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Recherches historiques sur les enseignes des maisons particulières
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- ENSEIGNES
- DES MAISONS PARTICULIÈRES.
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- La Cité de Jérusalem.
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- ENSEIGNES
- DES MAISONS PARTICULIERES,
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- ORNÉES D’UNE PLANCHE ET DE 27 SUJETS GRAVÉS SUR BOIS,
- PAR E. DE LA QUÉRIÈRE ;
- Auteur de la Description historique des Maisons de Rouen les plus remarquables par leur décoration et par leur ancienneté; etc.
- Membre des Sociétés des Antiquaires de France, de Normandie et de Picardie ; de l’Académie des sciences , belles-lettres et arts de liouen , de la Société libre d’Emulation de la même ville , et de plusieurs autres Sociétés littéraires et archéologiques.
- A PARIS, 1
- Chez Vor Didron, libraire, rue Hautefeuille, n« 15.
- A ROUEN,
- Chez François, libraire, rue de la Grosse-Horloge, n° 45. Iïerpin , libraire, rue Ganterie, n° 18.
- Lebrüment, libraire, quai Napoléon, n° 43.
- 1852.
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- Rouen. — lmp. de A. Péhon.
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- AVANT-PROPOS.
- La Description historique des Maisons de Rouen est, à proprement parler, l’histoire des habitations du moyen-âge et de la renaissance.
- L’Essai sur les Décorations des anciens combles et pignons est venu compléter cette monographie.
- Aujourd’hui, nous croyons pouvoir dire, en quelque sorte, notre dernier mot sur une matière qui, pendant plus de trente années, a été l’objet spécial de nos recherches et de nos études.
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- Le sujet qui nous a occupé en dernier lieu, les Enseignes, est entièrement neuf au point de vue de l’art et de la curiosité historique.
- Nous avions par devers nous bon nombre de ces inscriptions latines ou françaises que nos pères se plaisaient à graver sur les murailles de leur logis; nous avons pensé qu’elles pouvaient naturellement se placer comme appendice à la suite de ce mémoire sur les Enseignes.
- Nous n’avons pas cru devoir mentionner de nouveau les inscriptions que notre Description des Maisons de Rouen a reproduites. Nous nous contenterons d’y renvoyer le lecteur, qui en trouvera un certain nombre réunies dans l’introduction du tome deuxième.
- La Description des Maisons de Rouen j, Y Essai sur les Décorations des anciens combles et pignons 3 et notre travail sur les Enseignes forment, pour ainsi dire, un traité qui embrasse tout ce qui peut se rattacher à l’architecture domestique des xv% xvie et xvne siècles. Bien loin de nous la prétention de le croire complet ; il y aurait certainement encore beaucoup à y ajouter.
- Par exemple, nous n’avons pas parlé en détail
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- de la décoration des pignons ou gables, comme disent les Anglais. Mais un artiste de cette nation (1) a traité à fond ce sujet ; il a de plus enrichi son texte d’un grand nombre de planches, parmi lesquelles se trouvent des modèles pris en France, à Abbeville(2), et, -jusqu’à un certain point, nous ne pouvions guère que le copier.
- Les cheminées, soit de briques, soit de pierres, qui s’élèvent au-dessus des faîtages, n’ont pas échappé, non plus, à notre attention. Nous en dirons autant des lucarnes ou petites fenêtres décorées, qui sont comme les points culminants des façades. Mais comment, sans le secours du dessin , faire entrer dans l’esprit du lecteur l’idée de lignes, de formes et d’ornements inhérents à une nature de constructions qui se classent tout à fait à part ?
- Depuis un quart de siècle, le public avait accueilli avec une faveur marquée les ouvrages
- (1) M. A. Pugin, dont le père était français et architecte, dans un livre, intitulé : A sériés of ornamental timber gables. London, 1831, in-4°.
- (2) A Abbeville, on voit, rue des Lingers, trois pignons contigus extrêmement curieux; un autre aussi très richement sculpté appartient à une maison sise rue du Moulin-du-Roi, en face de l’église Saint-Wulfran.
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- d’archéologie qui, de tous côtés, s’étaient offerts à sa curiosité ; mais il semble que son empressement se soit refroidi. C’est pourquoi, aujourd’hui, les auteurs hésitent à s’engager dans des dépenses de planches gravées qui pourraient leur devenir très onéreuses. Nous laissons donc à d’autres le soin de remplir les lacunes que l’on peut remarquer dans nos diverses publications archéologiques.
- Une série de circonstances et de hasards nous a fait successivement prendre la plume, et heureusement encore assez à temps pour pouvoir constater l’existence, dans la ville que nous habitons, de façades intéressantes ou de parties de décoration curieuses et rares. Chaque année en voit le nombre se réduire, à ce point que cette multitude d’anciens êdiûces civils et de maisons particulières, dont se composaient nos vieilles cités, aura presque totalement disparu avec la génération qui s’élève. (1)
- En nous livrant à ces divers travaux, nous croyons avoir rendu service à i’art et à nos concitoyens. Nous nous demandons, trop naïvement
- (1) Dans le moment même que cet ouvrage était sous presse (1851), l’Enseigne de la Samaritaine, dont nous donnons le dessin gravé, a été détruite, nous ne savons pour quel motif, ainsi que la façade en pierre qu’elle décorait, et qui a été remplacée par un pan de bois plâtré.
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- peut-être, qui aurait pris la peine de relever et de décrire, aussi minutieusement que mous l’avons fait, tous ces détails d’architecture et d’ornementation qui ne nous ont laissé, après tout, que la satisfaction d’avoir fait une chose bonne et utile, une chose dont l’avenir nous saura probablement quelque gré ?
- Nous remercions cordialement nos amis et toutes les personnes qui ont bien, voulu nous aider de leur obligeante coopération, pour les indications et les documents qu’ils nous ont procurés, et nous les prions d’accepter ici le témoignage de notre reconnaissance.
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- RECHERCHES HISTORIQUES
- SUR
- LES ENSEIGNES
- DES MAISONS PARTICULIÈRES.
- Chez les anciens, chaque marchand, pour attirer les regards sur sa boutique , et la faire mieux connaître, plaçait, sur la façade de sa maison, une Enseigne composée, pour l’ordinaire, d’un tableau grossièrement peint, avec de la cire rouge, et représentant un combat, une figure hideuse, ou les objets de son commerce. Quelques Enseignes étaient sculptées.
- Les villes d Herculanum et dePompei, sorties de leur ensevelissement, nous ont transmis des
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- types curieux et significatifs. (Voyez le Magasin pittoresque, an. i836, p. 98).
- Nous citerons de Pompeï les deux Enseignes suivantes, dont nous donnons la gravure.
- La première était placée à la porte de la boutique d’un marchand de vin ou tavernier :
- Deux esclaves portent à la ville une amphore pleine cle vin. Les sculptures sont de relief, en masse et coloriées sur la terre cuite.
- La seconde, de même fabrique, représente une chèvre; malheureusement la peinture en est effacée, et l’inscription qui la caractérisait est tombée avec l’enduit sur lequel on l’avait peinte. Il y a lieu de penser que c’était l’Enseigne d’un
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- -marchand de fromage ou de laitage. Ces Enseignes ne devaient pas être particulières à un seul marchand, puisqu’elles étaient faites au moule. Il y a apparence que chacune d’elles était affectée à un genre de profession. Au-dessous de ce tableau on dut écrire, sur l’enduit, le nom du marchand, comme on le voit en différents endroits de Pompeï. (Voyez les Ruines dePompeïpar F. Mazois, page 88, pl. 46.)
- On voit aussi à Pompeï, dans l’île des Bains, à la porte d’un maître d’armes, ou professeur de gladiateurs, une peinture représentant deux combattants.
- Un maître d’école avait pour Enseigne un enfant recevant le fouet. (Mag. Pittor., an. i836, p. 93.]
- Dans les temps modernes, les mêmes intérêts
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- ont donné lieu aux mêmes usages. Nous devons ajouter que très souvent les Enseignes ont été employées uniquement comme signes indicatifs des habitations particulières. Le numérotage des maisons ne date que de la fin du siècle dernier.
- Ainsi, dans un manuscrit de l’année i645, contenant la déclaration des rentes dues à l’archevêque de Rouen sur les maisons de Dieppe, nous trouvons, entr’autres maisons, celles qui sont désignées par les Enseignes suivantes, savoir :
- La Ville d’Anvers (On voit encore aujourd’hui même à Dieppe, à l’intérieur de la maison n« 3i, quai Henri IV, un bas-relief en bois , de deux mètres de large sur soixante-six centimètres de haut, au-dessous duquel on lit l’inscription : ia ville d’ànuers, avec le millésime de 1697.); La Bonne-Rade3 la Bête-Vêtue, la Barbe-d’Or, le Grand-Sauvage 3 le Mouton-Rouge 3 laFleur-de-Lys3 Notre-Dame de Boulogne, le Pot-d’Étain 3 Marion Turpin (quand il n’y avait pas d’En-seigne, on rappelait le nom de la famille qui avait fait bâtir la maison); la Folie (maison), le Rossignol, le Mouton-d’Or3 la Croix-d’Or, Œcu-de-France, leVase-d'Or, la Ville-de-Londres,
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- le Pélican , la Lanterne 3 la Croix-Blanche , les Éperons, l’À igle-d'Or, le C liera l- B Ut n c, la Conpe-d'Or, le Grandr-Porc-Espy3 le Petit-P or c-Espy, V A ge-d'Or 3 les Trois-Boursettes , la Croche-Noire (Crosse), le Gros-C bouquet, la Tête-Noire, ( i )
- La maison du célèbre Ango, négociant-armateur de Dieppe, était connue sous le nom de la Pensée 3 en souvenir d’un des deux vaisseaux à lui appartenant, qui, sous la conduite de Jean Parmentier, firent, en 1629, le voyage à Pile de Sumatra, d’où ils revinrent avec un riche chargement d’épiceries. (2)
- Les archives municipales, et surtout les actes du tabellionage nous révéleraient une longue série d’Enseignes dont nous nous abstiendrons de parler, pour ne pas entrer dans des détails fastidieux.
- Sous le titre de : Echantillons curieux de statistique, Ch. Nodier, dans une de ses notices publiées en i835, et réunies en un volume in-8°,
- (1) Archives du departement de !a Seine-Inférieure. Documents communiqués par M. Barabé, archiviste.
- (2) Recherches sur tes Voyages et les Découvertes des Navigateurs Normands en Afrique, par L. Eslaueeliu, p. oi.
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- rappelle un certain nombre d’Enseignes des tavernes de Rouen, dont un édit du Parlement de Normandie, de la fin du xvi* siècle, avait interdit l’entrée aux habitants de la ville, défendant à ceux qui les tenaient ouvertes d’asseoir désormais aucun homme du lieu :
- « Il y avait, dit-il, au bout du pont: le « Croissatit (i), la Lune, l’Ange, les Degrés j, les « Flacons et l’Image Saint-François.
- « Il y avait sur les quais : l’Espèe^ le Baril-if. d’Or, le Trou-du-Grédil, le Penneret (ou Pavil-« Ion), l’Eléphant, l’Agnus Dei (2)., le Hable, le a Cerf, le Gros-Denier, le Moustier* l’Esturgeon,
- (1) Cette maison est indiquée avec son Enseigne sur les plans du précieux et très curieux Manuscrit des Fontaines de Rouen, dont M. de Jolimont a publié des fac simile reproduisant les originaux avec la plus scrupuleuse exactitude. Elle se trouvait en ville près de la porte Grand-Pont, à la place où le Théàtre-des-Arts a été construit.
- (2) Une maison de X'Jgnus Dei, est désignée ainsi sur les plans dont nous venons de parler, rue Saint-Vincent, à l’angle de la rue de la Vicomté. Elle a été rebâtie en 1542, et M. Barabé, archiviste du département, a découvert que cette maison avait été reconstruite par Robert Becquet, architecte de l’admirable pyramide de la cathédrale de Rouen , qui fut brûlée par le feu du ciel le 15 septembre 1822.
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- « te Daulphin , te Chauderon, te Hola du. Bœuf, ta « Chasse-Marée , le Grand-Moulin et la Fontaine-« Bouillante.
- « Il y avait au port du salut : le Salut-d’Or, la « Pensée, la Teste-Sarrazine (i), la Verte-Maison « et les Pelottes.
- « Il y avait au pied du mont Sainte-Catherine «ou aux environs, l’Image Sainte-Catherine, « le Petit-Lion, la Salamandre (2) et le Cliape-* ron.
- « Il y avait près de la halle : la Teste-Dieu, la «Croix-Verte (3)_, les Saulcicrs, l’Ours, le Cou-« lomb (ou Pigeon), la Coupe, la Fleur-de-Lys,
- (1) La rue Sarrazinef appelée aujourd’hui rue des Iroquois , tirait bien certainement son nom de cette Enseigne. La place qu’elle occupe sur les plans du Manuscrit des Fontaines ne laisse aucun doute à cet égard.
- (2) La rue de la Salamandre communique de la rue du Bac à la rue de l’Épicerie ; de plus, une maison rue Eau-de-Robec, n° 15, offre sur la clé de voûte de la porte une Salamandre sculptée, avec la date de 1601.
- (5) Près de la place Saint-Ouen, un bout de rue s’appelle de ce nom.
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- « la Barge ( i), lÉcu-de-France , le Grand-Grédil, « le Loup, la Hache et la Hure.
- « Il y avait, sur Robec : la Pelle * les Avirons (a), « le Chaperon - Saint - Niçoise, le Coq , les Bail lances ; la Petite-Taverne, qui était particulière-« ment fréquentée par les jeunes gens de mau-« vaise conduite; l'Escu-de-Sable , l'Agnelet, le ii Pot-d’Étain, le Rosier (3), la Rose, le Moulinet, ii la Chèvre, les Maillots, les Signots, les Vitte-u coqs, Saint-Martin, la Cloche (4) et l’Arbre-« d'Or.
- « Il y avait, au Marché-Neuf: les C quilles, le « Petit-Pot, le Pelerin, la Tour-Carrée et la Croix-ii Blanche.
- (1) La maison de la Barge existe encore rue Grand-Pont; elle porte le n° 36. L'Enseigne en relief, que nous avons eue en notre possession, a été transportée par nos soins au Musée d’Antiquités du département. Elle surmontait le pignon de la porte surbaissée, à moulures gothiques du xve siècle. Elle représente une barque , la voile enflée , et voguant sur les flots agités.
- (2) La rue des Avirons débouche dans la rue Malpalu.
- (3) Les rues du Rosier, de la Rose, de la Chèvre, du Moulinet et des maillots existent encore aujourd’hui.
- (4) La maison rue Ganterie, n° 73, était appelée la Cloche d'argent.
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- « Il y avait, près de Beauvoisine : le Ckapeau-«Rouge, la Bonne-Foi, les T rois-Mores (i), le « Lièvre * ÏEstrieu , le Barillet et la Pierre.
- « Il y avait la Pomme JOr, près de la Porte « Cauchoise, et on avait laissé ouvertes aux Cau-« chois les tavernes de Saint-Gervais.
- « Quanta l'Image Saint-Jacques , elle fut pri-« vilégiée. Il paraît qu’elle eut le précieux raono-« pôle des Triballes (2).
- « Je dois, continue Ch. Nodier, tout honte nement cette érudition de haut goût à la lec-ct ture d’un mauvais bouquin de huit feuillets, « très petit in-8% imprimé par Jacques Aubin , à « Rouen, où il se vendait au portail des Librai-« res , chez Jehan du Gors et Jaspar de Remor-« tier. Ce livre , en rimes fort maussades, a pour « titre un quatrain qui suffira pour donner une « idée du talent poétique de l’auteur :
- « Le Discours demonstrant sans feincte « Comme maints Pions font leur plainte
- (1) Les Trois-Mores ou Maures , sont l’Enseigne d’une auberge rue Beauvoisine. n° 152.
- (2) Trïballe ou Trimballe, du vieux verbe trimballer, traîner, rouler, conduire après soi, (Ch. Nodier.)
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- « Et les Tauernes dcsbauchez « Parquoi Tauerniers sont faschez. »
- Dans la même Notice se trouvent mentionnées quelques Enseignes de la ville de Paris, dont l’indication trouve naturellement sa place ici :
- « La Pomme-de-Pin, le Petit-Diable, la Grosse-« Têtej les Trois-Maillets, Saint-Martin, ÏAigle-« Royal, le Riche-Laboureur, le GrandrCornu, la « Table du Valeureux-Roland, la Galère, l’Echi-« quier, les Trois Entonnoirs, l’Escu, la Bastille, « l’Esc harpe, l’Hôtel du Petit Saint-Antoine, les « Torches, les Trois-Quilliers. »
- « Les courtisans, que leur ambition ou leurs « affaires retenaient trop longtemps au Louvre, « trouvaient bon gîte et chère lie chez la Boisse-« Hère, mais ce n’était pas aubaine pour les poètes « et pour les enfants sans souci. La Boisselière ne « faisait jamais crédit, et l’on ne dînaitpas chez elle « à moins de dix livres tournois, somme inconce-« vable pour le temps.
- « ..... Ces belles curiosités historiques....,
- « termine notre auteur, sont prises. . . dans un « bouquin fort ignoré, qui a pour titre: Les visions « admirables du Pèlerin du Parnasse, ou Divertis-
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- « sements des bonnes Compagnies et des esprits eu-« rieuXj par un des beaux esprits de ce temps. Paris « Jean Gesselin, i635, in-8° de a54 pages* »
- Un fou de cabaretier de la rue Montmartre avait pris pour Enseigne la Tête-Dieu ; le curé de Saint-Eustache eut bien de la peine à la lui faire ôter; il fallut une condamnation pour cela. (Tallement des Réaux.)
- Tallement raconte aussi l’histoire d’une Enseigne de Notre-Dame, sur le Pont Notre-Dame, que le peuple croyait avoir vu pleurer et jeter du sang ; l’Archevêque la fit ôter.
- Dans le chapitre 298 des Naïvetés et bons motsf le même auteur raconte qu’un commis borgne ayant exigé d’un cabaretier des droits qu’il ne devait pas, le cabaretier pour s’en venger, fit représenter le portrait du commis à son Enseigne, sous la forme d’un voleur, avec cette inscription : Au Borgne qui prend. Le commis s’en étant offensé, vint trouver le cabaretier, et lui rendit l’argent des droits en question, à la charge qu’il ferait réformer son Enseigne. Le cabaretier, pour satisfaire a cette condition, fit seulement ôter le P ; si bien qu’il resta : Au Borgne qui rend.
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- Il y avait un éveillé de cordonnier, à la rue Saint-Antoine, à l’Enseigne du Pantalon, qui, quand il voyait passer un arracheur de dents, faisait semblant d’avoir une dent gâtée, puis,, le mordait bien serré, et criait au renard ! Un arracheur de dents qui savait cela, cacha un petit pélican (pince) dans sa main, et lui arracha la première dent qu’il put attraper; puis, il se mit à crier au renard 1
- Pierre Costar, historiographe célèbre, né à Paris en i6o3, mort le i3mai 1660, était fils d’un chapelier de Paris, qui demeurait sur le Pont Notre-Dame, à l’Ane rayé (zèbre). Son père le fit étudier; il réussit, et ne manquant pas de vanité non plus que d’esprit, il se voulut dépayser et demeura presque toujours dans la province ; de sorte que la première fois qu’il revint ici, il se voulait faire passer pour un provincial; mais quelqu’un lui dit joliment qu’il ferait tort à Paris de lui ôter la gloire d’avoir produit un si honnête homme, et que quand il le nierait, Notre-Dame •pourrait fournir de quoi le convaincre. Il faisait allusion à la boutique du père Costar. (Tallement.)
- Du reste, ainsi que nous l'avons dit, ce n’étaient pas les marchands seuls qui plaçaient des signes particuliers sur la façade de leurs maisons.
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- Cottier, médecin de Louis XI, que celui-ci voulut faire périr un jour, se bâtit une maison à Paris avec cette Enseigne-rébus: à VAbri-Cotier. (Sainte-Foy.)
- Jacques Androuet, célèbre architecte né à Paris, et auteur de l’ouvrage intitulé : Les plus excellents bastiments de France, avait pris pour Enseigne de sa maison, située à l’entrée du petit Pré-aux-CIercs, près de la porte de Nesle, un cerceau ou cercle qni était appendu au devant de son habitation. De ce cerceau, il fit une appellation qu’il ajouta à son nom de famille, comme une espèce de titre seigneurial.
- A Paris, l’imprimerie et le commerce de la librairie s’étaient établis dans le quartier latin. Toutefois, iis étaient descendus jusque dans la Cité, où demeurait Simon Yostre, si connu par ses livres d’heures à l’usage de différents diocèses de France, imprimés à la fin du xve siècle et au commencement du xvie. Simon Yostre demeurait rue Neuve-Notre-Dame, et sa boutique portait pour Enseigne Saint-Jean-Baptiste.
- Thielman Kerveo, antre imprimeur-libraire, en i5a5, avait pris pour Enseigne la Licorne. Il demeurait rue Saint-Jacques.
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- Nicolas Bonfons, annotateur des Antiquités de Paris de Gilles de Corrozet, dont une nouvelle édition parut en i536, demeurait rue Neuve-Notre-Dame, et avait adopté pour Enseigne Saint-J ean-Baptiste.
- Au coin de la rue Charretière et de la rue Fro-m en tel, il existe une ancienne maison à la façade de laquelle on lisait plusieurs inscriptions, dont l’une indiquait la date de sa construction , 1606. Le propriétaire avait pris pour Enseigne le roi régnant : Henry IV* sous le patronage duquel cette maison a été connue jusqu’à ce jour. Voulant consacrer cette désignation par un signe durable , il fit sculpter la statue pédestre du monarque, laquelle est restée sur son support jusqu’à l’année 1792, où elle fût détruite. Ce n’est qu’à la restauration de la maison de Bourbon que cette Enseigne fut rétablie, non en pierre comme l’ancienne, mais en peinture à l’huile, et couronnée d’un auvent, avec l’inscription : Au Grand Henri.
- L’abbé Lebeuf, trompé par la similitude du nom de Fromentel qui appartenait tout à la fois à la rue au coin de laquelle se trouve notre Enseigne, et à une autre rue située près du Louvre, et désignée aujourd’hui sous le nom de Fromenteau,
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- avait cru que ia maison en question , qui portait pour Enseigne le nom du Grand Henry, avait été habitée par Gabrielle d’Estrées, maîtresse de ce prince. Mais cette assertion est détruite par le contrat de vente de la maison située rue Fromen-tel , près du Louvre, lequel désigne cette maison comme lieu du domicile de la belle Gabrielle; en effet, il était plus naturel qu’elle se rapprochât de la résidence royale.
- Afin de rabattre un peu l’orgueil de ceux qui croient le monde plus spirituel qu’il y a trois siècles, et se figurent que le moderne charlatanisme surpasse tout, il convient de faire observer que certaines Enseignes burlesques dont l’étymologie semble bizarre à plus d’un négociant parisien , sont les tableaux morts de vivants tableaux, à l’aide desquels nos ancêtres, fins matois, réussissaient à amener les chalands dans leurs maisons. Ainsi la Truie qui file-, le Coq-Héron, le Singe-Vert, etc., furent des animaux en cage dont l’adresse émerveillait les passants, et dont l’éducation prouvait la patience de l’industriel au xve siècle. De semblables curiosités enrichissaient plus vite leurs heureux possesseurs que les Enseignes dévotes, telles que la Providence j la Grâce de DieUj, la Bonne-Foi, la Décollation de Saint-Jean-Baptiste, le Signe de laCroix>
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- que l’on voit encore rue Saint-Denis et dans d’autres vieux quartiers. ( Balzac , Nouvelle du Chat qui pelotte.)
- L’ouvrage intitulé : Histoire et Recherches des Antiquités de la ville de Paris (i), par Henry Sauvai, dit quelques mots des Enseignes ridicules, ainsi que de celles qui sont composées de mauvais rébus comme les suivantes:
- A la Roupie, une Pie et une Roue.
- Tout en est bon, c’est la Femme sans tête.
- A l’Assurance, un A sur une Ance (anse.)
- La Vieille-Science, une Vieille qui scie une Ance (anse )
- A u Puissant vin, un Puits dont on tire de l’eau.
- Le Bout du Monde, un Bouc et un Monde.
- Les Sonneurs pour les Trépassés, des Sols neufs et des Poulets tués.
- « De ces sept Enseignes, dit Sauvai, celles du « Bout du Monde et de la Femme sans tête ont « donné leur nom à des rues (2).
- (1) Tome 5, Paris 1755.
- (2) La rue du Bout-du-Monde est aujourd’hui la rue du Cadran.
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- « Celle de la Truie qui file qu’on voit a une « maison du marché aux Poirées, rebâtie depuis « peu, est plus remarquable et plus fameuse par « les folies que les garçons de boutique des ente virons y font à la mi-Carême, comme étant « sans doute un reste du paganisme. »
- Ce bas-relief de la Truie qui file existe encore à la maison qui porte le n° 24, au coin de la rue de la Cossonnerie.
- L’Enseigne de la Truie qui file a eu la vogue dans son temps, car on la voyait à Amiens, à Caen, à Dieppe, à Évreux, au Mans, au Mont-Saint-Michel, à Rouen, à Saint-Quentin, etc. Un relief représentant ce sujet existait tout à la fois à l’extérieur de la cathédrale de Chartres, sur une console placée au-dessus de l’Ane qui vielle, et à la poissonnerie de la même ville. Ce dernier relief existait encore en 1839.
- Le même auteur fait connaître qu’autrefois, à Paris, les marchands de divers métiers avaient coutume de mettre à leurs fenêtres et sur leurs portes des bannières en forme d’Enseignes, où se trouvaient figurés le nom et le portrait du saint ou de la sainte qu’ils avaient choisi pour patron. Cependant on rencontrait aussi parfois, au lieu d’une
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- figure de moine ou de vierge martyre, divers emblèmes ou rébus du genre de ceux que nous venons de citer.
- Il ne parait guère que nos aïeux aient mis beaucoup de choix dans l’emploi des marques ou symboles qu’ils appliquaient à leurs demeures. Ils ne s’y sont pas toujours montrés équitables et galants envers le beau sexe, en exposant par exemple, comme on vient de le voir, la Femme sans tête, le Trio de Malice, composé d’un singe, d’un chat et d’une femme (h). Le plus souvent ils employaient pour emblème un objet quelconque, un animal, une idée bizarre ou absurde comme le Chien qui rit (2); quelquefois une épigramme, comme Le Grand Passe-Partout (3), représenté par un Louis dor, ou bien une pensée, comme le Long-Vêtu, Enseigne du grand père de Colbert qui était marchand de laine à Itheims.
- Le Signe de la Croix était une Enseigne en forme de rébus assez commune. Elle se composait d’un cygne surmonté d’une croix ou d’une croix seulement.
- (1) J'ai vu cette Enseigne à Troyes il y a 40 ans.
- (2) Il existait à Rouen une rue du Chien qui rit ; on l’appelle depuis l’année 179o rue du Guay-Trouin.
- (3) A Rouen, me des Carmes, vers le milieu du xvine siècle.
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- Une Enseigne rébus, le petit Cornet d'or, existait encore il y a moins de quatre ans à Rouen, rue Saint-Nicolas, no 9, à la maison du xvne siècle, qui fait aujourd’hui l’encoignure de la rue de la République. On y voyait ces mots : av petit, gravés sur la pierre, et au-dessous, un cornet sculpté.
- Assez souvent les gens de métier faisaient sculpter, sur la façade de leurs maisons, la marque ou l’insigne de leur profession. Un ou plusieurs barils indiquaient un tonnelier ou un cabaretier, etc.
- Nous avons, vu , à Rouen , rue des Bons-Enfants, sur une maison de bois occupée par un taillandier, un bas-relief représentant un sac d’où sortaient des outils de serrurier ou de maréchal.
- Dans la même ville, trois petits barils ornent la clé de voûte de la porte d’une maison sise rue Eau-de-Robec, n° 182.
- Même rue, n° 118, sur un linteau de porte, on voit encore un marteau, avec le millésime de 1776.
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- A Caen, trois fers de cheval, deux et un, sont sculptés sur la clé de voûte d’une maison de la rue de Baveux. C’est évidemment l’Enseigne d’un maréchal-ferrant.
- A Pont-Audemer, (Eure), une maison bâtie dans le dernier siècle, sur la place Maubert, par un maréchal-ferrant, ainsi que le constate une inscription , offre, à sa façade , un bas-relief relatif à la profession du propriétaire, et en outre, les outils d’un maréchal sculptés aux clés de voûte des fenêtres.
- A Strasbourg, dans une petite rue aboutissant à la place Kléber, la maison en pierre d’un boulanger a pour Enseigne un écu des derniers temps du moyen-âge, chargé de trois Brechstel, ou petits pains, enlacés de manière à figurer un trilobé. (Commun. de Ch. Grouet.)
- A Graçay, à six lieues de Vierzon, un écusson du xviie siècle, avec deux moutons, une tête de bœuf, un soufflet, des couteaux, semble annoncer que la maison qui le porte appartenait à un boucher.
- Sur l’une des plus anciennes maisons du Hâvre, située à l’angle des rues Royale et de la Crique,
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- on voyait, au poteau d’encoignure, un bas-relief en forme d’Enseigne » dont les sculptures indiquaient la double destination de l’édifice; d’un côté, un batelier dans son bateau passant un individu qui paraissait montrer le lieu du débarquement ; de l’autre côté, un homme à cheval. On croit que cette maison était la demeure du batelier qui passait d’un bord à l’autre de la crique séparant les quartiers Notre-Dame et Saint-François. C’était aussi l’une des hôtelleries le plus en renom de la bourgade..
- Ce poteau est déposé dans le cabinet des modèles relatifs aux travaux du port. On croit que la maison à laquelle il appartenait, et qui a été démolie en 1823, pour faciliter l’accès du pont Notre-Dame, avait été bâtie en i5q.‘5. (Voyez l’Histoire des travaux du port du Havre 9 par M. Frissard.)
- Nos pères se plaisaient à inscrire sur leurs murailles, non-seulement des symboles, des allégories, des rébus dont nous avons cité plus haut des exemples, mais encore des chiffres, des monogrammes, des chronogrammes, etc.
- Ainsi, à Rouen, sur la boutique delà maison, rue Écuyère, qui porte le n° 22, avec la date de
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- 16o3, est sculpté un chiffre curieux que nous ne pouvons expliquer.
- Des chiffres du même genre ont été employés par des imprimeurs dans les marques de leurs livres, lesquelles marques fort souvent leur servaient d’Enseigne, et vice versâ. Peut être la maison dont il s’agit ici était-elle habitée par un imprimeur.
- La marque que l’imprimeur Adam Cavelier avait adoptée pour les livres qu’il éditait, se retrouve comme Enseigne à la façade de la maison qu’il habitait à Caen, rue des Jésuites, aujourd’hui rue de la Préfecture. Cette maison porte le millésime de 1628 et le n° 3o.
- C’est un grand médaillon, en bas-relief, parfaitement conservé et très bien exécuté; il représente un cavalier armé de toutes pièces, ayant sur la poitrine le monogramme du nom de Jésus avec la légende :
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- IN NOMINE TVO SPERNEMVS IN SVRGE N TES IN NOBIS. PSA 43.
- Dans la même ville, rue Froide, la maison de M. Poisson, imprimeur, dont la famille remonte au commencement du xvn* siècle, est décorée d’un petit bas-relief très fruste représentant la Pêche miraculeuse, type que ses ancêtres ont souvent employé aux titres des livres qu’ils imprimaient, avec cette devise tirée d’un psaume:
- SI EXVRGAT ADVERSVM ME PRELIVM IN TE DOMINE
- SPERABO.
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- Les imprimeurs dont les noms suivent, et qui appartenaient à la ville de Rouen, avaient pris également pour Enseigne de leur maison, la marque de leurs livres et réciproquement; tels étaient :
- Jean du Moulin } imprimeur-libraire en i5iq; sa marque représentait un Moulin à vent, par allusion à son nom.
- Jean du Gort, imprimeur-libraire, de 1544 à i55y. Sa boutique était au portail des Libraires, et sa marque représentait deux pêcheurs retirant leurs filets de l'eau, avec cette devise : de Gort en Gort.
- Martin Le Mesgissier, imprimeur-libraire, de i549 à i58i. Sa boutique était au haut des degrés du Palais, et sa marque représentait un Mêgissier, par allusion à son nom.
- Jean Berthelin , de 1615 à 1660, avait sa boutique cour du Palais, à l’Enseigne du Forgeron.
- François Behourt, en 174°) demeurait rue Ecuyère, à l’Enseigne de Y Imprimerie du Levant.
- Jacques Besongne, (1694), était derrière le Palais, aux A rmes de France.
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- Nous empruntons au Dictionnaire des proverbes français y par de la Mezangère, les détails qui suivent :
- On disait autrefois d’un méchant portrait, d’un méchant tableau, qu’il était bon à faire une Enseigne.
- Les choses ont bien changé depuis un siècle. Watteau, peintre gracieux, mort à la fleurde son âge, en 1721, fit pour une marchande de modes du pont Notre-Dame, à Paris, une Enseigne qui obtint les honneurs de la gravure. À peu près dans le même temps, on admirait, à la descente du Pont-Neuf, l’Enseigne du Petit-Dunkerque. Sous Louis XV, celle d’un armurier du pont Saint-Michel fut achetée comme tableau par un riche financier.
- Au commencement du xixe siècle, on citait parmi les Enseignes remarquables, celle d’un marchand de cristaux , dans la rue qui a repris le nom de rue Royale, près la porte Saint-Honoré. Malheureusement cette Enseigne était peinte sur des volets, et le marchand ayant changé de domicile, elle fut effacée.
- En 1804, la Fille mal gardée, Enseigne d’un marchand de cotonnades, attira la foule rue de
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- la Monnaie. En 1808, la Toison de Cachemire> me Yivienne, obtint les suffrages de tous les connaisseurs. Bientôt après, parurent, dans la même rue, les Trois Sultanes; puis le Couronnement de la Rosière, Jocondeencore dans la même rue; le Comte Ory, sur les boulevards; la Blanche Marguerite^ rue Montmartre, etc.
- I/importance que les marchands mettaient à leurs Enseignes fit naître, en 1813 , à un imprimeur de Paris, l’idée de les faire graver toutes, pour former des tètes de factures. On était entré chez tel marchand à cause de la beauté de son Enseigne, on y retournait pour avoir la jolie facture.
- Communément, ce sont des pièces de théâtre qui fournissent aux marchands les sujets de leurs Enseignes. Dès qu’une pièce a la vogue, c’est à qui le premier en fera peindre une scène; et quelquefois l’Enseigne est un contre-sens. Comment ne pas sourire quand on voit pour Enseigne au magasin de deux associés : les Deux Gaspards, qui se filoutent à qui mieux mieux? Quel fonds devrait-on faire, si l’on prenait au sérieux les Enseignes, sur un établissement de commerce qui s’annonce sous les auspices des Danaïdcs, ces stériles travailleuses qui s’épuisent
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- à remplir un tonneau toujours vide? Est-ce enfin pour encourager les gens qui achètent, que cet autre marchand a fait peindre M. Guillaume , laissant emporter ses dix aunes de drap marron par l’Avocat Patelin?
- Des Enseignes parfaitement analogues à leur objet sont: les Architectes Canadiens, au-dessus de la boutique d’un marchand de chapeaux , et le Débarquement des Chèvres du Thibet, au-dessus d’un magasin de châles.
- Outre les tableaux, il y a des Enseignes parlantes ; et comme chacun veut enchérir sur son voisin, vous voyez des gants dont chaque doigt est de la grosseur du bras , et des bottes qui contiendraient autant de liquide qu’un muid. Quand tous veulent se distinguer, personne ne se distingue. Il y a soixante-dix ans , c’était encore pis. Un moraliste qui écrivait au milieu du xvme siècle, dit : « J’ai vu suspendre aux boutiques « des volants de six pieds de hauteur, des perles a. grosses comme des tonneaux, des plumes qui « allaient au troisième étage. » La police fit réduire ces Enseignes à une grandeur raisonnable. (Dict. des Prov. français, 2e édition, Paris, 1821).
- En 1826, parut un livre de 160 pages, intitulé :
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- Petit Dictionnaire criticjue et anecdotique des Enseignes de Paris ; par un batteur de pavé; in-32, 2 feuilles et i /a, imprimerie de H. Balzac, (c’est le célèbre romancier,) rue des Marais-Saint-Germain , no 17, avec cette épigraphe: à bon vin point d’Enseigne.
- Ce petit volume est tellement rare aujourd’hui, qu’il nous a été impossible de nous le procurer ailleurs qu’à la Bibliothèque nationale.
- L’auteur de cet opuscule ne s’est occupé que des Enseignes modernes peintes qu’il a rangées par ordre alphabétique, et qu’il critique ou loua plus ou moins.
- Il cite VEnseigne : a l’Épj-scié, boulevard du Temple, n° 4; débit d’eau-de-vie, etc. (Un moissonneur, une faucille à la main, vient de couper un épi que Ton voit couché sur le sol).
- Et la Truie qui eile, magasin d’épiceries, Marché-aux-Poirés, n° 24.
- Il fait la remarque que c’est dans cet établissement que s’inscrivent les garçons épiciers sans place.
- II joue avec le Chat noir rue Saint-Denis, au coin de la rue des Lombards.
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- Dans son dictionnaire se trouve encore une Fontaine de Jouvence, magasin de nouveautés, rue des Moineaux, n° 3.
- « Il y a, dit-il, dans Paris mille individus qui « débitent l’eau de cette précieuse fontaine; « M. Bresson vend sa merveille qui fait croître des « cheveux du plus beau noir sur une tête sexagé-« naire et pelée; une madame Ma efface, avec son « eau miraculeuse, les rides de l’âge ; cependant « ni l’un ni l’autre n’a obtenu le succès du bou-« tiquier de la rue des Moineaux. Une vieille « femme vient de puiser à la fontaine, et aussitôt « un visage de quinze ans a réparé du temps Viris. réparable outrage ; il est vrai que ce n’est que « sur l’Enseigne, mais n’en est-il pas de même du « magasin? J’aperçois d’un côté une jambe fine, « une gorge arrondie, des hanches moelleuses, « et le tout de coton. D’un autre, des gazes, des « dentelles , des soieries.. .. Que de femmes « croient avoir bu à la Fontaine de Jouvence ! »
- L’origine juridique de l’Enseigne nous paraît remonter à l’ordonnance de Moulins de 1567, laquelle prescrit à ceux qui veulent obtenir la permission de tenir auberge, de faire connaître au greffe de la justice des lieux, leurs noms, prénoms, demeurances, affectes et Enseignes.
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- Plus tard, l’Enseigne est exigée par l’article 6 de ledit de Henri III, de mars iSjj, qui ordonne aux aubergistes d’en placer un eaux lieux les plus apparents de leurs maisons, à cette fin que personne n’en prétende cause d’ignorance, même les illettrés.
- Sous Louis XIV, l’Enseigne devient purement facultative, et l’ordonnance de i6g3 permet aux hôteliers de mettre, pour la commodité publique, telles Enseignes que bon leur semblera, avec une inscription contenant les qualités portées par leurs lettres de permission ( i ).
- Mais en 1669, avait paru une autre ordonnance pour réprimer l’abus que commettaient les marchands par des Enseignes d’une grandeur excessive, ou en avançant leurs tableaux quelquefois au-delà du milieu des rues, ce qui, dans le jour, les faisait paraître plus étroites et plus serrées, et empêchait que, pendant la nuit, elles ne fussent suffisamment éclairées par les lumières des lanternes publiques.
- Les Enseignes des boutiques des marchands de Paris et autres lieux étaient jadis suspendues à de
- (1) Traité des locations en garni, par M. Masson, Paris, 1846.
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- longues potences en fer ou en bois(i), au-dessus de la rue, au grand péril des passants. Pour remédier à cet inconvénient, le lieutenant de Police, deSartines, publia en 1761, le 17 septembre, une ordonnance qui enjoignait à toutes personnes se servant d’Enseignes, de les faire appliquer en forme de tableaux contre le mur des boutiques ou maisons, et de telle sorte qu’elles n’eussent pas quatre pouces de saillie (2).
- Cette mesure de police fut successivement adoptée par les autres grandes villes du royaume, et depuis bien longtemps, il n’y a guère que les petites villes et les bourgs qui aient conservé l’ancien usage des Enseignes pendantes.
- Ce que l’on aura peine à croire aujourd’hui, c’est que, antérieurement à l’année 1728, les noms des rues de Paris n’existaient que dans la mémoire des habitants. Une ordonnance de cette
- (1) Jacques Androuet du Cerceau, dont nous avons parlé plus haut, avait composé lui-même des modèles d’armatures, potences et cadres d’Enseignes, du xvie siècle , et les avait fait graver, en 1370, dans ses détails de serrurerie.
- (2) Dictionnaire historique de la mile de Paris, par Heurtaut et Magny, Paris 1779, t. n, au mot Enseigne, et aussi Dictionnaire encyclopédique de la France. (Collection de V Univers pittoresque au mot Enseigne.)
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- année prescrivit qu’à l’avenir les noms des rues seraient inscrits sur des feuilles de tôle, à toutes les encoignures des rues. On voit encore de ces plaques où le millésime de 1728 est ajouté au nom de la rue.
- Les autres grandes villes de France durent imiter ce qui venait de se pratiquer à Paris.
- Il existe aussi à Rouen quelques-unes de ces premières inscriptions sur plaque de tôle ou de ferblanc, repoussées en bosse, et dont l’ancienneté se reconnaît à l’emploi de Y pour U, et vice versâ.
- Après l’usage de la tôle, vint la gravure en creux sur la pierre même des maisons ou des murs; puis l’écriture sur la pierre, en lettres de couleur sur un fond d’une autre couleur ; et, en dernier lieu , l’emploi de plaques de porcelaine, dans quelques villes où des fabriques de ce genre d’industrie sont établies, ou près desquelles il s’en trouve, comme Bayeux et Caen.
- L’usage de numéroter les maisons est tout à fait moderne (1).
- (L Voici comment s’exprime sur ce sujet M. Vaudoyer, ar-
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- Ce n’est qu’en 1788 qu’eut lieu pour la première fois, à Rouen, le numérotage qui avait été ordonné à Paris vingt ans auparavant, dit-on , mais qui ne fut mis à exécution que beaucoup plus tard, puisque, même en 1788, on ne voit encore que des exemples partiels de numérotage sur des maisons de libraires. A Évreux , c’est en 1786 qu’il fut résolu. Successivement toutes les villes de France, à peu d’exceptions près, adoptèrent ce mode si simple et si facile de reconnaître les maisons (1).
- chitecte du Gouvernement, auteur d’un savant article inséré dans le Magasin pittoresque, année 1841, p. 582, et intitulé : Tableau des miles de France au moyen-âge.
- « Les maisons n’étaient pas numérotées, et l’on se servait « pour les désigner de quelque qualification particulière, em-« pruntée, soit à leur forme, à leur situation, ou à leur déco-« ration ; on disait la grande maison, la maison jaune, la maison « du coin , etc. Quant aux marchands , ils avaient, comme au-« jourd’hui, des Enseignes le plus ordinairement symboliques de « leur profession. Ces Enseignes, qui duraient autant que les « maisons, étaient souvent sculptées en bois, quelquefois même en « pierre. Il y a peu de temps, on voyait encore au-dessus d’une « porte d’une ancienne maison de la rue de la Licorne (lisez rue « aux Fèves), dans la Cité, à Paris, une gerbe de blé sculptée, « qui permettait de supposer que là devait être un boulanger ou « un marchand de farines, à l’Enseigne, sans doute, de la Gerbe « d'Or. »
- (1) Croirait-on que la ville de Coutances ne jouit pas encore de la commodité inappréciable du numérotage des maisons P
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- La loi du i5 pluviôse an XIII (4 février i8o5) est venue améliorer, à Paris, l’application du numérotage, en divisant les rues en rues longitudinales et en rues transversales, relativement au cours de la Seine, et en affectant aux premières des inscriptions et des numéros rouges, et aux secondes des inscriptions et des numéros noirs.
- Ce système, appliqué à la ville de Paris , a été heureusement exprimé en cinq vers latins qu’on nous saura gré de citer ici; ils sont de M. Binet, proviseur du Collège ou Lycée Bonaparte (ci-devant Bourbon ) :
- Dividit hanc urbem duplice nota picta colore ;
- Nigra fugit flumen , sequltur rubra flunainis undam Partitis numeris : par dextra imparque sinistra Limina désignât ; numerus dùm crescit eundo ,
- Idem decrescens reditum indicat ordine verso, (i)
- Il est bien à regretter que ce mode d’indication de rues perpendiculaires ou parallèles à lanvière ait été abandonné, nous ne savons pf^|iquel motif.
- Pour aider à trouver la demeure des habitants,
- (1) Voyez le Nouveau Dictionnaire de Police, etc.; Paris, 1853, in-8°, au mot : Numérotage.
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- souvent on divisait une rue en plusieurs parties auxquelles on donnait un nom différent. Mais le moyen qui facilitait le plus la reconnaissance des maisons, était l’emploi d’Enseignes appartenant en propre à un grand nombre d’entre elles, comme on en voit encore de nos jours aux hôtelleries. Ces signes ou Enseignes étaient sculptés à même la pierre ou le bois, ou bien étaient figurés sur une feuille de tôle peinte, pendante à une potence mobile fixée à la façade , comme cela se pratique encore de nos jours pour les auberges qui' sont hors des grandes villes.
- Le précieux manuscrit relatif au cours des fontaines de la ville de Rouen, dont nous avons eu plusieurs fois occasion de parler, reproduit des Enseignes flottantes ; telles sont les suivantes : le Beuft place du Vieux-Marché, entre les rues de la Prison et Sainte-Croix-des-Pelletiers; le Pan ; le Croissant, près de la porte Grand-Pont; le Pellerin, rue aux Juifs, près du Neuf-Marché; cette Enseigne avait donné son nom à la partie de la rue aux Juifs contiguë à la rue Massacre; la Crosse, près de la fontaine de ce nom; maison du xve siècle , à deux étages, rue des Carmes, au coin de la rue de l’Hôpital.
- Une autre Enseigne flottante, qui a disparu
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- comme les précédentes : la Faulx, avait donné son nom à la rue des Faulx(i)>
- Richard Goupil, célèbre imprimeur du commencement du xvie siècle ( 151 o) , habita la maison de la Tuile d’Or, rue Malpalu, n» 24 > à Rouen. Ce bout de la rue Malpalu s’appelait alors de l’Enseigne de cette maison, rue de la Tuile d’Or. Il est aujourd’hui compris dans la rue de la République.
- L’Enseigne consistait en une tuile d’or figurée sur une feuille de tôle; nous l’avons vue non plus libre, comme jadis, à sa potence, mais clouée à la muraille, par suite d’une mesure de police concernant les Enseignes flottantes.
- Enfin , une maison portant le n« 133, rue de la Grosse-Horloge, presqu’en face de la rue Thou-ret, est appelée le Chien iVuîV dans un acte de l’état civil, année 1782, paroisse de Notre-Dame-de-la-Ronde; un chien noir était peint sur une plaque de tôle fixée à la muraille de cette maison,
- (1) Grand eartulaire de l’abbaye de Saint-Ouen, n° 28 p. 590, n° 492, à la date du 4- mai 1429 : « Une maison ou souloit pendre l’Enseigne de la Faulx, assise en la paroisse Sainte-Croix-Saint Ouen, près de l’église.» (Commun, de M. Barabé, archiviste du département.)
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- sans doute en conséquence de la mesure de police dont nous avons parlé.
- Si nous passons maintenant à l’énumération des Enseignes qui subsistent encore à Rouen , nous citerons d’abord le bas-relief de la rue Étoupée , représentant une ville vers laquelle se dirigent deux voyageurs ou pèlerins. C’est là un exemple remarquable de ces marques distinctives données aux habitations qui n’étaient pas occupées par des commerçants. Cette maison a conservé de son bas-relief qui porte la date de i58o, le nom de la Cité de Jérusalem. (Voyez, la gravure du frontispice.)
- Une autre curieuse Enseigne dont bien des personnes ne soupçonnent certainement pas l’existence , puisqu’elle est masquée par un panneau de bois, se trouve à la devanture de la maison en bois de la fin du xve siècle , rue Grand-Pont, n° 80. C’est un grand bas-relief représentant un paysage : des moutons paissent dans la prairie, gardés par leurs chiens. C’est ce qu’on peut appeler une Bergerie.
- Un bas-relief de petite dimension, et au-dessus duquel est gravée cette inscription : la samaritaine, est sculpté sur la façade de la
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- maison en pierre, dite la Samaritaine, rue Caquerel n° i3, (date de i58o).
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- Nous ne devons pas manquer de mentionner ici cette belle Enseigne de l’Ile du Brésil(i), que l’on voyait rue Malpalu , avant le percement de la rue de la République ; Enseigne dont la sculpture sur bois était dépassée par les charmantes figurines nues, presque de ronde-bosse, qui ornaient les montants ouvragés d’une très remarquable façade perdue à toujours par l’incurie d’un charpentier.
- Ce bas-relief se compose de deux parties, et
- (1) « Dans les premières relations adressées du pays de Santa-« Cruz en Portugal, ce vaste pays est désigné fréquemment sous « le nom d’ile. Les navigateurs normands partageaient tout « naturellement cette erreur avec les premiers explorateurs du « pays. » {Bulletin du Bibliophile, 1849, p. 555).
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- représente l’exploitation et l’embarquement de bois du Brésil(i) ; ce bois , employé dans la teinture, était probablement à la destination de Rouen, dont les négociants entretenaient des relations avec le Nouveau-Monde.
- Il est aussi très vraisemblable que ce bas-relief fut exécuté vers l’année 155o, c’est-à-dire à l’époque où Henri II, roi de France, et Catherine de Médecis, sa femme, firent leur entrée à Rouen. Une relation du temps extrêmement rare et curieuse rapporte que, entr’autres divertissements, le corps municipal les régala du singulier spectacle de la représentation du pays et des naturels du Brésil, dans lequel figurèrent plusieurs espèces de singes et grand nombre de perroquets et autres oiseaux que les navires des bourgeois de Rouen avaient apportés du pays pour la circonstance , ainsi que trois cents hommes façonnés et équipés à la mode des sauvages, parmi lesquels il y avait bien, dit la relation, cinquante naturels sauvages.
- Le style des figures de cette Enseigne est imité de Michel-Ange , mais il est un peu outré.
- (1) « Le bois du Brésil fut pendant longtemps le seul objet " commercial qui appelât les Rouennais dans l’Amérique du sud. '< Moyennant quelques bagatelles, les Indiens allaient débiter « ce bois dans les forêts lointaines, et ils le rapportaient tou-» jours à dos d’hommes, en bravant d’horribles fatigues. De « grandes fortunes furent réalisées à Rouen, grâce à ce trafic. » {Bull, du Bibliophile, 1849; p, 584).
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- Nous citerons ensuite les bas-reliefs qui décoraient la maison à l’angle des rues St-Romain et de la Croix-de-Fer, et qui représentaient les arts libéraux mis en action : la Grammaire3 la Rhétorique, la Dialectique, l’Arithmétique, la Musique, la Géographie et l’Astronomie ; ces charmantes sculptures ont été placées au Musée d’Antiquités de la ville, ainsi que l’Enseigne du Brésil.
- Le même Musée a aussi recueilli trois autres Enseignes fort curieuses.
- La première consiste en deux portions d’un grand et remarquable bas-relief sur bois, provenant de la splendide maison de la Renaissance, Grande-Rue, n°* n5-117. On voit, d’une part, Phaëton conduisant le char du Soleil, et de l’autre, sa chute dans la mer. (1)
- La seconde a été retirée de la maison rue de l’Hôpital, n° 2, qui fait l’encoignure de la place Saint-Ouen.
- Une femme nue a les pieds appuyés sur une conque traînée par deux chevaux marins, et portant une voile enflée. C’est la Fortune, et non une Vénus marine, ainsi que nous l’avons dit par erreur ( Descript. hist. des Maisons de Rouen, t. 1er, page i45).
- (1) Ce bas-relief a été lithographié en deux parties.
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- gC7.iin,.c.:.ni || mu H, mm
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- La troisième est l’Enseigne de ta Barge, dont nous avons déjà parlé, page 8. Nous en avons fait don au Musée du département.
- Nous ajouterons que la maison qui portait cette Enseigne était désignée sous le nom de la Barge, dans un très ancien titre remontant à l’an 1458, et que le propriétaire, très mal conseillé, a anéanti comme inutile.
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- * Plusieurs des bas-reliefs que nous venons de rappeler avaient été précédemment cités dans notre Description historique des Maisons de Rouen, les plus remarquables par leur décoration exté-' rieure et par leur ancienneté, (2 volumes in-8°, 36 planches) ; mais nous ne les avions pas signalés alors comme de véritables Enseignes qu’ils sont.
- Nous mentionnerons trois bas-reliefs auxquels est attaché le millésime de 1607, et qui décorent la façade de la maison rue des Hermites, n° 23. Cette maison était bien certainement occupée, comme elle l’est encore aujourd’hui, par un tanneur.
- A gauche , on voit sculpté en pierre un Saint-Jean-Baptiste, patron du propriétaire-constructeur ; à droite, une Sainte-Marguerite, patronne de sa femme, et au milieu, un arbre que nous croyons être un chêne, arbre dont l’écorce s’emploie dans les tanneries, et qui doit figurer ici comme le symbole de la profession du maître de la maison.
- Rue Eau-de-Robec, n° 186, avec la date de i588, un grand bas-relief en pierre offre, sur le premier plan , un cheval sellé et bridé dans l’at*
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- titude de la marche, mais sans cavalier. A la gauche du spectateur, on aperçoit comme un fort ; des arbres occupent la droite et le fond du bas-relief.
- Il existe sur Ce sujet une tradition en laquelle nous avons peu de confiance. Cette tradition veut que le propriétaire de la maison ait été attaqué dans la forêt de Moulineaux, près de Rouen, par des malfaiteurs, et renversé de dessus son cheval qui revint seul au logis de son maître. Ne serait-ce point tout simplement une Enseigne?
- Même rue Eau-de-Robec, n° ni, sur la traverse d’une maison en bois portant la date de 162 5, on découvre avec assez de peine un bas-relief tellement mutilé, que l’on ne distingue plus que le contour des quatre sujets qu’il représente, à savoir: /’ Annonciation * la Naissance du Sauveur, les Mages conduits par Cétoile et l’Assomption.
- On sait que, chez les anciens, l’apparition d’une cigogne sur une habitation était considérée comme un présage de bonheur. C’est pour ce motif, sans doute, que le propriétaire de la maison nos 12-14-16, rue de la Cigogne, avait fait placer sur la lucarne de sa demeure un de ces volatiles en plomb, lequel devait très
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- certainement être répété d’une façon plus apparente comme Enseigne; d’où est venu à cette rue le nom de rue de la Cigogne.
- La rue du Bon-Espoir a pris aussi son nom d’une figure de C Espérance, sculptée sur la façade en bois de la maison n° 11, et au-dessus de laquelle sont gravés ces mots: bon espoir, avec le millésime de 1622.
- Un bas-relief sur bois, avec la date de 1618, représentant une hôtellerie, ornait l’auberge dite le Grand-Hôtelj, rue des Bons-Enfants, n° 41 ? dont la façade a été défigurée et plâtrée suivant le déplorable usage moderne.
- Une mesure de police a fait appliquer sur la façade de l’auberge du Papegaud(i) rue Saint-Hilaire , n° 85, à l’encoignure de la rue du Pas-de-Gaud, son ancienne Enseigne flottante de tôle peinte, de forme carrée, découpée en accolade, et du règne Louis XV.
- Le havre-de-grace ( ainsi gravé sur l’Enseigne même), rue Ecuyère, n° 20, est une sculpture sur bois de la fin du xvie siècle. Des navires voguent
- (1) Perroquet. À Bîois, il existe une rue des Papegauds.
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- sur une mer fermée, d’un et d’autre côté, par des châteaux forts; adroite et à gauche figure, comme ornement, un homme nu, à demi couché, embouchant une trompette.
- Même rue, n° 22, maison à côté de la précédente, avec la date de i6o3. A l’appui du premier étage, quatre sculptures en pierre, de haut-relief, représentent les Quatre Saisons. Ce travail, d’un style un peu lourd, nous paraît être sorti d’un ciseau flamand. Il est masqué par un tableau d’Enseigne.
- La maison place du Vieux-Marché, n° 17, à étages surplombant les uns sur les autres, offre, dans les sculptures de la pièce de bois qui couvre le rez-de-chaussée, une Enseigne relative à la Poissonnerie, qui se tenait et se tient encore dans cette partie de la place. Au centre est un poisson; à droite, un Triton le trident en main, et à gauche une Syrène avec un miroir.
- Une porte de ville en bas-relief et sur bois, était probablement l’Enseigne de la remarquable maison en bois et en pierre, datée de 1602 , et située rue Cauchoise, nos 68-70, près du lieu où était la porte de ce nom.
- Rue du Bac, n° 39, à l’encoignure de la rue
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- Potard, sur la clé de voûte du cintre de la boutique, est une Coupe ou Ciboire, accompagné d’un chiffre.
- Une Harpe * sculptée sur la muraille d’une maison située rue Eau-de-Robec, à l’angle de la rue de la Harpe, n° Ier, a donné sans nul doute son nom à cette dernière rue, comme une Gerbe, sculptée sur une maison datée de 1617, a donné son nom à la rue Gerbe-d’Or ou d’Orge.
- Trois Toupies, deux et une enfermées dans une bordure de feuillage, avec la date de 1628, sont sculptées sur un linteau de porte d’une maison sise rue Saint-Marc, nos 29-31, à l’entrée de la cour, dite des Trois-Toupies.
- Dans la rue Cauchoise , au n° 80, une maison en bois., porte le millésime de 1760, coupé en deux par un Cœur couronné.
- Même rue, n° 47? un Cygne sculpté à la clé de voûte de la porte d’entrée de cette maison, avec la date de i63i, indique encore aujourd’hui que là était l’auberge du Cinot ou Sinot, que nous avons vue.
- Un Cygne en pierre se trouve également au-
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- dessus de l’entrée de la maison du commencement du xvne siècle, sise rue Saint-Vivien, 47-
- A la maison rue Malpalu, n° 48? contiguë à l’église supprimée des religieux Augustins , un Cœur percé de flèches est sculpté sur l’arc même de la porte, dont la grosse moulure qui l’encadre accuse l’époque du règne de Louis XIV, indiquée d’ailleurs par la date de 1664- Ce cœur, et d’autres répandus sur une pièce d’appui, sont là placés, par allusion à Saint-Augustin , dont ils sont l’attribut, parce que la maison sur laquelle on les voit, appartenait au monastère des Augustins.
- Il existe aussi sur la porte de la maison du xvii* siècle, rue Sainte-Croix-des-Peiletiers , 54? attenante à l’église paroissiale de ce nom, qui a été supprimée en 1791, une Croioc et une S superposées. Cette maison devait être le presbytère.
- Nous citerons encore, quoique démolie en entier, il y a quelques années, une maison du xvne siècle, faisant la pointe entre les rues des Arpenteurs et des Trois-Cornets, sur la porte de laquelle étaient sculptés Trois Cornets enlacés.
- Enfin, l’Enseigne suivante a disparu assez ré-
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- cemment. C’était un Ours, sculpté en pierre, sur la maison rue des Carmes, n° 2, qui fait l’angle de la place de la Cathédrale.
- Si la sculpture d’Enseignes parait abandonnée aujourd’hui comme décoration inhérente à la construction des maisons, en revanche , la peinture y est encore, de nos jours, employée parfois avec quelque supériorité, surtout à Paris.
- Une des plus vieilles Enseignes peintes sur panneau de bois, qui restent encore à Rouen ( elle doit avoir plus de cent ans ), se trouve à la maison n° 26, rue des Bons-Enfants, en face de la rue Sénécaux.
- C’est celle d’un fabricant de pompes à incendie, qui, dans son temps, eut une grande réputation de talent ( 1 ); elle est divisée en trois parties : la partie centrale offre dans un cartouche ornementé dans le goût du milieu du xviiic siècle, une pompe à incendie avec cette inscription : a la pompe royale, et autour :
- Ns TlIlLLAYE FABRICATEVR DE POMPES PAR PRIVILEGE dv Roy. A gauche de ce cartouche, deux
- (1) M. Thillaye, constructeur de pompes à incendie, rue Mal-palu, 52, est un de ses descendants.
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- hommes font manœuvrer une pompe. A droite est un atelier de machines, (i)
- Il y a une quarantaine d’années qu’un peintre de talent exécuta pour un quincailler de Rouen une Enseigne qui offre un beau sujet assez faiblement indiqué par ces mots: au commerce étendu. On la voit à l’ancien Hôtel-de-Ville, sur la boutique de la maison la plus rapprochée de l’arcade de la Grosse-Horloge.
- UHéritière (2), rue Ganterie ; Saint-Antoine (3), rue des Carmes, n° 71, etc., étaient, il y a vingt ans, des toiles assez bien peintes pour qu’on ne les laissât pas continuellement exposées aux injures de l’air. Aujourd’hui, la plupart des marchands se contentent d’inscrire leur nom au-dessus de leurs boutiques ou magasins, en le faisant précéder et suivre du numéro de leur maison, sans même relater leur profession.
- (1) L’usage des pompes à incendie commença à Rouen, en 1719. Elles avaient été inventées en Hollande.
- (2) Titre d’une pièce de théâtre.
- (3) Enseigne d’un charcutier.
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- PARIS.
- Il y a soixante ans, la ville de Paris possédait une grande quantité d’Enseignes, dont beaucoup devaient être très curieuses. Depuis lors, il s’y est opéré tant de changements, tant de maisons ont disparu et avec elles leurs Enseignes, que, de celles-ci, il ne reste plus aujourd’hui qu’un fort petit nombre. Cependant, avec l’aide de nos amis, au nombre desquels nous nous plaisons à citer MM. Gilbert et Yaudoyer, nous en avons trouvé quelques-unes qui nous ont paru dignes d’être reproduites par la gravure. Parmi les plus remarquables , nous citerons les suivantes :
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- La Gerbe d’or, sculpture en pierre du xvic siècle*
- rue aux Fèves, n° 2, dans la Cité. Deux moutons se dressent contre une gerbe pour en brouter le grain.
- La Chaste Suzanne, même rue aux Fèves à côté de la Gerbe d’or. Ce bas-relief en pierre, que la perfection de son style faisait attribuer à Jean Goujon, a été acheté un haut prix par un amateur. Un moulage en plâtre en occupe aujourd’hui la place.
- Le Fort Samson, rue du Dragon, n° 24 , en
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- face de la petite rue Taranne. C’est un fort beau médaillon en faïence émaillée du xvie siècle, représentant Milon de Crotone.
- La Fontaine de Jouvence, rue du Four-Saint-Germain, n° 67 ; jolie sculpture du xvie siècle.
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- Jouvence était, si l’on en croit la fable, une nymphe que Jupiter métamorphosa en une fontaine aux eaux de laquelle il donna la vertu de rajeunir ceux où celles qui iraient s’y baigner.
- La petite Hotte, rue des Prêcheurs, n° 3o. Dans une niche en pierre, on voit une petite hotte supportée par un cul-de-lampe orné de feuilles d’eau, et surmonté d’un dais également sculpté. C’est un travail du commencement du xvp siècle. La hotte est remplie de fruits à pépin, et nous paraît avoir servi d’Enseigne à un marchand fruitier.
- Une autre petite Hotte est placée au poteau cornier d’une maison sise rue Saint-Germain-l’Auxerrois, au coin de la rue des Orfèvres. Un cep de vigne sort de cette hotte, qui sert d’Enseigne à un marchand de vin.
- Rue Saint-Denis, à l’angle de la rue des Prêcheurs, poteau cornier représentant VA rbre généalogique de la sainte Vierge ou Arbre de Jessé.
- Rue de Bièvre, n° 8, près de la place Mau-hert, Saint-Michel archange, sur pierre, haut de soixante-six centimètres ; sculpture du xvie siècle.
- Nous rappellerons seulement pour mémoire la
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- Truie qui file, petit bas-relief du xvi® siècle, rue du Marché-aux-Poirées, n° 24? dont nous avons déjà parlé page iy.
- Mais nous arrêterons notre attention sur le Puits d'amour, Enseigne tirée d’une vieille légende, et que l’on voyait, il n’y a pas longues années, au na 15 de la rue de la Grande Truanderie, à l’angle de la rue de la Petite Truanderie. Un boulanger qui occupait cette maison ayant transporté son établissement au n° 14 de la même rue, a enlevé l’Enseigne, qu’il a replacée sur sa nouvelle boutique.
- Cette Enseigne du Puits d’amour a une origine toute dramatique , dont les détails sont racontés par Sauvai (Antiquités de Paris), et aussi par Sainte-Foix (Essais sur Paris).
- Une jeune fille nommée Hillebik, fille d’un haut personnage de la cour de Philippe-Auguste, ayant été abandonnée par son amant, de déses-
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- poir se précipita dans un puits, qui était originairement placé à l’angle des rues de la Grande et de la Petite Truanderie.
- Trois siècles après cet événement, un jeune homme ne pouvant supporter les dédains de celle qu’il aimait, se jeta à son tour dans ce puits, mais avec une chance plus heureuse ; car la rebelle, vivement émue de cet acte de désespoir, eut le temps de lui jeter une corde, et de le soustraire au trépas dont il était menacé. Pour consacrer sa reconnaissance par un monument public, ce jeune homme fit reconstruire le puits à neuf, et graver sur la margelle l’inscription suivante :
- « L’amour m’a refait,
- « Ei\ 1523 tout à fait. »
- Rue de l’Arbre-Sec, n° 19, on remarque un cheval sculpté en ronde-bosse, et au-dessous duquel on lit, en lettres gravées sur un marbre noir : au cheval blanc, et plus bas la date’ de 1618.
- Le puits sans vin, (jeu de mots), près de l’église Saint-Magloire. C’est encore aujourd’hui l’Enseigne d’un marchand de vin.
- Au cherche midi, rue duCherche-Midi, n° 19;
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- un médaillon en pierre, sculpté en demi-relief, représente un -personnage cherchant du doigt Vheure de midi sur un cadran solaire supporté par deux petits génies.
- Nous ne ferons qu’indiquer en passant le gagne petit, rue des Moineaux, quartier Saint-Itoch.
- Le petit more, en médaillon, me de Seine, n« 2 6.
- Le chien rouge, rue de la Féronnerie, près de la rue Saint-Denis.
- L’Annonciation, rue Saint-Martin, n° 33. Le même sujet se trouve reproduit rue du Faubourg Montmartre, n° 21, au coin de la rue Grange-Batelière. Cette dernière Enseigne a un mètre de haut.
- La Barbe d’or, rue des Bourdonnais, n° 21.
- Une Étoile sur un fond de nuages , rue Grené-tat, n° 19.
- Au panier fleuri , quai Saint-Michel.
- Toutes ces Enseignes sont sculptées sur pierre, et appartiennent à l’époque du règne de Louis XV, aussi bien que les suivantes :
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- Rue Saint-Denis, n° 82, au coin de la rue de la Régnie : au chat noir. Un chat peint en noir est sculpté en haut-relief à chacune des encoignures de cette maison.
- Meme rue, n® 77 ; le centaure , grand bas-relief d’une assez bonne exécution, avec cette suscription: au centaure.
- Même rue, n° 100, en face du marché des Innocents, entre les fenêtres du second étage, Hercule appuyé sur sa massue, sculpture en demi-bosse du xvni* siècle.
- Nous avons encore remarqué :
- Rue des Canettes n618, faubourg St-Germain, dans un cartouche, des Cannetons nageant et plongeant; et rue Saint-Germain-l’Auxerrois, n° 14, des poissons et des roseaux encadrés dans un médaillon de forme ovale. Ces deux bas-reliefs sont peints, et datent de l’époque de Louis XV.
- Puis, au coin de la rue Charretière et de la rue Fromenlel, l’Enseigne au grand henri, dont nous avons déjà parlé plus haut, page i4. Cette Enseigne est tout-à-fait moderne, et peinte sur toile.
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- Rue de l’École-de-Médecine, près de la rue de l’Ancienne-Comédie, on voit sculpté sur une grande pierre incrustée dans le trumeau qui sépare les deux croisées du premier étage de la maison , un Chapeau rond à larges bords , dont un côté est retroussé dans la forme usitée sous le règne de Louis XIV, parmi la bourgeoisie. Ce Chapeau est comme suspendu au-dessus d’une lunette de fortification, autrement dite ouvrage à cornes. Le sculpteur aurait-il voulu faire de cette Enseigne une malicieuse épigramme ? Nous serions porté à le croire.
- Nous terminerons en rappelant le souvenir d’une Enseigne qui a été détruite depuis peu d’années.
- Elle existait rue de la Féronnerie, aü q couronné. Cette enseigne quelque peu irrévérencieuse n’avait pas encore disparu sous la restauration, en 1828.
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- Rouen et Paris sont les deux villes qui nous ont fourni le plus de matériaux pour cette notice. Cependant, parmi les autres villes de France, il en est quelques-unes qui ne le cèdent guère aux capitales de la Normandie et de l’Ile-de-France, pour le nombre et l’importance de leurs Enseignes.
- Nous allons passer successivement en revue toutes les villes où nous avons pu nous procurer quelques documents intéressants, en les classant suivant leur ordre alphabétique.
- A Abbeville, rue des Lingers, n° 26, maison du Corbeau t presqu’en face de la rue de l’Hôtel-de-Ville. Entre le premier et le second étage, on voit, sculptés en pierre,deux écussons supportés par des enfants; l’iin offre la date de i663, et l’autre un Corbeau.
- Rue des Jacobins, n° 20, au-dessus d’une Enseigne sculptée en pierre , on lit : le vert soufflet (xvne siècle).
- Nous avons fait à Amiens une assez ample moisson d’Enseignes intéressantes, grâce à l’obligeance de M. Duthoit, habile dessinateur et sculpteur, et aux recherches de notre ami, M. Dusevel. Nous allons en citer quelques-unes :
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- L’Espousée (xvie siècle), recueillie au Musée d’antiquités de la ville. Cette Enseigne appartenait au Marché aux Herbes.
- Au dromadaire , rue de la Hautoie. Un Dromadaire est porté sur une console.
- S. Jehan Batiste, rue de la Hautoie. C’est une tête de saint Jean encadrée dans un cercle.
- Aü Somon d’argent, rue des Chaudronniers. Au-dessus du poisson est gravée la date de 1731.
- Av noble d’or, rue des Chaudronniers. Le Noble d'or est une allusion à la monnaie de ce nom. C’est un personnage à mi-corps, portant
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- une couronne et tenant de la main gauche une espèce de sceptre. Deux écus non blasonnés l’accompagnent. Au-dessus de celui qui est à sa gauche se trouvent les lettres al.
- Les Trois Cornets , deux et un , meme rue que la précédente Enseigne.
- Av blan beüf, Marché aux Herbes, au coin de la rue des Chaudronniers. Date de 1674.
- A la barbe d’or , Marché aux Herbes.
- A la roue d’argent, rue Saint-Leu. Date de 1657.
- Au sagittaire, rue des Yergeaux. C’est le signe du Zodiaque.
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- a l’anonciatïon, me des Orfèvres, (1680).
- A l’agnus dei, rue Saint-Leu, (1716).
- À l’assurance, petite rue de Beauvais. Un A sur une anse. Sauvai (Antiquités de Paris) parle de cette Enseigne-rébus que l’on voyait aussi à Paris.
- Le Grand Cerf, rue Saint-Leu; le Fourché (fourche), même rue ; le Berceau d’or, place de la Mairie, et l’hôtel de l’Orfevresse, rue Saint-Germain, (qui existent encore), sont d’anciennes hôtelleries. L’hôtel de l’Orfévresse remontait à 1416. L’Enseigne actuelle est peinte sur bois; elle représente la femme d’un orfèvre pesant des bijoux. Toutes les autres sont en pierre.
- Outre ces vieilles Enseignes, il en existait beaucoup d’autres, aussi en pierre, qui ont disparu depuis quinze à vingt ans seulement. Elles appartenaient aux xve et xvic siècles, et étaient dignes d’intéresser les antiquaires et les
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- philologues. Telles étaient : le Paon, vis-à-vis de la Cathédrale ; le Heaulme (t), rue Saint-Martin; le Bras couppé, rue Saint-Leu ; la Patenôtre, rue des Jacobins ; au Cerf, rue des Chaudronniers , etc., etc.
- Il y avait aussi à Amiens, comme en beaucoup d’autres villes, une Enseigne de la Truie qui file; l’hôtellerie qu’elle désignait sous ce nom était située rue des Yergeaux.
- Différents titres font encore mention des Enseignes de CAffiquet, du Bœuf couronné, des jEscureux ( Ecureuils ) , de VEchiquier3 de CEscu de Ponthieu, du Cappel de violettes, (d’où la rue du Chapeau de violettes a pris le nom qu’elle porte aujourd’hui), du Castel amoureux, de la Bannière de France, de CEspêe Ogier3 du Hau-bregon (2), de iEstoile Ponchineuse (3), du Blan
- (1) On voyait il n’y a pas encore longtemps, sur la grande place d’Arras, l’hôtellerie du Heaume, dont la façade était décorée d’un heaume.
- (2) Le Haubregon ou Haubregeon, qui s’écrivait souvent aussi haulbergon ou haulbergeon, était une cotte de mailles qui descendait jusqu’aux genoux, et que les nobles et les che valiers avaient seuls le droit de porter.
- (3) VEstoile Ponchineuse ou Poinchineuse est l’Étoile du point du jour.
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- Coulon (i), etc., etc. Toutes ces Enseignes dataient des xve et xvT siècles.
- Sur le Grand-Marché était la maison du Blanc Pignon, à l’Enseigne de l’Ostruche, où demeurait, en 15o4, le maïeur Aubert Fauvel. Au coin de la rue Saint-Martin et du Grand-Marché, à la maison où pendait pour Enseigne la Ville de Rouenf demeurait Pagès, auteur de chroniques très intéressantes sur Amiens, au commencement du xviiT siècle.
- Enfin, Amiens a possédé l’Enseigne du Géant, qui a dû une sorte de célébrité au zèle actif que déploya , à la fin du xvie siècle, le propriétaire de l’hôtellerie ainsi désignée, pour faire rentrer la ville sous l’autorité de Henry IY.
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- Auxerre. — A la maison rue de Paris, faisant l’angle de la rue de la Frieauderie , est sculpté en haut-relief un sujet gracieux, composé d’A-
- (1) Le Blan Coulon ou blanc coulon veut dire le blanc pigeon. On se sert encore, en Picardie, de ce vieux mot qu’il ne faut pas traduire par coulomb ou colombe. On y dit communément, dans beaucoup de villages '.'de$ biauæ coulons pour de beaux pigeons.
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- mours ou de génies, lequel est encadré dans un motif de la renaissance.
- Une maison en pierre, rue du Temple n° 83, est décorée, à l’appui de ses fenêtres, de deux bas-reliefs représentant des combattants.
- Si le contingent de Beauvais se réduit à l’Enseigne dont nous donnons plus loin la gravure , la valeur de celle-ci, comme curiosité, n’est pas médiocre, il faut l’avouer. C’est une de ces facéties dont nos pères, plus rieurs que nous ne le sommes à présent, ne se faisaient pas faute.
- Ce relief était placé sur une maison anciennement occupée par un épicier-moutardier, et située dans la rue du Châtel. Il est conservé au Musée d’antiquités de la ville. Le dessin que nous en donnons ci-après nous a été fourni par M. Mathon de Beauvais.
- La Folie, tient des deux mains un long bâton dont elle se sert pour remuer la moutarde, tandis qu’un singe, au rire sardonique, se dispose à y jeter comme assaisonnement ce que vous pouvez deviner.
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- li y a fort peu d’années, on voyait encore dans la grande place, au-dessus de !a porte de la Maison des quatre fils Aymon (hôtellerie), un bas-relief représentant ce sujet, lequel est aujourd’hui entre les mains d’un amateur.
- Bourges nous a fourni quelques Enseignes remarquables dont nous devons la connaissance à M. Girardot, conseiller de préfecture du département du Cher, et h M. Jules Dumoutet, sculpteur et archéologue distingué. Noussignaleronsd’abord celle que l’on voit dans la rue des Trois-Pommes,
- et qui a donné son nom à cette rue. Dans la maison qui porte cette Enseigne, on remarque un écu
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- chargé d’un compas et de trois pommes, deux et une. Ce sont sans doute les armes du propriétaire, lesquelles ont fourni l’idée de cette Enseigne.
- Nous citerons ensuite l’Enseigne du Barbeau, dahs la Cour du Barbeau, section de Saint-Privé. Elle consiste en un poisson sculpté en fort-relief, en pierre , et au-dessous duquel on lit, en caractères gothiques :
- %u IStorbetw (Hotonta.
- Il existe encore à Bourges deux sculptures en bois assez curieuses. C’est d’abord l’écusson de la poissonnerie bâtie par la ville au xve siècle. Cet écusson est chargé de trois poissons placés l’un sur l’autre, les têtes en haut; une à gauche, une à droite, la dernière au milieu.
- Les poissonneries de plusieurs autres villes présentent de semblables insignes. Ainsi à Chartres, un Saumon est sculpté sur la poutre d’une maison de la place de la Poissonnerie. A Rouen,
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- une Enseigne relative au même sujet et que nous avons déjà rapportée, existe à la place du Vieux-Marché où se vend le poisson.
- C’est enfin un pilier d’angle , sculpté de trois flûtes énormes, prises dans une seule pièce de bois, au coin des rues Joyeuse et Bourbonnoux.
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- Nous terminerons cet article en consignant ici quelques rues de Bourges, qui ont emprunté leurs noms à des Enseignes. Telles sont les rues Samson, du Grand-Saint-Christophe, du Dieu d’Amour, du Tambourin d’argent, de la Femme qui accouche, du Cheval blanc, de la Sirène, de la Cloche verte, de la Cornemuse, de la Croix de bois, Mère de Dieu, des Trois Bourses, du Puits de Jouvence, de la Petite Armée, de la Grosse Armée, la place des Quatre Piliers, et la cour du Chapeau rouge.
- A Caen, outre les Enseignes de la Pêche miraculeuse et du Cavalier, que nous avons citées plus haut, pages 22 et 23, nous trouvons rue Notre-Dame, et contre l’église Notre-Dame, une maison en pierre, du xvne siècle, appelée l'auberge de la Croix de Fer. A la façade qui regarde la rue, on voyait une croix de fer de l’époque de la maison. Cette croix a été retirée de la place qu’elle occupait, il y a deux ans.
- Rue de Baïeux, la deuxième maison à droite en montant, est l’ancienne auberge del’Agnus Dei, qui a conservé son Enseigne représentant l’Agneau Pascal avec sa croix.
- M. de Caumont rapporte, dans son Cours d’antiquités monumentales, que l’on voyait à Caen,
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- sur le quai, plusieurs maisons de commerce datant d’une époque assez ancienne, et qui avaient encore leurs Enseignes formant bas-relief au-dessus de la porte.
- A Douay, rue de la Cloche, n° 4° > une Cloche avec son battant est sculptée en demi-relief sur le mur à l’appui d’une fenêtre du premier étage, avec cette suscription : a la cloche. Le même sujet est reproduit deux fois aux pans coupés de la maison.
- On voyait naguères encore à Doullens quelques anciennes Enseignes, telles que les Bons Enfants; les Trois Marchands (que l’on rencontre assez souvent) ; le Pélican, qui décorait la porte d’une très vieille auberge. Cette dernière Enseigne existait jadis à Rouen dans la rue Malpalu, sur deux auberges : le Grand Pélican et le Petit Pélican. Doullens ne possède plus aujourd’hui que les Quatre fils Aymon. C’est une vieille Enseigne en fer peint.
- Ce sujet des Quatre fils Aymon a été reproduit dans bien des villes, à Beauvais, à Blois, à Lille, à Valenciennes , etc. Nous le retrouvons encore à Evreux. C’est même la seule Enseigne qu’il y ait aujourd’hui dans cette ville. Elle est
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- sculptée en bois sur une maison de la Grande-Rue, et nous a paru mériter les honneurs de la gravure.
- Les Quatre fils Aymon sont représentés ici casque en tête, cuirassés et armés, montés sur le même cheval qui est bardé de fer.
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- L’un porte une hallebarde, l’autre une ron-dache; le troisième a la main appuyée sur un long poignard appelé miséricorde, et le quatrième saisit une épée.
- L’armure du cheval est composée de cinq pièces , savoir : du chanfrein * espèce de masque oit de petit bouclier modelé sur la forme de la tête du cheval, et s’y appliquant exactement; delà crinière ou barde de crinière, pièce composée de tasseaux articulés et mobiles qui protégeaient la partie supérieure du cou ; du poitrail ou devant de barde, ainsi que l’appelle une ordonnance de de Henry II de l’an 1549 ? et des flanǰis> la première de ces pièces garnissait le poitrail et les deux autres les flancs du cheval. Ce sujet est encadré dans un paysage qui présente à gauche une église et à droite un fort.
- Nous devons le dessin de cette précieuse Enseigne à l’obligeance de M. Raymond Bordeaux, avoôat et archéologue distingué de la ville d’Evreux.
- Nous possédons les noms d’un grand nombre d’Enseignes qui appartenaient à des maisons ou à des hôtels de la ville d’Évreux, aux xve et xvie siècles. Ainsi nous trouvons pour l’année i44° :
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- la maison du Chariot 3 laquelle a donné son nom à la rue du Chariot ; la maison du Cheval noir ; — des Balances; — de la Dance; — du Soufflet3 de la Corne de Cerf; — de l’Escu de France3 assise au bourg ou soûlait demeurer le vicomte d’Évreux; — de la Pie; — de la Fleur de Lys; — de la Heuse (botte) ; — du Croissant.
- L’hostel du Cheval rouge ( 14b5 j) ; l’ostel du Grand Cerf (i468); la maison du Griffon (1460); les maisons de la Seraine ( Sirène), du Plat d'étain, du Carolus, des Troys Roy s (i5oo); l’Ours bâté (1529), etc.
- Voici de plus une liste des hôtelleries d’Evreux, en i55o ;
- Le Lyon d’Or, le Petit Verdier, le Gros Milan, la Croce (la Crosse), la Sereyne (la Sirène), la Truye qui fille3 Sainct-Michel, le Pellerin, la Croix d'or3 les Troys Roys3 la Rose Rouge, le Boys Joly, la Cachemarée 3 Sainct-Estienne 3 Saincte-Barbe, le Signe de la Croix, Sainct-Martin, les Flacons , l’Esprevier3 la Fleur de Lys 3 CEstendart, Saincl-Pierre, la Corne de Cerf3 Sainct-Adrian, le Petit Cordier, le Belin. ( r )
- (1) Document communiqué parM. Chassant, bibliothécaire de la ville d’Évreux.
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- Gamaches (Somme). — Sur une vieille Enseigne pendante, en tôle ou en fer, est représenté un barbier dans l’exercice de ses fonctions, avec cette inscription: au barbier de séville, par allusion, sans doute, à la pièce de théâtre si connue sous ce nom.
- On remarque au Mans, dans la Grande-Rue, nos t8-20, une maison gothique en bois, à deux étages formant saillie l’un sur l’autre. Sur les poteaux d’encorbellement du rez de-chaussée, sont sculptés deux personnages hauts de 70 centimètres environ, et vêtus comme au xve siècle. Entre eux s’élève un écusson sur lequel on lit l’inscription suivante, tracée en caractères modernes et à l’encre : aux deux amis. Un troisième personnage portant un ballot sur le dos nous paraît être un voyageur.
- Nous pensons que cette maison était une hôtellerie.
- Nous signalerons encore, place de l’Éperon, l’Enseigne du Pélican, sculptée en pierre sur la grande porte de l’auberge de ce nom.
- Deux autres Enseignes , C Écrevisse et la Truie
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- qui file, ont disparu dans ces dernières années. Elles avaient donné leur nom à deux rues de la ville.
- La première décorait un gros pilier de l’époque de la Renaissance, à la maison rue de l’Écrevisse, n° io. On voit encore à présent une Ecrevisse sculptée au dessus d’une décoration de cheminée du temps de Louis XV, au rez-de-chaussée de cette maison dite de l'Ecrevisse.
- La seconde de ces Enseignes existait rue de la Truie qui file. Elle consistait en un fort relief du xive au xve siècle, sculpté sur les montants en pierre d’une porte, et représentant une Truie tenant une quenouille et filant, sans doute par allusion aux singes, aux chiens et autres animaux savants de cette époque.
- Lille possède encore un grand nombre d’En-seignes des xvne et xvnf siècles. Nous n’en citerons que quelques-unes ;
- Au gras boeuf de Flandres, sur une tablette en pierre appliquée au mur d’une maison située près du Palais des Archives. ( fin du xvne siècle.)
- Aux quatre fils AYMON, relief de petite propor-
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- tion; maison de la fin du xvii® siècle , rue de la Barre, n° 55, à l’angle de la rue de la Hattoterie. Ce sont toujours quatre cavaliers enfourchés sur le même cheval.
- Le Marteau d’or9 rue du Bois de Saint-Etienne.
- Le Sacrifice d>Abraham * rue des Prêtres.
- Le Dragonj rue des Augustins.
- Le Château de Namur, rue du Vieux-Marché-aux-Moutons.
- La Catoire (Bûche), rue de Paris.
- Le ghedeuvre de paris, rue du Sec-Àrembault, n° 33. C’est un petit relief représentant plusieurs personnages et une sortp de char surmonté d’une couronne.
- A la poire d’or, même rue, n° 32. Une poire efi relief et dorée est figurée sur deux côtés de la façade de cette maison.
- Les Chats bossus, dans la même rue , tombée dernièrement sous le marteau.
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- Le Chevalier vert, rue de la Clef.
- Les Trois-Mortiers, place des Guingans.
- Le Puits doré, rue au Pétérink.
- Le Saumon, marché aux Poissons.
- La Victoire, rue Neuve.
- La Barque d’or, rue des Mamulins, etc., etc.
- A part la maison de la rue aux Fèvres, couverte de sculptures de l’époque de Louis XII, qu’une assez juste célébrité a protégée jusqu’ici, Lisieux a perdu, en grande partie, sa physionomie du moyen-âge. Cependant, nous avons été assez heureux pour y rencontrer, dans la rue de la Boucherie, un Médecin et un Apothicaire sculptés, chacun à part, sur les montants de la porte d’une maison de la fin du xve siècle ou du commencement du xvie.
- C’est au crayon si correct de M. G. Bouet, de Caen, que nous devons la reproduction de cette Enseigne, et aussi le dessin de l’Enseigne du Cavalier dont nous avons donné la gravure page 23.
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- Le médecin, vêtu d’un long manteau, et la tête couverte d’un chaperon, regarde l’urine contenue
- dans une bouteille qu’il tient d’une main, tandis
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- que l’autre est appuyée sur une escarcelle. Devant lui est un lutrin portant un livre ouvert.
- L’apothicaire a dans les mains un tamis double. Une sorte de torsade très peu apparente, qui se trouve au milieu de la partie cylindrique, semble indiquer la place du crin.
- Ces bas-reliefs, hauts de trente-cinq centimètres , sont fort curieux pour le costume et l’ameublement. Au-dessous de chacun d’eux, se trouve un écu dont les armoiries ont été mutilées ; trois cornets font partie du blason que l’on voit au-dessous de l’apothicaire. Aussi la maison s’appelait-elle l’hôtel des Trois Cornets.
- Par une coïncidence qui paraîtrait singulière, si l’on ne savait qu’au Moyen-âge et à la Renaissance les reproductions identiques étaient fréquentes, ce même sujet du médecin aux urines, avec l’accessoire du lutrin, se retrouve à la cathédrale de Rouen, côté à gauche du portail du nord, dit des Libraires. C’est le septième médaillon en remontant à la hauteur de la troisième grande niche vide de sa statue. Non loin du médecin que nous venons de signaler, on voit un sujet semblable, mais sous une forme épigram-matique. C’est une Oie dont la partie supérieure représente un homme tenant une fiole à la main.
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- Lyon est une des viiles les plus riches en fait d’Enseignes; malheureusement la plupart de celles-ci ne remontent pas au-delà du xvne ou du xvme siècle, et sous ce rapport elles peuvent offrir à l’antiquaire moins d’intérêt que beaucoup d’autres que nous avons déjà rapportées.
- Nous citerons cependant parmi les plus remar* quables :
- Les Vertus théologales, admirable bas-relief, rue des Trois-Maries.
- Le Merle, dans la rue du Palais-Grillet,, à la magnifique demeure florentine qui porte le n°io.
- Le Petit Cheval blanc, rue Tupin n° 28; c’est l’Enseigne d’une charmante petite maison à consoles du temps de Louis XIII.
- Le Bœufy sculpté en ronde-bosse, rue de ce nom.
- Le Bras d’or, grande rue Mercière.
- Le Singe d'or pilant dans un mortièr, rue de l’Enfant qui pisse.
- Tous les droguistes des rues de l’Enfant qui pisse et de la Lanterne, tous les imprimeurs et libraires des Grande et Petite rue Mercière, avaient ou ont encore leur Enseigne figurée sur la façade de leur boutique.
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- Sur la maison dite du Cœur volant, grande rue Sainte-Catherine, est un cœur avec cette légende : av coevr volant.
- Rue Grenelle, on admire un magnifique cheval ronde-bosse, chef-d’œuvre de sculpture, orné de peintures.
- Nous signalerons encore :
- Le Louis d’or, quai de Retz.
- Les Deux Vipères , Enseigne de Jehan de Tournes , imprimeur du xvie siècle , rue Raisin.
- Sunt sim ilia tuis. Deux paires de cornes, rue Bourg-Chanin et à Yaize.
- La Cage, rue de ce nom, relief en pierre avec cette inscription : a la cage mdccxlix.
- Au canonnier , sur pierre également et en relief, rue Bourg-Chanin.
- Enfin, la Lune, la Lanterne, le Bât d’argent, la Bombarde * les Trois Carreaux , le Chapeau rouge, sont toutes des Enseignes qui ont donné leur nom à la rue où elles se trouvent, (i)
- (1) Nous devons la connaissance des documents qui précèdent à M. le chevalier Joseph Bard, inspecteur des monuments pour les départements du Rhône et de l’Isère, et à M. Louis Perrin, imprimeur à Lyon.
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- Il y a dix ou douze ans, on voyait à Nantes,
- à l’angle d’une maison aujourd’hui détruite, qui
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- était située près de la place Sainte-Croix, la curieuse Enseigne d’un apothicaire. Elle consistait en un haut-relief, en bois colorié, d’environ un mètre de proportion, représentant un garçon apothicaire revêtu du costume en usage au temps de Louis XII, et pilant dans un mortier.
- Le \iagasin pittoresque (année 1839, p. 248), en reproduisant cette Enseigne par 1a gravure, a donné sur la boutique d’un ancien apothicaire des détails fort intéressants que nous croyons devoir rapporter ici pour l’édification du lecteur.
- « Notre gravure, dit-il, représente la statue « en bois d’un pileur, qui formait l’angle d’une « maison aujourd’hui détruite, située près de la « place Sainte-Croix, à Nantes. La construction « de cette maison était postérieure au règne de la « duchesse Anne. Le rez-de-chaussée était une « apothicairerie à laquelle le pileur servait d’En-« seigne.
- « Les anciens habiians se rappellent encore « parfaitement l’aspect de cette boutique d’apo-« thicaire. Le devant de la maison n’était pas plus « fermé que celui de beaucoup de petits magasins « d’épiceries en province. Une demi-porte de « deux pieds de large, s’ouvrant en dedans,don-« nait accès dans une chambre un peu noire. Des
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- « deux côtés il y avait deux comptoirs se faisant « face. De grands pots en terre bleue, consacrés « à la thériaque et à l'électuaire appelé Mithri-« date, ornaient la devanture. L’un des comptoirs « était entouré d’un châssis vitré; c’était là que « se tenait la maîtresse de la maison. Au-dessus « de l’autre se trouvait suspendu un étui tel qu’il « en existe encore un de cette époque dans la ville « de Nantes ; il contenait une seringue, des ca-« nules et des pistons de rechange. Cet instru-« ment, qu’une bandoulière retenait au cou, « était celui que l’apothicaire emportait en ville. « Les poutres de la boutique étaient garnies de « pièces curieuses d’histoire naturelle, telles que «lézards empaillés, œufs d’autruche, serpents « de toute espèce. Les poteries n’avaient aucune « ressemblance avec nos poteries actuelles. Le « fond était garni de burettes à anche ; elles ser-« vaient à mettre les sirops. Les étiquettes étaient « peintes sur faïence, on y lisait : Syrop A lexan-« drin3 Syrop de Rhubarbe, Syrop de Tortue ; celui-« ci avait beaucoup de vogue, A cette époque, « le sirop de Maloè't était très employé contre les « toux, les catharres ; il a été ressuscité depuis, « après un oubli de longue durée, sous le nom « de sirop antiphlogistique.
- « Des deux côtés de l’apothicairerie, on voyait
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- « des bocaux semblables à ceux qui garnissent « actuellement l’intérieur de nos pharmacies ; « seulement, ou lieu des nouvelles étiquettes, « on lisait sur les bocaux : Yeux d’écrevisses, «Écailles d’huîtres, Coquilles d’œufs, Vipères, « Cloportes. Ces bocaux étaient les uns très pe-« tits et les autres très grands. L’un d’eux était « étiqueté : Fragments précieux, et contenait des « grenats, des émeraudes, des topazes, le tout « en fragments assez petits pour ne pas être em-« ployés en bijouterie. Ces substances entraient « dans la composition d’un fameux électuaire « qui, si notre mémoire est fidèle, s’appelait: « Électuaire d’Hyacinthe. Il est encore employé « aujourd’hui mais réformé.
- « L’apothicaire était un vrai caméléon. On le « voyait tantôt dans sa boutique, le tablier vert « passé devant lui, une paire de ciseaux pendue « au côté, le gilet rond sous le tablier. Il était « l’homme important du quartier : c’était lui qui « mettait le voisinage au courant des nouvelles « du Château et de l’Évêché, ainsi que des déci-« sions de la communauté des bourgeois. Tantôt « en frac noir, l’épée au côté, s’il avait l’honneur « d’être l’apothicaire du gouverneur de Bretagne, « ayant dans sa poche le petit poêlon d’argent à « manche d’ébène, il allait dans les maisons qui,
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- « la veille, l’avaient fait prévenir, pour préparer « sur place la fameuse médecine noire, indis-« pensable à la santé de nos pères, et dont ils a regardaient l’usage comme devant etre éternel.
- « Cette sculpture en bois du Pileur avait été « d’abord donnée comme bois à brûler à un ou-« vrier; elle fut ensuite offerte à M. Lésant, phar-« macien, qui en a fait don au Musée de Nantes.»
- Non loin du lieu où s’élevait la boutique de l’Apothicaire, une maison, située aux Changes, offre un angle décoré d’un relief qui est composé de trois saints personnages placés sous des dais gothiques.
- C’est d’abord Saint-Saturnin de Toulouse, dont l’église paroissiale existait vis-à-vis de cette maison; à ses pieds sont les armes de la ville; puis Saint-Donatien et Saint-Rogatien , deux frères qui, jeunes encore, souffrirent le martyre à Nantes, au temps de la persécution de Dèce. Ils portent des écussons à trois hermines, deux et une, qui sont répétées sous leurs pieds. Ces armes étaient peut être celles du Comté Nantais. Au-dessous de ce relief, on lit cette inscription : atjx
- ENFANTS NANTAIS.
- M. 1 abbé Rousteau de Nantes, de qui nous tenons ces détails, soupçonne que ces figures ont
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- été placées là après coup. Mais si la première intention du sculpteur n’a pas été d’en faire une Enseigne, elles ont du moins aujourd’hui cette destination par le fait
- Neufchâtel (Seine-Inférieure), — En face du grand portail de l’église, se trouve une auberge qui a pour Enseigne le Chapeau-Rouge. C’est un chapeau de Cardinal, de demi-bosse, sculpté dans la pierre même, au-dessus de la porte charretière de la maison, et peint en rouge. Sous ce chapeau, sont peints les cordons entrelacés en losanges, et les houppes, insignes du cardinalat.
- Orléans nous a fourni, parmi ses Enseignes du xvie siècle, plusieurs sujets sculptés en pierre que nous avons fait dessiner et graver.
- Telle est l’Enseigne de l’Ours, marché à la
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- volaille, n° 4; ce petit bas-relief, sur lequel on lit en lettres ..sculptées : a lgvrs, est très bien exécute en bosse.
- Telles sont encore les deux suivantes :
- Rue des Hôtelleries, n° 11, la Carpe, sculptée sur un joli cartouche du temps d’ïJçpri fl,
- Rue de l’Ecrevisse, L’Ecrevisse, figurée en terre
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- cuite rouge, et encastrée dans un mur, base ancienne d’une maison démolie. Une étoile et un croissant, placés au-dessus de ce crustacé, indiquaient probablement que là on trouvait gîte de jour et de nuit.
- L’enseigne du Sagittaire, rue de la Pierre-Percée , est un bas-relief en pierre très fruste et tout-à-fait dégradé.
- Le Bon-Pasteur, rue Vieille-Peignerie, n« 9 , est au contraire une sculpture assez bien conservée. Le nom dePeignerie, que porte cette rue, vient de ce qu’elle était jadis habitée par des fabricants de peignes.
- On a recueilli, au Musée d’Antiquités de cette ville, une Enseigne de maison consistant en un médaillon plus large que haut, et sur lequel sont sculptés en bas-relief des vaisseaux voguant sur la mer. Au premier plan, on aperçoit des forts et des personnages de petite proportion sur le rivage.
- Beaucoup d’autres curieuses Enseignes, entre lesquelles on distinguait : Aux Lacs d’Amour , le Tahour (tambour), rue du Tambour, A la Fontaine de Jouvence, etc., ont successivement disparu depuis vingt-cinq ans environ.
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- A Saint-Bertrand de Gomminge (département de la Haute Garonne), sur une porte en bois du xvie siècle, le nom du propriétaire de la maison, Brideàu, est gravé au-dessus d’un cartouche., lequel représente, en manière d’armes parlantes r une Bride bien ajustée au milieu d’ornements.
- Devant le portail de l’église Notre-Dame, à Saint-Lô (Manche), la maison dite de Saint-Jean, que l’on a démolie il y a trois ans, offrait à sa façade un Saint-Jean-Baptiste de grandeur naturelle en bois peint.
- A Saint-Quentin, il reste encore quelques vieilles Enseignes sculptées que nous allons essayer de décrire le plus succinctement possible. Nous devons la connaissance de ces Enseignes à l’obligeante coopération de M. Ch. Gromard de Saint-Quentin , qui a bien voulu nous communiquer le résultat de ses recherches.
- Nous trouvons d’abord le Petit Saint-Quentin, dans la rue Saint-Martin. C’est un bas-relief en pierre, sculpté au-dessus de la porte d’entrée, et enclavé dans la muraille d’une maison située à l’angle de la rue Saint-Martin et de la rue Sainte-Marguerite ; il représente la scène du martyre de Saint-Quentin; de longs clous sont enfoncés dans les épaules du saint par des soldats Romains.
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- La tradition veut que cette maison ait été bâtie sur l’emplacement de la prison où saint Quentin fut enfermé par l’ordre de Rictiovare, et dans la-quelle il subit les tortures qui lui furent infligées avant sa mort. Suivant un vieil usage consacré par le temps, et qui a subsisté jusqu’à la Révolution de 1793, le clergé, lors de la grande procession du lundi des Rogations, devait s’arrêter vis-à-vis de cette maison pour y chantér des antiennes. Pendant que l’on chantait, une jeune fille, vêtue de blanc et parée Comme une épousée, venait déposer une couronne de fleurs sur les reliques du saint martyr portées à cette procession. Les bonnes femmes présageaient un heureux avenir pour cette jeune fille, que le saint patron prenait dès-lors sous sa protection ( 1 ).
- Dans cette même rue Saint-Martin, les maisons du Pot-d’Etain et du Chlgne (cygne) sont de très anciennes hôtelleries, qui portent encore leurs Enseignes, mais ce ne sont plus les vieilles Enseignes qui étaient, jadis sculptées à leur façade.
- Sainte-Magdeleine, rond point Saint-Jean, fa
- (t) Augmta Piromanâuorum ;par (J. Héméri,
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- Petite-Notre-Dame, rue du Collège, et Saint* Eloy , au faubourg d’Isle, sont de petites statues en pierre > placées dans des niches à la façade dés maisons ainsi désignées*
- U Annonciation bas-relief en pierre, représentant la Vierge à genoux et un ange debout devant elle, est enclavée dans la muraille d’une maison de la rue Sain te-Anne.
- Y‘
- La Chaise, rue de lâ Prison, le Patiiêr-F leuri, rue Saint-Jean, et ta Nef-d'Or, dans la rue de ce nom, sont des sculptures en pierre, placées ati-dessus de la porte d’entrée des maisons dont elles sont les Enseignes.
- La Maison de la Maîtrise et l’Hôtel des CanoYi-niérs, dans la rue de ce nom, sont aujourd’hui des maisons partieülièreS, qui' offrent â leur façade, l’uné des trophées d’instruménts dé1 musique, l’autre desr>trophées d’armes, ScÜlpteS dans le mur.
- On remarque encore dans la rue de la Sellerie trois maisons en bois, dû 3LVie siècle * qui Ont conservé leurs vieilles Enseignes sculptées dans le cœur du plein bois, sur l’éperon de la poutre saillante de la rue. La première offre im plat rûrld
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- avec cette inscription en lettres gothiques : J&u fUat-VJSlrgtnt ; la seconde, un cœur surmonté d’une couronne : c’était la maison du Cœur-Couronné; la troisième présente au milieu de son Enseigne un écusson dont les armes ont été enlevées; puis, sur le côté gauche, un miroir ou écusson , surmonté d’un coq, et, dans le champ, le millésime de >574.
- Enfin, dans la rue Croix-Belle-J?orte, la maison de la Croix-de-Fer, bâtie en bois, en partie sculpté, et portant le millésime de i58a, avait pour Enseigne une croix de fer très curieuse, que l’on a dépendue en 1793, et que le propriétaire de cette maison a précieusement conservée.
- Outre ces vieilles Enseignes, Saint-Quentin en possédait jadis un grand nombre d’autres, appartenant à d’anciennes maisons, dont M. Ch. Gro-mard a retrouvé les noms, soit dans les anciens registres des surcents dûs par les propriétaires de ces maisons, soit au chapitre de la Collégiale de Saint-Quentin, soit à l’Hôtel-de-Ville.
- Il y avait :
- Sur la grande place (1) : l’Hôtel de l’Ange, —
- (i) Les noms des places et des rues ici mentionnées sont ceux qu’elles portent actuellement.
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- de ta Paix , — des Bassinets, — de l’Esperon, —de V Ane-rayé [zèbre) , — du Croissant * —des Pèlerins , — du Chat qui vieille ( veille ), — du Lion-Noir , — des Trois-Cornets , — de la Petite-Clef',
- — du Haubert, — de la Rose, — des Cornés, —du Griffon, — des Trois-Poissons, — de l’Ecrevisse,
- — de la Rôtisserie.
- Dans la rue de la Sellerie : la Maison des Chapelets, — de la Salamandre , — des Ecots , — des Trois-Rois-Mores.
- Dans la rue de la Prison : la Maison de ta Cloche,
- — du Vert-Bouquet, — du Daulphin-couronné,
- — du Poing-d’Or , — du Heaume , — de la Garbe ( gerbe ), — de la Chèvre, — Robert-Pour-celet, — de la Main-d’Argent.
- Dans la rue Saint-Martin : la Maison du Vert-Chevalier, — du Panier-Vert.
- Dans la rue d’Isle : la Maison des Quatre-Vents{i), — de la Ville-de-Noyon, —du Renard,
- (1) La Maison des Quatre-Vents existe encore aujourd’hui. Elle n’a pasd’Enseigne et n’en a jamais eu. Elle tirait, sans aucun doute, son nom de la position particulière qu’elle occupe à l’angle de quatre rues, qui correspondent aux quatre points cardinaux.
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- — du Cheval-Bayard s — de la Truie qui file 9 —
- — de la Couronne* — de la Seraine ( Sirène ) , — de la Clef * — du Caulderon (chaudron), — de la Roue-de-la-Fortune, — des Quatre-Fils-Aimond.
- Dans la rue Saint-André : la Maison du Chef de Saint-Quentin, — de l’Espée, — de l’Image-Saint-Louis, —de Saint-Germain> — de Saint-Martin , — du Chat.
- Dans la rue de la Nef-d’Or : la Maison du Moulinet.
- Dans la rue Saint-Jean : la Maison de l’Atacque (VAttaque), — du Gant-Doré, —- de Philippe Grin, — du Mouton-Noir.
- Dans la rue du Gouvernement : la Maison Quentin-Cambellain, — du Four-à-Fromages.
- Sur la place Gampion : l’Hôtel des Campions ( champions ).
- Dans la rue des Trois-Savoyards : la Maison du Bout-du-Monde, — de la Coignée, — des Trois-Savoyards.
- Dans la rue de la Fosse : la Charitê-des-Pauvre s.
- Dans la rue des Toiles : le Papegai.
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- Dans la rue du Collège: la Maison du Sacrifice-d* Abraham.
- Dans la rue Saint-Thomas : la Maison Froman-tel (Froidmanteau) , —la Brasserie-du-Cerf.
- Dans, la rue de la Comédie : la Maison de la Lampe, etc.
- A Sillé-le-Guillauine ( Sarthe ), sur le pilier d’angle d’une maison bâtie au xvi° siècle, vis-à-vis du château ,ron voit un bas-relief représentant un homme pilant dans un mortier. Ce personnage est peint de couleur verte, aussi bien que le pilier, et au-dessous du relief, sont gravés ces mots : Au Pilier vert. C’était évidemment l’Enseigne d’un apothicaire.
- On voyait, il y a quelques années, à Argentan, une Enseigne d’apothicaire semblable à la précédente.
- Nous terminerons cette énumération en citant encore deux Enseignes assez remarquables qui existent à Valenciennes.
- La première est la Ville-de-Rome, rue de Paris, n° 116, Enseigne qui a été rapportée d’une autre màison. Elle consiste en un bas-relief en pierre
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- représentant une ville avec des clochers gothiques en pyramide, tels qu’on n’en a jamais vu dans la capitale de la chrétienté.
- La seconde est le Cheval volant, sculpture en pierre, de l’époque de Louis XV, au coin de la Grande-Place et de la place du Commerce.
- On voyait aussi jadis les Quatre-Fils-Aymon , sculptés sur la façade de l’hôtellerie de ce nom, et reproduits en Enseigne peinte.
- On ''prétend que l’origine du nom de Valenciennes vient de Vallèe-des-Cygnes ; que c’est pQur cette raison que les supports des armes de la ville sont des cygnes, et que la municipalité entretient de ces oiseaux dans les fossés de la ville.
- Ce qu’il y a de certain, c’est que deux maisons de Valenciennes, situées l’une dans les murs, l’autre hors les murs de la ville, ont pris pour Enseigne : la Vallée-des-Cygnes.
- Ici finit la tâche ingrate que nous nous étions imposée. Nous ne nous flattons pas d’avoir produit une œuvre parfaite; il s’en faut de beaucoup qu’elle soit complète. En effet, bien qu’elles soient devenues rares et qu’elles aient même to-
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- talement disparu dans quelques localités, il doit, sans aucun doute , exister en France et surtout dans nos départements du midi qu’il nous était impossible d’explorer par nous-mêmes, de vieilles Enseignes sur pierre ou sur bois, autres que celles que nous avons citées dans cette Notice.
- Nous avions compté sur la coopération de plusieurs artistes et archéologues qui habitent ces provinces éloignées ; ils n’ont pas répondu à notre appel. Peut-être n’avaient-ils rien à nous communiquer qui fût digne de figurer dans notre travail.
- Au reste, nous n’avons jamais eu la prétention de faire connaître, sans en omettre aucun, tous ces signes indicatifs des habitations particulières, autrefois en usage. Nous nous sommes borné à recueillir, parmi les anciennes Enseignes encore existantes, celles qui nous ont paru les plus remarquables.
- Quant aux Enseignes qui décoraient jadis nos maisons et qui ont été détruites , vouloir en dresser la nomenclature eût été une entreprise immense , sans une utilité bien réelle, et infiniment au-dessus de nos forces. En effet, il n’y a pas de ville de quelque importance, dont les
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- archives n’eussent pu nous fournir une longue série de vieilles Enseignes. Mais ces détails, intéressants seulement pour l’histoire locale, nous auraient entraîné beaucoup trop loin et sans profit pour nos lecteurs. Nons avons dû les écarter de notre plan.
- Si cependant nous avons fait une exception en faveur de quelques villes, telles qu’Evreux et St-Quentin, c’est que, d’abord, nous avions des matériaux sous la main, et que, d’une autre part, en énumérant longuement les richesses archéologiques que nous avions perdues, nous faisions par là ressortir davantage notre indigence actuelle.
- Il était grand temps que nous prissions la plume. Encore quelques années, et grâce aux alignements et à la manie qu’ont aujourd’hui les propriétaires de vouloir rajeunir la façade de leurs maisons par de prétendus embellissements, il ne serait rien resté de ces petits monuments d’un autre âge, rien qu’un souvenir caché sous la poussière de nos archives municipales, etc.
- Nous n’avons fait qu’effleurer un sujet qui n’avait pas, que nous sachions, été traité sérieusement avant nous. La matière est loin d’être épuisée, et nous nous estimerions heureux si
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- notre exemple pouvait attirer l’attention des savants sur une branche de l’archéologie qui a été jusqu’à ce jour tout-à-fait négligée, et dans laquelle cependant on trouverait, nous le croyons, de précieux renseignements tant pour l’histoire locale que pour l’histoire générale des mœurs de notre pays.
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- APPENDICE.
- INSCRIPTIONS, DEVISES, SENTENCES.
- Des Enseignes aux Inscriptions, la transition nous a paru naturelle. Les unes et les autres ne se rattachent-elles pas intimement à la décoration des habitations particulières dont nous nous étions fait l’historien ? Nous avons donc cru pouvoir, sans trop nous écarter de notre sujet, placer ici cet appendice.
- Notre second volume de la Description historique des Maisons de Rouen renfermait, ainsi que nous l’avons déjà dit, quelques inscriptions, sentences, etc.
- Depuis cette publication, nous en avions recueilli un grand nombre d’autres, pour la plu-
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- part fort curieuses ; nous avons pensé qu’on ne les lirait pas avec moins d’intérêt que leurs devancières.
- Nous allons en donner la transcription, en suivant l’ordre alphabétique de lieu que nous avons adopté déjà pour les Enseignes.
- Abbeville. — Cul-de-sac Maiqualemberg, à côté de l’église Saint-Wulfran, sur la partie supérieure d’une petite porte qui a été rapportée dans un mur en briques, on remarque une inscription en caractères romains, dont le premier mot a été rogné en partie, lorsque l’on a encastré cette porte :
- ORAGE AV CAMP DASSVR PAIX EST MOIENtfEVILIÆ ( I ) .
- Place Sainte-Catherine, n° i % , en face de la rue Vérone , sur une maison gothique en bois du commencement du xvi® siècle, à un seul étage surplombant sur le rez-de-chaussée, on lit cette sentence en caractères gothiques de grande dimension :
- le bic po le mal tav bien le te eama^e.
- (1) Moyenneville est un village près d’Abbeville.
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- Chaussée Marcadé, n° 2, à l’angle de la rue aux Pareurs, une pièce de bois, à-peu-près à hauteur d’homme, porte ces mots :
- PAX HVIC DOMVI.
- Nous trouvons encore dans la même ville la sentence suivante, gravée sur pierre :
- STVLTA EST SAPIENTIA SINE DEO.
- Elle est placée au-dessus des arcades à cintre surbaissé du rez-de-chaussée d’une maison du xve siècle , sise rue de l’Hôtel-Dieu.
- Arques ( Seine-Inférieure ). — Sur la porte d’une maison particulière, on lit ces paroles :
- Félix domus in qua non conqueritur de Maria Martha ( 1).
- A Auxonne (Côte d’Or) , nous avons recueilli plusieurs inscriptions et devises fort curieuses. Les voici avec l’indication des maisons dont elles ornent la façade; elles sont gravées en lettres capitales :
- Maison Bourgain, rue de la Paix :
- FAISONS . BIEN . ET . LAISSONS . DIRE . l683.
- (1) M. l’abbé Cochet.
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- Maison Devillebichot, rue en Arcis :
- HUMILITÉ . ET . COURTOISIE . EAY . BIEN . ET , BIEN . TE . VIENDRA.
- Même maison Devillebichot,en face de l’église:
- NOUS . SOMMES .TOUS . MORTELS . ET . TOUS . HOMMES . SONT . SUBJETS . A . DIEU.
- Maison Bernard, rue Guébriant :
- BENEDIOAT . DOMINVS . DOMVM . 1STAM.
- Maison Carré, rue de l'Hôpital :
- FELICITER . SAPIT . QUI. PERICULO . ALIENO . SAPIT.
- Maison Saunil, médecin, rue Guébriant; à l’intérieur, dans la cour:
- .593
- RERUM . OMNIUM . VICISSITUDO.
- DE . TOUTE . CHOSE . VICISSITUDE.
- ANTONII . ARNULPHI . ET . SUORUM • VICISSITUDO.
- Maison Luce Blando , au haut d’une glace de cheminée :
- MENS. EADEM.
- Toutes ces inscriptions sont renfermées dans un ovale, excepté celle de la maison Carré. C’est à M. Bernard Jacquinot, percepteur à Auxonne, que nous devons cette intéressante communication. «
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- Avricourt,arrondissementdeCompiègne(Oise). — Sur l’une des façades du château bâti de pierre et de brique en i54o, on remarque cette inscription en lettres gothiques :
- flortio mea tontine sit in terra oioentiuin (i).
- Bayeux (Calvados).— L’inscription que voici est tracée en caractères gothiques sur la porte de la première maison à gauche en entrant dans le cul-de-sac Glaligny :
- Œg toïieny est l’auditoire J&insg que tous saoer pouls pes fauses du territoire Pe l'archidiacre des Pis.
- A Blois, rue Pierre-de-Blois, sur une maison en pierre du règne de Louis XIII, est gravée la maxime suivante :
- VSV VETERA NOVA.
- Rue des Ruillis, près de la Préfecture, une maison porte une longue inscription latine, que M. De la Saussaye a publiée dans son histoire de Blois.
- (1) M. P. De la Mairie, de Gisors.— Revue de Rouen, juillet 1846.
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- A Bourgneuf-en-Retz (Loire-Inférieure), un écusson chargé d’un chiffre surmonte la porte d’une maison qui a été bâtie par le nommé Pierre Robard, en 1660, date inscrite au-dessous de l’écusson qui existait autrefois dans le pignon de cette maison. Le chiffre se compose d’un R , dont le jambage est surmonté d’une croix y et à droite duquel sont figurées une étoile et une hermine. Al intérieur du bâtiment, le manteau en pierre d’une cheminée offrait cette inscription :
- LA DEVISE DE PIERRE ROBARD EST QUE CHACUN EST LIBRE DE FAIRE CE Qü’lL VEUT.
- Ce personnage était Sénéchal de Bourgneuf.
- Voici, sur cet écusson, une explication que hasarde M. l’abbé Rousteau, secrétaire de la Société archéologique de Nantes, à l’obligeance duquel nous devons ces détails et d’autres documents relatifs à la ville de Nantes, explication qu’il soumet au jugement des hommes habiles en fait d’interprétations.
- Selon lui, la lettre R serait l’initiale du nom du bâtisseur Robard ; la croix qui la surmonte indiquerait qu’il était chrétien ; l’hermine, qu’il était breton. Il renonce à rien dire de l’étoile.
- Bourges (Cher). —> À l’angle d’une maison
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- autrefois canoniale, située près de la Cathédrale, on lit sur une console :
- ICT SE DONNE LE GRIS.
- On voit pareille inscription, avec la date de 1616, sur une maison de Dun-le-Roi, dans le même département.
- ICY SE
- DONNE LE GRIS
- JEHAN MARCILLA
- MA FAICT
- On a cherché les explications les plus extravagantes à ces deux inscriptions. M. de Girardot de Bourges, de qui nous les tenons, y voit l’indication des maisons où se donnait la fourrure, le gris, dont se revêtaient les chanoines pendant l’hiver. Quelque spécieuse que paraisse cette explication, nous ne croyons pas qu'elle puisse être acceptée.
- L’hôtel de Jacques Cœur, bâti au xv* siècle, aujourd’hui l’hôtel-de-ville de Bourges , offre de
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- tous côtés les armes et les emblèmes du célèbre
- argentier de Charles VII. Ils se composent de coquilles de pèlerins de saint Jacques, et de deux cœurs avec la devise si connue, gravée en caractères gothiques :
- Dans la même ville, rue des Vieilles-Prisons, n° 3 ; à l’intérieur d’un hôtel du xvi° siècle, d’une structure fort remarquable, on voit, au bas d’une tourelle, le buste de Paris, roi de Troie, avec cette inscription :
- PARISIUS FILIUS DE PRIAM REX TRECENTIUM.
- Un des appartements de ce bel hôtel renferme une cheminée richement décorée d’arabesques et portant deux bas-reliefs qui représentent les devises de Louis XII et d’Anne de Bretagne , son épouse. Sur la plinthe du manteau de cette cheminée est gravée l’inscription suivante, tirée de l’Écriture :
- MISERICORDIAS DOMINI IN QETERNUM CANTABO.(l)
- A Cheminé-le-Gaudin, bourg du département de la Sarthe, on lit, au-dessus du linteau
- (l) Voyage de M. Gilbert à Bourges, en 1829, brochure in-8 de 50 pages.
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- d’une porte, en lettres gothiques cursives du xv® siècle :
- flar Ijuic fcamni et tyabitantUm* in ea.
- Ces paroles sont celles que prononce le prêtre, suivant le rituel, lorsqu’il entre dans la chambre d’un malade auquel il apporte le viatique.
- Daubeuf-Serville (Seine-Inférieure). Les deux tourelles qui accompagnent la porte d’entrée de la cour du château de Serville, sont extérieurement revêtues de sentences latines, dont les abréviations offrent parfois de véritables énigmes à déchiffrer.
- Nous en donnons à peu près le fac simile avec la traduction française en regard. Ce monument nous paraît appartenir au xvi® siècle et à l’époque de François Ier.
- spvs . oris Uesprit de notre bouche
- mri . e . chri est notre Seigneur Jésus-stvs . dns Christ.
- DEFFESIO SVI IPSIVS DE JVRE NTRE
- La défense de soi-même est de droit naturel.
- domvs . e . cviq La maison est pour cha-
- tvtissimv refv cnn le plus sûr refuge....
- giv . plerq . ff . de i-ivs . (Le reste est pour nous voca inintelligible. )
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- OS . NRM PT ^ AD VOS
- Notre porte vous est ouverte.
- DE DOMO . SVA NEMO . EXTRAHI DEBET . IN . L
- Nul ne peut être arraché de sa maison d’après la loi.
- qvis . DABIT t ORI MEO CVSTODIA SED ITIA FF - EO
- Qui donnera une garde à ma bouche?....
- ( Nous ne pouvons expliquer ce qui suit. )
- Dreux ( Eure-et-Loir ). — Dans la cour d’une maison sise rue Rotrou (autrefois rue au Lait ), et occupée par un avoué , on voit, au-dessus de la porte d’entrée, une courte inscription, gravée en caractères gothiques, et bien faite pour attirer l’attention :
- (Êesmt Dictotia mette.
- Cette pensée fait allusion à la bataille de Dreux, livrée soas Charles IX, en i562, que les protestants paraissaient avoir gagnée, et qu’ils perdirent.
- Cette inscription se trouve immédiatement au-dessous d’un, écu sculpté et peint mi-parti, ougeà gauche et blanc à droite.
- Sur la clef de voûte est sculptée une épée
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- droite, la pointe en haut; celle-ci porte enfilées trois couronnes à fleurons, placées à des distances égales. Du centre d’intersection de ces couronnes se détachent, à droite et à gauche, trois branches ou rameaux simples, portant également enfilée, vers leur milieu, une couronne pareille aux précédentes ; ce qui fait en tout neuf couronnes, trois sur la tige et six sur lès rameaux. A droite et à gauche de l’épée, sont sculptées deux cornes d’abondance répandant des fruits et des fleurs; derrière les cornes d’abondance, on aperçoit des trompettes, avec leur draperie carrée en forme de bannière.
- Madame Philippe Lemaître , auteur d’une histoire de Dreux qui vient d’ètre terminée , avance que ce sont les armes de la famille d’Albret. Elle ajoute , d’après le manuscrit de Dorât, qu’on voyait ces armes aux deux piliers de la porte d’une maison sise rue au Lait, léguée au Chapitre de Saint-Étienne par une dame Yiolot, et elle suppose que cette maison est celle de M. Roque, avoué.
- Au-dessus des deux cornes d’abondance, s’élève à gauche une branche de chêne, et à droite une branche d’olivier. Sur la clef de l’entablement d’une croisée, est sculptée une Renommée.
- Sur la clef de l’entablement d’une autrecroisée,
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- dans l’arrière-cour, est sculptée une main sortant d’une large manche, et dont le doigt médius est mordu par un serpent se dressant au-dessus des flammes. Au-dessus de cette main, est écrit:
- QUIS CONTRA NOS?(l)
- A Dijon (Côte-d’Or), une porte d’une maison située rue du Petit-Potel, offre la légende suivante :
- DOMINVS . CUSTODI AT . INTROITVM . ET . EXITVM.
- A Fécamp (Seine-Inférieure), en face du portail latéral sud de l’église ci-devant abbatiale, est encastrée dans la muraille d’une maison neuve une pierre ayant appartenu à la maison que celle-ci a remplacée; sur cette pierre, sont gravés ces mots :
- N VL . BIEN :
- SANS PEINE : :
- 1618.
- A Gray ( Haute-Saône ), rue du Marché, dans une maison de belle apparence portant la date de i548, on lit cette devise :
- SPES MEA DEUS. (2)
- (1) Communication de M. Tilleul, ancien notaire, à Dreux.
- (2) Extrait d’un article de M. C. Grouet, inséré dans VAbeille, Union catholique d'Alsace, 19 août 1845.
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- Au Havre-de-Grâce, ville de création moderne, dont les premières constructions datent du règne de Louis XII, il existe, dans la rue du Grand-Croissant , une petite maison en bois portant le n° 19, digne d’être remarquée, car elle est la plus curieuse et la mieux décorée peut-être des anciennes maisons de cette ville, devenues si rares aujourd’hui. Sous l’encorbellement de l’unique étage de cette maison, sont sculptés des rageurs et des ornements courants, et au-dessus de la petite porte gothique, sur le montant de laquelle sont représentées des coquilles , et dont la voussure aplatie est ornée de chardons, on a gravé celte maxime tirée d’un psaume :
- IJVITIVM SAPIETIE TIMOR DOMINI
- Au Mans, rue de la Tannerie, n° 67, sur la partie restante du collège bâti dans le style de la Renaissance, on lit, au-dessus d’une fenêtre du premier étage .*
- MEMETO FINIS ECCLE CI 36,
- et, sur la fenêtre du deuxième étage :
- SAPIENTIA O...
- Le reste de l’inscription manque.
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- Lyon. — Sur la maison Grande-Rue-Mercière, n° 3g, on Ht cette devise :
- FABER . EST . QVISQVIS . FORTVNAE . SVAE
- ( Léonard Bisset, 161 o ).
- Sur la maison de Lupé , rue Belle-Cordière, n° 27, est une magnifique inscription que voici :
- ASSVMPTA . EST . MARIA . IN . COELVM -M.DCXLV. (l)
- Mentheville ( Seine-Inférieure). —Une tablette dé pierre, placée sur la cheminée d’une maison en bois, offre l’inscription suivante en caractères gothiques :
- <£n un tuu: temps et piain ïr affliction pierre f&aiUenl flot twstir cette maison <0>tt maintj ponces gens ont gaigné leur oie Pieu en soit gartrc et ï»e ta compagnie nt off iiii« et un (i58i ).
- Une seconde inscription, non moins curieuse que la précédente , orne la cheminée en pierre d’une chaumière située non loin de l’église du village. Au-dessous de cette inscription est gravé le chiffre du propriétaire-constructeur ( Resné Delanné), avec la date de (612 :
- (1) M. Joseph Bard, à Chorey ( Côte-d’Or. )
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- EN CESTE PNTE ANNEE CESTE MA ISON A ESTE EDIFIEE PAR RESNE DELA NNE POVR I.VI ET POV R CES ENFANS AFIN QVILS AIENT DE LVI MEMORE EVERS IHS LE TOVT PVISSANT
- 16 D la
- A Metz , rue du Passe-Temps, sur la façade d’un vaste hôtel de ce nom, construit en i486 par Pierre Baudoche, ancien maître éehevin de cette ville, était gravée cette inscription :
- PASSE-TEMPS POUR GENS SOLACIER EST NOMMÉE CESTE MAISON QUI PAR AVANT LONGUE SAISON SE NOMMAIT LE MOULIN GRANGIER.
- A Moret, près de Fontainebleau, il existait une charmante maison, dite de François Ier, laquelle a été transportée à Paris en 1823, et reconstruite sur un nouveau plan dans les Champs-Élysées.
- Dans la frise qui règne entre les deux étages, on voit représentées en bas-relief des scènes de
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- vendange. Sur une petite porte est sculptée une Salamandre, ornement caractéristique de l’époque de François 1er.
- Dans la corniche supérieure de la façade sont gravés ces deux vers :
- QUI SCIT FRENARE LINGUAM SENSU5IQUE D0MARE FORTIOR EST ILLO QUI FRANGIT VIRIBUS URBES.
- Moulins ( Allier ). — Les deux vers latins que nous citons plus bas se trouvent dans la maison portant le n° 11 , rue des Grenouilles , au-dessus d’une porte dans le style de la renaissance:
- ÜT NOS JÜNXIT AMOR NOSTRO SIC PARTA LABORE UNANIMOS ANIMOS OPERIT U N A DOMUS.
- Sur la porte d’une maison située à l’angle occidental de la place de l’Horloge, on lit ces paroles :
- HÆC DIGIT DOMINES J. H. S. :
- QUAMCUNQUE DOMUM ENTRAVERITIS,
- PRIMUM DICITE : PAX HUIC DOMITI.
- Sur le cul de lampe d’une tourelle, à l’angle de la rue Sainte-Claire et de la rue Traversière, on a sculpté sur un écusson une fleur de pensée , et au-dessus on a placé cette sentence:
- PLUS PENSER QUE DIRE, (i)
- (1) Magasin pittoresque, .juin 1842.
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- Nantes (Loire-Inférieure). — La fenêtre centrale d’une maison du cours Saint-Pierre est décorée d’un cartouche portant une inscription qui faisait allusion à l’état de celui qui a bâti et occupé cette maison : c’était Minée, médecin, père de l’évêque constitutionnel de Nantes, intronisé en 1791. Voici cette inscription:
- HIC DE VIT A VITA.
- 1768.
- Rue Richebourg, dans une maison dite des Trois-Pendus, on trouve cette sentence:
- INTELLIGE PRIVS QVAM DISCVTIAS
- i5q5
- Trois bas-reliefs existaient, dit-on , autrefois rue de la Juiverie, à l’intérieur d’une synagogue qui a été démolie et remplacée par une maison dont la façade est aujourd’hui décorée par deux de ces bas-reliefs ; le troisième a disparu.
- Ces sculptures sont placées dans des tableaux couronnés d’un fronton triangulaire.
- L’une d’elles représente la Fortune. C’est une femme à mi-corps, dont la nuque est entièrement
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- dépourvue de cheveux. Au-dessous de ce buste sont gravés ces deux mots :
- QUŒRENDA EST,
- auxquels doivent s’ajouter les deux lettres q placées l’une au-dessus de l’autre dans le tympan du fronton. Le sens complet de cette charade est celui-ci :
- a super o quœrenda est.
- Traduction :
- Il faut la demander au ciel.
- Le second bas-relief nous montre un homme assis , mais prêt à se lever et à courir, car déjà l’un de ses pieds est en l’air et l’autre est muni d’ailes; il tient à sa main une tortue, emblème de la patience. Au-dessous de ce sujet, se trouve l’inscription suivante :
- EXPECTO DONEC VENTAT.
- Le troisième bas-relief, qui a été détruit, faisait suite aux deux premiers. Il représentait un serpent, symbole de la prudence, attaché à un vieux tronc, et s’élançant delà vers un palmier chargé de fruits.
- Au Neubourg (Eure), une maison , qui fait
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- l’encoignure de la grande place et de la rue de Couches, porte cette inscription :
- L’an mil six centz neufl’on m’a élevée ici tout de neuf.
- Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir). — Dans la rue Saint-Laurent, existe une grande maison en pierre, dont la façade est décorée par l’inscription que voici, en lettres romaines de relief :
- DE PIERRE BLANCHE DVRANÏ FEBVRIER IE FV FAICTE 1547*
- Le propriétaire constructeur s’appelait Pierre Durand, sa femme Blanche Février, et la maison fut terminée en février 15^7- Voilà l’explication de cette énigme à double sens, explication que nous avions oublié de donner, lorsque nous avons , pour la première fois , rapporté cette inscription dans notre Description des Maisons de Rouen.
- A Orléans, sur plusieurs portes, on lit ces deux mots :
- pax h vie ( Paix à cette maison ).
- A Périgueux, maison au coin des rues de l’Ai-guillerie et Saint-Louis. - Au-dessus de la porte,
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- sous un écu effacé , se trouvent deux inscriptions en caractères gothiques , une troisième en caractères presque cursifs , et une quatrième en lettres un peu cursives et en lettres du genre de celles du xme siècle :
- JHewento mm
- (ilhiisquis ttWttt JH... ( Le reste est effacé.)
- Suma quidem laus est displicuisse malis.
- Domus constructio anno dni 1518
- faciente aldssimo. (i)
- Rouen. — La façade d’une maison en bois, sise rue Ganterie , n° 65 bis , offre, au milieu de détails indiquant le xvuc siècle, dont la traverse qui couvre le rez-de-chaussée est ornée , cette sentence inscrite en caractères romains :
- AIME DIEV PAR DESSVS TOVTE CHOSE ET TON PROCHAIN COMME TOI-MEME.
- (1) Antiquités de résone, par le comte Wilgrin de Tait-leïer ; Périgueux , 1826 , t. II, p. 62f.
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- Rue du Gril, n° i4 * sur la pièce de bois qui règne au-dessus du rez-de-chaussée de cette petite maison, on aperçoit, mais difficilement, cette devise :
- A. MOÛT DIEV MON ESPÉRANCE.
- Ces mots sont répétés trois fois dans d’étroits listels ; sur l’un d’eux est sculpté un petit mouton, et sur un autre la date de 1674*
- Rue de l’Hôpital, n° 1, près de la place Saint-Ouen? Au-dessous de l’appui d’une petite fenêtre, au rez-de-chaussée, est gravée cette devise en lettres romaines :
- DNS . MICHI . ADJVTOR.
- Rue Martainville, n° 88, sur la façade d’une maison qui fait l’angle de la rue de la Glos, on lit :
- POVR TOVT ESPOIR DIEV A MON AIDE.
- A Saint-Dizier ( Haute-Marne), une vieille maison en bois présente cette inscription, dans le goût du xivc siècle :
- STET DOM VS HEC DONEC FLVCTVS FORMICA MARINOS EBIBAT ET TESTVDO PERAMBVLET ORBEM
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- HECTOR DESROZIERES SYIS LABQR1BYS OEDIFICARE ME FEC1T l371, l3 SEPTEMB. (l)
- A Tonnerre ( Yonne ), au-dessus de la porte d’une maison de la Renaissance» est une inscription ainsi conçue :
- NISI DOMINVS CVSTODIERIT DOMVM TV AM , FRVSTRA CVSTODIERIS.
- Sur le fronton des fenêtres se retrouve la devise
- NISI FRVSTRA.
- Yerneuil ( Eure ). — La tourelle en encorbellement d’une maison du xvic siècle, qui fait l’angle des rues Notre-Dame et du Pont-aux-Chèvres, porte cette inscription , en forme de rébus, gravée sous la corniche :
- DONNE
- ton1 . Ç9 • '
- A DIEV .
- P. A.
- A la Yille-aux-Clercs ( Loir-et-Cher ), sur un château situé à trois lieues de Vendôme, on lit,
- (1) P.de la Mairie, de Gisors. — Revue de Rouen, août 1846.
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- au-dessus de l’archivolte de la porte extérieure, bâtie vers le milieu du xvuc siècle :
- HIC TERMINUS.
- Traduction :
- Ici le terme ( du voyage).
- Ce sera aussi le terme de notre travail et la lin de cet ouvrage.
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- TABLE DES MATIERES
- CONTENUES DANS CE VOLUME.
- Pages.
- Avant-propos.
- Recherches historiques sur les Enseignes................... 1
- Inscriptions, devises, sentences........................... 105
- Liste alphabétique des villes citées pour leurs Enseignes.
- Abbeville (Somme).............................. V et 61
- Amiens (Somme)........................................... 17, 61
- Arras (Pas-de-Calais)........................................ 65
- Argentan (Orne).............................................. 99
- Auxerre (Yonne).............................................. 66
- Beauvais (Oise)......................................... 67, 73
- Blois (Loir-et-Cher)......................................... 73
- Bourges (Cher)............................................... 69
- Caen (Calvados). ... ................... 17, 20, 22, 72
- Chartres (Eure-et-Loir)................................. 17, 70
- Dieppe (Seine-Inférieure)................................. 4, 17
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- Pages.
- Douai (Nord)................................................ 75
- Doullens (Somme)............................. 73
- Evreux (Eure).......................................... 17, 75
- Gamaches (Somme)............................................ 77
- Graçay (Cher)............................................... 20
- Herculanum. . . . .. . . . . ; . . . .. .u!- 1
- Le Havre (Seine-Inférieure)................... • 20
- Le Mans (Sarthe)....................................... 17, 77
- Lille (Nord)......................................... *3, 78
- Lisieux (Calvados)......................................... 8°
- Lyon (Rhône)........................... . . . 85
- Mont-Saint-Michel (Manche). ................................ 7
- Nantes (Loire-Inférieure)................................... §3
- Neufchâtel (Seine-Inférieure)............................... §0
- Orléans (Loiret)............................................ 90
- Paris (Seine)................................ 10, 17, 23 52
- Pompeï....................................... li 2
- Pont-Audcmer (Eure)......................................... 20
- Rouen (Seine-Inférieure). . . . 6, 17, 18,19, 21, 24, 35, 75 Saint-Bertrand-de-Comminge (Haute-Garonne). 93
- Saint-Lô (Manche)........................................... 93
- Saint-Quentin (Aisne)...................................... 93
- Sillé-le-Guillaume (Sarthe;.. .............................. 99
- Strasbourg (Bas-Rhin)...................................... 20
- Troyes (Aube).............................................. 18
- Valenciennes (Nord). ........................ 75, 99
- Liste alphabétique des lieux cités pour leurs Inscriptions, devises, Sentences.
- Abbeville ( Somme)......................................... 106
- Arques (Seine-Inférieure).................................. 107
- Auxonne (Côte-d’Or). ...................................... 107
- Avricourt (Oise)........................................... 109
- Bayeux (Calvados).......................................... i09
- p.130 - vue 141/142
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- 131
- Blois (Loir-et-Cher)...................................... 109
- Bourgneuf-en-Retz (Loire-Inférieure)...................... 110
- Bourges (Cher)............................................ 110
- Cheminé-le-Gaudin (Sarthe) ................................ 112*
- Daubeuf-Serville (Seine-Inférieure). ..... 113
- Dreux (Eure-et-Loir)....................... 11-1
- Dijon (Côte-d’Or)............................ HD
- Fécamp (Seine-Inférieure).................... HD
- Gray (Haute-Saône)........................... HD
- Havre-de-Grâce (le) (Seine-Inférieure). . . . H 7
- Lyon (Rhône) ................................. HD
- Mans (le) (Sarthe)............................ H7
- Mentheville (Seine-Inférieure). ....... HS
- Metz (Moselle) ............................................ H®
- Moret (Seine-et-Marne).................................... 119
- Moulins (Allier).......................................... 120
- Nantes (Loire-Inférieure)................................. 121
- Neufbourg (Eure).......................................... 122
- Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir)........................... 125
- Orléans (Loiret).......................................... 125
- Périgueux (Dordogne)...................................... 125
- Rouen (Seine-Inférieure).................................. 12-4
- Saint-Dizier (Haute-Marne)................................ 125
- Tonnerre (Yonne)..............*............... 126
- Verneuil (Eure)........................................... 126
- Ville-aux-Clercs (Loir-et-Cher)........................... 126
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- Rouen — lmp. de A. Pérou.
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