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Traité de l'artillerie, ou des armes et machines en usage a la guerre ; depuis l'invention de la poudre
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- E LE MENS DE LA GUERRE
- DES SIEGES^
- OU T RA I T È
- DE L'ARTILLERIE5
- DE L’ATTAQUE.
- ET DE
- LA DEFFENSE DES PLACES
- A L'USAGE
- DES JEUNES MILITAIRES. TOME PREMIER, Contenant L’ARTILLERIE,
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- TRAITE
- L'ARTILLERIE,
- 0 U
- DES ARMES ET MACHINES EN USAGE A LA GUERRE Depuis l’invention de la Poudre.’
- A PARIS, QUAÏ DES AUGUSTINS,
- Chèz Charles-Antoine JOMBERT, Libraire du Rojg pour T Artillerie 8c le Ge'nie, à l'imagé Notre-Dame.
- M. DCC. XLÏ1I.
- Avec Approbation & Privilège du Roy«
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- A SON ALTESSE
- MONSEIGNEUR
- LOUIS CHARLES DE LORRAINE, COMTE DE BRIONNE,
- Gouverneur et Lieutenant general, pour Sa Majefté de la Province $ Anjou, Gouverneur des Ville & Château d'Angers & du Pont de Cê, Mejlre de Camp d'un Régiment de Cavalerie de fin nom ,
- ONSEÎGNEÜR*
- VOuvrage que je prens la liberté de préfinter à VOTRE ALTESSE, étant le précis de ce
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- Ë P I $ T R Ë.
- que fai eu {honneur de lui enseigner 9 tant fur t Artillerie, que fur {Attaque & laDejfenf des Places, fofe efpérer quelle voudra bien le recevoir avec bonté. Vous en avez, MONSEIGNEUR, faifi avec facilité les principes & les confluences , & vous avez fenti combien la connoijfance en ejl utile à un Homme de Guerre. Votre exemple ne peut qu exciter la Jeune Nobleffe 9 qui fe defline au Service Militaire, à fe familiarifer avec les Matières qui font {objet de cet Ouvrage. Je nai rien négligé pour en rendre l’étude aifée Ù* facile, & je me trouverai bien récom-penfé du tems que j’y ai employé, fi VOTRE ALTESSE veut bien
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- Ë P î S T R É
- F honorer de Jon Approbation, & en agréer îhomage y comme une marque du zèle & du profond refpeft avec lequel je Jiiis,
- MONSEIGNEUR
- de Vôtre Altessè*
- Le très-humble Si, très-obèiflant Serviteur,
- LE BLOND,
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- AVERTISSEMENT.
- O m m e les Armes ou les Machines
- en ufage à la Guerre , depuis l’in-vention de la Poudre, influent n®n-feu-îement dans l’ordre Ôc l’arrangement des Troupes pour combatre, mais encore dans l’Attaque & la Deffenfe des Places, où la connoifîance en eft fort utile , j’ai cru qu’ayant à traiter de ces deux dernières opérations, il étoit à propos de les faire précéder par cet Ouvrage , qui contient les ufages & les propriétés de nos principales Armes à feu.
- On y verra d’abord un précis de la compofition & de la fabrique de la Poudre ; ce qu’il y a de plus effentiel à obfer-ver dans nos Canons, Mortiers, Pier-riers, Ôcc. ce qui regarde leur fervice & leur charge. On y donne enfuite un dé-
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- tail raifonnê fur les Mines : on y traite des compofition d’artifice les plus en ufage dans l’Attaque ôt la DefFenfe des Places ; des Ponts de bateaux dont la conftruêtion regarde l’Artillerie ; ôc enfin des Munitions de Guerre dont les Années doivent être pourvues 9 foitpour tenir la Campagne, foit pour former des Sièges.
- Tel eft en general le précis des Matières de ce Traité > dans lequel on a eu defTein de renfermer tout ce que l’Artillerie a de plus intéreffant & de plus utile pour les Militaires.
- Pour que rien 11e puiffe arrêter ou cau-fer quelques difficultés dans la leêture de cet Ouvrage, on n’y fait,pour ainfi dire > aucun ufage delà Géométrie ; mais il fera aifé d’y remarquer combien elle eft néceffaire dans ces fortes de Matières , principalement dans le jet des Bombes & ce qui concerne le détail des Mines. C’eft ce qui doit engager & exciter nos jeunes Militaires à ne point négliger
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- l’étude de cette Science , & à s5en reii-dre propres au moins les Elemens,dont ils ne peuvent guéres fe paffer s’ils veulent entendre avec une certaine fupé-riorité toutes les parties du grand Art de la Guerre.
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- TABLE DES ARTICLES
- contenus dans ce Traité de l’Artillerie.
- A Rt ic le I. Delà Poudre. Page i Compofition & Fabrique de la Poudre, 2
- Epoque de P Invention de la Poudre, % IL Du Canon & de fes parties , 7
- Compofition du métal du Canon, 11
- Des différentes efpeces de Canon > 12
- De P èpaiffeur & de la longueur des principales parties du Canon. f 17 De P Affût du Canon, 19
- De la maniéré de charger le Canon ,
- & des Injirumens nèceJJ'aires pour cette opération * 2 r
- De la maniéré dont la Poudre s1 enflamme , 2%
- De P invention des chambres fphéri-ques ; des raifons qui les ont fait quitter& de la forme de P intérieur, ou de Pâme du Canon, 26
- Maniéré de pointer le Canon, 32
- Des différentes portées du Canon, 3 £
- Du Ricochet, 37
- De la quantité de poudre nèceffaire pour, la charge des Pièces > 3 81
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- Maniéré de déterminer îa longueur d& Canon relativement à des char-ges de pondre déterminées, ou bien lorfque cette longueur eji déterminée , de trouver les charges les plus convenables pour imprimer au boulet le plus de for ce qu'il eft pofftble, 4*
- De ïufage du bouchon dont on couvre la poudre dans le Canon, 45:
- Du nombre de coups qu'on peut tirer de fuite avec le même Canon f 47
- Maniéré de remedier à f élargijfe-ment de. la lumière > ou ce qui eft . la même chofe, d'y mettre un grain, , 4$
- Maniéré â'enclouer le Canon, ou de boucher fa lumière ,pour empêcher fon fervice j 53
- Des Boulets rouges, 54
- Des Gargouges & Cartouches3 56
- J II. Du Mortier, 61
- De l'Affût du Mortier, <54
- De la pofition du Mortier pour tirer une Bombe , & d,e la ligne que la Bombe décrit pendant la durée de
- fin mouvement 3 6$
- Méthode dont on peut fe fervir pour faire tomber ùm Bombe fui m
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- lieu propofé, 68
- Remarque fur la Méthode précédente de jetter les Bombes , 7 5
- Des différentes efpeces de Mortiers, 78
- Remarque fur les chambres des Mortiers, 83
- Des Bombes }& de la quantité de poudre dont elles doivent être chargées, 84
- Des Fufées des Bombes, 87
- Des Injlrumens nécejjairespour charger le Mortier 3 & de la maniéré de le charger > 88
- Maniéré de pointer le Mortier, ou ce qui efi la mime chofe, de lui donner telle inclinaifon quon voudra 3 92.
- Des Bombes tirées à ricochet, 9 3
- ÎV. Des P ier ri ers, 9 8
- De t Affût du Pierrier > 100
- Maniéré de charger le Pierrier, 1 o 1
- V. Des Grenades 3 102
- VI. Des Carcaffes, 103
- Des Mortiers à Bombes & Grenades > 106
- Vil. Des Obus 9 107
- VIIL De F Arquebufe à croc * 108
- IX. De la Carabine i 109
- X» Du Pétard) .U O
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- XI. Des Batteries de Canon & de
- leur conjlruftion , 116"
- Des Batteries de Mortiers , 122
- Différentes efpeces de Batteries, 123
- XII. Des Mines. Defcription & objet
- des Mines , 12$
- Obfervations & principes pour le calcul des Mines y 127
- Table pour la charge des Mines , 14Q
- Nouvelles Obfervations & expériences pourperfeâionner le calcul des Mines y 143
- ConftruÔlion des Mines & de leur G aliénés, 157
- Des Differentes ejpeces de Mines, 166
- XIII. Des Feux d’Artifice les plus en
- ufage dans F Attaque & la Deff fenfe des Places, 17?
- XIV. Des Ponts , 18?
- XV. De lyépreuve de la Poudre, 18p
- XVI. De P épreuve des Canons, . ipi
- XVII. De P épreuve des Mortiers y ip8
- XVIII. De î Artillerie néceffaire pour
- une Armée, ipp
- Table contenant les chofes néceffaires pour un Equipage et’Artillerie de $ o pièces de Canon, 202
- Poids des Mortiers, 206
- Projet d’un Equipage d Artillerie
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- de 1000 chevaux, 208
- XIX. De la Marche d’un Equipage
- d Artillerie, . 218
- X X. Du Parc d Artillerie, 221
- XXI. Des Munitions nécejfaires pour former F Attaque ou le Siège d'une Place de Guerre, 22^
- Etat des Munitions de Guerre & de bouche que P on rajfembla pour formerlè Siège,de,.,. 226
- Etat des Munitions menées & con-fommées au Siège de Turin en 17 06. 233
- Fin de la Table des Articles.
- VApprobation & le Privilège fe trouvent à la fin du Traité de la Deffenfe des Places.
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- Le même Libraire imprime les livres fuivans.
- NOuveau Dictionnaire Mathématique» par M. Chrétien Wolfius, Profeffeur de Mathématique & de Philofophie dens P Academie de Halle, des Académies Royales des Sciences de France, d’Angleterre & de Pruffe, &c. Traduit de P Allemand fiir la derniere Edition , gros in-4. enrichi de figures.
- Abrégé du Cours de Mathématique de Wolfius : traduit en françois,en deux volumes in-8. avec 44 planches.
- Tous les Géomètres connoiflfent le Cours de Mathématique qu’a compofé Wolfius ; il y a peu d’Auteurs qui ayent fuivi une méthode aufiï exade que la fienne, & qui ayent traité d’un fi grand nombre de parties. Ce Cours a été efiimé par la précifion, par l’ordre , 8c par une certaine érudition qui régné dans tout l’Ouvrage ; il contient aujourd’hui cinq volumes in-quarto, 8c il n’efl: guéres poflïble de fe déterminer à lire*, ou plûtôt à étudier un Ouvrage d’une fi grande étendue : beaucoup de perfonnes défirent apprendre les Mathématiques, mais fouvent elles ne veulent mettre ni le tems, ni en prendre la peine , elles fouhaiteroient cependant être inftruites, c’eft-à-dire, elles fe contenteroient d’une connoiflance générale» mais exaCte des différentes parties qui composent cette fcience, Ce font fans doute ces raifons
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- à faire lui-même en Allemand un Abrégé de Ton Cours de Mathématiques. Cet Abrégé vient d’être traduit depuis peu en Latin f fi le goût des Mathématiques a beaucoup augmenté depuis quelques années, celui de la Langue Latine parmi les Géo*metres n’a pas eu le même fort ; on s’eft donc déterminé à traduire en françois cet Abrégé qui compofe dans l’Edition latine deux volumes in-12. voici l’énumération des différentes Parties qui y font renfermées. L’Arithmétique, l’Algèbre , les Elémens de Géométrie , la Trigonométrie reCtiligne, la Fortification, l’Architecture Civile, un Traité de Mécanique ou de Statique, l’Hydroftatique, l’Hydraulique, la Dioptrique, la PerfpeCtive, l’Aftronomie, la Géographie, la Gnomoni-que, la Chronologie & la Pirotecnie. Ce font là les principales Parties des Mathématiques , & celles qu’on defîre le plus de fçavoir. L’Auteur a évité les recherches trop difficiles ou trop épineufes, il n’a compofé fon Abrégé que pour les commençans, & préparer à fon grand Ouvrage ceux qui auroient envie & le goût de s’enfoncer dans la Géométrie la plus élevée. Enfin Wolfius n’a eu en vue dans cet Abrégé que de choifir les chofes qui font le plus d’ufa-ge & les plus utiles. C’efl: dans le même deiïein qu’on a entrepris cette Traduction françoife ; les jeunes gens trouveront ici ce qu’il leur convient de fçavoir de cette étude, & les Maîtres pourront s’en fervir comme d’un Cours général qui les foulagera dans leurs inftruCtions prticulieres.
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- Mémoires d’Artillerie de M. Surirey de Saint Remy. Nouvelle édition' confîdérablement augmentée, en deux gros Volumes in-quarto , remplis de Figures & ornés de Vignettes.
- Tous ceux qui connoiffent cet excellent Ouvrage n’ignorent pas qu’il eft devenu extrêmement rare & d’un prix exhorbitant ; c’eft pourquoi l’on a crû. rendre un grand fervice au Public en entreprenant cette nouvelle édition, & ne négligeant rien de tout ce qui pouvoit la rendre préférable aux précédentes. C’efl dans cette vue, que fans rien changer ni retrancher des anciennes éditions, on s’eû contenté de rectifier par des notes iniîruétives & des additions ce qu’il pouvoit y avoir de deffeétueux ou de contraire à notre ufage prefent; & comme la manoeuvre de l’Artillerie s’eli perfectionnée confiderablement depuis M. de Saint Remy, & même qu’elle a totalement changée ; l’on a eu foin d’enrichir cette nouvelle édition de ces changemens * auflï*bien que de plufîeurs découvertes importantes que l’on a faites fur la force de la Poudre , l’effet des Mines, & les différentes dimenfions des bouches à feu.
- Au refte , on eft bien aife d’avertir ici que la derniere Edition de ces Mémoires qui a paru en Hollande en 1740. bien loin d’être préférable aux précédentes, comme le Libraire a voulu l’infinuer, ne différé en rien de l’Edition de Paris faite en 1707, il n’y a ni augmentation ni correction : au contraire, l’Edition d’Hollande n’étant qu’une contrefadion de celle de Paris , ne peut être que fort deffe&ueufe. Ce Li-
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- Vïe èfl fous preffe, 6c fera achevé d’imprimer à la fin de cette année.
- Nouveau Tarif du Toifé de la Maçonnerie tant fuperficielle que folide, où l’on trouve les calculs du Tdjpé tout faits fans mettre la jnain à l'a plume , avec le Toifé des Batimens , fuivant la Coutume dé Paris , 6c le Toifé du Bout-avant. Ouvrage utile aux Architectes* Maçons, Entrepreneurs, Menuifiers * 6cc. 6c à tous les Bourgeois qui font bâtir. £«-8.1749.71.
- Dans cet Ouvrage il n’y a point d’Addition à faire comme dans les Comptes faits de Bar-rême. L’on y trouve tout d’un coup les produits dont on a befoin fans mettre la main à la plume , pourvu toutefois que cela ne pafïe pas vingt pieds fur 72 pieds , à quoi l’on s’efl ref-traint pour rendre l’Ouvrage portatif. On a fup-plée à ce défaut par une Méthode courte 6c facile , qui fe trouve à la fin des calculs. On trouvera enfuite un autre Tarif du Toifé Solide, avec un petitVTraité de Géométrie appliqué à la façon dont les Architectes 6c Entrepreneurs de Paris mefurent les Batimens, qui eftla plus ufitée à préfent. On y a joint la maniéré de toifer les Bâtimens fuivant les Us 6c coutumes de Paris , félon M. de Ferriere & M. Blondel qui font les Auteurs les plus fuivis 6c qui ont le mieux traité cette matière. Ce volume eft achevé d’imprimer , 6c fera fuivi d’un autre du même Auteur, intitulé :
- Tarif général des Bois de Charpente, où toutes fortes de longueurs font réduites en pièces dans un goût nouveau, avec la jufte valeur
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- de ce qu’elles contiennent chacune en îeurpaf'* ticulier, fuivant leur grofleur, depuis deux pou* ces jufqu’à 45, & quelques éclairciflemens fur la qualité des Bois à bâtir. Ouvrage utile aux Charpentiers, & aut^Ouvriersaux Bourgeois, in-oéïavo. fous preffe.
- Principes du Syftême des petits Tourbillons, mis à la portée de tout le monde, avec une differtation de M. de Moliere in-12, 2 livres 10 fols.
- Elemens de la Philofophie de Newton, à l’ufage des jeunes étudians, par M. S’grave-fande, traduits en François, en deux volumes in-8. avec figures, fous preffe.
- Les Réglés du Deffein & du Lavis, pour les Plans, profils & élévations des bâtimens civils ôc militaires, & les Cartes des environs d’une Place. Nouvelle édition augmentée du double : avec plus de 20 planches P in-8. fous
- ' La maniéré de graver à l’eau forte , avec la compofition des vernis durs & mois, la façon d’imprimer les Planches & de conflruire les preffes. Nouvelle édition, confidérablement augmentée, in-8. fous preffe.
- Application de la Géométrie ordinaire & des calculs différentiel & intégral à la réfolu-tion de plufieurs problèmes intereiïans fur lés Mathématiques. Par M. Robillard , fils du ProfefTeur Royal des Mathématiques à l’Ecole d’Artillerie de Metz. *«-4. enrichi de trente planches, fous prèjfe.
- FIN.
- TRAITÉ
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- TRAITÉ
- D E
- L’ARTILLERIE.
- I.
- De la Poudre.
- Va N t de décrire les travaux riéceffaires pour s’em-parer d’uiie Ville fortifiée , & de parler de fa deffenfe, il éft à propos de faire connoître les armés ou machinés qu on y eiriploye * ôc la maniéré dont on s’enfert* G’eft l’objet de ee Traité*
- À
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- s. Traité
- Compofition Ù* fabrique de la Foudre*
- Nous dirons .d’abord un mot de la Poudre, qui eft lame de ces machines. Elle eft compofée de trois quarts de fai* pêtre , d’un demi quart de Soufre, & autant de charbon : enforte que fur cent livres de poudre"’, il y a 75* livres de fal-pêtre , douze livres & demi de foufre, & autant de charbon.
- Ces trois matières fe mêlent dans un mortier, où on les bat pendant environ vingt-quatre heures, après quoi l’on tin re leur mélange du mortier, & on le porte fur un crible, qui a 2 ou 3 feuilles de cuivre , dont les trous 11e fe répondent point. Ils font plus petits dans la feuille inferieure, que dans la fuperieu-re. C’eft en paffant par ces trous que la poudre fe met en grain. On la fait paf* fer par ces trous, en mettant deffus un morceau de bois rond de 9 à 10 pouces de longueur, & d’un pouce & ~ d’épaif-feur appellé Rouleau y & en faifant aller & venir le crible fur des bâtons, le
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- DEL'ARTILLERIE* $ frapant de tems en tems contre quelqüe chofe de folide. Enfuite on la fait fé-cher, on ôt la met dans des barils qui en contiennent à l’aife 200 livres. On met ces barils dans d’autres barils, que l’on appelle chappe.
- Le falpêtre eft ce qui produit le grand bruit & le grand effet de la poudre. Le foufre fert à lui faire prendre feu avec facilité , ôt comme fa flamme eft fort legere , ôc quelle dure peu, le charbon fert à l’entretenir plus long-tems, êt à empêcher que le mouvement violent du falpêtre ne l’éteigne trop promptement.
- Le charbon n’eft pas abfolument e£ fentiel à la poudre. On peut à fa place fe fervir de linge brûlé, ou de moële de fureau bien delfeicliée ; mais ce qui le fait préférer, c’eft qu’il eft fort commun , ôt fort aifé à préparer.
- Il y a deux fortes de poudres, la prc-miere que l’on appelle de la poudre à (. non , eft celle dont on fe fert cofflmu* nément àl’armée 9 ôt la fécondé que l’on
- Aij
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- 4 Traité
- appelle de la poudre de chajje, ou dé îa poudre fine, eft celle dont on fe fertdans l’ufage ordinaire de la chaffe. La poudre à canon aies grains plus gros que la poudre de chafîe , qu’on appelle aulfi à gi~ loyer. Il y a encore une autre forte de poudre qu’on appellsPoulevrin ; elle n’eft autre chofe que de la poudre ordinaire quon écrafe pour la rendre plus fine.
- Telle eftlacompofition de cette poudre dont les effets font fi furprenans* ôc qui a produit tant de changemens dans les fortifications, & dans les armes dont on fe fervoit anciennement à la guerre.
- Epoque de l'invention de la Poudre.
- Il eft allez difficile de fixer l’époque précife de l’invention de la poudre en Europe; je dis en Europe, parce que plufieurs Auteurs prétendent qu’elle étoit en ufage fort long-tems auparavant à la Chine. L’Opinion la plus commune y eft quelle fut trouvée vers l’an 1350. par un Moine Allemand y nom-
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- de l’Artillerie. y mé Bertholde Schuwards, ou le Noir , lequel fe mêloit de Chimie. Ce Moine ayant mis dans un mortier un compofé de foufre ôt de falpêtre, le feu y prit & fit fauter avec impetuofité une pierre qui couvroitle mortier. Cet effet fit pen-fer au Çhimifte qu’on pourroit fe fer-vir utilement de cette poudre dans l’attaque des Places, pour détruire les murailles , ôt autres fortifications. Il s’attacha à la perfectionner, Ôt il y ajoûtaune partie de charbon, pour la rendre plus propre à prendre feu, & à le conferver. Il y a beaucoup d’incertitude furie tems où l’on a commencé à faire ufage de la découverte de Bertholde. Quelques Auteurs prétendent qu’en 1366*. les Vénitiens affiégeant une Ville nommée alors Folfe-Caudiane, ôc aujourd’hui Chiog-gia, que les Génois leur avoient prife, quelques Allemands leur apportèrent deux petites pièces d’Artillerie avec une certaine provifion de poudre ôc de bou-* lets de plomb. L’Ufage qu’ils en firent les en rendit maîtres bien plus promp-
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- ê Traité
- tement , & avec plus de facilite.
- Mais d’autres font monter bien plus haut l’u'age de la Poudre. Suivant Du-cange ôt le Pere Daniel, il paroît par les Regiftres de la Chambre des Comptes, que dès l’année 1338. onfe fervoit en France de la Poudre à Canon. Quoiqu’il en foit, il refulte de la plupart des Hiftoriens, que l’ufage n’en a été parfaitement établi que dans les longues guerres de François I. ôt de Charles V. Depuis l’invention de la Poudre jufqu à eux, on fe fervoit en même tems dans les armées , Ôt des machines en ufage avant cette connoilfance , Ôt des machines que cette connoilfance avoit introduites. On a même continué quelque tems après ces Princes, de fe fer-vir de ces deux fortes de machines ; mais celles que la Poudre a fait inventer, ont totalement prévalu fur les premières, ôt il ne nous relie gueres aujourd’hui que l’épée, de toutes les armes dont fe fervoient les anciens.
- De fçavoir fi la poudre que Ton a d’a^
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- de l’Artillerie. 7 bord regardé comme la chofe la plus pernicieufe ôc la plus funefte que l’e£ prit humain ait pu inventer , caufe véritablement autant de mal qu’on fe l’imagine ordinairement; c’eft une question aifée à décider, fr l’on confidere , comme le remarque M. de Fontenelle *, que ce qui rend la guerre plus courte ôc plus décifive, la rend aufFi moins meurtrière , & qu’il a dû périr beaucoup plus d’hommes pendant la durée des longs Sièges, dont l’antiquité fait mention, qu’il n’en périt aujourd’hui dans nos' Sièges , qui font incomparablement plus courts.
- IL
- Du Canon.
- ON a d’abord appellé Canon ou Bom-bardée, toutes les machines avec l'efquelles onfe feïvoit de la Poudre , mais l’ufage a changé là-delfus de-
- * Hiftoire de l’Académie des Sciences, année 1707
- A iiij
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- PLANC. I. Fig. i«
- 3 Traité
- puis long-tems. Ce qu’on appelle au** jourd’hui Canon> eft une arme à feu de fonte ou de fer, longue & arrondie, concave en dedans, plus large à la partie oppofée à fon ouverture , qu’à cet-, te ouverture qu’on nomme auflifa bouche,.
- Ses principales Parties sont,
- i°. La CulaJJe A avec fon Bouton j qui n’eft autre chofe que l’épaiffeur du métal, depuis le fond de fa partie concave jufqu’au Bouton, lequeLtermine le Canon, du côté oppofé à fa bouche.
- 2°, Les Tourillons I, qui font deux ef-peces de bras qui fervent à foutenir le Canon, ôc fur lefquels il peut fe balancer , & fe tenir à peu près en équilibre ; je dis à peu-près, parce que le côté de la culaffe , doit l’emporter fur l’autre d’environ la trentième partie de la pe-fanteur de la pieçe. Comme le métal eft plus épais à la culaffe que vers l’eim bouchure du Canon, les Tourillons font plus près de la culaffe que de la beuche du Canon.
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- be l’Artillerie; $
- 3°. Vame, qui eft toute la partie intérieure ou concave du Canon. Elle eft marquée dans la figure 3 e. par deux lignes pon£hiées.
- y°. La Lumière S , qui eft une ouverture que Ton fait proche la culaffe, dans l’épaiffeur du métal , & par laquelle on met le feu à la poudre qui eft dans le Canon ; elle fe fait dans une efpece de coquille , que l’on conftruitfur la partie fu* perieure du Canon.
- 3°. Les Anfes H* font deux efpeces d’anneaux de même métal que la piece , placées vers les tourillons du côté de la culaffe y aufquels on donne la figure de Dauphins , de Serpens , ôc autres animaux ; elles fervent à paffer des cordages y par lé moyen defquels on éleve & on fait mouvoir le Canon. Le Canon fufpendu par fes anfes y doit être en équilibre, c’eft-à-dire, que la culaffe ne doit point l’emporter fur le côté de la bouche.
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- ÎO
- Traité
- Noms des autres parties du Canon.
- B. Platte-bande & moulures delacu-laffe.
- C. Champ de la lumière.
- D. Aftragale de la lumière.
- E. Premier renfort.
- F. Platte-bande & moulures du premier renfort.
- G. Deuxième renfort.
- K. Platte-bande & moulures du fécond renfort.
- L. Ceinture ou ornement de volée.
- M. Aftragale. de la ceinture.
- N. Volée.
- O. L’aftragaledu collet.
- P. Collet, avec lebourelet en tulipe.
- Q. Couronne avec fes moulures.
- R. Bouche..
- Le Canon fert à chalfer, par le moyen de la poudre , des Globes ou Boules de Fer, qu’on appelle Boulets.
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- de l'Artillerie; ir Com\ ofitwn du Métal du Canon.
- Le Métal ou la fonte dont on fe fert pour les Canons eft compofé de Rozette , ou cuivre rouge ; de Lêton, ou cuivre jaune, & d’étain. La quantité de chacune de ces matières , qui doit entrer dans la compofition du métal dont il s’agit , n’eft pas une chofe bien décidée: chaque Fondeur à fes proportions qui lui font particulières; mais communément ils mettent fur une partie de métal, un tiers de rozette, un quart de léton , & un dix-feptiéme d’étain,. c’eft-à-dire, par exemple ; que fur 204 livres de métal propre à la fonte, ils mettent 68 liv. de rozette, $2. livres de léton, Ôc 12 livres d’étain.
- A l’égard des Canons de fer, on les conftruit de la même maniéré que les autres. Ils ne font pas capables de la même refiftance que ceux de fonte, mais ils coûtent beaucoup moins ; on en fait ufage fur les Vaiffeaux, & il y en a aulîi dans differentes Places de Guerre.
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- Traité
- Ü2
- Des differentes ejpeces de Canon.
- Les Canons font de differentes grandeurs , & ils chaffent des Boulets plus ou moins gros , fuivant la groffeur du Canon.
- Autrefois on faifoit des Canons qui chaffoient des Boulets de 33 livres, de 48 & même de p 6 livres de balle , comme M. de Saint Remy dit dans fes Mémoires, quil y en a encore un à Straf-bourg; mais aujourd’huy les plus gros Canons que l’on fonde, font ceux qui chaffent des boulets de 24 livres, &‘que pour cette raifon on appelle , des pièces de vingt-quatre.
- Le Canon porte ordinairement le nom de la pefanteur du boulet qu’il peut chaffer : ainfi s’il peut chaffer un boulet de 24 livres, on dit que c’eftun Canon de 24 livres de balle, ou fimple*^ ment une piece de 24. S’il peut chaffer un boulet de i5 livres , on dit que c’eft une Piece de 16 livres de balle , ôc aiiv fi des autres.
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- D E LSÂ RTILLERIÊ. 13
- On défigne encore les pièces de Canon par le diamètre de leur bouche ou ouverture , quon nomme communément le Calibre de la pièce : ainfi fi ce diamètre a 3 pouces, 4 pouces, &c. on dit que la pièce a 3 pouces, 4 pouces de calibre, &c.
- Le diamètre du boulet doit avoir environ deux lignes de moins que le calibre de la pièce, afin quil en foit chaffé plus facilement, ôc quil n’y caufe point de frottement trop confidérable, c’efl: ce qu’on appelle le vent du boulet.
- Lorfqu’on connoît le diamètre d’un boulet ôt fon poids, on peut facilement trouver la pefanteur de toutes fortes de boulets dont le diamètre fera connu, ou bien le diamètre de toutes fortes de boulets dont le poids fera connu. La Géométrie (a) fournit des régies pour cela ;
- (.r) On démontre dans les Elémens de la Géométrie, que les Solides femblables font entr’eux comme les cubes de leurs côtés homologues, ou de leurs diamètres : les boulets font des folides femblables , ils font donc entr’eux comme le cube de leurs diamètres. Si l’on fuppofe que l’on ait connu par l’expérience le poids d’un boulet j & la grandeur de Ton diamètre : par exem-
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- i4 Traité
- il en efi; fait mention dans les ufages du
- Compas de proportion.
- Les pièces de 24 fervent dans les Sièges , pour battre ôc détruire les fortifications ; leur longueur eft de 11 pieds, en y comprenant la longueur du bouton delà culaffe, & leur poids doit être, fuivant une Ordonnance duyOètobre 1732. de 5400 livres au plus ; leur calibre eftd’en-
- ple, qu’on ait trouvé qu’un boulet de 4 livres , a 3 pouces de diamètre, on pourra trouver aifément la pefanteur de tout boulet, dont le diamètre fera donné % de même que le diamètre de tout boulet dont la pefanteur fera connue.'
- Pour cela, foit fuppofé un boulet de S pouces de diamètre dont on veut trouver la pefanteur, on la trouvera par une Réglé de Trois , en difant, comme le cube de 3, qui eft 27, eft au cube de 5 qui eft 125 ,• ainfî 4 livres eft au quatrième terme, ou à la pefanteur cherchée, ou 27. 12? :: 4eft au quatrième terme qu’on trouvera de dix-huit livres & demie, c’eft la pefanteur du boulet de cinq pouces de diamètre .On trouvera par la même Réglé , le poids de tout autre boulet dont le diamètre fora donné.
- Suppofantà prefent que l’on connoifle le poids d’un boulet, & qu’on veuille connoître fon diamètre, on le trouvera, en difant, comme le poids du premier boulet ( c’eft-à dire de celui dont on connoît le poids & le diamètre par l’expérience ) eft au poids du boulet donné, de même le cube du diamètre du premier , eft au cube du diamètre du fécond. Le quatrième terme de la Règle de Trois , donnera donc le cube du diamètre du boulet propofé ; ainfi en en extrayant la racine cube, on aura ce diamètre.
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- de l’Artillerie. i; viron $ pouces 8 lignes, ôc par confè-quent les boulets de 24 livres quelles chaflent, ont environ y pouces 6 lignes de diamètre.
- Outre les pièces de 24, il y en a de i è, de 12, de 8, Ôc de 4 livres de balle.
- Le Canon de 16 livres de balle, fe nomme demi-Canon, ou Coulevrine, fon calibre efh de 4 pouces 11 lignes, il chafîe des boulets de 4 pouces p lignes de diamètre; fa longueur eft d'environ 1 o pieds èpouces, ôc fa pefanteur de 4200 livres au plus. Il y en a de plus longs, ôc entr’autres la pièce appellèe Coulevrine de Nancy, parce qu elle a ètè fondue dans cette Ville ; on en voit la figure Planche première.) Fig. 2. elle chafîe un boulet de 18 livres.
- On appelle aujourd’hui dans l’üfage ordinaire, Coulevrine, une pièce dont la longueur eft plus grande que celle des autres pièces qui ont.le même calibre.
- La pièce de 12 chafîe des boulets de 4 pouces 3 lignes de diamètre, fa longueur eft d’environ 1 o pieds, ôc fon
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- ï<$ T & a i t É
- poids de trois mille deux cens livres ail
- pluSi
- La pièce de Canon de 8 livres de balle eft appellée Bâtarde; fa longueur eft d’environ 8 pieds io pouces, ôt fa pefanteur doit être de 2100 liv. àu plus, elle chafle des boulets d’environ 3 pouces 1 o lignes de diamètre;
- La pièce de 4 livres déballé, eft appellée moyenne ; fa longueur doit être de 7 pieds 3 pouces, fon calibre eft d’environ 3 pouces deux lignes ; par confé-quent le boulet qu’elle chaffe a feulement 3 pouces de diamètre ; la pefanteur de cette pièce doit être de 1130 livres au plus.
- Au-deffous de ces pièces, il y en a de plus petites, depuis deux livres dé balle jufqit’àun quart de livre ; elles font appellées Fauconneaux : leur longueureft d'environ 7 pieds, ôt leur pefanteur va^ rie depuis 8oô livres jufqu’à 150*
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- de l’Artillerie; 17
- De l’épaiffeur & de la longueur des principales parties du Canon.
- Le métal n’eft pas partout d’égale épaiffeur dans le Canon : on le proportionne à peu près à l’effort de la poudre qu’il doit foutenir. A la culaffe, qui eft le lieu où elle agit le plus fortement, on lui donne d’épaiffeur le calibre du boulet de la Piece ; le premier renfort, où l’effort de la poudre commence à diminuer , a un peu moins d’épaiffeur que la culaffe ; le fécond, contre lequel elle agit encore moins , a moins d’épaiffeur que le premier ; & par la même raifon, la volée a moins d’épaiffeur que le fécond renfort. L’épaiffeur de la volée va en diminuant depuis les tourillons jui-qu’à la bouche de la piece. Si le Canon n avoit ni bouton, ni tourillons, ni moulures , il reffembleroit parfaitement à un Cône tronqué.
- Si l’on divife le diamètre du boulet, en 12 parties égales, l’épaiffeur du métal à la culaffe,fera de ces 12 parties. Il
- B
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- Pi..
- Fig.
- iS Traité
- fera de 11 à la fin du premier renfort ; de <? ôc demi à la fin du fécond ; de 7 6c demi à l’aftragale du collet, ôc de même à Fextremité de la volée. Au plus grand renflement du Bourlet, l’épaifleur du métal eft de 8 parties ôc demi.
- 1. A Tégard de la longueur de la piece,
- 3' fi on la partage en 7 parties égales, depuis l’extrémité de la platte-bande de la culafle jufqu’à l’extremité de la bouche, le premier renfort aura deux de ces parties ; le fécond fe terminera à la troifié-me , où fe termineront aufli les tourillons ; 6c les quatre dernieres parties feront pour la longueur de la volée : les tourillons ont de grofleur ôc de faillie, le diamètre ou le calibre de la piece ; quant à la longueur du bouton, elle eft de deux diamètres du boulet.
- Toutes ces proportions ont été établies par l’experience, qui a fait connoî-tre que le Canon dans lequel elles étoient à peu près obfervé, étoit capable d’un bon fervice. Je dis à peu près, parce quelles ne font pas déterminées
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- de l’Artillerie. 19 en rigueur, & avec la précifion géométrique ; l’Ordonnance du 7 O&obre 1732. oblige les Fondeurs de s’y conformer.
- De {Affût du Canofié
- Le Canon fe place fur une efpéce de t; Chariot ou Haquet, qu’on nomme fon Fig-affût, comme le fait voir la figure première delà fécondé planche. L’aflut eft compofé de deux longues pièces de bois qu’on nomme fes Flafques, qui font chacune une efpece de ligne courbée > figure 2 de la même planche, dont une des extrémités B, eft immédiatement pofée à terre, ôt l’autre A, eft appuyée fur l’axe , ou l’eflieu des roues, qu’elle déborde environ d’un pied : les flafques font jointes les unes aux autres par 4 pièces de bois, appellées entre-toifes. La première A, eft appellée entre-toife de ^ volée. La fécondé C, entre-toife découché; la troifiéme D, entre-toife de mire, & la quatrième G, qui occupe tout l’inter-vale de la partie des flafques qui pofe Bi)
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- 20 Traité
- à terre , fe nomme entre-toife de lunette. On pratique dans les flafques, entre la partie qui répond à l’entretoife de volée , & celle qui répond à 1’eflieu des roues de raffut y des entailles dans lefquelles on place les tourillons du Canon ; on pofe fur les 3 premières entre-toifes A, G, D, une piece de bois affez épaiffe, fur la* quelle pofe la culaffe du Canon. Cette planche eft appellée la femelle de l’affût. PL. 3. Lc rfque l’on veut mener le Canon en *iG* 1* Campagne , ou le tranfporter d’un lieu à un autre, on attache un avant-train à la partie de fes flafques ou eft l’entretoife de lunette, comme on le voit, plan* che. 3. figure première. La figure 2 de la même planche fait voirie plan de cet avant-train, Ôt de l’affût qui y eft attaché.
- Outre l’affût qu’on vient de faire con-* jioitre , qui eft le plus ordinaire, &que l’on nomme aufli affût à rouage, il y a des affûts de place y de marins > & de bâtards , lefquels au lieu, des roues ordinaires n’ont que des rouletes pleines , qui fu£ fifent pour faire mouvoir le Canon fur un
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- de l’Artillerie. 2.1 rempart, ou fur d’autres petits efpaces.
- De la maniéré de charger le Canon 3 & des injlrumens nécejjaires pour cette opération*
- On charge le Canon en introduifantp^ d’abord au fond de l’aine de la piece, une quantité de poudre, du poids du tiers , ou de la moitié de lapefanteur du boulet. Elle fe met avec un infiniment A, ap-pellé lanterne ; c’eft une efpece de c il-lere qui elt ordinairement de cuivre rouge , montée fur un long bâton D , qu’on nomme fa Hampe. On met fur la poudre un bouchon de foin qu’on prefle ou refoule fortement avec un infiniment E, appellé Refouloir. Sur ce foin 011 pofe immédiatement le boulet ; & pour qu’il y demeure comme s’il y étoit fixement attaché , on le recouvre d’un autre bouchon de foin, auflibien bouté ou refoulé avec le refouloir. Enfuite on remplit •de poudre la lumière de la piece, ôt on en met une petite traînée fur fa partie
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- Æ2 Traité
- fuperieure , qu’on fait communiquer avec celle de la lumière. Son objet eft d’empêcher que l’effort de la poudre dont celle-ci eft remplie, en agiffant directement fur l’inftrument avec lequel on met le feu à la piece, ne le falfe fauter des mains de celui qui eft chargé de cette operation. Inconvénient que l’on fauve en mettant le feu à l’extremité de la traînée. Dans les nouvelles pièces, pour empêcher que le vent ne chaffe ou en-leve cette traînée, on pratique une ef-pece de rigolle ou petit canal d’une lir gne de profondeur , 6c de fix de largeur. Il s’étend depuis la lumière de la piece jufqu’à l’éçu des Armes du Roi.
- Le Canon étant dirigé vers l’endroit -où on veut faire porter le boulet, on met le feu à la traînée de poudre, qui le communique à la poudre de la lumière , 6c celle-ci à celle dont le Canon eft chargé. Cette poudre en s’enflammant, fe dilate , 6c elle occupe un efpace beaucoup plus grand que lorfqu’elle eft en grains. Pans cette état elle fait effort de tous
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- de l*Artillerie. 23 côtés pour s’échapper de la piece, Ôc comme le boulet lui fait une moindre ré-Mance que les parties de l’interieur du Canon,fur lefquelles eliè agit immédia-ment, elle le pouffe devant çlie avec toute la force - dont elle eft capable, ôc elle lui donne ce mouvement violent, dont tout le monde connoît les effets.
- On voit dans la planche 3 tous les in-ftrumens néceffaires pour charger le Pt. Canon. Outre ceux dont on vient de parler , il y a l’écouvillon H ,qui fert àné-toyer la piece après quelle a tirée, Ôc à ôter le feu qui pourvoit y être demeuré. C’eft une efpece de broffe attachée au bout d’une Hampe *. Ecouv'.llonner une piece, c’eft y introduire l’écouvillon, ôc en bien nétoyer toute la cavité ; les figures G,ôcl, font voit des écouvillons d’une autre efpece. Ils font formés de peaux de moutons, attachés au bout de la hampe.
- Le Tirebour L, fert à décharger le Canon quand il en eft befoin.
- * On nomms Hampe tout long bâton qui fert à emmancher quelque chofe.
- Biiii
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- J24- Traité
- Le Dégorgeoir Q, fert à nétoyer l'in-te rieur de la lumière , pour y mettre l’amorce : c’eft une efpece de groffe éguilr le de fer.
- Le Bouttefeu M5 neft autre chofe qu’un long bâton, au bout duquel il y a une mèche attachée , il fert à mettre le feu au Cation.
- Le Chapiteau N, eft une efpece de petit toit compofé de deux petits ais joints enfemble 9 qui font à peu près un angle de ioo degrés. ïlfe met fur la lumière des pièces pour empêcher lèvent d’emporter l’amorce , ou la pluye de la mouiller.
- Toutes les differentes chofes dont nous venons de parlerqui fervent à charger & à fervir le Canon 5 font appelles les armes du Canon,
- De la manière dont la poudre s'en* flamme.
- Differentes expériences répétées avee foin, ont fait voir que la poudre en s’enflammant^ opeupe au moins un efpace
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- de l’Artillerie; 2$ 4000 fois plus grand que celui qu'elle occupe en grains : ainfi fi l'on fuppofe que la quantité de poudre dont on charge un Canon, occupe le quart d’un pied cube en grains, en s’enflammant elle occupera l’efpace de 1000 pieds cubes, c’eft-à dire , d’environ 4 toifes cubes. Les mêmes expériences dont on vient de parler , ont fait voir aufli que la poudre s’enflamme circulairement, c’efl>à-dire, en fe dilatant également autour de fon centre. Le feu mis à un grain de poudre, placé au centre de differentes circonférences concentriques, fur lefquelles on met plufieurs grains de poudre, le fait prendre en même tems à tous ces grains.
- Il fuit de-là que lorfque la poudre s’enflamme dans le Canon, elle agit d’abord également fur toutes les parties de J’interieur de la piece où elle eft placée ; ce quelle ne peur faire fans lui donner un petit mouvement dans tous les fens : mais comme la réfiftance des cotés de la piece dirige l’aâion de la poudre , félon la dire&ioii de l’ame du Canon, lorf-
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- 3.6 Traité
- qu’elle agît fur le boulet, pour le cha£ fer hors de la piece , elle agit aufli vers la partie de l’ame oppofée à l’ouverture de la piece, c’eft-à-dire y vers fa culaffe , où elle donne au Canon^ un mouvement en arriéré qu’on appelle fon recul. Le recul diminue une partie de l’a&ion de la poudre fur le boulet, mais on ne peut l’éviter. Si on vouloir empêcher l’afïut de fe prêter à ce mouvement, l’aâion de la poudre ou l’effort qui caufe le re-* cul, le briferoit en très-peu de tems.
- De Finvention des Chambres Sphériques » des raifons qui les ont fait quitter, & delà forme de l'intérieur ou de Famé du Canon.
- Il eft évident que plus il s’enflamme de poudre dans le même inftant, & plus l’effort quelle produit fur le boulet eft grand. Cette confidération donna lieu vers la fin du dernier flécle , de donner une nouvelle difpofition à l’interieur des pièces. On y pratiqua une cavité en
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- DE l’ÂRTILURIE. 27 forme de fphere un peu applatie ; la lumière répondant à peu près vers le milieu de cette cavité, plus large que le relie de l’ame du Canon, faifoitprendre feu dans le même tems à une plus grande quantité de poudre, que fi l’ame du Canon avoit été par tout uniforme ; & cette poudre fe trouvant, pour ainli dire, comme réunie & concentrée dans cetr te cavité, agiffoit enfuite fur le boulet avec plus d’effort & d’impetuofité que dans les pièces ordinaires.
- L’objet que l’on avoit en imaginant cette forte de difpofition intérieure, étoit de faire chaffer le boulet dans un Canon plus court que les autres, moins pefant, & plus aifé àtranlporter, avec la même force que dans les anciens Canons.L’ex-périence a prouvé la réuffite de ce que l’on s’étoit propofé dans la conftrii&ion de ces fortes de pièces; car quoique beaucoup plus courtes que les anciennes , & même avec une moindre quantité de poudre, elles produiraient les mêmes effets; mais comme il étoit difli-
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- s.% , Traité
- cite de nettoyer leur capacité intérieure après que le Canon avoit tiré, quil y reftoit affez fouvent du feu, d’où il eft arrivé quelquefois que dans l’obligation de tirer promptement, plufieurs cano-niers en chargeant ces pièces , ont eu les bras emportés ; que d’ailleurs comme la poudre, avant de fortir de la chambre, agiffoit de tous côtés avec une telle force ôc une telle impetuofité , qu’en très-peu de tems les affûts étoient brifés & hors de fervice ; que par une fuite de ce mouvement violent, elles avoient un recul confiderable , & très peu de juftef-fe dans leurs coups, on les a totalement abandonnés, & l’on a fait refondre la plupart de celles qui fe trouvoient dans nos Arfenaux & dans nos Places : en-forte qu aujourd’hui les Canons dont on fe fert, ont l’interieur partout de mê-Pr. 4. me diamètre. La figure i. de la Planche Fie. i. ^ fajt vojr une pjece Je 9 Je l’efpece de celles dont nous venons de parler.
- La partie de l’ame du Canon qu occupe la poudre avec laquelle on le char-
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- de l’Artillerie; ge, fe nomme fa chambre, c’eft pour cela que les pièces qui avoient des cavités fpheriques ou oblongues, fe nommoient pièces à chambre fpheriques , & que les autres dont on fe fervoit avant ces pièces,
- & dont on fe fert encore aujourd’hui, fe nomment pièces à chambre cilmdriques.
- Nous avons dit que l’interieur du Canon étoit par tout de même diamètre , mais il faut obferver que celan’eft exactement vrai aujourd’hui que dans les pièces de 12, de 8 & de 4, parce que dans celles de 24 & de 16 on pratique au fond de l’ame une petite chambre cilin-drique, a b, qui peut tenir environ deux ^ onces de poudre : dans la piece de 24 3-
- cette petite chambre a un pouce & de-mi de diamètre, & deux pouces ôc demi de profondeur ; & dans celle de 16 elle a un pouce de diamètre fur un pouce dix lignes de profondeur. Le canal de la lumière aboutit vers le fond de ces petites chambres, à p lignes dans la piece de 24, & à 8 dans celle de 16. Leur objet eft de conferver la lumière , en empêchant
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- 50 Traité
- que l’effort de la poudre dont le Canon eft chargé > n agiffe immédiatement fur fon canal. Les pièces au-deffous de celles de 16 n ont point de ces petites chambres;
- La fécondé ligure delà Planche 4 repréfente la coupe d’une piece de 24 ; elle fait voir celle de la petite chambre a b, dont la troifiéme figure de la première Planche repréfente le plan. La figure 5 de la même planche 4 eft le profil d’une piece de 12. On peut y remarquer que la petite chambre y eft fupprimée.
- Un Auteur qui vient de donner un ouvrage fur l5Artillerie *, qui a mérité les éloges de l’Academie Royale des Sciences } en louant l’invention de ces petites chambres pour la confervation de la lumière , craint cependant quelles n’ayent de grands inconveniens, par la difficulté de les écouvillonner. Mais il paroît que rien n’eft plus aifé que de re-
- * Théorie nouvelle fur le mécanifme de l'Artillerie par M. Dulacq, Capitaine d’Artillerie du Roi de Sardaigne. A Paris, chez Ch. Ant. Jombert.
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- de l’Artillerie. 31 medierà ces inconveniens, puifqu’ilne s’agit que d’ajouter à l’Ecouvillon ordinaire , un efpece de petit boudin , à peu près de même longueur ôt de même diamètre que la petite chambre. On peut même écouvillonner ces fortes de pièces avec rEeouvillon ordinaire, qui eft fuffifant pour netoyer l’entrée} Ôt une partie de l’intérieur de la petite chambre , parce que la difpofition de cette chambre ne permet guéres qu’il s’y arrête de petites parties de feu, comme il pouvoit s’en arrêter dans les chambres Sphériques. Celles-ci étoient plus étroites à leur ouverture que dans leur intérieur, ôt par là la partie du métal proche de l’ouverture de la chambre pouvoit fouvent arrêter Ôt retenir quelque peu de feu dans l’interieur de la chambre ; mais nos nouvelles petites chambres , qui forment un petit canal entièrement égal ôt uniforme , ne font pas propres à produire le même accident. L’adoption que l’Artillerie de France en a faite , eft d’ailleurs une preuve de leur
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- 32 Traité
- bonté y parce qu’il eft à préfumer qu’elle ne les a adoptées qu’après en avoir reconnu l’avantage par l’experience y qui dans ces fortes de matières, doit l’emporter fur les raifonnemens.
- Le fond de l’ame de toutes les pièces eft arondie dans toute fa circonférence par de petits arcs, dont le rayon eft d’environ le quart du calibre de la piece. Cet arrondiffement donne lieu d’écou-villonner la piece plus exa&ement & ,il augmente encore la force du métal vers la culaffe ôt vers la lumière. Dans les pièces de 12, de 8 & de 4, le canal de la lumière aboutit à 8 lignes du fond de la première ; à 7 de celui de la fécondé , & à 6 de celui de la troifiéme.
- Maniéré de pointer le Canon.
- Pour pointer ou diriger le Canon vers Pl"3’ l’endroit où l’on veut faire porter le boulet , on éleve fa culalfe par le moyen d’un coin O, que l’on place delfous, fur la femelle de l’affût ; ce c@in_.fe nomme coin de mire.
- En
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- dê l5 Artillerie:
- En l’avançant fous la culaffe, il l’élevé ta il fait baiffer la volée ; on l’avance autant qu’il en éftbefoin pour que la volée foit dans la dire&ion que l’on veut : on met quelques fois plufieurs de ces coins les uns fur les autres, lorfqu’oü veut faire plonger le Canon de haut en bas.
- Le Canon étant plus gros vers la eu-Pu. £ laffe que vers la bouché, & faifant ùn ef- ^ pece de cône tronqué, la ligne que l’on imagine paflerparle milieu de fon aine comme là ligne AH, n’éft pas parallèle à là partie fuperieure du Canon CG, c’efi "pourquoi fi ori allignoit le Canon fuivant le prolongement dé C G, lë boulet âù lieu d’aller en D, prolongement dé C G, iroit en B , prolongement de A H j c’eft-à-dirè , qu’il porte-roit plus haut que le point d’alignement: obfervé'; Pour remedier à çét inconvénient, orl adapté fur l’ektfémité de la Volée , une piece de bois comme X, con- pit ^ cave dans fa partie intérieure, de maniéré qu’elle puifle poür ainfi dire être âche-valleé fur l’extremité de la volée, & que
- G
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- 3 4 T. R A I T Ê
- fa hauteur ou fa partie fuperieure report^ de à la quantité d’épaiffeur que le métal de la culaffe, a de plus que celui de la volée. Cette piecè fe nomme Fronteau ie mire ; elle fert comme on le voit à faire porterie boulet dans l’endroit déliré, car par fon moyen la ligne de mire eft parallèle à la ligne que l’on imagine paf-fer au milieu de l’ame du Canon , c’eft-à-dire, à celle que doit décrire le boulet , fuppofant qu’il fuivela dire&ion de cette ligne qui eft droite : ainfi allignant la partie fuperieure de la culalfe ôc celle du fronteau de mire avec un point quel* conque , le boulet chaffé dans cette direction fera porté vers ce point ; mais plus bas de la quantité feulement du demi diamètre de la culaffe, en forte que fi on alligne le Canon à un point plus élevé de la quantité de ce demi diamètre , le boulet donnera dans le point ou on veut le faire porter. On fait ici ab-ftraCtion de toutes les caufes qui peuvent déranger, & qui dérangent effectivement dans la pratique, la jufteffe du coup.
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- & E L* Â R T ï L 1 E È. ï ê : 5 J
- differentes portées du Canon.
- L’on a dit qu’on fuppofoit que le boulet décrivoit une ligne droite, mais exac-; tement parlant, il ne la décrit point, par-^ ce que fa pefanteur rapproche de la terre pendant tous les momens de la durée de foii mouvement ^cependant comme en fortant du Canon, fon mouvement eft très-rapide, la pefanteur ne pa-roît pas agir bien fenfiblement fur lui dans lés premiers inftans : ainfi on peut confiderer la ligne quil décrit alors comme fenfiblement droite, ôt l’étendue de cette ligne fe nomme la portée dé but en. blanc de la pièce ,* en forte qu’ori peut définir cette portée, t étendue de la lignefen~ jtblement droite que décrit le boulet en fortant du Canon. La portée de but eri blanc eft bien moindre que la portée totale du boulet, mais on ne pieut allignër lé Canon , ouïe pointer, comme on dit communément , vers un objet ou l’on veut Faire aller le boulet, que cet objet né foit dans l’étendue de la portée du but en Cii
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- '$6 Traité
- 'en blanc ; hors de cette portée, fes CôiipS
- font trop incertains.
- Il y a dans le Canon, deux fortes de tirs ou de jet, le premier eft le tir de but en blanc, dont nous venons de parler , & le fécond eft le tir à toute volée. On dit qu’on tire une piece à toute volée, lorfqu’on la tire , la culafîe pofée fur la femelle de l’afïut, & que la piece fait à peu près un angle de ^ degrés avec l’horifon. Dans cette fituation le boulet va tomber dans le plus grand éloignement oùilpuifîe aller; mais comme alors on ne peut pas le diriger vers aucun objet déterminé , on ne le tire ainliquefur une troupe, ou fur les endroits où le boulet ne peut manquer de .caufer du dommage à ceux qui s’y trouvent poftés.
- On a fait deux expériences pour examiner la portée des differentes pièces de Canon, & il enréfulte que leur portée de but en blanc , eft d’environ 300 toifes.
- M. de Saint-Remy rapporte dans fes ^Mémoires, des expériences faites par
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- de l’Artillerie. 37 M. du Metz , Lieutenant Général des Armées du Roi ôc Lieutenant de l’Artillerie en Flandre , par lefquelles il fut trouvé, les pièces étant tirées à toute Volée , ôt chargées aux deux tiers de la pefanteur du boulet.
- Que la Piecede 24 portoit à 2250 toif. Celle de ... . 16..... à 2020 Celle de. . . . 12 ...., à 1870 Celle de ... . 8 .... à 1660
- Et Celle de... 4......à 1^20
- Quelque foin que l’on fe donne pour faire ces expériences , il y a tant de cho» fùs differentes qui concourent à augmenter oudi minuer la portée du boulet que Fon n’y compte pas abfolument, on les regarde feulement comme donnant à peu près l’étendue des portées.
- Du Ricochet.
- Outre les deux efpeces de tirs dont on vient de parler, il y a encore le Ricochet, inventé par M. le Maréchal de Vauban, ôc dont il lit ufage en 1697 au Siège
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- 38 Traité
- Tirer une piece de Canon à Ricochet * n’eft autre çhofe que de la tirer le Canon étant chargé feulement d’une quantité de poudre fuffifante pour faire aller le boulet le long des faces des pièces attaquées. Le boulet chalfé de cette maniéré va en roulant ôt en bondiffant 9 ôt il tue & eftropie tous ceux qu’il rencontre, dans la direction de fon cours ; il fait beaucoup plus de défcrdre en allant ainfi mollement 9 qu’il n’en pourroit faire étant Chaffé avec force ôt roideur.
- La quantité de poudre nécelfaire pour le ricochet ne fe trouve que par tâtonnement ; on fait pour cela differentes épreuves avec des charges de poudre differentes , & lorfqu’on a trouvé celle qui convient, on la remarque, ôt l’on .tire enfuite le Canon avec cette charge.
- De la quantité de poudre nécejfairç pour la charge des Fieces.
- Nos anciens. Artilleurs penfoient qu’en chargeant beaucoup les pièces, pn faifoit aller le boulet plus loin, Ôt
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- t)E i/ÂRTILLÉRIË. ïeur ufage étoit de les charger du poids des deux tiers , ôc même de celui dii boulet entier, pour lui donner le mouvement le plus violent, comme on 1© voit dans les premiers Auteurs qui ont écrit fur cette matière. Mais on a reconnu depuis , au moins en France, que la moitié ou le tiers de la pe-fanteur du boulet , étoit la charge de poudre la plus convenable pour le Canon.
- Si toute la poudre dont le Canon eft chargé , pouvoit prendre feu dans le même inftant , il eft clair que plus il y en auroit, & plus elle imprimeroit de force au boulet ; mais quoique le tems de fon inflammationfoitfort court, on peut le concevoir partagé en plufieurs inftans. Dès le premier, la poudre commence à fe dilater, ôt à pouffer le boulet devant elle ; ôt fi elle a affez de force pour le chaffer du Canon avant quelle fort entièrement enflammée , ce qui s'enflamme ou fe brûle enfuite, ne produit ab« folument aucun effet fur le boulet. Ainfî une charge d’une force extraordinaire, n’augmente point le mouvement du boulet ; & il en réfulte que le Canon doit feulement être chargé de la quantité de
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- -4'o* ïkÀÏTÉ
- jpoüdré qui peut s'enflammer pendant que le boulet parcourt la longueur dé Vaine du Canon. On ne peut déterminer Cette quantité que par l'experience , Ôc encore ne peut elle même la donner avec une exaSe précifion, à caufe de la variation de la force de la poudre , dont les effets, quoique produits avec des quantités égales de la même poudre * ont fouvent des différences affez fenfi-bles. C’eft pourquoi on ne doit regarder les expériences faites à cette occasion , que comme des moyens de con-noître à peu près la quantité de poudre quon veut déterminer.
- Un Canon qui feroit trop court, & ttn autre qui feroit trop long, ne chaf-feroient pas le boulet à la plus grande diftance pofliblerun Canon quinedon-neroit pas le tems à la poudre dont il eft chargé $ de s'enflammer entièrement, avant que de chaffer le boulet, ne le fchafferoit qü’aVec une partie de la force de la poüdre : ôt dans Un Canon dont l’ame feroit fort longue, en-forte que lé boület ne pût pas le patcoürir avant l'inflammation entie-te de la poüdre , le boulet perdroit enfuite par fon frottement ôc par la ré-
- fiftancé
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- de l* Artillerie 41' fiftance de l’air , une partie de la force qu’il auroit reçu de la poudre, Ôc par confequent il n’iroit pas à la plus grande diftance, où l’effort de la poudre le peut faire aller. En effet, fuivant ce que M. Belidor rapporte dans fon cours de Mathématique , l’experiçnce a prouvée que la Coulevrine de Nancy, qui eft la plus longue de nos pièces, ( elle a près de 22 pieds de longueur, ) porte moins loin que nos pièces ordinaires ; ce qui çft fort contraire à l’opinion commune qui lui donne une portée beaucoup plus grande.
- Maniéré de déterminer la longueur dü Canon , relativement à des charges de foudre déterminées 3 on bien lorsque cette longueur ejl déterminée 3 de trouver les charges les plus convenables pour imprimer au Boulet le plus de force quil ejl poffible.
- Si l’on pouvoit connoître précifément le tems que la poudre met à s’enflammer
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- 4® Traité
- entièrement dans le Canon, de même que l’efpace qu’elle peut faire parcourir au boulet pendant ce tems, on parviendrait aifément à déterminer la longueur la plus avantageufe des pièces relativement à des charges déterminées ; mais comme ces connoiflances fouffrent beaucoup de difficultés, non feulement par Tévaluation de.l’aclion de la poudre, dans tous les inftans de fon inflammation, mais encore par le frotement du boulet dans l’ame du Canon , qui diminue une partie de l’effort de la poudre fur le. boulet, par la réfiftance que l’air lui op-pofe à fa fortie, &c. Voici un moyen très fimple pour déterminer cette longueur avec allez de précifion pour la pratique.
- Il faut avoir une piece fort longue, & la tirer fous un angle quelconque déter^ miné, avec une quantité de poudre aulïl déterminée ; examiner la portée du boulet dans le premier coup ; elle fera moindre que les portées ordinaires , la piece étant fupofée beaucoup plus Ion-
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- de l’Artillerie; 4j gue qu’il ne faut. Enfuite faire fcier le tout de la Volée de 2 ou 3 pouces, tirer un fécond coup ; continuer ainli de diminuer la longueur de la piece à chaque coup, tant que les portées augmenteront ; & Jorfqu on fera parvenu à avoir une portée plus petite que la précédente , on partagera en deux parties égales , la derniere partie que l’on aura fait fcier à la volée de la piece ; ôc retranchant cette moitié de la longueur qu’avoit la piece au pénultième coup , ou l’ajoutant £ celle qu’elle avoit au dernier, on aura la longueur de la piece affez exa&ement déterminée, pour que le Canon chafle le boulet à la plus grande diftance où il puifie aller avec la charge du Canon.
- M. Bigot de Morogues propofe ce moyen, qui avoit déjà été propofé par M. Belidor dans fon Cours de Mathématique ; mais il remarque en même tems quon peut par-là tomber dans le cas d’avoir des pièces trop longues & trop difficiles à manœuvrer & à tranfporter.il pén-£e qu’il feroit plus à propos, pour fauver
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- 44 T R A I T t
- tout inconvénient à cet égard, de regler la charge par la longueur, que la longueur par la charge. En fuppofant la longueur du Canon déterminée, telle par exemple quelle l’eft aujourd'hui par les Ordonnances, on peut facilement trouver la charge qui lui convient le mieux, en le tirant fucceflivement avec differentes charges de poudre, ôc ob-fervant celle de toutes ces charges qui porte le boulet à la plus grande dif-tance.
- Dans toutes ces expériences, il faut avoir attention de tirer le Canon toujours dans la même fituation & de le charger de la même poudre.
- Il a été fait àiaFere aumois d’Oâobr© 1739 , des expériences pour déterminer de cette maniéré la charge la plus convenable au Canon , & il en refulte,
- Que les pièces de 24, de 1 <5, de 12 &de 8 , doivent feulement être chargées du tiersde la pefanteur du Boulet, pour quil fafle le plus grand effet dont il eft capable: ou bien ceües de 24 de 9 livres du
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- bE L* A R T ï L L Ë R ï È« foudre ; celles de îtfdà 6 livres ; celles de 12 de $ livres, & celles de 8 de j; livres. De plus fortes charges n’ont point augmenté l’étendue des portées.
- A l’egard de la piece de 4, fa véritable charge a été trouvée de 2 livres, c’eft-à-dire, de la moitié du poids de fon Boulet. Si cette piece exige une charge plus forte que les autres à proportion de fonBoulet, c’eft, dit M. Belidor , quelle à plus de longueur, par rapport à fon calibre, que les autres pièces n’en ont par rapport au leur.
- De l*ujage du Bouchon dont on couvre la foudre dans le Canon.
- Il a été aufli examiné pendant quon fàifoit les expériences précédentes, fi le bouchon dont on couvre la poudre, ôc fon refoulement augmentoitla portée du Boulet, & l’on a trouvé avec la même quantité de poudre, foit quelle eut été couverte d’un bouchon, refoulée à l’ordinaire , fbit quelle ne l’eut point été, toujours à peu prés la même por-
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- a* . t * * > t g
- tée> en forte qu’il en réfulte que les boif* chons plus ou moins gros , plus ou moins refoulés, ne contribuent point à la violence du Canon.
- Le bouchon eft né ce flaire pour ra-mafler la poudré qu ort introduit dans le Canon ;la réunir dans fa chambre & pour empêcher lof fqu elle s’enflamme, quel-le ne fe dilate autour du Boulet par le Vent du Boulet, ce qui diminueroit fort action fur lui ; mais comme le bouchon ne peut s'attacher à l’interieur de l’âme du Canon, dés que la poudre s’enflam-me, elle le fait glifler devant elle avec tant de facilité qu’il ne peut contribuer à arrêter fon fnoüvement, ôt à lui donner le tems de s’enflammer entièrement.
- Ce même raifonnement s’applique àufli au bouchon dont on couvre le boulet ; cependant il eft abfolument utile > pour empêcher que le boulet ne roule dans l’ame du Canon, lorfqu’on tire le Canon horifontalement j ou qu’on lé pointe vers un objet plus bas que le lied où le Canon eft placé*
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- jD fe l9àr t il l ë r i ë; 47
- JDu nombre de coups quon peut tirets de fuite avec le même Canon•
- On ne peut tirer quun certain nom-s brede coups de fuite avec le même Canon, parce qu’autrement le métal s chauffant trop, devient plus mol, ôc moins violent; d’où il arrive que les pièces fe courbent, ôc même quelquefois qu elles fe crevent ; que la lumière s’évafe ou s’élargit trop, au moyen dé quoi une partie de l’effort de la poudre fe fait par elle, ôc diminue fcn action fur le boulet : .elle pourroit même s’élargir à un point que toute la poudre feroit fon effet par fon ouverture, ôc quelle n’agiroit, pour ainfi dire, aucunement fur le boulet.
- On a expérimenté, félon M. de Saint Remy, qu’une pièce de 24 peut tirer 90 ou 100 coups en 24 heures, ou même jufqu’à 120 , comme on le fait communément dans les Sièges ; ce qui fait cinq coups par heure ,* mais on a foin de rafraîchir la pièce après avoir tiré 1 o ou 12
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- T R A I T é
- coups. Pour cet effet on trempe récotà villon dans de l’eau , ôc on le paffe plu-fieurs fois dans tout l’interieur de la pièce.
- Lorfqu on tire plufieurs coups de fuite ôc promptement avec le même Canon , ôc qu’on s’apperçoit que le métal commence à s’échauffer, on diminue la charge, parce que, comme on l’a déjà ob-fervé , dans cet état il eft capable d’une moindre réfiftânce, ôc qu’ainfiles charges ordinaires pourroient lui caufer dü dommages
- Il n eft pas inutile de faire obferver ici que les portées du Canon font plus grandes le matin ôt le foir qii’à midi, ôc dans les tems frais, que dans les tems chauds. La raifon en eft, que dans ces tems l’air étant moins échauffé, donne moins lieu à la dilatation de la poudre ^ ôc que fon effort étant,pour ainfi-dire* plus réuni ôc plus concentré , doit produire de plus grands effets.
- Il a été fait plufieurs expériences à l’Ecole de la Fere, qui ont démontré la vérité
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- DE L* À R T i L L E R I E. 4P Ÿitè de cette efpece de fmgulârité. Elles font citées par M. Belidor, dans fon Bombardier François, & par M. Bigot de Morogues , dans fon livre de l’Application des Forces Centrales
- Aux EFFETS DE LA POUDRE A CANON *.
- Maniéré de remedier à /’élargijfement de la lumière du Canon, ou ce qui ejl la même chofe d’y mettre un grain.
- On vient d’obferver que pour que le Canon faffe tout fon effet, il ne faut pas que fa lumière Toit trop élargie ; lorfqu’à force de tirer elle l’eft devenue, on y met ce que l’on appelle un grain. Ce grain n’eft autre chofe que de nouveau métal que l’on y fait couler pour la boucher entièrement, après avoir fait ex-tremément chauffer la pièce pour que le nouveau métal s’uniffe plus facilement avec l’ancien , enfuite de quoi, lorfque la piece eft refroidie, on lui
- * Ces Livres, & tous les autres de Mathématique, fe vendent à Paris > chez Ch. Ant. Jombsrt.
- D
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- 5*0 Traité
- perce une nouvelle lumière. Pour que* le métal dont on remplit la lumière ne coule pas dans l’ame de la piece , on y introduit du fable jufques vers les anfes , & on le refoule fortement.
- Comme il efl afîez difficile que le nouveau métal dont on remplit la lumière, s’uniffe parfaitement avec l’ancien, le Chevalier de Saintjulien propofe dans fon livre de la Forge de Vulcain, d’élargir la lumière de deux pouces, juf-qu’à l’aine du Canon, comme à l’ordinaire ; de faire enfuite autour de cette ouverture ôt à 3 ou 4 pouces de diflan-ce, 4 trous en quatre endroits differens, difpofés de maniéré qu’ils aillent fe rencontrer obliquement vers le milieu de l’épaiffeur de la lumière. Il faut que ces trous ayent au moins chacun un pouce de diamètre. Il faut après cela prendre un infiniment de bois à peu près comme un refouloir, qui foit exa&ement du calibre de la piece : fur la tête de cette efpece de refouloir, il faut faire une entaille d’un demi pouce de pro-
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- D É L* A R T I t L E R I Eé $ t Fondeur, coupée également fuivant fa circonférence, eri forte que le fond de cette entaille donne une fuperficie Convexe, paralelle à celle de fa partie fupe-rieure. On doit garnir remaille, de fer, d’une ligne ou deux d’épailfeur, en lui donnant toujours la forme convexe. Après cela il faut faire fondre cinq ou iix cens livres de métal, bien chauffer le Canon ,ôc introduire dedans le refou-loir dont nous venons de parler. Son entaille doit répondre au trou de la lumière. Le Canon étant enluite placé de maniéré que le trou de la lumière fé trouve bien perpendiculaire à Fhorifon, il faut faire couler le métal dans tous les trous que Ton à percés, ôc après les en avoir remplis , ôc laiffé refroidir le tout, la lumière fe trouvera exa&ement bouchée, ôc en état de réfifter à tout F effort de la poudre dont le Canon fera chargé dans la fuite : c’èft ce que cette conftru&ion rend évident. Il eft queftion après cela de retirer le refouloir ; pour le taire facilement , on a la précaution de le conF
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- 5*2 Traité
- traire de deux pièces , & en tirant cellé de deffous, l’autre fe détache aifément* On perce enfuite une nouvelle lumière à l’ordinaire, avec un infiniment appelle forêt , ôt c’eft la raifon pour laquelle on dit indifféremment dans l’ufage ordinaire } percer ou forer une lumière.
- Il a été propofé autrefois differentes inventions pour diminuer l’aâibn de la poudre furie canal de lalumiere y mais comme elles n’étoient pas fans incon-- venient y on a confervé l’ancienne maniéré y qui confifte à percer le canal de lalumiere , fur la partie fuperieure du Canon , qui répond à peu près au fond de l’ame de la piece y & à le faire aller enfuite un peu obliquement à quelques lignes de diftance du fond de l’ame, ainfi que nous l’avons déjà ditprécedemment. - Les figures 2 & 3 de la Planche 4 . 4. font voir la difpofition du canal de la lumière c d. Elle eft percée dans le milieu d’une maffe.de cuivre rouge, pure ro-zette, qui a la figure d’un cône tronqué tenverfé. Les figures ci-deffus font voir
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- de l’Artillerie. 5*3 cette maffe qui eft marquée par une hachure particulière, quifert à la diftinguer du métal de la piece. Cette maffe fertà conferver la lumière , parce qu’elle ré-Me davantage à l’effort de la poudre que le métal ordinaire du Canon,
- Maniéré d'enclouer le Canon., ou de boucher fa lumière, pour empêcher fon fervice.
- Lorfque dans de certaines circom ftances , on eft obligé d’abandonner fon Canon à l’ennemi, où que l’on s’eft emparé de celui de l’ennemi, fans pouvoir néanmoins le lui enlever, on 1 ’Encloitë afin de l’empêcher de s’en fervir. En-clouer un Canon, c’eft faire entrer à force , c’eft-à-dire à grands coups de marteau , un cloud d’acier dans fa lumière pour la boucher entièrement ; lorfque le clou ne peut plus s’enfoncer davantage , on lui donné un coup de marteau fur le côté pour le caffer, de maniéré qu’il ne refte aucune prife pour le retirer. Un Canon encloué eft abfolument
- Diii
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- 54 Traité
- hors de fervice, & il faut ou lui percer
- une nouvelle lumière, ou le refondre.
- Le premier qui encloüa le Canon , fut , fuivant le Chevalier de Ville, un nommé Gafpar Vimercatus y de Breme , qui encloüa l’Artillerie de Sigifmond Malatefta : au lieu de clouds , le même Auteur propofepour enclouerle Canon, de fe fervir de petits cailloux ou gravier de riviere, à peu près de lagrolfeurd’un pois ; il prétend qu’en en rempliifant la lumière du Canon, & les faifant entrer, à force, le Canon eft encore plus foli-dement encloué qu’avec les clouds ordinaires.
- Des Boulets Ronges*
- Quand on a deffein de mettre, le feu dans une Ville, pu qu’on veut battre des Magafms à poudre, on tire le Ca~ non à Boulet rouge: le Boulet rouge n’eft autre chofe qu’un Boulet qu’on fait rougir fur un gril de fer fait exprès pour cela, & qu’on porte dans le Canon avec, des tenailles, où on le laiffe tomber in>
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- de l’Artillerie. $$ médiatement fur le fourage ou le gazon qui couvre la poudre. On met enfuite très-promptement le feu à la piece , afin que le Boulet ne le mette pas lui même , ce qui diminueroit beaucoup fon action. Il faut pour tirer à Boulet rouge, que la culaffe du Canon foit fur la femelle de l5affiit3 parce que dans une fi-tuation horizontale ou inclinée vers l’horizon 9 le Boulet pourroit rouler dans l’ame de la piece, ôt même en fortir > on ne l’arête point au fond de la piece avec du foin ou de gazon, comme les Boulets ordinaires , parce quil y auroit trop à craindre qu’il ne mit le feu à la poudre pendant cette opération : les Boulets rouges ne fe tirent communément qu’avec des pièces de 8 ou de 4, parce que des Boulets plus pefans fe-roienttrop difficiles & trop embaraflans à porter dans les pièces. On fe fert auffi des Boulets rouges ? quand on tire fur des Vaifîeaux, parce qu’ils peuvent y mettre le feu aux poudres & les faire fauter.
- Diiij
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- Traité
- S*
- Des Gargouges & Cartouches.
- Lorfque l’on eft prelfé de tirer ôc qu’on veut le faire aulïi fouvent qu’il eft. poiïible, on fe fert de Gargouges Ôc de. Cartouches.
- La Gargauge eft un rouleau cilindri-que de même diamètre ou calibre que la piece , rempli de poudre à la hauteur d’environ 3 demi-diamêtres, ou de ce qu’on juge qu’il en eft befoin pour chaf-ferle boulet ; c’eft proprement la charge, de poudre du Canon, renfermée dans, une efpece de fac de toile , de papier.ou, de parchemin,.
- La Cartouche eft.une efpece.de fac, ou, rouleau comme la gargouge , qui renferme le boulet , les baies de. plomb , les clouds 6c la mitraille, dont on veut charger le Canon ; on en fait de toile , ou de fer. blanc.
- L’on joint quelquefois enfemble la gargouge ôc la cartouche, Ôcle compo-lè qui en refultefe nomme fimplement la Cartouche ; la maniéré de s’en fervir .»
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- DE i’ArTI LLERIE. ŸJi eonfifte feulement à l’infinuer jufqu’au fond du Canon , après quoi le Canonier avec le dégorgeoir la perce par la lumière , il amorce enfuite fa piece &: il y met le feu.
- Il eft évident, qu’on ne peut tirer ainfi. à cartouche que de fort prés, pat-ce que toutes les parties du plomb & de la mitraille dont la cartouche eft com-pofée, n ont point affez de folidité pour pouvoir être çhaffées aufli loin que le boulet.
- On peut avec la gargouge fe fervir de boulet, ôt pour cela lorfqu’on l’a in-finuée dans famé du Canon, il n y a qu’à mettre le boulet deffus, comme, dans les charges ordinaires : l’on peut aufli fans gargouge.tirer à cartouche y & pour cet effet après avoir refoulé la pou-dre à l’ordinaire , mettre deffus le bouchon du fourage qui la couvre , du. plomb} de la mitraille, & toutes les au-, très chofes dont la cartouche eft com-pofée.
- Tout Canon qu’on tir.e chargé de,
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- 58 Traité
- quelqu’une de ces maniérés, eft généralement dit être tiré à cartouche; il fait dans cet état bien plus d effet qu’avec fonfeul boulet, parce que toute la mitraille dont il eft chargé, s’écarte en for-tant du Canon, ôc peut ainfi dans le même inftant, caufer bien du dommage à beaucoup de monde.
- Les cartouches de toile & de papier font fort dangereufes, en ce quelles peuvent laiffer du feu dans le Canon , par quelques lambeaux fufïifans pour mettre le feu aux autres cartouches qu’on y peut mettre enfuite, ce qui ne peut manquer de caufer de très-fâcheux acci-dens ; celles de parchemins font les meilleures , parce que le parchemin ne laiffe point de feu dans la piece. On remédie à finconvenient des premières , en écouvillonnant la piece à chaque coup, avec l’écouvillon trempé dans de Teau.
- Les pièces de 24 & de 16, qui ont au fondde l’ame, les petites chambres intérieures dont nous avons déjà parié ,
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- de l’Artillerie. 5$ ne font pas propres à être tirées à cartouches ; mais auffi n y font elles pas def-tinées ; les autres qui n en ont point , font celles dont onfe fert pour cet effet: les premières font plutôt employées à détruire les ouvrages, & les fortifications des Villes, qu'à tirer fur des corps de troupes ; c'eft pourquoi il feroit affez inutile quelles euffent la propriété de pouvoir être tirées à cartouches.
- Il y a aufïi des cartouches pour le fufil, elles contiennent toute fa charge, c'eft-à-dire , la poudre & le plomb, ou les balles dont on le charge. Quand le Soldat veut s'en fervir,il déchire avec fes dents le côté ou le bout de la cartouche, qui doit répondre à la lumière , ou au baffinet du fufil, & l'ayant enfoncée au fond du canon de fon fufil, il n'a plus qu’à mettre l’amorce, pour être en état de tirer. On fe fert affez communément de ces cartouches dans les batailles, pour abréger le tems de la charge du fufil.
- Outre les boulets & les mitrailles,dont
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- 66 T R A I T É
- nous avons dit qu’on charge le Canon* on fe fert quelquefois de deux boulets enchaînés enfemble ; on en fait ufage , principalement fur Mer, où ils fervent à couper plus aifément que les boulets ordinaires lés mats des Vailfeaux. Ces bou-3. lets font appellés boulets enchaînes, ou rames. Il a été propofé autrefois des boulets à deux têtes pour le fervice des V aille aux. C’étoit un boulet coupé en deux parties égales, jointes enfemble par. une efpece de petite barre de fer. Le milieu étoit garni d’artifice, ôc le tout étoit couvert d’une toile fouffrée. Le Canon en tirant mettoit le feu à l’artifice de ce boulet, qui le mettoit aux voiles des Vaiffeaux. L’une des têtes de ce boulet étoit percé pour recevoir une fufée, qui communiquant avec la charge du Canon, faifoit prendre feu au boulet.
- Après le Canon, l’inftrument, ou la machine la plus confidérable dans les Sièges eft le Mortier.
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- de l’Àrtill'erie. 6i
- III.
- Du Mortier.
- LE Mortier eft une efpece de Ca-pj. ;
- non de pareil métal, mais plus Fis. z court que les Canons ordinaires , ôc beaucoup plus large. L’efpece de bou-let quil fert à chaffer , fe nomme Bombe.
- Le nom de Mortier que l’on donne à cette machine, peut lui être venu de fa reffemblance avec le Mortier ordinaire.
- La Bombe eft un gros boulet creux, concave en dedans, que l’on remplit de poudre , & qu’on chaffe par le moyen du Mortier fur les endroits qu’on veut détruire. Elle produit deux effets, fça-voir celui de ruiner les Edifices les plus folides par fon poids ; & celui de caufer beaucoup de défordre par fes éclats ; car lorfque la poudre dont elle eft chargée prend feu, fon effort rompt ou creve
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- fe Traité
- la bombé, & il en fait fauter les éclats
- à la ronde;
- L'ufage dés Mortiers éft fort ancien ^ M. Blondel le croit du tems des plus vieux Canons ; mais ilpenfe qu'alors les Mortiers he fervoient qu’a jetter des pierres &des boulets roüges; Ôc il croit que les premières Bombes furent jettées en ij 8 8 au Siège de Wachtendonck , Ville du Duché de Gùeldre. Quoiqu'il enfoit, c’eft feulement au premier Siégé de la Motte en 1634, qu'on en voit l’ufa-ge dans nos armées* Le Roi Louis XIII. avoit fait venir de Hollande le Sieur Maltus , Ingénieur Anglois, qui employa les Bombes avèc fuccès en diffe-rens Sièges, & qui fut tué à celui dé Gravelines en i<5j8. Il avoit remarqué, dit M. Blondel, un polie ou il avoit de£ fein de pouffer la tranchée pendant la nuit, & voulant le faire voir à l’Officier Général, il fit un faut dans la tranchée pour en reconnoître la fituation : l’Officier Général en fit un après lui ; mais n’ayant pas bien reconnu l’endroit, il
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- de l’Artillerie, 6$ pria Maltus de fauter encore une fois pour le lui faire mieux remarquer. Maltus le fit, ôc il reçût en l’air un coup de moufquet dans la tête, ce qui fît dire aux plaifans de l’armée qu’il avoit été tué en volant.
- L’ouverture L y du Mortier fe nom- Pt. me fa bouche ; la partie A, oppofée àFi°‘ fon ouverture , fa culajfe; B, dkfa lumière qui répond au fond de l’interieur où fe met la poudre pour fa charge ; cet endroit fe nomme la chambre du Mortier ,* les avances C, Cy font les tourillons, ou les parties par lefquelles il eft foutenu fur fon Affût : D ^ eft l’Aftragale de lumière ;
- E> le premier renfort ; F > la Plate-bande de renfort avec l’anfe, par laquelle on foutient le Mortier pour le faire maneu-vrer , & fes moulures; G, eft la VoUe;
- H y l’ÂJlragale de colet ; I, le premier Colet ; K, le Bourlet ; la partie concave du Mortier depuis fon ouverture L, jufqu aux moulures de la Plate-bande, fe nomme ïame du Mortier ; la chambre eft le refte de la cavité du Mortier jufqu à la culaffe.
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- Traité
- De l'Affût du Mortier.
- Le Mortier fe place fui: un affût poui: la facilité de fonfervice. L’objet de raffut eft de tenir folidement le Mortiet dans telle fituation qu’on veut lui donner , enfofte que l’effort de la poudre dont il eft chargé, ne lui caufe aucun dérangement; L’affut du Mortier n’a point de roues , attendu qu’on ne tranf-porte point le mortier fur fon affût, comme on y tranfporte le Canon. On a imaginé differentes fortes d’Affûts de Mortiers. Il y en a de fer, & il y en à eu de fonte ; mais nous iie parlerons ici que du plus ordinaire. Il eft compofé de deux pièces de bois, plus, ou mois fortes 6c longues, fuivant la groffeur du Mortier. On les appelle Tlàfques, comme dans le Canon. Elles font jointes par des entretoifes fort épaiffes. Sur la partie fu-perieure du milieu des flafques, il y à une entaille pour recevoir les tourillons du Mortier Par deffus chaque entaille, fepofeune forte bande de fer, appellée fujbande9
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- DE i’ÀRTILLËilË. Igf fifeande , dont le milieu eft courbé en demi-cercle , pour encaftrer les tourillons , & les tenir fortement joints ou attachés aux flafques de l5affût. Dans l’in-terieur de chaque entaille eft une pareille bande de fer, appellée à caufe de fa pofition yfottfbande. Ces bandes font attachées aux flafques, par de longues ôc fortes chevilles de fer : quelquesfois la fufbande eft attachée aux flafques par une autre bande de fer, qui couvre chacune de fes extrémités. Il y a fur le devant fit fur lé derrière des flafques , des efpeces de barres de fer arrondies, qui les traverfent de part & d’autre, & qui fervent à les ferrer exactement avec les entretoifes, c’eft ce qu’on appelle des boulons. Série devant des flafques ou de l’affût, il ÿ a quatre chevilles de fer , élevées perpendiculairement, entre lef-quelles eft un morceau de bois, fur lequel s’appuye le ventre du Mortier, ou fa partie qui contient fa chambre. Ce morceau de. bois fert à foutenir le Mortier lorfqu’on veut le faire tirer ; Il eft
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- PL. 5-Fig. 3
- r66 Traité
- appelle coujjinet. Au lieu de chevilles pour le tenir, il eft quelquefois en-càftré dans une entaille que l’on fait exprès vers l’extremité des flafques. Lorfqu’on veut relever le Mortier, ôc diminuer fon inclinaifon fur le coufïî-net, on introduit un coin de mire, à peu près comme celui qui fert à pointer Je Canon, entre le mortier ôc le couffi-net. On voit Planche Fig, 3. le Mor* tier monté fur fon affût.
- De la pofition du Mortier pour tirer une Bombe, & de la ligne que la Bombe décrit pendant la durée de fon mouvement.
- Comme Pun des effets de la Bombe refulte de fa pefanteur, on ne la chaffe pas de la même maniéré que le Canon; c’eft-à-dire, le Mortier dirigé, ou ce qui eft la même chofe, pointé vers un .objet déterminé; on lui donne une inclinaifon à Phorifon, de maniéré que la Bombe étant chaffée en haut oblique-
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- Î3È l’Artîllèri ë; i$1 ment, à peu-près de la même maniéré qu’une balle de paume eft chaffée par la raquette * elle aille tomber fur l’endroit où on veut la faire porter. On voit par-là que le Mortier n’a point de portée de but en blanc , ou du moins qu’on n’en fait point d’ufage.
- Le Mortier étant pofé dans une fitua- Pr tion oblique à l’horifon , en forte que la ligne AC, qui paffe par le milieu de fa cavité, étant prolongée , falfe un angle quelconque, B A D, avec la ligné horifontale A B, la Bombe chaffée fui-vant le prolongement de cette ligne , s’en écarte dans toute la durée de fon mouvement, par fapefanteur qui l’attire continuellement vers le centre ou lafu-perlicie de la terre, ce qui lui fait décrire une efpece de ligne courbe A E B , que les Géomètres appellent parabole»
- La pefanteur agit toujours également fur les corps qui tombent ; car comme elle fubfifte toujours également, elle doit aufli agir également, ou ce qui eft la même chofe, produire en tems
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- 68 Traité
- égaux les mêmes effets : ainfî fi dans lô premier inffant de la chute, elle leur a donné une certaine force, capable de leur faire parcourir un certain efpace , dans tous les inftans fuivans , elle leur donnera la force néceflaire pour parcourir toujours le même efpace ; par-là, la force du corps augmente pendant tous les inftans de la durée de fa chute : car s’il a un degré de force dans le premier inflant, il en aura 2 dans le fécond ; 3 dans le troifiéme &c. D’où il fuit que dans chaque inffant ^ il doit parcourir des efpaces inégaux, ce qui lui fait décrire la courbe dont nous venons de parler.
- La ligne A B, fe nomme F étendue d% jet, ou P amplitude de la par aboie y & la ligne A D y la ligne de projeâlton y ou de. direction de la Bombe.
- Méthode dont on peut Je fervir pour.
- faire tomber une Bombe fur un lieu propofé.
- Pour faire tomber la Bombe fur u£i
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- de l’Artillerie.' 6p
- lieu dônné ou déterminé, il y a deux .chofes à obferver,
- i°. L .:nciinaifon ou la pofition qu’on doit donner au Mortier.
- 20. La quantité de poudre dont il doit être chargé.
- Nous allons donner une idée de la maniéré de trouver ces deux chofes.
- Quon fappofe un Mortier pointé verticalement , Ôt que dans cette fituation, on tire une Bombe , elle décrira une ligne à peu près perpendiculaire au ter-rein fur lequel le Mortier efh placé ; je dis à peu près, parce que le Mortier aura toujours quelques petits mouve-mens q.ui dérangeront la perpendicularité exaéte de là ligne que décrit la Bombe. Si l’on veut en faire abftraétion, la Bombe tirée verticalement, ou perpendiculairement , retombera dans le Mortier.
- Si enfuite on incline le Mortier à l’ho-rifon, la bombe s’éloignera en tombant de l’endroit où eft placé le Mortier, mais feulement jufqu à ce que le Mortier faite 1111 angle de 45 degrés , avec l’ho-
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- 70 Traité
- rifon. Plus le Mortier fera incliné au-deffous de cet angle , ôt plus les portées de la bombe diminueront. On démontre tout cela en rigueur par la Géométrie ; mais voici une maniéré affez fim-ple de le concevoir fans l’employer.
- La Bombe tirée ou chaffée félon la direâion d’une ligne qui différé peu de la ligne verticale ou perpendiculaire à l’horifon > tombera à peu de diftance de l’endroit où le Mortier eft placé. Ceci n’a pas befoin de preuve ; la bombe jet-tée félon une ligne qui fait un angle fort aigu avec l’horifon 5 rencontrera la terre très-promptement par fa pefanteur^ & par confequent elle n’ira pas non plus tomber loin du Mortier. Ceci pofé, il eft aifé de concevoir que pour que la bombe aille tomber le plus loin du Mortier qu’il lui eft poffible, il faut quelle foit tirée félon la direction d’une ligne la plus éloignée de la verticale qu’il efl poffible, ôt aufîi la plus éloignée de î’horifontale, ou de la ligne du niveau du terrein. Cette ligne eft celle qui cou-
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- *pe en deux parties égales l’angle formé par la ligne verticale, & la ligne horizontale ; cet angle eft droite c’eft-à-dire , de po dégrés, donc la bombe ira le plus loin qu’il lui fera poflible , l’orfqu’elle fera tirée fuivant l’angle de 4£ degrés.
- Au-deffus de l’angle de 45" degrés, les portées doivent donc diminuer , parce que la bombe s’approche de la ligne verticale ; au-deffous de 4? degrés, elles doivent diminuer de même, parce que la bombe s’aprôche de la ligne horifon-tale ; ce qui fait voir qu’il y a deux angles , fuivant lefquels on peut incliner le Mortier, pour faire tomber une bombe dans le même lieu. Ces angles font ceux qui font également diftants de la ligne qui coupe le quart de cercle en deux parties égales ; enforte que fi par exemple , on pointe un Mortier fous l’angle de 30 degrés, la bombe ira tomber à la même diftance que fi on le pointoit fo us l’angle de 60 degrés, chacun de ces angles étant éloigné de 1J degrés de part 6c d’autre du milieu du quart de cercle,
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- 7i Traité
- c’eft-à-dire , de l’angle de quarante-? cinq degrés.
- Sçachant que le Mortier pointé fous l’angle , de 45 degrés , chafîe la bombe le plus loin qu’il eft poflible, lorfqu’on veut jetter une bombe à une diftance donnée, avec une quantité de poudre auiïi donnée, il faut s’afliirer fi cette quantité de poudre eft fuffîfante pour imprimer à la bombe toute la force dont elleabefoin. C’eft la fécondé chofe que nous avons à confiderer.
- Il faut avec la quantité de poudre donnée , tirer une bombe fous l’angle de 4^ degrés , & chercher à connoître , foit par la Trigonométrie, ou autrement, la diftance qu’il y a du Mortier à l’endroit ou la bombe fera tombée ; fi cette distance eft plus grande , ou égale à celle qui eft propofée, la quantité de poudre dont on aura chargé le Mortier, fera fuffîfante ; fi elle eft plus petite , il faudra augmenter la poudre; & lorfqu’après quelques épreuves, 011 fera parvenu à connoître la charge convenable, on s’ei>
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- de l’Artillerie; 7?' fervira pour charger le Mortier de cette quantité ôt faire tomber la bombe dans le lieu demandé.
- Après cela on donnera au Mortier une inclinaifon telle qu’on jugera à peu-près convenable; on tirera le Mortier dans cette fituation, ôt on remarquera l’endroit où la bombe fera tombée ; s’il eft pointé au-deffous de 45* degrés &. que la bombe ne tombe point aufti loin qu’on le veut, on relevera un peu le Mortier ; fiau contraire elle va tomber trop loin* on l’inclinera davantage^ & par ce tâtonnement y on trouvera affez aifément ôc promptement l’inclinaifon dont on a hefoin.
- Si le Mortier eft pointé au-defîus de 4j degrés, il faut l’incliner davantage ou lui faire faire un angle plus aigu , avecl’horifon^ pour augmenter les portées de la bombe, & le relever pour les diminuer. Tout ceci eft une fuite de ce que nous venons de dire fur ce fujet.
- Lorfqu’on aura trouvé l’inclinaifon que le Mortier doit avoir pour chalfer la
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- 74 _ Traité
- bombe jufqu au lieu propofé , on le fixera dans cette inclinaifon, & les bombes tirées avec la même quantité de poudre dont oh s’eftfervi dans le tâtonnement, ou dans les épreuves dont nous venons de parler, iront à peu près tomber fur le même lieu ; je dis à peu près, parce quil eft bien difficile de charger toujours le Mortier de la même maniéré , & qu’il arrive nombre de circonftances dans la pratique qui dérangent les portées de la bombe.
- Il faut obferver,
- i°. Que le plus grand éloignement ou une bombe puiffe être jettée avec la plus forte charge, n’eft guéres que d’environ ;i8oo ou 2000 toifes.
- 2°. Que quoique l’on puiffe pointer le Mortier indifféremment d’une quantité déterminée au-deffous , ou au-deffus de 451 degrés pour chaffer une bombe à une diftance donnée, cependant lorfqu’il eft queftion de détruire quelques édifices avec les bombes,il faut prendre l’angle au-deffus de degrés , parce que la
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- de l’Artillerie; 77 bombe s’élevant plus haut, tirée fuivant un plus grand angle, tombe avec plus de force , & fait par conféquentplus de dommage aux lieux fur lefquels elle eft jettée ; Ôc que lorfqu’on tire fur un corps de troupes, ou dans un lieu ou il y a beaucoup de monde , il faut pointer le mortier au-delfous de 4; degrés, afin que la bombe n’ait point allez de force pour s’enterrer profondément, & que fes éclats enfoient plus dangereux.
- 3°. Que tout ce que l’on a dit furie jet des bombes, s’applique aulïi au Canon, dont le boulet ira d’autant plus loin, qu’il fera chaffé fous un angle qui approchera le plus de 45* degrés.
- JRemarque Jïir la méthode precedente de jetter les Bombes.
- La maniéré de chercher l’inclinaifon ou la pofition du Mortier dont on vient de parler , eft abfolument méchanique % & l’art de jetter les bombes, qui eft parvenu , pour ainli dire , aujourd’hui à fa plus grande perfection, feroit encore
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- •jS Traité
- bien peu de chofe s’il n’y avoît point: d’autres méthodes pour trouver cette po-fition ; mais il y en a d’infiniment plus exactes, & par lefquelles on trouve d’abord, & fans tâtonnement l’inclinai** fon du Mortier. Il eft vrai cependant que la pratique ne répond preïque jamais à l’éxaâitude de la théorie; car quoique cette derniere donne des réglés pour faire tomber fans aucun tâtonnement, une bombe fur un lieu donné , on n’y parvient pas toujours tout d’un coup dans la pratique, à caufe d’une infinité d’accidens, aufquels on ne peut remedier qu’imparfaitement* Mais pour cela ces réglés n’en font pas moins utiles, elles font parvenir bien plus promptement au but que l’on défi-re, Ôt elles fourniflent d’ailleurs des principes & des moyens de perfe&ionner la pratique. Nous ne parlerons point de ces réglés dans ce Traité, parce quelles fup-pofent plufieurs propofitions de Géométrie que peuvent ignorer la plupart de ceux pour lefquels cet Ouvrage eft
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- de l’Artillerie; 77 cteftiné On les trouve dans la plûpart des Traités de Géométrie, & de Mécha-nique.
- Il a bien fallu dans le commencement de l’ufage des bombes, fe fervir du tâtonnement, faute de principes & de méthode plus exaéle ; mais il doit paroi-tre allez lingulier que dans un tems ou M. Blondel, Maître de Mathématiques de Monfeigneur le Dauphin, & Maréchal des Camps ôc Armées du Roi, avoit fait un excellent ouvrage fur l’art de jet-terles bombes, M. de Saint-Remy, qui en avoit connoilfance falfe encore l'a* pologie du tâtonnement.
- llfemble, dit cet Auteur, à l’occalïon des principes & de la Théorie de M. Blondel, qu’il vaille mieux s'attacher à fuivre ceux qui font dans le continuel exercice des bombes, qui fe trouvent bien de leur méthode, étant feur que P expérience , fur tout en fait de poudre, l’emporte toujours fur les obfervations les plus fçavantes.
- Il s’en faut bien qu’on penfe aujourd’hui dans l’Artillerie, comme du tems
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- 78' Traité
- de M. de Saint-Remy : on y donne à pratique toute Fattention quelle mérite , mais on n y néglige point la Théorie. C’eft par Ton moyen que la pratique s’eft perfectionnée, & qu’on peut préfumer qu’elle fe perfe&ionnera encore ; les Ecoles que le Roi a établies pour l’Ar-tillerie y contribueront fans doute ; la théorie & la pratique y marchent concurremment & s’y prêtent un mutuel fecours. Rien de mieux conçu que l’ordre & l’arrangement de ces Ecoles ; auf-fi doit on tout attendre de l’habileté ôc du mérite des Officiers qui font à la tête,' & du fçavoir qu'il y a en général parmi Meffieurs de l’Artillerie.
- Des differentes ejpeces de Mortiersi
- Il y a des Mortiers de differentes grandeurs même que des Canons : on en trouve à Chambre Cylindre ou Cylindrique, qu’on appelle à l’ancienne maniéré , à Chambre Spherique 3 & à Chambre Poire, qui font à la nouvelle , & enfin &C h ambre Cône Tronqué.
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- de l’Artillerie; 74
- La bouche ou l’ouverture du Mortier à depuis 6. jufquà 18 pouces de diamètre, les chambres font plus ou moins grandes, fuivant la grandeur du Mortier,
- & elles contiennent depuis 2 livres juf-qu’à 12, Ôt même 18 livres de poudre.’
- On voit dans les Planche 6 & 7 dif-ferens mortiers avec leurs chambres.
- Le Mortier A, a 4 pieds ôt 4 pouces de pt. hauteur ; toute fa cavité eft marquée par FlG-la ligne ponctuée. La partie de cette cavité la plus étroite, laquelle répond à la culaffe, eft la chambre de ce Mortier, qui eft en forme de poire ; l’ouverture de cette chambre commence aux moulures du renfort : elle a $ pouces ôt demi de diamètre ; la chambre a 15 pouces de longueur Ôt 7 pouces ôt demi de diamètre à fon milieu ; elle contient 12 livres de poudre ; les tourillons de ce mortier ont 32 pouces d’un bout à l’autre, ôt p de diamètre ; la Bombe qu’il peut chafler a 17 pouces 1 o lignes de diamètre , ôt fon épaiffeur, qui eft comprifedans ce diamètre, eft partout de 2 pouces, àl’ex-
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- 3 b Traité
- ception de la partie fur laquelle elle pofë-J qui a io lignes de plus d’épaiffeur ; elle contient environ 3 o livres de poudre 9 Ôc elle pefe 5*20 livres toute chargée.
- Le Mortier B, eft à chambre fphérique : cette chambre peut contenir 18 livres de poudre. L’apie de ce mortier a 12 pouces ôc demi de diamètre àfon ouvert ture, ôc fa longueur eft de 18 pouces ôc demi : fa chambre a 5? pouces 7 lignes de diamètre ; fon ouverture par en haut eft de 6 pouces de diamètre 6c de 4 pouces de hauteur ; les tourillons de ce mortier ont d’un bout à l’autre 31 pouces ôcdemi de long, 6c 8 pouces de diamètre ; il a de hauteur en tout 3 pieds £ pouces 4 lignes. La Bombe qu’il peut jetter an pouces de diamètre ; elle contient 1 j livres' de poudre, ôc elle peut pefer environ 130 livres.
- . La Figure 4 de la même Flanche 6 y 6m eft la coupe ou le profil d’un autre mor-4- tier à chambre fphérique, dont la hauteur eft en tout de 3 pieds 2 pouces, 6c la longueur des tourillons d’un bout
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- DE l” A R TILLfeR i’e; 8 ï à l’autre de 3 o pouces ; leur diamètre eii de 7 pouces.
- Cette Figure * fert principalement à faire connoître une petite chambre C, d’un pouce de profondeur ou environ, pL g, <Ôc de deux pouces de diamètre , qu’on FlG‘4* pratiqué dans le fond de Famé dii mortier , à peu près comme on en pratiqué une dans les pièces de Canon de 24 & de 16. Le canal de la lumière du mortier aboutit au fond de cette petite chambre ; elle eh percée dans une maffe de cuivre
- * Ellepeut encore ïervir à faire connoître l’épaifîeur de toutes les parties de ce Mortier. Pour cela, il faut prendre pour échelle la longueur AB des tourillons,
- & la divifer en 30 parties égales, attendu qu’elle a 30 pouces , & fe fervir enfuite de toutes ces parties pour mefurer celles de ce Mortier.
- On n’a point mis d’échelle furies Planches où font les Mortiers & la plupart des autres Figures de ceTraité* parce qu’ils font conftruits furdes échelles différentes , mais comme ils font deflinés exactement fuivant les proportions qu’ils doivent avoir, ceux qui voudront connoître toutes leurs parties en détail, pourront prendre pour échelle la longueur des tourillons ou dé telle autre ligne dont on trouvera la longueur déterminée dans cet Ouvrage, Si la divifer dans le nomb e de pieds ou de pouces qu’elle doit avoir ; ils auront par ce moyen une échelle pour chaque Mortier, ou autre piece , par le moyen de laquelle ils pourront connoître aifez exactement toutes les dimenfîons de leurs parties.
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- 82 Trait!
- rouge comme celle du Canon qui a là figure d’un cône tronqué renverfé. Cette niafie a environ un pouce & demi de diamètre à fa partie fupérieure , & deux pouces & demi à fa partie intérieure. Son objet eft le même que dans le Canon, c’eft-à-dire, d’oppofer plus de réfiftaiice à l’effort de la poudre, que le métal du mortier y & par conféquentde conferver la lumière.
- Pl. 7. Les Figures i & 2 de la feptiême Plan-* che, reprefentent encore deux autres mortiers. Le premier E, eft un mortier à chambre cylindre, vû par le côté. Il jette une bombe de 11 pouces 8 lignes y fon ame à 12 pouces de diamètre à fon ouverture, & 18 de profondeur ; fa chambre a p pouces & demi de longueur & T pouces un quart de diamètre ; elle contient 6 livres de poudre. Les tourillons de ce mortier ont 28 pouces de longueur ôc S de diamètre.
- fiG.z. Le fécond mortier F, de la même Planche 7, eft un mortier à chambre fpherique, qui jette aufli comme le pré-
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- de l9Artil'lerïe; 8? cèdent, une bombe de 11 pouces 8 lignes ; il a 12 pouces & demi de diamètre à fon ouverture , non compris l’épaif» feur de fon métal. La profondeur de fon ame eft de 18 pouces ; fa chambre a 8 pouces 8 lignes de longueur, ôt 7 de diamètre , elle contient 8 livres de poudre ; les tourillons ont 3 o pouces de longueur d’un bout à l’autre , & 7 de diamètre ; la hauteur entière de ce mortier eft de 3 pieds.
- La Figure y de la Flanche 7 reprefente un petit mortier dont on fe fert feulement pour répreuvé de la poudre. Nous en donnerons toutes les proportions, en parlant de la maniéré dont fe fait cette épreuve.
- REMARQUE
- Jlir Us Chambres des Mortiers.
- Les Chambres fpheriques & en poire font eftimées meilleures dans les mortiers , que les chambres [cylindriques : elles n’y ont pas le même inconvénient
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- Pl. 7. Fig.3. & 4.
- S* Traité
- que dans le Canon} parce quon peut les nétoyer avec une grande facilité ; aufïi fe fert-on aujourd’hui plus communément des mortiers avec ces fortes de chambres , que de ceux qui font à chambre cylindrique.
- Des Bombes, & de la quantité de poudre dont elles doivent être chargées.
- Jufqu’ici nous n’avons parlé de la Bombe que comme d’une eipece de boulet creux ) il faut entrer dans quelque détail , pour la faire connaître plus particulièrement.
- Les Figures M & N peuvent fervir à cela : la première M fait voir une Bombe telle quelle paroît à la vue, & la fécondé N en fait voir la coupe ou le profil, & par conféquent l’épaifleur. Les parties A ôc B de la Bombe M, font les anfes de la Bombe y c’eft-à-dire, les parties par lefquelles on peut la prendre ; F en eft la lumière ou l’ouverture par laquelle on fait entrer la poudre dans la Bombe pour la charger.
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- de l’Artillerie. 8 y » L’expérience, comme le rapporte ®M. Beiidor, dans fon Bombardier «François , a fait voir qu ilfalloit mettre » 15 livres de poudre dans une Bombe » de 12 pouces, laquelle pefe toute char-o’gée environ 14^ livres ; qu’il falloir 4 « livres dans une Bombe de 8 pouces » pefant toute chargée environ 40 livres 3 » qu’il en falloir 3 livres dans une de 6 » pouces y pefant toute chargée un peu «plus de 23 livres ; enfin, qu'il falloir 30 «livres de poudre dans une Bombe de «17 pouces 10 lignes de diamètre , qui «pefe toute chargée environ y20 livres.
- Des expériences plus récentes ont fait voir que les mêmes Bombes chargées d’une quantité de poudre bien moindre ont produit le même effet. M. Belidor réduit cette quantité à 2 livres & demi ou 3 livres pour les Bombes de 12 pouces y & à une livre pour les Bombes de 8 pouces.
- Il eii évident que l’objet de la poudre dont 011 charge la Bombe ? eft de la faire créver, & que 11 elle crève avec une
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- %6 Traité
- quantité de poudre moindre que celle dont on la charge ordinairement, cette quantité eft fuffifante, & quune plus grande tombe abfelument en pure perte. Il y a cependant une chofe à obferver , c’eft que lorfque les Bombes ont pour objet de mettre le feu aux Edifices fur lefquelles elles font jettées, plus elles feront chargées, & plus elles réulïiront ; mais dans toute autre occafion, l’exce-dent de la poudre dont elles ont befoin pour éclater, ne peut produire aucun effet avantageux.
- 7> L’on voit dans la Figure N, que la par-
- 4» tie inférieure de la Bombe, eft la plus épaifie, ce que l’on fait, afin que la Bombe étant plus pefante par cette partie tombe toujours deffus , ôt non point fur la Tufée CD, dont nous allons parler : cette partie inférieure plus pefante fe nomme le culot de la Bombe. Le diamètre des Bombes doit être plus petit au moins de ou 6 lignes, que celui de famé du Mortier avec lequel elles font chaffées.
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- de l’Artillerie. 87
- Des Fujees des Bombes.
- La Fufée de la Bombe reprefe 11 tée par Pt, 7; CD dans la Figure N , eftune efpece de Fir" 4* petit cône tronqué, concave au-dedans, fait de bois de Tilleul, de Saule, ou autre bois bien fec : on la remplit d’une compofition d’excellente poudre , de foufîre ôt de falpêtre ; & la Bombe étant chargée , o'n enfonce par fa lumière dans fa cavité , cette fufée, laquelle lorfqu on y met le feu le communique à la poudre dont la chambre eh chargée. Le bois de la fufée, lorfqu’elle n’efî point chargée, fe nomme Ampoulette.
- Suivant un Reglement fait en 1715. pour régler les proportions des fufées à Bombes, celles qui font pour les Bombes de 12 pouces de diamètre, doivent avoir 8 pouces de longueur 20 lignes de diamètre au gros bout, & au petit 14. lignes, & le diamètre de la cavité de la fufée $ lignes.
- O11 charge les fafées des Bombes avec beaucoup de foin, afin que rien n’empê-
- F iiij
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- SB Traité
- çhe ni n’arrête la communication du feu qu elles doivent porter au milieu de la Bombe. On les enferme entièrement dans la Bombe j à l'exception d’environ un pouce & demi dont elles faillent par-delfiis fa lumière.
- On charge les fufées des Bombes long-tems avant qu’on ait befoin de s’en fer-vir , & afin que la compofition n’en forte point , 6c que l’humidité ne leur faffe aucun tort ; on couvre les deux bouts d’une compofition de cire jaune & defuif, ou de poix noire mêlée avec du fuif. Quand on veut mettre la fufée dans la Bombe , on a foin de dégarnir ou découvrir le petit bout de la fufée, ou même de le couper. A l’egard du gros bout, on ne le décoëfre, que lorfque la Bombe eft dans le Mortier, 6c qu’on y veut mettre Je feu.
- Des Infirumens nécejfaires pour charger le Mortier, & de la maniéré de le charger.
- Pour charger un Mortier , il faut plu-.
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- de l’Artillerie. 89 ïieurs inftrumens, comme pour charger le Canon.
- Les principaux font une Dame ou De-moi/el/e du même calibre de lapiece, pour battre , refouler la terre & le fou-rage dont on couvre la poudre ; une Ra~ cloiredefer, pour nétoyer l’âme ôc la chambre du mortier, & une petite cuillère pour nétoyer plus particulièrement la chambre de la poudré , un couteau de bois d’un pied de long, pour ferrer la terre autour de la Bombe ; il eft aulïi befoin de dégorgeoirs, de coins de mire ôt de deux boutte-feux.
- L’Officier qui fait charger le Mortier, ayant réglé la quantité de poudre dont il convient de le charger , fait mettre cette poudre dans la chambre du Mortier ; après quoi il la fait couvrir de fou^ rage , qu’il fait refouler avec la Demoi^ felle. On recouvre ce fourage de deux pu trois pelletées de terre, qu’on refoule auffi ; après quoi on pofe la Bombe fur çette terre. Onia place le plus droit qu’il çft pofhble au milieu du Mortier, la fu-*
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- 5?o Traité
- fée ou la lumière en haut. On rejette de la terre dans le Mortier, & on entoure la Bombe de tous côtés. On refoule cette terre avec le couteau dont on a parlé, en forte que la Bombe foit fixe dans la fituation où. on l’a mife. Tout cela étant fait, l’Officier pointe le Mortier, c’eft-à-dire, qu’il lui donne Finclinaifon nécef-faire pour faire tomber la Bombe dans le lieu où on veut la faire aller. Lorfque le Mortier eft placé dans la fituation convenable pour cet effet, on gratte iafufée , c’eft-à-dire, qu’on la décoeffe. On fait auffi entrer le dégorgeoir dans la lumière du Mortier pour la nétoyer. On la remplit de poudre très-fine , ôt enfiiite deux Soldats prennent chacun l’un des deux boutte-feux ; le premier met le feu à la fufée, & le fécond au Mortier. La Bombe chaffée par l’effort de la poudre, va tomber vers le lieu où elle eft deftinée , ôc la fufée qui doit fe trouver à fa fin , lors de Imitant où la Bombe touche le lieu vers lequel elle Gif chaffée, met dans ce meme inffant le feu à la poudre dont la
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- de l’Artillerie; pi Bombe eft chargée, cettepoudre en s'enflammant brife & rompt la Bombe en éclats, quife diiperfent à peu près circu-lairement autour du point de chute , & qui font des ravages confidérables dans les environs.
- R E MA R QU E.
- Si la fufée mettoit le feu à la Bombe avant quelle fut dans le lieu où on veut la faire tomber, la Bombe creveroit en l’air, & elle pourrait faire autant de mal à ceux qui l'auraient tirée, qu’à ceux contre lefqucls on aurait voulu la chaffer. Pour éviter cet inconvénient, on fait en forte que la fufée, dont on connoit af-fez exaâementla durée, ne mette le feu à la Bombe, que dans l’inftant qu’elle vient de toucher le lieu fur lequel elle eft chaffée ou jettée. Pour cet effet,, comme la fufée dure au moins le tems que la Bombe peut employer pour aller dans l’endroit le plus éloigné où elle puiffe tomber, lorfqu’on veut faire aller la Bombe fort loin, on met le feu à la
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- 5)2 . Traité
- fufée & au Mortier en même tems , ôc lorfque îaBombe a peu de chemin à faire, on laifle brûler une partie de la fufée , avant que de mettre le feu au Mortier.
- Maniéré de pointer le Mortier, ou ce qui ejl la même chofe, de lui donner telle inclinai]on qu on voudra.
- Nous venons de parler du pointement du Mortier ; voici la maniéré dont il fe> fait.
- 8* Soit A le Mortier monté fur fon affût,
- auquel on veut faire faire, par exemple, un angle de 50 dégrés avec l’horifon. On placera un quart de cercle * CD, divifé en dégrés, à l’ouverture du Mortier; en forte que le coté CF de ce quart de cercle foitparalelle à lame du Mortier. Au centre F de ce quart de cercle , il y aura un fil attaché, à l’extrémité duquel pen-
- * Pour pointer le Mortier facilement & exa&ement, il faut un quart de cercle tel qu’il eft reprefenté dans la Planche 8 avec une réglé CB , parallèle au rayon FD, enpofant cette réglé diamétralement furlabouch© du Mortier, le filet FG fait voir d’abord l’angle D.FG que fait le Mortier avec l’horifon.
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- de l’Artillerie: pj
- cira un plomb G ; on élevera le Mortier jufqu a ce que le fil FG tombe fur le 50e dégré du quart de cercle, en commençant à compter du point D, & alors le Mortier fera un angle de fo degrés avec l’horifon. On lui donnera de même telle autre inclinaifon qu’on voudra.
- Il eft évident que l’arc DG eft la me* fure de l’inclinaifon du Mortier ; car fi le Mortier étoit parallèle à l’horifon, le filFGtomberoitfurle côtéFD du quart de cercle ; or à mefure que l’on élévera le Mortier , le fil defcendra vers C ; donc &c.
- Des Bombes tirées à Ricochet.
- En parlant du Tir du Canon, nous avons obfervé que M. le Maréchal de Vauban étoit l’inventeur du Ricochet; invention qui rend, pour ainfi dire, inutiles les défenfes de l’Ennemi, ôt qui a beaucoup perfe&ionné l’Attaque des Places. On n’en a guéres fait ufage qu’avec le Canon, à moins que l’on ne veuille donner le nom de ricochet aux
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- 54 Traité
- Bombes que Ton jette avec les Obus% ( efpece de Mortier dont nous parlerons dans la fuite ) qui véritablement répon-j dent allez à l’effet du ricochet > puifque leur ufage eft de rouler dans des Corps de troupes , & d’y faire beaucoup de dommages ; mais il ne paroît pas que l’on s’en foit encore fervi dans l’Atta-; que des Places. Meilleurs les Comman-dans de l’Ecole d’Artillerie de Stras*-bourg , ayant jugé que l’on pourroit néanmoins y employer très-utilement les Bombes à ricochet, firent à ce fujet en 1723. des épreuves rapportées par M. Belidor dans fon Bombardier Fran* cois , duquel eft tiré ce que l’on en va dire ici.
- » Pour tirer des Bombes à ricochet , » on fe fert de Mortiers de 8 pouces , » montés fur des affûts de Canon. Les » Batteries que l’on fait pour cela fe pla-as cent fur le prolongement des branches 33 du Chemin-couvert ou de tout autre 33 Ouvrage, mais principalement du che* » min couvert, parce que les Bombes y
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- de l9Artillerie: j>ÿ
- » font un fi grand ravage, qu’il n’eft prefi «que pas poffible de pouvoir y tenir: » elles rompent les paliffades, les tam-«bours & réduits que l’on fait dans les » Places d’armes rentrantes, & caufent « bien plus de défordre que les boulets; » car non-feulement elles font plus grof-» fes & plus pefantes, mais après avoir « fait plufieurs bonds, elles crevent à » l’endroit où elles viennent fe terminer, «& ne s’enterrent point ; leurs éclats «font toujours meurtriers : d’autre part, » ces Mortiers peuvent être fervis avec «bien plus de célérité que le Canon; » car il n’eft queftlon que de mettre la «poudre dans fa chambre , la Bombe » deffus, Ôc tirer ; & comme cela peut fe » faire en 3 ou 4 minutes , une Batterie « de deux Mortiers fervis de cette façon, «pourra jetter 30 ou 40 Bombes par » heure. Je lailfe à penfer, ( ajoute M. « Belidor ) fi un chemin couvert étoit » croifé par de femblables Batteries , « quelle eft la Garnifon qui pourroit s’y » maintenir ; l’avantage qu’on auroit de
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- ptf T R A ï T É
- l’attaquer de vive force, & combieii » on auroit de facilité pour avancer leS « travaux ?
- « Comme il faut éviter que les Born*} *> bes ne s’enterrent en tombant, parce » qu’elles lie feroient point le ricochet y » les Mortiers ne doivent jamais être » pointés au-deflus de 12 dégrés ; mais *> Ton peut fe fervir de tous les angles » que le Mortier peut faire avec l’hori-; «fon entre 8 & 12 dégrés, & choilirle «plus convenable à la charge dont ori « fe fervira, relativement à la diftance ou « l’on fera de l’endroit où les Bombes » doivent commencer à bondir. LeS «épreuves faites à Stralbourg peuvent «fervir de réglés à ce fùjet. Voici eii » quoi elles confiftenti
- « On a conftruit une Batterie à 70 « toifes de l’angle faillant du chemin « couvert de la demi-lune du poligone « de cette Ecole , un Mortier pointé à « p dégrés au-defïùs de la ligne horifon-« taie, & chargé de 3 quarterons de pou^ » dre, a jetté les Bombes fur le glacis à
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- de l Artillerie. 97 24,5,8, toifes du parapet du chemin*-« couvert, d'où elles fe relevoient ôc al-» loient plonger dans la branche entre » les 2 traverfes, ôt de là dans la Place * d'Armes rentrante contre un petit Ré-» duit qu'on y avoit fait;
- » L'on a pointé enfuite à i o degrés » avec la même charge , Ôt après f ou » 6 coups répétés de cette maniéré 3 » l'on a obfervé que les bombes tom-» boient dans la Place d’Armes faillan-» te, d'où elles fe relevoient & alloient » plonger comme les précédentes dans « la branche, entre les 2 traverfes, & * delà dans la Place d’Armes rentrante. » Enfin on a pointé le Mortier à 11 de-» grés, toujours avec la même charge, *> & après 5 ou 6 coups réitérés , on a *> obfervé que les bombes tomboient » encore dans la branche, entre les 2 » traverfes , d'où elles fe relevoient & » alloient paffer par-deffus le refte dii »> Chemin-couvert ; ce qui a fait con~ » dure que la maniéré la plus avants-» geufe ôc la plus convenable dé faire
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- p3 Traité
- » agir1 ce ricochet, étoit de ménager la » dire&ion du Mortier, de forte que les »» bombes puilfent tomber fur la crête » du chemin-couvert, ou dans la Place » à’Armes faillante , moyennant quoi »> elles faifoient toujours un grand effet.
- » On a éprouvé fi la fufée ne s’étein-» droit point, foit par la chute des bom-» bes, ou frotement du ricochet en rou-» lant, Ôt pour cela on en a fait tirer » plufleurs avec des fufées allumées, » qui ont toutes réufïi, ayant été entié-« renient confumées.
- IV.
- Des Pierriers.
- JUsqu’ic i nous n’avons parlé que des Mortiers à jetter des bombes , mais il y en a encore dont on fe fert pour jetter des Pierres , ôc que pour cet effet on nomme Pierriers, ou Mor-tiers-Pierriers.
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- dè l’Art il l er iè; 99
- On voit la figure d’un de ces Mortiers Planche 9 Fig. 1. P
- A. Sont les Tourillons- F
- B. Le Mufle avec la lumière fur la Culafle.
- C. Le Renfort avec fes moulures.'
- Di Le ventre.
- E. Platte-bande du renfort de volée avec fes moulures.
- F. Les cercles où renforts fur la Volée.
- G. Le Bourleti
- H. La Bouche où P embouchure.
- I. L’Anfe.
- L’ame de ce Pièrrier eft ce qui eft ponéhié depuis le Bourlet 5 jufqu au bas du ventre.
- La Chambre eft ce qui eft ponéhié depuis le ventre jufqu à la lumière.
- La portée duPierriern eft guéres que de 1 jo toifes , étant chargé de 2 livres & demi de poudre.
- Sa Bouche a environ 1 $ pouces de diamètre.
- La profondeur de Pâme} un piedfept
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- ioo Traité
- pouces, ôc celle de la Chambre environ 8 ou p pouces. Elle eft en Cône-Tronqué ; fon diamètre par le haut eft de 4 pouces, ôc par le bas de 2 pouces & demi. La longueur de fes Tourillons eft de 20 pouces > Ôc leur diamètre de 5 pouces 6 lignes. Sa lumière répond au fond de fa chambre , elle eft aulli percée dans une maffe de cuivre rouge 9 comme celle du Canon ôc du Mortier. Ce Pierrier peut pefer environ 1000 livres.
- De îAffût du Pierrier.
- Le Pierrier fe place fur un affût comme le Mortier, mais comme il le fatigue moins, il n’en a pas befoin d’un fi folide. L’afîut du Pierrier confifte feulement en une forte piece de bois de $ pieds de long, 18 ou 20 pouces de large /ôc de 12 à 14 pouces dépaiffeur. Il y a dans le milieu de cette piece de bois j une entaille pour placer les Tourillons du Pierrier. A côté de cette entaille font placés deux crampons cour-
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- D E L*'À RTILLERIE.’ *101
- bes comme les Tourillons , qui fervent à faire tenir fixement le Pierrier fur fon affiit. Il y a de chaque côté de raffut, & dans fon épaiffeur, deux efpeces de bâtons ou boulons qui fervent à avancer ou à reculer raffut.
- Maniéré de charger le Pierrier.
- On charge le Pierrier de la même maniéré que le Mortier, c’eft-à-dire , qu’on y met d’abord la quantité de poudre y dont la chambre doit être remplie. On recouvre cette poudre de foin & de terre, qu’on refoule avec la Demoifelle; après quoi on jette ou on pofe deffus une quantité de pierres ôt de cailloux. Il y a des Officiers qui font mettre ces cailloux dans un panier préparé à cet effet; mais communément l’on ne s’en fert point.
- Il y avoir autrefois des Pierriers faits de maniéré qu’on les chargeoit par la culaffe, mais à préfent il n y en a plus en ufage de cette efpece.
- L’effet du Pierrier eft très-grand ; l’ef-G iij
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- ioz Traité
- pece de grêle de cailloux qu il produit* fait beaucoup de ravages, & caufe bien du défordre. Pour quil réufïiffe parfaitement , il faut qu il ne foit éloigné que d’environ i jo pas de l’endroit où l’on veut faire tomber cette grêle. On mêle quelquesfois des bombes parmi ces cailloux , & l’effet en eft encore plus grand»
- V.
- Des Grenades.
- LA Grenade eft une efpece de petite bombe de même diamètre, ou calibre qu’un boulet de 4 livres , laquelle pefe environ 2 livres , & qui eft chargée de 4 ou ; onces de poudre.
- Les Grenades fe jettent avec la main par des Soldats nommés à cet effet Grenadiers. Elles ont une lumière comme la bombe, & une fiifée de même compo-fition. Le Soldat met avec une mèche le feu à la fufée, & il jette la Grenade
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- D E i/A RTILLERIë; i o$ dans le lieu qui lui eft indiqué. Le feu prenant à la poudre de la Grenade, fon effort la brife ôc la rompt en éclats, qui tuent ou eftropient ceux quils atteignent. Le Soldat ne peut gueres jetter la Grenade, qu à la diftance de 15 ou 16 toifes au plus.
- Il y a d’autres Grenades , qui ne fe jettent point à la main, mais qui fe roulent dans les foliés , ôc dans les autres endroits où l’on veut en faire ufage. C’eft proprement des efpéces de bombes , qui ont de diamètre depuis environ 6 pouces jufqu’à 3.
- VI.
- Des Carcajfes.
- LA Carcasse eft une efpece de cartouche pour le Mortier. Sa figure eft celle d’un Sphéroïde allongé par une de fes extrémités Ôc applati par l’autre. Elle eft compofée de deux arcs de cercles, ou plutôt d’ovales de fer , qui fe coupent à
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- PL. 9 Fi*. :
- t©4 Traite'
- angles droits , & qui fe terminent à la partie aplatie de la Carcafle, qui eftune efpeçe de petite écuelle de fer , que Ton nomme fon Culot.
- Tout l’intérieur de la Carcafle fe remplit de Grenades, Ôc de petits canons de fufils chargés de balles de plomb, comme aulïi de poix noire ôc de poudre gre-née ; après quoi l’on recouvre le tout d’étoupe gaudronnée , Ôc d’une toile forte qui lui fert d’enveloppe. On fait un trou à cette toile, pour mettre une fufée à la Carcafle > comme celle que l’on met aux bombes, ôc on la tire avec le Mortier de la même maniéré que la bombe.
- On prétend que les CarcaiTes furent inventées vers l’an 1672 ôc que les François en firent ufage dans la guerre qu’il y eut alors entre la France ôç la Hollande.
- “ Les Figures 2,3 & 4, Flanche 9 feront . connoître aifément tout ce qui regarde la Carcafle.
- La figure 2 fait voir le fer de la Carcafle , c’eft-à-dire, fon culot ôc les arcs.
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- de l’Artillerie. 10/ de fer dont elle eft compofée. La figurç 3 montre la maniéré dont elle eft chargée , Ôc la figure 4, Tétât dans lequel elle paroît, étant prête à être mife dans le Mortier.
- La Carcafle pefoit environ 20 livres , elle avoit 12 pouces de hauteur, ôc dix pouces de diamètre par le milieu.
- L’ufage de la Carcafle eft de mettre le feu dans les endroits où elle eftjettée. Toutes les chofes dont elle eft compofée, ne peuvent manquer de caufer beaucoup de défordre dans les endroits où elle tombe. La poix dont elle eft remplie , rend fon feu tenace , Ôc les petits canons dont elle eft chargée, ôc qui ne tirent pas tous en même tems , empêchent qu’on ne s’en approche pour Té-teindre : c’eft pour cet effet qu’on les met dans la Carcafle. Cependant Tufage de cette efpece de boule à feu , eft pour ainfl-dire aboli , parce que Ton a remarqué quelle ne faifoit guéres plus d’effet que la bombe, ôc quelle étoit d’une plus grande dépenfe..
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- io<$ Traité
- Des Mortiers à Bombes Ù* Grenades;
- Outre les Mortiers dont nous avons déjà parlé, il en a été imaginé un d'une conftruâion particulière, par le moyen duquel on chaffoit en même tems une bombe, êtplufieurs Grenades. On voit pt. 9. dans la Planche p Fig. $ , ce Mortier mon-» té fur fon afïut : c’eft un Mortier ordinaire, entouré de treize autres petits Mortiers, pratiqués dans fonépaifleur, comme la Figure 6 de la même Planche le fait voir. Celui du milieu eft chargé d’une bombe, Ôt les autres de grenades. On met le feu à la lumière du grand, laquelle ayant communication avec celle des petits Mortiers, fait partir en même tems, & la bombe, ôt les grenades des petits Mortiers.
- Ces fortes de Mortiers fe nomment, Mortiers à Perdreaux, parce que lorfqu on y met le feu, la bombe part avec les grenades, à peu-près comme une compagnie de Perdreaux, dont la bombe re-prefente la mere. Ils ont été très-peu en
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- DE L* A RT I L L E R I E.’ 107
- lïfage en France. Dans les differentes épreuves qui en ont été faites, rapportées par M. de Saint-Remy, il y a toujours eu une partie des grenades qui n ont point crevées, ôc même la bombe ne Fa pas toujours fait, Cependant les alliés s’en font beaucoup fervi dans la guerre de 1701. notamment au Siège de Lille en 1708, 6c dans la deffenfe de B ou-çhain, en 1712.
- VIL
- Des Obus.
- L’Obus eft une efpece de Mortier qui fe tire horizontalement comme le Canon, Ôc qui a un affût à roues ou à roüage de même que le Canon.
- On en voit la figure Planche 10 Fig 1 ; on s’en fert pour tirer des bombes dans Fl les terres dun baftion, ou au milieu d’une troupe d’ennemis. Les Anglois 6c flollandois font les inventeurs de ces fortes de Mortiers. Les premiers que l’on
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- ïoS
- Traité
- vit en France, furent pris à la bataille de Nerwinde, que M. le Maréchal de Luxembourg gagna fur les Alliés en 165? 3.
- VIII.
- De l’Arquehufe à Croc. ’Arquebuse a Croc eft une
- co. JLj arme que l’on trouve encore dans 2,la plupart des vieux Châteaux, qui ref* femble allez à un Canon de fufil, & qui eftfoutenuë paruncroc de fer, qui tient à fon Canon, lequel eft foutenu parun elpece de pied, qu’on nomme Chevalet. On s’en fervoit beaucoup autrefois pour garnir les crenaux ôt les meurtrières ; mais aujourd’hui cette arme eft allez négligée. On s’en fert feulement dans les Places & dans les vieux Châteaux ou il s’en trouve. Le canon de l’Arquebufe à croc, eft plus gros que celui du fufil, Ôc bien moindre que celui du Canon. On le charge de la même façon & Ton y met le feu avec une mèche de même
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- de lbArtillerie. ioj? qu’au Canon. La portée de cette arme eft plus grande que celle du fufil.
- Nous ne parlerons point dans cet ouvrage du fufil, non plus que dupiftolet, & du moufqueton, ce font en général des armes qui font connues de tout le monde. Il ne nous relie pour avoir parlé de toutes celles dont il faut qu’un Officier ait connoilfance, qu’à dire un mot de la Carabine , & enfuite du Pétard.
- IX.
- De la Carabine,
- A Carabine eft une efpece de moufi-
- queton dont le Canon eft rayé cir-culairement depuis la culafle jufqu à l’autre bout, en forte que lorfque la balle qu’on y enfonce à force, fort pouffée par la force ou l’impetnofité de la poudre , elle s’allonge environ d’un travers de doigt, Ôc elle fort empreinte des rayeures du Canon.
- Le Canon de la Carabine a 3 pieds de long, 6c elle a 4 pieds étant toute mon-
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- no TraitI
- tée. Elle a une baguette de fer, & Ton commence à y faire entrer la baie ave& une efpece de verge de fer, appellée/wa/ fe-bale, fur la tête de laquelle on frappe avec un petit marteau deftiné à cet effet* La Carabine a beaucoup plus de portée que le fufil, parce que les rayeures du canon arrêtant la baie, la font réfifter aux premières imprefïions de la poudre, qui ayant le tems de s’enflammer entièrement avant que de pouvoir la faire for-tir , la chafle enfuite avec bien plus de force que dans le fufil ordinaire*
- X*
- Du Pétard.
- [0 T E Pétard A, eft une machine dé 3. J—* fonte comme le Canon , qui a pré-cifément la figure, d’un cône tronqué , ou comme le dit le Chevalier de Saint-Julien , celle d’un chapeau à l’Efpagnol ; il eft concave en dedans. Sa hauteur eft communément de 10 pouces , ôc fon
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- de l'Artillerie; ni diamètre par en haut de. 7 pouces , 6c celui d’en bas , où eft fon ouverture, en a 10. Il a une lumière comme le Canon vers le côté oppofé à fon ouverture, que Ton peut confiderer comme fa culaffe* Au refte , il peut y en avoir de plus petits & de plus grands , & en general le Pétard doit être proportionné à la grandeur de l’effet que l’on veut qu’ilpro-duife.
- La façon ordinaire de charger le Pétard , eft d’y faire entrer à force, une fois autant de poudre fine, qu’il en contien-droit en ne la preffant point. On couvre enfuite -la poudre de papier en double ou de feutre , de la grandeur du diamètre du Pétard, furquoi on met enfuite une efpece de plateau de bois de même calibre ou diamètre que le Pétard , qu’on enfonce fur la poudre , en donnant plu-fieurs coups de maillet deffus, en prenant garde néanmoins de ne point l’enfoncer allez, pour qu’il égrenne la poudre. On remplit après cela le refte de la cavité du Pétard, d’étoupes, de cire
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- i 12 Traité
- jaune, ou poix grecque, ôc on recoüvrë
- le tout de toile cirée;
- Le Pétard a quatre anfes, par lefquelles on Tattache fortement avec des liens de fer à un madrier, c eft-à-dire , à une planche épailfe de 2 ou 3 pouces, comme la I0* figure A, le fait voir. Le Madrier a du & 4* 3* côté oppofé à celui fur lequel le Pétard eft attaché , deux bandes de fer qui le tra-verfent diagonalement ou en fautoir. Il y a aufli un crochet de fer pour attacher ce madrier à l’endroit où on veut le pla^ cer. La ligure B., fait voir ces bandes de fer ôc ce crochet;
- L’ufage du Pétard eft de brifer les portes des Villes ôc Châteaux que Ton veut furprendre;
- Pour cet effet, on fait en forte d’apro^ cher de la porte fans être découvert, Ôc avec un tirefond, ou quelque autre inf-trument, on attache le madrier par fon crochet à la porte que l’on veut brifer ou rompre ; ce qui étant fait, oii met le feu à la fufée du Pétard, laquelle étant remplie d’une compofttion lente, donne
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- de ls Artillerie. 113 le tems au Petardiet, ou à celui qui a attaché le Pétard, de fe retirer. La fufée ayant mis le feu à la poudre dont le Pétard eft chargé^ cette poudre preffe le madrier contre la porte avec un tel effort , quil la rompt, & quil y fait une ouverture.
- Le Métier de Pétardier eft extrême-^ ment dangereux. Peu d’Officiers, fuivant M. de S.Remy, reviennent de cette forte d’expedition ; câr ou des défenfes qui font fur la porte, ou de celles qui font à droit ou à gauche, ïi ceux qui font dans laViile s’apperçoivent de cette manœuvre, ils choifiiTent lePetardier & ne le manquent prefque jamais.
- L’ufage du Pétard h’eft pas ancien ; c’eft une invention toute moderne, dit le Chevalier de Ville, premièrement trouvée & mife en œuvre en France, d’où elle à paffé dans les autres pais. Henry IV. n étant encore que Roy de Navarre, furpritCahors, Ville Capitale du Quercy avec le Pétard en 1J75?. On en avoit déjà fait TeUai quelque tems
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- 114 Traité
- auparavant à un petit Château de Rouer-?
- gue.
- L’ufage du Pétard a été beaucoup plus grand qu’il rie l’eft préfentement, où l’on ne voit gueres de furprifes de Places. Cependant on peut s’en fervir utilement dans differentes occallons, Ôc ceux qui voudront fçavoir toutes les précautions qu’il faut prendre pour s’en fervir avec fuccès , pourront confulter le Chevalier de Ville, qui eft entré dans le plus grand détail qu’on puilfe défirer fur ce iujct.
- Avant de finir cet article, nous obfer-verons qu’on peut fe fervir du Pétard pour jetter de groffes pierres dans une Ville. M. Blondel en rapporte un exemple à la fin de fon Traité de l’art de jetter les Bombes. On fera peut être bien aife de le trouver ici : il peut fervir à donner une idée de la maniéré de jetter, dans un befoin des Bombes fans Mortiers.
- «Les Polonois, dit M. Blondel, affif-» tés des Troupes auxiliaires de l’Em-» pereur, fous la conduite du Comte de
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- de l’Artillerie. ii? s» Souches, afliégeoient en Tannée 1659 «la Ville de Torn en Prulfe, tenue par «les* Suédois, dans laquelle ils jettoient » très-fouvent des pierres d’une grolTeur «monftrueufe , de gros quartiers de 3» meules de moulin, & des carreaux de «plus de 800 pefant, fans fe fervir de » Mortiers en celte maniéré.
- » Dans le terrain raffis près de laCon-* «trefcarpe, ils creufoient des trous juf-» tement de la grandeur & de la figure de «la pierre qu’ils vouloient jetter, dont le «fond plat ôc uni étoit tourné vers la «Ville, avec tel angle d’inclination qu’ils » jugeoient par l’eftime, qu’il Falloir don-» ner pour la dire&ion de leur jet ; & dans as le milieu du même fond, ils creufoient «un autre trou plus profond, en forme « de chambre, ôc de telle forte que l’axe «de ce dernier trou paffant parle centre » de gravité de la pierre, fe trouvât per-« pendiculaire à fon lit, Ôt fut le même 33 que fa ligne de dire&ion. Ils emplifc » foient le trou avec de la poudre, fi la » terre étoit allez ferme, ou bien ils y
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- n6 Traité
- »fefoient entrer un Pétard d’une grandeur » proportionnée au poids de la pierre , » qui pofant fur le plan du madrier du « Pétard ou du tampon de la chambre , «recevoit l’imprelïion entière du feu de » la poudre , que l’on allumoit par le «moyen d’un filet trempé dans l’eau de «vie ôc de la compofition d’artifice, ôc «s’élevant à une très grande hauteur, » elle alloit retomber dans la Ville aux « endroits où elle étoit deftinée, & où « elle écrafoit tout ce qui fe rencontroit » à fa chûte.
- XI.
- Des Batteries , & de leur conflru&ion.
- ON appelle Batteries, tous les endroits où l’on place du Canon, des Mortiers, &c. foit pour tirer fur l’Ennemi , foit pour la deftruébion ou l’Attaque des Places de Guerre.
- Dans un Combat, on tire le Canon à découvert* fans quil y ait aucune éléva-
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- DE L5ARTÏLLERIE. îlj tion de terre quicbuvre ceux qui le chargent , & qui font deftinés à le faire manœuvrer. Comme il n’a pas toujours dans ces fortes de cas > une lituation fixe , ôc qu’il en change, fuivant que le General le croit néceffaire, on fent bien la difficulté de le couvrir. La célérité de ces fortes d’allions, ne permet point qu’on fe ferve de cette précaution qui en rend le fervice moins dangereux. Mais dans l’Attaque d’une Place , il n’en eft pas de même. Le Canon s’établit fixement dans les lieux où on le juge utile, Ôc il efl ab-folument néceffaire pour qu’on puiffe le fervir, qu’ilfoit derrière un parapet allez épais pour réfifter à l’effort du Canon de la Place.
- La conftru&ion de ce parapet > eft proprement ce qu’on appelle la conftru-âion d’une Batterie. On en donnera ici le détail tel que M. de Vauban le donne dans fes Mémoires.
- Il faut y autant que l’on peut, que le lit du Canon9 c’çft-à-dire, l’endroit où le terrein fur lequel il eft placé, foit élevé H ni
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- 118 Traité
- de quelques pieds au - deffus du niveau de la Campagne.
- Il faut donner au parapet trois toifes d’épaiffeur, ôcfept pieds ôc demi de hauteur.
- L’on conftruit ces parapets de terre 6c de fafcines, qui ne font autre chofe que des efpeces de fagots.
- On les trace d’abord avec un cordeau ou de la mèche,parallèlement aux parties de la fortification que l’on veut détruire : cela fait j on prend de la terre furie devant de la Batterie, en y pratiquant un petit foffé, & l’on fait alternativement un lit de terre bien foulé , & un lit de fafcines mifes en boutijfe, c’eft-à-dire, couchées félon leur longueur dans la largeur du parapet. On les attache bien enfemble, 6c on enfonce dans ces fafcines des piquets qui tiennent & lient, pour ainfi dire, les différens lits de ces fafcines, en forte que Je tout ne fait qu’un même corps. On pofe des fafcines en parement, c’eft-à-dire, couchées félon leur longueur le Jong de tous les côtés du parapet, atta-*
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- de l3 Artillerie: h> chées aufli fortement avec des piquets à l’intérieur du parapet.
- On éleve d’abord ce parapet jufquà la hauteur de deux pieds & demi ou trois pieds j & on trace les embrâfures fur fa partie extérieure. On fçait que les embrâfures font des ouvertures pratiquées dans les parapets pour le fervice du Canon, & que la partie entre deux embrâfures , fe nomme Mer Ion. Du milieu d’une embrâfure à une autre, il doit y avoir 18 pieds : l’embrâfure doit avoir 3 pieds du côté de la Batterie, ôt p du côté extérieur du parapet.
- Les embrâfures étant tracées , on achevé d’élever le refte du parapet ou de /’êpaulement de la Batterie ; car on lui donne quelquefois ce nom, ôc on laide vuide l’efpace des embrâfures, ôc l’on donne à la partie du parapet plus élevée que les embrâfures, la pente ou le talud convenable, pour que la matière du parapet ou les merlons ne s’éboulent pas dans les embrâfures.
- . L’on appelle la Genouillère de la Batterie, H iiij
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- i20 Traité
- la partie du parapet depuis le niveau de la Campagne jufqu’à l’ouverture des em-brâfures.
- Le parapet étant achevé, on prépare vis-à-vis les embrâfures des plates-formes, pour mettre le Canon deffus.
- Ces plates-formes font une efpece de plancher folidc, que l’on fait pour que le Canon n entre pas dans la terre , & qu’on puiflé le manœuvrer facilement. Elles font compofées d’abord de Gifles, qui font des pièces de bois que l’on range eniong, le long del’efpace que doit occuper la plate-forme. On fixe, ces pièces de bois dans les endroits où on les place par des piquets que l’on enfonce, à coté de part & d’autre. On couvre enfuite ces giftes de forts Madriers, c’eft-à-dire, de planches fort épaifies, pofées paralleler* ment au parapet, & à la place de la dernière, qui touche au coté intérieur du parapet, on pôle une efpece de petite folive , qu’on appelle Heurtoir, parce que lorfque l’on tire le Canon, les roues de fon affût viennent d’abord heurter 01^
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- de l’Artillerie; 121 frapper contre , d’où enfuite elles fe re^ cillent par l’effort que la poudre imprime au canon, vers fa culaffe , & qui caufe çe qu’on appelle fon recul, ainfi que nous l’avons déjà dit.
- Pour que le recul foit moins confide-rable, on éleve tant foit peut plus le terr rein, où pofe la partiede la plate-forme la plus éloignée du parapet , que la partie qui en eft la plus prochç.
- Les plates-formes doivent avoir enr viron 18 à 20 pieds de long, 7. ôc demi de large, à leur partie la plus étroite3
- 13 à la plus large.
- Lorfque les plates-formes font achevées tout-à-fait, on fait conduire le Canon aux batteries , & on le place avec fon affût fur les plates-formes qui lui font deftinées.
- On pratique dans le voifinage des batteries, de petits endroits à portée où l’on met la poudre. On couvre ces endroits de çlayes, ou d’autre chofe, pour les mettre à l’abri du feu. Ces petits endroits fe nomment les petits magafins
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- ri22 Traité
- de la batterie. Il y a un endroit plus éloigné, ôc moins à portée de la batterie, ou l’on tient une plus grande quantité de poudre : c’eft lui qui fert de magafin aux petits. On partage ainfi la poudre , afin d’éviter les accidens du feu. Ces Magafins font gardés par des Soldats l’épée à la main.
- La Flanche 11. mettra au fait de tout ce qui concerne les batteries de Canon après ce que nous venons d’en dire.
- La Fig. i. réprefente le plan d’une batterie avec fes plates-formes, & les Canons pofés deflus , vis-à-vis les em« brafures.
- La Fig. 2 de la même Planche, fait voir le profil d’une batterie avec une piece de Canon dans fon embrafure, prête à tirer.
- Des Batteries de Mortiers.
- Après avoir parlé des batteries de Canon, il convient de parler des batteries à Mortiers ; mais elles n’ont rien de
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- de l’Artillerie. 123 particulier des batteries de Canon. Elles fe conftruifent de la même manière , ôc elles n en different que par les embra-fures qu’elles n’ont point. Elles ont auf-li des plates-formes conftruites de la même manière que celles du Canon. On donne dans la Planche 12 , le plan d’une de ces Batteries, avec un profil repre-fentant un Mortier auquel on met le feu.
- Lorfque l’Ennemi eft à portée de voir les Batteries par le côté, on lui en dérobe la vue ,, en faifant des retours au parapet de la Batterie, ainfi qu’on le voit Fig. 1, Planche 1 r.
- Les Boulets & les Bombes fe placent vis-à-vis les nierions entre les embrasures.
- Differentes ejpeces de Batteries,
- Il y a des Batteries de differentes ef-peces, fçavoir, d3 Enterrées, de Direôles, d? Enfilade, de Revers, de Croifées, d’E-charpe, ou de Bricole.
- Les Batteries enterrées font celles
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- Ia'4 Traité
- dont les plates-formes font enfoncées dans le terrein de la campagne , de maniéré que ce terrein fert de parapet à la batterie, & qu’on peut y pratiquer des embrafures.
- Les Batteries directes font celles qui battent à peu-près perpendiculairement les côtés d’un ouvrage devant lequel elles font placées.
- Les Batieries d’Enfilade, font celles qui enfilent les côtés de quelque ouvrage.
- Celles de Revers , font celles qui le battent par derrière, c’eft-à-dire, qui découvrent le dos de ceux qui font pof-tés fur l’ouvrage pour le deffendre.
- Les Batteries Croifées, font celles dont les tirs fe rencontreroient à peu-près perpendiculairement, fionles fup-pofoit prolongés jufqu’à leur rencontre.
- Les Batteries d’Echarpe, font celles dont les tirs font un angle au plus de 20 dégrés, avec les faces, ouïes côtés des pièces qu’elles battent. On les appelle aufTi quelquefois batteries de Bricole,
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- de l’Artillerie. îzf parce que le boulet ne faifant pour ain-fi-dire,qu effleurer la partie fur laquelle il eft tiré, fe réfléchit dans les environs , à peu-près comme le fait une baie de Billard qui a frapée la bande obliquement.
- XIL
- Des Mines.
- LEs Mines font aujourd’hui une partie fi eflentielle de l’attaque & de la deffenfe des Places y qu’on ne peut fe difpenfer d’en donner une idée dans cet ouvrage , où l’on fe propofe de faire connoître les machines & les moyens dont onfe fert pour les réduire, ôt pour les conferver.
- Dejcription & objet des Mines.
- Par Mine 3 on entend une efpece de gallerie fouterraine , que l’on conftruit jufquesfous les endroits qu’on veut faire
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- ï 26 Traité
- fauter , & au bout de laquelle on pratique un efpace fuffifantpour contenir toute la poudre néceffaire pour enlever ce qui eft au-deffus de cet efpace;
- Le bout de la Gallerie , ou l’efpace où l’on met la poudre pour charger la Mine , fe nomme la Chambre, ou le fourneau de la Mine,
- L’Objet des Mines eft donc de faire fauter ce qui eft au-deflùs de leur chambre. Pour cela il faut que la poudre qui y eft renfermée , trouve plus de facilité à faire fon effort de ce côté , que vers la gallerie ; autrement elle ne l’enleveroit point.
- Pour obliger la poudre à faire fon effort par la partie fuperieure de la chambre de la Mine , on remplit une partie de la Gallerie de maçonnerie , de fafcines, de pierres ôt de pièces de bois, de diftance en diftance, qui s’arboutent les unes & les autres , &c. On met le feu à la Mine , par le moyen d’un long fac de cuir, appellé/tfao/Jo», qui va depuis l’interieur de la chambre de la Mine, juf-
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- DE 1? À RT IL L E RI £• 12?
- qu’à l’ouverture de la gallerie , Ôt même au-delà ; ôt afin que la poudre n’y contracte point d’humidité, on le met dans une efpece de petit canal de bois, appelle Auget. Le diamètre du fauciffon eft d’environ un pouce Ôt demi.
- Le feu étant mis au fauciffon, fe communique à la chambre de la Mine ; la poudre y étant enflammée,fait effort de tout côtés, pour donner lieu à la dilatation dont elle eft capable, ôt trouvant partout une plus grande réfiftance que vers le haut de la chambre de la Mine , elle fait fon effort vers cette partie fupe-rieure, ôt elle l’enleve avec tout ce qui eft deffus.
- Objèrvations & Principes pour le calcul des Mines.
- Pour que la Mine produife l’effet qu’on s’en propofe, il faut qu’elle foit chargée d’une quantité de poudre fuffi-fante. Une trop petite charge ne feroit que donner un petit mouvement aux terres fans les enlever, ôt même cette
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- 128 Traité
- charge pôuroit être fi petite, qu elle rië leur en donneroit qu’un infenfiblé, qui ne fe communiqueroit point du tout à la partie extérieure, ou à la furface du tér-rein. D’un autre côté une charge trop forte feroit employer de la poudre inutilement , & caufer quelquefois plus d’ébranlement &: de défordre que l’on n’en de lire. Pour éviter tous ces inconve-niens , il faut fçavoir ;
- 1°. La quantité de poudre îiéceflairé pour enlever un pied cube de terre. Il y a des terres de differentes fortes; les unes plus lourdes, ôc les autres plus légères ; les unes fort tenaces, & les autres dont les parties peuvent être plus ai-fément féparées. Il eftbefoin de connoî-tre ce qu’il faut de poudre, poür enlever un pied cube de chacune de ces efpeces de terres.
- 2°. Il faut connoître le folide de terre que la poudre enlevera, & toifer fa fo-lidité, pour fçavoir la quantité de pou-! dre dont la Mine doit être chargée.
- Le folide de terre que la Mine enleve,
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- de L’Artillerie. . fe nomme fon excavation, ôtl’efpece de creux qu il laifle dans f endroit où. il a été enlevé ,fe nomme P Entonnoir de la Mine : nom qui lui a été donné à caufe de fon efpece de reffemblance avec Finftru-ment que nous appelions entonnoir.
- C’eft de l’experience , que Fon peut prendre les connoiffançes dont nous venons de parler. Elle feule peut apprendre quelle eft la quantité de poudre né-ceflaire pour enlever un certain poids,’ de même que la figure de l’entonnoir de la Mine, ou ce qui eft la même cho-fe du folide quelle fait fauter.
- Les differens terreins, fuivantles Auteurs qui ont parlé des Mines, peuvent fe rapporter à quatre principaux.
- Au Sable fort, qu’on appelle aufïitüf.
- A l’Argille, ou terre de Pottier,dont on fait les Briques & les Thuiles»
- A la terre remuée, ou Sable maigre.
- A la vieille Ôt à la nouvelle Maçonnerie.
- Le pied cube de Tufpefe 124 livres#,
- Celui d’Argile ,135 livres.
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- ijo Traité
- Celui de Sable, ou terre remuéej livres.
- A Tégard du poids du pied cube de Maçonnerie, on ne peutgueres le fixer, précifément parce quil dépend de la nature des differentres pierres qui y font employées.
- On prétend que pour enlever une toi-fe cube de Sable ou Tuf en terre ferme, il faut environ 11 livres de poudre.
- Que pour enlever une toife cube d5Argile , aufïi en terre ferme, il faut i $ livres de poudre.
- Que pour une toife cube de Sable, ou terre remuée , il faut au moins p livres de poudre.
- Et qu’enfin pour une toife cube de Maçonnerie , il faut 20 0112J livres de poudre, fi la maçonnerie, eft hors de terre , & 3 J ou 40 livres, fi la maçonnerie eff en fondation.
- En fuppofant ces expériences faites avec tout le foin & toute l’exa&itude pof-fible, il n’eft pas difficile de connoîtrela quantité de poudre dont on doit charger
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- de l*Artillerie* ï^ii tine Mine, lorfque Ton connoît la valeur du folide de terre qu elle doit enlever.
- Ce folide a d’abord été pris poiir un Pt. cône renverfé ,AFB, dont la pointé Flo‘x* ouïe fommet F, étoit au milieu de là&*9 chambre de la Mine ; enfuite pour un cône tronqué, comme C A F B D C ; mais M. de Valliere, cet Officier Général, fi célébré par fa grande capacité dans 1*Artillerie , ôt principalement dans la Science des Mines , ayant exa-miné ce folide avec plus d’attention * a trouvé que fa figure differoitun peu dû cône tronqué, quelle approchoit d’avantage de celle d’un folide courbe ap-pellé Paraboloïde parles Géomètres ; ôc que la chambre ou le fourneau de la Mine fe trouvoit un peu au-deffiis du fond de l’excavation, parce que la poudre en s’enflammant, agit auffi fur le fond des terres du fourneau, & que par confcquent elle doit les prefler ou les enfoncer de quelque chofe.
- La coupe ou le profil du paraboloïde formé par l’excavation delà Mine, eft la
- ni
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- 13a, Traité
- Pl 13. %ne courbeADB, appelléeparabole;
- Fig, 3. elle eft de la même nature que celle que décrit une bombe, & en general tout autre corps jetté parallèlement ou obliquement à l’horifon. Le Fourneau C, fe trouve placé dans un point de l’efpace enfermé par cette courbe, qu’on appelle fon foyer.
- On peut confiderer le Paraboloïde comme une efpece de cône tronqué dont la partie fupérieure feroit arrondie en forme de calote, & les côtés un peu en ligne courbe.
- Dans plufieurs expériences qui ont été faites anciennement à Tournay, pour ob-ferver le folide formé par l’excavation des Mines, on a remarqué que la perpendiculaire C E, élevée du fourneau à la fuperficie du terrein, étoit égale au rayon du* cercle de la partie extérieure de l’excavation, c’eft-à-dire , de celui de l’ouverture de l’entonnoir. Cette li-. gne perpendiculaire au-deffus du fourneau , laquelle pxprime la hauteur des terres à enlever, eft appellée , ligne de
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- de l’Artillerie. i3? moindre reftfiance, parce quelle doit re-préfenter le côté où la poudre trouve le moins de réfifîance en fortant du fourneau ; l’on a trouvé aulli dans les mêmes expériences, que le rayon du petit cercle qui répondait fourneau, étoit la moitié du rayon du grand cercle, ou de l’ouverturè de la mine.
- La Géométrie fournit des moyens ou des méthodes pour trouver la folidité des cônes tronqués, de même que celles des paraboloïdes. Ainli fuppofant la ligne de moindre reffftance connue, êc l’excavation de la. Mine , un cône tronqué ou un paraboloïde, on trouvera la quantité de toifes cubes que contiennent chacun de ces corps, ôc par conféquent la poudre dont le fourneau doit être chargé pour les enlever.
- Pour rendre ceci plus fenfible , nous, allons l’appliquer à un exemple, & nous fuppoferoris, pour fnnpiiüer le calcul, que l’excavation de la Mine, eft un cône tronqué. Le peu de différence qu’il y a entre le tçifé du Paraboloïde & celui du
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- '*34' Traité
- cône tronqué fait que Ton peut > fans erreur bien fenflble, donner la préférence à celui de ces deux corps dont le toifé eft le plus fimple9 & c’eft le cône tronqué qui a cet avantage, pi.. I3, Soit F le fourneau ou la chambre d’une f ig. 4- Mine , F C, la ligne de moindre réfiftan-ce de 10 pieds; C B, le rayon du plus grand cercle de l’excavation > égale à la ligne de moindre refiftance^ &: par con-fequentauftide io pieds; F G* le rayon du plus petit cercle du cône tronqué, égal à la moitié de celui du grand cercle , c’eft-à-dirc , de $ pieds.
- Cela pofé, pour trouver la folidité du cône tronqué A D G B il faut d’abord trouver celle du cône entier AEB, & pour cela il faut connoître fon axe E C. On imaginera une perpendiculaire GH,: tirée de G, fur C B, qui fera parallèle à F C ; & à caufe des deux triangles femblables GHBj EBC, l’on vien-, dra à la connoiffance de la ligne entière CE 9 car l’on auraHB,eftàHG, compte CB, eft à C E. H B eft la differen-
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- de l’Artillerie; 13; ce de C B, à C H, égale F G. Ainfi CH, fera de j pieds , ôc par conféquent anlfi H B. H G, ell égale à C F ; ainfi H G, éftde 10 pieds, enforte que fi dans la proportion précédente, à la Place des lignesH B, H G, CB, on met leur valeur, on aura 5: eft à 10, comme 10 eftà CE, qu’on trouvera de 20 pieds, d’où ôtant CF, de 1 o , il reliera F E, qui eft l’axe ou la hauteur du petit cône, qui fera aufll de 10 pieds. On trouvera la folidité du cône total en multipliant la fuperficie du cercle de fa bafe par le tiers de fa hauteur C E, ôc l’on aura pour fa folidité 2100 pieds cubes. On retranchera de cette folidité celle du petit cône que l’on trouvera être de 262 pieds cubes , ôc il reliera pour la folidité du cône tronqué ADGB, 1838 pieds cubes ; c’ell-à-dire, environ 8 toifes cubes ôc demi.
- Cela fait, fi l’on fuppofe que pour enlever une toife cube de terre, dans laquelle on veut pratiquer la Mine, ilfoit befoiu de 11 livres de poudre , il faudra liiij
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- ri$6 Traité multiplier lestoifes de l’excavation par le nombre de livres de poudre qu’il faut pour enlever chaque toife ; c’eft-à-aire , que dans cçt exemple , i\ faudra multiplier 8 toifes ôc dçmi par u , ôc le produit st 3 livres ôc demi , donnera la quantité de poudre dont il faudra charger la Mine dont il eft ici quçiïion. Qn augmente cette quantité de quelque chofe % afin que l’effet de la Mine fe trouve plutôt plus grand que plus petit ; ôc pour remédier aux diffçrens accidents qui, peuvent arriver auffi à la poudre dans le four-* ne au, Ôc retarder fon adivité.
- Si l’on avoir yauIu calculer l’excavation de cette Mine, dans l,a fuppofition, du parab.oloide (a) on auroit trouvé pour jfa folidité i8po pieds cubes, qui valant
- (a) fn a la folidité- du paraboloïde en multipliant _ la fuperficie du cercle;. 4e l'a bafe par la moitié de la I3* ligne DE, fg 3. que l’on nomme Ton axe ; pour avoir cette ligne entière, il faut connoître la diftance G E>, du foyer G, au fommetE), de la courbe. Pour cela il faut tirer la ligne CS, ou G A, la porter enfuite fur E C, & la moitié de la quantité dont elle excedera, E G, fera la partie GB, qu’il faudra ajoutera cetce ligne pour avoir la profondeur entière du paraboloïde* dont A 3 > eft ie profil.
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- de l’Artillerie. itf S toifes, trois quarts cubes, c’eft-à-dire, que cette folidité fe trouveroit environ d’un quart de toife plus grand, que dans la fuppofition du cône tronqué ; ce qui n’eft pas ici un objet fort important.
- Lorfque l’on fçait la quantité de poudre dont la Mine doit être chargée , il faut trouver quelle doit être la grandeur ou la capacité de la chambre de la Mine.
- On ne la fait que de la grandeur convenable à la charge que l’on veut y mettre , afin que la poudre étant plus pref-fée y en s enflammant, fafle un plus grand effet. (Dalui dq>nne auiïi la figure cubique , c’eft-à-dire d’un fiplide terminé par fix quarrés égaux, parce que le feu prenant au milieu decefolide, fon a&ion fe porte plus également vers tous les parois de la chambre de la Mine , que. fi on lui donnoit toute autre figure. La circulaire fçroit encore plus avantageüfe, mais fon exécution deviendroittrop difficile.
- On peut connoître aifément cette capa-. çité parle moïen de la Géométrie,ôt pour çela ij faut feulement Ravoir lapefauteur-
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- Traité
- dun pied cube de poudre. On a trouve qu' elle étoit d'environ 80 livres ; ainft lorsqu'une Mine doit être chargée de 8 o livres de poudre, il faut que la chambre foit d’un pied cube. On la fait cependant d'environ un tiers plus grande que l’efpace que doit occuper la poudre , parce que pour empêcher que la poudre ne contrarie de l’humidité dans la chambre ou le fourneau, on la tapilfe, pour ainfi dire, par-tout de facs à terre , de planches ôc de paille, &c.
- Soit donc la Mine dont nous venons de trouver la charge, pour trouver la capacité de fa chambre, nous fuppofe-rons qu'aux livres & demi que le calcul a données, on ajoute 7 livres & demi , on aura 100 livres pour fa charge complété.
- Préfentement, fi 80 livres de poudre occupent un pied cube, 100 livres en occuperont un pied ôc un quart de pied, ajoutant à cela trois quarts de pieds pour les facs à terre, la paille & les planches qui doivent être dans la Mine -, on aura
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- de l’Artillerie. 139 2 pieds cubes pour la capacité totale de la chambre. Ainfi. il ne s’agit plus que de trouver le côté d’un cube qui contienne 2 pieds cubeg, qu’on trouve, par-approximation , être d’environ un pied 3 pouces. Ainfi donnant pour bafe à la chambre un quarré, dont le côté foit de cette quantité, & faifant fa hauteur aufïi de la même quantité, on aura la chambre de la grandeur demandée. Il eft bon d’obferver que l’exaÛe précifion n’eft pas d’une néceflité abfoluë dans ces forces de calculs.
- Nous ajoutons ici une Table calculée par M. de Valliere, qui contient la quantité de poudre dont les Mines doivent être chargées depuis 1 pied de ligne de moindre réfiftance, jufqu a ^o.
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- *4° Trait!
- TABLE
- Pour la Charge des Mines*' félon M. de Vauaere^ Lieutenant Général des Armées du Roy* & Infpe-&eur Général des Ecoles d’Artillerie.
- Longueur Quantité de Longueur Quantité de
- des lignes poudre dont les des lignes poudre dont les
- de moindre Mines doivent de moindre Mines doivent
- réjifiance. être chargées. réfifiance. être chargées.,
- Pieds. Livres. Onces, Pieds. .Livres. Onces
- r 2T ^ .Sd>8
- 2....... 9. % _ «. T . - ÛtiR' ...... 3 A
- 5 .,.a 8 *2: J- t Tlft T
- tr . 4 •••• xa no/! A
- 5 .11 2<... ie<R .0
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- de ï’Artillerie:
- Nous avons obfervé que la poudre agiffant également de tous côtés, fait fon plus grand effort vers celui qui lui oppofe le moins de réfiftance. Ainfï on peut la déterminer à agir vers un côté quelconque , en lui donnant plus de facilité às’échaper par ce côté que parles autres.
- Soit Figure $. la coupe ou le profil Pt. d’un Rempart de 30 pieds de haut ; fi Ton plaçoit la chambre de la Mine dans les terres du Rempart en D, en forte que la ligne de moindre réfiftance CD fe trouvât moindre que la diftance BD, c’eft-à-dire, que celle du fourneau à la partie extérieure du revêtement, il eft évident que la Mine feroit fon effort vers C, Ôc non vers B ; mais dans l'Attaque* des Places, on les employé pour détruire les reyêtemens, où elles font des effets fort confidérables : il faut donc pour cela que la chambre de la Mine foit placée de maniéré à produire cet effet, xfeft-à-dire, comme en A, où la diftance AB eft plus petite que celles de toutes
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- 142 Traité
- les autrês parties extérieures du Rempart ôt du revêtement au fourneau A. Nous avons fuppofé dans cet exemple , la hauteur du revêtement B K de 30 pieds; ainli fi Ton place le fourneau à la diftance de 12 ou if pieds du côté extérieur dtr revêtement , l’effort de la Mine fe fera félon H AI, ôt comme la partie I du terrein réfiftera à cet effort, il fe fera totalement vers B K, ôt il renverfera ainfi le revêtement dans le foffé. On trouvera la quantité de poudre néceffaire pour produire cet effet, comme nous l’avons indiqué ci-devant, en toifant le folide H AI, Ôt en multipliant chaque toife de fa folidité par 20 ou 2 y, qui eft la quantité de poudre dont il eft befoin pour enlever une toife-cube de Maçonnerie ; après quoi l’on réglera aufïi la grandeur de la chambre, relativement à la quantité de poudre qu’elle doit contenir, Ôt à ce qu’on a enfeigné précédemment à ce fujet.
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- iDE l’Artillerie: 14^ Nouvelles Obfervatiofis <&* Expêrien-ces, pour perfectionner le Calcul des Mines.
- Ce que nous avons dit jufqu’ici contient aflfez généralement la Méthode dont on s’eftfervi jufqu’à prefent, pour calculer la quantité de poudre néceflaire pour charger les Mines. Mais M. Beli-dor qui a profeffé long-tems & avec dif-tinâion les Mathématiques à l’Ecole d’Artillerie de la Fere, a fait obferver dans un Mémoire particulier que Ton trouve dans fon Cours de Mathématique, qu’il ne fuffifoit pas d’avoir égard feulement à la pefanteur > & à la quantité des terres que l’on veut enlever par la Mine , mais encore à leur ténacité, c’eft-à-dire, à la liaifon & l’enchaînement de leurs parties & que comme cette ténacité eft plus grande dans les petits folides y eu égard à leur folidité, que dans les grands,
- *M. clç Valliere reconnoît auffi la même chofe dans fa DiUertatio'n furies Mines, que M. de Folard a inférée à la lin du troifiéme Volumede fonCommen-«tire fuc Polibe.
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- Ï4ï T r a i T ê jl falloit plus de poudre pour chaffer oli enlever chaque toife cube d’un petit fo-lîdè que d un grand. L’on fent bien que cette obfervation peut apporter plus d’e-;xa£titude dans le Calcul dès Mines.
- Pour fe convaincre aifément quun petit folide a plus de fuperficie , à proportion de fa mafle ou folidité, qu’un plus grand} il n’y a qu’à confidérer un cube dont le côté foit d’un pied ; il eft terminé par 6 quarrés d’un pied chacun. Confi-derons enfuite un autre cube dont le côté foit de 2 pieds ; fa folidité contiendra 8 fois celle du premier ; car la fuperficie de fa bafe fera le produit de 2 par 2, qui eft 4, ôc fa folidité le produit de fa baie par fa hauteur, c’eft-à-dire, de 4 par 2, qui eft 8 ; ainfi ce dernier folide fera 8 fois plus grand que le premier. Si la fuperficie augmentoit ccmme la folidité * elle devroit être aufli 8 fois plus grande que celle du premier, mais elle ne fe trouve ici que 4 fois plus grande, parce que chaque quarré de la fuperficie de ce fo-iide ^ ne contient que 4 quarrés d’un
- P'e4i
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- DE L*' Â R T i L L E R ï E.’ 14? pîéd ; donc eu égard à fa folidité, fa fu-perficie- eft plus petite quecelle du cube , dont le côté eft d’un pied.
- Plus le folide que l’on veut enlever a de fuperfxcie , plus oii félit bien qu’il y a de difficulté à le détacher ; ce qui fait voir la néceffité d’avoir égard à la tena* cité des terres dans le calcul des Mines.
- Pour connoître cette ténacité, M. Be-lidor propofe, dans le même Mémoire, des expériences qui peuvent y conduire. Elles confiftent à charger dans un terreiri de même confiftance, trois ou quatre Mines également enfoncées dans les terrés, c’éft-à-dire, dont les lignes de moindre réliftance foient égales, & dé les charger d une quantité de poudre fort médiocre,èftimée nécelfaire feulemeri: pour ébranler les terres depuis le fond du fourneau jufqu à la fuperficie du ter-rein ; en forte que l’on püiffé s’apperce-voir fur cette fuperficie de cet ébranlement par un cercle qu’il doit y tracer. Comme ce n’eft qu’en tâtonnant ôc à différentes reprifes que l’on peut parve-
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- ;i*£ Traité nir à trouver la quantité de poudre né-ceffaire pour produire cet effet, on fent: bien qu’il faut néceffairement faire nombre d’expériences avant que d’y arriver ; mais lorfque l’on fera parvenu à une charge qui n’aura fait qu’ébranler le ter-rein, & détacher ou rompre, pour ainfi dire, la liaifon des parties du folide que l’on veut enlever, avec le refte du ter-rein , on aura la quantité de poudre né-ceffaire pour vaincre la ténacité de ces parties, & cette quantité étant connue pour une ligne de moindre réfiftance d’une grandeur déterminée, fera con-noître, par la Géométrie, la quantité dont il en fera befoin pour vaincre la ténacité des terres d’une autre Mine, dont la ligne de moindre réfiftance fera différente.
- Ceux qui fçavent les Elemens de la Géométrie, fçavent que les fuperficies des Figures femblables font entr’elles comme les quarrés des lignes fembla-blement tirées.
- Les folides qui font enlevés dans les
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- 7, DE 1/ A R T î L L Ë R î E; 147
- Mines faites dans des terreins homogènes , ou de même nature , quelque puiiïe être leur figure, font des folides fembla-jbles, dans lefquels les lignes de moindre réfiftance , font des lignes femblable-ment tirées : il s’enfuit donc que leurs fuperficies font entr’elles comme les quarrés des lignes de moindre réfiftance. Àinfi fi l’on fuppofe que f o livres de poudre ont détaché les terres d’une Mine, dont la ligne de moindre réfiftance étçit de 8 pieds, & qu’on veuille fçavoir combien il en faudra .pour vaincre la ténacité des terres d’une Mine dont la ligne de moindre réfiftance fera de 12 pieds , on la trouvera par une Réglé de Trois ou de Proportion ÿ de cette maniéré, eii difant : comme le quarré de 8 * qui eft £4 eft au quarré de 12 > qui eft 144 ; ainfi 50 livres de poudre eft au quatrième terme que l’on trouvera d’environ 112 ; ce qui fera voir qu’il faudra 112 livres de poudre pour vaincre la ténacité des terres d’une Mine, dont la ligne d^ moindre réfiftance fera de 12 pieds.
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- 'î4§ Traité
- Prefentement pour connoître la quan* tiré de poudre néceffaire pour enlever les terres de la Mine, il fuffit d’en charger plufieurs dans le mêmeterrein, dont les lignes de moindre réfiftance fôient égaies , & les forcer de poudre jüfqu’à ce que l’on parvienne à une charge qui nétoye l’entonnoir de la Mine, comme on le defire.
- Etant parvenu à Cette charge, on pourra connoître la quantité de poudre dont on aura befoin, pour produire le même effet dans une Mine, dont la ligne de moindre réfiftance fera différente. Et pour cela, ceux qui ont appris les Ele-mens de la Geometrie, n ont qu’à fe reff fouvenir que les folides femblables font entr’eux comme les cubes des lignes femblablement tirées > ôt qu’ainfi les folides que la Mine fait fauter, font entre-eux comme les cubes des lignes de moindre réfiftance.
- En forte que fi 70 livres de poudre ont produit l’effet cherché dans une Mine, dont la ligne de moindre réfiftan-
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- de lsArtillerie; Y49 ce étoit de 8 pieds, pour trouver la quantité de poudre, pour produire le même effet dans une Mine , dont la ligne de moindre réfiftance auroit 15* pieds ; on fera une Réglé de proportion de cette maniéré : comme le cube de 8 , qui eft $12, eft au cube de 1$, qui eft 3375' , ainfi 70 livres de poudre, dont on a char-? gé la première Mine, eft à la quantité de poudre pour la charge de la Mine dont il s’agit, qu’on trouvera de 461 livres y laquelle quantité fera un peu trop forte, parce qu’elle eft trouvée, comme fi la ténacité des terres de cette Mine étoit proportionnelle à fa maffe, ôc que l’on a vu qu’elle étoit moindre.
- Pour trouver la quantité qu’il faut lui ôter, fi faut confidérer que la Mine dont la ligne de moindre réfiftance étoit de 8 pieds, a employé 50 livres de poudre pour vaincre la ténacité des terres , ôc que comme la même Mine a fauté, ôc fait l’excavation qu’on defiroit avec 70 livres de poudre, il n’y en a par confé-quent eu que 20 livres employées à faire
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- 'i$q Traité
- Sauter les terres. On peut tirer de là l & la connoiflance de la quantité dé poudre néceflaire pour rompre la ténacité de la Mine, dont la ligne dé moindre refiftance eft de i £ pieds, ôc la quantité pour la faire fauter.
- D’abord pour trouver fa ténacité, on fera cette réglé de proportion , fondée fur ce que l’on a dit précédemment : comme le quarré de 8 qui eft 6% eft au quarrè de i p qui eft 22 y , ainfi 5; o livres de poudre, eft au quatrième terme de la réglé qu’on trouvera de 17^ livres, qui eft la quantité de poudre pour rompre la ténacité des terres d’une Mine dont la ligne de moindre réftftance eft de 1 £ pieds.
- Enfuite on trouvera la quantité de poudre convenable pour enlever les terres de cette Mine par cette autre réglé de trois ou de proportion , fondée aufli fur ce que l’on a dit ci devant.
- Comme le cube de 8 qui ëft $12 eft au cube de 1 y qui eft 3375* , àinft 20 livres de poudre eft à la quantité de poudre
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- de l’Artillerie, ifr cherchée , quon trouvera de 131 livres; ajoutant cette quantité avec celle qui convient pour la ténacité qu’on a trouvée de 173 livres, on aura 306’ pour la quantité de poudre dont on doit charger la Mine dont il s’agit. Ainfi fi l’on n’avoit point eû. égard à la moindre ténacité de cette derniere Mine,, on l’auroit chargée de 13 3 livres de trop, en la chargeant de 461 livres de poudre, comme on l’avoit trouvé d’abord.
- Les expériences dont on vient de parler , faites dans tous les terreins diffe-rens, donneraient le moyen de faire des tables affez exa&es pour la charge des Mines, & elles auroientl’avantage que la figure du folide n’y entrant point, il nepourroit, quel qu’il foit, influer aucune erreur fur leur calcul.
- La Cour, fuivantce que nous rapporte M. Belidor, ayant jugé à propos de faire faire ces expériences qui peuvent perfectionner beaucoup la fcience des Mines, elles ont été faites, & M. Beli-dor a promis de les donner au Public
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- ï 5** Traité
- avecunTraité complet fur cette matière^ dans lequel on ttouverafans doute beau-, coup de chofes neuves & intereiïantes.
- Ces expériences ont fait revenir d’un préjugé allez fingulier, fondé furies expériences anciennement faites à Tour-nay & dont nous avons déjà parlé y c’eft-que la force de la charge d’une Mine n’augmentoit jamais l’entonnoir^ au contraire qu’elle diminuoit fon ouverture ; enforte qu’en forçant de poudre, la Mine ne faifoit qu’une efpece de puits , dont l’ouverture fuperieure n’étoit gué-res plus grande que celle de la chambre de la mine. On a trouvé un refultat different par les nouvelles expériences *,
- '* En 1719 il fut fait à la Fere, dans un terrein len-lîblement homogène , ou de même nature, fept gal-îeries fur le même plan , ou le même niveau. Elles partoient du fond d un puits, qui avoit o pieds de profondeur ; ainfi le fourneau de' chacune de ces Galle-tfies avoit îo pieds de ligne de moindre rélîftance. Le premier fourneau fut chargé de 120 livres de poudre ; le fécond, de 160 , le troifîéme de zoo, le quatrième^ de 240 , le cinquième de 280 , le fixiéme de 32© , Sç le feptiéme de 360. Ces fourneaux ayant joue, le diamètre du cercle fupèriéur de l’entonnoir du premier fut trouvé d’environ 22 pieds. Celui du deuxième de %6. Celui du troificme de 24 , & les autres touours en augmentant jufqu’au dernier 5 qui avoit 38 pieds £
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- d e l’Artillerie.
- En augmentant la charge des Mines ^ pn a eu une excavation plus large, Ôç toujours à proportion de la charge; en-’ forte qu’on peut en déduire, ( & ceci eft fort important dans l’attaque & la deffen-fe des Places, ) qu’on peut trouver la quantité de poudre néceflaire pour que la Mine faffe une ouverture déterminée , par exemple de 6, S} 12 &c. toifesJ Malgré ces expériences, M. Bigot de Morogues remarque dans helTai qu’il a donné fur la poudre , qu’on difpute encore aujourd’hui fur ce fujet parmi les Mineurs, » & qu’on y met en problê-me fi un fourneau extrêmement char-< »gé,nefait qu’un entonnoirfemblable » à un puits, ou fi malgré le préjugé il en ? peut faire un, dont le diamètre furpaf^
- pouces. A l’égard du diamètre du cercle du fond dé l’entonnoir, il a été trouvé dans des Mines qui avaient, dix pieds de ligne de moindre réliltarice , beaucoup plus petit que cette ligne. Entre-autre dans une Mine»' de 10 pieds de ligne de moindre refîftance, chargée de iooo livres de poudre , au lieu de 93 quiétoit la char-' ge qui devoit lui convenir, le diamètre du fond de l’entonnoir n’a été trouvé que de 5 pieds. Ileftà préfumer qu’avec la charge ordinaire, il aurait encore bien plus petit,
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- 4f4 Traité
- ?fe de beaucoup le double de la ligne de » moindre refiftance ; & il ajoute , la rai-» fon le veut , la Théorie le montre, l’ex-.* perience le confirme, & l’opinion con-» traire a fes partifans.
- Comme ces expériences font voir que. la fuppofition que l’on fait ordinairement , que le rayon du cercle extérieur de rentonno'ir égale toujours la ligne de moindre refiftance, n’eft pas exa&e, non plus que celle de l’égalité du rayon du cercle intérieur, ou du fond de l’entonnoir, à la moitié de la ligne de moindre réfiftance , il s’en fuit que le calcul fondé fur ces fuppofitions , n’eft pas non plus exaét. Cependant les Mines que l’on a fait joüer jufqu à pré-fent calculées fur ces principes, ou fuppofitions , ont produit les effets qu’on s’en propofoit; ce qui femble en prouver la vérité & l’exa&itude : mais c’eft que comme on fupofe le folide enlevé par la Mine, un peu plus grand qu’il ne l’eft çffe&ivement, les fourneaux fe trouvent par confequent un peu plus chargés, re-
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- de l’Artillerie. if%
- larivement à ce folide, qu’on ne le croit, & par cette raifon ils ne peuvent manquer de réuflir , & de donner même; de plus grand déblais que ceux quon en attend.
- Il eft naturel après cela de demander quels feront donc les avantages que la pratique des Mines pourra tirer des expérience dont ont vient de parler? M. Belidorles détaillera fans doute dans le Traité des Mines qu’il a promis ; mais en attendant , en voicy plufieurs qui pa-roiffent allez importants.
- Aujourd’hui pour faire jouer une Mine qui donne une ouverture j par exemple , de 40 pieds de diamètre il faut s’enfoncer dans les terres de 20 pieds pour avoir une ligne de moindre réfiltan-ce de cette quantité. Comme tous les terreins ne permettent pas cet enfoncement, on ne pourra point dans un terrein de moindre profondeur faire une excavation de 40 pieds de diamètre , par une feule Mine ou un feul Fourneau , il faudra ÿ en employer plufieurs. Dans latta-
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- ti $6 Traité
- que, 6c plus encore dans la deffenfe de$ Places, il y a nombre de cas où une Mi? ne qui donne un entonnoir trop profond , pe fait que donner un couvert à l’Enne? mi : elle ne lu i en donnera point, s’il effc poffible de donner en même tems à l’entonnoir beaucoup de largeur , 6c peu d© profondeur : De plus , ce peu de profondeur , donne encore la facilité ou le moyen de renouveller plus fouvent les fourneaux dans le. même lieu. Ajoutons à cela que dans la plupart des lieux où l’on employé les Mines , la célérité de leur conftru&ion eft une chofe fort importante ; c’eft pourquoi fi fans s’enfon? çer dans les terrés, autant qu’on le fait aujourd’hui, on peut faire jouer des Mines dont les effets foient les mêmes que fi on s’y. enfonçoit beaucoup , l’exécution en deviendra plus prompte, Ôt par con*? féquent plus avantageufe, &c.
- Après avoir donné une idée de la maniéré dont on a penfé fur les Mines juf-qu’à préfent, il faut dire un mot de leur conftruètion, ôc dç celle de leurs, gale* ries.
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- !DE l’àutîli k rie; 157;
- Conflrufiion des Mines & de leur Galleries,
- Noiis rie parlerons point ici de rattachement du Mineur, c’eft-à-dire , de la maniéré donr il entre & pénétré dans les terres ; nous renvoyons cela au Traité de l’Attaque , où il fera queftion des difficultés qu’il éprouve dans la conduite de fon travail.
- Les Galleries que font les Mineurs pour aller jufques fous les endroits que l’on veut faire fauter , ont communément 4, pieds & demi de hauteur y & 3 pieds & demi, ou trois pieds de largeur.
- Le Mineur fait fon travail à genou. Il commence par faire un trou dans lequel il puilfe fe placer : un autre Mineur eft derrière lui , qui prend ou ramalïe dans une efpece de petite broüette, la terre que le premier Mineur abat pour faire fon palfage. Cette broüette eft quelquefois attachée à une corde pofée de façon , que lorfqu’elle eft pleine , un Mineur qui eft à rentrée de la GaUeriè ; là tire à
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- ty8 T R a i té , ,
- lui pour en jetter les terres hors de là Gallerie , & que le fécond Mineur peut enfuite la Retirer à lui pour la remplir de nouveau. Ceci ne peut fe faire que lôrf que la Gallerie n èft pas fort avancée dans les terres ; car autrement il faut employer un plus grand nombre d'hommes pour déblayer les terres de la Gallerie. Les Mineurs fe relevent de deux heures en deux heures , & ils avancent leur travail avec la plus grande diligence quil leur eft polîible.
- A mefure que la Gallerie avancé , il y a des Charpentiers qui /’étançonnent j c’eft-à-dire , qui de diftance endiftance> y mettent des pièces de bois appellées ètançons, pour fcutenir lès terres du haut de la Gallerie , & empêcher qu elles ne seboulent, & ne la comblent. Ils pratiquent quelquefois dans la Gallerie un petit ceintre avec differentes pièces de bois, lequel fert à foutenir les terres du haut de la Gallerie ; quelquefois aufli, & c’eft Fufage le plus commun , ils fé contentent de mettre des madriers fou-tenus par les ètançons.
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- toi lsàr.tî llerie; ï$p Le Mineur avance fon travail jufqu’à 'ce qu’il foit parvenu à l’endroit ou doit être la chambre , ôt après qu’il lui a donné la grandeur quelle doit avoir, les Charpentiers l’étançonnent ; on l’en-tourre enfuite de facs à terre vuides , de paille y ôt de planches , afin que la poudre y contracte moins d’humidité; ôc lorfqu’elle eft entièrement préparée, on y met la poudre fur le plancher, fur un lit de paille 9 recouvert aufîi de facs à terre vuides. On place le bout du fauciffon. au milieu de la poudre 3 afin qu’elle s’enflamme en même tems , ôt pour que le fauciffon refte ainfi fixement, on le larde d’une cheville de bois dans l’interieur de la chambre y ôc tout proche des madriers qui la ferment. Cette cheville a encore un autre objet9 c’eftquelle empêche qu’on ne puiffs tirer le fauciffon hors de la chambre de la Mine. La partie du fauciffon qui eft hors de la chambre dans la Gallerie, fe met dans l’auget, ainfi que nous l’avons déjà dit.
- On couvre le deffus de la chambre
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- fttfô Traité
- de la Mine de forts madriers, fur lefquèîs bn pofe des ëtànçons qui foutiennent d’autres madriers qui empêchent l’éboule ment des terres de la Gallerie au-def* fus de la chambre : on met des pieceS de bois en travers hotifonralement , ou fe coupant obliquement en croix de S. André ou fautoir, lefquelles pièces de bois fervent à ferrer les étânçons contre les terres de la Gallerie ; on remplit en-fuite le vuide qu’elle lailfe, de fumier , de briques > de moilons, & autre chofes de pareille nature ; on remplit de même une grande partie de la Gallerie , afin que la poudre ne puilfe pas y faire fon effort.
- Pour que la Gallerie puilfe oppofer toute la réfiftance néceffaire pour empêcher la mine d’y faire fon effet, il faut qu elle foit beaucoup plus longue que la ligne de moindre réfiftance du fourneau de la Mine.
- Car fi l’on fuppofe que B foit le four-Pr.. T4- neau d’une Mine conftruite dans le con-FlG* l'tré-fort A, ôc C, l’entrée de la Gallerie,
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- de l’A rt il lé rië; l’ÿfj fyls-à-vis le fourneau B j comme fa Ion-* gueur BC,eft beaucoup moindre que la -hauteur des térres ôc de la maçonnerie au-deffus du fourneau, quelque exacte-ment que cette gallerie puiffe être rem* plie ôc bouchée , elle n’oppofera point le même effort que ces terres Ôc cette maçonnerie : ainfi dans ce cas ,1a plus grande partie de l’effet de la Mine fe fera dans la Gallerie, ou comme le difent communément les Mineurs, la mine fouflera dans la Galle rie*
- Mais fi pour faire fauter la partie du rempart, vis-à-vis le point L, deau-def-pt fus, on fait l’ouverture de la Mine en D , affez loin de cette partie, ôc qu’on y conduife la Gallerie , en la coudoyant comme de D enE ; de E en F, de F en G, ôc enfin de G enl, ileft évident qu’on pourra alors emplir ou boucher une partie de cette Gallerie fu£ fifamment pour oppofer plus de réfiflan-1 ce à la poudre enfermée dans le fourneau, que la ligne de moindre réflflancè de ce fourneau ; ôc qu’ainfi dans cet état
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- .16* Trait ê
- on peut faire faire à la Mine tout Te&
- fet qu on en defire.
- Il fuit de là que pour faire fauter une partie de rempart ou de revêtement par le moyen d une Mine, il faut ouvrir la Gallerie loin de cette partie , ôc l’y conduire par differens coudes ou retours* Ces retours ont encore un objet bien ef-fentiel , c’eft qu’ils donnent plus de facilité à bien boucher la Gallerie ; mais comme ils allongent le travail , on n’en fait qu’autant qu’il en eft befoin pour que la Gallerie foit capable d’une plus grande réfiftance que la ligne de moindre ré-liftance de la Mine.
- _ Pour donner une idée de la maniéré
- Pi. 14.
- r le. 3. dont on remplit la Gallerie à chaque coude , foit A B C D, un coude quelconque ; on commencera par planter des madriers, verticalement le long de D C* êt de même le long de AB, que l’on recouvrira d’autres madriers polés horifon-talement, dont les extrémités porteront, fçavoir ceux de D C, vers C, & vers D, & ceux de AB, vers A& vers B. On
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- Ï>Ë i/ARtÎLLÈRÏÈ; kdofïera verticalement à ces madriers des pièces de bois appelléespieds droits 9 qne l’on ferrera de part ôc d’autre fur les madriers de DC, & de AB, par de fortes pièces de bois, mifes en travers;,' qui fe nomment Arcs-boutans > ouEterfî-Ions; ôc pour que ces pièces de bois pref*. fent les madriers , aufquels font adoffés les pieds droits , avec tout l’effort pofïi* ble, on les fait entrer à force ôc l’on met! de forts coins entre les extrémités des éterfilons, ôc les pieds droits fur lefquels jpofent les extrémités des Eterfilons. On remplit après cela le vuide du coude de mêmes matières dont on remplit celui du defliis de la chambre de la Mine.
- Il faut remarquer que la longueur de tous les contours de la Gallerie pris en-femble, n’expriment pas la réfiffance. quelle peut oppofer à l’effort de la Minej car la poudre agiffant circulairement, Une Gallerie à plufieurs retours né lui offre de réfifîance que fuivant la ligne droite imaginée , tirée de fon ouverture à la chambre de la Mine, laquelle ii-
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- •1^4 Traité grie pouvant être confiderée comme la longueur de la gallerie , c’eft par elle que nous exprimerons cette longueur*
- Pl Soit B le fourneau d’une Mine dont
- Fig. 4. la ligne de moindre réfiftance eft A B. Si les parties B C, ôc C D de la gallerie font prifes enfemble égale à la ligne AB, ôc fi l’on fuppofe la gallerie remplie de matériaux qui réliftent autant que les terres de la ligne de moindre réfiftan-ce, la Mine fera fon effort par la gallerie , car la poudre agira vers l’ouverture D, de la gallerie, fuivant ce que nous venons de dire, feloii la ligne BD, qui eft plus petite que les.lignes B C, & CD, prifes enfemble , Ôc par conféquent moindre que la ligne de moindre réftf-tance : donc, ôcc.
- Il fuit de là qu’il faut évaluer la partie de la gallerie qu’il faut remplir, non par la longueur des parties de cette gallerie , mais par une ligne droite y tirée du centre divfourneau, à un point détermi-. né de la gallerie. La Géométrie fournit
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- de l’Artillerie. i6f un- grand nombre de moyens pour me-furer cette ligne ; celui quiparoît le plus limple, eft de tracer fur un plan bien exa&ement,parie moyen d’une échelle* tous les contours de. la gallerie > après quoi il eft fort aifé de connoître avec la même, échelle} les points de la gallerie , où peuvent tomber des lignés droites d’une longueur déterminée, tirées du centre du fourneau dans la gallerie.
- Les matières dont on remplit lesgal-leries ne pouvant être aufîi folidement liées enfemble que de fortes & anciennes maçonneries 3 lorfqu’il s’agit d’en faire fauter de cette nature , on remplit la gallerie, en forte que la. ligne droite qui exprime lalongueur de fa partie bouchée , foit plus longue que la ligne de moindre réfiftance» Il eft affcz; difficile dç donner des réglés bien précifes. fur çe fwijet ; cependant quelques. Auteurs prétendent que dans les terreins ordinaires , il faut boucher la gallerie feulement d’environ ^ ou 6 pieds de plus que la ligne de moindre réfiftance 3 ôt que .dans
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- . 'ltô T R A t T £
- la maçonnerie, il faut la boucher cfuiî tiers ou d’une moitié de plus que la lon-< gueur de la ligne de moindre réfiftance ; en forte que fi cette ligne a 18 pieds , la gallerie doit être remplie dans ce der? nier cas de 24 ou 27 pieds au moins , cet efpace doit toujours être compté en ligne droite du fourneau, àl’endroit de la gallerie où il fe termine.
- Après ce que nous avons dit jufquici des Mines, il ne nous refte plus qu’a jdonner unç idée de leurs differentes ef-* 'peces.
- Des differentes ejpeces des Mines,
- Une Mine qui n a qu une fimple cham-. ^Pig bre ou f°urneau9 comme la Mine A, fe & 6 nomme Mine fimple. Si elle a 2 fourneaux , comme la figure B le fait voir % la gallerie en ce cas forme une efpece de T, Ôc la Mine eft appellée Mine double. Si elle a 3 fourneaux commet figure C, elle eft appellée Mine triple pu treflée-, èc enfin fi elle en a 4, Mine quadrupliez & ainfi dç fuite, en prenant le nom dp
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- de l9Artillerie. 167 nombre de fes chambres ou fourneaux.'
- L’objet des Mines à plufieurs fourneaux, eft de faire fauter à la fois une plus grande étendue de rempart ou de terrein; on obferveuntel arrangement dans leur diftance , que leurs efforts fe communiquent, & on leur donne le feu à tous en même tems, par le moyen d’un fauciffon qui communique à tous les fourneaux; on détermine l’endroit où l’on doit mettre le feu au fauciffon^ de manière que le feu arrive en mime tems dans toutes les chambres. Xi ne s’agit pour cela que de lui faire parcourir des parties égales du fauciffon depuis le point où l’on met le feu, lequel fe nom-ne le Foyer 3 jufqu’au centre de chaque chambre. En forte que s’il s’en trouve quelques-uns plus près du foyer que les autres, il faut faire faire différé 11s coudes ou zigzaç au fauciffon, afin qu’il y en ait la même quantité du foyer à ces chambres qui en font proche , qu’il y en a du même foyer à celles qui en fpnt les plus éloignées.
- Liiij.
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- T r a i T i
- Dans les révêtemens où l’on vent conftruire une Mine double , on fait en-forte d’ouvrir la gallerie entre deux contre-forts , & le revêtement étant percé , on la pouffe à droite ôc à gauche le long du côté extérieur du revêtement, juf-qu’au milieu des deux contre-forts, où étant parvenu, on creufe les chambres dans la partie du revêtement , jointe à ces contrefforts.
- Pour faire une Mine treflée, on fait en forte d’ouvrir la gallerie vis-à-vis un contre-fort & lorfque l’on a percé rouver-. ture du revêtement, on s’étend à droite & à gauche comme dans la Mine double jufqu’aux deux contre-fforts voifins ,
- : où étant par venu, on pratique les fourneaux dans le revêtement, de la même maniéré que dans la Mine double : On pouffe auüi une gallerie à côté du contre-fort qui eft vis-à-vis l’ouverture de la Mine , & derrière ce contre-fort, on pra-. tique le troifiéme fourneau, comme on Je voit dans la Fig. C.
- A l’égard des Mines quadruplées, ejn
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- de l’Artillerie. i6? les ne font autre chofe que deux Mines doubles , jointes enfemble par le même fauciffon.
- Les Mines fimples & les doubles font Je plus en ufage dans les Sièges. On ne fe fert gueres des autres, que lorfqu on veut démolir ou détruire totalement de§ ouvrages.
- On fait très-communément dans fat* taque des Places de petites Mines dont le fourneau n’eft enfoncé dans les terres , que depuis cinq jufqu à douze pieds. Ces fortes de Mines font appellées Fou-gaces. Elles fe font communément fous les angles faillans du glacis. On en fait de double, de triple &c. Dans pluiieurs Places, leurs galleries qu’on appelle rameaux , font confinâtes ayant qu’il foit queftion d’attaquer la Place. Elles font une partie principale des fortifications de la Place. Les Places qui ont des galleries ou rameaux, ainli conftruits fous leur glacis ôc dans fes environs , font dites avoir le Glacis contreminé, la Citadelle de Topjnay à Ion glacis contre^
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- 170 T R A I T I
- miné. Il y a aufli plufieurs fronts de Lu-
- xembourg qui Font de même.
- A l’égard des Contremines de la Place, dont nous n’avons point parlé juf-qu ici, il fufîit de fe rappeller ce qui en a été dit dans nos Elêmens de Tonification : Sçavoir, que ce font des galleries. fouterraines que l’on confirait en même, tems que la Place, foit dans l’interieur du Baftion, foit fous le Fofîe ôt fous le Chemin-couvert. Elles fervent à faciliter Içs moyens d’aller au-devant des Mineurs ennemis, à arrêter leur Ouvrage, & à pouvoir conduire des rameaux pour faire fauter l’établiffement de l’Ennemi dans les environs du Chemin-couvert , & dans les Ouvrages dont il s’eft emparé, ôte.
- Lorfque l’Ennemi qûi attaque une Place veut fe fervir des Mines ou Fou-gaces dans les attaques , le Mineur fait une efpece de puits dans les lieux les plus proches de l’endroit où doit être le Fourneau, ôt où il peut travailler, ôt du fond de ce puits, il avance fa gallerie ou
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- de l’Artillerie. 171 fou rameau jufques vers les lieux qui lui font indiqués.
- Il ne nous relie qu’à faire obferver après tout ce que nous venons de dire fur ce qui concerne les mines, que leur ufage eft très-ancien, & qu’on s’en eft fervi dans la plus haute antiquité. On faifoit alors les galleries de la même maniéré que nous les faifons aujourd’hui > 6c lorfqu on étoit parvenu fous le mur qu’on vouloit détruire, on y pratiquoit une efpece de grande & vafte gallerie dans fon épaiffeur. On foutenoit la partie du mur au - deflus de cette gallerie par de forts étançons, & l’on remplif-foit après cela tout l’efpace de la galles yie de matières combuftibles > c’eft-à-dire, aifées à prendre feü Ôc à le confer-ver. On mett&t le feu à ces matières % Jefquelles le communiquoient aux étan-çons ; & ces pièces de bois étant brûlées y le mur qui n’étoitplus foutenu^s’é-crouloit & faifoit par-là une ouverture à la Place. Les Habitans des Villes s’en ferYoiçnt auffi çontre ççux qui les atta*
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- quoient. Ils pratiquoient fouvent des cavités fous 1’établiffement des machines avec lefquelles on les attaquoit ces machines s'enfonçant dans l’excavation ou renfoncement de la Mine , étaient ou brifées} ou du moins rendues inutiles pour quelque tems. La poudre donne lieu de faire les Mines avec bien plus de célérité que l’ancienne maniéré ; auffi depuis fa découverte a-t-on > pour ainfi dire, totalement abandonné la méthode des anciennes Mines. Je dis pour ainff dire, parce qu’on peut encore s’en feiv vir dans certains cas > & qu’en effet le Chevalier de Saint-Julien dit avoir vu s’en fervir pour détruire un Ouvrage de fortification qui couvre le Château de Pont-à-Mouffon. Mais ces exemples font fi rares, qu’on peut regarder la nouvelle méthode comme la feule qui foit d’ufa-ge_ aujourd’hui.
- L’ufage de charger les Mines avec de la poudre eft moins ancien que la découverte de la poudre. Le premier effai qu’on en fit 3 fut en 1^87. Les Génois
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- fc> E l’Â RT î L L E RÏ Ë. lÿf; àfïïége ant Serezanella, Ville qui appar-tenôit aux Florentins, un Ingénieur voulut faire fauter la muraille du Château avec de la poudre defTous ; mais l’effet n’ayant pas répondu à fon attente, apparemment à caufe quil chargea fa Mine de trop peu de poudre , ou que l’effet s’en fit dans la gallerie ; on ne penfa plus à perfectionner l’idée de cet Ingénieur* jufqu a ce que Pierre de Navarre , qui fervoit alors dans l’Armée des Génois * & qui s’étant depuis mis au fervice des Efpagnols , en fît ufage en i5'03. contre les François , au Siège du Château de l’Oeuf, efpece de Fort ou de Cita-dele de la Ville de Naples. Le Commandant de ce Fort n’ayant point voulu fe rendre à la fommation que lui en fit faire Pierre de Navarre, celui-ci fit fauter en l’air la muraille du Château, ôt le prit d’afifaut.
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- [Î74? ÿ R ï ï T 2
- XIII.
- Des Feux d’Artifice les plus en ujage dans ïattaque & la défènfe des Places.
- LÉs Àiicietis faifoient beaucoup pluè d’ufage des Feux d’artifices dans l’attaque & la défenfe des Places > que nous n’en faifons aujourd’hui* La violen* ce ôc le grand effet de nos Canons, de nos Mortiers, & de nos Mines 9 aufquels rien ne peut réfifter y femble nous avoir fait négliger bien des chofes utiles & in-génieufes,dont fe fervoient les Anciens pour fe fatiguer réciproquement dans leurs attaques. Quoiqu’ils n’euffent pas l’ufage de la poudre y ils fe fervoient du feu d’une infinité de maniérés differentes. L’invention de la poudre & fon ufa-ge fournit bien des facilités pour incommoder l’Ennemi par des compétitions d’Artifices. Il n’eft pas queftion de faire
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- DË 'l’ÀRÏiLIERIÈ, Ï7ÿ, ëonûôîfre ici toutes les compofltions qu’on peut faire avec la poudre pour nuire à FÊnnemi ; notre objet eft feulement de faire connoître les principales, ôc celles qui font d’un ufage plus commun* Les principales de ces compofltions font , le Pot à feu , les Balles à feu , les Barrils foudroyant, les Fagots gaudron-nés j YHérijfon foudroyant , les Tourteaux , les Torches , les Sacs à poudre > les BalonS à Grenades , à Bombes, ôc à Caillouxfac.
- Le Pot à feu n’eft autre chofe qu’un pot de terre avec fes anfes , dans lesquel on renferme une Grenade chargée. Il eft entièrement rempli de poudre fine dans tout le refte de fa cavité* Il eft couvert de parchemin ou de peau de mouton. On attache une mèche en croix fur ce pot , ôc une autre à une de fes anfes. On allume ces mèches lorf-qu’on veut jetter le Pot : ce Pot étant jetté fe brife en tombant à terre ; alors les mèches mettent le feu à la poudre, & celle-ci à la Grenade , ôc le tout fe brife en éclats,qui caufentbeaucoup de
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- [Î.7# ___ Trait!
- défordre parmi la troupe où le Pot eÉ
- jetté.
- Les Balles à feu font de figures rondes ôü ovales ; elles font remplies de differentes compofitions d’artifices difficiles à éteindre. On en jette au loin avec le Mortier , Ôt l’on en a auffi de moins greffes pour jetter à la main comme les Grenades. Elles fervent à éclairer pour découvrir l’Ennemi pendant la nuit , ôt pour tirer plus fûrement fur lui* On s’en fert auffi pour mettre le feu aux Maga-fins de foürage , ôt aux maifons d’une Ville attaquée ; Ôt alors pour empêcher qu’on n’approche de ces Balles, ôt qu’on n’effaye de les éteindre, on les remplit, comme les Carcaffes , de Grenades & de petits bouts de canon de fufils chargés à balles, qui écartent ceux qui voudraient jetter quelque chofe deffuspour c-n arrêter l’effet*
- Les Barils foudroyâ'ns font dès tonneaux ordinaires que l’on remplit d’artifice , ôt que l’on fait rouler fur les travaux de l’ennemi, pour les brûler, ôt
- pour
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- bË t’ÀRTILLË'Ri E; lyj f>our l'éloigner du lieu qu’il veut attaquer. Ce n’eft quelquefois qu un baril de poudre ordinaire, auquel on attache une fufée, à laquelle on met le feu avant que de le faire rouler vers l’Ennemi : cette fufée met le feu à la poudre du ba** ril,& ce baril en s’enflammant caufe bien du défordre parmi les Troupes où il fait fon effet»
- Le Fagot ou la Fafcinegaüdronnée, eft une efpece de fagot ordinaire que l’on imbibe fortement de gaudron, &c qui, comme le Baril foudroyant, fert à brûler les travaux fur lefquels il eft jetté.
- L’Heriflon foudroyant n’eft gueres qu’une efpece de Baril foudroyant ; il n en différé que parce qu’il eft hériflede pointes parle dehors. Comme ces pointes i’empêcheroient de rouler, on le fait mouvoir fur deux roues par le moyen d’une piece de bois qui le traverfe, ôc qui fert d’axe ou aiflieu aux roues.
- Les Tourteaux confiftent en de vieilles cordes, pu de vieilles mèches détortillées, que l’on imbibe de beaucoup de M
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- •îj$ Traité
- gaudron. Les Tourteaux fervent à délai-rer pendant la nuit l’intérieur des fofTés* ou les autres parties de la fortification d’une Place attaquée.
- Les Sacs à poudre font des facs qu’on doit faire d’une groffe toile fort feche 9 qui contiennent environ 4 ou j livres de poudre > & qui font faits de façon qu’on peut lesjetter avec la main^ comme les Grenades. On y introduit une fufée, que l’on attache bien fortement avec l’ouverture du Sac , & l’on gau-dronne le tout exactement. Ces Sacs mettent le feu par-tout où ils font jettés. On peut s’en fervir très-avantageufement dans la défenfe des Places. On en fît gjtand ufage à la défenfe de Dotiay en ,1710.
- On jette aufïi des Sacs à poudre avec le Mortier ; mais alors on les fait beaucoup plus grands que ceux qu’on jette avec la main. On leur donne environ 10 pouces de diamètre fur 22 ou 2 3 pouces de hauteur. On les emplit de poudre comme lesprécédens ; mais on y met
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- £>È LSÀ R ? 11 L Ë Jt î È: de plus une bombe de 6 pouces de diamètre que Ton place dans le fond du Sac: .elle fert à empêcher que le Sac ne tombe fur fa fufée , ce qui pourroit l’étouffer , & l’empêcher de mettre le feu à la pou* dre du Sac. Les fiifées dont on fe fert pour ces Sâcs,font les mêmes que celles dont onfe fert pour les Bombes de 12 pouces» O11 trempe le Saodans du gau-dron fondu, après quoi on le met dans un autre Sac de 11 poüces de diamètre fur 2 f à 26 pouces de h auteur. On trempe aufïi ce nouveau Sac dans du gau* dron, après l’avoir attaché fortement à la fufée ; & enfin on le trempe aufïi dans l’eau, afin quil ne s*attaché point aux endroits fur lefqüels on le pofe.
- Il y a encore les Ballons de Grenades, de Bombes & de Cailloux dont il faut dire un mot»
- Les Ballons à Grenades ne font en quelque façon que des facs à poudre , qu’on emplit en mettant d’abord une où deux livres de poudre au fond du Sac ^ avec une Grenade. On recouvre ce pre*
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- i8o Traite
- mier lit de quatre Grenades, & l’on remplit de poudre les intervalles ' qu’eb les laiflententr’elles. On les couvre aulïi d’un lit de poudre, fur lequel on pofe de même quatre autres Grenades : on fait ainfi quatre lits de Grenades & de poudre , ôt après que'le Sac eir entièrement rempli , à l’exception de ce qu'il en -faut pour le lier, on introduit une fufée dedans, &: on lie fortement le Sac avec la fiifée ; après quoi on le trempe dans le gaudron : on le met enfuite dans un autre fac qu’on trempe de même dans le gaudron, puis dans l’eau, pour la même raifon qu’on y trempe le fac à poudre. On couvre les fufées des Grenades enfermées dans ce Sac,d’Etoupilles, c’eft-à-dire, d’une efpece de mèche compo-fée de trois fils de coton du plus lim, bien imbibé d’eau-de-vie, de poulevrin ou poudre écrafée , dont le feu fe communique dans le même moment à toutes les parties ; au moyen de quoi les Grenades prennent feu bien plus fure-rementque fi leur fufée n’étoit couverte que de poudre.
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- de l*Artillerie. 181
- On fait les Ballons à Bombesx. de la même maniéré que ceux à Grenades.. On met d’abord une Bombe, au fond du Sac.,ôc on fait enfuite alternativement un lit de trois Bombes &c un lit de poudre.' Ces Bombes font de 6 pouces de diamètre ;. on en met deux ou trois lits dans le Ballon.
- Les Ballons de Cailloux fe font aufïi comme les Ballons à Grenades Ôc à Bombes. Au lieu de Grenades & de Bombes, on y met des Cailloux l’on obferve de faire, en forte que ces Ballons crèvent en l’air, afin que les Cailloux dont ils font chargés tombent en forme de grêle fur les lieux où on veut les faire tomber. Ces Ballons font à peu près le même effet que les Pierriers, ils font même plus dangereux pour l’Ennemi , parce que le fervice en eit bien, plus prompt..
- Toutes ces fortes de Ballons fe chaf-fent avec le Mortier.
- Outre les différentes compofitions d’artifices dont nous venons de parler.^
- IVliii
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- i82 Traité
- on fefervit à Lille , dans la belle defFen* fe que fit M. le Maréchal de Bouflers de cette Place, de deux inventions nou-velles : l’une , fuivant que le rapporte M. de Quincy dans la Relation de ce fameux Siège, »? étoit une boëte de • fer-blanc couverte d’une planche 3 dans -laquelle boëte on mettoit des toiles
- - gaudronnées & fouffrées ; lorfque la -boëte partoit, ces toiles s’allumoient
- & s’étendoient, de maniéré quelles » brûloient fans reffource ceux fur lef--quels elles tomboient , qui ne pourvoient s’en débarraffer lorsqu’elles » étoient une fois collées fur leurs ha-» bits, à moins de s’en dépoüiller prompt -tement.
- ® L’autre invention étoit un pot de -terre en forme de pâté, rempli de gre-.
- - nadçs piquées de pointes de fer, qui
- - percoient d’outre en outre ceux qu’el-i-* les rencQptroient.
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- de l’Artillerie. i8ÿ
- XIV,
- Des Ponts..
- LEs Ponts que l’on conftruit à l’Armée pour pafier les Fleuves , les Rivières, ôcc. étant du détail de l’Artillerie, nous donnerons ici une idée de ce qui les concerne.
- Ges Ponts fe font avec des Bateaux que l’on place à peu de diftance les uns des autres, dans toute la largeur de la rivière : ils font placés parallèlement à leurs longueurs, & couverts de planches pofées fur des pièces de bois appellées Poutrelles qui font attachées fixement à çes Bateaux.
- Il y a des Ponts de Bateaux, de plu-fieurs fortes. Les uns font conftruits avec des Bateaux de cuivre, que l’on appelle Pontons dans l’Artillerie , Ôc qu’elle fait marcher avec elle , portés fur des baquets faits exprès ; les autres font ccnf* traits avec les Bateaux, ordinaires que
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- i§4 Traite
- Ton trouve fur les Rivières que l’on veut
- pafter.
- Pour confondre un Pont de Bateaux* on les lie enfemble avec; de bons cordages , comme le repréfentent les Figures ï.& 2 } f faïiche iy. On pofe en travers de ces Bateaux, des Poutrelles & fur elles , de fortes planches de. fapin qui y font fixement attachées avec des clouds. On fe fert de planches de fapin , parce que le bois en eft plus leger & moins caffant que le chêne.
- Lcrfque le Fleuve fur lequel le Pont eft établi eft fort rapide, on attache des ancres à la corde ou au cable auquel tous les Bateaux font attachés.. On faille tomber cçs ancres dans la Riviere , ôc Ton tient enfuite la corde aufti tendue quil eft poflible,pour que les Bateaux y foient attachés plus folidement. Ces fortes de cordes ou cables font appellés dans 1*Artillerie des Cinquenelles 9 elles ont communément i pouce & demi dç diamètre & ioo toifes de longueur,.
- Rçs Bateaux, ont aufti des ancres pat-
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- de l’Artillerie. i8y le moyen defquels on rend leur fituation plus fixe & plus en état de réfifter à l’effort & au mouvement de la Riviere.
- La Figure première de la Planche 15 fait voir une partie d’un Pont de Bateaux:. Ils ne font pas entièrement couverts de planches , pour laiffer voir l’arrangement des Poutrelles. Il en eft de même du Pont de Bateaux de la Figure 2 de la même Planche. Ce Pont eft pour le pairage d’une petite Riviere.
- On voit dans cette même Planche Fig. 3. un Ponton monté furfon haquet.
- M. de Saint-Remy obferve dans fe-s Mémoires, que les Pontons qui étoient en ufage avant M. le Marquis de la Fre-zeliere, Lieutenant Général de l’Artillerie , & qui y a fervi avec beaucoup de diftinRion, n’étant pas capables de porter les Pièces de 24 fur les grandes Rivières, fans rifquer d’être fubmergés , à caufe de leur peu de hauteur : il en imagina de nouveaux plus longs ôt plus hauts,& dont on peutfe fervirfans craindre leiïiême inconvénient fur toutes for-*
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- ï8<? Trait(|
- tes de fleuves pour le tranfport des plus fortes pièces. Voici leurs principales di-mentions fuivant cet Auteur.
- Leur hauteur eft de deux pieds neuf pouces.
- Leur largeur de cinq pieds fix pouces*
- Leur longueur de dix-huit pieds flx pouces.
- Les poutrelles, qui font aufli de fapin > comme les planches dont elles font couvertes , ont 22 pieds de longueur, 4 pou-* çes ôt demi de largeur, ôt $ d’épaiffeur.
- Les planches doivent avoir 14 pieds de longueur, 13 pouces de largeur, ôt 3 pouces d’épaifleur.
- La diftance entre chaque bateau ou ponton, doit être d’environ p pieds.
- Outre les ponts dont nous venons de parler, qui font les plus communs ôt les plus ordinaires , il y a encore ce qu’on appelle Poms^volants, Ce font quelquefois plufieurs bateaux attachés enfem-ble par de bons cordages , Ôt même par des chaînes , fur lefquels on difpofe plufieurs madriers pour y faire une platte-
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- d e l* Artillerie. 1S7 forme en état de recevoir du Canon , & de le faire executer, foit pour def-fendre ou favorifer le paffage d’une ri-, viere. On y fait un épaulement à Fépreu-ve du fufil , pour couvrir ceux qui font fur cette efpece de pont, & qui y fervent le Canon.
- Le pont volant n’eft aulïi quelquefois qu’un pont formé d’un grand bateau ou de quelques bateaux qu’on fait mouvoir fur une riviere, à l’aide de quelques machines ou cordages, pour communiquer de F autre côté de la ri viere.
- On appelle encore Pont-volant,, un pont qu’on fait fur des paffages de peu de largeur, comme de quatre ou cinq toifes. Ils font compofés de deux ponts mis les uns fur les autres. On fait avancer le fuperieur, par des cordages & des poulies attachées à Tinferieur. Ces fortes de ponts ne peuvent être que fort (petits, parce qu’autrement la pefanteur du pont fuperieur , lorfqu’il efb pouffé en avant, pourroit rompre & brifer tout çe qui Je tient à l'inferieur^ ôc çaufer ainff
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- ïSS Traité
- la rupture entière de tout le pont ; c’eft pourquoi on ne s’en fert que pour des paflages de foffés ou ruiffeaux , dont la largeur n excède pas 4 ou 5 toifes.
- Outre ces Ponts, on fe fert encore quelquefois à la guerre, dans differentes occafions y d’une autre efpece de Pont-volant qu’on appelle Radeau. Il eft compofé de phifieurs folives ou pièces de bois qui forment enfemble un efpece de plancher. On les couvre de planches ou fort madriers y & l’on attache aux extrémités des folives y un certain nombre de futailles vuides, pour foutenir le Radeau, êt les chofes dont il eft chargé. On fe fert de Radeaux pour paffer des troupes, du Canon, &c* fur les rivières*
- »
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- de l’ïrtIl-Eerie? [18$
- XV.
- De {épreuve de la Poudre*,
- ÎL y a eu autrefois differentes inventions de propofées 9 & de mifes en ufage pour l’épreuve de la poudre y c’eft-à* dire 9 pour s’affurerde fa bonté ; mais SaMajefté par une Ordonnance du 18 Septembre 1686. qui eft encore en ufage aujourd’hui, a ordonné que l’épreuve de la poudre fe feroit avec un petit mortier qui chafferoit un boulet de 60 livres, au moins à la diftance de 50 toi-fes,avec trois onces de poudre feulement. Si la poudre chaffe le boulet à une moindre diftance, elle ne doit point être reçue dans les Arfenaux de fa Majefté.
- La Fig. y de la Planche 7 fait voir ce Mortier, on le nomme Eprouvette.
- Voici fes dimenfions fuivant l’Ordonnance dont nous venons de parler.
- A. Le Diamètre à la bouche du Mortier porte 7 pouces 7 ôt trois quarts de ligne.
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- jipÔ T R A t T Ê
- B. Longueur de famé, 8 pouces i& lignes.
- C. Diamètre de la chambre, i pouce io lignes.
- B Di Longueur ou profondeur de là chambre, 2 pouces $ lignes.
- E. Lumière au ras du fond de la chambre.
- F. Diamètre par le dehors du Mor-* tier, à la volée, 8 pouces 10 lignes.
- G. Diamètre par le dehors du Morutier, à l’endroit de la chambre, 4 pouces 8 lignes & demi.
- H. Diamètre de la lumière * 1 ligne ôc demi.
- A I. L’épaiffeur du Métal à la bande , fans comprendre le cordon, eft de 10 lignes.
- K. * La longueur de la femelle de fonte du Mortier, efï de 16 pouces.
- * Nous avons appelle Semelle, une piece de bois qui fs pofe fur les entretoifes du haut de 1’afïut ,& fur laquelle tombe la culaffe du Canon. Dans l’affût du Mortier à éprouver la poudre, on appelle auïïi femelle, la partie fur laquelle pôle immédiatement la culaflè du Mortier. Cette femelle eft de la même matière que le métal de ce Mortier, avec lequel elle eft fondue. Il
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- t)È t’ÂRTÏLtERÏË; T9T;
- La largeur de ladite femelle eft de <p pouces.
- L'épaiffeur de ladite femelle eft de ;i pouce 6 lignes.
- N. Le diamètre du Boulet de 60 liv.
- O. Une Anfe* reprefentant deux Dauphins , fe tenant par la queue, ladite anfe placée fur le milieu de la volée*
- P. Languette de fonte qui tient au ventre du Mortier, fur lequel il repofe 5 6c qui répond au bout de la femelle étant juftement placé dans le milieu.
- XVI.
- De répreuve des Canons.
- 5 É p r e u v e des Canons fe fait pour
- J—s’alïurer s'ils font bien fondus , s’il n'y a point de cavités dans répailfeur du métal, & enfin s'ils font en état de re-fifter à l'effort ou à l'impreflion de la poudre dont on les charge.
- doit faire un angle de 4? degrés avec elle ; en forte .que la femelle étant pofée à terre, & bien de niveau, la ligne que l’on conçoit paffer par le milieu de Taine du Mortier, fera avec elle un angle de degrés.
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- f. P 2 Trait!
- On donne dans T Artillerie îe rtoni dd chambres aux cavités qui fe trouvent dans l’épaifleur du métal dès pièces, lorf-qu elles viennent d’être fondues. Il eft important de les découvrir, parce que comme le métal eft plus foible dans les endroits où elles fe trouvent, que dans les autres, elles peuvent faire crever la piece par ces endroits»
- L’épreuve ordinaire fe fait en tirant plu* fteurs fois le Cation avec de très-fortes charges. On met la piece par terre, appuyée feulement par le milieu, fur un morceau de bois de 4 ou j pouces d’é-^ paifteur. On choifit un lieu convenable pour que les boulets ne puiffent caufer aucun accident.
- Lorfqu’011 a tiré deux ou trois coups, en verfe un peu de poudre dans lame du Canon, & on y met le feu pour flamber ou nettoyer la piece. On y met en-iuite de l’eau, qu’on prefie dans la piece avec un éccuvillon à peu près de même calibre. On bouche pendant ce tems, 3a lumière de la piece avec le doigt, ôt
- l’on
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- ï)è l’Artillerie, 19$ Ton examine fi l’eau en fort par quelque endroit ; lorfqu’elle n’a point d’iffuë > on eft affuré que la piece n’a ni fentes , ni crévaffes.
- Il s’agit après cela de fçavoir s’il y a des chambres dans l’intérieur de la piece. Pour cela on fe fert d’un inflrument appellé ChatsC’eft un morceau de fer , portant une> deux y ou trois griffes, fort aiguës y difpofées en triangle, lorfqu elles font au nombre de trois ; ce morceau de fer eft attaché à une hampe.
- Pour l’examen & la vifite d’une pièce , on introduit le Chat dedans, & il fait découvrir les chambres ou cavités qu’il peut y avoir. Il y a encore une autre efpece de Chat, un peu different de celui dont nous venons de parler. Il confiée en deux branches de fer attachées aubout d’un morceau de même métal, qui ont chacune des griffes d’acier; l’une de ces branches aune charnière avec un reffort difpofé de maniéré y que lorfque le chat eft introduit dans la piece y la moindre cavité fait lâcher le reffort.
- N
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- *P4 Traïtê
- qui la fait ainfi découvrir. Les Maîtres de forges, dit M. de Saint-Remy, à qui ces fortes d’inftrumens ne plaifent pas, appellent le Chat ordinaire le Diable, & celui à deux branches à reffort, la malice du Diable.
- On fe fert encore de bougie, ôt même d’un miroir, pour examiner l’intérieur des pièces. Pourfe fervir du miroir il faut qu’il fafle foleil. On tourne lacu-Jafle vers le côté du foleil, & le miroir étant placé vis-à-vis la bouche du Canon, éclaire l’intérieur de la piece , ôt il fait découvrir les chambres, fi la piece en a quelques-unes.
- M. Dulacq, dans fon livre fur ie Mè-chanifme de P Artillerie, ouvrage plein de vues ôtde reflexions curieufes ôt utiles, remarque que l’épreuve ordinaire du Ca^ non, en le tirant avec quelque charge de poudre que ce foit, ne conclut rien pour fa bonté , parce qu’on ne met pas la piece dans le degré de molefîe, d’ébranlement , & de trémouflement quelle aj dans l’occaflon quelle peut
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- DE L9 A R f I L L E R I Ë* ipj fcrêver ; ôc quon ne donne pas non plus à la poudre le degré de fechereffe qu elle a alors. L’épreüve du chat , celle qu’on fait avec la bougie ou le miroir * ne peuvent fervir qu’à s’affurer que là fuperfieie concave de la volée eft ÜfTe ôc fans chambres * mais ces épreuves ne font point connoître, les vuides qui peuvent refter dans l’épaiffeur du métal de la piece. Il en eft de même de celle dé l’eau 3 6c de celle de la fumée qui fefait de la même maniéré. M. Dulacq croit que la meilleure épreuve feroit de tiret environ 40 coups de fuite avec la même pièce, 6c avec beaucoup de précipitation. Il eft vrai qu’une piece qui refifte-roit à cette épreuve , auroiturie efpece de certificat de bonne conftru&ion, mais la dépenfe qüi en feroit affez confidéra-ble , peut mériter quelque attention.
- La méthode de M. de Valiere, telle que la rapporte M; Dülacq > confifte à tirer d’abord deux coups de chaque pièce, chargée avec le boulet, comme on le fait ordinairement ; après quoi il fait
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- Tp<? T R A I t É
- tirer deux autres coups, en mettant au lieu du boulet un cylindre de terre graf-fe d’environ deux pieds de longueur. Ce cylindre concentre pour ainii-dire l’aâion.de la poudre dans l’intérieur de l’ame de la piece, enforte qu’elle agit fur fon métal, avec toute la force dont elle eft capable. Cette épreuve eft très-bonne, ôt elle a l’avantage de coûter très-peu de poudre.
- Le même Auteur rapporte une expérience qu’il a vû faire à Lyon, fur deux Canons qui avoient été fondus dans cette Ville. On tira 1500 coups ôt même plus de chaque piece, avec une grande vitef-fe, la charge étant le tiers de la pefanteur du boulet, ôt après cette forte épreuve , elles étoientaulfi en état defervice,que fi •elles n avoient prefque pas tiré. » Leur » volée n’en étoit pas du tout évafée , la bouche était unie ôt fans bavure, ôt le 35 dedans de l’ame très liftée ; le fondeur 3> les auroit encore garanties pour au-« tant de coups pour le moins ; lalumie-rede Tune n étoit prefque pas élargie,
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- de l’Artillerie.
- » & l’autre l’étoit un peu, mais elle » étoit encore en état de fervice.
- Cette forte d’épreuve eft très-bonne, comme le remarque M. Dulacq, pour s’aflurer de la bonté des pièces d’une nouvelle- fonte ; mais elle^ n,e doit être pratiquée que fur les premières pièces fondues ; les autres doivent être éprouvées à l’ordinaire.
- Errard de Barleduc rapporte dans fa fortification , une épreuve à peu près de pareille, nature. » Il s’eft vue, dit cet Au-« teur, fous le Roi. Charles IX.. à Paris, » que le Sieur Devrez, ( Grand Maître » de l’Artillerie de France, ) a fait en » neuf heures tirer par plaifir d’un mê-« me Canon & d’une même poudre, « deux cens coups, fans endommager « la piece, en façon quelconque ». L’Artillerie avoir déjà alors fait de grands progrès ; les longues & fanglantes guerres de François Premier, & de l’Empe* reur Charles - Quint y avoient donné Ueü,
- Niii
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- Traité
- i p 8
- XVII.
- De {épreuve des Mortiers.
- O u R éprouver les Mortiers , ou
- JL doit commencer d’abord, fuivant l’Ordonnance du 7 0&obre 1732, par-les examiner, en grattant avec un inftru-ment bien acéré, les endroits où l’on foupçonne qu’il y a quelque deffaut, Ôc lorfqu on n’y remarque rien qui puiffe les faire rebuter, on procédé à leur épreuve , en les tirant avec toute la quantité de poudre; que leur chambre peut con-, tenir.
- Pour cela 011 pofe le Mortier à terre * les tourillons un peu enfoncés dans la terre, & appuyés fur des billots de bois* pour empêcher qu’ils ne s’enterrent trop. On tire le Mortier trois fois avec des tombes du calibre qui lui convient. Ces bombés font pleines de terre , mêlées de fciure de bois : enfuite on bouche la jumiçre du Mortier , & on le remplit
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- de l’Artillerie. tÿp d’eau pour voir s’il s’y eft fait quelque évent ou ouverture. Après cela on le fait bien laver & bien gratter; & lorfqu’on n’y reconnoît point de chambres, ni aucune chofe qui puiffe lui préjudicier, le Mortier eft reçu; autrement lorfqu’on y reconnoît des deffauts capables de nuire à fon fervice , on en fait cafter les anfes x de le fondeur ne peut rien prétendre pouç fa façon.
- *
- XVIII,
- De îArtillerie nécejfaire pour unt Armée.
- CE n’est pas une chofe aifée que-de déterminer la quantité de Canons qu'il doit y avoir dans une armée. Une nombreufe Artillerie met en état de faire de grandes entreprifes , d’attaquer l’ennemi avec plus d’avantage , de de fe deffendre de même ; mais outre quelle eft d’une très-grande dépenfe ell§.
- N iiij.
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- 200 Traité
- eft auffi fort embaraffante dans les marches longues & pénibles : Le grand attirail de chevaux quelle exige, devient auffi fort à charge par la grande quantité de fourage quil confomme.
- Nos anciens Ingénieurs eftimoient qu il de voit y avoir dans une Armée, une piece de Canon pour mille hommes ; en-forte qu’une Armée de 40000 hommes devoit avoir 40 pièces de Canons. Mais le nombre en doit dépendre des entrepri-fes dont l’Armée eft chargée, des difficultés,ôt desobftacles qu elle a àfurmon-ter. L’Armée n’a pas toujours avec elle éôute fon Artillerie : Elle eft quelques fois difperfée dans les Villes du voifina-ge, fur-tout lorfque l’on n’eft pas à portée d’être attaqué de l’ennemi, ou qu’on n’a pas deflein de Je chercher pour le combattre, ou enfin lorfque la proximité des lieux, ou l’Artillerie eft placée, met en état de la raffembler en très peu de tems.
- Nous allons donner ici le détail d’un équipage d’Artillerie pour une Armée
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- de l’Artillerie. 201 de 50000 hommes, à peu près tel que M. de Saint-Remy le donne dans fes Mémoires. Il fervira à donner une idée de ce qu il faudroit pour une Armée plus nombreufe. L'Auteur ne donne que 50 pièces de Canons à cette Armée , mais il fuppofe que c'eft une Armée pour la Flandre , c’eft-à-dire pour un pays plein de Places fortes, d’oùronpeuten cas de befoin, tirer du Canon , &: des munitions de Guerre. Un équipage d’Artillerie pour une Armée de 50000 hommes, qui auroit à penetrer dans l’in-terieur d'un pays Ennemi, Ôc hors de portée de nos Places, auroit befoin d’être plus confiderable.
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- 202
- TABLE
- Contenant les chofes nécejfaires pour, un Equipage d*Artillerie de fQ Pièces de Canon,
- Chevaux. Pièces. Affûts, Avant-trains, & Armes.
- 6^. 4- 3*- 4. 120. 8. 80. 8. 4 0 \ «-I 0 \ • a°- i Pièces de 24 montéesarmées. , 1 Affût, &une faire d’Armes 1. de rechange. | Pièces de 12 montées, d^ armées. j-1 dr tme faire d’Armes > de rechange. f Pièces de 8 montées, & armées. ;2 Affûts, &zfaires d’Arw&t [ de rechange. * | Pièces de4 montées, & armées. -2 , dr 2 f aires d'Armes [ de rechange.
- Total 324.
- Chevaux. Charretes. Boulets.
- 32. 8 400 de 24. à 50 f Ær charrette.
- 24. 6 600 de 12. d ico f Ær charrette.
- Î2. 13 2000 de 8. à s 54 far charrette*
- 28. 7 2000 de 4. à 286 far charrette*.
- Total 13 6. 34 5000
- Chevaux. Charretes.
- 'Chargées chacune de400 /ivres
- k de foudre, 400 liv. deflomb,
- 320. .7.7..80 ' c dr 300 /ivres de mèche, ce qui
- f fait 1100 livres four la charge
- ^ de chacune.
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- Suite de la Table; 203
- Chevaux. Charretes.
- 320. 80 Çy contre.
- 16. 4. 5 ; Chargées chacune de 800 liv. de
- i 1plomb , & 300 liv. de mèche.
- ni. ......28 î 'Chargées chacune de iooo livres
- ......14 < r de poudre. ^Chargéeschacune de 2Ç0 Outils ) à remuer la terre, comme Bé-
- ) ches, Pics à hoyaux, Pics à ' roc, Pelles de bois ferrées, ù’c.
- i<?. ^ | | Polir 2000 Serpes entonnées.
- .......5 < Pour 2000 Grenades chargées
- 20. & entonnées.
- Pour trois Forges complettes.
- 4. Chargée de Charbon.
- Total ^96.
- Chevaux. Charriots.
- 1$. ..J < ) Pour porter 1000 Haches em~
- ) manchées.
- 1 I . r< | Pour porter les menus achats. \Pour porter aoo Outils à Mi-
- ) neurs.
- *5- 1 Pour porter des Cordages de
- 1 differentes fortes.
- *• 1 \ | Pour porter 3000 Sacs à terre.
- Total 45. 9
- Chevaux. Cailfons. * Pontons, &Haquets.
- Les Caillons font de grandes Cailfes de bois couvertes
- en dos d’âne , & qu’on porte fur un Charrioc.On s’en fert pour voiturer les diflerens attirails de l’Artillerie, qui ne
- peuvent être mis lur les Charriots & Charretes ordinaires ;
- on s’en fert aullï pour voiturer le pain des Soldats.
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- 204 Suite de la Table:
- Chevaux. Caillons. | Pontons, & Haqu-ets.
- 16.
- 120.
- 12.
- 8.
- Total i$6.
- I Ces Coiffons font pour
- \Le Capitaine des Ouvriers.
- Le Major, ou le Maréchal des Logis de l’Artillerie. jLes Artificiers. rLe Chirurgien Major.
- £t l’Aumonier.
- {Pour 20- Bateaux de cuivre, ou < Pontons montés Jùr leurs Ha-f quets.
- | Pour 2 Hoquets de rechange. {Pour z Caiffons remplis de cor-’) dages pour les Ponts.
- Chevaux. Charretes. Charriots. Caillons. Haquets. Pontons fur Haqu.
- 3*4 136 5 96 4? 15* 34 14? 9 4 2 2 20
- T.I2J7 i 183 9 6 H j 20
- On peut remarquer dans cette Table, que la charge de chaque charrete, attelée de 4 chevaux, eft évaluée environ à 1200 livres pefant. On a éprouvé que la force moyenne d’un cheval qui tire, peut s’eftimer environ de 300 livres* ; il
- * On voit dans les Mémoires de l’Académie Royale des Sciences, année 1699, que la force d’un homme-
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- Traité de l’Artillerie. Hof en réfulte que 4 chevaux peuvent par confequent tirer un poids de 1200 livres. Il y a cependant des chemins 9 & des natures de terrein , comme celui des montagnes, ou un cheval ne pourroit pas tirer la valeur d’un poids de 300 livres, mais ce font des cas extraordinaires aufquels on remedie par des chevaux de relais que l’on a ordinairement dans les équipages de l’Artillerie , ou par des chevaux ou autres bêtes de tirage que l’on prend fur les lieux.
- On fçait qu’une piece de Canon de 24 pefe 5400 livres : li on divife ce nom-
- pour tirer un poids dans une direction horifontale, en marchant le corps panché en devant, n’eft que de 27 livres, & que celle d’un cheval qui tire un fardeau, eft égale à celle de 7 hommes ; c’eft-à-dire , à 7 fois 27 ou à 189 livres. Mais c’eft fans être aidé d’aucune machine. Un cheval attelé à une charrete , eft capable de mouvoir un poids plus pelant, principalement liirun plan uni& horifontal, parce qu’alors il n’a befoin de force que pour vaincre le frotement des eflieux; fur un plan inégal, il eft capable d’une moindre force, parce qu’outre ce frotement, il a encore à vaincre lts inégalités du terrein, & à foutenir une partie du poids dont la charrete eft chargée. C’eft feulement en terrein ordinaire & uni que la force moyenne d’un cheval attelé à une charrete pour tirer un poids quelconque, eft éftimée de 300livres.
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- zoê Traité
- bre par 5 00, on aura 18 pour le qüotiehtjl c’eft le nombre de chevaux néceffairè pour la traîner. On peut bien les réduire à 16 9 comme on Ta fait dans la tablé précédente^ parce que les forces de tous les chevaux étant pour ainfi-dire réunies enfemble, font capable d’un effort un peu plus grand que fi elles agiffoient chacune en particulier.
- On peut trouver de même le nombre dé chevaux néceflaire pour traîner les autres pièces dont le poids eft connu* On trouve ordinairement fur les pièces la quantité de livres qu elles pefent. L’Ordonnance du 7 Oêlobre 1732 oblige les Fondeurs de la marquer non feulement fur les Canons > mais encore fur les Mortiers Ôc les Pierriers.
- Dans l’article du Canon nous avons marqué le poids des principales pièces; nous ajouterons ici celui des Mortiers * qui a été omis dans l’article dü Mortier*
- Poids des Mortiers.
- Suivant ce que rapporte M* dé Saint*»
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- D E L5 ÀS. T I L L E R I E.' 2O7
- Rémy, les Mortiers à chambre concave, dont la chambre contient 18 livres de poudre, pefent environ 5000livres : ceux dont la chambre contient 12 livres de poudre , 2500 livres; ôt ceux dont la chambre en contient 8, pefent environ, deux milliers. Suivant l’Ordonnance dix 7 O&obre 1732,1e Mortier de 12 pouces de diamètre , à chambre cylindre , contenant 5 livres & demi de poudre j doit pefer 1450 livres. Celui de 8 pouces 3 lignes de diamètre aulli à chambre cylindre, contenant une livre & trois quarterons de poudre , doit pefer joo livres. Celui de 12pouces de diamètre, à chambre poire contenant 12 livres de poudre , 2300 livres; & enfin celui de ï 2 pouces de calibre à chambre poire , contenant 5 livres Ôc demi de poudre , doit pefer 1700 livres.
- A la table précédente que nous venons de donner, nous ajouterons encore ici le projet d’un équipage de 1000 chevaux. J1 eft de M. de Quincy, Auteur de l’Hiftoire Militaire de Louis XIV. Il
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- soS Traite
- fervira à donner une idée plus completté de toutes les chofes qui font néceflaireS dans un Equipage d’Artillerie 5 eu égard à la quantité de chevaux qu’on y veut employer. Il eft partagé en Brigades, c’eft-à-dire 9 félon les di-fferens corps dans lefquels on partage l’Artillerie pour la faire marcher.
- Projet d'un Equipage etArtillerie de mille Chevaux*
- Première Brigade.
- Attelages. .... Chevaux.
- 1. Un Charriotde 300 outils, dont un tiers de Pics-hoyaux^ un de Bêches, & l’autre de Serpes. . » . .4.
- 12. Quatre pièces de Canon de 24 ( a ) de la nouvelle invention y montées & armées. 48*
- ' ( a) Ce font des pièces à chambres fpheriques; M. de Quincy les croyoit lort utiles dans un équipage de campagne , parce qu’elles pefent beaucoup moins que les autres. Celles de 24 de cette elpece , ne pe-Ibient gueres que 3000 livres ; voyez page 28 les in-conveniens qui les ont fait abandonner,
- 2. Un
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- DE lArTILLERIE. 2'op 'Attelages. . . * Chevaux*
- 2. Un afïut de rechange avec fa Chevre (æ) ôc deux paires
- d’Armes. . . *. 8»
- 3. Trois Charriots de poudre
- nette , chargés de 1200 livres chacun. . . . 12*
- 8. Huit Caillons de Boulets, dans chacun défques il y a £0 Boulets , 10 Cartouches & 6 paquets de Mèches. . . 32*
- 5. Cinq Charriots, compofés chacun de trois tonnes de
- (a) L'a Chevre eft une Machine compofée de trois pieds ou. trois pièces de bois jointes enlbmbie par le haut, dilpoiées en triangle, & qui fe* foutie !.ent les unes & les autres. Deux de ces pièces de bois forment une elpece d’échelle, qni fe termine eh pointe uu haut de la machine. Vers le tiers de la hauteur,. ou à 3 ou 4 pieds du bas eft un tourniquet, auquel eft attaché un cable qui paile par-deffus une poulie , placée au haut de la chevre ; avec ce cable on éleve un fardeau en failànt mouvoir le tourniquet, & rouler iur lui le Cable ou la corde. La poulie du haut de la chevre eft quelquefois rnottjpée. c’eft-à-dire , compofée de plu-lieurs poulies attachées enfembie, & alors l’effet de la Machine eft bien plus grand, c’eft à-dire, qu’avec la même force onéieve des poids bienplus pélaris. On fe fert delà Chevre pour éiever les Canons & les Mortiers , & les placer fur leur affût, & pour toutes les autres manoeuvres do l’Artillerie.
- O
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- 2io Traité
- Attelages» . . . . Chevaux,
- poudre > 3 barils de plomb, ôc un de poo pierres à fufil. 20* 2* Deux Charriots pour les
- Officiers de la Brigade. . . 8*
- 33*
- 132.
- Seconde Brigade*
- Attelages. .... Chevaux*
- i. Un Charriot d’outils pareils
- aux premiers 4*
- 1(5*. Huit pièces de 8 armées. 64*
- 1. Un affiit de rechange, ôc deux paires d’armes , un at-
- telage ôc demi, faifant. . . 6,
- 4- Quatre Charriots depoti-
- dre nette, chargés de 1200 chacun. * . * * i 6*
- 6, Six Caillons de Boulets, dans chacun defqüels il y a'
- 130 Boulets, vingt Cartouches , ôc fix paquets de Mèches. . . . 24*
- 5. Cinq Charriots, compofés
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- de l’Artillerie; an Attelages. . . , Chevaux,
- comme dans là première Brigade. . . .20.
- 2. Deux Chariots pour les Officiers, . .8.
- SS- 142.
- Troisième Brigade.
- Attelages. t . . Chevaux
- i. Un Charriot d’Outils. . . 4.
- to. Dix Pièces de 4, montées,
- & armées. . . 40,
- 1. Un affût & 2 paires d’Armes de rechange. ... 4*
- 2. DeuxCharriots de poudre
- nette* . . . 8.
- 3. Trois Caiffôns de Boulets, dans chacun dei quels il y a 300 Boulets, 20 Cartouches,
- ôc fix paquets de Mèches. 12* y. Cinq Charriots cômpofés comme dans la première Brigade. * * .20*
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- 212
- Traité 2. Deux Charriots pour les Officiers. . . . Si
- 24. ' ptf.
- Quatrième Brigade.
- Attelages. . . . Chevaux.
- 1. Un Charriot cTOutils. . » 4.
- 10. Dix pièces de Canons de 4,
- montées ôt armées. . . 40.
- 1. Un affût, & deux paires
- d’Armes de rechange. . . 4.
- 2. Deux Charriots de poudre
- nette. . * . 8.
- 3. Trois Caiffons de Boulets
- chargés de même. . . 12.
- ; 5. Cinq Charriots compofés comme ceux de la première Brigade. . . .20.
- 2. Deux Charriots pour les Officiers. . . .8.
- 96-
- 24.
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- de l’Artillerie, 213?
- Cinquième Brigade. Attelages. ... . Chevaux.
- 1. Charriot d’Outils. . . , 4,
- 10. Dix pièces de Canon de 4 ,
- montées ôc armées. . . 40.
- 1. Un Affût de rechange. .. 4,
- 2. Deux, Charriots de poudre
- nette. . . . .. 8.
- 3. Trois Caiffons de 3 00 Bou-
- lets chacun, de 20 Cartouches & de lix paquets de Mèches. . . . .12.
- 5. Cinq Charriots compofés. 20. 2. Deux Charriots pour les Officiers. . . . 8.
- 24. $6.
- Sixième Brigade.
- !'Attelages. . . . Chevaux.
- r. Charriot d’Outils. . . 4.
- 10. Dix pièces de 4, montées
- armées. . , . 40.
- 1. Un Affût de rechange. 4.
- O iij
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-
-
- 2ï4 Traite'
- Attelages. . . . Chevauxl
- 2. Deux Charriots de poudre
- nette, . . 8.
- 3. T rois Charriots de3 00 Boulets chacun, 20 Cartouches
- & 4 paquets de Mèches. 12;
- 5. Cinq Charriots compofés. 20.
- 2. Deux Charriots pour les Officiers. «. . 8.
- 24. 96*
- Septième Brigade.
- At'elages. . . Chevaux*
- i. Un Charriot d’Outils. . . 4.
- 10. Dix pièces de 4, montées
- & armées. . ' . . 40.
- 1. Un affût de rechange armé. 4.
- 2. Deux Charriots de poudre
- nette. . . ‘ „ 8»
- 3 . Trois Caiffons de Boulets , dans chacun defquels il y a:
- 300 Boulets , 20 Cartouches, Ôc fix paque: s de Mèches. • ‘ • » . 12.'
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-
- de l’Artillerie, &if Attelages, ♦ . Chevaux.
- $. Cinq Charriots compofés. 20.
- 2. Deux Charriots pour les Officiers, . , ,8.
- 24.
- 96-
- Outre ces fept Brigades , il y a encore differens attelages, pour les outils & autres çhofes dont l’Artillerie a fcefoin :
- Sçavoir;
- Attelages. . . . Chevaux•
- 3. Trois Charriots d’Outils. . 12.
- 4. Charriots de Grenades. . 16,
- 15. Quinze Charriots compofés , c’eft-à-dire, chargés de poudre, de plomb & de pierres à fufil. , . 60,
- 1. Un Charriot de Vieux-oing. . . .4.
- 1. Un Charriot de facs à terre ôc de cordages. . . 4,
- 1. Un Caiflon chargé de 4000,
- O iiii
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-
-
- 21 <f
- Traité
- Attelages. . . . Chevaux*
- facs à terre , de i o. paires de Traits y de 6 Prolonges doubles , 4 Simples , & un baril de mille pierres a Fulil. 4."
- 1. Un Caiffon chargé de 300
- Haches. . . . 4.
- r. Un CailTon chargé de 600 Serpes. . . . 4.
- 2. Deux Caillons d’outils à
- Mineurs. . .80
- 2. Deux Forges complettes. 8»
- ï. Un Charriot chargé de 1200 livres de fer. ... 4.
- 1. Un Charriot de bois de remontage. . . • 4,
- 5 h.
- 132.
- Pour l’Equipage de la fujte de l’Ar-
- ' tilkrie.
- Chevaux
- 6. Au Commandant. . . 24^
- 2. Au Commandant en fécond. 0 o . <
- 8*
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- de l’Artillerie. 217 Attelages. , , , Chevaux.
- 2. Au Commandant en troi-fiéme. .... 8>
- ’ I. Au Major. 4.
- I. Pour le CaifTon du Pain. 4?
- I. Au Commandant du Bar
- taillon y employé comme Commiflaire Provincial. . . 4*
- I. Au Controlleur. 4-
- I- Charriot pour le Commif-faire du Parc} ou du lieu où l’Artillerie eft raflemblée. . 4-
- I. Pour l’Aumônier ôt le Chirurgien. 4*
- I. Pour le Capitaine Général du Charroi. 4.’
- *7* Ù8.
- Le total des chevaux employés dans les Brigades Ôt autres états ci-deffus monte à 9J4. Il en refie 4.6, qui font onze attelages ôt demi, Ôt qui fervent à voiturer ce que l’on appelle dans l’Artillerie les menus açhapts, comme flambeaux , chandelles , cordages ôt ficelles
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- 3i8 Traité
- fil d’Archal, cadenats, clouds , acier, colle-forte , limes, lanternes fourdes & claires > mefures de fer blanc pour mefurer la poudre, entonnoirs , papier, canifs, encre à écrire, cire d’Efpa-gne , &ç. Comme auffi pour porter les putils des Ouvriers qui fervent dans l’Ar? tillerie.
- XIX.
- [De la Marche dun Equipage dArtillerie*
- L’Artillerie fe partage en Brigades , comme on vient de le voir dans l’état précèdent. Et une Brigade contient ordinairement 8 ou i o pièces de Canons , avec toutes les autres cho-fes néceffaires pour leur fervice. Il y a des Officiers de prépofés pour la conduite de chaque Brigade ; voici l’ordre dans lequel fe fait la marche , fuivant M. de Quincy.
- « Le Bataillon de Royal-Artillerie ® qu’il y a dans l’Armée , tnarche à la
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- de l’Artillerie- a » tête de tout l’équipage. On en tire au-» tant de Détachemens de i 5 hommes » commandés par un Lieutenant, qu’il » y a de Brigades , lefquels detache-» mens doivent les accompagner. Lorl-« que l’Artillerie marche avec l’Armée, » le tréfpr de l’Armée marche à la tête *» de l’Attillerie.
- On fait marcher un nombre de travailleurs plus ou moins confiderable , fui-yant le befoin qu’on croit en avoir pour la réparation des chemins. Ils marchent après le premier Bataillon de Royal Artillerie , ôt ils font fous la conduite d’un Officier entendu, ôc en état de leur commander de faire ce qui peut être convenable pour la commodité de la marche.
- Suit enfuite un Charriot chargé de toutes fortes d’outils, une Brigade le-gere, c’eft-à-dire, compofée des pièces de moindre calibre ; enfuite l’équipage du Commandant, celui des Comman-dans en fécond, s’il y en a, & celui du Major du Bataillon*
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- j22o Traité
- Suit après cela une autre Brigade légère avec les équipages des Officiers du Bataillon ; les équipages des autres Officiers marchent a la tête des Brigades où ils fe trouvent.
- Les autres Brigades marchent enfuite, mais de maniéré que la plus péfante , c'ell-à-dire , celle qui a le plus gros Canon marche toujours au centre, enforte que s'il y a fix Brigades légères , il s'en trouve trois devant cette Brigade péfante , qu'on appelle quelquefois Brigai de du Parc, & trois derrière.
- Toutes les Brigades,excepté celle du Parc, roulent entr’elles, c'eft-à^dire , qu’elles ont alternativement la tête à la queue, afin de partager fucceffivement la fatigue de chaque polie.
- L'arriere-garde de l’équipage fe fait par fo hommes, tirés des Bataillons de Royal-Artillçrie , Ôc commandé par un Capitaine.
- Il y a à chaque Brigade un Capitaine du charroi 6t deux condu&eurs, avec quelques Ouvriers pour remedier aux
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- de l'Artillerie. aiV accidens qui peuvent arriver pendant la marche.
- Les Commiflaires Provinciaux marchent à la tête de leurs Brigades, & ils tiennent la main à ce que les Officiers qui font chargés de fa conduite,la faffent marcher avec ordre, & quils ne la quittent point, que la Brigade ne foit arrivée au lieu qui lui eft marqué.
- XX.
- Du Parc d’Artillerie»
- Ôrsqüê l5 Artillerie eft arrivée dans
- J--/ le lieu qui lui eft indiqué par le Général de l’Armée,elle s’y établit, & l’ef-pace qu’elle occupe s’appelle le Parc de P ArtilkrielLzs munitions y font rangées avec ordre, de même que les Bataillons de Royal-Artillerie, deftinés à fa garde & à fon fervice.
- La figure du Parc de l’Artillerie eft ordinairement celle d’un parallélogramme reêlangle , à moins que la fituation
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- iii Traité
- du terrein n’oblige de lui en donner une
- autre.
- Le Commiflaire du Parc marqué âvec des Piquets, dit Mi de Quiricy, T endroit où fe mettra le premier Charriot, & il polie le telle fur la même ligne en ordre par Brigades, feparées les unes dë$ àutres , ehforte que lorfque l’équipâgë repartira, il le puiffe faire fans confu-iion.
- » Il y a dît lé même Aütèur, des Corn-» mandans qui veulent que les pièces de ® Canon de la première ligne foient d’a-® bord placées, & qui mettent enfuite « les Charriots qui portent les munitions pour fon fervice. Ils placent la fecon-» de de riiême , puis les autres , en » mettant la moitié pour former la pre-« miere ligne , & l’autre moitié pour «la fécondé , prétendant qu’elles parafent du Parc dans cet ordre avec » moins de confülion. D’autres foiit d’a-» vis de mettre tout le Canon dans lé » premier rang, & les munitions derrie-* re chaque Brigade ; le Parc fe peut le-
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- IDE L’ARTILLERIE. 22$ »ver aufli facilement, ôc cela fait uà * meilleur effet.
- Tout cet arrangement dépend ail refté du Commandant. Ce qu'on y doit principalement obferver, c'eft que les pièces de Canon & les Charretes doivent être à deux pas de de diftance, les Brigades féparées les unes des autres par un efpace de $ pas, ôt lès lignes par un efpace de 40 pas. Lorfqu il y a des Pontons dans l'équipage, on en fait un dernier rang, éloigné aüfïi de 40 pas de celui qui le précédé*
- La garde du Parc confifte en 5*0 hommes tirés des Bataillons de Royal-Artil-lerie, Ôc qui font poftés vis-à-vis le Parc, â la diftance de 40 ou 50 pas en avant* On en tire les Sentinelles pour le Parc* Il y en a deux à chaque rang l'épée à la main, ôc fans armes à feu*
- Les Bataillons de Royal-Artillerie font placés à la droite ôc à la gauche du Parc, 6c les chevaux du Charroi vers la droite oü la gauche environ à 3 00 pas de diftance, dans un lieu commode 9 & hors de toute infulte*
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-
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- £24 Traité
- Éït: campagne lorfque l’Armée eÆ campée en pleine, ou dans un lieu ou* vert , l’Artillerie fe place vis-à-vis le centre de la première ligne que forment les Troupes, à 3 ou 400 pas en avant de cette ligne, fi le terrain le permet , autrement on la place derrière lé centre de la fécondé ligne y à une dit tance de 2 ou 3 00 pas de cette ligne.
- Il y a ordinairement à cent pas en avant du Parc, trois pièces de Canon chargées & toutes prêtes à tirer. On les appelle pièces d'allarmes, parce qu elles fervent à faire revenir promptement les Troupes du fourage lorfqu’ilen eftbe-foin, & à donner l’allarme pour faire prendre les Armes à toute l’Armée, où pour quelques autre ehofe que le Général jugé à propos d’ordonner. Il y a toujours auprès de ces pièces unCano-i nier avec un Boutte-feu allumé.
- 9?
- . XXL
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-
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- bE l’A'rTI tLERÎE, à~2$
- XXL
- Des Munitions nécejjaires pour fer*
- mer T attaque ou le Siège d’une
- Place de Guerre,
- N ne peutgueres donner quelqüë
- chofe de bien précis fur ce fujet t parce qu’il peut arriver qu’une Place de peu d’étènduë , telle par exemple qu’eit Phililbourg, fera capable, par fafitua-tion, d’une vigoureufe deffenfe, ôc qu’il y faudra employer plus d’Ârtillerie que pour l’attaque d’une Ville plus confiée-rable par fon étendue. Le nombre d’attaques qu’on fe propofe de faire, ôc les ôbftacles que l’on prévoit avôif a fur-monter , doivent déterminer le plus oü moins d’Artillerie dont l’Armée à be-foinpour réuiïir dans fon eiitreprife; Les exemples nous fervirons ici de préceptes. L’état qui fuit, ôc qui vient d’ün très-habile Ingénieur, fervira à donner une idée des principales chofes néceffaireS pour former un Siège. Cet état a été
- P
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- 22$ T R A t T Û
- dreffé pour faire le Siège d’une des plus
- confiderables Ville de Flandres.
- ETAT
- Des Munitions de Guerre & de Bou-che que Von rajfembla four for-mer le Siège de...
- Pain de Munition, Faifant état de 32000 hommes de pieds , &: de 18000 chevaux ; de deux Régimens de Bombardiers ,
- Fufiliers, Officiers Généraux , Mineurs, Canoniers ,
- Hôpitaux & 10000 Payfans, il ne faudra pas moins, pour les dix premiers jours , de poooo rations de pain par jour, & pour les 30 jours qu’on eflime que peut durer le Siège, jufqu’au départ des troupes, 80000 par jour, qui, à raifon de 180 rations pour le Septier de Paris, font en tout pour 40 jours, environ. 18350* Stv-
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- DE L’ÂRTÎLLÉRIEi
- Fourages.
- À raifori de 18000 Rations par jour* fuppofant la Cavalerie hors du Camp & des lignes* la Ration efti-mée à 10 livres pefant de foin* fix livres de paille & trois picotins d’Avoine ; le tout faifant pour quarante jours. * ; ; . . ; 72000 Rak
- Poudre*
- Pour tirer 40000 coups dé Canon de 24 livres de balle* chaque coup eftimé 12 livres de Poudre. .... 480000 11 Pour tirer 16000 coups de Cation dei6*i2*8*Ôt 4 livres de balle* chaqué coup eftimé à 6 livres Tun portant l’autré. ; i ; 96000 Pour tirer 9000 Bombes pendant le Siège* ce qui revient à 300 par jour* &
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- 228 T R A i T É
- pour 30 jours qu’il peut durer à 16 livres de poudre chaque coup, y compris la charge du Mortier Ôc des *Lespor-portefeux*. * * . 144000 Êt.
- te-feux r r- J
- font lesfu- rour 40000 Orenades ,
- fees dont ^ ra]fon 2000 de COI1-on le lert
- pour met- fommation par jour , pen-aux Bom-dant vingt gardes de Tran-bes & aux chée ouverte, la charge de .. chacune eftimée à 4 onces & demi. . . . 11250$ 1
- Confommation dé la Moufqueterie , eftimée à 30000 coups par garde de Tranchée, pendant trente jours, & chaque livre de poudre à 24 coups , faifant pour le tout .... 37500*
- Diftribution ordinaire avant l’ouverture delaTran-chée. . . . 12000.
- Déchet* . . . 12000.
- Total•
- 19275°
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-
- de l’Artillerie. 229 Outre cette quantité de poudre, on en avoit tenu 150000 livres, à portée pour pouvoir s’en fervir en cas de befoin ; on y avoit tenu aufli des Boulets à proportion.
- Artillerie,
- Gros Canon de trente trois *, de 24 , avec leurs affûts, avantrains ôc Armes. 50, Affûts de rechange. . 25. Canons de 15...............10.
- • De 12. t avec leurs af-D e 8. C fûts, avant-trains De 4. j ôc armes.
- Plus des Affûts de rechange de 16, !
- De 12. * .
- De 8, . «
- De 4.
- Des Armes, des Pièces a proportion.
- Mortiers pris à Tournay. 24.’ Et pris à Doüay. . . . 16,.
- Boulets,
- Pièces,
- io«
- 10.
- 20*
- 6,
- 6,
- 4*
- 6,
- * On n’en fond plus de ce calibre.
- Pe 33. \ * » 12000.
- füi
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-
-
- *3o Traité
- De , , i^ooo^
- Plomb.
- Par rapport à la quantité de poudre deftinée à la Moufqueterie, eftimée fur le pied de 24. balles à la livre P déchet compris. , . f fooo*
- Mèches.
- La confommation de la Mèche, eftimée fur le pied de éooo brafles allumées continuellement pendant 30 jours de Siège , chaque bradée, j pieds de long pouvant durer 12 heures, ôç pour les 30 jours du Siège ,
- 36000 brafles, qui réduites au poids de $ brades à la livre, feront 72000 livres, pt pour les déchets 10000
- Énfemble fait. . .82000 IlT°
- Bois.
- 60 Platte-formes portant chacune 70
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-
- de l’Artillerie; 231 pieds de giftes à deux fols le pied.
- S0000 pieds de Planches de chêne au même prix.
- 1 oo.ooq Pieds de Planches de bois blanc , à 1 fols 6 deniers le pied.
- 400000 Pieds de Giftes en pièces, au même prix.
- Ouvriers menés au. Siège..
- Cent Charpentiers.
- Douze Scieurs de long..
- Douze Forgeurs.
- Outils«
- Haches. . . . ; 800;
- Pioches, &c.
- Cet Etat ne contenant que les principales Munitions de Guerre menées a ce Siège, nous allons ajouter ici un Etat de toutes celles qui ont été raffemblées pour Fentreprife du Siège de Turin en 1706, afin de donner une idée plus exacte & plus étendue, de la quantité dont on peut en avoir befoin, pour former ces fortes d’entreprifes. Ce Siège a été un des plus confidetables de la Guerre dq
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- 232 Traité de lsArtillerie.
- 1701, & quoiqu'il n’ait pas eu le fuç>, cès qu’on devoit en attendre , rien n’y manqua, dit l’Hiftorien Militaire de Louis le Grand, de tout ce qu’il falloit pour le faire réufïir. Comme cette Place par fa fituation} qui eft des plus avanta-geufes, fes fortifications aufquelles le Duc de Savoy e avoit fait travailler avec grand foin;-fa nombreufe garnifoncom-pofée de Troupes d’élite y & commandée par un Général de réputation ; fa grandeur ôc le nombre de fes habitans , qui avoient pris le parti de tout facrifiet pour conferver la Capitale de leur Prince; ôc enfin par la grande quantité de toutes fortes de Munitions, Ôc principalement de poudre que le Duc de Savoye y avoit fait entrer. Comme cette Place, dis-je y peut-être regardée par toutes ces raifons comme une des plus importantes quel’on puifle attaquer y le détail des Munitions de Guerre qui y ont été menées pourra fervir de modèle, pu du moins donner* une idée de ce qu’il faudroit pour entreprendre le Siégé des plus grandes Villes & des plus, exaêtement fortifiées*
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- ETAT 233 J)es Munitions menées & confommées au Siégé de Turin, en 170 6.
- Munitions menées. Munitions confommées.
- Pièces. De 24 104 De 16. . . 6 De 12. . 17 De 8 . 10 De 4. donti 3 longues, 4 dé la nouvelle invention, & 6 à dos de mulets . 33 Affuts. De 24 153 De T ...TT ....45* . . c*
- De 12 r f t . . -J
- De 8 10 De 4. dont 13 pour pièces longues, 4 de la nouvelle invention, & 4 à dos de mulets, 21 Avant trains ... . . .180 Chariots à corps de canon 5)0 Chariots à ridelle. . . 110 Chariots à boulets... 3 0 Çharretes . 30 Chèvres garnies ..... 8 Triqueballe 1 "7.
- * * * j 1 dont 2 à dos de mulets.
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-
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- a 34________Etat des Munitions
- Munirions mer.êes. Munitions confomrnées.
- Armes des Pièces.
- De 24 . ...126 ....40
- Dp t - , - TO .....
- Dp T 2 T - - T - on 6
- Dp R i - - T 9 3
- Dp /* A.rt J .... .8
- v -3- > - * - »
- Tirebourres - . , 20 8
- Boulets,
- De 24 . • 85)623 •<>5237
- De 16 . .26855) . 15900
- De 12 . .21210 .21000.
- De 8 . .3800 . .3500
- De 4 ...84OO ..4000
- Cartouches pour les
- troupes . . . . 278000 106000.
- Cartouches de fer blanc.
- De 16 ....150 ...150
- De 40 .... 40
- De 8 5° ....50
- De 4 60 .—60,
- Mortiers.
- De 12 pouces. 39
- De p pouces.. v 7
- De 6 pouces . . *3
- Affûts.
- De 12 pouces i dont
- 10 de fer coulé. .'.45 •... 10
- De 5) pouces. . . .... 12 S
- De 6 pouces. , 14 4
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- menées & confommêea au Steve de Turin, 2 3 y
- Munitions menées, Munitions confommées.
- Bombes, De 12 pouces. . 13260 De 5) pouces .... j'y40 De 6 pouces .... y <546 Fufées à bombes de 12 po,uces.... 20000 Fufées à bombes de 5? pouces .... 10000 Fufées de 6 pouces. 8000 Grenades chargées 2 y y 41 Grenades non-char- gées^ 211 8y Fufées à Grenades non-chargées.. 30000 Balots de laine. . . .224 Sacs à terre. . . 174160 Pierres à fufil. . .4iy200 Outils à Pionniers y 63 7 y Manches d’outils 24y8o Haches. 268y Serpes ........ y230 Outils à Mineurs, Pics à roc 1000 Malfes . 170 Pinces . 102 Pinces à pied de biche, 30 Poinçons 300 Aiguilles 32 Cilèaux à grains d’orge yip Tranches a grain d’orge, 6 .13845 ..3782 ..3314 .13845 ..3782 ..3314 .23200 .-4yoo ..4yoo ...224 142260 • 5>oooo •J4742 .24^80 . ..i8y>2 . . 1205) ...800 ...100 ....80 ....30 ...200 .... 12 ••••99 6
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- 236
- Etat des Munitions
- Munitions menées.
- Outils à Charpentiers & Charrons de tour tes fortes ...... 3 1 6
- Outils à Forgeurs de
- toutes fortes......33
- Outils à Menuiiîers de
- toutes fortes......43
- Cordages.
- Prolonges doubles. . . 8 6 Çables pour chèvres. . 20 Prolonges fimples . . 100 Paires de traits àcanon 200 Paires de traits communs...................220
- Cordages pour emballer ...........42 ballots.
- Menus cordages 2300 liv.
- Ficelles........300 liv.
- Bois de remontage»
- Timons................2 00
- Limoniers ........ 30
- Àiffieux ........ 100
- Jantes.................300
- Rais..................B 00
- Roues de 24 ferrées 20 Roues de 24 en blanc, 10 Roues de chariots à corps de canon 3 O
- Roues de chariots à ridelles, & à boulets ,10 Roues d’avantrains ...10
- Munitions
- confommées.
- .216
- •SS
- .30
- .30 . 12
- • S°. 100
- . . 120
- ... 3 o bal . 2200 liv, . .300 liv,
- 20
- 10
- 30
- IO
- .8
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-
-
-
- Menées Ù* âonjommées au Siégé àe Turin. 237
- Munitions menées;
- Leviers..........100
- Coins de mire.;i;•800
- Chapiteaux.......300
- Madriers à plâtre -
- forme........; . . 100
- Planches de fapin. ; . 300
- Artifices.
- Souffre...... 2000 liv.
- Salpêtre . . . . .2700 liv. Balles à feu. ... 170 Fafcines gaudronnées, 100 Huile de thérébentine,70 /.
- Goudron..........200/.
- Cailfe d’ullenciles à Bombardiers...............1
- Cire préparée pour coëfièr les fufées à
- Bombes,..........300/.
- Cire jaune.......100 l.
- Baril de Pulverain.... 2 Cailfe de compofition. . 1 Fer neuf en plat, quarré &rondj 70001. Boëtes de fer de toutes fortes. ..... 20000 /. Vieux dous de toutes fortes. ...... 10000
- Âcier.............400/.
- Clous à rouage. . 10000 Clous à Flafques .17000
- Munitions
- consommées.
- . ..100 .
- ...700
- ...300
- ...100 ...700
- . . IOOO liv, » «2000 liv,
- ...170 ...100 .... 30 liv, . . .200 liv,
- . .... I
- ... 300 liv, ... 100 liv,
- ......
- ......
- . .3 000 liv,
- 12000 liv,
- 10000 ... 3 00 liv, ..6000 .10000
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-
-
- 2$8_________Etat des. Munitions
- Munitions menées. Munitions confommées.
- Clous de toutes for-
- tes . . . 60000 .30000
- Clous Picards çoooo .20000
- Clous deTonnelier i oooo ..8000
- Clous à écouvillon 12000 . .5)000
- Clous de cuivre à lan-
- terne.. i . . . . . 200 h .. .200 livi
- Mefures de fer blanc.
- De 10 . . .260 ;..200
- De 8 . ..100 . ..100
- De 6 . . . .80 .... 80 '
- De 4.. . .. 150 ...ipo
- De 3 . ,..100 ...IOO
- De 2 ; -••ISO ...iSo
- De 1 livre . . . . , a ..80 .... 80
- De demi-livre. . . ...IOO ...IOO
- De 2 onces * .. . ... 50 *•••5°
- Entonnoirs de fer blanc, J 0 ....JO
- Fléau avec fes plateaux 1 i.. i. I
- Poids de fonte de 2 f liv.
- poids de mare * .*...4
- De 10 livres. . i . .. . i
- De y livres. . . i
- Soufflets . . . . .8
- Enclumes . . ; . . , ; 8
- Fer de tôle . . . . .288 /. . . i 2 8 8 livi
- Feuilles de cuivre pour
- pontons . . • . . .... O
- • .... y
- Peaux de mouton pour .
- écouvillons . . ...210 i . . 210
- Panniers d’oziers, 200 i, • . 200 .
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-
-
-
- menées & confommées au Siégé de Turin. 23 9
- Munitions menées. Munitions consommées.
- Hôtes d’ozi ers. . . 300 ... 300
- Sacs à boulets ... 100 ...IOO
- Menus achats.
- Bougies. . . 1100 liv. . . 1100 liv.
- Chandelles. . .800 liv. . . . 800 liv.
- Flambeaux .... 144 ... 144
- Vieux oing. . . 3100/. ..3100 liv.
- Torches à vent . . 400/. • . . 400 liv
- JDix-huit caifles de lan-
- ternes à éclairer . . y 70 •••570
- Limes triangulaires ,
- quarrées, plattes &
- rondes. 116 ... 116
- Petites limes .... 36 ....36
- KtanX .. .... . .4
- Fil de fer . . . . 100/. , T . t ... 100 liv.
- Fil de laiton . . . 74 /. ... .JA. liv.
- Scies à main .... 130 . . . 130
- Grandes fcies .... 3 3
- Râpes 36 ....36
- Feuilles de fer blanc 1200 ..1200
- Crirs 9 r
- Toile peinte pour mu- ..... J
- lets 100 ...IOO
- Toile peinte pour la
- poudre 39 ... .39
- Couverture de toile
- cirée **.... 300 ••.300
- Poulies de fonte *.32 .... 12
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- à40 Etat des Munitions', Ù*c.
- Munitions menées. Munitions consommées.
- Rames de papier à > fin il. . . j1
- Rames de papier commun à faire gargou- ches. .52 Rames de papier à TiPttres ...... 6 )
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- *T R A I T É D E L9 A R T IL L E RIE.
- ADDITION.
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- O11 peut quelquefois remettre en état defervice un Canon encloué, fans être obligé de lui percer une nouvelle lumière, & celaenfaifarit fauter le clou quon ÿ a fait entrer pour la boucher.
- Pour cet effet on met une forte charge de poudre dans le Canon ; on la couvre d’un tampon qui la comprime fortement dans la pièce. Ôny met le feu par lé moyen d’une mèche imbibée d’artifice , qui communique avec la poudré dont le Canon éft chargé , & qui fort hors de la bouche de la pièce* La poudre en s’enflammant fait quelquefois af-fez d’effort fur le clou qui eft dans la lumière 3 pour le faire fauter , fur tout lorfque ce clou n’eft pas rivé en dedans de l’ame de la pièce; ( On le rive lorque l’on en a le teins, en pliant ou courbant fa pointe avec uii refouloir qu’on introduit dans le Canon. ) Lorque la poudré ne fait point fauter le clou, il faut mettre un grain à la pièce, Ôt lui percer une nouvelle lumière pour la remettre en état d# fervice.
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- Outre l”encloüage , ona trouvé uiï moyen pour mettre une pièce de Canon hors de fervice, c’eft d’y faire entrer à force un boulet d’un calibre plus grand que celui qui lui convient. On remédie à l’ericloüage de la maniéré que nous venons de le dire ; mais on n’a point encore trouvé d’expedient pour remettre en état de fervice un Canon dans l’ame duquel oh à ainfi fait entrer un boulet; il faut abfolument le refondre* Ce dernier expédient eft par cette raifort plus avantageux que le premier, mais il eft auffi d’une expédition un peu moins prompte.
- fin;
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