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Recherches sur la pouzzolane, sur la théorie de la chaux et sur la cause de la dureté du mortier, avec la composition de différens cimens en pouzzolane, & la maniere de les employer
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- DES
- AELE
- MATIERES.
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- .Achard, chymifte, de l’académie de Berlin, fa maniéré de produire des cryftaux fa&ice’s, à l’aide d’une eau faturée d’air fixe , page 81. Imagine un appareil ingénieux pour cette opération, p, 83. Obtient au bout de dix femaines des cryftaux durs, tranfparens, blancs ou colorés, p. 84. Il en forme un fpath calcaire, £c même en cryftal de roche , note (a),. p. 84.
- Acide volatil , ou gas acide , ou air fixe, paroît jouer un rôle dans l’adhéfion & la dureté des corps , p. 61.
- Air fixe. Acide volatil chargé de phlogijlique , gas j acidum pingue, émanations , vapeurs méphitiques w
- &c. font des termes fur la lignification defquels on n’eft pas encore bien d’accord, note (a) , p, çj9
- Jasalte. La plus dure 8c la plus compare de toutes les laves,peut fe convertir en pouzzolane àl’aide de certaines vapeurs ou émanations volcaniques, p. 19. Exemple de ce fait fur la montagne de Che-navari en Vivarais, non loin du Rhône, ibid. Le?
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- Table des Matieref.
- hoJJandoîs réduifent le bafalte Sc les laves duJ res en pouffiere , à l’aide de certains moulins, & vendent cette terre pour de la pouzzolane „ dont elle a en effet les principales propriétés, note (a) , page 27.
- Bassins. Compofition du mortier de pouzzolane pour la conftruôion desbafîins, p. 42. Maniéré de l’employer utilement , p. 45.
- Eatimens , ne doivent pas être entrepris dans les chaleurs brûlantes de l’été , ou fi l’on eft forcé de les continuer dans cette faifon , on doit avoir foin de les arrofer fouventpour ralentir la déification, p. 92.
- Battoir. Proportions de cet infiniment néceffaire pour maffiver les mortiers en pouzzolane , note O), p. 43.
- Bétons. La maniéré de les conftruire , p. 113. Il eft important de les bien maffiver, p. 115.
- Bourbon, île de Bourbon. Le volcan de cette île jeta dans i’explofion de 1766, une pouffiere formée par des filets foyeux, d’un verre jaunâtre,8c brillant ; la terre en fut couverte dans un endroit nommé l'Etang fnlé , à fix lieues du volcan, p. 16.
- Brique pilée forme un affez bon ciment, à caufe d’un peu de fer qu’elle contient ; mais n’équivaut pas t à beaucoup près, à la pouzzolane, p. 48.
- (Calcaire. La dureté Sc la folidité de la pierre calcaire font dues aune efpece de cryftallifation lpa-
- thique y
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- Table ' des Màtierèsîî] fchîque; page 57. Diftillée dans une cornue de verre , fournit de l’acide chargé de phlogiftique, p. 58. Calcinée elle perd environ la moitié de fou poids , p. 57. Réduite en chaux , elle ne peut reprendre une partie de fa dureté que par une nouvelle cryftallifation , à l’aide d’un liquide,' p. 58. Comparaifon des chaux calcaires avec les chaux métalliques, p. 62.
- Calcination. Phénomène de la calcination de la pierre calcaire , p. 70.
- Chaux. De la chaux en général, p. 34. De la chaux vive, ibid. De celle qu’on nomme grade , p. 35. La chaux vive eft la feule qui puiffe utilement être employée dans la fabrication du mortier en pouzzolane pour les ouvrages fous l’eau, p. 37 &. 38. Crème de chaux , n’eft qu’un fpath calcaire régénéré , p. 73. La chaux fur - calcinée perd fa propriété &t fa vertu liante, p. 67. Celle qui eft la plus abondante en air fixe eft toujours Ja meilleure , p. 91. Chaux macérée , les loix romaines défendoient de fe fervir de cette chaux, àt -moins qu’elle n’eût trois ans de fufion, page 3 Maniéré d’éteindre utilement la chaux, p. 40. La chaux graffe doit refter long-temps en macération, p. 92. Une des meilleures chaux de France eft celle de Montelimar & des environs de cette ville de Dauphiné , p. 35. Voyez calcaire.
- Cendres volcaniques, ne font qu’une poufliere formée par les laves decompofées, p. 11, 12. Recherches fur cette théorie, p, 12. Les cendi.es, ou
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- plutôt les poulfieres volcaniques font tranfportéet à de grandes diftances dans les fortes éruptions,p. 14.:
- Certificat de l’Ingénieur en chef des ponts & chauf. fées, employé en Dauphiné , qui conftate l’efficacité de la pouzzolane du Vivarais, p. 121.
- Ciment. Le ciment le plus excellent fera toujours celui qu’on aura préparé avec la chauxla plus forte, incorporée avec la matière la plus abondante en air fixe , afin que l’eau qui en fera faturée, puiffic régénérer la matière calcaire. Une fubftance la plus riche en air fixe eft la pouzzolane , p. 94 Sc fuiv.Les cimens faits avec des matières huileufes ou réfîneufes font d’un mauvais ufage , p. 96.
- Citernes, préparation du mortier en pouzzolane pour les citernes, p. 42.
- Coementum. Recherches fur le fens propre & littéral de ce mot, qui paroît avoir été mal entendu par les commentateurs de Vitruve, note *, page 5,
- Dessication. La trop prompte déification elï préjudiciable à lafolidité des édifices, p. 92. Dietrich , (M. le baron de ). Ce qu’il dit de la pouzzolane , p. 18.
- Fscalier(M.), commiflfaire delà marine àToulon^ a obfervé en Suede la maniéré dont on fabriquoit une efpece de Pouzzolane faftice.
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- tohU des MatUres*
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- Faye ( M. de la Faye), Tes recherches fur la préparation que les romains donnoient à la chaux , note (a), p. 86.
- Fer. Ilparoît que lesélémens ferrugineux ont la propriété de donner de la dureté à certains corps avec lefquels ils ont la faculté de s’unir ou de fe combiner, p. 26. Eft très-abondant dans la pouzzolane, dans le bafalte St dans les différentes laves, p. 24 fk fuiv. La maniéré de l’en extraire» p. 24.
- Ferber , ( M. ) habile minéralogifte fuédois, ce qu’il dit de la pouzzolane , p. 18.
- Cjrottes. C’eft dans les'grottes Sc les cavernes fou-terreines qu’une eau imprégnée d’un gas acide met en œuvre les élémens de la pierre calcaire, p. 79.
- Hamilton (M. le chevalier). Son bel ouvrage fur les volcans des deux Siciles , cité au lujet des cendres du Véfuve , note («), p. 14.
- X-iAVE. La lave fe convertit en pouzzolane de plu Meurs maniérés,p, 17, Elle fort quelquefois des bou-
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- ches volcaniques, déjà convertie en pouzzolane friable , mêlée avec la lave fluide , p. 20. Les laves doivent leur grande fufîbilité au fer. qu’elles contiennent, p. 25.
- Loriot ( M) Sentiment fur fa découverte dans l'art de bâtir, note , p. 86.
- IVIortier. Compofîtion du mortier en pouzzolane pour les grandes conftruftions fous l’eau, p. 39. Pour les aqueducs, citernes, bafiins , fouterreins humides,&c. p. 42. Conje&ures fur la théorie de la dureté du mortier,p. 54.Le meilleur mortier fait avec la chaux 8c le fable n'a pas encore acquis toute fa confîftance au bout de trente ans, p. 55. Celui fait avec de la pouzzolane acquiert le dernier degré de dureté dans un temps très-court, p. 99. Ce qui s’opère dans la compofîtion du mortier en pouzzolane , p. pS.Voyez chaux, ciment, matière calcaire.
- Magellan ( M. ) de la fociété royale de Londres, a fait voir le 17 juin 1778, à l’académie royale des fciences de Paris, deux cryfiaux artificiels envoyés de Berlin par M. Achard , dont l’un en fpath calcaire, le fécond en une aiguille de cryftal de roche 5 note (a) , p. 84.
- Pline le naturalise fait mention de la pouzzolane
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- Table des Matières. vlj
- Pont de Caligula. Ancien môle bâti en pouzzolane, qui réfifte depuis une fuite nombreufe de fiecles, à l’attaque des flots, p. 42.
- Poussière -volcanique produite par les laves décom-pofées, p. 12. Tranfportée à des diftances étonnantes , note(^) , p- 14. En forme de croix, citée-8c expliquée par le jéfuiteKirker, note (a), p. 15» En filets capillaires vitreux de l’île Bourbon, p. 16. V oyez cendre, pouzzolane.
- Pouzzolane. On ne doit point écrire ni prononcer potfolane, poujjblane , mais pouzzolane: l’étimologie de ce mot vient du nom de la ville de Pouzzole, p. y FalTage de Vitruve au fujet de cette terre vol-canifée, p. 4. Pline 8c Séneque en font mention page 8. Sydoine Apollinaire la célébré dans fes vers , note («) , p. 3.Ce qu’en dit M. le chevalier Hamilton , p. 8. Ce qu’en a écrit M. Ferber, p.18. M. Sage en a fait mention dans fes élémens de minéralogie. Cet habile chymifte cité à ce fujet, p. 21. Ce qu’en a dit M. le baron de Dietrich , p. 18. Des lieux où l’on trouve de la pouzzolane , p. 9, De quelle maniéré elle fe forme 8c à quoi elle doit fon origine , p. 11. Elle eft formée fouvent par le détritus des laves poreufes, p. 17. Par une calcinationfurabondante, ibid. Par les fumées acides fulphureufes qui attendriflent les laves 8c lesrédui-fent quelquefois en fubflance friable de la nature de la pouzzolane, ibid. La pouzzolane auffi bien que le bafalte, eft attirableà l’aimant, c’eft à-dire, qu’elle fait mouvoir le barreau aimanté, p, 97. Les difîé-
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- viî] Table des Matières.
- rentes couleurs des pouzzolanes font dues au fer plus ou moins altéré , p. 17. Sa vertu liante ell due au principe ferrugineux, p. 18. Analyfe de la pouzzolane ; fe réduit en un émail noir lorfqu’on la poufie à un feu violent St foutenu, p. 22. Jetée en poulïiere fine dans l’acide marin concentré , n’y fait aucune effervefcence , mais lui communique une couleur citrine : quelques gouttes d’alkali phlo-giftiqué jetées alors fur l’acide , font précipiter le fer de la pouzzolane en bleu de Pruife très-écla-tant 8t très-foncé. Cette même expérience a lieu fur le bafalte St furies autres laves colorées, p.23 On peut enlever par ce procédé tout le principe ferrugineux colorant de la pouzzolane St des laves, p.24. La pouzzolane apourbafe une matière vitrifiable, unie à une affez grande quantité de fer, p. 25. Dofes St proportions dans les cimens de pouzzolane, p. 28. La manipulation en eft très-facile, fimple 8t point compliquée , ibid. Proportions St dofes de pouzzolane pour la conftruc-tion des ouvrages fous l’eau, p. 29. Maniéré de faire des caifies d’eflai pour éprouver certaines chaux avec la pouzzolane, p. 37. Compofition du mortier de pouzzolane pour les grandes conftruc-tions dans la mer, p. 39. Pour les aqueducs, citernes , baffîns , fouterreins humides, p. 42. De la maniéré d’employer la pouzzolane hors de l’eau, foit pour conftruire des terrafles à l’italienne , ex-pofées à l’air, foit pour former dans les apparte-/ mens des carrelages en compartimens, qni n«£
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- Table des Matièresîx produiront jamais de poufllere , Sc. dont la foli-dité l’emporte de beaucoup fur les carrelages en briques , page m. Des différentes efpeces de pouzzolanes de France, particuliérement de celles du Vivarais, p. ioo. Découverte de la mine de pouzzolane de la montagne de Chena va ri en Vivarais , à une demi-lieue du Rhône , p. 103. Diver-fes épreuves fur la pouzzolane , faites au château de M, le marquis de Geoffre de Chabrignac, colonel en fécond du régiment de Barrois, pour des terraffes en plein air , pour des baffins , qui ont réfïffé aux froids les plus rigoureux de l’hiver 8c aux plus fortes chaleurs de l’été , p. 106. Expériences faites par ordre duminiftre dans le port de Toulon, en préfence de Meffieurs les commif-faires nommés dans un confeil de marine tenu 2 ce fujet fur les pouzzolanes du Vivarais , extrait du procès-verbal dreffé à ce fujet, p. 107 t 108. Différentes Méthodes employées, pour fup-pléer à la pouzzolane, p. 57. Pouzzolane factice de Suède , dont l’invention eft due à M. Baggé , de Gothenbourg, p. 52. Cette derniere eft fabriquée avec un fchifte noir ardoifé qu’on fait calciner deux fois, ibid.
- JXégénération. Phénomènes de la régénération de la chaux > p. 72.
- Romains. Maniérés dont les romains conffruifoient des môles dans la mer.
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- & 'Table des Matières*
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- Sage (M,).Belles expériences decefavant chymifte fur la calcination de la pierre calcaire dans des vaiffeairx lutés, p» 68- En plein air, ibid. Ce qu’il dit de la chaux vive , p. 69. fon fentiment fur la pouzzolane, p. 21.
- Sèneque fait mention de la pouzzolane , p. 8.
- Signinum. Différence du Jigninum 8c du ccsmentum des romains, p. 6.
- Souterreins. Ciment pour les fouterreins humides# p. 42.
- Suède. Pouzzolane fa&ice [qu’on prépare en Suede,
- f jL errasse à l’italienne,maniéré de les conflruire en pouzzolane, p. 117.
- Toulon. On voit dans ce port des ouvrages très-fo-lides en pouzzolane , particuliérement à la vieille tour, p. 41. JÿT
- erbal. Extrait du procès-verbal fait à Toulon par Meilleurs les commiffaires nommés pour examiner les pouzzolanes du Vivarais, p. 108. Autre procès-verbal contenant rapport d’architette, fait par le vice-fénéchal de Montelimar , p. 122*
- Vitruve. Paffage de cet auteur fur la pouzzolane, p. 4. En attribue très-juftement l’origine aux feux fouterreins, ibid. Célébré fes propriétés pour la conf truftion des môles dans la mer 8c pour les édifices ordinaires, ibid.
- FIN.
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- RECHERCHES
- SUR
- LA POUZZOLANE-
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- AVIS DU LIBRAIRE.
- Ce traité fur la Pouzzolane eft extrait du grand Ouvrage deM.FAUJAS DE SAINT-FOND,intitulé:
- Recherches fur les Volcans éteints du Vivarais & du Velay, précédées d’un difcours fur les Volcans brûlant, & de mémoires analytiques furies Schorls , la Zêolite, le Bafalte, la Poutfolane, les laves & les différentes Sul'ftances qui s'y trouvent engagées, &c. &c. un vol. grand in.fol0., orné de vingt-une Planches.
- C’eft pour répondre aux defîrs du Public que l’on s’eft emprefle de faire paraître ce Traité fépa-rément & fous le format in.8°., avant même la dif-tribution des Volcans éteints, dont l’édition eft entièrement achevée dans ce moment, &c dont la livraison , qui n’a été retardée que par des opérations relatives à l’emploi de la pouzzolane , fe fera décidément à la fin du mois de novembre de la préfente année 1778.
- L’on trouvera l’un & l’autre Ouvrages chez Cochet, Imprimeur-Libraire à Grenoble; chez Nyon,l’aîné, Libraire , rue Saint-Jean de Beauvais, à Paris , & chez les principaux Libraires de l’Europe.
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- RECHERCHES
- SUR
- LA POUZZOLANE,
- SUR LA THÉORIE DE LA CHAUX
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- SUR LA CAUSE DE LA DURETÉ DU MORTIER,
- Avec la Compofition de dififérens Cimens en Pouzzolane, St la maniéré de les employer , tant pour les Badins, Aqueducs, Réfervoirs, Citernes St autres Ouvrages dans l’eau , que pour les Terraftes , Bétons St autres Conftru&ions en plein air.
- Par M. F au j as de Sain t-Fo n d.
- Puteolanuspulvis fi aquam attigit faxv.m fit.
- Seneq. natur. quæft. Lib. III.
- Prix 3 6 fols.
- A GRENOBLE
- Chez J. Cuchet , lmp. Lib. de Mgr. le duc d’Orléans.
- A PARIS
- Chez Nyon l’ainé,Libraire, rue Saint-Jean de Beauvais.;
- M. DCC LXXVIII*
- Avec Approbation & Privilège du Roi.
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- A MONSEIGNE UR
- DE S A R T I NE»
- MINISTRE ET SECRETAIRE D ÉTAT AU DÉPARTEMENT DE LA MARINE.
- Monseigneur,
- Les recherchesfur lapou^olanedévoient paroître naturellement fous vos aufpices ; elles font plutôt votre ouvrage que le mien : attentif à tout ce qui peut intêrejjer le fer-
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- vice du roi, Vous ri* eûtes pas plutôt appris la découverte de la pou^clane en France 9 que des ordres furent donnés pour Vexaminer & la comparer avec celle d’Italie, que nous étions forcés de tirer des environs de Naples , pour le fervice de nos ports de mer.
- Je ne mètois propofé dans mon ouvrage furies volcans éteints du Vivarais & du Vehy9que d'analyfar cette fubftance fous des rapports chy iniques, plus analogues à la fcience quà Vart utile des conf-trucüons. Heureux de pouvoir concourir à vos vues patriotiques,je m'appliquai dès-lors à faire une fuite d'expériences fur cette terre , pour reconnaître les différentes maniérés dont on pourroit en faire ufage, fait pour les confiructions fous l'eau , fait pour les terraffes & les autres ouvrages en plein air. Mon but fut fur-tout de fimplifier les procédés pour les mettre à la portée de tout le monde. Si cet effai renferme donc quelques
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- vues utiles à Vétat & au public , ce fl à Vous ftul que l'un & Vautre en feront redevables ; mais une chofe que la pof-téritê aura peut - être de la peine à fe per-fuader9 c'eft que dans Vinftant même où. Vous devenieq le créateur de notre marine, oit Vous faifiez fortir de nos ports des flottes formidables, qui n'y exifloient pas dix mois auparavant, Vous ne dédaigniez pas d'entrer dans des détails minutieux, qui en économifant les deniers de l'état, nous mettaient fur la voie de nous pajfer de l'étranger. Ce ne font-là ni des louanges ni des flatteries , ce font des faits d'autant plus authentiques, que la victoire préfidoit à vos opérations.
- Je fuis avec le plus profond refpect >
- MONSEIGNEUR,
- Votre très-humble & très-obéiffant fsrviteur, Faujas de Saint-Fond.
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- APPROBATION.
- J’ai lu par ordre de Mgr. le Garde des fceaux, les recherches fur l’emploi de la Pouzzolane, faifant partie de la defcriprion intéreflante des volcans du Vivarais, par M- Faujas de Saint-Fond, auquel eft due la découverte de cette matière, en France; ce phyficien l’ayant annoncée à Mgr. de Sartine, ce Miniftre fit faire à Toulon des expériences comparées avec*la pouzzolane du Vivarais Sc celle d’Italie; le rapport des commifiaires du confeil de la marine ayant conftaté leur identité , ils en ont rendu un compte bien propre à faire honneur à la découverte de M. de Faujas, 8c la publication de cet ouvrage ne peut être que très.utile.
- SAGE, ProfelTeur Royal de minéralogie.
- A Paris, ce 26 août 1778.
- Le Privilège fe 'tçouve à la fin de l'Ouvrage des Volcans éteints du Vivarais & du Velay.
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- RECHERCHES
- SUR LA POUZZOLANE.
- T i A pouzzolane , propre à faire un ciment y dont la réputation s’eft foutenue depuis des temps très-reculés jufqu’ànous, cette terre que les Romains, qui excelloient dans l’art de bâtir, avoient toujours regardée comme l’ame & la bafe de la folidité de leurs conftru&ions , & que Vitruve reconnoilfoit comme propre à opérer des chofes admirables, genus pulveris quod efficit naturaliter res admirandas, méritoit fans doute d’être étudiée 8t mieux connue. Nous la tirons d’Italie SCnous la trouvons dans
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- plufîeurs de nos provinces. L’intérêt national,' celui des particuliers, m’a engagé à faire quelques recherches fur cette fubftance utile, que nous pofledons en France où elle eft abondante St peut circuler facilement à l’aide de plufîeurs grandes rivières. Quelle ref-fource pour la conftruéHon des. grands ouvrages Ôt des monuments publics, à la folidité defquels on nefauroittrop apporter d’attention ! Quel avantage pour le citoyen en particulier qui pourra fe procurer cette pouzzolane à un prix modique î Si un objet d’utilité , reconnu 8c confirmé par plus de vingtfiecles d’expériences, doit fixer l’attention du gouvernement, c’eft fans contredit celui-ci.
- On a vu de tout temps des perfonnes cu-rieufes , rechercher l’origine des chofes dans l’étymologie des mots 5 cette maniéré fmgu-iiere de s’inftruire fit fortune dans quelques efprits, St dégénéra même en une efpece d’épidémie à certaines époques. Cette méthode , en général fujetteà mille erreurs St à milleem-barras , ne doit cependant pas être rejetée, fur-tout iorfqu’on fait en ufer avec fobriété. On a été curieux de favoir même allez ancienne-
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- ment, ce qui avoit pu donner lieu au nom de pulvis puteolanus ( pouffiere , fable de Pouzzole, pouzzolane ). Quelques écrivains, ÔC entr’au-tres Philander, avoient imaginé qu’on ne nom-moit cette terre pulvis putcolanus , que parce qu’il falloit ouvrir des puits, putei, pour la tirer 5 mais cette foible étymologie , qui ne porte fur rien , ne fauroit fe foutenir : voici des rai-fons qui décident la queftion.Un auteur du cinquième fiecle, Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont , célébrant dans fes poéfies la bonté 8t l’efficacité de la pouzzolane dans les conf-tru&ions fous l’eau, nommé cette terre pulvis Dicarchea (a) $ or, nous favons par Pline que la ville de Pouzzole fe nommoit très - anciennement AtxatetpKsiu , Dicaerchia. On voit donc par là que le pulvis Dicarchea de Sidoine Apollin aire, que le pulvis puteolanus de Vitruve 8c des au-
- (a) Porrigis ingentem fpatiojis mar.ibus uibtm ,
- Quam tamen Augujlam populus- facit i'tur in œquor Molibus , ê* veteres tellus nova contrahit undas.
- Namque Dicarcheæ tranjlitus pulvis arenæ Infratis folidatur aquif, dur ut a que majjh Sujîinet ndveelos peregrino ingurgite camp-os.
- Sic te difpojiîam , fpcciantcmque unaique portas , Vallatum peiago , terrarum commoâa cingunt.
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- teurs anciens, fe rapporte dire&ement à la terre de Pouzzole, à la pouzzolane, ôC-que c’eft cette ville où ce fable volcanique aura d’abord été employé, qui adonné très-ancienne-jnent fon nom à cette terre.
- Mais voyons à préfenr ce que Vitruve a dit de la. pouzzolane j cet auteur célébré a confacré une feétion entière pour examiner les qualités Sc l’origine de cette terre. Voici comment il s’exprime au chapitre 6 du livre II de fon architecture : il exifie une ejpece de poujfiere qui cpere naturellement des chofes admirables ; elle naît dans les pays de Baye 6* dans les champs qui font autour du mont Véfuve. Cette poujjîere mêlée- avec la chaux & la blocaillcy non-feulement donne beaucoup de folidité aux édifices ordinaires , mais fert à confiruire des moles dans la mer, qui prennent la plus grande dureté dans Veau -, il paraît que cette terre n'ejl telle qu'à caufe quil ex Ole fous ces montagnes & dans le territoire un grand nombre de fontaines bouillantes, qui ne font ainfi échangées que parce qu'il y a dans l'intérieur des feux ardensoccafionnés par lefoufre, l'alun ou le bitume ; la vapeur pajfant par les veines de la. terre la rend légère ; il en naît un tuf dépouillé
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- de toute humidité ; ceft pourquoi lorfque ces trois chofes (a) produites parla véhémence du feu font mêlées enfemble , à l'aide de l'eau , elles s'en-durcijfent bientôtfont une majfeque nilesfiots de la mer ni l'aciion de l'eau ne peuvent dijfou-dre(b). Je me fuis attaché à traduire le plus fi-
- (<*) Ces trois chofes fe rapportent à la pouzzolane, à la chaux 8c au tuf volcanifé.
- (£) » Eli etiam genus pulveris quod efficit natura-» liter res admirandas. Nafcitur in regionibus Bajanis » & in agris municipiorum, quæ funt circà Vefuvium » montem, quod commixtum cum calce & cæmento * » non modo cæteris ædificiis præftat firmitates, fed » etiam moles, quæ conftruuntur in mari, fub aquâ » folidefcunt ; hoc autem fieri hâc ratione videtur , » quod fub his montibus 8c terra ferventes funt fontes » crebri, qui non elfentlï non in imô haberent aut » de fulphure , aut alumine, aut bitumine ardentes » maximos ignés : igitur penitus ignis 8c flammæ vapor » per interveniapermanans&ardens efficit le vem eam » terram, &ibi qui nafciturtophus, exugenseft 8c line » liquore ; ergo cum très res conlïmili ratione , » ignis vehementiâ formatas in unampervenerint mix* » tionem, repente recepto liquore una cohærefcunt, » & celeriter humore duratæ folidantur, neque eas » fluftus , neque vis aquæ poteft dilïolvere. »
- * Le mot Cœmentum mérite ici quelque attention;
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- tellement Scie plus littéralement qu’il m’a été poffible, ce paffage de Vitruve qui méritoit d’être
- il n’indique certainement point un ciment fait avec des tuiles ou des briques pulvérifées ; ce dernier éîoit nommé par les Romains figninum, ainfi qu’on peut le vok dans-Pline, livre XXXV , chap. 12. Tâchons de trouver fa véritable lignification ; la chofe n’eft pas aifée ce mot défigne en général toute forte de pierres brutes & non taillées; mais comme il y a des pierres de cette efpece d’un très-gros volume , d’autres moins confîdérables, & d’autres enfin très-petites» il iâttt tâcher, lorfqu’on le trouve employé dans les an-auteurs anciens, de découvrir le véritable fens qu’ris ©nt voulu y attacher. On eft dans le cas de faire ici cette recherche , puifqu’il s’agit de reconnoître l’exactitude d’un procédé de l’art de bâtir des Romains. La chofe eft d’autant plus difficile , que Vitruve emploie ici le mot cœmentum fans épithete qui puiffe enaffurer îa véritable lignification, tandis que dans d’autres cas» il s’eft conduit différemment. On voit en effet que cet auteur faifant mention , au chapitre 6 du livre VII, des éclats de marbre qu'on pile pour faire le ftuc, les nomme cœmenta marmorea, d’oû il eft aifé de conclure que ce mot cœmentum n’a été; mis ici en ufage que pour défignerdes recoupes, des biocailles demarbre qu’on pile pour faire le ftuc; je pars de ce point pour croire que cœmentum peut être employé quelquefois pour indiquer, non de groffes pierres brutes ou du raoilon d’un gros.volume, mais des éclats de pierre *
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- médité, ainfî qu’on verra par les notes que fai été dans le cas d’y faire: j’aurois voulu letran£
- de la blocaille , du cailloutage. Non-feulement le paflage que je viens de citer en eft la preuve , mais j’en trouve un fécond dans Vitruve qui vient encore à l’appui de mon fentiment ; c’eft dans le chapitre 5 du livre I qu’eft ce paflage que voici ; l’architeôe romain fait mention des fondement des murs & des toursr & il s’énonce ainfî à ce fujet : » de ipfo «autetn muro » quâ materia fîruatur aut perficiatur, ideo non e£fc » præfiniendum, quod in omnibus locis, quos opîa-» muscupias, eas non poifumus habere : fedubî fiant » faxaquadrata,üvejîlex, fîve cœmenfum , autco&us !a-» ter.fîve crudus hiseritutendum.-»TousIescoramea-tateurs font d’accord pour rendre le faxaquadrata par de gros quartiers de pierre non taillée, maisbrutejle filex par de gros cailloux : Je rœmentum venant enfuite 8c fe trouvant en derniere ligne , paroît êtra relatif à des pierres d’un moindre volume que les cailloux. Je penferois donc qu’on devroit le regarder comme fer-vant à défîgner de la menue pierre, de la biocaille cette confêquence paroît d'autant plus naturelle , qu’elle devient applicable au caspréfent, relativement au aementum qui doit être mêlé avec la chaux & la pouzzolane. On trouverait alors chez les Romains un procédé qui fe pratique encore de nos jours briqu’oa faitdu mort'er de pouzzolane pour bâtir dans l’eau. On verra que dans le port de Toulon tous les ouvrages en pouzzolane confîruits dans la mer, ont duc«« mentum fait avec de la recoupe de pierre calcaire.
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- mettre mot pour mot fi notre langue avoit pu le permettre $ on doit, dans des objets de cette nature, chercher plutôt à rendre ftri&ement la penfée de l’original, qu’à s’attacher à une diction élégante , qui éloigne fouvent du véritable fens de l’auteur.
- Pline le naturalise & Séneque(«) parlent de la pouzzolane , mais ils n’entrent pas dans un détail aufli intéreflant que Vitruve, qui ne s’en tient pas à ce que nous venons de dire fur cette terre , 8t qui en fait mention encore dans un autre endroit que je rappellerai lorfqu’il en fera temps.
- M. le chevalier Hamilton dans fon favant ouvrage fur le Véfuve, n’a point négligé de parler de la pouzzolane; il nous dit, à la page 5S
- (a) Pline s’exprime ainfî : q'iis fatis miretur, pulve. rem appellatum in puteolanis collibus opponi maris jluc-tibus, merfvmque protinus fieri lapident unum inexpug-nabilem undii & foniorem qiotidie utique fi Cumano mifceatur cæmento. Pline , lib XXXV , cap 13. Voici ce qu’en dit Séneque, natur. quœft. lib. III, puteola-nus pulvis fi aquam attigit faxum fit.
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- du volume de Tes lettres : » ce qu’il y a de plu& » remarquable dans la compofition du tufa, » me paroît être cette belle matière brûlée, ap-» pellée pounolane, dont les parties fe lient » fî parfaitement St font fi utiles employée» » comme ciment, qualités reconnues par Vi-; » truve , St qui ne peuvent fe rencontrer que » dans les pays qui ont été travaillés par des » feux fouterreins. »
- Des lieux ou Von trouve de la Fou^olane*
- Les collines qui font au pied du Vefuve SC dans les environs de Naples, abondent en pouzzolane de différentes couleurs ; les Italiens la nomment terra Potfolana ; il y en a delà brune St de la jaunâtre ; il y a de la pouzzolane noire fur le Vefuve; la meilleure de cette couleur fe tire de la Torre deltAnuniiata : on en trouve de la grife très-fine dans les environs de Pouz-zole ; il y a tnême quelques collines du voifi-nage qui en fonrniflent d’un gris blanchâtre, qui eft mêlée de quelques parties alkalinss qui font un peu d’effervefcence avec les acides; la pouzzolane brune St jaunâtre eft très - commune St fe trouve dansprefque toutes les parties
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- ( 10 )
- ide l’Italie qui ont fubi l’action des feux fouter-reins. L’état eccléfïaftique renferme des pouzzolanes de différentes qualités; on y en trouve de la grife , delà jaunâtre , de la brune, delà rougeâtre : la meilleure des environs de Rome fe prend dans la colline qui eft à la droite de la via Appia, non loin du tombeau des deux Sci-pions. Cette pouzzolane qui eft rougeâtre eft une des meilleures. Les catacombes de Rome font toutes creufées dans une efpece de pouzzolane d’un brun violet, parfemée de petits cryftaux de fchorl.
- En France, l’Auvergne, le Velay, le Viva-rais, les environs d’Agde, ceux de Toulon du côté d’Evenos, & les environs de la chartreufe de YAverne en Provence, renferment de la pouzzolane de différentes qualités ÔC de plusieurs couleurs : en un mot , on en trouve en général dans tous les pays où l’on voit des re£ tes de volcans : c’eft dans les environs des an-ciennes bouches Sc des cratères qu’il faut la chercher; il eft vrai qu’elle n’eft pas abondante par-tout, & qu’elle fe rencontre fouvent dans des lieux d’un accès difficile.
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- ( II )
- Ve quelle maniéré fe forme la Pou^olane.
- La pouzzolane doit en général fon origine aux débris graveleux de la lave poreufe ; ce n’eft point une cendre j les volcans qui ne fauroient être comparés aux incendies ordinaires , ne laiffent point après eux , comme les matières végétales ou animales, des traces de cendres : je fais cependant qu’on eft en ufage de donner le nom de cendres aux matières brûlées ôc réduites en poufliere , élancées dans les airs par les exploitons des volcans, aufli-bien qu’aux laves décompofées réduites en poudre fine ; mais depuis qu’on commence à voir avec des yeux plus attentifs, 8t qu’on apporte plus d’exa&i-tude 8cde méthode dans l’étude de l’hilloire naturelle , nous devons , en réformant des idées trompeufes , réformer auffi les mots qui fer-voient à les exprimer, ôt qui perpétuoient par là nos erreurs.
- Il n’y a point de véritables cendres dans les volcans, je le répétéj il n’y exifleabfolument que la matière de la lave cuite, recuite, calcinée, réduite ou en feorie graveleufe, ou en pouf-fiere fine, ce que Vitruve a très-bien rendu par
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- jpenîtus ignis & flammœ vapor per întervenia péri manens & ardens efficit levem eam terram & ibî qui nafcitur tophus , exugçns-irfl'& 'fine liquore.
- Je vois dans Dion 8t dans quelques autres auteurs anciens, qu’ils n’emploient jamais le mot cmis pour défignerles matières volcaniques en pouffiere $ ils fe fervent conftamment du terme de pulvis qui eft beaucoup plus convenable : mais comment imaginer que des nuages de pouffiere, élevés dans les airs, portés enfuite à plufieurs lieues , Sc tombant en forme de pluie, nefoient pas des cendres, tandis que cette pouf-lïereena la couleur, & contient même quelquefois, comme nos cendres ordinaires , des fubftances falines.
- Je vais tâcher de répondre à cette obje&ion en hafardant rapidement quelques idées fur la théorie de la lave réduite en pouffiere , particuliérement fur celle qui eft portée dans les airs & qu’on nomme cendre.
- Les perfonnes qui obfervent les volcans avec attention n’ignorent pas que pendant le temps d’une forte éruption, on. voit s’élever dans l’air des quantités prodigieufes de laves poreufes , d’écumes, de pierres-ponces jetées au loin par
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- les explofions ; mais la dire&ion de ces matières étant verticale, une partie retombe ordinairement dans la bouche ou dans les environs de l’entonnoir : c’eft ici un énorme canon chargé à mitraille, qui ne difcontinue pas de tirer5 qu’on me paflé cette foible comparaifon. Il doit donc fe former néceflairement des entafle-m.ens immenfes des (codes (a) qui, retombant fans celle fur elles-mêmes, 8t éprouvantl’aâion alternative ôt continue de l’air Sc du feu, doivent éclater, fe heurter, fe divifer, fe réduire en fable ^ d’autre part, les fumées acides & fulphureufes exerçant en même - temps toute leur aéfcion contre ces mêmes corps, les attaquent, les minent, les décompofcnt, les pul-vérifent : il fe forme alors des entaflemens qui comblent pour quelques temps une partie du gouffre enflammé : le feu ralenti &c comme
- (a) Il fe forme quelquefois des monticules dans l’intérieur même des cratères. Le 15 décembre 1766, M. Hamilton en obferva un qui 11e s’élevoit pas au-deflusdes bords de la bouche; mais il augmenta tellement pendant l’éruption de 1767, que le 15 oftobre cette éminence formée par des entalfemens de laves poreufcs, avoit 185 pieds d’élévation.
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- étouffe n’en devient que plus formidable; il réu* nit toutes fes forces , ébranle la montagne, romptfes barrières, fe développe en explofïon, & fe débarrafiant avec fracas de ces monceaux de matières réduits en poudre, les éleve dans le plus haut des airs où ils obfcurciffent fou-vent la lumière St vont retomber au loin dif-perfés par le fouille des vents (*).
- (et) On trouve dans prefque toutes les relations des éruptions duVéfuve, que la pouffiere volcanique a été à des diftances étonnantes ; Dion allure que pendant l’éruption qu’on éprouva fous Tite, tantus fuit pulvis ut ab eo loso in Africam 6* Syriam fi* Ægiptum penetra-yerit. Francefco Sorrata Spinola Galateo , dit que le 16 décembre 1631, le jour d’une grande éruption du Véfuve , la pouffiere tomboit comme une pluie, malgré le temps calme, à Lecce, éloigné de neuf journées de la montagne, que le ciel en étoit obfcurci 8tque la terre en fut couverte de trois lignes ; que ce même jour une pouffiere d’une autre qualité tomba à Bari, ce qui alarma les habitans qui ne pouvoient rien concevoir à ce phénomène. Bulifon nous apprend des chofes étonnantes à ce fujet ; mais comme tous ces détails peuvent être exagérés, entendons M. le chevalier Hamilton nous dire:» quelques gens dignes » de foim’ont alluré qu’ils ont été témoins de la chute
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- (ISÎ
- Il arrive quelquefois que des matières aîka-lines fe fubliment dans les cratères des volcans j l’acide fulphureux peut auflî s’y combiner avec le fel marin qu’entraînent les eaux de la mer qui s’ouvrent, dans certaines circonftances , des paflages parmi les matières enflammées : il arrive alors que les matières volcaniques en pouf* fïere contiennent quelques principes falins (*).
- » des cendres pendant une éruption, à une diftance » de plus de deux cents milles du Véfuve. L’abbé 39 Giulio Cefare Bracini, dans fa relation de l’éruption » du Véfuve en 1631 , dit que la hauteur de la co-» lonne de fumée 8c de cendre, prife de Naples par » le quart de cercle,étoit au-delà de 30 milles. Quoi* 3» que des calculs fi incertains méritent peu d’atten-» tion, je fuis néanmoins convaincu, parce que j’ai » remarqué moi-même, que dans des grandes érup-» tions les cendres s’élèvent à une hauteur telle , » qu’elles peuvent rencontrer des carafteres d’air ex-» traordinaires qui expliquent aflez bien les longs » trajets qu’elles ont faits en fi peu d’heures.» Obfer-vations flir les volcans des deux-Siciles, par M. le chevalier Hamilton, volume de difcours, pages 288c fuiv. aux notes.
- (<*) On lit dans plufîeurs auteurs qui ont donné des détails fur l’éruption du Véfuve de i6éo, qu’il
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- ( I* )
- D’autres fois le feu après avoir réduit la lavé en fcorie, la vitrifie totalement St la divife en filets capillaires } on a un. exemple de cela dans le volcan de l’île de Bourbon, qui, en 1766, fit une explofion qui couvrit la terre, dans un endroit nommé l'Etang falé, à fix lieues du volcan , d’un verre capillaire,jaunâtre 8t brillant, en filamens minces St flexibles où l’on voyoit de diftance en diftance de petits globules vitreux.
- Je n’entre dans tous ces détails que pour faire voir que loin de trouver ici une matière de la nature des cendres, on n’y voit au contraire qu’une pouflîere produite par une lave plus ou moins calcinée, plus ou moins divifée, quelquefois même convertie en un verre foyeux que l’air éleve St fait retomber en filamens.
- Ceci
- tomba une poulïierequî avoitla forme de croix , ce qui fut regardé comme un prodige. Kircher, quoique fort crédule & amateur du merveilleux , donne ce-pendant une afîez bonne explication de ce phénomène dans un traité particulier, intitulé âeprodigio-fiscriuibus, &c. Rome, 1661.ÏI dit que cette efpece de poufliere qui tomba depuis le 16 avril jufqu’au 15 oftobre, étoit imprégnée d’un foufre nitreux.
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- Ceci n'efl: point étranger à notre fujet,8c nous ramene naturellement à la maniéré dont peuvent Te former plufîeurs pouzzolanes ; c’eft en obfervant avec b eaucoup d’attention cette fubf-tance dans les difFerens endroits où on la trouve, ôt en examinant les différentes polirions qu’elle occupe fur les lieux, qu’on peut conclure que la nature emploie plufieurs moyens pour convertir les laves en pouzzolane: je crois qu’on peut réduire les principaux aux fuivans. i°.Les laves poreufes fe réduifant en fable ou fe di-vifant en poufïïere par les divers frottemens qu’elles éprouvent dans le cratere , ou fubiflant une calcination foutenue & fans fufion , deviennent friables ÔC forment une excellente pouzzolane } leur couleur eft jaunâtre , grife, noire ou rougeâtre, en raifon des différentes altérations que le principe ferrugineux qui s’y trouve contenu, a éprouvé.
- 2°. Les fumées acides fulphureufes frappant les laves les plus duresles pénètrent , les attendriffent, changent leur couleur noire en rouge, & les convertirent en pouzzolanes ochreufes qui paroifîént un peu argilieufes , mais qui n’en font pas moins d’une très-bonne
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- ( iS )
- qualité, aînfï que l’expérience le confirme : la couleur de celles-ci eft ordinairement d’un rouge foncé afiez vif ou jaunâtre. Il eft quelquefois des vapeurs fi actives dans certains volcans , que non-feulement elles amolliffent les laves, mais les dépouillant totalement de leur fer, les font pafter à l’état d’une argille blanche • on voit ce phénomène à la Solfatare. Une telle fubftance feroit beaucoup trop altérée*, la déperdition de la matière ferrugineufe lui enleve-roit la faculté de fe fixer 8t de prendre un corps dans l’eau. La propriété de la pouftolane, dit M. Ferberdans fes lettres fur la minéralogie de l’Italie , lui vient vraifemblablement de la vertu liante des particules ferrugineufes qu'elle contient. Voyez auflî la minéralogie de Cronjledt, édit, allem. de M. Brünnich, page 47. La chaux de fer , dit M. le baron de Dietrich, a en général la propriété de lier les parties terrejlres , car on remarque que les fcories des fourneaux de fonte de fer font un très-bon effet dans lescimens. Quoi quil en foit, les Romains ont bien reconnu le bon ufage de la pou^olane ; ils Vont employée dans tous leurs mortiers quand ils ont pu s'en procurer; àfon défaut, ils fubjlituoientla brique rouge pilée 3
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- qui étant aujji une terre vitrifiée un peu ferrugU neufe , devoit la remplacer. Note de la page 179 des lettres de M. Ferber.
- 30. Lebafalte lui-même le plus compare SC le plus dur fe trouvant expoTé , dans certaines circonftances, à des vapeurs dont nous ne Tommes point à portée d’étudier la nature dans le moment des éruptions, eft converti lui-même en une pouzzolane rouge ou grife , douce au toucher , d’une très - bonne qualité. J’ai obfervé dans le Vivarais des bancs entiers de bafalte convertis en pouzzolane rouge ; ces bancs ainfî décompoTés étoient recouverts par d’autres bancs inta&s 8c Tains d’un baTalte dur & noir$ on Te tromperoit Ci on les regardoit comme une argille cuite 8c calcinée ; i’inTpe&ion des lieux 8c plufîeurs autres circonftances démontrent que c’eft un véritable baTalte réduit en chaux 8c en partie déphlogiftiqué, Ci je puis me Tervir ici de ce terme : on trouve même Tur le plus haut delà montagne volcanique de Che-navari en Vivarais, 8c ailleurs dans le voifinage des cratères, le baTalte décompoTé attenant encore au baTalte Tain , 8c on peut Tuivre les gradations de la décompoTition. J’ai parlé plus au
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- long, dans ma lettre à M. le chevalier Hamilton, du bafalte pafl^it à l’état de pouzzolane : je ne dois pas oublier de rappeller à cette occasion un phénomène intéreffant, rapporté par cé fa-vant, & qui peut répandre quelque lueur fur ce fujet. » J’ai fouvent remarqué, dit le natu-» ralifte anglois, fur le mont Véfuve, quand » je me trouvois à côté d’une bouche d’où la y> lave fortoit, que la qualité de cette lave va-» rioit de momens à autres ; je l’ai vu aufli » fluide & auflî liquide que le verre en fufion, y) & je l’ai vu farineufe , les particules fe fépa-y> rant au moment de leur for tic, telles que la farine lorfquelle fort de dejfous les meules. » Lettre à M. Maty, page 38, note a. Voilà un fait bien concluant pour la réduction des laves en chaux , dans l’intérieur même du foyer. Qu’on ne nous obje&e pas que ces laves fari-neufes font peut-être des matières pulvérulentes que le volcan rencontre dans l’intérieur de la terre, ÔC qu’il vomit dans fes éruptions ; j’ai examiné plufieurs de ces laves farineufes, &je les ai toujours reconnu pour des déjeérions volcaniques réduites en chaux.
- Je ne prétends pas au refte reflreindre lana-r
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- turè aux trois feuls moyens dont je viens de parler, pour la formation de la pouzzolane , dont la matière primitive émane toujours des laves} nous fommes fi peu avancés encore dans l’hiftoire des faits, nous favons fi peu ce qui Ce pafie dans les laboratoires de la nature, que nous devons avouer de bonne foi que la fcience n’eft encore que dans fon berceau. Je n’ai donc rapporté ici les trois circonftances où j’ai cru appercevoir le pafîage des laves poreufes & du bafalte même, à l’état de pouzzolane, que parce que ce font celles qui m’ont frappé le plus & qui m’ont paru les moins équivoques.
- Analyfe de la Poufôolane.
- Je vais d’abord rapporter ce que M. Sage dit de la pouzzolane, à la page 316 du tome I de fes élémens de minéralogie : le fentiment de cet habile chymifte vient fi fort à l’appui de ce que j’ai avancé fur les laves & fur la pouzzolane ,- que j’ai cru devoir le rapporter ici tout au long. » La pouzzolane me paroît être une » efpece de tufa? au moins celle qui eft jaune » ou rougeâtre 8t qu’on trouve dans 1 état ec-
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- '» cléfiaftique aux environs de Rome, 8c danj » d’autres parties de l'Italie ; on la tranfporte » à Civita-Vccchia, d’au on l’envoie en Suède, » en France, en Hollande &; dans plufieurs » autres contrées de l’Europe pour en faire, » en l’unifiant avec de la chaux, un mortier » impénétrable à l’eau. Cette pouzzolane, ex-» pofée à un feu violent, éprouve les mêmes » altérations que le tufa d'Herculanum \ c’eft-» à-dire, qu’elle fe réduit d'abord en une fco » rie noire, cellulaire, & qu’enfuite elle forme » un émail noir. M. Cronftedt a placé la pouz-» zolane parmi les mines de fer , à caufe de » la portion de ce métal qu’elle contient, de » même qüe les bafaltes d’où elle tire fon ori-3) gine. »
- On voit que la pouzzolane fuit le fort de toutes les efpeces de laves plus ou moins altérées; c’eft-à-dire, que fi on l’expofe à un feu violent, elle s’y réduit en fcorie ÔC enfuite en émail noir. Les laves poreufes , brunes ou rouges , les laves compactes noires ou jaunâtres, en un mot, toutes les matières volcaniques, de quelques climats qu’elles viennent, donnent toujours un .verre lorfqu’on les foumet à un feu foutenu.
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- Voici une expérience fort fimple qui prouve que la pouzzolane a la même identité que les laves : prenez deux gros de pouzzolane rouge ou d’un brun rougeâtre, ou de la noire; rédui-fez-les en poudre fine 8t impalpable dans un mortier d’agathe ou de verre} faites la même opération fur de la lave poreufe ou compare , fur du bafalte en prifme ; prenez toutes les variétés des matières volcaniques , ayez foin quelles ne contiennent aucun corps étranger ; faites-en autant de lots féparés du même poids &bien étiquetés \ placez ces différentes poudres dans autant de verres ou de petits bocaux bien propres \ verfez defîus fix parties d’acide marin concentré, vous ne tarderez pas à voir l’acide prendre une couleur citrine } décantez 8t verfez alors la liqueur dans autant de verres féparés qu’il y a de différens lots \ prenez enfuite avec la pointe d’un petit tube de verre quelques gouttes de cet acide qui a pafle fur les laves 5 noyez-les dans un verre ordinaire plein d’eau de pluie ou d’eau diftillée \ jetez-y deux ou trois gouttes de bon alkali phlogiftiqué , & vous remarquerez fur le champ un beau précipité de bleu de PrulTe.
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- La pouzzolane rouge, celle qui eft d’un brun rougeâtre, le bafalte Ôc quelques laves poreu-fes fourniffent les teintures les plus chargées 8c les plus fortes; mais toutes les autres matières donnent une belle couleur plus ou moins foncée en raifon du plus ou du moins d’altération que le fer a éprouvé à l’époque des éruptions volcaniques. Verfez encore fur la poudre qui eft au fond de vos verres du nouvel acide marin ; laif-fez le tout en digeftion pendant vingt - quatre heures^ l’acide s’imprégnera encore d’une cou leur citrine; décantez de nouveau; mettez tou. jours en réferve là liqueur chargée des molécules ferrugineufes, SC continuez cette manœuvre pendant plufîeurs j*)urs ; vous vous apper-cevrez’ alors qu’à mefure qu’un nouvel acide marin vient s’approprier le fer des laves, leur couleur s’affoiblit ; elles'blanchiffent. Si vous continuez quelque temps cette expérience qui, quoique très-facile en apparence, exige néanmoins beaucoup de patience 8t une certaine dextérité, vous viendrez à bout de décolorer entièrement vos matières , qui vous offriront une fubftsnce blanche, homogène, de la nature du quartz en poudre. J’ai pbfervé que li
- cette
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- cette pourfîere, quoique déjà décolorée, n?af pas entièrement perdu tous fes principes fer* rugineux, elle eft toujours fufible ôc reffemble alors à une efpece de feld-fpath pulvérulent : fi au contraire on vient à bout d’en enlever roue le fer, cette poufliere eft alors de la nature du quartz pur & infufible. Si on veutfavoir enfuite exa&ement la quantité de fer qu’on a extrait des laves par l’intermede de l’acide marin, l’opération fera facile par les lotions ôc les filtrations de l’acide qu’on amis en réferve.
- M. Sage eft le premier qui m’a mis fur la voie de faire cette fuite d’expériences 5 il a fait un travail à peu-près femblablefur la lave noire du Véfuve , dont il rend compte à la page 323 du tome I de fes élémens de minéralogie.
- Il réfulte des expériences dont je viens de parler, ôc de plufieurs autres qu’il feroit trop long de rapporter ici :
- i°. Que toutes les laves en général ont pour bafe une matière quartzeufe ou vitrifiable, unie avec beaucoup de fer, ÔC que leur fufibilité n’eft due qu’à ce même fer,
- 2°. Que le bafalteeftde toutes les matières volcaniques, celle qui eft la plus intimement
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- liée & combinée avec les élémens ferrugineux; que le fer y eft très-voifin de l’état métallique, & que c’eft à cette caufe qu’on peut attribuer la facilité qu’a le bafalte de fe fondre.
- 3°. Que les laves fe trouvent plus ou moins altérées, foit dans leur dureté, leur contexture ou leur couleur, en raifon des différentes modifications qu’a éprouvé le principe ferrugineux attaqué par les fumées volcaniques plus ou moins acides, plus ou moins imprégnées de phlogiftique ou de fubftances falines fixes ou volatiles.
- 4°. Cette fimilitude dans le réfultat de mes expériences furies laves, annonce une identité parfaite dans la matière qui les compofe toutes : donc lés pouzzolanes, les tufa , les laves tendres, roüges, jaunâtres ou de différentes couleurs, les laves poreufes, les laves compares font les mêmes quant à leur effence, 8c ne different que par les modifications que le feu 8t les vapeurs qui s’en émanent, y ont occasionnées : donc fi la matière ferrugineufe,comme il y a lieu de le croire, a le pouvoir de donner de la confiftance & de la dureté aux corps avec lefquels elle s’unit, la fubftance qui en
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- contiendra le plus fera fans doute la plus féconde en principes propres à fournir ce lien , ce gluten invifible qui joint, qui refferre les molécules produit ce que nous appelions la dureté : donc la pouzzolane rouge ou d’un brun rougeâtre étant une des produ&îons volcaniques non-feulement ia plus riche en fer, mais celle où ce minéral fe trouve atténué ôC le plus à découvert, doit produire les effets les plus marqués en ce genre { a ).
- (*) Le bafalte eft à la vérité pour le moins auffi chargé de principes ferrugineux que la Pouzzolane , parce que c’eft lui qui donne naiffance à cette dernière ; mais comme le fer s’y trouve enchaîné par les liens d’une efpece de vitrification particulière 8c de l’elfence du bafalte , il ne pourroit être fubftitué à la pouzzolane qu’autant qu’on le diviferoit en parties très-fines, 8c dès-lors cette pouzzolane faôice feroit à peu-près auffi bonne que celle que la nature prépare ; mais il y auroit de grandes difficultés pour réduire en poudre un corps auffi dur ; cependant les Hollandois qui mettent tout à profit, ont eu l’induf-trie d’imaginer des moulins où ils réduifent en pouf-fiere le bafalte en prifmes 8c les laves poreufe dures, qu’ils vendent fous le nom de pouzzolane, 8c qui esj effet en a toutes les qualités.
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- En voilà aflez pour donner une idée de la pouzzolane; il eft temps de pafler à l’objet d’utilité qu’on en retire dans l’art de bâtir ; c’eft de quoi je vais m’occuper dans la divifion fui-vante.
- Doses & Proportions dans les Cimens de Pouftolane.
- On peut employer la pouzzolane dans l’eau ou hors de l’eau : quoique fa principale vertu , celle qu’on a toujours regardée comme la plus utile St la plus intéreffante, foit relative à la propriété qu’elle a de prendre corps dans l’eau, St d’y former un ciment inattaquable aux flots, qui augmente même fans ceife de dureté, je ferai voir qu’on peut en tirer un parti très-avantageux dans la conftru&ion de plufieurs ouvrages expofés à toutes les intempéries de l’air.
- La pouzzolane a cela d’agréable , que le ciment qu’on en forme n’exige abfolument aucune manipulation difficile St compliquée; ce qui n’eft certainement pas un petit avantage, car les perfonnes accoutumées à diriger des £onftru&ions 3 connoiflent les peines qu’on *
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- de faire metrre en œuvre , d’une tfianlerc1 exa&e , les pratiques fouvent les plus fimples j on fait que pour peu qu’elles exigent de foin , les manœuvres s’en ennuient, s’en dégoûtent reviennent promptement à leurs premiers erremens que l’habitude les a accoutumé à regarder toujours comme ce qu’il y a de mieux.
- Ici le ciment ou le mortier , foit qu’on le deftine à être employé fous l’eau ou en plein air, fe fait comme tous les mortiers ordinaires, en mélangeant la chaux nouvellement éteinte avec la pouzzolane , le fable & les recoupes de pierre, lorfque le cas l’exige , dans les proportions que je vais indiquer , en y jetant de l’eau SC en broyant le tout à la maniéré ordinaire , comme fi on faifoit un mortier commun. On ne fauroit certainement rien voir de plus fimple que ce procédé. Paflons à des détails plus circonftanciés.
- Proportions d'après Vitruve , dans la conftruclion des Ouvrages fous l'eau.
- Je vais rapporter ici une partie du pafiage chapitre iz du livre V de l’archite&ure de
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- ( 3° )
- Vitruve , quia pour titre: desports & de lama-connerie qui fe fait dans Veau. Un double motif m’oblige de tranfcrire ici ce morceau inté-reffant; on y verra d’abord la maniéré dont les Romains faifoient des môles des ouvrages avancés dans la mer : on y trouvera en fécond lieu les proportions des trois matières qui fer-voient à former le mortier ou ciment dont ils faifoient ufage dans cette occafion. » La » commodité des ports , dit Vitruve (a), eft » une chofe allez importante pour nous obli-» ger à expliquer ici par quel art on les peut » rendre capables de mettre les vaifleaux à » couvert des tempêtes. Il n’y a rien de fi aifé » quand la nature du-lieu s’y rencontre favo-» rable, qu’il fe trouve dçs hauteurs & des » promontoires qui s’avancent & laiflent au » milieu un lieu naturellement courbé j car il » n’y a qu’à faire autour du port des porti-?> ques, des arfenaux ou des palfages pour » aller du port dans les marchés, avec des tours
- (æ) Je me fers ici de là traduâion de Claiide Perault. Voyez page 185 , édition de 1673. .
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- » aux deux coins , qui foient jointes par une » chaîne que des machines foutiennent j mais » fi ce lieu n’eft pas propre de foi pour couvrit » les vaiffeaux & les défendre contre la tem-» pête, pourvu qu’il n’y ait point de riviere qut » incommode, que la profondeur foit fu£ î) fifante d’un côté, il faut bâtir dans l’autre » côté un môle qui s’avance dans la mer 8c » qui en ferme le port.
- » La maniéré de bâtir le môle dans l’eau eft » telle : il faut faire apporter de cette poudre » qui fe trouve dans les lieux qui font depuis v Cumes jufqu’au promontoire de Minerve , » (de la pouzzolane ) ôt la mêler en telle pro-» portion, qu’il y ait deux parties de poudre » fur une de chaux. Pour employer ce mor-» tier il faut, dans la place où l’on veut bâtir » le môle, planter dans la mer 8t bien affer-» mir des poteaux rainés ÔC liés fermement en-» femble par de fortes pièces de bois ; enfuite » remplir les entre - deux avec des ais, après » avoir égalé le fond Ôcôté ce qui pourroit nuire. » Cela étant fait, la propriété de la poudre « dont il a été parlé ci-devant eft telle , v qu’il n>y. aura qu’à jeter & enta (Ter le mortier
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- » qui en fêta fait} & des pierres autant qu’il » en faudra pour emplir toutl’efpace qui aura » été laifle pour le môle.
- » Mais fi l’agitation de la mer eft fi grande » que l’on ne puifle fuffifamment arrêter ces* » poteaux,il faudra bâtir dans la terre, même » au bord de la mer, un maffif qui s’élève juf-» qu’au niveau de la terre , en forte néanmoins » qu’il n’y en ait pas la moitié à niveau , parce » que l’autre partie qui eft la plus proche de la » mer doit être en talus. Enfuite on bâtira, v tant du côté de l’eau que des deux côtés du » maflîf, des rebords d’environ i piedi jufqu’à » la hauteur de la partie du maflîf qui eft àni-5) veau, ainfi qu’il a été dit, 8t on emplira de *> fable le creux du talus jufqu’au haut des re-» bords. Cette efplanade étant faite, on bâtira » deffus une maffe de maçonnerie de la gran-» deur que l’on jugera fuffifante, & l’ayant » laifle fécher du moins pendant deux mois, » on abattra les rebords qui foutiennent le fa-» ble qui, étant emporté par les vagues, laifi-» fera tomber Ôc gliflèrlamafle dans la mer, » St par ce moyen oh pourra peu à peu s’avan-» cer dans la mer autant qn’il fera nécefiaire. »
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- Le rêfuîtat de ce paflage qui renfermé àed objers de détails fort curieux, eft que lorfqu’on bâtit dans la mer, il faut que lé mortier fois formé avec une portion de chaux 8c deux portions de pouzzolane : ce procédé , qui eft en effet le meilleur, devroit faire réglé confiante par-tout} cependant, par un principe d’économie mal entendu , on s’en écarte un peu dans les lieux où il faut apporter la pouzzolane de loin.
- Ï1 eftabfolumentefientiel, lorfqu’on veut employer de la pouzzolane pour les conftru&ions dans l’eau , de fe procurer de la chaux vive. Je fuis obligé de parler ici de la chaux : on ne nous a point encore donné des détails affez clairs 8c afiez à portée de tout le monde fur cette matière qui mériteroit les plus grandes recherches, 8c qui exigeroit une fuite d’expériences faites avec foin , rien n’intéreflant autant la phyfique 8( les arts. Je ne jetterai iii,pour ainfî dire, qu’un coup d’œil général fur cette fubftance, mes occupations ne m’ayant pas encore permis de l’examiner dans un auflï grand détail que je l’aurois déliré.
- E
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- De la Chaux.
- On divife ordinairement la chaux en chaux vive St en chaux graffe,
- La chaux vive elt celle qui eft faite avec une qualité de pierre calcaire pure, faine, vive St cryftalline dans fa calibre, 8t qui tend à fe rapprocher de la nature du fpath calcaire : une telle chaux, lorfqu’elle eft cuite à propos, a des qualités qui different de la chaux commune ordinaire, ou de la chaux grafle.
- Voici ce que j’ai obfervé de plus particulier fur la chaux vive: i°. Les pierres qui la forment, quoique cuites 8t calcinées au point d’avoir perdu la moitié de leur poids, font néanmoins allez dures St allez fonores lorfqu’on les frappe.
- 2°. Lorfque cette chaux fe trouve d’une bonne qualité, elle peut relier impunément un mois St même davantage à l’air, fans perdre confidérablement de fa vertu , pourvu qu’elle ne foit pas dans un endroit humide; elle pompe à la vérité les molécules aqueufes qui flottent dans l’air, fe les approprie , fe divife St tombe en pouffiere j mais elle n’en fait pas
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- moins un très-bon mortier; il vaut cependant toujours mieux, dans les conftru&ions foignées, faire ufage de la chaux nouvelle.
- 3°. La chaux vive, difioute St fondue dans l’eau , doit être amalgamée fans retard avec le fable ; elle durciroit 8t feroit corps, quoique feule St malgré qu’elle fût humeôée St qu’elle nageât même dans l’eau (a\ mais une fois qu’elle eft mêlée avec le fable , elle peutfe con-ferver, en la tenant fraîche , quinze jours dans l'été St environ un mois dans l’hiver : on peut l’employer utilement alors, en l’hume&ant avec de l’eau, St en la broyant de nouveau.
- 4°. Cette chaux employée en mortier avec ciu fable non terreux, prend corps beaucoup plus promptement que la chaux commune, St forme des ouvrages d’une grande folidité.
- La chaux grajfc ou la chaux commune eft celle qui eft faite avec des pierres calcaires tendres , fouvent un peu marneufes, qui contiennent quelquefois beaucoup de corps marins fofliles , ou celle qui ayant un grain rappro-
- («) Du moins certaine efpece comme celle de jMontelimar.
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- ché de la meilleure pierre à chaux, fe trouve néanmoins tellement chargée de principes gras ou d’acide volatil phlogiftiqué, que l’eau a de la peine à en diflbudre les molécules ; ce qui oft caufe qu’on eft obligé , avant d’employer line telle chaux , de la faire macérer longtemps dans l’eau, afin qu’à la longue cette matière gazeufe fe décompofe : in macérations diutuma, a dit Vitruve , liquore defervere coacla. Audi voyons - nous dans les anciennes loix romaines , qu’il étoit défendu aux entrepreneurs d’employer cette efpeçe de chaux , qu’ils nom moient calxmacerata, chaux macérée, à moins qu’elle n’eût trois ans de fufion.
- Il exifie quelquefois dans l’intermédiaire différentes chaux qui tiennent le milieu entre la chaux vive la chaux grajffe. On comprend même combien il doit y avoir de nuances Ôcde modifications différentes dans ce genre. Il n’y aprefque point de pays où la chaux foit abfolu-ment égale & reiïemble en tout à celle d’un autre pays; ces différentes variétés ont été de tous les temps la caufe que les perfonnes qui ontvoulu donner des procédés ftri&es 8t généraux pour les dofes de chaux dans plufieurs çimens qui
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- ont été imaginés depuis peu,ont prefque tou» jours échoué , 8c cela devoit être.
- La chaux vive, d’une bonne qualité, eft la feule qui puiffe être utilement employée dans la fabrication du mortier de Pouzzolane, def-tiné.à fervir dans les conftru&ions fous l’eau ; fi on faifoit ufage des chaux communes, je ne répondrois pas du fuccès, je le croirois même d’avance incertain; il eft cependant toujours bon de faire des eflais, & voici une méthode fimple pour procéder à des épreuves.
- Prenez une mefure de chaux du pays dont vous voudrez faire l’efTai, ayez attention qu’elle foit nouvelle j faites-la détremper à la maniéré ufitée du lieu ÿ joignez-y deux mefures de pouzzolane, une demi-mefure de gros fable non terreux; fi vous n’êtes pas à portée de vous procurer du fable de cette qualité, il vaut mieux s’en pafier que d’employer du fable altéré \ joignez au tout deux mefures de recoupes de pierres ou de biocailles dont les plus gros fragmens n’excedent pas la grandeur de la main 5 faites foigneufement broyer le tout en employant de l’eau de riviere, de fontaine ou de puits, pourvu qu’elle ne foit pas chargée de
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- ïélênîte. Votre mortier ainfi fait, laiffez-le re-pofer l’efpace de fix heures ; jetez-le après ce temps-là dans une bonne & forte caiffe percée dans tous les fens par des trous d’environ 3 ou 4 lignes de diamètre, afin de donner iffue à l’eau ", que la caiffe ait la grandeur convenable à la quantité de matière que vous voulez mettre en épreuve \ on peut en employer deux ou trois pieds cubes. Ayez attention non-feulement de remplir exa&ement la caiffe, mais faites-y entrer avec force & à coups de marteau quelques pierres pardeffus, de la groffeur environ du poing -, fermez alors votre caiffe avec un couvert également percé, que vous fixerez avec de gros doux $ defcendez le tout dans une piece d’eau , dans un puits, dans une mare ou dans une riviere où vous le laifferez en dépôt pendant trois mois : ce délai expiré , retirez la caiffe, ôc fi la chaux que vous avez employée fe trouve bonne 8C convient à la pouzzolane, le mortier aura formé un corps dur, un en-femble de la plus grande folidité, que l’eau 8C le temps durciroient encore davantage.
- Cette épreuve , auflî fimple que peu difpen-dieufe, peut être de la plus grande utilité pour
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- faire des eflais } on pourra facilement connoî-tre par là la qualité de la chaux du pays qu’on habitej il eft bon même de ne pas négliger cette épreuve, car j’ai vu quelques efpeces de chaux aflez médiocres en apparence & foibles, employées avec le fable, réuflir parfaitement ÔC prendre corps dans l’eau, lorfqu’on les uniffoit avec la pouzzolane \ ce qui prouve combien cette fubftance tend à augmenter la qualité de la chaux.
- Compofition du mortier de Pou^olane pouri Us grandes Conftructions dans la mer.
- Douze parties de pouzzolane.
- Six parties de gros fable non terreux.
- Neuf parties de chaux vive bien cuite.
- Six portions de blocaille ou recoupe de pierre.
- Préparation du mortier. i°. On prend la quantité de chaux vive nouvellement cuite qu’on veut employer , on l’étend de gros en gros en rond , 8t on l’entoure d’une-digue circulaire de pouzzolane pour retenir l’eau; le gros fable, les recoupes de pierre doivent être prêtes, me-furées 8c fous la main.
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- 1°. On jette d’abord fur la chaux de l’eau dé fontaine , de riviere ou de puits, mais il faut que cette derniere ne foit point chargée de fé» lénite. Ayez attention, en verfant l’eau, de la répandre par gradation & à plufieurs reprifes, afin que Ja chaux s’échauffe lentement, mais fortement, 8t qu’elle puifle fe divifer en molécules très-fines, cette méthode au refte eft connue par tous les maçons expérimentés ; elle eft effentielle; il ne faut pas noyer la chaux , difent-ils, ils ont raifon.
- 3°. Dès que la chaux fera bien divifée, bien fondue & réduite en pâte laiteufe, il faut la mêler fur le champ avec la pouzzolane j c’eft-à-dire, que des ouvriers jetteront alternativement fur le monceau, de la pouzzolane St du gros fable, tandis que d’autres broyeront 8t gâcheront le tout avec foin.
- 4°. Cette opération faite , il faut rebroyer une fécondé fois fur le champ le mortier, SC y introduire les recoupes de pierre : pour que cet amalgame fe fafle bien, il faut rendre la pâte liquide en y jetant un peu de nouvelle eau fi la chofe paroît néceftaire.
- 5°. Faites mettre le tout en tas, St Iaiftez-
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- le repofer en cet état pendant fisc heures ; oit peut, après ce temps-là, en faire ufage & employer ce gros mortier pour les conftru&ions dans l’eau, foit par encaiflement, par jetée , ou félon les différens procédés ulités dans l’art de bâtir dans la mer ou dans les rivières.
- Ce procédé fe pratique depuis long-temps à Toulon , où l’on voit de très-grandes conf-tru&ions dans la mer, foit à l’arfenal, foit au port.
- La pouzzolane acquiert par le temps une fi grande dureté dans l’eau , que j’ai vu dans un ancien bâtiment de Toulon, nommé la vieille tour, conftruit dans la mer, des murs en pierre de taille, que le fel marin 8c le coup des vagues ont ufés 8c détruits 5 les joints qu’l étoient en pouzzolane ont rélifté, 6c font d’une dureté extrême -, ils forment des bordures 6c des encadremens en faillie fort finguliers, qui indiquent jufqu’à quel point s’avançoient les pare-mens de ces pierres : rien n’annonce autant l’excellence de la pouzzolane. Ceci me rappelle ce que M. le chevalier Hamilton dit des blocs de maçonnerie en pouzzolane qui font fur le rivage de Pouzzole 5 la caufticité du fel marin
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- hê leur a pas porté la moindre atteinte ; 8c le frottement continuel des vagues, loin de les détruire 8c de les renverfer, les a unis 8c polis comme des cailloux. Les refies de l’ancien môle de Pouzzole , nommé communément le pont de Caligula, réfïïlent depuis des temps reculés à l’attaque journalière des flots \ c’eflàla pouzzolane à qui ils doivent cette inébranlable folidité.
- Mortier pour les aqueducs, citernes, bajfms, fouterreins humides , &c.
- Il efl nécefTaire, pour des ouvrages de cette nature, d’avoir un mortier moins graveleux & plus propre à être égalifé; en voici le procédé qui différé peu du premier.
- Une mefure de chaux vive nouvellement cuite.
- Deux mefures de pouzzolane.
- Une mefure de fable de riviere, non terreux.
- Comme la chaux vive d’un pays peut con-fommer plus de fable 8t plus de pouzzolane que celle d’un autre, les gens de l’art auront foin de fe conformer à la qualité de la chaux du lieu ; c’eft-à-dire , que fi deux mefures de pouzzolane une de fable formoient un mortier
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- trop gras, on devroit augmenter la dofe de pouzzolane 5c de fable dans les mêmes proportions , jufqu’à ce que le mortier fût au point convenable $ fi au contraire les dofes que j’indique étoient trop fortes pour certaines qualités de chaux, on pourroit les diminuer : on comprend qu’il eft impoifible de donner à ce fujet des réglés ftri&es 5c pofitives, qui puifient généralement convenir à tous les cas.
- Je n’entrerai pas ici dans les détails déjà connus de. la conftru&ion desbaflins, & des autres differens ouvrages propres à recevoir l’eau : je dirai feulement que fi on veut leur donner un degré de folidité à toute épreuve, il faut les bâtir entièrement en mortier de pouzzolane 5c en moilons, Sc à défaut de ceux-ci en gros cailloux. Lorfque la maçonnerie en fera achevée, faites jeter fur l’aire ou fur le plancher une couche de mortier d’environ 2 pouces \ ou 3 pouces d’épaifieur,qu’il faudra également lilfer? battre ÔC mafliver avec un battoir dont le plateau doit avoir environ 1 pied de longueur fur 8 pouces de largeur {a').
- (a) Cet infiniment, très-fîmple & très-aifé à façonner , fe fait avec un plateau en bois de noyer *
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- Vous ferez crépir également tout le tour diï baflin avec une couche moins épaifîe, qu’on unira foigneufement avec la truelle, en revenant à cette opération à plufieurs reprifes, 8t en appuyant fortement cet infiniment, dès que la matière commencera à prendre de la con-liflance : enfin lorfque le ciment fera allez dur pour repoufîer le battoir, vous remplirez le baflin d’eau, quoiqu’il ne foit pas encore fec; la chofe efl nécefTaire Sc effentielle pour la bonté de l’ouvrage : il faut avoir attention feulement , en faifant entrer l’eau dans le baflin, de prendre des précautions pour qu’en tombant elle ne dégrade pas le plancher encore tendre ; mais il efl aifé de parer à cet inconvénient. C’eft en s’y prenant de cette maniéré , qu’on réufîîra à faire un ouvrage qui ne laiffera jamais perdre une goutte d’eau, qui acquerra avec le temps une dureté & une folidité inébranlable,
- qui doit avoir au moins 2 pouces & demi d’épaiffeur, pour que l’humidité continuelle ne le faffe pas déjeter , & qu’il puifîe refier toujours égal ; il doit être emmanché perpendiculairement avec un liteau de même bois, implanté au milieu d’une des grandes faces.
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- Sc rèfiftera aux gelées les plus fortes 8c les plus foutenues.
- Si au lieu de faire la totalité des balüns en pouzzolane, on étoit à portée de fe procurer à meilleur compte des pierres de taille impénétrables à l’eau , ÔC propres à réfifter aux gelées, ce motif d’économie pourrait faire d onner la préférence à ces dernieres } mais il feroit tou jours important de fermer les joints avec du mortier de pouzzolane. Il faudroit au refte être dans des pays bien retirés, pour que la pierre de taille pût y revenir à meilleur compte que la pouzzolane : en général cette fubftance volcanique doit faire un objet d’économie au moins de la moitié fur la pierre de taille.
- Je n’ai point encore parlé du couronnement des baflms : fi on veut les faire en pierre de taille , il faudra les cimenter avec du mortier de pouzzolane} mais il eft bon de fe procurer une pierre d’une excellente qualité , car rien n’eft aufli défagréable ÔC auflî défectueux dans les jardins que le tour d’un baflîn , lorfqu’il eft écaillé 8c dégradé par les gelées. Si on «^eut éviter cet inconvénient ôc diminuer la dépenfe au moins de la moitié, il faut fimplement employer
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- tîti mortier de pouzzolane, & en jeter un b& ton fur le mur du baflin , d’une épaiffeur environ de 5 pouces, & le mafliver de la même maniéré que le fond du baflin , en ayant foin, dès qu’il repouffera le battoir, de le couvrir de paille, que vous tiendrez journellement humectée , en l’arrofant de temps en temps pendant environ un mois & demi : cette partie fe trouvant hors de l’eau , on doit prendre la précaution que j’indique pour éviter les gerçures & même l’a&ion des gelées, car rien n’eft fî fujet à fe détruire & à s’exfolier qu’une partie de maçonnerie expofée alternativement à l’humidité, à la chaleur & à toutes les injures de l’air ; mais fi la couverture de votre baffin eft à l’abri du vent & du foleil pendant environ un mois 8t demi, elle aura acquis une partie de fa folidité, St elle fera dès-lors à l’abri de tout danger.
- Je dois obferver ici que fi on eft dans le cas de conftruire un baflin en plain air, dans le temps des grandes chaleurs de l’été, comme la déification du mortier fe fait d’une maniéré très-rapide, il eft effentiel de battre 8c de maf-iiver fans relâche le plancher jufqu’à ce qu’il
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- 'ait acquis ïa confiftance néceffaire. Il faut aufli lifler continuellement le tour des murs avec la truelle, pour éviter les gerçures 8c les fentes que l’ardeur du foleil ne manqueroit pas d’oc-cafionner: fi la chaleur étoit même extrêmement forte, il feroit néceffaire d’arrofer de temps en temps l’ouvrage , qui acquerra de la dureté en très-peu de jours. J’ai vu dans un cas pareil un très-grand baffm qu’on crépiffoit, être en état de recevoir l’eau le troifieme jour. En général cependant il ne faut pas choifir le temps des chaleurs pour les ouvrages en maçonnerie; les travaux du printemps & de l’automne font toujours plus folides & mieux conditionnés.
- Les procédés que je viens de rapporter ici font applicables aux citernes , aux aqueducs , aux fouterreins humides, 8t en général à tous les ouvrages expofés à l’eau. C’elt là le vrai triomphe de la pouzzolane. Les épreuves réuf-liront toujours conftamment, pour peu que la chaux vive foit bonne.
- Différentes, méthodes employées pour fuppléer à la Pouçplane.
- O Na tellement fenti de tous les temps l’u-
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- un
- tilité de la pouzzolane, particuliérement pouf la folidité des conftruâions dans l’eau , que les perfonnes qui n’ont pas été à portée de s’en procurer, ont tâché de lui fubftituer des matières qui s’en rapprochoient *, les unes ont Fait ufage des fcories des fournaux, de certains laitiers, de mâche-fer ÿ d’autres de différentes matières plus ou moins calcinées , & le plus grand nombre en général de briques ou de tuiles pulvérifées.
- Il n’eft pas douteux que ces fubftances maniées par le feu, ne foient très-propres à donner plus de confiftance & plus de folidité aux ou^ vrages expofés à l’humidité, que le fimple fable quartzeux^maisla différence entre la propriété de la brique pilée & de la pouzzolane eft grande.
- Il eft affez généralement reçu que les Romains employoient dans leur ciment de la brique pul-vérifée } on en a fouvent jugé par la couleur : or, la plupart de ces cimens , dh>on, ont réfïftéà un laps de temps de quinze ou dix-huit fîecles : donc , a-t-on conclu, rien n’eft aufîi utile, rien n’eft aufft propre à réfifter au temps qu’un ciment , qu’un mortier fait avec de la brique réduite en poudre. J’ai été dans le cas de faire
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- I ce fujet des recherches affez fuivies fur cer* tains cimens rouges des anciens. Je poffede une colie&ion affez nombreufe de difFérens échantillons venus d’Italie 5c des environs de Rome , détachés de plufieurs monumens antiques ; mais je me fuis apperçu, en les examinant avec foin , que la plus grande partie eft fabriquée avec de la véritable pouzzolane rouge & non avec de la brique pilée. On en juge facilement par les petits globules de lave poreufe, 2>C par les points de fchorl noir qu’on y remarque pour l’ordinaire encore : j’ai trouvé de pareils échantillons en France, dans les environs deVienne, à Orange &. à Nifmes, ôt j’ai reconnu qu’ils étoient faits également avec de la pouzzolane. J’en ai obfervé à la vérité quelques-uns pétris avec de la brique pilée $ mais ces derniers étoient toujours friables & tendres, & avoient perdu leur confiftance , tandis que les cimens faits en pouzzolane, n’ont rien perdu de leur dureté, particuliérement ceux qui fe trouvent dans la terre , & qui font expofés à l’humidité.
- Mon intention n’eft certainement pas ici de dégoûter les conftruéteurs de faire ufage de la brique pilée, qui produit toujours un bon effet
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- Sans îe ciment *, mais toutes les Fois qii'on pourra Te procurer de la pouzzolane, il ne faut pas balancer à la préférer.
- De tous les procédés propres à imiter la pouzzolane, je n’en trouve point de fi ingénieux que celui qu’a imaginé un fuédois, pour fabriquer une pouzzolane faétice, devenue très-utile à fa patrie, en ce que , outre qu’elle remplit à peu-près le même objet que celle d’Italie, elle revient èncore à un prix moins cher, à caufe de l’éloignement &. du tranfpoit de celle de Pouzzole, 8t qu’elle empêche la fortie de l’argent hors de ce royaume, ce qui n’eft pas un des moindres avantages que puifie procurer cette découverte due à M. Baggé, de Go-thenbourg. Voici la maniéré de faire cetre pouzzolane -, j’en dois la recette à la complai-fance de M. Efcalier, commiflaire de la marine , qui a été envoyé très-utilement & en excellent obfervateur dans cette partie du nord. Non-feulement il a eu la complaifance de me communiquer l’obfervation qu’il a faite à ce fu-jet , extraire du journal de fon voyage} mais il a joint encore à cette honnêteté les deux-échantillons de cette pouzzolane qu’il avoit ap-
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- portés de Suède, dont l’un confifte en la pouz* zolane toute préparée , 6c l’autre en la matière première qui fert à la former : voici cette notice intéreffante.
- » La difficulté du tranfport ÔC la cherté de » la pouzzolane que nous employons pour ci-» menter les maçonneries hydrauliques , a » exercé l’imagination d’un fuédois ingénieux, >3 pour trouver à la remplacer par artifice : il a 33 considéré que cette terre que l’on tire d’Ita-» lie y a été travaillée 6c cuite par l’effet d’un » volcan , 6c qu’il étoit poffible ( en trouvant » une matière femblable à celle fur laquelle la >3 nature a opéré dans ce pays-là, ) de la cuire 3) 6c de la fabriquer en pouzzolane par une >3 opération analogue à celle de la nature. Il a 33 été affez heureux pour trouver auprès de 33 Wennersborg , une pierre noire 6c dure , » dont j’ai montré un fragment àM. Guettard, 33 qui m’a dit que c’étoit de l’ardoife dure, 6c 33 qu’il s’en trouvoit en France : cette pierre 33 fe cuit dans des fours à peu près à la ma-33 niere de la chaux } à la première cuiffon elle 33 devient rougeâtre , gardant fa confiftance » 6l fa dureté ; mais en la cuifant une fe-
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- » conde fois , elle fe refond en une elpece » de pâce qui fe met facilement en poudre , en-
- la paflant fous des pierres à meule, tournées j) par des chevaux, à la maniéré de nos mou-3) lins à olives. On m’a afluré que cette prépa-3> ration avoit toutes les qualités de la pouzzo-33 lane , à laquelle elle refiemble parfaitement , >3 ôCon s’en fert comme telle avec tous les fuc-3> cès poflibles , dans les badins éclufes que 33 l’on fait dans ce voifinage, pour franchir les 33 cafcades de Trollæta.
- 33 Cette invention eft due à M. Baggé , de 33 Gothenbourg. 33
- J’ai examiné foigneufement la pierre noire dont on fait cette pouzzolane ; elle n’eft autre chofe qu’une véritable ardoife dure, très-pure, ne faifant pas la moindre effervefcence avec les acides , & paroiflant fe divifer eu feuillets affez épais, à en juger par l’échantillon qu’a eu la bonté de me donner M.'Efcalier, lorfque j’eus l’honneur de le voir à Toulon , où M. de Sartine, miniftre 8t fécretaire d’état au département de la marine , m’avoit envoyé pour faire mettre en épreuves les pouzzolanes que j’avois découvertes dans le Vivarais. Cette même efpece
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- d’ardoife fe trouve en plufieurs endroits de la France ; j’en ai vu dans les Alpes & ailleurs.
- Comme on eft obligé de calciner deux fois cette pierre en Suede, cette opération doitcon-fommer beaucoup de bois , ôt rendre cette pouzzolane faétice chere : on pourroit donc demander la raifon pourquoi, dans un pays où l’argile ne doit pas être rare , on ne préféré pas la brique pulvérifée, qui coûteroit le double moins, puifque l’extraôion en feroit beaucoup plus facile , & qu’on fe trouveroit dif-penfé de la faire cuire deux fois. Cette première idée s’eft d’abord préfentée à moi j mais ayant analyfé cette pouzzolane de M. Baggé , j’ai reconnu qu’elle étoit chargée d’une très-grande quantité de molécules ferrugineufes , que le feu convertit en une efpeee de chaux d’un brun rougeâtre } j’y en ai trouvé prefque autant que dans la pouzzolane d’Italie, & que dans celle du Vivarais : c’eft certainement à cette abondance de principes métalliques qu’eft due la propriété qu’a cette matière de fe rapprocher par fes effets des pouzzolanes volcaniques.
- Il ne faut pas fe perfuader au refte que le fchifte ardoifé de Suede étant calciné, ait la
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- même apparence extérieure & la même coiU texture que la pouzzolane ordinaire : cette dernière eft poreufe & remarquable par de petits grains de fchorl noir qu’on y voit briller : on voit d’ailleurs qu’elle eft le produit d’un feu d’une nature bien différente , tandis que la pouzzolane de Suède refîemble à une pierre terreufe , d’un brun rougeâtre, compacte & nullement poreufe.
- Il feroit donc difficile d’après cela de tirer la moindre indu&ion furl’efpece &la qualité des pierres primitives qui fervent à former les laves & les pouzzolanes volcaniques} ce qui auroit pu être une conclufion bien intéreffante du mé* moire de M. Baggé} mais cette ardoife noire donne, par la calcination, un produit fi different des véritables matières volcanifées , qu’on auroit tort de croire que les volcans opèrent fur des productions de cette nature pour en former des laves.
- Conjectures fur la théorie de la dureté du Mortier.
- Le meilleur mortier, celui qui eft fait avec une chaux vive de bonne qualité, n’a pas en-
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- fcore acquis fon dernier degré de dureté aw bout de trente ans , difent journellement les maçons confommés dans la pratique des bâtiments : c’eft en démoliffant des mai Tons plus ou moins anciennes , qu’ils ont été à portée de faire fouvent cette obfervation : les maifons les plus ordinaires , ajoutent-ils , celles qui ont été bâties avec des matériaux communs & avec un mortier médiocre, ont des murs peu foli-des, friables & faciles à abattre ; mais les murs de ces mêmes bâtimens, qui fe trouvent dans les fondations, étant à l’abri de l’air, éprouvant une humidité confiante , deviennent à la longue de la plus grande dureté , tandis que ceux qui font au niveau de terre , fe trouvant expofés à l’aâion alternative d’un air fec SC d’un air humide , fouffrent le plus & tombent en éclat ôt en pourriture.
- J’ai fouvent réfléchi fur les caufes qui pou-voient occallonner des modifications fi diffé-ïentes dans un même mur, ce qui m’a engagé à faire quelques recherches fuivies à ce fujet : je vais donc hafarder à cette occafion quelques conje&ures qui ont pour but futilité publique 8t l’avantage des particuliers. Je ferai
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- trop récompenfé fi je puis mettre fur la voïé de perfeftionner un art auflî nécefiaire 8c auffi utile que celui de bâtir. Je me fuis principalement attaché à étudier & à fuivre les procédés de la nature. Ils font unis, peu compliqués, fimples comme elle} ôc fi en voulant la copier, nous nous écartons fi fouvent de notre modèle, nous fommes bien excufables *, le temps nous manque , St nous fommes preffés de jouir.
- Je vais pofer ici quelques principes préliminaires , dont il eft eflentiel que je donne la notice , afin que les naturaliftes , les phyficiens 8c les autres perfonnes inftruites qui liront ces recherches , fâchent de quel point je fuis parti : c’eft pour me rendre plus clair & plus méthodique que j’adopterai l’ordre qui fuit.
- r> i°. Le fpath calcaire blanc, tranfparent, » dit un de nos habiles chymiftes, doit être » confidéré comme la pierre calcaire la plus s> pure *, il fe diffout entièrement dans l’acide ni-» treux, décrépite lorfqu’on l’expofe au feu , » & produit par la calcination l’une des meil-» leures chaux connues. La bonne qualité de y* la chaux dépend en partie de la pureté de j» la pierre qu’on calcine ; la chaux qu’on obtient
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- » du marbre blanc 8t du marbre noireftpréfé-» rable à celle de la pierre à chaux commune , » St celle de la pierre à chaux vaut mieux que » celle qu’on feroit avec la craie. » M. Sage , élêmens de minéralogie , tome I, pag. 143.
- 20. La folidité St la dureté de la pierre calcaire doivent être, félon toutes les apparences, attribuées à une efpece de cryftallifation. Voyez avec la loupe le marbre le plus pur, vous y découvrez des lames , des éclats vitreux , qui an-honcentune cryftallifation fpathique, plus ou moins confufe, foit en raifon des corps intermédiaires qui ont intercepté le rapprochement des molécules, foit parce que l’opération s’eft faite d’une maniéré trop précipitée.
- 30. La pierre calcaire calcinée perd environ la moitié de fon poids ; l’eau de la cryftallifation cft enlevée par le feu ; la matière grafle eft brûlée; la pierre devient tendre St acquiert la plus grande aptitude à s’emparer des molécules humides de l’air ; l’eau y eft bientôt abforbéc ; une chaleur forte fe manifefte; la chaux fe dilate St tombe en pouflîere.
- 40. Cette pouffiere de chaux qui eft le produit de la calcination, ne peut regagner une
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- partie de fa dureté que par un nouveau rapprochement des molécules, que par une nouvelle réunion des parties, en un mot , que par une nouvelle cryftallifation opérée à l’aide d’un liquide.
- 5°. Ce liquide eft l’eau la plus pure & la moins chargée de corps étrangers $ la chaux y devient foluble , elle s’y fond, elle s’y diflout avec facilité} dès-lors lafuperficie de cette eau fe couvre de petits cryftaux feuilletés, qu’on a nommés improprement crème de chaux ; ces petites lames font les véritables élémens de la pierre calcaire, qui fe revivifient; ce n’eft plus de la chaux , c’eft un fpath calcaire régénéré.
- 6°. » Lorfqu’on diftille de la pierre calcaire yj dans une cornue de verre, dit M. Sage , élé-» mens de minéralogie, tome I, pag. s 2 i, il fe » dégage un acide volatil furchargé de phlogif-» tique ; cet acide, fourni par la décompofi-» tionde la matière grafle contenue dans la » pierre calcaire ( * ), eft réduit en vapeurs fi » expenfibles par le moyen du feu , que fi l’on
- {.*) Si l’on fond du minium avec fixparties de terre calcaire, une portion de cette chaux fe revivifie.
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- » n’avoit pas foin de les coercer par un alkalî * » elles rompraient les vaiflèaux qu’on aurait » lutés avec trop de foin} mais lorfqu’on a mis » de l’alkali dans le récipient, on ne court au-» cun danger j l’acide devenu libre , fe com-» bine immédiatement avec lui pour former un » fel qui cryftallife en cubes, & fernblable à » celui dont j’ai parlé dans mon analyfe des x> bleds , fous le nom de fel marin volatil. Si au » lieu de récipient dont je viens de parler, on » fait ufage de l’appareil chymicopneumatique » de Halles , on apperçoit un déplacement » d’eau très-confidérable, ce qui a fait croire » à plufieurs phyficiens que c’étoit de l’air qui » fe dégageoit ; de là le nom d'air fixe donné » à un acide volatil qui n’eft point de l’air & n’en » contient point : cette opinion née enAngle-» terre, a depuis été adoptée par quelques Fran-» çois.
- » Cet acide volatil, furchargé de phlogifti-» que, eft plus pefant que l’air , 8t le déplace » au point que je crois pouvoir avancer que par? » tout où cet acide fe rencontre en certaine » quantité, l’efpace qu’il occupe eft privé d’air. » L’expérience m’a convaincu que dans fat-
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- v mofphere de la cuve où fermente la bieré » & où s’éteint une lumière par la préfence » d’un acide volatil analogue à celui dont je » parle , il n’y a point d’air, quoiqu’on ait pré-» tendu le contraire : on peut s’afiurer en un » inftant qu’il s’y trouve un acide , en introdui-» Tant dans cet athmofphere de la teinture de » tournefol, puifqu’elle y rougit aufïï-tôt ; de j) plus, fi l’on y introduit un bocal avec de 3> l’efprit alkali volatil faturé à froid , on ob-33 tient des cryftaux d’une efpece de felammo-3> niac dont j’ai parlé dans mes mémoires de » chymie, pages 96 & fuiv. »
- Sans entrer ici dans la queftion auflî délicate qu’épineufe, relative à cette vapeur, à cette émanation que M. Sage nomme acide volatil * que d’autres appellent du nomdegur. d’ûir fixe , &c. je me bornerai à dire qu’il s’élève de la pierre calcaire, par la calcination, une vapeur acide, qui étant féparée de la pierre , lui fait perdre fa dureté, fa confiftance. Si je foumets également un morceau de pierre calcaire à l’aâion de l’acide nitreux, il s’en dégage une grande quantité de vapeurs à peu près femblables. Cette vapeur acide, cet acide volatil fer oit - il
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- lé principe de Padhéfion & de la dureté 'de* corps? ferait - ce un tel menftrue qui aurait la faculté de communiquer à Peau quienferoit imprégnée, la propriété dediiîbudre, non-feulement les pierres, mais la plupart des matières métalliques?
- Si la chofe eft ainfi, ( & une foule d’expériences nouvelles, particuliérement celles que M. Achard , chymifte, de l’académie de Berlin, a communiquées au mois de janvier dernier au prince de Gallitzin, tendent à la confirmer de plus en plus ) on pourroit fe former quelques idées raifonnables fur la théorie de la dureté de certains corps , particuliérement fur celle des matières calcaires : en effet, en confidé-rant une pierre calcaire comme formée à l’aide d’une eau fortement chargée de cet acide , ne feroit-on pas fondé de conjecturer que par l’in-termede du fluide aqueux, cet acide volatil s’efi: combiné aveclafubftance alkaline, avec la matière abforbante calcaire, pour former avec elle une efpece de fubftance neutre, une ef-pece de cryftal pierreux , dont les molécules , en s’unifiant plus ou moins rapidement , ont formé une pierre calcaire commune, un marbre ou un fpath rhomboïdal.
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- S’il étoit permis de comparer les chaux calcaires avec les chaux métalliques, on pounoit peut-être en tirer des indu&ions, y découvrir quelques rapports qui tendroientà jeter du jour fur un fujet fi délicat & fi difficile à bien faifir.
- Je dirois , par exemple , cette modification du principe igné, qui eft lumière dans Tair , éle&ricité dans la foudre, phlogiftique dans les métaux, qui brûle, qui détruit tout en fe développant dans lacombuftion, tandis qu’il felaifle approcher, qu’il fe laiffe manier fous certaine enveloppe (a); qui, fous la forme d’un liquide trompeur & avec tous les caraâeres apparens de l’eau, produit tous les ravages du feu dans certains acides (^) ; en un mot, ce Protée étonnant qui fait fe divifer, fe modifier à l’infini } qui s’alliant à l’eau, lui donne la fluidité; qui s’in-troduifant dans les végétaux, y circule avec la feve qui donne la vie aux animaux, les foutienr, les anime} je dirois, en un mot, c’eft ce principe , c’eft cet agent univerfelqui doit être fans
- ( ) Dans le foufre , la poudre à canon, Scc. (£)Tels que l’acide vitriolique concentré, l’acide marin, Scc.
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- ceffe l’objet des Spéculations & des recherches du naturalifte &. du phyficien.
- Cherchons donc dans le feu , ou dans la di-verfité de fes modifications, le principe de la dureté des corps ; mais comparons auparavant les chaux métalliques avec les chaux calcaires. Un métal tel que l’étain , le cuivre , l’ar^ gent, 8tc. qui a une confiftance 8c une dureté qui lui eft propre Sc relative, fournis à l’aéBou d’un acide ,faitelïervefcence,perd fon brillant, fa dureté, Stfe réduit en unepoufliere qu’on nomme chaux métallique. La couleur de cette chaux eft toujours analogue à la qualité du métal.
- La pierre calcaire, foumife également à faction de l’acide, fait effervefcence, perd fon ad-héfion, fa dureté, ôc fe convertit en une pouf-liere fine qu’on appelle chaux calcaire.
- . Les matières métalliques, foumifes à un feu violent & fourenu , s’y fondent, s’y calcinent , perdent peu à peu leur éclat, & s’y réduîfent en chaux : .la calcination commence toujours vers les parties qui fe trouvent en conta# immédiat avec l’air, ce qui feroit croire, ou que la violence du feu pouffe le principe acide volatil vers les parties extérieures, ou que ce même
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- àcide volatil, phlogiftiqué, fe trouvant prefqué à nud par l’effet de l’incandefcence, l’air extérieur a le pouvoir de s’en emparer: en un mot, Cette calcination, de quelle maniéré qu’elle s’opère , fe fait plus ou moins promptement, en raifon du plus ou moins d'adhérence & de combinaifon de ce principe igné avec les molé* cules métalliques.
- La matière calcaire la plus dure, expofée à un feu foutenu , perd d’abord , non-feulement une grande partie de l’eau qui entroit comme principe conftitutif dans fa crÿftallifation, mais encore une portion de l’acide volatil qui lui fer-toit de lien. Les matières calcaires font plutôt ou plus tard converties en chaux , en raifon du plus ou du moins d’adhérence & d’abondance de ce même principe.
- Les matières métalliques expofées à la calcination dans des cornues de verre lutées, ne s’y réduifent point en chaux.
- Les pierres calcaires mifes également dans des cornues , hermétiquement fermées, n’y
- * Voyez paffent point à l’état de chaux. * la note des r .
- pages 67 La chaux des matières métalliques le revi-u 68‘ Vifie à l’aide du principe inflammable, tiré du
- charbon
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- X es )
- charbon ou des différentes matières combuftîJ blés, &. le métal paroît fous fa forme primitive. Cette régénération qui a lieu ici par la voie feche , ne peut s’effe&uer pour la matière calcaire que par la voie humide, la chofe eft naturelle, la chaux ne fe revivifie qu’en fe cryf-tallifant par l’intermede d’un liquide j mais il faut toujours que ce liquide s’imprégne de la vapeur de l’acide volatil : une telle eau revivi-fieroit également à la longue les chaux métalliques , c’eft ainfi qu’en agit la nature dans fes laboratoires fouterreins} car faifons attentioa que les métaux lorfque nous les avons purifiés dans nos ufines pour les rendre malléables , font plutôt l’ouvrage de l’art que celui de la nature : nous profitons de mille combinaifons , de mille reffources pour accélérer notre jouif-fance. Les métaux, ofons le dire , n’ont pas été faits pour l’homme, puifqu’ils fe trouvent pour l’ordinaire cachés à fa vue 8t enfevelis à des profondeurs extraordinaires, d’où la cupidité les a retirés, plutôt pour en faire l’inftru-ment de fon malheur, que pour foulager fes be-foins. Or, la nature unit, combine les productions métalliques à l’aide du principe du feu ,
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- mais c’eft toujours par l’eau qu’elle élabore la plus grande partie des tréfors qu’elle recele. Regardons donc dans le grand la revivification des chaux métalliques, auffi bien que celle des. matières calcaires, comme l’ouvrage d’une eau plus ou moins imprégnée d’un feu qui fait fe traveftir fous mille formes différentes.
- Ce parallèle nous montre des parités qui à la vérité n’expliquent pas ce que c’eft que ce principe caché, ni comment il agit, mais qui annoncent une efpece d’uniformité dans la marche de la nature , lorfqu’elle veut détruire ou régénérer certaines de fes produ&ions. .Tout ceciparoîtratrop long, trop abftrait, je lefens} mais ce n’eft qu’en tâtonnant qu’on peut faire quelques pas dans une carrière fi difficile St fi peu avancée : je voudrois être moins prolixe St fur - tout pouvoir rendre mes idées d’une maniéré plus claire ; mais il n’eft pas auffi aifé qu’on pourroit le croire de mettre à la portée de tout le monde un fujet fi abftrait par lui même.
- Si l’on me demande à préfent pourquoi la chaux métallique ne s’échauffe pas comme la chaux calcaire , lorfqu’on l’imprégné d’eau ï
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- car cette derniere développe des phénomènes bien différents, 6t produit un degré de chaleur capable de convertir en charbon des brins de matières végétales, tels que la paille de froment ou de feigle; je répondrai qu’il ell probable que la chaux métallique, d’une nature différente de la chaux calcaire, a perdu entièrement, par la calcination, fon acide volatil furchargé de phlogiftique, tandis que la matière calcaire n’a perdu que l’eau de fa cryftallifation 6c un peu de ce principe volatil qui lui fervoit de lien « je dis un peu, puifque par l’addition de l’eau, elle fe cryftallife de nouveau \ mais fi on l’ex-pofe à un feu nud , trop long - temps fou-tenu , 6t qu’on fur-calcine cette chaux, elle perd fes propriétés (a); ce qui prouve que la
- (a) Voici ce que dit très-ingénieufement M. Sage, au fujet de la calcination , page 119 du tome I de fes élêmens de minéralogie. » Par la calcination . la pierre » calcaire perd d’abord l’eau de fa cryftallifation ; » c’eft cette eau qui, en s’échappant, fouleve les la-» mes falines & occafionne le bruit de la décrépita -» tion ; la matière gralïe de la pierre calcaire s’al-» tere enfuite , brûle & pafîè à l’état de charbon : ce » palTage eft très-fenfible lorfqu’on calcine du fpath
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- calcination que nous donnons à la pierre calcaire , ne fait que lui enlever beaucoup d’eau , & mettre à découvert fon gluten , fon acide
- » jaunâtre tranfparent, car après cette opération, il » devient opaque 8c prend une couleur bleuâtre : » fi l’on diftille ^ette efpece de fpath dans une cor. » nue de verre lutée, il n'y éprouve que ce genre dy alla tération fans fe convertir en chaux. J’ai tenu la cor-» nue rouge pendant quinze heures, ce fpath n’avoit » perdu que t ès-peu de fon poids, 8cavoit pris une » couleur bleuâtre par le charbon très-divifé qui fe » trouve entre fes lames cryftallines.
- » Ce même fpath, mis à calciner dans un têt, de-» vient blanc, alors le charbon , fourni par les ma-» tieres grafTes, eft totalement décompofé , 8c le » fpath ainfi converti en chaux , perd, durant cette » opération, environ la moitié de fon poids ; cette » chaux vive étant fur. calcinée, perd fes propriétés ; » l’acide qu’elle conrenoit fe diflipe en part e, 8c il » ne refte plus que la terre abforbante un peu fa-» pide , mais qui n’a plus la propriété de la chaux » vive ; c’eft ce que j’ai vérifié en tenant rouge 8c » embrafée pendant cinq jours de la chaux vive que » j’avois faite avec du fpath calcaire; après cettelon-» g ae calcination , elle ne s’échauffnit plus avec l’eau *» 8c ne prenoit plus corps avec le fable, »
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- qui a la faculté en cet état de fe combiner de nouveau avec ce liquide, & d'en reprendre la dofe néceffaire pour fe régénérer ôc acquérir une nouvelle dureté.
- M. Sage a dit des chofes très-bien vues fur la calcination de la pierre calcaire *, il eft bon de l’entendre lui-même : voici comment il s’exprime. » La chaux vive, nouvellement faite 9 » imprime fur la langue une faveur cauftique. » Lorfqu’on verfeun acide fur cette chaux, il » fe fait bien moins d’effervefccnce que fi l’on » en verfoit fur la pierre calcaire , même avant » fa calcination. La Théorie fuivante peut fer-» vir à rendre raifon de ces divers phénomènes. » Dans la calcination de la pierre calcaire , » l’eau de la cryftallifation fe dégage, la ma-» tiere grafle quirendoit cette pierre infoluble, » venant à fe décompofer, l’acide de la pierre » calcaire, qui pour lors eft très-concentré , j) tend à s’en échapper & eft à la furface de » chaque molécule de terre abforbante; auffi-tôt » donc qu’on lui préfente de l’humidité , il l’ab-» forbe, & la chaleur qui s’excite alors eft » produite par l’union rapide de l’eau avec » l’acide phofphorique très-concentré, qui fai-
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- » foit partie de la pierre calcaire. » Elêmens de minéralogie, tome I, page. 123.
- Phénomènes de la calcination.
- Toute la théorie de la combuftion de la chaux peut être envifagée fous les points de vue fuivants.
- i°. Le feu enleve à la pierre calcaire l’eau de fa cryftallifation.
- 20. La matière grafle , fournie peut-être en partie par les fubftances animales à qui la terre calcaire doit, félon toutes les apparences, fan origine , s’altere , brûle & paflé à l’état de charbon. Il y a des pierres calcaires plus ou moins chargées de cette fubftance grafle , ce qui influe fur la qualité des chaux.
- 30. Il fe dégage de la matière calcaire , pendant quelle eft en incandefcence , un peu de fon principe acide volatil 3 mais cet acide n’eft enlevé qu’en petite quantité toutes les fais que la combuftion n’eft pouflee que jufques à un certain degré. Si le feu au contraire eft trop vivement & trop long-temps foutenu, la chaux fe déphlogiftique entiérement&perd alors lès principales propriétés, aulfi les chaufourniers
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- ïbnt-ils très-attentifs à la conduite de leur feu pour que la pierre calcaire ne reçoive que le degré de calcination convenable.
- 4°. Dès que la matière calcaire eft réduite en chaux vive , elle fe trouve dépouillée de l’eau de fa cryftallifation ; il ne lui refte donc qu’un acide igné très-concentré, environnant la furface de chaque molécule de terre abforbante; cet acide qui eft prefque à nud, eft pour ainfi dire prêt à s’échapper.
- 5°. Cet acide igné concentré, en un mot, cette modification quelconque du principe inflammable , eft tellement avide d’eau , que le moindre atome humide qui s’en approche eft promptement faifi, 8t ilfe forme dans le point de contaét une combinaifon fubite de la terre abforbante, du principe phofphorique ÔC de l’eau.
- <5°. Si l’on jette de l’eau fur la chaux vive , elle eft promptement abforbée, la matière s’échauffe , fe gonfle, éclate 5c tombe en poudre. Nous ignorons encore la véritable caufe qui peut développer dans la chaux un fi puif-fant degré de chaleur : on croit en général que ce phénomène peut être ocçafionné pat
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- l’union rapide de l’eau avec cet acide coh* centré; on obferve pareille chofe toutes les fois qu’on verfe de l’eau dans l’acide vitrio-lique. Je crois que la véritable caufe du développement de cette chaleur n’eft pas encore connue. La fuppofition du frottement des molécules ne fatisfait pas aflez.
- Phénomène de la régénération de la matière calcaire.
- i°. Des que la chaux vive a été bien divi-fée 8t réduite en poudre par le moyen d’une eau pure, fi on continue de la mouiller elle fe délaye, forme une efpece de bouillie, un lait de chaux qui s’épaifiît jufqu’à un certain point, ce qui annonce que les molécules de la matière calcaire calcinée fe divifent encore, fe gonflent, augmentent de volume, préfentent de nouvelles furfaces , 8t développent encore de i’acide phofphorique. Si on noyé cette pâte dans beaucoup d’eau , & qu’on l’agite, on forme une eau de chaux. Comme l’eau eftici fur-abondante , les molécules calcaires flottent dans le liquide, s’y unifient, s’y combinent,
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- & on ne tarde pas à voir fur la fuperficie unë pellicule à demi-tranfparente, qui examinée à la loupe, offre une multitude de petites lames, de petites écailles de fpath calcaire régénéré,
- 2°. Ce fpath calcaire revivifié d’une maniéré très-prompte & très-précipitée, n’offre qu’un aC-femblage de très-petits feuillets minces, divifést & fans confiftance; c’eft moins un véritable fpath folide, qu’une efpece de gurh friable & tendre. La cryftallifation s’eft opérée trop rapide « ment : l’acide phofphorique n’a pas eu la liberté de fe porter d’une maniéré égale fur la terre abforbante qui lui fert de bafe, ou plutôt cet acide n’a pas eu le temps de fe déployer entièrement. Il en eft à peu près de même des cryftallifations falines, fi on preffe trop l’évaporation, 8c qu’on la pouffe jufqu’à ficcité, les cryftaux font confus, imparfaits , 8c la mafle eft tendre 8c friable.
- 3°. Si dans le moment où les molécules de la chaux nagent dans une eau furabondante , on introduit dans cette eau du nouvel acide volatil , en un mot, de l’air fixe , elle fe trouble dans le premier moment, parce que cet acide, analogue à celui du fpath , s’unit à la terre ab-
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- îorbante de la chaux, Sc forme fur le champ des lames fpathiques 5 mais fi on continue à Imprégner cette même eau d’air fixe, 8t qu’on l’en fature , elle devient pour lors acidulé, 8t acquiert la propriété de redifloudre le Ipath qui s’étoit d’abord formé; l’eau redevient tranfpa” rente Stlympide, St tient lefpath calcaire en difiolution.
- 40. Il eft des pierres calcaires qui, foit qu’elles contiennent des principes gras, foit que leur cryftallifation , à l’époque de leur formation, fe foit faite d’une maniéré trop précipitée, ne produifent pas par la calcination une chaux abondante en air fixe. De .telles chaux qu’on regarde comme mauvaifes , parce qu’elles font lentes à prendre corps, St que même fouvent elles ne durciflent pas, exigent de relier longtemps en macération; il faut donc les Iaifler plufieurs mois dans des folfes, après les avoir bien délayées dans l’eau } elles gagneront au lieu de perdre en cet état, parce que l’eau qui les tient en diffolution, fait entrer en une efpece de fermentation les molécules grades qui enchaînent le phlogillique : ce dernier fe dégage, éguife l’eau, St-lui donne le pouvoir
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- 8e redifloudre la terre abforbante,8c de la changer en fpath. Une telle chaux peut donc fe bonifier par le laps de temps \ mais il faut avoir foin de la couvrir pendant qu’elle eft en macération, afin d’empêcher qu’une nouvelle eau ne vienne affoiblir la première. J’obferve que malgré tous ces foins , cette chaux n’égalera jamais en bonté la chaux vive , qui eft celle que l’on doit le plus rechercher pour la folidité la durée des conftru&ions, en employant néanmoins les moyens que j’indiquerai bientôt.
- On voit en général que toute la théorie de la régénération de la matière calcaire confifte en une diffolution parfaite de la terre abfor-bante, par l’intermede d’une eau fortement imprégnée d’un principe que la chaux elle-même lui communique, principe qui donne à cette eau la propriété de dilfoudre la matière, & de la dépofer en forme de petits cryftaux qui ont plus ou moins d’adhéfîon , de confif-tance 8c de dureté,en raifon du plus ou du moins de temps qu’ils ontreftéà fe former. Tout tend donc à prouver, 2>C l’expérience eft ici d’accord avec la théorie, que fi on accéléré trop la cryftal-lifation de la chaux,elle ne produit que des lames
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- tainces & friables, qui ne pourront jamais for-mer qu’un mortier lâche 8c terreux.
- Mais quel eft le temps à peu près nécefîaire pour que la matière de la chaux tenue en diffo-lution dans l’eau imprégnée d’air fixe , puilfe produire un fpath d’une dureté convenable Sc propre à former un mortier d’une grande fo-lidité? Je répondrai qu’à en juger par une expérience que tout le monde eft à portée de vérifier , il faut un temps très-long pour que les molécules de la chaux aient acquis leur dernier degré de dureté, lorfqu’elles font mêlées avec le fable 8t l’eau. Examinez en effet avec une loupe un fragment de mortier détaché d’un bâtiment; fi les murs ont été conftruits dans un temps de vent, de fécherefle ÔC de chaleur, eu fient-ils été faits avec la plus excellente qualité de chaux, ils n’acque rront jamais une grande dureté : la croûte extérieure vous paroîtra à la •vérité dure , mais cette dureté n’eft que fuper-ficielle 5 8c fi après l’avoir enlevée , vous paflez à plufieurs reprifes le doigt fur la contexture du mortier , vous l’égrenerez facilement, 8c vous l’aurez bientôt fait tomber en poufliere : la loupe ne vous montrera dans un pareil mor-
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- ceau que des grains fablonneux,foibiement joints & liés par une efpece de pouffiere blanche St farineufe,de la nature de la craie. De tels murs ne tiennent St ne réfiftent que parce qu’ils font appuyés fur de bons fondemens, 8t parce que les pierres, le mortier, le bois, les charpentes font un enfemble , un tout qui fe foutient refpe&ivement} ils peuvent être comparés à ces maçonneries en argille , qui n’ont de lacon-liftance que parce que la terre eft bien jointe , bien maflîvée , liée par les charpentes, ôt à l’abri des pluies par dés combles avancés : de telles maifons, malgré cela, quoique compofées avec des matériaux peu folides, ne laiflent pas que de fe foutenir 8t de durer long-temps.
- Si les murs d’un bâtiment fait à la hâte , & dans un temps où le mortier féclioit trop rapidement , n’offrent qu’une chaux friable 6C terreufe, il n’en eft pas de même ordinairement des murs de fondation de ce même bâtiment, car fi on n’a rien épargné dans fa conftruâion, vous reconnoîtrez que la nature eft venue ici au fecours de l’art les matières s’étant trouvées à fabri de l’air , & à un même degré de température & d’humidité, n’ont point éprouvé une
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- jdeffication prompte 5 l’eau au contraire tenant les molécules calcaires en macération pendant long-temps, s’empare de tout l’air fixe qui s’y trouve contenu 5 elle acquiert alors le pouvoir de difloudre , de fondre , de remanier la terre abforbante , de la régénérer, de la lier , de la joindre au quartz j ÔC comme l’évaporation du liquide ne fe fait que d’une maniéré infenfible 5c lente, ou plutôt qu’une partie du liquide lui-même fe combine avec la matière pour former l’eau de la cryftallifation , cette opération fe trouve d’autant plus parfaite , qu’elle eft plus longue &. plus élaborée. Cen’eft ordinairement qu’au bout de trente ou quarante ans que le mortier acquiert en cet état une dureté finguliere , époque qui à la vérité eft bien longue pour nous, mai* qui n’eft rien pour la nature. Détachez des fragmens d’une pareille maçonnerie ; confiderez - les avec la loupe, vous ne verrez plus alors cette pouflïere fari-neufe qu’on remarque dans les murs qui ont féchétrop promptement, mais vous diftingue-rezdes molécules calcaires, métamorphofées en fpath dur 8t fouvent brillant , en un mot, changées en une véritable pierre calcaire, fo-
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- îide 5c compare , qui enchaîne & lie les grains de quartz qui s’y trouvent mêlés.
- C’eft ainfîque la nature opéré d’une maniéré bien plus lenteSc bien plus graduelle encore dans les antres fouterreins où elle fe plait quelquefois à conftruire de vaftes édifices, dont les formes & la Angularité nous étonnent ; c’eft dans les grottes telles que celle d’Antiparos dans plufieurs autres cavernes de cette efpece, qu’il faut aller étudier la maniéré tranquille , lente, mais folide & admirable , dont la nature met en œuvre les élémens delà pierre calcaire. Ce beau méchanifme mérite toute l’attention d’un obfervateur} c’eft toujours l’eau imprégnée du principe difiolvant qui tranfporte , qui manie, qui façonne ces grands rideaux de fpath brillant , ces voûtes hardies, ces piliers inébranlables , ces arceaux qui nous étonnent par leur forme St leur élévation, ces baldaquins , ces girandoles, ces cafcades furprenantes d’une matière folide , aufii éclatante que le cryftal ; en un mot, cette variété d’ornemens 8t de figures bizarres qui, féduifant St échauffant notre imagination, femblent nous tranfporrer fubite-
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- ïflent dans le palais magique de quelque dk vinité enchanterefle {a ).
- Les fpaths xalcaires, les ftala&ites, les fta-lagmites, les incruftations, &c. font l’ouvrage de l’eau, & d’une eau chargée du dlflolvant de la terre abforbante 5 plus l’eau en eft faturée, mieux la matière fe diflout, & tend à une homogénéité parfaite. Si l’évaporation s’en fait d’une maniéré lente St infenfible, dès-lors les cryftaux tendent à fe rapprocher, à fe reflerrer, à former un tout , un enfemble. d’autant plus folide que les élémens font mieux liés St laiflent moins de vuide. La découverte ingénieufe de M. Achard , chymifte , de l’académie de Berlin, fur la maniéré de compofer des cryftaux fa&icesde fpath, vient fort à l’appui de ce que j’avance: j’ai déjà parlé de la lettre que ce favanta adreffée à ce fujet au princeGallitzin, ambafladeur de Ruflie à la Haye, qu’on trouve à la page iz du journal de phyfique , du mois
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- (a) Ceci pourra paroître un peu trop poétique , mais j’en appelle aux naturalises qui ont vifité des grottes fouterreines.
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- de janvier de cette année ( 1778 ), Je vais ea' rapporter ici quelques paflages, qui tendront â répandre un plus grand jour fur la théorie délicate que je viens de tenter de développer, ou plutôt dont je n’ai donné qu’une très - foible ébauche.
- » Je prends la liberté de foumettre au ju-» gement de votre altefie, une découverte â » laquelle j’ai été récemment conduit par l’a« » nalyfe chymique du rubis, de l’émeraude , » du faphir , de l’hyacinthe, de la topaze orien-» taie ÔC des grenats de Bohême. Les natu» » raliftes ont jufqu’à préfent regardé ces pier-» res comme compofées de terre vitrifiable, £c » j’ai trouvé au contraire qu’elles fontcompo-» fées de terre alkaline, c’cft-à-dire, de terre » calcaire 8c de terre allumineufe , mêlées eu » différentes proportions avec une petite quan-» tité de terre vitrifiable & de terre métallique, y> principalement avec la terre ferrugineufe. Je » crus pouvoir expliquer par-là pourquoi on » trouve les pierres cryftallifées. Cette explica-» tion avoit paru jufqu’à ce jour très-difficile 8C » très-peu pqffible , parce que toute cryftallifa-p tion fuppofe néceffairement une difiblutioo
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- i> préliminaire, 5c parce qu’on ne connoît pas » dans la nature un diffolvant de la terre vitrifia-» ble, tandis qu’elle nous préfente plufieurs » menftrues capables de diffoudre les terres » alkalines.
- » Pour que les cryftaux foient indiffolubles , » comme cela a Jieu à l’égard des pierres pré-» cieufes, il eft effentiel que le diffolvant aban-» donne les terres qu’il tient en diffolution, au » moment où les parties fe réunifient & fe » cryftallifent. Or, de tous les diffolvans con-» nus des terres alkalines, il n’y a que l'air fixe y> qui puiffe fatisfaire à cette condition. Je pen-w fai donc que l’eau imprégnée d’air fixe ? fa-» turée de terres alkalines, en fe filtrant par » des couches de terre , & en s’attachant en 5) gouttes à la partie inférieure de ces couches, » pouvoit, lorfque l’air fixe s’en échappe, oc-» cafionner la réunion des parties de la terre » que l’eau avoit diffoute par fon intermede, » & former de cette maniéré des cryftaux dif-» férens , fuivant les circonftances dans lefi-» quelles fe fait la cryftallifation , & fuivant » la nature & la proportion des terres alkali-» nés dont l’eau imprégnée d’air fixe étoit char-j
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- » gée. L’obfervation qu’on a faite fur l’origine » des fpaths calcaires cryftallifés, fembloit con-» firmer cette idée. Je crus cependant qu’il » étoit effentiel de la déterminer d’une maniéré » plus précife par l’expérience........»
- M. Achard décrit enfuite la machine ingé-nieufe qu’il a inventée pour la formation de ces cryftaux, à l’aide de l’eau imprégnée d’air fixe : comme le deffous du vafe ou de l’inftru-ment où fe fait l’opération eft en terre cuite , l’eau s’infiltre à traders cette matière poreufe , & dépofe, fous la partie extérieure quieftfup-portée par des pieds , des cryftallifations factices très-curieufes.Ilferoit trop long de détailler ici cette machine qui eft gravée dans le journal de M. l’Abbé Rozier ; j’y renvoie le le&eur; j’ajouterai feulement ce que dit M. Achard à la fin de cette defcription *, c’eft - à - dire, que je vais donner la conclufion de la lettre qui renferme le réfultat de l’opération.
- » L’eau fe filtre alors fort lentement par les
- » deux diaphragmes............& par le fable
- » broyé qui eft entr’eux, & s’attache en gout*-» tes êc en deffous .... Pour que l’expérience » réufliffe , ces gouttes ne doivent fe fuccéder
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- 5» que dans l’efpace d’une demi-heure à l’autre 9 » & même davantage.
- » Après l’expiration de la dixième femaine , » j’ai obtenu de cette maniéré de petits cryf-» taux fort durs St tranfparens ^ ils n’a-x> voient aucune couleur lorfque je n’avois pas » mis delà terre métallique dans le tube.... ; » mais lorfque j’y eus mis un peu de chaux de » fer , ils avoient une belle couleur rouge, j> approchant de celle du rubis. Lorfque je n’ai » mis que de la terre calcaire dans ce tube, j’ai » obtenu alors dès cryftaux bien plus promp» » tement (a ), »
- (a) On lit dans le mercure de France du 5 juillet,les détails fuivans, que le leâeur verra fans doute avec plaifîr.
- » M. Magellan, de la fociété royale de Lon-» dres , a fait voir à l’académie des fciences, dans » fon aiTemblée du 17 juin ( 1778) deux cryftaux » artificiels qui lui ont été envoyés de Berlin par M. » Achard. Ils ont été formés, Pun en faifant filtrer « très-lentement à travers de la craie, de l’eau fa-» turée d’acide, connu fous le nom d’air fixe-, l’autre » en faifaqt filtrer cette même eau à travers la terre p qui fert de bafe à l’alun. Le premier reflemble
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- Il fuit naturellement de tout ce que nous venons de déduire, que la régénération de la pierre calcaire convertie en chaux , n’eft pas une opération prompte Ôt rapide.
- Il faut dix femaines à M. Achard pour former des cryftaux par le moyen du procédé ingénieux qu’il a découvert -, mais qu’on fafte attention que ce chymifte exige que l’eau dont on fe fert comme diflolvant, fcit fortement 8c continuellement imprégnée d’air fixe j il recommande de redonner toutes les huit ou toutes les douze heures du nouvel acide volatil à l’eau j
- » fînguliérement, par fa forme fes propriétés, â » un cryftal de fpath calcaire; le fécond , à une ai-» guille de cryftal de roche , & il en a toute la dti-» reté. M. Baumé a publié un procédé par lequel il » étoit parvenu à faire de l’alun avec du cryftal de » roche. En rapprochant ces deux expériences , il » paroît que la terre de l’alun n’eft que le cryftal de » roche privé d’air fixe, & que le cryftal de roche » n’eft: que la terre de l’alun devenue , comme les $ alkalis, fufceptible de fe cryftallifer par fa combi-» naifon avec l’air fixe. » Mercure de Fiance par une fociété de gens de lettres, 5 juillet 1778, pages 63 £5
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- & d’y en introduire par un double appareil proJ pre à en développer une grande quantité. On voit donc qu’en multipliant les moyens, en forçant pour ainfi dire la nature , il faut cependant foixante-dix jours pour pouvoir obtenir des cryftaux.
- Qu’on daigne à préfent jeter un coup d’œil fur quelques procédés modernes qui viennent de nous être communiqués, pour former avec la chaux divers cimcns qui ont la propriété d’acquérir de la folidité 8t de la dureté d’une maniéré très-prompte ; ils paroiffent fi fort s’écarter des loix de la nature , ;qu’il me femble qu’on doit être très-circonfpeét pour les mettre «nufage dans des ouvrages en grand (a ).
- ( <0 A dieu ne plaife que je veuille par-là déprécier les recherches de M. Loriot & de M. de la Faye : tout citoyen qui s’occupe d’objets qui tendent à l’avancement des arts utiles, a des droits à notre recon-noiffance. L’ouvrage de M. Loriot, intitulé mémoire fur une découverte dans lyart de bâtir, efi: intérelTant ; & quoique je fois éloigné de croire que fon procédé eft celui qu’employoient les Romains, en partant mê -me du paflage de Pline, qui fert d’appui & de fonde-
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- Mais, pourra-t-on me dire 9 donnez vous-même de meilleures méthodes, des moyens plus fûrs & établis fur des principes mieux ana-lyjfés ? Je répondrai, copiez la nature, ou plutôt efforcez-vous de l’imiter de loin, non pour tenter d’exécuter comme elle des ouvrages qui
- ment au mémoire de M. Luriut, néanmoins cet ouvrage mérite l’eftime du public. Le procédé d’employer la chaux vive réduite en poudre eft propre à la vérité à donner une certaine dureté au ciment, parce quecette chaux vive ajoute de l’acide à l’eaujqui tient la chaux éteinte en diffolution,&commence à la revivifier d’une maniéré très-prompte ; mais cette régénération eft d’autant plus fujette à n’avoir qu’une ad-héfîon fà&ice, à peu-près fembiable à celle du gyplè dans l’eau, qu’elle eft occafîonnée par un effet trop précipité. D’ailleurs, la méthode de M. Loriot a été regardée comme un peu trop compliquée pour le commun des ouvriers, qui ont déjà beaucoup de peine à exécuter les chofes les plus fimplestoutes les dit férentes chaux, même fouvent les meilleures, ne s’accommodent pas de ces mélanges, & il paroît que ce nouveau procédé eft négligé dans ce moment.
- M. de la Faye , dans fes recherches fur la préparaj tion que les Romains donnoient à la chaux , a traité ce fujet d’une maniéré très-détaillée & même fcientifi-
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- bravent la durée des temps, nous n’avons niîé loifir ni les moyens, mais du moins , en la prenant pour modèle, tâchons de ne pas nous écarter fi dire&ement du plan quelle femble nous tracer.
- Toutes les fois donc que nous voudrons éléver
- des
- que, & quoique cet auteur , en difant que les anciens faifoient du véritable granit, & qu’on pouvoit même en fabriquer encore, ait prévenu contre lui les naturaliftes, néanmoins on ne peut qu’applaudir à fa maniéré de préparer la chaux pour les conflruciions ; fa façon de la dilfoudre , quoiqu’un peu gênante , lorf. qu’il s’agit de grands travaux, eft néanmoins très-bonne, parce qu’elle tend à divz'ferla chaux & à en développer l’air fixe. Lorfqu’on eft dans le cas défaire ufage d’une excellente chaux vive, on peut fe dif. penfer de mettre en œuvre la pratique de M. de la Faye; mais toutes les fois qu’on fera forcé d’employer de la chaux d’une qualité médiocre , je confeille , j’exhorte fort d’en faire ufage. Voyez la page 34 du tome I de fon livre, où cette méthode fe trouve détaillée. Au refte, l’ouvrage de M. de la Faye renferme des recherches intérefl’antes. On lit à la fin du fécond volume plufieurs lettres très-curieufes de M.de Bruno, fur la maniéré de bâtir dans les Indes,
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- des monumens publics, dont îa durée doit répondre à la magnificence , puifqu’ils font faits, ou du moins qu’ils doivent l’être , pouf tranfmettre à da poftérité des exemples d’hé-; roïfine, de vertu, de patriotifme, ou pour fer-vir de dépôt aux fciences SC aux arts qui honorent l’humanité, dès-lors nous ne devons abfo-lumentrien négliger de tout ce qui peut tendre & concourir à porter de tels monumens à leur perfection. Quelle idée les peuples de l’antiquité , tels que les Egyptiens, les Grecs ôc les Romains ne nous ont-ils pas donné de leur gran deur, de leur magnificence & de leur favoir en ce genre ? Mettons comme eux le plus grand choix dans les matériaux que nous devons employer dans nos conftruCtions j cherchons moins ce qui peut être le plus à notre portée , que ce qui peut convenir à la perfection de l’art ; nous ne ferons plus expofés alors à voir périr & tomber en ruine des monumens que nous avons vu conftrnire fons nos yeux, qui étoient faits pour immortalifer à jamais le fiecle quj les avoit produits, 8c les artiftes qui les avoient dirigés. Au lieu d’employer des routines grof-iieres, qui s’éloignent directement des procédés
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- de la nature , au lieu de mettre en œuvre de» méthodes compliquées & embarraffantes, Amplifions au contraire les chofes. L’hiftoire naturelle qui étale à nos yeux mille objets précieux ôt utiles que nous foulions autrefois aux pieds, la chymie qui vient de s’élever & de s’ennoblir par la fagefle de fes méthodes, par la multiplicité de fes moyens, nous fournifient mille reffources qui doivent néceffairement rapprocher les arts de leur perfe&ion.
- Celui de bâtir eft un de ceux qui peut profiter le plus avantageufement de plufieurs découvertes. Nous fommes forcés de convenir que jufqu’à préfcnt nous n’avons rien de fûr, rien de fondé en principes fur l’art des cimens : voyons s’il ne feroit pas poflîble de trouver quelques points d’appui quipufient nous fervir déréglé St nous mettre au moins fur la bonne voie.
- Il eft certain que la théorie de la régénération de la pierre calcaire réduite en chaux , eft lin fil propre à nous diriger ôtànous conduire dans cette route non frayée j mais malheureu-fement elle nous apprend que la plupart du temps nous avons fuivi des manipulations qui nous en écartoient direftement. Nous conftrui-
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- fons ordinairement nos édifices fort à la hâte $ nous donnons à nos mortiers des préparations mal entendues 3 nous bâtiffons dans toutes les faifons & fans précaution 3 ce font ordinairement les cimens qui nous procurent les plus promptes jouiffances , que nous reconnoiflons, comme les meilleurs ; c’eftainfi que depuis plu* fieurs fiecles nous procédons prefque à l’aventure , en tâtonnant 8t en nous écartant fouvent des réglés. Les Romains, dans leurs beaux fiecles , avoient tellement l’objet des bonnes conftru&ions à cœur, que les loix n’avoient pas dédaigné de s’occuper à drefler des ré-glemens fages, qui foumettoient les ouvriers & les conftru&eurs à fe conformer à des mé_ thodes reconnues , tant dans le choix des matériaux , que dans la maniéré de les employer.
- Nous avons vu que la théorie 8t l’expérience concouroient à nous apprendre que la chaux la plus fortement imprégnée d’air fixe , eft celle qui fe revivifie le plus folidement ÔC le plus promptement ; mais nous avons vu combien il étoit important de ne pas précipiter cette opération. II faut donc avoir attention de ne pas bâtir dans les châleurs brûlantes de la cani cuîe*
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- ou, fi des circonftances forcées nous obligent d’entreprendre ou de continuer des ouvrages dans cettefaifon, il faut avoir foin d’employer plufieurs fois dans la journée des manœuvres à jeter de l’eau fur les murs nouvellement conf-truits, & à les arrofer fouvent pour les maintenir frais j rien n’importe autant que de ne pas fe négliger fur cet article \ ce ne fera qu’en évitant la trop prompte déification qu’on parviendra à avoir des murs d’une meilleure qualité. Il n’eft point d’ouvriers qui ne fâchent très-bien que les bâtimens conftruits dans l’automne ou dans la faifon pluvieufe du printemps , ne foient les meilleurs 8t ne different totalement de ceux qui ont été édifiés dans l’été.
- Il eft important aufii, Jorfqu’on eft dans un pays où les pierres calcaires font tendres ÔC ne donnent qu’une chaux grade 6t on&ueufe , une chaux qui manque de nerf, de tenter de faire macérer cette chaux plufieurs mois dans des fofies couvertes, en y mettant la quantité d’eau fuffifante. L’eau peut à la longue, en décom-pofant le principe gras, trop abondant quelquefois dans ces qualités de chaux, développer l’air fixe qui fe trouvoit enchaîné par ce
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- lien , & lui donner par ce moyen le gluten né-ceflaire pour former un mortier de bonne qualité, On comprend qu’on ne peut fixer aucune réglé à ce fujet \ on ne fauroit cependant trop recommander de multiplier les efiais en ce genre.
- Mais n’exifte-t-il point de procédés pour conf-truire en peu de temps des ouvrages d’une grande folidité, pour faire par exemple des terraffes fur des voûtes ou fur des charpentes, qui puifient réfifter aux vents , aux pluies , à toutes les intempéries de l’air ? Je crois qu’à l’aide de certaines précautions la chofe n’eft pas impofiîble.
- Nous avons vu par la belle expérience de M. Achard , que plus l’eau eft imprégnée d’air fixe, plus elle a la propriété de difioudre les matières calcaires -, nous avons même pu ob-ferver que M. Achard étoit parvenu à former de véritables cryftaux de roche. Plus l’eau fe trouvera chargée du diflolvant, plus les opérations en ce genre feront parfaites 6c promptes.
- La chaux vive la plus excellente ayant perdu par la calcination des portions de fon gas acide, ne pourra jamais, en fe régénérant, acquérir im degré de dureté égal à la pierre primitive
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- qui a fervi à la former. Il faut donc chercher le moyen de-lui r.eftituer la perte qu’elle a fup-portée j il faut même, s’il eft poffible, lui procurer une furabondance de ce même acide, Sc nous ferons parvenus alors au véritable but de la nature. Nous pourrons, à l’exemple du chymifte de l’académie de Berlin , nous procurer dans l’efpace environ de dix femaines, une régénération de la pierre calcaire, qui aura toute la dureté que nous pouvons defirer. Mais où trouver dans la nature un agent qui puifle nous fournir en grand & à très-peu de frais la quantité d’air fixe nécefiaire , non-feulement pour remplacer celui que la chaux a perdu par l’effet de l’incandefcence, mais encore pour lui en procurer une furabondance? c’eft ce que nous allons examiner à préfent.
- Il exifte dans la terre un grand nombre de fubftances naturellement chargées de beaucoup d’acide volatil, faturé de phlogiftique} mais ce principe, je le répété, qui paroît n’être qu’une modification du feu, fe trouve fi fouvent lié 8c emprifonné dans certains corps, qu’il eft très-difficile & même fouvent impoffible de l’en dégager , fur-tout par des procédés fimples 8c fa-;
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- elles : les minéraux, les métaux en font aboifr damment pourvus j le fer particuliérement, ce minéral univerfel, répandu avec tant deprofu-fion dans la nature, où il joue des rôles fi variés St fi différens en apparence, eftun de ceux qui en renferme le plus ; ce principe s’y trouve quelquefois fi à découvert, que l’humidité feule efl fouvent capable de le lui enlever pour fe l’approprier. C’eft donc à ce dernier métal qu’il faut avoir recours , comme le plus commun , pour redonner à la chaux ce gas qui lui manque fouvent, St qui cependant lui devient fl néceffaire j mais comme le fer en fon état métallique feroit trop exorbitamment cher, pour en faire ufage dans les conftru&ions , il faut s’attacher à des matières plus communes , où on puiffe le trouver en aflez grande abondance, St fur-tout où il fe rencontre dans une combi-naifon rapprochée de l’état métallique.
- ' On a cru de tout temps reconnoître le fer comme propre à donner delà folidité à certains corps : on trouve dans les plus anciennes recettes qu’il a été employé machinalement dans les cimens fondus St chauds , pour rejoindre St rajufter les marbres rompus ; mais comme ce métal s’y trouve enveloppé par des fubftaii-
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- Ce s réfineufeS, fà vertu doit être regardée com* me nulle 3 d’ailleurs, des cimens de cette efpece ne font bons que pour de petits raccommodages , & ne fauroient être employés en grand & en plein air.
- On a fait affez fouvent ufage des fcories de forges 8t de fourneaux, des mache-fer, &c. qu’on a mêlés avec la chaux : de tels mortiers font affez bons, parce que tous ces laitiers contiennent du fer, mais ces matières ne font pas affez abondantes, & chacun n’a pas la facilité de pouvoir s’en procurer.
- La brique cuite pilée a eu fon tour , on en fait ufage depuis des temps très-reculés 3 elle produit d’affez bons effets, parce que le feu y a développé quelques principes ferrugineux , mais le fer n’eft pas encore en affez grande abondance ici.
- La nature nous a offert des tréfors en ce genre dans les produits volcaniques 3 les laves, depuis le bafalte jufqu’aux pouzzolanes, contiennent beaucoup de fer 3 ce minéral s’y trouve fous un cachet fi remarquable , que fi on préfente de ces matières as barreau aimanté, elles le font mouvoir.On a vu dans l’analyfe fimple
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- que j’ai donnée de la Pouzzolane,combien elle! eft en général chargée de fer ; l’expérience de l’acide marin & de l’alkali phlogiftiqué, celle de l’aimant 9 l’annoncent d’une maniéré non-équivoque.
- La pouzzolane a encore l’avantage de contenir le fer fous une forme qui fe rapproche de l’état métallique , elle ne feroit pas fans cela attirable à l’aimant : or, point de métal fans phlogiftiqué , point de phlogiftiqué fans prin3 cipe acide volatil phofphorique, c’eft-à-dire ; fans air fixe, ou fi on aime mieux fans air inflammable, qui eft toujours une modification de la matière ignée (*): donc la pouzzolane étant très - ferrugineufe , ôc ayant a&ion fur l’aimant, contient legas, le principe que nous cherchons.
- (a) On fent combien je fuis gêné ici par le mot *• les uns veulent qu’on défigne ce fingulier agent fous le nom d'acide volatil furchargé de phlogiftiqué , d’autres fous celui de gas , d’acidum pingue , d’émanation, de vapeurs méphitiques , d’air fixe , &c. En attendant que ce procès foitjugé, je fais ufage de la plupart de ces différentes dénominations pour défigner la même chofe,
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- Voici ce qui s’opère toutes les fois qu’on fait un mortier avec de la chaux vive 8c de la pouzzolane : l’eau s’empare promptement de l’air fixe de la chaux, s’en imprègne , 8t acquiert par-là, non-feulement la propriété de diffoudre les élémens de la terre calcaire, mais elle porte encore fon a&ion fur la pouzzolane même qui, foit en raifon de quelques loix d’affinité ou de quelque caufe que nous ignorons, perd à fon tour fon propre air fixe qui s’unit promptement à l’eau $ ce liquide s’en trouvant doublement faturé, a le pouvoir alors de revivifier, de la maniéré la pluspuiffante, la terre abforbante de la chaux, même celui de réagir fur la pouzzolane, en régénérant la matière vitrifiable de fa bafe, & en la métamorphofant en petits cryftaux élémentaires,d’une nature approchante de celle du feld-fpath : on comprend alors combien l’union intime de ces différentes fubf-tances doit faire un enfemble, un corps parfait.
- Il ne faut pas fe perfuader qu’une pareille opération puiffe acquérir toute fa perfe&ion dans un moment j on a vu que M. Achard, en faifant ufage d’une eau fortement & continuel* lement imprégnée d’air fixe, n’obtient des cry£
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- taux qu’au bout de foixante & dix jours. Il s’offre ici une parité bien remarquable ôt bien furprenante, c’eft que le mortier fait avec de la pouzzolane 8t de la chaux vive, forme également un corps dur dans l’eau après un laps de temps pareil ; ce n’eft pas qu’à l’expiration de ce terme , la pouzzolane ÔUa terre calcaire foient entièrement 8c parfaitement régénérées , mais la maffe a déjà acquis une dureté telle qu’elle furpaffe de beaucoup celle qu’un mortier fimple & fans pouzzolane auroit pu acquérir au bout de vingt ans.
- Voilà un moyen fimple ÔC facile pour faire des conftru&ions d’une grande folidité , dont on peut fe procurer la jouiffance d’une maniéré très-prompte.
- Mais, pourra-t-on obferver, nous fommes obligés de tirer de la pouzzolane des environs de Naples , d’où elle ne peut venir qu’à grand frais , l’exportation dans l’intérieur du royaume devient ruineufe; comment donc fe déterminer à en faire ufage ? Nous allons voir dans la fec-tion fuivante qu’il eft facile dans ce moment en France de pouvoir s’en procurer à peu de frais, dans prefque toutes les différentes parties du
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- Royaume : je donnerai enfuite quelques procédés Amples, faciles 8t éprouvés pour conftruire des terraffes à l’italienne,8t faire des pavés dans les appartenons, de la plus grande folidité 8c d’une propreté qui ne laiffera rien à defïrer.
- Des différentes efpeces de Poutfolanes de France, particuliérement de celles du Vivarais.
- Le Vivarais, le Velay, l’Auvergne, &c. ayant été très-anciennement ravagés par les feux fou-terreins, ( & la chofe eft inconteftable ) ces pays doivent offrir les mêmes accidens, les mêmes phénomènes, les mêmes matières que les parties de l’Italie 6c que les autres contrées où les volcans ont manifefté les effets de leurpuif-fance. Des yeux exercés & accoutumés à l’ob-fervation, n’y trouveront abfôlument aucune différence} mêmes cratères plus ou moins vaf-tes, plus ou moins profonds} mêmes courans anciens de laves} mêmes chauffées de bafaltes en prifmes; memes buttes de bafaltes en ma£ fes } mêmes laves poreufes } mêmes fîtespeines difpofîtions dans les mpntagnes : on doit
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- donc y retrouver les mêmes pouzzolanes, & en effet la chofe eft ainfi ; mais comme cette matière volcanique eft un détriment de laves poreufes , on ne peut en rencontrer des amas confidérables que dans les parties voifines des cratères , ou près des anciennes bouches où l’a&ion du feu 8t des fumées fulphureufes a réduit le bafalte le plus compaâe 8c le plus dur en fcorie, en pierres poreufes, ou l’a converti en une efpece de chaux ferrugineufe plus ou moins colorée.
- On peut trouver à la vérité affez facilement quelques portions de pouzzolane difperfées çà Sc là dans les environs de certains cratères ; mais il eft affez difficile, en Italie tout comme en Vivarais, en Vêlai 8c ailleurs, d’en rencontrer des mines confidérables 8c abondantes, où la matière , convenablement préparée , foitprête à être mife en œuvre.
- On a reconnu depuis plus de vingt ans qu’il avoitexifté autrefois des volcans en Auvergne (*).
- (a) On peut confulter une lettre de M. Ozi, chy-mifte de Clermont, imprimée à la fin de mon ouvrage fur les volcans éteints du Vivarais 8c dq Velay.
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- On lit dans le recueil de l’académie royale des üences placeurs mémoires relatifs à ces volcans; on parle même dans les derniers des pouz-2olanes qu’on y rencontre en général parmi les autres matières volcanifées ; mais perfonnejuf-qu’àpréfent, à ce que je fâche, n’avoit fait des recherches fuivies pour découvrir des mines de cette terre, & perfonne n’avoit encore tenté des expériences fur les pouzzolanes de France, pour en introduire l’ufage dans ce royaume ; je ne connois du moins aucun titre, aucune ef-pece de renfèignement notoire & public qui l’annonce.
- Un des principaux buts dans mes recherches fur les volcans éteints du Vivarais 8t du Vêlai,a toujours été, en recueillant des faits qui pouvoient être utiles à une des plus nobles branches de l’hiftoire naturelle, celle de l’étude de la théorie de la terre , de m’occuper également des objets qui pouvoient concourir à l’utilité publique & particulière.
- Ce fut dans ces vues qu’en fuivant une carrière qui fecondoit mes goûts, je me déterminai fans peine à y donner tous mes foins ÔC tous mes momens,à y facrifierau-delà même
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- de mes revenus, à renoncer à un état qui me donnoit une exiftence agréable, pour m’ériger en voyageur dans des lieux retirés , pénibles , dangereux, & d’un accès difficile. Je m’enfonçai dans les montagnes du Vivarais & dans les chaînes du Velay , avec des deffinateurs, des inftrumens & tout l’attirail néceflaire pour pouvoir fuppléer, par mes foins &par mon exactitude , au peu de connoiflance que j’avois. Plus je voyois la nature, plus je commençois à me familiarifer avec elle, & plus je fentois les difficultés que cette belle étude entraîne, les réflexions qu’elle exige , ÔC l’examen répété qu’elle demande des mêmes objets. Il ne fallut donc plus fe contenter d’un voyage 8t de deux, j’en fis jufqu’à douze ÔC même jufqu’à quinze dans certaines parties intéreffantes du Vivarais; je cherchois en vain de la pouzzolane j j’en ren-controis à la vérité de temps à autre , mais c’é-toit toujours en petite quantité, ou fi j’en trouvais des mines un peu abondantes , c’étoit ordinairement dans des lieux abruptes, d’un accès difficile, ifolés & écartés de toute efpece d’habitation.
- Ce ne fut qu’après plufieurs voyages &ver«
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- > que )e me déterminai à revoir de nouveau une montagne voifïne du Rhône , que je n’avois parcourue que rapidement, & fur laquelle je me rappellai d’avoir apperçu quelques indices de pouzzolane. Arrivé fur la fommité de cette montagne , nommée la montagne de Chenavari, je vis en effet des amas de laves poreufes & les plus fortes indications d’une mine abondante de pouzzolane $ mais comme le tout étoit recouvert par une légère couche de terre végétale , je fis faire dans cette partie divers puits d’épreuves, & je ne tardai pas à reconnoître qne j’entrois dans une carrière riche & fertile de pouzzolane rouge. J’en découvris non loin de là une fécondé d’un brun rougeâtre, un peu plus feche & plus friable que la première , mais d’une excellente qualité pour certains ouvrages.
- Je ne tardai pas alors à faire ouvrir la mine en grand 8t par tranchées. L’analyfe chymique & les différens efiais que j’avois faits fur ces pouzzolanes, ne me laiflerent aucun doute fur leur identité avec celle d’Italie ; j’en envoyai plufieurs boîtes à Paris, où elles furent reconnues pour excellentes.
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- je résolus enfuite d’en faire des eflais en grand $ mais j’étois affez embarrafle pour les dofes &C pour les proportions. J’écrivis en conféquence en Italie \ on me répondit qu’on n’y fuivoit aucune réglé fixe & déterminée, ôt que les dofes de pouzzolane étoient ordinairement fubor-données aux qualités de la chaux, fouventmême à la fantaifie 8t au caprice de l’ouvrier. Cet incident m’embarrafïa un peu $ cependant je me déterminai à faire divers eflais & à chercher moi-même les proportions les plus convenables.
- M. le marquis de Geojfre de Chabriniac , colonel du régiment de Barrois, avec lequel je~ toisen liaifon, Sc à qui je fis part de mes idées, me pria de vouloir faire faire mes eflais à font château deSerdeparc, fitué aune demi-lieue de Montelimar, fur la route de Provence. Nous dirigeâmes notre première opération fur une ter-rafle voûtée en plain air, au-deflous de laquelle efl: une orangerie j on avoit tenté vainement plufieurs fols d’y jeter divers carrelages qui, malgré toutes les précautions qu’on avoit pri-fes, n’avoient jamais pu garantir l’orangerie des filtrations & des fuintemens.Nous fîmes donc en'
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- lever avec foin les débris de l’ancien pavé,& nous! jetâmes fur l’aire de la terraffe un béton com-pofé d’une portion de chaux vive, d’une portion de pouzzolane 8c d’une partie de fable. Comme le temps étoit alors pluvieux, nous fûmes obligés de faire ufage d’une chaux déjà ancienne , ne pouvant pas nous en procurer de la nouvelle : nous parvînmes malgré celaàconf-truire un pavé de la plus grande folidité, quia réfifté non-feulement aux chaleurs qu’on éprouve dans cette partie méridionale de la France > mais encore aux gelées, à la neige 8C à l’hiver rigoureux de cette année \ il eft dans ce moment de la plus grande intégrité, 8c l’orangerie a été abfolument à l'abri de toute efpece d’humidité.
- Nous fîmes enfuite garnir Sc incrufter le tour de deux badins, que l’alternative continuelle de l’humidité, de la chaleur Sc du froid faifoit fans ceflê éclater ; cette derniere épreuve eut un fuccès égal à la première. Ces ouvrages ont acquis une folidité inébranlable.
- Enlin , je multipliai les expériences , & je parvins à reconnoître les dofes convenables pour les conftru&ions expofées à l’air, qui étoient celles qui exigeoient le plus de foin, §£
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- qui étoient les plus difficiles à bien traiter.1
- J’allois faire entreprendre divers travaux en ce genre, lorfque, vers le commencement du mois de novembre 1777, je fus chargé par M. deSartine, miniftre & fecretaire d’état au département delà marine, dont le zele, égal aux connoilTances, ne néglige rien de ce qui peut intéreffer le fer vice du roi, d’envoyer à Toulon piufieurs tonneaux de différentes pouzzolanes que j’avois découvertes dans le Vivarais, pour, en faire faire les épreuves dans la mer,8tles com parer àvec celles d’Italie, dont on fait un grand ufage dans ce port. Je fis partir piufieurs tonneaux de cette terre, 8tje me rendis quelques temps après à Toulon. On y convoqua un con-feil de marine,Sc dix commiffaires furent nom* més pour affifter aux expériences. Il fut procédé, en la préfence de ces meilleurs en la mienne, à l’examen analytique ÔC comparé des deux efpeces de pouzzolanes du Vivarais avec celle d’Italie. On en fit enfuite trois lots diftin&s 8t féparés ; le premier en pouzzolane d’Italie , le fécond en pouzzolane rouge du Vivarais, $C Je troifieme en pouzzolane grife rougeâtre du même lieu. On amalgama ces terres, toujours^
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- par lots féparés , avec de la chaux vive , du gros fable, de la recoupe de pierres SC de l’eau douce , & on en fit un mortier qui fut placé dans trois caifles numérotées, propres à contenir chacune trois pieds cubes de matière. Ces caifles, percées de grostroux, furent remplies, clouées, liées avec des chaînes de fer , ôc coulées à fond dans la mer , où elles dévoient ref-îer plufieurs mois en épreuve. Il fut drefie procès verbal de toute cette opération, 8t l’original en fut dépofé au contrôle de la marine, le 2,4 du mois de décembre 1777. Voici la teneur de ce procès-verbal.
- Compte qu'ont l'honneur de rendre au Confeil de Marine, les Commiffdires par lui nommés pour examiner les Terres - Pouzzolanes découvertes dans le Vivarais, fur les bords du Rhône, par M. Faujas de Saint-Fond , & les comparer avec celles d'Italie,
- Ï_i ES commifîaires fouffignés, s’étant fait repré-fenter les terres-pouzzolanes du Vivarais, dépofées au magafin général, enfuite de l’envoi qui en avoir été fait par M. Faujas de Saint-Fond, une partie de çouleur rouge , l’autre grife, ont reconnu,lui préfenr,
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- î»ar des expériences analytiques, la même analogie St les mêmes principes qui conftituent la bonté de celles d’Italie.
- Ils ont enfuite fait pefer un pied 'cube de chaque ef-pece de pouzzolane , ils ont trouvé que la rouge du Vivarais pefoit 76livres, la grife 79livres, & celle d’Italie 91 livres.
- Continuant enfuite leur opération, ils ont fait faire l’amalgame des différentes matières qui doivent, fui-vant l’ufage de ce port, compofer le béton ou ciment que l’on emploie dans les ouvrages de maçonnerie four l’eau , à laquelle compolition il a été procédé, toujours en leur préfence , de la maniéré fuivante ;
- Savoir,
- Douze parties de pouzzolane ,
- Six parties de gros fable non terreux ,
- Neuf parties de chaux vivé bien cuite ,
- Seize parties de biocailie ,
- Et la quantité d’eau douce nécelfaire pour éteindre la chaux 8t lier le ciment.
- Dans cette opération ils ont reconnu que la qualité de pouzzolane rouge du Vivarais formoit un mortier plus gras , ce qui annoncéroit qu’elle feroit propre à produire une économie utile fur l’emploi de ia chaux.
- L’amalgame fait, le ciment formé par les pouzzolanes du Vivarais , leur a paru fe rapprocher parfaitement de celui des pouzzolanes d’Italie.
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- 'Après avoir, fuivant l’ufage , laifférepofer les dif-férens bétons l’efpace de fix heures , ils en ont fait remplir trois caifles, contenant chacune trois pieds cubes de matière amalgamée : favoir, dans la caifTe n°. i. celle de pouzzolane rouge du Vivarais ; dans la caifle n°. 2, celle grife dudit lieu, 8t dans la caiffè n°. 3. celle d’Italie j ces caifles folidement conftrui-tes & percées dans tous les fens, pour donner ifliie à l’eau, ont été fermées, liées avec des chaînes de fer en leur préfence, 8c coulées à fond dans lebaflin de Parfenal, au fud du pavillon des peintres.
- Il y a tout lieu d’efpérer qu’après que lefdites caif-fes auront reliées dans l’eau le temps néceflaire , l’expérience donnera le fuccès defiré ; fuccès qui ne peut être que très-avantageux au fervice du roi.
- A Toulon,le24décembre 1777.Signés,Lombard, le Chevalier d’Albert, S. Hypolite , Champorcin, d’Aibert de Rions, Boades, la Clue , Vidal de Lery, Verrier St Paul.
- Collationné à Voriginal dépofé au contrôle de lût marine, à Toulon le 30 décembre 1777.
- Signé, Molliere.
- On voit, par ce procès-verbal, que MM. les commiffaires ont reconnu dans les pouzzolanes du Vivarais , la même analogie & les mêmes principes qui conjlituent la bonté de celle d'Italie*
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- De la maniéré cTemployer la Poutfolane hors de Veau, foit pour conftrüire des terrajfes à Vitalienne, expoféesà l'air , foit pour former dans les appartemens des carrelages en compartimens, ne
- produifent jamais de pouffiere, & dont la folidité l'emporte de beaucoup fur les carrelages en briques.
- Quoique la principale propriété de la pouzzolane foit de prendre corps dans l’eau, d’y acquérir une extrême dureté, 8t de former par-là le plus excellent St le plus parfait ciment que nous connoiffions pour les conftru&ions dans la mer, pour celles des baflins, des aqueducs , des citernes 8t des différentes pièces def-tinées à recevoir l’eau ou à être expofées à l’humidité -, néanmoins je crois qu’en employant cette matière volcanifée avec certaines précautions , on peut en tirer un parti très-avantageux pour les ouvrages hors de l’eau \ c’eft à quoi je me fuis particuliérement attaché dans une fuite d’expériences que j’ai tentées à ce fujet.
- Je fais qu’en Italie on fait ufage de pouzze-
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- lane pour couvrir les terrafles ; mais comme on' n’y apporte pas ordinairement tout le foin qu’exige l’emploi 8t le traitement de cette matière , il arrive qu’on eft fouvent obligé de revenir à de nouvelles opérations 8t de rétablir les dégradations qui fe manifeftent de temps en temps.
- Je crus donc qu’il feroit pofîîble de conftruire dans ce genre des ouvrages de la plus grande folidité , en faifant ufage d’un procédé bien limple, c’eft-à-dire, en prenant toujours la nature pour guide St pour modèle. Or , je dis en moi-même, la pouzzolane mêlée avec la chaux vive prend corps dans l’eau au bout de dix femaines , je n’ai qu’à faire faire des terrafles avec un bon mortier de cette matière , les tenir hume&ées pendant tout ce temps-là , St je dois obtenir un corps folide , homogène , Sc d’une dureté à peu près égale à celle qu’acquiert le mortier de pouzzolane dans l’eau.
- Ce fut en partant de ce principe, qui fe trouvoit d’accord avec ce que j’ai dit de la théorie de la dureté de la chaux, que je pris le parti de faire carreler en pouzzolane un fallon que je venois de conftruire au rez-de-chauflee de ma maifon. Pour
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- ( »t;)
- Pour parvenir à faire un ouvrage folide J voici de quelle maniéré je procédai : je fis faire deux efp eces de mortiers, le premier confiftoit en une portion de chaux vive nouvellement éteinte ; une portion de pouzzolane du Vivarais-, une partie de gros fable de riviere non terreux, une portion de recoupe de pierres , dont les plus groffes n’excédoient pas la grandeur d’un écu de trois livres.
- Ce fut avec ces différentes matières , St d’après les procédés dont j’ai déjà fait mention, qu’on forma un gros mortier, qu’on mit en tas pour y refter quarante-huit heures , afin de donner le temps à tous les grains de chaux de fe diffoudre exa&ement, pour éviter les pouf-, fées.
- Le fécond mortier qui fut confiruit en même-*
- temps, confiftoit en une partie de chaux vive
- nouvelle , deux parties de pouzzolane rouge
- du Vivarais , pilées Scpaffées au fas*5 le tout cont^del
- exa&ementbroyé, fut également mis en mon- jJeistqV’°n
- ,ceau pour repofer quarante-huit heures comme nomifer la . . . pouzzola-
- le premier mortier. _ne,&qu’-
- Ce délai expiré, l’aire de mon fallon bien Jj“ égalifée St bien nivelée à l’aide d’une couche cn y aiou“
- w tarif nnü
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- . ( H4 )
- J?*™* fin d’un demi-pouce de hauteur , fur
- de rivière, iaquelle j’eus l’attention de faire verfer plu-enferamê- fieurs arrofoirs d’eau, pour tenir le fol frais & Sde’qu’en humide , ce qui eft important j je jetai alors à rouzzola- ja maniéré accoutumée le premier mortier , 8c fur - tout par-deffus celui-ci le mortier fin qu’on égalifa endroits avec la truelle , en fe conformant au niveau fecs* qu’on fe procure facilement à l’aide d’une grande réglé.
- . J’obferve qu’il faut donner à ce carrelage l’épaiffeur de 3 pouces en tout, non compris le fable , ÔC que la couche fupérieure en mortier fin ne doit avoir tout au plus qu’un demi-pouce.
- Le béton ainlî jeté & bien égalifé, fut abandonné jufqu’à ce qu’il commença à prendre un .peu de confiftance , ce qui entraîna un délai de deux jours ( dans les chaleurs un jour doit fuffire ). Au bout de ce temps, un ouvrier com-. mença à mafiiver le pavé avec le battoir dont . 3’ai déjà parlé, & continua cette opération pendant fix jours à différentes reprifes 5 je dis à différentes reprifes , car cette manœuvre eft néceffaire trois ou quatre fois dans la journée, on doit même fe régler à ce fujet fur la tem-
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- jpêrature de l’athmofphere plus ou moins chaude, fur la qualité du mortier plus ou moins prompt à durcir. L’opération de mafliver doit être d’autant moins négligée , qu’elle eft eflen-tielle & abfolument indifpenfable pour lier le mortier , le raffermir, lui faire rendre la fur-abondance d’eau qu’il contient, 6c éviter les gerçures 8c les fentes qui ne manqueroient pas d’arriver fans cela , fur-tout fi la defilca-' tion fe faifoit d’une maniéré prompte 5 il faut même avoir un tel foin d’éviter les fentes , que dès qu’on en appercevra la moindre indice , il faut redoubler d’attention 8t en arrêter les progrès en battant 8t en maflîvant plus fouvent.
- Dés qu’on reconnoîtra que le ciment durcit & refufe le battoir, dès-lors la principale opération fera faite il ne s’agit plus que de couvrir l’ouvrage avec de la paille neuve 8c propre, de feigle ou de froment, 8cla tenir continuellement humide en y jetant de temps à autre quelques arrofoirs d’eau.
- Ce fut au bout de quinze jours que je fis enlever la paille, balayer avec foin l’appartement, St que je fis defliner le carrelage j cette dernière opération fe pratique d’une maniéré trè«|
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- fimple & très-aifée, à l’aide de plufieurs ficelles, qu’on tient tendues horizontalement fur le pavé, & qu’on fait entrer de force dans le ciment encore frais, en frappant doucement &. à petits coups redoublés, avec le bout du manche d’un marteau, fur une truelle qu’on tient à plat fur la ficelle. On peut par ce moyen imiter des fougères 6c divers compartimens agréables qui ne s’effacent jamais.
- Cette opération faite , on recouvre encore le tout avec de la nouvelle paille qu’on laifle un mois ôc demi, §C qu’on tient humide , fi on veut fe procurer un ouvrage parfait en ce genre » Au refie , cette attente n’efi point longue pour les gens de l’art, puifqu’elle tend à procurer un carrelage qui durera à jamais , qui formera un bel e.nfemble , &C ne donnera aucun atome de poufiiere. La dépenfe en eft d’ailleurs beaucoup moindre que celle d’un carrelage en brique.
- Cette maniéré de carreler un appartement ayant réufli au mieux, au-delà même de mes cfpérances , tant du côté de la folidité que de l’élégance , je fis conftruire une terrafie à l’italienne à peu près dans le même goût $ mais comme un ouvrage de cette nature, en exigeant
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- la même folidité, ne méritoit pas autant ie recherches dans l’agrément la propreté, je procédai de la maniéré fuivante \ c’eft-à-dire , que je fis faire limplement un gros mortier avec une partie de chaux vive , une partie de gros iable non terreux, une partie de pouzzolane & une partie de grofles recoupes de pierres. D’autre part, je fis compofer un fécond mortier avec chaux vive, fable de riviere, pouzzolane ordinaire fans être pafTée au fas, par portions égales & à la maniéré accoutumée. Je laif-fai repofer le tout quarante-huit heures.
- Ce fut après avoir fait égalifer l’aire de ma terrafle, fituée fur une voûte de 48 pieds de longueur , fur 24 de large , que j’y jetai environ un pouce § de fable de riviere. Cette première couche eft doublement utile , en ce qu’elle eft très-commode pour égalifer le fol & lui donner le niveau nécefiaire, 8t en ce que étant bien imprégnée d’eau , elle conferve long-temps une humidité 8c une fraîcheur très-utile à la bonté de l’ouvrage. Après que ce fable fut bien arrofé , je fis jeter le gros mortier fur une épailTeurde 2 pouces § \ le fécond mortier fut jeté en même temps fur celui-ci * } le tout fut égalifé à la truelle.
- * On pcot donner 5 pouces ou
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- & P°deœi Comme c’étoit dans un temps de chaleur enProutUr <3ue Je conftruire cette terraffe, St que
- «on com- la maçonnerie en plein air fe feche très-rapide-blc. C 3 ment, je fus forcé le lendemain de faire jouer le battoir St d’occuper un homme qui travailla fans relâche à cette manœuvre , pendant près de trois jours confécutifs. Le vent du midi qui regnoit alors, occafionnoit une fi prompte def-fication, que j’étois obligé de faire arrofer l’ouvrage dans les momens où l’ouvrier prenoit fe s repas. Au bout de trois jours, le pavé refufa le battoir ; je le fis couvrir alors de paille que l’on tenoit hume&ée, St huit jours après j’y fis tracer de grands carreaux de 3 pieds de longueur fur 3 pieds de largeur, quiimitoient au parfait de grandes dalles en pierre de taille. On remit enfuite la paille qu’on continua d’humec-ter de temps en temps , St dans moins de trois femaines ce pavé en pouzzolane avoit acquis une dureté étonnante } malgré cela , je laiflai la paille pendant deux mois St demi, en la faifant arrofer quelquefois. Ce fut après ce délai que j’eus la fatisfaâion de voir un pavé inébranlable , propre à réfifter à toutes les cha-icurs'de la canicule St aux plus fortes rigueurs, des hivers.
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- J’avois fait donner une pente légère Sc comme imperceptible à cette terrafle pour l’écoulement des eaux, & dans un temps où elle a éprouvé des pluies longues 8t confiantes, je ne pus jamais découvrir le moindre fuintement fous, fa voûte, qui fertde couvert à une remife dont je fais journellement ufage.
- Voilà donc la bonté , l’efficacité & l’utilité de'ja pouzzolane , reconnues pour les conflruc-tions hors de l’eau \ je fais qu’on en fait ufage depuis long-temps en Italie pour les terraflesj mais comme on n’y apporte pas toutes les précautions que j’indique, qui font cependant très-fimplesjonne s’y procure certainement pas des pavés de la folidité de ceux que j’ai fait exécuter, qui doivent être regardés comme les premiers faits en France avec de la pouzzolane du pays.
- Il me relleroit encore à tenter les mêmes épreuves pour former des terraffes fur le haut des maifons, ce que je regarde -comme très-pratiquable j je me ferois même déjà occupé de cet objet fi des travaux relatifs à mon ouvrage fur les volcans, m’avoient donné plus de mornens 5 mais dès que j’aurai tenté des expériences à ce
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- fujet, je me ferai un plaifir d’en inftruire le public & de lui en rendre compte.
- Ce mémoire pourra peut - être paroître trop prolixe 8c trop chargé de détails minutieux, mais un objet auffi important exigeoit le plus férieux examen 5 je ne doute pas même qu’il ne refte beaucoup de chofes à dire fur ce fujet : j’ofe efpérer cependant qu’on voudra m’excufer, en faifant attention que j’ai travaille ici fur une matière neuve , 8c que je n’ai eu abfolument aucune reffource dans les auteurs dont quelques-uns feulement ont parlé rapidement & en paffant de la pouzzolane , fans qu’aucun foit entré dans les détails méchani-ques de fa manipulation. On pourra me reprocher auffi peut-être quelques répétitions , mais j’y en ai placé à deffein , dans l’intention de familiarifer ceux des le&eursquine font pas profeffion d’hiftoire naturelle 8c de chymie , avec une théorie délicate, peu facile à bien faifîr, par les difficultés qu’il y avoir à la bien rendre. Il falloit en un mot envifager fous plu-lieurs rapports l’analyfe de la chaux, de la pouzzolane , les différentes combinaifons qui en réfultent, &c. Je me trouvois forcé par-là
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- de revenir fouvent fur les mêmes objets; mais je fuis trop heureux fi j’ai rendu d’une maniéré intelligible cette fuite d'analyfes, de rapports, de faits, d’obfervations, Sc trop récompenfé fi je puis mettre feulement les autres fur la voie de perfectionner un travail que je n’ai pas l’amour propre de regarder comme achevé.
- Voici l’extrait de quelques pièces qui confiaient le fuccès de mes expériences.
- CERTIFICAT de l'Ingénieur en chef pour les ponts & chauffées j employé en Dauphiné*
- ÎSfoUS, ingénieur du roi, en chef, pour les ponts & chauffées, employé en Dauphiné,certifions,qu’ayant examiné avec attention dans la maifon de M. Faujas de Sain-Fond, fituée à Montelimar, tant Faire d’un fallon, au rez-de-chauffée , que celle d’une terraffe fur voûte , expofée à l’air, celle-ci contenant trente-deux toifes quarrées ; avons reconnu que l’une 8c l’autre de ces aires, formées avec ciment compofé d’un tiers de chaux vive,d’un tiers de fable pur de rivière,& d’un tiers de matières volcaniques oupoutfolane,nouvellement découverte en Vivarais par mondit fleur Faujas,le tout bien 8r duement amalgamé fuivant un procédé Ample, employé de trois pouces d’épaiffeur , fur une forme affermie de gros fable ou gravier, liffé à la truelle , 8c fu^
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- famment battu, a produit une chape unie, d’une couleur agréable , d’une très grande ténacité, fans aucunes gerçures, ni fiffures ; de forte que nous croyons ce ciment très - propre à réfifter, fur les terraffes découvertes, aux effets de la pluie, de la gelée , des filtrations , ainfî qu’à enduire l’intérieur des citernes 8» à faire tous autres ouvrages fembla-bles ; outre fa propriété reconnue de fe durcir à l’eau & hors de l’eau, comme le ciment fait avec pouzzolane d’Italie. Mais ce qui ajoute aux avantages de celle du Vivarais , fur-tout pour l’intérieur du royau me , c’eff fa proximité du Rhône & de la grande route de Lyon à Marfeille. En foi de tout qu oinous avons dreffé & ligné le préfent, A Montelimar ce 5 juin 1778.
- Signé, Paulmier de Latour.
- PROCÉS-VERVAL , contenant rapport (F architecte.
- ^3*OUS Alphonse-Laurent-Antoine Salamon,-baron de Salamon , vice-fénéchal, lieutenant-généraj civil & criminel, juge-mage en la cour du grand fé-nénéchal des comtés de Valentinois & Diois, féant à Montelimar; certifions que cejourd’hui à dix heures du matin, p'ardevant nous, en notre hôtel, feroit comparu Mre. Faujas de Saint-Fond , ci-devant lieutenant-général en ladite fénéchauffée, lequel auroit expofé qu’il y a environ trois ans qu’il découvrit, non loin du village de Rochemaure, fur la montagne nommée Chenavari, une mine de pouzzolane fembla-
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- ble à celle de Pouzzole , pour la couleur 8t pour la qualité : qu’il fit ouvrir cette mine dans le commencement de l’année 1777, 8c qu’il fit conftruire divers ouvrages,foit dans l’eau, foithors de l’eau, avec ladite pouzzolane, au château de Scrdeparc, appartenant à M. le marquis de Geoffre de Chabrhnac, colonel en fécond du régiment de Barrois ; lefquels ouvrages au-roient eu un fuccès accompli : que dans le courant du mois de novembre 1777 , M. de Sartine, miniftre de la marine, chargea l’expofant de Te rendre à Toulon» pour faire mettre en épreuve dans la mer, ladite pouzzolane , 8c la comparer à celle de Pouzzole , ce qui fut exécuté conformément au procès-verbal dreflë à ce fujet par MM. les commifîaires nommés dans un confeil de marine, tenu à cetre occafion : qu’enfin l’expofant a fait faire dans fa propre maifon, divers ouvrages avec ladite pouzzolane, entr’autres le carrelage d’un fallon 8c une terraffe à l’Italienne , de quarante-huit pieds de longueur furvingt-quatre delar, .geur ; 8c voulant conftater la bonté de ladite pouzzolane , 8c la folidité qu’elle donne aux différentes conftr uâions dans lefquelles elle eft employée , il nous auroit requis de commettre un architecte St quatre maîtres maçons, à l’effet d’être par eux accédé fur les lieux où il a été employé de la pouzzolane, 8c de faire leur rapport fur la folidité 8c propreté des ouvrages qu’ils auroient vifîtés : fur quoi nous aurions pour ce commis 8c député le fieur Jean Jacques Bros, architecte arpenteur à la maîtrife royale du Diois » Jacques Dayin, Louis Vidal, François Bernard &
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- André Marïton, tous quatre maîtres maçons de cette ville , lefquels après ferment par eux fait pardevant nous, auroient procédé à la vifitation des fufdits ouvrages , 8c fait enfuite leur rapport, ,par lequel il confie que les architeftes 8c maîtres maçons fufnom-més ont reconnu que les ouvrages, en pouzzolane étoient également folides, propres Sc impénétrables à l’eau, d’après felTai qu’ils en auroient fait eux- mêmes : que d’ailleurs chacun d’eux ayant été dans le cas defefervir de cette même pouzzolane, ils avoient lieu de s’en applaudir chaque jour, ainfi que les propriétaires pour lefquels ils l’avoient employée : que notamment le nommé André Mariton, l’undefditsmaîrres maçons, auroit confirait fous la direftion dudit Heur Faujasde Saint-Fond, une terraiTe à l’italienne, fur une voûte de quarante-huit pieds de longueur 8c de vingt-quatre pieds de largeur, en pouzzolane du Vivarais, dans les proportions fuivantes : une portion chaux vive; une portion de fable de riviere, bien pur,; une portion de pouzzolane du Vivarais, 8c une portion de biocaille ou recoupe de pierres; ladite chaux vive ayant été éteinte 8c détrempée à la maniéré accoutumée , il en auroit été fait un mortier avec les matières ci-deflùs , dans les proportions défignées , lequel mortier, très-aifé 8c très-fimple à faire, a été gâché & corroyé avec foin, afin que le tout fût exattement mélangé 8c amalgamé : quoi fait, après avoir laiiïë repofer le mortier vingt quatre heures , il a été employé à conflruire le glacis, béton , ou pavé de ladite terraffe, ce qui a donné une épaifleur de trois pouce3
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- & demi, ayant eu l’attention auparavant de répandre fur l’aire de ladite terraffe 8c fur ledit glacis, un demi-pouce de fable, bien égalifé 8c fortement humeété avec beaucoup d’eau , pour donner de la fraîcheur audit ouvrage ; que ledit glacis fut confirait en un jour 8c demi, 8c fut battu 8c maffivé le même foir 8c tout le lendemain , par un homme occupé à cette manœuvre ; qu’enfuite on couvrit ledit carrelage qui avoit déjà de la folidité, avec de la paille qu’on tint hume&ée avec de l’eau, 8c que le quinzième jour ladite terraflë avoit acquis une très-grande folidité, n’ayant abfolument-aucune gerçure : que le glacis du fufdit falon fut fait fans blo caille, 8c qu’il eft auffi propre 8c beaucoup plus folide que les carrelages en brique les plus recherchés ; qu’enfin ces ouvrages ne laifîent rien à defîrer, ni pour la folidité, ni pour la propreté, 8c fur-tout que le fufdit carrelage ne donne jamais aucune efpece de pouffiere. De tout quoi nous avons , à la requilîtion dudit fieur Faujas de Saint-Fond, fait drefler le préfent certificat conforme à la plus exa&e vérité , 8c comme tel, l’avons ligné avec ledit fieur Faujas de Saint-Fond, les experts fufnommés, à l’exception de Jacques Davin, qui a déclaré ne favoir écrire, 8c notre greffier : ce fut fait à montelimar le cinq juin mil fept cent foixante-dix-huit.
- Signés, Faujas de Saint-Fond. J. J. Bros. Vidal. Bernard. Mariton. Salamon. Cabestan, greffier.
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