Les travaux de Mars, ou l'art de la guerre divisez en trois parties
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- LES
- TRAVAUX DE MARS,
- O U
- L’ART DE LA GUERRE,
- TOME TROISIEME
- CONTENANT
- £es noms, charges & devoirs des Officiers d’infanterie, de Cavalerie & d’Artillerie. Des Evolutions nouvelles. De F Artillerie, & compofition des Poudres, avec celle de toutes fortes de Feux d’Artifice. Des Inftrumens qui fervent, ou àladéfenfeou à l’attaque des Places, Villes & Châteaux. De la marche & conduite desTroupes & Armées. Du campement pour lesSiegesî & de l’attaque des Places, Villes & Châteaux. De la défenie des Places, contre toutes fortes deSieges& d’attaques. De la Capitulation & Reddition des Places. De la Milice des Turcs j de leur maniéré défaire la guerre, d’attaquer, & de défendre les Places,
- DEVIEZ AV ROT,
- Par ALLAIN MANESSON MALLET
- Maître de "Mathématiques des Pages de la petite Ecurie de Sa Majejié, cy-dtvant Ingénieur if Sergent-Major d*Artillerie en Portugal.
- perniere Edition, revûë, & corrigée d’un grand nombre de fautes qui étoient reftées dans toutes les precedentes.
- A LA HAYE,
- Chez HENRI van BULDEREN, Marchand Libraire, dans le Pooten, à FEnfeigne de Mezeray.
- M. D C„ X C V ï.
- *A‘V E C P%iVILSGE.
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- TABLE
- DES
- CHA PITRES
- Contenus dans le Troifîême Tome DES
- TRAVAUX DE MARS,
- O U
- L’ART DE LA GUERRE.
- LirRE CINQVIE'ME.
- Des Gens de Guerre , & de leurs Evolutions.
- Chapitre Premier»
- E* Gens de Guerre en general, £r premièrement de ceux de Vln-
- L' fanterie. page i
- Du Soldat. z
- Remarques fur l'Equipage & les Armes du Soldat. 4
- Des Piquiers. 6
- *3 De
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- Table des Chapitres#
- Ve l'Ànfpeçade, 8
- Vu Caporal♦ ibid.
- Vu Sergent. 9
- Ve l'Enfeigns. ibid.
- Vu Lieutenant. 10
- Vu Sous-Lieutenant. ibid.
- Vu Capitaine. ibid.
- Vu tambour. 12,
- Ordre d'une Compagnie d'infanterie Françoifc. H
- V'un Régiment d'infanterie, 16
- Ve P Etat Major d'un Régiment en general. 17
- Ve l'Etat Major d'un Régiment en particulier. 18
- Ordre des Pojles d'un Régiment mis en Bataille.
- Ve la Marche d'un Régiment par divifon. 24
- Ve l'Infanterie Suiffe. *6
- Chapitré II»
- Ves Âmes ojfenfves if défenfwes qui font en ufage dans l'Infante-
- rie* 2-9
- Ves differentes fortes d'Epées. ibid.
- Explication particulière des parties du Moufquet, 3 %
- Ve la charge du Moufpuet, if delà maniéré de le tirer. 3 4
- Vu Fufil. 36
- Ve la Pique, if delà demy-Pique. 3 8
- Ve la Halebarde, &r des autres Armes qui ont ]àpeu prés fa figure if fa grandeur, 4Q
- Des Armes défenfves qui fervent aux Piquiers if aux Officiers d'infanterie. 4*
- C H A*
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- Table des Chapitres»-
- Chapitre Illi
- D es Exercice s des Armes en ujage dans l'Infanterie, 4f
- Des Moufquetaires. 46
- Des Piquiers. 48
- Des Bataillons en general. S°
- Des Bataillons en particulier. S1
- Des cbofes necefaires à apprendre à un nouveau Soldat pour entrer dans un Bataillon. 5*3
- Des Commandement, tant pour l'exercice du Moufquet, que de la Pique. f4
- Chapitre IV.
- D es Evolutions & de leun parties. fj
- Maniéré de pratiquer les Doublemens. 60
- Des Doublemens. 62
- De la Contre-marche. 64
- De la Converfion. 66
- Des Bataillons quarte\ d'hommes, de Terrain,<£r de grand Front.68 Des Pelotons. 70
- D'un Bataillon quarté d'hommes en forme d'une Croix, y 2 Réglé generale pour émou fer les Angles d'un Bataillon. 74
- Pour former un Bataillon en QBogone, ou à huit faces. 76
- Maniéré déformer un Bataillon en OBogone, avec le Centre vuide, le front du Bataillon ayant cinq fois la hauteur. 80
- Maniéré de remettre le Bataillon à Centre vuide. 84
- * 4 C H A-
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- Table des Chapitre^ Chapitre V.
- De la Cavalerie. *7
- Du Colonel general de la Cavalerie legere. 88
- Du MeJlre-de-Camp general. ibid.
- Du Commifaire general de la Cavalerie legere. ibid.
- Du Mejlre-de-Camp. 89
- Du Lieutenant Colonel. ibid.
- De l'Etat Major d'un Régiment de Cavalerie* 90
- Du Major & de fin Aide. ibid.
- Du Capitaine de Cavalerie. 9i
- Du Lieutenant de Cavalerie. ibid.
- Du Cornette & de fin Etendard, çz
- Du Maréchal des Logis. . >i * 5 ibid.
- Du Brigadier. 93
- Du Cavalier. 94
- Du Trompette & de la Tompette, 96
- Du Timbalier if det Timbales. 98
- D'une Compagnie de Cavalerie. IOO
- Des Efiadrons. 102
- Des Régiment de Cavalerie. ibid.
- Des Cuir a fer s. Chapitre VI. ibid.
- Des Compagnies £Ordonnance de la Maifin du Roy, 105*
- Des Gardes-du-Corps. 106
- Des Gens-d'Armes & de leur Guidon, ibid.
- Des Chevaux-legers, ÏQ'7
- Des Mousquetaires. ibid.
- Des Grenadiers volant. ibid
- De la petite Gendarmerie, 108
- Det Dragons. ibid. Ch a-
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- iTable des Chapitres? Chapitre VIT,
- Des Exercices if des mouvement de la Cavalerie. 109
- Noms des principales parties d’un Efcadron. 110
- Du R^ang que tiennent les Cavaliers dans leurs Compagnies, if delà méthode pour former un Efcadron. ibid.
- Méthode pour faire Jerrer les Files d’un Efcadron. 111
- Méthode défaire défiler un Efcadron. 114
- Pour faire le Caracol. 116
- Méthode pour faire la Converjion. 118
- Du Volte-face. 120
- Méthode de faire tirer la Cavalerie. ibid.
- C H A P I T R E VIII,
- De P Artillerie. I2.J
- Des Officiers de P Artillerie. ibid.
- De P Ordonnance des Arfenaux^if des Magasins de P Artillerie. 124 Du Salpêtre ou Nitre. 126
- Delà compojition des Poudres, tant fines qu’à Canon. 128
- Des differentes efpeces de Canon. 130
- Des Pièces legeres if des Pièces de Campagne. 132
- Noms & mefures des parties du Canon. 134
- De la fonte if des Alliages du Canon. 136
- Noms des differentes parties d’un affuff de Canon. 138
- Noms des roiiages if d’autres pièces fer vans à Pufage du Canon. 140 Du Train ou des Chariots de P Artillerie. 142
- Des Inftrumens qui fervent à monter if à defeendre les Canons de leurs affuff s. 4 144
- Maniéré de charger le Canon, if de le pointer avec le fronteau de mire. 146
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- Table des Chapitrés*
- Des précautionsneceffaires pour pointer le Canon. 148
- Des Batterie* endetterai, if du Tir du Canon. 149
- !"Maniéré de mettre le feu aux Canons ,if de les rajfraichir. .1fo
- Des dijferentes cfpeces de Canon. 1 fa
- Des Pierriers. 15-4
- Des Mortiers if des Bombes, avec la forme de leurs qffujls. I f g
- Maniéré de mettre le feu aux Mortiers if aux Bombes. I f 8
- Du Pétard, if de la maniéré qu'il faut le charger. 160
- Maniéré de fe fcrvir du Pétard. 162.
- Des Grenades. 164
- De la compofition des Pots-à-feu, des Bojfes, if des Bdlles-à-feu. 166 Des Dards, des Gouldrons, if des F lèches-à-feu, des Barriques foudroyantes, if des F lambeaux-à-feu. l68
- Chapitre IX»
- De la marche if de la conduite des Troupes. 171
- Du Genenal d'Armée. 17a
- Des Lieutenant Generaux. îbid-
- Des Maréchaux de Camp. 173
- Des Brigadiers de l'Armée , if de leurs Brigades. 174
- Des Aides de Camp. ibid.
- Du Major General. ibid.
- Du Maréchal des Logis de l'Armée. ibid.
- Dw Ingénieurs. 175*
- Du Capitaine des Guides. ibid.
- Du Confeil du General. 176
- Des Ordres du General. 177
- Du Rendez-vous de l'Armée. 178
- Dés précautions .qu'un Gener al doit avoir, Avant que de mettre une Armée en Campagne. j 79
- De
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- Table des Chapitre?}
- Île la marche d'une Armée en plat-pair. i8d>
- De la marche d'une Armée dans un pats étroit. i Si
- Des Défile184 De la marche d'une Armée dans un pais ennemy. 186
- De. la marche d'une Armée dans un palis couverts 188
- Du Confeil de Guerre. 190
- Maniéré de loger une Armée au Village. iyi
- Maniéré défaire camper un corps d'infanterie, accompagnée d'Artillerie. jpZ
- Maniéré de faire camper une Armée compofée de Cavalerie if d'In* fanterie. 294
- De l'attaque <£un Vont. 195
- De l'attaque des Châteaux if autres petits lieux» 198
- Des Batailles rangées. ' 2,09
- Chapitre X.
- Des Infiniment qui fervent à la défenfe ou à f attaque des Places. 2of
- Des Barriques, if des Sacs-à-terre. 206
- Des Gabions if des Corbeilles. Z08
- Des Fafcines, des Sauffifons if des Chandeliers. 210
- Des Pâli fades s if des Fraifes. Z12.
- Des Chevaux de Frife, des Herijfons if des Herfes, 214
- Des Chauffe-trappes, if desMantclets. ZI6
- Def Echelles propres à l'ufage des Efcalades. 2.18
- Dw Blindes, des Clayes, des TraverÇes if des Gaüeries. 220
- Des diverfes fortes de Ponts, fervans àpaffer les Rjvierer, zzz
- Cha-
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- Table des Chapitre?.
- Chapitre XI.
- Des Siéger. nq
- ^marque fur la differente durée des Sieges. ibid.
- Dm Degdt qu’on fait aux environs des F laces. 22 6
- Dm Blocus des Places. ibid.
- Maniéré d’afeoir un Camp pour former un Siégé. 227
- Dm Logement de la Cavalerie. 228
- Dm Logement de l’Infanterie. 230
- Des Lignes de Circonvallation if de Contrevallation. 232
- Dm Parc de l’artillerie, if du Quartier des Vivres. 234
- Maniéré de reconnaître une Place pour déterminer les Attaques if les Tranchées. 236
- Des préparatifs pour la conduite des Tranchées. 237
- De l’Ouverture if de la Conduite des Tranchées. 238
- De la défenfe des Tranchées, if de leurs Places £ Armes. 240
- De la Conftruftion des Batteries\ 242
- Des Boyaux. 244
- De l’attaque des Dehors. 246
- De la prife des Dehors. 248
- Maniéré de Joutenir les Sorties. 249
- De la Sappe du Glacis. 2fo
- De/ Logcmcns qu’on fait fur les Glacis if fur les Chemins-couverts.
- 2J2
- Maniéré de p a fer les Fojfeç fecs ou pleins d’eau, & d'attacher le Mineur aux Faces des Bajlions, 254. if
- De/ Inflrumens if des précautions qu’on doit prendre avant que de travailler aux Mines. 258
- De la Conduite des Mines. ibid.
- D es Chambres, des Fourneaux ,if delà Charge des Mines. 160 Des Brèches y if de la maniéré de les reconnaître. 262
- D’un Ajfaut general, if déjà préparation. 263. if 264
- Ma-
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- Table des Chapitres.
- Maniéré de fe loger fur la Tête d’une Brèche, if de fe rendre maître du Bajlion, if enfuite de la Place. 266
- De laprife des Villes de vive force ou d’emblée. 267
- Maniéré de lever le Siégé, foit de nuit, fait enplein jo tir . 268
- Chapitre XII.
- De la défenfe des P laces. 269
- Des précautions que doit prendre un Gouverneur ,pour mettrefa T lace en état de foûtenir un Siégé. 270
- Du nombre des Soldats pour la Garnifon d’une Place. 271
- D« nombre des Soldats pour la défenfe des Dehors. 272
- Des logemens des Soldats, des Corps-de-Garde, If de P ordre d’y en.
- trer if d’enfortir, avec le moyen défaire les lfyndes. 273
- D« Mot if Contre-mot, if delà maniéré de le porter. 2 74
- Ce qu’m Gouvern. doitfaire quand l’Ennemy le vient ajfeger. iy$ Des Alarmes. 276
- De Tordre des Sorties- 277
- De la défenfe des Dehors. 278
- De* Pierrieres, Pougades if Caifons. 280
- De* Retirades qu’on peut faire dans les Dehors. 28a
- De la défenfe des Fofe^fecs. 284
- De la défenfe des Fofeç pleins d’eau. 286
- De* Contre-mines. 288
- De la Réparation des Brèches. 290
- Maniéré de pou fer des Fourneaux forn les Brèches des Baflions. 29a De* Retranchement particuliers qu’on faitfur laTête des Brèches, 294
- De* préparatifs pour foûtenir un A faut general. 297
- Manière de foûtenir un Afaut general. * 296
- De* Retranchement qu’on fait dans le Corps desBaflions. 298 De* Retranchement generaux. 30a
- De la défenfé des Retranchement particuliers, if generaux. 302
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- Table des Chapitre^
- De la défenf : des Places contre les furprifes les ef :alades. 305
- De la défenfe des Places contre les attaques Semblée ou de vive force. 3°4
- Chapitre XIII.
- De la Reddition des Places„ 50 S
- De*fujpenfions larmes. 306
- Des moyens de capituler. 3°7
- DesCapitulàtions. 308
- De la Reddition des P laces. 310
- De la Reddition des Places Maritimes. 3lZ
- De la Prife de pojfejjîon des Places. 3!3
- LITRE SIXTE* ME.
- De la Milice des Turcs.
- Chapitre Premier.
- TXE la Tonification des Places Turques. 317. 31S
- Des Foj/q; Contrefcarpes des Places Turques. 320
- Der Chemins'couverts, èr des Glacis des Places Turques. 322 De* Dehors des Places Tu rques. 324
- De* Châteaux & Citadelles des Places Turques. 3 26
- De la Ville & du Château de Strigonc ou Strigonie, vulgairement appellêeGran. 328
- De la Place de Comorre. ‘ 3 30
- De la Ville de Javarin ou I\aal\ 332
- Cha-
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- Table des Chapitres. Chapitre II.
- De Pinfanterie Turque* 33f
- Da Agiamoglans. 33 6
- Des J unitaires. 338
- Du Janifar-Agaft. 341
- Des Solaks ou Archers de la Garde du Grand Seigneur* 344
- Des lchoglans. 346
- Des Acan^i, Agapes, & Guaftaiours* 34S
- Chapitre III.
- De la Cavalerie Turque. 35T
- Dm Spahis. 3fi
- Des Spahis de Timars 3 ou Timariots. 3f4
- D es'Zaims. 3ff
- Dm Etendards des Turcs. 3f<S
- Du Tug. 3f8
- Dm Délits, Segbans, Muhlagi7 &c. 360
- Des Petits T art ares. 3 62
- Chapitre IV.
- De P Artillerie & des principales Charges de PEmpire Ottoman.%6f Du Topgi-Bachi, ou Grand Maître de P Artillerie Turque. 366 DesTopchü. 368
- D« Grawd Fï^'r. 370
- De la Charge de Caïmacan* 3 72.
- Dm B achat. ibid.
- Des Heiglerbeys* 373
- Ch A-
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- Table des Chapitres#
- Chapitre V.
- Des Treupes Turques: de leur maniéré d'attaquer & de défendre les Placer, 37$*
- D es Troupes & Armées du Grand Seigneur. 376
- De quelle maniéré les Turcs font laguerre, 378
- J)u Campement des Turcs. 379
- Des Tranchées des Turcs. 380
- Des Afauts des Turcs. 38a
- Des Capitulations des Turcs. 3 84
- Articles accorde% aux Habitant de Newhaufel par le Grand Viÿr,
- 3S4
- De la défenfe des Places Turques, 387
- LES
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- LES
- TRAVAUX DE MARS,
- o u
- L'art de la guerre*
- LIVRE CINQUIÈME.
- Des Gens de Guerre j & de leurs Evolutions.
- Chapitslé Premier.
- Des G ens de G uêrre en general > €r premièrement de ceux de l'Infanterie.
- Dus le nom de Gens de Guerre je renferme routés les perfonnes qui font profefficn déporter les Armes.
- On les peut ranger fous les trois noms generaux d'Infanteriey ou de Soldats à pied ; d e G*-valerie, ou dé Soldats à cheval î & d’Artillerie, ou de Soldats deftinez au fèrvice du Canon.
- ï)u
- Tom. lît.
- A
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- S LES TRAVAUX DE MARS,
- 'Dm Soldat.
- POur fùivre un ordre facile je commencerai îé détail de Plnfanterie par le degré le plus bas, & je dirai que le Soldat ouFantaffineft un perfonne entoilée fous un Capitaine, qui bidonne lepreftou lafolde que le Prince bit diftribuer à ceux qui fe mettent.à fon fervice.
- Les Soldats font diftinguez en Moufquetaircs 8c en Pi-quiers.
- Les Mouiquetaires, comme eft celui qui eft ici reprefen-té, font équipez & armez des pièces Clivantes, bavoir,
- Du Baudrier A.
- D’une Epée B.
- D’une Bandoulière C.
- Du Moufqüet D, & quelquefois d’un Fufîl : lious en parlerons dans les Chapitres fuivans.
- Le Baudrier eft hit de peau debufle, d’élan, de cheval., de cerf, ou de vache: lipend de l’épaule droite for la cuifle gauche, fa largeur eft de quatre à cinq poûces-L’Epée, pour n’êtrc ni trop longue ni trop courte, doit avoir en y comprenant la lame & la poignée,trois pieds de longueur. Le Fanraffin Suiflje fervant en France porte au lieu d’épée une maniéré de Sabre courbé : nous en parlerons cy-aprés, La Bandoulière d’où pendent les Charges à mettre la poudre, une Boutie où font les balles , & où l’onattache la Mèche, eft faite de cuir debufle ou de vache; fa largeur eft de trois à quatre poûces, 8c fa longueur de deux pieds & demi.
- Le Moufquet, pour n’être ni trop peiànt ni trop leger, doit avoir fon canon long de trois pieds & huit poûces, monté iiir unfuftde quatre pieds & huit pouces; Ibn ouverture ,ou calibre eft de huit lignes de Diamètre.
- Le Soldat félon lesloix de la Guerre', ne peut quitter fa Compagnie pôurfes affaires propres, fans lapermiffi'on de fon Capitaine ou de celle des Commandansdu Régiment, fous peine d’être réputé deferteur, & digne d’être paflé par les Armes. Re-
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- ff LES TRAVAUX DE MARS,
- . Remarques fur V Equipage & les Armes du Soldat.
- CEux qui ont voulu que les Soldats portaient des Baudriers & des Bandoulières, ne les leur avoient données que pour leur couvrir le corps comme une maniéré de cuiraf-fe dans l’occafion des Batailles rangées. Mais prefcnternent que les Batailles ne font plus fi frequentes qu’elles étoient autrefois , à caulè qu aujourd’hui on ménage mieux le lang des Soldats, & que l’ancienne témérité eftrallentie, & que même d’ordinaire un Parti eft fi nombreux que l’autre n’ole tenir la campagne, &fè trouve fi foible qu’il nofè hazarder un combat j c’eft en partie les raifons qui ont donné lieu de décharger les Soldats de l’embarras de leurs Baudriers & de leurs Bandoulières.
- En effet la longueur des Baudriers a toujours été fort incommode au Soldat dans une marche pendant la pluye, & dans les Attaques des Places & autres lieux, où il s'agit de faire quelque aétion de vigueur: car il faur alors queleFan-taffin foit dégagé de tout embarras* poUrfe glifler plus facilement dans un Vignoble, pour franchir un FofTé, ou pour palier par defius une PalifTade ou une haye.
- On a auffi rejetté l’uiàge des Bandoulières, tant pour empêcher que par là on ne faififiè le Soldat au corps, qu’à caufe qu’on a reconnu que le Soldat étant prefle de tirer, vuidoit les balles & toute la poudre de fes charges dans les bafques de fon jufte-au-corps, afin de prendre le tout plus preftement.
- C’eft pour ces railons que dans cette année 16^4. on a ôté aux Soldats du Régiment des Gardes Françoilès 8c Suifles leurs Baudriers 8c leurs Bandoulières, 8c qu’on s’eft contenté de leur donner un Ceinturon, qui fert à porter leurs Epées, uneBourfè ouGibeciere où ils mettent leurs balles, &un Poul vérin où ils mettent leur poudre, & où ils attachent aufli lent mèche, comme on le peut remarquer au Soldat qui eft ici reprefenté.
- Des
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- OU L’ART DE LA GUERRE.
- A ï
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- ? LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Piquiers,
- ON choifît ordinairemëntpour Piquiers les Soldats de la Compagnie qui ont la taille la plus avantageufe, afin d’être plus propres à allonger leurs Piques, & à les preienter avec plus de vigueur & d’étendue quand leurs Compagnies font attaquées par la Cavalerie.
- Les Armes offenfives du Piquier font ordinairement l’Epée & la Pique; &les défenfives, leCorfolet, les Braflarts» &c. dont nous parlerons ci-aprës.
- Les Piquiers font emploiez d’ordinaire à la garde des poudres , à caufe qu’ils ne portent point de feu avec eux. Ils font d’une grande utilité dans les Batailles rangées, & fervent à affûter la marche des Troupes dans un pais découvert, où fans les Piquiers les Moufquetaires auraient peine à refifter contre la Cavaleire qui les attaquerait: Car après qu’elle aurait efluyé quelque décharge des gens de pied, elle ne manquerait pas de les mettre en déroute, & delcurpaflerfurle ventre, fi les Bataillons n’étoient bordez d’un bon nombre de Piquiers.
- On a remarqué qu’un Cheval bielle d’une Arme à feu n’en eft que plus animé; mais quand ilfe font frappé d’un fer de Pique, tous les Eperons du monde ne le feraient pas avancer.
- On remarque auffi qu’excepté dans les occafions que je viens de dire, les Piquiers font partout ailleurs fort inutiles , ne pouvant être (employez pour Factionnaires dans des Polies avancez, ou pour avertir il fout faire du bruit. Us ne peuvent auffi forvir dans les Attaques ni dans les Alîauts des Places, ou il fout avoir des Armes aifées k manier, & qui faflent beaucoup de bruit, pour intimider ceux qu’on attaque. Ces raifons& plufieurs autres ont donné lieu cette année de donner à quelques Moufquetaires des Bayonnettes pour mettre dans leurs canons, quand ils forant attaquez de la Cavalerie, & foire l’effet des Piques dont peut-être Mage fera ainfi rejette.
- Pc
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- S LES TRAVAUX DE MARS,
- De l’Anfpeçade.
- LEs Anfpeçades que les Commiflaires de revues nomment d ans leurs regiftres Appointez., àcaufe qu’ils ont^plus Repaye que les (impies Soldats, font dordinaire les plusvi-gilans & les plus vigoureux Soldats de la Compagnie : Ce font eux qui enfèignent l’exercice des Armes aux nouveau* venus dans la Compagnie : & comme ils doivent être fort entendus pour les gardes, en l’abfence des Officiers du C orpSf de-garde ils vont.pofer les Fa&ionnaires la Halebarde en main, ce qui les exempte de Faction, & qui leur donne le ritte de Bat Officier d'infanterie. Il reçoit l’ordre de fon Caporal. Quand la Compagnie marche, l’Anfpeçade porte le Moulquet, & quelquefois un Fufil, dans le fécond rang.
- Du Caporal.
- Le Caporal eft d’ordinaire un vieux Soldat, qui a été Anfpeçade, ou que l’on veut gratifier de ce Pofte en recom-penlè de quelque aétion de bravoure. Le Caporal commande à l’Anfpeçade, & eft exempt de fadion. Enl’abfoncedii Sergent il commande au Corps-de-garde, &conduit la Halebarde en main les Factionnaires les plus importans. Il reçoit le Mot des Rondes qui paftent auprès du Corps-de-garde : il va l’épée nue pour reçevoir le Mot de ceux que les Sentinelles de fon Corps-de-garde arrêtent, de quelque qualité qu’ils puîflept être : il les conduit au Corps-de-garde, (i le Mot qu’ils lui ont dit n’eft pas le véritable. Quand la Compagnie marche il porte le Moufquet ou un Fufil; il eft au premier rang.
- Quand on rcleve la Compagnie de garde, c’eft à lui de configner au Caporal qui entre en garde les ordres qu’il faut obfèrver, en cas qu’il y en ait de nouveaux, & de le charger des meubles du Corps-de-garde, ou de ce qui y eft mis en depoft, & de Pinftruire du nombre des Sentinelles qu’il doit pofer tant la nuit que le jour, ôt de ce qu’il y a à faire d’extraordinaire. Du
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- ou L’ART UE LA GUERRE. 9
- Du Sergent.
- LE Sergent eft d’ordinaire un Soldat qui a paflé par les dc-grez d’Anfpeçade, ou de Caporal ; quelquefois on lui donne la Halebarde fans qu’il en ait exercé aucun, principalement quand il eft de belle taille, vigilant, & qu’il içait bien lire & écrire, qui font des con ditions eflentielles, principalement au pofte du premier Sergent de la Compagnie, à .caufe qu’il tient leregiftre du logement des Officiers &des Soldats de la Compagnie. Il appelle les Soldats par leurs noms le jour dupreft, jkc’eft lui qui le fait d’ordinaire enl’abfên-ce des Officiers, & pique ceux qui manquent dans les Gardes.. Le Sergent de garde, en l’abfence des Officiers de la Cotnpagme, monte &defcend les Gardes à la tête des premiers rangs la Halebarde en main,qui eft fon Arme ordinaire, & les autres Sergens fe mettent furies Ailes de la Compagnie, & là font dreftlr & obferver lesdiftances des rangs & desfiies, tant pour la marche que pour le combar. Tous les foirs le Sergent qui eft de garde vient prendre l’ordredu Major ou de fon Aide, &IeporteràfonCorps-de-garde; En-luite un autre Sergent va lçavoir du Major cequifepafîêde nouveau pour en avertir fes Officiers.
- Quand un Sergent eft de garde, & qu’il fort duCorps-de*garde pour quelque affaire d’importance, il laifle l’Ordre & le Mot à un des Caporaux de ceux qui font de garde.
- De VE»feigne.
- L’Enfèigne eft un Officier qui porte le Drapeau de la Compagnie où il eft incorporé, quand il y en a un; mais dans lçs Regimens où il n’y a que deux Drapeaux, chacun d’eux porte le Drapeau à fon tour.
- Si la Compagnie marche en ordonnance , PEnfeigne fe doit tenir au milieu des Piquiers, mais la Compagnie
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- ÏO LES TRAVAUX PE MARS,
- allant à l’Afiaut, l’Enfeigne doit marcher avec fon Drapeau à la tête des premiers rangs.
- Dans une Bataille rangée les Enfeignes avec leurs Drapeaux font hors des rangs, .& fe portent à la tête de leurs Bataillons, devant les Piquiérs.
- Dans quelque Porte que fe rencontre unEnfeigne avec fon Drapeau, il doit plutôt mourir que de l’abandonner, Fhon-;neur de la Compagnie y étant attaché.
- Vu Lieutenant.
- Le Lieutenant eft le fécond Officier de la Compagnie où il eft incorporéIl doit être une perfonne intelligente, ayant en l’abfence du Capitaine le même pouvoir que lui fur la Compagnie. Quand elle eft en. ordonnance, & qu’elle marche, il fe porte à la gauche du Capitaine; & à la droite, fi l’Enfeigne s’y rencontre. En l’abfence du Capitaine le Lieutenant conduit la Compagnie, quand elle eft formée en Bataillon s mais le Capitaine y étant, le Lieutenant tiendra la queue.
- Vu Sous-Lieutenant.
- Le Sous- Lieutenant, qui eft le troifiêjne Officier de la Compagnie , exerce les mêmes fonctions que le Lieutenant.
- Le Lieutenant, le Sous-Lieutenant, & l’Enfeigne font appeliez Officiers fubalternes.
- Vu Capitaine.
- Le Capitaine eft le premier Officier de fa Compagnie; Il doit être diligent, courageux & confommé dans les Fortifications & les Evolutions. Quand il conduit fa Compagnie il doit toû-jours être à la tête entre le Lieutenant & l’Enfeigne, fuppofant qu’ils s’y rencontrent. Il doit avoir grand foin de faire inftruire les Soldats au maniment des Armes, & leur faire apprendre à fe mettre en Bataille, à fe remettre étant rompus, à faire les Converfions, & generalement tout autre exercice de Guerre.Le Capitaine marchant en campagne avec fa Compagnië’j, ne peut punir un Soldat de mort, fi ce n’eft qu’il fût rebelle, ^r alors i 1 le doit tuer : mais pour toute autre chofe il ne peut que le faire defarmer & dégrader, pour le livrer à la juftice de fon Colonel.
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- OU L’ART DE LA GUERRE, it
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- ** I*ES TRAVAUX DE MARS,
- Du Tambour.
- T E Tambour eft une perfbnne qui par le bruit de fa Caifle aver-
- tic le Soldat de fon devoir , ou de quelque Ordre nouveau.
- La Caiflè A, que le vulgaire appelle mal-à-propos Tambour (puifque c’eft le nom de celui qui la porte) eft un Infiniment Militaire fait d’une ou de deux planches de châtaigner, jointes ou tournées en figure cilindrique, creufes en dedans, & couvertes par leurs extrémité?, de deux peaux de veau, que Ton bande ou lâche par le moyen de plufieurs ferres B, & cordes C, qui tiennent à deux cerceaux D, pour faire tenir les peaux conrre le corps de la Caifle.
- Le Tambour, pour rendre le fon de fa Caifle plus harmonieux , attache au deflous de la peau inferieure un timbre ou corde à boyau E, qu’il fait tenir par le moyen du cerceau.
- Les Baguettes du Tambour F, font longues de quinze à dix-huit pouces j elles font d’ordinaire d’un bois fort dur fc net, comme eft le poirier, leboisd’ïnde, & l’ébéne.
- Les Batteries du Tambour font diverfes félon les differentes occafions qui fe rencontrent, donc voici les pins ordinaires ••
- Battre la Diane, eft la Batterie que les Afliegeans & quelquefois les Aflîegez font à la pointe du jour.
- Battre au Champs, eft pour avertir qu’on doit marcher ce jour-là pour quelque occafîon, c’eft ce que l’on nomme d’ordinaire le Premier.
- Battre le Dernier ou 1* AfTemblée, c’eft pour avertir le Soldat de fe ranger promptement'fous le Drapeau.
- Battre la Marche, c’eft pour marquer qu’on a pris fes rangs & que l’on part.
- Battre laFricaffée, c’eft pour avenir que l’on leve ou que l’on pofe le Drapeau, ou c’eft pour faire avancer un Bataillon dans une Bataille rangée, ou l’en retirer.
- Battre la Charge ou la Guerre,c’eft pour l’averti r de Lire feu.
- •Battre la Retraite, c’eft p‘our l’obliger à cefîer de tirer, & à fe ranger au Drapeau, au Bataillon, ou 9 fon logement.
- Battre la Chamade, c’eft quand on veut appeller quelqu’un.
- Battre un Ban, c’eft quand on veut publier quelque Ordre nouveau, recevoir un Officier, ou châtier quelque Soldat.
- Appeller, eft pour avertir le Soldat de venir au plus vîte prendre les Armes pour faire parade devant quelque Officier confiderablc qui va pafler.
- Ordre
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- *4 LES TRAVAUX DE MARS,
- Ordre d'une Compagnie d?Infamène Françoife.
- APres avoir parlé en particulier des Officiers des Soldats d’infanterie, qui compoïcnt le corps d’une Compagnie, je les reprefenterai dans cette Plîanche tous enfèmblefè-lon le rang qu’ils tiennent quand ils la forment, & je me fer-virai pour exemple d’une Compagnie aux Gardes, qui eft d’ordinaire de cent hommesdoiitleticrs eft d’ordinaire de Piquiers.
- A, eft Capitaine.
- B, le lieutenant.
- C, l’Enfeigne. Dans une parade l’Enfeigne porte fon Drapeau, mais dans les marches ordinaires il le donne à porter à' un Piquier qui eft commis pour cela.
- D, font les Sergens : il y en a un d’ordinaire qui marche à la queue desOflfrâers, ou à la tête de la Compagnie , & ceft celui que. l’on nomme premier Sergent, qui au defaut des Officiers mene la Compagnie , & a foin du logement des Soldats au defaut des Fourriers.
- G, les Moufquetaires:
- H, les Piquiers.
- I, les Tambours.
- A la Queue de la Compagnie eft le Pofte ordinaire du Sous-Lieutenat, quand les premiers Officiers fe trouvent à la tête.
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- I* LEri^&VAUX DE MARS,
- D'un Régiment d'infanterie.
- APres avoir traité des Soldats & des Officiers quicom-pofent une Compagnie d’infanterie, je dirai que la jondion de plufieurs de ces Compagnies commandées par un feulchef, eft ce que l’on appelle Régiment d’infanterie, & que ce Chef fe nomme Colonel.
- Les Regimens d’infanterie en France font d’ordinaire diftinguezpar les noms de Vieux-corps ^ Petits- vieux- corps^ ou du nom de quelques Provinces, ou de leur Colonel. Les noms des fix Vieux-Corps {'ont Picardie, Piedmont, Champagne, Navarre, Normandie, & la Marine. Pour les Petits-vieux ils n’ont point de nom fixé,, ils prennent celui des Colonels qui les commandent.
- Les Regimens n’ont point un nombre fixé de Compagnies , il y en a d e huit Compagnies, d’autres de trente, quelques-uns de cent, & même de plus.
- Quand dans une Place fermée ou dans uneGarnifon ilfo rencontre un-Colonel & un Meftre-de-camp, ( c’eft ainfi qu’on appelle le Commandant d’un Régiment de Cavalerie ) c’eft le Colonel qui y commande, s’il n’y a pas un Gouverneur d’un degré au deftus de lui.
- Quand il fe rencontre plufieurs Regimens d’infanterie en-femble, celui du Régiment des Gardes marche le premier de tous: & dans une revûe , ou dans une Bataille rangée, il tient la droite de toute l’Infanterie.
- H y avoir autrefois en ce Royaume un Colonel General de toute l’Infanterie Françoife; mais depuis la mort du dernier Duc d’Efpernon cette charge à été fupprimée : Elle lui don-noit le pouvoir de nommer à toutes les charges de chaque Régiment, & même il avoir, dans chacun de ces Corps une Compagnie à lui que l’on appelloit la Colonelle'. La juftice ne fe fiüfoit dans tous ces Regimens que fous le nom du Roi & le fien.
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- 9Ü L’ART DE LA GUERRE, xj?
- De l'Etat Major d'Un Régiment en général,
- DAns chaque Régiment il y a plufieurs Officiers, qui font compris fous le nom à!Etat Major $ leurs noms
- font,
- Le Colonel.
- Le Lieutenant Colonel.
- Le Major.
- L’Aide Major.
- Le Maréchal des logis.
- L* Aumônier.
- Le Tambour Major.
- Le Pré voit.
- Le Lieutenant du Prévoit.
- Le Greffier.
- Le Chirurgien.
- Le Coftimilîaire à la conduire.
- Les Archers &
- Un Exécuteur.
- De
- Tom. HL
- B
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- î8 LES TRAVAUX DE MARS,
- De l'État Major#un Régiment en particulier.
- Du Colonel.
- LE Colonel doit être un homme riche, d’authorité & de refped, pour commander abfolument à Tes Capitaines; U doit conduire fon Régiment félon la prééminence que le Roi ou fon General lui ont donnée: Il doit avoir un foin particulier que les Compagnies de fon Régiment (oient complexes d’HommeSj & équipées d’Armes. Son Pofte dans les Revues, les Batailles, &c. eft à la tête du Régiment : Il a droit d’interdire les Capitaines & les Officiers Subalternes de fon Régiment lorfqu’ils manquent aufèrvice, ou qu’ils font caufe de quelque {édition : Il doit lui- même toute forte d’obeïlîance au General de l’Armée : Lajufticc du Régiment s’exerce au nom du Roi &au fîen: Dans une Garni fon on pofe d’ordinaire un Corp-de-garde devant le logis 4u Colonel
- Du Lieutenant-Colonel.
- Cette Charge , qui eft la fécondé du Régiment , n’eft donnée d’ordinaire qu’à un Officier qui s’eft diftingué pat fes belles adions. En l’abfence du Colonel il a tout pouvoir fur le Régiment. Dans un jour de combat il fe pofte à la fête du Régiment, & à la gauche du Colonel quand il s’y rencontre. Le Colonel &le Lieutenant-Colonel ne montent point de Garde dans la Place ou iis font en Garnifon. En l’abfence du Colonel onpofo un Corps-de-garde devant le logis du Lieutenant-Colonel.
- Du Major.
- Le Major, que quelques-uns nomment Sergent-Major ^ doit être un Officier d’une vigilance toute particulière. Il a libre entrée chez le General pour recevoir les Ordres necef-fàires, tant pour la Marche de fon Régiment, que pour les Munitions qu’il fait diftribuer à chaque Compagnie : Il prend l’Ordre du General, ou de celui qui commande en
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- OU L’ART DE LA GUERRE. f9
- fon abfence, où bien de fon Colonel, & le donne à fon Aide, ou fur la Place à tous les Sergens de Ton Régiment. Il doit avoir un Roilc de tous les Officiel & de touslcs Soldats de chaque Compagnie, & un foin particulier des malades & des bleflez, &de tout ce qui appartient generalement a la fauté des Soldats. C’eft au Major d’avoir le foin de faire faire l’exercice au Régiment, de le mettre en Bataille dans une Revûë ou Parade, &dans toutes lés autres occafions où il faut qu’il paroifle ou qui! combatte. Lé Major eft le feul des Officiers d’infanterie qui eft achevai dans an jour de combat, afin d’être plus difpofé à exécuter les Ordres de fon Colonel, tant pouf faire avancer ou reculer le Régiment, que pour rallier les Fuyards en cas de rupture.
- De VÆde- Afajor.
- L’Aide-Major eft un Officier, qui en l’abfënce du Major ale foin des affaires du Régiment: Ion nom fait connoître que ce doit être une perfonne d’un mérité fingulier.
- Du Garçon-Mafar.
- On a créé depuis peu cette Charge dans le Régiment des Gardes, afin que l’Officier qui l’exèree, ait foin de faire foire l’exercice aux Soldats , & de les conduire en bon ordre tant en montant qu’en defcendantla Garde: 11 a paye de Lieutenant.
- Du Marefchal des Logis.
- CétOfficier a le foin de loger le Régiment, ce qui lui donne accès tous les foirsauprés de fon Colonêl ou du Major pour en recevoir les ordres. Dans une marche il doit aller chaque foir prendre l’ordre du Marelchal des Logis general de l’Armée pour fçavoir où fera le rendez-vous des T roupes, & en avertir fon Colonel. Cette Charge dans les Petits-Corps eft d’ordinaire exercée par FAide-Major.
- B a"
- Dè
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- ao LES TRAVAUX DE MARS,
- De l'Aumônier.
- Cét Officier j qui eft toujours un Prêtre dans les Troupes Catholiques, a foin du Service Divin : fa pieté & fon courage font d’une grande utilité dans lç Régiment où il eft incorporé*
- Du Tambour-Major.
- L’Office du Tambour-Major eft d’être foir & marin chez le Major pour;reçcvoirdelui l’ordre de battre la caillé, afin d’en avertir les autres Tambours du Régiment. Dans uneRevûele Tambour-Major fe trouve la canne à la main à la droite des Tambours de chaque Compagnie, & les conduit jufqu’à la vûë du Cômmiflaire ou du Prince qui la fait faire. Le jour d'une Bataille c’eft lui qui félon l’ordre qu’il reçoit de fort Colonel ou du Major, fait battre la Charge ou la Retraite.
- Du Pnvojl.
- Cette Charge demande une perfonne de coeur,& qui ait quelque teinture desloix, puifque fa principale fonction eft d’arrêter les coupables, depourfuivre les deferteurs, s’en faifir & les conftituer prifonniers, même d’ouïr leurs interrogations & les confrontations des témoins, d’inftruire leur procès, & de les livrer au Major du Régiment. Dans le Confeil de Guerre où il s’agit de punir quelque Soldat, c’eft lui qui recueille les voix, qui dreffe la Sentence, & qui la -fait executer. Mais furrout il eft obligé d’avoir un foin particulier que les Soldats qui font arrêtez prifonniers, foient bien traitez des Geôliers ou de ceux qui les ont etr garde : Il doit auffi avoir foin que le Quartier où loge le Régiment foit propre, que les Soldats vivent bien avec leurs hôtes, & que dans un Campement il y ait des commoditez pour les neceflitez des Soldats. Le Prévoit a le droit de taxer le prix de toutes les denrées qui fe vendent au Quartier pour la fublï-ftance des Soldats du Régiment, après qu’il en a conféré avec le Major. Dans une marche le Prévoit a le foin des Bagages du Régiment, & doit toûjours avoir un certain nombre de chariots, de charettesou d’autres voitures propres à conduire les malades dans les lieux ou dans les Hofpitaux les plus proches du Campement, ou du lieu oùfe doit donner un combat: C’eft auffi au Prévoit à donner le rang aux Vivandiers ou Marchands qui fui vent lé Régiment.
- Du Lieutenant du Prevofl.
- On confie d’ordinaire: cette Charge à un vieux Archer, qui
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- par fon fervice s’ert fait diftinguer d’entre fes camarades. Il fait en l’abfence du Prevoft une partie de fes fondions, c’eft-à-dire il arrête prifonnier, il court apres les deferteurs, il drefle même leurs procès , &c.
- Du Greffier.
- Celui qui eft revêtu de cette Charge a foin de garderies titres & les Aétes touchant l’Ancienneté & les Prérogatives du Régiment. C’eft lui qui dansleConfeil de Guerre, quand il s’agit de punir quelque Soldat, fait la ledlure des Informations , des Recollemens, des Confrontations, & des Conclulîpns du Major: C’eft auffilui qui prononce l’Arreftau coupable, &qui trtarche quelquefois le premier à cheval quand on leva exécuter. Cette Charge eft d’ordinaire exercée par le Lieutenant du Prevoft.
- J)u Chirurgien-Major.
- Le Chirurgien-Major doit avoir le foin que les autres Chirurgiens du Regimept faflent le poil toutes les femaines aux Soldats de leurs Compagnies. C’eft lui qui garde les drogues & les ônguens propres à la cure desmaladies &desplayes,'&qui a le foin de garder dans uncofre, qui appartient au Régiment, tous les outils & inftrumens necefîàires à la Chirurgie, comme la Scie, à fcier les os des bras, descuifles &des jambes; le Trépan, pour ouvrir le teft quand il eft offenfé; les Sondes, les Cherche-balles, lesRafoirs, lcsBiftouris, &c.
- , Du Commiffaire k la Conduite.
- Cét Officier, q ui prend la qualité de Commiffaire des Guerres, a foin dans une marche que les Habitans des lieux de 1a route fournilfent au Régiment l’Ëtape, ou une diftribution de Vivres aux Soldats, ce qui leur eft enfuite payé ou rabatu fur le rolle de leurs tailles. C’eft aufti le foin du Commiftàire de travailler avec le Maire, ou les principaux Habitans du lieu où doit fejôurner le Régiment, à regler les billets pour le logement des Soldats.
- Des Archers.
- La principale fonction des Archers eft d’accompagner le Prevoft à la pourfuite des deferceurs, & de les conduire au fupplice.
- De Uexecuteur.
- C’eft d’ordinaire un coupable de vol, à qui on fait grâce du crime dontil châtie fes camarades.
- B 3 Ordre
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- 2a LES TRAVAUX DE MARS,
- Ordre des Pefies d'un Régiment mis en Bataille,
- POur donner une idée plus particulière des Poftes que les Officiers tiennent dans leur Régiment, j’en reprdènte-rai ici un de douze Compagnies mis en Bataille. Les lettres marqueront le Pofte particulier de l’Officier qui fera nommé, fçavoir,
- Le Colonel A.
- Le Liéutênant-Colôliel B.
- Les Capitaines C.
- Le Major D.
- L’Aide* Major E.
- LesLieutenans F.
- Les EnleignCs G. S’il fe rencontre des Lieutenâns reformez dans le Régi ment, leurs Poftes font à là droite &à là gauche dés Enfeignes, & fur la même ligtrë, ôü avec les Sous-Lieutenans à la queiië du Bataillon.
- LesSergens H.
- Les Sous-Lieutenans I.
- Le Tàmbôur-Major K.
- Les Tambours L.
- LesMoufquctaires M.
- LesPiquiers N.
- Pour ce qui eft de l’Aumônier, du Chirurgien & des autres Officiers de l’Etat Major, ils n’oiit point de Pofte fixé quand le Régiment eft en Bataille, étant obligez d’aller où là fieceffité deleur Charge lés appelle.
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- OU L'ART DE LA GUERRE: if
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- i* LES TRAVAUX DE MARS,
- De la Marche ePm Régiment par divifion.
- SOit que le Régiment farte revûë , qu’il entre ou qu’il forte de quelque Place, c’eft lacoûtume que tous fes Soldats & Officiers qui font capables de porter les Armes s y rencontrent chacun dans fà divifion,afin que lesPoftes étant remplis on juge plus certainement du nombre des Soldats & des Officiers , principalement quand ils défilent quatre à quatre , fixàfix, ou huit à huit : dans çét exemple nous le ferons défiler par divifion de 6. de front, & nous marquerons de lettres les Portes de chaque Officier félon leur rang , fçavoir ;
- A, le Colonel à la tête de ion Régiment, cinq ou fix pas devant les Capitaines.
- B, le Lieutenant-Colonel b la gauche du Colonel, à trois ou quatre pas des Capitaines.
- C, la moitié des Capitaines à la tête , ÔC l’autre moitié à la queue du Régiment.
- P, lesLieutenans à la tête de chaque divifion des Mousquetaires.
- £, les divifipns des Moulquetaires de la première manche. F, les Tambours à la tête, au centre & à la queue du Régiment.
- G 9 les Sous-Lieutenans à la tête des divifions des Piquiers. H, les divifions des Piquiers.
- I, les Enfeignes avec leurs Drapeaux.
- K 3 les Moulquetaires de la fécondé manche.
- . L, les Sergens fur les Ailes des divifions, pour faire ob-iêrver les rangs.
- M 3 le Majorqui fait défiler.
- ]Nf 3 T Aide-Major,
- Dé
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- ÔB L’ART DE LA GUERRE. *jr
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- *6 LES TRAVAÜX DE MARS;
- De VInfant me Suiffe.
- "P N France il y a un Corps d’infanterie Suiffe , qui a pour Ge--*-1 neralMr. le Duc du Maine.
- Dans chacun de fes Regimens il y a un Colonel, un Lieutenant Colonel, un Major, deux Aides-Majors, &un grand Juge.
- Dans chaque Compagnie il y a un Capitaine, un Lieutenant , un Sous*Lieutenant, Un Enfeigne, quatre Sergens, quatre Trabands, unPrevoft, un Juge, un Capitaine d’Armes, un Fourrier, un Secrétaire,. & un Porte-Enfeigne.
- La Compagnie Colonellle du Régiment des Gardes SuifTes, a deux Lieutenans & iix Trabands, & marche d’ordinaire dans l’ordre fuivant :
- Le Capitaine A.
- Deux lieutenans 8.
- Un Sergent C.
- Quatre Trabands D.
- Les Caporaux E.
- LesAnfpeçadesF.
- Quatre Tambours, & le Fifre G.
- Les Moufquetaires H, de la première manche.
- Deux Trabands I.
- Deux Tambours K,
- V Enfeigne L.
- Les PiquiersM.
- Les Moufquetaires N, delà fécondé manche.
- Le Sous-Lieutenant O.
- Sur les Ailes de la Compagnie font les Sergens P4
- Traband eft une perfonne choifie pour la défenfe particoliere du Capitaine & du Drapeau.
- L’Arme du Traband outre l’Epée, eft une Halebarde, dont Je fer eft taillé par fon extrémité enlamedePertuifane, &fes deux cotez en Hache-d* Armes, &en becdeCorbin. Il porte d’ordinaire la livrée du Colonel : il eft exempt des Faûions, & a par jour huit deniers de paye plus que les Soldats ordinaires de la Compagnie,
- Ch a-
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- OU L’ART DE LA GUERRE. [27
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- OU L’ART DE LA GUERRE. 29
- Chapitre II.
- Des Armes Offenfrues & Défenfives qui/ont en ufage dans VInfanterie.
- Des differentes fortes £Epées.
- COmnie je fuis far les remarques des Armes du Soldat, je dirai en partant, que dans tous les lieux où j’ay été, jen’ay point vû deMagazin d’Armes fi bien fourni de toutes fortes d’Epées que celui du Château de Chantilly, Maifon de plaifànce de Monfieur le Prince; car outre qu’on y trouve une infinité d’Epées tres-anciennes, il yen a de toutes les Nations; fur tout on y en voit quantité de celles qui font les plus ufitées pour l’Attaque & pour la Défenfo des Places:J’ay crû obliger les curieux d’en reprefen-ter ici quelques- unes par ordre alpha betique.
- A, eft un Braquemar , un Couteau ou une Epée de Cour, fa longueur eft d’un pied Si demi.
- B, eft une Epée de Rencontre; nous en avons parlé dans les pages piécedentes, expliquant l’Equipage & les Armes du Soldat.
- C,tft une Eftocadé, une Brette, ou une Epée de longueur; fa lame eft étroite & longue: en y comprenant fi poignée elle a quatre pieds de longueur.
- D,eft unEfpadou ou double Epée; fa lame eft fort longue & tranchante des deux cotez ; fà poignée eft de differente longueur; celles qui ont deux poignées & deux pommeaux ont ordinairement un pied & demi de longueur ; l’on ne fe peut guere fervir de PEfpadon qu’avec les deux mains.
- E, eft une Epée fourrée, ou en bâton ; les Soldats s’en for-
- vent
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- 5o LES TRAVAUX DE MARS,
- vent quand ils fe dégüifent en Marchands ou en Païïàns pour furprendre quelque Pofte.
- F, eft une Epée à la Suide avec là garde faite de deux pon-tais M N, & de plufiéurs branches.
- G, eft une Epée à l’Efpagnolle & à laPortùgaifè, ayant fa garde creufe en maniéré de calotte, avec deux grands qui!-Ions O P, & un petit revers R : fâ poignée eft fort courte, & fon pommeau tres-petit.
- H, eft un Poignard y il eft fort en àfage en Italie , en E-fpagne, & en Portugal.
- Ireft une Bayonnette, ou une petite lame montée dans un manche de bois y le Soldat s’en ièrt dans quelques oeca-fions comme d’une demi‘pique, en mettant ion manche dans le Canon de fon Fufil.
- K, eft un Sabre y il y en a de droits & de courbes y les uns & les autres font fort en uiàge dans la Cavalerie : Ceux que l’Infanterie Suide porte en France font courbez, & quel-ques-uns les nomment Cimeterres : là lame n’eft pas tout-à-fait fi longue que celle de 1’ épée, mais en recompenfe elle çft prefque deux fois plus large y leSuifle en frappe plus d’eftra* maçon que de pointe.
- L, eft un Cimeterre y il ne différé du Sabre courbé qu’en ce qu’il a plus de courbûre, & que fa pointe eft comme échan-crée enportion de cercle.
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- 3Z LES TRAVAUX DE MARS,
- Explication particulière des parties du Moufquet.
- DAns la page a. de ce Volume j’ay parlé en general de quelques pièces du Moufquét ; prefentement je vaiÿnemmer en détail toutes celles qui le compofent.
- A, eft le Canon î dans les Troupes d’infanterie pour n’être ni troppefant, ni tropfoible, on l’a réglé à trois pieds &.fa pouces de longueur, fur une ligne d’épaiffeur vers fa bonche, & de quatre à fa culaffe. Pour fon calibre il eft d’ordinaire de huit lignes de Diamètre. A huit lignes delà culaffe il eft percé d’un petit trou, que l’on appelle Lumière, & quifert à communiquer le feu du Baflinet à la poudre qui eft dans le Canon.
- B, eft la Platine; c’eft une plaque de fer où font attachez le Serpentin & le Baffinet. On la fait d’ordinaire tenir au Fuft du Moufquét par trois vifles & un ficher*
- C, eft le Serpentin ; c’eft une piece de fer attachée à la Platine par le moyen d’une viflfe. L’extremité du Serpentin qui pa-foît en dehors de la platine, eft coupéeen deux feuilles pour re* cevoir la Mécfie, qu’on y fait tenir par le moyen d’une viffe qui ferre les deux feuilles: l’autre partie du Serpentin qui fe trouve engagée fous la platine, forme urle petite gâchette, où va répondre la clef.
- D, eft le Baffinet ; il eft fait de quatre pièces de fer t potées en faillie fur la platine vis-à-vis lalumiere du Canon : Là petite piece inferieure qui eft taillée en creux pour recevoir la poudre de l’amorce, eft celle que l’on nomme proprement Bajfinet, à: caufe de fa figure î cel le de deftus, ou la fécondé piece, s’appelle Couverture, la troifiême Garde-feu * & la quatrième eft la Viffe qui les tient toutes enfemble.
- E, eft la CrofTe ou le derrière du Fuft du Moufquét ; etleeft longue & large & mêmeplatte par fon extrémité où elle touche l’eflomach du Soldat, afin que l’effort du recul lui foit moins fenfible quand il tire fon coup.
- F,eft la Clefs c’eft'un morceau de fer dreflé en maniéré d’S3qut eft écroüé par le bour, lequel eft caché dans la platine pouf tenir à la gâchette du Serpentin , & le faire jouer au gré du Soldat.
- G, eft le Fuft s c’eft la longue piece de bois qui eft taillée en canal s elle eft d’ordinaire.de la même piece de bois que la Crol-fe, fon Canal foûtient le Canon, qui y eft engagé & qui y tient par deux tenons ; le bois de noyer eft eftimé le meilleur pour les Fufts.
- H, eft la Baguette; c’eft une maniéré de gaule de bois de chêne, dont on fefert pour charger le Moufquét: ellerientau deffous du Fuft par le moyen de trois Porte-baguettes.
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- Delà Charge du Moufquet, Crde la maniéré de le tirer.
- LE Moufquet étant du calibre que j’ay dit dans la page précédente , il faut une demi-once & un gros de poudre de Magazin pour le charger.
- Quand le Soldat n’a point de fourniment, & qu’il eft prefTé de tirer, il met d’ordinaire la balle dans le creux de fa main , la couvre en fuite de poudre jufqu’à ce qu’elle ne paroifle plus ; cette quantité de poudre eft à peu prés ce qu’il en faut pour charger fon Arme.
- Les Balles du Moufquet du calibre ordinaire, font de fèpt lignes de Diamètre.
- L’Amorce du Moufquet doit être d’une poudre plus fine: que celle de la charge ordinaire. ?
- La Mèche la plus ferrée & la plus féche eft préférable à la; nouvelle. .
- La Portée ordinaire du Moufquet, comme j’ay dit en plu-ïieurs endroits de cét Ouvrage,, eft ordinairement de cent* vingt toifes; mais quand on le charge un peu plus que fon ordinaire, il porte jufqu’à cent-quarante & cent-cinquante toifes.
- Les bonnes Décharges ne fè doivent faire que de la demie: portée ou des deux-tiers, & c’eft un grand hazard quand elle! réiiffiflent à la portée entière.
- Pour bien coucher en joue, il faut que IeMoufquetaire pofè laCroffe du Moufquet contre fon eftomach un demi-pied au defious du menton ; la main gauche fous le fuft, vers l’endroit où la baguette entre dedans; il doit avoir la main droite fur la croffe du côté de la platine, en telle forte que Ton pouce foit éloigné du derrière delaculafledequatreoucinq doigts, & que les autres doigts de fa main foient fous la clef pour faire jouer le ferpentin. Il faut que le bout du Moufquet fbittoûjours à la hauteur du gros de l’Ennemi, ou vis-à-vis la genoiiillere du Cavalier, quand il eft monté for fon cheval.
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- 3$ LES TRAVAUX DE MARS,
- Du Fufil.
- LE Fufil, qui a d’ordinaire quatre pieds & dix pouces de longueur, eft compofé de trois principales pièces, qui font Sa Montûre marquée A.
- Son Canon marqué B.
- Sa Platine marquée C, & de fan Equipage.
- De U Monture.
- ispnr La Croiïc D.
- La Poignée E. Le Canal F. • La Longe G, & La Baguette H.
- i de h Montûre $
- Fuftou Bois font
- Du Canon.
- Le Canon,qui cft long de trois pi eds & huit poôces, fe diftia* nie en Corps & en Culaiïe. Le Corps confifte en la bonté de foii Fer & en la beauté de fes ornemens 5 & la Culaffe en fa Queue.
- De la Platine.
- La Platine , qui eft longue de cinq poûces, a pour princij* îespieces Le Baffinet I.
- La Batterie K-Le Reffort de Batterie L.
- Le Chien M.
- La Noix N.
- Le grand Reffort O.
- La Gâchette P.
- Le Reilort de la Gâchette Q.
- Et la Bride R.
- De VEquipage de FttJU.
- L’Equipage du Fufil confiée en Sa Plaque S.
- Son Poucier T.
- Son Ecuflon V.
- Sa Détente X.
- Sa Sous-garde Y.
- SaPorte-vifle Z.
- Et quatre Porte-verges ou Baguettes.
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- $S LES TRAVAUX EfE MARS#
- De Unique, Cr delà Demi-pique.
- LA Pique eft l’Arme ordinaire des Piquiers& des princi-paux Officiers d’infanterie.
- Elle eft faite d’un fer marqué A, & d’une Hampe B.
- Son fer pour être bien fait, doit être parla pointe de la figure d’une feuille d’Abricotier, pointue & tranchante des deux cotez, ayant en longueur environ quatrepoûces, & deux dans fà plus grande largeur: Ses Branches, qui fervent àl’attacher à là Hampe, doivent pour le moins être de deux pieds de longueur, & d’une force capable de reûfter aux coupsjde Sabre que les Cavaliers ennemis y pourraient porter pour les faire fauter, &'à leur defaut fe donner jour entre les Piquiers: Le moins de trouxque l’on peut faire a fes branches pour les faire tenir dans les fuciilures de leurs Hampes, eft toûjours le meilleur,
- La Hampe de la Pique pour être bonne, doit être*faite d’un brin de bois de frêne bien droit, &del’épaifleurdç quatorze à quinze lignes dans fôn plus fort.
- Autrefois les Piques étoient de quatorze à quinze pieds de longueur entre lç fer & le talon, mais depuis quelques années on les a réglées à treize pieds & demi, & tout au plus à quatorze pieds de longueur,
- Le Talon de la Pique eft d’ordinaire garni d’une virolle do fer ou de cuivre, creufée par un côté pour recevoir la hampe, &de l’autre côté elle eft pointue pour fervir à ficher la Pique enterre, quand on ne la veut pas coucher.
- La Demi-pique, que quelques-uns nomment Spontent eft de huit à neuf pieds de longueur ; fan fer eft de lamême figure que celui des Piques, excepté que la pointe eft plus petite, fà largeur plus étroite, & les branches plus courtes: fon bois eft delà même elpece que celui des Piques 5 il y en a auffi quelques-unes de bois debene & d’Inde,
- Les'Officiers d’infanterie fe fervent de la Demi-pique dans les actions de Parade.
- Dt
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- 4$ LES TRAVAUX DE MARS,
- Delà Halebarde, & des autres Armes qui ont à peu prés fa figure O* fa grandeur.
- LA Halebarde eft l’Arme ordinaire des Sergens d’ïnfanterie:
- Il y en a de plufîeurs façons, mais les plus ufitées font comme la marquée À. »
- Son fer pour être bien fait doit avoir fa pointe en lame d’épée, & trancher des deux cotez: fa longueureft d’un pied à quinze pouces, depuis fa pointe jufqu’àu bout de fon manche, qui eft creux pour y recevoir fa hampe ; Ce fer eft taillé d’ordinaire au pied de la lame, d’un côté en maniéré de croiflànt, & de l’autre en maniéré d’étoile, & un peu au deffous font un ou deux crochets qui y font rivez & fort commodes pour élever des fafciqes, ou les attirer à foi, & même pour détourner ce qui pourrait faire obftacle dans quelque paflàge, comme gabions, facs de laine, futailles & autres chofesqui fervent à. Faire des Barricades & des Retranchemens.
- La Hampe ou le Manche de la Halebarde eft de bois de frêne de cinq pieds & demi de long fur un poûce & demi de groffeur, de maniéré que la longueùr de la Halebarde toute montée eft d’ordinaire de fix pieds,trois au quàtre poûces: Le Talon ou l’ex-tremité du bas de la Hampe eft quelquefois garni d’une maniéré de petite virolle défer .ou de cuivre, qui eftcreufe d’un.côté, pour y être attachée, & de l’autre côté pointue pour mieux ficher la Halebarde en terre quand on fait halte, afin de marquer pù eft la tête de la Compagnie ou celle du Bataillon.
- Les Sergens fe fervent fort utilement de la Halebarde pour déterminer l’étendue du terrain qu’il doit y avoir entre les rangs, & même pour drefïer les Files, & faire défiler les Soldats félon l’occafion, & les châtier en cas de defobeïflàncç.
- B, eft une Pertuifane j fa Hampe qui eft de la même nature que celle de la Halebarde, eft un peu plus greffe & un peu plus longue.
- C, eft une Hache d* Armesj par là figure on peut bien juger que fon fer fert à frapper par un côté, & à acrocher par l’autre.
- D, eftuneFaulxj cette Arme eft tres-bonne pour la défenfe desDehors,la grandeur de fon fer étant d’une étrange execution.
- E, eftuneFourchej fon fer qui eft taillé en maniéré de deux pointes, a un crochet proche l’endroit où il eft attaché à fon manche : Cette Arme & les précédentes font treçbonnes pour la défenfe des Polies où il faut combattre de prés, lorfqu’on n’a pas le temps de fe fervir des Armes à feu.
- Des
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- C S
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- 4s LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Armes Dcfenfives quifervent aux Piquiers cr aux Officiers d'Infanterie.
- COmme le principal employ des Piquiers eft de faire ferme contre la Cavalerie, on leur a donné des Armes pour les couvrir des coups du Cavalier, principalement du coup d’eftramaflbn ou de revers.
- Les noms de leurs Armes Défenfives font d’ordinaire, Le Cabaflet A.
- LeCorfeletB.
- Les Braflarts C.
- LesTaflettesD.
- LeHaufle-colE.
- Du Cabafjet.
- Le Cabaflet, que l’on nomme d’ordinaire Pot-en-tête ^ fert à couvrir la tête des Piquiers; autrefois les Piquiers du Régiment des Gardes enportoient fous le nom de Bourguignons, mais peu à peu ils en ont quitté l’ufage àcaufedefa pefànteur. - .
- Du Corfelet.
- Le Corfelet, qu’on nommoit anciennementHalecret, eft compofé de deux grandespieces qui couvrent le devant & le derrière du corps. Le Corfelet différé de la Cuirafle, en ce que la Cuirafle eft à l’épreuve du Moufquet, jk le Corfelet ne l’eft que dii Piftolet ou du coup d’eftramaflbn : les Piquiers du Régiment aux Gardes s’en fervent encore aujourd’hui.
- Des Srajfarts.
- • Les Braflarts accompagnez de leurs Epaulieres, fe joignent au Corfelet par le moyen de trois boucles : ils fervent à
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- 44 LES TRAVAUX DE MARS,
- couvrir les épaules, & à garnir les bras duPiquier: ils font compolèz de plufîeurs lames du même ferque le Corfelet, attachées les unes iurles autres par plufîeurs doux rivez de part & d’autre, & difpolées d’une telle maniéré les unes fur les autres, qu’elles s’allongent ou fe reflerrent félon que le Piquier a envie de retirer ou d’avancer fon bras. Les Armuriers les enrichiflènt d’ordinaire de doux perdus.
- Des Tajfettes.
- Les Taffettes& les Cuifîarts fervent à couvrir le deffaut delaCuiraffê, ou ils font attachez par quatre boucles, &à couvrir une partie du bas-ventre & le devant des cuiflesj elles font du même fer que les Brafîarts, & travaillées de la même maniéré avec plus d’étendue & moins de rondeur.
- Du Haujfe-çoL
- Le Haufle-col, qui eft d’ordinaire de fer ou de cuivre doré , eft quelquefois accompagné de fon Gorgerin ; les Officiers Subalternes d'infanterie , & les Capitaines, les Lieutenans-Cplonels, & même les Colonels, n’ont point d’autres Armes Défenfives dans les revûcs, dans les gardes, & même dans le combat.
- LesPiquiersSuifîês du Régiment des Gardes en France, & même leurs Officiers dans Tes revues, les gardes , '& Jes combats, portent d’ordinaire le Pot-en-tête, le Corfelet,* lesBraffarts & les Tafletteç.
- Ch a-
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- Chapitre 1 I I.
- Des Exercices des Armes en ufage dans l’Infanterie.
- S Ans difficulté ce Chapitre eft un des plus ncceffiures qu’il y ait dans ce Volume touchant les Officiers d'infanterie, principalement pour les Officiers Subalternes , puifqu’ils y peuvent remarquer toutes les differentes Poftures queiesMoulquetaires & lesPiquiers forit obligez de faire pour refifterà leurs Ennemis, & même la maniéré qu’il faut tenir pour enfeigner aux Soldats à bien faire l’exer-cke félon la Méthode la plus nouvelle;
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- LES TRAVAUX DE MARS*
- Des Mousquetaires.
- AVant que de parler des Exercices , je reprefenterai dans cette page comme en maniéré de préludé, les principales poftures que doivent tenir les Mousquetaires étant fous les Armes. Il n y a perfonne qui ne Içache que pour bien armer un Moufquetaire, il doit être muni d’un Epée, d’un Ceinturon , fourni de là Gibeciere, d’un Poulverin , de Mèche, &de fonFournirement, avecunMoufquet garni de toutes Ce s pièces.
- La figure A reprelènte un Môulquetaire en pofture, & preftà recevoir le commandement.
- La figure marquée B, reprefente un Moufquetaire le repliant fur fes Armes.
- La figure C reprefente un Moufquetaire qui attend le com-mandement pour tirer.
- La figure D reprelènte un Môulquetaire qui couche en joue.
- La figure E reprefente un Môulquetaire qui tire lés genoux enterre, ou pour border la haye.
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- 48 LÈS TRAVAUX DE MARS,
- D es Piquiers.
- ON confidereradans cette planche les Piquiers fous les Armes, avec leurs principales parties, félon les di-vtfrlès occafions de marcher ou de combattre: Je les reprelênte avec laBourguignotte en tête qü’ils avoient accoutumé de porter pourlè garantir dans un Combat & dans une Mêlée, des coups de Sabre quele Cavalier leur pouvoit porter. C’eft àleurs Anfpeçades ouSergensà les inftruire au maniment de leurs Armes»
- A, Pique plantée.
- 3, Pique en avant.
- C, Pique contre la Cavalerie*
- D, Pique haute.
- E, Pique de biais.
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- *0 LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Bataillons en general.
- TOus les Gens de Guerre avant que défaire l’Exercice, ou defe mettre en Bataille, pour entrer ou fortir des Villes, ont accoutumé de fe joindre &de s’affembler en de petits Corps, & ces petits Corps s’appellent en l'Infanterie un Bataillon A,& dans la Cavalerie un Efcadron B:je parlerai de ces derniers dans le Chapitre de la Cavalerie.
- Le Bataillon eftcompofé dePiquiers & de Moufquetaires, & dans les Evolutions ondivife le Bataillon en trois Gros on trois Corps : tous les Pîquiers font un Corps, que l’on met an milieu, & les Moufquetaires font partagez en deux Corps ou Manches, qui fe mettent fur les Ailes, comme il fe voit dans le gros Bataillon A, qui eftdivifé en trois Corps, dont celui des Piquiers eft placé au milieu.
- Définition des Parties#un Bataillon.
- A B, Front du Bataillon , Face du Bataillon, Chef de Files, Rang du Bataillon, ou Tête du Bataillon.
- CD, Serre-Demi-File.
- EF, Demi-File.
- GH, Serre-File.
- AG, Flanc du Bataillon , Aî.le du Bataillon , Hauteur du Bataillon, File du Bataillon.
- ÂGIK, Demi-Rangs de main droite.
- BHLM, Demi-Rangs de main gauçhe.
- AG, Aile droite.
- B H, Aile gauche.
- A G N O, Quarts de Rang de l’Aîle droite.
- B H P Q, Quarts de Rang de l’Aile gauche.
- XYZ, &c. Quarts de Rang du milieu.
- Il y a encore les Quarts de Files de la Tête, de la Queue, & du Milieu j mais pour cela il faut que les Bataillons foient à huit de hauteur, ce qui n’eft plus ufité ou fort rarem ent.
- Les Bataillons n’ont point un nombre 6xe d’Hommes, mais les bons font ceux que l’on fait depuis £oq. jufqu'à mille hommes: on les met à fix de hauteur, & quelquefois, mais rarement, à huit.
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- jt LES TRAVAUX DÉ MARS,
- Des Bataillons en particulier.
- U>J Bataillon pour être bien dreffé * doit avoir fes Files parallèles entr’elles auffi-bien que fes Rangs. C’eft une cho-fe que l'Officier qui commande doit être fortfoigneux défaire obferver, auffi-bien que défaire tenir les Rangs & les Files droites; à quoi fervent beaucoup les Sergens, qu’il fera tenir fur les Ailes.
- Pour la facilité des Evolutions & la beauté de l’Exercice, il faut, fi cela fe peut, que lesRangs & les Files foient en nombre pair.
- La diftance qui doit être entre les Rangs & entre les Files d’un Bataillon, eft autant differente qu’il fe trouve de differentes occafions pour faire des mouvemens, & qu’on eft obligé de fe former fur des Terrains difiemblables.
- Quand on voudra faire, défiler un Bataillon, on commencera par fa droite.
- Quand un Bataillon- paffe fous le Canon del’Endemi, file terrain le permet, la diftance entre les Rangs & les Files doit être de dix-buir pieds, afin que dans ce grand intervalle le Boulet trouve moins de prife.
- Dans une Montre ordinaire dans l’Exercice, & dans une Revue , foit generale ou particulière, on donnera douze ou treize pieds entre chaque Rang, & trois ou quatre pieds entre chaque File.
- Dans un Combat d’un Bataillon contre de rinfanterie feule, la diftance des Rangs & des Files eft ordinairement de trois oa quatre pieds. Un Bataillon voulant refifter aux efforts d’un Fi cadron, & empêcher que le choqde la Cavalerie ne s’yfafîe jour'& ne le ren verfe, cette diftance doit être de quatre pieds.
- Dans un Bataillon qui combat, lorfque les premiers Rangs qui ont fait feu à la tête du Bataillon regagnent la Queue du me-meBataillon, ilspaflentparlesintervallcsdesFiles, afind’al-ler recharger à la Queue, tandis que les aurres Rangs font but décharge : Il eft alors de la prudence de l'Officier qui commande, de laifiercét intervalle propre & commode à défiler de la forte, s’il n’aime mieux que les Rangs qui ont tiré, fe coupent au Demi-Rang, & quepaffant parles Ailes du Bataillon, ils en regagnent la Queue.
- Quand unBataillnn eft fur fon front, c’eft-àdire * quand tous les Soldats font face vers le même côté, fi l’on fait à droit &à gauche, ce qui éroitFile devient Rang, & réciproquement , ce qui értJit.Râng devient File : de forte que la Tête & la Queue font alors confiderées comme les Ailes ou les Flancs, & les Flancs font comme la Tête ou la Queue. Det
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- OU L’ART m. LA GUERRE. Sf
- Des chofes necejfaires à un nouveau Soldat, four entrer dans un Bataillon.
- AVanc que d’introduire un nouveau Soldat dans un Bataillon, les Anfpeçades, les Caporaux, 04 lesSer-gens, doivent le drefler(au maniement des Armes, tant de la Pique que du Moufquet, & lui apprendre tous les temps Ôct.oyites le? mefiires que l’on obferve dansle Régiment, Ta-yertiljant comme il fedoit regler & gouverner par l’hornme qui eftà (adroite. De plus ils lui montreront comme il faut qu’il.fe tienne fous les Armes, en lui faifant obferver de prendre un pied de diftanceentre (esdeux talons; &dans cette (ituation on lui fera faire à droit & à gauche, l’avertjflant qn’on tourne toujours fur le pied gauche, & qu’on doit toujours partir du même pied gauche.
- Il lui fane aulîi apprendre les mefures pour marcher enfê tenant le Corps droit, & aypnt (es deux Epaujes dreflees en ligne droite, félon les deux Epaules de l’homme de fa droite 5 & quand on marche en Bataille, ou qu’on fait alte, il faut qu’il obferve les mêmes mefures des Epaules de là droite, en telle forte que le bout defôn pied droit (bit aligné avec ceux de fa droite, oblèrvant que les bouts de fes deux pieds & ceux des hommes de fa droite faflent un front égal.
- 11 lui faut enfeignerles mefures pour le quart deconver-(îon loit qu’on le falTe àdroic ou à gauche, &furtout il lui faut bien repeter qu’il ait un loin particulier de fe bien dreffer iur les deux Epaules de celui de fa droite, ou fur celles de celui de fa gauche, félon qu’on doit tourner à droit ou à gauche.
- En un mot pour regler j ufte (à (ituation, il lui faut preferi-re de(e tenir avec foin dans l'Enfilade des hommes qui (ont devant lui, & fur le même front 4e ceux qui (ont à fes cotez , co mmel’unique lecret de tenir les Rangs & les Files droites.
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- U LES TRAVAUX DE MARS,
- Pes Commandemens tantpour P Exercice du Moufquet, que de la Pique,
- LEs Commandemens font les paroles qiie prononce l’Offi.
- cier pour exprimer lesmouvemens qu’il ordonne, & ces Ordres ou Commandemens partent toûjonrs de |a bouche d’un leul Officier ( ou du bruit de la caifle d’un tambour ) qui fe tient à la tête du Bataillon : Et quand le Bataillon eft grand, il y a d’autres Officiers furies Angles quire. petent les mors aux Soldats, àcaufe que lesr mêmes Soldats font trop éloignez dé l’Officier qui commande pour pouvoir entendre les Commandemens qu’il fait.
- La hauteur & le front du Bataillon étant déterminez, & le Bataillon par confequent étant tormé, les Piquiersaumi-lieu des Manches des Moufquetaires, les Diitances étant égales, les Rangs droits, & les Files droites , l’Officier qui faire l’Exercice dit d’abord :
- Pofez vos Mèches à terre.
- A ce Commandement les Ptquiers qui font haut la Piqtu, font Pique en terre , C* fuivent Perdre des Commandement Adroit, quatre fois.
- A gauche, quatre fois.
- Demi-tour h droit.
- Remettez-vous.
- Demi-tour.à gauche.
- Remettez-vous.
- Ici les Piquiers fansfaire aucun mouvement, refont PI? que enterre.
- Portez la main droite au Moufquct.
- Haut le Moufquer.
- Joignez la main gauche au Moufquet.
- Prenez la Mèche.
- Mettez la fur le Serpentin,
- Com-
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- OU L’ART DE LA GUERRE jJ
- Comparez la Mèche.
- Mettez les deux doigts fur le B affiner.
- Souflez la Mèche.
- En joue.
- Tirez.
- Retirez vos Armes.
- Reprenez la Mèche.
- Remettez - la en (on lieu.
- Souflez lur le Baflïnet.
- Prenez le Poulverin,
- Amorcez.
- Fermez le Baffinet.
- Souflez fur le Baffinet.
- Pallez le Moulquet du côté de l’Epée.
- Prenez le Fournimenr.
- Mettez-le dans le Canon. •
- Lailïez tomber la poudre dans le Canon*
- Remettez le Fourniment en Ion lieu.
- Tirez la Baguette.;
- Haut la Baguette.
- Raccourcirez la Baguette.
- Mettez-la dans le Canon.
- Bourrez.
- Retirez la Baguette.
- Haut la Baguettte.
- Raccourciflèz la Baguette.
- Remettez-la en Ion lieu.
- Portez la main droite au MoulquetJ
- Ici les Moufquetaires ne bougent.
- Haut la Pique.
- Ici l'Officier qui commande, dit: Prenez garde à vous, B»; taillon.
- Prefentez vos Armes.
- D 4
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- ÿf LES TRAVAUX DE MARS,
- Ici les Piquiers ne bougent.
- Moufquetaires aprêtez-vous
- Ici les Piquiers les Moufquetaires prefentent leurs Armes.
- Adroit, quatre fois.
- A gauche, quatre fois.
- Demi-tour à droit.
- Remettez-vous.
- Demi-tour à gauche.
- Remettez-vous.
- Ici les Piquiers demeurent Piquesprefentees.
- Enjoué.
- Tirez.
- Retirez vos Armes.
- Ici les Piquiers font haut la Pique.
- Moufquec fur l’Epaule.
- Repofcz-vous fur vos Armes.
- Pofez vos Armes h terre.
- Ici les Piquiers font Pique en terre.
- Reprenez vos Armes.
- Moufquet fur l’Epaule.
- Ici les Piquiers font haut la Pique.
- Reprenez vos Mèches.
- Ici les Officiers reprennent leurs Pofles , ty, marchent dans l'Ordre qu'ils étoient venus , /ufqu'à ce qu'ils ayent reconduit le Drapeau.
- Ch a-
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- OU L’ART DE LA GUERRE. 57
- Chapitre IV.
- Des Evolutions.
- J)es Evolutions Cr de leurs parties.
- Es Evolutions fe reduifent & confîftent aux Double-mens , aux Contre-marches, aux Conversons,
- &c.
- Quelque Doublement quil le fafle, il faut toujours partir du pied gauche.
- Doubler les Rangs n’eft autre chofè que de deux Rangs n’en faire-qu’un, ou mettre deux Rangs en un: & de même, doubler les Files n’tft autre chofe que de deux Files n’en faire qu’une, ou mettre cfeux Files en une. De forte que doubler les Rangs c’eft augmenter le Front du Bataillon, & en diminuer la Hauteur: & tout au contraire, doubler les Files, c’eft diminuer le Front du Bataillon, & lui donner plus de Hauteur.
- On double les Rangs lorfque l’Ennemi attaque le Bataillon par Tête ou Queue , & qu’on fe veut empêcher d’être enveloppé , & pris par les Flancs; car alors on combat fous un plus grand Front, ce qui fait que les Rangs font commandez de tirer quand l’Ennemi charge la Tête ou la Queue, ou bien quand on le veur charger par Queue ou par Tête.
- On double les Files, foit pour s’accommoder à la necef-fité d’un Terrain étroit, foit pour refifter à l’Ennemi, s’il attaque le Flanc du Bataillon. Ce n’eft pas que quand l’Ennemi vient à la charge for les Ailes du Bataillon , il ne vaille beaucoup mieux faire la Converfion que de combattre par Files, ce qui fe doit entendre lorfque le Bataillon ne marche point, qu’il combat en un Pofte arrêté, & que le Terrain fournit allez d’efpace pour faire la Converfion,
- D 5
- Et
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- 58 LES TÏ^VAUX DE MARS,
- Et la raifon pourqtroi dans ces fortes d’Attaques la Conver-fion eft préférable au Doublement par Files, ç’eft qu’aprés la Converfion le Bataillon garde là première forme, & qu’il oppofe à l’Ennemi fes meilleurs hommes, qui d ordinaire font les chefs de Files: au lieu que le Doublement par Files change l’ordre & la forme du Bataillon, ce qui étoirRang devient File, & ce qui étûit File devient Rang; & fi ce changement fe fait parmi de nouvelles Levées, il trouble 8ç déconcerte les nouveaux Soldats.
- Maniéré
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- Go LES TRAVAUX PE.MARS,
- Maniéré de pratiquer les Doublement.
- LE Bataillon étant bien dreffé, s’il eft de Maufquetaires feuls, l’Officier qui fait faire l’Exercice, dit : Moujquetaires, prc* nefgarde à vous : fic'eft un Bataillon de (impies Piquiers, il fait faire haut la Pique à ceux qui doivent marcher, & il dit: Les Rangs qui doivent doubler à droit, haut la Pique: Les Rgngs qui doivent doubler àgauche, haut I4 Pique. Et c’eft un ord re general dans un Bataillon de Piquiers, que toûjours ceux qui doivent doubler font haut la Pique, & l’on fait mettre la Pique en terre à ceux qui doivent demeurer fur leur Terrai n.
- Mais quand le Bataillon eft compofé de Mousquetaires & de Piquiers, l’Officier fait lesCammandemensfuivans, cequife pratique auffi pour les Moufquetaires feuls, & les Piquiers feuls, A droit, double^ vos Rangs en avant, marche
- Pour faire le Doublement jufte, il faut que les Soldats en parc tant du pied gauche viennent fe placer dans le milieu des diftan-ces des Rangs qu’ils doublent , Exemple A, a infi qu’il eft marqué de petits points. Si le Bataillon eft à fîx Rangs de hauteur, quand on doublera par Rang foit en Avant ou en Arriéré, le Bataillon perdra un Rang de la hauteur du Terrain, &lesdi-ftances des Rangs deviendront doubles de celles qui étaient auparavant. '
- Pour remettre le Bataillon en fon premier état, il n’y a qu’à dire, Rangs, remette^ vous. Pour doubler à gauche, il n’y a qu’à dire, A gauche, double^ vos Rangs.
- Pour faire doubler les Rangs par Demi-Files, il faut dire : A droit par Demi-fies double\ vos Rangs en avant, MarcheOn dira de même pour doublera gauche, par Demi-files fur les Ailes ou en Arriéré, Exemple B. Pour remettre le Bataillon il n’y a qu’à dire, Rftngsremetteg-vous.
- Pour faire qu’un Bataillon doubleles Rangs en avant fur les Ailes, il faut que depuis le Demi-file jufqu’au Serre-file le Bataillon fe coupe au Demi-rang » &que le Demi rang de main droite fafie à droit, & le Demi-rang de main gauche fafle à gauche, & qu’ils viennent doubler fur les Ailes de deux, qui n’auront bougé de deflus le Terrain, Exemple C.
- Ce Doublement fert pour faire un Front'confiderable, & s’empêcher d’être envelopé,quand on craint que l’Ennemi n’attaque par Flanc.
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- 6t LÉS TRAVAUX DE MARS*
- Les Doublement.
- LOrfqu’un Bataillon eft obligé de palier fous le Canon d’une Ville Ennemie, on le fert fort du Doublement par Files, tant de celles qui le font par Files, que de celles qui le font par le côté * & de celles qu’on pratique en avanr.
- Pour doubler donc les Files par le côté gauche, l’Officier qui commande , dit : A gauche , Doublez, vos Files par le coL té ^Marche , Aite, A droit : alors il faut que le premier Chef de File de la droite du Bataillon aille fe ranger derrière le Chef de File delà gauche, qui a fait ferme fans bouger, & que le troiiïême Chef de File aille fe pofter derrière ïé quatrième, & ainfi de tous les autres. Ceux des Rangs feront les mêmes mouvemens que ceux des Chefs de Files, ainfi que le marquent les points du Bataillon A. Cé que je dis pour doublera la gauche le doit entendre auffi pour doubler à la droite , ajoutant dans le Commandement le mot de droite , pour.celui de gauche.
- Pour faire doubler les Files d’un Bataillon en avant, ci qui fert pour marcher dans un chemin étroit, comme feroit lepafîàge d’un Pont, d’une Porte ou d’une Barrière, afin de gagner du Terrain en avant :
- L’Officier qui commande alors , fi c’eft pour fe doubler à droit, dira, Files , Doublez, à droit vos Files en avant.
- Pour faire cela il faut que toute la première File gauche du Bataillon s’avance devant la File qui eft à fa droite, & que la rroifiême Fileavance devant la quatrième, ainfi des autres} de maniéré que dans un grande File le Chef de File qui n’a bougé devient Chef de Demi-file,, & ainfi qu’il fèpeut remarquer dans le Bataillon B, où les points dénotent le lieu & le raoiiyement qu’a fait la File , en quittant fon Terrain.
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- *4 LES TRAVAUX DE MARS,
- Jbe la Contre-marche.
- LA Contre-marche eft un changemenr de la Face du Bataillon , quand elle fe fait par Files.
- Et elle èft un changement des Ailes du Bataillon quand elle fe fait par Rangs..
- La Contre-marche par Files fe fait Iorlqu’on veut mettre les Hommes de la Tête du Bataillon à la Queue du même Bataillon:, ce qui eft utile lorfque le Bataillon eft chargé eu Queue, & que Ton veut que les Chefs de Files, qui comme j’ai déjà dit, font ordinairement des Gens choifis, prennent le Terrain des Serre-files.
- La Contre-marche par Rangs Ce fait, Iorlqu’on veut faire pafler un des Flancs du Bataillon à la place de l’autre Flanc.
- L’Officier failant faire la Contre-marche à droit dira: A droit far Files, faites la Contre-marche , Marche.
- S’il la veut faire à gauche, il dira: Adroit far Files y faites U Contre-marche , Marche. Nôtre Exemple eft de la droite, ainfi qu’il eft marqué au Bataillon A, ou les petits points montrent la marche des Files, & les gros points la place où fe doivent camper les Soldats.
- Contre-marche fat Rangs.
- Commandemens pour faire la Contre-marche par Rangs, A droit far Rangs, faites la Contre-marche , Marche} frenez.garde à bien marcher.
- Si on la veut faire à gauche, il n’y a qu’à dire: -A gauche f<tr Rangs, Faites la Contre-marc he9 Marche 9prenez.g<nt• de k bien marcher.
- Nôtre Exemple dans le Bataillon B eft delà première fa-, çon, ainfi qu’il fe peutreconrioître parles points qui marquent la marche des Rangs en dedans* Si on la veut foire pat l’autre Flanc, il n’y a qu’à dire :
- -A gauchefar Rangs, Faites la Contre-marche^ Marche.
- A droitpar Rangs, Faites la Contre-marche, Marche,
- De
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- ÜÜ L'ART DE LA GÜÊRRR. *j
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- f M. Ht g
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- -LES TRAVAUX DE MARS,
- Ve la Converjien.
- LA Converlion eft un mouvement Militaire, qui fait tourne* Sa Tête du Bataillon du côté où étoit le Flanc, ce qui eft utile ioifque l’Ennemi attaque l’Aile du Bataillon, ou bien lorf* qu'on veut attaquer l’Ennemi lui-même par le Flanc. Et com* me à la Guerre on eft fouvent dans l’occaiîon & dans la neceffite' de faire ou de repouffer ces fortes d’Attaques, la Converlion eft un mouvement tres-neceflàire, qu’on fait en cette façon.
- Le Bataillon étant bien dreffé, comme celui qui eft marqué A, l’Officier qui commande dit,Marche. Quand le Bataillon fait la Converlion fur le premier Chef de File de main droite, il tourne à main droite ; quand c’eft fur celui de gauche, il tour* ne à gauche. Un quart de tour s’appelle première Converlion, comme quand le Batailon A vient occuper la place du Bataillon B, il tourne fur ie Centre E. Demi-tour s’appelle fécondé Con* ’vérfîon, qui fera lorfque le Bataillon occupera le Terrain C, Trois-quarts de tour s’appelle troifiême Converlion , qui fe* ra en D.
- Pour plus facile intelligence , le Bataillon A reprefente un Corps preftà faire la Converlion} & celui qui eft marqué Ble reprefente ayant fait la Converlion.
- L’Aile droite F H part la première, & en marchant décrit les grands Quarts de C ecrles reprefente? dans la Figure, &fe Vient ranger fur l’Aile droite correfpondante marquée par L G, enforte que tout le Rang des Hommes du Chef de File du Bataillon vient fe placer fur le Rang E G du Bataillon & l’Aile gauche ER ne fait que de petits quarts de Cercle, comme la Figure le montre, pour fe venir placer fur la ligne correfpondante E G. ‘ 1
- Le Soldat qui eft à l’Angle E ne part point de fur fon Terrain & fait feulement à droit, en forte qu’il eft comme le Centre, à l’entour duquel tournent tous les autres Soldats ; & chaque Soldat fait de plus grands ou de moindres quartsde Cercle, fe* Ion qu’il eft plus ou moins éloigné du Centre É : Comme le Sol* dat O décrit le petit quart de Cercle O P, le Soldat V le Quart .de Cercle V T, & ainfi des autres.
- On remarquera, que pour bien faire la Converlion , les Sergens doivent toujours fe tenir fur les Ailes, afin que tousles Soldats marchent en ligne droite.
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- & LES TRAVAUX DE MARS,
- Les Bataillons Quarrez. à?Hommes, de Terrain,
- Gr degrand Front.
- POur faire un Bataillon quarré d’Hommes, qui en ait fept de Front & fept de Hauteur, On prendra ço. Hommes, & du nombre de ço. on tirera la Racine quarréela plus proche, qui donnera fept pour le nombre des Hommes qu’il faudra mettre de Front & de Hauteur : Exemple A.
- Pour faire un Bataillon quarré de Terrain, on prendra par Exemple foixante Hommes : on multipliera ce nombre par t-rois, qui eft l’efpace des pieds que chacun occupe en Front, le produit feraiSo. lequel produit ondivifera par fept, qui eft i’efpace des pieds que chacun occupe en Hauteur, & donnera vingt-cinq î prenez la Racine quarrée la plus proche de ce nombre , qui eft cinq, & c’eft le nombre d’Hommes qu’il faut à la Filej puis divifez après les foixante Hommes par cinq, viendra douze, & c’eft le nombre des Hommes qu’il faut mettre à chaque Rang : Exemple B.
- Pour faire un Bataillon de grand Front, on fuppofe toûjours qu’on fçache le nombre des Hommes du Bataillon, & l’on demande combien l’on veut d’Hommes de Front, & combien on en veut de Hauteur. Si l’on veut fçavoir le nombre des Hommes de la Hauteur, on divifera le nombre des Hommes du Bataillon par le nombre des Hommes du Front, que l’on fuppofe au/2 connu : Comme fuppofant un Bataillon de 120. Hommes , dont on détermine le Front ou le Rang de 20. Hommes, pour fçavoir la Hauteur ou la File, divifez 120. par 20. le quotient donnera 6. pour le nombre des Soldats de la File ou delà Hauteur.
- Réciproquement fi la File ou la Hauteur eft déterminée, & qu’on demande la quantité des Hommes du Rang ou du Front ; divifez le nombre des Hommes duBattaiîlonparlenombrede la Hauteur, le quotient vous donnera le nombre du Rang ou du Front : Comme ici dans le Bataillon de 120. Soldats rangez à fix de Hauteur, on veut fçavoir le nombre du Front, divifez 120. par 6. le quotient donnera 20. pour les Hommes du Front •• Exemple C.
- Les Bataillons quarrez d’Hommes font foibles de Front 5 & tout au contraire, ceux de grand Front font foibles en Hauteur.
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- OU L’ART DE LA GUERRE. *>
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- y LES TRAVAUX DE MARS,
- Der Pelotons.
- L'Art de former les Bataillons enfeigne à ranger un Corps d’infanterie avec tant d’ordre & précaution , qu’il puifle combattre avantageufement un autre plus grand Corps d’infanterie feule , ou de Cavalerie feule, ou bien un Corps compofé de tous les deux. Mais cét Art (e propofe particulièrement d’em-
- {>êcher, autant que faire fe peut, l’Infanterie d’être rompue par çs efforts de la Cavalerie,lorfqu’elle en eft attaquée en raze campagne, & qu’elle ne trouve point de Foflez, de Hay es, ou d’au-tre Terrain favorable pour fe couvrir contre l’attaque des Efca-drons. Et comme la Pique & la Pertùifance font des Armes fort propres à arrêter l’impetuofité des Chevaux, & à empêcher qu’ils ne renverfent &Ie faffent ouverture dans le Bataillon, on commence à former le même Bataillon en faifant d’abord un Corps de tous les Piquiers j & le premier foin de l’Officier qui commande, eft de les difpofer en forte qu’ils couvren t non feulement les Moufquetaires, mais encore les Drapeaux & le Bagage, filecasyéchet.
- Pour donner cette difpolïtion au Bataillon, le fecrét conlifte à obferverver trois chofes, dont la première eft :
- ^ I. De prefenter les Armes partout, & de faire front de tous cotez, afin que l’on ne puifle attaquer le Bataillon par aucune des Faces qui ne foit en état de fe dérendre : Exemple O.
- 2. P’émaufler les Angles, c’eft-à-dire de faire en forte que les Angles du Bataillon foient fort obtus & émouflèz s en forte que les deux cotez qui forment l’Angle approchent d’une feule ligne droite, Exemple M, N, P, Q,, R, parce que l’Angle eft l’endroit du Bataillon le plus foible, comme étant le moi ns garni de Piques .* car les Soldats qui font proches de l’Angle prefen* teni les Piques fur fes cotez, & ne pouvant pas en même temps les prefenter vers l’Angle, le même Angle demeure neceflàire-ment dégarni & découvert : de forte que les Anciens, qui s’at-tachoient fort aux Bataillons quarrez, en flanquolent les Angles par des Pelotons ou Manches de Moufquetaires, marquez A, B, C, D, qui ont de petits Corps qu’on polie fur le milieu des. Faces du Bataillon, &dont même on couvroit quelquefois les Angles. J1 eft vrai que ces petits Corps étant facilement coupez par la Cavalerie, & détachez du Corps du Bataillon, l’ufage en a été peu à peu rejette.
- 3. De vuider le Centre S du même Bataillon, c’eft-à-dirC de pratiquer dans le milieu des Piquiers un efpace ou terrain, capable de placer & de couvrir les Moufquetaires, les Drâpéaux, & le Bagage. D'un
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- OU L'ART DE LA GUERRE. t%
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- 7* LES TRAVAUX DE MARS,
- D’#« Bataillon quantdf Hommes en formeront Croix,
- IL faut pour cela que le nombre des Hommes du Bataillon quarré foit.un nombre qui puifle être divifé en quatre parties égales, commeferoifc 16. $6.64.100. &c.
- On coupe le Bataillon au Demi-rang & à la Demi-file en cet* te maniéré.
- Commandement.
- %. La Demi-file du Demirrang de main droite ne bouge, A.
- 2. Chef de File du Demirrang de main droite, à droit, C, Mettez la Pique en terre.
- C fait à droit four fairefaee vert C Aile droite du Bataillon, àr.demeurefur fort Terrain,
- j. La Demi-file du Demi-rang de main gauche ne bouge, B. 4. Chef-de-File du Demi-rang de main gauche, prenez gardi à vous, D. Matrche, .
- Le Demi-rang D marche fÿjfqu* à cè que le Serre-demirfile à F Angle marqué f.foit tin fat flut avancé que le Soldat du Demi-r ang de main droite C, comme il far oit dans lai, "Figure. .
- ç. Ceux qui ont marché, mettez la Pique en terre, p. 6.Dçmi-files,prenez garde à vous, A,B. A gauche,Marche, Alte, Les Demi-fies ayant fait d gauche, marchent vers /* Ailegare ; çhe du Bataillon, jufqu'â ce que le Soldat 6. des Demi-files A fait unfar flut avancé que le Soldat 4. du Demi-rang C. 1 7. La Demi-file du Demi-rang demain droite, à gauche, 4j La Demi-file.h fait àgauche, four faire front en dehors. \
- S. Ceux qui ont fait à gauche, mettez la Pique en terre.
- A demeure fur fonTerram.
- 9. pa Demi-file du Demi-rang de main gauche, B, prenez garde à vous. A droit, Marche, Alte,
- La demi-file B ayant fait à droit, marche vers la Tète du Bataillon , jufquà ce que le Soldat de l'Angle 3. foit frochtdu ! Soldat 9. du Demi-rang D .* ainji le Soldat 8. de Bferaftri che du Soldat Z. de A , comme il fdroit en là Figure l. ;j
- 20. Ceux qui ont marché, à gauche, Mettez la Pique en terre.] B fait face vers l'Aile gauche, & la Croix ejlformée. |
- Si l’on veut émoüfïer les Angles,il faut avoir d’autres Piquiers,] & les ranger félon le precepte que nous en donnons cy-aprés. | Au Heu d’émoufier les Angles, on y met quelquefois de peti- ' tes pièces d’Artillerie : on y metauffi des Charrettes pour cou* vrir le Bataillon.
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- 74 LES TRAVAUX DE MARS,
- Xegtegenerale pour tmoujfer les Angles d'un Batatllm.
- CHaque petit Corps deftiné à émoufler les Angles doit toûjours être compofé d'un nombre quarré d’Hom-mes, comme de4.9.16.15. 36.49.&C. Il iaut placer les Hommes du Rang, félon une progreffion ou proportion Arithmétique, de laquelle l'intervalle, l’excès ou la différence des termes foit toûjours 2. Ainfi ayant mis le premier Homme au point Angulaire A de la Figure ou du Batcaillon I, le fécond Rang fera de trois Hommes, qui eft un nombre dont lîexcés, l’intervalle & la différence eft 2. au refpeèfc de i,' Le troifîêmeRang fera de cinq Hommes, qui eft un nombre quiexcede j.dez. Le quatrième Rang fera de 7. Hom. mes. Le cinquième Rang lèrade ainfi de fuite, augmentant toûjours chaque Rang de deux Hommes atideflul du Rang qui eft devant lui,félon cette progreffion Arirhmeti. que, qui a toûjours 2. pour l’intervalle ou la différence des termes.
- Pour les placer, il faut s’imaginer que le Peloton quarré abcd parre de defius le Terrain T fur là gauche du Bataillon ou Branche Q. Lorfque fbn dernier Rang adefk avancé un pas au de-là de l'Aîle A D du même Bataillon Q^, il fait ï droit, & le Soldat a delà fécondé Figure ou du Peloton, vient fur le Terrain A de la première Figure. Les Cotez a d, a c, du Peloton conviennent fur les cotez correfpondans AD, AC, de l’Angle. On commande aux Hommes du Peloton de faire face vers l’Angle : & quand on les a rangé félon cette progreffion Arithmétique, oh leur fait faire face en dehors.
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- OU L’ART DE LA GUERRE. 7{
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- 76 LES TRAVAUX DE MARS,
- Pourfermer un Bataillon en OBogone, oui huit Faces.
- SOit un Bataillon de 40. Piquiers rangez à quatre de Hauteur , & dix de Front. On pourra avec la même naetho-déformer enO&ogone tout nombre de Piquiers, qui gardera cette raiibn de 4. à 10. entre le Front & la Hauteur, comme feroit 8. de Hauteur, & zo. de Frônt j 16. de Hauteur, 6c40.de Front; 3 z. de Hauteur, & 80. de Front. Car dans cét Exemple j’ay choifi ce petit nombre de Piquiers pour donner plus de lumière à l’ordre 6c à la diipofition d’un plus grand nombre.
- Commandement.
- x. Les deux Files demain droite, & les deux Files de main , gauche, prenez garde à vous, A B, IL.
- 2. La Demi-file des deux Files de main droite, demi-tourà droit, B.
- 3. LaDemi-file des deux Files de main gauche, demi-tourà gauche, L.
- 4. Marche les Files de Ailes.
- La Demi-file B vient occuper le Terrain 4 :L vient gagner le Terrain 5 : A occupe 7 : Cri vient fur le Terrain 8. Ces quatre petits Corps font defiinez à émoufjcr les Angles.
- Il refie apres fur le Terrain du Bataillon lesfix Files CD, GH, qu'il faut couper au Demi-rang O* ila Demi file pour former la Croix de la troifiême Figure , vuider
- le Centre par quart de Converfion.
- 5. La Demi-hle du Demi-rang de main droite C, demi-tour adroit.
- Mettez la Pique en terre.
- C fait face vers la Qu eue , Cr demeurefurfon Terrain.
- 6. Chef-de-File du Demi-rang de main droite, adroit, G. Marche, Alte. ’ *
- Les trois Files G font fàcevers A fur F Aîle droite, O* s'avancent dç ce côtc-lh deux ou trois pas au de-ti de leur terrain ; ainfi ce qui et oit File efi devenu Rang.
- 7. Ceux qui ont marché, prenez garde à vous G, à droit, un quart deConvetfion» Les
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- OU L’ART DE LA GUERRE. 77
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- ?8 LES TRAVAUX DE MARS,
- Les trois Files G font un quart de Converfion à droit ^ tour-
- nent à F entour du Soldat R, enfitrte que l* Aîle gauche T Y de la première, fe trouve placée comme on le voit dans la Figurez. où ces trois Files G font marquées par les mêmes lettres qu'elles le font dans le Corps de la Figure première.
- Fe parce qu'après avoir fait la Converfion, elles font face vers V R, afin qiP elles fajfent front en dehors du coté V X Y, m leur dits
- A gauche, mettez la Pique en terre.
- Afin qu'elles demeurent fut leur terrain.
- Chef de File du Demi-rang de main gauche, prenez garde à vous, H. Marche*
- Il faut voir dans la Figure l. les trois Files H marquées prêt des ponBuatims : on les fait marcher en avant le long delà, ligne ponBuée P M QF , pour gagner enfuite le Terrain H marque par des gros traits dans la même Figure. Mdit pour gagner ce Terrain, elles marchent au de-là du Front, du "Bataillon, jufqu'à ce que le fécond Rang ponBué P N fe fois avancé trois pas plus avant que le Flanc Y T des 3. Files G i qui viennent de faire la Converfion: ce qui arrivera lorfque le Soldat F fera fur le Terrain Q, & que k Soldat M Jera fur le Terrain F : alors en leur dira, Adroit, Marche.
- Four faire face vers le trois Files G : & quand elles feront i trois pas delaQueuï de ces trois Files G, on leur fer a faits àgauche.
- A gauche, mettez la Pique en terre.
- Elles feront face en dehors & demeureront fur leur Terrain.
- La Demi-file du Demi-rang de main gauche, prenez garde à vous, D. Marche, Alte.
- ' La Demi-file D s'avance deuxpas au de-là de fm Terrain.
- A droit, un quart de Converfion.
- La Demi-file Dfait le quart de Converfion autour du Soldat fiL, comme on le peut voir dans la troifième Figure. Et parce qu*après la Converfion elles font face en dedans vers le Cenr tre, pour leur fairefaire front en dehors, on dit:
- Ceux qui viennent de faire le quart de Converfion, Demi-tour à droit.
- La Croix étant ainfi formée, on fait venir les quatre Files qui font fur le Terrain 4. 7.7. 8. Et l'on émoujfe les Angles félon le précepte de la page 74.
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- OU L’ART DE LA GUERRE. 79
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- 8o LES RAVAÜX DE MAItS,
- Manière de former un Bataillon enOBogone ^ avec le Cetu tre vttide , le Front du Bataillon ayant cinq fois la Hauteur.
- ON propofe 720. Piquers à 12. de Hauteur & à 60.de Front, dont on veut former l’O&ogone de la Figure -f*.
- Le Bataillon étant rangé comme il paroîtdans le gros trait noir de la Figure I. pour Je rédui re aù Quarré marqué par les pon&uations de la même Figure, on fe ferc des Commandemens. fuivans.
- Commandent en i.
- 1. Les douze Files de l’Aile droite, & les douze Files de T Aile gauche, prenez garde à vous, C D Q_, P A B.
- 2. Les iïx Files de main droite de l’Aile droite, & les fix Filés de main gauche de l’Aile gauche, haut la Pique >CD,AB,
- 3. Ceux qui on fait haut la Pique, doublez les Files en dedans par Tête & par Queue.
- A prend le Terrain V j B prend le Terrain T : C va occuper 0, if D va fur K.
- 4. Ceux qui ont été avertis, &rceux qui ont doublé , ne bon»' gez de fur vôtre Terrain, VPT,OQ_R. ÿ. Prenez garde à vous les Files du milieu, ME.
- 6. Haut la Pique les Files du milieu, EM.
- 7. La Demi-file de ceux qui viennent défaire haut la Pique,* demi-tour à droit, M<
- 8. Marche ceuxqùi viennent de faire hautla Pique, ju{qu*âce: que le dernier Rang foit un pas plus avancé que le premier des. Files qui ont doublé par Tête & par Queue.
- M if E viennent occuper le Terrain marqué par des ponBuatiotii ME, if forment le Quarré repre\enté par les mîmes ponftua* tions, quife doit enjuite confidercr dans la Figure K.
- 9. Les fix Files de main droite, & les fïx Files de main gaucîie de ceux qui ont marché, demi-tour à droit. IF, HHfont face vers le Centre du Bataillon. .
- 10. Ceux qui ont fait demi-tour adroit, marchez vers le CefK tre, jufqu’à ce que le dernier Rang foit tout entré.
- I if F viennent furie Terrain Y, <&* H H viennent fur te Terrain GG,oa étant, on leur fait faire à droit if à gauche pour marcher en avant, fçavotrY faifantface vers Y ,if . G faifant face vers G. Âinfi Y, Y, G, G, occupent le Tef-ram N, N, N, N.
- Le Terrain IY , F Y demeure vuide.• Apr&
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- *i LES TRAVAUX DE MARS,
- Après cela on commande les deux Bataillons particuliers OQR,VPTi& comme ils font tous face en dehors,on fait faire demi-tour à droit au Bataillon O QJR., & demi-tour à gauche au Bataillon V P T î & parce moyen ils feront face en dedans, & on les fera marcher vers le Centre, enfon ce que O & V occupent le Terrain Y, & que R & T occupent le Terrain G G.
- Alors on coupera les huit quarrsde Rangs O RVT L L L L'on les réduira en Triangles ., pour émoufler les quatre Angles qui font auprès d’eux, & le Bataillon fera formé en O&ogone, félon la Figure-H, où l’on voit les memes Lettre employées, comme elles répondent aux mêmes Lettres des deux autres Figures.
- On a <>32. Moufquetaires 212. de Hauteur 5c à 44- deFronr, il en reliera encore 4.Ces 532. Moufquetàircs feront aux Flancs du Bataillon desPiquiers, on prendra 12 . Files de leur Aîle droite, qui feront 144. Moufquetaires j & comme ils auront un Front égal à celui du Corps des Piquiers marquez par E, on les mènera a la Tête de ce même Corps E, & on les fera entrer dans le Centré parles intervalles des Piques. Ç>uand ils feront avancez vers le Centre on les coupera au Demi'rang, afin que l’un de ces Demi-rangs marche vers le Corps des Piquiers mar. quez Q_, & l’autre Demi-rang marchera vers le Corps des Piquiers marquez P.
- Après on prendra fur l’Aîle gauche des Moufquetaires encore 12. Files, qui feront 144. Hommes, on les fera entrer versle Centre par les intervalles des Piquiers E, enfuite on les coupera à la Demi-file.
- La Demi-file marchera vers M, & l’autre moitié demeurera fur fon Terrain, derrière les Piquiers E.
- Pour les 304- Moufquetaires qui relient, on en fera les Deux Files de la bordure*
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- OU L’ART DE LA GUERRE; *j
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- f* LES TRAVAUX DE MARS*
- MmitrtdtremettrftifBàMlon k Ctmrtvnide.
- ON commence parles Moulquetaircs, que l’on tire du Centre par chaqueFacc M ,P, E ,Q. Et on leur faiîf reprendre leurs Files & leurs Rangs , auffi bien qu’à ceux1 de la bordure:
- Au regard des Piquiers qui forment le Corps de l’O&ogo-ne, on leur fait ces Commandemens*
- i. Ceux qui font dans les Angles, remettez-vous: O & R reprennent leurs diftances, & font même face que Q. Les Files V & T en font de même au refpeâ: de P, & les Files L, L gardent le même ordreà l’égard des Piquiers M,E.
- 2. Les n.Files de l’Aile droite, & les 12.Files de l’Aîlc gauche, qui ont doublé par Tête & par Queue, prenez garde à vous, OQR, VP T.
- 3. Marchent les Files des Ailes qui viennent d’être averties.:
- O QJR., V P T fe détachent & marchent en avant.
- 4. Ceux qui ont doublé par Têce & par Queue, remettez-vous. OScRfe remettent for le Terrain, qui eft marqué dans la première Figure par les lettres CD: & V T re-viennent for le Terrain A & B déjà pjremiere Figure.
- 5. Les F iles qui ont marché vers le Centre, remettez-vous. Les 4. petits QuarrèiN, N, N, N reviennent for le Front de M & E. .
- 6. Les Files du milieu, prenez garde à vous, EM.
- 7. La Demi-file des Files du milieu’, demi-tour à droit. M fait face vers le Centre du Bataillon.
- 8. Chef-de-File des Files du milieu, demi-tour à droit. E fait face vers le même Centre.
- 5>. Marchent les Files du milieu. ,E & M marchent en avant, jufqu’à ce qu'elles (oient fur le Front de C D Q & P A B de
- jo. Chef-de-File de ceux qui ont marché, demi - tour à droit. Efe remet fur fon premier Front, 6c 1e Bataillon eft remis.
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- OU L’ART DE LA GUERRE, B?
- Chapitre V.
- De la Cavalerie.
- C’Eft avec raifbn que ceux qui ont du Service appellent la Cavalerie le bras droit des Armées *, en effet c’eft I de la Cavalerie que dépend d’ordinaire le bon iuccés des Batailles ÔC des plus importantes entreprifes de la Guerre: & l’experience faitaflez remarquer, que le parti qui eft le plus fort en Cavalerie, eft d’ordinaire le Maure de la Campagne $ que fi les Ennemis font un Siège, il defole leur pais par iès courfes, leur enlevant par fes partis les Recrues & les Convois qu’ils pourroient elperer, & empêchant par fes Camps volans la jon&ion de leurs Troupes, & le ravitaillement de leurs Places.
- Pour parler d’un Corps fi confiderable avec quelque ordre, j’en vais commencer le détail par l’emploi le plus confiderable, qui eft celui de Colonel General. En avertiffant que lous le nom general de Cavalerie, jen’entens parler ici que de celle qui eft diftribuéeenRegimens commandez par des Meftrcs-de-camp, fous le titre de Cavalerie legere.
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- *8 LES TRAVAUX DE MARS,
- Du Colonel general de la Cavalerie legere.
- CEtte Charge neft jamais confiée qu’à une perfonne d’un mérité extraordinaire, ou qui paria naiflance&par mille belles qualité? naturelles s’eft fait juger digne d’un Emploi fi confiderable. Il commande avec iin pouvoir abfolufur toute la Cavalerie legere du Royaume. Sa Charge l’oblige d’obferver exa&ement fi les Officiers des Regimens font leur devoir ièlon le rang de leurs Commiffions, qui doi vent être toutes vifées de lui. Enfin elle eft fi confiderable, qu’elle lui donne le pouvoir de commander la Cavalerie en tdûtes lattes d’occafions, & de l’envoyer à la Guerre.
- Du Meftre-de-camp general.
- Cette Charge eft la fécondé de la Cavalerie legere, & celui qui l’exerce, a tout pouvoir delà commander en l’ab-fence du Colonel.
- Du Commtjfaire general de la Cavalerie legere*
- Sa Charge fuppofe neceflâirement un Officier d’une expérience coniommée, d’autant qu’il commande la Cavalerie legere en l’abience du Colonel & du Meftre-dc-Camj general.
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- OU L’ART DE LA GUERRE. f;
- Vu MeJire-de-Camp.
- Cette Charge demande une perlonne de la première qualité , ou que les belles Actions ayent rendu digne d’un Poftç fi confidetablc. Il doit avoir l’inclination bien-failànte, aimer lajuftice, & pancher plus du côté de l’indulgence que de la fe-verité. U doit s’étudier à connoître l’humeur de fes Capitaines & de Tes autres Officiers, en éloignant peu à peu les plus vicieux & de mauvais exemple. Il doit de temps en temps rendre quelque bon office à quelques-uns du Régiment qui le méritent davantage, foiten leur procurant quelque nouvel emploi, ou quelque gratification de la Cour , tâchant de parler toûjours en bons termes de lès Officiers & même des Cavaliers. Quand-il fçaura qu’il y a dilpute entre lès Officiers de même Rang, il tâchera de les faire accorder, (ans qu’ils fçaehent qu’il en foit averti, & affe&era denetre point pre-fent à leur accommodement, afin de ne pas s’attirer la haine de celui qui a tort. Quand quelque Cavalier fera mal avec ion Officier, il tâchera de protéger le Cavalier, qui ordinairement eA allez mal-traité par les Officiers fubalternes, làns que le Meftre-de-camp les autorilè, principalement quand c’eftpour deschofes qui ne touchent pas le lervice ni la discipline Militaire. Quand le Meftre-de-camp recevra des ordres de Ipn General, il doit les executerdans le temps & de la maniéré qu’ils lui font marquez, principalement quand il s’agit du fervice du Roi-, & s’il y a quelque choie contre ft s Prérogatives, ce fera à lui à fe plaindre en temps & lieu. Il doit rendre toute force d’obeïftance touchant le fervice aux Lieutenans Generaux, aux Maréchaux de Camp, & aux Brigadiers, même aux autres Officiers Generaux de la Cavalerie. Quand il marche à la Tête de Ion Régiment, il doit être à la tête des Capitaines.
- Pour ce qui eft des autres Charges du Régiment de Cavalerie, comme de l’Aumônier, du Chirurgien, &c. c’eft du Meftre-de-camp qu’ils dépendent.
- Du Lieutenant-Colonel.
- En France les Regimens étrangers de Cavalerie, &ceùx qui marchent fur leur pied, ont des Lieutenans-Colonels.
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- ço LES TRAVAUX DE MARS,
- De l'Etat Motor dfm Régiment de CavAlerte.
- PEndant la dernicrc Guerre il y «voit dans les Regimens François un Major, un Aide-Major, un Aumônier 5c un Chirurgien.
- Dtt Major «r* de fort Aide♦
- Le Major d’un Régiment de Cavalerie cft d’ordinaire le premier Capiraine du Régiment: Il doit être d’une probité toute particulière, puifque c’eft lui qui reçoit la paye du Régiment. Il doit être un homme d’un grand détail, étant comme l’ame du Régiment, particulièrement dans les Regi-mens François où il occupe le Polie d’un Lieutenant-Colonel: Ilaenl’ablènceduMcftre-de-camp tout pouvoir fur le Régiment j ce qui le doit obliger à fe faire craindre & aimer des Officiers &des Cavaliers, foiten general ou en particulier. Quand le Régiment fait plufieurs Efcadrons, c’eft lui qui doit commander à la tête du fécond.
- Son Aide a le foin d’aller prendre l’ordre du Major de Brigade, ou de Ion Major, &de le porter au Commandant du Régiment, pour aller enfuite le diftribuer aux Maréchaux des Logis de chaque Compagnie. C’eft lui qui a le foin de faire les Logemcns, &de les vijfiter. H a aulîile foin d’aller avec le Maréchal de Camp, qui eft de jour, chez le Maréchal des Logis de l’Armée pour y recevoir fes Ordres. Dans un jour de combat il va reconnoître le terrain qucfonRegimenr doit occuper, & il prend l’ordre du Major de Brigade.
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- OU L’ART DE LA GUERRE. st
- Du Capitaine de Cavalerie.
- Un Capitaine de Cavalerie doit être un homme riche, afin de pouvoir foûtenir les pertes qui lut peuvent arriver par la mortalité de fes chevaux, ou parla defertionde Tes Cavaliers. Ildoitêtreun homme d’experience, ^avoir fervi en differentes occafions, afin de pouvoir prendre bien fon parti dans les conjonctures où il fe trouvera engagé. Il doit être genereux , 8z ne rien promettre à fes Cavaliers qu’il ne veuille bien tenir. H faut qu’il foitdifcret & modéré principalement quand il reçoit quelques ordres fâcheux de fon Meftre-de-camp, qu’il doit neanmoins executer aveuglément, & enfuite faire fes plaintes avec prudence. Quelques ordres qu’il puifle recevoir pour la marche de fa Compagnie, il doit toujours les executer comme ils lui font marouez, malgré la rigueur des pluyes, du froid, des glaces, ou des vents.* enfin rien ne le doit empêcher de fe mettre en campagne, &r de marcher de jour ou de nuit pour arriver au lieu & dans le temps que fon ordre porte : En un mot, comme la chaigc de Capitaine de Cavalerie eft tres*belle, auffi de-mande-i’elle un homme de meri te-
- Du Lieutenant de Camlsrie.
- Tout ce quej’ay dit du Lieutenant d’Infanteriefe peut rapporter au Lieutenant de CavalerierMais comme les Cavaliers fe piquent ordinairement d’une naiflance plus relevée que les Fan-tafiinsj le Lieutenant de Cavalerie les doit traiter avec honnêteté , & avec des égards qu’on n’a pas pour le fimjple Soldat, arm de lesentrerenir dans une fierté qui contribue a les rendre plus braves, & plus fidelles : caria plupart des delertions qui arrivent dans la Cavalerie, viennent du mauvais traitement que les Cavaliers reçoivent du Lieutenant, furtout quand il les frappe de la canne, ou quand il les maltraite fans raifdn : Neanmoins s’il étoit befoin d’en châtier quelques-uns fur le champ pour donner exemple aux autres, il ne le doit jamais faite que de fon épée. Le Lieutenant doit avoir une parfaite connoifïance des bonnes &des méchantes qualitez deschevaux, afin defe défaire des vicieux, & faire enforte que la Compagnie foit toujours bien montée. Dans une marche lePoftedesLieutenanseftàlatête de la Compagnie à la gauche du Capiraine;quelquefois les Lieu-tenans fe portent à la Queu ë des Efcadrons, pour empêcher que les Cavaliers ne quirent leurs Rangs, & qu’ils ne s’écartent d* l’Etendard fans congé, ou pour quelque raifon légitimé.
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- Si LES TRAVAUX Ï>E MARS,
- Vu Cornette cr de fon Etendard.
- Cét Officier eft d’ordinaire un jeune homme de qualité,qui’ commence par cét emploi Rapprendre le métier de la guerre. 11 eft le troifiême Officier de fa Compagnie, & la nomination dépend du Roi (èul. Le principal emploi du Cornette eft de porter l’Etendard dans le milieu du premierRang de i’Efca-dron, où il doit plûtôt périr, que de fe le laiiïer arracher, étant la marque d'honneur du Corps où il eft incorporé.
- L'Etendard eft une piece d'étoffe environ d’un pied & demi en quarrjs, fur laquelle font brçdées les Armes, les Devifes, ou les Chifres du Prince ou du Meftrc-de-Camp: On attache d’ordinaire l'Etendard au bout d'une lance longue de 8. R 9. pieds, & dans le temps des pluyes on l’enferme dans une bôurfe qui eft attachée au fer de la lance.
- Le Cornette doit avoir une botte faite exprès pour rcce-yoir le talon de la lance de l’Etendard, & une Echarpe pour fc la lier autour du corps dans un combat, crainte qu’on ne la lui enlève.
- Vu Maréchal des Logis.
- Cét Officier doit être un homme vigilant & d’une grande application, ayant inlpedion fur toute la Compagnie. H doit avoir un foin particulier, que les munitions & les fou-rages qu’il reçoit du Munitionnaire (oient bons , & il les doit distribuer R fes Cavaliers (ans alteration, & doit avoir (oin qu’ils ne les vendent. Il doit vifiter (buvent les Ecuries, & voir fi les chevaux y font R couvert des eaux, s’ils font bien penfez & nourris, s’il ne manque rien à leurs (elles, brides, &c. en un mot, s’il font prefts R partir au premier Bou-tefelle. C’eft au Maréchal des Logis R aller prendre l’ordre chez l’Aide-Major pour le porter R fon Capitaine &aux autres Officiers de (à Compagnie. Dans une Marche où dans une Garnifon c’eft lui qui a le foin de poler les Corps-de-gar-des. Quand la Compagnie marche il (è polie R la Queue, afin d’emoêcher les Cavaliers de quitter leurs Rangs. S’il y a quelque détachement R (Rire de la Compagnie, c’eft d’ordinaire k Maréchal des Logis qui en a le foin. Vu
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- OU L’ART DE LA GUERRE.
- Dû Brigadier.
- CHaque Compagnie de Cavalerie a dieux Brigadiers, qui font cirez du corps des Cavaliers par diftinétion. Le Brigadier doit être un homme de cœur Sc de bon exemple , afin d’être capable d’appaifèr les querelles qui peuvent naître entre les Cavaliers. Il doit s’étudier à connoître l’humeur particulière de les Cavaliers , pour ne pofer en vedette que ceux dont la fidelité & la bravoure lui font connues, principalement dans les Polies avancez où i! eft à craindre qu’un homme timide ne donne de faulles alarmes, ou ne le lai lie enlever. Le Brigadier doit fçavoir lire & c-crîre , afin de tenir un regiftre des ordres qu’il reçoit du Maiéchal des Logis, pour les diftribuer enfuite à Tes Cavaliers. Il marhe à k droite du premier Rang de la Compagnie.
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- 94 LES TRAVAUX DE MARS*
- Du Cavalier.
- LE Cavalier, que d’ordinaire l’on nomme auffi Maître, eft un homme qui tait profeffion.de fervir à cheval : 11 doit avoir la taille medioere,tant pour la facilité de monter à cheval, que pour ne point l’incommoder. 11 doit être enrôlé à l’âge de vingt-cinq à trente ans, afin d’être plus difciplinable que s’il étoit d’un âge plus avancé. Il eft important de fçavoir le lieu de fanaiffànce, & la qualité defes parens, pour éviter ladéfer-lion; Il doit être d’une conftitution robufte, & aimer naturellement les chevaux, afin d’en avoir un foin tout particulier j r’eft pourqudi les Cavaliers de là campagne font préférables à ceux des Villes , où il y a plus de delicateffe. Il faut auffi,qu’il foit fobre j & le moins joueur qu’il fera poffible : S’il s’en rencontre de blafphemateurs, on leur doit percer la langue, fur-tout quand ils font incorrigibles.
- L’Habillement du Cavalier eft d’ordinaire .
- Un Collet, ou une maniéré de jufte-au-corps defcufie avec des manches de peau d’élan, ce qui eft marqué dans la Figure-prefenre de la lettre A. Il a de plus -Un Baudrier de bulle B.
- Un Porte-Moufqueton fait de cuir de bùfle C. &
- Des Bottes avec leurs Fournitures E.
- Depuis quelques jours on a eu ordre de donner aux Cavaliers des Ceinturons au lieu de Baudriers,dans la penfée que les Ceinturons les embarafleront bien moins que les Baudriers.
- Chaque Ceinturon, qui eft de bufle, porte un Cartouche ou une maniéré deGibecicre, dans laquelle font enfermées environ douze charges dePiftolet & de Moufqueton. Ces charges qui contiennent précifément la quantité de poudre & la balle qu’il faut pour les armes aufquelles elles font deftinées, fontempac-querées dans de petits rouleaux de papier delagrofleur du calibre des Moufquetons & des Piftolétsd’Arçon. Quand les Cavaliers veulent fe fervir de ces charges, ils les.déchirent avec les dents par un de leurs bouts pour faire tomber en même temps la poudre & la balle dans le Canon, & le papier du rouleau leur tient lieu de bourre.
- Les Armes du Cavalier font d’ordinaire.
- Un Sabre ou une Epée marquée E.
- Des Piftolets d’Arçon F. &
- Un Moufquetpn G.
- Du,
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- & LES TRAVAUX DE MARS*
- Dm Trompette * 0~ de là Trompette.
- T E Trompette eft un homme de cheval commis pour fonner L de la Trompette 3 d’où il prend fon nom.
- La Trompette eft un des plus agréables inftrumens militaires que nous ayons s elle eft faite d’argent, de rofette, ou de cuivre rouge, & le plus fouvenr d’airain. Le corps de la Trompette eft formé d’un long Tuyau doublement courbé, comme eft le marqué A. . Les plus cortfiderablcs parties de la Trompette & de fe» ornemensfofit
- L’Embouchûre B.
- Le BoutottC.
- Le Pavillon D.
- Ûn Cordon de foye, d’or ou d’afgent E.
- La Sourdine F. tk
- SàBanderolleG. C’eft fur cetteBanderolle quePorï peint,, ou l’on brode d’ordinaire les Armes du- Meftre-de-camp , à qui appartient lè Trompette.
- Le Trompette doit être un homme de fatigue & vigilant, pour être pteft à toute heure d'executer les Commandemeüs de fonner , dont les plus confiderablesfohr ,-
- Le Boute-Telle ou à cheval, pour avertir les Cavaliers qu’ils ayent à s’aprêcer.
- A l’Etendard, pour monter à cheval.
- L’Appel, pour redreflef les Troupes quand elles fe perdent de nuit, ou pourfe fairereconnoitre.
- La Marche.
- La Charge, quand il eft queftion de combattre.
- La Retraité, quand il faut fe retirer;
- Le Guet, auftitôtquel’ordreeft diftribué.
- La Sourdine, quand il faut marcher à petit bruit.
- Chaque Compagnie de Cavalerie doit avoir fon Trompette, qui porte la livrée du Prince ou du Colonel à qui appartient le Régiment. Il doit toujours être logé ou campé avec fa Compagnie,. Il prend d’ordinaire l’ordre du Maréchal des Logis.
- Le Trompette doit .être un homme difcret, principalement quand il eft employé dans les Pourparlers, où il ne doit jamais fe iervir d’autres termes que de ceux dont il eft chargé, & ne s’ingérer jamais de donner aucun confeili afin que dansles Conférences & dansles Traitez on ne trouve point d’ambiguité ni de fentimens contraires à ceux qu'il a propofez.
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- j>8 LES TRAVAUX DE MARS,
- Du Timbalier CT des Timbale?.
- Timbalier eft un homme de cheval, commis pour battre les Timbales, d’où il prend fon nom.
- Timbales font deux maniérés de grands Baffins de* cuivre rouge ou d’airain, ronds par leurs fonds, & couverts parleurs deflusd’une peau de bouc, qu’on y fait tenir par le moyen d’un cercle de fer& de plufieurs écrous attachez au corps de la Timbale, &d’un pareil nombre *de vifles, que l’on monte ou démonte avec une clef. Les Timbales le tiennent enfemble par le moyen d’une couroye, que l’on fait paffer dans deux anneaux , qui font attachez l’un devant & l’autre derrière le pommeau de la felle du Timbalier. Les Timbales font garnies dedeux Tabliers marquez A, qui font d’ordinaire de damas ou de latin, fur lelquels font brodées les Armes du Prince ou du Colonel à qui elles appartiennent: quand le temps eft làle, on les couvre d’ordi-naire d’un cuir de vache noir.
- Le Timbalier doit être un homme de cœur, & chercher plutôt à périr dans le Combat, que de le laifler enlever avec les Timbales. Il doit avoir un beau mouvement des bras& l’oreille jufte, & fe faire un plaifïr de divertir fon Maître par des airs agréables dans les aétions de réjoüilfance. Il n’y a point d’inllrument qui rende un fon plus martial que la Timbaie, principalement quand elle eft accompagnée du fon de quelques Trompettes.
- Le Timbalier pour frapper furies Timbales fe fert de baguet-tesdebois de cormier ou de buis, longues chacune de huit à neuf pouces, ayant chacune à une de leurs extremitez une petite rofettede la grandeur d’un écu blanc 5 c’efti’excremitéde ces petites rofettes qui frappe la peau de la Timbale, & qui lui fait rendre tin fon bien plus agréable, que fi elle éioit frappée d’une baguette de Tambour.
- Le Timbalier & le Trompette dans les Marches & les Re-vüës marchent à la tête de l’Efcadron , trois ou quarre pas devant le Commandant ; mais dans un jour de Combat ils (ont furies Ailes dans lesinrervalîes des Efcadrons, pour recevoir les ordres du Major ou de l’Aide-Major du Régiment.
- D'une
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- 100 LES TRAVAUX DE MARS,
- D'une Compagnie de Cavalerie.
- LEs Compagnies de Cavalerie (ont maintenant compo-fées de deux Brigadiers, de deux Carabiniers, de trente-cinq Cavaliers, & d’un Trompette.
- Dans le nombre des trente-cinq Cavaliers doit être compris un bon Maréchal, rien n’étant fi neceflàire.
- Les Carabiniers font des Cavaliers choifis par diftin&ion dans la Compagnie, comme plus expérimentez au métier de la guerre, & les plus adroits à tirer; ils ont des Carabines rayées, qui portent trois cens pas , & que l’on charge k force avec une Baguette de fer. Ils ont par mois quarante-cinq fols plus de paye que les Cavaliers, & unLoüis-d’or toutes les fois qu’ils remportent le prix les jours que l’on en
- Marche d'une Compagnie dé Cavalerie.
- La Marche que nous reprefentons ici d’une Compagnie fervira à marquer le Pofte de chaque Officier , fclorif le Rang qu’il tient dans la Compagnie, quand elle marche far quatre Files. Sçavoir,
- Le Trompette A.
- Le Capitaine B.
- Le Lieutenant C.
- Le Cornette D.
- L’Etendard E.
- Les deux Brigadiers F.
- Les Cavaliers G.
- Les Maréchaux des Logis H.
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- OU L’ART DE LA GUERRE, ici
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- LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Efcadronr.
- D Ans la page 50. de ce Volume j’ay dit, que fouslenom d’Efcadron on entendoit parler d’un petit Corps de Cavalerie: dans celle-ci Rajouterai quel’Efcadron feformeàpre-fent de quatre Compagnies, ce qui peut aller à foixanre, à foixanre & quinze, à cent, ou à fix-vingt Maîtres, & que jamais il ne parte deux-cens, à caufe qu’un plus grand nombre de chevaux fe rencontrans dans des terrains difficiles, commefe-roit un Bois, un Défilé, ou un Marais, on ne les fçauroit porter avantageufemenr, ni les faire agir avec fuccés.
- G’eft une réglé generale, que l’Efcadron eft toujours à trois Rangs de hauteur, & que l’intervalle d’entre fes Rangs eft à peu prés de la longueur de deux chjevaux. S’il eft çompoféde foixanre & quinze Maîtres, il y en aura vingt-cinq à chaque Rang j s’il eft de fîx-vingt Maîtres, il y en aura quarante dans chaque Rang.
- Des Regimens de Cavalerie.
- PEndant la derniere Guerre les grosRegimens de Cavalerie éroient compofez de douze Compagnies, d’autres de huit, & quelques-uns de quatre.
- Voici la reprefenration d’un Régiment qui forme trois Efça-drons, où le Pofte de chaque Officier eft marqué par lettre Alphabétique.
- Le Meftre-de-camp, A.
- Le Major, R.
- Le premier Capitaine, C.
- &L&, E. } dans un même rang.
- Les Brigadiers, F.
- Le Cornette G, avec fon Etendard.
- Les Cavaliers ou Maîtres, H.
- Des Cuirajften.
- T Es Cuiraffiers font des Cavaliers armez deCuirafïes à I*£ Ly preuve du piftolet j ils foi ment un Régiment commandé par un Meftre*de-Camp, un Major, &c.
- Cha-
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- OU L’ART DE LA GUERRE, isj
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- pu L’ART DE LA GUERRE, loi
- Chapitre VI.
- Des Compagnies d?Ordonnance de la Maifon * du Roi.
- SOus le nom de Compagnie d’Ordonannce , j’ay dk dans les pages précédentes, que j’entens parler des Gardes-du-Corps, des Gens-d’armes, des Cke vaux-Iegers delà Garde, &c.
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- setf LES TRAVAUX DE MARS,
- Dés Gardes-du- Corps,
- LEs Gardes-du-Corps fout des Gentilshommes ou des Cavaliers choîfis par leur bravoure, ou par leur fidelité pour fervir à la Garde de la Pcrfonne du Roi.
- Ils font diftinguez en quatre Compagnies commandées far quatre Capitaines j qui fervent par quartier auprès de la Perfonne de fa Majefté.
- Dans chaque Compagnie il y a trois Lieutenans , trois Enfeignes, douze Exempts, & quelque quatre cens Maîtres.
- Il y a un Major & deux Aides-Majors pour toutes les quatre Compagnies, & chaque Compagnie a un Aide-Major.
- Chaque Cqmpagnie a des Brigadiers & Sous - Brigadiers. Les Brigadiers prennent la Queue quand PEfcadron eft formé, comme font les Maréchaux des Logis dans la Cavalière legere.
- Chaque Compagnie a les Trompettes & lès Timbaliers. Quand les Gardes-du-Corps accompagnent le Roi, ils ont roûjours le*làbre nud à la main. Dans une Bataille iis ont la droite de toute la Cavalerie.
- Des Gens-d'Armes, Crde leur Guidon,
- LEsGens-d’armes font des Cavaliers confommez d’ordinaire dans le fervice, qui anciennement étoienc armez de toutes pièces. Ils ont un Capitaine - Lieutenant, deux Sous-Lieutenans, trois Enfeignes & trois Guidons.
- Sous le nom de Guidon on entend ici parler d’une maniéré de Drapeau qu’il porte, dont l’étoffe eft pareille à celle des Drapeaux, mais il eft plus long que large, & fendu par le bout, qui forme deux pointes un peuarondies. D’ordinaire le Guidon eft garni d’une frange d’or ou de foye, de la même maniéré qu’eft brodée laDevife ou leChifre qui eft au Guidon.
- Des
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- OU L’ART DE LA GUERRE. le?
- Des Chevattx-legers.
- LEs Chevaux-legers ont un Capitaine-Lieutenant, jeux Sous-Lieutenansdeux Cornettes & deux Maréchaux des Logis, avec Trompettes & Timbales.
- Des Aîoufquetaires.
- SOus le nom de Moufquetaires j’entens prier des Moût quetaires du Roi, qui font des Gentilshommes iflus des meilleures Familles du Royaume, qui entrent dans ce Corps pour apprendre le métier de la Guerre.
- Ils lont partagez en deux Compagnies , qui portent le nom de Première Compagnie ou de Moufquetaires Gris , & de Seconde Compagnie ou de Moufquetaires Noirs.
- Les uns & les autres combattent félon les differentes occa-fions, tantôt à pied 8c tantôt à cheval.
- Les deux Compagnies des Moufquetaires ont le Roi pour Capitaine, & chaque Compagnie en particulier a un Capitaine-Lieutenant, un Sous-Lieutenant, un Ënfeigne, un Cornerré, fix Maréchaux des Logis, des Tambours, Ôc des Hautbois.
- Des Grenadiers v élans.
- LEs Grenadiers volans font gens à cheval choifis dans toute l’Infanterie du Royaume, tant pour leur bonne mine, que pour leur valeur. Ce font eux d’ordinaire qui fo trouvent à l’attaque des Contrefcarpes, des Demi lunes & des AfFauts. Leurs Armes font un Fufil & un Sabre.
- Ils font l’exercice à peu prés comme il eft traité dans le Chapitre fuivant.
- Depuis que cette Compagnie eft fur pied, le Roi la faic marcher à la Tête de la Brigade defaMaifon, quoiqu’elle n’ait point de Rang pour rouler avec cette Brigade,
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- io3 LES TRAVAUX DE MARS,
- Delà, petite Gendarmerie.
- SOtis le nom delà petite Gendarmerie font comprifès les Compagnies des Gens-d’armes Ecoflois , Bourguignons , Anglois, Flamands, & les Compagnies des Gens-d’armes & des Chevaux-legers de la Reine, & des Gens-d’ar-tnes & des Chevaux-legers de Monfeigneur le Dauphin, de Moniteur le Duc d’Anjou, & des Gens-d’armes & des Chevaux-légers de Moniteur.
- Chaque Compagnie de Gens-d’armes a un Capitaine- ' Lieutenant, un Sous-Lieutenant, un Enicigne, un Guidon , & un Maréchal des Logis.
- Chaque Compagnie des Chevaux-legers a un Capitaine-Lieutenant, un Sous-Lieutenant, un Cornette & un Maréchal des Logis.
- Chacune de ces Compagnies aune'paire de Timbales & des Trompettes.
- Des Dragons.
- LEs Dragon s font des Gens qui combattent tantôt à pied, tantôt à cheval, & qui d’ordinaire "font les premiers commandez pour porter la Guerre dans le pais Ennemi.
- Mais parce que leurs chevaux contribuent extrêmement au fuccés de leurs expéditions, j’ay crû n’en devoir parler qu’en traitant de la Cavalerie.
- Dans chacun de leurs Regimens il y a un Colonel, un Lieutenant-Colonel, un Major & un Aide-Major.
- Dans chaque Compagnie il y a un Capitaine, un Lieutenant, un Cornette, un Maréchal des Logis, deux Set-gens, un Tambour, & quelques-uns ont des Hautbois.
- Les Officiers des Dragons ont de grands avantages, car ils roulent dans la Cavalerie & dans l’Infanterie félon leur rang.
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- OU L’ART DE LA GUERRE. 109
- Chapitre VII.
- Des Exercices ou des Mouvemens de la Cavalerie«
- COmme les Armes des Cavaliers ne confident qu’en une bonne Epée, une paire de Piftolets d’Arçon, & un Moufqueton, & qu’il n’y a pas un Cavalier qui ne fçache charger & fc fervir de fes Armes à feu, en les tirant à propos (elon tous les mouvemens qu’il eft obligé de faire, on confond ordinairement dans la Cavalerie le nom d’Exer-cice avec celui dévolution, qui font diftinguez dans l'Infanterie , où l’on prend l’Exercice pour le manimenr des Armes, le l’Evolution pour le mouvement d’un Corps entier.
- Noms
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- iio LES TRAVAUX DE MARS,
- Noms des principales parties d'un Efcadron.
- L’ON nefefert plus des memes termes dans la Cavalerie comme l’on faifoit anciennement ; neanmoins pour latisfaire quelques Curieux, je donnerai dans cette page les termes qui font prefentement ufitez, & dans les pages fui vantes ceux qui les années paffées étoient le plus en ufage.
- Autrefois on donnoitaux differentes parties des Efca-drons les mêmes noms que l’on donnoit aux parties des Bataillons; c’eft-à-dire que les noms de Front, de Rang,de File, de Hauteur, d’A île, de Serre* file, de Demi-rang, &c. convenoient auflï-bien à l’Efcadron qu’au Bataillon: Mais prefentement par les noms de la Droite & dé la Gauche de l’Efcadron on fùpplée à tous ces termes ; & quand on veut former un Efcadron, on fe contente du ternie de Doubler.
- Du Rang que tiennent les Cavaliers dans leurs Compagnies, Cr de la Méthode pour former un Efcadron.
- C’eft prefque une réglé generale , que les plus anciens Cavaliers prennent leur rang plus prés de la Tête de la Compagnie que les nouveaux, à moins que les Officiers n’en difpofent autrement; c’eft auffiuneloy receuc, que quand on forme un Efcadron, la plus ancienne Compagnie prenne la droite de l’Efcadron, comme eft la marquée A: que la fécondé Compagnie prenne la gauche de l’Efcadron, comme eft la marquée B- quelatroifîême prenne la gauche delà première Compagnie vers le Centre de l’Efcadron , ainfi qu’eft la marquée C: & enfin que la quatrième Compagnie occupe la droite delà féconde vers le Centre de l’Efcadron, fomm'e eft la marquée D.
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- m LES TRAVAUX DE MARS,
- Méthode pour faire ferrer les Files d'un Efcadron.
- QUanclun Efcadron marche dans un pais uni, Tes Files font d’ordinaire à un ou deux pas les unes des autres, ce qu’étant à peu présl’épaiflèurdu corps d’un cheval donne plus de grâce & de dégagement kl’Efcadron. Mais lorfqu’on eft obligé de reflerrer les Files pour occuper moins de terrain, alors l’Officier qui commande dit î Que la File de VAîle droite ne bouge, si droit ferrez vos Files.
- A gauche remettez-vous: Exemple A.
- Si l’Officier veut que ce Toit l’Àîle droite qui s'approche, alors il dit:
- Que la File de VAîtegauche ne bouge,
- A gauche ferrez vos Files„
- A droit remettez-vous*
- Quand on veut en même temps (errer lèsFiles d’un Efça-dron, tant for la droite qt& for la gauche, ce qui eft proprement couper PEfcadron par le milieu , alors l’Officier dit : jOue les Files de VA île droite Çr de V Ailegauche ne bougent« Far Demi-rang ferrez vos Files adroit kgauche.
- Méthode pour faire ferrer les Rangs d’un Efcadron. J’ay dit en parlant des Efçadrons dans la page 102. que la diftance ordinaire qu’il doit y avoir entre les Rangs d’un Efcadron, eft à peu prés de la longueur de deux chevaux} Mais comme fouvent par neceffité on eft obligé de les refler-rer, foit en avant ou for les Serre-files, l'Officier qui commande, quand c*eft en avant, dit :
- Que les Chefs-de-f les ne bougent.
- Far Rangs en avant ferrez? Efcadron: Alte: Exemple B. Mais files rangs de l’Efcadron étoient trop ferrez fur le devant, & que neanmoins on voulût conferver le terrais que les Chefs-de-files occupent, & élargir davantage l’È-feadron fur les Serre-files, alors l’Officier qui commande dit:. Que les Chefs - de-files ne bougent.
- Far Rangs reculez-vous. Alte,
- Méthode
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- OU L’ART DE LA GUERRE. i/j
- 7m. U!.
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- «14 les travaux de mars,
- Méthode de faire défiler un Efeadrott*
- Ojtland PEfcadron eft obligé de pafîer par quelques Portes, Rues, ou Défilez, qui ont moins de largeur que le Front de PEfcadron, alors on le fera défiler eu cette maniéré: Un des plus anciens des Brigadiers fe portant à l’entrée du Défilé, fera défiler PEfcadron par P Aile droite Vil eft à fbn choix, & par trois Files ou par quatre jufqu’à la dernierre File de l’Aîle gauche. A mefure que les Files auront pafTé le Défilé, elles fè doivent remettre à la gauche des Files qui étoient à leur droite , avant qu’elles entraf-fent dans le Défilé. Ce qui étant pratiqué .par toutes les Files, PEfcadron fè trouvera formé à la forcie du Défilé comme il étoit avant que d’y entrer: Exemple A.
- L’on fait aufli défiler par Rangs fur l’Aîle droite ou fur l’Aîle gauche, & l’on forme PEfcadron à la fbrtie du Défilé toujours fur la gauche des Cavaliers, fi ce font ceux de l’Aîle droite qui ayent pafTé les premiers dans le Défilé ; & fur la droite des Cavaliers,fi ce font ceux de l’Aîle gauche qui ayent franchi les premiers le Défilé: Exemple B.
- Il eft plus avantageux de défiler par Files que par Rangs, à caufe que trois Files eompofent un Efcadron, & qu’un Rangne forme rien.
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- lit LES TRAVAUX DE MARS,
- Pour faire le Caracol.
- QUand un Efcadron en veut infùlter quelqu’autre qu’il fçait être mal monté, plus foible, ou qui a ordre dç ne bouger de fbn terrain, alors l’Elcadron qui attaque, fe fert ordinairement du Caracol, qui eft un mouvement qui fè fait par le Flanc ou par la Hauteur de l’Efcadron ; & c’eft la File qui fait le mouvement, en ferpenranc, & en faifant des pafïades par la campagne à droit & à gauche, pour ôter la mire à ceux que l’on infulte : Exemple A.
- Quand on veut faire le Caracol, l’Officier qui commande dit:
- A moi P Aile droite far Caracol a gauche, faifant front en Queue.
- S’il veut faire le Caracol par quart de Rang, l’Officier dira:
- Par quart de Ranger far Caracol, V Efcadron en quatre Trouf es.
- Pour fe remettre.
- Quarts-de-Rang à moi, VEfcadron en une Troufé.
- Si l’on veut faire le Caracol par Demi-rang l’on coupera le Bataillon comme par la moitié j ÔC alors les Officiers feront le même Commandement que nous avons dit pour faire le Caracol.
- Quand on veut faire défiler un Efcadron fans le rompre pour pafîer dans quelque lieu ou peuvent marcher trois Maîtres de front, on fe peutfervir du Caracol en commandant aux Cavaliers de faire à droit ou à gauche j afin que la File de l’Aile droite ou de l’Aîle gauche devienne Chef de-File des rrois Rangs de l’Efcadron, qui feront alors changez eii trois longues Files : Exemple B.
- Met ho •
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- OU L’ART DE LA GUERRE. jn*
- H j
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- u% LES TRAVAUX DE MARS,
- Méthode four faire la Converfion.
- ON fe fert clans la Cavalerie de la Converfion pour la même fin que dans l’Infanterie} c’eftà-dire, que fans vouloir rompre l’Efcadronon le fait tourner en cercle, en prefentant aux Ennemis toûjours le premier Rang, ou les mêmes Chefs-de- Files de l’Efoadron.
- Pour faire la Converfion du côté droit, l’Officier qui commande dit:
- A moi far Converfion h droit : Exemple A.
- Pour faire cette Evolution avec juftefle, il faut que les Cavaliers les plus éloignez de l’Angle du Chef-de-File de l’Aîle droite, marchent beaucoup plus vite que ceux qui en font proche , car ces derniers n’ont prefque point de tour à faire, celui qui eft à l’Angle n’ayant qu’à tourner fur 1 epied droit de fon cheval.
- Si l’on veut faire la Converfion du côté gauche, l’Officier qui commande dira :
- A moi far Converfion à gauche. Exemple B.
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- 119 LES TRAVAUX DE MARS,
- Du Volte-face.
- LE Volte-face eft le Demi-tour à droit, oti le Demi-tour à gauche, que fait un Efcadron, enlorte que la tête des chevaux vient occuper le terrain où étoit auparavant leur croupe , ou au contraire la croupe vient fiir le terrain où étoit auparavant la tête.
- L’on fe fert du Volte-face dans beaucoup de rencontres, mais particulièrement quand l’on veut defunirou rompre quelque Infanterie.
- LesEfcadrons qui font commandez pour faire ces fortes d’a&ions s’y prennent de differentes maniérés. 11 y en a qui viennent au petit pas en tirant par Rangs , puis tout à coup feignant de plier devant l’Infanterie qu’ils ont attaqueée, d'autres Efcadrons de leur parti viennent à toute bride, &fe rompent encore devant les Bataillons , en faifant femblant de fuir en tumulte; par ces moyens ils attirent d'ordinaire l’Infanterie ennemie, principalement quand elle eft commandée par des Officiers de peu d’experience, qui croyans pourfuivre des fuyards, s’avancent avec précipitation & avec defordre pour gagner plus de terrain, défont caufèque leurs Soldats quittent leurs rangs, & qu’ils fe difperfent dans la campagne. Mais c’eft dans ce temps-là que la Cavalerie , qui fembloit s’être débandée, fèremet en Efcadron, &fait le Voice- face ou le Demi-tour, pour venir charger avec avantage l'Infanterie, qui fe croyant vi&orieufe avoit.rompu fes Bataillons.
- Ce que je dis du Volte-face pour plufieurs Efcadrons, fe peut entendre de même pour un feul.
- Mctfyode de faire tirer la Cavalerie.
- Dans toutes les aérions & mouvemens que je viens de dire, le Cavalier ne doit point tirer fans ordre de fbn Officier. Les Commandans, avant que de faire tirer, tâcheront, autant qu’il leur fera poffible, de gagner la main , c’eft-à-dire, d’avoir toûjours l’Ennemi fur la droite, foit qu’ils faf-fent tirer par Rangs, par Files, ouparCaracol, &c.
- Cha-
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- CÜ L’ART DE LA GUERRE. 12*
- Chapitre VIII.
- Del Artillerie.
- Des Officiers de V Artillerie.
- Du Grand- Maifire.
- LA première Charge dans l’Artillerie eft celle de Grand-Maître. Cette Charge eft une des premières du Royaume, & connue de tout le monde.
- Du Lieutenant General de V Artillerie.
- Cette Charge eft la fécondé de l’Artillerie: celui qui l’exerce a tout pouvoir de la commander en l’abfonce du Grand-Maître.
- Des Lientenans d'Artillerie.
- Les Lieutenans d’Artillerie font des Officiers d’une expérience confommée, qui commandent l’Artillerie en l’abfence du Grand* Maître & du Lieutenant General ; après eux font
- Les Commiflaires Provinciaux 9
- LesCommiflairesordinaires, &
- Les CommilTaires extraordinaires.
- Leur principal foin eft, que l’Artillerie foit bien fêrvie.
- Pour les autres Officiers qui fuivent, ou fcaura par leurs noms l’obligation de leurs Charges ; ils font plufieurs en nombre, dont les plus confiderables font
- Les Maréchaux des Logis , qui fixent les departemens.
- Les Officiers Pointeurs, qui mettent les Pièces en Batteries.
- Les Canonniers, qui chargent & tirent les Pièces.
- Les
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- «4 les travaux de mars,
- Les Artificieurs, qui ont le foin des Grenades , des Bombes & d’autres feux d’Artifice.
- Les Capitaines des Mineurs, qui ont le loin d’inftruire & de fournir les Mineurs.
- Le Capitaine general des Chariots, qui fournit les Attelages, les Chariots, les Charrettes & les autres Voitures, pour la conduite des Equipages.
- Les Capiraines des Chariots qui ont le foin que les Charrettes , les Chariots & les autres Voitures foient prêtes pour l’ordre commandé.
- Le Capitaine des Ouvriers, qui commande aux Charpentiers,
- Charrons,
- Maîtres- forgenrs,
- Tonneliers, &aux Tourneurs.
- Les Gardes du Parc.
- Les Déchargeurs ou Sous, gardes.
- Les Contrôleurs.
- LesTreforiers.
- Les Aumôniers.
- Les Chirurgiens, &c.
- De l'Ordonnance des Arfenaux , Cr des Magazjns d'Artillerie.
- L’Arfenal eft d’ordinaire la demeure des principaux Officiers d’Artillerie. Quand les lieux font grands & commodes pour fournir les Eaux neceflaires pour le nettoye-ment du Salpêtre, on y fait les Poudres: mais le plus fou-vent leur principal ufage eft dy fondre l'Artillerie, & d’y forger toute leur ferrure, auffi bien que de faire les Affûts,
- Il doit y avoir dans les Arfenaux plufieur Salles , pour travailler aux Moules, aux Chappes & aux Noyaux des Canons , des Pierriers, des Mortiers, & des Pétards, qui fe font de fonte, Car pour les Boulets & les pièces de Fer, auffi bien que les Pierriers qui en font faits, on les fait aux Forges. Dans
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- OU L’ART DE LA GUERRE. 1:5
- Dans les Salles, qui ne doivent pas être beaucoup éloiguces des precedentes, on y fait les Forges pour fondre les Métaux, & pour couler les Pièces.
- Dans les Salles prochaines de ces derniereson nettoyera les Canons, Sc les autres Pièces, pour les préparera l’épreuve, & enfuite les reparer, rechercher leurs Friles, Moulüres, & tous leurs Ornemens > pour faire enfuite leurs Affûts.
- Frot proche de ces lieux feront les boutiques des Charrons & des Maréchaux, pour faire & ferrer les Affûts, les Chariots, & tout ce quieft neceffaire pour le train de l’Artillerie. Plus bas feront les Magazins, où l’on ferrera les pièces éprouvées, remettant à la fonte celles qui feraient éventées, que l’on pofe-ra fur des Chantiers, ou fur de fortes pièces de bois.
- Enfin on choifira les lieux les plus fecs pour y bâtir des Remi-fes, afin d’y mettre à converties Affûts & les pièces qui feraient montées, de peur que l’eau, la neige &les autres injures du temps ne gâtent & pourriffent tout ce qui eft de bois dans leurs Affûts & Attelages.
- Les Magazins d’x'Vrtillerie demandent auffi un lieufec & ref-ferré, principalement la Chambre où l’on doit mettre les Barriques de poudres car la poudre ne doit pas être répandue en tei reainfi qu’un monceau de bled, non feulement à caufe qu’elle s’amoliiroit s mais parce que tout fon nitre s’évaporerait, & elle deviendrait moite & par monceaux, comme la balliûre du charbon mouillé.
- Un Magazin d’Artillerîe ppur être bien fitué, doit être dans un lieu fort, & qui foit plus fous la puiffance du Gouverneur de ia Place, que fous celle des Habitans : Il doit y avoirquanticé de Salles avec plufîeurs Râteliers, pour attacher & fufpendrc les Corfelers, lesCuirafîès, les Morillons, les piques, &les Hallebardes: carpour lesMoufquets, lesCàrabines, lesFu-lïls, & les Piftolets, ils fe rangent les uns fur les autres.
- Les Salles où l’on met les Cordages, les Mèches, les Toiles cirées, le Cuivre, l’Etain, le plomb, & tous les autres Uften-ciles& Munitions qui fervent pour l’attaque &la défenlèdes Places, doivent être entre les Salles des Armes & celles des Feux d’Artifice, où l’on renferme les Bombes, les Grenades, les Pétards, les Lances à feu, les Boffes, les Gaudrons, & toute autre compoficion fujette au feu.
- Pour les Balles à Canon, elles feront bien dans les Cours, celles d’un même Calibre mifes enfembie, & feparées d’avec celles d’un autre Calibre par une petire Muraille, fur laquelle on écrira le nom du Calibre , pour éviter la confufion des Calibres quand on ferait preflé. H j* Du
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- U6 LES TRAVAUX DE MARS
- Du Salpêtre ou Nitre.
- LE principal Efprit de la compofirion ou la première matière de la Poudre eft de Nitre, communément appelle Salpêtre. Les lieux les plus naturels pour le produire font ceux qui font quelque peu humides, comme font les Caves, les Celliers, lesEftables& les Ecuries, ou l’on met d’ordinaire repofer les Bêtes, lefquelles de leurs urines & fientes engraiflent ces fortes de lieux. Pour bien connoître la terre & les murailles où il y a du Salpêtre, il n*y a qu’à prendre des plâtras ou de la terre de celle où T on le cherche, & en porter fur la langue j fi elle n’y fait point d’acrimonie, c’eit ligne qu il n’y a point de Nitre : mais fi elle pique, & fe trouve un peu falce, c’eft une marque qu’elle en renferme : Celle qui pique le plus, en renferme davantage.
- Pourleparerle Nitre ou Salpêtre delà terre où l’on juge qu’il y en a, il faut métré de cette même terre ou plâtras dans des Cuviers que l’on remplira d’eau, & quand on aura laiifé bien imbiber cette terre ou plâtras, on fera couler l’eau dans des Baflins de cuivre rouge : entoure on la purifiera fur le feu dans des Cuviers aufii de cuivre rouge, & ainfi peu à peu fera tiré le Nitre, & rendu parlait par le moyen du feu.
- Pour rendre le Salpêtre dans là derniere perfection, on le mettra dans une Chaudière de cuivre, & on le dégraiflera en y jettant quelque peu de fotilfre, pour brûler & pour con-fumer toute lagraiflè, prenant le foin de temsen temps de lecumeravec des Cuillères de cuivre.
- Le Salpêtre étant donc purifié par le fea, on en emplira des Baflins de cuivre rouge, pour le laifler refroidir. Cette eau f qui fe congèlera & fe prendra autour des Baflins, comme des rayons d’une gelée rendre, fera le Salpêtre, dont le plus blanc eft le meilleur.
- Lorlqu’on en voudra faire de la Poudre, comme il eft dit dans la page fuivante, on réduira le Salpêtre en poudre, ou en farine en pelant deflus avecun rouleau ou une pièce de bois. De
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- OU L’ART DE LA GUERRE. U»
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- n8 LES TRAVAUX DE MARS,
- De la Compoftion des Poudres > tantfine qu'a Canon,
- LA Poudre eft compofée de Salpêtre, de Soulfre , d’Eau & de Charbon fait de bois de Saule.
- ' Pour faire la Poudre la plus fine, on mer fix parties de Salpêtre fur une de Soulfre, & fur une de Charbon.
- Celle que les Marchands appellent, ordiuairment Poudre fine, qui cft toutefois la féconde , fe fait en mettant cinq parties de Salpêtre fur une de Soulfre, & fur une de Charbon.
- La Poudre commune a feulement fur une partie de Soûl» fte, & fur une de Charbon, quatre parties de Salpêtre.
- ‘Les Poudres dont on fe férvoit en Portugal lorfque j’y étois, tant pour le Canon que pour le reftede l’Artillerie, étoient faites en telle proportion, que pour en faire un Quintal ou cent livres, on avoir mêlé fur foixante & dix-fept livres de Salpêtre, onze livres 8c demie de Soulfre , & onze livres & demie de Charbon. . -
- Toute cette compofltionfe lie avec de l’Eau fîmple, & c’eft de la dépenfè inutile d y mêler de l’Eau de vie , du Vin blanc, & d’autre liqueur ou effence, qui à la longueur des temps étant évaporée, ou prenant vent, l’air enôre tout l’hum ide, & rend le Salpêtre, le Soulfre & le Charbon fans liaifon.
- On fera le mélange du Salpêtre, du Soulfre & du Charbon avec de l’Eau pure; & quand cela fera détrempé, on le battra dans un mortier avec un pilon de bois; s’il y en a quantité, on le battra dans des Moulins , fémblables aux Moulins à huile, ou à papier.
- Pour donner le Grain à la Poudre, on mettra la compo-fïtion dans un Crible fait de parchemin, ou de peau de veau, & percé à petirs trous, félon la groffeur qn’on defire avoir la Poudre. pour cette compofition on fe fervira de deux morceaux de bois; appeliez Chevalets, qui la feront palier, 8c le Grain le formera félon l'ouverture des trou's.
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- i3o LES TRAVAUX DE MARS,
- Des dijfertntes efpece.sde Canon.
- ON affûrc que la Poudre & le Canon ont été inventez dans nôtre Europe environ Pan 13 66. ou 13 75?. dans un petit Village, iitué entre Venifè&Chioggia: mais d’autres Auteurs plus modernes difènt que ce fut fur les côtes de Dancmarc qu’on en fondit les premières Pièces, environ Pan 1415).
- De toutes les differentes efpeces de Pièces d’Artillerie , le Canon eft celle qui tient le premier lieu : il porte un Boulet de 48. livrespefant, avec 24. livres de Poudre de Maga-zin, & un peu plus.
- Le Demi-Canon ou Coulevrinee porte 24.1ivresde Balle. La Bâtarde porte 3 6, livres.
- La Moyenne 24. livres.
- Le Faucon 10. livres.
- Le Fauconneau 5. livres.
- Les autres Pièces qui ne font plus enufâge, 8c dont les volées étoient trop longues pour la difformité des Métaux & des Calibres, ou pour leur trop grande richefîe ou difètte deMetail, étoient le Dragon, le Bafilic, la Sirenne, & une infinité d’autres que le Roi a fait refondre , pour en faire une fonte plus fine &plus riche, comme font lesfui-vantes.
- A, eft une grande Coulevrine extraordinaire, longue de quinze pieds , portant 16. livres de Boulet.
- B, eft un Demi-Canon, portant 24. livres de Balle. C,eft un Canon léger ou un Demi-Canon, portant 24 livres de Boulet.
- Ces Pièces de 24. font les plus ufitées pour faire les Batteries dont on le fert pour l’Attaque de Places.
- Des
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- 33* LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Pièces legeres , ou des Pièces .de Campagne.
- LEs Pièces qui font le plus en ufage pour la Marche des Armées , des Camps- volans , pour les défenfes des Murailles, des Battions, des Cavaliers & des autres lieux où il faut des Pièces legeres & faciles à erre maniées, font les fuivantes.
- A, eft une Coulevrine portant 16. livres de balle.
- B, eft une Coulevrine Bâtarde de io. pieds de long, portant un Boulet de S. livres.
- €, eft une Bâtarde legere de 8. livres.
- D, eft une Piece de Régiment de 4. livres.
- E, eft un Pierrier, purtant un Boulet de 3. livres.
- F, eftlaBoëted’un Pierrier.
- On remarquera, que quand on dit qu’une Piece porte un Boulet de 16. ou de 24. on entend parler que la Balle, qui eftroûjoursdefer&nondeplomb, pefe 16. ou 24. livres.
- Onobferveauflï, autant que faire fe peut, que la charge de la Poudre pefe la moitié de la Balle, oufes deux-tiets.
- Noms
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- L O, la Culafle.
- M N, l’Epaiffeur du Métail à la Culafle.
- S ,1a Lumière.
- O, la Plate-bande avec l’Archet.
- R, le Bouton percé dans Ton milieu.
- i$4 LES TRAVAUX DE MARS,
- Noms Cr Mefures des parties du Canon,
- E que je dirai du Canon, touchant Tes parties & fes orne-mens, fedoicaufli entendre des Coulevrines, des Bâtardes & autresPieces. Et à l’égard de la pefanteur du Métail, on appelle un Marc une demi-livre i & quand on dit, cela pefe 8. Marcs, c’eft-à-dire,4..livres. Cela fuppofé, voici les noms des parties du Canon.
- A B, eft le Diamètre de la Piece.
- C, le Bourlet.
- D E, le Collet.
- F, l’Aftragal.
- G ,1e Renfort.
- HI, le Tourillon.
- L A, la Volée ou l’Ame.
- A M, le Noyau.
- Le Diamètre de laBouche duCanôn eft de fïx poûces,&2.1ignes. Le Diamètre de la Balle fïx poûces.
- Le vent de la Balle deux lignes.
- Les Balles pefent 48. liv. & cela s’appelle le Calibre du Canon. Le Métail eft épais au Collet de 2. poûces, & à la Culafle de fïx. Le Noyau eft long de 9. pieds, & partout d’un même Diamètre. Tout le Canon a un peu plus de dix pieds de long.
- Le Diamètre du Tourillon eft de fïx poûces.
- La Volée eft de cinq pieds & demi.
- Le Renfort eft diftant de la bouche de quatre pieds & demi. L’épaifleur ou hauteur du Bourlet eft de cinq poûces. L’Aftragal eft à demi-pied prés de la bouche.
- Le métail de la Piece pefe envi ron cinq mille fîx cens livres.
- Son Affuft eft long de quatorze pieds, & l’Eflieu de fept.
- Le Canon monté fur fon Axfuft a prés de dix-neuf pieds de long. Sa Charge de Poudre doit pefer la moitié de la Balle ou 24. lïv. Le Canon tire par heure dix coups, & par jour fix-vingt.
- Le Canon tire de point en blanc fix-cens pas.
- Il faut vingt chevaux pour mener un Canon.
- Les Charrettes attelées de 4. chevaux portent 34. Balles de Canon.
- Six Charrettes &24. chevaux fuffifent à traîner les Munitions pour faire tirer un Canon tout un jour.
- Pour le fervice d’un Canon il faut 2. Canonniers > 3. Chargeurs, & 30. Pionniers*
- JDi
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- 13* LES TRAVAUX DE MARS,
- De la Fonte 0 des Alliages du Canon.
- POur bien faire l’Alliage ou Mélangé des Métaux propres à la Fonte des Pièces ci-devant nommées, on mêlera fur cent livres de franc Cuivre douze ou quinze livres de vieil Etain. Dans la Fonte de ces Métaux, appellée Bain, on y peut mêler des morceaux de vieilles Cloches, de Canons, de Mortiers d’E* piciers, de Chauderons , pour en faire un Saumon ou Monceau, afin d’y ajoûter d’autant plus ou moins d’Etain, que le Métail de ce Saumon fera plus ou moii#higre, car plus on met d’Etain dans la Fonte, & plus la Matière en devient aigre & cafTanre.
- Les Ouvriers à qui j’ay vû faire de l’Artillerie à Lisbonne, qui étoient Lorrains & Allemans, faifoient leurs Moules & Chappes en la maniéré fuivante.
- Us piloienr d’abord des tuiles, & de ces tuiles pilées, avec de l’Eau ils en faifoient un certain Ciment ou Mortier, qui leur fervoit à faire leurs Moules.
- Pour faire les Moules à Canon, ils prenoientune piece de bois un peu plus longue que le Canon qu’ils vouloient faire, & ils mettoïent cette piece en chantier fur deux autres pièces de boîs. Usappliquoiefit enfuitetout autour de cette piece de bois du Mortier précèdent, qu’ils faifoient tenir en y mêlant de la Filafîe &des Etoupesî & après cette couche ils en met-toient une autre, faite d’une terre qui s’appelle de Poil, quieft de la terre bien battue & mêlée avec de la fiente de cheval & du poil débourré. Ayant donc garni leurs pièces de bois de cette terre , jufqu’à ce qu’ils euffent attrapé la grofleur du Canon propofé, ils faifoient après furceModelle tous les Embellifîè* mens &fculptures quife font d’ordinaire fur lesBourlets, les Collets, l’Afrragal, la Volée, leDaufin, le Renfort, &la Plate-bande: Exemple A.
- Pour la CulafTe B, ils la faifoient à-part avec tous fes Orne* mens. Mais pour faire laChappe du Moule, qui fait l’ornement du Canon, ils couloient deflusleur Modelle C une couche de Suif fort mince, & couvroient ce Modelle par deflusde la terre précédente, qui recevoit la forme & tous les embellif* femens du Canon, d’où ôtant le Moule, ils y ajoiitoient la CulafTe,qu’ils y lioient avec de forts bandages, tant en longueur, qu’en largeur : Ex. D. Et enfuite ilsportoient cette Chappe au trou delà Fonte, & l’ayant bien mife à plomb, &entou-réedeterre bien battue, ils couvroient le Noyau d’une pâte de charbon, & le mettoient bien à plomb dans la Chappe. Enfin ils y laifloient couler la Fonte, & le Moule étant refroidi, ils y trouvoient leurs Pièces faites félon la dextérité de leur travail.
- Noms
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- *38 LES TRAVAUX DE MARS,
- Noms des differentes parties d'un Affufid* Canon.
- LE Bois le meilleur pour faire les Affufts & les Rouages d’Artillerie eft l’Orme, le Chêne, & le Frêne, chacun coupé dans leur failbn.
- A, eft un Aftuft de Canon, large dans œuvre du côté de la Tête de 13. poûces, & au bout de 18.
- B, font les Flafques, longues de quatorze pieds & demi, épaif.
- lès de demi-pied, & larges d’un pied & huit poûces. C, lesEntre-toifes.
- Dj les Boulons.
- E, l’Effieu.
- F, les Bandes de deflfus.
- G, lés Crochets de retraite.
- H, la Happe.
- I, leJburdelaHulïè.
- K, le Mufeau de l’Effieu.
- L, le Boulon ôc la Lunette.
- M, la Rondelle.
- N, la Cheville de Limon.
- O, le Limon.
- P, le Repos.
- Qv la Huflè de la Cheville de Limon.
- Les Entaillüres O- les Crochets de V Affufi font
- a , le Jour du Tourillon. £,l’Hurtoir.
- c, le Crochet de Rërraite. d , les Chevilles à tête perdue, e, l’Equerre. fy les Goupilles.
- ,1a Bande de deflous.
- ,1e Jour de l’Effieu. i y la Cheville à tête quarrée. 4,1a Bande de defius.
- /,1e Jour du Boulon. m, le Limon. nt le Ragot.
- o, le Jour de la Clavette.
- p, la Bande des Limons.
- q, la Clavette, & la Chaînette.
- r, le Crampon de la Chaînette. sy la Bande du bout d’AfFuft.
- t ,1e Jour du Boulon.
- Noms
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- ;OU L’ART DE LA GUERRE. 13*
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- i4o LES TRAVAUX DE MARS,
- Noms des Rodages & d'autres pièces , fervent k l'ufage du Canon.
- AEft une Roue legere propre à l’ufage des Pièces de Campagne.
- B, les Rais.
- C> lesjentes.
- D, le Moyeu.
- E, les doux.
- F, les Bandes.
- G» les Liens fur Bandes.
- H, les Liens fous Bandes.
- I, les Leviers.
- K, l’Effieu.
- L, lesRouës propres à l’ufâge de la grofle Artillerie.
- M> les Voyes des Roués.
- N, l’Orniere.
- O, la grande & petite Fre'tte.
- P, l’Emboiture.
- Q> le grand & petit coin.
- R, leFronreaudemire.
- SjleFoulloir. >
- T, l’Ecouvillon.
- V, la Lanterne.
- X, le Porte-feu.
- Un Canon étant monté fur Ion Affuft & Rouage, eft élevé de terre environ de trois pieds: les Roues étant ferrées (ont hautes de cinq pieds.
- Du
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- OU L’ART DE LA GUERRE. 141
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- tii LES TRAVAUX DE MARS,
- Du Train ou des Chariots de V Artillerie,
- Apres avoir parlé allez amplement du Canon & de fou AfFuft, j’en reprefenterai ici de tout-armez, montez & équipez, comme font ceux qu’on prépare pour quelques expéditions.
- Le premier, marqué A, eft un Canon armé de toutcc qui lui eft neceflàire pour tirer en campagne.
- B, eft un Combleau, qui tient le Canon ferme à 1*AfFuft. C,leFoulloir.
- D, les Leviers & les Pinces de toutes les maniérés.
- E, les Liens des Leviers,de l’Ecouvillon & du Chargeoir. F, la Hampe ou Manche de l’Ecouvillon.
- G, la Lanterne.
- Le Canon H, garni comme le precedent, âde plus utt Avant-train, marqué I, qui eft fait d’un Effieu& d’une paire de Roues, hautes de trois pieds & demi, fort commodes pour rouler dans le pais fec.
- La Coulevrine K eft pofée fur un Chariot leger , ainfi que font les Chariots qui fervent à conduire l'Artillerie dans une longue route & païs de terre forte.
- Les Roues font hautes de fix à fept pieds, & ne font ferrées quedefîmpleFrette & Bandage.
- Quand l’Artillerie marche en campagne , il n’appartient qu’aux Chargeurs & aux Canonniers de s’afleoir fur le Train de l’Artillerie.
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- OU L’ART DE LA GUERRE. >43
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- 144 LES TRAVAUX DE MARS,
- Des In ^rumens qui fervent a monter Gr k defcendre les Canons de leurs Ajfufls.
- LA Chèvre A 1ère pour guinder ou monter les Canons deflusleurs Affufts, & pour les en defeendre.
- La Chèvre eft haute de douze à quatorze pieds, &doiï être d’un bois de frêne , de chêne, ou d’autre bois forr.
- Elle eft faite de trois pièces de bois, dont il y en a deux qui font jointes enfemble par diverfes travées. Les trois pièces de la Chèvre font jointes en haut par une Cheville de fer, à laquelle eft attachée une Poulie qui fbûtient un Cable, dont l’un des bouts s’attache aux Daufins du Canon, & 1 autre bout au Moulinet de la Chèvre.
- Quand on veut monter ou defeendre le Canon de fou Affuft, il n’y a qu’à tourner le Moulinet de la Chèvre.
- B, eft une Echelle de retraite, quifert avec la Chèvre à monter les Canons fur leurs Affufts, quand ils n’ont point de Daufins.
- C, eft un Criq fortufité pourfoûtenir les Affufts &les Eflieux des Trains d’Artillerie, quand leurs roues font rompues ou quand on les veut charger pour en mettre de nouvel lès.
- D, eft un Quadran ou Quart- de-Cercle, fait de bois ou de cuivre, divilë en quatre-vingt-dix degrez, ou nouante parties. Un de fes Demi-diametres doit être fort long, à fçavoir celui qu’on pofe dans la bouche du Canon. Au Centre de ce Quadran on attache up Fil chargé d’un Plomb, afin de remarquer la diverfe élévation des Pièces , ou les grandeurs des Angles for lefquels on pointe les Canons, félon que l’on eft obligé de prendre de differentes mires.
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- OU L’ART DE LA GUERRE,
- t»/». ni.
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- 146 LES TRAVAUX DE MARS,
- Maniéré de charger le Canon, CT de le pointer avec le Fronteau de mire.
- ON met d’ordinaire pefant de Poudre, la moitié de ce que la Balle pefe, comme à une Piece qui porte un Boulet de 48. livres de fer, on y met 24. livres de Poudre commune : & cela avec la Lanterne du Chargeoir 5 & après avoir tiré le Chargeoir de dedans la Piece, celui qui la charge y mettra le Foulloir pour aftembler la Poudre qni fèroit épar-fe dans la Volée. Après en fe mettant defllis ou à côté de la Piece , il donnera deuxou trois bons coups du Foulloir contre la Poudre, la ferrant bien dans là chambre, cependant que quelqu’un bouchera la lumière de la Piece avec le doigt, fi elle ne le ferme d’un Archet. La Poudre étant donc toute mife dans l’Ame, il pouffera avec le Foulloir un bouchon de Paille, de Foin, oud’Etoupe, contre la Poudre. Après ccîa il nettoyerà avec l’Ecouvillon le refte dé l’Ame, puis ayant enveloppé le Boulet d’un peu d’Etoupe, & l’ayant mis dans la Piece il l’enfoncera avec un bouchon de Foin pour tenir le Boulet en état, & le Canon fera chargé.
- Pour pointer le Canon, on prendra un Fronteau de mire comme le marqué A, qui eft de cuivre ou de bois, taillé félon la rondeur & la grofïeur de la Piece, afin qu’étant mis fur le Collet du Canon B, le Rayon vifiiel B C du Pointeur, en pafîant fur la Plate-bande delà Culafledu Canon, & furie lommet du Fronteau de mire, qui doit égaler les Métaux ou la hauteur delaCulafïê, le Rayon de vûe foit parallèle à la ligne du Niveau de l’Ame du Canon O P, & aille vis-à-vis le But, neanmoins un peu plus haut, àcaufède l’épaiffeur des Métaux.
- Pourvifêrjufte, étant dans une Batterie, il faut commencer à tirer de haut vers le bas, oude basversle hautparpln-ficurs fois, jufqu’àcequ’onaitattrappélebut, afin de con-fèrver avec le Quadran la mire trouvée, pour tirer toujours au même lieu, fi on y eft obligé, en la maniéré fui vante.
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- OU L’ART DE LA GUERRE. .14;
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- i# les travaux de mars,
- Des précautions necejfaires pour pointer le Canon.
- Eux qui fe mêlent de pointer le Canon, doivent fon-
- ger, qu’une Frize, uneBande, plus ou moins épaifle, un Rouage inégal, une fimple tête de clou, font capables de faire tourner l’Affuft, & par conlequent de faire tourner à gauche ou à droit la Piece & la Balle. Après qu’ils auront donc pourvu à ces accidens, ils tâcheront de mettre leurs Pièces horizontalement fur la Plate-forme de leurs Batteries, en mettant les deux Tourillons du Canon juftement parallèles à îâ Plate-forme, que nous foppofons aufli êcre de Niveau.
- Déplus, ilsfçaurontqu’une Balle, en Portant de la bouche du Canon julqu’àfon repos, a deux mouvemens, un violent, & l’autre mixte ou hyperbolique, & que ce n’eft que par le premier mouvement que les Canonniers donnent au but, & que pour tirer ou pour jetter des Bombes, il fè faut fèrvir de tous les deux mouvemens.
- Ce n’eft pas, que quand on fe fert de Canon pour tirer ou battre un lieuqui ferait au de-là du premier mouvement, c’eft-à-dire, environ fix ouTept-cens pas communs, qui eft la portée ordinaire du Canon de point en blanc, on ne puifte fort utilement fe fevir du fécond mouvement, qui porte laBalle avec force juiqu’à plus de douze-cens pas : mais pour y reiiflir il faut fè fervir du Quadran ou du Quart de Cercle, fait comme il a été enfèigné dans les pages précédentes, afin qu’ayant une fois attrapé le But, la Pieceloit pointée félon l’Angle qui aura réglé le coup.
- Des
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- OU L’ART DE LA GUERRE. ï4?
- Des Batteries en general, O" du Tir du Canon.
- UN Canon tiré de deux-cens pas, ou de centtoifes, perce d’ordinaire quinze à dix-fept pieds de terre moyennement raffife, & dix à douze feulement de bonne terre.
- Un coup de Canon tiré dans une terrafle de la diftance de' 2 y o. toifesou environ, ruinera plus de terre, qu’un homme n’en peut reparer avec yo. hottées, l’allant quérir à tfo. toifes de la Brèche. La force du Canon tiré de bas en haut, de haut en bas, & même de niveau, eft égale du côté du Canon j mais au regard du Boulet, du feu & du corps qui reçoit le coup, la force en eft differente : car le boulet tiré de bas en haut porte toujours plus loin , jufqu’à ce qu’il ait atteint quarante-cinq de-grez, ou la moitié du Quart de nonante, ouduQuadran.
- L«s coups tirez au niveau de l’Ame, ou horizontalement, font les plus courts, & fervent d’ordinaire dans les Battailles rangées , a emboucher l’Artillerie des Ennemis, & à favorifer les Tranchées & les Boyaux du Siégé.
- Les coups tirez de haut en bas ne fervent qu’à plonger fur l’Artillerie des Affiegeans, & à rompre leursAfriifts, ou à mettre le feu aux Poudres.
- Mille coups tirez avec dix Canons ruinent plus de terrain que 15 oo. coups tirez avec cinq Canons.
- Il y a trois fortes de Batteries, d’Elevées, à Niveau, &; d’Enterrées.
- Les Batteries élevées fervent à découvrir & foudroyer dans les Travaux.
- Les Batteries qui fe font fur le niveau de la campagne, facilitent les Tranchées.
- Les Batteries enterrées ruinent les Edifices & les défenfes des Places.
- Pour battre les Courtines on fait trois Batteries , une de fronr, & deux à côté, appelléesCamarade, & toutes tirent au même endroit.
- Pour Lire Brèche à la pointe d’unBaftion, on tire par Camarade. Pour faire Brèche dans le Pan d’un Baftion , on fait . des Batteries croifées, dont Tune tire aux Défenfes de la Ville , & les autres au Pan du Baftion.
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- xSo LES TRAVAUX DE MARS*
- jManiere de métré le feu aux Canons^ O* de les . rafraîchir.
- POur bien mettre le feu au Canon, il faut que le Canonnier tienne de la main droite le Porte-feu bien allumé, & qu’il ait le dos tourné du côté de la Volée de la Piece, & le vifàgedu côté de fon Commandant, afin qu’il foittoujours preft de mettre le feu au Canon, & qu’aprés qu’il y aura mis le feu, en faifànt un demi-tour à gauche fur le pied gauche, il fbit dégage du Recul de la Piece , de en état de U remettre en Batterie: Exemple A.
- Le plus grand foin que les Commiflaires d*Artillerie & les Canonniers doivent avoir, une Piece étant en Batterie, c’eft dé la rafïraîchir, principalement quand on eft obligé de s’en fervir de nuit & de jour pendant quelque temps. En effet c’eft par le raffraîchiflement qu’on empêche que les Pièces étant échauffées ne s’éventent 5 ounefe caflent, comme elles le feroient, fi l’on tiroir inceflàmment,ainfi que l’expe-rience le montre.
- Le plus grand nombre des coups qu’on peut tirer d’une piece de vingt-quatre, félon l’experience qu’on a faite dans les derniers Sieges, va tout au plus à dix coups par heure, & au bout de trente coups, ou de trois heures, ilfautlaifïêrre-pofèr la Piece une heure, ou la raffrâîchir en la maniéré luivante.
- On raffraîchit une Piece en bouchant la lumière, & en mettant de l’Eau dans la Volée, la levant un peu, en abaif-fant la Culafle. Ou plus commodément, on enveloppe le Canon avec des peaux de mouton, dont la laine porte contre la Piece. Mais quand on a du Vinaigre, il n’y a rien défi bon pour raffraîchir une Piece de fonte promptement, mêlant deux pintes de Vinaigre avec quatre pintes d’Eau, que l’on mettra dans la Volée.
- Des
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- OU LART DE LA GUERRE ijr
- K 4
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- i5» LES TRAVAUX DE MARS;
- Des differentes Efpecesde Canon. (
- LA Piece la plus longue de toutes celles que j’ay vues, eft une qui eft dans le Château de faintGiao de la Barre de Lisbonne, ayant en longueur 22. pieds Géométriques, tirant des Boulets de quatre-vingt dix , ou cent livres de fer, avec 60. livres de poudre. Par Teflai qu’en a fait foire le Roi Dom Sebaftien à Alcantre , il s’eft trouvé qu’elle porte en mire commune 1600. pas.
- Lorfque j’étois à Eftremos, on y envoya de Lisbonne deux Pièces qu’on y avoit fondues, foites comme la marquée A
- Ces Pièces tirent 24. livres de fer , avec 10. livres de poudre. Elles ont en longueur un pied & demi, & au bout & à la place de l’Ame eft un Globe d’un demi-pied de Diamètre , au bout duquel eft la Lumière marquée B. L’avantage & le defovantage de cette Piece eft , qu’elle le charge & décharge avec le bras, fans neceffité d’Ecouvillon, deFoulloir, & d’autres Inftrumens fer vans à charger f Artillerie.
- Ces Pièces font commodes pour être portées en toutes fortes de lieux , deux Mulets pouvant en porter une en Brancard ; & leurs Affufts, faits comme ceux des Vai£ tèaux, par deux autres Mulets : mais il fout entourer & enfermer leurs Tourillons comme ceux des Mortiers, par de forts Bandages de fer* car celles que j’ay vû tirer, font un grand fracas, & outre qu’elles reculent deux fois plus que les Pièces ordinaires, c’eft qu’elles fe tournent dans leurs Aftufts 8c les rompent, fi elles n’y font fortement arrêtées.
- Des
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- ij4 LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Pierriers.
- LEs Pierriers marquez A, font de fer. Ceux-là fervent le plusfouvent aux petits Vaifleaux des Marchands, qui à faute de Canon fe fervent de Pierriers, pour tirer fur les Barques de leurs Ennemis, quand elles viennent à l’abordage.
- Pour les Pierriers de fonte, ils (ont d’un grande fervice dans les Châteaux & dans les petites Places, où l’on ne peut fefervir d’Artillerie, {oit parce que les Terrç-plainsyfont trop petits & trop étroits pour le recul des AfFufts communs, ou que par faute de Munitions on ne peut tirer tous les coups qui lèroient neceflairesj ou enfin parce que le lieu attaqué étant fort élevé, & les Ennemis fort proches, on ne peut affez faire plonger l’Artillerie de la Place, pour tirer où ils fe font logez. J’ay vû quantité de ces Pierriers de fonte fur les murailles du Château de Villa-Vifoza, qui fervirent meyveilleuiement aux Portugais à tirer des Mailles de chaînes, des Cloux, des Cailloux, & de toutes autres chofes de cette nature contre les Efpagnois,qui étoient au pieddes Murailles , lorfqu’ils affiegeoint la Place, qu’ils ne prirent point.
- Quand on veut charger un Pierrier, on met dans fa Volée par le derrière la Balle, les Pierres, ou les Ferrailles, qu’on y veut mettre, & enfuitè une Boette faite de fer ou de bronze, comme la marquée C, qu’on remplit degrofle poudre, afin qu’en la ferrant par derrière avec une Cheville de fer, le Pierrier foitpreft à tirer.
- Quand on voudra tirer le Pierrier, il doit être polé fur un Pivot qui tienne àfes deux Tourillons, comme eft le marqué D. On le tiendra delà main gauche par derrière, pour l’élever, le tourner, ôci’abaifitr jufqu’à la mire où on le veut tirer, & mettant le feu de la main droite à la Boëte du Pierrier, il fera alors effet ; de forte qu’ayant beaucoup de Boëtes chargées, on tirera cinq fois plus de coups qu’avec d’autres Pièces, fans qu’il s’échauffe fi facilement que les autres Pièces d’Artillerie 9 àcaufe qu’il a de l’air par les deux bouts. Des
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- OU L’ART DE LA GUERRE, ijs
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- 15* LES TRAVAUX DÊ MARS,
- Des Mortiers Gr des Bombes, avec la forme de leurs Affujls.
- TE ne parlerai point ici de l’Alliage 8c de la Fonte des Mortiers, puifqu’ils le font de la même matière que celle des Canons , toute leur différence étant feulîraent en leur forme & en leur ufàge: les Canons fèrvans à poufler des Boulets, & les Mortiers à élever, ou à jetter des Bombes. La forme d’un Mortier eft reptefèntée par la lettre A, & fou Profil par la lettre B.
- Noms des Parties d'un Mortier.
- C D, eft l’Ame d’un Mortier.
- E, eftfbnBourler.
- D, eft le Fond de l’Ame.
- F, la Volée.
- G, les Tourillons.
- H, le Renfort.
- I, laCulaflê.
- K, la Lumière.
- La Bombe L eft de fer, toujours de figure ronde, avec une Lumière proche defes deux Ailles. Dans cette Lumière on met uneFuféeM remplie de Poudre, de Benjoin 6c de Charbon de Saulx , le tout mêlé enfemble avec de l’Huile dePetrol, afin d’aïentir la Poudre de cette Fufée, & empêcher qu’elle ne donne le feu à la Poudre de la Bombe auffi-tôt que le feu feroit mis à la Fulëe : Exemple N.
- La grofteur des Bombes eft indéterminée} mais il faut qu elle entre & forte du Mortier avec une grande facilité, y ayant pour le moins deuxpoûces devuidede tous les cotez du Mortier, & ce vuide fe remplit de terre.
- L’Affuft des Mortiers eft fait comme le marqué O, monté fur quatre petites Roues, faites chacune d’une feule piece.
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- OU L’ART DE LA GUERRE. 157
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- 15S LES TRAVAUX DE MARS*
- Maniéré de mettre le feu aux Mortiers ,
- CT' aux Bombes.
- POur bien pointer les Mortiers, &par confequent fefer-vir utilement des Bombes, il faut fçavoir, que la Bombe a trois fortes de mouvemens, depuis la fortie de fon Mortier juiqu’à ce qu’elle arrive au lieu defiré. Le premier eft le mouvement violent ou d’expulfîon, qui portera Bombe plus haut que le lieu à toucher : le fécond mouvement eft mixte > qui eft celui de l’éloignement ; & enfin le dernier eft celui de la chu:e. Il eft à remarquer dans tous ces trois mouvemens, que l’impreflïon de la Poudre s’anéantit d’autant plus, que la Bombe s’éloigne du Mortier.
- Pour bien pointer un Mortier , on pofera un côté du Quart-de-Cercle fur le Métail de la Bouche du Mortier, comme le montre la figure A, afin de remarquer, fi dans cette forte d’élévation, qu’on a crû être raifonnable pour porter la Bombe jufqu’au lieu defiré, on ne s’eft point trompé; car fi la Bombe a pafle defius le lieu remarqué* c’eft figne que le Mortier eft trop bas, & qu’il lui faut donner plus d’élévation. Si la Bombe eft tombée entre le Mortier év'le lieu à brûler, c’eft une marque que le Mortier a trop d’élévation , & qu’il lui en faut donner moins. Et ainfi raifonnant fur le trop ou le trop peu de hauteur, on ne man-quera jamais ( en confèrvant toûjours également la Plateforme du Mortier) de donner au but après deux ou trois coups d’experience.
- Pour mettre le feu au Mortier & à la Bombe, le Canonnier divifera la Mèche de fon Porte-feu en deux, &al-iumera premièrement de fa main droite la Fuie de la Bombe, & enfuite de fit main gauche il mettra le feu à la Lumière du Mortier, qui failant fon effet, chaftera la Bombe en l’air j & alors on remarquera fi elle a été plus ou moins loin que le lieu où l’on vife.
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- Du Pétard, Crdela manière qu'il faut, le charger.
- IL Te fait fort peu d’entreprifes où l’on ne fe> ferve du Pétard , étant tout-à-fait neceflàire pour rompre les Portes, le? Barrières, les Chaînes, & tout ce qui peut faire obftacle dans une SurpriCe.
- La figure A reprelènte un Pétard, Sc la lettre B fon Profil. Le Métail d’un Pétard eftfait de P Alliage de Rofette ou de Cuivre rouge, avec de l’Etain & un peu de Léton ou Cuivre jaune; comme par exemple fur douze livres de Rofette on y mêle une livre de Léton, & une moitié d’Etain.
- Noms des parties d'un Pétard.
- 4 C, le Collet.
- D, leBourlet.
- I, l’Anfe.
- F, la Lumière.
- E, laCulafle.
- Le Madrier G eft unegrolîe piece de bois, dans laquelle on fait une EntaillûreH, pour recevoir la Bouche du Pétard. Quand le pois du Madrier n’eft pas allez fort, on le double de lames de fer.
- Pour charger le Pétard, on Tâchera en battant la Pondre qu’on mettra dedans ( qui doit être de la plus fine ) de ne la point égrener; & quand l’on y en aura fait entrer une fois& demie autant qu’il en peut tenir fans qu’elle foit battue, le Pétard alors fera bien chargé. Enluite de la Poudre on mettra un Feurre par defliis, & un Tranchoir de bois, & l’on rem-plira le reftedu Pétard de cire jaune, ou de Poix Grecque, couvrant le tout d’une Toile cirée, pour l’attacher par fon Collet ou parles Anles contre le Madrier, ainfi que le repre-fênte la figure L.
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- Tom. ML
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- Maniéré defe.fervir du Pétard.
- LEs lieux que l'on veut petarder font acceffiblesou non. Ceux qui font acceffibles étanr les plus aifez à petarder, fontauffi fou vent les plus dangereux pour les Petardiers, i caufe que l’on met d’ordinaireïes meilleurs Corps-de-Garde$ du côté où Ton craint plus la furprife.
- Pour attacher le Pétard au lieu où Ton peut approcher , on fera provifion de Tirefonds, comme les marquez A, & de gros Crochets, comme celui de B: puis on fichera un ou plufieurs de ces Tirefonds ou de ces Crochets dans U Porte, la Barrière, la Bafcule, ou autre lieu qu'on veut petarder, aufquels on attachera le Pétard en telle forte que fbn Madrier batte bien contre la Porte ; car plus le Madrier y eft joint, plus il y fait d’effet: Exemple C.
- Mais fi le lieu étoit inacceflible, comme font les Ponts-levis quand ils font levez , alors pour pofer le Pétard contre, on fe iervira de la Flèche D, au bout de laquelle on attachera un Pétard, & on mettra une Fufée proche de la Lumière du Pétard, ou tout le long de la Flèche, afin qu'étant allumée, elle mette le feu au Pétard : Exemple G.
- Mais lorfquélc Pont-levis eft levé, & qu'il ne joint pas bien à la Porte, on fe fèrvira du Pont E, au bout duquel on attachera un Pétard, & pouiîant ce Pont contre le Pont-levis, ilfe tiendra ferme par fèsdeux pointes F, &lePetar-dier pourra en toute affurance mettre le feu au Pétard, & même à la faveur de ce Pont il peut encore petarder les Portes qui font derrière le Pont-levis.
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- Des Grenades.
- LEs Grenades A font fort ufitées dans les Entreprîtes , pour faire lâcher le pied à ceux qui font à la défenfe des Barricades, & des Retranchemens faits dans des lieux étroits.
- Là Grenade n’eft autre chofe qu’une Balle de métail ou de fer, creufe & remplie de Poudre fine, qui étant allumée, brife & rompt en morceaux le métail dont elle eft compofée, agiflànt mr ceux qui fe rencontrent proche de fachûte, qui font obligez d’abandonner le Polie, s’ils ne veulent s’expofer à perdre les jambes.
- La Grenade doit avoir dans fa Lumière une petite Fufée remplie de la même compofition que celle des Fufées de Bombes, afin que la Grenade ne crève point dans la main du Grenadier 5 comme il n’arrive que trop fouventàceux qui négligent cette Fufée, qui fe trouvent auffi-tôt eftro-piez de leurs mains qu’ils ont mis le feu à la Grenade.
- La Figure B montre la pofture que doit tenir celui qui jette la Grenade, afin que par un feul mouvement & dans un inftant, tournant le dos vers le lieu où il la veut jetter , il agifle plus promptement ; car dans toute autre pofture il faudrait pour le moins deux outrais temps pour la jetter, ce qui teroit dommageableau Grenadier.
- On fait auffi des Grenades de Carton, & deFer- blanc, qui fervent à rnertre le feu dans les Magazins des Poudres, & autres lieux fufcepribles du feu. Dans les forties , les Afïiegez s’en fervent fort utilement pour jetter dans les Batteries pour mettre le feu aux Poudres * ou pour confumer les Parapets & les Travaux qui font faits de Laines , de Futailles, de Sauciflons, ou deFafcinés.
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- Delà Compofitiondes Pots-à-feu^ desBojfes^ G*des Balles-k-feu,
- POur faire les Pots-à-feu A, on prend une Grenade de fer chargée comme il a été dit cy-devant.
- On la renferme dans un Pot de tetre, qu*on remplit de fine Poudre, jüfqu’à ce que la Grenade en foit toute couverte i puis on couvre ce Pot d’un morceau de Parchemin ou de Peau de Mouton, & par deflus on met deux bouts de Mèche en croix, oh mettant le feu & jettant le Pot avec une Anfe, qu’on y fait d’une Mèche, vers le lieu qu’on veut endommager, ce Pot venant à tomber & à le cafter, la Poudre du Pot ne manquera pas de prendre feu, & de brûler tout ce qui fe rencontrera à l’entour, 8c même de mettre le feu à la Grenade, qui ne doit point avoir de Fufée » pour faire fon execution plus promptement.
- LesBalles-à-feu B font de la même grofteur que les Grenades ; leur mixrion eft de Salpêtre, de Poudre pilée, de Soulfre , de Camphre 6c de Borax, le tout humeéfcé d’huile dePetrol, & en fuite détrempé dans delà Poix noire, de la Cire neuve, de la Colophone, & du Suif de Mouton, bien bouillis enlèmble pour en faire une Balle , qu’on couvre d’Etoupe 6c d’une feiiille de Papier brouillard, pour ne point tenir aux mains.
- Pour fèfervir de ces Balles, & pour y mettre le feu, on fait un trou dedans avec un poinçon , & ce trou eft rempli d’une amorce lente, afin qu’y mettant le feu, elle puiBe peu à peu allumer la Balle, qui enfùite éclairera 6c mettra auffi le feu h ce qu’elle touchera.
- Les BoftèsCfont de grofles Bouteilles rondes ou quar-rées d’un verre fort mince, où il peut tenir quatre ou cinq livres de Poudre. On attache au gouleaude ces Boflcs plusieurs bouts de Mèche, que l’on allume avant que de jetter lesBoffes fur ce que l’on veut brûler, où lesBoftes venans àfè fracafler, les Mèches allumées mettent le feu à la Poudre, & Ion voit l’effet que l’on s’étoit propofé. Des
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- Des Dards, des Gouldrons, des Flèches kfeu9 des Barriques foudroyantes i des Flambeaux à feu.
- LEs Dards-à-feu marquez A, ont leurs Baguettes longues de quatre ou cinq pieds. Ces Dards fe jettent pour découvrir les Travailleurs des Affiegeans dans le plus fort de l’obfcurité. Les Boulets ou les Sachets B de ces Lances doivent être pleins d’Etoiipe, trempée dans de la Cire neuve fondue & de la Te-rebenthine, mêlée avec de la Poudre de Soulfre bien pulverifée. Pour bien joindre cette mixtion, on y mêlera de l’huile dePetroI.
- Quand on voudra darder ou jetter ces Dards, on metrrale feu aux deux bouts de la Mèche, qui doivent être de la même compolïtion. Il eft difficile defe bienfervir en ces Pais de ces Dards, où l’on n’eft pas accoûtumé à darder ; nonphisquedes Flèches C, qui font faites de la même manière, & qu’on jette avec des Arbaleftes.
- Les Gouldrons D font de petites Fafcine^, trempées dans de la Poix noire, de la Cire neuve & de la Colophone. Ils fervent à mettre le feu aux Traverfés, aux Galleries & aux Fafcines.
- Les Barriques à feu E font fort en ufage pour être jettées dans les Brèches, principalement quand 1* Affiegeant y fait quelque logement, ou qu’il fe veut épauler avec des Fafcines, des Ais, ou autre matière combuftible.
- L’on fait d’ordinaire les Barriques foudroyantes de Gabions, de Futailles, de Quarteaux & de Demi-quart eaux , qu’on remplit de Filaffe trempée dans de la Colophone, delaTe-rebenthine, de la Poix noire, de l’huile de Petrol, & mêlée avec tout ce qui peut prendre feu, mettant dedans des Grenades, des Pots-à*feu, & tout ce qui peut brûler Bc faire du mal aux Ennemis, & embrafer leurs logemens, fuppofant qu’ils foient faits de mati eres combuftibles.
- Le Flambeau F eft fait de deux morceaux de Natte attachez enfemble en forme de croix, trempée dans de laCiçenenve, de la Colophone & de la Poix noire. On s’en fert de nuit pour découvrir les Travailleurs dfrl’Ennemi.
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- Chapitre IX.
- De la Marche & de la Conduite des Troupes.
- Prcs avoir parlé allez amplement de l’Infanterie, de la Cavalerie, & de l’Artillerie, il me femble
- JL JL qu’il eft à-propos d’unir ici ces trois Corps enfem-ble, pour en former celui d’une Armée, & d’expliquer les précautions que doit prendre un General qui a ordre de la commander , quand il eft obligé de la faire palier au travers des Etats de Ion Souverain, ou dans les terres de lès Ennemis , foit par un Pais couvert, ou dans des Plaines, par des Défilez, ou par un Pais de Montagnes, &c.
- Pour parler avec quelque ordre de tous ces differenslu-jets, il faut traiter auparavant des Officiers generaux , afin que fçachant ce qui appartient à leurs Charges, on remarque plus facilement ce qui eft de leur devoir, dans la Conduire des Troupes,
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- Du General eC Armée.
- T Ont ce que j’ay dit dans les Chapitres précedens touchant la naiflance & la bravoure des Premiers Officiers d’infanterie, de Cavalerie, &d’Artillerie, fe doit trouver éminemment dans le General d’Armée. Il eft certain, que fi la naiflance eft illuftre, elle lui attirera plus de refped & plus d’obeïflànce : Outre cét avantage il doit être vigoureux & brave de fa perfbnne, & avoir l’ame naturellement portée aux grandes entreprîtes, aimant la gloire , & ayant de laver-fion pour les flatteries, qui ne font qu’amollir les plus grands Capitaines. Le zélé pour fbn Souverain doit être fa qualité dominante. Il doit être adroit à manier l’efprit d’un Efpion, & ne doit rien négliger pour en avoir un grand nombre, principalement de ceux qui font doubles , & qui naturellement ont plus d’inclination pour lui que pour le parti de fbn Ennemi. Il doit être vigilant, & intrépide dans les dangers, & ne fe laifler jamais aveugler aux profperitez. Enfin il doit aimer lajuftice, & écouter favorablement les Bourgeois & les Païfans mal-traitez, & doit donner des marques de là juftice & de fà libéralité j mais fùrtout fe faire aimer des Officiers & des Soldats de fbn Armée, qui eft un point eflèntiel de fa Charge, aufii- bien que celui de les bien com* mander.
- Des Lieutenans Generaux.
- Le Roi ne donne ces Charges qu a des Officiers d’une bravoure & d’un mérité extraordinaire, qui pour leur fidelité fe font faits diftinguer dans tous les Emplois qu’il leur a confiez. Ils tiennent le fécond rang apres le General.
- Le nombre des Lieutenans generaux n’eft point fixé, il dépend delavolonrédu Roi, qui en fait plus ou moins, félon que fes Armées font plus ou moins nombreufes.
- Les principales fonctions des Lieutenans generaux font, d’être auprès du General, pour joindre leurs avis aux Cens, & en même temps pour executer fes Ordres, foit
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- OU L’ART DE LA GUERRE. m qu’il les employé à commander des Corps de Cavalerie ou d'infanterie, ou qu’il leur donne la conduite des Convois, ou le Commandement des' Camps-volans & des Corps d’Armée. Dans un jour de Bataille les Lieutenans generaux: commandent les Ailes de l’Armée; & dans les Sieges ils ont le foin des Attaques. Il y en atoûjours un dans la Tranchée, que l’on nomme Lieutenant general de jour , àcau-fêqu’alternativement durant l’efpace de vingt-quatre heures, chacun a l'œil fur tout ce qu’il faut faire pour hâter la prifë de la Place.
- Des Maréchaux de Camp.
- • L’on ne donne les Charges de Maréchaux de Camp qu’à des Officiers confommez dans le fervice, & qui ont une longue expérience de la conduite des Troupes, & de la maniéré de les faire camper. En effec, le principal emploi d’un Maréchal de Camp eft , dans les Marches de re-connoître les Défilez, & d’aller avec lè Maréchal des Logis de l’Armée, & avec les principaux Ingénieurs, recon-noître le terrain où l’Armée doit venir coucher, & remarquer foigneufemeut fi ce terrain eft d’une étendue commode à la loger, s’il y a de l’eau & du bois fuffifàmment $ car pour peu qu’il y manque quelqu’une de ces chofes , principalement dans les faifbns avancées , il faut cherher un terrain où on les puifle mieux trouver. Apres que les Maréchaux de Camp ont déterminé retendue & la forme du Camp , ils ont loin d’aller pofèr la grande Garde dans un Pofte avantageux à une demi-lieue ou environ du Camp du côté des Ennemis, fi on en craint. C’eft à eux à voir loger les Troupes , & à les voir partir: ce qui demande un homme infatigable» . & qui {bit le premier & le dernier I cheval.
- Le nombre des Maréchaux de Camp n’eft point limité, il y en a plus ou moins félon la force de l’Armée. Ils vont tous les foirs prendre l’ordre du General , pour lçavoic cë qu’ils auront à faire datas le jour fuivanr.
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- Des Brigadiers de P Armée, de leurs Brigades.
- Sous le nom de Brigade on entend parler d’un Corps de Troupes foit de Cavalerie ou d’infanterie : Celui qui a la Charge de commander un de ces Corps ou Brigades, s’appelle Brigadier.
- Il yaplufîeurs fortes de Brigadiers, mais ici je ne parlerai que des Brigadiers de l’Armée, qui font ceux qui ont le Commandement fur la quatrième partie de toute la Cavalerie, ou de toute l’Infanterie. Ces Officiers-là doivent fçavoir le métier de la Guerre, & il leur eft avantageux d’avoir autrefoiscomman-dé quelques Regimens, afin de fçavoir conduire à propos leurs Brigades par tout où le General leur commandera.
- Le Porte des Brigadiers eft à la tête de leurs Brigades.
- Dans chaque Brigade il y a un Major particulier.
- On remarquera ici, qu’on pofe toû jours un Corps-de-garde à la principale porte de la demeure du General * des Lieutenàns generaux & des Brigadiers de l’Armée.
- Des Aides de Camp.
- Les Aides de Camp des Generaux, des Lieutenàns generaux , &c. font d’ordinaire de jeunes gens de qualité, qui vou-ïans de bonne heure apprendre le métier de la Guerre, oufe faire connoître desTroapes, prennent cét emploi, qui dans une Bataille les oblige d’être prefqüe toûjours à cheval auprès de leur Commandant, pour porter fes ordres où bon lui femble; ce qu’ils doivent faire dans les propres termes'qu’ils les ont reçus, parlant toûjours aux Officiers à qui ils les portent, avec une honnêteté qui puifle marquer le lieu de leur naiflànce.
- Dh Major general.
- Cette Charge demande uneperfonne d’cxperience & de détail , qui fçache s’énoncer nettement, & expliquer au General ( chez qui il a entrée à toute heure ) la force de chaque Brigade , l’état des Regimens en particulier, & les divers incidens qui arriuent dans les Troupes. Sa principale fonâion eft d’aller tous les foirs prendre l’ordre du General, ou en fon abfence du Lieutenant general qui eft de jour, pour le diftribuer ponéluelle-ment aux Majors des Brigades de l’Armée : enfin le Major general eft fur toute l’Armée, eequ’eft un Major particulier dans un Régiment.
- Du Maréchal des Logis de V Armée.
- L’Officier qui exerce cette Charge doit être une perfonne fça-vante dans les Mathématiques, principalement dans la Geogra-
- phie,
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- phie , & dans la Geometrie : car par la première de ces Sciences il fçaura tous les noms & la fituation des Défilez , des Chemins, des Villages, des Bourgs & d'autres lieux par où l’Armée doit palier pour venir loger au lien qu’on lui deltine ; & par la Geometrie il distribuera précisément aux Maréchaux des Lo* gis de chaque Régiment leterrrain que chacun de leurs Regi-mens doit occuper, proportionné à celui où l’on veut que loge l'Armée. C’eft à lui à marquer le Quartier du Roi, le Parc de l’Artillerie, le Quartier des Vivres> & la Place de l’Hofpiral.
- Il va tous les jours recevoir l’ordre du General, pourfçavoir ee qu'il a à faire pour le jour lutvant.
- Des Ingénieurs.
- Sous le nom d'Ingenieur on renferme d’ordinaire les perfon-nes qui ont infpection fur la Maçonnerie des Places, que le Roi feit bâtir, fur la compofition des Feux d’Artifice, & fur la conduite des Travaux d'un Siégé. Mais on regarde comme de véritables Ingénieurs ceux qui accompagnent une Armée, foit dans les Batailles, ou dans lesSieges. Ceux-cy doivent avoir autant de courage que de prudence, puifqu'ils font les premiers à planter le Piquet à découvert devant les Villes a (figées pour tracer la Tranchée, pour marquer lelieudesPlaces-d’Armes, & l'endroit où l'on doit conftruire les Batteries & les Redoutes, pour accompagner les Dragons quand il faut rompre & franchir une Paliffade, faire un logement fur la tête d’un Glacis ou fur une Cotitréfcarpe, pôut* paffer un Fofîé fec ou plein d’eau, pour conduire une Mine, pour fe retrancher au pied ou fur la tête d'une Brèche, &c. ce qui nefe fait pas fans grand péril j auffi •nt-ils l’honneur d'être appeliez quelquefois dans le Confeil du General, & de recevoir l’ordre de lui ou du Lieutenant general qui eft de. jour.
- Du Capitaine des Guides.
- La Charge de Capitaine des Guides demande une perfonne qui fçache la Carte & plufieurs langues, qui, fans avoir égard à la dépenfe, ait toujours auprès de lui un bon nombre de gens fidèles pour conduire l'Armée quand elle marche de nuit,ou pour accompagner les Partis, les Convois, les Dérachems, l’Artillerie & lesBagages,qui fe pourraient égarer faute de Conducteurs.
- Pour ce qui eft des Charges deslntendans, dcsCommiflat-res, & des Treforiers des Guerres, étans plus des Finances que de la Guerre, je m’abftiendrai d’en traiter ici, au (fi bien que des Commiffaires des Vivres.
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- Du Confôldu General*
- A Prés que le General aura reçû les ordres de Ton Souverain, écrits & contrefignez du Secrétaire des Guerres , le General s'attachera à (iiivre ces ordres de point en point: Et afin d’y mieux reüffir , & de ne point donner prifeà lès Ennemis jaloux de fa gloire, il doit avoir un Livre Journal , dans lequel il fera écrire par lôn premier Secrétaire tous les Ordres, les Lettres, & les Réponfes qu’il aura reçûs ou donnez, afin d'être toujours en état de rendre compte à fon Prince dé fes déportemens.
- Le General fçachant donc en quel lieu il doit porter la Guerre, & fi ceft feulement pour entrer dans le Païs ennemi, ou pour faire diverfion deleiirsTroupes, ou fi c’eft en effet pour aflieger une Place, pour enlever quelques Poftes , ou bien pour chercher l’Ennemi & donner Bataille; il tiendra Confeil fur ces diverfes occurrences, 6c y appellera les principaux Officiers de la Cavalerie, de l’Infanterie 6c de l’Artillerie, avec le Commiflaire General des Vivres, afin qu’ils déterminent entr’eux les Journées de leur Marche, 6c les Etapes. de leur Route.
- Dans ce Confeil, où l’on traite delà fèureté de l’Armée pour arriver au lieu propofé, on parlera de la qualité du païs, fçavoir s’il eft commode pour la Marche de la Cavalerie, ou plus favorable pour l’Infanterie, ou fi ces deux Corps peuvent marcher enfemble. Enfin on y traitera du Charroi, & le General de 1* Artillerie avec le Commiflaire des Vivres feront voir l’avantage ou l’incommodité du Païs pour la conduite du Canon, des Vivres 6c des Bagages de l’Armée; afin que les uns & les autres prennent, fur le refulrat qui en fera fait, les mefures neccffairespour executer les ordres du Souverain.
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- Des Ordres du General.
- LE General ayant reçu de fon Souverain l’ordre de partir à un jour nommé, ou l’ayant refolu dans fon Con-feil* il doit écrire aux principaux Officiers , qui ne fefont pas. trouvez au Confeil general. Et comme c’eft la coutume que les Ennemis entretiennent toûjours des Efpions dans les Villes capitales, & dans la Place où demeure le General, il envoyera fes lettres par des moyens cachez & extraordinaires, afin que ceux qui éclairent fesa&ionsfoient trompez} ce. que le General ne peut mieux faire, qu’en feignant d’être malade, pour avoir tout loifîr de faire écrire fes lettres. Il commencera à les envoyer à ceux qui font les plus éloignez de luy , 6c du lieu où il a refolu d’aller} ce qui leur donnera moyen d’arriver au Rendez-vou9, auffi-tôt que ceux qui en fontfort proches, à qui le General ne doit faire fçavokr fapenféequedans les demiefs jours;
- Quatre ou cinq jours avant que le General doive partit,, il fera courir un bruit, qu’il veut faire quelque partie de chaf-foen un lieu qui foit éloigné de la route que doit tenir fba Armée. Cette feinte, ou quelqu’autre de cette nature, em-barrafîe les Efpions, principalement quand ils voyent qu’il y a delà vrai-femblance. La veille du jour que le General doit partir, il fera avertir, àl’o'rdre, que les Troupes qui font à l’entour de lui, fè trouvent le lendemain fous, leurs Drapeaux, afin de marcher félon leùf ordres.
- Les Generaux d’Artillerie & les Commiflaires des Vivres font ceux, qui reçoivent les premiers les ordres , afin d’avoir du temps à faire leurs provisions fans bruit, &à fourniries Magazins, d’où l’Armée doit tirer fes rafr.uehiilemens: 8$ c’eft ce qui les doit obliger à tenir leur ordre foct ieeret.-
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- ï78 LES TRAVAUX DE MARS*
- Du Rendcz.-vous de /’ Armée.
- LE Rendez-vous d’une Armée eft un certain lieu, que le General choifit, ou qui lui eft preferit par iesordres de ion Prince, où tous les Regimens qui doivent compoferle Corps de fon Armée, fe doivent rendre au jour qu’il leur a déterminé; nonobftant les vents, les pkiyes, les neiges, les froidures & autres injures du temps.
- Le Rendez-vous doit être un lieu commode, non feulement pour recevoir & pour loger l’Armée ; mais auffi pour y fournir4es Vivres, & toutes autres chofes neceflaires : c’cft pourquoi il fe doit toûjours faire proche quelques Places muées fur une Ri viere, afin de fournir les eaux neceflaires, tant à la Cavalerie, qu’à l’Infanterie.
- Quand le Rendez-vous de l’Armée fe fait dans quelque Ville, & qu’on n’y veut feulement que paflër la nuit, le meilleur pour les Habitans& pour l’Armée eft de camper au de» hors des Murailles, donnant feulement permiffion à quelques Cavaliers & Fantaffins, de venir acheter des vivres peut leurs Camarades.
- . Quand l’Armée doit fejourner quelque temps à fon Rendez, vous , & que le lieu eft capable de la recevoir, alors on ne fera point de difficulé de l’y loger , pourvu que ce lieu-là ait de l’eau en abondance pour les Habitans, & pour toute l’Armée : car autrement il foudroie aller loger ailleurs, julqu’à ce qu’on en eût trouvé fuffifamment. On remarquera que logeant l’Armée à la campagne, les Quartiers feront les pins prés l’un de l’autre que foire fe pourra,, afin de ne la point affoiblir: Et quoique le Rendez^ vous de l’Armée foie éloigné du Pais ennemi, & qu’il femble qu’on ne doive rien craindre; neanmoins à mefine que les Regimens arriveront au Rendez-vous, & qu’ils entreront dans leurs Poftes ou Logemens, ils auront foin de pofer leurs Corps-de-Gardes, & d’avancer des Sentinelles, qui aflûrentle Campement.
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- OU L’ART PE PA QUERRE* m
- Des prectwtww fy^mGptmalàm 0VW, avant que de mettre tint jirntfe en Campagne.
- LE General, avant que de fè mettre en Campagne, concertera avec le Maréchal de Camp Tordre delà marche. Pour la faire dans la derniere jufteflè , le General doit connoître la force de l’Armée qu’il doit commander, §C même celle de l’Armée ennemie. Pour fçavoir l’état dé la fi en ne, il ne lui fera pas difficile ; car en faifaHt faire un rêlle du nombre des Regimens de Cavalerie Si d?Infanterie , qui la composent, & y fàifant fpecifier le nombre des hommes qui s’y rencontrent , & la quantité des Efcadrons & des Bataillons qu’ils peuvent former, il fçaura quel nombre d’hommes il aura à commander. Sur ce nombre il réglera T Avant-garde, la Bataille, & T Arriere-garde : mais auparavant il doit être inftruit par (es Efpions & par fes Coureurs de la facilité ou de l’incommodité des chemins , sTih font fermes, unis, & capables d’y conduire de T Artillerie, fi le Pais eft montagneux, couvert, ou en plaine, s’il y a quantité de bois & de Rivières à palier, fî les chemins font coupez de Canaux , de Marais ou d’Etangs, fi les Défilez y (ont frequens , fi l’Ennemi le peut attaquer ou furprendre avec avantage dans quelques Embufeades ou Défilez: enfin après s’être bien inftruit d’où il pourra tirer lès avantages', il dreflera Tordre de fa Marche, pour partir quand il le jugera à propos. Il doit fur toutes chofes, avant que de s’engager à fe mettre en Campagne , avoir donné fes ordres pour lever des Recrues, & faire des Convois, qui font deux chofes tout-à fait necefiaires pour eon-ferver une Armée qui prétend marcher dans le Pais ennemi,
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- H8» LES TRAVAUX DE MARS,
- De la Marche d'une Armée en plat-pats.
- LE General ayant fait dire à l’ordre, la veille du jour qu’il a deflein de faire marcher, i’Armée , que chacun fe tienne preft pour partir le lendemain dés la pointe du jour j les Cavaliers & les Fantaffins fe rangeront dés le grand matin fous leurs Etendards & Drapeaux , qui eft le lieu où chaque Compagnie fe doit aflembler.
- Toutes les Compagnies s’étant là formées, elles Ce mettront en Marche, & fe rangeront en Efcadrons & en Bataillons , pour fo mettre enfuite en Bataille , au lieu qui leur fera marqué par le Maréchal de Camp on par lès Aides.
- Le Maréchal de Camp doit fur toutes choies être bien informé de l’état du Païs où doit marcher l’Armée, s’en in-ftruifànt lui-même par les Cartes generales & particulières du Païs, ou par le récit du Capitaine des Guides, ou bien par les Habitans du Païs.
- Il rangera donc fes Troupes eii Bataille, félon qu’il le jugera à propos, ou félon que le General le lui aura ordonné. Si c’eft pour cheminer dans un Païs plat & découvert, qui foit commode pour la Marche de la Cavalerie, pour l’Artillerie & pour fon Charroi, alors il doit étendre les Ailes de fon Armée, afin de marcher en la maniéré fui vante.
- On fera trois Corps de toute l’Armée.
- Celui du milieu fera des deux-tiers de toute l’Infanterie, rangée en gros & par Bataillons, chacun de deux ou trois Regimens.
- Sur les Ailes de cette Infanterie fora placée la plus grofîe Artillerie, accompagnée de quelque Bataillon d’infanterie.
- Al’Aile droite & à l’Aîle gauche de cetre ligne du milieu fera la Cavalerie, difpolée par Efcadrons, chaque Efcadroii de deux Cornettes: Le refte de l’Infanterie marchant en Pelotons, enfermera entr’elle & la Cavalerie, les Bagages & les Munitions de l’Armée , avec quelques Pièces de: Campagne , ainfi qu’il fe peut remarquer dans la Marche ^eprefontéc dans cette Figure.
- De,
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- OU L’ART DE LA GUERRE. iSl
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- iti LES TRAVAUX DE MARS*
- De la Marche d'une Armée dans un fais étroit,
- DAns la route d’un voyage il ne fe rencontre guere d’accident qui donne plus d’embarras aune Armée , que Jorfqu’elle eft obligée de paffer dans des pais étroits , ou remplis de Fondrières.
- Si ces chemins font par des Montagnes, le General en -voyera fès Coureurs Ce porter fur les lieux les plus élevez, afin qu’ils découvrent dans les plus bas, fi l’ennemi n’y eft point retranché, & qu’ils remarquent la difpofidon des Plaines, faifanttoûjours prendre langue de la route de l’Ennemi.
- Si le chemin eft couvert d’arbres , on aura foin d’envoyer un jour ou deux avant que l’Armée y arrive, des Charpentiers & des Pionniers, accompagnez de quelque Cavalerie, pour les foûtenir pendant qu’ils couperont les arbres, & élargiront les cheminsiafin que l’Armée puifle y paflèr en colomne. On fera avancer d abord quelques Eftadrons de Cavalerie, & en fuite un Gros qui fera fofttenu de l’Infanterie ; puis fùivra rArillerie mêlée de quelques Bataillons d’infanterie. Enfoite marchera lerefte de l’Armée, qui fera fermé du reftedela Cavalerie. Mais quand le Païs eft fi âpre, qu’on n’y peut conduire ni Charrois, ni Artillerie, les cheminss’étendans par les Montagnes, les Coteaux, les Vallées, les Rivières,. & autres lieux difficiles, & que toutefois on a befoin de Canon, alors le General fera fonder les Guez & les Chemins, eu s’écartant un peu de la route. Il envoyera toûjours fes Coureurs pour prendre langue des Ennemis ; Je lorfque s’étant bien informé des chemins, & qu’il en aura rendu quelqu’un capable de fouffrir le partage du Canon , il divifëra fon Armée en deux Corps: U en fera filer un, & en fuite 1* Artillerie, qui ièrafuivie du fécond Corps, ou Arriere-garde*
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- j«4 ILES TRAVAUX DE MARS*
- Des Défilez»
- LE Défilé eft un des grands obftacles qui fe puiflent oppo-fer à la Marche d’une Armée, fùrtout quand le Défilé fe rencontre entre des Bois & des Marécages, & que Je Pais eft occupé par un puiflant Ennemi, qui peut ca-chcr-& mettre à couyert une partie de Tes Troupes.
- . Neanmoins fi le General eft refolu de franchir ces for-tesdePaflagcs, il doit avant que de s’y engager, les faire reconnaître par un petit Corps de Cavalerie , commandé par un Officier d’experience, qui puifle poufler leurs Gardes en cas de refiftance.
- Le Paflage étant donc libre, le General fera défiler fi>n Armée par P Aile droite , logeant quelques petits Corps d’infanterie dans des Vallons, ou fur des Hauteurs, pair aflflrer le paflage aurefte de fês Troupes , & pour empêcher qu’elles ne foient coupées. Si les Ennemis découvrent lafortie de fon Défilé, il tachera de gagner quelque Pofle. favorable, afin qu’en fai faut un grand front avec une partie de fa Cavalerie, il dérobe le nombre de fes Troupes à. la vû'é de fon Ennemi, & qu’il les puifle ranger en Bataille félon qu’il le jugera plus a propos.
- Ce fut de cette maniéré que Monfieur le Prince, qui ctoit alors Duc d’Enguien , qui n’avoit que 11. ans & quelques mois, fit défiler en 1643. l’Armée de France, com-polee de quinze mille hommes de pied , & de fix à fept mille chevaux, par un long Défilé de Bois & de Marécages fur le chemin de Bpflu à Rocroi, dans le tems que Dom Fran-çifco deMelos, Gouverneur des Pais-Bas, & General des Armées d?Efpagne, dfliegeoit la Ville de Rocroi avec une Armée de plus de dix-huit mille hommes de pied & de huit mille chevaux, qui furent taillez en pièces dans la Bataille, que Monfieuf Je Prince gagna Je lendemain qu’il eut franchi
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- OU L’ART DE LA GUERRE, j&j
- M }
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- M tfiS TRAVAUX t>% MARS,
- De là Marche d'une Amie dans un Pais ennemj.
- QIIand on porte la Guerre chez l’Ennemi. 8c qu’on eft obligé de traverfer quelques-unes dé Tes Provinces , fou pour y aller faire un Siégé, foie pour conduire du le-cour* à quelque Pîàce qu'on protégé alors, ou les Ennemis auront déjà été battus en Bataille rangée, ou ils tiendront la Campagne pour ravitailler la Place qu'on leur affiege, ou pour empêcher qu’on ne conduite du fecours au Camp des Affiegeans.
- Dans tous ces divers incidens, foit qu'on campe à la Campagne, ou au Village, le General aura un grand foin, que le Comraillaire general des Vivres & les Thteforiers des Guerres agîffenr avec toute la fidelité que leur Charge demande, principalement pour les Vivres, qu'on doit in-ceiTamment faire venir fur la route, foit par Vivandiers ou par Convois.
- Si les Ennemis ont été battus, & qu’ils ne foient plus en état de faire un Corps d’Armée, alors on marchera comme il a été dit dans les pages precedentes, foit en pais plat ou couvert.
- Mais fi après leur déroute il le font ralliez, & que de leur débris ils ayent fait un Corps aflezconfiderable pour traverfer l’Armée vidorieufe, alors on marchera forré : & afin que l’Armée foit en état de franchir & de paffer par toutes fortes de lieux, on ladilpofera par Colomnes.
- La Cavalerie fe mettra fur les Ailes, à la Tête, &for la Queue des Colomnes; l’Infanterie fera dans le milieu & en gros Bataillon ; l’Artillerie & les Bagages h côté, le tout accompagné de quelques vie«x Regimens pour les couvrir, 8c pour empêcher d’être coupez, ainfi qu’il fe voir dans cette Planche.
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- >$B LES TRAVAUX DE MARS,'
- De ta Marche d'une Armée dans un Tais couvert,
- U Ne Armée ne fouffre jamais plus d’incommodité, que quand elle fe rencontre dans un Pais couvert, principalement quand elle s’eft engagée dans les terres de l’Ennemi ÿ car outre qu’elle ne peut marcher en Bataille, il lui eft comme impoflible d’y conduire de ^Artillerie , ces fortes de pais étant preique toûjours entrecoupez de Bois, de Rivières, &c.
- L’Armée fe trouvant donc engagée ou obligée de paflfer par ces lortes de lieux, le General ou le Maréchal de Camp envoyera des Ingénieurs avec quelque Parti de Cavalerie, & quelques Troupës de Fantaffins &de Pionniers, pour combler les Foflez, pour élever des Ponts, pour conftruire de» Bateaux, & generalement pour faire tout ce que l’Ingenieur leur commandera, qui prendra fes mefîires pour faciliter la Marche de l’Armée. C’eft durant ce travail que le General aura un grand loin de faire barcre la Campagne par divers partis de Cavalerie, afin de prendre langue de l’Ennemi, & fçavoir s’il eft en Campagne, quelle route il prend, & generalement tout ce qui peut lèrvirpour éviter les Embulcades & les Surprimes C’eft alors, ou jamais, que le General doit faire agir les Elpions, afin de découvrir le delîeindes Ennemis, qui eft lé plus grand avantage qu’il puifle recevoir dans une telle conjondure.
- Le General s’informera donc par fes Coureurs & Batteurs d’Eftrade, de la contenance de l’Ennemi, ce qu’il ne doit croire que par le récit de plùfieurs, & Tachant qu’il ne l’attend en aucun paflàge, il fera avancer l’Armée, & ira à lui, s’il a l’ordre.
- Mais fi le General fçait que l’Ennemi le veut furprendre dans quelque Défilé ou paflage de Riviere, ouque lesPaï-fans fe foient retranchez avec quelques Troupes dans quelque Village ou Château, alors il tiendra Confeil de Guerre pour délibérer iur ce qu’il faut faire.
- Du
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- M9o LES TRAVAUX PE MARS,
- Du Confeil de Guerre.
- DAns ce Confeil, où il n’entre que les Officiers generaux & les Ingénieurs, fi le General juge que le lieu puifleêtre enlevé en peu de temps, il s’étendra fur la neceffitéqu’ilya de fe rendre maître d’un telPofle, &des grands avantages que l’Armée en recevra pour la feureté de les Convois & des Rafraîchiflemens.
- Si d’un autre côté le General reconnoît que le lieu (oit fort, & dans une Afliette fi avantageufe qu’on ne puifle s*en rendre maître, qu’en y fejournant quelques jours, ce qui feroit {buffrir'a l’Armée la perte du temps, & celle de fes meilleures Troupes ; alors le General doit balancer dans ce Confeil les fentimens de tout le monde, & agiter judi-cieufement tout ce qui regarde i’inrtreft de fon Prince, & la gloire de la Nation, afin qu’écoutant fins aucune préoccupation les raifons des uns & des autres , il fe détermine au plus grand nombre des voix.
- Si le plus grand nombre çftd’un fentiment contraire au fien, & que la chofe lui femble être importante, il fera écrire les raifons qu’il a propofées dans le Confeil , auffi bien que les fentimens de ceux qui ont été pour & contre lui, puis il les fera ligner des premiers Officiers, afin qu’un jour il puiffe montrer , qu’il n’a rien entrepris qu’aprés une meure deliberation.
- Quand le General jugera que l’affaire eft de la derniere importance, il doit en informer la Cour, & y députer une perfonne capable d’expliquer aux Miniftres de vive voix, ce qu’on ne peut mettre par écrit : cependant le General s’arrêtera dans la première Place , où il campera jufqu à nouvel ordre.
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- OU t/ART DE DA OUERR& xyt
- Mawtrt 4t logtr tm A mk 4» VUlag*.
- ÏL arrive Couvent une neceffité de faire alte, & que la commodité de quelque Village Ce rencontre propre pour loge* une Armée, (oità caufe de l'avantage du lieu, ou pour l'abondance des eaux, ce qu'il faut toujours çhetçkst pour faire un bon Campement.
- Alors le Maréchal des Logis de l'Aimée marquera les maifons par billets ou par quelqu'autre marque» (eion l’ordre qui fuit.
- Premièrement le logis du Generaliffime.
- Celui du Meftre-de-camp general.
- Du General de la Cavalerie.
- Du General de l’Infanterie. .
- DuCommiflaire general des Vivres.
- Des Lieutenans du General, qui auront leurs logis proche celui du General.
- Des Aides-de-Camp, ou Aides de la Cavalerie.
- Du Commandant du Régiment de la Garde du .General. Du Prevoft General.
- Des Vivres. *
- De l’Artillerie. ^ *
- Pour les Meftres-de-camp, 6c les Commandans des Regimens, ils logeront aux quartiers de leurs Regimen*.
- M*-
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- m LES TRAVAUX DE MARS*
- Maniéré de faire camper un Corps d'infanterie accompagnée d'Artillerie.
- COmme I» Cavalerie $ étant feule 9 ne fait que des Camps-volans, j’en parlerai ailleurs ; mais je dirai ici^ que quand on n’eft obligé de le lèrvirque d’infanterie, le Pais où l’on veut porter la Guerre étant trop coupé de Montagnes, ou dépourvû de Fourrages, ou bien lorfqu on fait des débarquemens considérables * alors les Troupes feront logées félon l’ordre fuivant.
- A, eft la Tente ou le Logis du General.
- B, les Gardes du General.
- C, le Parc de l’Artillerie, qui doit être retranché.'
- D, les Charrois des Vivres, file pais en peut permette, E, les Vivandiers.
- F» les Huttes.
- G, la Place d’Armes.
- H, les Retranchemensl
- I, le Champde Bataille*
- Manie-
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- OU L’ART DE LA GUERRE. t?f
- Tom./lf.
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- *S4 LES TRAVAUX DE MARS;
- JManiere défaire camper une Armée compofée de Cavalerie Cr d'infanterie.
- LA belle façon de faire camper une Armée, eft de la mettre toujours fur deux lignes, avec un Corps derefèrve; mais cela fuppofè que le Terrain fbit commode.
- On fera en forte que d’une ligne à l’autre il y ait environ deux-cens pa's de diftance.
- Que tous les Efcadrons de Cavalerie de chaque ligne occupent chacun trente-cinq pas de terrain , & qu’il y ait autant de vuide entre l’un & l’autre, afin qu’un Efoadron puifTe palier par les intervalles, en cas qu’il fallût combattre.
- . Les Bataillons d’infanterie qui font forts, & qui campent en Bataille à fix de hauteur, doivent avoir quatre-vingt pas de terrain, plus ou moins, lelonlafituationdulieu.
- Entre les Efcadrons de Cavalière, & les Bataillons d’infanterie, d’une même ligne, on laiflèra quarante ou cinquante pas de diftance.
- Pour l’Artillerie, on pofera les Canons fur la première ligne entre l’Infanterie , aux lieux que l’on jugera les plus avantageux : Exemple A.
- Les Chariots &les Munitions de Guerre feront campez entre la féconde ligne &le Corps de referve du côté de la droite, Exemple B : & les Munitions ou les Vivres fur la gauche , ou auprès la T ente du Commiflàire general des V ivres , Exemple C.
- Les Officiers tant dans la Cavalerie que dans l’Infanterie campent à la tête de leurs Efcadrons & Bataillons.
- La Place d’Armes, & les principaux Corps-de-Gardes font toûjours à la Têcè du Campement, où fe pofènt les Armes, Etendards, Drapeaux, Tambours & Timbales.
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- LES TRAVAUX DE MARS,
- De VAttaque d'un Pont.
- UN General ayant refolu d'attaquer lePofte qu’il rencontre dans là Marche, que nous fuppofons être un Pont, fortifié de quelques Ouvrages à Cornes , ou de quelques Tours ou petits Châteaux, comme le font pref-que tous les Ponts, il prendra lui-même le foin de le fe-connoître, ou y envoycra fes Ingénieurs, afin de remarquer fi ce Pont eft de bois ou de pierre, entrecoupé de Baf-cules ou tout uni; & en même temps il fera détacher quelque petit Parti, afin de fonder lesGuezdelaRiviere: Car en cas que la Riviere fût guéable , le General pourroic faire paflèr quelque Cavalerie, qui porteroit en croupe de l’Infanterie, & par ce moyen attaquer le Pont par fes deux bouts.
- Si le Pont eft défendu de quelque Château qui ait du Canon , le General fera faire à la hâte quelques Batteries croifées, en telle maniéré, que (es Pièces foient hors de la mire de celles qui font for les Tours du Château, d’où l’on ne peut tirer que par les Créneaux & par les Era-brafûres, qui regardent 8c défendent feulement ce qui eft oppofé de front.
- Le General ne ceflera de faire feu, jufqu’à ce qu'on ait rompu ces Embrafûres, & démonte les Pièces du Château.
- Si la Tête du Pont n’écoit forcifiée que de quelques Retranchemens, le General, fans s’amufer à l’attaquer dans les formes ordinaires, y allant par Tranchées, fera con-ftruire quelques Cavaliers à la hâte, pour fe faire Brèche & pour monter à l’Aflaut l’Epée & le Piftolet à la main , afin de l’enlever d’emblée. Cette maniéré d’attaquer eft vigoureufe, 8c expofe beaucoup les Soldats: mais elle eft la plus allurée pour ces fortes de Poftes, qui autrement con-fommeroient encore plus de monde, 8c cauferoient peut-être la perte de l’Entreprife, fi l’on s’amufoit à y aller par Tranchées.
- Dt
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- tii •a-anano va aa x'ava no
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- De FAttaque des Châteaux O* autres petits lieux.
- LOrs qu’une Armée rencontre fur fa route des Villages, ou d’autres Poftes , que les Païfàns ont fortifiez ,
- Eour s’y défendre, & pour y mettre à couvert leurs Meules & leurs Beftiaux : alors le General remarquera fi le lieu mérité que l’Armée fafl'e alte, ou fi en continuant (à Marche, un Détachement fuffira pour mettre les Mutins à la raifon.
- S’il trouve à propos de faire alte , le Maréchal-de* Camp, accompagné de quelques Ingénieurs , cherchera le terrain le plus commode pour camper l’Armée, comme font le yoifinage de quelque Riviere ou Fontaine.
- Les Maréchaux des Logis de la Cavalerie , Sç les Brigadiers de l’Infanterie de l’Armée , diftribuéront le logement de leurs Troupes, félon les ordres du Maréchal des Logis de l’Armée, 6ç le General fera prendre la rçfe&ion à l’Armée avant que de rien entreprendre , s’il le juge à propos.
- LesLoix de la Guerre défendent formellement aux Par* fans, fiir peine delà corde, de, fè renfermer dans de fini -pies Murailles pour arrêter une Armée Royale. Si le General les fait fommer, c’eft une grâce extraordinaire. S’il a refolu de les forcer, il nommera les Officiers qui doivent commencer 1*Attaque , afin qu’avec leurs gens, & ceux qui les doivent foûtenir, ils aillent avec chaleur au feu , les uns fournis d’Armes courtes , les autres de Pétards , de Grenades, de BofTes, dePots à-feu, & même quelques-uns auront des Echelles. Les premiers, à la faveur des Man-relets , s’approcheront des Portes pour y attacher le Pétard, durant que d’autres efcaladeront les Murailles, chacun fefervant de feux d’Artifice, continuant faction aveç chaleur jufqu’à ce que le Pofte fbit emporté.
- Le fuccés en doit être du moins funefte aux Commandais , qui doivent être punis d’une témérité trop hardie.
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- *eo LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Batailles rangées.
- SOus le nom de Batailles rangées j’entens parler de l'Or* donnance & du Combat de deux Armées ennemies» foit qu’elles fe joignent de deflein formé, par rencontre, ou parneceflïté.
- Dans lune ou dans l'autre de ces occafions, il eft de U fcience d’un General de fe rendre maître des Hauteurs qui commandent fur le terrain oufe doit faire le Combat} 8c fi ion Ennemi s'en eftfaifi s il faut avant que devenir aux mains, qu’il tâche par de petites Efcarmouches de l’en faire déloger, principalement nl’Ennemi ale {ôleilou le venta dos, qui font les grands avantages qu’un General puitfe procurer à fon Armée.
- Mais s’il arrivoit que l’Ennemi fe f$t retranché iùr ce$ Hauteurs, & qu’il s’obftinâtà lesconièrver, voulant combattre avec tous ces avantages , alors il feroit de la prudence du General de faire faire quelque mouvement à fê$ Troupes, pour obliger fEnnemi à décamper : & pour mieux y reüfljr, il rangera fon Armée en Bataille dans l’ordre qui eft ici reprefentç, foppofàntquele terrain le puifle permettre.
- Les Armées qu’on difpofe pour combattre en Bataille rangée font d’ordinaire divifëes en trois Corps, que l’on met fur trois lignes.
- La première ligne s’appelle Avant garde , Exemple A. La leconde ligne fe nomme Bataille , Exemple B. & Lfctroifiême ligne, fi elle eft prefque de force égale a l’une des deux autres, s'appelle Arriéré -garde t que fi on la fait plusfoible, on lui donne le nom de Corps-de- refervç , Exemple C.
- Le milieu de chacune de ces trois lignes eft d’ordinaire d’infanterie. Exemple D: & la Cavalerie eft poftée for les Ailes de chacune des mêmes lignes, Exemple E.
- Quelquefois on mec enrre les intervalles des Bataillons quelques Efpdtpns, afin que quand l’Infanterie a fait feu,
- &com-
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- OU L’ART DE LA GUERRE, tôt
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- îoi LES TRAVAUX DE MARS,
- & commencé à mettre le def ordre parmi les Ennemis, la Cavalerie puiffe aller achever de rompre ce qui eft déjà ébranlé; Même en gardant ce mélange, s’il arrive que l’Infanterie qui a fait feu, aicfouffert elle-même quelque échec, la Cavalerie eft proche & prête à la foûtenir & lui donner loifir de fe rallier.
- Le Pofte de l’Avant-garde eft le plus honorable ; la Bataille a la ieconde place d’honneur, ce qui n’a pourtant point de lieu à l’égard du Régiment des Gardes, ni des Gens-d’Armes du Roi, parce que les uns & les autres fe trouvant dans le lervi-ce, on les met toujours à la fécondé ligne.
- Dans chaque ligne il y aauffi le Pofte d’honneur : les vieux Corps félon l’ordre de leur ^nciennneté ont toûjours l’Aile droite, & on met fur l’Aile gauche celui des vieux Corps qui eft le fécond en ordre d’ancienneté, & ainfî de Rang en Rang ; de forte que le milieu de la ligne eft le Pofte le moins honorable.(
- On laiffe d’ordinaire cent pas de terrain entre la première & la fécondé ligne, & deux-cens pas entre la fécondé &latroi-fiême, afin d’avoir de l’efpacç pour rallier les Troupes fi elles font rompues ; S’il y avoic moins de terrain , il arriverait que les Troupes d’une ligne venant à plier, renverferoient les Troupes de la fécondé, qui en feraient trop proche.
- Dans chaque ligne les Bataillons font éloignez des Bataillons, & les Efcadrons des Efcadrons, d’une diftance à peu-prés égale à celle de leur front. On laiffe ces intervalles, parce que les Efcadrons & les Bataillons de la fécondé ligne fe mettent vis-à-vis des intervalles de la première, & que de même les Corps de l’Arriere-garde fe poftent vis-à-vis des intervalles qui font entre les Corps de la Bataille ; afin que par ces diftances les uns & les autres aillent plus facilement aux Ennemis, & que fi la première ligne vient à être rompue, aü lieu de fe renverfer fur les Troupes de la fécondé ( comme il arriverait fi les Corps de toutes les lignes faifoient des Files) elle puifte fe rallier derrière fou terrain , &laiffer ces intervalles libres à la Ieconde ligne, qui s’avancera pour foûtenir ce qui aura plié.
- Ch a-
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- Oü L^ART DE LA GUERRE, wy
- Chapitre X.
- COmme c’eft une égale necefluc dans l’Attaque 6c dans laDéfCnle des Places, de tâcher à Te couvrit; du feu des Ennemis, il importe beaucoup, avant que de dire comment on les attaque, & comment on les défend, de donner la conftruâion des Inftrumens qui font les plus ùfkcz dl&s ces fortes d’Entreprifcs.
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- *0* il.es travaux de mars*
- Des Barriques , des Sacs-à-terre.
- LEs Barriques A, & les Sacs-à-terre B , fervent mervcll-leiiféménf aux Affiegeans pour faire leurs Approche^ contre des Villes quand le terrain des environs* eft dépourvû de terre , plein de Roches, pierreux * ou bien fi aquatique & marécageux * que l’eau empêche d’y fouiller. C’eft principal lementdans cette forte de lieux, que l’ufage des Barriques & des Sacs-à-terre eft de grand fervice à celui qui attaque L Les Sacs-à-terre &les Barriques font auffi fort commodes pour les Afïîegez, qui en mettent deflus les Parapets pouf tirer entre-deux, êc pour avoir des Embrafûres allurées$ mais leur principal ufage eft de les employer à reparer les Brèches , & à élever fur la Tête des Brèches des Parapets à la hâte, ce qui ne fe peut mieux & plus commodément faire quavec des Sacs & des Barriques- à-terre.
- Les Sacs- à-terre font de deux fortes, grands & petits.
- Les grands Sacs-à-terre tiennent environ un pied cubique, ou un pied & demi de terre i Exemple C.
- Les petits Sacs-à-terre tiennent un demi-pied cubique de terre ou un peu moins: on les met fur letalud fuperieur des Parapets, puur couvrir ceux qui font derrière, & qui tirent par l’Embrafûre ou l’intervalle qu’on laifîe entr’eux.
- Les Barriques* à-terre font proprement des demi-muids que les Afïîegez & même les Affiegeans empkffent de terre, pour fe couvrir, & pour leur fervir de Parapet dans les Retranchemens, au defaut des Gabions.
- Les Afïîegez s’en fervent auffi pour jetter pardeffus les Parapets , pour rompre & pour enfoncer les Galleries , que les Affiegeans feraient dans le Folié. Elles font tres-bonnes pour rouler dans les Brèches, quand les Afîàillans viennent à l’affaut.
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- ifcs LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Gabions 0- des Corbeilles.
- LEs Gabions fervent poür faire le Parapet des Batteries.
- On les fait de branchages d’Ozier, dé Coudre, d’Aulne & d’autre bois verd.
- Les grands Paniers marquez Â, s’appellent Gabions, & les petits B portent le nom de Corbeilles.
- Les Gabions Ce font en cette maniéré 2 On fiche un piquet dans une place unie, où on les veut faire, &dece piquet, comme centre , & de la diftance d’un pied & demi ou deux pieds (afin que le Gabion foie large parembasde trois ou quatre pieds) on fait une Circonférence, qui donnerais largeur du Gabion, & fur cette Circonférence on fichera des Piquets ou des Baguettes, de la longueur de 5. ou 6. pieds de hauteur, qui eft celle qu’on donne aux plus grands Gabions* Puis on entrelacera ces Gaules ou Baguettes avec des branches déliées & les plus fouples qu’on aura, les ferrant les unes & les autres le plus fortement qu’il fera poflible, pour achever l«f Gabion, comme font les marquez A & C*
- Les Gabions pour être bien faits, doivent être plus larges par le pied que par le haut, afin d avoir une aflietre plus affinée: maisàcaufe du vuide qui feroit entre-deux, on les fait d’ordinaire aufïi larges par la tête que par le pied.
- Les Corbeilles B font des Paniers fort petits , ayant feule* ment un pied ou un pied & demi de hauteur, fur huit poûces de large par leur baze. On remarquera, que fi ces Paniers ont huit Poâces de large par leur baze, ils en doivent avoir dix ou douze parle haut, afin qu’étant remplis de terre, & mis les uns contre les autres, ilslaiffent une Embrafûre, par où les Motifqueraires, qui feroient derrière, puiflent tirer à couvert & hors la mire de l’Ennemi.’
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- iib LES TRAVAUX DÉ MARS,
- Des Fafcines 9 des Saujftfons , CT des Chandeliers,
- LEsFafcines A font faites de branchages d’arbres qu’on lie en fagots, & font differentes des Saufliflbns 8, qui font faits de gros bois oju de troncs d’arbres.
- Les Fafcines font de deux maniérés, grofles & petites.
- Les grofles Fafcines font liées en deux ou trois endroits, &font également grofles, aufli bien dans leurs bouts que dans leur milieu , ayant en rondeur ou grofleur ideux ou trois pieds. Leur longeurefl: d’environ trois à quatre pieds.
- Les grofles Fafcines, mêlées avec de la terre, fervent au defaut de Gabions à faire le Parapet des Tranchées & des Batteries. Elles font aufli fort bonnes pour combler les Foflez, & pour y faire des Traverfes, & d’autres Retranchemens.
- Les petites Fafcines E font de deux à trois pieds de longueur, ayant feulement en rondeur un pied & demi, elles font feulement liées par le milieu comme un fagot.
- Les petites Fafcines étant gouderonnées & trempées dans de la Cire neuve, de la Poix réfine, delaTerebentine, & autre matière glutineufe, fervent àéclairer la nuit, loriqu’elles font allumées,& à découvrir les Travailleurs de l’Ennemi.
- Les Afîiegez fe fervent aufli des grandes & des petites Fafcines, pour jetter dans les Brèches, afin qu’étant allumées , elles brûlent les logemens des AfTaillans , & leur empêchent de demeurer au pied, & for la montéje de la Brèche.
- Les Chandeliers F font de grofTes pièces de bois, defix àfept pieds de haut, pofees debout fur une Travée ou brin de Bois: Les pièces élevées fur la Travée font appuyées par derrriere de deux petits Etais.
- Les Chandeliers étant remplis de Fafcines, fervent à couvrir les Soldats & les Travailleurs, & leur tiennent lieu d’un Parapet dans le travail des Tranchées.
- Les Sauiliflbns B fervent à affermir le chemin des Charrois, & étant mêlez avec de la terre & des Fafcines, on en fait les T raverfes des Foflèz pleins d’eau.
- Des
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- *ii LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Pt*li[[ades CT des Fraifes.
- LEs Paliflades A font des pièces de bois qu’on ‘plante d’ordinaire au devant des Portes qui pourraient être pris d’emblée, ou qui ont l’accès fort aifé, pour être fans defenfe ; pu proche de quelque Rideau, des Montagnes , ou bordée de quelque Rivière ou Marais. On allure ces lieux en plantant aujç environs &fur leurs bords des Paliflades.
- Dans les Places on s’en fert encore fort utilement pour ficher au deflus du Parapet du Glacis, ou dans le Chemin-couvert; même on en met dans les Foflèz fecs, principalement quand on y fait des Traverfes. On les employé encore au pied des Battions, files Foflèz font pleins d’eau, afin d-empêcher lesEfcalades&les Surprilès: Exemple B.
- Les Batteries que font les Afliegeans doivent avoir au delà de leur Foflè un Rang ou deux de Paliflades, afin d’empê-cher que les Affiegez dans leurs Sorties n’entrent dans le Fort, ie, & de-là d’emblée dans ia Batterie pour en encfouer je Ca-pon: Exemple C.
- Les bpnnes Paliflades font ordinairement fi proches l’unp jde l’autre, qu’il n’y a que l’intervalle pcrtir pafler le Moufquer.
- La hauteur des Paliflades hors de terre eft d’ordinaire de quatre à cinq pieds. On les enfonce sp terre environ un pied pu un pied & demi.
- Les Fraifes F, qu’on plante au deflous des Cordons dei’ Murailles de pierre, & aux environs des Dehors, fervent à empêcher que les Soldats ne defertent, ou qu’on neYurprennç ces Dehors ou la Place, avec de$ Echelles.
- Quand on fraifè les Ouvrages de tûfre, on doit faire entrer les pièces de bois, qui font de cinq oufix pieds de longueur , moitié dans la terre, & l’autre moitié dehors.
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- *H LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Chevaux de Frife , des fùrijfons trdcsHcrfcs,
- LEs Chevaux de frife A fe font d’une pièce de bois de dix à douze poûces de Diamètre, & longue environ de deux toifes; on taille d’ordinaire nette piece en fix Pans, afin de faire dans ces Pans des trous tout au travers, difpofez en croix , & diftans les uns des autres de trois ou quatre polices : Exemple B. On met dans ces trous des Piquets longs de cinq ou fix pieds, pointus & ferrez par les deux bouts, comme les marquez C.
- La groftè piece de bois des Chevaux de Frite, doit être d'un bois de frêne; fi elle eft d’un autre bois, on la doit lier d'un bon bandage de fer, afin que la quantité de trous qui y font, ne la fafle point éclater: Exemple D.
- Les Affiegeans, pour fermer les Avenues de leurs Camps, en mettent plufieurs enfemblc, qui te tiennent à leurs ex-tremitez par des Crampons de fer : Exemple E.
- Les Chevaux de Frife , qu’on fait pour jetter dans les Brèches, doivent être plus petits que ceux-cy, mais d'un bois plus dur que le lapin,. à caufe que leurs Piquets font trop aifez à être caftez à la main.
- Le Heriflbn F eft une grofte piece de bois, lardée de toutes parts de pointes de fer: On s’en fer t pour fermer les lieux qui doivent être ouverts de fois ù autres. LeHeriflon tourne fur un Pivot, marqué G.
- Les -Affiegeans & les Affiegez, àu defaut des Chevaux de Frite, pour jetter dans les Chemins où doit palier la Cavalerie, & dans les Brèches où monte l’Infanterie, le fervent quelquefois des Hertes à labourer la terre, tournant leurs dents ou pointes en haut, afin d’incommoder la Mar* che de la Cavalerie, & celle de l’Infanterie : Exemple H.
- Les HerfillonsI font des pioches, longues de dix à douze pieds, qui ont leurs deux9cotez remplis de pointes de doux.
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- U6 LES TRAVAUX DE MARS;
- Des Chaujfe-trappes, cr des Mantelets.
- LEs Chauffe-trappes A font de grands, de moyens ou de petits doux à plufieurs pointes.
- Les petites ont leurs pointes de trois po&ces de longueur. Etant jettées dans les Foflez focs, & dans les montées des Brèches, elles nuifont infiniment aux Affaillans.
- Les moyennes Chauffe- trappes ont leur for de quatre poô-ces, & les grands l’ont de cinq. L’ufage des unes & des autres eft. d’être fernées dans les Euibufoades & autres lieux où doit pafler la Cavalerie. Elles font aufli fore propres pour être jettées dans les Brèches, & autres lieux, par où il fourbue l’Infanterie monte.
- Les Mantelets font faits d’ordinaire de bois de chêne, qu on feieen planches, cpaifles de trois poûces, ou de trois pouces & demi, afin de mieux refifter aux coups de Mousquets.
- Il y a des Mantelets de deux fortes, defimples Scde doubles.
- Les Mantelets firaples fe font en joignant deux ou trois planches enfemble, les unes auprès des autres, afin de les faire larges environ de trois pieds, fiir cinq de haut, qui eft la hauteur qu’on leur donne, pour couvrir ceux qui les portent ou qui lés pouffent devant eux : Exemple B.
- Quand onfe fort de ces (impies Mantelets pour faire des Logemensfor les Contrefcarpes, on les couvre de lames de for-blanc on les tient un peu menus par un de leurs bouts, afin d’en joindre deux enfemble, pour tenir le Soldat, qui (croit deffous, à couvert delà Grenade & des autres Feux d’artifice: ExempleC.
- Les Mantelets doubles Dforvent au defaut des Tranchées à faire les Approches &les Batteries, qu’on creufe ou que l’on éleve contre les Places que l’on aflïege.
- On fait ces Mantelets en mettant de la terre entre deux rangs de planches, St on les monte for des Roues, pour les faire avancer, & pour les conduire où l’on veut: Exemple E;
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- n* LES TRAVAUX DE MARS»
- Des Echelles propres k Vttfage des EfcaUdes,
- QUand les Villes n’étoient fortifiées que de Tours, & que pour les prendre les Attaquans en élevoient d’autres de jeur côté, alors les Echelles écoient en grand ufàge ; car durant qu’une partie des Affiegeans décochoient de leurs Tours D des Flèches, contre ceux qui étoient dans les Tours de la Ville, d’autres du même parti que les Affiegeans venoient avec des Echelles efcalader les Murailles & les Tours des Afc fiegez.
- Mais maintenant que les Places font fortifiées de Basions & de Dehors, les Efcalades ne font plus guere en ufage : Neanmoins comme je me fuis rencontré à la derniere Place qu’on a voulu furprendre de cette manière, qui étoit la ville d’Albuquerque, je prendrai l’occafion d’en faire ici la def-cription.
- Ces Echelles étoient faites de trois autres petites Echelles, & chaque petite Echelle avoit fept Echellons.
- Ces petites Echelles, pour bien s’emboîter les unes dans les autres , étoient Faites de la maniéré fui vante.
- La première, qui étoit deftinée pour être le pied de la grande Echelle, étoit étroite par le haut, & ion dernier Echellon débordoit par les cotez de l’Echelle, ainfi que le montre lajettre A. Les bouts de cette même petite Ecnelle du côté d’enhaut, étoient entaillez comme C, afin de recevoir le premier Echellon de la fécondé petite Echelle, de laquelle le pied étoit plus large que le haut, afin d’être re-çû, em boité, & lié fortement avec le haut de la première petite Echelle.
- Le haut de cette féconde petite Echelle étoit auffi entaillé comme celui de la première , afin de recevoir le premier Echellon de la troiuême petite Echelle, qu’on lioit fortement les unes avec les autres, & toutes ces petites Echelles enformoient une auffi grande que l’on fouhaitoit, comme eftla marquée B.
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- *26 ütES TRAVAUX DE ft|AR&
- Des Blindes, des Chyes, c&\r Traverfes yCrdes G a lier tes.
- LEs Blindes A fonr faites de branchages d’ozier, ou d’autre bois,- qu’on lie par le haut & par le bas , de l’épaifleur d’un demi-pied.
- Les Blindes fervent de Rideau & de couverture aux Pionniers dans leur travail; Elles font fort employées à couvrir les détours & le deffus des Tranchées & autres lieux, qui font ex-, pofez à la vue des Ennemis.
- Les Clàyes B font faites de gros & de menus branchages d’o-zier, ou d’autre bois fouple, les branches les plus minces étant entrelacées de plus groffes, ainfî qu’eft la Claye B.
- Lalongueur desClayes les plus ordinaires, eftdecinq à fîx pieds, fur trois ou trois & demi de largeur. LesClayes les mieux faites font celles qui font les plus ferrées.
- Les Clayes font fort ufîtées pour l’affermiffement des Plateformes dés Batteries, & pour le paffage des Foffez, principalement quand les Foffez font remplis de valeou de bourbe.
- LesGalleriesCfervoient autrefois à couvrir & à attacher le Mineur aux Faces des Battions.
- Afin que les Galleries foient bien faites, elles doivent être a double rang de planches du côté du Flanc du Baftion qu’elles regardent pour être plus capablesdè relîfferaux coups de la Place. Le deffus de la Gallerie doit être en dos d’âne, ou efi vive-arrê-te, & même couvert de lames de fer-blanc, pour éviter les Gauderons, les Bottes & autres feux g'luans, quelesAffiegez pourroient jetrer deffus, à deffein de la brûler.-
- Les Traverfes D fefont dans les Foffez fecs, en' cteiifant dedans comme une Tranchée, en jettantîaterredu côté dù Flanc oppoféi maisdans les Foffez pleins d’eau, on les fait en jerrant dans leFoflé, vis-à-vis de l’endroit où l’on veut Attacher le Mineur, desSaufliffons, des Solives & autres pièces de bois, avec quantité de Fafcines, de pierres, de terre, & détourés autres chofes qui peuvent combler leFoflé, & le rendre capable de foutenir une Gallerie pour ceux qui s’en veulent lérvir :: Exemple E.
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- tit LES TRAVAUX DE MARS,
- Des diverfes fortes de Ponts , fervans à paffcr les Rivières.
- LE Pont marque A eft fait de gros foli veaux &de planches de bois, liées enfemble par de forts bandages de fer, le tout foûcenu par des Futailles, qui font renfermées d’un grand Chaffis , aux quatre Angles duquel font des Roués, pour en faciliter la conduite par la campagne. La Balluftrade de ce Pont eft faite d’une toile,pour ôter à ceux de la Ville ennemie lavûëde ceux qui paflent par deflus le Pont.
- . Le Pont B eft fait de Rofeaux, de Fafcines & d’autres branchages d’arbres, afin de faciliter le paflageà l’Infanterie fur de petites Rivières.
- Le Pont marqué C eft fait de l’aftèmblage de plufieurs pièces de bois, avec deux planchers, dont le premier fert pourlepafiage de l’Infanterie, & celui de deflus, pour celui de la Cavalerie, de l’Artillerie & du Bagage.
- Mais en vérité, toutes ces fortes de Ponts , & une infinité d’autres de diverfes façons, inventez depuis peu, conftruits par l’afïemblage de plufieurs machines, ou pièces de bois jointes ou emboîtées enfemble, font defe&ueufes & de peu de fervice; car outre qu’il faut toûjours entretenir un grand nombre de Charpentiers, deMenuifiérs, de Serruriers, & d’autres Ouvriers, pour les monter & conduire , c’eft, qu’il y faut une infinité de Clavettes, de Vides, & de Bandages de fer, dont la perte ou la rupture de la moindre piece rend toute la Machine inutile: mais pour les Ponts de Barreaux, ils peuvent être conduits par toutes fortes dé perfonues fans grand effort, & auffi font-ils les meilleurs.
- Le Pont D eft tres-ingenieux pour pafler de petites Rivières.
- Le marqué E eft Elit de Batteaux , qu’on prend for la même Riviere où on le fait: mais celui de F eft fait de Bat-teaux, qu’on amène exprès montez fur un train de Chariots, fi ce n’eft qu’on les fafle rouler fur des Roués qui y font attachées proche de la Quille.
- Ch a-
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- OU L’ART PE LA GUERRE. 21$ Chapitre XL
- Des Sieges.
- Remarque fur la differente durée des Sieges,
- Omme ileft difficile de trouver deux Villes fituéei
- d’une même maniete, auffi eft-il fort mal-aifé de fai-
- J re deux Sieges d’urie même façon, & encore plus d’en déterminer la durée.
- Car il y a des Villes, où fans faire ouverture ni conduite de Tranchées, res Affiegeans peuvent venir dés le premier jour du Siégé , fe loger fur les Contrefcarpes de leur F ofle, ÔC cela le plus fouvent à la faveur d’un Chemin creux, d’une ruine, ou de quelque Fauxbourg riïal fortifié.
- Mais auffi il y a des Places où le terrain des environs efi fi bien ménagé, qu’à une portée de Canon de leurs Murailles ou du plus éloigné de leurs Dehorsil n’y a ni ruine, ni chemin creux, qui en puiffent faciliter l’approche. A ces fortes de Places, qui ne font pas les pires, on riy peut venir que: par Tranchée, ou en gagnant le terrain pied a pied; ce qui rend d’ordinaire ces Sieges dangereux, & fort longs, pour une infinité d’incidensqui arrivent de jour en jour dans les Attaques, dans les Sorties, dans les Mines & autres aérions de Guerre, que ceux des deux Partis mettent enufage, les uns pourfe défendre avec plus d’opiniâtreté, Sclcsautrée^ .afin d’attaquer avec plus de chaleur.
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- ïit LES TRAVAUX DE MARS»
- Du Dégât qu’on fait aux environs des Places.
- SOus les nom de Dégât j’entens parler ici du ravage que les Ennemis font aux environs des Places, qui manquent à leur payer leurs Contributions, ou qu’i 1s veulent affieger.
- On fait faire d’ordinaire le dégât par des Partis de Cavalerie & d’infanterie, les uns mêlez avec les autres, afin qu’ils foient plus en e'tat de fourrager & de brûler tous les grains & autres commoditez qui fe rencontrent autour des Places, & dont ceux qu’on va affieger, pourroient tirer quelque avantage. Dans cette a&ion auffi bien que dans celles de tous les Sieges, le General doit agir avec une prudence fînguliere 3 car de ces fortes de commencemens on tire de grandes conjectures du progrès d’un Siégé: c’eft pourquoi les Partisqu’il envoyera, doivent être commandez par des perfonnes qui fçachent bien la Guerre, comme font les Meftres-de-camp, les Majors & autres Officiers, qui auront la prudence d’éviter les Embufcades de ceux qu’on va affieger, & de foutenir leurs Sorties, & même de faire tête à leurs Partis, en les repouflànt jufques fous leurs dé-fenfes.
- ; Ceux qui font détachez pour faire le dégât, doivent quitter l’Armée à deux lieues, ou tout au moins à une lieues de la Ville qu’on va affieger. Ils porteront le feu partout où ils paieront, neanmoins avec cette difcretion, de conferver tout ce qu’ils jugeront capable découvrir leur Camp, comme font les Bois, les Maifonsdes particuliers, lesEglifes, & autres lieux faints , pourvü que les Affiegez 11e s’en puiffent pas fervir pour favorifer leurs Sorties, & pour difputer le terrain 5 car alors en emportant avec refpeCt les pierres facrées des Autels, & les fain-tes Reliques, on rendra le refte inutile, pour en bâtir après le Siégé de plus magnifiques. C’eft dans le temps de ces Dégâts que le Maréchal de camp, accompagné des Ingénieurs, va recon-noître la Place le plus prés des Dehors qu’il fera poffible, afin déjuger plus pertinemment delà bonté ou de la foiblelTe des Fortifications de la Place qu’on va affieger.
- Du Blocus des Places.
- TLeftdelafcience d’un General, en s’engageant dans le Pais --ennemi, de ne laiflèr aucune Place derrierelui, dontilne foitîe maître, à moins qu’il ne la juge incapable de traverfer la marche defes Recreuës, &defes rafraîchifïemens.
- Autrement un General prendroit fort mal les mefures, de vo iloir affieger une Place dans les formes ordinaires, l’Ennemi étant maître des Châteaux, & d’autres Portes, qui lui empêcheraient la liberté de la Campagne. Mais
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- . ou l'art de la guerre, ut
- . Mais lorfque les Places qu’on veut affieger, font dans le coeur d’un Etat, comme font d’ordinaire celles d’un peuple revoit^ contre ton Prince * alors le General, qui fera commandé pour les aller mettre à la raifon, confiderera, s’il faut attaquer leurs. Places de vive force , ou par de longsSieges, s’ils peuvent être fecourüs de leurs Alliez, ou s’ils s’aflfurent feulement fur l’avantage de leurs Montagnes, & lur la force de leurs Murailles.
- Le General étant donc informé de l’état de ceux de la Place, & prévoyant qu’ils ne peuvent être fecourus d’aucune part, que toutes leurs forces confident feulement dans leur opiniâtreté, dans la profondeur de leurs Foflez, & dans la hauteur de leurs Murailles: alors il fe contentera de les vaincre par la famine i en formant un Blocus.
- Le Blocus n’eft autre chofe, qn’une maniéré de diftribuer les Troupes dans les Villages, les Châteaux & autres lieux, qui fe rencontrent furies avenues de le Place, défendant très ex-preflement à qui que ce toit, de communiquer avec ceux de 1* Ville, & de leur apporterdes Vivres, fur peine de la vie, fai-lant mettre en prifon tous ceux qui fortiront de la Place, pour les châtier félon la volonté du Prince.
- Jldanièré d'affcoir Un Camp pour former Un Siégé.
- LE Maréchal de Camp de l’Armée ayant fait faire le dégât,7 le General fera marcher fes Troupes pour commencer le Siégé. C’eftdans cette occafion que le General doit faire doubler le pas à fes Troupes, afin d’oter aux Ennemis les moyens de fortifier la Place de vivres & d’Hommes, en cas qu’ils l’euf-fent auparavant négligé:
- Le General étant à demi-lieue de la Ville, envoyera quelque perfonne intelligente au Maréchal de Camp, afin que ce Maréchal l’inftruifedesPoftes les plus avantageux qui font autour de la Place.
- Le General étant ainfi informé de l’avantage & du defavarf-tage du terrain, où il doit aflfeoir ton Camp, prendra un peu le devant, pour fe donner lui-même lefcun de recorinoître tous les Poftes.
- Il fera accompagné du Maréchal de Camp & des Ingénieurs, qui lui feront remarquer l’avantage des lieux, dont on lui a déjà fait le récit, afin d’y faire défiler les Troupes, dîftribuaht las Cavalerie dans les Plaines & proche des Rivières , & l’Infanterie fur les Coteaux Sc lès Montagnes, à une portée de Canon' de la Place.
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- LH S TRAVAUX DE MARS,
- Dans ce premier jour il eft fort difficile de donner à chaque Régiment la jufte mefure du terrain qui lui eft neceffaire , nide déterminer précifément l’étendue que les Parcs d’Artillerie & les Quartiers des vivres doivent occuper. Neanmoins pour rendre la chofe facile , nous en allons parler en détail.
- On remarquera , que quand l’Armée eft compofée de diver-fes Troupes étrangères, il eft meilleur de mettre tous les Regi-mens d’une même Nation enfemble, que de les feparer, afin d’éviter les querelles, qui n’arrivent que trop fou vent entre gens de diverfe Religion & de different Gouvernement.
- DuLogcment de la Cavalerie.
- DAns la Cavalerie un Cavalier s’appelle Maître, comme nous l’avons déjà dit ailleurs. Il doit avoir d’ordinaire un Valet & 3. Chevaux 5 ou pour le moins a.Maîtres doivent avoir à deux un Valet & 3. Chevaux, afin que le troifiême Cheval pui (Te aller au fourrage.
- Pour loger une Compagnie de Cavalerie de cent Chevaux ( c’eftainfi qu’on fpecifie le nombre des Cavaliers ou Maîtres) on donnera foixante-dix pieds de terrain de front à la Compa-ganie, Exemple A B j & deux-cens de hauteur, Exemple A C.
- A deux Maîtres qui logent enfemble, on leur donne de terrain huit pieds de large, & douze de long, pour faire leurs Bar-raques : Exemple D.
- Pour les Barraques des Chevaux, elles occupent chacune 4. pieds de large, & dix de long : Exem. E. Les hommes font tous logez en deux Rangs, & les chevaux auffi : Exemple EG.
- ^ Entre les Barraques & les Ecuries il y a une rue large de huit pieds: ExempleI.
- Les Chevaux tournent leur tête vers les Barraques de leurs Maîtres.
- Laruë entrelesEcuriesadixpiedsdelargepourlafortiedes Chevaux : Exemple L.
- Le Logis du Capitaine eft à la tête des Barraques de fa Compagnie, dont il occupe tout le front, & fa largeur eft de quarante pieds: Exemple O.
- Entre le logis du Capitaine & la Compagnie eft une rue de vingt pieds de large : Exemple P.
- Derrière la Compagnie font les Vivandiers, feparez des Compagnies par une rue qui a vingt pieds de large: Exemple R.
- Quand plufieursCompagnies campent enfemble, les unes auprès des autres,il doit y avoir vingt pieds de diftance entr’elles.
- Du
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- **Ô LES TRAVAUX DE MARS,
- Dh Logement de T In fumerie.
- JE ne parle point ici dti Logement de l’Infanterie, lorfqucr fur fà marche elle arrive dans un Village, ni du Loge?, ment de celle qui eft en Gamifon dans une Place, puiique la première loge chez lesPaïlauspar billets} & l’autre dans des Cazernes , ou chez le Bourgeois par chambrée , ou (êulVà foui. Je parle de l’Infànterie , qui eft obligée décamper &de fe bâtir des Huttes, & cette façon de loger s’appelle Campement.
- Le front du terrain d?une Compagnie AB, & la hauteur CD , ne fe peuvent exa&ement limiter , fi l’on ne foait au juftele nombre des Soldats qui font dans la Compagnie : Et comme les Compagnies font plus ou moins fortes, félon que les Recrues & laDefertion font plus ou moins frequentes; neanmoins pour donner quelque réglé allurée , je fùppoferai qu’il faille loger deux Compagnies enfemble, chacune de'cinquante hommes, ou une feule de cent hommes effectifs.
- On donnera au front de la Compagnie AB cinquantc-fi? pieds de terrain , pour avoir lieu d’y marquer quatre rangs de Huttes.
- On donnera à la hauteur de la Compagnie A G deux-cens pieds de terrain , pour y faire vint-cinq Huttes ; entre les rangs des Huttes on fera trois Ru$s de huit pieds chacune de large: Exemple D.
- Chaque Hutte a huit pieds en quarré, pour loger deux Soldats : les portes des Huttes répondent toutes lut deux ruës , & font vis-à-vis l’une de l’autre : Exemple E.
- A la tête de chaque Compagnie eft le Logis du Capitaine & des Officiers fubaiternés.
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- Des Lignes de Circonvallation , Cr de Contrevallation.
- SI le General prévoit qu’il ne puiflè pas emporter d’emblée , ou de vive foree, la Place qu’il a ordre d’attaquer, &que d’autre part il craigne que l’Ennemi nef ecoure la Place, en pafïantfur le ventre à fon Armée; alors il fera faire tout autour de fon Camp une ligne de Circonvallation : même s’il juge que la Ville foit puiflante en nombre d’hommes , & que le Gouverneur puifle faire fôuvent des Sorties, pour incommoder fon Camp, & pour lui faire desPrifon-niers ; en ce cas pour les foutenir &pour les repoufler, il fera faire une ligne de Contrevallation du côté de la Ville.
- • Les Ingénieurs, après que les Troupes feront campées, feront tout le tour de la Place ; pour voir les lieux par où ils doivent faire creufer la ligne de Circonvallation $ prenant le Plan des environs de la Place, y marquant toutes les Collines, les Rideaux, les Vallées, les Rivières, les Eglifes, & generalemént tout ce qui peur fervir de logement, tanta la Cavalerie, qu’à l’Infanterie, comme font les Vignes, les Hayes, les Ruines, & autres lieux couverts. Les Ingénieurs ayant donc prefenté au General le Plan des environs de la Ville, réglé avec lui l’endroit par où l’on doit faire pafler la ligne de Circonvallation, ils la marqueront fur le terrain avec des Piquets, & des Cordeaux, de la largeur de deuxtoifes, faifant labafè de fon Parapet de huit pieds de large, la hauteur intérieure du Parapet de fïx pieds, & l’exterieitre de cinq , avec une Banquette large de trois pieds , & haute d’un pied & demi.
- La ligne de Girconvallation doit être du côté de la Campagne, & la terre du côté du Camp; & la ligne de Contrevallation, qui fe fait fur de pareilles mefures, doit avoir fonFofledu côté de la Ville, & la terre du côté du Camp, pour couvrir ceux qui font derrière.
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- ‘a'Huano va act x>iv.a no
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- i34 TRAVAUX DE MARS,
- Du Parc de V Artillerie , Cr du Quartier des Vivres.
- LEParcderArtillerieeftlelieu, ouleMagazin, dans le quel on conferve les Poudres, les Bombes , les Pétards, les Grenades, les Boflès, les Balles-à-feu, les Mèches, & tous les Equipages &les inftrumens qui fervent à defcendre & à monter les Canons de deflus leurs Chariots & leurs Affufts.
- Le Parc pour être bien placé, doit être tout-à-fait hors delà portée de Canon de la Place, & ce lieu doit être choifi de telle maniéré, qu’il foit commode pour toutes fortes de voitures.
- Quand il y a quelque Village ou Maifon, fituée environ à deux portées du Canon de la Ville, ces fortes de lieux font fort commodes pour faire les Parcs. Sur tout on doit avoir foin de les bien fortifier, & de ne leur donner que des Piquiers pour leur garde, principalement aux endroits où l’on met les Poudres, afin d’éviter le feu.
- On fait d’ordinaire autant de Parcs, quon a refolud’Attaques, afin que les Troupes dans le befoin ayent auprès d’elles tout ce qui leur eft neceflaire.
- Le Parc ou le Quartier des Vivres eft un lieu où font logez les Vivandiers & les Marchands. Il y en a quelque fois , comme j’ay déjà dit, dans le milieu de chaque Régiment, & beaucoup mieux à la Queue , qui eft une place bien plus commode pour la diftribution de leurs denrées & de leurs marchandées, auxquelles le Major a foin de mettre le prix, félon qu’il le juge raifonnable.
- Les Majors qui vouaront prendre foin de la faute & propreté de leurs Soldats, marqueront toûjours quelques certains lieux derrière leurs Rcgimens, où ils feront faire quelques Fofîez où les Soldats iront à leurs neceflitez.
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- Maniéré de reconnaître me Place pour déterminer les Attaques CT les Tranchées.
- LA Circonvallation étant parfaite, & les Parcs fortifiez de quelques Forts à Etoile, ou à Demi-battions, le Maréchal de Camp, accompagné des Ingénieurs, & efcor-té de quelque Cavalerie, s’appprochera le plus prés qu’il lui fera poilîble, des Dehors, ou des Contrefcarpes de la Place, afin de découvrir la bonté ou la foiblefle des Fortifications de la Ville.
- La force d’une Place confifte dans la bonté de fès Dehors, lorfqu’ils font bien flanquez des Défenfes de la Place, & qu’ils ne font point commandez des lieux circonvoifîns, fes Fofléz étant larges & fort profonds, les Battions folides, grands & bien défendus des Cazemates & des Cavaliers, avec des. Parapets capables de refifteràla violence du Canon.
- La foiblefle d’une Place eft d’avoir quantité de grands Dehors, commandez des lieux circonvoifins, & mal flanquez de la Place, avec des Foflez étroits, & à demi-comblez, des Remparts éboulez, des Parapets ruinez, & des Battions petits & mal terraflez. Cela étant diligemment remarqué, avec la nature du Terraih, comme j’ai dit dans les pages précédentes , les Ingénieurs feront leur rapport au General, afin de déterminer le nombre des Attaques regulieres , quife-ront deux ou trois, tout au plus, n’ÿ ayant point d’Armée allez forte pour en faire quatre ou cinq à la fois, & les fournir de tout ce qui leur eft neceflaire.
- Le nombre des Tranchées étant donc déterminé, les Ingénieurs les marqueront avec des Cordeaux & des Piquets iitr les lieux mêmes, & l’endroit par où elles doivent palier, fefervant de l’avantage du Terrain, comme font les Chemins creux, les Vallons, lesCavins, les Fondrières, les Foflez, lesHayes, les Rideaux, & généralement tout ce qui peut mettre des Soldats à couverr.
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- Des préparatifs pour la conduite des Tranchées.
- LA plupart des ceux qui ont écrit de Lignes d’approche', principalement ceux qui ne s’y font jamais rencontrez, ont parlé du travail & de l’avancement, & de la conduite d’une Tranchée, comme d’une choie li facile, qu’ils ont bien oié prendre la liberté délimiter le temps qu’il falloir employer pour la pouffer jufqüe fur les Contrèfcarpes d’une Place amegée , & de mefurer les pas & les toifes , que les Pionniers dévoient avancer le travail dans un jour, dans une nuit, ou dans une heure. Pour moi, qui en ay conduit quelques-unes , j’ay trouvé que cela éroit plus difficile daus l’execution, qu’il n’étoit à fel’imagîner dans le Cabinet. En effet le progrès ou l’avancement d’une Tranchée dépend de tanjt d’accidens , que je ne fçaurois allez m’étonner de ceux qui en veulent limiter le temps précis.
- Pour en parler avec quelque juftefle , je dirai que l’In-genieur, ou en là place celui quia l’ordre du travail, doit avant toutes chofes conlîderer la diverlè qualité du terrain par où il doit conduire fa Tranchée , afin de remarquer, fi ce terrain eft feulement de fimple terre, ou fi la terre eft làblonneulc , pleine de pierres, tour-à-iait de roche, ou enfin entrecoupée de quelques Canaux, ou bien en Marécage. Cela étant bien confideré, fi le Païs eft de bonne terre, il lera feulement provifion de Hoyaux , de Bêches , & de Pelles , ainû que je l’ay marqué dans la page 3 00. du Second Volume ; afin de s’enfervir pour ouvrir, pour creufer, & pour élargir la Tranchée fur les me-fures qui feront données cy-aprés.
- Mais fi le terrain eft de roche , & qu’il loit trop dur pour êcre fouillé, ce qu’on fçaura facilement par le récit des Païfàns d’alentour , l’Ingenieur fera provifion d’une grande quantité de Sacs-à-terre, de Fafcines, & de Gabions, pour s’en fer vira s’épauler contre lesDéfenfes de la Place, & couvrir fes Tranchées, comme il va êcre enieigné.
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- 93* JLÉS TRAVAUX DE MARS,
- De V Ouverture tp de la Conduite des Tranchées.
- LA différence qu’il y a entre l’Ouverture & là Conduite des Tranchées, eft que fous le mot d'Ouverture on exprime lé commencement du travail de la Tranchée, qui a proprement la queue toûjours tournée du côté des Afliegeans 5 & que par celui de Conduite on explique le progrès ou l’avancement delà Tranchée, dont le bout, qui eft toüjours du côté de la Place qu’on affiegé, s’appelle Tête de la Tranchée.
- Le lieu de l’Ouverture delà Tranchée doit être marqué par le Maréchal de Camp, ou par le General. Le vrai lieu pour commencer l’Ouverture de la Tranchée doit être hors la portée du Moufquet des plus proches Dehors de la Place, & même au •de-là de la portée du Canon, quand on juge qu’il peut incommoder les travailleurs.
- Lorfqu’aux environs de la Place il y a quelque IVhfifon à l’a-'bridesMoufquetades, & de l’Artillerie desAfliegez, & que pour y aller, il n’y a que fort peu de rerrain qui foie enfilé de la Place, alors on s’enferma pour faire l’ouverture de la Tranchée , y envoyant les Pionniers à couvert de quelques Mante-lets, fuivis de ceux qui ont ordre de lesfoûtenir, qui doivent être plutôt de Cavalerie que d’infanterie, les premiers ayant l’avantage de courir & de découvrir la Campagne, ce que l’Infanterie ne peut pas faire fi àifémenr.
- On remarquera qu’en ouvrant & en pouffant la Tranchée,les premiers Pionniers font à genoux, & qu’ils ne travaillent guere que la nuit, où ils font fix fois plus de oefogne en trois heures;, qu’ils n’enferoienc de jour en dix heures. Ils ne font d’abord qu’un petit Foffé, que ceux qui les fuivent, élargiffent, & creufcnt peu à peu, jufqu’àce qu’il foit large environ de deux toifes & profond de quatre à cinq pieds, principalement quand on approche de la Place, afin qu’avec la terre qu’on en tire, & qu’on jette au devant de ceux qui font dans la Tranchée, ils foient à couvert des défenfes de la Ville.
- On remarquera de plus, que le moins de détours que l’on' peut faire à une Tranchée, eft toujours le meilleur, pourvù qu’elle ne foit point enfilée ou vûë de la Place.
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- i40 LES TRAVAUX DE MARS;
- De la défenfe des Tranchées , Cr de leurs Places-d1 Armes.
- IL n’y a rien qui allure plus les Travailleurs dune Tranchée , que de le voir loûtenus des gens de leur Parti $ & comme il ne fe fait guere d’approche , que les Aflïegez ne faflent des Sonies pour infulter les Pionniers , pour combler leurs Travaux , &pour donner la chalïe à ceux qui lesloû-tiennent, c’eft ce qui doit obliger les Attaquans de faire des Places-d’Armes & des Redoutes de diftance en drliance.
- Les Poftes les plus commodes, pour fervir de Places-d’Armes à la Cavalerie & à l’Infanterie, font ceux qui le peuvent facilement lèeourir les uns les autres, & qui font à l’abri des Défenfes de la Ville; comme font les chemins creux, 8c principalement l’endroit où ces chemins fo croilènt; car leur profondeur fert comme de Parapet à l’Infanterie. Faute de profondeur naturelle, on couvre ces Places-d’Armes avec des Gabions, des Sacs-à-terre, ou avec des Ambres; en un mot avec tout ce qui peutempêcher ceux de la Place de découvrir dedans. On fait quelquefois un Folié tout autour, 8c alors la Place-d’ Armes eft fortifiée comme une Redoute ou un autre Fort.
- Lorfqu’on travaille aux Approches, & qu’on trouve de ces chemins creux, on s’en doit lèrvir pour faire la Tranchée, y élevant d’abord quelque Redoute, pour nettoyer tout le long, en cas que les Aflicgez s’en voululfent fervit comme de Contr’approches. Quand pour éviter l’Enfilade on fera obligé de détourner le Boyau, on élevera fur l’Aile droite& for l’Aile gauche delaTranchée des Epaulemens, ou une maniéré de Traverfes marquées A, pag. 251. cy-apres; & aux extremitez quelques Redoutes, qui auront' environ quatre ou cinq toiles de face. Dans ces Redoutes & Epaulemens on logera la plûpart des Soldats commandez pour la garde delà Tranchée, envoyant toûjours quelque Parti de Cavalerie , & même cf infanterie, à la tête des Travailleurs pour leur donner courage, & pour appuyer leur travail.
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- *4* les travaux de mars,
- De la ConfirttSHon des Batteries.
- Ommeles Batteries ne fo font que pour démonter les
- V-/ Pièces des Afliegez, pour appuyer les Pionniers des Affiegeans, & rompre lesDéfenies de la Place, on en confirme de differentes fortes: de Hautes A, de Simples B, & d’Enterrées C.
- Les Batteries Enterrées C font les plus ufitées, comme j’ay dit, pour faciliter les Approches, & pour ruiner les Parapets & les Défenfes des Places. Celles qu’on appelle Simples B font pour le même ulage ; car les Hautes A ne fervent d’ordinaire, que pour foudroyer ou battre de revers dans les Dehors & dans les Baftions. .
- Pour faire la Batterie Simple, qui eft la plus ufitée dans le commencement d’un Siégé, on doit remarquer de jour le lieu où on la veut conftruire, qui doit être éloigné de la Place au plus de 160. toiles 5 car fi la diftance en eft plus grande, les Boulets de fes Canons ne feroient que blanchir les Parapets, ou s’enterrer dans les Terraffes, fans faire aucun effet.
- Quand on fera la Tranchée la première , on tâchera de mettre la Batterie entre la Tranchée & une Redoute, n’y apportant les Gabions, qu’aprés que la retraite fora battue & fans bruit: faifant même feinte de faireparoîtred’un autre côté quelque Afftift ou Roiiage, pour donner mire aux Af-fiegez, & par ce moyen divertir leurs Canons de deflus les Travailleurs. *
- L’on ne peut dire au jufte la grandeur d’une Batterie : mais pour chaque Piece on donne Z2. pieds & demi de terrain, les deux pieds & demi fervant pour l’embrafûre qui doit être plus large par le dehors que par le dedans de la Batterie , & cela pour la commodité de tourner la bouche du Canon.
- La Batrerie enterrée fe fait fur les mêmes mefures, le ni* veau de la Campagne lui fervant de Parapet. A l’une & à l’autre Batterie on fait des Magazinsau dedans, &on enferme le tout d’un Folié bien palifladé.
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- *44 LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Boyaux.
- LOrs qu’on fait deux Attaques en même temps fur une même Tenaille de Place , ou contre deux Battions qui font fort proches, foit à deflein d’en divertir les forces, ou pour attaquer effedivement ces differens Battions, on a coûtume de tirer des Boyaux A & B d’une Tranchée à l’autre, afin de fecourir plus facilement celle quife-roit la première attaquée par les Affiegez.
- Les Boyaux fe font comme les Tranchées ; la terre qu'on en tire fe jette du côté du Camp, afin d’avoir un Parapet, & un moyen de fe tenir derrière à couvert, pour foûtenir les Sorties , &pour appuyer les Travailleurs.
- Pour mieux fortifier ces Boyaux, on y fait de diftance en dittance des Demi-redoutes ou des Epaulemens.
- Quand la Garnifon de la Place eft forte & entreprenante, on fait des Fougades à l’entour des Redoutes, & même dedans,afin de faire fauter ceux qui viendroient pour s’en rendre maîtres: on appuyé auffi ces Boyaux de quelques Batteries, qui doivent êcre fortifiées d’tyiFofîe large environ de deux toifes, & d’une de profondeur, afind’ôter aux Affiegez le moyen d’en enclouër le Canon.
- Les Boyaux, qui vont d’une Tranchée à l'autre, doivent être conduits , en gagnant le terrain du côté de la Place ; mais lorfqu’on eft fi prés des Contrefcarpes qu’ils en font enfilez, alors on les fait paTalleles aux Courtines de la Place, les fortifiant toûjours de quantité de Redoutes , defquelles les plus grandes fervent a Faire des Batteries.
- Ces Batteries, qui fe font fi proche des Contrefcarpes, font très- bonnes pour favorifer la Sappe , & le logement des Contrefcarpes. Elles ont auffi l’avantage d’êtrë hors la mire du Canon de la Place, qui pour être trop élevé n’y peut plonger qu’avec grande difficulté.
- Le Boyau le plus prés de la Place, & qui lui eft comme parallèle, fort d’ordinaire de Ligne de Contrevallation , étant fortifié de Redoutes & de Demi-redoutes.
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- 24* LES TRAVAUX DE MARS;
- De Vmaque des Dehors»
- IL y a fort peu de Places, de celles qu’on attaque par les formes , qui n’ayent leur Contrefoarpe défenduë de quelques Dehors, qui eft un moyen (félon le fentiment de quelques Ingénieurs ) d’empêcher les Afliegeans de pouf. 1er aifëment leurs Approches jufqu’au pied des Glacis de la Villej c’eft pourquoi s’il y a des Dehors à la Place qu’on affiege, il faut s’en rendre maître d’emblée, ou à la faveur de quelques Mines.
- Pour s’en rendre maître d’emblée , fi l’on a la commodité, on logera quelque Piece de Canon fiir quelque Cavalier élevé à la hâte, pour foudroyer dans l’Ouvrage, & pour y commander de revers. Enfuite ceux qui feront commandez pour i’a&ion, étant armez de Cuirafles & d’Armes courtes, accompagnez de quantité de Grenadiers & de porteurs d’Echelles, fe glifïèront dans le FofTé, & efcaladeront les Dehors, y entrant l’épée à la main, faifant main bafle, & pouflànt ceux qui les voudïoient défendre opiniâtrement.
- Mais fi les Dehors font bien élevez , & que ceux qui font à leurs défenfes foient gens entendus, ils empêcheront par leur grand feu les Pionniers de travailler, & de conduire leurs Tranchées jufqu’auprés de leurs Foflez j c’eft pourquoi fans chercher les détours des Boyaux, on creufera la Tranchée en ligne droite, les Travailleurs fe couvrant de Mantelets & de Blindes, ainfi qu’il a été expliqué dans la page 220. A la faveur de ces Blindes on conduira la Tranchée en ligne droite, faifoit à côté de la même Tranchée de petits Parapets parallèles à la tête de l’Ouvrage attaqué. Derrière ces Parapets on logera les Soldats, qui appuyèrent les Travailleurs. Avec ces fortes de Tranchées, ayant gagné leFoflé du Dehors 8c pouffé une Mine fous quelque Angle de l’Ouvrage, dés que la Brèche y fera faite, on ira a l’Afîant, & on s’en rendra maître pour s’y retrancher, comme il fora dit dans la page fuivante.
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- De la prife des Dehors.
- TOus ceux qui enlevent des Dehors, n’en demeurent pas toûjours les maîtres; car bien fouvent les Aflïe-gez apres avoir défendu avec opiniâtreté la Tête de leurs Ouvrages, font feinte deceder tout d’un coup à l’effort de ceux qui les attaquent ; mais ces fortes de feintes ne fe font le plus fouvent que pour engager l’Affiegeant à fe venir loger & retrancher fur leurs Fourneaux.
- C’eft pourquoi ceux qui auront forcé quelque Dehors ne -s’engageront pas toûjours à fuivre les fuyards, s’ils ne remarquent en eux une grande confternation: mais feulement'ils tâcheront à s’y loger, rangeant leurs Gabions, leurs Fafcines ou leurs Mantelets en Angle (aillant : ou bien à force de Grenades, de Bofles,& de Balles-à-feu, on obligera les Af-fiegez d’abandonner tout-fait leurs Dehors-*. Durant ce temps quelques Moufquetaires fe glifleront fur le Rempart de l’Ouvrage, où ils feront des Barricades, & des Logémens, à me-lùre qu’ils gagneront le terrain : car ces lieux-là font les moins fujets aux Fourneaux, à caufe de l’élévation du terrain.
- Si l’on avoit quelque indice, que les Aflïegez euflent miné l’Ouvrage, il faudrait tâcher dans le même temps qu’on fait le premier logement, d’y creufer quelques Contremines, afin de donner vent à la Mine : mai's fi par malheur pour ceux qui fe feraient logez les premiers dans l’Ouvrage, les Aflie-gez l’avoient miné, & que la Mine fît fon effet, il faudrait pour lors attaquer le Pofte l’Epée & le Piftolet à la main, pour tâcher de s’en rendre maître une fécondé fois, & craindre encore l’effet de quelque fecond Fourneau. C’eft pourquoi quandon gagnera quelques Dehors, il faut d’abord les contreminer, faifimt dans leur milieu un Puits ou deux, les plus profonds, & les plus larges qu’il fera poflïble, felon le temps que l’on aura.
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- La maniéré de foûtenir les Sorties.
- Es Affiegez foibles enHabitans & en Soldats, fontra-*
- JL renient des Sorties, les hommes leur étant trop chers pour les expoferauxhazards des Entreprifes: Mais tout au contraire, les Places qui ont leur Garnifbn forte, foie en Bourgeois ou en Soldats, font prefque toutes les nuits des Sorties, non feulement a deflein d’enlever des Quartiers, d’encloüer le Canon des Batteries de l’Afïiegeant, mais me -me afin d’empêcher le progrès des Tranchées.
- C’efl: pourquoi pour continuer les Tranchées julqu’au
- {>ied des Dehors ou des Glacis de la Place, & pour foûtenir es Sorties de ceux de la Ville, on fera en forte que les Trau -chées foient bien flanquées par leurs détours, en forte qu’une flanque l’autre, & qu’elles foient fortifiées de Redoutes, capables de tenir une partie des Soldats, qui font deftinez à défendre les Travailleurs. L’autre partie des Soldats fera envoyée à la tête de la Tranchée, fè couchant fur le ventre, durant que les Pionniers remueront la terre.
- Ceux qui font commandez pour la défenfe de la Tranchéc, & par confequent pour foûtenir les Sorties, doivent avoir le Pot de fer en tête, avec des Corfelets à l’épreuve du Moût quet, ou bien à cauie de leur trop grande pefànteur, ils fe fèr-viront de Mantelets, pour faire quelque Logement ou Cotps-de-garde proche la tête de la Tranchée ; mais enfin s’ils font obliges de lâcher le pied & de plier, ils fè retireront dans les plus prochaines Redoutes, julqu’à ce qu’ils foient lecourus de leurs Camarades, pour repouflèr la Sortie des Affiegez.
- On remarquera qu’aprés avoir repouflé ceux de la Place, il ne faut point s’engager à les fuivre, de peur des Embufca-des, principalement fi c’efl: la nuit : on doublera feulenient la Garde de la Tranchée, afin de foûtenir l’Ennemi avec plus d’opiniâtreté, s’il revenoitàla charge.
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- De la Sappe du Glacis.
- LOrs qu’on a efluyé tous les obftacles que les Affiegez pou-voicnt oppofèr au travail des Tranchées, & que malgré leurs frequentes Sorties, on les a enfin conduites jufqu’au pied du Glacis, on eft pour lors obligé , pour venir au palfa-ge du Folle, de palier ou par delïous le Glacis, ou par dellus.
- Quand on pafle par delïous le Glacis , on appelle cela faire la Sappe, & certe forte de Sappe eft differente de celle des Anciens, qui en faifoientpour rompre les Murailles des Affiegez avec des Beliers.
- Mais la Sappe d’aujourd’hui fè fait d’une autre maniéré: Quand on fera arrivé à quelques pas du Glacis, on pouffera la la Tranchée en ligne droite, les Travailleurs fe couvrans alors de Blindes, de Sacs-à-terre, ou encore mieux de Mantelets montez fur des Roues ; & de cette façon ayant gagné le pied du Glacis, ils feront, à droit &à gauche de la Tranchée, des Epaulemens ou des Traverfès marquées A, avec leurs Parapets, pour y loger à couvert un bon nombre de Soldats; & filon a du loifir, on éleveraun Cavalier ou plufieurs, fur lefquels on logera quelque Piece d’Artillerie-, pour démonter celles de la Place, ou pour ruiner les défen-lés de la Ville.
- Pour en revenir à la Sappe, qui fe fait a quelque cinq ou fix toiles de l’Angle faillant du Glacis, les Pionniers étant venus par la Tranchée jufqu’au pied de cette Efplanade, commenceront à creufer la Tranchée toûjoursen defcendant par delfonsleGlacis, & après avoir avancé quelques toifesde travail, ils y feront un Fourneau pour faire làurer la terre qui feroit au dellus d’eux, faifant jouer les Fourneaux auffi-rôt qu’ils feront chargez, de peur que ceux de la Place ne les éventent par des Contremines. En faifant ces Fourneaux, il faut que les Pionniers ayent le foin d’en poulïerjufquefous là Tête du Glacis, afin de la faire fauter avec fes Palifîades; ce qui ayant reüffi, on y fera un Logement en la maniéré ftii-vante.
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- i5i LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Legemens qu'on fait fur les G Uct s crfur les Chemins ^couverts.
- T Es Logemens qu’on fait en conduifant les Tranchées font JL# fort peu diflemblablesde ceux qu’on fait fur lesCon-trefcarpes, & ne different les uns des autres, qu’en ce que ces derniers font les plus dangereux à faire, le terrain ne s’y renconttant pas fi commode, 6c le feu de la Place y étant plus grand à effuyer.
- Lorfqu’on effc arrivé au pied du Glacis, fi l’on juge que la Sappe foit une voye trop longue pour fè rendre maître du Chemin-couvert, on l’attaquera d’emblée ou de vive force;& quoique dans cette forte d’adion il yperifle beaucoup d*Of-ficiers & de Soldats , & que ce foient d’ordinaire les plus braves , neanmoins c’eft quelquefois le parti le plus raifonnable à prendre pour s’y loger. Etant donc refolu d’emporter d’emblée le Chemin- couvert, & d’y faire des Logemeiis, on fera auparavant provifion dans les Tranchées, & dans les Redoutes voifines, de quantité de pierres, de Fafoines&de Sacs-à-terre. %
- Coriime cette Entreprifo demande de la vigueur, & qu’il y faut aller avec chaleur, l’Officier, & ceux qui l’accompagneront, feront armez d’armes courtes, comme d’Epées, dePiftolets, de Moufquetons, de Grenades, deBofles, de Gauderons, & de Pots-à-feu.
- Le Signal étant fait, l’Officier & fes Gens donneront avec refolution, les Charpentiers couperont les Paliflades, & les Grenadiers fe jettans fur les Chemins-couverts, fécondez des Moufquecaires , feront lâcher le pied à l’Ennemi qui les défend. Durant cette aéfcion les Pionniers feront ùn Logement fur le milieu du Glacis, en fe couvrant contre les défen-fcs de la Place.
- Les Ennemis ayant été contraints d’abandonner leChe-, min-couvert, les Pionniers avec leurs Mantelets, leurs Ballots de laine, & leurs Sacs- à-terre, y feront auffi-tôt un Logement, s’cpaulansle plus avantageufemcnt qu’ils pourront du côté duBaftionoppofé, -qui eft le côté le plus à craindre.
- Maniéré
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- 274 LES TRAVAUX DE MARS,
- Muniere depajfer les Fojfez, fecs , Cr d'attacher le Mineur aux Faces des Baftions.
- CEux qui ne font point de fcrupulede facrifier leurs Soldats , pourvû qu’ils attachent le Mineur aux Baftions, s’y prennent de cette façen: Auffi-tôt qu’ils (ont logez fur les Contrcfcarpes, ils font porter à la moitié des Soldats qui font commandez pour l’Entreprife, des Mantelets, couverts de lames de fer-blanc, & ils defeendent avec chaleur dans le Folle, fè ferrant le plus prés qu’ils peuvent contre la Face du Baftion, où ils rangent plufieurs Mantelets les uns auprès des autres, pour s’épauler du Flanc, & pour le couvrir des Feux d'artifice de la Place, pendant que le Mineur fait fon trou, & que les Moufquetaires des Chemins-couverts & les Batteries tirent inceflamment contre les défenfès de la Place.
- Mais ceux qui agiflent avec plus de circonïpedion, s’étant logez fur le Chemin-couvert, mettent une Pieceou deux de Canon en Barterie, afin de faire une petite Brèche dans la Muraille, à dix ou douze toiles de l’Angle flanqué du Baftion, afin que le Mineur n’ait point tant de feu à et fuyer.
- Cette précaution étant prife, on remarquera fi la Contref. carpe eft feulement de terre, ou fi elle eft revêtue ; filetalud tftbienaddouci, ouforrefearpé: car étant fort efearpé. ou revêtu il faudra le rompre de loin, afin de faire la delcentedu Folié plus aifee, jettant toûjours la terre du côté du Flanc des Ennemis, & du Baftion que l’on attaque.
- Puis on fera dans leFoflé une Traverfe large d’une toife, & la terre qui en fbrtira , fera jettée du côté du Flanc oppofé quila découvre. La profondeur de la Traverfe fera de quatre pieds., afin que la terre qu’on jettera à côté, puifle couvrir un homme.
- Pour éviter les Feux d’artifice des Afîiegez, on couvrira la Traverfe de planches couvertes de lames de fer-blanc, ou bien on y mettra des Gazons, & tout ce que l’on jugera capable de refifter aux Feux d’artifice. Ma-
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- Maniéré de franchir les Fûffezp teins et eau , Cr d'attacher le Mineur aux Faces des Bafitons.
- L’Eau des Foflez eft dormante ou vive : Ceux qui font remplis d’eau dormante, fe ligneront en creufant, comme j’ai déjà dit, quelque Canal ou Puits plus bas que le niveau du Folle, afin d’en tirer l’eaù, & enluite franchir le Folle avec une Traverfe, ou avec des Clayes, fi le fond du Fofl'é eft rempli de vaze ou de bouë.
- Mais fi l’on ne peut en aucune maniéré détourner Peau, ni deflecher ces Foflez, on fe refoudra à les combler vis-à-vis du lieu où l’on veut attacher le Mineur ; & pour cét effet on fera battre pour la Fafcine , & l’on commandera quelque Capitaine, accompagné de cent ou de deux-cens Soldats, armez feulement de Serpes, pour aller dans les jardins, les bois, & autres lieux remplis d’arbres, pour faire ces Fafci-nes, & les apporter en même temps jufqu’à la Queue de la Tranchée, fans en exempter les Officiers.
- Ayant donc fait une grande provifion de pierres , de Troncs d’arbres, deFafcines, de Sacs à-terre, & de Barriques pleines de terre, on jertera tout cela dans le Fofl'é, en gagnant le Baftion , durant que les Batteries des Con-trelcarpes feront grand feu contre les Afliegcz.
- Et comme les Affiegez , pour empêcher l’avancement de la Traverfe, ne peuvent que la btûleravecdu feu d’artifice, ou venir en batteau pour en interrompre le travail, on les arrêceraen chargeant de Cartouches quelques Pièces de celles qui feront fur les Conrrefcarpcs, afin de les aby-mer, eux & leur batteaux; &lorfque la Traverfe commencera à paroître hors de l’eau, on jettera deflus tout ce qui fera le moins fufceptible de feu, afin que le Mineur s’aille attacher au Pan du Baftion, &l’on remarquera qu’il lui aura fallu faciliter fon entrée, ainfiqueje i’ay dit dans la page precedente.
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- 25<s LES TRAVAUX DE MARS,
- Des In J! rumen s cr des précautions qu'on doit prendre avant que de travailler aux Ali ne s.
- TOutes les Mines fe font, ou dans de la terre naturelle qui eft celle qui n’a jamais été remuée, ou dans des terres nouvellement rapportées , ou dans des Murailles.
- Les terres naturelles font la bonne terre , le Banc de bois, legrosCailloiiage, & les lits de Sable.
- Pour pouffer des Mines dans la bonne terre, dans le Banc de bois, & dans la terre bien raffife, on y travaillera comme il fera dit dans la page fuivante ; mais f\ la terre eft fablonneu-fe, humide, ou nouvellement remuée, on feraprovifion de quantité de grands Caiffons, faits de planches de bois dur & bien gouderonnées , capables de tenir fîx ou fept quintaux de Poudre, même jufqu’à un millier, pour s en lervir comme il fera dit cy-après.
- On fera auffi provifion de quelques planches de bois, & d’un bon nombre de Sacs de toile bien gouderonnée, avec quelques Sauffiffes auffi gouderonnés, qui étant pleines de Poudre, ferviront à donner le feu aux. Mines.
- Les Sacs-à-poudre les plus ufitez tiennent cinquante livres de Poudre, ou un Demi quintal.
- La Sauffifle À n’a point de longueur déterminée : mais elle eft d’une grofîeur & ouverture raisonnable, lorfqu’un œuf de poule peut entrer dedans.
- Les Inftrumens C font de grands 6c petits Cifèaux , qui fervent aux Mineurs pour rompre les Moëlons & autres Pierres.
- La Griffe D fèrt pour ôter les Pierres de liaifbn. I.aMaflèEfert pour faire entrer les Cifèaux dans le joint des Pierres.
- LeHoyauGfèrt à piocher la Chambre & les Fourneaux de la Mine.
- La Houe H fert à charger les terres, & à les mettre dans les Corbeilles I, pour les cranfporter hors de la Mine.
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- mS les travaux de mars,
- Ve la Conduite des Mmes.
- IL eft fort difficile de parler ail jufte de la conduite & de .l’effet d’une Mine, àçaufe d’une infinité d’accidens cjui s’y rencontrent, non feulement de ceux qui procèdent du côté de la Poudre ; mais auffi de ceux qui viennent des Terres , des Sables & des Roches, qui les rendent plus ou moins grandes, que les terres font plu s ou moinsliées.
- Ceux qui auront la conduite d’une Mine, doivent fur toutes chofès, avant que d’y travailler, confiderer bien le lieu &le terrain qu’ils ont à miner, s’informans des Païfansou des Prifcnniersde la Place, fi les Battions à miner font vuides ou pleins de terre, s’ils font d’une terre vieille ou nouvellement apportée, fi c’eft du fable ou de la terre forte, & même s’il y a de l’eau, & fur toutes chofes fi les Battions ne font point contreminez.
- Cela étant connu, le premier Mineur, qui fè logera dans le Pan du Baftion, fe tiendra à genoux, & travaillera le plus vite qu’il luy fera poflïble, en faifant le Canal de la Mine en ligne droite, d’une largeur à pafler un homme à genoux. Dans ce commencement fi le Baftion eft revêtu, ilfefervi-ra de Cifeauxôc de Griffes de fer, afin de feparer & tirer les pierres de leurs joints, qu’un fécond Mineur dégagera du Corps duBafiion, pour s’enfervir à boucher la Mine, quand elle fera chargée.
- Lorfque le Baftion fera feulement de terre, on fe fervira de la Pioche j mais h l’une & à l’autre Mine on fera le Canal en fèrpentant defix pieds enfix pieds julqua ce qu’on foit arrivé au lieu où l’on veut faire la Chambre des Poudres. Quoique cette maniéré de conduire la Mine ibit plus difficile que celle qui fe conduit toute en ligne droite, neanmoins c’eft la meilleure , pour peu d’intelligence que pui£ fent avoir ceux qui l’entreprennent.
- Les Mineurs, pour travailler plus commodément dans les Terres, couvrent leurs Teftes & leurs Epaules d’une maniéré de Capuchon de taille.
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- LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Chambres^ des "Fourneaux O* delà Charge des Mines,
- LA Chambre des Poudres eft toûjours en Fourneau , en Bonnet-à-Prêtre, ou en Cube.
- Celles qu’on fait en Fourneaux fervent pour miner dans les Roches & lieux fort étendus , où une feule Mine ne fuffiroit pas pour faire l’effet qu’on defîre. Mais fi la Roche étoit trop dure, & qu’on n’y pût faire une Chambre aflèz grande, pour y loger toures les Poudres dont on auroitbe-foin, alors on fe fèrvira des Veines de terre qui s’y rencontrent , pour en faite des Fourneaux , qu’on cifelera & élargira pour les rendre plus grands, fi la Roche & le temps le peuvent permettre. On les fera capables d’y mettre fbixante, quatre-vingt, ¢ livres de Poudre, avec cette remarque , que h l’on met moins de foixante livres de poudre dans un Fourneau, il faudra faire plus d’un Fourneau, & leur faire pourtant prendre feu à tous en même temps.
- La Mine à Bonnet-à-Prêtre eft celle qui eft faite d’un feui Fourneau, dont le ciel eft taillé ou travaillé en quatre ou cinq pointes, comme de petites Cheminées, qui courent de differens cotez: ces Cheminées fervent à donner paflàge au feu, afin qu’il fafîe fon effet de plufieurs cotez en un même temps. J’en fis deux à Fereire de cette façon, dont l’une réüfïit, & l’autre prit vent.
- Mais la plus fure de toutes les Mines eft celle, dont la Chambre eft Amplement quarrée, ou en Cube: la poudre qu’on y mettra, fera dans des Sacs ou dans des Barils; mais en telle forte, que laSauffifïe ou la traînée mette le feu à cous les Barils ou à tous les Sacs en un même temps.
- Pour faire une Mine dans un Bafti on Royal, onia chargera jufqu’à un millier, ÔC cinquante Quintaux de poudre ; mais la véritable quantité dépend de l’eftimation du Mineur, qui en mettra plus ou moins, félon qu’il jugera le lieu être plus ou moins difficile à être ébranlé.
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- Des Brèches y de la maniéré de les reconnaître.
- LA Brèche étant faîteaux Bâfrions, foit par la Mine, k ceux qui font fans Chemifes, ou par des Batteries croifêes, à ceux qui font revêtus de pierre, le General en-voyera quelque Officier la reconnoître. Celui qu’il commandera doit être une perfônne intelligente, comme font les Majors & les Ingénieurs. Ils feront armez à l’épreuve du Moufquet, depuis les pieds jufqu’à la tête , accompagnez de quelques Moufquetaires : il doit fur toutes chofès remarquée fi la montée de la Brèche eft rude , & fi elle fe peut rendre plus aiféej fi elle eft commandée de revers ou non j fila Montée eft épaulée contre le Flanc oppofé ou non : car toutes ces cironftances étant connues, on y remédiera en la rendant plus douce & plus facile, rompant à coups de Canon ce qui empêcheroit la facilité d’y monter. Pendant qu’on reconnoît la Brèche, on doit empêcher les Affiegez de fè retrancher fur fa Tête, & pour ce faire on tirera inceffamment le Canon des Batteries, qu’on aura élevées proche des Glacis, ou fur lesContrefcarpes.
- Si la Mine n’avoit pas fait tout l’efFet qu’on en efperoit, on commandera de nouveau des Mineurs, pour en faire une fécondé, avec la plus grande diligence qu’il fera poflible. j’avertirai en pafrant que quoique les Mineurs tirent folde par mois du Prince qu’ils fervent, il eft toûjours bon de leur donner dans l’occafion des gratifications particulières, afin de les obliger à travailler avec plus de diligence: Même afin qu’ils pouflent leur Mine bien avant dans la fblidité du Rempart, qui eft une chofê oùles Mineurs manquent prefque tous, principalement quand les Battions font maflifs; je voudrois les payer à la tâche, afin qu’ils en fiflent davantage ; car l’avidité du gain fait trouver la peine douce, & le péril moins grand.
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- Préparation pour un Aptut general.
- LA Brèche étant trouvée ou rendue facile à coups dfeCa-' non, le General tiendra Confeil de Guerre, pour de* libérer de l’ordre qu’on doit tenir pour aller à l’Aflaut. Corame c’eft un Pofte d’honneur , il fe trouve toûjours quantité de gens qui prétendent avoir droic de marcher les premiers ; mais cét avantage appartient préférablement 4 ceux qui font ce jour- la de garde à la Tranchée.
- Dans ce Conieil on refoudra, fi c’eft allez que de fe loger fur la montée de la Brèche, en y faifant quelques logemens, oufi l’on ira d’emblée le porter fur la Tête. On y doit parler déroutes les difhcultez qui fe pourront prefètiter, afin d’y pourvoir de bonne heure.
- Lesobilacles les plus grands que les Afïiegez puilîentop-pofer , pour empêcher que l’on ne monte facilement à l’Affiiut, c’eft decteufer &de préparera la hâte des Fourneaux deflous la montée de la Brèche, mais l’Affiegeantles doit év enter. Que fi la montée de la Brèche eft fort rude, on l’addoucira, comme j’ay dit, à coups de Canon. SilesAt fiegez l’ont remplie de petites Chaulie-trappes, on les rendra inutiles, aulfi-bien que les Herfes, en détournant les unes avec des Râteaux, oq en jettant delïus de petits Sacs-à terre, & renverfant ou élevant les Herfes. Il faut avoir le même loin, fi l’on trouve la montée erabaraflee par des Chevaux de Fiilejettez de travers; mais la plus grande difficulté eft , quand la Brèche eft vuë de revers par l’Artillerie, d’une Cazemate, principalement quand la Brèche n’eft guère épaulée, ëi qu’elle eft prefque en ligne droite : car alors les Canons de la Cazemate, furtout s’ils font chargez à Cartouche, y feront de grands fracas. Pour y remedier, on pointera quelque piece de Canon dans le Foffé pour ruiner T Artillerie de la Cazemate, & l’on fera provifion de Grenades, deMantelecs, deFafcines, de Barriques, deSacs-à-terre, de Gabions & de quantité de Pics, de Pelles, &de tous autres Inftrumens propres à remuer les terres, & à faire des logemens au pied , ou fur la Telle de la Brèche.
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- LES TRAVAUX DE MARS;
- D'un j4faut general.
- QUah4 l’Aflaut aura été refolu, & que les Affiegeans auront , fait fur les Contrefcarpes les préparatifs que nous venons de dire, le General fera battre la chamade pour fçavoir la derniere refolution des Afliegez, &fe mettre en pofture de châtier leur opiniâtreté.
- Le temps le plus favorable pour monter à l’Aflaut eft de jour» où chacun tâche par une louable émulation à payer defaper-fonne, & oùles Poltrons font même obligez de faire figure, ne fepouvans cacher, comme ils feroient de nuit j joint que l’Àr-lerie des Afliegeans tire de jour avec bien plus de juftefle contre les défenfes de la Placé, & fur la tête des Bréchés, qu’elles se feroient la nuit, où cenx qui feroient commandez pour monter à l’Aflaut, courroient grand rifque d’efîùyer les coups de leurs propres Camarades,
- Le Signal de l’Aflaut étant donné par le moyen d’une Bombe ou de quelque Balle lumineufe, chacun ira à l’Aflaut, ielon le rang & le commandement qu’il en aura. Comme il eft bon de divertir les Affiegez, & de les troubler dans leurs défenfes, ou-* tre les deux Brèches, qui eft le moindre nombre qu’on en doit faire, pour donner un Aflaut general, on feindra de vouloir efcalader ou furprendre qüelqu’autre côté de la Place.
- Les premiers qui iront à l’Aflaut, feront environ 40. commandez par quelque Lieutenant, ou Enfeigne, & par deux Scrgens. Ils feront armez à l’épreuve du Moufquet, ou pour le moins du Piftoletj la moitié porteront desMoufquetons, des Piftolets, des Hallebardes & autres Armes courtes, & les au» très des Pics, desMantelets, & desFafcines, pour faire des Lof jemens.
- Ceux qui fuivront ces premiers, feront en plus grand nombre , & feront eux mêmes foùtenus d’une plus grande quantité, s’appliquans àfe (oûtenir les uns les autres, jufqu’à ce qu’ils ayent fait un Logement fur la Tête de la Brèche, fi on en eft convenu.
- II eft à remarquer que dans toutes les A&ions où il faut agir avec chaleur, il eft bon que les Officiers & les Volontaires qui s’y rencontrent , ne (oient habillez que Amplement ; car quand on les voit richement vêtus, pour peu qu'ils viennent à être bléiïez les Soldats les achèvent pour les deshabiller, on les emportent pour les faire penfer, ce qui arrefte la vigueur de l’aéHon, & fait fouvent manquer l’cntre-
- frife. Pour y remedier le General avant que de donner le (îgnalde Aflaut, défendra fur peine de la vie aux Soldats d’emporter aucune perfonne de quelque qualité qu’elle puiflèêtrc, morte o« blcfféc, avant que Paétion foie finie. Ma-
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- 166 LES TRAVAUX DE MARS,
- Mianiere de fe loger fur la Tête d'une Brèche , defh
- rendre maître du BafHon , en fuite de la Place.
- ’Aflaillant s étant tendu maître de la Brèche il fe conten-
- ir tera de s’y loger, s’il juge que les A fliegez foient trop forts, polir laiflcr enlever d’emblée leurs premiers & leurs féconds Retranchemens, ou fi l’ordre du General porte de rie point avancer plus avant que la Tête de la Brèche.
- Il n’y a point de Pofie plus dangereux, & où il y ait plus de feu à eflùyer que dans les Logemens qu’on fait fur la T ê-te d’une Brèche, pour peu que ceux' de la Place foient gens de cœur r neanmoins comme de ces Logemens dépend le plus fouventla perte ou laconfervation de la Brèche, & la pofieffion du Baftion, le General n’y doit rien épargner ; les hommes, dans cetteoccafion, doiventfefervir de Parapet, les uns aux autres.
- En faifant les Logemens fur la Tête de la Brèche , on tâchera à s’enterrer dan s le Terre-plain du Baftion ; ou fi l’on n’a pas tout le temps neceflaire, on mettra par defius les Cadavres des Sacs-à-terre , des Fafcines, 6c des Planches couvertes de lames de fer-blanc, afin d’empêcher que les Afliegez ne mettent le feu au Logement. Dans le temps que les Allaillans travailleront à leurs Logemens , ils feront poufler des Fourneaux jufque fous les Retranchemens de la Place, afin d’éventer leurs Fourneaux, 6c faire fauter leurs Retirades, fi on ne les attaque d’emblée.
- Les Fourneaux ayant fait leur effet, les Affiegeans s’avanceront armez d’Armes courtes , de Rondaches, 6c de Mantclets, 6c fournis de quantité de Grenades, faifant abandonner les Retranchemens, ou Retirades , à ceux de la Place » & s’en rendront maîtres, pouflànr vigoureufèment les Afliegez hors du Baftion, en les obligeant à fè retirer dans les Barricades de leurs tries, dedans leur Réduit, quieftle dernier Pofte où les Afliegez peuvent faire leur capitulation.
- De
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- OU L’ART DE LA GUERRE. 267
- De laprife des Filles de vive force oh d'emblée. d on a deflein fur une Place, pui(Tante en Habitans,
- & qu’on ne craint point d’Armée ennemie, on ne s’a-muicra point à faire des Lignes de Circonvallation , ny des Tranchées. Toutes ces précautions ne font bonnes, qu’aux Places, qui ont des Garnifons plus fortes que le nombre des Bourgeois, ou bien quand 011 craint que la Place ne (oit bientôt (ecouruë d’hommes 6c de vivres, par ceux du Party con-
- traire.
- Sçachanc donc que la Place eft bien fortifiée, capable dç. foûtenir un long Siégé, que lus Bourgeois y font en grand nombre, & le focours fort éloigné, on fera grand feu pour la réduire. L’armce fe logera pour cet effet dans les Villages,6c lieux circonvoifins de la Place, & 011 commandera feulement quelques Regimens, pour appuyer les Travailleurs, qui iront élever à la hafte, à la portée du Canon de la Place, & même plus prés, des Redoutes, ou autres petits Forts, avec des Fofîez larges de deux ou trois toifes, & profonds de 7. ou 8. pieds, s’il eft poflïble.
- Dans ces Forts on logera quantité de Canon, &le plus grand nombre de Mortiers qu’il fora poffible, afin que faiiànc agir l’Artillerie contre les Maifons, (ans aucun relâche, 6c jettant (ans ce(Te des Bombes dans la Place, onrenverfo, 6c mette le feu partout.
- Cette façon de faire la Guerre, eft très bonne pour fe rendre maître des grandes Villes en peu de temps, fuppolànt, comme nous avons dit, que ceux de la Ville n’ayent pointd’Ar-mée en Campagne pour les focourir; car il 11’y a point d’Ha-bitans, quelques zelez qu’ils foient pour leur Prince, qui ne fe révoltent 6c ne tuent la Garnifon, pour fe foûmettre à celuy qui le?attaque, voyant leurs Maifons, & leurs biens devorez parles flammes, leurs Femmes, 6c leurs Enfans, écrafozparla cheute& les fracas de Bombes, & eux mêmes réduits à la mercÿ de tous ces funeftes accideris.
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- Maniéré de lever le Siégé 9foit de nuit, fait en plein jour.
- TOutes les Entreprifes qu’on fait ne reüffiflènt pas toujours, & l’on fe voit quelquefois obligé de lever le Siégé , foit parce que les Maladies fe mettent dans le Camp , ou que la làifon s’avançant, les pluies continuellesles neiges, les vents, & autres injures du temps, font mourir ou deferter les Soldats, ou bien parce que les Affiegez font bien retranchez, & reçoivent continuellement du fecours, tant d’Hommes que de Vivres,
- On leve le Siégé en plein jour, lors qu’on ne craint point que ceux de la Place faflentdes Sorties fur ceux qui feront les derniers à le retirer, qui eft le Polie d’honneur, pour une Retraite. Pour fe retirer en bon ordre, on divifera fes Troupes en trois parties inégales : la plus petite qui fera la première , renfermera les Malades, les Bagages, Vivandiers, Canons rompus, Mortiers, & fi faire fe peut, generalement tous les Inftruments qu’on avoir apportez pour les Travaux du Siégé. '
- La féconde partie, qui fera plus force en nombre d’hommes que la première, & plus foible que la $. emmencra l’Artillerie , & toutes les Munitions qui en dépendent.
- La troificme partie, qui fera la plus forte, & le Pelle d’honneur, mettra le feu au Camp , & fera tête aux Affiegez, en cas qu’ils vouluflent charger en queue. Si l’on craint la rencontre de quelque Armée, on changera cet ordre pour en prendre un autre, comme il a été enfeigné dans la conduite des Troupes.
- Quand il vient une paillante Armée en faveur des A£ iïegez, pour forcer les Lignes, alors il faut que les Aflïe-geans, lans prendre tant de melures, gâtent & rendent inutile tout ce qui pourrait fervir à l’Ennemy, & qu’ils fe retirent tous par une même route, afin de fe rallier promptement, & d’être en état de faire une refiftance opiniâtre, julqu’à ce qu’ils ayent gagné quelque Place dé leur party.
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- Chapitre XII.
- De la défenfe des Places.
- CE Chapitre traite de la plus fçavante leçon que puif-fe étudier le Gouverneur, ou Commandant d’ime Place» Chacun fçait, qu’il eft plus glorieux de bien défendre une Ville, que d’en prendre deux, puilque l’abondance des Vivres, & le grand nombre des Soldats, ie rencontrent toûjours beaucoup plus du côté des Aflïegeans, qui font maîtres de la Campagne, que de ceux qui font enfermez. C’eft ce qui ma obligé à m’étendre dans ce Chapitre , en faveur des Commandans, pour leur enfèignet à fe défendre , & à chercher le moyen de conferve* les Poftes qu’on leur a confiez.
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- 170 LES TRAVAUX DE MARS,
- Des précautions que doit prendre un Gouverneur , pour met-tre fa Place en état de foâtenir un Siégé.
- CEux qui commandent les Places Frontières, doivent avoir une perpétuelle défiance de leurs Voilins, même au plus fort de la paix. En effet un Gouverneur n’eft pas toujours à la fuite de la Cour, & ne fçair pas toujours le lècret du Cabinet, pour prendre lès précautions furies differenséve-nemens qui y peuvent arriver dans un inftant.
- De forte qu’il fe doit toûjours reprefenter que fa Place va êtreaffiegée, & qu’il eft de fon honneur de la défendre; 8c delà conierver dans les interefts de fon Prince, au péril de fa vie.
- Dans cette veuë, il doit avoir un foin particulier que les Remparts, les Parapets, & autres défenfes de fà Place foient en bon état, les Foflêz bien nettoyez , les Dehors de la Place bien relevez, & bien palifïadez.
- Il prendra auffi le foin de vifiter fbuvent les Magazins d’Artillerie, pour voir û les Balles & les Boulets font de Calibre, & les Poudres en bon état, & s’il y en a allez pour fournir durant un Siégé à route là Garnifon, tant pour les Pièces d’Arri llerie & les Contremines, que pour tous les ulàges quiconlbmmentdela Poudre durant un Siégé, qu’on lup-polè qui doit durer pour le moins quatre on cinq mois.
- Si le Gouverneur eft un homme vigilant, il fçaura combien il y a de bouches dans fà Place, combien de Soldats & de Bourgeois, & qui font ceux qui font capables de porter les armes dans un befoin. Il fera tenir un Regiftre de toutes ces choies, auffi bien que de la quantité des Grains qui le rencontreront dans les Magazins publics, & particuliers, afin de déterminer une ration pour chaque Soldat & Habitant de la Place, félon l’abondance ou difette de Vivres, étant de la Politique du Gouverneur de mettre de bonne heure les bouches inutiles hors de fa Place.
- Du
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- OU L’ART DE LA GUERRE. i1i
- Du nombre des Soldats four U Garnifon d’une Place,
- LE nombre desSoldart qu’il faut entretenir pour la Garnilbn d’une Place, fe limitera, ou fur la puifïance des Ennemis qui la peuvent affieger, ou fur l'étendue du Tet-rain qu’elle renferme, ou enfin fur la quantité de fesB.dl lions Royaux, qui font ceux qui ont leurs F lancs de feize à vingttoifes.
- A un Pentagone, on donne pour chaqueBaftion trois-cens hommes.
- A un Hexagone trois-cçns cinquante.
- AunEptagone quatre-cens tout au plus, Sc aux autres Places qui auraient plus de Battions, une Garnilbn de deux mil cinq cens hommes y doit taire une bonne dcfenfe, lùp-pofant qu’il y ait des Vivres pour en nourrir la Milice.
- Ceux quimefiirent lesGarnilons des Villes, par l’étendue de leur circuit, veulent autant d’Hommes pour fa défen-fe, que fon Chemin-couvert contient de pieds de Terrain.
- Mais ceux qui le règlent fur le nombre de deux ou trois Attaques, que les Àlliegez peuvent faire tout au plus en un même temps contre une Place ordinaire, làns s’arrefter au nombre de lès Battions, ny à l’étendue defes Murailles, ne veulent que d: nx mille hommes de Garnilbn , fans compter les Bourgeois & ArtilinsdelaPlace, les employant en la manière luivante.
- Ils en mettent neuf cens à chaque Attaque, qu’ils divi-fent en trois parties, pour avoir toujours trois-cens hommes aux trois Gardes differentes , afin que par le repos de deux nuits, franches & entières, les SoWats paillent plus facilement relifter aux fatigues d’un Siégé , & aux injures du temps.
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- i7i LES TRAVAUX DE MARS,
- Du nombre des Soldats pour la defenfe des Dehors,
- QUand une Place a des Dehors, on laifle en partie la garde de fes Rués & Murailles aux Bourgeois de la Ville, qui font fort propres, à tirer de defîus leurs Remparts : mais pour la défenfe des Dehors , il faut toûjours la confier à ceux de la Garnifon.
- A chaque Dehors on met tin Corps de Garde de 3 o. hommes, ou plus encore, quand les Ouvrages font d’une grande Garde. Les Soldats fe retirent dans des Cazernes ou Corps-de-gardes bâtis de bois.
- AuxRavelins, & Demi-Lunes, que les Ennemis veulent attaquer, il faut entretenir 100. 150. & même jufqu’à zoo. hommes, quand elles font grandes ; fans mettre en compte les Grenadiers, Pionniers, & autres gens propres à travailler aux Fourneaux , & aux Retranchements.
- Aux Tenailles, Cornes, & Couronnes attaquées, on v jette deux fois autant de monde qu'aux Demi-Lunes, & même plus, félon la chaleur avec laquelle les Affiegezles attaquent. Mais pour ne point affoiblir la Garnifon de la Place, on mêlera un tiers de Bourgeois, de ceux qui ne feront point mariez, avec deux-tiers de Soldats; comme à une Corne, où l’on mettrait 300. hommes , onyenvoye-roit 200. Soldats -9 & 100. Bourgeois.
- Aux Forts détachez, comme les Forts à Chemife , à Tenaille, &àdemi-Baftions, on met d’ordinaire 60. hommes de garde, & plus, quand on juge qu’ils feront attaquez.
- Les plus petites Redoutes que ceux de la Ville feront à l’extremité de leurs Dehors, doivent tenir vingt ou trente hommes.
- Quand la Place n’a point de Dehors, l’on met à la défenfe de laContrefcarpe un homme, pour une toife de Terrain, afin qu’il y ait allez de monde fur les Comrelcarpes , pour former deux ou trois Corps, & faire telle aux deux ou trois Attaques, quelesAfliegeans peuvent foire pour les forcer.
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- OU L’ART DE LA GUERRE. 27?
- Des logémens des Soldats, des Corps-de-Garde , Gr de Vordre d'y entrer , Cr d'en fortir, avec le moyen de faire les Rondes.
- QUand les Villes Aflïegées Ton petites, les Soldats peuvent être logez par chambrées, chez le Bourgeois: mais lorfque les Places font grandes, &bien remplies d’Ha-bitans, on logera les Soldats dans les Ciradelles , ou bien dans des Cazernes, & grands Corps-de-Garde, qu’on bâtira proche des Remparts.
- Pour le nombre des Corps-de-Garde, il 11efepeut déterminer au jufie, mais on en bâtira toûjours dans les gorges des Battions vuides, &au pied des gorges des Battions folides, &même dans le milieu des Courtines , qui excédent 72. toifes ; pofànt des Sentinelles aux Angles flanquez , aux épaules des Battions, & au milieu des Courtines.
- L’heure la plus commode, pour monter la Garde , eft lut les dix heures du Matin, ou à deux heures après Midy, afin que dans ce changement les Sentinelles découvrent plus aifé-mcnt dans les Chemins creux, & autres lieux circonvoifins , où les Ennemis pourroient fe cacher à defîein de faire quelque fùrprilè.
- LesSergens qui fortirontde Garde, feront remarquer h ceux qui y entreront, les lieux qui font les plus foibles, 8c les plus dangereux, afin d’y pofèr de bonnes Sentinelles. On doublera les Sentinelles aux lieux foibles, comme font ceux qui ne font flanquez que de fort loin, ou qui ont leurs Murailles rompues, ou leur Fofle à demy- comblé.
- Les Rondes & Patrouilles fe font pour découvrir, files Sentinelles ne dorment point, 8c fi entre deux Sentinelles , ilnefe fait point qnelque’entreprife fur la Place. Ceux qui font les Rondes, font d’ordinaire deux , dont l’un porte la Lanterne en temps obfcur, & l’autre à le Signal & Contre-fignal, pourreconnoiftre les véritables Sentinelles & Rondes d’avec les faulîès, 8c voir fi les Afliegez font quelque En-treprife fur la Place, ëc s’ils n’ont point jette du monde fur le Rempart.
- 7 om. III; S Dtt
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- »74 LES TRAVAUX DE MARS,
- Du Mot, Cr Contre-Moti Cr de la manière de le porter.
- L’Ayde Major, ou en là place un Lieutenant, ayant cfté recevoir l’ordre chez le Major, ou chez le Commandant de la Place, environ lur les fix à fept hçures du loir , qui eft le temps que les Portes de la Place doivent être fermées» ceiuy qui aura receu l’ordre fe tranfporteri fur la Place d’Armes, où il doit trouver totales premiers Sergens de chaque Compagnie, ou en leur ablènceîés féconds, tous rangez en rond, chacun avec leurs Hallebardes. Après qu’il les aura inftruit des choies neceflaires pour leurs Compagnies, il donnera le Mot au Sergent delà Colonelle, tout basàl’O-sdlle; le Sergent de la Colonelle le donnera auflï à l’Oreille, ëc tout bas, au Sergent delàLieutenante, qui le donnera à l’autre Sergent qui le fuit, & ainfi d’Oreille en Oreille, le dernier Sergent dira le Mot à ceiuy qui le leur a apporté, afin devoir, s’ils ne iê font point trompez, en prenant un mot pour un autre.
- Ainfi tous les Sergens ayant receu l’ordre, chacun d’eux fe retirera pour l’aller porter à leurs Officiers, & en quelque lieu qu’ils les rencontrent, l’Officier recevant le Mot de fou Sergent, qui eft tefte nue, doit aufli fe lever & fe découvrir , pour recevoir l’ordre à l’Oreille.
- Les Officiers ftibalternes devroient obferver unechofè, qui eft, que quand on leur apporte l’ordre dans lesMaifbns où ils foupent, hors de chez eux, il faudrait le recevoir tout bas, & non fêle faire dire tout haut par leurs Sergens, ce qui eft une méchante coûfume, parce que leurs Valets fedi-fent le Mot les uns aux autres.
- Le Mot eft d’ordinaire quelque nom de Saint, avec ceiuy d’une Ville, comme Noftre-Dame de Paris, feinte Croix d’Orléans. Le Contre-Mot qui fê donne dans le temps des Alarmes, eft le nom de quelque inftrument, comme une Canne, un Marteau, un Piftolet.
- Ce
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- GU L'ART DE LA GUERRE. 27$
- Ce qu'un Gouverneur doit faire quand l'Ennemy le vient ajfieger.
- OjUelques - uns tiennent pour maxime, qu’aüfli-tôt que l’Ennemy le prefente devant la Place , le Gouverneur doit envoyer au de-là des Dehors, une partie de fa Garnilbn, pour réduire l’Alïïegeant à ne commencer lès Approches que de fort loin. Comme je faifois travailler aux Fortifications àzFereire> le Gouverneur ayant appris que les Ennemis avoient paru à la portée du Canon, fans lça-voir fic’étoit un fimple Party, ou fi l’on venoit lèulement reconnoiftre noftre travail, il fit fortir plus de la moitié de fa Garnilbn, & la rangea fur un grand Front, aude-làdela grande Demy-Lune, appellée San Jago , comme s’il eût voulu combatre en Bataille rangée. Cela me furprit, Ôc dés que j’eus fait tirer quelques Pièces qui eftoient montées fur la grotte Tour, je pris la liberté de luy venir demander, pourquoy ilexpoloit fi legerement une partie de fes forces î Il médit, que c’eftoit pour cqpmencer àdifputer le Terrain , & pour rallentir les premiers efforts de l’Ennemy. Cette rcponlè étoit d’un homme bien intentionné, mais peu éclairé. Aufîi Ibuffrit-il que je luy reprelènrafle, qu’il falloir ménager les Soldats, ne les pas expofer de fi bonne heure, ôclesreferver pour la défenlè dcsDehors, pour le pafiage du FolTé, pour la défenfe des Brèches, & pour toutes les adions qui peuvent faire durer un Siégé, plutôt que de les détacher ainfî pour tuer feulement quelques FantaC-fins, ou Cavaliers ennemis.
- En effet, à moins que la Garnilbn ne foie nombreufe, ou qu’on nefalîe dans ces commencemens faire les Sorties par les Volontaires 5 on fe contentera de faire tirer le Canon fur l’Ennemy, pour l’obliger à fe camper au de-là de fa portée , & eflayer à luy tuer quelque Officier confideràble , dont la perte puiffe traverfer la chaleur des Attaqués, ou arretter la continuation du Siégé.
- S 2 Ves
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- 276 LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Alarmes.
- L’Alarme eft une certaine efpece de terreur, crainte ou tumuke confus, que ceux d’un Party portent à Pâture., afin de les épouvanter, & les jetter dans la confufion. Le temps le plus propre pour craindre , ou pour porter les Alarmes eft la nuit; mais à la vérité, il n’y a piont d’heure déterminée, puifqu’on ne les faitguere que dans le temps ou l’on croit diftraire les Ennemis, & les jetter dans le defordre.
- Les Alarmes font moins frequentes dans les petites Places, que dans le grandes, principalement quand ces dernières font habitées d’un grand nombre de Bourgeois, ou de gens de diverfès factions.
- Les Alarmes qui fe font dans la Place, font feintes ou véritables. Les feintes fervent à découvrir les perfbnnes mal intentionnées, & qui font d’un fentiment contraire à ceux du Souverain.
- Les Alarmes qui viennent de dehors, & qui precedent toujours quelque fuite funefte, font très dangereufes, fi on n’y remedie de bonne heurd
- Le fècret de remedier aux Alarmes de dehors, eft de tenir quelque Corps- de - Garde au de-là des Contrefcarpes. Quand les Alarmes font frequentes, on changera fouvent le Mot, & le Contre-Mot, & fi l’on reconnoift que la Sentinelle ait pris l’épouvante, & donné l’Alarme fans raifon, onia châtira exemplairement. Lorfque l’Alarme eft forte, & que l’on craint quelque (édition, alors on s'affinera de tous les Eftrangers qui feront dans la Villle , faifànt mettre des chandelles aux feneftres & tendre les Chaînes dans les Rues.
- Mais le meilleur ordre qu’on peut donner pour repouffer ceux qui voudroient faire quelque infulte, c’eft de commander aux Soldats & aux Bourgeois , qu’ au fon d’une Cloche, qu’on leur defignera, les uns ayent à border les Remparts & les Parapets, &c les autres àfè rendre dans les Places d’Armes , & Rués delà Ville, afin qu’en cet inftant tout foit en état de défenfe.
- De
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- OU L’ART DE LA GUERRE. 277
- De Vordre des Sonies,
- Qlland la Garnifon d’une Place c£t forte , les fècours frç-quens, & les Habitans en grand nombre, le Gouverneur doit s’étudier à fatiguer les Ennemis , jufquesdans leur Camp, par de frequentes Sorties.
- Ces Sorties doivent être les plus fecretes qu’il Cera poffible. Pour le nombre de ceux qui s y doivent rencontrer, il ne peut êcreprecifément déterminé, dépendant du grand nombre de gens qui font dans la Place,& de la force du Pofte qu’on veut attaquer} mais forcout le Gouverneur, qui ne-doit point fortir de fa Place, du moment quelle eftafhegée, ne dégarnira jamais fcs Murailles defes forces ordinaires, quelque avantage qu’on lui fafle efperer.
- Ceux qui feront commandez pour faire la Sortie, feront armez d’armes courtes, & auront avec eux quantité de jet-teurs de Grenades, Pots-à-feux, de Porteurs de Gaude-rons, &de Pionniers, pour brûler & rompre les Travaux des Affiegeans. Un jour, ou deux avant qu’on faiTe la Sortie, on fatiguera inceflamment les Affiegeans, par de frequentes Alarmes, afin de les faire tenir continuellement fous les Armes, & leur faire négliger le fèrvice.
- L’heure de faire la Sortie eftant venue, on fera filer lçs Troupes &pa(Ter le Foflé, furies Ponts, ou dans des Barques j & s’ils font fecs, on y rangera les Troupes en Bataille ; ou bien dans les Places d’Armes des Contrçfcarpes, files Foflez font pleins d’eau. Delà on les fera fortir en bon ordre, pour attaquer le Pofte qu’on veut emporter j mais avant que départir, on doit donner aux Soldats de certaines marques pourlereconnoiftre, en cas qu’on fbit découvert, ou obligé à fe retirer. Ces marques feront défaire une Croix blanche au Chapeau, ou bien de mettre un Mouchoir au Chapeau, ou de faire fortir la Chemife par derrière , ou autre marque, telle qu’on j ugera le plus à propos.
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- %7% LES TRAVAUX PE MARS,
- De la dcfcnfc des Dehors •
- L’Affiegeant à force de pouflérla Tranchée, s’eftantvenu loger lut les Contrefcarpes de la Place, ou lîir celle des premiers Ouvrages détachez, il attaquera les Dehors, ou par leurs telles ou par leurs longs cotez; mais ce fera plûtôt par ces longs cotez > à caufe qu’ils ne font flanquez que des Parapets du Chemin-couvert,& des Faces des Baftions oppo-fez, que l’Affiegeant ruine d’ordinaire dés le premier jour du Siégé par les Batteries. Que s’il attaque ces Dehors par leur telle, ce fera par l’Angle mort de leur Tenailie, qui n'eft vû ny de Front, ny de Flanc, à caulè de la hauteur, & del’épailfeurdefon Parapet: mais comrhetous les Dehors ne font pas en T enailie , & que la plus-part ont des Flancs, quieft la meilleure défenle, il les attaquera fans doute par Je collé.
- Onluy cmpefchera de faire des Logemens fur le bord & dans le Folle, en failânt dans le Folle des Capom/.eres, qui ne font autre chofe que des Corps-de-Gardes couverts de tous cotezj ou bien a force de Fourneaux, on les fera làuter, n’épargnant nullement les Grenades, Bofles, Pots-à-feu, Gauderons, & Trompes-à-feu, qui fervent merveilleufe-mentàfairedeferter les Soldats, & brûler les Futailles, Gabions , Fafcines, Planches, & tout ce qui lèrt à faire & à couvrir leurs Logemens.
- Si l’Affiegeant ne fe rebute point du feu, on l’attaquera par les Flânes , failànt des Retirades , creufant des Fourneaux,Taillades,& enterrant des Caillons de toutes parts, tant fur les Chemins-couverts, que dans les Foflez, où l’on fera des Caponnieres. Si l’Affiegeant eft fi vigoureux, qu’il faflc plier ceux qui font à la défenle de ces Retranchemens, on les abandonnera, & lors qu’il y fera entré, on mettra le feu aux Fougades, pour le faire fauter, & à force de Grenades, Bofles, Pots-à-feu , coups de Moulquetons , Piftolets, Hallebardes, Crocs, on reviendra à la charge, pour reprendre lôn Polie, & achever, ou faire Prifonniers ceux que le feu aura épargné. Des
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- *86 les travaux de mars;
- Des P terriens, Fougades, Cr Caijfons.
- LEs Pierrieres A, font des Buttes, ou monceaux de pierres , qu’on laide exprelfément aux environs des Places , pour incommoder l’Affiegeant dans le travail de fès Approches. On couvre ces Pierrieres de T erre, pour en déguifer le piege à l’Afliegant, même on feint de fortifier ces endroits-là de Palifïàdes, en forme de Bonnette , ou Angle-fàillant, afin que l’Alïiegeant venant pour gagner cesPoftes, l’Artillerie qui fera fur les Remparts de la Place, ou dans les prochains Dehors, fade les décharges contre ces Pierrieres j qui rejailliront par éclats d’une maniéré tres-dangereufe , pour ceux qui feront derrière , ou qui viendront pour s’y pofter.
- Les Fougades B, font de petites Mines, ou Fourneaux , qu’on fait au delîous des lieux qu’on veut faire fauter.
- Pour faire les Fougades j on fait on trou, comme un petit Puits, profond d’une ou de deux toiles, qu’on remplit de plusieurs Sacs pleins de Poudre , & par delïus on met quantité de pièces de bois de travers , avec des Pierres , Terres, & toutes autres chofes capables de faire un grand fracas, quand on y mettra le feu, par le moyen d’une Sau-cifle, qui doit communiquer avec les Contrefcarpes, ou les plus prochains Logemens.
- Les Caillons C, fervent aux mêmes ufages que les Fougades, & même on en enterre dans les lieux, oh l’on croit que les Ennemis viendront faire quelque Logement ou travail.
- Les Caillons font des Cailles de bois de Sapin , d’une grandeur capable de contenir deux ou trois Bombes, plu$ ou moins, félon la qualité & la quantité du Terrain que l’on veut faire fauter : on y met le feu avec une Saucifle , qui ira des Cardons aux plus prochains Dehors, ou Logemens.
- Des
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- OU L’ART bE LA GUERRE. *S«
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- 2%z LES TRAVAUX DE MARS;
- Des Retirades, qtt enpeut faire dans les Dehors^
- LOrs qu’on eft obligé de plier & d’abandonner la Tê- te, ou le côté d’un Ouvrage, ce qu’on ne doit faire que dans la derniere extrémité, on nequitera pas pour cela l’Ouvrage tout entier; il faut que pendant qu’il y en a qui combattent les Ennemis, il y en ait d’autres qui travaillent aux Retirades, qui ne font proprement que des Barricades, ou fimples Retranclaemens, qui fe flanquent, & qui ont au devant d’eux quelque petit Foflé.
- Il eft de la fcicnce de l’Ingenieur, & de l’honneur des Officiers , & des Soldats, de travailler à ces fortes de Travaux , pui (qu’ils ne fe font que pour la détenfe de la liberté , & pour ta gloire de la Nation. UnEnfeigne, un Lieutenant, même un Capitaine, ou autre Officier, ne fora pas méprifé des honneftes gens, pour avoir porté des Fafcines, ou jet-té de la terre devant luy, pourfo couvrir, & défendre plus long-temps les interets de ion Prince.
- La Retirade doit toûjours avoir un Fofle au devant : Elle fe fera dans le Ravelin , comme en A.
- On élevera le Corps de cette Retirade, le plus haut qu’il forapolîïblc, faifânt deflbus quelques Fourneaux, pour la faire fauter, quand l’Ennemy s'y fora logé.
- Celles des Demy-Lunes B, fo feront comme elles font marquées dans cet exemple, principalement fi le T errai» eft grand.
- Pour les Retirades des Tenailles, Cornes, Couronnes , &Couronnemens, on les fera toûjours en Angles-fàillans, ourentrans, ainfi qu’elles lont marquées dans les Ouvrages de cette planche, faifant toûjours des Fougades deflous, dedans, & aux environs, pour faire fauter les Logemens desEnnemis.
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- *** •aanano vi aa x'av.i no
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- î84 les TRAVAUX de mars,
- De la défenfe des Fojfez fect.
- C’Eft an defovantage fort confiderable à une Place, furtoutf quand elle eft grande, & qu’elle n’a point de Cazemates, d’avoir un Foiïe plein d’eau, parcequ’il eft bien dilïicilede dif-puter le palPage aux Aiïiegeans ; & tout ce qu’on peut foire dans cesFoflcz, c’eft d’y planter des Palilïades, qui peuvent être facilement rompues, ou fciées par les Affiegeans : Ou bien on y fera à fleur d’eau quelque fillon de Terre pour arrefter leurs Barques, lion n’aime mieux les aller combattre dans des Bateaux, pour les empefcher de pouflerleurs Travcrfes, & d’attacher le Mineur au Pan du Baftion.
- Mais tout au contraire, c’eft un avantage fort cqplîderable à une Place qui eft grande, & qui eft forte d’Hommes, d’avoir un Fofféfec ,afin de chicaner pied a pied le palPage à l’Ennemy: &quoy qu’il femble que le Folle fec foitauflï avantageux aux Affiegeans, qu’aux Affiegez, il y a toutefois bien de la différence j puifque ces derniers font incelïatnmentraffra;chisde la Place, & à couvert du feu de la Ville, là où les Affiegeans y font continuellement expofez au fracas des Bombes, Grenades, & Gauderons, que les Affiegez jettent inceffamment de leurs Remparts fur les Travaux que font les Attaquans.dans le Folié fec.
- La chicane qu’on peut faire dans les FolTez fecs contre les Af-lîegeans, eft d’y faire des Fougades & des Retranchemens.
- Les Fougadesfe feront, comme nous avons déjà dits &Ies Retranchemens feront en Lunettes ou Tenailles, comme ceux qui font marquez A, ou de quelqu’autre maniéré , félon la ne-ceffiré & la commodité du Terrain.
- Monfieur de Vauban Maréchal de Camp, & Gouverneur de la Citadelle de l’Ille, <jui s’eft diftingué par fes longues expériences dans les Fortifications d’un très grand nombre de Places, & par les fervices confide râbles, dans la conduite d’un nombre infini de Travaux, fe fert d’une maniéré d’Ouvrage à Cornes pour défendre avantageufement le Folié.
- Les Coffres B, font deux Parapets, qu’on éleve dans le Fof-fé pour s’épauler, des deux cotez, & que l’on couvre de Planches , garnies de lames de fer blanc, ou couvertes de terre,pour être à l’abry des F eux d’artifice.
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- OU L’ART DE LA GUERRE. igj
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- 286 LES TRAVAUX DE MARS,
- De la défenfe des Fojfez.pleins d'eau.
- IL eft certain qu’aux grandes Places, les Foflez pleins d’eau, fervent plus à l’ornement qu’à la défenfe.
- En effet, ils ne font bons que pour l’embelliflemçnt d’une Mûlondeplaifance, pour un Château, ou pour une petite Ville, dont les Magazins,& les Garnifons fumfent pour foûte nir un Siégé, {ans avoir befein d’aucuns fecours ; car lorfque les Places font grandes, & leurs Foflez pleins d’eau, ces fortes de Foflczfemt, comme j’ay déjà dit, fort incommodes, pour recevoir du fecours, faire des {orties & empefcher l’Allégeant de poufler des Traver fes & Galleries , jusqu’aux Pans des Baftions, à moins quil n’y ait dans les Flancs de ces Places des Cazemates, comme'les miennes, qui empefcheront que l’Affiegeant n’y puifîe achever aucun travail.
- Si l’on obje&e contre l’ufàge des Cazemates : que les Canons de la plate-forme fuperieure peuvent mettre le feu aux Canons de l’interieure, il eft aifé de répondre que ceux qui ont foin de l’Artillerie, ne doivent changer les Pièces de la Cazematebafle, que devant, ou après que celles d’enhaut ont tiré. Ainfî il n’y a plus de danger, joint que la maniéré de charger les Pièces de Cartouches, en ofte tout le péril. Car lorsque le Canonnier veut mettre le feu à la Piece, il eft obligé de faire un trou au Cartouche, en fourrant parla lumière du Canon une Aiguille de cuivre, pour rompre le Cartouche, puis rempliflant la lumière de Poudre, on y mettra le fetiqui fe communiquera au Cartouche.
- L’effet des Cartouches eft admirable pour rompre les Galle-leries que peuvent faire les Afliegeans dans les Foflez pleins d’eau, pour peu que le travail paroifle au deflus.
- La planche prefente montre un Pentagone fortifié, de ma maniéré, avec des Cazemates.
- Des
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- OU L’ART DE LA GUERRE, xij
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- 288 LES TRAVAUX DE MARS
- Des Contremines.
- ON fe 1ère des Contremines , quand malgré tous les Feux d’artifice qu’on a pû jetter fur les Affiegeans, & le grand feu, & les Retranchemens, qu’on leur a pû op-pofer, ils n’ont pas laifle de franchir le Foflé , & d’attacher le Mineur quelque parr.
- Suppofant donc qu’on fbitéclaircy par quelque transfuge, par les Tra vertes que les Affiegeans auront faites dans le Folle , ou bien par les Terres qu’on verra forcir des Basions » que les Affiegeans font travailler à la Mine , on tâchera aies prévenir en contreminant leur travail, en pouf font quelques Fourneaux , ou bien en fe retranchant en quelqu’endroit du Baftion, comme il fera dit cy-aprés.
- Les Contremines le font, ou dans le même temps qu’on bâtit les Battions, ou feulement lors que ces Battions font attaquez. Les Contremines qui te font quand on travaille à 1 élévation du Baftion, te pratiquent comme un petit Ber-ceau^ui tourne tout autour des Faces du Baftion, ôc des lieux qu’on veut contreminer : la hauteur de cette allée eft de quatre à cinq pieds, & large pour pafler un homme : elle fe fait à la diftance d’une toifè, ou d’une toife & demie delà Chemife dû Baftion, avec quantité de trous, ou foûpiraux, qui vont gagner ledeflus, & même vers les Foflez du Baftion: Exemple A.
- Mais les ouvertures B, des Contremines qu’on fait dans la neceffité d’un Siégé, font comme des puits qu’on creule dans lafolidité de la terraffe, ou l’on foupçonne qu’eft le Mineur. Ces puits n’ont point de largeur, ny de profondeur déterminée: mais vers l’endroit, où l’on foupçonne qu’eft le Mineur, on pratique vers le fond de ces puits des Rameaux , que l’on y conduit pour éventer la Mine , ou la rendre inutile, en la déchargeant de fes Poudres , ou eu coupant la traînée, de peur que le Affiegeans n’y mettent le feu, ou bien en y jectant beaucoup d’eau.
- De
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- OU L’ART DE LA GUERRE. *S»
- ?m. ni
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- ifio LES TRAVAUX DE MARS,
- Delà Réparation des Brèches.
- LOrlque nonobftant toutes les Contremines de ceux de la Place , les Affiegeans ont fait reiiffir quelqu’une de leurs Mines, alors les Àffiegez, fi la Brèche eft petite, doivent travailler à la combler , ou à enterrer des Caif-fbns au deflous, pour faire fauter les Affiegeans quientre-prendroient d’y monter. Si la Brèche e£fc grande, lesAffie-gez doivent la reparer, pour en rendre la montée autant difficile, que le temps & le Terrain le leur pourront permettre.
- Il n’y a rien de plus commode pour combler une petite Brèche, que la terre mêlée avec du fumier , & des Fafci-nes, que ceux de la Place doivent avoir en grande quantité.
- Mais s’il arrivoit que les Brèches fuflent fi grandes, qu’on remarquait que toute la terre qu’on y pourroit jetter avec le fumier, &lesFafcines qu’on auroit préparées, nepeuf-lènt combler la Brèche, alors fi on avoir le temps, ons’ef-forceroit d’y faire proche de la Telle quelque Fourneau , ou d’y enterrer quelque Barrique de Poudre, pour y faire quelque Fougade. Que fi on ne peut reüflir n’y à l’un , ny à l’autre, àcaulè que les Affiegeans font feu continuel courre la T elle de la Brèche, on jettera pour lors fur la montée de la Brèche, quantité de Chaulïe-trappes, &desHerlès renverfées, avec quantité de Chevaux de Frife, attachez enfemble par leurs extremitez, pour enfermer touce la montée. Si on en met plufieurs rangées, ils empêcheront les Affiegeans de monter àl’Alïàut, principalement s’il y en avoit quelqu’un de fer, à moins ique l’Attaquant ne les ait auparavant rompus avec le Canon \ ce qui demande beaucoup de temps, &arrefte leur première chaleur.
- Si on juge qu’en mettant des Chevaux de Frife , les Affiegeatis s’en puilTent fervir pour faire des Logemens, on préparera des Fourneaux lous la Brèche, & auprès des Retranchemens, ainfi qu’il va être cnlcigné dans les pages fuivantes.
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- ?s* •3«'Hbao va ta xav.a né
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- LES TRAVAUX DE MARS,
- IWàniere de pouffer des Fourneaux fous les Brèches des BaJHons.
- IL eft certain qu’un Affiegeant eft toûjours maiftre de la montée d’une Brèche, & qu’il luy eft toûjours facile de s’y loger , à moins que les Flaucs qui regardent ces Brèches, n’ayerit des Cazemates.
- Ceft une des grandes militez des Cazemates, de donner moyen de pouffer des Fourneaux julques fous les Logemens, que les Affaillans peuvent faire dans les Pans des Battions.
- Ces Fourneaux fefonr dans la folidicé du Rempart, les uns proche des Brèches, les autres prefque à fleur du Terre -plain, ou bien au deffous des Retranchemens.
- Pour conduire ces petites Mines, l’on fait l’ouverture de leurs chemins parla Chambre des Poudres des Cazemates ; & comme tout le deffein qu’on a dans le principal effet de ces Fourneaux, eft de foire fauter les gens qui font Ipgezfùrla montée de la Brèche, les Affiegez doivent pouflèr ces Mines le plus prés de la Brèche qu’il leur fèrapoflible, y mettant juiqu’à cent livres de Poudre, que l’on enferme dans des Sacs, ou dans des Caiflons. La traînée de ces Fourneaux fe fera en ligne droite, & large tout au plus de l’efpacequ’il four pour pouvoir palier un homme à genoux.
- Pour répondre à l’objedion , qu’on pourroit faire contre des Fourneaux faits de cette maniéré , en difant qii après qu’un Fourneau auroit fait fon effet les Affiegeans pourroient fefervirdefonchemin, pour entrer dans laCazemate, & venir en fuite dans la Place, on répliqué : Qu’en comblant ce chemin, & laiffont feulement le paflage libre pour une, ou pourplufieurs Saucifles, l’Aflaillant fora privé de fon efpe-rance ; joint qu’il luy fera toûjours bien plus facile d’attaquer la Place par un A Haut, où plusieurs Soldats pourront aller de front tout à la fois, que d’aller fous terre à genoux, où le premier qu’on y tuëroit boucheroir le trou, & ofteroità (* A ffiegeant l’efperaace de gagner la Place par là.
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- *>4 LIS TRAVAUX DE MARS*
- Des Retranchement particuliers qu'enfuit fur la Tejle des Brèches.
- LEsRetranchemens particuliers doivent toûjoursêtreen Angle rentrant, afin qu’ils flanquent, non feulement les Brèches, & autres lieux attaquez ; mais encore afin qu’ils fe défendent eux mêmes»
- Les Affiegeans ne font guete de Brèches à l’Angle flanqué d’un Baftion, parce qu’on la découvre des deux Flancs des Baflions voifins , & qu’elle (è trouve expofëe au feu continuel des Cazemates de la Place: neanmoins fi la Brèche y était faite, on y fera des Retranchemens en maniéré d’Ouvrage à Cornes, afin de la flanquer.
- Si la Brèche eft faite dans la Face du Baftion, comme il arrive ordinairement, àcauiè que cet endroit n’eft veu de ceux de la Plaée , que d’ûn feul coté, on y fera des Retranchemens en Angle rentrant. _
- On ne fait guere de Brèche à l’Angle de l’Epaule, àcau-fe que c’eft la partie du Baftion la plus folide, & la plusex-
- Îfofée au feu de la Courtine, & du Flanc oppofë, & que es Aiïaillans venant à l’Aflàüt, y (croient battus de flanc & de revers, non feulement du Flanc (impie, mais aufli des Cazemates : neanmoins s’il arrivoitqu’ony fit quelque Brèche, onytirerôit desRçtranchemesen Anglefaillant& rentrant.
- On remarquera que dans tous ces differens Retranchemens, on doit s’approcher le plus qu’il fera pollible, des Parapets des Radions, de de leurs ruines, afin de battre en flanc & de revers ceux qui y viendraient à 1* Aflaut, & d’être à l’abry de leurs Canons.
- Lorfque la Tête de la Brèche eft tellement découverte, que le Canon desAflaillans découvre tout le deflus, on y préparera quelque Fougade, & dans leCorps du Baftion on fera un Retranchement, comme il fera dit dans les pages fuivanres.
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- OU L’ART DE LA GUERRE.
- Des préparatifs pour foutenir un A faut General,
- U Ne vigoureufe refbliuion eft le plus important de tous les apprefts qu’on puifle faire en cette occafïon ; fans cela toutes nos inftruébions fontfuperfluës, & nous le dirons pour la derniere fois ; un Gouverneur ou un Commandant de Place, doit avoir du cœur, & du jugement ; il doit aimer la gloire,& s'attacher aveuglément aux interefts de Ion Prince. Cela fuppofé, la refiftance &les efforts ne luy coûteront rien, 8c il n’y aura que le manque de Soldats, de Munitions ou de Terrain qui le pourra faire capituler.
- Les Ennemis même l’en eftimeront davantage, & bien loin de luy prefcrire des conditions defavantageuiës, comfnç on craint quelquefois, ils feront toûjours ravis de traitter avec un honn-’lte-homme, fuppofànt que pendant le cours du Siégé, il n'ait rien dit, ou rien écrit contre l’honneut des Afïiegeans, & qu’il n’ait point mal traité les Prifonniers; & cela (ûppolé les Affiegeans ne luy feront jamais un crime d’avoir repoulîé un ou plufieurs Aflàuts Generaux.
- U fera porter dans les Places d’Armes, les plus proches des lieux qu’il croit qu'on attaquera, quantité de Demy-picques, Pertuifanes, Hallebardes, Moufquetons, Pi-itolcts,Barriques, Mantelets, Sacs-à-terre, Fafcines, Chevaux de Frile , Chauffe-trappes, Gauderons, Bolïès, Grenades, Pots-à-feu, & Chauderons pour chauffer les Huiles qu’on y portera. Il n’oubliera pas quantité de Mantelets $ & de pierres, & generalement tout ce que le Gouverneur eftimera capable de couvrir Ton monde, & d’incommoder les Aflaillans dans la montée des Brèches, & dans tous les Logemens qu’ils pourront faire.
- Si les Habitans de la Place font en grand nombre , & mal intentionnez , le Gouverneur les déformera, ou en enfermera une patrie dans les Convents , & autres lieux forts, où il établira de bous Corps-de-Gardes, auffibien qu’aux principaux Carrefours 8c aux Rues de la Ville.
- T 4 Ma-
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- .Maniéré de foûtenir un AJfaut General.
- LE Gouverneur d’une Place étant averty, foit par quelques Efpions, ou transfuges, que les Affiegeans font refolus de luy donner un Aflaut, il fera mettre fa Milice fous les Armes , dans les Places d’Armes. Il diftribuëra lès Gens en trois Corps, une partie, à fçavoir, ceux qui devroient monter ce jour-là en garde , iront à la défenfe des Brèches; ceux qui fortiront de garde , iront fe repo-fer dans la grande Place d’Armes; Ôc la troisième partie fera mile dans les petites Places d’Armes.
- Le nombre des hommes étant limité pour chaque Brèche, ceux de chaque Brèche feront divifez en rrois parties. La première fera de ceux qui doivent foûtenir l’erapetuofi-té desAflaillans: ils feront armez à l’épreuve du Moufquer, & porteront des Piftolcts , Moufquetons, Hallebardes, Crocs, & toutes fortes d’Inftrumens propres à chaflèr, à renverfer, & à combler des Logemens. Les féconds qui fuivront ces premiers , porteront toutes fortes de Feux d artifice, & les derniers travailleront aux Retranchemens, ou raffraîchiront les premiers, lèlon que les Allaillansagiront avec plus ou moins de chaleur.
- Les Affiegeans venant à T Aflaut, on ne manquera pas de tirer fur eux le Canon des Cazemates chargé à Cartouche ;
- les Aflàillans fè contentent defe loger fur la montée de là Brèche, on les en fera déloger par les Feux d’artifice.
- Si l’Attaquant veut pouffer fa pointe jufque fur laTê.e de la Brèche, c’eft dans ce temps que le feu desRetranche-mens, ÔC des Fourneaux doit faire fon effet; c’eft dans ce moment quelesMoufquetaires des Cavaliers empefeheront que les Affiegeans neparoiflentau deflus de la Brèche, par l’avantage de la hauteur de ces Cavaliers d’où l’on découvre fi bien for laTêtede la Brèche, que quand fEnnemys’y en-terreroit, on leferoit toûjours périr, ou par les coups qui plongeraient for luy, ou par l’effet des Fourneaux.
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- Des Retranchement qu'on fait dans le Corps des Baftionf,
- POur bien faire desRetanchemens dans un Baftion, ils doivent aller d’un Flanc k l’autre , comme celuy qui eft marque A, ou d’une Cazemate à l’autre , comme ceux de B, foit qu’ils (oient en Angle faillant, ou rentrant. Enfin ils doivent fermer la Gorge du Baftion, comme ils font re-prdentez dans l’exemple C. C’eftlà qu’avec mon Cavalier, ils font le dernier Retranchement qu’on peut ménager dans un Baftion.
- Les Battions pleins, font les feuls où l’on fé peut retrancher avec avantage. Car dans les Battions vuides, on ne le peut faire que par Retirade;, ou par des Barricades deffusle Rempart. Et c’eft ce que 1* Affiegeant peut forcer avec de Amples Grenades, puifque ces fortes de Retranchemens ne fe peuvent bien flanquer. Car d’objecler qu’on (è peut retrancher dans la Gorge d’un Baftion vuide, en prolongeant le Rempart des Courtines, c’eft ce qu’on ne peut jamais bien faire dans un befoin, parce que d’ordinaire l’on manque de temps &de monde; joint que fi ce Retranchement n’égale pas la hauteur des autres Remparts, ceux qui feront à (à dé-fenfe, courront grand rifque detre brûlez des Grenades, Bolïes, Pors-k-feu, & de tous les autres Feux d’artifice, que les AlTaillans y jetteront d’un lieu plus élevé.
- Que li les Affiegez élevent ce Retranchement à la hauteur des Remparts, c’eft faire fur la fin un Baftiomplein, avec des difticultez incroyables, & c’eft fe rendre enfin du p.irry de ceux qui veulent les Battions (olides.
- A tous les Retranchemens, il faut un Parapet feulement de cinq ou fix pieds d’épaifleur, mais leur hauteur fera de 5. pieds, & leurs Foflez les plus larges, &les plus profonds qu’il fera poffible, d’où l’on fera (brtir des Fourneaux fous le Terrain qui eft au devant d’eux , afin de faire latuer les Alliégeaiis, quand viendront forcer ces Retraqjshemens.
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- 3©o LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Rttrmchemensgcnermx.
- L’On ne fait guère de ces Retranchemens qu’aux Places quifont de grand circuit, & qui ont une forte Garnifon. En ce cas fi l’on voit que l’Affiegéant s’attache, à quelque Te-nailledelaPlace, où qu’on juge effectivement que l’endroit attaqué ne peut.tenir long-temps , foit pour être mal flanqué , foit pour être commandé de quelques lieux voifins , alors on y fera un grand Retranchement, qui en fermera toute la partie qu’on croit la plus foible de la Place.
- Ces grands Retranchemens, qui prennent le plus (ou vent leur forme de la Imitation de leur Terrain, doivent être flanquez de Battions, &de demy-Baftions, avec de bons Fo£ £z , bordez de Paliflàdes, & le devant contreminé , afin de de faire fauter & périr les plus hardis des Affiegeans, quand ils fepofteront fin* les vieux Remparts, ou qu’ils viendront pour rompre les Paliffades,& forcer ces grands Retranchemens.
- Ces Retranchemens generaux doivent être plus élevez que que le vieux corps de la Place, qu’on iuppofè être au devant d’eux , afin que les Retranchemen s commandent dcHIis, ÔC qu’ils obligent les Affiegeans, quand ils y feront poftez, à remuer les Terres, & à s’enterrer pied à pied, qui eftle moyen de leur faire perdre du temps.
- Enfin ils doivent être contreminez, & l’on doit mefme y difputer le Terrain par d’autres Retranchemens, faits comme le precedens.
- Nonobftantces grands Retranchemens on doit avoir foin d’avoir un Réduit dans la Place, fe fervant pour cet effet de quelque Eglile, ou Prifôn, que l’on fortifiera de Fofîèz^ afinquefilefecours promis n’arrivoit pas allez à temps, & que les Vivres, ou les hommes vinflent à manquer, ou qu’on fuft forcé d’abandonner ce dernier Réduit, l’on peuft fê retirer dedans pour ménager quelque accommodement.
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- ©U L’ART DE LA GUERRE, joi
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- toi LES. TR AV AUX DJ£ MARS,
- De la défenje des Retranchementparticulie rs 9 O" generaux.
- Sr malgré le grand nombre des Aflàillans qu’on a fait périr, fî malgré le feu continuel des Flancs, & des Cazemates, qui découvrent dans la montée des Brèches, enfin fî nonobftant l’effet des Mines , des Fourneaux , & des Retranchemens faits lur la Tête des Brèches, lesAffiegeans n’ont pas laiffé de poufTer leur pointe avec tant de vigueur, qu’ilsayent obligé les Afïiegez d’abandonner la Têre de la Brèche, & leus premiers Retranchemens, alors les Affiegez doivent fe retirer dans les féconds pour y faire ferme*
- Ces féconds Retranchemens ne font pas fî expofez au Canon de l’Afliegeant, que ceux que l’on fait fur la Tête des Brèches ; & c’eft ce qui doit encourager ceux de la Place , à la défenfe de ces Retirades, principalemet quand il y aura derrière un Cavalier , qui fervira à les foûtenir contre les effors de l’Ennemy.
- Quand lesAffiegeans viendront pour attaquer ces Retranchemens, on ne manquera pas de les faire fauter, en mettant le feu'aux Fougades, & aux Fourneaux qu’on aura préparez au devant de leurs Foffez, ainfi que fe l’ay dit cy-devant : & chacun par une louable émulation, tâchera de faire abandonner le Terre-plain aux Affiegeans, les repouffant à coups de main juf-ques dans la Brèche, & même les en faifant déloger.
- S’il arrivoit qu’on fût contraint de plier, & d’abandonner ces féconds Retranchemens, onfe logeroit dans celuy qu’on aurait encore pratiqué derrière, afin de tenir toujours ferme , en attendant le fecôurs, & ainfi de fuite jufqu’à la derniere Retirade.
- Mais enfin fi l’on «toit allez mal heureux, de fe voir poufîé à bout fans avoir aucun fecours, on le retireroit alors dans le dernier Retranchement, qui eft d’ordinaire celuy qui eft fait dans la Gorge du Baftiûn, ou qui en enferme plufieurs tout enfemble: C’eft-là où l’on doit combattre, non feulement pour le Terrain, pour l’honneur, & pour la conlervation de fa famille, & de ion bien; mais meme pour celle de la vie. Et comme il ne faut qu’un momenr.pour amener un favorable fecours,auffi ne faut-il rien négliger pour en faire durer l’efperance : car étant obligé dequirer ces Retranchemens, on y traitera pour fonf'alut; ou bien l’on fe retirera dansle Réduit, où l’on fera toûjoursune honpefts capitulation.
- De
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- OU L’ART DE LA GUERRE. 305
- De la défenfe des Places , contre les furprifes ,
- CT les Efcalades.
- LEs Villes Frontieresécant les plus expofées aux Surprix fês, demandentdes Gouverneurs, ou des Comman-dans cjui foient vigilans , & qui ayent du fer vice, afin d’éviter les trahifons , les (éditions, & les furprifes. On n entreprend plus guere pcefentement d’emporter les Places par dolade; car pour peu qu’elles ayent de Travaux avancez,il cft très mal-aifé de les pouvoir traverfer (ans bruit, pour venir elcalader le corps de la Place. Ainfi l’ufage des Dehors e(t un vray moyen pour remedier. à ces fortes de Surprifes ; outre qu’au Gouverneur doit avoir des Sentinelles, 8c des Efpions, pour obferver inccflamment la conduite de l’Ennemy.
- Que s’il fe rencontre dans les Villes, que les Habitans foient de differente Religion, naturellement feditieux, 8c partialifèz entr'eux, ce qui pourrait favorifèr ces infulces inopinées , il eft important de les delarmer, & de faire changer de fëjour aux plus fufpeéts.
- Si on a quelque avis, ou quelque foupçon, que l’Ennemy veut entreprendre fur la Place , foit d’émbiée ou par Ef calade, on fe tiendra alors foigneufement fur fes gardes , doublant partout les Sentinelles, ne lai fiant aucun lieu delà Place qui ne foie garni de monde. Même on fera tenir la Campagne de jour par quelques Cavaliers, durant que d’a --très iront battre l’Eftrade, 8c prendre langue des Ennemis. De nuit, on fera faire force Rondes fur les Murailles; on tiendra quelques Corps-de Gardes éloignez de la Place, ou de fes Dehors,environ la portée du Mouiquet. Ces Corps-de-Gardes avancez font très bons pour découvrir l’Ennemy de nuit 5 car il ne peur tuer tous ceux qui y font, qu’ils ne fafi* fent quelque bruit, 8c qu’ils ne tirent quelques coups : Ce qui fera le véritable moyen de donner l’Alarme à la Ville, 8c d’y faire prendre les Armes pour la défenfe, 8c par ce moyen éviter la furprife.
- De
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- 3o4 LES TRAVAUX DE MARS,
- Delà défenfedes Places contre les attaques d'emblée ou de vive force.
- SI les Ennemis fans former un Siégé viennent d’emblée, juiques prés des Contrefcarpes de la Ville, à la faveur de quelques chemins creux, Boyaux, ou lîmples Tranchées, à deikin de foudroyer la Place à force d’Artillerie & deBombes, qui eft une voye de prendre les Villes en mettant le tout pour le tout, alors le Gouverneur de la Place doit faire renfermer dans les Eglifes, Temples, Prifons&autreslieuxforts, les Femmes, les Enfans, & même ce qu’il y aura de Bourgeois peuzelcz pour la défende, afin déviter les feditions, tumultes, & révoltés du peuple. On fera creufer dans les Rues des trous, ou petits Follez, afin que les Bombes venant à y tomber, n’incommodent poient ceux qui marcheroient par la Ville.
- Le Gouverneur pour bien défendre fa Place, divifèrafes Troupes en 3. parties, qui feront alternativement commandées 5 les premiers pour la defenfe des Murailles, tandis que la fécondé partie demeurera fous les armes, dans les Places d’Armes, & autres Places publiques, & que la troifiême fera deftinée pour éteindre le feu des Maifons , & empefeher les Bourgeois des'aiïembler, & de faire quelque confpiration. Mais comme cette maniéré d’attaquer par le feu eft violente, elle ne peut être de longue durée, car Je moindre fecours ne (croit que trop fuffifant pour battre des gens qui ne ftroient point retranchez.
- C’eft pourquoy file Gouverneur juge que les Sorties îuy puiflent apporter quelque avantage, pour en douer le Canon , & les Mortiers des Ennemis, & même luy faire périr quelque perfonne, dont la perte foit capable de luy faire changer de refolution, il ne manquera pas d’en faire devi-goureufts, Mais s’il luy eft impoffible de fe défendre davantage, la Place étant prelqne toute brûlée, alors pourfauver lerefte, il fera battre la Chamade, pour capituler & traiter, ainfi qu’il tft enfeigne dans le Chapitre fuivant.
- Cha-
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- OU L’ART DE LA GUERRE. 30J Chapitre XIII.
- Delà Reddition des Places.
- Ce Chapitre ne traite pas feulement de la Reddition des Places j mais il montre encore Perdre qu'il faut tenir dans les fufj/enfions d'Armes , Capitulations CT1 Traitez, qu'on fait avec les Ennemis, Cr la maniéré de coder les Places aux victorieux, Cr d'en prendrepojfejfion.
- I’Auroisbien fini cet Ouvrage parle Chapitre precedent: mais commela Guerre entre le Camp & la Garnilôn, ne finit pas toûjours par la prifê des Places , à moins que les Articles de leurs Capitulations ne (oient judicicufement dref. fez, &pon&uéllemeut executez, j’ay creu devoir finir cet Ouvrage par une circonftauce, qui eft toûjours la detniese a&iondesSieges.
- . Tom. ///. Y Des
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- JO6 LES TRAVAUX DE MARS,
- Des fufpenfions et Armes,
- C’Eft le jeu de la Fortune, & le fort des Armes, qui fait que ceux qui auront été heureux à défendre des Villes mal fortifiées, contre de puiflantes Armées, retrouveront quelquefois après une longue défenfe, contraints de ceder 'de bonnes Places à leurs Ennemis, nonobftant toute leur expérience, & leur bravoure.
- ‘ C'eft une loy qui s’eft rendue comme naturelle, que roules Villes aflïegées, foient à la fin prifes, principalement quand elles manqueront de Terrai»* ou de fècours de Vibres , & d’Hommes.
- Un Gouverneur fe voyant donc preffé d’une maniéré à :à ne pouvoir plus relîftet contre l’Amegeant, à moins qu’il ne facrifie fa Place, ôc les Bourgeois à la paffion de l’Af-:fiegeant, ÔC à la rage de lès Soldats, il arborera un Pavillon blanc, on fera battre une Chamade, pour demander à traiter. t,eTambour doit monter for le Parapet de la Pfô-ce, & du moment qu’il battra fa Caifle, le Gouverneur fera ceflèr la repararation des Brèches, & autres Travaux de la Place, & ci éfendra de tirer, for peine de la vie.
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- OU L'ART DÉ LA GU ERRÉ. 307
- Des moyens de capituler.
- E Tambour ayant doncbattu la Chamade, & crié à haif-
- JL* te voix , que ceux de la Place demandent à traiter ; Le General fera aufli-tôt fortir de la Tranchée l’Officier qui y commande. Cet Officier ira feu!, paflera pas le lieu que le Tambourluy montrera, &ne portera point d’autresaf-. mes que fon Epée.
- A l’inftant le General ayant fait aflembler le Confeil de Guerre, le Commandant de la Tranchée y fera le rapport de ce que le Tambour propofè, fefervant des même termes du Tambour, afin que ceux du Confeil fe déterminent avec plus de fèureté , loit qu’il faille recevoir les Vainqueurs , comme des gens d’honneur, qui fe font défendus courageu-fement, ou comme des perfonnes qui ont violé le droit des
- gens.
- Le Confeil de Guerre ayant donc refolu de traiter avec les Affiegez, le General pourne leur point donner temps d£ reprendre haleine, ou de recevoir du fecours, leur fera fçavoir, qu’ils ayent à luy envoyer des Députez. Ceux de la -Place les feront fortir par le Guichet d’une Porte, ou bien ils les defcendront avec une corde, pardefïusle Rempart de la Ville. filesFofîezfont fecs.- Dans cette conjoncture, les Gouverneurs des Places ne doivent jamais fortir de leurs Villes, pour aller en perfonne traiter avec P Affiegeant, quelques promefles, & quelques Oftages que ceux de dehors luy puifient donner. La Charge de Gouverneur oblige celuy qui en eft honoré, de fè tenir renfermé dans le lieu où il commande, parce que de là confèrvation de fa perfonne dépend celledela Ville* il en eft comme l’Ame, & ildoityrçfteg julqu’aprés la Capitulation, & 11’en fortir que le dernier.
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- 3o8 LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Capitulations.
- ONnepeut parler au jnfle des Capitulations: car félon lesdifferens fujetsde Guerre, les Capitulations font diflèmblables. Ceux qui combattent pour la Religion, doivent mettre entre leurs principaux Articles j que leur Place ne fera point pillée, ny eux moleftez dans leurs biens, qu’ils feront reconnus pour fideles fujetsdu Prince victorieux, & joiiiront de toutes les franchifes, & prérogatives dont joüiflent fes autres Sujets , avec le libre exercice de leur Religion , Preftres ou Miniftres, Eglifes ou Temples.
- Ceux qui fe défendent pour l’intereft de leurs Princes , & pour leur propre liberté, mettront, qu’ils auront tous la vie îâuve, & qu’il ne-fera fait aucun tort, ny injure, tant aux Soldats de la Garnifon, qu’aux Bourgeois de la Ville, foit qu’ils fortent, ou quils demeurent dans la Placer que la Garnifon qui fortira, marchera Tambour battant, Enfeigne déploiée, Mèche allumée par les deux bouts, Balle en bouche, avec quelques pièces de Canon.
- Quand ceux de la Place font des feditieux , qui fe font révoltez, ou qui ont violé le droit de gens, les Affiegeans ne les doivent recevoir qu’à diforetion. Ces fortes de perfon-nes font indignes de l’honneur d’entrer en Capitulation ; ou fi l’Affiegeant leur veut faire quelque grâce, il en fera châtier quelqu’un exemplairement, pour donner exemple aux au-' très. On bien on les traitera comme l’on fit ceux d’une Place, qui fut emportée par un Siégé , où je conduifois les Travaux. Les principaux Articles furent, Que les Femmes, foivies de leurs enfàns, fortiroienr les premières à pied, fans autre .Bagage que ce qu’elles pourroient porter fur leurs têtes : Que les Bourgeois de la Place marcheroienr en fuite à pied, fans Epée, èc feulement avec leurs Manteaux : Que l’infanterie de la Place marcheroit après eux fans Moufquet, ny autres Armes que leurs Epées fous le bras, & hors de leurs baudriers.
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- OU L’ART DE LA GUERRE, toÿ
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- 3îo LES TRAVAUX DE MARS,
- De U Reddition des Places.
- LE Gouverneur fçachant le lieu où fa Garnifèn & luy fè doivent retirer, foit que L’ordre de fbn Prince le luy ait prefcrit, qu’il l’ait déterminé luy-même, ouquecefoitpaÉ une des çpnditions que le Vainqueur luy impofe, il prendra le temps delà fufpeiuGon d’Armes pour ranger Tes Trou* pes en Bataille , dans la grande Place d’Armes , laiflant néanmoins^ la défènfè des Muraillles, ceux qui font en garde fur les Remparts, jufqu’a ce que la Garnifbn forte de la Place, & que les AfÉegeans y entrent.
- Pour l’Artillerie &.les Bagages qu’il doit emporter, il les fera afTembler dans les plus prochaines Places d’Armes du côté de la Porte par où il doit fortir , & le Signal du délogement étant donné par une Bombe, ou par un coup de Canon, fes troupes commenceront à dénier par une. Porte , dans le temps que les victorieux entreront par une autre. La marche commencera par un gros de Cavalerie , s’il y en a dans la Place, qui fera fuivie des Bagages, par-my lefquels feront les Bleflez , ÔC les Malades. Après le Bagage marchera l’Infanterie , Tambour battant, deux à deux, ou quatre à quatre, avec le Moufqufet fur l’épaulej Pique de biais, Enfeigne déployée, fi cela leur,a été.accordé ; car quelquefois il fè fait des Traitez, où l’Infanterie fort le Moufquet fous le bras , Pique tramante ,. & En-fêigne liée. Après l’Infanterie marchera l’Artillerie, fi l’on a droit d’en emmener ; ce qui eft une marque d’honneur pour celuy qui rend la Place, ÔC un témoignage qu’il s’eft défendu fort vigoureufement, ôc qu’il a dignement foûte-tm les interefts de fbn Prince. En fuite de l’Artillerie,' le reftede la Cavalerie j ou Infanterie, fôrtira en bon ordre. ï,e Gouverneur à Cheval fortira le dernier, &fera accompagné de fes Gardes, fi les conditions le pprtçntf 1
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- De la Reddition des Places Maritimes.
- IL n’y a point de Places plus capables de foûtenir de longs Sieges, que celles qui font fituées fur les bords de la mer, à caufe des continuels raffraîchifïèmens de Vivres, & d’Hommes, qu’elles peuvent recevoir à toute heure. Tou-tefois fioneft contraint de les abandonner, voicy l’ordre qu’on tiendra pour la retraite.
- Si on conièrve encore quelque Pofte aux environs de la Place, on feindra d’y envoyer la Garde ordinaire , & tous enfèmble reviendront dans la Place le plusfecretemenc qu’il leur fera poffible, laiflant des Piques debout , avec quelques Mèches allumées , & quelques Chapeaux qui paroiftront derrière les Parapets.
- L’embarquement fe commencera par les Bourgeois qui voudront abandonner la Place, Après eux on embarquera la grofle Artillerie, au mions celle qui ne fera point en Batterie à la veuë des Ennemis.
- Le Commandant donnera fes ordres avec tant de juftef-fe, que les Portes intérieurs fbient les premiers defàrmez, Çc leurs Soldats les premiers embarques.
- Pour éviter le defordre de l’embarquement, les Troupes s’aflèmbleront dans la grande Place d’Armes, fi elle eft hors la veuë des Ennemis, & après qu’une Compagnie fera embarquée, une autre en viendra faire autant. Les Troupes défileront fuivant leurs Poftes, & non félon leur ancienneté, La Cavalerie qui fera dans la Place, s’embarquera avant l’Infanterie, fi les Bâtimens font capables de porter des Chevaux. Les Troupes qui feront en garde fur les Remparts, & aux Brèches, feront la retraite marchant comme fi elles alloient au combat: les Officiers avec laPicque, Ôc les Moufquetaires avec la Mèche allumée par les deux bou ts. L’heure la plus commode pour fè retirer, eft fur les quatre heures du matin, lorfque ceux du Camp font fatigué?; des veilles de la nuit.
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- De la Prifede Pojfejfîon des Places.
- LAffiegé ayant donc été obligé de rendre là Place, les Murailles appartiennent pat le droit de la Guerre au Prince conquérant , auffi bien qu’une Cloche de chaque Parroifle, pour la réparation de Ton Artillerie.
- Les premiers qui entreront dans la Place feront le Maréchal de Camp de l’Armée, les Maréchaux des Logis, & quelques Ingénieurs, avec quantité de Pionniers; ces premiers pour marquer & diftribuer les Logemens des Troupes, & les autres pour faire nettoyer & faciliter lesChe-. mins&les Rues.
- Les Rues étant nettes, & les Logemens marquez, une partie de l’Infanterie commencera à entrer dans la Place , pour fe faifir des Polies qu’abandonnent ceux qui quittent la Ville. En fuite entrera l’Artillerie; qui fera fuivie des Malades, & des Blcflez, derrière lefquels feront les Vivandiers , & le relie de l’Infanterie.
- Pendant que l’Infanterie filera dans la Place , la Cavalerie battra la Campagne: une partie fera commandée pour aller aux Villages & lieux circonvoifîns, faire apporter des Vivres, &les chofesdont lesAffiegez ont eu plus, befoin durant le Siégé.
- A avant que le dernier Gros de l’Infanterie entre la dans Place, les Ingénieurs doivent avoir eu le foin de faire ruiner le Camp, en brûlant & détruifant tous les Forts, Batteries, Tranchées; &generalementtout cequipourroitfer-vir aux Ennemis, s’ils entreprenoienr de venir à leur tour former un Siégé. Les victorieux auront auffi un foin fort particulier de faire reparer les Brèches, nettoyer les Foflez, relever les Dehors, & Parapets ; faifànt même provision de Vivres , & de monde , s’ils craignoienc d’être afïïegez au premier jour.
- Fin da Cinquième Livre.
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- L’ART DE LA GUERRE. LIVRE SIXIÈME.
- DE LA MILICE DES TURCS.
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- L’ART DE LA GUERRE.
- LIVRE SIXIEME.
- Ve la Milice des Turcs.
- Chapitre Premier.
- De U Fortification des Places Turques.
- [Près avoir parlé amplement de la fortification qui eftenufàgeparmyles Princes Chreftisns, des differentes Troupes qu’ils mettent fous les _ armes, & de la maniéré de faire la Guerre * j’ay
- cri, que les conjonctures prefèntes de la Guerre des Turcs m’autoriferoient à difoouriraufli de leurs Places, de leurs Troupes & de leur conduite militaire.
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- De la Fortification des Places Turques,
- LEs Turcs qui font fort ignoransdans les belles Lettres, ne font pas plus éclairez dans tous les Arts,& moins dans üeeluî dès Ingénieurs que dans les autres ; suffi ne leur voit* ôn fortifier aucune Place dans les Réglés de l’Art. Tous les PoC-tes qui font fortifiez for la Frontière de leur Empire ,ne l’ont cté que par les foins des Princes Chrétiens 5 & laplûpartne font venues fous la domination Ottomane, que par la mefin-télligence de leurs Habitans, ou par la foibleflé de leurs Gar-jiifons.
- Mais quoique ces Places ayent quelquefois auffi coûté beaucoup de fangà ces lnfidelles j dés qu’ils les ont, ilsfc contentent d’en reparer les Brèches, & ne fe mettent plus guere en peine d’en çonferver les Travaux croiant qu’il eft inutile de faire de la dépenfè pour l’entretien des Places que les Chrétiens n’attaqueront jamais à caufè dupeu d’union qu’ilyaentr’eux: &par ces raifons l’on voit les plus belles éclesplus.fortes Placesfè ruiner entre les mains*desTurcs, faute d elever quelques pans de murailles, ou de reparer quelque revêtiflement qui puifle empêcher l’éboulemenCdetout un Baftion. Et en effet la Place de Themefwar autrefois fi forte, n’a plus qu’une méchante enceinte de terre en maniéré de Remparts, foûtenus de grandes Claies, fans aucun Flanc pour la défendre. Et quand même la neceffitc les oblige à fortifier quelque Pofte, toute leur fcience confifte à lenfermer dansienceinte la plus étroite qu’ils peuvent, en élevant une Terrafleou maniéré de Rempart tout autour, félon la difpofition du terrain qu’ils veulent fortifier , en avançant des Tours en quelques endroits , pour mieux en flanquer l’enceinte.
- Quant aux Battions, ces lnfidelles n’en conftmifènt point, fi ce n’eft que quelque Renegat en donne quelquefois le trait au contraire des Réglés : mais comme les Turcs font ignorans, pourvû que le travail ait de l’elevation, cela fuffic, comme on peut remarquer au Plan que voicy, où le Baftion plat A eft fans aucune défenfè. ' Des
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- Des Fojpez, O* Contrefcarpes des Places Turques.
- QUoique les Turcs reconnoiflent par expérience, que les Foflez d’une Ville font de grands obftacles aux AC-iiegeans, neanmoins quand ils font obligez de fortifier quelque Pofte, ce qui leur arrive rarement, ils n’obfervent aucune mcfiire dans la largeur, dedans la profondeur de leurs Foflëz , les creufant & les élargifiant fans aucun choix , plus ou moins,félon qu’ils trouvent les terres plus ou moins faciles à remuer & à tranfporter,jufqu’à l'achevement de leur travail.
- Ils fe mettent fort peu en peine fi la Contrelcarpe de leur Fofieeftcoupeé à plomb, ouentalut; fi ce Fofleeft défendu de la partie du Fort qui le doit flanquer, ou s’il eft enfilé ou vû de revers de quelque endroit de la Campagne : en . un mot ils ne creufont proprement un Foflë, que pour en avoir de la terre, fans fonger aux avantages qu’ils pourroient tirer de fa bonne-difpofition. Aufli l’on remarque, que dans les plus fortes Places de leurs conqueftes à peine y troti-Ve-t’on un Fofté qui ne foit à demi comblé ; ainfi qu’on voit ajourd’huyles Foflez de la ville de Bude, appellée autrement Offen, qui étoient autrefois fort eftimez pour leur profondeur & largeur.
- Je donne icy l’afpeét de la Ville de Bude & de celle de Pefth, feparées l’une de l’autre par le Danube. Les fortifications qu’on y voit font à l’antique & défeétueufes. Elles font les mêmes que le Sultan Soliman fécond y fit rétablir après avoir ôté Bude à Ifabelle Reyne de Hongrie : mais en même-temps, par une generofité rare chez les Ottomans, il céda cette Ville àJeanVaivode deTranfilvanie, qui fut couronné Roy de Hongrie, & qui la garda jufqu’à fà mort. Soli-mam revint à Bude en 1542. & s’en rendit Maître abfolu, y mettant une forte Garnifon dejanniflàires.
- Les premières Fortifications de cette Place doivent leurs fondemens au Cardinal George Martinufius, qui avoit été Moine de l’Ordre du Mont d’Oliver, & depuis Archevêque de Strigonie. Des
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- Des Chemins-couverts, cr des Glacis des Places Turques.
- ON demeurera perfûadé de ce que jay avancé dans la page precedente, que les Turcs ne font pas de grands Genies dans l’Art de fortifier les Places , & qu’ils ne fe mettent pas beaucoup en peine de la défenfe de leurs Foflez ; Ce qui procédé du peu de crainte qu’ils ont de l’attaque des Chrétiens, qui'font prefque toûjours fur la défenfive, & qui s’eftiment même fort-heureux , quand ces Infidelles les laifïent vivre en repos. En effet on remarque, que les Turcs négligent tellement tous les travaux qui pourroient prolonger un Siégé, qu’on ne voit plus autour des Places qu’ils ont autrefois conquifes , aucune marque de Chemins couverts, de Banquettes, Parapets, Redans, Pla-ces-d’armes & Paliflades , qui compofoient ou afluroient leurs Contre-fearpes, leurs Chemins-couverts & leurs Glacis, le tout étant applani, & converti en pâturage & Jardins : Ce que l’on peut remarquer dans le Plan de Zolnttck, Place fîtuée dans la haute Hongrie fur la Teyffè.
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- Des Dehors des Places Turques.
- S Iles Turcs négligent fi fort le corps de leurs Places, ils en confervent encore bien moins les Dehors. Car comme ces Infidelles n’aiment qu’à combattre & qu’à fe defendre en gros, ignorans la plupart du temps l’avantage ou le defaut de la firua-tion du Terrain d’une Place, ils ne font confifter la bonté d’un Pofte, que furie grand feu de l’Artillerie, dontils chargentle ibmmet de leur Terraflè j & fur la bravoure de leurs Ianiflaires, jqui font en effet très propres pour la défenfe des Places, étant Ja plupart dés leur bas âge fi bien inftruits à tirer du Moufquet, qu’ils ne manquent guere un homme à la diftance de deux-cens pas. C’eft pour ces fortes d’avantages que les Turcs ne s’appliquent point à fortifier les avenues de leurs Places, & même l’onremarque, que dans les plus fortes qu’ils ont prifes., &où il y avoir de très-beaux Dehors, ils les ont laiffé détruire par l’injure du temps, ou bien eux mêmes en ont comblé les Foflez, pour en vendre le Terrain à des particuliers, & faire de l’argent comptant, fans s’inquiéter de ce qu’il pourra arriver dans la fuite des temps.
- Ce n’eft pas qu’ils ignorent l’ufage des Dehors, & qu’aux dépens de leur fang ils n’ayent louvent remarqué qu’ils font d’une grande utilité pour défendre les approches d’une Place. Mais, comme j’ay déjà dit, ils font tellement prévenus de la jalou-fie qu’il y a entre les Princes Chrétiens, qu’ils jugent ces précautions peu neceiïaires, & foutiennent qu’il eft inutile de confier ver cesTravaux avancez,puis qu’ils neferont jamais attaquez. Et fuppofant qu’on fift une irruption chez eux, ils ne manqueront pas de Renégats qui leur en traceront à fouhak, comme depuis peu ils en ont trouvé, qui leur ont tracé à Newhaufel deux maniérés de Ravelins ou Demi-lunes marquées dans fon Plan des lettres A, &B.
- Newhaufel eft un Fortereffe àfîx Battions j fituée dans une plaine proche la rivierede Noytra, à l’Orient de la ville de Presbourg, au deffus de celle de Comorre, & à une journée ou environ de la Ville de Strigonie , en tirant vers le Septentrion. Les Maifons de cette Place font feulement faites dé bois & de terre blanchie parle dehors avec de la Chaux.
- Les Turcs l’ont affiegée pour la première foisen 1621. & y font revenus pour la fécondé fois en 1663. qu’ils l’ont prife. Depuis ce temps-là ils l’ont confervée.
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- Des Chafteauje €r Citadelles des Places Turques.
- LEs Turcs rendus fçavans par les experiehces des Sieges & des Conquêtes qu’il ont faites fur les Chrétiens, croyent que les Montagnes font les mielleurs Poftes qu’on puilïe choifir pour fe fortifier, deforte qu’ils preferent les Chafteaux, fi tuez fur des Hauteurs, à ceux qui font dans les Plaines. Ils fe fondent fur leur maniéré ordinaire d’attaquer les Places , qui eft de pouffer à force de Guafla-dours ou Pionniers des Montagnes de terre vers les Places qu’ils affiegent, tant pourfe couvrir du feu des Affiegez, que pour combler lesFofïez, élever des Batteries qui commandent au corps de la Place. Ainû quand ils font fortifiez fur une Montagne, ils craignent fort peu que l’Af» fiege.int paille pouiïcr allez de terres pour égaler la hauteur du Fort qu’ils pofiedent.
- Ce font-là les Citadelles qu’ils affedent, pour retenir une Place & meme toute une Province dans leur obeïfiance , à caufe qu’il eft difficile de les y forcer , pour peu qu’ils foient en nombre, & qu’ils ayent de l’eau, du Ris, &du Togatch, qui eft une efpecede bifeuitoude galette, faite de bled noir, , & cuite entre deux milles fur des charbons.
- Lafobrieté naturelle des Turcs dans ces fortes de Poftes les y rend invincibles, à la confufion des troupes Chrétiennes , qui n’étant pas capables d’une longue abftinence, ne peuvent long-temps refifter au Blocus qu’on met ordinairement devant les Places, quand on les veut réduire. De tous les Poftes femblablesquelesTurcs conlervent avec foin, je mecomentetaydereprefenter icy le Cbafteau de Soppotom Albanie.
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- Dtla Ville Cr du Chafem de Strigone ou Strigonié , vulgairement appellée Grurt.
- CEtte Ville eft fituée dans la Bafle-Hongrie, & porte fouvènt le nom de Gran, du nom d’une petite Rivière , qui a fa fôurce aux Montages de Crapach dans la haute- Hongrie 5 & qui vient mêler fes eaux dans celles du Danube , que les Hongrois nomment Thonawy au deflous du petit village de Baracan> fitué fur la rive Orientale du Danube vis-à-vis cette ville de Strigonié, quiécoit autrefois le Siégé d’un Archevêque Primat'du Royaume de Hongrie.
- La fituation de cette Place eft fur une colline, dont la pente vient infenfiblement fe rendre fur le bord du Danube : Elle eft commandée d’une haute Montagne fur laquelle eft le Chafteau,qui étoit autrefois fort eftimé,tant par la difficulté de jfôn accès, que parla bonté de fon enceinte & la force fes Tours : Mais depuis que les Turcs fè font rendus maîtres de cette Place, ils ont, félon leur coutume, laiftë ruïner la plûpart de fes Travaux. L’on regarde aujourd’huy ceChafteau avec autant de pitié, qu’il donnoit autrefois de terreur & d’admiration.
- Soliman, fécond du nom, Empereur des Turcs, lafbû-mit en 1543. Rodolphe fécond la reprit fur les Turcs, & ces Infidelles l’avoient encore une fois réduite fous leur obe’if-fànce. Mais en l’année 1683. le Roy de Pologne l’a reprife fur eux après qu’ils eurent levé le Siçge de Vienne.
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- L’ES TRAVAUX DE MARS*
- De la Place de Comorre.
- A VanrquedefinirceChapitrejjeprefenteraydans Iespages •D** fui vantes les Plans de Comorre & de Javarin , qui font fans difficulté les deux plus fortes Places que les Chrétiens pof* fedent maintenant dans le refte desTerresqu’ilsonten Hongrie du côté des Turcs, & qui nous fervent de Rempart contre ces Infidelles.
- Comorre eft fituéeà l’extremité de Pille de Schut du coftté qui regarde le Sud-EJl, à l’endroit où les eaux des bras du Danube fe joignent en un feul lit, pour couler enfemble vers la ville de Gran, qui n’en eft éloignée que de huit lieues*
- La Place de Comorre doit fes premières Fortifications à Ferdinand , frere de l’Empereur Charles V. qui y fit travailler en l’année iy5o. La Figure de la Place eft fort irregulierô, &ne tient duTriangle ny du Quarré, comme l’on le peut remarquer dans le Plan Ichnographique qui eft au haut de cette Planche, où j’ay aufïï reprefenté les Fortifications des Forts de S- Philippe & de S. Pierre, dont le premier eft marqué de la lettre A, & le fécond de la lettre B. Ils ferviront à couvrir les deux Ponts de Batteaux qui communiquetont dans Pille.
- Quoique cette Place foit petite, elle eft neanmoins également eftimée des Chreftiens &des Turcs, à caufeque fans la prifedeRaabce Poftene peut être affiegéà moins de rroisar-mées i une pour l’attaquer dans l’Ifle même, tandis que les deux autres camperont fur les bords du Danube pour empefeher les fecours. La difficulté de faire fubfifter en même temps ces trois armées, eft caufeque les Turcs n’ont ofé attaquer ce Pofte dans lesdernieres révolutions de la Hongrie.
- Parut! Traité fait avec les Hongrois, l’Empereur y tient une Garnifon Allemande,qu’il eftime luy être plus fidelle que les Hongrois, qui aiment naturellement leur liberté, & qui ne peuvent demeurer long temps en garnifon.
- Le Plan Orthographique de Comorre qui eft au bas de la Planche, reprefente ourre fes Fortifications, l’Eglife, la maifon du Gouverneur, & les Cazèrnes, où logent la Garnifon & quelques Vivandiers & Marchands.
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- LES TRAVAUX DE MARS,1
- De la Ville de JaVarin eu Raab;
- CEtte Ville,que ceux du Pais nomment Gyor, eft fi-tuée dans une plaine fur le rivage Méridional du Danube.
- Les deux petites Rivières de Raab entrent dans le Fo(-fé de la Place du côté de l’Occident. Cette Ville eft éloignée de celle de Comorre de cinq lieues.
- La Figure de Raab eft une manierede Quarré-long, fortifié de fept Battions àCazemates, dont il y en à deux mar, quez des lettres A, & B, à qui on donne le nom de Battions plats.
- Les trois Battions C, D, E, ont chacun un grand Cavalier élevé devant leur Demi-gorge, à l’endroit où le Rempart forme l’angle du Poligone.
- Sur le Rempart ôc dans laDerai-gorge duBaftion marqué F, eft la Maifon ou Hoftel du Gouverneur.
- Les Fofléz de cette Place font fort larges, & remplis des eaux courantes des Rivières de Raab, qui fe vont mêler à celles du Danube; ce qui. rend la Place très-forte. SaCon-trefcarpe eft fortifiée du côté de l’Orient d’un Baftion détaché, & d’une Demi-lune : Du côté du Midy elle a un Ravelin & un Baftion détaché, ce dernier couvrant le Pont qui conduit a la Ville : Et à fon Occident du côté d’un Fauxbourg que les Hongrois nomment Vorfladt, eft une efpece de Contrefcarpe pour couvrir le pont qui communique de ce Fauxbourg avec la Ville.
- Sinan Bafla fo rendit maître de cette Place en 1594. & trois années après, les Chreftiens la furprirent à la faveur du Pétard, par l’adtefle du Sieur de jVaubecourt, Gentilhomme François, dont les Allemans par jaloufie ont Fupprimé le nom dans leurs Ecrits. Depuis ce temps-là elle eft toûjours demeurée aitx Chreftiens, qui ont propofé de la fortifier fur le Deflein qu’on peut remarquer auPlanlchnographique qui eft au haut de cette Planche.
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- OU L’ART DE L]A: GUERRE. î5j Chapitre IL Ve l’Infanterie Turque.
- LEs Turcs ont naturellement répugnance à combattre à pied, & ne font état de l’Infanterie, que parce que qu’il leur en faut neceflairement pour les Travaux des Sieges & pour la garde de quelque Pofte important. Mais pour n’ccre pas obligez à entretenir des Garnirons nombreufes , auffi-tôt qu’ils fe font tendus Maîtres d’une Place, fi elle n’eft pas la plus forte du Pays, ils en ruinent toutes les Fortifications, la lailïùnt ouverte déroutes parts.
- Comme les Turcs combattent plus pour l’avidité du gain que pour l’honneur, & qu’ils n’eftiment les emplois que ielon qu’ils en tirent plus d’argent comptant, cela fait que les Soldats d’un même Corps & d’un même rang ont une paye differente: leur folde, qui confifte en Afyres, efl: proportionnée à leur bravoure, les uns en ayans plus & les autres moins.
- L’Afpre eft la première efpece de monnoye d’argent, dont les Turcs fe fervent pour faire leurs comptes*, elle vaut environ huit deniers ou quatre de nos Doubles.
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- %l6 LES TRAVAUX DE MARS,
- Des jdgiamoglanSi
- T Es Turcs appellent Agiamoglans, ceux qu*ils deflinent à por-A-/ ter les Armes dans l’Infanrerie, pour être JanifTaires; & foit qu’ils foient pril'onniers Chrétiens, ou de race Turque, il f aut qu’ils faflent une maniéré d’apprentifïage, plus ou, moins long, félon queceslnfidelles ont plus ou moins befoind’Iii-.fanteric. Ces Agiamoglans n’ont point de demeure fixe ; on les envoyé indifféremment dans les Sérails de Burfe, d’Andri-nople, oudePera; & les mieux faits font envoyez dansles Jardins du Grand Seigneur à Conftantinople, où ils font obligez de travailler à tout ce qui peut endurcir un homme à la fatigue , jufqu’à défricher & cultiver les terres, porter du bois, faire la cuifine ; enfin à tout ce qui peut rendre une perfonne foümife & obeïfiante. Ils ont un Chef que l’on nomme Stambol-Agafit qui a un foin tout particulier de leur éducation & de leur conduite ; c’eft luy qui tient un Regiftre de leurs noms, de leur âge , du lieu où il les envoyé, & des fon&ions où il les deftine ; de forte que quand ces Infidelles ont befoin de JanifTaires, ils en avertiffentle Stambol^gafi, qui auffi-toft en fait venir de tous les lieux où il les a départis*»
- Quand ces Agiamoglans arrivent à Conftantinople, on les loge dans quelque Oda ou chambre des JanifTaires s & poiir les recevoir JanifTaires , le Stambol-^gafi les fait tous pafTer devant le CommilTairc: les plus anciens marchent les premiers; &àmefurequele Stambol-^gafi les nomme, le Commiflâire les enrôle dans les Regiftres du Grand Seigneur ; & de cette maniéré, ils font incorpotez dans le Corps des JanifTaires. En-fuite, pour fçavoir où fera leur Appartement, ils vont tous en file, tenans la vefte de leur camarade, falüer l'Oàa-Bachi, ou Maître de leurs chambres, qui leur donne à chacun un coup derrière l’oreille à mefure qu’ils pafîent devant luy, & cela pour faire connoître qu’ils luy font fournis.
- La paye de ces Agiamoglans ou nouveaux JanifTaires eftfort médiocre dans les commencemens, n’étant d’abord que de deux Afprespar jour, ou de trois ou quatre, quand on remarque en eux quelque chofe de martial, qui donne une bonne efperance.
- Quand il font enrôlez, ils portent le même Doliman que les anciens JanifTaires, dpnt nous allonsparler dans la page fuivante.
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- Desjamffaires.
- LEsJaniflaires que les Turcs nomment Jegni-Zeriyèxmevx.
- autrefois des enfàns Chreftiens que la pauvreté dé leurs peres obligeoit d'abandonner a ces Infidclles, pour valeur du Carach, ou tribut que le Grand Seigneur exige de tous les Chreftiens qui veulent avoir liberté de conC cience dans lès Etats j ou bien on y recevoir ceux qui étoient faits prifonniers furies Chreftiens : mais la Coûtume des enfàns de tribut eft abolie, & le Grand Seigneur ne l’exigé plus que dans la Mingrelie& dans quelques autres lieux vers la Mer Noire, qui ne peuvent payer le Carach en argent.
- Le nombre desjaniflàires n’eftpàs déterminé: il y en a plus ou moins, félon que leurs troupes fouffrent de differentes déroutes: on avoir autrefois fixé leur nombré à trente-trois mille ; mais maintenant on en compteroit bien cent mille, fi l’on vouloir mettre, en ligne de compte tous ceux qui achètent cette qualité en deniers comptans qu’ils payent aux Kiaia & Serdars, ou al’Aga desjaniilâires, àdeflein feulement de fe faire craindre, ou de ne plus payer de tribut, ou pour d’autres interefts particuliers. La paye desjaniflàires par jour eft de deux jufqu’à douze Afpres, fans compter le Doliman, ou la Robe de Drap de Theflàlonique, dont le Grand Seigneur leur fait prefenttoutes les années, au premier jour de leur Ramadan ou Carême. A mefiire qu’un Janiflaire rend quelque fervice particulier j ou qu’il fe fait diftinguer, le Grand Seigneur lui augmente fà folde de quelques Afpres î outre l’aflurance qu’il a que fà paye luy fera continuée quand deviendrait invalide, parce qu’il fera fait Otourac & uifarela ou Morte-payè.
- LesJaniflairesétantàConftantinople font obligez d’aller loger dans leurs Odxs ou chambrées 5 ( car tous lesjaniflàires ont dans Conftantinople cent foixante chambrées où ils doivent Ce retirer, fur peine d’être chaftiez rigoureufêmenr.) Çes chambrées font quelquefois de deux ou trois cens Ja-
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- niffaires, plus ou moins félon la guerre ou la paix;& ils font obli-gezde fe retirer à certaine heure, après laquelle roda-Bacbi ou Maître de la chambrée, ou en fon abfence le Ashgi ou Cuifinier delà chambrée> marque ceux qui y manquent, pour les faire châtier feverement, fi leur abfence a été fans congé > ou pour les réprimander feulement, fi ç’a été par quelque neceffité indifpcn-fable,
- Chaque Janifïaîre eft obligé de donner au Trefor de fa chambrée ou au Trefor general des Janiflaires, en temps de paix», un & demi pour cent de tout l’argent qu’il reçoit de fa paye j & en temps de guerre fept pour cent. Mais moyennant cela, la chambre efè tenue de luy donner une place de trois pieds de largeur fur fïx de longueur pour étendre fon Matelas, & dé luy fournir à dîner & à fbuper un plat de ris, avec un morceau de mouton, du pain & de l'eau , ( car on fçaic que les Mahometans, par un principe de Religion ne boivent point de vin;)deforte qu’un Ja-niflàice peut aifément épargner la plus grande partie de fa paye.
- L’habillement des Janiflaires eft un Doliman ou une longue robe avec des manches courtes: elle eft liée par le milieu du corps d’un Ceuffoc, ou ceinture de toile rayée de plufîeurs couleurs j avec une frange d’or ou d’argent aux extremitez. Pardef-fiis leur Doliman, ils portent un Spahi ou furvefte de drap bleu , à la négligence, pu en maniéré de nos fourtouts. Au lieu de Turban ils ont en tête un Zarcola ou façon de bonnet de feutre, avec un long chaperon de même étoffe qui leur pend par derrière furies épaules; dans les jours de parade ils. enrichiflènt leur 7.arcola de plufîeurs longues plumes, qui tiennent dans un petit tuyau qui eft attaché fur le devant de leur bonnet, comme on le peut remarquer à la Figure A de la Planche precedente.
- Les Janiflaires ne portent d’ordinaire dans Conftantinople qu’un long bâton ou canne d’Inde à la main, comme reprefenre la Figure B : mais leurs Armes ordinaires pour la guerre en Europe, font le Sabre, & le Fufîl ouïe Moufquér. Us portent auffi un fourniment ( où eft leur poudre} qui leur pend du côté gauchepar lemoyend’unecouroye en écharpe, & ils entortillent leur bras droit de mèche en maniéré de bracelets,ainfî que le marque la Figure A : bu bien fans tantaffe&erde façon, ils marchent vêtus comme eft la Figure marquée. C.
- Dans l’Afîe, les Janiflaires fe fervent ordinairement de l’Arc & des Flèches, à caufe de la difette des poudres,qui y font rares; mais ils font toujours munis d’un Haniare, ou maniéré de poignard où couteau, dont ilsmenacent à tout moment ceux donc ils exigent quelque chofe. Les Arcs & les Flèches font fournies
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- auxjaniflàires par des Alkjtef-texàxts ,ou fous- Treforiers generaux, „ Les Janiflâires ne fe marient que rarement,& même fort tard, à caufe que l’on eft perfuadé en Turquie, aufli bien qu’ailleurs , qu’un homme qui eft marié n’eft plus fi déter miné que celuy qui n’a foin que de fa perfo'nne : toutefois on ne les empêche point de fe marier ; & même, quand c’eft par l’aveu de leurs Officiers, ils font exempts de coucher dans leurs chambres, mais tous les Vendredis ils font obligez de venir faire parade à leur chambrée, &defe faire voir à leur Wekjlhargou Treforierde la chambre, s’ils ne veulent perdre leur paye. Quand il leur naift quelque enfant, le Grand Seigueur leur augmente leur fol de de quelques Afpres par jour.
- Le corps des Janiflâires n’eft plus fi confiderable qu’autrefois î ils s’étoient rendus fi formidables qu’ils ont bien oféfe mêler du gouvernement de l’Empire. Ils eurent la hardiffe en 1648.de ciepofer le Sultan Ibrahim, & de l’étrangler dans le Château des fept Tours; mais depuis cc temps -là les grands Vizirs, pour con-ferver l’autorité de leurs Souverains, ou la leur même, fe iont étudiez a abbatfler l’orgueil des Janiflâires, &on a fait périr exprès lespl us braves dans le Siégé'de Candie permettant aux autres de fe marier ou d’exercer des métiers, contre l'ancienne Coutume & Dilciplinedes Janiflâires, cc qui a beaucoup affaibli leur Corps i car leur place n’eftant remplie que de Gens fans expérience & accoûrumezà l’oifiveté, ils ne fçavenipar où fe prendre pour foûtenir la fierté de leurs devanciers.
- Comme la plupart des Janiflâires font enfans de Chrétiens, pris en guerre, ou de libertins Turcs, c’eft pourquoi ils ignorent la plûpart qui font leurs parens,aufli c’eft leur chambrée qui hérité de leurs dépouilles : ceux même qui font Turcs , par un mouvement de pieté, biffent toujours en mourant quelque cho-fe à \z\xcQda » ce qui fait que ces chambresfont extrêmement riches , mettant tout en in ter eft à raifon de vingt-cinq pour cent. Outre cela le Grand Seigneur fâir donner à ces chambrées,à bon marché, toutes les choies neceflàires à la vie, auiïi bien pénitent la guerre qu’en temps de païxj& c’eft pour cela qu’elles nourriflènt les Janiflâires à fi bon marché.
- D« JaniJar- Agafi.
- LEs Turcs donnent le nom de Janifar-Agaji à celui qui a Ife commandement general fur tout le Corps des Janiflâires: cette Charge répond à peu prés à celle de nôtre Colonel general ,de l’Infanterie , quand elle étoit en pied fous les ordres de feu Moqfieur le Duc d’Efpernon. CetAga eft'le premier de tous des. Agas ou Oiiiciers d'infanterie de l’Eœpirc Ottoman :fon Y I noua
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- nom vient du mot Turc ^ga, qui lignifie un bâton s & même dans les jours de ceremonie il en porte un en main, pour mar-
- Sue de Ton autorité ; & les Janiflaires en portent auffi un dans :s grandes Villes pour marque de leur rang de fervice.
- Ce General étoit autrefois tiré d’encre les Janiflaires; mais depuis que le Grand Seigneur a remarqué qu’il s’y faifoit des brigues, & que fon éle&ion étoit fuivie de jaloufie & de haine , qui la rcndoii quelquefois méprifable à fes Officiers , il le choi-fit prefentement entre les Ichoglant de fon Sérail.
- Cet Aga a de paye par jour 16. cens Afpres, ou 10 écus, & 7. à 10. mille écus par an pris fur des Timars qui font affedtez à fa Charge j il a aulfi prefque tous lès jours des prefens du Sultan s principalement quand fes Janiflaires ont bien hic leur devoir dans quelque occafîon confiderable j mais quand il eft allez heureux pour plaire à fon Prince, c’eft à qui lui fera des prefens pour •parvenir par fon moyen aux emplois : car en Turquie on ne donne point les Charges au mérité, mais à celuyquien donne plus deBourfes, (qui eft leur maniéré de compter les grandes fommes) chaque JBourfe étanc d’environ cinq-cens écus.
- Ce Commandant ne marche, guere dans Conftantinople, qu’il ne foit fuivi d’un grand nombre de Janiflaires, principalement quand il eft arrivé quelque fâcheufe révolution à l’Empire; car c’eft dans ces momens que lesjaniflaires prennent leur temps pour demander leur paye,ou pour en avoir augmentation,menaçais de piller la Ville, ce qu’ils ont fait en plulieurs rencontres. Cet Aga pour refifter à ces foulévemens & pour faire mieux execucer fes Ordres, fefait ( dans ces occurences) accompagner de 30. ou 40. Mungis ou Prevofts des Janiflaires, avec ou 6. cens de cette Milice, pour fe faifir des malfaiteurs & les fai re conduire dans fes prifons : car il a tout pouvoir fur la vie des Janiflaires, qu’il ne Fait neanmoins mourir que de nuit, de peur de quelque foulévement par la compaflïon de leurs camarades : la Falacque ou baftonnade fur la plante des pieds eft pour les moindres crimes. Mais quand leurs crimes méritent la mort, il les fait étrangler, ou coudre dans un lac & jetter dans quelque Lac ou Riviere.
- Quand le Janifar-Agafi meurt, foit de mort naturelle ou violente, tous fes biens vont au profit du Trefor commun des Janiflaires, fans que le Grand Seigneur en touche un Afpre.
- Pans cette année 16 84. le Grand Seigneur a élevé le Janifar-Agafi à h Charge de Çeneraliffimedefes troupes en Europe.
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- 344 LES travaux de mars,
- Des Solakj eu Archers de la Garde du Grand Seigneur ,
- C Es Archers qui n’ont pour Armes que le Sabre, l’Arc & les Flèches, font toujours choifis d’entre les plus adroits Arbilctiersdes janiflaires : ilsfont tous d’une taille avantageu-fe, & d’une phylîonomie agréable.
- Leur nombre eft d’ordinaire de quatre-cens j & leur principale fonèlion éft d’être toûjours auprès de la Perfonne du Grand Seigneur, quand il marche en campagne > •& afin qu’il y en ait toûjours de garde auprès de la Perfonne du Sultan, ils fe partaT genc par bandes, afin qu’il s'en rencontre à tous les relais, les uns ferangeans à la droite &les autres à la gauche du Prince. Ceux qui fe poftent à la droite de l’Empereur, doivent être naturellement gauchers, ou doivent avoir acquis cette habitude de longe main, afin que quand l’occafion fe rencontre de décocher une Flèche, ils n’étonnent point le cheval du Sultan, on ne luy tournent point le dos, qui eft entre ces Infidelles une tres-grande incivilité.
- Ils ontauffi le foin dans les Marches de ne laiflèr approcher qui que ce foitde la Perfonne du Sultan, fans l’ordre de leur Solal{-Ba(Jt ou Capitaine (qui dépend du Janifar-Agafî ) toutefois a l’exception du grand Vizir, qui fans leur permiflion , peut. venir à toute heurefalüer le Sultan , pour lui communiquer les affaires.
- Quand dans la marche des troupes le Grand Seigneur èft obligé de pafler quelques Rivières, où il n’y a point de Pont, c’eft aux Solakj à chercher les meilleurs Guez, & à pafler auprès du cheval du Sulcan : &pour cela ce Prince leur donne à chacun la valeur d’un écu, s’ils ont eu de l’eau jufques aux genoux > fi l'eau a monté jufqu’à la ceinture, ils en ont deux, & fi elle a été aux mammelles ils en reçoivent trois, mais cela une fois feulement pour une campagne. Quand les Rivières font fort grofles, ils montent à cheval, & quelque hazqrdqu’il y ait,lis n’abandonnent jamais laPerfonne du Sultan.
- Leur paye eft de douze ou quinze Afpres par jour j ils font habillez z. fois l’année d’un Spahi ou fur-tout de Damas de fa-tin blanc, qui leur tombe par derrière jufques à mi-jambe, dont ils retrouffentles bouts à leur denture : ils portent entêteun Boure ou haut bonnet, broché d’or tout autour, avec un tuyati d’argent doré, ou d’autre métail enrichi de quelque pierre pre-tieufe; ils fontfortir de ce tuyau les plus beaux plumages d’ai-jjrcttc qu’ils puiflent avoir , ce qui leur donne un bon ai r.
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- m •a-u'aano vn aa atïwï no
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- Des Ichoglans.
- LEs Turcs,par une politique toute particuliere,afFeCtent de ne fe fervir que d’Efclaves Chrétiens preferablement à desfer-viteurs Turcs: fondez fur ce qu’aprés que ces mal heureux Efcla-ves auront perdu le fouvenir de leur Patrie, & l’amitié de leurs parens,ils n’auront plus d’autre but que les interefts de leur Maître j ce qui ne fe peut trouver que trésTrarement dans un Valet libre,qui d’ordinaire n’embraflTe les interefts de fon Maître qu’en tant qu’il y trouve mieux fon compte. C’eft auffi dans cette veuë, que le Grand Seigneur, pour fe faire des Créatures qui lui foient entièrement dévoüées, a établi les Ichoglans,qu’il élevé aux plus grandes Charges de l’Empire, félon qu’il les voit affectionnez à fon fervice ; car on en a vû monter jufqu’a celle de Spahiler-Agafi ou General de la Cavalerie, qifi après celle de grand Vizir, de Mufti & de Boftangi, eft la plus confiderable chez les Ottomans. On éleve les Ichoglans avec, un grand foin dans les Sérails de Pera, d’Andrinople, ou dans fe grand Sérail deConftantinoplej &ilsontdansces trois Palais, des Odas; où félon leurs differens genies, ilfe trouve des Maîtres qui les enfeignent, les uns dans les Langues Turque, Arabe, Perficn-ne, &c. les autres dans les fubcilitez de l’Alcoran j ceux-cy au manimentdes Armes à feu,ceux-là à lancer le Gerit ou Dardj & d’autres à tirer & bander un Arc preftement, monter un cheval à poil, en un mot, à tout ce qui peut perfectionner un jeune homme.Ils ont d’ordinaire pour Chef un vieil Officier du Sérail, que l’on nommme Cap a , qui leur fait faire leur exercices ,
- avec une feverité prefque incroyable ; leur impofant de rudes châtimens pour les moindres fautes, foit en leur faifant donner la Falacque, ou en les faifant jeûner au pain & à l’eau, ou bien en les fatiguant par des emplois abjeCts ? car les Turcs tiennent pour maxime, qu’il eft impoffible qu’un Officier puiffe bien commander, s’il n’a pas d’abord appris à obeïr.
- L’habit des Ichoglans eft fîmple, & fait d’un drap qui n’eft ny trop gros ny trop fin , que les Anglois apportent à Conftantino-ple. Quand les Ichoglans font quelque exerciceViolent, ilsre-trouffent & attachent leur Dôliman à leur ceinture, laiflant voir leur Caleçon, qui eft d’une maniéré de treillis , ou de quelque peau paffée en chamois.
- Ils font élevez fortfobrement, leur nourriture n’étant prefque que de ris.
- Ils ue parviennent aux charges qu’à l’âge de quarante ans, à moins que le Grand Seigneur par une grâce toute particulière n’en difpenfe celuy à qui il veut donner de l’employ. Der
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- Des Acanzj, AzApes , Cr Guafiadours.
- SOus les noms d’Acanzi & d’Azapes les Turcs comprennent prefque tous les Fantaffins Turcs qui fervent volontairement dans lés Armées du Grand Seigneur 5 avec cette différence que les Acanzi, quoy qu’ils n’ayenc point de paye fixe non plus que les Azapes, font neanmoins obligez d’aller à la guerre, à caufe de certaines exemptions & privilèges qu’ils ont dans le lieu de leur refidence.
- Pour les Azapes ils n’ont ny paye ny privilège dans les Armées, & n’y fubfiftent que de ce qu’ils peuvent gagner à la petite guerre, étans au defaut de petits Tàrtares,. les avant-coureurs ou enfàns perdus des Turcs.
- Les Officiers des Janiflaires qui n’en font pas grand état , les expofent au premier feu des ennemis, & s’en fervent à remuer les terres dans les travaux d’un Siégé, entaflans, lors qu’ils font tuez, leurs cadavres comme des fafcincs, pourfo couvrir dans les tranchées, & s’en fçrvans comme de planches pour franchir un Folié. 1
- Quand les janiflaires fo font rendus maîtres de quelque Villes où.il y a un fore Château, ils fe refervent d’ordinaire la défenfe du Château, & confient celle de la Ville aux Azapes, qui dans ces conjonctures ont cinq ou fïx Afpres de paye.
- L’habillement des Azapes eft fore court & leger, conïittant, pardeflus leur chemife& caleçon, en un Doliman &,Spahi ou Juft-au-corps fort court : ils portent en tête un petit Barentin ou . bonnet de feutre, ou de quelqu’autre étoffe approchante, capable de refifter aux injures du temps.
- L-urs armes font, un Sabre fort court, un Arc, & des flèches enfermées dans un Carquois penché fur un de leurs cotez. On ir,et.ordinairement quarante ou cinquante Flèches dans un Carquois 3 Les bonnes Fléchesfont de bois de Fraîne, & on en a deux pour trois Afpres.
- Les Guàftadoun font des Pionniersordonnez pour le remuement des terres, tant pour la défenfe du Camp, que pour la conduite des Travaux d’un Siégé 3 les Turcs emploient d’ordinaire pour Gaftadours des Arméniens ou des Grecs, qu’ils font aller au travail à grands, coups de Sabre ou de nerf de bœuf.
- Cha-
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- OU L’ART DE LA GUERRE, 3Jt Chapitre III.
- De la Cavalerie Turque.
- AVant que d’entrer dans le détail de ce Chapitre, il eftneceflaire de remarquer que les Turcs appellent Timars 8c Ziamets, des fonds de terre deftinez pour l’entretien de certaines Chapelles, Maladeries, Palais , Villages 8cc. dont les Sultans Te font emparez fur le Clergé & la Noblefle Chreftienne dans les Pays qu’ils ont conquis. C’eft par le moyen de ces Timars & Ziamets, que le Grand Seigneur entretient la plus grande partie de & Cavalerie.
- Les Timars font de differente valeur, mais les plus riches nexcedent pas vingt mille Afpres de rente, ce qui revient àfeizeou dixiepc cens livres de revenu; & les Ziamets ont pour le moins uneiemblable rente. Ceux qui font pourvds des Timars fe nomment Timariots, & ceux qui ont des Ziamets s’appellent Zaims.
- Des
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- jji LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Spahis.
- LEs Turcs donnent ce nom à un Corps de Cavalerie qui eft d’ordinaire compofé d’Ichoglans > de Chrefliens qui fe font faits Turcs, ou de Turcs effectifs.
- Ces Spahis, qui font environ au nombre de douze ou quinze mille en Europe, font partagez en deux troupes, dont là première, qu’il nomment Silhatari, porte un Etendard jaune 5 & la fécondé qu’ils appellent Spabaoglari , a un Etendard rouge.
- Leurs Armes font un Sabre, & une Lance, qu’ils appellent !Mifrack. Ils fe fervent auffi du Gerit ou Dard long de quatre à f. pieds, & ferré par un de fes bouts, qu’ils darderft avec beaucoup d’adrefie, & s’ils manquent leur coup, ils ramaflent leur Dard fartsfortir delà felle, quoique leur cheval coure à toute bride. 11 y en a auffi qui portentune épée attachée à côté de la felle de leurs chevaux : d’autres portent des Arecs & des Flèches , & quelques-uns des Piftolets S( des Carabines. Quand le Grand Siegneurva enperfonne à la guerre, il fait d’ordinaire un pre-fent de y. mille Afpres à chaque Spahis, &ils appellent cette libéralité Sadaet^-Ackchiafi, ou don pour acheter des Arcs & des Flèches.
- Lorfque ces Spahis marchent en campagne, ils fui vent leur Etendard, mais fans obferver aucun ordre, marchant confufé-ment par petits Corps,tantôt à la tête,ou à la queue de la troupe.
- La paye des Spahis eft differente, mais en general elle va depuis douze Afpres jufquesà cent par jour j & cette paye augmente affez fouventde deux Afpres auffi par jour, principalement quand un Spahis rend quelque fervice extraordinaire à l’Etat, ou pour autant de têtes qu’il apporte des ennemis, ou pour les avis qu’il donne de la mort d’un Spahis, le Grand Seigneur faifant cette grâce fur la paye du défunt, pour n’être point trompé en continüant de payer les appointemens d’un homme mort.
- Outre lesdeux troupes de Spahis dont je viens de parler, ily en a encore 4. autres, qui ne fe lèvent que dans les urgentes ne-ceffitez de l’Etat -• la première qu’ils appellent Sag-Ulefîgi, porte un Etendard rouge & blanc ; la fécondé qu’ils nomment^o/-Uleftgt, a un Etendrad blanc & jaune j latroifiême, à qui ils donnent le nom de Sag-Gure£>a, a fon Etendard verd ; & la quatrième, qu’ils nomment Sol-Gurcba, ale lien blanc: Toutes ces fortes de Spahis ont leur paye depuis 12. Afpres jufqu’à vingt par jour, mais ils font obligez à toutes forces de fervices.
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- OU L’ART DE LA GUERRE. 353
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- fSÏ LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Spahis de Timars ou. Timariots.
- LEs Timariots font des Cavaliers qui font obligez de fervir à leurs dépens auflrtôt que les Beiglerbeys ou Gouverneurs de Province leur en font faire le commandement au nom du Sul-tan, à caufe des fonds de terre dont ils jouïflènt, donc le revenu eft affe&é à ce fervice.
- II y a deux fortes de Timariots, les uns que l’on appelle Te^-i^erebirs > & les autres Te^eretis.
- Les Tezkerebirs reçoivent les provifions de leur Timar de là Cour du Grand Seigneur ; mais le plus grand revenu de ces Ti-mars ne doit point exceder dix-neuf cens quatre-vingts dix-neuf Afprefc.
- Les Tezkeretis prennent leurs Lettres du Beiglerbey, &le-revenu de leur Timar eft d’ordinaire depuis trois mille, jufqu’à lîx mille Afpres.
- Quand les Timariots vont à la Guerre ils font difperfezpar Regimens, qui font commandez par des Alai-Beglcrs, qui répondent à peu prés à nos Meffres de Camp. Les Regimens des Timariots fontdiftinguez parles differentes couleurs de leurs Etendards; & ils Te fervent auffi de Timbaliesdans.leurs Marches; ils nomment les TimbaïïcsTabel-Alem.
- Chaque Timariot en allant à la Guerre eft obligé de conduire avec luy& àfes frais, autant de Gebeltts ou Cavaliers, qu’il a de trois mille Afpres de revenu, & de plus il doit avoir trois ou quatre paniers pour chacun de fes hommes; car outre que les Timariots doivent combattre comme les Spahis, ils font obli. gez de fournir la terre, les pierres ou autres matériaux, qui fervent à la conduite des Tranchées & à l’élévation des Batteries d’un Siégé, durant que les Janifïaires enappuyent la tête, 8c qu’ils font aux mains avec les Affiegez.
- Les Timariots dans les preflantes neceffitez de l’Empire fervent fur Mer. Mais foitque la Guerre fefaffe fur Mer ou fur Terre, quand il y en a, ilsne peuyentny euxny ceux qu’ils font obligez de fournir, être dilpenfezdu fervice perfonnelle-ment; carquand même ils (eroient malades, vieux ou jeunes, il n’y a point d’excufe , on les porteroit à l’Armée en litiere ou dans des paniers, principalement quand le Grand Seigneur marche en Campagne.
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- OU L’ART DE LÀ GUERRE. 35*
- Des Zaims.
- LEs Zaims, font des Cavaliers ou Seigneurs Turcs très-:
- confiderables dans le Pays , à caufe du Privilège de leurs Ziamets.
- Le moindre revenu d’un Ziamer eft de vingt mille A (près, & le plus riche eft de quatre-vingts & dix-neuf mille neuf cens quatre-vingts dix-neuf; car s’il montoit à un Aipre de plus, il feroit aufli-tôc appliqué au revenu d’un Sangia-Bey ou Bacha, dont la qualité répond à peu prés à celle d’un de nos Comtes.
- Les Zaims fervent très- rarement fur Mer , aimant mieux payer une certaine taxe qu’on en exige pour l’exemption \ mais quand ils marchent en Campagne, ils doivent être accompagnez d’autant de Cavaliers qu’ils comptent de fois cinq mille Alpres dans le revenu de leur Ziamer, de forte que celuy qui a trente mille Afpres de revenu doit mener avec luy fix Cavaliers, & s’il en reçoit foixante mille, il doit avoir douze Cavaliers.
- Quoique que les Turcs foient fort foigneux d'obliger les Timariors & les Zaims pendant le iervice d’être accompagnez du nombre de Gebelus ou Cavaliers qü'ils doivent fournir, neanmoins quand ils parlent de la force de leurs Troupes, ils ne comptent un Zaim & tous fes Cavaliers, que pour un SeliEiar ou Sabre.
- Lorfqu’un Zaim marche en Campagne, il doit le fournir de T entes,& en avoir une particulière pour faire fa ciiifine, de une autre pour fervir d’Ecurie.
- Les Zaims auffi-bien que les Timariots en allant a la Guerre , marchent fous le Commandement de leur Alai-Begler ou Meftre de Camp; ces Meftres de Camp dépendent d’un Bacha qui leur tient lieu de Colonel General; mais dans les grandes affaires, ce Bacha eft obligé de conférer avec le Se-raiker ou General de l’Armée ; qui eft d’ordinaire le Grand Vizir.
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- 3$ô LES TRAVAUX DE MARS;
- Des Etendards des Turcs.
- T Es Turcs, comme j’ay remarqué cy-devant, Te fervent d’E-tendards de differentes couleurs pour diftinguer chaque Gros de leur Cavalerie, mais en general ils en ont un pour toute f Armée, que les Cheftiens nomment le Grand Etendard.
- Le Grand Etendard que le Roy de Pologne a gagné fur ces Infidellesen 1683. au paffage de Kjlemberg, eft icy reprefenté a-wecfa Figure & les lettres qui font brodées fur le principal côté.
- Cét Etendard eft haut de fept ou .huit pieds, il eft d’une Etoffe verte & rouge, tifiiid’or &de foye, avec uneDevife écrite en letcres Arabefques, que l’on lit ainfi en cette Langue: Va Allah-he ilia Allah Muhamed refui Aüah. Ce qui lignifie, Il n'y a point d'autre Dieu que le feulDieu, & Mahomet eft envoyé de Dieu.
- Aux quatre coins de cét Etendard font auffi écrits les noms de Albuquer, & de Omar, qui font les 2.' Succeffeurs de Maho-îiiet. La pomme de cuivre doré, qui eft au haut de l’Etendard, eft déjà grofleur des 2. poings, & c’eft ce métail auffi-bien que la Devife, qui nous fait douter fi c’eft l’Etendard que les Turcs appellent Eajarac, ou Etendard de Mahomet , car ceux qui nousont parlé du Bajarac , difent que fa Devife qui eft en lettres Arabefques, marque ces mots Nafrum min Allah,pour fîgni-fier l'Aide de Dieu, ce qui eft bien different de ccluyqui a été pris par le Roy de Pologne & envoyé au Pape, qui l’a fait attacher à la voûte del’Eglife de faint Pierre auprès d’un autre, qui a été gagné fur ces Infidelles à la Bataille de Chot^en, il y a quelques années.
- La Bannière que les Turcs nomment Bajarac, eft garde'e foi-gneufement au Sérail de Conftantinople dans une Armoire pratiquée dans le murqui eft du côté droit, quand on entre dans la chambre ou eft le lit deftiné à coucher le Grand Seigneur en Eté.
- Les Turcs croycnt que cét Etendard a été apporté du Ciel, & donné à Mahomet dans le temps qu’il faifoit la guerre aux Gaurr, ou Princes Chrcftiens, comme une marque infaillible de fa vi&oire.
- .. Par un tirage qui eft paffé en Loy dés le moment que le Grand Seigneur ( pour des affaires de la dérniere importance ) fait cx-pofercét Etendard, touslesTurcs,quiontatteint l’âge de fept ans, font obligez de prendre les armes &: de fe rendre fous cette Bannière, s’ils ne veulent paffer pour ennemis de Mahomet, & être privez du titre de Mujulmans ou de véritables croyans.
- L’expofîtion de cette Bannière a fouventfervi à tirer les Prin-fccs Ottomans de très mechanres affaires. Du
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- Du Tug.
- T Es Turcs appellent Tug une maniéré d’Erendard,qui confîfte en une queuëde cheval attachée & arrêtée par un bouton d’or à un bâton ou demi - pique.
- Ceux qui en racontent l’origine, difent, Que les Chreftiens ayant un jour livré Bataille aux Turcs, ces Infidelles furent obligez de plier par la valeur des Chreftiens, qui leur avoient même au plus fort ae la mellée enlevé leur Grand Etendard. Ils a joutent que le General des Turcs au defefpoir de voir fuir fes Trotip-pes, & outré de la perte du grand Etendard, abbatit d’un coup de fabre la queue d’un cheval, qu’il attacha au bouc d’une demi-pique, puis la tenant à fa main, il fe mit à courir vers les fuyardr, en criant: Voicy le Grand Etendard, qui m'aime me juive: A l’inftant les Turcs reprenant courage, & s’eftanc ralliez revinrent à la charge & gagnèrent la Bataille, où ils recouvrèrent leur Etendard.
- D’autres difqnt que fïx mille Turcs ayant été faits prifonniers dansune Bataille, trouvèrent le moyen d’échaper, &enfuite combattirent fi bien, qu’ils regagnèrent un autre Bataille. Mais pour avoir plus de facilité à fe difcerner, ilss’aviferent découper une queue de cheval,qu’ils mirent pour Etendards & s’eftant joints à quelques troupes de leur Party, ils continuèrent d’arborer ces Ti/çr ou queues; &la viéfoire ayant fuivi ces nouveaux Etendards, les Turcs les regardoient comme un heureux prefa-ge> & depuis ce temps-la ils ont affeélé d’en porter à la guerre pour mieux animer leurs foldats.
- Quand le Grand Seigneur marche en Campagne pour aller à la. Guerre, on porte devant luy fept deces Tugs, & quand il eft campé on les pofe devant fa Tente du côté où eft la marche de l’Armée.
- JLe Grand Vizir a le privilège d’avoir trois de ces Tugs.
- Le trois principaux Bachas de l’Empire, à fçavoir celuyde Bagdet, celuy du Caire, & celuy de Bude, ont la permiflion de fe fervir de cette marque d’honneur dans le détroit de leur Jurif-diftion.
- Les Bachas, qui ne font pas Vizirs, ont le privilège d’en avoir deux.
- Les Beys, qui font au deflous des Bachas, n’en portent qu’un.
- Dans le bas relief qui eft au deflous du tombeau de J ean Cafi-jnir Roi de Pologne, dans l’Eglife Abbatiale de faint Germain desPrezde cette Ville, on voit ce Monarque à la teüre de fa Cavalerie, qui a pour Etendard un Tug fait de la même maniéré que celuy qui eft icy reprefenté. Des
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- .Dr/Dcllis, Segbans, Muhlagis,6cc.
- T Es Turcs donnent le nom de Délits à certains Cavaliers de Bofnie, & d’Albanie, qui fuivent volontairement les Armées du G. S. fans aucune folde.IIs font fi temeraires quand ils fe font une fois engagez dans un Party,qu’il n’y a crainte de châtiment qui les en puiffe faire defifter. Et c’eft juftement pour ces raifons que les Turcs leuront donné le nom de Dcllt , qui lignifie en leur langue fol hardy.
- Ceux qui veulent obtenir ce nom, qui eft en Turquie en grande réputation, fonr tous gens de grande taille, robuftes* & d’une phylîonomiefiere, avec de grandes mouftaches. Ils font obligez par honneur à s’éprouver dans les plus grands périls, afin de donnerquelque marque de leur bravoure, qui pafleroit pour médiocre, fi elle n’étoit du moins certifiée par la mort de huit ou de dix Cavaliers Ennemis.
- Leur habillement eft bizarre. Ils portent un juppon & de longues & larges chaufles, qu’ils appellent Sahara, le tout fait de la peau de quelque jeune Ours, le poil mis en dehors. Ils portent en tête une maniéré de bonnet à la Géorgienne pendant fur les épaules, fait de la peau de quelque Léopard bien moucheté: Dans les jours de parade, ils enriehifïènc le devant de ce bonnet de la queue d’une Aigle en forme de bouquet de plume, & mettent fur leur rondache les ailes du même Oyfeau. Leur chauflure confifte en des brodequins de maroquin jaune, pointus par le devant, & fort hauc par le derrière, ferrez par le del-fousj ils y attachent des éperons qui ont prés d’un pied de longueur, pour piquer leurs chevaux aux gras des cuiffes ; car ils montent leurschevaux fort court. Leurs Armes font d’ordinaire le Sabre, la Lance & une Hache d’Ames j & il s’en trouve quelques- uns qui portent des Piftolets.
- Les Sanjacs, & les Beiglerbeys s’en fervent d’ordinaire pour leurGardeàcaufede leur fidelité & de leur bravoure s ils leur donnent depaye par jour 12. on 15. Afpres, & les montent avantageufement.
- Il y a encore quelque autre forte de Cavalerie chesles Turcs, comme les Segbans & les Muhlagir.
- LesSegbans ont d’ordinaire foin de la garde du Bagage de la Cavalerie, & font à peu prés comme nos Dragons; leur paye outre leur nourriture eft de 3. ou quatre écus par Lune ou mois.
- Les Muhlagis font profeffion d’être bons hommes de cheval, ils fervent d’ordinaire les Beiglerbeys.; mais comme les uns & les autres ne font pas de Corps confiderables, je me difpenferay d’en parler davantage. Des
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- JDes Petits Tartares.
- SOus le nom de petits Tartares on entend parler en general de tous les peuples qui habitent entre la partie Méridionale de la Mofcovie,& les bords Septentrionaux de la Mer Noire j mais en particulier les Petits Tartares dont nous parions icy, (ont ceux qui habitent feulement dans l’ancienne Cherlonéfe Tauriqtte, nommée aujourd’huy Crimée, & quelques autres lieux limez à l’Occident, le long, & vers les embouchûres de la riviere de Nieper.
- Ces Petits Tartares font la plû-part fous l’obéiflànce d’un Ham, ou Cam, qui eft éleétif, & neanmoins toûjours tiré d’une même famille : le Prince qui eft élu cft confirmé dans ù. dignité par le Grand Seigneur.
- On tient que ces deux familles ont fait un traité fecret, par lequel le Grand Seigneur entend que fi les malles de la famille Ottomane viennent à manquer, ils ayentpourfuccef-ièurs les malles de celle du Ham. Réciproquement le Ham s’eft obligé que quand le Grand Seigneur ira commander en perlonne lés Troupes d’Europe , il l’accompagnera avec une Armée de cent mille Tartares ; mais fi c’eft feulement le Grand Vizir ou quelque Bacha qui commande les Troupes Octamanes, le Ham ne fera obligé que d y envoyer un de lès fils avec quarante ou cinquante mille hommes.
- Les Petits Tartares font habillez fort Amplement ; leur habit confifte d’ordinaire en des chauffes longues & forté-troitesàlaMatelotte, avec une maniéré de calàque fans plis très propre pour aller à cheval, & qu’ils retroullent fort pro -prement, quand il s’agit de galopper ou de combattre. Ils portent la plûpart en tête un long bonnet pointu fait de îaine.
- Les Armes de ces Peuples font le Sabre, l’Arc, les Flèches & le Dard; & le plus louvent ils n’ont dans les grandes executions que leur Sabre. Ils font tous gens de belle taille, forts, robuftes, d’un regard fàuvage, terrible & fort
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- inhumains. Ils font infatigables, vivans comme des bêtes, mangeans la chair des chevaux & des chiens fans fe mettre en peine de quelle maladie ils font morts. Pour faire cuire U chair de cheval, ils fe contentent de la couper par tranches , & de la mettre fous la felle des. chevaux qu’ils montent; de forte que la pefanteur du Cavalier & la chaleur naturelle du cheval qui galoppe, l’ayant cuitte en quelque façon, ils la mangent comme un tres-bon mets.
- Les Turcs fe fervent des Petits Tartares comme d’Enfans perdus ou d*Avant-coureurs de leurs Armées. Quand ils ont deflein de defoler un Pais où ils ne veulent pas porter la Guerre, ces Petits Tartares qui marchent fans ordre Militaire , entrent dans les lieux par furprifes, montez fur des'che-vaux d’une vîtefle prefque incroyable, & qui font auffi-bien que leurs Maîtres accoutumez à paffer plufîeurs journées fans boire & fans manger.
- D’abord que ces Barbares font entrez dans quelque lieu, ils commencent à y mettre le feu pour faire diverfion , & pillent & défolent enfuire fans aucune pitié ny diftin&ion des lieux Sacrez ou Profanes, & fans épargner la dignité, l’âge ny le fexe $ car ils enlèvent jufqu’aux enfans de la tnammélle, & viennent enfuite vendre tout ce butin en Turquie.
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- Chapitre* IV.
- De VArtillerie & des principales Charges de VEmpire Ottoman.
- QUoyque les Turcs aiment naturellement beaucoup plus l’ufàge des Flèches, que celuy des armes à feu, neanmoins ils font grand eftime de 1*Artillerie 5 & i7ou peut dire à l’avantage de ces In.fidelles, qu’ils ont été les premiers qui ont trouvé l’invention des Mortiers} & même l’on en attribué la gloire au Sultan Mahomet fécond s ainfi que l’on le peut remarquer dans Çhalcondile Livre huitième.
- Du
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- D» Topgi- Bachi, ou Grand Maiftre de /’Artillerie Turque.
- CEtte Charge eft des principales dé l’Empire Ottoman,&• celny qui l'exerce eft d’ordinaire un des Gendres du Grand Seigneur, ou une des principales Créatures du Grand Vizir.
- * Le nom de Topgi-Bachi ou Topidgi Bachi , dérive de ce-luy de Top, qui eu langue Turque lignifie un Canon, & dit mot de Bach, qui dans la même Langue lignifie un Seigneur, Chefou Commandant; la combinaifon de ces deux noms forme celuy de Topgi-Bachi, ou Commandant du Canon.
- La Charge de cet Officier eft fort lucrative ; car outre les apointemens, qui montent prefque à un million d’Alpres, il a droit de prendre & de faire cafter en pièces toutes lés cloches qui fe rencontrent dans les Villes Chreftiennes qui tombent fous la domination des Turcs, afin d’en employer le débris pour la fonte de leur Artillerie.
- Le Topgi-Bachi a fous luy le Dukigi-Bachi ou Maiftre des Topchii, qui font les Cannonniers & les Fondeurs ; ceux-cy ont un Kiatib particulier ou Commiflaire, qui leur fait faire montre tous lesmois.
- Ce Grand Maiftre de l’Artillerie Turque commande aufli auTz.egebetz.i- Bachi ou Geli-Bachi, qui eft l’Intendant des Armes, ou Chef des Gebegis ou Armuriers. Quelque* fois le Trader- Meter-Bachi ou le iur-Intendant des T entes, 6c le TzAlitzi-Meter-Bachi, qui commande aux Trompettes & aux Tambours de l’Armée, dépendent du Topgi» Bachi,
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- 3*S LES TRAVAUX DE MARS,
- Des Topchis.
- SOus ccnom les Turcs comprennent generalement rous ceux qui font employez à la Fonte de l’Artillerie , ôc deftinez à la charger, & à y mettre le feu.
- - Comme l’Empire Ottoman eft d’une vafte étendue, ces Infidelles ne conduifènt point de grofles Artilleries dans leurs Armées, principalement quand ils portent la guerre dune frontière à une autre -, parce quelalenteur des Charrois, tirez par des Boeufs, & le manquement des Chevaux propres au collier (qui font très-rares en Turquie,) feroient avorter leurs entreprifes, furtôut quand il faut palier des pais coupez de Montagnes ou de Marefcàges ; auffi ne voit-on ordinairement dans leurs Armées que des Pièces de huit ou douze livres de balle, à caufe de la legereté de leur train. .
- Mais quand ils ont defleinde former quelque Siégé confî-derable, ils font porter en Saumons fur des Chameaux, le métail propre à fondre leurs Canons ;&dans lès Villages plus voifins du Camp , les Topchis, qui en ces occafîons font en grand nombre , jettent en moule des Pièces de differens calibres, & il s’en trouve dont le boulet a quarante poûçes de diamètre. . . h
- Ces Pièces font belles, & jettées tres-propremerit 5 le Collet, la Frife, & la CulafTe, font ënricKïs de quantité de moulû-res qui reprefèntent des Plantes oa des Fruits j car il eft défendu aux Turcs par leur Aicaran, de reprefenter aucune Figure humaine, decràinrequ’ùn jour Dieu n’oblige l’ouvrier à y mettre une ame, pune le condamne aux peines d’Enfer.
- Les Tues font tres-mal adroits dans la conftroéfcion des Plate-formes de leurs Batteries, & dans la maniéré de pointer leurs Pièces; aufîï quand ils peuvent avoir quelques Canonniers Chreftiens, ils les careflent autant qu’il leur eft pofîible, mais ils leur font toujours fufpe&s, s’il ne font Renégats.
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- OU L’ART DE LA GUERRE, jf*
- *Ï4m, Ht. A a
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- Du Grand Vizir.
- ONappelleen Turquiele Grand Vizir Vizàr-Azjsm^t^. à dire, Chef du Confèil, ou le premier Miniftre d’Etat. A proprement parler, celuy qui eft honoré de cette dignité eft le Lieutenant general de l’Empire Ottoman> & après le Grand Seigneur il a tout pouvoir dans les Armeés, & fur toutes les Charges qui ne regardent point lajudicature.
- Il porte d’ordinaire dans (on fèin le Seau du Grand Seigneur, fur lequel eft le nom de ce Monarque 5 & c’eft en vertu de ce Seau que fans obferver aucune formalité, il peut lever tous les obftacles qui s’oppoient a Ion adminiftration. Il donne & ôte à fon gré (quoy qu’au nom du Sultan) les Gouvernemens des Provinces, & les autres emplois de l’Empire.11 en faut excepter lç§-Bachas, qu’il n’ofe depofer,lansen conférer auparavant avecie Grand Seigneur, |ônt*il éblouit pourtànt^fptitpar des railbns. faufles ou vrayes, pÈmcipalementjqtigijcl lés armes Ottomanes ont fait fous les ordres ou fous fa conduite quelque progrez important ; mais fieiles lôüffrent quelque perte confîderable, il court rifque djelà vie, comméileft arrivé récemment au Grand Vizir Ctd&gl^ qui pour
- avoir levé le fiegede Vienne en 1683. a êttç étranglé dans Belgrade fur la fin de la même année.
- Le premier Vizir a ordinairement une grande fuite, & plus de deux mille Officiers domeiliques. Quand ilparôtft en public dans quelque ceremonie extraordinaire, il porte au devant de Ion Turban deux Aigrettes enrichies de diamansôc d’autres pierreries 5 & quand if marche pour la guerre on arbore devant luy trois Tugs ou queues de cheval, ainfî que je l’ay déjà remarqué.
- Son pouvoir, quoy que fort grand, ne s’eftend pas fur la vie des Bachas, qu’il ne peut faire mourir, fans être autorifé d’un ordre écrit de la main propre du Sultan. Il ne fçauroit même difpofer de la vie dés Soldats fans la participation de leurs Chefs.
- Dans les affaires importantes qui fc décident dans le Divan ou Chambre du Confeil,le Grand Vizir eft toûjours accompagné de fïx autres Vizirs que l’on appelle Vizirs du Banc : ceux-là n’entrent au Divan que pour dire leurs avis.
- De
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- De la Charge de Caïmacan.
- DAns l’Empire Ottoman il y a deux Caïmacans, un qui eft toûjours auprès du Grand Seigneur , l’autre qui re-fide à Conftantinople comme Gouverneur de la Ville , 6c comme Lieutenant du Grand Vizir, dont il eft ordinairement la Créature.
- Le Caïmacan de Conftantinople doit être homme courageux, intrépide, & capable de refifter aux infultes des Jani£ fîires,6c des autres Troupes qui fe pourraient mutiner en l’abfence du Grand V izir, fous pretexte du méchant gouvernement des Miniftres.
- Quand il arrive quelque affaire épineufe, principalement entre les gens de guerre ou entre les Ambafladeurs, il en donne auffi-tôt avis au Grand Vizir, ou bien il va recevoir les ordres du Grand Seigneur.
- Quand le Grand Vizir fejourne à Conftantinople, le Caïmacan de la Ville n’a aucune autorité.
- Au commencement de l’année 1681. le Grand Seigneur a élevé un Caïmacan à la Dignité de Grand Vizir.
- Des Bachas.
- DAns tout l’Empire Ottoman il n’y a que le Grand Vizir qui par excellence porte purement & Amplement le nom de Bacha,quand même il aurait le malheur d’être Man» f il, ou dégradé de fa Charge. Pour les autres Bachas on ajoute toûjours leur nom propre, ou celuy de leur Gouvernement.
- Il y a dans l’Empire Ottoman fept Bachas principaux, qui portent auffi la qualité de Vizirs, mais qui ne fe mêlent d’autre chofè que du gouvernement de leurs Provinces, dont quelques-unes ont porté autrefois le titre de Royaume, & que les Turcs defignent feulement par le nom de leurs Villes capitales, comme de Bagdet, du Grand Caire, de Bude, &c„ Les appcintcmens de ces principaux Miniftres ne reprennent pas fur le Hafna ou T refor qui eft dans la Cour du Sérail de Conftantinople, où l’on tient le Divan, mais ils font affi-gnez fur plufieurs Timars.
- Des
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- OU L’ART DE LA GUERRE. i?$
- Des Beiglerbeys,
- T E mot de Beiglerbey en langue Turque fîgnîfie Seigneur de* Seigneurs, & le mot de Beiglerbelic veut dire un Gouvernement,d’où dépendent plafieutsSangiacats ou maniérés de Corniez , dont les Maîtres font appeliez Sangia.cs ou Seigneurs d’E-tendard, à caule que quand ces Sangiacs vont à la guerre, ils conduifent la Cavalerie de leurs Provinces, & ont pour Etendards des Tugs ou queues de cheval.
- Les Beiglerbeys ont fous eux des Tefterdars ou Treforiers dans chaque Sangiacat, & des Sotiba/fis qui font comme Lieutenans ou Prévôts logez par les petites Villes : ils ont encore au deflous d’eux des Flambolerr, ou Capitaines de deux, ou trois, quatre , & cinq-cens chevaux, qui font envoyez par les Beiglerbeys ‘ ou Sangiabeys aux lieux neceflaires, afin de pourvoir promptement aux affaires qui furviennent.
- Les Beiglerbeys font diftinguez en Rafile-Beiglerbeys & en Saliane- Beiglerbeys.
- Les Hafile-Beiglerbeys font ceux qui ont un certain revenu affigné fur les Villes, fur les Bourgs & fur les Villages qui relèvent de leur Gouvernement,& font au nombre de vingt & deux.
- Le premier deceuxd’Afie eftceluy d’Anatolje avec un million d’Afpres d’appointement; il fait ordinairement fa refidence dans la Ville de Kiotabiou Chioutai.
- Le fécond eft de Caramanie, & a d’appointement lïx-cens foi-xante & quatorze mille Alpres ; il bit fa refidence dans la Ville d’Iconium.
- Le troifiêmc eft de Dîarbekjr, avec un million deux cens-mille fix cens forçante Afpres.
- Le quatrième eft celuy de Scham ou de Damas » qui a un mil-lion-d’ Afpres.
- Le cinquième eft celuy de Sivas, & a neuf cens mille Afpres.
- Le fixiême eft dlErferum, & a un million deux-cens mille fix cens foixante Afpres.
- Le feptiême eft de Won ou Van, & a un million cent trente-deux mille deux-cens neuf Afpres.
- Le huitième eft de Tebildir for les frontières de Géorgie , & a neuf-cens vint-cinq mille Afpres.
- Le neufviême eft de Schehrequl enAifyrie, & a un million d’Afpres.
- Le dixième eft à'Àlep ; il a huit-cens dix-fept mille foixante & douze Afpres.
- Le onzième eft de MataSh auprès de l’Euphrate, & a fix-cens vingt-huit mille quatre-cens cinquante Afpres.
- A a ; Le
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- *74 LES TRAVAUX DE MARS,
- Le douzième eft de Kjfoos ou Cypre, & a cinq-cens mille fix-cens cinquante Afpres.
- Le treizième eft de Tarobolos Scham ou de Tripoli de Syrie s & a huit-cens mille Afpres.
- Le quatorzième eft de Terboym ou de Trebifonde,8c a fept-cens trente-quatre mille huit cens cinquante Afpres.
- Le quinzième eft de Kgrs, & a huit-cens vingt-mille fix-cens cinquante Afpres.
- Lie feiziême eft de Moful ou de Ninivç , & a huit-cens quatre-vingt-un mille cinquante fix Afpres.
- .Le dix-feptiême eft de RJI^a, & a fix-cens <So. mille Afpres.
- Le dix-huitième, qui eft le premier Beiglerbey d’Europe > eft celuy '.ùzB&mtli) qui a de revenu un million & cent mille Afpres.
- Le dix-neufviême eft la Charge du IÇupudan3oa du Capitaine général de la Mer blanche, & a huit-cens quatre-vingt mille Afpres.
- Le vingtième eft de Bude 3 dont on ne fçait point precilement le revenu.
- Le vingt-uniême eft Themefwar 3 de qui les appointemens ne font pas connus.
- Le vingt-deSxiême eft de Bofna en Sclavonie, dont on ignore auffi le revenu.
- Les Salitme-Beiglerbeys font ceux qui tirent leurs appointemens des deniers qui font levez dans les Provinces de leurs Gouverne-mens par les Officiers du Grand Seigneur, de forte qu’on peut dire qu’ilsfont payez de l’Epargne du Prince, auffi-bien que les Sangiacs ou Seigneurs particuliers de ces Provinces-làa& la Milice du païs.
- Les plus considérables de ces Saliane-Beglerbeys font ceux du Grand Caire, àtBagdst, de Temen dans l’Arabie heureufe, de ïlabelech fur la frontière des Abyffins, de Bofra fur les frontières dePerfe3 de Labfa fur les frontières d’Ormus , &c.
- On remarquera que les Turcs donnent la qualité deJy«/ou d’Efclave du Prince au grand Vizir, aux Bachas 3 aux Beigler-beys., & generalementà tous ceux qui reçoivent desgages de l’Epargne , & des appointemens affe&ez à quelque Charge dépendante de la Couronne. Cette qualité eft tres-eftimée parmy les gens de guerre; car fous ceux qui en fontreVeftus » peuvent impunément & de pure autorité infulter» battre & maltraiter le peuple,, fans qu’on ofe s’y oppofer.
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- Chapitre V.
- Des Trouves Turques : De leur maniéré dyattaquer & de déjendre les Places.
- AVatit que de m’engager dans ce Chapitre , on remarquera que le Grand Seigneur eft lëul Maître ab-folu de tous les Chafteaux & Places de fon Empire ; qu’il n’en donne le gouvernement qu’à ceux qui luy en offrent plus d’argent (& feulement pour une joüifîànce, ) ce qui oblige les Gouverneurs à exercer des violences extraor, dinaires fur les peuples qui leur font foûmis, & fur les per-fonnes qui palîent par leur gouvernement : ainfi dans le peu de temps qu’ils ont à commander, ils amaffent dequo.y payer ce qu’ils ont promis, & encore quelque choie déplus, 8c fe mettent en état de faire des prefens aux principaux Officiers de la Porte, pour en obtenir quelqu’autre Gouverne-nement plus conllderable j car en Turquie on ne donne rient au mérité ; & c’eft aufîipour cela que lesTurcs font fi avides d’argent, que pour en avoir il n y a rien qu’ils n’entreprennent, quand ce feroitmême au préjudice de leur parole: ea un mot ils ne fon* rienque par interet.
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- Des Troupes O* Armées du Grand Seigneur.
- LEs Troupes de l’Emp ire Ottoman font d’ordinaire com-pofées de T tires,de Grecs & d’antres Chreftiens,pris ou enlevez de force, & faitsJanifiaires, comme nous avons dit.
- Les Troupes Auxiliaires des Turcs font des Circadiens, des Curdes, petits Tartares, Moldaves, Valaches&Tran-iilvains.
- On croit que l’Armée la plus nombreule que ces Infidelles ayent mife fur pied en Europe, étoit celle qu’Ofinan conduit en Pologne, où elle eut du pire : On la taifoit monter à cinq-cens mille hommes. Ce lie que le Grand Vizir Jldujia-jpha Culoglou a amenée au Siégé de Vienne en 1683. étoit cftimée de cent cinquante mille hommes, y ayant fait venir L plus grande partie des forces d’Afie & d’Afrique.
- Ce n’eft pas que le Grand Siegneur n’en puifle faire encore de plus confiderables., principalement quand il s’agit du JSTejirhan, ou de la défenfe de la Religion Mahometane: çar alors tous les Turcs font obligez de prendre les armes.
- L’invention des Timars & Ziamets eft un moyen admira*» Lie pour mettre en peu de temps une Armée fur pied; car lorsque le Grand Seigneur ferelbut à la guerre, il n a pas besoin d’avoir l’argent à la main, & de faire battre la Caiflè pour faire des T roupes, il fhffit qu’il mande aux Beiglerbey s qui font fur la route du pais ou il veut porter la guerre, défaire affembler leurs Timariots & leurs Zaims, & de lever le cinquième de tous les mâles propres à porter les Armes; ce qui fournit d’autant plus de monde, que le pais eft plus ou moins peuplé, car pour desjaniflàires leurs chambrées font toûjours complétés.
- L’équipage des Troupes Turques eft fort fimple ; & pour-veu que les hommes ayent des tentes , ils font bien équipez : les fieges, les tables & les bois de lits leur font fort inutiles, étant accoûtumez de manger afïis for terre, une fimple pail-lafle ou matelas avec une méchante couverture, leur fervent
- délie.
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- OU L’ART DE LA GUERRE. 377
- Leurs Armées étant en marche ne logent jamais-dans les Villes, Bourgs ou Villages, mais elles campent ordinairement en un lieu où il y ait de l’eau , & de l'herbe pour nourrir leurs chevaux -, car les Turcs ne préparent point de Magazins pour la fiabfïftance de leurs Troupes, &Cne fe fervent.point d’Etapes: mais quand le Grand Seigneur à déterminé route, le grand V izir fait içavoir à tous les Cadis ou Juges, & à tous les Imans Moulas, ou Curez & Pieftres Turcs, des Villes , Bourgs & Villages qui fe rencontrent dans l'étendue de huit ou dix lieues de la route, de faire conduire dans un lieu & dans un jour nommé une quantité prefcrite de vivres ou fourrages, moyennant un certain prix j ce qui eûfuivy d’une prompte obêiftànce.
- Quand le Grand Seigneur va en per fon ne à la guerre, il meneavec luy généralement tous lesJaniflaires & Spahis qui font leur refidence à Conftantinople, que l’on fait monter à plus detiente-cinq mille hommes. Mais quand il n’y a que le grand Vizir, ou queiqu’autre Bacha qui commande , il n’en marche pas la moitié.
- L’Avant- garde des T urcs n’eft pas le Pofte d’honneur dans la marche de leurs Troupes, aufii chez eux ce premier Corps n’eft d’ordinaire compofé que de Guides, de petits Tartates, d’Arcangis &c. qui courent & defolentle pays ennemi, Sc qui fouvent font battus pour fe trop écarter*du Gros.
- Les Armées des Turcs font rarement ake dansleur marche , & cominüent d’ordinaire tout d’une traite le chemin qu’elles ont à faire en un jour, fe raffraîchifîàns de fruits & d’eau en marchant ; & fur le foir ils fondeur principal repas avec un fi-lence admirable, ce que l’on attribue à leur fobrietë naturelle, & furtout à I’abftinence de vin ; car il eft défendu aux Troupes d’en apporter fur peine de la vie, & même le General détache des Officiers qui marchent deux ou trois jours devant l’Armée pour faire fermer toutes les tavernes qui font fur la route, & faire publier que perfonnene foit allez hardi de porter du vin aux Trpupes fur peine de la vie.
- Dans la marche un Turc n’oferoit rien enlever, & la police y eftfîbien érablieque s’il abefoin de quelque chofe, il faut qu’il l’achete du payfan aai prix taxé ; ce qui fait que l’on ne voit point de defordre, & qu'on n’entend point de plaintes.
- A a 5 De
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- LES TRAVAUX DE MARS;
- De quelle maniéré 1er Turcs font la guerre.
- IL femble que chaque Nation ait une difpofition particulière pour faire la guerre d’une maniéré differente ; par exemple le François aime l’attaque à daufè de l’irapetuofîcé de fon naturel; l’Efpagnol par fon humeur flegmatique, eft propre à la défenlè d’une Piace; l’Allemand par l’avantage de là taille affecte la Cavalerie, & fè plaift dans les rencontres & dans les Batailles ; le Suifle pat fa vigueur & par l’ufage de fà longue & large épée, eft propre à la confervation d’un Porte : Mais pour ce qui eft des Turcs, on n’a pas encore pû découvrir quelle eft la partie où ils excellent dans l’Art de la guerre , ny quellesfont les réglés de leurs évolutions.
- On fçait bien quÜs marchent en campagne par Efcadrons & Bataillons, que tafehant d’imiter dans les Batailles rangées l’ordonnance de celles des Chreftiens , ils divifent leurs Troupes en Avant-garde, Corps de Bataille & Arriere-gar-de: quand ils vont aux mains ils font des cris, ouplûtôtdes huriemens qui fentent plus la befte que l’homme.
- On remarque de plus que quand ces Infidelles ont perdu une Bataille, ou qu’ils ont été contraints de lever le Siégé de quelque Place confiderable, leur premier foin eft de faire mourir le General qui commandoit, & tous les Officiers qui avoient quelque affinité avec luy, fans avoir égard à leurs alliances ny à leurs qualitez, pour faire monter à leurs emplois des perfonnes d’une foible expérience.
- Enfin leurs foldats s’imaginent que s’ils meurent la face tournée du côté de leurs Ennemis, ils ne manqueront pas d’aller droit au Ciel, foit qu’ils admettent la predeftination , ioit pour d’autres raifons capables de les encourager.
- Pendant les guerres de Candie on vit une infinité d’exemples femblables, &furrout on remarqua en 165 9. que dans cette préoccupation, vingt-cinq Turcs à la veuë du Prince Americ Gouverneur de la .SW^ pour les Ventitiens, eurent la hardiefle d’aller attaquer le labre à la main un Bataillon Italien, qui étoit de quatre-.cens hommes ; & après l’avoir mis en déroute remportèrent cinquante têtes des pluabraves. .
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- OU L’ART DE LA GUERRE. 37$
- Du Campement des Turcs.
- QUoique cesInfidelles l'oient naturellement rudes , ils ne laif-. fent pas d’aimer la propreté & l’ordre dans de certaines choies, principalement dans leurs campemens. En effet il n’y a rien défi bien diftribuény de fi propre que leur Camp, furtouc quand le Grand Seigneur, ou que le premier Vizir y font en pcr-lonne : car alorson y voit plus de foixante-mille Tentes ornées de leursbanderolles dediverfes couleurs, drellees fur chaque côté des rues j & des places publiques, avec tant de fymmetrie, qu’ii femble que les Hourtagders 3ou Tapifficrs, ayent voulu jetter le Plan d’une Villereguücre.
- L’induftrie de ces.Tapiffiers eft admirable pour bien drefTer une Tente,quoyqu’elles ayent d’ordinaire deux couvertures,une qui fait le corps de la Tente, & une autre qui eft tendue lui pied par defius la première, pour arrefter par cette élévation l’impe-tuofité du vent, & faciliter la chute de la pluye, ce qui demande un très-grand nombre de cordes,qu’ils fçavent fi adroitement entrelacer lesunesdans les autres, quecela feul en défend l’avenue , de forte qu’on n’y fçauroit entrer que par le côté où eft la porte.
- Eiies font d’ordinaire très belles & doublées par dedans de quelque riche étoffe, avec des tapis & couffins contre terre. Il y en a qui ont plufieurs appartenons ménagez & diftribuez pour differens Offices, comme font les appartenons d’un Hoftel bien bafti.
- Les Grands Seigneurs Turcs, ont d’ordinaire une double tenture, afin que pendant qu’ils font dans un Poffe, leurs Ta-piffiers puiflent préparer d’autres Tentes dans les lieux où l’on doit enfuite venir camper.
- Quand ils campent en un lieu pour plufieurs jours, il environnent leur camp d’un foiïé, dont ils jettent la terre du côté des Tentes, & y mettent en batterie les petites Pièces qu’ils ont coutume de conduire en campagne.
- Ils n’y biffent d’ordinaire que trois ou quatre avenues, où il y a toujours une Garde confiderable, qu’ils doublent de nuit, & même qu’ils font coucher hors l’enceinte du Camp, comme une maniéré de Bioiiac ou de Garde avancée.
- Ils ont grand foin de tenir leur Camp net, &: de fe precau-r tionner contre la puanteur j même pour remedier aux neceflitez de leur Milice, ils font creufer des trous en terre, qu’ils environnent d’une grille qu’ils portent exprésavec leurs Tentes j & quand ces lieux commencent à fentir mauvais, ils les comblent & en creufent d’autres ailleurs. n*s
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- |Bo; LES TRAVAUX DE MARS,'
- Des Tranchées des Turcs,
- LEs Turcs pour l’approche des Places fe fervent aufîî bien de Tranchées que les Chreftiens, & les conduifent prefque avec les mêmes maximes, en affrétant de fefervir toûjours de de l’avantage du terrain. Àinfi dans les Plaines ou dans les lieux fablonneux, ilsfont leurs Tranchées en ferpentant ; avec cette différence, que leurs détours y font plus frequenS > leurs boyaux beaucoup plus petits, la largeur& prçfondeur .plus -grandes qu’aux nôtres, afin d’éviter mieux Tenfilade & n’êrrepasfi longtemps à les conduire. - 41
- Quand ils trouvent le roc, ou que la terre leur manfpè, ils en font apporter par des Guaffadour§. Mais fi le terrain éft fifec qu’il ne fe puiffe foûtenir, ils donnent un revëffijflfemeht#e pierre à leurs Tranchées i ou bien ils élevent quantité de Redoutes , prefques attachées les unes aux autres fur une longue fi^y fans s’amufer à donner precifement à ces Redoutes, une figurequar-rée: car ils en font en quarré, en long, en ovale |Op^t*autre figure, félon que le terrain le permet.
- Dans la bonne terre, ils font les détours de leur Traiichée fi proche 1 es uns des autres, qu’il femble que la Tranchée hefafTe qu’une ligne droite j & pour la couvrit du feu des AffiegOz , ils la blindent prefque partout. . %
- Comme iis font accoûtumez à faire la guerre dans d% pais chauds, où les pluyes ne font pas fi frequentes que dans cedàc-cy, ils font leurs Tranchées deux-fois plus profondes que les ifltres, & ne font point obligez de les faigner, ou d’être jufqu’à mi-jambe dans l’eau, comme il arrive affez fouvént dans nos Travaux d’approche. f ' '
- Pour la défenfe des Tranchées ils fe fervent deRedbjutes» mais le plus fouvent fur la droite & fur la gauche de laTrançhéei ils creufent des Places d’Armes qui font prefque parallèles aux Courtines des Places qu’ils attaquent, ainfi que l’on eh peut remarquer icy plufieurs, que j’aydeffinées fur celles qüecésïq-fidelles ont autrefois faites en attaquant le Bartion de S. André de la Ville de Candie.
- Quand ils s’opiniâtrent à l’attaque d’une Place, & qu’ils jugent quefonfiege tirera en longueur, ils ne Iaiflènt pas outre ces Travaux de poufler vers les Portes de l’Ennemy de grands Cavaliers, comme des montagnes de terre pour foudroyer dans la Place alîlegée, & pour en voir de revers tous les Retranche-mens.
- Des
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- jSz LES TRAVAUX DE MARS,
- Des jijfauts des Turcs.
- L Es Turcs allant à I’Aflaut contre Ies-Cbreftiens, feperfuar dent qu’ils fe vont expofer pour défendre la caufe commune de Dieu & de fon Prophète, feion qu’ils le trouvent écrit dans leur Âlcoran. Dans cette veuë ils vont au feu avecunein-trepidité qui eft prefque incroyable ; car en rejetrant l’ulage des armes à feu, qu’ils difent faire plus de bruit que d’effet, & n’eftre bonnes qu’à tirer par defliis une muraille; ils marchent àl’Afîaut en criant avec un tranlport de fureur leur Allah, allah, ou nôm de Dieu, fans fe mettre en peine s’ils marchent à découvert, s’ils font veus de front ou de revers, le’contentans de teni r d’une main leur fabre, & de porter de l’autre leur ron-dache, plus pour la paradeque la pour défenfe.
- Il femble qn’en ces occafions ijs ne craignent rien moins que la mort j car on les voit braver le grand feu des Affiegez, les pierres, les huiles bouillantes, & tout ce que l’on peut jetter pour les empêcher d’avancer: Malgré ces obftaclesils foulent aux pieds leurs bleffez pour tâcher de fe loger iur une brèche, ou d’attraper à la main quelque Affiegé, afindeluy couper là telle pour marque de bravoure, & fur l’jefperance d’unë rétribution de leur General en Iuy repréfentant ces telles. S’il ÿa quelques-uns d’entre e.ux qui fefoîent retirez du combat avant le ligne de la rerraite, les Officiers qui commandent le Corpsdeftiné à foû-tenirccsAffaillans, les obligent à grands coups de fabrè à retourner à 1’aflant, ou leur coupent le col, pour effrayer ceux qui voudroient imiter leur lâcheté; car les Turcs ont pour principale maxime de périr plûtoft fur le Terrain gagné que de l’abandonner.
- C’eff pour cela qu’on les voit travailler dans leur Logement avec une promptitude extraordinaire : même on remarque que durant le Siégé de Candie, le grand Vizir Al*mot Coprogli> fit à la telle de fon Camp couper le col à un Bacha qui commandoit à T Attaque de la Sabiortkre, pour avoir lai fie prendre un Drapeau.
- Quand ces Infidelles emportent une Place d’afîaut ou d’emblée ils ne donnent aucun quartier à la Garnifon, ny aux habi-tans, faifant tout palier au fil de Tcpé fans diftinëtion d’âgeny defexe fouventils coupent la telle au Gouverneur, quelque fois ils le font écorcher tout vif, &enfuiteétalleren triomphe S: promener de Ville en Ville les miferables reliques de ces il-iuftres Défenfeurs.
- Des
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- ”*8£ •a'H'aano vt aa xïv.i no
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- 384 LES TRAVAUX DE MARS)
- Bes-Capitulations des Turcs.
- d’en acquérir d’autres par toutes foites de moyens, neanmoins on remarque que depuis un certain temps ces Infidelles commencent à fe piquer d’honneur dans l’exa&e obferva-tion des Traitez qu’ils font avec les Chreftiens : Ce que je ne puis mieux juftifier qu’en rappdrtant. les Capitulations qu’ils ont accordées en 16 63 .à la Garnifon de la Ville de NewhaufeL articles accorde% aux Habitant de Nctvhaufdpar le Grand Vi%iré Ous le Grand Vizir & General du Tres-puiflànt Empe--LN reur Ottoman, & les Baflas, & autres Hauts Officiers qui font auprès de Nous , dans les Troupes, tant de Cavalerie que d’infanterie, depuis le plus petit julquesau plus grand, foient Tartares, Walaches, & Moldaves, &tous ceux qui combattent fous les Enfeignesde Sa Hauteiïe, ju-ronsparleDieuTout-Puiflantquia créé le Ciel & la Terre, la Lune &.les Etoiles, par Noftre Saint Prophète Mahomet 9 &parlaTête de NôtreTres-puiflant Empereur :
- Que le Colonel & fupreme General de la Forterefle cfe' Newhaufel, érant convenu de rendre la Place, par le con-fèntement de tous les Hongrois, Allemands, & autres qui font fous fon commandement, nous procurerons que toutes les conditions & les Articles à luy cy-aprés accordez, foienc fidellement & fincerement executez, empêchant qu’il y foie en aucune façon contrevenu par qui que ce foit, au péril de nôtre réputation.
- Le Colonel Adam Forgats Gouverneur de Newhaufel, fon Lieutenant Paulo Sereni, & tous les Officiers & Soldats Allemands & Hongrois, Cavalerie & Infanterie & autres Chreftiens , demeurans en ladite Forterefle, pourront librement & feuremént en fôrtir avec leurs Femmes, Enfans, Domefliques, chevaux, armes & bagages.
- Les pauvres Religieux & autres Ecclefîaftiques auront auffi la liberté de fe retirer avec les chofes à eux appartenantes.
- Les Soldats Aliemans, & Hongrois pourront lortir Enfei-gnes déployées, & tambour battant, avec les vivres qui leur feront neceflaires, fans toucher aux munitions publiques.
- Après
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- ©U L’ART DE LA GUERRE. 385
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- T cm. IM-
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- |SS LES TRAVAUX DE MARS,
- Après que l’on aura rendu les Poftes principaux, & le haut des Battions, aucun des nôtres n’entrera dans la Place, jufques à ce que tous les Chrettiens qui voudront fe retirer, foi ent fortis.
- Tous les habitans fains, malades ou Mettez , feront conduits à Comorre, avec une efcorte de nôtre Milice, fous le commandement de 2. Officiers, afin qu’ils puifîent s’y rendre en feureté.
- Nous donnerons en Ottages jufques à leur arrivée deux de nos Agas : & ilsferont pareillement tenusde laiffer deux de leurs Officiers, pour l’aflurance de leur retour.
- On fournira aux Chrettiens étrangers qui font dans ladite Forterefle, des chariots pour les remener en leur Patrie.
- Pource qu’on eflaye par divers difcours, de faire douter de leur feureté, nous promettons qu’il ne fera fait aucune violence, ni aux Soldats, ni aux habitans: mais qu’ils pourront librement partir fans appréhender le moindre mauvais traitement, pour leurs Perfonnes, ni pour leurs biens.
- Afin qu’ils puiffentfe retirer plus commodément., on leur fournira des chariots jufques à 400. & davantage s’il en eft be-foin.
- Toutes hoftilitez cefferont jufques à l’execution entière des prefens Articles.
- Afin que laGarnifon ne patte point à travers nôtre Armée, il fera drefle un Pont fur la Nitria, ou l’on racommoderâ celuy que l’on y a cy-devant conftruit.
- Elle pourra fe repofer en chemin , fans craindre qu’il luy foit fait aucune infulte.
- On fournira aux malades qui refteront dans la Place, les cho-fes dont ils auront befoin, jufques à ce qu’ils foient en état de fe retirer où ils voudront, avec efcorte.
- Si quelqu’un des habitans defire demeurer dans la Place,il n’y recevra aucun trouble, foit au regard de fa Religion, oudefes facultez.
- S’il s’y trouve quelques prifonniers des noftres, ils feront remis en liberté.
- Et nous permettons auffià laGarnifon, d’emmener quatre Pièces de canon.
- Cette Capitulation a éré fi fidellement executée par les Turcs, que les Tarrares s’étant mis en devoir de fe jetter fur la Garni-fon de Newhaufel, tous les Bachas accoururent contre une troupe de ces brigands,& firênt main- batte fur plufieurs; puis s’adref-fans aux foldats.Chréticns qui marchoient trop lentement, leur donnèrent avis d’avancer, pour ne pas tomber uneautre fois entre les mains de ces Barbares.
- Vs
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- OÜ L’ART DE LA GUERRE. 387
- De U Défenftdes Places Turques,
- J’Aydéja remarqué que les Turcs font tellement prévenus de la mefintelligence des Princes Chreftiens , qu’ils tiennent inutile de fortifier leurs cûnqueftes, & même d’en con-fêrver les Travaux, quoy qu’ils ayent gagné des Places avan-tageufement fortifiées.
- Cette négligence eft fondée fur l’opinion qit’ils avoient de troimpher partout où ils portoient les armes.
- Quant à la perte de Javarin qui arriva en 1597. & celle de Gran en 168 3. elles ont été un effet du hazard ou d’une in-fùlte, & non pas d’une attaque reguliere.
- Car Javarin , comme j’ay déjà dit, leur fut enlevé par fur-prifè à la faveur d’un pétard, '& Gran par le defordre de l’Armée de ceslnfidelles, qui ayant été ruinée devant Vienne, nefongeoit qu’àfauver fon débris dans Bude : Encore Gran fit acheter fon terrain bien chèrement aux Polonnois, donc plufieurs furent taillez en pièces, même le Roy de Pologne y courut danger de fà vie.
- Auffi les Turcs par un principe de Religion qu’ils obfervent ponctuellement, ne rendent jamaisauxChreftiens par des Traitez écrits les Places où ils ont desMofquées, foit qu’ils en ayent bâti de neuves, ou qu’ils ayent employé à cet ufà-ge quelque Eglife des Chrétiens. C’eft pour cette raifon que 1a plufpart des Mahometans des Ifles de l’Archipel n’y onc point deMofquées, à cagfe qu’ils font fouvent obligez de traiter avec les Corfaires Chrelliens qui y font fréquemment des defeentes : & fi par une Capitulation écrite ils abandon-noient une Mofquéc à ces Corfaires, ils fe croiroient coupables d’unfacrilege irremifïible, & d’une lâcheté fans pareille.
- Fin du troiftm Volume & des Travaux de Mars,
- Bb 2
- TA-
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- TABLE ALPHABETIQUE
- DU TROISIE’ME VOLUME
- TRAVAUX "de. MARS,
- O U
- L’ART DE LA GUERRE.
- A.
- A Canzi. 348
- JL% Affuft d e Canon, 138 Aga. 342
- Agiamoglans. 336
- Aide-Major. 17.19. & 22 Aides de Camp. 174
- Aile du Bataillon. 50
- Aile droite. 50
- Aile gauche. 50
- Alai-Beglers. 354
- Alarmes. 276
- Al coran 3^8
- Alkitef-Terdars. 341
- Alliage. 136
- Allah 382
- Alte. 191
- Ame. 134
- Amorce. 34
- Anfpeçades. 8. & 14
- Appointez. 8
- Appel. 12
- Archers. 17. & 21
- Arriere-garde. 200
- Arfènal. 124
- Articles. 308
- Artificieurs. 124
- Artillerie Turque. 365 Alàrela. 338
- Ashgi. 340
- Afpres. 335
- Aflaut. 263.264.26 5. & 25>6 Aftragal. 134
- Attaque. 196. & 198
- Attaque des Dehors. 246 Avant-garde. 200. & 202 Avant-train. 142
- Aumônier. 17. & 19
- Azapes
- B.
- 348
- BAchas. 3 58. & 372
- Baguettes. 32. 55. &98 Bajarac. 3 5 6
- Bain. 13(5
- Balles. 34
- Balles à Canon, 125
- Balles à feu. i<56
- Ballots de laine. 252
- Ban. i2
- Banderolle. 96
- Bandes. 138.8040
- Bandoulière. 2
- Baracan. 328
- Baren-
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-
- Barentin.
- Barraques. 2,2,8
- Barricades. 282
- Barriques. ' 206
- Barriques foudroyantes. 168 Balcule/ 162
- Bdilic. 130
- Bas Officiers. 8
- Badiner. 32
- Baftion vuide, 298
- Bataille. 200. & 202
- Bâtarde. 130.&132
- Bataillon. 50.52.60.68.72. 76 & 80.
- Bataillon de grand front. 68 Bataillon octogone. 76 Bataillon octogone à centre vuide. 80
- Bataillon quarré d’hommes. 68
- Bataillon quarré d’hommes en forme d’une croix. 72 Bataillon quarré de terrain.68
- À B L E.
- 348 Boulons. Boure.
- Bourre.
- Bourguignotte. Bourlet. Bourfes.
- Boute-Telle. Bouton. Boyaux. Braquemar. Braflarts.
- 344
- 5>4
- 48
- 134
- 342
- 96
- 96. & 134
- H4 6. St 42
- Brèches. 262.263.290. St 294 Brette. 2 9
- Brigades. 174
- Brigadiers. 93. & 174
- Bude.
- Buttes.
- 320
- 280
- C.
- 42
- 12
- 280
- CAbadet.
- Caille.
- Caidons.
- Calibre. 125.130.&134 Cam. 362
- Batteries. 242 Camarade. 149
- Battre. 12 Campemens. 194.227. & 230
- Baudriers. 2.4 &94 Camps-volans. 132
- Bayonnette. 30 Canon.32.36.130.134.140.
- Beiglerbcys. 3 54. & 373 St 152.
- Beys. 3,8 Canon armé. 142
- Bioiiac. 379 CapaAga. 346
- Blindes. 220 Capitaine. 10.14.&22
- Blocus. 226. St 227 Capitaine de Cavalerie. 91
- Boëte. 132 Capitaine des Guides. 175
- Bombes. 156. St 158 Capitaines des Mineurs. 124
- Bofles. 166 Capitaine General des Cha-
- Bottes. 94 riots, &c. 124
- B b 3 Capi-
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-
-
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- Capitulations. Caponnieres. Caporaux. Carabiniers. Caracol.
- Carach.
- Cartouche. Cavalerie.
- Cavalerie Turque. Cavalier. Cazemates. Çazernes. Ceinturon. Chamade. Chambrées. Chambres.
- Champ de bataille. Chandeliers. Chantiers. Chantilly.
- Chappes. Charpentiers. Charrons. Châteaux. Chauffe-trappes. Chef de Files. Chemins-couverts. Chevalets. Chevaux de Frife. Chevaux-legers. Chevilles,
- Chèvre.
- Chirurgien.
- Cimeterres.
- Circonvallation,
- Cifëaux.
- table.
- 307. & 308 Citadelles des Places Tur-
- *78 8.&14 100 116 55®
- 94. & 286 Coffres. 1.&87 Coin. 351 Coller, 94 Colonel.
- ques.
- Clavette.
- Clayes.
- Clef.
- Cloux.
- $62 138 *20
- 3* 140 284 140 94,8c 134 16 18. *2. & 24
- 286 Colonel general de la Cava-230.8c 273 lerielegere. 88
- 4.46.8c 94 Combleau. 142
- 12.&306 Commiffaire general. 88 338 Commiffaire àf la conduite. 260 17.8c 21
- 192 Commifl. extraord.
- 210 Commifl'. ordinaires. >125 125. & 136 CommiflT. Provinc. )
- 29 Comorre. 330
- 124. & 136 Conlèil de Guerre, 190 Confeil du General. 176 Conduite des Tranchées.2 3 8 Contremarches. 57. & 64 Contremines,
- Contremot.
- Contrelcarpes.
- 12$ Contre-fignal.
- 214 Contrevallation.
- 124
- 124
- 326
- 216
- 50
- 322
- 288 274.8c 276 320
- *73 *3*
- 107 Contrôleurs. 124
- 138 Converfions.57.58.66.8a18 144 Corbeilles, 208.8c 2 56 *7.8c 21 Cordon. 96
- 30 Cornette. 92
- 232 Corps-de-Garde. 273
- 256 Corps-de-referve. 200
- Cor-
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-
-
- TABLE.
- Corfelet. 6.&4i E.
- Coucher en joue. 34 TEJChellcs. 144.&2ÎS
- Coulevrine. 130.13 2. & 142 JL*Ecouvillon. 142
- Couflac. 340 Emblée. x6j. & 304
- Crampon» 138 Emboitûre. 140
- Crapach. 328 Embouchûre. 96
- Criq. 144 Emouflèr les Angles. 70
- Crochets. 138. & 161 Enfeigne. 9.14.&22
- Crofle. 32 Entre-toiles. 13*
- Cuiraffiers. 102 Epée. 2.&30
- Cuifîarts. 44 Epée fourrée. 19
- Culafle. 134.150. 156.8e 160 Equene. 138
- D. Equipage du fufil 36
- TXArds. 168 Efcadrons. 50.102.&110'
- JL/Décharges. 34 Efcalades. 3°?
- Déchargeurs. Ï24 Efpadon. ‘ 29
- Défenfe des Places. 2 69 Efpions. 172.& 177
- Défenfe des Deh.272.8c 278 Effieu. 138.& 140
- Défenfe des Tranchées, 240 Eftocade. 29
- Défilez. 184 Eftrade. 3°î
- Dégât. 226 Etape. 21
- Dehors. 3 24 Etendard. 92.96. & 3 56
- Dellis. 360 Exécuteur. 17.&2 t
- Demy* canon. 130 F.
- Demi-file. 50 TJ Ace du Bataillon. 50
- Demi-Pique.' . 38 JLFalacque. 341
- Demi-rang de main droit. 50 Fafcines. 210
- Demi rang de main gauche. Faucon. 130
- 50 Fauconneau. 130
- Diamètre. 134 Faulx. 40
- Divan. 370 File du Bataillon, 50
- Doliman. 3 36. & 338 Flambeaux à feu. 168
- Doublemens. 57.60. & 92 Flanc du Bataillon. 50
- Dragon. 130 Fiafques. 138
- Dragons. 108. & 360 Flcche. 162
- Drapeau. 9.&106 Flécheshfeu. 168
- Pukigi-Bachî. 366 B b 4 Foi-
- p.391 - vue 407/412
-
-
-
- Foiblefle d'une Place*
- Force d’une Place. 236 Foflèz. 254.255.5c 310 Foflez. pleins d’eau. 255. & 286
- AELE.'
- 236 Globe. ' 152
- Gouldrons , ou Gaudrons. 168.252. &c.
- Foflez fêcs. Fougades.
- Foulloif.
- Fourche. Fourneaux. Fourtiimenr. Fraifes.
- Frété.
- Fricaflée.
- Front de Bataillon. Fronteau de Mire. Fufée.
- Fufil.
- Fuft.
- G.
- GAbions.
- Galleries. Garçon Major. Garde.
- Gardes du Corps. Gardes du Parc. Garnifon.
- Gaurs.
- Gebegis.
- Gebelus.
- Geli-Bachi.
- Gens-d’armes. Gerit.
- Gibecière.
- Glacis.
- 2 54. & 284 380. & 284 140. & 142 40
- 260. & 2pi
- 34-&Î5
- 212
- Goupilles.
- Gran. Grand-Maître. Greffier. Grenades. Grenadiers Yolans. Griffe.
- 138
- 328
- I23 17.&21 164 107 256
- 140
- 12
- 5°
- 140
- 2.6C3 6 32.ÔC36
- 106
- 33*
- 40
- 40
- 362
- Guaftadours. 326.6c 348 Guet. 5)6
- Guidon.
- Gyor.
- H.
- HAched’Armes.
- Halebarde.
- Ham.
- Hampe.
- Haniare.
- Happe.
- Haufle-col. 42
- Hauteur du Bataillon. Heriflon.
- Herfes.
- Herfiilons.
- Houë.
- Hoyau.
- Hurtoir.
- Hufles.
- Huttes.
- I.
- 38.40.& 142 34° 208 220 I9
- 273 106 124
- 271
- 35<*
- 3 66
- 354 3 66 10 6
- 346 TAnifàr-Agafî. 341
- P4 Jjaniflaires. 336.6c338 322 Javarin. 332
- Icho-
- 136
- ÔC44
- .5a
- 214
- 214
- 214
- 256
- 256
- *38
- 230
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-
-
-
- TABLE.
- ïchoglans. 34a. & 3 46
- Jcgni-Zeri. , 338
- Jentes. 140
- Infanterie. 1
- Infanterie Turque. 335 Ingénieurs. 175
- Intendans. 175
- Jour. 138
- KAlemberg. 3 5 6
- Kiaia. 338
- Kiatib. 3 66
- L.
- LAnterne. 140. ôc 142
- Lever le Siégé. 268 Leviers. 140. & 142
- Liens. 140. & 142
- Lieutenant. 10.14. & 24
- Lieutenant Colonel. 17.18. 22. & 24»
- Lieutenant d’Artillerie. 123 Lieutenant de Cavalerie. 91 Lieutenant General d’Artillerie. 123
- Lieutenant General de jour.
- . r73
- Limon. 138
- Logemens des Soldats. 273 Logement. 2 3 o. & 2 5 2
- Logement de la Cavalerie. 228
- Logement de l’Infanterie. 230 Lumière. 32. 134. 156. &; 160
- Luneccesi. 138. & 284
- M.
- MAdrier. i<So
- Magazin. 125
- Major. 17.18. 22. & 90 Major general. 174
- Maître. 94. & 228
- Maîtres-Forgeurs. 124 Mantelets. / 216
- Marche. 96. 100. 180. 182. i8<5.& 188.
- Maréchal. ico
- Maréchal des Logis. 17.19.
- &92
- Maréchal des logis de l’Armée. 174
- Maréchaux de Camp. 173 Maréchaux des Logis. 123 Mafle. 2 5 6
- Mèche. 34
- Meftre-de-Camp. 89
- Meftre-de-Camp general.88. MilicedesTurcs. 317 Mines. 258.260. & 280
- Mineurs. 255. & 262
- Mifrack. 352
- Montûre. 3 6
- Mordions. 125
- Mortiers. 156
- MoF] uées. 387
- Mot. 274. & 176
- Moules. 136
- Moufquet. 2.8c 32
- Moufquecaires. 2. 14. 22. ôc 2 6
- MoufquetairesduRoy. 107 Moid-
- p.393 - vue 409/412
-
-
-
- T A
- Moulqueton. 5)4. & 109 Mouvement. 148. & 158 Moyenne. 130
- Moyeu. 140
- Muhlagi. 3 do
- Mungis. 341
- Mufèau. 138
- Muiùlmans. 2 <C
- N.
- NItre. 116
- Noyau. 114.13 4. & 135 NewhaulcL 314
- O.
- ODa. 33
- Oda-Bachi. 336. §c 340 Offen. 320
- Ordres du General. 177 Orniere. 140
- Otourac. 33^
- Ouverture. 238
- P.
- PAliflades. 212
- Paniers. 208
- Parc de l'Artillerie. 192. & 234
- Patrouilles. 273
- Pavillon. . pg
- Pelotons. 70
- Pertuiiane. 40
- Peftfa. 37q
- Fêtard. NS0.&161
- Petardiers. j
- Petite Gendarmerie. 10S Petits Tarrares.
- Pièce de Régi ment. i$z
- B LE.
- Pièces de Campagne. 13 2 Pièces legeres. 13*
- Pierrieres. 2g0
- Pierriers. 124.131.8c 154 Pionniers. 13 4.6c 3 26 Pique. 38.6c 48
- Piquiers. 2.6.14.8c zz
- Piftolet. 94
- Placesd’Armes. xp2,&240 Plate-bande. 134
- Platine. 2 2.6c 36
- Plier. 302
- Poignard. ,Q
- Poil. ii6
- Pointer. 14S.8CI48
- Pointeurs. j 23
- Pont. 162. 196. & 222
- Portée du Moufqu et. 3 4 Porte-feu. 140.150.6c 158 Porte- Môufqueton. 94 Pofte d’honneur. 202 Por-à-feu. l66
- Pot* en-tête. ^
- Poudre. I2g
- Prevoft. 17. & 20
- Prife des Dehors. 24 8
- Q.
- QjUadran. 144
- Quartier des vivres.23 4 Quarts de rang de P Aile droi-
- te* 50
- Quarts de rang de l’Aîle gauche.
- S°
- Quarts de rang du milieu. 5 o
- Raab.
- p.394 - vue 410/412
-
-
-
- tablé*
- R,
- RAab. 332
- RafFraichir. ijo
- Ragot. 138
- Rais. 140
- Ramazan. 338
- Rameaux. 288
- Rang. jo
- Reddition des Places. 30 5. & 310
- Reduir. 300
- Regimens. 16.17.& 201 Remifes. 125
- Rendez-vous. 178
- Renfort. 134
- Repos. 138
- Retirades. 282
- Retraites. 12.96. & 268
- Retranchemens. 294. 298. 300.& 302
- Rocroi. 184
- Rondelle. 138
- Rondes. 273
- Roues. 140.6c 142
- S.
- SAbre. 30.&94
- Sacs-à-terre. 2.06
- Sadach-Ackchiafi. 3 52
- Sag-Gureba. 352
- Sag-Ulefigi. 252
- Salles. 124.&125
- Salpêtre. 126
- Salvares. 360
- Sangia-Iky. 355
- Sappe. 250
- Saumon.
- SauffiBe.
- Sauffiflons.
- Schut.
- Segbans. Selidar. Seraiker. Serdars. Sergens. Sergent Major. Serpentin. Serre-demy*file, Serre-file. Sieges.
- Signal. Silhatari. Sinan.
- Prenne. Solak-Baffi. Sqlaks.
- Soldat. Sol-Gureba. Sol-Xllefigi. Soppoto. Sorties. Sourdine.
- 13S 2fS 2X0
- 33<> $60
- 355 355 338
- 9.14.&22 18 3* 50 50
- 225.227. & 270 264, & 273 35* 33* 130
- 344
- 344
- 2
- 35*
- 35*
- 325
- 249. & 277 9(5
- Sous-garde (de fufil) 3<5
- Sous-gardes (d’Artillerie) 124 Sous-Lieutenant. 10.&22 Spahaoglari.
- Spahi.
- Spahiler-Agafî.
- Spahis.
- Sainte Maure. Stambol-Agafi.
- 35*
- 340
- 34(5
- 3J2.&354 3*9 33*
- S tri-
- p.395 - vue 411/412
-
-
-
- T A
- Strigone. 328
- Surprifes. 303
- Suipenfion d’Armes. 306
- TAbel-Aiem. 354
- Tabliers 5)8
- Talon. .38
- Tambours. 12.14.17.20. & 22
- Taflettes. 44
- T enaille de Place. 244
- Tezkerebirs. 354
- Teskeretis. 3 54
- Tefte d’üne Brèche. 266
- T elle d une T ranchée. 238
- Thonaw, 328
- Timariots. 354
- Timars. 342,. 351.^3 54 Timbales. ' 98
- Timbalier. 98
- Tir. 149
- Tirefond. 162
- Togatch. 32 6
- Tonneliers» 124
- Topchis. 368
- Topgi-gachi. 3 66
- B L E.
- Tourillon. *34
- Tourneurs. 124
- Trabands. , 16
- Tranchées. 236.237. & 238 Traverfes. 220
- Treforiers. 124. & 175
- T rompes-à-feu. 278
- Tromperie. 96
- Tug. 358
- : Tzegebetzi- Bachi. 366
- V.
- VAuban. 284
- Vaubecourt. 33a
- Vent de la balle. 134
- Vinaigre. 150
- Vivandiers. 192. & 228
- Volée. 134
- Voke-fàce. X20
- Vorftadt. 33a
- Wekilharg. 341
- Vuider le centre d’un Bataillon. 70
- Z.
- ZAims. 5JJ
- Ziamets. 551.&55S Zolnock. 322
- F 1 N.
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-
-