Nouvelle manière d'éteindre les incendies
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- NOUVELLE MANIERE
- D’ÉTEINDRE
- LES incendies;
- Approuvée par la Sociétê Royale d3 Agriculture , le ib Décembre ipgi*
- RAPPORTEURS,
- MM. Foürcroy , Parmentier: Secrétaire,
- M. Broussonet.
- AVERTISSEMENT.
- I.j A France étoit défolée par de fréquens incendies, & aucun artijle ne 03en étoit férieufement occupé : François Cointeraux fepréfenta & fui accueilli par les miniflres , les intendans 9 les académies, & fur-tout par les âmes charitables. Il voulut
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- tout
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- favoir s & vijita à cet effet les villages particuliérement ceux qui avoient été incendiés : cet artijle Je tranfporta donc , en tySb 9 au bourg de Chorges dans les Alpes , qiu avait été totalement la proie des ficimmes , quoique fes murs fuffent conj-truits en pierres , & la plupart des maijons voûtées jufques au premier étage ; il fe tranfporta ctujji au bourg d’Oifemont en Picardie , à plus de zoo lieues de celui de Chorges, qui avoit été pareillement incendié le z 6 juillet zySy , & ou furent réduits en cendres zio maijons 5 iz corps de granges 9 la charpente de F é g Life , le béjroi du clocher , dans lequel on trouva au bas 5 les cloches fondues : il fe tranfporta de nouveau aux Alpes, dans le village de G on-teaumes, qui avoit f Ai le même fort : on. ne rapportera ici que fon troifieme procès-verbal pour ce dernier incendie.
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- P R O C ES - V E R B A L
- F Aï T fous C adminifration de M -, l’Intendant de Daùphinê , pour l’incendie du village dè Gonteaumes, Paroijfè de Saint-Thiojjrey , par tAuteur couronné par V Académie a Amiens $ pour le prix de la qutfion contre les incendiesi
- Je soussigné , François Cointeraux , architecte de laf ville de Lyon , après m’être transporté sur la placé incendiée dans le haut Dauphiné , ai appris que cd village a été détruit par une cause qu’il a été impossible de prévoir.
- Le samedi 22 mars 1788 , veille des fêtes de Pâques $ une femme au retour du marché de la Mure , accablée de fatigués et de faim j sur les quatre heures du soir , se hâta de faire cuirç de la farine délayée ( i ) : pour cet effet $ ayant mis fondre dans une poêle uii peu de beurre , le feu y prit; A l’instant ce beurre enflammé passa comme uii éclair par le tuyau de lat cheminée (3) j et de suite fut rabattu $ pai'un vent
- ( 1 ) Cette femme vouloir, faire avec la pâte simple ün diminutif de gâteau , que les habitans de ce pays nomment pat a f lan : pardieu 3 la gourmajidisè n’éioit pas grande*
- (2 ) Il est essentiel de remarquer que cette cheminée avoit été ramonée peu de jours avant Vin-
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- du midi, qui se trouva alors violent, sur le toit de la même maison. Cette flamme alluma aussi-tôt sa cou» verture de paille : c’est ainsi que l’incendie du village commença.
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- Tous les logemens personnels , granges , écuries 9 étables de ce village > étant recouverts , par la même méthode , en paille avec bois de charpente à claires voies , et de plus renfermant quantité de fourrages (3) , de bois , de meubles , d’effets , de chanvres , d’attelages, et toutes autres matières les plus inflammables , furent la cause d’un plus grand embrasement. Il ne fut point possible aux habitans , ni à leurs voisins des autres villagesqui étoient accourus pour porter des secours , d’arrêter le progrès des flammes , ils n’en purent être que les témoins : la fumée répandue dans ce malheureux village , les obligeoient tous à *e retirer à l’écart. Tout fut presque perdu sous leurs
- sendie : ce n’est donc point la suie , mais unique-ment le beurre enflammé qui a mis le feu : ainsi , P on voit que la moindre étincelle} par quelque accident que ce soit, et qu}il est impossible à P homme de prévoir, embrasera toujours et subitement une immensité de maisons ’à- la - fois , tant qipon construira les toits suivant P antique usage.
- ( 3 ) Dans ces montagnes : les habitans , à cause des longs hivers qu’ils y essuient et des îieiges qui y séjournent plus qu* ailleurs , ne peuvent point laisser en plein champ par des meules leurs foins ni leurs pailles ,• ils sont réduits à avoir beaucoup de bâtimens , ou à multiplier les toits pour mettre tout à couvert : il est donc bien essentiel de leur enseigner la maniéré de les rendre incombustibles §
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- yeux : toits , la majeure partie dos planchers , tous les fourrages , grains , meubles , habiliemens , linges provisions quelconques furent consumés en moins de deux heures (4)- Uincendn: devint si furieux dans la direction du vent , que non - seulement le feu se comuuiniquoit de toit en toit , efc se portoit , en traversant les rues d’un toit à l’autre , mais il se propageait encore par les portes du rez-de-chaussée (5).
- J’ai reconnu cette violence du feu par les eueadre-raens de bois de ces portes r qui étoienl presque entièrement brûlés , quoiqu’ils fussent joints immédiatement aux murs , et qu’ils fussent garnis presqu’en tous sens de maçonnerie ; de maniéré qu’il falloit que les flammes fussent des plus ardentes pour aller incendier des portes au de-là de la rue , en traversant et en rasant le pavé par l’effet de l’orage. '
- S’il a échappé quelques planchers , et si les habi-tans ont pu trouver le moment de faire sortir leurs animaux des écuries ( 6) ? il faut l’attribuer à une
- (4 ) Il n’a resté de ce village qu’une seulet maison.
- ( 5 ) J’ai soutenu à l’académie d’Amiens , contre l’avis unanime , que l’isolement des maisons n’est point suffisant pour se garantir des incendies : le lecteur en voit ici la preuve : au- surplus y. l’isolement constitue mal-à-propos en de grandes dépenses les propriétaires : il falloit donc chercher un autre moyen contre ce fléau destructeur y que j’ai heureusement trouvé.
- ( 6 ) Un seul habitant a perdu une mule ; mais tous les autres n’ont pu échapper leurs volailles y ni aucune provision de bouche..
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- Couche déplâtré, quoique mal faits, dontils sont garnis! car tous les planchers , qui étoient faits avec le bois ans cette couche , ont été réduits en cendres.
- A l’égard des murs , iis sont dans le plus mauvais état possible 5 ce qui ne paroitra pas surprenant , lorsqu’on saura que la plupart de ces murs ont déjà soutenu le feu de deux incendies : oui ! le même village a été brûlé en 1728 et en 1789 : voilà donc le troisième embrasement qu’il éprouve dans l’espace de 60 ans,
- Malgré que la plupart des babitans de Gonteaumes se rappellent des pertqs et des dépenses considérables, que leur ont causé les premiers incendies , et quoiqu’ils n’ignorent pas que ces funestes accidens dépendent absolument de la maniéré qu’ils construisent leurs habitations, ils ont encore aujourd’hui la fureur -de bâtir suivant leur ancienne routine. J’ai vu avec regret quelques-uns d’eux faire commencer des toits en charpente (7) , et se proposer de la couvrir eu paille.
- N’est-il pas bien présumable que ces téméraires ba-hitans exposent de nouveau leur vie > celle de leur famille , et celle de leurs animaux : en un mot, à perdre une quatrième fois tout leur bien ! il ne faut ?
- (7) Ce sont quelques bois qu’on a procuré à ces, malheureux incendiés, qu’ils font préparer par le conseil des doctes charpentiers de campagne : ces derniers formeront toujours un grand obstacle aux nouveaux procédés , tant qu’on n’instituera, pas l’ëççlç pub.lique que j’ai établie près de la ville de (jrçnçbje , ou je pie fais fort de former quantité îf'ÇÏ'iVP? pour /p§ ÇRŸQyÇf dans toutes les campagnes.
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- à cet effet, .qu’une étincelle, pour consumer en un jour, et peut-être en une heure, les bâuiuens neufs, et tout ce qu’ils renfermeront. Quel est donc cet aveuglement ? s’il n’est causé par les préjuges , les vieux usages , particuliérement par l’ignorance des charpentiers de village! mais ces erreurs ne préjudicient pas seulement aux gens de la campagne , elles nuisent à la société enliere , puisque l’état en est journellement la victime , même les âmes bienfaisantes qui tendent des secours aux incendiés (8).
- Le parlement de Paris, ayant enfin apperçu le vice de ces constructions si inflammables , a , sur les conclusions de M. le procureur-général , rendu un arrêt de réglement portant défenses aux incendiés du bourg d’Oisemont en Picardie , de ne reconstruire leurs logemens qu’avec des pignons (9) ou en 111a-
- ' (8) L’état aie plus grand intérêt de faire adopter
- mes nouveaux procédés par les pertes qu’il essuie si souvent lors de ces frêquens désastres : les personnes charitables , de leur côté} sont grandement trompées% lorsqu’elles croient servir les incendiés en leur faisant présent des bois pour leurs reconstructions : l’état et ces bienfaiteurs rendent au contraire leurs dons nuis ,, môme nuisibles au corps des Français , comme on l’a mainte fois éprouvé par des incendies qui se sont manifestés trois ou quatre fois dans le môme village.
- (9) On appelle pignons , en Picardie , tous les murs mitoyens .* le parlement croit donc empêcher tes incendies , en obligeant les propriétaires de construire seulement Vextérieur de leurs maisons en matières incombustibles ? quelle erreur l
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- connerie j’ ou en briques , et de ne les couvrir qu’avec des tuiles 5 cet arrêt leur enjoint encore d’éloigner de 60 pieds leurs granges et écuries de leurs liabila-ions (10).
- D’après cet exemple , ne seroit-il pas à souhaiter que le parlement de Dauphiné fixa son attention sur la nouvelle maniéré de bâtir qu’il convient d’employer au village de Gonteaumes ? oui , sans doute , dans le récent désastre qui vient d’arriver dans cette province , il est indispensable d’y apporter de l’ordre, d’y prescrire des loix , même d’employer l’autorité pour les faire exécuter ! c’est le bien général qui l’exige (11) : hélas ! le déficit n’est que trop grand à Gonteaumes 5 il en pourroit résulter , par un
- (10) Cet arrêt est impraticable par les gens de la campagne la majeure partie n’ont pas des cours de 60 pieds de profondeur ; au surplus, comme je l’ai dit, l’isolement est inutile , puisqu'on a 'vu que le village dont il est ici question , a. été entièrement la proie des flammes , malgré plusieurs-de ses maisons isolées : d’ailleurs , le peu de facultés des agriculteurs empêchera toujours L’exécution de ce, réglement $ il faut leur apprendre à construire à bon marché , et non pas les assujettir à des méthodes dispendieuses.
- (n) Je le répété , on ne. fera jamais 'de bonnes loix qu’après la construction de quelques modèles de maisons économiques et incombustibles ; c’est d’ailleurs le moyen de persuader les habit ans : et quarante mille bourgs , villages ou hameaux, valent bien la peine que le conseil du roi prenne la peine et fasse la dépense de ces modèles.
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- quatrième incendie , encore de plus terribles maux par la suite. Si cette fois les habitans ont échappé à la mort? c’est parce que le feu n’a pas pris dans la nuit ! malgré cet événement , que je pour rois presque appeller heureux , les incendiés ne supportent pas moins de grandes souffrances. J’ai vu les familles de ce village presque sans habillement dans ce pays froid, puisque le feu ayant pris la veille de Pâques y il ne leur a resté sur le corps que les seuls vête-mens qu’ils portent les jours de travail 5 j’ai vu les vieillards , les enfans , les peres et les meres couchés à ‘terre sur un sol humide , puisqu’ils n’onfi plus d’autres logemens que quelques rez-de-chaussée3, seulement couverts par les planchers que la couche de plâtre , dont j’ai parlé, a garanti de l’incendie général j j’ai vu ces malheureux incendiés couverts de neige, et d’une pluie glacée qui couloient sur leur» têtes et leurs épaules, puisque le mauvais teins, qu’il fait toujours plus tard qu’ailleurs, sur ces montagnes, fait dégoutter l’eau à travers ces planchers , et augmente encore leur douleur et leur inisere.
- M. l’intendant a déjà fait porter à ces victimes les premiers secours indispensables 5 mais il est bien à désirer que le conseil d’état du roi daigne les aider plus efficacement, en leur faisant donner les instructions nécessaires pour réparer promptement leurs habitations. J’offre de leur faire mettre en pratique les moyens économiques et ineombustibles que j’ai donnés à l’académie d’Amiens , et ceux que j’ai découvert depuis ce prix.
- Fait à Grenoble, ce 6 avril 1788.
- Coihteraux , architecte.
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- On a rapporte* ce procès-verbal tel que l’auteur 1© rédigea à l’époque de l’incendie de ce village • M, l’intejidant de Dauphiné l’adressa au conseil d’état du roi j mais le conseil laissa les incendiés et l’artiste sans réponse } celui-ci ne se rebuta pas, et a continué ses recherches et son instruction publique} aujourd’hui il présente aux départemens , districts et communautés, son moyen précieux pour éteindre efficacement les incendies : le voici par demande et par réponse , pour l’intelligence de tous les habitans de la campagne»
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- NOUVELLE MANIERE D’ÉTEINDRE LES INCENDIES.
- Demande.
- Lorfqu’un incendie fe manifcfte dans un vil-» lage , quel eft le plus prompt fecours qu’on puiffe y apporter ?
- Rêponfe.
- C’eft d’avertir par le tocfin ou par le tambour la garde nationale , les artiftes , les ouvriers-maçons , avec le hommes accoutumés aux travaux publics : la garde pour éloigner du lieu incendié toutes les perfonnes non au fait dés bâtimens oc d’autres rudes travaux ; les artiftes,pour commander & diriger les manœuvres à faire; les ouvriers, pour exécuter l’ouvrage ; enfin les gens de peine , pour aider ces derniers, D.
- Quels font les outils dont 1es artifans doivent fe munir, ioriqu’ils entendent fonner Fulaîme }
- R.
- Les outils les plus néceftaires pour arrêter habilement le cours d’un incendie , ne confident abtolument que dans ceux dont on a le plus d’habitude de fe fervir. En voici rémunération abrégée :
- Les marteaux & pinces de fer des maçons &c couvreurs' les qoignées & haches d-3 charpen-» tiers ç<; biiçherons ; les hottes & paniers des
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- journaliers ; les gros marteaux ou maffes des maréchaux , charrons, ferruriers & forgeurs ; les grappins & crochets des chaufourniers ; les cordes à nœuds des fer-blantiers ; les fourches de fer des valets d’écuries, & autres de cette nature, à l’ufage des gros métiers.
- D.
- Ne convient-il pas auffi de fe procurer dans chaque village de plufieurs pompes , d’une multitude de féaux, de tonneaux & autres vafes à contenir l’eau ?
- R.
- Non : l’emploi de l’eau a été toujours infuf-fifant pour éteindre les incendies , comme je vais le démontrer r chaque paroiffe ne doit s’ap-provifionner que d’un certain nombre d’échelles , de cordes , de crochets à longs manches , de beaucoup de paniers d’ofier , & principalement de pelles & de pioches. Ce font là les feuls outils dont chaque village doit faire la dépenfe , & l’on voit qu’elle eft minutieufe ; mais elle eft de néceffité abfblue , par la raifon qu’il fe-roit trop long , lors d’un pareil défaire , d’aller recueillir ces outils chez les particuliers ; d’ailleurs il pourroit arriver qu’il ne s’en trouvât pas une fuffifanîe quantité , dans un moment auffi preffé, tel que i’eft toujours un incendie.
- D.
- Expliquez*moi votre moyen.
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- R.
- Mon moyen confifte Simplement à éteindre le feu avec la terre : je ne faurois mieux vous le déduire qu’en vous rapportant l’avis des commiffaires nommés, fur mon mémoire, par la Société royale d’agriculture.
- « Le mémoire de M. Cointeraux a deux » objets ; l’un de faire des obfervations Sur » les moyens propofés jufqu’ici pour éteindre » les incendies ; l’autre de donner un nouyeau » procédé pour le meme effet. La première partie » nous a paru contenir des réflexions très-juftes » fur les inconvéniens de la plupart des pro-» cédés connus : après avoir prouvé qu’il n’y » a de véritable moyen anti-incendiaire que la » conftru&ion fans matières combuftibles , 6c » avec la fupprefïion dans les toîts & les plan-» chers , l’auteur décrit le procédé qui lui eft » particulier , & qui confiée à jetter de la terre » fur les matières embrâfées : cet élément fe » trouve par-tout, même dans les villes , en en-levant les pavés : il ne coûte ni grands frais, » ni tranfporc , il n’exige que des bras & du » zele ; les travailleurs , en l’employant , ne » font point expofés à être mouillés & gelés , » comme ils le font avec l’eau. M. Cointeraux » affure que ce moyen réuflit très-promptement pour éteindre les plus forts incendies ; ÔC » l’on conçoit en effet qu’en recouvrant la fur*
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- « face d’une matière enflammée d’une a&.ei » grande quantité de terre , pour intercepter le » conta £f de l’air , l’embrâfement doit cefTer » auffi-tôt. On ne peut que louer le zele & le » dévouement que l’auteur montre pour porter » ce fecours , à la première occafion où un » pareil malheur éclatera dans quelque édifice ».
- D.
- Quoi ! la terre auroit encore cette propriété ! mais comment ayez-vous pu faire cette grande découverte ?
- R.
- Je l’avois faite bien avant la queffion pu-5 bliée pour fe garantir des incendies ; mais elle' m’étoit particulière. Après avoir été témoin de plufieurs incendies qui éclatoient dans la ville de Lyon , & avoir reconnu que l’eau jettéë fur le feu le rallumoit bien fouvent avec plus d’ardeur, je m’avifai une fois dans la maifon de M. Ptipil, lieutenant-général, place de Louis-* le-Grand , où je me trouvai heureufement le premier , délivré de tous les pompiers, de faire démolir au-deffus du toit le tuyau de la cheminée 9 oii les flammes furieufes fortoient à grand force. Cette démolition feule arrêta l’incendie , & il n’y eut d’autre dégât à la maifon que de faire retirer les décombres qui étoient tombés dans le foyer de la cuifine. Enhardi par ce fuccès ^ & me trouvant une autre fois fur un toit, oU
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- fintériéiir de la maifon étoit en feu, j’y fis foiré une ouverture : aufîi-tôt une fumée épaiffe ôc une vive flamme s’élança à plus de 60 pieds de hauteur; mais les hommes que j’avois poflés jetterent par cette ouverture des tuiles , des briques, des plâtras , &: par - là dérangèrent î’a&ion du feu ; alors nous pûmes pénétrer dans le grenier , ce que nous ne pouvions faire aupa* ravant , à caufe du feu & de la fumée qui y convoient, & continuant de jetter fur le feu tout ce qui nous tomboit fous la main, fur-tout la terre du carrelage du plancher, nous devînmes bientôt les maîtres de l’incendie. C’efl à cette époque que je reconnus l’utilité de la terré pour éteindre les incendies , & ce qui appuie mon nouveau procédé , fe trouve encore dans ce que M. Dumond, ancien juge de la prévôté du Vimeux , me raconta lors du fameux im» cendie du bourg d’Oifemont ; il me dit que des voltigeurs & danfeurs de corde qui fe trouvoient alors fur le lieu incendié , parvinrent par leur adreffe à garantir plufieurs maifons du défaftre : quoique les toits fuffent rapides, ils y montoient, abattoient les tuyaux de cheminée , & faifant ébouler leur démolition dans l’intérieur , ils éteignoient fubitement le feu.
- On fera d’autant plus convaincu de ces vérités , lorfqu’on fe rappellera que les boulangers éteignent les charbons ardents en les privant
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- d’air ; que journellement on éteint le feu des foyers en les recouvrant de cendres , & s’il relie quelques petits charbons en feu le lendemain , c’efl parce que l’air a pu pénétrer par quelques petits interflices dans le tas qu’on a fait légèrement. Ainfi la terre, beaucoup plus pefante que les cendres , doit éteindre efficacement tous incendies , & infiniment mieux que l’eau.
- D.
- Je conçois à préfent la théorie de votre procédé ; mais ne feroit-il pas à propos, pour plus de sûreté, de munir chaque village de quelques pompes}
- R.
- Je vous ai déjà dit que cette dépenfe efl inutile; d’ailleurs combien y a-t-il de villages, paroiffes & hameaux, qui manquent de puits, même de mares , en un mot, d’aucune eau ? êc ceux qui en ont , comment pourroient-ils faire l’emplette de corps de pompes, toujours fort difpendieux , fe procurer des pompiers , fournir à l’entretien de ces pompes, aux gages, aux loyers, à une multiplicité de féaux & «l’agrets ? Enfin les communautés qui n’auroient pas des puits très-profonds, qui auroient même des fources , des ruiffeaux & rivières , comment pourroient-elles fupporter tous les frais qu’exige l’art des pompiers, elles dont la plupart font fans revenu, & qui peuvent à peine
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- payer leurs importions ?"Contentez-vous donç de mon procédé, lorfqu’il eft fûr, & écartez tous les autres, pui(qu’ils (ont impraticables, impuiffans ou ruineux.
- n.
- Puifque votre moyen eft le meilleur, comment voulez-vous opérer lors d’un incendie?
- R.
- Lorfqu’un incendie s’eft déclaré, que le tocfm a fait accourir la garde nationale, & chacun des ouvriers muni d’un outil qui lui eft familier ? les entrepreneurs , archite&es , maîtres maçons ou charpentiers placent d’abord les travailleurs à creufer un trou tout près de la maifon où le malheur eft arrivé, & les arti-fans à couper, trancher , tailler, abattre, & démolir la partie enflammée ; les échelles font placées à l’inftant ; les grapins ou crochets à longs manches fervent à atteindre , à arracher, à retirer les effets en feu ; les hommes , les manœuvres , même les enfans portent fur le dos ou fur la tête les hottes & paniers pleins de terre, & la verfent fur le feu ; les uns montent par les échelles, pendant que les autres en defcendent : l’ordre eft le meilleur expédient : tout le monde tient le plus profond filence ; la garde fait taire ceux qui par leurs clameurs étourdiflent les ouvriers ; on va , on vient, on travaille, & on finit fans mot dire : & il
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- ne faut que peu de tems pour voir le commencement & la fin de l’incendie.
- On voit qu’ii ne faut ufer dans ces circonstances d’aucun ménagement ; abattre , culbuter, détruire , & fur-tout couvrir la partie du bâtiment enflammée d*ün tas de décombres , de matériaux & de terre ; par cette diligence ce travail forcé , on pourra endommager une maifon , mais on fauvera tout le village : que dis-je, en abforbant le contaâ: de l’air fubite-ment, on fera bien moins du dégât que fi on s’amufe à éteindre iè feu avec des pompes , puifque le feu s’en joue, Sf que lorfqu’on l’a noyé d’un peu. d’eau d’un côté, il reprend quelques heures après avec plus de force de l’autrè ; ce n’efl pas la même chofe avec les matières qui n’ont aucune fluidité ; oit on les jette ; elles y demeurent & emprisonnent tout de fuite le feu .-.elles facilitent par-là l’intro-du&icn dans la maifon embrâfée, puisqu’elles dé-truifent les flammes comme la fumée, tandis que l’eau jettée fur le feu, augmente l’épaiffètir de cette derniere, & empêche aux perfonnes de fe voir, de s’entendre & de porterie vrai Secours. * Tel efl le bon office du procédé que je mets au jour ; c’eft aux dé'partemens , diftri&s & communautés à le faire mettre à exécution toütes les fois qu’un incendie fe manifeflera.
- DePImp.deVEZARD& le Normant, r. des Piètres S. G
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