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Architecture périodique, ou notice des travaux et approvisionnemens que chacun peut faire
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- ARCHITECTURE
- PERIODIQUE ,
- O U
- Notice des travaux et apprct*
- VIST ON N EM ENS QUE CHACUN PEUT FAIRE , A PEU DE FRAIS , CHAQUE MOIS ET CHAQUE ANNEE 9 SOIT POUR AMÉLIORER SES FONDS, SOIT POUR CONSTRUIRE TOUTES SORTES DE BATISSES, SOIT POUR MULTIPLIER LES ENGRAIS.
- Ne remettez pas au lendemain Ce que vous pouvez faire la veille! —...............................<
- Ouvrage in-S*, rel. avec deux planches gravées
- Prix , i liv. 16 fols.
- Par François COINTERÀUX, profefTeur d’archite&nre rurale.
- A PARIS,
- Au bureau de récote d’àrchiteûure rurale * rue du fauxbourg S. Honoré, n®. tS».
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- Avis aux rédacteurs des journaux*
- 3VI essïeurs ;
- Vous ayet déjà préfenté au public mes précédents ouvrages fur l’école d’architeôurc rurale, parce que vous avez penfé qu’ils pour-roient lui être de quelqu’utilité : encouragé par votre zélé & par l’accueil favorable deS' corps adminiftratifs êt d’une infinité de français d’étrangers, j’ai mis plus de foin pouf étendre FinftruéHon publique que je fais.
- Comme bien des perfonnes pourroient ton* fondre, par le titre général £architecture pério* dique que j’ai donné à la préfente produ&ion* les différentes parties que j’y traite , & qu’elles pourroient croire que ce calendrier ne concerné abfolument que l’art de bâtir , je vous ferai obligé de faire remarquer au public que cetie architecture périodique comprend île feulement les travaux des conftfu&ions, réparâtions & entretien des bâtimens que l’on a à faire chaque'-année , avec les préparations & âpprovifton'-nemens de matériaux que l’on peut faire aveu économie chaque mois , mais encore le tems & les faifons convenables pour faire les plantations d’arbres; plus, un nouveau procédé pour fe procurer des abris, & un nouvel engrais , & autres nouvelles pratiques concernant ï’agri-* culture.
- J’ai lieu de croire que Vous voudrez bien avoir égard à ces obfervations, lors de la ré^
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- dation de vos annonces , afin que le public foit prévenu que le bénéfice de rarchite&ure rurale s’étend (ur celui des travaux agricoles.
- Vous obligerez, Messieurs , celui qui concourt conjointement avec vous au bien de la chofe publique.
- COINTERAUX,
- Profejfiur (Tarchitecture rurale.
- Prix des ouvrages de Vécole P architecture rurale , y compris quantité de planches gravées.
- Le Ier cahier, qui traite de l’ancien pifé
- des Romains..........................2 1. b! fi.
- Le 2% qui indique les qualités des terres propres au pifé, les enduits
- Sc la peinture à frefque.............2 1. 8 fi.
- Le 3% qui fait voir la pofîibilité de conftruire à peu de frais, les manufactures &c maifons de campagne. . 2 1.
- Le 4e, qui enfeigne le nouveau pifé inventé par l’auteur, & la maniéré de le faire en tout tems , même lors des pluies , neiges ou
- frimats........................ ... 2 1. 8 f.
- La ferme , ou le mémoire qui a
- remporté le prix.....................1 1. 10 f.
- Le chauffage économique , ou leçons élémentaires pour chauffer à peu de frais l’intérieur des maifons.. 1 1. 8 £ Architecture périodique, ou notice des contactions „ réparations, plan-
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- tâtions & améliorations des terres^ qu’on peut faire avec économie chaque
- mois & toutes les années.............i 1. 16 f.
- Devis , ou évaluation de la dépenfe d’une maifon de campagne en pifé, avec fon plan & élévation. . . . i 1. 4 f,
- Total......................16 1. 1 f*
- Nota. Pour la commodité du public, & en attendant le petit papier-monnoie de la nation, M. Cointeraux recevra trois aflignats de cinq livres chacun pour la colle&ion mentionnée ci-deffus, & quatre aflignats de pareille fomme de cinq livres chacun pour ceux qui défireront joindre A cette colleâion les modèles d’outils du pifé : d’après cette offre, M. Coin-TERAüx ouvrira un compte à chaque perfonne , laquelle fera tenue de l’acquitter par la luite, i première réquifition.
- On doit envoyer les lettres & les aflignats ^ franc de port, fous l’adreffe lui vante î
- A M. COIN TER AUX , professeur d’architecture RURALE, EN SON BUREAU , PRÈS DE LA PLACE LOUIS XV , RUE DU FAUXBOURG S. HONORÉ, N°. î8,
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- Les propriétaires voient avec fatisfa£Uo« que , dans ce mois , les jours commencent à croître , ce qui les encourage de s’appro-vifionner de matériaux , & d’occuper les bras dififs : les journaliers , fort contents de trouver de l’ouvrage dans cette rigoureufe faiforr^ voient de leur „ côté avec plaifir, par la nou-: velleméthode de travailler le pifé, fur-tout de pouvoir le faire.à couvert, un fur moyen pour foutenir leur famille» C’eft ainfî que Us intérêts de l’état & de fes individus le réu-' niffent, lorfqu’une invention les peut rendra communs & refpe&ifs.
- Si le maître emploie à ce travail fes valets1 il fe trouve difpenfé de faire aucun marché ^ puifque c’efl un tems 'gagné dont il profite fur, leurs gages, Sç que feS domeftiques perdroient dans l’hiver !; mais s’il appelle les journaliers réfidens dans les fauxbourgs des- villes, dans les villages ou bourgs voifin*ÿ$i» eft de fà prudence & de fan économieçfe-fjfee un forfait avec ces derniers pouiu3kfl&am-à’oeu Vre des carreaux de pifé l vrç> slrô*
- Pour pouvoir faire contraire avec facilité le moule néceffaire à la confeûion de ces maç
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- tériaux économiques , il faut lire tout ce qui èft contenu pour cet objet dans le quatrième cahier de l’école d’achite&ure rurale depuis la page 42 : lorsqu’on aura fait exécuter tous les outils par un charpentier ou menuifier, on fera conduire à côté du moule une provifion de terre pour la faire pifer.
- Je ne faurois fixer précisément le prix du marché que chaque propriétaire peut faire avec les ouvriers ; cette convention dépend absolument de la valeur de la journée en ufage dans chaque pays, & que Ton fait devoir varier par tant de circonftances. Mais, qu’un propriétaire faffe travailler au nouveau pifé par fes dômef-tiques ou par fes journaliers, je dois d’avance le prévenir que deux ouvriers m’ont fait dans un jour cent carreaux de pifé, dont chacun de ces carreaux avoit les dimenfions Suivantes : Longueur 11 pouces. 1 Mefures
- Largeur 10 pouces. V des carreaux Hauteur 9 pouces. \ que fai fait pifer.
- Il réfulte de mon expérience, qu’un homme peut pifer chaque jour cinquante carreaux de ferré de lai greffeur que je viens de défigner ; lefquels ciftqiÿàates carreaux , lorfqu’ils font pofés dans illuifL, occupent pofitivement la place d’une toife quarré*, ou de trente-fix pieds quarrés, à caufe de l’efpace qu’il faut à leurs joints.
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- On voit qu’une toife de pifé , 1feît avec de# carreaux qui imitent les pierres de taille , coûte feulement la journée d’un ouvrier ; plus ie tem# néceffaire pour pofer & maçonnèr ces carreaux; on peut évaluer ce dernier travail à une autre journée, y compris tous les frais.
- Si la jôurnée vaut dans un pays 30 fols, la toife du nouveau pifé reviendra donc à 3 livres : ainfi plus ou moins pour chaque territoire , fuivant la valeur de la journée qui y eft en ufage.
- Il pe faut pas diffimuler que ce mur ainfi évalué n’a qu’un pied d’épaiffeur ; mais lorsqu’on voudra le faire plus épais } la toife de* viendra plus chere f par exemple, voyez fig. 1 planche première, un mur d’un carreau & demi d’épaiffeur, ou d’un pied & demi d’épaiffeur piiifque chaque carreau a ici douze pouces de long , fix de large & huit de haut. Pour former la toife quarrée d’un pareil mur, M faudroit 136 carreaux ; mais ceux-ci étant plus petits que les précédens, un ouvrier en fera plus de cinquante chaque jour. En abrégé, pour ne pas entrer dans de grands calculs, ce dernier mur, de 18 pouces d’épais, contenant un tiers plus de groffeitr, doit dépenfer un tiers plus de main-d’ceuyre , par conféquent un tiers plus de frais : fi donc le mur d’un pied d’épaiffeur coûté S livres-lé toife quarrée & fupérficiellet celui*
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- ci d’un pie# & demi doit revenir à 4 livres jo fols la même toile ! Pourquoi, dira-t-on.» ne pas faire les carreaux de pifé plus gros & plus longs, qui faffent tout d’un coup la tra-verfée du mur, foit qu’il ait un pied & demi * même deux pieds d’épaiffeur ? Sur cette demande % je renvoie le leâeur à ce que j’ai dit dans mon quatrième cahier * page 44.
- On apperçoit que les murs [de cette conf-tru&ion eft un peu plus chere que l’ancienne pratiquée par les Romains ; voyez les prix de cette derniere dans, le fécond cahier, page 49 & fuivantes. Malgré cette augmentation de prix,, je dirai que l’une & l’autre méthode doivent être adjnifes fuivant les lieux , le tems , les cir-conftances & le genre des conftruâions que l’on aura à faire. Il feroit trop long de détailler tous les cas ; il fufhra de dire que l’on doit faire ufage de l’ancien pifé pour tous les grands bâti-mens, fur-tout lorfqu’ils font à plulieurs étages ; que toutes les grandes clôtures exigent de même qu’on s’en fer ve pour ^expédition & l’économie* foit en fe fervant du moule qui laiffe des trous au mur* foit en employant celui du Bugey, qui fupprime ces trous \ voyez, le defîin de ce moule dont on fait ufage dans ce pays , au premier cahier, planches IX &: X , & la defçription * page 39.
- J’ajouterai à ces obfervations générales, que
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- malgré la résolution qu’on pourront prendre în-confidérément de ne faire bâtir qu’avec l’ancien procédé , on doit toujours s.’approvifionner de carreaux de terre , par la raifon qu’ils, font de la’plus grande utilité dans toutes les confiruc-tions de bâtimens y qu’ils fo.ient grands ou pe* tits \ car, comment conftruire les petits murs & réparations pour divifer les appartenons,,fans ces carreaux qui donnent la facilité de les réduire à une mince épaiffeur ? Comment condamner une porte ou une fenêtre ? Comment exhauffer d’un étage une maifon fans ces matériaux qui ne coûtent que la main-d’œuvre ? Comment fe tirer d’embaçras, en fe fervant même de l’ancien pifé, peur paffer dans la confiru&ion des murs i’épaif-feur des planchers ? fi ce n’efi en employant des carreaux de pifé qui exemptent alors la maçonnerie j lorfqu’on ne peut placer le grand moule du pifé à caufe des folives & des poutres qui en empêchent : en un mot, comment faire mille petits ouvrages & réparations qui exigeroient l’emploi des pierres, de. la chaux, Si du fable dont il eft facile de fe difpenfer par la nouvelle méthode du pifé } Non* jamais invention n’a été plus heureufe ! Par fon moyen, les agriculteurs ne perdront plus leur tems, lorsqu'ils ne peuvent travailler aux champs ; puifque l’homme le plus borné , fans avoir aucune idée de la coupe des pierres, peut cependant en faire
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- avec itne promptitude étonnante. Oui î je veux que l’habitant peu fortuné puiffe faire lui-même fa chaumière : il ne calculera pas le tems qu’il emploiera pour pifer fous fon toit des carreaux, ainfi il ne lui en coûtera que très-peu : le riche, de fon côté, mettra hors de fa dépenfe la valeur de ces matériaux, parce qu’il aura foin de les faire pifer par fes valets dans les tems impropres à l’agriculture ; & même les propriétaires qui. les feront faire à prix fait par des journaliers, y trouveront encore une grande économie ; finalement, il n’eft aucuns poffeffeurs qui doivent fe difpenfer de faire provifion dans ce mois de carreaux de pifé, même ceux qui habitent les pays abondants en moilons ou en cailloux ; je puis affûter, & j’en ai l’expérience, que la plus légère conftru&ion & réparation faite avec les pierres & mortier , coûte toujours trop chere.
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- FEVRIER.
- C E mois, qui devance le printems , & dont la durée des jours augmente déjà sur ceux de janvier d’une heure & demie , avertit tous ceux qui ont des bâtimens & des clôtures à faire , de préparer les fondemens pour les recevoir.
- Chaque propriétaire doit être foigneux de faire tranfporter fur la place de fa nouvelle conftru&ion les matériaux qui y sont nécef-faires ; & comme le pifé exige des fondations en maçonnerie , il faut donc dans ce mois s’approvifionner des pierres & du fable ; ou li l’on veut épargner la chaux dans le mortier , il faut , au lieu du fable , fe procurer de la terre glaifeufe ou gratte.
- Ce choix n’eft cependant pas indifférent : par exempîè, un bâtiment de maître , propre à loger fa famille , â recevoir fes amis , mérite fans doute des fondemens fol ides , & on ne les obtiendra qu’avec du mortier compofé du bon fable èc de la chaux : d’ailleurs, les logemens perfonnels n’exigent - ils pas de bonnes fondations pour être fains , durables , &: ne jamais préfenter aux yeux des étrangers , foit à leur extérieur , foit dans leur intérieur * ces fentes, lézardes où corruptions qui répugnent généralement à tout le monde ? Il n’en
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- eft pas de même des petites bâtifles pour jjlqitatitm des fermes : le mortier de terre peut fufère pour lier les pierres dans leurs fonde-mens, & on doit ufer de cette économie pour les clôtures , particuliérement lorfqu’elles font d’une grande étendue j cette épargne eft d’autant plus importante , qu’elle facilitera beaucoup les agriculteurs à clore presque tous leurs fonds, f Indépendamment de ces travaux d’approvî-bonnement, on fait fouiller les fondations à la toife, £ ori y emploie des manœuvres ; pu à la ma'n , fi o.n les fait faire par fes domeftiques. On fait en même-tems remplir de maçonnerie les fondemensaufii à la toife , ou par fes valets^ mais on doit bien fe garder d’éîever les murs au-deflus des fondations, dans la crainte de les voir endommagés par les gelées, & furrtout par les dégels , qui caufent le dépériffement de tous les mortiers, même des meilleurs ciments : il faut donc au contraire faire couvrir de quelques pelletées de terre la maçonnerie que Tou aura faite ; ce qui eft très-facile , en jettent à fur & mefure d’œuvre 1a. terre que l’on aura à côté pour être (ortie des. fondations : par ce moyen , on pourra fe flatter d’avoir de boa ouvrage , quoiqu’on le fafte faire dans la rigueur dé l’hiver.
- Rien n’eft plus facile que dff maçonner dans les fondemens entre deux terres , c’eft-à-dire , dans la tranchée faite dans le fol , puifqu’il n’effc
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- pas befoiïi d’étendre les lignes ou cordeaux : je tonfeille cependant de Remployer à cet ouvrage qu’un ou deux ouvriers/au fait de la maçonnerie , à moins qu’on ait à fonfervice un ou deux domeftiques ihtelligefis, tels que ceux que j’ai défignés dans la ferme ou le mémoire qui a remporté le prix. Voyez à l’article granges, de ce mémoire, pag. 6 Sc fuiv. & vous y reconnoî-irez fans doute la grande économie qu’un propriétaire éclairé peut faire annuellement dans les réparations , confirudions St entretien de fes bâtimens.
- Lorfqu’on a fait dans la rigoureufe faifon les charrois des matériaux, les fondations & les carreaux de pifé , on peut fe flatter d’avoir exécuté de grands ouvrages : je regarde la moitié des confondions faites, lorsqu’une partie des matériaux eft fur la place où ils doivent être employés, & l’autre dans l’habitation du maître. On ne fauroit donc croire combien cette vigilance fera profitable aux cultivateurs , lorfqu’ils faifiront les tetfis morts aux travaux d’amcul-
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- ture, pour faire les ouvrages St approvifion-némens que je viens d’exprimer.
- Il eft une autre attention non moins importante que tout propriétaire doit avoir : elle confifte à planter fur la fin de ce mois les arbres utiles &: d’agrémens, s’il “ne l’a pas fait dès le commencement de l’hiver ; St s’il n’a pas,, non lus fait les difpofitions de fôn entreprife ? il
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- faut.qu’il fe dépêche de faire mettre au net fou projet parce que la feve va monter. Oui, la feve, cette merveille de la nature n’attend point la volonté des hommes pour fe manifefter toutes les années à un tems fixe. Je dis donc que le plus preflant de tous les travaux eft de planter les arbres au tems convenable : il vaudrait infiniment mieux retarder tous les ouvrages de conftruéHon, que de ne pas s’occuper & de ne pas faire travailler fes domeftiques , fes manœuvres ( tous les habitans du village s’il le falloit ) aux plantations que l’on peut faire dans un domaine ; la raifop en eft autant plus jufte que vraie : on peut en tout tems bâtir, mais non pas planter.
- Tout propriétaire éclairé en.fes vrais intérêts fera donc faire dans ce mois les fouilles de tous les arbres qu’il délirera & devra placer aux environs de fes bâtimens , & il fera faire le trou de chacun amplement large & profond, afin que chaque arbre y trouve plus de terre-meuble qui lui eft nécefîaire pour fa nourriture : par ce moyen ils profiteront tous , & il n’en manquera aucun.
- Le remuement des terres qu’on eft obligé de faire , lorfquon veut bâtir en pifé , fournira l’occafion de faire le meilleur choix de celles qui paroîtront les plus convenables à la croif-fance des arbres ; je fuppofe qu’on'rencontre un fol graveleux ou autre qu’on trouverait
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- nuifible à la végétation des arbres , & que près des conftru&ions en pifé on trouve des terres franches ou autres qui foient meubles ; eh bien, à fur & mefure qu’on excavera les trous des arbres, on en fera tout de fuite tranfporter le fol graveleux ou le gravier près de la bâtifle en pifé , lequel eft bon dp cette nature ( comme je l’ai dit ) pour ce genre de eonftru&ion. Voyez le mélange des terres pour le pifé dans mon fécond cahier, pag. 24 &c fuiv. J’ajouterai que les mêmes voitures, déchargées du gravier ou de la terré aride , s’en retourneront chargées de bonite terre végétale pour être jettée dans le trdu de chaque arbre.
- Voilà comment les travaux de l’archite&ure rurale fe trouvent intimément liés avec ceux de l’agriculture : cès deux fciences font les deux meres de tous les arts ; je le prouverai de plus en plus. Si tous ceux qui traitent de l’agriculture avoient les notions des bâtiffes rurales } ils ne délaifferoient pas, contre l’intérêt commun , cette derniere fcience ! mais celle-ci étant au berceau , je m’aide à l’élever ; plus grande,, elle leur fera voir que tout homme ne fauroit fe flatter d’être bon agriculteur, s’il n’a pas les connoiffances anciennes & nouvelles que j’indique.
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- Volet le mois favorable qui ouvre tous le# travaux de la campagne , non- feulement aux laboureurs > vignerons > jardiniers &c autres, mais à tous ouvriers quelconques travaillants aux conftru&ions de bâtiment.
- Que d’immenfes travaux s’entreprennen1^$£ s’exécutent dans ce mois au profit de chavque nation? que de grandes, de moyennes .& de petites améliorations il fe fait dans le# propriétés individuelles ? Mais combien chaque état & chaque particulier pourroient faire augmenter la mafle de ces bénéfices *, s’ils favOient ÔC vou-loient faire ces. travaux & améliorations à tems, avec choix '& par de meilleurs procédés que .ceux dont on fait ufage depuis nombre de fiécles I
- Les jours crôifiant de deux bâfres * ou mieux J les jours étant plus grands. de trois heures & demie qu’en janvier , procurent par-defius une température ni froide ni chaude , qui convient parfaitement aux travaux pénibles de la terre & des confiruétions : les maîtres doivent profiter de ce tems propice , & ne point oublier de le fiufir pour accélérer leurs ouvrages &
- entreprifes ;
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- entreprises; à cet effet, ils ne regarderont parf quelques encoüragemens qu’ils donneront aux travailleurs , parce qu’ils les retrouveront au-de là fur les bonnes & fortes journées que ces derniers peuvent leur faire en mars; d’ailleurs ^ n’eft-il pas jufte que les propriétaires augmentent de quelques fols le prix des journées au commencement de la campagne ) quand ils le dit sninuent de même fur la fin de l’année! je dis plus ; fi ce font des domefliques à gage qu’on emploie, il convient de leur promettre & leu* donner quelques légères gratifications pour lçs animer au travail, par l’efpoir de la récompenfej Ainfi l’on gagnera, & l’on profitera du tems le plus avantageux , tel qu’eft celui du prin-tems ; par ce moyen, on entaffera bénéfice fur bénéfice. Tous les propriétaires en feront convaincus par la fuite de ce calendrier ; j’efpere leur démontrer que le fuccès des bonnes récoltes^ & le parachèvement des conftru&ions, pour pouvoir jouir de ces dernieres, dans la même année qu’ils les auront entrepris , dépendent abfolu* ment des premiers foins & des premiers travaux. On ne craint point , dès le commencement de mars, d’élever la maçonnerie fur les fondations qu’on a fait faire le mois précédent, parce que les gelées ne font pas, dans ce tems, affer fortes pour endommager les murs : la maniéré de faire ce foubaffement en maçonnerie pou*
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- les conftruûions en pifé avec les mefures J font fuffifamment détaillées dans le ier. cahier du traité d’architeélure rurale, voyez pag. 20,' 21 & 48 ï aufii-tôt que les alignemens font tirés f les lignes ou cordeaux étendus , & que l’on a fait un peu de maçonnerie , on pofe le moule, & on y fait entrer les pifeurs ; pendant le tems que ceux-çi compriment la terre , d’autres continuent-le foubaffement en maçonnerie, de maniéré que tous les,ouvriers travaillent à la fois, & i[iie tout s’exécute à la fois.
- Lorfque la maçonnerie des murs de la maifon çft parachevée , les ouvriers, qui viennent de 1# finir , pofent le fécond moule : alors on a deux; brigades de pifeurs ; tantôt ces deux troupes fe rencontrent fur les murs de face & de refend, tantôt elles fe trouvent fort éloignées d’une extrémité du bâtiment à l’autre. Le premier cours de pifé parachevé , chaque brigade remonte fon moule pour faire rafîife-fupéfieure : la'même manutention fe fait pour les fécond, troifieme > & autres cours de pifé ; au furplus yoyez toute cette manipulation dans le ier. cahier * pag. 11 & fuivantes ; voyez auffi l’article de la mafîivation dans le fécond, pag. 8 & fui-yantes : j’ajouterai à ce que j’ai dit dans ces deux ouvrages , que les pifeurs ne ceffent de travailler que lorfqu’ils font arrivés à la cime de la maifon , c’eft-à-dire, que lorfqu’ils ont fini
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- tout le piîe. Cefi donc fans interruption què fou Confirait ces fortes de maifons : il en efi: de même des murs de clôture ; voyex la remarque efîentielle que j’ai faite pour expédier les grandes clôtures au Ier. cachier , pag, |x ; St êonfidérez que les mauvais murs que l’on bâtit en beauge , ou en torchis, avec dé là terre imbibée de quantité d’eau, obligent de ceffer -le travail de leur conftru&ion pour les laifler égouter & fécher, & qu’on ne peut fâire chaque afiife qu’avec beaucoup de patience & de tems tandis que le pifé fait fans eau exempte de tous cés incOnvéniens.
- Le tems , qui vole , coule & s’enfuit, pouf" ne revenir jamais, & qu’on ne retrouve plus, doit être faifi par le propriétaire vigilant : c’efi donc dans ce mois qu’il étendra fes foins fur toutes les parties de fes conftruftions & de fes cultures, & fur*tout qu’il fera faire toutes les plantations dont il aura fait le projet : mon avis efi d’outre-paflet le nombre des arbres qu’oit aura eu deflein de planter, afin que celui qu’on aura arrêté fe trouve complet , ce qui n’arri-veroit pas par quantité d’arbres qui meurent malgré toutes les précautions que l’on prend dans ces entreprifes. D’après quoi, j’invite tous' les propriétaires, nondeulement de ne jamais oublier de planter annuellement avant que la
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- fève monte dans les arbres (j), maïs encore de ne jamais oublier de femer : je veux dire , qu’il faut former, toutes les années, des petites pepi-nieresdans chaque poffefiion , foit avec des boutures., foit avec des pépins & noyaux. Tout le inonde fait que ces approvifionnemens tournent toujours au grand avantage des propriétaires ; cependant il en eft bien peu qui aient cette attention. Qu’en arrive-t-il ? que les agriculteurs pégligens font réduits d’aller acheter à grands frais les arbres dont ils ont toujours befoin ! les pepimerüles les attendent dans une petite portion de terrein qu’ils ont rempli d’une fourmillée de jeunes plantes de toutes efpeces, & là, ils ont l’adreffe de leur vendre ces jeunes arbres à tant la piece , ce qui rend furieufement cher la Yioindre plantation que l’on a à faire* Ne faroit-ce point cette groffe dépenfe qui a empêché de garnir d’arbres toutes les maifons de campagne? Ah ! cela n’eft que trop vrai ! puifqu’une grande plantation coûte une fomme énorme pour la faire, lorsqu’on n’a pas eu la précaution d’élever les arbres chez foi J
- Il eft confiant qu’un petit coin de terrein peut fournir plufieurs milliers d’arbres, par là
- (i) Ah ! du moins plantez-les , Puisqu'ils croissent sans vous.
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- raifort qu’un feitl arpent contient 4^ mille 40® pieds quartés. Si, dans chaque pied quarré, Oit y avoit placé un fauvageon, ou un noyau, olui des pépins ) on auroit donc la poffefîion de 48 mille 400 arbres ! que l’on juge maintenant der la grande quantité de jeunes éleves que chacun? peut faire croître, ou plutôt, peut laiffef croître dans un petit efpace de terrein (ïjÿ puifqu’on les plante li près les uns des autres * que l’on calcule enfuite leur valeur, & Ton? trouvera que l’on eft devenu riche fans yf penfer ï En voilà l’exemple : 48 mille 400 pieds quarrés , que forme un feul arpent, produiront 48 mille 400 brins ou tiges d’arbres : mais, je fuppofe, que pour faciliter leur végétation* on ôte l’année fuivante la moitié de ces éleves ? il en reliera encore 24 mille ou environ, lef-» quels eftimés à ao fols piece f produiraient un capital de mille louis.
- Il eft donc facile d’avoir chez foi un trëfor*' & de le renonveller chaque année pour le rendre inépuifable ? à cet effet, qu’on recueille dans le courant de l’année les noyaux &: pépin» des meilleurs fruits & les plus murs ? qu’on les confie à la ter*e, foit avant , foit après l’hiver*
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- ( » ) Ces arbres croissent tous les jours :
- Avec eux croissent nos amours.
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- ainfï que les pîants enracinés on fans racines ? ©R verra enfuite, fi chaque propriété n'acqué» rera pas une valeur intrinfeque ï Si un propriétaire cependant voulqit faire des plantations fans attendre rétabliffement d'une petite pépinière , qu’il pourrbit faire par la fuite dans fa poffelîion? En ce cas, je lui confeille de traiter différemment qu’on ne l’a fait avec les pçpinierifles, ce qui lui fera fort aifé de faire % puifque ceux-ci fe font tant multipliés dans toutes les parties du territoire de la France î
- Tout cultivateur doit donc faire marché avec les pépinieriffes à tant le cent des jeunes arbresy & non pas à tant la pièce } dut-il faire un choix, fur chaque cent de ces jeunes plantes ainfi achetées en gros, & en mettre plufieurs au rebut ? il y trouvera, Si grand marché, & bonne qualité ï Les arbres placés dans la terre Si les bâtimens mis en train, le maître jouira d’une parfaite tranquillité : pendant fon repos , Si pendant fes autres occupations à veiller à fes autres a£> faires, fes conflruftions Relèveront Si fes arbres grandiront : tout profpérera à-la-fois, au point que fon immeuble ne fera plus reconnoiffable à la fin de l’année ; c’efl ce que je vais démontrer par la fuite de cette archite&ure périodique,
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- Les jours croiffent encore dans ce mois d’une heure ; ce qui facilite de plus en plus les occupations de tout genre. Il en faut profiter t ôç je confeille à tout propriétaire de faire préparer dans fon domaine la terre bonne à faire les briques. Je vais m’expliquer plus amplement fur cette excellente efpece de matériaux.
- Lorfque j’invite les cultivateurs de faire pro-vifion de briques ? je n’entends-pas pour cela qu’ils prennent la peine r qu’ils aient rembarras &: qu’ils faffent la dépenfe de contraire des fpurs pour les faire cuire i il n’y a prefque aucun foin ni gêne pour fe procurer l’efpece 4? briques dont je défire qu’on faffe provifion. La manipulation eft fimple, puifque ce font des briques crues 5c fechées à l’air que l’on peut enfuite employer à différens. ufages : dans cet état primitif, les briques font fuffifammeüt félidés pour toutes les légères confondions & pour une infinité de détails nêceffaires aux pet tires confondions •& aux réparations K. que Içs auteurs architedes , toiféiirs& maçons, nomment légers ouvrages : en effet$ ne peut-on p$$^ fur-tout dans la campagne r faire les cloi£on?s
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- <dcs chambres, des cabinets, des alcôves 6c au* très avec des briques crues ? Ne peut-on pas conflruire les tuyaux des cheminées avec ces matériaux préparés feulement par la main-d’œuvre ? Pourquoi y employer les briques cuites ! li j’ai peu raifonné fur cette partie de la conftruÔion des bâtimens, à l’article des cheminées dans mon i*r. cahier, page 35 ? c'eft parce que je voulois fournir à mes leûeurs cette économie de plus, en m’étendant plus longuement fur ce genre de conftru&ion qui doit faire tant de bien aux nations & aux particuliers. La planche VII! de ce même cahier , fig. 1, représente le tuyau au-deflus de la tablette d’une cheminée conflruite avec des briques. Eh bien ! fi ce briquetage eft fait avec des briques non cuites ? en fera-t-il moins fo-lide ! le feu peut-il endommager ce tuyau , lorfque les flammes ne s’élèvent prefque jamais au-deflus de la tablette ? En abrégé, ne fuffit-il pas pour conduire la fumée jufques au-deflus du toit, que le tuyau de chaque cheminée foit Amplement fait avec des briques crues , puifque les anciens en ont bâti , 6c que nous pouvons encore en conflruire des maifons ?
- Je n’empêche pas que l’on emploie les briques cuites pour faire les contre-cœurs des cheminées t particuliérement lorfqu’oa fupprime les plaques dé
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- fer fondu, ou les bretagnes de pierre de grais roi Picardie , les payfans conftruifeet les contre-cœurs de leurs cheminées avec un petit mur fait de tuileaux, ou des débris de tuiles, & les incruf-tent de 3 à 4 pou ces dans l’épaiffeur du maître mun par ce moyen, ils épargnent la dépenfe des plaques de fonte ou de grais, & garantirent la grofte maçonnerie de l’ardeur du feu, fait dans le foyer. Cet exemple eft fuffifant pour faire fentir la néceftité de faire tous les contre - cœurs des cheminées en briques cuites ; mais lorfqu’oa eft arrivé à la hauteur de la tablette de chaque cheminée, on doit fe fervir de briques crues» & continuer ainfi le tuyau jufques au toît.
- Pour établir définitivement mon principe, je ferai remarquer que les maçons revérifient d’un double enduit les tuyaux des cheminées : leur intention, lorsqu’ils appliquent le premier enduit dans l’intérieur, qu’ils ont foin de lifter & de polir tant qu’ils peuvent, eft pour faire couler la fiimée, &fe préferver du feu; à l’égard du fécond enduit qu’ils pofent à l’extérieur , celui-ci eft fait non-feulement dans la même vue de mettre la maifon hors du danger du feu, mais encore pour la folidité & la propreté.
- Si on eft dans la néceftité abfolue d’enduire tant en dehors qu’en dedans tous les tuyaux de cheminée ? je ne vois pas celle de les conftruire
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- avec des briques cuites î autant vaut-il enfoui# dans le mortier les briques crues ? celles-ci ont afTez de dfenfité pour faire de bon ouvrage & les enduits doivent le rendre de longue durée : les briques cuites ont été de tous les îems, & feront toujours fort difpendieufes : cette dépenfe inconfidérée que Ton a fait jufques à préfent doit être fupprimée de nos constructions. Qu’importe aux maçons que les propriétaires faffent cette épargne, îorfqu’il leur relie la même main-d’œuvre? Plus l’économie fera grande dans les bâtimens, plus l’on fera bâtir % & plus l’®n multipliera les logemens, fermes,; & fabriques ? plus l’on pourra occuper la population de la France , qui s’accroît tous les jours. Il n’y a donc que les marchands de briques cuites qui y perdront 1 Tant mieux pour le bien général : que ces derniers s’appliquent à faire plus de tuiles, à les mieux fabriquer , & for - tout à les faire bien cuire ? Ils trouveront le débit qu’ils vont perdre fur les briques , & l’état y gagnera une très-grande cou* Sommation de bois & de charbons que l’on emploie & mal à propos*
- Si le public a été content de mon invention jgiom faire des carreaux ou grofFes briques avec fa terjre pi-fée , qui imitent parfaitement les pierres 4é; iaile , j’ai beu de çroire qn’il adopter»
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- «lé même mon avis pour s’approvifionner de( briques crues 1 Ce font cependant deux manipulations oppofées : Tune exige qu’on emploie la terre fans eau ; l’autre, au contraire 7 oblige à la mouiller , même à la noyer d’eau , pour pouvoir la pétrir & la mouler , à l’effet d’en former de petites briques.
- L’on doit faire ufage de ces deux procédés à la fois, par la raifonqu’il n’eff pas facile de pifer dans de petits moules, & par la même raifort qu’il feroit fort embarraffant de mouler de groffes briques avec la terre pétrie : ce font ces réflexions qui m’avoient conduit, en 1785 , lors du programme contre les incendies, d’imaginer de faire de groffes briqués cuites , ce qui efb conftaté par un procès-verbal : méthode bien moins ooûteufe que les .briques ou pots qu’on emploie au théâtre du (palais - royal , & que je donnerai par la fuite ; mais il ne s’agit maintenant que de briques crues * que chacun peut faire chez foi , dans tous les territoires ou cantons , l’on trouve aifément la terre propice à cette fabrication ; il faut donc, dans ce mois d’avril, que chaque propriétaire faffe faire quelques voitures de cette terre, ce qui ne peut déranger fes autres travaux.
- Lorfqu’on a cette petite provision , on oc-* cupe un ou deux manœuvres à pétrir la terre
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- bondé à /aire dés briques , enfwite à unir la place où l’on doit les faire fécher ; pendant ce tems les antres ouvriers continuent de pifer la maifon & les murs de clôture , à cultiver le jardin , à lier les arbres qu’on a fait planter le mois précédent , enfin à tous autres ouvrages utiles pour l’ordre des conftru&ions, réparations 6c plantations.
- C’eft ainfi que tout s'exécute à la fois : déjà la majeupre partie des conftruâions font prêtes d’être parachevées , particuliérement celles qui ne doivent pas recevoir plufieurs étages ; à l’égard des clôtures de pifé, on y pofe des gros os d’animaux , en bouchant les trous des clefs : voyez ces trous dans les différentes planches de mon premier cahier ; ces os durent fort long-tems, 6c évitent la dépenfe des treillages, & dans les intervalles on peut placer des clous jr ceux-ci tiennent plus dans le pifé, que bien des perfonnes ne fe l’imaginent, en s’y rouillant ; il eft enfuite difficile de les en arracher.
- Je terminerai par faire remarquer que les arbres étalés contre lés murs de clôture de pifé profitent infiniment mieux que ceux qu’on appuie contre les murs faits en maçonnerie : on en fent la raifon, les pierres ont une réfrigération , qu’il ne faut pas confondre avec la froidure, laquelle eft un obflacle à la végéta-
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- tien : maïs lorfque le foleil échauffe un mut de pifé , il lui conferve [une chaleur permanente & non point brûlante ; & lorfque le froid glace les pierres , il ne s’incorpore pas de même dans le pifé : mais laiffons tous ces objets feien-tifiques ; l’expérience a prouvé que les arbres en efpaliers réunifient à merveille contre les murs de pifé , & que leurs fruits ne mûriffent pas autant contre les murs faits en pierres ou en cailloux.
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- -Les jours beaux , dans ce mois , le tems 'frais & fouvent fereitt , font favorables aux travailleurs pour expédier les travaux, & par CQnféquent font fort avantageux aux maîtres.'
- Les bâti mens de pifé de plufieurs étages f’ qu’on aura commencé de conftïuire immédiate* ment après l’hiver. font terminés ou prêts de l’être : ces conftru&ions font certainement excellentes, mais elles ont une ennemie redoutable dont il faut foigneufement les garantir : cette ennemie eft la pluie. Le pifé ne peut-être endommagé par le feu 6c par les vents les plus furieux, en un mot le pifé réfifie à tout, & non pas à l’eau.
- Que l’dn tienne donc bien à couvert les murs de pifé pendant la durée de leur conftruâion? Que chaque foir, après leur journée, les pi-; feurs prennent ce foin, en arrangeant des planches , des tuiles , même des paillaffons en forme de petit toit fur tous les murs ? que le meilleur ouvrier, ( celui le plus adroit , & qui a toujours une efpece de fupériorité fur fes camarades ) ait la vigilance d’entortiller lui-roême les poutres- Se autres pièces de bois de plufieurs cordons de paille, ( ces cordons ne
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- font autre chofe que les mêmes liens de paillé dont ôn fe fert pour faire les gerbes de blé ou les bottes de foin).
- Avec toutes ces précautions on parviendra à faire couler l’eau loin des murs de pifé ; &C fi dans une nuit une groffe pluie furvenoit ? on garantiroit par-là la conftru&ion de terre 1 mais, je le répété , lès cordons de paille entortillés fur les bois de charpente, feront filer Feau goutte à goutte au milieu du bâtiment ; par- cè moyen les plus grandes averfes ne pourront caufer des dégâts au pifé , ce qui arriverait fans ce foin , particuliérement fous les prifes des poutres & greffes pièces de bois du toit.
- On reconnoît combien il eft expédient de faire la couverture de la maifon pour la ga* rantir de la pluie, & ce genre avantageux de bâtir avec la terre feule en donne la facilité, aufti-tôt que le bâtiment eft affez élevée, & que les pignons ou pointes font parachevés ; on pofe fans d'élai-letofi'tir^fi’nft^as^ <^aihdned?S^îippor!^i‘ la plus grande célérité, Sc de placer fur les murs de pifé, tout fraîchement faits, la plus groffe çômuie la plus lourde charpente» J’en ai Ifegp périence par quantité de maifons que j*àf tfuifis de cette maniéré*
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- PLANCHE PREMIERE.
- La fig. II repréfente le moule d’une brique de quatre pouces de large fur huit de long ; cette forme oblongue , & ces mefures , font affez convenables pour fervir à faire les cloi-fons, ou féparatio ns des appartements, & qu’on nomme avec jufte raifon en plufieurs pays ga-randages, comme dérivant du verbe garantir : on donne ordinairement aux moules de ces briques, deux pouces avec deux à trois lignes d’épaiffeur de plus, afin qu’il leur refte deux pouces francs après leur déification.
- J’obferverai que l’on ne doit faire pofer ces briques que fur leur lit, telles qu’on les fabrique dans le moule, & non fur leur côté que les articles nomment Briques fur champ. Lorf-qu’on veut ménager la place, & faire des ga randages ou cloifons fort minées , il faut néceffai-rement pofer les briques de champ ; dans ce cas, on ne fauroit les faire tenir & les lier intimement qu’avec le plâtre ; il faut donc fuppofer qu’on habite le pays oii le plâtre eft abondant, par conféquent à bon marché pour conftruire des réparations avec briques fur champ ? Voilà la condition qui permet de faire ufage de briques Cuites ; & comme^il eft rare de fe procurer du plâtre, on emploiera ayec beaucoup
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- $e fucçès les briques crues que j’indique ; avec d’autant plus de raifon, que celles-ci peuvent faire de bon ouvrage, lorfqu’on les emploiera fur leur lit, ou à plat, en les liant avec un mortier fait Amplement avec la chaux , & le fable ; même, lorfque les cloifons auront peu d’élévation, on pourra fupprimer la chaux en fe fervant du mortier fait avec la terre gluante ou greffe.
- Jufqu’à préfent , hors les pays oh l’on bâtit bien, comme dans la ville de Lyon, & dans fes campagnes qui l’avoifinent, on a eu la mal-adreffe de faire les réparations des appartements avec des pans de bois, des lattes, ou liteaux «le bois , dans lel quels on inféroit des platras, Bc que l’on garniffoit avec profufion de mor-fier; ou bien, on faifoit les cloifons avec des planches ; ou enfin, on les bâtittoit avec des poteaux de bois, des tringles ou des ofiers , que l’on entortïlloit d’un torchis ; toutes ces eonilru&îons étoient vicieufes fous tous les rapports , comme étant le réceptale de la vermine, le moyen funette de mettre la maifon tout en feu lors du moindre incendie , & fur-tout, une dépenfe fort grande que l’on tailoit fans 1# favoir. Car, a-t-on bien compté combien de-penfe une toife quarrèe de ces cloifons en pans de bois ? Non fans doute 1 Le charpentier produit fon compte ; le maçon le fien. Tous les
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- articles de la dépenfe font épars dans leurs fûê^ moires, & jamais on ne fait, fi on bâtit chef Ou bon marché.
- Il eft de fait qu\me toife quarrée de garan-dage en briques cuites, eft moins difpendieufe qu’une pareille en pans de bois ; & de la maniéré que j’indique fa conftruâion , elle deviendra encore à bien meilleur compte : les encadrements ou huifteriès des portes ; quelques poteaux pofés de diftance en diftance 9 lorfque les portes ne font pas afîez rapprochées les unes des autres, des feuillures à ces poteaux, font les feules liaifons néceffaires pour rendre folideS ces féparations.
- Fig, III. Ce moule eft plus petit pour faire des briques propres à conftruire les tuyaux des cheminées : je lui aï donné ici fix pouces de long, & trois de large ; & ces dimenfions moyennes conviennent à la folidité des cheminées dont les tuyaux montent fort haut : on peut faire cejmoule de deux pouces de hauteur, pour avoir des briques crues d’un pouce trois quarts d’épaiffeur ou environ.
- Lorfqu’il y a plufieurs étages à une maifon, il convient de faire les briquetages de ces tuyaux avec mortier de chaux ; mais pour une chaumière , un réduit, compofé Amplement d’uu rez-de-chauffée , Sc d’un grenier aiï-deflus, on peut conftruire ces tuyaux avec mortier de terre
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- attendit , comme je l’ai dit ci-devant * t|f£ô3 eft dans la nécefïité d’enduire, en dedans com* ïne en dehors, ces conduits de la fumée avec un mortier compofé de chaux &: de fable.
- Fig. IV. La négligence de laiffer faire aux autres fa befogne , a caufë aux propriétaires bien d’embarras &de dépenfe : on veut un falon ovale, un cabinet circulaire, une alcôve dé» gagée par des lignes courbes , pour faciliter, les paffages, un pavillon o&ogone , en un mot j toutes autres pièces qui s’écartent des formes, quarrées ou re&angles } Eh ! bien, il eft facile de fe contenter à bien peu de frais : fans aller, recourir aux marchands de briques pour leur, faire faire de nouveaux moules qu’ils font payer fort cher, ainfi que les nouvelles briques qui les dérangent de leur routine , tout propriétaire peut faire fabriquer annuellement chez lui les briques de la figure qu’il voudra.
- A cet effet, j’ai figuré dans la planche I, une de ces briques qui n’ont plus la forme droite: cet exemple fufîira pour qu’on puiffe en faire faire de toutes les figures, fuivant la diftribu-" tion du plan qvi’on aura fait faire par un architecte.
- Je fuppofe qu’on veuille faire un cabinet d’aifances circulaire de 4 pieds de diamètre î du point À , comme centre, tracez avec une ouverture de compas de deux pieds un pouce |
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- pouce de plus eft pour l’épaiffeur des boî-fages ) l’arc B & C ; & fi vous voulez faire la largeur de vos briques de 4 pouces , vous tracerez un autre arc D & E. Enfuite , vous tirerez deux lignes droites au centre A, en laifîant le double de la largeur de la brique fur ce dernier arc. Par ce moyen, vous aurez la forme circulaire de votre moule qui vous donnera des; briques de 8 pouces de long , & 4 de large.
- OBSERVATIONS.
- Pour être plus clair, & éviter les differtâ-fions qui ne conviennent point aux ouvrages élémentaires, j’ai fait graver les mefures fur chacune des figures de ces moules.
- Les grandes branches F, F , F , &Cc. fervent au mouleur & au porteur pour les empoigner à l’effet de pouvoir facilement fabriquer les briques., & les tranfporter lorfqu’elles font fraîche-chement faites pour les fairé fécher.
- -Les petites branches G ,, G, G, &c. leur fer* vent aufii fioguliérement pour frapper, & faire détacher la brique du moule.
- Chacun fera fabriquer de ces briques, lapro-vifion dont il aiira bêfoin : le riche la fera fui-vant l’étendue de fe$ bâtiments pour les construire , réparer & entretenir ; le pauvre habitant réduira fpn approviûonnement à quelques cents
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- 2e briques qu’il {entira lui être nécefiaires 6c chaque année , il recommencera ce travail qu’il peut faire lui-même avec fes enfants ; enfin, le charpentier, ou le menuifier, en un mot, le moindre ouvrier travaillant le bois, pourra ai»-fément contraire ces moules avec *des plan* ches d’un pouce ou environ d’épaifieur ; & ave® ces moules de fi peu de valeur , on pourra faire des ouvrages à l’infini, les plus précieux comme les plus ordinaires ôc utiles*
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- JUIN.
- La chaleur n’eft point afTez grande dans ce mois pour incommoder les ouvriers : le pifé ne fubit point encore une trop prompte def-iication : les jours font les plus grands de l'année : ainfi tout concourt pour donner aux propriétaires le fruit d’un long & d’Un. bon. travail..
- Si on avok fait pofer le toit dans les mois, précédens ï on jouira de l’avantage de faire procéder aux diftributions des appartemens !: fi, au contraire y on avoit commencé le bâtiment que long - tems après l’hiver } on £e dépêche de le faire parachever pour y placer le plutôt pof-fible fa couverture l ce doit être là le but de tout bon confïruÛeur en pifé : forfqu’il eft parvenu à couvrir fa conftru&ion r il peut dire-tna maifon eft fauvée, 6c pafferà à mes enfans * à mes arrieres-petits-fils * en un mot, à la pof-térité y car le pifé ne sifque point d’être endommagé par les pluies tranfverfales, ni par les ouragans qui fouettent l’eau 6c la grêle, contre les parois des murs de terre ; le pifé ne craint que les pluies perpendiculaires , & les eaux qui féjournent fur les murs, d’où elles découlent dans les prifes des bois de charpente % dans
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- les joints des portes 8c fenêtres, dans les trous des clefs y où elles font les plus grands ravages,
- Puifque la couverture du pifé confommé l’œuvre, 8c affine l’immeuble à nos fucceffeurs £ il efl certain que les maifons de pifé font praticables dans tous les pays , 8c fur tous les Êtes ! on peut en bâtir aux bords de la mer y fur les plus hautes montagnes, dans les vallées profondes y aux pieds des glacières 8c des neiges qui exigent toute l’année , foit aux Alpes y foit aux Pyrénées 8c ailleurs , mais oit cependant * malgré la rigueur du tems, l’on confinât des habitations, puifque l’on y cultive avec beaucoup de fiiccès ; en un mot, le pifé doit être pratiqué en tout lieu*
- C’efl dans ce mois qu’on reconnoît les avantages que procure la méthode du nouveau pifé: ©n fait pofer les carreaux de terre que Ton a fait comprimer dans l’hiver, pour former toutes les diflributions & ageneemens de la nouvelle maifon : c’efl ici où les propriétaires fentiront le grand fervice que leur rendra cette invention ; les premiers pour épargner leur bourfe y les féconds pour avoir une nouvelle occupation dont ils étôient privés. En effet , il s’agit d’ôîer cet ouvrage des mains des charpentiers & dès» menuifîers, pour les donner à faire aux four*» paliers 8c aux maçons : ceux-ci n’ont befoia %
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- pour eonffruïre les cloifons 8c antres légers ouvrages , ni de gros 8c de menus bois, ni de Jattes, ni de clous , en un mot, d’aucun torchis , puifqu’îls peuvent y employer les matières minérales avec fuccès-
- Ah! quand ne fe fervira-t-on plus d’une fî grande abondance de végétaux dans la conf-trucrion des bâtimens ? fi les fréquens défaftres qu’ont caufé les incendies , 8c la cherté des bois n’ont pu éclairer les habitant ? il faut efc pérer que l’économie des carreaux de pifé , &C des petites briques non cuites 8c féchées à l’air „ les forcera à changer leurs vieilles habitudes !
- Ces moilons de pifé & briques crues, feront le bon office pour élever tous les garandages ,, cloifons & féparations , ainfi que pour canf-truire tous les tuyaux de cheminées mais comme j’ai démontré par plufieurs expériences que le pilé peut s’employer aux voûtes ? j’ai lie# de prévenir littéralement tous les agriculteurs ( i ), qu’il leur fera facile de faire égaler
- ( i ) Je dis que je dois prévenir Vit éràtement te public de tu poffibitiiê de faire des voûtes avec dés briques crues , pétries & fechics a Vair ? parce que je n*ai encore pu obtenir ta pertnijfion de faire de
- moindre ierreîn de ta
- France, dont je ne demande cependant pas ta pro~
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- •tnent des voûtes avec les briques crues $ je ne prétends pas faire avec ces matériaux de grandes parties ceintrées ; mais je fou-tiens d’avance jufqu’à ce que l’on veuille inflituer mon école d’archite&ure rurale, que tes poffeffeurs, les architectes & maçons, peuvent remplacer avec des voûtes de. briques crues les petits planchers & toits , même d’un diamètre moyen.
- Voici comment l’on doit faire çonftruire les modèles de ces briques pour fervir de vouffoirs à toutes les voûtes.
- Je fuppofe qu’on veuille en faire une en plein eeintre de 6 pieds de diamètre, voyez planche première, fig. 5. On tire une ligne droite A, B; fur un carrelage , ou fur un terrein bien uni, ou fur quelques planches de bois que l’on arrange également les unes à côté des autres : on prend enfuite 3 pieds pour la moitié de ce diamètre, & du point C qui efl le centre, on trace l’arc de l’intérieur de îa voûte depuis. H en D : on trace auffi un autre arc I,
- priêtê, (Voyez ce que j’en ai dit dans mon 4e cahier, pag. 38.)
- « J’invite les départemens à fecondérmon zeîe, » & à requérir que pour le bien général il me » foit accordé un terrein, à cet effet ,je les prie » de vouloir bien en écrire au !roi & à l’affemblée >> nationale, ou au miniftre de l’intérieur, & aine >> comités de légiflature,
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- E, pour Intérieur de la même voûte \ 5 îâ diflance de la longueur des» briques, que je fuppofe ici de 8 pouces raprès quoi on porte fur Fàre intérieur Tépaiffetir qu’on veut donner aux briques ici je l’ai mis de pouces ; du point F & du centre C on tire une ligne juf-qites en G : c’eft cette ligne de coupe fi defirée pour laquelle on a fait cette opération : on voit qu’elle donne, en tendant au centre C , une plus grande épaiffeur de I’ en G, que de H en F.
- Pour faire mieux faifir la forme de ce moule je l’ai deffinée en perfpe&ive par là fig. 6#. On apperçoit là différence qu’il y a dans la hauteur' des deux traverfes , foit dans cette figure foit: dans la fig. y par les lettres K & L ; & l’on voit que les deux cotés entretenus par ces deux traverfes K & L, viennent en diminuant du feôté des branches F, F ; ce qui donne aux briques la coupe de la voûte, oà ce qui leur fait faire le coin, que l’on nomme vouffoir de manière que les briques ainfi moulées Sc pofées les unes contre les autres , tendent toutes également au point de centre, & en fe contre-buttant ainfl fans mortier, elles pourroient fe foutenir; que l’on juge la force qu’elles ont îorfqu’on y emploie du mortier Ml ne me ref-teroit plus qu’à démontrer le fardeau- que de pareilles voûtes feroietft capables de fupporter à l’égard de leur dénoté» mais cela eft impoljç
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- lible au théoricien le plus habile, & cela dépend! abfolument des expériences qu’exige la nouvelle archite&ure des campagnes. Si tous les autres établiffemens font utiles ? celui-ci ne l’eft pas moins l il pourroit faire changer de face le royaume, & peut-être dans la révolution a&uelle, n’y a-t-il que ce feul moyen pour y reftituer la paix avec le bonheur l mais on veut me laiffer mourir avec une infinité de nouveaux procédés que je Ue peux malheureufement communiquer à mes compatriotes que par la pratique» J’ai entré dans cette explication, parce que je n’avois point donné dans mon quatrième cahier la maniéré de faire les moules des vouf-foirs pour les "voûtes en pifé, dans l’intention de ne pas répéter deux fois la même chofe : maintenant je prie le leôeur de recourir à mon quatrième cahier, pag. 42 & fuivantes » ainfi qu’à la planche première, fig. 2 ; il verra que. s’il vouloir faire une voûte de pifé , il n’auroit qu’à faire diminuer rine des pièces de bois D, ainfi que les féparations B , à l’effet de leur faire repréfenter le coin fuivant la ligne qui tendra au centre : le moindre charpentier de village fera facilement le moule de pifé pour les voûtes , puifqu’il n’a qu’à prendre la moitié du diamètre, & tracer fon h gis comme il eft expliqué ci-deffus.
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- JUILLET:
- Les jours commencent à décroître dans ce mois, mais la terre, échauffée par les ardeurs dît foleil, conferve une grande chaleur , mftgié la diminution des jours. Ce tems chaud lert à fécher les maifbns de pifé où Ton a mis le toit, & les rend propres à être habitées fur la fin de la même année qu’on a commence à les faire conftruire* .
- Lorfque la totalité du pifé n’a pas été faite lé mois précédent ? il eft de l’intérêt du maître qu’elle fe termine en ce mois ! mais il arrive alors qu’on eft obligé- d’humeêler la terre qu’o/i veut pifer , parce qu’elle eft trop defféchée par le hâle ; on trouve dans le fécond cahier de ce traité, pag*3 5 , la maniéré fimple de procurer à la terre le degré de fraîcheur qui lui eftnéceffaire pour pouvoir la mafïiver.
- On continue de faire tous les menus ouvrages dans l'intérieur : par exemple, on fait para*, chever les planchers , pofer les encadremens des portes 6c des fenêtres , conftruire les ef-catiers & les cheminées, nétoyer les caves former les terraffas, paver les cours , auxquelles on doit foigneufemeot donner les pertes convenables pour rendre fitlubre l'habitation» &
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- Von fait exécuter les autres gros ouvrages pendant le tems qu?on occupe les menuifiers à faire les croifées avec les fermetures de portes ; les ferruriers à leurs ferrures, les carreleurs , les plâtriers & autres ouvriers à faire les métiers qui les concernent : toute la conftru&ion J par ce moyen de furveillance, d’ordre & d’économie , fe fait à la fois , fur-tout lorfqu’on ne bouche pas les trous des clefs du moule qui ont fervi à faire le pifé ; voyez ces trous dans le premier cahier , planches IV, V , VI, VII , VIII &C X. Sur quoi j’obferverai que ces trous , traverfant à jour les gros murs , y attirent l’air ; ce qui accéléré la defîication de l'intérieur des gros murs de pifé , & par-là rend ces maifons plutôt logeables, que fi elles étoient conftruites en murs de maçonnerie ; car ces derniers conservent pendant plufieurs années la fraîcheur des mortiers , puifqu’il faut beaucoup d’eau* pour les amalgamer : on fent qu’une fi grande humidité , renfermée entre les moiloos des murs de 18 à 2,0 pouces d’épaifleur, eft lente à s’évaporer , puifqii’elle eft privée du contaôde l’air, & il n’eft que trop vrai que l’exhalaifon in-fenfible de la chaux a caufé bien des maladies au genre humain & aux animaux , fans qu’on en ait connu la caufe ; les bâtimens que je préfente n’expoferont pas à ces malheurs. Un laboureur preffé de jouir , peut les occuper incontinent
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- fans danger fi toutefois il sé contenté de la belle furface des murs de pifé fans aucun enduit; je dis belle furface, puifque le moule laiffe au pifé des paremens fort unis & fort droits : dans le fait, les habitans , foit par économie, foit par le peu de tems qu’ils ont, peuvent renvoyer à quelques années la parure de l’intérieur de leur maifon , puifque le pilé fans aucun enduit n’esî point défagréable à la vue , tandis que le cultivateur le moins fortuné ne fauroit habiter fa chaumière ( lorfqu’elle eft conftruite en murs de pierres ) , qu’en faifant la dépenfe forcée d’un enduit : en effet, rien n’eft plus mal propre &C déshonnête que des moilons bruts & leurs innombrables joints fans enduit, qui repréfentent la plus grande mifere dans un appartement, quoique fait à neuf ;, le pifé fera donc difparoître çes miférables chaumières, & n’humiliera plus; les familles pauvres, ni la France.
- Il réfulte de ces obfervations que les granges* les étables , les écuries , les celliers & autres bâfiffes utiles aux travaux & à l’exploitation des domaines , peuvent fervir auflî-tôt qu’ils font^ parachevés, puifque les parois du pifé font auffi liffes que les plus beaux enduits. On y loge donc fans danger les animaux, puifque le pifé fe fait fans eau , & que la fraîcheur, que* l’on laiffe à la terre pour la comprimer, n’a pas affez d’attivité pour nuire à leur fanté*
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- particulièrement dans le milieu de l’année ; tel que celui de ce mois de juillet ; en abrégé , les hommes &: les animaux peuvent incontinent loger fans crainte dans des maifons neuves de pifé, où l’on fupprimera les enduits intérieurs ÿ par la feule raifon qu’ils y ferofit exempts de funeftes exhalaifons de la chaux, attendu que le pifé s’exécute fans chaux comme fans eau.
- Les mêmes avantages s’étendent po.ur les récoltes : on peut enfermèr dans ces bâtiffes, immédiatement après qu’elles font parachevées ^ les fourrages, les grains & toutes les provifions quelconques, fans crainte de les voir dépérir,’ parce qu’encore une fois il eft impoflible que des murs faits avec la terre feule fans chaux Sc fans eau, puisent leur porter le moindre préjudice.
- Tous les bâtimens de pifé dans leur intérieur peuvent refter pendant de longues années fan9 enduit, hors les logemens des maîtres ; ce n’est que lorfque les bâtimens commencent à s’égratigner fortement , que l’on reconnoît alors la néceffité d’y jetter un ruftic, & fuivànt les cas,' celle d’y appliquer un enduit, dans l’intention de conferver ces conftruftions pendant des liécles : ce ruftic & cet enduit font fuffifamment expliqués dans mon fécond cahier, pag. 59 & 66.
- Les habitations perfonnellcs de gens aifés^
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- èommeje viens de le dire , les magnonôries ; les colombiers, les greniers à farines , les manufactures & les fabriques de matières précieufes & autres batimens.de cette efpece, méritent fans doute qu’on enduife les murs de pifé pour la propreté & la confervation des qbjets qu’on y déppfe qu’on y fabrique ; mais pour toutes les bâtiffes née ffairps aux grands travaux , comme pour les boutiques,, magafins & fabriques à grands marteaux ; pour les hangards , corderies & dépôts; pour toutes les conftr itérions utiles à l’agriculture , généralement pour tous les bâtimens de gros fervice , on peut à jamais fe difpenfer d’y appliquer des enduits tant en dehors qu’en dedans : Pour conferver les murs , lorfqu’ils commencent à fe dégrader ; on fe contente d’y pofer un ruftic , & cette réparation coûte infiniment moins que celle de. l’enduit : fi celui-ci revient à 20 fols la toife quarrée, le ruftic n’en coûtera que le quart , c’eft-à-dire, 5 fols la même toife quarrée. Indépendamment de ce bon marché, le pauvre habitant y trouvera la plus grande facilité d’entretenir fes bâtimens ; à cet effet, il doit avoir toujours chez lui une petite provifion de chaux fondue ; lorfqu’il ap-percevra la moindre réparation à faire au pifé, & la plus petite place où le rufric fera tombé , il délayera un peu de chaux dans tin baquet, en y ajoutant du fable & de l’eau ; & avec fon
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- de maniéré que jamais fes conftru&ions ne pouront dépérir avec un fi Ample procédé „ qu’autant que la vétufté aura décompofé la folidité dm pifé , & l’aura réduit en poufliere fine, comme elle réduit en cendres les os fort compares du corps humain & des animaux : ainfi les agri-culteuts jouiront une fois dans la vie d’une certaine aifance , & cette même aifance que produira la nouvelle architeâure fur tous les individus, fera fleurir la nation * qui encou* Gagera l’auteur .pour -la porter à fa perfe&ian*
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- A O U S TL
- Les jours continuent de décroître ; mais ils font encore fort grands pour permettre de faire faire beaucoup d’ouvrages dans la campagne.
- Lorsqu’on a eu la précaution de faire pofer, dans le mois de mai, le toit à la maifon ? on a la fatisfa#ion dans celui-ci de trouver les murs du bâtiment prêts à recevoir les enduits, la peinture & tontes autres décorations qu’on veut y appliquer ! Deux mois de féchereffe & de chaleur , comme celles de juin & juillet, font fans doute bien fuffifans pour abforber le peu d’humidité du pifé : car il faut bien faire attention que dès que le toit efl placée les murs gagnent d’un jour à l’autre plus d’aridité , puisqu’ils reçoivent fans ceffele conta# de l’air, & qu’aucune pluie ( greffe ou petite ) ne peut en empêcher.
- On profite donc de cet avantage, que procure la prompte déification du pifé, pour arranger l’intérieur de la maifon? à cet effet, on fait placer les croifées & les fermetures des portes ; on fait appliquer les enduits dans toutes les chambres qu’on ne veut pas tapiffer; on fait fceller tous les gros meubles dans les murs, puifqu’ils deviennent par ces fcellemens des dépendances de l’immeuble, U qu’ils évitent par ce foin
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- des dégradations & des dépehfes de double emploi, ou qui coûtent double frais ; on fait peindre à fresque les veffibules, les escaliers, les antichambres, les falles à manger, autres pièces communes à toute la famille, aux domefliques, & étrangers; on fait blanchir ^ la chaux aufîi fur les enduits frais, comme on le fait pour la peinture, les chambres des dôme ftiqu es , ce qui épargne les colles, huiles , &C l’achat des blancs d’Efpagne, de Troies Sc tous autres blancs; on fait jtapt(Ter en étoffes ou en papier peint r les chambres à coucher, les cabinets & autres , & on fe contente d’appliquer, fous ces tapifLiries , le ruftic dont j’ai ci-devant déligné le procédé & l’économie ; enfin , on fait toutes les entailles, rainures , & fcel-lemens pécefTaircs pour arrêter & mettre en place les armoires, placards, alcôves, tablettes, fufpenfoirs, & généralement tout ce qui convient pour pouvoir habiter bientôt les appar-temens.
- Comme il fait beau & fec dans ce mois, on doit tenir ouvert les fermetures des portes ôc des fenêtres, afin d’attirer les courants d’air dans toutes les pièces du corps de logis, & pomper, par ce moyen, l’humidité des enduits , peintures & blanchiffages. On fent que pour pouvoir appliquer les enduits, il faut néceffaire-tnent boucher les trous aux murs de pifé qu’ont laiffé les clefs du moule ; mais cette nécefîité
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- ne s’étend pas à condamner tout de fuite cei trous dans toute l’épaiffeur du mur, on le fait feulement du côté des appartenons, avec d’autant plus de raifon , qu’en îaiffant ces trous ouverts à l’extérieur, ils fervent à y inférer les bois pour les échafauds, lorfqu’on veut enduire &C peindre les facad^i* de la maifon ; voyez ce que j’en ai dit dans mon fécond cahier, page 66*
- Si on a fait faire chez foi par économie les boiteries de la conflruftion ! je ne vois pas pourquoi on ne feroit pas faire de même une partie des meubles ! je dois auffi rappeller aux propriétaires l’épargne qu’ils peuvent faire dans leurs bâdffes de la campagne, en tirant des manufac* tures toutes les ferrures , tous les doux, fers & autres, comme auffi en s’àpprovifionnant de planches en quantité : c’efl un article infiniment effentiel dans toutes les conftru&ions & réparations, que d’avoir toujours dans fon domaine une provifion de planches feches; car on fait l’inconvénient d’employer du bois verd ; ainû il n’eft pas douteux que chaque pere de famille aura un avantage inoui d’avoir toujours de refie des planches achetées long-tems d’avance, ou de îës faire débiter long-tems d’avance par des fcieurs de long , ce qu’il efl facile de faire dans les grandes comme dans les petites poffeffions.
- Indépendamment de tous ces foins, l’œil du maître s’étendra à tout ce qui doit améliorer
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- fa propriété : il fongera donc à îa récolte qu’il doit faire l’année fubféquente, &: même à celle qu’il peut retirer l’hiver prochain : la méthode pour fe procurer cette dernîere récolte , effc très-importante , peu connue 5 celle que je vais rapporter ed nouvelle..
- Toutes deux confident à faire produire à ht terre, lors des temps rigoureux, des fruits » des fleurs, & plantes potagères, aînfî qu’à les rendre plus gros , meilleurs, par conséquent plus fains dans toutes les faifons de l’année enfin, elles confident à conferver la vie aux Végétaux, malgré les plus grands froids: pour y parvenir , il n’ed cependant qtiedipn que de faire condruire des abris ; j’entends par abri r fart d’orienter & de bâtir avec h plus grande économie des clôtures , & de cultiver au pied de ces clôturas, toutes efpeces de produftions. Avant de m’étendre- fur ces objets , il ed à propos de m’èritéftdré ar^eé te leâ-ëùr fur les dénominations des vents , puilqu’il arrive ordinairement que les habitants de la campagne prennent un vent Tuu pour l’autre, oit- nomment le même vent fous différents termes ; ce qui arrive dans pludeurs cantons de la France*
- P L . ji- N' CM E U. .
- Qn nomme généralement les quatre p-oint$
- n 3.
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- U
- Cardinaux du monde, ORIENT , OCCIDENT , SEPTENTRION , & MIDI ; voyez la figure première : fur la mer Océane, on les appelle Est, Ouest , Nord , & Sud, voy. fig. 2 ; fur la mer Méditerranée, on les défigne par Levante , Ponente , Tramontana , & Ostro 5, voy. fig. 3.
- On distingue 32 vents fur l’Océan, & 16 fur 1a Méditerranée ; mais à l’égard de la terre ferme, les cultivateurs ne remarquent guere au-delà de 8 vents ; & comme je ne travaille que pour eux, je n’ai figuré dans la planche II que cette quantité.
- Tout le monde connoiffant la bouffole, l’aimant & fa déclinaifon , je me contenterai de dire que l’on fe fert indifféremment de tous Jes noms des vents que je vï< ns de rapporter , foit dans les villes, foit dans la campagne, & que les laboureurs qui habitent l’intérieur de la France , ont l’iifage d’appcller les quatre points cardinaux , matin , soir , bise & vent ; voy. fig. 4. Le patois des débitants, qui vivent fur le bord des mers * & au pied des montagnes, fait varier toutes ces dénominations ; par exemple , les Provençaux difent levant pour levante, ponentyouYponente y tramontane pour tramontana , mic pour ojlro, • gregali pour greco , miflral ou mijlrad' pour maejlro, ijj'ero pour fyroto, Ubêcht pour garbino*
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- D’après ces définitions, je dois faire quelques générales obfervations : premièrement, au milieu de la France , les payfans ont remarqué que le vent Nord-Ouefl, qu’ils appellent travcrfe, voy. fig. 4, eft un vent chaud & humide qui annonce la pluie , tandis qu’en Provence, le même vent, nommé Maef.ro, ou en patois, Miflral, efl froid & fec. Le Sud-EJt , en d’autres' lieux , efl: un vent doux- & bknfaifant;Ôc fur la Méditerranée, où l’on l’appelle Syroco ou vulgairement IJfero , il efl fi chaud & fi fec qu’il dénature les récoltes , endommage même les arbres. Je terminerai ici ces comparaifons, parce qu’il m’eft impofîible de connoître les bonnes on malignes influences des vents fur tout le territoire du royaume ; j’ajouterai feulement que l’inverfe des vents nuifibles aux récoltes, fe manifefle dans les extrémités de la France ; ceux qui leur font favorables du côté de la Méditerranée , font , quoique de la même dïre&ion, dangereux du côté de l’Océan; & de ces deux périodes, on doit conclure que les prodû&ions des difierens pays qu’ils renferment , participent plus ou» moins de la bonne ou mauvaife qualité dès. vents , félon qu’elles croiflent plus ou moins éloignées des mers , félon le fite des montagnes ^ le revers des coteaux, la pofition des plaines * la proximité des gorges , des vallées, & toutes.
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- autres caufes accidentelles produites par ta natuî?é ou par le bouleverfement ancien du globe.
- Sur le tout, je puis afîurer que J’ai vu recueillir de bonnes récoltes, dans, les affreufes montagnes; des Alpes : au pied des neiges % des glaces, des; précipices , on y cultive des fruits précoces * même délicats on y fait du bon vin ; à quoi faut-il attribuer la vertu de ces croiffançes èc parfaites maturités ? fî ce n’eft aux abris que: forment elles-mêmes partie de ces montagnes & aux exportions heureufes, des revers des collines ! puifqUe la nature nous montre en grand Futilité des abris ? faifons-les donc, en petit, &C multiplions-îes y lorfque la dépenfè de leur-conflruflion efï fî minutieufè c’efî ce que je vais démontrer dans l’article fuivant*
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- XX)OCSOO«XXX>CXXXX>OOOOOOOOQOQC
- SEPTEMBRE.
- Les jours décroiffent de plus en plus dans ce mois : on eft à la veille des gelées ; il faut donc fe dépêcher de terminer les. travaux de la ma-* connerie , d’ailleurs , le bâtiment neuf eft prêt de recevoir fes hôtes : en conféquence , on y fait apporter & placer les meubles, après avoir nétoyé les appartemens : les maçons , dont on n’a plus heureufement befoin dans l’intérieur, ne le faliffent plus, & s’occupent aux façades, qu’ils enduifent, blanchiffent, ou bien ils travaillent avec le peintre lorfqu’on veut embellir la maifon. C’eft d’ailleurs le. tems le plus propice, pour la revêtir de la charmante peinture à frefque, & l’automne a toujours été favorable à tous les plâtriflages ; le haie de l’été ne peut point gêner le peintre & les maçons, lorfqu’on a l’attentipn de les faire travailler en automne ou au printems*
- Ce n’eft plus un corps de logis brut, fartant de la main des gros ouvriers , c’eft un édifice fuperbe qui étonne fubitement tout le monde ; pour peu qu\m voiftn fe fait abfenté, jl ne le reconnoît plus lorfqu’il revient fur le territoire ; tout fe village eft. ravi d’extafe lorf-
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- qu’il voit la conftru&ion couleur de terre changée en auffi peu de tems par une peinture brillante qu’on aime à l’excès: les étrangers ne s’imaginent pas le genre fimple de ces bâtiffes , quand ils les fréquentent, parce qu’il eft caché fous des revêtiffemens auffi riants qu’ils font peu coûteux.
- Voilà l’effet & lé fervice de ces conftruc-tions trop iong-tems oubliées ; voilà le moyeti d’économifer les bois , de fe garantir des incendies, de conferver fa fanté.
- Nota. On trouve dans le premier & deuxieme cahier de /’école à9architecture rurale, la manière de faire ces peintures à bon marché & leurs diffcrens enduits ; on trouve auffi au bureau de cette école des plans, élévations & devis analogues à la conf-truction des bâtimtns en pifl, à leurs difiributions particulières , du genre de leurs décorations & de leur dépenfe.
- On verra à l’article de la peinture à frefque du fécond cahier, que les maçons ne peuvent travailler de fuite pour donner le. tems au peintre d’appliquer fes couleurs fur l’enduit tout frais ; on eft donc forcé d’occuper ces ouvriers à -quelques autres - travaux pour les avoir à toutes les heures que le peintre les appellera 9 à l’effet de lui pofer quelques nouvelles places d’enduit pour continuer la peinture des fàçades de la maifon de pifé : je ne vois rien de plus
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- avantageux à leur faire faire que les abris dont j’ai parlé au chapitre du précédent mois. Le maître qui aura fa fi le tems & les occasions , leur aura préparé cet ouvrage , voici comment ; il aura d’abord choifi le fol, le fond & lie local le plus convenable, pour y former un ou plufieurs abiis; enfuite il aura examiné la fituation des alentours de fon domaine , & s’il eft nouvel acquéreur, il fe fera informé de la dire&ion des vents raalfaifans ,t & fon jugement fuivant les montagnes , gorges, ou la proximité des mers, lui di&era l’orient qu’il doit préférer.
- D’après ces connoifiances , & la bouffole avec lui , il opérera comme il fuit ; voyez planche II, fig. À.
- Il tracera, fur le terrein, fine ligne tendante du matin au nord , &c une autre du nord au foir ; enfuite il mettra l’épaiffeur de 11 à 15 pouces, (uivant la hauteur qu’il voudra donner au mur de l’abri. On appêrçoit la direâion des. vents fur ce mur. L’angle -efl: au nord ou à la bife, pour garantir de ce vent, ( exceflivement froid) , les végétaux qu’on plantera ou que l’on femera dans les tables marquées, a, a, a, &c. h mur tendant du nord à l’ouéfi: oppofe fa furface au mauvais vent, & qui t’efi: prefque généralement dans tous les pays ; on a vu que ce vent nord-oued: fe nomme au milieu de la
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- France J traverfs, & fur la Méditerranée maefiro ou miftral ; l'autre mur qui tend du nord à l’eft ou foleil levant, garantit du vent nord-elt^ qui efl: très-vif & fec, dans l’intérieur de ce royaume, & qui efl humide dans les pays chauds. Ce font les diverfes influences, comme je l’ai dit, qui doivent guider l’agronome éclaire dans la maniéré d’orienter fes abris : celle que je donne ici, regarde les habitations fort éloignées; des mers ; mais le procédé pour la conflru&ion-de ces abris , èc pour les cultures, font les. mêmes par-tout pays..
- L’angle des deux murs préfente donc à fou extérieur deux barrières aux vents nuifibles &: reçoit journellement dans fon fein les bienfaits du foleil & des vents chauds. Cet afhe depuis l’aurore jufques aufoir, éfehauffe la partie duterrein que l’on a cultivé, au-dedans de l’abri,. & fait croître prodigieufement tout ce qu’on y a planté ou femé„
- On gagne beaucoup avec ces abris dans les trois faifons qui nous procurent toutes fortes; de fruits , de fleurs & de plantes de toutes les efpeces., puifqu’on les a, par ce moyen, plus gros & de meilleure qualité ; mais on gagne encore plus avec eux dans l’hiver* L’ai v\\ des. jardiniers induflrieux profiter de quelques parties de murs de clôture hien difpofées , &: faifir
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- ïè tems de la rigoureufe faifori pour y cujtiveï des plate-bandes de fraifes, de pois, d’herbages &c autres , dont ils faifoient une très groffe recette , comme de 3 à 400 d’une petite portion de ;terrein qu’ils ayoient employée à une de ces cultures ; que l’on juge des avantages que l’on pourra retirer avec mes nouveaux abris}
- J’ai mis chaque planche ou table a, de 4 pieds de largeur avec des petits fentiers d d’un pied d’efpace feulement, & j’ai interrompu la longueur de ces fentiers pour jouir contre les murs des petites places e ; car la plus petite place eft précieufe auprès de ces abris, & peut recevoir des plantes de fleurs & de fruits exotiques ; c’efl ainfi qiie l’on nomme tous les végétaux que nous tirons des pays étrangers. On voit aufli que les tables a s’allongent plus en b qu’en c , à fur & mefure qu’elles s’approchent de l’angle , par la même raifon d’occuper tout l’efpace abrité.
- La conflruftion de ces murs efl fort fimple : on fait creufer leur fondation un peu plus profond que l’on veut cultiver le terrein , afin que lorfque l’on bêchera la terre contre lp pied du mur, on ne puiffe dégrader £ette fondation : après avoir pifé au fond de cette fondation avec le pifoir pour l’affermir, ce qui n’eft que l’ôu-
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- vrage d’un moment, on maçonnera la fondation avec les mauvaifës pierres que l’on trouve toujours dans un jardin , & qui embarrafïent fes cultures : pour lier ces pierres, on fe fervira du mortier de terre fimplement, & on élevera la maçonnerie à 8 à 9 pouces feulement au-deffus du fol; c’eft fur cette maçonnerie peu coûteufe qu’on fera pifer les murs de l’abri à la hauteur qu’on le jugera à propos : fi ce font des arbres efpaüers qu’on y veut adoffer, on mettra en-v’ron 8 pieds d’o'évation ? Si ce font des arbres na’ns, on la réduira à moitié ? & au-devant de ces arbres , on formera les plate-bandes pour les femis , telles que je les ai defîinées dans la planche II, hg. A,
- Je puis affurer que les propriétaires qui ne négligeront point de faire conftruire ces abris, fe procureront des fruits, des fleurs, & des herbages de primeur; & qui feront excellens dans les autres faifons de l’été & de l’automne : les petits propriétaires pourront chaque année , avec cette méthode, faire des spéculations fort lucratives, ce qui leur fera d’autant plus facile que la conftruftion de ces abris ne coûte pref-que rien que quelque peu de main-d’œuvre, car l’on peut laiffer leurs murs fans couverture^ on en a l'expérience par l’infortune de l’ouvrier qui ul’a forcé de laiffer fa maifon de pifé fans
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- toit ; voyez ce que j’ai dit de cette contraction, pag. 13 & 14, dans mon fécond cahier; & quoique nous foyons arrivé à la fixieme année qu’elle et conftruite, fes murs expofés à toutes les injures du tems, ainfi que fes pignons qui s’élèvent dans les airs pour les pentes de la couverture, fe fputiennent encore ; j’attends toujours leur cboulement.
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- OCTOBRE.
- Les jours diminuent] encore dans [ce mois, & l’on eft près de la rigoureufe faifon ; mais tous les travaux des conftru&ions étant para-* chevés, & le maître fe trouvant commodément & fainement logé avec fa famille dans fa jolie maifon de pifé i il né lui relie plus qu’à faire valoir les fonds de fon domaine pour en tiret le plus grand parti»
- On fe rappellera que j*ai dit qu’il falloit entreprendre immédiatement après l’hiver $ même avant fa fin * les bâtimens de pifé, fi on Veut en jouir dans la même année qu’on aura commencé leur eonftruétion r on peut également , faire ces entreprifes dans l’arriere-faifon pour pouvoir les occuper au printems fuivant : eii effet, fi on a ouvert les fondemerts en juillet £ fi de fuite on, (a bâti les murs de pifé en août & feptembre? il eft préfumable qu’ori pourra placer le toit en octobre, ou le plus tard à la fête de tous les faints ( époque oît toutes les maçonneries doivent être terminées pour ne pas êtte prifes par les gelées ) i cet avantage eft d*ailîeurs inappréciable , püifquô lorfque la cage d’une maifon eft faite, & que f^ couverture eft pofée, les vents qui y paffenf
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- de tous les cotés par les portes 5c fenêtres qui font fans fermetures, fechent parfaitement les murs de pifé, malgré leur grande épaifleur; de maniéré que toute la conftru&ion ainfi féchée pendant la durée de l’hiver, devient habitable fans aucun rifque de maladies dès les premiers jours du printems.
- Ces deux époques oii l’on peut entreprendre avec fuccès les bâtimens de pifé, ont chacune leur mérite particulier : l’habitation eft - elle parachevée en automne } le martre avec fa famille & fes amis, ont l’agrément d’y jouir du refte de la campagne, qui eft bien la faifon la plus agréable & la plus heureufe , foit par fa douce température , foit par l’abondance &c la maturité de fes fruits ; & lorfqu’elle eft terminée après l’hiver, les maîtres y peuvent réfider toute l’année, 8c y voir croître fuccef-ftvement la première verdure, les fleurs & les fruits : en un mot, ils y peuvent profiter des trois belles faifons jufqu’à la chute des feuilles.
- Il eft tellement vrai qu’on peut loger fans aucun rifque dans un bâtiment de pifé de plufieurs étages, dans l’efpace d’environ fix mois5» puifqu’on vient de voir, par ce calendrier, que les maçons ont terminé en fçptembre les façades de la maifon du maître par leur enduit 5c leur peinture , quoiqu’ils n’euffent commencé
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- fa conftru&ion que la même année : ainfî il eft préfumable qu’on habitera fans danger au printems la maifon où Ton aura fait pofer le toit avant l’hiver : j’ajouterai qu’il eft même intéreffant pour l’humanité que plufieurs poffef-feurs ne commencent ces entreprîfes que fur la fin de l’été; indépendamment d’un but fi louable * ils y trouveront leur intérêt : les journaliers fans occupation leur feront meilleur marché dans la morte faifon, ce qui eft d’autant plus fur, que tout ouvrier compte pour beaucoup, lorfqu’il peut travailler à couvert ; & la cage de la maifon dont j’ai parlé leur offrira le moyen Sc l’avantage de ne perdre aucune journée lors des frimats.
- Revenons maintenant à notre propriétaire occupant fa maifon neuve en o&obre : alors il n’a plus le fouci d’aucunes conftru&ions, & tout fon tems eft employé à faire préparer & fermer diverfes récoltes dans les bâtiffes qu’il aura fait faire en pifé par le même but d’économie , de falubrité & d’incombuftibilité : mais un autre embarras qui eft commun à tous les agriculteurs, l’agite & le tourmente : c’eft celui de fe procurer le plus d’engrais poffible ; en effet r le fumier étant l’article le plus effentiel de tout ce qu’on peut pofféder dans un domaine , s’y trou vis toujours en trop petite quantité; d’ailleurs on ne fauroit trop eu avoir.
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- î*oür multiplier les engrais , je ne cônfeil-ferai pas au plus grand, comme au plus petit propriétaire, de faire emplette d’un plus grand nombre de beftiaux qu’il ne lui eh faut pour l’exploitation de fon domaine ; par la raifon que plus il en aura, plus il elfuyera de pertes èc de chagrins, foit par la maladie des uns , la mort des autres , foit par le dëpériffement d’une partie 9 & bien foüvent de tous : en effet , une multiplicité d’animaux fait une 11 grande confommation chaque jour par leurs eftomacs , qui digèrent fans Ceffe, qu’il eft tare de ne leur voir pas manquer de fourrages fur la fin de l’hiver; la paille manque elle-même en ee tems, parce qu’il en faut beaucoup , non-feulement pour leur nourriture , mais encore pour leur litiere. Je ne lui conseillerai pas non plus d’acheter du fumier , quoique ce foit le parti le plus fimple, & qui court le moins tde fifque-, parce que cet achat, & le tranfport du gros fumier, ou bien la rareté & la cherté de Ceux qui difpenfent des grands frais de voiture, font tous trop coûteux, & par-là , furpaffent ordinairement la valeur des produ&ions, fur-tout Jorfque les récoltes ne réufliffent pas en entier ; Ôt quand elles manquent totalement, là perte eft prefque irréparable , vu la grande dépenfe qu’on a faite.
- Quel eft donc le parti qu’on doit prendra
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- pour" faire fru&ifier les terres, me dira-t-on Quoi, après tant d’écrivains qui ont donné les meilleures leçons fur cette partie effentielle de l’agriculture , vous.... arrêtez ; je n’ignore pas que d’excellens auteurs l’ont traitée ; mais ils n’ont pu connoître le procédé que je vais en-feigner, parce qu’ils n’ont pas été comme moi, à la fois, agriculteur & bâtiffeur.
- Pour augmenter les engrais de fon domaine, il ne faut avoir recours qu’à fon induftrie, & non à ces acquittions, nourritures & entretiens ruineux dont je viens de parler.
- PJrocurez-vqus deux à trois moules de bois femblabié à celui qui eft defliné dans la planche II, £g. B ; la conftruftion de ce moule eft très-facile ; fciez à un gros arbre un tronçon de deux pieds dé hauteur®, & tracez-y fur chacune de fes tranches avec un compas, un cercle intérieur de ï8 pouces de diamètre ou environ; voyez ce cercle dans le plan, fig. D : refendez enfuite, auffi avec une Icie , ce tronçon dans fa hauteur; après quoi vous éviderez ou ôterez le bois en-dedans à chacune de ces deux moitiés, ainfi que le, représentent les figures B & D. Alors, vous, aurez un tambour creux, dont les deux parties rapprochées & liées avec deux cordes , vous ferviront à la manutention que je vais indiquer : mais fi le tronçon de l’arbre «voit des fentes1 ou autres défauts ? vous pour-
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- riez le refendre en trois parties comme lé montrent le plan, fig. E, & une de fes parties en élévation, fig. C ; ces trois parties réunies de même avec des cordes , vous procureront le même tambour creux dont vous avez befoin* Martien d'opérer.
- Chaque laboureur porte fon moule dans la terre qu’on veut fumer ; & s’ils font trois, ils montent leur moule à environ deux toifes de diftance les uns des autres, où chacun le lie avec des cordes , & le ferre Fortement au
- moyen de deux petits bîllons de bois ou petits bâtons 7 ce qui fe fait promptement , car il ne s’agit que de les mettre droits ou à plomb à vue d’œil : ceîa fait, chaque homme jette dedans 5 à 6 pouces de terre qu’il preffe lé* gérement avec le pîfoir , puifque l’intention n’eft de faire des piles de terre que de peu de durée ; cette partie comprimée 7 chacun remet dans le moule 5 à 6 pouces de terre ^ & la preffe de nouveau , ainff de fuite , jufques à ce que le moule foit plein : & aufîi-tôt qu’il eft rempli, les ouvriers délient les cordes , Sc en retirant leur moule, ils îaiffent fur place le» piles de terres formées pour aller recommencer la même main-d’œuvre à deux toifes ou environ de diftance.
- On apperçoit que cette manutention efl très* aifée, & fort expéditive, puifque troislaboii-j
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- reurs auront bientôt rempli un fond d’une afles grande étendue , d’une infinité de piles de terre.
- On laifife ces piles ainfi expofées à l’air pendant la durée de l’hiver : brouillards, gelées, frimats, neiges, & quelques rayons de foleil des mois rigoureux, ainfi que les pluies & vapeurs des mois qui leur fuccedent , & qui s’élèvent & coulent fur la furface du fol qui commence à s’échauffer * attaquent fucceflivement ces petites maffes de terre, &les pénétrant, leur fourniffent des fels atmosphériques, que l’pn fait être les plus propes à la végétation : au renouvellement du printems, le propriétaire fait abattre ces piles en les faifant brifer & étendre fur le fond, ce qui fe fait encore fort aifément avec des pèles & pioches : mais fi le terrein efi épuifé, le jugement du propriétaire fera remettre la démolition de ces piles à l’automne prochaine, & par ce retard, il peut être afiîiré qu’il remettra, avec beaucoup de fuccès, en valeur fon fond.
- Je puis affurer que cette méthode d’engraiffer les terres, donnera de prodigieufes récoltes ; ôc he coûtant que U main-d’oeuvre, cet engrais qu’on avoit fur le lieu même fans le favoir, & qui n’occafionne ni achat ni tranfport, fera le plus économique comme le meilleur de totts les fumiers,
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- NOVEMBRE.
- Les jours décroiffant beaucoup, en novembre, obligent iles gens de la campagne à étendre leurs travaux dans la nuit : c’eft donc dans ce mois que les maîtres font commencer les veillées : ils occupent auffi, lors des jours nébuleux & froids, toute leur famille &c tous leurs domeftiques , à divers ouvrages qu’ils regretîeroient de leur faire faire dans tout autre tems. En effet , n’eft-il pas fâcheux de voir des hommes accoutumés aux rudes travaux, teiller le chanvre, caffer les noix, choifir ou monder les légumes, enfin, préparer toutes autres petites productions de la terre ? Il n’y a aucune perfonne qui n’ait éprouvé un certain déplaifir, en voyant des bras vigoureux s’affujétir à ce genre minutieux de travail ; comme il n’y en a aucune qui n’ait reffenût un mouvement fecret d’indignation, lorfqu’on lui a raconté qu’Hercille &Loit avec- fa maîtreffe : lefufeau., ni ce léger travail ne conviennent nullement à des mains .dont la peau eft rude : ces occupations puériles appartiennent aux femmes , aux vieillards & aux enians s l’on s’apperçoit anffi que les hommes forts s’ennuient dans Ja maifon lorfqu’ils y font emprifonnés par les pluies* les neiges, & toutes.
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- autres intempéries, & fur-tout par les grandes veillées qu’occafionnent les petits jours ; finalement, il n’efl: que trop vrai que les laboureurs perdent un tems infini qu’ils pourroient employer plus utilement.
- J’ai déjà fait fentir, au commencement de Cette architecture périodique , à l’article du moi de janvier, combien il eft ailé, à chaque propriétaire * de convertir ce tems perdu en de fru&ueux travaux & approvifionnemens que l’on peut faire à couvert dans chaque habitation; d’ailL urs* ce fera rendre un grand fervice aux lab'-tireurs, vignerons* jardiniers, valets, manœuvres ou journaliers, en un mot , à tous les gens de peine , que de leur indiquer un genre d’occupation qui convient à leur goût, à leur fanté , & à leur robufle conftitution 1 je fuis alluré qu’ils abandonneront de bon gré près du feu, les femmes, les enfans & les vieillards, pour aller travailler & s’échauffer à pifër, prefler , fouler & refouler la terre pour faire des matériaux de pifé/
- Profitez donc, propriétaires éclairés, de leur bonne volonté ! Vous n’àvez, pour les fatis* faire, qu’à ordonner la voiture de quelques tombereaux de terre pour en avoir une provifio* fous un hangard ou appentis 1 par cette vigilance feule , vous vous procurerez quantité de matériaux qui ne vous coûteront rien ,
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- oit tout au plus quelques petites gratifications que vous donnerez à vos valets , pour les en~ courager à ce genre de travail ; ce fera , lorfque vous voudrez faire des confiruttions nouvelles^ aggrandir ou exhauffer de vieux bâdmens,ou toutes fortes de petites bâtifies & clôtures dont vous avez toujours befoin , que vous reconnoîtrez l’utilité & les avantages de ces g atériaux faits par le procédé du nouveau pilé 1 Voyt{ ce nouveau procédé au quatrième cahier de C école d'architecture rurale.
- C’eft dans ce mois de repos , puiïqite tous les labours font terminés, tous les eniemence-mens faits, toutes les récoltes fermées, que les maîtres doivent combiner les entreprifes qui leur refient à faire. Tout le monde fait qu’un ouvrage bien entendu , bien préparé bien entrepris , épargne de grands frais , & fur-tout ces travaux de double emploi, de double dépenfe , que les fautes que l’on fait ordinairement occafionnent. C’efi donc pourquoi je voudrois que l’on fît faire dans ce mois, oii la nature eft endormie, tous les remuemens de rterre qui tendent à l’amélioration de l’agriculture* & à abréger les travaux des conftru&ions : par exemple, S faire des foffés , à rapporter des terres fur les fonds , à creufer les trous des arbres que l’on veut planter, à fouiller un puits, une citerne, à excaver les fondemens d’un$
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- bâtifTe, d’une cave, & en retirant tout d’un trait, fous un toit, les terres qui proviendront de ces excavations, & que l’on jugera bonnes à faire du pifé , on en gagnera la voiture ; encore une fois, c’efi: par ces précautions que l’on évitera les doubles, même les triples tranf-ports que l’on fait inconfidérémment : oui ! de la terre on peut faire le foffé , c’eft-à-dire1, qu’on peut délivrer de tous embarras, de tous encom-bremens les cours, les chemins , les fonds, les voies, les places oà l’on veut cultiver Si bâtir % en rapportant , remuant, choififfant, tranfpor-tant les terres, les décombres, les pierres, le fable , & généralement tous les matériaux &; engrais; en un mot, en faifant tous ces ouvrages à la fois, qui ne coûteront, prefque, que la dépenfe d’un feul.
- On apperçoit, dans cet affemblage de travaux, que l’on ne fauroit tirer un très-grand produit dont les propriétés font fufceptibles, fi on ne fait marier & confondre les travaux de culture avec ceux des bâtiffes rurales I
- A l’égard des plantations, je dirai que pour profiter de toute la fève qui va fe renouveller au printems prochain , tout maître doit être exa& de faire planter, dans le préfent mois, généralement tous les arbres dont il aura fait le projet de placer dans fon domaine : car ce n’eft que par oubli, par indolence, par igno*
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- rance, & quelquefois par des empêehemens forcés, qu’on plante les arbres au mois de mars : on en fent la raifon: plantez avant l’hiver ? l’arbre mis en terre à cette époque, a le tems de fe marier, de s’accoutumer, &: fes racines de fe loger dans toutes les fentes, & interfiices du nouveau terrein ou de la terre-meuble , qu’on lui aura defiinée ; d’un autre côté , la fève majeure du printems , rencontrant leur parfaite union , circule incontinent dans le corps de l’arbre : autrement, plantez en mars } la végétation eft certainement retardée, parce que l’affaif-fement du terrein fe fait infenfiblemenî & lentement , ainfi que l’intime union de fes racines avec la terre nouvelle ; d’ailleurs , avant que tous les fibres, infiniment déliés de ces racines, aient pu s’affeoir & fe marier avec les infinies particules de la terre, pour ouvrir à la fève leurs innombrables pores pu petits canaux, à l’effet de fucer les fucs nourriffiers qui doivent circuler dans la plante; avant, dis-je, que toutes ces opérations (multipliées de la nature fe foient man'ifefiées, l’arbre refie dans une ina&ion & une foiblefle qui bien fouvent le conduifent à perdre la vi* : c’efi donc pourquoi on efi étonné de voir refîiifciter les arbres qu’on croyoit mort, a la feconcle feve du mois d’août, parce qu’il a fallu, à ceux qu’on a planté après l’hiver 9
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- le tems de s’affermir ayant de prendre aucune croiffance.
- On ne fauroit croire jufques à quel point l’inattention de planter, & fur-tout de planter en tems convenable, porte préjudice à l’intérêt commün & particulier ; comme aufli on ne fauroit apprécier les avantages qu’on retire des plantations.
- On reconnoîtra, je l’efpere, qu’avec des foins feulement, chaque propriétaire peut faire con-fidérablement augmenter la valeur de fon domaine &c de fes revenus : & celui qui aura véritablement pris à cœur de faire exécuter e« même-tems tous lès travaux que je viens de détailler , pourra fe flatter d’avoir enrichi fa famille, en même-tems qu’il aura d’autant enrichi la nation.
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- DÉCEMBRE.
- N o us voilà arrivés aux plus petits jours de l’année , & bientôt à fa fin. On continue dans les veillées &c dans les tems qui ne permettent pas aux laboureurs d’aller travailler hors de l’habitation, d’employer la méthode du nouveau pifé : le maître s’occupe, dans ce mois, d’exa* miner & de régler fes comptes , ainfi que de faire de nouveaux marchés avec les ouvriers, pour les autres entreprifes qu’il a encore à faire. J’invite tous les propriétaires , avant de faire ces marchés , de confulter mon traité fur la conftrudion des manufaftures & maifons de campagne, formant la troifieme partie ou le troifieme cahier de l’archite&ure rurale : ils y reconnoîtront, je l’efpere, combien ils doivent être circonfpe&s dans les ordres, & les prix faits qu’ils donnent fans réflexion ou fans un mûr examen : ceux qui n’ont que de petites bêtifies à faire , doivent lire dans le fécond cahier du même traité, page 45 & fuivantes, la valeur du prix de la toife du pifé, & comparer cette valeur avec le prix de la journée du canton qu’ils habitent , afin de pouvoir fixer le prix du pifé , & faire leurs conventions avec le* ouvriers en pleine connoiflance. A l’égard du genre de conftruéUon que l’on doit préférer, j§
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- île faurois le dire préeifément, cela dépend <k la nature & de l’abondance des matériaux que l’on a dans le local où l’on doit conftruire î quoique je fois partifan de l’art du pifé , je n’exclus pâs lés autres maniérés de-bâtir; & je dois prévenir le le&eur que j’ai employé dans ma vie les moilons plats, les moilons fans aucun lit, par la difficulté de lès tailler, à caufe de leur dureté, les cailloux, les briques cuites, 61 généralement toutes les maçonneries. Voyez ce que j’en ai dit dans le traité fur les manufa&ures, page 92 & fuivantés. On doit donc croire qite je n’ai d’autre but que le bien public , & que j’ai l’intention d’éclairer tous les poffeffeurs , jufqu’au moindre habitant de village. Voici les cas où l’on doit exclure le pifé.
- Lorfqu’un domaine eft tellement pierreux , qu’on eft obligé, pour cultiver les fonds , d’y enlever les pierres ou cailloux? certainement il Vaut mieux les employer aux conftruttions qu’on aura à faire ! Il en eft de même , lorfque les pierres ou cailloux fe trouvent fous une couche de terre végétale, ôc qu’on ne peut défoncer & quelquefois labourer le terrein, fans être confîdérablement èmbarraffés de ces matériaux qui gênent la culture.
- Mais les perfonnes qui prétendent que les pierres font meilleur marché que le pifé, lorfque dans un pays il y a d’abondantes carrières, fe trompent grandement : pour peu de main-d’œuvre
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- qu’il faille faire pour tirer les pierres des carrières, Sc fuppofé même que ces dernieres fe trouvent dans le domaine où Ton aura à bâtir , & qu’elles difpenfent des grandes voitures, il reliera toujours des tranfports à faire, lefquels frais joints avec ceux de l’extra&ion des pierres , rendront la toife de la maçonnerie beaucoup plus chere que celle du pifé : au furplus , il faut néceffairement des enduits fort coûteux pour couvrir les joints des pierres, fur-tout des cailloux, fous peine de les voir bientôt dégradés ; c’eft ce que l’on remarque à tous les murs de maçonnerie, où l’on voit toujours de grandes brèches; en un mot, ces conftru&ions tombent fouvent en ruine, malgré les groffes réparations qu’on y fait.
- Ce n’efl: donc abfolument que lorfque les fonds font couverts ou mêlés de pierres ou de cailloux, qu’il faut s’en fervir à conitruire des maifons , des murs de clôture &: des abris : autant vaut-il entaffer les pierres les unes fur les autres à des conftru&ions utiles, que de les amonceler en tas dans les champs, ou de les voiturer à grands frais hors des terres cultivables !
- J’ai reconnu la caufe du dépériffement de tous les murs qüe l’on fait dans le pays où la pierre efl en abondance, dans l’épargne que l’on fait de leurs enduits & de lelir couverture. C’eft élonc au maître qui ordonne ces travaux , à ftipuler dans fon marché, s’il entend que le
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- maçon faite à fes frais ces enduits , ou s’il fe réfer ve de les faire faire aux liens. Dans ce dernier cas, ( ôc c’eft ce que je lui confeille ) il doit s’en charger ; en conféquence, il fera voiturer par les animaux , dans ce mois, la plus grande prov fion de fable qu’il pourra, par la raîlon que ce matériau eft toujours nécelfaire, & q**e c’eft faire tort à l’agricu’ture que d’en faire fa re le tranfport dans les autres faifons* L rfquë Ion maître maçon ’ui aura rendu fes îï u brüts,il pourra alors traiter de nouveau avec lui pour lui faire appliquer à leurs deux jfa ; les enduits qui doivent les faire durer plus d ; *: n.t ans : la maniéré de faire les différens endifts eft détaillée dans le fécond cahier , pa-i • 59 & lui vantes ; cependant l’explication «lo t être plus étendue pour les murs de ma-ç nnerie ï ceux qui font faits en pierres brutes ou en cailloux, exigent un gobetage de plus, c oui. confomme beaucoup de chaux ; mais cr ft une néceffité abfojtw à caufe de leurs larges points : pour éviter cette grande confommation d chaux , les maçons , non pareffeux , font f ecue llir par leurs manœuvres des petits éclats 4- pierres , ou, mieux encore , des tuileaux , !or -u’on eft allez heureux d’en avoir fous la j i : ils infèrent avec patience, dans les plus - r u s ouvertures de joints , ces débris de es ou de pierres, & par-là diminuent beau-ip ta dépenle du mortier qu’il fautes
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- #ance pour Faire les enduits fut les murs de pierres, particuliérement de cailloux.
- On peut également peindre à frefqiie fur le$ enduits des murs de pierre ; mais c’efl lorsqu’on a lalffé fecher, i lé gobetage pour pofer la fécondé couche, que Ton fait appellet le peintre pour être préfent à la troifiertie couche de l’enduit : Ce dernier s’unit à l’épervier ; voyez cet outil ^ au fécond cahier, planche XI, figures 5,6 f 7 & 8, avec fa deïcription & fa fimple conf-tru&ion, page 68 : mais j’obferverai qu’on peut convertir cette troifieme couche en un rufiic» cela dépend du fervice qu’on veut retirer du mur de la maifon oü du mur de clôture. Si ce fl’éft pas l’habitation du maître, & que ce ne foit qu’une bâtiffe d’exploitation , l’économie exige de faire feulement ruftiquer , ainfi que pour les murs de clôture oü l’on veut appliquer des arbres efpaliers ? En abrégé , je dirai que Ton ne fait paffér l’épervier que pour les murs que l’on veut peindre ou blanchir, ou pour les cours des maîtres & pour tous les partages, foit pour plus de propreté , foit pour ne pas déchirer fes habits , lorfqu’on fe frotte par mégarde contre ces murs.
- Le plus efîentiel de toutes ces obfer varions* eft que tous les propriétaires doivent fe mettre en garde contre l’adreffe de certains ouvriers adroits qui conviennent avec eux du prix des enduits d’un mur : les premiers croyoient avoic
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- fait des conditions définitives ; mais ils étaient grandement étonnés de voir dans leurs comptes lin double emploi : ceux-ci, pour le même prix convenu, avoient toifé le mur des deux côtés ; ce qui faifoit revenir furieufement cher la dépende de ces enduits, 6c j’ai vu que ces revê-tjfîèmens furpaifoient de beaucoup la valeur de la confira âtion des murs , fur-tou-t lorfqu’o,n l'es fait faire en pifé.
- VOICI LÀ FIN des. travaux de Tannée * celle, de ce calendrier 6c malheureufemenî bientôt I3 mienne , fans avoir pu me procurer un atelier où j’aurois démontré tout ce que ma pratique 6c mes réflexions m’ont appris * mais pour conferver ,& p.qur profiter des diflerens procédés que j’ai pu mettre au jour j’invite les personnes qui fe font procurées mes ouvrages, de faire recommencer les mêmes occupations tous les ans ; 6c pour fe mettre dans le cas de ne jamais rien oublier, ils pourroient prendre la peine de lire chaque mois Farticle de çes travaux périodiques, qui y a rapport ; par ce moyen, 6c par tout ce que (avent déjà amplement les agriculteurs, il efl Impoflible que la moindre propriété n’acquiert pas la plus grande valeur proportionnée à l’étendue de fes fonds : l’expérience le prouvera 6c couronnera les peines que j.e me donne pour le bien gpjnéxal Sc particulier*
- JDt ftitfp.dc Vezàrd & ië Notmant, rue des Prêtres S. <5.
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