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Traité sur la construction des manufactures, et des maisons de campagne
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- S'/Æ
- TRAITÉ
- SUR LÀ G ÔN S T R Ü G Tï 0 N
- DES MANUFACTURES,
- ET DÉ %
- MAI iS O N S DE CAMPAGNE,'
- piivragè utile aux fabricants , & à tous éetiX qui veulent élever des fabriques ou manu* fa&ures, amè qtf aux propriétaires, fermiers > fiommes d’affaires -, arèhite&es -, & entre* preneurs,
- $W François CàmfEkÀfrX , prqjfyfi^ d&TchittÏÏun, ritrak*
- À PARI
- Chèz • ï’Àutèur , grande rué Verte, fauxbour| Sairtïq Honoré , n°. 1130,
- Et chez NïOdOt , marchand de papier* placé d^ Louvre»
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- A K I S.
- Ce traité, concernant l’art de bâtir avec économie les manufactures & les maifons de campagne, fervira également à tous ceux qui auront befôin de faire conftruire de grands ateliers, de vaftes magafins % des fermes o\î des granges confidérabîes, des écoles publiques des hôpitaux, & autres grands bâtimens ; en un mot, cet ouvrage eft utile aux né« gocians& fabricants,comme aux agriculteurs* aux communautés des villes, bourgs & villages comme à chaque propriétaire en particulier;, aux agents, & hommes d’affaires, comme aux architectes & entrepreneurs r aux peres 8C meres, comme aux jeunes gens.
- Avec ce traité, on évitera les fautes rftineufes que l’on fait toujours en bâtiment; on faura faire ïe choix du genre de la conftruCtion que l’on aura à faire, & donner la préférence aux matériaux que produira le canton : Et îorfque la pierre ne fera pas bien abondante , oit apprendra que le pifé peut la remplacer avec le plus- grand fuccès , ôc la plus grandis
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- rg.:onofliie, fans produite moins de folidîté,1
- Les perfonnes qui feront prendre ehea l’auteur, ce traité, le paieront avec les gravures % liv** où il leur enverra franc! de port par-tout le royaume, pour 2 liv.. 6 f*
- Celles qui délireront les deux autres cahiers de l’école d’archite&ure rurale, les paieront % liv. $ fols pièce , y compris les planches % ou 2 liv. 14 fols,, franc de port pour tout le royaume.
- Enfin, celles qui voudront fe procurer mi petit modèle en bois, de tous les outils &C ttfienfiîes nécefiaires, fait fur une échelle d’un pouce pour pied, à l’effet de faciliter les ouvriers à conffruire les outils du pifé% le paieront 3 liv. à Paris, ou 4 liv,. 10 fols, avec une boîte % franc de port par-tout le royaume.
- Ceux qui délireront un ou piufieurs de ces articles, font priés d’affranchir la lettre d’avis l’argent, par la pofie, à l’adreffe fuivante :
- A ilf. Coi m'ER AUX „ profjfeur d'ardu** Secoure rurale, grande rue Verte 7 fauxbonrg Sainte 'Momré 3 ujq*
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- Nouvelle manière de construire avec la plus grande économie les fabriques des étoffes en soie > laine , fil , coton et autres.
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- AVER TISSE ME NT.
- J’a vois conftruit à Lyon & dans le Dauphiné plufïeurs fabriques d’étoffes en foie & en indienne , lorfque M. de Bethune- Charolt m’engagea à me rendre dans.la Picardie pour y donner les moyens de prévenir les incendies qui y font fi fréquens : cette oceafion me donna lieu d’examiner * dans ma tournée , les différentes manufactures d’Amiens , d’Abbeville & autres villes & bourgs de cette ci - devant province : je dois dire que je né fus pas moins étonné des vices de leurs cônftrudions que de ceux des autres bâtil-fes que l’on y fait pour les logemens perfonneîs , pour les granges, les écuries , &c. Je ne connoif-fois point le genre des .conftru étions dé la Norman-*; die, & je doutois s’il pouvoit être aulîi mauvais, ou lorfque les habitans des pays du nord s’avifent de changer leur vieille routine , s’il pouvoit être auflt ruineux : j’en fuis convaincu à préfent.
- La manufacture royale du fauxbourg Saint-Sever, à Rouen , pour la reconffruCtion de laquelle j’ai été appelé en cette ville, m’a donné lieu de croire que toutes les fabriques de ces contrées font très-mal conçues & très-mal bâties, ce qui gênejes travaux des différées ouvriers qu’on y emploie, retarde les opérations du commerce, & nuit confidérablement aux entrepreneurs & à l’Etat. J’ai cru devoir rapporter , pour le
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- profit de la nation, es plans & les moyens économiques que fai donnés pour la reconftru&ion de cette grande manufa&ure de velours de coton , indienne & autres objets qui y font relatifs a à l’effet de faire connoître à toutes les perfonnes qui auroient à faire dé pareilles entreprifes, qu’elles peuvent s’y livrer fans craindre de fe jeter dans des dépehfes exorbitantes & ïuineufes. J’ai cru auffi devoir joindre à ces plans une differtation fur les fautes qu’on a faites en conftrui-fant les manufactures, ce qui vaut infiniment mieux que les inftru&ions ifolées ; de cette manière je mets en évidence les pertes qu’on a faites, les avantages qu’on aura en fuivant ma nouvelle méthode, & la marche sûre que l’on doit tenir pour réufifir dans les plus grandes comme dans les plus petites entreprifes.
- DISSERTATION
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- Styf lès vieilles habitudes et les principes illusoires qidon a suivis jusqu’à présent dans la construction dès manufacturées ? et moyens de les corriger.
- ; ' ' 'J.
- JL#M premier fabricant, qui a voulu réunir fous^ft* même toit ploâewsi-ouvriers , n?a d’abord fongi 3$$ placer avec le plus d’économie poffible les premiers* métiers de Fa manufa&ure i tels que fonj; cm#. dès? tiïferansc à net efe* il ® réglé dey dimenlbnii de bâthfoent ftpr-dalles que devoit occnper le ridfflbl€ de©éæ-itaétiéss>^J5&. pour ménager lé terreiro frais-de bâtifTe, il a logé les ouvriers dlïèrans *$&»# près les urrs ées autres , cramant pardà ne point fe jotet?dànsdes grandes vdé|>enfés icpfsàatcalue toujours la cdndîruélïon des grands bâtindeias.
- Ckitè éciQMïmie mal entensteii^ loin, deremplir)}es< vues de e© pneplser efrtrepiîeneup de Mai^ue ôr.ée tous qeuxi qui lui sont fuoeédé, aé Bontrâir eies a corfR titués en de plus grands frais: je vais te démontrer.
- • Ep géfiérùl^ tdus les bâtimenyqdes mànufaéFures de la Mormandi^^ Ifcàtdie Jk pays eiraonvoifins n’ont de largeur dans.oeuvre. Ou entré I§$fmirsdefaee, qt»e deux toiles ou deux tofe un pied ç isse#.© fîngidière & étroite dimenfio& eftiàspeïnofuffifaïiie pour yrecevo ir
- École d’architecture rurale. F
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- deux rangs de métiers de tifferans; encore faut-iï que les pièces qu’on fabrique dans cet efpace fi refferré ne portent que demi-aune ; car, lorfqu’on veut faire faire des étoffes de trois quarts Sc plus, alors il eftim-poflible d’avoir deux rangs de métiers, <Sq on efi obligé de fupprimer un de ces métiers de front, par confé-quent on perd beaucoup plus qu’on n’a voulu gagner , Sc de toutes les manières.
- Mais ce n’eft pas-là où fe montre le plus de für-çroît de dépenfe que l’on efi: obligé de faire par la fuite pour agrandir ou multiplier ces bâtimens, c’eft dans l’étage fupérieur : ici toutes les mécaniques ne s’arrangent que difficilement dans la courte largeur de deux toifes : on efi obligé de les biaifer, de laif-fer à peine des paffages entr’elles Sc les murs ; les dé-videufes, apprêteurs , coupeurs Sc autres font tous dans la gêne; les magafins des matières, les comptoirs , les entrepôts font alongés , au point que les commis fe plaignent de la longueur du chemin qu’ils font mille fois le jour pour pefer, recevoir , porter Sc ranger les matières ou premières, ou fabriquées; Sc en allant & venant dans ces étroits bâtimens, ils s’em-barraffent, fe heurtent Sc font moins d’ouvrage.
- Il en efi de même des ©tentes Sc fécheries fous le toit ; les étoffes fabriquées Sc teintes font auffi dans la largeur de deux toifes trop près les unes des autres ; parce qu’on a toujours befoin d’y mettre plufieurs rangs, de manière qu’il ne refte prefque pas de paf-fage, Sc que les couleurs foncées tachent les pièces teintes avec délicateffe.
- Voilà en abrégé ce qui gêne la manutention , fabrication Sc direction des manufactures que l’on a faites fans proportion.
- N’ayant pu placer dans une largeur convenable tous les objets, les entrepreneurs de manufactures
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- ont été forcés de recourir à d’autres logemens, c’eft-à'-dire, de faire conftruire d’autres bâtimens qu’ils^ auroient pu épargner , s’ils n’avoient pas étranglé le premier : ainfi ils fe font jetés dans de Fortes dépen-fes qu’ils cherchoient à éviter, foit pour faire d’autres murs avec leurs fondations , d’autres planchers , portes, fenêtres , & fur-tout pour faire un fécond ou plufieurs toits qu’ils auroient pu dans le principe réduire à un feul, je veux dire, qu’ils auroient pu loger & arranger tout ce qui leur étoit nëceffaire fous un même toit.
- Ainfi par défaut de lumières 5c de prévoyance, on a fait de très-longues, de très-baffes ôc de très-étroites manufactures ; ce qui a a occafionné une multiplicité d’autres confiruCtions , d’où eft réfulté une con-fufion fatigante dans Tenfemble de la fabrication ôc de la direction; tandis qu’il étoit aifé de mettre en rapport toutes ces parties différentes, au point de faire trouver tout fous la main des pommis ôc des différens Fabricateurs. ,
- Au refie, ce défaut de lumières çtoit excpfable dans les premiers ncgocians, ou autres perfonnes qui ont entrepris les manufactures?;: leur tort étoit de fe croire affez habiles pour conduire leurs conf-truCtions avec le feul feconrs d’un maître ouvrier , foit maçon ou charpentier, tandis qu’il falloir le génie d’un architecte , accoutumé aux combinai-fons , mais qui ne dédaignât pas de s’aboucher avec chaque manufacturier pour s’inftruire des plus petits détails , à l’effet de tout prévoir ôc de laiffer des pierres d’attente néceffaires pour agrandir par la fuite &c fans perte les bâtimens à fur & mefure que le commerce, entrepris pou voit s’augmenter.
- Les fautes qu’on a faites, & qu’il eft tems qu’on évite, doivent engager les perfonnes qui commencent
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- ces entreprifôS' de régler, d’avance la difpofition des bâtimens avec un artifte éclairé , pour pouvoir y trouver les additions néceffaires à une plus grande fa brication que celle qu’on efi ddns le cas d’établir en commençant; cette feule & fimple prévoyance fuffit pour ne pas fe jeter dans des conftrudions infinies, dans des travaux de double emploi, foit pour la bêtifie, foit pour la Fabrique.
- La néceffite d’attirer le plus de jour ou de lumière pofiîblé fur les niëtiers & les mécaniques différentes a fait, adopter généralement les corps de bâtimens temples* V en .n’en trouve nulle part de doubles ni même dé femi-doubles : oui, j’ofe le dire, ces derniers Ont, été prbfcrits par pure ignorance dans tous les paÿs dé l’Europe. Cependant , calcul fait , les corps de-logis doubles' font à meilleur marché que des fimplës ;wpar la raifon évidente que l’on obtient deux piècéS,cotrdeux appàrtemehs entre trois murs, tandis que Fon • n’a* qu’une pièce ou un appartement entre deux murs.
- Ilifi ÿrârcjtie dans l’étage où l’on place les tifle-ratis ; on a î’âlrde perdre de la place en faifant un corps-dè-lbgis. double ou femi-double, ou en tenant plus"5latrie'un ‘corps de bâtimént fimple; mais avec quels avantages retrouve t~om ce terrein, foi-difant perdu, dans les étagesfiipérieufs ! Quelle aifance pour la fabrication , & Combien de commodités pour tout ce qui la concerne ! on gagne jùfqu’à la cime de là maifon : difons plus , que dé fr^!s * fi’éyite-t-Otë^pas non - teulement pour toutes les opérations jèbrha-lières qu’exige une mariufëctejTe^mais; poUr^lâ* Cèïifr trudion de fes bafimens! ' n" mien -;3Ri
- Une autreraifon convaincante,'<jùi dolfifëiFechmgeï l’ancien ufage qu’on a fiiiVi ‘dans la coriftfuâiën des fabriques, le trouve dans lâ 'prétendue perte d’un
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- terrein, qui apres tout efl de peu de valeur : quel efl: le local où Ton place les tiilerans ? Un lieu bas & plus bas que le rez-de-chauffée , ou pour mieux dire une efpèce de cave que Ton efl obligé de fane pour tenir frais le coton , le fil ou autres matières ; puif-qu’on efl: forcé d’enterrer les métiers des tifferans de trois à quatre pieds plus bas que le fol : faut-il donc que les boutiques fouterreines des tifferans règlent la difpofition de tous les appartemens qu’on peut faire au-deffus jufqu’au toit ? a-t-on jamais vu que les caves d’une maifon aient dirigé la diftribution des appartemens du rez-de-chauffée , premier & autres étages fupérieurs. Ainfi les métiers des tifferans ne doivent pas déranger les travaux de tous les autres ouvriers, gêner les magafins , comptoirs , bureaux , étentes , fécheries : finalement la crainte de perdre un peu de terrein qui donne pourtant un atelier plus fain, & un paffage fpacieux & commode entre les deux rangées de métiers ( & de métiers placés prefque fous terre), ne doit pas conduire jufqu’à gâter toute une confinition confidérable.
- J’ai dit que l’on ne donnoit dans la Picardie. dans la Normandie , l’Artois & pays circonvoifins qu’en-viron deux toifes de largeur aux bâtîmens des fabriques : croiroit-on augmenter la dépenfe d’un tiers ,fî on portoit cette largeur à un tiers de plus ou à trois toifes? non très-certainement, il n’eq, réfulteroit pas ce tiers d’augmentation de prix, par mille raifons & mille reffources que l’art de bâtir indique : par exemple , il faut à un bâtiment de deux toifes de largeur quatre angles ou quatre encoignures tout de même ^ue s’il avoit trois ou quatres toifes de ia geur : il faut a l’un & à l’autre les mêmes faillies d’égou t, le même faîte, les mêmes chutes d’eau : il faut à leurs planchers & à leurs toits, les mêmes prifes dans les murs
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- pour les poutres , ou folives , ou autres pièces de bois ; il leur faut auffi le même nombre d’efcaliers ; les frais des fondations pour l’un & l’autre bâtiment de deux ou de trois toiles de largeur font également les mêmes : il ne/ leur faut pas plus de fenêtres, ni de portes, par conséquent pas plus de fermetures , de croifées % de ferrures, &c. &c.
- Mais on objedera que les bois des planchers & du toit doivent être tenus plus forts pour une portée de 18 pieds que pour une de 11 ; ici l’habileté de Parchi-teâe effacera facilement cette crainte & cette dépenfe par une diftribution' fage & économique ; il ne faut donc abfôlument calculer en furcroît d’augmentation de prix que la valeur d’une toife de plancher & de toit dans toute l’étendue du bâtiment, & la valeur d’une toife de maçonnerie dans la hauteur des murs des fonds & de refend : on comprend que l’addition de ces deux articles de frais , pour fe procurer une manufa&ure de trois toifes dfe largeur au lieu de deux, fe réduit à bien peu de chofe , & que tout compte fait & ajouté au devis , cette augmentation ne peut former guère que la dixième partie du prix total de la conftruCHon : par exemple, fuppofons que le bâtiment d’une fabrique de deux toifes de largeur dut Coûter neuf mille livres ; eh bien ! pour le faire construire de trois toifes de largeur, on dépenfera dix mille livres, c’eft-à-diie , mille livres de plus ; & qui regrettera une dixième partie d’augmentation en dépenfe
- {jour avoir un corps de bâtiment d’un tiers plus arge ?
- Que le leéleur ajoute à ces vérités, à ces faits ou calculs inèonteftables, qu’un bâtiment de trois toifes de largeur ou d’un efpace convenable évite quantité ff autres petites bâtifles qu’on eft oblige de faire conf-truire après coup, faute de trouver de la place dans
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- y une manufacture fort étroite comme celle qui n’a que douze pieds de largeur, où il efl impofiible de pouvoir loger tous les ouvriers , mécaniques , matières, effets & autres objets relatifs à la fabrication dont il s’agit.
- Il en eft de même pour toutes les autres manufactures ou fabriques de quelques genre ou nature qu’elles foient : ces remarques elfentielles peuvent s’appliquer à toutes les conftruCtions confidérables ou qui exigent une grande étendue pour y pratiquer de grands , nombreux , ou différens travaux fous un même toit ; faute d’expérience , de prévoyance , de calculs préliminaires, de compofîtion 8c de diftribu-tion foignées , on gêne la manutention de quelque tefpèce d’ouvrage que ce foît ; par conféquent, on contrarie le commerce & l’indultrie; 8c enfaifant plus de dépenfes, on fait moins de travail chaque jour dans ces ateliers, fabriques 8c manufactures, ce qui forme un grand déficit à la fin de chaque année.
- Je viens de faire voir la perte que Ton effuie en conftruifant les manufactures trop étroites ; il exifte une autre perte non moins confidérable en les tenant trop baffes.
- N’eft-ii pas évident à tout le monde qu’il n’en coûte pas plus de placer un toit fur trois ou quatre étages que fur un feul ? pourquoi a-t-on prefque toujours couvert les manufactures au-delfus du rez-de-ehauf-fée ou au-deftiis d’un étage tout au plus fur les boutiques des tilferans ? c’efl fans doute parce qu’on ne fongeoit qu’aux befoins prélens d’une fabrique naif-fante.
- Si les entrepreneurs ou fabricans. eulïent penfé qu’il ne leur en auroit coûté pour avoir un étage de plus, que la valeur d’un plancher 8c celle 4e la maçonnerie des murs de 8 à ro pieds d’élévation , ils fe
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- Jaspât ,t»ic<q;gardéfrde n’en pas faire la dépenfe lors qÇqÙl bâtifejj, ce>qui n£ les auroit pas induits à faire quelques années après d’autres bâtimens , par conlé-rquent:à, faire- la-(Charpente d’un, ou de plufieurs toits., principalement leurs couvertures qjui ont toujours P3Ç leur cherté., fpit- qifon l’ait feue tu^iqsoouen âïdpifes!. ,
- -...tvftïSW où l’pn-.a été^.pu plutôt l’aveugle économe jfpjt-pout i'p'éoir-4es manufa&ujîes, Toit pour leur ijàpfurinapr un oy(J4eux étages qju:$? aurpit pu faire ,3qupfe;î^pn^ tpit,. ont ocoafionné^i ùomrpe je viens dp le de petites conftruâions qu’on a
- faites rpaihà^pfpppi^ Je Tans ordre dans les tenans & abou,tdfaqs des fabriques, tantôt pour y placer les ma-,tière&,premières, le^ étoffes fabriquées * les nouvelles ruachjineiij tautïôt-pppr; les provifîons des feux , teintures autres .Qbje$£* une autre fois pour y faire .la demeure de .quantité de perfonnes attachées au commerce <St à la fabrication.
- Qn auroit pu établir toutes ces çhofes & tous les ouvriers aveu les eppmis quelquefois dans un feul étage- de plus, poeqpiaW,oit fait la richefle d’une telle entreprife, ou ce qui auroit porté le bénéfice des entrepreneurs fabricans à un bien plus haut degré que le-g«ûn qu’ils ont. fait en fuivant l’ancien ufoge de batjr ; ,Jo dôtyçm ^vpir desvappartemens de refte dans Je GOmu&e«é§iuept de Tentreprife d’une manufa&ure, fe çpfdeiîietai,* îpuipurs d’élever Je tpitfur deux étages, iftriqgfpp G$$kê fe.uï peut fofer-e ; & û. le genre deipfàfe^îe e^igepitdau^ étages 3 je voudrois qu’on posât lé toit fur trois.
- Fqur appuyer g$ raifonnemeat ,• je dois prévenir que Ilot? ne fe. conftûue pas en une àuflî grande dç-pepl| qtfbn pourront fe £jroagiue% lorsqu’on bâtit un
- 4t^e deflusiiij^e s^agit^ dMeurs ? de faired’avaacé
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- que de quelques to,ifes de murs ôcde planchers , que des encadremens de quelques partes de communication & de ceux des fenêtres, 8$ que d’une rampe d’eP calier : tous les autres ouvrages peuvent être retardés , ôc on gagne -Je tems ôc les moyens pjour les parachever à fur & mefure qu’on a befoin d’occuper les appartemens de cet étage fait par précaution ôc par économie : ainfr les fermetures ? les fetrures, les çloifops^ fes carpeÙages, les enduits, lesagencemens., les peintures , tous objets de détails plus difpendieux que les gros ouvrages , relient à faire , ce qui n’empêche pas de joqir des autres étages, ôc ce qui n’é-puife pas la bourfe des entrepreneurs, ou propriétaires de la manufacture.
- C’ell ainlï qu'on doit bâtir les fabriques , ôc c’efi par cette provoyance qu’on fera de bonnes ôc de sures affaires.
- line me.relie plus qu’à faire remarquer des choies non moins elfe nielles : dans les pays du nord, on a confirait les bâtirnens en bois Ôc on a rempli- les ia-tervalles de ces bois alfemblés par l’art de la charpenterie , ou avec des briques ou avec du torchis : torfque plus éclairé , on a voulu changer -ces anciennes méttîo&, on s’eft jeté dans une dépenle outrée; on conftrüit à préfent quantité de maifons ou avec la brique feule ou avec la pierre de taille, ou en employant l’une & l’autre à-la-fois.
- On voit que pour éviter un défaut, on retombe dans un autre ; que pour fupprimer les bois , les entrepreneurs emplpient -d’autres genres qui vpnt jufqu’à ruiner les perfonnes les plus opulentes.
- Il femble - qu’il y ait une fatalité pour tous les hommes qui veulent,faire bâtir ; s’ils fe décident aux conf-trudions e% bois ^ ils? expofent leur? propriétés aux ravages des4trcendiéx,àrinfalubritéràlamal-propreté;
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- 3c fi pour fe mettre à l’abri de ces inconvéniens, ils fe livrent aux bâtimens en briques âc en pierres de taille , ils fe trouvent à la fin de leur achèvement conflitués en de fî fortes dépenfes , que les plus rir-cbes font hors d’état d’y faire face.
- Les architedes & maçons de ces pays n’ont pas ofé corriger ces mauvaises 3c ruineufes habitudes de bâtir : ils les ont même employées aux manufadures^ qui exigent de vafles conftrudions ; auffi cette crainte ou plutôt cette routine a fouvent abforbé les fonds des entrepreneurs , fonds qu’ils deftinoient à la fabrication des étoffes Sc au commerce : difons plus, fî les maîtres charpentiers Sc les maîtres maçons, qui font en même tems faîfeurs & marchands de briques avec les marchands de maifons en bois, euffent voulu me permettre quelques changemens dans les conftrudions, il n’eft pas douteux que les fabriques de la France feroient beaucoup plus nombreufes, parce que les petits capitalises convaincus par le fait qu’il efl poffible de faire des bâtimens fains , folides Sc à bon marché, fe feroient livrés à faire ces établiffe-mens utiles Sc frudueux.
- Je dois donc m’expofer de nouveau à la malveillance de ces maîtres ouvriers & marchands de bois Sc de briques, qui tiennent dans i’efclavage tous les propriétaires Sc fabricans lorfqu’iîs veulent bâtir : je dois montrer ma nouvelle théorie , rappeler ma pratique ; Sc je fuis affuré que les vrais artiftes Sc bons ouvriers me fauront gré d’avoir mis fous les yeux du public des chofes qu’ils favent auffi bien que moi.
- Depuis vingt ans, Sc fur-tout depuis que la rareté ainfi que la cherté des bois fe font fait fentir en France , il s’efb élevé dans te pays du nord une infinité de fours pour faire des briques ; même on en fait cuire en plein champ fans four jufqu’à deux ou
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- trois cents milliers à la fois; je dois dire en paflant, qu’il feroit à fouhaiter qu’on eût autant multiplié les fabriques de tuiles, parce que ces dernières auroient évité à la nation & à des milliers de fes individus des pertes irréparables ; telles que celles qui fe manifef-tent fi fouvent par le fléau des incendies, lorfque les couvertures des bâtimens font faites en paille ou en chaume.
- C’eft avec ces briques multipliées dans la Normandie , la Picardie, l’Artois & autres ci-devant provinces, que les fabricateurs de cette matière follici* citent tous ceux qui ont à bâtir , de conftruire leurs maifons & fabriques ; mais voyons dans quelle dé-* penfe ils les jettent.
- La toife quarrée d’un mur en briques à un feul rang, revient généralement à* •.. *. 20 1.
- La même toife d’un rang& demi, à... • 30
- La même à deux rangs, à. ,*••.*.••. • 40
- La même à deux rangs 8c demi, à*•• • • 50
- Total* ............... 140 1.
- Donc le prix moyen eft de 3 < L la toife quarrée. Le lefteur éclairé apperçoit la vérité de cette dé -penfe : car eft-il poflible d’élever un bâtiment de trois étages 8c un rez-de-chaulfée avec des murs d’un feul rang de briques ; puifqu’un rang & demi ne fuiffi pas, & qu’il faut pour monter une maifon aufii haute les dimenfions ci-defîùs; favoir;
- Au rez-de-chaufîee deux rangs & demi de briques pour l’épailfeur de chaque mur ou... 2.0 pouces.
- Au premier étage , deux rangs , ou 16 Au fécond un rang & demi, ou.. . . 12
- Au troifième un rang, ou. ...» . 8
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- Il efl dorlc bien confiant que l'a toife q narrée des murs en brique , coûte 3^ 1. , ce qui efl d’autant plus certain qu’il faut ajouter à cette dépenfe des pilîiers & liaifons en bois & en fer pour entretenir les briques. Eh bien ! éfl-cé avec' ce prix excefïif qii’on doit bâtir les manufactures ?
- Pour faire préférer la conftru&ion en briques^ on vantera fon expédition fa, bonté , j’avoue que ce genre de bahr rqnfeilpe fiin & l’autre ; msus fa cherté permet-^jp^e. faire ce.choix ? quoi les bâtimens étendus d’uno-ni^nufa&ure quelconque qui obligent par cette raifon a la plus grande économie , feront conf-truits en briques à 3 f ia toife , lorfqu’on pourra différemment avec la moitié moins de dépenfe.
- Bien des perfonnès vont croire que je veux ici placer le pifé , ou remplacer la confiruCtion en briques par l’art de faire les- maifonsayec là tfire feule : mais je prie le public de fe rappelé.* que je lui ai annoncé qu’il exifloit. plufieurs autres procédés de bâtir avec économie ;• je nuii certainement p|as toujours confirait ni fait conflruire en pifé pour en/ convaincre mes cher^ compatriotes & leur défigner en même tems quelques méthodes différentes , je vais rapporter les bâtimehs ,^tfe fjâ faits.
- l’aï J?âti près de la viltç de Lyon plufieurs maifons avec des cailloux ronds 8c aigus : |es mêmes qui fer -vent à pave* les rues de çeüp ville & qui font rappeler aux voyageurs le mal que $$$ çaîlloux leut ont fait aux pieds. ,'r c
- J’ai confirait dans lé feio <£é"Ià mqm,e ville cfautfeis maifons 8c des fabriqués avec du moëlonplat& des pierres de taille.
- J’ai élevé fur la montagne de Fouroèrés$Çjde St. Jufl plufieurs bâtimens partie en câiîloux, partie en moi-
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- Ions # pârfie en pifé , é neutres 9 urîtout en pifé ou avec la terre feule, & quia-trois étagesoù l@gent ving.t-deux? femiljes d’ouvriers, £0 J'oie ; cette maifon ell moins. léferdée que Ji elfe eut été conftruite avec la meilleure (maçonnerie 7 quoiqu’elle foit journalier ment ébranlée par les bkttqns des métiers de tous ces ouvriers, & quoiqu’elle foliqexpoÉlefurcette montagne à toutes & grandes pluies.
- J-ai fonde un édîfictè plus grande folidité
- dans un mauvais teô:eint& l’âi élevé en pie$.e. de taille •jjpfqu’4U toit^ ce bâti#jtnt décore la ville 4e (jrrenoblè., étant for la pJaQe^jrènette, ja plus-belle de cette ville..
- J’ai faÜt aufft bâtir dans le ^auphiné plufieurpmài-fons , chapelles!, grangetr<Mnuè1es ? foit èp rpoilons, foit en pifo, & en ai fait couvrir avep des dalles ou pierresipfet^SK .
- Sur i;embfanohemeiitv4es 4uu& grandes routes de Paris «par; la Bourgogne &£ par le Bourbonnojs-à l’entrée de; la ville de Lyotirau faustbourg de, VatÇe , fai bâti dates le court e-lpae^ dîuu &' demiw la longueur de deux rues avec le piic, le moifon d? lés pierïes de Müte** ees bâtimens forment,^ nautiques <& ^wiè^-boutiques,, premieri&iecand ctagê', & décorés avec la peinture âjfrefque- ii^^i-'éieniént lopins beReHentrée j-cfelt ce qui engag^M-. wUund^tdcle-verûtté pyra$nÿoà l’çxtrém&é de* qp. odtpsdabatiment qui forme le point de-oentite des deux-grandes routes dLfe&;dilbngue par da$
- te '•ifeè«li5!ÎlHtègfe'iï|ft rendra* jumçe?: <Sc pjgera-qpe
- <1 ) Lôxle^de la uianufa&ute que je donne ici ;j.-(ypy. B pfoicbje^ a r^flpfeble aÏÏçz au çptps de bâtiment que j-ai %âk & qui exiftg à ï'eiitrép delà villeqq tf°.n i fabriqué des
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- je ne fuis pas feulement un bâtiffeur en pifé ; je ne préféré cet art que lorfque le cas l’exige, ou quand l’économie le commande ; d’après quoi , je foutiens que les riches négocians doivent faire confïruire les manufactures, non en briques, mais en mâconnerie de moelons , & que les perfonnes qui veulent élever des fabriques, doivent, pour ufer de plus d’économie, les faire bâtir en pifé : lemblable aux étoffes de diffé-rens prix & qualités que l’induftrie fait faire , les particuliers opulens portent des habits plus chers que les perfonnes d?une fortune médiocre : il n’en réfulte pas moins un avantage pour tout le monde : ceux qui feront bâtir en bonne maçonnerie auront des propriétés , qui dureront trois fiècles ; & les autres pères de famille qui feront conftruire les manufactures en pifé auront des bâtiffes qui dureront deux cents ans : voilà la différence, qui eft bien confolante pour toutes les perfonnes de tout état & de différentes fortunes. J’ai donc lieu de conclure que l’on doit fupprimer de tous les bâtimens de fpéculation , foit pour les manufactures, foit pour toutes autres entreprifes, l’art de la conftruCtion en briques, & j’ai lieu d’avancer que ce genre difpendieux de bâtir doit être réfervé feulement pour les édifices fomptueux dans les pays où la pierre de taille manque tout-à-fait.
- L’habitude qu’on a eue dans les pays au nord de là France de conftruire en bois, parce que les forêts y étoient abondantes, eft la caufe que les ouvriers de ces lieux fe font peu exercés dans l’art de la maçonnerie : on peut dire qu’ils n’en connoiffent pas toute
- bas de foie, quoique les murs foient en pifé peut-être la fup-preftion des droits d’entrée aux villes fera-t-elle faire bientôt une grande manufacture de cette longue & haute conftruCtion.
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- l’étendue : cependant la vraie fcience des conftruffions confifte dans l’emploi des matériaux compa&s , les mêmes qui nous offrent folidité , durée & incombuf-tibilité : toute autre manière de bâtir n’eft que précaire ? particulièrement celle de faire nos habitations en bois: ce ne font pas des immeubles que les bâtimens faits avec du bois; ce font des cages que la moindre étein-celle /éduit en cendres , à moins qu’elles ne foient revêtues de matières incombuftibles & qu’elles en foient entièrement farcies.
- Dans plufieurs cantons des pays froids , les habi-tans prétendent que leurs pierres blanches craignent la gelée ; cependant ils avouent que quand on a eu foin de tirer d’avance ces pierres tendres des carrières, elles fè trouvent hors de ce danger : cette précaution fa~ cile à tout le monde , fuffit pour extraire l’humidité de ces pierres en les expofant à l’air ; & après qu’elles Ont acquis la féchereffe néceffaire , je ne vois pas conir ment les hivers les plus rigoureux pourraient altérer cette pierre : la terre comprimée ou le pifé ne craint point la gelée ; à plus forte raifon des matériaux fecs 6c de quelque denfité.
- Si cette nature de pierres, lorfqu’elle eft employée dans un mur , pompoit l’humidité de l’atmofphère quand il eft pluvieux; alors le remède eft sûr : il con-lifte à appliquer un enduit fur la face extérieure des maifons ; ce moyen , que la confervation des murs exige, eft tout fimple & s’exécute dans toutes les provinces du midi ; pourquoi les habitans du nord , plus expofés aux intempéries, ne l’emploieroient-ils pas ?
- Je le répète, la vraie maçonnerie , celle qui conf-titue les bonnes conftruètions & en forme des immeubles réels , que les anciens législateurs ont appelés héritages , parce que de tels bâtimens font lujets bien
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- fouvent à des fervHudes qui font réglées ou bornées par les lois ou coutumes, & parce que ces habitations durables paffent de .génération en génération dans chaque famille ; la vraie maçonnerie , dis-je , confifte dans la préparation & remploi des. matériaux du règne minéral ; toutes les matières végétales doivent être exclues dans les conftrudions, ou on n’en doit employer que le moins poflible.
- Pouiquoi la Normandie , la Picardie, l’Artois,les Pays-Bas & autres circonvoifins ne feroient-ils pas ufage de cet excellent genre de bâtir ? Il eft fi naturel & fi économique , &„sal ne l’ellpas aûtant que le pifé, il coûte infiniment moins que la conflru&ion en briques.
- À Rouen, par exemple, les maîtres maçons fe font payer vingt ibis le pouce fépailfeur des murs en ma-, çonnerie : un mur qui a douze pouces d’épais efi donc compté au propriétaire 121. la toile quarrée ; s’il a i.y pouces d’épaifi’eur;, il fera porté à 1 j 1. la même toife' quarrée ;, s’il a 1$ pouces, il fera payé 18 L, ainfi de, fuite. .
- Sur cette évaluation exagérée de la part des en-trepréneurs , onTrOuverOit encore une grande économie de bâtir avec fart de la maçonnerie en, moilons y fable & chaux : en voici la preuve. La moyenne ëpalf-feur d’un mur dans la hauteur d’une maifOn de trois étages étant au plus de 1 j pouces, la toife quarrée reviendroit donc à i£ 1. ; 1 ; 1. contre 35 1. que coûte une toife de mur en briques forment une. économie qui n’eft pas à dédaigner, même auxiperfonnes opulentes & aux riches négocians, fur-tout iorfqu’ils font faire des mànufaélures.
- J’ai dit dans mon Traité fur fArchiteéhire Rurale, que les bons procédés refient oubliés dans le canton, ville ou village où on les emploie; on va juger par
- l’article
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- l’article de la maçonnerie dont il eft à prëfent queftion.
- À Paris, on élève des murs d’une hauteur étonnante , quoique leur épaiffeur foit fort mince, n’ayant quelquefois que ij à 16 pouces au rez-de-chauffée ; mais il faut attribuer la folidité de ces murs à la qualité qu’a ordinairement le plâtre pour crifper fortement le moëlon; d’ailleurs le plâtre à Paris eft excellent.
- A Lyon, on élève aufli fort haut les murs des maifons; mais ici on reconnoît la caufe qui les fait fe foutenirfur unç épaiffeur médiocre de 17 à 18 pouces au-defîiis des fondemens par la bonté de la chaux & par celle des moëlons, qui font minces , longs, larges & plats.
- A Grenoble, il n’en eft pas de même : l’efprit ne peut concevoir comment les mêmes murs aufli hauts & aufli minces peuvent fe foutenir fans renverfer ou ébouler , puifqu’ils ne font conftruits qu’avec des moëlons bruts, ronds, -en un mot les plus informes : ces moëlons proviennent des rocs qu’il eft impoflible de tailler, de manière qu’ils n’ont aucune aftîfe , aucun parement; cependant des compagnons maçons les pofent en maçonnant tels qu’ils font avec une dextérité qui leur eft particulière; finalement ces ouvriers adroits ne craignent pas de bâtir,d’échafauds en échafauds qu’ils furmontent fans interruption, les murs des bâtimens de quatre à cinq étages fans les fondations & les caves. Etonné de la hardieffe de cette conftruéhon, je n’ai pu trouver la caufe de la folidité que dans l’excellence de la chaux 8c dans l’arrangement des moëlons; mais les compagnons maçons oui font fi leftement cette maçonnerie, ne font point du Dauphiné ; ce font des Limoufins, Auvergnats, Marchois, qui fe rendent chaque année dans ce pays : fi les maîtres maçons 8c entrepreneurs de la Normandie , Picardie 8c autres vou-loient céder à leurs préjugés, quitter leurs vieux ufages,
- Ecole d’architecture rurale, G
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- Sis n’auroient. <p’à laifier entrevoir de l’occupation dans cette manière de bâtir , tout auffitôt les ouvriers de la Marche, de l’Auvergne, du Limoufin & autres ac-courroient vers eux.
- C’eft principalement pour l’avantage des personnes qui ont de grandes entreprifes à faire que j’écris cette diflertation : je puis leur àflurer qu’il ne leur faut pas autant de fonds pécuniaires qu’ils pourroient fe l’imaginer pour établir les bâtimens&les mécaniques d’une manufacture ou d’une fabrique même très-considérable. J’invite les négocians a fe livrer à ces fpécula-tions, & je me, ferai* toujours un devoir & un plaifir de leur aémontret qu’ils porteront de pareilles entreprifes à la perfection à bien peu de frais : la defcription fui-vante, le plan & l’élévation ci-joints feront mieux Centir les moyens de tirer le plus grand parti de fem-fclables établifîemens, que l’on peut faire plus grands ou plus petits, foit par une bonne difpofition , diflri-bution ou compofition, foit par les réglés & les refi fources de l’art, foit parla nature & le choix des matériaux qui fe trouveront fur le lieu où l’on aura à bâtir , foit enfin par le caractère de la conftru&ion qu’on voudra employer & la dépenfe qu’on voudra
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- DESCRIPTION
- Du deftin que j’ai donné pour la reconftruCHofr de la manufacture royale du faubourg Saint-Sever, à Rouen.
- Voyez la planche à la fin de ce cahier*
- C E corps de bâtiment efl (impie, c’eft-à-dire, qu’iî ne comprend qu’une fuite d’appartemens- entre deux murs : deux pavillons ont été formés à fes extrémités àdeffein de folidité, d’économie, &pour la facilité de la manutention de la fabrique , comme on le verra par la fuite : par ces raifons, & fur-tout par celle de le procurer à la fois une étente & fécherie d’une di-menfion convenable, il a été joint à chaque pavillon deux efcaliers : cette manufadaire eft compofée de trois étages, indépendamment de celui qui eft au* deffoüs pour les tifferands.
- Voilà l’enfemble de cette fabrique; entrons àprê^ fent dans les détails.
- ï. Plan de l'a manufacture.
- II. Sa façade.
- AA AA. Pavillons qui terminent ou clofent le long corps de bâtiment.
- BB„ Efcalièr pour deffervir la fabrique dans tous lé* étages.
- C. Troifîème defcenteou troifîème dégagement pour les boutiques des tifferands*.
- G 2.
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- DL)DD. Deux rangs de métiers detifferands.
- E. Rez-de-chauffée dont le fol eft plus bas que le pavé au-devant de la maifon, à'l’effet d’y tenir frais le coton.
- F. Premier étage, pour les bureaux , comptoirs , dépôts des matières brutes & filées , ainfi que pour les devideufes.
- G. Second étage , pour les différentes mécaniques, apprêteurs, coupeurs , indienneurs & fabricans en foie.
- H. Troifième étage , pour les chambres des furveil-lans & des commis, ainfi que pour les graveurs.
- KK. Etente & fécherie à l’air froid entre les deux pavillons & les deux efcaliers.
- L. Échelle de ioo pieds de longueur ; plus io pieds de divifion pour la facilité des mefures qu’on voudra prendre avec le compas fur ce deflin.
- Observations essentielles.
- Je n’avois porté l’étendue de ce bâtiment qu’à 210 pieds, parce que j’avois été gêné par l’efpace du ter-rein qu’on m’avoit donné ; mais je dois au public les véritables & juftes dimenfions qu’il doit avoir.
- Une fabrique de cette efpèce en velours de coton oblige à étendre les étoffes dans toute leur longueur, pour pouvoir les faire fécher en fortant de là main des imprimeurs ou teinturiers.
- Chaque pièce d’étoffes , portant environ trente aunes, m’a obligé de donner 120 pieds de longueur d’un efcalier à l’autre , parce qu’il faut l’efpace pour la chûte des poids qui fervent à étirer les étoffes : en effet il faut cette longueur aux étentespour travailler commodément: voyez cette étente/ous le toit de la. façade marquée KIv.
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- C loi )
- On remarque que j’ai fait les efcaliers BB à repos, après qu’on a monté chaque rampe : toute autre forme doit être rejetée, & je dois dire que les maçons & charpentiers pèchent tous les jours contre la convenance , la commodité & l’économie, lorfqu’ils font des marches tournantes qui expofent à des chûtes ; mais ici, où il eft queftion d’un travail continuel, ce feroit un grand défaut que de faire des efcaliers tour-nans;“j’ai même donné quatre pieds & demi de palfage à chaque rampe , aux fins que les ouvriers chargés ôc les perfonnes qu’ils rencontrent en montant ou en defcendant ne puiflent fe heurter, rr.êmefe toucher, courir les rifques de tacher leurs habits par des étoffes fraîchement teintes ou imprimées.
- Les pavillons AAÀA ont chacun 3 6 pieds ou environ de longueur : j’ai reconnu cette mefure nécef-faire pour y placer commodément les diverfes machines ou mécaniques qu’il faut à cette fabrication ; de manière que la totalité des longueurs d’une manufacture de velours de coton doit être de 120 pieds.
- Je n’avois donné , en premier lieu , de largeur à cette fabrique que 16 pieds dans œuvre : je croyois beaucoup ofer que de propofer aux propriétaires cette augmentation fur 12 pieds que la routine a fait mettre aux anciennes manufactures; mais lorfque j’ai eu rae-furé tous les métiers , tables, mécaniques, je me fuis convaincu de l’étroite gêne où l’on fe trouve pour les placer dans tous les étages fupérieurs aux boutiques des tifierands : enhardi je délivrai mon plan fur la dimenfion de 18 pieds de largeur pour lé bâtiment à conftruire; mais aujourd’hui, où je peux parler librement, je confeille de conftruire les manufactures de velours fur la largeur de 21 pieds dans œuvre ou de 24 pieds hors d’œuvre , c’eft-à-dire , de les faire de 24 pieds compris l’épaifieur des murs de face : il
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- arrivera, il eft vrai , que lepaffage entre les métiers des tiflerands dans l’étage à rez-de - chauffée fera vafte , ayant ici 8 pieds d’efpace , ce qui femble faire une perte de terrein ; mais qu’efl ce terrein perdu dans une efpèce de cave, telle que celle où on plaee les tifferands, en comparaifon d’un nombre infini de commodités , de facilités, même d’économies que l’on gagne très-sûrement pour placer avec avantage dans .les appartemens jufqu’à la cime de la maifon les bureaux , les ourdiffoirs , mécaniques & fur - tout les pièces d’étoffes dans cette étente précieufe dont je viens de parler ; pièces toujours trop près les unes des autres dans les vieilles manufactures où les couleurs noires Sc Foncées tachent celles qui font colorées tendrement & finement.
- Tout invite donc à donner l’efpace fuffifant aux fabriques : d’ailleui;s, comme je l’ai démomtré, il n’en coûtera pas à beaucoup près un quart de plus pour avoir une manufacture cependant beaucoup plus large.
- On apperçoit une multiplicité de petites fenêtres dans l’étà^e inférieur de la façade ; ce grand nombre devient très-intérefïant pour que chacune de des fenêtres puiffe éclairer chaque métier de tifferand ; mais on a la facilité d’en fupprimer une entre deux fes voiftnes quand on maçonne les étages fupérieurs ; ce qui laiffe affez de jour pour le travail des autres ouvriers , diftribue noblement les premier, deuxième âc troifième étages, en même tems qu’il économife des croifées, leurs ferrures & encadremens.
- Je prie de confidérer l’enfemble de cette façade : quoique ce ne fôit qu’un bâtiment ordinaire , une maifon d’ouvriers, par conféquent une conftruCtion qui n’oblige pas à des beautés ; cependant les ama-teurs reconnoîtrant que iafymmétxie monotone de ces
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- C 105 )
- longs édifices eft ici interrompue : un petit grouppe
- de fenêtres forme le centre ; deux pavillons les extrémités, en piotégeant l’ouverture à jour ( 1 ) Mite exprès pour la fécherie ; les trois portes d’entrée font bien placées , & les encoignures du bâtiment larges & fermes, préfentent la folidité qui fatisfaitles con** noiflèürs & font plaifir même à ceux qui n’en favent pas rendre raifon.
- Il ne me feroit pas difficile, avec une peinture à frefque fort économique, de donner à ce fimpîe bâtiment la plus grande apparence ; mais j’ai cru devoir ne faire graver qu’un defiin qui repréfente toute la Simplicité d’un bâtiment, tel qu’il fort de la main de l’ouvrier.
- J’ai fupprimé, dans les plans que j’ai remis, le fecotid étage, parce qu’on a voulu conftruire avec les briques ; difant, le maître maçon, que deux à trois mille écus de plus pouvoient être aifément Supportés par l’opulence ; quoi qu’il en foit de cette manière de penfer, on aurojt un fécond étage qu’on n’a pas fous le même toit-avec beaucoup moins de dépcnfe : car le bâtiment où on le fupprime coûtera au moins le double d’une pareille maifon quiauroit trois étages fans le rez-de-chauffée, & qui feroit confiruite en maçonnerie de moëlons.
- J’avertirai aufîi qu’il y a une méthode bien économique de fonder les maifons : en Normandie on pour-roits’en fervir; je l’ai déjà donné à Amiens, où oû
- ( 1 ) Les étentes des manufactures auroient toutes feefoim d’ètre garanties par de pareils pavillons , qui rompent les vents & les orages & par là empêchent les étoffes étendues de ballotter ; mais il feroit encore plus intéreflant de les bien orienter", & de tourner le petit côté d'e ces pavillons au mauvais vent du foir : alors les grandes pluies & ouragans feroient interceptées par-4’étroite largeur de ces longues conftructions/
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- l’a fait avec grand profit : elle confifie à pifer la terre
- fous les. fondations, tout comme on le fait dans le moule ou encaifiement pour faire les murs de pifé : ce nouveau procédé épargne une immenfîté de matériaux qui le coufomment, comme tout le monde le fait , pour faire les fondemens de toutes fortes de conftrudions : c’eft vraiment une découverte intérefiante pour la nation , que de lui avoir donné le moyen d’économifer l’argent, les bois, & la chaux qu’on emploie avec tant de profufion pour fonder les bâtimens fur une affrète foiide : qu’on juge maintenant, s’il ne feroit pas bien facile, avec des procédés aufli fimples & au fti avantageux, de faire conf-truire trois manufadures pour une qu’on feroit faire avec les briques.
- Au furplus, je prie inftamment MM. les négocians, fabricans, & toutes perfonnes quelconques qui font dans le cas ou qui ont envie d’élever des manufadures, de fe rappeler qu’il exifle dans le Lyonnois plufieurs conftrudîons de fabriques en pifé, dans lefquelles les ouvriers d’étoffes en foie , en indienne, même Iesfai-feurs de bas de foie , qui ont des métiers en fer qui ébranlent tant les maiforfs, travaillent depuis de très -longues années avec toute lafécuritépoflible : je puis encore prévenir que le palais du parlement de Dom-bes , dans la ville de Trévoux , eft bâti en pifé ; que l’édifice où logeoit le procureur-général de ce parlement eft pareillement bâti en pifé ; on le nomme la maison quarrêe \ il a tro’s étages élevés avec la terre feule.
- /Mais fi, malgré ces affermons,dont toutes perfonnes peuvent fe convaincre , il fe trou voit encore quelqu’un oui craignît de faire bâtir des fabriques en pifé, alors il lui refte la reflburce d’employer la maçonnerie
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- f )
- en rnoëlons;, par eet art très-connu & très-ufîté par tous les pays, hors ceux du nord ; par cet art qui eft .allez économique, celui qui ne voudra pas employer le pifé, trouvera lë moyen de porter à la fin le commerce <ju’il aura entreprisse dois ajouter que toutes les manufâ&ures 8c fabriques, de quelque genre qu’elles forent, entraînent avec elles , indépendamment des conftruébons majeures, quantitë de petites^lbit pour les féchenes à chaud, les teintures, les magafins de planchas des imprefiions ; foit pour les entrepôts 8c ma-gàfins pour les provifîons de charbons, de la tourbe , ou du bois ; foit pour les appartemens à rez-de-chauffée pour y recevoir les balles 8c ballots des matières premières; foit pour les loges, appentis, han-gards 8c murs de clôture ; foit enfin pour les petites confhu&iofts qu’on a befoin de faire dans les felan-chHTeries; tous ces petits bâtimens , toutes ces conf-tru&ions éparfes, adolfées ou ifolées ne peuvent ab-folument être contaites autrement qu’en pilé , làns fe jeter dans une dépenfe ruineufe, ou tout au moins qui ah for ber oit le bénéfice qu’on fepropofe dans-une éntreprife.
- iDe toute néceffité , l’on doit marier la maçonnerie avec le pifé : je m’eftimerai fort heureux d’avoir éclairé MM. les négocians 8c fabricans dans les fpécuktions qfii leur font utiles : j’efpère qu’ils ne craindront plus aè mettre trop d’argent dans la conflruâion des b&tif-fes-, 8c qu’ils s’y adonneront amplement.
- Comme il m’éft impoflïble de rendre dans un fï court ouvrage tputce qui efhitile pour faire conftmire les fabriques,, folides 8c à peu de frais, j’oi|çe dé don-ner aux perfonnes gui le délireront de plus amples éelàirçiÏÏemens., mk pour la compofîfi&n d# §mé-ques, que je connois pour §n avoir contait pktfieurs ,
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- foit pour les mefures, plans, devis, &c. &c. Le paiement de mes honoraires fera autant économique que le font mes nouveaux procédés, mon but étant de propager ces derniers & de pouvoir par là multiplier les manufactures dans ma patrie.
- DE L’IMPRIMERIE NATIONALE.
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- PLAN et Elévation dVm: ai a ni tactire de veloers de coton.
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- DES MAISONS
- -DE CAMPAGNE»
- On confirait les maifons de campagne Comme les manufactures , fans rcfl.xion : Ce défaut de prévoyance nous procure beaucoup d’incommodités dans ces habitations* deflinées cependant à nos amufemens, en même-teins qu’il- nous occaiionhe quantité de dépenfes fuperflues : oh devroit bien être plus ménager dans des conflruélicns qui né rendent rien, puifque les logemens de la campagne ne produifent aucun loyer : je ne prétends pas cependant qu’on doive pouffer l’économie jufqu’à fe priver des pièces oflenfibles* comme aufli qu’on en multiplie à l’excès leur nombrei
- Je m’arrête ici par faire deux remarques ©ffeçtielles : la première regarde l’intérêt des propriétaires s la fécondé , celui des peres & des meres. Les propriétaires ne font que trop fouvent les viâitnes du peu de vigilance &; de capacité de celui qui compofe la distribution d’une tnaifon de campagne ; ordinairement ils fef fervent d’ingénieurs * parce
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- io8
- que les archite&es, jufqu’à prélent, le font côücentrés clans les villes : les ingénieurs , fachant tracer fur le papier des lignes, fur-tout bien laver les plans , fe font crus allez habiles d’ordor.ner un Lâtiment civil ; ils auroient bien dû relier dans la feience des ponts & chauffées, à l’exemple des architectes qui ne fe font jamais mêlés de leur partie : un exemple fuffira pour prouver la vérité que j’avance.
- Dans le Dauphiné, un riche héritier eut l’intenfcn de faire conftruire dans fa terre une maifon convenable à fon rang & au nombre de fes hôtes : tout ç!e fuite fe pré-fenta à lui un ingénieur des ponts & chauffées, qui en reçut l’ordre de faire le projet ; ce dernier eut bientôt defiiné, compofé, diftri! ué & cotté une multiplicité de vailles plans, de coupes & d’élévations; le propriétaire opulent les trouva beaux, fans y connoître, & eu confentant à l’exécution , la délira prompte, comme c’eû l’ordinaire à tous ceux qui veulent faire bâtir.
- Qu’on s’imagine une étendue de bâtiment immenfe, une enfilade d’appartemens ii finie ! on aura l’idée de cette conftru&ion fans cà-raftere, & fans proportion î jamais le propriétaire , fa famille, toute fa maifon &
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- kom fes amis mont pu occuper que fe tiers de ce château * c’eft une première & féconds antichambre qui 7 précédent chaque apparie1-ment de maîtres ; les veïlibules, antichambres , fallon, falle d’affemblée, falie de jeu, ialle «de billard, chambres de parade, grand cabinet, petit cabinet, petits appartenons, boudoirs & autres, font rangés lVm après l’autre-, entre deux murs de face ; cette longue contiguïté de pièces repréfente parfaitement un long bâtiment de cafemes; en effet, on pourrok ,y loger un régiment,
- Qu’eft-il réfulté de dette faute ? ah ! 1s voici ; que le feigneur s’eft conftitué en des dépendes dé conftruâion -, de décoration & d’ameubleUient û considérables , qu’il cft de>-Venu un riche mal aifé ; non-feulement il fe reffen't encore de cette dépenfe outrée , mais il fupporte jôtmKdlemeht beaucoup dè pertes, & encore plus d’incommodités : ce font des fats qui logent dans ces sp parte mens inoccupés; avec la vermine, ils rongent les meubles , les boiferies; la pouffiere aide à leur décompofuion : les portes, & les fenêtres fe défuniffent ; les toits coûtent immenfément à réparer, & je ne doute pas que, las de faire tant de réparations annuelles pour des yaftes appartenons qui ne rendent aucun
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- revenu j on néglige à la fin de les faire-alors les goutieres pourriront la charpente ; les fermetures des portes & des croilëes, détruites infenfiblement, laifîeront de plus grandes ouvertures aux orages, aux tempêtes, aux mal-veillans. Le château , bâti depuis vingt ans, finira par tomber en ruine avant la yétufté ordinaire.
- D’après cet exemple funefte, & de tant d’autres qu’on a eu fous les yeux dans la conftruéHon des maifons de campagne moins confidérables, ( car on fait, du petit au grand de folles entreprifes ), n’ell-il pas de la prudence des peres & msres, de faire infiruire leurs enfans , aufii bien dans l’architeéiiire que dans la peinture? ils leur font feulement apprendre à manier le crayon ; ils devraient bien aufii leur faire mettre entre les mains le compas; cela efi: d’autant plus néceflaire, que les maîtres de deflin ne peuvent apprendre à leurs élevés, fans leur parler fans cefie des lignes droites , courbes , perpendiculaires , obliques, ou autres, auxquels ils ne com* prennent rien : pour mettre enfembîe une têre, une main, une figure, les maîtres difent aux enfans, tirez une ligne horizontale * voyez la difiance parallèle qu’il y a entre le fiez & la bouche, au moyen de ces deuSj
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- perpendiculaires, &c. on apperçoit rembarras des étudians, on devroit donc leur enfeigner ayant toutes chofes, les réglés élémentaires de la géométrie, à favoir tracer eux-mêmes for le papier, des plans d’après une échelle, par là les accoutumer aux mefures? C’eft alors qu’ils feroient plus de progrès dans le deftin & la peinture en un an, que dans trois,1 Oui y les peres & meres, avant de mettre leurs enfans entre les mains des deflinateurs l devroient leur faire tracer fur le papier, les figures géométriques, même leur faire mefurer des diftances, leur faire lever le plan d’un appartement, d’une maifon, &: le leur faire rapporter fur le papier ; c’eft pour le coup qu’étant ainfi exercés aux juftes dimenfions y ils fauroient les apprécier fans les mefurer; c’eft alors qu’ils auroient le compas dans l’œil , qu’ils jetteroient les inftrumens de mathématiques de côté pour prendre le crayon & le pinceau, enfin, qu’ils apprendroient tout à-la-fois l’architeclure & le delîin pour pouvoir connoître aux plans d’un bâtiment auquel prefque tous, les propriétaires ne comprennent rien.
- Que l’on juge maintenant fi l’étude de la peinture eft plus nécefiaire à un enfant que celle de l’arçhite&ure ? La premiere, il eft vrai*
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- I ï Z'
- lui feft d'*amufement & fortifie fon goût 3c fon efprit ; mais la fécondé lui allure la jouif» fance de fon héritage, par conféquerit le bon» heur : car ou vient de voir qu’un héritier , de» venu majeur, pour n’avoir rien compris aux: plans qu’on lui a présenté, a perdu toutes les-doueeurs de la vie, & eft fans relâche déchiré par l.es remords d’avoir fait contraire un bâtiment ruineux,'qui ne lui laiffe aucun repos dans cfr monde, pas même la confolation de laiffer à fa poflérité un immeuble , qui loin de faire la joie de fa famille, n’attend que fon décès pour-s’en débarraffer, en le faifant démolir. Ex-ami»-nons mainte nant deux corps de bâtimens, faits; fur une égale furface de terrain j l’un * corpsi de logis fimple \ l’autre , corps de logis double.
- Çomparaifon de deux maifons de campagne ^ dont les appartçmens font diftribués diffé-* remment, quoiqu’ils occupent une égale fu*y perfide de terrain.
- Voyc£ la planche à la fin du préfent cahier-.
- Le plan. III repréfente un corps de bâtimeat simple, & le plan I V, un double,, qui occupent Chacun la. même mefure de terrain fur le foi.
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- PREUVE.
- pieds, pds. t|i
- Le corps de logis {impie a de
- longueur...................*150
- De largeur ...... 30
- }
- 450®
- Le corps de logis double a de longueur ..... . . 100
- De largeur ...... 45
- 4506
- * Ces deux maifons de campagne occupent donc le même efpace de terrain de 4^00 pieds rjuarrés ? Cependant leur périmètre, ou le con-; tour de leurs murs de face, n’eft pas femblabfe. PREUVE.
- pîedâ»’
- , Longueur de la façade du bâtiment fimple .......... iy'or
- . L’autre façade, même longueur. . 150 La façade d’une de fes- extrémités, a «de longueur. . . . . . . . 30
- L’autre face, même longueur. . . 30
- Total du contour du corps-de-..©gis Rmple. . , . .. . . . . 3 60
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- fiedsr
- longueur de la façade du bâtiment double, . , , , ioo
- L'autre façade, même longueur,. , ioq*
- La face d’une de fes extrémités a de longueur. . , , ' , , , . , , 45
- L’autre face, même longueur, , . 45
- Total du contour du corps de logis double , „ . , . , , , 190 p„;
- Il efî donc vrai que les murs de façade du corps-de-logis ümple, fe trouvent avoir y® pieds de longueur de plus que ceux du corps-* de-logis double, quoique tous deux aient la même fuperücie ? d’où je conclus que le premier a plufieurs défavantages fur le fécond 2 5,° en ce qu’il oblige à multiplier les fenêtres^ qui font très-difpendieufes , comme on le verra par la fuite; à former de longs corridors, trifte reffource pour pouvoir deffervir les apparten mens ; à condruire, dans toutes, diflributions quelconques de cette efpece , entre deux murs de face, un efcalier de plus; à tranf* porter au premier étage les chambres à cour çhgr de la maitreffe & du maître ; £ faire traverfer plufieurs pièces pour pouvoir com-* muniquer dans celles du fond; à enfermer, fous le rezrde-chauffée, les cuifines, qui font,
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- 4pette pofition, mal-faines par les cloaque! qu’on eff forcé de faire fous la maifon, lef* quels cloaques & cuifines exhalent fans cefTe des vapeurs çontagieufes, fans qu’on s’enapper* çoive ; à ne pas laiffer une place au centre de la maifon à toute la domefticité, qui fe trouve alors fort éloignée de leurs maîtres pour faire je fervice; à ne pouvoir laiffer au premier étage, & jufqu’au haut de la maifon, la moindre pièce de récréation, où l’on a cependant plus belle vue qu’au rez-de-chauffée, & tant d’autres incommodités trop longues à rapporter.
- ïl n’en efh pas de même des cprps-de-logis doubles ; les appartenons, fe croifant, facilitent leur communication, même fourniffent pluH ffeurs entrées & iffues à la même pièce : oh peut ici placer, dans le milieu du bâtiment le veff ibuîe, l’efcalier majeur, les antichambres, le fallon d’été, &c autres pièces, où fe tiennent les domefüques, & où jouent les enfans. C’effc de toutes ces pièces que l’on part & où l’on revient au moindre fon, .fans gêner ni le maître ni la maîtreffe , ni la compagnie , ni même 1$ moindre perfonne qui appelle ou que l’on de-r mande : chaque appartement n’eft pas trop éclairé, ni trop échauffé, ni trop froid, parce que les jours & les airs des fenêtres ne font pas çpppfés dans une feule pièce t comme i&
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- ‘ie font clans le bâtiment lîmpîe. Y veut on procurer de la fraîcheur, ou fe garantir du froid? On ouvre ou on ferme les portes placées au mur de refend qui fe trouve au milieu de la ffîaiforr, & qui d.vife les deux ap«-parfemens oppofés au midi ou au nord : alors 'Pair coule infenfiblement d’une chambre à l’autre ou en eft arrêté. Par cette avantagcufe difîribution, on évité , aux étages fupérleurs ,, ces corridors mauffades, & ces étiquettes que •l’on place ftir chaque perte dans les couvents «des moines. Rien de plus défagréabîe de voir dans les châteaux',' les mêmes numéros que les •aubergines ne mettent cependant fur chaque ‘chambre, que parce qu’ils ignorent les noms des étrangers qui logent d’un jour à l’autre dans leur auberge : en ftipprimant lé corridor <au premier & au fécond étage, on évite donc fe dépénfe d’une multiplicité de fenêtres qui ne fervent qu*â l’éclairer ; on gagne la place perdue qu’il occupe , & on l’emploie pitié utilement : c’etë à chacun de ces étages fupé-ïieurs qu’on forme une galerie décorée qui entoure le grand efcalier, avec un falîon y attenant , lefqrn fe dégagent toutes les chambres , «n môme-tems qu’ils détruifent la trifteffe que procurent toujours les corridors : on ne fu t plus alors le iéjoiir des a-ppartemens au-defliis
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- rdu rçz - de - chauffée,. parce qu’ils font gaïs j riants ,& ont une charmante vue ; la maifon de campagne devient jufqu’à fa cime une habitation charmante; on délire y monter, s’y promener, y lire,, y jouer, &: c’eft lors des pluies, des grandes chaleurs, qu’on ufe des mêmes agréraens de la campagne comme cans le tems le plus calme. •
- Dans les corps de bâtimens fimples, on y grille dans les brûlantes chaleurs de l’été, &C on y geîe au moindre froid ; qui ne s’en eff pas apperçu à la moidre fraîcheur qui arrive ordinairement dans le printems & dans l’automne ? Aujourd’hui on y aura trop, chaud, le lendemain la chaleur fera jnfnportable : commenta éviter ces incommodités de notre climat dans des appartemens ifolés ? Car les corps - de - logis {impies p ayant un contour plus grand que les doubles, préfentent plus de prifes aux rigueurs des filions, foit à l’air, foit au foleil, foit aux brouillards ; & cette -longue fuperficie de murs percée d’une infinité de portes, fur-tout de fenêtres, leur donne la facilité de fe propa-ger d.aus lamaiion : d’ailleurs, desappartemens-reffeyrés.entre deux murs de face, ne donnent aucun-gîte pour fe mettre à l’abri de la moindre intempérie; ou fe tenir, où fe cacher : mais rien n’efi: plus .foule de trouver du repçs ôç
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- Il*
- des réduits agréables. &: fains, que ïoffqite Foit fera attentif dé faire conftruire les maifons de campagne avec corps-de-logis double : c’efl dans leur feiri qu’on fe garantit des vents-coulis qui , oecafionnent des rhumes , des fluxions 6c autres maladies.
- •Les anciens étoient plus foîgnepx que nous dans leurs confiru&ionsidans les campagnes de Rome, où la température eft cependant plus chaude que la nôtre, ils fe ménagoient toujours»: des appartenons d’hiver rJls veilloient à tout & fe procuroient tous, les plaifirs que le climat ôc la pofition d’un bâtiment pouvoient leur fournir : c’etoient des falions frais , des angles de bâtimens préfentant leur ouverture au foleü, qui iretenoient & augmentoient fa cha-* leur ;, c’é.toient des eburs petites, des galeries? de forme: agréable, qui leur fourmlîbient des fejours avantageux contre les tempêtes ; c’é-toientdes portiques qui rafraîchifioient l’air, qui leur fervôient, de promenades , d’éxetcicëSi & de récréations lots des pluies; c’étoient, enfin, des appartemens de jour 8c de nuit , de repos, 8c de travail, de feftins , de jeux 8c de propreté. A chaque faïfon, à chaque jour,’ ©n y jouifloit de plaifirs.. difierenstes yeux &, l’efprit y étoient tour à tour Satisfaits $ en ua pot, l’homme y étoit content.
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- On voit combien nous Sommes éloignés de ces combinaisons 6c de ces convenances ; avec .quel peu de foin nous compofons & nous diftribuons nos habitations ! Qu’on daigne jetter un coup d’œil générai fur la conftruc-lion de nos châteaux, maifons de plaifance 6c de campagne ? on reconnoîtra qu’ils font bâtis prefque tous fur un plan uniforme ! la plupart de ce s bâtimens font fans ailes, fans cour 6c fans périftyle ou portique ; c’efl une cage de maifon qui s’élève fur une terraffe, ou fur une éminence, ou au pied d’une colline ; cette cage eft nue, absolument ifolée , telle que je l’ai représentée par les plans III 6c IV. On Sent qu’une pareille conftru&ion Solitaire doit être expofée à tous les vents, 6c à toutes les intempéries ; fans ceffe l’air ou l’orage frappe dire élément ou diagonaîement Ses flancs ou Ses extrémités. Le foleil dès l’aurore commence à darder fes rayons fur les fenêtres d’un appartement, 6c fi le corps-de-bâtiment efl: Simple, il finira par l’échauffer de l’autre côté jufqu’au coucher de cet affre, 6c biffera cet appartement brûlant bien avant dans la nuit.
- Il efl: impolïible de profiter des douceurs de la campagne dans ces bâtimens ifolés, particuliérement lorfqu’ils font corps* de-logis fi triples ; l’on ne peut donc jouir des bienfaits d©
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- ïlô
- fa hât'üîé Bt vaincre fes riguëurs (qui foht'af* furément néceflaires aux produits de la terre) ^ €[u’en faifant conftruire les maifons de caim* pagne (qu’elles foiënt confldérables ou petites ); i.Q avec corps-de*-bâtiment double ; a.° en entourant ce corps-de-logis au moins d’un mur de clôture; &* pour pouvoir fe garantir du mauvais vent qui vient prefquê dans tous les pays de l’Europe du côté du couchant, ou entre le Couchant ôt le nord * il ne faut point planter les façades de fon bâtiment aux quatre points cardinaux, comme ils font marqués dans le plan III ; au contraire , il eft de tonte néceflité d’orienter les maifons dè campagnefuivant leurs diagonales, ainfi qu’on le voit tracé dans le plan IV*
- On concevra aifément que les angles d’un bâtiment coupent dans cette pofition la fureur des vents, & que les différens appartenons qui compofent un corps-de-logis double , participent de la douce influence des rayons dù foleil, puifque cet aflre nous donne une nouvelle vie lorfque nous relions peu fous la direttion de fa lumière , au contraire’* nous incommode quand elle nous frappe long-tems.
- • Suppofons un beau jour ferein ; le foleil dès le matin frappera (voyez le plan IV) fuç
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- l’appartement du maître & de la maîtrefTe, $£ le loir fur les deux autres façades cli font les pièces moins habitées, ou d’an ufage momentanée; il nen efh pas ainfi du bâtiment fimple, (voyez le plan III) toutes ks pièces font expofées dès la pointe du jour aux rayons du foleil, jufques à la fin de la journée.
- Maintenant ciu’on compare la fituation des pièces d’aflemlîée ? on trouvera une différence bien grande dans les commodités & la dé-penfe qu’on s’efl ptopofé lorfqu’on a fait le projet de bâtir ’a maifon: par exemple, la falie de compagnie, planche IÎI , a quatre portes & quatre fenêtres ; ces huit grandes ouvertures, avec l’air qui paffe par la cheminée , doivent rendre cette piece une glacière h la moindre fraîcheur , comme une fournar e à la ^ lus petite chaleur.
- Il n’en efi: pas de même de la d'aile de compagnie, plan IV; celle-ci n’a que cinq bayes, puifquela fixieme, étant pour fymmétrie, fort d’armoire : Eh bien ! qu’on veuille bien réfléchir que deux fenêtres font fiiffifanres pour éclairer cette falie ; que trois portes de communication fufîifent également pour les entrées & ifiues de cette piece ; que la falie à manger, qui lui efl contiguë, la garantit de l’exceflive chaleur ; qu'en tenant les trois portes fermées,
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- ii£
- il n5y aura que les deux fenêtres qui peuvent communiquer l’air froid dans l’hiver ; que lè feu de la cheminée , n’attifant pas les cou*» fants d’air par huit grandes ouvertures, comme dans la falle, pian III, échauffera pliis facilement l’atmofphere intérieur de cette faile ; que la fuppreffion que l’on fait dans cette piece des portes & fenêtres inutiles , laiffent de la place pour y recevoir des chaifes* des fauteuils & autres meubles * tandis que dans la falle, plan III, on ne fait où les loger ; & finalement que cette falle * habituellement ojccupée par la maîtreffe du logis & par fa compagnie , les met à l’abri de toutes les rigueurs qui fe manifeftent de tems à autres dans les quatre faifons de l’année , & les fait jouir en entier du beau féjour de la campagne» f
- A l’égard de la dépenfe, j’obferverai que la multiplication des portes & des fenêtres eft la ruine des propriétaires, qui font bâdr, & cette multiplication gâte de plus les appartenons , parce que plus on perce , plus on y attire le froid, la chaleur & les airs meurtriers ; de maniéré que plus on cherche à mieux faire, plus on augmente les frais & les in* commodités*
- Lorfque les rigueurs du tems pénètrent dans des appartenons criblés, de toutes parts, de
- portes
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- portes 8e de fenêtres , & qu9on ne peut plus les fupporter, on prend le parti de faire pofeï des jaîouiies -, même doubles chaflîs ; c’eft en* feore ce qui augmente la dèpeiife des bârimens, è>C elfe eft grande * car une feule baye coûte immenfément-. Si un propriétaire s’étoit fait rendre compte de fa dépeme avant de faim bâtir, il eft à préfumer qu’il auroit épargné beaucoup de portes & de fenêtres * lors de fa conftruftion. En effet, la dépenfe d’une feuk elf effrayante. En voici le détail :
- i. ° Fourniture de la pierre de taille de là fenêtre.
- 2.0 La pofe de cette pierre de taille i ou bieri le maçon toife tant plein que vuide , & porte en compte cette ouverture comme s*il fourr iiiffoit les matériaux pour un mur de maçonnerie*
- j. ® La foiirriitüfè delà ëroifée eri mehuife* rie & celle des volets»
- 4® Celle de leur ferrure ( ordinairement à efpagnolette )»
- 5.0 Celle des contre-vents*
- 6.6 Celle de la ferrure des contre-vents* ?
- 7.0 Celle dit vitrage de la eroifée»
- 8.° Celle de la peinture, à rhuile, des cdns tre-vents, & de la face extérieure delà eroifée»
- 9.0 Celle du vernis en dedans de cette croi» fée & de fes volets*
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- îl'4
- Vo.® Les étalés néceffaires polir pofer le îïil-* teau, en pierre de taille, de la fenêtre., avec le ceintre en bois pour l’arc de décharge.
- 11.° Les fcellemêns de gonds, deshapes, 6C la garniture de la croifée en ciment.
- Voilà le nombre des articles de la dépenfë d*une feule fenêtre^ il feroit difficile d’en donnef le prix, parce que Ce prix dépend de la plus ou moins grande largeur & hauteur de la fenêtre, de la qualité des matériaux, de l’ouvrage plus ou moins fini, poli, verni,
- Cependant pour fervir mes le&eurs, je formerai trois claffes ; 6c je dis qu’une fenêtre, pour une maifon de campagne ordinaire, coûtera j faite 6c parfaite , environ la fomme
- de ...................« . * * , ido L
- ! Qiftfne fenêtre pour une maifon de campagne plus recherchée, coûtera çfivïron . , . . . . . . ‘ . 200
- Qu’une fenêtre pour une maifon de plaifanCe ou de magnificence, cbûtëra environ » . . . . . **'«' . 30O1
- Maintenant que l’on confidere le'corps-de-logis fimple, plan III, qui , vu de loin, paraît un bâtirnent beaucoup plus confidérabîe corps-de-logvs'âoùblè, plan IV. ' Cependant ces deux màifbns ne cotitiennentpWpiuk id’appartemens, pitifqtfife’ folit tbus dëux d’é-gale fuperficie. Que l’on 'Compte îes'fenêtresf
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- du plan III, on en trouvera dans chacune de fes façades, quinze, tandis qu’il n’y en a, dans les façades du corps - de - logis double , que neuf.
- Mais un ingénieur qui auroit cru briller en faifant une longue façade, & en y multipliant les fenêtres , n’auroit pas manqué de les faire très-larges, très-hautes de faire vernir ; dorer les bois, les ferrures , & d’y faire placer des glaces : ainfi, fans prendre aucune part aux intérêts du maître de 1-a mai-fon , il lui auroit fait dépenfer pour les trente fenêtres, 9000 livres, à raifon de 300 livres la picce ; tandis qu’un attire confommé êf prudent, & dont le métier eft d’être véritablement archite&e , auroit compofé, fur la même fu-perficie de terrain, un corps-de-Iogis double ^ tel que le repréfente le plan IV ; par confé-quent, il auroit procuré plus d’aifance, & au-* tant de fplendeur, en ne faifant faire que dix-huit fenêtres qui auroient coûtées, avec des bons verres, des ferrures bien bonnes & bien polies, 200 livres, par fenêtre, ce qui n’auroit dépenféque 3 600 livres; de manière que le propriétaire auroit épargné 54oalivres, & auroit de plus gagné la convenance, la falubrité, la beauté; en un mot il auroit pu habiter * avec joie & fans incommodité * fa maifon, ce qui n’arrive pas-
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- 'tes les bâtïmens gigantefques de corps - de-logis {impie.
- Nos peres des fieclcs précédens avoient bien quelqu’efpece de raifon , pour fe garantir des intempéries, de faire leurs portes & leurs fe-» nêtres très-petites , avec des murs très-épais. S’ils portoient à l’excès ces précautions, nous nous en fommes relâchés aufîi à l’excès, en bâtiffant aujourd’hui des murs extrêmement îninces, & des fenêtres d’une ouverture fi extraordinaire , qu’elles occupent prefque toute la fuperficie des murs de face de chaque appartement, En examinant de près les vieux châteaux , dont quelques-uns font encore exiftans S1 on y reconnoît encore bien des jottiflances que nos ancêtres avoient,&dont nous fommes privés ; j’ajoute que les vieux châteaux ont beaucoup plus de rapport aux difiributions combinées que faifoient les Romains, qu’aucune da nos maifôns, dç campagne, On y trouve des péryfiiles, des galeries, des cours qui fervoient à s’y retirer & à s’y garantir, pendant certaines heures du jour, des ardeurs du foleil, & d^s frimats; on y avoit des appartenons chauds &; frais. \ dans l’hiver comme dans l’été, on jouîf-foit, dans ces demeures, des plaifirs purs tranquilles, que l’on goûte dans la campagne * mais de la maniéré <jue nous bâtifions aujouç^
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- d’hui, nous nous forames ôtés toutes ces doü-ceurs de la vie : nous n’avons pas même, dans aucun batiment de campagne, un appartement particulier, oii le maître de la maifon puifle s’éloigner de tout l'on domeftique & de fa famille même, pour pouvoir y travailler feul, y être en repos, en un mot, y être oublié.
- Nos per es faifoient donc les appartemeiis trop fombres, & nous trop clairs? Les murs trop épais, & nous trop minces ? Les fenêtres & les portes trop petites, 6c nous trop grandes ? Un plillofophe a dit, en parlant de trop : que de fens renferme ce moti En effet, ôtant le trop ^ nous parviendrons à faire des logemens nouveaux ou neufs, fi je puis m’exprimer ainfi , les plus commodes, les plus fatisfaifans, ôc dont la dé-, penfe ne fera pas excefïive ni mefquine.
- On voit que mon but n’eft point d’engager les perfonnes opulentes à moins dépenfer; mars à dépenfer convenablement ou raifonnable-menî : je défjrerois donc qu’elles employaffent les frais difpendieux pour la conftru&ion des portes 6c des fenêtres qifeTon croira inutiles, à doubler leurs appartenons ; par cette économie judicieufe, les riches fe procureroient une infinité de nouveaux plaifirs dont ils ne fe doutent pas : les perfonnes d’une moindre for*
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- tune, même celles quî l’ont médiocre, obtient droîent de même de nouveaux agrémens de la Fie, dont les mauvais artiftes les privent li fitteilement, de maniéré que celui qui fait bâtir pour fe procurer une vie agréable , fe trouve au contraire plus malheureux , quand là bârilfe eft parachevée par la faute ou l’ignorance de l’architeâe qui a conduit fa maifon ; parce que fa conftru&ion a doublé, triplé &C bien fouvent quadruplé la fomme que cet infortuné propriétaire y avoit deffinée.
- Lorfqu’un poffeffeur de fonds fe propofe de faire conftruire une maifon de campagne » il a plufieurs chofes à eonfidérer : i.° le genre de conflru&ion qu’il lui convient de choifir; z.Q le choix des matériaux qu’il pof-fede dans le canton qu’il habite ; 5.* le nombre des appartenons d’utilité ; 4.0 celui des pièces •de parade ou de compagnie ; 5.0 les petits appartemens de pur agrément; 6.° les efpaces & réduits néceffaires, foit dans l’intérieur de la maifon, foit à fa proximité» Apres avoir •bien réfléchi fur ces objets généraux, on doit faire la diftribution des appartemens enmafle^ puis on pafle aux détails»
- Ces détails une fois tracés fur le papier ^ le maître en ordonne l’exécution; ainh tout l’ouvrage s’exécute à la fois & avec prudence »
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- tî ne coûte pas alors des fommes imprévues &: uh capital ruineux, parce que tout a été pefé, calculé , proportionné & difcutl d’avance.
- Je viens de faire remarquer que lorfque le propriétaire a arrêté le genre qu’il veut mettre à-fon édifice , on examine lar qualité des maf îériaux que'l’on a fur le lieiroîi Ton doit bâtir » ou*à fes environs.
- Pour préférer la maçonnerie au pifé , il faut que le .territoire fourniffe abondamment de bonpes pierres , de bon fable de de bonne chaux; fi la quantité & la. qualité .de ees trois .matériaux n’exifioient pas, alors on. doit cbpi-.fir le pifé,.par la raifon que,ce procédé efi meilleur que lor/qu’on emploie de bonnes pierres avec duunauvals mortier, ou du jpon mortier1 avec du mauvais moellon, tels que les cailloux ou pierre de roc, ou de grès impoffibles à tailler. *•.«.>.
- La préférence une fois . donnée à l’une de ces deux maniérés de bâtir , pn s’appfovîfibnne long-rems d’avance * J{i jf on a^arrêté de coiifc truife fa maifon en maçonnerie ; ou bien, pour îe pilé , on met tout dé fuite la “main à l’œuvreparce “que cét "art",n*éxige aficun "approvifionnement , trouvant preïque ' par-, tout "de "la**terre * propre'au pifé. ' Au fur-1
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- Jpîits* voyez dans le fécond cahier du traité d’arehite&ure rurale , page 20 & fuivantes, les qualités des terres propres au pifév
- Je reviens encore aux portes Si aux fe^ hêtres, qui, lorfqu’ôn les multiplié, donnent aux appartemens trop de jour, trop de cha* leur ou trop de froideur. Je fuppofe donc qu’une chambre d’une grandeur médiocre, foit àffez éclairée & abritée par une fenêtre au lieu de deux ; celle qu’ôri fupprimera , hoh-feitle-ment parce que la convenance Si les commodités l’exigent, mais encore parce qq’ôn doit toujours avoir pouf but l'économie, en fait dè cohftru&iort, & pour fe jouer du proverbe funefte, qui bâtit t rnènt ; lè prix de celle qu’oh fupprimera , dis-je, fournira fuffifammerttaüX frais pour conftruire tous les murs dê la' même chambre*
- En voici ta preuve*.
- Une chambre de 20 pieds de longueur, de %5 de largeur & de io de hauteur, produira, fous la dédu&ioh des murs de refend, qiïi fervent à deux chambres à la Fois, environ ïj toifes quarrées de murs en maçonnerie, lefqueiles valent ordinairement chacune 14 livres la toife ou environ, ce qui monteroit
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- n *
- a no livres ij même prix que coûte une fe<* nêtre avec fa croifée, ferrures, vitres &C autres objets que j’ai ci-devant décrit.
- On va être encore plus étonné d’une autré comparaifon: par exemple, je dis que fi on bâtit en pifé, on fera conftruire pour le prix d’une fenêtre inutile, qu’on devra fupprimer $ les murs de quatre chambres.
- Preuve.
- Quatre chambres pareilles, de 20 pieds de longueur chacune, 15 de large & 10 de haut,’ produiront 60 toifes quarrées, de mur en pifé 9 lefquelles à 3 livres iq fous que coûte la toife du pifé, fe montent à la même femme de 210 livres; conféquemment le prix d’une fenêtre égale celui de la conftrudion de quatre chambres de pifé.
- D’après ces vérités inconteftables, je foutiens qu’on peut bâtir fans fe ruiner; que lç pauvre peut efpérer à des propriétés, dont il s’éloi» gnoit par la trop grande dépenfe des bâtimens ; que le riche peut fe procurer des jouiflances qu’il n’a jamais eues ; que les Archite&es trouveront dans une nouvelle architeôure mille mille fujets & inventions, qui feront le plaifir & le bonheur de nos contemporains, & fur-tout de nos fuccefleurs^
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- Lorfque j’ai dit ci-devant qu’on doit entourer «ne maifon de campagne d’un mur de clôture,, je n’ai pas pu ajouter , peur ne pas inter-rompre mon difeours, que ce mur d’enclos doit être orné de peryfiiles , de galeries, de bel-véders ôc autres objets indifpenfables pour mule beloins que l’on a depuis le lever dut foleil jufqu’au four, même bien avant dans la nuit.
- Mais toutes ces nouvelles dépenfes de confiraétion , nécefiitant à l’économie, doivent fe faire avec l’art du pifé , qui coûte fi peu. Je terminerai ce traité par dire que les décorations * entraînant toujours à. faire beaucoup de dépenles , on doit être circonfpeéî: dans celle qui co.nftitue la cage de tout édifice qu’il foit grand ou petit : cela e.ft d’autant plus férieux que lorfqu’on a bâti & décoré une njaifon de campagne , tant intérieurement qii’çxtçrieurement, il refie encore au propriétaire beaucoup de frais à faire pour les meubles , tapifferies , ufien,files de tout genre ÔC de toute efpç.ce.
- Je m’étendrai plus au long dans le troisième cahier de l’éqolç d’archite&ure rurale ? qui paraîtra dans le mois de Septembre prochain 1791.. Cet ouvrage traitera de diverse pbjets d’utilité pour les fermes^ bafie-c.ours §£
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- potagers > de divers fujets que l’on peut faifé à bien peu de frais pour embellir les jardins* pour orner les maifons de campagne > & les décorer avec une économie furprenante*
- F I K
- t)e l’Imprimerie de Vezard & le Normant*
- fue des Prêtres S. Germ.-l’Aiixerrois, 1791,
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- MAISON DE CAMPAGNE A. CORPS-DE-LOGIS DOC BLE
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- MEME MAISON DE CAMPAGNE
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- A CORPS-DE-LOGIS SIMPLE .
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