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Memoire sur les diverses méthodes inventées jusqu'à présent, pour garantir les édifices d'incendie
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- MEMOIRE
- Sur les diverfes mêthodès inventées juf-qu?à prêfent , pour garantir les Edifices cP Incendie ;
- Par Mr. l’Abbé MANN,
- Chanoine de l’Eglifè Collégiale de Coutray, Membre de l'Académie Impériale & Royale des Sciences & Belles-Lettres de Bruxelles.
- AU QUE £
- On a joint quelques remarques d'un Correspondant de Milord MA HO N*
- A GENEVE,
- Chez Isac Bardin, Libraire^
- M. DCC. LXXIX*
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- MÉMOIRE
- Sur les diverfes Méthodes inventées jufqu’à préfent, pour garantir les Edifices d’incendie ;
- ParM. VAbbè Mann 9 Chanoine de VEglife Collégiale de Courtray , Membre de VAcadémie Impériale & Royale des Sciences Ü Belles-Lettres de Bruxelles.
- I. Obfervations populaires fur la nécejjité d'une circulation & renouvellement d'air pour brûler.
- ''est une pratique connue de tous les
- Peuples de la terre, que, pour confer-ver loijg-tems un feu fans qu’il s’éteigne 8c fans qu’il fe confume, il ne faut que le couvrir fuffi-famment,pourle laifler traverfer par une très-petite circulation d’air. Si on donne trop de paffage à cet élément 9 le feu s’enflamme 8c fe confume : fi on n’en donne pas allez, il s’éteint. Tout le monde fait que, pour éteindre les charbons allumés, même dans une boîte de bois fec, il ne faut que les couvrir, ou les enfermer fi bien, qu’on empêche l’air d’y parvenir allez pour fe renouveller par une circula-
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- tion fuivie , & le feu s’éteindra tout de fuite. L’art du Charbonnier confîfte en la manière de modifier tellement la circulation de l’air dans fon fourneau , qu’il n’y parvienne jamais allez , pour enflammer le bois qu’on ne veut que cuire ( i ) par un feu fourcTôt lent. Nombre de cas ont. fait voir, qu’un feu, qui avoit pris dans un cabinet, dans une armoire , ' ou autre endroit bien fermé , y avoit couvé long-tems avant que d’éclater en incendie. Au contraire , on a toujours remarqué que , dans un bâtiment quelconque, les parties où il y avoit le plus de liberté pour la circulation & le renouvellement de l’air, ( comme les efcaliers, les chambres hautes, dont les planchers étoiènt déjà percés par le feu, ôte.) étoient celles, où l’incendie faifojt le plus de ravages , & où fes progrès étoient les plus rapides & les plus dé-vaftans.
- II. Expériences phyfiques fur la néceffitê d’une circulation & renouvellement d'air , pour entretenir un feu, *
- A ces obfervations populaires, je vais en ajouter quelques autres non moins certaines , quoique moins généralement connues.
- Une lampe, ou une chandelle allumée dans
- (i) Pour cuire le charbon ou réduire le boit en charm bon, je prendrai la liberté , dans le refte de ce Mémoire, de me lèrvir du verbe charbonner, afin d’éviter les circonlocutions > quoique, peut-être, il ne foit pas tout-à-fait François dans ce fens,
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- un petit èfpace bien fermé, diminuent de clarté peu à peu, St à la fin s’éteignent entièrement. Si on ouvre là porte de la lanterne bouchée, ou du lieu quelconque, où elles fe trouvent enfermées , quand elles pâroiflent être fur le point de s’éteindre, on les voit prendre une nouvelle vie, un nouvel éclat, à mefure que l’air fe renouvelle. Que l’on mette une bougie allumée fous le récipient d’une machine pneumatique j cette bougie donne far flâmmé'Ordinaire ava'nf qii’on pompe l’air':' elle donne une flamme plus belle & moin^ éclatante , à mefure que l’air fe raréfie ellO s’éteint enfin , quand l’air eft prefque totalement extrait. Sous le même récipient, après la foùftraéHon de l’air j la poudre à canon, est-pofée au foyer d’une loupe ou d’un miroir ar^ dent , fe confirme fans bruit St fans éclat, $t; s’exhale en une épaifiV'fumée, dans laquelle on apperçoit à peine une petite flamme bleuâtre , qui n’eft due qu’à un foible refte d’airOx1-trêmement raréfié fous le récipient, ou plutôt ( comme le veut le favant Ben j. Robins, dans fes nouveaux Principes d’Artillerie ) à une production de nouvel air , par le développement de l’air fixe , contenu dans, la poudre à canon. Dans le vuide j le choc d’un briquet St d’une pierre à feu ne donne’ pOÎnt la même étirn-celle qu’en plein air.
- 111. Réfultat, de ces Obfervations & de ces* Expériences.
- Dé toutes ces obfervations St expériences A z
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- il réfui te ttianifeftement que l’air eft nêcejfaire à laproduclion & à l’entretien du feu & de 1$ flamme , de quelque manière que cela fe fafle ; foit qu’il en foit Amplement la caufe, (bit qu’il en devienne lui-même une partie. Il eft donc certain qu’aucun corps combuftible ne peut s’enflammer & fe confumer fans le concours de l’air; & que plus l’air agit librement ÔC fortement fur les corps enflammés ou embra-iés , plus il les fait brûler rapidement. De ce principe certain -, & dont perfonne ne peut douter, on tire cette conféquence générale , que les corps combuftibles, tels que le bois -, peuvent être long-tems expofés à l’aéHon du feu le plus violent dans des vafes clos ou ar-niés d’un enduit imperméable à l’air & incom-buftible, fans qu’ils s’enflamment & fe consument. Pénétrés d’un feu étranger, leur propre fubftance refte incombuftible & indeftruc-tible, tant que l’air extérieur ne s’infinue point avec le feu entre leurs parties conftituantes,
- IV. Expériences fur Vinflammabilité des corps,
- Pourfuivons les expériences, qui font le fondement des méthodes inventées pour prévenir les incendies. Le célèbre & favant Do&eur Haies, un des meilleurs Phylïciens que l’Angleterre ait produits, a remarqué, qu’en fai-fant un feu fur une planche pofée fi folidement fur une couche de fable, de terre, ou de mortier, que l’air ne pût point parvenir au côté de d «flous, cette planche fe charbonnoit, mais ne
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- s’enflammoit pas. La même chofe eft arrivée , lorfqu’il a fait un feu fous une planche fufpendue, quand le côté de deflus étoit aifez bien couvert de terre grade ou de mortier, pour empêcher toute tranfmiflion à l’air. Cet excellent Citoyen prévit dès lors le parti qu’on pourroit tirer de fes obfervations contre les ravages du feu , 8t fit des vœux pour qu’elles tombaffent entre les mains de quelqu’un qui les fît fru&ifier pour le bien de l’humanité (i). Rien ne s’enflamme plus facilement que les feuilles de papier : il m’eft fouvent arrivé , cependant, de prendre un livre relié 8t fermé 8t de le mettre ainfi au milieu d’un feu ardent. Ce corps très-combuf-tible 8t très - inflammable , quand l’air peut parvenir à chaque feuille , ne s’enflamma jamais 8t ne fe confuma que fort lentement ; de forte que j’ai trouvé l’intérieur du livre fans atteinte de feu après plufieurs heures qu’il y étoit refté. Qu’on prenne une balle de fufîl, ou un cylindre de plomb d’un demi pouce de diamètre, St qu’on l’enveloppe fortement de papier jufqu’â l’épaifleur d’un quart de pouce ; qu’on lie bien le tout avec un fil d’archal pour empêcher le rouleau de papier de fe défaire, & qu’on le mette au milieu d’un feu ; le plomb fe fondra avant que le papier s’enflamme ou fe confume, comme on le verra, fi on le retire è l’inftant que le plomb fe fond.
- ( i ) Je fuis obligé de citer de mémoire, n’ayant pu trouver dans ce moment les Ouvrages du Pofteur Haies.
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- V. Réfultat de ces Expériences, & Loix de l'Inflammabilité des Corps.
- Ces diverfes expériences prouvent qu un corps combuflible, quelqu’inflammable qu'il foit d'ailleurs j perd fon inflammabilité, non - feulement quand on en exclut tout nouvel air , mais auffi dès qu'on empêche efficacement une libre circulation à Vair par des courans , tant effiuens , qu'affiuens, qui peuvent traverfer, en l'une ou l'autre direction , le corps ou la partie du corps, qu'on expofe à l'acîion du feu. Le corps , ainfi expofé au feu, fe charbonnera 8t fe confumera peu-à-peu , mais n\; s’enflammera pas. Ceci eft le principe général, fur lequel font fondées toutes les nouvelles méthodes , qu’on vient, d’inventer en Angleterre , pour garantir les bâ-timens des ravages du feu. Tout ce qui bouche les pores d’un corps inflammable , de façon à le rendre imperméable à l’air, l’empêche par-là de s’enflammer, mais non point de fe char-bonner. C’eft la raifon pourquoi un bois , une toile, &c. fortement imprégnés de fels , foit marins, foit végétaux ou autres, qui ne font pas inflammables, & qui font expofés à l’action du feu , rie s’enflammeront pas jufqu’à ce que le feu ait confumé ou fait évaporer ces fels ; fi le corps fe confume par le feu, auffi vite que les fels dont il eft imprégné , il brûlera à-peu-près comme de l’aipadou, fi on en excepte le pétillement ddè1 fds',dans le f#u.
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- VI. Suite des Loix de la Combujlibilitê ù de VInflammabilité des Corps.
- La chofe étant évidente d’elle-même, il eft peu néceffaire de faire fouvenir ici qu'aucun corps combujlible ne brûlera , à moins qu'il n'y foit précédemment préparé par un degré de chaleur proportionné à fa majfe & à fa folidité.
- Ce principe joint à celui qui le précède immédiatement , donne la raifon pourquoi tout corps inflammable demande un tems pour s’enflammer, en raifon de fa maffe compa&e 8c de fa folidité combinées enfemble. Ainfi une planche de fapin s’enflammera bien plutôt qu’un bloc du même bois , quoique tous deux foient du même poids 8c dans le même feu; un morceau de bois poreux , plutôt qu’un autre de même grandeur , mais qui eft plus compa&e êt plus folide, & ainfi du refte* Il eft certain qu’un bois armé de manière à être imperméable à l’air, fi on l’expofq conf-tammentà l’a&ion du feu, s’y charbonnera r Sc fe confumera peu-à-peu, quoique plus ou. moins lentement, en raifon des obftacles, qui s’y trouvent à l’admiflion des courans affluens ÔC effluens d’air ; fi ces obftacles font tels , qu’ils les excluent abfolument, le feu parviendra bien à confumer entièrement le corps , mais il ne l’enflammera jamais. Cependant y toutes les expériences prouvent, que la difficulté de charbonner le bois augmente par tout ce qui empêche ou diminue fon inflammabilités
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- Ainfi, de deux pièces de bois parfaitement égales , l’une devient charbon beaucoup plutôt dans un feu ouvert 8c libre à l’air, que l’autre dans un four à charbon ; &. une pièce non armée , bien plutôt qu’une égale pièce, armée jufqu’à la rendre imperméable à l’air, quoique toutes deux foient dans le même feu.
- VIL Loix de la direction & de la communication de l'embrafement & de Vinflammation des corps : Obfervations qui les prouvent, .
- La dire&ion naturelle du mouvement dù feu étant de bas en haut perpendiculairement, fa plus grande 8t fa plus rapide communicar tion doit être dans la même direftion ( i ) ; il ne fe communique de haut en bas ou latéralement , qu’autant qu’un pur phlogiftique l’attire , ou que l’impulfion d’un courant d’air le jette dans cette dire&ion. Ces deux caufes agiflant dans tous les feux qui s’étendent latéralement , l’efpace brûlé s’approchera de la forme d’un triangle, moins aigu , en raifon que ces caufes font plus intenfes ,* 8t le fom-met de cet angle fera le point de commencement du feu.
- L’année 1754 ou 1755 , le feu prit fur le bord de la Baie de Bifcaie aux vaftes forêts de
- r ( 1 ) Dans tout ce que je dis dans ce Mémoire 3 je fus exception des matières grades > onétueufes> réü-neulês, & autres pareilles, qui font purement phlo-giftiques} ôc qui Ce confument entièrement.
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- fâpins, qui couvrent une partie des landes, fituées entre Bourdeaux & Bayonne. Ces forêts ont 15 ou 16 lieues d’étendue le long de la côte. Le vent fouffloit du côté de la mer ÔC pouffoit le feu au-dedans du pays direâement au-travers des bois. J’ai traverfé ce bois brûlé à 6 ou 7 lieues de diftance de la côte de mer où le feu avoit commencé ; je trouvai que le ravage à cette diftance s’étendoit déjà à deux bonnes lieues en largeur, 8t alloit en s’élârgiffant jufqu’à ce qu’il eût traverfé tout le bois : les bords de cette deftru&ion étoient divergens en ligne droite. Ceci eft entièrement conforme à ce qui a dû arriver fuivant le principe que je viens d’expofer. On le voit vérifié de même quand on met le feu à l’herbe fèche qui couvre les vaftes Savannes de l’Amérique , &c. ce feu traverfe tout un pays dans la direction du vent & par un efpace divergent, On en peut lire des exemples dans la Relation du Voyage du Capitaine James , à la Baie de Hudfon ; dans celui de M. Cook, pendant qu’il fit radouber &' racommoder fon vaif-feau dans la Rivière la Rêfolution en la’JVou-velle-Hollande, ÔC ailleurs ; car les exemples en font fréquens dans la defcription des pays fauvages.
- Si on met le feu au bas d’un grand pan de plancher , pofé perpendiculairement hors du vent, un efpace brûlera jufqu’en haut, mais le feu ne s’étendra guère d’un côté ou de l’autre plus qu’en bas, où il a été immédiatement appliqué. Les côtés de la brûlure feront ici
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- moins divergens que dans un feu foufflé hori-fontalementpar le vent dans des matières com-burtibles ; la raifon en eft évidente par le principe ci-deflus expofé.
- Qu’on place une table , une chaife ou autre meuble pareil, moitié dedans, moitié dehors d’un feu allumé à l’abri du vent, fur la terre ou autre fonds pareil, qui ne foit pas inflammable : la partie du corps qui eft dans le feu fera confumée , mais le feu ne fe communiquera guère au-delà de cette partie, ÔC en s’éteignant , il laiflera le refte inta&. Je n’avance ce fait que d’après les expériences que j’en ai vu faire.
- Le peu de principes phyfiques, que j’ai donnés jufqu’ici, & que j’ai tirés d’obfervations confiantes , fuflifent pour tout ce que j’aurai à dire dans le refte de ce Mémoire, qui n’aura d’autre fondement que ces mêmes principes, confirmés par des expériences.
- VIII. Nature de l'Incendie & de fa communication : Obfervations ifolèes à cet égard , qu'on a faites depuis long-tems, fans leur donner aucune fuite.
- Ce n’eft pas qu’aucune des obfervations ou expériences , que je viens de citer , foit nouvelle. On a remarqué de tout tems, que differentes méthodes de bâtir diverfes fiibftan-ces qu’on y employoit, étoient expofées plus ou moins aux ravages du feu. Dans des mai-fons, comme font celles de la plupart des
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- Bourgeois en Efpagne, où , au lieu, d’un plancher de bois dans les chambres, foit en bas , foit en haut, on en met un d’un efpèce de Stuc , on voit rarement des incendies.. Je ne me fouviens pas d’en avoir connu aucun dans des maifons de cette forte pendant tout le tems que j”ai demeuré dans ce pays-là. L’effet eft naturel ; il y a peu de boiferie ou de lambris de bois en Efpagne. La chaleur du climat les rendroit bientôt un réceptacle d’infeâes Sc de toutes fortes de vermine. Or, les planchers des chambres , fi on en excepte les folives , étant conftruits d’une matière incombuftible , il eft difficile qu’un pareil édifice fe brûle par accident, puifqu’il n’y a guère à brûler que les meubles, qui font, la plupart, en trop petit volume , pour que leurs flammes percent à travers une épaifle couche de Stuc, ôc atteignent l’étage au-deflus. Tout le monde fait que le bois, deftitué d’un fuc réfineiix, tel que le peuplier 8t autres bois blancs, s’enflamme difficilement, & ne fe brûle guère au-delà de l’endroit où le feu eft immédiatement appliqué. De-là , les Ouvriers & le peuple ont conclu que des planchers, faits de cette efpèce de bois, feroient un préfervatif contre les incendies. Ce n’eft que l’extrême moîleffe de ces fortes de bois & leur peu de durée, qui empêchent de s’en fervir. On a eu raifon dé conclure ainfi , quoiqu’on ait oublié ou ignoré peut - être la moitié de la caufe pourquoi ces planchers font un fi bon préfervatif contre un incendie. La véritable caufe eft que , fi les
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- planchers de deflus & de deflbus font incom-buftibles, le refte de la maifon ne court aucun rifque de brûler, à moins que le feu ne fe communique ailleurs par les portes 9 ôte. L’on peut dire généralement que tout ce qui s’ap-pellé incendie, commence par un plancher , que le feu brûle jufqu’à le percer, 8c par conséquent , qu’un plancher en flammes eft déjà un vrai incendie , û une maifon qui bruit.
- Etant allé voir ce qui méritoit attention dans l’Eglife des ci - devant Jéfuites d’Anvers ( en l’année 1766 ) l’on m’y fit remarquer les galeries , foutenues de colonnes , qui régnent autour de trois de fes côtés , 8c l’on m’aflura qu’elles étoient un refte de l’ancienne Eglife , qui fut brûlée par la foudre le 18 Juillet 1718. Comme ces galeries, par leur fituation 8t par leur conftru&ion , paroiffent autant ou plus expofées au feu , qu’aucune autre partie de l’Eglife, j’étois curieux de favoir à quoi attribuer leur confervation fi particulière , malgré la deftru&ion du refte du bâtiment. L’on me répondit fans héfiter, qu’on l’attribuoit à une épailfe couche de mortier qu’on avoit mife à leur première conftru&ion , immédiatement fous leur plancher, pour empêcher le bruit de ceux qui marchoient dans ces galeries , d’incommoder ou troubler ceux qui prioient au deflbus dans l’Eglife. Je ne doute point qu’on ne puiife raüémbler nombre d’autres exemples pareils à celui que je viens de citer* C’eft ainfi que les meilleures idées , 8c celles
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- qui font les plus fécondes en ulàges utiles à l’humanité, relient fans fuite, fans effet, 8c prefque fans fouvenir , jufqu’à ce que quelque heureux génie les combine, les généralife 8c en tire les conféquences les plus avantageufes. Alors, le monde s’étonne qu’on ait pu ignorer deschofes fi faciles 8c fi manifefles : encore eft-ce un bonheur , quand on n’en tire pas un motif pour méprifer ou pour déprimer le mérite de l’invention 8c l’honneur dû aux Inventeurs.
- Je paffe aux nouveaux moyens, qu’on a inventés depuis peu en ce^genre, dont la defcrip-tion 8c l’ufage font l’objet de ce Mémoire,
- IX» Caufes des nouvelles Recherches fur cet objet : Hijloire de celles qu’ont faites depuis plu-fieurs années, M. Hartley & autres Perfonnes.
- Il arrive peu de grands malheurs fans qu’ils n’occafîonnent quelques réflexions, ou quel-, que expérience utile contre de pareils à l’avenir. Les affreufes fuites de l’incendie, qui arriva au Théâtre d’Amfterdam en 1772, 8c de celui du Magafin Royal àPortfinouthen r 776, ont fait une telle fenfationpar toute l’Europe, qu’elles paroiffent avoir excité nombre de perfonnes en différents pays à rechercher les moyens préfervatifs contre de femblables dé-faftres à l’avenir. Je dois rendre- cependant cette juftice à M. Hartley , Membre du Parlement d’Angleterre, 8c Auteur de la Méthode de prévenir les Incendies par des plaques de
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- fer, de reconnoître qu’il s’eft occupé de cet objet depuis fa jeuneffe , par un attrait tout particulier, ôc qu’il avoit recherché 6c imaginé des moyens propres à cette fin, long tems avant les incendies, dont: je parle , 6c même avant que le Do&eur Haies eût publié les expériences que j’ai citées ci-dellus ( 1 ) , dont M. Hartley n’a eu connoiflance, que depuis qu’il avoit inventé 6c exécuté fa propre métho* de , comme il m’en a afiuré lui-même. C’étoit par ce goût décidé pour cet objet, qu’il alloit acheter au prix de 400 livres fterlings , le fe-cret propofé par un Allemand , pour empêcher la toile ÔC le bois de s’enflammer. M. Hartley montra à M. l’Abbé Needham, Directeur de l’Académie Impériale 6c Royale des Sciences ôc Belles - Lettres dé Bruxelles, les échantillons que l’Allemand lui avoit donnés. Ces morceaux de bois ÔC de toiles brûloient, mais lentement, 6c comme de l’étoupe ou de l’amadou , ôc ne s’enflammoient point avant que les fels ne fuffent évaporés ou détruits par le feu. M. Needham devina aufli-tôt le fecrèt, ôc découvrit à M. Hartley en quoi il conliftoit : il prépara du bois ÔC de la toile de la même manière, en les faifant cuire jufqu’à faturation dans une forte Ieflîve faite du fel des cendres de bois. Ceci empêcha M. Hartley de traiter davantage de l’achat du fecret qu’on lui avoit propofé. Dans la préparation de la toile ôc du bois dont je parle, tout autre fel, ou matière
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- non-inflammable 8c aufli peu combuftible que celui des cendres de bois, 8c qui auroit fait pareillement une efpèce d’enduit ou de croûte, qui bouchât les pores & couvrît ces fubftan-ces, auroit réufli également, pour en diminuer & pour en retarder l’inflammabilité Sc ia com-buftibilité, comme je l’ai remarqué plus haut
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- Malgré qu’il foit évident, que cet effet for le bois, Scc.ne peut durer que jufqu’à l’évaporation ou la deftruâion des fels, dont il eft imprégné par l’a&ion du feu, quelqu’un a été affe2 imprudent pour s’expofer à la rifée du public , tout récemment à Paris, en faifant conftruire une cabane de bois préparée de cette forte , prétendant qu’elle feroit incombuftible. L’effet & les huées du peuple affemblé l’ont convaincu de fon ignorance, Sc l’ont fait revenir très-vîte de fon erreur, comme les Gazettes viennent de le marquer.
- X. Hijloire de la nouvelle Méthode contre les Incendies 9 inventée par M. Hartley,
- M. Hartley, trop favant ôc trop judicieux, pourx s’arrêter à ce prétendu fecret, travailla afliduement à découvrir quelque chofe de plus efficace pour la même fin. Il imagina d’effayer l’effet des plaques très-minces de fer , clouées fous un plancher, Sc eut la fatisfa&ion de réuffir au-delà de fes efpérances. Sa méthode
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- eft* très-ingênieufe & très-nette, & peut être mife en ufage en beaucoup d’occafions, où il n’eft pas poffible de fe fervir d’aucune autre que je connoifle. En 1776 ( fi je ne me trompe, il obtint une Patente ou Oftroi exclufif pour la fabrique 8t vente des Plaques de fer. Il avoit déjà ( en 1774 ) publié fa méthode , & en avoit fait des expériences publiques , pour convaincre tout le monde de l’efficacité de fon invention. Il a fait conftruire , d’après fa méthode, fur Wimbledon Common, à deux ou trois lieues de Londres, une allez grande maifon à trois étages , pour y montrer fes expériences auffi fouvent qu’on le defireroit, & pour refter comme un monument des effets de fon invention. Tout auprès de cette maifon , la ville de Londres fait actuellement élever une colonne à l’honneur de M. Hartley, à qui elle a déjà donné le droit de Bourgeoifîe. Cette colonne portera une infcription à l’honneur de l’Inventeur & de l’invention de la méthode de préferver les édifices des ravages du feu. C’eft ici que M. Hartley s’eft rendu le 9 Décembre 1777, pour me montrer en grand fes expériences, après me les avoir fait voir en petit, quelques jours auparavant, à fa maifon en ville.
- Voici la fubftance des informations & inf-truâions qu’il m’a données de bouche, fans réferve, & des nombreufes expériences qu’il m’a montrées, tant en ville qu’à Wimbledon Common , le tout avec une franchife & une générofité, qui lui font infiniment honneur.
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- II à fait plus. Il s’eft offert de venir en perfoti* ne à Bruxelles, fi le Gouvernement croyoir. néceffaire d’en avoir quelques informations ultérieures. Les richeffes qu’il pofsède,le rang diftingué qu’il tient dans l’Etat, éloigneront tout foupçon d’aucun motif d’intérêt dans une offre fi généreufe.
- XI. Principes généraux, fur lefquels M.Hartley fonde fa méthode.
- M. Hartley pofe comme principe & fondement de fa méthode, qu’u/i plancher en flammes ejl une maifon en feu ; que fi on rend tous les planchers incombufiibles, ou feulement non-inflammables, on empêche efficacement que la maifon ne fe brûle, quoique les meubles & les boiferies prennent feu ( i ). Or, pour rendre les planchers non-inflammables,il a trouvé, après un très-grand nombre d’expériences, qu’il fuf-fit de mettre une couche de matière incom-buftible entre le plancher &L les folives qui le foutiennent. Ces expériences lui ont fait voir, qu’il eft beaucoup mieux de mettre cette couche de matière incombuftible au - deffous du plancher, & au-deffus des folives, c’eft-à-dire, entre les deux , que de la mettre au - deffous. des folives avec une couche de fable jufqu’au plancher , ce qui étoit fa première méthode. Outre que cette couche de fable devient une maffe trop lourde , il a trouvé, par fes expé*
- (i) Voyez ci-deffus N°. VIII,
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- riences, que la première méthode coupe 8C empêche plus efficacement que la fécondé, la communication du feu entre les folives Ôc le plancher. Car, fi on place la couche de matière incombuftible fous les folives , un feu par-defious le tout, aflez ardent pour charbon-ner les folives , comme il peut arriver , peut y produire un degré de chaleur aflez fort pour éclater en flammes dans les planches pofées immédiatement au-defliis fans aucune couche incombuftible entre-deux. Or, dans le cas contraire , quand la couche incombuftible eft entre les deux bois, la furface des folives fe charbonnera par un feu de defîous, & celle des planches par un feu de deflus, fans que ce feu puifle fe communiquer à l’oppofé, faute d’une libre circulation 8t tranfmiïfion d’air à travers la couche incombuftible , qui eft entre - deux. Ceci eft parfaitement conforme aux principes ci-deffus expofés ( i ).
- XII. Defcription des Plaques de fer de M, Hart-ley. Objections & Réponfes qu'on a faites fur leur ufage.
- Après avoir examiné nombre de différentes matières pour compofer la couche incombuftible , M. Hartley s’eft décidé à donner la préférence à des plaques très-minces de fer battu 8c réduit en lames très - déliées, de la même manière qu’on fait le fer-blanc ordinaire. Ces
- CO Nos. IV Sc V.
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- plaques font fi minces 8c fi déliées, qu’elles ne paffent guère l’épaifieur d’une feuille de bon papier à écrire. Il en faut deux ou trois pour faire l’épaifieur du fer-blanc ordinaire. Elles ont environ deux pieds en longueur 8c un pied 8c demi en largeur.
- On a obje&é contre ces plaques, qu’étant ex-pofées à un très-grand feu , elles pourraient fe fondre 8c donner par - là pleine tranfmiflion à l’air, 8c communication au feu : mais une expérience confiante fait voir , que le fer battu 8t laminé en plaques de cette forte, étant expofé long-tems au feu, fe calcine petit à petit, mais ne fe fond jamais.
- On a obje&é aufli que la rouille pourra les cribler 8c les confumer peu-à-peu. Pour obvier à cet inconvénient, qui pourroit avoir lieu , fi on ne prenoit quelque précaution, M. Hart-ley fait peindre à l’huile fes plaques , ce qui donne lieu de croire qu’elles dureront aufli long-tems que le plancher même. Indépendamment de ces précautions , les expériences de M. Hartley ont fait voir que quand il fe trouve des trous dans les plaques ( qu’on y avoit fait exprès pour en voir l’effet ) le feu , à la vérité, fe communique par ces ouvertures, 8c brûle à travers le bois , qui leur eft direâement op-pofé ; mais qu’il ne s’étend dans le plancher guère au-delà de la largeur de l’ouverture même par où il paffe ; 8c cela , tant à caufe que tout le refte du plancher à l’entour de cette ouverture, ayant un côté armé, devient par-là non-inflammable , qu’à caufe de la difficulté ,
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- qu’à le feu de s’étendre latéralement, fans êtré foufflé par un courant d’air, comme je l’ai fait voir plus haut ( i ). On a donc lieu d’être tranquille fur ces deux objections.
- Une troifième objection, qu?on a faite fur l’ufage des plaques de fer,pour armer les planchers , les efcaliers, Ôcc. contre le feu ; c’eft qu’on prétend qu’elles fomenteront une efpèce de moififiiïre fous les planches, qui contribuera à les faire pourrir par ce que les Anglois nomment Dry-rot, ou Pourriture sèche, faute d’une libre circulation à l’air Contre ce côté. Mais on peut douter fi ceci aura lieu, plus ou même autant que dans un plancher pofé au-deffus d’un plafond ou fur une couche de fable à terre ; Car les plaques n’entretiennent d’elles-mêmes aucune humidité. Au relie, aucun moyen humain, quelque parfait qu’il Ibit, n’ell fans imperfection 8t fans inconvénient.
- XIII. Détail de la Méthode dont fe fert M. Hartley, pour armer complètement toute une Maifon contre le feu.
- Voici ce qu’obferve M. Hartley dans la conf-truCtion de fes planchers armés. Sur les /olives déjà pofées on cloue les plaques de fer bien & également étendues, obfervant que les bords d’une plaque pafient toujours par delfus ou par defious les bords de celles qui la touchent ; en forte que les mêmes clous percent attachent deux bords enfemble. On couvre 4S>utes les folives & le fond entier de la cham-
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- bre de cette forte avec des plaques de fer , dont tous les bords paffent les uns fur les aur très, & qui font fermement cloués foit fur les folives, foit contre les planches, à mefure qu’on, les pofe l mais la première de ces méthodes eft beaucoup préférable, tant à caufe de la plus grande folidité des folives qui retiennent mieux les clous , qu’à caufe que leurs têtes, dans ce cas, font comprimées par le plancher, en forte qu’aucune chaleur ne peut les en retirer; ce qui pourrôit arriver s’ils étoient mis dans une partie du plancher exr pofée immédiatement à l’a&ion du feu. Les derniers bords de toutes les plaques de fer , qui viennent contre les murailles de la chamr bre , paffent par - deffus les folives , qu’elles couvrent, entièrement, de façon à pouvoir être clouées, ou autrement, fermement attachées contre les côtés & bouts defdites folives qui touchent les murailles de la chambre, de la même manière qu’on cloue une toile , ou une pièce, de peinture fur fon chaffis, auquel toute une couverture de plaques de fer,.ainfi clouées fur les folives d’une chambre , reffemble fort exa&ement. Cette feule comparaifon fait concevoir facilement toute la conftruâion, dans laquelle il n’y a ni fecret ni difficulté , (ion a feulement l’attention de couvrir, toute la /oli-vure d’une chambre auffi exa&ement 8t d’une manière auffi continue, que l’eft un chaffis par la toile qu’on va peindre» Immédiatement fur cette furface de plaques de fer , foit entièrement achevée} foit plutôt à mefure qu’on avau-
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- ce ; on pofe les planches, qu’on cloue de la manière ordinaire fur les folives ; mais avec cette attention particulière, qu’il faut river les pointes des clous dans les folives, pour empêcher l’a£Hon du feu de les en retirer en cas d’incendie. Pour le faire complettement, les ouvriers percent les folives avec un foret dans les endroits où paflent les pointes des clous, qu’ils rivent enfuite par quelques coups de marteau donnés fur un poinçon de groffeur à pafler par le trou du foret. S’il y a quelque myftère dans toute cette conftru&ion , il ne confifte , comme M. Hartley m’en alfura, que dans cette précaution de river ôt de rebrouf-fer folidement les pointes des clous»qui attachent les planches aux folives ; précaution ab-folument nécefiaire. Un plancher conftruit de cette forte, eft ce que M. Hartley appelle un plancher complettement armé contre le feu ; 8c pour que toute une maifon Je foit ainfi, il faut que tous fes planchers , depuis celui qui repofe fur la terre, jufqu’à celui fur lequel font clouées les ardoifes , où repofent les tuiles, 6cc. foient armés de la même manière 8t avec les mêmes précautions , ainfi que tous les efcaliers , eu égare à la différence de leur forme. Il faut une couche continue & complette des plaques de fer entre toutes les planches de l’efcalier les folives qui les foutiennent. Une porte eft armée de manière à couper efficacement toute communication du feu, quand on a mis des plaques de fer entre les doubles panneaux, plus minces qu’à l’ordinaire , & qu’on a cloué le
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- tout enfemble de façon qu’il ne faffe qu’une feule porte à triple couche.
- XIV. Dépenfes de la méthode de M. Hartley.
- Endroits où elle a été mife en exécution.
- Comme M. Hartley n’a jufqü’à préfent aucune fabrique à lui pour fes plaques de fer , les Fabricans font convenus enfemble de les lui faire payer à un prix peu modéré 9 ainfi qu’il m’en a afiuré. Sur le pied qu’elles fe vendent actuellement , la verge quarrée, com-plettement appliquée & clouée aux folives , revient à trois schellings fix fols, monnoie d’Angleterre ; de forte que 9 pieds ( de 1 z pouces ) quarrés, reviendroient à 41 fols courant de Brabant. Dans cette fomme l’on comprend le prix des plaques de fer livrées où l’on bâtit, celui des petits clous pour les attacher aux folives , celui de la main-d’œuvre qui les pofe. M. Hartley fuppofe que la dépende d’armer un plancher, s’il avoit les plaques à un prix raifonnable , diminueroit de près d’un tiers ; en conféquence , il fe propofe d’entreprendre des fabriques fans délai, pour arrêter le monopole des autres Fabricans.
- Le Gouvernement de la Grande - Bretagne a été tellement convaincu de l’utilité de fon invention , qu’il l’a chargé d’armer félon fa méthode, les Arfenaux 8c les Magafîns Royaux de Portfmouth , Plymouth, &c. ce qu’il a fait exécuter l’été dernier ( 1777 ) ( 1 ).
- ( 1 ) Il me paroît à propos de s’aflùrer , fi tant de couches continues de plaques de fer, quoique très-min-
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- Après avoir expofé aufli exa&ement qu’il m’eft poflîble toute la méthode de M. Hartley, je palTe au détail des expériences qu’il m’a fait voir 6c des effets que j’en ai vu résulter.
- XV. Détail des Expériences de M. Hartley.
- i°. Il pofa une quantité confidérable de. charbons de bois 6c de bois fec, mêlés enfem-ble, fur un plancher de fa maifon armée. Il les fit allumer 6c les laiffa brûler par un feu ardent pendant plus d’une heure 6c jufqu’à ce que tous les matérieaux fuffent embrafés. Il en fit alors emporter le brafier , 6c je reconnus non-feulement que le feu ne s’étoit pas étendu au-delà de l’endroit, où il avoit été pofé, mais aufli que la partie du plancher , qu’il avoit charbonnée, s’éteignit aufli - tôt que l’on eut emporté ce brafier. 11 n’y avoit en cet endroit que le plancher d’endommagé ; de forte qu’a-vec.le bout d’un bâton on le cafioit 6c on l’en-levoit jufqu’aux plaques de fer,,qui étoient au-deflous , 6c qui étoient reliées inta&es, ainfî que les folives qu’elles couvroient.
- z°. Pour montrer combien peu un feu hors du vent fe communique latéralement, M. Hartley plaça une chaife faite exprès de fapin fort léger 8c fort fec, moitié dans le feu , moitié dehors. La partie qui étoit dans le feu fe con-
- ces , n’auroient pas la propriété des conducteurs électriques j c’efl>à-dire, celle d’attirer la foudre dans un orage.
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- fuma entièrement jufqu’en haut r mais celle qui étoit dehors n’en fouffrit aucune atteinte , & quoique cette chaife fût d’une matière très-combuftible ÔC très-inflammable, le feu, dans fes parties horifontalement placées, s’éteignit peu-à-peu.
- 3°. Il fit fufpendre immédiatement fous le plancher de defliis une efpèce de cage de fer remplie de charbon 8c de bois fec, qu’il alluma 8c qu’il fit brûler avec un très - grand em-brafement contre le deflous du plancher armé de la chambre d’en - haut. Les folives contre lefquelles le feu agifloit avec violence, fe char-bonnèrent fans s’enflammer, 8c le feu , qui s’y étoit pris, s’éteignit bientôt après que celui, qui y étoit fufpendu dans la cage de fer, fe fut confumé. L’effet cfe ce feu ne fit que charbon-ner la folive à environ un demi-pouce d’épaif-feur : de forte qu’il eût fallu réitérer io ou iz fois la même épreuve, pour la confumer entièrement.
- Pendant le plus fort de ce feu , je montai plufieurs fois dans la chambre de deflus pour examiner l’effet qu’il y produifoit ; mais je ne pus m’appercevoir que d’une très-petite fumée, qui perçoit par les crevafles du plancher, 8C d’un peu de chaleur, en mettant la main fur les planches dire&ement au-deflus du feu : tel eft l’effet des plaques de fer, que non-feulement elles entrecoupent la communication du feu , mais aufli celle de la chaleur même.
- 4°. M. Hardey fit pofer du bois fec fur l’efcalier de /a maifon 8c contre la hoiferie ,
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- qui couvrûït la muraille eu cet endroit. Le feu & la flamme montèrent par l’efcalier & concentrèrent une chaleur exceffive fous le tort de la maifon , tant dans les galetas, qu’en haut de l’efcalier, où je me trouvai pour-lors. Ce feu produifit juftement le même effet fur l’ef-calier , qu’il avoit fait fur le plancher dans la première expérience, le cas étant le même. Mais la boiferie perpendiculaire s’enflamma & fe confuma jufqu’en haut, fans s’étendre( que très-peu ) latéralement à l’un ou à l’autre côté de la partie, où il avoit été appliqué ( i ).
- 5®. Il fit enfin un grand feu fous l’efcalier , qui brûla long-tems avec violence contre les folives 8t les plaques de fer mifes fous toutes les planches de fes degrés , fans autre effet que ce qui eft marqué dans la troifième expérience ; le cas étant ici pareil à celui - là.
- XVI. Vf âge de la méthode de M. Hartley pout armer les Portes, les Théâtres ù les Navires contre le feu.
- J’ai dit plus haut ( z ), d’après M. Hartley, que les portes, auffi - bien que les efcaliers & les planchers, peuvent être armés d’une couche de plaques de fer clouées entre de doubles panneaux, 8c qu’elles deviendront par-là incapables de s’enflammer , 8c empêcheront efficacement le feu dans une chambre armée, de
- ( 1 ) Voyez plus haut N°. VII. (z) À la fin du N°. XIII.
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- fe communiquer au - dehors. M. Hartley Ta fouvent effayé avec fuccès pendant fes expériences. Il a pofé un fimple écran , fait de fes plaques, contre la porte d’une chambre en plein embrafement, au point même d’avoir calciné les bords de l’écran, fans que le feu ait pu le traverfer ou trouver paffage par la porte.
- Comme on n’a point d’exemple que le feu ait pris dans une falle de fpe&acles , ailleurs que fur le Théâtre, M. Hartley a conclu qu’un double écran de plaques de fer ( affez grand pour fermer entièrement tout le devant du Théâtre à l’endroit, où on laiffe tomber le rideau, 8c qui feroit fait de manière à fe mouvoir en coulifl'e, 8c à fe joindre à l’inftant comme font les décorations ) empêcheroit ab-folument le feu de fe communiquer du Théâtre à la partie occupée par les Spe&ateurs, 8t donneroit à ceux-ci le tems de s’en aller auffi tranquillement 8c aufli à loifir, que fi tel accident n’étoit pas arrivé. C’eft tout ce qu’on peut defirer en pareilles circonftances. L’on peut , fans doute, plus ou moins armer le Théâtre, même contre le feu dans les endroits qui y font le plus expofés, quoique bien plus difficilement ( à caufe de fa conftru&ion 8c de fes ufages ) qu’une maifon ordinaire.
- Rien au monde n’eft plus terrible que l’incendie d’un Navire en pleine mer, 8crien n’in-téreffe plus l’humanité , que de trouver quelque moyen de prévenir un fi affreux malheur. Les principes que j’ai expofés dans ce Mémoi-
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- te ( i ) indiquent deux moyens, qui paroiflent très - convenables à cette fin. Le premier eft d’armer avec des plaques de fer, fuivant la méthode de M. Hartley , les planchers, les portes , les efcaliers, &c. où il y a quelque apparence que le feu puifle prendre , foit par négligence , foit par accident. Il faut le faire à bien plus forte raifon dans les magafins de poudre & d’autres combuftibles, dans les cui-fines, &c. Le fécond moyen eft, que toutes les portes, toutes les écoutilles , ôte. foient faites avec tant de jufteffe , qu’en fermant ( à l’inftant qu’on s’apperçoit d’un Incendie dans le Navire ) toutes celles qui entourent l’endroit où il éclate, on parvienne à diminuer tellement la circulation ôt le renouvellement d’air néceffaire à l’entretien du feu, qu’il s’éteigne de lui-même. Dans ces terribles momens , il faut bien réprimer la dangereufe curiofité d’ouvrir une porte, pour voir ce qui fe pafie au-dedans : une flamme éteinte peut fe reproduire en Un inftant avec plus de fureur qu’aupara-vant, par une telle acceffion de nouvel air.
- Dans tous les cas dont j’ai parlé dans ce Paragraphe , la méthode de M. Hartley eft unique, ÔC elle aura non-feulement la préférence, mais aufli le mérite de pouvoir fervir dans ces cas exclufîvement à tous les autres.
- ( I ) Aux Numéros I, H, III, IY & Y,
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- XVil. Hijloire de la Méthode inventée par Milord Mahon, contre les Incendies.
- Le 4 Décembre 1777 , je me rendis auprès de Milord Vicomte Mahon au Château du Comte de Stanhope, fon pere, à Chevening , dans la province de Kent, pour obtenir des informations fur la méthode que ce Seigneur vient d’inventer pour garantir les bâtimens des lavages du feu , ÔC pour en voir les expériences dans la maifon , qu’il y a fait conftruire , fuivant fa méthode ÔC pour cette fin. Ce jeune feigneur, fàvorifé d’heureufes difpofitions ÔC des fentimens les plus nobles, ôc doué d’ailleurs d’une multitude de connoiffances les plus profondes ôc les plus utiles, me communiqua, iàns réferve, toute fa méthode, ôc me fit voir fes expériences avec une franchife ÔC une gé-nérofité, qui font honneur à fon rang ÔC à fon illuftre naiflance.
- Après l’heureufe réuflîte des expériences de M.Hartlèy, Milord Mahon a cru qu’on pour-roit trouver quelqu’autre méthode de conftruire une maifon incombuftible , qui fût moins coûteufe que celle où l’on emploie tant de plaques de fer , quelque minces qu’elles foient. Faifant réflexion que le mortier ordinaire étoit une lùbftance incombuftible , il fe mit à rechercher les moyens de pouvoir en placer une couche, foit fous les planchers , foit derrière les boiferies, foit fur les cloifons, qui font quelquefois les féparations des chambres, de
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- telle manière , que cette couche refiât immobile , & réfiftât à toute l’adion du feu pour la faire tomber.
- Principes y fur lefqueis cette Méthode ejl fondée.
- Nous avons vu plus haut ( i ) que toute fubftance quelconque , qui, étant appliquée, contre le bois, empêche l’air de le traverfer par des courans affluens & effluens , l’empêche en même-tems de s’enflammer , quoiqu’il fe charbonne , étant expofé à l’aétion du feu.
- Ce principe, d’ou Milord Mahon eft parti, eft général, 8c c’eft le fondement commun de toutes les méthodes qu’on a inventées, ou qu’on inventera , pour prévenir les Incendies ; à moins qu’on ne vienne à découvrir quelque moyen de conftruire des édifices entièrement de matières incombuftibles.
- Les principes particuliers fur lefqueis Milord Mahon conftruit fes maifons, font les fuivans.
- i°. Que le bois nud ne touche jamais le bois nud, à moins que leur contaâ ne foit allez parfait pour exclure tout paflage & tranf-million à l’air entre-deux ; car alors , cette jointure ne diffère point de la continuité.
- 2°. Que tout le bois d’un édifice entier, foit, pour autant qu’il eft pofîibîe, enduit d’une couche de mortier, de forte qu’il foit dans une efpèce de lit ou de moule de mortier.
- ( i ) N°. V.
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- Ceft dans l’exaâe ôc confiante obfervatioti de ces deux principes, que confifte toute là méthode inventée par Milord Mahon. On voit qu’elle eft entièrement analogue à celle 4e M. Hartley ; ne différant guère qu’en ce que l’un met une couche de mortier , & l’autre pofe des plaques de fer,
- XIX. Compofition du Mortier dont fe fert Milord Mahon.
- Le mortier dont fe fert Milord Mahon pour cette fin, eft compofé d’un boiffeau de gros fable, de l’efpèce dont on fe fert pour le mortier ordinaire, contre deux boiffeaux de chaux, & trois boiffeaux de foin haché en brins d’environ la longueur du doigt. Ces matériaux que l’on délaye dans une quantité fuffifante d’eau de pluie pour leur donner une confiftance molle 8c tenace, ne faurôient être trop bien mêlés & travaillés enfembie. L’on doit fe fervir de ce mortier immédiatement après l’avoir travaillé , 8c pendant qu’il eft dans toute fon humidité.
- Le crin ferviroit auffi-bien ou mieux pour cette fin, que le foin , 8c Milord ne fe fert du foin qu’uniquemenr en vue de diminuer la dépenfe. Mais le foin eft préférable, à tous égards, à la paille, que fa fragilité & l’ou* verture de fes tuyaux rendent peu propre à cet ufage.
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- XX. Détail de la Méthode de Milord Mahon , pour armer les Planchers.
- Voici le détail de la méthode dont il Ce fer$ dans la conftru&ion de Tes bâtimens.
- i°. On prend des lattes ordinaires d’environ un demi-pouce d’épaifleur , que l’on cloué fortement contre les deux côtés de toute les folives, enduits d’une légère couche de mortier ; en forte que le côté de deflus de la latte foit d’un poüee Ôc demi plus bas, que Je côté de deflus la folive. Il eft eflentiel qu’il y ait une couche de mortier entre les lattes ôc les folives, qui remplifle toutes les crevafles, ôc empêche toute tranfmiffion à l’air , pour les raifons données plus haut ( i ). Il l’eft autant, ôc pour la même raifon, qu’il y en ait une fur le côté de deflus de la latte , ôc contre le côté de la folive jufqu’en haut.
- 2°. L’on prend d’autres lattes plus minces, favoir, de deux ou trois lignes d’épaifleur feulement , ÔC on les coupe en morceaux de Ion* gueur à traverfer l’efpace entre deux folives , moins deux ou trois lignes : on pofe ces morceaux de lattes tranfverfalement entre ies folives, en enfonçant leurs bouts dans la couche de mortier , qui couvre le côté de deflus des lattes clouées aux folives ; faifant attention qu’il relie une couche de mortier entre les côtés ôc
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- ( i ) N°. XYIT.
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- les bouts des lattes , 6c entre les bouts des, petites lattes 6c les côtés des folives, toujours par la même raifon de couper tout paffage à l’air.
- 3°. Sur cette efpèce de couche ou de petit plancher de lattes pofées à un quart de pouce de diftance les unes des autres, on met une couche de mortier.
- Si c’eft un plancher pofé fur terre, ou qui ne Toit pas expofé au feu par-deffous, on fait cette couche affez épaiffe pour être de niveau avec le deffus des folives, 8c on la laiffe fécher. C’eft ce que Milord Mahon appelle une fim-pie armure, dont il ne Ce fert guères que dans le cas que je viens d’îndiquer, ne la croyant pas affez forte ni affez folide pour réfifter à une grande a&ion du feu.
- Pour conftruire ce qu’il nomme une double armure , il ne fait cette couche de mortier que d’un demi-pouce d’épaiffeur.
- 4°. Puis il prend d’autres morceaux des mêmes petites lattes , de longueur comme auparavant, 8c il les pofe tranft/erfalement entre les folives, 8c les enfonce , par un petit mouvement latéral, dans la couche de mortier tout humide , avec les mêmes précautions, pour ôter toute crevaffe 6c paffage à Pair, qu’on a marquées à l’égard du premier rang, obfervant fcrupuleufement qu’il y ait une couche complette de mortier entre les bouts des petites lattes 8c les côtés des folives.
- 5°. Sur ce rang de lattes, pofées ainfi â -côté, mais un peu plus éloignées les unes des
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- autres , que dans le premier rang, il met Une fécondé couche de mortier, d’épaifleur fuffi-fante pour la rendre exactement de niveau avec le deflus des folives.
- Cette double couche de lattes St de mortier, fait ainfi une malle folide, impénétrable à l’air, d’un pouce St demi d’épaifleur , St de niveau en haut avec le deflus des folives. On la laifle fécher entièrement avant que de la toucher de nouveau ; ce qui fe fait dans la belle faifon , en huit ou dix jours de tems.
- 6°. Quand elle eft tout-à-fait féche, on y jette du fable à mortier ordinaire ; St on prend une règle faite exprès, aflez longue pour tra-verfer l’efpace de deux folives, St dont le côté de deflous eft un peu courbe St concave. L’on pafle cette règle tout au long des folives, afin d’ôter tout le fuperflu du fable , St de laitier le refte dans une couche régulière , qui eft un peu plus élevée au milieu de l’efpace entre deux folives , qu’à leurs côtés. Le deflus des folives mêmes refte ainfi dégarni de fable.
- 7°. Immédiatement fur tout ceci, on pofe les planches, en les travaillant tellement, par un mouvement horifontal, que le fable foit forcé de s’enfoncer dans toutes les crevafles ou interftices, tant de la couche de mortier que des folives, St des planches mêmes, de manière à boucher tous les paflages, Si d’empêcher entièrement toute tranfmiflion St circulation d’air par le plancher.
- 8°. Les plafonds dont on couvre enfui te la falivure des planchers des chambres hautes,
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- cachent entièrement toute cette couche d’ar* mure contre le feu.
- XXL Méthode de Milord Mahon, pour armer les pans & les féparations.
- Les cloifons de bois qui font les féparations des chambres d’un même étage , 8t les mai-fons entières , qui ne font conftruites que de bois, ont befoln d’être armées de cette forte fur toutes leurs faces , pour devenir incombustibles. La feule différence qu’il y ait, c’eft que les couches d’armure , qui font horifon-talement placées dans un plancher, deviennent perpendiculaires dans un pan de féparation ; tout le relie eft fait de meme, que l’armure foit (impie ou double : mais cette différence de pplition ne fait aucune difficulté, fi le mortier eft d’une confiftence propre 8c auffi tenace qu’il doit l’être. Quand tout eft fec, on plafonne tous les pans à la manière ordinaire , SC l’ouvrage eft fini.
- Pour rendre un Bâtiment de bois incom-buftible tant au-dehors qu’au-dedans, il fau-droit armer toutes fes faces extérieures, 8c les toits mêmes, de la manière qu’on fait les pans intérieurs. Ceci pourrait fervir pour le moment ; mais il faut fe fouvenir qu’aucun mortier , de Tefpèce dont nous parlons ici, n’eft en état de réfifter aux pluies & aux gelées.
- XXII. Sa méthode pour armer les Efcaliers.
- L’armure d’un Efcalier, fuivant la méthode
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- de Milord Mahon, n’eft qu’un compofé dé fon armure horifontale des planchers, St de la perpendiculaire des pans de réparation. Comme un Efcalier eft une des parties de toute la maifon, la plus expofée aux ravages du feu , fon armure doit être toujours double, St faite avec une attention toute particulière. Milord Mahon, pour m’inftruire plus com-plettement, a eu la complaifance de me faire un deflin de la fe£ion d’un de fes Efcaliers armés, St je me ferai un devoir de le copier ici, d’autant plus qu’il donnera une idée des deux armures, horifontale St perpendiculaire, combinées enfemble dans le même Ouvrage.
- Dans cette figure, PI. i , A. B. repréfen-tent le profil d’une partie de folive de l’Efca-lier : CD, CD, Stc. font des ferions des planches, qui couvrent les degrés ou marches de l’Efcalier, m , m, Stc. repréfentent les lattes clouées contre la folive, avec une légère couche de mortier entre-deux, n , n, Stc. repréfentent les bouts du premier rang des petites lattes tranfverfales entre deux folives. L’efpace marqué o , o , Stc. eft la première couche de mortier d’un demi-pouce d’épaif-feur. p , p , Stc. font les bouts du fécond rang des petites lattes tranfverfales. L’efpace q, q, Stc. eft la fécondé couche de mortier couverte de fable, qui remplit folidement St fans vuide tout l’efpace jufqu’aux planches qui couvrent l’Efcalier. Il me fembble que la chofe eft trop claire , pour demander aucune explication ultérieure.
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- XXIII. Hiftoire des Expériences faites par Milord Mahon, fur fa méthode d'armer les
- Bâtimens contre le feu.
- L’Eté dernier, Milord Mahon fit conftruire une maifon de bois, d’environ 30 pieds de long fur 18 ou 2.0 de large. Elles eft divifée en deux places , dont l’une eft beaucoup plus grande que l’autre. Dans la petite , eft l’efca-lier, par où l’on monte dans le galetas qui règne fur le tout. Toutes les parties de cette maifon , tant en dedans qu’èn dehors, font doublement armées , fuivant la méthode ci-deflus décrite. Les planchers de deffous 8c de deflus; les pans de féparation , & les murailles en dedans 8c en dehors ; le toit par-def-fous, 8c par deflus en dehors ; l’efcalier , tout le bois de la maifon enfin, étoient enveloppés comme dans un moule de mortier fec 8c également plafonné. Il fit remplir la plus grande des deux places d’en bas , ( & ce qui fait au moins les trois quarts de l’étage ) de plu=-fieurs centaines de fagots , c’eft-à-dire, d’autant qu’on en pouvoit mettre entre plancher 8c plancher, 8c y mit le feu en préfence de plus de 2000 perfonnes, dont plufieurs étoient gens de la première diftinéfion. Le feu y étoit fi ardent , qu’il fondit les vitres des fenêtres (1^. Les flammes qui en fortoient, ainfi que par les portes , montoient jufqu’à 70 pieds de
- ( 1 ] Milord Mahon m’en a donné des morceaux pOur les emporter avec moi en témoignage du fait.
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- hauteur. Pendant ce furieux Incendie, dans 3a plus grande partie de la maifon, la petite place à côté de la grande où étoit le feu , l’ef-calier , le galetas au deffus du tout, étoient fi peu incommodés du feu 8c de la fumée, qu’on fe mettoit dans ce dernier endroit ( le galetas ) pour prendre une collation à la glace. 11 s’en falloit tant que ce violent feu détruisît la maifon , que je l’ai vue moi-même , fix femaines après , très - entière dans toutes fes parties, celles là feules exceptées qu’on avoit caffées exprès pour voir l’effet du feu fur le bois de eonftru&ion 6c de l’armure fous les couches de mortier. Cet effet étoit fimple 6t uniforme : toutes les pièces de bois les plus près de la fur-face du mortier , contre lequel le feu agiffoit immédiatement , étoient charbonnées ; celles qui étoient plus enfoncées fous le mortier, ne furent aucunement endommagées.
- Pour me fatisfaire pleinement fur cette expérience, Milord Mahon fit remplir de fagots la petite chambre où eft l’efcaiier, jufqu’au plancher de deffus, ainfi que le deffus 6t le deffous de l’efcaiier. 11 alluma ces fagots en ma préfence , 6t je les vis fe confumer par des flammes, qui montoient par l’efcaiier 6t le galetas, 6c fortoient par une fenêtre à près de 30 pieds d’élévation. Le feu dans la chambre même étoit fi ardent, qu’on ne pouvoit fe tenir que fort loin de la porte. Les flammes en tourbillons fe edurboient contre le plancher de deffus, comme elles font dans un four. A mefure que les fagots fe confumèrent ,4les flam-
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- mes cefsèrent ; de forte qu’à la fin , il ne ref-toit de feu , que dans les charbons des fagots , & dans les parties des bois du plancher 8t de l’efcalier, qui n’étoient pas couvertes de mortier, 8c par-là, immédiatement expofées à l’aéfion du feu : mais ces parties mêmes n’étoient que charbonnées, & le feu, qui y étoit, s’éteignit bientôt après. Entre toutes ces parties , celles où le feu avoit le plus de prife y étoient les girons ou marches de l’efcalier, marquées dans la figure i, par les lettres r. r. 8ce. la raifon en eft évidente.
- XXIV. Jugement de VAuteur fur la Méthode de Milord Mahon.
- Sans déprimer en aucune manière l’élégante méthode de M. Hartley ( qui aura toujours fes avantages, même exclufifs en nombre de cas), il me paroît que celle de Milord Mahon eft de nature a devenir d’un ufage plus général. Les matériaux , qui y font néceflaires, fe trouvent par - tout où il fe trouve des mai-fons. La conftru&ion de cette forte d^armure, eft fi facile , qu’elle eft à la portée de l’ouvrier le plus ordinaire, capable d’attention à ce qu’il fait. La dépenfe d’une double armure de planchers ( qui eft tout ce qu’il faut dans des maifons dont les murailles ne font pas de bois) ne peut augmenter celle de la bâtifle entière de plus d’un demi par cent.
- Outre cet avantage, cette efpèce d’armure fous les planchers, contribue beaucoup à la
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- chaleur des chambres, en empêchant tout-à-fait la tr^nfmiflîon 8t la circulation de l’air par les jointures 8t les fentes des planches. Elle diminue beaucoup auffi le bruit fi incommode de ceux qui marchent ou travaillent dans les chambres de deflus. Enfin, par cette manière de conftru&ion ( où les planches font pofées , autant qu’il eft pofiîble fans vuide , fur une couche de fable & de mortier très - fec ) las bois des planchers feront peu fujets à fe pourrir , parce que les deux grandes caufes de toute putréfa&ion ( l’air 8t l’humidité ) en font éloignées.
- XXV. Caufes qui ont fait compofer ce Mémoire. Motifs qui ont engagé l'Auteur à lui donner Informe qu’il a.
- Une bienfaifance éclairée , le zèle pour le bien de l’Etat & de l’humanité eo„général, déterminèrent Son Altefle le Miniftre Plénipotentiaire , Prince de Stahremberg, à m’envoyer en Angleterre pour prendre les informations 8t voir les expériences relatives à cet objet intérefiant. Si je ne me trompe, je crois avoir donné dans ce Mémoire une defcription exacte des méthodes inventées pour prévenir les Incendies. J’ai penfé que mon Ouvrage feroit plus complet 8c plus lumineux , en faifant précéder le détail de ces méthodes d’une expofi-tion fuccinte des Principes phyfïques de la combuftibilité des corps en général , 8t des loix de l’inflammabilité 8c de l’embrafement
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- des corps folides, qui ne font pas purement phlogiftiques; puifque ces principes 6c ces loix fervent de fondement 6c d’appui à toutes les méthodes déjà inventées , ou qu’on pourroit inventer à l’avenir , pour garantir les édifices des ravages du feu.
- Je dis méthodes qu'on pourroit inventer ; car je ne crois nullement impoffible , ni même difficile de trouver d’autres fubftances incom-buftibles, outre celles, dont fe. fervent M. Hartley 6c Milord Mahon, qui étant appliquées aux bâtimens par des méthodes à-peu-près femblables aux leurs, ne réufsîfient également à prévenir les incendies. Mais j’ai été envoyé pour obferver 5t pour décrire, 6t non pour inventer. Il me paroît auffi que les deux méthodes font fi parfaites , chacune en fon genre , 6c que, prifes enfemble, elles peuvent tellement être appliquées à tous les cas poffibles , qu’il n’eft guères néceflaire de pouffer plus loin les recherches fur cet objet. Si je me fuis trompé en rapportant quelques-unes des expériences ou des faits que j’ai cités dans ce Mémoire ( car je n’ai pas été à portée de tout voir 6c de tout répéter par moi-même ), je protefte que mon erreur eft involontaire , 6c que je la révoquerai, auffi - tôt qu’elle me fera connue. Qu’il me foit permis à préfent, 6c avant que de finir cet Ecrit, de dire quelques mots fur l’utilité qui peut réfulter de ces méthodes de prévenir les Incendies , 6c fur la convenance, pour ne pas dire la néceffité, qu’il y a, qu’elles foient généralement connues ôc pratiquées.
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- XXVI. Utilité générale de ces précautions contre les Incendies, tant pour VEtat que pour les Particuliers. Réponfes aux objections qu’on pourroit y faire.
- Si les Incendies étoient aufli rares que les tremblemens de terre , par exemple, le font dans ce Pays , & qu’ils n’y fiffent pas plus de dégât, il paroîtroit- affez inutile de prendre tant de précautions pour s’en garantir. Mais quand on confïdère combien on y eft expofé à tous les momens de la vie, foit par accident , foit par négligence , tout homme rai-fonnable , en s’étonnant qu’ils n’arrivent pas plus fréquemment , 8c avec des dégâts plus terribles, qu’on ne voit ordinairement , fe per-fuadera facilement qu’on ne fauroit prendre affez, ni de trop grandes précautions pour les prévenir. Il y a, m’a-t-on obje&é, des Bureaux d’Affurance, où l’on peut affurer fa maifon 8t fes effets à moindre frais , qu’on armera fes planchers contre le feu. Quoi î parce que j’ai afluré ma maifon & mes effets ; me fouciant peu du feu, verrai-je, fans émotion, brûler les maifons êc les effets de mes voifins, qui n’au-roient pas pris les mêmes précautions \ D’ailleurs , quand même l’affurance contre le feu feroit d’un ufage aufli répandu 8c auflî général qu’il l’eft peu chez la plupart des nations, les précautions contre les Incendies n’en feroient pas plus à négliger , puifqu’il y a une infinité de chofes d’une nature incapable d’affurance.
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- En effet, comme rien n’eftplus ordinaire,.dans les affreux momens d’un Incendie fubit ^imprévu , que de devoir fe jetter par les fenêtres, ou de fe laiffer brûler avec fa maifon , ou d’être écrafé par fa chûte, comment aflurer notre propre vie 6c. celle des perfônnes qui ne nous eft peut être pas'moins chère? Comment aflurer les Chartres originales, les titres de nos biens 6c de nos familles, les manufcrits uniques , 6cc. 6c tous ceux de nos voifins , qui peuvent être confumës ou perdus par notre faute ? Comment aflurer les cruelles fouffran-ces des familles infortunées errantes, fansàfy-le 6c fans reflource, après la dévaluation des villes 6c des bourgs? je conclus donc, fans déprimer en aucune manière le bien qui ré-fulte des Bureaux d’Aflurance , que les Incendies font un mal encore plus préjudiciable à l’Etat, qu’il ne l’eft aux Particuliers ; 6t qu’une loi générale, qui obligeât tout le monde à fe prémunir contre les Incendies, ( par des méthodes, qui feroient approuvées 6c indiquées dans tous les nouveaux bâtimens que l’on fe-roit à l’avenir ,. 6c dans le renouvellement des planchers, 6cc. des maifons déjà conftruites ), ne pourroit être regardée , que comme un trait de la fagelfe, de la bienveillance 6c de la vigilance du Souverain, pour le bien général de fes Sujets. Tout ce que le Public pourroit raifonnablement prétendre dans ce cas, feroit qu’on le convainquît par des expériences de l’efficacité des méthodes propofées pour cette fin.
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- XXVII. Vhonneur dû aux Inventeurs, à cauf& de Vutilité de leurs méthodes pour toutesÂes Nations.
- Quand on fe figure combien de Nations ne bâtiflent quafi qu’avec du bois, comme il eft d’ufage de le faire dans prefque tout le Nord l’Orient, dans la Norvège , la Suède , la Lithuanie ( i ), .la Rufiie , la Turquie , ÔCc , &c. ; 8c que l’on confidère quel bien immenlè pour l’humanité peut réfulter de l’exécution de ces moyens, pour prévenir les Incendies , fur-tout de celui de Milord Mahon , dont les matériaux 8c la méthode font à la portée de tout le monde. Quand on réfléchit fur tous les avantages que peut rapporter à la Marine 8c au Commerce de toutes les Nations l’exafte obfervation de la méthode de M. Hartley , je penfe qu’on n’héfitera pas à déclarer , que ces illultres Anglois méritent par leurs inventions, non-feulement la reconnoiflance de leurs Concitoyens 5c de leur fiécle , mais auffi de toutes, les Nations 51 de la poftérité.
- ( i )_La Pologne , la Hongrie, &c. font auffi plus ou moins dans le même cas.
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- Remarques d’un Correfpondant de Milord Mahon.
- Le s deux méthodes dont on vient de lire la defcription ; me paroiffent fupérieures dans la plupart des cas, à celles des enduits ou revêtemens extérieurs , auxquels on s’étoit principalement attaché avant ces Meilleurs.
- Mais , il y a certainement quelque cas aufll, où l’on feroit bien aife de connoître d’autres méthodes. Si, par exemple , il s’agit de pré-ferver des édifices tout faits ; plufieurs Propriétaires, aimeront mieux employer, quelque moyen extérieur ; un peu moins efficace, on un peu plus difpendieux'en foi, que ne feroit un moyen intérieur ; qu’on ne pourroit y introduire , fans enlever une partie des boifages, pour les replacer enfuite. Et il peut auflï fe trouver bien des gens ; qui regarderont comme un dommage confidérable , que ces boifages fuflent réduits en charbon ; tandis qu’on auroit pû les préferver de ce fâcheux changement d’état, au moyen de quelque couche ou enveloppe incombuftible , moins chere que n’eft le plâtre des plafonds.
- Il feroit donc à fouhaiter; qu’on put joindre à ce Mémoire , la defcription des autres Pré-fervatifs qui ontréuffi jufqu’à un certain point. Mais, faute de loifir & de facilités pour com-pofer un petit Supplément : nous allons au
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- moins indiquer en abrégé ; les fources où l’on pourroit puifer pour connoître quelques-uns de ces Préfervatifs.
- Dès l’année 1756 ; Mr. Jean Frédéric Glaser , publia à Dresde ôc Leipfic, en 16 feuilles 1/1-4®. des Moyens de fauver les effets dans les Incendies , .d’en arrêter le ravage, Ù d’en préferver les maifons. Son enduit étoit d’alun ÔC de colle , de l’épaiflèur de demi ligne ; ÔC il faifoit fentir l’imperfe&ion d’un certain Vernis publié à Berlin.
- Long-tems après ; il remporta un Prix pro-pofé'par l’Académie de Goettingue fur la Quef-tion : Comment le bois à bâtir peut être mis à l'épreuve du feu , par des moyens peu coûteux. Cette Differtation fut d’abord imprimée ; ôc on la réimprima à Leipfic en 1775 ; avec des çorre&ions, additions ôc édairciflemens. On y voit fur-tout, lefuccès d’une expérience faite près de Sukla ( en préfence d’un grand nombre .de fpe&ateurs , 6c aux frais des Sociétés économiques de Saxe 6t de Hambourg ) fur trois maifons de bois ; dont deux, qui avoient été enduites du Vernis de Mr. Glaser , ont échappé aux flammes ; pendant que la troifie-me a été embrafée. Ce Vernis cependant, n’é-toit qu’un mélange de terre grade 6c de colle de farine ; qu’on avoit appliqué fur le bois , après l’avoir rendu raboteux 6t l’avoir mouillé: 6c l’on n’en mettoit feulement qu’à Fépaifleur d’un gros papier. Il femble, qu’on auroit pu le rendre plus épais, ( ÔC par conféquent plus sûr ), fans prefque augmenter la dépenfe :
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- favoir ; en ne mêlant de la colle, que dans une première couche ; 8t en aidant le tout à fe îoutenir,au moyen de quelques mauvais clous.
- Plufieurs fages confeils accompagnent ce moyen principal : tels que font des Bouchers ; à l’aide defquels on peut s’approcher pendant quelques inftans des lieux embraies d’où l’on veut retirer quelque objet précieux. De forte qu’il feroit fort à fouhaiter, qu’on traduisît ôC qu’on répandît cet ouvrage.
- Mais ; afin de mettre chaque particulier à portée, de choifir ce qui copviçnt le mieux à fon bâtiment: il faudroit joindre à cette Traduction , l’Expofé du nouvel enduit imaginé par Mr. Hertzberg ( premier Receveur de la Si-léfie ), pour mettre les toits de bois à l’abri des Incendies. On dit; que ce font plufieurs couches différemment compofées ; 8c que fon Inventeur, l’a fournis avec fuccès à plufieurs épreuves.
- On pourroit y joindre, la Machine inventée par Mr. Bookson à Lille ; pour préferver des Incendies toute efpèce de boiferie.
- Et fur-tout il ne faudroit pas négliger ; de fe procurer le détail des moyens employés récemment 8t itérativement à Vienne par Mr. Du Brequin , en préfence de l’affemblée la plus nombreufe 8c avec le plus grand fuccès ( voyez la Gazette de France du 14 Septembre 1778 ) ; afin d’en enrichir le Recueil, dont je defîrerois vivement que quelque ami de l’humanité fît part au Public.
- Enfin, cette Colleâion intéreflânte, ne pour-
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- roit efoe mieux terminée;que par les Pièces qui auront été couronnées à la Société patriotique de Stockholm ; fur la Queftion qu’elle propofa, avec un Prix , dans l’année 1776 , en ces termes : Trouver une Méthode de bâtir ; propre à défendre les édifices, des ravages du Feu, avec les moyens les plus promts & les plus sûrs, d’arrêter les progrès des Incendies.
- Oferai-je hafarder à mon tour, quelques petites réflexions fur cet important fujet ; avec la défiance convenable à un homme qui n’a point d’expériences «perfonnelles à offrir au Public ?
- Quoique le bois imbu ou enduit d’alun ; ait cédé à la violence du feu , dans quelques épreuves, fans-doute mal faites : il ne faut pas cependant défefpérer entièrement, d’en obtenir un meilleur fuccès, par de meilleures manipulations : puifque l’on a aufli quelques exemples d’un tel fuccès ; tel qu’efi: celui que rapporte Aulugelle , dans le premier Chapitre de fon Livre XV : 8c puifque les Anciens en faifoient ufage, pour garantir leurs machines de guerre; au rapport d’AMMiEN-MARCELLiN, dans le dernier Chapitre de fon Livre XX.
- Ôn ne peut guères fe refufer à croire ce que rapporte Vitruve ( Liv. Il, chap. 9 ) fur un bois naturellement incombuftible; qui étoit commun de fon tems dans les Alpes voifines du Pô; mais dont le nom , attribué de nos jours à un arbre fort combuftible , a fait naître des doutes fur la réalité de ce fait : L’on attribue la mêma propriété, à un certain bois
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- commun dans 1’Amerique ci-devant Angîoife i & Mr. Jean Le Clerc, a rendu vraifemblable l’exiftence de pareil bois, dans les tomes XIÏ & XIII de fa Bibliothèque choifie.
- Si donc on faifoit de ferieufes recherche*., pour retrouver une telle efpèce de bois ; ÔC qu’elles ne fulTent pas infru&ueufes : on pour-roit en envoyer par tout, des planches fore minces ; dont on recouvrirait utilement les plus importans de nos édifices ; tels que font à Genève , ces belles Arcades de bois qui en couvrent de part 8c d’autre les rues marchandes , 8c qu’on y nomme des Dômes.
- En attendant : .on pourrait revêtir de fer-blanc , les parties feulement lès plus propres à prendre feu , telles que font les bords 8c les angles faillans de ces édifices. Car, quant aux parties moyennes 8c toutes unies : la flamme des corps voifïns les leche long-tems, avant que d’avoir prife fur elles ; ce qui donne ordinairement le loifir néçeflaire pour y porter du fe-cours.
- Vu l’épaifleur ordinaire des murs mitoyens ; c’eft prefque uniquement par les Toits que les incendies fe communiquent d’une maifon à l’autre : de forte qu’on préviendrait prefque toutes ces communications ; fi l’on élevoit les murs mitoyens, au-deflus des toits ; 8t fi l’on rendoit ceux-ci incombuftibles en grande partie. Le premier de ces expédiens étant fujet à quelques inconvéniens , tel qu’eft celui de faire fumer les cheminées ; je m’attacherai principalement au fécond. On devine déjà; que
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- je veux parler, de fubftituer le fer an bois, dans une partie de la carcaffe des toits, au moins pour les maifons des gens aifés.
- Effe&ivernent : de deux pièces d’égale longueur §C d égalé force, l’une de bois & l’autre de fer ; la fécondé n’eft pas toujours plus chere que la première , & ce qui en diminue encore Je prix à la longue, c’eft que n’étant point fu-. jette à la pourriture ni à la vermoulure ; oH n’eft jamais obligé d’en répéter la dépenfe. Joint à ce que ; quand on veut démolir une maifon, ou y faire de grands changemens : les pièces de bois, qui ne fe trouvent pas tout-à-fait affez longues pour le nouvel emploi qu’on veut en faire , deviennent inutiles ; au lieu que celles de fer, pourroient fervir de nouveau , moyennant un travail peu difpendieux.
- A quoi je pourrois ajouter : que cette nouvelle efpèce de charpente; chargeroit moins les murs , occuperoit moins de place dans les galetas » St logeroit plus rarement des rats 8C des infeâes.
- Je crois voir aufTi, qu’il n’en coûteroit pas beaucoup davantage ; de fubftituer le fer au bois, pour les montans St même pour les tablettes des Archives St des Bibliothèques.
- Mais , ce que je trouve de plus effrayant , dans la pofiîbilité qu’une maifon devienne la proie des flammes ; c’eft: que quelques perfon-nes ne puiffent en fortir , à caufe de l’embra-fement de l’efcalier. Il femble donc ; qu’on de-vroit empêcher au moins, l’augmentation ulté-
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- rieure du nombre des efcaliers de bois en éta-bliflant une impofition annuelle de quelques fols par marche, fur celles qui pourraient être conftruites à l’avenir. Bien entendu ; que le produit de cette impofition, ferait employé uniquement, à contribuer au même but, d’une autre façon encore : favoir, pour aider les pauvres Propriétaires de quelques maifons où il y a de tels efcaliers , à les reconftruire en pierre quand ils le jugeroient à propos.
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