avantage pour mesurer le temps de la cuisson des œufs ( 3 minutes) ; et en général pour toutes les courtes durées , quand on ne tient pas à avoir une grande précision • car ces instrumens sont toujours plus ou moins inexacts.
- On donne aussi le nom de sabliers à de petits vases qui contiennent le sable qu’on veut répandre sur l’écriture pour la dessécher, et empêcher qu’elle ne macule. La forme de ces vases varie de mille manières. Ce sont des détails tout-à-fait inutiles à exposer. Fr.
- SABLIÈRE ( Architecture). Pièce de bois qu’on pose horizontalement sur une assise solide, pour porter une cloison ou un pan de bois, On donne encore le nom de sablière aux Plates-Formes et aux pièces attachées le long d’un mur ou d’une poutre avec des corbeaux en fer, et qui reçoit les solives d’un plancher.
- SABLIÈRE. On désigne aussi sous ce nom le lieu d’où l’on tire le sable fossile que l’on emploie pour les constructions.
- L*****r.
- SARLON. Dans certaines roches de grès très friables, on trouve des couches d’un sable quartzeux très fin, auquel on a donné ce nom. On s’en sert avec succès , à cause de son extrême finesse, pour frotter la surface des vases de métal ou de marbre, qu’on polit sans la rayer. h******.
- SABLONNIÈRE. Lieu d’où l’on tire le sablon. L*****r.
- SABOT, SABOTIER ( Technologie'). Le mot sabot a plusieurs acceptions différentes dans les Arts industriels.
- On applique généralement ce mot pour désigner une chaussure de bois formée d’une seule pièce , et creusée de telle manière qu’on y puisse facilement introduire le pied, et qu’une fois introduit, il y soit à son aise et ne soit nullement blessé pendant la marche. L’ouvrier qui fabrique les sabots se nomme sabotier.
- Toutes sortes de bois sont propres à fabriquer des sabots ; cependant les plus légers sont les plus agréables , parce qu’ils fatiguent moins les pieds. Le saule et le noyer sont ceux que l’on préfère. Le sabotier choisit un morceau de bois sec et
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- SABOT, SABOTIER. 7
- sain, il le fixe par des courroies sur un gros billot qui lui sert d’établi, et à l’aide de gouges contournées de différentes manières , il le creuse en laissant au-dessus une place pour donner l'entrée au pied. Lorsque la creusure est suffisamment grande, il l’unit bien inte'rieurement, afin qu’aucun éclat de bois ne puisse blesser le pied.
- Lorsque la creusure est terminée, il lui donne à l’extérieur la forme que doit avoir le sabot, selon l’usage du pays où il les fabrique, ou suivant la forme adoptée par la mode, car la mode exerce aussi son empire sur cette fabrication.
- L’entrée du sabot est ordinairement plus longue qu’elle ne pourrait être pour recevoir le pied ; cette disposition est nécessaire, afin que cette chaussure ne blesse pas le coude-pied. Alors on cloue par ses deux extrémités, un morceau de peau de mouton , préparée avec !le poil, que l’on fixe par des petits clous sur cette ouverture, du côté opposé au talon. Cette peau a environ trois pouces de large ; c’est elle qui appuie sur le coude-pied, et garantit de toute blessure.
- On place aussi très souvent une courroie avec une boucle sur l’ouverture du sabot, on la cloue sur les côtés extérieurs du sabot, d’une manière inclinée, afin que la courroie se trouve sur le coude-pied. On la serre à l’aide de la boucle, afin de rendre le sabot plus solide sur le pied, mais sans gêner la marche.
- Les sabots sont chacun d’une seule pièce, comme nous l’avons dit ; mais il faut être accoutumé, pour ainsi dire dès l’enfance, afin d’en pouvoir faire usage d’une manière commode , parla raison qu’ils ne plient pas. Nous avons vu des sabots en deux pièces tenant Tune à l’autre par une charnière, à peu près dans le genre des Socques ( V. ce mot ), et avec lesquels on marchait avec facilité. L’invention des socques lés a fait disparaître.
- Onlit, dans le T. VI des Brevets expirés , page 78, la description d’un brevet pris le 12 septembre 1810, parles sieurs Guérin frères, à Bordeaux, pour des perfecüonnemens apportés dans la fabrication des sabots, qui rendent cette chans-
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- 8 SABOT, SABOTIER,
- sure plus légère et plus commode qu’elle ne l’a été jusqu’alors.
- La construction de ces sabots ne présente rien de nouveau. Elle consiste à prendre du bois très léger et à le faire assez grand pour y introduire dans l’intérieur un escarpin , à tenir le bois très mince et le sabot bien découvert. On y ménage des talons, et on |les assujettit à chaque pied par une bride que l’on serre avec une boucle.
- En 1823, M. Berthant, à Paris, prit un brevet d’invention pour des sabots articulés. On peut en lire la description au T. XY des Brevets expirés, page 320. Nous ne la transcrirons pas ici, parce que cette invention se rapproche beaucoup de celle dont nous avons parlé plus haut.
- On donne le nom de sabot à la corne du pied de cheval : est-ce cette corne qui a donné son nom à la chaussure de bois dont nous venons de parler, ou bien serait-ce la chaussure de bois qui a donné le nom à la corne du pied de cheval? Les étymologies sont tellement obscures , que nous n’essaierons pas de nous prononcer sur ce point, qui n’est pas d’une grande importance.
- Le Cobdier et le Passementier se servent d’un outil en bois qui a une forme conique ; il a cinq à six pouces de longueur et trois ou quatre coches également espacées sur sa circonférence. Il sert à fabriquer les cordes et les cordons, c’est-à-dire à tenir écartés sur le grand diamètre les cordons ou les fils que l’on veut assembler en un seul, et les tortiller ensemble pour en faire un plus gros. ( V. Cordier et Passementier. )
- On donne encore le nom de sabot à un certain jouet d’enfant qui a une forme ronde et finit en pointe par le bas. On le fait pirouetter à l’aide d’un fouet ou d’une lanière. On dit que le sabot dort, quand, à force d’avoir été fouetté, il tourne si vite sur un même point, qu’on dirait qu’il est immobile. Ce sabot porte aussi le nom de toupie.
- M. Salmon-Maugé , en i8i5, donna le nom de sabots en fonte de fer, à dés vases circulaires pour empêcher les fourmis
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- SAC. 9
- de monter sur les arbres encaissés. Ces vases sont faits en forme de coupe relevée dans le milieu, coulés en fonte de fer, et destinés à être placés sous les quatre pieds des caisses, à l’effet de garantir les arbres et arbustes de l’approche des fourmis, en les tenant remplis d’eau. L.
- SABRE ( Technologie). Arme de guerre à lame tranchante, dont la forme et la longueur varient selon la classe des militaires qui en sont munis. ( V. Armes blaxches , T. II, page 201, pour la fabrication des lames, et au mot Armurier , pour la manière de faire et de monter la poignée. ) L.
- SAC ( Technologie). Les sacs sont généralement trop connus de tout le monde, pour penser qu’il n’y aurait pas de la puérilité d’en entreprendre ici la description. Personne n’ignore qu’un sac est une sorte de poche plus ou moins grande, selon l’usage auquel on le destine, qu’il est fait d’une forte toile en fil de chanvre, et qu’il exige deux coutures pour le former, dont l’une réunit les deux lisières, et l’autre ferme le sac par le bas; indépendamment, d’un ourlet qu’on pratique sur tout le tour de l’ouverture du sac, afin que la toile ne se défile pas.
- On a imaginé, depuis une dixain.e d’années, des métiers pour tisser des toiles propres à faire des sacs sans couture; on en trouve plusieurs descriptions avec figures, dans le journal anglais The Repertory of Arts, seconde série, T. III, page 35, et T. XXXIX, page 3oi.
- En 1821, MM. Hobon, Peau et compagnie, prirent un brevet d’invention pour une mécanique propre à fabriquer des sacs sans couture ; mais comme leur brevet n’est pas encore expiré, nous ne pouvons pas le décrire. Cette circonstance nous aurait beaucoup contrarié, si nous n’eussions appris depuis long-temps que les sacs sans couture ont perdu le me'rite de la nouveauté. L’usage n’en est pas aussi répandu qu’on aurait pu le présumer, d’après les avantages qu’ils semblent avoir sur les sacs ordinaires. On ne peut attribuer cette défaveur qu’à un mode de fabrication qui oblige de les tenir à un prix plus élevé que ces derniers. C’est le juge—
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- ment qu’en a porté la Société (l’Encouragement, dont nous empruntons le langage.
- En 1824, M. Vandewyver, ouvrier tisserand, demeurant à Paris, rue Saint-Jacques, n° 278, présenta au jugement de la Société d’Encouragement un sac sans couture. Nous fûmes voir cet ouvrier distingué ; il nous montra sa manière de travailler, qui est très ingénieuse, et nous pria de ne pas la décrire; nous lui en fîmes la promesse, par la considération de son peu d’aisance, et il fut convenu que nous ne dirions que ce qu’avait fait imprimer la Société d’Encouragement dans son Bulletin : les tisserands un peu adroits en pourront tirer parti.
- « Cet habile tisserand, capable non-seulement d’exécuter tous les ouvrages de son art, mais encore d’en perfectionner les procédés, n’a point inventé de nouveaux moyens mécaniques pour faire les sacs sans couture ; il les fabrique sur un métier à tisser ordinaire, mais dans le travers de la chaîne , au lieu de les former dans la longueur. Il résulte, de cette disposition, qu’en chargeant la chaîne vers le fond plus que près de l’ouverture du sac, ce dernier n’a pas le défaut de ceux du même genre fabriqués jusqu’à présent, qui est de laisser tamiser les substances pulvérulentes au point de réunion des deux chaînes. Il n’en a pas élevé les prix.
- » Par ce même moyen, cet habile ouvrier résout encore plusieurs problèmes non moins ingénieux, sans rien changer à l’ancien métier de tisserand, tels que d’exécuter des mouchoirs ayant quatre lisières, et des pièces de toile qui ont deux, trois et quatre fois la largeur du métier ; ce qui peut être fort avantageux pour la confection des draps de lit, des nappes, des étoffes, des toiles à tableaux, etc. » L.
- SAFRAN. Ce produit nous est fourni par une espèce de crocus, que les botanistes distinguent sous l’épithète de s ad vus. Cette plante fait partie de la triandrie monogynie de Linne'e, de là famille des iridées de Jussieu; elle croît naturellement en Perse et en Crimée ; on la cultive en Espagne , en Portugal, en France et en Angleterre.
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- SAFRAN. II
- tes fleurs du crocus sativus naissent de la partie supérieure du bulbe, et paraissent en octobre, très long-temps avant les feuilles ; elles sont de couleur gris de lin, ou pourpre-bleuâtre ; leur tube est fort long, et se partage au sommet en six segmens obtus, ovales et égaux. Au fond du tube est situé l’ovaire, qui est rond; le style qu’il porte est couronné de trois stigmates oblongs de couleur orangé, séparés et étendus de chaque côté. Ce sont ces stigmates qui forment ce qu’on appelle le safran, et qui seuls contiennent la matière colorante et le principe aromatique de la fleur.
- La culture du safran exige assez de soins ; ce sont les terres légères et sablonneuses qui lui conviennent le mieux ; il réussit mal dans les terrains argileux, humides et trop forts : on doit préparer le sol par trois labours donnés dans l’espace d’une année. C’est par caïeux et non par graines que se reproduit le safran. Les bulbes sont piqués à la distance de 3 à 4 pouces les uns des autres : ordinairement on les distribue en planches contenant chacune trois rangées. Les mêmes oignons peuvent donner trois récoltes ; mais à la troisième ou quatrième année , il faut nécessairement les relever pour les changer de terrain , car cette plante l’épuise tellement, qu’il a besoin de se reposer pendant plusieurs années avant d’être propre à la même culture.
- La récolte du safran est longue, minutieuse et souvent très pénible , surtout lorsqu’il survient en automne des pluies douces accompagnées d’un air chaud, parce qu’alors les fleurs paraissent et se succèdent avec une telle rapidité, que les cultivateurs ne peuvent prendre aucun repos, et malgré tous leurs soins, ils perdent souvent une partie des fleurs. On les cueille le matin avant que la rosée soit dissipée ; quelquefois aussi le soir, lorsque le besoin l’exige : elles sont mises dans des mannes ou panniers , et transportées ainsi dans la maison, où on les épluche de suite. Cette opération consiste à en détacher adroitement les stigmates. On les réunit ordinairement sur des tamis, qu’on place dans une etuve chauffée à une douce température. Quand le safran est
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- 12 SAFRAN.
- amené au point convenable de dessiccation, oü le conserve à l’abri de l’bumidité.
- Le bulbe du crocus sativus est souvent de'truit par une espèce de plante parasite du genre fycoperdon, qui s’implante immédiatement dessus, l’épuise et le réduit en une poussière noirâtre. On prétend qu’il est possible d’obvier en grande partie à cet inconvénient par une bonne culture et des engrais convenables. Le safran est encore sujet à une autre maladie, qu’on appelle le tacon. Le bulbe paraît sain extérieurement , mais on remarque en dedans des taches brunes, qui finissent par le faire tomber en poudre. Quelques agronomes conseillent, pour y remédier, de tremper les oignons . pendant deux ou trois heures dans de l’eau de chaux, ou dans une légère lessive rendue caustique.
- Le safran de bonne qualité est en filamens bien nourris, d’un brun-rouge, qui se ternit en vieillissant, d’une odeur aromatique et comme stupéfiante , d’une saveur âcre un peu amère, colorant beaucoup la salive quand on le mâche. On le falsifie quelquefois en y mêlant du carthaine, ou du safran qui a déjà servi quelquefois. La première fraude est facile à reconnaître, car il suffit pour cela d’en faire macérer une pincée dans de l’eau tiède : on voit tous les fleurons du car-thame se développer et former autant de tubes creux , tandis que le vrai safran, tout en augmentant un peu de volume, conserve sa forme de filamens pleins. Dans l’un et l’autre cas, ce safran mélangé colore beaucoup moins la salive que celui qui ne l’est pas.
- M. Bouillon-Lagrange a fait l’analyse du safran : il considère la matière colorante de ces stigmates comme particulière; il lui a donné le nom de poljchroite, en raison de la grande variété de couleur qu’on peut faire prendre à sa solution, au moyen des réactifs.
- Le safran est employé pour teindre en jaune ; mais sa matière colorante est fugace ; elle ne résiste point à l’action du soleil. Les liquoristes et les confiseurs se servent du safran, soit pour colorer, soit pour aromatiser diverses pré*-
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- SAFRE. i3
- parations. Dans plusieurs pays, on en fait usage sous le même rapport pour les alimens eux-mêmes. Les médecins le prescrivent assez souvent intérieurement, comme un puissant emménagogue ; on le prend en infusion tliéiforme ; il passe aussi pour résolutif, et l’on en prépare des cataplasmes, qu’on applique sur les tumeurs. R.
- SAFRE. Après avoir bocardé la mine de cobalt arsenical, ou le sulfo-arseniure de cobalt des modernes, et l’avoir soumise au grillage pour en séparer la plus grande partie du soufre et de l’arsenic qu’elle renferme , on a pour résidu un oxide impur de cobalt d’un gris-noirâtre, contenant de la silice et de l’oxide de fer. Ce résidu, mêlé à 3 parties de sable siliceux ou de quartz pulvérisé, est la substance qui, dans le commerce, porte le nom de safre. Ce mélange, suffisamment chauffé à l’aide d’un fondant, se réduit en un verre d’un bleu si intense, qu’il paraît noir. La plus petite quantité de safre suffit pour communiquer cette couleur à une quantité considérable de matière vitrifiée. Le safre sert à colorer les émaux , les porcelaines, la faïence, et il était employé à cet usage long-temps avant qu’on en connût la nature. Le verre d’un bleu noir, que l’on obtient par la fusion de 3 parties de safre avec i partie de carbonate de potasse du commerce , pulvérisé au moulin, tamisé et lavé, fournit la poudre bleue plus ou moins fine qui porte le nom àlazur; on s’en sert pour colorer l’empois, et donner aux toiles, aux mousselines , aux papiers, une teinte bleuâtre qui en relève la blancheur. En Suède, on a récemment amélioré la fabrication du safre par le procédé suivant (i) : on grille la mine de cobalt jusqu’à ce qu’elle ait perdu la plus grande partie de son arsenic. Le résidu ou oxide noir impur est mêlé à une quantité d’acide sulfurique concentré, suffisante pour en former une pâte épaisse , que l’on expose à une chaleur d’abord modérée, puis poussée jusqu’au î-ouge-cerise, pendant
- f1) Ce procédé a cté communiqué depuis peu de temps à M. Robiquet, par M. Berzéiius.
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- 4 SAGOU.
- une heure. Le sulfate ainsi obtenu est réduit en poudre, et dissous dans l’eau; on y ajoute peu à peu une dissolution de carbonate de potasse, pour en séparer ce qui peut rester d’oxide de fer; il en resterait surtout, si l’on n’avait pas chauffé assez fortement pour décomposer tout le protosulfate de fer. Dans ce cas, il faudrait oxider celui-ci avec de l’acide nitrique, avant de précipiter la dissolution par la potasse.
- Lorsqu’on s’aperçoit, à la couleur du précipité, que la potasse ne sépare plus que du carbonate de cobalt, on laisse déposer, on décante le liquide surnageant, et on le précipite au moyen d’une dissolution de silicate de potasse, que l’on prépare de la manière suivante :
- On mêle avec soin io parties de potasse, iS parties de quartz bien pulvérisé ou de sable fin ordinaire, et i partie de charbon en poudre; on fait fondre ce mélange dans un creuset de terre de brique, opération qui exige cinq à six heures d’un feu soutenu. La masse , fondue et pulvérisée, se laisse facilement dissoudre dans de l’eau bouillante , en ajoutant peu à peu, et à mesure qu’elle se dissout, la poudre de ce verre pilé. La dissolution filtrée est sans couleur; elle se conserve assez bien à l’air, si elle contient i partie du verre sur 5 à 6 parties d’eau. Le silicate de cobalt qui se précipite par le mélange des deux dissolutions est, de toutes les préparations de cobalt, celle qui convient le mieux à la peinture sur porcelaine, et pour la fabrication du verre bleu. Cette assertion n’est pas douteuse, puisque ce sel est infiniment plus pur que tous les mélanges employés jusqu’ici sous le nom de safre. ( V. Azcr. ) l*****r.
- SAGOU. On nomme ainsi une substance alimentaire blanchâtre , féculente, qui se trouve dans lé commerce sous forme granuleuse. Ce n’est autre chose que la partie médullaire qui forme la presque totalité du tronc des sagouiers (i) , et que
- (i) Sagouier, sagoutier (sagus), genre Je plantes de la famille des palmiers,
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- SAGOU. i5
- l’on extrait de la manière suivante : on fend l’arbre dans sa longueur, on e'crase la partie intérieure, qui est à peu près de la consistance pulpeuse d’une pomme ou d’un navet. On rassemble cette pulpe dans des espèces de cônes ou d’entonnoirs faits d’écorces d’arbres, dont les interstices sont aussi larges que ceux d’un tamis de crin ; on la délaie ensuite avec de l’eau, qui entraîne la partie la plus fine et la plus blanche de la moelle : celle-ci se dépose peu à peu ; on la sépare , par la décantation, de l’eau qui la surnage, et on la passe au travers de plaques métalliques perforées, de la même manière qu’on fabrique en Europe le vermicelle et autres pâtes féculentes, puis on fait dessécher au soleil, et l’on broie légèrement. Le sagou prend alors la forme de petits grains roussâtres, sous laquelle on nous l’apporte de l’Inde. Tel est le mode d’extraction décrit par les voyageurs ; maisM. Poiteau, qui a préparé lui-même du sagou à Cayenne, explique d’une autre manière la forme granuleuse que cette substance affecte. Selon ce naturaliste , les particules en suspension dans l’eau se précipiteraient trop lentement; il est donc nécessaire de séparer la plus grande partie de l’eau en exprimant la pulpe dans un linge et d’exposer le résidu au soleil, pour le faire sécher. Par le seul effet de la dessiccation, cette substance se rassemble en grains grisâtres, de diverses grosseurs et irréguliers. M. Lesson, qui a vu préparer le sagou en plusieurs contrées des Indes et de la Polynésie, a reconnu l’exactitude des observations de M. Poiteau.
- Le sagou est une matière amilacée , qui se ramollit, devient transparente, et finit par se dissoudre dans l’eau; on en forme, avec le lait et le bouillon, des potages légers, que l’on recommande durant les convalescences et dans les afiections de poitrine. Pour le faire dissoudre et cuire avec
- renfermant un petit nombre d’espèces, qui croissent dans les contrées tropicales de l’Asie et de l’Afrique.
- Il paraît que c’est l’espèce désignée par Willdcnow sous le nom de sagus Runipliii (décrite par Rampbius).
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- promptitude, on en met dans un poêlon environ une cuillerée, que l’on délaie peu à peu avec un demi-litre de lait, de bouillon , ou simplement d’eau chaude ; on place ce poêlon sur un feu doux , et l’on remue sans discontinuer, afin que toutes les parties solides restent en suspension , et jusqu’à ce que le sagou soit dissous; on y ajoute alors du sucre et un assaisonnement quelconque.
- Dans les Moluques et les Philippines, on fait avec le sagou des pains mollets d’un demi-pied carré ; il entre dans la composition de plusieurs sortes de poudingues , assaisonnés avec du suc de limons , des coulis de poissons, etc.
- On vend dans le commerce une substance analogue au sagou, préparée avec la fécule de pommes de terre: cette fécule , à l’état humide , est étendue sur une plaque en cuivre chauffée à feu nu ou à la vapeur, au degré de l’eau bouillante ; la fécule, dont chaque grain fait crever le tégument qui l’enveloppe, s’agglomère en trochisques gélatineux. Cette matière, desséchée à l’étuve, devient cassante ; on la broie, on la tamise en grains de plusieurs grosseurs, puis on la livre au commerce sous le nom de sagou de pommes de terre.
- Cette sorte de produit ne diffère du véritable sagou, que par une saveur moins agréable, due à l’huile essentielle de la pomme de terre; ses qualités nutritives et autres propriétés sont sensiblement les mêmes.
- La sève des sagouiers donne , par la fermentation, une liqueur vineuse très forte, connue à Oware sous le nom de bourdon, et qui est préférée aux autres vins de palme. On l’obtient en coupant ou fracturant, au sommet de l’arbre, la nouvelle pousse du centre , et l’on reçoit dans des calebasses le suc, qui fermente alors très facilement, vu la grande quantité de principe sucré qu’il contient. Les ha-bitans d’Oware ajoutent dans la fermentation les amandes pilées du fruit, avec la sève étendue d’eau; ils obtiennent ainsi un vin plus coloré , plus spiritueux , qui, mis en bouteille avant la fin de la fermentation , se charge d’acide carbonique et pétille comme du vin de Champague. Un demi-
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- litre de ce vin suffit pour enivrer un homme qui n’est pas habitué à cette boisson.
- Le chou du sagouier se mange, soit cru en salade, soit cuit comme nos cardes. L’intérieur du tronc des jeunes sagouiers, la partie même qui fournit le sagou, est aussi le manger le plus tendre et le plus délicat dont on puisse se faire l’idée.
- Les nègres font des sagaïes avec les rachis ou pétioles communs des feuilles. Ces sagaïes sont des instrumens armés d’une arête de poisson , ou d’un hameçon de fer, avec lequel ils harponnent très adroitement le poissori. Les feuilles leur servent à construire des palissades , des murs et les toits de leurs habitations. P •
- SAINFOIN ( Agriculture). Plante que les botanistes appellent hedjsarum onobrjchis, et qui est cultivée comme fourrage sous les noms de sainfoin, esparcette, bourgogne. Ce végétal, de la famille des légumineuses, ou papillonacées , est très recherché des bestiaux ; le trèfle aime les terres fraîches et humides ; la luzerne, les sols profonds et substantiels ; le sainfoin se contente des terrains les plus secs, et réussit principalement dans ceux qui sont calcaires. Le sainfoin garnit moins abondamment, mais sa qualité nutritive compense sa quantité. Dans le midi de la France , il donne trois et quatre coupes chaque année ; dans le nord, il en produit à peine deux. Comme ses racines s’enfoncent jusqu’à 6 pieds et plus dans la terre, elles y puisent les sucs nourriciers des sols les plus ingrats ; sa culture convient donc spécialement dans ces derniers , parce qu’aucun autre fourrage n’v pourrait réussir. D’ailleurs, il n’exige que peu de soins et de dépenses pour le semis et l’entretien, et améliore le sol pour les récoltes futures de céréales, par les débris de ses feuilles et de ses racines, ainsi que par les résultats d’un bon Assolement. Des provinces entières ont changé d’aspect depuis qu’on a remplacé parle sainfoin de maigres pâturages; les sables, les argiles, et surtout les craies brûlantes, ont été rendus féconds.
- Tome XIX,
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- 18 SAINFOIN.
- Le sainfoin forme une excellente nourriture pour les moutons, les bœufs, les vaches laitières, les cochons, les chevaux , etc. ; les abeilles en retirent un miel délicieux : sa durée va de six à dix et quinze ans. On le sème avec de l’orge ou de l’avoine, dont l’ombrage protège sa faiblesse, et qui paie les frais de première culture. Quelquefois il est semé en automne avec le blé. La bonne graine doit peser 3r kilogrammes l’hectolitre ; on estime qu’il en faut semer deux fois plus que de blé, parce qu’un grand nombre de semences avortent ou se pourrissent. Cependant quand on l'unit à une céréale, elle doit êtrê semée plus clair. Les places vides se garnissent en y semant de nouveau l’année suivante : la graine se conserve deux et même trois ans.
- Il ne fout pas couper le sainfoin la première année, parce qu’il s’affaiblirait et ne durerait pas long-temps. C’est quand il est en fleur qu’on fait la coupe. En général cette culture, les procédés de dessiccation, de bottelage, etc. , sont les mêmes que pour la Ldzekne. On est assez dans l’usage de semer ensemble la graine de luzerne avec celle de sainfoin ; on prétend que celle-ci prédomine la première année , et est étouffée peu à peu par l’autre dans les années suivantes ; mais cette pratique, qu’on regarde comme un bon moyen de rendre le fourrage plus abondant dans le commencement, a l’inconvénient de le rendre moins bon , parce que ces deux plantes ne fleurissent pas ensemble ; la luzerne n’est pas encore bonne à couper, quand déjà les feuilles de sainfoin tombent.
- Outre cette espèce d’hedjrsarum, on en connaît d’autres, dont plusieurs servent à l’ornement des jardins ; tel est le sainfoin d’Espagne ( hedysarum coronarium). Il en est une autre espèce qui croît dans les sables d’Afrique ( hedysarum alhagi ) ; c’est un buisson épineux qui laisse exsuder un suc blanc, concret, d’tuie saveur douce, qu’on assimile à la manne. On présume que c’est à ce végétal qu’il faut rapporter la production dont les Hébreux se sont nourris en traversant le désert. Niebuhr dit que, dans les grandes villes de la
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- SALAISON. ,9
- Perse, on ne se sert que de cette manne, au lieu de sutre, pour e'dulcorer les mets et les pâtisseries. Fk.
- SALAISON. On dénomme ainsi une operation qui a pour but de conserver diverses substances alimentaires, et notamment des poissons et la chair des animaux.
- On emploie, pour la salaison, du Sel brut purifié spontanément par unefexposition assez longue à l’air, pour que les sels étrangers déliquescens se soient égouttés en solution formée par l’humidité de l’air. Le sel en gros cristaux et très sec convient mieux aussi que celui dont les cristaux seraient très menus : en effet, le premier se dissolvant avec lenteur dans l’eau que lui fournissent les substances animales, détermine un mouvement et une réaction chimique favorables à la conservation.
- Quelle que soit la substance à conserver ainsi, il faut que son volume soit assez peu considérable pour que là solution salée le puisse pénétrer graduellement : aussi dépèce-t-on en morceaux ou tranches, épais de i à 3 pouces au plus, les gros animaux que l’on sale. On roule dans le sel chacun des morceaux, et l’on en forme, dans des pots ou des ba -rils, des couches superposées et alternatives de sel et de substance salée ; on recouvre d’un dernier lit de sel, puis on ferme aussi hermétiquement que possible.
- On peut conserver des tranches minces -de chair musculaire, en les plongeant dans une solution de sel bouillante , et les faisant dessécher dans une Étuve à courant d’air chaud.
- La saumure et le sel extraits des vases où la substance salée a été conservée, sont souillés de matières organiques en partie putréfiées. On peut tirer parti de ces résidus en les faisant dessécher, calciner, de manière à charbonner la matière animale , puis redissoudre dans l’eau et évaporer la solution , jusqu’à ce que le sel s’en précipite.
- On ajoute quelquefois dans la salaison un peu de Salpêtke au sel marin, afin de conserver une plus belle couleur rouge à la chair. ( V. Salines, Sel, Charcuterie, Harengs, Morde.)
- P.
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- SALEP. On donne ce nom aux bulbes desse'chées d’orcliis, que le commerce nous apporte de la Perse et de l’Àsie-Mi— neure. Un grand nombre d’espèces produisent ces bulbes; mais il paraît que Yorchis mascula est la plus abondante. Le salep du commerce est en petits grains ovales, d’une couleur jaune—blanchâtre , quelquefois à demi transparens , cornés, très durs-, inodores ou de'veloppant une faible odeur, d’un goût analogue à celui de la gomme adraganthe. Us sont compose's presque entièrement de matière fe'culente, et propres à faire des bouillies épaisses, qui sont en grande réputation chez les Orientaux , surtout comme analeptiques, c’est-à-dire pour restaurer les forces e'puise'es. Mais ce que l’on a dit des propriétés aphrodisiaques du salep résulte d’un préjugé qui ne devrait avoir de crédit que chez des peuples ignorans. Ceux dont les facultés viriles ont été détruites par l’abus des jouissances ne peuvent certainement pas les recouvrer à l’aide d’un aliment si faible et aussi peu médicamenteux que le salep. Cependant beaucoup de gens en Europe croient encore à ces merveilleuses propriétés, et nous voyons tous les jours annoncer pompeusement du Chocolat au salep et d’autres préparations destinées à restituer la vigueur de la jeunesse aux corps affaiblis de nos libidineux vieillards. Cette crédulité n’a heureusement pas d’autres fâcheuses conséquences, que de nous faire payer assez cher uue sorte de tribut à l’étranger, quand il nous serait facile de nous en affranchir par la récolte des bulbes d’orchis qui couvrent nos prairies et nos montagnes, de manière à les rendre parfaitement identiques avec le salep des Orientaux. Pour cela on doit choisir les plus grosses bulbes, les nettoyer en raclant la peau extérieure ; on les fait macérer d’abord quelque temps dans de l’eau chaude, puis on porte celle-ci jusqu’à l’ébullition ; on les enfile dans des ficelles, et on les fait sécher en les exposant à un courant d’air chaud etsec. Ainsi desséché, le salep peut être réduit en poudre,qui, dissoute dans l’eau bouillante , forme une gelée que l’on rend plus agréable par l’addition du sucre et de divers aromates. P.
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- SALICINE. Principe organique contenu dans l’e'corce de saule.
- Dès long-temps les médecins avaient reconnu que cette e'corce était fébrifuge, et depuis la découverte des alcaloïdes du quinquina, plusieurs chimistes, et Buchner entre autres, avaient inutilement tenté de retirer du saule un principe analogue. M. Leroux , pharmacien à Vitry-le-Erançais, est le premier qui soit parvenu à l’obtenir cristallisé, et qui en ait livré à la consommation, sous la dénomination de salicine. M. Leroux crut d’abord que cette nouvelle substance était aussi un alcaloïde, mais il ne tarda pas à émettre une opinion contraire ; et depuis, la salicine a été rangée au nombre des produits organiques neutres.
- Il est probable que les écorces des différentes espèces de saule contiennent ce principe en plus ou moins grande quantité ;,mais M. Leroux a indiqué l’espèce connue des botanistes sous le nom de salix hélix, comme étant celle sur laquelle il avait opéré avec le plus d’avantage. Le procédé, tel qu’il a été décrit par ce chimiste (i) dans le Mémoire qu’il a adressé à l’Institut, diffère peu de celui indiqué par Buchner pour obtenir l’espèce de matière extractive à laquelle il donnait aussi le nom de salicine. Ce procédé consiste à faire bouillir pendant une heure, 3 livres d’écorce pulvérisée, dans i5 livres d’eau chargée de 4 onces de carbonate de potasse ; on passe , et l’on ajoute à froid % livres de sous-ace'tate de plomb liquide ; on laisse déposer, on filtre, et l’on traite par l’acide sulfurique, pour séparer la majeure partie du plomb , puis on achève d’en opérer la complète précipitation, en soumettant la dissolution à un courant d’hydrogène sulfuré. Il faut ensuite saturer l’excès d’acide par de la craie , filtrer de nouveau , concentrer la liqueur, la saturer par de l’acide sulfurique étendu d’eau, décolorer par le noir et filtrer bouillant, faire cristalliser à deux reprises, et sécher à l’abri du contact de la lumière. On obtient ainsi, selon l’auteur, î once environ de salicine, pour la quantité indiquée d’écorce.
- (0. Annales de Chimie et de Physique, T. XLIII, page 44**
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- On conçoit que s’il s’agissait de faire de cette extraction une opération de fabrique, il faudrait nécessairement beaucoup la simplifier ; car il serait de toute impossibilité d’avoir recours, en grand, à la précipitation par l’acétate de plomb, et au courant d’hydrogène sulfuré.
- Par suite de recherches ultérieures entreprises par M. Pes-chier, et qui se trouvent consignées dans le T. XLIY des Annales de Chimie et de Physique , page 4i8, il serait préférable de faire bouillir pendant une heure ou deux l’écorce concassée, de passer au travers d’une toile, de soumettre le marc à la presse , de traiter ensuite la liqueur par une solution de sous-acétate de plomb, jusqu’à ce qu’elle cesse de précipiter ; ensuite on filtre , on fait bouillir avec une quantité suffisante de carbonate de chaux, pour décomposer l’excès d’acétate de plomb et saturer l’acide acétique : cela fait, on laisse le liquide s’éclaircir, on décante, on lave le dépôt à deux ou trois reprises, on réunit toutes les liqueurs , on évapore à consistance d’extrait ; on met ce produit à la presse entre des papiers brouillards, et après l’y avoir laissé quelques heures, on le soumet à l’action de l’alcool à 34° ; on filtre le liquide alcoolique, on le concentre par voie de distillation , et par l’évaporation convenable du résidu , on obtient la salicine cristallisée en aiguilles blanches et nacrées. Ce procédé est un peu plus simple que le précédent ; mais il est encore trop compliqué pour un travail de laboratoire.
- M. Buchner, de Munich, qui s’est beaucoup occupé de l’extraction de la salicine, et qui le premier en avait annoncé l’existence (Bulletinde Férussac, novembre 1828), mais qui ne l’avait point obtenue à l’état de pureté, quoiqu’il lui eût reconnu une tendance à cristalliser, a indiqué plusieurs procédés ( Journal de Pharmacie, avril i83o) qui pourront conduire à d’utiles modifications de celui de M. Leroux. M. Buchner partant de l’idée que la salicine est unie dans l’extrait aqueux d’écorce de saule, à du tannin et à une assez grande quantité de gomme , propose comme première méthode :
- D’ajouter à la solution aqueuse de l’extrait, une assez
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- grande quantité de blancs d’œufs, pour en séparer le tannin ? d’évaporer ensuite la solution filtrée en consistance de sirop épais, et de reprendre par six à huit fois son poids d’alcool concentré ; puis on filtre, pour isoler les flocons rouges qui se précipitent; on évapore dans un appareil distillatoire, pour retirer une grande partie de l’alcool. Le résidu, évaporé en consistance d’extrait, fournissait, selon M. Buchner, la salicine; mais il reste peu de choses à faire pour l’obtenir cristallisée, et il suffirait sans doute de passer cette dernière solution au noir d’os, pour faciliter la cristallisation , en isolant une portion de matière colorante. Ce procédé serait très simple et d’un emploi facile ; mais il deviendrait assez dispendieux , en raison de la grande quantité de blancs d’œufs qui serait nécessaire. Il est vrai que, dans un travail en grand, on pourrait y substituer l’albumine du sang.
- Une deuxième méthode proposée par Buchner, consiste à ajouter du lait de chaux à la solution trouble de l’extrait aqueux de saule. Un léger excès de chaux rend la liqueur très rouge; le tannin est entraîné en précipitation; on filtre, on neutralise par l’acide sulfurique; on filtre de nouveau, on évapore en consistance d’extrait, on reprend par de l’alcool, comme dans le cas précédent ; il conviendrait aussi de terminer l’opération par l’emploi du charbon animal, pour obtenir la salicine cristallisée.
- Enfin, d’après le troisième procédé décrit par Buchner, on dissout 4 onces extrait de saule dans 24 à 3o parties d'eau, et l’on ajoute 1 à 2 parties d’acide sulfurique étendu d’eau. Bar l’agitation, le tannin se précipite, la liqueur prend une teinte jaune-paille ; on la filtre, on la sature avec de la craie ; on filtre de nouveau, on évapore en consistance de sirop épais, et l’on termine comme dans le cas précédent-
- Buchner donne la préférence à ce dernier procédé, comme étant déplus facile et de plus prompte exécution. Jecrois cependant que celui par la chaux est préférable, comme moins susceptible d’altérer la salicine et d’en empêcher la cristallisation.
- Il est encore une méthode qui, combinée avec l’une des
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- précédentes, doit amener à de bons résultats ; c’est celle qui a été employée avec tant de succès pour les capsules du pavot indigène, par Tilloy, et qui consiste à faire d’abord un extrait aqueux, qu’on reprend par l’alcool, puis un extrait alcoolique , qu’on reprend par l’eau, et à réitérer cette manœuvre jusqu’à ce que, par ces reprises successives, on soit parvenu à éliminer la majeure partie de la gomme et des résines , qui donnent de la viscosité au liquide, et s’opposent à la formation des cristaux.
- Quel que soit le procédé auquel on ait eu recours pour obtenir la salicine, elle jouit des propriétés suivantes, quand elle a atteint son degré de pureté : elle est cristallisée en aiguilles blanches et soyeuses ; sa saveur est amère et légèrement aromatique. D’après MM. Pelouze et Jules Gay-Lussac ( Annales de Chimie et de Physique, T. XXXIV, page 20 ) r ioo parties d’eau à la température de ig°,5 , dissolvent 5,6parties de salicine ; l’alcool la dissout, l’éther ne l’attaque pas.
- L’acide sulfurique concentré mis en contact avec la salicine,. lui fait prendre une fort belle couleur rouge.
- L’acide hydrochlorique et l’acide nitrique la dissolvent sans se colorer.
- La noix de galle, la gélatine, l’acétate de plomb neutre ou basique, l’alun et l’émétique, ne la précipitent pas de sa dissolution.
- Exposée seule au contact de la chaleur, elle fond à quelques degrés au-dessus de l’eau bouillante, et se prend par le refroidissement en une masse cristalline : elle ne perd pas d’eau dans cette opération. Si la chaleur est poussée un peu plus loin que celle de son point de fusion, elle prend une couleur d’un jaune citrin, et devient cassante comme une résine. La salicine est dépourvue d’azote ; elle a été trouvée., par MM. Pelouze et Jules Gay-Lussac, formée de
- Carbone... Hydrogène Oxigène. ..
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- La solution aqueuse de salicine est parfaitement neutre, et l’on a reconnu que c’était à tort qu’on l’avait d’abord considérée comme un alcaloïde. Cependant MM. Buchner et Her-berger l’ont récemment soumise à une nouvelle investigation, et ils ont émis l’opinion que la salicine ordinaire est un sel dont on peut extraire un sous-alcaloïde et un sous-acide. Ils pensent obtenir la vraie salicine en traitant ce qu’ils appellent le sel de saule (salicine ordinaire ) par de l’acide oxalique , et séparant celui-ci par de la chaux, puis faisant évaporer la solution pour obtenir la salicine cristallisée , qui alors jouit d’une réaction alcaline. MM. Buchner et Her-berger isolent ce qu’ils nomment le sous-acide, en traitant la salicine ordinaire par de l’acide phosphorique étendu, et faisant distiller le mélange. Ce sous-acide, qui n’est autre , selon îes chimistes, que le principe aromatique du saule, passe à la distillation.
- J’avoue que je ne saurais partager cette opinion ; il se peut sans doute qu’on débarrasse ainsi la salicine d’un reste du principe aromatique ; mais tout porte à croire qu’elle n’est point un véritable sous-alcaloïde : car, d’une part, ce serait le premier qui ne contiendrait pas d’azote, et, de l’autre, on ne connaît jusqu’à présent aucun exemple d’un sel organique extrait directement. Au reste, c’est à l’expérience à décider; mais je conserverai de très grands doutes, jusqu’à ce que de nouveaux faits viennent confirmer ces singuliers résultats.
- Quant à la propriété fébrifuge de la salicine, elle a été constatée par d’habiles médecins : mais, lorsqu’on se rappelle qu’à l’époque où Séguin crut que la gélatine contenue dans certains quinquinas était le véritable principe fébrifuge, et que des expériences de clinique vinrent appuyer cette opinion ; lorsqu’on se rappelle encore que le docteur Bailly, qui a fait de nombreuses observations, sur les fièvres intermittentes , donna, dans un Mémoire lu il y a quelques années à l’Institut, comme un résultat constant, que la durée moyenne des fièvres est de vingt-un jours, quel que soit le traitement
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- mis en usage pour en arrêter le cours, et qu’il en est encore ainsi, alors même qu’on n’administre aucun médicament ; il est permis de douter de l’efficacité de tous ces prétendus fébrifuges , ou au moins de se préserver un peu de l’enthousiasme des nouveautés. R.
- SALICOR. C’est le nom vulgaire que l’on donne à plusieurs plantes maritimes de la famille des chénopodées , et plus particulièrement aux salicornia herbacea et fruticosa. Ces plantes , cultivées en Provence et dans le Languedoc, sur les bords des étangs, ou venues spontanément sur les plages de la mer, fournissent, par leur incinération, une soude naturelle d’assez bonne qualité, qui s’emploie dans les verreries et pour le blanchissage du linge.
- Yoici comment on opère l’incinération du salicor : au pied d’un amas considérable de ces végétaux desséchés , on creuse en terre une fosse cylindrique de 3 à 4 pieds de profondeur, on allume dans ce trou une brassée de salicor, puis on ajoute continuellement de nouvelle quantité de ce combustible , au fur et à mesure que l’activité du feu le permet, et en ayant le soin de ne pas étouffer les parties enflammées.
- Cette opération dure plusieurs journées et nuits consécutives : lorsque toutes les plantes sont brûlées, ou que le trou est rempli de cendres, on laisse celles-ci achever la combustion du charbon et se refroidir. La température élevée qui se développe dans la fosse opère un commencement de fusion du carbonate de soude ; aussi trouve-t-on après le refroidissement, dans la fosse, une masse grisâtre agglomérée ; on la concasse pour la livrer au commerce. ( V. Soude.)
- P.
- SALINE. On nomme ainsi le lieu d’exploitation du sel marin (chlorure de calcium ou hydrochlorate de soude), soit que l’extraction s’en fasse par l’évaporation d’eaux salées, soit que-l’on tire des Mines le sel en bloc. Nous traiterons ici ces divers genres d’exploitation, les procédés de raffinage, et les usages de cette substance.
- Une grande partie du sel qui se consomme se trouve dans
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- la terre, tout formé ; il constitue des dépôts très considérables , d’où on l’extrait en masses solides , et qui donnent lieu à d’abondantes sources salées, également exploitables.
- Les mines de Williczka, en Pologne, sont pratiquées dans un dépôt salifère, ayant environ 200 lieues de longueur et 4o lieues de largeur, et plus de 3oo mètres d’épaisseur. On a trouvé en France, dans le département de la Meurthe, un banc analogue; ce sel est tantôt blanc et transparent, et alors presque complètement pur, ou bien opaque, coloré en une teinte rougeâtre ou brune par l’oxide de fer, renfermant en outre de l’argile, des traces de bitume, de charbon, etc.
- L’exploitation du sel gemme ou des Mines se fait à l’aide de puits et galeries, comme les autres minerais. Ce sel, coloré ou diaphane, est très compacte, en sorte qu’il doit être divisé en poudre très fine, pour être facilement décomposé par l’acide sulfurique dans la fabrication de la soude. Il n’en est pas de même du sel marin obtenu par l’évaporation spontanée des eaux de la mer ; celui-ci, formé de lamelles agglomérées , offre des cristaux facilement perméables.
- Le sel gemme est raffiné sur la mine avant d’être livré à la plupart des usages économiques. Ce raffinage consiste en une opération très facile. On suspend, dans un crible en fer, les fragmens de différentes grosseurs , dans un réservoir rempli d’eau, près de la surface du liquide. A mesure que l’eau se sature de sel, devenue plus pesante, elle descend au fond du vase ; elle est aussitôt remplacée par une autre partie du liquide , qui vient dissoudre une nouvelle portion de sel, puis se précipite à son tour ; et, de cette manière, on parvient à saturer de sel toute la solution.
- On laisse alors déposer ce liquide trouble ; les matières terreuses tombent au fond, et il suffit d’évaporer la solution claire, pour obtenir des cristaux de sel très blancs qui se forment à la superficie et tombent au fond du liquide. A mesure que le sel se précipite, on le recueille en plongeant dans la chaudière A (%• », PI. 69 des Arts chimiques) une espèce de grande écumoire B, qui est munie de trois anses C. L’ébullition,
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- qui fait dégager l’eau en vapeur, agite constamment le liquide. La vapeur ne se formant pas dans le petit vase plongé au milieu du grand, il s’y établit un repos relatif, et le sel s’y dépose bientôt assez abondamment, pour qu’en soulevant l’écumoire à l’aide d’une poulie D, on puisse l’en retirer à l’aide de pelles en tôle. On porte ce sel dans des trémies en bois blanc E, on laisse égoutter le liquide qu’il contient au travers des trous du faux-fond G. On peut même obtenir directement, dans la chaudière où le précipité s’opère, le sel dans les vases ou enveloppes qui doivent le contenir pour la vente.
- A cet effet, on plonge des paniers d’osier blanc H (fig. 2 ), qui ont la forme" d’un cornet, dans la chaudière, lorsque le sel commence à s’y précipiter ; on les retire une ou deux minutes après, remplis de sel. Après les avoir retirés, on les laisse égoutter et se dessécher à l’étuve, puis après avoir nettoyé l’extérieur à la brosse, on les envoie à la vente.
- Ainsi que nous venons de le voir, un des moyens de recueillir le sel brut dans la nature, consiste simplement à l’ex-traire des mines, comme on tire la houille et les autres produits des mines.
- On obtient du sel brut de plusieurs autres manières : par l’évaporation spontanée ou artificielle des eaux de la mer ou des eaux de sources salées ; et enfin, par l’évaporation de l’eau que l’on a saturée de sel, en la faisant séjourner dans les cavités au milieu des mines elles-mêmes. Le sel marin, que l’on obtient par tous ces procédés revient à très bon marché. C’est, en effet, de tous les sels solubles trouvés dans la nature, celui qui coûte le moins de prix d’extraction.
- Dans les pays méridionaux, pendant l’été, l’évaporation des eaux de la mer se fait spontanément par les courans naturels de l’air atmosphérique. A cet effet on forme, dans un terrain argileux, des fossés d’une grande étendue et très peu profonds , séparés les uns des autres par des languettes de la même terre ; à l’aide de rigoles, on y introduit de l’eau de la
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- mer, et l’on ferme l’accès par une sorte de Vanne : on en ajoute ainsi de nouvelles quantités , au fur et à mesure que l’évaporation a lieu. Cette disposition du sol est connue sous le nom de marais salans.
- Marais salans. Ce sont des réservoirs creusés ordinairement sur les bords de la mer, et dans lesquels se fait, à l’air libre,. l’évaporation de l’eau de la mer ; celle-ci contient :
- Sel marin...................... 2,5o
- Chlorure de magnésium. ....... o,35
- Sulfate de magnésie............... o,58
- Carbonate de chaux etde magnésie. o, 02
- Sulfate de chaux.................. o,oj
- Eau.............................. 96,54
- 100.
- La quantité d’eau à évaporer est donc fort grande ; mais dans les marais salans bien placés , l’évaporation est assez rapide pour qu’on obtienne le sel à un prix très modique. On place les marais sur une plage unie, dont le sol est argileux, située au bord de la mer et mise à l’abri des marées. L’eau de la mer est conduite d’abord dans un réservoir appelé jas, qui doit recevoir 2 pieds d’eau au moins, et 6 pieds au plus. Dans ce réservoir, l’eau commence à s’évaporer, et surtout elle se dépouille des corps qu’elle tenait en suspension. Au moyen d’un tuyau ou gourmas, on la fait passer dans une suite de bassins nommés couches; de ceux-ci, au moyen du faux-gourmas, autre tuyau souterrain, elle passe dans le mort. C’est un canal qui fait tout le tour du marais, et auquel on donne jusqu’à 4,000 mètres de longueur. Le mort amène l’eau dans les nouveaux bassins, connus sous le nom de tables ; de ceux-ci, elle passe dans une série de bassins semblables, désignés sous le nom de muant; du muant, l’eau arrive enfin dans les aires, où s’achève son évaporation ; elle y parvient par des canaux nommés brassours, qui versent chacun l’eau dans quatre aires, par des conduits sou-
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- terrains, qu’on perce et qu’on ferme à volonté. L’eau arrive déjà très concentrée dans les aires, et ne tarde pas à y sa-liner. Le dépôt du sel s’annonce ordinairement par une teinte rougeâtre, qui se développe dans l’eau. Le sel cristallise à la surface de l’eau ; on brise la croûte, et lorsqu’il s’est formé une croûte assez épaisse , on ramasse le sel, et on le met en tas sur le chemin qui sépare les aires, et qu’on désigne sous le nom de vie. Dans certains marais , au lieu de briser la croûte de sel, on la ramasse en l’écrémant avec un râteau à long manche.
- Le travail des marais salans commence au mois de mars, et se termine en septembre. Pour mettre le marais en état, on commence par le nettoyer ; pour cela, on ferme la communication entre le muant et les tables, et l’on ouvre le conduit souterrain désigné sous le nom de cojr. Les eaux du muant s’écoulent et entraînent avec elles tous les dépôts. On jette dans le muant toutes les eaux que contiennent les aires, et l’on nettoie celles-ci : on ferme alors la communication entre les couches et les tables, et l’on vide ces dernières dans le muant. Les tables étant nettoyées, on pourrait en faire autant des couches, mais ordinairement on s’en dispense.
- Le marais nettoyé peut être mis en activité. On amène l’eau dujas dans les couches j de là dans le mort, les tables, le muant, les brassours, et enfin dans les aires. Pour les conduire dans les aires, on fait aü bout du brassour, avec un pieu en bois, un trou qui ouvre la communication avec l’aire. Quand il y a un pouce au plus d’eau dans l’aire, on referme le trou. L’eau qui arrive dans les aires est d’abord peu saturée j parce qu’elle n’a pas séjourné assez de temps dans les bassins antérieurs, et que la saison est encore pen chaude. Il faut alors huit jours pour que le sel se produise dans l’aire ; mais dans la bonne saison, et quand les eaux ont subi une évaporation convenable avant d’arriver dans l’aire , on saline deux ou trois fois par semaine, quelquefois même tous les jours
- Le sel se ramasse en tas coniques nommés pilotsou ec
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- tas pyramidaux, qu’on appelle vaches; ces tas sont recouverts de pailles ou d’herbages, qui les garantissent de la pluie. Le sel ainsi conservé en tas, s’égoutte et se purifie même, en ce que les sels déliquescens qu’il contient attirent peu à peu l’humidité de l’air atmosphérique, et s’écoulent en solution.
- La récolte du sel est d’autant meilleure que la saison a été plus sèche et plus chaude; quelquefois elle est presque nulle, si la saison a été très pluvieuse. Lorsque le sel précipité dans ces grands vases a été suffisamment égoutté, relevé sur les bords, puis mis en tas, on l’expédie dans le commerce, où il est connu sous les noms de sel brut, sel marin, sel de cuisine , sel commun, etc.
- Les sources salées résultent de la solution des dépôts sali-fères ou bancs de sel gemme , par les eaux de source.
- Sources salées. L’exploitation des eaux naturelles a lieu par des procédés qui varient suivant les circonstances locales , mais qui généralement comprennent l’évaporation à l’air libre, et l’évaporation à l’aide du feu.
- Ces eaux renferment, ordinairement, du chlorure de sodium, du chlorure de magnésium, du sulfate de magnésie, du sulfate de chaux, et quelquefois du carbonate de fer dissous par un excès d’acide carbonique.
- Dans ce dernier cas, elles laissent former un dépôt ferrugineux abondant, au moment de leur sortie du sein de la terre ou dans les tuyaux de conduite qui les amènent au lieu de l’exploitation ; en sorte que là elles sont presque toujours dépouillées d’oxide de fer. Une partie du carbonate de chaux dissous par l’acide carbonique se dépose en même temps. Dans la boue qui résulte de ces deux dépôts, croissent souvent des conferves, qui s’y putréfient après leur mort, et communiquent à l’eau une odeur infecte, susceptible de s’exhaler dans l’évaporation.
- L’eau étant parvenue dans la saline, on commence son évaporation dans les bâtimens de graduation; ce sont des hangars très longs, assez élevés, ouverts à tout vent, et dans
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- lesquels on dispose des appareils destinés à diviser,' puis aérer, autant-qu’on le peut, l’eau de source. Tantôt on se sert de fagots d’épine amoncelés par couches horizontales en parallélépipèdes rectangles ; tantôt on emploie des cordes tendues verticalement du haut en bas du hangar ; tantôt, enfin, ce sont des tables légèrement inclinées. Dans le premier cas, l’eau qu’on veut concentrer est versée sur les fagots, où elle se divise en couches excessivement minces , coule d’une branche à l’autre, et se trouve, pendant tout son trajet, en contact avec l’air qui circule au travers des fagots.
- Lorsqu’on se sert de cordes verticales tendues sous le hangar, l’eau ruisselle autour de ces cordes. Elle se divise donc encore beaucoup, et offre à l’air de nombreux points de contact.
- Dans les bâtimens à tables, deux rangées de celles-ci en bois, à rebords très peu élevés, sont disposées sous le hangar. Deux cuvettes sont légèrement inclinées alternativement , la première dans un sens, la deuxième dans l’autre. A leur partie la plus basse, est pratiqué un trou qui permet à l’eau versée sur le bout opposé de la tablette supérieure de tomber dans celle qui est au-dessous, et ainsi de suite. L’air passe entre les tablettes, et séchant la couche mince d’eau salée qui s’y trouve, se sature de vapeur aqueuse , et se renouvelant sans cesse, rend ainsi l’évaporation très prompte.
- Les bâtimens de graduation à fagots d’épines ont été d’abord employés en Lombardie : on les introduisit ensuite eh Saxe, et en 155g, ils furent adoptés dans les salines de Bavière ; dès cette époque, toutes les exploitations placées dans des conditions convenables les ont adoptés ; mais tantôt on les forme avec une seule pile d’épines, tantôt avec deux, tantôt avec trois.sCes bâtimens sont construits avec une charpente en bois ouverte à tous vents, que l’on soutient quelquefois sur des piliers de maçonnerie ; ils sont couverts d’un toit en planches qui abrite les fagots et empêche le mélange des eaux de pluie ayec l’eau salée.
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- Ces bâtimens ont une longueur de z5o à 35 o mètres , sur 8 à i o mètres de largeur; leur position doit être étudie'e avee soin, eu e'gard à la direction habituelle du vent de la contre'e où ils sont place's. On conçoit que l’air doit les frapper perpendiculairement à leur longueur ; il est aussi évident que le mode de distribution des eaux doit être susceptible de changer à volonté, d’après les changemens que la direction du vent éprouve elle-même. On remplit cette condition en plaçant, sous le sommet du bâtiment de graduation, une rigole offrant une rangée d’entailles sur chacun de ses deux bords; deux planchettes glissant sur chaque côté de la rigole , et dans lesquelles des entailles semblables sont pratiquées , laissent couler l’eau, quand, d’un côté, les entailles de la planchette et de la rigole se correspondent, tandis que le côté opposé ne laisse rien passer. Au moyen de leviers disposés à cet effet, on peut, en un instant, fermer l’un des côtés et ouvrir l’autre, en faisant glisser les planchettes entaillées.
- Dans les bâtimens de graduation, on partage la longueur en deux ou plusieurs sections : la première reçoit les eaux de la source,-la seconde celles qui ont déjà passé sur la première , et ainsi de suite. L’étendue de chaque division , leur réunion dans le même hangar, ou leur séparation en divers bâtimens, sont déterminées par des circonstances purement locales ; elles dépendent de la nature des eaux, de la disposition du terrain , etc. Les pompes qui élèvent l’eau sont placées ordinairement au milieu du bâtiment, et la puisent dans des réservoirs situés vers sa partie inférieure, pour la porter dans les canaux, qui la déversent sur les fagots. Ces pompes sont presque toujours mues par une roue hydraulique. V. la PI. 70, fig. 2. (La fig. 1 représente un marais salant. )
- On peut se représenter la marche de l’évaporation, d’après les résultats suivans, obtenus à Moutiers :
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- CHUTES. SURFACE TOTALE des fagots parcourus. DENSITÉ de l’eau (ij. EAU évaporée.
- fe et 2e, 5i58 1,010 ï,oa3 0,0 o,54o
- 3, 4» 5, 6, 7, S et 9, 2raf> 1,072 0,333
- 10.. . . . 55o 1,140 0,062
- Évaporation totale = 0,935 Eau restant à 1,140 de densité.. = o,o65
- Eau employée à 1,010 de densité = 1,000
- (1) Ponr comparer ces nombres avec les degrés de Paréomètre
- Baume, Z'”. les tables inscrites à l’article Densité.
- D’après ce tableau, extrait d’un me'moire très e'tendu de M. Berthier, et qui nous a servi de guide, on voit qu’il n’a pas fallu moins de dix chutes pour amener l’eau de la densité de i,oio à celle 1,040, encore, les circonstances sont-elles supposées les plus favorables à l’évaporation , car on est bien souvent obligé de répéter les chutes plusieurs fois, avant de passer d’un bâtiment à l’autre. Une autre conséquence près importante ressort de ces résultats, c’est que le retard que l’accroissement de densité dans ces limites apporte à l’évaporation est à peine sensible. En effet, dans le même espace de temps, l’eau exécute chacune des deux premières chutes, des sept suivantes ou la dixième; et les nombres qui, dans ces trois cas, représentent l’évaporation par des surfaces égales, sont comme 10, 12 et 11. Ainsi, l’évaporation semblerait même croissante ; mais cela tient aux pertes que l’on éprouve par dispersion. Les quantités d’eau évaporée doivent diminuer; mais on voit, par ces nombres, que e’est dans un faible rapport.
- L’eau amenée ainsi à une densité de i,o4<>, ou très près de
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- ce terme, est placée dans de vastes réservoirs ou àaissoirs; ce sont des bassins en maçonnerie couverts. L’eau y dépose les matières qu’elle tenait en suspension; de là, elle est conduite dans l’atelier, où elle doit être soumise à une évaporation rapide, dans une chaudière.
- Lorsque la source salée contient des carbonates de chaux et de fer, elle laisse déposer du carbonate de chaux et du peroxide de fer, jusqu’à ce qu’elle marque 3°,5 à l’aréomètre de Baumé, ce qui correspond à i,023 de densité. Le sulfate de chaux, dans les eaux salées, ayant un maximum de solubilité qui correspond à la densité i ,o33, il est évident que ce n’est qu’à partir de ce terme qu’il pourra s’en déposer des quantités proportionnelles à l'eau évaporée. Voici, d’après M. Berthier, les nombres qui expriment cette solubilité :
- Degrés de Baumé. Sulfate de chaux dissous.
- o°.................. o,oo33
- 2°.................. o,oo43
- 5°................... o,oo6o5, maximum.
- i5°................. o,oo43
- 270................. 0,0000.
- Ainsi donc , le dépôt qui s’opère pendant les premiers mo-tnens de la graduation doit toujours consister en sulfate de chaux mêlé de peroxide de fer et de carbonate de chaux ; ensuite il se dépose du sulfate de chaux seul ; mais les rapports entre ces substances doivent varier avec la nature de Beau saline.
- Le tableau suivant, tracé par M. Berthier, d’après des expériences pratiques, indique les quantités d’eau qui s’évaporent par la graduation, depuis i°,6 de Baumé jusqu’à 26°, et les quantités de sulfate de chaux déposées.
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- DEGRES de Baume. POIDS de Peau restante. POIDS de l’eau évaporée. SULFATÉ de chaux dépose'.
- i°,6 10000 » »
- 2®,O 8400 i6c,o »
- 3°,o 5foo 2780 »
- 40,0 4040 i5So 4
- 5°,o 3i5o 8qo 3,5
- ïO<SO i486 ifjoi 10,5
- i5°,o 941 545 4,5
- 200,0 7 o3 238 2,6
- 25°,0 551 i5i °,g5
- 26°,0 526 25 0,1
- Pour faire usage de ce tableau, il suffit de savoir qu’en temps ordinaire , on e'vapore 60 kilogrammes d’eau en vingt-quatre heures par mètre carre' de surface garnie de fagots. Les circonstances locales déterminent à quel degré il convient d’arrêter la graduation : i4° et 20° sont les deux limites entre lesquelles on borne cette évaporation ; on s’arrête à 14° lorsqu’on a du combustible à très bas prix , et l’on pousse à 20° quand il est cher. Pour fixer ce point, il faut tenir compte de La quantité d’eau dispersée pendant la graduation. Si on l’avait déterminée, on pourrait comparer le prix du sel perdu avec celui du combustible nécessaire pour remplacer l’effet de l’air.
- L’eau contenue dans les baissoirs s’écoule à volonté dans les chaudières, où elle est évaporée par la chaleur que développe le combustible. Ces chaudières ou poêles sont très vastes, et faits avec des plaques de tôle forte de 4 ou 5 millimètres d’épaisseur, assemblées par des clous rivés ; elles sont soutenues par des piliers en fonte placés dessous. On brûle du bois ou de la houille.
- Dans quelques fabriques de l’Allemagne, un seul foyer chauffe deux chaudières : celle qui est chauffée directement est destinée à faire le sel; celle qui suit est la chaudière à
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- schhter. Ces chaudières sont couvertes d’un toit en planches, terminé par un cône ouvert, par lequel s’échappent les vapeurs.
- Le travail se divise ici en trois opérations distinctes s le schlolage, la précipitation du sel et la dessiccation du sel égoutté. Ces trois opérations marchent de front, et ordinairement au moyen d’un seul foyer.
- On désigne en Allemagne, sous le nom de schlot, un dépôt abondant qui se forme quand l’eau salée est mise en ébullition. Le schlot est principalement formé d’un sel double : sulfate de chaux et de soude.
- Pour schloter, c’est-à-dire pour débarrasser l’eau salée de tout le sulfate double qu’elle peut produire, on amène dans la chaudière l’eau des baissoirs, qui marque i8° de Baumé, ou i,i4o de densité, et on la fait bouillir. Il se forme aussitôt une écume provenant de matières extractives enlevées et coagulées par l’ébullition ; on y ajoute quelquefois un peu de sang de bœuf fouetté dans l’eau froide, pour faciliter la séparation de cette matière. Comme l’eau salée est ordinairement alors saturée de sulfate de chaux, le schlotage commence bientôt; le sulfate double se dépose, entraînant du sel marin ; on l’enlève avec de longs râbles, et on le dépose dans des augets carrés en tôle, connus sous le nom d’augelots, qui sont placés au-dessus de la chaudière. Au bout de quinze ou vingt heures de feu, le sel commence à se déposer lui-même : cependant on ne procède pas encore au salinage,. On ajoute de nouvelle eau provenant des baissoirs, et l’on schlote encore pendant huit ou dix heures. Quand la chaudière est pleine d’eau à 27° de Baume, ou 1,023 de densité, elle est bonne à saliner.
- On la porte alors dans la chaudière de salinage ou de soccage, où elle est chauffée modérément. Le sel cristallise en trémies ou pieds de mouches, à la surface du liquide. On sépare d’abord un peu d'écume qui se forme, puis on ramasse le sel à l’aide d’une grande écumoire ou pelle trouée, et on l’égoutte dans des trémies ; de là il passe au séchoir .
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- Le salinage dure plusieurs jours ; il n’est arrêté que lorsque le sel devient impur : il reste une eau-mère épaisse, visqueuse et odorante, que l’on porte dans un réservoir particulier.
- Les analyses de M. Berthier prouvent que la pureté du sel va en décroissant, comme on devait le prévoir.
- l es eaux-mères contiennent beaucoup de chlorure de magnésium (muriate de magnésie), du sel marin et du sulfate de magnésie. Elles contiennent souvent, en outre, des iodures ou des bromures de magnésium, que l’on commence à exploiter; enfin, elles renferment toujours une matière organique, qui paraît provenir des fagots.
- Comme le sulfate de magnésie et le sel marin réagissent l’un sur l’autre, se transforment en sulfate de soude et en chlorure de magnésium, à une basse température, on tire partie de ces eaux-mères , en les mettant dans un réservoir, où elles passent l’hiver; il s’y forme trois dépôts successifs : le dernier est formé de sulfate de soude presque pur. On le retire et on le livre au commerce.
- La présence du chlorure de magnésium est la cause de ' grandes pertes; il donne des sels désagréables au goût et déliquescens. Il convient de s’en débarrasser ; M. Berthier y est parvenu par une application très ingénieuse, d’une observation de Grenn : le Sulfate de soude et le chlorure de calcium se décomposent mutuellement, et donnent du sel marin et du sulfate de chaux. Grenn a montré, en outre, que la chaux décompose le chlorure de magnésium, et qu’il en résulte du chlorure de calcium et de la magnésie.
- Dans presque toutes les sources salées, il existe du sulfate de soude et du chlorure de magnésium; mais en général moins de ce dernier qu’il n’en faudrait. Si l’on ajoute donc dans l’eau salée assez de chaux pour décomposer le chlorure de magnésium, il restera un mélange de sulfate de soude, de sel marin et de sulfate de chaux. Après le schlotage, on pourra donc évaporer â sec, sans qu’il reste d’eau-mère.
- Quand on a des eaux-mères à sa disposition, on peut s’en
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- servir pour ajouter à l’eau le chlorure de magnésium nécessaire à l'entière décomposition du sulfate de soude , et alors, après le dépôt du sulfate de chaux, une évaporation brusque donnera du sel marin d'une pureté parfaite. Ces observations de M. Berthier doivent offrir à l’application en grand une foule d’avantages, qu’il est facile de prévoir, surtout en ce qui concerne l’économie du combustible , puisqu’elles permettent de rendre l’évaporation très rapide.
- Pendant l’évaporation du sel, il s’attache au fond des poêles un peu de schlot, que l’on est obligé d’enlever à coup de marteau au bout de douze ou quinze cuites. On conçoit que sa formation est très fâcheuse, en ce que les chaudières conduisent moins bien la chaleur, et qu’on les détériore pour le détacher. Ce dépôt est connu sous le nom d’ècailles.
- A Moutiers, pour remplacer en été l’évaporation par le feu, on se sert d’un bâtiment de graduation à cordes, au moyen duquel il est facile d’obtenir du sel cristallisé. Ce bâtiment a go mètres de longueur, dont 70 sont garnis de cordes ; au sommet du bâtiment sont placés des canaux de i3 centimètres de large, espacés entre eux de i3 centimètres. Des cordes sans fin passent dans des trous percés dans ces canaux , et sont fixés à des solives au bas du bâtiment ; elles ont 7 à 8 millimètres de diamètre. Il y a vingt-quatre fermes, dans l’intervalle desquelles se trouvent douze canaux , et ceux-ci portent vingt-trois cordes chacun, ce qui fait quarante-six longueurs de corde par chaque canal. Comme cette corde a 8 mètres | de longueur, on peut voir qu’il a fallu plus de 100,000 mètres de corde pour construire le bâtiment.
- L’eau est élevée par une Noria dont les seaux la versent dans un canal qui règne dans toute la longueur du bâtiment ; celui-ci la distribue dans des canaux qui se trouvent entre «chaque ferme, et de là elle passe dans les canaux qui supportent les cordes. Ces derniers sont munis d’échancrures, par lesquelles l’eau coule sur les cordes. L’évaporation est bien-plus rapide que dans les bâtirnens à épines.
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- En été, on amène l’eau saturée bouillante sur ces cordes ; on l’y fait passer plusieurs fois, et le sel marin s'y dépose. Quand l’eau devient visqueuse et épaisse, on la conduit -au réservoir des eaux-mères. Le sel cristallise sur ces cordes, qui se recouvrent ainsi d’une couche de plus en plus épaisse. Lorsqu’elles ont acquis près de 6 centimètres de diamètre, on les décharge en brisant le sel ; celui-ci tombe sur le sol du bâtiment, où on le ramasse.
- Le salinage d’une cuite, qui durerait cinq à six jours dans les chaudières, se fait en dix-sept heures sur ce bâtiment. Le sel est plus pur ; mais les eaux-mères sont plus abondantes.
- Dans le bâtiment à cordes, on obtient deux espèces de sel : le premier se forme dans les bassins quand l’eau y séjourne quelque temps, avant d’être élevée sur le bâtiment ; il est en gros cristaux très blancs. Le second et le plus abondant, se produit sur les cordes mêmes. Ces sels sont d’une pureté remarquable, d’après les analyses de M. Berthier.
- Sf i des bassins. Sel des cordes.
- Sulfate de magnésie o,4o .... 00 0
- Idem de soude 0,75 .... .. 2,00
- Chlorure de magnésium. . 0,18 .... .. 0,25
- Sel marin . 98,67 .... •• 97>*7
- * 100,00 100,00.
- Qn livre rarement au commerce du sel marin aussi pur que celui-là. Mais comme ce procédé n’a été adopté qu’à Mou-tiers , c’est surtout le salinage en chaudières que nous devons exposer ici.
- D’après des analyses très nombreuses et faites sur des échantillons pris à toutes les époques importantes de l’opération du salinage en chaudières, M. Berthier en résume la théorie de, la manière suivante.
- Il faut schloter à grand feu pour déterminer la formation du schlot, et par suite la séparation d’une grande quantité
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- de sulfate de soude. Après le schlotage, il est utile de saliner à petit feu, pour éviter que le sulfate de magnésie et le chlorure de magnésium ne cristallisent avec le sel marin. Au commencement du salinage , il se dépose peu de sulfate de soude, la quantité en augmente lentement, et tout ce sel est déposé avant la fin de l’évaporation : le dernier sel obtenu ne contient que du sulfate de magnésie.
- Les analyses suivantes feront voir que ces préceptes ne sont qu’une déduction immédiate des faits.
- Analyse des produits de la saline de Moutiers, par M. Berthier.
- PRODUITS avant la graduation. DÉPÔT pris à la source. DÉPÔT pris près des bâtimens. EAU A 1°,6, prise au pied du premier bâtiment.
- Peroxide de fer 85,o 0, O 0,000
- Carbonate de cbaux.,.,. 5,o 93, O o,o5o
- Débris organiques 4,o 3, 0 0,000
- Sulfate de chaux........ y> » » » 0,270
- Idem de magnésie » » 33 3) o,o56
- Idem de sonde » » 3) » 0, i3o
- Sel marin » » 3) » 1,060
- Chlorure de magnésium. 0,0 3) 33 o,o3a
- Eau 6,0 0, O 98,403
- Totaux 100,0 100 0 100,000
- PRODUITS Premier Dépôt Dernier Eau des
- de dépôt des moyen des dépôt des baissoirs
- la graduation. e'pines. e'pines. épines. à 18, i5.
- Carbonate de chaux 6,6o 0,00 0,00 0,00
- Sel marin. o,o5 0,2i o.s5 16,00
- Sulfate de chaux 93,35 99, ^ 99,7 5 o,3o
- Idem de magnésie 33 3) 3) » 33 » o,So
- Idem de soude 3) 33 33 3) » » 2,65
- Chlorure de magnésium. 3) 3) 33 33 3) 3 0,46
- Eau n 3) 33 >3 » » 79,79
- Totaux 100,00 ÎOOjOO 100,00 100,00
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- SALIIÏE.
- PRODUITS de schlotage. Premier schlou ; Schïot moyen. Dernier schïot. Eau saturée à 25°.
- Sulfate de chaux Idem de soude Sel marin Sulfate de magnésie..... Chlorure de magnésium. Eau Totaux. .... 28,0 ?4’5 47/5 » » » i) » » 41,10 5a, 60 6,n5 jj » h » y> » 10,10 25,68 64,22 » » >j » » » 0,00 2,81 a5,5o i,43 c1’0? 69,>4
- 100,00 100,00 100,00 100,00
- PRODUITS DU SÀtIRAGE des chaudières. Premier sel. Sel moyen* Dernier sel. Eaux- mères. Écailles.
- Sulfate de chaux. ...... Idem de soude Sel marin Sulfate de magnésie Chlorure de magnésium. Eau. . ' Totaux..... i,56 3,8o )> )) i) i) P » 0,00 5,55 93>5§ 0,20 0,6l » » 0,00 0,00 85,5o î2,5o 2,00 » » 0,00 0,00 20, So 9,5o 4,85 64,85 10.65 18.66 5:,34 3,oo 0,70 9,60
- 100,00 100,00 100,00 100,00 100,00
- PRODUITS DU TRAITEMENT des eaux-mères du salinage. Premier dépôt. Second dépôt. Dernier dépôt. Eaux- mères définitives.
- Sulfate de magnésie Sulfate de soude Chlorure de magnésie... Sel marin Enn ”,74 46,36 0,60 41,3o 0,25 56,5o 0,20 43,00 0,00 90,00 0,00 5,oo 4,20 6,00 5,40 19,00 64,5o
- j Totaux
- 100,00 100,00 100,00 100,00
- Il nous reste à indiquer les rapports de ces diverses substances dans le travail en grand. Ce rapport varie d’une source à l’autre, sans doute, mais moins peut-être qu’on ne pourrait le penser. Voici les résultats d’une cuite faite par M. Ber-thier, à Moutiers, sur 469 quintaux métriques d’eau à 20°, contenant io5 quintaux métriques de substances salines. On a
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- employé dans cette cuite 5o stères de bois de sapin ou de mélèze refendu, savoir : 25 pour schloter, et 25 pour saliner.
- Quintaux métriques.
- ... 3, 4
- ... 79, o
- 2, 1 ... 5, t
- ... i5, 4
- io5,oo
- La perte est trop forte ; on l’évalue à \ ou 5 dans le travail courant. Il est évident qu’on n’a pu recueillir toutes les eaux-mères , puisque, d’après le résultat moyen d’une année , celles-ci fournissent en sulfate de soude le dixième du poids du sel marin obtenu. Il faudrait donc compter 16 à 20 d’eau-mère, qui fourniraient 8 de sulfate de soude.
- A Moutiers , on consommait donc alors 1 stère de bois pour évaporer 7,5 quintaux métriques d’eau à 20° de Baume' : cette quantité de combustible est vraiment énorme, puisque chaque kilogramme de bois forme à peine 2,5 de vapeur. Les chaudières construites par Cloiss, à Rosenheim, en Bavière, sont bien plus avantageuses ,• elles évaporent environ 3,5 kilogrammes d’eau pour 1 kilogramme de bois. ( V. la PL 70.) La fig. 3 représente six chaudières, dont une, le poêlon, chauffée par les fumées des cinq autres, reçoit l’eau salée ; celle-ci dépose et se rend dans la poêle de graduation par la pente naturelle ; concentrée là au point de schlotage, on la fait couler dans la poêle de préparation. On schlote jusqu’au, degré de saliner ; l’eau coule dans la poêle de cristallisation, le salinage s’y opère sans ébullition ; on recueille le sel sur une trémie dont le plan incliné laisse égoutter l’eau dans la poêle. Lïg. 4> disposition des plaques de tôle soutenues par des piliers de fonte ; fig. 5, coupe suivant la ligne AB ; fig. 6, coupe suivant la ligne CD, donnant une idée générale de l’appareil ; fig- 7, cône creux en cuivre lesté, servant d’aréomètre.
- Schlot....
- Sel........
- Écailles.. Eau-mère, Perle_____
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- On ne doit pas perdre de vue ce que nous avons dit de l’emploi de la chaux pour purifier l’eau salée. Il est évident qu’en se servant de ce moyen, on simplifie de beaucoup la marche du travail; on se débarrasse de divers produits accidentels ; enfin, on obtient, en moins de temps, et avec une grande économie de combustible, une plus grande quantité de sel marin,' puisqu’on recueille tout celui que l’eau renferme , et même un peu plus.
- Ces données sont applicables non-seulement aux sources salées, mais encore à toutes les exploitations de sel marin. Ainsi, quand on dissout le sel gemme pour le faire cristalliser, on se retrouve dans les mêmes condition», et lorsqu’on exploite l’eau de la mer, elles se reproduisent encore. Aussi, au moyen des détails dans lesquels nous venons d’entrer, pourrons-nous abréger l’examen des autres procédés.
- Le sel marin brut est employé dans l’économie domestique, dans certains Arts, et pour différentes fabrications, entre autres, pour la préparation de la soude , du sulfate de soude, du chlorure de chaux, et de différens autres produits chimiques. Ce sel se raffine de la même manière ci-dessus indiquée relativement au sel gemme.
- Le sel raffiné que l’on vend le plus communément, destiné à l’usage de la table, doit être en cristaux fins, légers. Il faut, pour l’obtenir, que l’évaporation ait lieu rapidement. Lorsqu’on veut, au contraire, se procurer le sel en très gros cristaux , et cela est nécessaire pour fournir à la consommation particulière de celte sorte de sel, il faut que la cristallisation se fasse lentement, et, à cet effet, que l’ébullition soit faible; la masse du liquide n’étant pas alors fortement agitée, les cristaux qui se produisent à sa surface augmentent de volume peu à peu , le léger mouvement du liquide n’empêchant pas les rudimens de cristaux de venir s’y agglomérer.
- Nous n’insisterons pas sur les emplois ordinaires du sel, que chacun connaît ; mais nous ajouterons que si l’exemption en faveur des fabricans de soude , du droit imposé sur la consommation du sel, n’entraînait pour ces manufacturiers
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- d’autres charges trop lourdes ( 1), nos négocians exporteraient une grande quantité de soude, ce qui accroîtrait la valeur de notre production territoriale.
- Nous devons signaler encore plusieurs autres applications d’une grande importance, que le bon marché seul pourrait permettre.
- Dans l’extraction du sel des mines, le sel ne coûte que 25 à 5o centimes les 100 kilogrammes, et dans les marais salans, 60 centimes à 2 fr. 5o. A ce dernier prix, et même au double, il pourrait être d’une grande utilité dans la culture des terres, et pour élever des bestiaux. En effet, le sel marin répandu en faible quantité sur les terrains cultivés, excite fort avantageusement la force végétative des plantes, et détermine ainsi leur accroissement plus prompt sous l’influence des engrais.
- On sait aussi que les plantes trop aqueuses dont se nourrissent les bœufs, les moutons, les chèvres, dérangent l’estomac de ces animaux, qu’elles ont une action nuisible sur leurs intestins. On pourrait remédier à ces inconvéniens, en donnant une petite quantité de sel aux bestiaux , en même temps que des herbes aqueuses, ou seulement si on laissait à leur disposition une pierre de sel gemme, qu’ils iraient lécher tour à tour. Une petite proportion de sel peut encore être fort utile à la conservation et à la facile digestion des feuilles d’arbre«que l’on domie aux chèvres, des marcs de pommes de terre, de betteraves, etc., donnés aux bœufs, moutons, etc. On a d’ailleurs remarqué que les bestiaux, les moutons surtout, engraissent'beaucoup plus lorsqu’on leur donne un peu de sel. On sait, enfin, que la viande en est de meilleure qualité : tout le monde connaît la réputation des moutons dits de prés salés.
- Malheureusement pour les fermiers intéressés à ces appli-
- (i; Le mélangé du sel avec 17 centièmes et demi de son poids de sulfate de soude, le goudron, le charbon, ajoute's comme garanties du fisc, augmentent en pure perte ponr le fabricant et pour la nation, le prix revenait t de la soude, de a5 à 35 pour 100.
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- cations, un impôt très lourd pèse sur le sel marin ; il équivaut de douze à cent vingt fois le prix revenant du sel : ce droit n’ayant pu encore être remplacé, paralyse les divers emplois que nous venons de signaler, et cause ainsi une perte re'elle de richesse territoriale. Quant à la fraude qu’il détermine , elle ne causerait qu’un petit mal, si seulement elle enrichissait ceux qui la font ; mais malheureusement des acci-dens assez nombreux sont récemment arrivés par suite des mélanges du sel marin avec d’autres substances.
- L’impôt du sel a produit, en cela, l’effet habituel des taxes trop fortes, celui d’exciter la fraude.
- Le sel marin , qui devrait être à beaucoup meilleur marché que tous les autres sels, est au contraire l’un des plus chers : c’est aussi lui qui est l’objet des fraudes les plus nombreuses, puisque l’on trouve un grand profit à augmenter son poids par l’addition de plusieurs autres sels. Ainsi , on le mélange, i°. avec le sulfate de soude cristallisé, qui ne coûte environ que les deux tiers du prix du sel raffiné ; 2°. avec les sels qu’on obtient en raffinant les soudes de varec. Jusqu’ici, il n’y a rien d’insalubre dans ces mélanges : le premier pourrait à peine être très légèrement laxatif ; l’un et l’autre changent plus ou moins la saveur du sel ; mais d’autres mélanges ont présenté des dangers réels.
- Le sulfate de chaux (plâtre cru ), que l’on pulvérise exprès pour être mélangé au sel marin, ne produit pas non plus d’inconvéniens très graves, bien qu’il soit déjà une cause d’insalubrité pour quelques personnes ; car on sait que les eaux séléniteuses ont généralement une action défavorable sur les alïmens et l’estomac ; mais le sulfate de chaux en poudre servant aussi pour être mêlé à l’oxide d’arsenic, diminuer son prix, et permettre de donner cette marchandise à meilleur marché, il paraît que du sulfate de chaux, préparé dans le même mortier où l’on avait pulvérisé l’arsenic, a été vendu pour être mélangé avec du sel marin i celui-ci, livré à la consommation , a donné lieu à plusieurs accidens assez graves, qui ont éveillé l’attention de l’administration. Au reste, quelle
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- qu’en soit la cause, des expériences irrécusables ont décelé , l’année dernière, à Paris, dans le sel marin, la présence de l’arsenic. ( V. Réactifs. ) D’autres accidens ont été attribués à la présence de l’oxide de cuivre, et par suite l’administration a décidé que les chaudières en cuivre seraient dorénavant supprimées pour le raffinage du sel. Il ne parait pas que l’effet délétère observé vînt de cette cause ; cependant, on a bien fait de prendre cette mesure, puisque les chaudières en cuivre ne sont pas indispensables, et que depuis long-temps elles ont été remplacées, en Angleterre, par des chaudières en tôle de fer.
- Dans l’examen que l’on a fait à cette occasion de la plupart des sels du commerce, on a trouvé encore, dans quelques échantillons, une certaine proportion d’iode. Les eaux-mères du sel marin recueilli dans les marais salans contiennent en effet un composé d’iode ; et si on livrait ce produit à la consommation, immédiatement après qu’on l’a rassemblé sur le bord des fosses, il s’y trouverait encore une petite proportion de cette matière , dont la présence ne serait pas sans quelques inconvéniens. L’iode n’a pas, à faible dose, des propriétés malfaisantes, puisqu’on s’en sert en Médecine pour faire dissoudre les goitres ; mais cette propriété même peut avoir des résultats fâcheux lorsqu’elle n’est pas utile pour faire disparaître les grosseurs informes dont nous parlons. Il est donc fort important de n’employer le sel parmi nos alimens , que lorsqu’il a subi une purification naturelle. Il suffit, à cet effet, de laisser égoutter spontanément l’eau-mère à travers les tas de sel marin : l’eau pure déposée par l’air humide opérant une sorte de lavage, entraîne, avec quelques centièmes du sel, le composé d’iode et les substances étrangères solubles.
- Ce n’est effectivement qu’après que le sel marin a été ainsi purifié, qu’il est ordinairement expédié dans le commerce.
- Le sulfate de soude, que l’on a aussi mélangé avec le sel marin, peut produire un effet légèrement laxatif. Il est de cette manière pris en trop faible dose pour être sensiblement nuisible.,
- lin des moyens très simples d’éviter les diverses fraudes que
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- nous venons d’énumérer, serait de n’acheter que du sel marin bien cristallisé : on le reconnaît toujours à sa forme, celle de cubes ou de trémies à base carrée. On l’observe dans tous les cristaux, même les plus petits, soit à l’œil nu, soit à l’aide d’une loupe.
- Le sel marin, dans la nomenclature chimique ancienne, était appelé muriate de soude; depuis que l’acide muriatique a été décomposé en chlore et hydrogène, et désigné sous le nom d'acide hjrdrochlorique ; on a nommé le sel marin dissous hjdrochlorate de soude; et enfin, lorsque ce sel est pur et sec, comme il résulte de l’union du chlore avec le sodium, on le nomme actuellement chlorure de sodium. Le sel gemme cristallise ainsi anhydre dans la nature ; celui même qu’on obtient par les moyens exposés ci-dessus ne contient d’eau que celle interposée dans les cristaux.
- Le chlorure de sodium pur est formé de
- 1 atome de sodium = 290,92 ou o, 3g,65
- 2 atomes de chlore = 442>^4 oa o, 60,35
- 100.
- Un caractère qui distingue ce composé de la plupart des* sels solubles, consiste dans une solubilité à l’eau froide, presque égale à sa solubilité dans l’eau chaude.
- V. dans les articles Sel, Acide htdrochlorique , Chlorure {Deuto-)r>z mercure, Soude, Sulfate de soude, Savons, Salaison , les propriétés et les principaux usages du sel marin. P.
- SALLE DE SPECTACLE. Une description complète et détaillée des diverses parties d’une salle de spectacle, occuperait un espace trop étendu pour entrer dans le cadre de notre ouvrage ; renvoyant aux traités spéciaux, nous ne nous attacherons ici qu’à présenter les moyens à la hauteur des applications modernes, de réunir les conditions de salubrité et de sécurité dans ces vastes enceintes, et les garanties contre une destruction de ces grands édifices par les incendies , que diverses causes y font quelquefois éclater.
- Au mot Salubrité, on trouve décrite une application du
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- chlorure de chaux ; qui pourrait s’e'tendre à l’assainissement de l’air dans les salles de spectacle , qui, faute de disposition première convenable; ne peuvent pas être ventile'es.
- Dans l’article. Assainissement 5 nous avons indiqué les causes qui font vicier l’air des salles de spectacle ; et plusieurs exemples de l’utilité de la ventilation, pour entretenir la salubrité de l’air atmosphérique en divers lieux. Tout ce système j applicable dans une foule de circonstances, reposé sur la dilatation, et par suite le mouvement ascensionnel de l’air par la chaleur, dans un conduit ou cheminée, portant au dehors l’air vicié et les gaz insalubres: On se rappelle que, pour établir ainsi le courant dans les endroits clos, il faut que des ouvertures proportionnées au passage qu’offre là cheminée d’appel, soient pratiquées dans les murs des chambres. Les vasistas et les ventouses, froides ou chaudes, produisent ce dernier effet.
- Dans les salles de spectacle où l’affluénce se porte ; l’air est promptement vicié par les émanations animales, l’acide carbonique formé dans la respiration , et quelquefois la trop forte élévation de la température : il faut donc le renouveler. Ici, la cheminée d’appel se trouve tout naturellement dans le conduit qui surmonte le lustre du centre ; on peut en profiter, comme l’a conseillé M. D’Arcet, pour introduire régulièrement , dans toutes les parties de la salle, l’air extérieur. A cet effet, on ménage sous le plancher des loges un espace libre ; compris entre un double fond et communiquant d’un côté avec l’air des corridors ou couloirs, de l’autre avec l’intérieur de la salle.
- On calcule le volume des nappes d’air passant sous chaque rang de loges ; de manière à ce qu’il soit égal au passage dans la cheminée du lustre : en d’autres termes, il faut que la section de la cheminée soit égale à la somme des sections du passage sous les loges. On se procure ainsi un fort tirage, et celui-ci peut être ralenti à volonté, à l’aide d’une trappe ou registre, que l’on ferme plus ou moins.
- Si l’on se contentait de laisser les couloirs en communi-Tome XIX. 4
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- cation libre à tous les étages avec l’air du dehors, par des portes ou fenêtres, on conçoit que l’air extérieur, souvent trop froid en hiver, abaisserait trop la température intérieure, tandis qu’en été il porterait presque toujours trop de chaleur. On remédiera aux deux inconvéniens, en tenant à volonté tous les couloirs clos, et ne leur laissant de communication avec l’air extérieur que par une salle basse ou cave , dans laquelle cet air se rafraîchit naturellement en été, tandis qu’en hiver on peut l’échauffer à son passage, au moyen d’un Calorifère ou poêle.
- Lafig. 5, PI. 68 des Arts chimiques, dépouillée de tout détail de construction, fera mieux comprendre ces dispositions. Les lettres«, b, c, d, indiquent l’enceinte delà salle de spectacle; la toile e étaflt baissée, les couloirs f,g,h communiquent entre eux par les escaliers ouverts qui y conduisent, à droite et à gauche, et le plus bas f est en communication libre avec l’air intérieur d’une cave M, à l’aide de divers orifices distribués tout autour de ce premier corridor ; des orifices aussi nombreux n, n, à la partie supérieure de chaque couloir, mettent en communication l’air de ceux-ci avec l’intérieur de la salle ; enfin, une ouverture O, située au-dessus du lustre, est surmontée d’une cheminée qui peut être en cuivre mince, et dont l’ouverture doit présenter un passage égal à la somme des ouvertures n, n entre les couloirs et la salle, et encore égale à la somme des passages entre la cave M et le premier couloir f ; un registre à trappe P permet de diminuer ou de supprimer totalement le passage dans la cheminée m.
- Les choses ainsi disposées , si l’on suppose le lustre allumé , on concevra que l’air échauffé au-dessus s’élèvera dans la cheminée, et déterminera un tirage proportionné à la section et à la température.
- L’air delà salle se dégageant ainsi, la pression extérieure plus forte tendra à le remplacer, et les portes d’entrée étant closes, l’air atmosphérique ne trouvera d’accès que par les ventouses communiquant dans la cave M ; de celle-ci il passera dans le couloir f, se répandra dans les couloirs g, h,
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- passera entre les deux planchers sous les loges, par les ouvertures nn, n'ri, et s’élevant dans l’intérieur de la salle , suivra plus ou moins les directions indiquées par les lignes ponctuées ri', o, pour se dégager par la cheminée. Ces mou-vemens continueront tant que la chaleur des becs de lumière du lustre fera élever l’âir dans la cheminée o.
- On conçoit que ce renouvellement continuel amènera dans la salle l’air neuf à. une température plus ou moins élevée, suivant que Ton aura plus ou moins échauffé cet air dans son passage par la cave M. Ainsi, en hiver, on échauffera à l’aide d’un calorifère l’air passant en cet endroit, et Ton évitera les courans froids , qui présentent les dangers d’affections spéciales pour les personnes y exposées. En été , il n’y aura pas lieu d’échauffer l’air extérieur ; il conviendra même de l’obtenir d’une région basse, afin qu’il, arrive le moins échauffé possible. Au reste* son mélange avec l’air des corridors modifiera, dans tous les cas, la température de l’air sorti de la cave ou étuve M.
- Une deuxième cheminée d’appel R., située au haut de l’enceinte du théâtre, permet de renouveler l’air sur la scène d’une manière analogue , et c’est à volonté l’air extérieur par des ventouses, ou la salle de spectacle , qui .fournit l’air à ce renouvellement. Le premier cas se présente surtout lorsque la toile ést baissée * et le deuxième, plus particulièrement lorsque des feux opérés sur la scène développent, une fumée que Ton fait repousser de la salle par l’impulsion de Tair.de Celle-ci, se précipitant vers la cheminée d’appel R du théâtre. On conçoit que, dans ce dernier cas, la trappe de la cheminée d’appel de la salle doit être close, ainsi que les ventouses du théâtre. Lorsque la toile est levée, dans les circonstances ordinaires, il convient que la trappe de la cheminée d’appel du théâtre soit fermée, afin que l’air extérieur entrant par les ventouses ou carneaux de la cave Q, sous la scène, pour se diriger vers la cheminée O, passe dans la salle et y porte la voix des acteurs.
- Après avoir dit tout ce qui nous semblait convenable pour
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- Si SALLE DE SPECTACLE,
- compléter les articles Assainissement et Salubrité , en ce qui concerne les salles de spectacle, nous nous occuperons des moyens employés récemment pour éviter les principaux dangers d’incendie, et la plus grande partie des pertes que ces évënemens oceasionent ordinairement.
- Au premier rang, parmi ees moyens, on doit placer surtout la construction en fer de la charpente. Nous décrivons ici celle de la salle dite Cirque-Olympique, qui fut reconstruite il y a quelques années à Paris, immédiatement après avoir été incendiée. Dans cette application , une difficulté de plus résultait de la nécessité de placer une écurie assez grande. Nous terminerons cet article par la description du rideau en toile métallique, destiné à prévenir la communication de l’incendie du théâtre avec la salle.
- La fig. i de la double figure que représente la PL 70, montre la moitié de la façade à droite de l’édifice, lorsqu’on est placé en face, et la fig. 2 en fait voir, par une coupe, la moitié de l’intérieur, à peu près vers le milieu de la longueur du théâtre, afin qu’on distingue principalement la charpente en bois et en fer, qui constitue ce qu’il y a de particulier dans cette construction.
- La façade , d’une riche simplicité , se compose de trois parties bien distinctes. La partie du milieu paraît seule destinée au théâtre ; elle forme avant-corps sur les deux autres bâ-timens d’habitations particulières. Elle est percée, au rez-de-chaussée, de cinq baies de portes, dont deux ferment les couloirs couverts ; les trois autres donnent entrée dans un vestibule, très commode en raison des nombreuses issues qu’il offre au public, lors de sa sortie après le spectacle.
- Le premier étage , où se trouve le foyer, est décoré de pilastres et de colonnes ioniques ; il a trois grandes croisées avec impostes et archivoltes. De chaque côté sont des niches, dont l’une renferme la statue d’Hercule, et l’autre celle de Mars.
- Le second étage, en tout semblable au premier, est décore' seulement d’un ordre corinthien avec colonnes et pilastres, et surmonté d’un entablement du même ordre , qui règne dans
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- toute la façade et en retour de chaque bâtiment ; au-dessus est la cratère qui couronne cette partie d’entablement, et dans le milieu on a placé l’inscription : Cirque-Oljmpique. Au-dessus, de chaque côté, sont des copies , en terre cuite , des chevaux de Marly, exécutés par M. Gossin.. En retraite, derrière la terrasse , on voit la pointe du pignon du grand comble de la salle , dont la partie d’avant-eorps est décorée de trois croisées avec archivoltes, et dans la frise au-dessus, on lit le mot Franconi.
- On voit, à droite et à gauche de l’édifice , de larges passages par lesquels on communique du boulevart dans la rue opposée et parallèle. Ces passages sont, à volonté, fermés par les deux bouts, à l’aide de grilles en fer, au-dessus desquelles des lanternes, formées d’un globe de cristal, ornent beaucoup et éclairent cette partie pendant la nuit. Le passage à gauche présente le même aspect que montre celui de droite que la gravure indique seul.
- La fig. 2 représente , comme nous l’avons dit, une coupe de la moitié de la partie du bâtiment occupée par le théâtre, à l’endroit où se trouve une des fermes de la charpente qui supporte la toiture.
- Le rapprochement des fig. i et 2 montre d’une manière sensible la différence de niveau du sol du bouvelart avec celui de la rue des Fossés-du-Temple ; ce qui a permis de placer le theatre presque au niveau du sol du boulevart.
- Chaque ferme de la charpente en fer du théâtre se compose d’un premier cintre AA ( fig. 2 ), et d’un second cintre en ogive B, B. Ces deux cintres sont unis par des moises C, C, C, etc., et par des clefs pendantes D, D, D, etc. Cespremières clefs soutiennent horizontalement un entrait E, E, qui forme la corde de l’arc décrit par le premier cintre.
- D’autres clefs pendantes verticales L, L, fixées au premier en-traitE, E, soutiennent horizontalement un second entraitF, F; qui forme la corde de l’arc du second cintre à ogive B, B.
- Chaque cintre porte séparément, par les deux bouts, sur les armatures G, G.
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- Un plancher entier, qui règne au-dessus de tout le théâtre, repose sur les en traits E,E, est destine'au service des machines placées dans la partie supérieure de l’édifice.
- Des petits planchers latéraux H, H, qui régnent tout le long du théâtre contre les murs, sont supportés par les poteaux verticaux I, I, et des clefs pendantes M, M, en bois, fixées au premier entrait E, E. On voit en N des poids qui servent à faire mouvoir des machines. Des escaliers en bois pratiqués contre les murs du fond du théâtre, et qu’on ne peut pas voir dans la figure, servent de communication à tous ces planchers.
- Les loges des acteurs, placées sur le fond du théâtre , en sont séparées par des murs solides , et toutes les ouvertures qui communiquent au théâtre se ferment à volonté par des portes en fer, dont les unes pivotent sur des gonds, et les autres montent et descendent à coulisses, comme des herses dans les villes de guerre. C’est d’après ce dernier système que sont fermées les ouvertures par lesquelles on communique du théâtre dans les écuries, dont nous allons parler.
- Ces écuries sont placées en O et en P. La première est au niveau du théâtre, et la seconde est presque au niveau des frises. Les chevaux entrent par la rue des Fossés-du-Temple, et montent par une pente douce en Q, dans la première écurie ; ils en descendent par la même pente douce, pour arriver au Cirque, qui se trouve au niveau de R, R. De cette première écurie, ils peuvent monter à la seconde par une pente douce pratiquée dans le corridor S. Les écuries ont 65 pieds de long sur 21 pieds de large. U, passage vaste pour le service des pompes et des voitures en cas d’incendie. V, passage pour les piétons. Ces deux passages sont publics.
- La toiture qui couvre ces écuries est supportée par une charpente en fer forgé ; de même que la charpente du théâtre que nous avons décrite, elle se compose de ferrures en arc de cercle , de parties droites tangentes à la partie supérieure de l’arc, afin de donner l’écoulement aux eaux pluviales ; d’entraits qui représentent la corde de l’arc, et de moises qui
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- lient le tout ensemble. L’inspection de la figure en T suffit pour en donner l’intelligence.
- Le théâtre est séparé de la salle par un gros mur en pierres de taille, dans lequel est l’ouverture nécessaire pour voir la scène. Cette ouverture , de 3o pieds de haut sur 36 de large, peut être fermée par un rideau d’incendie, qui remplace celui d’avant-scène, et intercepte la communication de la salle au théâtre. Ce rideau se compose d’un cadre ou bordure en plaques de tôle très forte, d’un pied de large. L’intérieur de ce cadre présentant une ouverture de 3o pieds sur 36, est divisé en cent carrés d’un mètre environ de côté, par neuf tringles rondes en fer, de 27 millimètres (1 pouce) de diamètre , placées à distances égales horizontalement, et autant placées de même verticalement, soudées ou rivées au point où elles se croisent. Ces cent carrés sont recouverts d’un treillage en fil de fer d’environ 2 millimètres (1 ligne) de diamètre, formant des petits carrés d’environ 4i millimètres (18 lignes) de côté. La fig. 3 montre une partie de ce rideau sur la même échelle que les deux autres figures.
- Le rideau, très solide, est soutenu par des cordages d’un pouce de diamètre, faits en fil de cuivre d’une demi-ligne de diamètre. Ces cordages roulent sur des tambours en bois, et supportent des poids N , qui tiennent le rideau métallique en équilibre, afin de faciliter sa manœuvre.
- Le théâtre étant constamment regardé comme le point le plus dangereux de l’édifice, et celui par lequel commence presque toujours l’incendie, n’a pas manqué, comme on doit s’en être aperçu, d’attirer toute la sollicitude de l’architecte, M. Bourla, auquel on doit cette construction. Il a cherché à circonscrire le feu comme dans un fourneau, par le moyen des portes en fer qu’il a pratiquées à toutes les issues. Aucune pièce de bois n’est scellée dans les murs ; elles sont assujetties de manière que si l’incendie venait à se manifester, les poteaux intérieurs ne tarderaient pas à se brûler, et les poutres qui soutiennent les planchers auraient perdu leur appui de ce côté ; elles se précipiteraient au milieu du foyer, sans
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- endommager en rien les murs contre lesquels elles portent.
- Le travail a été conçu et dirigé de manière que le publie n’aurait absolument rien à craindre ; il pourrait même, pen- ' dant les évènemens de cette nature, et sans bouger de sa place , voir le spectacle d’un ve'ritable incendie, si le premier-malheur venait à se renouveler : il serait même sans crainte pour la vie des pompiers.
- Les issues sont tellement nombreuses dans cet édifice, que la salle peut se vider en quelques minutes, sans qu’on se presse, ce qui serait toujours très défavorable dans des catastrophes aussi effrayantes.
- Supposons que le feu prenne aux décorations d’une salle de spectacle convenablement disposée, dans laquelle un gros mur séparerait la salle du théâtre, et où l’on pourrait, à volonté, fermer l’ouverture de la scène au moyen d’un rideau de toile métallique. Yoici ce qu’il y aurait à faire pour diminuer autant que possible la perte causée par l’incendie : on ferait d’abord usage des premiers secours, tels qu’on doit toujours les avoir sous sa main ; on enverrait chercher tout de suite les pompiers ; on les préviendrait d’avertir s’ils en venaient à désespérer d’éteindre l’incendie à sa naissance, et de sauver le théâtre. Si cet avis était donné, on devrait sur-le-champ changer de système, fermer la cheminée d’appel qui se trouve au-dessus du lustre , abaissier le rideau de toile métallique, ouvrir toutes les portes du vestibule, des corridors et des loges inférieures de la salle ; il faudrait ouvrir les volets ou trappes de la cheminée d’appel du théâtre, et casser à coups de pierres, ou autrement, tous les carreaux des croisées du comble du théâtre et des étages les plus élevés du fond du bâtiment. On établirait ainsi un grand courant d’air, qui, en entrant dans le vestibule, passant par la salle, traversant le rideau de toile métallique, repousserait la flamme et la fumée vers le fond du théâtre, et au dehors par la cheminée d’appel du théâtre et par les fenêtres de son comble et de ses étages supérieurs. Cela fait, il faudrait accélérer, par tous les moyens possibles, la chute
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- des charpentes enflammées dans les dessous du théâtre , afin d’éviter le calcination des gros murs. Les pompiers, placés au parterre, arroseraient les fils de la toile métallique, et en écarteraient les flammes , en y lançant assez d’eau. Quelques-uns d’eux, armés de longues perches, seraient en mesure de repousser sur le théâtre les décorations ou les charpentes enflammées, qui, en tombant, viendraient à s’appuyer sur les mailles du rideau; c^utres surveilleraient l’intérieur delà salle pour y éteindre les flammèches, s’il en pas-? sait par hasard quelques-unes à travers la toile métallique. L’incendie, concentré dans les dessous du théâtre, s’éteindrait ensuite facilement par les moyens ordinaires.
- On conçoit qu’en manœuvrant ainsi, on parviendrait aisément à garantir la salle, et qu’il en serait de même du théâtre, si c’était la salle qui eût pris feu, et si l’on avait employé les mêmes moyens, mais en sens contraire. On voit que dans ce système, on considère la salle de spectacle, aussitôt que les pompiers désespèrent de sauver le mobilier de la partie incendiée, comme une espèce de fourneau, dans le foyer duquel il faut concentrer le feu, et agir de manière à éloigner le plus vite possible les matières enflammées du courant d’air et des parois du foyer ; on arrivera sans doute à çe but, en se conduisant comme il a été dit plus haut, et ce sera surtout chose facile dans les salles de spectacle où les combles sont construits en fer forgé, et voûtés en briques creuses.
- pour complément de cet article, les mots Assainissement, Chlore , Incendies , Salubrité , Théâtre. ) E.
- SALPÊTRE. V. Nitrate de potasse, T. XIV, page 355.
- SALSEPAREILLE. Plante qui appartient au genre smilax des botanistes, et dont la racine est très usitée en Médecine. Nous en devons la connaissance aux Espagnols, qui nous 1 ont apportée les premiers du Pérou , où elle croît en abondance , ainsi qu’au Mexique et au Brésil. Le smilax salsa-panlla se plaît surtout dans les lieux bas et humides, sur le bord des rivières ; mais il paraît qu’on préfère celle qui croît sur le déclin des montagnes ou des collines ; les tiges en sont
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- ligneuses et grimpantes, armées d’aiguillons très courbes; elles portent aussi des vrilles qui sont placées aux aisselles des feuilles, ou plutôt sur les pétioles ; les racines sont composées de tubercules ou souches, d’où partent des fibres charnues plus ou moins grosses , qui s’étendent au loin de tous côtés, et pénètrent profondément dans le sol, ce qui en rend la récolte souvent très pénible.
- Les Portugais nous expédiaient autrefois les salsepareilles du Brésil en petites bottes ou faisceaux , composés de racines bien nettes séparées de leurs souches et symétriquement arrangées. Cette qualité, connue sous le nom de salsepareille de Portugal, se fendait facilement, et offrait un méditullium d’un blanc rosé ; son épiderme était d’un gris-brun : on nous l’expédie maintenant sous le nom de salsepareille d’Honduras , en grosses balles, où les racines sont entassées telles qu’on les récolte, et même sans qu’on ait pris soin de les nettoyer; l’épiderme est sale, presque toujours déchiré, et l’écorce est souvent fongueuse. Ces racines sont non-seulement pourvues de leurs souches, mais on y laisse aussi toutes ces fibres grêles que les botanistes appellent le chevelu des racines, et qui ne jouissent d’aucune propriété. C’est le cas de dire qu’on fait argent de tout. La manière dont se fait ce commerce aujourd’hui est vraiment honteuse, et il n’est point étonnant que ce médicament, jadis si préconisé comme un puissant anti-syphilitique, soit tombé dans un discrédit presque complet. On met si peu de soin à la récolte et à l’expédition de la salsepareille, qu’elle nous arrive le plus ordinairement toute détériorée, et par conséquent inerte.
- Plusieurs auteurs ont écrit sur la salsepareille, et ont pré tendu nous faire connaître les véritables caractères qui distinguaient celle de bonne espèce ; mais le peu d’accord qui existe entre eux laisse dans une grande incertitude. Ainsi, l’un donne la préférence à celle dont l’épiderme est brun ou rougeâtre ; l’autre veut qu’il soit d’un gris cendré. Celui-ci fait résider la partie active dans l’écorçe, celui-là dans le mé
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- ditullium ; enfin, il en est qui affirment que la meilleure salsepareille vient de la Jamaïque et du Brésil, et d’autres, au contraire , que c’est celle qui nous est expédiée d’Honduras et de Vera-Crux. On conçoit qu’il est difficile d’asseoir son jugement dans un pareil conflit, et qu’on doit s’armer d’une égale défiance contre toutes ces opinions.
- Le docteur Hancock, à qui nous devons des documens d’autant plus précieux sur la salsepareille, que ce n’est point sur la foi d’autrui qu’il en parle , mais d’après sa propre expérience, a publié, dans le Journal de la Société Médico-Botanique de Londres (année 1829), un Mémoire où il donne le résultat des observations qu’il a faites pendant son long séjour à Angusture. Cet habile médecin dit que, parmi les six ou huit espèces de salsepareille qui croissent à la Guyane, une seule possède les véritables propriétés qu’on attribue à cette plante, et que celle-là , qui n’a point d’épines axillaires, doit être considérée comme une espèce nouvelle. Celle de Rio-Negro, qui vient d’Angusture ou de Para, est la meilleure, à son avis ; il est toujours facile , selon M. Hancock, de la reconnaître à une âcreté nauséeuse qui lui est particulière , et qu’elle perd avec le temps. Le même observateur pense que c’est dans ce principe âcre et nauséeux que réside toute la propriété médicale , et il affirme qu’après une longue ébullition, l’odeur qui s’élève de la salsepareille est tout-à-fait détruite, et qu’alors elle cesse d’agir sur les malades, tandis qu’elle jouit de toutes ses propriétés quand on fait une simple infusion à chaud et prolongée , avec de la salsepareille fortement contusée et non fendue long—temps à l’avance, comme cela se pratique habituellement.
- On voit que cette opiuion est diamétralement opposée avec celle qui dominait jusqu’alors; car on était persuadé qu’eu égard à la densité du ligneux de la salsepareille, on ne pouvait réussir à en extraire toutes les parties actives qu’en la soumettant à une ébullition long-temps soutenue. Dans le doute, on pourrait réunir ces deux méthodes, c’est-à-dire faire d’abord une infusion prolongée, puis une décoction, et nié-
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- langer les deux liquides. Le docteur Hancock attribue la détérioration de la salsepareille, ou à la perte du principe actif volatil, ou, ce que je croirais plus volontiers, à l’action de l’air et de la chaleur, qui, par une influence long-temps continuée , peuvent changer les affinités et former un corps insoluble , dont la matière active ferait partie, A en juger par la salsepareille que nous avons, on serait tenté de révoquer en doute l’existence de ce principe fugace ; mais s’il est vrai, comme le prétend le docteur Hancock, que la bonne salsepareille soit et très sapide et d'une odeur nauséeuse, il se peut qu’elle contienne quelques parties volatiles : mais en fût-il ainsi, ce ne serait pas une raison pour en conclure que ce sont précisément ces parties volatiles qui sont les seules actives, et qu’une fois disparues, la salsepareille devient inerte. En effet, le docteur Hancock dit lui-même qu’il a traité par de l’esprit de vin de la salsepareille épuisée par deux décoctions dans l’eau, et qu’il a obtenu une teinture qui , mêlée avec l’eau, lui a fourni une liqueur possédant toutes les propriétés âcres de la salsepareille, à un plus haut degré que les décoctions aqueuses ; et comme, d’un autre côté, il fait résider les vertus de la salsepareille dans ce principe âcre, il s’ensuivrait donc qu’il ne serait pas volatil comme le prétend ce médecin.
- Le docteur Hancock parle d’une préparation de salsepareille usitée par les Espagnols de l’Orénoque , et qu’il regarde comme fort supérieure aux nôtres. Ils font infuser cette racine ou dans du vin, ou dans de l’alcool, ou même dans de l’eau ; mais, dans ce dernier cas, ils exposent l’infusion au soleil, et la laissent fermenter jusqu’à ce qu’elle devienne vineuse. Il est probable , en effet, qu’on doit réunir ainsi la majeure partie des principes de la salsepareille, même ceuï qui, par suite de leur exposition à l’air, ont pu subir quelques modifications et devenir insolubles dans l’eau. Il n’est donc point étonnant que le docteur Hancock ait obtenu de très bons effets de ces préparations.
- Je crois que si l’on pouvait employer la salsepareille dans son état de fraîcheur, une simple infusion aqueuse pourrait
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- suffire, parce qu’alors tous les principes sont unis et dans une sorte d’e'tat e'mulsif ; mais quand elle a e'té se'chée et longtemps exposée à l’air, il y a eu dissociation dé ses composans; ils ont acquis de la cohésion, et ils ne peuvent plus se servir, comme dans l’origine, de dissolvant réciproque, et le concours des véhicules alcooliques devient nécessaire. C'est sans doute d’après de semblables données que M. Béral, l’un de nos plus habiles praticiens, a substitué des liquides alcooliques à l’eau, pour les préparations de salsepareille.
- Depuis la découverte des alcaloïdes, on en a recherché dans tous les végétaux actifs, et la salsepareille a été, comme les autres, soumise à plus d’une investigation. Le docteur Ga-lileo Palotta a annoncé, en 1824, avoir retiré de cette racine un principe particulier de nature alcaline, et auquel il a donné le nom de parigline. Le procédé qu’il a suivi consiste à ajouter un léger excès de lait de chaux dans une infusion aqueuse et concentrée de salsepareille, à laisser déposer un temps suffisant, à recueillir le dépôt, puis à le délayer dans de l’eau saturée d’acide carbonique, et à le reprendre, après l’avoir séché et pulvérisé , par de l’alcool à 4®° bouillant; on soutient l’ébullition pendant deux heures, on filtre, on traite le résidu une deuxième fois de la même manière. Les teintures alcooliques réunies sont soumises à la distillation : on continue l’évaporation jusqu’à ce que le résidu commence à se troubler ; alors on verse dans une capsule, et l’on abandonne au repos ; peu à peu il se forme un sédiment blanchâtre , qui est la parigline. Ses caractères, lorsqu’elle est pure, sont d’être blanche, pulvérulente, légère, inaltérable à l’air; saveur amère très austère, peu astringente et nauséeuse; odeur particulière.
- La parigline ainsi obtenue a une légère réaction alcaline ; 1 alcool concentré et bouillant est le seul véhicule dans lequel elle se dissolve en quantité notable ; mais lorsqu’elle est impure, elle est soluble dans l’alcool froid et même dans l’eau.
- Jusqu’à présent, rien n’est venu confirmer ces résultats ; mais si la parigline est, comme le croit le docteur Galileo
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- Palotta, le principe actif de la salsepareille, on voit combien le docteur Hancock se serait trompe', en s’imaginant que ce précipité était fugace et volatil.
- Unautre chimiste, M. Folchi, de Rome, à peu prèsàla même époque, a extrait, par l’évaporation d’une macération aqueuse de salsepareille, de petits cristaux de forme aciculaire , qu’il prétend être un principe particulier, auquel il a donné le nom de smilacine. Est-ce le même que la parigline ? c’est ce qu’on ignore. Onm’aassuré queM. Réalavait retiré, aumoyen de son filtre-presse, une subtance cristalline de la salsepareille ; mais les caractères n’en sont point encore décrits. On doit désirer que quelqu’un fasse un objet sérieux d’étude de cette racine; car tous les efforts tentés n’ont abouti, jusqu’à présent , à aucun résultat bien net. Il serait cependant très important de savoir si la salsepareille contient réellement un principe actif jouissant des utiles propriétés qui lui sont attribuées ; car on conçoit que s’il en était ainsi, on pourrait se rendre indépendant des détériorations qu’elle a pu subir et de toutes les fraudes dont elle est devenue l’objet. R.
- SALUBRITÉ. Depuis la rédaction de l’article Assainissement , les avantages des applications du chlore à la salubrité ont été de nouveau constatés par de grands exemples ; c’est ainsi que dans le curage de canaux fangeux , et notamment! Nantes, on est parvenu à éviter les maladies ordinairement prédominantes parmi les ouvriers, en imprégnant leurs mai» et leurs habits d’une solution de chlorure de chaux, les environnant ainsi d’une atmosphère du gaz préservatif. Le même moyen, essayé contre le danger de l’infection par le contact avec des vêtemens pestiférés, paraît avoir la plus grande efficacité (i) ; enfin, le dégagement continu d’une petite quantité de chlore dans les endroits clos, où des miasmes sont renfermés, a été adopté généralement comme une condition
- (i) Des habits de pestiférés, lave's dans une solution faible de chlorure 4 chaux, puis séchés, ont e'té endossés à mi par les membres de la Commission médicale d’Egypte (MM. Pariset, D’Arcet fils, etc. ), qui n'<®! éprouvé aucune atteinte delà contagion.
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- de salubrité. Nous décrirons ici un appareil (i) que M. Chevallier a proposé depuis peu pour cet emploi du chlorure dé chaux ; il consiste, i°. en un ustensile en verre composé d’un plateau A (fig. 3, PL 69), sur lequel est soudé un guéridon B à plusieurs étages C, D, E; 20. en une cloche de verre qui doit être assez grande pour recouvrir le guéridon , mais qui ne doit pas l’être trop, afin qu’elle puisse entrer dans le plateau A, qui sert de support au guéridon.
- L’appareil étant ainsi disposé, on couvre de chlorure dè chaux pulvérulent les étages, laissant le guéridon à découvert ; le chlore en contact avec l’air, est successivement décomposé par l’acide carbonique contenu dans l’air; de petites quantités de chlore sont mises à nu; il agit alors sur ces miasmes, et il les désorganise en s’emparant de l’hydrogène, une de leurs parties constituantes.
- Si le dégagement du chlore était trop rapide, on pourrait le faire cesser à l’instant même ; il suffit pour cela de verser une petite quantité d’eau dans le plateau A, puis de recouvrir le guéridon avec la cloche , dont la partie inférieure plongeant alors dans l’eau, ne laissera plus accès à l’air dans l’appareil, ni d’issue au chlore gazeux : la décomposition est suspendue, le chlore ne se répand plus dans la chambre.
- L’appareil que nous indiquons peut être d’une dimension plus ou moins grande, suivant l’étendue du local où il doit être placé et l’abondance des émanations à combattre. De grands appareils établis sur le même principe pourraient être employés pour la désinfection des hôpitaux, des salles de spectacle, des ateliers où l’on élève les vers-à-soie ; enfin, de tous les lieux où l’air atmosphérique peut être vicié par les effluves des matières organiques. Les habitations voisines des mares putrides, des fosses où s’opère le rouissage du chanvre , des canaux boueux, dont les exhalaisons se multiplient lors de leur curage, seraient, surtout, utilement assainies par ces moyens.
- (0 II se trouve à la pharmacie, place du Pout Saint-Michel, n° 43.
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- Dans l’article Assainissement , nous avons fait voir que l’excès d’humidité dans l’air atmosphérique rend les lieux bas malsains. Cette cause puissante et ge'nérale d’insalubrité peut être de'truite, dans les rez-de-chaussée des habitations, par le procédé facile ci-après.
- On affermit le sol en le tassant à l’aide d’une batte, ou, s’il manque de solidité, on forme une aire plane avec des pierrailles et du mortier ; on coule sur la surface ainsi aplanie, une couche de Mastic (bitume) épaisse de 4 à 5 lignes. Cette matière, complètement imperméable , intercepte toute communication avec l’humidité inférieure. Si la salle basse assainie de cette manière doit être parquetée, on recouvre le mastic d’une couche de 6 à 8 lignes de plâtre , mêlé avec son volume de cendres de houille • on pose dessus les lambourdes, sur lesquelles les feuilles de parquet doivent être clouées.
- Les salons au rez-de-chaussée parquetés sur bitume n’ont aucun des nombreux inconvéniens que l’humidité oceasione; les bois s’y conservent bien, et l’air y est très salubre.
- On peut également poser sur couche de bitume un carrelage ordinaire ; enfin, si l’on ne tient pas à la présence du parquet ou du carreau , on peut habiter les chambres coulées en Mastic {bitume) ; elles offrent en outre l’avantage d’être faciles à laver.
- Les salles de bains ; les lavoirs, les cuisines basses ainsi disposés, sont très commodes et salubres.
- Lorsque, dans la construction d’un édifice quelconque , on veut prévenir les effets de la porosité des pierres, du plâtre, etc., qui par la force capillaire fait monter dans les murs l’eau du sol humide ,• on étale sur toute la largeur des murs, au-dessus de la fondation, à la hauteur du sol intérieur, une couche de 2 lignes de mastic bitume ; on continue sur cette couche l’élévation des murs. On fait adhérer en les soudant, le mastic qui couvre le sol avec celui qui est engagé dans l’épaisseur du mur, en sorte que tout passage de l’eau du sol est intercepté à l’intérieur.
- La fig. 4, PL 69, fait voir, par la ligne noire a, b, 1*
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- disposition précipitée de la couche de mastic sur le sol, et dans l’épaisseur du mur.
- y., pour le complément de cet article , les mots Assainissement, Chlore, Écarrissage, Chlorure de chaux. P.
- SANDALE, SANDALIER (Technologie). Jusqu’au moment de la suppression des corps religieux, en France, le mot sandale n’était appliqué qu’à une chaussure en bois que portaient certains religieux mendians, tels que les capucins. Le pied passait sous des courroies clouées par leurs deux extrémités sur l’épaisseur de la plaque de bois sur laquelle reposait le pied , qui était retenu par une courroie qu’on serrait plus ou moins à l’aide d’une boucle. Celui qui fabriquait ces sortes de chaussures se nommait sandalier.
- Aujourd’hui ces deux mots ont été conservés pour désigner une chaussure d’appartement faite avec des lisières de drap, ou des tresses en laine ou en coton , qu’on nomme sandales , et le mot sandalier désigne la profession de celui qui les fabrique.
- Cette fabrication ne présente aucune difficulté ; il ne s’agit que de savoir s’y prendre : nous allons la décrire.
- Ou prend une forme de cordonnier, qui aille bien pour le pied pour lequel on veut faire la sandale. On prend des lisières de drap qu’on coupe en bandes de trois à quatre lignes de largeur, et d’une longueur indéterminée, ou mieux des tresses de la même largeur, en laine ou en coton : nous supposerons, pour plus d’intelligence et de facilité dans la description, qu’on se sert de tresses.
- On arrête le bout de la tresse au bout du pied, par un clou qu’on enfonce dans la forme , on descend jusqu’au talon ; là on plante un autre clou qui arrête la tresse bien tendue à ce point, et l’on remonte de même jusqu’à la pointe où l’on plante un autre clou au-dessous du premier. On tend une seconde tresse à côté de la première, de la même manière, et l’on continue ainsi, jusqu’à ce qu’on soit arrivé à la hauteur qu’on veut donner aux quartiers.
- Tome XIX.
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- On marque ensuite avec de la craie l’endroit où doit descendre l’empeigne, afin de laisser l’ouverture pour passer le pied. On continue alors à couvrir l’empeigne avec la tresse, en montant et en descendant, comme on le pratique pour tout ce qui a e'te' fait sur les côte's , et lorsque toute la surface en est couverte , on arrête le bout de la tresse, par une petite couture, et on la fixe, par ce moyen, avec la tresse devant laquelle on arrive, avec la pre'caution de ne pas gêner le passage de la tresse que l’on doit passer lorsque le tout est prépare' , et qui doit croiser celle-ci.
- Le dessus de la sandale, qu’on nomme aussi chausson, étant ainsi préparé, on couvre le dessous de la forme de la même manière que nous venons de l’indiquer pour le dessus, c’est-à- dire en fixant le bout sur la pointe , par un clou , et descendant toujours en tournant et en commençant par les bords , on arrête la tresse au talon par un clou, et l’on continue ainsi. Ce côté est plus facile que l’autre, parce qu’il n’y a pas d’ouverture à conserver.
- On peut considérer tout ce travail que nous venons de décrire , comme la chaîne d’une toile; il n’y manque que la trame pour en former un ouvrage solide.
- Lorsqu’on se sert de lisière au lieu de tresse, il y a une observation à faire. La lisière n’est pas d’une longueur indéfinie , et chaque fois qu’on a fini une longueur, on doit arrêter par une petite couture le commencement du bout de lisière qu’on a prise avec la fin de celle qui précède. Cette couture doit être faite avec soin, afin de masquer autant qu’on le peut cette solution de continuité.
- C’est à l’aide, d’un outil qu’on peut regarder comme une aiguille, qui a un trou assez grand pour recevoir le bout de la lisière ou de la tresse, qu’on passe cette trame. On commence par le bout du pied et en passant alternativement en-dessus et en-dessous des tresses de’:la chaîne ; et en tournant continuellement tout autour de la forme, on parvient facilement à former un chausson solide, qu’on peut porter dans les appartemens sans aucune autre préparation. Cepen-
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- dant, pour le rendre plus chaud et plus solide, on y coud par-desseus une semelle de buffle.
- Pour garantir des chutes lorsqu’on marche sur le verglas, on fait des sandales de la même manière que nous venons d’indiquer, mais sur une forme beaucoup plus grande, afin que le soulier qu’on prend pour modèle puisse entrer assez juste dans ces chaussures. Ces sandales sont aussi semelées en buffle : elles tiennent le pied très chaud, et le buffle empêche de glisser.
- On fait aussi des sandales avec de la peau de mouton pour empeignes et quartiers, double'e de peau blanche pour l’été et de fourrure de peau d’agneau pour l’hiver. La semelle est toujours une semelle d’escarpin. Ces sandales, que beaucoup de personnes désignent sous le nom de mules d’appartement, sont légères et remplissent bien leur but.
- Quelques personnes ont pris des brevets pour des chaussures auxquelles elles ont donné le nom de sandales; mais ce sont plutôt des socques que de véritables sandales. Il paraît que les brevetés n’ont eu d’autre but que de changer le nom, par la crainte d’être poursuivis comme contrefacteurs ; ces personnes n’entendent pas la loi, qui, quoique très défectueuse, doit être observée religieusement jusqu’à ce qu’elle soit rapportée ou remplacée par une autre dont tout le monde reconnaît la nécessité. L.
- SANDARAQÜE. Substance résineuse qui, suivant MM. Brous-sonet et Schousboe, observateurs dignes de confiance, est fournie par le thuya articulata ( Desf., Flore Atlant., T. II, p. 353, tab. 2.52 ), petit arbre de la famille des conifères , qui croît sur les côtes septentrionales d’Afrique. On l’a pendant longtemps attribuée à une espèce de genévrier ( juniperus oxy-cedrus, L. ) ; mais cet arbrisseau ne produit presque point de résine dans nos contrées méridionales, où il n’est pas rare.
- ha sandaraque est en larmes rondes ou allongées , blanchâtres ou d’un jaune citrin pâle, brillantes, transparentes, se brisant sous la dent, brûlant avec une flamme claire, exhalant alors une odeur balsamique et agréable. Cette résine
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- est soluble presque en entier dans l’alcool, moins soluble dans l’huile volatile de te:rébenthine ; d’une saveur ^résineuse et le'gèrement aromatique.
- La sandaraque entre dans la composition des Vernis à l’alcool; réduite en poudre impalpable , elle sert à empêcher le papier de boire, c’est-à-dire de se laisser traverser par l’encre, lorsqu’on a enlevé l’écriture par le grattage. A cet effet, il suffit d’en saupoudrer la partie grattée, de frotter légèrement, et de jeter l’excès de la poudre. C’est peut-être cet effet de la poudre résineuse de sandaraque qui a donné l’idée du collage du papier dans la cuve , par une solution résineuse. ( V. l’article Papier. ) P.
- SANG. On nomme ainsi un liquide animal produit par l’élaboration du chyle, qui pénètre tous les organes à l’aide de la circulation, distribuant les principes à tous les tissus organiques ; c’est le conducteur de la chaleur animale, la source principale des sécrétions et des exhalaisons. Le sang est blanc dans les mollusques et dans les animaux des ordres inférieurs, appelés animaux à sang blanc; il est rouge chez les autres, les mammifères , les oiseaux, les reptiles, les poissons. Si on l’examine au microscope, on voit qu’il est formé de très petits globules, dont la forme varie dans les diverses classes d’animaux ; ils sont arrondis dans la plupart des mammifères, et elliptiques dans les oiseaux, les poissons, les reptiles, et dans d’autres animaux , ainsi que l’ont prouvé les observations de Hewson, Prévost et Dumas, etc. Dans l’homme, le sang est composé d’eau, d’albumine, de fibrine, d’une substance animale colorée , d’un peu de matière grasse et de différens sels : hydrochlorate de potasse et de soude, sous-phosphate de chaux, sous-carbonate de soude, de chaux, de magnésie, oxide de fer. M. Berzélius y avait aussi signalé du lactate de soude uni à une matière animale; mais, depuis, l’acide lactique ayant été considéré comme de l’acide acétique , plus une matière animale, on peut croire que c’est ce dernier acide qui était uni à la soude dans le sang examiné par M. Berzélius.
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- Le sang est fluide , de couleur rouge , d’un degré de consistance variable dans le même animal, d’après diverses circonstances; il est onctueux au toucher, d’une saveur légèrement salée, d’une odeur particulière. Le poids spécifique du sang humain est, d’après Haller, de 1,0527, et celui du sang de bœuf, d’après Fourcroy, de ï,o56, à la température de i5 à 160 centigrades ; mais ces poids spécifiques varient beaucoup dans les divers animdux, et cette variation se présente dans les mêmes animaux, selon la nature des circonstances dans lesquelles il est pris.
- Le sang tiré de l’homme ou d’un animal, puis laissé en repos, se prend promptement en une masse solide; cette masse se sépare ensuite peu à peu en deux parties distinctes, l’une liquide, et qui a été désignée par le nom de sérum; l’autre, qui est solide, est désignée par les noms de caillot, de coagulum et de cruor. Voici les résultats de l’analyse comparée due à M.
- SÉRUM DU SANG DE TAUREAU (t).
- Eau.................. go5,ooo
- Albumine.............. 79,99°
- Acétate <le soude et matière
- extractive......... 6,1 y5
- Hydrochlorates de soude et
- dépotasse.......... 2,565
- Sonde et matière animale. t, 520
- Perte................. 4,^5o
- 1000,000
- SÉRUM DD SANG HÜMAlIf.
- Eau. 905,0
- Albumine Hydrochlorures de soude et de 80 ,<>
- potasse Acetate de soude et matière
- animale Soude, phosphate de soude et 4,0
- matière animale 4,t
- Perte °>9 1000.0
- Le même auteur a reconnu que le caillot était composé de matière colorante, 64 ; de fibrine et d’albumine, 36 : la matière colorante, examinée par Berzélius, lui a fourni :
- (1). L’animal était jeune.
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- sang:
- i°J Oxide de fer.......................
- 2°. Sous-phosphate de fer..............
- 3°. Phosphate de fer et traces de magnésie. .
- 4°. Chaux pure.........................
- 5°. Acide carbonique et perte..........
- 20,0
- i6,5
- Total de la matière colorante employée.... ioo ,o.
- Nous devons insister principalement, dans cet article, sur la valeur que l’économie domestique et les Arts industriels peuvent trouver dans les emplois du sang.
- Cette substance , dont on ne tire généralement aucun parti relativement à la plupart des animaux tués dans les campagnes , et même dans les boucheries isolées et quelques abattoirs publies, est cependant une de celles qui peuvent être le plus facilement applicables aux besoins de toutes les localités.
- Le sang des animaux qui périssent de mort violente, et probablement même de ceux qui meurent de maladie , peut former un aliment salubre et substantiel, tout aussi bien que celui de cochon, auquel cet emploi est exclusivement réservé dans notre pays.
- On prépare en Suède, pour les gens peu fortunés, un pain très nutritif, avec le sang des animaux de boucherie et la pâte ordinaire de farine de blé ; il n’y aurait pas plus d’inconvénient à destiner au même usage le sang de la plupart des autres animaux ; mais, dans tous les cas , pourquoi ne consacrerait-on pas à la nourriture des animaux de basse-cour un pain de cette sorte ? Il suffit, pour le préparer, d’apprêter la pâte comme à l’ordinaire , en employant, au lieu d’eau, un mélange liquide de moitié eau, moitié sang. Cette sorte de pain, coupé en tranches et desséché au four, constitue une très bonne matière d’approvisionnement, et permet de tirer parti d’une grande quantité de sang, dont on pourrait disposer à la fois.
- Ces tranches se réduisent facilement en poudre susceptible
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- de se détremper dans l’eau chaude, et de procurer des potages substantiels.
- Il est toujours préférable de se servir, pour cette préparation , de sang frais ; mais y employât-on même du sang un peu fermenté , il n’en résulterait pas plus d’accideqs que de la clarifica tion du sucre opérée avec du sang corrompu ; car les gaz de la putréfaction se dégagent par la température élevée de la cuisson du pain, comme dans l’évaporation des sirops.
- Le sang, en quelque état qu’il se trouve , et de quelque animal qu’il provienne, offre aux habitans des campagnes une précieuse ressource comme engrais, et déjà , sous ce rapport, il a formé la base d’une spéculation importante à Paris. Par suite, la certitude est acquise, dans cette ville, que la valeur du sang comme engrais suffit pour donner des bénéfices après avoir compensé les frais, i°. d’une adjudication élevée; 20. de la main-d’œuvre coûteuse pour le recueillir’-3°. des transports des différens abattoirs en un seul établissement ; 4°. du combustible très cher dans cette localité pour opérer son dessèchement: 5°. delà puissance mécanique et de la main-d’œuvre pour le réduire en poudre ; 6°. des embarrillages; et enfin, des transports par terre jusqu’à la Seine, par eau jusqu’au Havre, et par mer jusqu’aux colonies.
- Il résulte débouté cette opération, que les colons doivent payer à Paris le sang 17 à 20 fr. les 100 kilogrammes; il leur en coûte presque autant de transports et frais divers ; et s’ils trouvent encore un grand avantage à fumer leurs terres avec cette substance , elle doit donc représenter au moins mie valeur de4ofr. les 100 kilogrammes (1).
- (1) Les Raffthesies de Paris consomment annuellement environ un million cent mille kilogrammes de sang frais, qu’ils paient 5 fr. 5o c. les 100 kilogrammes. Trois cent mille kilogrammes de sang provenant des mêmes abattoirs sont desféchés et réduits en poudre. puis expédiés aux colonies pour servir d’engrais dans la culture des cainies à sucre.
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- Les gens des campagnes profiteront de tous les avantages possibles qu’offre ce riche engrais, sans qu’il leur en coûte rien autre chose qu’une peine le'gère et l’emploi d’un temps souvent inoccupé'. Ils recueilleront dans un vase quelconque tout le sang écoule' par une saignée, et celui qu’ils trouveront coagulé dans l’intérieur du corps -, ils le mélangeront le plus intimement possible à la pelle, avec environ huit fois son volume de terre sèche.
- Cette composition, répandue dans la proportion d’un demi-kilogramme par mètre de superficie , procurera une 'excellente fumure.
- Peut-on croire que les agriculteurs ne s’empresseront pas d’adopter une méthode aussi simple , lorsqu’on pense qu’avec le sang d’un cheval, ou d’une vache, ou d’un bœuf, c’est-à-dire 20 à 25 kilogrammes de ce liquide, ils pourront obtenir 160 à 200 kilogrammes de mélange, avec lesquels ils fertiliseront 320 à 4°° mètres, ou environ le tiers d’un arpent, terme moyen, en y ajoutant les vidanges des boyaux ?
- Si l’on voulait mettre en réserve le sang, afin de choisir les temps les plus opportuns pour son emploi, il faudrait le faire dessécher par l’un des deux procédés suivans. Nous indiquerons plus loin un quatrième procédé, qui exige plus de soins, et permet d’appliquer le sang desséché à la clarification des sirops et des vins.
- On fait dessécher au four, immédiaternent^ après la cuisson du pain, de la terre exempte de mottes , que l’on a soin de remuer de temps à autre au moyen du râble ; il en faut environ quatre à cinq fois plus que l’on a de sang liquide ; on tire sur le devant du four cette terre toute chaude, et on l’arrose, en la retournant à la pelle, avec le sang à conserver ; on renfourne de nouveau le mélange, et on l’agite avec le râble jusqu’à ce que la dessiccation soit complète ; on peut alors mettre le tout dans de vieux barils ou caisses, à l’abri de la pluie, pour s’en servir au besoin. Il serait superflu d’ajouter que la quantité de ce mélange , propre à l’engrais d’une surface donnée , est d’environ moitié moindre
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- que celle de la première composition , puisque la quantité' du sang qu’elle renferme est à peu près double, et que la terre est utile seulement pour présenter le sang dans un état de division convenable.
- Le troisième procédé consiste à mettre dans une chaudière en fonte une quantité de sang suffisante seulement pour y occuper une hauteur de 3 ou 4 pouces, chauffer jusqu’à l’ébullition , en agitant sans cesse avec une spatule en fer, une petite pelle ou tout autre outil analogue.
- Le sang ainsi traité se sépare en deux parties, l’une liquide , dans laquelle l’autre se coagule en gros flocons (1); ceux-ci perdent peu à peu la plus grande partie de l’eau qui les mouille, et se divisent de plus en plus par l’agitation continuelle qu’011 leur fait éprouver. Lorsque le sang est ainsi wéduit en une matière pulvérulente humide, on achève la dessiccation en modérant le feu et remuant sans cesse ; on peut retirer cette substance et la faire dessécher complètement, en l’agitant sans cesse sur la sole du four après la cuisson du pain. Il convient alors d’augmenter la division, en l’écrasant le plus possible à l’aide d’une batte, ou mieux sous la roue d’un manège : 100 kilogrammes de sang en cet état équivalent, comme engrais, à 3oo kilogrammes d’os concassés , ou 6 voies de bon fumier de cheval, pesant ensemble 7,200 kilogrammes. C’est un engrais de beaucoup supérieur à tous ceux connus et désignés sous les noms de poudrette, tour-taux, etc. ; il ne le cède à peine qu’à la viande séchée mise en poudre.
- On met le sang sec en barils, caisses ou sacs, que l’on conserve dans un lieu à l’abri de l’humidité ; on en fait usage pour l’engrais des terres ou pour nourrir les animaux, de la même manière que de la viande hachée et desséchée dont nous avons parlé plus haut.
- (0 Cette coagulation, déterminée par la chaleur, rend plus lente et plus régulière la décomposition du sang dans la terre; en sorte qu’il fournit un engrais préférable h celui que donne le sang liquide.
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- Le sang en poudre peut être fort utilement employé pour animaliser la nourriture des cochons ; détrempé à l’eau « mêlé avec des pommes de terre cuites, du son, etc., il engraisse promptement ces animaux.
- On pourrait employer directement le sang liquide pour la nourriture des cochons ; il suffira alors de le délayer dam l’eau, et de le mélanger avec des alimens qu’on leur donna ordinairement. On prétend que les cochons, lorsqu’ils ont été nourris quelque temps de sang ou de chair, sont enclins à # jeter sur les enfans, les poules, etc. ; mais il y a peu à craindre ces accidens, puisque les cochons doivent toujours être séparés des autres animaux de basse-cour, et à plus forte raison des enfans ; que d’ailleurs les matières animales seront mêlées avec beaucoup d’alimens ordinaires ; qu’enfin , si l’on redoutait ces résultats, il serait facile de faire cuire le sanj dans l’eau avant de mêler le tout avec le son, la pomme de terre, etc.
- Le procédé le plus convenable pour conserver le sang destiné à la clarification des vins, sirops et diverses autres solutions troubles, et le transporter à de grandes distances, consiste à le dessécher. Nous avons indiqué un moyen facile d’y parvenir ; mais, relativement à l’application spéciale que nous avons en vue (la clarification), des changemens indispensables doivent être apportés dans la manière d’opéret: il faut que la fibrine soit séparée, et que la dessiccatiou complète ait lieu sans que la température approche de l’ébullition, ni même s’élève au-delà de zjo à 45°. Voici comment on peut opérer, d’après le procédé mis en pratique pat M. Derosne : aussitôt que le sang est écoulé de la saignée faite à l’animal, on l’agite vivement avec une trentaine de baguettes réunies en faisceau ; une matière fibreuse s’attache entre les brins du faisceau ; on la jette de côté pour en tiret parti, comme nous l’avons dit de divers détritus de chair musculaire, intestins , etc.
- Le sang fluide est alors versé en pluie, à l’aide d’un tube-arrosoir, à la partie supérieure d’une pile formée de petits
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- rondins ou bâtons lisses en bois dur, placée sous un hangar abrité de la pluie, mais ouvert à tous vents. Un carrelage en carreaux vernissés ou en briques très. cuites, ou mieux une aire en Mastic lisse de bitume , ramène, par une pente rapide, tout le liquide, d’où le sang est repris et versé sur le haut de ce petit bâtiment de graduation.
- On pourrait renfermer cette sorte de cascade dans une étuve pour les temps de pluie ; on ménagerait, à 2 pouces au-dessus du carrelage, trois ou quatre bouches de chaleur d’un poêle, lançant continuellement un courant d’air chaud, dont l’impression pût être aisément supportée par la main ; des ouvertures de 2 pouces de diamètre, disposées sur une ligne horizontale tout autour de l’étuve, aux deux tiers de sa hauteur, donneraient issue à l’air chaud chargé d’humidité.
- Le sang se rapproche ainsi promptement, et à une température assez basse pour que ses propriétés soient peu altérées; il s’épaissit et s’attache bientôt aux bâtons, en couche de 3 à 4 lignes d’épaisseur ; on laisse alors sécher sans reverser de sang fluide. Le degré de dessiccation convenable est atteint dès que la matière est dure et cassante ; on la détache alors en frappant les bâtons les uns sur les autres ; on la réduit en poudre, soit dans un moulin à café, soit sur un carrelage dur, à l’aide d’une batte, soit au moyen d’un mortier; on la passe à un tamis de toile métallique, et on la met dans des vases très secs, que l’on ferme hermétiquement.
- Le sang ainsi préparé se conserve indéfiniment, et peut être transporté à toutes distances et sous toutes les latitudes.
- Pour s’en servir, il suffit de le délayer dans dix ou douze fois son poids d’eau froide, de bien le battre, puis de le jeter dans le liquide à clarifier, en agitant vivement celui-ci pendant quelques secondes ; alors, si l’on opère à froid sur du vin ou tout autre liquide astringent, on laisse déposer pendant trois ou quatre jours ; si l’on agit sur du sirop bouillant, de la gélatine en solution ou tout autre liquide à la même température , on laisse l’écume se former par l’ébullition, puis on soutire au clair sur un filtre ou dans un tamis.
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- Le sang destine' à la clarification est de bonne qualité, lorsqu’il peut se dissoudre entièrement dans l’eau froide ; que cette solution d’une partie de sang sec pour dix d’eau chauffée à l’e'bullition, produit une écume abondante et laisse le liquide clair.
- Une once ou environ 3o grammes de sang suffisent ordinairement pour clarifier une pièce de vin.
- Le sang sec peut être employé en quantités énormes par les fabricans et les raffineurs de sucre indigène et des colonies.
- Le sang des animaux, ainsi que les intestins et leurs débris, la chair musculaire et toutes les issues, excepté la vidange, peuvent être utilisés, durant tout le cours de l’été, par le développement de ces larves désignées sous le nom de vers blancs ou asticots, dans les localités où les pêcheurs à la ligne, qui s’en servent pour amorcer le poisson blanc et garnir leurs hameçons, en font une consommation assez grande, ou lorsqu’on peut les envoyer aux personnes qui s’occupent d’élever et de nourrir des faisans ou des poissons ; ces vers peuvent encore être employés à la nourriture des poules et autres oiseaux de basse-cour, en ayant le soin de leur donner alternativement des alimens végétaux ; ils favorisent singulièrement le développement des petits poulets, dindons, et de tous les jeunes oiseaux élevés dans les basses-cours, et remplacent, avec des avantages marqués, les œufs de fourmis pour cet usage, de même que pour élever les perdreaux, petites cailles, rossignols, fauvettes. Yoici comment on favorise la production de ces vers.
- On forme sur de la paille ou litière une couche de détritus , soit de boyaux, d’autres issues de sang ou de viande, ayant de 4 à 6 pouces d’épaisseur : on la recouvre de paille posée légèrement et en petite quantité, seulement dans le but de défendre de l’ardeur du soleil la superficie des matière animales.
- Bientôt les mouches (i), attirées par l’odeur, s’abattent sur
- (i) Ce sont plus partienlièrement les insectes désignés par les naturaliste
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- la paiile, qu’elles traversent pour aller de'poser leurs œufs à la surface des débris des animaux.
- Quelques jours après, on trouve, à la place des matières étalées, une masse mouvante d’asticots mêlés d’un résidu semblable au terreau ; on sépare à la main quelques lambeaux de matières animales ; on emplit à la pelle des sacs de ces vers, qui s’expédient ainsi et se vendent à la mesure.
- A Paris, le boisseau ( équivalent à un huitième d’hectolitre) d’asticots, est vendu de 4 à 6 fr. pour les faisanderies. Cette sorte de fabrication est devenue si lucrative , que l’on y consacre, depuis l’année dernière et durant les saisons favorables, presque la totalité du sang, des chairs et issues des chevaux abattus pendant ce laps de temps.
- Un des emplois les plus utiles que l’on puisse faire des asticots , consiste à les donner aux poissons des étangs ; ceux-ci se développent et s’engraissent très promptement avec cette nourriture. On peut élever ainsi deux et trois fois plus de poissons dans le même étang, et obtenir huit à dix fois plus de produits; car le défaut seul de nourriture diminue le nombre et l’accroissement des poissons , lorsque parmi eux il ne s’en trouve pas de voraces, et qu’ils sont à l’abri des différens animaux ichtyophages.
- Des questions de Médecine légale d’une haute importance ayant été soulevées sur la démonstration de la nature de taches attribuées au sang , ces questions intéressant les chimistes, les pharmaciens consultés à ce sujet, et toutes les personnes qui s’occupent des applications des Sciences , nous avons cru devoir terminer cet article en donnant, sur les caractères et les procédés qui peuvent faire reconnaître ces taches, quelques détails qui ont été puisés dans les Mémoires de M. Orfila, lus à l’Académie de Médecine, en 1827 et 1828 (1).
- sous les noms de musca cœsar, musca carnaria, r; LU SC a v'wipara. La dernière dépose sur les substances animales des larves toutes formées; les autres, des œufs que la température douce de l’air fait éclore.
- (>} V- le Journal de Chimie médicale, T. III, page 366, et T. IV page io5,
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- Les taches causées, sur une étoffe, par une faible couche de sang, sont d’un rouge clair, et d’une couleur brune foncée lorsque la couche de sang qui les forme est plus épaisse. On découpe la place qu’elles occupent, on réunit, à l’aide d’un petit morceau de fil, les parties découpées du tissu qui doivent contenir le sang, et on les suspend dans l’eau• bientôt on aperçoit des stries rougeâtres qui vont de haut en bas, et donnent à l’eau une couleur rouge-brunâtre, tandis que des flocons de fibrine se précipitent et occupent le fond du vase.
- L’eau sanguinolente, traitée par divers réactifs, présente les phénomènes suivans :
- 1°. Chauffée à ioo® dans un tube de verre, elle se trouble et fournit un coagulum d’un gris verdâtre. Ce coagulum est soluble dans la potasse; la solution, vue par réfraction, offre une couleur brune tirant sur le rouge.
- 2®. Les acides nitrique et sulfurique coagulent cette liqueur ; il se forme un précipité de couleur grise tirant sut le rose; la liqueur surnageante est incolore et un peu louche.
- 3°. L’infusion aqueuse de noix de galle versée dans la solution , coagule le sang en gris-rosé.
- 4°. Les dissolutions d’alun et de perchlorure d’étain étendent le liquide sans le changer.
- 5°. L’alcool concentré , mêlé en quantité suffisante à la liqueur, y détermine un coagulum couleur de chair ; le liquide filtré est incolore.
- 6°. L’ammoniaque n’altère pas sensiblement la couleur de l’eau sanguinolente.
- y®. L’acide hydrochlorique ne jaunit pas les taches de sang.
- 8°. L’hydrocyanate de potasse ne trouble pas le liquide sanguinolent.
- g®. Le chlore ajouté au liquide le verdit sans donner de précipité, si l’on en ajoute davantage , et le décolore sans lui faire perdre sa transparence.
- La réunion de tous ces caractères peut indiquer la pre-
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- sence du sang. Depuis peu on a prétendu que ces données n’étaient pas suffisantes, et qu’un sang artificiel formé à l’aide de l’albumine de l’œuf colorée par de la garance, présentait, avec les réactifs, les mêmes phénomènes que le sang. Cette assertion devait paraître grave, puisqu’elle tendait à ôter les moyens d’éclairer la religion des juges. On a vu que le sang de garance offre les différences notables suivantes :
- i°. Ces taches ne fournissent pas de fibrine.
- 2°. La solution fournie par les taches faites avec la garance est rouge-orangé au lieu d’être rouge-brun.
- 3°. Par la chaleur, on obtient un coagulum qui est rosé au lieu d’être gris, et la liqueur surnageante, au lieu d’être grisâtre comme avec le sang, est d’un jaune rosé ou rouge.
- 4°. Par les acides nitriques, au lieu d’obtenir un précipité gris-rosé et un liquide incolore, le sang artificiel fournit un précipité jaune paille et un liquide jaunâtre,
- 5°. I/infusion de noix de galle coagule la solution garancée en blanc-jaunâtre, et nom en gris—rosé comme le sang.
- 6°. Les dissolutions d’étain et d’alun jaunissent le liquide de garance ; il n’en est pas de même avec le sang.
- <f. L’alcool, comme on l’a vu, fournit avec le sang un coagulum rouge de chair et un liquide incolore , tandis que la préparation de garance donne un coagulum rose et un liquide surnageant fauve tirant sur le rose.
- 8°. L’ammoniaque, qui altère à peine la couleur du sang, fait virer au violet le sang factice.
- V., pour complément de cet article, les mots Albumine , Bleu de Prusse, Clarification, Sucre, Sel ammoniac, Sulfate d’ammoniaque , etc. P.
- SANG-DRAGON. On nomme ainsi une substance résineuse d’une couleur rouge vif, dont il existe plusieurs variétés commerciales, produites par diverses espèces de végétaux qui croissent dans les pays chauds.
- Le sang-dragon en roseau est extrait des fruits du calamus— rotang, petit palmier des Indes orientales : on l’obtient, soit en exposant ces fruits à la vapeur de l’eau bouillante, qui
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- les ramollit et fait exsuder la re'sine , soit en les faisant cuire dans l’eau après avoir e'té concasse's. Le premier pro-ce'dé fournit un sang-dragon d’une très belle qualité, dont on forme de petites masses ovales d’un rouge-brun, dures, d’une cassure plus brillante , de la grosseur d’une prune, que l’on entoure de feuilles de calamus, et que l’on vend disposés en colliers.
- Le procédé par la coction des fruits dans l’eau donne une résine moins pure que la précédente et d’une moins belle couleur ; on la façonne en petits palets arrondis , d’un demi-pouce environ d’épaisseur, sur 2 à 3 pouces de diamètre.
- Le sang-dragon contient, suivant Thomson, un peu d’acide benzoïque; mais cet acide y est en trop petite quantité pour que l’on doive placer le sang-dragon au rang des baumes, ainsi que le chimiste anglais Ta proposé. L’alcool dissout presque en totalité cette substance résineuse ; la solution est d’un beau rouge ; elle tache le marbre , et le pénètre d’autant plus profondément, qu’il est plus chaud. On a profité de cette propriété pour obtenir des marbres colorés artificiellement. Le sang-dragon se dissout aussi dans les huiles; il forme du tannin par l’action des acides nitrique et sulfurique : on lui attribue des propriétés astringentes, et on l’emploie en pilules contre la blennorrhagie ; mais son principal usage est pour la composition des couleurs et des Vernis à l’usage des peintres.
- Comme le sang-dragon en roseau a une valeur plus considérable que les autres sortes, les marchands vendent souvent sous cette forme du sang-dragon altéré.
- Une autre sorte de sang-dragon découle, par des fissures naturelles, du tronc du dracœna draco, L. , plante arborescente , de la famille des asparaginées , qui croît dans les îles Canaries, où son tronc acquiert souvent d’énormes dimensions. Il est en fragmens lisses, durs, secs, d’un brun-rouge , à cassure un peu brillante , et entourés des feuilles de la plante.
- Enfin, il y a une troisième sorte de sang-dragon, qui est
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- beaucoup moins estimée que les précédentes, et qui provient du pterocarpus draco, L. , arbre de la famille des légumineuses. Ce sang-dragon se trouve dans le commerce en morceaux cylindriques comprimés, longs d’environ i pied , et épais d’un pouce, souvent altérés par des corps étrangers, et jamais entourés de feuilles de monocotylédones. ( V. les articles Vernis et Résines. ) P.
- SANGSUES. Ces animaux sont si généralement connus, qu’il deviendrait tout-à-fait superflu d’en faire mention , si l’immense consommation qu’on en a fait depuis quelques années, n’était devenue l’occasion du développement d’une nouvelle industrie, qu’il nous importe de faire connaître.
- Les sangsues sont des espèces de vers ou annelides, qui font partie du genre hirudo de Linnée. Il est peu de sujets sur lesquels on ait fait plus de recherches et publié plus d’observations ; mais nous dépasserions les limites qui nous sont tracées, si nous entrions dans de pareils détails Pies lecteurs qui désireraient les connaître, devront les puiser dans les traités d’His-toirenaturelle. Nous nous bornerons donc à dire qu’en Médecine, on ne fait usage que de deux espèces principales de sangsues : l’une, connue sous le nom de sangsue officinale, ou sangsue vertej l’autre, de sangsue médicinale, ou sangsue grise. Ces deux espèces ont beaucoup d’analogie ; elles ont l’une et l’autre 4 à 5 pouces de longueur ; leur corps a la propriété de se contracter sous la forme d’une olive quand on les sort de l’eau. C’est à cette facilité de contraction qu’on reconnaît si la sangsue est bien vivante. On doit mal augurer de celles qui ont le corps flasque et allongé.
- La sangsue verte est d’un brun verdâtre assez clair; son corps est marqué de six bandes longitudinales couleur de rouille; on remarque sur celles du milieu quelques mouchetures noirâtres; les segmens du corps sont très lisses. Le ventre est de couleur olive, et il présente sur les côtés deux raies longitudinales, formées de taches noires rapprochées.
- La sangsue grise a le dos d’une couleur verte plus ou moins foncée ; on y distingue six bandes longitudinales couleur de Tome XIX. 6
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- rouille, beaucoup plus claire que le fond. Les sangsues présentent une foule de petits mamelons grenus, dont la proéminence est subordonne'e à la volonté de l’animal. Le ventre est d’un vert jaunâtre taché de noir et bordé de deux raies longitudinales noires et très larges, qui en occupent presque toute la surface.
- L’organisation de ces singuliers animaux est assez peu connue ; quelques auteurs leur contestent les sens du goût, de l’odorat et de la vision. M. Derheims, pharmacien à Saint-Omer, qui a fait de curieuses observations à cet égard, prétend que ce n’est point par une sorte de prédilection ou par le goût particulier qu’ils trouvent au sang, que ces anne-lides en font leur nourriture , mais uniquement par suite de leur organisation, qui leur interdit tout autre mode d’alimentation que celui qu’ils peuvent opérer par succion à l’aide de l’appareil dÿit ils sont pourvus. Or, cet appareil se compose principalement d’une espèce de ventouse formée avec leur lèvre supérieure, et elle ne peut être appliquée que sur des corps qui offrent quelque résistance, et qui cependant sont susceptibles d’être pénétrés par les petites aspérités ou dents dont leur bouche est armée, et qui sont placées an centre de cette ventouse. La peau de la plupart des animant leur offre ce point d’appui nécessaire, et une fois que les sangsues ont pu la perforer, il ne leur reste qu’à opérer le mouvement de succion pour aspirer le sang qui transsude ; mais elles s’appliquent aussi bien sur des animaux à sang blanc, et M. Derheims, en enveloppant des éponges dans de la peau de baudruche, les a fait se gorger de lait, d’eau sucrée, etc. Pour contre-épreuve, il a immergé dans du sang des sangsues préalablement pesées, et il a constaté qu’après un assez long séjour, ces animaux n’en avaient absorbé aucune portion, leur poids n’avait pas sensiblement varié; tandis que, placées sur la peau en sortant du sang, elles y adhéraient immédiatement et s’y gorgeaient. Cette expérience est positive, et ne laisse aucun doute.
- La pêche des sangsues se fait ordinairement d’une manière
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- très simple. Un homme marche jambes nues dans un ruisseau ou dans une marre, où il sait que ces animaux sont abondans, et de temps à autre il retire les jambes de l’eau pour en de'tacher les sangsues qui s’y sont appliquées. Quelquefois aussi on les pèche en tenant suspendus dans l’eau des filets en toile de crin à mailles larges, et qui sont tendus sur des cercles. D’autres jettent dans l’eau un morceau de foie ou de poumon cru, les sangsues s’y fixent en grand nombre, et on les enlève facilement ; mais alors comme elles sont en partie gorgées de sang, elles perdent de leur avidité, et elles ne prennent pas aussi bien sur les malades. Les premiers modes sont donc préférables.
- Comme on ne peut pas pêcher des sangsues dans toutes les saisons, et que d’ailleurs le commerce considérable qui s’en fiiit a rendu nécessaire les grands aprovisionneinéns en certaines localités , on a été obligé d’aviser aux moyens de les emmagasiner et de pourvoir à leur conservation. Pour y réussir, on les remet en quelque sorte dans l’état de nature ; ainsi, on les parque dans des bassins plus ou moins vastes, suivant leur nombre. Voici les dispositions que prescrit M. Derheims, qui s’est beaucoup occupé de cet objet :
- « Dans le fond d’un bassin de marbre ou de toute autre » pierre dure, on met une couche de 6 à y pouces d’un » mélange de mousse, de tourbe et de charbon de bois en » petits fragmens ; on parsème cette couche de petits cail-» lonx, qui par leur poids doivent retenir la mousse sans » trop la comprimer, afin que l’eau puisse la pénétrer en fil-» trant à travers.
- » A l’une des extrémités du bassin, qui doit être oblong » de préférence, et vers le milieu de la hauteur des parois, » doit être assujettie une table mince de marbre, percée de » petits trous en plus ou moins grand nombre. Cette table » doit être recouverte d’une couche de mousse, sur laquelle » on met aussi des cailloux, mais en plus grande quantité que » sur la couche du fond, afin qu’elle soit plus fortement » comprimée.
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- » Le réservoir ainsi disposé, on y met de l’eau de ri-» vière , qui ne doit l’emplir qu’à moitié, et de telle sorte » que la mousse et les cailloux qui recouvrent la table de » marbre ne soient que légèrement mouillés. De cette ma-» nière, la mousse du fond est entièrement recouverte d’eau, » et celle du dessus est en partie à nu. On recouvre le bassin » avec une toile de crin à mailles serrées, autour de la-» quelle sont fixés des plombs qui, par leur propre poids, » tiennent la toile très tendue ; celle-ci ne permet point aux » sangsues de s’échapper. »
- M. Derheims dit que la mousse a surtout cela d’utile, que les sangsues en la traversant s’y dépouillent facilement de ces espèces de mucosités qu’elles exsudent à certaines époques , et qui parfois enveloppent leur corps, se contractent et finissent par produire des étranglemens qui pourraient leur devenir funestes. Quant au charbon, le but de son emploi est de prévenir toute espèce de putréfaction, et un des bons moyens de s’y opposer, serait sans doute d’établir un courant d’eau dans le bassin ; mais toutes les localités ne permettent pas cette disposition.
- Il est certain que la putréfaction est la cause la plus fréquente de la destruction des sangsues, et c’est ce qui rend si nécessaire de les tenir dans une eau courante ou de les changer souvent, comme cela se pratique dans les pharmacies. Ces animaux sont tourmentés sous certaines influences atmosphériques, et alors ils sécrètent plus de mucosités que de coutume , et l’on conçoit que si on les laissait s’accumuler, elles ne tarderaient point, surtout dans l’été, à se putréfier, et à devenir la source d’une épidémie.
- Bien que Bergmann avait annoncé dès 1757, que, parmi les sangsues, les unes étaient ovipares et les autres vivipares, probablement parce qu’il confondait des espèces qu’on a depuis séparées; cependant ce n’est qu’en 1821 qu’on a connu le véritable mode de reproduction de ces animaux , et nous en sommes redevables à M. Lenoble , de Versailles. Les sangsues sont hermaphrodites , et la fécondation s’opère de
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- la même manière que dans les limaces ; elles déposent leurs œufs tantôt à la surface de la terre, et tantôt dans des trous qui communiquent entre eux par des galeries. Ces œufs, ou plutôt ces cocons, varient entre 6 et 12 lignes pour le grand diamètre, et 5 à 8 pour le petit ; l’enveloppe extérieure est une espèce de bourre formée de fibres ou de filamens cornés. On remarque, à une des extrémités de l’enveloppe intérieure, deux petites saillies ou opercules, qui se détruisent facilement.
- Dans l’intérieur du cocon, on trouve un mucus qui contient les ovules ; ceux-ci s’y rencontrent ordinairement au nombre de 6 à 18. Dès que les fœtus ont atteint leur ternie, ils font effort contre l’extrémité du cocon ; ils renversent l’opercule et s’échappent.
- On a mis ces nouvelles données à profit, et ceux qui s’occupent de cette branche d’industrie prennent grand soin de favoriser cette reproduction, en glaisant les bords du bassin où ils parquent leurs sangsues, parce qu’elles aiment à se loger dans cette glaise pour y déposer leurs œufs.
- C’est un préjugé assez généralement répandu, que de croire que les pharmaciens et les herboristes peu consciencieux ne se font aucun scrupule de remettre en vente des sangsues qui ont déjà servi. Je ne pense pas que la cupidité puisse aller jusque là; mais ce qui a donné lieu à cette idée , c’est qu’il arrive quelquefois que des sangsues neuves rendent du sang. On s’était imaginé aussi que cela tenait à ce que ces animaux se piquaient quelquefois entre eux, surtout quand on en mélangeait de deux pêches différentes, et qu’il en résultait une espèce de guerre à mort. Quelques auteurs ont démenti positivement cette assertion, et ils prétendent que les sangsues neuves qui rendent ainsi du sang ont été pêchées avec des morceaux de viande crue, et que c’est un simple dégorgement.
- L’excessive consommation qu’on a fait de ces animaux à Une certaine époque, les avait rendus très rares et fort chers, cf quelques personnes tentèrent de remettre en service les
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- sangsues dont on avait déjà fait usage, mais après leur avoir fait subir une espèce de traitement pour les faire dégorger et les assainir en quelque sorte. Ainsi, on avait proposé de les mettre pendant quelques minutes sur une couche de cen-t dres, ou dans de l’argile humide; alors elles rejettent assez promptement la majeure partie du sang dont elles se sont abreuvées. On les lave immédiatement à grande eau, puis on les laisse dans l’eau, qu’on renouvelle fréquemment, surtout dans le commencement. Il s’en faut de beaucoup que toutes survivent à ces épreuves, et encorè convient-il de les conserver pendant plusieurs mois avant de pouvoir s’en servir, parce qu’elles sont dans une sorte d’état maladif tout le temps qu’elles digèrent le sang qu’elles ont retenu, ce qui est ordinairement fort long, et pendant la durée de cette digestion , elles restent dans une sorte d’indifférence qui les rend inhabiles à une nouvelle succion.
- Il est d’ailleurs certain que si cette méthode se propageait, elle ne pourrait que contribuer à augmenter prodigieusement la répugnance que beaucoup de personnes éprouvent déjà pour faire usage de ces animaux ; et il serait difficile de persuader qu’il n’y a aucun danger à se faire piquer par des sangsues qui peuvent retenir encore du sang putréfié et d’origine morbifique.
- A Paris, où il se fait une consommation de sangsues qu’on évalue à plus de trois millions par an , on les reçoit des dif-férens départemens, et même de l’étranger, particulièrement de la Bohême et de l’Italie. Lorsque la distance n’est pas grande, on en réunit plusieurs milliers dans des sacs de toile serrée et humide, qu’on place dans des paniers garnis de mousse ou de paille mouillée; mais lorsqu’il s’agit de les expédier pour des pays très éloignés, on les stratifie avec de la mousse humectée dans des petits tonneaux dont l’intérieur est charbonné ; on pratique quelques ouvertures à ces tonneaux, et on les recouvre avec des morceaux de toile métallique, afin de laisser un libre passage à l’air. R.
- SANGUINE. Nom donné dans le commerce à l’une des va-
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- SANTAL. &7
- riétés de fer oxide rouge, qui n’est autre chose que l’hérna-tite concre'tionnée des minéralogistes, ainsi nommée du mot grec dltut, sang, à cause de sa couleur rouge sombre, ou de la propriété astringente en vertu de laquelle sa poussière arrête le sang. L’hématite est un minerai de fer très riche, que l’on exploite avec beaucoup d’avantage , car on peut en retirer depuis 5o jusqu’à 85 centièmes de fonte de fer. Ce minéral est très solide, dur, compacte, et susceptible d’être poli. Lorsque sa surface est unie et qu’elle réfléchit également la lumière, sa couleur est d’un gris métallique; celle-ci est d’un rouge obscur lorsque sa surface est inégale. Au moyen de la lime, on en sépare une poussière rouge qui n’est point attirable à l’aimant ; sa texture intérieure est rayonnée et formée de fibres divergentes du centre à la circonférence. Les orfèvres et les doreurs mettent à profit sa dureté ; ils en forment des brunissoirs, dont ils se servent pour polir et brunir les métaux, et particulièrement les ouvrages d’or et d’argent : aussi l’hématite ou sanguine est-elle désignée, dans ces Arts, sous la dénomination vulgaire de pierre à brunir. Les dessinateurs emploient comme crayons rouges, un minerai ferrugineux qui a beaucoup d’analogie avec la sanguine ou hématite, mais qui en diffère en ce que le peroxide de fer y est mêlé d’argile, et en ce qu’il a une dureté bien moindre, qui le rend plus propre à l’usage auquel ils le destinent. L*****r.
- SANTAL ( Bois de ). En droguerie, on en distinguait autrefois trois espèces différentes, sous les noms de santal blanc, de santal citrin et de santal rouge. On a beaucoup discuté sur l’origine de ce qu’on appelait les trois santaux, qui nous sont expédiés en bûches plus ou moins volumineuses : mais le peu d’usage qu’on fait maintenant de ces bois exotiques a de beaucoup diminué l’intérêt qu’on y portait autrefois. Le santal rouge est le seul dont nous puissions faire mention ici, à raison de la matière colorante qu’il contient, et encore est-elle fort peu employée, si elle l’est. Cette espèce est rapportée au pterocarpus santalinus, L. , famille des
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- 88 SANTAL.
- légumineuses, J., arbre d’un très beau port, qui croit dans les Indes orientales : on nous l’envoie en morceaux plus on moins volumineux, qui ont une couleur brune à l’extérieur, et qui intérieurement sont d’un assez beau rouge. Les fibres de ce bois sont tantôt droites, tantôt ondées et imitent les vestiges des nœuds, ce qui en rendrait l’emploi très difficile pour les usages de l’ébénisterie.
- M. Pelletier s’est occupé de l’étude de la matière colorante du santal rouge ; son procédé d’extraction consiste à traiter ce bois pulvérisé par l’alcool bouillant, puis il obtient, pour résidu de l’évaporation, une substance résinoïde, qu’il considère comme étant la matière colorante; il lui a donné le nom de santaline. Mais il est bien à présumer que ce produit n’est pas.pur, et que la matière colorante s’y trouve enveloppée d’une résine qui en masque les principales propriétés, et qui met dans la nécessité d’avoir recours aux alcalis pour la rendre soluble dans l’eau.
- Toutefois, cette matière colorante est d’un ton extrêmement riche, et il est probable que si Ton parvenait à l’isoler, on en tirerait un parti avantageux pour la peinture à l’huile. Ce qu’il y a de certain, c’est que telle qu’elle est, j’en ai préparé une laque qui donnait des tons magnifiques à l’huile, mais qui avait l’inconvénient de ne pas sécher. J’en indiquerai néanmoins la préparation, dans l’espérance que Ton trouvera peut-être le moyen de remédier à ce défaut.
- On fait macérer pendant deux ou trois jours du santal rouge récemment pulvérisé, dans de l’alcool à 3a0. La macération étant faite et filtrée , j’y verse de la dissolution de muriate d’étain, jusqu’à ce que la liqueur prenne une belle teinte cramoisie , et j’ajoute ensuite de l’eau en assez grande quantité pour déterminer la précipitation complète de la couleur. On laisse déposer, on décante au siphon , puis on lave à grande eau, et lorsque les lavages n’entraînent plus rien, on filtre et Ton fait sécher.
- Il est facile de varier à l’infini les nuances de cette espèce
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- SAPHIR. 89
- de laque, en ajoutant ou substituant à la dissolution d’é-tain, diverses dissolutions métalliques, et particulièrement de fer. R.
- SAPHIR. Les minéralogistes et les amateurs de pierres fines s’accordent aujourd’hui à considérer le rubis , le saphir et la topaze, comme des variétés d’une même espèce de pierre, qu’ils désignent sous le nom de pierre ou de gemme orientale. Parmi ces trois substances, qui ne diffèrent entre elles que par la couleur, le saphir tient le second rang. D’après les diverses analyses qu’en ont faites Klaproth et Chenevix, leur composition est la même : chacune d’elles est presque entièrement formée d’oxide d’aluminium, auquel sont accidentellement mêlées de petites quantités d’oxides de silicium et de calcium. Toutes trois ont pour principe colorant l’oxide de fer, une pesanteur spécifique à peu près semblable, et une dureté supérieure à celle de tous les autres corps, à l’exception du diamant. Deux autres substances , le spath adamantin ou corindon, et l’émeril, qui n’ont ni l’éclat, ni la couleur, ni la transparence des variétés de la gemme orientale , en ont néanmoins la composition et la dureté. Cette ressemblance a déterminé Haiiy à réunir toutes ces substances en une seule espèce, qu’il a nommée corindon ; de là la dénomination de corindon hyalin bleu, donnée au saphir, qui n’a pas toujours la même intensité de couleur. Il en existe de plusieurs nuances, désignés sous les noms de saphirs bleu clair, bleu barbeau, bleu indigo, ou saphir mâle des lapidaires; on distingue même un saphir blanc, qui, à l’exception de la couleur, possède tous les caractères des saphirs proprement dits : mais les saphirs bleus sont préférés des connaisseurs, et d’autant plus recherchés que leur couleur est plus foncée ; et si au brillant, à l’éclat et au poli parfait qu’ils reçoivent, ils réunissent une limpidité exempte de nuages, et le poids seulement de 5 à 6 karats, ils acquièrent beaucoup de valeur, etpeuvent se vendre jusqu’à 15 et i8oofr. (y. l’article Pierres précieuses.) On a coutume de tailler les saphirs avec de la poudre de diamant, et d’en polir la surface
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- au moyen de l’e'meril. On trouve principalement le saphir au Pégu, à Ceylan , ce qui lui a fait donner la qualificatif» d'orientai; mais on en a trouvé aussi en France, au ruisseau d’Expailly, près de la ville du Puy.
- On a improprement donné le nom de saphir à plusieurs substances , seulement à cause de leur couleur plus ou moins bleue, par exemple, à la tourmaline bleue du Brésil, à fi variété bleue du Jluate de chaux, à l’espèce de quant bleu qui se rencontre en Bohême et en Silésie, ainsi qu’au sappare ou disthène bleu du Saint-Gothard ; mais la densité et surtout la dureté de ces substances, bien inférieures à «elles des vrais saphirs, suffisent pour empêcher de les confondre.
- Dans le commerce de la joaillerie, on vend sous le nom à saphir d’eau, une pierre précieuse assez dure pour prendre un beau poli, et d’une couleur bleue assez prononcée. Cette pierre, qui se trouve dans l’Inde, à Ceylan, est bien connue aujourd’hui pour une variété de la cordierite, dont elle a tous les caractères. C’est une combinaison ternaire de silice , d’alumine et de magnésie. L*****r.
- SAPIN ( Agriculture). Arbre résineux , à feuillage toujours vert, à tige droite et élancée, garnie de rameaux pyramidaux , verticillés et horizontaux, qui présentent l’aspect de Pins , mais ont leurs feuilles courtes, raides, persistantes e: solitaires, disposées en ailes sur deux lignes opposées (distiques) ; tandis que celles des pins sont longues, menues « réunies au nombre de deux et plus dans une même gaine, h plus commun des sapins est Yabies picca ou alba; il croit naturellement sur nos montagnes , et est cultivé dans les jardins d’agrément, où son feuillage et son port contrastent avec ceux qu’on lui associe.
- Cet arbre, qui compose de vastes forêts ,. s’élève à plus de 100 pieds de hauteur, pourvu que sa flèche terminale ne soi! pas abattue par quelque accident ; car alors la croissance nf se fait plus qu’en grosseur. Il ne repousse jamais de ses racines ; aussi ne peut-on espérer que l’arbre repoussera loC
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- SAPIN. gi
- qu’on a coupé son tronc ; ce qui ne permet pas de l’exploiter comme les autres bois. Il faut le jardiner, c’est-à-dire abattre successivement les troncs qui ont acquis la grosseur désirée, pour donner aux sapins voisins l’air et la lumière propres à faciliter leur développement.
- C’est surtout sur les montagnes élevées que le sapin aime à croître , là où aucun autre arbre ne pourrait venir ; il brave les vents, les neiges et les frimas, et sert à protéger les lieux voisins contre les tempêtes. Il insinue ses racines dans les fissures des rochers, et sait y trouver un appui et la subsistance. Sa croissance est lente et difficile dans les cinq à six premières années ; un sol léger, un climat froid et humide, lui conviennent. Un sapin de cinquante ans a souvent i pied de diamètre et 120 pieds de haut.
- Le bois de sapin est d’un immense service dans la marine, la menuiserie, la charpente, etc. ; on en fait des mâts, des palissades, des planches, des retenues d’eau, des parties de moulins, etc. Il pèse 32 livres par pied cube, ou 4,6 hectogrammes le décimètre cube ; il se retrait de 0,12 en séchant ; il devient rouge par vétusté ; son écorce est propre au tannage.
- On retire de son suc la Terébevthive de Strasbourg, qui n’est pas la même que celle de Venise ( extraite du Mélèze ), non plus que celle de Scio. Cette liqueur se trouve dans des vessies qui se forment au printemps sous l’épiderme ; des hommes montent sur l’arbre, au moyen de crochets de fer dont leurs souliers sont armés , et crèvent ces vessies avec un cornet de fer-blanc ou une corne de bœuf percée ; la liqueur coule par ce conduit dans une bouteille qui est attachée à leur ceinture. Dès que l’arbre a acquis 3 pouces de diamètre, il commence à donner cette térébenthine sans s’affaiblir, et sans que le bois perde de sa force ni de sa dureté. C’est dans le mois d’août qu’on fait cette récolte.
- On filtre cette liqueur à travers un linge, pour la débarrasser des impuretés ; elle jaunit et s’épaissit avec le temps , «t elle est de peu d’usage ; mais en la distillant avec de l’eau,
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- on obtient ce qu’on appelle l’essence de térébenthine, hui!, subtile et essentielle, qui est d’un si fréquent usage dans le Arts, en Peinture, en Médecine. Le résidu de la distillatio; est la Colophane.
- Le fruit du sapin est un cône allongé, presque cylindrique , formé d’écailles imbriquées, sous lesquelles les grains sont cachées. On cueille ces cônes à la fin de l’automne on les étend au soleil» ou à l’étuve. Il est bon de semer k graine sur-le-champ, quoiqu’elle conserve long-temps sa faculté germinative. On la répand dans les clairières des bois, il faut l’enterrer très peu profondément, après avoir refais la terre. Si l’on veut élever le sapin en pépinière, il faut k transplanter très jeune, et dès le printemps de la second: année. On doit éviter de mutiler les racines ou les branches, et surtout la flèche terminale.
- Il ne faut pas confondre le sapin qui vient d’être décrit, avec une autre espèce appelée épicéa, faux sapin, sapin à Norwège, pesse (abies excelsa), qui est un peu moins élevé, a ses cônes plus longs et pendans, et ses feuilles quadrai-gulaires, piquantes et disposées sans ordre régulier. Cet arbre a les mêmes usages, la même culture que le précédent C’est lui qui fournit la Poix grasse ou de Bourgogne, qt découle en gouttes blanches et fluides de toutes les fentes naturelles de l’écorce. Des entailles faites au bois, du côte du midi, et qu’on a soin de rafraîchir tous les quinze jours, facilitent la sécrétion ; la résine se consolide sur les bords à la plaie, et on l’enlève. On la fond, pour la purifier, da® des chaudières pleines d’eau , en la passant à travers une toile claire. On en fait de la poix noire, en la teignant avec du noit de fumée.
- Outre ces deux espèces, l’Amérique septentrionale en produit plusieurs autres, parmi lesquelles nous distinguerons h baumier (abies balsamea), qui fournit un faux baume à Criléad , et le sapin blanc ( abies alba ), qu’on cultive da® les jardins sous le nom de sapinette blanche du Canada, par8 qu’il croît vite, s’accommode de tous les terrains , et cou-
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- SARDINE. g3
- traste, par la couleur blanche de son feuillage, avec les arbres dont on l’entoure. Fr.
- SARDINE (Technologie). Les sardines, comme les Harengs, nagent en troupes fort serre'es ; elles ont un grand attrait pour la lumière ; aussi les pêcheurs savent-ils en profiter, et leur présentent cet appât. Ils allument des flambeaux dans leurs bateaux ou dans leurs chaloupes pendant la nuit ; les sardines arrivent en foule et se précipitent dans leurs filets.
- La pêche commence ordinairement, en Bretagne, au mois de juillet, et finit au plus tard dans les premiers jours d’octobre. Quant à la manière de pêcher le poisson, on opère comme pour le Hareng. ( V. T. X, page 4a3. )
- La manière de saler les sardines diffère du procédé qu’on emploie pour le hareng. Autrefois on les salait en grenier, c’est-à-dire sur terre, dans les magasins ; mais aujourd’hui on s’y prend d’une manière différente. On les place dans des mannes en osier, on les porte ainsi promptement dans les magasins, où on leur laisse égoutter leur eau, pendant une heure ou deux avant de les saler. On les vide aussitôt.
- Ensuite on porte la manne auprès d’un grand baril, au fond duquel on met une couche de sel d’un travers de doigt d’épaisseur, sur laquelle on place, couche par couche, les sardines en les arrangeant en rond, de manière que toutes les têtes soient en dehors et les queues en dedans. La longueur de la sardine détermine la grosseur du baril, puisque la sardine devient le rayon du cercle que forme chaque couche. On met entre chaque couche de sardines, un travers de doigt d’épaisseur de sel. On termine par une couche semblable.
- Après avoir ainsi laissé les sardines pendant dix à douze jours dans le sel, on les enfile par la gueule et par les ouies sur de petites broches ou brochettes de coudrier, et on les presse les unes contre les autres, de manière qu’elles en remplissent toute la longueur. Disposées de cette manière, on les porte au bord de la mer, pour les y laver dans son eau.
- Pour cela, on prend, par les deux bouts, trois brochettes * la fois ; on les trempe plusieurs fois dans l’eau de mer,
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- 94 SARDINE.
- on les remet sur la civière. au fond de laquelle on a plat; deux nattes de paille pour soutenir les sardines, qu’on laisse ensuite égoutter pendant quelque temps.
- Quand elles sont assez égouttées de leur lavage, on lésai-range dans les barils où elles doivent rester, couche par coj. che, comme nous l’avons dit précédemment, et de la meus manière qu’on alite les harengs. Elles doivent avoir pris asse: de sel pour qu’on n’en emploie pas une plus grande qualité. Le fond inférieur des barils est percé de plusiem. trous, afin de laisser une issue à l’eau et à l’huile que rendent les sardines lorsqu’on les presse, comme on va le voit, Avant d’embariller les sardines, on place intérieurement ss le fond une couche de quelques lignes d’épaisseur de feuille vertes de fougère.
- Le mm- contre lequel sont placés les barils pour les son-mettre à la presse, est fait en bonne maçonnerie, d’enviroi trois pieds et demi ou quatre pieds de hauteur, et on laiss ensuite, au-dessus, des vides d’un pied en carré vis-à-vis l’eu placement où peut se trouver un baril. On pose, par-dessï ce trou carré, une rangée de pierres dures taillées en prismes quadrangulaires de dix-huit pouces d’épaisseur, qu'on lit entre elles par de bon mortier, et l’on continue , par—dessc; la rangée de pierres, le mur en moellons, ou en pierre i taille , à volonté, pour supporter la toiture.
- Au-devant du mur et sur le solon place un siège a pierres de taille pour recevoir les barils, siège dans lequelo: a creusé un petit canal qui. reçoit l’eau et l’huile que la pression doit extraire du poisson. Ce canal aboutit à une cu« enfoncée dans la terre, qui sert de réservoir, et reçoit tout 1 liquide qui sort du poisson.
- Tout étant ainsi disposé, on place les barils l’un à cot£ de l’autre sur la pierre , chacun devant un des trous & la muraille ; on pose sur chaque baril un faux fond de trois à quatre pouces d’épaisseur, ensuite quelques petites traverses de bois, qu’on multiplie au fur et à mesure les sardines s’affaissent. On met, par-dessus, un soliveau do té
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- SARDINE. . g5
- un bout entre dans le trou carré du mur , et l’autre bout dépasse de quelques pieds le diamètre du baril. On suspend à ce bout, par quatre cordes, un plateau de bois qu’on charge de pierres, qui forment un poids suffisant. On augmente le poids à mesure que les sardines se pressent ; on remplit de temps en temps le haut du baril, jusqu’à ce que la presse soit achevée et que le baril soit rempli comme il doit l’être. Alors on couvre le poisson d’une couche de feuilles de fougère, comme on l’a pratiqué sur l’autre fond.
- Anchois.
- L’anchois est un petit poisson de mer de neuf à dix centimètres de long ( trois pouces) , que l’on pêche sur les côtes de la Méditerranée , depuis et y compris la Catalogne jusqu’à Toulon, et même au-delà. Cette pêche a lieu depuis le premier décembre jusqu’à mi-mars. On les sale après leur avoir coupé la tête et avoir ôté le fiel et les boyaux ; on les met en petits barils, qu’on nomme barrots, et qui se fabriquent à Cette.
- Les petites sardines de la longueur à peu près des anchois, se préparent et se salent de la même manière, en versant la saumure sur chaque couche.
- On alite ces poissons dans les barrots et demi-barrots, de même que les sardinesj on fonce les barils, en laissant un trou au milieu du fond de dessus, et l’on verse dans ce trou la saumure , que l’on prépare comme nous allons l’indiquer.
- Sur environ deux cents livres de sel broyé , on verse deux livres d’ocre rouge ou bol d’Arménie en poudre , qu’on mêle bien. On verse ce mélange sur le fond et sur les lits, au fur et à mesure qu’on les place ; on termine par une couche du mélange. Lorsque les barrots sont foncés, on verse la saumure suivante jusqu’à ce que le barrot soit plein, et que le jable aussi en soit rempli. Voici la recette pour la saumure :
- 0n‘ fait dissoudre dans l’eau autant de sel qu’elle peut en
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- 96 SARRAZIN.
- dissoudre pour qu’un œuf du jour y surnage. C’est cette saumure dont on se sert : la salaison se fait à sec. On couvre chaque baril d’une brique, et on les expose pendant plusieurs jours au soleil. La chaleur fait fermenter la saumure que le poisson forme de son suc et de la fonte du sel ; elle aide à confire le poisson.
- La brique a un double motif : i°. elle s’oppose à une trop grande e'vaporation procurée par les rayons d’un soleil brûlant ; 2°. elle garantit des effets de la pluie, qui affaiblirait la saumure. Lorsque le poisson est bien préparé', on boucbe le trou avec du lie'ge, et on livre les barils au commerce.
- Les grands barrots pèsent de vingt-quatre à vingt-cinq livres, et contiennent de cinq à six cents poissons : les petits à proportion : ceux-ci pèsent la moitié' des grands. L.
- . SARRAZIN ( Agriculture). Cette plante, qu’on nomme aussi blé noir, carabin, est originaire de Perse et de Syrie, d’où les Croisés l’ont apportée ; elle sert à la nourriture des habitans de beaucoup de pays, qui, sans elle, seraient réduits à la plus affreuse misère. Les paysans de la Bretagne en font leur principale subsistance ; les volailles, les bestiaux, la mangent avec plaisir, et sa rapide croissance , la facilité avec laquelle elle vient dans les terrains les plus arides, en fait un précieux sujet de culture.
- Il n’y a que les sols froids et humides qui ne conviennent pas au sarrazin ; les terres substantielles le font pousser en herbe, et il y donne peu de grain.
- Après un petit labour, on sème clair et à la volée; cependant si l’on a pour objet de nettoyer le champ de ses mauvaises herbes, ou de récolter en vert, ou d’enterrer la plante comme engrais, il faut semer dru ; ensuite on herse et l’on passe le rouleau. Les semis d’automne ne sont que pour fourrage , car le sarrazin craint la gelée ; autrement on le sème au printemps , quand le froid n’est plus à craindre. Trois mois suffisent pour récolter les graines. Dans les années pré' coces, ou les pays chauds, pour obtenir une seconde récolte, on fait succéder cette plante à la moisson de seigle, et elle
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- SASSAFRAS. gy
- a encore le temps de mûrir. Elle re'ussit très bien après des pois, des raves, des pommes de terre, et surtout après une récolte fumée : elle épuise peu le sol.
- Un des usages du sarrazin est de fumer la terre. Six semaines après le semis, il entre en fleur ; alors on laboure en enterrant le fourrage, qui se pourrit et nourrit le sol. enfle nettoyant des mauvaises herbes. On laboure ensuite en automne, et l’on sème le blé. Ce procédé est excellent pour féconder les terres maigres.
- La récolte de sarrazin se fait en arrachant les tiges, lorsque la majeure partie des graines est amenée à maturité , et réunissant en bottes ; on les couvre de paille, ou avec d’autres bottes renversées, pour que les oiseaux ne les attaquent pas. Après quelques jours, la dessiccation est complète. On jette ces bottes dans une charrette garnie d’un drap, pour que le grain ne se perde pas. On bat ensuite au fléau , et l’on vanne à deux reprises. Mis en tas et remué de temps à autre, le sarrazin se dessèche. On met en sac, et l’on conserve pour l’usage. Cette graine peut être semée encore après trois ans.
- La farine de sarrazin est blanche ; son goût plaît aux personnes qui y ont été habituées : elle ne peut faire du pain , parce qu’elle n’a pas de Gluten ; mais elle est très nourrissante, en la cuisant sous forme de bouillie ou de galettes. Les chevaux , les moutons, les bœufs et les cochons l’aiment beaucoup. La fane verte ou sèche est peu de leur goût ; ils la mangent cependant. Yauquelin a trouvé 20 à 3o pour 100 de potasse dans ces tiges desséchées. Les abeilles recherchent beaucoup les fleurs de cette plante ; le miel est alors coloré, mais agréable. Celui qu’on tire du Gâtinais est assez ordinairement dans ce cas , parce qu’on prend le soin d’y cultiver le sarrazin, pour que les abeilles trouvent une nourriture abondante. Fb.
- SASSAFRAS (Bois de). C’est la racine d’une espèce de laurier, laurus sassafras, qui se trouve dans l’Amérique septentrionale , depuis la Floride jusqu’au Canada ; sa stature Tosie XIX.
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- 98 SATIN.
- varie beaucoup suivant le climat. Dans la Floride,'il parvient à la hauteur de 20 à 3o pieds ; dans le Canada , il ne de'passe pas celle de 8 à 10. Depuis quelques années, on le cultive en France dans les jardins des curieux , et il s’y acclimate très bien,
- .En Médecine , on fait quelque usage de cette racine, à laquelle on attribue, comme à la salsepareille et au gaïac, une propriété sudorifique ; sou odeur est aromatique et très agréable ; elle résulte de la présence d’une huile essentielle qu’on peut en extraire par la distillation. R.
- SATIN ( Technologie). Parmi les étoffes dont les modèles nous sont venus de la Chine, on distingue le salin. Cette étoffe, qui a une surface qui paraît glacée, se fabrique sur un métier de Tisserand à plusieurs marches.
- Roland de la Platière , l’un des meilleurs technologues que nous ayons eus, a si bien décrit tous les Arts qui ont le tissage pour base, que nous n’hésitons pas à transcrire presque en entier la description qu’il donne de la fabrication du satin, auquel cet article est consacré.
- « Le métier a cinq marches et cinq lames, tellement disposées que l’une des cinq marches , foulée, fait lever régulièrement les quatre autres à la fois, lorsque l’ouvrier n’en baisse qu’une seule. En considérant cette marche , on reconnaîtra que les quatre fils qui lèvent, dominent la trame , chacun quatre duites de suite, toujours en avant, quoique toujours parallèlement, mais diagonalement ; de manière qu’au premier pas, les quatre premiers fils levant, le cinquième baisse ; au second , les deuxième , troisième , quatrième et cinquième lèvent, le premier baisse; au troisième, le troisième, le quatrième, le cinquième et le premier lèvent, tandis que le deuxième baisse, et ainsi de suite. Il en résulte une flottée de la part des fils de la chaîne, qui forme le satiné de l’étoffe ; et dans le fait, quelle que soit la matière qui forme l’étoffe, soit laine, lin ou chanvre ou coton, la surface en est satinée comme lorsqu’elle est en soie, et on les désigne sous le nom de satin de laine, satin
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- SATIN. 99
- de fil ou de colon, tandis qu’on réserve le seul mot satin pour désigner le salin de soie.
- » Mais en travaillant cette étoffe comme nous venons de l’indiquer, il arriverait qu’il n’y aurait jamais qu’un cinquième de la chaîne en-dessous, lorsqu’on ouvre le tissu, et toujours par fil séparé de la distance des quatre qui se trouveraient en même temps en-dessus. Cette partie de chaîne serait trop faible pour résister au frottement continuel de la navette , d’un certain poids, et qu’elle supporterait en entier : on tourne donc la chaîne sens dessus dessous, ou, ce qui revient au même, on dispose les pièces de l’armure où l’on fait le jumellage eu sens contraire , et l’ouvrage se tisse à l’envers.
- » Les calmandes sont des satins de laine, et se travaillent de la même manière. Tout ce que nous venons de dire ne s’applique qu’aux satins ou calmandes unies ; mais lorsqu’on veut les faire à côtes, comme cela arrive quelquefois, on conçoit que le passage des fils et le jeu des lames ne doivent plus être les mêmes, mais que les côtes n’étant qu’une alternative d’endroit et d’envers, la rentraiture doit alterner d’abord pour produire cet effet. Ces côtes sont ordinairement de largeur égale entre elles, et de distance égale entre elles, et à cette largeur; alors l’étoffe n’a point d’envers, tout est semblable de l’un et de l’autre côté. Elles peuvent être inégales, ainsi que leurs distances ; ce n’est plus une étoffe absolument sans envers; et l’endroit est toujours censé être le côté où il y a le plus de satiné, celui où les côtes un peu en relief, eu égard au fond, sont plus larges que leurs intervalles.
- » Mais on fait des satins à 6, à 7, à 8, à 9, et jusqu’à 10 lisses, et toujours à autant de marches. Dans le satin à to lisses, on voit que chaque estance passe sur neuf duites de trame, et que la dixième lie le fil. Ce sont les mêmes effets des serges satinées , mais les lisses sont mues différemment.
- *' Tout ceci n’est relatif qu’aux satins simples ou avec envers. A l’égard des satins doubles, à quelque nombre de
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- lisses qu’ils soient, également depuis cinq jusqu’à dix, et dn satin-serge, où l’on en fait le remettage en deux corps de remise, on le fait tel qu’il produise le même effet. Il faut que chaque côté de l’étoffe ait un nombre de lisses convenable au genre de satin qu’on veut fabriquer : s’il est à huit lisses d’un côté, il faut qu’il ait huit lisses de l’autre ; il faut que la marche qui fait lever une des lisses de satin qui se fait en-dessous, fasse en même temps descendre une de celles qui forment celui du dessus ; il faut donc tenir un corps de lisses bas, et l’autre haut.
- » Si les deux chaînes d’un satin double quelconque sont de couleurs différentes, il est clair que ces deux côtés auront , l’un, l’une de ces deux couleurs, l’autre , l’autre couleur. On pourrait sans doute de la même manière colorer doublement des étoffes, et cela s’est pratiqué, comme par essais, qui ont mal réussi. »
- Nous n’entrerons pas dans de plus grands détails sur cette fabrication : ce que nous venons d’en dire suffira, nous n’en doutons pas, pour faire concevoir au lecteur les principes qui dirigent l’ouvrier dans la confection de cette étoffe singulière. L.
- SATINAGE, SATINEUPt ( Technologie). Il n’est personne qui ne se soit aperçu que lorsque les feuilles d’un ouvrage sortent de dessous la presse de l’imprimeur, les caractères, par l’action du foulage , ont formé pour chaque lettre un petit enfoncement dans le papier, ce qui occasione une petite saillie sur l’autre surface. LeR.Ei.iEDR, en battant les feuilles ou les cahiers sur la pierre, à coups de marteau, abat ces pe- ’ tites éminences, mais les brochures, qu’on ne faisait pas battre, ne jouissaient pas de cet avantage, et ne présentaient pas la même propreté.
- Indépendamment de ce que le battage aurait augmenté la dépense de la fabrication, il aurait rendu le volume trop mince, et cela eût été défavorable pour la vente, car le fabricant cherche à faire paraître son volume le plus épais possible, sans augmenter le nombre de feuilles. Pour remplir ce double
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- SATINAGE. SATINEÜR. 101
- but, on imagina le satinage, et cette opération fut confiée à un ouvrier qu’on nomme salineur.
- Le satinage présente un troisième avantage ; il achève de se'cher l’encre d’imprimeur, et par ce moyen permet de relier le volume presque au moment où il sort de la presse , sans que les feuilles fournissent presque aucune maculature sous le marteau du relieur.
- L’opération du satinage est très simple ; il suffit de placer chaque feuille de papier, bien étendue, entre deux feuilles de carton mince, très uni et poli ; de soumettre le papier à l’action d’une forte presse et de l’y laisser, ainsi comprimé, pendant un espace de temps plus ou moins long, mais qui ne doit pas être moindre de douze heures. Voilà en gros les opérations du satineur; entrons dans quelques détails indispensables.
- Le satinage d’un ouvrage se fait toujours lorsque le papier, sorti de dessous les presses, est parfaitement sec; il peut se faire indifféremment avant ou après que les feuilles ont été assemblées ; cependant il se fait presque toujours après l’assemblage : i°. parce qu’il est rare qu’on fasse satiner toute une édition; 2°. parce que, si l’on satinait avant l’assemblage, on courrait le risque de satiner des exemplaires qui pourraient n’être pas complets, et ce serait du temps perdu et des frais inutiles, puisqu’on ne s’apercevrait des feuilles qui manqueraient, qu’après que le travail serait entièrement achevé.
- Le satineur reçoit donc les ouvrages après qu’ils ont été assemblés et qu’ils sont secs ; il place sur sa table et à sa gauche, les cahiers qui doivent former le volume ; il ouvre le premier cahier par le milieu ; il place sur sa droite un tas de cartons bien secs; il en prend un qu’il pose devant lui, ensuite il prend de la main gauche une feuille imprimée, il l’étend bien sur le carton , et il pose dessus un second carton; sur celui-ci il pose une autre feuille de papier, qu’il étend comme la première, et la couvre d’une autre feuille de carton. 11 continue ainsi jusqu’à ce qu’il ait formé un tas assez
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- considérable, mais pas trop lourd pour le porter sur le tablier de la presse sans rien déranger : sur ce tas il en inet un autre, tant que la presse peut en contenir, en ayant soin de terminer par un carton. Il couvre le tout de plusieurs planches ou plateaux bien unis, et il serre fortement sa presse.
- Les bons satineurs emploient la presse hydraulique , qui exerce, comparativement aux presses à vis, une pression beaucoup plus forte.
- Ils laissent, comme nous l’avons dit, le tout en presse pendant douze heijres, excepté le samedi soir ; ils ne dépressent que le lundi matin.
- Après avoir dépressé, ils portent les tas sur la table sur laquelle ils les ont formés -, ils sortent les feuilles l’une après l’autre, en plaçant les cartons sur leur droite, et les feuilles sur leur gauche. Par cet ordre, les feuilles se trouvent arrangées comme elles l’étaient en premier lieu, et l’assemblage n’est pas dérangé.
- Lorsque l’ouvrage est imprimé depuis peu, et que l’enere est mauvaise ou n’esr'pas assez sèche, les cartons se trouvent maculés ; et si l’on n’avait pas soin d’enlever les macules, le satineur courrait le risque de maculer les autres feuilles qu’il satinerait à la suite. Pour éviter cet inconvénient, il est obligé de frotter les cartons, à tour de bras, avec du papier non collé.
- Le satineur exerce son art non-seulement sur les feuilles de papier imprimées , mais encore sur les gravures en taille-douce, sur les lithographies, sur le papier à dessin, blanc ou de couleur, etc. C’est dans ces diverses opérations que le satinage exige plusieurs considérations préliminaires.
- i°. Les gravures en taille-douce ne demandent et n’exigent pas d’autres précautions que les feuilles imprimées; les opérations sont les mêmes, elles se satinent à sec.
- 2°. Les planches lithographiées sont différentes ; le râteau qui frotte sur la planche pour imprimer la lithographie, tend à allonger le papier dans toutes les parties où il frotte, et par conséquent le milieu gode lorsque les marges sont unies,
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- ce qui produit un mauvais effet, qui n’a pas lieu lorsqu'on se sert d’un rouleau en fer ou en acier poli, que nous avons substitué au râteau. Pour faire disparaître le godage, le satineur mouille les bords avec une éponge et de l’eau propre ; le papier des bords s’allonge ; il place ensuite les planches ainsi mouillées par les bords , entre les cartons, comme il le fait pour les feuilles d’impression à sec ; la planche entière, en sortant de dessous la presse, se trouve également étendue partout, après une forte pression suffisamment prolongée.
- 3°. Les feuilles dé papier à dessin sont quelquefois pliées par le milieu ; il s’agit de faire disparaître ce pli et de bien étendre la feuille : pour cela on la mouille bien partout, onia met, comme la feuille lithographiée, entre des cartons épais, lisses, mais mats, qui boivent promptement l’eau. On les presse fortement, et lorsque les feuilles sont sèches, on les place entre des cartons polis, et l’on donne une forte pression. Il en est de même pour les lithographies, qu’on presse d’abord entre des cartons lisses et mats après les avoir mouillées, et ensuite entre des cartons polis lorsqu’elles sont sèches.
- Voilà en quoi consistent toutes les opérations du satineur ; il nous reste actuellement à décrire son atelier.
- Au milieu d’une vaste pièce est placée une grande table, large et longue, selon l’emplacement. Le long d’un des murs, sont fixées trois ou quatre fortes presses à vis, comme celles du fabricant de papiers, et au moins une forte presse hydraulique. Au-dessus de la grande table sont placés horizontalement et au-dessus l’un de l’autre, parallèlement entre eux , deux grands cadres, de douze à quinze pieds de long, sur environ trente pouces de large; ces cadres sont tenus à une distance l’un de l’autre par quatre montans ajustés à tenons et à mortaises, placés aux quatre angles des deux cadres. Ces montans ont une longueur plus grande de quelques pouces que la largeur des feuilles de carton. Les deux grands côtés de ces cadres sont percés dans leur épaisseur, l’un sur l’autre d’une infinité de trous de trois à quatre lignes
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- jo4 SAULE.
- de diamètre, à un pouce environ l’un de l’autre. On passe de fortes ficelles dans ces trous de la manière suivante : on passe le bout de la ficelle dans le premier trou d’en bas, sur la droite, de dedans en dehors; là elle est arrêtée, soit par un fort nœud, soit par une forte cheville qu'on noue avec la ficelle en travers du trou, afin de l’empêcher de céder par la tension ; on lapasse dans le trou verticalement supérieur, de dedans en dehors, et de là dans le trou à côté vers la gauche, de dehors en dedans ; de là on descend au cadre inférieur, on passe la ficelle dans le second trou, de dedans en dehors, puis dans le troisième de dehors en dedans , et ainsi de suite en suivant tous les trous en montant et en descendant. Lorsqu’on est arrivé au dernier, avant d’arrêter la ficelle comme on l’a fait en commençant, on tend parfaitement toutes les ficelles, on l’arrête solidement, et un côté de cette espèce de cage est terminé. On en fait de même pour le côté opposé.
- Par ce moyen les deux côtés des cadres sont remplis de ficelles verticales, à la distance d’un pouce l’une de l’autre. On a formé ainsi un casier qui sert à faire sécher parfaitement les cartons, en en plaçant un entre deux ficelles ; ce casier est assez élevé pour qu’on ne puisse pas le toucher avec la tête, et afin qu’il n’embarrasse pas pendant le travail.
- Le satineur doit être approvisionné d’un nombre considérable de cartons ; plusieurs milliers de chacune des deux espèces dont nous avons parlé lui sont indispensables. Cet art, qui paraît d’une très grande simplicité, exige des connaissances exactes des qualités différentes du papier ; chacune de ces qualités demande des précautions qu’il est impossible de décrire, et sur lesquelles on ne peut pas donner de règles générales. Un peu de pratique rend maître à cet égard. "L.
- SAULE ( Agriculture). Il y a plusieurs espèces de saules; ces arbres se plaisent en général dans les lieux humides et inondés. On cultive principalement le saule blanc {salix alba) le long des ruisseaux , des fossés , des mares, pour consolider les terres du rivage. On l’étête ordinairement ; et il
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- SAUMON. io5
- repousse, du sommet, une forêt de rameaux flexibles qui servent à faire des liens, des fagots, des échalas. Le cœur de l’arbre est quelquefois complètement détruit ; la vie se conserve dans un reste d’écorce, qui souvent ne soutient l’arbre que d’un seul côté. Quand le saule est sain , son bois sert à faire des solives, des douves, des planches, etc. En levant, sur le jeune tronc, des lanières qu’on passe sur un peigne d’acier à dents tranchantes, on en fait des chapeaux, des nattes, des filets, des étoffes. Son écorce peut tanner le cuir; et l’on y a récemment découvert un alcali, la silicine, qui peut remplacer la quinine comme fébrifuge.
- Le saule jaune (salix vitellina) sert à faire des paniers, aussi bien que plusieurs autres espèces, dont les rameaux sont appelés Osier. ( V. ce mot.)
- Le saule marceau {salix caprœa) se contente des sables, des craies les plus arides , des marais fangeux, des argiles compactes. Cette propriété de croître partout le rend précieux : il sert au tannage, à la vannerie ; on eu chauffe le four; son charbon est excellent pour faire de la poudre à canon. On fait, avec les branches de ce saule, des cercles, des échalas; les bestiaux recherchent ses feuilles avec passion.
- Le saule pleureur ( salix Babylonica ) est cultivé près des pièces d’eau des jardins d’agrément ; ses branches tombantes et feuillées y font un effet très pittoresque.
- Tous les saules se multiplient de bouture avec une extrême facilité : une branche implantée dans un sol humide ne tarde pas à former un arbre, car la croissance de ce végétal est singulièrement rapide. Fr.
- SAUMON. C’est un beau poisson, qui acquiert jusqu’à 5 et 6 pieds de longueur, et qui pèse de 80 à too livres;.le plus souvent il ne pèse que 12 à i5 livres. Sa chair est très délicate, et orne les tables les plus somptueuses. On le trouve sur les bords de la mer, depuis les tropiques jusqu’aux pôles ; il aime le voisinage des eaux douces, et remonte les rivières jusque près de leur source, en été, pour faire sa ponte. Semblables aux hirondelles, les saumons reviennent chaque
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- too SAVON.
- année dans les mêmes lieux, aux époques de leur migration. On les voit voyager, par bandes innombrables, sur deux de hauteur. On assure que les cataractes ne sont pas pour eui des obstacles insurmontables; ils font quelquefois des sauts considérables ; ils nagent avec beaucoup de vitesse, et l’on estime qu’ils peuvent parcourir 100 toises par minute. Les petits étant éclos dans les rivières, regagnent la mer lorsqu’ils ont acquis un pied de longueur.
- On jsêche une prodigieuse quantité de saumons sur certaines côtes , telles que celles de Bretagne ; il est alors si commun, qu’on le rebute. On le sale pour le conserver, à la manière ordinaire ( V. Salaison ), et il s’en fait dans cet état un assez grand commerce. Le saumon salé est d’une assez grande ressource pour les ménages qui ont peu d’aisance, et il tient lieu, en carême, des autres poissons , qui sont chers et rares,
- Fr.
- SAUTOIR ( Arls mécaniques) Il arrive quelquefois qu’on veut donner à une roue dentée des intermittences de repos et de mouvement, de manière que chaque dent passe à son tour par un saut brusque après des intervalles de temps réguliers. C’est ainsi que l’aiguille des quantièmes d’une pièce d’horlogerie reste immobile pendant vingt-quatre heures , et fait un pas chaque fois qu’il est minuit. Le mécanisme qui produit cet effet est appelé Sautoir ; nous l’avons décrit aux mots Quantième et Répétition; il est représenté Pl. 5a des Arls mécaniques. Consultez aussi les articles Réveil, Échappement, Pl. 54 et 21, où nous avons décrit et figuré d’autres effets analogues. Fr.
- SAVON. Le savon proprement dit résulte de la combinaison d’un corps gras d’origine végétale ou animale , et d’un alcali, potasse ou soude. L’art de le fabriquer date des époques les plus reculées, et nous possédons un nombre si considérable d’écrits sur ce sujet, qu’il semblerait devoir être entièrement épuisé, ou n’être plus susceptible d’aucun perfectionnement nouveau. Mais la Chimie moderne, qui a rendu de si grands services à notre industrie manufacturière , *
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- SAVON. to7
- aussi puissamment contribue', vers ces dernières époques , à éclairer l’importante fabrication des savons, et à lui donner un nouvel essor. Ce ne sont plus maintenant des combinaisons faites par la routine, et que l’empirisme seul dirige. Le fabricant instruit ne livre aujourd’hui rien au hasard , et il ne se laisse plus entraver dans sa marche par les nombreux in-cidens qui venaient si souvent dérouter les plus habiles praticiens ; guidé par une saine théorie, il apprécie presque toujours à sa juste valeur chacune des circonstances fortuites qui peuvent se présenter, et les moyens d’y remédier viennent pour ainsi dire s’offrir d’eux-mêmes.
- Rien de plus simple en soi-même que la saponification des corps gras ; mais ils sont en grand nombre, et chacun d’eux donne des résultats différens, qu’il est essentiel de connaître, du moins pour les. plus importans, afin de savoir quelles modifications le mode d’opérer doit subir dans telle pu telle circonstance; de plus, la potasse et la soude n’agissent pas de la même manière sur les-corps, et de là naît une nouvelle source d’anomalies, que le fabricant doit pouvoir apprécier.
- Vouloir reproduire ici la multitude des observations qui ont été publiées sur les savons, ce serait dépasser de beaucoup le cadre étroit qui nous est tracé,, et encourir le blâme d’une inutile superfétation : mais ce qu’il nous importe de faire remarquer pour demeurer fidèles au plan que nous avons suivi jusqu’alors, c’est de tâcher de présenter un précis qui renferme toutes les données essentielles à connaître pour comprendre les phénomènes vaiiés que présente cette opération, laissant à ceux qui ont intérêt à l’étudier dans ses plus minu-tieux détails, le soin de consulter les traités spéciaux qui °nt été publiés sur cette importante fabrication, et parmi lesquels nous citerons principalement :
- Celui de M. Yvan, que couronna l’Académie de Marseille eu 1772.
- Celui publié en 1793 , sous le titre de 'Traité théorique de T Art du Savonnier, par Baudoin , et qui fut également jugé *%ne du prix, par la même Académie , en 1807.
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- io8 SAVON.
- M. Gabriel Décroos a aussi publié, en 1821, à Paris, m ouvrage intitulé : Traité sur les Savons solides, ou Manuel du Savonnier et du Parfumeur.
- Plus récemment encore, M. Poutet, chimiste habile de Marseille, a écrit, dans le T. IV des Arts et Manufactures à l’Encyclopédie, un traité complet de l’art du savonnier.
- Outre ces divers Traités ou Manuels, on ne saurait trop recommander à celui que ce sujet peut intéresser, de consulter l’excellent Mémoire de MM. Lelièvre, D’Arcet et Pelletier, imprimé dans le T. XIX des Annales de Chimie; l’artiè de M. Chaptal, inséré dans le T. IV de la Chimie appliqué aux Arts ; le Traité sur les Corps gras d’origine animale, par M. Chévreul, publié en i8a3 ; le Mémoire de M. Braconnot. communiqué à la Société des Sciences de Nancy, en 1815 ; les Mémoires de M. Colin sur les Savons durs, Annales de Chimii et de Physique, T. III.
- Des matières premières qu’on emploie dans la fabrication è
- savon.
- Il n’est besoin d’aucun commentaire pour faire sentir, à celui qui veut se livrer aune opération, la nécessité de bien connaître les matières premières qui en font la base. Chacun sait, en effet, que c’est le premier élément de tout succès en ce genre, et que cela devient d’autant plus important que l’exploitation est montée sur une plus grande échelle ; car alors, une seuk qualité non prévue suffit pour occasioner des pertes immenses Or, c’èst précisément ce qui arrive pour les savons; car le plus ordinairement on n’opère dans ce cas que sur des masses considérables et dans des limites très étroites pour le bénéfice; en sorte que tout ce qui détermine de l’infériorité dans la qualité ou dans la quantité du produit, ne peut manque! de porter un préjudice notable aux intérêts du fabricant. &ttÈ vérité est si généralement sentie, que tous s’appliquent J acquérir ces connaissances ; mais pour y parvenir, les uns0I1, recours à des moyens empiriques qui parfois les jettent dans l’erreur, et les autres se servent des données plus cer-
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- laines que leur fournit la science ; mais ces donne'es ont besoin d’être rigoureusement apprécie'es ; et c’est ici le cas de faire observer que des demi-connaissances sont quelquefois plus dangereuses qu’une ignorance absolue. Le premier soin du fabricant doit donc être de bien posse'der les élémens d’une science qu’il prend pour guide, s’il veut se mettre en état de faire un bon usage des ressources qu’elle peut lui offrir.
- Cela posé, revenons à notre objet, et disons qu’un des grands services que la Chimie ait rendus au fabricant de savon, c’est de lui avoir enseigné à apprécier, avec une rigueur mathématique, la qualité des alcalis qu’il emploie. Autrefois, et cela ne date pas d’assez loin pour qu’on l’ait oublié, on voyait souvent, comme l’observe judicieusement M. Decroos, acheter à un plus haut prix des potasses d’une moindre richesse alcaline, que celle qu’on refusait à un prix inférieur. Ce n’est que depuis les intéressantes recherches de Vauquelin, de Descroizilles et de M. Gay-Lussac, que le fabricant marche à coup sur, et qu’il ne paie que la quantité réelle d’alcali qu’on lui livre. Déjà nous avons traité cet objet très en détail aux articles Alcalimètre , Potasse, et nous ne pensons pas avoir besoin d’y revenir. Nous ferons seulement remarquer qu’il ne suffit pas, surtout pour les potasses, de ne payer que la quantité réelle d’alcali qu’elles renferment ; il faut en outre ne pas employer celles qui contiennent une forte proportion de sels étrangers, car ils exercent une influence fâcheuse sur la fabrication des savons mous, dont la potasse est la base. On doit donc accorder la préférence à celles qui sont les plus riches en alcali.
- Relativement aux soudes, nous n’aurons ici que fort peu de choses à en dire, paree qu’elles feront l’objet d’un article spécial, où l’on traitera très au long de leur fabrication, de leur analyse, etc.; et il ne nous reste à les envisager ici que sous le point de vue particulier de leur emploi dans les savonneries, ce qui nécessitera cependant d’importantes observations.
- Les soudes dont on fait usage dans les savonneries pro-. viennent ou de l’incinération de certaines plantes marines
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- ou de la décomposition du sel marin. Dans le premier cas on les nomme soudes naturelles ou végétales, et dans le deuxième, soudes artificielles. Quelquefois aussi ou se sen des sels qui résultent de l’évaporation des lessives de sou<i6 brutes, et on les appelle sels de soude. Depuis plusieurs as-nées , l’emploi des soudes végétales est tout-à-fait banni daœ les savonneries françaises ; mais comme il n’en est pas ainsi partout, nous allons examiner en quoi diffèrent ces trois espèces, et dire quelles influences leurs compositions particulières peuvent exercer sur la fabrication des savons ; néanmoins il faut qu’on sache , avant tout, que les savons à base depo-tasse sont demi-transparens, d’une consistance molle, « quelle que soit la matière grasse qui entre dans leur compo sition, tandis que les savons uniquement à base de souè sont pour la plupart de consistance solide. Cette diffe'rencî paraît dépendre de la plus grande affinité de la potasse pour l’eau, d’où dérive aussi, sans doute, la plus grande solubilité du savon à base de potasse.
- Les soudes végétales ont été les premières connues, et pendant des siècles, les seules employées dans la fabrication ds savons. Ainsi, c’était uniquement sur leur composition qu’oi avait statué pour les dosages et le choix des autres matériaux ; mais il est notoire que ces soudes naturelles contiennent une certaine quantité de potasse, et que les soudes artificielles en sont exemptes : or, nous venons de voir quek potasse produit des savons mous, et la soude des savons solides ; d’où l’on a inféré que de ce mélange des deux alcalis , résultait un savon qui n’avait ni la sécheresse de celai uniquement à base de soude, ni la molle consistance du savon à base de potasse. En effet, on obtenait une pâte qui' malgré son exposition à l’air, conservait cette espèce de souplesse et d’onctuosité à laquelle le consommateur attache une grande importance, parce qu’elle est pour lui une garantit certaine d’un savon bien fabriqué et d’un emploi commode.
- Les soudes artificielles ne contiennent pas de potasse, d fournissent, par cela même, dit-on , un savon trop sec et qui
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- manque de liant. Pour obvier à cet inconvénient, on a mis à profit une observation dès long-temps signale'e dans IeMe'moire de MM. Lelièvre , D’Arcet et Pelletier, et qui consiste à faire voir que, dans la nombreuse se'rie des matières grasses, toutes ne sont pas e'galement susceptibles de fournir des savons aussi solides avec la soude que l’huile d’olives, qui dans l’origine était la seule employée. De ce nombre se trouvent les huiles dites chaudes, parce qu’elles n’ont point la propriété de se congeler par le froid : telle est celle d’œillet. Pour arriver donc à cette consistance moyenne si recherchée , on a imaginé de mélanger dans une certaine proportion ces huiles de propriétés contraires; et comme les premières tentatives faites à cet égard, furent couronnées d’un plein succès, cette méthode se propagea avec d’autant plus de rapidité, qu’elle procurait un rendement plus considérable; aussi n’est-il point de fabrique aujourd’hui où elle ne soit mise en usage. Malheureusement , comme nous le verrons bientôt, la cupidité s’en est promptement emparée, et en a fait un moyen de fraude. Peut-être même est-ce uniquement l’appât du gain qui a suggéré l’idée de ces mélanges; car enfin, s’il est vrai de dire que les soudes végétales contiennent de la potasse, l’est-il également d’ajouter que c’était surtout à la présence de cette potasse qu’était due la bonne consistance des anciens savons? Et ne sait-on pas que la potasse ne peut se maintenir en proportion notable dans sa combinaison avec un corps gras, en présence de la soude ou d’un sel de soude, et que celle-ci, toujours en excès dans les lessives réitérées qu’on emploie à la saponification, doit nécessairement en éliminer presque toute la potasse qui aurait pu s’y fixer momentanément : il devient donc assez probable que l’addition de l’huile d’œillet ou de colza à l’huile d’olives, a eu pour principal but de fabriquer des savons à plus bas prix. Ce qu’il y a de positif, test qu’il est toujours possible d’obtenir, avec de la soude pnre et de bonne huile d’olives, du savon d’une excellente qualité , et que sa consistance et son homogénéité ne dépendent que de l’habileté de l’opérateur.
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- Une autre différence qui existe entre la soude naturellee: l’artificielle, de'rive de la pre'sence dans celle-ci d’une plu grande quantité de sulfure , et ce sulfure est parfois nui. sible et parfois avantageux. Il importe donc au fabricat; de pouvoir le reconnaître au besoin. Or, s’il ne veut qu s’assurer de son existence, sans avoir besoin d’en détermine: l’exacte proportion, il lui suffira d’ajouter quelques goutte; d’acétate de plomb dans une petite quantité de lessive & cette soude, et le précipité, au lieu d’être blanc comme ave: la soude pure, sera sali par une teinte noire d’autant plu prononcée, que la soude sera plus sulfurée. Si au contrait on a intérêt à déterminer l’exacte proportion du sulfure cou tenu, alors il faut avoir recours au procédé propose' pr MM. Welter et Gay-Lussac, qui consiste à titrer d’abord, par les moyens ordinaires, la soude qu’on veut essayer ; puis « pèse une nouvelle dose de cette même soude, et après l’avoir lessivée comme d’habitude, on évapore sa dissolution à une chaleur douce de bain de sable, dans un creuset 4 platine. Lorsque le tout est réduit à peu près à siccité, on; ajoute 6 décigrammes ou 12 grains de chlorate de potasse on mélange exactement avec une spatule, on recouvre 1; creuset en y laissant la spatule, et l’on chauffe graduellement à feu nu, jusqu’à ce que le mélange soit entré en lésion parfaite ; alors on laisse refroidir, et l’on dissout h-l’eati distillée. Quand la dissolution est complète, on titc de nouveau la liqueur contenue dans le creuset, et la différence entre les deux titres indique les degrés absorbés par-sulfure.
- Le chlorate de potasse qu’on emploie dans cette opération sert à fournir de l’oxigène pour brûler le soufre du sulfures le convertir en acide sulfurique , qui reste uni à la sont primitivement combinée au soufre , en telle sorte que « sulfure est transformé en sulfate ; mais comme ce sel nfr point décomposable par l’acide de la liqueur alcalimétriq® il n’en absorbe aucune portion, tandis que le contraire ava-lieu avec le sulfure.
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- Les soudes sulfure'es sont, en général, préférées pour les savons marbrés, attendu qu’elles produisent dés nuances plus vives et plus tranchées, tandis qu’on les évite , au contraire, pour les savons blancs, parce qu’elles leur communiquent presque toujours une teinte jaunâtre, qui résulte de la réaction du sulfure des lessives sur les surfaces métalliques des ustensiles qu’on emploie : aussi est-on obligé , quand on veut obtenir un savon d’un beau blanc, de priver la soude de sulfure, en la tenant long-temps exposée au contact de l’air, après l’avoir concassée en petits fragmens. Ainsi dépouillée de sulfure, elle prend le nom de soude jurée.
- On serait certain d’obtenir des savons d’un blanc plus pur, en employant dés sels de soude ; car les lessives de soudes brutes sont colorées non-seulement par des sulfures, mais encore par des matières charbonneuses qui proviennent des substances qu’on ajoute au sulfate de soude pour en déterminer la décomposition, tandis que les sels de soude qu’on obtient par la lixiviation et l’évaporation sont ensuite soumis à l’action d’une forte chaleur dans des fours à réverbère, pour les débarrasser complètement de ces substances organiques. Ainsi purifiés, ils donnent des lessives parfaitement blanches ; il en est cependant qui retiennent encore un peu de sulfure, et ceux-là jaunissent quand on les expose quelques instans au contact de l’air humide, et ce moyen suffit pour les purifier.
- En parlant des potasses, nous avons dit que ce n’était pas assez pour le fabricant d’être assuré de ne payer que l’alcali réel, mais qu’il devait en outre donner la préférence aux plus hautes en degrés , afin de se garantir des sels étrangers, qui généralement sont nuisibles à la confection des savons mous. Le même inconvénient n’existe pas pour les soudes, parce que les sels étrangers qu’elles retiennent ne nuisent pas; souvent même ils sont avantageux ; et cela est si vrai, qu’on fabrique exprès des soudes à bas titre, auxquelles on donne le nom de bourdes; elles contiennent près de 60 pour 100 de muriate de soude, et servent spécialement à faire ce Tome XIX. 8
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- qu’on appelle les lessives salées, dont nous indiqueïons plœ tard l’usage. Il est par conse'quent nécessaire que le fabricant puisse reconnaître la présence de ces sels et en déterminer la proportion. Les soudes artificielles sont faites, comme on le sait, avec du sel marin, que l’on convertit d’abord en sulfate de soude par l’addition de l’acide sulfurique, puis le sulfate est mélangé avec de la craie et du charbon, qui, à l’aide delà chaleur, convertissent la majeure partie du sulfate en carbonate de soude, ainsi qu’il sera expliqué plus au long à l’article Soude. On voit donc que les seuls sels qui puissent exister avec le carbonate dans les soudes artificielles , sont du sulfate de soude et du muriate de soude. Rien de plus facile que d’en connaître les proportions : il suffit, pour cela, è lessiver avec de l’eau distillée ün poids déterminé de soude, comme s’il s’agissait de la titrer, puis on sature la dissolution avec de l’acide nitrique pur, et sans avoir égard à h quantité d’acide employé, on en met un léger excès, et de manière à rougir sensiblement le papier de tournesol. Arrivé à ce point, on verse dans la liqueur une dissolution de nitrate ou de muriate de baryte; il se fait un précipité de sulfate de baryte ; on le recueille soigneusement sur un très petit filtre de papier joseph séché, dont on a pris la tare auparavant. Le sulfate étant réuni sur le filtre, on lave à l’eau distillée bouillante , puis on laisse sécher le filtre d’abord sur des doubles de papier joseph , puis au bain-marie, et quand il est parfaitement sec, on pèse, on déduit la tare du filtre, et la différence donne le poids du sulfate de baryte , d’où l’on déduit, par de simples proportions, la quantité d’acide sulfurique et celle de sulfate de soude, en partant de la composition connue de ces deux sulfates.
- Le sulfate de baryte contient, p. i oo
- Acide. . Baryte
- 34
- 66
- Le sulfate de soude contient, p. ioo parties,
- J Acide.. 62,7$ (Soude.. 47>î5
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- SAVON. u5
- On s’y prendrait absolument de la même manière pour connaître la quantité' de muriate, si ce n’est qu’on substituerait le nitrate d’argent au nitrate de baryte. On prendrait donc un poids exact de la soude qu’on veut essayer, on la lessiverait avec soin, on sur-saturerait la dissolution avec de l’acide nitrique pur, puis on verserait du nitrate d’argent en léger excès, et le chlorure d’argent produit étant recueilli sur un filtre et bien lavé, puis sécbé, ferait connaître par son poids, et d’après sa composition, la quantité de chlore : il serait facile d’en déduire la proportion de sel marin.
- Le chlorure d’argent contient, p. too part.,
- • 59,5 . 4o,5
- Nous verrons tout à l’heure de quelle utilité peut être ce sel dans la fabrication des savons.
- Observations sur les corps gras employés à la fabrication des savons.
- Nous n’avons point à nous occuper ici de l’étude générale des corps gras, qui déjà ont fait l’objet de plusieurs articles dans ce Dictionnaire, aux mots Axovge , Blanc de baleine, Beebke , Cire, Huiles, etc., et dont l’histoire sera complétée au mot Suit ; mais nous devons les examiner sous le point de vue de la saponification, et dire quelles sont les qualités nuisibles ou favorables à ce genre de combinaison.
- Dans l’état actuel de la science , on considère les corps gras comme formés de deux substances de consistance et de fusibilité différentes. Dans les huiles, la plus solide a été nommée stéarine , parce qu’elle se rapproche beaucoup du suif par sa consistance et son aspect ; le principe analogue qui est contenu dans les graisses animales a été nommé margarine> parce qu’elle présente, comme la perle orientale, des reflets nacrés.
- 8..
- Le chlorure de sodium contient, p. 100 part.
- f Chlore. I Sodium
- Chlore., 24,5 Argent., 75,5
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- u6 SAVON.
- On appelle oléine la partie la plus liquide des corps gras, et son nom lui vient de ce qu’elle est prédominante dans les huiles, et qu’elle est la cause essentielle de leur fluidité. Nous devons la connaissance de ces deux corps aux intéressantes recherches de M. Chevreul et de M. Braconnot. Mais M. Chevreul ayant prévu dès l’origine combien il deviendrait important de bien connaître les propriétés particulières de chacun de ces corps, en a poursuivi l’étude avec une rare constance , et il est parvenu à signaler une foule de faits dont la science s’est enrichie, et qui tôt ou tard trouveront leur application, mais qui, pont le moment, se réduisent, relativement â notre objet, aui conséquences suivantes. Par la réaction des alcalis caustiques sur les corps gras, chacun des deux principes qui les constituent se convertit en un acide particulier, que M. Chevreul distingue sous des noms qui dérivent de leur origine; ainsi, il appelle acide stéarique ou margarique, celui qui provient de la stéarine ou de la margarine, et acide oléique, celui fourni par l’oléine. Cette réaction alcaline donne encore naissance à un troisième produit, le principe doux anciennement découvert par Scheèle ; mais, jusqu’à présent, rien'n’indiqtie que ce produit soit appelé à jouer un rôle particulier dans la saponification, et par conséquent nous devons nous borner à l’indiquer.
- M. Chevreul a démontré que cette production des acides gras s’effectuait indépendamment de tout contact de l’air ou de l’oxigène, et sans qu’il en résultât aucun dégagement de gaz, et il ne la considère que comme le produit d’un simple déplacement de molécules : mais ces acides sont-ils réellement produits sous l’influence puissante des alcalis caustiques, ou bien préexistent-ils dans les corps gras, et forment-ib: par leur réunion avec le principe doux ou quelque autre analogue , des espèces d’éthers que les alcalis ne feraient que décomposer? Ce sont deux questions que nous ne discuterons point ici, parce que, quelle qu’en puisse être la solution , il n’en jaillirait aucun jour nouveau sur la saponifie*' tion. Nous nous bornerons donc à remarquer, pour faire
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- pressentir notre opinion, qu’ii serait bien étonnant que des acides qu’on peut produire ou extraire tout-à-la-fois, et par les alcalis, et par des acides concentrés et par le feu, ne préexistassent pas. Quoi qu’il en soit, voici ce qu’il nous importe surtout de faire remarquer, c’est que, dans l’acte de la saponification, ces acides se combinent à l’alcali en contact, et qu’il en résulte deux sels qui demeurent unis sous l’intervention d’une certaine quantité d’eau. Ainsi, le savon, considéré chimiquement, est composé de stéarate et d’oléate de potasse, ou de soude et d’eau.
- Mais observons maintenant que les corps gras diffèrent essentiellement entre eux par les quantités relatives d’oléine et de stéarine qui entrent dans leur composition, à tel point, qu’il est certaines huiles qui contiennent à peine de ce dernier principe. L’expérience prouve que ce sont en général celles-ci qui donnent les savons les moins solides. L’absence de la stéarine , ou du moins la petite proportion qu’elles en contiennent, rend ces huiles plus difficiles à se concréter par un abaissement de température, et on les nomme pour cette raison huiles chaudes, et par opposition on appelle huiles froides, celles qui résistent moins au froid, et qui se congèlent plus tôt. L’huile d’olive est à la tête de cette série ; aussi forme-t-elle d’excellens savons, et est-elle la source unique de la haute réputation de ceux qu’on fabrique à Marseille.
- Ce que nous venons de dire suffit pour démontrer combien il importe au fabricant, non-seulement de distinguer les différentes huiles entre elles, mais encore de pouvoir reconnaître les mélanges que la cupidité suggère, et dans quelles proportions ces mélanges ont été faits. Malheureusement la science n’est en ce point que d’un bien faible secours ; cependant, elle a déjà fourni quelques moyens utiles : il est probable qu’on arrivera sous peu à les perfectionner, ou à en trouver de nouveaux.
- Si l’huile d’olive était toujours bien préparée, elle serait facile à reconnaître, pour peu qu’on en ait fait usage, parce.
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- qu’elle a une odeur et une saveur qui lui sont particulières, et que l’on sait toujours distinguer ; mais ces caractères appartiennent surtout aux huiles fines d’olive, et ce ne sont pas celles qu’on emploie pour la fabrication du savon, non-seulement en raison de leur prix élevé, mais parce qu’elles convienneut moins sous le rapport du rendement.t Les qualités inférieures se saponifient mieux, probablement parce qu’elles contiennent plus de stéarine que les huiles fines et légères, qu’on obtient de première expression. Ne pouvant donc avoir recours à ce mode d’essai, on se sert du moyen de la congélation quand la température le permet, ou qu’on a de la glace à sa disposition. On sait avec quelle facilité l’huile d’olive se congèle, et que le contraire arrive avec l’huile d’œillet. Si l’on ne peut pas employer cette méthode, alors on met à profit la remarque faite dès longtemps , que les huiles de graines ont plus de viscosité que l’huile d’olive, et que cela leur donne la faculté de retenir plus long-temps de l’air entre leurs molécules, c’est-à-dire qu’elles ont la propriété de mousser quand on les agite. Ainsi, on verse dans des fioles différentes les huiles qu’on veut éprouver, on n’emplit que la moitié de la capacité , on bouche avec le pouce et l’on agite ; aussitôt qu’on cesse, l’huile d’olive pure reprend son niveau, et rien n’en trouble la surface. Les huiles blanches, au contraire , demeurent recouvertes de bulles d’air plus ou moins nombreuses. Si l’on mélange ces deux espèces d’huile ensemble, le même effet se produit, et d’une manière d’autant plus prononcée, que, l’huile blanche y sera plus abondante. Mais on conçoit que quelque habitude qu’on ait, il est impossible de rien statuer de bien positif sur un pareil procédé, car il est une infinité de causes qui peuvent faire varier ce caractère de viscosité.
- De tous les moyens mis en usage jusqu’alors, le meilleur est sans contredit celui proposé par M. Poutet, pharmacien distingué de Marseille , qui s’est beaucoup occupé, et avec succès, de la Chimie industrielle de son département. Voici en quoi consiste ce procédé, tel qu’il a été décrit par l’au-
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- teurdaas son Traité des Huiles, (Encyclopédie, T,IV des Arts et Manufactures, page 22. )
- « On pèse, dans une grande fiole à médecine, 7 onces et » demie d’acide nitrique à 38°, et 6 onces de mercure ; oa » laisse dissoudre ce métal dans l’acide, à la température » ordinaire; il s'opère un dégagement de gaz nitreux avec » production de chaleur. La dissolution faite, on introduit. » ce réactif dans un flacon de cristal bouché à l’émeriet » on le conservé pour l’usage. L’hiver, il se dépose quel-, » ques cristaux de nitrate de mercure au fond du flacon,
- » mais le liquide surnageant jouit toujours des mêmes pro-» priétés.
- » Lorsqu’on veut reconnaître la pureté de l’huile d’olive,
- » on fait d’abord la tare d’une fiole de la capacité de 6 à « 7 onces de liquide ; on y introduit 8 grammes ( 2 gros ) u de nitrate acide de mercure, sur lequel on verse 96 gràm—
- » mes (3 onces) de l’htdle à essayer.
- • » On bouche la fiole avec du parchemin mouillé, et 011 la » secoue bien de dix minutes en dix minutes, pendant l’es-» pace de deux heures, en faisant mouvoir le liquide de bas » en haut. Le mélange blanchit durant l’agitation.
- » Cela fait, on débouche la fiole, et on la laisse à la tem-» pérature d’une cave jusqu’au lendemain de l’opération.
- » Si l’huile est pure, elle se congèle et acquiert la consis-» tance presque analogue à celle du suif. Cette huile, ainsi » concrétée, est d’un jaune citron, et souvent recouverte » d’une efflorescence blanche.
- » Si au contraire ou trouve un fluide plus ou moins trans-
- * parent à la surface d’une matière congelée et remplie de " petits grumeaux, on peut être certain que ,1’huile est mé—
- * langée avec celle d’œillet, de noix ou de colza. La quantité
- * de fluide est d’autant plus considérable, qu’on a ajouté » davantage d’huile de graines à celle d’olive.
- * Ce procédé est fondé sur la propriété qu’a le nitrate
- * acide de mercure , de congeler et de solidifier, après plu-” sieurs heures, l’huile d’olive combinée à ce réactif, tandis
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- » qu’il laisse presque entièrement liquides les huiles de » graines, qu’il colore en jaune-rougeâtre, et dans lesquelles » il ne détermine la formation que d’un précipité plus ou » moins abondant. »
- Il est cependant vrai de dire que l’huile de colza pure traitée de la même manière, acquiert la consistance du beurre mouetune couleur orange très prononcée; mais, par une bizarrerie assez remarquable, il en est tout autrement lorsque cette huile est mélangée avec l’huile d’olive ; il reste toujours une portion fluide, à peu près proportionnelle à la quantité d’huile de colza ajoutée. Il est aussi à remarquer que cette huile se congèle facilement, et qu’elle fait avec la soude un savon assez solide.
- M. Poutet a également observé qu’un mélange d’huiles d’œillet et de colza ne subissait aucune congélation par la réaction du nitrate acide de mercure, tandis que, seule, cette dernière prend la consistance de beurré dans les mêmes circonstances. Il est sans doute difficile de se rendre compte d’un pareil résultat; mais comme il est constant, il n’en sert pas moins à reconnaître la fraude, quand elle a lieu.
- M. Poutet prétend qu’à l’aide de ce procédé, on peut s’apercevoir de l’addition de dix centièmes d’huile de graines dans l’huile d’olive, et, à plus forte raison, d’une proportion plus considérable. Mais on n’a aucun moyen d’évaluer, avec quelque exactitude , les quantités relatives de ces mélanges; on ne peut le faire qu’approximativement, et encore celi exige-t-il une grande habitude, à moins qu’on ne fasse une série de mélanges dans diverses proportions déterminées, parce qu’on peut alors voir celui qui se rapproche le plus, dans ses résultats, de l’huile suspectée.
- Jusqu’à présent, on n’a pas donné une explication bien satisfaisante des effets produits par le nitrate de mercure sur les différentes huiles, et cela est d’autant plus à regretter, que tout porte à croire que si l’on parvenait à découvrir la vraie cause de ces phénomènes, on en pourrait déduire un inode d’essai plus rigoureux. Personne n’est plus intéressé
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- SAVON. la,
- que M. Poutet à porter son travail à perfection, et il lui appartient plus qu’à tout autre de se livrer à ce genre de recherches. En attendant que cet espoir se réalise, nous rappellerons en peu de mots où l’on en est à cet égard.
- Il est bien évident, du moins pour tous les chimistes , que le réactif de M. Poutet, fait d’après le procédé qu’il indique, ne peut être qu’un mélange de proto et de deuto-nitrate de-mercure, et qu’il doit contenir en outre un excès d’acide nitrique, et de plus encore une certaine quantité d’acide nitreux retenu en dissolution par l’excès d’acide. Mais parmi ces quatre corps, quels sont ceux qui concourent à l’effet produit? et quelles sont les combinaisons qui résultent de cette réaction? C’est ce qu’il faudrait examiner avec soin, et déjà M. Pelletier a jeté quelque jour sur l’une de ces questions; mais nous ne pensons pas qu’il l’ait entièrement résolue. En effet, cet habile chimiste, après avoir constaté que la dissolution de M. Poutet était essentiellement formée des deux nitrates de mercure , a agi séparément avec chacun des deux, et il a reconnu que le deutonitrate ne jouait aucun rôle dans cette réaction, et quelques expériences l’ont porté à conclure que le protonitrate était le seul à exercer une influence ; mais comme ce dernier est très peu soluble à froid, on a dû, pour obtenir un effet sensible, faire la solution dans l’eau bouillante, et l’ajouter chaude, à l’huile; encore est-il qu’en agissant ainsi, on n’a pas obtenu une concrétion aussi solide qu’avec la solution mixte. M. Poutet, qui a adopté l’opinion de M. Pelletier, attribue cette différence à la moindre quantité de sel contenu dans la dissolution du protonitrate pur. Il se peut qu’il en soit ainsi ; cependant il est à observer que cette moindre quantité devrait être compensée par la plus grande énergie que doit avoir le protonitrate ainsi isolé de tout ce qui pouvait entraver sa réaction. Toutefois , pour obtenir une dissolution plus concentrée de proto-aitrate, M. Pelletier s’est servi d’acide nitrique faible au lieu ^eau, et comme cette nouvelle solution s’est comportée à très. Peu près de la même manière que le réactif de M. Poutet,
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- iaa SAVON.
- il en a conclu que ce réactif n’agissait qu’en raison du protonitrate qu’il contenait : mais cette conclusion est-elle bien exacte? Nous ne le pensons pas; et pour émettre ce doute, nous nous appuyons principalement sur une curieuse observation de M. Poutet lui-même : « Si l’on mêle, dit-il,
- » une partie de mon nitrate acide de mercure avec une » autre partie d’acide nitrique, le mélange acquiert tout à » coup une légère couleur verdâtre, et donne beu à un léger » dégagement de gaz nitreux. Cette combinaison à l’état de » sur-nitrate a une telle action sur l’huile d’olive , que » celle-ci est congelée en moins de deux heures , au lieu de » six à sept qui sont nécessaires avec le réactif ordinaire, etc. »
- Mais, nous le demandons, d’où provient cet accroissement d’énergie? Ce n’est certainement pas du protonitrate, dont le rapport n’a pu que diminuer dans cette circonstance. Quel changement est-il donc survenu dans cette dissolution, si ce n’est le développement d’une nouvelle quantité d’acide nitreux? Et ne serait-ce pas à cet acide nitreux qu’il faudrait attribuer la congélation de l’huile d’olive? Nous sommes d’autant plus autorisé.? à le croire, que nous avons été témoin d’expériences faites par M. Félix JBoudet, et non encore publiées, qui sont tout-à-fait favorables à cette opinion.
- S’il était vrai que ce phénomène de concrétion fût uniquement dû à l’acide nitreux, on conçoit que la question se trouverait singulièrement simplifiée, et qu’on aurait tout lieu d’espérer de voir ce procédé se régulariser.
- Lorsque M. Rousseau eut découvert que l’huile d’olive ne conduisait pas sensiblement le fluide électrique, et que c’était la seule dans ce cas, on se crut à la veille d’obtenir un moyen de mesurer exactement les proportions d’huile de graines qu’on pouvait ajouter à l’huile d’olive ; mais l’expérience a démontré qu’il n’y avait aucun rapport à établir entre ces proportions et les déviations de l’aiguille. Ie diagometre demeure donc un instrument curieux, mais inutile, du moins sous ce point de vue.
- L’influence que les corps gras exercent sur les qualités éu
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- savon, ne de'pendent pas seulement du rapport qui existe entre la ste'arine et l’oléine qui les constituent, mais aussi de l’espèce d’arôme qui appartient à chacun d’eux ; de leur matière colorante, lorsqu’ils en contiennent, et d’une espèce de mucilage ou de gélatine, qu’ils renferment pour la plupart.
- Sous le premier point de vue, c’est-à-dire par rapport à la quantité relative d’oléine et de stéarine, l’huile d’olive est sans contredit celle qui offre le plus d’avantage pour la fabrication du savon (i); mais cette huile elle-même varie à l’infini suivant les localités et le degré de maturation du fruit, l’altération qu’il éprouve lorsque le ver s’y met, le plus ou le moins de fermentation ou de pression qu’on lui aura fait subir, etc., etc., en telle sorte qu’il ne suffit pas d’avoir acquis des garanties suffisantes sur la nature de l’huile , il faut en outre pouvoir apprécier ces divers caractères. Il est généralement reconnu que les huiles les plus légères, celles qui résultent d’une première pression exercée sur les olives récemment récoltées, sont celles qui conviennent le moins pour la fabrication du savon, surtout en raison de la moindre quantité de savon qu’elles fournissent ; mais comme elles sont aussi les plus recherchées pour les usages de la table, il s’ensuit qu’elles ont toujours un prix plus élevé, et que le fabricant n’a point à s’en garantir, parce qu’on ne cherche pas à les substituer à celles qui lui conviennent davantage. Cependant, dans la plupart des pays étrangers où l’on s’occupe de la culture de l’olivier, on met si peu d’importance à obtenir des huiles fines, fi11 on ne prend aucun soin de leur extraction, et que le plus ordinairement ce n’est qu’après que les olives ont subi une longue fermentation, qu’on les soumet à la presse. Les huiles qui en résultent ont acquis de l’âcreté, et comme elles ne peu-vent être employées aux usages de la table, on les vend pour la fabrication des savons, mais elles n’y sont pas toutes également propres. Celles qui viennent de Tunis, par exemple,
- () L’huile d’amandes douces serait également bonne, mais son prix ne petmet pas de l’employer à cet usage.
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- paraissent contenir moins de stéarine ; il serait difficile de les employer seules ; elles produisent des savons presque mous ; aussi leur préfère-t-on de beaucoup, sous ce rapport, nos huiles de Provence. ^
- Les hpiles dites recenses, qui proviennent d'un nouveau traitement de la pulpe de l’olive déjà pressée, sont quelquefois si riches en stéarine, qu’elles sont presque solides ; mais cette plus grande consistance les rend d’autant plus faciles à être falsifiées. Oq y incorpore des graisses, des fécules ou de l’eau, etc. Ces deux dernières fraudes sont faciles à reconnaître; mais il n’en est pas de même de l'autre. Pour en séparer la fécule, il suffirait de délayer une certaine portion de recense dans de l’eau tiède, et de mettre le tout à reposer dans une éprouvette longue et étroite. L’huile, maintenue fluide par la température de l’eau, viendrait nager à la surface, tandis que la fécule se déposerait au fond; il ne resterait plus qu’à décanter la partie liquide pour obtenir la fécule , qu’on jetterait sur un filtre ; une fois égouttée, on la ferait sécher. Pour évaluer l’eau contenue dans la recense, il faudrait en mettre un poids déterminé, 5o grammes , par exemple, dans une capsule tarée , placer celle-ci sur un poêlon de moindre diamètre, remplir ce poêlon d’eau et le faire chauffer jusqu’à ébullition soutenue. Au bout d’un certain temps, on pèse la capsule, après l’avoir bien essuyée en-dessous, on note le poids et on la place de nouveau sur le bain-marie, qu’on continue de chauffer. On repèse encore, et si la capsule a subi un nouveau déchet, on fait encore chauffer, et ainsi de suite , jusqu’à ce qu’on ait obtenu deux pesées successives sans différence notable. Le dernier poids obtenu, comparé avec le premier, indiquera la perte totale, et celle-ci représentera la quantité d’eau cherchée.
- L’eau que contient l’huile n’apporte d’autre préjudice au savon , que d’en diminuer la quantité, et par conséquent cette fraude une fois aperçue et exactement évaluée, est comme non avenue , puisque l’acheteur peut établir son prt* d’après le déchet éprouvé.
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- Les mucilages qui restent en suspension dans l’huile nuisent, par leur pre'sence, au rendement et colorent le savon.
- Les huiles sont diversement colorées par une substance particulière, à laquelle M. Chevreul a donné le nom de viridine, et le savon l’est d’autant plus que les huiles en contiennent davantage. Ainsi, il faut avoir égard à cette propriété, et rien de plus facile, puisque l’œil le moins exercé suffit pour en juger ; mais plusieurs de ces huiles très colorées, et particulièrement celles qu’on retire des grignons et les récenses, n’en sont pas moins appréciées par les fabricans, attendu qu’elles contiennent beaucoup de stéarine, et qu’elles sont, par cela même, très propres à faire des savons solides; aussi a-t-on soin de les mélanger avec des huiles peu colorées, et qui seules ne produiraient pas un savon de bonne consistance : telles sont celles de la Calabre.
- Enfin, il est encore une propriété dans les corps gras, qui exerce une influence sur l’une des qualités qu’on aime à retrouver dans les savons : je veux parler de l’odeur. En général, celle qui provient des huiles d’olive plaît, et c’est celle qu’on recherche le plus ; c’est peut-être aussi une des meilleures garanties que le consommateur ait contre la fraude, car sans cette odeur qui la décèle, on ne manquerait pas de diminuer de plus en plus la proportion d’huile d’olive, et de lui substituer des mélanges d’huiles blanches et de graisses ou de suifs ; mais pour peu que ces corps outrepassent une certaine dose, un cinquième, par exemple, leur odeur domine, et l’on s’aperçoit du dol.
- Il est d’observation que l’odeur de l’olive s’exhalte beaucoup par la fermentation, et que l’huile qui provient de ces olives fermentées donne un savon d’une odeur très prononcée , et qui est agréable.
- M. Poutet a fait, relativement à l’odeur des savons de résine , une remarque bien singulière : « C’est que la résine sa-” ponifiée depuis vingt jusqu’à quarante centièmes avec le ” suif, laisse d’autant moins l’odeur qui la caractérise dans
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- » ces savons, que Je suif employé se trouve plus rance. » L’ensemble de cette combinaison a quelque analogie avec » le principe odorant des essences de lavande. » M. Poutet dit avoir profité de cette observation pour imiter les savons jaunes anglais. Il faut avouer que rien ne faisait prévoir un pareil résultat.
- Le même auteur dit aussi que si l’on associe cinq millièmes d’essence de térébenthine à de l’buile d’olive, et qu’on saponifie cette combinaison avec de la lessive de soude, on distingue tout-à-la-fois, dans le savon qui en résulte, et l’odeur de l’olive et celle de la violette.
- Les corps gras qui, par la saponification, développent des odeurs plus désagréables, sont les huiles de poissons et le beurre , et il résulte des recherches de M. Chevreul, que ces odeurs sont dues à des principes volatils particuliers contenus dans ces corps. Cela est d’autant plus à regretter pour le beurre, que c’est, de toutes les matières grasses employées jusqu’à présent, celle qui fournit la plus grande quantité de savon. MM. Lelièvre, Pelletier et D’Àrcet ont trouvé que 3 livres de beurre fournissaient y livres d’un bon savon bien sec, et qui avait subi deux mois d’exposition à l’air. Ce résultat est d’autant plus surprenant, qu’il est excessivement éloigné de celui qui a été obtenu par d’habiles fabricans qui ont tenté l’emploi du beurre en grand, et qui n’ont retiré que 13^ pour ioo au lieu de 233. La bonne huile d’olive donne 166.
- 11 serait probablement facile de trouver moyen de débarrasser le beurre de son odeur, et il suffirait sans doute d’avoir recours à de simples lavages à l’eau bouillante, et peut-être à l’emploi d’un peu de chlorure de soude.
- Des lessives alcalines.
- D’après ce que nous avons dit, les savons sont de véritables sels, c’est-à-dire que ce sont des composés formés par la réunion de certains acides avec la potasse ou la soude;
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- mais ces bases ne peuvent en faire partie qu’autant qu’elles ont e'té préalablement dégagées de toute autre combinaison : or, en les prenant telles qu’on les obtient dans les exploitations en grand, elles sont toujours accompagnées de diverses substances étrangères, qui s’opposent plus ou moins à leur union avec les acides gras. Parmi ees substances, les unes sont insolubles dans l’eau, et peuvent être rejetées comme parfaitement inutiles ; les autres , solubles, et de ce nombre se trouvent le sous-carbonate alcalin et des sels neutres à base de potasse ou de soude; ceux-ci ne peuvent entrer dans la composition du savon ; mais comme ils contribuent efficacement à sa confection, on ne cherche point à les enlever. Si le sous-carbonate était maintenu dans ce même état, la saponification ne pourrait s’effectuer, parce que la tendance que possède l’alcali pour la combinaison est déjà en grande partie satisfaite par son union avec l’acide carbonique. Il faut donc soustraire cet acide, et c’est là le but qu’on cherche à remplir en ajoutant de la chaux aux alcalis bruts, parce que cette terre alcaline a une grande affinité pour l’acide carbonique, et que le carbonate calcaire qui en résulte est insoluble. Voici comment on procède à cette opération. On sait qu’en général on facilite singulièrement la réaction chimique des corps en divisant leurs molécules. On commence donc par réduire l’alcali brut, surtout si c’est delà soude, en poudre grossière, puis on éteint la chaux en l’arrosant, ou mieux en l’immergeant à l’aide d’un panier, pendant quelque temps , dans de l’eau. Aussitôt qu’elle est imbibée, on la retire ; elle s’échauffe considérablement ; il se produit beaucoup de vapeurs ; la chaux se délite avec une sorte de bruissement ; elle se réduit d’elle-même en une poussière très fine et d’une grande blancheur, qui, quoique très sèche, pèse environ 3o pour too de plus que la chaux employée. Cette augmentation de poids tient à de l’eau combinée, ; c’est dans cet état d'hydrate qu'on la mélange, dans la proportion d’un tiers environ, avec l’alcali brut. Ce mélange est ensuite déposé dans un cuvier, où se trouve placé
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- un faux-fond percé de plusieurs trous, ou bien on y dispose quelques tuileaux pour faciliter l’écoulement du liquide. On verse sur le tout une assez grande quantité d’eau pour qu’il y en ait trois ou quatre travers de doigt à surnager. On laisse réagir, et, après quelques heures de contact, on laisse couler la lessive par une ouverture pratiquée à la partie la plus inférieure du cuvier. Cette première lessive est très concentrée; elle porte ordinairement de 18 à 25° à l’aréomètre. Quand il ne sort plus de liquide, on bouche l’ouverture inférieure, on verse autant d’eau que la première fois, et, après un temps suffisant de macération, on recueille également, mais à part, cette deuxième lessive, qui porte de 10 à i5°. On procède de la même manière à un troisième lavage, et l’on obtient une troisième lessive, qui ne marque que de 4 à 8°. Enfin, pour épuiser totalement le résidu, on ajoute encore une fois de l’eau, et ce dernier lavage est mis de côté pour servir à de nouveaux lessivages.
- Nous ne parlons ici que d’un cuvier ; mais on conçoit que s’il s’agissait d’opérer sur de grandes masses, on aurait recours à des séries de cuviers disposés de manière à ce que la lessive du premier puisse passer sur le deuxième, et ainsi de suite, comme cela se pratique dans plusieurs autres industries, et particulièrement dans l’art du Salpêtbier. On obtiendrait également, par ce moyen, des lessives de différens degrés de concentration.
- Nous avons dit tout à l’heure que le but de l’opération du lessivage était d’enlever l’acide carbonique du sous-carbonate alcalin, et de rendre par conséquent l’alcali caustique ; mais on doit convenir qu’il s’en faut de beaucoup que le but soit entièrement rempli, et il est facile de le démontrer. En effet, la chaux est peu soluble, elle exige plus de çoo parties d’eau froide pour se dissoudre, et encore faut-il que l’eau soit pure pour que cela ait lieu dans cette proportion. Cependant il n’y a que la portion de chaux dissoute qui agisse sur le sous-carbonate alcalin ; à lît vérité, à mesure que b chaux se combine avec l’acide carbonique^, elle devient in-
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- soluble, et elle abandonne la liqueur, qui devient par cela même susceptible d’en redissoudre une nouvelle quantité' ; mais l’experience prouve que cet échangé se fait lentement, et que le seul moyen d’avoir des lessives bien caustiques, surtout à froid, c’est de les étendre de beaucoup d’eau ; et c’est sans doute aussi une des raisons qui font qu’on ne parvenait autrefois à bien empâter les huiles qu’avec les lessives faibles, parce que ce sont les mieux décarbonate'es.
- Ce qu’il y a de certain, c’est que les premières lessives, telles qu’on les prépare dans les savonneries, contiennent souvent une si grande quantité de carbonate, qu’elles font effervescence quand on y verse des acides un peu concentrés, et que, pour réussir à saponifier les corps gras , il faut employer un excès de lessive. A vrai dire, cet excès n’est pas perdu, parce que la portion d’alcali noir déearbonatée reste dans l’eau, et l’on repasse cette dissolution sur un nouveau mélange de soude et de chaux, où elle se décarbonate en partie, et où elle se charge d’une nouvelle quantité d’alcali; mais encore est-il, que si les lessives étaient mieux préparées , c’est-à-dire plus caustiques, la saponification se ferait et plus facilement et à moins de frais. Ce n’est qu’à force de renouveler les lessives et de soutenir l’action de la chaleur, qu’on y parvient;
- Dans les exploitations en grand, on est dans l’usage d’emmagasiner les lessives dans de grands réservoirs, où on les puise au fur et à mesure du besoin. Cette méthode est vicieuse , à notre avis ; car, bien que l’altération soit moindre sur de grandes masses, il n’en est pas moins certain que les lessives reprennent de l’acide carbonique dans l’atmosphère beaucoup plus rapidement qu’on ne se l’imagine, et que pour peu qu’elles y séjournent quelque temps, elles ont perdu une grande partie de leur causticité. Rien de plus aisé que ^ se convaincre de cette vérité; il suffit, pour cela, de verser dans l’alcalimètre de Descroizilles, ou dans tout autre tube gradué, un peu de la lessive qu’on veut éprouver, jusqu’à la hauteur de io°, par exemple, puis d’achever de le remplir Tome XIX. 9
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- jusqu’à ioo° avec de l’eau de chaux bien limpide. Si la lessive était entièrement décavbonatée, il n’y aurait aucun précipité de produit; mais comme cela n’a jamais lieu, il s’en produit proportionnellement à la quantité de carbonate contenu.. Si donc on laisse déposer le carbonate calcaire, et qu’après un nombre d’heures fixé, on mesure dans l’al-calimètre la hauteur du dépôt formé, et qu’on en tienne note, puis qu’on recommence l’essai absolument de la même manière quand la lessive aura séjourné pendant quelque temps dans l’air, on aura bientôt acquis la preuve de cette prompte altération.
- Pour obvier aux inconvéniens que nous venons de signaler, il conviendrait, selon nous, du moins pour les lessives d’empâtage , de ne s’approvisionner que de simples dissolutions alcalines , c’est-à-dire des lessives sans chaux, et d’y délayer, peu de temps avant leur emploi, un lait de chaux qu’on brasserait pendant quelques minutes, à deux ou trois reprises, puis es laisserait déposer et l’on tirerait à clair. En essayant la lessive avec de l’eau de chaux filtrée comme nous venons de l’indiquer, l’expérience aurait bientôt appris quelles sont les proportions de chaux qu’il conviendrait d’employer. Nous avons dit qu’il n’y avait que la portion de chaux dissoute qui agissait sur le sous-carbonate alcalin , et nous en avons déduit la nécessité d’étendre les lessives d’une assez grande quantité d’eau ; cependant on n’obtiendrait, par ce moyen, que des lessives faibles en degré, quoique très caustiques, ce qui conviendrait parfaitement pour l’empâtage. Mais il est une autre cause qui rend indispensable d’en avoir de concentrées pour la coction ; c’est le besoin qu’on a de séparer la pâte du liquide : et comme, sous ce rapport, c’est surtout par leur densité qu’elles agissent, on augmente cette densité par les sels qui accompagnent ordinairement les alcalis bruts, ou qu’on a soin d’y incorporer; de là ces dénominations usitées dans les savonneries, de lessives douces et de lessives salées. Les premières s’obtiennent avec les soudes les plus riches en alcali, et les autres at® celles que nous avons désignées sous le nom de bourdes,
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- contiennent beaucoup de sels, et principalement de muriate de soude : on les emmagasine dans des réservoirs ou barquieux particuliers. Nous allons donner, dans le chapitre suivant, quelques autres détails qui achèveront d’éclaircir ce point de la fabrication du savon.
- De la saponification proprement dite.
- Nous pensons avoir exposé assez nettement les princi™ pales données qui servent de base à cette opération, pour qu’il nous s,oit permis d’espérer que ce qui nous reste à en dire soit facilement compris.
- On remarque dans la saponification deux époques bien distinctes : la première comprend ce qu’on appelle l’empâtage; la seconde constitue ce qu’on nomme la coction ou cuite. Nous allons indiquer les phénomènes particuliers qui caractérisent chacune de ces deux époques.
- Une des vérités les mieux constatées en Chimie , c’est j comme nous l’avons déjà fait observer, que les combinaisons ne peuvent s'effectuer qu’entre les dernières molécules des corps, et c’est pour satisfaire à cette loi générale qu’on pulvérise , qu’on dissout ou qu’on liquéfie les substances qu’il s’agit de faire réagir entre elles. C’est aussi la première chose nécessaire pour déterminer l’union de l’alcali avec l’huile ; celle-ci a, comme on le sait, une pesanteur spécifique moindre que celle de l’eau, et de là naît cette séparation subite des deux liquides, aussitôt qu’on cesse de les agiter ensemble. Cette inégale densité serait donc un obstacle à leur combinaison, quand bien même ils jouiraient d’une affinité réciproque assez prononcée : on augmente encore cette différence si, au üeu d’eau, on prend une dissolution saline quelconque ; telles sont les lessives. À la vérité, celles-ci contiennent une substance, l’alcali, qui a une certaine tendance à s’unir avec l’imile ; maiscette tendance se trouve en quelque sorte balancée tt par la plus grande légèreté de l’huile et par sa cohésion moléculaire. Le moyen de diminuer ces inconvéniens est, d’une Part > de ne pas augmenter mal à propos la densité de la lessive
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- par des substances étrangères, et de l’autre , de tenir lest molécules de l’huile dans une extrême division, à l’aide de l’interposition de l’eau : mais pour obtenir le maximum d’action de la part de la lessive avec la plus petite densité à laquelle on puisse l’employer, on ne se sert pour cette première opération, que nous avons désignée sous le nom d’ empâtage, que de lessives douces, c’est-à-dire de celles qui ne contiennent que fort peu de sels étrangers, et notamment de muriate de soude. Rien de plus facile aujourd’hui, qu’on est parvenu à fabriquer des soudes très pures ; mais il en étqjt tout autrement quand on était obligé de se servir des soudes naturelles. Les sels étrangers qu’elles renfermaient apportaient un grand obstacle à cette première incorporation de l’huile avec l’alcali, et pour atténuer leur effet autant que possible , il fallait étendre les lessives de beaucoup d’eau, et n’employer pour l’empâtage que les dernières , c’est-à-dire les plus faibles, et encore cette opération exigeait-elle de grands soins et un temps considérable : quatre jours au moins y étaient employés ; une surveillance continuelle était indispensable ; la lessive n’était ajoutée que par portions; le mélange se tuméfiait considérablement, et ce n’était qu’à force de. bras, et quelquefois qu’à l’aide de mécaniques, qu’on parvenait à empêcher la pâte de déborder la chaudière. Maintenant, et grâces à la perfection des soudes artificielles, toutes ces difficultés se sont évanouies, rien ne s’interpose maintenant entre l’huile et l’alcali, et il suffit que celui-ci soit rendu caustique, c’est-à-dire parfaitement libre, pour que la combinaison puisse s’effectuer sous la seule intervention de l’eau. _ Ainsi , au lieu de prendre , comme autrefois, des lessives à 4°; on fait du tout une moyenne à io° ; seulement, on met en réserve quelques portions de la plus forte, parce qu’il est des cas où l’on a besoin d’y avoir recours pour coff' pléter l’empâtage.
- Pour 6000 kilogrammes d’huile qu’on veut saponifier, 01 verse dans chacune des deux chaudières 3de lessive à i«°: c’est le produit ordinaire du lessivage de 1200 kilogrammes de
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- soude à 32°, si l’on y ajoute 4ié“‘,5 de lessive à 20°, qu’on met en re'serve pour achever l’empâtage. Une seule chaudière suffit rarement àja grande masse de liquide qu’il faut mettre en contact : on dBauffe, et lorsqu’on est arrive' à une ébullition bien décidée, on verse dans les chaudières toute l’huile destinée à cette cuite. On soutient l’action de la chaleur, et bientôt l’huile perd sa transparence ; elle se dénature et se confond avec la lessive, pour ne former qu’une sorte d’émulsion blanche, qui peu à peu acquiert de la consistance et de l’homogénéité.
- On voit bien que l’eau est ici un intermédiaire indispensable , et qu’elle sert à dissoudre, c’est-à-dire à diviser les particules alcalines, et par conséquent à multiplier les points de contact. Son rôle ne se borne même pas à celui de simple auxiliaire, car elle fait partie essentielle de la combinaison, du moins dans une certaine proportion. De la réunion triple de l’eau, de l’alcali et de l’huile , résulte un liquide dont la viscosité va toujours croissant, et à tel point qu’il finit par mettre obstacle à l’expansion des vapeurs. Il importe donc, à cette époque , de n’entretenir sous les chaudières que la chaleur précisément nécessaire à l’ébullition ; et, malgré toutes les précautions qu’on peut prendre, il arrive parfois que la pâte, devenue trop épaisse, ne se mélange plus uniformément; les couches inférieures deviennent stationnaires, elles se dessèchent en quelque sorte, et l’équilibre de température ne pouvant plus s’établir par le renouvellement des couches, la chaleur s’accumule au fond des chaudières, et finit par s’élever à un tel degré que la pâte brûle, et alors des vapeurs bleuâtres , c’est-à-dire fuligineuses , surgissent à la surface de la pâte, et viennent en quelque sorte avertir du danger. Ce sont ces fumées que les ouvriers nom-, ment, en provençal, tabaco. Pour remédier à ce grave inconvénient, on verse quelques seaux de lessives ; mais on prend le soin de la répandre sur une grande surface, en faisant un mouvement circulaire ; autrement, si on la versait sur un seul point, la lessive ferait une trouée , gagnerait promptement le fond de la chaudière, lui ferait éprouver un
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- refroidissement brusque, qui en contracterait subitement quelques parties, et il en résulterait un déchirement qui donnerait issue au liquide. Ainsi, on voit combien il est essentiel d’éviter des accidens qui peuvent entraîner à de si fâcheuses conséquences.
- Lorsque le contre-maître s’aperçoit que toute l’huile ne s’incorpore pas, ce qui peut résulter, ou de ce que la qualité d’huile employée exige plus d’alcali que celle dont on se sert habituellement, ou de ce que la lessive n’est pas suffisamment caustique, il ajoute une certaine quantité delà lessive forte qu’on a mise à dessein en réserve, et il en met proportionnellement au besoin.
- Les praticiens considèrent, et avec raison , l’empâtage comme l’opération la plus essentielle de la saponification; car il est certain que si l’amalgamation n’était pas bien faite, l’huile se soustrairait en partie à l’action de l’alcali, et une fois que la pâte commencerait à prendre nature, les particules huileuses seraient repoussées, et la saponification demeurerait incomplète ; mais quand l’empâtage est homogène , toutes les molécules atteignent en même temps le même degré de combinaison, et les progrès suivent une marche dont la régularité assure le succès. Quelques auteurs ont poussé la chose plus loin, en avançant que l’empâtage étant achevé, la saponification l’était également. Rien ne justifierait dans cette supposition la quantité considérable d’alcali qu’on est obligé d’ajouter avant d’obtenir le savon parfait. On ne doit donc considérer l’empâtage que comme un commencement ou un premier degré de combinaison, et l’opération suivante, la coction, comme destinée à continuer la transformation de l’huile en acides gras à l’aide de la réaction alcaline et fournir tout l’alcali nécessaire à la saturation de ces acides à mesure qu’ils se développent.
- Tous ceux qui ont quelque habitude des combinaisons chimiques, savent qu’elles font en général de rapides progrès dans le commencement de la réaction, mais qu’elles ne se complètent qu’avec une excessive lenteur, parce que les der-
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- Bières molécules à combiner sont séparées par toutes celles qui le sont déjà. Cette observation générale se confirme parfaitement dans l’opération de la coction, ainsi que nous le verrons tout à l’heure.
- De la coction.
- Lorsque l’empâtage est achevé, et que l’huile a perdu, en se combinant avec une première portion d’alcali, son caractère de fluidité, il faut, pour en faire un savon parfait, lui ajouter tout l’alcali qu’elle est susceptible d’absorber ; mais on conçoit que cette grande division des molécules qui, dans le principe , est favorable pour détruire les effets de la cohésion, devient nuisible lorsqu’il s’agit d'opérer un degré de combinaison plus intime sur des particules dont l’affinité va toujours en s’éteignant, en raison du commencement de saturation qu’elles ont déjà éprouvé : ce n’est donc qu’en les faisant agir de plus près, et pour ainsi dire corps à corps, qu’on peut espérer arriver à ce complément. Ainsi, la première chose qu’on ait à faire après l’empâtage , c’est &e séparer cette prodigieuse quantité de lessive qui, par la perte de l’alcali qu’elle contenait, est réduite à n’être plus que de l’eau. On y réussit à souhait en procédant au relargage, qui consiste à verser dans les chaudières d’empâtage des lessives salées, et à brasser le tout exactement au moyen du redable/. La pâte ne peut se dissoudre dans cette solution saline, et l’eau seule s’y réunit. Ainsi, cette masse homogène se sépare en deux. L’espèce de sous-savon qui résulte de l’empâtage se rassemble à la surface, et la lessive gagne le fond de la chaudière. Après donc quelque temps de repos, on ouvre le canal inférieur, qu’on nomme épine, et on laisse couler à peu près trois fois plus de liquide qu’on n’en a ajouté pour le relargage. On rejette ordinairement ces lessives, qui ne contiennent que des quantités minimes d’alcali, et qui ont souvent contracté une mauvaise odeur.
- Après l’épinage, on réunit la pâte dans une des deux chaudières, afin de pouvoir y opérer la coction, qui se fait de
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- la manière suivante : on me'lange dans une certaine proportion. des lessives douces et concentrées, avec des lessives salées provenant des bourdes ; on verse dans la chaudière une quantité donnée de ce mélange, et c’est ce qu’on nomme faire un premier service : on remet le feu sous la chaudière, et l’on fait bouillir.
- Il est à remarquer que c’est à cette époque qu’on doit ajouter dans la chaudière la quantité de sulfate de fer jugée nécessaire pour produire la marbrure, lorsqu’on veut en obtenir.
- En employant ainsi des lessives concentrées et salées, on remplit le double but, et d’agir avec plus d’énergie sur l’huile non encore combinée, et de donner assez de densité au liquide pour ne plus permettre au savon de s’y dissoudre. Le sel marin a en outre la propriété de contracter la pâte et de la réduire en grumeaux.
- Lorsque la coction marche, l’alcali est promptement absorbé, surtout dans le principe, et le contre-maître dit alors que la chaudière mange bien. Pour les doses indiquées, on consomme ordinairement 35oo kilogrammes de soude et de bourde à confectionner la cuite.
- A mesure que le savon s’approche de la saturation, on est obligé de ralentir les services de lessive , parce que l’absorption de l’alcali devient de plus en plus difficile, et il arrive enfin une époque où il conserve toute sa causticité, quelle que soit la durée de l’ébullition; la masse devient alors pluà compacte, le bouillon la pénètre plus difficilement; on voit sur la fin se former çà et là de petits cratères, d’où surgissent à l’improviste des monticules de lessive qui projettent de la pâte à une certaine distance et se répandent sur toute la surface. A cette époque , il n’est pas sans danger de se tenir auprès de la chaudière. Il y a d’ailleurs un autre signe auquel on reconnaît la terminaison de l’opération , c’est lorsqu’un peu de pâte extraite de la chaudière et comprimée entre le pouce et l’index , résiste à la pression et présente une plaque solide, ou tpen encore, lorsqu’itant un
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- peu refroidie et placée dans le creux de la main, on peut réduire la pâte presque en poudre en la froissant circulaire -ment arec l’extrémité des doigts.
- Arriré à ce point, le savon a encore une opération essentielle à subir, non plus pour rendre sa combinaison plus intime ou plus parfaite , mais uniquement pour lui donner un aspect plus agréable et le rendre d’un emploi plus facile. A la fin de la cuite , il est en grumeaux plus ou moins volumineux, qui deviendraient friables par le refroidissement : on pourrait en faire des dissolutions dans l’eau, mais il serait impossible de les étendre sur la surface des tissus ; il faut donc réunir ces petites masses et leur donner du liant pour n’en faire qu’un tout homogène et de consistance moyenne. De plus , il arrive toujours , et quelque précaution qu’on prenne , que la pâte renferme des impuretés ou des partiès colorantes qui proviennent des matières premières employées : les huiles contiennent une espèce de mucilage , les graisses, de la gélatine, qui ne se saponifient point. Il s’agit aussi d’éliminer toutes ces substances étrangères, et voici comment on arrive à ce double résultat.
- De l’épuration et de la liquéfaction du savon.
- fie savon est, comme l’on sait, soluble dans l’eau, même à froid, et cela suppose une assez grande affinité entre ces deux corps; mais il ne s’agit pas de le dissoudre, ce serait dépasser 'le but, il faut seulement lui donner assez de liquidité pour que tous les corps qu’il tient en suspension puissent s’en séparer en raison de leur différence de pesanteur, et la limite est ici très restreinte ; aussi est-ce une opération qui exige beaucoup d’habitude, car si l’on donne trop de fluidité, la pâte perd de son n«rf et tombe au blanc, ou, comme on le dit, elle %’engraisse, parce qu’elle devient flasque et visqueuse. 11 n’y a pas d’autre Moyen alors que de la reprendre en sous-œuvre et de la redouter en la chauffant avec des lessives plus fortes et salées, <l>u en séparent une partie de l’eau. Si au contraire, on n’a pas fourni assez d’eau à la pâte, alors elle conserve trop de
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- compacité pour permettre aux molécules étrangères de s’y mouvoir et de s’en précipiter. On voit donc qu’il y a un point précis qu’il faut savoir saisir, et qui dépend principa. lement du degré de concentration des lessives qu’on emploie, et dont il est essentiel de combiner ‘ les degrés de manière à conserver toujours'dans la chautlière une densité moyenne de i o°. M. Baudoin, habile fabricant de'Marseille, à qui -non? devons un excellent traité des savons, est le premier qui ait songé à régulariser cette opération délicate , et à la soustraire à l’empirisme. Sa méthode est fort simple ; elle consiste à s’assurer d’abord du degré de la lessive contenue dans la chaudière, en en tirant un peu par l’épine ; il cote cette lessive à 2' au-dessus de celui indiqué par l’instrument, en raison de l’élévation de température, soit 16 le degré définitif; puis il ajoute un nombre donné de mesures; voo par exemple, à un degré connu, et il épine de nouveau pour reprendre le degré : si celui-ci se trouve être précisément la moyenne entre les deux, cela prouve évidemment que-la. chaudière contenait aussi primitivement 100 mesures à 160. Si ce degré est plus ou moins fort que la moyenne, on en conclura, par de simples proportions, la quantité cherchée : cette quantité une fois connue, indiquera quelle est celle qu’on doit ajouter pour obtenir les io° auxquels on doit opérer, en partant, bien entendu, du degré delà lessive faible qu’on veut employer.
- Au reste, il est bon de savoir que ces données reposent sur une coction bien conduite ; mais si, comme cela arrive assez souvent, il y a eu quelques fautes de commises ou qu’on ait opéré avec des lessives trop ou trop peu salées, etc., tous ces calculs se trouvent en défaut, et c’est à l’habitude à y suppléer. Au simple coup d’œil, l’ouvrier bien exerce reconnaît si la pâte a acquis le degré de ramollissement convenable, et souvent il est obligé de lever la cuite, bien que la lessive d’épinage marque encore 16 et 17°.
- Pour que cette opération ait du succès, il faut que les lessives soient exactement mélangées et la pâte parfaitement brassée, et ce n’est pas chose facile dans l’état d’épaissssementou
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- elle se trouve. Ce travail pénible et de longue dure'e, s’exécute de la manière suivante : on place une forte planche au-dessus de la chaudière ; uq ouvrier monte sur le milieu, et, armé d’un redable, il l’enfonce dans la pâte ; mais comme elle lui offre beaucoup de résistance, il pénètre d’abord à peu de profondeur et obliquement, ce qui se nomme rompre la pâte; un autre ouvrier suit son mouvement et verse de la lessive dans ,1e sillon qui a été tracé ; il continue ainsi jusqu’à ce que toute la lessive qu’on veut ajouter ait été versée. L’ouvrier qui est monté sur la chaudière continue toujours de rompre, et il ne cesse que quand les grumeaux sont disparus, et que la pâte est devenue homogène. Lorsqu’on a atteint le point désiré, on entretient un peu de feu sous la chaudière pour maintenir la pâte dans le même degré de fluidité, et l’on abandonne au repos pendant un certain temps. Les corps étrangers étant un peu plus pesans , traversent lentement la pâte et se réunissent au fond , où ils forment une couche, à laquelle on donne le nom de gras, qu’on fait entrer dans de nouvelles cuites, ou dans la composition de savons plus communs. Lorsque cette précipitation est achevée, on coule la pâte dans des mises, ou on la laisse refroidir avant de la distribuer en pains.
- Telle est, à très peu près, la marche suivie pour obtenir en grand le savon blanc, qui est le plus pur et le plus parfait de tous, quand il est fabriqué avec conscience et habileté; trais comme on est à peu près maître d’y incorporer autant d’eau qu’on le veut, il y a quelques fabricans peu délicats flui se laissent entraîner par l’appât du gain, et qui outrepassent les proportions convenables. Il suit de là que le consommateur, armé d’une juste défiance, préfère le savon marbré, parce que celui-ci lui offre plus de garanties contre la fraude, attendu qu’il ne peut pas admettre plus de 3o p. 100 d eau, tandis que le blanc peut en recevoir jusqu’à 60 p. ioo.
- De la madrure.
- Tout porte à croire que la marbrure ou madrure (qui est
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- le mot technique ) a été trouvée par le seul hasard, et que très probablement elle est le résultat d’un demi-succès dans l’opération précédente , celle de l’épuration. Ce qu’il y a de certain, c’est que les soudes brutes contiennent des particules colorantes ; et l’on conçoit que si l’on n’atteiiit pas le degré de fluidité nécessaire pour le blanchiment complet de la pâte, il doit arriver un point où une partie se trouve épurée et l’autre pas, et cela ne peut avoir lieu que sous la condition d’une densité donnée dans la lessive. M. Baudoin a établi, par expérience , ce degré de densité à n°. Ainsi, la marbrure s’obtient de la même manière que l’épuration, si ce n’est qu’on l’opère sans le secours de la chaleur, pour éviter toute précipitation des. molécules colorantes, et qu’on emploie un degré un peu plus élevé pour la lessive. C’est précisément cette plus grande concentration qui limite la proportion d’eau. Il serait impossible, à un degré plus faible, de retenir la matière colorante, elle se précipiterait.
- Comme la matière colorante des soudes brutes n’est qu’accidentelle, et qu’elle est très variable dans sa proportion, il en résulte qu’on ne pourrait pas compter sur une marbrure constante, si c’était là l’unique moyen de la produire. On a imaginé, pour obviera cette éventualité, d’ajouter pendant la cuite du savon , ou mieux avec le premier service de lessive , une petite proportion de sulfate de fer, qu’on fait préalablement dissoudre dans une certaine quantité d’eau ou de lessive faible. L’alcali s’empare de l’acide pour former un sel neutre qui reste dans la dissolution, et le protoxide de fer est mis à nu : il se mélange à la pâte , absorbe de l’oxigène, et prend une teinte d’un noir-bleuâtre. Cet oxide décompose une proportion relative de savon dont il déplace l’alcali pour s’y substituer, et il se produit un savon métallique insoluble. On prétend qu’une partie du fer se combine au soufre, parce qu’on a remarqué que les soudes sulfurées produisaient une marbrure plus vive et plus tranchée, ce qui ferait supposer qu’une partie du protoxide passerait à l’état de deu-
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- toxide, tandis que l’autre se re'duirait à l’état métallique pour se combiner au soufre et former un sulfure noirâtre, qui viendrait ajouter à la coloration de la pâte. Ce qu’il y a de certain, c'est que la marbrure du bleu pâle, qui n’est due qu’à l’additron du sulfate de fer, disparaît au contact de l’air, et cela rend assez probable la présence du sulfure de fer, ou de l’hydrosulfate ; autrement l’oxide de 1er passerait à l’état de rouille, et donnerait le manteau Isabelle > ainsi que cela a lieu pour les bleus vifs dans lesquels on fait entrer de l’ocre.
- Comme les alcalis bruts contiennent toujours quelques portions de silice et d’alumine, qui sont l’une et l’autre solubles dans l’alcali caustique , il en résulte qu’on retrouve dans les lessives une certaine quantité de ces substances terreuses, qui, en se combinant avec les acides gras, forment aussi des savons insolubles à bases terreuses, qui se déposent avec le savon ferrugineux et tendent à se séparer en même temps. Quelques auteurs ont pensé que ces deux savons se réunissaient pour n’en former qu’un seul, auquel ils ont donné le nom de savon alumino~ferrugineux, qu’ils considèrent comme faisant corps à part, et ils lui reconnaissent une certaine tendance cristalline. C’est même à l'arrangement presque symétrique de ses molécules au milieu de la pâte du savon soluble qu’ils attribuent la marbrure. Nous ne saurions partager cette opinion, et nous pensons qu’elle est due à l’espèce de mécanisme que le madreur exerce avec son redable, et à la réaction partielle de la lessive , qui en est la conséquence : en effet, lorsque le madreur a rompu la pâte de manière à la rendre pénétrable dans tous les sens, il cesse de lancer son redable à droite et à gauche , et il s’applique à l’enfoncer bien perpendiculairement, jusqu a ce qu’il atteigne la lessive, puis il remonte promptement dans la même direction, et donne pour ainsi dire, avec son redable, un coup de piston, qui imprime un mouvement ascensionnel à la lessive, et vient la répandre * la surface de la pâte, pour retomber ensuite, par diffé-
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- rentes routes, au fond de la chaudière. Dans cette espèce de circulation que le madreur détermine, la lessive baigne les grumeaux de pâte qui se trouvent sur son passage, et les pénètre plus ou moins, suivant leur volume et leur cohésion : les plus petits sont presque entièrement liquéfiés et totalement séparés de leur matière colorante ; les autres subissent simplement une espèce de tuméfaction, et ils conservent assez de consistance pour ne pas permettre aux molécules colorantes de s’y mouvoir et de s’en isoler. C’est donc de cette inégale réaction de l’humidité, et non d’une cristallisation , que résulte la marbrure.
- Dans la fabrication en grand , comme dans le traitement en petit, si l’empâtage a été complet, l’addition des lessive toujours proportionnelle aux besoins , et la coction régulièrement soutenue ; si la madrure a été faite avec des lessiva à un degré convenable, et de manière à ce que la pâte ait acquis un degré suffisant de liquéfaction; si, en un mot, la saponification a été conduite avec habileté, 3 livra d’huile d’olives en donnent constamment 5 de savon marbtt de bonne qualité, et 4 livres 4 onces de savon blanc. Il se peut cependant que, malgré tout le soin possible, le rendement soit un peu inférieur, et cela dépendra surtout ou de la qualité ou de l’impureté de l’huile, attendu qu’il est plus facile d’être trompé sous ce rapport que sous les autres.
- Nous avons décrit de préférence la fabrication du savon fait avec l’huile d’olives et la soude, parce qu’elle peut servir de type à toutes les autres, et qu’à de légères variations près, les phénomènes sont les mêmes, quelle que soit d’ailleurs la matière grasse employée ; seulement, la saponification marche avec plus ou moins de rapidité. Nous avons dit que les huiles de graines ne donnaient pas avec la soude un savon aussi solide que l’huile d’olives, tandis que le suif jouissait de la propriété contraire. Cette observation a suggéré l’idée de compenser l’un de ces défauts par l’autre, e* de fabriquer des savons avec divers mélanges. Ainsi, on a tu sur différens points de la France , s'établir des fabriqué
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- de savon avec des matières grasses qui variaient avec les localités; et, bien que ces savons n’égalaient pas en qualité celui de Marseille, ils ne laissaient pas, en raison du bas prix auquel ils e'taient vendus, de porter un grand préjudice à son débit. Les fabricans de cette ville, qui ont contracté une longue habitude du monopole de cette industrie, se sont vus dans la nécessité, pour soutenir leurs établissemens et éteindre une concurrence dangereuse, ou de baisser leur prix jusqu’à encourir des pertes, ou de faire eux-mêmes des mélanges ,qui puissent leur laisser quelques bénéfices, et maintenant une grande partie de l’huile de graines qui se fabrique dans nos départemens du nord est dirigée sur Marseille pour y être employée à la fabrication des savons.
- Cette addition , restreinte dans certaines limites, à un dixième, par exemple, n’altère pas sensiblement la qualité du savon ; mais il est rare qu’on s’en tienne là : on va souvent au-delà, et pour compenser un trop grand ramollissement dans la pâte, on ajoute un peu de suif, qui ordinairement se décèle par l’odeur, et nuit à la réputation des fabriques où se fait cette fraude. ’
- Comme le savon est un produit de première nécessité chez tous les peuples civilisés , on a nécessairement cherché , dans «baque pays, à en fabriquer avec les corps gras et les alcalis qu’on pouvait s’y procurer le plus facilement. C’est ainsi que dans l’Allemagne on ne fait le savon qu’avec du suif ou des graisses animales et de la potasse ; il n’y a qu’à Vienne où l’on emploie de la soude, qui provient du natrurn de Hongrie;, et ce pays pourrait cependant en produire une si grande quantité’, qu’il devrait sous ce rapport non-seulement fournir à ses propres besoins, mais à ceux de toutes les contrées voisines. Il paraît que c’est le manque de combustible qui s’oppose à cette exploitation. Le natrum de Hongrie contient de a5 à 3o pour 100 de sulfate de soude, qui ne nuit pas à la
- saponification.
- En Hollande, où la pêche lointaine et la préparation des poissons salés est une des principales branches d’industrie r
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- on emploie les huiles de poissons à la fabrication des savon? mous ; mais, quelque soin qu’on y mette, ces savons conservent une odeur très forte et de'sagréable. Le linge qui a été blanchi avec , en reste long-temps imprégné, s’il n’a e'te' exposé plusieurs jours au contact de l’air chaud, et s’il n’est parfaitement sec.
- En Angleterre, on pre'pare des quantite's prodigieuses d’un savon qui est ge'néralement usité' et préféré dans les colonies. M. Poutet conseille, et avec raison, aux fabricans français d’entrer en concurrence avec nos voisins, qui jusqu’à présent ont été seuls en possession de cette fourniture considérable.
- Le savon anglais est jaune, et il doit en partie cette couleur à la résine qui entre dans sa composition ; mais cètti substance , quoique très soluble dans les alcalis , n’est cependant pas susceptible de se transformer, comme les corps gras, en acides, et elle n’éprouve pas une véritable saponification; aussi ne peut-on faire de savon uniquement avec de la résine. Plus l’alcali est caustique, moins l’espèce de savon qui en résulte a de consistance ; il faut de toute nécessité y ajouter du suif, et même en assez grande proportion : k minimum est' de parties égales, et encore est-il qu’à cette dose, le savon a une odeur de poix insupportable, et pour que les caractères de la résine s’effacent en quelque sorte, il n’es faut pas mettre plus d’un cinquième. Au reste, cela dépe»4 beaucoup de la qualité de la résine qu’on emploie. Plus os aura apporté de soin à sa purification, et plus on pourra es ajouter. C’est dans ce but que M. Poutet a proposé de la dépouiller de son essence en la distillant au bain-marie et nos à feu nu, comme cela se pratique habituellement. On év* par là ce commencement d’altération qui lui commumqE: une odeur empyreumatique , que rehausse encore la réactif alcaline. On peut ajouter jusqu’à 60 parties de résine pu" rifiée, sur too parties de suif, sans que le savon ait mauvaise odeur : il y aurait d’ailleurs de l’inconvénient à ou-trépasser cette proportion, parce que le savon serait trop m011
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- M» Poutet prétend qu’il est essentiel d’ajouter environ cinq centièmes de potasse à la soude destinée à la fabrication du savon jaune, afin de rendre le savon plus soluble, et par contre, d’éviter l’emploi du sel marin. Ce chimiste pense en cela se conformer davantage au procédé anglais, dans lequel on ne fait usage que de soude végétale qui contient de la potasse; cependant M. Poutet convient lui-même que la solubilité du savon de suif est augmentée par la présence de la résine. Il n’v a donc pas besoin de chercher à le rendre plus soluble. Mais son observation relative à l’inconvénient que présente,pour cette même opération, l’emploi des soudes sulfurées, est plus fondée ; car il est certain que la présence du soufre dans les lessives communique au savon de résine une teinte sale d’un brun-verdâtre ; tandis que le savon anglais a une belle couleur jaune, qu’on rend plus vive en ajoutant au suif un peu d’huile de palme. On devra donc éviter, pour cette espèce de savon, de se servir de soudes brutes artificielles , et n’avoir recours qu’aux sels de soude ; il faudrait même accorder la préférence aux plus hautes en degrés, pour éviter l’influence du sel marin, qui contribue singulièrement à contracter la pâte et à lui donner trop de sécheresse.
- Nous allons indiquer d’abord les principales précautions qu’exigent la fabrication du savon de suif, parce qu’il sert comme de base ou d’excipient au savon de résine, puis nous dirons quelles sont les particularités que celui-ci présente.
- dü savox de SUiF.
- Il en est de ce savou comme des autres ; sa qualité dépend du choix qu’on fait des matières premières qui entrent dans sa composition, et du soin qu’on apporte à sa préparation, lai déjà dit que nous devions à M. Décroos un très bon traité spécial sur cet objet; nous y renverrons nos lecteurs pour toutes les observations de détail ; nous ne citerons 1CI que quelques points principaux , et qui tiennent à l’en-semble de cette fabrication.
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- Le fabricant de chandelles donne, à consistance égale, la préférence aux suifs qui se blanchissent le mieux , et ils recherchent particulièrement ceux qui contiennent le plus de suif de mouton. Les fabricans de savon, au contraire, aiment mieux celui qui eu renferme le moins , et c’est pour cela qu’ils augurent bien d’un suif qui présente une teinte jaunâtre comme celui de Russie, qui en général n’est pas aussi cher, précisément à cause de cela. Depuis quelques années, l’art d’épurer les suifs et les graisses a fait de grands progrès; nous n’empiéterons pas ici sur ce qui doit en être dit au mot Soif, et nous remarquerons seulement que le but principal de l’épuration est de déterminer la séparation de toutes les substances étrangères qui ne sont qu’en suspension dans la matière grasse, et qu’on n’y réussit bien qu’autant qu’on parvient à contracter assez ces substances étrangères pour en augmenter la densité, et obtenir leur précipitation pendant que le suif est en fusion. Ce sont surtout les acides pars ou les sels acides qui réussissent à produire cette coagulation; mais comme les acides minéraux agissent quelquefois avec trop d’énergie, on prend de préférence les acides organiques , et particulièrement l’acide tartrique, ou des sels acides, tels que la crème de tartre, et encore mieux l’alun. Ainsi, on fait une dissolution de ce sel dans de l’eau, et on la verse sur du suif liquéfié ; on agite le tout ensemble, et l’on maintient en fusion pendant un certain temps. Le suif s’éclaircit et les fèces se déposent.
- Telle est l’épuration qu’on ferait subir au suif si l’on voulait obtenir un savon fin comme ceux qu’on prépare pour l’usage de la toilette ; mais on n’a pas recours à cette purification lorsqu’il s’agit de faire un savon ordinaire ; et, dan; ce cas, on prend le suif tel que le commerce le fournit,® le coupe par morceaux , on le jette dans la chaudière lorsque la lessive est bouillante., et Ton opère absolument de h même manière que pour l’huile, avec cette seule différence qu’on met environ un quinzième de lessive de plus. Les molécules du suif sont plus glutineuses et s’invisquent plus facile-
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- ment. Le suif brut contient une assez grande quantité' de gélatine, qui contribue très efficacement à ce résultat, qu’on peut d’ailleurs hâter encore en ajoutant des de'bris de savon provenant de cuites pre'ce'dentes.
- Une remarque bien essentielle à faire pour les savons de graisses, c’est que la gélatine qu’elle contient, ou plutôt un certain principe qui l’accompagne , est la cause principale de la mauvaise odeur de ces savons, et que, maigre' les frais qui peuvent résulter du rejet des lessives de relargage , il faut se décider à les perdre pour obtenir un savon moins odorant. Cependant M. Poutet dit qu’en abandonnant ces lessives pendant quelque temps à elles-mêmes, elles se prennent en gelée, et que si alors on les agite avec le redable , la gélatine se divise en petits grumeaux, et la lessive reprend sa liquidité' en telle sorte qu’on peut la filtrer sur des cuviers contenant des résidus de soude, et la débarrasser par ce moyen de la source d’infection qu’elles portaient avec elles : mais il n’est guère probable que la gélatine soit bien réellement la cause de la mauvaise odeur, et il se peut que le principe odorant reste en dissolution dans les lessives. Au reste , c’est à l’expérience à prononcer, et ce que nous venons de dire suffit pour mettre en garde contre cet écueil.
- Il est encore une autre observation qu’il importe de faire sur les savons de suif, c’est que l’abondance de la margarine dans le suif, et la grande solidité qu’acquiert le savon de suif, sembleraient indiquer, comme quelques auteurs l’ont avancé, qu’il serait possible et même avantageux d’y ajouter une assez forte proportion d’huile ; mais l’expérience prouve qu’une faible addition de 5 p. ioo d’huile d’œillet dans le suif, suffit pour que le savon qui résulte de ce mélange soit sans consistance ; il est glaireux et manque déliant. Ces corps gras se repoussent en quelque sorte, et ils ne peuvent s’amalgamer.
- On prétend que la plus grande solidité du savon de suif dépend de la proportion considérable de ste'arine qu’il consent ; mais il se peut aussi que cela résulte de la grande affi-
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- nité de celte matière grasse pour l’alcali. Ce qu’il y a de certain , c’est que le savon de suif se fait très Lien à froid et en fort peu de temps. C’est ici le cas de citer une observation assez curieuse, que j’ai eu occasion de faire à diverses reprises. Si l’on fait liquéfier du suif à la plus basse température possible , et qu’on le laisse refroidir jusqu’au moment où il devient lintescent, et qu’à cette époque on y ajoute une demi-partie de lessive caustique à 36°, et qu’on agite sans discon-tinuer avec un bistortier ; on voit, au bout de quelques heures de contact , le mélange acquérir subitement une consistance très solide ; et, ce qui dénote bien que c’est la conséquence d’une forte affinité, c’est qu’il se manifeste au même instant une élévation notable de température. J’ai vu le thermomètre monter, pendant cette réaction, à plus de 6o° centigrades, la température de l’atmosphère étant de 120.
- C’est cette grande affinité du suif, ou du moins de ses acides pour la soude, qui fait qu’on n’a pas besoin d’avoir recours aux lessives salées pour isoler le savon ; car à mesure que la combinaison s’achève , ses molécules se contractent et acquièrent une cohésion assez prononcée pour s’isoler au milieu du liquide , pourvu qu’il ait un certain degré de concentration.
- Dans tous les cas , le savon de suif peut être converti soit en savon blanc, soit en savon marbré , par les mêmes manipulations que celles indiquées pour le savon d’huile d’olives; mais comme le savon conserve une odeur désagréable • M. Poutet a proposé de l’aromatiser en ajoutant un peu d’essence de térébenthine au moment de la levée de la cuite : cette essence lui communique, selon ce chimiste, une odeur de violette.
- Parmi les savons en réputation, se trouve celui dit de Windsor, qui est fait avec un suif très épuré ; mais comme ce savon s’emploie plus particulièrement pour la toilette, et qu’il y aura un article spécial pour cet objet, nous y renvoyons le lecteur.
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- DU SAVON JAUNE OU DE Il USINE.
- Nous avons dit que la résine n’était point susceptible d'éprouver une véritable saponification, et que sa combinaison avec l’alcali devait plutôt être considérée comme une simple dissolution, qui, tout en rehaussant pour ainsi dire les propriétés du savon ordinaire , qu’elle rend plus soluble dans l’eau et plus susceptible de la faire mousser, ne peut cependant pas être considérée comme un vrai savon. En effet, la résine ne saturant pas l’alcali, celui-ci conserve toute son énergie et réagit trop fortement sur les corps qui sont soumis à son action : de là la nécessité d’unir cette espèce de savonule avec un vrai savon ; c’est ordinairement celui de suif qu’on emploie, comme réussissant mieux. L’huile masque beaucoup moins l’odeur de la résine, et une remarque que nous avons déjà faite d’après M. Poutet, c’est que plus le suif est rance , et plus cette odeur se trouve neutralisée. On conçoit, d’après ce que nous venons de dire, qu’il est au. moins inutile de faire passer la résine qu’on y ajoute par toutes les phases «Te la saponification , et cela aurait d’autant plus d’inconvénient, que la résine serait nécessairement entraînée en dissolution par les lessives. On commence donc par faire le savon de suif à la manière ordinaire , puis au dernier service de lessive, c’est-à-dire alors que celle-ci n’est plus absorbée, et qu’elle conserve, malgré une ébullition prolongée , toute sa causticité, onajoute la proportion de résine qu’on veut faire entrer dans la composition du savon, et pour en hâter et en faciliter l’union , on doit diviser préalablement la résine en petits fragmens', et faire brasser la pâte avec un redable, jusqu’à ce que l’incorporation soit bien faite. La pâte se colore en jaune , et elle perd de son liant. On soutient pendant quelque temps l’ébullition avec un excès de lessive, et quand la pâte acquiert par le refroidissement une consistance solide, et que, délayée «laitsles mains avec un peu d’eau, elle-aclaisse sur la peau aucun enduit résineux, on juge que le sa-
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- von est achevé, et l’on procède d’abord à l’épinage, puis à l’épuration de la pâte , ce qui nécessite ordinairement de transvaser la cuite dans une autre chaudière où l’on a versé quelques seaux de lessive à 8° ; on chauffe, ou brasse, on laisse reposer, puis on épine ; on fait un deuxième service avec de la lessive à 4°, et en dernier lieu à 20, enfin, on aromatise avec un peu d’essence d’anis; on abandonne encore une fois au repos, pour que les substances étrangères puissent se séparer. On met de côté l’écume qui s’est formée à la surface, et l’on coule la pâte dans des moules en bois ou en pierre, qui n’ont que la largeur d’une barre , mais qui en ont plusieurs fois la longueur. Après le complet refroidissement, on les coupe de la longueur voulue à l’aide d’un fil de cuivre, et l’on serre le savon dans un magasin bien aéré, pour le sécher. Le dépôt ou gras est réuni avec l’écume , et l’on fait entrer tous ces résidus dans des cuites de savon commun.
- Ce savon, lorsqu’il est bien fabriqué, doit être d’un beau jaune de cire , surtout si l’on a ajouté au suif un peu d’huile de palme. Les bords sont translucides; il se dissout facilement dans l’eau, et la solution donne une tnousse très abondante par l’agitation, même avec les eaux de puits ou de rivière.
- Jusqu’à présent, nous ne nous sommes occupés que des savons solides, c’est-à-dire de ceux qui sont à base de soude; maintenant il nous reste à parler des savons mous, qui résultent de la saponification des corps gras par la potasse , et comme nous sommes déjà entrés dans des considérations théoriques à ce sujet, nous n’avons à nous occuper ici que de ce qui a trait à la fabrication même.
- DES SAVONS MODS OU SAVONS VERTS.
- La principale différence qui existe entre les savons à base de soude et ceux à base de potasse, dépend surtout de leur mode de combinaison avec l’eau. Les premiers eu absorbent
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- une grande quantité, et ils la solidifient ; ce sont de véritables hydrates. Les autres e'prouvent une cohe'sion moléculaire bien moindre ; et ils retiennent une plus grande quantité d’eau à l’état de simple mélange. En général, 3 d’huile donne 5 de savon de soude bien séché à l’air libre; la même proportion donne 6,90 de savon de potasse en pâte d’une consistance inférieure à celle du miel ordinaire. Cette moindre cohésion moléculaire le rend plus apte à la solution ; aussi est-il impossible de parvenir à le séparer de la lessive, et le relargage ne peut être pratiqué, à moins qu’on n’ajoute aux lessives beaucoup de mu-riate de soude ; mais on sait que dans ce cas il y a échange de base, que la potasse est éliminée, et que c’est un savon de soude qu’on obtient. Il se pourrait cependant que si on se servait de dissolutions très concentrées de sels de potasse, et particulièrement de muriate, on parviendrait à rendre le savon plus solide. C’est cette plus grande solubilité et sa réaction alcaline plus prononcée, qui lui font accorder la préférence pour quelques usages particuliers; mais souvent aussi c’est son bas prix qui le fait rechercher.
- Les savons mous se fabriquent en général avec des huiles de graines, et surtout avec celle dechenevis, qui leur communique une couleur d’un brun-verdâtre particulier, et qu’on cherche à imiter quand on emploie d’autres huiles. Après celle de chènevis, on accorde la préférence aux huiles de cameliue et de lin, puis à celles d’œillet, de colza et de navette; et il arrive assez souvent qu’on les mélange ensemble dans une certaine proportion et en plus ou moins grand nombre.
- Tout cela dépend du prix auquel on cherche à établir cette espèce de savon ; mais ce qu’il y a d’assez singulier , c’est qu’on ne peut pas y ajouter des graisses sans que le savon perde la transparence qu’on y cherche : 10 p. 100 suffisent pour donner de l’opacité.
- A l’article Potasse , nous avons décrit très en détail le choix qu’on doit faire de cet alcali, la manière d’en reconnaître la richesse, et le meilleur procédé à employer pour en faire
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- de bonnes lessives caustiques , et nous n’avons à ajouter aucun nouveau renseignement à cet e'gard. Admettant donc qu’on soit approvisionné en lessive convenablement préparée, nous dirons que pour commencer cette opéi’ation, on verse d’abord une partie des matières grasses dans la chaudière , on fait chauffer , et quand le liquide a atteint un degré de température voisin de celui de l’ébullition de l’eau ; on y ajoute une certaine quantité de la lessive ; on continue de cjtauffer, et l’on pousse jusqu’à l’ébullition, puis on ajoute par portions, tantôt de la lessive, et tantôt de l’huile jusqu’à entière consommation de toute la provision destinée à composer la venue.
- Lorsqu’il ne reste plus rien à ajouter, on soutient l’ébullition , mais avec le moins de feu possible , et à mesure que la réaction alcaline fait des progrès, le bouillon devient moins tumultueux , la masse s’affaisse, la pâte devient transparente et elle s’épaissit. On reconnaît que l’opération est terminée, quand la saveur de la pâte a perdu le piquant de l’alcali, que la couleur devient plus foncée, et surtout à ce qu’une portion de pâte étant enlevée de la chaudière, elle prend promptement le degré de consistance que doit avoir de bon savon ; et il se présente alors un phénomène assez singulier pendant son refroidissement, en supposant qu’on en ait mis une petite quantité sur une plaque de verre : on voit se former tout autour de cette espèce de galette une zone opaque de quelques lignes d’étendue. Plusieurs fabricans désignent ce phénomène sous le nom de forces, et lorsqu’il ne se présente pas, ils disent que le savon n'a pas encore ses forces; s’il se manifeste, et qu’il disparaisse au bout de quelques inslans, ce qui arrive parfois, ce sont de fausses forcesj mais lorsqu’il persiste, alors le savon a ses forces, il est cuit; et si l’on veut affaisser promptement la masse, on y ajoute une certaine quantité d’ancien savon, ou retire tout le feu, puis on transvase et l’cii distribue dans des tonneaux.
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- 200 parties d’huile exigent, pour leur saponification,
- rj2 de potasse d’Amérique en lessive à i5°, et
- l’on obtient
- 460 de savon bien cuit.
- Si l’on n’a pas employé d’huile de chènevis, la teinte du savon tire au jaune, et pour la faire passer au verdâtre, on y ajoute plus ou moins d’indigo.
- On rencontre quelquefois dans la pratique des difficultés d’exécution qu’on serait bien éloigné de prévoir. Ainsi, rien ne semble plus simple que de colorer de la pâte de savon avec de la poudre d’indigo, et cependant rien de si difficile à exécuter. Cette matière colorante, au lieu de se diviser uniformément, se grumelle, se cantonne dans la pâte, et finit par se précipiter ; on ne parvient à bien l’incorporer qu’en ayant recours au procédé empirique suivant : on verse dans une chaudière en fonte cinq à six seaux d’eau, on y délaie 3 kilogrammes environ d’indigo pulvérisé ; on agite continuellement avec un bâton, et l’on fait bouillir le tout jusqu’à ce que le bâton présente , lorsqu’on le relire du mé-lange, une pellicule dorée sur toute sa longueur. Mais, ce phénomène ne se manifeste qu’après plusieurs lieures d’ébullition, et c’est alors seulement qu’il convient-d’ajouter l’indigo à la pâte. Il est probable que ses molécules ont acquis à cette époque un certain degré de division qui leur donne un commencement de solubilité, et leur permet de se tenir en suspension dans la pâte. Je crois qu’on réussirait également bien, en ajoutant dans la pâte plus ou moins de solution, d’indigo dans la potasse, telle qu’on la prépare pour teindre en cuve. ( V. Ikoigo. )
- A Rouen, on fabrique un savon à base de potasse, et qui est en grande réputation dans les manufactures de draps ; il a assez de solidité pour être coulé en briques : on en ignore la composition. Il résulte cependant de quelques essais-., lu on obtient un savon qui s’en rapproche beaucoup , en
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- traitant par la potasse caustique le re'sidu ou tourteau de l’huile de pieds de bœuf : mais l’addition d’une petite quantité' d’huile d’olives serait ne'cessaire pour lui donner plus de liant.
- Des appareils et ustensiles nécessaires pour la fabrication du savon.
- Il paraîtra sans doute étrange de terminer par où l’on commence habituellement, et je ne chercherai pas à justifier cette manière et à la prétendre meilleure. Je dirai seulement qu’ayant eu pour intention et pour nécessité, non pas de faire un traité complet de cette importante industrie , qui a été décrite par d’habiles praticiens, mais bien de réunir toutes les données essentielles qui pouvaient, selon moi, concourir à éclairer le fabricant, j’ai craint de nuire à l’ensemble des idées, en y intercalant des descriptions qui y sont toul-à-fait étrangères, et une fois entré en matière , j’ai préféré, pour ne point abandonner mon sujet, reléguera la fin démon article le peu que j’avais à dire sur les ustensiles en usage dans les ateliers de savonnerie.
- Trois sortes d’appareils sont indispensables à cette fabrication, savoir :
- i°. Les cuviers ou réservoirs, pour faire et recueillir les lessives ;
- 2°. Les chaudières, pour empâter et cuire le savon ;
- 3°. Les mises, pour couler la pâte.
- Les cuviers doivent être en bois blanc, autrement ils coloreraient les lessives ; leur capacité est nécessairement subordonnée à l’importance de la fabrication, et comme dans les principaux ateliers, elle est montée sur une échelle considérable, il a fallu avoir recours non plus à des cuves, mais à des bassins construits en maçonnerie et d’une très grande dimension. Ces cuviers ou ces bassins, qu’on nom*6 barquieux, sont placés au-dessus de réservoirs avec lesquel»
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- ils sont mis en communication à l’aide de robinets adaptés à leur partie inférieure, par où s’écoulent les lessives dans les réservoirs. On donne le nom de mène à l’ensemble d’un certain nombre de barquieux et de réservoirs. J’ai déjà eu l’occasion de faire remarquer le vice de cette méthode, et combien il serait préférable de ne décarbonater les lessives qu’au fur et à mesure du besoin.
- Les chaudières dont on se sert dans les savonneries paraissent, au premier aperçu, d’une construction assez bizarre et peu rationnelle ; iqais avec un peu d’attention , on reconnaît bientôt que cette construction est commandée par la nature même des choses. En effet, ces chaudières sont ordinairement assez vastes pour qu’on y puisse cuire 12,000 kilogrammes de savon à la fois. On conçoit combien il serait difficile et dispendieux de faire construire tout en cuivre des chaudières de cette dimension , et surtout quelle perte on éprouverait pour en réparer les avaries : mais un motif plus puissant encore s’est opposé à l’adoption des chaudières entièrement en métal, c’est la difficulté qu’elles présentent pour régler le feu ; les parois métalliques conduisent la chaleur avec tant de rapidité, que si une élévation brusque de température se manifeste, la matière brûle dans les parties supérieures, parce que l’humidité qui les touche est bientôt vaporisée, et que rien ne peut plus en retarder réchauffement. Ce grave inconvénient n’a pas lieu dans les chaudières dont on se sert pour cette opération, parce que leur fond seulement est en métal : tout le reste est construit en maçonnerie liée par un ciment de chaux et de béton , et des briques à surface curviligne, posées de plat et garnies par-devant de briques ordinaires plaquées sur une couche de citent et sur toute leur hauteur, forment les parois supérieures, qui ont ordinairement une grande élévation. Ce genre de construction oblige à appuyer ces parois, qui ont à soutenir toute Apesanteur des couches supérieures de liquide, par de forts massifs, qui eux-mêmes sont maintenus au moyen de barres et de tira ns en fer, qui forment une espèce de carcasse autour.
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- Une chaudière me'tallique offrirait plus de résistance, par« que toutes les parties en -sont intimement lie'es et solidaires les unes des autres, tandis que si quelques parties cèdent dans la maçonnerie, il se fait bientôt des fissures par oi le liquide s’infiltre.
- U y a encore un autre inconvénient attaché à l’emploi des chaudières en cuivre, c’est la coloration que leurs parties supérieures communiquent au savon à mesure qu’elles ont le contact simultané de l’air et de l’humidité ; il se produit de l’oxide qui se combine aux corps gras, pour former un savon métallique coloré, A la vérité, cet inconvénient disparaîtrait, surtout pour les savons madrés , si, comme on l’a propose, on substituait au cuivre des plaques de tôle rivées entre elles, et rien ne serait plus facile que de construire le fourneau de manière à ce que la chaudière ne puisse chauffe; que par son fond : il suffirait pour cela d’accoler la maçonnerie contre les parois extérieures, à partir de la hauteur voulue, et de diriger immédiatement la cheminée dans l’épaisseur du massif.
- Le grand avantage des chaudières en maçonnerie , c’est que l’empâtage une fois fait, tout le reste de l’opération peut se conduire presque sans risques, attendu que pour peu qu’il se sépare de lessive , celle-ci va occuper le fond de la chaudière, et comme c’est l’unique partie qui reçoive l’action delà chaleur, la température ne peut jamais excéder celle delales-sive bouillante. Ainsi, cette lessive fait bain-marie, et c’est ce bain-marie qui règle la température de la cuite, tandis que si la chaudière était entièrement métallique, et si la flamiae circulait librement autour des parois extérieures , il arriverait que partout où l’humidité ferait défaut, rien n’empêcherait la chaleur d’augmenter, et la décomposition d’avoir lieu.
- Les inconvéniens de ces chaudières sont d’abord d’exige* beaucoup plus de combustible en raison du court trajet que la flamme a à parcourir, et de la très petite surface qui reçoit l’action de la chaleur par rapport à la grande masse qu’il s’agit d’écliautfer ; de plus, la maçonnerie , quelque hn-
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- construite qu’elle soit, se laisse toujours pe'ne'lrer par le liquide , et il n’en résulte rien de fâcheux tant que ces chaudières sont en activité’; mais si elles cessent de travailler, une partie de l’humidité se dissipe , l’air pe'nètre, l’alcali se carbonate, les molécules salines cherchent à prendre un arrangement symétrique, et cette tendance à la cristallisation détermine une sorte de tuméfaction qui fait exfolier le ciment, et les briques se détachent. Aussi l’expérience a-t-elle démontré que si ces chaudières restent sans emploi, elles sont bientôt détruites.
- Des mises. Ce sont, des bassins carrés d’une assez grande superficie, eu égard à leur profondeur; elles ont habituellement de 3 à 5 mètres de longueur, sur om,6o de profondeur ; elles sont destinées à recevoir le savon quand il est cuit, et qu’il ne s’agit plus que de le laisser refroidir. Les mises pour le savon marbré sont construites en dalles bien unies et bien jointes. On pratique quelques divisions transversales dans chaque mise , au moyen de planches à coulisses, auxquelles on donne le nom de fauques; des ouvertures sont pratiquées de distance en distance à la partie inférieure et latérale des mises, pour laisser écouler les lessives, quand on juge à propos de leur donner issue ; des rigoles extérieures reçoivent ces lessives , et vont les transporter dans des réservoirs particuliers, où on les puise pour les employer au relargage.
- Les mises destinées au savon blanc ont leur fond simplement garni en briques, et les parois latérales en planches. Comme il ne s’écoule aucune portion de lessive de ce savon, d est inutile d’ajouter des rigoles à ces mises; on saupoudre leur fond avec un peu de chaux éteinte et tamisée ; cette chaux n’adhère point au savon ; l’insufflation suffit pour l’en débarrasser quand il est froid.
- Le niveau supérieur des mises doit être placé à une hauteur du sol moindre que celle de la surface de la chaudière, afin que la pâte encore liquide puisse facilement s’écouler le long d’une rigole déclive faite en bois, qu’on place au moment de la levée sur le bord de la chaudière et sur la mise.
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- Les salles où sont place'es les mises doivent être disposées de manière à ce qu’on puisse y obtenir une température assez douce en hiver, et un peu fraîche en été ; car on éprouve également de l’inconvénient à laisser la pâte se refroidir trop précipitamment ou trop lentement, surtout pour les savons madrés. Le savon, avant d’avoir atteint un complet refroidissement, séjourne ordinairement de huit à. dix jours et quelquefois de vingt à vingt-cinq jours, suivant la tempe-rature régnante, dans les mises. Toute la masse du savon marbré flotte sur la lessive qui occupe le fond. Lorsqu’on veut enlever le savon, on laisse écouler la lessive, puis on trace à la surface des mises, et à l’aide d’une longue règle et d’un poinçon, des raies qui indiquent les coupe; qu’il convient de faire pour distribuer le savon d’abord en gros parallélogrammes, qui sont ensuite eux-mêmes sous-divise's en briques de la grandeur habituelle.
- Dans les savonneries bien montées, il y a une troisième sorte d’appareils, ce sont de grandes citernes, auxquelles on donne le nom de piles, et qui servent de réservoirs pour les huiles. Plus l’approvisionnement est considérable , et pins l’huile séjourne dans chaque pile ; plus aussi elle s’y dépure de toutes les substances étrangères qu’elle contient en suspension. Comme on enlève ces huiles à l’aide de pompes qui n’atteignent pas le dépôt, il s’ensuit qu’elles sont employées dans un plus grand état de pureté, et que la qualité dusavot en est plus belle.
- Les dépôts des piles sont réunis pour être épurés à par1 On fabrique, avec ces dépôts , de bon savon, mais d’un aspect moins agréable. Ces résidus contiennent ordinairemert plus de stéarine, qui s’est précipitée, et alors on peut le® ajouter davantage d’huile de graines. Les fabricans ne manquent; pas de mettre cette propriété à profit.
- Je ne terminerai point cet article sans payer un juste tribu'-de reconnaissance à M. Callet fils, ancien et habile fabricar-de savon , pour les utiles renseignemens que je dois à son obligeante amitié. R.
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- Plan d’une fabrique de savon à base de soude , soit savon solide, marbré, bleu pâle, bleu vif ou blanc. (PI. 71, Arts chimiques. )
- A, Chaudières.
- B, Mènes de chacune trois barquieux et six citernes chaque, destine'es au lessivage des soudes nécessaires aux empâtages. .
- C, Deux mènes, de chacune trois barquieux et six citernes, destinées au lessivage des soudes et bourdes mélangées, nécessaires à la coction du savon.
- D, Grand barquieux , appelé vulgairement souillarde; c’est pour recevoir toutes les soudes déjà lessivées ; il n’est plus alimenté qu’avec de l’eau pure, et quand elle sort à o de l’aréomètre, on jette dehors la charrée qu’il contient.
- E, Escalier pour descendre à la cave, où sont les foyers des chaudières, les cuves qui contiennent les lessives e'pinées, c’est-à-dire celles qui ont passé sur la pâte, et la citerne, au-dessous du sol de la cave, qui reçoit ces mêmes lessives, et dans laquelle est le tuyau d’aspiration d’une pompe nécessaire pour remonter ces recuits sur les barquieux ad hoc.
- Soupirail en dehors et grille en dedans, nécessaires pour jeter le charbon, donner de l’air et tirer de l’épine au moyen du poidou.
- H, Emplacement pour éteindre la chaux et faire le mélange avec la soude.
- I, Magasin à soude, bourde, chaux, etc., appelépicadou.
- J, Mises pour le savon marbré.
- K, Lieu dit essugand, soit magasin où l’on coupe le savon ; il y est amené en pains de 65 à 70 kilogrammes. Chaque pain est tracé en six ou sept loves, au moyen d’un calibre armé de sept dents en fer, ensuite coupé avec la tirette. La love est un parallélépipède rectangle , qui a la longueur d’une brique, la largeur et l’épaisseur de trois. Chaque love est mise de champ sur une table, et divisée en trois parties au moyen
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- d’une autre tirette. Chaque partie donne donc la longueur d’une brique, et par conséquent ses trois dimensions.
- L, Réservoir où se rendent toutes les lessives au moment où l’on sort la porte des mises pour en retirer les pains. Ce sont ces mêmes lessives qui servent pour relarguer.
- M, Emplacement sous lequel il y a deux piles pour emmagasiner les huiles.
- N, Pompe pour remonter les recuits de la cave.
- Nota. Quant aux mises pour ie savon blanc, on peut les construire an moment d’v couler le savon ; il suffit d’avoir des planches de 0,04e"* à o,o5"* d’épaissenr; on les pose de champ en formant les grandeurs nécessaires: elles se placent indifféremment snr des pièces plancheyées ou carrele'es, an rez-de-chaussée on au premier. Lorsque les différentes cases sont faites, on les pondre avec de l’hydrate de chaux, soit chaux éteinte et en poussière. On v coule le savon.
- Différens ustensiles nécessaires à Y exploitation d’une fabrique de savon. (PL 72, Arts chimiques.)
- Fig. 1. Batte pour casser la soude.
- Fig. 2. Casse pour jeter de l’eau sur la chaux , et pour servir dans d’autres opérations.
- Fig. 3. Bêche pour faire le mélange de la soude avec la chaux éteinte, et pour vider les barquieux quand ils sont épuisés en alcali.
- Fig. 4* Matras ; soit une tige en fer qui a l’extrémité en cône, terminée par une rondelle saillante de o,iocm-, afin de retenir la filasse tournée autour du cône. Cet ustensile sert à maintenir la lessive dans la chaudière en le tirant à soi. et à la faire sortir lorsqu’il est poussé.
- Fig. 5. Cornue ou vase qui sert à transvider les lessives des citernes dans les barquieux , et à les introduire dans les chaudières, comme à transporter le savon bleu dans les mises.
- Fig. 6. Poidou; il sert à puiser les lessives des citernes,^ à puiser la pâte dans les chaudières.
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- Fig. Radiable ou redable ; c’est uue planche en bois de noyer, traversée par un long manche. Il sert dans l’opération de la marbrure et dans la liquéfaction.
- Fig.; 8. Couteau armé de son étrier en fer, d’un bout de chaiae et «Tune corde double avec des nœuds de 4» centimètres de distance ; il sert à couper le savon dans les mises. Voici comment se pratique cette opération : quand le savon est assez dur pour être coupé, on trace les pains sur la mise au moyen d’une règle et d’un poinçon ; les figures sont presque toujours des rectangles. Un homme enfonce le couteau jusqu’au fond de la mise ; il tient la traverse du manche à deux mains, il met le pied sur l’étrier, qui passe du côté du dos du couteau ; deux hommes sont à l’ex-tre'mité de la mise, et assis sur un banc de hauteur ordinaire; ils passent un rouleau en bois entre les deux cordes, et tirent à eux jusqu’à ce que l’homme qui dirige le couteau indique quand ils doivent s’arrêter. Quand cette operation est faite en lavge et en long, les pains produisent le même effet que les touches d’un piano. La lessive que le savon en pâte a abandonnée en se refroidissant, s’est précipitée au fond de la mise, ce qui fait surnager les pains de savon.
- Fig, g. Pelle pour écarter les gros pains qu’on a coupés dans la mise.
- Fig. io. Dentier; il sert à diviser chaque pain en loves.
- Fig. 11. Tirette; c’est un morceau de bois rond de o, iocm’ de long ; il y a un fil de fer de o,45cm‘ de long , attaché par les deux bouts aux deux extrémités du morceau de bois ; elle sert à diviser chaque love en trois briques ou barres. R.
- SAVONS DE TOILETTE, bette branche d’industrie toute spéciale , qui depuis quelques années a pris une extension si remarquable, exige de celui qui veut l’exploiter avec avantage, toutes les connaissances nécessaires à un habile savonnier; en effet, aujourd’hui, et c’est à regret que je l’avoue , comment être certain de la pureté des produits de «ette fabrication, si les capacités du maître sont insuffisantes Tome XIX. tt
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- pour la constater, et qu’il ne puisse remédier à ce grave inconvénient, en fabricant lui-même les produits dont il a besoin pour sa consommation. La qualité de savons, pour ceux de toilette, doit être parfaite; le prix élevé des matières premières ne doit avoir qu’une influence relative ,• et entrer comme considération dans leurs achats, seulement, lorsqu’on sera certain de ne rien changer à la composition des produits, dont la bonté aura été reconnue par l’usage des consommateurs. Il faut, en produits de cette matière, peu de chose pour satisfaire le goût du public ; mais, par la même raison, la moindre différence dans la livraison des mêmes articles, suffit pour qu’il rejette à jamais loin de lui les marchandises provenant de la maison qui aurait eu l’imprudence de commettre cette faute. Une fois faite, elle est irréparable. C’est à des considérations aussi puissantes que le parfumeur se vit forcé de se livrer tout entier à l’étude d’une fabrication qui, autrefois , était seulement auxiliaire à la sienne, et qui aujourd’hui est devenue l’une des branches les plus importantes de son art. Pénétré des connaissances déjà acquises dans l’art du savonnier, il en profita de son mieux, et s’il ne perfectionna pas cet art, que des hommes certainement plus instruits avaient approfondi, il put néanmoins, par le choix de matières premières d’une pureté parfaite , livrer à la consommation des savons de toilette dont la qhalité était vraiment supérieure. Il existe parmi le public , dans cet art comme dans tant d’autres, un vieux préj âgé qui donne ans savons anglais une supériorité marquée sur nos savons français. Je dis préjugé, parce qu’en examinant cette question en véritable industriel, sans amour-propre de fabricant, on est convaincu que cette idée est tout-à-fait privée de fondement-En effet, nul doute que la bonté des savons de Windsor soit incontestable, nul doute que leur réputation soit justement acquise ; mais aussi erreur, et grande erreur de croire, et à plus forte raison de soutenir, que ceux fabriqués en France, et qui portent le nom et l’étiquette de Windsor, soient d’une qualité vraiment inférieure.
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- En Angleterre, autant la fabrication des savons de Windsor est grande et parfaite, autant celle de savons parfumés est petite et imparfaite. En France, le contraire a lieu; c’est pourquoi nos productions en ce genre suffisent aux besoins de la grande cité. En considérant leurs savons de toilette parfumés et colorés, on est étonné à la fois et de la sensation désagréable qu’éprouve l’odorat, par la proportion toujours dominante d’essence de lavande qu’ils mettent dans leurs parfums, et de la couleur peu vive qu’aperçoit un œil exercé, soit qu’il s’agisse de couleurs unies , qui sont indéterminées, soit qu’il s’agisse de marbrures dont les veines sont mal arrêtées.
- Mais terminons ce parallèle, peut-être déjà trop long ; espérons que dans notre beau pays , vaincu d’ailleurs quelquefois sous le rapport industriel, nous ne rencontrerons plus cette abnégation d’amour-propre national incompréhensible, qui porte quelques personnes à préférer souvent, sans raison , les productions étrangères.
- La disposition d’une savonnerie pour la fabrication des savons de toilette, et les ustensiles devant garnir son intérieur, sont à peu de chose près les mêmes que ceux employés par le savonnier ordinaire, et qui se trouvent décrits à cet article, aussi n’y reviendrons-nous pas; seulement, nous ferons quelques observations sur les diverses parties qui seules en font la différence.
- ' Les chaudières préférables sont, à mon avis, celles en tôle de fer ; les autres présentent toutes des inconvéniens ; le cuivre surtout doit être rejeté, il est trop facilement oxidable pendant le commencement de la saponification ; et la fonte, qui serait fort bonne, car elle ne coûte presque rien, est beaucoup trop casuelle ; elle peut se rompre par l’addition des lessives froides , qui, étant plus lourdes, arrivent principalement sur quelques points seulement de la chaudière, produisent sur le métal très chaud cette dilatation subite et inégale par laquelle se détermine si souvent la rupture des vases. Il serait assez facile, jusqu’à un certain point,
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- de se garantir de ce danger ; niais les précautions alors qu’il ne'cessite sont trop nombreuses pour ne point, dès qu’on le peut, donner la pre'fe'rence à la tôle. Cette observation est toute locale, car eu Angleterre, où la fonte est à un prix si bas, il est préférable d’employer le moyen mécanique que je vais décrire.
- La chaudière est un cône tronqué en fonte , dont la hauteur et la largeur sont calculées d’après la fabrication de l’établissement; Ce cône est garni à tout son extérieur de briques, fixées au moyen de ciment, à la manière ordinaire; on joint, à la partie du cône tronqué qui se trouve inférieure, et à laquelle on a disposé préalablement une bride garnie de trous, une chaudière de forme sphérique, ayant à sa circonférence une autre bride de correspondance, et que l’on fixe au moyen de boulons parfaitement rivés. La surface totale de la sphère est à celle du cône tronqué X i ; io. Par ce moyen, non-seulement le prix de la sphère comparé à celui du cône est devenu peu élevé; mais encore les chances de fracture ont diminué, et diminué d’autant que, dans ce pays, où la fabrication du fer est portée au plus haut point, la qualité de la fonte peut résister longtemps à ces changemens brusques de température, surtout lorsqu’il s’agit de vases d’une petite dimension.
- Cette économie, reconnue par une longue expérience, a déterminé les fabricans de savon de ce pays à employer de préférence, pour leurs chaudières, la fonte de fer, que les savonniers en France ont été obligés de rejeter.
- Les réservoirs à lessives pour une savonnerie de toilette, méritent aussi quelque attention dans le choix que le fabricant doit y apporter s ces dernières doivent être d’une limpidité parfaite et entièrement incolores ; il sera donc de la plus haute importance de construire des réservoirs destinés à les contenir, avec des matières qui ne puissent subir aucune altération de leur séjour plus ou moins prolongé.
- Dans la plupart des fabriques , on est dans l’habitude de se servir de réservoirs en bois blanc, qui non-seulement ont
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- SAVONS DE TOILETTE, l’inconvénient majeur de se détériorer promptement, mais encore de communiquer aux lessives une couleur jaunâtre, qui altère d’autant la blancheur du savon que l’on désire obtenir. Dans ces derniers temps, j’employai un moyen qui réunit tous les avantages , sans présenter aucun inconvénient. J’ai pris des pipes d’eau-de-vie, dont le prix est peu élevé si on le compare à celui d’un réservoir en bois de capacité égale, et construit exprès pour cet usage, je les ai fait cercler en fer et doubler en plomb : ces appareils ainsi disposés, me présentèrent les avantages d’être presque indestructibles. En effet, il faudrait admettre l’oxidation du plomb, et par suite la dissolution de cet oxide dans la soude caustique, pour que l’altération de ce doublage soit prompt. Il en est autrement, cette action est à peine sensible; les circonstances dans lesquelles se trouve le métal sont si peu favorables à son oxidation , que le séjour de plusieurs mois de lessives laissées exprès dans ces réservoirs, fut suffisant à peine pour que je reconnusse la présence du plomb, au moyen de ses réactifs les plus sensibles. Les lessives exposées quelques jours dans ces réservoirs sont blanches et limpides, et conséquemment capables, en les mélangeant avec des graisses ou des huiles bien pures, de produire les plus beaux savons.
- Le prix est la seule objection qu’on puisse faire dans l’emploi de ces réservoirs : il suffit de réfléchir un seul instant pour la détruire. Les tonnes en bois disposées exprès coûtent , il est vrai, les deux tiers du prix de celles en plomb ; mais au bout de quelques années elles sont complètement rongées, on est dans l’obligation de les remplacer, et à cette époque leur valeur est nulle entièrement. Au contraire, les réservoirs doublés en plomb n’exigent leur remplacement qu’au bout d’un temps fort long , et à cette époque ils ont encore une valeur intrinsèque. Enfin , la dernière considération , qui sans contredit n’est pas la moins intéressante , test la causticité des lessives qui se trouve plus complète dans les vases en plomb, toutes circonstances égales d’ailleurs.
- Les tonnes en bois prennent dans leurs pores une quantité
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- considérable de lessive , qu’elles conservent encore , quoique vides ; et pour peu qu’en cet état, et cela arrive souvent, on les laisse quelques jours en contact; elles se carbonatent peu à peu , et diminuent d’autant alors la causticité des lessives qu’on y verse plus tard, car alors elles dissolvent tout le carbonate de soude formé pendant ce laps de temps.
- Ici se borne ce que j’avais à dire sur les dispositions intérieures d’une savonnerie de toilette ; ce dont je n’ai pas parlé se trouve exactement décrit dans l’article qui précède celui-ci, et rédigé par M. Robiquet; aussi dois-je immédiatement parler d’une manière toute spéciale de la fabrication proprement dite des savons de toilette.
- Cette fabrication se subdivise en deux espèces, les savons durs et les savons mous : les premiers, beaucoup plus in-téressans par la quantité considérable qui s’en livre au commerce , exigent de notre part un examen plus scrupuleux ; les seconds , au contraire , ne feront que nous arrêter un instant, car les remarques qu’ils nous susciteront méritent peu notre attention.
- SAVONS DURS.
- On distingue cinq espèces de savons en parfumerie , fabriqués exprès pou» la toilette ; ce sont les savons
- à l’axonge,
- \ au suif,
- <j ' f d’olive,
- I aux huiles ) d’amande ,
- !. • ( de palmier.
- C’est à la réunion de ces diverses qualités mélangées en proportions variables, et parfumées selon le goût du consommateur* que l’on doit le nombre infini des savons de toilette, qui, présentés alors sous mille formes différentes, et portant tous des noms plus bizarres les uns que les autres, forment ou détruisent la réputation du parfumeur.
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- Rarement on parfume une espèce seule de ces divers savons ; on a reconnu qu’il e'tait préférable de faire des mélanges ; c’est à la connaissance de ces proportions que doit s’attacher le fabricant jaloux de vouloir livrer de bons produits. Quelques savons de toilette cependant, et tout à l’heure je vais les spécifier, exigent impérieusement l’emploi de l’une ou l’autre de ces espèces.
- Il y «a quelques années, en France , le savon de Windsor était fabriqué entièrement avec le suif de mouton, et c’est pour cette raison que sa qualité était inférieure à celle du savon de Windsor anglais ; aujourd’hui, en y mélangeant une certaine quantité d’axonge ou d’huile d’olive, on arrive à une imitation complète. J’ai vu même, et à mon avis ce sont les meilleurs , des savons de Windsor fabriqués entièrement avec des huiles mélangées. L’avantage que cette dernière fabrication présente, c’est qu’ils sont moins sujets à se détériorer, en admettant que la saponification n’ait point été parfaite ; ils conservent plus long-temps l’odeur qu’on leur a donnée, la blancheur qui les distinguait se perd moins vite ; enfin, l’odeur rance du suif ne saurait se faire sentir.
- Les savons fabriqués à l’huile de palmier s’emploient beaucoup, sont d’une qualité supérieure, et doivent toujours être préférés lorsqu’on le peut, c’est-à-dire lorsqu’il s’agit de savons colorés ; de plus, ils possèdent naturellement une odeur qui est caractéristique à cette espèce de savon (cette odeur est celle de la violette ), et qu’elle communique à la pâte destinée à recevoir d’autres parfums. Souvent aussi, on se sert de savons faits à l’huile d’amande ; ils sont fort beaux, conservent une odeur agréable. Le prix auquel ils reviennent force le parfumeur à l’employer avec discrétion ; aussi ne le mélange-t-il qu’avec des savons de première qualité.
- Depuis quelques années, les parfumeurs ont livré à la consommation des savons fabriqués par un autre procédé, c est-à-dire par l’emploi de lessives caustiques à 36° ; cette méthode, dans les détails de laquelle je vais entrer, doit ctre abandonnée par toutes les personnes qui préféreront la
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- qualité à la beauté. Effectivement, le savon obtenu est d’une blancheur admirable, luisant, ne contenant que la proportion d’eau nécessaire à sa composition, et conséquemment pouvant être vendu le lendemain de sa fabrication : mais si ces avantages réels sont précieux , autant aussi sont grands les inconve'niens qu’il présente ; il est d’une dureté extrême, peu soluble dans l’eau, et à l’emploi mousse très difficilement ; enfin, au bout de quelques mois il perd même une partie de ses propriétés, qui déjà étaient inférieures à celles du savon préparé par le procédé ordinaire, et devient tel, qu’on ne peut peut plus le considérer comme savon.
- Ordinairement l’axonge ( graisse de porc) est celle que l’on choisit pour constituer ce savon, d’une nature toute particulière. On pèse exactement 20 kilogrammes de graisse et 10 kilogrammes de lessive de soude à 36°; on opère à un feu modéré la fusion de la graisse ; lorsqu’elle est à demi-laiteuse, on y verse 5 kilogrammes de la lessive pesée, et l’on agite continuellement au moyen d’une spatule en bois, pendant une heure. La température nécessaire à la saponification ne doit pas excéder, surtout au commencement de l’opération, 65° ; au bout de ce temps , on ajoute les 5 autres kilogrammes de lessive, en ayant le soin toujours de ménager la température. La pâte ainsi formée par l’union de la graisse avec l’alcali, doit être parfaitement homogène, et sa consistance augmenter d’heure en heure, jusqu’à ce qu’elle soit assez ferme pour être coulée dans une mise, disposée à cet effet pour la recevoir; c’est alors qu’on y verse les essences destinées à donner le parfum que l’on desire obtenir. Le lendemain le savon est assez dur ; il ne diffère en rien, pour l’apparence, du savon ordinaire ; seulement, il exige de la promptitude pour sa transformation en pains , car un jour de retard suffit quelquefois pour le rendre cassant au point de ne pouvoir être marqué, c’est-à-dire recevoir en relief, sans une pression assez forte, les figures qu’il doit représenter. Cet inconvénient cependant peut, jusqu’à un certain point,
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- être évité, lorsque ce savon aura été fait par des mains habiles et surtout exercées.
- Ainsi fabriqué, il prend le nom de savon à la petite chaudière, par cela même que la quantité que Ton en fait est toujours petite ; l’autre , fait par le procédé ordinaire, reçoit, au contraire, celui de savon à la grande chaudière. En effet, les besoins d’une fabrique bien achalandée sont aussi grands que réitérés , et sa consommation annuelle d’une importance majeure.
- Aujourd’hui on commence à abandonner complètement cette fabrication à la petite chaudière, et à peine pourrait-on rencontrer quelques maisons à Paris, qui livrent encore ces produits d’une qualité vraiment inférieure.
- Savon de TVindsor.
- Cette espèce de savon, dont la réputation est universelle , n’a pourtant rien de particulier, de remarquable proprement dit, pour avoir été ainsi apprécié et recherché par tout le inonde. Je ne dirai pas que sa réputation soit usurpée, ce serait injuste; la qualité de ce savon est trop généralement reconnue pour qu’elle nê soit pas véritablement bonne ; mais je demanderai à un de ses plus chauds partisans, la différence qu’il trouve entre le savon de Windsor et le savon parfumé a une odeur quelconque : la qualité peut-elle différer ; c’est le rueme savon, fabriqué de même, fait dans la même chaudière ? Son odeur diffère, à la vérité ; mais peut-elle être moins agréable que celle du Windsor, qui ordinairement est parfumé par les essences les plus fortes, les moins chères, et Pat suite les plus communes ? À de tels argumens , sans doute, on pourrait penser qu’il est difficile de répondre , et tela est vrai pour quelques personnes ; cependant, pour d’au-tres, je l’ai entendu faire mille fois. Voici leur réponse :
- * Nous sommes persuadées que le savon que vous m’opposez a celui de Windsor est le même ; mais nous préférons le ^ndsor. » Toute conversation cesse dès lors, tout parallèle
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- devient impossible ; et, à la satisfaction des deux parties, le fabricant livre au public un savon parfume', sur lequel il n’oublie pas de mettre l’e'tiquette de Windsor.
- Savon de Windsor {français).
- L’habitude était, je le répète, de fabriquer il y a quelques années, ce savon avec du suif de mouton ; aujourd’hui les fabricans qui livrent au commerce les plus beaux produits, ajoutent 25 ou 3o pour ioo d’huile d’olive ou de graisse de porc ; l’une et l’autre addition sont bonnes, quoique la première soit préférable : si Ton perd un peu en blancheur, on gagne beaucoup en qualité. L’avantage que j’ai trouvé dam ce procédé, de donner des savons qui se conservent longtemps sans que l’odeur désagréable du suif se fasse sentit, n’est pas le seul ; il en existe un second non moins préciein dans la conduite de la saponification, et qui provient de ce que l’huile contenant plus à’oléine que le suif, diminue proportionnellement la stéarine de ce dernier ; par ce moyen, la graisse prend moins promptement les lessives , l'empâtage est plus long à se produire, et la saponification pins complète.
- Lorsque le savon quitte ses eaux , que la pâte en se séparant des lessives devient grumeleuse , en un mot, que les pépins se forment, c’est l’instant où Ton cesse le feu , afin àe faciliter le dépôt complet des lessives. Cette opération dure au moins douze heures; au bout de ce temps, le savon, encore chaud, est tout fondu et parfaitement neutre; on y verse alors, pour 1000kilogrammes de pâte, 9kilogrammes d’essences ainsi mélangées :
- 6 kil. essence de carvi ;
- 1 5o--------de lavande fine ;
- 1 5o--------de romarin.
- On agite alors toute la matière, afin qu’elle se sature com*
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- plètement du parfum que l’on veut lui donner ; on mé-îange parfaitement les essences et la pâte, en ayant le soin âe ne point toucher aux lessives qui se trouvent au fond ; on attend encore deux heures, et Ton coule dans des mises semblables à celles qui sont de'crites dans l’art du savonnier ordinaire. Vingt-quatre heures ordinairement suffisent à la solidification de toute la masse, que Ton coupe et que Ton divise en briques , pour être livre'es au commerce. Cette manière d’ope'rer pour parfumer la pâte de Windsor, est surtout employe'e par les fabricans qui en produisent des masses considérables ; car s’il s’agit de quelques centaines de kilogrammes, il est préfe'rable, lorsque la pâte est de'pose'e, fondue et prête à recevoir son parfum ; il est préférable, dis-je, de la décanter dans une autre chaudière chauffée au bain-marie; plfr ce moyen, l’agitation des essences au milieu du savon est si complète, qu’on évite le danger de mélanger une certaine quantité de lessive de la partie inférieure avec la pâte de la partie supérieure.
- De ces deux procédés également bons, il est évident que la préférence doit être donnée d’après la quantité de produits fabriqués : en effet, plps la masse sera grande , moins l’inconvénient observé sera grand ; et, au contraire, plus la. niasse sera petite, plus le'danger sera évident.
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- DES SAVONS DE TOILETTE.
- La quantité de ces savons est si .grande, que décrire la maniéré de les parfumer serait impossible et deviendrait même mutile pour un ouvrage de cette nature ; aussi n’entrerons-nous seulement que dans quelques détails pour la fabrication des plus importans; tels sont : les savons à la rose, au bou-finetjà la cannelle, à la fleur d’oranger et au musc; puis n°us dirons quelques mots sur le savon d’amandes amères, qui depuis quelques années a acquis une célébrité remarquable.
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- SAVONS DE TOILETTE.
- Savon à la rose.
- On pèse 3o kil. de savon à l’huile d’olive ;
- 20 -------au suif.
- 5o kil.
- On réduit le tout eu copeaux très minces au moyen d’on rabot, sur lequel on passe les briques de savon. Cette opération terminée, on met tout le savon rabotté dans une chaudière en cuivre non étamée et chauffée au bain-marie; on y ajoute 5 kilogrammes d’eau environ, pour opérer plus facilement la fusion complète de ces dçmx savons mélangés ; il est mieux cependant de faire en sorte que les savons fabriqués d’avance et destinés à être fondus ainsi, soient placés dans un endroit humide , afin que l’eau qu’ils conservent alors suffise à leur fusion ; autrement, s’ils sont entièrement secs, l’eau qu’on y ajoute ne se combine point uniformément à la pâte , et il en résulte que les briques en se desséchant produisent une évaporation inégale, qui se fait apercevoir plus promptement au centre; cet inconvénient est loin d’être comparable , lorsque les savons sont fondus dans la proportion nécessaire seulement à leur constitution. 4 Au bout de quelques heures , ordinairement la fusion est complète ; si la chaleur du bain-marie a été constante, il faut la maintenir plutôt au-dessous de ioo°, que constamment à cette même température. En effet, en soutenant long-temps ce même degré de chaleur, on court le risque d’évapt®' toute l’eau nécessaire à la fusion du savon ; il faut, et c’est U tout le problème, produire en un temps donné le plus chaleur possible, en évaporant une très petite portion & l’eau qui se trouve dans la chaudière ; si l’on fait le contraire, on produit à la place de la fusion une dessiccation complète.
- Dès que la fusion est parfaite, on ajoute 8oo grammes &
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- cinabre (sulfure de mercure) bien pulve'risé et passé au tamis de soie le plus fin ; on agite jusqu’à ce que la couleur soit uniformément répartie, et l’on parfume le tout alors en retirant la chaudière du feu , au moyen d’essences diverses ainsi composées :
- Parfum, 44° gr-
- 175 essence de rose ;
- 60----------de gérofle ;
- 60----------de cannelle;
- i45----------de bergamote.
- On coule alors le savon dans les mises, où il est bientôt refroidi. Ici, je dois faire observer une manipulation qui n’est peut-être pas généralement usitée, mais qui influe cependant sur la qualité de savons aussi parfaits ; dès qu’ils sont colorés et parfumés, au lieu de les couler directement dans les mises, on les passe encore chauds à travers un canevas en toile. Cette opération , toute mécanique , est destinée à retenir les petites portions de savon non entièrement fondues, qui prennent inégalement la couleur, et nuisent d’autant à sa beauté.
- En admettant que toutes ces conditions soient remplies, le produit que l’on obtient est un savon parfait sous tous les points, d’une couleur rose charmante , d’une odeur aussi suave qu’agréable, et enfin, jouissant de qualités telles, que sur elles, le temps ne saurait avoir de l’influence. En effet, ] ai vu par expérience des savons de toilette ainsi fabriqués , ne perdre aucune de leurs propriétés dans l’espace de quatre ou cinq ans s’ils sont colorés ; et, dans le cas contraire, se conserver beaucoup moins long-temps. Je reviendrai plus tard sur ce phénomène singulier, dont je crois avoir trouvé, smon la cause véritable , tout au moins le remède à un inconvénient aussi grave.
- Quelques parfumeurs préfèrent souvent, et ce n’est pas sans raison, lorsqu’il s’agit de parfums qui contiennent des essences chères , d’ajouter celles-ci à froid , en pilant la pâte dn savon dans des mortiers en marbre; on évite alors la perte d’une certaine quantité d’essences, car la température
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- ,74 SAVONS DE TOILETTE,
- ordinaire ne saurait les e'vaporer. Cependant, maigre' cet avantage réel dans beaucoup de cas , il présente deux incon-véniens, celui d’exiger une main-d’œuvre considérable, et celui de donner des savons inférieurs en beauté ; la pâte, quoique long-temps battue, ne peut jamais se réunir au point de former une masse lisse et compacte, comparable à celle qu’on obtient par le refroidissement d’un savon fondu.
- Savon au bouquet.
- 3o til. savon animal (suif de mouton).
- ( n5o essence de bergamote;
- \ So------de gérofle ;
- Parfum, gr. <' z5--------de néroly ;
- J 5o------de sassafras;
- !. 5o------de thym.
- Couleur, 45o gr. ocre brun.
- Savon à la cannelle.
- 3o til. savon animal ;
- 20----------à l’huile de palmier.
- {45o essence de cannelle ;
- 85------— de sassafras ;
- 85-------de bergamote.
- Couleur, i til. ocre jaune.
- Savon à la fleur d’oranger.
- 3o til. savon animal ;
- 20---------à l’huile de palmier.
- Parfum, goo gr.
- {
- Couleur,
- 45o essence de Portugal;
- 45o -------- d’ambre.
- 5oo vert-jaune;
- 8o deutoxide de plomb (miniura'’
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- SAVONS DE TOILETTE.
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- Savon au musc.
- 3o kil. savon animal ;
- 20 .------à l’huile de palmier.
- ; 200 poudre de gérofie ;
- . \ zoo----------de rose pâle ;
- Parfum, i kil. 200--------------d’œillet double ;
- j zoo essence de bergamote ; v 200---------de musc.
- Couleur, zSo gr. ocre brun.
- Tels sont à peu près les savons parfume's les plus impor-tans ; le proce'de' pour les obtenir est entièrement semblable à celui de'crit à l’article Savon à la rose; aussi n’ai-je fait aucune observation, et me suis-je contenté de donner les proportions d’essences et de couleurs nécessaires à chacune de leurs espèces. Il est encore un savon dont je n’ai point parlé, et que nous ne pouvons passer sous silence ; c’est celui d’amandes amères, que beaucoup de personnes préfèrent, non-seulement parce que l’odeur qu’il développe est très recherchée, mais encore parce qu’on se figure généralement qu’il entre dans sa composition du son d’amandes amères, et par cela même qu’il doit être plus doux à la peau que les autres savons parfumés. C’est une erreur ; il ne diffère en rien par sa fabrication : il suffit de choisir la plus belle qualité de savon blanc, et d’ajouter p’ar 5o kilogrammes, 600 grammes ^ essence d’amandes amères.
- SAVONS LÉGERS.
- On appelle légers, en parfumerie , des savons montés, c’est-à-dire qui ont subi l’opération mécanique par laquelle, sous le même volume, leur poids est diminué de moitié. Cette espèce de savons a des qualités telles , que malgré son
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- T76 savons de toilette.
- prix , qui est très éleve', il s’en expe'die des quantités considérables , et les personnes qui en ont fait usage persistent à ne point en employer d’autres.
- Quant aux procédés de les parfumer et de les colorer, ils ne présentent rien de remarquable ; on suit ceux généralement usités pour les savons durs ; la seule différence qu’ils présentent est dans la préparation de la pâtequi est soumise à une opération toute particulière.
- L’appareil dont on se sert est une chaudière en cuivre chauffée au bain-marie ; au centre et à la partie inférieure se trouve fixé un pivot, sur lequel on met à volonté un arbre en bois , armé d’ailes à sa circonférence et placées perpendiculairement à son axe ; il tourne au moyen d’une manivelle disposée au-dessus de la chaudière. Tout étant ainsi établi, on jette i5 kilogrammes de savon à l’huile, soit huile d’olive, d’amande ou de palmier (car les savons de graisses ne montent point, et ne peuvent remplacer dans cette opération ceux dont je viens de donner les noms): on fait fondre à une douce chaleur, au moyen de 2 à 3 kilogrammes d’eau qu’on ajoute. Bientôt, par l’agitation continuelle de la machine , la dissolution est complète, une mousse épaisse, abondante se produit, et grimpe pour ainsi dire d’échelons en échelons , jusqu’à la partie supérieure de la chaudière ; à ce point on arrête , car le savon a doublé de volume; on le coule, et on le laisse refroidir dans les mises, pour l’employer plus tard à la fabrication des savons légers. U durée de cette opération n’est que de quelques heures, si la température ne s’élève pas trop ; car si l’évaporation à l'eau est trop prompte, le temps employé peut être beaucoup plus long.
- Je le répète, ces savons sont d’une qualité supérieure,tns doux à la peau, produisent en se dissolvant une mousÿ épaisse, abondante, et d’autant plus facile que leur solub®e est extrême.
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- SAVONS DE TOILETTE.
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- SAVONS T&ANSPARENS.
- Les premiers savons de ce genre qui parurent en France, et qui nous étaient importés d’Angleterre , surprirent autant les consommateurs que les fabricans , qui furent long-temps encore à découvrir le procédépar lequel on pouvait donner aux savons une transparence aussi parfaite. Enfin , au bout de quelques années, on parvint à ce résultat, par la dissolution du savon au suif dans l’alcool. Quoique ce procédé n’ait rien de bien remarquable, je dois en dire quelques mots , et décrire le procédé le plus généralement employé. On traite , dans le bain-marie d’un alambic ordinaire , un mélange en poids égal d’alcool et de savon au suif, parfaitement desséché et privé, par la chaleur d’une étuve, de l’eau qu’il pouvait contenir ; on a le soin, pour ne point perdre d’alcool, de placer le chapiteau, qui, au moyen du serpentin avec lequel il correspond , condense la portion qui se volatilise. On doit faire en sorte que l’eau du bain-marie ne s’élève pas jusqu’à 1 oo° ; l’évaporation serait trop prompte, et la dissolution du savon incomplètement opérée : au contraire, en prenant ces précautions, bientôt le tout est liquide ; on laisse déposer, et au bout de quelques heures , on coule toute la masse limpide dans des mises en fer-blanc disposées à cet effet et construites selon la forme que l’on veut donner ?ux pains. Ce savon ainsi fabriqué n’acquiert pas de suite une transparence parfaite ; elle se produit seulement lorsqu’il est totalement sec , ce qui exige souvent au moins trois semaines. C’est alors qu’on le rabotte, et qu’il est prêt à subir les opérations mécaniques de tout autre savon. Les matières ordinairement employées à leur coloration sont, de préférence, des dissolutions alcooliques concentrées d’or-seille pour le rose, ou de curcuma pour le jaune foncé.
- Aujourd’hui, en France, le procédé pour obtenir une transparence parfaite dans cette fabrication, est tellement Perfectionné , que nos fabriques en approvisionnent l’Angle-Tome XIX.
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- I78 savons de toilette.
- terre ; depuis la de'couverte qui leur appartient, ils n’ont rien perfectionné, tandis que nous pouvons donner ce produit, il y a quelques années encore fort cher, à peu de chose près au même prix que nos savons parfumés. La consommation de cette espèce de savons est assez considérable pom les pays étrangers, tandis que pour la France elle est très limitée ; et cela s’explique : leur emploi est peu commode, ils finissent toujours par prendre une odeur désagréable ; enfin, sauf leur beauté , toute autre qualité de savon doit leur être préférée.
- SAVONS MOUS.
- Les parfumeurs les divisent en deux classes : le savon mou ordinaire à base de potasse, qui j coloré et parfumé différemment , forme toute les variétés de cette espèce ; et le savon nacré, qui diffère de l’autre et par son apparence physique et par la manière dont il est fabriqué.
- Savon mou ordinaire.
- Cette fabrication est simple et facile ; on ne court jamais le risque de manquer son opération : la seule difficulté qui se présente, est d’arrêter l’évaporation au même point, afin que le savon ait toujours la même consistance.
- La graisse à employer pour ce procédé est l’axonge ; on eu pèse i5 kilogrammes, que l’on mêle avec 22*,5o d’une lessive de potasse caustique marquant au pèse-sel i7°; on élève peu à peu la température jusqu’à l’ébullition, et l’on ne doit prolonger fortement cette dernière, que lorsque l’empâtage est parfait, que la lessive est totalement combinée avec la graisse ; c’est alors qu’on accélère l’évaporation de l’eau aussi promptement que possible, en conservant sans cesse cette même température, jusqu’à ce qu’il ne se produise plus sensiblement de vapeurs. A ce caractère, on arrête, la pâte est devenue épaisse au point de ne plus pouvoir l’agiter ; elle est d’un blanc de neige éclatant, si la graisse d
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- SAVONS DE TOILETTE. i79
- la lessive employées ont été préparées comme on l’a indiqué dans ce Dictionnaire à l’article Parfumeur; elle est demi-solide, et conserve toujours la meme apparence. Si la pâte n’était pas assez cuite, on le verrait bientôt : du jour au lendemain, elle serait collante , filerait sans pouvoir être malaxée, même eu employant la force du pilon; les molécules de la pâte seraient tellement liées entre elles, qu’on ne pourrait les séparer ; et l’effort que l’on tenterait pour arracher une portion seulement.de la masse serait inutile, il pourrait plutôt enlever la masse tout entière. Non-seulement il est facile de se garantir de cet inconvénient, mais encore , en admettant qu’il arrive, on pourra toujours y remédier en soumettant le tout à une évaporatioiî convenable.
- Ces savons sont très recherchés pour la barbe; ils sont très commodes dans leur emploi, surtout en voyage ; c’est pour cette raison que chaque jour la consommation en devient plus générale.
- Savon mou nacré.
- Il y a quelques années seulement que Ton connaît le procédé par lequel on obtient un savon d’une aussi belle apparence ; il diffère peu de celui que je viens de décrire, et ne doit sa beauté qu’à des soins minutieux, que je vais lâcher de bien faire comprendre.
- On pèse, d’une part, io kil. de graisse de porc;
- de l’autre, 5 de lessive de potasse à 36°.
- On fait fondre la graisse dans un vase en porcelaine chauffé sur un bain de sable dont la température doit être ménagée;
- agite continuellement au moyen d’une spatule en bois, et lorsque la graisse est à demi fondue, qu’elle présente l’aspect du lait, on verse la moitié seulement de la lessive , toujours en agitant et maintenant la température constante, et faisant en sorte qu’il n’y ait point la moindre variation; l’empâtage se produit graduellement ; cependant, une heure après, la graisse tend à venir à la surface sous forme d’huile,
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- 180 SCAMMONÉE.
- et les grains de savon à tomber au fond du vase : c’est alors que l’on ajoute la deuxième portion de lessive ; l’empâtage se rétablit aussitôt, et les grains disparaissent. Après avoir conduit ainsi cette opération pendant quatre heures, la pâte est devenue si ferme, si compacte , qu’on ne peut plus la remuer ; on est dans l’obligation de la battre légèrement :à cette époque, on cesse le feu sous le bain de sable, en laissant cependant la capsule de porcelaine refroidir lentement au milieu de Veau. Ce savon, quoique terminé, n’est point encore nacré : cette propriété physique ne se développe qu’en le pilant fortement dans un mortier de marbre ; toutes ses parties , qui semblent auparavant séparées, se réunissent pour ne plus former qu’une pâte parfaitement homogène.
- Le parfum qu’on lui donne est toujours dû à de l’essence d’amandes amères; aussi porte-t-il, ajuste titre , le nom de crème Æamandes.
- Avant de terminer cet article, mon intention était de parler un peu de la fabrication des savonnettes, et de décrire les procédés au moyen desquels on taille et l’on frappe les savons de toilette, qui présentent tous, soit en relief, soit en creux, des sujets différens; mais l’espace que j’ai pris, déjà peut-être trop étendu, m’oblige à abandonner ce projet ; j'ai dû sacrifier tout à la fabrication proprement dite. Pourquoi malheureusement ai-je été forcé de m’arrêter si légèrement sur une foule de détails qui, à la première vue, paraissent superflus, et qui souvent dans la pratique deviennent si im-portans. Édouard Labgier.
- SCAMMONÉE. Gomme-résine très employée en Médecine comme un puissant purgatif; on en connaît de différentes sortes : la plus estimée est celle dite d’ Alep ; elle est extraite d’une plante nommée par les botanistes convolvulus scammonM-La plus pure s’obtient par des incisions qu’on pratique an collet de la racine ; on reçoit le suc qui en découle dans des coquilles, où on le laisse évaporer spontanément. Cette scammonée est en petites masses plus ou moins poreuses, d un gris-roux, d’une cassure terne ; mais les fragtnens minet*
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- SCAPHANDRE. 181
- jouissent d’une faible transparence sur les bords. Quand on mouille la surface de cette scammonée, et qu’on la frotte avec le doigt, il se forme une sorte d’émulsion d’un jaune-verdâtre , qui a une odeur de lait aigri. *
- Cette qualité' est rare ; presque toute la scammone'e qu’on trouve dans le commerce est obtenue , non par incision, mais par expression de toute la plante, et e'vaporation du suc qui en de',coule ; cette sorte varie par le plus ou moins de soin qu’on apporte dans l’épuration du suc et dans son évaporation. On estime d’autant plus la scammonée d’Alep, qu’elle est plus légère, plus friable et d’une odeur plus' prononcée de lait aigri.
- On reçoit dans le commerce une autre scammonée sous le nom de scammonée de Smymej on assure que plusieurs plantes contribuent à fournir cette espèce, mais qu’elle provient plus particulièrement du periclopa scammone de L. Cette scammonée est beaucoup plus dense et moins friable que celle d’Alep ; sa cassure est comine terreuse.
- Enfin, on connaît encore dans la droguerie une troisième sorte de scammonée , qui n’en a que le nom, car cette préparation s’éloigne tout-à-fait, par ses propriétés, de la véritable scammonée; on l’appelle scammonée en galette on scammonée de Montpellier; on la fait avec le suc exprimé du cynanchum Monspeliacum, et souvent même on y incorpore, soit des résines, soit des poudres purgatives. Celle-là est en masses compactes noirâtres; elle ne fait point émulsion avec l’eau, et n’a point l’odeur de lait aigri de la bonne scammonée. R.
- SCAPHANDRE ( Arts physiques). Le corps de l’homme et celui des animaux est d’un Poids spécifique à peu près égal à celui de l’eau, et il flotte naturellement à la surface ; mais le centre de gravité de notre masse lui donnant la position verticale , la bouche et le nez restent immergés , et la partie supérieure de la tête se trouve seule hors de l’eau. Telle est la situation de Stabilité de notre corps, que nos organes respiratoires ne pouvant plus faire leur fonction, il est indispensable de s’aider de certains mouvemens pour amener
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- dans l’air les orifices de ces organes, ce qui constitue l’art de la Natatio.v. Il ne faut pas développer une grande force musculaire pour maintenir la bouche hors de l’eau pendant de courts intervalle* Le volume de la tête humaine est à peu près de 2 à 3 dè'cimètres cubes : si le poids du corps e'tait allégé d’environ 2 kilogrammes, la tête flotterait entièrement au-dessus de l’eau. Telle est la puissance que le nageur doit développer pour élever la tête au-dessus de l’eau.
- Mais outre que les membres du nageur se fatiguent assez promptement par cet exercice pénible , l’agitation des flots et l’inquiétude morale que cause la présence du danger, portent à rechercher des moyens de flottaison et de sauvetage qui permettent au nageur de dominer les circonstances physiques , et même de se passer de l’art pour se maintenir à la surface des eaux. Les appareils destinés à cet usage ont été appelés scaphandresj on en a imaginé de divers genres. L’abbé de la Chapelle proposa l’emploi du Liège, qu’il façonnait en plastron ou en corset : les expériences ont été favorables à cette invention. ( V. le Traité du Scaphandre , par l’abbé de la Chapelle'. )
- On a aussi composé un vêtement de toile imperméable double, que Ton remplissait d’air ; cet appareil, moins embarrassant que celui de liège, s’usait promptement, et laissant échapper l’air, n’était bientôt plus d’aucun usage. Puisqu’il suffit d’une force de 2 kilogrammes pour soutenir la tète du nageur hors de l’eau, on doit produire cet effet en augmentant le volume immergé d’environ 2 à 3 décimètres cubes. Depuis que MM. Rattier et Guibal ont réussi à rendre leurs doubles tissus imperméables à l’air, par un enduit de gomme élastique, ils en ont fait d’excellens scaphandres. La forme est celle d’un plastron ou d’un gros boudin , qu’on attache sur la poitrine avec des cordons, et le nageur a devant lui le robinet d’insufflation pour gonfler cette capacité, et réparer les pertes accidentelles que le tissu pourrait éprouver.
- Les Rouanettes-Salvanot de M. Rouan, étaient formées de
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- cônes de fer-blanc hermétiquement fermés et remplis d'air : on les réunissait deux à deux, à bases opposées , et on les attachait sous les aisselles. Cette invention a réussi ; mais, on paraît l’avoir abandonnée.
- Le scaphandre de M. de Bretteville , décrit dans les Bulletins de la Société d’Encouragement pour 1828, a été approuvé, après des expériences très attentives. Il consiste en un ceinturon rempli de tuyaux de plumes, qui sont plus légères et moins chères que le liège. Ce ceinturon a environ 3 décimètres (11 pouces) de largeur, sur 3 centimètres (r pouce) d’épaisseur, et 1 mètre ( 3 pieds) de longueur : il est composé d’une bande de toile double, partagée de 6 en 6 centimètres d’intervalle par des coutures, de manière à former des séparations ou goussets, qu’on remplit de plumes d’ailes de dindon, d’oie , etc., par paquets de trente-cinq dans chaque gousset. On coupe les barbes de ces plumes sans les arracher, pour éviter les déchirures, et on les dispose alternativement un tuyau en haut et un autre en bas,, afin que l’é=-paisseur des goussets soit à peu près la même ; et comme la pointe des plumes pourrait gêner le nageur, on met de la laine aux deux bouts des plumes, pour remplir le vide du gousset.
- Le milieu du ceinturon est occupé par une plaque carrée de liège, de 5 à 6 centimètres (2 pouces) d’épaisseur, sur 22 centimètres ( 9 pouces) de côté. On attache l’appareil par-devant au moyen de quatre cordons : deux bretelles passent par-dessus les épaules et servent à le soutenir. Le poids total est de 1 kilogramme et demi ( 3 livres).
- Ce scaphandre est peu coûteux , parce que les barbes des plumes peuvent servir à remplir des coussins, etc. Le nageur m’emploie ses forces qu’au mouvement de progression, et il peut se reposer à loisir. La forme et la disposition sont très peu embarrassantes ; le nageur peut flotter tant qu’il veut sur l’eau sans faire aucun mouvement, et par conséquent sans avoir à craindre la fatigue, les crampes et autres acci-dens : un homme qui ne saurait pas nager, pourrait même
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- i84 SCELLEMENT.
- se servir de ce scaphandre avec avantage, et ce serait un moyen puissant de sauvetage dans certaines circonstances. La Socie'té d’Encouragement a pense' que le Ministre de la Marine devait en recommander l’usage dans nos ports de met.
- Fr.
- SCELLEMENT ( Architecture'). Operation destine'e à arrêter fixement un morceau de bois, de fer, etc., avec les pierres d’un mur. Il y a plusieurs sortes de scellement. Les pièces de bois qui servent à la construction des planchers, les linteaux , marches d’escaliers , etc., sont engagés par le bout dans la muraille qui les supporte : on les cale avec des pierres, des tuileaux, etc., et l’on maçonne avec le plâtre, ou le mortier de chaux et de sable. Dans la dépense, on ne compte jamais les seellemens en mur neuf, toutes les fois que l’opération a pu être prévue, parce que l’ouvrier a dû laisser les trous en édifiant, et que le travail est le même que si le mur était construit à plein. Mais eu vieux mur, comme il faut détruire d’abord et sceller ensuite , on évalue pour i pied de Léger chaque bout de solive , de sablière, de pannes, de faîtage, etc. ; les Corbeaux de fer portés sur les Sablières, les gonds de porte , les grosses chevilles de bois, etc. On ne compte que pour un demi-pied le scellement des pattes qui arrêtent les lambris, les chambranles de portes, les chevrons, les gâches, etc.
- Les fers qu’on veut sceller dans un mur, au lieu d’être pointus comme des clous, sont plats par le bout, chaque fourchée étant recourbée en deux sens différens. Quand le trou est fait dans le mur avec les dimensions convenables, on y entre la patte, et l’on y projette du plâtre ou du mortier,, après avoir d’abord arrosé le vieux, pour que le tout se lie bien. On y entre de force des petites pierres et des tuileaus qui calent le fer, buttent sur la fourche du bout, et empêchent l’arrachement.
- Les agrafes ou bandes de fer qu’on scelle par chaque bout dans des trous pratiqués sur deux pierres de taille qu’on veut retenir ensemble , sont arrêtées par du ploinh
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- SCHALE. i85
- fondu, qu’on coule dans les mortaises destinées à recevoir le scellement. On peut encore se servir de soufre ; mais à la longue, cette substance attaque le fer, le de'truit et se disjoint elle-même, en perdant sa consistance.
- Faute de plâtre , on fait souvent les scellemens avec du mortier ; celui qui est composé de câlux, de sable et de tuileaux pilés, est très solide. On scelle fort bien les pièces de métal et les pierres , avec des mélanges de vinaigre , de suie, d’urine, de limaille ou battitures de fer. (V. le T. IV des Bulletins de la Société d’Encouragement, où M. Gillet Laumond propose l’emploi des résines fondues mêlées avec la cendre ou la brique tamisée. ) Dans le T. IX du même ouvrage, M. Vesian indique l’emploi des tibias de bœuf au lieu d’agrafes en fer, ou de chevilles de bois, pour sceller les pierres ; et M. Moîard donne la figure d’un de ces scellemens, pour en montrer la durée et l’économie. On pratique dessus chaque pierre une mortaise en queue d’aronde, pour recevoir le bout de l’os, puis on y coule du soufre ou de la résine cendrée.
- Les clous à treillage, les arrêts de volet et autres petits ferremens, sont scellés au plâtre ou au mortier. On a trouvé des avantages à soutenir les treillages par des os de mouton scellés dans les murs, précisément comme des clous. Fr.
- SCHALE, SCHALL, oc CHALE (Technologie). Les auteurs qui ont écrit sur cette matière en ont beaucoup varié l'orthographe. Ce mot, originaire "de la Perse, fut d’abord traduit par schall; mais adopté dans notre langue , on en fit schale; enfin, d’après la décision des membres du jury des expositions publiques des produits de l’industrie, on a adopté généralement le mot châle, et c’est à cette orthographe que nous nous arrêterons ; c’est aussi celle que tout le commerce français a adoptée.
- Le Chale est une sorte de mouchoir carré ou oblong, dont fa matière est une laine ou un duvet extrêmement fin , réduit «n fil et tissé sur un métier de Tisserand à quatre marches, Voisé, et d-’une seule couleur lorsqu’il est uni, ce qui n’a
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- lieu que dans le cas où l’on en fabrique des pièces entières pour en former ensuite des robes ou d’autres parties des vètemens qui ne doivent pas être ornés de couleurs différentes , ou de bordures ; mais lorsqu’on veut brocber l’étoffe, c’est-à-dire lorsqu’on veut répandre sur sa surface des dessins des palmettes o||fides fleurs, alors on se sert de la tire, ou mieux du métier à la Jacquart.
- En Asie, où les châles ont pris naissance , c’est un vêtement qui sert également aux deux sexes; mais en Europe , il n’est usité que par les femmes, qui le portent sur les épaules, et qui leur couvre la partie supérieure du corps et descend souvent plus bas que la ceinture. On le plie en double selon la diagonale du carré, on le jette sur les épaules, et on le croise sur le devant de l’estomac.
- La grandeur des châles carrés varie depuis une aune de côté, im,îo, jusqu’à deux aunes, 2m,4° ; les châles longs ont ordinairement une longueur double de la largeur. En Asie, les femmes s’en servent, comme en Europe, pour se couvrir les épaulés, et indépendamment de cet usage par les hommes, ceux-ci s’en servent comme de ceinture, ou pour orner leurs turbans ou leurs coiffures.
- Les observations les plus importantes dans l’étude des châles , sont les suivantes : i°. Quel est l’animal qui produit ce précieux duvet? 2°. Où se fabriquent les châles dans l’Inde? 3°. Par quelle voie le commerce se les procure-t-il? 4°- Que^e est la cause de leur valeur considérable? Nous allons tâcher de résoudre toutes ces questions, en nous servant des recherches d’un de nos meilleurs fabricans de Paris , M. J. Rev, qui. en 1823, publia un volume intitulé : Histoire des Châles.
- 10.. Toutes lés recherches qu’a pu faire M. Rey ont ete infructueuses pour s’assurer si le précieux duvet dont nous nous occupons est fourni par un animal d’une seule espece, ou si plusieurs espèces différentes concourent à fournir des duvets analogues ou semblables. Il cite une foule de voyageurs qui ont exploré l’Indoustan , et qui diffèrent d’opiniou entre eux : les uns prétendent que ce sont des moutons,
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- d’autres des chèvres, d’autres encore du duvet des chameaux connus sous la dénomination de dromadaires. Il est possible que le duvet dont sont fabriqués les châles de Cachemire soit un mélange de ces trois duvets à la fois ; de sorte qu’il n’y a rien de certain sur la nature de ce duvet, ni à quel animal il appartient.
- 20. Où se fabriquent ces châles dans l’Inde? C’est à Cachemire, que notre auteur écrit Kachmyr ; auThibet, à Sirinagor, et en général, dans la Perse et dans l’Indoustan. On n’a aucune donnée sur les métiers dont les ouvriers se servent, ni sur les manipulations qu’ils emploient. Cette partie ne nous est pas très importante , puisque nous avons imité à Paris les procédés de l’Inde , et que nous les avons surpassés dans la beauté des résultats que nous avons obtenus.
- 3°. Les châles et les duvets de Cachemire nous parviennent en Europe par Jambo, par Ladak, par Pexchour, par Ma— carieff. C’est dans la foire célèbre de Macarielf, que ces marchandises s’achètent et sont transportées , soit à Constantinople , soit en Russie, d’où elles nous sont expédiées.
- 4°. Dans cet immense trajet, les droits que l’on est obligé de payer pour obtenir le passage de ces marchandises en augmentent le prix d’une manière très considérable. Un beau châle qui avait coûté dans le pays 3oo fr., avait décuplé sa valeur quand il fut arrivé en Europe , et c’est sur cette donnée qu’on peut estimer cette valeur, ou mieux ce qu’il coûte au marchand, qui, par le bénéfice qu’il doit faire pour un déboursé aussi considérable, doit se faire payer et l’intérêt de son argent, et les risques qu’il a courus.
- Quelque recherchés que soient les véritables châles de Cachemire, ils sont couverts de défauts qui les feraient rejeter P41 les plus enthousiastes de ces productions des Indes, si ceux qui en raffolent savaient les apprécier, ou s’ils étaient assez connaisseurs pour les reconnaître. Laissons parler notre aateur, car l’assertion d’un habile manufacturier est importante.
- Dans nos fabriques , dit-il, un châle coupé de la chaîne
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- est un châle achevé , sauf les apprêts, c’est-à-dire qu’ayant été commencé par une bordure de travers, il est terminé par une bordure semblable, qui, avec celle des côtés, exécutée par des brocheurs à mesure que l’ouvrage avance, constitue un châle carré ou long, mais entier. Il n’en est point de même au Kachmyr ; là, le tisserand coupe, sans achever par une bordure de travers : il coupe en plein ouvrage. Son châle n’est qu’un fragment sans terminaison ; mais comme un second tisserand a, sur le métier, un dessin tout semblable, et qu’il coupe son fragment de châle au même point, le maître qui de ces deux morceaux veut faire un châle long, n’a d’autre moyen pour cela que de les livrer aux repriseuses. Tels sont, en général, les cachemires longs; tels sont même ceux qui passent pour les plus beaux.
- » Non-seulement les cachemires sont de plusieurs morceaui recousus ensemble, mais il arrive souvent encore que b bordures y sont adaptées après coup. J’ai cité les châles faits de deux morceaux, mais ce sont les plus beaux encore, ajoute M. Rey; la plupart sont de quatre ou cinq pièces, et il n’arrive pas toujours qu’on ait eu le dessein d’en dissimuler les reprises. Il y a tel châle qu’on peut dire littéralement composé de pièces et de morceaux. Ici, les palmes du bout d’un châle long ne ressemblent point à celles de l’autre bout, ou ne se ressembleront point entre elles ; si elles se ressemblent de forme, du moins elles différeront de teinta. Là , les coins d’un châle à rosaces ne seront point pareils à la rosace du milieu, ou bien ils seront brodés quand la rosace sera brochée. La rosace même sera formée de deux moitiés dépareillées. »
- Nous ne relèverons pas ici toutes les imperfections q* l’auteur signale, notre cadre s’y opposerait. Nous engage»' le lecteur que cette matière peut intéresser, à lire l’ouvra^ de notre auteur dont nous avons cité le titre, il y verra a#1 surprise les choses les plus curieuses.
- Il paraît incontestable que le duvet employé au CachemU' pour fabriquer les châles, est fourni par les animaux q“-
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- nous avons indiqués, dont le duvet est d’autant plus fin et plus abondant, qu’il est pris sur des sujets qui ont passé l’hiver sur les parties les plus élevées des monts Hymalaya. D’après les observations de M. Gérard, lieutenant d’infanterie au Bengale, il s’est convaincu qu’à Soubit’hou, élevé de quatre mille deux cents pieds au-dessus du niveau de la mer, le duvet est déjà un peu plus beau que dans l’Indoustan, et qu’il devient plus fin à mesure que le sol s’élève , et dans le Kounavor, où les villages sont à plus de huit mille pieds au-dessus du même niveau, il convient déjà pour faire des châles assez beaux.
- Une autre remarque importante que le lieutenant Gérard a faite, c’est que ce duvet est d’autant plus abondant que la région où habitent ces animaux est plus froide, et qu’ils perdent plus ou moins de ce duvet, selon que la température devient plus chaude. Cela ne peut pas être autrement; la nature , qui prend soin de tous les individus qui sortent de ses mains , pourvoit à leurs besoins ; elle fait croître, sur la peau des animaux qui vivent dans des régions glacées, un duvet entre les poils qui forment leur vêtement ordinaire, qui sont implantés là comme une fourrure qui entretient la chaleur nécessaire pour résister à la rigueur du froid. Cette fourrure leur serait non-seulement inutile, mais préjudiciable dans une atmosphère tempérée ou plus chaude. Cette observation n’a rien qui doive surprendre.
- En 1823, nous eûmes l’occasion de faire quelques expériences relatives à ce que nous venons de dire. Une chèvre indigène fut conduite dans la maison où nous habitons ; pendant qu’on était en train de la traire , nous examinâmes si elle avait du duvet, et nous en trouvâmes en assez grande quantité ; c’était dans le mois de février, et il faisait froid. ^°us nous en procurâmes environ une demi-once , que nous prîmes sur le dos. De mois en mois nous en récoltâmes du nouveau sur les places que nous n’avions pas exploitées, et au mois d’août, nous n’en trouvâmes plus sur le même nnimal. La quantité allait toujours en décroissant, ce qui
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- confirme les assertions de M. le lieutenant Ge'rard. Ces échan-tillons, que nous eommunieâmes à M. Ternaux , furent jugé de très belle qualité par cet habile manufacturier, qui les prit pour du duvet de Cachemire.
- M. Rey affirme que les chèvres que M. Jaùbert a amenées en France sous le nom de chèvres du Thibet, ne sont autre chose que des chèvres Kirghizes, que l’on se procure facilement à Odessa. .
- Nos fabricans français sont parvenus, avec le duvet de Cachemire, non-seulement à imiter , les châles de l’Inde, mais à les surpasser en beauté, puisqu’ils n’ont aucune des imperfections que nous avons signalées, et dont les dessins sont plus beaux et imitent la nature. M. Rey fait observer à ce sujet que les châles de l’Inde, avant d’arriver en Europe, sont portés par les naturels, du pays ou par des Turcs ; qu’ils sont souvent imprégnés de miasmes mortifères, et il dte une anecdote effrayante : une femme morte, dans un cache mire dont elle raffolait et qui ne la quittait point, de la plus hideuse de ces terribles maladies de la peau, décrites et représentées en couleur, dans le bel ouvrage du docteur Alibert.
- Malgré la beauté de nos cachemires français, il est étonnant qu’ils continuent à être toujours en défaveur; ils le seront sans doute jusqu’à ce que l’injuste prévention en faveur des châles de Cachemire de l’Inde soit tombée , ou que quelque catastrophe nouvelle ne vienne en forcer la répudiation dans leur pays natal. L.
- SCIE, SCIAGE ( Arts mécaniques). On coupe les corps en troncs ou planches, en imprimant un vif mouvement à une lame tranchante ou dentée, qui presse contre la substance qu’on veut diviser. Ce mouvement est de deux espèces, ouïe va-et-vient, ou la rotation continue, ce qui conduit à distinguer deux espèces de scies, les alternatives et les circulaires' Nous traiterons d’abord des premières, ou des scies ordinaires' ainsi que de leur emploi dans les grandes machines, ou scieries mécaniques ; ensuite nous parlerous des scies circulaires
- La fig. i, PI. 56 des Arts mécaniques, représente la s°(
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- SCIE, SCIAGE. igi
- dont on se sert pour débiter les bûches, les pierres, l’ivoire, les charpentes, etc. ; elle est bien connue , et il nous suffira d’en donner une description succincte. La partie principale est une feuille ou lame en acier, dont le bord est, le plus souvent, garni d’inégalités appelées Dents ; la largeur de la lame, la grandeur des dents, varient selon l’usage qu’on en veut faire. Chaque bout tient à un manche ou montant qui lui est à peu près perpendiculaire : à cet effet, on pratique une fente au bout de chaque manche, dans laquelle on entre 1a lame ; le tout est retenu par un clou rivé , qui perce à la fois le manche et la lame.
- Les secousses et mouvemens brusques, en courbant la lame, pourraient la briser, si l’on ne la maintenait pas tendue : une barre de bois qui lui est parallèle, butte par ses deux bouts, dans des encoches pratiquées vers le milieu des manches : ces bouts sont en biseau ou chanfrein ; ainsi les manches sont tenus écartés ; mais ceux-ci ont l’autre bout rapproché à l’aide d’une corde sans fin, en quadruple, qui les tire l’un vers l’autre, et dont la tension est accrue par Torsion, avec une languette que la barre retient : à cet effet, le bout de la languette entre dans une mortaise au milieu de la barre. Cette torsion tend la lame , en faisant basculer les manches sur la barre.
- Les scies à pierre sont très grandes et très lourdes ; les montans sont tirés par une tringle en fer qui s’y accroche ; leur lame n’est pas dentée ; elles agissent par leur poids, et à l’aide d’une eau sablonneuse que l’ouvrier introduit dans la fente avec une grande cuillère. La fente s’approfondit de plus en plus à mesure que la lame va et vient, en roulant le sable fin qui s’y glisse.
- En général, lorsqu’on veut débiter des marbres, des pierres, la scie n’a pas de dents. Si on en emploie, elles doivent être très fines et très serrées quand on veut scier des bois durs ; mais °n les fait plus ou moins grossières pour couper les bûches, la charpente, etc. La forme de ces dents est celle de triangles isocèles égaux et équidistans ( fig. 2 ), dont on rend la
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- pointe aiguë et les bords coupans. À cet effet, on les prépare avec une lime triangulaire nommée tire-point, qui rend tranchant chaque bord extérieur. La lame est un peu plus épaisse sur le bord deuté que sur le dos, pour faciliter le passage de la scie, et même on graisse la lame, pour adoucir le frottement. On est dans l’usage d’écarter un peu les dents à droite et à gauche alternativement; c’est ce qu’on appelle la voie de la scie.
- On imprime à la scie un mouvement de va-et-vient, en pesant sur la lame ; la force de pression n’est même assez souvent que le poids de la scie, comme il arrive aux scieurs de pierre.
- Les scieurs de long, exercés au débit des bois de charpente, donnent aux dents la forme représentée fig. 3 ; leur scie a environ i "‘,5 ( pieds ^ ) de longueur. La manœuvre exige le concours de deux ouvriers : l’un deux est monté sur la poutre que supportent horizontalement deux tréteaux ; l’autre ouvrier est à terre. Le premier enlève la scie dans la direction verticale, en écartant un peu la lame du fond de la fente, pour que les dents ne mordent pas ; l’autre tire ensuite de haut en bas pour faire couper la scie. Le temps delà rétrogradation est perdu pour l’opération.
- Le commerce livre les lames de scie non dentées, et il but ensuite pratiquer cette partie du travail. On a imaginé une machine pour l’exécuter ; c’est une espèce d’emporte-pièce® acier, qui, aidé du choc, forme chaque échancrure. (F-\® Bulletins de la Société d’Encouragement, 1807, page 63.)!® scies à dents fines dont se servent les menuisiers et les ébénistes sont dentées et affûtées avec le tire-point.
- Lorsqu’on veut affûter une scie à la lime, on engage la la®' dans l’entaille d’une planche, en l’y affermissant avec u' coin.
- Quant aux lames, elles sont en acier cémenté, qu’on trempe et revient au bleu. On les fait au laminoir, sous toutes 1® dimensions et formes voulues dans les Arts, car chaque o®' vrier en a de diverses espèces, appropriées aux différens t®
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- vaux de sa profession. On fabrique ces feuilles d’acier en Picardie, dans le Foret, etc., et le commerce de quincaillerie les livre à la consommation. On fait aussi des lames de scie en fer pour diffe'rens usages ; mais le plus souvent elles sont en acier cémenté.
- La scie est un instrument d’un usage universel ; la forme de cet outil et celle de sa lame varient selon les professions qui les emploient. Nousavons représenté fig. 46 et 47, PI. 33, la scie des chirurgiens ( V. Inst rumens de Chirurgie) ; c’est à peu près ainsi que sont faites les scies à main des jardiniers, menuisiers, charpentiers, charrons , etc. On conçoit qu’il serait très inutile de décrire en particulier tous ces appareils, dont la variété est infinie. Nous devons nous contenter de parler des plus remarquables.
- La scie à contourner est montée sur un archet d’acier fort elevé, afin que les feuilles des divers bois qu’elle contourne puissent passer entre cet archet et la lame dentelée. La scie à chantourner des menuisiers et ébénistes a sa lame très étroite et fixée, par ses extrémités, sur deux tourillons montés aux bouts des branches du châssis. On peut ainsi faire pirouetter la lame sur ces deux tourillons, et lui donner telle inclinaison qu’on veut sur le plan du châssis, qui est un simple archet, ou un cadre à corde de torsion.
- La scie à refendre, celle de marqueterie, la scie à tenons, à chevilles, à tourner, à enraser, à guichet, à couteau, etc., ne méritent pas de descriptions spéciales.
- Les lapidaires donnent le nom de scie à de petites plaques de fer en forme de pirouette, attachées au bout d’une hroche ; cette scie , montée sur le tour, sert à user les pierres précieuses. L’instrument dont ils se servent pour scier le diamant, est un fil de fer ou de laiton capillaire, bandé sur un petit arc d’acier ou de bois ; ce fil agit à l’aide de la poudre de diamant bien broyée, avec de l’eau ou du vinaigre. Ces ouvriers fout aussi usage de petites scies sans dents.
- Les conditions qu’il est essentiel de remplir pour construire Tome XIX. i3
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- une scie et la mouvoir avec avantage, sont que la force s’exerce avec le moins de perte et occasione le moins de déchet possible; il faut en outre que la lame ne se détruise pas trop promptement dans le travail. La quantité d’ouvrage fait en un temps donné varie, comme on voit, au gré d’une foule de circonstances, et l’on n’a pas d’expériences bien précises pour pouvoir calculer précisément les effets produits par une force connue. Au reste, voici ce qu’on sait de plus certain sur cette matière.
- Le bois sec est plus difficile à scier que le tendre ou le vert, à peu près dans le rapport de 4 à 3. Bélidor a reconnu que trois hommes appliqués à une scie, un en haut, deux en bas, peuvent faire scier une pièce de bois de chêne sec de 12 pouces d’épaisseur, à raison de 5 pieds par heure, ou 6o pieds par jour : ils scieraient 6 j à 7 pieds par heure de bois blanc sec.
- On peut conclure de ces données et de plusieurs autres ( V. le Traité de la Charpenterie, par Hassenfratz, T. I, page 140), qu’un homme est capable de donner par minute un trait de scie dont la surface est de 0,006 mètres carres dans le chêne vert. On évalue à 6 kilogrammes j, le poids de la scie des scieurs de long, et que leur effort est à fort peu près égal à ce nombre ; ils donnent cinquante coups par minute, parcourant 8 décimètres à chaque coup. La scie est soulevée par l’ouvrier qui est en haut , et ne mord qu’en descendant ; c’cst alors que celui qui esc en bas exerce son action. On trouve que l’action journalière des scieurs de long est 287200 kilogrammes élevés à 1 mètre en 12 heures, résultat très élevé , qu’il faut attribuer à ce que ces homme» sont ordinairement robustes et exercés. Au reste, on doit noter qu’il y a beaucoup de temps perdu.pour le remplacement des bois à mesure qu’ils sont débités. ( V. l’Architecture hydraulique de Bélidor, par M. Navier, T. I, page 509. ) Décrivons maintenant les machines destinées à opérer 1* sciage en grand. Le moteur est une force quelconque, Ie vent, un cours d’eau, une machine à vapeur, un manège, ett-;
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- qui imprime le mouvement de rotation à un arbre horizontal; et l’on a pour objet de disposer de cette force de manière à débiter en planches ou en plates-formes des madriers de bois, à l’aide de scies verticales. La fig. 4, PL 56, donne une idée de cet appareil.
- D est l’arbre tournant, portant’une manivelle, qui, à l’aide de la bielle E articulée à ses deux bouts, communique le va-et-vient au châssis vertical BB. Ce châssis est guidé par des tringles calibrées CCCC, qui sont fixées aux deux jumelles AA .verticales et immobiles. Le châssis BB porte plusieurs lames de scie façonnées et dentées à la manière ordinaire. La pièce de bois se présente par son extrémité à ces lames, qui la scient dans sa longueur selon des plans verticaux parallèles. Le madrier est porté sur un chariot, qu’on n’a pas cru nécessaire de représenter dans la figure, et qui est mû lui-même par un pignon et une crémaillère ; en sorte que l’arbre D donne à la fois le mouvement alternatif aux scies, et le mouvement de progression au chariot, l’un et l’autre étant convenablement gradués.
- On désire , dans ces sortes de machines, que le mouvement de la scie soit, autant que possible, le même que celui qu’imprime la main de l’homme ; que la lame n’agisse qu’en descendant ; que le frottement du châssis porte-scie dans son cadre soit diminué et réduit à celui d’articulations; que la force soit principalement appliquée au bas du châssis ; que la forme des dents, l’épaisseur des lames soient bien étudiées, etc. La Société d’Encouragement ayant remarqué que les scieries mécaniques sont loin d’utiliser toute la force motrice des cours d’eau dont elles disposent, et que ces appareils n’étaient pas à la hauteur de la science , a proposé un prix qui paraît être actuellement sur le point d’être remporté. Elle exige que la scierie soit montée de manière à se prêter au débit des bois, sous toutes les formes où les Arts les emploient : ainsi, il faut diviser les arbres de toutes grosseurs avec le moindre déchet de matière et la plus petite dépense de force;* les planer, rainer, languetter et dresser, les couper sous toutes les
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- formes, pour les mettre en œuvre dans la menuiserie , Bébé*
- nisterie, la charpente, le charronnage, la tonnellerie, etc.
- Les scieries mécaniques à scies verticales sont fort communes dans les pays de montagnes, où les chutes d’eau sont fréquentes et les bois abondans. Comme la force motrice y est prodiguée par la nature, on attache peu d’importance à la ménager : aussi ces appareils sont-ils très imparfaits. Ea Hollande, en Belgique et en d’autres contrées , où les vents régnent avec impétuosité, on se sert de moulins à vent, qui débitent les bois. On trouve une description de ces machines page i65 des Bulletins de la Société d’Encouragement, pour l’année 180g. C’est par ces différens moyens que le commerce est fourni de la plupart des planches , plates-formes, voliges, -employées^dans les Arts. Les personnes qui désireraient une connaissance plus étendue de ces machines , peuvent consulter la description donnée par Bélidor dans sou Architecture hydraulique, T. I, liv. 2, chap. 2, ouvrage auquel M. Xavier a ajouté des notes d’un grand intérêt. O11 y trouvera les calculs et les détails figurés des moulins à scier le bois et le marbre, et à percer les tuyaux.
- C’est sur les principes ci-dessus exposés qu’est construite la belle scierie mécanique que M. Roguin a établie à la Garre, près Paris. Une machine à vapeur de la force de douze chevaux, à haute pression , fait mouvoir non-seulement deux châssis à lames verticales pour réduire les madriers et bois en grume ou équarris, à des dimensions moindres, u®5 encore des scies circulaires, des machines à rainer et lau-guetter, en un mot, les outils propres à la fabrication de toutes les pièces de parquet. ( V. Bulletin de la Société d’&-couragement, 1822.)
- On trouve, dans le même volume, la description de b machine de M. Hacks pour scier les troncs d’arbres sur pied C’est une manivelle qui communique à une scie horizontale le mouvement de va-et-vient. et qui presse en même tefflp la lame contre le bois à scier. Cette machine pourrait et# employée avec un grand avantage pour abattre les arbres des
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- forêts, surtout si l’on pouvait réussir à scier les troncs au ras de terre.
- Il nous reste à parler des scies circulaires, ingénieuse invention de M. Brunei, qui est introduite dans les ateliers de la marine anglaise, et qui depuis a été employée dans un grand nombre d’Àrts, et particulièrement au débit des bois de placage, pour l’acajou, l’if, l’ébène, etc., et même pour les bois tendres.
- Une feuille circulaire en acier a son contour bordé de dents, et est montée sur un arbre perpendiculaire. Le diamètre de cette scie varie depuis quelques pouces jusqu’à 6, 12 et même 18 pieds, selon l’usage auquel on. la destine. Un moteur communique à l’arbre un rapide mouvement de rotation, et les bois placés sur la table de support et-poussés par le bout contre le tranchant de la scie , et perpendiculairement à l’axe, sont coupés avec une extrême facilité. Ce moteur est une machine à vapeur dans les ateliers d’Angleterre et dans ceux de M. Roguin ( V. l’ouvrage cité ) ; celui qu’emploie M. Ilacks dans les siens est un manège : à l’aide de deux chevaux, il fait 3oo pieds carrés de placage par jour. Ces animaux prennent du repos pendant qu’on change les bois. Cet utile appareil donne douze à dix-huit fejiilles de placage dans 1 pouce d’épaisseur, c’est-à-dire, que les feuilles juxta-posées et pressées l’une sur l’autre, n’ont d’épaisseur qu’un pouce ; les traces des dents et les déchets de la sciure sont de peu d’importance. On sait que le placage est d’autant plus solide que la feuille est plus mince ; ainsi, cette espèce de scie remplit toutes les conditions désirables pour ce travail : mais elle sert également au débit des bois pour tous les autres genres d’emplois , tels que parquets , planches, lambris, tonneaux, etc. C’est ce dont on jugera par les descriptions suivantes.
- Les fig. 5 et 6 représentent une scie circulaire B montée sur son arbre C et les collets E. La rotation lui est imprimée par un excentrique et une bielle, ou plus souvent par une courroie enroulée sur la poulie D. Le bâti AA est très solide ;
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- on le préfère en fonte de fer. Les collets C sont portés par un châssis F mobile verticalement, et qui s’élève ou s’abaisse entre des guides, par une vis H , qu’on fait tourner dans soa e'erou, de manière à monter la scie C au-dessus du plan supérieur N, d’une quantité qui soit en rapport avec la grosseur du madrier à débiter. Ce bois est arrêté contre le plan vertical I, qu’on amène à la distance convenable de la scie, pour que la planche ait l’épaisseur voulue. A cet effet, le plan I est lié à deux axes b par des bras a, qui sont constamment parallèles ; en sorte que la figure affectée par ces bras et le plan I, est celle d’un parallélogramme, à peu près comme dans les règles appelées Paballèles. ( V. ce mot.)
- On peut aussi couper les bois sous diverses inclinaisons données ; l’appareil J, qu’on fait tourner avec le levier y, sur son axe KY, détermine cette direction par rapport à la lame de scie, et les valeurs angulaires sont mesurées par un arc gradué placé sur la tablette supérieure N.
- On a soin de serrer la lame de scie entre deux coussinets placés sur l’ouverture de passage à travers cette tablette, afin d’empêcher cette lame de vibrer. Le madrier à débiter se place sur la table N, contre le plan I qui lui sert de guide, et contre lequel on le presse, en poussant aussi ce bois sur le tranchant de la scie, à mesure qu’elle y entre. La force de pression est proportionnée à la vitesse de rotation, à l’épaisseur et à la nature du bois r etc. Lorsqu’on arrive au bout du madrier, on continue à presser en poussant un morceau de bois contre cette extrémité.
- Il serait facile même de concevoir un mécanisme qui ferait porter le madrier sur un chariot que le mouvement de l’axe de rotation ferait avancer graduellement ; mais cette pratique ne convient guère que lorsqu’on veut faire du placage, attendu que, pour les planches un peu épaisses, il y aurait des difficultés qui proviennent de l’inégale résistance des parties du bois, et d’autres causes qui rendent la pression à la main moins coûteuse et plus régulière,
- La fig, 7 représente la scie circulaire de M. Brunei, pour 1£
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- SCULPTEUR. i99
- débit des bois de placage. La roue A est en fonte de fer, d’environ 6 mètres ( i8 pieds) de diamètre; on borde sa circonférence de lames de scies, qu’on y fixe avec des rivures, dans un plan vertical et bout à bout ; les huit rayons de cette roue sont coniques et ajustés sur le moyeu et sur la jante circulaire. Du reste, l’axe est en fonte , parfaitement horizontal, et tourne à l’aide d’une poulie et d’une courroie, de communication, comme dans la machine qu’on vient de décrire. Le même axe porte aussi une poulie conique à quatre gorges, pour faire avancer le chariot G, ainsi qu’on le dira plus bas. D est un levier d'embrayage; F est le bâti en fonte qui porte l’arbre de la scie, tournant sur des collets en cuivre.
- A mesure que la feuille de placage se détache du madrier, elle se déjette de côté sur une pièce circulaire cde, en coulant sur un rouleau vertical f. Le chariot G qui porte le madrier est en fonte, et mené par une roue d’engrenage K qui agit sur la crémaillère J, et est tournée par une série de roues intermédiaires (omises dans la figure), et par une courroie que tire la poulie à plusieurs gorges dont on a parlé.
- Le chariot est formé de deux châssis superposés; le premier se meut parallèlement au plan de la scie circulaire ; le second s’en écarte à angle droit et porte le madrier, qui s’y trouve arrêté au degré nécessaire pour que le bord de la scie ne détache que l’épaisseur voulue. On règle celte épaisseur par la vis sans fin P.
- Dans toutes les scies circulaires , les dents de la feuille sont des triangles non isocèles ; l’un des côtés se dirige au centre de la roue, et l’autre est oblique à celui-ci , à peu près comme le sont les dents des roues de Rochét. Fis.
- SCULPTEUR (Arts mécaniques). Pour exécuter en marbre, en pierre ou en bois, une figure dont l’artiste conçoit le projet, *1 la modelle d’abord en cire ou en terre glaise, d’après des dessins qui en expriment les lormes et les positions. Cette première esquisse , de petites dimensions, le satisfait rare-
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- ment, et il est indispensable de faire un second modèle plus correct, plus fini et plus grand. On comprend bien comment on peut, avec une matière plastique, corriger de plus en plus l’ouvrage en ajoutant ou ôtant, jusqu’à ce que le sculpteur soit content de son modèle. Cette partie de la tâche du statuaire est totalement e'trangère au plan de notre Dictionnaire ; elle se rattache à l’étude des Beaux-Arts, et nous ne pouvons traiter ici que de ce qui se rapporte à la partie mécanique et géométrique. Voyons donc comment on opère pour reproduire exactement, en marbre, les formes du modèle. Disons seulement qu’on moule celui-ci en plâtre, afin de le conserver dans sa grandeur et ses proportions, parce qu’en séchant, la terre éprouve un retrait qui altère la relation des différentes parties.
- Le travail de l’ouvrier qui ébauche la pierre est confié à des apprentis qu’on nomme praticiens, et qui ont l’habitude de cette opération. Après avoir établi le modèle solidement, et l’avoir scellé en plâtre, on en fait autant du bloc de marbre; on fixe au-dessus de l’un et de l’autre un cadre horizontal en bois, de manière qu’il ne puisse se déranger.
- Les quatre bords de ce châssis sont divisés en parties égales portant des numéros ; l’usage de ce châssis est à peu près le même que celui qu’on fait des cadres pour copier les dessins et les cartes géographiques.
- On marque sur le modèle des points de repères avec de petits clous de cuivre, dont la tête est plate et porte an centre un trou, dans lequel peut entrer la pointe d’un compas. On place d’abord ces clous sur les points les plus sail-lans, et de manière à circonscrire le modèle entre des ph» diversement inclinés joignant ces repères : on part de ceux-o pour en trouver ensuite d’autres intermédiaires , et cela pr°" gressivement et de proche en proche ; dans quelques parties, ces points ne sont distans que d’un centimètre : enfin, 01 les multiplie selon le besoin et les contours qu’on veut i®lter'
- Pour trouver, sur le bloc de marbre, la place des point' proéminens, et enlever ensuite la matière excédante, on 1
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- de grandes règles de bois ou compas, armés de curseurs, qui portent une petite pointe de fer : ces curseurs coulent le long de la règle et se fixent où l’on veut, par des vis de pression, comme celui du Trocsquin. On pose la règle sur le châssis du modèle, au-dessus du point dont on veut obtenir la place sur le bloc, et on lit sur le cadre le nume'ro de division correspondant. La pointe est amene'e, à l’aide d’un fil-à-plomb , au-dessus du point en question. On transporte ensuite la règle, sur le même nume'ro du cadre du bloc, et l’on y marque, au fil-à-plomb, le point qui est verticalement au-dessus de celui dont on veut la contre-e'preuve. On perce avec un foret à la profondeur exigée. En opérant de même sur divers repères voisins, on peut enlever toute la matière qui excède les plans du polyèdre circonscrit. Cette opération, qu’on appelle èpanneler, dégrossit le marbre, c’est-à-dire forme différentes surfaces planes, dans lesquelles la statue se trouve comprise. L’artiste n’a jusqu’ici d’autre peine à prendre, que de surveiller l’épanneleur, pour qu’il n’enlève jamais que des parties superflues. On répète l’opération de la même manière sur toutes les faces du marbre.
- On comprend qu’en continuant cette opération, on passera, de proche en proche, à des courbures plus rapprochées, de manière qu’il ne reste plus qu’à enlever une mince couche de matière, pour que la copie soit identique au modèle. C’est alors que le statuaire achève le travail qui doit donner la vie au marbre, exprimer la mollesse des chairs , la finesse des tissus et des cheveux, etc. A cet instant, les fautes sont irréparables, et il doit n’enlever que ce qui est rigoureusement superflu, car il n’y a pas moyen de réparer et de remédier à la matière qui aurait été supprimée à tort. Il ne reste plus ensuite qu’à polir le marbre par les procédés ordinaires.
- Les outils dont se sert le sculpteur sont : la marteline , le ciseau, le trépan, le compas, la pointe, la gradine , la ripe, etc. Il a soin, en taillant son ouvrage, de laisser sub-
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- sister des tenons et des parties servant d’e'tais, pour soutenir et transporter la statue au lieu qui lui est destiné, et parer aux inconvéniens qui résultent de la fragilité du marbre. Les tenons des parties saillantes, les supports des doigts de la main, des bras, des jambes , et autres pièces délicates, sont ensuite enlevés sur place avec le ciseau. Le transport est fait par un charpentier, qui ôte la statue de dessus la selle où elle est établie, et la monte sur un châssis appelépoulirt: il la soutient à l’aide de chevilles, de clous, de matelas, etc., afin qu’elle n’éprouve aucun accident des trépidations qui ont lieu dans le voyage.
- Le châssis dont nous avons parlé n’est pas en usage chei les Italiens ; ils se servent d’un instrument de bois qui a la forme d’une double croix, dont les branches sont chacune perpendiculaire aux deux autres, et imitent les trois arêtes contiguës d’un cube. Ces branches mobiles font l’office d’un compas à trois pointes, avec lesquelles on prend des mesures sur le modèle, pour les reporter sur le marbre.
- Les Anglais ont inventé un apppareil pour mettre au point, dont les résultats sont exacts et prompts. La machine inventée par Gatteaux père est extrêmement ingénieuse, et donne une exactitude parfaite ; elle permet même de copier le modèle en sens inverse de sa position, de droite à gauche.
- Quoique nous ne nous soyons occupés ici que du sculpteur de marbre, comme ceux de pierre et de bois suivent absolument les mêmes procédés, du moins pour exécuter des vases, des ornemens, des chapiteaux, des statues et des pièces délicates, et que s’ils en modifient les moyens , pour se conformer à la nature de la substance et à la perfection quon exige dans le travail, ces différences n’ont pas besoin, pour être comprises, d’une explication spéciale, nous croyons avoir suffisamment développé la partie mécanique de ces Arts.
- Plusieurs branches de l’art du statuaire étaient autrefois traitées par les mêmes artistes. Praxitèles, qui était le plBS habile sculpteur de son siècle, était, aussi le meilleur statuaire en Bro»t7,e. La gravure en Pierres fixes , en MedaiU-1*;
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- en Monnaies , la sculpture en Orfèvrerie , etc., sont actuellement des Arts si e'tendus, qu’on ne peut les embrasser tous à la fois. C’est, dans notre Dictionnaire , le sujet d’autant d’articles sépare's. ( F. aussi le Moulage , la fabrique d’orne-inens en Carton, etc.)
- Souvent on fait des bustes en plâtre ; voici comment cette opération est exécute'e. On travaille la substance gâchée de manière à former une masse d’un volume et d’une forme convenables ; on taille ensuite cette masse, lorsqu’elle est sèche et durcie, en opérant précisément comme sur le marbre ; seulement, on n’a plus à craindre d’enlever trop de substance, parce que les erreurs sont réparables.
- Lorsqu’on veut fabriquer un grand nombre de bustes sur le même modèle, ainsi que cela arrive aux statues d’orne-mens, aux portraits des souverains et des personnages élevés en dignité ou en estime publique , on moule le modèle lorsqu’il a été construit avec la plus grande attention, et l’on a soin de faire ce moule de diverses pièces d’assemblage qu’ou puisse joindre et disjoindre alternativemeut : on coule ensuite dans ce moule du plâtre fin, dans lequel on fait entrer en grande partie le gypse cristallisé. Lorsque ce plâtre coulé est durci, on enlève les pièces du moule et l’on en retire la statue. Les procédés de cet art exigeraient des développemens que, pour abréger, nous croyons devoir supprimer, parce qu’ils sont aussi faciles à imaginer qu’à comprendre. Les bords des pièces du moule laissent sur le buste des rebarbes qu’on doit enlever avec soin; c’est ce qu’on appelle réparer la statue. Cette partie du travail est très délicate, et exige le talent d’un artiste exercé, pour ne pas altérer les formes et les proportions. Lorsqu’on veut donner une grande durée à la statue, et surtout si elle doit être exposée aux intempéries de l’air, on l’emboit à chaud de trois ou quatre couches d’HutLE siccative. Le mastic de D’Arcet est aussi d’un excellent usage pour cette opération.
- On recouvre quelquefois les statues d’une couche colorée en Leonze, ( F. Peinture ) Fr.
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- a<>4 sèche, sepia.
- SÈCHE, SEPIA , espèce de mollusque céphalopode, qui vit dans la mer, et a la forme d’un sac surmonté d’une tète: cette tête est armée de dix bras , couverts de ventouses,-deux de ces bras sont fort allongés, et n’ont de ventouse qu’à- l’extrémité. La bouche est armée d’un bec, comme celui du perroquet : la tête porte deux gros yeux. Dans le dos du sac est un os ovale, poreux, léger, épais et déprimé, qu’on nomme biscuit de mer, et dont les oiseleurs garnissent les cages des petits oiseaux , pour servir à aiguiser le bec de ces animaux. Cet os est souvent rejeté par les flots sur le rivage de la mer.
- Au moment du danger, la sèche, pour échapper à la poursuite de ses ennemis , trouble l’eau où elle vit,. en répandant une liqueur noire : cette liqueur est contenue dans une grosse glande en forme d’éponge , qui imite une bourse intérieure. Les œufs de la sèche sont connus sous le nom de raisin de mer, parce qu’ils imitent, parleur agrégation, une grappe de raisin ; ils sont bruns foncés.
- Les sèches sont répandues dans toutes les mers ; on trouve, à Grignon, dans le calcaire grossier des environs de Paris, et jusque dans des terrains beaucoup plus anciens, leurs os (sépiostaires) à l’état fossile. Dans nos mers, elles sont attachées aux rochers, la tête dirigée en bas ; elles nagent fort bien, a l’aide d’une nageoire étroite qui borde leur manteau tout le long des deux côtés, et elles poursuivent agilement leur proie, qui consiste en crabes et autres crustacés.
- La sèche commune ( sepia officinalis ) vit dans les mers européennes ; elle acquiert 18 pouces de long. En Italie, eu Espagne, en Grèce, on mange ces animaux , frits et diver-sement apprêtés ; mais ce mets grossier ne paraît que sur b tables du peuple. On s’en sert plus volontiers comme d'app1 pour la pêche.
- C’est une espèce de ce genre, qu’on croit être le sepia tu-gosa, qui fournit la liqueur noire avec laquelle on pie® qu’est fabriquée Y encre de la Chine. Cette sèche vit dans h-mers d’Asie, vers les tropiques; mais on reconnaît des caractère
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- suffisans pour en former un genre sous le nom de poulpe; genre qui manque de nageoires, d’os solide interne et des deux longs bras des sèches. Le mode de progression est tout different de celui de ces dernières, car ils attendent et surprennent leur proie, ou se traînent vers elle. Les poulpes n’ont que huit bras très longs. Le poulpe commun (sepia octopus) n’est pas rare dans nos mers; il devient très grand, et on le croit dangereux pour les baigneurs, qu’il saisit avec ses suçoirs et enlace de ses bras.
- Les calmars (sepia loligo) sont aussi très voisins des sèches; ils ont des nageoires et un os inte'rieur mince et cartilagineux. On mange ces animaux comme les sèches, avec lesquelles ils ont la plus grande ressemblance.
- La Peinture dite à la sepia, est faite avec un pinceau et une eau préparée, dont la liqueur des sèches fait partie; eau qu’on imite avec l’encre de la Chine. Fr.
- SECHOIRS. On nomme ainsi divers appareils ou constructions propres à faire évaporer l’eau qui rend humides certains produits. On peut ranger tous les séchoirs en trois classes : i°. séchoirs à l’air, ceux qui font entraîner l’eau en vapeur à l’aide de courans d’air sans chaleur artificielle; 20. séchoirs à l’air chaud, ceux dans lesquels l’air artificiellement échauffé renouvelle les espaces capables de hâter l’évaporation; 3°. séchoirs au feu, enfin, ceux qui opèrent directement l’évaporation à une température voisine de celle de l’ébullition de l’eau.
- On doit ranger dans la première classe les séchoirs à colle-forte , ceux des amidonniers, des efïileurs de Bois tincto-hucx ( V. Teinture) , des fondeurs de suif, des fabricans de Saxg sec , les bâtimens de graduation ( V. Saune ) , les séchoirs d’été pour les toiles, le linge, l’amidon, la fécule, le blanc d’Espagne.
- Dans la deuxième classe, se trouvent les Étuves à dessécher, les séchoirs d’hiver ou de toutes saisons, pour les toiles, le linge, la poudre , les couleurs broyées à l’eau, la farine, les poudres féculentes , les grains germes.
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- Nous placerons dans la troisième classe les cylindres-séchoirs pour les toiles, le papier, les soles de fours et les plateaux sur lesquels le sel de soude, le sulfate de la même base et d’autres matières éprouvent une dessiccation rapide.
- Séchoirs à l’air. Certaines dispositions générales sont applicables à cette sorte de séchoirs ; nous allons les exposer ici. Il convient de choisir un endroit le plus possible accessible à tous vents, éloigné de tous marécages, eaux stagnantes ou lieux bas humides. Il est à remarquer que le voisinage des rivières et des eaux courantes, loin d’être une circonstance défavorable, détermine souvent, au contraire, descourans d’air capables de bien dessécher. Le vent de nord-est est en général celui qui dessèche le mieux; il convient donc qu’il puisse entrer très facilement et sortir de même du côté opposé.
- Lorsqu’il n’est pas possible d’éviter la grande proximité d’irn marais ou d’eau stagnante , il faut empêcher du moins l’accès habituel des exhalaisons humides , en construisant plein et le plus étroit, le côté en regard de ces emplacemens humides.
- Le sol du séchoir doit être imperméable à l’humidité souterraine , surtout si l’on veut utiliser le rez-de-chaussée aa dessèchement ou à la conservation des matières sèches : à cet effet, on peut recouvrir ce sol d’une couche de mastic bitumineux ( V. Salubrité ) , ou d’un carrelage en mortier de cbatts hydraulique.
- Afin de laisser à volonté le plus possible d’accès à la11 atmosphérique par les différens côtés du séchoir, celut-cl doit être construit en charpente assez solide d’ailleurs po® résister à l’action longue des vents les plus habituels; de» persiennes construites de différentes manières, permette»1 d’ouvrir ou de fermer l’accès à l’air extérieur en mouvemem-L’un des modes de construction les plus économiques de ces sortes de persiennes, est indiqué fig. i et PL *5 par une vue de face et de côté ; un châssis AB est garni de lames c, classez larges pour se recouvrir les unes les autres d’un qa31' environ de leur largeur ; un toiu iîlon en fer à patte b, adaple
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- au milieu de chaque bout des lames (fig. 2), tourne librement dans l'ouverture circulaire d’une plaque de tôle ; une tringle en bois d, e (fig. 1 et 3 ), tient toutes les lames à l’aide d’un gros fil de fer tourné en anneau passant dans l’ouverture d’un piton posé à vis dans chaque lame au milieu de sa longueur. Il résulte de cette disposition que toutes les lames se meuvent solidairement ; lorsqu’on lève la tringle ( fig. 3 ), les lames s’appuyant l’une sur l’autre ferment l’accès à l’air. Pour soutenir la persienne dans cette position , il suffit de pousser un crochet f dans un piton, ou simplement on place une cale en bois g sous le pied de la tringle.
- Les tourillons des lames peuvent être pris dans la même planche qui forme chaque lame : cette méthode est plus économique encore que la précédente ; mais au bout de quelques aimées les tourillons en bois s’altèrent, et doivent être remplacés par des tourillons en fer.
- Des persiennes entièrement en bois et fort économiques , sont indiquées dans les fig. 4 et 5, vues de face et de profil ; des lames ou planches en bois a, a, larges de 1 pied à i5 et quelquefois 18 pouces, sont disposées horizontalement entre les deux côtés verticaux d’un châssis ou même entre deux mon-tans du hangar. Des tourillons p,p (fig. 6) de toute l’épaisseur de la planche sont en saillie au haut de chaque lame, et jouant àl’aisedans une entaille b, permettent de faire lever ou baisser la lame, suivant qu’on veut ouvrir ou fermer les persiennes. Ces wouvemens s’opèrent à volonté, à l’aide d’un arbre tournant et vertical en bois c, d, armé de chevilles g, g, g, qui correspondent aux lames, et les poussent du dedans au oehors, lorsqu’en tournant l’arbre au moyen d’un levier h ou d’un manche de pelle introduit dans un trou de l’arbre, on dirige ses chevilles contre les lames.
- üne troisième sorte de persiennes à séchoirs consiste en UDe sorte de claie (fig. 7), formée de planches maintenues verticalement à distances égales à leur largeur, entre deux traverses où elles entrent à tenons et mortaises ; ces claies ou ?ersiennes glissent daus des rainures qui régnent tout autour
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- à l’intérieur et près des quatre faces du bâtiment ; les parois du séchoir offrant d’ailleurs aussi une sorte de clayonnage en planches à vides et pleins égaux, on voit qu’il est facile de fermer à volonté tous les passages à l’air, en opposant les pleins des claies mobiles aux vides du séchoir, et d’ouvrir tous ces passages en opposant les pleins des unes au plein de l’autre.
- Ce dernier genre de persiennes a l’inconvénient de laisser plus d’accès à la pluie, qui pourrit assez promptement ks bois, et surtout les emboîtures basses des claies mobiles.
- Enfin on construit, en Angleterre surtout, des séchoirs à Persiennes tellement exactes, qu’ils peuvent en hiver servir à dessécher par des courans d’air chaud. Dans ce cas, on se sert avec avantage de doubles panneaux, qui se placenta l’intérieur durant l’hiver, et diminuent ainsi la déperdition de la chaleur au travers des parois latérales.
- Des dispositions variables sont observées pour exposer au courans d’air les substances à dessécher, suivant la nature de ces substances. Ainsi, pour les diverses sortes de Cout-Forte , la gélatine, etc., ce sont des châssis tendus de filets, et soutenus horizontalement à 4 ou 5 pouces de distance par des mon tans à chevilles qui reçoivent le produit à sécher; po® les Bois de'teiniure effilés, pulvérisés et humectés, on emploi des claies suspendues horizontalement à des cordes, et que l'os décharge toutes à la fois en lâchant les nœuds qui maintenaient un côté de ces larges claies; pour les toiles, ce sont de rouleaux en bois qui permettent de laisser pendre de haut en bas du séchoir, des pièces d’une grande étendue ; pour ^ linge, on fait généralement usage de cordes de chanvre de crin, sur lesquelles on étend les divers objets à sécher.
- Les séchoirs en plein air consistent tout simplement da®5 des ustensiles semblables à ceux que nous venons d'énumeret puisqu’il suffit de soutenir ou suspendre au-dessus de h terre les matières à sécher ; quelquefois même, on se coO" tente de battre en salpêtre , ou de paver ou daller une ait1 bombée, sur laquelle on étend en couches peu épaisses ^
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- substances à faire dessécher. ( V. les mots Sang , Colle-Forte, Toiles, Teintures, etc.)
- Les séchoirs à l’air que nous venons de décrire sont indispensables pour certaines applications auxquelles serait inapplicable le séchage des calorifères, trop coûteux ou susceptible d’altérer les produits, tels que la colle-forte, par exemple, etc., qui doivent être séchés à basse température.
- Le séchage par l’air chauffé dans un Calorifère convient généralement pour suppléer à l’effet des séchoirs ci-dessus décrits, dans les temps froids et humides; le troisième mode (séchoirs à évaporation directe) s’applique dans le même cas.
- Sous avons décrit la construction des appareils propres à chauffer l’air des étuves et séchoirs à l’article Calorifère ; nous ajouterons ici, que, pour obtenir plus sûrement l’effet voulu, il est utile de placer dans les tuyaux chauds où l’air passe, des feuilles minces de cuivre, afin de déterminer le contact, le frottement de l’air avec les surfaces et les parois échauffées.
- Lorsque c’est la vapeur qui, lancée dans - des tuyaux , échauffe en se condensant les parois de ceux-ci, et par suite l’air extérieur qui vient les toucher, on peut disposer ces tuvaux de la même manière que les tubes dans l’étuve à Intubation ( y. ce mot ) de M. Bonnemain ; seulement, il faut observer des pentes qui ramènènt à la chaudière génératrice toute l’eau fournie par la condensation de la vapeur.
- A Glascow et à Manchester, on fait passer les toiles lavées et pressées sur un système de tuyaux disposés horizontalement, en sorte que la toile présente ainsi une nappe horizontale supportée par les tubes chauds , enveloppée par conséquent d’air échauffé qui la dessèche, pendant qu’elle passe dans cette situation.
- De quelque manière que l’on doive faire sécher les toiles à laide de la vapeur, il convient toujours , ainsi que pour plu-sieurs autres matières, d’en extraire préalablement le plus d’eau possible à l’aide d’une forte pression, puisque le prix de k puissance mécanique appliquée à exprimer l’eau, coûte pour Tome XIX. 1 /,
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- le même effet moins que le huitième en combustible et autres frais. Dans les se'choirs à air chaud, la quantité d’air à faire passer présente un très grand volume ; généralement oo pratique les ouvertures d’entrée et de sortie trop petites.
- La citation suivante donnera les bases utiles pour calculer les dimensions des issues, la quantité d’air et de combustible, et le prix coûtant de ce mode de séebage.
- Nous supposons un grand séchoir à air chaud , dans lequel devront passer i oo pièces par heure.
- Une pièce qui seulement tordue retiendrait-5 kilogrammes d’eau, n’en conservera que 2,5 étant pressée aux rouleaux.
- La quantité d’eau à vaporiser au séchage sera donc loofois 2ft,5, ou z5o kilogr. ; si l’air sortant est à 2o°centigrades de température, on peut admettre qu’il emportera par mètre cubeia vapeur équivalente à 15 grammes d’eau. Supposant d’ailleurs qu’étant à o° en entrant, il contenait par mètre cube 4 gramm. d’eau, on voit que la différence, ou u grammes, représentela quantité d’eau dont il se sera ehargé en passant dans le séchoir; or, 25o,ooo grammes d’eau à enlever, divisés par ri, nombre enlevé par chaque mètre cube d’air, donnent 22,700 mètres cubes par heure pour les 100 pièces ( c’est 6K,4 par seconde;; volume énorme , qui enlève de la chaleur en pure perte-En effet, les 22,700 mètres cubes d’air à 1,3oo chaque, pèsent environ 29,510 kilogrammes, dont la capacité pour la Cu-
- letjr est égale à celle de = 7377 d’eau; ainsi, la cha-
- leur à développer ou consommée sera
- i°. Pour échauffer l’air à 20°. 20 X 7377 = i47>5ooun'!®s'
- 20. Pour mettre200kilogram.
- d’eau en vapeur..........z5o X 65o = 162,5oo
- Total........310,000
- Divisant cette quantité par ”o5o, nombre maxime d'n®1*’ de chaleur produite par t kilogr. de houille, on a
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- ajoutant pour la perte de chaleur e'prouve'e du calorifère, encore 47 kilogrammes, on trouve qu’il faudra g4 kilogrammes de houille, ou environ 5 fr. , et par ioo kilogrammes 2 fr., ou 3 7^,6 de houille, car 25o : q4 •• 100 1 3 7 ;6 ; c’est environ le double de ce qu’il en coûterait en pratique pour évaporer la même quantité d’eau directement.
- Quant à la section de passage pour l’air, dans cet exemple on voit qu’elle doit être d’un mètre carré, si la vitesse de l’air est supposée de 6m,4 par seconde. Les dispositions relatives à l’accès de l’air extérieur et à la sortie de l’air chargé d’humidité, sont indiquées à l’article Étuve à courant iair.
- Séchoir à la vapeur par contact. On nomme ainsi un appareil indiqué en coupe par la fig. 8, vu sans le bâti en bois ou en fonte ; il se compose de huit à dix rouleaux ou cylindres creux en cuivre A, B, C, D ; un bout d’axe creux b à chaque extrémité de cylindre porté sur un coussinet , permet aux cylindres de tourner librement. L’un des bouts (l’axe adapté par un stujfen~box au tuyau d’une chaudière à vapeur, introduit à volonté la vapeur dans les cylindres ; l’autre bout d’axe communique à l’intérieur du cylindre avec un tuyau contourné en hélice autour des parois; celui-ci fait l’effet d’une vis d’Archimède appliquée aux épui-semens, et de même, recueille et reporte à la chaudière l’eau de condensation. Ces cylindres ou rouleaux creux ont ordinairement i pied de diamètre et 3 pieds de long.
- Au-delà de chaque extrémité de la batterie des cylindres, se trouve un rouleau ou tambour à manivelle a, d ; dans une gorge pratiquée sur les deux bouts des tambours et .de tous les cylindres, circule une ficelle ou corde sans fin, maintenue en outre dans la direction qu’on veut donner à la toile par les petits rouleaux i, i, i.
- Les choses ainsi disposées, on enroule une pièce de toile niouiîlée et préalablement pressée sur le tambour a , on attache par un bout de fil chaque côté de la largeur de cette toile sur l’une des ficelles, on tourne la manivelle du
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- deuxième tambour a', et à l’instant la pièce suivant les mêmes sinuosités que les ficelles sans fin, enveloppe successivement chacun des dix cylindres ; ceux-ci transmettent à la toile la plus grande partie de la chaleur qu’ils reçoivent de la vapeur condensée sur leurs parois intérieures, et qui détermine l’évaporation de l’eau de mouillage à l’extérieur. De petits robinets à air adaptés aux bouts d’axes qui ramènent l’eau, doivent être ouverts un instant de temps à autre, afin de faire évacuer l’air contenu dans les capacités de l’appareil avant l’opération, et celui qui, dégagé de l’eau dont on alimente ta chaudière, viendrait s’y accumuler. ( V. Chauffage a la vapeur. ) Un séchoir de cette dimension coûte environ 5ooofr.
- Voici les bases sur lesquelles on établit les calculs des dimensions et prix coûtant de cet appareil, et du séchage qu’il produit.
- Un mètre carré de feuilles en cuivre ayant 2 millimètres d’épaisseur, sèche un demi-mèti’e carré de toile contenant 100 grammes d’eau, par minute, ou 3o mètres par heure, on environ dix-huit pièces de 2Û aunes en douze heures.
- Les dix cylindres offrent une surface de 8 mètres et demi, représentant, à dix-huit pièces chaque, cent cinquante-trois pièces séchées en douze heures, ou 3o6 kilogrammes d’eau évaporée, puisque chaque pièce contient 20 mètres à 100 grammes, ou 2 kilogrammes d’eau.
- 306 kilogrammes d’eau, pour se vaporiser, exigent la ch-leur de 3o6 kilogrammes de vapeur : mais en pratique au moins 410 kilogrammes, qui exigent pour se former 80 kilogrammes de houille, ou 1 hectolitre, valant environ, p1*5 Paris, 3 fr. 5o c.
- On voit que, dans ce système de séchage , 100 kilogramme de vapeur ou d’eau enlevée à la toile , coûtent 26",! ® houille (3o6 : 80 ” 100 : 26,1), tandis que le même e® en exige lorsqu’on fait usage d’un séchoir à air chaud
- Cette différence s’explique par la perte de chaleur éprout# dans réchauffement de l’air, en raison de la capacité de cejJI et de son gtand volume.
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- Une autre considération démontre l’avantage du séchoir à rouleaux, c’est que le capital d’acquisition est d’environ moitié moindre^ que. celui du séchoir à air chaud.
- L’emploi du séchoir à air chaud est cependant quelquefois, inévitable, lorsque les toiles doivent être séchées sans être tendues, afin qu’elles ne paraissent pas apprêtées.
- On pourrait faire observer que le séchage à l’air non chauffé dans les saisons favorables étant plus économique encore, on devrait l’employer exclusivement ; cela n’est pas toujours vrai, et il est au contraire souvent plus utile, ou même indispensable de sécher au feu dans les temps humides, afin d’avoir des produits à vendre, et de profiter de toutes les chances de débouchés ou de travaux lucratifs dans les teintureries, fabriques d’indienneries, blanchisseries, etc.
- Nous avons dit qu’avant de porter les toiles aux séchoirs à chaud, il convenait d’en extraire le plus d’eau et au meilleur marché possible , à l’aide d’une presse, à cylindre. Cet appareil peut même être considéré comme un séchoir par la puissance mécanique. En effet, il ne reste dans une pièce de calicot, par exemple, que 2*,5 au sortir de cette presse; on peut même n’y laisser que i*,5 en Fy passant avec toutes les précautions convenables, tandis que simplement égouttée, elle retiendrait 7*,5, et tordue 5 kilogrammes.
- La Pkesse à cylindre {F. ce mot) est composée de cylindres, ou rouleaux en cuivre montés dans un bâti en fer; on calcule ainsi son effet, comparé à celui des séchoirs à l’air chaud.
- Frais d’extraction de Veau par la pression, répartis sur six cents pièces.
- Prix de la machine, 400°fr-, dont l’intérêt par joui-
- est de.................................................... 2 fr.
- Puissance mécanique d’un Cheval de Yapede , à 5o c. par heure , pendant dix heures.................... ......... 5
- Lau enlevée, 5 kilogrammes par pièce, 3ooo kilogrammes coûtent................................ 7
- ï
- A reporter
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- SECTEUR, SEGMENT.
- *»4
- Report...... y [f
- 3ooo kilogrammes d’eau par le séchage à l’air chaud coûteraient, à raison de 2 fr. pour 100 kilogrammes {V. ci-dessus, page 211 )........................60
- Économie réalisée par le séchage mécanique........53
- Ainsi, on voit que dans cette application Y extraction produite mécaniquement par la vapeur, est de beaucoup plus avantageuse que celle opérée par Y évaporation due au même agent.
- On emploie différentes sortes de presses pour commencer la dessiccation du linge de ménage et de diverses substances. ( V. chacune de ces substances. ) On peut dessécher à l’aide de l’air et des gaz échappés de la combustion ; c’est ce qui a lieu dans les Foras à réverbère, les tour ailles des Brasseries, etc. ( V. ces mots , et pour complément de cet article, les mots Étuves, Calorifères, Chaleur, Air, Vapeur, etc.)
- P.
- SECRÉTAGE. Les poils de certains animaux ont la propriété de se feutrer d’eux-mêmes quand ils sont détachés de leur peau et froissés les uns contre les autres ; tels sont ceux du castor; d’autres ne jouissent pas de cette faculté contractile, et on les appelle veules, à cause de cela. Les poils du lièvre et ceux du lapin sont dans ce cas ; mais on peut leur communiquer cette propriété au moyen d’une opération qu’on nomme secrétage. Cette opération consiste principalement à mouiller les poils dans une certaine étendue avec une solution mercurielle. Déjà nous l’avons décrite aux articles Chapelier, Feutre. ( V. ces mots. ) R.
- SECTEUR, SEGMENT ( Arts de Calcul). La surface angulaire interceptée entre deux rayons d’un cercle et l’arc qui la termine, est ce qu’on appelle un secteur circulaire; SABD (fig. i, PL 15 des Arts de Calcul) est un secteur. La corde AD> qui joint les extrémités de l’arc , intercepte la surface ABD> qu’on appelle segment circulaire.
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- SEIGLE. ai5
- La surface du secteur SABD s’obtient en multipliant la moitié du rayon SA — B. par la longueur de l’arc ABD mais comme cellerci n’est ordinairement pas connue , et qu’on donne souvent le nombre de degre's de l’arc , si D représente
- «RD
- ce nombre , l’arc a pour longueur ( f7. Arc ) , en dési-
- gnant par v le nombre. 3, J/fxdg. Ainsi, la formule qui
- i , 3-RÜ)
- exprime le secteur de D degrés est = . On trouve que
- -^-= 0,00873 = k ; en sorte que l’aire du secteur est re-36o %
- présentée par ÆiPD, en faisant log k =. 3 .9408473.
- Quant au segment ABD, pour en avoir la surface, il faut, du secteur SABD, retrancher le triangle SAD.
- Lorsqu’on fait.tourner le secteur circulaire SAB autour du rayon SB, le corps engendre' SABDI est ce qu’on appelle un secteur sphérique, et l’ârc AB de'crit le segment^sphérique ABD. La surface de ce corps se compose de celle du cône engendré par SAI, et de la calotte de'crite par ABI. Il en faut dire autant des volumes. On sait que
- L’aire du cône SAD = | SA X circonfe'rence AI ;
- Le volume du cône SAD == j SI X cercle AL;
- La surface de la calotte ABD = 2a-R X BI ;
- Volume du secteur sphérique SABD = § s-R.2 X BI ;
- Volume du segment sphérique ABD 1= tt ( R — ‘ BI ) BP.
- Les formules serviront à évaluer les surfaces et volumes des secteurs et segmens sphériques. Fr.
- SEIGLE ( Agriculture). Cette précieuse céréale est seine*e eu automne ; sa croissance accompagne celle du froment ; d est facile de distinguer le seigle à ses épis plats, à son feuillage glauque et moins large que celui du blé , à sa précoûté, et enfin , à son défaut de ligulesj on nomme ainsi des appendices qui entourent la tige et naissent du bas de la lame des feuilles, en forme de manchettes, dans le froment et l’orge.
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- 2i6 SEIGLE.
- La culture du seigle présente plusieurs avantages sur celle du froment: il vient dans les terres maigres où celui-ci ne prospère point ; il mûrit plus promptement, est récolté plus tôt et avant l’époque où la sécheresse nuit aux graminées-il peut être suivi immédiatement de quelque autre semis , tel que navets, sarrazin , etc. , ce qui produit deux récoltes ; enfin , il réussit dans les climats froids, où la courte durée de l’été ne permet pas de cultiver le blé.
- Il y a une variété de seigle qu’on sème en mars ; mais elle est peu productive ; on préfère semer en cette saison l’avoine ou l’orge. •
- La farine de seigle fait un pain brun, qui ne lève pas bien, parce qu’elle contient peu de gluten ; cependant ce pain est nourrissant, et même, lorsqu’on mêle par moitié le seigle au froment, la panification se fait très bien ; ce pain est un peu bis, agréable au goût., substantiel, rafraîchissant, et sc tient long-tempg frais. Comme le seigle est moins estimé que le froment, et se vend moins cher, on préfère cultiver celui-ci , quoiqu’il rapporte un sixième de moins, toutes circonstances égales, et qu’il exige plus de frais et de soins. Deux livres de farine de seigle absorbent au pétrissage t livre et demie d’eau, et donnent 3 livres d’un pain bien gonflé, à croûte pâle et .mie pâteuse , à yeux très petits, qui est asseï bon un ou deux jours après la cuisson. Il faut le laisser plus long-temps au four que celui de pur froment. En Belgique, eu Hollande, en Suisse, en Allemagne, on donne de ce pain aux chevaux : les gens de la campagne sont habitués à s’en contenter, et heureux d’en avoir : mais les personnes plus aisées mêlent le seigle au froment pour leur nourriture.
- * Avec la farine de seigle délayée dans de l’eau, et dont b fermentation est favorisée par la chaleur et du levain, on &11 une espèce de boisson.
- Comme la paille de seigle est beaucoup plus longue et plui chère que celle des autres céréales , on la réserve pour fait6 des paillassons, attacher la vigne , palissader les arbres , fai# des liens pour bottelerles moissons, couvrir les chaumières.
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- SEIGLE. 2.17
- empailler les chaises , faire des chapeaux, etc. Afin de ménager la paille , on bat le seigle sans délier les bottes. Il y a des pays où la paille de seigle est plus précieuse que le grain qu’elle produit ; on la coupe alors un peu avant la maturité complète.
- Tous les sols qui ne sont pas aquatiques fournissent des récoltes de seigle plus ou moins bonnes ; cette graminée donne la meilleure de toutes les farines, après le froment, pour la nourriture de l’homme. On sème souvent un mélange de moitié l'un et moitié l’autre; c’est ce qu’on appelle du miteil, qui fait de très bon pain : quand le seigle est en moindre proportion, on a ce qu’on nomme du ehampart. Le froment mûrit, il est vrai, plus tard que le seigle ; mais l’abri que fournit celui-ci hâte la maturation du blé, et la récolte ne souffre pas d’une petite différence d’époques.
- Il faut semer le seigle le plus tôt possible, dès le mois de septembre , si l’on peut. On n’est pas dans l’usage de le chauler. Il en faut, terme moyen, 60 kilogrammes par arpent de 900 toises carrées. Une herse légère , ou le passage d’un fagot d’épines, l’enterre suffisamment. On ne roule pas, à moins que la terre ne soit très sèche et maigre. Le grain lève promptement, s’il y a de l’humidité et de la chaleur. La gelée fait tomber les premières feuilles; mais elles repoussent après les froids. Si l’hiver est doux , et le printemps humide , les seigles sont si forts qu’il faut les effaner, c’est-à-dire couper les sommités des feuilles. C’est vers le 20 avril que les épis commencent à paraître , près de Paris ; on l’y moissonne au commencement de juillet ; mais ces époques sont plus tardives dans le Nord, et plus précoces dans le Midi de la f rance. Comme la culture est la même que celle du Fbomext , D°us renverrons pour le surplus à ce dernier article.
- On cultive aussi le seigle pour fourrage : on le coupe en vertau printemps, pour la nourriture des bestiaux.
- Comme le froment se vend le double du prix du seigle, quoique ce dernier grain donne un sixième de plus, et que sa paille soit plus estimée, il n’y a cependant pas compensa-
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- ai8 SEL AMMONIAC.
- tion, et l’on ne cultive le seigle que dans les circonstances oit
- l’on ne peut faire croître du froment. Fa.
- SEL AMMONIAC. On a donné ce nom, dérivé de celai du temple de Jupiter Ammon, d’Ammonie en Egypte, où il s’est anciennement fabriqué, à un sel produit par la réunion de 1’Acide hydrochloriqde avec 1’Ammoniaque. ( V. ces mots.)
- Le sel ammoniac se trouve tout formé dans plusieurs produits des substances animales ; la fiente et l’urine des chameaux en contiennent d’assez fortes proportions pour qu’on l’en retirât économiquement en Égypte autrefois, et qu'on le livrât presque exclusivement alors au commerce d’Europe.
- Cette fabrication ne présente pas de difficulté : dans ce pays, le combustible ordinaire est rare ; on y supplée en faisant sécher au soleil la fiente de chameaux , qu’on applique â cet effet sur les murailles. La matière sèche ainsi obtenue, et brûlée dans divers fourneaux, développe une fumée épaisse contenant du sel ammoniac en vapeur ; la suie retient une partie de ce sel et d’autres produits condensés. On rencontre de toutes parts , surtout dans la vallée du Delta, des paysans conduisant leurs ânes chargés de sacs pleins de cette suie, dont ils approvisionnent les fabriques.
- Yoici comment on traite cette matière première : ou en remplit des ballons en verre lutés avec de la terre limoneuse, en la foulant avec précaution à l’aide de pilons en bois. H doit rester un intervalle de i ou de 2 pouces seulement, à la partie supérieure ; on place les ballons ou matras ainsi disposés, dans des cavités circulaires pratiquées au somme1
- d’une voûte, sous toute l’étendue de laquelle règne un latj1
- foyer.
- Tout étant ainsi disposé, on échauffe lentement lesl»l‘ Ions, en brûlant dessous de la fiente de chameaux desséche1. Le même combustible, activé de plus en plus, sert à contint'' l’opération.
- Le muriate d’ammoniaque, volatil à une température * férieure au rouge-brun , s’exhale du fond des vases, en'ap691 qui, rencontrant les parois supérieures plus froides, s y
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- SEL AMMONIAC. 219
- tache en se condensant ; une grande partie s’échappe dans l’atmosphère par l’orifice incomplètement fermé de chaque ballon : cet orifice se remplit peu à peu de sel léger ; on le débouche de temps à autre, à l’aide d’une tringle en fer. Vers la fin ou aux deux tiers de l’opération, l’obstruction devient complète ; il faut alors avoir grand soin de ne pas pousser trop le feu , car l’expansion de la vapeur ferait briser les vases avec explosion.
- Dans tous les cas, vers la fin de la sublimation, les vases se fendillent, et lorsqu’après avoir cessé le feu pendant quelques heures, on les retire du fourneau, le refroidissement achève de les briser. On sépare la partie supérieure, à laquelle le pain de sel adhère ; 011 détache de celui-ci les frac-mens de verre adhérens, à l’aide d’une hachette, et le pain est alors livrable au commerce.
- Au fond de chaque vase, il reste un noyau de sel environné de matières fixes pulvérulentes ; on réserve ce noyau pour le briser et le remettre à sublimer avec de la matière neuve.
- Le sel ammoniac obtenu par ce procédé est- terne, spon -gieux, d’une teinte grisâtre : c’est ainsi qu’on l’a long-temps livré au commerce. Aujourd’hui le même produit, mieux préparé en Europe , est plus pur et à bien meilleur marché. Le sel ammoniac d’Égvpte se vendait, il y a 4« ans, 6 fr. le kilogramme , tandis qu’aujourd’hui on vend le sel français 2fr. qo c. Les procédés diffèrent aussi complètement.
- Les divers débris des animaux développent, pendant leur fermentation spontanée, ou durant leur décomposition par la chaleur, entre autres produits volatils, une grande quantité d ammoniaque libre ou combinée avec les acides carbonique, acétique, liydrosulfurique, etc. C’est sur cette observation, ?uese fonde la préparation du sel ammoniac et des autres sels ammoniacaux en Europe.
- Les premières tentatives faites en France pour obtenir de cette manière le sel ammoniac économiquement, ont succès-Slverient échoué. Une des plus grandes fabriques en ce genre, et qui éprouva le même sort, fut cependant dirigée par le
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- SEL AMMONIAC.
- célébré Baume' : établie en 1760 à Gravelle , près Charenton elle offrait à ses actionnaires plus de 400)000 fr. de perte -cette circonstance détermina la cessation de ses travans en 1787.
- Depuis cette époque jusqu'en 1797, tout le sel ammonia; consommé en France fut fourni par l’étranger. Deux fabriques furent alors élevées, l’une plaine de Grenelle, près de Paris, parM. Payen, et l’autre près de Rouen , par M. Fln-vinet. Cette dernière fut bientôt après transférée à Clichv, pré Paris.
- Des produits plus purs que ceux fabriqués jusqu’alors, d’une conservation plus facile et d’une apparence commerciale plus belle sortirent de ces deux e'tablissemens , et firent baisser le cours de 7 fr. le kilogramme à 5.
- Plusieurs autres avantages importans résultaient des procédés de fabrication appliqués avec succès dans les déni usines, c’étaient : i°. la transformation du Sel marïx en sulfate de soude, d’où les procédés de Leblanc et Dizé apprirent a extraire facilement la Soude, cet alcali, qui remplaça économiquement d’énormes quantités de soudes et potasses naturelles, chèrement achetées à l’étranger.
- 2°. L’emploi de diverses matières premières alors improductives ; telles que les os, le sang, la chair, les cornes, chiffons de laine, de soie, de crin, les raclures de cuirs, 1* poussière des carrières à plâtre, etc. ; un travail lucratif offert à la classe indigente dans le ramassage des matières premières, les transports et la main-d’œuvre de fabrication.
- Ces avantages , et notamment le premier, déterminèrent^ Gouvernement français à exempter ces fabriques du droit le sel; mais des entraves administratives ont annulé, depuis P11-de quarante ans, cette juste disposition; à la vérité, on re-titue aujourd’hui à la sortie une valeur de 4° fr- Par 100 ^ grammes de sel ammoniac, ce qui équivaut au droit paye-le sel : mais les quantités exportées sont encore bien inin®e ’ et n’égaleront jamais sans doute celles qui ont été consommé en France.
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- SEL AMMONIAC.
- •Nous décrirons d’abord le procédé mis avec succès en pratique par MM. Payen et Pluvinet, et qui est encore aujourd’hui suivi dans les principales fabriques ; nous indiquerons ensuite d’autres procédés, que des circonstances spéciales ont rendus applicables en certaines localités.
- Le premier genre de fabrication se fonde sur la décomposition des débris de matières animales calcinées en vases dis-fdlatoires.
- Les matières premières sont ceux de ces débris qui, n’étant propres à aucune autre sorte de fabrication, sont au plus bas cours dans le commerce , et sous ce rapport ne peuvent être utilisés que comme engrais des terres ou pour préparer les produits ammoniacaux. Nous avons énuméré plus haut ces matières premières.
- L’appareil distillatoire des substances animales se compose d’nn fourneau chauffant des reiorles ou cylindres , et d’un système de condenseurs destinés à recueillir les gaz solubles ou susceptibles d’être amenés sous forme liquide.
- Fourneau. Les fig. i, 2 et 3 de la Pl. 7 4 indiquent, par une coupe longitudinale et transversale, et par une élévation, la construction du four et la disposition des cylindres.
- A; Cendriers sous les grilles.
- B, Foyers à grilles , surmontés d’une voûte.
- C, Voûte en briques réfractaires, perforée de huit carneaux latéraux, dans lesquels se divise la flamme.
- D, Grande voûte à triple voussure d', d", sous laquelle on dispose les cylindres ou retortes. La première voûte D est perforée de vingt trous, distribués comme l’indique la % 4 : la deuxième voûte d', vue en plan fig. 5, est perforée de quatre carneaux, par lesquels passe la flamme pour se rendre sous la troisième voûte , dans la cheminée commune et centrale de cette dernière.
- La flamme, au sortir de cette ouverture centrale, peut passer immédiatement dans la cheminée verticale, ou-mieux, etre dirigée sous une chaudière destinée à évaporer les solations ammoniacales, comme nous le dirons plus loin.
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- SEL AMMONIAC.
- Les lettres e, e, indiquent la disposition et la forme des cylindres ; ces vases en fonte doivent être d’une épaisseur égale, d’un pouce environ , exempts de fissures et de gouttes froides. On peut reconnaître ces défauts en frappant, à l’aide d’un marteau pointu ou martelet, tous les endroits qui offrent quelques irrégularités.
- Ces cylindres, comme on le voit, sont terminés d’un boutée' par une platine susceptible de recevoir un obturateur ou plaque en fonte, qui est serré à l’aide de deux boulons a clavettes. A l’autre bout e", les cylindres sont terminés par ou fond à douille ou cauule.
- On voit que les cylindres sont placés sur trois rangées horizontales ; dans chaque rangée superposée, le corps ou l’are des cylindres correspond avec l’intervalle entre les cylindres inférieurs , afin que la flamme passant dans cet intervalle, rencontre et frappe verticalement le corps du cylindre supérieur.
- A chaque douille des cylindres, une frette ou une bride fixe à demeure un tuyau recourbé f en plomb, épais de 2 lignes. Tous ces tuyaux s’adaptent, à l’aide de brides, am tubulures g d’un gros tuyau h, d’un pied de diamètre.
- Ce tuyau, réservoir commun des produits gazeux de tous les cylindres, s’adapte, par une large bride, à un système de réfrigérans offrant le plus grand développement possible, car la condensation des vapeurs ammoniacales exige une très grande étendue de surfaces froides. Nous allons décrire™ seul de ces réfrigérans, dont on peut augmenter le nombre» volonté : une fabrique de quelque importance en utilise cinq ou six. Voici comment ils furent établis dès l’origine dan' la fabrique de Grenelle : une carcasse de six bandelettes de fer ( fig. 6 ) , assemblées par des rivets sur quatre «r' clés c, b, c, d, est destinée à soutenir, contre l’affaissement,® tuyau en plomb d, e (fig. 7 ), dans lequel on l’introduit. & tuyau ainsi garni, est lui-même placé dans un tuyau P10-' grand f, g (fig, 8), en cuivre ; les brides de ces tubes concentff ques s’adaptent hermétiquement à l’aide de boulons, en son-
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- SEL AMMONIAC. 22.3
- que l’intervalle entre les deux offre un espace clos capable de tenir l’eau. Ce double tube se place sur des chantiers, dans la position inclinée qu’indique la fig. 9; l’une des extrémités e, celle qui est le plus élevée , reçoit un ajutage d qui établit la communication entre les gaz au sortir des premiers appareils des fourneaux et le tuyau placé au centre du réfrigérant.
- L’autre bout d'du même tube intérieur s’adapte à un second double tube ou réfrigérant, et ainsi de suite jusqu’au dernier tuyau double ; là commence un nouveau genre de réfrigérant plus simple , décrit ci-après.
- L’intervalle i, i entre le tube en plomb et le tuyau de cuivre, est destiné .à contenir de l’eau, qui se renouvelle sans cesse à l’aide d’un tube h surmonté d’un entonnoir, dans lequel coule un filet d’eau froide ; celle-ci descendant à la partie inférieure de la double enveloppe, monte en s'échauffant par degré de toute la chaleur qu’elle enlève aux produits gazeux cheminant, en sens inverse de d en d'; l’eau chaude sort continuellement par un trop-plein k.
- On conçoit que plusieurs réfrigérans opérant de la même manière et communiquant entre eux, concourent à condenser de plus en plus les vapeurs ammoniacales; à la partie inférieure de chacun d’eux , un tube en plomb m plongeant dans un réservoir commun placé au-dessous, conduit le liquide formé dans ce réservoir.
- A la suite de ce premier système de réfrigérans , deux autres sortes de condenseurs reçoivent les vapeurs qui ont échappé au refroidissement ; ils sont désignés sous le nom de bacs : nous allons les décrire.
- Ce sont des cylindres aplatis ou des parallélépipèdes à angles arrondis, en fonte ou en plomb, dont les fig. 10 et 11 montrent une coupie longitudinale et une coupe transversale ; leurs dimensions sont, dans la longueur, 8 à g pieds ; dans leur section transversale, 2 pieds de large sur i5 pouces ue haut. Une tubulure a, a, à chacune de leurs extrémi-tf-s) sert au passage des vapeurs des premiers réfrigérans
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- «4 SEL AMMONIAC.
- dans ceux-ci, et de ceux-ci entre eux, à l’aide d’un tube en
- plomb b, b.
- L’extre'mité de chaque bout de ces condenseurs est fermée par une plaque en plomb de 2 lignes , serre'e par une bride et des boulons; deux bouts d’ajutages en plomb et à bords rabattus c, c , soudés sur ces plaques , se réunissent à l’aide de brides et de boulons.
- Les ajutages ou bouts de tuyaux c, servent à laisser écouler d’un condenseur dans l’autre, l’huile empyreumatique surnageant à la surface, tandis que lorsque cette huile est ainsi décantée par une cannelle d'à l’un des bouts , on soutire le liquide ammoniacal, en ouvrant un robinet d soudé au-dessous du premier.
- Les vapeurs non condensées , au sortir des condenseurs os bacs que nous venons de décrire , sont dirigées par un tube." (fig. 12), dans des conduites souterraines d’une très grande étendue ( 200 mètres), en maçonnerie en briques, cliaus et ciment h, h (fig. i3), recouvertes de plaques en fonte que l’on enlève à volonté ; une pente légère, de 6 lignes par toise, permet de faire écouler constamment, et par une marche lente, en sens contraire du gaz, de l’eau qui se charge de plus en plus de produits ammoniacaux et d’huile. Ce liquide s’écoule par un tuyau de plomb ii dans les bacs, d’où la solution ammoniacale et l’huile surnageante peuvent être extraites séparément, comme nous venons de l’indiquer.
- Toute l’huile rassemblée dans le réservoir inférieur en est extraite à volonté, à l’aide d’une pompe , au fur et à mesure qu’une production nouvelle exige cette élimination. Cette huile ainsi portée tdans un réservoir supérieur, eu est tiree par un robinet, d’où elle coule dans des grands fûts, Ie1 doivent la transporter au dehors, ou dans de petits vastfi peur la distribuer dans l’établissement, si on l’y emploi comme combustible.
- Dans les réservoirs a ( fig. q), qui sont destinés à recueillir les liquides de la condensation de tout le système àts réfrigérans, des condenseurs et des canaux, des robinets
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- SEL AMMONIAC. 225
- existent aux trois quarts de leur hauteur, afin d’obtenir seulement et par décantation, à volonté, le liquide huileux, que l’on réunit dans un seul réservoir spécial.
- Des pompes placées dans ces réservoirs aspirent à la partie inférieure le liquide ammoniacal, et le portent dans de grandes caisses plates doublées de plomb, désignées sous le nom de filtres. X
- Deuxième partie. — Appareils des filtres.
- La fig. 14 indique la construction d’un des quatre filtres employés dans une grande fabrique de sel ammoniac; il se compose, i°. d’une caisse en bois a doublée en plomb rabattu sur ses bords une douille en plomb b, soudée à la partie la plus basse du fond , permet l’écoulement de tout le liquide.
- 2°. D’un grillage en bois formé de barreaux arrondis, comme le fait voir la coupe c et le plan A. Ce grillage est maintenu à 1 pouce au-dessus du fond au moins, et parfaitement de niveau, par des tasseaux transversalement disposés.
- 3°. D’une toile forte et claire , qui, ayant 3 pouces environ en tous sens de plus que la surface du filtre, se reborde entre les bords du grillage et les parois latérales du filtre, en sorte que cette toile est bien tendue.
- Un grand réservoir f en bois doublé de plomb, muni d’un couvercle , est placé sous chacun des filtres, et une pompe dont le tuyau d’aspiration plonge au fond de chaque réservoir, permet de reporter sur l’un des filtres le liquide déjà filtré une ou deux fois.
- Un réservoir commun g- au-dessous des autres, est mis en communication à volonté avec l’un d’eux, à l’aide de robinets intermédiaires.
- Troisième partie. — Chaudières, cristallisoirs et appareils y relatijs.
- Les chaudières à évaporer et décomposer sont en plomb epais de 3 lignes. La fig. i5 représente, montée sur son four-Tosie XIX. i5
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- neau, une de ces chaudières , qui sont au nombre de deux au
- moins.
- A, cendrier ; B, foyer (?) au-dessus de la grille ; C, voûte (en briques réfractaires) au-dessus du foyer, destinée à éviter l’action directe trop forte en ce point de la flamme; D, carrelage horizontal; dans toute l’étendue de la chaudière au-dessus de cette voûte , et de tout le carrelage, des plaques en fonte sont maintenues horizontalement par des tasseaux et compartimens en briques E, E (fig. 16). Cés compartiment déterminent la flamme, au sortir de la voûte, à suivre les sinuosités indiquées par les flèches sur la figure, avant de se rendre dans la cheminée F.
- L’espèce de plancher ou d’aire en plaques de fonte est destiné à soutenir le fond de la chaudière et à répartir la chaleur plus également.
- GG (fig, i5), chaudière en plomb environnée de maçonnerie et rebordée sur des chevrons en bois assemblés en châssis, afin de maintenir plus solidement les bords de la chaudière.
- Des ancres et tirans enfer soutiennent d’ailleurs toute la maçonnerie.
- Les chaudières peuvent, à volonté, être vidées dans des réservoirs inférieurs dits crisiallisoirs , à l’aide de siphons en plomb H, et d’un entonnoir à longue douille ii.
- Les cristallisons sont des caisses en bois ( fig. i y ) intérieurement doublées de plomb, de 15 pouces de profondeur, de 3 à 4 pieds de large, et de 6 à 8 pieds de longueur; «s caisses sont consolidées sous leurs fonds par deux ou trois fortes traverses longitudinales, qui s’appuient dans une entaille au milieu, sur l’arète arrondie d’un tasseau fixe a, en sorte que la caisse ou cristallisoir peut basculer à volonté-Lorsque le cristallisoir doit être rempli, et par conséquent mis de niveau, on place à chaque bout un tréteau mobileÆ-
- (i) Ce foyer, ou l'on brûle de la bouille, peut être suppléé cconoiunp-ment par les produits de la combustion échappes tiès chauds du four & ca bonisation des os.
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- SEL AMMONIAC. 227
- Un réservoir circulaire en plomb b, encaissé en terre dans une fosse de maçonnerie , est disposé à la suite de chaque cristallisoir, pour recevoir L’égout des eaux-mères de la cristallisation.
- Une pompe en plomb dur d, communique par un tube en plomb d’aspiration, à embranchemens, avec chaque réservoir, en sorte que l’on peut remonter dans les chaudières le liquide écoulé des cristallisoirs.
- Trois filtres semblables à celui décrit fig. 14, mais de profondeur double (3o pouces), et de 2 pieds carrés seulement de surface, servent à épurer le sel cristallisé.
- Enfin, un fourneau dit de sublimation, un séchoir et un moulin complètent les appareils utiles à cette fabrication ; nous allons les décrire.
- Fourneau de sublimation. Les fig. 18 et ig représentent une coupe transversale et longitudinale ; les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans les deux figures : a, cendrier; b, grille et foyer; c, voûte qui surmonte le foyer. Cette voûte, destinée à préserver les bouteilles de l’action immédiate du feu, est perforée de carneaux ouvrant un passage aux produits de la combustion entre les vases su— blimatoires. d, barreaux de fer sur lesquels repose le fond des bouteilles ; c, bouteilles en grès défendues des vives impressions de la chaleur par un Lut argileux.
- La fig. 20 montre les plaques en fonte a, b, c... qui, placées au-dessus des voûtes, reçoivent chacune, dans une double ouverture circulaire , deux bouteilles ; celles-ci peuvent ainsi être solidement maintenues, et sont préservées d’une température trop forte dans la partie supérieure où le sel volatilisé doit se condenser.
- A la suite du fourneau que nous venons de décrire, un deuxième fourneau dit séchoir (fig. 21 ), reçoit les produits de la combustion du premier eu A , sous des plaques de foute placées horizontalement, et sur lesquelles repose le fond d’une chaudière B à bords peu élevés.
- Après avoir passé deux fois sous ces plaques , ainsi dirigés
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- 228 SEL AMMONIAC,
- par un diaphragme -longitudinal en briques b, b', b", les produits de la combustion se rendent dans la cheminée C.
- La chaudière montée sur ce fourneau doit être exempte de soudure, et par conséquent en une table de plomb d’un seul morceau replié ; ses dimensions, relatives à celles de plusieurs ustensiles ci-dessus mentionnés, sont de 3 pieds et demi de large, 9 à îo pieds de long , et 1 pied de haut.
- Un manège ou moulin à meule verticale , en pierre dure, que deux hommes peuvent faire agir pour écraser le sel ammoniac séché , complète les ustensiles utiles à cette fabrication.
- Après avoir indiqué la construction des appareils et ustensiles employés dans la fabrication du sel ammoniac, d’après le procédé le plus anciennement pratiqué avec succès en France, et celui qui fournit encore les plus grandes quantités de ce sel et des autres produits ammoniacaux au commerce, nous allons décrire le procédé lui-même.
- Nous avons énuméré les matières premières qui peuvent être employées dans cette fabrication ; les appareils que nous avons fait connaître n’utilisent ainsi que les substances solides ; parmi ces dernières, les unes, telles que les Os, laissent après leur décomposition au feu, un résidu charbonneux fort employé dans les Arts industriels , et connu sous les noms de Charbon animal , Noir d’os , etc. ( T7, ces mots ) ; les autres, telles que les chiffons de laine, les râpures de corne, le sang sec, la chair musculaire desséchée, peuvent donner un résidu charbonneux propre à la fabrication du Blec m Prusse.
- On peut employer toute espèce d’os dans cette opération; ceux de bœufs , moutons, porcs , extraits de nos alimens, et dits os de cuisine, ont été concassés pour en séparer h plus grande partie de la graisse ( V. Suif d’os ) ; ils sont préférables aux os de chevaux, parce que, plus compactes et cassés plus menus, les vases distillatoiresen contiennent, sotb le même volume, une plus grande quantité.
- Une différence importante à noter dans le traitement de
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- ces deux sortes de matières, c’est que les os doivent être calcinés au-delà du terme utile à Y extraction des produits ammoniacaux, afin que le charbon destine' aux raffineries eu à la peinture soit de meilleure qualité', tandis que les cornes, chiffons de laine, sang, chair, doivent être moins calcines qu’il ne conviendrait de le faire’ pour en obtenir l’ammoniaque , et cela, afin que leur résidu charbonneux produise dans une autre opération une plus grande proportion de Paus-
- SIATE DE POTASSE.
- Nous avons indiqué le point convenable de la calcination des os, en parlant du Charbon animal ; quant aux autres matières, il faut qu’elles soient assez légèrement et également calcinées , pour être dans toutes leurs parties de couleur brun-roux, et non d’un noir foncé brillant.
- Pour les matières susceptibles de se boursoufler beaucoup avant d’être carbonisées , et telles sont le sang cuit, la chair fraîche , les vases distillatoires doivent être plus profonds , comme celui que la fig. 22 représente : on voit que l’ouverture a est munie d’une tête ou avant-corps, portant : i°. un ajutage b à brides, auquel peut s’ajuster un tube c conduisant dans les réfrigérans que nous avons décrits plus haut. ( V., pour plus de détails, l’article Bleu de Prusse. )
- Lorsqu’on charge les cylindres avec des os, on doit les fouler le plus possible , car le volume ne pouvant que diminuer pendant la calcination , l’entassement de ces matières n’offre aucun inconvénient ; il en résulte , au contraire, plus de produits : il n’en est pas de même du sang, des cornes, matières qui se boursouflent, on ne doit en emplir que les trois quarts au plus des vases.
- Quelle que soit la matière animale employée pour charger les vases distillatoires, l’opération se conduit de la même manière : dès que la charge est complète, on place les obturateurs enduits d’un lut argileux ; on passe une rondelle dans chacun des deux boulons, et l’on serre une clavette à petits coups de marteau, jusqu’à refus d’entrer. Aussitôt que tous les vases communiquant avec le même appareil con-
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- densateur, sont ainsi chargés et clos, on ouvre le robinet àî (fig. 9), en soulevant la tige verticale z, que l’on fixe ainsi par une goupille ; alors la vapeur d’eau et les gaz se dégagent déjà en abondance des cylindres, si c’est en cours ordinaire de fabrication ; si c’était une première opération, le dégagement n’aurait lieu qu’au bout d’une heure et demie, et bien plus lentement. Une première opération dure deux fois plus que celles qui suivent.
- Toutes les parties de l’appareil condensateur s’échauffent graduellement ; on ouvre les robinets m (fig. 9), qui amènent d’un réservoir supérieur l’eau froide dans la partie inférieure des doubles enveloppes. Ce liquide étant en contact avec l’extérieur des parois , échauffées à l’intérieur par les gaz, il se fait un échange rapide de chaleur qui élève la température de l’eau et abaisse celle des gaz en vapeurs ; afin de profiter de toute la capacité de l’eau pour la chaleur, il faut qu’elle sorte presque bouillante (de 70 à 80 degrés). Les vapeurs et gaz condensés ainsi donnent un liquide composé, pour la plus grande partie, de sous-carbonate d’ammoniaque , tenant en solution une assez grande quantité d’une huile empyreumatique , dont l’excès surnage ; ce liquide s’écoule dans le réservoir.
- Les gaz, au sortir des tubes réfrigérans, passent dans les bacs (fig. 10, ii, 12), où ils rencontrent uns solution légère des mêmes produits , dans laquelle ils se dissolvent en partie: l’excédant non condensé se rend dans les longues conduites (fig. 13), où un courant d’eau chemine lentement et achève la presque totalité de la condensation.
- Entre les bacs et les longues conduites , on peut utilement placer une grande caisse doublée de plomb A (fig. fermée par une soupape à eau B ; cette caisse est remplie tessons de bouteilles en grès ; un petit filet d’eau tombant constamment d’un petit réservoir C sur la soupape B, s»' troduit dans la caisse, est disséminé sur les tessons, et ^ gaz, qui s’élève en sens contraire de l’orifice D d’un tuyau adapté à l’issue des bacs, continue à se condenser en tra
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- versant des surfaces humides multipliées ; le gaz qui échappe à la condensation sort de la caisse par l’orifice E d’un tube qui s’adapte par un autre bout aux longues conduites. La solution ammoniacale opérée dans le passage de l’eau sur les tessons, s’écoule par le tuyau D dans les bacs, et vâ se joindre aux produits des premiers condensateurs, dans les réservoirs a (6g. 9). Lorsque des incrustations de carbonate d’ammoniaque menacent d’intercepter la circulation des. gaz, il est fort commode d’avoir à disposer d’un tube de dérivation d’une machine à vapeur, qui permette de lancer à volonté un courant de vapeur capable de dissoudre rapidement le sel concret. A défaut de cette disposition commode, on se sert d’injection d’eau.
- Les solutions ou liqueurs ammoniacales réunies, ont une densité correspondante au 8 ou 9e degré de l’aréomètre Baume'. Le procédé le plus simple pour convertir en muriate le carbonate qu’elles contiennent, consiste à opérer leur Saturation par l’acide hydrochlorique , faire rapprocher dans une chaudière en plomb jusqu’au terme où une petite quantité refroidie pour essai, cristallise abondamment : les cristaux égouttés dans une Trémie ou sur un filtre , puis desséchés , sont vendus sous cette forme ou sublimés, comme nous le verrons plus loin.
- Bien que l’acide muriatique soit en ce moment à très bas prix dans le commerce, il y a encore quelque avantage à traiter les liqueurs par le procédé suivant, des fabriques de Grenelle et de Clichy, surtout lorsque les appareils dispendieux y relatifs sont tout montés.
- On doit d’abord décomposer le carbonate d’ammoniaque par le sulfate de chaux (1); à cet effet, on écrase en poudre
- {0 On peut cependant aussi obtenir le Carbonate d’ammoniaque, en décomposant le sulfate d’ammoniaque par le carbonate de chaux, ce qui présente une réaction précisément inverse; mais, dans ce cas, l'opération est faite à cbaud, et le carbonate formé se volatilise, tandis qn’ici tout se passe k froid.
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- grossière, dans un Moülin à meules verticales, du sulfate de chaux natif ( Plâtre cru ) ; on en dispose une couche bien nivele'e de 3 à 4 pouces d’e'paisseur, sur les filtres (fig. ci-dessus de'crits ; on verse successivement sur cette couche, à l’aide de la pompe, la liqueur ammoniacale, de manière à ce qu’elle n’occupe jamais que i à 2 pouces au-dessus du niveau de la couche. Il faut avoir soin que durant toute cette opération, le filtre soit recouvert de panneaux en bois bien assemblés à couvre-joints, afin d’éviter une trop grande déperdition d’ammoniaque par la circulation de l’air ambiant.
- Lorsque la liqueur a passé sur le premier filtre, on la remonte par une pompe sur le deuxième ; après avoir filtré au travers de celui-ci , on la fait passer de même sur un troisième, disposé de même, et enfin , encore sur le quatrième.
- Dans les filtrations courantes, on a soin d’épuiser le mieux possible l’action des couches de sulfate de chaux , en faisant passer d’abord les liqueurs mêmes sur le filtre le plus épuisé, et ainsi de suite par degré, de manière à ce que la liqueur, après avoir filtré sur les trois couches de moins en moins épuisées , arrive au quatrième filtre , contenant du sulfate de chaux neuf, et soit ainsi le plus complètement possible convertie en sulfate d’ammoniaque.
- On conçoit que chacun à son tour, le filtre dans lequel l’action est autant épuisée que possible, par la conversion de la plus grande partie du sulfate de chaux en carbonate, est lavé avec de l’eau ordinaire, de manière à reprendre le plus possible de la liqueur ammoniacale interposée entre les parties solides ; on enlève ensuite, avec une petite bêche arrondie , tout le marc ou résidu resté sur la toile.
- On ôte du filtre, puis on lave dans une eau courante ou renouvelée, la toile , en la frappant à coups de battoir, afiD de la dégorger de la matière pulvérulente engagée dans son tissu.
- Avec quelque soin que la filtration ait été, conduite, un
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- SEL AMMONIAC, grand excès d’ammoniaque et un peu de carbonate d’ammoniaque dominent dans la liqueur; il convient de saturer complètement par une addition d’acide sulfurique, en quantité suffisante pour que le mélange fasse virer au rouge le papier réactif de tournesol bleui.
- La liqueur ammoniacale filtre'e et saturée comme nous l’avons dit, est alors remontée , à l’aide d’une pompe , dans des réservoirs supérieurs , qui la distribuent à volonté par des robinets, dans les chaudières évaporatoires (fig. i5): là commence le rapprochement du liquide; une partie de l’huile empyreuniatique dissoute par l’ammoniaque et isolée par la saturation , vient se rassembler en écume à la superficie ; on l’enlève de temps à autre à l’aide d’une écumoire pleine.
- Lorsque la solution est concentrée par évaporation au point de marquer 19 à 20 degrés à l’aréomètre Baumé, on ajoute peu à peu le sel marin, en remuant sans cesse jusqu’à ce que toute la quantité équivalente au sulfate d’ammoniaque contenu dans la chaudière soit introduite et fondue.
- On soutire alors, à l’aide d’un siphon, tout le liquide, dans un réservoir aussi profond que large , où les substances insolubles contenues dans le sel marin se déposent spontanément.
- Pendant que le dépôt s’opère, on nettoie la chaudière, puis on recommence une fonte de sel marin dans la solution de sulfate d’ammoniaque, et Fon entrepose à son tour ce deuxième mélange liquide.
- On nettoie encore la chaudière , dans laquelle on remonte, à l’aide d’une pompe, le liquide delà première fonte, reposé et tiré au clair, à l’aide d’une cannelle plus élevée que le dépôt ; on ranime le feu , et l’on fait évaporer cette solution, Çui, après quelques heures d’ébullition, laisse précipiter des eristaux grenus de sulfate de soude.
- Voici ce qui se passe dans toute cette opération : le sel marin en se dissolvant ainsi, met en présence et en contact le sulfate d’ammoniaque et l’hydroc.hlorate de soude ; par le
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- rapprochement à la tempe'rature de l’ébullition , le sulfate de soude résultant de la décomposition de l’hydrochlorate de soude par le sulfate d’ammoniaque , ne trouvant plus assez d’eau pour rester dissous, se précipite, tandis que l’hydro-chlorate d’ammoniaque, plus soluble, reste dans le liquide. «
- Durant la précipitation du sulfate de soude , on agite continuellement avec un râble en bois, en appuyant surtout dans les parties du fond de la chaudière qui reçoivent les plus fortes impressions de la chaleur.
- A l’aide d’une Dragde en cuivre, on ramasse le sulfate de soude qui se rassemble spontanément vers les parties la-térales de la chaudière le moins fortement chauffées; on jette ce sel dans des trémies placées sur les bords de la chaudière, en sorte qu’il s’égoutte dans celle-ci de l’eau-mère qui! contient.
- Le sulfate de soude est ensuite porté à la pelle dans des trémies voisines, où on le lave, méthodiquement d’abord, avec des eaux de lavage, puis avec de l’eau , pour en séparer la plus grande partie de l’hydrochlorate d’ammoniaque qu’il retient. Ce sulfate de soude bien égoutté , est expédié aui fabriques de Soude et aux verreries , dont il forme une des matières premières. On raffine par voie de cristallisation. ( V. Sulfate de soude. )
- Lorsque la solution a laissé précipiter la plus grande partie du sulfate de soude qu’elle peut donner, et qu’une goutte posée sur un corps froid ne tarde pas à s’y congeler en une masse cristalline, on enlève le charbon du foyer, puis on la soutire à l’aide du siphon H et de l’entonnoir i (fig- *5)» dans lès eristallisoirs (fig. 17).
- Au bout de vingt-quatre à trente heures , la cristallin* tion, graduellement avancée par le refroidissement, est suffisamment opérée; on débouche la vidange du cristallisoir, afin de laisser écouler l’eau-mère et d’achever l'égouttage des cristaux; on ôte le tréteau mobile b', on soulève h bout opposé, et l’on maintient, par des tréteaux mis er‘
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- arc-boutant , le cristallisoir dans cette position inclinée.
- Lorsque le sel ammoniac brut est ainsi bien égoutté, on le porte dans un des petits filtres , où il éprouve un lavage méthodique, d’abord avec des solutions de plus en plus faibles de lavages précédens, puis avec, de l’eau. Cette purification peut suffire. pour la préparation dù sel ammoniac gris, mais pour obtenir le sel ammoniac blanc et éliminer quelques cristaux de sulfate de soude échappés au lavage, il est utile de refondre à chaud le sel lavé, de soutirer dans un cristallisoir toute la solution , de laisser cristalliser, puis laver encore les cristaux obtenus.
- De quelque manière que l’on ait épuré le sel ammoniac cristallisé, soit par une, soit par deux cristallisations, lorsqu’il est lavé et bien égoutté, on le porte au séchoir 'fig. 21 ) ; là on l’agite constamment, à l’aide d’une large spatule ou d’une pelle, en ayant le soin d’écraser les mottes qui se forment et qui retiendraient du sel incomplètement sec.
- On reconnaît que la dessiccation du sel ammoniac est poussée aussi loin que possible, à la poussière qu’il produit dès qu’on le remue; on le ramasse alors à l’aide d’une main en bois, on le porte au moulin à bras , on l’écrase , puis on l’enferme immédiatement dans un encaissement en briques, bordé de bois et clos d’un couvercle.
- En cet état, le sel ammoniac est prêt à sublimer. Voici comment on procède à cette opération :
- Après avoir disposé les bouteilles en grès dans le four à sublimation (fig. 19 et 20) , et rempli de cendres les inters-t'ces entre ces bouteilles au-dessus des plaques en fonte, °n introduit, à l’aide d’un entonnoir, le sel ammoniac en poudre dans chacune d’elles ; on l’y tasse fortement avec une sorte de pilon en bois, et l’on recouvre l’orifice de la bouteille avec un disque ou un pot renversé.
- On allume le feu, que l’on active peu à peu avec pre'cau-tl0nî afin d’élever très graduellement la température , et d éviter ainsi que les bouteilles ne se cassent.
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- Le premier effet de la chaleur arrive'e à un certain terme, est de volatiliser l’eau ; quelque temps après , le sel lui-même commence à se réduire en vapeur ; on laisse dégager les premières portions en découvrant l’orifice , puis on a le plus grand soin de conduire le feu d’une manière très régulière , en sorte que la différence entre la température du fond et du dessus des bouteilles suffise pour volatiliser le sel à la partie inférieure, et le condenser à la partie supérieure. Une assez longue pratique est nécessaire pour bien conduire la sublimation.
- De temps à autre on débouche, à l’aide d’une tigç coupante en fer, l’orifice des bouteilles , afin d’éviter qu’une trop forte pression ne les fasse éclater ; mais quelque précaution que l’on prenne , il arrive , presque dans toutes les fournées, qu’il se casse une ou plusieurs d’entre elles. Dès qu’on s’aperçoit de cet accident, on se hâte d’enlever, à l’aide de pinces en fer, la bouteille cassée, afin d’éviter la perte de tout le sel qu’elle contient.
- Plusieurs heures avant la fin de l’opération , la dilatation inégale à la partie supérieure fait fendiller le dessus des bouteilles ; mais cela n’offre aucun inconvénient, puisque ces fissures sont bouchées par le pain de sel sublimé. Dès que ce dernier a acquis l’épaisseur voulue dans la plupart des vases, on cesse le feu, on découvre le dessus en enlevant les cendres , puis trois heures après on enlève les bouteilles elles-mêmes , en les saisissant à l’aide de poignées en chiffon, pu15 on les dépose à quelque distance sur le sol ; là le refroidissement s’opère et détermine d’assez nombreuses fractures dans les vases. On achève de casser ceux-ci, afin d’enlever la partie supérieure , contenant le pain sublimé ; on détache de ce dernier les tessons de bouteille y adhérens, en mettant de côté ceux qui contiennent du sel, afin de l’en extraire pu des lavages. En cet état, les pains de sel ammoniac sont livrables au commerce.
- Le résidu resté au fond des bouteilles est sous forme d uur petite masse arrondie, appelée culot, du poids de 2 ou 3
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- logiammes; on le retire pour le réduire en poudre, et le mêler à d’autre sel prêt à être sublimé.
- Il reste en outre une poudre légère noirâtre au fond des bouteilles - elle contient un peu de sulfate de soude, que l’on eu peut extraire par des lavages et le rapprochement de la solution.
- Dans le procédé que nous venons de décrire , comme dans ceux qui suivent , il faut éviter la présence du fer parmi les ageus que l’on emploie ; en effet, une très petite quantité des sels, oxides ou solutions de ce métal, détermine surtout dans l’acte de la sublimation, la formation d’un sel (muriate de fer et ammoniaque), dont la nuance jaune plus ou moins foncée se répandant sur la superficie et quelquefois dans l’intérieur du pain, lui font perdre la faveur commerciale.
- Si dans l’opération que nous avons décrite on continue l’évaporation de la liqueur saturée sans y ajouter de sel marin, et jusqu’à ce qu’elle laisse former une pellicule saline ; on décante alors toute la solution bouillante dans un cristallisoir, semblable à celui que nous avons décrit fig. 17; on obtient le Sulfate d’ammoniaque cristallisé par refroidisse-sement. On laisse égoutter les cristaux ; on facilite la sortie de l’eau-mère interposée, en les tassant fortement dans des tonneaux , et au bout de cinq ou six jours, on peut les expédier. ( V. l’article Sulfate d’ammoniaque. )
- Quelques fabriques se sont montées, depuis plusieurs années , pour fabriquer du sel ammoniac par des procédés différens de celui que nous avons indiqué ; nous allons les faire connaître.
- Eaux ammoniacales du gaz. On sait que dans la fabrication du gaz propre à I’Éclairage , lorsqu’on emploie de la houille comme matière première, un des produits de la distillation consiste en un liquide contenant du carbonate et de l’hydro-sulfate d’ammoniaque, plus, du goudron et quelques au-trcs substances.
- Lu plus grande partie du goudron est séparée par simple
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- décantation; le liquide ammoniacal, marquant de i à 5 degrés à l’aréomètre Baume, est expédié aux fabriques de sel ammoniac, qui le traitent par différens procédés.
- Ceux qui ont essayé de le convertir en solution de sulfate à l’aide du sulfate de chaux sur des filtres (fig, i^j. y ont renoncé ; le faible produit qu’ils en obtenaient pouvait dépendre en partie de la facile évaporation de l’hydro-sulfate d’ammoniaque, qui, n’étant pas décomposé par le sulfate de chaux, passait en pure perte sur les filtres.
- Le procédé le plus en usage consiste à saturer les eaus avec de l’acide muriatique, à les évaporer dans des chaudières de fonte ou de plomb, jusqu’au degré de cristallisation, puis à traiter les cristaux obtenus comme nous l’avons dit ci-dessus, page a35.
- Le sel sublimé ainsi obtenu, est ordinairement fortement taché de nuances jaunes, par suite du muriate de fer qui vient, soit de l’acide du commerce , où il s’en trouve généralement, soit de ce que la chaudière en fonte est attaquée pendant l’évaporation.
- On a essayé de parer à cet inconvénient des tacites jaunes, qui déprécient le sel ammoniac, et de rendre sa préparation moins coûteuse, en évitant de le sublimer, et par conséquent de le vendre en poudre desséchée. Sous cette forme, en effet, le sel de fer ne paraît pas ; mais l’acheteur peut être trompé par le mélange de diverses poudres dont l’aspect est le même, et d’ailleurs l’humidité de l’air pénètre facilement entre les interstices, et rend ce sel moins propre à l’étamage, ou susceptible de mouiller et de s’imprégner dans les vases où on le place.
- Le même procédé de saturation par l’acide muriatique* avait dès long-temps été appliqué aux produits ammoniacaus obtenus de la distillation des matières animales; mais,suje> aux mêmes inconvéniens , il avait été abandonné.
- On a encore essayé, et même continué , de traiter le-eaux du gaz par la chaux, dans un alambic en tôle , mutt‘ d’un agitateur pour tenir la chaux en suspens; un tuyauu=
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- plomb amenait l’ammoniaque libre, dégagée ainsi, dans des jarres en grès, contenant de l’acide muriatique ; là on obtient directement des cristaux de muriate d’ammoniaque, qu’il suffit, dès que la saturation est complète , de faire égoutter, dessécher et sublimer.
- On jetait au dehors tout le résidu liquide resté dans Ja cucurbite, dès qu’il ne dégageait plus que très peu d’ammoniaque. Ce mode d’opérer est plus économique de combustible, puisqu’il permet d’éliminer plus des quatre cinquièmes de l’eau sans évaporation ; il donne du sel plus pur, mais qui cependant retient toujours une grande partie du fer que l’acide muriatique recèle généralement.
- On s’est encore servi, pour saturer le liquide ammoniacal obtenu des matières animales calcinées en vases clos, du résidu de l’amollissement des os par l’acide liydrochlorique ' F. Gélatine ) ; mais l’abondant précipité de carbonate et de phosphate de chaux ainsi obtenu, la présence de la gélatine dissoute dans l’acide, et qui rend les eaux-mères plus difficiles à faire cristalliser, me semblent ôter à cette méthode la réalité de ses avantages apparens.
- On pourrait plus utilement employer à cette saturation le muriate de chaux , obtenu si abondamment dans les fabriques de Solde, et les muriates de chaux et de magnésie, qui constituent les eaux-mères dans les Salines.
- Les carbonates de chaux et de magnésie se précipiteraient, et le muriate d’ammoniaque resterait dans la liqueur, on décanterait celle-ci pour l’évaporer, et on laverait les dépôts. Ce mode d’opérer fut appliqué dans la fabrique de Eaumé; il ne put être cause de la chute de cet.établissement, à une époque où le sel ammoniac valait trois fois plus que par le cours actuel.
- On a employé, il y a quinze ans, dans la fabrique sise à Grenelle, les urines recueillies à Paris , pour la fabrication du sel ammoniac. Le liquide, en partie putréfié dans de grands réservoirs couverts, puis saturé par l’acide sulfurique tu excès, était évaporé dans une chaàfcère couverte , et la
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- o4<3 sel ammoniac.
- vapeur allait chauffer d’autres chaudières e'vaporatoires. La production de l’ammoniaque résultant de l’altération progressive de l’urine, nécessitait l’addition successive de nouvelles quantités d’acide.
- Lorsque le rapprochement était opéré aux deux tiers, on vidait le liquide dans des chaudières ouvertes, où l’évaporation continuait jusqu’au degré dé cristallisation ; on tirait alors dans des cristallisons. Le sulfate d’ammoniaque qu’on en obtenait par refroidissement était vendu pour la fabrication de l’alun, ou redissous à 20 degrés dans l’eau, pour être converti en muriate d’ammoniaque par le sel marin, comme nous l’avons indiqué page 0.5^.
- Le plus grave inconvénient de ce procédé, fut de développer et de répandre au loin une odeur fétide insupportable. Ce motif y a fait renoncer.
- M. Chevallier a proposé depuis peu de traiter les urines par la chaux, pour en obtenir par distillation l’ammoniaque, que l’on condenserait dans l’acide hydroclilorique. Sous n’avons pas appris que ce procédé, analogue à celui des eaui du gaz ( V. page 23y ), eût été appliqué en grand.
- Le sel ammoniac , bien moins répandu dans la nature que la plupart des autres sels, se rencontre cependant en divers endroits, et entre autres aux environs des volcans : on le recueille même, à la Solfatare, près de Pouzzole , en plaçait dans les soupiraux d’où ce sel est exhalé en vapeur, des tuyaia qui se prolongent horizontalement, et dans lesquels le sd ammoniac se condense.
- On rencontre du sel ammoniac condensé dans les fissures des mines de houille de Newcastle et autres.
- Le sel ammoniac blanc, le plus estimé du commerce, esl en pains de 1 pied ( 33 centimètres) environ de diamètre, & 3 pouces et demi d’épaisseur au milieu , décroissant vers s* bords ; il offre une transparence presque complète : cliaqw pain pèse de 8 et demi à 11 kilogrammes.
- Le sel ammoniac gris est de même forme et de lüelu poids ; sa couleur est d’un brun très clair ; il est égaleffie£‘
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- sonore , compacte ; les fragmens épais seulement d’un pouce sont transparens.
- On vend des pains de sel ammoniac plus le'gers, spongieux, d’un poids moindre et souvent tachés de jaune et opaque ; moins estimé , ce produit vaut ordinairement 20 à3o centimes de moins par kilogramme.
- La forme primitive de Fhydrochlorate d’ammoniaque est l’octaèdre; on l’obtient généralement cristallisé, en agglomérations qui offrent l’apparence de feuilles de fougère. Sublimé, il peut se condenser en cristaux cubiques détachés; on l’obtient facilement cristallisé en cubes , lorsqu’il se sépare de l’urine à l’aide du refroidissement ; en le laissant refroidir très lentement, on l’obtient en cristaux octaédriques détachés. On s’est servi de ce moyen pour déguiser la forme du sel ammoniac sous l’apparence du sel marin , et éviter ainsi les droits qui frappent ce produit à l’entrée en France. La fraude est facile à découvrir, en raison de l’effet différent produit au feu par ces deux sels : l’un décrépite vivement, tandis quel'autre(le selammoniac) se répand en vapeurs blanches très abondantes ; la saveur de ce dernier est d’ailleurs beaucoup plus piquante; enfin, en mêlant le sel ammoniac humecté avec de la chaux ou de la soude, ou de la potasse , un fort dégagement d’ammoniaque qui affecte vivement l’odorat, concourt à faire aisément reconnaître ce sel.
- Le sel ammoniac offre une certaine'flexibilité, qui le fait résister au pilon lorsqu’on le réduit en poudre.
- L’hydrochlorate d’ammoniaque blanc sublimé est composé, sur 100 parties :
- D’acide hydrochlorique, 1 vol. ou en poids, 68,3g D’ammoniaque............ 1 vol. ou en poids, 31,61
- 2 100,00.
- Les emplois principaux du sel ammoniac sont dans I’Éta-^ge du fer, du cuivre, du laiton , et des ustensiles de ménage Tome XIX. 16
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- particulièrement ; d^ms la fabrication des produits ammoniacaux purs. Quant à l'ammoniaque que l’on en tirait naguère exclusivement pour les Arts, on l’obtient plus économiquement, comme je l’ai indiqué dans les Annales de Chimie, au moyen du Sulfate d’ammoniaque brut.
- On se sert encore du sel ammoniac pour précipiter le Platine de sa solution, et en Médecine, comme fondant, stimulant et sudorifique ; il entre dans la composition d’un excellent Lut de fer pour les chaudières à vapeur. P.
- SELS. On a donné, jusqu’à ce jour, le nom de sels ans seuls composés d’un acide et d’une base salifiable ; mais si, d’après des idées nouvellement émises, on range parmi les sels des combinaisons dont les composans ne renferment point d’oxigène , et dont nous parlerons plus bas, il conviendrait de rendre la définition des sels plus générale, en les considérant comme des composés de deux corps binaires.
- La combinaison des corps binaires est régie par les mêmes lois que celle des corps simples. Il ne sera pas inutile de rappeler ici en quelques mots les deux principales de ces lois, celle des équivalens et celle des proportions multiples, sur lesquelles repose la théorie des proportions chimiques.
- Une quantité d’un corps simple a se combine à des quantités d’autres corps simples b, c, d, et forme par conséquent les composésab, ac, ad. Les quantités des corps b, c, d, quoique fort différentes entre elles, puisque l’une pourrait être le triple, l’autre le double, et la troisième le huitième seulement de la quantité' a, sont pourtant également propres a saturer cette quantité du corps a, de telle sorte qu’on pourrait indifféremment substituer l’une à l’autre auprès de ce corps. Or, ces quantités de divers corps pouvant se remplace! alternativement auprès de a, ou , en d’autres termes, l’une pouvant équivaloir à l’autre , on a pu leur donner le nom à.’équivalens chimiques, expression qui a pour synonymes celles de nombres proportionnels, ou plus simplement de fTtr portions.
- Il n’est pas moins remarquable que les équivalens d®
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- corps b, c, d, ou leurs quantités saturant a, ainsi que les quantités de tous les autres corps capables de saturer la même quantité de a, sont également susceptibles, comme l’expérience le prouve, de se combiner entre eux, dans les proportions mêmes où ils saturent a, et de donner naissance à d’autres composés définis. Ainsi, de ce que des quantités données de b et de c sont capables de saturer la même quantité de <2, on peut en conclure qu’elles seront elles-mêmes susceptibles de s’unir et de se saturer mutuellement en proportions définies.
- L’exemple suivant démontre cette assertion : 100 parties en poids d’oxigène exigent 12,48 parties d’hydrogène pour former de l’eau; la même quantité d’oxigène exige 75,33 de carbone pour former de l’oxide de carbone ; et l’analyse a prouvé que ces deux équivalens de l’hydrogène et du carbone donnent lieu, par leur combinaison, à un autre composé, qui est l’hydrogène deutocarboné.
- D’après le savant auteur du système atomique , M. Dalton, les corps s’unissent dans leurs plus petites parties regardées comme indivisibles ou insécables, auxquelles il donne le nom d'atomes. La plupart de ces corps peuvent se combiner en diverses proportions , et donner lieu à plusieurs composés. Le premier composé ab, qui résulte de l’union d’un atome de® et d’un atome de ù, est binaire. Si ces corps forment deux composés, le premier est binaire , et le second ternaire, résultant d’un atome de a et de 2 atomes de b ; s’ils en foraient trois, le premier est binaire, et les deux autres ternaires , dont l’un se compose d’un atome de a et de 2 atomes de b, et l’autre de 2 atomes de a et d’un atome de b. Enfin, 51 ces corps a et b forment quatre composés , le premier est binaire , le deuxième et le troisième sont ternaires , comme 0,1 vient de le dire, et le quatrième est quaternaire, c’est-a-dire formé d’un atome de a et de 3 atomes de b, ou de d atomes de a et d’un atome de b.
- D résulte de cet exposé, que lorsque deux corps simples ^combinent en plusieurs proportions, ces proportions di-
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- verses sont des multiples de l’un des deux corps, ou plus exactement le produit de la multiplication par un nombre simple , comme i et 2, de la plus petite quantité de l’au des deux corps ; la quantité de l’autre restant toujours la même. En effet, si 1 atome de cuivre qui représente 100parties en poids de ce métal, et 1 atome ou 12 parties et demie en poids d’oxigène , forment le premier composé de ces deux corps, le second sera formé d’un atome de cuivre et de 2 atomes ou de 25 parties d’oxigène, et le troisième composé résultera d’un atome de cuivre et de 4 atomes, ou de 5o parties d’oxigène. Ainsi, le second composé contiendra le double, et le troisième le quadruple de la quantité d’oxigène renfermée dans le premier composé.
- De même si l’on prend pour exemple, les acides hyposulfu-reux, sulfureux et sulfurique, formés tous trois de 100 parties de soufre, mais le premier de 5o, le second de 100, et le troisième de i5o parties d’oxigène, on voit que ces diverses quantités d’oxigène sont entre elles cofnme 1,2 et 3.
- Le protosulfure et le persulfure d’un même métal contiennent des quantités de soufre qui, relativement à la même quantité de ce métal, sont constamment entre elles comme 1 estàî.
- Dans les composés de deux gaz qui peuvent aussi se combiner en plusieurs proportions, les atomes ou plutôt les volumes dont ils sont formés, sont également des multiples de la plus petite quantité de l’un d’eux. Par exemple, 2 atomes d’azote sont combinés à 1, 2, 3, 4 ou 5 atomes d’oxigène pour former les protoxide et deutoxide d’azote, ainsi que les acides hyponitreux, nitreux et nitrique.
- Les lois des équivalens et des proportions multiples, auxquelles on voit que sont soumis les corps simples, régissent également les combinaisons qui ont lieu entre les corps binaires pour former les composés plus compliqués qui p°r“ tent le nom de sels.
- Un sel proprement dit est composé d’un acide et duo® base, saîifiable. Supposons, d’une part, qu’une quantité e» poids d’un acide a exige pour sa saturation i partie <f°n
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- alcali k, 2 parties d’un alcali l, et 4 parties d’un troisième alcali m ; et que, de l’autre, un poids donné d’un alcali n ait besoin, pour être sature', de 2 parties d’un acide b, de 4 parties d’un acide c, et de 8 parties d’un acide d.
- D’après la première supposition , rien ne s’opposera à ce que, pour opérer la saturation de l’acide a, on emploie également les quantite's , quoique différentes, des alcalis h, l et m, puisque chacune d’elles étant capable de saturer le même poids de l’acide a, pourra être substituée indifféremment l’une à l’autre dans le but qu’011 s’est proposé, la saturation. Il n’est pas moins évident, dans la seconde hypothèse , que la quantité pondérale de l’alcali n sera également saturée parles poids, quoique très différens, des acides b, c,d, attendu que chacun d’eux, pris séparément, étant propre à effectuer la saturation, on pourra indifféremment faire choix de l’un ou de l’autre. Ainsi, les diverses quantités des alcalis auprès de l’acide , et les divers poids des acides auprès de l’alcali, quoiqu’il s’agisse ici de corps binaires , n’en seront pas moins (comme il a été dit plus haut en parlant des corps simples), des équivalens chimiques, qui pourront être substitués les uns aux autres sans que la véritable neutralité des sels, celle qui consiste dans les proportions définies, en soit altérée.
- Un rapprochement semblable entre les corps simples et les torps binaires, sera tout aussi facile relativement aux proportions multiples. En effet, si de la combinaison d’un acide et d’un alcali, il ne résulte qu’un sel, ce composé sera formé d’une proportion ou d’un atome de chacun d’eux. Si les mêmes corps donnent lieu à deux ou même à trois sels , le second renfermera deux proportions de l’un des corps , et le troisième quatre proportions du même corps , la proportion de l’autre corps restant la même. C’est ce qui a été mis hors de doute par les importantes expériences du célèbre Wollaston, qui le premier a constaté qu’une proportion de potasse pou-Tait être également combinée à une , deux ou quatre propor-twns d’acide oxalique , dans les oxalates, bi-oxalates et qua-
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- droxalates de cet alcali. Il y a beaucoup d'autres exemples de sels dans lesquels l’un des deux composans se trouve en double proportion, tandis que la proportion de l’autre n’a pas change'; on leur a donne' le nom de bi-sels, ou de sels bibasiques, selon que c’est l’acide ou la base qui s’y trouve en double proportion.
- Voyons maintenant les principaux changemens que l’on remarque pendant la combinaison des acides et des alcalis. Ces corps en se combinant perdent ou acquièrent des pro-priéte's telles, que la couleur, l’odeur, la saveur, la volatilité', la fusibilité, la liquidité, la solidité, etc. Presque toujours l’acidité de l’un et l’alcalinité de l’autre disparaissent complètement. Dans un sel neutre , par exemple, en le prenant dans sa signification absolue, l’acide et la base ont cessé de se manifester par les caractères qui les distinguaient des autres corps. Le premier ne rougit plus les couleurs bleues végétales, n’a plus la saveur aigre ou acide, n’a plus d’aptitude à se combiner, ne jouit plus de l’énergie électronégative. D’un autre côté, la base ou l’alcali n’altère plus les papiers colorés, ne ramène plus au bleu le tournesol rougi, ne verdit plus le sirop de violettes, ne brunit plus le papier jaune du curcuma, et ne jouit plus de son énergie électro-positive. Ainsi, dans les sels neutres proprement dits, les-propriétés caractéristiques et antagonistes de leurs com-posans, selon l’expression de Bertbollet, ne sont plus sensibles à cause de la saturation complète de l’acidité et de l’alcalinité.
- Il faut excepter de cette règle générale les sels qu’on a d’abord désignés sous les noms de sels avec excès dacide ou avec excès de base, selon qu’ils rougissaient ou verdissaient encore les couleurs végétales, malgré la combinaison mutuelle de leurs composans ; mais depuis, ayant égard à lem composition intime , c’est-à-dire à la proportion des élément dont ils sont formés , on a proposé de les nommer sd* neutres avec réaction acide ou alcaline. Ces différences dans les dénominations qui ont été successivement données à ces
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- sels exigent, pour être comprises, l’exposé de quelques préliminaires , qui sont le résultat de découvertes postérieurement Élites sur la nature plus approfondie de ces composés métalliques.
- Dans tous les sels métalliques, l’acide et la base renferment, l’un et l’autre, de l’oxigène. Par exemple, dans le sulfate de cuivre, l’acide sulfurique est un composé de soufre et d’oxi-gène, et l’oxide de cuivre un composé d’oxigène et de cuivre. C’est un fait connu depuis la découverte de ce corps important, qui a renversé toutes les théories précédemment admises; mais ce que l’on sait seulement depuis les inté-ressans travaux des Werner et des Richter, confirmés et développés avec tant de sagacité par M. Berzélius, c’est que dans les sels neutres formés par les oxacides , la quantité de l’oxigène de l’acide est en proportion constante avec l’oxi-gène de la base, et que, par une conséquence évidente et nécessaire, dans les mêmes sels, la quantité de l’acide est également proportionnelle à la quantité de la base.
- 11 résulte de ces faits, que dans les sulfates neutres, par exemple, la quantité d’acide sulfurique sec nécessaire pour neutraliser une quantité donnée de base, renferme une quantité d’oxigène dont le rapport avec celle que contient la base est comme 3 : 1. Il en est de même pour toutes les espèces neutres du genre sulfate. Cela posé, toute espèce neutre appartenant au genre sulfate est formée d’une proportion d’acide sulfurique contenant 60 parties en poids d’oxigène et d’une proportion de base renfermant 20 d’oxigène. Le plus grand nombre de ces espèces n’altérant point les couleurs végétales, sont neutres dans toute la signification du mot, c’est-à-dire, i°. en ce que leur action sur les couleurs est nulle ; 20. en œ que leur composition résulte d’une proportion d’acide et d’une proportion de base. Mais il y a quelques espèces du genre sulfate qui, quoique formées d’une proportion de chacun de leurs composans, n’en conservent pas moins la Acuité de réagir sur les couleurs végétales ; c’est ce qui a beu pour les sels dont l’acide 11’a pas assez d’énergie pour
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- faire disparaître entièrement l’alcalinité de la base, comme on le voit dans les borate et carbonate de soude , etc.,. et réciproquement, dans les sels où la base trop faible ne peut détruire complètement la faculté rubéfiante de l’acide avec lequel elle est combinée, comme dans les sels à base d’alumine.
- Il suit de là que ces sels, réellement neutres par leur composition , ne semblent pas l’être sous le rapport de leur action sur les couleurs. Toutefois , la considération de la composition devant être préférée à toute autre, on a proposé de nommer ces derniers sels neutres avec réaction, soit acide, soit alcaline, pour les distinguer des espèces dont l’action sur les couleurs est nulle. Par exemple, le sulfate d’alumine, formé d’une proportion d’acide et d’une proportion de base, et qui néanmoins rougit la teinture de tournesol, est un sel neutre avec réaction acide ; et le borate de soude, également composé d’une proportion d’acide et d’une proportion d’alcali , mais verdissant le sirop de violettes, est un sel neutre avec réaction alcaline.
- 11 est important de ne point confondre ces sels neutres à réaction acide ou alcaline avec les sursels ou bisels qui contiennent deux proportions d’un des composans contre une seule de l’autre , ainsi qu’on le voit dans le bisulfate de potasse, qui renferme deux proportions d’acide et une seule de base, et dans les phosphates de chaux basique, qui contiennent tantôt quatre, tantôt trois proportions de chaux, contre trois ou seulement deux proportions d’acide.
- Dans les sulfates neutres, la quantité de soufre étant double de la quantité d’oxigène que contient la base, est exactement en proportion convenable pour former un sulfure avec le métal de cette base , car tout sulfure renferme deux f°13 autant de soufre que l’oxide qui lui correspond contient d’oxigène. Il résulte de cette concordance, qu’en privant de leur oxigène les deux composans d’un sulfate neutre, on le réduit à l’état de sulfure, et vice versa; qu’en ajoutant aux deux e'iémens de ce dernier l’oxigène nécessaire pout
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- amener le soufre à l’e'tat d’acide sulfurique et le métal à celui d’oxide, le sulfate est sur-le-champ régénéré. C’est ainsi que dans les Arts chimiques, certains sulfates, à l’aide d’une forte chaleur et du charbon ou de l’hydrogène , passent bientôt à l’e'tat de sulfures, tandis que les mêmes sulfures, exposés à la double action de l’air et de la chaleur, sont facilement convertis en sulfates.
- Il existe un grand nombre de sels que l’on a divisés en genres et en espèces, pour en rendre l’étude plus facile. Il y a autant de genres de sels qu’il y a d’acides, et chaque genre renferme autant d’espèces qu’il y a de bases susceptibles de se combiner à l’acide qui constitue le genre. Tous les oxacides sans exception forment chacun un genre de sels ; par exemple, les acides sulfurique, carbonique, pliosphorique, nitrique, borique, arsenique, oxalique, citrique, sébacique, tartrique, etc., constituent les genres sulfate, carbonate, phosphate, nitrate , borate, arseniate , oxalate, citrate, sé-bate, tartrate , etc.
- On nommait autrefois sels triples, ceux que l’on croyait résulter de l’union d’un acide et de deux bases ; mais aujourd’hui que l’on considère ces composés comme formés de deux sels, il est plus convenable de leur donner la dénomination de sels doubles.
- Chaque genre de sels a un ou plusieurs caractères, appelés génériques, parce qu’ils servent à le distinguer de tous les autres genres. Chaque espèce d’un genre a des propriétés particulières , qu’on nomme spécifiques, et qui empêchent de le confondre avec toutes les autres espèces du même genre. Ces caractères, soit génériques, soit spécifiques, sont tirés, tantôt des formes que les sels affectent, tantôt de la manière dont ils agissent sur nos sens, tantôt des divers ehangernens ou métamorphoses qu’ils subissent par l’action des agens ou réactifs avec lesquels on les met en contact.
- Nous donnerons plus bas des détails circonstanciés sur les tfioyens généraux qu’on met en usage pour les reconnaître.
- De même que les oxacides dans lesquels le radical est
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- saturé d’oxigène, et dont le nom est terminé en ique, donnent des genres désignés par la terminaison ate; de même les oxacides dont le radical n’est point saturé d’oxigène, tels que les acides liyposulfurique et hypophosphorique, sulfureux et phosphoreux, hyposulfureux et hypophosphoreux, constituent aussi leurs genres de sels. Ainsi, les premiers donnent les genres hjposulfate et hypophosphate; les seconds, les genres sulfite et phosphite; les troisièmes, les genres hyposulfite et hypophosphite.
- Les combinaisons des oxides métalliques avec les hydra-cides ont été d’abord considérées comme des sels semblables à ceux formés par les oxacides. Dans cette opinion, chaque hydracide constituait son genre ; ainsi, les acides hydrochlo-rique, hydrosulfurique, hydriodique, hydrocyanique, formaient les genres hydrochlorate , hydrosulfate, hydriodate, hydrocyanate ; mais l’observation des deux faits suivans a bientôt changé les idées à cet égard : i°. lorsqu’on verse un hydracide dans les dissolutions de mercure, de plomb et d’argent, il se forme instantanément des précipités insolubles , qui se déposent au fond de la liqueur ; ces précipités n’offrent plus de traces d’acide ni d’oxide, d’où l’on conclut que l’un et l’autre ont été également décomposés ; 2°. la même décomposition a lieu lorsque les dissolutions dans lesquelles les hydracides ne forment pas de précipités, sont rapprochées par l’évaporation de manière à fournir, soit des cristaux, soit un résidu sec, fondu, calciné ou sublime. Dans ces deux cas, le résultat de la décomposition est forme du métal de l’oxide et du corps simple qui était uni à l’hv-drogène. En se décomposant mutuellement, l’oxigène de l’un et l’hydrogène de l’autre, qui s’y trouvent en proportion convenable, forment de l’eau, tandis que le chlore et Ie métal donnent un chlorure, s’il s’agit d’un hydrochlorate. C’est un iodure, un bromure, un sulfure ou un cyanure • dans le cas où il s’agit d’un hydriodate, d’un hvdrobro-mate , d’un hydrosulfate ou d’un hydrocyanate.
- D’après ces faits, on en est venu à nier l’existence des b)'
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- drochlorates et de tous les sels formés par les hydracides, et à les considérer exclusivement comme des chlorures, iodures. sulfures , etc., dans toutes les circonstances. Ainsi, ces composés , même en se dissolvant dans l’eau, ne changeraient pas d’état, quoique leurs dissolutions se comportent comme de véritables sels lorsqu’on y ajoute des alcalis ou des acides ; car alors il s’en dégage des hydracides et il s’en précipite des oxides, qui certainement n’existaient point dans les chlorures, les iodures, les cyanures, etc. Si l’on n’admet pas la décomposition de ces corps binaires et celle de l’eau par le fait de leur dissolution dans ce liquide, il faut bien l’admettre au moment de l’addition d’un alcali ou d’un acide, puisqu’il en résulte la régénération d’un hydracide et d’un oxide.
- Dans l’opinion même où les oxides métalliques et les hydracides ne peuvent jamais donner lieu qu’à des chlorures, iodures, etc., il n’en existe pas moins quelques hydrochlorates qui nécessitent la conservation de ce genre de sels ; ce sont ceux qui résultent de la combinaison de l’ammoniaque et des alcalis végétaux avec l’acide hydrochlorique.
- Quelques chimistes dont l’opinion fait autorité dans la science, regardent les chlorures, les iodures, bromures, etc., résultant de la décomposition réciproque des hydracides et des oxides, comme de véritables sels d’une nature particulière ; ils vont plus loin, et sont d’avis de considérer comme sels, toute combinaison en proportions définies , dont l’un des composans électro-positif, et l’autre électro-négatif, sont séparés par l’action de la pile voltaïque, et se portent chacun au pôle qui lui est opposé. Cette considération admise, on devrait ranger, parmi les sels, la combinaison d’un chlorure, d’un iodure, d’un sulfure avec un oxide, comme , par exemple, l’oxisulfure d’antimoine;
- ha combinaison de deux chlorures, de deux sulfures, de deux iodures, ou encore celle d’un chlorure avec un iodure, d’un iodure avec un sulfure, etc. ;
- Celle de deux acides, par exemple, des acides phospho-I1f]ue et phosphoreux , dans l’acide ditphosphatiquey
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- Celle de deux oxides , savoir : d’un protoxide et d’an peroxide du même métal, combinaison que l’on soupçonne avoir lieu dans les deutoxides ou oxides dits intermédiaires de plomb, de fer et de manganèse ;
- Celle d’un acide avec de l’eau, ou de ce liquide avec une base, combinaisons nommées acides hydratés et hydrates d’alcalis, dans lesquelles l’eau fait tantôt fonctions de bases, et tantôt fonctions d’acides ;
- Enfin , la combinaison d’un acide avec un composé binaire ou ternaire, par exemple, l’hydrogène bicarboné, comme les analyses des éthers et des principes immédiats des corps gras semblent le démontrer.
- Dans toutes ces combinaisons, l’un des corps est considéré comme jouant le rôle d’acide, et l’autre celui de base; et dans celles où les deux corps renferment le même principe, comme l’oxigène, le soufre, le sélénium ou le tellure, ce principe s’y trouve toujours en quantités proportionnelles.
- M. Berzélius , dans son Traité de Chimie , a disposé la plus grande partie de ces combinaisons, qu’il regarde comme des sels, dans un ordre nouveau et méthodique, dont nous allons donner une légère esquisse.
- L’oxigène forme, avec un grand nombre de corps , des combinaisons électro-négatives, qu’on nomme acides, et avec un plus grand nombre encore des composés électro-positifs, appelés oxides, dont l’union donne lieu aux seuls sels qu’on ait connus pendant long-temps ; mais, sans les importans travaux de M: Berzélius, on ignorerait peut-être encore que trois autres corps, le soufre surtout, partagent avec l’oxigene la faculté de former des combinaisons électro-négatives et électro-positives, dont les premières jouent le rôle d’acides, et les secondes celui de bases. Des fonctions semblables paraissent exiger des dénominations semblables ; aussi M. Ber' zélius propose—t—il de donner aux premières le nom de snl-fides, et de conserver aux secondes celui de sulfures (i).
- (i) Ces dénominations seraient identiques , si l’on substituait le “oBl
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- Le tellure et le sélénium jouissent également de la propriété de produire des composés, dont les uns, électronégatifs , et les autres électro-positifs, donnent également des sels par leurs combinaisons. 11 y a donc le même motif pour donner aux premiers les dénominations de tellurides et de sélénides, et aux seconds celles de tellurures et de sé-Uniures.
- M. Berzélius appelle ces quatre corps simples amphigenes. La réunion des composés binaires auxquels ils donnent lieu constitue l’un des deux ordres établis par M. Berzélius, et le plus nombreux , celui des sels ampJddes , c’est-à-dire qui sont composés d’une base et d’un acide, d’un sulfide, d’un telluride ou d’un sélénide. Ces bases sont un oxide, un sulfure , un tellurure ou un séléniure ; on peut donc les désigner aussi sous les noms d’oxibases, de sulfobases, de lelluribases et de sêlénibases.
- L’ordre des sels arnphides comprend quatre classes, qui sont les oxisels, les sulfosels , les tellurisels et les sélénisels. Leurs dénominations indiquent assez leur composition.
- Le second ordre ne renferme qu’une classe de sels, les sels haloïdes, résultant de la combinaison des métaux électro-positifs avec les corps halogènes ou générateurs des sels. M. Berzélius a donné ce nom aux quatre corps simples appelés chlore, brome, iode etJluor, dont les combinaisons avec les métaux produisent des sels et non des bases ; tandis que leurs combinaisons avec les métalloïdes possèdent rarement la propriété de s’unir avec ces sels neutres. J
- le cyanogène , quoique corps composé , appartient aussi à cette classe.
- Ainsi, par sels haloïdes , on doit entendre les combinaisons binaires connues sous les dénominations de proio et deuio-chlorures, de proio et deutobromures, de proio et deutoiodures,
- à'oxure'a celui d’oxide; mais ce dernier est tellement et depuis si long-temps consacré dans la science, cjue 1 auteur de la méthode a reconnu l’impossi-lûlitti de le changer.
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- de prolo et deutojluorures, et de proto et deutocyanures combinaisons qui sont le plus ordinairement le résultat de la décomposition réciproque des oxides et des hydracides.
- Les propriétés générales des sels dont nous allons nous occuper concernent plus spécialement les sels que forment les oxacides, c’est-à-dire ceux dont les deux composans'f enferment également de l’oxigène. Ce sont les plus nombreux, les plus utiles, et nécessairement les plus étudiés, les mieux connus, et ce qu’on en dira sera facilement appliqué aux sels d’une nature différente.
- D’après les travaux de Werneret de Richter, dont les résultats ont été étendus et développés avec tant de succès par M. Berzélius, il est constant, comme on l’a dit plus haut, que dans les sels neutres formés d’un atome de base et d’un atome d’acide, la quantité d’oxigène de la base est toujours en rapport avec celle de l’oxigène de l’acide, et conséquemment avec la quantité d’acide que la saturation de cette hase exige.
- Ce rapport , qui est toujours le même dans les espèces neutres du même genre , varie selon le genre auquel elles appartiennent. Dans les perchlorates, l’oxigène de la base est à celui de l’acide comme i 1 7 ; dans les chlorates et les nitrates , comme 1 5 ; dans les sulfates, les séléniates, les
- borates et les silicates, comme 1 : 3 ; dans les phosphates etarseniates, comme 1 ; 2,5 ; dans les sulfites et les carbonates, comme 1 ; 2; dans les phosphites et les arsenites, comme 1 ! 1,5.
- Cela posé, il est facile de concevoir comment les dissolutions de ces sels de divers genres étant mêlées dans l’intention d’en opérer de mutuelles décompositions, un des acides peut être substitué à l’autre, et vice versd, sans que la neutralité en soit altérée , phénomène d’abord observe' par Werner et Richter, et qui s’explique facilement par la composition des sels.
- De la connaissance des rapports qui existent entre les quantités d’oxigène que renferment les bases et les acides <le5
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- oxisels, on peut déduire des considérations importantes pour la pratique de la science et des Arts. Supposons que l’on connaisse la composition d’une espèce neutre du genre sulfate, par exemple, du sulfate de cuivre, et qu’on veuille substituer à l’oxide de ce métal, un autre oxide métallique, quelle sera la quantité de ce dernier qu’il faudra prendre pour saturer l’acide combiné à l’oxide de cuivre? Le calcul à faire est fort simple : dans les sulfates, l’oxigène de la base est à celui de l’acide comme i : 3. Or, ioo parties d’acide sulfurique sec, ou i atome de cet acide, renferment 60 parties d’oxigène , donc l’oxide nécessaire à la saturation de cette quantité d’acide doit renfermer 20 parties d’oxigène, qui sont le tiers de 60 ; et, en effet, l’atome de deutoxide de cuivre est formé, sur 100 parties, de 80 de métal et de 9.0 d’oxigène ; ainsi la quantité de tout oxide propre à' remplacer le deutoxide de cuivre, est celle qui devra contenir 20 parties d’oxigène, et il en faudra d’autant plus que l’oxide à substituer renfermera moins de ce princijfe. Ainsi il faudrait, pour le remplacer dans le cas dont il s’agit, plus de 3oo parties de protoxide de plomb, qui, sur 100 parties, ne contient que de 6,91 d’oxigène, et 5oo parties au moins de protoxide de mercure , qui ne renferme, sur 100 parties , que 3,95 d’oxigène.
- D’un autre côté, si l’on ignorait la composition d’un oxide métallique , qu’on n’aurait pas encore pu réduire, on la connaîtrait bientôt, pourvu que l’on connût d’avance une espèce neutre d’un genre quelconque. 11 est évident, en effet, <fue la quantité de l’oxide inconnu qui serait exigée pour la saturation de l’acide composant l’espèce, serait celle qui renfermerait, quelle qu’elle fût, la quantité d’oxigène en apport constant avec celle de l’acide constituant le genre.
- On distingue les propriétés générales des sels en physiques et en chimiques. On entend, par propriétés physiques, la fonne, la couleur, la saveur, la fusibilité et la volatilité opé-rees par un degré de chaleur qui n’est point capable de les itérer, l’efflorescence, la déliquescence à l’air, la solubilité
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- dans l’eau, l’alcool, et même dans les acides faibles , pounn que ces dissolvans n’en altèrent point la nature.
- Couleur. La plus grande partie des sels n’ont point de couleur; ils sont touj ours incolores , lorsque ni la base, ni l’acide ne sont colore's. Quand ils sont colords, ils le doivent presque toujours à leurs bases, soit que celles-ci aient par elles-mêmes de la couleur, soit qu’elles en acquièrent en absorbant de l’eau et en devenant hydratées. Tous les chromâtes sont colore's, ainsi que leur nom l’indique, et ces sels forment une exception, en ce que leur couleur est constamment due à leur acide.
- Saveur. Beaucoup de sels sont insipides; un grand nombre se distinguent par une saveur plus ou moins prononcée. Oc peut, en général, rapporter les saveurs des sels neutres à cinq ou six espèces distinctes , qui varient à l’infini par leur intensité, savoir : salées, amères, sucrées, styptiques, métalliques , acides et alcalines. La saveur salée est franche dans le sel marin , douce dans le phosphate de soude, très piquante dans le sel ammoniac ; le sulfate de potasse est légèrement amer, et tous les sels à base de magnésie et d’alcalis végétaux ont une amertume très marquée. Les sels de glucine, de plomb et de nickel ont une saveur sensiblement sucrée. La saveur des sels de zinc et de fer est styp-tique ; celle des sels de cuivre, d’argent et d’antimoine est métallique, nauséabonde, et excite fortement la salivation. Certains sels , neutres par leur composition, mais non sans action sur les papiers colorés, parce que l’un de leurs comp0" sans n’a pas assez d’énergie pour annuler complètement h propriété antagoniste de l’autre, conservent une saveur soit acide , soit alcaline : le sulfate d’alumine, l’alun, le &1' bonate et le borate de soude, en offrent des exemples.
- Solubilité dans Veau. Il y a des sels sur lesquels l’eau n8 que peu ou point d’action, tandis qu’elle en a beaucoup8l)r d’autres. La solubilité des sels paraît dépendre de ^ettS causes , de leur affinité pour l’eau et de la cohésion q*1* u)Ul leurs molécules. Un sel dont la cohésion est faible se dissoil1
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- plus promptement dans l’eau, que tel autre dont la cohésion est forte, lors même que ce dernier l’emporterait par son affinité pour ce liquide. Lorsqu’un sel agit sur l’eau, il y a production de chaleur ou de froid : le premier phénomène a lieu, si le sel privé d’eau en absorbe, s’y combine et lui fait partager d’abord sa solidité ; il‘y a production de froid, si le sel ne fait que se dissoudre dans l’eau et se liquéfier avec elle. Ces deux effets peuvent avoir lieu successivement, et ne donner lieu qu’à une élévation de température ; c’est ce qui arrive lorsque la chaleur produite par la combinaison du sel avec l’eau, est supérieure à celle qu’exige sa conversion à l’état liquide. Il résulte de ces faits, que si l’on avait l’intention d’obtenir un refroidissement par le mélange d’un sel avec de l’eau ou avec de la glace , il serait important de prendre un sel saturé d’eau, pour ne rien perdre, ou ne rien diminuer du froid qu’on veut obtenir. On produit des froids artificiels de plusieurs manières : i°. en mêlant des sels avec de l’eau en proportions convenables ; ainsi, un mélange de 5 parties d’hydrochlorate d’ammoniaque, de 5 parties de nitrate de potasse, de 8 parties de sulfate de soude et de 16parties d’eau, abaisse le thermomètre de-f- io° à — i5°,55. Une partie de nitrate d’ammoniaque, en se dissolvant dans t partie d’eau, produit le même abaissement de température. 2°. En mêlant des sels et des acides étendus d’eau ;
- 3 parties de sulfate de soude mêlées à 2 parties d’acide ni-
- trique étendu , font descendre le thermomètre de -f- 1 o° à — i6°,ii ; 8 parties de sulfate de soude produisent, par leur mélange avec 5 parties d’acide hydrochlorique, un abaissement de io°, à— i7°,77- 3°. En mêlant de la neige ou de la glace pilée avec des sels, des alcalis ou des acides étendus. Une partie de neige et 1 de sel marin fournissent ou abaissement de o à— 3 parties de sel marin et
- 2 de neige produisent un abaissement de o à — 27°>77 ;
- 4 parties de potasse et 3 de neige abaissent le thermomètre de o à — 28°,33 ; 2 parties de neige , 1 partie d’acide sulfurique étendu, et 1 partie d’acide nitrique étendu (abaisse-
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- ment de — 23°,33, à — 48%88 ) 3 parties d’hvdrochlorate de chaux et x de neige ( abaissement de— 4°° à — 58°,33) ; io parties d’acide sulfurique étendu et 8 de neige (abaissement de — 55°,55 à — 68°,33 ). ( Lowitz et Walker. ) Presque toujours les sels sont plus solubles dans l’eau chaude que dans l’eau froide ; c’est à la chaleur qu’il faut attribuer l’augmentation de solubilité, et le dépôt de l’excès du sel dissous par la chaleur, qui se forme à mesure que la dissolution se refroidit, en est la preuve évidente. On a profité de cette observation, pour déterminer la solubilité' des sels à diverses températures. Pour parvenir à cette détermination, on introduit dans un xnatras de l’eau distillée et un excès de sels, on l’expose à une chaleur constante, par exemple, de xoo°, déterminée au moyen d’un thermomètre, et assez long-temps pour que l’eau en soit complètement saturée ; à cette époque, on décante la dissolution dans un autre matras pesé d’avance, que l’on pèse de nouveau, et l’on évapore à siccité. On peut évaluer également la solubilité du sel à une'température plus basse, par exemple, à xo°+o, en saturant de sel de l’eau à 20°, et en laissant refroidir la dissolution jusqu’à ce qu’elle soit ramenée à io°; alors on décante la liqueur comme ci-dessus dans un autre vase, et on l’évapore à siccité. Dans les deux cas, le résidu obtenu donne, d’une manière précise, la quantité de sel que contenait l’eau aux deux degrés de température indiqués parle thermomètre. Lorsqu’un sel est plus soluble dans l’eau chaude que dans l’eau froide, on conçoit que la portion tenue en dissolution par la chaleur, se dépose à mesure que le refroidissement s’opère ; les molécules salines en se séparant peuvent obéir à la force de cohésion, et donner lieu à des cristaux d’autant plus réguliers, que le refroidissement est pln! lent ; on dit que ces sels cristallisent par refroidissement-Quand les sels ne sont pas plus solubles dans l’eau chaude que dans l’eau froide, il faut, pour les obtenir cristallises-soustraire par l’évaporation une portion du liquide dans le* quel ils sont dissous, et plus l’évaporation est lente, plus les
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- cristaux sont réguliers ; aussi l’évaporation à l’air, faite sans chaleur, fournit-elle les cristaux les plus beaux que l’on puisse se procurer. Les sels aussi solubles à froid qu’à chaud sont ceux qui cristallisent par évaporation : on peut, par la méthode de Leblanc, obtenir des cristaux d’une énorme grosseur et d’une régularité parfaite. Quand, par uue première évaporation lente, il avait obtenu des cristaux , il choisissait les plus réguliers, les plaçait dans un vase à fond plat, et versait dessus une eau-mère ou une dissolution, du même sel, faite à froid. Par ce moyen, et par l’addition successive de plusieurs dissolutions saturées, les cristaux prenaient dé l’accroissement et grossissaient chaque jour ; afin que cet accroissement s’opérât symétriquement et sur toutes les faces, il avait le soin de les retourner et d’en exposer alternativement toutes les parties au contact des dissolutions salines ; c’est ce que Leblanc appelait ingénieusement nourrir les cristaux.
- La dissolution et la cristallisation des sels donnent lieu à plusieurs phénomènes dont la cause est encore ignorée. Certaines dissolutions salines, quoique concentrées, ne cristallises! que par suite du déplacement des vases qui les renferment et de l’agitation qu’on leur fait éprouver. Les dissolutions d’acétate de soude et de nitrate d’argent présentent fréquemment cet effet singulier.
- D’autres dissolutions saturées placées dans le vide, ne cristallisent pas , même par l’agitation. M. Henry, chimiste anglais, ayant chauffé un tube de verre rempli aux trois quarts d’une solution de sulfate de soude, assez long-temps pour que la vapeur en eût chassé l’air, et en ayant fermé l’extrémité à la lampe , il ne se présenta aucun signe de cristallisation ; mais ayant, après son entier refroidissement, cassé 1® bout du tube, la cristallisation s’opéra par la rentrée subite de l’air, phénomène que M. Henry attribue à la pression de l’air.
- L’observation suivante de M. Gay-Lussac a de l’analogie avec la précédente. On remplit de mercure, à quelques centimètres près, un tube de baromètre; on le chauffe jusqu’à
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- l’ébullition, pour en chasser l’air ; on achève de le remplir avec une solution chaude et concentrée de sulfate de soude; on bouche l’orifice du tube avec le doigt, et on le renverse en plongeant l’extrémité dans un bain de mercure. Si dans cet état on y introduit une bulle d’air, le sel se prend en masse et son eau-mère surnage.
- Il arrive encore qu’une dissolution saturée d’un sel jouit cependant de la faculté de dissoudre une grande quantité d’un ou de plusieurs autres sels. On a mis pendant longtemps à profit cette propriété pour l’essai du salpêtre brut, au moyen d’une dissolution de nitrate de potasse, qui, quoique complètement saturée de ce sel, n’en est pas moins susceptible de dissoudre les nitrates à base de chaux et de magnésie , et le sel marin, qui le rendent impur. ( V. les articles Salpétbe et Nitrate de potasse. )
- Quelques sels, en se cristallisant, ne retiennent aucune portion d’eau ; on dit qu’ils sont anhydres : les nitrates de potasse et d’argent sont dans ce cas. Le plus ordinairement les sels sont hydratés. Cette eau peut s’y trouver sous deux états , tantôt à l’état de combinaison, c’est l’eau de cristallisation ; tantôt elle n’est qu’interposée entre les molécules du sel ; on croit que cette dernière n’est point de l’eau pure, mais plutôt une dissolution saturée de sel et retenue entre les lames cristallines qui se sont superposées. C’est à cette dernière qu’on attribue le plus ordinairement la faculté de décrépiter : lorsqu’on expose les sels qui en renferment à une chaleur subite et élevée, cette eau, brusquement réduite en vapeur, écarte et projette au loin les molécules salines, et produit ainsi la décrépitation. On reconnaît qu’un sel contient de l’eau interposée en l’écrasant entre des feuilles de papier joseph, qui s’en imbibent et se mouillent. Pour l’ordinaire, l’eau de cristallisation est plus abondante que l’eau interposée ; elle forme souvent plus de la moitié du poids du sel. Lorsque l’eau combinée ne s’y trouve qu’en très petite quantité, il est toujours facile de la reconnaître, ® introduisant le sel pulvérisé dans un tube de verre fermé par
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- ua bout, que l’on chauffe jusqu’à le faire rougir ; l’eau vaporisée vient bientôt se condenser à l’extrémité opposée sous îa forme de gouttelettes.
- Les sels qui contiennent beaucoup d’eau de cristallisation, ceux surtout qui sont plus solubles à chaud qu’à froid, se liquéfient à une légère chaleur; cette liquéfaction, qu’on a nommée improprement fusion aqueuse , n’est qu’une solution des molécules salines dans leur eau de combinaison devenue chaude ; cela est prouvé par l’état pulvérulent du résidu salin après l’évaporation entière de l’eau. On sait, en effet, que le caractère d’une véritable fusion est de fournir un résidu fluide et susceptible de se figer par le refroidissement , en une matière homogène : c’est ce qui arrive aux sels qui se fondent à une chaleur plus ou moins élevée, même à ceux qui ont précédemment subi la prétendue fusion aqueuse, et qui n’en sont pas moins capables pour cela d’éprouver, par un feu plus fort, la véritable fusion ou la fusion ignée. On peut citer pour exemple le sulfate de soude , qui, jeté dans une cuillère de fer rougie , se liquéfie sur-le-champ, puis se dessèche, et subit ensuite la fusion ignée à une haute température. Tel autre sel anhydre, comme le nitrate de potasse, sans passer par la fusion aqueuse, éprouve la fusion ignée bien au-dessous de la chaleur rouge, et se fige bientôt par le refroidissement.
- La chaleur plus ou moins forte qui opère la fusion du sulfate de soude et du nitrate de potasse sans les décomposer, agit différemment sur certains sels, comme l’hydrochlorate et le carbonate d’ammoniaque, sans les altérer davantage; les molécules de ces sels obéissant à l’action expansive de la Valeur, se réduisent en vapeurs qui se condensent, soit dans ®n récipient, soit dans le haut du vase où on les chauffe, en basses ou couches cristallines. Cette opération se nomme sublimation, et les sels ainsi sublimés n’ont pas changé de nature. La plupart des chlorures que M. Berzélius considère tomme des sels, se subliment également, et plusieurs présentent des cristaux de forme régulière.
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- Action de Pair. On nomme déliquescens les sels qui ; ej_ pose's à l’air, en absorbent l’humidité, s’humectent plus ou -moins, et souvent au point de devenir liquides. Il ne faut pas considérer la déliquescence comme une propriété absolue des sels, mais seulement relative à l’état de l’air dans lequel ils sont plongés. Tel sel qui n’est pas déliquescent dans un air sec, ou même un peu humide, le devient bientôt dans un air saturé d’eau. Il y a pourtant des sels si avides d’humidité, comme l’acétate de potasse et lé chlorure de calcium, qu’ils l’enlèveraient à l’air, lors même que celui-ci n’en contiendrait que la plus petite quantité : ce sont des sels hygrométriques au plus haut degré.
- U efflorescence est une propriété opposée à la déliquescence , et qui, comme elle, est relative à l’état de l’air dans lequel se trouve,le sel qui tend à s’effleurir, ou à céder à l’air l’eau qu’il contient. Un sel qui ne serait pas sensiblement efflorescent, le deviendrait au moins en partie dans un air très sec et disposé à s’emparer de l’humidité qu’il contient. Un sel efflorescent et éminemment doué de cette propriété , ne cède pas toujours à l’air toute son eau , mais seulement une partie, tandis qu’il conserve l’autre avec ténacité. Par exemple, le sulfate de soude en s’effleurissant, perd toute l’eau qu’il renferme, tandis qu’au contraire le phosphate et le carbonate de soude en conservent toujours une portion. L’eau combinée est en proportion définie dans les sels ; ils peuvent en contenir un assez grand nombre d a-tomes, dont les derniers adhèrent plus fortement que les premiers ; mais on ne retrouve plus ces proportions définies dans les sels qui ont éprouvé un commencement de déliquescence ou d’efflorescence. Pour obtenir la dessiccation parfaite d’un sel, que l’air n’opère presque jamais complètement, il faut le placer sous une cloche avec de la chaux vive, on de l’acide sulfurique concentré, qui absorbent la totalité de l’eau. Il faut, pour plus de succès, faire le vide sons la cloche, parce que l’air met obstacle à la rapidité de la fa‘ porisation.
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- Solubilité des sels dans l’alcool, les acides faibles et le carbonate d’ammoniaque. En général l’alcool, surtout à l’état absolu, ne dissout que les sels très solubles dans l’eau, les sels déliquescens, l’acétate de potasse, les chlorures et autres sels qui attirent l'humidité de l’air. On profite de cette propriété de l’alcool pour séparer les sels solubles dans ce liquide de ceux qui ne le sont point. Quelques sels, qui ne sont nullement déliquescens, se dissolvent dans l’alcool à 36° ; le nitrate de strontiane est dans ce cas, et c’est à cause de la grande solubilité de ce sel dans l’alcool, que la présence de sa base dans l’arragonite a échappé aux recherches de très habiles chimistes. L’alcool affaibli par -diverses quantités d’eau devient capable de dissoudre beaucoup de sels qui n’ont pas la moindre solubilité dans l’alcool absolu, et même dans l’alcool du commerce.
- Un grand nombre de sels insolubles dans l’eau , et à plus forte raison dans l’alcool, se dissolvent très bien dans des acides faibles. Les phosphates, les fluates, les arseniates, les chromâtes insolubles, sont aisément dissous par l’acide nitrique étendu d’eau, et sont séparés au moyen de bases qui saturent cet acide, dans le même état où ils étaient avant leur dissolution : aussi est-il arrivé plus d’une fois qu’on a considéré comme de l’oxide de fer l’arseniate de ce métal qui avait été précipité d’une dissolution acide par l’ammoniaque. Certaines dissolutions alcalines , par exemple, la dissolution de carbonate' d’ammoniaque, partage quelquefois avec les acides la faculté de dissoudre quelques phosphates. L’expérience a prouvé, depuis quelques années, que le phosphate d’urane est soluble, comme l’oxide de ce métal, dans la solution de carbonate d’ammoniaque, dont il se sépare au même état par l’évaporation du carbonate ; fait très singulier, d’où il résulte que pendant long-temps on a pris pour des oxides, les phosphates d’urane jaune et vert, d’Autun et de Cornouailles.
- Jusqu’à présent, nous n’avons considéré l’action de l’eau, de l’air et de la chaleur sur les sels, que relativement à des diangemens capables seulement de modifier leurs propriétés
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- physiques. Nous avons vu ces agens être la cause de leur cristallisation, leur lique'faction, leur dessiccation, leur fusion , leur sublimation ; en un mot, favoriser leur passage de l’état solide à l’état liquide, ou à celui de vapeurs, sans néanmoins en altérer réellement la nature. Dans beaucoup de circonstances, ces agens exercent sur les sels une action décomposante.
- Action de T eau. L’eau, par exemple, qui se borne à en dissoudre un grand nombre, opère par son seul contact la décomposition de beaucoup d’autres ; elle sépare souvent, même à froid , au moins en partie, leur acide de leur base. Plusieurs sels métalliques, tels que ceux d’antimoine, de bismuth, d’arsenic, de tellure, de mercure , sont dans ce cas ; les sulfates et nitrates de mercure, au moment où on les délaie dans l’eau, se divisent en deux sels, dont l’un, très acide , se dissout dans l’eau, et l’autre, à l’état de sous-sel insoluble, se dépose. D’autres sels, comme le margarate neutre de potasse et l’antimoniate de potasse, cèdent sur-le-champ à une grande quantité d’eau une portion dp leur alcali, et passent à l’état de surmargarate et de surantimo-niate. Cette influence de l’eau pour la décomposition des sels, ne s’exerce d’une manière remarquable que sur ceux dont les composans n’ont entre eux qu’une faible adhérence, et dont l’un est très soluble dans l’eau, tandis que l’autre y est complètement insoluble.
- M. Thénard a mis un grand nombre de sels en contact avec l’eau oxigénée, et s’est assuré que la plupart n’ont aucune action sur elle ; tels sont les sulfates et les nitrates à base d’alcalis, le chlorate de potasse et le phosphate de soude, etc. D’autres, du nombre desquels sont les sulfates et les nitrates de fer, de manganèse, de zinc et de cuivre, en dégagent lentement l’oxigène en excès. Quelques-uns, comme l’hydriodate de baryte, l’hydrosulfate un peu sulfuré, l’hj" drosulfate de fer et le kermès (sous-hydrosulfate d’antimoine ), décomposent l’eau oxigénée, dont ils absorbent l’oxigène en partie ou en totalité.
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- Action de la chaleur. Ou a vu plus haut que la chaleur opère la fusion ou la sublimation des sels sans les alte'rer ; dans plusieurs circonstances elle les de'compose. La décomposition a lieu, i°. lorsqu’un des composans du sel tend à prendre l’état gazeux, et l’autre à rester fixe ; exemples : carbonates de chaux et de magnésie ; 2°. lorsque les élémens de l’acide se dissocient par une température plus ou moins élevée, et que la base résiste à cette influence ; exemples : sulfates de fer et de cuivre, nitrates de baryte et destrontiane; 3°. lorsque l’oxigène de la base adhérant si faiblement à son radical que la moindre chaleur l’en sépare, l’acide ne peut plus' rester en combinaison; exemples : sulfates de la dernière section, sulfate d’argent et acétate d’argent ; 4°. lorsque les élémens des deux corps binaires qui les forment, aidés de la chaleur, réagissent les uns sur les autres, de manière à former de nouveaux composés inflammables ou volatils ; exemples : nitrate d’ammoniaque, sulfate d’ammoniaque.
- Action de l’air. L’air, qui, selon son état hygrométrique, influe si puissamment sur les sels et détermine souvent leur déliquescence ou leur efflorescence , exerce quelquefois une action qui en modifie la nature et la composition. Ce fluide peut céder une certaine quantité d’oxigène , soit à l’acide du sel, soit à sa base. Si c’est l’acide qui absorbe l’oxigène, comme on le voit par exemple dans les sulfites en dissolution, lorsqu’ils se transforment en sulfates, la même quantité de la base suffit pour saturer l’acide sulfurique formé, ainsi qu’elle suffisait à l’acide sulfureux préexistant. Le rapport entre l’oxigène de la base et celui de l’acide, qui est comme i : 2 dans les sulfites, et comme 1 : 3 dans les suintes, est seul changé; mais la neutralité du sel n’en est uullement altérée. Il en serait autrement si c’était la base flti eût absorbé l’oxigène de l’air, comme cela a lieu si rapidement dans la dissolution du protosulfate de fer. Dès que le protoxide de fer passe à un état d’oxidation plus avancé, k proportion définie cesse d’exister entre la base et l’acide,
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- la quantité de celui-ci est devenue insuffisante à la saturation de celle-là, et la décomposition du sel est le résultat de ce changement ; la dissolution verte passe au jaune • il se dépose un sous-deutosulfate de fer insoluble de la même couleur, et il ne reste plus en dissolution que la portion de protosulfate qui n’a point encore subi d’altération.
- Action du chlore. L’addition du chlore liquide ou gazeux dans les dissolutions de protosels, opère sur-le-champ leur conversion en persels ; ainsi les protosulfates, protonitrates et protohydrochlorates de fer, de manganèse, de cobalt, de nickel, d’étain, etc., se transforment en persulfates, pemi-trates et perhydrochlorates , par l’action de ce corps simple. Ce fait peut être expliqué de deux manières : les uns admettent que le chlore détermine la décomposition de l’eau, que l’hydrogène s’unit au chlore et l’amène à l’état d’acide hydrochlorique , tandis que l’oxigène se porte sur les pro-toxides et les change en peroxides. Les autres pensent que le chlore s’empare d’une portion de métal, avec lequel il forme un chlorure, et que l’oxigène séparé se porte sur le protoxide non décomposé , qu’il fait passer à l’état de peroxide. Le brome et l’iode agissent sur ces sels de la même manière.
- Action de Vacide nitrique. On opère également la conversion des protosels en persels, en substituant au chlore l’acide nitrique. On y parvient aisément en ajoutant aux dissolutions de protosulfates, de protonitrates et de protohydrochlorates de fer et de manganèse, une suffisante quantité d’acide nitrique concentré, et en chauffant le mélange jusqu’à l’ébullition. Ces sels ne tardent pas à se convertir en persulfates, pemitrates et perhydrochlorates.
- Action des corps simples sur les sels. Les sels dont l’acide ne retient pas très fortement l’oxigène, comme les sulfates, les nitrates, les carbonates, sont décomposés, à l’aide de la chaleur-par plusieurs corps simples avides d'oxigène , tels que le car bone, l’hydrogène, le phosphore et le potassium. On opère <*•' décompositions, soit dans des creusets qui contiennent le Bie"
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- lange du sel et du corps simple, soit dans des tubes de porcelaine ou de Terre, lûtes à l’extérieur, que l’on place horizontalement sur un fourneau, après y avoir introduit le sel, et que l’on fait rougir ; le gaz hydrogène ou la vapeur du corps désoxigénant traversant le sel à cette température éleve'e, le décompose. On a pour résultat de l’acide carbonique ou de l’oxide de carbone, de l’eau , de l’acide phos-phorique ou de la potasse, selon le corps que l’on a employé. C’est par ce dernier procédé que l’on a obtenu, pour la première fois, le carbone, radical de l’acide carbonique, en faisant passer le phosphore en vapeurs à travers le carbonate de soude chauffé au rouge. Les métaux remarquables par leur affinité pour l’oxigène, pulvérisés, mêlés à du nitrate de potasse et chauffés au rouge dans un creuset, s’oxident ou s’acidifient en décomposant ce sel. On prépare de cette manière l’arseniate et l’antimoniate de potasse. La percussion, sacs l’aide de la chaleur, si ce n’est de celle qu’elle peut produire, suffit pour décomposer les chlorates qui ont été mélangés avec les corps simples combustibles que l’on a cités, ou avec des matières organiques également avides d’oxigène.
- Action de la pile voltaïque sur les sels. Les sels humectés ou dissous soumis à l’action de la pile, éprouvent une décomposition dont le résultat peut varier. Tantôt il y a seulement séparation de l’oxide et de l’acide, dont le premier se porte au pôle négatif, et le second au pôle positif; tantôt, indépendamment de la séparation, il y a réduction de l’oxide, et, dans ce cas, son oxigène se porte en même temps que l’acide au pôle positif. Si le radical de l’oxide a de l’affinité avec le mercure , on peut accélérer la décomposition du sel et la réduction de l’oxide. A. cet effet, on remplit de mercure aux deux tiers une petite coupelle formée avec le sel même qu’on veut décomposer, et l’on fait plonger dans le mercure l’extrémité du fil communiquant au pôle négatif, tandis que l'extrémité du fil positif est mise en contact avec la plaque métallique sur laquelle la coupelle est placée. Le mêtal mis à nu par l’action de la pile, secondée elle-même
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- par l’affinité, s’amalgame avec le mercure, qu’il rend plDS épais, et l’oxigène de la base, ainsi que l’acide, se portent au pôle positif.
- Pour décomposer les sels en dissolution, on fait usage d’un appareil fort simple , qui consiste en deux petites cloches de verre assujetties par leur extrémité fermée dans la position verticale, à la distance d’un pouce l’une de l’autre ; on remplit l’une aux deux tiers de la solution du sel, et l’autre d’eau distillée, et l’on fait communiquer les deux liquides par un fil d’amiante : les choses ainsi disposées, on plonge dans la solution saline l’extrémité du fil négatif, et celle du fil positif dans l’eau pure. En moins d’une heure un papier bleu de tournesol est très sensiblement rougi par l’eau distillée, et un papier rougi est ramené au bleu par la solution du sel ; faits d’où l’on doit conclure que l’acide est passe' au pôle positif, et que la base est demeurée au pôle négatif. MM. Biffant et Chompré ont les premiers remarqué que la chaux (car ils avaient employé un sel à base de cet alcali) pouvait prendre la forme cristalline , celle de prismes hexaédriques. Avant cette observation, on ignorait que la chaux fût susceptible de cristalliser.
- Parmi le grand nombre d’expériences intéressantes que le célèbre Davy a faites à ce sujet, il en est une par laquelle il est constaté que l’acide a une tendance si forte pour se porter au pôle positif, qu’il peut traverser une solution alcaline sans être saturé par elle, pourvu toutefois que l’alcali ne soit pas de nature à former un sel insoluble avec l’acide. Pour prouver ce fait important, on se sert de trois cloches, dont la première contient la solution saline, par exemple, du sulfate d’argent ; la seconde une dissolution de potasse ou d’ammoniaque , et la troisième de l’eau distillée. La première, où plonge le fil négatif, communique par un fil d’amiante avec la seconde, et celle-ci de la nieme manière avec la troisième, dans laquelle plonge le fil positif Après l’opération, l’eau distillée donne des signes très pr°^ nonces d’acidité , quoique l’acide ait nécessairement traverse
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- ia solution alcaline sans s’y combiner. Il en est autrement si l’on substitue à la potasse de l’eau de baryte ; dans ce cas , l’acide s’arrête dans la seconde cloche, où il se dépose en sulfate de baryte, et l’eau pure de la troisième n’indique pas la moindre trace du passage de l’acide.
- Si l’on soumet à l’action de la pile la dissolution d’un sel ayant pour base un oxide dont le radical a peu d’affinité pour l’oxigène , comme l’acétate de plomb , on trouvera au pôle négatif, au lieu d’oxide, du plomb métallique recouvrant le fil conducteur ; ainsi, dans ce cas, l’oxigène s’est porté au pôle positif en même temps que l’acide.
- Action des métaux sur les dissolutions métalliques des quatre dernières sections. Lorsqu’on plonge dans une dissolution métallique une lame d’un autre métal, par exemple, une lame de cuivre dans une dissolution d’argent, ou une lame de fer dans une dissolution de cuivre, etc., le-métal plongé s’oxide et prend la place du métal dissous, qui se réduit et se dépose au fond du vase. Deux conditions sont nécessaires pour que cette décomposition ait lieu : il faut, i°. que le métal précipitant ait pour l’oxigène une affinité supérieure à celle du métal précipité; 20. que le premier soit propre à jouer le rôle de métal positif relativement au second. Le métal ajouté commence l’opération en s’emparant, de l’oxigène d’une portion du métal dissous ; aussitôt il s’établit entre le métal réduit et le métal plongé une pile voltaïque, qui détermine la décomposition de l’eau, dont les élémens sont dès lors chargés de continuer l'opération ; l’oxigène oxide le métal positif ou précipitant, et l’hydrogène désoxide le métal négatif ou précipité. Cette explication, donnée par M. de Grotthus, a été généralement adoptée par les chimistes et les physiciens.
- Action des acides. Lorsqu’on verse un acide sur un sel, la décomposition qui a lieu ordinairement est différente, selon l’état du sel, selon le plus ou le moins de volatilité ou de solubilité de l’acide qui entre dans sa composition, et selon les circonstances dans lesquelles on opère. Si l’acide est
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- de nature à prendre l’état gazeux, il se de'gage sur-le-champ, cède sa base à l’acide ajoute' ; bientôt la décomposition est complète, et un nouveau sel succède au premier. Ainsi, l’acide sulfurique versé sur un carbonate solide ou même dissous dans l’eau, en dégage promptement tout l’acide carbonique , en même temps qu’il s’empare de sa base. Dans la préparation de l’acide hydroclilorique, cet acide se sépare du sel marin solide par suite de l’action de l’acide sulfurique , qui s’empare de la soude , et bientôt la décomposition du sel est complète , comme dans l’exemple précédent. Mais si l’on verse de l’acide sulfurique dans le sel marin dissous , l’acide hydrochlorique retenu par l’eau de la dissolution , ne se dégagera en partie ou en totalité, que par une évaporation suffisamment prolongée.
- La décomposition d’un sel peut encore être totale dans les deux cas où l’acide sépare de sa base est insoluble, et où l’acide ajouté formé un sel insoluble avec la base dont il s’empare. Par exemple , de l’acide hydrochlorique versé dans la solution de colombiate de potasse, opère la précipitation de l’acide colombique, et l’acide sulfurique versé dans une solution de nitrate de baryte , s’empare de la base et se précipite avec elle en sulfate insoluble. On voit que tantôt c’est à l’élasticité, et tantôt à la cohésion , qu’il faut attribuer la décomposition des sels. Si l’acide du sel, au lieu d’être volatil, est fixe, ou qu’il ait beaucoup d’affinité pour l’eau, la décomposition du sel par l’acide ajouté ne sera que partielle ; par exemple, si l’on verse de l’acide sulfurique sur un phosphate , la base du sel se partage entre les deus acides , ainsi que l’avait remarqué Berthcllet. Dans un Me-moire publié en 1825, MM. Henry fils et Soubeiran ont confirmé ce fait , et ajouté plusieurs observations , dont ils ont tiré les conséquences suivantes : i°. un acide ajoutéàla solution d’un sel, s’empare toujours d’une portion de sa base, quelle que soit d’ailleurs l’énergie chimique des deux acides; 20. la décomposition du sel peut être complète, si l'acide décomposant est en assez grand excès ; 3°. dans les réaction*
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- de ce genre , il se fait toujours des sels en proportions définies, et les acides hors de combinaison existant en même temps dans la liqueur, s’empêchent mutuellement d’agir; 4°. les quantités d’acides qui peuvent se contre-balancer ne sont pas toujours dans un même rapport, leurs proportions relatives varient avec les circonstances sous l’influence desquelles on a opéré ; 5°. enfin , la décomposition d’un sel par un acide, quand tous les produits restent en dissolution, ne s’écarte pas des lois ordinaires des combinaisons. Ce qu’on rient de dire concerne les oxacides; les h y dracides se comportent autrement avec les sels. Lorsqu’on verse dans les dissolutions métalliques les acides hydrochlorique , hydrobro— inique , hydriodique , hydrosulfurique , etc., ces acides ne séparent pas seulement en partie ou en totalité les bases des sels de leurs acides, mais ils décomposent ces bases en se décomposant eux-mêmes; leur hydrogène s’unit à l’oxigène de la hase pour former de l’eau, et leur radical se combine au métal réduit. De cette décomposition complète résultent des chlorures , des bromures , des iodures, des sulfures métalliques qui, s’ils sont insolubles, se précipitent sur-le-champ avec les couleurs qui leur sont propres, et qui restent dans la liqueur, s’ils sont solubles.
- Action des bases. Les dissolutions des métaux des cinq dernières sections sont précipitées par les bases alcalines qui s’emparent de tout l’acide du sel, et 'en séparent la base à l’état d’hydrate. Néanmoins, la potasse et la soude, mises «u excès, redissolvent quelques-unes de ces bases, comme l’alumine, la glucine et les oxides de zinc, de plomb, d’anti-moine et d’étain. Ces alcalis enlèvent aux sels de cuivre la totalité de leur base sans réagir sur elle. Tout sel mis en contact avec une base, tend à lui céder une portion de son acide, et même la totalité, si la base du sel est insoluble, et si le nouveau sel formé est soluble.
- bans les sulfates de potasse et de soude , l’eau de baryte forme un précipité de sulfate de cette base, et les alcalis de~ 'enus libres restent dissous dans la liqueur. M, D’Arceta vu
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- au contraire, la potasse décomposer le nitrate de baryte, et celle-ci, devenue libre, se déposer sur les parois du vase en cristaux hydratés. Dans ces deux cas opposés, c’est la force de cohésjon qui agit. C’est par elle que le sulfate se dépose sur-le-champ, et que la baryte tend à se cristalliser à l’état d’hydrate;
- L’ammoniaque décompose en partie les sels à base de magnésie ; la moitié de celle-ci se sépare en obéissant à la force de cohésion , quel que soit l’excès d’ammoniaque, et l’autre moitié reste dissoute en sel double magnésien dans le liquide. L’ammoniaque forme des sels doubles avec les sels de zinc, de cuivre et de nickel, en redissolvant leurs oxides, d’abord précipités. La liqueur est d’un bleu violet avec les sels de cuivre , d’un bleu céleste pur avec les sels de nickel ; celles-ci n’offrent de teinte violâtre analogue aux dissolutions ammoniacales de cuivre, que lorsqu’elles contiennent une quantité notable de cobalt. L’ammoniaque versée en excès dans une dissolution de cobalt, s’empare de tout l’acide , et redissout l’hydrate de ce métal, qui donne à la liqueur une couleur rouge sale tirant au brun. Souvent l’ammoniaque, au lieu de décomposer un sel, s’unit avec lui, comme on l’a dit plus haut, et donne lieu à un sel double : elle forme des sels de cette nature avec le platine, le'rlio-dium et l’iridium. Plus rarement la potasse et même b soude se combinent à un sel, qu’elles font passer à l’état de sel double. On connaît des sels doubles de potasse et de platine, de platine et de soude. Le premier, de couleur jaune , cristallise en petits octaèdres réguliers, et le seconde» larges prismes hexaédriques, d’une belle couleur rouge nacarat.
- M. Mitscherlich a observé , et il a appuyé son observation d’expériences positives, que dans un sel domie, on pea‘ quelquefois remplacer en totalité, ou du moins en partie, l’acide par un autre acide, ou la base par une autre base, sans en altérer la forme primitive. Il a donné le nom à'isomorphes aux corps capables de se remplacer ainsi mutuellement
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- Tous les corps composés susceptibles de cristalliser de la même manière, ou de se remplacer dans les combinaisons sans altérer la forme de celles-ci, doivent être considérés, d’après l’opinion de cet habile physicien , comme renfermant le même nombre d’atomes unis de la même manière.
- Action des sels les uns sur les autres. Des sels à l’état solide exposés à une suffisante chaleur dans un vase distillatoire, se décomposent mutuellement, si, par échange de base et d’acide, ils peuvent donner lieu à un sel volatil et à un sel fixe ; le premier passe dans le récipient qui lui est destiné, et le second reste dans la cornue. La préparation du carbonate d’ammoniaque, provenant delà réaction de l’hydrochlorate d’ammoniaque sur le carbonate de chaux , offre un exemple de cette décomposition : on en trouve un second dans la préparation du carbonate de baryte, opérée par la forte calcination dans un creuset du sulfate de baryte et du carbonate de potasse. Par échange de base et d'acide, ces deux sels en forment deux autres, dont l’un est soluble et l’autre insoluble dans l’eau , ce qui permet de les séparer facilement.
- Si l’on mêle les dissolutions de deux sels dont la réaction donne lieu à un sel soluble et à un sel insoluble, ou bien à deux sels insolubles, il y a décomposition et précipitation des sels insolubles. Par exemple, si l’on verse dans la dissolution de nitrate de baryte, celle de sulfate de potasse, le nitrate de potasse reste en dissolution , et le sulfate de baryte se précipite. Si l’on mêle les dissolutions de phosphates d’ammoniaque et de magnésie, les deux sels s’unissent et se précipitent à l’état de sel double ou de phosphate ammoniaco-ttiagnésien.
- Le mélange de deux sels dont la décomposition mutuelle peut former deux nouveaux sels solubles, ne donne lieu à aucune séparation visible , jusqu’au moment où le mélange étant soumis à l’évaporation , puis refroidi, le moins soluble se dépose sous forme de cristaux , tandis que l’autre reste dissous : c’est à cette époque seulement que la décomposition peut être constatée. Dans la préparation de l’hydrochlorate Tome XIX. 18
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- d’ammoniaque par la réaction du sulfate de cette base et de l’hydrochlorate de soude , le sulfate de soude se cristallise par e'vaporation et refroidissement, et l’hydrochlorate d’ammoniaque demeure en dissolution.
- État naturel. Il existe dans la nature un grand nombre de sels. Le carbonate de chaux , sous une infinité de formes, et les silicates , y sont le plus abondamment répandus, et forment en grande partie la croûte extérieure du globe. On y rencontre beaucoup d’autres sels, tels que des carbonates, des fluates , des hydrochlorates ou des chlorures , des sulfates, des nitrates , des arseniates, des phosphates, des chromâtes, etc., ayant pour bases la plupart des oxides métalliques.
- Préparation. On fait usage de plusieurs procédés pour préparer des sels qui ne se trouvent point dans la nature, on qu’elle n’offre pas toujours dans l’état de pureté. Le moyen le plus ordinaire est la combinaison directe des bases avec les acides; elle s’opère avec d’autant plus de succès, que les bases sont en poudre plus ténue , ou récemment précipitées de leurs dissolutions et encore humides. On obtient aussi des sels en versant sur le carbonate de la base l’acide qu’on vent y combiner; l’acide carbonique se dégage avec effervescence, et sa base se combine à l’acide qui l’a expulsé.
- On prépare beaucoup de sels en traitant directement les métaux par les acides , avec ou sans l’aide de la chaleur, le métal, dans les deux cas, réagit sur une portion de l’acide, qui lui cède de l’oxigène ; le métal, à mesure qu’il est oxide, se combine avec la portion de l’acide non décomposée. On use préférablement de ce moyen pour obtenir les sulfates, les nitrates et les hydrochlorates ou chlorures. Quand les acides sont étendus d'eau, l’oxidation s’opère le plus souvent par la décomposition de l’eau, et il se dégage de l’hydrogène , pendant que l’oxide s’unit à l’acide. Pour se procurer quelques sulfates , on grille les sulfures des métaux qui doivent en être la base, soit lentement à l’air, soit rapidement dans des fours slemétal s’oxideetse combine au soufre acidifie; le résidu du grillage est dissous dans l’eau, et parl’érapO'
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- ration du liquide, on obtient le sel sous la forme de cristaux.
- Lorsqu’on a pour but de pre'parer des sels insolubles, il suffit de mêler deux dissolutions , dont l’une contenant la base et l’autre l’acide de ce sel, sont propres à le former par leur réaction ; le sel insoluble, précipité sur-le-champ, est lavé avec soin et séché. Ainsi, en versant dans du nitrate de plomb ou dans du nitrate de baryte, une dissolution de sulfate de potasse, il se dépose de suite du sulfate de plomb ou du sulfate de baryte.
- Quant à la préparation des sels doubles, on peut s’y prendre de deux manières : la première consiste à mêler les dissolutions salines qui contiennent les deux bases , par exemple le sulfate simple d’alumine et le sulfate de potasse, comme on le fait pour préparer l’alun ; et la seconde, qu’on emploie pour obtenir du sulfate ammoniaco-magnésien, à ajouter à la dissolution de sulfate de magnésie, de l’ammoniaque , qui sépare une portion de la magnésie et s’unit à l’autre, avec laquelle elle reste en dissolution.
- Tous les tartrates doubles utiles en Médecine, tels, que le sel végétal, le sel de Seignette et l’émétique , se préparent en faisant chauffer avec la crème de tartre dissoute, ou suspendue dans une quantité d’eau suffisante, soit du carbonate de potasse, soit du carbonate de soude, soit de l'oxisulfure d’antimoine ou verre d’antimoine , jusqu’à la saturation complète du bitartrate de potasse. L‘H‘*',‘+fi.
- SELLIER-CARROSSIER ( Technologie). Aux mots Bourrelier, T. III, page 391 ; Carrossier, T. IV, page23o; etHAR-sacbeor , T. X, page 4^31 , nous avons renvoyé à l’article Sellier-Carrossier, dont nous nous occupons ; c’est par conséquent un devoir que nous nous sommes imposé d’en donner ici le complément.
- Le titre seul de cet article prouve suffisamment que deux arts sont ici réunis, et leur description exigerait une étendue et une quantité- de planches que notre cadre ne ücms permettrait pas d’y consacrer. Notre but a été, en entreprenant ce Dictionnaire, non de décrire avec une rigou-
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- reuse exactitude toutes les manipulations des Arts, cé qui ne peut être que du ressort des traités spéciaux sur chaque art en particulier, mais de faire connaître an lecteur les améliorations importantes qu’on a introduites dans chaque art, et de décrire en entier ceux qui avaient été oubliés.
- Tout le monde sait qu’une selle est la partie de l’harna-chement du cheval, sur laquelle le voyageur se place solidement ; et tout ce que nous avons dit au mot Bourrelier peut s’appliquer, sans une grande contention d’esprit, à la selle proprement dite. Pour tous ces détails , le lecteur peut consulter avec fruit le T. III de l’Encyclopédie méthodique, division des Manufactures, Arts et Métiers, par le savant Roland de la Platière , page 323 , qui est entré dans les détails les plus minutieux sur cette fabrication , et qu’il a accompagnés de 14 grandes planches.
- Nous nous bornerons à indiquer ce qui a été fait depuis.
- i°. Le 23 octobre 1812, MM. Marchais et Raymond, à Paris, prirent un brevet d’invention de 5 ans, pour une selle élastique, décrite au T. VII des Brevets expirés, page i36.
- 2°. Le 3o décembre 1820, M. Jeunesse, sellier, à Paris, prit un brevet d’invention de 5 ans, pour une selle dite ombrifère, qui garantit le cavalier de l’ardeur du soleil. Elle est décrite au T. XII, page 101 des Brevets expirés.
- Dans le même articlp^tque nous avons cité de Roland de la Platière, qui commence à la page 274 du même T. III, on trouve les détails de tout ce qui est nécessaire à savoir pour achever une voiture de quelque espèce qu’elle soit, après que la charpente en a été construite par le Menuisier en voitures ( V. notre Dictionnaire, T. XIII, page 23”), et le train, par le Chakron (T V, page 5<f).
- Il est peu d’Arts sur lesquels on ait fait plus de recherches que sur celui du carrossier. On trouve , dans le Catalogue des Brevets d’invention délivrés depuis le i" juillet r "91’ 83 brevets pour des perfectionnemens, dont quelques-uns sont très, importans , dans la construction des voitures de toute espèce. Il serait trop long et trop fastidieux d’en transcrire ici
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- la spécification. On peut consulter ces catalogues, qui sont déposés dans les secrétariats de toutes les préfectures, et dans ceux de beaucoup de sous-préfectures importantes, de même que dans toutes les bibliothèques publiques. Nous nous bornerons à en faire connaître succinctement deux , qui nous paraissent de la plus grande importance.
- M. Joanne, de Dijon , prit, le 2.5 février 181g, un brevet pour un moyen de dételer les chevaux qui s’emportent et d’enrayer en même temps les roues de la voiture. Ce moyen se compose de déclics tellement disposés, que d’un seul coup toutes les pièces tombent à la fois ; les traits détachés sont emportés par le cheval, la voiture est soutenue et arrêtée devant et derrière ; enfin, elle est enrayée de manière à s’arrêter après avoir parcouru un petit espace, ce qui est d’autant plus nécessaire que, sans cette précaution , on serait jeté dehors et l’on éprouverait une chute assez violente.
- Le cabriolet présente plus de danger que la voiture à quatre roues et à deux chevaux ; le cabriolet est plus léger, il est abandonné à la fougue d’un seul cheval, tandis que dans les autres, il est très rare que les deux chevaux s’emportent à la fois, à moins qu’ils n’aient été effrayés par la même cause, comme cela peut arriver lorsque la foudre ou quelque bruit subit les a frappés et surpris en même temps.
- Tout le mécanisme est placé sous le train ou les brancards de la voiture, et le tout est mis en action simultanément par une corde fixée au siège intérieur. En tirant cette corde on fait tomber, i°. la chambrière de devant, qui soutient les brancards à la même hauteur où les tenaient les chevaux, et empêche d’avancer ; 2°. la chambrière de derrière, qui s’oppose au recul ; 3°. le cheval est dégagé et emporte avec lui les fourreaux de cuir qui le tenaient fixé aux brancards ; il emporte avec lui tous les harnais.
- Pour bien concevoir ce mécanisme , il faut en lire la description dans le T. XIX, page 221, du Bulletin de la Société d’Encouragement, ou les Annales de l’Industrie nationale et étrangère , T. V, page 64 , ou enfin, le T. XII, page 18, des
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- Brevets d’invention expirés, qui sont tous accompagnés de figures qui ne laissent rien à désirer pour en donner une parfaite intelligence.
- Le 24 novembre 1818, M. Arnold-Haneisz prit un brevet de 5 ans, pour un système d’essieux mouvans, de l’invention de M. Lankensperger, de Munich.
- Pour bien concevoir l’avantage de cette nouvelle construction, il faut se reporter au temps où les voitures deluxe, tant en France qu’à l’étranger, étaient munies d’une flèche destinée à unir le train de derrière au train de devant. Cette pièce, nécessaire pour la solidité de la voiture, empêchait que les roues de devant passassent dessous, ce qui est très incommode lorsqu’on veut tourner dans un petit espace ou dans une rue étroite. On a remédié à cet inconvénient en fixant, au prolongement de la flèche, deux branches de fer cintrées, désignées sous le nom de cous-de-cygne, qui permettent que les petites roues passent dessous; mais pour remédier à un seul inconvénient, on en a créé plusieurs autres: la voiture est plus lourde , le tirage plus difficile, la caisse est très élevée, le danger de verser est plus grand • le train est plus allongé ; le diamètre des roues de devant est plus petit, ce qui est contraire à toutes les règles, car on a reconna que plus celles-ci sont grandes, et plus elles se rapprochent de celles de derrière, plus la voiture est roulante.
- Le système d’essieux mouvans remédie à tous ces incon-ve'niens , et donne à la voiture la facilité de tourner sur elle-même dans le plus petit espace. Nous allons donner une idée de cette invention, qui fit partie de l’exposition de i8rg.
- Les essieux , forgés d’un seul morceau de fer, sont courbés en équerre et ont toute la solidité désirable ; la branche verticale , mobile dans une boîte ou douille pratiquée dans 1 é-paisseur de la sellette, est retenue par un écrou qui lui sert en même temps de chapeau; la fusée, tournée avec soin, reçoit la roue comme à l’ordinaire. Les essieux de ce genre, plus légers que les essieux fixes qui régnent sous toute b largeur de la voiture, dispensent de l’emploi du lisoir et d®
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- rond d’avant-train, puisqu’ils forment à chaque extrémité'de la sellette deux centres de mouvemens séparés, autour desquels la fusée tourne horizontalement, afin de placer les roues de devant dans une position oblique par rapport à celles de derrière , au moment où l’on fait faire à la voiture une conversion entière. Mais ce mouvement devant être simultané pour les deux roues, l’auteur a imagiué un mécanisme très simple, qui remplit cette condition de la manière la plus satisfaisante.
- Nous ne pousserons pas plus loin cette transcription, que nous avons prise dans le Bulletin de la Société d’Encourage-ment, T. XYIII, page i4i, et dans les Annales de l’Industrie, T. Y, page 164. La lecture de l’un ou l’autre de ces volumes , ainsi que du T. X, page 267, des Brevets expirés, donnera tous les détails désirables à celui qui aura intérêt à les connaître ; ils sont tous accompagnés des planches nécessaires à l’intelligence de cette invention intéressante. On se convaincra, parla démonstration géométrique qu’en a donnée M. Fran-cœur, que la voiture peut tourner dans un espace très limité.
- A l’exposition de 1823 , nous avons admiré un modèle de voiture dans lequel on apercevait une invention extrêmement utile, et qui consiste à garantir de tout accident les personnes ou les enfans qui se laisseraient tomber au moment où une voiture quelconque serait prête à passer sur la voie publique avant qu’elle n’eût pu s’arrêter, ou bien qu’on n’eût ou le temps d’arracher cet infortuné à une mort inévitable. Les deux essieux portaient chacun, par leurs extrémités , Une armature en fer dont le bout qui s’avançait de quelques pouces au-devant de la roue, présentait un plan incliné qui poussait le corps devant lequel il se présentait ou en dedans de la roue ou en dehors , sans le blesser, et le mettait à l’abri d’être touché par aucune des roues.
- Nous sommes fâché d’avoir égaré le dessin que nous en avions fait, qui portait le nom de l’inventeur, nous l’aurions fait graver avec plaisir ; mais il suffit d’en avoir conservé 1 idée, l’exécution en sera facile. L’expe'rience que l’inventeur
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- en faisait devant tous ceux qui examinaient son modèle, en prouvait l’excellence : il jetait devant les roues des petite enfans en bois sculptés selon l’écbelle de son modèle, et ils étaient absolument garantis. Si nous pouvons retrouver notre dessin, ou le nom de l’inventeur, nous le donnerons par addition, soit à la fin de ce volume , soit au suivant. L.
- SEMAILLES, SEMOIR ( Agriculture). Les semis au plantoir ne peuvent convenir qu’au jardinage : dans les grandes cultures , les céréales sont répandues à la volée, sur un sol d’abord convenablement labouré , fumé, débarrassé des mauvaises herbes par le hersage. L’ouvrier a le corps ceint d’une espèce de sac en toile, nommé semoir, dans lequel la graine est contenue , et qui est ouvert devant lui : si cette graine est très fine, il y a d’abord mêlé de la terre sèche ou du sable, pour en augmenter le volume. Il y puise à poignées; et, parcourant le terrain par lignes parallèles , et à pas comptés, il lance chaque poignée, en décrivant un arc de cercle. Un temps calme est indispensable pour cette opération, parce que le vent chassant la semence, celle-ci se distribuerait irrégulièrement sur le sol. Le semeur remplit son semoir à mesure qu’il le vide ; il puise dans un sac déposé sur le bord du champ, et contenant la graine.
- La distance qu’on observe entre deux lignes parallèles est d’autant moindre qu’on veut semer plus dru ; elle se mesure au pas, ou par le nombre des sillons ; car ordinairement le semeur suit la direction de ces derniers. Le procédé est très difficile à bien exécuter. Un homme habile distribue la semence avec une égalité dont le résultat est si remarquable, qu’il atteint une étonnante précision. De plus longs détail» à ce sujet seraient superflus.
- Il faut, en général, se servir, pour semis , des plus belles graines. Les blés et seigles sont semés en automne ; les orges, avoines, fourrages, et le blé d’été, dès le premier printemps: ce qui fait donner à ces grains le nom de Mars. Enfim chaque sorte de plante ne doit être confiée à la terre (Tie dans la saison qui lui est propre.
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- SEMAILLES, SEMOIR. 281
- Partout où le climat est incertain, il faut forcer la semence, parce qu’il est rare que toute vienne à bien, et qu’on doit prévoir les pertes. Dans les sols le'gers et peu profonds, il 11e faut pas semer trop épais, car toute la fertilité du sol serait dépensée dans les premières périodes de végétation ; la paille resterait faible , les épis seraient maigres; tandis qu’un moins grand nombre de graines nourries en hiver et au printemps, ménagent la fertilité du sol pour l’objet important, qui est la formation du grain. D’un autre côté, quand les terres sont bien préparées, un moins grand nombre de semences suffit, parce que les racines tallent, garnissent le sol et produisent une pleine récolte. Lorsque les tiges sont trop bien nourries, elles poussent en herbe, donnent prise au vent, versent et ne produisent que peu de grains. Il y a, en général, moins d’inconvénient à semer clair qu’épais.
- On trouve que 1 'i hectolitre par hectare est la quantité ordinaire de froment et de seigle nécessaire pour un semis ; mais, selon les circonstances, on est obligé d’en employer 2, 3 et même 3 j hectolitres. Pour l’orge, il faut de 2 à 3 ~ hectolitres par hectare. L’avoine exige de 3 à 5 hectolitres et plus. Il faut au moins 3 l hectolitres de fèves , de pois, par hectare. En général, on doit forcer un peu les semences de mars, parce que l’on ne peut compter qu’en cette saison les tiges talleront. Le trèfle , la luzerne, le sainfoin, exigent 12a 15 kilogrammes par hectare, etc.
- On est dans l’usage de chauler le froment, c’est-à-dire de tremper les graines dans de l’eau de chaux ; cette pratique serait utilement employée pour d’autres céréales, qui, par le chaulage, seraient moins sujettes à contracter Y ergot et d’autres maladies. En immergeant les semences dans l’eau, celles qui sont détériorées surnagent, et l’on peut les enlever pour les donner aux bestiaux : sans cela, elles seraient perdues pour le cultivateur.
- On a beaucoup disputé pour savoir si l’on devait changer les graines, c’est-à-dire ne semer dans un champ que des graines produites par un autre terrain. Cette opinion ne se
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- soutient, devant les faits observe's, que pour les végétaux qui ne peuvent, qu’à force d’art, croître et prospe'rer dans le sol et sous le climat qu’on leur destine. L’influence de ces circonstances ne tarde pas à faire dégénérer les individus, et il importe de renouveler les semences, en les tirant des pays mêmes où leur ve'gétation est le plus profitable.
- Lorsque la semence est répandue sur la terre, on passe la herse pour la recouvrir. Cependant, pour les graines fines, comme elles ne doivent pas être profondément enterrées, et qu’il suffit de les cacher sous une légère couche qui les protège , on se contente de promener sur le champ un fagot d’épines. Il y a des pays où, au lieu de faire précéder le semis d’un labour, on ne donne cette façon qu’après la se-maille ; c’est ce qu’on appelle semer sous raies : la graine est alors recouverte de toute la terre que renverse la charrue. Cette méthode ne convient qu’aux terres légères, et lorsque la saison est sèche.
- Pour se mettre à l’abri des inégalités de mouvement du semeur lorsqu’il répand la graine à la volée , on a imagine diverses machines. Ces semoirs sont peu usités en France ; mais ailleurs on se trouve très bien de leur usage. On craint moins l’action du vent, et l’on économise beaucoup la semence.
- Le semoir de Planazu est une brouette dont la caisse est remplacée par une trémie suspendue aux montans par quatre courroies : le fond de cette trémie est percé de trous dont la grosseur est proportionnée à celle de la graine. L’ouvrier promène cette brouette le long d’un sillon, et la trémie, secouée par cette manœuvre, distribue la semence dont elle a ete remplie.
- Le semoir de Pologne consiste en une trémie montée sur deux brancards ; un cylindre tournant sur deux roues ferme la partie béante au bas de la trémie : ce cylindre est perce de trous à la manière des râpes. Lorsqu’on a rempli ce coffre de grains , on attelle un animal aux brancards ; à mesure celui-ci s’avance , les roues tournent, et avec elles le cylimfie
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- qui leur sert d’axe. Le grain passe à travers les mailles du cylindre et se dépose sur la terre. On-peut même attacher derrière cette machine la herse ou un fagot, qui, eu se promenant sur le sol, recouvre la semence.
- Il y a encore plusieurs autres semoirs ; les deux précédens sont les plus simples, les moins coûteux et les plus usités.
- Fr.
- SÉMAPHORE. Nouveau mode de signaux. V. Signaux. Fr.
- SEMOULE ( Technologie). La semoule est la base du vermicelle et de toutes les pâtes connues sous le nom de pâtes d’Italie. ( V. Vermicellier. ) L.
- SÉNÉ. Feuilles purgatives très usitées en Médecine et de temps immémorial ; on en reçoit de plusieurs espèces dans le commerce, qui toutes appartiennent à des plantes du genre cassia, famille des légumineuses. Nous n’en connaissons l’historique que depuis l’expédition d’Égypte, et nous en sommes redevables à M. Rouyer, pharmacien français, qui faisait partie de cette expédition.
- La principale espèce de séné est rapportée au cassia lanceo-lata, arbrisseau vivace, qui s’élève à la hauteur de 2 pieds et demi; la tige est courte , dure et ligneuse ; les rameaux sont droits et minces; les feuilles, alternes, étroites et aiguës, d’un vert foncé, d’une odeur assez agréable, d’une saveur un peu âcre et légèrement amère ; les fruits en gousses ; ils sont connus dans la droguerie sous le nom de follicules, et on les emploie au même usage que le séné.
- Cette première espèce de séné se trouve à quelques lieues au-dessus de Sienne , où il croît très abondamment dans une vallée appelée Bichariè , et les Arabes le nomment, à tsuse de cela, senna-bicharié. Il en vient aussi dans l’Abyssinie , l’Éthiopie, la Nubie, et particulièrement dans le royaume de Sennar. Tout le séné qu’on récolte n’est pas cul— hvé; on en trouve de sauvage dans le désert qui est au-dessous de Sienne.
- La deuxième espèce est le séné à feuilles rondes, qui appar-^«nt au cassia-senna, arbrisseau également vivace, dont la
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- tige courte et noueuse, s’élève à la hauteur de 2 pieds et demi : les rameaux sont peu ligneux , flexibles, et d’une couleur jaunâtre.; les feuilles sont plus larges que celles de l’espèce précédente , elles sont arrondies , d’un vert pâle, d’une saveur douceâtre, sans odeur ; les fleurs sont d’un jaune clair, les follicules étroites et recourbées. Cette deuxième espèce croît dans la Haute-Égypte : on en rencontre quelques plantations, outre celui qui est sauvage ; on le trouve aussi dans les environs de Suez. Il en vient en Syrie et dans quelques contrées de l’Arabie; il passe pour moins purgatif que le séné du cassia lanceolata. On ne trouve point dans le commerce chacune de ces espèces isolée; tout celui qu’on nous expédie, est un mélange plus ou moins exact des deux feuilles que nous venons de décrire , et d’une troisième qui n’est pas de la même famille ; c’est une espèce à’apocin, désignée par MM. Delisîe et Rouyer, sous le nom de cjnanchum arguel, du nom arguel que lui donnent les Arabes.
- Ce cjnanchum. est une plante annuelle , qui s’élève à un pied et demi ; sa tige est droite, blanche ; les feuilles sont attachées à la tige par un pédicule très court, elles sont alternes, étroites, aiguës et recouvertes d’aspérités ; leur couleur est le vert pâle ; la saveur est âcre, amère et nauséabonde ; le fruit est une espèce de coque arrondie, contenant plusieurs semences. Cette plante se trouve au-dessus de Sienne, dans la vallée de Bicharié, dans les mêmes parages que le séné à feuilles aiguës. Le cjnanchum est un purgatif plus violent et souvent dangereux ; aussi le pharmacien consciencieux a-t-il soin de inonder le séné pour en retrancher le cjnanchum.
- La récolte du séné se fait ordinairement à l’époque ou tes follicules approchent de leur maturité, ce qui a lieu vers h fin du mois de septembre.
- Les Ababdeh, nombreuse tribu d’Arabes qui habite confins de l’Égypte supérieure, se sont emparés de ce coin merce; ils vont chercher le séné à plusieurs lieues de Sienne et le rapportent avec une partie de ses branches dans cetl:
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- ville, qui est le premier entrepôt, où se trouvent les agens dufermier-géne'ral du se'ne', qui là reçoivent aussi des Arabes, qui les leur apportent en même temps, l’arguel et le séné à feuilles rondes, qu’ils récoltent au-dessus et au-dessous de Sienne. On leur paie une somme convenue pour la charge de chaque chameau , qui est de 5 à 6 quintaux.
- On trouve encore à Esne'e, petite ville de la Haute-Égypte, un deuxième entrepôt, destiné à recevoir tout le séné qui vient de l’Abyssinie , de la Nubie et de Sennar, d’où il en arrive une quantité assez considérable par les caravanes qui amènent les nègres en Égypte.
- Lorsque la récolte du séné est terminée, on embarque sur le Nil tout celui qui a été amassé dans les magasins de Sienne et d’Esnée, pour le faire passer au dépôt général, à Boulac, où il arrive tant de Sienne, d’Esnée, que par les caravanes du mont Sinai, année commune, de i5 à 16 mille quintaux bruts de séné de diverses qualités et d’arguel.
- C’est dans ce dépôt général de Boulac, situé au Grand-Caire , que sous les ordres et pour le compte de celui qui a affermé le séné, et qui ordinairement réside dans cette dernière ville, qu’on soumet aux opérations suivantes les trois plantes dont nous venons de parler.
- On enlève les corps étrangers et toutes les branches, on met à part les follicules, on concasse légèrement les feuilles des trois espèces, et particulièrement celles de l’arguel, afin de le rendre plus méconnaissable ; on les mêle ensuite dans 'esproportions suivantes : 5oo livres séné lancéolé, 3oolivres séné à feuilles rondes , 200 livres feuilles d’arguel. On forme du tout une seule espèce, que le fermier-général fait expédier P°ur les différens ports de l’Europe : presque tout celui du commerce vient de cet entrepôt de Boulac. Il en arrive cependant quelques balles de Smyrne , d’Alep et de Tripoli : e’est l’espèce de séné à feuilles rondes provenant de la Syrie, delà Mecque et des contrées les plus voisines de l’Arabie. Il eî) arrive aussi, mais fort peu , d’Italie et d’Espagne : les dro-
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- guistes ne le rendent pas sans l’avoir mélangé au précédent.
- On désigne , dans le commerce, le séné sous les trois dénominations de séné Faite, séné Tripoli, séné a Alep.
- Le premier contient, comme nous venons de le dire, les trois espèces indiquées : on nous le livre avec les pétioles on bûchettes, dont on est obligé de le séparer, en le triant à la main ; il faut de plus le cribler, pour en isoler tout le menu, auquel on donne le nom de grabotj il est principalement composé d’arguel , dont on a, à dessein, brisé davantage les feuilles.
- Quelques commerçaus, pour qui le lucre est tout, quel que soit le moyen qui le procure , n’ont pas craint de mélanger au séné des feuilles de redoul ( sumac des teinturiers), et de compromettre, avec cette plante malfaisante, l’existence de leurs semblables. On a vraiment peine à concevoir qu’il y ait des êtres assez inhumains pour fonder leur bien-être sur le mal d’autrui.
- Les feuilles de redoul sont lancéolées, glabres ; elles offrent, outre la nervure du milieu, deux autres nervures très saillantes , qui partent, comme la première, du pétiole; les feuilles sont plus épaisses que celles du séné, elles sont un peu chagrinées à leur surface, mais non pourvues, comme l'arguel, d’un reflet blanchâtre : leur saveur est astringente, et pendant qu’on les mâche , il ne se développe point de mucilage. h-
- SÉPULTURE. On désigne ainsi le mode d’enfouissement des cadavres humains dans la terre.
- Chez différens peuples, dans les âges qui se sont succédé, on s’est servi de procédés différens pour traiter les hommes après leur mort ; partout, si l’on en excepte les nation anthropophages et quelques hordes barbares, une sorte & respect commun pour les restes des êtres pensans, *est opposé à ce qu’ils fussent traités comme les cadavres des au très animaux. Long-temps encore, et peut-être toujours) ce préjugé, cette relation que l’on veut rêver entre 1etT® animé de sentimens profonds, de pensées exquises et s®
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- cadavre, subissant les lois naturelles de la décomposition de tous les animaux, existeront parmi nous.
- On sait que chez les anciens, diverses me'thodes ont été successivement mises en usage relativement à Ja sépulture des morts. Long-temps, dans plusieurs contrées!, on conserva l’usage de brûler les cadavres. Un des inconvéniens graves de cette pratique, résulte de Ténorme quantité de combustible que l’on y employait; elle s’est appliquée d’ailleurs, en présentant le même inconvénient, au traitement des cadavres de chevaux et d’hommes sur les champs de bataille. Cet usage tire son principal motif du préjugé qui, jusqu’à nos jours , fit croire que la putréfaction de grandes qi^tités de matières animales pouvait répandre des gaz extrêmement insalubres, capables d’engendrer la pes te, des épidémies, etc. Les notions suivantes démontrent que ces dangers sont imaginaires.
- On trouve, dans les exhumations du cimetière des .Inno-cens, à Paris, une des nombreuses preuves de l’innocuit é des exhalaison s développées par la putréfaction des cadavre:?.
- Pendant plusieurs mois consécutivement, dans les ttrois années de i785 à 1788, on s’occupa jour et nuit, sur une étendue de plus de 2000 toises carrées, de faire enlever., à bras d’hommes, i°. une couche de 8 à 10 pieds de terre inu-prégnée des débris de cadavres et d’immondices ; 20. plus de quarante fosses communes et quatre-vingts caveaux funé -faites ; 3°. quinze à vingt mille cadavres appartenant à di--ferses époques, avec leurs bières. Ces opérations, faites par an grand nombre d’ouvriers, continuées pendant les grandes chaleurs, d’abord en prenant beaucoup de précautions , puis ensuite sans aucun soin particulier, n’ont déterminé aucun accident ni manifesté le moindre danger.
- ïhouret ayant remarqué durant ce travail qu’un certain nombre de cadavres se trouvaient dans des positions forcées, ea conclut que les corps enterrés pendant un état de mort apparente, en étaient sortis pour mourir ensuite d’une mort réelle, au milieu d’horribles efforts.
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- Aujourd’hui de grandes précautions, et les visites de médecins habiles, semblent offrir des garanties suffisantes contre de pareils malheurs; cependant il serait bien plus sûr, et peut-être convenable, que dans un caveau préparatoire on reçût et l’on gardât les corps pendant quelques jours. Les premiers indices de fermentation putride ne laisseraient plus l’ombre d’un doute sur la réalité de la mort.
- Une foule d’autres exemples démontrent que les matières animales (cadavres d’animaux, déjections, matières premières de diverses fabrications) accumulées, en fermentation, développent sans aucun doute, en plein air, des gaz odorans fort désagréables, mais qu’aucun danger ne résulte du voisinage de ces matières en putréfaction : on en trouvera pitres preuves dans les articles Ëcarrissage , Pocdrette, etc., de cet ouvrage.
- La salubrité reconnue de presque toutes les Viandes, l’innocuité des exhalaisons des substances animales mortes, doit déterminer à cesser l’usage d’enfouir les cadavres des animaux , et à les utiliser par les moyens connus (i), soit aus usages culinaires , soit dans diverses applications aux Arts industriels, soit enfin comme engrais très puissans des terres eu culture. ( V. aussi les mots Sang, Viandes, etc.)
- Cette dernière application, l’emploi des cadavres à fertiliser les terres arables, ne serait-elle pas une plus noble fin àt notre dépouille mortelle, n’atteindrait-elle pas mieux, ph® directement, le but ultime de la nature dans notre désorganisation spontanée, que les sépultures encore en usage? Si cette idée répugne aujourd’hui au plus grand nombre d® consciences, pense-t-on que le mode généralement en usage; de même que l’incinération des corps pratiquée chez 1® Grecs et les Romains, n’eût soulevé contre lui les population d’Égypte, chez lesquelles le plus grand nombre attachai®1 * *
- (1) Un Mémoire que j'ai re'digé, et qui obtint le premier prix r-‘' ’a
- ciété (l'Agriculture, pre'sente ces divers procédés pour utiliser toute5 les P*
- lies des animaux morts.
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- tant de prix à conserver les corps embaumés ? N’eùt-il pas e'té révoltant pour eux d’abandonner à la putréfaction dans une caisse de bois ou de plomb, ou de réduire en cendres, les restes à la conservation desquels ils avaient l’babitude de consacrer tant de soins et d’argent?
- Ne reconnaîtra-t-on pas un jour que la momie la plus parfaite de l’antiquité, de même que les débris osseux de famille (débris que personne ne revoit d’ailleurs jamais), loin de rappeler les qualités morales de la personne pleurée, n’offrent que l’image déchirante de l’anéantissement ? Les traits reproduits par la Peinture et la Sculpture, avec les caractères de physionomie qui retracent les qualités morales et distinguent les êtres supérieurs ; les tableaux historiques des belles actions, des travaux utiles, offriront alors les moyens exclusivement employés de conserver les seuls restes transmissibles de l’homme utile ou de la personne aimée. Il en sortirait encore deseneouragemens aux Lettres et aux Arts, des leçons profitables à la génération vivante.
- Ces notions admises, le mode le plus simple de sépulture consisterait dans un enfouissement à nu sous 2 pieds de terre: rien n’empêcherait, au reste, qu’un procès-verbal indiquât l’emplacement de chaque cadavre, et qu’une plaque métallique numérotée, placée dans la bouche, n’assurât l’identité en cas d’exhumation juridique. Un petit champ enrichi de cette façon d’une couche de débris animaux , donnerait pendant plusieurs années les plus belles récoltes en céréales et plantes fourragères. Au bout de trois ou quatre ans, les Os, débarrassés de toutes les parties molles putrescibles , pourraient être repris et utilisés à diverses fabrications,; employés à préparer du noir animal, par exemple , ils serviraient à extraire et purifier le sucre , et laisseraient encore un résidu humide presque égal à leur poids, capable d’activer puissamment la végétation.
- Le lieu des sépultures devrait toujours être clos, afin d’é-riter que des meurtriers y trouvassent un moyen de cacher fours victimes.
- Tome XIX.
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- ago SÉRÀN, SÉRANCEUR.
- Le bat principal de notre Dictionnaire étant d'indiquer les divers moyens industriels de production , nous ne saurions entrer dans les détails des procédés actuellement usités de sépulture, parler des fosses communes où les bières contenant les cadavres des pauvres viennent s’entasser journellement, des spéculations fondées sur le prix élevé des terrains concédés dans les cimetières aux parens des personnes mortes riches, des monumens de luxe servant à recouvrir la sépulture des familles opulentes, offrant ainsi aux survivans un prétexte de satisfaire leur vanité, et par la beauté du monument, et par des inscriptions louangeuses. Nous dirons cependant que l’usage général dans les villes de poser sur la plupart des tombes un entourage en grilles sculptées, a donné lieu depuis quelques années à la fabrication de grillages et ornemens tumulaires en fonte moulée , plus économiques que des ornemens semblables en bois et bien plus durables. Ces objets, recouverts de peinture à l’huile ou d’une couche de bitume délayé à chaud dans l’huile de lin siccative, sont fort long-temps inaltérables. P.
- SÉRAN, SÉRANCEUR (Technologie). Le mot séranceur s’applique à deux sortes d’ouvriers distincts et séparés. i°. Il désigne d’abord celui qui fabrique les sérans ou peignes qui servent à px-éparer le chanvre et le lin ; 20. il est donné aussi à celui qui s’occupe de la préparation du chanvre et du lin, et qui le sérance ou le peigne. Nous allons décrire successivement ces deux Arts.
- Le sèran est un instrument formé d’une planche en bois dur, sur laquelle sont implantées une foule de pointes de fer pointues et de forme quadrangulaire, placées en quinconce. Cet instrument sert à peigner ou sérancer le chanvre et le bn-
- Pour un même atelier de sérançage, il faut avoir un assortiment de sérans de différentes dimensions ou grandeurs, comme nous allons l’expliquer, à l’aide des fig. 1,2, 3 et j delà PI. /(g. Dans ces quatre figures, la lettre A design6 b grandeur et l’épaisseur de la planche ; la lettre B désigne ks dents. L’échelle qui est au bas en donne les dimensions.
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- SÉRAN, SÊRANCEUR. 291
- La fig. 1 montre le plan et l’élévation d’un grand séran ou peigne garni de quarante-deux dents de 325 à 352 millimètres (12 a i3 pouces) de longueur ; il sert pour la première préparation des chanvres. Dans les corderies, c’est le seul dont on se sert pour former les ceintures ou peignes que les fileurs portent autour de leur corps pendant le travail.
- La fig. 2 présente la grandeur et la forme du séran ou peigne à dégrossir •, il est garni d’un même nombre de dents , de 189 à 217 millimètres (-7 à 8 pouces) de longueur.
- La fig. 3 donne le plan et l’élévation du séran à affiner. Les dents sont en même nombre; elles ont 108 à i35 millimètres ( 4 à 5 pouces) de long.
- La fig. 4 fait voir le peigne fin en plan et en élévation ; les dents sont au nombre de trente-six, c’est-à-dire six sur chaque rang. Ce nombre n’est pas invariable ; on fait des peignes plus fins, et d’un beaucoup plus grand nombre de dents pour le lin ou les beaux chanvres.
- Après les opérations du broyage, de Y espadage ou écou-chage, le sêranceur ou peigneur procède au sérançage. Pour cela, après avoir invariablement fixé les sérans sur une table très solide , selon l’ordre dans lequel nous venons de les décrire, et avoir couvert chacun d’une boite suffisamment grande pour les envelopper en entier, afin de les garantir de la poussière pendant le temps qu’ils ne travaillent pas, le sé-ranceur découvre celui dont il veut se servir.
- Il prend, de la main droite, une poignée de chanvre vers le milieu de sa longueur, et avec le bout qui se trouve dans l’intérieur de sa main, il enveloppe une ou deux fois cette même main, afin de lui donner plus de force. De cette disposition , il résulte que les pattes, c’est-à-dire le côté des racines, et un tiers de la longueur du chanvre pendent au-> dehors ; alors le sêranceur serre fortement la main, et jetant, au-dessus du séran celte partie pendante, en lui imprimant ou mouvement demi-circulaire, il la fait tomber avec force sur les dents du séran, et il tire à lui, ce qu’il répète en ecgageani toujours de plus en plus le chanvre dans les dents
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- 292 SERGE.
- du séran , jusqu’à ce que ses mains soient très près des dents du séran, sans cependant les toucher, car il se blesserait. H reprend ensuite la poigne'e par l’autre bout, et la travaille de la même manière.
- En suivant la même marche, le séranceur passe successive* ment le chanvre qui lui reste dans la main, sur autant de sêrans de plus en jplus fins, pour obtenir un plus beau chanvre.
- Ce qui reste dans les mains du séranceur après avoir passé sa poigne'e sur les sérans est désigné' sous le nom de premier brin. Le second brin et Yétoupe restent dans les sêrans qui ont servi dans la première ope'ration ; on les sépare l’un de l’autre par un second sérançage ; mais le second brin est toujours plus court, plus dur et plus gros que le premier.
- Duhamel conseille, pour la corderie, de sérancer le premier brin, et de bien préparer le plus beau du second, pour le mêler avec le premier; c’est le moyen , dit-il, d’avoir une filasse bien plus douce qu’on ne l’obtient jamais en peignant peu le premier brin, par l’envie d’en avoir une plus grande quantité. L.
- SERFOUETTE {Agriculture). C’est un instrument de jardinage qui sert à donner un le'ger labour à la surface d’un terrain, autour des plantes potagères, telles que pois, chicorée, salade, etc., pour ôter les mauvaises herbes qui croissent autour de leurs pieds, dans les plates-bandes. Cet outil est composé d’un fer dont un bout est plat et coupant, à la manière de la houe ; c’est une houlette qui n’a que 3 à 4 pouces de large, et dont l’autre bout est façonné en deux branches pointues et parallèles. La longueur totale de ce fer n’est que de 5 à 6 pouces, et au milieu, perpendiculairement à la lame , est une douille pour recevoir le bout d’un manche de bois , qui sert à manœuvrer l’outil. Serfouir, c’est gratter la terre, ou la biner très légèrement. Fa.
- SERGE {Technologie). Le mot serge n’indique pas une étoffe particulière , mais seulement la forme du tissu, quelle que soit la substance filamenteuse que l’on emploie, s0,e>
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- laine, fil ou coton, etc. On la travaille absolument comme le satin, et les étoffes prennent alors le nom d,étoffes sergèes , ou serge de laine, de soie, de fil, de coton, de bourre de soie, etc. ( V. plus haut le mot Satin. ) L.
- SERINETTE {Arts mécaniques). C’est un petit orgue de Barbarie qu’on fait résonner en tournant une manivelle, et dont les chants aigus et flûtes sont à l’unisson du larigot de l’orgue. On s’en sert pour apprendre aux serins différens airs que la voix de cet oiseau réussit à imiter parfaitement. Quoiqu’il soit rare aujourd’hui qu’on se plaise à substituer des chants artificiels à ceux de la nature, toujours si aimables et si variés, cependant nous croyons devoir décrire en peu de mots un instrument dont la construction est ingénieuse , et en tout semblable à I’Orgue de Barbarie , dont nous avons remis la description au présent article.
- La serinette est composée d’un Soufflet double, ou à deux vents, qui s’abouche à une boîte nommée sommier ou laye , et dont le vent s’échappe par un tuyau appelé porte-vent, comme dans l’orgue ordinaire , pour entrer de là dans différens tuyaux sonores. Un Cylindre noté, c’est-à-dire dont la surface est revêtue de petites pointes de cuivre implantées perpendiculairement, chacune en un point convenable, tourne sur son axe, et vient présenter ses différentes pointes sous les touches d’un clavier qu’elles font basculer. Ce clavier est à quillottes, c’est-à-dire que les touches ouvrent les soupapes des tuyaux en foulant.
- On comprend que lorsque quelque pointe vient, en passant, soulever une touche, celle-ci débouchant la soupape qui répond à l’un des tuyaux , le vent du soufflet y pénètre ; et comme ce tuyau porte une anche et a une longueur réglée sur le ton qu’il doit rendre, ce tuyau fait entendre un son. La succession des divers tons ainsi produits donne l’air qu’on doit entendre, Entrons ici dans quelques détails.
- Le mouvement de l’instrument est produit par une manivelle située en dehors de la boîte, en bois de noyer, où tout le mécanisme est enfermé : le couvercle de cette boite
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- s’ouvre à charnière , pour faciliter la sortie des sons, qui seraient étouffes si la boîte restait close. L’arbre de la manivelle est façonné en vis sans fin, qui porte une cheville excentrique; cette cheville, située vis-à-vis du soufflet, communique avec le panneau inférieur par une bride de fer, qui hausse et baisse à chaque tour de manivelle , ce qui fait aller et venir la table inférieure du soufflet, et par conséquent tour à tour donne au vent l’impulsion convenable, et produit l’aspiration qui gonfle le soufflet. Quand celui-ci aspire, le vent soulève la table supérieure, laquelle est comprimée par deux petits ressorts en fil de fer ; eu sorte que lorsque la pression du vent intérieur n’est plus augmentée, c’est-à-dire quand le vent est aspiré , la table de dessous redescendant, c’est la table de dessus qui retombe, précisément comme dans les soufflets ordinaires à deux vents. Du reste, la table de séparation des deux chambres du soufflet est fixe, et percée d’une ouverture de communication que ferme une soupape, pressée par un ressort de fil de fer : cette soupape ne s’ouvre que quand l’air amassé dans la chambre de dessous se trouve condensé à un certain degré par la compression. ( V. Soufflet. )
- Le bout de l’arbre de la manivelle est tourné en vis sans fin, qui engrène avec une roue dentée fixée à l’axe du cylindre ; cette roue a jusqu’à cent dents, dont chacune passe, pour un tour entier de manivelle. Il faut, comme on voit, autant de coups de soufflet que de dents à la roue, pour faire accomplir un tour entier au cylindre noté.
- L’étendue de la serinette est ordinairement d’uqp octave; il y a donc treize touches au clavier, lequel est formé d une barre de bois parallèle à l’axe du cylindre. Les touches sont attachées sous cette barre, au moyen d’un double crochet en fer qui a la forme d’un U, traversant par sa partie inférieure dans un trou de la touche, et ayant ses deux bouts fixés à la barre. La touche est attachée de la sorte par son milieu, et peut basculer librement. Chacune est ramené6 * ^ position horizontale par un petit ressort de fil de fer, lors*
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- qu’elle eu a été dérangée par les goupilles du cylindre, qui viennent attaquer une cheville implantée sous le bout de la touche, et cette dernière cheville doit raser la surface du cylindre.
- L’autre bout de la touche est voisin des tuyaux qui sont rangés en ligne le long de la face de la boîte, parallèlement au cylindre : à ce bout de la touche est attachée une tige par un petit morceau de peau de mouton qui est collée à la touche; cette tige, appelée pilote, a son extrémité liée à cette peau, et porte en bas une pointe en fil de fer qui traverse le sommier et pousse la soupape de haut en bas.
- Ainsi, lorsqu’en faisant tourner la manivelle, on fait en même temps tourner le cylindre et agir le soufflet, les pointes dont la surface du cylindre est garnie , viennent se présenter sous celles des touches et les soulèvent ; les touches font la bascule, abaissent leur pilote, lequel agissant sur sa soupape , débouche l’ouverture de son tuyau, où le vent pénètre et fait résonner Tanche. Pour les sons qui forment une tenue, au lieu d’une simple cheville, la surface du cylindre porte un pont en fil de cuivre, qui maintient la touche levée pendant toute la durée de la tenue. Quant à la manière de distribuer ces pointes à la surface du cylindre chacune au lieu qu’elle doit occuper, voyez l’article Cylindre voté , où ce sujet a été traité.
- Imaginons que les pointes qui sont fixées sous les touches portent sur la surface du cylindre, ce qui est facile en appuyant leur bout contre cette surface. Lorsque le cylindre est encore nu et qu’on le fait tourner sur son axe , la pointe trace un cercle parallèle aux bases du cylindre ; c’est sur ce cercle que sont implantées les petites pointes, chacune en son lieu, puisque, en tout autre endroit, elles ne seraient pas rencontrées par celles qui sont sous les touches, et le tuyau correspondant ne parlerait pas, attendu que le pilote restant immobile ne déboucherait pas le tuyau. On voit donc que, lorsqu’on a fiché les pointes qui font entendre un uh, ces pointes n’occupent sur le cylindre qu’une suite de
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- cercles parallèles ; et que si l’on faisait prendre un petit môure-ment longitudinal au cylindre, aucune des touches ne rencontrerait plus les pointes dont on vient de parler, parce que chacune de leurs chevilles tracerait un nouveau cercle parallèle au premier. En fixant sur ces derniers cercles d’autres chevilles, on pourrait donc faire entendre un autre air ; et ainsi de suite pour les autres systèmes de cercles qu’on formerait, en poussant toujours un peu le cylindre longitudinalement.
- On fait usage de cette observation pour faire porter à cet instrument quatre ou cinq airs différens : mais comme il faut que, pendant que la manivelle agit, le cylindre ne de'vie pas longitudinalement, ce qui ferait succe'der la fin d’un de ces chants au commencement d’un autre, on arrête ce mouvement longitudinal par un procède' très simple. L’arbre du cylindre sort un peu de la boîte, et est entaillé dans cette partie de quatre à cinq encoches circulaires. Le panneau de la boite est muni en dehors d’une lamelle de fer qui se meut comme un verrou dans une gorge, et dont le bout aminci entre dans l’une de ces encoches. Le rang qu’occupe chaque encoche détermine l’air que fait entendre la serinette, et une table des timbres de ces airs sert à les indiquer. Fr.
- SERINGUE ( Technologie). La seringue est entre les mains de tout le monde ; c’est un instrument d’hygiène trop connu pour que nous nous arrêtions à le décrire. On sait qu’elle consiste dans un gros cylindre percé par ses deux extrémités , dont l’une , inférieure, porte un petit tube allongé, par lequel sort le liquide dont le gros cylindre est rempli, avec d’autant plus de force et de vitesse que le piston qui surmonte le liquide est poussé avec plus ou moins de vitesse par le manche, qui dépasse la partie supérieure du gros cylindre. Voilà la seringue anciennement connue.
- Le 19 décembre 1806 , MM. Éberhard et Lafitte, à Paris, prirent un brevet de 5 ans, décrit avec figures au T. II' des Brevets d’invention expirés, page 59. Cette invention résidé toute dans le manche du piston, qu’ils appellent bâton mécanique. Ce bâton porte un pas de vis allongé dispose
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- de manière qu’il est oblige' de faire deux tours entiers pour porter le piston au fond du cylindi-e. Le bouchon à vis qui ferme la partie supérieure du cylindre est surmonté d’un tube de six pouces de long, dans lequel est pratiquée une vis semblable à celle du manche ou bâton, et lui sert d’écrou. Une manivelle horizontale placée au bout supérieur du bâton mécanique, sert à le faire manœuvrer.
- Le 12 juin 1807, M. Boicervoise prit un brevet de 5 ans, pour une seringue à manivelle à engrenage. La différence avec la préce'denle consiste dans la manière de pousser le piston. Ici, c’est une manivelle armée d’un pignon qui engrène dans une crémaillère portée par le manche ou bâton, qui le fait monter et descendre. La garniture du piston est en buffle, au lieu qu’elle est en chanvre dans les autres seringues. Elle est décrite avec figures au même T. IV, page 126. La manivelle est verticale.
- Le 4 septembre 1807, MM. Dode et Duverne prirent un brevet de 5 ans, pour un mécanisme qui, adapté aux seringues , en fait mouvoir le piston avec facilité. Le moteur de ce mécanisme est une manivelle qui porte sur son axe une poulie jumelle embrassée par une corde croisée, dont l’une des extrémités est attachée à un crochet à l’extrémité inférieure de la tige du piston , et l’autre à une poulie logée dans h tète de cette tige. Ce mécanisme est décrit avec figures dans le même T. IV, page 148.
- Le23 août 1816,MM. Fourché etChemin, à Paris, prirent un brevet de 5 ans, pour une seringue à crémaillère et à “anclie en étain, dont le corps de pompe est tiré au banc. Cette seringue est la même que celle de M. Boicervoise ; la seule différence consiste dans la matière qui constitue le toanche ou bâton. Celui de Boicervoise est en bois, celui-ci est en étain. Il est décrit au T. IX des Brevets expirés , Page 267.
- Le 22 janvier 1808, Negassek, à Paris, changea tout-à-fait ^ système des seringues. Il prit un brevet d’invention de ans, pour une seringue de construction et de forme
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- particulières. Ce brevet, expiré en 1823, n’est pas encore transcrit dans la collection des 19 volumes des Brevets ex-pirés, dont le dernier a été imprimé en i83o ; il a été ou» blié. Nous l’avons décrit avec figures dans la collection des Annales de l’Industrie nationale et étrangère, T. XIX, page 227. Un vase en étain cylindrique, ressemblant à une grande timbale pour boire, est surmonté d’un couvercle à vis percé dans son milieu pour recevoir le manche d’un piston percé dans toute sa longueur, au haut duquel est la canule, placée au milieu d’un large et solide plateau, sur lequel on s’assied. Le tout est supporté solidement sut un pied qui l’élève à une hauteur convenable. Le poids du corps oblige le piston à refouler le liquide, qui est forcé de monter dans le manche du piston, et forme un jet d’autant plus prompt et fort, qu’on appuie davantage. C’est la meilleure et la plus commode des seringues, qui ne peut introduire aucun vent, si l’on a eu la précaution, avant de s’asseoir, d’enfoncer le piston de manière à faire monter le liquide à l’orifice de la canule. On ne répand jamais aucun liquide au dehors.
- Le piston est garni avec du chanvre ; il pourrait le garnir en buffle , comme Boicervoise , ce serait d’un plus long service. Il pourrait le garnir en cuir moulé, formant godet par-dessous; en refoulant le liquide, il tendrait à élargir l’orifice du godet, qui alors, en s’appliquant parfaitement sur les parois du cylindre, empêcherait tout suintement, et durerait sans réparation autant que ce cylindre.
- Seringue anglaise. On voit, au Conservatoire des Arts et Métiers, salle des produits anglais, une seringue de construction anglaise, d’une très petite dimension. C’est une boîte d’environ six pouces de long, elle est un peu ovale,et d’une dimension suffisante pour contenir le liquide necessaire, et même un peu plus grande. Cette boîte est h'er»e tiquement fermée ; sur sa surface supérieure paraissent dent embouchures de tuyaux placés l’un près de l’extrémité de55 longueur, Vautre vers l’autre extrémité opposée. Le pre,nKf
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- de ces tuyaux se prolonge intérieurement jusque tout près du fond de la boîte dans un petit godet qui y est pratiqué, mais ne touche pas le fond; l’autre ne dépasse pas l’épaisseur du couvercle, et est fermé par une soupape à ruban. L’un et l’autre de ces tuyaux portent une vis de six lignes de hauteur en dehors.
- Lorsqu’on a introduit le liquide par le premier tuyau à l’aide d’un entonnoir, on visse au-dessus un tuyau flexible plus ou moins long, à volonté , qui porte la canule, qu’on peut conduire où l’on veut pour atteindre le malade.
- On visse sur le second tuyau une petite pompe à air, ayant une soupape à ruban comme la première ; on injecte de l’air en quantité suffisante. Cet air presse le liquide, et le remède est pris dans un instant.
- Le 14 février 1822, M. Philippe Millien, à Paris, prit un brevet de 10 ans pour une seringue de compression et de dilatation , appelée philippine, qui fut déclarée en déchéance par ordonnance du 4 mai 1825. Elle est construite sur les mêmes principes de la seringue anglaise que nous venons de décrire. On en trouve la description dans le T. XII des Brevets «pires, page 253.
- Cnsora. M. Caïman Duverger, à Soisy-sous-Étioles, prit, h 5 mars 1828, un brevet de 5 ans pour un instrument (pt’il a nommé cfysoir, qui remplace toutes les seringues connues, et qui ne ressemble à aucune. Cet instrument est construit avec une étoffe imperméable à l’eau , sous la forme dun cône tronqué très allongé , terminé par un tuyau de six %nes de diamètre, portant une canule à son extrémité mférieure. L’instrument a environ trente pouces de long ; son S^nd diamètre a environ quatre pouces, garni d’un cercle métallique qui le tient toujours ouvert.
- On introduit la canule après avoir versé le liquide dans. ^ cône ; on élève le cône , l’eau se précipite par l’orifice canule, sort avec précipitation en un jet d’autant plus , qu’on élève le cône autant que peut le permettre la
- loi
- 'nSUeur du tuyau. On voit que l’eau agit ici selon les règles
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- de l’hydraulique, qui fait monter uu jet d’eau d’autant plus haut, que le réservoir est plus élevé. Les clysoirs en tissus imperméables de MM. Rattier et Guibal sont généralement préférés, ainsi que la seringue portative de M. Petit, rue de la Juiverie, n° 3. L.
- SERPENT (Arts physiques). Instrument à vent, qui est employé pour soutenir les chants d’église, et dans la musique militaire et d’harmonie, où il sert à donner les sons graves, ou de basse. D’après les principes de la théorie physique du Son ( V. ce mot ), les sons graves ne peuvent être pr oduits par les instrumens à vent qu’à l’aide de tubes sonores très longs; les degrés diatoniques résultent de tubes de longueurs variées, qu’on obtient en accourcissant convenablement le tube principal, c’est-à-dire en le perçant de trous latéraux. (V. Clarinette, Flûte. ) Ces conditions, en ce qui concerne les instrumens à sons graves qu’on veut rendre portatifs, exigent, comme on voit, que le tube soit replié ou courbé, et que les trous, pour que les doigts puissent les atteindre, soient, ou peu nombreux, ce qui limite beaucoup les ressources de l’instrument , ou du moins très écartés et fermés par des Clefs.
- ( V. Basson. ) Tels sont les motifs qui ont déterminé la forme du serpent, forme d’où l’instrument tire sa dénomination , et qui explique pourquoi on en tire un si faible parti dans l’exécution musicale.
- L^ serpent a la forme d’une grande S creusée dans sa longueur et ouverte aux deux bouts , percée sur le côté de six trous, dont les trois supérieurs sont bouchés par les doigts de la main gauche, et les trois inférieurs par ceux de b droite, savoir : l’index , le médius et l’annulaire. Les pouc® servent à soutenir l’instrument, et sont opposés aux trois antres doigs ; ils ne sont destinés à boucher aucun trou.
- L’instrument est composé de deux demi-tubes appü(lue’ l’un sur l’autre, de manière à former un tube compl^ Chacun est creusé dans un morceau de bois ; le noyer est plus en usage. Après avoir creusé sur chacune des deux pie^ de bois, un canal demi-cylindrique et courbé en S, qu’on eT!
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- à l’extérieur sous la même forme, on les colle l’un sur l’autre ; puis, à l’aide de râpes à bois, on continue à travailler le dehors, de manière à ne laisser qu’environ une ligne ou une ligne et demie d’épaisseur au bois. On renforce les parties concaves avec du nerf de bœuf battu, afin de l’empêcber de se rompre en ces endroits, cpui sont les plus fatigués par le poids de l’instrument, lorsqu’on le tient à la main. Enfin, le corps du serpent est revêtu à l’extérieur d’un cuir mince ou de Chagrin (T. IY, p. 3i3 ), qui sert d’enveloppe protectrice.
- On rappellera ici que la nature de la substance qui compose les instrumens à vent n’a d’influence sur le degré diatonique et la qualité du son, qu’autant que l’humidité du souffle tend à en altérer les dimensions. La perce ou le diamètre da tuyau, est aussi une des conditions d’une importance secondaire. {V. à ce sujet ce qu’on a dit à l’article Clarinette.) Seulement, pour donner plus de facilité à la poitrine de l’exécutant, il importe que ce canal soit très large , quand l’instrument doit produire des sons graves. Ces remarques suffiront pour faire comprendre au lecteur pourquoi le diamètre du canal, la nature du bois , etc., varient dans les divers serpens qui sont en usage.
- Ce bout supérieur du serpent est terminé par un cou, ou lnyau de cuivre ou d’argent, qui y est hermétiquement joint a'is, et est la continuation du tube, mais n’a que 4 ou. Slignesde diamètre. On joue l’instrument comme un Basson, par insufflation dans ce tuyau, à l’aide d’un bocal. {V. T. VI, P*Se ta. ) Ce bocal est une petite cuvette d’un pouce ou un P°nce un quart de diamètre, en .métal, dont le fond est percé 'Ion trou aboutissant à un tube qu’on entre dans l’extrémité du cou du serpent. Il faut que la jonction de ces parties toit à frottement, sans permettre le passage à l’air entre les Parois contiguës. On mouille avec la langue les bords du bocal, pour qu’il s’applique mieux sur les lèvres, surtout quand on tait rendre les sons graves, qu’on produit en bouchant tous ta trous, ménageant le vent et soufflant avec égalité.
- ta son le plus grave que donne le serpent est le si bémol;
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- on produit aussi le si naturel, Yut, Y ut dièze et le ré naturel, en maintenant tous les trous bouche's, et poussant le souffle convenablement. Cet ut naturel est à l’unisson de celui que rend un tuyau d’orgue de B pieds de long, et avec la grosse corde filée et à vide du violoncelle : c’est aussi le son le plus grave du Basson. La plupart des tons dièzes sont produits avec le serpent par le même doigté que les naturels, en ménageant convenablement le vent : on sait, en effet, que la vitesse d’impulsion du fluide est une des causes qui déterminent le ton. ( V- Son. ) Au reste , on est quelquefois oblige', pour produire les sons diézés ou bémolisés , de varier la vitesse du vent, en ne bouchant qu’à moitié le trou qui répond au ton naturel immédiatement supérieur ou inférieur. Le serpent rend, depuis le si bémol dont on vient de parler, deux octaves et une quinte (jusqu’au fa que donne la basse sur la chanterelle , en posant un doigt à la naissance du corps de cet instrument). Il se joue avec un bocal, précisément comme un Cor de chasse.
- La difficulté qu’on éprouve à ménager le vent pour produire les sons graves avec lé même doigté , a conduit les instrumentistes à ajouter deux trous au serpent, en bouchant ces trous par des Clefs ; cette modification est le seul perfectionnement qu’on y ait apporté. Au reste , les artistes qœ jouent de cet instrument ingrat en tirent un assez bon parti dans la musique d’orchestre, et nous avons entendu des pièces d’harmonie fort bien rendues dans la musique militaire des Suisses , où cet instrument était habilement employé. Cependant il est à peu près abandonné, et rempli par le suivant, qui offre bien plus de facilité et de ressources'
- Serpent a clef ou Ophicléide. C’est un long tube de lait® dont la forme est conique et très allongée , replié en de«î sur sa longueur et terminé en pavillon comme le cor. La pa,t!e étroite est contournée en forme de spires, pour que cutant puisse en atteindre, avec les doigts, une plus gram1 étendue. Les trous sont non-seulement ceux du serp®!i mais on y en a pratiqué encore neuf autres, qui sont b°tt
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- chés par autant de Clefs , dont plusieurs sont à bascule. La partie e'vasée est tournée vers le haut, pour permettre aux sons de sortir dans l’air. Quant à la manière de contourner et travailler les tubes en cuivre, V. l’article Tkompette. On y ménage, comme au cor, une pièce mobile qui y entre à tirage , afin d’accorder le diapason avec les autres instrumens. On sait que la chaleur du souffle agissant sur le tube, en fait beaucoup monter les sons , et il est indispensable d’allonger un peu le tube pour maintenir l’accord.
- Cet instrument présente les avantages du basson, surtout dans les pièces de musique qui exigent de l’énergie, et les vibrations du cuivre ajoutent à l’éclat des sons. L’ophicléide tient le milieu entre le cor et le basson, mais il n’a pas la majesté des sons du premier, et la douceur de ceux du dernier, qui d’ailleurs se joue avec une anche, tandis que le cor et l’ophicléide sont embouchés par un bocal. Ces derniers instrumens sont actuellement usités dans les grands orchestres, où leurs effets variés sont des plus remarquables.
- La musique des serpens et des ophicléides est écrite sur h clef de fa, à la quatrième ligne. Fr.
- SERRE ( Agriculture). Bâtiment destiné à la culture des plantes qui ont besoin d’être abritées des rigueurs de l’hiver. Cet édifice, d’une étendue proportionnée à celle de l’exploitation et à la nature des végétaux qu’on y cultive , doit être exposé au midi, et fermé de ce côté par des vitrages Çt’on peut ouvrir et clorre à volonté. Divers procédés sont employés pour y entretenir une température convenable, s°it à l’aide de poêles, soit par des tuyaux échauffés par la tapeur d’eau. On maintient ordinairement une température •k i5 à 20 degrés de Réaumur dans les serres chaudes; les serres Modérées sont plus souvent échauffées par la concentration ta rayons solaires, si ce n’est durant les froids rigoureux.
- Le sol de la serre est ordinairement un peu élevé au-tasus de celui du dehors ; il est indispensable d’y faire arriver de l’eau qui s’y échauffe, pour suffire aux arrosages, bâti ne doit guère enfermer un espace de plus de 5 à
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- 6 toises de long. On y construit en briques des murs eu forme d’auges, que l’on remplit de tanée, dans laquelle ou enfonce les pots où les plantes croissent. Nous ne pouvons entrer ici dans plus de détails sur un genre de constructions qui varient de mille manières. Les plantes tropicales, les palmiers, les ananas , les fleurs rares, les melons, pois, fruits de primeur sont cultivés dans les serres, et sont un objet de commerce très considérable près des grandes villes, où la richesse permet ces sortes de jouissances. ( V. les articles Bâches , Châssis, où ce sujet a déjà été traité.) Fb.
- SERRURIER ( Technologie). L’art de la serrurerie est un des plus étendus ; une multitude innombrable d’objets entrent dans les attributions du serrurier, dont le plus important et celui qui exige le plus de dextérité, de pratique et d’adresse , est la serrure , qui a donné le nom à cet art et à l’ouvrier qui l’exerce.
- Le serrurier fabrique et pose, en général, tous les ouvrages en fer forgé qui s’emploient dans les bâtimens , tous ceux qui entrent dans la construction des machines de toute espèce, et presque tous les ustensiles qui sont d’usage dans les Arts et Métiers. Il emploie le fer forgé, l’acier et souvent aujourd’hui la fonte de fer.
- L’art de la serrurerie a été décrit avec beaucoup de soin par Duhamel Dumonceau, dans la collection des Arts et Métiers publiée par l’Académie des Sciences. On trouve, dans leT.MI des Arts et Métiers de l’Encyclopédie méthodique, une description complète de l’art du serrurier, faite avec le plus grand luxe, et comprenant 168 pages in-4°, petit-texte, et 35 grandes planches gravées en taille-douce. On n’a rien oublié, dans ce bel ouvrage, pour faire connaître cet art important, au point où il était parvenu vers la fin du siècle dernier.
- Depuis quelques années, il a paru deux nouvelles descrtp* tions du même art, l’une in-folio, avec quelques plancha gravées, qu’on trouve chez M. Bance, marchand d’estampes’ rue Saint-Denis, à Paris, n° 214 ; l’autre, sous le titre e
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- Manuel théorique et pratique de l’art du Serrurier, par M. le comte de Grandpré, vol. in-i8, avec quatre grandes planches gravées. Les auteurs avaient annoncé que leurs intentions étaient de mettre l’art du serrurier au niveau des connaissances actuelles et des perfectionnemens qu’on y avait introduits depuis peu ; ils n’ont pas tenu leurs promesses, et nous allons compléter ce travail en décrivant la serrure incrochetable de Joseph Brainah, célèbre mécanicien anglais.
- Cette serrure présente plusieurs avantages très remarquables : i°. elle est incrochetable; ?.°. sa clef, quelle que soit du reste la grandeur et la force de la serrure , est d’une très petite dimension, et peut se porter comme breloque à la chaîne d’une montre; 3°. elle n’a point de garnitures ou rouets. En voici la description avec figures, PI. 49-
- Le génie inventif du célèbre Bramah ne pouvait pas rester étranger à la sollicitude universelle, qui, depuis long-temps, réclamait des perfectionnemens dans la construction des serrures. En effet, il suffisait d’examiner avec attention l’intérieur d’une serrure, pour être convaincu qu’elles ne donnent aucune garantie de sûreté. Les voleurs sont-tellement assurés de réussir dans leurs entreprises , qu’ils ont toujours les moyens de sùrmonter toutes les difficultés qui se présentent. Des [crochets qu’on nomme rossignols parviennent à ouvrir les serrures dont les gardes sont les plus compliquées, pourvu qu’ils aient assez de temps pour en essayer un plus ou moins grand nombre.
- Les malfaiteurs ne se bornent pas à cela : lorsque les gardes sont très compliquées, de manière qu’aucun rossignol ne peut leur servir, ils reviennent à la porte à plusieurs reprises , et parviennent enfin à fabriquer une clef parfaitement appropriée à la serrure, ce qui leur est extrêmement facile : il ne faut que du temps et de l’adresse, et lorsqu’ils y sont entièrement parvenus , rien ne s’oppose à la consommation du trime. Les moyens sont connus de tous les ouvriers ; cependant nous nous garderons bien de les énumérer et de les décrire, pour ne pas les faire connaître à ceux qui les ignorent. Tome XIX.
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- Bramah n’eut pas plus tôt connaissance delà construction des serrures égyptiennes , dont nos savans apportèrent des échantillons en Europe , que son génie inventif lui fit découvrir le moyen d’en appliquer le principe à toutes sortes de serrures. Il fallait en changer absolument le système, supprimer les gardes fixes , et empêcher que les personnes mal intentionnées pussent jamais parvenir à faire mouvoir le pêne sans le secours de la clef, qui seule peut jouir decette faculté. Le problème était difficile à résoudre; il ne rebuta point cet habile mécanicien , qui obtint le succès le plus complet.
- Avant de décrire la dernière construction à laquelle il s’est arrêté, et qui est celle que l’on exécute généralement aujourd’hui, nous devons faire connaître le principe sur lequel cette construction est fondée.
- Soit un cadre rectangulaire K, L, M, N, PI. 4 9, fig- i, dans les deux petits côtés duquel sont pratiquées deux entailles 0,P, daus lesquelles doit se mouvoir horizontalement un pêne G, I. Si, sur chacun de ses deux grands côtés on fait six entailles A, R, C, D , E , F, et qu’on place dans chacune d’elles une lame d’acier ou de bon fer , qui puisse se mouvoir librement et presque sans jeu dans les entailles, le pêne G, I ne pourra avoir aucun mouvement en avant ou en arrière , si ces lames se trouvent engagées dans autant d’entailles qu’on en a pratiqué dans sa longueur, vis-à-vis chacune des lames. Mais si ces lames portent, à différentes hauteurs, des entailles i, a, 3,4i G , 6, de la même profondeur dont elles s’engagent dans le pêne, celui-ci sortira avec facilité, lorsqu’on aura élevé toutes ces lames de manière que les entailles qu’elles portent se trouvent toutes dans la même ligne horizontale que marque le pêne. On produit cet effet tout d’un coup, en plaçant au-dessous des lames une clef H, H, dont les pannetons a, b, c, d, e, f, sont tous d’une longueur inégale et correspondante à la distance où les entailles des lames se trouvent du pêne G, I.
- Pour ne pas rendre cette figure trop confuse, nous n’avom pas dessiné la coulisse qui reçoit cette clef, eu la guidant de
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- manière à ne lui permettre de s’enfoncer que de la quantité nécessaire pour faire rencontrer chaque panneton sous la lame correspondante, de sorte qu’en imprimant à la clef un mouvement ascensionnel, toutes les lames s’élèvent à la fois de la quantité nécessaire pour faire dégager le pêne. Cette figure ne servant que pour la démonstration du principe, nous pensons qu’elle a été suffisamment entendue. .
- Il est facile de concevoir que, si le cadre K, L, M, N, représente une serrure entièrement fermée par deux plaques de fer saillantes en-dessous, non-seulement pour cacher le bout des lames, mais encore pour en former une coulisse susceptible de recevoir la clef H, H, sans lui permettre de s’enfoncer, dans le sens du pêne, plus qu’il ne faut pour que les pannetons se trouvent chacun sous la lame qui lui correspond , il sera impossible de dégager le pêne, si l’on n’a pas la clef qui a été faite exprès pour cette serrure. Le malfaiteur ne peut pas'apercevoir, par l’entrée de la clef, i°. le nombre de lames qu’on a pratiquées ; 2°. la distance qu’elles ont entre elles ; 3°. l’élévation à laquelle il faut porter chacune d’elles. Il lui est donc impossible d’exécuter le crime qu’il médite.
- Yoici l’application ingénieuse que Bramah a faite de ce principe.
- La fig. 6, même Planche, représente le plan du barillet, ou partie mobile de la serrure.
- La fig. 7 montre la coupe de la serrure entière.
- La fig. 8 est la plaque fixe qui empêche le barillet de tourner, dans tous les cas où l’ou ne fait pas usage de la véritable clef de la serrure.
- La fig. 9 représente, en élévation, la clef avec ses entailles et son panneton.
- ha fig. 10 montre la clef par son bout ; on y voit les entailles et le panneton.
- La fig. 11 représente le plan du pêne r de la fig. 3.
- La fig. 12 indique le dernier perfectionnement auquel Bramah s’est arrêté.
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- Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans oes sept figures, qui sont représentées ici de grandeur naturelle pour une serrure de tiroir de commode , de porte d’armoire, et même de porte intérieure d’appartement. On en construit sur une plus grande échelle, mais toujours d’après le même principe, pour les portes d’entrée , et même pour les portes cochères. On en construit aussi pour les portefeuilles , mais alors elles sont en miniature ; elles n'en présentent pas moins la même solidité.
- Pour pouvoir apprécier les avantages de cette nouvelle serrure, qui est construite sur un système tout-à-fait,différent de celui qui avait été adopté pour les serrures ordinaires, il faut bien concevoir l’effet de toutes les pièces qui la composent intérieurement. L’explication de la fig. 7 nous donnera cette intelligence.
- Un cylindre en laiton i, i, z, i, est ajusté à frottement doux dans une masse de laiton m, m, m, m, qui sert de couvercle à toute la serrure. Au milieu de ce cylindre i, que l’on nomme barillet, et dans le sens de son axe, est creusé un trou cylindrique capable de recevoir la broche p, avec son plateau t, et le ressort à boudin a, que l’on voit au-dessous de cette plaque. Cette broche peut être rivée sur le plateau inférieur du barillet, ou mieux, ajustée à vis sur ce plateau, de la même manière qu’on ajuste les broches d’acier dans les cadratures des montres à répétition, pour supporter la pièce des quarts, etc. La broche p, son plateau t, et le ressort à boudin a, sont en acier.
- Le plateau l porte un canon qui lui permet de glisser librement et sans jeu le long de la broche p, qui est parfaitement cylindrique et polie.
- Après que nous aurons décrit toutes les pièces qui composent la serrure, et que nous en aurons bien expliqué les effets, nous indiquerons les moyens de construction , afin de donner aux ouvriers des procédés d’une facile exécution.
- Le ressort à boudin a, tend continuellement à pousser h plateau t, vers le bord de la broche p , et c’est par le mou-
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- veinent de compression que la clef lui imprime , qu’elle met en prise toutes les pièces qui composent l’appareil, afin d’en obtenir les effets assurés qu’on attend, ainsi qu’on va le voir.
- La fig. 6 montre , à vue d’oiseau, la partie supérieure du barillet, sans la broche p. On y voit les huit lames d’acier l, l, l, l (i), qui constituent le jeu de la machine. Ces plaques, que l’on voit en élévation en Z, l, fig. 7 , appuient par un talon ménagé dans leur partie supérieure , sur le dessus du plateau t, et l’on aperçoit, sur chacune d’elles, des entailles b, b, à. différentes hauteurs. Ce sont ces lames qui empêchent que le barillet i, i, ne reçoive un mouvement circulaire autour de la broche p, à moins que les entailles que chacune d’elles porte ne se trouvent toutes dans le plan de la pièce d’acier circulaire c, c, pièce que l’on voit en plan (fig. 8). Ce sont les entailles faites au bout de la clef en o (fig. 9), en sens inverse de la distance où elles se trouvent de la plaque circulaire c, c ( fig. 7 ) lorsqu’elles sont toutes élevées à la même hauteur par l’effet de la réaction du ressort à boudin a ; ce sont ces entailles, dis-je, qui ramènent toutes les entailles b , b, dans le même plan de la plaque c, c, par l’effet de la pression du bout de la clef sur le plateau t, en comprimant le ressort à boudin a, jusqu’à ce que le, panneton de la clef s (fig. 9), se trouve engagé dans la rainure d, d (fig. 7 ) , d’où il ne peut sortir sans que la clef ait fait un tour entier en avant, ou qu’elle ne retourne en arrière, pour se présenter devant la seule issue qui lui est ménagée, et alors le ressort à boudin a, réagissant librement , la repousse fortement et la fait sortir d’elle-même de l’entrée de la serrure.
- (1) Le nombre de ces lames est indéterminé $ on en peut mettre 4, 6, 8, 10, 12, etc., à volonté (on n’en met ordinairement que quatre, et ceia présente une sûreté suffisante, comme on le verra plus bas). Pions en avons ‘ci placé huit, afin que, dans la fig. 5 qui représente h clef en élévation, on conçoive mieux la différente profondeur des entailles. Aussi, dans la fig. 6, n’avons-nous mis des lettres qu’aux quatre plaques qu’on, conserve.
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- Tout ce qui précédé bien entendu, il sera facile de concevoir comment s’établit la communication entre l'intérieur de la serrure et le pêne , afin de lui imprimer le mouvement de va-et-vient nécessaire pour ouvrir et fermer une porte.
- On se rappellera que nous avons dit que le barillet i, i, est cylindrique, qu’il est ajusté à frottement doux dans l’enveloppe m, m, que nous avons nommée couvercle de la serrure, et que par conséquent il peut tourner librement dans ce couvercle, qui est fixe, lorsque rien ne s’oppose à son mouvement circulaire (i).
- On voit au-dessous du barillet i. i, une vis f, taraudée dans la base du barillet, et dont la tête est cylindrique et saillante de toute l’épaisseur de la queue g du pêne r. Lorsque la clef est enfoncée suffisamment pour que son panneton puisse s’engager sous la rainure d, alors les lames d’acier l, l, se trouvent dans le plan de la plaque d’acier c, c, le barillet peut tourner librement, et la tête de la vis f, décrit un cercle.
- Dans la position dessinée sous la fig. 7, la serrure est fermée , le pêne est en avant. La fig. 11, qui indique le plan du pêne, montre la position qu’il a dans la serrure, lorsqu’elle est fermée. On y voit la place de la vis f, dans cette position. Les lignes ponctuées, dans cette figure, indiquent le chemin que parcourt la même ris en entraînant avec elle le pêne, pour lui imprimer une marche rétrograde. En tournant la clef en sens inverse, la vis appuie au point h, et elle ne peut achever sa course sans entraîner avec elle le pêne de la même quantité dont elle l’avait fait avancer lorsqu’on l’a fait agir dans l’autre sens.
- La tête de la vis v, que l’on voit dans la même figure, ne sert, en parcourant l’entaille droite e, v, qu’à empêcher le pêne de vaciller à droite ou à gauche. C’est un excès
- (1) En indiquant les moyens de construction manière de fixer ce couvercle.
- nous ferons connaît^
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- de précaution, parce qu’on verra dans les détails de construction , que le pêne est encore dirigé par le couvercle qui l’embrasse en-dehors. Cette vis v est taraudée dans le bas du couvercle, ainsi que le montre en v la fig. 7.
- On conçoit, par les détails dans lesquels nous venons d’entrer, que cette serrure est incrochetable. Sa construction ne permet pas aux malfaiteurs d’introduire aucune fausse clef, aucun rossignol ; et l’on voit qu’il n’y a aucune clef qui puisse l’ouvrir, que celle qui a été faite exprès et pour la serrure elle-même. Il faudrait que le voleur, i°. eût une clef forée d’un trou à peu près égal à la grosseur de la broche, et assez profond pour qu'il lui restât assez de profondeur, après qu’elle s’cst appuyée sur le plateau t, pour enfoncer les petites lames d’acier Z, Z, assez bas, afin que leurs entailles soient dans le même plan de la plaque d’acier c, c ;
- 2°. Qu’il devinât où doit être placé le panneton s, de la clef, pour qu’en l’enfonçant, les entailles qu’il aurait faites au bas de la clef pussent recevoir l’extrémité des petites lames d’acier 1,1; mais ce panneton peut être placé à tous les points de la circonférence du bas de la clef.
- 3°. Qu’il devinât quel est l’enfoncement indispensable à donner à chacune des entailles de la clef pour ramener l’entaille de chaque lame dans le plan de la plaque c, c ; mais il faudrait, pour cela, connaître ces enfoncemens; et quels moyens aura-t-il pour y parvenir? aucun.
- Il ne pourrait donc arriver à son but qu’autant qu’il aurait l’art et la patience de fabriquer un nombre de clefs suffisant pour en avoir une collection complète, dont chacune lui présenterait une des nombreuses solutions du problème, ce qui est presque impossible. En supposant même qu’il y fût parvenu , il faudrait encore les essayer les unes après les autres, et combien de temps lui faudrait-il pour trouver la bonne? C’est un quaterne à la loterie, et cela ne convient pas à un voleur : il s’exposerait à se laisser surprendre, et à payer chèrement sa tentative. On voit donc que l’ingénieux Bramah a rendu un service très important par Fin-
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- vention de son nouveau système de serrures, et que jusqu a
- lui on n’a rien imaginé d’aussi sûr.
- Nous croyons rendre un service aussi important aux serruriers , en leur indiquant ici les moyens faciles que l’expérience nous a appris pour exécuter avec perfection ces serrures incrochetables;
- Détails de construction.
- Toutes les parties de la serrure sont en laiton, excepté celles que nous indiquerons devoir être en acier : le pêne est en bon fer.
- On fait fondre le barillet et le couvercle, en laissant assez de matière pour les tourner et les unir. Le barillet est en deux pièces, le corps du cylindre et le fond. Le corps du cylindre i, i, fig. y, porte une saillie en retraite d, d; cette saillie sera entaillée verticalement pour recevoir le pannetons, de la clef, fig. g. Le fond du barillet se tourne à part et s’ajuste à sa place , comme l’indique la fig. 7 , et se fixe au cylindre i, i par trois vis qu’on ne peut pas voir, et dont les têtes sont par-dessous. O11 laisse un trou au centre pour le tarauder et y ajuster, à vis, la broche p.
- Le couvercle m, m, m, rn s’ajuste pareillement sur le tour, de manière que le barillet concorde parfaitement avec le couvercle, dans toutes ses parties, depuis les angles », n, jusqu’au haut. Au-dessous del’angle inférieur n, n, on laisse, tout autour du barillet, une large ouverture cylindriquec,c, nécessaire pour placer la pièce d’acier c , c, qui est en deux morceaux, comme l’indique la fig. 8, et la fixer par quatre vis n, n, n, n.
- Le couvercle ajusté ainsi avec le barillet, 011 renverse ces deux pièces ensemble, et l’on fait, sur la circonférence du barillet, une marque au niveau de l’angle inférieur »• On fait sur le tour, et à la place de la marque, avec une échoppe d’une largeur égale à l’épaisseur de la plaque d’acier c, c, une creusure d’une profondeur suffisante pour que la plaque d’acier c, c , y entre librement, et n’y soit pas gênée.
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- On passe ensuite aux entailles ne'cessaires pour recevoir les lames d’acier/, l; pour cela, on se sert d’un outil à fendre d’horloger, qu’on nomme aussi machine à diviser : on fixe sur le tasseau le cylindre par son fond, qui y est déjà ajusté, et à l’aide d’une fraise de l’épaisseur que l’on veut donner aux lames, on fend en 4, en 6 ou en 8, depuis la saillie en retraite jusqu’au-dessous de la lame qui doit le plus s'enfoncer. On sent que ces lames n’ont pas besoin de dépasser de beaucoup la plaque c, c, et pourvu que celle qui correspond à l’entaille la moins profonde de la clef conserve , dans leur plus grande ascension , un ou deux millimètres au-dessous de la plaque c, c, cela suffit, et le cylindre conserve alors une grande solidité.
- Après cela, on ajuste les lames l, l, sans leur faire aucune entaille, et on les fait jouer en présentant la clef. On sent combien cela est facile, puisqu’elle est dirigée , i°. par la broche jr; 2° par l’entaille qui reçoit le panneton s, et 3°. pâlies entailles pratiquées au bout de la clef, qui font descendre pins ou moins les lames. On enfonce la clef jusqu’à ce que le dessus du panneton s soit de niveau avec le dessus de la saillie en retraite d, d. Comme dans cette opération le barillet est séparé dju couvercle m, m, le panneton ne trouverait aucun arrêt, et la clef, poussée par le ressort à boudin qu’on a comprimé', serait repoussée par la réaction de ce ressort, aussitôt qu’on la lâcherait. Pour la tenir dans cette position, on fixe le barillet, surmonté de la clef, dans un petit outil qui l’embrasse sous son fond, et comprime la clef pardessus, à l’aide d’une vis de pression.
- Alors, avec une petite fraise montée sur un arbre et placée sur le tour, on fait, par l’ouverture circulaire pratiquée au barillet, vis-à-vis de l’angle inférieur n, n, une cutaille dans chacune des lames , assez profonde pour ne Pas gêner la plaque c, c, et pour que les lames elles-mêmes ne soient pas gênées. On doit bien sentir, et il. n’est pas nécessite de le dire, que la fraise doit être de la même épais-scur que la plaque c, c. On voit que, par cette manipulation.
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- et en formant les entailles à la clef avant de les former dans les lames, il n’est rien de plus aisé que de faire avec précision ce qui est le plus difficile dans la construction de ces serrures, et que l’ouvrier le moins intelligent peut les construire avec la même précision que l’ouvrier le plus habile.
- L’intérieur ainsi construit, il s’agit d’achever le couvercle. La fig. 12 en montre la forme extérieure en m, m ; la fig. n en indique la forme intérieure. On entaille le fond de manière à y laisser passer librement et sans jeu la queue du pêne (fig. 11). Le pêne se meut dans cette entaille comme dans une coulisse. On découpe, dans la queue du pêne, une entaille telle qu’on la voit dans la fig, 11, pour que la tête de la vis e puisse lui imprimer le mouvement de va-et-vient.
- Il s’agit ensuite de fixer le tout sur la plaque de la serrure. Pour cela, on prend une plaque de laiton fondue et coudée à angle droit A , B , C, D, E, F ( fig. 12) ; après y avoir pratiqué le passage de la tête du pêne r, on pose le couvercle à plat dessus et recouvrant la queue du pêne, et après avoir percé deux trous G, H, diamétralement opposés dans les deux blocs de matière qui dépassent la largeur du pêne, on perce des trous dans la platine B, C, D, E, on y place une vis bien faite et à tête noyée aux points G et H ; le point H ne se voit pas, il est caché par le haut du couvercle. Par cette construction, les têtes de toutes les vis sont cachées, et ne peuvent pas être saisies par le malfaiteur.
- Au lieu de ces deux dernières vis, nous préférons en mettre quatre; pour cela, nous laissons au couvercle un talon de chaque côté que les lignes ponctuées K , L, indiquent sur la patte que la fig. 12 laisse voir; on y place deux vis I, ^ le couvercle est assis d'une manière plus solide, et les vis ne sont pas aussi longues. On en fait autant de l’autre côte.
- Les trous M, M, M, M, servent à recevoir de bonnes vis pour fixer la serrure contre le tiroir, la porte de l’armojre; de l’appartement, etc. Comme la tête de ces vis est dan-l’intérieur, on ne peut pas trouver le moyen d’avoir sur 1 aucune pvise par dehors.
- • elle-
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- Lorsqu’on a à construire des serrures pour des portes d’ar-inoire, de chambre, etc., on doit disposer l’entaille pour servir d’entre'e au panneton de la clef, dans le sens perpendiculaire à la direction du pêne , en plaçant cette entrée en bas, comme c’est l’usage dans toutes les serrures.
- On fait, d’après le même système , de très grandes serrures pour les portes cochères, qui s’ouvrent et se ferment avec la plus grande facilite' par le moyen d’une très petite clef. C’est ainsi qu’on l’a pratique' pour les portes d’entre'e du palais de la Bourse, à Paris. M. Huret (Le'opold), rue Castiglione, n°3, à Paris, est l’un de nos artistes qui les exe'cute le mieux. Il y joint des secrets qui les rendent encore bien plus sures; au moyen de ces secrets, on pourrait laisser la clef sur la porte, et l’on serait assuré qu’on ne pourrait pas l’ouvrir.
- Plusieurs articles relatifs à la serrurerie sont épars dans les volumes de ce Dictionnaire ; mais le Cache-Entrée , T. IV, page 18, et le Cadenas, même volume, page 26, se rapprochent davantage de la serrure que nous venons de décrire.
- On peut consulter avec fruit la nombreuse collection du Bulletin de la Société d’Encouragement, de même que les Brevets d’invention expirés, qui contiennent la description d’une quantité considérable de serrures de nouvelle construction , parmi lesquelles on en trouve de très ingénieuses Mais nous n’en connaissons aucune d’aussi sûre, d’aussi simple, et d’aussi incrochetable que celle de Bramah, que nous venons de décrire. L.
- ®VE ( Agriculture). Liquide qui n’est presque que de leaupure, monte et descend perpétuellement dans tous les régétaux, et produit leur accroissement, celui des bourgs , des feuilles, des fleurs et des fruits. Puisée par les rcûnes ej chassée par une force de contraction due à l’action utale, la sève monte dans des vaisseaux répandus dans tout !e bois, et principalement près du canal médullaire , où ces vaisseaux sont beaucoup plus nombreux. C’est à cette at*ion qu’est dû le développement des bourgeons au priu-’emPs, époque où ce mouvement est le plus remarquable;
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- car en hiver, il est presque suspendu en totalité ; il est peu marqué durant les chaleurs de l’été, et recommence aux approches de l’automne, temps où se forment les nouveaux bourgeons, qui en paraissent être la cause principale.
- Les feuilles et les pores corticaux rejettent au dehors la partie surabondante de la sève et les gaz intérieurs ; c’est le mode d’exhalation de toutes les plantes : mais en outre, sons l’influence de la chaleur, de la lumière et de l’électricité, cette expiration est accompagnée et suivie de l’absorption; les pores des feuilles puisent dans l’air la vapeur d’eau et les gaz qui modifient la sève, et la chargent de molécules nutritives. La sève redescend alors entre l’écorce et le bois, y dép ose les particules élaborées, et les porte aussi partout où elles sont nécessaires au développement du végétal. Les dépôts formés entre le bois et l’écorce s’organisent en une liqueur nommée Cambium, qui devient bientôt un tissu cellulaire , lequel se change en une couche ligneuse superposée extérieurement à l’aubier, et en une autre coucbe intérieure à l’écorce.
- Au printemps, la sève ascendante est plus considérable; la sève d’août est au contraire plus abondante en descendant. Dupetit Thouars pense que chaque bourgeon est un être vivant qui, à mesure qu’il se développe au dehors et s’allonge en scion, implante ses fibres, sorte de racines, q® donnent au cambium l’organisation ligneuse, en se répandant sur la couche d’aubier extérieur. Tels sont les phénomènes de la nutrition des plantes, qui ont fait le sujet des recherches des plus habiles botanistes. ( V. à ce sujet le> travaux de Halles, Sennebier, Duhamel, Dutrochet, MirbeL Cassini, etc. ) On trouvera, dans le i" volume de la Fl°re française de M. DeCandole, le Dictionnaire classique d Histoire naturelle, et les autres traités spéciaux , l’exposition • expériences et des théories qui ont été proposées pour e*P quer l’accroissement des végétaux en diamètre et en haute111
- Fb.
- l’un des
- SEXTANT ( Arts de Calcul). Cet instrument est
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- plus précieux qu’on ait imaginés, pour mesurer les angles ; il est particulièrement en usage sur mer, pour prendre la hauteur des astres, leurs distances, etc. , et en conclure l’heure du lieu, la latitude, la longitude, etc. Mais le sextant u’est pas seulement utile aux marins et aux astronomes ; on peut l’employer avec avantage dans les opérations topographiques , et dans toutes les circonstances où il importe de Mesurer des angles, et Ton doit regretter qu’il ne soit pas plus fréquemment usité pour l’arpentage. ^
- Le sextant tire son nom de ce qu’il est principalement formé d’un arc de cercle de 60 degrés environ. Il est représenté fig. 2 , PI. 17 des Arts de Calcul. AB est l’arc sur lequel on lit la graduation, en observant que, par la construction de l’instrument, ainsi qu’il sera bientôt expliqué, il faut compter les demi-degrés pour des degrés, c’est-à-dire que chaque angle observé doit être doublé. Ainsi, au lieu de graver les chiffres 5°, io°, i50,.... on y inscrit les doubles io°, 20°, 3o0,.... afin d’éviter les erreurs qui proviendraient de ce qu’on pourrait oublier de doubler les angles observés. CD est l’alidade qui est dirigée comme il convient pour évaluer l’angle, et qui porte son Vernier, sa vis de pression et sa vis de rappel, pour les petits mouvemens, comme dans tous les instrumens de même genre. {V. Vis.) Ou y adapte aussi une petite loupe M ; cette loupe tourne sur un pivot brisé pour l’amener au-dessus des divisions qu’on veut lire, et à la distance focale. E est un manche en bois qui sert à tenir l’instrument à la main. Le limbe est ® cuivre , argent ou platine ; quelquefois même tout est ei> métal ; mais on préfère le buis ou l’ébène quand le sextant est de grande dimension , parce qu’il serait trop lourd et ^liguerait de son poids le poignet de l’observateur : alors le limbe est souvent gravé sur ivoire. On fait des sextans qui °ut jusqu’à i5 à 20 pouces de rayon; mais depuis qu’on a trouvé plus de précision et de facilité à se servir du cercle réflexion, dont il sera bientôt patlé, on se sert rare-ttant de sextans ayant plus de 6 pouces de rayon. On en fait
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- même qui n’ont que a pouces et demi (5 centimètres), de la forme d’une tabatière ; ces instrumens sont très propres au levé des plans , parce qu’ils sont portatifs et n’exigent le secours d’aucun aide pour mesurer les angles. Toutefois, les parties doivent être assez rigides pour ne pas se fléchir, ni être faussées.
- O est le tube d’une Lunette conformée comme celles de spectacle , ou plus souvent à deux verres convexes, lunette qui, comme on sait, renverse les objets (V. T. XII, p. 409); le tube se tire à volonté pour amener l’oculaire à la distance focale de l’objectif, selon la distance des objets : elle est fixée à la charpente qui lie le disque L au centre C, autour duquel tourne l’alidade CD.
- Avant de montrer comment on fait l’observation, il faut expliquer un effet de réflexion de la lumière, qui sert de fondement à la théorie du sextant.
- Il y a deux miroirs perpendiculaires au plan de l'instrument : un petit qui est fixé en N, dont la moitié supérieure ne porte pas d’étamage; un grand LG , qui est attaché à l’alidade , et tourne avec elle autour du centre C.
- Imaginons que l’alidade CB (fig. 3 ) soit en B sur le zéro de la graduation , et que le grand miroir LG se dirige aussi sur ce point. En tournant tout l’instrument de manière que le tube O de la lunette tende vers un objet très éloigné, rayons lumineux émanés de cet objet arriveront à 1®1 dans la direction HO , à travers la partie non étamée du petit miroir. En même temps d’autres rayons K.C, parallèles aux premiers, à cause de la grande distance de l’objet, frapper0®’ le grand miroir en C , se réfléchiront selon CN, puis seionî*® sur la partie étamée, et arriveront aussi à l’œil. Bien eu tendu que les angles de réflexion et d’incidence doivent eW égaux ( V. Réflexion ), et que par conséquent le petit roir IF doit être fixé de manière qu’on ait les an^e égaux ONF, INC ; on a aussi KCL et NCG égaux ; et puisq® d’ailleurs KC est supposé parallèle à NO, il s’ensuit que est parallèle à LG. En effet, la somme des trois angles en C e*
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- égalé à celle des trois angles au-dessus de IF (puisque chacune yaut i8o°); retranchant les angles égaux KCN, CNO, on trouve que NCG est égal à CNT, et que par conséquent IF est parallèle à LG. On reconnaît que cette condition est satisfaite, lorsqu’on trouve que l’alidade étant sur le zéro de l’arc, on aperçoit deux images du même objet, savoir, l’une directe selomfiNO par la partie non étamée, l’autre réfléchie sur la parti*tamée du petit miroir, et provenant du chemin doublement brisé KC10. Ces deux images doivent sembler en parfaite coïncidence.
- Voyons maintenant ce qui arrive quand on donne à l’alidade une autre direction CD, ce qui fait tourner d’autant le grand miroir, et lui fait prendre la position Ig : alors on ne voit plus la seconde image par réflexion de l’objet vu directement selon HO ; c’est une autre image réfléchie qui vient se présenter en coïncidence. Un objet situé dans la ligne CS, envoie un rayon CS qui se réfléchit en CI sur Ig. Il faut, pour cela, que l’angle ZCS soit égal à gUN : ce rayon arrivant selon CN au petit miroir, se réfléchit, comme ci-devant, en NO. Ainsi, on voit à travers la lunette, outre l’objet direct situé vers H, un objet réfléchi situé vers S. On en conclut qu’en tournant l’alidade LGB de la valeur angulaire mesurée par l’arc BD, on a amené en coïncidence avec le point direct H, un autre objet S qui en est distant de la valeur angulaire SCK. Or, on prouve que l’angle SCK est toujours la moitié de l’angle BCD (i) ; en sorte qu’en comptant sur le limbe les demi-degrés pour des degrés, ainsi qu’on l’a déjà dit, on voit qu’on lira en D la graduation de l’angle SCK, forme par les rayons visuels émanés de deux objets éloignés,
- ;i) En effet, l’objet S envoie le rayon SC an grand miroir, et se réfléchit ® taisant avec CB un angle e'gal à SCL. Le rayon réfléchi se rapproche dose de CB, et cessant de lencontrer le petit miroir IF, n’y éprouvé Pfos !a seconde reflexion. Ainsi l’objet S n’est point visible en O dans la boette 5 mais si Ton incline le grand miroir LG selon lg. l’angle d’inci-d occ devient SC/; l’angle de réflexion, qui doit lui être égal, devient NC# ;
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- qui sont vus l’un directement selon OH, l’autre par deux réflexions selon ONCS.
- Il est facile, d’après cela, de concevoir l’usage du sextant. Lorsqu’on veut mesurer l’arc de distance entre deux objets S et H, deux astres, par exemple, on tournera l’instrument de manière à voir par la lunette, à travers la partie non e'tamée du petit miroir, celui de ces objets qui est situe' à gMche; puis on fera tourner lentement l’alidade, jusqu’à * que l’image de l’objet S de droite soit vue dans la partie étamée de ce même miroir. On amènera ces deux objets en exacte coïncidence , ce qu’on reconnaîtra facilement en faisant balancer le sextant autour de la droite qui va à l’objet direct; puis, on lira l’arc BD que de'signe l’alidade dans cette position ; ce sera l’arc demandé.
- Lorsque la distance angulaire est à peu près connue, on fixe l’alidade sur la graduation correspondante ; puis, visant l’objet direct, on aperçoit l’objet réfléchi, et il ne reste plus qu’à produire la coïncidence ; mais si cette distance angulaire est tout-à-fait inconnue , comme il serait souvent assez difficile d’amener ainsi en coïncidence les deux objets sur le petit miroir, voici comment on opère. On place l’alidade sur le zéro, et l’on se tourne vers l’objet S qui est à droite, qu'on voit alors double, savoir : directement et par réflexion, mais dans une exacte coïncidence ; puis on manœuvre peu à peu
- et si la déviation de LG en Ig est suffisante , l’objet sera réfléchi selon Cij et par conséquent aussi selon NO : l’objet S sera donc vu en 0- Or, on a
- angle KCN = 180° — 2NCG — 180» — oN'G? - ¥cG' angle SG!N = i8oû — iSClj
- retranchant, angle SCK. = alSCg -f- 2LC/ — 2SC/ = 2LC/-
- Ainsi l’angle BGB dont le miroir a tourné, est double de celui SCK 1ufi fait le rayon primitif K.C avec le nouveau rayon incident SC. Conclut de là que P angle formé par les lignes menées du centre a deux ofyets éloignés, est égal au double de l'angle parcouru par P alidade, àep$ la position ou l'objet direct est en coïncidence avec lui-méme, jus^ celle oit il coïncide avec le second objet.
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- l’alidade, en même temps qu’on tourne l'instrument vers la gauche, de manière à conserver la vue de l’objet S par réflexion. On continue ce mouvement jusqu’à ce qu’on arrive en face de l’objet H ; alors on voit les deux objets S et H à la fois, comme on le désire.
- En tenant le sextant dans une situation verticale, on mesure de même l’arc de hauteur d’un astre ou d’une sommité, c’est-à-dire l’angle formé par une horizontale avec un rayon visuel qui y est dirigé ; mais il faut prendre alors pour limite de cette dernière, la ligne de séparation du ciel et de l’horizon, ce qui n’est praticable que sur la mer, et exige Une correction appelée dépression. On peut se servir d’un horizon artificiel quand on est dans un observatoire stable. (F.T.XVÏII, page 192.)
- Comme l’éclat du soleil blesserait la vue si l’on ne l’affaiblissait pas, l’instrument est muni de verres colorés qu’on peut interposer dans la marche des rayons. Ces verres, au nombre de deux ou trois en P, et autant en Q, sont sertis dans des cercles de cuivre mobiles sur un axe : on tourne un, deux ou trois de ces cercles, selon l’éclat de l’astre , de manière à dresser leurs verres dans le chemin que parcourent les rayons, soit entre les deux miroirs quand le soleil est vu par réflexion, soit derrière le petit miroir quand cet astre est ru directement.
- Nous avons dit qu’il fallait que les miroirs fussent exactement perpendiculaires au limbe : on a des moyens faciles de vérifier si cette condition est satisfaite (1) ; nous renvoyons aux traités spéciaux la démonstration de ce genre d’épreuve.
- (0 En se plaçant de manière à voir le limbe du sextant par réflexion dans le miroir, si celui-ci est en effet perpendiculaire au plan de l’arc gradué, °n voit cet arc réfle'cbi faire la continuation parfaite de l’arc qu’on aperçoit directement. Quand le miroir est oblique à ce plan, ces deux arcs, l’an direct, l’autre réfléchi, présentent une flexion apparente à lenr point de
- jonction.
- On a aussi deux viseurs eu cuivre (fig. 6 et 7 ), qu’on pose sur le limbe
- Tome XIX.
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- Mais ce qu’il importe de dire ici, c’est que la construction de l’appareil permet d’amener les miroirs à cette position perpendiculaire. Chacun est monté sur un petit plateau circulaire mobile , sur deux pointes diamétralement opposées, de manière à pouvoir basculer légèrement sur la ligne qui joint ces pointes. Une vis de rappel détermine l’étendue du mouvement qu’on veut donner au miroir, qu’on amène ainsi à être perpendiculaire au limbe. ( P'. K, fig. 5, qui représente cette disposition. )
- S’il est indispensable que les miroirs soient perpendiculaires au plan du limbe, il ne l’est pas qu’ils soient parallèles quand l’alidade est sur le zéro de la graduation, condition qu’on peut d’ailleurs facilement remplir, si l’on veut, en manœuvrant une vis qui fait pirouetter le petit miroir sur son axe. Lorsque ce parallélisme ne subsiste pas, on note le degré sur lequel l’alidade s’arrête quand il a lieu, c’est-à-dire quand un objet coïncide avec sa propre image réfléchie : cette quantité angulaire est ce qu’on appelle la collimation; il faut ajouter ou ôter cet arc à tous les angles observés, selon que l’alidade est à gauche du zéro, ou à droite, quand cette coïncidence a lieu. On a même soin de prolonger de 2 à 3 degrés, à gauche, Tare gradué, afin d’évaluer cette correction quand elle est additive. Ainsi, supposons que la coïncidence ait lieu, l’alidade étant de n5 minutes à gauche du zéro ; il faudra ajouter z5 minutes de collimation à tous' les arcs qu’on observera, parce que le zéro de cet arc doit être transporté, par la pensée, 25 minutes à gauche du zéro numéroté de l’instrument, et les arcs doivent en effet être comptés de ce zéro fictif.
- Quand la lunette est à deux verres convexes, on a coutume
- de manière que l'un cache à l’œil l’image de l’autre vue par réflexion- P°or qne le miroir soit perpendiculaire au plan, il faut que les arêtes du vise01 vu par réflexion soient juste le prolongement de celles qu’on voit Air*^ ment. Ces viseurs se logent dans des cases de la boîte du secteur, p°nrs servir au besoin.
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- d’y fixer un Réticule ayant deux fils parallèles situés à distances égales , l’un à droite, l’autre à gauche du foyer des verres, afin de faire l’observation de la coïncidence de l’image avec l’objet au milieu de cet espace. Le canon de la lunette doit toujours être parallèle au plan du limbe : il est tenu dans un tuyau fixé à la charpente , et ce tuyau est susceptible d’un mouvement qu’on donne avec des vis de rappel V et R (fig. 5 ), de manière non-seulement à produire ce parallélisme , mais aussi à éloigner plus ou moins la lunette du limbe, pour que Ton puisse augmenter ou diminuer à volonté la quantité de lumière de l’image réfléchie, en faisant en sorte que la partie étatisée du petit miroir occupe une plus ou moins grande partie du champ de la vision.
- On doit toujours tenir le sextant de manière que son plan soit parallèle à celui qui joint l’œil aux deux objets dont on cherche la distante angulaire. Nous ne pouvons entrer ici en détail sur les seins à prendre pour faire de bonnes observations avec le sextant, notre objet étant essentiellement d’en indiquer la construction. {V. Astronomie de Biot, T. I, page 36o. ) Nous ajouterons seulement qu’il faut que les deux surfaces du grand miroir soient exactement parallèles, quoique , quand cette condition n’a pas lieu, il soit facile de mesurer leur déviation, et d’en tenir compte par le calcul : mais il est préférable de n’avoir pas besoin de faire cette correction. Les verres colorés qui servent à affaiblir l’éclat du soleil, doivent aussi avoir leurs deux faces parallèles. On comprend, en effet, que les rayons ne conserveraient pas leur parallélisme après avoir traversé les verres, ainsi que cela doit être pour l’exactitude des observations. En général, b précision d’un sextant dépend beaucoup de la justesse des miroirs, et l’ouvrier doit s’attacher à en bien régler la disposition et les ajustemens. Il faut surtout que l’alidade soit ben centrée par rapport à l’arc gradué , et que les divisions fie cet arc soient justes. ( V. Machine a diviser. )
- Quand le sextant n’est pas employé, on le protège contre les accidens , en l’enfermant dans une boîte , ouvrage d’ébé-
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- nisterie, dans laquelle les diverses pièces sont contenues sa fis ballottement. 11 en faut dire autant de l'instrument que nous allons de'crire. 11/1
- On a transporté au sextant les avantages du cercle répétiteur, en formant son arc d’une circonférence entière, qu’on divise en 720 parties égales, dont chacune vaut 1 degré. C’est à Borda qu’on doit l’invention du cercle de réflexion, représenté fig. 4 et 5 : comme cet ingénieux instrument offre une bien plus grande précision que le sextant, et n’est pas d’un usage plus difficile , les marins le préfèrent à celui-ci, quoiqu’il soit plus coûteux. Il n’est pas plus lourd à la main, parce qu’un cercle de 6 à 8 pouces de rayon remplace, et au-delà , pour la précision, un sextant de 2 pieds, et est bien plus aisé à manier.
- Les deux règles O et B sont mobiles autour du centre, indépendamment l’une de l’autre, et sont placées sur le limbe de manière à ne pas gêner leurs mouvemens réciproques. L’une BC est une alidade percée d’une petite fenêtre dont le bord interne est divisé en vernier, de manière à pouvoir évaluer les fractions de minute : le bout débordant le limbe et passant au-dessous est façonné en mâchoire, de manière à le saisir et le serrer par une vis de pression. Il y a-en outre une autre vis parallèle au plan du cercle, qui sert aux petits mouvemens. Cette partie de l’appareil est conformée selon les procédés ordinaires. {V. Yis de rappel-! L’autre règle 00 porte de même sa mâchoire et sa vis de rappel, et une lunette astronomique 00 avec deux fils parallèles sur le réticule intérieur, et deux vis Y et R. qui servent à la mettre parallèle au limbe, et à l’en éloigner d’une petite quantité, précisément comme nous l’avons explique pour le sextant. Un manche se visse en dessous, pour tenir l’instrument par son centre.
- Il y a deux miroirs LG, IF, perpendiculaires au limbe, et munis des vis qui servent à les amener à cette position: 1 un est fixé à l’alidade, immédiatement au-dessus du centre de rotation, et se meut quand on tourne cette alidade; l’autre r !
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- dont la partie inférieure est seule étamée, est arrêté vers le bout de la règle qui porte la lunette. Il y a des verres colorés destinés à obscurcir l’éelat des rayons solaires ; les uns en H s’interposent dans le cours des rayons réfléchis ; les autres K se placent devant les rayons directs. On se sert de celui de ces systèmes de verres qui convient à l’observation qu’on veut faire, selon que l’image solaire est réfléchie ou directe, et on les double quand eette image est très éclatante. S’il s’agit d’observations terrestres, ces miroirs sont nuisibles, et on les ôte, en les faisant tourner sur l’axe qui les porte. Il est inutile de répéter que les verres doivent avoir leurs deux faces parallèles.
- Cette description suffira pour faire comprendre la construction du cercle de réflexion, et l’on verra bientôt comment ces pièces doivent être fabriquées et ajustées pour fonctionner avec aisance, et donner des résultats exacts. Yoici l’usage qu’on fait de cet instrument.
- Supposons qu’on ait fixé la lunette 00 sur le limbe dans une position quelconque-, en visant à un objet éloigné situé dans la direction CX, on l’apercevra à travers la partie non étamée. Si l’on fait tourner l’alidade BC pour l’amener à la position où le grand miroir LG est parallèle au petit IF, il suit de ce qui a été dit précédemment, que l’objet X se réfléchira sur le premier miroir LG, puis sur le deuxième 1F, puis enfin selon l’axe optique 00 ; d’où résulte qu’on verra une autre image du même objet, qui sera en parfaite coïncidence avec la directe, du moins si les miroirs sont exactement perpendiculaires au limbe, et si ce limbe est dans le plan des deux objets et de l’œil. Un léger balancement de l’instrument suffit pour s’assurer de cette coïncidence.
- Maintenant,, si l’on amène l’alidade dans une autre situation BC, sans cesser de voir le signal direct X, les objets environnans qui sont situés dans le plan du limbe enverront des rayons au grand miroir, qui les réfléchira, en faisant l’angle de réflexion égal à l’angle d’incidence. Tel de tes objets serait ainsi vu du point M, parce que le rayoti
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- réfléchi serait CM. Or, parmi ces objets, il y en a un qui sc réfléchit selon CN, et par conséquent selon NO, lequel est vu en coïncidence avec le signal direct ; l’angle de distance de ces deux objets est, ainsi qu’on l’a déjà dit, le double de celui qu’a décrit la ligne BC , par le fait de l’excursion de l’alidade , en passant de la première position à la deuxième. Si on lit les graduations des deux points d’arrêt de l’alidade, leur différence sera donc l’angle de distance des deux objets, puisque les demi-degrés comptent pour des degrés sur le limbe.
- Ainsi, fixez l’alidade B sur le zéro de la graduation ; dirigez ensuite la lunette , en faisant tourner sa règle sur le limbe, de manière à avoir la double image directe et réfléchie d’un objet éloigné X ; les deux miroirs seront alors parallèles; puis détachez l’alidade et faites-la tourner jusqu’à ce que l’image réfléchie d’un autre objet soit vue dans la lunette par réflexion ; lisez l’arc que marque le vernier dans cette nouvelle position ; ce sera la mesure de la distance angulaire des objets.
- Jusqu’ici, le cercle n’a absolument aucun avantage sur le sextant, dont il a fait la fonction : mais si vous prenez pour ze'ro de la division le point où l’alidade vient d’être arrêtée, vous pourrez recommencer l’opération et avoir une seconde valeur de la distance. Ainsi, détachez la règle delà lunette, et faites-la tourner jusqu’à ce que vous aperceviez deux images en coïncidence de l’objet X, directement et par réflexion ; les deux miroirs seront redevenus parallèles. Fixez la règle de la lunette sur le limbe, détachez-en l’alidade, et faites-la tourner jusqu’à ce que, outre l’objet X qui est vu directement, vous aperceviez l’autre objet par réflexion; fixez alors l'alidade, et lisez la graduation qu’elle indique; ce sera le double de votre distance angulaire. Une troisième observation semblable donnera le triple de l’angle, et ainsi de suite. Si l’on a répété dix fois la même manœuvre, on lira l’arc indiqué, on en prendra le dixième , et ce sera la distance cherchée. Cette distance sera beaucoup plus exacte
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- que- ne l’aurait donne'e une seule observation, parce que non-seulement les erreurs de pointé se compensent probablement , mais en outre celles de division du limbe s’entre-de'truisent. ( V. Cercle répétiteur. ) On ne lit pas ordinairement la graduation après chaque observation; il suffit de lire l’arc final, et d’en diviser la valeur par le nombre des observations.
- Il est très aisé d’amener les miroirs à la position parallèle ; mais il ne l’est pas autant de faire coïncider les images des deux objets. Pour faciliter l’observation, quand une fois la première a donné l’arc cherché, on a coutume de fixer au cercle un second cercle muni d’un curseur ; comme on vient de connaître la position que doit prendre l’alidade, du moins à fort peu près, on fixe le curseur, avec une vis de pression , sur ce cercle, de manière à faire arrêt. On pousse l’alidade jusqu’à cet arrêt, et l’on est assuré de voir, par réflexion , le deuxième objet ; il ne reste plus qu’à tourner la vis de rappel pour produire la juste coïncidence des deux images. Fr.
- SIDÉROGRAPHIE ( Technologie). Nom que MM. Perkins, Fairman et Heath donnèrent à un nouveau procédé de gravure sur acier de leur invention ; nous l’avons décrit au mot Gravure sur acier, T. X, page 344- L.
- SIDÉROTECHNIE (1). Ce mot, dérivé du grec (<ni'iiç<>;,fer, et r’îyj/j} art ) , est employé pour désigner l’art de travailler le fer. Les principales opérations en usage pour retirer le fer de ses minerais ayant été décrites aux articles Fer et Fonte de ce Dictionnaire, nous donnerons seulement ici quelques détails sur les phases successives que le travail du fer a éprouvées depuis que l’on possède des notions positives sur la fabrication de ce métal.
- La découverte du fer remonte à une époque qu’il est im-
- (0 M. Hassenfratz a donné sous ce titre un Traité complet, en 4 vol. m-4», de l’Art de traiter les minerais de fer, pour en obtenir de la fonte, du fer «de l’acier. Firmin Didot, r8i2.
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- possible d’assigner. On sait seulement, d’après Hésiode, qu’il y a trente-deux siècles environ , il existait dans l’île de Crète des forgerons qui fabriquaient le fer et l’acier-et les e'changes que ce peuple faisait de ces métaux, lui avaient acquis une grande réputation. Du reste, si nous avons la certitude que le fer était connu dès cette époque, nous n’avons aucune idée des opérations alors en usage pour l’extraire de ses minerais. Pline, Aristote, Diodore de Sicile, n’indiquent que d’une manière très vague les procédés employés de leur temps, et nous ne les connaissons avec quelque détail que depuis l’ouvrage publié en i556, par Agricola, sous le titre de Be metallica : suivant la fusibilité et la richesse des minerais, on employait alors deux méthodes différentes, qui donnaient l’une et l’autre du fer métallique directement. Lorsque les minerais étaient très fusibles, on les fondait dans des petits foyers semblables aux forges catalanes. ( V. Fer. ) Quand ils étaient moins fusibles , on les traitait dans des fourneaux de 3 pieds de haut sur 5 pieds de large ; le minerai concassé était jeté avec du charbon par le gueulardj des charges successives remplaçaient le minerai fondu et le charbon brûlé. La combustion était activée par des soufflets à main, qu’un homme faisait mouvoir. Après douze heures d’une forte chaleur, on coulait les scories, et l’on trouvait au fond du fourneau une masse de fer que l’on portait sous le marteau, pour y être cinglé.
- Le peu de hauteur des fourneaux dont nous venons de parler ne permettait pas de fondre indistinctement tous les minerais de fer; on reconnut bientôt qu’en élevant successivement les fourneaux , on pouvait fondre des minerais de moins en moins riches ; on porta ainsi la hauteur des fourneaux d’abord à 6 pieds , ensuite à io , à 12 pieds , puis de a5 à 3o pieds. hauteur qui est encore celle de la plupart des fourneaux au charbon de bois. Ces changemens dans les dimensions du fourneau en nécessitèrent dans la conduite de l’opération; k quantité de scories étant considérable, on fut obligé de le5
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- retirer à mesure que la fusion s’opérait, ce qui exigea que le fourneau fût disposé de manière à ce qu’il pût y avoir un écoulement constant de matières fondues ; le métal, beaucoup plus pesant que lés scories, se réunissait dans le fond du creuset, d’où on le faisait sortir à des époques déterminées. Ce changement dans la fonte du minerai, en apporta d’immenses dans le travail du fer : d’abord la quantité d’air nécessaire pour alimenter ces fourneaux étant très grande, on fut obligé de remplacer les soufflets à main par d’autres beaucoup plus puissans et mus par des machines ; ensuite le métal obtenu ne possédait plus la ductilité du fer métallique, il était plus fusible que lui ; c’était, à bien dire, une substance nouvelle , susceptible d’emplois nouveaux, à laquelle on donna le nom de fer fondu ou fonte. Ces propriétés étant dues à une certaine quantité de carbone et le silicium combiné avec le fer, pour ramener ce métal à l’état de pureté , on le soumet à une seconde opération désignée sous le nom d'affinage , qui a pour but d’enlever les matières étrangères qui existent dans la fonte. ( V. l’article Fer. )
- Le bois et le charbon de bois furent long-temps les seuls combustibles en usage. Yers la fin du dix-septième siècle, M. Surtevant inventa le procédé de la fabrication du fer avec la houille ; ses essais ne réussirent pas alors complètement; ce ne fut qu’en 1619 que Dudley établit, à Worcester, les premières forges qui livrèrent au commerce de la fonte fabriquée avec du coke (houille carbonisée). Quelque importante que fût cette découverte , les guerres civiles, en détruisant les établissemens de Dudley, firent tomber ses procédés dans l’oubli : ce ne fut qu’en 174° qu’ils reprirent. La découverte des machines à vapeur et leur application aux usines, en permettant d’établir les forges loin des cours d’eau, donna an élan nouveau à ce genre d’industrie , et une nouvelle ère commença pour elle, ce changement ayant plus que décuplé la production du fer.
- La substitution de la houille au charbon de bois, généré en Angleterre, n’a lieu en France que dans quelques lo^
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- calités privilégiées. C’est à l’absence, ou mieux à l’éloignement de ce combustible des lieux où l’on exploite le minerai de fer, qu’est due la grande différence de prix dans la fabrication du fer en France et en Angleterre, et non comme on se plaît généralement à le répéter, à la supériorité des procédés anglais sur ceux usités en France. Nous avons prouvé, au contraire, à l’article Fonte , que la consommation en combustible et en minerai pour ioo kilogrammes de fonte, est souvent moindre dans les usines françaises que dans les usines anglaises ; malheureusement il y aune différence énorme dans le prix des matières premières ; le minerai de fer et la houille se trouvent, en Angleterre, toujours réunis dans les mêmes gisemens , tandis qu’en France , il n’y a que peu de localités qui présentent ces circonstances favorables. Le seul moyen pour diminuer d’une manière notable les frais de fabrication du fer dans notre pays, est de consacrer à la production de la fonte la plus grande partie de l’immense quantité de charbon de bois consommée annuellement dans nos forges, et d’exécuter la transformation de la fonte en fer au moyen de la houille. Malgré le capital énorme que nécessitent l’érection et le roulement d’une forge à l’anglaise, ainsi que les frais de transport de la fonte , il n’en est pas moins certain que l’établissement d’usines de ce genre apporte une économie de près d’un tiers dans la fabrication du fer. D.
- SIFFLET ( Arts physiques). C’est un tuyau cylindrique fort court, bouché à une extrémité, et muni à l’autre dnn appareil semblable à celui de la Flûte a bec ( V. Anche) : c est un bouchon portant sur le côté un canal étroit, pour ne laisser passer qu’une petite quantité d’air, avec une extrerne rapidité ; ce bouchon ferme l’autre bout du tuyau ; mais en face de ce canal, le tuyau est ouvert d’une lumière sur le côté, et porte un biseau, sur lequel l’air qu on m souffle vient se briser et entre en vibration. On a soin supprimer la partie du bouchon et du tube qui étant opposee au canal, est inutile à l’effet, afin que l’on puisse plus al sèment saisir le sifflet entre les lèvres ; car, comme d ^aut
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- précipiter vivement le souffle, le vent ne doit pas pouvoir s’échapper en dehors du sifflet ; il convient donc que sa forme soit tronquée en chanfrain dans cette partie.
- Du reste, le tube étant extrêmement court, il suit de ce qui a été dit à l’article Son , que le ton produit est très aigu, et se fait entendre au loin. Le sifflet sert en mer , à la chasse, etc. , où le son qu’il rend domine le bruit des vents et le tumulte des lieux. Lorsqu’on souffle dans le trou d’une clef forée, et qu’on dirige le vent de manière à le briser vivement contre le bord du trou, pour exciter des vibrations dans la colonne d’air, on rend précisément le même son qu’avec un sifflet. Fr.
- SIGNAUX. La nécessité où l’on se trouve souvent de faire connaître des avis au loin et hors de la portée de la voix, a conduit à convenir de certains signaux qui puissent équivaloir à la parole. C’est ainsi que le son d’une cloche appelle les hommes à l’ouvrage ; le bruit du canon indique la détresse ou de certains commandemens ; des pavillons de diverses couleurs , des flammes, des feux, des fanaux, sont des signes aussi intelligibles pour les gens de mer, que des ordres écrits ou transmis par le porte-voix. C’est une des études du marin, que d’apprendre cette espèce de langage , pour le parler et le comprendre avec facilité. Comme ce genre d’instruction sort des limites que nous nous sommes prescrites, nous renverrons aux traités spéciaux sur cette matière. Cependant, pour faire comprendre comment on peut s’interroger et se répondre par des signaux, nous citerons un seul exemple de ce procédé.
- Comme les navires ne peuvent entrer dans la plupart des ports de mer qu’après en avoir reçu la permission , et lorsqu’il y a assez d’eau dans la passe pour suffire au tirant, dès qu’on aperçoit un bâtiment au loin sur la mer , la rïgie lui demande quelle est sa nation, le lieu d’où il vient, °ù il va, s’il a des malades à bord, etc. A l’entrée du P°rt, une perche très élevée porte à son sommet des poulies Pour hisser le pavillon rouge , qui annonce que la marée est assez haute pour permettre l’entrée. On a même adopté
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- dans les principaux ports, tels que le Hâvre, une méthode très simple pour faire connaître combien il y a d’eau dans la passe. De grosses boules noires sont successivement hissées en haut du mât, et le nombre de ces boules marque combien il y a de pieds d’eau dans la passe. A cet effet, on a grave' une échelle numérotée où le niveau de la mer indique cette élévation ; et un préposé, attentif aux mouvemens des eaux , monte ou descend une de ces boules chaque fois que la mer a monté ou descendu d’un pied. Chaque navire peut apercevoir de loin s’il y aura assez d’eau dans la passe lorsqu’il y sera arrivé pour entreprendre d’entrer dans le port. Dès que la mer est entièrement basse, la flamme est ôtée, et l’absence du signal suffit pour constater ce fait.
- Comme le langage des signaux de mer est conventionnel, il peut arriver qu’il varie selon les temps et les lieux, quand on veut qu’il ne soit entendu que de celui à qui il s’adresse : mais, sauf ce cas particulier, les nations civilisées sont d’accord de ceux de ces signaux qui les mettent en correspondance réciproque; ce sont des signaux invariables.
- Les communications sur terre ont besoin d’être plus expresses et plus étendues ; il faut que les ordres donnés ne puissent pas être altérés dans les expressions mêmes qui les indiquent. L’invention des télégraphes a permis de transmettre avec rapidité et à de grandes distances les avis et les coinmandemens comme s’ils étaient écrits. ( V. Télégraphe.)
- On a imaginé récemment un procédé qui serait encore plus rapide, qui consisterait à employer des tuyaux souterrains allant d’un lieu à l’autre ; on sait qu’en prononçant des pa* rôles à l’entrée d’un tuyau, on les entend très distinctement a l’autre ouverture. Ce mode de communication est usité dans un assez grand nombre de maisons particulières , pour transmettre des avis sans déplacement. Les sonnettes qui serrent à appeler les domestiques n’ont pas cet avantage, et il serait utile de voir multiplier ces appareils, qui conservent au son de la voix toute son intensité, parce qu’il ne se dissipe pa dans l’espace.
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- SILLET. 333
- On pourrait communiquer la voix à de grandes distances à l’aide de longs tuyaux souterrains. M. Biot a fait à cet e'gard des expériences concluantes. Selon ce savant, une colonne d’air contenue dans des tuyaux de 961 mètres de longueur (presque un quart de lieue), portait la parole avec une extrême fidélité ; « la voix la plus basse , dit-il, était entendue à cette distance, de manière à distinguer parfaitement les paroles et à établir une conversation suivie. Je voulus déterminer le ton auquel la voix cessait d’être sensible, je ne pus y parvenir. Les mots dits aussi bas que quand on parle à l’oreille, étaient reçus et appréciés; de sorte que pour ne plus s’entendre, il n’y aurait eu absolument qu’un moyen, celui de ne pas parler du tout. » Assurément ce procédé pourrait servir de Télégraphe, dont rien n’égalerait la rapidité.
- Fr.
- SIGNET ( Technologie). Terme de relieur. C’est un petit ruban très étroit d’une couleur quelconque, dont on colle un bout d’un demi-pouce de long, sous la tranchejile, du côté de la tête. Lorsqu’il est collé , on le coupe d’une longueur d’environ deux pouces plus grande que le volume. Le signet sert à marquer l’endroit où l’on est resté du volume après la lecture. L.
- SILLET. Le son que rend une corde sur un instrument est déterminé par la tension, la grosseur, la nature et la longueur de cette corde : or, pour que cette longueur soit exactement fixée, on colle en haut du manche une petite barre transversale, sur laquelle chaque corde presse dans une rigole qui la reçoit. Cette barrette est ce qu’on appelle le sillet ; elle a pour objet non-seulement d’élever les cordes an peu au-dessus du manche pour qu’elles n’y frisent pas en vibrant, et que les doigts n’aient pas trop d’effort à exercer pour presser ces cordes sur le manche ; mais encore de déterminer la place que ces doigts occupent pour que les cordes rendent les tons différens que le musicien veut produire , tons qui dépendent alors seulement du degré de raccourcissement qu’on lui donne par la pression. Le violon,
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- l’alto, le violoncelle, la contre-basse , ont un sillet en ivoire près des chevilles. La guitare en a même dix à douze, qui traversent le manche, chacun au lieu convenable pour que le doigt appuyant sur les cordes un peu au-dessus, elles rendent les tons voulus. ( y, Cordes vibrantes. ) Fs.
- SILO ( Agriculture). La conservation des grains est un des soins les plus importans du fermier. Il y a de si grands avantages attachés à conserver les céréales produites dans une année où elles sont abondantes et à bas prix, pour les verser dans le commerce dans les années malheureuses, que cet art a de tout temps fait le sujet des recherches des agriculteurs et des commerçans de blé : la tranquillité et le bonheur publics sont liés à ce genre d’industrie, et nous ne sommes plus dans le siècle où l’on flétrissait du nom A’accapareurs les hommes qui se livrent à ces opérations. En diminuant la masse vénale des grains sur les marchés dans les années fécondes, on en soutient les prix, qui tomberaient au-dessous de la valeur à laquelle les fermiers peuvent retirer les frais de leurs exploitations ; et en fournissant, après les mauvaises récoltes, les blés conservés , on évite les maux de la disette et d’une cherté trop grande.
- Les gerbiers, les greniers, sont des moyens imparfaits de conservation des grains, parce que les mulots, les insectes et les autres animaux y causent des pertes considérables, outre les soins perpétuels qu’il faut y donner. Il y a des pays où l’on conserve très bien le blé dans des puits creusés dans le roc : c’est sans doute ce qui a donné l’idée d’amasser le grain dans des fosses, qu’on garantit des contacts.de 1 humidité et de l’air ; ces fosses, appelées silos, ont été reconnues très propres à servir de magasins. Après avoir battu et nettoyé le froment, on l’entasse dans une fosse profonde, de dimension calculée sur le volume qu’on veut conserver. On choisit pour cela un sol argileux , dur, homogène et im pénétrable à l’eau ; on y creuse une fosse , dont on soutient les terres par un revêtement en pierre : par économie, on ne fait même pas les frais de cette bâtisse, on se contente
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- SILO. 335
- dessécher les parois en brûlant de la paille dans le trou, ce qui durcit le sol et le rend compacte.
- On étend au fond de la fosse un lit de paille, et l’on y verse le grain, en le tassant. A. mesure que le tas s’élève, on dispose de la paille sur le pourtour, afin que le grain en soit de toutes parts entouré. Le blé doit être d’abord desséché le plus possible, et de bonne qualité. Les charançons et autres insectes qui pourraient s’y trouver, meurent, ou du moins ne s’y peuvent reproduire. Quand la masse est arrivée à ?. pieds en contre-bas du niveau du terrain, on la recouvre d’un lit de paille, et l’on tasse de la terre par-dessus, de manière à former un monticule , pour que les eaux pluviales ne puissent y séjourner et s’infiltrer.
- C’est ainsi qu’en Espagne, en Hongrie, etc., on conserve durant plusieurs années, des quantités considérables de froment : on y donne le nom de matamores à d’immenses silos creusés à 80 pieds de profondeur dans des sols choisis. Ces caves sont plancheyées de tous côtés, et remplies de blé jusqu’à 70 pieds de hauteur. Les 1 o pieds restant entre le plancher supérieur et le niveau du sol sont comblés avec de la terre, qu’on laboure et ensèine comme tout le reste du champ, et qui produit sa récolte de céréales. L’égalité de température, la privation d’air et d’humidité, suffisent pour empêcher les altérations du grain. M. de Lasteyrie, dont les sentimens philantropiques sont connus, a contribué à importer en France l’heureuse invention des silos. M. De Cazes et M. Ternaux ont fait à ce sujet des expériences nombreuses et concluantes, qui ont prouvé l’efficacité de ce procédé dans notre climat. Le pain qu’on fait avec le grain conservé dans nn silo est au moins aussi bon que celui qui est le résultat des moyens de conservation accoutumés ; mais les frais n’y sont pas à beaucoup près aussi considérables qu’en suivant ces derniers procédés. Le déchet qu’on éprouve est très faible , et l’intérêt du capital ainsi enterré est amplement compensé par les bénéfices de la vente, dans une année de disette.
- On a essayé d’enfermer le blé dans des coffres ; mais l’ex-
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- périence n’a pas été complètement satisfaisante; au bout d’une année, la masse de blé a été plus ou moins altérée. M. Dejean a imaginé de remplacer les coffres par des caisses en plomb, dont il soudait hermétiquement les joints. Ces chambres ont le désavantage d’être très coûteuses ; leur poids est aussi un inconvénient, parce qu’on ne peut les loger dans les greniers. Du reste, cette méthode a parfaitement réussi, et peut être employée pour les approvisionnemens des forteresses.
- (F. le Recueil lithographié des machines d’Agriculture, par M. de Lasteyrie, et les Bulletins de la Société d’Encoura-gement.) Fs.
- SIMILOR ( Technologie). C’est un alliage de cuivre et de zinc, qui a l’apparence de l’or. ( V. Chrysocalque, T. T, page a65. ) L.
- SIPHON (Arts physiques). C’est un instrument ordinairement en verre, quelquefois en métal, formé d’un tube deux fois coudé, de manière à avoir deux branches à peu près parallèles réunies par une courbure. {T. fig. 1 à 7, Pb J" des Arts physiques. ) La propriété du siphon consiste en ce que si l’on remplit totalement ce tuyau d’un liquide, en tenant les orifices en haut, et qu’ensuite on renverse le tout, les orifices tournés en bas , en plongeant l’un dans un réservoir qui contient un liquide quelconque , l’écoulement se produira par l’autre orifice, pourvu qu’on satisfasse à certaines conditions, et particulièrement que l’orifice d’écoulement soit plus bas que le niveau du réservoir. Tant que ce niveau sera élevé au-dessus de l’orifice de sortie, le liquide pourra ainsi monter dans la branche qui y est plongée! suivre la courbure, redescendre dans l’autre branche ctse-couler au dehors : c’est pour cela qu’on donne à la branche d’écoulement plus de longueur qu’à celle d’ascension.
- L’explication de ce phénomène physique est facile. SUP" primons d’abord par la pensée la partie FD (fig- 0
- branche extérieure qui descend au-dessous du niveau
- 0F<h>
- liquide. La pression atmosphérique, qui agit également
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- SIPHON. 33 7
- les deux colonnes BE, BF, est la même ; elle est diminuée des poids égaux de ces colonnes; ainsi les forces sont égales des deux côtés, et il ne se produira aucun mouvement, à cause du parfait équilibre qui subsiste par l’intermédiaire du liquide. Mais lorsqu’on restitue au siplion sa branche FD, comme rien ne soutient plus cette colonne, le liquide devra tomber en D, avec la vitesse due à la hauteur FD, c’est-à-dire comme s’il eût descendu de F en D. Les choses sont dans le même état que lorsque deux forces inégales sont opposées ; l’une, qui est la pression de l’air en E moins le poids de la colonne BE ; l’autre, cette même pression en D moins- le poids de la colonne BD : cette dernière force est moindre que la première du poids de la colonne FD ; elle sera donc surmontée , et le fluide s’écoulera vers D ; mais le liquide ne pourra pas éprouver de solution de continuité , car il se produirait un vide qui, détruisant la communication entre les forces, laisserait à chacune son action propre, et le fluide se précipiterait dans cet espace vide ; la puissance la plus grande agissant sur le réservoir, le liquide montera de ce côté pour remplir le vide. On voit donc que l’écoulement se continuera, du moins tant que le niveau EF ne descendra pas au-dessous de l’orifice À, qui est le plus élevé.
- On remarquera que deux conditions sont ici nécessaires : la première , que l’air ne puisse s’insinuer en D pour diviser la colonne liquide, car alors les conditions seraient changées, et chaque colonne retomberait de son côté, en vertu de la pression de cet air qui ferait équilibre à celle de l’atmosphère, et ne laisserait plus que les poids des colonnes, que rien ne soutiendrait au-dessus du niveau. C’est pour éviter ce défaut qu’on a coutume de faire le canal d’un petit diamètre , pour que l’adhérence du liquide aux parois s’oppose à l’entrée de l’air. On peut aussi faire plonger l’orifice D dans un réservoir dont le niveau est inférieur.
- Le second obstacle aux effets du siphon, est que la colonne AB ne doit pas être assez haute pour que son poids dépasse celui de l’atmosphère. Ainsi, un siphon dont la Tome XIX.
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- partie AB aurait plus de iom,4 (32 pieds), ne pourrait transvaser de l’eau; elle ne peut avoir plus de 76 centimètres ( 28 pouces ) quand l’on veut soutirer du mercure ; pour l’acide sulfurique, la hauteur n’est que de f^i centimètres, etc. Du reste , la pression atmosphérique variant avec les lieux, ces nombres ne sont pas constans. Sur le sommet du Mont-Perdu , le siphon qui peut transvaser du mercure ne peut avoir que 5o centimètres d’élévation , parce que c’est celle du baromètre sur cette hauteur. En chaque lieu même cette pression est sujette à des changemens qui obligent de ne pas donner à la branche ascendante du siphon une hauteur voisine de la moyenne des pressions indiquées par le baromètre.
- Le siphon est d’un fréquent usage non-seulement dans les laboratoires , où il sert â décanter des liqueurs, sans agiter le dépôt qui est au fond du vase, mais aussi dans les Arts qui se proposent des opérations dont le but est analogue; par exemple , pour soutirer le vin d’un tonneau, sans troubler la liqueur en agitant la lie qui s’est précipitée; pour transvaser des acides, etc. Comme il serait souvent incommode d'amorcer le siphon en le remplissant de liquide, et le renversant pour faire plonger la courte branche, attendu que l’orifice du bouge est trop étroit, ou que l’instrument est trop lourd pour se prêter à cette manœuvre, on a imaginé différens procédés propres à obtenir l’effet : c’est ce qui va être expliqué.
- Si l’on plonge dans un liquide l’extrémité A de la courte branche à vide, et qu’on applique la bouche à l’orifice inférieur D du siphon pour y exercer une succion, l’air intérieur se trouvera raréfié, et une colonne de liquide s’élèvera dans la branche AB ; le poids de cette colonne, plus le ressort affaibli de l’air intérieur, fera équilibre à la pression atmosphérique. En continuant de faire le vide, la masse élevée s’accroît, et quand elle a dépassé le sommet B, arrive dans la seconde branche. Dès que la succion a falt descendre cette colonne au-dessous du niveau F, on lais* l’orifice D libre, et l’écoulement se continue; et comme
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- peut y avoir des inconve'niens à laisser arriver la liqueur jusqu’à la bouche, on préfère armer le siphon d’une autre branche ascendante EFG (fig. a) , pour opérer la succion en G, après avoir plongé l’orifice A dans le réservoir et bouché avec le doigt l’orifice D. On ménage même une boule F qui reçoit le liquide ascendant, et laisse le temps de retirer le doigt, avant que la liqueur ne soit montée en G.
- Les siphons de M. Bunten, décrits dans les Bulletins de la Société d’Encouragement (1824, page 82), sont construits sur le même principe. Dans celui de la fig. 3, la longue branche est interrompue par une boule F d’une capacité suffisante. On verse d’abord une liqueur dans cette branche en tournant les orifices en haut, et l’on remplit à peu près la boule ; puis , bouchant avec le doigt l’orifice D de la longue branche pour s’opposer à la chute du liquide, on introduit l’orifice A de l’autre branche dans le liquide qu’on veut décanter; enfin , on débouche D : à l’instant l’écoulement a lieu par le poids du liquide intérieur, et la boule F se vide d’eau ; mais comme l’air extérieur ne peut s’insinuer dans le tube, le ressort intérieur s’affaiblit, et la pression sur la liqueur en A la force de monter en B, puis de descendre en D ; en sorte que l’écoulement se continue, quoique la boule F soit en grande partie pleine de tout l’air qui existait dans la partie ABF.
- Le siphon fig. 4 est surmonté d’une boule F et d’un robinet R adapté à un tube de succion. On plonge à l’ordinaire la courte branche dans le liquide à transvaser, on bouche avec le doigt l’orifice D , puis ouvrant le robinet R , on exerce la succion en E, pour faire monter ce liquide dans la boule. Lorsqu’on débouche l’orifice D et qu’on ferme le robinet, l’écoulement se continue. On plonge ensuite de plus en plus l’orifice A à mesure que le réservoir se vide, et dès qu’on atteint le dépôt, comme la. liqueur montée est trouble , on arrête de suite l’écoulement en ouvrant le robinet. Si l’on eût retiré le siphon, ainsi que cela se pratique ordinairement lorsqu’il n’est pas pourvu de ce robinet R, la pression extérieure aurait poussé tout le liquide dans la longue branche ,
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- et un peu de dépôt se fût mêle' alors à la partie claire .soutirée. La boule F est destine'e à remplacer celle de la fig. 3 ; et à e'viter que la succion ne fasse monter la liqueur jusqu’à la bouche, lorsqu’on suce en E.
- Cet expose' suffit pour faire concevoir l’usage de diffe'rens autres appareils de ce genre. Dans le siphon aérifëre de M. Jullien, le vide est produit par une pompe aspirante ; ce siphon est très utile pour transvaser les vins. ( V. les Bulletins de la Société d’Encouragement, 1809, page 57. )
- Dans celui de M. Escax, il y a une soupape à l’orifice d’entrée et un robinet à celui de sortie ; on ferme d’abord l’un et l’autre. En haut de la courbure de l’instrument est une autre soupape qu’on manœuvre en tournant une virole, laquelle est retenue par un mouvement de baïonnette. Lorsque cette soupape laisse cet orifice supérieur ouvert, on y verse de la liqueur pour remplir en entier le siphon ; un petit conduit latéral laisse échapper l’air à mesure que la liqueur y entre. Une fois le siphon plein, on ferme cette soupape supérieure, puis on plonge la courte branche dans la tonne qu’on veut vider ; on ouvre alors la soupape qui ferme ce conduit, ce qui se fait en tournant un manche qui mène une tige taraudée se rendant à cette soupape ; enfin, on ouvre le robinet, et l’écoulement a lieu par la longue branche. La soupape supérieure est conique , pour prévoir le cas où cette ouverture viendra à s’user par les frottemens ; c’est même plutôt un robinet qu’une soupape, car l’agencement ressemble à celui des robinets de fontaine. ( V. les Bulletins de la Société d’Encouragement, 1823 , page 2i5. )
- Cet appareil est fort utile pour décanter les liqueurs chaudes ; car on conçoit que la succion, si souvent dangereuse à tenter lorsqu’on veut transvaser des liquides acides, corrosifs, vénéneux, ne peut produire l’élévation du liquide, lorsqu’il développe instantanément assez de vapeurs pour réparer les pertes d’air, ce qui empêche le vide de se faire.
- Le tube de M. Bréant sert utilement pour décanter et refroidir l’acide sulfurique. ( V. les Bulletins de la Société
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- d’Ëncouragement, 1827, page 20.) Le siphon abf (fig. 5) se divise dans sa longue branche extérieure en quatre branches inclinées et parallèles, qui se réunissent en une seule g. La longueur de ce tube est de 10 pieds, son diamètre de 8 lignes , et chacun des tubes parallèles n’a que 4 lignes de largeur ; ils sont espacés entre eux de 6 lignes. Le tout est revêtu d’une chemise en cuivre formant un tuyau de 4 pouces de diamètre.
- Vers le haut de la courbure sont deux entonnoirs c, c, dont le trou, communiquant avec le gros tube, peut être fermé par deux obturateurs à tige d,d; ces entonnoirs servent à amorcer le siphon, à l’ordinaire. Un robinet n permet de fermer l’orifice inférieur pendant qu’on emplit le siphon, en y versant du liquide. L’autre branche plonge dans la chaudière de platine où se trouve l’acide qu’on veut décanter et refroidir. La chemise est hermétiquement fermée de toutes parts, et jointe aux deux bouts par des brides i, i au siphon ; mais elle porte deux conduits : l’un m, vers le haut, est recourbé en dehors ; l’autre k est vertical, adapté au bas et plus élevé que la courbure : celui-ci porte un robinet.
- On voit d’abord que l’écoulement est produit par ce siphon comme dans les appareils ordinaires de ce genre. La chemise est destinée à rafraîchir l’acide pendant son passage. A cet effet, on dirige un courant d’eau froide plus ou moins rapide par le tube vertical k, qui communique à un réservoir : cette eau arrive à la partie inférieure, remonte dans le tuyau , et vient sortir par l’orifice du conduit m. Pour que l’eau ne puisse s’échapper de l’enveloppe, les tubes a et g passent à travers des boîtes à étoupes fixées aux deux bouts de ce tuyau. L’écoulement est, comme on voit, plus rapide que par un siphon ordinaire, et la surface réfrigérante étant quadruple , l’abaissement de température de l’acide est proportionné.
- On sait que dans les fabriques d’acide sulfurique, pour un vase de platine contenant 3oo kilogrammes d’acide concentré , on peut, en vingt-quatre heures, obtenir 2100 kilogrammes d’acide, en sept opérations successives. Il faut
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- environ une demi-lieure pour faire chaque décantation. Le nouvel appareil n’emploie qu’environ 6 minutes , ce qui fait une économie de 5h 36' par jour, temps nécessaire pour faire une huitième opération , sans augmenter les frais généraux.
- Comme toute espèce de siphon va puiser la partie du liquide qui, dans le réservoir, se trouve près de l’orifice plongé A (fig. i), on s’en sert pour soutirer, à volonté, la partie qui est au fond du vase, ou celle qui surnage , selon les circonstances. On a même imaginé de faire porter le siphon par un flotteur, de manière à laisser descendre l’orifice A de plus en plus, à mesure que le réservoir se vide. ( V. les Bulletins de la Société d’Encouragement, 1818, page 206. )
- Il y a des siphons qui s’amorcent d’eux-mêmes, quand le réservoir est alimenté par un courant qui en élève peu à peu le niveau. Le siphon ABD (fig. 6 ) est fixé dans le vase MA, qu’une source remplit; la longue branche BD perce le fond, sans laisser passage au liquide entre elle et le fond. Tant que le niveau ab est inférieur au sommet B de la courbure, il ne se .produit rien ; mais comme le liquide monte par l’orifice A dans la branche courte pour prendre le niveau, il atteint bientôt la courbure , et dès que ce niveau l’a dépassée et est arrivé en a b', l’écoulement commence et se continue ; et si la source est moins abondante que le débit du siphon, le niveau s’abaisse graduellement, jusqu’à ce qu’enfin 1 orifice A se trouvant à découvert, l’eau cesse de descendre. Ainsi, le niveau recommence à s’élever dans le réservoir, puis l’écoulement se reproduit quand la source a remonté ce niveau au-dessus de B, et ainsi de suite. On imite cet effet, dans les cours de Physique , en se servant d’un verre contenant un siphon dont la longue branche perce le pied, ainsi que le représente la fig. 7.
- Cet appareil offre une image de l’opération que produit la nature dans le sein de la terre , pour donner lieu à 1 existence des fontaines intermittentes. Des lits de matière argileuse se trouvent creusés par des espèces de canaux ou des fissures, dont les contours embrassent quelquefois un gran
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- espace dans le sein des montagnes. Lorsque les bouches de ces conduits naturels aboutissent à des cavernes souterraines où les eaux supérieures descendent par filets, ils ont la forme de siphons irréguliers , qui restent sans effet tant que le niveau de l’eau est au-dessous du sommet de leur courbure ; mais l’écoulement a lieu quand ce niveau s’élève suffisamment , et l’on voit plus bas jaillir une source , qui bientôt reste à sec ; car l’effet est suspendu dès que le niveau de l’eau dans la caverne est abaissé au-dessous des bouches qui servent d’orifice au siphon : mais bientôt les sources qui alimentent la caverne ont ramené le niveau à son premier état, et l’écoulement recommence. Cela explique, même très bien, pourquoi ces intermittences des fontaines sont souvent séparées par des intervalles de temps à peu près égaux.
- Les siphons construits en grand servent aux arrosages et aux épuisemens : on les emploie pour déverser le trop-plein des eaux d’un canal dans un fossé en contre-bas. Nous ne croyons pas devoir donner plus de développement à ce sujet. Le siphon intermittent de M. Manouri d’Hectot, décrit dans les Bulletins de la Société d’Encouragement, i8i3,p âge 3 ; le siphon à soupape de Bordier et Edelcrantz, 1806, page 292 ; enfin , le siphon à eau et air de M. Landren, 1817, page 60, sont des inventions ingénieuses , qu’on pourra employer dans les Arts, selon les circonstances. Fr.
- SIPPAGE ( Technologie). Terme de tannerie. Ce procédé pour tanner les cuirs, nous a été apporté par les Danois, il y a plus d’un siècle. Il tanne plus promptement que toute autre méthode connue jusqu’alors ; mais ses produits n’égalent pas en bonté ceux que donnent les procédés ordinaires. Dans les ateliers, on dit indifféremment cuir au sippage ou cuir à la danoise.( V. ci-après Tanneur.) L.
- SIRÈNE ( Arts mécaniques). Petite machine imaginée par M. Cagniard la Tour, pour compter le nombre des vibrations produites par un corps sonore, dans un temps donné , pour chacun des tons perceptibles à notre oreille. {V. l’article Son, où cet appareil est décrit. ) Fr.
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- SIROPS. On donne ce nom aux solutions de sucre assez concentre'es pour donner au liquide une fluidité dite sirupeuse.
- Ainsi, dans le raffinage du sucre , on opère sur des sirops après avoir fait dissoudre le sucre brut dans l’eau, et avant de ramener celui-ci à l’état de cristaux plus blancs ; mais, techniquement, on désigne plus particulièrement sous le nom de sirops, les produits préparés chez les confiseurs, les distillateurs , les pharmaciens, et qui sont destinés à être vendus et employés liquides, et dans lesquels le sucre sert à conserver, édulcorer les substances médicamenteuses ou les sucs de fruits; ceux-ci nous occuperont seuls dans cet article.
- Sirop de sucre. Ce sirop pouvant servir à préparer la plupart des autres , il importe d’insister sur les meilleurs procédés pour l’obtenir.
- Naguère on se servait, dans les pharmacies surtout , pour obtenir ce sirop, de sucre en pains bien raffiné ; alors l’opération n’était pas économique : nous allons toutefois la décrire , parce qu’on y a recours encore toutes les fois qu’on se propose d’obtenir de petites quantités de sirop, ou que 1 on n’a pas sous la main les ustensiles et agens indispensables pour opérer plus économiquement.
- On prend : sucre en pain, 20 kilogrammes (40livres); eau pure, 10 kilogrammes (20 livres) ; blancs d’œufs, deux ou trois • on met le sucre dans une bassine de cuivre rouge; on ajoute peu à peu 8 kilogrammes ( 16 livres) d’eau, arrosant le pain de manière à faire tomber l’eau sur toutes les parties extérieures, et à l’amener, par ce travail, en un magma grenu; ou porte la bassine sur un fourneau, et à l’aide d’un feu vif, on opère la fusion ; pendant ce temps, on bat les œufs avec leurs coquilles brisées, danS 2 kilogrammes ( 4 livres ) d’eau ; lorsque le sirop bout et qu’il commence à monter, on y verse de hauteur un demi-litre environ d’eau albumineuse ; par cette immersion, h sirop s’affaisse, pour remonter ensuite ; on y verse alors une nouvelle quantité de la même eau, et l’on arrête le feu eB
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- fermant la porte du cendrier. Le sirop s’affaisse entièrement, l’e'cume acquiert plus de consistance ; on l’enlève à l’aide d’une écumoire ; on ouvre la porte du cendrier pour redonner de l’activité au feu ; on entretient le sirop à une ébullition bien soutenue, et l’on y verse , en deux ou trois fois, le reste de l’eau albumineuse, ayant soin de toujours la jeter de hauteur, et d’enlever l’écume ; enfin , en dernier lieu, on verse au lieu d’eau albumineuse un demi-litre d’eau froide clarifiée, et l’on examine l’état du sirop ; s’il est assez transparent pour qu’on aperçoive le fond de la bassine, et s’il porte, étant encore bouillant, 3i° à l’aréomètre de Baume', on le passe à travers un blanche t, et lorsqu'il est refroidi, on le conserve dans des flacons bouchés. On peut obtenir ce degré en une demi-heure, en prenant les quantités d’eau et de sucre que nous avons indiquées. Si cependant le sirop n’était pas assez cuit, il faudrait le laisser sur le feu jusqu’à ce qu’il eût acquis le degré convenable ; s’il marquait, au contraire, un degré supérieur à 3i°, il faudrait y ajouter la quantité d’eau nécessaire pour le ramener à ce degré : on l’écumerait ensuite, et on le jetterait sur le blanchet.
- On ne se sert plus, généralement aujourd’hui, de sucre blanc dans la préparation des sirops, que pour ceux dans lesquels les sucs , infusions ou décoctions faibles , doivent être employés en guise d’eau pour fondre le sucre, ces solutions végétales étant susceptibles de perdre les propriétés principales qu’on y recherche, par l’épuration que l’on ferait subir au sucre brut.
- Un procédé plus économique de préparer les sirops, est résulté des applications du Charbon animal. Voici comment on opéra depuis cette découverte jusque dans ces derniers temps.
- Pour obtenir les sirops blancs, on choisit un sucre brut de très belle nuance, dit terré ou blanc de VInde, ou du sucre commun en pains , lumps ou quatre cassons. Quant aux sirops qui se vendent colorés (le sirop de capillaire, par exemple), ils permettent l’emploi de sucre brut dit belle troisième.
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- On pèse io kilogrammes de sucre et 4 kilogrammes d’eau ; lorsque l’eau est chaude dans une bassine en cuivre mise sur le feu, on aj oute le sucre, on remue sans cesse à l’aide d’une spatule, jusqu’à ce que tout soit fondu; on verse alors, en remuant toujours, i-kilogramme de bon charbon animal en poudre très fine; lorsque le mélange est bien opéré, et que le liquide est près de bouillir, on projette , en agitant très vivement et seulement quelques secondes, un œuf ( blanc, jaune et coquilles) bien fouetté, dans i kilogramme d’eau; on case d’agiter, et l’on continue d’activer le feu jusqu’à ce que l’ébullition se manifeste ; alors, si la chaudière est munie d’une vidange à robinet, ou si elle est à bascule, on la vide tout entière dans un filtre ( V. la description de la chaudière à robinet ou à bascule, et des filtres, à l’article Sucre) en laine ou drap Romorantin, bien dégorgé et lavé préalablement à l’eau bouillante. Les premières portions de sirop passent troubles; on les reverse dans le filtre , que l’on a le soin de recouvrir, afin d’éviter une trop grande déperdition de chaleur, qui, rendant le sirop moins fluide, s’opposerait à la filtration.
- Si l’on n’a pas à sa disposition les ustensiles ci-dessus, on peut opérer dans une bassine ordinaire, verser le liquide bouillant dans une chausse le plus vite possible. Une disposition qui coûte peu et facilite beaucoup la filtration, consiste à placer la chausse dans une forme à sucre lumps, que l’on a intérieurement garnie d’un clayonnage ou panier conique en osier blanc, à claires-voies ; on place sur cette forme un couvercle en bois, doublé de cuivre mince.
- Lorsque tout le sirop clair est écoulé , on le fait bouilli" un instant, afin d’enlever un reste d’albumine non coagulée d’abord.
- Le marc resté sur le filtre retient au moins plus d un kilo gramme de sirop ; on peut l’en extraire en le délayant et lavant par plusieurs additions d’eau bouillante sur le ^tre' On emploie ces eaux de lavages pour fondre le suci e, lieu d’eau pure , dans une opération semblable.
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- Si l’on ne devait faire une autre clarification de sucre que quelques jours après, il vaudrait mieux conserver le marc sans le laver ; on ne l’e'puiserait à l’eau bouillante que quelques instans avant de fondre le sucre.
- Le proce'dé que nous venons d’indiquer donne des sirops limpides , dont on peut encore améliorer le goût par l’addition de 2 pour ioo du poids du sucre en Charbon végétal bien calciné.
- L’effet du charbon animal dans cette application, est surtout de décolorer le sirop ; mais il s’en faut de beaucoup que son action décolorante soit épuisée, car les points de contact entre la substance colorante et le charbon ne peuvent ainsi être assez nombreux ; afin de multiplier les points de contact, et pp.r suite l’effet décolorant, MM. Payen et Bayvet essayèrent de filtrer le sirop au travers d’une couche épaisse de noir : la décoloration fut en effet augmentée considérablement ainsi, et ce fut l’objet d’un brevet d’invention; mais en grand, l’extrême difficulté d’opérer la filtration assez vite fit renoncer à ce moyen.
- M. Dumont, par une longue suite d’essais durant huit années sur divers moyens de filtration, est enfin parvenu à éviter les embarras qui résultent de l’ancien procédé, tant pour l’emploi du charbon que pour le lavage des résidus, et le goût étranger que les sirops prennent pendant leur ébullition avec cet agent. Son nouveau procédé repose spécialement sur la préparation donnée au charbon animal, qui facilite son emploi comme filtre. La préparation du charbon est bien simple; elle consiste à le réduire en grains égaux en grosseur, à ceux de la poudre de munition, et à en séparer la poussière. Les grains sont plus ou moins fins, suivant la densité des sirops qu’on veut faire filtrer. Ainsi, les distillateurs ayant besoin d’étendre d’eau l’alcool dont ils font usage, mettent, pour io kilogrammes de sucre, 5o à 75 kilogrammes d’eau, et 20 kilogrammes de noir en grain; ils Peuvent faire filtrer sur du noir plus fin, et obtenir une défloration plus belle.
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- Les confiseurs, ainsi que les pharmaciens, devant obtenir des sirops à 3i ou 32 degrés bouillant, emploient pour ioo kilogrammes de sucre, 35 kilogrammes d’eau et 20 kilogrammes de noir; ce dernier doit être en plus gros grains, afin que le liquide, plus sirupeux, le traverse aisément.
- Le filtre de M. Dumont est une pyramide tronquée renversée , en bois, garni entièrement de cuivre étamé : à la partie inférieure, on fixe un robinet pour l’écoulement des sirops; un peu au-dessus est une ouverture communiquant avec un tube appliqué à l’extérieur du filtre, et servant à l’évacuation de l’air contenu dans l’appareil. Le filtre est muni de deux diaphragmes en cuivre étamé, de grandeurs différentes. ( V. la description avec figures, au mot Sucre.) Lorsqu’on veut procéder à la filtration d’un sirop , on place le petit diaphragme, soutenu sur quatre pieds dans le fond du filtre, au-dessus du robinet et du trou du tube à air: sur ce diaphragme, on étend une toile peu serrée, mouillée et légèrement tordue, sur laquelle on dispose le charbon ( préalablement humecté avec un sixième de son poids d’eau)de manière à ce qu’il garnisse également l’intérieur du filtre; à chaque couche , d’environ 3 pouces , on aplanit et 1 on comprime un peu la surface du noir, à l’aide d’une sorte de
- grande truelle , et l’on continue ainsi jusqu’à ce que le noir occupe une hauteur de 14 pouces environ.
- La première couche de noir placée sur la toile au fond du filtre, ne doit avoir qu’un pouce de haut, afin qu’on puisse la tasser plus fortement et plus également. Lorsque le fihre est rempli à la hauteur de i4 pouces, on recouvre la superficie du noir d’une autre toile claire également mouillée et tordue, et du deuxième diaphragme, et l’on verse le sirop jusque 3 pouces au-dessus du noir, dans la capacité vide du fihre' Par cette disposition, le charbon n’éprouve aucun dérange* ment par l’effusion du sirop, et l’on n’a pas à craindre qu se forme dans son intérieur des fontaines qui occasioneraiellt un passage trop rapide du liquide. Le sirop, en
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- travers les couches du charbon , déplace l’eau dont celui-ci a été humecté, et la force à couler par le robinet. On la sépare pour la rejeter, jusqu’à ce qu’on s’aperçoive qu’elle est sucrée et ensuite remplacée par le sirop, qui coule bientôt en un filet non interrompu, et qu’on entretient en remplissant alors complètement, puis au fur et à mesure de l’écoulement, le filtre avec de nouvelles doses de sirop.
- Si l’on n’huinectait pas le charbon préalablement avec de l’eau, le sirop aurait beaucoup de peine à l’imbiber également; il pourrait passer plus dans une partie de sa masse que dans une autre, et la filtration ne marcherait pas aussi régulièrement. Dans cette circonstance, l’eau produit encore un autre effet avantageux, quand on emploie du charbon animal, c’est d’en opérer la lixiviation au moins partielle, ce que l’on reconnaît au goût salé qu’elle a en sortant du filtre.
- Nous devons faire observer que la limpidité des sirops étant une condition essentielle pour que la filtration et la décoloration aient lieu avec tous leurs avantages, il faudra préalablement clarifier les sirops comme nous l’avons expliqué plus haut, mais en employant seulement 5 de noir fin pour ioo de sucre fin, et ce ne sera jamais que du sirop clair que l’on versera sur le filtre.
- Dans son procédé, M. Dumont emploie 2.5 pour 100 de charbon pour la décoloration du sucre ; cette quantité paraîtra sans doute considérable, mais nous ferons observer qu’après la première opération , le charbon conserve encore beaucoup de sa propriété décolorante. On peut encore verser sur ce même charbon la même quantité de sirop que h première fois, et ce deuxième produit perdra encore les trois quarts de sa nuance primitive, il sera même plus défloré que si l’on eût traité la même quantité de sucre avec IJ pour 100 de charbon par la méthode ordinaire : quand la couleur ne serait qu’égale, il y aurait encore avantage pour Ie procédé nouveau. On peut même diviser en trois parties Ie produit obtenu, en traitant du sucre brut bonne qua-
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- tri'eme. Par ce procédé, le premier tiers de sirop écoulé, le plus blanc, sert à préparer les sirops blancs, comme le sirop de gomme/ le deuxième tiers peut s'employer à la préparation des sirops un peu ambrés, comme celui dit de guimauve • enfin, le dernier tiers filtré convient à la confection des sirops plus colorés, tels que celui de capillaire.
- Les filtres de M. Dumont sont de différentes grandeurs: les petits contiennent environ 12 à i5 livres de charbon; on peut en m'ettre jusqu’à 200 livres dans les grands. Au moyen de ces appareils , on a la faculté de filtrer les sirops à diffé-rens degrés de densité, depuis les plus faibles jusqu’aux plus élevés. On filtre très bien à froid des sirops marquant 28 à 3o° à l’aréomètre. Si l’on opère sur des sirops marquant 35 à 38“ {ou 3o à 32 bouillant), alors il faut les verser très chauds (de ’jo à 8o° centigrades) dans le filtre. Pour des densités intermédiaires, il suffirait que la température des sirops fut de 45 à 55° ; filtrant à chaud, on devra employer, comme nous l’avons dit, un charbon un peu plus gros. L’opération ne dure guère plus long-temps, mais les produits ne sont pas tout-à-fait aussi décolorés.
- La supériorité des sirops filtrés ainsi, sous le rapport de la saveur agréable, sur ceux qui ont seulement bouilli avec du charbon, est incontestable et bien facile à concevoir. En effet, le charbon animal donne aux sirops chauffés avec lui un goût désagréable, d’autant plus prononcé, qu’on augmente les proportions du charbon. Au contraire, l’humectation et le lavage enlèvent au charbon en grain une grande parüe de ses principes solubles ; et comme d’ailleurs on opère au-dessous du degré de l’ébullition , ou même à froid, c est une raison de plus pour que les sirops ne contractent pas un mauvais goût dans leur contact avec le noir.
- Si l’usage du filtre de M. Dumont donne une supériorité bien décidée aux sirops pour la parfaite décoloration et bonne saveur, il offre aussi un avantage bien réel pour lavage du charbon. Dans l’ancien procédé, il fallait delà; à plusieurs reprises les résidus charbonneux dans l’eau, PoU
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- les épuiser du sucre dont ils étaient imprégnés, ce qui nécessitait ensuite une évaporation dispendieuse, si l’on ne pouvait employer les eaux de lavage à une autre clarification. Ce travail, long et dégoûtant, est presque entièrement supprimé par M. Dumont; sans rien déranger à l’appareil, il suffit de verser sur le charbon l’eau de lavage des 4 à 5 pour j oo de noir employés à la clarification, et ensuite un peu d’eau pure, pour lui enlever promptement tout le sucre ; et, ce qu’il y a de plus précieux, on obtient d’une première coulée, surtout en fermant un peu le robinet de manière à ralentir l’issue du sirop , et par suite la filtration, environ les trois quarts du sirop contenu dans le noir, à peu près au même degré de- densité que celui de l’opération primitive.
- L’importance du procédé ci-dessus, sous le point de vue économique , sera facilement comprise par tous ceux qui manipulent le sucre. On estime que les résultats obtenus ainsi ont une décoloration triple de celle obtenue anciennement, et la valeur des sirops décolorés est augmentée de 20 pour ioo. Déjà quelques pharmaciens l’ont adopté ; il se propage chez les confiseurs et les distillateurs.
- Après avoir décrit la préparation du sirop simple ou sirop de sucre, nous allons indiquer la préparation des autres sirops, dont il forme la base, puis nous traiterons de ceux qui exigent l’emploi du sucre en pain.
- On peut souvent remplacer le sucre solide par le sirop simple rapproché au point de cuite, ou cuit au boulet, car alors il contient très peu d’eau.
- Le terme indiqué point de cuite ou cuit au crochet est arrivé, lorsque le sirop en ébullition vive enlevé à l’écu-Mioire, sur laquelle on en prend vite une goutte au bout du doigt, laisse entre deux doigts mis en contact et séparés immédiatement, un filet qui se casse et se recroqueville en formant une sorte de crochet.
- Le degré de cuite au boulet se reconnaît à ce que, plongeant l’écumoire dans le sirop bouillant, soufflant dessus très
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- fort et perpendiculairement à sa surface, on fait jaillir du côte' opposé des globules légers.
- La cuisson à la nappe est arrivée lorsque , plongeant l’écumoire dans le sirop et la relevant verticalement, le liquide s’écoule en formant des lames on nappes.
- On calculera en sirop la quantité nécessaire pour remplacer une quantité quelconque de sucre, en se rappelant que le sirop de 3i à 32 degrés bouillant, représente les trois quarts de son poids de sucre sec.
- Sirop anti-scorbutique , Sirop de raifort. ( Composé du Codex. ) Racine de raifort sauvage, feuilles fraîches de trèfle d’eau, feuilles fraîches de cocbléaria, oranges amères, de chaque, 5oo grammes ( / livre); écorce de cannelle, 48 grammes (i once et demie). On introduit dans la eucur-bite d’étain d’un alambic, les herbes hachées, les racines, les oranges coupées et la cannelle concassée ; on verse dessus: vin blanc généreux, 2000 grammes (4 livres). On adapte le chapiteau à la cucurbite ; on lutte ; on laisse en macération pendant deux jours ; on distille au bain-marie jusqu’à obtention de 5oo grammes (1 livre) de liqueur alcoolique aromatique, à laquelle on ajoute : sucre blanc, 1000 grammes (2 livres). On fait un sirop au bain-marie avec la liqueur filtrée et dans un vase clos ; on passe sans expression la liqueur qui reste dans la cucurbite ; on la laisse déposer ; on tire à clair; on décante, et l’on y ajoute : sucre blanc, looo grammes ( 2 livres ) ; on fait évaporer: on clarifie avec un blanc d’œuf battu; on passe ; puis on'mêle les deux sirops lorsqu’ils sont presque froids. On conserve dans des bouteilles bien bouchées. Dans la préparation du sirop antiscorbutique , les vases métalliques employés sont fortement noircis : cet effet est dû à la présence du soufre qui existe dan> les plantes.
- Le sirop anti-scorbutique se donne comme dépuratif, a dose de 16 à 48 grammes ( 4 gros à 1 once et demie).
- Sirop anti-scorbutique de Portal. Racine de gentiane, 32 grammes (1 once) ; racine de raifort sauvage, 32 gramme
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- (ï once) ; racine de garance , i6 grammes (4 gros) ; écorce de quinquina, 16 grammes (4 gros); cresson de fontaine, 128 grammes ( 4 onces ) ; cochléaria, 128 grammes ( 4 onces) ; sucre, 750 grammes (1 livre 8 onces). On prépare une décoction avec les racines de gentiane, de garance et l’écorce de quinquina , et l’on fait avec cette infusion un sirop que l’on évapore à 32° bouillant. On extrait de la racine de raifort, du cochléaria et du cresson, un suc qui, filtré, est converti en sirop à une douce chaleur ; ce sirop à 32° est passé, puis mêlé aa précédent lorsqu’il est refroidi.
- Le sirop de Portai est administré à la dose de 32 à 64 grammes (1 à 2 onces).
- Pour introduire le perchlorure de mercure sans l’altérer dans un sirop anti-scorbutique , on peut employer la formule suivante ; elle fournit une sirop qui se conserve tout au plus pendant l’espace d’un mois sans subir d’altération.
- Sirop blanc, 128 grammes (4 onces); deutochlorure de mercure, 5 centigrammes ( 1 grain) ; éther nitrique alcoolisé, 4 grammes ( 1 gros). On dissout le sublimé corrosif dans 2 grammes ( 36 grains ) d’eau ; on le verse dans le sirop, on ajoute l’éther, puis on agite pour opérer le mélange : chaque once de sirop contient un quart de grain de perchlorure de mercure.
- On administre ce sirop à la dose d’une cuillère à bouche, le matin à jeun, dans un demi-verre d’eau.
- Sirop de cape. Café, 1 kilogramme (2 livres); eau bouillante, Si4 grammes (1 livre 10 onces). On choisit de beau café Moka ou Bourbon, on le torréfie avec ménagement, jusqu’à ce qu’il soit d’une couleur de cannelle un peu foncée; on le broie dans un moulin à café ; on verse de l’eau bouillante sur la poudre, en délayant bien avec une petite spatule ; on ferme le vase hermétiquement avec un double parchemin, et le tout est mis à l’étuve jusqu’au lendemain.
- On retire l’infusion et on la passe dans un linge blanc ; on la soumet à la presse ; ensuite on passe à la manche , afin de l’obtenir très claire; puis, l’ayant mesurée, on la Tome XIX. 23
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- verse dans le double de son poids de sirop clarifié et cuit au crochet; on fait bouillir une seconde fois le sirop, on le retire aussitôt du feu, et, lorsqu’il n’est plus que tiède, on le met en bouteilles.
- Ce sirop est très commode pour les voyageurs : on en met deux cuillerées à bouche dans une tasse, on verse dessus un verre d’eau bouillante, et l’on a un café promptement fait et très agréable.
- Sirop de capillaire. Capillaire du Canada, ia5 grammes ( 4 onces ) ; sucre, 3 kilogrammes ( 6 livres), ou sirop à 32°, 4 kilogrammes. Le sirop étant clarifié et cuit à la nappe, on le verse à deux reprises sur les feuilles de capillaire placées sur un filtre. ( Le filtre peut être en fer-blanc, semblable au filtre de la cafetière Dubelloy. ) On peut encore se servir du filtre Dumont ( V. sa description au mot Sucre) , ou enfin, à défaut de mieux, employer la manche ordinaire.
- Le sirop de capillaire s’emploie comme succédané du sirop de guimauve.
- Sirop de coquelicots. Pétales de coquelicots desséchés et mondés, 128 grammes (4 onces) ; eau bouillante, ia5o grammes ( 2 livres 8 onces) ; sirop de sucre , 2 kilogrammes ( 4 ü" vres). On met les pétales en contact avec l’eau bouillante; on laisse infuser pendant douze heures; on passe avec expression ; on filtre au papier l’infusé ; on le mêle au sirop, et 1 on fait évaporer au degré de sirop ordinaire.
- On prépare de la même manière, et avec les pétales secs, à défaut de fleurs récentes, les sirops de nénuphar, de pivoine et de tussilage.
- Sirop de Cuisinier , Sirop de salsepareille composé. Salsepareille coupée et contusée , 2 kilogrammes ( 4 livres) ; feuilles de séné, fleurs de bourrache , fleurs de roses pâles , semence d’anis , de chaque, 128 grammes (4 onces) ; sucre, 2 til0" grammes (4 livres). On fait avec la salsepareille et 2 ütres d’eau, une infusion que l’on extrait de la racine par une forte expression; on fait ensuite deux nouvelles infus'005 avec la même salsepareille et 4 litres d’eau ; on évapore le 1
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- quide provenant de la première infusion, et l’on fait chauffer lés deux autres infusés, afin de les verser à deux reprises sur i’anis, le séné et les fleurs ; on réunit alors ces infusés avec le produit qui a été évaporé en partie ; on les laisse en repos ; on les tire à clair; on les concentre par l’évaporation ; on ajoute le sucre et le miel, et lorsque le sirop marque a5°, on le clarifie en y mêlant trois blancs d’œufs battus dans i litre d’eau. Lorsque la clarification est opérée, on passe à travers un blanchet ; on continue d’évaporer, jusqu’à ce que le sirop bouillant marque 3 2° ; on coule alors au travers d’une étamine.
- Ce sirop, très coloré, est d’une saveur assez agréable; souvent, mais exclusivement d’après l’ordonnance des médecins , on y ajoute 3,4 , A > et même 6 décigrammes (6,8, io et 12 grains) de perchlorure de mercure pour i kilogramme ( 2 livres) de sirop, le perchlorure éprouvant, par son contact avec le sirop, une décomposition qui a été signalée par le docteur Chaussier et par M. Guibourt.
- Le sirop de Cuisinier., sans l’addition , se donne comme sudorifique, à la dose de 32 à 128 grammes (1 à 4 onces.) dans une journée. ( Quelques praticiens pensent que ce sirop peut être employé avec autant de succès que le rob anti-syphilitique. ) On doit, lorsque le sirop est avec addition , avoir soin de le remuer chaque fois que l’on veut en administrer une dose.
- Sirop a l’eau de cannelle. Eau distillée de cannelle , 25o grammes ( 8 onces) ; sucre, i5oo grammes (3 livres). On clarifie le sucre et on le fait cuire au crochet; puis après y avoir versé t’eau distillée de cannelle, et fait bouillir le mélange un instant, on le retire ; s’il se trouve à la nappe, il est au point convenable.
- Ce sirop est cordial, et procure une haleine agréable.
- Sirop a l’eaü de pleur d’oranger. Il se fait de la même manière que celui à l’eau de cannelle.
- Sirop d’écorce de citron. Zestes de citrons, 64 grammes {2 onces ) ; eau, 564 grammes ( 18 onces ) ; sucre ( ou sirop
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- épuré), i kilogramme (2 livres). On met les zestes dans un vase de faïence, on verse dessus l’eau bouillante, on couvre le vase, et on le laisse passer huit à dix heures à l’étuve, puis on coule l’infusion sans expression.
- Le sirop étant cuit au crochet, on y verse l’infusion, et dès que l’ébullition s’est manifestée, on laisse refroidir.
- Ce sirop passe pour cordial, vermifuge et tonique.
- Sirop d’éther , Sirop d’éther sulfurique. Sucre très pur, 1 kilogramme ( 2 livres ) ; eau distillée, 5oo grammes (1 livre). On concasse le sucre, on le fait fondre à froid. Lorsque la solution est opérée, on filtre, on introduit le sirop dans un flacon à deux tubulures, l’une sur la partie supérieure , l’autre sur le côté et à la partie inférieure ; la première de ce s tubulures se ferme à l’aide d’un bouchon : la deuxième à l’aide d’un robinet. Lorsque le sirop est introduit dans le flacon, on y ajoute : éther sulfurique, 48 grammes (1 once et demie) ; on agite à plusieurs reprises pendant plusieurs jours, on porte ensuite le sirop au frais, on laisse en repos, et lorsqu’il est bien éclairci, on soutire, en ouvrant le robinet, tout le sirop qui est saturé d’éther. Le sirop d’éther se conserve dans des flacons à l’émeri de 1 à 4 onces : on a soin de les tenir pleins.
- Ce sirop est préparé ordinairement dans un lieu frais (àla cave); si on le laisse dans un lieu dont la température soit plus élevée , il se trouble quelquefois ; ce qui est dû à la séparation d’une quantité d’éther. Si l’on verse le sirop d’un flacon dans l’autre, le trouble disparaît, l’éther qui le formait se volatilisant pendant l’opération.
- On obtient, par le même procédé, les sirops d’étlier acétique et hydrochlorique.
- Ce sirop permet de faire prendre l’éther d’une manière commode et qui n’a rien de désagréable : on l’administre par Pe' tites cuillerées à café, et on le fait entrer dans les potions à la dose de 16 à 64 grammes ( 4 gros à 2 onces).
- Sirop de framboises. Framboises, i5oo grammes ( 3 livres,’ sucre , 25oo grammes ( 5 livres ). On fait choix de framboise!’
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- bien mures ; après les avoir mondées de leurs queues, et d’un autre côté le sirop étant filtré et cuit au crochet,: on y verse les framboises ; on fait bouillir le mélange quelques minutes, puis 011 le verse dans une terrine vernissée , 'et? lorsqu’il est presque froid, on le passe dans un tamis, sans expression, et on le met en bouteilles.
- Lorsque la saison des framboises est passée, il est facile de se procurer, par le moyen de ce sirop, du vinaigre de framboises : il suffit, en effet, d’en verser suffisante quantité dans du sirop de vinaigre ordinaire, pour lui communiquer le parfum agréable recherché.
- Le sirop de framboises, considéré comme rafraîchissant, donne une boisson agréable : on le prescrit quelquefois pour édulcorer des tisanes.
- Sirop a la fleur d’oranger. Fleurs d’oranger épluchées, 5oo grammes (1 livre ) ; sucre , i5oo grammes ( 3 livres). On clarifie le sucre et on le fait cuire à la nappe, puis on y verse la fleur d’oranger; on fait évaporer le mélange jusqu’à ce que le sirop soit revenu à la nappe; alors on retire la bassine, on passe le sirop au travers d’un blanchet, puis on le met dans des bouteilles bien remplies et exactement bouchées.
- Le sirop de fleur d’oranger est céphalique, c’est-à-dire usité contre les maux de tête ; il est légèrement sudorifique et anti-spasmodique.
- Sirop de gélatine. Colle de poisson, 32 grammes (1 once) ; eau claire , 6 kilogrammes (12 livres); sirop blanc de sucre, 4 kilogrammes ( 8 livres). On divise la colle en la coupant en lanières, on la fait tremper pendant six heures en été et dix-huit à vingt-quatre heures en hiver, et renouvelant deux ou trois fois l’eau ; on chauffe au bain-marie avec 2 kilogrammes d’eau pour opérer la solution ; on passe au travers d’un linge fin , on ajoute au sirop , et l’on amène à 32°, à l’aide de l’ébullition vive. Lorsque ce sirop est froid, on l’aromatise avec 32 grammes (1 once) d’eau de fleurs d’oranger.
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- Le sirop de gélatine est considéré comme adoucissant et nutritif: on le prescrit à la dose de 32 à 128 grammes ( 1 à 4 onces)*par jour dans des tisanes.
- Sirop de gomme arabique. (Procédé du Codex.) Gomme arabique blanche mondée et concassée. 5oo grammes (i livre); eau commune, 5oo grammes (1 livre); sirop simple, 2 kilogrammes ( 4 livres ). On fait dissoudre la gomme dans l’eau à l’aide de la chaleur ; on ajoute le sirop à la solution, on fait bouillir pendant deux à trois minutes, on écume, on laisse refroidir, on passe à la chausse, puis on met en flacons.
- Une modification à ce procédé a- été proposée par M. Vaudin de Laon ; elle consiste à employer la solution de gomme préparée à froid : cette gomme doit d’avance avoir été lavée; le sirop qu’on obtient est beaucoup plus beau.
- La quantité de gomme indiquée dans la formule du Codex a été diminuée dans d’autres formules ; ainsi, on a prescrit d’employer : gomme arabique lavée, 5oo grammes (1 livre) pour sirop de sucre, 4 kilogrammes (8 livres); dissolvant la gomme à froid, ajoutant la solution, faisant rapprocher vivement jusqu’à 290 bouillant, passant ensuite le sirop, et le conservant convenablement. Ce sirop contient 4 grammes (1 gros) de gomme pour 32 grammes (1 once) de sirop.
- Ce sirop est fort en usage aujourd’hui ; il est adoucissant : on s’en sert fréquemment au lieu de sucre pur ou de sirop simple, pour édulcorer les tisanes. La dose moyenne est, par litre, de 64 à 128 grammes (2 à 4 onces).
- Sirop de grenades. Suc de grenades, 532 grammes (1 l'Tre 1 once) ; sucre, 1 kilogramme ( 2 livres). On choisit des grenades aigres, dont on sépare les grains les plus rouges ; on écrase les fruits dans un mortier de marbre, "puis on les fait bouillir dans suffisante quantité d’eau ; on passe ensuite au travers d’un linge, et après quelque temps de repos, on décante le liquide ; on pèse le suc de grenades, et, p°ur onces (envirou 55o grammes ou un demi-litre), on em ploie la quantité de sucre ou de sirop équivalente ci-dessus,
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- que l’on fait cuire au crochet j ou verse alors le suc de grenades, on remue le mélange à l’écumoire, on le retire du feu au premier bouillon, puis on écume le sirop avant que de 1e. mettre en bouteilles.
- Sirop de groseilles. On prend : groseilles, 5o kilogrammes (ioo livres) ; on sépare les rafles, on les met dans une bassine, on chauffe en agitant continuellement et jusqu’à ce qu’elles soient décolorées ; on verse alors sur un tamis de crin, puis on force le suc à passer au travers à l’aide d’üne spatule. On ajoute alors : cerises aigres privées de leurs noyaux et écrasées, 2 kilogrammes et demi. (5 livres); 011 mêle, on porte dans une cave fraîche ; trente-six heures après, on divise le caillot à l’aide d’un balai d’osier, on verse sur une toile, on agite de temps en temps pour faciliter l’écoulement du suc , qui se trouve peser environ 20 kilogrammes (4° livres). Le suc ainsi obtenu doit, pour fournir un bon sirop , être mis avec du sucre , dans les proportions de 896 grammes (28 onces), pour 5oo grammes (1 livre) de suc de groseilles. On peut remplacer le sucre par le sirop simple blanc, rapproché au point de cuite.
- Le sirop préparé par ce moyen est d’une belle couleur rouge ; sa saveur est agréable, et son odeur est bien marquée.
- Les sirops de groseilles et de groseilles framboise' sont rafraîchissans : 011 les ajoute aux tisanes. On en fait en outre une grande consommation comme boisson d’agrément pendant les journées chaudes, dans les bals, soirées, etc.
- Sirop de guimauve. ( Procédé de M. Chéreau. ) Racine de guimauve sèche bien blanche et mondée, 25o grammes (8 onces); eau, i5oo grammes (3 livres) ; sirop de sucre, 8 kilogrammes (16 livres). On met la racine de guimauve en contact avec l’eau , on laisse macérer pendant douze heures, on passe à travers un blanchet sans exprimer, on ajoute le sirop simple, et à l’aide de l’ébullition on amène à 3o° bouillant. Ce sirop, ainsi entièrement exempt d’amidon, est une bonne préparation, et quoiqu’il contienne la partie
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- mucilagineuse de la guimauve, il est susceptible de se conserver.
- On peut préparer de la même manière les sirops de grande consoude, de cynoglosse : on emploie les racines sèches coupées et privées de poussière.
- Le sirop de guimauve est un adoucissant : on le prend à la dose de 64 à 128 grammes (de 2 à 4 onces) ; il sert à édulcorer différentes tisanes.
- Sirop d’ipécacuanha. On fait une légère décoction de racine d’ipécacuanha, on la traite par l’alcool qui précipite la gomme et l’amidon ; on sépare le liquide du précipité, on soumet à la distillation pour retirer l’alcool; on prend le résidu , on le mêle à la quantité de sirop de sucre bouillant, rapproché au degré de cuite. Ce procédé fournit un sirop actif facile à conserver.
- Le sirop d’ipécacuanha est très usité : on le donne par petites cuillerées à bouche ; quelquefois il est utile de porter la dose au point de produire le vomissement.
- Sirop de riches. Lichen d’Islande, 32 grammes (1 once); sirop de sucre, 1 kilogramme ( 2 livres). On lave le lichen à l’eau froide et à plusieurs reprises ; on prépare ensuite une décoction avec i kilogramme (2 livres) d’eau ; on passe sans expression à travers un blanchet ; on ajoute au décocté le sirop de sucre et l’on évapore rapidement, jusqu’à ce que le liquide marque 3i° bouillant.
- Ce sirop, qui contient du mucilage, ne se conserve pas bien.
- Le sirop de lichen récemment préparé, est adoucissant et passe pour nutritif 1 on l’emploie avec succès contre les maladies- de poitrine ; la dose est de 64 à 128 grammes ( 2 à 4 onces) dans une tisane pectorale.
- On prépare de même des sirops avec le lichen pixidé et le lichen pulmonaire.
- Sirop de limon ou de citron. Suc de limon, 1064 grammes, (2 livres 2 onces) ; sucre ( ou sirop en quantité équivalente), 2 kilogrammes ( 4 livres). On fait choix de beaux limons ou
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- de citrons bien acides, on les coupe par moitié', puis ou en fait sortir tout le jus au moyen d’une cuillère en bois, que l’on tourne contre les parois intérieures de l’écorce ; on passe ensuite ce jus au travers d’un linge propre ; le marc est soumis à la presse ; on réunit tout le suc de limon ainsi obtenu, on le place dans un endroit frais, et lorsqu’il se forme dessus une pellicule , on le décante, puis on le filtre au travers d’un papier gris. Pour le conserver, on le met en bouteilles, et l’on verse par-dessus un peu d’buile d’olive.
- Les zestes de ces fruits ne sont pas perdus ; on en fait du citronnât.
- Après avoir pesé la quantité ci-dessus de suc de limon, on fait cuire le sirop au crochet; alors retirant la bassine du feu, on y verse le suc de limon ; on fait alors bouillir uu instant ; après l’ébullition, on enlève l’écume blanche qui s’est formée dessus, et lorsqu’il n’est plus que tiède, on le met en bouteilles.
- Le sirop de limon est rafraîchissant et anti-putride : on eu emploie ordinairement une cuillerée à bouche pour un verre d’eau.
- La falsification n’a pas épargné ce sirop. Certains fabri-cans, au lieu de suc de limon, emploient celui de verjus ; ils font infuser quelques zestes de citrons dans de l’eau, dont ils se servent pour clarifier leur sucre, afin de donner au sirop un léger goût de limon. D’autres, au lieu de cette infusion , font dissoudre dans de l’esprit de vin quelques gouttes d’essence de limon, qu’ils ajoutent lorsque le sirop est cuit. Quelquefois encore on emploie de l’acide tartrique au lieu de suc de citrons.
- Le sirop de coins se fait de la même manière : il passe pour stomachique.
- Sirop de merises. Suc de merises, i kilogramme (?. livres) ; sucre (ou sirop équivalent), i kilogrammes (4 livres). On prend des merises bien mûres, que l’on écrase dans une passoire ou sur une petite claie d’osier, assez serrée pour
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- qu’il ne passe au travers que la pulpe des fruits ; on exprime le jus des merises à la presse, on le pèse, et prenant le double de sucre clarifié que l’on fait cuire au crochet;, on le délaie avec le suc de merises, et l’on continue de remuer avec l’écumoire, jusqu’à ce que l’ébullition se soit manifestée ; on laisse alors presque entièrement refroidir, pour le mettre en bouteilles.
- Lorsque le sirop de vinaigre n’a pas assez de couleur, ou qu’il a été fait avec du vinaigre blanc, toujours préférableau rouge , on le colore avec le sirop de merises.
- Sirop de mou de veau. Poumon de veau frais, i kilogramme (2 livres); dattes, 160 grammes (5 onces); jujubes, 176 grammes ( 5 onces 4 gros); raisins secs, 176 grammes (5 onces 4 gros); racine de réglisse, 32 grammes (1 once); racine de grande consoude, 3a grammes ( 1 once ) ; feuilles de pulmonaire, 176 grammes ( 5 onces 4 gros) ; sucre candi (1), 2 kilogrammes (4 livres); eau de rivière, i25o grammes (2 livres 8 onces). Ou coupe les poumons en morceaux très menus, on les lave dans de l’eau froide pour enlever le sang et les mucosités, on les met ensuite avec l’eau, les racines, les fruits et les herbes, dans un vase d’étain couvert; on place celui-ci au bain-marie, on fait bouillir le ham pendant une heure, on laisse en repos la liqueur, on décante, on passe, on met le liquide dans une bassine propre avec le sucre, et l’on fait un sirop qui doit marquer 3o° bouillant a l’aréomètre ; s’il était moins dense , on le rapprocherait a ce terme. On clarifie avec du blanc d’œuf, et l’on passe à la chausse. .
- Le sirop de mou de veau est administré comme adoucis sant : on le donne à la dose de 32 à 96 grammes (1 à 3 onces), dans le eours de la journée.
- Le sirop de mou de veau a été recommandé par un gran
- (0 Le sucre candi peut, sans inconvéniens, être remplace' pav blanc, ou même du sirop blanc cuit au boulet.
- du Stic1»
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- nombre de praticiens contre les catarrhes pulmonaires et les rhumes.
- Sirop de mûres. Suc de mûres, 564 grammes (18 onces); sucre (ou sirop en provenant) , i kilogramme (2 livres). On emploie de belles mûres, un peu avant leur maturité, quoique bien noires, on les soumet à la presse, et les doses de jus et de sucre sont proportionnées comme ci-dessus.
- Le sirop étant cuit au crochet, on le délaie avec le jus de mûres, on fait bouillir un instant, on laisse presque entièrement refroidir ce sirop, puis on le met en bouteilles.
- Ce sirop est employé contre les maux de gorge en gargarismes, et dans les rhumes.
- Sirop d’oeillet. Fleurs d’œillet, ^ôo grammes (1 livre8 onces); girofle concassé, 8 grammes (2 gros); eau, 5oo grammes (1 livre); sucre, i5oo grammes (3 livres). On ôte les onglets des fleurs d’œillet, et l’on met celles-ci dans un bain-marie avec le girofle en poudre ; on y verse l’eau bouillante, et on laisse le to%t en macération à l’étuve pendant douze heures ; on passe la liqueur au travers d’un linge , et l’on soumet le marc à la presse, puis on filtre le suc qu’on a obtenu.
- On clarifie le sucre ; on ïe Jpit cuire au crochet; on y verse h liqueur ; on fait bouillir un instant, et s’il se trouve à la nappe, on le retire; on le laisse refroidir, puis on met en bouteilles.
- Le sirop d’œillet est fortifiant, cordial et légèrement sudorifique : on en emploie une cuillerée à bouche pour un verre d’eau.
- Sirop d’oeufs. Dans une note sur les avantages de substituer l’albumine au caséum, pour les convalescens ou malades qui digèrent mal le lait, j’ai démontré que les œufs frais bien battus, dans environ dix fois leur poids d’eau successivement ajoutée, forment un aliment très nutritif, et en général d’extrêmement facile digestion ; on peut, soit afin d’emporter durant quelques jours cette substance alimentaire, soit pour la conserver pendant quelques semaines, faire la préparation suivante t 10 œufs frais de grosseur moyenne,.
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- pesant net 5oo grammes ( i livre ), seront battus, jaunes et blancs, avec 5o grammes d’eau, jusqu’au point d’être assez fluides pour passer, avec une le'gère pression, au travers d’une toile peu serrée; on parviendra ainsi à se'parer les germes; on achèvera de les fouetter en mousse, puis on ajoutera, en saupoudrant, 800 grammes (t livre i) de sucre pulvérisé, et l’on aromatisera avec 20 à 40 gouttes d’eau de fleur d’oranger. Lorsque le tout, agite' un quart d’heure, sera bien fluide, on mettra en flacons de 4 onces, que l’on gardera bien bouchés. La quantité' contenue dans chaque flacon pourra être prise en deux ou plusieurs fois , suivant le besoin, en ayant le seul soin de délayer le sirop dans dix fois son volume d’eau.
- Ce sirop peut édulcorer agréablement, rendre nutritives et souvent plus légères à l’estomac, la limonade ou diverses tisanes non astringentes.
- Sirop d’orgeat. Amandes douces, 5oo grammes ( 1 livre); amandes amères, 5oo grammes (1 livre); zestes d’un citron; eau de fleur d’oranger, 128 grammes ( 4 onces ) f eau commune, 25oo grammes (5 livres) ; sucre (ou sirop équivalent), 4 kilogrammes ( 8 livres). On fait choix d’amandes douces et amères bien fraîches ; on verse l’eau bouillante dessus, et dès que leur peau s’enlève facilement, on les jette sur un tamis, puis, afin de faciliter la séparation de la peau, on v passe de l’eau froide; à mesure qu'elles sont pelées, on les jette dans de l’eau fraîche, et lorsqu’elles sont ainsi toutes inondées, on les pile avec les zestes d’un citron dans un mortier de marbre, de bois ou de porcelaine, en y ajoutant de l’eau par intervalles, pour empêcher que le tout n’acquière la forme huileuse ; on continue cette trituration jusqu’à obtenir une pâte très fine, ce qu’on reconnaît lors-qu’en prenant une portion de la pâte entre les doigts, on ne sent plus de fragmens d’amandes : alors on délaie cette pâte avec la moitié de l’eau , puis on passe au travers d un linge serré fortement par deux personnes ; la pâte est remise dans le mortier et pilée de nouveau pendant sept à huit minutes ; on délaie avec la moitié restante de l’eau,
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- après l’avoir aussi passée au travers d’un linge, et obtenu de cette manière un lait d’amandes, on rejette le reste du marc.
- Le sirop e'tant alors cuit au crochet, on retire la bassine du feu pour y verser le lait d’amandes, puis on porte à l’ébullition en remuant avec l’écumoire ; on retire aussitôt du feu, et lorsque le sirop est refroidi, on y ajoute l’eau de fleur d’oranger, puis on la passe au travers d’un linge, afin de bien mélanger une partie floconneuse qui vient nager à la surface.
- Ce sirop se sépare en deux parties peu de temps après avoir été fait ; la partie inférieure est claire et transparente , et la partie supérieure est blanche et plus épaisse : celle-ci est l’émulsion d’huile des amandes, seule elle a la propriété de blanchir l’eau lorsqu’on y délaie du sirop d’orgeat. Cette séparation n’annonce pas que le sirgj> soit gâté; il faut avoir le soin (l’agiter les bouteilles de temps en temps, afin de faire plonger l’émulsion ; autrement, restant séparée , elle finirait par se moisir, s’aigrir et communiquer au sirop un goût très désagréable.
- Le sirop d’orgeat est fort employé pour préparer une boisson rafraîchissante agréable , en l’étendant de huit à dix fois son volume d’eau ; les médecins le prescrivent comme adoucissant, soit dans l’eau, soit dans des potions ou des tisanes.
- Sirop de pistaches. Il se fait de la même manière que celui d’orgeat, si ce n’est qu’au lieu d’amandes, on emploie des pistaches. Ce sirop est vert, parce qu’il reçoit cette couleur du parenchyme de l’amande des pistaches.
- On s’en sert pour préparer une boisson agréable.
- Sirop de punch au küm. Rum , 2 litres et demi ( 3 pintes ) ; jus de citron , 1 kilogramme ( 2 livres) ; sucre royal, 4 kilogrammes (8 livres). On clarifie le sucre et on le fait cuire au crochet; on y verse le jus de citron, en remuant le mélange jusqu’à ce qu’il ait commencé à bouillir ; on verse le sirop dans un vase de terre vernissé ; lorsqu’il est froid, ou
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- y ajoute le rum, on remue bien le tout, puis on le met en bouteilles.
- Ce sirop se conserve très long-temps : on en fait du punch -en y ajoutant suffisante quantité d’eau bouillante.
- On l’étend avec une décoction de thé, pour les personnes qui aiment le punch au thé.
- Sirop de punch au rack. Il se fait comme le précédent, si ce n’est qu’au lieu de rum, on se sert de rack.
- Sirop de quinquina a l’eau. Écorce de quinquina gris, 128 grammes ( 4 onces) ; eau pure, 125o grammes (2 livres 8 onces ). On fait bouillir ensemble dans un vase couvert pendant un quart d’heure, et l’on passe; on fait ensuite évaporer la solution trouble à feu doux , jusqu’à ce qu’elle soit réduite à peu près à moitié ; on aj oute : sucre blanc, 5oo grammes (1 livre) ; on évapore au degré ordinaire des sirops.
- Le procédé que nous venonft.de décrire est celui du Codex. MM. Guibourt et Henry recommandent : i°. l’emploi du quinquina jaune ; 2“. de pulvériser cette écorce, de faire infuser pendant trente-six heures, de passer avec expression, de filtrer, d’ajouter du sirop de sucre, et de faire cuire jusqu’à consistance convenable. Ces habiles praticiens ont indiqué les quantités suivantes : quinquina, 384 g1'311111168 (12 onces) ; eau , 3 kilogrammes (6 livres) ; sirop de sucre, 3 kilogrammes (6 livres).
- Le sirop de quinquina est un tonique : on le donne à la dose de 16 à 18 grammes (4 gros à 1 once et demie).
- Sirop de quinquina au vin. Écorce de quinquina gris cou-cassée , 64 grammes (2 onces) ; extrait de quinquina, 24 gr3m‘ mes (6 gros) ; vin blanc de Lunel, 5oo grammes (1 livre); alcool à 220, 32 grammes (1 once) ; sucre blanc, >j5o grammes (1 livre et demie). On pulvérise le quinquina dans un mortier, en ajoutant peu à peu l’alcool, pour former avec les parties les plus divisées une masse de consistance molle; on introduit cette masse dans un vase, et l’on y ajoute le '"|n blanc; on laisse en macération pendant deux jours, eu agi •tant de temps à autre ; on passe, on fait dissoudre 1 extrait
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- dans la solution, on y fait ensuite fondre le sucre à la chaleur dn bain-marie. MM. Henry et Guibourt indiquent de faire mace'rer pendant quatre jours ; ils pensent qu’on pourrait obtenir un sirop analogue, en dissolvant 32 grammes (1 once) d’extrait sec de quinquina dans 5oo grammes (1 livre) de vin de Lunêl, filtrant, ajoutant à la solution vineuse 24 onces de sucre, faisant fondre et e'vaporant au degre' ordinaire.
- Ce sirop est tonique, et s’administre comme le préce'dent.
- Sirop de roses. Roses de Provins sèches, 5oo grammes (8 onces) ; eau double de roses, 375 grammes ( 6 onces) ; eau bouillante, i kilogramme ( 2 livres ou 1 pinte ) ; sucre, a kilogrammes (4 livres , ou sirop 5 livres). On triture les roses dans un mortier de marbre, on les met dans le bain-marie, on verse de l’eau bouillante dessus, et lorsque le tout est reste' en mace'ration pendant quatre heures, on passe la décoction au travers d’un linge, en exprimant fortement le marc. On fait cuire le sirop au crochet, on le de'laie avec la décoction et l’eau de roses, et dès que le me'lange est porte' à l’ébullition, on le passe dans un blanchet.
- Ce sirop est astringent; on le conseille pour arrêter les diarrhées, les dvssenteries, les crachemens de sang. La dose ordinaire est d’une cuillerée à bouche dans un verre d’eau.
- Sirop de salsepareille. Racine de salsepareille mondée et fondue (1) , i5oo grammes ( 3 livres ) ; sucre blanc , 4 kilogrammes (8 livres). On coupe la salsepareille en petits morceaux ; on la crible pour en séparer la poussière ; on la pul-''érise ensuite dans un mortier de fer; on la met dans un vase d’étain ; on l’immerge avec 9 litres ( 18 livres) d’eau chauffée à 8o° centigrades ; on agite de temps en temps pendant vingt-quatre heures ; on passe à travers un linge clair ; on soumet k marc à la presse ; on fait avec celui-ci une deuxième in—
- (') La salsepareille doit ctre mondée de ses souches, qui ne fournissent PM autant de piinoipes que la racine. Ce fait vient d’être prouvé par les expériences de M. Deleschamps, pharmacien, place du Pont Saint-Michel. ’°° parties de racine de salsepareille fournissent là d’extrait, tandis que ,c- souches et les tiges n'en fournissaient que de 8 h 9.
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- fusion pareille à la première ; on réunit les liqueurs; on les laisse reposer ; on décante ; on passe au blanchet, et on les fait évaporer jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que 3 ou 4 litres; on y fait fondre le sucre , et l’on évapore rapidement jusqu’à 25° ; on ajoute alors 3 blancs d’œufs battus dans 2 litres ( 4 livres ) d’eau; on agite le tout avec une spatule; •on cesse de remuer; on fait chauffer jusqu’à l’ébullition ; on examine le sirop pour voir s’il reste clair, et s’il présente des flocons bruns bien séparés et nageant dans le liquide, on laisse refroidir un instant, et l’on jette sur un blanchet; on recueille les premières portions de sirop qui passent, pour les repasser une deuxième fois ; on remet le sirop ainsi clarifié sur le feu, et on le fait évaporer très vite, jusqu’à ce qu’il marque 31 ° bouillant ; on le coule alors au travers d’une étamine. La quantité du sirop obtenu doit être de 6 kilogrammes (ta livres).
- Le sirop de salsepareille est sudorifique : on le donne à la dose de 32 à 128 grammes (de 1 à 4 onces) dans le cours de la journée : 128 grammes (4 onces) de ce composé, représentent 32 grammes (1 once) de salsepareille, ou bien 7 grammes (1 gros 54 grains) d’extrait.
- Sirop de sulfate de quinine. Ce sirop est désigné aussi sous le nom de sirop de quinine. On prend : sirop simple, 1 kilogramme (2 livres); sulfate de quinine, 3 grammes 5 déci-granimes (54 grains). On fait dissoudre le sel dans une très petite quantité d’eau acidulée avec quelques gouttes d’acide sulfurique faible , et l’on mêle la solution au sirop. Ce sirop contient 1 décigramme ( 2 grains) de sulfate par once.
- Sirop de violettes. Pétales de violettes récentes, 5oo grammes ( 1 livre ); eau bouillante, suffisante quantité pour obtenir 1064 grammes (2 livres 2 onces) d’infusé; sucre très put' 2 kilogrammes ( 4 livres).
- On met les violettes dans un bain-marie en étain, on verse 3 litres d’eau chauffée à 4o° centigrades, on agite a'ec une spatule pendant une minute , 011 jette sur un propre et l’on exprime; on pèse les violettes pour reconna*11
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- ia quantité d’eau qu’elles retiennent, et l’on verse la quantité d’eau bouillante nécessaire pour compléter i kilogramme ( 2 livres) d’eau (ouïe double de la fleur employée) ; on laisse infuser pendant douze heures, en ayant soin d’agiter plusieurs fois ; on passe à travers le linge , on met à la presse, on laisse reposer, on décante et l’on passe au travers d’un blanchet. On obtient ou l’on complète 1064 grammes ( 2 livres 2 onces) de liquide nécessaire à la confection du sirop ; on met cet infusé dans le bain-marie avec 2 kilogrammes ( 4 livres) de sucre pulvérisé', on agite souvent pendant l’espace de douze heures; on termine la préparation en chauffant le vase fermé au bain-marie bouillant ; on passe le sirop chaud à travers un blanchet blanc bien propre, échaudé à l’eau bouillante.
- Le sirop de violettes est un sirop des plus agréables : on le fait entrer dans diverses boissons d’agrément et dans quelques tisanes, à la dose de 32 à q6 grammes (1 à 3 onces).
- Les conditions convenables pour obtenir un sirop de violettes bien préparé, sont : i°. de choisir de préférence les violettes simples cultivées, aux violettes qui viennent à la campagne, et qui ont une couleur rougeâtre ; 20. employer de préférence celles qui fleurissent au printemps, et qui sont plus odorantes ; 3°. préparer l’infusé aussitôt que les fleurs sont mondées ; 4°- employer, pour faire cet infusé, un vase d’étain bien propre ; 5°. prendre du sucre exempt de chaux, qui ferait virer la couleur au vert.
- On falsifie quelquefois le sirop de violettes, en le fabriquant avec des pensées , et virant la couleur à l’aide d’une très petite quantité de carbonate de soude ; d’autres emploient la couleur du tournesol, et donnent l’odeur à l’aide de l’iris de Florence. Ces sortes de sirops sont loin d’offrir les propriétés adoucissantes qui font rechercher le véritable sirop de violettes.
- Sirop de vinaigre. Vinaigre rouge, 5oo grammes (1 livre) ; sucre (ou sirop équivalent), 1 kilogramme (2 livres). Le sirop étant cuit au crochet, on y verse le vinaigre; on fait un instant bouillir le mélange.
- Tome XIX.
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- Le sirop de vinaigre se conserve long-temps ; il est considère' comme anti-putride et rafraîchissant.
- Sirop de vinaigre framboise. On met dans un vase de grès i kilogramme ( a livres} de framboises bien mûres, dont on a se'paré les queues ; on verse dessus 4 pintes de vinaigre rouge ; on remue le mélange avec une spatule, puis on le passe avec expression au travers d’un linge très propre ; on filtre la liqueur et on la mesure ; d’un autre côté, mesurant à part le double de sirop blanc, on le fait cuire au crochet dans une bassine d’argent, puis on délaie avec le vinaigre framboise ; on remet la bassine sur le feu en remuant le mélange avec l’e'cumoire, jusqu’à ce que le sirop ait bouilli pendant une minute ; on le laisse refroidir, puis on en remplit des bouteilles.
- Ce sirop est très rafraîchissant, et forme une boisson agréable avec huit à dix fois son poids d’eau.
- Tous les sirops contiennent, dans des proportions diverses, des substances qui concourent à déterminer la Fesmevtatio.v ; aussi donnent-elles lieu, plus ou moins lentement, à cette réaction spontanée, d’où résulte un dégagement abondant d’acide carbonique, qui traverse le sirop en bulles nombreuses , et vient établir souvent une pression capable de projeter au dehors les bouchons des bouteilles, ou de casser les vases. Le liquide, ordinairement alcoolique et acide, a perdu généralement son goût agréable et ses propriétés utiles ; quelquefois, en soumettant du sirop fermenté à une nouvelle clarification, on lui rend une partie de sa qualité primitive, et il devient plus susceptible d’une longue conservation ; mais le mieux est, toujours, de ne faire en sirops que la provision convenable , et de renouveler le plus fréquemment possible cette provision.
- Les circonstances qui favorisent la conservation des sirops sont : la privation du contact de l’air et une température basse ; il convient donc de les tenir dans des flacons pleins et exactement fermés, et dans l’endroit le plus frais. Les snops chargés de mucilage ou de matière animale se conservent le
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- SOCQUES. 3^i
- moins facilement ; ceux qui ne contiennent que des essences ou de l’alcool se conservent fort long-temps. P.
- SOC {Agriculture). Pièce de fer dont on arme la charrue, et qui est pointue et tranchante ; elle est destine'e à fendre la terre. ( V. l’article Charrue , T. Y, pageôi, où tous les détails de forme et d’usage du soc ont été exposés. ) Fr.
- SOCQUES {Technologie). Les socques sont des sous-chaussures dans lesquelles on place les souliers, dans la vue de mettre les pieds à l’abri de toute humidité. Les plus simples, auxquels on revient aujourd’hui, quoiqu’ils soient imaginés depuis très long-temps, sont de doubles souliers très forts, dans lesquels on enfonce le soulier et qu’on fixe au pied à l’aide d’un cordon qu’on serre sur le coude-pied. Ils n’ont d’autre désagrément que d’être un peu lourds, mais ils préservént parfaitement de rhumidité.
- Depuis quelques années, et dans la vue de rendre ces sous-chaussures plus légères, on a imaginé des socques en bois, à charnière, qu’on n’avait rejetés que parce que la semelle , formée d’une seule planchette, ne pliait pas et fatiguait beaucoup à la marche. M. Duport paraît être le premier qui a ingénieusement résolu la difficulté. Il observa que, dans la marche, le pied plie seulement à l’origine des doigts sous une ligne oblique à la longueur du pied : après avoir bien remarqué l’angle que ces deux lignes forment entre elles, il a brisé les semelles en bois sous la même obliquité ; de sorte que cette chaussure , qui se place sous un soulier mince, remplit parfaitement le but qu’on se propose dans ce cas, et ne fatigue nullement.
- La manière dont il unit le socque au soulier n’est pas moins ingénieuse ; tout le monde sait que pour les sabots on se sert d’une courroie qui passe sur le coude-pied, et qu’on fixe par une boucle au point convenable. M. Duport emploie le même moyen, mais sa courroie n’est fixée au socque que d’un côté, en dedans du pied ; de l’autre côté elle est fixée à un ressort à coulisse d’une construction particulière, qui permet à la courroie de s’allonger de quinze à dix-huit lignes, sans
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- 3-a SOCQUES.
- être obRgé de lâcher la boucle, que l’on fixe une fois pour toutes au point convenable pour que le socque tienne solidement sans gêner le pied. Cette construction est extrêmement commode; lorsqu’on veut se débarrasser du socque, on lâche le ressort qui, sans quitter sa place , offre un espace suffisant pour sortir le soulier. Lorsqu’on veut remettre le socque, on introduit le soulier sous la courroie ; le bout du pied est arrête' sous un cuir verni fixé par de petits clous tout autour du bout du socque, et le talon est retenu par une petite plaque verticale en métal. Alors on pousse le ressort qui entre dans un arrêt, d’où il ne peut sortir que lorsqu’on l’y oblige en le poussant intérieurement. L’articulation est formée par un morceau de cuir qui fait charnière et présente la plus grande solidité.
- Nous ne décrirons pas ici tous les socques articulés qu'on a imaginés après M. Duport ; ils se ressemblent tous, à de très petites différences près ; nous nous bornerons à recommander ceux que nous reconnaissons comme les plus solides, les plus légers et les plus commodes. Ils sont formés d’une forte semelle de cuir qui remplace la plaque de bois ; le bout du pied est recouvert d’un cuir verni, sous lequel le bout du soulier s’enchâsse ; le talon est de même retenu par une lame verticale en métal; il est, comme les autres, fixé au pied par une courroie. La différence consiste seulement dans l’appareil fixé au-dessous de la semelle, qui la tient élevée d’un pouce au-dessus du sol. Ce sont quatre lames de fer forgé, pliées à l’équerre par leurs deux extrémités ; elles sont placées en travers sous la semelle , l’une vers le bout du pied un peu en avant de l’articulation, la seconde vers le milieu du pied , la troisième à la naissance du talon, et k quatrième un peu sur le milieu du talon. Les huit parties saillantes et en retour sont limées exactement de la meme hauteur. Lorsque les vis à tête conique sont placées et bien serrées, on colle dessus une légère semelle en peau fauve, et le socque est terminé.
- Cette chaussure est extrêmement commode , elle ne fatigue
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- SODIUM. 37S
- en aucune manière , et remplit parfaitement son but de préserver le pied de l’humidité et du froid : elle a de plus l’avantage d’être économique ; le soulier qu’elle supporte ne s’use point; une paire de socques peut facilement durer tout un hiver, et l’on peut employer pour cet usage des escarpins à demi usés. L.
- SODIUM. Substance métallique dont le protoxide constitue l’alcali connu sous le nom de Soude. ( V. ce mot. )
- De même que la soude et la potasse semblent se confondre par la plupart de leurs propriétés, de même le sodium et le potassium ont entre eux la plus grande analogie , et les procédés mis en usage pour se procurer ces deux métaux sont absolument les mêmes. Ainsi, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer, pour cet objet, nos lecteurs à l’article Potassium , et il leur suffira de substituer la soude à la potasse pour connaître par quels moyens on peut obtenir le sodium. Cependant il est bon de savoir que, d’après l’observation de M. Thénard , l’addition d’un peu de potasse à la soude rend l’extraction du sodium plus facile, et qu’il suffit, selon le même auteur, pour séparer ces deux métaux , d’exposer pendant quelques jours leur alliage sous une couche d’huile de napli te rectifiée, dans un vase ouvert: le potassium s’oxide et se dissout dans le naphte et le sodium. Il est à craindre cependant que cette séparation ne se fasse pas aussi complètement qu’on se l’imagine , et que le sodium ainsi obtenu ne soit pas parfaitement pur. Il est d’autant plus facile d’éviter cet inconvénient, qu’en ayant recours au procédé de Brunner, dont nous avons donné la description, on n’éprouve pas plus de difficultés à extraire le sodium que le potassium.
- Le sodium se distingue du potassium par une moindre volatilité et une moindre fusibilité ; mais il est un peu plus malléable, il se laisse facilement aplatir en feuilles minces, tant qu’il n’approche pas de son point de fusion, qui a lieu à go°; sa densité, d’après MM. Thénard et Gay-Lussac , est égale à 0,97 à i5° centigrades.
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- 374 soie.
- Le sodium expose' au contact de l’air, s’oxide peu à peu et se couvre d’une couche de soude ; projeté sur l’eau, il éprouve un mouvement giratoire si rapide, que la chaleur ne peut devenir assez intense pour déterminer l’inflammation de l’hydrogène ; mais il suffit, pour produire ce phénomène, d’ajouter, d’après l’observation de M. Sérullas, un peu de gomme dans l’eau, ou tout autre invisquant, qui rende le mouvement plus difficile. R.
- SOFITE ( Architecture), C’est le nom qu’on donne aux plafonds divisés en compartimens carrés, par renfoncemens, qui sont enrichis de sculptures, peintures, dorures, tels qu’on en voit aux basiliques et aux palais d’Italie. Les so-fites des monumens de l’ancienne Égypte sont très remarquables , et c’est sur une de ces parties d’Architecture qu’on voit, au péristyle du temple de Dendérah , le grand zodiaque qui a fait récemment le sujet des recherches des Savans. Fr.
- SOIE ( Technologie). La soie est le produit d’un insecte connu sous le nom de Ver-a-soie ( F~. ce mot), dont la bombjx porte le nom de l’arbre qui la nourrit;.on l’appelle bombyx du mûrier; ses œufs, ronds et grisâtres, éclosent à une chaleur de 20 à 24 degrés'de Réaumur ; les petites larves ressemblent à des vers, et c’est de là que leur est venu le nom de vers-à-soie. On les nourrit avec des feuilles de mûrier blanc, et quelquefois de mûrier noir ; on a meme avancé que la feuille de scorsonnère peut suppléer à la feuille de mûrier : nous ne connaissons pas d’expérience bien constatée qui confirme cette assertion. Lorsqu’il a acquis son plus grand accroissement, il dévore en un seul jour de grandes feuillè3 de mûrier. On croit que cette surabondance de nourriture se tourne en soie. Il monte, pour filer, sur de petites branches de bruyère qu’on lui présente.
- La soie. peut être considérée , technologiquement parlant, comme formée d’un mucilage végétal, combiné avec une huile animale, qui lui donne sa souplesse, sa ductilité et son élasticité. Elle se dessèche et prend de la consistance aussitôt qu’elle éprouve le contact de l’air. Les premiers fils du vei"
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- SOIE. 3*5
- à-soie ne sont qu’une Bourre qui ne peut être dévide'e. L’animal s’e'tablit sur le premier réseau, et, par le mouvement régulier de sa tête, il construit son cocon, qu’il achève en sept à huit jours. Ce cocon est formé d’un seul fil, qui a quelquefois jusqu’à trois cents mètres de longueur, et qui est si délié, que l'organsin des taffetas et des gases les plus fines, est au moins composé de quatre à cinq brins , et ordinaire— rement de sept ou huit. La soie des derniers fils est toujours trop fine et trop gommée pour être détachée.
- La partie du cocon qui peut être dévidée porte exclusivement le nom de soie; c’est celle dont l’homme a su tirer un si grand parti, et dont le tissu forme un des plus beaux ornemens pour les habits et les meubles. La soie écrue, c’est-à-dire telle que la fournit cet insecte précieux , originaire de la Chine, apporté en Europe sous Justinien, et acclimaté surtout dans les pays chauds, est de deux sortes, blanche ou jaune. La soie blanche , la plus belle, est celle qui se récolte en Chine, et qui nous est fournie par le commerce : on la nomme sina. Toutes ces diverses sortes doivent être décreusées ou dégommées. ( V. au T. III, page 171 , à l’article Décreusage de la soie , les divers procédés que l’on emploie. )
- La partie qui ne peut pas être dévidée, et qu’on peut carder, se file ensuite comme la laine et le coton, et prend le nom de bourre de soie ou Filoselle. ( V. ce mot, T. IX, page 92.)
- Les cocons, après avoir donné toute la soie qu’ils peuvent fournir, deviennent la matière des fleurs artificielles. {V. T. IX, page 128, l’article Fleuriste artiifciel.)
- On ne file pas la soie, elle est toute filée par l’insecte qui la produit ; on la dévide de dessus le cocon, par le secours de l’eau très chaude, qui dissout la gomme par laquelle les fils étaient collés l’un sur l’autre. L’expression filature, que certaines personnes peu instruites donnent aux établissemens dans lesquels ce dévidage s’opère , est inexacte : on désigne ces sortes de fabriques sous la dénomination de Moulinage des soies ;
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- le directeur de ces e'tablissemens se nomme Moulinier. ce3 mots, T. XIV, page 172.) On voit dans cet article les diverses pre'parations que subit la soie de'vidée, et d’après lesquelles elle prend différens noms.
- On donne aussi le nom de soie aux poils du porc et à ceux du sanglier, dont on fabrique des brosses, et dont on se sert dans plusieurs Arts industriels.
- On appelle pareillement soie la partie pointue et grossièrement travaillée d’une lime, d’une e'pe'e , d’un sabre, d’un couteau, etc., qui entre dans le manche ou dans la poigne'e.
- On donne le nom de soie d'Orient aux produits d’une plante originaire de la Syrie, que nous avons décrite au mot Apocin, T. II, page 1 , appelée par Linnée asclepias Sjriaca; ses gousses renferment un duvet blanc, soyeux, fin et passablement luisant. On file aisément cette sorte de soie, et onia fait entrer dans la composition de plusieurs étoffes des Indes et de la Chine.
- On la mêle le plus souvent avec le coton pour les carder ensemble ; mais avant de la carder, on doit avoir la précaution de l’exposer à la vapeur de l’eau bouillante. Après l’avoir cardée on la file, et l’on en fait des bas, des bonnets, une espèce de velours, des flanelles, des satins, etc. L.
- SOL. On désigne, par ce mot, soit la terre en culture, soit les terrains sur lesquels on se propose de fonder divers établissemens d’industrie, ou d’élever des habitations.
- La nature du sol est souvent un objet fort important à déterminer dans ces différens cas : en effet, certaines cultures exigent des sols appropriés par leurs qualités physiques, leur composition chimiqne et leur exposition particulière. Nous avons indiqué déjà, dans les articles consacrés à plusieurs grandes cultures, ces notions utiles; aux mots Engrais, Amendemens, Assolemens, etc. , on trouvera les principes généraux y relatifs.
- Dans l’article Sucre , nous donnerons quelques détails sur un engrais (noir animal, résidu des raffineries) trop Peu généralement connu lors de la rédaction des articles ci-
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- SOLIVES. 377
- dessus, pour que nous ayons pu faire connaître alors les particularite's qui inte'ressent les agriculteurs et les manufacturiers : on y remarquera combien peut être différente l’action du même engrais sur des sols diffe'rens, et surtout comment on est parvenu à l’approprier aux sols calcaires par une hase argileuse, de même qu’il a dans l’état ordinaire une très favorable influence sur les sols argileux. P.
- SOLE DES FOURNEAUX. On somme ainsi la partie plane ou légèrement concave, qui dans les fours à réverbère ou à chambre, dans les fours à boulanger, etc., reçoit les produits à échauffer.
- Tantôt la sole est formée d’un carrelage en briques ou carreaux plus ou moins réfractaires , porté sur un massif solide , tantôt composée d’un mélange argileux réfractaire ou d’os en poudre, fortement tassés dans une cavité en briques ou dans un plateau ou patène en fonte ; cette dernière disposition est utile pour éviter la déperdition des matières fondues, qui seraient susceptibles de s’insinuer au travers de la maçonnerie altérée. ( V. les articles Fourneaux, Fours à réverbère, et pour chaque construction particulière, les articles spéciaux consacrés à chaque produit particulier y relatif.)
- P.
- SOLINS {Architecture). On donne ce nom aux enduits de plâtre dont on recouvre les extrémités des tuiles d’un toit, pour les retenir et s’opposer à l’entrée des eaux pluviales. Les.solins forment des cordons de plâtre le long des arêtes où viennent se joindre les plans de deux toits voisins.
- On appelle aussi solins les bouts des entrevoux des solives scellées avec du plâtre sur les murs , les poutres, etc. Fr.
- SOLIVES ( Architecture). C'est le nom qu’on donne aux pièces de bois qui, placées horizontalement, composent la charpente d’un plancher. Les solives sont espacées les unes des autres , posées par leurs extrémités sur les murs, ou assemblées dans des lambourdes, des linçoirs, etc. On doit donner à tQute solive une hauteur d’au moins le vingt-quatrième de sa longueur dans œuvre. Les solives dites d’enche-
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- 378 SON.
- vétrure, parce que les Chevêtbes viennent s’y assembler, doivent avoir i pouce d’e'paisseur de plus dans les deux sens. On nomme solives boiteuses, celles qui s’assemblent par un bout dans le mur, et par l’autre dans un chevêtre. ( V. Plancher. )
- Le soliveau est une moyenne pièce de bois, d’environ 5 à 6 pouces d’épaisseur, plus courte qu’une solive ordinaire.
- Fs.
- SOMMIER. Ce terme a différentes acceptions dans les Arts : voici les principales.
- En charpente, le sommier est une grosse pièce de bois qui porte sur deux pieds-droits de maçonnerie , ou sur les deux piles d’un pont, pour faire l’of&ce de poutre, c’est-à-dire soutenir un plancher, une cuve grande et pesante, ou toute autre construction très lourde.
- L’appareilleur appelle sommier la première pierre d’une plate-bande, portant à plein au sommet du pied-droit, où elle forme le premier lit en joint, sous une inclinaison d’environ 60 degrés.
- Le sommier d’un lit est un matelas en crin, qu’on pose sur le fond sanglé.
- Le sommier d’un forté-piano est une barre de hêtre assemblée aux deux bouts à queue d’aronde avec la caisse, et sur laquelle sont fichées les chevilles qui servent à tendre les cordes de l’instrument.
- Dans l’orgue, le sommier est la pièce sur laquelle sont rangés les tuyaux , et qui leur distribue le vent.
- Le tonnelier donne le nom de sommier aux cerceaux doubles qu’il place au bout de la futaille , immédiatement sur le jable , afin de lui donner plus de résistance. Fs.
- SON {Arts physiques). Le son est la perception <îue transmettent, par le secours de notre oreille, les vibr®" tions d’un corps et de l’air. Lorsqu’on frappe le bord d une cloche au dedans, sa forme change ; le diamètre que suit direction du choc s’accourcit, et le diamètre transverse s’allonge ; les deux points opposés se rapprochent dans
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- dernier sens et s’éloignent dans le premier ; ensuite l’élasticité de la matière amène une restitution de la forme primitive, qui est dépassée par la vitesse acquise, en- sorte qu’au contraire le court diamètre devient allongé, et le long s’accourcit. Ces mouvemens vibratoires, qu’il est très facile de voir et de sentir, se succèdent avec plus ou moins de rapidité, et diminuent d’étendue par l’effet des résistances, jusqu’à ce que la clocbe soit enfin ramenée au repos absolu. Le son qu’elle rendait, après s’ètre affaibli de plus en plus, cesse même avant les vibrations. Une corde tendue qu’on écarte de la direction rectiligne, et qu’on abandonne à elle-même , fait de part et d’autre des excursions qui diminuent sans cesse, et le son qu’elle produisait n’est plus perceptible avant même la fin des vibrations visibles.
- Et ce qui prouve que ce sont les mouvemens vibratoires qui se communiquent à nos sens par le secours de l’air, c’est que, dans le vide, le son n’est plus perceptible. Yoici l’expérience qui prouve ce fait : on a un petit mouvement d’horlogerie qui fait frapper un marteau sur un timbre, à coups réitérés ; le son de ce timbre est très éclatant dans l’air; mais si l’on place cet appareil sous le récipient de la machine pneumatique , le son s’affaiblit à mesure qu’on fait le vide, et cesse même bien avant qu’on ait enlevé tout l’air intérieur : on entend de nouveau un son croissant, lorsqu’on laisse rentrer l’air. Il faut, pour que cette expérience réussisse , poser l’appareil sur un petit matelas de laine, parce que les chocs du marteau communiqueraient des vibrations aux pièces solides de la machine pneumatique, et que ces vibrations se transmettraient à l’air extérieur, et par suite à l’oreille.
- Lorsqu’on frotte avec le doigt mouillé le bord d’un verre * patte, on produit des vibrations et un son. Si l’on remplit le verre d’eau, on voit ce liquide s’agiter et même se répande au dehors, sous l’influence des vibrations.
- On distingue trois choses dans le son , savoir : l’intensité, k qualité et le ton. i°. Un son est fort ou faible, selon qu’il
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- est produit par des vibrations plus ou moins étendues; un canon, une grosse cloche, un tam-tam, une sonnette, un violon, un instrument à vent, rendent des sons qu’on entend plus ou moins loin , et qui agissent avec différens caractères d’impétuosité sur notre organe. Tel son est si faible qu’on ne peut l’entendre que dans le calme de la nuit et en prêtant une oreille attentive, tandis que tel autre son s’entend même en se bouchant le conduit auditif.
- 2°. La qualité du son tient à la nature même du corps vibrant : le cor, le basson, le violon , la flûte, la clarinette, peuvent rendre le même ton , avec la même force, et cependant une oreille exercée saura distinguer ces instrumens les uns des autres. Le corps sonore n’est pas la seule cause de cette diversité ; la manière dont les vibrations de l’air y sont produites influe sur la qualité du son : c’est ce qu’on appelle le timbre.
- 3°. Le ton est le degré de son du grave à l’aigu : lorsqu’un musicien exécute la gamme avec sa voix ou sur un instrument , les sons passent par divers tons successifs.
- Nous verrons bientôt que le ton résulte de la longueur des ondulations sonores ; le timbre, de la forme de ces ondulations ; et la force du son, de leur étendue. Ainsi, lorsque le corps sonore n’accomplit que 3a vibrations par seconde, il produit alors le son le plus grave que notre oreille puisse percevoir; c’est celui que rend un tuyau d’orgue ouvert ayant 32 pieds de long. On n’apprécierait aucunement le tou produit par un tuyau plus long , parce que l’air effectuerait moins de 3a vibrations par seconde. En rendant les vibrations plus rapides, le son devient plus aigu, et elles peuvent l’être au point que nous ne soyons plus capables de les apprécier. On estime que cela arrive quand l’air éprouve environ 8200 vibrations par seconde.
- Lorsqu’on pince une corde tendue, les excursions quede fait de part et d’autre de la ligne droite, impriment àlau des mouvemens vibratoires qui produisent un son, dont ton dépend du nombre de ces vibrations par chaque secon 0
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- On remarque que ces mouvemens sont isochrones, c’est-à-dire en égal nombre dans toutes les secondes successives, quelle qu’en soit d’ailleurs l’étendue, et que par conséquent le ton reste le même. Mais comme les vibrations décroissent sans cesse d’étendue, le son , qui d’abord avait de l’énergie, Ta en s’affaiblissant, et nous cessons bientôt de l’entendre, avant que la corde ait cessé de vibrer. Le terme où l’on n’entend plus rien dépend de la délicatesse de l’ouïe, du calme des lieux voisins, etc. Accourcissez la corde, ses vibrations seront plus rapides, le son sera plus aigu, et il s’affaiblira plus promptement. Ce qui vient d’être dit d’une corde vibrante , doit se dire aussi du tube sonore d’un instrument à vent. C’est, au reste, ce qu’on va mieux comprendre par l’exposition théorique que nous allons faire de la propagation du son et de sa vitesse.
- Qu’on excite an mouvement brusque , tel qu’un choc ou une explosion, à l’orifice d’un long tuyau, tout l’air qui y est contenu sera mis en mouvement, et l’on sentira, à la sortie, un souffle plus ou moins fort ; on y entendra un bruit ; une bougie allumée sera éteinte, etc. Ce mouvement de la colonne d’air se conçoit aisément, car la première couche ébranlée , se déplace et pousse celle qui lui est contiguë ; celle-ci pousse la suivante, et ainsi de proche en proche. Mais il faut remarquer que l’air étant élastique, les premières molécules ne surmontent la résistance de celles qui les avoisinent qu’en se comprimant ; ces dernières se compriment aussi sur les suivantes ; en sorte que, tout en cédant à ces efforts successifs, la masse d’air éprouve une compression qui s’affaiblit à mesure qu’on s’éloigne de l’origine , et qui s’éteint avec le mouvement à une certaine distance. Dans l’instant immédiatement voisin, la dilatation succède à ce premier phénomène, en vertu de l’élasticité de l’air, dont les molécules repoussent celles qui n’avaient pas été ébranlées d’abord. Ici les choses se passent comme dans le choc qu’on produit à travers une file de billes d’ivoire en contact; par des condensations et dilatations successives des
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- couches d’air, le mouvement se propage dans toute la niasse
- Si le phe'nomène est produit dans l’espace libre, le mouvement a lieu dans une sphère de rayon croissant, et le bruit s’affaiblit à l’entour du centre d’explosion, en se propageant en tous sens. C’est ainsi qu’une pierre jete'e dans une eau dormante, excite à sa surface une ride circulaire qui s’étend de plus en plus, et devient enfin insensible. Mais le son produit dans l’air présente cette différence, que son action s’exerce, non pas circulairement, mais sphérique-ment, et que l’air étant élastique , le jeu des condensations et dilatations de la masse apporte une grande modification dans les effets.
- On comprend donc pourquoi le son s’affaiblit à mesure qu’on s’éloigne; pourquoi il s’entend aisément dans une masse d’air très calme , surtout si l’on prête l’oreille avec attention , en l’appliquant contre terre ; comment la délicatesse de l’organe, l’exercice auquel on l’a habitué rendent cette perception diverse selon les circonstances et les observateurs. Les vibrations se communiquent même à travers les corps solides , et lorsqu’on frappe le bout d’une longue conduite, on entend, à l’autre extrémité, deux chocs, dont l’un est transmis par l’air, et l’autre, plus rapide, l’est par la matière des tuyaux. On entend distinctement à l’un des bouts dune pièce de bois le bruit d’une épingle qui gratte l’autre bout.
- C’est une question qui a beaucoup exercé les physiciens, que de savoir quelle est la vitesse du son. Lorsque nous voyons, de loin, un bûcheron qui frappe avec sa coignee, un fusil qui fait explosion , etc., nous remarquons un intervalle notable entre le choc et le bruit ; c’est que la course de la lumière est instantanée (elle décrit environ 70 mille lieues par seconde), tandis que celle du son ne l’est pas. L éclair, qui est le signal du départ de la foudre, est ordinairement aperçu plusieurs secondes avant qu’on entende le bruit e l’explosion. On attribue ce bruit au déchirement de 1air» causé par le passage de l’électricité; et comme chaque couche d’air traversé produit son explosion particulière , et est a
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- distances très differentes de notre oreille, ces bruits ne sont entendus que successivement ; venant l’un après l’autre, ils produisent un son long-temps continue'. Ainsi, la cause du bruit du tonnerre est en grande partie due au long espace d’air que traverse la foudre en se pre'cipitant sur la terre avec une prodigieuse vitesse, tandis que le son ne procède qu’avec une sorte de lenteur par des contractions et dilatations successives. Monge a donné une autre explication vraisemblable des roulemens du tonnerre, qui probablement se combine avec celle qui vient d’être donnée. Ce savant admet que le passage de l’électricité détermine la formation subite de images qui, produisant un vide dans l’air, y excitent des chocs qui se reproduisent de proche en proche et à de grandes distances par la masse d’air ébranlée.
- Pour mesurer la vitesse du son, les académiciens français firent, en 1738, des expériences à Montlhéry et à Montmartre , lieux distans l’un de l’autre de 29 mille mètres : des coups de canons étaient tirés à l’une des stations et entendus à l’autre. Depuis, l’expérience a été refaite avec plus de soin à Villejuif et à Montlhéry, par MM. Arago , Prony, etc.; le résultat de ces observations est que ( V. Annales de Chimie, juin 1822, page 221) :
- i°. La vitesse du son, quand la température est de -j- i6de-grés centigrades, est de 173 toises = 337,2 mètres par seconde (environ io38 pieds) ;
- a0. Cette vitesse est constante dans les conditions supposées, quelle que soit la distance ;
- 3°. Elle est indépendante de la pression amosphérique ;
- 4°. Elle est sensiblement la même, que le ciel soit couvert ou serein , sec ou humide ;
- 5°. La température la fait varier, et les lois de ces change-tnens sont données par la formule (1)
- Vitesse du son = A {/ (1 -f* 0,00375.r),
- () Selon jVl. Galbraith (Phil. Mag., sept. 1828), la vite ;se da son, ex-
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- la température centigrade est ici représentée par t ; A = i68* 06 ou 327”,55, selon que l’on veut exprimer en toises ou en mètres la vitesse ou l’espace parcouru par le son en une seconde (1) ;
- 6°. On suppose dans cette formule que l’air est calme Lorsque le vent est dirigé dans la ligne qui va de l’observateur au corps sonore, la vitesse du vent doit être ajoutée à celle du son , ou en doit être retranchée, selon que le vent court de celui-ci au premier, ou en sens contraire ; et quand le vent est oblique à cette droite, il faut en décomposer la vitesse dans cette direction , et ajouter ou soustraire cette composante.
- Lorsqu’on aperçoit la lumière d’un coup de canon, en négligeant la force du vent et la température , on peut évaluer la distance par le nombre de secondes écoulées de l’une à l’autre; il suffit, pour cela , de multiplier ce nombre par A, On fait ce calcul de mémoire, par approximation, en multipliant par 200 , puis retranchant le dixième du produit;
- primée en mètres, est
- = ( 33i,;;8i -4- 0,6216 t) ( 1 — a cos 2A ) ^1 -f- Q' +XC0SH
- t est la température centigrade, log a. — 1,65306, f = fotce élastique de la vapeur d’eau (en terme moyen, on peut poser f — 0,4112), t — snression barométrique exprimée en millimètres , a = la vitesse du v'r:'
- — l’angle de la direction dn vent avec la ligne qui joint le corps sonore à l’oreille. On voit que cette formule fait entrer en considération 1etat barométrique et hygrométrique de l’air, que le texte néglige. Il est, an teste, encore douteux que cet état exerce une action sur la vitesse du son.
- (1) Les phénomènes physiques qui produisent le son étant bien connoh peuvent être exprimés par analyse, parce qu’ils sont l’effet de forces 0 nées; ce n’est plus qu’au ptoblème de Mécanique. Or, le calcul ne on pas la vitesse du son telle que l’expérience la fait connaître; le resn ce calcul est trop faible d’environ un sixième. Laplace a prouvé quel®j*^ provient de ce qu’on n’y tient pas compte des changemens de temper» dus anx contractions et dilatations de l’air, en vertu dn mouvement q prend. En ayant égard h cette circonstance, ce savant est parvenu à meltt théorie d’accord avec l’expérience.
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- on a à peu près la distance en toises. Ainsi, lorsque l’e'clair brille, on compte les secondes par le nombre de pulsations de l’artère du bras, dont on suppose que les intervalles sont d’une seconde. S’il y a 12 pulsations entre l’e'clair et le premier e'clat du coup de tonnerre, 200 fois 12 font2400, d’où retranchant 240 , il reste 2160 toises pour la distance approche'e de l’observateur à la nuée foudroyante. La même operation peut servir à trouver la distance d’un corps d’armée , de la batterie d’un fort, etc. On voit que cette opération suppose que la vitesse du son est toujours de 180 toises = 200 — 20 , au lieu de 1 y3 toises , ce qui suffit bien pour une évaluation grossière.
- Jusqu’ici, nous n’avons considéré que l’effet d’une explosion unique, ou de plusieurs chocs à des intervalles sensiblement distans les uns des autres. Examinons maintenant ce qui se passe quand les chocs sont extrêmement rapprochés, comme, dans le cas des vibrations d’un corps. Ce n’est plus un simple bruit qu’on entend, mais une succession rapide de sons, qui agissent sur notre oreille d’une manière continue, et nous donnent la sensation du ton. La différence qui existe entre le mouvement de l’air qui produit le vent et celui qui rend un son, c’est que dans un cas la masse d’air se transporte d’un lieu dans un autre, tandis que dans le second cas les molécules d’air sont mises en vibration par une succession d’ondulations qui ne causent que de petits déplaeemens continués de proche en proche, par des contractions et des dilatations.
- Concevons qu’un corps vibre, c’est-à-dire que ses parties élastiques éprouvent des mouvemens de va-et-vient très petits et très rapides. L’air qui est en contact avec ce corps est d’abord chassé de manière à produire une onde analogue à celle que nous voyons à la surface d’une eau tranquille dont un point a été troublé. Dans les actions successives qu’exerce sur l’air le premier mouvement d’itnpulsion du corps élastique, il naît une suite de semblables ondulations qui courent l’une après l’autre, parce que les mouvemens de l’air sont infiniment plus rapides que ceux du corps vi-Tome XIX. 25
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- brant.. Lorsque celui-ci revient en arrière, il laisse un vide que l’air ambiant vient remplir; ainsi, il se produira dans l’air de.nouvelles ondulations semblables aux premières, et ainsi de suite. En considérant les effets produits suivant une ligne, l’air est donc agite' par une série d’ondulations, et il y a une suite de points simultanément agités, qui constituent l’onde sonore. La longueur de cette onde est sensiblement égale à l’espace que le son peut parcourir pendant le temps que dure chacune des excursions du corps vibrant.
- Il suit de là que si le corps vibrant ne fait qu’une excursion par seconde, la longueur de l’onde sonore est la vitesse du son , qui se réduit à 328 mètres, ou 1018pieds, quand la température est zéro. Supposons-la de 1024pieds, parce que la différence est peu sensible, et que 1024 étant dix fois de suite divisible par 2, ce nombre se prêtera mieux à nos calculs. Nous voyons que pour 2 vibrations par seconde, l’onde a 5i2 pieds de longueur; elle en a 256 pour 4 vibrations, etc. En continuant ainsi, on trouve que pour
- 32 vibrations par seconde, l’onde a pour longueur 3a pieds.
- 64.............................................16
- 128............................................. 8
- 256 ............................................ 4
- 5i2............................................. 2
- 1024.............................................. 1
- 2048............................................. 6pOUC.
- etc. etc.
- Tout son, grave ou aigu, fort ou faible, et quel qu’eu soit le timbre, court et se propage avec la même vitesse ; c est un fait prouvé par l’expérience. En effet, les auditeurs places à des distances très différentes d’un orchestre trouvent une égale précision dans les accords : cependant les personnes qui sont éloignées de ry3 toises entendent les sons une seconde après qu’on les a rendus. Si les différens tons produits ensemble mettaient des temps différens à parcourir le me®6
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- espace, elles n’entendraient, au lieu des chœurs harmonieux, qu’un charivari intole'rable. Sans doute beaucoup de sons faibles se perdent et n’arrivent pas à quelque distance ; mais ceux qui s’y trouvent perçus le sont avec leur ton et leurs accords, quoiqu’avec une énergie moins grande.
- Supposons donc qu’un auditeur soit situé à 173 toises d’un musicien qui produit un son perceptible , par exemple , le son grave qui résulte d’un instrument faisant 3a vibrations par seconde. Ces vibrations seront communiquées de proche en proche jusqu’à l’auditeur ; elles produiront des ondulations de même longueur, puisque le ton est partout le même ; donc chacune a pour longueur la 32e partie de 173 toises, ou à peu près 32 pieds. Si le son est plus aigu, s’il provient, par exemple, de 5i2 vibrations par seconde, il faudra diviser 173 toises par 5i2, ce qui donne environ 2 pieds pour la longueur de l’onde sonore.
- On voit donc qu’on a deux moyens de représenter les tons par des nombres, savoir, par la quotité de vibrations, ou par la longueur des ondulations. Mais , dira-t-on , comment compter ces vibrations, qui sont ordinairement si rapides, que l’œil ne peut les suivre, puisque la corde vibrante semble occuper au même temps tous les points de l’espace qu’elle parcourt? Mais si la corde est très longue ou peu tendue, si une lame mince d’acier fixée à un bout s’étend très loin , il sera facile de nombrer les vibrations qu’elle exécute ; elle fera, par exemple, quatre oscillations par seconde. Or, on sait suivant quelle loi un changement de longueur, de tension, de masse, fait varier le nombre des vibrations {T. Cokde vibrante), et le calcul permet de conclure ce nombre, lorsqu’il n’est plus possible de compter actuellement. C’est ainsi qu’on peut connaître à quel nombre de vibrations répond un ton donné.
- Au reste, M. Cagniard la Tour a inventé un instrument très ingénieux, qui permet de compter les vibrations. Qu’on imagine deux disques appliqués l’un sur l’autre et percés de trous situés à la même distance du centre et également
- 2.5. .
- es-
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- pacés entre eux : l’un de ces disques est mobile sur un axe central. Qu’on fasse tourner l’un sur l’autre, il y aura des positions où les trous seront placés l’un devant l’autre, et l'air pourra traverser les deux disques; dans d’autres situations, ce passage sera impossible. Le vent suffit pour faire tourner le disque mobile, parce que les trous sont percés obliquement à la direction du courant d’air, et les alternatives de plein et de vide déterminent des vibrations sonores, dont la prompte succession produit sur notre organe l’effet d’un son continu. L’appareil est muni d’un compteur, qui indique combien de tours ce disque effectue, quelle qu’en soit la rapidité. Les vibrations ne pouvant être produites qu’à chaque coïncidence des trous des deux disques, on peut, d’une part, compter combien de ces vibrations ont lieu chaque seconde, et de l’autre, apprécier le ton correspondant. M. Cagniard la Tour donne à cet instrument le nom de Sirène, parce qu’il peut le faire chanter dans l’eau. La fig. 8, PI. 17 des Aria physiques , représente cet appareil ; GH est le disque fixe, projeté verticalement dans le tambour AB avec celui qui est mobile ; le vent arrive par le tuyau CD ; un rouage , dont les frottemens doivent être très faibles , communique, par une tige verticale , avec le disque mobile, et les cadrans X et Y indiquent les nombres de tours ; sur l’un, on lit les dixaines ; sur l’autre , les unités. ( V. Compteur.) Ainsi, en comparant un son soutenu, avec l’unisson que rend une corde vibrante ou un tuyau, on peut apprécier le nombre de vibrations effectuées dans un temps connu, qu’on estime avec un chronomètre , et l’on vérifie les évaluations faites ci-dessus.
- Quand le corps vibrant n’accomplit que 32 vibrations par seconde, le son perçu est très grave ; on commence à l’entendre ; on y trouve plus de facilité, quand leur rapidité est plus grande, ou que le son monte; elles deviennent tellement aiguës quand il en fait 8192 , qu’on ne peut plus l’apprécier; l’onde n’a plus alors que 18 lignes de longueur. C’est entre ces deux limites que sont compris tous les sons perceptibles.
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- On a reconnu qu’un homme ne peut guère rendre de sons plus graves ou plus aigus que ceux qui répondent à 192 et à (333 vibrations par seconde ; ce qui produit des ondes sonores de 64 pouces, et igP°“<;,,4 : pour la femme , ces limites sont 5^6 et 1720 vibrations, correspondantes à des ondes de 21 pouces un tiers et 7 pouces. Quand un son est trop aigu, on ne distingue plus qu’un sifflement, qu’on entend encore quand le corps effectue jusqu’à un million de vibrations par seconde. Le bruit des ailes des insectes en volant ne répond qu’à o, i5 de ligne pour la longueur des ondes.
- Le corps vibrant fait sans doute des excursions bien plus étendues dans le commencement de son mouvement ; mais elles sont de même durée que vers la fin : c’est ainsi qu’un pendule fait ses oscillations dans le même temps , quand elles sont d’ailleurs très petites, quel que soit l’arc décrit ; seulement, lorsque les vibrations s’éteignent, le son, qui était d’abord très fort, est devenu si faible, qu’on ne peut plus l’entendre : mais le ton reste toujours le même, parce que les excursions conservant la même durée, la longueur de l’onde sonore reste constante.
- Ceci sert d’explication à ce qui a été dit à l’article des Cordes vibrantes. La corde tendue qu’on fait vibrer agite l’air et imprime des vibrations isochrones ou de même durée ; cette durée dépend de celle des excursions de la corde, et par conséquent de sa longueur, de sa masse et de sa tension.
- Les grandes excursions produisent un son fort, c’est-à-dire qui frappe plus fortement l’oreille, et qu’on entend de plus loin ; et le ton rendu reste le même dans toute la durée des vibrations de la corde, parce que ces vibrations sont isochrones : mais le son va en s’affaiblissant, au point qu’on cesse de l’entendre, alors même qu’on voit encore la corde vibrer dans une très petite étendue.
- Un autre effet très remarquable , c’est que quand plusieurs tons sont produits ensemble, une oreille tant soit peu exercée les distingue tous ; et même, lorsque divers instrumens de musique jouent en parties, le timbre propre à chacun se fait
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- 3go SON.
- remarquer sans aucune difficulté. Un musicien qui entend une symphonie sait parfaitement reconnaître les accords produits par le violon, le violoncelle, le cor, la flûte, la clarinette, le hautbois , etc. ; il sait même quel est, en particulier, la note rendue par chaque instrument, le ton dans lequel il joue, etc. La raison de ce phénomène , c’est que les ondes sonores se superposent dans l’air sans s’y mêler, à peu près comme nous voyons, à la surface d’une eau tranquille , les ondes circulaires produites en agitant divers points, se croiser et s’étendre chacune à part, et comme si elle était seule.
- Lorsqu’un bruit est produit hors d’un appartement fermé, l’observateur qui est au dedans l’entend moins fort, mais nettement, presque comme s’il était au dehors. Un chant se laisse ainsi très bien percevoir de l’extérieur à l’intérieur, parce que l’onde sonore passe par toutes les fentes, ou fait vibrer les cloisons, les vitres, les planchers ; ces vibrations se communiquent ainsi du côté opposé, avec leur durée : le ton perçu est affaibli, mais exactement le même, c’est-à-dire à l’unisson.
- Le son se propage dans tous les gaz, dans la vapeur d’eau, dans les liquides et dans les corps solides ; dès qu’il y a vibration, et que l’étendue des excursions est suffisante, le son est perçu, pourvu toutefois que le nombre des vibrations ne soit pas moindre que 32 , ni plus grand que 800 par seconde; ces limites n’ont d’ailleurs rien de rigoureux, parce qu’une oreille délicate peut saisir encore des vibrations qui n’y sont pas comprises. Chaque substance présente des différences quant à la vitesse de transmission du son, et l’expérience a montré que cette vitesse dans un métal est dix fois et demie, et dans l’eau quatre fois et demie plus rapide que dans 1 air.
- On doit concevoir maintenant que tous les sons se propagent avec la même vitesse; que leur ton résulte du nombre des vibrations par seconde, et de la longueur des ondes sonores ; que leur intensité est due à l’étendue des excursions du corps sonore ; que ces vibrations sont de meme
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- durée, quelle qu’en soit l’étendue; qu’enfin, le timbre d’un instrument est un effet dû au mode de développement des ondes, c’est-à-dire à la forme de ces ondulations et au mode de contractions et dilatations successives que produisent les vibrations.
- Expliquons maintenant les effets des tuyaux sonores, pour faire concevoir la théorie des instrumens à vent.
- On arme ces tuyaux d’un appareil propre à mettre en vibration l’air intérieur ; nous avons expliqué cet effet â l’article Anche ; on se sert encore d’embouchure, de bocal et de Sifflet , pour faire vibrer l’air.
- Prenons d’abord un tuyau ouvert à un bout et fermé à l’autre; c’est ce qu’on appelle les bourdons de I’Orgde. Lorsqu’on fera vibrer l’air à l’orifice ouvert, les couches intérieures s’approcheront et s’éloigneront tour à tour du fond, en parcourant un espace déterminé par leurs condensations et dilatations successives. L’expérience prouve que les vibrations seront plus rapides dans les courts tuyaux ; si la longueur du tuyau devient double, le son produit passe à l’octave grave ; s’il s’accourcit d’un tiers, le son passe à la quinte ; d’un quart à la quarte, etc. , précisément selon les mêmes lois que pour les cordes vibrantes. La lame d’air qui est à l’entrée sortira un peu du tuyau et y rentrera alternativement ; les couches successives d’air formeront des ondulations d’une longueur constante , alternativement raréfiées et condensées, qui se propageront jusqu’au fond, d’où elles se réfléchiront sur elles-mêmes, comme si la colonne d’air se fût continuée au-delà du fond. ( V. Réflexion , Écho.) On trouvera, dans la Physique de M. Biot, une exposition détaillée des mouvemens vibratoires de la colonne d’air, qui, étant plus théorique que pratique , ne nous a pas paru devoir trouver place ici. Nous conclurons seulement, avec ce savant, que l’air environnant reçoit des impressions vibratoires produisant des ondes sonores de même longueur que celles du tuyau, d’où résulte le son rendu.
- S’il ne se produit dans le tuyau qu’une seule onde, tant
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- pour l’allée que pour le retour, l’espace de 1024 pieds répondra à une vibration par seconde, 5i2 pieds à 2 vibrations... , 3a pieds à 32 vibrations, longueur du tuyau bouché ou bourdon, qui rend le plus grave des tons perceptibles; celui de 16 pieds rendra l’octave aiguë; celui de 8 pieds la double octave, et ainsi des autres, suivant la loi ci-dessus énoncée. En général, désignant par l la longueur en pieds
- d’un tuyau de bourdon, exprimera le nombre de vibrations de la colonne d’air en une seconde, dans la supposition d’une seule onde, et par conséquent on connaîtra le ton le plus grave que le tuyau peut rendre. Si l’on nomme ut le ton rendu par le bourdon de-32 pieds, on aura le nom du ton dont il s’agit. (F". T. IX, page 168. )
- Mais il peut arriver qu’il se fasse un nœud au tiers de la longueur du tuyau (près de l’orifice), c’est-à-dire qu’une couche d’air y reste immobile, parce que les deux tiers qui sont vers le fond seraient la longueur d’une onde ; alors le tuyau rendrait le même son que s’il était réduit au tiers, savoir, la quinte de l’octave supérieure.
- En général, la force du souffle peut déterminer le tuyau à se diviser ainsi de lui-même en 3,5, 7... parties, et des lignes nodales s’y établissent, qui font monter le son vers l’aigu dans les octaves supérieures, comme dans le cas où la corde vibrante est divisée en 3, 5, 7... parties égales.^ Ainsi, le ton naturel du tuyau étant appelé ut, deviendra xo4 pour un nœud , mi3 pour deux nœuds, la^ pour trois, etc. ; or, c’est ce que l’on vérifie par expérience, en forçant graduellement le vent d’un soufflet qui fait vibrer un bourdon d’orgue, ou changeant les dispositions de l’anche, et comparant les sons rendus avec ceux d’un Monocorde. Ainsi, les sons produits par le même bourdon de
- 102^
- l pieds de longueur, sont compris dans l’expression —•
- 5im „
- ou —j~ , n étant l’un des nombres impairs 1, 3, 0 ']••>
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- SON. 3g3
- c’est-à-dire que si i représente le son le plus grave que ce tuyau peut rendre, il donnera en outre les sons 3, 5, 7....
- Si l’on perce le tuyau d’un trou latéral au milieu de la longueur d’une onde , comme en cet endroit il n’v a aucune dilatation, ni condensation, mais seulement un de'placement très petit, le ton n’en sera nullement altère - et même si l’on allonge ce trou dans tout le contour du tuyau, c’est-à-dire si l’on coupe le tuyau en cet endroit, ce qui donnera un tube ouvert aux deux bouts, le ton sera encore le même. C’est une couche immobile d’air qui tient lieu d’un diaphragme fixe' en cet endroit. Or, si le bourdon se trouve divisé par moitié, il suit de là que le ton ne sera pas changé ; ain^, tout bourdon rend les mêmes sons qu’un tuyau ouvert aux deux bouts, ayant une longueur double. Le sçn
- le plus grave d’un tel tuyau est donné par —, et les sui-vanspar —, n étant un nombre entier 1, 2, 3, 4---- Si
- le premier ton est ut, les suivans seront z/4, sola, ut3, mi3, etc. Voilà pourquoi on fait octavier la flûte en forçant le vent sans changer le doigté.
- Les bourdons ont l’avantage de rendre, avec une longueur moitié moindre, tous les tons des tuyaux ouverts; mais les sons de ces derniers sont plus forts et plus agréables.
- Quand le tuyau est fermé aux deux bouts , si l’on parvient à mettre l’air intérieur en vibration, les choses se passeront comme si le tuyau était coupé en deux moitiés, dont l’air de l’une se condenserait quand l’air de l’autre se dilaterait, et réciproquement, la couche d’air du milieu restant immobile. Si l’on pratique ua trou en cet endroit, le ton sera le même que celui que produirait chaque bourdon formé parla moitié du tuyau.
- Ces principes rendent très bien raison des effets des diffé— rens jeux d’orgue et de tous les instrumens à vent ; seulement, nous devons ajouter les considérations suivantes :
- t°. Le diamètre intérieur du tube sonore influe sur le ton,
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- 394 SON.
- en produisant un changement dans la masse d’air ; c’est précisément comme si l’on faisait varier la masse ou la grosseur d’une corde vibrante, sans changer sa longueur. La perce influe encore sur la facilité que le musicien éprouve, soit pour faire parler l’instrument, soit pour obtenir les dif-férens sons produits par le même doigté.
- a0. Les trous latéraux dont on perce le tuyau ont pour objet de limiter la longueur en divers points, et par conséquent d’obtenir différens tons.
- 3°. Le ton produit par un tuyau ne dépend que de la longueur du tube et de son diamètre , mais nullement de la matière dont ce tube est formé ; seulement, il faut que l’humidité du souffle n’en change pas la forme. Quarft au timbre d’un instrument, il paraît que la substance qui le constitue entre en vibration, ce qui change l’état du son.
- 4°. Si le tuyau, au lieu d’être cylindrique, est longuement conique , les relations de longueur qui sont propres à produire un ton, deviennent différentes de ce qu’on vient de dire ; on conçoit que c’est comme si l’on employait une corde vibrante dont le diamètre ne serait pas constant.
- 5°. Le pavillon qui termine le tube de certains instrumens à vent doit beaucoup influer sur le ton et sur l’éclat du son; il en faut dire autant de l’anche, ou de l’embouchure dont on se sert pour le faire parler.
- 6°. Le ton est susceptible de changer, quand la vitesse d’impulsion de l’air change elle-même ; c’est pour cela que
- les instrumentistes ménagent beaucoup le souffle pour produire des sons graves ; le forcent, pour les sons aigus ; serrent ou lâchent l’embouchure, ralentissent ou accélèrent la vitesser du vent, en bouchant le pavillon avec la main, enfin, ils mettent leur talent à produire les tons justes des airs qu’ils jouent, avec le degré de douceur et d’éclat qu esige le chant.
- 7°. La chaleur, en agissant sur l’air, hausse les tons Ç* instrumens à vent : aussi les flûtes, cors, bassons, clan nettes, etc., qu’on met d’accord avec des violons d un or
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- chestre, ne tardent pas à se trouver trop hauts. Il faut en allonger le tube pour baisser le ton ge'néral ; mais ce changement ne peut se faire que dans d’étroites limites, surtout pour les instrumens percés de trous , parce que la distance de ces trous doit fractionner le tube en parties dont les rapports soient donnés, et que ces rapports changent quand on fait varier la longueur totale : aussi l’instrument ne peut-il alors chanter juste, qu’autant que le musicien donne à son souffle le degré de vitesse convenable à chaque ton, ce qui le gêne beaucoup dans certains cas.
- Nous n’avons rien dit des tuyaux à cheminée; ce sont des tubes formés d’un bourdon percé au fond d’un trou rond ; on adapte à cet orifice un court tuyau, d’un diamètre aussi étroit que ce trou. Le ton de ces appareils est intermédiaire entre les bourdons et les tuyaux ouverts ; mais le son a un timbre différent. On les emploie dans I’Orgue , pour varier les effets. Fr.
- SON (Agriculture). On donne le nom de son à l’écorce des céréales , et spécialement à celle du froment, du seigle et de l’orge. Lorsque le grain est écrasé sous la meule , la farine est mêlée au son , et l’on dégage l’une de l’autre par le blutage. Celte opération est d’autant plus facile que le son se trouve plus large au sortir de la meule. La mouture à la grosse a l’inconvénient de diviser tellement le son , qu’on ne peut le séparer de la farine , qui reste jaune et ne fait que du pain commun.
- On estime que les moulins doivent produire 70 pour 100 de pure farine, et 3o de son et déchet ; mais cette proportion est susceptible de varier avec les années , à raison de la différence de qualité des grains. Le son remis sous la meule, donne les recoupes et recoupettes, qui sont un mélange de son fin et de la farine qui était restée adhérente à son écorce. Le son ne se digère pas, et si on le donne en nourriture aux animaux domestiques , ce n’est qu’a raison de la farine qu’il contient ; mêlé à l’eau, il forme ce qu’on appelle Veau blanche, qu’on donne aux chevaux comme rafraîchissante.
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- Le marc qui tombe au fond du seau est le son pur, qui ri'a aucune qualité nutritive, et n’est bon qu’à jeter sur les fumiers pour engrais.
- On emploie le son à quelques usages domestiques, pour rembourrer des coussins, des pelotes, pour nettover les tissus , les gants,... en lui faisant boire la graisse, à l’aide de la chaleur, etc. pfi-
- SONDAGE ET SONDE DU MINEUR. L’opération du sondage , qui consiste à traverser les différentes couches d’un terrain au moyen d’une sonde ou tarrière, a pour but la recherche des mines et celle des eaux souterraines. On se sert encore de la sonde pour faciliter l’aérage des mines, en mettant en communication des galeries ouvertes à des niveaux différens. Enfin, dans quelques circonstances, comme dans le pays de Liège et de Mons, le sondage est employé pour reconnaître des vieux travaux inondés, dont on ne connaît pas parfaitement la position.
- Quelque économie que présente l’emploi de la sonde pour la recherche des mines, on ne doit pas toujours faire usage de ce moyen ; souvent il ne donnerait qu’une idée très imparfaite du gîte minéral : il serait alors préférable de creuser un puits de recherche ; les dépenses de ce percement ne seraient pas beaucoup plus élevées que celles du sondage, s’il fallait le répéter plusieurs fois, comme cela est indispensable quand on veut déterminer l’inclinaison et la direction dune couche reconnue par la sonde. Mais, dans les cas suivans,le sondage est préférable à tout autre procédé :
- i°. Dans les terrains dont les couches sont bien réglées (i)> n°. Pour déterminer l’épaisseur du terrain qui recouvie la formation métallifère que l’on se propose d’exploiter ;
- 3°. Pour s’assurer si une couche que l’on exploite, et dont on connaît l’inclinaison, se retrouve et persiste encore a une distance donnée ;
- (i) Ëlémens pratiques d’exploitation, par C.-P- Brard. Chcx Levtaul
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- SONDAGE ET SONDE DU MINEUR. 397
- 4°. S’il existe de la tourbe au-dessous des terrains d’allu-vion qui forment le fond d’une vallée ;
- 5e. Si un amas que l’on exploite se prolonge à une certaine distance ;
- 6°. Si un filon bien caractérise', stérile au jour, s’enrichit à une certaine profondeur ;
- 70. S’il n’existe point quelques couches de fer limoneux au-dessous de celles que l’on se contente d’exploiter jusqu’à présent ; '
- 8°. Quant à la découverte des eaux souterraines , le sondage est le seul moyen que l’on possède de ramener à la surface du sol ces sources abondantes, qui forment des nappes d’eau intérieures, et donnent naissance aux fontaines jaillissantes et aux puits artésiens.
- Le sondage est facile à exécuter jusqu’à une certaine profondeur; mais à mesure qu’elle augmente, les difficultés se multiplient, et le sondage exige plus de soins. Pour donner une idée exacte de cette opération, nous diviserons cet article en deux parties : dans la première, nous ferons connaître la sonde et ses différentes parties accessoires ; la seconde sera consacrée aux détails de l’opération du sondage.
- De la sonde. Cet instrument est composé d’un certain nombre de barres de fer qui s’ajustent bout à bout et se terminent par un outil acéré, destiné à percer les roches que la sonde doit traverser ; sa partie supérieure porte un anneau qui sert à suspendre la sonde au câble avec lequel on la soulève. On voit donc qu’il y a trois parties principales dans la sonde : in. la tête, 2°. la lige, 3°. les outils. La manœuvre exige, en outre, plusieurs pièces accessoires.
- La tête est formée d’une barre de fer longue de 6 pieds ’t",944), et d’un équarrissage qui varie suivant les dimensions que l’on veut donner au trou de sonde, mais dont la moyenne est de i5 lignes (om,o34). L’une des extrémités de h tête est .terminée par un anneau, et l’autre par un assemblage qui varie suivant le mode adopté pour la sonde. L’anneau doit être libre, comme l’indique la fig. 7, PI. 57 des
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- 398 sondage et sonde du mineur.
- Arts mécaniques, afin que la sonde puisse tourner sans le câble et réciproquement, de manière que le câble ne soit pas continuellement tordu et retordu. On remplace quelquefois l’anneau mobile dont nous donnons la figure , par un étrier.
- La tige de la sonde est composée d’un nombre indéterminé de barres de même équarrissage que la tête. On peut donner une longueur plus ou moins grande à ces barres, suivant que la sonde est destinée à agir dans un terrain où l’enfoncement est plus ou moins rapide. Les dimensions habituelles de la sonde du fontenier sont de 10 à 12 pieds (3m,25 à 3”,90); dans la sonde du mineur, souvent la longueur de ces allonges ou assemblages n’exccde pas 4 pieds (tm,3o) ; chaque allonge est terminée par deux ajustages ou assemblages, l’un mâle, l’autre femelle.
- Les assemblages peuvent être à vis, à manchon ou henfour-chement ; celui à vis ( fig. 5) consiste à tarauder les extrémités de chaque allonge, de manière que l’une présente une vis en relief, et l’autre une vis en creux, ayant le même pas. Pour assembler ces allonges, il suffit de les visser l’une contre l’autre. Ce mode d’assemblage, le plus simple et le plus expéditif, présente beaucoup d’inconvéniens : d’abord on ne peut tourner et détourner la sonde sans craindre de dévisser les allonges ; ensuite , s’il s’introduit un peu de terre entre les pas de la vis, on éprouve beaucoup de difficultés a assembler les allonges.
- L’assemblage à manchon consiste à recouvrir la jonction de chaque allonge (fig. 6) par une boîte ou manchon en fer, que l’on fait glisser le long de la tige, et qui s’arrête sur 1 assemblage ; on le consolide par un boulon en fer garni d une clavette à ressort.
- Enfin , Y assemblage par enfourchement, qui est le plus ® usage, se compose d’une espèce de fourchette (fig-4)(jul termine l’un des bouts de toutes les allonges, et qui sa juste à un tenon qui se trouve à l’autre extrémité, de sorte que chaque allonge porte un tenon et une fourchette. Chaque point d’assemblage se compose donc toujours d’un tenon
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- SONDAGE ET SONDE DU MINEUR. 399 d’une fourchette ; on les réunit au moyen de trois boulons, que l’on a soin de ne pas placer du même côté, afin que deux ouvriers puissent travailler à la fois à les visser et à les dévisser. Comme il est nécessaire que les boulons ne puissent jouer, on leur donne souvent la forme représentée par la fig. 21 ; ils-sont cylindriques depuis a jusqu’à b, et terminés par deux biseaux. Cette forme exige non-seulement que la branche mâle de la moufle ( nom que l’on donne au nœud d’assemblage) soit percée de trous cylindriques o, mais encore que les ouvertures de la branche femelle soient différentes sur les deux faces. Souvent les côtés de l’assemblage sont terminés en ligne droite ; il vaut mieux qu’ils soient ondulés, ainsi que l’indique la figure, parce qu’alors les parties traversées par les boulons sont aussi fortes que toute l’allonge, et qu’on ne craint pas qu’il se fasse de rupture en ce point.
- Les outils que l’on adapte à l’extrémité de la tige de la sonde varient suivant la dureté et la ténacité du terrain que l’on doit percer. On peut, en raison de leurs formes , et surtout de leurs usages, les diviser en cinq classes.
- La première comprend les iarrieres (fig. 8, 9, 10 et 11), qui servent à traverser les couches de terre végétale, les terres argileuses peu collantes, les argiles compactes, ainsi que les calcaires tendres.
- Les outils de la seconde classe sont destinés à briser, par la percussion, les roches dures qui se rencontrent fréquemment lors de la recherche des mines : ce sont des burins, des ciseaux et des trépans (fig. i5, 16 et 17); leurs formes varient suivant la nature du terrain ; nous allons en faire connaître tout à l’heure les principaux.
- Les curettes et les tire-bourres (fig. 20), qui servent à ramener au jour les déblais produits par la percussion des ciseaux et des trépans, etc., constituentla-troisièmeclasse.
- La quatrième classe comprend les différens instrumens destinés à traverser les couches de sable mouvant qui n’ont aucune espèce d’adhérence , et que l’on ne pourrait ramener au jour avec aucun des outils de la première classe. Ces der-
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- 4oo SONDAGE ET SONDE DU MINEUR, niers instrumens, ainsi que ceux particulièrement employés pour élargir le trou fait par la sonde ordinaire , sont presque spécialement affectés à la recherche des eaux et à la confection des fontaines jaillissantes et montant du fond.
- Dans la cinquième classe, nous réunirons les outils accessoires du sondage, tels que les accrocheurs, arrache-sondes (fig. i3 et i4), qui sont employés pour retirer du trou de sonde les portions de la tige qui se sont brisées pendant le travail, et empêchent de le continuer; le tourne-à-gauche, la barre de rotation, etc,., destinés à manœuvrer la sonde.
- Les tarrières sont plus fréquemment employées par le son-deur-fontenier que par le mineur (i) ; elles ont toutes à peu près les mêmes formes ; mais leurs dimensions varient beaucoup. Les plus petites ont 2 pouces et demi de diamètre (o'",o68) , et les plus grandes 14 à i5 pouces (om,38 à om,^o); elles sont ou cylindriques ou coniques. Les tarrières coniques (fig. 11) sont préférables pour commencer le trou de sonde: elles sont plus difficiles à faire et coûtent plus cher que les cylindriques (fig. S). Elles sont formées de tôle très épaisse; leur partie supérieure est également recouverte d’une plaque de tôle, afin que l’eau au milieu de laquelle on la ramène ne puisse pas délayer et faire retomber au fond du trou les matières dont elles sont chargées. On emploie successivement des tarrières de plus en plus grandes, pour augmenter le trou de sonde et l’amener à une largeur convenable. Les plus petites (fig. 9 et xo) sont ordinairement a
- la fois coniques et cylindriques ; le plan de leur mècbe doit avoir une certaine inclinaison ; s’il était horizontal, elles s’engageraient dans les terrains qu’elles devraient traverser, et l’on aurait de la peine à les ramener au jour.
- (i) Cos détails snr les outils du sondeur-foutenier sont extraits en Par' d’un ouvrage de M. Garnier, inge'nienr en chef des mines, intitule. r sur les Puits artésiens, on sur les différentes espèces de terrains dan® quels on doit rechercher des eanx souterraines. 1826, chez Bachelier, vrage couronné-par la Société d’Encouragement.
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- SONDAGE ET SONDE DU MINEUR.
- Les ciseaux doivent être terminés par des plans qui ne forment pas entre eux un angle trop aigu, afin de présenter une grande résistance. Us sont ou simples ou croisés : les premiers ( fig. i5)font un trou moins cylindrique que les derniers, auxquels on donne le nom de bonnet carré; leur forme (fig. 16) est celle d’un cylindre dont la partie inférieure se termine par quatre pans réunis deux à deux, suivant des arêtes qui se coupent à angle droit. Pour se servir de ces différens instrumens, il faut soulever la tige de la ^nde à laquelle ils sont adaptés , ensuite la laisser retomber, en ayant soin de la tourner d’un sixième de circonférence, afin que les angles saillans du ciseau tombent sur les parties non pulvérisées par le coup précédent. Dans ce genre de travail, la sonde n’agit que par percussion.
- Les trépans sont en usage quand on doit traverser des argiles compactes, qui ne se laissent que très difficilement entaméY. Il y en a de formes très variées ; les plus ordinaires sont analogues à la fig. 17 : ce sont des espèces de tarrières, dont la largeur varie de 3 pouces (0^,081) à 7 pouces (om, 189). Quand, au moyen de cet instrument, on a pratiqué un trou égal à leur diamètre, on se sert alors des tarrières dont nous avons donné le dessin ci-dessus, pour élargir le trou de sonde , et lui donner le diamètre qu’on désire. Dans le percement des puits artésiens, il est nécessaire pour le placement des tuyaux de tôle ou de cuivre qui doivent servir à isoler l’eau qui suinte des terrains supérieurs, de celle delà nappe remontante, que le trou soit parfaitement cylindrique. Pour y parvenir, on se sert d’un instrument qu’on appelle alésoir, formé, ainsi que le représente la fig. 18, par des plans qui, par leur différente inclinaison , donnent naissance à six arêtes saillantes et à autant d’angles rentrans. Le diamètre de cet instrument va sans cesse en diminuant, depuis la ligne mm jusqu’à la ligne nn, qui est la largeur de la pyramide hexagonale nn, qui forme sa partie inférieure.
- Lorsque le terrain est trop, dur pour qu’on puisse se servir de tarrières, et qu’il faut pour l’entamer employer les ci-Tome XIX. 26
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- 402 SONDAGE ET SONDE DD MINEUR,
- seaux, on est obligé, pour vider le trou, de faire usage de cuillères ou de curettes (fig. 20). Ces instrumens, employés également lorsque les matières accumulées au fond du trou sont trop liquides, ne diffèrent d’une tarrière que parce qu’au lieu d’être ouverts comme celle-ci sur toute leur hauteur, ils ne commencent à l’être qu’à quelques pouces au-dessus de leur extrémité inférieure.
- Les tire-bourres sont simples ou doubles ; ils sont formés d’une hélice en acier, qui doit avoir au moins 1 pouce d’épaisseur, afin qu’on puisse, lorsque l’instrument se trouvé engagé, le ramener au jour sans le déformer. Les tire-bourres servent principalement à retirer les cailloux qui sont tombés des parois du trou , et qui l’obstruent ; on les emploie encore lorsque la matière accumulée au fond du trou est pâteuse, et qu’elle présente assez de consistance pour former un cylindre entre les tours de la spire. Les cuillères cylindriques sont néanmoins préférables.
- Dans le forage des puits artésiens , surtout lorsqu’on l’effectue dans les terrains modernes , comme dans l’Artois ou dans les environs de Paris, il arrive fréquemment qu’il faut traverser des couches de sable mouvant. On emploie, pour les retirer , un instrument formé d’une espèce d’entonnoir (fig. 19) en tôle, au milieu duquel passe une tige terminée par une hélice. A la partie supérieure de cet instrument, existe un cercle de fer ab , sur lequel s’adapte la tige de b sonde. On se sert de cet instrument comme d’une tarrière; suivant les dimensions qu’on lui donne , on peut retirer une quantité plus ou moins grande de sable. Celles employées habituellement dans l’Artois ramènent 1 pied et demi cube en trois opérations. Dans le creusement d’un puits artésien, a Calais, destiné à alimenter la citadelle de cette ville, M. Bd* îonet, officier du génie, s’est servi d’un instrument de son invention, représenté par la fig. 2 ; il se compose d une caisse rectangulaire en tôle ab , a'b', dans laquelle est phce un cylindre cd, c'df, également en tôle. Ce cylindre est fise-d’une manière invariable , à la caisse, au moyen de traveis#
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- SONDAGE ET SONDE DU MINEUR. 4o3 en fer. Sur la tige de la sonde qui traverse le cylindre intérieur ccl, c d\ s’enroule une surface hélicoïde e/g-, faite avec une plaque de tôle, et fixée invariablement sur la tige ; celle-ci et la suvface hélicoïde peuvent s’élever et s’abaisser dans le cylindre sans en changer la position ; seulement, elle est fixée à la boîte ah, ab', et au cylindre intérieur, au moyen de deux bourrelets ou anneaux hh, h'h!, qui existent sur la tige de la sonde ; celle-ci passe à travers une ouverture o pratiquée dans les anses de la caisse. Un fond mobile am, bn, est adapté à la partie inférieure de la caisse, pour pouvoir la vider facilement.
- Pour manœuvrer cet instrument, on le descend dans le trou de sonde, qui doit être garni de son coffre en bois, ainsi qu’on l’a indiqué à l’article Puits artésiens. On tourne alors la tige de la sonde de manière à l’introduire dans le sable. La caisse ab, a'b', n’éprouvant aucune pression , puisqu’elle est indépendante de la tige , s’appuie sur la surface inférieure du trou sans s’enfoncer dans le sable. On continue à tourner la sonde jusqu’à ce que le bourrelet supérieur h'h' vienne presser l’anse de la caisse, et la force à entrer d’une certaine quantité dans le sable ; alors on remonte la tige de la sonde jusqu’à ce que le bourrelet inférieur hh vienne toucher l’anse. Le sable qui était sur la surface de l’hélice tombe dans la caisse. On répète cette opération jusqu’à ce que la caisse soit pleine , ce qui a lieu au moyen de douze descentes de la tige. On enlève alors tout le système, et l’on vide la caisse en abaissant le fond mobile inférieur am, bn. Cet instrument ne peut être employé que lorsque le sable est sans aucune adhérence ; sans cela le trou dans lequel la surface hélicoïde travaille , ne se remplissant plus , elle ne produirait aucun effet. Les dimensions dé la caisse employée par M. Beilonet étaient telles, qu’elle enlevait i pied et demi cube de sable par ascension.
- Il est très rare que dans un sondage un peu profond, il ne se casse quelques tiges ; il serait impossible de continuer l’opération si l’o» ne parvenait à enlever ce.< fragmens de la
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- 4<4 SONDAGE ET SONDE DU MINEUR,
- sonde qui obstruent le trou. Pour y parvenir, on se sert des instruinens connus sous le nom d’arrache-sonde. La forme de ces instrumens varie suivant que la rupture a eu lieu immédiatement au-dessus d’un assemblage ou au milieu d’une tige.
- Dans le premier cas, on donne à l’arrache-sonde la forme d’un tire-bourre (fig. 12) , si le trou n’a pas un diamètre plus grand que celui de l’outil ; son intérieur doit être un peu conique, afin que la tige rompue puisse facilement s’y engager; il est revêtu de deux surfaces courbes intérieures, qui se réunissent suivant une arête, et qui font entre elles un angle obtus. Lorsque le sondage exige l’emploi de coffres, et que la tige s’est rompue dans la partie du trou qui en est garnie, alors on se sert avec avantage de l’instrument indiqué (fig. i3), qui consiste en une barre de fer, à l’extrémité de laquelle est une hélice à pas très court, et dont le plan est perpendiculaire à la tige. Lorsqu’on a descendu cet instrument dans le trou de sonde , on le tourne peu à peu au moyen du câble, et l’on force par ce mouvement la tige cassée à s’introduire dans la courbe abc ; on tend alors le câble, et le frottement qui résulte de l’inclinaison de la tige de la sonde permet de l’enlever.
- Quand la fracture de la sonde a eu lieu peu au-dessous de la moufle, on conçoit qu’il est impossible de se servir des moyens précédens, puisque la tige ne présente plus départies saillantes. On emploie alors l’arraclie-sonde désigné ordinairement sous le nom de cloche d’accrocheur; sa forme est celle d’une vis creuse, son intérieur (fig. 14}) conique et acéré , est taraudé en filets de vis triangulaires, dont le pas doit avoir au moins 2 lignes (om,oo5). Pour saisir la t!Se cassée , ou imprime un mouvement de torsion à l’instrument, de manière à tracer une vis sur la partie de la tige qu’on veut enlever. Il faut avoir soin d’enduire la surface intérieure de la cloche d’accrocheur d’huile ou d’un corps gras; sans cela l’instrument 11e pourrait tracer la vis qu1 doit former. Lorsqu'on est parvenu à saisir la tige avec cet instrument, il est presque impossible qu’on ne la ramènep35
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- SONDAGE ET SONDE Dü MINEUR»; 4o5
- aujour, parce que la résistance des pas de la vis ainsi engagée dans un e'crou est supérieure à celle que présente la tige de sonde à la rupture. Aussi cet arrache-sonde, lorsqu’il est convenablement exécuté, est le plus puissant et le mèilleur que l’on puisse employer.
- Des engins. Pour soulever la sonde, on la suspend à un câble qui passe sur la poulie d’une chèvre. Suivant la profondeur que doit avoir le sondage , on donne des formes différentes à cette machine, que les sondeurs désignent en général sous le nom d’engins. Nous donnons, fig. i, l’engin le plus généralement en usage ; il peut servir pour des per-cemens de 200 à 3oo pieds. Dans cette machine, la sonde est soulevée au moyen d’un treuil garni de deux leviers ; quelquefois on substitue à ce procédé, qui est le meilleur lorsque le sondage a une grande profondeur, un secteur et un balancier, à l’extrémité duquel les 'ouvriers sont placés.
- Sondage. Lorsqu’on veut explorer, au moyen de la sonde,, un pays sous le rapport minéral , on doit d’abord en étudier avec soin la constitution géologique. Cette étude prélimit naire, qui doit toujours précéder toute recherche, est surtout indispensable quand on emploie la sonde, qui ne fait connaître les couches du terrain que dans la partie qu’elle traverse. L’emplacement étant choisi, on creuse un puits cylindrique de i5 à 18 pieds de profondeur, sur 5 pieds de diamètre : on a soin de boiser ce puits sur toute sa hauteur, de manière à en soutenir les parois. Le creusement de ce puits permet de travailler avec plus de facilité, et en même temps dispense d’un échafaudage. Le puits étant établi, on pratique dans le sol, que l’on aplanit le plus possible, quatre entailles, dans lesquelles on place quatre pièces de bois (fig. 1 et 3 ) ab, cd,, ef, gh, perpendiculaires entre elles, qui se joignent ensemble, de manière à ce que leur surface supérieure affleure exactement le sol. On remplit l’espace carré mm', un , avec deux pièces de bois mm', nn, évidées circulai renient ; on établit à la surface du puits un second châssis, exactement semblable à celui qui vient d’être place'
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- 4o6 SONDAGE ET SONDE DD MINEUR, à sa partie inferieure, en ayant soin que les parties circulaires soient exactement dans la même verticale. On est alors certain qu’en introduisant la tige de sonde dans ces deux parties circulaires, elle descendra suivant une ligne parfaitement verticale ; ce qui est indispensable à un bon sondage.
- Emploi des tarrières pour traverser les couches peu résistantes. Lorsque la sqrface du sol est recouverte de terrain d’al-luvion ou de couches d’argile peu re'sistantes, on se sert des tarrières ; il suffit, pour les introduire dans le sol, de les tourner comme une vrille, ce que l’on exe'cute au moyen d’an levier, dans le trou pratiqué à cet effet dans la tête de la sonde ; bientôt l’argile ou la terre qui se tasse dans l’intérieur de la tarrière, l’empêche de s’enfoncer davantage, et on la remonte au jour pour la nettoyer.
- Percement des roches dures au moyen des ciseaux, trépans , etc. Quand le terrain présente des roches dures et difficiles à entamer, ce qui arrive presque toujours dans les contrées où existent des mines, on est obligé d’abandonner les tarrières, qui tourneraient sans produire d’effet. On leur substitue des ciseaux , des trépans ou des bonnets carrés, suivant la nature de la roche que l’on doit traverser. Ce n’est plus en coupant la pierre qu’on parvient à continuer le trou ; il faut l’écraser, la réduire en poudre ou en bouillie, ce qui s’exécute au moyen de la percussion produite par le choc de la sonde. Pour y parvenir, on soulève la sonde au moyen du câble et du tour, et on la laisse retomber de tout son poids, à la manière des moutons destinés à enfoncer les pilotis : on a soin en outre de donner à la sonde un certain mouvement de rotation, pour que les parties saillantes de l’outil ne tombent pas toujours à la même place, ta promptitude du travail dépend du nombre de coups de la sonde, et l’on ne saurait trop les multiplier; la manœuvre qu’elle exige dans ce cas devient très pénible pour les ouvriers placés à la manivelle. Lorsque le trou est très profond, d faut substituer à l’engin une chèvre-sonnette, qui permette de Se servir d’une manivelle de 6 pieds au moins de longueur,et
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- par conséquent d’utiliser toute la force des hommes qui y sont appliqués. On remplace alors avec avantage le treuil, par un levier très long, à l’extrémité duquel est un secteur, comme les balanciers des machines à vapeur.
- Les sources qui sourdent ordinairement dans presque tous les terrains empêchent que les outils de la sonde et la tige ne s’échauffent trop par le frottement et par la percussion qu’ils éprouvent. Si le terrain était sec, il faudrait avoir soin d’introduire de temps en temps une certaine quantité d’eau dans le trou.
- Curage du trou de sonde; manière d’assembler et de désas~ sembler les allonges de la tige. Après avoir battu pendant une heure, plus ou moins, suivant la nature du terrain, il s’est accumulé une certaine quantité de matière dans le trou ; la sonde ne produirait plus d’effet, il faut alors la remonter à l’aide du tour, et substituer au ciseau une curette ou cuillère plus ou moins fermée, au moyen de laquelle on parvient , en tournant, à ramener les déblais qui existent au fond du trou. On élève de nouveau la sonde, et l’on, remet le ciseau à la place de la curette, quand le sondage a acquis une certaine profondeur ; ce changement d’outil est long ; pour l’exécuter, il faut désassembler les différentes tiges qui composent la longueur totale de la sonde. On enlève la manivelle qui sert à donner à la sonde un mouvement de rotation ; on soulève celle-ci au moyen du cable qui la soutient, et on l’élève de manière que la moufle de la première tige vienne au-dessus du puits. On place alors la manivelle au-dessous de cette moufle, et on la fixe à là tige d’une manière invariable, au moyen de coins. La sonde reste suspendue dans le trou de sonde, au moyen de la manivelle, qui s’appuie sur les parois du puits : on peut alors dévisser les écrous et ôter l’allonge qui est au-dessous du trou. On attache de nouveau le câble à la sonde, et l’on désassemble par le même procédé une seconde allonge. Lorsque les travaux de sondage ont atteint une grande profondeur, souvent, pour abréger l’opération , on enlève plusieurs barreaux à la fois, ordinai-
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- 4o8 SONDAGE ET SONDE Dü MINEUR, rement trois. Le procédé que l’on emploie est à peu près îe même que celui que nous venons d’indiquer ; seulement, on lui fait éprouver quelques modifications , qui permettent d’abréger cette opération , toujours très longue. On soutient alors la tige de la sonde, soit avec des clefs, soit avec une clavette, qui passent dans les ouvertures pratiquées immédiatement au-dessous des parties mâles de moufles qui terminent les barres. Pour que les barres ne se faussent pas,, et en même temps pour ne pets embarrasser le hangar sous lequel est établi l’engin, on dresse les barres à mesure qu’on les enlève, le long d’un mât placé près de la chèvre. Pour allonger la sonde, l’opération est absolument la même; seulement , au lieu d’élever la sonde , on la fait reposer sur la première moufle après la tête ; on désassemble la tête, on ajoute une allonge, et l’on remet la tête de la sonde.
- Précautions à apporter au sondage. Quand une circonstance quelconque force à interrompre le travail pendant un ou plusieurs jours , il faut sortir la sonde du trou ; sans cette précaution , il peut arriver que la tige se rouille et s’attache si fortement dans un déblai humide et visqueux, que l’effort du tour soit impuissant pour soulever la sonde, et que les meilleurs câbles se rompent. On a été obligé d’abandonner une sonde dans un sondage fait aux environs de Paris , pour une circonstance de cette nature. Lorsque la sonde est hors du trou, il faut le boucher avec un tampon, pour empêcher qu’il ne tombe quelque chose qui pourrait obstruer le trou. Ordinairement, outre le tampon, il existe une trappe que l’on abat, et qui se ferme à clef.
- Pour retirer d’un sondage tout le fruit qu’on a le droit d en attendre, il faut en noter avec soin toutes les circonstances; pour cela, il faut retirer la sonde assez souvent, et toutes les fois surtout qu’on s’aperçoit d’un changement dans la roche ; on en est généralement averti par le plus ou moins de résistance que l’on éprouve, et par la différence dans l’approfondissement. Les déblais que l’on retire doivent être soigneusement classés par numéros, afin qu’on puisse connaître constamment
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- SONDAGE ET SONDE DU MINEUR. 409 la nature du terrain à toutes les profondeurs. Ces déblais devront être séchés, s’ils sont argileux , et lavés à grande eau s’ils sont composés de fragmens ou de graviers. Si le sondage a pour but la recherche de la houille, la couleur du déblai sera un indice de plus à consulter. Quelquefois l’examen des déblais donne le désir de connaître plus particulièrement la sature d’une couche qui se trouve à une certaine profondeur ; on peut se servir, pour cet usage , d’un instrument très ingénieux, inventé par M. Baillet, inspecteur divisionnaire au corps des mines. Cet instrument, qui est trop rarement employé, est décrit dans le n° 56 du Journal des Mines.
- Nous terminerons les détails que nous venons de donner sur le sondage , en indiquant le devis approximatif du prix d’une sonde, pouvant servir jusqu’à 100 mètres de profondeur. M. Garnier, dans l’ouvrage que nous avons cité ci-dessus , l’établit ainsi :
- i°. Vingt allonges de i5 pieds ( 4m,873 ) de longueur et i5 lignes d’équarrissage, terminées à leurs extrémités par des ajustemens mâles et femelles d’une moufle, pesant chacune 4» kil. 2’. Assortiment de six tarrières de diamètres difFé— rens , pesant ensemble 72 kilogrammes........
- 3°. Ciseau, bonnet carré, trépan, au nombre de
- cinq , pesant ensemble 43 kilogrammes......
- 4°. Tire-bourre et alésoir, un de chaque espèce seulement, pesant i5s,5o.........................
- 5°. Deux arrache-sonde , pesant 12 kilogrammes.. .
- 6°. Clavettes, clefs, écrous, 9 kilogrammes...
- 7°. Manivelle, du poids de 2.3 kilogrammes....
- S*. Étrier, pesant 7 kilogrammes..............
- 1280 fr.
- 288
- 172
- 62
- 60
- 32
- 92
- 28
- Total......... 2014 fr.
- A cette somme, il faut ajouter le prix d’un engin semblable à celui dont nous avons donné le dessin ; on peut l’évaluer à environ.. .........
- Prix total de la sonde et de l’engin.
- . 2464 fr.
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- 4»o SONNERIE.
- M. Antiq, demeurant à Paris, rue cl’enfer, n° ioi, a exposé en 1827, une sonde de mineur exe'cutée avec soin, qu’il étg. blit aux prix suivans :
- 18 outils, tels que tarrières, tre'pans, tire-bour-
- res , etc., du poids de 90 kilogrammes....... 6o3 fr,
- 5o allonges de 2 mètres, avec la tête et les boulons,
- pesant ensemble 764 kilogrammes............. 1200
- 10 pièces accessoires, manivelles, clefs, curettes,
- forets , etc................................ i53
- 1 Bâti en bois de hêtre............................ 36
- Total..... 1992 fr.
- II faudrait en outre ajouter la valeur de la chèvre, de sorte que ce devis est presque identique avec celui indiqué par M. Garnier.
- Les frais d’un sondage sont impossibles à prévoir; ils augmentent dans une grande proportion à mesure que le sondage s approfondit, et varient beaucoup suivant la nature du terrain qu’il doit traverser. Nous avons indiqué, à l’article Puits artésiens , les dépenses auxquelles se sont élevés les percemens de plusieurs de ces puits. D.
- SONNERIE ( Arts mécaniques). La plupart des pendules de cheminée sonnent les heures et demies, lorsque l’aiguille des minutes marque sur le cadran les nos 60 ou 3o, indiqués à midi et à 6 heures. Comme ces pièces d’horlogerie sont les plus répandues dans le commerce, nous en décrirons ici Ie mécanisme.
- Un tambour ou barillet T ( fig. 4, PI. 55 des Arts mécaniques) renferme un Ressort moteur , qui y est roulé en spirale. On bande ce ressort, en saisissant l’arbre (fig- 5) P31 son extrémité q, qui est carrée, avec une clef forée de même calibre, et le faisant tourner : ce ressort est une la®e d’acier dont un bout est accroché au contour interne barillet, et l’autre à l’arbre, qui est mobile et indépenda® de celui-ci. Le déroulement du ressort ainsi bandé est eni
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- SONNERIE. 4xi
- pêché par une roue de roclietR et un encliquetage Yc, qui fixent l’arbre, précisément comme pour le moteur du mouvement de la pièce. ( V. Pendule, Ressort. ) Il en résulte que le tambour T fait effort pour tourner autour de son arbre fixe, et qu’il tourne en effet lorsqu’il cesse d’être retenu, ainsi qu’on le dira bientôt. La roue T, qui est fixée sur son contour (fig. 4)> mène le pignon a de la’ roue Y, laquelle mène le pignon b de la roue X , puis le pignon c de la roue Y, le pignon d de la roue Z, et enfin, le pignon e d’un volant u. Ces pièces sont appelées le rouage de sonneriej leur destination est de ralentir le mouvement de rotation du barillet, de l’arrêter, de le laisser partir aux instans voulus, et enfin de mettre en jeu le marteau M, qui frappe l’heure sur un timbre, le tout ainsi qu’il va être expliqué. Pour éviter la confusion, nous n’avons pas représenté ce timbre dans la figure; nous dirons seulement que c’est une petite cuvette en métal de Cloché ( V. T. III, page 543), qui est percée au centre pour le passage d’une broche tai'audée fixée à la platine : cette cuvette est maintenue à l’aide d’un écrou, qui la serre sur une portée qu’on ménage à cette broche.
- Les nombres des dents et des ailes des roues de sonnerie, sont à peu près arbitraires, sauf ce qui sera dit plus loin. Supposons que le pignon a ait 12 ailes, le suivant 8, et les autres 6; que la roue V ait 72 dents , et les suivantes 60, 64 et 48 ; il sera aisé de voir que les vitesses de rotation croîtront vilement de Y en a, que le passage de 12 dents delà roue T fera faire un tour à la roue V, g à la roue X , 90 à la roue Y, 960 à la roue Z, et 7680 au volant u.. ( /Y Nombre de dents des roues. ) Les lames de cuivre qui forment cette dernière pièce frappant l’air avec rapidité , la résistance que ce fluide oppose modère la course du rouage, et règle l’intervalle des coups du marteau, qui est mis en jeu par les chevilles de la mue X; à cet effet, le manche du marteau porte un talon I, que chaque cheville soulève à son tour en passant, ce qui fait basculer le marteau sur son axe. Quand la cheville arrive au bout du talon I et cesse de le rencontrer, le marteau.
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- 4ia sonnerie.
- a atteint le plus grand écart du timbre ; elle échappe alors et le marteau est ramené par un ressort r, jusqu’à ce que le talon I porte sur la cheville suivante, qui le soulève à son tour, et ainsi de suite jusqu’à ce que le nombre de coups désignés par l’heure actuelle ayant été frappés, le rouage soit arrêté, comme ou ïe verra plus loin.
- Sur l’arbre de^fa roue Y est fixé un limbe QQ, qui est solidaire avec elle, et qu’on appelle chaperon ou roue de compte, dont l’usage sera expliqué dans un instant. Les choses sont réglées de manière qu’un tour entier de cette roue fasse passer 90 chevilles de la roue X , afin que le marteau frappe 90 coups ; c’est le nombre de coups en 12 heures, pour une sonnerie d’heures et demies. Toutes les 12 heures , la roue V fait un tour. Si l’on donne 84 dents à la roue T, elle ira y fois plus lentement, et ne fera par conséquent son tour entier qu’en 3 jours et demi : ainsi, en donnant au ressort 5 à 5 tours et demi de développement, avec la force suffisante pour surmonter les frottemens, la pièce pourra suffire à la sonnerie pendant i5 à 20 jours, temps après lequel la pièce aura besoin d’être remontée pour continuer ses fonctions.
- En général, les pendules à sonnerie de nos appartemens sont construites pour aller ce temps , et les nombres ci-dessus indiqués pour les dentures sont les plus usités, quoiqu’on puisse les varier, en se soumettant aux conditions essentielles. On donne à la roue X 10 chevilles; et l’on vol qu’un tour de la roue de compte Q, faisant faire 9 tours a celle-ci, le marteau frappe donc en effet les 90 coups exigés en t2 heures.
- La roue Y porte une seule cheville appelée étoteau ou elo-quiau, dont l’usage est d’arrêter le rouage de sonnerie,et de faire par conséquent taire le timbre. L’étoteau bute^ alors en o contre le bout de la détente ef, dont le centre de mouvement est en e. Tant que cette pièce a cette situation, le ressort du barillet est sans effet, si ce n’est de presser l’étoteau sur le bout f de la détente; mais dès que, Paf
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- SONNERIE 4,3
- quelque cause, cette détente est dérangée de sa place, l’étoteau n’étant plus retenu, le rouage court, et le marteau frappe autant de coups consécutifs que la roue X fait passer de chevilles (10 à chaque tour de cette roue). La roue d’éto-teau Y fait un tour entier chaque fois qu’il passe une cheville , savoir : j o tours contre un seul de la roue de chevilles X. Ces chevilles doivent diviser la circonférence en arcs égaux, pour être équidistantes. Ce nombre de coups est réglé par la roue de compte, et voici comment.
- On remarque que cette roue Q est bordée d’entailles inégalement espacées. La détente ef porte un bras t qui glisse sur le contour de la roue de compte, parce qu’un ressort l’y presse. Quand ce bras est en présence d’une entaille, il va au fond , et la détente f se trouvant assez voisine de l’axe de la roue Y, arrête l’étoteau. La sonnerie reste immobile et silencieuse ; mais dès que quelque pièce vient à écarter le bras t, et par conséquent le bout f de la détente, la sonnerie entre enjeu; et comme alors la roue de compte tourne et présente son bord au bras t, le rouage continue de courir et le marteau de sonner, jusqu’à ce qu’une nouvelle entaille se présente au bras t, et ramène la détente sous l’étoteau.
- Ou comprend maintenant pourquoi les intervalles des entailles sont inégaux ; ces espaces sont doubles pour 4 heures de ce qu’ils sont pour 2, et sextuples pour midi. Ainsi, il faut que les arcs successifs du chaperon croissent en progression comme les nombres 1,2, 3... 12.
- Il faut de plus donner aux entailles assez de largeur pour que les demies aient le temps de sonner ; car dès que l’aiguille des minutes arrivera sur 3o, le bras t sera soulevé, l’étoteau échappera , mais il ne fera qu’un seul tour, et la roue X ne laissera passer qu’une seule cheville , attendu que le bras t retombera sur-le-champ au fond de la même entaille, sans que la roue de compte ait pris assez de course pour présenter son bord à ce bras. L’un des côtés des entailles est arrondi, pour laisser plus de facilité au bras t de monter sur le bord, lorsqu’il est l’heure.
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- 4i4 SONNERIE.
- Pour faire bien concevoir cet ingénieux mécanisme, il ne nous reste plus qu’à expliquer comment il arrive qu’à l’heure ou à la demie, le bras t de la détente se trouve soulevé. La fig. 5 représente la minuterie placée sous le cadran. La roue m est celle dont le canon porte l’aiguille des minutes, et qui accomplit son tour en une heure. On y voit deux chevilles opposées qui viennent, à une demi-heure d’intervalle , soulever le détentillon Dm , en forme de levier coudé KDm, dont le centre de mouvement est en D, et qui est ramené par le ressort T, pressant la queue de la pièce E; or, cette pièce E est fixée sur le pivot prolongé de la détente ef. On voit donc que dès que l’aiguille des minutes approche des points 3o et 60 minutes ( environ 5 à 6 minutes avant cet instant ) , l’une des chevilles de la roue de canon pousse et soulève le détentillon Dm, la pièce E, et par suite le bras t de la détente ef {fig. 4)? ce qui rend la liberté au rouage, en laissant passer l’étoteau; mais il ne se produit qu’un petit mouvement qui est subitement arrêté, parce que la roue de délai Z porte aussi une cheville qui est en prise avec le bout K du détentillon , lequel passe par une petite fenêtre pratiquée à la platine.
- Ainsi, pour déterminer le marteau à frapper à l’instant précis ou l’exige l’aiguille, son action demeure encore suspendue par le délai. Ce n’est plus l’étoteau qui l’arrête, mais la cheville de la roue Z. Cette roue tournant io fois deux tiers plus vite que la roue Y, est plus propre à assurer l’effet. Le levier coudé RDm (fig. 5), soulevé par l’une des chevilles de la roue de canon, présente son extrémité K au délai, et la sonnerie ne part que quand cette cheville échappe au détentillon Dm, ce qui ramène le bout K et dégage le délai.
- Yoici donc l’effet général. Quelques minutes avant une heure quelconque, une cheville de la roue de canon S^sse et soulève peu à peu le détentillon Dm, ce qui écarte l extrémité K, et la rapproche du bord de la roue de délai, en même temps que la pièce E s’éloigne et dégage l’étoteau
- delà
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- SONNERIE. 4t5
- détente J. Le rouage de sonnerie n’est alors plus retenu, et se met à courir : mais à peine est-il mis en action, que la roue de délai Z, qui va dix fois plus vite, apporte sa cheville sur le bout du de'tentillon K, et le rouage est de nouveau arrêté, sans qu’une des chevilles de la roue X ait eu le temps de passer sous le talon I du marteau. Rien ne sonne donc encore ; mais la pendule continuant sa marche, la cheville de la roue de canon cesse bientôt de soulever le déten— tillon Dm, dont le bout m est ramené vers l’axe de ce canon par le ressort T ; en même temps le bout K de ce levier coudé KDm s’éloigne de la roue de délai, et laisse échapper sa cheville. Cependant, le bras t de la détente reste éloigné par le bord de la roue de compte, qui a pris un petit mouvement , et ne présente plus son entaille à ce bras ; ainsi le bout f demeure écarté, et ne peut pas se présenter sous l’é-toteau. Rien ne retenant plus le rouage de sonnerie, toutes les roues se mettent en marche, en modérant leur course par l’influence des frottemens et de la résistance du volant u. Chaque cheville qui passe sous le talon I du marteau , fait sonner un coup en le quittant, et cette action se répète tant qu’il ne se présente pas une entaille de la roue de compte au-devant du bras t, qui en presse le bord. Le nombre des coups frappés dépend donc de l’étendue de l’arc qui sépare deux entailles successives. Comme la roue Y fait son tour en xa heures, et va 9 fois plus vite que la roue X, qui porte 1 o chevilles, il est aisé de proportionner l’étendue de chaque arc de la roue de compte , pour qu’il passe sous le talon I, tantôt 2, 3, 4 • • * 12 chevilles; et dès qu’une nouvelle entaille se présentera sous le bras t, il y entrera, et la détente f se rabattant sous l’étoteau, le mouvement cessera.
- Pour les demies, tout se passe de même, excepté qu’aus-sitôt que la cheville de la roue de canon opposée à la pre-uùève est échappée au détentillon qu’elle a soulevé, le bout, K abandonne le délai ; il passe une seule cheville ; le marteau happe un seul coup ; le bras t retombe dans la même en-
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- taille , mais un peu plus loin, et l’étoteau revenant buter sur
- la tête f dé la de'tente, la sonnerie s’arrête.
- Il est inutile de dire que l’ouvrier doit ajuster la détente le de'tentillon et les chevilles de là roue de canon , de manière à faire parler la sonnerie juste quand l’aiguille des minutes est sur 60 et sur 3o.
- On voit qu’on ne peut faire rétrograder l’aiguille des minutes en passant sur les points distans d’environ 6', de 60' et 3o', points où le délai est en prise. En général, un des in-convéniens de ce mode de sonnerie, c’est qu’on est obligé, sous peine de voir mécompter la pièce , de la mettre à l’heure sans rétrograder, sans toucher â l’aiguille des heures, et en ayant soin d’attendre que chaque heure soit complètement sonnée, avant de pousser l’aiguille des minutes en avant, afin de laisser le temps à la roue de compte d’exécuter ses fonctions. Quand la sonnerie mécompte, on rétablit les choses dans l’état normal, soit en manœuvrant- les aiguilles sans attendre l’effet de la sonnerie, soit en attaquant directement la détente même, sans toucher aux aiguilles, afin de déterminer la marche du rouage.
- Ainsi, pour effacer plusieurs minutes d’avance, on est obligé, ou d’arrêter quelque temps la pendule, ou défaire faire à la roue de compte sa révolution complète, et d’attendre que le marteau ait frappé go coups. Le mécanisme suivant, employé dans les horloges du Jura, ne présente pas cet inconvénient, et s’il se refuse à la rétrogradation, du moins on n’est pas obligé d’attendre les coups de sonnerie, quand on fait passer l’aiguille des minutes sur 60 et 3o.
- Un limaçon L (fig. 6), semblable à celui des Répétitions, est fixé au canon de l’aiguille des heures ( ÿr. MivetebiT/j et effectue sa révolution en même temps que cet axe, cest-à-dire en 12 heures. Un Rateau R, dont le centre de rotation est en C, présente son extrémité A devant celui des degre» du limaçon que l’heure actuelle y a amené ; mais cette e% trémité A en est un peu distante. Le râteau, lorsqu’il est libre de se mouvoir, sé trouvant poussé par un ressort BM > ^eî”
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- cend et vient poser sur ce degré du limaçon ; sa marche est déterminée par la profondeur du pas sur lequel il va porter. Les dents du râteau R engrènent avec un pignon P, qui n’a qu’une seule aile, et est monté sur l’axe de la roue d’étoteau ; il y a 12 de ces dents , mais il n’en passe qu’une partie, à moins qu’il ne soit midi. Supposons qu’jl soit g heures, le râteau portera sur le degré de g heures, et il passera g dents du râteau. Lorsque le râteau se relèvera , le pignon P fera rétrograder le râteau, et il passera aussi g dents, pour faire frapper les g coups de marteau, savoir, un coup pour chaque tour de la roue d’étoteau , attendu que cette roue fait io tours contre un de la roue à chevilles, laquelle a dix chevilles pour soulever le manche du marteau en passant. Ainsi, ce mécanisme ne diffère essentiellement de celui qui a été décrit ci-dessus, que parce que la roue de compte est remplacée par un limaçon. Voici comment l’appareil fonctionne.
- Quand l’aiguille dés minutes arrive sur 60 , la cheville du canon des minutes soulève une détente, précisément comme dans les sonneries déjà décrites; et cette détente qui a déjà dégagé l’étoteau, dégage le délai, rend la liberté au râteau, ainsi qu’au poids ou au ressort moteur de la sonnerie; alors le râteau vient buter contre l’un des degrés du limaçon ; mais aussitôt la force motrice meut les roues de sonnerie, et l’aile du pignon P agissant sur les dents du râteau, le relève, en surmontant le ressort BM, et ce râteau est ramené à sa position primitive. Le pignon P tournant d’un certain nombre de tours, ainsi que la roue d’étoteau qui est fixée sur le même axe, la roue à chevilles tourne , et chaque cheville vient à son tour attaquer le manche du marteau ; ainsi, la sonnerie se fait entendre.
- Pour ne point compliquer la fig. 6, nous n’y avons indiqué que les pièces principales ; car les détentes, le délai, le rochet, la roue à chevilles, le volant et les autres rouages, sont absolument comme dans les sonneries ordinaires. On voit que si l’on fait circuler rapidement l’aiguille des minutes en passant sur les points de 60' et 3o’, sans attendre l’effet Tome XIX.
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- de la sonnerie, comme la roue de compte est ici remplacée par un limaçon qui tourne avec l'aiguille des heures, le râteau se porte successivement en descendant sur tous les degrés de son eontour, et la pièce ne peut mécompter.
- Il est vrai qu’on ne doit pas non plus faire rétrograder l’aiguille des minutes ; mais ici l'inconvénient est nul, puisqu’on n’est plus forcé d’attendre l’effet de la sonnerie à chaque heure. Au reste, il serait bien facile de permettre la rétrogradation, en brisant la détente et la façonnant en pied de biche, pour qu’elle conserve sa rigidité quand le mouvement est direct, et se plie quand on tourne l’aiguille en sens contraire, afin qu’elle n’ait d’action que dans un sens.
- Au reste, les mécanismes de sonnerie varient beaucoup dans leurs détails ; limités par l’espace, nous avons dû nous borner à décrire ceux qui sont le plus en usage. Quant aux horloges de clocher qui sonnent les quarts et avant-quarts, et même répètent les heures , font entendre des carillons, etc., la sonnerie est beaucoup plus compliquée. D’abord , le marteau doit être très lourd, pour frapper sur une grosse cloche ; on profite ordinairement de la cloche qui sert à appeler les fidèles aux exercices de piété. Il faut donc que le poids moteur du marteau soit très lourd : en outre, ce poids, aussi bien que celui des roues de mouvement, descend chaque jour de toute la hauteur disponible, afin den accroître l’effet par des engrenages ; ainsi la pièce doit être remontée à chaque 25 ou 3o heures. Les roues de sonnene sont très grosses et en fonte de fer, le volant est de grande dimension, etc. ; enfin, tout est proportionné à la force motrice.
- Il faut un rouage particulier pour sonner le quart, h demie, les trois quarts. Nous ne croyons pas devoir expliquer ici cette machine ; ce qu’on a dit ci-dessus suffira pour concevoir l’effet de ces Horloges. {V. T. X, page 4^2- ^ Consultez le Mémoire de M. Pons, T. XIX , page 13 Brevets d’invention , où cet habile horloger propose un nou-
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- SONNETTE. • 4,9
- veau mode de sonnerie. M. Raingo a imaginé un mécanisme qui dispense d’un rouage particulier pour sonner les quarts en passant, à l’aide d’une surprise ou limaçon mobile. On trouvera cet ingénieux appareil décrit et figuré dans les Bulletins de la Société d’Encouragement, année 1828 , page ii5, dans un Rapport que j’ai fait au conseil d’administration de cette Société. Fr.
- SONNETTE (Arts mécaniques'). On donne ce nom à une machine destinée à enfoncer les pilots et les pieux. Trois pièces de bois disposées obliquement en forme de pyramide triangulaire tronquée, sont liées entre elles par deux en-rayures triangulaires : l’une, nommée sole, est la base, et porte sur terre ; l’autre, en haut, maintient une ou deux fortes poulies en fonte ou en cuivre. Cet appareil est représenté en projection verticale selon NQBP (fig. 1, PL 58 des Arts mécaniques). La pièce PB, appelée rancher, est garnie de chevilles servant d’échelons pour' monter au sommet, graisser les poulies, etc. ; MO est un madrier fret té en fer, et très pesant : il y a deux tenons ou oreilles arrêtés avec des clefs en arrière, et servant à le maintenir vertical dans ses mouvemens; il glisse entre deux mon tans à coulisse, projetés en NQ , qui sont soutenus par les deux enrayures. La pièce MO, nommée mouton, est destinée à frapper sur la tète du pieu qu’on veut enfoncer, comme ferait un énorme marteau. Le mouton , élevé à une certaine hauteur et abandonné à lui-mème , frappe en tombant sur le bout du pilot.
- On a imaginé plusieurs espèces de sonnettes; nous décrirons particulièrement les deux qui sont le plus en usage, sous les noms, l’une de sonnette à tiraude, l’autre de sonnette à déclic. Nous avons expliqué, à l’article Pieu, comment, après avoir façonné en pointe une extrémité de la pièce, et même fretté en fer l’autre bout, quand cela est nécessaire pour éviter qu’elle ne s’éclate, on met la pièce en fiche, et on l’enfonce jusqu’à ce qu’elle soit entrée à une certaine profondeur. La résistance que le pieu doit offrir dépend de sa destination : la limite' du battage est lorsqu’il refuse d’entrer
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- sous le poids du mouton employé'. Généralement, quand il s’agit de faire porter au pilotis de lourds fardeaux, les pieux ont de 25 à 32 centimètres d’e'paisseur au milieu, et on les bat avec des moutons pesans 3 à 4»o kilogrammes , en soulevant le mouton de i mètre à i mètre et demi, avec la ti-raude ; mais pour enfoncer les pieux qui doivent supporter une grande re'sistance , on se sert de la sonnette à déclic, qui élève un mouton de 6 à 700 kilogrammes , à 4 ou 5 mètres de hauteur au-dessus de la tète du pieu.
- La sonnette à tiraude, représentée fig. 1, a son mouton soulevé directement à bras par des hommes, qui chacun tirent une corde, à un commandement, pour que l’action s’exerce avec simultanéité et ensemble. Ces cordes se réunissent toutes par leur bout supérieur au câble, qui passe sur l’une des poulies et est attaché en haut du mouton. Les axes des deux poulies convergent, afin d’éviter la perte de forces due à l’obliquité des bras sur le câble. Ordinairement, on se sert de i5 à 24 ouvriers, pour manœuvrer la tiraude, et d’un enrimeur, qui conduit la machine. On donne de 20 à 3o coups successifs, ce qu’on appelle une volée, et Ton prend un petit repos. Il faut 3 minutes pour le temps d’une volée et du repos, ajoutés ensemble. Pour suspendre le travail, le chef crie au renard, et tout le monde arrête et reprend haleine.
- La sonnette à déclic n’exige guère que 4 à 6 ouvriers et Yetiraj'eurj sa dénomination est due à ce que le mouton est enlevé par l’intermédiaire d’une combinaison de rouages, et qu’on le rend libre, au moyen d’un déclic, quand il a atteint la hauteur exigée. Tantôt c’est le mouton lui-même qui se dégage , tantôt c’est le tambour, sur lequel la corde est enroulée , qui cesse d’être retenu par la force motrice. Le premier de ces systèmes est du à Wanlhoué , horloger anglais; le second a été imaginé par M. Yauvilliers, ingénieur de» ponts et chaussées. Ce dernier est généralement préféré, e parce qu’il n’exige pas des moutons aussi pesans, ni des pieux frettés , ni des équipages massifs ; qu’il se déplace fan*
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- lement, attendu qu’il consiste à ajouter simplement un treuil à la tiraude ordinaire.
- La fig. 2 représente en coupe, et la fig. 3 en plan, le treuil de la sonnette à déclic de M. Vauvilliers. Le câble s’enroule autour du cylindre D tournant sur ses tourillons A, B ; une roue dentée CD est fixée à ce cylindre ; elle engrène dans un pignon P, qui est monté sur l’arbre carré MN' ; cet arbre peut glisser en long sur ses collets pour désengrener : on le-fait tourner avec une manivelle double MM' ; un arrêt r est aussi fixé au carré sur l’arbre NN' ; un levier L basculant sur l’axe O, agit tantôt sur le pignon P, tantôt sur l’arrêt r, et par son mouvement fait engrener ou désengrener le pignon avec la roue. Tant que l’engrenage a lieu , les ouvriers qui manœuvrent les manivelles font enrouler le câble sur le cylindre , et élèvent le mouton : mais quand le levier L bascule en poussant l’arbre pour le faire glisser sur ses collets, le pignon cesse d’engrener, et le treuil devenant libre , est entraîné en sens contraire par le poids du mouton, qui retombe en déroulant le câble.
- Un boulon xj', qui est attaché au châssis du treuil par une chaîne, passe à travers les rayons de la roue , et l’empêche de tourner, quand on veut l’arrêter, avant que le mouton ait atteint sa plus grande élévation.
- Le levier L est terminé par une fourchette qui embrasse la branche NN' servant d’arbre à la manivelle ; et Ton voit que selon que ce levier pousse en avant ou en arrière, il agit pour presser le pignon et le dégager, ou pour l’engrener au contraire.
- M. Hachette cite des expériences qui prouvent les avantages de la sonnette à déclic sur celle à tiraude, faites avec le même mouton, dans le même sol, avec des pieux de mêmes dimensions, enfoncés à refus absolu (c’est-à-dire le pieu n’entrant plus que de 4 à 5 millimètres, par volée de 3o couds de mouton, tombant de 23 décimètres). Il a trouvé qu’en représentant par 1 le prix de la journée de manœuvre , et celle de l’enrimeur par 2 , la dépense du battage d’un
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- pieu par la tiraude était d’environ 15,3 ; tandis qu’elle se-réduisait à 3,4 par la sonnette à déclic. D’autres résultats semblent prouver que ce nouveau mécanisme réduit la dépense à environ 0,22 de ce qu’elle est par l’ancienne machine.
- Nous avons décrit, T. XVII, page 489, la presse à volant de M. Révillon, qui agit par percussion, et à l’aide de la force vive développée par un volant dont la rotation est su-•bitement arrêtée- Cet artiste a imaginé un appareil analogue, tant pour enfoncer que pour arracher les pieux. Ce mécanisme ingénieux, décrit par M. Mallet dans les Bulletins de la Société d’Encouragement, en 1827, page 36, est très convenable pour remplacer les sonnettes, soit à déclic, soit à tiraude. Nous renvoyons à cette description, afin de ne pas étendre notre article au-delà des limites qui nous sont prescrites. Fr.
- SONNETTES D’APPARTEMENT .(Arts mécaniques}. Les petites cloches dont on se sert pour appeler les domestiques sont surmontées d’une pièce ou oreille, qui sert à les tenir à la main , ou à les suspendre. Le plus souvent, on fixe cette oreille par des vis au bout d’une lame de ressort, dont l’autre extrémité est roulée en spirale et soudée à un fort clou qu’on entre dans la muraille. Un fil de fer fixé à ce ressort met la sonnette en mouvement lorsqu’on exerce le tirage ; l’élasticité du ressort fait osciller la sonnette, et entretient quelque temps le mouvement du battant et le son qu’il produit. Le fil de fer traverse, s’il le faut, le mur,qu’on a perce de part en part avec un foret, et communique ainsi d une chambre à l’autre. Chaque fois que la direction du fil est forcée de changer, on fixe au mur un mouvement; c est un levier coudé, doat le coude tourne sur un clou servant d’axe, lequel est fiché dans le mur. Tantôt les deux branches du levier sont .dans un plan vertical, tantôt elles sont dans la direction horizontale , selon les dispositions des localités. Ce mécanisme n’exige pas de plus amples développemens poul être compris.
- SORBETIÈRE, SORBETS ( Technologie). Les sorbets sont
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- des liqueurs que l’on prépare , afin de les convertir en glaces. La sorbetière est un vase cylindrique en étain, dont on se sert pour y faire glacer plus ou moins fortement les sorbets. {V. le mot Glaciee-Limoxadier, T. X, page 223), où nous avons décrit avec détails la fabrication des sorbets et la sorbetière. ) L.
- SORBIER (Agriculture). Cet arbre, qu’on appelle aussi cormier, croît lentement, et acquiert quelquefois jusqu’à i pied de diamètre ; c’est le sorbus domestica des botanistes , de la famille des rosacées. On sème ses graines aussitôt qu’elles sont mûres ; le plant n’a que 2 ou 3 pouces la seconde année ; on le repique alors ; à quatre ans, il a un peu plus d’un pied ; on le transplante et on le taille ; enfin, à huit ou dix ans, il a 1 pouce de diamètre, et on le replante encore, à la place qu’il doit définitivement occuper. Ces divers déplacemens en font périr un grand nombre, ce qui fait que souvent on préfère semer le sorbier en place.
- Cet arbre se contente de tous les terrains, quoiqu’il préfère , comme tous les végétaux , une terre profonde et substantielle : on le met souvent dans les places vides des liaies, des forêts, etc. ; on le greffe aussi sur le poirier, l’aubépine, etc. ( V. Greffe. )•
- Le sorbier vit deux siècles et plus ; son bois est recherché des menuisiers, ébénistes, tourneurs, machinistes , etc. ; son grain est fin , dur et homogène ; sa couleur, rougeâtre. Il faut le travailler quand il est très sec, parce qu’il éprouve uu douzième de retrait par la dessiccation. Vert, il pèse is,o3 le décimètre cube ( rjiliv,J172, ou 72z<v»i®,7^r le pied cube); on en fait d’excellentes vis de pressoir, des alluchons , des fuseaux, etc.
- Toutes les parties du sorbier sont astringentes; le fruit est même acerbe ; mais on le laisse mûrir sur la paille, jusqu’à ce qu’il devienne mou. C’est une nourriture fade et indigeste, dont les estomacs robustes des gens delà campagne peuvent seuls s’accommoder. En l’écrasant dans l’eau et le laissant fermenter, on en tire une boisson très enivrante,
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- qu’on fabrique d’ailleurs comme le cidre, et qui en tient lietr.
- Le sorbier des oiseaux ou cochène (sorbus aucuparia ) est uu arbre d’ornement qui plaît dans les jardins et les parcs, à cause des fleurs blanches et surtout de ses fruits, qui pendent en beaux bouquets pourpres. Il croît plus vite, et devient moins éleve' que le précédent ; sa culture est d’ailleurs la même ; ses fruits donnent aussi une boisson vineuse. Fr.
- SOUCHE ( Architecture). Les tuyaux de cheinine'e qui s’élèvent au-dessus d’un toit, sont ou adossés au-devant les uns des autres, ou dévoyés et rangés sur une même ligne : c’est cette dernière disposition qui est actuellement plus usitée. L’ensemble de cette construction est ce qu’on appelle une souche de cheminée : on la fait en plâtre pigeonné à la rnain, et enduit des deux côtés; cependant quelquefois onia compose en briques liées par du mortier et des crampons de fer.
- En Hydraulique, la souche est le tuyau qu’on soude sur une conduite, et d’où sort un jet d’eau, par un ajutage en cuivre vissé sur le bout de la souche.
- La souche d’un arbre est la partie qui reste au raz de terre quand l’arbre est abattu, et qui est destinée à la reproduction des tiges. Fr.
- SOUDE ( Arts chimiques). Ce nom, dérivé de celui d’une plante ( V. l’article Salicor) qui fournit la soude naturelle, désigne en Chimie un composé d’oxigène et de Sodicji , et par suite divers produits industriels, dans lesquels la soude, parmi des proportions variables d’acide carbonique et de substances étrangères, forme la substance vénale.
- La soude est l’un des produits les plus importans de ceux que prépare l’industrie manufacturière; elle offre un agent indispensable dans une foule d’autres industries, auxquelles elle a donné l’essor.
- Avant la révolution de g3, la soude naturelle nous était fournie à un prix élevé par les Espagnols , qui l’obtenaient sans autres soins que ceux donnés à la récolte et l’incinéiation de plantes.
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- À cette époque de prodiges en divers genres , privés de cette ressource, il a suffi pour la conquérir, par des voies d’abord hérissées de difficultés, de dire à l’industrie comme à la valeur française, en avant !
- Le premier effet produit par la guerre, que la république française soutint si glorieusement contre l’Europe conjurée, fut la cessation subite de son commerce. Cernée de toutes parts, elle vit dans un instant ses relations commerciales anéanties : au commencement d’une année de disette, elle fut obligée de créer des armées formidables et d’alimenter une grande population.
- Tout était à faire, et tout manquait à la fois ; nos subsistances, les matières premières pour les besoins domestiques, celles non moins indispensables encore pour notre défense ; tout nous fut soustrait ou refusé. La Convention ne perdit pas courage : connaissant le génie de la nation, et ce que pouvait sur un peuple magnanime le sentiment profond de la liberté, elle fit sortir des obstacles mêmes nos plus grandes ressources.
- Un des objets les plus usuels et les plus nécessaires, que nous fournissait le commerce de l’étranger, la soude, en effet, est une des principales matières premières des verreries , des fabriques des savons , des buanderies, des blanchisseries des toiles, de la teinture ; dans plusieurs autres Arts industriels, on en fait un usage journalier. On ne pouvait la remplacer que par la Potasse ; mais nous ne pouvions recevoir cette substance pour la plus grande partie que de l’étranger, qui nous la refusait encore. Ce que nous possédions devenait, pour la fabrication du salpêtre, d’une impérieuse nécessité.
- Un ingénieux manufacturier, Carny, courut le premier au-devant du mal, il proposa de publier ses moyens particuliers de faire de la soude, etc., et de fonder une nouvelle source d’industrie nationale (i).
- (i) Mémoire présenté au Comité de Salut public, en date du 7 frimaire, f’an II de la république française.
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- Aussitôt le Comité de Salut public saisit ce noble élan, et par un arrêté solennel, il rappela l’attention des chimistes et des manufacturiers, alors peu nombreux, sur des moyens déjà annoncés, ou qu’on avait mis en œuvre pour obtenir cette précieuse denrée.
- « Considérant que la république doit porter l’énergie de la liberté sur tous les objets qui sont utiles aux Arts de première nécessité, s'affranchir de toute dépendance commerciale, et tirer de son sein tous les objets que la nature y dépose , comme pour rendre vains les efforts et la haine des despotes, et mettre également en réquisition, pour l’utilité générale, les inventions de l’industrie et les productions du sol.
- » Il arrête, entre autres, que tous les citoyens qui ont commencé des établissemens, ou qui ont obtenu des brevets d’invention pour retirer la soude du sel marin , sont tenus, même dans le cas où ils se proposeraient de donner à ces établissemens toute l’extension dont ils sont susceptibles, de faire connaître à la commission, dans deux décades, la situation de ces établissemens, la quantité de soude qu’ils mettent dans le commerce, celle qu’ils pourront fournir, et l’époque à laquelle ils pourront commencer leurs fournitures. »
- Les citoyens Leblanc, Dizé et Sheé , co-associés, furent les premiers qui présentèrent le leur, avec un noble dévouement à la chose publique.
- Leur établissement était à Franciade ; une commission composée de Lelièvre, Pelletier, D’Arcet et Giroud, visita cet atelier naissant, vérifia les procédés, sur lesquels elle crut dès lors pouvoir se prononcer avec la plus grande cer" titude de succès.
- Presque tout avait été prévu par les inventeurs ; une seule amélioration remarquable fut apportée dans la construction des fours à réverbère, par MM. Paye» et Bourelier, qu* ^es premiers, après MM. Leblanc et Dizé, exploitèrent ce beau
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- procédé (ï) : depuis lors tous les manufacturiers ont suivi les mêmes erremens, à de très légères modifications près, que nous indiquerons dans le cours de cet article.
- La même commission ci-dessus indiquée examina divers autres procédés, dont'le but était également d’obtenir la soude en décomposant le sel marin.
- Parmi le grand nombre de ces procédés ingénieux soumis à la commission, nous citerons, dans l’ordre de vérification qui en fut faite alors :
- 1 °. Celui du P. Malherbe, suivi chez le sieur Albanmanufacture sise à Javelle, près Paris ; il consistait à décomposer le sel marin par l’acide sulfurique, dans des cornues. L’acide muriatique dégagé était condensé dans des ballons et utilisé à la fabrication du chlore ; le sulfate de soude était décomposé dans un four à réverbère sous l’influence du charbon et du fer.
- 20. Le procédé du sieur Athenas, fondé sur la décomposition du sel marin par le sulfate de fer, à la température du rouge-cerise.
- 3°. Le procédé anciennement connu en Angleterre, qui consiste à décomposer le sel marin par le plomb, et qui fut appliqué en grand par MM. Chaptal et-Bérard.
- 4°. Procédé de MM. Guyton' et Carny, consistant à décomposer le sel marin à l’aide de la chaux, par efflorescence.
- 5°. Celui du sieur Carny, consistant à décomposer le sel par l’oxide rouge de plomb.
- MM. Guyton et Carny ont encore proposé la décomposition du sel marin, 6°. par le feldspath, 70. par la potasse. La soude, devenue libre, est rendue caustique par la chaux , et
- ' 1 ) On lit, dans un Mémoire publie par M. Dize, sur la découverte de-la soude artificielle :
- « M. Paven, fabricant de soude, fut le premier qui s’attacha à suivre un procédé mis ensuite à exécution daps les salines impériales, par ]\I. Carny. Ces deux fabricans n’ont pas peu contribué à vaincre le préjugé que MM. Leblanc et Dizé avaient déjà attaqué directement, dans un temps où personne n’y songeait. »
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- le muriate de potasse , se'paré par cristallisation ou précipitation , est utilise' par les fabricans de salpêtre. Ce procédé rappelle celui des savonniers allemands, qui obtiennent du savon à base de soude, en ajoutant du sel marin à la solution de potasse.
- 8°. Par l’acétate de plomb obtenu de l’acide pyroligneux. Ce procédé est analogue à celui suivi dans ces derniers temps pour obtenir l’acétate de soude et la soude, en décomposant le sulfate de soude par l’acétate de chaux.
- 90. Par la baryte. Ce procédé a donné lieu à la construction d’une grande manufacture, qui n’a pu réaliser en grand la décomposition projetée.
- io°. Le sieur Ribeaucourt a proposé la décomposition du sulfate de soude par le charbon seul. Ce procédé minutieux, appliqué avec succès pendant deux ans à une blanchisserie, était plutôt fondé sans doute sur l’action utile des hydrosulfates dans le blanchiment, que sur la production d’une grande quantité de soude libre.
- n°. Le même chimiste a opéré la décomposition du sel marin par la liCharge à froid, et d’un broyage dans l’eau. Si le muriate de plomb avait une assez grande valeur, ce procédé pourrait être utile.
- i2°. Enfin, on a proposé et effectué la, décomposition du sel marin par la pyrite martiale (sulfure de fer natif).
- Le comité démontra que parmi tous ces procédés et plusieurs autres que nous omettons ici, parce qu’ils offraient moins de chances de succès encore, celui de MM. Leblanc et Dizé était le plus économique ; que la fabrique de Saint-Denis, la première en activité, était parfaitement bien établie par les soins de M. Dizé, l’un des associés ; que dans celle-ci, ainsi qu’à Javelle, on pouvait obtenir une grande partie delà soude utile à la république.
- Dès lors on préparait déjà, depuis plusieurs années, dans la fabrique de M. Payen , du sulfate de soude, en décomposant du sel marin par le sulfate d’ammoniaque. ( V- S® ammoniac.) Ce sulfate de soude n’a cessé, depuis lors, detre
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- appliqué à la production de la soude ; on a exploité de même utilement les eaux salées naturelles des salines de la Meurthe et du Jura, contenant du sulfate de soude ; les cendres de tourbe offrant le même sel.
- Nous décrirons ici quelques-uns des procédés les plus curieux résultant de l’enquête remarquable du Comité de Salut public, et nous nous attacherons ensuite à bien faire connaître le procédé Leblanc et Dizé.
- Décomposition du sel marin par le sulfate de fer. Quand les deux matières mêlées récemment sont soumises à l’action du feu, cette réaction fournit du peroxide de fer, du sulfate de soude, du chlore et de l’acide sulfureux : mais on peut la rendre plus productive en sulfate de soude, en mélangeant les deux corps en poudre dans le rapport de n3 de sel marin, pour 172 de sulfate de fer; laissant le mélange humecté d’un peu d’eau, en tas, pendant quelques jours , et le chauffant ensuite au rouge. Il se forme, d’abord à froid, du sulfate de soude et du chlorure de fer; par la chaleur, le chlorure est transformé, par suite de la décomposition de l’eau, en acide hydrochlorique, qui se dégage et en oxide de fer, qui reste mêlé au sulfate de soude.
- La calcination peut très facilement être opérée dans un four à réverbère ; la masse restante, traitée par touillages dans l’eau, s’y dissout en grande partie, en laissant un résidu de peroxide de fer. La solution contient le sulfate de soude, que l’on obtient par cristallisation, ou mieux en le faisant précipiter par évaporation ; une faible proportion, 5 à 10 pour xoo, de sel marin peut rester en excès dans le sel précipité , sans aucun inconvénient pour la fabrication de la soude. On obtint le sulfate de soude de cette manière, en très grande quantité, dans la fabrique de M. Payen, à Javelle. Ce procédé est encore usité dans plusieurs fabriques du Nord.
- Sel marin décomposé par la pyrite de fer. Cent parties de pyrite pourraient suffire pour transformer en sulfate 200 parties de sel marin, puisque 1 atome de bisulfure de fer contient
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- 2 atomes de soufre, représente 2 atomes d’acide sulfurique, et par suite décompose 2 atomes de sel marin. Dans les expériences du Comité de Salut public, on employa pour 100 de pyrite, seulement 60 de sel marin ; mais la pyrite n’était pas,
- à beaucoup près , entièrement employée.
- Les matières mélangées devraient, être soumises à un grillage modéré au four à réverbère, puis ensuite lessivées ; elles fourniraient du sulfate de soude. Dans ce procédé, le soufre, sous l’influence de la chaleur, de l’air et du sodium, se transforme en acide sulfurique; le sodium, qui passe à l’état de soude, se combine avec cet acide ; enfin, le chlore du sel marin se combinant avec l’hydrogène de l’eau ou des gaz que produit le combustible, passe à l’état d’acide hy-drochlorique. On obtient en outre de l’acide sulfureux provenant d’une portion de soufre brûlé par une moindre proportion d’oxigène.
- 11 est probable que dans certaines localités, ce procédé peut donner des résultats avantageux ; on le rendrait plus économique , en faisant griller le mélange en tas, mêlé soit avec la houille, soit entre des lits de fagots. Il resterait à extraire la soude du sulfate parle procédé Leblanc etDizé.
- Sulfure de sodium décomposé à l’aide de l’acide carbonique. Il est facile de transformer le sulfate de soude en sulfure de sodium, et de transformer le sulfure de sodium en bicarbonate de soude ; enfin', de ramener celui-ci à l’état de carbonate neutre. Les avantages de ce procédé dans une exploitation en grand ont été, à diverses reprises, contestés, et de nouveau mis à l’épreuve. Tout récemment, une manufacture établie sur cette base à Puteaux, près Paris, vient de cesser ses travaux.
- Pour obtenir le sulfure de sodium, on prend du sulfate de soude et du charbon que l’on mêle bien,.et l’on chauffe le mélange au rouge. Il se dégage du gaz oxide de carbone, et il reste du sulfure de sodium. Pour 20 parties de sulfate de soude, on emploie au moins 3 de charbon ; le résida dissous dans l’eau , ne peut être converti en entier en car
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- bonate de soude, qu’à la faveur d’un grand excès d’acide carbonique. Sous l’influence de l’acide carbonique, la décomposition de l’eau s’opère ; l’oxigène de l’eau oxide le sodium, qui passe à l’e'tat de carbonate de soude ; l’hydrogène de l’eau s’unit au soufre, qui passe à l’état d’hydrogène sulfure' (1) ; mais comme il est indispensable d’employer un excès d’acide carbonique, c’est du bicarbonate de soude qu’il produit. On peut se procurer l’acide carbonique, soit en brûlant du poussier de charbon dans un tube où l’on refoule l’air ; soit en calcinant de la pierre à chaux, ou à un feu plus modéré, un mélange de craie et d’argile, dans des tuyaux de fonte : dans ce dernier cas, on obtiendrait de la chaux hydraulique artificielle ; soit enfin en décomposant le carbonate de soude par l’acide borique, dans la fabrication du borax. De quelque façon qu’on l’ait dégagé , l’acide carbonique est mis en contact avec le sulfure de sodium dissous dans l’eau, ou seulement humide et très divisé, ce qui éviterait toute pression. Le sulfure de sodium se transforme en bicarbonate : on le purifie alors par cristallisation, et on le calcine légèrement au four à réverbère, pour le ramener à l’état de carbonate neutre , qui reste toujours mêlé de sulfate et de sulfite de soude.
- Sulfate de soude décomposé par le fer et le charbon. C’est le procédé que le P. Malherbe , bénédictin, proposa pour se procurer la soude, en 1778. On l’essaya à Javelle devant les commissaires du Comité de Salut public; on prit 100 kilogrammes de sulfate de soude calciné, 20 kilogrammes de charbon, »i kilogrammes de braise et 33 kilogrammes de rognures de tôle mince ou de fer-blanc. On mêla d’abord le sulfate de
- (ï) Ce dernier gaz, porté sous un foyer, s’y brûle, forme du gaz sulfureux, et peut alors être lancé dans l’air sans grand inconvénient. 11 n’en serait pas de même de l’hydrogène sulfuré , à cause de son odeur. En brûlant ainsi le tiers de l’iiydrogène sulfuré, faisant passer le gaz sulfureux formé et les deux tiers restant de l’bvdrogene sulfuré dans une chambre maintenue humide, on se procurerait presque la totalité du soufre.
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- soude et le charbon en poudre, et on les chauffa au four à réverbère, de manière à convertir le sulfate en sulfure de sodium ; celui-ci étant bien liquide, on y jeta 20 kilogrammes de fer, et l’on brassa fortement et à diverses reprises. La niasse étant gonflée et bouillonnante, le fer fut bientôt dissous; on y ajouta 8 kilogrammes de braise, qui occasionèrent un dégagement d’hydrogène sulfuré ; quelque temps après, on ajouta au mélange le reste du fer et le reste de la braise, on continua à brasser souvent et avec soin, tant que dura le dégagement d’hydrogène sulfuré ; lorsqu’il eut presque entièrement cessé, la matière étant en fusion tranquille , on la fit couler hors du fourneau ; refroidie, elle pesait 107 kilogrammes. Cette matière est formée de soude pure et anhydre et de sulfure de fer ; elle est d’un beau noir, caustique , à cassure striée et métallique, se délite à l’air avec chaleur, et s’y recouvre d’efflorescences jaunes d’oxide de fer ; traitée par l’eau, on en retira assez de soude pour former 100 kilogrammes de carbonate de soude.
- Toute la théorie de l’opération est loin d’être clairement expliquée. Il est probable qu’il se forme un sulfure double de sodium et de fer, et qu’on obtient seulement la moitié de la soude que la matière employée pourrait produire. On a reconnu que l’on peut substituer au fer un mélange de minerai de fer et de charbon en proportions convenables, ce qui serait bien plus économique.
- Décomposition du sel marin par l’oxide de plomb. Ce procédé , découvert par Schéele, était employé en Angleterre depuis fort long-temps, pour se procurer une belle couleur jaune, lorsqu’il fut mis en pratique par MM. Chaptal et Bérard, pour l’extraction de la soude. Voici comment on opère : on prend 100 kilogrammes de litharge pulvensee, qu’on place dans un cuvier ; d’un autre côté, on fait soudre 25 kilogrammes de sel marin dans 100 kilogrammes d’eau; on délaie la litharge avec une partie de cette dissolu lion, de manière à former une pâte liquide ; ou laisse re poser pendant quelques heures ; dès que la surface blan
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- chit, ou remue la masse, qui sans cela deviendrait très dure ; on continue à brasser ainsi, en ajoutant le veste de la dissolution , et même au besoin un peu d’eau. Au bout de dix-liuit à vingt-quatre heures, la réaction est terminée. On laisse reposer pendant le même temps, puis on lave par touillages et décantations. Les lavages contiennent de la soude caustique et peu de sel marin non décomposé ; le résidu est formé d’un composé de chlorure et d’oxide de plomb, qui devient d’un beau jaune par la fusion. Le haut prix de la litharge rend seul ce procédé impraticable sur une grande échelle.
- La fabrication de la soude par le procédé de Leblanc et Dizé, généralement en usage aujourd’hui, produit d’énormes quantités de cet alcali. La valeur de la quantité fabriquée annuellement en France, tant en soude brute qu’en sel de soude raffiné, ne s’élève pas à moins de 20 millions de francs.
- Ce procédé, que nous allons décrire, se compose de deux parties distinctes : l’une a pour but la préparation du sulfate de soude, et déjà quelques Arts, celui de la verrerie notamment , utilisent directement la soude du sulfate ; l’autre se compose de la conversion du. sulfate de soude en soude brute. On pourrait considérer encore, comme une troisième opération distincte, le raffinage de la soude brute, et comme une quatrième fabrication, le traitement du sel de soude qui en résulte, pour en obtenir le carbonate de soude cristallisé.
- En effet, la préparation de ces quatre produits a lieu dans des ateliers et à l’aide d’ustensiles particuliers. Nous décrirons successivement chacun d’eux.
- Sulfate de soude des cjlindres. On désigne sous ce nom, dans le commerce, le sulfate de soude fabriqué dans des cylindres en fonte , en décomposant à un feu gradué le sel marin par 80 centièmes de son poids d’acide sulfurique concentré. C’est surtout dans les localités où l’acide hydrochlorique trouve un débouché facile, que l’on donne la préférence à ce mode d’opérer : déjà nous l’avons décrit à l’article Acide hy— brochlorique.
- Nous ajouterons ici qu’un des inconvéniens de ce procédé Tome XIX. 28
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- est de donner un sulfate impur, contenant beaucoup de fer L’acide hydrocblorique qu’on en obtient abondamment (iooà no pour ioo du sel employé'), est aussi fort impur, surtout dans les deux ou trois premières touries re'frige'rantes. Il contient presque toujours du sulfate de soude, du fer et de l’acide sulfurique.
- Au lieu des tampons en fonte, dont nous avons indiqué l’emploi dans ce même article, on peut se servir, pour fermer l’ouverture du cylindre, à laquelle s’adapte l’ajutage conduisant au réfrigérant, d’obturateurs en grès dur, ou d’un obturateur formé de briques non poreuses, que l’on assemble en les serrant fortement à l’aide d’un ciment de glaise et de tessons en grès pulvérisé. On donne généralement de plus grandes dimensions qu’alors aux cylindres en fonte : ils ont maintenant 18° de diamètre intérieur, et 5 pieds de long.
- On assure que quelques fabricans du nord de la France iennent de trouver le moyen d’empêcher que la fonte ne soit ortement attaquée dans cette opération ; il en résulterait que le sulfate et l’acide muriatique seraient presque complètement exempts de fer, et que ce procédé serait le {dus avantageux à suivre dans presque toutes les localités. Si celte amélioration importante vient à notre connaissance, nous l’indiquerons dans le supplément qui terminera cet ouvrage.
- Sulfate de soude des bastringues. On connaît sojis ce nom, dans le commerce, le sulfate de soude préparé dans l’appareil que nous allons décrire, auquel on a donné le nom de bastringue. Cet appareil se compose d’un four à réverbère, à la suite duquel est placée une chaudière à décomposer le sel marin, puis un appareil condensateur qui varie suivant qu on veut recueillir l’acide hydrochlorique, ou que l’on préfère laisser perdre cet acide, en le condensant toutefois, pour éutet les dommages qu’il causerait à la végétation des alentours,s se répandait dans l’air. ..
- La PL -j5 des Arts chimiques, fig. g, représente 1 aPParel des bastringues propre à recueillir l’acide muriatique-
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- mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans la coupe fig. 9, l’élévation fig. 10, et la coupe horizontale fig. 11.
- A, cendrier; B, grille du foyer; C, mur de séparation, dit autel du foyer; D , sole du. four à réverbère , construit en briques réfractaires cimentées à joints serrés avec l’argile réfractaire, ou terre à creusets. Toutes les parois et la voûte F de cette partie du four doivent être construites avec les mêmes soins; F, mur de séparation entre le four ci-dessus et la •chaudière à décomposition; G, ouvreaux par lesquels les produits de la combustion passent dans la seconde partie du four; H, deuxième capacité close, dans laquelle est adaptée une chaudière I en plomb, à bords relevés , sans soudure ; K, une voûte en briques qui recouvre cette chaudière ; L, ouverture rectangulaire fermant en deux parties, par deux obturateurs M, M' en bois enveloppés de plomb ; N, conduit par lequel passent les produits de la combustion du foyer B, et les vapeurs dégagées du premier four D, et de la deuxième partie ou chaudière I, pour se rendre dans une chambre en briques 0, où s’opère un premier refroidissement. Les gaz et vapeurs passent ensuite dans une série de vingt à vingt-cinq grandes touries P, à l’aide de larges tubes en grès Q (nous n’avons dessiné que les deux premières et la dernière touries ; on supposera aisément toutes celles intermédiaires absolument semblables ) ; R, grande cheminée où se rendent, en définitive, pour s’exhaler dans l’air, les gaz et les vapeurs ; un foyer a, pratiqué au pied de cette cheminée, sert à y déterminer un tirage constant : on peut éviter la dépense du combustible, qu’il faut y entretenir enflammé, en introduisant , dans la même cheminée, le conduit de la flamme d’un four à soude construit à proximité. Dans ce cas, le foyer supplémentaire a.ne serait allumé que dar-s les momeus d’interruption du four à soude.
- On conçoit que le long appareil réfrigérant pouvant suivre toutes les sinuosités qu’on veut lui faire parcourir, et même être ramené près du point de départ, il sera toujours facile de choisir l’emplacement le plus convenable pour la cheminée , et
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- surtout pour le four à soude, qui, pour l’économie de 1* main-d’œuvre, doit être peu distant du four à sulfate.
- Si l’on n’a pas d’emploi de l’acide liydrochîorique, que par conse'quent il ne convienne pas de le recueillir, il faut cependant chercher les moyens de le condenser, afin d’éviter qu’il se répande dans l’air et aille altérer la végétation des alentours à une grande distance; d’un autre côté, il est impossible d’affecter une forte dépense à cette condensation, puisque la fabrication de la soude offre , en raison de la grande concurrence, peu de bénéfice.
- Une foule d’essais ont été entrepris pour arriver à la solution de ce problème difficile , et d’autant plus important, que les fabricans de soude ont eu fréquemment de très fortes indemnités à payer aux agriculteurs dont ils détruisaient la récolte. Nous ne décrirons ici que les dispositions qui ont plus ou moins incomplètement atteint le but.
- Dans les fabriques voisines de la mer ou des rivières, on est parvenu à condenser assez bien les vapeurs acides, en les dirigeant, au sortir du deuxième four, dans une longue et large conduite en briques cimentées d’argile, où coule constamment , par une légère pente ( un demi-pouce par toise), une nappe d’eau ; une chemine’e d’appel semblable à celle décrite ci-dessus, page 435, chauffée directement, ou mieux par le four à soude , enlève à une grande hauteur les gaz et vapeurs non condensés, afin que, disséminés sur une grande étendue, ils perdent ce qui leur restait d’action nuisible. Ces constructions sont, au reste , dispendieuses d’entretien et de réparation totale.
- Une autre circonstance locale, qui a facilité l’expulsion a peu de frais des vapeurs nuisibles , c’est le voisinage de vastes carrières abandonnées, dans lesquelles on faisait déboucher l’issue de la cheminée, ou conduite, au sortir du deuxieme four.
- Lorsque l’on ne peut pas profiter de ces dispositions locales particulières, on a recours, aujourd’hui, à la construction d’une longue conduite construite en murs épais de moellons
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- calcaires , et remplie de semblables moellons plus tendres et spongieux , superpose's à sec , et de façon à laisser entre eux beaucoup d’interstices libres. Cette conduite aboutit à une cheminée d’appel, disposée comme nous l’avons dit page 435.
- Les vapeurs acides, en parcourant tous les intervalles entre les pierres calcaires amoncelées et celles des parois de la conduite, attaquent le carbonate de chaux, forment de l’hydrochlorate de chaux soluble , et dégagent de l’acide carbonique ; la plus grande partie de l’acide liydrochlorique peut ainsi être éliminée avant que les gaz n’arrivent à la cheminée, d’où ils sont lancés par le tirage dans l’air atmosphérique.
- Ce mode de condensation , assez efficace, offrait cependant d’assez graves inconvéniens : les murs, trop promptement attaqués , exigeaient des réparations dispendieuses, et des infiltrations de liquide acide causaient des éboulemens quelquefois dangereux. Après avoir essayé de garantir les parois de l’action de l’acide, par diverses matières, on s’est dernièrement arrêté à la moins coûteuse de toutes, et qui paraît bien atteindre le but; c’est le marc ou résidu du lessivage de la soude brute. {V. plus loin. ) Cette matière, appliquée en couche épaisse et fortement tassée, durcit et résiste assez long-temps ; elle ne coûte d’ailleurs rien, puisqu’elle était généralement rejetée hors des fabriques , que l’on était même, en quelques endroits , obligé de la porter au loin dans une décharge publique.
- On dispose dans les conduites ainsi enduites, les moellons tendres, de la manière que nous l’avons dit.
- Le muriate ou hydrochlorate de chaux qui résulte du dernier mode de condensation décrit ci-dessus , s’écoule encore dans des lacs, puisards, ruisseaux ou rivières : eu pure perte pour les fabricans ; cependant l’agriculture l’obtenant à' très bas prix, pourrait en tirer un parti avantageux : en effet, ce sel, très hygrométrique et bon stimulant, répandu en proportions minimes sur les terrains en culture , donne une grande activité à la végétation. Il est fort à désirer que
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- des essais en grand sur les avantages cle ce sel, ks détails de son mode d’emploi le plus convenable, viennent déterminer et répandre son usage dans nos campagnes. Cette question intéressante pour les manufacturiers et les agriculteurs , serait bien digne de fixer l’attention des Sociétés savantes, qui pourraient hâter sa solution en y consacrant un prix spécial
- Peut-être un jour, les emplois .du chlorure de chaux plus généralisés dans l’économie domestique, ouvriront-ils un large débouché aux masses énormes d’acide liydrochlorique perdues en ce moment.
- Un des inconvéniens de cet appareil, résulte de l’énorme quantité de vapeurs acides qui se répandent dans les ateliers et incommodent fortement les ouvriers, lorsqu’en levant les deux obturateurs M, M' de la chaudière en plomb, on fait tomber, à l’aide de râbles, tout le mélange pâteux d’acide et de sel incomplètement décomposé, sur un dallage en grès. La disposition suivante, qui m’a bien réussi pour un appareil en petit, offrirait sans doute le moyen d’éviter en grand cet inconvénient grave.
- La fig. 12, même PL 70, représente isolée la deuxième partie du four, à laquelle se rapporte la disposition ci-dessus, vue en coupe et en élévation. A, bouche du four au niveau de la sole et fermée par deux portes superposées; B, chaudière en plomb percée au milieu, vis-à-vis et près la porte d’un trou circulaire C, dans lequel s’adapte un bout de tuyau brasé sur le fond de la chaudière, à la Soudure forte ou plomb pur ; D, voûte soutenant la sole sur laquelle repose la chaudière; cette voûte, en briques dures à joints très serrés, d’argile réfractaire, est percée pour laisser passer le bout de tuyau C ; l’espace ou chambre voûtée E est garnie à son fond d’une nappe de plomb épaisse e, e, e, à bords relevés ; la devanture de cette chambre est close, i°. à 1 aide d’une barre en fer doublée de plomb GG, soutenant un petit mur en briques F ; 20. par une large règle en bois enveloppée de plomb HH, formant le quatrième côté de la nappe
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- de plomb, dont le bord est rabattu seulement du côté de cette devanture ; I', tampon ou obturateur d’un seul morceau de plomb très épais, servant à fermer le trou C durant l’opération ; un peu de glaise foulée sous ses bords rend cette fermeture hermétique, et maintenant le tampon un peu soulevé, laisse une prise facile pour l’enlever à l’aide d’une pince, lorsque la décomposition est assez avancée; les joints que laisse la règle H, se bouchent de même à l’aide d’un peu de terre argileuse.
- On conçoit facilement l’effet de cette disposition : lorsque l’on veut tirer la matière du four, on enlève le tampon, puis, à l’aide d’un râble, on amène successivement toute la pâte fluide vers le trou; elle tombe sur la nappe de plomb en traversant l’espace voûté sans que la vapeur puisse se répandre dans l’atelier. Lorsque toute la matière est ainsi retirée du four, on replace le tampon , on charge comme à l’ordinaire, et l’opération recommence. La matière tombée et étendue sur la nappe de plomb, s’y fige en refroidissant ; lorsqu’elle est assez dure, on ôte la règle fermant la devanture ; à l’aide de pinces on soulève et l’on brise en morceaux le sulfate, on le retire au moyen d’un râble, puis on replace la règle HH, qu’on lutte avec de la glaise comme la première fois.
- L’appareil dans toutes ses parties et avec les modifications adoptées, étant bien compris par ce qui précède, nous allons indiquer les dosages de l’opération et sa marche.
- Sel marin............1 Produit, 5oo kil. sulfate de
- Acide sulfurique à 5o°. ôoo ) soude blanc anhydre.
- Lorsque l’on traite dans cet appareil, comme dans les cylindres, le sel gemme, il est indispensable de le réduire en poudre fine, que l’on passe au tamis, afin de multiplier les points de contact. Cette précaution n’est pas indispensable lorsque l’on traite du sel marin (dit des marais salans), les cristaux de cette sorte de sel résultant de lamelles lâchement
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- agglomérées, entre lesquelles l’acide sulfurique peut s’insi-nuer, et par conséquent agir sur une surface très étendue-on charge le sel dans le four ( H, deuxième partie du plan) -on l’étend en une couche égale sur toute la surface du fond de la chaudière en plomb; on verse alors l’acide, à l’aide d’un entonnoir en plomb (placé à l’instant sur une potence en dehors ) dont la douille pénètre, par une ouverture, au travers de la paroi latérale du fourneau, au-dessus du fond de la chaudière ; à l’aide du râble, on mélange l’acide dans toute la masse de sel ; on charge la première partie D du four avec du sulfate en morceaux préparé par une décomposition précédente opérée dans la chaudière en plomb, puis on active le feu après avoir clos les portes latérales S et L. Plusieurs fois, durant le cours de l’opération, on agite avec le râble, afin de multiplier les points de contact. L’acide sulfurique peu à peu s’unit à la soude résultant de la combinaison du sodium avec l’oxigène d’une partie de l’eau ; le chlore uni à l’hydrogène se volatilise à l’état d’acide hydrochlorique.
- L’action de l’acide sulfurique devient plus vive à mesure que la température s’élève ; l’augmentation du. dégagement de la vapeur acide l’indique évidemment. Dès que le mélange bien également opéré partout cesse de dégager aussi abondamment les vapeurs, qu’enfin l’état de fluidité a diminué très sensiblement, la décomposition est assez avancée : continuée plus long-temps, il deviendrait impossible de faire couler le sulfate ; le plomb, trop échauffé, fondrait, etc., etc. Il est temps de tirer la cuite, soit hors du four, sur les dalles en grès extérieures , ce qui offre les inconvéniens signalés plus haut, soit sous l’arche intérieure E, fig. 12, en soulevant le tampon I et ramenant toute la matière dans le trou C. On remet ensuite les choses dans l’état primitif, puis on fait une nouvelle charge.
- D’un autre côté le sulfate cassé en morceaux que 1 on a étendu dans la deuxième partie H du four, remué de temp£ à autre, s’épure en raison de l’achèvement de la réaction de l’acide sulfurique sur le sel à une température graduellement
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- élevée ; l’acide hydrochlorique, la vapeur d’eau, se dégagent ; quelques matières organiques qui salissaient le sulfate brut, se charbonnent, brûlent et laissent un produit plus blanc et plus pur.
- En employant du sel marin de belle qualité, on obtient ainsi un sulfate contenant à peine quatre à cinq centièmes de matières étrangères.
- Les vapeurs d’eau et d’acide hydrochlorique mêlées avec le gaz de la combustion se condensent dans les grandes jarres en grès du premier appareil indiqué ; on soutire cet acide lorsque les vases sont aux trois quarts ou aux quatre cinquièmes pleins , en ayant le soin d’en laisser quelques litres pour favoriser la condensation ultérieure.
- L’acide hydrochlorique ainsi obtenu ne peut atteindre le maximum de densité, en raison du courant qui s’oppose à une condensation plus complète et de la vapeur d’eau qui l’accompagne ; il est généralement plus pur que l’acide recueilli à la suite de l’appareil à cylindres (i) ; il est même presque complètement exempt de fer, lorsque l’on ne se sert pas de plaques en fonte pour recouvrir la chaudière I en plomb et soutenir la maçonnerie au-dessus. Les briques très cuites vernissées, le grès dur même , ainsi que les plaques en fonte, ne résistent pas fort long-temps à l’action corrosive de la vapeur acide ; c’est une des causes de dépenses assez lourdes dans cette fabrication.
- Ainsi que nous l’avons dit, les autres dispositions des ré— frigérans n’ont pour but que d’évacuer l’acide aux moindres frais et inconvéniens possible.
- Espérons que l’emploi plus étendu du chlorure de chaux,
- (i) Lorsque cet acide ne marqnant que iy h 190 à l’aréomètre Baume, on veut le porter h 21°, afin de le vendre plus facilement, il arrive souvent que l’on y ajoute de l’acide sulfurique. La fraude est facile à reconnaître; il suffit d’étendre l’acide hydrochlorique d’eau, et d’y ajouter, jusqu’à cessation de précipité, de la solution d’hydrochloratc de baryte : le précipité formé, recueilli sur un filtre et pesé, indique la proportion d’acide sulfurique.
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- l’application de l’hydrochlorate de chaux à l’agriculture viendront éviter la déperdition énorme qui se fait actuellement de cet agent utile, et les inconvéniens toujours plus ou moins graves qui accompagnent cette déperdition.
- Pour convertir le sulfate de soude en soude plus ou moins carbonatée, voici comment on opère : le sulfate de soude des cylindres ou des bastringues est pulvérisé dans un Moclc à meules verticales en fonte, puis passé dans un .tamis en toile métallique de cuivre, dont les mailles offrent des ouvertures de 2 lignes environ.
- D’un autre côté , on pulvérise (i) et l’on tamise de même du poussier de charbon (2) ou de la houille. La première de ces substances est généralement préférée par les manufacturiers , lorsque la soude qu’ils fabriquent doit être employée par les blanchisseurs à l’état brut; dans ce cas, il convient d’ajouter au mélange environ un dixième du poids du charbon , en morceaux assez volumineux pour que la plus grande partie échappant à la combustion, restent engagés dans la pâte de la soude brute , et lui donnent l’apparence à laquelle sont habitués les consommateurs. Ces fragmens concourent à faciliter l’accès de l’air, la division, et par suite le lessivage de la soude.
- On emploie dans le même but, pour préparer la soude brute dite des blanchisseurs, du sulfate de soude retenant encore 10 à 12 pour 100 de sel marin non décomposé. Ce sel facilite le délitement de la soude brute à l’air humide; elle se réduit ainsi spontanément en poudre, et son lessivage peut se faire aisément sans recourir à une pulvérisation nieca nique.
- On préfère, comme plus économique, la houille au char
- (1) Dans plasieurs fabriques où l’on n’a pas dû moulin , on écrase es tières avec des battes en bois garnies de caboches en fer.
- (a) On nomme poussier le charbon en pondre grossière et ^
- mens, qui se trouve au fond des magasins ou des bateaux dont on a gros charbon.
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- bon de bots, partout où la soude brute doit être employée à la fabrication des sels de soude ou du saron.
- On pourrait, ce me semble, réunir les avantages des deux procédés dans l’application spéciale au blanchissage du linge, et obtenir l’apparence commerciale voulue , en ajoutant à la houille pulvérisée très fin , un cinquième de son poids ,de charbon de bois en morceaux.
- D’un autre côté, on se procure de la craie le plus possible exempte de sable et même d’argile. Pour s’assurer de cette qualité, on en délaie îo grammes dans un excès d’acide hy-droclilorique ; on ajoute de l’ammoniaque en excès, puis on filtre , on évapore à sec et l’on redissout : la craie qui, dans cette opération d’essai, laisse le moins de résidu, est celle qu’on doit préférer. On la fait dessécher par la chaleur perdue de la cheminée ou de l’extrados de la voûte du four, puis on la réduit en poudre fine tamisée.
- Les matières premières étant ainsi préparées , on les mélange dans les proportions suivantes :
- Sulfate de soude............ 100
- Craie....................... ioo
- Charbon.............•....... 55.
- La quantité de sulfate indiquée suppose que ce sel est à peu près sec et pur, comme celui des bastringues, qui ne contient que 2 à 4 pour 100 de matières étrangères : on mettrait une proportion d’autant plus forte qu’il serait plus impur. Ainsi, le sulfate des cylindres, qui ne représente que 78 à 80 pour 100 de sulfate pur, doit être employé dans la proportion de 125 au lieu de 100.
- Les matières, mélangées bien exactement à la pelle , sont prêtes à être chargées dans le Fodr à réverbère. Une particularité remarquable , que nous avons annoncée relativement à celui-ci, consiste dans la forme de la sole et des parois qui la circonscrivent; il importe beaucoup qu’au lieu d’être rectangulaire, ainsi qu’on les construisait dans l’origine, elle soit elliptique. L’ancienne forme laissait mal chauffées et incom—
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- plètement décomposées les matières accumulées dans les angles , où d’ailleurs les outils peuvent difficilement les atteindre pour les remuer.
- Une autre disposition importante est celle du cadre, dans lequel on coule la soude cuite au point convenable ; ce cadre doit être large et peu profond, afin que le refroidissement ait lieu promptement.
- La fig. i3, PI. r5 des Arts chimiques, fera suffisamment comprendre les détails de cette construction, par deux coupes et les élévations des deux faces principales, les faces oppose'es n’ayant aucun percement.
- A, cendrier; B, foyer; G, voûte en briques réfractaires ; D, sole en mêmes briques; E, mur de séparation, dit autel, entre le foyer et le four ; ce mur exige la meilleure qualité de briques réfractaires, car, chauffé fortement sur trois faces, il éprouve une température plus élevée que les autres parties du four; F, porte du foyer; G, porte du cendrier; H, porte latérale au niveau de la sole ; I, porte au même niveau , au bout opposé au foyer ; J, naissance des deux em-branchemens de la cheminée, qui vont se réunir dans un seul corps K ; L, rouleau mobile tournant sur son axe dans deux fourchettes scellées dans la devanture du four ; ce rouleau sert à faciliter les mouvemens des longs et lourds ustensiles ( râbles et ratissoirs) avec lesquels on remue, puis on tire la soude; M, cadre en tôle de 6 pouces de haut, pose sur une plaque en fonte , et servant à recevoir et contenir la soude coulée hors du four.
- Lorsqu’il s’agit d’une première opération, on fait chauffer le four très graduellement, en élevant la température jusqu» ce que toutes les parois soient portées au rouge vif ; alors on ouvre la porte latérale, et l’on enfourne par celle-ci, en jetant le mélange à la pelle à deux hommes, tandis qunn troisième l’étend en couche régulière sur toute la sole, a l’aide d’un râble P, qui agit en allant et venant dans toute a longueur du four, appuyé sur le rouleau L.
- Il est .utile de clorre en partie le registre R de la chennne''
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- pendant le chargement du four, afin d’éviter qu’un fort tirage n’entraîne en poussière une partie du mélange au dehors.
- Dès que le mélange est étendu, on ferme les portes, on ouvre le registre, et on laisse la matière s’échauffer par son contact avec la sole en dessous,'et en dessus par la réverbération de la flamme ; elle commence à s’agglomérer à la superficie : alors on remue de temps à autre lentement avec le râble, de manière à renouveler les surfaces et à faire pénétrer la chaleur, sans donner de secousses qui feraient élancer et entraîner dans la cheminée une partie de la poudre ; peu à peu l’agglutination gagne, et toute la matière devient pâteuse ; bientôt des bulles de plus en plus multipliées de gaz oxide de carbone se dégagent, et brûlent au-dessus de la surface du mélange avec le gaz hydrogène sulfuré et carboné provenant de la décomposition de l’eau ou de la houille. {V. Éclairage au gaz. ) Il faut alors brasser continuellement la matière , afin que la calcination ne soit pas trop forte dans les parties fondues ; la pâte devient de plus en plus fluide, les jets de flamme sont moins nombreux, enfin ils cessent ; alors la soude étant bien homogène et partout également fluide, on se hâte de la tirer hors du four à l’aide d’une large racloire 0, que le rouleau L permet de pousser aisément au bout de la sole, près du mur ou autel. La matière fondue coule entre le rouleau et la paroi extérieure du four, revêtue d’une plaque en fonte verticale ; sur la plaque horizontale où elle s’étend, se moule arrêtée par le cadre, et se fige promptement en un pain très dur, de 6 pouces d’épaisseur. À peine le four est-il vide, que l’on recommence une deuxième opération, en le chargeant de nouveau comme la première fois. Ce travail doit continuer jour et nuit sans interruption, de même que les fours à sulfate, jusqu’à ce que des réparations indispensables forcent d’arrêter.
- L’opération ayant été bien conduite, le produit obtenu, s’il est destiné aux blanchisseurs, et par conséquent fabriqué avec du sulfate contenant 9 à 12 pour 100 de sel marin , et un dixième de charbon de bois eu morceaux, doit marquer,
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- à I’Alcalimètre , de 3i à 33°, tandis que la soude fabriquée avec du sulfate plus pur et du charbon entièrement en poudre fine, plus riche en alcali réel, marque de 40 à 42° Les sulfures exigeant pour leur saturation une quantité d’acide proportionnée à l'alcali qu’ils contiennent, mais ne pouvant agir dans les applications de la soude comme de l’alcali libre, donnent un titre inexact : en effet, dans le raffinage delà soude brute, ces composés, convertis spontanément comme par une longue exposition à l’air, en sulfates, sont perdus.
- A la vérité, la soude récemment préparée agit dans le blanchissage même par les sulfures et les sulfites, et dans l’art du Savonnier, les sulfures sont utiles pour donner à la marbrure les nuances voulues.
- Dans la fabrication de la soude, les essais ou tâtonnetnens ont révélé, à MM. Leblanc et Dizé, les proportions exactes dont une théorie assez épineuse est venue plus tard expliquer la convenance.
- Yoici le résultat du calcul qu’en a présenté dernièrement M. Dumas, et qui s’appliquerait très exactement à l’opération en grand, si l’on pouvait obtenir une décomposition parfaite.
- Matières employées.
- -1 atomes sulfate de soude sec — 1784, ou bien
- 3
- t8
- carbonate de chaux = i8g3, charbon. .........= 6^5,
- V
- 44
- i5
- 100.
- 435a
- Produits obtenus.
- 2 atomes carbonate de soude sec = i332, ou bien 3o 1---------chaux...............) _________ 29,5
- JojS
- 100,0-
- 2--------sulfure de calcium... } ' ’
- 2--------oxide de carbone. ... = f]5o,
- 4352
- Ce tableau démontre que lorsqu’on calcine parties égales de sulfate de soude sec et de craie, avec la dose indiquee
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- charbon, il se forme des produits dont on peut expliquer la production, en supposant d’abord que le sulfate de soude et une partie de la craie se transforment en sulfate de chaux et carbonate de soude. Gomme, en dissolvant la matière dans l’eau, on reproduirait le sulfate de soude et la craie, on ajoute le charbon pour décomposer le sulfate de chaux ; mais il faut observer encore que si l’on mettait a atomes de craie seulement, et que le sulfate de chaux fût transformé en sulfure de calcium par le charbon, en dissolvant dans l’eau, celui-ci serait décomposé par le carbonate de soude, et l’on aurait encore de la craie reformée et du sulfure de sodium. C’est ce qui n’a plus lieu quand on fait usage des 3 atomes de craie, parce qu’alors il reste i atonie de chaux libre, et que celui-ci combiné avec les 2 atomes de sulfure de calcium, produit un composé insoluble dans l’eau froide. Ainsi, le carbonate de soude formé se dissout seul et échappe en entier à la réaction du sulfure produit.
- On voit par là que tout le secret de cette fabrication, qui a exercé une si grande influence sur notre commerce, repose sur l’emploi de proportions convenables et^tomiques entre la craié^ le sulfate de soude. Quant au charbon, la dose peut varier : en effet, il faut en mettre plus que le calcul n’en indique, pour remplacer celui qui est brûlé pendant l’opération ; d’ailleurs un excès de charbon ne peut nuire qu’en rendant caustique une partie de la soude, inconvénient de peu d’importance.
- Ceci conçu , voici le dosage employé par Leblanc, et les produits obtenus :
- 1000 sulfate de soude sec ;
- 1000 craie ;
- 55o charbon.
- a55o mélange employé ;
- i53o soude brute obtenue ;
- 900 carbonate de soude cristallisé, provenant de celle-ci ;
- 1000 résidu insoluble laissé parla soude brute.
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- Nous ajouterons ici quelques observations, que nous avons comple'te'es, et qui sont extraites d’un Mémoire de Pluvinet un de nos plus habiles manufacturiers.
- Pour économiser le temps et le combustible dans la fabrication de la soude , il faut que la fonte des matières se fasse rapidement ; pour que ce résultat soit obtenu, il faut, i°. qae le four soit bien construit ; 2°. que le feu soit bien conduit-3°. que la charge de matière à fondre ne soit ni trop forte ni trop faible ; 4°- qu’elle soit convenablement remuée ; 5°. que le mélange soit très fusible.
- Relativement au premier point, la forme du four, nous l’avons indiquée plus haut ; nous devons, de plus, faire observer qu’il doit être le plus grand possible, c’est-à-dire que ses dimensions ne connaissent de bornes que celles qui sont posées par la nécessité de porter facilement, sur tous les points de la sole , les instrumens qui servent à remuer la soude ; on lui donne généralement i o pieds de long sur 4 pieds et demi de large. Il doit aussi bien tirer; il vaut mieux qu’il pèche par excès que par défaut de tirage.
- Relativement ad*second point, il convient de ne pas faire de trop fortes charges de combustible : elles doivent <# pu-tites et multipliées ; c’est le moyen d’obtenir un feu plus vif, et d’éviter que le Mâchefer ne se forme en grosses masses qui obstrueraient la grille.
- Sur le troisième point, on doit remarquer que lorsque les charges sont trop fortes, une partie de la matière reste longtemps sans couler ; que lorsqu’elles sont trop faibles on perd aussi du temps, parce que le four est trop fréquemment refroidi. Une quantité de 5oo kilogrammes à la fois, pour les dimensions ci-dessus, paraît la plus convenable.
- En remuant la matière dans les premiers momens, on retarde la fonte plus qu’on ne l’avance. On doit donc, aptes avoir chargé et étendu sur la sole la matière en une couche égale d’épaisseur, attendre que la surface commence à couler-Alors on la sillonne, ce qu’on répète de temps en temps, J115' qu’à ce que plus de la moitié de la matière ait commence a
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- fondre-, ce moment arrivé, on doit remuer plus souvent. Une fois la matière aux deux tiers fondue, on doit agiter continuellement. Yers la fin, il faut brasser et mélanger le plus exactement possible. Un fabricant a fait construire un four avec une sole en pente , afin que les premières parties fondues pussent couler sur le côté, et être spon tane'ment rassemblées dans cet endroit moins fortement chauffé.
- Il est évident que plus le mélange sera fusible, moins il faudra de temps et de combustible pour le faire couler.
- Pour obtenir un bon degré en alcali, et pour avoir des soudes peu sulfurées, il faut que le mélange des ingrédiens soit fait dans des proportions convenables, mais surtout que la conduite de l’opération soit habilement dirigée.
- Afin d’indiquer les règles à suivre , divisons l’opération en trois temps : le premier, où les matières se pénètrent de chaleur et fondent en partie; le second, où la fonte s’achève; le troisième, où l’opération se termine par une réaction plus marquée des matières liquéfiées. On a vu que, pour aller plus vite, on doit peu remuer dans le premier temps. Il paraît que, lorsque la partie liquéfiée à la surface est devenue un peu coulante , elle entraîne plus facilement la fusion de celle qui est dessous, que lorsqu’on arrête la fusion de la première, en la mêlant trop tôt avec, celle-ci. Dans le premier temps on doit pousser le feu avec toute l’activité possible ; on le soutient encore jusqu’à ce que les deux tiers de la matière aient coulé, mais c’est plutôt de l’activité avec laquelle on remue la matière alors, qu’on doit obtenir le complément de la liquéfaction , que de l’élévation de la température. Il est très important que ce complément soit promptement obtenu, et avant que la réaction ne devienne plus vive : lorsqu’on en est à ce point, la matière s’épaissit. On doit cependant ménager le feu, parce qu’alors il se volatilise beaucoup d’alcali. Il faut donc continuer de remuer vivement et bien mêler. La matière se boursoufle, et il en sort de longs jets de flamme blanche. Si on la laisse quelque temps sans la tirer, le boursouflement diminue, la matière devient plus liquide; ainsi, suivant l’époque Tome XIX.
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- où elle est tirée, la soude est plus spongieuse et plus com. pacte.
- On a vu que, sous le rapport de l’économie du temps et du combustible, il n’est pas indifférent de charger le four de plus ou moins de matières à la fois. Pareille observation est applicable à la confection de la soude dans les charges trop fortes; la réaction des ingrédiens est incomplète. Avec des charges trop faibles on a, proportion gardée, plus d’alcali volatilisé. Sous ces deux rapports, les charges ont paru être dans les bonnes limites, lorsqu’un mètre carré de sole reçoit de 120 à i3o kilogrammes de mélange, plus ou moins, suivant qu’il est plus ou moins fusible.
- Le dosage indiqué par Leblanc (sulfate de soude, 100; craie, 100; charbon, 5o ) est généralement bon; mais il faut supposer qu’on emploie le sulfate pur et parfaitement dépouillé d’eau, et qu’au contraire le charbon est un peu humide, tel que serait celui qu’on aurait conservé dans nn rez-de-chaussée. Si le charbon était très sec, il n’en faudrait que 44 ! et l’opération étant bien conduite, on obtiendrait une soude dont les lessives seraient très peu sulfurées. Mais il est rare que les fabricans se servent de sulfates purs; ceux qu’ils emploient sont toujours mélangés de muriate de soude non décomposé. Dans la préparation de leur sulfate, ils emploient toujours un excès de muriate, afin qu’il se volatilise moins d’acide sulfurique ; iis y trouvent encore un autre avantage : comme la dose de craie doit être calculée sur la quantité de sulfate de soude, plus un mélange contient de muriate de soude, et plus la quantité de sels fusibles est proportionnellement grande. A la vérité, la soude est dun titre inférieur ; mais on atteint encore facilement celui qui est d’usage, et les savonniers trouvent une pareille soude a leur convenance, parce que le muriate de soude est utile dans leur fabrication, et que la soude qui en contient se lessive mieux, parce qu’elle présente plus de parties solubles.
- Si l’on emploie moins de craie que Leblanc n’a indique?
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- ou si la soude est mal cuite, elle est trop sulfurée. Le bon dosage est de la plus grande importance.
- Si l’on prolonge la calcination , on obtient alors une soude plus dure, plus dense, moins spongieuse, dont la pulvérisation et la lixiviation sont plus difficiles. On doit faire observer encore que la dose, ou plutôt l’excès de charbon, doit être d’autant moindre qu’on est parvenu à mener les opérations plus rapidement.
- On substitue souvent la houille en poudre au charbon de -bois, et suivant qu’elle contient moins ou plus de matières combustibles, on en doit employer de 54 à 56 centièmes du sulfate réel contenu dans le mélange.
- Voici le tableau du prix de fabrication de la soude brute, dans une suite d’opérations faites récemment près de Paris.
- 14982 kil. sulfate des cylindres, à 17 fr... 2536fr. g4c.
- 12480 — craie, à 10 fr. les i5ookil......... 84
- 7680 — poussier de charbon, à 3 fr. 75 c.
- les 100 kil............................ 288
- 10 voies ( j5o hectolitres) houille, à 4o fr. 4°°
- Main-d’œuvre................................... 240
- Erais généraux.................................. 260 06
- 72 barriques pour embariller la soude. .. 180
- ^oZgfr.
- D’où l’on voit que le quintal métrique ou les J 00 kilogrammes reviennent à 18 fr. 24 c. Le cours actuel de 22 fr., escompte 3 pour 100 , ou net 21 fr. 34 c., ne laisse de bénéfice au fabricant que 3 fr. 10 c., sauf encore les pertes accidentelles de diverses natures.
- Dans cette localité, le prix coûtant établi ci-dessus ne permet guère de fabriquer le sel et les cristaux de soude : aussi la totalité de la soude est-elle employée à l’état brut par les blanchisseurs.
- En effet, les 3o° que donne cette soude brute, étant dus en partie aux sulfures indécomposés, ne représentent pas
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- plus de 25° de soude libre , et la perte dans le lessivage ne permet pas même d’en retirer, en soude raffine'e, l’e'quivalent de 2i°, qui en cet e'tat ne seraient payes que 20 fr. : il y aurait donc perte de tous les frais de raffinage.
- Soude •bourde. On nomme ainsi une soude brute, que l’on fabriquait à dessein , contenant une grande proportion de sel marin non décomposé ; elle était destinée aux savonniers, qui l’employaient en guise de sel pour séparer la pâte ; c’était plutôt un moyen de se procurer du sel exempt de droits, qu’ une fabrication utile d’ailleurs : aussi ne nous y arrêterons-nous pas.
- Soude pvrolignite. Cette sorte de soude brute, que j’ai pendant plusieurs années fabriquée à Javelle , résulte de la décomposition au rouge-brun de l’acétate de soude brut, obtenu en décomposant le pyrolignite de chaux ( acétate de chaux mêlé de goudron) par le sulfate de soude. Cette opération peut encore être avantageuse dans les localités où se recueillerait l’acétate de chaux à bon marché; elle fournit la soude la plus pure connue en fabrication.
- Voici le mode d’opérer : on sature de chaux I’Acide acétique brut goudronneux (acide pyroligneux obtenu dans la carbonisation du bois en vases clos); à cet effet, on ajoute à chaud, dans une chaudière en fonte, de la craie jusqu’à cessation d’effervescence ; on s’assure de la complète saturation , en ajoutant encore quelques millièmes de chaux en bouillie, puis ou enlève à l’écumoire le goudron surnageant. D’un autre côté , on a fait dissoudre à chaud le sulfate de soude en solution concentrée, on le verse dans la chaudière en agitant ; au bout de quelques minutes d’ébullition, on laisse déposer en couvrant le feu, puis on enlève le sulfate de
- chaux du fond de la chaudière, à l’aide d’une écumoire; on ranime le feu et l’on continue de faire évaporer et d enlever le sulfate de chaux , qui se précipite. Lorsque le liquide est concentré à 25°, on l’entrepose dans un réservoir où b sulfate de chaux en suspens achève de se précipiter ; on tire au clair, on fait évaporer en forte consistance sirupeuse»
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- puis oh coule dans des moules graissés à côtes mobiles. On obtient par le refroidissement des pains durs, que l’on brise en gros fragmens pour les faire calciner.
- La calcination s’opère dans un four à réverbère, indiqué fig. 14, PI. ^5, par deux coupes et une élévation.
- A, cendrier ; B, foyer ; C, passage de la flamme dirigée ainsi entre les deux plateaux en fonte d, d ; sur le plateau, inférieur est adaptée une bande cintrée en fer épais, qui supporte le plateau supérieur, et qui est échancrée dans les parties e, <?, e, correspondantes aux carneaux, afin de laisser passer les produits de la combustion.
- Les carneaux à l’issue du four aboutissent à un conduit commun f, qui les dirige sous une chaudière g, afin d’appliquer l’excédant de chaleur à l’évaporation des eaux de lavage du sulfate de chaux.
- Les choses ainsi disposées, on charge le four préalablement échauffé, en ajoutant les morceaux d’acétate brut peu à peu, afin de laisser passer à chaque fois le boursouflement considérable qui s’opère ; à mesure que la dessiccation s’avance, on pousse davantage le feu. Bientôt le goudron domine dans la vapeur, et permet de l’enflammer; alors on remue continuellement avec un râble ou un ringard, afin que la combustion se propage également, et pour empêcher l’adhérence de fortes croûtes. Dès que toute la masse a rougi suffisamment pour que l’on soit assure' qu’il ne reste plus de goudron non cliarbonné, 011 tire la soude en poudre ou morceaux spongieux dans un plateau en tôle, puis on commence une nouvelle charge avec les mêmes précautions.
- La soude ainsi préparée marque 78 à 8o° ; elle retient du sulfate de chaux, qui, dans la solution, réagissant sur le carbonate de soude, reforme du sulfate de soude et du carbonate de chaux; ce qui détruit une partie de la richesse de cette soude. Il importe donc beaucoup d’éliminer le plus complètement possible le sulfate de chaux : on y parvient en faisant cristalliser l’acétate de soude ; mais cette opération est assez longue et toujours incomplète. Je suis parvenu à
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- l’éviter en recueillant le sulfate de chaux directement dans la chaudière où se fait l’évaporation, à l’aide d’une capsule en tôle qui y reste plongée ( V. la fig. 15 de la PI. y5 ), et que l’on enlève de temps à autre à l’aide d’une corde passant sur une poulie, afin de la décharger du sulfate de chaux, qui s’y accumule spontanément et en grande abondance , même lorsque le liquide commence à devenir sirupeux. Cette disposition permet d’éviter encore d’entreposer le liquide, et la réduction de l’acétate en pâte s’achève sans sortir de la chaudière.
- La pâte obtenue en observant cette utile modification donne des soudes brutes très riches ; elles marquent de g5 à 98° à l’alcalimètre ; leur raffinage est extrêmement facile : il suffit de les traiter par l’eau à froid, pour obtenir une solution saturée de carbonate de soude , qui, filtrée, laisse un charbon léger sur le filtre, et passant échauffée par la réaction de l’eau, elle peut donner par le seul repos des cristaux de soude, ou rapprochée à siccité et calcinée, du sel de soude marquant io’4 à no°.
- On prépare encore une soude de cette sorte, eu calcinant les eaux-mères incristallisables réduites de l’acétate de soude dans la fabrication de ce sel, destiné à préparer I’Acide acétique. ( V. ce mot. )
- Soude raffinée. ( Potasse de Javelle, sel de soude, soude blanche, petite potasse, potasse factice , sel caustique, cristaux de soude , carbonate cristallisé, carbonate sec. ) On connaît, dans le commerce, les produits du raffinage de la soude brute sous ces divers noms , dont plusieurs sont synonymes. Le raffinage de la soude est une opération fort simple, puisqu’elle se borne à lessiver la soude brute, rapprocher la solution, dessécher et calciner le produit salin obtenu ; elle présente cependant quelques difficultés, en raison de la forme plastique du marc ou des matières insolubles : forme qui s’oppose à la pénétration de l’eau.
- On épuise les soudes brutes des sels solubles qu’elles contiennent , par deux procédés , le touillage et la filtration ; un
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- troisième, qui m’a bien réussi, consiste dans une circulation spontanée.
- Ces trois modes d’opérer exigent une pulvérisation préalable; elle s’effectue, comme nous l’avons vu plus haut, spontanément par un délitement à l’air, relativement aux soudes des blanchisseurs ; mais celles que l’on fabrique pour le raffinage résistent à cette influence ; on les concasse d’abord à coups de merlin sur une aire en pavés durs, puis on les broie dans un moulin à meules verticales en fonte ; on les passe dans un tamis métallique de fort fil de fer; les gra-bauts ou grugeons sont passés une deuxième fois sous les meules, seuls ou mélangés avec de nouveaux fragmens de soude.
- Le procédé par touillage a été décrit exactement et dans tous ses détails, par ordre du Comité de Salut public, d’après les dispositions de l’atelier du sieur Loysel.
- L’épuisement des soudes brutes par touillage se fait en délayant la soude tamisée dans environ quatre fois son poids d’eau, laissant déposer pendant une heure et demie, et décantant par un ajutage soudé à la caisse en plomb doublée de bois, dans laquelle on opère. Cet ajutage, placé au-dessus du niveau que doit occuper le dépôt, laisse écouler tout le liquide clair.
- Afin d’obtenir des solutions plus fortes qui exigent moins de combustible, et d’un autre côté d’épuiser le mieux possible les résidus insolubles, les touillages se font par batteries de quatre caisses et par bandes, comme chez les salpêtriers, c’est-à-dire que l’eau pure , versée d’abord sur le marc le plus épuisé, passe successivement sur les marcs de plus en plus riches, jusqu’à la quatrième caisse, où elle sert à délayer de la soude non encore lavée ; celle-ci, à son tour, est successivement touillée par des eaux de lavage de plus en plus faibles, jusqu’à la quatrième fois, où elle reçoit enfin de l’eau pure. Après ce dernier lavage, on rejette le marc.
- Par suite de ce mode d’opérer, on n’évapore que les solutions qui, successivement chargées, sortent du lavage de
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- la soude neuve, et l’on ne rejette que les marcs qui, lavés successivement par des solutions de plus en plus faibles, ne sont rejetés qu’après avoir été épuisés par un quatrième touillage à l’eau pure.
- On peut obtenir ainsi des solutions à évaporer ayant toutes-18 à 20°, et taudis que l’eau soutirée des mares à rejeter ne donne plus qu’un degré à l’aréomètre.
- On applique encore le mode de lavages par bandes à l’épuisement des soudes par filtration, en sorte que les solutions se chargent de plus en plus d’un filtre sur l’autre, et les marcs s’épuisent de plus en plus , en recevant des solutions de plus en plus faibles , et enfin de l’eau pure.
- Les filtres sont absolument les mêmes que ceux décrits à l’article Sel ammoniac , page 225, PI. 70, fig. 14.
- Une toile humide étant tendue sur la grille en bois , on la recouvre d’une couche régulière de 5 pouces d’épaisseur de soude en poudre humectée , légèrement tassée ; on fait arriver un filet d’eau sur une toile de 18 pouces en carré, étendue au milieu du filtre, afin d’éviter que le niveau de la couche de soude ne se dérange : au reste, au fur et à mesure que la poudre se mouille , on racle légèrement la surface, afin d’entretenir toute la superficie bien plane ; on laisse couler l’eau ou la solution servant au lavage , de manière à ce qu’elles occupent une hauteur d’un pouce au-dessus de la couche de soude ; de temps à autre on examine l’état de la surface, afin que s’il s’était formé despertuis ou fausses voies, on pût les reboucher en passant la racloire au-dessus.
- L’épuisement des soudes brutes par filtration donne des solutions plus chargées ; elles peuvent être constamment obtenues de 22 à 24°, tandis que les dernières eaux de lavage-coulent de o° ou à un quart de degré.
- Le troisième moyen dont j’ai parlé consiste à disposer les filti'es de façon à ce que la soude soit constamment baignee -et que le renouvellement de l’eau se fasse spontanément, et qu’enfin, on n’ait aucun soin à prendre du récipient.
- La fig. t6 représente l’appareil à filtration continue. A, filtre
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- ordinaire garni d’un grillage en bois, sur lequel est tendue une toile ; B, réservoir inférieur également en bois doublé de plomb, clos et communiquant avec la partie supérieure du filtre par un tube ab, qui se prolonge dans le réservoir inférieur ; la communication de la partie supérieure du réservoir clos est établie avec le filtre à la partie supérieure par le tube recourbé CG'. Les choses étant en cet état, voici comment on opère : on emplit, à l’aide d’un entonnoir D passant sous le grillage du filtre, tout le réservoir inférieur B, et le filtre jusqu’à t pouce au-dessus du niveau de la toile tendue sur le grillage; on étend sur le filtre la soude mouillée en pâte consistante ; elle doit former une couche plane à 1 pouce et demi au-dessous de l’embouchure du tube G’ ; on ajoute un peu d’eau sur cette couche, de manière à ce que le liquide soit de quelques lignes au-dessus du tube C’.
- La filtration spontanée commence ainsi : la solution qui s’opère des parties salines solubles, augmentant la densité de l’eau, celle-ci descend, et conduite par l’inclinaison du fond du filtre, va gagner le tuyau a,b, puis occuper les couches inférieures du réservoir B; ce déplacement ne peut avoir lieu sans faire remonter l’eau non chargée de sels contenue dans le réservoir ; celle-ci vient donc s’étendre à la superficie du filtre par le tube CC' : ainsi s’effectue spontanément la filtration et le renouvellement de l’eau pure ; le marc est moins tassé, puisqu’une partie de son poids , égale au poids du volume d’eau qu’il déplace, est supportée par l’eau; il reste par conséquent plus aisément perméable.
- Dans un appareil en verre que j’avais construit sur ce principe, lorsqu’après quelque temps de filtration les solutions moins chargées de sels et de soude arrivaient dans le réservoir B , on les voyait remon ter le long et en dehors du tube de b en a, de manière à traverser les solutions plus denses du fond du réservoir, pour se placer à la hauteur de la solution, dont la densité était égale à la leur.
- De quelque façon que le lavage des soudes s’opère , soit par touillage, par filtration ou par circulation , il importe de
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- ne se servir que d’eau et de solutions froides ou tièdes Si l’on y employait de l’eau ou des solutions bouillantes, on favoriserait la solution et les re'actions des sulfures de chaux et l’on obtiendrait des lessives sulfurées.
- Il reste toujours dans les marcs de soude des parties solubles non enleve'es par les lavages ; on en a la preuve dans les abondantes efflorescences qui se produisent à la surface de ces marcs exposés à l’air.
- Les marcs de soude qui, répandus en très minime quantité, employés comme stimulant de la végétation, nous semblent offrir quelques avantages, ont au contraire empêché la croissance des herbes , placés, soit sous le sable des allées de jardin, soit sous les pavages des cours, en couche de 2 à 3 pouces d’épaisseur.
- Les solutions de soude de 17 à 24° obtenues par touillages ou filtration , sont rapprochées dans une batterie de cinq ou six chaudières larges et peu profondes : la première A (fig. vj) est plus profonde que les autres; elle est en tôle, fortement clouée et chauffée directement par le foyer a. On peut donner à son fond une forme rentrée, indiquée par la coupe transversale À' : la précipitation du sel devant s’y opérer, cette forme offre l’avantage de rejeter le sel dans les parties inférieures b, b, reposant sur la maçonnerie, moins fortement chauffées, moins susceptibles par conséquent de former des incrustations solides ; elle est d’ailleurs favorable à la transmission de la chaleur, et économise le combustible. Les produits de la combustion, au sortir du foyer, passent dans les carneaux c, d, e, suivant les directions indiquées par les flèches dans la coupe horizontale A".
- Cette première chaudière à précipitation peut être remplacée par une des chaudières usitées dans la précipitation du sel. ( V. Saunes. )
- La deuxième chaudière B est également en tôle, inalS moins forte ; sa profondeur est de 12 à 15 pouces ; elle reçoit, perpendiculairement à son fond, les produits de la combustion , qu’un diaphragme bb ( fig. B’ ) force à diverger sur
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- les côtés, pour se rassembler au bout opposé dans la cheminée qui les conduit dans la troisième chaudière C. Celle-ci peut être en plomb, portée par des plaques en tôle, de même que la quatrième D, aussi chauffée de la même manière; de même encore que le réservoir d’alimentation de toute la batterie E. En effet, ces trois derniers vases où les solutions se renouvellent, se concentrent peu et ne précipitent pas, ne courent pas le risque d’être trop fortement chauffés.
- Dans le trajet opéré depuis le bassin F jusqu’à la chaudière à précipitation A, les liqueurs déposent des particules charbonneuses en suspens, et quelques corps étrangers qu’elles abandonnent en perdant leur causticité par l’absorption de l’acide carbonique de l’air.
- Au fur et à mesure que le sous-carbonate de soude se précipite avec des proportions variables de sulfate de soude, de chlorure de sodium, dans la chaudière A, on le pêche à l’écumoire, on le met égoutter sur un plan incliné, au niveau des bords de la chaudière et doublé d’une feuille de plomb qui ramène les solutions d’égout dans la chaudière. Ce sel est ensuite étendu sur une nappe de plomb, où il continue de se carbonater au fur et à mesure qu’on l’y entasse.
- Le carbonate de soude est ensuite porté dans un four à réverbère chauffé au cote très modérément, dans les premiers motnens de la calcination, afin d'éviter de l’agglomérer en masses plus ou moins volumineuses, et en croûtes adhérentes sur la sole; il est important de remuer constamment, afin de renouveler les surfaces; enfin, lorsque le dessèchement semble complet, on chauffe plus fortement, afin de faire rougir le sel, et de brûler quelques matières organiques qui le saliraient.
- Lorsque le sel est suffisamment sec et blanchi, ce que l’on reconnaît en en retirant et faisant refroidir une très petite quantité, on tire toute la fournée, qu’on laisse refroidir sur un plateau en tôle avant de l’embariller.
- On recharge le four après avoir laissé diminuer un peu la température , et l’on recommence une autre opération.
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- La soude raffinée obtenue ainsi est connue dans le commerce sous les noms de sel de soude, soude raffinée, sous-carbonate de soude, etc. Dès les premiers temps qu’on la prépara dans la fabrique de M. Payen, elle fut connue sous le nom de potasse de Javelle et petite potasse ; les blanchisseurs l’appellent encore quelquefois de ce dernier nom. C’est surtout dans le Blanchiment des toiles, le Blanchissage du linge, les Teintures, la fabrication du Verre à vitres, de la goblelterie et des Glaces , que l’on emploie le sel de soude dans toutes ces applications et diverses autres; il a été substitué avec avantage à la potasse : celle-ci et les sels qu’elle forme sont presque exclusivement réservés pour la préparation du salpêtre {F. Nitrate de potasse) , des Cristaux, des Savons mous, du Chlorate de potasse et de quelques produits de moindre importance.
- Sel de soude caustique. Ou donne ce nom à la soude rendue caustique dans le raffinage : après avoir obtenu les lessives comme nous l’avons indiqué, on les fait chauffer dans une chaudière ; dès qu’elles sont presque bouillantes, on y ajoute la moitié du poids du sel sec qu’elles représentent de chaux (préalablement éteinte en bouillie épaisse) ; lorsque celle-ci est bien délayée, on fait couler tout le liquide trouble dans un bassin, où il dépose tandis que l’on recommence une deuxième opération. Le liquide clair est évaporé à siccité dans une chaudière en fonte, puis séché et calciné avec précaution au four à réverbère, et expédié en barils de bois blanc bien clos.
- La chaux déposée est lavée par touillages et décantations; les eaux de lavages servent à l’épuisement des soudes brutes.
- Le sel de soude caustique est préféré par quelques blanchisseurs, auxquels il évite l’embarras de caustiquer eux-mêmes; il se vend, comme toutes les variétés de soudes, au degré de I’Alcalimètre, et toujours plus cher de 5 à 10 cen tiines le degré. Il sert encore à la préparation de la Potasse factice. ( F. ce mot. )
- Le sel de soude, comme la soude brute, à degré alca métrique égal, produisent dans le blanchissage un effet plus
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- grand, que la potasse : divers résultats pratiques me portent à estimer la différence à un cinquième. Ainsi, les blanchisseurs font une aussi bonne lessive avec 10 kilogrammes de sel de soude caustique à6o°, qu’en employant une même quantité'de potasse à 720 , la causticité' étant d’ailleurs la même.
- Lessive caustique. On nomme ainsi une solution de soude employée pour faire à froid les Savons pharmaceutiques et quelques Savons de toilette. Voici comment on opère : on fait dissoudre, avec une quantité d’eau suffisante pour que la solution marque io° à l’aréomètre Baume, du sel de soude bien riche et blanc , ou des cristaux de soude ; on y ajoute autant de centièmes de chaux que l’alcali employé' représente de degrés alcalimétriques (1) ; on fait bouillir le mélange pendant un quart d’heure, on laisse reposer, puis on fait évaporer rapidement le liquide clair jusqu’à ce qu’il marque 36° à l’aréomètre de Baumé.
- On laisse alors refroidir et déposer, puis on met en bouteilles ou tourilles en grès ou en verre.
- Pour s’assurer de la bonne qualité de la lessive caustique, on en met un peu dans un verre à expérience, et l’on y verse quelques gouttes d’acide sulfurique étendu de 5 à 10 parties d’eau ; il ne doit pas se produire d’effervescence.
- Cristaux de soude, carbonate cristallisé. On connaît sous ces noms, dans le commerce, le carbonate de soude cristallisé ; voici comment on l’obtient ordinairement : on fait dissoudre dans l’eau, portée préalablement à l’ébullition dans une chaudière en cuivre, le sel de soude le plus blanc et riche du commerce.
- Lorsque la solution marque 3o° à l’aréomètre Baumé, on opère une sorte de clarification en y ajoutant un demi-millième de chaux vive, que l’on délaie bien dans toute la
- (1) Ainsi, pour 100kilogrammes de cristaux de soude à 34°, on emploiera 34 kilogrammes de eîiar.x vive et sèelie ; pour autant de sel de sonde à 8o° on emploiera So kilogrammes de chaux.
- Il est indispensable de bien cteindre la chaux avant de rajouter à la solution.
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- masse, puis on laisse refroidir et déposer ; dès que la température du liquide est descendue à 60 ou jo°, on tire au clair par une cannelle, à 6 ou 8 pouces du fond, dans des seaux à becs en cuivre, puis on porte dans des terrines rangées horizontalement sur le dallage d’un lavoir frais.
- Après vingt-quatre ou quarante-huit heures , suivant le temps plus ou moins frais et l’état plus ou moins carbonate de la soude, la cristallisation est assez avancée ; on met égoutter les terrines sur des rigoles doublées de plomb ; les solutions égouttées servent à faire une nouvelle solution; lorsqu’elles sont trop colorées ou caustiques, on les évapore, à siccité, pour en faire du sel de soude à bas degrés, qui se vend bien pour mélanger aux soudes riches, soit dans le commerce de détail, soit dans la fabrication de la potasse factice.
- Lorsque l’égouttage est aussi avancé que possible ( au bout de douze ou vingt-quatre heures ), on fait chauffer de l’eau à jo0 environ dans une chaudière, et l’on y porte successivement toutes les terrines; en quelques secondes l’impression de la chaleur de l’eau sur les parois extérieures fait fondre à l’intérieur une petite couche de cristaux ; le pain se détache tout entier, on le pose sur champ entre les traverses d un bâti de bois blanc ; là les cristaux achèvent de s’égoutter dans une rigole inférieure , et de sécher à la superficie ; sans laisser la dessiccation aller jusqu’à l’efflorescence, on casse ehaque ierrinée en quatre ou cinq fragmens, puis on em-barille dans des tonneaux de bois blanc.
- Je suis parvenu à obtenir des cristaux de soude directement de la soude brute, par le procédé suivant : on réduit la soude en poudre à la façon ordinaire; on la mélange avec r5 pour 100 de son poids de sciure de bois, ou feuilles sèches, ou marcs de raisin desséchés ou broyés ; on l’enfourne ainsi dans un four à réverbère chauffé au rouge naissaut ; on remue bien avec un râble, jusqu’à ce que la couche dm pouce et demi à 2 pouces soit privée de la plus grande partie du charbon des matières végétales par la combustion, alors on tire hors du four la matière pulvérulente.
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- . Cette sorte de grillage a carbonate' et presque totalement désulfuré la soude brute, au point de la rendre comparable à la soude d’Alicante. Les lessives que donne cette soude, bien moins colorées que les autres, donnent immédiatement après leur rapprochement au degré indiqué , et en suivant du reste le mode d’opérer ci-dessus prescrit, des cristaux assez blancs pour être livrés au commerce.
- On obtient sans peine, avec les lessives de la soude ainsi grillée, des sels de soude très blancs et bien carbonatés.
- Carbonate sec, cristaux de soude desséchés. On nomme ainsi le produit de la dessiccation des cristaux de soude. Ce dernier produit, chauffé dans une chaudière plate ou plateau, se fond, se dessèche; en l’agitant sans cesse avec un râble et un ringard, on le réduit en poudre qui, refroidie et emballée en tonneaux de bois blanc., est expédiée sous les noms ci-dessus indiqués.
- Le principal but de cette opération est de diminuer les frais de transport en enlevant aux cristaux les 66 ou 70 centièmes de l’eau qu’ils recèlent.
- J’ai indiqué l’application des cristaux de soude à la préparation économique du chlorure de soude liquide, produit en usage pour la désinfection et le traitement des plaies ou ulcères gangrénés , etc. Ce procédé est fort simple : on pèse un kilogramme de chlorure de chaux à ga°, tel qu’on le trouve abondamment et à bon marché dans le commerce. On l’épuise par touillage et filtration de toute sa partie soluble, à l’aide de 14 kilogrammes d’eau, successivement ajoutés. On mêle la solution ainsi obtenue avec un kilogramme et demi de cristaux de soude, préalablement dissous dans 3 kilogrammes d’eau tiède. 11 se fait une double décomposition, d’où il résulte un précipité de carbonate de chaux ; on filtre cette dissolution , et le liquide clair est le chlorure de soude liquide, -au degré ordinaire.
- Le dépôt insoluble reste sur le filtre, est épuisé, et les eaux de lavages servent à dissoudre une nouvelle quantitq-jle chlorure de chaux.
- Les cristaux de soude, ainsi que le carbonate sec, sont em—
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- ployés dans les opérations de la teinture, la fabrication du borax, des Eaux minérales, du Bicarbonate de soude.
- {V. pour complément de cet article, les mots Potasse, Al-
- CALIMÈTRE, ALCALIS, SAVONS. ) P.
- SOUDURE. On nomme ainsi et la réunion de deux parties séparées de métal, et l’alliage , plus fusible que chacune des parties métalliques, à l’aide duquel on opère leur réunion.
- Les soudures de différens objets en plomb entre eux, et de ceux-ci avec des ustensiles en cuivre ou laiton, s’opèrent généralement en interposant un alliage, de plomb et d’étain nommé soudure des plombiers.
- La soudure des plombiers se compose de deux tiers de plomb allié à un tiers d’étain. Si la proportion d’étain est un peu plus forte , on dit que la soudure est grasse ; plus fusible, elle est d’un usage plus facile : si c’est, au contraire, la proportion de plomb qui est forcée, on dit que la soudure est maigre; elle est plus dure à fondre, plus difficile à employer, mais elle résiste mieux aux acides et, en général, aux diverses influences de dilatation , contraction, etc.
- Un moyen pratique d’essayer la soudure, consiste à en projeter à plat une petite quantité fondue (5o à 100 grammes), de manière à l’étaler en plaque mince. Si la soudure forme des yeux ou taches rondes à sa superficie, elle est assez grasse; dans le cas contraire, on y ajoute de l’étain.
- Lorsque l’on détruit des chaudières en plomb dont les parois ont été réunies par de fortes soudures, ou des tubes d’appareil, réunis entre eux ou avec des robinets par des nœuds de soudure, on peut aisément séparer l’alliage de plomb et d’étain des pièces en plomb ou en cuivre. A cet effet, on place les morceaux auxquels la soudure adhère sur un brasier peu ardent, établi sur une plaque en fonte, et dès que 1 alliage est amolli par la chaleur , on les tire hors du feu et les frappant vivement ou les grattant avec la lame d’un triangle, on £|Àt détacher la soudure, qui tombe en fragmens. Si 1 alliage a coulé dans le brasier, il en sort spontanément en suivant la pente de la plaque en fonte sur laquelle se fait ce départ.
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- Lorsque les chaudières en plomb sont destinées à contenir des liquides capables d’attaquer et d’alte'rer rapidement l’alliage de plomb et d’étain, et que leurs dimensions doivent être plus grandes que ne permettrait de les faire les tables de plomb repliées sans soudure , on parvient à réunir les tables qui les forment, à l’aide du plomb pur, employé' en guise de soudure. A cet effet, on rabat les bords à réunir dans une rigole de bois, en sorte qu’elles forment une sorte de petit fossé. On les assujettit ainsi par quelques clous d’épingle pénétrant dans le bois ; on avive toute la surface à l’aide du grattoir ou triangle, puis on coule le plomb dans le fossé, et à l’aide d’ungrorfor conique, chauffé au rouge , on entretient pendant quelques instans le plomb fluide dans la rigole, en l’y enfonçant et le promenant avec rapidité; on saupoudre de résine la superficie du métal encore mou ; on passe le fer rouge qui réduit quelques parcelles d’oxide et allie les bords du plomb en table et de la soudure.
- Un nouveau mode de réunir les tables de plomb, plus solide et plus économique que la soudure ordinaire , a été importé d’Angleterre ; on le désigne sous le nom de soudure anglaise : voici comment il se pratique.
- Supposons qu’on veuille réunir deux tables de plomb A, B (fig. 9, PI. 75), on commencera par découvrir, à l’aide d’un gratteau bien tranchant, la surface métallique, en enlevant la couche superficielle dans une étendue de 2 pouces sur chacun des bords à réunir, ainsi que l’indiquent les teintes marquées sur la fig. A, B; on étatne ensuite toutes les parties ainsi avivées, avec de l’étain fin et un for en cuivre. Lorsque cet étamage est terminé dans toutes les parties à réunir, on applique l’un sur l’autre ces bords étame's, comme l’indique la fig. 10 ; on pose des poids en fonte a, 6, même figure , afin de maintenir les tables en plomb fixées solidement dans cette position ; on verse sur la partie de la table de plomb supérieure c, d, correspondante aux bords éta-més, de la soudure de plombier, en quantité suffisante pour échauffer le plomb des deux tables superposées , au degré de Tome XIX. 3o
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- température où s’opère la soudure ordinaire ; alors apputant fortement à l’aide de la carre d’une batte en bois, on expulse en frottant-toute la soudure extérieure : cette opération , faite avec adresse, détermine l’application intime des deux surfaces étamées, dont une partie pénètre le plomb, ou est chassée par la pression , en sorte que les deux tables réunies à ce point semblent être du même morceau. On voit que ce genre de soudure , d’ailleurs très solide, n’exige qu’une quantité d’étain fin extrêmement faible ; on l’emploie avec beaucoup d’avantage dans la construction des terrasses, des chambres en plomb, etc.
- On se sert de divers alliages de cuivre, zinc et étain, plus ou moins fusibles, pour la soudure de pièces en cuivre rouge et cuivre jaune ; leurs compositions ont été décrites dans l’article ChaCDROXXIER. P.
- SOUFFLET, SOUFFLERIE ( y!ris mécaniques). Appareil d estiné à forcer le vent dans un tuyau pour y exciter un rapide courant d’air : il sert principalement à activer la combustion dans une cheminée ou un fourneau.
- Le plus simple des soufflets est la sarbacann, qui est encore en usage dans certains pays ; c’est un long tube, tel qti’un vieux canon de fusil sans culasse ; on applique les lèvres sur une extrémité, et l’on pousse le vent sur les charbons en ignition ; ce tube dirige le souffla et l’empêche de se disperser de tous côtés Cet instrument sert encore à lancer de petites boules, des pois, par exemple , avec lesquels des personnes adroites réussissent à ajuster de petits oiseaux, et à les atteindre.
- On emploie aussi, comme soufflet, une outre ou tout autre sac de substance flexible, hermétiquement clos de toutes parts, excepté en un point où se trouve adapté un petit tuyau qu’on dirige sur le feu : en comprimant ce sac, lau' qui. le gonfle est forcé de sortir par le tuyau. Mais comme pour répéter l’effet, il faut gonfler de nouveau le sac, et que l’air n’y peut rentrer que par le tuyau de sortie, il s y pr0" duit une aspiration contraire à l’insufflation qu’on Vl-'ut exercer. Il est donc nécessaire de trouer quelque autre p°,irl
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- de la surface pour laisser rentrer l’air, et d’y adapter une soupape, qui n’est qu’un morceau de peau fixe' en dedans d’un seul côté du trou, afin de s’opposer à la sortie du vent par cette issue. Il convient enfin de renforcer le sac avec des pièces solides, qui aident soit à le comprimer, soit à le distendre. Cet appareil grossier, en usage eu certains lieux, s’est perfectionné dans sa forme, pour donner naissance au soufflet de cheminée de nos appartemens.
- Deux planchettes ovales tronquées ou en forme de trapèze , armées chacune d’un petit manche, sont jointes ensemble à un bout et dans tout leur pourtour, par une peau clouée sur leurs bords. Cette peau est soutenue en dedans par deux ou trois cerceaux, et assez flexible pour se plisser dans l’espace qui les sépare, de manière à permettre aux planchettes de se rapprocher ou de s’éloigner, en basculant sur leur ligne de réunion : elles prennent un point d’appui sur une barre percée d’un trou où est ajusté le tuyau de sortie du ventt®ûn appelle tuyère ou canon cet ajutage ; les planchettes sont nommées panneaux ou flasques. On manœuvre le soufflet eu tenant un manche dans chaque main, et faisant mouvoir les panneaux sur leur charnière. L’un des panneaux est percé de trous pour l’entrée de l’air, et une soupape intérieure en peau empêche le vent de sortir par cette voie. Ainsi, lorsqu’on écarte les deux manches, la peau qui sépare les flasques se développe, la capacité intérieure s’accroît, et l’air entre en soulevant la soupape. Quand au contraire on rapproche les flasques, l’air comprimé referme la soupape et s’échappe parla tuyère. Nous ne figurons pas cette machine, qui est très connue ; d’ailleurs , ce qui suit dissipera toute obscurité.
- Dans cet appareil, le vent sort avec intermittence; l’air, tantôt entre par le trou de la soupape, tantôt sort par celui du canon. Pour obtenir un vent continu, il suffit de réunir en un seul deux soufflets, dont l’un aspire quand l’autre souffle , et réciproquement. Telle est, en effet, l’idée qu’on doit se faire du soufflet à deux vents.
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- Il est forme' de trois panneaux, dont celui du milieu sert de séparation entre les capacités des deux soufflets, l’une d’un côté, l’autre du côté opposé : il porte son manche. Un second panneau en a pareillement un, et des trous avec une soupape pour l’entrée de l’air ; le troisième est plein et sans manche ; la capacité que forme celui-ci n’a aucune communication avec l’air extérieur, et reçoit celui qui la gonfle par des trous qui percent le panneau du milieu, trous que ferme une soupape poussée par un petit ressort. Le tout est recouvert d’une peau clouée tout autour des bords des trois panneaux, et sur la barre de jonction où est ajustée la tuyère. La peau est soutenue par des cerceaux, et se plisse dans leur intervalle.
- Lorsqu’on écarte les deux manches, l’air entre par les trous qui percent l’un des panneaux extérieurs et gonfle le soufflet qui y correspond, sans pénétrer dans l’autre, avec lequel la soupape de dedans empêche la communication. Lorsqu’on rapproche les manches, on comprime lèvent, la capacité gonflée diminue , et l’air est forcé de sortir par la tuyère : mais une partie de cet air entre aussi dans le second soufflet en soulevant la soupape interne ; et quand on écarte de nouveau les manches , cet air est à son tour comprimé, parce que cette dernière soupape s’est refermée, et il estforcé de sortir par !a tuyère ; bien entendu que le trou de la barre d’appui où la tuyère est ajustée communique avec les deux capacités. La première capacité s’est donc enflée en même temps que l’autre s’est vidée , et le courant d’air a été continu , mais non pas avec une vitesse égale. L’effet se répété en continuant la même manœuvre.
- Cette disposition des soufflets à deux vents, dont on se sert dans les appartenons, est la même que celle des soufflets de forgeron) seulement, ceux-ci ont de plus grandes dimensions, et sont exécutés d’une manière moins délicate, pour résister à la fatigue. ( V. la fig. 4> El. 58 des Arts mécaniques.) ,
- M est une pièce cubique en bois que retient et conseil e
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- la frette N : cette pièce M est appele'e têtardj elle est percée d’un trou K, qui livre passa je au vent chassé dans la buse O, et de là à la tuyère. G est la flasque du milieu, qui est solidement assemblée sur le têtard avec des boulons, et doit rester immobile; en H la flasque G porte une soupape. A est la flasque de dessus, PI celle de dessous : la première porte en B une barre de bois transversale pour la renforcer ; on la charge d’un poids qui tend toujours à l’affaisser : la deuxième a une soupape en J ; ces deux soupapes J et K s’ouvrent de bas en haut • elles ne sont jamais béantes ensemble. F, F, F, sont les cerceaux qui soutiennent l’enveloppe de peau clouée sur les bords des flasques , et plissée dans leur intervalle ; les charnières autour desquelles les panneaux A et P basculent, sont en m et n.
- On attache au bout du manche P une courroie ou une corde Pi, dont l’extrémité tient au bras de la branloire ou levier ïL ; l’autre bras est tiré à la main, à l’aide d’une chaîne de fer b. Yoici l’effet qui en résulte.
- Quand on tire la chaîne b de haut en bas, le bras Z s’élève et l’extrémité i tire la courroie P i vers le haut, le levier basculant autour du centre de rotation a ; ainsi, le panneau PI se rapproche de HG ; l’air comprimé dans la capacité de dessous est chassé en partie par la buse O et par la tuyère qui y est ajustée, et aussi en partie dans la capacité supérieure, en soulevant la soupape H qui se trouve gonflée. Lorsqu’on cesse le tirage en b, le panneau PI redescend à sa position primitive , sous l’effort de son propre poids, augmenté de celui dont on le charge, et l’air rentre par la soupape J dans la capacité inférieure ; mais en même temps le poids du panneau supérieur A l’abaisse, et contraint l’air qui s’y trouve à enfiler la buse, et ainsi de suite. On voit que l’action du veut s’exerce d’une manière continue.
- Les soufflets sont indispensables dans les forges ; sans leur secours, on ne pourrait obtenir la haute température nécessaire pour rougir le fer jusqu’au blanc. Un soufflet de 7 décimètres et demi de long, sur 5 de large (28 pouces sur 18},
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- chauffe à blanc en i4 à i5 minutes, une barre de fer de 6 centimètres (2 pouces) en carre', prête à être soude'e.
- Il arrive ordinairement qu’on fait manœuvrer la branloire du soufflet par un apprenti; cependant, lorsque la machine doit agir perpétuellement pendant un long temps , on y applique la force des animaux. Par exemple , un chien qui court dans un tambour tournant sous son poids suffit à mouvoir un soufflet, à l’aide d’une manivelle appliquée à l’axe du tambour : le cylindre tient alors lieu de volant. Ce soufflet sert aussi à l’émailleur pour diriger son jet de flamme ; la manœuvre s’exécute avec une pédale.
- Dans les grandes fabriques, les liauts-fourneaux, les usines où l’on fait des opérations métallurgiques, l’appareil que nous venons de décrire serait tout-à-fait insuffisant pour alimenter la combustion du charbon, du bois, du coke...; on est obligé d’établir de grandes souffleries, capables de donner au feu une extrême activité. Nous avons indiqué à l’article Fonte, T. IX, page 216, quelle est la quantité d’air nécessaire pour brûler le poids de charbon propre à obtenir un effet demandé. Il faut environ 5oo pieds cubes d’air par minute pour soutenir le feu d’un haut-fourneau alimente par le bois. Il est donc indispensable, pour pouvoir lancer d’aussi grands volumes d’air, de se servir d’appareils puissans qui exigent, pour être manœuvrés, des forces considérables: on y emploie des cours d’eau, des manèges, mais plus souvent la force de la vapeur. Entrons dans le détail de ces machines.
- On connaît trois procédés pour lancer le vent, les soufflets, les cylindres et les trompes. Les premiers sont insuffi-sans pour l’objet qu’on a en vue ; les seconds sont employés dans toutes les grandes usines de France et d’Angleterie, quant aux troisièmes , ils exigent qu’on ait un cours d eau a sa disposition, et ont l’avantage de 11’absorber aucune partie e la force par les frottemens.
- Les cylindres soujfflans sont très variables de forme , mais on peut les assimiler à ceux que nous avons représentés fig- -
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- PI. 58. Ce sont des Pompes foulantes et aspirantes destinées à cliasser de l’air au lieu d’eau : seulement, comme il est extrêmement important que la sortie du vent ait une force constante, il est nécessaire d’y adapter un régulateur, qui agisse dans les instans d’intermittence, pour continuer l’eifet.
- A est un cylindre daus lequel se meut un piston , dont la tige sort en D par une boîte garnie d’étoupes ab, qui résiste au passage de l’air ; le moteur de ce piston est une force qucdconque , qu’il est inutile de considérer ici. En B et en F sont les orifices de tuyaux pour^entrée de l’air dans le cylindre; en G et en H sont ceux de sortie : ces orifices sont pourvus de soupapes, qui sont disposées de manière à permettre ces passages et à s’opposer au mouvement rétrograde de l’air.
- Supposons que le cylindre étant au bas du piston , on l’élève jusqu’en haut ; l’air entrera sous le piston par les trous F, et se trouvant comprimé au-dessus du piston, ira sortir en G : quand le piston redescendra, ce sera le contraire ; l’air rentrera en B et sortira en H. Ainsi, un volume d’air égal à celui que le piston déplace dans sa course entrera chaque fois dans le tuyau Kl, et de là se rendra en LN, et soufflera par les buses adaptées en X et Y.
- Mais comme ce souffle ne serait pas régulier, on fait communiquer le tuyau L avec un régulateur ; c’est une capacité P hermétiquement close , plongée dans un réservoir d’eau R. et sans fond inférieur. L’air, en affluant vivement, déprimera la surface de l’eau du régulateur, la forcera de s’élever au dehors dans le réservoir R, et pressera par sa réaction l’air intérieur. Pendant l’intermittence des mouve-mens du piston , cette pression refoulera donc l’air intérieur par le tuyau M, pendant le court espace de temps qui sépare une course du piston de la suivante.
- La machine soufflante qui vient d’être décrite est en usage dans un grand nombre d’usines : on en attribue l’invention à Smeathon , pour les forges de Caron en Écosse. Il en existe de semblables près X a mur, et dans les départemens de l’Orne et du
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- Doubs, qui sont mues par des roues hydrauliques. Celle du Creusot {V. Journal des Mines, nivôse an IV) est du plus grand effet. Celle que nous avons de'crite est employe'e en Angleterre; elle est mue par une machine à vapeur à simple pression , de la force de trente-cinq chevaux. Le cylindre À a 33 pouces de diamètre, parfaitement alèse' ; la course du piston est de 7 pieds. Le piston est garni de rondelles en cuir gras remplissant exactement le cylindre, avec le moins de frottement possible. La caisse du régulateur P est en fonte ; elle a 4o pieds de long , ir^ûeds dans les deux autres dimensions ; elle est portée sur un massif en bois ou en maçonnerie, et chargée de poids très lourds : le bord inférieur de la caisse est à 2 pieds du fond du réservoir R, qui a 47 pieds de long, i4 de profondeur et 19 de largeur. En T, on adapte une soupape de sûreté fermée par un poids , tant que le vent n’excède pas la force voulue, et qui se lève pour éviter les accidens, quand la machine marche trop vite. Les buses ajustées en X et Y conduisent le vent aux tuyères du fourneau.
- Le vent qui sort du soufflet est constamment froid. On a remarqué qu’en l’échauffant il produisait un beaucoup plus grand effet sur le feu qu’il excite. Il y a donc une économie -importante à faire , à n’aliinenter le feu des hauts-fourneaux qu’avec de l’air échauffé. Des expériences ont été faites sur une très grande échelle dans l’usine de la Clyde, et les résultats obtenus ne laissent aucun doute sur ce fait important. L’air extérieur étant à la température de i5 , 18 et 22 degrés centigrades, celui qui sort de la tuyère est rarement à plus de 3 ou 4 degrés. On a imaginé un appareil de chauffage capable d’élever la température de l’air sortant à 120 ou i4o degrés, avant qu’il fût lancé dans le feu. L’usine renferme trois hauts-fourneaux ; cet air était soumis à une pression d’environ 2 livres et demie par pouce carré. Le produit, qui n’était moyennement que de 120 mille kilogramme» par semaine, s’est accru de moitié et est devenu 180 mtd« lorsqu’on a eu élevé sa température. La qualité du mctal
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- était au moins égale à celle des anciens produits. Il a été constaté que l’économie du combustible était de 3 tonnes de charbon par tonne de fonte, c’est-à-dire des trois huitièmes de la quantité habituellement consommée. L’air est chauffé dans des chaudières closes, placées sur les fourneaux mêmes, en sorte qu’on ne fait aucuns frais de combustible pour cela.
- L’explication de ce fait résulte de ce que l’air atmosphérique ne peut soutenir la combustion qu’autant qu’il atteint une température d’environ 45o degrés, par son contact avec la matière enflammée ; au-dessous, il agit en sens inverse et refroidit le combustible au lieu de rendre son ignition plus vive.
- Le procédé ci-dessus peut facilement s’appliquer aux fourneaux à la Wilkinson, en formant une partie de leur cheminée d’une double enveloppe en fonte , ou en fovte tôle. L’air froid lancé par la machine soufflante viendrait s’échauffer dans cet espace, et de là se rendrait aux tuyères, pour alimenter la combustion.
- Décrivons maintenant les appareils de souffleries hydrauliques, auxquels on a donné le nom de trompes ou trombes. On sait que lorsque l’eau tombe dans un tuyau , elle entraîne avec elle une partie de l’air qu’elle rencontre : c’est cet effet qui est employé pour obtenir un souffle fort, continu et régulier, sans le secours de piston, de soupapes ni d’aucune pièce frottante ; combinaison qui économise beaucoup la force motrice, mais dépense une grande masse d’eau, ce qui n’est pas toujours un inconvénient.
- La fig. 6 représente cet appareil. L’eau est conduite dans le réservoir A, appelé péch'ere, d’où elle tombe dans le tuyau AB, nommé arbre; en un endroit x, ce tuyau est percé de quatre à cinq petits trous y, y, qu’on appelle des trompilles , servant à fournir de l’air, qui est entraîné par la chute d’eau, et tiré du dehors par une véritable aspiration , parce que l’eau chassant l’air qu’elle rencontre , détermine un vide intérieur. Pour accroître cet effet, la partie supérieure A.r, nu’ou nomme entonnoir, se rétrécit de plus en plus jusqu’au goulet
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- ou étrangirillon x, qui porte les trompilles. I/eau tombe ensuite en pluie dans le reste du tuyau, qui est cylindrique, jusqu’à une boîte ou tonne T, dont le fond supérieur R supporte le tuyau. Cette eau se brise sur un diaphragme percé N, et laisse échapper l’air qu’elle a entraîné ; puis elle s’écoule par des ouvertures triangulaires t, t, t. L’air qui s’est dégagé suit un conduit PP', appelé homme ou sentinelle, qui est coudé, et se joint à un tuyau en peau de mouton, nommé bourec, remonte, et se dirige enfin vers la tuyère du soufflet. On donne aux trompilles jr, J, la forme de petits ajutages en cônes renversés, qu’on dirige obliquement vers le goulet x, dans l’épaisseur du tuyau. Telle est la description du soufflet-trompe, qui est en activité dans la fonderie de Poullaouen, département du Finistère. ( V. Journal des Mines, avril 1804. )
- Pour rendre l’effet indépendant du niveau de l’eau dans le réservoir, 011 soutient sous le goulet x un cône, par un flotteur dans le réservoir. Quand le niveau baisse, la pression est, il est vrai, moindre au goulet, mais le cône , en descendant, agrandit l’ouverture du goulet, et fait compensation.
- M. Hachette propose (Bulletins de la Société d’Encoura-gement, 1828, page 110) de faire le tuyau AB cylindrique dans toute sa longueur , en n’y employant pas les trompilles j-, j-, mais de le terminer en bas par un ajutage conique eg, vers le bout duquel on ouvre un trou e qui communique du dedans au dehors. Il adapte à ce trou un petit tuyau cylindrique eh, et règle, à l’aide de quelques expériences, le volume d’air introduit, par un bouchon h, qu' entre plus ou moins. L’ajutage ef se raccorde avec le bas du tuyau par un autre ajutage conique opposé eg- Le diamètre de la petite section e étant i5, celui de la grande g est 22, et la distance eg est 117.
- On comprend les avantages de cette modification. La vitesse de la chute est la plus grande possible en e, eu egan aux circonstances physiques données. On enfonce le ij0U thon h dans son boisseau, de manière à faire entrer le p'uS
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- grand volume d’air, en conservant l’adhérence du liquide aux parois de l’ajutage, et par suite la dépression, qui en est la conséquence. M. Hachette cite les expériences qui démontrent l’utilité du changement qu’il propose. Comme il importe ordinairement de ne point perdre une partie de la chute, il est avantageux d’introduire l’ajutage conique eg dans la tonne T ; alors le tuyau de conduite de l’air eh traverserait les parois de cette tonne. On peut même amener l’eau dans plusieurs tuyaux AB, conformés comme on vient de le dire , c’est-à-dire distribuer la source en plusieurs trompes, dont les effets s’ajoutent; ou plutôt, ne diviser la chute dans plusieurs tuyaux que près de la partie inférieure ; car on voit que la vitesse de la chute est ici la cause essentielle de l’effet, et que cette division conserve toute la puissance qui est active.
- Ce qui a été dit sur le refroidissement de l’air à la sortie de la tuyère des souffleries , est particulièrement confirme dans les trombes ; car l’air qui en est chassé laisse déposer à sa sortie du givre, qui n’est que le résultat de la congélation de l’eau contenue dans cet air. Il serait donc très utile de ne pousser le vent des trompes dans le foyer qu’après l’avoir échauffé, ainsi que nous l’avons déjà fait observer.
- On a imaginé différens appareils pour tirer de vifs courans d’air d’une chute d’eau ; nous ne les décrirons pas ici, parce qu’ils sont peu ou point employés. Consultez le Mémoire de M. Godin de Ne vers, sur de nouvelles souffleries hydrauliques de son invention, dans les Bulletins de la Société d’Encouragement, i8i5, pages 25i et a75, où ces appareils sont figurés; et le tonneau soufflant, décrit T. III, page 4°4, par M. Christian, et représenté fig. 7 et 8, PL 48, dans sa Mécanique.
- Comme une soufflerie doit être composée de manière à produire un effet donné, il importe de prévoir cet effet d’apre s la combinaison des élétnens. C’est ce dernier sujet dont il reste.à nous occuper.
- Pour mesurer la vitesse et la masse d’air poussée par un
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- soufflet, une trombe ou un cylindre, on commence par tirer de l’expérience la pression de l’air dans l’espace où il est comprimé par le moteur. On peut pour cela s’y prendre ainsi qu’il suit.
- On a un tube de verre à deux courbures , tel que celui qui est représenté en mban, fig. 7. Ce tube, ouvert aux deux bouts, contient dans une courbure un liquide tel que du mercure, dont le niveau est en ab dans les deux branches. Si l’on met l’orifice m en communication avec la capacité où l’air est comprimé, en l’adaptant, par exemple, à un trou de la vanne d’un soufflet, la pression exercée en a par l’atmosphère se trouvant moindre que celle qui a lieu en b, le mercure d’un côté s’élèvera en l, et de l’autre s’abaissera en/, en sorte que la colonne cl sera soutenue par la pression de l’air, et le poids de cette colonne mesurera cette force. La colonne variera , il est vrai, parce que la pression n’est pas régulière et constante ; mais dans ses oscillations, il sera facile d’en estimer la valeur moyenne.
- C’est ainsi qu’on vérifie que la pression moyenne continue qui pousse le vent d’un soufflet de forgeron , peut être évaluée au poids d’une colonne d’eau de 4 centimètres; mais 1 air est 770 fois moins dense que l’eau; en multipliant o”,o4 par 770, on a 3om,8 pour le poids de la colonne d’air équivalente à cette pression. La vitesse v par seconde, due à cette hauteur ( V. Chute ) est \/19,62 x 3o,8, ou {/604,296) ou enfin, a4m)58. Supposons que le diamètre de l’orifice de sortie du vent soit 2 centimètres, l’aire {V. Cebcle) est 3,14 centimètres carrés, ou o,ooo3i4 mètres carrés; multipliant par la vitesse 24™,58 déjà trouvée, on a pour le volume d’air chassé en une seconde, o.orn nlètres cubes.
- Réciproquement, connaissant le volume d’air sorti a soufflet (en mesurant sa capacité ), si l’on divise ce volume par l’aire superficielle de sortie , on obtient la vitesse. Ou peut encore trouver la capacité du soufflet, connaissant le volume d’air, etc.
- Dans les soufflets des hauts-fourneaux , on trouve, par ex
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- périence , que la pression moyenne soutient ordinairement dans le tube d’épreuve ( fig. 7 ) une colonne de mercure d’environ 18 | centimètres , qui équivaut 2 -j mètres d’eau. Sous cette pression, la densité de l’air est 577 fois celle de l’eau ; ainsi, en multipliant 2m,5 par 577, on a i442 mètres pour la hauteur de la colonne d’air équivalente à cette pression. La vitesse de l’air est donc déterminée par le poids d’une
- colonne de cet air égale à \/ i9m,62 X i442 » ou t68 mètres.
- Si l’orifice de la tuyère a pour surface 25 décimètres carrés, le vôlume d’air écoulé en une seconde est i6gm X om,oo25, ou 0,42 de mètre cube. Pour ramener cet air à la densité de l’atmosphère , il faut augmenter ce volume d’un quart ; ainsi, o,53 mètres cubes, ou 53o litres , est le volume d’air chassé en une seconde.
- O11 voit donc comment on peut calculer les effets d’une soufflerie; car, supposons qu’011 veuille alimenter de vapeur d’eau une machine de la force de trente chevaux, comme on sait qu’il faut brûler 5 kilogrammes de charbon par heure et par cheval, le fourneau devra suffire à la combustion de i5o kilogrammes par heure, ou fyi grammes par seconde. Il faut io mètres cubes d’air pour brûler complètement 1 kilogramme de charbon ; mais on doit considérer que la moitié du vent poussé dans le foyer ne contribue pas à la combustion, s’échauffe et monte dans la cheminée, d’où il sort sans altération. Il faut donc admettre que 20 mètres cubes d’air est le volume nécessaire pour bi-ûîer 1 kilogramme de charbon ; les 0,042 kilogrammes de charbon brûlés par seconde exigent donc (en multipliant par 20} 0,84 mètres cubes d’air, ou 840 litres. Ainsi, la soufflerie doit chasser dans le fourneau 840 litres d’air, réduit à la température et à la pression atmosphérique. On sait d’ailleurs qu’un kilogramme de charbon suffit pour changer en vapeur 6 kilogrammes d’eau : les i5o kilogrammes de charbon brûlés par heure produiront donc 900 litres d’eau en vapeur.
- Quant à la force nécessaire pour mouvoir la soufflerie, on
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- trouve, T. III, page 206 de la Me'canique de M. Christian, des expériences , d’où il tire les conséquences suivantes, qui permettent d’appliquer les données précédentes :
- i°. La -vitesse du vent produit par une machine soufflante est sensiblement proportionnelle à la force agissante, quand les orifces de sortie sont égaux;
- 20. Dans certaines limites, la vitesse du vent ne décroît pas dans le rapport de Vaugmentation de longueur des lujaux qui conduisent l’air.
- Au reste, cette dernière théorie a encore besoin d’être étudiée et soumise à de nouvelles observations.
- M. Caguiard la Tour a imaginé d’employer la vis d’Archimède à produire une soufflerie ; il la fait tourner en sens contraire à celui qui ferait monter l’eau dans la vis : alors l’eau y descend au contraire, et est remplacée par l’air; en sorte que cet air sort de la vis par son orifice inférieur, qui est baigné dans l’eau. Cet air portant la charge de la colonne d’eau du réservoir, s’y élève et s’échappe au dehors; reçu dans une caisse placée au-dessus et conduit par une buse, il s’écoule par une tuyère , et produit un souffle continu, la caisse servant de régulateur. Cette machine peut rendre des services, mais elle absorbe une forte partie de la puissance motrice. ( V. Vis d'Archimède. ) Fr.
- SOUFFLEUR DE VERRE ( Technologie). On désigne sous le nom de souffleur de verre, l’ouvrier qui exécute en verre les instrumens de Physique connus sous les noms de thermomètres, baromètres, pèse-liqueurs, etc., etc. La lampe dé-mailleur, que nous avons décrite aux mots Émailleck , T. VIII, page 21, et Lampe, T. XII, page y5, est le principal instrument de son atelier, qui pendant le travail doit être absolument privé de la lumière du jour ; sans cette précaution , la lumière que répand la lampe, et qui seule doit l’éclairer, serait affaiblie, et il ne verrait pas parfaitement son ouvrage et le point exact sur lequel il doit faire toucher la pointe de feu lancée par le soufflet de la lampe, et sort»»1 par l’orifice du chalumeau.
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- La lampe d’e'mailleur est munie d’une grosse mèche qui, pendant qu’elle brûle, ve'pand beaucoup de fume'e , qu’il importe de conduire au dehors , afin de se débarrasser de tous les inconvéniens qu’elle causerait. Pour cela, on fait usage d’un large entonnoir de fer-blanc ou de tôle, que l’on place, renversé, à une hauteur de six décimètres au-dessus de la table, de manière que la fumée de la mèche se dirige vers le centre de l’entonnoir, terminé par un tuyau de cinq centimètres de diamètre , qui porte la fumée au-de-hors de l’atelier, soit dans un tuyau de cheminée, soit au grand air.
- Le bout de la mèche qui sort de la lampe doit être séparé en deux bouts à peu près égaux, et disposés de manière qu’ils donnent, lorsque le soufflet est mis en mouvement, une langue de feu de 5 à 6 centimètres de long, blanche, vive et se terminant en pointe. La lampe doit être tournée de telle sorte que le milieu des deux bouts de la mèche soit en face du bout du chalumeau. On écarte légèrement les deux extrémités de la mèche, à partir du bord de la lampe , de manière que l’air, lancé par le soufflet et sortant par l’orifice du chalumeau, traverse cette séparation et entraîne sur son passage la flamme, qui prend alors une telle activité , qu’elle devient capable , non-seulement de fondre un tube de verre, mais même de fondre les métaux.
- Ün peu de pratique rendra maître pour la meilleure division de la mèche : i°. l’écartement des deux bouts doit être proportionné à la force du courant d’air, et par conséquent à l’orifice du chalumeau; 2°. il ne doit pas rencontrer, dans cette séparation, des fils isolés ; ils feraient tourbillonner la flamme, nuiraient à son courant, diminueraient le degré de chaleur , et rendraient la manipulation sinon impossible, au moins difficile ; 3°. on doit, avec les ciseaux , couper également les bouts de la mèche, ainsi que sa surface, éviter qu’il ne s’y forme des champignons, et avoir soin de les enlever à mesure qu’ils s’y forment.
- Tout étant ainsi disposé , l’ouvrier élève ou abaisse le cha-
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- lumeau , afin de diriger la pointe de la flamme vers le point qu’il désire.
- Chaque ouvrier doit avoir sa table et son appareil particulier. Il doit aussi faire mouvoir son soufflet ; c’est, selon qu’il trouve le tube de verre plus ou moins fusible, ou plus ou moins fondu dans quelques parties, qu’il presse ou ralentit le mouvement de la pédale : lui seul peut sentir tout ce qu’il y a à faire , et s’arrêter avec la promptitude ne'cessaire.
- Des matières premières et de leur choix.
- Le souffleur de verre à la lampe emploie des tubes de différens diamètres et de diverses épaisseurs. Les plus gros tubes sur lesquels il peut travailler ont trois centimètres de diamètre; les plus petits sont capillaires, et leur épaisseur est proportionnée à la capillarité du tube.
- C’est dans les verreries que l’on fabrique ces tubes, qui, dans le commerce, portent le nom de girasolj on en trouve de plusieurs qualités, que nous allons faire distinguer.
- Le verre doit être blanc, exempt de bulles et de nœuds. Il faut rejeter celui dans la composition duquel il entre beaucoup de plomb, parce que ce métal le fait facilement noircir à la flamme de la lampe, lorsque son action est répétée, fl faut, après les avoir bien essuyés avec un linge, qu’ils prennent un aspect vif et brillant, et qu’ils le conservent. S ils le perdaient promptement, il faudrait les rejeter. Les ouvriers habiles, et accoutumés â faire ce choix , connaissent au poids et au premier aspect, la bonne qualité dont ils doivent faire emplette. Il faut surtout éviter ceux où il se rencontre de longs fils, défaut qui annonce l’inégalité dans la distribution de la matière.
- Les tubes ont environ 80 centimètres de longueur : on Q0)t les choisir bien droits et d’une épaisseur égale, ce qui est facile â connaître en les examinant avec soin par leurs deux bouts. La grosseur du tube et son épaisseur sont déterminées par la nature de l’ouvrage qu’on se propose de faire.
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- Manière de courber un tube.
- Cette opération , qui se re'pète dans beaucoup de circonstances , et qui n’est rien en elle-même quand on en a l’habitude, pre'sente de grandes difficulte's au commençant.
- Dans beaucoup d’appareils chimiques , on a besoin de plier les tubes ordinairement à angles droits, afin de faire communiquer les vases entre eux, dans l’intention de faire passer des substances gazeuses d’un vase dans l’autre, sans de'perdition.
- Il pourrait suffire , pour un appareil chimique , qu’un tube eût reçu la courbe demande'e ; mais le souffleur véritablement artiste veut encoi'e que la courbe extérieure soit bien ronde, et que le cylindre intérieur soit sans repoussement au-dedans Au tube, qu’il n’y ait aucun amas de matière vitreuse, que nul pli ou jarret n’y existe, et qu’il ne s’y rencontre enfin aucune torsion. Non-seulement ces défectuosités sont désagréables à la vue, mais la dépression de la matière diminue la grosseur intérieure du tube, et produit en cette place un engorgement qui, dans certaines circonstances , peut devenir dangereux.
- Pour s’exercer à atteindre la perfection que nous venons d’indiquer, il faut prendre un tube capillaire dont l’épaisseur de ses parois les fait résister à une fusion trop prompte : on parviendra, par ce moyen, à le courber plus régulièrement, sans éprouver le désagrément de le voir s’affaisser inégalement et céder avec trop de promptitude à l’action de la main.
- Au moyen du soufflet non chargé, ou chargé seulement du plus petit poids, on chauffe le tube à une flamme médiocrement vive. Il ne faut qu’amollir le verre et non pas le fondre ; aussi doit-on éviter de le faire rougir; il cédera assez sans cela à la première pression exercée sur lui. On le tient ferme de la main gauche, et c’est de la droite qu’on le ramène légèrement ei avec lenteur : il cède bientôt sur un point. C’est alors qu’on le chauffe un peu plus bas et au même degré pour prolonger la courbe. Le tube doit être Tome XIX. 3t
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- promené entre les doigts de la main gauche , ce qui n’offre rien de difficile; mais il faut soutenir légèrement de la droite la portion qui a déjà commencé à être courbée. Plus cette branche est grande, plus elle décrit un grand cercle, et plus il est nécessaire que la main droite soit agile pour la soutenir légèrement.
- Lorsqu’on s’aperçoit qu’elle peut céder de nouveau à la pression , ou la ramène vers la perpendiculaire : on revient ensuite à chauffer, et toujours de la même manière, un peu au-dessus du point où l’on a fait la première courbure , c’est-à-dire du côté de la main gauche. Le verre suffisamment chauffé, et toujours un peu au-dessous du degré d’incandescence, continue de se plier facilement, en sorte que les deux branches doivent déjà être presque à angle droit : on répète alors l’action de la flamme sur la courbe même et dans les points les plus proches au-dessus et au-dessous , et en quelques pressions légèrement ménagées , on amène le tube à former un angle droit exact.
- On sera certain que l’opération a été bien faite, si le tulie, malgré la courbure qu’on lui a fait prendre, a conservé exactement ses dimensions extérieures, et si, en le présentant à la lumière, on distingue partout le vide capillaire, exactement conservé et sans aucun étranglement.
- Lorsque, sur des tubes de cette nature, on aura acquis une expérience suffisante, on en prendra d’un peu plus gros dont les parois seront plus minces. On n’entreprendra par conséquent ce travail, sur des tubes d’un centimètre de diamètre et au-dessus , qu’après avoir acquis l’adresse nécessaire pour ne pas perdre des tubes et du temps, et pour ne pas se dégoûter soi-même par des difficultés que l’on ne saurait pas encore vaincre.
- Nous n’avons insisté sur la courbure de ces tubes, que par la raison que ce travail est en quelque manière la base des operations du. souffleur de verre à la lampe.
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- Manière de souffler une boule.
- Pour cette opération on prend de préférence un tube de 5 millimètres environ de diamètre. La portion creuse offre un cylindre d’environ 3 millimètres : ce sont, terme mojen, les proportions qu’on y observe ; on ne peut pas les déterminer d’une manière rigoureuse, parce qu’elles dépendent des manipulations de la verrerie, et qu’elles sont le résultat du coup d’œil de l’ouvrier et de la dextérité qu’il y met.
- On approche lentement une des extrémités du tube de la langue de feu produite par le jeu du soufflet ; on en chauffe, puis on en fait rougir environ 3 millimètres: le tube est placé à cet effet vers le milieu de cette langue de feu conique. Celle-ci est blanche, s’élance rapidement, et les deux bouts de la mèche doivent être tenus proprement, et sans champignons, afin que la langue de feu conique ne perde pas de sa vivacité et de sa puissance pour fondre le verre.
- Au moment où l’extrémité du tube est rougie, et qu’elle commence à se fondre, elle se resserre sur elle-même, et le cylindre creux s’oblitère insensiblement. Si l’on continuait d’opérer ainsi, la manipulation se prolongerait plus qu’il n’est nécessaire. On prend alors, de l’autre main, un tube de dimensions à peu près pareilles ; on le chauffe légèrement, et l’on s’en sert pour rapprocher les bords de l’autre tube, et en former un cône tronqué , une espèce de cul-de-lampe. Lorsque l’on est parvenu à boucher exactement l’orifice du tube à l’extrémité duquel on veut souffler une boule , ou plonge celui-ci plus avant dans la flamme. On le fait rougir dans une longueur d’environ douze millimètres, en tâchant de conserver le degré d’incandescence du tube à .peu près égal dans cette longueur, au moyen d’un léger balancement horizontal et alternatif, qu’on répète presque à tout instant, en ayant soin que l’extrémité soit un peu plus fortement échauffée. Le tube, en se rapprochant, a fourni plus de matière vitreuse dans cette partie.
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- Il faut bien se garder de souffler alors dans le tube,'car les parois n’oft'riraient pas une égale résistance, et la boule, en se formant, ou n’aurait pas son centre dans le prolongement de l’axe du tube, ou se crèverait sur le côté. Pour éviter cet inconvénient, on rapproche le second tube dont nous avons parlé, vers l’extrémité du premier où l’on aperçoit qu’il y a excès de matière ; ce tube s’y soude : alors on le tire horizontalement, en tenant toujours le verre en fusion dans la flamme , et l’on enlève un fil du verre en fusion. On répète cette opération autant de fois que cela est nécessaire , jusqu’à ce qu’on s’aperçoive , au travers de la flamme , que le tube paraît d’égale épaisseur.
- Alors ou le chauffe plus fortement, et cependant d’une manière égale. Cette circonstance est indispensable; car s’il y avait un point où la fusion fût plus forte ou moindre, alors il arriverait que cette partie céderait trop ou trop peu : dans le premier cas, on n’aurait pas une sphère ; dans le second, la boule crèverait ; car cet endroit offrant moins de résistance, le souffle y agirait plus puissamment.
- Voici les principes d’après lesquels on doit opérer dans cette manipulation, qui exige un peu d’habitude.
- Le souffle ne doit pas, d’abord , être ni trop fort ni trop prompt. L’ouvrier, avant de porter le tube à sa bouche, doit remplir d’air sa poitrine et sa bouche elle-même par une forte aspiration. La première action du souffle se fait par une pression que les muscles dès joues exercent, et lorsque la boule commence à croître , la poitrine ajoute à l'action ; car lé verre, à mesure qu’il se dilate, oppose une résistance plus grande , et exige par cette raison une plus grande quantité de souffle , ou un souffle plus fort.
- La boule ne serait pas exactement ronde , et elle crèverait certainement sur-l’un de ses points, si l’on n’avait pas 1 attention de tourner le tube entre ses doigts, afin d’en tenir toutes les parties dans un même degré de fluidité, que 1 ou obtient et par le balancement horizontal dont nous avons parlé, et par le mouvement de rotation entre les doigts que
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- nous venons de recommander, que l’on doit pratiquer simultanément.
- Lorsque la boule est assez refroidie pour résister à la force du souffle, il faut, pour lui faire prendre des dimensions plus fortes, présenter de nouveau toutes ses parties à la portion active de la flamme, afin qu’elles y acquièrent un degré plus vif d’incandescence. La boule alors se resserre, sa circonférence diminue, et elle ne serait bientôt plus qu’une grosse larme de verre , si l’on n’avait recours au souffle. Il ne faut pas perdre de vue qu’il faut présenter à toute l’activité de la flamme le fond ou l’extrémité de la boule , cette partie du tube on la matière vitreuse s’entasse , et qui a besoin d’être tenue dans un état plus voisin de la fusion presque complète , puisqu’une plus grande quantité de matière s’y rassemblant, elle offre plus de résistance au souffle, et que son égale répartition ne peut s’opérer, si un plus grand degré de fusion n’en diminue la résistance.
- Quelques essais rendront maître, dans celte partie, celui qui désirera acquérir la dextérité nécessaire pour devenir capable d’exécuter avec promptitude et perfection les ouvrage? du souffleur de verre, qui paraissent d’abord les plus difficiles.
- Les deux -exemples que nous venons de donner dans la fabrication des ouvrages du souffleur de verre à la lampe, et qui sont la base des importans et jolis objets qui sortent de ses mains, doivent être souvent pratiqués par le commençant.
- La manière de courber un tube lui servira pour faire des siphons, des chalumeaux, des tubes de sûreté de toute espèce et d’une infinité d’autres pièces qui exigent, comme la machine de circulation , des tubes contournés de mille manières différentes , auxquels on soude des boules , qui sont les pièces les plus difficiles à faire.
- Il est donc important de résumer ici les conditions nécessaires pour bien former une boule à l'extrémité d’un tube. Il faut : i°. souder cette extrémité, et en enlever l’excès de matière vitreuse ; 2°. chauffer également un nombre assez
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- grand de parties du tube, pour en obtenir une boule proportionnée à son diamètre ; 3°. rendre l’incandescence égale dans tous les points de la circonférence , et plus forte à la naissance de la boule ; 4°. souffler la boule en deux fois : la première lui fait acque'rir la moitié de son volume ; la seconde doit la porter à son diamètre exact, ou tout au plus doit-il être nécessaire de la souffler une troisième fois. 11 faut remarquer ici, que plus la boule approche de la dimension qu’on veut lui donner, et moins on doit souffler fort; car la boule crèverait entièrement, ou bien elle perdrait de sa régularité.
- Il faut encore observer de ne pas soumettre un trop grand nombre de fois le tube et la boule à-l’action de la flamme de la lampe ; car le verre se noircit et sa transparence s’affaiblit, ce qui fait perdre à l’instrument une partie essentielle du prix qu’on y attache.
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- Maniéré de blanchir un tube de verre noirci à la lampe.
- Cet inconvénient provient quelquefois de la promptitude du souffleur, et souvent de la nature du verre qu’il emploie.
- Pour faire disparaître ces taches, il faut disposer la mèche de la lampe de manière à lui faire produire au chalumeau mie flamme longue et déliée. On présente l’endroit noirci à l’extrémité de la flamme déliée, on fait rougir le tube en le tournant toujours entre les doigts ; on voit successivement la tache s’,affaiblir, et disparaître entièrement.
- Maniéré de faire la soudure.
- Nous terminerons cet article par indiquer les manipulations à suivre pour pratiquer les soudures , opération qui se répété à tout instant dans l’art que nous décrivons.
- i°. Pour souder deux bouts de tube de même calibre et de même épaisseur, on doit les présenter à la flamme de la lampe; quand ils sont suffisamment rougis, prêts à entrer en fusion, on les approche l’un de l’autre au milieu de la flamme : on souffle , ensuite plusieurs fois, afin que le veiic
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- •des deux tubes s’amalgame parfaitement. Il suffit, ordinairement pour cela, de faire chauffer le verre deux ou trois fois.
- a.0. Pour souder un verre e'pais avec un autre beaucoup plus mince, tel qu’un tube capillaire avec une boule ou un •cylindre, il faut rétrécir à la lampe le bout du tube que l’on veut souder, en ayant soin toutefois qu’il ne devienne pas trop mince. Pour cela, on tire une pointe par les deux extrémités du tube, et par celle opposée à celle que l’on veut souder, on souffle une boule formée, que l’on crève. On présente ensuite et en même temps à la lampe le tube et la boule ou le cylindre, en bouchant avec de la cire molle les extrémités ouvertes du tHbe ou du cylindre. Quand le verre est en fusion de part et d’autre, et que la chaleur de la flamme a réduit les deux pièces à une ouverture d’un même diamètre, on les rapproche, afin de les réunir ensemble : on présente cette soudure deux ou trois fois à la flamme, en soufflant graduellement.
- Observation générale.
- Cet article, que nous avons abrégé autant qu’il nous a été possible, afin de ne présenter que ce qui était le plus indispensable à connaître pour parvenir à opérer avec sûreté et facilité, donnera , nous le pensons, à l’amateur les moyens de suppléer à l’ouvrier souffleur de verre, dans le cas assez fréquent où il n’eu aurait pas sous la main. Les chimistes et les physiciens, qui ont en général de la dextérité et de l’adresse , qui voudront faire quelques essais, arriveront bientôt, aidés par une grande intelligence , dont iis sont tous pourvus, à manier le verre avec beaucoup de facilité , et ne seront pas arrêtés, dans leurs expériences, par la privation momentanée d’un souffleur, qu’ils remplaceront avec avantage. Us se rappelleront ces paroles remarquables du célèbre Franklin, qui, parlant dans le même sens que nous venons de le faire , disait : « Qu’un homme qui ne saurait pas scier avec une vrille, et percer avec une scie, ne pouvait pas se dire
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- 488 SOUFRE.
- physicien. » L’art du souffleur de verre n’est pas difficile ; il ne faut qu’un peu d’exercice. L.
- SOUFRE. Corps simple combustible, non métallique, solide, cassant, de couleur jaune un peu verdâtre, insipide et inodore à la température ordinaire. Un cylindre ou canon de soufre pressé et échauffé par la main, fait bientôt entendre un craquement qui annonce la rupture de ses parties inégalement dilatées ; sa cassure est concboïde. Le soufre est mauvais conducteur du calorique ; il acquiert par le frottement l’électricité résineuse ou négative, et la propriété d’attirer les corps légers autrement électrisés. Lorsqu’il est transparent, il jouit de la double réfraction; sa densité est de 1,99; son poids atomistique de 201,16; à froid, il est inaltérable au contact de l’air ; il est fusible à 105 ou ioq° centigrades.
- Peu de corps sont aussi utiles que le soufre, soit à l’état de pureté, soit à l’état de combinaison; il est abondamment répandu dans la nature , et s’y rencontre sous plusieurs états: i°. à l’état natif, quelquefois cristallisé, comme ceux de Quito et de Vulcano, recherchés pour les cabinets, à cause de leur transparence et de leur forme régulière, qui est celle d’octaèdre rhomboïdal allongé; on le trouve rarement dans les terrains primitifs, mais presque toujours dans les terrains secondaires, où il accompagne la chaux carbonatée et sulfatée, la strontiane sulfatée de Sicile, l’argile et la pierre alumineuse. Produit de la sublimation opérée par les feux volcaniques, le soufre se rencontre dans le voisinage des volcans récemment éteints et encore fumans, surtout de ceux qui sont en activité, tels que le Vésuve, l’Etna, et ceux d’Islande, de Java , de la Guadeloupe, etc. ; on l’y trouve en masses informes, striées ou cristallisées, et le plus ordinairement en poussière mêlée à des terres. Il y a des terrains qui sont tellement imprégnés de soufre, jusqu’à 20 et 3o pieds de profondeur, qu’on leur a donné le nom de terre de soufie ou solfatare. Telle est la Solfatare près Pouzzole, dans le territoire de Naples.
- 20. Dissous par l’intermède du gaz hydrogène, dans *es
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- eaux thermales dites sulfureuses r telles que les eaux d’En— gliien, près Montmorency, d’Aix-la-Chapelle, de Bagnères, de Saint-Arnaud, de Cauterets , du Mont-d’Or, etc. Dans les bassins et canaux de ces eaux minérales , il n’est pas rare de trouver des dépôts, et des concrétions de soufre devenu libre par le dégagement du gaz, auquel il devait sa solubilité dans l’eau. Ces eaux sulfureuses sont employées avec succès en Médecine, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, dans les affections de poitrin?qui tiennent de la nature de l’asthme, et pour les maladies de la peau qui ont un caractère de gale.
- 3°. A l’état de combinaison avec un grand nombre de métaux , et formant des sulfures natifs, par exemple le sulfure d’argent ou argent vitreux, le sulfure d’antimoine ou antimoine cru des anciens, le sulfure de cuivre ou pyrite cuivreuse, le sulfure de fer ou pyrite martiale , le sulfure de plomb ou galène, le sulfure de zinc ou blende, le sulfure d’arsenic jaune et rouge ou orpiment et réalgar, le sulfure de mercure ou cinabre, etc. Il est combiné à la fois à l’oxigène et aux métaux dans les sels natifs ou sulfates de cuivre, de plomb, de zinc, de chaux, de baryte, de strontiane et beaucoup d’autres.
- 4°. Un certain nombre de végétaux contiennent du soufre. M. Deyeux en a prouvé l’existence dans les crucifères et la racine de patience ; il se sépare de ces plantes pendant leur distillation avec l’eau, et se combine au cuivre des alambics.
- 5°. Enfin, on a reconnu la présence de ce corps dans plusieurs substances animales, telles que l’albumine, les cheveux et la laine. Il résulte , des travaux de Vauquelin, que le soufre est, comme le phosphore , un des éléineus essentiels de la matière cérébrale. A l’époque de 3a démolition de la Bastille, en 1589, on a trouvé dans les fossés, où séjournaient depuis long-temps des substances animales et végétales, de petits grains et de petits cristaux de soufre, qui étaient bien évidemment le produit de la décomposition de ces matières organiques.
- On extrait le soufre pour les usages que l’on en fait en Me-
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- decine ou dans les Arts, i°. des terrains volcaniques dits solfatares, dans lesquels il est mêlé avec des matières terreuses ; 2°. des pyrites martiales, et spécialement du per-sulfure de fer, qui en contient une plus grande quantité que les autres.
- Pour le séparer des matières terreuses, on se contentait anciennement de le distiller une seule fois, par un procédé que nous allons décrire. Le soufre brut obtenu par cette distillation, était introduit dans une chaudière C en fonte Représentée PI. 73, fig. i des Arts chimiques, avec le fourneau en briques dans lequel elle est solidement établie , et chauffée au moyen du foyer f, au-dessous duquel se trouve le cendrier g-. Lorsque le soufre était fondu et qu’on avait laissé déposer les corps étrangers, ou enlevait avec, une cuillère de fer le soufre surnageant , et on le versait dans des moules en bois de sapin ou de hêtre, formés de deux portions de cylindres, et placés verticalement dans les trous d’une table destinée à cet usage. On conçoit que le soufre en canon obtenu par ce moyen ije pouvait pas être d’une grande pureté.
- Aujourd’hui on le soumet à deux distillations successives: la première, qui ne diffère pas beaucoup de celle que l’on opérait autrefois, et qui se pratique sur le lieu même de l’exploitation, a pour objet de séparer le soufre delà plus glande partie des matières terreuses qui y sont mêlées, et d’obtenir le soufre brut. On emploie à cet effet des pots en terre de la capacité de 20 litres, rangés des deux côtés d un fourneau de galères, de manière que leur panse, entièrement plongée dans la maçonnerie, puisse s’échauffer fortement, tandis que leur extrémité supérieure se trouve seule au dehors. Fig. 2 , le tuyau latéral P communique à 1® pot extérieur P' percé à son fond, et par les trous duqu le soufre coule dans la tinette T remplie d’eau. Cette dispo sition est une amélioration apportée à l’ancien appareil ^ présenté fig. 3, où les pots n’étaient chauffés que d un cote, et ne pouvaient être chargés de nouvelle matière sans qu<® démolît la partie supérieure du fourneau. Dans la fig- 2>
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- pots sont placés dans l’intérieur du fourneau, et leur ouverture supérieure dépasse la maçonnerie , d’où il résulte qu’ils sont chauffés également de tous les côtés, et qu’ils peuvent être vidés et chargés sans qu’on soit obligé d’interrompre le feu.
- Le produit obtenu par cette première distillation est le soufre brut ; il n’est point pur ; sa couleur varie du jaune pâle ou foncé , au jaune brun, selon qu’il a été plus ou moins chauffé pendant l’opération ; il a entraîné avec lui u à i5 pour ioo de matières étrangères, dont il faut l’isoler, non par la simple fusion, comme on faisait autrefois pour préparer le soufre en canon, mais par une seconde distillation.
- Dans l’ancien procédé , on ne soumettait jamais le soufre brut à la distillation, que dans l’intention d’obtenir le soufre divisé par sublimation ou à l’état de fleurs. En petit, on le fondait et on le chauffait fortement dans de gra'ndes cucur-hites, au chapiteau desquelles on adaptait une file de pots de terre sans fond, entrant les uns dans les autres, et dont l’as-, semblage portait le nom d’aludels j la fde était terminée par un entonnoir dont la tige communiquait avec l’air. On trouvait le soufre condensé dans l’intérieur de ces pots. En.grand, on chauffait le soufre dans une chaudière de fonte surmontée d’un chapiteau, et communiquant par une embrasure à une chambre voûtée. Le soufre, sublimé à une douce chaleur, venait se condenser sur les parois de la chambre, où on le recueillait après le refroidissement de l’appareil, au moyen d’une porte pratiquée à cet effet.
- On.doit à M. Michel, très habile manufacturier de Marseille , un appareil du même genre , mais perfectionné au point qu’on l’a considéré comme une découverte : il a cela d’avantageux , qu’il permet d’obtenir à la fois, par la distillation, de la fleur de soufre et du soufre liquide propre à être coulé en canon. Cet appareil, dont l’invention remonte à i8i5, est représenté par la fig. 4', tel qu’il a été construit d’abord : C est une grande chaudière de fonte de plusieurs centimètres d’épaisseur, pouvant contenir 5 à 6oo ki-
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- logrammes de soufre; F esî le foyer placé sous la chaudière au-dessous duquel est le cendrier G ; V, D , est la voûte du fourneau ; E est une embrasure par laquelle le soufre s’introduit dans la chambre, dont l’intérieur est désigné par TTT. Dans le tuyau situé à la partie supérieure de la chambre, est une soupape S , qui donne issue aux gaz dilatés , sans permettre la rentrée de l’air extérieur; L est une lucarne, par laquelle on pénètre sur le toit pour y faire les réparations nécessaires ; enfin, P est une porte par laquelle on charge la chaudière; cette porte est en fonte épaisse , et fortement maintenue par une barre de fer fixée par des tenons. Le robinet par lequel le soufre fondu s’écoule, est placé dans l’un des angles de la chambre qui avoisinent le fourneau. Le soufre est reçu dans une excavation pratiquée dans la terre.
- On voit que la chaudière fait l’office de cornue , et que la chambre sert de récipient; la communication entre l’une et l’autre se fait par un conduit en briques, qui tient lieu d’un col de cornue. Le soufre fondu d’abord , puis parvenu à i5o°, s’enflamme ; mais il s’éteint bientôt par la présence des vapeurs d’acide sulfureux ; il acquiert ensuite une chaleur suffisante pour se volatiliser, que l’on présume être de 4oo°. Les vapeurs de soufre se condensent sur les parois de la chambre en une poudre légère, que l’on nomme fleurs : celles-ci subsistent sous cette forme tant que les murs delà chambre n’ont qu’une température inférieure à la fusion du soufre, qui a lieu , comme on sait, à 107°. De là la nécessite de ne point trop prolonger l’opération, car il arriverait, sans cette précaution , que les parois de la chambre s’élevant pat la chaleur latente des vapeurs condensées à une température supérieure à 107°, les fleurs de soufre se fondraient et tom heraient en soufre liquide sur le plancher de la chambre. Guidés par cette observation, les manufacturiers, lorsqu 1 veulent obtenir-de la fleur de soufre, n’activent 'e feu flue pendant le jour, et ne l’entretiennent point pendant la nlU Le lendemain on entre dans la chambre par une poite pia
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- tiquée à cette intention, pour recueillir le soufre sublime'. Lorsque au contraire on n’a pour but que de se procurer du soufre liquide, on doit entretenir le feu jour et nuit. Une conse'quence naturelle des faits ci-dessus exposés, est que les chambres de grande dimension sont propres surtout à la préparation des fleurs, et qu’au contraire les chambres de petite dimension sont préférables pour préparer le soufre en canon, à cause de la facilité avec laquelle celles-ci s’échauffent dans toute leur étendue.
- À l’époque où l’on a commencé à faire usage de l’appareil qu’on vient de décrire , les explosions avaient lieu fréquemment; mais depuis qu’on a la précaution de n’introduire dans la chaudière que du soufre déjà fondu et séparé des matières qui lui sont étrangères, il n’y en a presque plus d’exemple. On présume que la cause de ces explosions était due à la présence de l’acide hydrosulfurique et d’une huile légère, ou espèce de naphte , que le soufre brut produisait à l’aide de la chaleur. L’emploi du soufre fondu d’avance a encore l’avantage de rendre l’extraction des résidus de la chaudière moins fréquente et beaucoup plus facile.
- Il a été fait, au premier appareil distillatoire deM. Michel,
- : des changemens qui l’ont rendu beaucoup plus parfait. Un surtout est digne d’attention, et l’examen de la fig. 5., que nous empruntons à l’ouvrage de M. Dumas, ainsi qu’une partie de • ces détails, mettra facilement à même d’en apprécier l’importance. Ce changement concerne le coulage du soufre, et le rend plus simple et plus expéditif. Dans la chambre ancienne, le soufre coulait, à l’aide d’un robinet, dans une excavation creusée en terre, où on le puisait pQur le .verser dans des moules, d’après l’ancienne méthode. Dans la chambre nouvelle , du côté opposé à celui où se trouve la chaudière, est situé un appareil destiné au coulage du soufre ; voici en quoi il consiste : un bouchon b de forme conique terminé par une tige t constamment pressée par un ressort c , est engagé dans un tuyau également conique, dont est pourvue une plaque de fonte pp ; s est une rigole à bec , par laquelle
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- îi: soufre s'écoule ; au-dessous (le la rigole est un grillage en fer g, sur lequel on place des charbons allumes pour fondre le soufre , qui peut se figer dans le trajet. Le soufre est reçu dans un moule qu’on ajuste au bec delà rigole; ce moule m ( fig. 6 ) est en buis et de forme conique ; il est ferme inférieurement par un bouchon conique aussi et à longue tige o. Lorsque le moule est plein, on le plonge dans l’eau froide, et dès que le soufre est figé et refroidi, il suffit de frapper sur la tige pour faire sortir du moule le cylindre ou bâton de soufre.
- Le soufre en canon obtenu par l’appareil perfectionné de M. Michel est de la plus grande pureté : aussi est-ce celui que l’on préfère peur l’usage de la Chimie et des Arts. I.a fleur de soufre que l’on obtient par le même procédé est, comme sont toutes les autres, imprégnée d’acide, soit sulfureux , soit sulfurique, qu’il faut en séparer par le lavage avant de l’employer dans les préparations médicamenteuses dont il fait partie.
- Extraction du soufre des pyrites. On a principalement en vue, lorsqu’on soumet les pyrites martiales au grillage, d’en faciliter la conversion en sulfate de fer; en effet, le grillage détruit la force de cchésion qui unit leurs molécules, et reud : les élémens qui les composent plus altérables au contact de l’air et de l’humidité. Oii emploie pour le grillage des pyrites plusieurs procédés, que l’on connaît sous les dénominations de grillage en tas ou en pyramides, grillage entre des murs, grillage ou distillation des pyrites. Pendant le grillage* quel qu’en soit le mode, il se volatilise du soufre que le» cherche à recueillir ; ainsi, dans le grillage en tas, on ménagé à la partie supérieure des pyramides des cavités, ou une portion de soufre vient se condenser ; on recueille également du soufre pendant le grillage, dans un fourneau entre des murs; mais, dans l’un et l’autre cas, on perd évidemme^1 une grande quantité de soufre. Le moyen d’en peidie moins est de chauffer le soufre dans des appareils disti a toires , et ce mode, plus avantageux, a été depuis Ion»
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- temps mis en pratique en Saxe et en Hongrie, et depuis adopte' en France par les soins de M. Dartigues. Il est évident, d’après cet exposé, que l’extraction du soufre des pyrites n’est qu’une opération secondaire, qu’on exe'cute dans la seule intention de compenser, ou au moins de diminuer les frais de cette exploitation.
- Nous allons entrer dans quelques détails sur ce procédé d’extraction, et décrire l’appareil dont ou fait usage. On distille les pyrites concassées dans des tuyaux en terre réfractaire , carrés ou cylindriques (fig. 6 bis), de forme conique. On introduit le minerai par le bout le plus large , après avoir placé au bout le plus étroit une étoile en terre (fig. n ), qui donne issue aux vapeurs , et permet au soufre de couler. On ferme le bout le plus large avec un couvercle de .terre (fig. 8), et l’on adapte au bout le plus’étroit un récipient en fonte de fer (fig. g) , qu’on recouvre d’une lame de plomb percée d’un trou (fig. io). Ces tuyaux , au nombre de douze ou de vingt-quatre, traversent un fourneau de galère ; ils y sont légèrement inclinés, de manière que des deux extrémités qui dépassent le fourneau, la plus large est la plus élevée, et la plus étroite est la plus basse. On en voit la disposition dans la fig. 11, qui représente la coupe du fourneau dans le sens de sa largeur. La fig. 12 présente l’élévation du fourneau vue de face : 1, maçonnerie du fourneau ; 2, mur du fourneau, dans lequel sont percées les ouvertures à travers lesquelles passent les tuyaux distillatoircs ; 3, vue des extrémités des tuyaux ouverts ; 4, vue des extrémités des tuyaux fermés ; 5, plaque de terre avec laquelle on ferme les tuyaux ; 6, tuyaux complètement fermés. Enfin, la fig. i3 offre la perspective du fourneau vue de faee : 1, ouverture du foyer;
- 3, escalier pour descendre dans le cendrier ; 3 , mur du fourneau dan’s lequel les tuyaux dis dilatoires sont placés ;
- 4, voûte du fourneau ; 5, soupiraux percés dans la voûte pour la sortie de la fumée ; 6 , tuyaux donc les becs sortent du fourneau et sont vus à découvert ; y, tuyaux dont les becs sont recouverts d’une lame de plomb; 8, récipiens de
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- feinte vus à découvert ; g , récipient de fonte recouvert d’une lame de plomb. On peut remplacer le récipient en fonte par un tuyau en terre, qui, adapté à l’extrémité étroite du tuvau distidatoire, conduit le soufre dans un vase de bois rempli d’eau et recouvert d’une lame de plomb percée d’un trou pour donner issue à l’air dilaté.
- Tous les sulfures de fer ne sont pas également propres à l’extraction du soufre : le persulfure de ce métal est le seul que, sous ce rapport, on puisse exploiter avec avantage ; encore ne faut-il pas croire que le soufre qu’on en retire soit en proportion avec la grande quantité de ce combustible qu’il renferme , laquelle s’élève à 54 pour 100. Il est vrai qu’on pourrait en séparer la moitié ou 27 pour 100, sans' nuire, à la formation du protosulfate de fer, qu’on fabrique avec le résidu de 1 opération ; mais la chaleur nécessaire à l’extraction même de cette dernière quantité opérerait la fusion du résidu , inconvénient grave qui s’opposerait à ce qu’on le retirât sans la destruction de l’appareil. On est donc forcé de se borner à une chaleur modérée, incapable de fondre la pyrite , mais insuffisante pour extraire plus que le quart du soufre qui y est contenu, c’est-à-dire environ i4 pour 100. Au moyen de cette chaleur ménagée, le résidu, demeuré à l’état pulvérulent, est retiré facilement des tuyaux, et peut être aisément converti en protosulfate de fer.
- Le soufre fondu à 107° et entretenu en état de fusion jusqu’à i4°°, ne change pas de propriétés; mais lorsqu’il est parvenu à 16o° et au-delà , il prend une couleur rougeâtre, qui passe ensuite au brun ; il s’épaissit peu à peu, et finit par prendre, lorsqu’il est parvenu à ?-5oa, une consistance 1ede qu’on peut renverser le vase sans qu’il change de place. & l’on coule du soufre épaissi, goutte à goutte , dans une assez grande quantité d’eau pour que son refroidissement soit subit, u reste mou et ductile pendant plusieurs heures, et p ut être tiré en fils aussi fins qu’un cheveu. Ces expén!*lires intéressantes sont dues à M. Dumas. Ainsi il n’est pas beso.n, comme on le croyait autrefois, de chauffer le soufre pend an
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- long-temps pour obtenir le soufre mou ; il ne s’agit que d’ea élever suffisamment la température: tant qu’il est mou, il conserve sa transparence ; en durcissant il devient opaque et reprend sa couleur jaune.
- A la température qu’exige sa fusion, le soufre cristallise facilement. Pour l’obtenir à cet état, on laisse le soufre fonda se figer à sa surface , on brise la pellicule qui s’y est formée, et l’on fait couler la portion restee liquide au centre : on a ainsi une géode artificielle tapissée d’une foule de cristaux, qui sont des prismes obliques à bases rhombes. Cette forme ne ressemble en rien à celle des cristaux natifs , ni des cristaux qui se séparent longuement de la dissolution du soufre dans le sulfure de carbone, ou liqueur de Lampadius, dont la forme présente des octaèdres à bases rhombes. Cette observation importante de M. JVütscberlich, prouve que le même corps, à l’état de pureté, est susceptible de prendre des formes incompatibles, puisqu’elles appartiennent à deux systèmes distincts de cristallisation.
- Le soufre est volatil, et c’est sur cette propriété, comme on l’a vu , qu’est fondé l’art de le purifier. A froid, l’air et le gaz oxigène n’exercent aucune action sur le soufre ; à chaud, celui-ci se combine à l’oxigène de l’air en produisant une flamme bleue avec dégagement de calorique ; cette action est encore plus vive avec le gaz oxigène, il y a plus de chaleur de dégagée, et la flamme^i une couleur violette. Dans les deux cas , le résultat de la combustion est le même ; c’est de l’acide sulfureux. Indépendamment .de cet acide , il y en a trois autres, qui ont le soufre pour radical, savoir : les acides sulfurique, hyposulfurique et lryposulfureux , mais qu’on ne peut obtenir par combinaison directe ; on ne connaît point d’oxide de soufre. Parmi les quatre acides que forme le soufre avec l’oxigène, deux seulement sont employés dans les Arts. Aucun acide n’est plus utile que l’acide sulfurique , on s’en s*sert pour préparer presque tous les autres acides, soit minéraux , soit végétaux , et il n’est presque point d’Arts dans lesquels il ne soit d’un usage journalier. L’acide sulfureux est Tome XIX. 82
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- indispensable pour le blanchiment des laines, et surtout des soies, dont il détruit les couleurs, et spécialement le roux, qu’aucun autre agent ne peut faire disparaître. ( V. les articles Acides sx.tfep.ique et sclfcreex , qui renferment tous les détails qu’on peut désirer sur les propriétés qui les caractérisent , et sur les procédés en usage pour les préparer. )
- Le soufre ne se combine pas à froid avec l’hydrogène, qui à chaud peut le dissoudre sans que son volume augmente ; mais la combinaison de ces deux corps est toujours obtenue par voie indirecte , au moment où l’hydrogène se trouve à l’état naissant, c’est-à-dire lorsqu’il se dégage de corps dont il faisait partie : on le prépare le plus ordinairement avec un mélange, soit de sulfure d’antimoine et d’acide hydrochlorique, soit de sulfure de fer et d’acide sulfurique étendu d’eau. Dans le premier cas, l’hydrogène de l’acide se combine au soufre du sulfure, ta:.dis que le chlore s’unit à l’antimoine ; dans le second, l’eau est décomposée, son hydrogène s’unit au soufre, tandis que son oxigène se porte sur le métal, qui, à mesure qu’il s’oxide , se combine avec l’acide sulfurique. Selon M. Berthier, le gaz hydrogène sulfuré ou l’acide hydrosulfurique le plus pur, est celui que l’on obtient de la décomposition du sulfure de calcium, ou du sulfure double de fer et de sodium , au moyen des acides hydrochlorique ou sulfurique étendus d’eau; mais il paraît préférable d’employer le protosulfure de fer, ^fui donne un dégagement lent d’acide hydrosuîfurique par l’acide sulfurique faible , toutes les fois qu’on a pour but de combiner immédiatement ce gaz à une hase, ou de préparer sa dissolution dans l’eau. (7^. l’article Hydf.oselfekiqee de ce Dictionnaire , pour plus de détails. )
- On combine directement le soufre avec les métaux, en traitant un mélange de ces corps dans un creuset ou dans un matras, à une chaleur convenable. On prépare aussi les sulfures par la voie humide. ( V. l’article Sci.fckes. ) Le soufre s’unit au charbon lorsque le premier est à l’état de vapeur» et que le second est chauffé au rouge. Ce composé a été de-
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- couvert par Latnpadius, qui l’a obtenu en 1796, en distillant des tourbes pyriteuses. MM. Clément et Desormes Ont confirmé l’existence de ce produit en faisant passer du soufre en vapeur sur du charbon rougi. Pour obtenir le sulfure de carbure d’après leur procédé, on prend un tube de porcelaine dans lequel on introduit du charbon grossièrement concassé ; on donne à ce tube, traversant un fourneau , une légère inclinaison ; on adapte au bout inférieur une allonge qui s’engage dans un ballon tubulé, de la tubulure duquel part un tube qui plonge dans un flacon à moitié plein d’eau ; à ce flacon est adapté un second tube doublement recourbé, dont l’autre extrémité s’engage sous une cloche pleine d’eau ; à l’extrémité élevée du tube de porcelaine , on ajuste une cornue contenant du soufre. L’appareil étant ainsi disposé et bien luté, on fait rougir le tube , puis on chauffe la cornue de manière à volatiliser le soufre ; ces deux corps, aidés de la chaleur, s’unissent et donnent lieu à un composé volatil qui vient se condenser dans le ballon et le flacon, dont il occupe bientôt le fond, parce qu’il est plus pesant que l’eau. Le sulfure de carbone est un liquide incolore, de la densité de 1,263 , d’une odeur très fétide et très pénétrante; il se volatilise à 45s sans laisser de résidu; sa vapeur est inflammable, et donne pour produits de sa combustion, de l’acide sulfureux et du gaz acide carbonique ; il est à peine soluble dans l’eau, et plus soluble dans l’alcool; il n’est point décomposé par la chaleur seule, mais bien par les métaux aides de son action, et surtout par le fer et Se cuivre. M. Vauquelin a profité de l’action de ce dernier métal, pour faire l’analyse de ce corps , dont la composition est parfaitement connue. On opère la décomposition du sulfure de carbone, en le faisant passer en vapeurs à travers un tube de porcelaine rougi et contenant des copeaux de cuivre. La décomposition est complète si l'on emploie une quantité suffisante de métal, et si l’opération a été conduite avec précaution et n’a pas été trop précipitée. Dans ce cas, on 11’ob-tient ni gaz ni liquide pendant l’opération , les produits
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- restent en entier dans le tube ; c’est un mélange de sulfure de cuivre et de charbon , dont on sépare facilement les élé-mens en le traitant avec 8 fois son poids d’acide nitrique étendu de 8 parties d’eau : le cuivre s’oxide et se dissout dans l’acide ; la plus grande partie du soufre passe à l’état d’acide sulfurique, et le carbone reste sans altération. Dans le cas où le carbone retiendrait un peu de soufre , on en séparerait celui-ci en distillant le mélange dans une petite cornue. On s’est assuré qu’avec la précaution d’affaiblir l’acide nitrique, il n’exerçait aucune action sur le charbon. C’est par ce procédé simple et ingénieux , que Vauquelin est parvenu à faire l’analyse exacte de ce composé singulier, à déterminer qu’il n’était formé que de soufre et de charbon , dans les proportions de 85,5 du premier, et de i4,5 du second, et à prouver que c’était à tort que quelques chimistes y avaient admis la présence de l’hydrogène et de l’azote.
- C’est du sulfure de carbone ou soufre liquide de Lam-padius , que M. Mitsclierlich s’est servi récemment pour prouver un fait très important pour ceux qui s’occupent de Cristallographie. Ce sulfure ayant la propriété de dissoudre du soufre en excès , et de le laisser déposer à la longue sous forme régulière, a fourni à ce savant l’occasion de constater que ces cristaux de soufre , semblables à ceux du soufre natif, ont une forme tout-à-fait incompatible avec ceux que l’on obtient par une cristallisation artificielle. Il serait bien curieux de s’assurer si les cristaux que fournit, comme on sait, la dissolution du soufre dans les huiles grasses ressemblent, par leur forme, à ceux qui se déposent du sulfure de carbone.
- On obtient une combinaison plus fusible que le soufre, en unissant ce corps avec du phosphore. Le sulfure de phosphore, formé de i partie de soufre et de 2 parties de phosphore , est fusible à 20°. On opère aisément la combinaison de ces corps , en chauffant leur mélange dans un matras aux deux tiers rempli d’eau ; ils se combinent en se fondant. On peut les combiner aussi en ajoutant, par petites portions» du soufre dans un tube ouvert qui contient du phosphore
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- fondu. L’eau dans laquelle la combinaison a eu lieu contient de l’acide hydrosulfurique et de l’acide phosphoreux, produits, selon M. Thénard, par la décomposition d’une petite quantité d’eau.
- Thompson a examiné le premier l’action du chlore sur le soufre, en recevant dans une éprouvette remplie de fleurs de soufre, le chlore gazeux et desséché par le chlorure de calcium ; il a vu qu’il en résultait un liquide rouge-orangé d’une odeur forte et très désagréable, fort acide, et qui, agité avec de l’eau, la décompose, en se décomposant lui-même. De cette double décomposition résulte la précipitation d’une portion du soufre, et la. production d’acides sulfurique et hydrochlorique, qui s’explique parle transport de l’hydrogène de l’eau sur le chlore, et de son oxigène sur la portion du soufre qui ne s’est point précipitée.
- Le soufre, aidé de la chaleur, décompose quelques acides, et se convertit lui-même en acides par suite de cette action. Si l’on fait bouillir de l’acide sulfurique concentré sur du soufre divisé, il y a production d’acide sulfureux , provenant de la décomposition d’une portion de l’acide sulfurique. Le soufre attaque plus vivement encore l’acide nitrique qu’on fait chauffer avec lui, et passe à l’état d’acide sulfurique, en enlevant au premier tout l’oxigène dont il a besoin.
- L’action que le soufre très divisé exerce sur l’argent est si énergique, que ce métal sert de réactif aux chimistes, pour reconnaître les plus petites quantités de ce corps dans un gaz , et même dans un liquide. Ainsi, on s’assure de la présence du soufre dans les liquides albumineux , en y jetant une pièce d’argent que l’on fait chauffer avec eux. La couleur brune-noirâtre que prend bientôt la surface de la pièce, annonce la formation du sulfure d’argent, et par conséquent l’existence du soufre dans le liquide animal.
- Les usages du soufre sont très multipliés : il sert, comme on l’a vu, à la fabrication des acides sulfurique , sulfureux et hydrosulfurique, des sulfures alcalins et métalliques. Il est un des élémens de la poudre à canon et de beaucoup
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- de compositions d’artifices. Les modeleurs et les graveurs mettent à profit sa propriété de rester liquide, lorsqu’après avoir été suffisamment chauffé et épaissi, on lui lait éprouver un refroidissement subit en le versant dans l’eau froide ; dans cet état, ils s’en servent pour tirer des empreintes et faire des moules en creux, dans lesquels ils coulent du plâtre lin humide , et vice versa. Le soufre est fréquemment employé en Médecine : tantôt on l’administre seul et divisé par des moyens différens; tantôt à l’état de fleurs ou de .soufré sublimé , de soufre pulvérisé et lavé, et de magistère de soufre ; tantôt mêlé à du sucre et façonné en tablettes ; tantôt incorporé dans des huiles et des graisses, sous forme de pommades et d’onguens. Il fait encore partie de certaines préparations médicamenteuses et sulfureuses, telles que le kermès, le soufre doré, le sulfure d’antimoine, le cinabre artificiel , l’éthiops minéral, etc. L*****b.
- SOÜFROIR ( Technologie). Les soufroirs sont ordinairement de simples chambres , de petits cabinets , des coffres en bois se fermant bien, et dans lesquels on expose les tissus de laine et de soie , et d’autres substances que l’on veut blanchir à la vapeur du soufre en combustion. Le soufre est placé dans un vase posé sur le sol de la chambre, et de manière à ne pas s’exposer à mettre le feu aux marchandises enfermées dans le soufroir; on allume le soufre , 'l’ouvrier se retire et ferme la porte exactement.
- Le soufre brûle et s’éteint bientôt : l’acide sulfureux formé se répand dans la pièce , et produit sur les tissus ou sur les substances qui y sont exposées, l’effet particulier que 1 on veut obtenir, et que tout le monde connaît. On laisse le soufroir fermé pendant le temps convenable, après quoi 1 on en ouvre les portes et les croisées, pour laisser échapper dans l’air l’acide sulfureux et les gaz délétères dont le soufroir est plein , et qui causeraient l’asphyxie ou la mort de 1 ouvrier qui y pénétrerait sans avoir pris cette précaution.
- En suivant une opération de soufrage, on reconnaît de suite que les plaintes portées à l’autorité contre les sou
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- froirs proviennent de ce que ces ateliers répandent dans l’air l’acide sulfureux qu’on y a produit.
- Cette e'mission dangereuse a lieu : i®. dans le moment où le soufre enflamme' échauffe l’air de la pièce , le dilate et oblige une partie des gaz à sortir par les fentes des portes et des fenêtres ; 2°. lorsqu’on ouvre la porte et les fenêtres du soufroir à la fin de l’opération, et avant d’y entrer pour en retirer les marchandises passées au soufre. 11 est évident qu’un bon système de Ventilation doit suffire pour obvier à l’inconvénient dont on se plaint.
- Il appartenait au savant académicien M. D’Arcet, qui s’occupe continuellement de salubrité publique avec le plus grand succès, de fixer les règles à suivre pour se procurer des soufroirs salubres. « Les moyens d’absorption , dit ce savant, sont ici inadmissibles , et nous n’avons pas hésité à adopter le mode de construction dont nous allons donner le détail en expliquant les figures renfermées dans la PI. 5o.
- » L’auteur propose d’assainir les soufroirs et les habitations voisines, en construisant ces ateliers de telle manière que l’on puisse y renouveler l’air à volonté, et rejeter à une grande hauteur et au-dessus des toits les gaz délétères qui s’y forment, et qû’on ne pourrait impunément aspirer. On arrivera à ce but, en se conformant exactement aux détails qui vont suivre.
- » La fig. i montre le plan général d’un soufroir construit sur de grandes dimensions (i).
- » Ce plan peut donner l’idée d’un soufroir tel qu’on en a besoin dans un grand établissement. IP nous servira à faire bien entendre le principe sur lequel doivent être construits les soufroirs de toutes les. dimensions. Le grand soufroir A, peut servir à passer au soufre }es couvertures de laine , les châles, les draps, etc., etc.
- (i) « Pour abréger Jes descriptions, nous avons désigné les mêmes objets par les mêmes lettres. Les majuscules sont consacrée» à indiquer ies parties du grand soufroir ; les lettres italiques sont employées pour les petits soufroirs. »
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- » Ces objets doivent y être suspendus sur des perches ott sur des cordes place'es de manière à utiliser, le mieux possible le local. Le sol de cet atelier doit être dalle' avec une pente convenable pour faire écouler au dehors l’eau qui dégoutte des étoffes mouillées que l’on passe au soufre.
- » On voit en M, M, les vases dans lesquels on fait brûler le soufre. On peut en augmenter le nombre à volonté, en ayant soin de les placer de manière à répandre le plus également possible l’acide sulfureux dans la pièce.
- » Les deux croisées indiquées en I, K , servent à éclairer l’intérieur du soufroir. Beaucoup de soufroirs n’en ont pas, mais il est utile d’en pratiquer lorsque la localité le permet. Les châssis de ces croisées doivent être fixes, ou clorre exactement. Si cela n’était pas, il faudrait coller du papier sur tous les joints.
- » On voit, en E, la porte par laquelle on entre dans le soufroir. Cette porte doit se fermer hermétiquement. Pour obtenir cet effet, on en garnit les joints avec des morceaux de peau de mouton couverts de leur laine, ou avec de la lisière de drap. Cette porte est percée à sa partie inférieure d’une petite ouverture G , de dix ou douze décimètres carrés, qui se ferme à volonté, en tout ou en partie , au moyen d’une petite porte à coulisse : celle-ci se tient élevée ou abaissée au point convenable par une crémaillère en fer qui se fixe à un clou à crochet placé au-dessus dans la grande porte E. On distingue bien cette disposition en G (fig. 2 et 3).
- » L’ouverture F est celle par laquelle l’acide sulfureux et les gaz délétères doivent sortir du soufroir, soit dans le premier moment de la combustion, soit lorsqu’on veut y renouveler l’air avant que d’y entrer. Cette ouverture F doit être d’un tiers plus grande que la chatière pratiquée à la porte E; il ^faudrait par conséquent ici lui donner i4 oa 16 décimètres carrés d’ouverture ; elle se ferme comme la chatière G , avec une porte à coulisse qui se manœuvre du dehors du soufroir, au moyen d’une corde bien graissée et passant sur des poulies de renvoi placées convenablement.
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- Cette disposition est indiquée en H (fig. 2). Cette corde est terminée au dehors du soufroir par un anneau qui s’accroche à des clous placés en échelons et à différentes hauteurs , de manière à donner le moyen d’ouvrir la porte F au degré que l’on juge convenable
- >-• La grande cheminée D est destinée à conduire les gaz au-dessus du toit de la maison , et à la plus grande élévation possible. Elle doit avoir au moins 3o à 35 décimètres carrés de section horizontale, c’est-à-dire former un rectangle de 4 décimètres et demi, sur 6 décimètres et demi, à 5 décimètres, sur - de côté. En général, cette cheminée d’appel doit être assez grande pour que tous les courans d’air que l’on veut y faire passer puissent y monter à la fois sans se gêner. L’ascension des gaz dans ce tuyau de cheminée est toujours forcée au moyen du tuyau d’appel N , qui peut être celui d’un poêle ordinaire, comme on le voit dans les fig. 1 et 2 , ou celui du fourneau d’une chaudière qui serait utilisée pour le travail de la fabrique. 11 suffit que le tuyau du fourneau d’appel soit placé comme on le voit en O ; il doit être garni d’une clef ou soupape P, pour en fermer l’ouverture lorsqu’on ne se sert pas du fourneau.
- » La cheminée D ne doit servir qu’-au soufroir et au fourneau d’appel ; on ne doit la faire communiquer ni avec des poêles, ni avec d’autres cheminées aux étages supérieurs. On ne doit point y placer de mitres, mais bien lui conserver toute l’ouverture qu’elle a vers le haut, et la couvrir seulement d’un toit en tôle, comme on le voit aux fig. 4 et n, pour empêcher la pluie d’y pénétrer.
- » Si l’on n’a point une cheminée entière à sa disposition, et que l’on soit obligé de se servir d’une partie d’une cheminée voisine , il faut y prendre , dans toute la hauteur, un espace au moins égal en surface horizontale aux ouvertures réunies de la porte F et du tuyau P du fourneau d’appel (1) ,
- (1) « C’est-à-dire, par exemple, que si la porte F a I décimètre carre' d’ouverture, et le tuyau du fourneau d’appel 1 décimètre carre', il faudra
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- et il faut enfermer cet espace au moyen d’une languette ou d’une poterie montante dans toute la hauteur de la cheminée, comme on le voit en plan et en élévation dans les fig. 5 et 6.
- » Nous venons de décrire les différentes parties dont un bon soufroir doit , selon nous , se composer pour être salubre, et ne pas donner lieu aux plaintes des habitans établis dans son voisinage ; nous allons maintenant indiquer les précautions que l’on doit prendre pour bien conduire cet appareil.
- » Lorsqu’on veut se servir du soufroir, on commence par s’assurer que les fenêtres sont bien calfeutrées ; on place les tissus que l’on veut exposer à la vapeur du soufre sur.Ies perches ou sur les cordes du soufroir, et l’on fait un peu de feu dans le poêle ou dans le fourneau d’appel N. Cela terminé, on met la quantité de soufre que l’on croit nécessaire dans les vases M , destinés à cet usage, et que l’on place dans l’endroit le plus convenable pour répandre le plus également possible l’acide sulfureux dans la pièce, sans risquer de mettre le feu aux tissus ou d’en trop échauffer une partie. On allume le soufre ; on ferme aussitôt la porte d’entrée E, ainsi que la chatière G , et on lève au contraire la porte de l’ouverture F, en tirant convenablement la corde qui y correspond et qui passe sur la poulie H (fig. 2 ) ; on accroche cette corde à un clou pour tenir cette porte ouverte.
- » L’air du soufroir s’échauffe, se dilate , et l’augmentation de volume en force une partie à passer parla porte F, pour s’élever dans le tuyau de cheminée D, où le courant ascensionnel , déterminé par le fourneau d’appel, 1 oblige d’ailleurs à monter. On évite ainsi l’émission de l’acide sulfureux , qui, dans les soufroirs ordinaires, se fait sentir autour de la pièce au commencement et même pendant le cours de chaque opération. Au bout de quelques minutes, aPreS que tout le soufre est bien allumé, et l’équilibre établi, on
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- donner an moins 2 décimètres carres à ia petite cheminée qu on pratij dans !a grande.
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- ferme presque entièrement la porte F, en lâchant la corde qu’on voit en L ( fig. 2;, et qui sert à l’élever ou à l’abaisser à volonté, et 011 laisse tout l’appareil en cet état le temps convenable pour que l’opération qu’on y pratique se fasse bien. Lorsqu’elle est terminée et que l’on veut ouvrir le soufroir pour en retirer les marchandises, il ne reste qu’à prendre les précautions que nous indiquerons dans un instant.
- » On voit que le but qu’on se propose, dans la partie de l’opération qui précède, est d’empêcher l’acide sulfureux de sortir du soufroir par les petits joints de la porte E et de la chatière G. Ce résultat s’obtient en 11e fermant pas tout-à-fait la petite porte F ; il suffit qu’elle puisse donner passage à une masse d’air un peu plus considérable que celle qui peut s’introduire dans le soufroir par les joints de la porte E, et de la chatière G, pour que le tirage, étant bien établi dans la cheminée D , ce soit toujours l’air atmosphérique qui tende à entrer par les joints dans le soufroir, ce qui le rend complètement inodore. On obtient cet effet en faisant passer continuellement à travers le soufroir un petit courant d’air, mais l’économie exige que ce courant d’air soit le plus faible possible ; c’est pour cela que nous recommandons de bien calfeutrer les croisées , et de faire clgrre les portes le plus exactement que l’on pourra. Pour bien utiliser cette espèce de lut d’air ou de fermeture aérienne, il faut que la porte de l’ouverture F ferme mal ou soit conservée entre-ouverte, et qu’au contraire la porte E du soufroir et la chatière G, sans être exactement closes , le soient le mieux possible. On augmente à volonté la vitesse de ce courant d’air, en ouvrant davantage la porte F, et en augmentant le feu du fourneau d’appel. Plus le courant d’air est rapide, plus l’acide sulfureux est repoussé dans l’intérieur du soufroir, et plus l’appareil devient inodore.
- » Avant d’ouvrir la porte d’entrée E du soufroir, on allume un peu de feu dans le fourneau d’appel N : on ouvre entièrement la porte F, et l’on élève un peu celle de la chatière G. On élève de plus en plus, et de quart d’heure
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- en quart d’heure, cette dernière porte; on Ja laisse enfin tout ouverte pendant le temps que l’expérience en indiquera la ne'cessiié.
- » Le courant ascensionnel déterminé, dans le tuyau de la cheminée D , par le fourneau d’appel N, oblige l’air atmosphérique à pénétrer dans le soufroir par la chatière G. Cet air se mélange avec les gaz délétères, et les entraîne au dehors avec lui, en passant par l’ouverture E, et par le tuyau D , qui leur donne issue à une grande hauteur et au-dessus des toits. Cet écoulement continuel rend bientôt l'air du soufroir respirable. Lorsqu’il ne sent plus l’acide sulfureux , et que l’on peut pénétrer dans le soufroir sans danger, on ouvre la porte d’entrée E, et l’on travaille alors dans le soufroir sans y être incommodé, et comme on le ferait dans un atelier ordinaire. En laissant les portes E et F ouvertes et le fourneau d’appel allumé, on a l’avantage de continuer la ventilation du soufroir, et de diminuer d’autant l’odeur que portent avec eux les tissus qui ont été exposés à la vapeur sulfureuse. On vide ainsi le soufroir avec le moins de gêne passible pour l’ouvrier, et sans inconvénient pour les voisins de la fabrique.
- » Nous avons cru devoir joindre , au plan du soufroir que nous venons de décrire, les plans de trois autres soufrojrs, allant en diminuant de grandeur et formant une série d appareils construits suivant le même système de ventilation, et présentant au manufacturier l’avantage de pouvoir toujours se servir d’un soufroir salubre, dont la capacité soit en b® rapport avec la quantité de marchandises qu’il doit y traiter-On voit en a, fig. i, deux de ces soufroirs, qui sont adosses à la cheminée D, et qui sont construits et se conduisent absolument comme le grand soufroir A, dont nous avoas parlé plus haut. Le soufroir a, à droite de la ligne A, > étant fort petit, peut être construit tout en bois, comme une caisse ou comme une armoire. Le sol doit alors être carrelé, et les côtés garnis en tôle jusqu’à 4 décimetr de hauteur, pour éviter tout danger d’incendie.
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- « Si l’on adoptait cette disposition de trois soufroirs adossés à la même cheminée d’appel, il faudrait avoir soin de donner à cette cheminée des dimensions telles, en largeur et en profondeur, que la section horizontale de cette cheminée eût au moins un tiers en sus de la somme des trois ouvertures F, f, f, qui communiquent toutes dans la grande cheminée D , fig. i, des trois soufroirs, afin de pouvoir, en cas de besoin , travailler dans les trois appareils également bien à la fois. 11 est inutile d’ajouter que, si l’on ne se servait pas d’un ou de deux de ces soufroirs, il serait bon de tenir bien fermées toutes les portes et chatières des appareils qui ne serviraient pas , parce qu’alors la cheminée d’appel D établirait un tirage d’autant plus rapide sur la partie de l’appareil dont on ferait usage, qu’il y aurait un moins grand nombre d’autres issues ouvertes.
- » La boîte que l’on voit (fig. 8 ) représentée en perspective, est aussi construite sur les mêmes principes de ventilation; elle doit être carrelée et garnie de tôle à sa partie inférieure, comme nous venons de le dire en parlant du petit soufroir a, fig. i : il doit \ avoir par-dessus ou par côté une porte e, à coulisse , ou une porte ordinaire. La fig. 8 représente une boîte dont le dessus s’ouvre à charnière, et la fig. g indique un dessus de boîte s’ouvrant à coulisse. Dans tous les cas, on doit coller du papier gris sur tous les autres joints de cette boîte, afin de la rendre bien close. La petite porte chatière doit toujours être pratiquée, comme on le voit dans la fig. 8, à la partie inférieure d’une des faces verticales. Cette porte , placée ainsi, sert à ventiler au besoin la boîte, et à y placer le petit vase dans lequel on fait brûler le soufre.
- » L© tuyau de tôle d, destiné à donner écoulement au dehors à l’acide sulfureux, etc., doit être garni d’une clef ou soupape.^». L’extrémité de ce tuyau se place comme on le fait ordinairement pour les tuyaux de poêle, soit dans le tuyau d’une cheminée ordinaire , soit en le faisant sortir au dehors à travers le carreau d’une croisée. 11 faut avoir soin,
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- dans les deux cas, de le terminer par un coude et un bout de tuyau vertical, comme on le voit en d, fig. 10, et de couvrir ce tuyau d’un cliapeau en tôle, s’il doit être exposé au vent ou à la pluie. Ce tuyau remplace la grande cheminée D des soufroirs A, et a, a (fig. i) , et sert, comme elle, à rendre le soufroir salubre.
- » Pour déterminer l’appel convenable dans ce tuyau de tôle, il suffit d’y engager, à la partie inférieure, et par un trou fait exprès, la cheminée en verre d’une lampe d’Ar-gand, à double courant d’air, comme on le voit en b, fig. io. Cette lampe remplace le fourneau d’appel N, fig. i, et sert à déterminer à volonté et au degré convenable, l’entrée de l’air atmosphérique dans la boîte , par les joints de la porte, ou par la chatière g, ou par la porte E, et à régler la sortie des gaz délétères contenus dans le soufroir, lorsque l’opération est terminée.
- » On voit que ce dernier appareil est très simple et peu coûteux ; il convient surtout aux blanchisseuses de bas de soie, de blondes , et à tous ceux qui n’exercent pas leur état en grand, bous les invitons d’autant plus à en faire usage, que c’est principalement dans ces branches d’industrie que les soufroirs sont le phis mal construits, et que l’acide sulfureux cause les plus grands accidens.
- » Nous ne parlerons pas avec plus de détail de ce petit appareil ; on en concevra tout l’avantage , et l’on apprendra facilement à en tirer le plus grand parti possible , en lisant avec soin ce que nous avons dit au sujet du grand soufroir A, fig. i.
- >• La fig. 2 représente une coupe verticale du soufroir A, selon la ligne X, Y, fig. i, vue du point I. L’explication de cette figure se trouve comprise dans la description de lsQfig' 1 > nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire d’y rien ajouter. Les autres fig. 3, 4, 5,6, •j, 8, 9 et 10, ont été suffisamment décrites dans le cours de cet article. » ^Jl
- SOUPAPE ( Arts mécaniques). Lorsqu’on veut permettre et empêcher alternativement le passage à l’eau , ou à 1 air, eu a
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- SOUPAPE. 5ïi
- la vapeur, dans un tuyau, on le ferme par un robinet ou une soupape. Le robinet laisse passer le fluide dans un sens et en sens contraire ; la soupape ne permet le passage que dans un seul sens. C’est au me'canicien à choisir celui de ces deux appareils qui convient à l’effet qu’il veut produire. Il faut toujours une action spéciale pour tourner le Robinet, et nous avons déjà exposé, à cet article, les différentes combinaisons dont ce mécanisme est susceptible ; mais la soupape a l’avantage de s’ouvrir et de se fermer d’elle-même , ce qui la rend préférable aux robinets, du moins dans les cas où l’on peut éviter l’emploi de ces derniers.
- U nous reste peu de chose à dire sur les soupapes, d’après l’exposition donnée à l’article Pompe , où le jeu des soupapes a été expliqué. Au reste, voici les formes principales qu’on donne à ces appareils.
- La fig. 1, PL 5g des Arts mécaniques, représente la soupape que nous avons décrite à l’article Clapet.
- La fig. 2 est la soupape en cône.
- La fig. 3 est la soupape à boulet, dont nous avons expliqué le jeu à l’article Bélier hydraulique, T. III, page 5. Le boulet S est creux pour en diminuer le poids; il est destiné à boucher l’orifice s , sur lequel il tombe naturellement, et qu’il ferme hermétiquement, attendu que cet orifice est travaillé en segment sphérique sur le même rayon que le boulet; quand celui-ci est soulevé, le liquide passe par le trou. Pour s’assurer que le boulet ne se détournera pas de côté, il est retenu et guidé par trois bandes de cuir flexible bd, be, bf, qu’on attache à la pièce abc; c’est ce qu’on appelle une muselière.
- Les fig. i et 4 , PL 4® > montrent en A des soupapes en disque ; cette pièce circulaire porte une queue, et est mobile sans charnière ; seulement il lui faut un guide , pour qu’elle ne se déverse pas. La queue est forcée de glisser dans un anneau, ou bien comme en S, dans la fig. i, PL 8 bis, cette queue est poussée par un ressort à boudin rr. Quand le bord de cette soupape est destiné à entrer dans l’orifice, ils doi-
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- vent être façonnés en cône tronqué, l’un et l’autre, comme pour la soupape en cône.
- Les fig. 6 et 10, PL 46, montrent encore des applications des soupapes à boulet, et la fig. 12, des clapets simples et doubles.
- Il nous reste à parler des soupapes de sûreté, qu’on emploie dans les machines où l’air, la vapeur et l’eau sont renfermés dans des capacités fermées, et où ces fluides sont soumis à de grandes pressions. Comme cette force se transmet aux parois , proportionnellement aux surfaces {T7. Fluide), si elle excédait certaines limites, le vase n’offrant plus assez de résistance, s’éclaterait de tous côtés ; la machine serait détruite, et ferait au dehors de dangereux ravages.
- Un piston ou une soupape g (fig. 9, PI. 5o des Arts mécaniques) ferme l’orifice d’un tuyau; l’orifice est pratiqué dans l’épaisseur de ce conduit h, qui contient le fluide. Cette pièce est libre de sortir du canal cylindrique où elle est engagée , pourvu que la pression intérieure soit suffisante pour vaincre le poids de cette soupape g, plus celui dont en peut la charger : quant au frottement, nous le négligerons, parce qu’il n’est pas assez considérable pour être pris en considération. Ainsi, lorsque la pression du fluide sur la base de la soupape excède son poids, elle se trouve soulevée, et le conduit i se trouvant débouché , communique avec le fluide et lui sert de passage pour s’écouler. On voit que la pression ne peut jamais excéder ce poids sans être réduite, et la conservation de la machine est assurée.
- Supposons que le piston g, plus ie poids dont il est charge, soit de 10 kilogrammes; que le trou cylindrique dans lequel ce piston est engagé ait 6 millimètres de diamètre ; la surface de la section perpendiculaire est alors 28,27 millimétrés carrés. ( J7. Cercle. ) Ainsi, le fluide qui serait capable de repousser ce piston devrait équivaloir à une puissance de ro kilogrammes répandue sur un cercle dont l’aire est de 28,27 millimètres carrés , en négligeant le frottement. Divisant 10 par 28,27, on trouve que chaque millimètre cane
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- SOUPAPE. 5x3
- de surface est pressé par un poids de o,354 kilogrammes ou 354 grammes, et par conséquent que chaque centimètre carré porte 35,4 kilogrammes (x).
- Comme en général on n’applique de soupapes de sûreté qu’aux machines destinées à supporter des pressions considérables , il importe de diminuer beaucoup le diamèti'e du piston, pour avoir besoin de le charger d’un moindre poids ; et même on diminue encore celui-ci, en le fixant au bout d’un levier qui en accroît l’effet. On adapte le poids f à l’extrémité d’un levier L , dont le centre de rotation est à l’autre bout ; en sorte que, par exemple, 2 kilogrammes placés eu y, presseront la soupape g, connue si on la chargeait de 10 kilogrammes, en supposant que l’un des bi'as de levier soit 5 fois l’autre. ( V. Levier. ) Quand une machine est en activité , il est bien aisé de prendre directement les mesures des bras de levier, et d’avoir le poids de la soupape et celui du levier (2).
- Ordinairement la soupape de sûreté est entrée dans un tuyau de plus grand diamètre que celui du trou qu’elle boucbe. Ce trou est alors façonné en cène tronqué , ainsi que le bout de la soupape , de manière à bien s’ajuster l’une sur l’autre. On évite ainsi une partie du frottement, et l’on rend l’exécution et le jeu du piston plus faciles. Le plus petit cercle est celui que le fluide presse, et alors c’est cette surface qui est l’élément du calcul ci-dessus , et non pas la section du tuyau au-dessus de l’orifice.
- (1} Voici les élemens de ce calcul. Si le poids de la soupape, plus celai dont on la charge, est P; que r soit le rayon du cylindre base de la soupape, P
- tïï'1 est l’aire de cette base, - est le poids porte’ par chaque unité de sur-
- îT/'a
- face. Ce poids est exprime’ en la même unité que f\ et Tanné de surface dont il s’agit ici, est le carré de l’unité linéaire à laquelle le rayon r est rapporté.
- (2) Soit st le rapport du grand bras de levier au petit, ou le nombre de fois que la longueur du premier contient celle du second, al J le poids dont le bout du levier est chargé ; af est la pression que ce poids ajoute à celui de la soupape. Ainsi, il faut faire ci-dessus, P = a/H- le poids de la sonpape, pour avoir la pression produite sur Purifiée.
- Tome XIX.
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- 5i4 SOUPAPE.
- La soupape de sûrete' que nous venons de décrire est employée dans les Presses hydrauliques , les Machines a vapeur et dans un grand nombre d’appareils. On en varie d’ailleurs la forme, selon les cas où on les emploie. Quelquefois on n’a pas besoin de soumettre la soupape à une forte résistance, et son propre poids suffit, sans le secours de levier, comme on le voit fig. 4 » PU % : a est une soupape conique avec sa tige c ; d est un contre-poids proportionné à la résistance qu’on demande ; le fluide arrive par le tube ee, et tend à soulever la soupape a et son poids additionnel d, dont les mouvemens sont dirigés par une tige c, engagée dans un guide b. Le tuyau d’évacuation est en f.
- Quand on ne tient pas à avoir une mesure actuelle de la résistance qu’oppose la soupape de sûreté , on se sert de ressorts au lieu de poids, comme on le voit fig. 5, où l’on a représenté la soupape de sûreté à piston. Le cylindre B et le piston A sont parfaitement ajustés l’un sur l’autre ; la tige CD de ce piston est reçue dans un guide, et maintenue par un ressort d’acier, qu’on dispose comme on veut, et qui est ici contourné en boudin. On comprend que ce ressort pousse le piston et l’applique sur le collet qui lui sert d’arrêt ; mais quand la pression du fluide qu’on suppose exister au-dessous, devient assez forte pour surmonter la résistance du ressort et le poids du piston, celui-ci est soulevé, l’orifice E du tuyau d’écoulement F se présente au. fluide , qui s’échappe, perd sa force surabondante, et soulage les parois. Alors le piston redescend en A. On peut même avoir juste la force de pression à laquelle le piston résistera , en le soumettant à des épreuves. Un levier chargé d’un poids suffisant pour soulevei le piston, donnera l’exacte mesure de sa résistance, en pat' tageant ce poids en raison inverse des bras du levier.
- M. Garnier a trouvé que, quelque soin qu’on apporte a faire les soupapes de sûreté, elles ne joignent jamais assez bien sur l’orifice pour que la force de la vapeur ne les soulève pas avant. que cette vapeur n’ait atteint, au Manomètre, la tension que la théorie indique pour le poids et la sui
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- SOURDINE. 5i5
- face de la soupape; mais il remédie très bien à cet inconvénient, en né faisant porter la soupape que sur un cercle d’un demi-millimètre au plus d’épaisseur. Cet inconvénient est tel, que non-seulement on perd de la vapeur, de la force, et par suite du combustible ; mais encore la vapeur ne peut jamais acquérir la tension nécessaire au travail de la machine, tension pour laquelle la charge de la soupape est calculée.
- On donne le nom de soupape hydraulique à la manière dont on dispose les tuyaux pour permettre ou défendre le passage à un gaz , en faisant plonger le bout ouvert de ce tuyau dans un liquide. Si le gaz éprouve dans le tuyau une pression suffisante pour vaincre le poids de la charge du liquide , il sortira ; dans le cas contraire , le liquide fermera le passage complètement. Un appareil de ce genre est représenté fig. 4> Ph io des Arts de Calcul, et décrit T. XII, page 267 ; il sert à boucher l’entrée d’un conduit d’un siège dans les Lieux d’aisance , pour empêcher le gaz fétide de sortir par cet orifice. On emploie aussi ce genre de soupape pour boucher l’entrée du conduit d’un Évier , pour permettre la sortie du liquide provenant des vapeurs qu’entraîne la distillation de la houille dans l’appareil d’ÉcLAiRAGE au gaz. Ces vapeurs, condensées par leur longue circulation dans des tuyaux, viennent se réunir à la partie supérieure et sortent par un orifice, lequel est baigné dans l’eau, pour empêcher le gaz de s’échapper. ( V. PI. 26, fig. 4 des Arts chimiques. )
- Fr.
- SOURDINE ( Arts physiques). On appelle sourdine une petite lame de bois qui est carrée, de 18 lignes environ de côté, dont le bord est fendu selon l’épaisseur, de manière à former une sorte de pince, par l’effet de l’élasticité du bois. On s’en sert pour pincer le bord supérieur du chevalet d’un violon, et y demeurer momentanément fixé. À cet effet, la sourdine porte trois larges échancrures pour le passage des cordes, qu’elle ne doit pas toucher quand on la met en place. Cette pièce additive, en augmentant la masse du chevalet, en affaiblit beaucoup les vibrations, et le son ne se communi—
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- 5i6 SOURICIÈRE.
- quant plus aussi librement à la table, prend une qualité particulière de tristesse. Le compositeur qui veut donner à une pièce de musique une couleur mélancolique , indique en tête du morceau qu’il faut le jouer avec sourdine, con sordini. Il y a aussi des sourdines plus grandes pour les altos, Jes violoncelles ....
- Les Horlogers appellent sourdine un bouton saillant sur le bord de la boîte d’une montre, qui, quand on le pousse, fait avancer un ressort intérieur sous le marteau de la répétition , et en reçoit les coups. L’heure est alors connue par le tact, car le timbre ne se fait plus entendre. Fr.
- SOURICIÈRE ( Technologie). F. T. XVIII, page 61, au
- mot Quatre-de-Chiffre. L.
- FIN DU DIX-NEUVIÈME VOLUME.
- SAUTERELLE. C’est le nom que les ouvriers donnent à la fausse-équerre. ( V. Équerre. ) On nomme aussi sauterelle une espèce de Piège pour prendre les oiseaux , les rats, etc-
- Fr.
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