École d'architecture rurale. Quatrième cahier
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- É C OLE
- D’ARCHITECTURE RURALE.1
- QUATRIÈME CAHIER,
- Dans lequel |on traite du nouveau P if6 inventé par l’Auteur; de la conftru&ion de fes outils, &c*
- Ouvrage dédié aux Français, et utïls aux autres Nations ;
- Par François Cointeravx\ Profejfeur d'architecture ruraleè
- 4 PARIS i
- Chez l’ÀUteür , grande ruë Verte, fauxbourg Saint-Honoré, N°. 1130;
- Et chez les principaux Libraires de l’Europe^
- g'...... ..........»
- Novembre 1791,
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- PRIX DES OUVRAGES
- D’ARCHITECTURE RURALE.
- J_jE premier cahier qui traite de l'ancien pifé des Romains, pratiqué par les Lyonnois depuis plufieurs fiecles, & qui traite d'une maniéré de pifé, dont on fait ufage dans un feul canton du Bugey, fur les confins de la Savoie; fe vend avec beaucoup de planches gravées . ............2 liv. & folsi
- Le fécond cahier qui indique les qualités des terres propres au pifé; du choix qu’il en faut faire, du prix de la toife du i
- pifé ; de fes enduits & de fa peinture à frefque ou à l’eaty pure, '
- fans colle ni huile ; fe vehd aufli avec les gravures......2 liv. 8 fols}
- Le troifieme cahier qui traite de l’économie que l’on peut faire dans les entreprifes de ma-nufaâures, de fabriques 8>C de maifons de campagne; fe vend avec les gravures......2 liv.
- Le quatrième cahier ( nouvellement imprimé ) qui indique une nouvelle méthode de faire le pifé, inventé par l’auteur ,& qui explique les moyens & la facilité que l’on aura de voûter avec la terre feule, fur-tout de faire exécuter ' le pifé dans l’hiver, même lors des neiges & des plus grands froids ou frimats ; ïe vend pareillement avec les planches gravées.......2 liv. 8 fols:
- 9 liv. 4 fols
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- J>e t autre part, liv, 4 folsj
- LA FERME ou mémoire //z-40. qui a remporté le prix à la fociété d’agriculture de Paris, fur les meilleurs moyens dç rendre les habitations des cam^ pagnes plus sûres ,fplus faines , plus commodes, éç leur c.onf* tru&ion plus économique, avec un grand plan gravé. , , , 1 liv, 10 fols.
- Total de ces ouvrages féparés , fans le port, pris chez l’auteur. 10 liv. 14 fols.
- Les perfonnes qui prendront la colleâion de ces cinq ouvrages imprimés &t gravés, font priées d’envoyer à Fauteur, feulement on%e livres par la poffe, auffi-tôtil leur fera parvenir, franc de port, partout le royaume, une boîte qui contiendra cette colle&ion,
- , $ota% A l’invitation de plufîeurs propriétaires, M, Çointeraitx vient de faire conftriiire, fur la même échelle d’un pouce pour pied, le modèle en bois des outils du nouveau pifé ; pour faciliter tout le monde, cet auteur délivrera les deux mo* deles de l’ancien 8c du nouveau pifé, moyennant cinq livres \ ainfi il n’en coûtera que fei^e livres pour tout l’ouvrage gravé & imprimé, & pour tous les. modèles d’outils,franc de port partout le roy aume, même y compris, la boîte,
- Qn ne recevra aucune lettre qu’elle ne foit affranchie,
- M% Çq iNTERAUXyprofefJ'êur d’arckitechirç mmlç * dctnoure grande me lT&rte > faux* bourgS* Homré% n°\ aga ; &fm mlkr efl à coté do l’mcim Colifée*
- Nota% fl reffe peu d’exemplaires des. premiers «ahier§,
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- ÉCOLE
- D’ARCHITECTURE RURALE.
- Comment le nouveau pijé a été découvert•
- En 1784, les incendies ravageoient toujours la Picardie : l’alîarme étoit continuelle à la moindre étincelle qui brilloit dans les villages, fur-tout dans la nuit : le tocfin fe faifoit fouvent entendre, tantôt dans un bourg, tantôt dans un village: en un mot, les cris lamentables des malheureux incendiés perçaient tous les cœurs par les journaux, qui, portant d’un bout du royaume à l’autre ces triftes nouvelles ? imploroient des âmes charitables les fecours les plus prompts Sc les plus grands, parce que des hommes avoient tout perdu par ce terrible fléau.
- Une de ces âmes bienfaisantes ne fe contenta pas de foûlager les infortunées vidimes ; elle chercha à arrêter le progrès de ees7fréquens Sc épouvantables défaftres , & crut en trouver le
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- véritable moyen dans un prix pour lequel eîlé
- fit feule h dé. cnit d’une méduüe u’or.
- M de Béthunt-Charofl engagea donc l’oCadénre de Picardie d’aco-pier Ton offre ; & la qutft’on fut potée ainfi :
- Quel efl le moyen le plus fimple & h moins dif» pendieux de provenir & a éviter, DANS LA GENERALITE d' /iMl ENS , les incendies dans la campa g? c , ET EN MÊME-TEMS IE PLUE ANALOGUE aux productions du fol, aux matières communes , propres à la coiJlruchon & a la forme nouvelle dont le* logement, granges & étables peuvent être fufc.ptibles ?
- La gazette m’apporta à l’ext' émité de la France,’ cii j etois alors , ce défi; car c’étfcit attaquer Ls gens de l’art eue de-demander, quels font les matt riaux communs les plus propres à bâtir contre. lt incendies, & quelle ejl la forme qu'on doit donnef aux contractions de la campagne ?
- Je fus affurément lefeul ouvrier des quarante-Juiit concur ens accoutumés aux mémoires, qui -©lai entrer en lxe, parce que 1 s ouvriers rès au fait de la pratique, n’ont jamais fange à concourir aux pr.x académiques , foit parce que leurs entreprifes les occupent a fiez, foit parce que n’étant point littérateurs , ils ont crSÂ-t qu’on fe moque de leurs difeours.
- Le programme m’avoit trop frappé : fa rédaction , $ui embraffoit h feiençe de l’agriculture.
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- par cette autre (Ümande, & en même-tems te plus analogue aux productions du fol, m’avoit rappelé les travaux que j’avois fait dans mon jeune âgé,’ foit à cultiver , foit à bâtir pour les habitans des campagnes : je me décidai donc, pour la première fois de ma vie, à compofer le mémoire que demandoit feulement l’académie d’Amiens.
- Aidé d’un des peres Jacobins , pour lefquels je faifois conftruire à Grenoble un édifice en pierre de taille, j’écrivis ce mémoire, & l’adreffai à M. Charoft : mais , je ne fais par quel acci& dent mon mauufcrit fut perdu : je n’en fus point fâché par la fuite , parce que de plus en plus je trouvois de nouveaux moyens , de meilleurs procédés que ceux qui étoient contenus dans ce mémoire : au furplus, fi cet ouvrage fût parvenu à l’académie, elle y aurait vu que je débutais par réclamer les expériences, & que ja foutenois déjà que tous mémoires quelconques étoient infuffifans pour rendre les habitations des campagnes incombuftibîes.
- Mon appel à la pratique étoit convaincant ; j’établiffois pour bafe , la nécefïité abfolue des expériences, tant pour pouvoir reconnoître les qualités & l’emploi des matériaux les plus communs , & du prix le plus modique, que pour s’affurer de leur confiftance, denfité & durée, ainfi que pour s’affurer du fuccès de différentes opérations plus fimples le$une$ que les autres,
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- cptaigent h. fna’n d’œuvre & l’économie, même' la forme des conflnûions ; je foutenois donc qu’il faîloit indilpenfablement faire des expériences , pon en petit, mais en grand; en un mot, bâtir des modèles de maifons, granges-ou écuries, toutes aufîi grandes que celles qu’on jhaake perfonnellement, ou qu’on fait pour loger les animaux.
- Plus i’approforidilTois là queflion de l’académie , plus j’étois perfuadé de ces vérités ; ce -qui m’enhardit à foiliciter de M. l’intendant dé Dauphiné , un terrain dans lequel je pus faire tes expériences : je m’adreffai. enfuite à M. de Vt-rgennes, alors minière, & lui expofai que l’intérêt de l’état vouloir qu’on établît un atelier public , pour y conftruire des modèles , & y former en même-tems des éleves, fèuï moyen de détruire les préjugés des gens de la campagne , contre les nouveautés qu’àlioit entraîner l’art de Pmcomhuftibiliîé ; que la modique dépende d’un feu.1 atelier public, pour,fervir à la fois d’exemple à tous les villages & bourgs du toyaume , ne pouvpit entrer, en comparaifon avec celle qu’il en coutoit au gouvernement pour réparer les pertes que lui catdoit annuel-lementrie fléau ides incendiés ; que & ptppofoit de couronner l’académie d’Amkns, eu bien 4e la patrie*», par ,1a m&» fsîpabte pbfflxguxs * virons
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- Si aïitfeS , ne fâchant la plupart ni lire ni écrite J
- n’en pcurroient profiter ; que ceux là même ouï feuroient lire n’ajouteroient aucune foi aux nouvelles méthodes , tant qu’ils ne verroien.t pas par leurs propres yeux des modèles; que ce fer oit un vain efpoir d’attendre qu’un heurçux génie apportât au miniflere un fecret pour rendre les maifons à l’abri du feu ; que la plupart de ces fècrets, annoncés pour rendre les logemens in-combuflibles , n’avoicnt eu ioir/cnt pour but que de tromper les minières pour obtenir des récompenfes non méritées ; cpae cas perfonnnes ne fe feroient pas occupées à de vaines recherches , fi elles avoient eu la moindre conndifb fance des conflru&ions, ou fi elles avoient èxerçé l’art de bâtir ; que tous les fels qu’on a employé pour empêcher le bpis ôç'la paille de brûler, font inflifBfans, & ne pouvoient rien contre les incendies qui font toujours violents à la moindre' combuflio-n dHintoip ou d’un plancher; d’ailleurs que l’emploi de ces fels fur. de grandes fin-faces * telles que fifr-des planchers & des'toité jefte*-
- barraffant & 'trop difpendieux pour le pauvre habifentr^i/pnfin , quele vj-aryle feithjitmjgue
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- Pîhfîekfs fois on a élevé à Fans âis Cabanes bipithrifabies t aUxqueHei oïï a mh te fiu , tfan* f efpoitstè Ë$ tr<Mver îmémbüftiUïs pat tbs ftll ê&nt M les atfoiem enâukt& Et'tfifom àes tffdïs m»
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- moyen de fe garantir des incendies ÿ de rendre les villages incombuftibles juiques à la perfection, devoit être puifë dans les premières régies de l’art de bâtir , & que c’étoit un nouveau cours d’étude infiniment effentiel à faire. Après
- été infruBueux , à léexception de ceux quon a fait en Angleterre & en Suède ; mais les plaques de fer minces & les cartons dé un alliage pierreux, font encore plus que les fds difpendieux & impraticables pour les pauvres gens de la campagne. En ij85 , favois fait dijlribuer à mes frais pour U profit de la nation , un imprimé quil efi encore utile de rapporter , pour ôter entièrement lé envie à nos compa-uiotes de tirer des manufaBures étrangères cés matières difpmdieufes , cependant fabriquées par un privilégie que lès rois déAngleterre & de Suède qnt donné aux auteurs de ces inventions.
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- AVIS DIVERS.
- Extrait du Mercure de Frantee , N°. 34.' Août 1785, page 130.
- AVIS SUR LES INCENDIES.
- M. le comte AEfpie, examinant les ravages que caufent les incendies dans la campagne, & le peu de fuccès des méthodes qiéon a employées jufquà préfent pour Us prévenir , f exprime ainjl : wg.
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- «Pautrés obfervations , je terminai ma dem?n4e. par requérir Pé’.abliffem nt d’un a ever oiije pus faire ces expériences, & formtr des élevés , lesquels éleves, d lois je, fe répandront dans les.
- 4t 11 ejl sur que tous Us moyens p opofés jnfu'.cy ne font nullement applicables aux maifons de ca -pagne, comme trop dïfpendieux pour Ls villages, JD'ailleurs , certains matériaux abo nient dans u ïÇ province , & manquent fouvent dans une autre ; c'ejl pour lors qu'il faut s'intriguer , & que k génie de l'ouvrier & de f amateur travaille à chercher tous les moyens pofjîbles pour conflruire des maifons aux moindres J rais, 6* autant que faire fe pourra à t abri de l'incendie : C’eft de quoi tout bon patriote devroit foigneufement s’occuper ».
- Extrait de Part de garantir les maifons cFmccndie*
- M. Mann , auteur de cet ouvrage r & membre de taca'linûe de Bruxelles, penfe qu'il n'ejl nullement impoffiblerni même difficile, de trouver d'autres fubf-tanas incombufibks , outre celles qui ont éti inventées jufqu à préfent.
- Extrait de la feuille hebdomadaire de Dauphiné 3 du Vendredi 19 Mai 1786, n°. 3.
- Le fleur Cointer aux , arcUtectè de Lyon , aucun & -qgfë&tW’W'é > actmlUmera à Grm<éi*x
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- campagnes , pour y exercer chacun le métier que je leur aurois appris ; par cette voie , ces ouvriers , en s’éîabliffant dans les villages par l’appât de l’intérêt qui dï leur feul guide > au-
- ànnonct que. depuis pluji&urs années , il a fait des expériences fur le même procédé du Jieur Têtard, rapporté dans 1‘ journal de Paris , n°. 122 ; quil a bâti p tn jieur s maifons en pi Je, d'une élévation très-conjidérabl'c ; & quapês bien des recherches , il a. trou\ é le moyen d'éviter la trop grande dé p en je, oc-cajwnnét par lladdition du morde à la terre quon emploie à ces conflruclions ; addition que ne peuvent faire les gens de la campagne.
- Il a trouvé en même-tems le moyen £ éviter Üin-convénhnt des couvertures des moules, aujf-bien que Vembarras & le danger pour -remuer ces moules & pour les replacer continuellement ; ce qui gêne con-Jidérablemetit la main-a œuvre d,s ouvriers, lor [qu'ils travaillent fur-tout aux parties les plus élevées des murs. Enfin, il ejl parvenu à perfectionner ce genre économique de bâtir.
- L'avantage de fa méthode ejl donc d'exclure la chaux & le fable du mélange avec la terre, Us moules & leurs couvertures 9 & de produire ainji une grande économie.
- Elle confiée à faire maffiver ou pifer de la terre pur* dans des moules 9 pour fi procurer fdciiemént
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- roient introduit dans tout le territoire de la France, l’art de l’incombuftibiliré, fans qu’il en eût ccûté à la nation d’autre dépenfe que les modiques frais d’un feul atelier.
- de corps folides , qu'il fait enfuite pofer de la même maniéré q'on forme des murs en pierres taillées ; par cette méthode , les gens les moins aifés de la campagne pourront faire eux-mêmes , dans l'hiver eu dans d'autres tems morts pour P agriculture, ces majfes de pifêÿ qu'ils majfveront à Paife fous urt hangar, appentis oit autre piece à couvert, pour en-fuite Ls faire pofr , au beau tems , par les maçons , toutes les fois quils le jugeront à propos. IL ne s'agit, pour opérer, que de prendre deux pièces de bois éqnarries , foit poutres oïl autres, que P on placera parallèlement fur un fol uni, à diflance Pune de P autre, fuivant Pépaiffeur que P on voudra donner aux murs projetés, & à travers Icfquelles P on mettra , d'intervalles en intervalles., des bouts de planches 9 qui détermineront les grandiurs des quartiers de pifê. Toutes ces pièces de bois feront fixées folidement, de manière à pouvoir majjîver ou pifer avec foliditi & en corps bien compacte : par ce moyen, chaque habitant s'appr o vif on nera infenjibhment des matériaux de ce genre, en terte pure , à peu de frais , & pourra faire des confractions plus fpacievfes 9 & fe faciliter dans fs travaux dfagriculture. - ^
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- On ne fit point afîez d’attention à des propd* fitions aiifîi avantageufes, à l’utilité infinie qui feroit réfu té d’un pareil établifTement : que de maux en a ifî\i)és depuis! que d’incendies fe
- L s ptrfonnes qui voudront voir la maniéré d'opérer du Jîcut Coinieraux , qui fe fera un plaijir de la four montrer , fe rendront à fon atelier, hors la porte de France, à Grenoble , fur l'ejplanade 9 oîi il exécu e plufLurs pttitts conjh uBions de ce genre , & d'autres qui ont £avantage a'être incombujlibles.
- Ces êtabüffemens font formés fous £ autorifatioit de M. de la Bove, intendant de cette province.
- Extrait de !a feuille hebdomadaire de Dauphiné* du vendredi 26 Mai 1786, n°. 4.
- La découverte d'un papier-pierre , inférée dans la feuil e p é.éJente de Dauphiné, N°. 3 , n a pas Ls avantages des maifons incombujlibles qiüannonce U fleur Cointer aux , dans la même feuille , non plus que les plaques de fer minces, & les enduits mêlés de pailles & foins appliqués fur• les bois.
- Sa méthode , fufceptible de toutts fortes de nations , fuivant les lieux , les citconflances ou les différentes formes qu'on voidra donner aux bâtimens f fera toujours préférable, parce quelle efl plus écono* mique, plus facile à exécuter dans tout pays, Æ* plus sure , pur li retranchement des matières
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- font manifeftés ! que de pertes les individus &? Tétât ont fupportées ! Et ce qu’il y a de plus malheureux, que de personnes ont perdu la vie dans les flammes !
- Tous les miniftres me comblèrent de louanges depromefles; car je*m’adreflai à tous: mais tous ces éloges, tous ces renvois ne pouvoient convenir à un artifte, comme moi, accoutumé au travail, & qui en vouloit à des faits. Sûr de mes moyens incombuftibles pour les avoir imaginés d’après ma longue pratique, les avoir étudiés par un travail le plus opiniâtre jour ôc nuit, je me vis réduit à faire les frais que devoit faire l’état.
- J’achetai un terrain près delà ville de Grenoble, & y formai Tateliei public. On a vu dans mon traité fur les conftruâions propres aux manufac-
- mahles , en tout ou en partie, Jbit au* planchers, foit aux toits.
- Il ferait a fouhàiter que fa méthode devînt uni-ver [dit dans les bourgs 6* villages, pour les garantir des incendies. Uauteur défîrcroit de la perfectionner de plus en plus , en multipliant fes expériences; mais il a befoin, à cet effet, de fecours étrangers ; (S* il peut les efpérer de la bienfaifance du minifiere, par £ intérêt que ton a de ménager lesbois ^ qui deviennent aujourd'hui Jî rares en France.
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- tnres, page fi 8c fuivantes,' que l’ancien pife 8& les différens genres de maçonnerie, dont ont fait ufage dans plufieurs cantons du royaume* m’étoient familiers pour m’en être fervis dans? plufieurs bâtimens que j’ai confinât.
- Ma grande expérience fut bien utile à la patrie : car je reconnus, par mes recherches, qu’il falloit adopter dans l’art de l’incombuflibilité tous les genres de bâtir pôfiibîes , tandis que mes concurrents n’offrirent à l’académie que celui dut pifé, 8c quelques, enveloppes ou revêtiffemens * enduits ou couches! fur les bois : le pifé ancien* 8c les autres maçonneries me convenoient affez * parce qu’ils fupprimoient toutes charpentes &C tous lés fels qu’on vouloit faire inférer dans les enduits ou couches; mais par malheur , ces genres de conflruftions ne regardoient que- celle des murs, 8c il refloit le plus difficile pour ren* dre les maifons incombuftibles.
- C’étoit de trouver les moyens de mettre les toits , leurs couvertures 8c les planchers à l’abri des incendies; c’étoit là ce que je cherchois avec le plus de foin, 8c le réfultat de toutes nos études me laiffa toujours; indécis fur* les mefures que je prendrais, pour fajpre une chaumière abfdlumerit' incombuffble, celle que l’on bâtit ordinairement avec la boue; celle qui net' peut fupp^rter la moindre.augmentation de dé-f penfes qui: fêrôït împoffible pouï les plus miféj
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- tables hab’tans dès campagnes. Je reconnus alors que tel étoit le but auquel je devois tendre, comme le plus grard fervice à rendre à l’huma-nité; réuflir à eonftruire les réduits des plus malheureux non inflammables, parce que ce font eux qui mettent ordinairement le feu à tout un bourg ou à tout un village; ce font eux aulïl -qui logent les laboureurs, les vignerons, les journaliers, en un mot la clafle la plus nom-breufe des Français qui travaillent la terre; réuf-fir, dis-je, à rendre les chaumières incombuf--tibles, étoit ouvertement fervir la nat on ; je devois donc employer plus particuliérement mon talent à bâtir des demeures, où ces hommes qui nous nourrirent &: nous habillent, puùfent -être commodément, fainement, èc chaudement pour y réparer leurs forces, & y être à l’abri du feu.
- J’ouvris donc les fondations d’une maifon^
- • laquelle m’otoit bien néceffaire pour y retirer
- - les nouveaux outils & machines que j’allois faire conftrùire, & pour y préparer mes nouveaux mortiers, ciments & pifés.
- Je voulus aulFi que ce chantier , ou magafin, fervît ep meme-tems de modèle; j’employai donc en. premier lieu la maçonnerie feule pour
- - préfenteraux pays qui^bÉndent de pierres , qu’il eft poflîble de conifri8$Ç'.«yt£ :cte genre* écono-
- :bMv ~xm matâm bois, fans
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- fer; en effet, elle n’en a pas le plus petit morceau : après ce premier modèle, & content de le pofieder, peur y faire toutes fortes d’expériences , je penfai à en bâtir un autre pour les pays qui manquent totalement de pierres; je ne crus pas devoir m’amufer à l’exécuter en pifé parce que je préfumois que toute la France de! voit connoître cet art antique pratiqué par les Romains, & même plus anciennement exécuté' depuis beaucoup de fie cl es dans une partie de la France (le Lyonnois, mon pays natal.)
- Je commençai donc à faire le premier pas dans cette découverte; en faifant pifer ou maf-fiver, fur un fort ceintre en bois, de la terre pour en faire une voûte. dans les naiffancês de cette voûte, mes ouvriers piloient au mieux ; ce ne fut que lorfqu’ils avançoient contre la courbure qu’ils eurent beaucoup de peine de frapper la terre avec leur pifoirt parce qu’ils étoknt obligés de fe courber & de tenir cet outil fort incliné : f embarras fut plus grand pour fermer la voûte ; nous eûmes bien de difficultés d*y parvenir: enfin, tant bien que mal, la voûte fut faite; auffi-tôt jeffs fortir le ceintre de bois » & je reconnus que le pifé avoit été bien fait jufqu’à la moitié de fa courbure, mais que la terre dans la partie fnpérieure de la voûte, nV voit pu être bien preffée. li me fallut recourir à un autre procédé; je
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- |ir*s deux poutres, entre lefquelles je fis pifèr des caneaux de terre qui réufîirent I merveille: trarlpoité de joie, je me preffai de me fervir d’autres bois que les poutres, & d. les faire tailler fuivant la coupe des pierres de taille pour les voûtes; par ce moyen, je pouvons me precu-rer des voufloirs de terre; ce qui réuffit au-ddà de nus efpérances.
- Pus cha nté que jamais de ma découverte, je me dé, êchai de faire un nouveau c intre en bois, mais infirment plus léger que le premier , qui m’avoit fervi à faire la voûte de terre, fuivant i’ancitn ufage du pifé ; fur ce ceintre , je fis po^ fer les uns fur les autres, la provifion des vouf-foirs de terre, que j’avois faite: aufïi tôt fini de placer, aufli-tôt je fis enlever lé ceintre: je fus pleinement fatisfait d_j la beauté de cette fingu-litre conftru&ion faite en fi peu de tems: c^ttfe nouvelle voûte n’avo t, à la vérité, que cinq pieds de diamètre ou de larg ur.
- Oh prévoit que cette expérience me condu'fit à une plus confidé able. Je bâtis incontinent les murs & la voûte d’une maifonnete* toute e tié-ffement avec des cureaux de terre : -die avort neuf pieds de diamètre ou de largeur, fur douze de longueur.
- Cette conftru&ion droit charmante, quoique brute &dela couleur feule de la terre, puilqid’ lie ifétoit faite qu’avec cette feule matiete, fort i<&
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- croîs , foit le toit ; le nouveau pîie fortant de la main de l’ouvrier', repréfenté par le defîin fur la couverture de ce livre, donnera une idée au lecteur de la beauté & de l’originalité de cette nouvelle maniéré de Eâtir. Il verra par cette planche le même appareil que l’on fait pour la conftruc-tion des murs foigneufement bâtis en carreaux, & boutifles de pierre de taille ; l’autre planche fur la même couverture du livre, repréfente ce pifé couvert d’une peinture à frefque.
- Pour confiruire cette maifon, j’avois fait pofer les carreaux de terre fur la maçonnerie , en pierre des fondations, élévée d’environ dix-huit pouces au-deflus du fol ; foubaffement néceflaire , comme je l’ai dit dans mon premier cahier, pag. 20 & fuivantes, foit pour féparer les deux terres( celle du fol & celle des murs de pifé), foit pour garantir le pifé de toute humidité. Chaque rang de carreaux de terre fut pofé fuc-ceffivement, 6c ayant été faits de la même hauteur entre les deux poutres dont j’ai parlé, nous parvînmes de niveau à la hauteur nécef-faire pour recevoir les premiers vouffoirs de la voûte : rie# n*eft plus facile ni plus expéditif , pu if que chaque carreau avoit forti du moule tout taillé, tandis qu’il faut tailler fix faces pour chaque carreau de pierre de taille.
- Sur des étais , je fis pofer le ceintre en bois ? ^enfuite le# vqu&W de terre, çe qui fe fit habilement:
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- bilement : lorfqu’il ne relia plus qu® la place pour la clef, je fus embarraffé pour fermer ia voûte, & je ne vis d’autre parti pour la bien ferrer, que celui d’appliquer fur les cüntre-clefsj un cours de planche d’un pouce d’épaifTeur. C’eft entre ces planches que je pouvois forcer les clefs, pour pouvo'ir les bien enfoncer, j’employai des pierres avec des briques cuites, taillées en pointe ^ comme le font toutes les clefs des voûtes; indépendamment , je fis gliffer dans les joints des éclats de pierres & des coins de bois dur.
- L’ardeur avec laquelle je faifois travailler £ & je travaillois moi-même, penfa à mê caufee le plus grand chagrin, en faifant écrouler un modèle de maifon que je voulois faire avec lar plus grande précifion. Un de mes ouvriers étoit heureufement defcendu de deffus la voûte au moment que nous poûons les clefs : il s’apperçut que les murs latéraux, qui fupportoicnt notre voûte, fe renverfoienî; il m’appella à grands cris," 8c je me hâtai de descendre : ayant plombé mes. murs, je trouvai en effet qu’ils penchoicnt. On remarquera que je leur avois donné près de deux pouces de talus; eh bien ! ils avoient trois pouces de furplomb, de maniéré qu’ils s’étoienfc fiéjà renverfés d’environ cinq pouces.
- D’oü provenoit cet accident} étoit-ce la pe«î fanteur trop grande des vouffoirs en terre qui «voit Surchargé les murs, 8c les avoient pouûjg
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- en dehors} non, fans doute ! cetoit purement mon étourderie : me preffant trop de vouloir jouir de FefFeî de ma voûte, je faifois enfoncer & j’enfonçais auiîi moi-même, à grands coups jde marteau, les ciefs fur tous les coins, dans Fefpoir que je confolidois bien l’ouvrage : mon efpîit s trop occupé de cette jouiffance, n’avoit pu prévoir que des coins enfoncés à coups redoublés, retendent les bois les plus durs , même étoient capables d’ouvrir un rocher : qu’on veuille bien fe rappelîer l’effet que font les coins frappés de toutes les maniérés, 6c que les bois remplis de nœuds, les pierres les plus compares » les fers & autres métaux, font ouverts ou refendus par le coin & le marteau ! politivement je faifois la même opération pour une matière d’une denfité bien moins grande , telle que celle de la terre. Comment les vouf* foirs de la voûte ne fe font-ils pas écrafés par l’effort que nous leur faifions foutenir en battant les coins prefque comme l’on bat le fer fur une enclume } ïl falloir nécessairement qùe la voûte ou les murs cédaffent à la violence, & ce furent ces derniers : donc que la terre, pilée ou battue , a la plus grande confiftance, ainfi que je Fai fait remarquer dans mon fécond cahier, à l’article de la maffivation de la terre, pag. S & fui vantes.
- Le le&eur conviendra que ma faute s’eft ici heufe»
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- ïeufefiàênt convertie en une excellente expérience* que j’ai faite fans le vouloir; fur-tout, lorfqu’il faura qu’à l’inftant que je me fus apperçu que les murs de la maifon s’écartoient, je fis repoufferi par deffous la voûte, les clefs & les coins, qu’à fur & mefure que nous les remontions, les murs reprenoient leur afîiette : plombant cès derniers, j’eus la fatisfa&îon de les trouver prefqtie perpendiculaires ; répondant enfuite un peu plus les coins &les clefs , les murs fe redrefi* foient, jufqu’à ce qu "enfin iis eurent le même talus que je leuîavois donné lors de leur conf* truétion t c’eff à ce point que je m’arrêtai, Sc que je fis fur-le-charap défaire lè ceintre, lequel enlevé, me laifïii voir, le premier, une fuperbfe Voûte, aufii agréable que celle qu’on pouvoif faire avec les pierres les plus belles & les mieux taillées; cependant elle n’étoiî faite qu’avec la terre.
- Ces expériences m'ayant réufïi au-delà de mes fouhaits, j’efïayai plufieurs autres maniérés pouf faire conftruire les moules ou cafés, afin da pouvoir tirer de la terre toutes fortes de coitf-tru&ions pour l’utilité &C l’agrément de la vie**’
- J’âvois fait des malles de terres de toutes les formes, entr’autres, d’o&ogones, que je fis pofe* les unes fur les autres i au-devant de la maifon dô mon atelier ; il en réfuita deux piliers d’envi roi> dix piçds de hauteur, tout-à-fait extraordi*
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- jaaires, qui multiplièrent mes idées a l’inflm. le £rus voir, &c je ne me fuis point trompé, dans cette nouvelle conUruelion de pifé , mille & mille avantages, pour contenter les fantaifies des hommes les plus fortunés, comme pour fatisfaire les befoins des plus pauvres.
- Les carr-eaux & boutifles, en terre, formant Ides maries cubes, ou parallépipedes, poiivoient être employés à la confïru&ion des murs droits, ides cloifons, des piliers, des pilaftres, des piédestaux, des dés, des pignons pour les toits, des cheminées, des mûri d’appui, & pour boucher les portes & les fenêtres inutiles, ainfi que pour toutes autre? confiruâions en lignes droites.
- Les autres malles de terre de toutes fortes de forme, pouvoient fervir à faire les voûtes, les colonnes, les pyramides, les obélifques, les piliers de toutes figures, polygones &: autres ; ainfi que les piédeftaux ronds & ovales 5 les niches, les vafes & urnes fa&ices, les crèches, les fours, les potagers, & tous autres ouvrages pour l’ornement , le plaifir & le néccflaire des agriculteurs.
- D’ailleurs, je deftinai les piliers que j’avoi# tonftruit au-devant de mon atelier , à remplacer les piquets de bois qui foutiennent les vigne# hautes dans le Dauphiné, & je difôis à moi-tnême : quels avantages fes habitans vont retirer î loin d’avoir des bois qui leur coûtent fore
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- fcher,' foït d’acquifition, foit de réparations conl> tinuelles, par la pourriture de la partie plantée dans le fol, ils pourroient, avec la terre prife (ur le lieu même , élever des piliers de terre, dont la durée feroit prefqu’éternelle, ou bien ces piliers de terre éviteroient aux propriétaires les arbres qu’ils font obligés de planter exprès pour fupporteî* les grands ceps de vignes ; lefquels arbres ne leur fournirent aucune récolte , épuifent eiu core, par leurs racines 8c leurs ombrages, les bleds 8c autres productions qu’ils fement à leur pied; car dans cette partie de la France, ort feme fous les vignes, par conféquent on retiré à la fois du vin 8c du bled, ou autres fruit» dans le même terrain.
- Je reconnus enfuite , par les modèles de me4 voûtes , la polïibilité de faire les chaumières d’u-»! tilité pour y loger fainement 8c chaudement hé pauvres familles, êc les chaumières d’agrément que l’on pouvoit faire dans les jardins de la nature, dits, jardins Anglais ; elles auroient ét$ alors de véritables chaumières, foit par la natura de la terre, foit par fa couleur propre.
- Je trouvai aulîl que l’on pouvoit faire dan^ la campagne, des chapelles, des temples, de* ruines, des fabriques, en faifant avec la terre^ des colona&es , des piliers, 8c autres objet» convenables à chaque genre.
- Je conçus que sur les montagnes les plus éle4
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- Vées, oîi le tranfport des matériaux eft difpen* dieux et fouvent impofiible , dans les vaftes champs éloignés des villages , on y pouvoir bâtir des habitations , en apportant feulement sur les lieux quelques moules pour y pouvoir pifer des maffes de terre avec lefquel'es on au-roit fait fans chaux et fans pierres le logement.
- Je vis auffi dans ce nouveau pifé une infinité d’autres avantages et de refîources que j’indiquerai dans le cours dg ce traité, lo'rfque l’ordre des matières le permettra.
- L’ancien pifé a fon utilité: celui-ci en a encore plus, puisqu’on peut le foumettre à toute forte de courbures et à toute efpèce de formes et de figures ; tandis que les Lyonnois n’emploient le premier procédé , depuis tant de fiècles, même à préfent, qu’à faire des murs droits. Indépendamment le nouveau pifé peut se manipuler dans tous les tems, sur-tout dans ceux ©il les travailleurs de la terre n’ont rien à faire, comme lors des pluies d’été , après les femailles des bleds, avant les vendanges, dans l’hiver &£ dans les veillées; en tous lieux, dans toutes les faifons, & fans aucune science, l’habitant le plus borné pouvoit donc avec ma découverte s’occuper , gagner ou s’approvifionner des matériaux ? ce qui me combla de joie & me fit efpérer, avec jufte raifon, que mes travaux ne feroient perdus ni pour l’état, ni pour ma famille 1 Le riche
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- âttffi troüvoit dans ce nouvel art à profiter dë toutes les manières. Dans Ton château, il n’avoit pas befoin d’appeller des ouvriers artifans pour faire des maffes de terre : fes domefhques , fes fermiers fachant tous les faire , lui auroient fourni, dans les tems morts à l’agriculture, ces matériaux qu’il pouvoit faire pofer au beau tems ou après l’hiver par les maçons : on voit que le nouveau pifé furpaffs infiniment les avantages de l’ancien. Celui-ci ne pouvant jamais fe travailler que hors des logemens, devenait impra-, ticable dans la rigoureufe faifon , lors des neiges, des glaces , des frimats , même à la moindre pluie d’été, comme le font toutes les maçonneries dont on eft forcé de ceffer le travail à la moindre de ces intempéries: Ainfi un artifle a trouvé le moyen de faire travailler tous les gens de la campagne, dans toute l’année,de les défennuyer,’ de faire gagner aux maîtres par les domeftiques, & réciproquement ceux-ci par les premiers : le pauvre journalier pourra ne jamais reffer oifif,' & foutiendra fa famille, dans les tems où il ne favoit où trouver de l’occupation. De ces travaux continus, il en réfultera que les propriétaires d’un petit coin de terrain pourront fe loger; que les plus grands agrandiront les bâtimens qu’ils épargnoient à caufe de leur dépenfe exorbitante ; que les enclos fe formeront, 6c que plus l’opulent poffeffeur fera faire de fujets avec
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- la terre pour Tembéliffement de fa propriété , St qu’il démolira annuellement, lorfque les objets l’enmiyeront, pour les voir toujours les mêmes, comme l’ennuyent toutes, les fculptures, pavillons, colonnes, piédeftaux <k autres , plus fes fonds s’amélioreront, parce que le pifé eft un puifiant engrais, 6c je ne crains pas d’avancer qu’il efl le meilleur ; car aucun cultivateur n’ignore , que tout tranfport de terres quelconques fur un terrain, produit la plus abondante récoltera plus forte raifon, le pifé, qui aura relié quelques années fans avoir été épuifé par aucun végétal, par la plus petite herbe, nourrira les femences.avec des sucs vigoureux.
- Lorfque j’ai été poffeffeur du nouveau pifé,&C que je m’en fus rendu le maître par la pratique f je m’occupai à chercher le moyen d’employer, par cet art, toutes efpèces de terre, et fis plufieurâ amalgames, diverfes compositions de ciments &: différentes couvertures , dans l’idée d’épargner des fommes knmenfes qu’il en coûtait à l’état, jpar la fourniture des tuiles et d’ârdoifes qu’il faifoit aux incendiés et autres habitons qui con-vertiffoient en ces matières leurs toits de chaume ou de paille : à cet effet, je fis encore conftruira jilufieurs machines & outils, & m’en fervis à quantité d’effais : j’envoyai le réfuitat du to,ut à M. de Charofi:, en le priant d’en faire part à l’académie j mais fon zèle fut plus loin, il voulut
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- que je sue tranfportaffe en Picardie J pour y mettre en pratique mes procédés. Je me rendis bien volontiers à fon defir, parce qu’en Dauphiné^ on me difoit que, pour pouvoir m’aider dans mes expériences, il falloit une aiitorlfiition. du confeil ; une autre raifon>qui me décida encore à abandonner l’attelier public que j’avais formé à mes frais, étoit l’impoffibilité de réfoudre la quefiion compliquée de l’académie d’Amiens. En effet pouvois-je connoître , au fond de la France ou j’étois, les matériaux dont on faifoit ufage danç la Picardie , ni ceux qu’on y pouvoit employer avec plus de fuccès &: d’économie, pour la préferver des incendies} Non, fans doute ! je fus donc nécefüté, pour le bien de la nation d’adhérer au vœu patriotique de M. de Charofi; j’avois aufii pour guide celui des minifires, daü inteadans, des académies , d’une infinité de malheureux incendiés, l’embarras des âmes fen-iibles qui leür tendoient des fecours ; en un mot, ayant le vœu de tous les Français, devois-je et pouvois-je ne pas employer mon talent particulier à un objet aufii important ? Je me ferois cru coupable envers la nation, fi je ne l’euffe pas*fait; d’ailleurs j’étois trop avancé dans l’art de l’incombuftibilité, &Z j’avois déjà trop fait de frais , pour refier en fi beau ckemin : ma gloire Sc la récompenfe déjà méritée qui m’atten* doient, l’emportèrent.
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- In 1787 , je quittai donc toutes affaires 5' j’abandonnai ma famille, & partis du Dauphiné pour me rendre en Picardie. J’emmenai avec moi un ouvrier que javois formé, &: voulant profiter de ce voyage , pour vifiîer les méthodes de bâtir & les matériaux qu’on employoit dans divers cantons de la France , je crus devoir prendra un paffe-port : le commandant de Dauphiné m’en donna un honorable. Nous prîmes les chemins de traverf?, &C nous fîmes des effais dans quantité de villages , j’y pris les notes néceffaires fur tout ce qui pourroit être relatif aux caufes des incendies; enfin, ayant traverfé quatorze provinces,1 nous arrivâmes à Verfailles, oii M. de Charoff, s’y trouvant occupé à l’affemblée des notables, m’engagea de nous rendre près l’académie #Amiens, pour y concourir à vifage découvert, c’efbà-dire, par expérience, concurremment avec les mémoires des autres.
- Ce ne fut qu’après trois mois que j’obtins ^ près de la ville d’Amiens, un terrain, fur lequel je fis conftruire un modèle de maifon incom-buftible avec l’ouvrier que j’avois amené du Dauphiné, auquel je ne pus joindre qu’un perruquier Sz un fabricant d’étoffes. Une infinité de citoyens & des gens de la campagne, attirés par la curiolité, vinrent voir mon modèle, & je ne ceffois de leur répondre que j’étois plus étonné qu’eux de la maniéré qu’ils bâtiffoient, qu’ils
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- he dévoient l’être de l’ancien pîfc ; qüe je nâ pouvois conçevoir comment ils avoient pu igno» rer une méthode qui avoit été de toute ancienneté pratiquée dans le même royaume ; que je leur apportois non-feulement ce procédé, non-feulement un autre dans le même genre, mais plus efîentiellement le grand art de faire les planchers, les toits Sc leurs couvertures parfaitement à l’abri des incendies, & ce qu’il y avoit de plus intéreffant, parfaitement économiques ; que je me faifois fort de leur montrer la manière de fe fcryir,pour cet objet, des matériaux que pôuvoit pofféder la Picardie , &c. &c. : mais inutilement, on ne me parloit que du pifé, on n’en vouloit qu’au pifé, comme prefque toute la France ne fonge encore qu’au pifé : 6c cependant mon genre de conftru&ion eft précieux pour fortir tout le fardeau que caufent les incendies dans les campagnes, & diminuer la charge des fecours donnés aux incendiés.
- Pourfuivons. L’intendance de Picardie me tint le même langage que celle du Dauphiné : la continuation de mes expériences demandait un aide du gouvernement , puifque j’avois tout préparé, & que j’étois prêt de les faire, étant d’ailleurs tranfporté à 150 lieues de mon pays natal. Un terrain .le plus inégal, avoit été par moi rendu praticable; mes plans pour élever diflerens modèles fur ce local, éiomii taits ;
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- &: fi on eut profité de mon violent amour % te de ma bonne volonté pour faire le bien de la chofe publique , j’aurois laiffé à la Picardie le plus fameux atelier , ou tout au moins le plus utile qu’on ait jamais établi, te qu’aucune nation ne* poffede pas encore. *
- Des muficiens vinrent me donner une fërénade,1 fur la médaille qui m’avoit été décernée par l'académie d’Amiens , à raifon du prix fur la queftion contre les incendies ; le fon des inftru-mens produint fur moi un effet tout contraire dans pareil cas : a!u lieu de me réjouir, je fondis •en larmes; le cœur flétri, l’efprit chagrin me rappelloient les tourmens que je m’étois donne pour former un atelier ; te mes ennuis augmentaient , lorïque je fongeois que dans la Picardie même , j’allois voir anéantir le fécond. C’effc ce qui arriva ; je fus contraint d abandonner une fécondé fois toutes mes préparations , & de retourner dans le Dauphiné.
- Ayant perdu toutes mes pratiques, & n’àyanf plus d’autre état que celui d’enfeigner aux payfans les moyens que j’avois trouvé pour rendre leurs réduits à l’abri des incendies » j’emmenai cette fois avec moi, toute ma famille au centre du royaume. C’eft à Paris où j’ai établi, pour la troifieme fois, l’atelier de modèle* de maiïons économiques & incombuftibles ; &C c’eft dans la capitale où, pour la fécondé fois %
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- fa fociété royale d’agriculture a couronné msé moyens.
- Avec les ouvriers de charité que la ville de' Paris m’a donné , j’ai confirait , au Colifée fur le terrain du prince français, Charles Philippe f frere du roi plufieurs mauvais murs de pifé „ commencé plufieurs modèles de maifons & de chaumières incombuffibles , quelques piliers 8s Colonnes de terre, ôc je n’ai pu parachever jqu’un^ conftruélion.
- Les/rapports faits fur la troiifiieme expérience «que /ai pu faire en grand fur le territoire du royaume, affûtera le public de la bonté 6c de 3a folidité des voûtes en terre, par la copiç qui fuit de ces rapports.
- EXTRAIT
- SOes proch-verbaux de la fociété £ agriculture de Paris, & du comité d*agriculture 6* de commerce, de Cajftmblée nationale*
- La fociété nous a chargés , M* de Goufîier 6C tnoi ; de faire la vifxte , U. de lui rendre compte «les nouvelles conftruÔions en pifé faites par M,1 Cointeraux dans l’emplacemeht du Colifée; nous» mous y Pommes rendus , & avons examiné fe$ tonftrudions, fes matieres.& f©s procédés. /
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- La matière qu’il emploie eft îa terre prife It un ou deux pieds de la fur face , telle qu’elle fe trouve dans le lieu même de îa conftru&ion * en exceptant la glaife , la marne , ëc toute autre terre tenant l’eau & les fables purs»
- Les procédés font très-fimples , puifqu’ils né confident qu’à battre la terre avec des outils appropriés à leur objet , de maniéré à en rapprocher le plus pofîible les parties , pour en bannir l’air, & fupprimer les vides & interjlicesl La defeription de ces outils eft faite , & les figures gravées dans fon ouvrage, intitulé % JEcoli d’Architecture rurale.
- Ces procédés font de deux efpeces ; le premier eft de Battre la terre fur la place même oii elle doit s’élever en muraille , qu’on éleve effectivement par des aftifes fucceftives : les formes & les équipages nécefîaires pour cette opération font très-fimples , on les trouve décrites & gravées dans ledit ouvrage.
- Le fécond procédé eft de pifer des carreaux, de l’épaiffeur , longueur & largeur que peuvent demander leur deftination ou leur emploi ; ces carreaux s’emploient comme le moëlon ; on peut èn fabriquer par proviüon dans l’hiver & les mauvais tems , à couvert, &£ les employer dans la belle faifon. Ces carreaux fe fabriquent entre des madriers, dont Fîntervalle eft divife en cafés,
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- de l’étencîue &c dé la forme dont on veut avoî* ces moëlons faéHces.
- La terre aiafi battue de la maniéré prefcrite par i’art du pifeur, devient très-folide , & acquiert de l’adhérence , au point de porter les fardeaux dont on charge les autres bâtiraens. La pefanteur fpécifiqiie de la terre battue & mife en état de pifé, au fortir dumou’e, eftaumoëlon dont on ufe à Paris , comme 39 à 44 , & après \m mois de déflation , comme 34 efl à 44 , ce qui fait environ un quart de différence.
- Les conflruéHons en pifé que nous avons trouvées , font d’abord un mur de clôture de dix-huit pouces d’épaiffeur, haut de ûx pieds , fait depuis un an , fermant près de deux arpens , avec un chaperon fait en maçonnerie & mortier de terre. Ces murs font en bon état, fauf quelques lézardes ©ccafionnées par le défaut de folidité du terreih , qui efl de terres rapportées. Les portes ont des montans en pierres , adhérans au mur de terre , auquel ils font bien liés : dans l’enclos efl une petite maifon de dix-huit pieds de long fur douze «le large dans œuvre. Il n’eft entré aucun bois dans cette eonftru&ion , qui efi voûtée de même en moëlons de pifé, en plein ceintre ferré par un rang de deux briques fur toute la longueur. Les murs fur lefquels s’appuie la voûte, ont deux pieds trois pouces par le bas, & deux pieds un pouce à la naiffa^ce de la voûte : les murs de pi*
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- fiions ont vingt pouces par le bas, & dix-huit au faîte du pignon. La hauteur inférieure du bâtiment fous la clef de la voûte, eft de treize pieds.
- Suivant le calcul que nous venons de donner du poids des moëlons en pife, cette voûte péfe tnntt-fix milliers ; les murs qui la foutiennent ont cependant parfaitement réfifté au poids & à la pouffée. La niaifon efl éclairée par la porte, une impofte au-deffus , & au fond par une fenêtre , dont les cadres font en pierre ; & dans les pignons , par des ceiîs-de-bœufs , fans autre cadre que la terre. Cette conftruâion ayant été fondée folidement, & affife fur un foubaffenaent en pierre , de la hauteur de deux pieds, il n’y a aucune fente ni crevaffe , & nous n’y avons apperçu aucun bois ni fer, & pas d’autres pierres que celles que nous avons indiquées.
- La couverture n’eft que provifeire, & faite avec des planches.
- Cette nouvelle expérience du pifé perfe&ionné en démontre les avantages. Ce genre de confcic* tion réunit l’économie à la fqlidité, difpenfe'dé bois ? de fer, de chaux, déplâtré, & ne demande que peu de pierres. Il convient au logement'dit cultivateur, à celui de fon bétail, de fes den* rées, du vin , de la bierre & du cidre j- car ons peut faire d’exceilens celliers en pifé.
- ïl épargne les tranfports & l’achat des matières i peut l’employer fur les montagnes comme
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- dans les plaines, & avec célérité; il ex’gë peti d’équipages pour l’ouvrier : on peut habïteraufS* tôtles bâriftiëns, parce qu’ils leconftruifertt fans emploi dê4’eâuy& qu'ils ne répandent pasplus d’humidité que les terres pdfr>f<puilles ordinaires:; qui l'ont toujours innocentes, Ges bâdmenspeu* vent auffifaire d’excellentes ferres> dans lei jardins; Nous avons dit que cette côftlIrüéHon al’avantage de la céérité; efïedivementÿ t»i cultivateur pour* roit, dans quelques femaines, éiëver fon logement ne grange ôc des éctiïies; Ü-a conftrh&iîoa dont nous rendrons comptera b grandmérite d’être incombuftible ; l’habitant n’a à Sé garantir que de fa propre négligence & dès : imprudences^ Nous renvoyons > pour les autres détails ;; à l’ouvrage de M. Cointeraux, ainû que pour; les or-nemens & décorations en peintures à f^efque ,’ dont ces bâtimens font füfceptibles. / ./b js ;
- ... f •
- Il eft donc à défirer que l’ufage de la contintc-tion, dont nous venons de rendre compté V^fJ pfatque & fe répande par-tout, en fe conformant exa&émènt aux procédés , fans Iefquels lés fuccès ne pourroient être garant s ; que tecôt* que vient d'établir M. Càinmr'aux , foie fréquentée far un grand nombre (Célevés , qui fe répàndroient dans les départemtns , bientôt les conjlruclions amp tes \ commodes & fàtubres, fe multiplier oient ; les inCenî-
- tlies y fourçe crudli de mtnd'mU, deviendraient raMm
- .:;-rrgy.*rc;\*
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- & les incendiés tmim hdmbrmx pmvminfcctre fuott* ms efficacement. no::;::' ::o ' .
- Tel eft le ;fentimént êc le défir que ,nou$ » înfpiré lkxamen des çpuikuftiopg dç . qeî art frap|>eE répandu ÿ&qiïîeiMi Çoif^eràM ar^pef-* f&âiomé : nous pônfons qu’ilréfl du grand-svan^ tagede la nation de le.rendre yulgairé.& familier , fur-tout dans ce moment où les domaines nationaux vont être vendus. Ufoîirêî de' là nation , & l’intention dés légiflatéwrs; eft ;de divifer tfa* grandes propriétés binais dette divifion ferait im-pofllble dans biep ies- cas^ faute: drhabitations i parce qu’il n’en exifte qu’une pour d’immenfes exploitations : il efl donc, effentiel: de faire,con-«offre* ipi genre de conflhi&ipn peu difpendieux, qui facilitera les partages. D’autre part, plwfieurs grands propriétaires qui .ont aujourd’hui le regret d’avoir réunis piùfieurs grandes fermes* dontpartied.es b|timqns ont été fupprimés, pourront aufli les rétaidir à peu de frais , & rendre à l’agriculture, les fainilles que cette réunion avoit labiées fans emploi. Une autre grande conûdé-lotion invite à fayorifejr ces conftruûipns, afin de .loger promptement à peu de frais les .nouveaux habitons desmarais qui feront defle-chés^ôc des landes, qui feront défrichées. On fait qu’jjh des grands obstacles. confifte dans les conf-truftions ruineufes, qui ont communément fait cchouer ,ourendu impofiibles les grandes comme
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- les petites entreprifes : elles devront J avec te fé* cours de ce moyen, fe multiplier à l’infini, fi* comme l’un dé nous l’a propofé, l’affemblée nationale deftine aux familles fans propriété les ferres vaines, Vagues & marais dépendans dés domaines nationaux (que l*on demande de n’ê-* tre pas compromis dans les ventes, dont elles n’augmenter oient pas le prix ) afin de rendre pro-* priétaire cette multitude de familles qui recrutent les hôpitaux & la mendicité. Le pifé préfente un moyen de les loger promptement & à peu de frais.
- Signés BoncérF, Gouffier.
- Je certifie cet extrait conforme à l’original > & au jugement dq la fcciété.
- Signé BROUSSONET, ftcrétaire perpétuel*
- M. Meynier de Salinelles & M. Hell, corn-* miffaires nommés par ie comité d’agriculture Si de commerce de l’affemblée nationale, pour la vifite des maifons ^ ouvrages en terre ou pifé, confiruits par M. Cointeraux, fur l’emplacement du Colifée, êc pour vérifier fi ces confiruâtions répondent à ce que l’auteur promet par fon ou* vrage, qui a pour titre : EcoU <p-Jrchit&ciun ru~ rah, ont rapporté qu’ils ont vu & obfervé ce qui eft porté par le procès-verbal de la fociété
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- <3’agriculture J & qu’ils adhèrent à tout fon con-tenu.
- ÀU Comité, ce 5 Juillet 1790. Collationné fur l’original dudit procès-verbal* contenu au cahier des délibérations dudit Comité» Signé, HerwiN, Secrétaire du Comité* Voici la huitième année depuis la publication *n 17^4, du programme contre les incendies , que je m’occupe de fervir la patrie, & le décret de l’âffemblée nationale , en faveur des gr-tiftes, porte que c lui qui aura confacréfon talent & fa fortune au bien de La chofe publique , aura droit aux rêcompenfes nationales. Ainli, ce décret ne peut me laiffer douter que mon zele ne participe aux rêcompenfes annoncées. Je ne cefierai point de requérir des fecours efficaces pour un atelier public. J’ai déjà formé beaucoup d’é-leves que j’ai envoyé dans la campagne à toutes les perfonnes qui m’en ont demandé ; j’ai fait toutes les expériences que les académies ont défirées : j’ai, plufieurs fois , déchargé la ville de Paris des ouvriers de charité qu’elle avoit fait paffer dans mon école ; j’ai eu une correfpondance fuivie & difpendieufe avec tous les favans & propriétaires qui m’ont demandé des éclairciffemens ; j’ai reçu dans mon atelier tous ceux qui ont voulu s’aflurer de la bonté de mes modèles , entr’autres , quantité de dé-» putés de l’affemblée nationale, de fédérés, d’ou-
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- Vriers & babitans des diftri&s, dont plufieurs ont fait exprès le voyage de Paris ; j’ai vifité, à l’invitation de\MM. les intendans de Dauphiné & de Picardie , deux bourgs & un village , au moment oit ils venoient d’êrre incendiés , dont mes procès verbaux ont été ad rodés au confeil du roi, mais qui font reliés fans réponfe. Je me fuis préfenté toutes les fois qu’il fe manifefloit des incendies , dans les vues d’employer mes nouveaux moyens aux reconflruâions. J’ai formé op-pofition ( lafle de ne pouvoir y réufîir ) à ce qu’on ne délivrât des fecours aux incendiés qu’à, la charge par eux d’employer une partie de ces fecours qu’on leur accordoit , à reeonf-truire par une autre méthode leurs habitations^^ l’effet de ne pas être une fécondé, une 3,* , même une 4e fois la proie des flammes * comme celaf eft arrivé à plufleurs villages , ce qui a épuifé la nation. Je n’ai, pas encore donné à. mes cora* patriotes tous mes moyens , ce que je pourrai faire , quand je ferai aidé d’une maniéré plu® forte ; & Je protefle que ceux que j’ai à donner font de la plus grande conféquence à la nation. Je ne réclame qu’une partie du rembourfement de mes dépenfes, & j’offre d’employer cette partie fur un terrain que me déflgnera le département de Paris ,, à conflxuke d’autres modèles. J’invite tous les départemens, diftri&s , communautés J le le moindre village ou hameau, de fe joindre
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- à mes prieras ; comme chofe qui les regarde plu£ particuliérement, telle que celle de leur prodifire la voie de ne plus fe ruiner en bâti'ffant, de leur éviter tous incendies & la grande confomma** tion des bois, de leur rendre leurs habitations faciles à conftruire , chaudes , commodes , 6è exemptes de toute infalubrité : toutes ces communautés jugeront que je n’ai qu’un corps 6c qu’une vie , 6c repréfenterent aux perfonnes en place , qui penfent que l’objet des incendies &: des incendiés regarde maintenant les dépar* temens, repréfenteront, dis-je , ces corps, que pendant l’annëe que je ferai rëfident dans urf département , lès incendies dévoreront les villages d’un autre. Ainfi, il ne peut y avoir dans la France qu’une feule école d?arthiteéhtre rurale ; d’ailleurs l’économie le commande. Ait furplus y la juftiçe , les loix, la reconnoiffance , me feront rendre une partie de mes dépenfes, que j’offre de nouveau de confacrer à l’utilité publique , avec la refiriftion que ma famille ref* fera* eréancièrë de la nation après mon décès. Français, daignez écouter le voeu de votre com-patriote I il vous laiffera des procédés les plus fimple$j ôé les plus avantageux. Ne perdez pas de frie-^U'il ny peut parvenir pendant & vie, *ju?au moÿende la pratique, 5c d’un terrain fi facile ii tes le territoire dè là France ! terrain
- limande pas h propriété t rfi même là
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- jouiffanceJ mais feulement la permiflion d’y faire fan éûoled?archite fture rurale , d’y lâïlfôr de) modèles, & d’y faire des éleves (i).
- (i) Venclos actuel de tatelier de M. Cointer aux, Jitué a Paris , au Colifee , va être partage, au grand regret de cet artijle, en trois parties , par un propriétaire qui rentre en pojfejjîon de fon terrain. Au futplus, cette école etarchitecture rurale ne peut convenir dans ce local précieux : 1S00 toifes qiielk con<• tient, coûteraient, â raifon de 100 liv* la toife^ »5o,ooo liv, , & il efi facile au département de Paris d'indiquer un autre terrain infiniment moins cher»
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- NOUVEAU PISÉ.
- On a vu , an premier cahier de Fëcoîe d’atf* chitudure rurale , à l’article origine du pifè, que tes hommes , de tôtite ancienneté, ont cortftruit des murs avec de la terre feule; c’èft pourquoi 'Pline les "a nommés murailles de forme. On a vu précédemment, qu’en voulant me fervir de cet art antique peur faire des voûtes f c’eft-à-dire, qu’en voulant pifer, d’après l’ancien ufage , fur un fort ce’ntre en bois, au lieu de pifer dans un encaiffement ordinaire, j’ai été forcé de recourir à un autre procédé , & je me fuis trouvé fort heureux de rencontrer la plus limpîe & la plus avantageuse manipulation qu’il foit poffi-ble, puifeu’il fera très-difficile de rien ajouter à cette méthode. En effet, comment y parvien-droit«on ? Dès murs , des voûtes , èc autres conffru&ions faits avec une matière abondante, telle que de la terre, à laquelle il ne faut aucune manipulation, aucun mélange , aucun mortier, en un tnot{ aucune addition quelconque
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- 3e matériaux étrangers , font vraifemblabîement impoflibles à faire avec plus d’économie. Cependant ces pierres imitent parfaitement celles que la nature produit par l’ouvrage de plusieurs liecles , celles-ci ne font que celui d’un moment,’ ou, fi l’on veut, d’un jour , par les façons qu’elles reçoivent de la main induflrieufe de l’homme.
- Combien il va être facile aux nations d’élever , par ce procédé , des murs de toutes fortes de formes , en tout teins & en tous lieux, & de conflrruire toutes efpeces de voûtes, artifte* ment appareillées , puifque les mafles ou quartiers de terre, repréfentent les pierres les mieux taillées !
- Mais comme bien des perfonnes pourroiènt fe jetter dans une dépenfe un peu confidérable , loin de l’éviter , en voulant faire des voûtes de toutes fortes de courbure, lefquelles alors exi-geroient des voufîoirs de différentes coupes , ce qui multiplieroit les moules, j’aurai foin de les prévenir, lorfqite je traiterai plus particuliérement des voûtes, du choix qu’elles en doivent faire. Il eft maintenant néce flaire d’indiquer comment chacun peut faire chez foi le nouveau pifé, & il efl: urgent d’enfeigner cette méthode, afin d’occuper, l’hiver prochain, mille & mille! hras oififs dans la campagne*
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- ConJîruBiost des outils pour U nouveau pife.
- i°. Pouf les murs droits, ônprend de grottes pièces de bois, foit poutres, foit pannes, foit folives ou autres :~on fait dreifer à la varloppe * par un charpentier ,.ou plutôt par un menuifier * trois de leurs faces , afin qu’elles foient fort droites & parfaitement unies ; ôn divife en-fuite leur longueur par parties égales ,& chaque partie a la largeur de celle que l’on veut donner aux mafifes de terre ou de pifé. On fait fcier & tailler , d’un pouce de profondeur , avec une fcie ou un cifeau de fer , fur les lignes quft l’on aura tracées. Le bois, enlevé, laiffe des rafr mires dans lesquelles on doit inférer des réparations , qui ne font autre chofe que des boute de planches, au moins d’un pouce d’épaiffeur-: -ces planches ont la longueur que l’on veut donner aux maffes ou carreaux de terre ; elles ont encore de plus deux pouces pour leurs prifes dans les rainures : ainfi, fi l’on veut donner aux carreaux un pied oti douze pouces de long, il faut que les bouts de planches en aient quatorze. Rien n’eft plus facile que cette préparation. Cependant , pour ne rien laiffer à délirer 9 je vais mettre fous les yeux du le&eur le deflin de Ces outils, & m’étendre plus longuement for tes tnefures & obfervations*
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- Explication de la planche prémuni
- La figure i repréfente une des poutres ou (olives : on voit que fur fa face intérieure on a fcié ôc taillé les rainures A, A, A.
- La figure z donne tout de fuite l’idée de ce moule, lorfqu’il eft monté. B , B , B font les réparations ; C , C , C , C font les cafés oit l’on pife la terre, pour y former des pierres fac* tices ou maffes de terre ; D , D , D, D font les poutres, pannes, (olives , ou autres pièces de charpente.
- La figure 3 repréfente un de ces bouts de planches, ou de ces réparations, que l’on glifïe dans les rainures A.
- La figure 4 eft un carreau, ou maffe de terre, fabriqué, que l’on voit ici par tête , & dont la boutiffe qui fuit, s’étend dans l’epaiffeur du mur,lorfque ce carreau eft pofé, ainfi que ceux qui font marqués dans la fig. 6 ; voye{ E, E, E.
- La figure 5 eft le même carreau vu parle côté dans fa longueur, tels que ceux défignés par les lettres F, Voye^ même figure 6,
- Enfin , la figure 6 repréfente un mur bâti avec ces carreaux, ou maffes de terre , qui ont été fabriqués par la maffivation , ou prefiion dans les cafés du moule , figure 2. Remarque* que G, G , G repréfentent la maçonnerie d$
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- ce mur , aü-deffus de fa fondation. On obfer* vera, par la repréfenlation de ce mur, qu’une conftru&ion fi fimple , puisqu’elle n’efl: faite qu’avec de la terre , a cependant la plus parfaite refîemblance du plus grand appareil qu’on puifie faire avec les pierres les mieux taillées. Toutes les conféquences qu’on en tirera, conduiront le lefteur, comme elles m’ont conduit, à mille autres découvertes plus intérefîantes les unes que les autres.
- Des mefures pour faire conflruïri Us outils du nouveau pifé.
- Plufieurs perfonaes, en voyant travailler dans mon atelier, à Paris , fe font imaginées qu’elles pourroient faire faire des carreaux de terre plus épais, plus longs & plus larges , & fe proposent de les faire ainfi exécuter , dans î’efpérance d’avancer l’ouvrage & de le rendre plus folide. Mon devoir m’engage de les prévenir, ainfi que toutes les autres perfonnes qui n’ont point été à portée de vifiter mon école, qu’il eft afluré-ment très-aifé de faire Ces carreaux de terre de plus grande dimenfion , parce qu’alors îl n’eft befoin que de faire conftruire les cafés du moule plus fpacieufes ; mais en raême-tems je dois ob« ferver qu’il devient fort embarraffant de fe fervir de carreaux ou malles de terre d’une gràrtde
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- capacité, vu leur trop grande pefanteur. L’attente ü’un plus grand bénéfice efl: donc vaine. Moi-même j’y ai été trompé , dans le commencement de mes expériences, en croyant plus expéditif de faire ces pierres , ou carreaux de terre , plus longs ik plus grop. Ce n’eft qu’a-près plufieurs eflais que j’ai reconnu que la longueur d'un pied , pour chaque carreau , fur neuf pouces de largeur & neuf pouces de hauteur , étaient r ces trois dimenjions , le point 3 ou à quelque chofê prés 9 on Von doit s'arrêter. En voici la raifon.
- Les maçons , pour pouvoir enlever du moule les carreaux de terre, fur-tout lorfqu’ils font fraîchement pifés, &: pour pouvoir les tourner te retourner dans leurs mains , lorfqu’ils les pofent pour les murs d’une bâtifTe quelconque, ont beaucoup de peines te de difficultés , lorf-que leur poids eft, confidérable ; & c’eft pofi-tivement ce qui retarde l’ouvrage , quand on fait les carreaux plus volumineux que les me-fures que je viens d’indiquer. On fentira encore mieux la néceffité de. fuivre une jufte proportion, lorfqu’on faiira ,qu’un pied cube de terre preffée ou pifée, &: ibien feche, pefe environ cent à cent vingt livres , fuivant la nature de cet élément. Ainfi , les mefures générales d’un pied te de neuf pouces en quarré , que je pro-pofe pour chaque carreau, produifant la moitié du poids d’un pied cube , . ou à quelque chofe
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- pïès , font encore affez grandes , Sc donnent même affez de peine aux ouvriers, dont il ne faut pas rendre le travail trop difficile ; car on fent que cinquante à Soixante livres de fardeau mifes entre les mains des pofeurs, du matin au foir , font bien capables de les fatiguer î les moëlons de pierre n’ont pas tous cette pefanteur.
- Il réfulte donc de mon expérience, que plus? les carreaux de terre feront d’un petit volume, par conféquent plus légers , plus il fera facile de les pofer dans les bâtimens. Quant aux per-fonnes, qui ont tant d’envie que les carreaux de terre traverfent toute l’épaiffeur des murs ] je leur dirai que lorfqu’elles délireront donner plus de longueur aux carreaux, il faut diminue* un peu de leur hauteur & de leur largeur. Pkt exemple, s’il s’agit de Cohftruire en pifé un mur de clôture de fix pieds de hauteur, non compris fon foubaffement & fa couverture J l’épaiffeur de quinze pouces lui fuffira ; dans ce cas, on fera faire les carreaux de la longueur de quinze pouces, afin qu’ils faffent tous de « gro^ murs, c’eff-à^dire, qu’ils embraffent toute là largeur de ce mur de clôture ; & toujours dans la vue d’ailégef leur poids ,! ioii leur cfohnera «a peu moins de neiif pouces dè hauteur ,£ommé on diminuera de même fur leur largeur;
- D’après ces régies générales '$ jë corifêülé dé
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- faire conduire le moule, fig. 2, conformément «ux mefures qu’occupera le genre de conftruc-tfon qu’onr aura; à faire. Ainfi, on diftribuera. fur les groffes pièces de bois la largeur des carreaux qu’on aura arrêtée, & on fera la Ion* gUeur des cafés* fui vaut celles des carreaux qu’on voudra faire plus ou moins longs : au furplus,, ^appareil des pierres pour alterner, je veux dire, pour faire pofer les carreaux, tantôt en queue dans le mur, tantôt en long fur fa face, & autres moyens, préfente tant de reffources , que les gens de l’art, même les perfonnes éclairées , fans être archite&es, trouveront alluré-ment les proportions convenables aux carreaux, pour fervir à la bêtifie qu’on aura deffein de faire. Il ne relie plus qu’à faire connoître comment on doit faire conltruire ces moules.
- Les deux pièces, (poutres ou folives) D, D, D, D. planche première, fig. a, doivent être de bois lé plus dur , ainfi que les fépa-* rations B, B , B. ; par exemple , de chêne , d'orme, de* hêtre & autres, afin que les coups de pifoirs ne pitifient abattre leurs arêtes qu’après s’en- être long-tems lèrvis : plus ces grofils pièces dé bois feront longues, plus on pourra pifer un plus grand nombre de carreaux, par Conféquent plus ou aura à lever toutes les fois qu’on démontera le moule : les poutres qui font deflinées dans jsettc planche, fig. 1 & 1, ont
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- Environ douze p’eds de longueur ; tuais il eft lôifible à chacun de les employer plus courte» ou plus étendues ; c?eft la place que l’on aura fous un hangar, un appenti, dans une écurie Ou autres pièces dépendantes- -d’une maifon de campagne, d’une ferme, d’uhè''habitation quelconque, >ou manufaüure, qui doit déterminer le maître à faire le moule plus ou moins 4ô|ig-| & bien fouvent, il arrivera ,que ce'feront-lei bois qui fe trouveront dans- une baffe-cour ÿ qui décideront le pauvre habitant de faire non-feulement ce moule plus court, mais moins épais; alors, il ne»fe procurera que des petits carreaux ; mais tout au moins il en aura pour fes bâtifies & réparations. ’
- Il eft inutile de répéter que Ibrfqu’on voudra donner plus d’un pied de longueur aux carreaux de terre , il faut faire les féparations B de deux pouces plus longues.; Par exemple, fi on veut les cafés de quatorze pouces pourvoir des carreaux de la même longueur, les réparations ou bouts de planches, devront en avoir feize , afin de trouver un pouce, de prife dans chaque rainure : rien de plus facile à comprendre. C’eft parce que j’ai été la dupe de l’étourderie d’un menuifier qui , quoique je lui euffe recommandé de me faire ces bouts de planches de deux pouces plus dongs que la longueur des
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- cafés, me les fcia trop courtes : ainft, qu’on Veille'à prévenir cette faute!
- La hauteur des carreaux, qu’on a réfoîu de donner, détermine celle de tout le mouler d’oii il fuit que les groffes pièces de bois & réparations feront toutes de Cette hauteur , parce que tout doit être pofé de niveau , tout doit être uni par-deffus le bâti du moule. On fent que lorfque les cafés font entièrement remplies de pifé, elles doivent préfenter avçc les bois une furface unique ôt égale; à,cet effet, on a l’attention que je vais indique? d^ns l’article fuivant.
- « ?
- 3°. Manipulation du nouveau pijL %
- Oh fuiyra d’abofd ïa pratique que j’ai en-feigne dans le premier cahier de ce traité d’ir-chite&ure rurale , pagf. *3 & fui vantés, dans
- le fécond cahier, pag. 14 ; auxquelles Infime-tions Rajouterai, que ïà mefure dyune^ pelletée de terre efl fuffrfahf^ phpr être preïîee a la Fois par le pifeur, parce que le petit efpace qu’o.c-cupe Chaque café , ne fauroit recevoir, plus d’uhe pelletée de terre, fans lui faire’ faire de ïhâuvafs ôuyrage. Cette mefure , d’ailleurs âihfi fixéé par'mon expérience, force l’ouvrier âne comprimer que très-peu de terre à la &1&4 8c lorfqu’il eft parvenu > après avoir pifé cfcaquf
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- pelletée les unes après les autres, à remplir une café, il fe fait encore donner de la terre pour continuer à prefier, & par là combler fa café au-delà de fes bords fupérieurs. Cette précaution eft effentielle pour pouvoir procurer un lit droit à chaque carreau par-deffus le moule, comme il en a un femblable par-de flous. On va yoir plus amplement les détails de ce travail.
- En comprimant la terre plus haut que l’orifice de chaque café, les ouvriers trouvent des matières à ratifier ; fans quoi, les carreaux auraient fur leur furface fupérieure des trous & des arêtes émouffées ; au lieu que lorfqu’ils ont comblé de pifé la mefure de chaque café , ils fe fervent d’une ratiffoire, d’un racloir ou d’une bêche, le tout de fer bien aiguifé , avec lef-quels outils ils enlèvent le fuperflu de la terre pifée, & par ce moyen, ils forment des lits, nets, droits & unis à chaque carreau de terre, de maniéré que les fix faces font femblables aux paremens & joints des pierres de taille; en un mot, chaque quartier de pifé fort du moule bien taillé de tous les côtés. Une autre attention que les pifeurs ont, pour imiter fi parfaitement la taille des pierres, eft de bien comprimer la terre, tout autour de chaque café ; à cet effet , ils ne fe contentent pas de bien preffer avec la tnafie du pifoir, qui ne pourrait bien faire cette tnaflivation dans les angles de chaque café, parce
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- que cet outil eft trop gros ; ils retournent donc de tems à autre le pifoir, & foulent la terre avec fon manche dans les quatre coins ou angles des cafés , ce qui durciffant les arêtes angulaires de chaque carreau, fait alors un ouvrage folidej Voyez un des pifeurs qui preffe de cette maniéré , planche 2, fi g. a. Mes premiers ouvriers n’avoient pas cette adreffe ; c’eft l’élève que j’avais emmené en Picardie , qui, le premier ufa de cette’reffource, & depuis, tous les carreaux que j’ai fait de cette maniéré confervant leurs arêtes, fe joignent tout aufii-bien que les pierres de taille, & fe pofent de même avec autant de facilité.
- Un habitant peut travailler feul dans fon habitation , à pifer dans un petit moule des carreaux de terre ; mais lorfqu’un propriétaire délire faire expédier ce travail , il fait placer deux ou trois hommes fur le moule, & leur fournit à deux pas de ce moule , un manœuvre pour les fervir. Sur quoi je ferai obferver que le grand encaiffement dont j’ai donné les plans & la defcription à mon premier cahier , exige pour le moins trois manœuvres , quelquefois le double pour porter la terre aux trois pifeurs ; c’efl: la diftance oîi l’on fouille la terre plus ou moins éloignée de la bâtiffe , qui occafionne cette multiplicité de journaliers : il faut conve-tur <jue pour employer ce nouveau procédé
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- fcn efî: nécefîairemeftt obligé de faire voituref fe terre , afin d’avoir tin lie» couyert pour eccüpër les ouvriers danp la ceffation des travaux de là campagne mais il n’efl pas difficile ni décourageant pour lés agriculteurs, de faire faire ces voitures par leurs bœufs , vaches , chevaux ou mulets-, même par leurs ânes , par la feule raifon que ces tranfports de la terre ne leur coûtent ïién : on fait que c’eil la grande pauvreté des gens de la campagne qui arrête toutes leurs petites entreprifes ; & lorfqu’on léûr indiquera le moyen de ne dëbourfer aucun argent pour fe procurer des matériaux , il p’ëft pas douteux que les peres de famille adopteront cette nouvelle méthode , parce qu’ils trouvèrent fort agréable de faire euxrmêraes ces voitures, ou dé les faire faire par leurs en-fans où domeftiques : qu’on y ajoute l’avantage qu’ils auront de plus , dë pouvoir fabriquer eux-mêmes les terres dont ils auront fait pro-vifron dàïis un lieu Couvert, parce que ce procédé bénin peut s’exécuter par l’individu le plus bôrnë ; & oUttOilvera que les laboureurs 9 les vignerons , lés jardiniers , les arfiïaqs , manufaHüriers répandus dàn's les villages r> regarderont cés tranfports 6t çe travail comme une dépenfe fort commode , puifqu’encore une fois |!s hfëurô’nt aucun argent à déboiirfçr, a
- Jéne iëfefpere pàs de Voir bientôt la majeure
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- partie des habitons répandus fur le territoire dé la Frances’occuper àpifer pour s’approviftonner de matériaux qui ne coûtent abfolument que ïa main d’œuvre la commodité que chaque agriculteur aura de faire * ou de faire faire ces petits ouvrages , dans les tems morts pour l’agriculture ,, ou lors de la ceffation des travaux de la campagne , ( ceffation qui arrive même dans certains tems de l’année à. chaque métier ou fabrique ) eft un fur garant que cet art fe propagera. En effet, y a-t-il rien de plus avantageux pour l’habitant des campagnesque d’employer fon loifir à cette manipulation^ fous, un toit quelconque , il fe défennuyera à pifer lors des pluies & des neiges , & il s’échauffera à cet ouvrage lors des froidures,. Autant vaut-il qu’il faffe ce métier % que lorfqu’iL refend du bois dans la même intention de chaffer l’ennui & de s’échauffer ! ainfi bravant les fri-mats , les intempéries & le dtéfœuvcement» chaque agriculteur, par l’appât de fon gain particulier ,, fera le bien général ; les bois feront ménagés, parce que le pifé les exclut des murs r les incendies feront moins fréquens parce que le pifé eft incombuftible les villages ne feront. plus, confumés en entier dans quelques, heures , parce qu’avec cet art, on. arrêtera te progrès des flammes d’une grange remplie 4e païlîe , qui' fe communiquôif fi promptement à.
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- une autre fa voifine , auffi pleine de fourrage. Les habitations fe multiplieront , parce que la facilité de les conftruire avec économie y engagera le pauvre comme le riche : mille petites confiru&ions dont on fe privoit & dont on avoit befoin pour les travaux d’agriculture, ôc des fabriques , s’élèveront de toutes parts ; enfin les terrains fe défricheront 9 parce qu’on ne craindra pas de fe ruiner en bâtiffant , & de confommer d’avance } dans les bâtiffes, l’argent dont on a befoin pour entreprendre èc continuer ces défrichemens.
- J’ai dit qu’un habitant peu aifé pouvoit feul s’occuper à pifer dans fa chaumière, entre deux pièces de bois comme celles qui font deflinées dans la planche première, figure deux : mais le riche propriétaire , qui veut faire une groffe provifion de ces matériaux de terre , a une autre reftource pour accélérer ce travail : au lieu de deux pièces de bois , il peut en ajduter une troifieme ; voyez planche deux , figure première ; dans ce cas, il devient inutile de faire la piece du milieu aufîi épaiffe que les deux autres , puifque celle-ci eft fouteiiue de toutes parts : cette piece du milieu fera donc fuffifante, fi on l’employe de fix 3 même de cinq pouces d’épaiffeur ?
- Je prie le le&eur de comparer la figure deux » planche première , avec la figure première 9
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- planche deux, & il appercevra dans la premier^ planche, que le pauvre habitant ne peut faire que la moitié de l’ouvrage de celui qu’on peut faire dans la fécondé planche, parce que entre trois pièces de bois , on pife double rang de carreaux; ainfi, fi on peut faire entre deux pièces ^ quinze carreaux, on en fera trente, entre trois î & toutes les fois qu’on démontera le moule on aura le double de carreaux, ce qui, comme l’on voit, eft profitable aux perfonnes qui pourront employer dans la conftru&ion du moule trois pièces de bois au lieu de deux.
- Qu’il me foit permis de rappeller que l’om trouve ici , pour ce travail, le même & double avantage que j’ai indiqué pour la diftribution des appartemens dans mon traité fur les manufactures. & maifons de campagne rentre deux murs; on n’obtient qu’une chambre, & entre trois murs y on en a deux. Donc que par une fage prévoyance dans tout ce qu’on fait, on gagne le double d’appartemens ou d’ouvrages , en dépen-fant moins?
- On pourrait établir te moule du nouveau pife en plein air , foit dans les champs, foit fur les montagnes , foit dans les vallons : mais il eft plus avantageux de le placer fous l’œil du maître : ce n’ëfi: que lbrfque l’on efl: néceflité de pifer la terre au pied d’un batiment, que l’on veut conflruire très-loi^ de fon habitation ,
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- qn’on doit préférer ce parti, afin d’éviter les voitures des carreaux de terre , qui font d’ailleurs quelquefois impôftïbles à faire dans des lieux inacceflibles aux chars ou charrettes.
- Mon avis eft donc , qu’ôn doit faire monter ce moule près du logis du maître , par la raifon qu’il pourra faifîr tous les momens d’irsa&ion de fes ouvriers j ( domeftiques ou journaliers ) , foit à la moîndr'e pluie qui arrête les travaux de la campagne, foit à autres caufes de ceflation de ces travaux , trop longues à rapporter , pour les occuper à pifer la terre à couvert fous Un toit quelconque.
- 4°. Manière de monter le moule du nouveau pifi.
- J’ai tracé dans la planche 2, fig. i, un moule monté dans un des angles d’un bâtiment ou d’un hangar. Lés murs A, A, À. fervent de foutïen aux trois pièces de bois B, C, D. ainfi que les trois roches ou groffes pierres plantées dans îfe folE,E,E,E.
- Je commence par prévenir que l’on doit fe procurer une aire ou une furface , unie & ferme fôUs ce moule : à cet effet, il eft à propos d’y pqïer des dalles de pierre de taille, ou des car^ reaux ou des briques bien cuites , ou enfin 4es pavés laieh droits ; cette préparation eft çflen-tfelle pour pouvoir battre folidement h terre
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- fur ces corps durs, & pour procurer aux caf-2 reaux des lits très-droits : d’ailleurs une furface nette, comme celle-ci, eft plus facile à nettoyer, toutes les fois qu’on remonte le moule , au moyen de quelques coups de balai, & pour pofer, après ce nétoiement, tous les bois d’un parfait niveau, ce qui fe fait en un inftant.
- La greffe piece de bois B, une fois mife en place, y reffe à demeure ; c’eft-à-dire, qu’on démonte toutes autres pièces du moule, chaque fois qu’on a rempli les cafés de pifé F, F, F, F. & non celle-ci : cette piece eft entretenue par plufieurs pierres ou gros morceaux de bois G, G, G, G, G. qui s’appuient elles - mêmes contre un mur de l’hangar. On auroit pu joindre cette piece de bois B. immédiatement contre ce mur, & fupprimer les cales ; alors il refteroit trop peu de diftance, ce qui gêneroit les ouvriers à pifer.
- Dans les rainures de cette première piece de bois B, on gliffe les féparations ou bouts de planches H, H, H. & on place à fon tour la piece du milieu C. on gliffe de nouveau dans les rainures de celles-ci les autres féparations I, I, I. enfin, on place la derniere piece dè bois D.
- Lorfque tout eft ainfi arrangé & mis d’équerre^ ©n ferre le moule au moyen de trois étaies de bois K, K., K. & de plufieurs coins L, L, L,
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- t[tte Ton force à coups de marteau, pour faire joindre le tout enfemble.
- Voilà toute l’opération: elle eft d’autant plus facile, que les trois groffes pièces de bois B, C, appuyant par bout & par coté contre les murs immuables de la maifon ou hangar A, A, A. reviennent toujours à leur même place oh elles fe font trouvées la première fois ; de maniéré qu’il ne fe manque jamais l’épaifleur d’un quart de ligne que les rainures ne fe rencontrent vis-à-vis tes unes des autres, ce qui eft fort commode aux ouvriers. Je ferai définitivement remarquer que les roches ou groffes pierres E‘, E, E* doivent être disantes du moule au-moins de deux pieds,. afin de pouvoir reculer la piece de bois D contre ces pierres& par là fe procurer cette largeur nécefîaire pour tirer & enlever les carreaux, lorfqu’ils font pifés.
- Le moule ainfi monté fort jufte &c fort habilement, les hommes fe mettent à preffer la terre dans les cafés, avec leur pifoir, defliné & décrit dans le premier cahier de ce traité, planche ïïf* &£ page 18.
- Explication de la planche II,
- Nota. Les trois figures qui fuivtnt , repréfent&fl* kau plan le moifik et ks monceaux de ipm*
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- Figure première. Moule monté a double rang de cales entre trois pièces de bois,
- Fig. i. Monceau de terre qu’un propriétaire a fait voiturer fous un toit, pour en avoir de provifion, en cas de pluie ou autre tems impro-pre aux travaux de l’agriculture,
- Fig, 3. Tas de terre qu’un manœuvre ou journalier a relevé en pyramide, Sc qu’il a prife a» monceau de provifion, fig. %.
- Nota. Les deux dernieres figures qui fuivent\ repréfentent en élévation le moule et les hommes qui travaillent y avec les carreaux quon a enlevé du même moule.
- Fig. 4. Moule vu en perfpe&ive fous un toit," avec les ouvriers qui pifent dans les cafés, & le manœuvre qui leur fert la terre,
- Fig. 5. Carreaux enlevés fraîchement du moule, & qu’on a arrangé les uns fur les autres au fond de la maifon ou hangar , fans les joindre, pour leur faire prendre l’air.
- 6°, Maniéré de démonter le moule.
- Lorfque les ouvriers ont fini de pifer dans toutes les cafés, ou lorfque l’ouvrier le plus di« ligent a fini fa tâche, ils commencent à fe mettre à ratifier la terre qui furpafie les bords de chaque café ; les autres en font de même fuccefilvement après qu’ils ont parachevé le même ouvrage ;
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- 8t quand tout eft bien raclé , & que le deffus du moule ne préfente plus qu’une feule furfacé unie, il ne s’agit plus qu’à enlever, des cafés, les carreaux faits en pifé. A cet effet, on procédé 'de la maniéré fuivante pour défaffembler le moule.
- On commence par repoüffer, avec un gros marteau, les coins L, L, L. & on enîeve les étaies K, K, K. on retire enfuite avec une pince de fer, quelquefois à force de bras, la première piece de bois D. que l’on pouffe & que l’on arrange coritre les roches ou groffes pierres E,E,E. C’eft alors qu’on a la facilité d’enlever 1e premier rang des carreaux preffés ; mais c’eft ici, il m’en fouvient toujours, où j’ai eu beaucoup d’embarras 8c d’ennuis, Jorfque j’ai voulu ôter d’un pareil moule les quartiers ou maffes de terre tout fraîchement pifés : les propriétaires feront bien heureux de pofféder tout de fuite le meilleur moyen que j’ai trouvé, après plufieurs effais , pour retirer, des cafés, les carreaux de terre, les tranfporter & les arranger conveaa-blement.
- Un des ouvriers fuffft pour ôter tous les carreaux du motile : après avoir retiré la première féparation qui renferme le premier carreau M. il frappe avec un marteau le bout de la féconde féparation N. ce qui lui eff facile , pi/ufqûe ce bout faillit d\m potfce hors de tous les eafreàux
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- pifés attendit que ce pouce entrolt dans les rainures de la groffe piece de bois D. ainfi cette derniere étant retirée, laide cette faillie : il eft fâcheux pour un auteur d’être obligé d’entrer dans .ces minutieux détails quenéceffite l’intelligence difficile de beaucoup de ledeurs.
- . Après avoir ébranlé & détaché de la première café ce premier carreau, ( ce qui s’apperçoit par une fente d’environ une ligne , qui fe forme entre le pifé & les bois de cette café ) le tireur pouffe , à force de bras, le quartier de terre, & le conduit à environ un pied de diftance du moule. Il le laiffe dans cette place, pour s’occuper à tirer de même le fécond carreau, &. à le gliffcr à pareille diffance, & il fuit la* même opération jufqu’à ce qu’il ait déplacé tous les carreaux du premier rang : dans le tems du travail du tireur * les, autres ouvriers tranfportent les carreaux aipfi mis hors de leurs cafés : pour pouvoir y parvenir faps les endommager ÿ ils embraffent chaque carreau en paffant les mains par-deffous , & l’enlèvent -ainff pour les tranf-porter fous le hangar , dans la place qu’on leur a deffimée*
- Le tireur frappe avec un marteau la fécondé pièce de bois Ç, r?u l’enle ve > un peu avec* la pince 4e fer * & l’ayant détachée , ffla pouffe ja joint àr la; première contre les. ruches 4ont i’ai parlé ; enfuite il s’oççupe* comme & vient
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- d’être dît, à ôter les carreaux pifés dan* le fécond rang : les porteurs , de leur côté, les transportent, & tout eft fini; puifque j’ai dit que la troifieme piece de bois B refte toujours dans la même place.
- On apperçoit combien il eft effentiel d’avoir une Surface unie & Solide Sous le moule, pour pouvoir y faire glifler, foit les carreaux de terre, Soit les bois de ce moule : ce qui eft d’autant plus avantageux pour tout ce travail » c’efl lorfqu’on a eu Soin de daller, de carreler ou de paver cette Surface ou aire.
- Voilà donc le moule tout démonté ; il s’agit de replacer incontinent les bois pour s’occuper à pifer de nouveau pour une Seconde levée. Les Ouvriers, fans perdre de tems, Se mettent à balayer l’aire, & n’y laiffent pas le moindre gravier qui pourroit faire Soulever les bois, & les ^lettre hors de niveau : après quoi, ils replacent toutes les parties du moule, ainfi qu’il a été expliqué au chapitre fur la maniéré de monter ù moule du nouveau pifé,
- 6°. Autres obfervations effentielles.
- On voit dans la planche II, figure 4 , le manœuvre ou journalier A. qui Sert de la terré tju’il a préparée aux pifeurs, B, B. Cette préparation h’éft autre choie que de préndré avec
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- une pelle la terre que le maître a fait voiturer pour la provifion, & qu’il a fait placer fous ce hangar, tout près du moule; (voyez ce monceau de terre, figure a) de prendre, dis-je, çette terre avec une pelle , & la jetter à côté,
- ( voyez figure 3. )
- Le manœuvre, en jettant ainfi la terre, a foin de brifer, avec fa pelle, les mottes & grumeaux qui s’y trouvent; quelquefois il eft obligé de les cafTer avec la tête d’une pioche : & fon autre attention doit être de jetter chaque pelletée à la même place, de manière qu’il forme un tas ou monceau très-rond , tel que le repréfente la figure 3. On fent que ce journalier en jettant toujours dans le milieu de ce tas, éleve ainfi une pyramide, ce qui fait rouler à la bafe les petites mottes & grumeaux de terre qui lui ont échappé de brifer : de maniéré que les ap-percevant, il les caffe au pied de ce cône ou pyramide, par-là il arrange très-menue la terre, tout aufîi-bien que s'il la paffoit à la claie.
- Le manœuvre pouvant faire fi aifément cette préparation, peut, par cette raifon , tenir toujours d’avance la terre ainfi préparée, ce qui n’arrête point l’ouvrage : il en donne aux travailleurs B, B. pelletée par pelletée, & à me* Cure que chaque pifeur a fini de prefTer la pelletée qu'il a reçue, il appelle le manœuvre pour recevoir une nouvelle pelletée de terre.
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- Combien il eft facile de fe procurer des matériaux dans la campagne ! dans un moule on fait en quelques minutes des maftes de terre toutes taillées, & dont chacune occuperoit plus d’une journée un tailleur de pierre , ce dont on conviendra, lorsqu’on conlidérera qu’une pierre taillée contient fix faces qu’il a fallu travailler, & il fort tout de fuite de chaque café , de fetn-la-bles pierres qui ont leurs fix paremens unis & droits.
- Mais pourquoi n’ai-je pas découvert plutôt ce procédé? Que d’argent j’aurois moi-même épargné, dans les différens bâtimens que fai conftruits 1 II auroit été bien à fouhaitér que la queftion contre les incendies eût «été publiée en 176©, m’y étant occupé* dans ce ternis*} j’aurois pu éviter mille & mille ravages que eè fléau a fait dans les bourgs & villages, parce que j’aurois introduit plutôt dans la campagne un gfâtiè nombre de nouveaux procédés qui auroient été utiles; je m’en ferôis fervi le premier, & je ri’au* rois pas le regret de voir de li près la fin de ma vie, qui à peine me donnera le tems de communiquer mes méthodes aux propriétaires';'ta* je défire ne leur parler que 'de ce que j’ai bien pratiqué; en un mot, mon feuî but, eft de réécrire que lé fefirîtat de mes expériences Ôc celles qu’il me refte à faire, étant plus effentielles que te pifé> puifqu’il s’agit des moyens de remédier
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- à la grande inflammabilité des toits & des planchers* avec très-peu de dépenfe ; j’ai lieu d’attendre du roi, de Vaffemblèe nationale, en un mot, de toutes ptrfonms quelconques , qui font à la tête des affaires de l’état , l’atelier qui m’eft néceffaire. Je crois devoir rapporter ici quelques détails relatifs aux conftru&ions que j’ai faites pour un propriétaire , après l’exécution de mon premier modèle ; & je ne diflîmulerai point même les mortifications que j’éprouvai, puifqu’elles m’ont l'ervi de moyens pour chercher à perfectionner l’infiru&ion que je profefle,
- Un propriétaire me demandoit une chapelle bâtie en carreaux de terre > à l’exemple du modèle que j’avois confiant dans le Dauphiné:il en étoit d’autant plus envieux, que fa maifon de campagne eft fituée fur une montagne oli les pierres, la chaux & le fable font de difficile tranfport, indépendamment' de leur acquifition ; je lui fis çonftruire un moule, tel que le dernier que je viens d’indiquer : à fo première levée des carreaux, ce propriétaire » qui ne quittoit pas les ouvriers, partit fort mécontent de ce travail, parce que les carreaux ne gardoient pas exactement leurs vives arrêtes, s’émouflant un peu par le maniement des ouvriers, lorfqu’ils les îetiroient du moule : ce propriétaire penfoit que ta nouveauté de mon procédé ne valoit rien* & parut fort mécontent de l’avoir mis en pra*
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- tique ;fon repentir étoit d’autant plus grandi que les payfans voifms de fa campagne tournoient en ridicule cette entreprife : je reçus leurs plai-, fanteries avec patience : lorfque je me vis une quantité affez confidérable de ces matériaux de terre, aufli-tot je fis conftruire fa chapelle: nous n’eûmes pas élevé de quatre pieds d’hauteur les murs, que ce propriétaire changea d’opinion , & eut le plus grand plaifir ;.fa joie étoit telle, qu’il alloit chercher fes voifins pour leur montrer cette nouvelle conftruélion, & il ne ceffoit de dire : qui aurait cru que cet ouvrage eût fait une fi charmante eonfiruclion ?
- L’on me faura gré fans doute d’avoir rapporté ce fait ; il efl d’autant plus important pour prémunir toutes perfonnes qui feront ainfi bâtir » contre les préjugés d’autrui, & les dégoûts qu’ils pourroient avoir eux-mêmes dans cette nouvelle main-d’œuvre.
- Sur quoi, j’obferverai que l’on ne doit pa* craindre quelques écornures qui fe font aux carreaux de terre, foit par l’inadvertance des ouvriers , foit par leur maniement : je dirai plus; fi ces maffes de terre confervoient exa&ement leurs vives arêtes , ^ouvrage n’en feroit pas meilleur ! Ne fait-on pas qu’il faut une épaif* feur ou couche de mortier pour pofer les pierres, & les lier enfemble ? qu’il faut enfuite gobeter & enduire les murs de jnaçonnerie? Il en eft
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- de même pour pofer & lier les carreaux de terre : ainfi, fi leurs arêtes ne s’émouffoient pas en les pofant, on perdroit l’avantage de la ténacité de leurs enduits! donc que l’appareilexa& des carreaux de terre n’efl pas à la rigueur ; il ne doit l’être qtie pour les murs faits entièrement en pierre de taille, & fi on vouloit laiffer apparent les murs de terre, c’eft-à-dire, de la couleur de la terre fans enduit, on a la ref-fource de faire leurs joints en mortier ou en plâtre, tout de même que l’on fait les joints des murs feulement faits avec des briques.
- Cette nouvelle méthode de faire le pifé eft tellement commode pour les gens de la campagne , Qu’elle s’exécute comme l’ancien pifé fans eau: de maniéré qu’on n’a pas lieu de craindre les gelées , lorfqu’on fera pifer dans le tems des plus grands froids. Il fuffit de faire provifion de terre féche, & la mettre à couvert des pluies & des neiges fous un toit : on peut même dans l’hiver faire creufer fous la terre gelée, & voi-turer celle qui ne l’eft pas dans les jours fecs ou fereins : la terre qu’on prendra dans la fofle aura la qualité convenable pour être pifée tout de fuite, ou lorfqu’on voudra : les carreaux de terre qui fe feront toujours fans addition d’eau, ne pourront être endommagés par les frimât* ru aucunes intempéries. Ainfi, le bonheur des hà* fciUns de la campagne ne fera pas douteux, &
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- la France profpérera* II ferotfc bien à fouhaïte# que dans chaque département on fît connoître ce moyen économique de tous les agriculteurs même les plus pauvres ; bientôt le fuccès de ce procédé paiera amplement de leurs foins MM* procureurs-fyndics des différents corps adminif* îratifs établis dans l’étendue du royaume*
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- ©e l’imprimerie de Vezard ôc le Norman^} p» des Prêtres Samt-Germak-l’Auxerrois,
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