Traité de l'attaque des places
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- ELE ME NS DE LA GUERRE
- DES SIEGES*
- OU TRAITÉ
- DE L'ARTILLERIE 5
- DE L’ATTAQUE.
- ET DE.
- LA DEFFENSE DES PLACES*
- 4 K US AGE
- DES JEUNES MILITAIRES* TOME SECOND.
- Contenant L’ATTAQUE DES PLACES.
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- TRAITE
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- L’ATTAQUE
- DES PLACES-
- Par AL le Blond , ProfeJJeur de Mathématique des Pages de la Grande Ecurie du Roy.
- A PARIS, QUAY DES AÜGÜSTINS
- Çhez Charies-Astojsh JOMBERT , Libraire du Roy pour l’Artillerie 8c îe Génie, à l’Image Notre-Dame
- M. DG G. X L 11 ï.
- Avec Approbation & Privilège du Roy,
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- AVERTISSEMENT.
- ^Excellent Traité de l’Attaque des Places
- A-J par M. le Maréchal de Vauban, femble exclure tout autre Ouvrage fur la même matière , ou du moins le rendre inutile. Car comme le dit M. le Chevalier de Folard * on n’a point encore enchéri fur ce grand homme dans cette partie de la Guerre. Il l’a porté à un 11 haut point de perfection 5 par l’invention du Ricochet & de fes fameufes parallèles, qu’il efl: bien difficile d’ajouter quelque chofe de fort important à fa méthode & à fes principes. Son livre elt regardé avec juftice comme contenant l’ef* feritiel de ce qu’on doit obferver dans la conduite des Sièges * & l’experience a fait voir qu’ils ont été d’autant plus prompts & moins meurtriers, qu’on s’eft plus exactement conformé , à ce qui y elt prefcrit.
- Mais comme le principal objet de cet illustre Maréchal a été feulement de faire connoî-tre fa méthode 3 8c de prouver là néceffité de la fuivre $ on à cru qu’un traité élémentaire fur la même matière , 8c félon fes principes 5 pourroit être de quelque utilité à nos jeu-
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- nés militaires , & fervir à les faire entrés? plus aifément dans l’elprit de cette méthode, & à la leur rendre plus propre Sc .plüe familière.
- C’eft l’objet qu’on s’eft propofé dans cet 'Ouvrage, & on s’ert fervi indépendemmeht de tout ce qui a été enfeigné de fondamental par M. le Maréchal de Vàubàn , de ce qui a été pratiqué de particulier dans nos Sièges les plus fameux , écrit fur la même matière par des Militaires célébrés, comme M. de Feuquieres, M. Goulon Ingénieur & Général de l’Empé-ïeur, M. le Chevalier de Folard , &c.Enfor-te qu’à plufieurs égards cet Ouvrage fera plus complet & plus étendu que les Mémoires mêmes deM. le Maréchal de Vauban.
- On y trouvera fort en détail tout ce qui concerne les travaux Sc les opérations d’un Siège ïloyal, ôu d’une Ville fortifiée félon les réglés de l’art. La méthode Sc les principes né-ceffaires pour tracer d’abord les principaux ouvrages fur le papier, Sc enfuite pour les rapporter fur le terrein ; l’attaque des differens dehors les plus en ufage dans la fortification ; ce que celle des petites Villes , Châteaux, Sc autres portes qui fê rencontrent fouvent dans le cours de la guerre, peut demander de particu-
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- . u) lier. On y traite aufiï des furprifes des Villes,.
- des Efcalades ; en un mot on a fait enforte de ne rien omettre de ce qui peut donner des idées & des principes fur les differens moyens qu’on peut employer pour réduire les grandes comme les petites Villes, celles qui font bien fortifiées, comme celles qui ne le font que de fini-ples murailles..
- Le célébré M. de Vàuban n’a pas jugé à propos de parler de ces difFerentes fortes d’attaques dans fon Ouvrage ; mais comme la con-noifîànce en peut être fort importante on a réuni ici tout ce qu’il ya d’elfentiel à y ob-lèrver.
- Comme tous les Officiers, dit un fort habile Ingénieur ( M.Rozard, dont nous avons un très-bon livre fur la fortification, ) doivent avoir les j'entimens élevés, & qu’ils ajpirem à monter aux plus hautes charges de là Guerre , il feroit à-fou-haiter pour le bien du fervice du maître, qu*ils tira- vaillajfent avec affiez ddaffiduité, pour arriver aù. moins, à un certain degré de perfection dans P attaque , comme dans la deffenfe des Flaces, ce qui les rendroit incomparablement plus dignes des grands commandement.
- Il y a mille circonftances à là guerre, oh tout Officier fe trouve dans le cas d’attaquer un polie ou de le deffendre. Peut-on doutes
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- que celui qui aura quelque teinture de cettç partie de la fcience Militaire ne s’en tire avec bien plus d’honneur qu’un autre qui l’aura négligé , & qui aura penfé que la bravoure fuffit pour venir about de tout ? Ne trouvera t’ilpas des refïources & des expediens que la pratique feule auroiteude la peine à lui fournir? On ne fcauroit donc trop exciter nos jeunes Militaires à cette étude. Ce font eux que j’ay eu particuliérement en vue dans cet Ouvrage , & j’ek père que la leêture ne leur préfentera rien qui puiffe les arrêter ni leur caufer la moindre difficulté. Avec une application très-médiocre, un jeune Officier pourra y acquérir une connoif. fance affez étendue de l’attaque des Places, pour fuivre avec fruit le progrès des travaux d’un Siège, pour entrer dans l’efprit de leur conftruétion, & remarquer ce que la nature des differens terreins, la figure des ouvrages que Pon aura à attaquer , pourront y occafionner de particulier , & enfin pour fe mettre en état d’en conduire & diriger lui même de pareils dans le befoin. Prévenu des chofes qui font la matière de ce Traité, les opérations d’un Siège en deviendront pour lui plus infbu&ives & plus intereffantes. Unfeul l’inflruira plusqu’uii grand nombre d’autres, où il affifteroit fans s’être mis en état de fe rendre compte de ce qui
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- s*y pratique. On ne peut nier que la théorie ne reveille au moins l’attention, elle fait remarquer ce qu’on ne verroit point, quoique fpe&ateur, & agilfant même dans les travaux du Siège. La pratique dans la carrière des armes , eft fans doute un grand Maître, mais on peut dire que la théorie lui fert de flambeau : lorfqu’elle n’en eft point éclairée, que d’obr jets lui échappent ! que les connoiflances qu’elle donne font longues à acquérir ! & encore peutron appeller connoiflances, ce que l’on fçait fans principes, & que l’on ne tient que de la routine ?
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- TABLE DES ARTICLES
- contenus dans ce Traité de l’Attaque dès. Places.
- Rticie I. Obfervaùons generales fur les-. préparatifs & les çhofes néceffaires pour V Attaque d'une. Place % Page. t
- II. Définition ou explication des termes les plus
- en ufage dans la guerre des Sièges > io.
- III. Maximes ou principes que l'on doit obferver
- dans l'Attaque des Places, 4.2-.
- IV. De l'Invefiiture , 3.$.
- ,V. Du tracé de la ligne de circonvallation > 4°
- VI. Du Parc d'Artillerie > H9
- ;VII. De la ligne de Contrevallation, 60
- .VIII. Des Tranchées & des Parallèles, 6 3
- IX. Obfervations fur le lieu le plus propre à faire
- les attaques,. 83
- X. De l'ouverture de la Tranchée > 91
- XI. De la Sappe, 100
- XII. Des Batteries. > 107
- XIII. Des Sorties , 114
- XIV. Du logementfur le Glacis, & delà prife du
- chemin couvert, iü
- XV. De l'Attaque de vive force du chemin couvert, 140
- XVI. Des Batteries du chemin couvert, 148
- XVII. De la defcente & du pajjdge du foffê de la demi-lune*
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- XVIII. De làprife de la demi-lune J i6§
- XIX. De laprife du Réduit, 178,
- XX. De la prife des Bafiions du front de VAttaque, i8ij
- XXI. Courte récapitulation de VAttaque d'une
- Place, 204
- XXII. De l'Attaque d'une Place couverte d'avants
- fojfés, de Lunettes, & d'autres dehors, &c. 207
- XXIII. De l'Attaque d’un ouvrage à Corne, 2x6
- XXIV. De l'Attaque d'un ouvrage à Couronne,
- XXV. De l'Attaque des grandes Lunettes ou Tenaillons , des Contre-gardes, &c. 225
- XXVI. De l'Attaque des Places entourées defauf-
- fes-Brayes, 228
- XXVII. De l'Attaque des Cavaliers,
- XXVIII. De l’Attaque d'une Place fortifiée avec des Tours Bafiionnées » 237
- XXIX. De l’Attaque des Places fituées en teryein
- irrégulier > 247
- XXX. De l'Attaque d’une Place entourée de
- Marais, 24^
- XXXI. De l'Attaque d'une Place fituée le long d’une grande Riviere,
- XXXII. De l’Attaque des Places fituées fier des hauteurs» 2j3
- XXXIII. De l'Attaque des Villes Maritimes, 263
- XXXIV. De la maniéré de fe dejfendre contre lefe-cours que l'Ennemi veut donner à une Place ajfiégée, 264
- XXXV. De la levée d'un Siège. i79[
- XXXVI. De VAttaque des petites Villes & Châteaux, &c. »Si
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- vil)
- XXXVII. De îajyprtfi des grandes Villes ; it*
- XXXVIII. Des Efcalades, z?o
- XXXIX. Dans quel cas on peut brufquer Vattaque 4'une Place t & de la maniéré de s'y conduire 30$
- Fin de la Table des Articles.
- r—........................ 1
- ADDITION.
- Page ligne 8. ajoutés.
- Elle eft ordinairement des deux tiers de la garnifon* parceque l’Ennemi peut tomber delTus avec cetté quantité', en refervant l’autre tiers pour la garde de la Ville. Mais comme il pourrait arriver que l’Enne-Imi prendrait le parti de faire fortir toute la garnifon
- Î)our tomber fur les travailleurs & fur les troupes qui es protègent, il femble que pour fe mettre à l’abri de tout accident à cet egard , il feroit à propos que les Troupes de la Tranche'e fuflènt à peu près égales à celles de la Place, fur tout dans les petites Villes où il faut peu de monde dour garder les poftes, & dans celles où la Bourgeoifie eft affez attache'e au Prince pour que le Commandant puiffe fe repofer fur fa fidélité' pour la garde de la Ville * parce qu’alors il peut faire un effort ge'neraî avec toute fa Garnifon contre les Troupes de la Tran* «be'e.
- FIN»
- TRAITÉ
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- TRAITE*
- DE L’ATTAQUE
- DES
- PLACES-
- i.
- Objervations générales Jur les préparatifs , & les chojes nécejfaires pour r Attaque d'une Place.
- o u R procéder avec ordre & méthode dans ce Traité, il faudroit imiter la conduite des Archite&es , qui avant que d’entreprendre de bâtir une maifon , A
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- 2 Traité de l’Attaque évaliient à peu près ce quelle pourra coûter ; la quantité des differens matériaux qu’il y faudra employer, de même que le temps de fa conftru&ion ; ôc qui de toutes ces chofes , font ce que l’on appelle un Devis, où l’on voit tout ce dont il.eft befoin pour mettre en état le bâtiment qu’ils fe propoferit de conftrui-re ou édifier. Il faudroit dis-je, qu’on imitât cette méthode dans l’attaque des Places , en faifant de même un efpece de Devis de l’Artillerie qu’il faudroit y employer , de la quantité de-munitions né-ceffaires pour la fervir , relativement à la force de la Place qu’on fe propofe d’attaquer, au nombre d’hommes enfermés dedans, êc au tems qu’on préfume qu’il faudra employer pour la réduire. On fent bien qu’on ne peut gueres préfumer de faire cette évaluation abfolu-ment jufte ; mais il faut cependant convenir qu’un Général intelligent, fort au fait de la Fortification & de l’Artillerie , doit être en état d’en approcher d’affez près, & qu’il n’eft pas i.mpoffible de don-
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- fter des préceptes là-deflus. Cette forte de détail eft indifpenfable pour un Général qui veut faire le liège d’ùhe Place , & qui veut en diriger lui-même toutes les opérations*
- Il y a , il eft vrai, un grand nombre d’Ofliciers dans l’Artillerie & dans le Genie , fur lefquels lé Général peut fe repofer de ce foin ; mais comme l’entre-prife le regarde plus particuliérement que perfonne, on ne peut difconvenir quil ne lui foit très-avantageux de pouvoir entrer lui-même dans ce déta>; , pour être alluré qu’il ne lui manque rien, pour terminer avec, honneur, fon entre-prife, & pour être alluré qu’il ne charge point fon Armée d’un tro’p grand attirail de Canon, & d’autres munitions.
- . Il eft à propos, fans doute, d’en avoir une quantité plus grande, que celle qu’on croit avoir befoin, afin de remédier aux difFerens accidèns qui peuvent arriver ; mais la prévoyance & la précautionne doivent point être «xcelTives; elles ne doivent aller que jufqu a un cer-
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- Traité de l’Attaque tain point,, au-delà duquel, non feulement celles deviennent, inutiles , mais ,encore:;là/charge à l’Etat. Nous avons dans plufieurs livres des tables des munitions qui ont été portées en differens Sièges:,'.nous en avons rapporté plusieurs dans notre Traité de F Artillerie *, pour donner quelque idée fur ce fujet ; mais comme ces tables ne font pas rai-:fonnées, un Ofïicier qui commence ne peut pas en tirer toute l’utilité & le fe~ cours qu’il en tireroit s’il y étoit expliqué pour quelle raifon on y employé le nombre des chofes qui y font contenues ; & cela eu égard à la Place qu’on fe pro-pofe d’attaquer, ôt dans laquelle on fup-pofe qu il y aune certaine quantité d’Artillerie,, de Troupes & au temps qu on juge qu’eri pourra durer l’attaque. On doit compter .au moins fur un mois , parce que , Suivant M. de Vauban, il n’y a gueres de Place qui ne puilfe fournir une deffenfe d’un mois , étant deffenduë par
- * Voyez, 1s Traité de l’Artillerie , page aaç & fui-vantes.
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- des Places. f
- gens intelligens qui veulent faire leur devoir. Dés tables faites dans l’efprit que nous propofons ici, feroient d'une très grande inftru&ion à ceux qui par leur nailTaiice & leurs emplois doivent prétendre au commandement des Armées ; mais elles demanderoient pour être bien faites., l'habileté & la grande expérience d’un Vauban, ou d’un Valiere. La théorie feule ôc une pratique médiocre, ne font, pas des moyens fufïifans, pour donner de bons principes fur cette matière.
- Il y auroit encore à confiderer l'Armée nécelfaire pour que le foldat four-nilfe à tous les travaux du Siège , fans trop fe fatiguer. On fent bien qu’il doit y avoir une certaine proportion ou rapport entre l'Armée afîaillante, & les Troupes qui deffendent la Place; mais quel eft-il ? C’ell ce qu’il eft fort difficile de déterminer précifément. Errard , l’un de nos plus anciens Ingénieurs , fuppo-fe que ce rapport doit être égal à celui de io. à i, c’eft-à-dire qu’il faut une Armée de dix mille hommes, pour attà-
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- & Traité de l’Attaque quer une Ville dans laquelle il y a mille foldats ; mais on verra dans le détail des travaux du Siège, que ce rapport qui peut être bon dans ce cas ci , pourvu q'uil n’y ait point à craindre qu’il vienne une Armée pour fecourir la Place , ne feroit pas fuffifant dans'«ne Ville, ou il y aùroit deux mille hommes , fur tout s’il falloit aufli fe précautionner contre une Armée qui eflayeroit de la fecourir. Dans de certains cas ce rapport fe trouvera trop petit, Ôc dans d’autres trop grand; car il eft évident, par exemple , qu’il ne feroit pas befoin d’une Armée de 200000 hommes pour aiïiéger une Ville dans laquelle il y auroit 20000 hommes. Il n’y a gueres que le Général qui puiffe déterminer çe rapport, fui-vant les circonftances des temps & des lieux. La grande connoiffance qu’il doit avoir de la guerre , doit lui fournir tous les expediens, ôc tous les moyens pour furmonter les obftacles que l’Ennemi peut lui oppofer. Il doit les prévoir, Ôc s’arranger en confequence pour reme-
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- des Places. 7
- dier à tout, ôc n’être jamais furpris des chicanes de l’Ennemi.
- La confideration de toutes les chofes dont nous venons de parler eft très importante. Il en eft de même des raifons qui font déterminer le fiége d’une Place préférablement à une autre , mais comme elles regardent particuliérement la Cour 6c les Généraux, nous ne nous y arrêterons point. Il ne s’agit ici que d’inftruire un jeune Officier de tout ce qu’il y a d’effentiel dans un Siège, pour qu’ilfoit en état d’en fuivre le progrès, ôc de fe rendre compte de toutes les opérations qu’il y verra faire.
- Cette connoiflance lui eft abfolument néceflaire pour n’être point, fi l’on peut parler ainfi., en pays inconnu, dans les travaux du Siégé, ôc que dans de certains, cas imprévus, il foit en état de prendre fon parti en homme intelligent, ôc de fervir avec diftinêtion. C’eft pourquoi on ne difcutera point ici toutes les précautions que doit prendre un Général avant que de former un Siège ; on A iiij
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- 8 Traité de l'Attaque fuppofera quil a pris tous les arrange-mens néceflaires pour le faire réulfir; qu'il eft inftruit des forces de l'Ennemi, & qu'il en a de fuperieures qui lui permettent d’entreprendre le Siège , fans craindre que l’Ennemi puiife l'obliger de le quitter.
- Une Armée qui fait un Siège s'affoiblit toujours beaucoup ; car une partie der vient néceffaire pour la conftruâion des travaux , & pour leur garde. Si l'enne-mi avoit une Arme'e égale en force à celle de l'Armée allégeante , il fe trou-veroit avoir une fupériorité fur cette derniere, pouvant l’attaquer avec toutes fes forces, au lieu que l’autre ne pour-roit pas faire ufage de toutes les liennes. Aulfi n'entreprend-on gueres de Siège, que lorfqu’on préfume d'être en état de pouvoir le continuer, & d'oppofer une Armée capable d'arrêter l'Ennemi s’il veut elfayer de le faire quitter.
- Nous fuppoferons aulfi que le Qéné? ral a eu le foin de faire amalïer dans les Places voifmes toutes les munitions
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- des Places. <?
- dont il prévoit avoir befoin, 6c qu’il peut les faire conduire en fureté devant la Place dont le Siège eft réfolu ; quil n a rien négligé pour faire prendre le change à l’Ennemi, c’eft-à-dire, de le tenir incertain fur la Place qu’il s’agit d’allié-ger, 6c de lui perfuader même cju’ila def-fein d’en attaquer une autre, afin de l’engager à dégarnir de Troupes 6c de munitions cette Place, ou du moins,l’empêcher d’y jetter le fecours ôc les munitions qu’il pourroit y introduire ,* ce qui ne pourroit qu’augmenter la difficulté de l’entreprife , ôc rendre par confé-quent le Siège plus long ôc plus meurtrier ; enfin que le fecret a été gardé avec le plus grand foin. Tout cela fup-pofé, nous pafferons tout d’un coup au détail du Siège, après avoir defini ou expliqué les principaux termes qu’il eft nécefïaire d’entendre pour l’intelligent ce de cette partie de la Guerre»
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- ?o Traité de l’Attaque
- IL
- Définitions ou explications des termes les plus en ufage dans la Guerre des Sièges.
- ON appelle Armée, un grand nombre de gens de Guerre réunis fous le commandement d’un feul Chef. On. fe fert quelquefois du terme de Troupes , pour défigner une Armée.
- Une Armée eft compofée d Infanterie '& de Cavalerie ; l’Infanterie combat à pied , ôt la Cavalerie combat à cheval.
- L’Infanterie fe divife en corps ou partie d’environ fix cens hommes : chacun de ces corps eft appellé Bataillon.
- La Cavalerie fe divife de même en corps ou partie d’environ cent vingt ou cent cinquante hommes} que l’on nomme Efcadron.
- Une Armée eft compofée de Bataillons & d’Efcadrons.
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- des Places. i i
- Iles Bataillons, les Efcadrons Ôc en général tout corps de gens de guerre rangé pour combattre, ou pour quelque autre fonction Militaire , forme des rangs ôc des files.
- Le rang eft un nombre de Soldats placés a côté les uns des autres fur une ligne droite, ôc la file eft un nombre de Soldats placés derrière les uns des autres , faifant tous enfemble une ligne droite.
- Les rangs dans chaque corps de Troupes font égaux, ôc les files font compo-fées d’autant d’hommes qu’il y a de rangs»
- Le nombre de rangs, ou la quantité de Soldats de chaque file dans un Bataillon ou dans un Efcadron, fe nomme la hauteur du Bataillon ou de l’Efcadron.
- La hauteur du Bataillon eft ordinairement de a hommes > ôc celle de l’Efca-dron de 3 hommes.
- Ainfi fi le Bataillon eft de fix cens hommes , les rangs feront chacun de 150, ôc fi l’Efcadron eft de i$o , les rangs feront chacun de ço hommes.
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- i2 Traité de l’Attaque
- Le premier rang fe nomme la tête dts Bataillon, & de l’Efcadron ; le dernier la queue y ôc les. deux fdes qui le terminent à droite & à gauche , fe nomment les aîles.
- Les Bataillons non plus que les Efca-drons, ne fe placent pas à côté les uns des autres ; on lai(Te entr’eux un inter-vale à peu près égal à l’efpâce qu’ils occupent , lequel fe-rt d’ouverture pour le pa!Tage d’un autre Bataillon ou Efca-dron.
- Tous les gens de Guerre qui compo-fent une Armée , fe partagent encore en corps , que l’on appelle Régiment.
- Il y en a d’infanterie, de Cavalerie , ôt de Dragons ; forte de corps particulier qui combat à pied ôc à cheval ; ils fe fubdivifent en Compagnies ; un Efca-dron en contient quatre.
- Les Régimens ne font pas compofés du même nombre d’hommes ; il y en a d’un Bataillon, de deux Bataillons, &c. & parmi la Cavalerie, de deux Efça-drons, trois Efcadrons, &c.
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- bes Places; ï?
- Celui qui commande un Régiment, fe nomme Colonel dans l’Infanterie , ôc Mejlre de Camp dans la Cavalerie.
- A l’égard des Compagnies, ceux qui les commandent fous les ordres du Colonel, font appelles Capitaines dans l'Infanterie , de même que dans la Cavalerie.
- Outre les Capitaines, il y a d’autres Officiers à la tête des Compagnies qui les commandent en. l’abfence, ôc fous les ordres du Capitaine ; mais nous n’en parlerons point, n’ayant pas deflein de donner un état de tous les Officiers com-mandans de chaque corps de Troupes, qu’en général on nomme Officiers ; nous dirons feulement un mot des Officiers dont le grade eft au - deffiis de celui de Colonel.
- Le premier eft le Brigadier, c’eft le premier grade Militaire où parvient le Colonel.
- Il y a des Brigadiers d’infanterie , de Cavalerie Ôc de Dragons.
- Les fondions du Brigadier font de
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- 14 Traité dè l’Attàqùè commander un corps dé plufieurs Régi-mens qu’on nomme Brigade* Les Brigades d’infanterie font communément compofées de 4 ou 5 Bataillons > & même de fix.
- Les Brigades de Cavalerie font de 8 ou 10 Efcadrons.
- Les Brigadiers d’infanterie commandent des Brigades d’infanterie, ceux de Cavalerie des Brigades de Cavalerie, &c.
- Les Brigadiers ont encore fucceffive-ment & à tour de rôle, un jour de fer-vice dans l’Armée ; ce fervice confifle à aider les Officiers Generaux qui ont des grades au-deffus d’eux, dans tout ce qui concerne l’arrangement & la fureté du Camp que l’Armée occupe , & à exécuter les differentes chofes dont ils peuvent les charger à cet égard. Le Brigadier 11’eft point Officier général, il eft deftiné à commander particulièrement fa Brigade , ôt non point aucun autre corps particulier de l’Armée^
- Au-deffus du Brigadier, eft immedia-
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- B E S P L A C E S. If
- tement le Maréchal de Camp, cet Officier à le nom d’Officier général, parce qui! nappartient plus à aucun corps particulier , & quil peut commander indifféremment tous les différens corps de l’Armée. Les principales fondions du Maréchal de Camp, font de veiller au campement de l’Armée, & d’ordonner lui-même aux Officiers qui font chargés du détail, tout ce qui lui paroît né-ceffaire, foit pour l’efpace qu’il doit occuper, foit pour fa fûreté, foit pour que l’Armée ne foit pas expofée à y être attaquée défavantageufement. Il place auffi les Troupes deftinées à la garde du Camp, dans les lieux qui lui paroiffent les plus convenables,pour que ces Troupes puiffent aifément découvrir dans tôus les environs du lieu où elles font placées, & qu elles ne puiffent pas être enlevées par l’Ennemi. Il a fouvent des commandemens particuliers de différens corps de Troupes qui lui font confiés, & dans une Bataille il aide dans le commandement les Lieutenans Généraux.
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- \6 Traité de l’Attaque Les Maréchaux de Camp quife trouvent dans une Armée > ont chacun leur jour de fervice fucceffivementj & à tour de rôle..
- Au-aeffüs du Maréchal de Camp, eft le Lieutenant Général. Cet Officier commande fouvent des corps d’Armée } Ôc il n’eft fubordonné qu’aux feuls Maréchaux de France,ou au plus ancien Lieutenant général lorfqu’il n’y a point de Maréchaux de France dans 1? Armée. Les Lieutenans généraux qui fe trouvent dans une Armée ont chacun leur jour de fervice, comme les Maréchaux de Camp & les Brigadiers.
- La dignité de Maréchal de France , eftàpréfentle plus haut grade Militaire. Autrefois ils étoient fubordonnés au Connétable, dont ils étoient les Lieutenans : mais aujourd’hui ils ne le font à aucun Officier d’un grade différent ; leurs fondions font de commander en chef les Armées.
- Un corps de Troupes ou d’Armée enfermé dans une Place pour la garder &
- pour
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- des Placés; lÿ jâour la deffendre y fe nomme la Garni-fon de la F lace ; cette Garnifon eftcom-pofée de Cavalerie oit de Dragons ôc d’infanterie.
- Faire le Siège d'une Place, c’eft l’attaquer avec une Armée qui y rëffere l’Ennemi de tous côtés, ôc qui fait enforte de l’obliger à rendre la Place, foit par la deftru&ion dé fes fortifications y foit par le peu de monde qui y refte, Ôc qui n’eft pas fuffifant pour la deffendre;
- Faire le Blocus d'une Place 3 c’eft l’entourer de differens corps de Troupes qui en ferment les avenues de tous les côtés * ôc qui ne permettent point dé faire entrer ou fortir aucune chofe de la Place.
- L’Objet du Blocus, eft d’obliger ceux qui font enfermés dans une Ville de confommer toutes leurs provifions dé bouche, ôc de les obliger à la rendre n’ayant plus de quoi y fubfifter.
- On voit par là qu’un Blocus doit être fort long * lorfqu une Place eft bien munie ; aufli ne prend-t’on guerés lé patfti B
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- i3 Traité dé*,*Àttaqüé de réduire une Place par ce moyêii qu on ne fait informé que fes magafins font dégarnis, ou bien lorfque la nature ou la fituation de la Place ne permet pas d’en approcher pour en faire les attaques à l’ordinaire.
- Invefiir me Place, c’eft l’entourer cte Troupes de tous côtés, comme dans le blocus, difpofées de maniéré, que la ,Ville ne puifle recevoir aucun fecours , foit d’hommes, foit de provilions ; c’eft proprement une préparation pour l’aflié-ger dans les formes.
- Les Sièges peuvent fe divifer en plu-fleurs efpeces, fuivant la nature des Villes qu’on a à attaquer , & la méthode qu’on y employé*
- Le premier eft le Siège Royal, ou le Véritable Siège. C’eft celui dans lequel on fait tous les travaux nécëffaires pour s’emparer de la Place , en chaflant fucceflivement l’ennemi de toutes les fortifications qui la deffendent. Cette forte de Siégé ne fe fait qu’aux Villes fonfiderables &: importantes, & doftf;
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- . bks Places;
- |ës fortifications exigent tout cet appareil. C’eft d’un Siège de cette efpece dont nous détaillerons les travaux dans Icet ouvrage.
- Le Siège qui ne demandé point tous les travaux du Siège Royal > fe nomme Fimp lemerit Attaque. C’eft pourquoi lorfqu un corps de Troupes ëft envoyé pour s’emparer d’un pofte important, d’un Château 3 oü dé quelqu autre petit lieu occupé par l’ennemi, dont on peut le chaffer promptement, on ne ditpoint qu’on en va faire leSiége, mais l’attaque;
- Infuher un Ouvrage, ne veut dire autre chofe que d’en faire une attaque fu-bite & imprévüe.
- . Surprendre une Ville, c’eft. s’y infinuer par adreffe, ôc s’en rendre le maître par le moyen de quelque intelligence , ou autrement^fans que l’Ennemi ait aucun foupcon de l’entreprife.
- Efcalader une VMe , c’eft effayer de s’èn tendre le maître par une prompte attaque , en efcaladant lés murailles ou les fortifications de la Ville ; c’eft-à-dire en
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- ao Traité de ï/Attaqüë y montant avec des échelles , & s’eii emparer ainfi, fans être obligé de dé* truire fes fortifications/
- Petarder une Ville, c’eft en rompre les portesavecle Pétard, ôc chercher enfuite à s’y introduire ôc a s’en rendre le maître;
- On ne peut parvenir à pétarder les portes , qu’en s’approchant de la Place fansique l’Ennemi en foit informé ; c’eft à-dire, qu’il faut le fürprendre, pour par* venir à faire cette opération.
- Les furprifes des Villes Ôc les efcala-^ des étoient autrefois affez communes j mais la difpofitionde nos fortifications, le bon ordre que l’on tient à prefent pour la garde des Places , ne permet gueres la réuflite de ces fortes d’entreprifes. Cependant il y a des cas ou elles fe peuvent tenter, ôc où elles peuvent réuflir. Nous en avons un exemple recent dans l’efcalade de Prague.
- Bombarder une Ville, c’efty jetter une quantité de Bombes pour en détruire les maifons Ôc les principaux Edifices. Cette expédition fe fait communément
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- lorfqu’onne peut pas préfumer-de s’emparer de la Ville par un Siège en forme , & que l’on veut mortifier le Prince à qui elle appartient, ou en punir les Ha-bitans ; ou enfin les exciter à fe mutiner contre la Gamifon pour l’obliger de fe rendre*.
- Lorfqu’on veut eflfàyer de s‘emparér d’une Place par une prompte attaque , & que cette Place a quelques fortifica^-tions extérieures dont on fe rend mai-tre d abord, fans faire les approches ordinaires, on dit qu’on brufquele Siège.
- Ligne de Circonvallation, eft une fortification de terre, compofée d’unparapet-& d’un foffé, que l’on fait autour des. Villes dont on veut faire le Siège , & cela lorfqu’on craint que l’Ennemi ne vienne pour le traverser, ôc pour obliger de l’abandonner*
- Ligne de Contrevallation, eft une ligné femblable à la ligne de circonvallation, dontl’objet eft de couvrir l’Affiégeant ou l’Armée qui fait le Siège, contre les, entreprifes de la Garnifon,
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- 3.2 Traité de l’Attaque
- Le Foffé de la circonvallation eft chj côté de la campagne au pied du parapet, . & celui de la contrevallation du côté de la Ville , auffi au pied du parapet.
- L'on ne fait gueres à preiènt de ligne de contrevallation, parçe que la nouvelle forme que M. le Maréchal de Vau-ban a donné aux travaux des Sièges , la rend pour ainfi-dire inutile.
- On appelle encore Ligne, une fortification de terre comme les Lignes dont nous venons de parler, derrière laquelle fe place une Armée pour couvrir une. étendue de Pays qu'elle ne pourroit pas garder fans cette efpece de fortification.
- Lorfqu’il n’eft queftion que de fe couvrir en campagne contre l’Ennemi, & qu’on veut lui oppofer quelque fortification pour augmenter les difficultés de fon attaque, les travaux que l’on fait à ce fujet fe nomment alors retranchemens. Un retranchement n’eft compofé ordinairement que d’un foffé, Ôc d’un parapet avec fa banquette. On fait encore Éferetrançhèmens avec des atbres abba-
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- tus, jettés confufement les uns furies autres , ôc dont on taille en pointe, les principales branches du côté de l’Enne-mi. Cette efpece de retranchement eft excellente j c’eft ce qu’on appelle un Abbaiis, On appelle encore Retranche-mens, les travaux que l’on fait dans un ouvrage attaqué pour en difputer plus long-tems la prife à l’Ennemi. Ils ne confiftent communément qu’en Un foflfé & un parapet.
- Le Camp en général eft l’efpace ou l’étenduë du terrain qu’occupe une Armée en campagne , & fur lequel elle eft établie avec tous fes Bagages.
- Dans un Siège, le Camp eft placé tqutle long de la circonvallation à 120 toifes de cette ligne ; l’Armée fait face à la circonvallation ; c’eft-à-dire, que les foldats ont cette ligne devant eux, la Ville derrière,
- La Ligne qui termine lé Camp du côté de la circonvallation, fe nomme là tête du Camp ; ôc celle qui le termine du côté de la Ville, la queue t ou lé derrière ^.Canipr B iiij
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- $4 Traité de l’Attaque
- Le Quartier dans un Siège, eft une partie de l’Armée compofée d’une ou plufieurs Brigades, qui font fous le comr mandement d’un Lieutenant Général, ou d’un Maréchal de Camp. Le Quar~. tier porte communément le nom de celui qui le commande.
- Epaulemens, font des élévations de terre de 8 ou p pieds que l’on fait quelquefois dans un Siège , pour métré la Cavalerie à couvert du/Canon de la Place.
- Le Bivouac > eft une garde extraordinaire que l’on fait toutes les nuits pendant un Siège , pour empêcher qu’il n’entre du fecours dans la Place.
- La Tranchée eft une efpece. de chemin en zigzag, que l’Afliégeant creufe dans la terre pour arriver à la Place , fans être expofé à la vue 6c aux coups de l’Em* nemi.
- L’endroit où commence la Tranchée fe nomme la queue de la Tranchée.
- Ouvrir la Tranchée, c’eft commence^ à là conftruire.
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- des Places, ay
- Place â* Armes j font des parties de la Tranchée qui entourent tout le front de l’attaque y ôc qui fervent à contenir des jSoldats qui foutiennent & protègent l’a-vancem«nt, ou la tête des travaux.
- On fait trois Places d Armes lorfque le terrein des environs de la Place le perrnet. La première & la, plus éloignée de la Place} eft environ à 3 00 toir fes du glacis du chemin couvert. La fécondé à 140 toifesj ôt la troifiéme au pied du glacis.
- On appelle Boyaux, les parties ou retours de la Tranchée qui conduifent aux Places dArmes, ôt à la Place.
- Brèche} eft l’ouverture qu’on fait à un rempart avec le Canon ou la Mine.
- AJfaut, eft une attaque vive & violente que l’on fait à la partie du rempart ou la brèche eft faite.
- Logement une efpecede tranchée pu de rétranchement que l’on fait dans un Ouvrage dont on vient de chaffer l’Ennemi, pour fe mettre à couvert des parties de la Fortification qui commarç-
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- Traité dé l’Attaque dent l’endroit où Ton veut s’établir.
- On employé dans les travaux des Sié* ges, différens matériaux dc»nt les prin-? cipaux font : les Fafcines y les Gabions, les Sacs à terre, les Sacs à laine, &c.
- Les Fafcines, font des fagots d’environ 6 pieds de long, ôc de 8 pouces de dia-. métré, ou ce qui eft la même chofe * d’environ 24 pouces de circonférence. Elles ont deux liens placés à peu près à un pied de diftance des extrémités.
- Les Gabions y font des elpeces de pa-. niers cylindriques fans fonds , de deux pieds & demi de diamètre, ôc d’autant de hauteur. Pour les conftruire on planète d’abord dans la terre 8 ou p Piquets circulairement ; les Piquets doivent avoir 3 pieds de long, fur 5 à 6 pouces de circonférence ; on les entrelafle de menues branches d’arbres comme pour en faire un panier, lefquelles font ferrées de haut en bas avec d’autres petites élagures de branches. Lorfqu’on veut fe fervir du gabion y on le pofe dans une fituation oppofée à celle qu’il avoit
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- pendant fa conftruâion, c’eft - à - dire , que les pointes des Piquets qui alors étoient enfoncées dans la terre, fe trouvent en haut. Ces pointes fervent à attacher fixement des fafcines fur les Galbions.
- Les Sacs à terre y font des Sacs d’environ deux pieds de hauteur fur 8 ou 10 pouces de diamètre:ce n’eft autre chofe que des Sacs ordinaires d’une toile fort groffe,que l’on remplit de terre^ôc dont l’ouverture eft fortement liée pour que la terre ne forte point du Sac.
- Les Sacs à laine,ne different des Sacs à terre , quen ce quon les fait plus grands, & qu’au lieu de terre, ils font Remplis de laine.
- Outre les différentes chofes dont on vient de parler, on fe fext encore dans les Sièges, de Blindes , de Chandeliers , de Manteiets y de Gabions farcis , de Chevaux de fnfe, de Chattjje -trapes & de SattciJJons. *
- Par Blindes, on entend uneefpece de phaffis compofé de quatre pièces de
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- *8 Traité de l’Attaque bois, deux defquelles ont de longueur-y ou 6 pieds, & les deux autres, deux ou trois pieds. Les plus longues font pointues par les deux bouts , les deux autres font attachées vers l'extrémité' des premières, environ à i j pouces de-diftance de leurs pointes. C’e'ft proprement un paralellograme reâangle, dont les longs côtés .débordent les petits d’en-, viron ï? pouces.
- Les Blindes, s’appuyent le long des terres de la Tranchée, elles fe plantent-de maniéré que leur longs côtés font dans une fituation verticale , leur pointe d’en bas fert à les enfoncer dans la terre, & celle d’en haut à attacher des fafcines qu’on pofe deffus : on en met le long des deux côtés de la Tranchée, & on en pofe aufïi horifontalement fur le haut j on recouvre ces dernieres de fafcines , enforte que la Tranchée fait alors uno gallerie couverte. On ne la difpofe ainfi-que lorfqu’elle eft fort avancée, & dans les endroits où les Grénades des Aflié-gés iiiçpmmoderoient trop. les*Soldats de la Tranchée.
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- des Places# àÿ
- On fc fert aufli du terme de blinde,pour exprimer une efpece de claye faite de branches d’arbres,Ôt derrière laquelle le Soldat travaille fans être vu de Tennemi.
- Les Chandeliers font compofés de deux pièces de bois élevées perpendiculairement fur deux autres pièces horizontales, fur lesquelles elles font foutenues départ d’autre par de petits arc-boutanSé
- L'intervalle des deux pièces verticales fe remplit de fafcines ; cette machine fert aufli à couvrir le Soldat ouïe travailleur, dans différentes occafions.
- Les membrures avec lefquelles on corde le bois , reffèmblent parfaitement à cette machine.
- LeMantelet, proprement dit, eft une efpece de table compofée de plufieurs madriers , quun homme fait mouvoir’ à peu près verticalement devant lui par des roues , & par une efpece de Timon attaché à l’aiflieu de ces roues, auquel le Mantelet eft aufli attaché.
- Le Gabion farci, eft un gros gabion que l’on remplit de différentes chofes ,
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- jo Traité otl* Attaqué
- ©iiforté qu’une fealie de fùfil ne puifTé pas,le percer. Il fert comme le Mante-let y à couvrir les travailleurs dans les travaux avancés ; le Soldat le fait rouler devant lui, & il travaille derrière. Ori fe fert plus ordinairement aujourd’hui de Gabions farcis, que de Mantelets, quoique cette dérniere machine foit plus avantageufe ; la facilité de la conf-tru&ion de la première > eft ce qui la fait apparemment préférer.
- Les Chevaux de frife > font de longues pièces de bois traverfées & heriftees de pointes de bois où de fer fort aiguës ; on s’en fert pour boucher des paffages étroits par où l’Ennemi doit pafFer.
- Les Chauffes trap.es > font une efpecé de çlouds à quatre pointes , difpofées de maniéré qui! y en a toujours trois en bas Ôc une en haut;
- On en feme les endroits par où l’on craint; les approches & le pafîage de l’Ennemi. Elles fervent beaucoup contre là Cavalerie.
- Le Samiffon, y eft une efpëce defafeb
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- des Places* Jï
- iie beaucoup plus grande que les fafci-hes ordinaires. On s’en fert ordinaire-* ment pour la réparation des brèches.
- Toutes les differentes machines dont nous venons de parler, font reprefen-tées dans laPlanchepremiere \ les figures, & ce que nous en venons de dire, doivent en donner une connoiffance fu£ (ifante. Qn y verra aufli la figure du Croc & de la Fourche, dont on fe fert pour arranger les Gabions.
- Les termes que l’on vient d’expliquer , font les plus néceffaires pour l’intelligence de cet Ouvrage ; les autres qui y ont rapport, & dont on fe. fervi-ra dans la fuite, feront définis lorfquon aura occafion d’en faire ufagç.
- 4
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- TitAifé dè l9Attaque
- III.
- Maximes ou Principes que Von doit objèrver dans VAttaque des Placesi
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- IL faut s’approcher de la Placé fans en être découvert, ni directement y ni obliquement, ou par le flanc.
- Explication.
- Si Ton faifoit les Tranchées en allant dire&ement à la Place par le plus court chemin, Ton y feroit en butte aux coups des Ennemis, poftés fur les pièces de la fortification où la Tranchée abouti-roit; fi Ton y alloit obliquement , pour s’ôter de la direâion du feu de l’endroit où l’on veut aller , & que la Tranchée fut vue dans toute fa longueur par quelqu’autre pièce de fortification de la Place, les foldats placés fur Cette pièce de fortification, verroient le flanc de
- fceux
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- Des Places: 3î’
- fcêüx de la Tranchée, laquelle fe trouvant ainfi enfilée par l’Ennemi, ne cou-vriroit nullement lés foldats quiferoient dedans, dü feu de là Place.
- Or comme l’objet des Tranchées eft de les en garantir, il faut donc quelles foient dirigées de maniéré quelles ne foient ni vues, ni enfilées par l’Ennemi d’aucun endroit»
- IL
- Il faut éviter de faire plus d’ouvrages qu’il n’en eft befoin pour s’approcher de la Place fans être vû, c’eft-à-dire, qu’il faut s’en approcher par le chemin le plus court qu’il eft poflible de tenir, enfe couvrant, ou détournant des coups de l’Ennemi.
- III*
- Que toutes les parties des Tranchées fe foutiennent réciproquement, & que celles qui font les plus avancées, ne foient éloignées de celles qui doivent les defFendre, que de 120, ou 130 toi-fes, c’eft-à-dire de la portée du fufil,
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- 34 Traité dé l^Attaqüé
- IV.
- Que les parallèles ou Places d’Ar* mes les plus éloignées de la Place, ayenf plus d’étendue que celles qui en font plus proches,. afin de pouvoir prendre l’Af-fiégé par le flanc, s’il vouloit attaquer ces dernieres parallèles.
- V.
- Que la Tranchée foit ouverte ou commencée le plus près de la Place qu’il eft pofîible , fans trop s’expofer, afin d’accelerer ôc diminuer les travaux du fiége.
- Explication.
- On ne peut rien donner de bien précis fur la diftance qu’il doit y avoir du commencement de la Tranchée à la Place. En terrein uni ou égal, cette di-liance peut-être de 8 ou poo toifes ; mais s’il y a quelque terrein creux dans les environs de la Place, on en profite pour ouvrir la Tranchée plus près. En général, on fe réglé là-defîus fuivant la
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- b ES Places» 3 y
- ftâtüre du teirrein , plus ou moins favorable à protéger le commencement de la Tranchée.
- Nous fuppoferons dans cet ouvrage que Touverture de la tranchée fe fera à 800 toifes dix chemin couvert de la Place. La première parallèle à 300 toifes } la fécondé à ifo; 6c la troifiéme au pied du glacis. C’eft à peu prèà les diftances que M. le Maréchal de Vau-ban obferve ; l’on dit 3 a peu près, parce que la précifion eft ici inutile ; ôc quune différence de if ou 20 toifes peut être confiderée comme infenfible;
- VI.
- Obferver de bien liër les attaques 3 c’eft-à-dire , d’avoir foin quelles ayent des Communications pour pouvoir fé donner du fecours réciproquement.
- VIL
- Ne jamais avancer un outragé eh avant, fans qu’il foit bien foutenu ; 6c pour cette raifon dans l’intervalle de la fécondé ôc de la troifiéme Place d’Ar-
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- $4 Traité de l’Attaque mes , faire de part Ôc d’autre de. la Tranchée , des retours de 40 ou 50 toifes parallèles aux Places d’Armes y & con-ftruits de la même maniéré y qui fervent à placer des foldats pour protéger les travaux que l’on fait pour parvenir à la .troiliéme Place d’Armes. Ces fortes de retours , dont l’ufage eft le même que celui des Places d’Armes y fe nomment demi Places d'Armes.
- VIII.
- Obferver de placer les Batteries de Canon fur le prolongement des pièces attaquées y afin qu elles en arrêtent le feu ; Ôc que les travaux en étant protégés , avancent plus furement ôt plus promptement.
- IX.
- Embraffer par cette raifon toujours le front des attaques, afin d’avoir toute l’étendue néceiTaire pour placer les Batteries fur le prolongement des faces des pièces attaquées.
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- des Places.
- X.
- Eviter avec foin d’attaquer par des lieux ferrés, comme aufli par des angles rentrans , qui donn.eroienr lieu à l’Ennemi de croifer fes feux fur les attaques.
- Remarque,.
- Les obfervations que l’on-vient de faire, peuvent être confideré'es comme des maximes générales qu’il faut toujours avoir en vue dans l’attaque des Places. Les. difpofitions du terrein & des fortifications peuvent faire varier la figure des travaux de l’attaque , de même que les irrégularités du contour d’une Place y en font varier la figure des fortifications ; mais de quelque nature que puifle être la figure de la Place, ôc quelque fingur lier que puifle être le terrein de fes environs , il faut toujours, difpofer fes travaux, de maniéré que l’Ennemi ne puifle fortir de fa Place fans un défavan-tage évident ; fans être expofé à un grand feu, ôc fans, montrer le: flanç à
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- 3$ Traité de l’Attaque quelques uns des travaux du Siégé ; comme aufïi placer Tes Batteries de façon quelles puiffent faire taire le feu de toutes les deffenfes de l’Ennemi. .
- Nous nous conduirons dans cet ou-: vrage fuivant la méthode que nous avons obfervée dans nos Elêmens de Fortifications. Nous y avons fuppofé qu’il falloit fortifier une Ville d’une enceinte reguliere , & nous avons fait voir l’application des principes de la fortification régulière à l’irréguliere. Nous fup-; poferons ici qu’il faut faire les attaques d’une Ville fortifiée régulièrement & en terrein égal> & nous ferons enfuite l’application des principes de l’attaque des Villes regulieres, aux Villes irre-gulieres.
- IV.
- De tïnvejlinire.
- LAPremiere opération du Siège eft l’Inveftiture. On inveftit une Place avec un corps de Troupes a au
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- des Places. 39 moins une fois aufll fort que la Garni-fon de la Place ; ce corps fe partage en plufieurs autres corps qui occupent toutes les avenues de la Place. Le jour il fe tient hors de la portée du Canon, ôc la nuit il s’en approche beaucoup plus, afin d’être plus à portée de fe foutenir , Ôc d’enfermer la Place plus exa&çment.
- L’Inveftiture fe fait ordinairement avec de la Cavalerie ; mais lorfque le Pays eft coupé par des Ravins , Chemins creux, ou qu’il y a des bois dans les environs de la Place, il y faut aufli de l’Infanterie pour garder tous les chemins qui conduifent à la Place, ôc fermer même par des efpeces de Retran-chemens > ceux qui pourroiént plus ai-fément être forcés..
- L’Armée vient peu de jours après l’in-veftiture, ôc elle fe place au tour de la. Ville, relativement au terrein que la ligné de circonvallation doit occuper, ôc qui lui eft défigné par l’Ingeriieur qui a la direction du Siège.. Dès que l’inveftitu-X$i eft formée, on s’arrange pour tracer
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- 40 Traité de l’Attaque la ligne de circonvallation, ôc l’on travaille enfuite à fa conftru&ion.
- V,
- Du Tracé de la ligne de Circon~ vallation,
- AVant de commencer l’attaque d’une Place, on fait enforte d’en avoir un plan le plus exa£t qu’il eftpof-fible, fur lequel on fait un projet de la Circonvallation 6c des attaques. On rectifie ce Plan après l’inveftiture, autant que le voifinage de l’Ennemi peut le permettre ; ôc l’on corrige fur ce Plan , tout ce qu’il peut y avoir à changer dans le projet qu’on y avoit d’abord tracé. C’eft fur 'un Plan ainfi rectifié, que nous fuppofons que nous allons travailler. Nous commencerons donc par expliquer , ou donner lç tracé des travaux du Siège fur le papier; après quoi nous donnerons là maniéré de les tracer fur ie terrçin. Nous, donnerons la fuitç 6c fe
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- des Places. 41
- progrès de ces travaux depuis l’invefti-ture jufqu’ à la prife de la Place, dans Tordre qu’ils s’exécutent fur le terrein. La ligne de circonvallation étant une fortification que Ton oppofe à l’Enne-mi qui vient de dehors pour fecourir la Ville , doit avoir fes defienfes dirigées contre lui, c’eft-à-dire, oppofées à la Ville, ôt l’Armée affiégeante doit, comme nous Tavons déjà dit, être campée derrière cette ligne, entre elle & la Ville. Le Camp doit être, autant quil eft poflible, hors de la portée du Canon ; ainfi la Circonvallation qui doit encore être plus éloignée de la Place que le Camp, doit à plus forte raifon, êtreauf-fi hors de la portée du Canon ; on peut eftimer la portée du Canon tiré à peu préshorifontalement, ou fur un angle de i o ou 12 dégrés d’environ 1200 toifes. Nous avons vu que fuivant les expériences de M. Dumetz, le Canon porte beaucoup. plus loin. Mais dans ces expériences , le Canon a été tiré à toute yolée., c’eft-à-dire , fous l’angle de 4$
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- 42 Traité de l'Attaque degrés , & fous cet angle fes coups font trop incertains. Il faut pour que le Canon puiffe faire quelque effet déterminé, ou ce qui eft la même chofe, qu’on puif-fe en quelque façon répondre de fes coups , qu’il foit tiré fous un angle plus aigu, quoique fa portée en devienne plus petite. Comme le Canon ne doit point donner dans la queue du Camp , cette partie doit être éloignée de la Place déplus de 1200 toifes; nous fuppofe-rons que fa diftance doit être fixée a 1400 toifes du chemin couvert. L’E-paiffeur, ou la profondeur du Camp peut être eftimée d’environ 30 toifes. De la tête du Camp , jufqu à la ligne de Circonvallation , il doit y avoir un efpace de 120 toifes , pour mettre l’Armée en, bataille à la tête du Camp, derrière la circonvallation, lequel efpace ajouté à 3 o toifes, fuppofées pour l’épaiffeur du Camp, donne 150 toifes, qui étant ajoutées à la diftance du chemin couvert à la queùe.du Camp, donne îfjo toifes. pour la. diftance de la circonyallation au chemin couvert.
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- des Places. 4î
- Ceci pofé, foit la Ville que l’on veut attaquer, un o&ogone régulier fortifié félon le premier Meme de M. le Maréchal de Vauban,le Rayon de cette Place, fera de 234 toifes (a). On ajoutera cette diftance aux 1 jyo toifes que Ton vient de trouver, ôtl’on aura 1784 toifes. On peut faire un compte rond y ajoutant 16 toifes qui ne font ici d’aucune confequence ; on aura 1800 toifes pour la diftance du centre de la Place, a la ligne de circonvallation.
- Le Rayon de la circonvallation étant ainfi réglé, du centre de la Place ôt de l’intervalle de 1800 toifes , on décrira une circonférence de cercle tout autour de la Place. Le diamètre de cette circonférence étant de 3 600 toifes 3 elle fera de 11314 toifes ; on prendra un intervalle de 120 toifes , que l’on portera fur la circonférence que l’on vient de décrire. Cette intervalle y fera contenu dans cet exemple,93 fois avec unrefte qui différé peu de 120 toifes; enforte
- jÇa) Eicmens de Fortification» page 43.
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- 44 Traité de l’attaque que Ton peut regarder le Poligone de cette circonvallation , comme un Poligone de 94 côtés de 120 toifes chacun.
- Le Poligone de la circonvallation tracé *, on prendra de part Ôc d’autre de chacune des extrémités de fes côtés , les lignes B D,&BE, chacune de 1 $ toifes, Ôc des points D ôc E , pris pour centre ôc de l’intervalle de 2$ toifes; on décrira deux arcs qui fe couperont en un point F, duquel on tirera les lignes F D, F E, pour les faces des redans de la ligne de circonvallation.. C’eft ainfi qu’on appelle les parties Taillantes E F D de cette ligne, qui fervent à la flanquer.
- On fera lamême opération fur tous les côtés de la circonvallation, ôc l’on aura fa ligne magiftrale , ou fon principal trait tracé.
- On lui mènera un parapet en dedans
- * Oh n’en a reprefenté qu’une partie dans la Planche fécondé ; il en auroit fallu une trop grande pour la reprefenter en entier, & dans fes juftes proportions.
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- D E S P t A G E S: Çf
- ie .6 oü8 pieds d’épaiffeur, & en dehors On lui donnera un foffé parallèle à toutes fes parties, qui aura 3 ou 4 toifes de largeur. Le parapet de la circonvallation aura 7 pieds ôc demi de hauteur , Ôc la profondeur du foffé eft égale à la hauteur du parapet.
- Pour faire le profil de la circonvalla-tion, foit AB, la ligne du niveau de la Fxg. campagne , & CD l’échelle du profil. Soit A le côté de la Ville, ôc B celui de la campagne ; on prendra A E , de 6 pieds ; du point E, on élevera la perpendiculaire EF de 3 pieds, Ôc l’on tirera la ligne AF, qui fera le talud de la banquette.
- On mènera F G, parallèle à AB; on lui donnera 3 pieds de F en G, ôc la ligne F G fera la largeur de la banquette.
- On élevera au point G, laperpendicu* laire GH, fur la ligne F G, à laquelle on donnera 4 pieds ôc demi.
- On mènera du point H, HK, parallèle à AB.
- On fera H K de 7 pieds ôc demi; on
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- Traité de l’ÀTtâqüe prendra HI d’un pied Ôc demi, ôc l'ori tirera GI, qui fera le côté intérieur du parapet de la circonvallation*
- L'on abaifleradu point K, fur la ligne AB, la perpendiculaire KM ; Ton prendra KL d'un pied ôc demi, ôc l'on tirera IL, qui fera la partie fupérieure du parapet de la ligne dé circonvallation. Ori prendra MN de cinq pieds, & du point N on ab aillera la perpendiculaire NO,* à laquelle on donnera 7 pieds ôc demi de N eh O. Ort tirera OR parallèle à ÂB, on donnera trois toifes ou 1B pieds à la ligne O R ; on prolongera après cela la ligne L N, jufqu en P, & L P, fera Tefcarpe ou le côté extérieur du parapet de la ligne de circonvallation; Du point R, on élévera RS, perpendiculaire à ÔR, ou parallèle à ON» On feraQR, égale à O P, & oh tirera Q S, que l’on prolongera par de-là S, de 3 pieds jufqu en V, après quoi l'on prendra S X de fix pieds ; l'on tirera VX > ôc le profil de la circonvallation fera achevé.
- L'efpece de glacis VX, fert à élever
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- dés Placés; 47 l’Ennemi, & à le mettre plus en but au feu de la ligne, lorfqu’ il veut effayer de s’en rendre le maître, ôt à couvrir le parapet de la circonvallation, à peu près de la même maniéré que le glacis d’une Place, en couvre le haut du rempart.
- Les mefures que l’on vient de donner, peuvent varier de quelque chofe fans inconvénient , mais il feroit affez inutile de faire les lignes plus fortes;on peut feulement en réduire le folfé à dix ou douze pieds de largeur par en haut, ôt à y ou 6 pieds de profondeur. Un fofïe moins large ôt moins profond, outre qu’il ne donneroitpas fuffifamment de terre pour former un bon parapet, auroit l’incon-venient d’être paffé trop aifément par l’Ennemi.
- On peut fraiferles lignes, & on le fait quand elles doivent durer quelque temps, ôt que les environs de l’efpace quelles occupent, fourniffent du bois pour cet effet* *
- On fait aulïi quelquefois un avânt-foffé devant les lignes de 12 ou 15 pieds
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- 48 Traité dé l’àttaqüë de largeur par en haut, & de fix ou fept pieds de profondeur ; il fe fait environ à 12 ou ij toifes du foffé de la ligne. Son objet eft d’arrêter l’Ennemi lorf-qu’il vient attaquer les lignes, & de lui faire perdre du temps Ôc du monde en le paffant. Comme il eft abfolument fous le feu de la ligne, le tems que l’Ennemi eft obligé de mettre à le palier,, doit lui faire perdre beaucoup de foldats ; de d’ailleurs le paffage de ce foffé peut rompre ou déranger l’ordre de l’Ennemi , enforte qu’il n’attaque point aulli avantageufement qu’il le feroit, fans l’obftàcle de ce foffé.
- Malgré ces avantages, M. le Maréchal de Vauban en défaprouvoit l’u-fage , fous prétexte que l’Ennemi y étant arrivé , fe trouvoit à couvert du feu de la circonvallation : Il le condamne nettement dans fes Mémoires ; mais cependant quelque déférence que l’on doive avoir p#ur ce grand Homme, il paroît que tous les Ingénieurs n’ont pas été de fon fentiment fur ce fujet; & quoiqu’il
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- dès Placés
- .quoiqu’il foit vrai que l’avant-foffé fervé de couvert à l’Ennemi lorfqu il eft dedans > il arrête néanmoins fa marche, ôc il l’expofe plus long-tems au feù de la ligne. Aufîi a-t’on fait des avant-foiTés aux lignes en différentes occafions y depuis la mort de M. le Maréchal de Vauban* ôc notamment à Philiîbcurg: ilri’eft pas douteux que l’on n’en eût tiré un bon parti, fi le Prince Eugene fe fût déter-< miné à attaquer nos lignes» Entre cet àvantffoffé eft celui de la circonvallation ; on avoit fait aufîi à Philifbourg , pour augmenter la défenfe de la circonvallation , des puits rangés en échiquieï d’environ 9 pieds de diamètre à leur ouverture , ôc de 6 à 7 pieds de profondeur.-. Ils étoient placés affez proche les uns de,s autres , pour empêcher de paffer avec facilité dans les intervalles quil y avoit entr’eux. L’efpace qu’ils oçcu* poient auroit été fort difficilement paffé par l’Ennemi; ils auroient arrêté & ra-' lenti beaucoup fa marche, & le feu dé la ligne qui couvroit entièrement 1&
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- ?o Traité de l*Attaque paffage , lui auroit inconteftablement fait perdre beaucoup de monde.
- Les Efpagnols avoient pratiqué quelque chofe de pareil au Siège d’Arras en 1Ils avoient conftruits devant la circonvallation, de petits enfoncemens de deux pieds de diamètre, fur un pied Sc demi de profondeur, dans le milieu defquels on avoit planté des efpeces de pieux qui pouvoient nuire beaucoup au paffage de la Cavalerie.
- La Planche 3 fait voir le Plan de la circonvallation entière de Philiplbourg , & la Planche 4 fait voir une partie de cette circonvallation en grand avec les puits & l’avant-foffé. On voit dans la même Planche, une partie de la circonvallation d’Arras, dont nous venons de parler.
- Une ligne de circonvallation exige une forte Armée pour la défendre. Nous avons trouvé la circonférence de celle que l’on vient de tracer de 94 côtés, chacun de 120 toifesj ce qui fait 11280 toifesjil y a fur ce nombre les gorges des
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- des Placés» $\
- dedans à déduire , mais il y a aüfli leurs faces à y ajouter. Les gorges ont 30 toifes, &. les deux faces qui en ont 50 , donnent Un excédent de 20 toifes fur chaque redant, c’eft-à-dire, qu’il faut au nombre ci-defîus, de 11280 toifes, ajouter autant de fois 20 quil y a de redans , pour avoir la circonférence entière de la circonvallation. Cette circonférence a p4 redans ; ainfi c’eft 94 fois 20, qu’il faut ajouter à 11280, c’eft-à-dire, 1880, ce qui fera i3i<5o toifes * pour toute la circonférence. Ce nombre étant divilé par 2282 toifes, qui eft le nombre de toifes que contient une lieuë commune de France, donnera 5 lieues & demie ou environ pour fa valeur : or il eft clair qu’une étendue aufli confidé-rable de terrein, demande une Armée très - nombreufe pour êtrft,gardé* On peut l’évaluer à peu près, toi fuppofant que chaque Soldat rang^ fur la ligne , occupe un efpace de trois pieds, c’eft* à-dire, la moitié d’une toife, que les Soldats font à quatre de hafUiir, 6c que Dij
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- $2 Traité de i/Atï'aqüè l’Armée eft rangée fur deux lignes , ce qui donnera 8 rangs de Soldats. Chaque rang fera de 26320 Soldats, puifqüe la circonférence de la circonvallation eft de 13160 toifès, les huit rangs feront donc 210560 hommes.
- Il faudroit y ajouter encore environ ï 2 ou 15 mille hommes pour les travaux de l’attaque, ce qui feroit une Armée d’environ 225000 hommes. Et comme on ne met point a&uellement, du moins en Europe, d’auffi fortesArmées en campagne ; il s’en fuit que les circonvallations, & en général les lignes, lorfqu’el-les font fort grandes, font très-difficiles à garder. Auffi ont-elles partagés les fen-timens des Généraux les plus célébrés. Tous conviennent qu’il y a de certains cas où l’on en peut tirer quelque utilité, furtout îoji|j|i elles font ferrées, & qu’elles n’ont pdfir objet que de fermer l’entrée d’un Payfcde petite étendue ; mais lorfqu’elles font fort grandes, il eft bien difficile dejgpuvoir les deffendre , lorf-que d'ailleurs elles font attaquées par un Ennemi intelligent.
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- des Places. y?
- On faifoit autrefois de grands dehors aux lignes ; on leur ajoutoit des Ouvrages à corne & à couronne, des tenailles , $cc. Toutes les circonvallations des Villes afliégées dans les Guerres de la Hollande avec l’Efpagne fous les Princes d’Orange ,. jétoient accompagnées de ces fortes d’Ouvrages. On en eft revenu aujourd’hui, que l’on trouve qu’une ligne avec fes fimples rédans , eft encore fort difficile, à garder. Tous, ces Ouvrages extérieurs ne faifoient. qu’en augmenter la circonférence. On. fait feulement aujourd’hui de petites demi-lunes. A, devant les portes de la cir- Pl convallation ; on les place, comme celles Fig. des Villes au milieu des Courtines ; l’entrée en eft formée par des barrières de bois, ôc quelquefois aufïï par des Che-* vaux de frife & autres pièces qui empêchent qu’on n’en force aifément le paf-fage.
- Les lignes ayant peu d’élévation, n’ont pas befoin de Baftions pour être flanquées dans toutes leurs parties com-
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- Pt* 3
- &4.
- 54 Traité de l’Attaque me l’enceinte d’une Place. Les rédans qui font d’une conftru&ion plus {impie , & d’une plus prompte expédition, font fuffifant. L’angle qu’ils font avec la courtine eft toujours fort obtus, afin que le Soldat placé fur la face du rédant* en defende plus facilement l’approche. On fait feulement quelques Baftions dans les endroits où la ligne fait des angles qu’un rédant ne défendroit pas fuffifam-ment. Cependant quand on le veut / on peut aufli fortifier la ligne de circonvallation avec des Baftions. La plus grande partie de celle de Philipfbourg en étoit flanquée comme on le voit dans la Vlan-’ cke 3. Les Baftions augmentent la circonférence de la circonvallation ; & il y a apparence qu’on ne les a employé à celle de Philipfbourg> que parce quel-avoit peu d’étendue.
- On éleve à la pointe des rédans > des batteries pour tirer le Canon à barbette par-deffus le parapet & on en ufe de même par tout où l’on place du Canon far la ligne de circonvallation.
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- DES P LAC ES.
- ’On évalue à peu près le tems dè la façon des lignes, ôt cette évaluation eft très-neceflaire pour juger du jour où. Ton pourra ouvrir la Tranchée ; ce qu’on ne fait communément que lorfque la circonvallation à reçu fa principale per-fe&ion. Une ligne telle que celle que nous venons de conftruire, eft fuivant M. le Maréchal de Vauban un Ouvrage de p ou 10 jours. Lorfque le folié eft plus étroit & moins profond , la ligne eft faite plus promptement.
- L’évaluation du tems de la conftruc-tion des lignes fe fait en toifant l’excavation des terres qui doivent la former , ou ce qui eft la même chofe, en toifant une efpace de lix pieds de la longueur des lignes, & en apréciant le tem s qu’un homme employera à le faire. Comme on donne un pareil efpace à chacun des ouvriers qui travaillent aux lignes , elles fe trouvent conftruites à peu près dans le tems qu’un feul ouvrier employeroit à faire l’efpace qui lui eft marqué.
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- $6 Traité de l'Attaque
- L’expérience apprend qu’un homme en travaillant dans un terrein d’une con-» fiftance ordinaire, peut pendant une journée de travail, creufer environ le tiers d’une toife cube , ç’eft-a-dire, en faire une entrois jours, ce qui peut fer^ yir à déterminer avec allez de précilion, le tems de la conftru&ion des lignes, eu egard aux dimenfions qu’on juge à propos de leur donner.
- Il fuit de ce que nous venons de dire, que lorfqu’on fçait quel eft le contour des lignes , on fçait aufli le nombre d’ouyriers qu’il y faut employer , en comptant ,un ouvrier pour chaque toife de longueur.
- Les travailleurs qu’on employé à la çonfrmâion des lignes , font ordinairement des Payfans qui font commandés, pour cela des environs, §c aufquels on doit, félon M. de Yauban, donner le pain double , c’eft-à-dire , une ration une fois plus forte que celle qu’on donne au Soldat. Il n’eft point d’ufage de leur, donner aucune autre chofe.
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- des Places. 57
- Lorfqu on ne peut avoir des Payfans pour le travail des lignes, ony employé les Troupes de l’Armée : nul n’eft exempt de ce travail, la Cavalerie 6c l’Infanterie y fervent également.
- Nous avons fuppofé jufques ici que la circonvallation étoit reguliere mais quand elle feroit irreguliere , fa con-ürudion differeroit de très peu de chofe ide celle que nous venons de donner.
- Il ffiffit feulement d’obferver avec M. le Maréchal de Vauban.
- i°. Que la circonvallation doit occuper le terrein le plus avantageux des en-virons de la Place, c’eft-à-dire, le plus aifé à defFendre* le plus difficile à attaquer 6c le plus propre à la feureté 6c à là commodité des Troupes, ôc que les red'ans foient placés fur les lieux les plus éminens, 6c non point dans des fonds.
- 20. Que le Canon de la Place ne donne pas dans la queue du Camp.
- 3°. De ne point trop l’éloigner dans la campagne, ôc d’occuper feiileméhtle terrein néçefïaire à la fureté du Camp,
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- ÿ’8 Traité de l’Attaque
- 4°. D’occuper tous les endroits d’où la ligne pourroit être commandée , lorf-qu il eft poffible de le faire fans trop écarter ou éloigner la circonvallation ; comme auili de faire fervir à cette ligne les efcarpemens, les hauteurs, les ruiffeaux, les marais, & généralement tout ce qui peut fervir à en rendre l’accès plus difficile. S’il fe trouve des bois, des buiffons , dans fon enceinte, on' la couvre dans ces endroits par des abbatis d’arbres.
- S’il y a des rivières ou ruiffeaux qui paffent dans la circonvallation, & qui partagent le Camp en plufieurs parties , il faut avoir foin de faire un grand nombre de ponts pour la communication des quartiers ; afin qu’en cas d’attaque, ils ayent la facilité de fe fecourir réciproquement, facilement, & promptement.
- La tracée de ces lignes n’a aucune difficulté fur une bonne carte topographique des environs de la Place , puifqu’il ne s’agit: que de conduire toutes les parties de la ligne à peu près à 1800 toifes
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- des Places.
- du centre de la Place, ôc à s’arranger pour quil y ait environ 120 toifes de la pointe d’un redant à un autre.
- Il n’y a non plus aucune difficulté à tracer cette ligne fur le terrein , l’operation en eft trop aifée à ceux qui fça-vent un peu de géométrie pratique pour s’amuferà l’expliquer ici.
- VI.
- Du Parc cf Artillerie,
- LE P a r c d’Artillerie eft le lieu ou l’on place le Canon, les Bombes, la poudre, Ôc en général tout ce qui con-* cerne les inftrumens ôc les machines dont on fait ufage dans les Armées, ôç qui ont rapport à l’Artillerie.
- On le place dans l’endroit qui paroîtle moins expofé aux attaques de l’ennemi. Il doit être totalement hors de la portée du Canon de la Place, ôc renfermé dans une enceinte particulière que l’on fortifie auffi par une ligne, confiftante en un
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- 6o Traité de l’Attaque fofle & un parapet, flanqué de Redans comme la circonvallation. On ne néglige rien pour le mettre en fureté* foit du côté des attaques de l’Ennemi* foit de toute autre chofe qui pourroit y faire quelque dommage.
- Il y a. plufieurs Parcs dans uu Siège ; le grand qu’on appelle Amplement le Parc * ôc qui eft celui dont on vient de parler* fert de magafm générale toute l’Artillerie. Les petits Parcs font plus à portée des attaques, & ils contiennent les munitions dont on a be-foin journellement. On les renouvelle chaque jour. Ils font placés dans des endroits couverts autant qu’il eft poflible. On en fait autant qu’il y a d’attaques. .
- VIL
- De la ligne de Contrevallation,
- L’O B J E T de cette ligne* comme on l’a dit dans les débilitions* eft de mettre l’Armée afliégeante à couvert
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- » E S P L À C E S. " ' des éntreprifes de la gariiifon de la Pla* ce alïiégée. Elle ne fe fait que lorfque cette garnifon eft allez nombreufe pour inquiéter l’Armée alîiégeantè.
- Elle fe conftruit à la queue du Camp de la même maniéré, &*fuivant les mêmes réglés que la circonvallation. Toute la différence eft , que comme el* le n’eft faite que pour rélifter à un corps de troupes bien moins conlidérable que celui qui peut attaquer la circonvallation , elle peut avoir moins d’épaif-feur à fon parapet, & moins de largeur, & de profondeur à fôn folfé. Le parapet peut n avoir que fix pieds d’épaif-leur, le folfé 8 pieds de largeur à fon ouverture , & 5 de profondeur. Les Redans s’y conftruifent de la même manier# que dans la circonvallation; l’inf-pe&ion de la Figure, Flanche $ -, fera connoître luffifamment tout ce qui con-ce rne cette ligne.
- Il eft alfez rare de voir aujourd’hui des Sièges où l’on conftruife une ligne de contrevallation ; parce que l’Année af-
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- §2 Traité de l’Attaqüê fiégeante eft toujours fi fuperieure à là garnifon de la Place, que celle-ci, ne pourroit gueres s’expofer à en fortir pour attaquer quelque partie de l’Armée afc fiégée, fans un péril évident. Chez les Anciens cette ligne étoit bien plus fréquente; mais aulh leurs garnifons étoient beaucoup plus fortes que les nôtres ; car comme les habitans des Villes étoient prefque les uniques foldats d’alors, il y avoit communément autant de troupes pour la deffenfe de la Ville quelle conte-noit d’habitans.
- La ligne de circonvallation, & celle de contrevallation font fort anciennes , on en trouve des exemples dans les hif* toriens de la plus haute antiquité. Cependant l’Auteur de l’Hiftoire militaire de Louis le Grand, prétend que *Êefar en eft le premier inventeur ; mais on peut voir dans le Traité de l’attaque fie de la deffenfe des Places des anciens , par M. le Chevalier de Folard, combien cette opinion eft peu fondée : cet Auteur prétend, avec beaucoup de vrai-
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- des Places.
- femblance, que ces lignes fon auffi anciennes que le tems où Ton commença d’enfermer les Villes de murailles, c’efl^ à-dire, deles fortifier.
- VIII.
- Des Tranchées & des Parallèles. Endant que l’on perfeâionne
- i la ligne de circonvallation, on fait amas de tous les matériaux néceffaires pour la conftru&ion des tranchées, & l’Ingenieur qui a la direâion du Siège , examine fur le terrein le lieu le plus favorable pour les attaques & la figure qu’il doit leur donner, dont il fait un Plan particulier.
- .11 y a beaucoup de chofes à obferver à ce fujet. Nous avons fuppofé que la Place, dont nous expliquons les attaques , eft régulière & en terrein uni ; il eft ici indiffèrent de commencer les attaques par tel côté qu’on voudra. Il fufRt d’expliquer les réglés qu’on y doit obferver, & d’en faire enfuite l’applica-
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- <$4 Traité dë l’AtTaquë . tioiï aux Villes irregulieres, & aux ter-1 Pi. 6. reins irréguliers, foit C la Place affié-gée , & foierit les Basions A & B, ceux fur lefquels on veut diriger les attaques. On commencera d’abord par prolonger indéfiniment vers la campagne les capitales de ces deux Baftions ; on prolongera dé même là capitale de la demi-lune qui eft vis-à-vis la courtine entre ces deux Baftions; on portera fur les prolongemens des capitales, des Basions A & B, 800 toifes des Angles fail-lans D & E du chemin couvert, en F, & en G* Cela fait, on prendra D H, & El de 300 toifes; & du centreC> &
- . de l’intervalle C H ou CI, on décrira un Arc de cercle indéfini, qui s’étendra au-delà des points H&I; c’eftfur l’Arc HI que fera conftruit la première parallèle. On prendra enfuite fur les .mêmes lignes DF,EG, les points M . & N à 140 toifes des points H & I, & par ces points, 011 décrira du centre C , un Arc indéfini, fur lequel fera la fécondé parallèle. Ce fécond Arc coupera
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- b e « Placés*
- le prolongement de la capitale de la demi-lune dans un point L qu’on remarquera , pour commencer dé ce point une tranchée qui aille à l’Angle faillant du chemin couvert de cette demi-lune ; enfin par les points O & P, qu’on prendra environ à 20 ou 2; toifes des Angles D & E , on décrira du centre C , un troifiéme Arc, fur lequel fera la troi-fiéme parallèle.
- On terminera la première parallèle par le prolongement des faces a b , ab des demi-lunes 1 ôt 2 , collaterales des Baftions A & B, en la prolongeant néanmoins de 1 s ou 20 toifes au-delà de ce prolongement. La fécondé parallèle fêta moins étendue que la première d’en-jviron 30 toifes de chaque côté, ôc la troifiéme aufli moins étendue que la fe» „conde, d’environ 30 toifes de chaque côté.
- Ceci étant fait, on a une efpece d’ef-quilfe de la Tranchée & de lès Places d’Armes. Il s’agit à préfent de trace? la Tranchée, où le chemin pour appro-
- M
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- 66 Traité de l’àttaquë cher de la Place fans en être vu ni enfilé.
- On prendra une longue réglé, onia po-fera fur le point G, en forte qu’elle faffe avec lé prolongement EG de la capitale du BaftionB, un angle quelconque EGS, dont le coté G S étant prolongé, ne rencontre aucune partie du chemin couvert de la Place, & foit éloigné d’environ i o ou 12 toifes des angles dont il approche le plus près; & cela afin que la partie de la Tranchée qui fera fur le côté G S , ne foit enfilée d’aucune partie du chemin couvert.
- On prendra G S d’une grandeur arbitraire , comme de 200 ou 220 toifes , & l’onpofera la réglé au pointS, enfor-te quelle faffe avec G S, un angle quelconque G ST, dont le prolongement du côté ST, ne tombe fur aucune partie du chemin couvert de la Place , ôc qu’il foit éloigné de 10 ou 12 toifes des parties les plus faillantes. On terminera ce côté en T, où l’on fera encore un nouvel angle STI, dont on termine-
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- t> e s Place s;
- |ta le côté TI, au point I où il rencontre la première parallèle. On opérera de même fur FH, & l’on aura l’efquifle de la Tranchée jufqu à la première parallèle.
- On pourroit faire lin plus grand nombre de retours à cette partie de la Tranchée. On pourroit aufîi la conduire en ligne droite à la première parallèle. Tout ce qu’il eft important d y obférver , c’eft /de ne point la faire enfiler d’aucune partie du chemin couvert, Ôc que moins elle fera d’angles ôc de retours, plus elle fera promptement conftruite, ce qui> fur le terrein, mérite une très-grande attention. Il faut obferver aulli que fort extrémité I ne tombe pas trop loin du point, où le prolongement de la capitale du BaftionB, rencontre la première parallèle.
- On tracera la Tranchée entre la première Ôc la fécondé parallèle, par la même méthode, comme on le voit dans la figure ; mais comme cette partie eft plus près de la Place que la première , il faut néceffairement pour la défiler
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- 68 Traité de l’Attaque* lui faire faire un plus grand nombre? d’angles. Tous les côtés en doivent couper la capitale du Baftion B , ainli que la figure le démontre. On tracera de même la Tranchée entre la fécondé ôc la troifiéme place d’Armes , en faifant des retours aufti fréquens fur le prolongement de la capitale du Baftion B, qu’il en fera befoin , pour la défiler du chemin couvert de la Place. On tracera par la même méthode, la Tranchée fur la capitale du Baftion A ; on tracera aufli fur le prolongement de la capitale de la demi-lune, entre la fécondé ÔC la troifiéme parallèle, une Tranchée pour parvenir à l’angle flanqué du chemin couvert de cette demi-> lune.
- Lorfque la Garnifon eft forte & entreprenante , on fait entre la fécondé & la troifiéme parallèle des parties de Tranchées V, V,&c. parallèles aux places d’Àrmes ; on leur donne 30 ou 40 toifes de longueur, elles communiquent avec la Tranchée, comme on le voit
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- des Places. <5p
- dans la figure. Ces parties de parallèles font ce que nous avons appellées demi parallèles, ou Places $ Armes, Pour achever après cela de tracer toute la Tranchée ôcles Places d’Armes, dont tout ce, que Ion vient d’enfeigner, n eft proprement que rEfquifle , il n’y a plus qu’à mener des parallèles de 12 pieds à la ligne que l’on vient de tracer, qui exprime la Tranchée, & de même à celle qui exprime ces parallèles ou Places d’Armes.
- On obfervera à tous les angles de la Tranchée de prolonger la partie de la Tranchée qui eft en ces endroit^, de maniéré que ce prolongement couv re, la partie delà Tranchée qu’il termine.
- Un exemple rendra ceci plus fenfible.
- Soit ABCDFGMQ, une partie quelconque de la Tranchée, Ôt loit A B, un ^ des côtés oppofé à l’Ennemi,on prolongera AB, de j ou 6 toifes de B en E,
- & F G, aufii de $ ou 6 toifes de I en L ce qui donnera le bout de Tranchée:
- B ELI j dont l’ufage eft de couvrir 1q
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- 70 Traité üfe l5Attaque boyau IOMG, de rendre l'Ennemi incertain de l'endroit où le prolongement, de ce boyau donne fur le côté B A , ôe de donner un elpace pour retirer ceux qui fe trouvent dans cette partie de la Tranchée, & que le paffage en foit toujours libre à tous les angles. On prolongera de même le côté G M , de M en N, & lecôtéIC,de O en P, & on aura le bout de Tranchée M N OP, qui couvrira le boyau D C OQ. On fera la même chofe à tous les angles de la .Tranchée*
- Il faut obferver que le parapet de la Tranchée étant fait pour la couvrir, doit changer fiicceflivement de côté. Si- par exemple, A E, dans la figure précédée te , eft du côté de la Place , il eft évident que, le côté G N y fera aufïi, & enfuite le côté CD; & qu'ainfi le parapet de îa Tranchée eft conftruit fuccef-iivement du côté droit, au côté gauche , & de celui-ci au droit. Dans les Plans d’Attaques, on marque par une ligne plus forte que les autres ^ le côté du par
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- des Plages.
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- rapet de la Tranchée , de même que celui des parallèles; mais celui-ci n’a aucune difficulté , parce que Ton conçoit bien aifément qu’étant parallèle à la Plar ce, il ne peut avoir fon parapet que fur le côté qui y fait face. On en a eu attention dans la Figure de rendre fenfible , comme on vient de le dire , le parapet des Boyaux de la Tranchée , par une ligne plus forte que les autres lignes des attaques. Le côté de la Tranchée oppo-fé au parapet, fe nomme le revers de la Tranchée.
- . Tout ce que nous venons de dire eft fufEfant pour tracer les Tranchées fur le Plan d’une Place reguliere en terrein régulier. Il ne s’agit, plus pour donner tout ce qui les concerne fur le papier , que de dire un mot de leur profondeur, & de leur parapet.
- La Tranchée a communément trois pieds de profondeur, & fon parapet, à commencer du fond de la Tranchée 6 pieds & demi , ou environ de hauteur» Les parallèles ont un parapet comme la
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- 72 Traité de l’Attaque Tranchée ôc de même hauteur ; maî$ comme elles font deftinées à faire feu, on leur pratique une efpece de ban-Êi. r c]uette j comme on le voit Planche 7 Fi-Fie. i. gure 3, pour élever le Soldat, afin qu il puiffe tirer par-deffus le parapet. On met fur le haut du parapet des Places d’Armes, des Paniers, des Fafcines, ou des facs à terre, rangés de maniéré qu,e le foldat puiffe tirer fans trop fe découvrir à. l’Ennemi. On voit dans la Planche 1. comment les facs à terre doivent être arrangés pour cet effet. La troifiéme parallèle ou Place d’Armes, a ordinairement plus de largeur que les autres. On difpofe aufli quelquesfois le côté intérieur de fon parapet en dégrés ou banquettes , pour que les foldats puiffent paffer àifément par-deffus en cas d’atta-^ que. La Figure % de la Planche 7, en fait 4! Voir le profil.
- Ilny aura jamais grandes difficultés à tracer les attaques d’une Ville, qui 'même feroit irrégulière , & dont le terbia ferait irrégulier t fut ua Pianbiç^
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- ces Places. 7?
- exâft, en obfervantla méthode dont on s’eft fervi pour en bien défiler les parties,
- Mais le difficile eft de rapporter fur le terreinla figure faite fur le papier ,. & de bien diriger les attaques d'une fortification irrégulière , dans un terrein irrégulier. Par terrein irrégulier , l'on entend ici un terrein qui ne permet pas de s’étendre dans toutes fes parties, qui eft coupé de Marais, ou fujet à des inondations de la part de la Ville ; Ôc enfin qui n’a que certaines parties propres à faire les Tranchées. C’eft-là qu’il eftbe-foin de tout le fçavoir d’un Ingénieur çonfommé dans la pratique, pour parer tous les inconveniens d’un tel terrein ,
- ce que le papier ne peut donner que très- imparfaitement. Cependant pour donner une idée de la maniéré dont on y peut procéder, nous allons rapporter fur le terrein, le tracé des attaques que nous Venons de faire ; mais comme nous l’avons déjà dit, fur un terrein également açççffiblç en toutes les parties. Avant
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- 74 Traité de i/àttaque de le faire, il faut de tous les Angles des boyaux de la Tranchée, fur le Plan , faire tomber des perpendiculaires fur le prolongement des capitales, obferver la diftance de chacune de ces perpendiculaires & leur valeur. Il eft évident que fi les capitales étoient marquées fur le terrein, & que Ton put commodément y faire les operations, que la Tranchée s’y traceroitavec grande commodité, parce que tendant fuccefïïvement un? cordeau de l’extremité d’une perpendiculaire à l’autre , on auroit le premier trait , ou le zigzag de la Tranchée; mais il n’y a rien de tracé fur le terrein ; & cette opération doit fe faire la nuit, pour en dérober la connoiftance à l’Ennemi, qui n’eft rien moins que difpofé à laiffer faire tranquillement ce travail. Voici comment on peut y parvenir.
- L’Ingenieur peut fe promener de jour à une diftance affez grande de la Place pour être hors de la portéedu fufil. On ne tire pas communément du Canon pour Un feul homme, parce que le coup en eft
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- b es* Placés. 7?
- trop incertain, fur-tout pour un homme qui ne demeure pas un certain temps à la même place ; ainfi pn peut fans grand danger fe tenir hors la portée du fufil. Il eft aifé de découvrir l’angle flanqué des Baftions aufquels on veut diriger les attaques * & l’angle faillant du chemin couvert qui leur eft oppofé. Ce qui donne deux peints qui donnent l’allignementou le prolongement des capitales de ces Baftions. Il 'n y a par-confequent qu’à planter quelques piquets dans la direction de ces points , pour avoir le prolongement des capitales des Baftions. On ne peut mettre ces piquets que hors de la portée du fufil; mais on peut remarquer de jour quelque cho-fe du terrein qui fe trouve dans l’alligne-mént de ces piquets, que l’on puifle re-connoître le foir pour y fubftituer aufli des piquets.
- On pourra de cette maniéré avoir les prolongemens des capitales avec aftez de précifion.
- Pour conduire la Tranchée fur ces
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- 76 Traité de l5Attaqüe capitales , voici une moyen indiqué parM. le Maréchal de Vauban.
- Il faut examiner fur le Plan des attaques , quelle eft la diftance du commencement de la Tranchée à la première perpendiculaire ; mefurer cette perpendiculaire & le côté ou la partie du boyau qui y répond 5 prendre un cordeau égal à la longueur de chacune de ces lignes, ôc attacher les extrémités des deux cordeaux, qui réprefentent la Ion-' gueur de la ligne de dire&ion ; ôc celle du boyau qui fait un angle avec elle, à un piquet au point du prolongement de la capitale où commence la Tranchée , ôc faire marcher deux hommes qui tiendront chacun un bout de ces cordeaux ; fçavoir, l’un fur la ligne de dire&ion en s’approchant de la Place , ôc l’autre en s’avançant aufli vers la Place, ôc marchant à côté du premier. Lorfque le premier fera au bout de la diftance qu’il doit y avoit entre l’ouverture de la Tranchée ôcla première perpendiculaire , il plantera un piquet dans ce point, au*.
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- feES Placés;. jf 2juel il attachera le cordeau qui exprime la perpendiculaire. Il prendra l’autre bout de cette perpendiculaire , ôc il s'écartera enfuite à droite, ou à gauche, fuivant le côté où doit être la perpendiculaire , jufqu à ce que la partie du cordeau qui exprime la perpendiculaire foit bien tendue , ôc qu'il foit joint avec celui qui porte le bout du cordeau de la Tranchée, au point de leur réunion; ils planteront un piquet, au moyen de quoi le triangle que l’on porte ainfi fur le terrein , fera égal ôc femblable à celui que l’on a pris furie Plan ; ôc l'on aura cette partie tracée fur le terrein de lat même maniéré que fur le Plan.
- . On peut avoir autant de cordeaux que la Tranchée a de replis ou de retours, ôc en tracer toutes les parties comme on vient de l'enfeigner, au moins les premiers jours, ôc lorfque la Tranchée eft encore loin de la Place.
- Soit la Tranchée tracée fur le Plan, comme nous l'avons enfeigné ci-devant, Ôc foit C,la Place fur le terrein
- Pt. tf.
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- Traïtï de ÜAttaque
- de laquelle il faut tranfporter le deflem des attaques ; foit auffi BG, égale à la ligne de direction du Plan ; on plantera Je long de cette ligne un grand nombre de piquets, & on les garnira de mèches allumées pour les diftinguer plus aifé-ment.
- Pour commencer le tracé de la Tranchée , on attachera au piquet G, un cordeau de la longueur GS 9 &-au même piquet un autre cordeau de la longueur GX ; deux hommes prendront chacun l’autre bout de ces deux cordeaux y ôt ils marcheront tous deux l’un incertainement vers S, -& l’autre directement en X yers la Place le long de la ligne de diredion B G, & étant parvenu à la fin de fon cordeau y il l’arrêtera avec un piquet, après l’avoir bien drefc fé> 6c il attachera à ce piquet'un des bouts du cordeau qui doit marquer la perpendiculaire X S. Il prendra l’autre bout & il marchera vers S, jufqu’à ce que fon.cordeau XS, foit bien tendu, fit il fe joindra alors avec celui qui
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- ~ b^s Placés? 7J
- fient le bout du cordeau G S 9 & ils attacheront un piquet en.S , où leurs deux cordeaux fe joignent. Il ôteront enfuite le cordeau XS, de la perpendiculaire qui ne fert de rien, Sa le cordeau G S qui reftera, marquera le véritable tracé de la Tranchée. Pour avoir la ligne ST , on viendra au piquet X ; on y attachera un cordeau de la longueur de X Y, & un autre au piquet S, de la longueur de ST. Deux hommes comme ci-deffus, prendront chacun l’autre bout de ces deux cordeaux, ôc ils marcheront, fça*-voir, le premier qui tient le bout du Cordeau XY, dire&ement vers Y, &: l’autre qui tient le bout du cordeau ST, incertainement vers T ; celui qui tient le cordeau X Y, étant arrivé en Y au bout de fon cordeau} y plantera iin piquet, auquel il attachera le bout du cordeau de la perpendiculaire Y T, & il marchera vers T, tenant le bout de ce cordeau jufqu à ce qu il fe rencontre ou fe joigne avec celui qui tient le bout du cordeau ST,ôcau point T de leur ren-
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- fo Traité dë l*ÂtTaqü£ contre , ils planteront un piquet auquel ils attacheront le bout T, du Cordeau S T. On ôtera après cela, le cordeau dé la perpendiculaire, & l’on continuera ain-fi la même opération autant qu’on le voudra, ou qu’on le pourra, pour tracer tous les autres retours ou replis de la Tranchée.
- Toute cette operation fuppofé que l’on fçache exactement la diftance. du point G, extrémité de la ligné de direction au fommet E, de l’angle Taillant du chemin couvert de la Place. LaTrigo-nometrie fournit beaucoup de moyens de le fçavoir ; mais on peut li l’on veut, fe fervir de celui qui fuit ; qui eft indiqué par M. de Vauban , & qui eft des plus fimples.
- Pt. 7. Soit A, le fommet de l’angle Taillant
- Fig. j. du chemin couvert de la Place, & A B, la ligne de direction de la Tranchée , dont on veut avoir la longueur. On éle-veta au point B, une ligne B C, perpendiculaire fur A B, à laquelle on donnera telle valeur que l’on voudra, comme
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- êies Places; Si
- Sô ou i oo toifes, & au point C, dn fera tomber C D perpendiculaire à B C ; on divifera B C, en plufieurs parties égales comme 4, 6 ou 8 , & l’on plantera des piquets dans chacune de ces divifions* On marchera le long de CD* & l’on cherchera un point fur cette ligne qui foit dans l’allignement de A, & de l’un des piquets de B C. Suppofons que BC, foit divifée en quatre parties, & que G qui eft le piquet de la troifiéme divifion , foit dans l’allignement du point E de la ligne D C, & du fommet A, de l’angle faillant du chemin couvert; on aura les deux triangles BGA, G CE lem-blables. Ainfi comme B G* bafe du premier , eft trois fois plus grande que GC , bafe du fécond ; il s’en fuit que C E , n’éft que le tiers de A B, & que 3 fois la longueur de CE donnera la longueur A B. Si G C, n’étoit que la quart de BG # C E, ne feroit que le quart de AB, ôte» Connoiflant par cette méthode, ou par les autres dont on peut fe fervir, la longueur de la ligne de dire&ioft EG,
- F
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- 8a Traité de l’Attaque Flanche 6, on fera toujours en état de connoître lé chemin qui reliera à faire pour parvenir à l’angle fâillant du che-^ min couvert, & les points I,N, P, par * où doivent paffer les parallèles ou Places d’Armes. Ces points étant déterminés , la Géométrie fourniroit bien des moyens faciles de décrire les parallèles qui y doivent paffer, fi leur fituation per-mettoient d’y opérer de jour & tranquillement ; mais il faut les tracer dans l’obfcurité & fous le féu de la Place : ainfi on n’a pas d’autre moyen de les tracer que par approximation, je veux dire,de s’éloigner, par eftime, à peu près également ôc parallèlement à la Place , & de planter des piquets aufquels on attache des cordeaux de diftance endiff tance,dans toute la longueur que cette ligne doit avoir. Gn ne peut gueres ainfi tracer avec des cordeaux,que la première parallèle, car les autres deviennent trop près de la Place pour pouvoir faire cette opération;mais on fe dirige pour les tracer à peu près comme nous le dirons
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- Dès Places* 85 etl parlant de la Sape, à laquelle elles appartiennent, ou qui fe font par foii moyen.
- Après tout ce que nous venons de dire , on peut détailler l’opération de l’ouverture de la Tranchée & de fes travaux, d’une maniéré plus intelligible Ôc plus intéreflante , qu’on n’auroit pu le faire fans cela. On doit avoir une idée aflez Complette du tracé de ces travaux, pour entendre aifément la maniéré de procéder à leur éxécution.
- IX.
- Ohfervaiions Jur le lieu le plus propre à faire les Attaques*
- EN attendant que l’on achevé de perfe£tionner les lignes * oh fait l’amas des matériaux néceflaires pour la conftru&ion & les travaux des Attaques. Les matériaux confiftent en fafcines, piquets de 3 pieds dé longueur,, ôt environ d’un pouce où deux de dia-
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- 84 Traité de l’Attaque mètre , en gabions & en piquets pour les gabions. On doit auffi avoir fait pro-vifion de tous les inftrumens néceffai* res pour ces travaux.
- L’Ingenieur qui a la direâion ou la conduite du Siège, profite auffi de ce tems pour examiner les endroits les plus commodes pour le chemin des attaques, & le côté de la Place dont l’attaque fera la plus fini pie, & la plus prompte. Iln’y a gueres de Places en Europe dont on n’ait le Plan ; mais comme il eft à préfumer que l'Ennemi aura fait augmenter les fortifications de celle qu’on veut attaquer , il faut faire enforte d’en être inftruit par quelqu’un d’intelligent, qui s’introduira déguifé dans la Place , ôt qui y fera toutes les obfervations qu’il pourra, pour fe mettre bien au fait des travaux' de la Place,fans y donner de foupcons fur l’objet de fon féjour. On fçait affez quels font les rifques d’un pa^ reil emploi, & qu’on ne fçauroit apporter trop de précautions pour ne fe point faire découvrir.
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- des Places; 8 y
- Pendant la conftru&ion de la circonvallation , les Ingénieurs peuvent de loin , ou comme on Ta déjà dit , hors de la portée du fufil, examiner quelque chofe des fortifications extérieures de la Place, & regler enfuite avec le Général, fur le rapport de laperfonne qui aura été envoyée dans la Place, & fur ce quils connoîtront par eux - mêmes , l'endroit le plus propre & le plus convenable à faire les attaques. Il y a beaucoup de chofes à obferver à cette occa-fion,tant par rapport au terrein, que par rapport aux fortifications ; mais dans un Ouvrage de la nature de celui-ci, il fuffit de confidérer les plus importantes.
- On peut d'abord obferver s’il fe rencontre dans les environs de la Place des folfés, des chemins creux , ou quelque autre chofe qui puilfe couvrir de la Place & fervir à mettre des gardes de Cavalerie & d’Infantérie à l'abri du Canon. S'il s’y rencontre quelques endroits qui commandent la Ville, & qui puilfent lei’v.r à y éléver des batteries pour la
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- $$ Traité de i/Attaque battre ; fi le terrein eft convenable pour les travaux. La circonftance la plus favorable eft de trouver un fond de terre facile à remuer ; l’ouvrage avance promptement Ôc avec moins de perte, parce que le Soldat eft bientôt à couvert, Ôc que le Canon n’y fait pas le même désordre que dans les lieux pierreux ; car dans ces lieux il fait fauter des éclats qui bleflent beaucoup de Soldats, Ôc d’ailleurs au lieu de s’enfoncer comme dans un bon terrein, il fait un grand nombre de fauts ôc de bonds, forts nuifibles au progrès des travaux. Si le fond eft de roc Seul ou de marais , le travail eft encore plus difficile, il faut apporter d’ailleurs outre une très-grande quantité de fafcines, des facs à terre, à laine, ôcc. ôc il y a bien plus de danger pour les travailleurs.
- Les rivières qui paffent aufli dans la Place ou dans les environs , méritent beaucoup de confidération ; elles feparent les attaques, Ôc il peut arriver par quelque retenue d’eau ou par quelqu’autre accident, que les ponts de commua
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- des Places; 87
- nication venant à fe rompre, la fépa« ration des attaques expofe F Armée aflié-geante à être battue, & la Ville fecou-ruë. Il faut s’inftruire aufli fi ces rivières ne font pas fujettes à des déborde-mens qui arrivant dans le tems du Siège, & innondant les attaques, mettraient dans la néceflité d’abandonner les Tranchées, & de renoncer à l’entre-prife. Enfin, fi la Ville peut difpofer de quelque quantité d’eau pour faire des innondations autour de la Place, & innonder le terrein choifi par les attaques. Toutes ces confidérations & beaucoup d’autres que nous omettons ici, méritent la plus grande attention. De bien choifir le terrein des attaques , dépend prefque toujours le fuccès du Siège , aufli les Ingénieurs & les Généraux , que ce choix regarde particulièrement , ne negligent-ils rien pour parer à tous les inconveniens & à tous les obftacles dont l’Ennemi peut fe fervir pour arrêter le progrès des attaques. Tout ce que rEnnemi peut faire , doit F iiii
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- 88 Traité de l'Attaque être prévu pour pouvoir y remedier efficacement.
- Après le choix du terrein le plus favorable pour les attaques, il y a à con-fiderer le front de fortification le moins fortifié & le moins couvert de dehors. Toutes chofes étant égales , il eft évident que moins il y aura de pièces de fortifications à prendre, ôç plus l’attaque fera facile. Mais fi la Place eft dans un marais ou fur une hauteur,l’on eft gêné par le terrein, Ôç quelque foie la fortification du côté acceffihle de la Place, il faut néceffairement l’attaquçr par ce coté, Si la Place eft fur le bord d’une grande riviere, comme Mézieres, Na-mur, Thionville , Strasbourg, Philif-bourg, ôçc. qui n’en occupent qu’un côté, ôç ne tiennent à l’autre, qu’avec de petits forts ; il eft alors plus avantageux d’attaquer le long des rivières au-deffus ou au-deffous, appuyant la droite qu la gauche de la Tranchée fur leur bord, êc pouffant une autre Tranchée vis-à-yis fur l’autre bord, tendante à fe
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- des Places; 8p
- rendre maître des dehors, & à occuper une fituation propre à placer des batteries de revers fur l’oppofé des grandes attaques. Enfin, tout le choix pour les attaques, confifte à trouver le terreiri le plus favorable, & le front le moins fort; mais comme on doit préfumer que l’Ennemi qui doit avoir connoifiance des environs de fa Place , aura fait fortifier plus exactement les endroits les plus favorables pour l’attaque ; il ne faut pas balancer à attaquer par ces endroits,’ lorfque la facilité du terrein peut faire gagner, ce que l’augmentation des pièces de fortification peut faire perdre.
- Mais il faut obferver dans les Places entourées de marais, qu’il peut arriver que quelques-uns de ces marais confi-derés & jugés inacceflibles, ne le font pas toujours, & qu’en s’affurant bien exactement de leur fituation , on peut quelquefois hâter beaucoup la prife de la Place, en faifant les attaques par ces endroits, quç l’on doit trouver d’autant moins fortifiés , que l’Ennemi y jugeoit les attaques plus difficiles.
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- $0 Traité de l’Attaque Remarque.
- On fait affez communément dans lés Sièges, plufieurs attaques, c’eft-à-dire , qu’on y ouvre la Tranchée de deux & même quelquefois de trois côtés diffé-rens , foit pour partager l’attention de 3a Garnifon, foit pour qu’en cas qu’il y ait trop de difficultés d’un côté pour parvenir à fe rendre maître de la Place , on puiffe continuer le progrès des attaques d’un autre côté fans être obligé pour cela j de recommencer une nouvelle ouverture de Tranchée. Chacune de ces attaques fe conduit fur les mêmes principes, & de la même maniéré : c’eft pourquoi la defcription que nous ferons ici de ce qui concerne une de ces attaques y s’appliquera à toutes les différentes qu’on peut entreprendre. Tout ce qu’il y a de particulier à obferver à cet égard, c’eft que les différentes attaques que l’on fait, doivent être difpofées de maniéré que les coups échappés de l’u-< ne y ne puiffent caufer aucun dommage è
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- des Places; p*
- l’autre, ôc quelles puiffent fe fecourir mutuellement dans le befoin. Parmi ces attaques , il n’y en a ordinairement qu’une qu’on fe propofe de foutenir jusqu’au bout , pour pénétrer dans la Place ôc s’en emparer ; cette attaque eft ap* pellée la véritable , ôc les autres yfaujjes attaques.
- De rouverture de la Tranche'e. Ou T étant difpofé pour l’ouvertu-
- J- re de la Tranchée, le terrein choi-fi , les attaques réglées ôc deflinées fur le Plan, ôc l’amas ou le magazin de tous les matériaux néceflaires à cette occa-lion, à portée de l’endroit où l’on fe propofe de travailler ; le Général ayant réglé l’état des gardes d’infanterie ôc de Cavalerie pendant le fervice du Siège , de même que le nombre de la Cavalerie qui doit porter les fafcines ; le nombre des travailleurs ôc des Troupes qui
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- $2 Traité de l’attaque doivent les foutenir ; llngenieur chargé de la direction des travaux du Siège, ayant aufli inftruit les Ingénieurs de fon -projet d’attaque Ôc de la conduite qu’ils doivent tenir. Enfin , tout étant prêt pour l’éxécution, & les Troupes defti-nées pour le fervice de la première nuit, étant préparées & mifes en bataille au lieu du rendez-vous, avec tous les travailleurs munis de fafcines, de piquets , de peles & pioches ; le jour commençant à tomber, tout fe met en marche. On obferve de faire porter à chacun des Soldats, une fafcine avec leur Armes, pour arriver au lieu deftiné pour l’ouverture de la Tranchée. La garde de la Cavalerie va en même tems occuper les poftes qui lui ont été deftinés fur la droite & fur la gauche des attaques, afin d’être à portée de foutenir les Troupes pour la garde de la Tranchée , en cas de quelque fortie de l’Ennemi. Tout cela fe fait avec le plus grand filence qu’il eft pofïible. On ne néglige rien pour en dérober la connoiffance à l’Ennemi.
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- des Places* j>j
- On partage, fuivant M. le Maréchal de Vauban, les travailleurs pardivilion de 50 hommes chacune, & chaque di-vilion eft commandée parun Capitaine , un Lieutenant ôc deux Sergents. On les fait marcher par quatre ou 6 de front, jufqu’auprès de l’ouverture de la Tranchée. Après quoi le refte des troupes qui doivent les foutenir étant arrivé, les Ingénieurs qui font chargés du tracé de la Tranchée , ôc qui doivent pofer les travailleurs , les font placer en avant, vers l'endroit où doit commencer l’ouverture y pendant que les bataillons qui les accompagnent, fe rangent à droite ôc à gauche de cette ouverture, aux endroits qui leurs ont été indiqués , & où ils s'y déchargent de leurs fafcines, Ôc ils attendent en fdence les ordres quil peut être befoin de leur donner. Pendant cela , les Ingénieurs tracent les boyaux de la Tranchée comme nous l’avons enfei-gné * ci-devant. Le principal donne le
- * La Tranchée ne fè trace point toujours avec le cordeau, comme nous l’avons expliqué. Quelque^
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- S>4 Traité de l’Attaque fu 6. premier coup de cordeau de G en S, ou trace la ligne G S , & les autres Ingénieurs tracent enfuite les autres boyaux de S en T ; & de T en I. On fait la-même chofe de Fautre côté de Fatta-que. Le tracé de ces deux parties fe fait en même temps ; Fon commence auflï à tracer la première parallèle dès ce premier jour, Ôt on en avance le travail le plus qu il eftpoflible.
- On embraffe autant de travail que Fon préfume pouvoir en faire pendant cette première nuit , Ôt à mefure que le tracé fe fait, les Ingénieurs pofentles travailleurs en les faifant défiler le long du tracé. On obferve de leur faire por-
- fois les Ingénieurs la tracent avec des fafcines. Pour cet effet ils pofent les travailleurs le long des lignes qu’ils ont déterminée de jour avec des piquets, & ils leur font coucher leurs fafcines à terre le long de ces lignes. Il faut convenir que ce travail fe fait plus exactement avec le cordeau ; mais iorfqu’on à eu la précaution de reconnoître bien exactement le terreïn plusieurs jours avant l’ouverture de la Tranchée , qu’on y a planté beaucoup de Piquets pour déterminer les lignes qu’on veut y tracer, & enfin qu’oneft en état de bien fe reconnoître le foir fur le terrein, le tracé des attaques peut fe faire ainlï avec affez de precifion pour la pratique.
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- des Places;
- ter leurs fafcines fous le bras droit, s’ils ont la place à droite, & fous le bras gauche, s’ils ont la place à gauche ; & cela, afin que la pofition de leurs fafcines , qu’ils mettent à terre le long du tracé Ôc du côté qu’ils les portent, leur fafle connoître le côté de la Place, c’eft-à-dire, le côté vers lequel ils doivent jetter les terres pour couvrir la Tranchée du feu de la Place. A mefure qu’on les pofe, on leur recommande le filence , on les fait coucher le ventre à terre fur leurs fafcines, ôc on leur ordonne de ne point commencer à travailler qu’ils n’en âyent reçu l’ordre. Tout le travail doit Commencer en même temps, afin de l’avancer également. Lorfque tout eft prêt, ôc que tous les travailleurs font po-fés le long du tracé que l’on fe propofe de faire cette première nuit, on donne l’ordre de travailler, ôc c’eftà quoi tout le monde fe diligente autant qu il eft poflible jufqu’au grand jour, afin de fé trouver à couvert du feu de la Place qui qui eft encore fort dangereux le matin*
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- $)6 Traité de l*Attaque eu égard à la foibleffe de la Tranchée,1 à laquelle on n’a pu encore donner toute la perfection néceflaire. On fait mettre les troupes, qui doiventfoutenir les travailleurs , à couvert fur le revers de ce quil y a de Tranchée de fait, c’efl>à-dire, fur le bord de la tranchée oppofée à celui où eft fon parapet ; on les y fait coucher fur le ventre, après quoi on fait défiler les travailleurs de la nuit, ôc on les remplace par ceux qui font defti-nés à leur fucceder.
- Il eft bien difficile que dans cette première journée ce qu’il y a de commencé de la Tranchée puiffe être misdans l’état de perfection qu’il doit avoir, mais on ne néglige rien pour lui donner la plus grande que l’on peut.
- Comme le travail ne peut plus alors être caché à l’Ennemi , on monte la garde de la Tranchée, tambour batant; vers le milieu du jour, êt l’onfe difpofe à continuer l’ouvrage de la Tranchée pendant la fécondé nuit, de la même maniéré que pendant la première, c’eft-à-dire,
- en
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- D E $ rP L À C È ST $7 ènpofant encore les travailleurs à découvert, parce que l’éloignement ou Ton eft de la Place, n’en rend pas le feu affez dangereux pour les pofer autrement $ le travail eft bien plus prompt de cette maniéré, mais il faut néceffairement l’abandonner, lorfqu’on fe trouve fous la moyenne portée du fufil de la Place.
- Si la première parallèle n’a pas été entièrement entreprife la première huit 3 on lui donne toute l’étendue qu elle doit avoir cette fécondé nuit, & on pouffe toujours en avant les boyaux de la Tranchée 3 mais avec bien moins de vivacité ôl *de progrès que la première nuit.
- La première nuit eft la plus favorable pour avancer beaucoup le travail de la Tranchée \ on eft encore trop éloigné de la Place pour avoir beaucoup à craindre de fon feu. Il arrive même quelques-fois que l’Ennemi n’eft point informé dé de ce travail ,xfur-tout lorfque l’on prend toutes les précautions néceffaires pour le lui cacher, & alors il fe fait, pour àinfidire fans perte Ôc fans danger* ITéft
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- J>8 Traîté de l’ÂTTÀQÜÊ important de fe hâter à le mettre en étâtf de recevoir les troupes qui foutiennent les travailleurs, pour les couvrir du feu de la Place. C’eft à quoi la première parallèle eft deftinée , on ne peut par cette raifon la mettre trop promptement dans fon état de perfection.
- Cette ligne eft faite pour protéger les travaux avancés, qui deviennent plus difficiles à mefure qu’ils s’approchent de la Place ; ôt il eft de la prudence de ne point s’expofer aies voir détruit par l’ennemi , car en voulant trop fe précipiter * il en arriveroit un effet contraire. La grande réglé eft de ne s’avancer qu’au-tant qu on eft en état d’être foutenu.
- Suivant M. le Maréchal de Vauban , la première Place d’Armes , quoique commencée dès la première nuit, a be-foin de la fécondé & de la troifiéme pour être totalement achevée, & en état de contenir les bataillons de garde de la Tranchée ; mais le travail pour la perfection de cette ligne, n’empêche pas d’aller en avant pour parvenir à la
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- des Places; ; 99
- fécondé parallèle, qui ne doit güeres être commencée que la quatrième nuit* Il faut obferver que la garde de la Tranchée fe change tous les jours ; elle fe monte vers lé milieu du jour ; & on la fait aufli forte qu’on croit qu'il en eftbefoin, pour foütenirlés forties que la garnifori de la Place peut faire fur les travailleurs.
- Nous avons obfervé que la fécondé nuit on pouvoit encore pofer les travailleurs à découvert ; mais dans la troiiiéme il pourroitêtre fort dangereux de le faire à caufe du voifinage délaPlacé.Lorlque les Ingénieurs en jugent ainfi, ils prennent le parti de ne pofer aucun travailleur qui ne foit à couvert ^ & c’eft cette éfpece de travail que Ton appelle Sappe ; nom qui lui vient apparemment de ce que par Sappe > dans 1 ufagé ordinaire > on entend ürte excavation que l’on fait fous quelque chofe, ou derrière quelque chofe que l’on veut ruiner où détruire * èc que dans le travail dont il s’agit ici, le foldat fait aufli une excavation derrière im Mantelet ou un Gabion qiii le met à
- Gij
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- tco Traité de l’Attaqué couvert de la Place. Quoiqu’il en foit, il eft important de fçavoir en quoi confifte ce travail, qui eft d’un très -grand ufage dans les Sièges, & c’eftce que nous allons donner dans l’article fuivant.
- Xi.
- De la Sappe,
- S Oit À B C , la partie de la Tranchée qui eft parvenue en A, allez proche de la placé pour cju’il né fôit plus poflible, fans un péril évident, de travailler à l’avancer plus loin, à moins d’être couvert par quelque chofe, düfeü de la Place. Et foitle Boyau AD, ttacé par l’Ingeniegr, non plus avec le cordeau , comme dans le commencement de la Tranchée, mais par quelques piquets qu il aura fait planter dans la dire* £tion qu’il doit avoir, pour fervir d’alli-gnement aux travailleurs. On fera une coupure dans le parapet B A de la Tranchée, & alors les travailleurs deftinés à
- Pr. 7.
- Fi«. 6.
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- 6 es Placés; ioi travailler à la Sappe, Ôc que pour cette raifort Ton nomme Sappeurs, déboucheront par l'ouverture A, au nombre de 8 fuccelïïvement. Le premier pouffera devant lui ,du côté de la Place, un Mantelet pour s'en couvrir des coups de fiifilsde la Place. Il s'avance de l’efpace néceffaire, pour pofer un Gabion fur l'a ln lignement de la ligne A D ; ôt ce Gabion étant pofé fur fon plan / dans la fi-tuation qu'il-doit avoir , les piquets qui le débordent étant en haut, ce Sappeur fait une efpece de petit foffé derrière, à 6 pouces ou environ du bord de ce Gabion, d'un pied & demi de profondeur fur autant de largeur, & il jette laterre de ce foffé dans le Gabion qu'il vient de pofer. Après quoi il pofe un fécond Gabion à côté du premier, de la même maniéré, & toujours à couvert de fon mantelet, &il fait de même un folié derrière, dont la terre lui fert à remplir ce Gabion. Il en pôle ainli un certain nombre jufqu’à çe qu'il foit las de cette, opération.
- ]Le fécond Sappeur, qui le fuit immé*
- G iij
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- loz Traité de l’Attaque diatement, élargit le foflé du premier, de pouces, du côté oppofé à la pofition des Gabions, ôc il augmente auflifaprofon-deur d un demi-pied. La terre qu’ilen tire, fert toujours à remplir les Gabions du premier Sappeur. Le troifiéme Sappeur élargit le foffé des deux premiers Sap-peurs auiïi d’un demi pied, Ôc il augmen? te fa profondeur d’une même quantité.
- Enfin le quatrième l’augmente ençoi re d’une pareille quantité, en largeur ôc en profondeur y ôc alors la Sappe à 5 pieds de largeur ôc autant de profondeur ; dans cet état elle a toute la capacité quelle doit avoir. Son excavation produit des terres fuffifamment, non feulement pour remplir les Gabions pofés parles Sappeurs, mais encore pourfair re un parapet du refte des terres, que l’on, jette par-deflus ôc qui ne peut plus être , percé que par le Canon. Le troifiéme Ôc le quatrième Sappeur arrangent avec des crocs, ou autrement, des fafcines fur les Gabions ; elles fe couchent le long de cçs Gabions, £c on les fait $n*.
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- des Places. 103 trer dans les piquets, quifaillentendef-fus, pour quelles y foient plus folide-ment attachées. Comme les Sappeurs font difpofés par Brigades de huit chacune, pendant que les 4 premiers travaillent à faire la Sappe, comme on vient de la décrire, les 4 autres leur fourniffent les Gabions, les fafcines, & les autres chofes dont ils ont befoin. Mais les 4premiers étant las, les 4 derniers prennent leurs places , & ils opèrent de même , après quoi ils font relayés par les premiers ; & ainfi fucceflïvement juk qu’à ce que chacun des huit ait conduit Ja tête de la Sappe à fon tour.
- Lorfque les premiers Gabions de la Sappe viennent d’être pofés , & qu elle n’a point encore fa perfe&ion ; la partie par où fe touchent les Gabions, ayant. moins de folidité que les autres, on cache leur jointure par des facs à terre que l’on ôte quand elle a toute la folidité re-quife ; ou bien on couvre ces jointures avec desefpeces de petites fafcines, aç-pellées fagots de Sappe..
- . SW* |
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- ï04 Traité de i/Attaque Voilà en quoi coniifte laSappe. Cec ouvrage eft d’autant plus confiderable qu’on le fait de jour comme de nuit. Il y a plufieurs Sappes qui cheminent en mênfe tems. Il y en a une de part & d’autre de chacune des attaques pour la fécondé & la troi/iéme parallèle. Il y en a auiïi pour, chacune des parties qui vont en avant, ôc pour les demi-Places d’Armes ou parallèles. La Sappe fe paye à latoife, & le prix en augmente fuivant qu’elle eft plus dangereufe. Le plus bas prix eft de^of. lorfqu’elle eft encore fort éloignée de la Place; mais il augmente juf-qu’à vingt livres & même beaucoup davantage lors qu’on fait les logemens , dans les ouvrages de la Place. Les tra-, vaux de chaque brigade fe payent en entier à ceux qui reftent de la Brigade ; s’il n’en reftoit qu’un, il aurpit le profit ou le gain de tous les autres.
- , Nous avons fuppofé ici que le premier Çappeur fe couvroit d’un manteiet, & çn effet, il s’en fervo.it autrefois, & l’u-fage en étoitexcellent ; mai$ à préfènt
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- fej es Places. 105! l’on fe fert plus communément d’un gabion farci ; Le premier Sappeur roule ce gabion devant lui, ôc il s’en fert de la même maniéré qu’il fe feryiroitdu mantelet. Quoique l’on ait foin de donner un gabion farci à toutes les têtes des jappes , il arrive quelquefois que les Sappeurs ne s’en fervent point. Comme ce gabion a caufe de fa pefantenr a donne quelque peine à rouler, ils aiment mieux ne s’en point fervir ; ils fe contentent de rouleç plufieurS gabions devant eux allez proche les uns des autres, & de travailler derrière. Ces gabions ne les parent à la vérité 4’aucune çhofe, mais il leur fuifHt d’être cachés à l’Ennemi, qui ne fçait pas d’ailleurs celui derrière lequel eft le premier Sappeur. Cependant comme leyr confer-vation eft importante, on doit avoir foin de les obliger de travailler derrière le gabion farçi. On doit aulfi pour la même raifon, faire prendre la cùiraiTe aux premiers Sappeurs, ôç même une armure de tête à l’épreuve du fyilil ; c’eft ce qu’on appelle un pot en tête*
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- ïo6 Traité de l’Attaque Il y a de trois fortes de Sappes, la ftmple y qui eft celle que nous venons de décrire 9 la double 3 & la Sappe volante, La Sappe fimple, ou la Sappe fans au* cune autre défignation, eft celle qui ne fe fait que d'un côté, ou ce qui eft la même chofe* qui n'a qu'un parapet.
- La Sappe double eft celle qui a un pa^ rapet de chaque coté 3 elle fe fait dans les endroits ou fes deux côtés font vus de la Place.
- La Sappe volante} eft celle dans la-, quelle on ne fe donne pas la peine de remplir les gabions de terre : elle fe fait dans des endroits peu expofés, ôt pour avancer plus promptement l'ouvrage. Tout ce que nous venons de dire x ia°pf. avec les figures qui y font relatives, peut 8* fàffire pour donner une idée affez exaâe. de tout ce qui concerne le travail de la Sappe ; il ne nous refte qu'à faire ob^ ferver^ qu'après qu'elle a été mife par les Sappeurs dans l'état ou elle doit être, on y fait venir les travailleurs de la Tranchée y qui lui donnent la même largeur
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- des Places 107 qu’aux autres parties de la Tranchée, & qu’ alors elle perd fon nom de Sappe pour prendre celui de Tranchée. Elle fe nomme Tranchée, fi elle fert de che^ min pour aller à la place, & Places d’Armes fi elle lui eft parallèle , ôc fi elle eft deftinée à contenir des troupes.
- XII.
- Des Batteries,
- AP r E* s avoir donné ce qui concerne le détail de la Tranchée, pour fuivre Tordre naturel des attaques, il faut parler des Batteries. Il a été nécefîaire de parler de la Tranchée auparavant, parce qu elles ne peuvent s’établir que îorfqu elle eft avancée à la portée du Canon de la Place, je veux dire, à la portée de but en blanc, qu’on eftime être d’environ 3 00 toifes.
- On fe fert du Canon dans un Siège pour deux objets differens; le premier, pour çhafïer TEnnemi de defïus fes def-
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- ioS Traité de l’Attaque fenfes, ôc le fécond, pour les ruiner*’
- Pour produire ces deux effets, il faut que les Batteries lié foient éloignées de la Place , que de la moyenne portée du Canon, c’eft-à-dire, au plus de 300 toifes. Ainfi on ne peut travailler à leur çonftru&ion 9 que lorfque la première parallèle eft formée : fa diftance à la Pl%r ce étant ordinairement de 3 00 toifes, les Batteries ne peuvent être que fur cette ligne ou au-delà en approchant de la Place.
- Pour juger des endroits où elles peuvent être placées le plus avantageufe-, ment, il faut confiderer que ce fera aux endroits où elles découvriront une plus, grande partie des deffenfes de TEnne-mi. Or ces endroits ne peuvent être que furie prolongement des faces des pièces attaquées. Dans cette fituation elles découvrent toute la longueur des faces des pièces, ce qu'elles ne feroient pas dans, toute autre pofitipn, ; ainfi on peut donc établir pour réglé générale, de placer-toujours les Batteries, lorfque le terreia.
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- ÔÈS pLACfef? Î5J lë permet, fur le prolongement des pièces attaquées, ainjfi qu'on Ta dit dans les maximes de l'attaque.
- Soit Z, la Place attaquée, & les Tranchées de même que les parallèles «conftruites .Pour trouver les lieux propres à Tétabliflement des Batteries, on prolongera les faces A D, A C & B E, BF des deux battions attaqués, jufqu'à ce que [leur prolongement coupe la première parallèle* On prolongera aufïi les deux faces O M & O L, de la demi-lune MOL du front de l'attaque ôtles faces HG,&ÏKdes deux demi lunes collaterales i ôt 2, jufqu à la première parallèle , ôcl'on conftruira des Batteries fur ces prolongemens, comme on les voit en P, Q, R, S, T, V, X & Y.
- On les avance au-delà de la première parallèle de 40 ou $o toifès, & on les fépare des tranchées, afin que leurfervi-ceie fafle avec plus de commodité, ôc moins d'embaras pour la Tranchée.
- La conftruétion des Batteries regarde les Officiers de l'Artillerie, qui conviens
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- fjtio TrÀÏTÜ DÈ L’ÀTtTQUÉ rient avec l’Ingenieur chargé de la direction du Siège , de leur fituation , Ôc du nombre de pièces quelles doivent avoir.
- Pour les conftruire, le terrein qu’elles doivent occuper étant déterminé, on fait une ouverture à la Tranchée ou à la Place d’Armes, par laquelle on conduit une Sappe qui environne tout le terrein extérieur de la Batterie, après quoi on travaille à la conftruétion de fon parapet, ainfi quon Ta expliqué, article XL page 116 du Traité de F Artillerie*
- Remarques*
- 1°. Pour que les Batteries faffent ld plus grand effet, il faut quelles foient parallèles aux pièces de la fortification qu elles doivent battre.
- 20. Dans la fituation que nous Venons de leur donner, n’étant éloignées de la Place que d’environ 250 toifes> elles peuvent non-feulement ehaffer l’Ennemi de deffusfes deffenfes, démonter fort Canon, c’eft-à-dire , en rompre les afc
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- bEs Places? ifr lüts; mais encore battre les pièces delà fortification, aufquelies elles font oppo-fées ; âinfi on peut les laiffer dans cette fituation pendant le Siège, & Ton évite par là la peine & la dépenfe dune nouvelle conftruâion. Comme ces Batteries ne fervent qu’à chaffer l’ennemi de fes deffenfes,on y tire pour cet effet le Canon ^ricochet Les Batteries que Ton conftruit pour battre en brèche , & détruire les flancs des battions, fe placent fur le haut du parapet du chemin couvert. Il n’eft gueres poflïble de les placer dans un autre lieu, pour qu elles puiffent découvrir avantageufement les flancs & les autres endroits de la Place qu elles doivent battre. Il y a feulement quelquefois dans des tetreins irréguliers des endroits où Ton peut placer les Batteries pour battre en breche de plus loin; on s’en fert lorfque l’on s’en apperçoit, & qu’on en peut tirer quelque-avantage.
- 3°. On place communément à côté
- * Voyez dans le Traité de l*Artillerie, page 38 les Avantages du Ricochet > 3c en quoi il ccnfifte.
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- [ii2 Traité de l’AttàqueI ^ des Batteries de Canon, ôc fur le niêmè allignement, les Batteries à Bombes* pour quelles battent les mêmes endroits que le Cation. On s’en fert > comme on Ta déjà dit, pour ruiner lés ouvrages dé l’Ennemi , démonterfes Batteries, percer les voûtes de fes magafins à poudre j 6c le chafler de fes deffenfes ; comme auffi pour ruiner les principaü%édifices de la Ville * y mettre le feu, ôc fatiguer les hâbitans , afin qu ils prefferit la Gar-nifon de fe rendre, par la crainte quuné plus grande réfiftance ne faffe ruiner Ici la Ville entièrement;
- 4°. Les batteries dé Cation font marquées dans les Plans, par un petit parapet avec des embrafures ; ôc les Batteries à Bombes par un parapet fans embrafures, ôc en dedans duquel on met quelques zéro pour marquer le Plan des Mortiers.
- $°. Il faut remarquer que l’on rie fe fert du ricochet, que lorfque les Batteries à Barbette qùe l’Ennemi à fur les angles flanqués, font démontées. Le Canon tiré avec fa charge ordinaire, fait plus d’ef-
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- des Placés; îi£ fet fur ces Batteries, qui par leur éleva-ti&n donnent prife fur elles, que n en fê-roit le ricochet ; celui-ci eft deftiné à Faire déferter FEnnemi de fes deffenfes > & non pas à lefc ruiner.
- 5°. Toutes les Batteries étant placées, comme on vient de le dire, il eft évident quelles doivent néceffaire-ment chaffer FEnnemi de fes deffenfes, ou du moins lui faire perdre bien du monde, s’il s’otfftine à vouloir y en laif-fer. Il en refulte l’avancement de la Tranchée & des Sappes,fur les têtes def-quelles FEnnemi ne peut faire qu’un feu médiocre > & peu dangereux;
- 7°. Lorfque l’on eft parvenu à la troi-fiéme parallèle > on établit quelquefois dans fes environs des Batteries de pier-Hers pour incommoder FEnnemi dans fon chemin couvert ; on peut pratiquer ces Batteries entre la fécondé &la troisième parallèle.
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- 114 Traité dè l’Àttàqüè
- XIII.
- Des Sorties.
- P Ou R ne point interrompre la fuite des travaux de la Tranchée , nous les avons conduit jufqu’au pied du glacis fans parler des • Sorties , c’eft-à-dire des attaques que la garnifon peut faire fur la Tranchée pour tâcher de la ruiner, ou d’en arrêter le progrès. Comme on ne doit point préfumer que l’Ennemi fe laif-fe reflerrer dans fa Place, fans faire quelques efforts pour allonger fa deffen-fe, Ôc que les forties paroiffent être un des principaux moyens qu’il puiffe y employer, il eft à propos de faire ob-ferver la conduite qu’il faut tenir, non feulement pour les fendre inutiles, mais encore pour les rendre defa'seantageufes à l’ennemi.
- Il faut confiderer d’abord que la Garnifon eft toujours beaucoup plus foibîe que l’Armée afiiégeante, & que les
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- 1d £ s Places.
- ïif
- Tranchées font, ou doivent être garnies de troupes en nombre fufîifant, pour tenir tête, & faire réfiftance à toute la Garnifon. Ainfi dès que l’allégeant fé tiendra fur fes gardes, & qu’il ne fera point furpris par l'Ennemi , il eft certain qu’il fera toujours en état de le faire renfermer promptement, dans fa Place. Ajoutons à cela la difpofîtion dès parallèles , ou places d’Armes qui font feu dé tous côtés fur l’Ennemi. Il eft bien aifé de voir qu une Sortie ne peut gueres produire de dommage à l'affiégeant, aufll depuis l’ufage de ces parallèles , n’ont-élles pas produit de grands effets.
- Mi le Maréchal de Vauban divife les Sorties en deux efpeces > fçavoir, en ex-terieures, & en intérieures. Il appelle Sorties extérieures, celles que l’Ennemi fait lorfque les travaux font encore éloignés de la Placé, & par confequent hors du chemin couvert; ôc forties intérieures$ celles que l’Ennemi fait depuis que PAf-fiégeant eft établi fur le chemin couvert* line s'agit ici que des premières, les H ii
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- iï5 Traité de l*Attaqüë Secondes méritent plutôt le nom d'attaques que celui de Sorties, attendu que l'Ennemi n'a pour âinfi-dire pas befoiii de fortir de fa place pour les faire, ôc qu'il tombe fur les travaux, dès le moment qu'il fort de fes ouvrages.
- L'Objet des forties ne peut être que de détruire unç partie de la Tranphée , de pouffer à quelque Batterie pour en enclouer le Canon, ou enfin d'enlever quelques quartiers de l'Armée aiïiégeante des plus à portée de la Place. Lorf-qu'une Garnifon eft forte , elle fait auffi quelquefois des forties qui n'ont point de vues particulières ; mais un Gouverneur intelligent n'en fera pas de cette nature , & l'on doit fuppofer qu'il agit toujours en confequence d’un projet médité & concerté, dont l'objet eft de retarder la prife de la Place, autrement ce feroit expofer la garnifon de gayetéde cœur, &. faire tuer des hommes fans néceflité.
- Une fortie ne peut reûftir , comme nous l'avons déjà dit, que lorfqu'elle eft faite dans le moment que l’on ne s'y
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- des Places, *17
- attend, pas : en tombant d’abord fur les travailleurs, elles les écarte, ôc elle- les fait fuir. Ces gens en s’enfuyant ne peu* vent manquer de caufer quelques mouvement de crainte ôc de défordre parmi les Troupes qui doivent les foutenir. Il faut un certain temps pour les remettre en ordre , ôc les difpofçr à chaffer l’En-. nemi. Celui-ci en profite pour combler la Tranchée , ôc pour y faire tout le de-? fordre qu’il lui eft poflible, Mais lorfque les Troupes font fur leur garde, ôc quel* les veillent pour parer à tous les deueins de l’ennemi, s’il fort de la place , on le Jaiffe avancer, ôc on fait en forte de lui couper fa retraite parla cavalerie ôc le *te . Piquet y * fuppofé qu’il s’avance trop dans quet elï un. la campagne ; finon on fait un grand feunombre de des Places d’Armes, Ôc des autres travaux de
- à portée de lui; après quoi onle fait char-. Régiment, ger par les Glfenadiers , ôc par les trou-. les pes de la Tranchée. On fe garde bien armes au. de le pourfuivre trop près'de la Pla- co^an-çe, pour ne pas s’expofer à fon feu, qui ne manque pas d’être fervi avec la plus tous les 24 H iiij
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- iiS Traité de l’Attaque grande vivacité, lorfque la fortie eft rentrée dans le chemin couvert de la Place.
- A mefure que l’on approche de la Pla-r ce , les Sorties deviennent plus danger reufes, parce que l’Ennemi peut tomber plus promptement fur la Tranchée ôc fe retirer plus aifément, & plus furement ; c’eft pourquoi on redouble les attentions pour le renfermer plus exaâement dans la Place, & pour qu’il n’en puifle pas fprtir impunément. Les travaux qui fe font au delà de la fécondé parallèle, fe trouvant plus expofés que les autres, à caufe de leur proximité du chemin couvert, on a foin de n’en avancer aucune partie qui ne foit bien foutenuë, On fait, comme on l’a déjà dit,des*demi Places d5Armes , dont l’objet n’eft que de protéger la tête des Tranchées, juf-qu’à ce qu’elles foient parvenues à la troifiéme Place d’Armes , & l’on travaille à cette Place d’Armes, avec la plus grande diligence & le plus grand foin. Lorfqu’ellç eh mile dans l’état dt
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- des Places. up perfe&ion qu’elle doit avoir , les forties ne font plus gueres à craindre.
- Les Sorties fe font de jour ôc de nuit, celles de jour ne fe font gueres que par un Ennemi préfomptueux , qui croit pouvoir braver ôt attaquer impunément les Troupes de la garde de la Tranchée ; il eft toujours facile de les repoulfer , à moins que l’Armée afliegeante, ne fe trouve dans un état de foiblefle à ne pas lui permettre de garnir fuffifamment fes Tranchées de troupes, pour pouvoir re-fifter à la garnifon ; auquel cas , elle ne doit pas refter plus long-temps devant la Place , pour ne pas s’y expofer à y être battue totalement en détail.
- Une garnifon peut être en état d’inful-ter & attaquer ainfi 1% Tranchée , après avoir reçu un fecours confiderable. C’eft àl’ailiégeant à prendre fon parti, enpa^ reille circonftance y fur la continuation ou la levée du Siège. S’il eft vifible que. fon Armée foit trop expofee en le conti-* nuant, il doit le lever ; mais nous fuppo* |ons ici qu’il a toute la fupériorite de,
- H ii ii
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- 120 Traité de l’Attaque troupes néceffaire pour ne pas faire çette démarche , la-quelle indépendemment de la dépenfe que l’on a faite pour les préparatifs du Siège,, qui fe trouve perdue, & des hommes qui ont été tués dans les differentes opérations du Siège, a prefque toujours des fuites très-facheu-fes, & très-defagreables.
- Lors du commencement de l’ouver-r ture delà Tranchée, & que l’on eft enr core fort loin de la Place, on n’a gueres à craindre les fortiespendant le jour, on auroit trop de temps à fe bien préparer pour les recevoir avant qu elles foient parvenues aux travaux. S.i Tennemi eft difpofé à fortir alors, il ne le fera que dq nuit , .mais qn fera aifément inftruit de fes démarches, çq faifant roder de petits corps de io ou 12 hommes commandés par un Sergent, entre la Place & les Tranchées,
- Ils peuvent fe coucher fur le ventre ,1e plus près de la Place quil leur eft poflî-ble, &: y demeurer dans le filence juf-r qu’à ce qu ils entendent dq mouvemenç
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- des Places,; 121 dans le chemin couvert, auquel cas ils peuvent détacher quelqu’un d’eux, pour en aller informer le Lieutenant Général de jour qui commande à la Tranchée, ôc refter autant qu’ils le pourront, pour s’affurer du côté où la fortie fe der ftineà aller. Cette précaution, qui eft des plus (impies ôc des plus triviales, met l’Afliégeant à l’abri de toute furpri-fe, ôc en état de bien recevoir l’Ennemi.
- Lorfque les travaux font parvenus à une affez grande proximité dç la Place, comme à la troifiéme parallèle, ôc que l’Ennemi peut tomber tout d’un coup fur les travailleurs ôc les furprendre, on leur donne ordre de fe retirer promptement fur le revers de la troifiéme Place d’Armes , ôc de laiffer agir fur la fortie le feu de cette ligne ; on ne fe met pas en peine de voir la Sortie détruire ou enlever une douzaine ou deux de Gabions , le feu de la Place d’Armes auquel l’Ennemi eft expofé pendant cette expédition lui fait payer chererqcnt le
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- 122 Traité de l’Attaque petit défordre qu il caufe. Lorfqu’ on le voit engagé dans ce travail, on tombe fur lui avec vigueur, & on le renferme dans la Place, obfervant toujours de ne pas le fuivre trop avant, pour n’être point expofé, après quil eft rentré dans le chemin couvert, à tout le feu de la Place. Lorfque la fortie eft rentrée, on répare promptement le défordre quelle a caufée ; une heure de réparation ; dit M. le Maréchal de Vauban, fuffit pour cela, & li le feu de la ligne a été bien fend, ce défordre ne dédomage pas rEnnemi de la perte qu’il afouffert pour le faire.
- xxv,
- Du Logement Jur le Glacis, & de la prife du chemin couvert.
- N Ou s avons laiffé les travaux au pied du glacis, à la troifiéme pa^ rallele \ il s’agit de s’y établir entière^
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- des Places. 125 ment & de les pouffer en avant jufqu a ce qu’on ait chaffé l’Ennemi de fon chemin couvert.
- La proximité où l’on eft alors du chemin couvert, ne permet pas que l’on puiffe s’en défiler, mais pour empêcher l’effet de fon enfilade , on s’enfonce plus profondément dans les terres du glacis ; le feu du chemin couvert qui eft très-proche, ne peut plonger dans ces Tranchées profondes, ôt au moyen de cela , leur féjour n’y eftpasaufii dangereux , qu’il le feroit fans cette précaution ; ou bien Ton fait des traverfes dans la Tranchée a peu près comme on en fait dans le chemin couvert, & l’on fe garentit par leur moyen de l’enfilade , du moins on en diminue le danger.
- H'faut obferver à cette occafion, que les enfilades de près font bien moins dange-reufes que les enfilades éloignées, parce qu’on s’en garentit plus aifément par le moyen des traverfes. De près, la violence du coup fait décrire à la balle ou ^u boulet une ligne fenfiblement droite,
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- 124 Traité de l’Attaque çnforte que fi elle efleure le haut du parapet d’une traverfe} elle ira s’enfoncer dans la Traverfe fuivante ; mais dans les enfilades éloignées, les balles étant au fcout de leur portée & de leur force, dé-r crivent des lignes qui different fenfible-ment de la droite , enforte que malgré, les traverfes. & leur hauteur, elles plon-r gent dans la partie de la Tranchée qui. eft entre les traverfes. Cette remarque eft de M. de Vauban._
- Pour ce qui concerne la figure du logement fur le Glacis, elle varie fuivant les differentes circonftances , ou pofi-: tion des ouvrages qui le deffendent. Communément on fait plufieurs retours ou zigzag fur l’arrête du glacis, qui va à l’angle faillant du chemin couvert, & on les continue jufqu’à ce qu’on foit parvenu à cet angle ; ou bien l’on commen-: ce par faire deux ou trois retours vers le pied du glacis , d’oà l’on gagne enfuite le haut par une Tranchée directe, qui fe conftruit ainfi.
- Deux Sappeurs pouffent devant eux ,
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- des Placés: ïïj;
- le long de l’arête du glacis, un mante-let, ou un gabion farci, & ils font une Sappe de chaque côté de cette arrête. Ils en font le folié beaucoup plus profond qu’à l’ordinaire > pour s’y couvrir plus aifément du feu de la Place. Cette Sappe qui chemine des deux côtés en même temps , & dont les deux bords font couverts chacun par un parapet, eft ce que nous avons appellée une Sappe double. On y pratique dans le milieu, des traverfes de ? toifes d’épaiffeur & de même largeur que la Tranchée. On y fait à côté de part & d’autre, de petits pairages à peu près comme on en pratique vis-à-vis les traverfes du chemin couvert , pour qu’elles n’en interrompent point la communication.
- On conftruit ces traverfes alfez pro ches les unes des autres, pour que leur élévation &leur diftance, couvrent fuffi-famment du feu de la Place. Pour fe ga-rentir de l’effet des grénades lorfqu’on eft parvenu à leur portée, c’eft - à - dire , à 14 ou 15 toifes du chemin couvert,
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- $*6 Traité de i’Attaquè on a foin de blinder cette Tranchée, où ce qui eft la même chofe > d’en couvrir la partie fuperieure.
- Les Figures i & 2 de la Planche 10 mettront au fait de cette Tranchée di-refte* La première en montre le Plan, &: la fécondé le profil, quipafle par-def-fus une des traverses* *
- Tout ceci pofé, la troifiéme parallèle étant achevée, comme nous Pavons fup-pofé, on débouchera de cette parallèle fur le glacis de chacun des angles fail-lans du chemin couvert du front attaqué^ & l’on commencera par faire deux où trois retours, comme ils font marqués fur la Planche 1 i Figure I le long de l’arrête du glacis, & qui en occupent environ le tiers. On les enfoncera autant qu’il en fera befoin, pour y être à l’abri du feü du chemin couvert ; enfuite de quoi > on pourra aller directement le long de l’arrête du glacis , par une tranchée profonde, à l’angle faillant du chemin couvert. M. le Maréchal de Vauban obferve, que pourvu qu’on fuive diree-
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- t>es Placés* il?
- teiïlèrit l’arrête du glacis, cette Tranchée fe fait fans beaucoup de péril .Car la paliflade qui eft pofée au fommet de l’angle faillant du chemin couvert , avec les deux autres qui la touchent immédiatement , fait un biais qui ne préfente point à l’arrête , mais vis-à-vis desfaces feulement, ou il n’y a tout au plus que la Place d’un ou deux fufiliers pour voir la tête delà Tranchée , à qui il eft fort facile d’en impofer par le feu de la troifiéme parallèle , qui doit être bien fervi, Ôc par les ricochets.
- Lorfque l’on eft parvenu à la moitié , ou aux deux tiers du glacis, on fait dep^i part Ôc d’autre deux nouvelles Sapes,Fi«. b y b y qui embraffent les deux côtés du chemin couvert, aufquels elles font à peu * près parallèles. On leur donne 18 ou 20 toifes de longueur, ôc environ j toifes de largeur. On en couvre le bout par deux crochets qui empêchent que le feu du chemin couvert ne les enfile trop aifément.
- On ëleve le parapet de ces Sappes
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- fia8 Traité de l’Attaque d’environ 8 oup pieds au-defîus du glacis , & l’on y pratique avec des gabions t trois banquettes comme on le voit Planche 11 Figure 2. Lê Soldat pofté fur la banquette fupérieure, fe trouve par là fiifïifamment élevé pour plonger dans le chemin couvert, ainfi que la même figure le fait voir; Lorfque cet Ouvrage ^ que M. le Maréchal de Vauban appelle Cavalier de Tranchée, a toute fa perfection , il eft bien difficile que l’Ennemi puiffe fe montrer dans, le chemin couvert ; il s’y trouve trop en butte au feu des Soldats placés fur ces Cavaliers. Ces Cavaliers ne peuvent fe conftruire qu’au-tant qu’ils font protégés des batteries à ricochet, qui enfilent exa&ement le chemin couvert;
- Il y a encore un moyen, dont nous avons parlé dans notre Traité de F Artillerie , de faire abandonner le chemin couvert par l’Ennemi> c’eft d’y employer les bombes à ricochet. Le défordre qu’elles caufent danscet Ouvrage, ne permet pas de penfer qup
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- des Places? iip nëmi puiffe abfoluments’y foutenir lorff qu on les y employera * comme il eft marqué dans ce Traité, page 93.
- Les Cavaliers de Tranchée bien établis , il eft aifé de pouffer la Tranchée direâe, jufqu’à l’angle Taillant du chemin couvert, & d’établir à la pointe de cet angle & fur le haut du glacis > un petit logement en arc de cercle, duquel on puiffe chaffer totalement l’Ennemi de la Place d’Armes Taillante du chemin couvert. Enfuite on étendra ce logement de part ôt d’autre des branches du chemin couvert, en s’enfonçant dans la partie fupérieure du glacis, à ia diftan-ce de trois toifes du côté intérieur dii chemin couvert, afin que cette épaif-feur ferve de parapet à ce logement, & le mette à l’abri du Canon.
- L’opération que nous venons de décrire , pour parvenir de la troifiéme parallèle à l’angle Taillant du chemin couvert, Te fait en même tems fur tous les angles faillans du front attaqué; ainfi l’Ënnemi fe trouve obligé de les aban-
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- ï3o Traité dè l’àttaqüe donner à peu près dans le même temps J & le logement fur le glacis s’avance en fuite de part & d’autre de ces angles, vers les Places d’Armes rentrantes du chemin couvert»
- Comme il n’eftpas pofïible de defiler ce logement des ouvrages de la Place ; on ne peut s’y parer du feu de l’Ennemi, que par de fréquentes traverfes. La figuj re 5 de la Planche i o, fait voir en grand le plan d’une partie de ce logement avec fes traverfes, qui fe font avec des chandeliers & des gabions. Si l’Enne-mi malgré le ricochet du Canon & celui des Bombes, malgré le feu des Cavaliers de Tranchée, s’obftine à demeurer dans les Places d’Armes rentrantes du chemin couvert, pour l’obliger ab-folument de les quitter, on conftruira des batteries de pierriers vis-à-vis ces Places d’Armes ; & pour cela, lorfque le logement du glacis fera parvenu à la moitié ou aux deux tiers des branches du chemin couvert, on pouffera des deux côtés de l’angle rentrant une Sap-
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- des Placés; $3 .F pe vis-à-vis la Place d’Armes, ôc fur cette Sappe on y établira les batteries de pierriers , comme on les Voit en c c Planche 11. Ces batteries étant conftrui-tes Ôc en état de joüer, elles enverront pL. If; une grêlé de cailloux dans la Place d’Ar- ïl mes 9 qui ne permettra point à l’Enne-mi de s’y foutenir. Ori avancera toujours le logement > Ôc lorfquë l’Ennemi aura abandonné la Place d’Àrmes y on continuera le logement du. glacis tout autour des faces de la Place d’Armes 5 ôc l’on en fera même ün dans cette Placé d’Armes, qui communiquera avec celui de fes faces. Il s’étendra à peu prés cir-culairement le long des demi-gorges dé la Place d’Armes. Ce logement bien établi ôc dans fon état de perfedion y empêchera que l’Ennemi né puiffe revenir impunément dans fon chenjin couvert pour tâcher de le reprendre ; Ôc il af-furera par confequent toute la prifé du chemin couvert. Ces logemens fe font avec des gabions ôc des fafeines*
- On remplit les gabions de terre , on
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- 132 Traité de l’Attaqüë met des fafcines delfus, & Ton recoiis vre le tout de terre ; on s’enfonce dans les terres du glacis autant qu’il eft néj-ceflaire pour y être à couvert du feu de la Place*
- Dans tout ce détail nous n’avons point fait ufage des mines, afin de fimplifier autant qu’il eft polïible la defcription des travaux que l’on fait depuis la troifié-me parallèle pour fe rendre maître du chemin couvert; nous allons fuppléer a&uellement à cette omiffion, en par^-lant des principales difficultés que donnent les mines , pour parvenir à chaffer l’Ennemi du chemin couvert*
- Sans les mines, il feroitbien difficile à l’Ennemi de retarder les travaux dont nous venons de donner le détail ; parce que les ricochets le défolent entièrement & qu’ils labourent toutes fes def-fenfes , en forte qu’il n’a aucun lieu où il puiffe s’en mettre à l’abri; mais il peut s’en dédommager dans les travaux fou-terreins, où fes Mineurs peuvent aller pour ainfi-dire en fureté, tandis que ceux
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- des Places. 133 de FAfïiégeant, qui n’ont pas la même eonnoiffance duterrein, ne peuvent aller qu’à tâtons , ôc que c’eft une efpece de hazard, s’ils peuvent parvenir à trouver les galeries de l’Ennemi, ôc les ruiner. Si l’on eft inftruit que le glacis de la Place foit contreminé , on ne doit pas dou^ ter, que l’Ennemi ne profite de fes con-tremines, pour pouffer des rameaux en avant dans la campagne , Ôc alors pour éviter autant que faire fe peut, le mal qu’il peut faire avec fes fourneaux, on creufe des puits , dans la troifiéme parallèle, aufquels on donne , fi le terrein le permet, 18 ou 20 pieds de profondeur, afin de gagner le deffous desgalle-ries de l’Afliégé : ôc du fond de ces puits ou mene des galeries, que l’on dirige vers le chemin couvert, pour chercher celles de l’Ennemi. On fonde’les terres avec une longue aiguille de fer, pour tâcher de trouver ces galleries. Si l’on fe trouve deffus, on y fera une ouverture, par laquelle on jettera quelques Bombes dedans qui en feront deferter l’En-».
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- 134 Traité de l’àttaqüë nemi* & qui ruineront fa galierie. Siai^ contraire on fe trouve défions, on la fera fauter avec un petit fourneau ; mais fi l’on ne peut parvenir à découvrir aucune des galleries de l’Ennemi, en ce cas , il faut prendre le parfi de faire de petits rameaux b droite & à gauche , au bout defquels on fera de petrs fourneaux qui ébranleront les terres des environs % & qui ne pourront gueres manquer de ruiner les galleries , & les fourneaux de l’Affiéeré.
- ' 4—*
- Quelque attention que Ton puifîe avoir en pareil cas , on ne peut préfumer d’empêcher totalement rEnnemi de fe fervir des fourneaux, qu’il a placé fous le glacis ; mais à mefure qu’il les fait fauter, on fait paffer des travailleurs x qui font promptement un logeaient dans l’entonnoir de la mine , & qui s’y éta-blifient folidement. On peut dans de certaines fituations de terrein , gâter, les mines des Alliégés , en faifant couler quelque ruifieaudans fes galleries.il ne s’agit pour cela que de çrçufer des puit§
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- des Places. 13*
- dans les environs , & y faire couler le ruifieau. On fe fervit de cet expédient au Siège de Turin en ï7q£,|Scon rendit inutiles par là un grand nombre des Mines des Affiégés.
- L’Ennemi doit avoir difpofés des fourneaux , pour empêcher le logement du haut du glacis, ils doivent être placés à 4 ou $ toifes de la paliflade du chemin couvert, afin quen fautant, ils necau-fent point de dommage à cette palif-fade , & qu’ils fe trouvent à peu près fous le logement que l’Affiégeant fait fur le haut du glacis.
- Lorfqu’il y a mis le feu, on s’établit dans leur entonnoir; l’Affiégeant fait auffi fauter des fourneaux de fon côté, pour enlever âfc détruire la paliflade. Enfin on ne néglige rien de part & d’autre poürfe détruire réciproquement. L’Af-fiegé fait en forte de n’abandonner aucune partie de fon terrein, fans l’avoir bien difputé, ôc l’Affiégeant employé de fon côté toute fon indufirie, pour çbliget l’Ennenfi de le lui ceder ai*
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- *36 Traité de l’Attaque meilleur compte, c’eft-à-dire , avec perç de perte de temps & de monde.
- On ne peut rien donner que de très-général fur ces fortes de chicanes. Elles dépendent du terrein, plus ou moins favorable * ôt en fuite de la capacité, Ôt de l’intelligénce de ceux qui attaquent , & de ceux qui deffendent la Place.
- ' Nous avons fuppofé, avant que.de. parler des Mines, en traitant du logement fur le haut du glacis, que le feu des Cavaliers de Tranchée, celui des Batteries de Canon & de Bombes à ricochet , avoit obligé TEnnemi de quitter le chemin couvert; mais fi malgré tous ces feux, il s’obftine à demeurer dans les Places dsArmes, & derrière les tra-verfes ; voici comment Ton pourra par-veuir à l’en chaffer totalement, & à faire fur le haut du glacis le logement dont nous avons déjà parlé.
- Soit que l’Ennemi ait fait fauter un, fourneau vers l’Angle faillant de fou chemin couvert, ou que l’Alïiegé ait
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- des Places. 137
- fait fauter vers ces endroits une partie des paliflades ; fitôt que le fourneau aura joué , on fera paffer des travailleurs dans fon entonnoir, qui s’y couvriront promptement, & qui enfuite étendront le logement dans le chemin couvert, de part & d’autre des côtés de fon Angle faillant.
- On communiquera la Tranchée double , ou la double Sappe de l’arrête du glacis 9 avec ce logement , pour être plus en état de le foutenir, s’il en eft be^ foin j & pour pouvoir communiquer plus furement avec lui. Une des grandes attentions qu’il faut avoir dans ce logement , c’eft d’en bien couvrir les extrémités y c’eft-à-dire, de s’y bien tra-verfer pour fe couvrir des feux des autres parties du chemin couvert y où l’Ennemi fe tient encore.
- Lorfque ce. logement fera parvenu auprès des premières traverfes du chemin couvert, h l’Ennemi eft encore derrière , comme il ne peut y être qu’en çrès-petit nombre., eû égard à l’efpacQ
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- 138 Traité de Gàttaque
- qu’il y a,on Fer) fera chaffer par une compagnie de Grenadiers qui tomberont brufquement fur lui ; après quoi on fera chercher dans la partie qu’ils auront abandonnée ; l’ouvertur e ou le faucilîon de la mine , & fi on le trouve, comme il y a apparence, en l’arrachera, & on Voyez la rendra par là lamine inutile. On pourra 11 aufli faire palier quelques travailleurs dans le paiTage de la traverfe. Ils y feront un petit logement qui fera un des plus fûrs de ceux que l’on peut faire dans cette proximité de- l’Ennemi. On percera enfuite une entrée dans le chemin cou-, vert vis-à-vis ces traverfes ; on la proion-, géra jufques vers le borddufolfé, en fe couvrant de la traverfe , après quoi on fera partir une Sappe de chacune des extrémités de ce paffage, c’eft-à-dire environ du bord de la ccntrefcarpe, lef-quelles fuivront à peu près Farrondif-fement de cette contrefcarpe , vers le milieu de I aque lie elles fe rencontreront. On enfoncera beaucoup ce loge-r ment, afin qu’il ne caufe point d’obfta?
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- des Places. 139
- pie à celui du haut du glacis ; ôc Ton. fera en forte de laifler devant lui juf-qu’au bord du foffé, une épaifleur de terre fuffifante pour refifter au Canon des flancs & de la courtine. On blinde ce logement, pour y être à couvert des Grenades. Il eft d’une grande utilité pour donner des découvertes dans le fofle.
- On continuera pendant le temps qu’on travaillera à ce logement dans Intérieur du chemin couvert, le logement du haut du glacis, jufqu’aux Places d’Armes rentrantes , d’où l’on pourra chat fer l’Ennemi de vive force , par une attaque de quelques compagnies de Grenadiers , fuppofé qu’il fe foit obftiné à y demeurer malgré le feu des ricochets des.Bombes & des pierriers. L’Ennemi les ayant totalement abandonné, on y fera un logement en portion de cercle dans l’interieur, ainfi qu’on l’a déjà dit précédemment.
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- i4p Traité de l'Attaque
- XV.
- De 1* Attaque de vive force du chemin couvert.
- IL y a une autre maniéré de chafîer l’Ennemi du chemin couvert plus prompte, mais aufll beaucoup plus meurtrière, plus incertaine , ôc infiniment môîns fçavante. Elle confifte à faire une attaque fubite de tout le chemin couvert du front de l’attaque , à en chafîer-l’Ennemi à force ouverte, & à s’y établir immédiatement après par un bon kn. gement.
- Il fe trouve des çirconftances qui obligent de prendre quelquefois le parti d’attaquer ainfi le chemin couvert ; comme lorfque l’on ne peut pas établir des batteries à ricochets pour battre fes branches, de même, que les faces des pièces de fortification du front de l’attaque , ou qu’on préfume que l’Ennemi n’eft pas en état de refifter à une attaque
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- des Places: I4T
- de. la forte ; ou enfin qu’on croit ne devoir rien ménager pour s’emparer quelques jours plutôt du chemin couvert ; en ce cas on prend le parti de faire cette attaque. Voici en peu de mots comment l’on s’y conduit.
- Lorfqu’on a pris le parti d’attaquer ie Voyez U chemin couvert de vive force, on fait ^ 4 ph en forte que Iatroifiéme parallèle avance ou empiete fur le glacis ; plus elle y fera avancée , & plus l’attaque fe fera avantageufement. On fait des banquettes tout le long de cette parallèle en forme de degrés jufqu’au haut de fon parapet , afin que le foldat puifle palier aifé-mentpar defliis, pour aller à l’attaque du chemin couvert. On fait un amas confiderable de matériaux fur le revers de cette ligne , & dans la ligne même, comme d’outils, de Gabions, de Faf-cines, de Sacs à terre &c. afin que rien ne manque pour faire promptement le logement, après avoir chalfé l’Ennemi du chemin couvert. On commande un plus grand nombre de compagnies de
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- 142 Traité de l’Attaque Grenadiers quà l’ordinaire, on les placé le long de la troifiéme parallèle , fur quatre ou fix de hauteur ; & les travailleurs font derrière eux, fur lés revers de cette parallèle, munis de leurs outils > de Gabions, Fafcines &c. On a foiri que tous les autres poftes de la Tranchée foient plus garnis de troupes qu’à l’ordinaire , afin de fournir du fecours à la tête s’il en eft befoin, & qu’ils faflentfeü fur les deffenfes de l'Ennemi,qu'ils peuvent découvrir ; les Grenadiers font aufli armés de haches polir rompre les palif-fades du chemin couvert.
- On donne ordre aux batteries de Canon , de Mortiers & de Pierriers, de fè tenir en état de féconder l’attaque dé tout leur feu*
- On convient d un fignal pour que toutes les Troupes qui doivent commencer l’attaque, s’ébranlent en même tems, & tombent toutes enfemble fur l’Ennemi;
- Ce fignal confifte en une certaine quantité de coups decanon, ouun certain nombre de bombes qu’on doit tirer de fuite *
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- des Places; î** éc l'on doit fe mettre en mouvement ait dernier coup, ou à la derniere bombe.
- Le fignal étant donné, toutes les troupes de la troifiéme parallèle s’ébranlent en même tems, ôt elles paffent brufque-ment par-defïus fon parapet ; elles vont à grands pas au chemin couvert, & elles entrent dedans, foit par fes barrières , foit par les ouvertures que les Gréna-diers y font en rompant les palifîades à coups de haches. Lorfqu elles y ont pé-jietré, elles chargent l'Ennemi avec beaucoup de vivacité , ôc dès qu’elles font parvenus à lui en faire abandonner quelques-uns des angles, les Ingénieurs y conduifent promptement les travailleurs , & ils y tracent un logement fur la,partie fupérieure du glacis, vis-à-vis de la partie du chemin couvert abandonné , ôt à 3 toifes de fon côté intérieur* Ce logement, comme on l’a déjà dit, fe fait avec des gabions que les travail^ leurs pofent fur le glacis à côté les uns des autres. Les joints en font couverts par des facs à terre, ou par des fagots
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- 144 Traité de l’Attaque de Sappe. On remplit ces gabions de terre, on les couvre de fafcines, & on jette fur le tout, la terre que Ton tire du glacis > en creufant & en élargiffant le logement ; on s’en fait un parapet pour fe mettre à couvert du feudireft de la Place, le plus promptement qu il eft poflible, & onfe garentit de l’enfilade par des traVerfes , le tout ainfi qu’on le voit Planche i oe. Figure cinq. Pendant cette opération , toutes les batteries de la Tranchée ne ceffent de tirer aux defenfes de la Place, pour y tenir l’Ennemi en inquiétude , ôt diminuer , autant fque l’on peut, l’a&ivité de fon feu fur les travailleurs & fur le logement.
- Lorfque les troupes qui ont fait l’atta* que,font parvenues à chalfer l’Ennemi de fon chemin couvert,ou de quelques-unes de fes Places d’Armes ; car fouvent on ne peut dans une première attaque y établir qu’un ou deux logemens aux angles fail-lans, elles fe retirent derrière le loge-; mentjoù elles reftent le genoüilen terre,
- jufqu’à
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- des Places;
- jiifqu à ce qu’il foit en état de les couvrir. Quelquefois l’Ennemi que Tort croyoit avoir chalTé du chemin couvert revient à la charge , & il oblige de recommencer l’attaque & le logement qu’il culbute, en tombant inopinément deffus. Cette attaque peut fe recommencer plufieurs fois, &: être fort difputée, lorfque l’on a affaire à une forte Garni-fon. Eh ce cas il faut payer de bravoure > ôt fe roidir contre les difficultés de l’Ennemi.
- Lorfquil efl prêt d’abandonner iapar^ tie, il fait mettre le feu à fes Mines ; oh s’établit, auffitôt quelles ont joué, dans les entonnoirs , comme nous l’avons déjà dit j en parlant de cette attaque par laSappe. Enfin, on s’oppofe à toutes les chicanes, autant que l’on peut, & fi l’on eft repouffé dans une première attaque , on s’arrange pour la recommencer le lendemain ou le fur-lendemain, ôt l’on tâche de prendre encore plus de précau* tions que la première fois pour réufik dans l’entreprife*
- K
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- iTraité de l’àttaqüë Avant de commencer cette attaque } Ton canonne pendant plufieurs heures avec vivacité le chemin couvert, pour tâcher d’en rompre les paliflades, & labourer la partie fupérieure de fon glacis , afin d’avoir plus de facilité à y pénétrer Ôc à faire le logement. On laiiTe après cela, le tems nécefîaire aux pièces pour qu’elles réfroidifient, c’eft-à-dire, environ une heure, & l’on commence l’attaque comme nous l’avons dit, pendant laquelle l’Artillerie agit continuellement.
- Il faut convenir que cette forte d’attaque eft extrêmement meurtrière. Les Afliégeans font obligés d’aller pendant prefque toute la largeur du glacis à déco uvert,expofés à tout le feu de la Place. Ils font obligés d’attaquer des gens cachés derrière des paliflades, qu’il faut rompre à coup de haches pour parvenir jufqu’à eux. Il faut combattre long-tems avec un défavantage évident ; ôc lorf-qu a force de valeur on a chafîe l’Ennemi , on fe trouve expofé à tout le feu des
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- b es Places: 14?
- Remparts , qui eft fervi alors , avec la plus grande vivacité. On eft auflï expofé aux Mines que l’Ennemi fait fauter pour déranger le logement, mettre du défor-dre ôc de la confufion parmi les Troupes , ce qui lui donne la facilité de revenir fur elles , & de les harceler encore de nouveau. Il s’en faut beaucoup que la première méthode dont nous avons parlé y foit aufii incertaine & auflï meurtrière que ceiie-cy. Suivant M. le Maréchal de Vauban 5 on doit toujours la préférer lorfqu’on en eft le maître y & ne fe fer-vir feulement de cette derniere y que lorfqu’on y eft obligé par quelques rai-fons effeiitielles.
- Le tems le plus favorable pour cette attaque , eft la nuit, on eft moins vu de la Place, & par conféquent fon feu en eft moins dangereux. Cependant il y a des Généraux qui la -font faire de jour. Il n’y a rien de réglé là-defliis ; ils font les maîtres de prendre le parti qu’ils croyentle meilleur, fuivant les circonf* tance des tems & des lieux.
- Kij
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- 148 Traité de l’àttaqüë
- XVI.
- Des Batteries du Chemin couvert* ’Ennemi étant totalement chafle
- du chemin couvert, on fonge à l’é-tabliffement des batteries pour ruiner les défenfes de la Place , & pour y faine brèche.
- Comme il faut s'emparer de la demi-lune C , avant que de pouvoir parvenir au corps de la Place, ôc qu’elle eft défendue par la partie des faces des bâfrions A & B * qui répond à fon folié ; il faut commencer par établir des batteries fur le chemin couvert oppofé, qui découvre ces parties. Elles font marquées fur le Plan e y e. Il en faut aulïi pour faire brèche à la demi-lune. Mais avant que de les établir , il faut conliderer à quel endroit de la face de la demi-lune, on doit l’attaquer, ou ce qui eft la même chofe, quel eft l’endroit par lequel on doit entrer dans la demi-lune. Ce ne
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- des Places. 149 fera pas par fou angle flanqué , parce que outre qu’on feroit vu dans le pafla-ge des deux faces des battions qui le defendeur , une ouverture vers la pointe ne donneroit pas fuffifamment d’efpace pour y faire un logement en état de ré-fifter à l’Ennemi. Le paflage le plus favorable eft vers le tiers de fa face, joignant à fon angle flanqué , parce qu’en battant en même tems les deux faces vers cette partie, on peut ruiner toute la pointe de la demi-lune,& y faire aufli une large ouverture plus aifément qu’en tout autre lieu. Ainfi les batteries pour battre en brèche la demi-lune C, feront placées en d} ôc dy occupant à peu près le tiers de chacune des faces de la demi-lune, depuis fon angle flanqué. On fait cés batteries de ^ ou y pieçes de Canon.
- Lorfque les faces des battions A ôc pfc. B , font bien enfilées du ricochet, on peut fe difpenfer des batteries e, e, Ôc fe contenter feulement de celles qui font pour battre la demi-lune en brèche, ôc après fa prife, fi l’on a befoin de ruines-
- K.iii
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- ijo Traité de l’Attaque les faces des battions A & B, on peut fe fervir des batteries d, d, en les plaçant en e, e. Il faut aufli établir des batteries pour ruiner les flancs des demi-battions du front de l’attaque. Il eft évident qu’elles ne peuvent être placées qu’en i, i > furie chemin couvert qui leur eft oppofé. Eiles doivent être d’un aufli grand nombre de pièces que l’efpace peut le permettre.
- Par la même raifon que l’on a établie les batteries pour battre en brèche la demi-lune, vis-à-vis le tiers de la face joignant fon angle flanqué, il faut établir de même celles qui doivent battre en brèche les battions ; elles font marquées h, h y elles font chacune de 7 à S pièces de Canon. On établit aufli des batteries pour battre les flancs des demi-battions voifms de ceux du front de l’attaque y pour favorifer le paflage du foflfè quife fait de leur côté, fuppofé que l’on entre dans le baftion par fes deux faces, comme on le fuppofe dans cet exemple, L’attaque.du baftion par fes deux faces , en rend la prife plus fîire & plus facile 3
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- des Places. iyi maïs ordinairement on fe contente de faire feulement brèche à la face de chacun des demi-battions du front de l’at-taque.
- Après toutes ces batteries*on en établit encore dans les Places d’Armes rentrantes du chemin couvert comme en k, ôt en k, elles ferv ent à battre la tenaille lorfqu'il y en a une* la courtine & les faces des battions * ôte. elles font quelquefois de Pierriers.
- Toutes ces batteries font des pièces de 24 livres de balles* ôc même il y en a quelquefois quelques-unes de pièces plus fortes* fur-tout quand il 3 a quelque Ouvrage à ruiner qui fe trouve d’une très-grande folidité.
- Elles font toutes placées fur le haut du parapet du chemin couvert * & le côté extérieur de leur épaulement rafe le côté intérieur du chemin couvert. C’ett pour avoir un efpace fuffifant pour cet épaulement que l’on a fait le logement du haut du glacis à la diftance de trois toifes du côté intérieur du chemin coi&< vert. Kiii]
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- i$i Traité de i/Attaque
- Tout ce qu’il y a d’eflentiel, à obfeiv ver dans ces batteries, c’efl d en ouvrir les embrazures, enforte quelles décou-s vrent bien toutes les parties de la Place qu’elles doivent battre , & quelles ayent une aflez grande pente du derrière au devant , pour plonger jufqii’au bas des rer vêtemens que l’on veut ruiner. Il eftbon àufli d’éviter que l’Ennemi les fafle fauter par fes Mines} ôt pour cela il faut autour des batteries , percer des puits aflez profonds pour être lïir d’avoir le deflous de l’Ennemi, & praûquer de per tites galleries autour des batteries pour découvrir les rameaux qu’il pourroit conduire; defîbus pour les faire fauter.
- Comme la conftru&ion de ces fortes de batteries, eft aflez dangereufe, fe faï-fant abfolument fous le feu du rempart de la Place, on les mafque quelquefois, c’eft-à-dire , qu’on met devant les endroits où on les conftruit, des Sacs àlair ne ou autre chofe, qui cache les tra-i ^ailleurs à l’Ennemi.
- Pour battre en brèche, il faut faire tir
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- des Places. ijj
- ter toutes les pièces enfemble & vers le même endroit. On doit toujours battre le plus bas quil eft poffible , ôc continuer de battre le même lieu jufqu’à ce qu’on voye tomber la terre du rempart qui eft derrière le revêtement ; ce qui eft une marque que le revêtement eft totalement ruiné. Tous les coups ainfi ra-malfés enfemble, & redoublés au même endroit, font un effet bien plus confidé-table , que s’ils étoient tirés les uns après les autres ; il y a non-feulement une plus grande quantité de revêtement ébranlé en même tems > mais encore un ébranlement plus confidérable.
- XVII.
- JDe la defcente & du pajfage du fojfé de la demi- lune,
- EN même tems que l’on travaille à l’établiffement des batteries du chemin couvert, on longe aufïï à préparer la defcente du folfé de la demi-lune.
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- ij4 Traité de l’Attaque
- Les foffés font fecs, ou remplis d’eau, foit dormante , foit courante ; ou bien quoique fecs, ils peuvent être remplis par quelque quantité d’eau dont l’Ennemi peut difpofer en ouvrant les éclufes qui la retiennent.
- Chacun de ces foliés demande une attention différente , pour la defcente êt pour le paffage. Nous n’entrons ici que dans le-détail le plus néceffaire,p,our donner une idée de la maniéré dont on y procédé.
- D’abord fi le foffé eft fec ôc fort profond comme de 2y à 30 pieds, on peut faire fa defceme par une ou plufieurs galleries fouteraines,paffant fous le chemin couvert, & aboutiffant au fond du foffé. On en commence l’ouverture vers le milieu du glacis. Ces galleries fe font comme les galleries de Mineurs, & les terres en font foutenuës par des étan-çons & par des Madriers. On les dirige de maniéré que le débouchement dans le foffé, foit vis-à-vis de l’endroit de la brèche où l’on veut faire le paffage.
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- des Places.
- Comme cette gallerie va en talus , il s’agit d’avoir quelque réglé pour diriger fa pente , afin de ne la pas faire ou trop petite, ou trop grande. Trop petite, li elle aboutiffoit au défais du fond du fofTé, & trop grande, Il elle aboutiffoit au-deffous.
- Voici un moyen fort limple pour y parvenir. Il faut fçavoir d’abord quelle eft la profondeur du folle ; on peut la connoîtçe en lailfant tomber du bord du chemin couvert au fond du roue , une pierre ou un plomb attaché à un cordeau. Il faut fçavoir aulïi quelle eft la di&anee de l’ouverture de la Gallerie au bord du chemin couvert. On peut la mefurer ai-fez facilement ; fappofons que la profondeur du folié foit de 3 o pieds, & que la. dihance de l'ouverture de la Gallerie au bord du foiTé foit de 90 pieds. On verra que lorfqu’011 s’avance de fix pieds vers la contrefcarpe, il faut s’enfoncer de deux, c’eh-à-dire, qu’il faut qu’il y ait toujours le même rapport entre le ejaemin qu’on fait pour s’approcher de
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- Traité de l’Attaque la contrefcarpe & la profondeur dont on s’enfonce, qu’ily a entre la diftance de l’ouverture de la gallerie au bord de la contrefcarpe Ôc la profondeur du foffé ; enforte que fi la diftance de l’ouverture de la gallerie, au bord de la contrefcarpe , eft quatre fois plus grande que la profondeur du fofle, lorfque l’on avancera de quatre pieds horifontale-ment vers le bord de la contrefcarpe , on s’enfoncera d’un pied vers le fond du foffé &c. Lorfque le foffé a peu de profondeur , comme 12 ou 1 $ pieds, au lieu d’en faire la defeente par une gallerie fouterreine, on la fait par une Sappe découverte, qui coupe le parapet du chemin couvert, & qui s’enfonce dans ce chemin autant qu’il en eft befoin, pour que la defeente fe termine au fond du foffé. CetteSappe commence au logement du haut du glacis. On la blinde exa&e-ment des deux côtés pour en foutenir les terres, & on lui fait un bon épaulement du côté quelle eft vue de la Place. O11 la couvre par-deffus de fafeines & 4$
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- des Places; T57 terre y pour éviter les pierres & les Grenades que l’Ennemi peut jetter deflus* Lorfqu’on eft parvenu au pied de la con* trefcarpe } on en fait l’ouverture pour déboucher dans le foffé.
- L’Ennemi fait fouvent bien des chi-cannes pour empêcher le debouche-ment & ruiner la gallerie. Elles confi-ftent principalement en des petites for-ties qu’il fait pour elfayer de chalfer ceux qui la conftruifent. Mais enfin il faut qu’il fuccombe fous le nombre , & qu’il laiffe entrer dans fon folfé. On le paffe à la Sappe pour gagner le pied de la Brèche, en s’épaulant, du côté de la face du Baftion oppofé au paflage > par un épaulement de fafcines, de barriques ou vieilles futailles, de Gabions ôcc.
- On fait ordinairement deux ou trois defcentes pour le même palfage du folfé, affez proches les unes des autres pour s’aider dans le travail de ce paflage 9 & le faire avec plus de fureté.
- C’eft dans le paflage du folfé fec que l’Ennemi a le plus davantage pour l’exe-
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- i?8 Traité dè l’àttaqüé eution de toutes les chicannes quilpeut imaginer pour le retarder. Et c’eftàquoi les Mineurs lui fervent beaucoup. Ils font fauter les Sappes par de petits fourneaux , & ils ne négligent rien pour ar* rêter l’avancement de cet ouvrage ; les petites forties , tout y eft employé. L'Ennemi peut faire tomber tout d’un coup une douzaine d’hommes fur la tête de la Sappe. Ce nombre eft fuftifant pour chaffer les Sappeurs, & ruiner quelque chofe de la tête de la Sappe. On les fait chaffer par quelques détache-mens de Grenadiers que l’on tient à portée , & l’on tire le Canon fur tous les endroits par où rEnnemi peut fortir de la Place. Les Batteries du chemin couvert voyent toutes fes communications, elles les détruifent, ou du moins , elles les rendent fort dangereufes.
- On peut encore pour protéger la Sappe dans le fond du folie fec, pratiquer des efpeces de petites galleries derrière la contrefcarpe des environs du dé -bouchement, ôt y percer.des crenaux,
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- dés Places* iy9
- fat îefquels on pourroit faire tirer fur les forties, & les arrêter au moins le jour: à l’égard de la nuit, l’Ennemi doit être plus circonfpeâ que le jour, parce qui! ne voit pas les arrange mens, non plus que les troupes que Ton peut faire palfer dans le folfé pour foutenir les Sappeurs; il ne peut que donnner quelques fauffes allarmes fans pouvoir faire grand mal. Il faut pourtant obferver que ce palfage ne peut fe faire qu autant quil eft protégé parla batterie placée fur le haut du parapet du chemin couvert , vis-à-vis le folfé où fe fait le palfage. Le Canon de cette Batterie tire continuellement furies deffenfes de ce fofle. Il les ruine & en détruit le parapet ; de maniéré que l’Ennemi ne peut plus y tenir de Canbn : au moyen de quoi il n’yague-res à s’épauler que contre les coups de fulils, ce que l’on fait alfez aifément.
- On fait le palfage du folfé de chaque côté des faces de la demi-lune, comme on le voit en mym, Figure 1, Planche 11.
- Si le folfé eft plein d’eau dormante ,
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- 160 Traité de l’Attaque
- & que la fupérficie en foit élevée à 3 , 4 ou $ pieds du bord fuperieur de la cori-trefcarpe , la defcente en fera plus facile , parce que comme il n’y aura que peu de pente à donner à la rampe , on pourra la commencer bien plus près du bord du folié, comme au logement du haut du glacis , & la diriger de maniéré quelle fe termine au bord de l’eau* On l’épaulera toujours du coté qui eft vu de la Place, & on la blindera exactement de part & d’autre , par de fortes blindes , plantées à f ou 6 pieds l’une de l’autre. On en pofera aulli fur le defliis de la defcente , que l’on couvrira de faf-cines , comme on l’a déjà dit précédemment, & les fafcines feront couvertes de terre , afin d’empêcher que l’Ennemi ne les brûle avec des artifices.
- Pour palier ce folié, il faut faire un pont avec des fafcines. Pour cela, après avoir rompu la contrefcarpe , on fait ranger dans toute l’étendue de la defcen-te, un nombre d’hommes fuffifant pour en occuper la longueur, étant placés à
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- des Places; itfi deux pieds de diftance ies uns des autres* Ges hommes feront adoffés à fon parapet ; ils fe pafferont desfafcinésde main en main jufqu’à l’oiivertiirè du debou-thement, ou à la tête dû paffage. Lë Sappeurqui fera en cet endroit, (tous Ces fortes de travaux regardent lesSap-peurs $) les jettera dahs lé foffé pour s’èn faire un épaulement du côté de la Place qui a vue fur le paffage.
- Lorfqu ii en aura jetté un affez grand nombre pour fe mettre à couvert, ôc s’avancer quelques pas dans le foffé > il en jettera une grande quantité danS le paffage pour combler totalement le foflé en cet endroit. On les pofe de dif-feireris fehs, éc on eh fait differens lits que l’ojh recouvre de terre , pour faire enfoncer ies faicines plus aifément. Ôn pique auîïi toùis ces differens lits de faf-cines, par de iongs piquets, afin quils foient liés plus folidement enfemble, ÔC à mefurè que le paffage avance x on fait àufli avancer fépaulement 9 fans lequel le paffage ne poiirroit fe faire fans un très-grand péril* L
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- i62 Traité de l’Attaq^ê Lorfque le pàflagé fe trouve plongé du feu du parapet de là Place q üi eft yi s à-vis , ou de quelque autre endroit, on fait en forte de s’en parer en fe cou* virant par une montagne de fafcines, ou par quelque autre expedierit ; mais quel qu’il puiffe être , dans ce cas le paffage du foffé eft toujours fort difficile & fort périlleux.
- Après avoir dit un mot des paffages des foffés fecs & pleins d’eau dormante, il réfte à parler de ceux qui font remplis par un courant, & de ceux qui font fecs , mais qu’on peut remplir d’eau quand on le veut. Ces fortes de foffés font fort difficiles à paffer, à moins que l’on ne puiffe détourner le courant, en lui donnant ùn cours dans la campagne , different de celui qui le fait paffer dans les foffés de la Ville, ou qu’on né puiffe parvenir à rompre les éclüfës qui retiennent les eaux que ..l’ennemi corn ferve pour irtnonder le foffé.
- Il y auroit bien des chofes à dire pour entrer dans tout le détail du travail qu’il
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- frËS PL ACÈSi 16$
- Faut faire pour lé paflagede ces fortes de foliés ; nous n’en donnerons ici qu’une idée.
- Suppofarit que les foliés foient remplis d’eau par un courant, ou Une rivière à laquelle on ne puifle pas donner tin autre cours, ce qui s’appelle faigner le folié > il faudra jetter à l’ordinaire dans le folié une grande quantité de faf-cines chargées de terre & de pierres, bien liées enfemble par de forts & longs piquets, & avancer ainlile palfage juf-qu’à ce qu’on ait rétréci le folié à une largeur de 20 à 30 pieds fur laquelle on puilfe mettre de petites poutres qui joignent le pont de fafcines aux décombres de la Brèche. On peut encore fe faciliter le comblement du folié, ôt par confequent fon pallage, en faifant paller le mineur dans ces décombres, éc Cn lui faifant faire une mine qui falfe fauter une partie du revêtement de la face attaquée, dans le folié.
- Si l’Ennemi a des retenues d’eau dont il puifle difpofer pour détruire tous les Lij
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- i<?4 Traité de l’attaque logemens du foffé, lorfqu’il ne pourra plus s’y deffendre, il faut pendant le Siège tâcher de ruiner les éclufes, c’eft-. à-dire^ les folides de maçonnerie, ou les travaux de charpente , qui fervent de barrière à ces eaux. On peut les détruire en jettant une grande quantité de Bombes fur les endroits ou l’on fçait qu’elles font placées ; fi l'on peut parvenir à les rompre , on donnera un libre cours à l’eau , Ôc l’on travaillera après fon écoulement au paffage du foffé , comme fl l’eau étoit dormante ; s’il n’y a plus qu’un très-petit courant, onlaif-feraun paffage pour fon écoulement, comme on vient de le dire précédemment.
- Tout ce travail eft fort long, fort difficile & fort périlleux; il ne peut abfo-lument fe faire qu autant qu’il eft protégé d’un grand feu, non feulement de toutes les batteries du chemin couvert, & de celles des ricochets, niais encore de celui des logemens du glacis , ôc de ceux du chemin couvert.
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- des Places; 16f
- Tout ce que nous venons de dire pour le paflage du folle eft général, tant pour les foflés des dehors que pour ceux du . corps de la Place.
- Nous avons fuppofé quils étoient revêtus, mais s’ils ne l’étoient point, la defcente enferoit plus facile. On pourvoit la faire dans fon talud, &. le palfer enfuite comme nous avons dit.
- Dans tout ce détail nous n’avons point parlé des Cunettes , efpece de petit folié de 5 ou 4 toifes de large ôc dans lequel il y a toujours de l’eau , qu’on pratique quelques fois dans le milieu du grand ; la caufe de notre lilence a fon fujet, c’eft qu’il ne peut gueres augmenter la difficulté du paflage du foflé dans lequel il fe trouve cônftruit. Dès qu’on eft.paryenu au bord de la Çunette, on y jette des fafcines pour la combler y comme dans le folfé plein d’eau. Son peu de largeur donne aflez de facilité pour la combler. Elle n augmente la difficulté du paflage du foflé que lorfqu’il fe trouve dans le folfé des caponieres qui
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- i$6; Traité de l’Attaque la commandent & renfilent. Alors pou* faire le paffage de la Cunette, il faut néceffairement çhafTer l’Ennemi de ces caponieres , ôc ç’eft ce quon peut faire avec les Bombes ôc les Pierriers, Ôc en faifant un feu continuel deffus, du logement dit chemin couvert.
- . Les Planches 12 ôc 13. ferviront à éclaircir ôc à rendre fenfible tout ce que nous avons dit dans cet article 3 fur la defcente Ôc le paffage du foffé.
- La Figure 1 de la Planche 12 fait voir le plan de la defcente fouterraine , Ôc celui de fon débouchement dans le foffé fçc. La Figure 2 reprefente le profil de cette defcente , dont le débouchement fe fait au fond du foffé, La Figure 3 eft une vue perfpe&ive de l’ouverture de cette defcente , vue du bas du glacis ; ôc la Figure 4 fait voir enperfpe&ivejle débouchement de la même defcente x vu du haut de la Brèche,
- La Figure 1 de la Planche 13, eft le plan d’une defcente de foffé plein d’eau, à ciel ouvert, ç’eft-à-dire, dont la Gai-
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- des Placer " 167 Ierie, eft une Sappe découverte. A en éft l’ouverture. On voit en B, vers fon débouchement, les blindes quon pofe iur fa partie fuperieiire pour foutenir les fafcines dont elle eft couverte. On place d’abord fur ces blindes un lit de fafcines arrangées félon la longueur de la Gal-lerie : fur ce premier lit on en met un fécond dans lequel les fafcines font arrangées félon la largeur de la Gallerie, ainfi qu’on le voit en B & en C. D eft l’épaulement de fafcines qui couvre le paflage du feu de la Place dont il eft flanqué. E } eft une partie du pont de fafcines , & F, eft une élévation aufli de fa£ pines deftinée à couvrir la tête du travail, & à le garentir du feu dired de la Place.
- La Figure 2 de la Planche 13 , repréfente le profil de cette defcente de foffé.
- La Figure 3 , fon ouverture vue de la campagne, en perfpedive, Ôc la Figure 4; fon débouchement dans le foffé, auf-fi en perfpedive* tel qu’il eft vû du haut de h Brèche.
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- \6i Traité.de l’Attaque
- XVIII.
- De la frijh de la Demi-lune.
- LE paflage du foffé delà.demi-lune étant fait de part & d’autrç, & la Brèche ayant une étendue de 14 ou 1 j toifes, on fe prépare à y monter a Fat faut, Four cela on fait un très-grand amas de matériaux dans tous les logèmens des environs. On fait en fprte de rendre la Brèche praticable, en adouciflant forç talud. On y tire du Canon pour faire tomber les parties de revêtement qui s y foutiennent encore. Qn peut aufli s y fervir utilement de Bombes tirées dè but en blanc; elles s enterrent aifément dans les terres de la Breche déjà labourées ébranlées par le Canon, & ei^ grevant dans cps'terres, elles y font pour ainfi-dire l’effet de petits fourneaux ou fougaffes. Les Obus peuvent auflj fervir utilement dans ces fortes de cas. Four donner encore plus de facilité
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- des Places; 169 $. monter fur la Brèche ôc la rendre plus praticable , on y fait aller quelques Mineurs , ou un Sergent ôc quelques Grenadiers, qui avec des crocs applanif-fent la Brèche. Le feu des logemens ôc des Batteries, empechent l’Ennemi de fe montrer fur fes deffenfes pour tirer fur les travailleurs ; ou du moins fi l’Ennemi tire, il ne peut le faire qu’avec beaucoup de circonfpeâion, ce qui rend fon feu bien moins dangereux.
- Si l’Ennemi a pratiqué des Galleries le long de la face de la demi-lune, Ôc vis-à-vis les Brèches, les Mineurs peuvent aller à leur découverte pour les boucher, ou couper, ou en chafler l’Ennemi; s’ils ne les trouvent point, ils peuvent faire fauter differens petits fourneaux , qui étant répétés plufieurs fois, ne manqueront pas de caufer du défor-dre dans les Gaileries de l’Ennemi ôc dans fes fourneaux. Tout étant prêt pour travailler au logement de la demi-lune, c’eft-à-dire, pour s’établir fur la Brèche ; les matériaux à portée d’y être
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- i7o Traité de l’Attaque tranfportés aifément & promptement; les Batteries & les logemens du chemin couvert en état de faire grand feu; on convient d'un lignai avec les Comman-dans des Batteries, & ceux des loge? mens, pour les avertir de faire feu , & pour les avertir de le faire cefler quand il en eft befoin. C’efl: ordinairement un drapeau quon éleve dans le premier cas, & quon abaiffe dans le fécond. Tout çela arrangé, & la Brèche rendue praticable , comme nous l’avons dit, on fait avancer deux ou trois Sappeurs vers le commencement de la rupture d’une des faces du côté de la gorge de la demi-lune & vers le haut de la Brèche. Il fe trouve ordinairement des efpeces de petits couverts, ou enfoncemens dans çes endroits, ou les Sappeurs commen? cent à travailler, à fe loger, & à préparer un logement pour quelques autres Sappeurs. Lorfqu il y a de la place pour les recevoir, on les y fait monter, & ils étendent infenfiblementle logement fur tout le haut de la Brèche , ou ils font
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- des Places,’ 171 vers la pointe un logement qu’on appelle allez ordinairement un nid de Pie. Pendant qu’ils travaillent, le feu de la Batterie & des logemens demeure tranquille ; mais quand l’Ennemi vient fur ces «Sappeurs pour détruire leur logemens , ilsfe retirent avec promptitude ; & alors le drapeau étant élevé , on fait feu fur l’Ennemi avec la plus grande vivacité, pour lui faire abandonner le haut de la Brèche. Lorfqu’il en eft çhalfé, onbaif-fe le drapeau, le feu cefle , & les Sappeurs vont rétablir tout le défordrequi a été fait dans leur logement, &: travailler à le rendre plus folide & plus étendu; Si l’Ennemi revient pour les chaffer, ils fe retirent, & l’on fait jouer les Batteries, & le feu des logemens qui l’oblige de quitter la Brèche ; après quoi on le fait ceffer, & les Sappeurs retournent à leur travail. *
- On continuels même manoeuvre juf-qu’à ce que le logement foit en état de deffenfe, c’eft-à-dire, de contenir des troupes en état d’en impofer à l’Enne-
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- ij2 Traité de l’Attaque mi, ôt de refifter aux attaquesquil peut faire au logement. L'Ennemi avant que de quitter totalement la demi-lune, fait fauter les fourneaux qu’il y a préparé. Après qu’ils ont fait leur effet, on fe loge dans leur excavation, ou du moins on y pratique de petits couverts pour y tenir quelques Sappeurs > & l’on fe fert de ces couverts pour avancer les loge-mens de l'interieur de l’ouvrage.
- Le logement de la pointe fe fait en efpece de petit arc , dont la concavité çft tournée du côté delà Place. De char cune de fes extrémités part un logement qui régné le long des faces de la demi-lune fur le terre-plein de fon rempart, au pied de fon parapet. Ce logement eff très-enfoncé dans les terres du rempart, afin que les Soldats y foient plus à couvert du feu de la Place ; on y faitauffi, pour le garentir de l’enfilade, des travers fes , comme dans le logement du haut du glacis. On fait encore dans l’intér rieur de la demi-lune, des logemens qui en traverfent toute la largeur > comme
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- t) ES PLACESi 17^
- fen le voit dans la demi-lune C, Planche n Figure 1. Ils fervent à découvrir la communication de la ténaille à la Place , & par conféquent, à la rendre plus difficile ôc à contenir des Troupes en nom* bre fuffifant pour réfifter à l’Ennemi > s’il avoit le deflein de revenir dans la demi-lune, Ôc de la reprendre*
- Si la demi-lune n’étoit point revêtue , ôc qu’elle fut Amplement fraifée ôc pa-lilfadée, on en feroit l’attaque de la même maniéré que fi elle l’étoit, c’eft-à-dire, qu’on difpoferoit les batteries comme on vient de l’enfeigner ; ôc pour ce qui concerne la brèche, il ne s’agiroit que de ruiner la fraife, les paliflades ôc lahaye vive de la berme, ( s’il y en a une vis-à-vis l’endroit par lequel on veut entrer dans la demi-lune ) ôc s’y introduire enfiiite, ôc faire les logemens tout comme dans les demi-lunes revêtues.
- Tout ce que l’on vient de marquer pour la prife de la demi-lune, ne fe fait que lorfqu’on veut s’en emparer par la Sappe* ôc avec la pelle Ôc la pioche ;
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- Î74 Traité de i/AtTaque ftiais on s’y prend quelquefois d’üné nia1» iiiere plus vive ôc plus prompte ; & pouf cela dès que la brèche eft préparée & qu’on la mife en état de pouvoir la franchir pour entrer dans la demi-lune ; on y monte à l’affaut brufquement, à peu près comme dans les attaqiies de vive force du chemin couvert, 6c l’on tâche de joindre l’Ennemi , Ôc de le chaffer entièrement de l’Ouvrage.Cette attaque eft affez perilleufe , 6c elle peut coûter bien du inonde lotfque l’on a affaire à une Garnifon valeureufe, 6c qui né cède pas aifémènt fon terrein. Mais il y a fou-vent des cas où. l’on croit devoir prendre ce parti pour accélérer de quelques jours la prife de la demi-lune. Sitôt que l’on eft maître du haut de la brèche , on y fait un lôgemenr fort à la hâte > avec des gabions Ôc des fafcines ; Ôc pendant qu’on le fait, ôc même pendant que l’on chargé l’Ennemi, ôc quon l’oblige d’abandonner le haut de la brèche, on détache quelques Soldats pour tâcher de découvrir les Mines que l’Ennemi doit
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- î3és Places, 17y avoir fait dans l’intérieur du rempart dé la demi-lune, & en arracher ou couper le fauciflon. Si l’on ne peut pas réufïïr aies trouver, il ne faut s’avancer qu avec circonfpe&ion, & ne pas fe tenir tous enfemble pour que la Mine fafle un effet moins confidérable. Souvent l’Ennemi laifle travailler au logement faiis trop s’y oppofer, parce qu’il ne fe fait qu’avec une très-grande perte de monde* les travailleurs & les Troupes étant pendant le tems de fa confiru&ion, abfolu-ment en butte à tout le feu de la Place , qui eft bien fervi , & que la proximité rend très-dangereux ; mais lorfque le logement commence à prendre formé, l’Ennemi fait fauter fes Mines & il revient enfuite dans la demi-lune pour ef-fayér de la reprendre à la faveur du dé-fordré que les Mines ne peuvent manquer d’avoir caufé parmi les Troupes, qui y étoiènt établies. Alors il faut revenir fur lui avèc vigueur avec dés Troupes qui doivent être à portée de donner du feeours à celles de la demi-lune , &
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- ïj6 Traité de i/Attaqüé s’établir dans les excavations des Mines f ét enfin rendre le logement affez folidë j & le garnir d’un affez grand nombre dë Soldats , pour être en état de réfifter a tous les nouveaux efforts dé l’Ennemi* Cet ouvrage ne peut gueres être ainfi difputéquelorfque la demi-lune aunfté-duit, parce que le Réduit donne une rétraite aux Soldats de la Place qui défendent la demi-iune, & qu’il ttiet à portée de tomber aifément dans la demi-luné ; car s’il n’y en a point ôc que l’Ennemi foit chaffé de la demi-lune, il ne peut plus gueres tenter d’y revenir, fur-tout fi la 'communication de la Place avec la demi-lune, eft vue des batteries & des lo-gëmens du chemin couvert ; car fi le fof-fé eft plein d’eau,- cette communication ne pourra fe faire qu’avec des bateaux § qu’on peut voir aifément des iogemèns du chemin couvert , & qu’on peut ren-Verfer avec le Canon des batteries, & fi le foffé eft fec, & qu’il y ait une capon-niere, la communication,- quoique plus fure, n’eft pourtant pas fans danger, à
- c aùfe
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- bEîPlaces. $77
- Caiife dû feu quon peut y plonger des logemens du chemin couvert , enforte qui! eft affez difficile que l’Ennemi y puiffe faire pâffer affez brufquement un corps de Troupes fuffifant pour rentrer dans la demi-lune, & s’en emparer ; il lui manque d’ailleurs de la place pour s’affembler ôt tomber tout d’un coup sivec un gros corps, fur les logemens de la demi-lune.
- Il y auroit feulement un cas où il pour-toit le faire, fçavoir lorfque l’on a pratiqué dans l’angle de la gorge de la demi-lune , un efpacè à peu près de la grandeur des Places d’Armes du chemin couvert. Cet efpace ne peut être vû du chemin couvertni de fes logemens , & il y a ordinairement des dégrés pour monter du fond du foffé. dans la demi-lune , l’Ennemi pourroit en profiter pour effay er d’y venir ; mais fi l’on fe tient bien fur fes gardes, & qu’on ne fe laiffe point furprendre, il fera toujours aifé de le repouffer même avec perte de fa part, parce qu’alors on a contre lui l’avantage d$
- M.
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- 178 Traité de lsÀTTàquê lafituation, &qu’il eft obligé d’attaquer à découvert , pendant que Ton fe deffend favorifé du logement.
- Le tems le plus favorable pour l’attaque de la demi-lune de vive force , eft la nuit ; le feu de l’Ennemi en eft bien moins ffir qu’il ne lè feroit le jour.
- XIX.
- J)e la priji du Réduit.
- LOrsque tous les logemens de la demi-lune feront bien établis ^l’Ennemi ne pourra plus guere demeurer dans le réduit, d’autant plus que fa communication à la Place, ne peut manquer d’être fort difficile , & elle le fera encore plus, fi le foffé eft plein d’eau, & que le Pont de communication avec la Place ait été rompu par le Canon des batteries du haut du glacis ; en ce cas , les Soldats placés dans le réduit , ne peuvent éviter de fe rendre prifonniers de
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- dés Placé % y$
- Guerre , ainfi que fe rendirent ceux qui Soient dans le réduit de la demi-lune du front de l’attaque d’Ath ,em 697.
- Pour éviter cet inconvénient, l’Ennemi prend ordinairement le parti d’abandonner le réduit > qui ne lui fert-qu’à difc puter plus long-tems l’établiflemênt des logemens de la demi-lune, & à donner une retraite aux Soldats qui la deffendent lorfqü’ils fé trouvent hors d’état de réfift-ter aux attaques que l’aflaillant fait à cet ouvrage.
- Les réduits rie forit ordinairement formées que par une fimple muraille percée de crénaux ; mais lorfqü’ils fe trouvent avoir un rempart & un parapet comme les demi-lunes, il faut après être maître de la demi-lune, faire à peu près pour prendre le réduit, les mêmes formalités que l’on a faites pouf la demi-lune même ; on péut y faire bré.çhe eft plaçant une batterie fur le haut du glacis de l’angle faillant du chemin couvert, op-pofé à la demi-lune, dans laquelle eft le réduit. On, y fera les defcentes du folfé
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- i$g Traité de i/Attaquê' comme dans la demi-lunç , fon palFagS aufli de même, & enfin on s’y établira foit avec les Sappeurs, qui y feront un logement fous la prote&ion du feu de toutes les batteries du chemin couvert & de fes logemens « foit par une attaque de vive force, comme on l’a dit pour la demi-lune.
- Si l’Ennemi a pratiqué des Places d’Armes au fond du folié fec de la demi-lune C , qui, comme on le fçait ,.ne confiftent que dans une élévation de terre qui traverfe la largeur du folié vers l’extrémité des faces de la demi-lune à la partie oppofée à fon angle flanqué, & que par cette raifon on appelle quelquefois Amplement traverfes , on doit faire enforte de l’obliger de les abandonner, foit par le feu du logement du haut des glacis, foit en les enfilant & en les plongeant de quelques logemens pratiqués dans les Places d’Armes du chemin cou-
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- des Placés.
- ï8i
- XX.
- De la prije des Bafliom du front de Pattaque.
- PEndant qu’on travaille à fe rendre maître de la demi-lune, & à en éhafîer l’Ennemi , on travaille aufli dans le même tems aux defcentes du foffé, qu’on fait à peu près vers le tiers des faces, à compter de l’angle flanqué du baftion. On fait une defcente, fi l’on veut, à chaque face des deux battions du front de l’attaque , comme on le voit en n, », Planche 11, Figure première y ou bien, & e’eft l’ufage le plus commun , on en fait feulement, vis-à-vis les faces du front de l’attaque; On y procédé comme dans la defcente du foffé de la demi-lune, Ôc l’on procédé aufli en-fuite de la même maniéré au pafîage du foflè, foit qu’il foit fec , foit qu’il foit plein d’eau, c’e.ft-à-dire, que s’il ettfeç^
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- i8a Traité de l’àttaqü-e on conduit une Sappe dans le foflc, de* puis l’ouverture de la defcente jufqu’au pied de la brèche, & qu’on l’épaule for-* tement du côté du flanc auquel elle eft ôppoféê. Si le fôfîe eft plein d’eau, on le pafle fur un pont de fafcines que l’on conftruit aulli comme pour le paflage dufoffé de la demi-lune.
- Les Batteries établies fur le haut du glacis pour battre en Brèche les far ces des baftions> tirent fur la partie des faces où doit être la Brèche, & elles tirent toutes enfenible 6c en Sappe a comme on l’a dit dans l’article de l’attar que de la demi-lune, & lorfqu’elles ont fait une brèche ftiffifante pour qu’on puiffe monteir à l’afîaut fur un grand front > on conferve une partie des pièces pour battre le haut de la Brèche, & on en recule quelques-unes fur le derrière de la platte-forme y qu’on diipofe de maniéré qu’elles puifTent battre l’Enne-ini, lors qu’il fe préfente vers lç haut de là Brèche. Tout cela fe fait pendant le Mv&i des & de foi*
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- 6es Places. 185 paffage. On fe fert auffi des Mines pour augmenter la Brèche, même quelquefois pour la faire, ôc pour cet effet on y attache le Mineur.
- Pour attacher le Mineur lorfque le foffé eft fec , il faut qu’il y ait un logement d’établi proche l’ouverture de la defcente , pour le foutenir en cas que l’Afliégé faffe quelque fortie fur le Mineur. On lui fait une entrée dans le revêr tement avec le Canon,le plus près que l’on peut du fond du foffé, afin d’avoir le deffous du terrein que l’Ennemi ocr jcupe, ôc des Galleries qu’il peut avoir pratiquées dans l’interieur des terres du Baftion. On peut avec le Canon faire un enfoncement de y ou 6 pieds, pour que le Mineur y foit bientôt à couvert. Il s’occupe d’abord à tirer les décombres du trou, pour pouvoir y placer un ou deux de fes camarades, qui doivent lui aider à déblayer les terres de la galterie, Lorfque le foffé eft fec, ôc que le ter-rein le permet, le Mineur le paffe quelquefois par une gallerie fouterreine qui
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- î$4 Traité de l’Attaque. le conduit au pied du revêtement. L©r£ que le foffé ell plein d’eau, on n’attend pas toujours que le paflage du foffé foit entièrement achevé pour attacher le Mineur à la face du Baftion. On lui fait un enfoncement avec le Canon, ainfi qu’on vient de le dire, mais un peu au defïus de la fuperficie de l’eau du folTé, afin qu’il n’en foit pas incommodé dans fa gallerie, & on le fait paffer, dans un petit batteau, dans cet enfoncement. L’Ennemi ne néglige rien pour l’étouffer dans fa gallerie. Lorfque le foffé eftfec, il jette une quantité de di£ ferentes compofitions d’artifices vis-à-vis l’œil de la Mine ; cet artifice eft ordinairement accompagné d’une grêle de pierres, de Bombes, de Grenades, Ôte. qui empêche qu’on aille au fecours du Mineur. M. de Vauban dans fon Traité de la Conduite des Sièges, propofe de fe fer-vir de pompes pour éteindre tout ce feu. On en a aujourd’hui de plus parfaites, ôt de bien plus aiféesà fervir, que dé Ton tçtris pour jetter delVau dans l’tfr
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- des Places. 18?
- droit que l’on veut ; mais il ne paroît pas que Ton puiffe toujours avoir allez d’eau dans les folTés fecs pour faire joüer des pompes , & que d’ailleurs il foit ai-fé de s’en fervir fans trop fe découvrir à l’Ennemi. Quoiqu’il en foit , lorfque le Canon a fait au Mineur tout l’enfoncement dont il eft capable, il n’a gueres à redouter les feux qu’on'peut jetterà l’entrée defon ouverture , ôc il peut s’avancer dans les terres du Rempart, & travailler diligemment à fa gallerie. Outre le bon office que lui rend le Canon pour lui donner d’abord une efpece de couvert dans les erres du Rempart, il peut encore, fi l’Ennemi y a confinât des galleries proche le revêtement, les ébranler, ôe même les crever, ce qui produit encore plus de fureté au Mineur pour avancer fon travail. Les Mineurs fe relayent de deux heures en deux heures, Ôc ils travaillent avec la plus grande diligence pour parvenir à mettre la Mine dans l’état de perfection quelle «foit avo|r, ç eft-à-dire, pour la charger
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- i8-6 Traité de l’Attaque êc la fermer. Pendant ce travail ils éprouvent fouvent bien des chicanes de la part de l’Ennemi.
- Le Mineur ayant percé le revêtement, il fait derrière de part & d’autre deux petites Galleries de 12 à 14 pieds, au bout desquelles il pratique de part & d’autre deux fourneaux > fçavoir l’un dans l’é-paiffeur du revêtement, & l’autre enfoncé de ij pieds dans les terres du Rempart. On donne un foyer commun à ces 4 fourneaux , lefquels prenant feu enfemble, font une Brèche très-large & trés-fpacieufe.
- Lorfqu’il y a des contremines de pratiquées dans les terres du Rempart, & lé long de fon revêtement ; on fait enfor-te de s’en emparer & d’en chaffer les Mineurs. Mr Goulon propofe pour cela de faire fauter deux fougaces dans les environs, pour tâcher de la crever ; après quoi fi l’on y elt parvenu, il veut qu’on y entre avec dix ou douze Grenadiers , & autant de Soldats commandés par deux Sergens; qu’une partie de
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- des Places, 187 ces Grenadiers ayent chacun 4 Grenades , & que les autres foyent chargés de 4 ou $ Bombes, dont il n’y en ait que ? de chargées, les deux autres ayant néanmoins la fufée chargée comme les 3 premières. Les deuxSergens fe doivent jetter les premiers l’épée ou le piftolet à la main dans la contremihe, & être fui-vis des Grenadiers. Si les affîegés n y paroiflbient pas pour deffendre leur contre mine , on y fait promptement un logement avec des facs à terre. Ce logement ne confifte qu’en une bonne tra-verfe qui bouche entièrement la Galie-rie de la contremine , du côté que l’Ennemi y peut venir. Si. l'Ennemi vient pour s’oppofer à ce travail, les Grenadiers doivent leur jetter leurs trois Bombes chargées, & fe retirer promptement, de même que leurs camarades , +pour n’être point incommodés de l’effet de ces Bombes ; la fumée quelles .font en crevant , & leurs, éclats ne peuvent manquer d’obliger l’Ennemi d’abandonner la Galerie pour quelque teins j mais dès
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- i88 Traité de l’Attaque qu’elles on fait tout leur effet, les deux Sergens 8t les Grenadiers avec les Soldats i dont ils font accompagnés, rentrent promptement dans la Gallerie, 8c ils travaillent avec diligence à leur tra-verfe, pour boucher la Gallerie. Si l’Ennemi veut encore interrompre leur ouvrage , ils leur jettent les deux Bombes non chargées, qui l’obligent de fe retirer bien promptement, 8c comme l’effet n’en eft point à craindre, ce,que l’Ennemi ignore, on continue de travailler à perfectionner la traverfe ; On y pratique même des ouvertures ou créneaux pour tirer fur. l’Ennemi, en cas. qu’il reparoiffè dans la partie de la Gallerie oppofée à la traferfe.
- Lorfqu’il n’y a point de Gallerie ou de contremine derrière les revêtemens du Rempart, ou lorfqu’il y en a une , 8c qu’on ne peut y parvenir aifément, le Mineur ne doit rien négliger pour tâcher de la découvrir, ôc il doit en même temps veiller avec beaucoup d’attention, pour nefepçint lajffer furpren-
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- t>es Places; x8p
- <îre parles Mineurs Ennemis, qui vien* nent au-devant de lui pour l'étouffer* dans fa Gallerie , la boucher, & détruire entièrement fon travail. Il faut beaucoup d’intelligence , d’adreffe & de fubtilité dans les Mineurs, pour fe parer des pièges qu’ils fe tendent réciproquement. » Le Mineur, dit M. de Vaub'an, « dans fes Mémoires, doit écouter fou- » vent s^il n entend point travailler fous « lui. Il doit fonder du côté qu’il entend « du bruit, fouvent on en fait d’un côté « pendant qu’on travaille de l’autre. » Si le Mineur Ennemi s’approche de trop près, on le prévient par une fougaffe qui l’étouffe dans fa Gallerie, pour cet effet on pratique un trou dans les terres de la Gallerie du côté que l’on entend l’Ennemi, de $ à 6 pouces de diamètre, ôc de 6 à 7 pouces de profondeur ; on y introduit une gargouche de même diamètre qui contient environ i o à 12 livres de poudre ; on bouche exa&ement le trou ou fon ouverture vers la Gallerie, par un fort tampon que l’on applique immé-
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- ipo Traité dé L’ÀjtÂQüfe diatement à la gargouche, & que Forl foutient par des éterfillons, ou des piétés de bois pofées horifontalement en travers de la Gallerie, que Ton ferre contre les deux côtés de la Gallerie , en fai-fant entrer des coins à force entre l’ex-tremité de ces pièces, & les côtés de la Gallerie : on met le feu à cette fou-gaffe par une fufée , qui paffe par un trou fait dans le tampon, ôt qui communique avec la poudre de la gargouche. Si la Gallerie du Mineur ennemi n’eft qu’à 4 ou 5 pieds de la tête de cette fougaffe, elle en fera indubitablement enfoncée , & le Mineur qui fe trouvera dedans écrafé ou étouffé par la fumée a On peut aufli chaffer le Mineur ennemi & rompre fa Gallerie, en faifant comme nous l’avons déjà dit, fauter fuc-ceffivement plufîeurs petits fourneaux qui ne peuvent manquer d’ébranler les terres, de les meurtrir, c’eft-à-dire , de les crévaffer, & de les remplir d’une odeur fi puante, que perfonne ne puiffe la fupporter: ce qui met le Mineur Èn-
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- des Places; tÿï ftemt abfolument hors d’état de travailler dans ces terres. On en eft moins incommodé du côté de rAfliégeant, parce que les Galleries étant beaucoup plus petites, ôt moins enfoncées que Celles des Afliégés, l’air y circule plus aifement, & il difïipe plus promptement la rhauvaife odeur.
- On peut aufli crever la Gallerie de l’Ennemi, lorfque l’on n’en eft pas fort éloigné , avecplufïeurs Bombes que l’on introduit dans les terres du côté du Mineur ennemi, & que l’on arrange de maniéré quelles faffent leur effet vers fon côté. Les Mineurs en travaillant de part & d’autre pour aller à la découverte, ôc fe prévenir réciproquement , ont de grandes fondes avec lefquelles ils fondent l’épaiffeur des terres, pour juger de la diftance à laquelle ils peuvent fe trouver les uns des autres. Il faut être alerte là-deffus, & lorfque le bout de la fonde paroît, fe difpofer à remplir le trou quelle aura faite , aufli-tôtqu’elle fera, retirée, par le bout d’un piftolet, qui
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- Traité de l’âttaqüë
- étant introduit bien direêtement dans e& trou, & tiré par un homme alluré, dit Mi de Vauban, ne peut gueres manquer de tuer le Mineur ennemi. On doit faire fuivre le premier coup de piftolet de trois ou quatre autres, & enfuite nettoyer le trou avec la fonde, pour empêcher que le Mineur ennertii ne le bouche de fon côté. Il eft important de l’en empêcher, pour qu’il ne puifle pas continuer fon travail dans cet endroit, & qu’il foit totalement obligé de l’abandonner. Toutes ces chicanes & plu-fieurs autres qu’on peut voir dans les Mémoires de M. de Vauban, font connoître que l’emploi de Mineur ^ demande non feulement de l’adrejOTe & de l’intelligence , mais auiïi beaucoup de courage pour parer & remedier à tous les obftacles qu’il rencontre dans la conduite des travaux dont il eft chargé ; il s’en pare allez aifément quand il eft le maître du deffous , mais quand il ne l’eft point, fa condition eft des plus facheufes. Pour S’affurer, fi l’on travaille fous la Gallerie,
- lç
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- des Places. tpj le Mineur fe fert ordinairement d'un tambour, fur lequel on met quelque chofe, l'ébranlement ce la terre y caufe iiii certain trémoufiement qui avertit du travail qu’on fait deflcus. Il prête auffi l’oreille attentivement fur la terre, mais le trémoüffement du tambour eft plus fur. C’eft un des avantages des plus confide-rables des Alîiégés de pouvoir être maître dudeffoiis de Ieiirterrein. Ils peuvent arrêter par là les Mineurs des Alîiégeans à chaque pas, & leur faire payer chèrement le terrein qu’ils fe trouvent à la fin obligés de leur abandonner; je dis de leur abandonner, parce que les Affié-geans qui ont beaucoup plus de monde que les Affiégés, beaucoup plus de poii-dre, ôt qui font en état de pouvoir réparer les perteè quils font, foit en hommes & en munitions, doivent à la fin forcer les Affiégés, qui n’ont pas les mêmes avantages, de fe rendre, faute de pouvoir, pour ainfi-dire, fe rénouvel* jier de la même maniéré.
- Pendant que le Mineur travaille à II N
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- ip4 Traité de l’Attaque conltru&ion de fa Gallerie , on agît pour ruiner entièrement toutes les def-fenfes de l’Ennemi , & pour le mettre hors d’état de deffendre fa Brèche & de la reparer. Pour cela on fait un feu continuel fur les Brèches , qui empêche l’Ennemi de s’y montrer, & de pouvoir s’avancer pour regarder les travaux qui peuvent fe faire dans le folié ou au pied des Brèches. S’il y a une tenaille , oh place des batteries dans les Places d’Armes rentrantes du chemin couvert de la demi-lune qui couvre la courtine du front attaqué $ qui puillentplonger dans la tenaille, ôt empêcher que l’Ennemi ne s’en ferve pour incommoder le palfa-ge du folié. On peut aulfi, pour lui impo-fer, établir une batterie de Pierriers dans le logement le plus avancé de la gorgé de la demi-lune ; cette batterie étant bien fervie, rend le féjour delà tenaillé trop dangereux & trop incommode pour que l’Ennemi y relie tranquillement, & qu’il y donne toute l’attention nécellai-' ie poür incommoder lé paflage dufofîk
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- des Places. ipj . Quelquefois l’Ennemi pratique des em~ brafures biaifes dans la Courtine, d’où, il peut auffi tirer du Canon fur les loge-mens du chemin couvert qui incommodent , & ces logemens, & le commencement de la defcénte du foiïë. Les Àfïiégés au dernier Siège dé Philifbourg en avoient pratiqué de femblables dans les deux Courtines de l’attaque, qui au-roient fait perdre bien du monde s’il avoit fallu établir des batteries fur leur Con-trefcarpe,& faire le paffage dufpffé de la Place. Lé moyen d’empêcher l’effet de ces batteries, eft de tâcher de les ruiner avec les Bombes , &de faire enfor-te, lorfque le terrein le permet,: d’enfin 1er la Courtine par le Ricochet., On peut àufli placer une batterie de quatre ou Cinq pièces de Canons fur le haut de l’Angle flanqué de la demi-lune : dans cette pofition elle peut tirer direêtement fur la. Courtine ôc plonger vers la tenaille, ôc la poterne de communication, par oùl’Ennemi communique dans, le foffé lorfqu il eft fec. Enfin onfe-ferç-
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- i96 Traité de l’Attà^üë de tous les expediens, & de tous les moyens que l'intelligence, l’experien-ce & le genie peuvent donner pour fe rendre fuperieur à tout le feu de l’Enne-mi} pour le faire taire y ou du moins pour que l'Ennemi ne puifle fe montrer à aucune de fes deffenfes , fans y être expofé au feu des batteries ôt des loge-mens.
- Nous n’avons point parle jufques ici des flancs concaves & à orillons y on fçait que l’avantage de ces flancs eft principalement det conferver un Canon proche le revers de forilion, qui ne pouvant être vüe du chemin-couvert oppo-fé y ne peut être démonté par les batteries qui y font placées. Si on pouvoi tga-rentir ce Canon des Bombes, il eft certain qu’il produirait un très-grand avantage aux afliégés, mais il n’eftpas pofli-ble de le préfumer : ainft fon avantage devient aujourd’hui moins confiderable qu’il ne l’étoit lorfque M. de Vauban s’en eft fervi; alors on ne faifoit pas dans les Sièges une aufli grande confomma-
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- des Places. i97 tion de Bombes qu’on en fait à préfent. Le flanc concave à orillon ne change-roit rien aujourd’hui dans la difpofition de l’attaque, on auroit feulement attention de faire tomber plufieurs Bombes fur l’orillon, & fur la partie du flanc qui y joint immédiatement, & ces Bombes ruineroient indubitablement l’embrafu-re cachée & protégée de l’orillon. Un avantage dont il faut cependant convenir , qu’ont encore aujourd’hui les flancs concaves, c’eft de ne pouvoir pas être enfilés par le Ricochet. Les flancs droits le peuvent être des batteries placées dans les Places d’Armes rentrantes du chemin couvert, vis-à-vis les faces des Battions ; mais les flancs concaves par leur difpofition en font à l’abri.
- ' Suppofons préfentement que les paf-fages des foflfés foient dans l’état deper-feêtion néceflaire pour qu’on puifle paf-fer deflus; que le Canon ou les Mines ayent donné aux Brèches toute la largeur qu elles doivent avoir, pour qu’on puifle y déboucher fur un grand front ; qùele§
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- îp8 Traité dp l’Attaque rampes foient adoucies, & qu’on piaffe y monter facilement pour parvenir ait haut de la Brèche. On peut s’y établir en fuivant l’un des deux moyens dont on à parlé dans l’article de la demi-lune.
- Sçavoir en y faifant monter quelques Sappeurs, qui à la faveur du feu des batteries Ôc des logemens du chemin couvert, commencent l’établifTement du logement, ou en y montant en corps de Troupes pour s’y 'établir de vive force ; ou ce qui eft la même chofe, en donnant l’afîaut au Baftjon.
- Si l’Ennemi n’a point pratiqué de Retranchement dans rinterienr du Baftion, il ne prendra gueres le parti de foutenir un affaut, qui l’expoferoit à être emporté de vive force , à être pris prifon-nier de guerre, & qui expoferoit aulîi la Ville au pillage du Soldat. Tout étant prêt pour lui donner l’aiïaut, il battra la Chamade y c’eft-à-dire , qu'il demandera à fe rendre à de certaines conditions. Mais fi les Aiïiégeans préfument qu’ils fe rendront maîtres de la Place, par un
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- des Places; ipp
- ftlïaut fans une grande perte, ils ne voudront accorder que des conditions aflez dures. Plus les Affiégés font en état de fe deftendre, & plus ils obtiennent des conditions avamageufes , mais moins honorables pour eux. Le devoir des Officiers renfermes dans une Place, eft de la deffendre autant qu’ il eft poffible, Ôc de ne fonger à fe rendre quelorfqu’il eft absolument démontré qu’il y a impof-fibiliré de réiifter plus long-temps fans expo fer la Place & la Garnifon à la dif-crerion. de i’affiégeant. Une deffenfe vi-goureufefe fait refpeéter d’un Ennemi, genereux , & elle l'engage fouvent à accorder au Gouverneur les honneurs de la Guerre, dus à fa bravoure ôc à fon intelligence. Nous fuppofons ici que de bons retranchemens pratiqués longtemps avant le Siège., ou du moins dès fon commencement, dans le centre ou à la gorge des Baftions, mettent l’Affié-gé en état defoutenir un aflautau corps de fa Place , ôc qu’il fe réferve de capituler deririere fes retranchemens. Il faut
- ............... N i’iii
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- 200 Traité de i/Attaque dans ce cas fe réfoudre d’emporter la Brèche de vive force & d’y faire un logement fur le haut, après en avoir cha£ fé l’Ennemi.
- Lorfqu’on fe propofe de donner l’af-faut aux Battions , on fait pendant le tems qu’on conttruit & qu’on charge les Mines, un amas confidérable de matériaux dans les logemens les plus prochains des Brèches, pour qu’on puilTe demain en main les fairepalferpromptement pour la conftru&ion du logement^ aufli-tôt qu’on en aura chaffé l’Ennemi. Lorfque tout eft prép aré pour mettre le feu aux Mines , on commande tous les Grenadiers de l’Armée, pour monter à l’aflaut ; on les fait fou-tenir de détachemens ôt de Bataillons en afîez grand nombre pour que l’Enner mi ne puilfe pas réfitter à leur attaque. Çes troupes étant en état de donner, on fait joüer les Mines ; ôt lorfque la pouïïiere en eft un peu tombée, les Grenadiers commandés pour marcher, Ôc |>our monter les premiers , s’ébraq-
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- des Places, 201 lent pour gagner le pied de la Brèche , où étans parvenus, ils y montent la bayonnette au bout du fufil, fuivis de toutes les Troupes qui doivent les foute-nir ; FEnnemi qui peut avoir confervé des fourneaux, ne manquera pas de les faire fauter. Il fera aulïï tomber fur les aflaillans tous les feux d’artifice quil pourra imaginer, & il leur fera payer le plus cher qu’il pourra, le terrein qu’il leur abondonnera fur le haut de la Brèche. Mais enfin il faudra qu’il le leur abandonne ; la fuperiorité des Aflié-geans doit vaincre à la fin tous les ob-ftacles des Afliègés. S’ils font allez heureux pour réfifter à un premier alfaut, ils ne le feront pas pour réfifter à un fécond ou à un troifiéme ; ainfi il faudra qu’ils prennent le parti dé fe retirer dans leur retranchement. Aulïi-tôt qu’ils auront ètè repoulfès, & qu’ils auront abandonnés le haut de la Brèche, on fera travailler en diligence au logement. Il conliftera d’abord en une efpece d’arc de cercle, dont la convexité fera tour-
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- 203 Traité de l’Attaque ïiée vers l’Ennemi, s’il y a Brèche aux deux faces des deux Battions, autrement on s’établira Amplement au haut delà Brèche. On donne l’affaut a toutes les’ Brèches enfemble, par là on partage, la réfittance de l’Ennemi, ôc on la rend moins confiderable. Pendant toute la durée de cette a&ion, les batteries ôc les lôgemens font le plus grand feu fur toutes lesdeffenfes de l’Ennemi, ôc dans tous les lieux où il eft placé, ôc fur'lef-quels on peut tirer fans incommoder les Troupes qui donnent furies Brèches.
- Le Logement fur la Brèche étant bien établi, on pouffera des Sappes à droite ôc à gauche vers le centre du Baftion difpofées comme on le voit Planche 14, au Baftion A. On fera monter du Canon fur la Brèche, pour battre le retranchement intérieur, on paffera fonfoffé, ôc on s’établira auffi fur fa Brèche, en pratiquant tout ce qu’on vient de dire pour, les Battions.
- Si ce premier retranchement étoit fuivi d’un fécond, l’Ennemi après être
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- des Places. aoj forcé de l’abandonner , fe retireroit dans celui-ci pour capituler. On l’atta-queroit encore comme dans le premier, & enfin on le forceroit de fe rendre. Il eft affez rare de voir des defifenfes pouf-fées aufli loin que nous avons fuppofé celles-ci, mais il étoit néceffaire d’en ufer ainfi pour donner une idée de ce qu’il yauroità faire fi l’Ennemi vouloir pouffer la réfiftance jufqu’au dernier inoment.
- Dans l’attaque des retranchemens intérieurs , outre le Canon, il faut y employer les Bombes ôc les pierriers. Les Bombes y caufent de grands ravages* parce que les Afliéges font obligés de le tenir en gros corps dans ces retranchemens, qui font toujours affez petits , & par cette raifon les Pierriers y font d’une ufage excellent par la grêle de pierres qu’ils font tomber dans ces ouvrages, qui tuent & eftropient beaucoup de monde.
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- sl04 Traité de l’Attaque
- XXI.
- Courte Récapitulation de V Attaque-
- d’une Place,
- E détail qu’on vient de donner ren-;
- ' ferme ce qu’il y a de plus general & de plus effentiel à obferver dans l’attaque d’une Place, & l’on en peut tirer des réglés ôc des principes pour toutes les autres attaques, foit regulieres ou ir-regulieres, Ôc foit qu’il y ait plus de dehors que nous n’en avons füppofés ici.
- Il s’agit d’abord d’arriver à la Place par le chemin le plus court qù’on pui/Fe tenir fans être vue, ôc pour n’être pas ex-pofé à voir les Tranchées attaquées ôc détruites par l’Affiégé ; de ne les pouffer en avant qu’autant quelles font foute-nues par des parallèles qui contiennent un nombre de troupes en état de faire tête à la Garnifon* ôc de réfifterà fes attaques. On doit auflipourla conferva-tion des Troupes 3 le fervir de la Sappe
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- des Places; ào$ dans les travaux, auflitôt que le feu dé la Place devient trop dangereux pour travailler à découvert.
- Il eft évident que fi l'Ennemi pouvoir refter tranquillement fur fes deffenfes., il feroit en état de faire toûjours un grand feu fur les Tranchées, ôc d'en rendre le progrès bien plus difficile ôc bien plus lent. Il eft donc important de pouvoir l’en chafîer, 6c c’eft que l’on fait par le moyen des Batteries à ricochet. Lorfqueleterreinde la Place permet déplacer ces Batteries furie prolongement des faces des pièces attaquées, 6c de celles qui les deffendent, l'Ennemi ne peut fe montrer fur fes remparts ôc fur fes deffenfes , fans être expofé au feu de ces batteries, Ôc il lui eft bien difficile de s'en garentir, par là il doit être fort gêné dans fa deffenfe, ôc faire un feu bien moins vif qu’il ne le feroit fans cela. Les bombes qu’on doit lui jetter aufli de tous côtés, pour tâcher de démonter fes batteries, ne peuvent manquer d’y parvenir à la fin, ou du moins de
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- 205 Traité de l’Attaque lui caufer beaucoup d’inquiétude dans leur fervice.
- Par l’arrangement Ôt là conftruâion des Places d’Armes ou parallèles, l’Ennemi fe trouve renfermé dans fa Place, hors d’état de faire des forties, fans s’ex-pofer à un péril évident. Il fe voit referré tous les jours fans pouvoir y apporter prefque aucun obftacle.
- Les Sappfes qui cheminent continuellement, gagnent à la fin fon glacis, & fi l’on a la patience de les pouffer juf-ques dans fon chemin couvert, elles l’en Chaffen aufli, & cela fans grande perte. Il ne s’agit que d’un peu de patience, & de faire ênforté que les Sappes fôyent toujours foutenues Ôc protégées, de maniéré que l'Ennemi ne puiffe pas y faire de grands défordres , quand il prendroit le parti de tomber deffus. , Maître du chemin couvert, il faut s'établir folidement fur le haut de fon glacis, y placer les batteries néceffaires pour ruiner les ouvrages qu’on fe pro-pofe d’attaquer, de même que leurs def-
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- dès Placé s. zoj fenfes, & s’arranger pendant qu’on y travaille pour la defcente £c le paffage du fofTé. Lorfque le paflage du folié elt formé , que les Brèches font faites, & que le Mineur y a été attaché > foit pour les augmenterait pour découvrir les fourneaux de l’alïlégé, il faut s’emparer de l’ouvrage par la Sappe, ou de vive force ; s’établir par de bons logemens, àc continuer de même l’attaque de tous les autres ouvrages dont il faut s’empâter y en répetanttoujours les mêmes opérations.
- XXII.
- De VAttaque d'une Place, couverte d* avant s-foffés, de Lunettes d'autres dehors > &c.
- O u r Amplifier le détail des tra-Jl vaux d’un Siège , nous les avons expliqués & appliqués à une Place fortifiée, quin’ayoit d’autre dehors que des
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- st'o8 Trait! ï>e l’Attaque demi-lunes & fon chemin couvert; uti plus grand nombre de dehors ne changera point les principes qui ont été éta* blis fur ce fujet, il s’agira de fe conduire toujours fur les mêmes réglés pour s’en emparer, & pour s’y établir ; c’efî: ce que nous allons faire voir en peu de mots.
- Suppofons une Place entourée d’un avant-foffé, & d’un avant-chemin couvert garni de Lunettes, & fuppofons que le front par lequel on peut l’attaquer foit couvert d’un ouvrage à corne j à couronne, &c.
- On difpofera d’abord la conduite des Tranchées à l’ordinaire , pour arriver au pied du glacis de l’avant-chemin couvert : lès batteries à ricochet feront placées fur le prolongement des faces des pièces attaquées, ôc de celles qui les deffendent ; les faces des Lunettes du front de l’attaque , doivent aulli être enfilées par le ricochet.
- On s’empare de l’avant-chemin couvert de • la même maniéré que du che*
- min
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- Des Places;
- fiain couvert ordinaire ; ôc alors fi l'avant fofîe eft plein d'eau, il faut s’établir par un bon logeaient, le long de ce fofîé y 6c placer des batteries y pour faire brèche aux lunettes y fi l’Ennemi ne prend pas le parti de les abandonner. II eft aflez difficile quil puifîe s'y confer-ver lorfque les communications de ces fortes d'ouvrages font viies ; 6c elles ne peuvent gueresmanquerde l'êtrelorfque l’on eft établi tout le long de l’avant-fof-fé: quoiqu’il enfoit, fuppofant quelles lbyent revêtues de Maçonnerie y ou Amplement de gazon, fraizées 6c palifla-dées , 6c que l’Ennemi s’obftine à y demeurer , on y fera brèche , en plaçant quelques pièces de Canon vis-à-vis le milieu des faces , 6c l’on paiïera leur fofle en le comblant avec des fafcines, on autrement. Comme il eft bien moins large que celui de la Place, on le pafie beaucoup plus facilement.
- Lorfque l'on eft parvenu à fe rendre maître des lunettes qui couvrent le front de l'attaque, onfonge à palier l'avant-
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- 2io' Traité de l’Attàqüe folié. Ce travail eft allez difficile, par» Ce qu’il fe fait fous le feu razaiit du chemin couvert ; mais ce feu doit être gêné par les batteries à ricochet, qui de tous côtés doivent plonger dans le chemin couvert. On palTe ce folié auprès des Angles faillans du glacis. On lbus-eu-tendra toujours qu’on ne peut en palier aucun , fans un bon épaulement de faf-cines, qui couvre le paiïage du côté qu’il eft vû de la Place , ou des ouvrages qui le deifendent.
- Lorfqu’on eft entièrement établi fur le chemin couvert * on continue le progrès des attaques, comme nous l’avons enfeigné précédemment.
- Il y a des Places , qui fans avoir d’a-vant-folfé, ont des Lunettes placées vis-à-vis les Angles faillans & rentrans du glacis , lesquelles font auffi envelo-pées d’un avant-chemin couvert: elles font quelquefois voûtées, à l’épreuve de la Bombe, comme à Luxembourg, & quelquefois elles n’ont qu’un fofîé^ un parapet & un chemin couvert.
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- fi es Places; ati Celles qui font voûtées à répreuve de la Bombe font fort difficiles à prendre * parc eque les ricochets & les Bombes ne peuvent y faire de mal. Il faut dans ces fortes de cas, ou les tourner, ou s’en rendre maître parles Mines.
- On dit qu’on tourne un ouvrage ,lor£-qu’on s’infinuë entre cet ouvrage & la Place , avec laquelle on lui coupe la communication. Les Lunettes ont quelquefois des communications foute treilles y & alors il n y a guéres que les Mines qui puiffent fervir à en chafler l’Ennemi.
- Le travail en eft long, mais on ne peut fe fervir d’aucun autre moyen.
- Les Lunettes ôt leur foflfé font toujours deffenduës des branches du chemin couvert, avec lequel elles ont d’ail ' leurs une communication, comme celles qu’ont les Lunettes A* A, Planche i Cette Planche, quiréprefente une partie de Landau ôc de fes attaques en 1715, peut fervir à donner une idée de la manière dont ont tourne un ouvrage. La
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- Traité de l’Attaque Lunette avancée B, de même que l’ouvrage C } qu’on appelle Tenaille , fe trouvent tournés, c’eft-à-dire que la Tranchée leur coupe toute communication avec la Place.
- Lorfque cette communication ne peut être coupée , on fe trouve fouvent dans la néceffité d’attaquer la Lunette & le chemin couvert en même tems ; & cela parce que quand on feroit parvenu à faire abandonner la Lunette à l’Ennemi , tant qu’il eft maître du chemin couvert , il eft à portée d’y revenir en force & de la reprendre. Ainfi le vray moyen de s’en aflurerla poffeftion, eft de chaf-fer l’Ennemi du chemin couvert, en même tems que l’on s’empare de la Lunette.
- L’Ennemi peut faire un grand ufage des Mines, pour la defFenfe de ces petits ouvrages , rendre leur prife bien chere, &. la faire durer bien long-tems. Il faut fe fervir contre lui de la même manœuvre , s’enfoncer profondément dans ,Ies terres, tâcher de détruire fes Galle-
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- des Places. 21? -ries,-de faire périr fes Mineurs, ôc de fe rendre maître du défloras du terrein. C’eft rane chofe efîentielle, fans quoi l’Ennemi peut détruire les logemens, ôc les faire fauter un grand nombre de fois. Dans un terrein de 2 £ ou 3 o pieds de profondeur, le célébré M. de Valiere , dans fa diflertationfur les Mines, quon trouve à la fin du troifiéme vol. du commentaire fur Polybe par M.de Folard, prouve qu’on peut faire fauter l’Ennemi jufqu’à 20 fois. On ne peut donc donner trop d’attention pour gagner le défions du terrein, pour obvier au mal que l’Ennemi peut caufer par le grand nombre de Fourneaux qu’il eft en état de faire joüer.
- Il y a fouvent dans les environs des Places des efpeces de petites demi-lunes qu’on appelle Redautes. Lorfqu’elles font éloignées de la Place, l’Ennemi no peut les foutenîr fans expofer ceux qui les deffendent, à y être pris prifonniers. de guerre ; mais lorfqu’elles en font protégées, ôc deffendues comme elles, doivent l’être, ôc quelles font placées,
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- 5ii4 Traité de l’Attaque avec art & intelligence, elles ne laifTent pas que de demander de l'attention. On doit s'attacher à en couper la communication avec la Place,ôc à les faire abandonner par le moyen des Bombes ; on peut même les faire infulter pour en chalfer l’Ennemi par une attaque vive , pourvû qu'elles ne foient point à portée d'être allez puilfamment & promptement fecouruë de la Place, pour être en état de rélifter à l’attaque de l'AlÏÏé-geant. îl eft important de fe débarafler le plutôt qu'on peut, de ces petits Ouvrages, parce qu'ils peuvent nuire beaucoup au progrès des attaques > voir les Tranchées de flancs, & les enfiler, Ôte.
- Il fe fait quelquefois dans les Sièges , lorfqu'une Garnifon veut difputer pied à pied fon terrein, de petits Ouvrages au pied des angles faillans ôc rentrans du glacis ; ils confiftent feulement en un parapet élevé au pied du glacis fur ces angles, & dont chaque côté a environ xo ou 12 toifes. On appelle cés petits Ouvragés dés Flcehes» On en volt en A,
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- des Places. 21; A, A, Planche 16, Figure 1. Elles communiquent avec le chemin couvert, par un chemin que Ton cre.ufe fur l’arrête des glacis, ôt qui eft paliffadé de part & d’autre. A l’entrée de ce chemin, on conftruit une traverfe B, qu’on appelle ordinairement le Tambour, qui empêche que rAfliégeant , étant maître de la Flèche , ne découvre l’intérieur d,e la Place d’Armes du chemin couvert.
- Le moyen d’empêcher TefFet de ces Flèches, c’eft d’en bien labourer l’inte-rieur par les batteries à ricochet & par les bombes, tirées aulïi à ricochet. On peut aufli fe fervir de Pierriers pour incommoder l’Ennemi dans fes Flèches. Comme ces Ouvrages font forts petits , les Pierriers y font beaucoup d’effet. Nous venons de parler de prefque tous les Ouvrages qu’on peut rencontrer au-delà du chemin couvert ; il ne s’agit plus que de voir la manière de. conduire les attaques des autres dehors les plus en, wfage dans la Fortification des Places.
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- a\6 Traité de l’Attaque
- XXIII.
- De ï Attaque d’un Ouvrage à Corne.
- N fçait que l’Ouvrage à Corne
- n eft autre chofe quun front de fortification qui avance dans la campagne , & qui eft joint à la Flace par deux longs côtés. Les Ouvrages à Corne font placées vis-à-vis les Courtines , & quelquefois aufli vis-à-vis les Battions. On doit éviter autant que l’on peut, d’attaquer le côté de la Place fortifiée par ces Ouvrages, parce que leur prife eft fort longue, & qu’elle augmente confidéra-blement les travaux du Siège, mais fup-pofant qu’on foit dans la nécefiité d’attaquer le côté de la Place couvert par un Ouvrage à Corne, vis-à-vis un Baf-tion, & que cet Ouvrage ait une demi-lune vis-à-vis fa Courtine, v On fera les Tranchées & les parallèles à l’ordinaire ; on enufera de même à l'égard des Batteries à ncochçt > qui
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- DEsPlàCES. SI?
- enfileront aufli les longs côtés de l’Ouvrage à Corne. La prife du chemin couvert , celle de la demi-lune & des demi-Baftions de l’Ouvrage à Corne, fe fera commedans l’attaque de la demi-lune,& des deux Baftions du corps de la Place. Il n’eft donc queftion ici que de la conduite des logemens dans cet Ouvrage. On fuppofe qu’il y a dedans, 4eux retran-chemens comme on le voit dans la Planche 14.
- Après que les logemens vers la pointe des demi - baftions feront établis, on y fera paffer quelques pièces de Canon pour battre la face du baftion oppofé. Ces pièces de Canon feront pofées vis-à-vis les logemens des angles flanqués des demi-baftions. On étendra ces logemens de part & d’autre , vers la Courtine, le long de laquelle on le coulera par la Sappe;on pouffera aufli une Sappe vers l’orillon des demi-baftions, s’ils font à Grillon, ce qui formera’ un efpece de petite parallèle, dont le feufervira beau-ç©up à protéger les logemens en avant,
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- sl 18 Traité de l’Attaque en cas que l’Ennemi fafle quelques for-ties pour les détruire. On doit dans des Ouvrages fpacieux , comme le font les Ouvrages à Corne & à Couronne, n’avancer les logemens quavec beaucoup de circonfpe&ion, afin d’être en état de les foutenir contre tous les efforts de l’Ennemi.
- Comme tous ces logemens font commandés du baftion, il faut s’enterrer profondément pour fe mettre à couvert de fon feu, ôt faire aufli des traverfes affez proches les unes des autres pour le même effet.
- Si le baftion peut être battu en brèche du rempart des demi-baftions de l’Ouvrage à Corne, on fe fervira pour le battre , des batteries placées fur ces demi-baftions , & on placera aufli pour le même ufage, une batterie de 6 ou 8 pièces vers le milieu de la Courtine. S’il n’é-toit pas poflible de plonger affez ces batteries pour battre le bas du revêtement du baftion, on s’en ferviroit tou* jours utilement pour battre les deffenfe*
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- des Places, aip de l’Ennemi, Ôtle chaffer des retranche-mens de l’Ouvrage. Lorfque les loge-mens font bien établis dans tout fon intérieur , il eft bien difficile à l’Ennemi de refter dans les retranchemens Pl. fans s’expofer à y être pris prifonnier de Guerre, parce que la communication avec la Place devient trop difficile. Il pourroit par le moyen de quelque Pont à fleur d’eau, fe retirer dans les demi-lu-nes^collaterales : mais en même tems que fon travaille à s’emparer de l’Ouvrage à Corne, on travaille auffi à fe rendre maître de ces demi-lunes, dont la prife ne peut manquer de fuivre celle de cet Ouvrage.
- l’Ennemi ayant abandonné tout l’Ouvrage à Corne, on s’y établira en pouffant des logemens qui occupent toute fa capacité , & s’il eft befoin d’établir dans fon intérieur des batteries pour battre en brèche le baftion, on les conftrui-ra le long de fa contrefcarpe, comme on le voit en 2, Planche 14. Cette Planche peut fuppléer à un plus long difcours fur cette matière*
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- '2.20 Traité de l’Attaque
- Il arrive quelquefois que le terrein de Tinterieur de l’Ouvrage à Corne , ne permet pas qu’on y étende les logemens comme ils font difpofés dans la Planche 14, parce qu’il fe trouve trop aquatique ou trop marécageux, ou bien qu’il a trop peu d’étendue ôt de capacité ; dans ces cas , les logemens ne peuvent fè pouffer que le long du parapet du frônt Voyez la de cet Ouvrage, & le long de fes bran-Planche j 7. ^ Jargeur du terre-plein du rem-
- part de ces branches le permet. O n le défilera par de fréquens retours en zigzag : mais s’il fe trouve trop étroit, on ne peut que s’enfoncer très - profondément pour fe défiler du feu de la P lace , & s’en couvrir par des traverfes fort proches les unes des autres.
- L’attaque d’un Ouvrage à Corne fur une Courtine^ne différant gueres de celui qui eft placé devant un baftion, ôc les logemens s’y conduifant à peu près de la même maniéré ; 011 fe difpenfera d’entrer dans aucun détail particulier fur ce qui concerne cette attaque. On peut
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- desPlages; 22T y appliquer tout ce que l’on vient de dire précédemment.
- Explication de la Planche 14.
- a. Cavaliers de Tranchée.
- b. Batteries de Pierriers.
- c. Batteries en brèche de la demi-lune de l’Ouvrage à Corne.
- d. Batteries contre les deffenfes de cette demi-lune.
- e. Paflage du foffé de cette demi-lune.
- f Logemens fur la même.
- g. Batteries contre les flancs de l’Ou* vrage à Corne.
- L Batteries en brèche des demi-bâfrions du même Ouvrage.
- i. Batteries contre fa Courtine.
- /. Logemens fur les demi-baftions, & dans l’Ouvrage à Corne.
- m. Paffages du foffé des retranchemens de l’Ouvrage à Corne.
- n. Logemens dans ces retranchemens.
- 0. Batteries contre les deffenfes des
- demi-lunes collaterales.
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- Traité dë l’Attaque
- p, Batteries en brèche de ces demi-lunes.
- q, Paflages du fofle des mêmes pièces;
- r, Logemens dans les mêmes.
- f. Batteries en brèche contre les réduits des mêmes demi-lunes.
- t, Paflages du foflfé des réduits.
- v. Logemens dans les réduits.
- sc, Pont de fafcines y ou chemin pour mener le Canon dans l’Ouvrage à Corne.
- y. Batteries contre les deflenfes du baftion A.
- z. Batteries en brèche de ce baftion.
- B. Paflages de fon foflfé.
- C. Logemens fur le baftion A.
- D. Logemens fur le bord du fofle du retranchement du baftion A.
- E. Paflages du foflfé de ce retranchement.
- La Planche 17 repréfente le Plan des logemens fait dans l’Ouvrage à Corne & à Couronne de Phililbourg, en 1734.
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- i* e s Places?
- 22$
- XXIV.
- De rAttaque d'un Ouvrage à Couronne.
- ’Attaque de cet Ouvrage ne
- fl j différé point de celui de l’ouvrage à corne. On y entre ou par fon Ba-ftion, ou par les deux demi-baftions d’un voyez la? de Tes fronts, & on y difpofe les loge-1*1** lZ mens de la même maniéré que dans l’ouvrage à Corne. Tout ce qu’on pourroit dire la deffus ne feroit qu’une répétition de ce que l’on a dit pour cet ouvrage.
- XXV.
- De ïAttaque des. grandes Lunettes ou Tenaillons 9 des Contre-Gardes 3 &c.
- TOus ces Ouvrages s’attaquent y en fuivant toujours les mêmes réglés & les mêmes, principes que l’on a ex-
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- *24 Traité dè l’Attaqüë pliqués jufques ici. On ne peut s'y éta-^ blir que par la ruine des parties des pièces de la fortification qui les deffendent, ainfi on doit difpofer les batteries de ma*-niere qu'elles puiflent ruiner ces def-fenfes.
- Pour attaquer une demi-lune couverte par de grandes Lunettes, ou comme on les nomme à prefent, par des tenaillons , il faut attaquer enfembîe les deux pièces dont ils font compofés, & s'y établir folidement, fe rendre aufli maître de tout le chemin couvert du front de l'attaque, après quoi il eftbien difficile que la demi-lune puifïe fe foutenir. On la bat en Brèche par des batteries placées le long des grands côtés de ces ouvrages oppofés aux faces de la demi-lune.
- Pour là contre-garde, on doit l’attaquer en même tems que les deux demi-lunes collaterales dont elle tire fa def-fenfe ; le peu de largeur de fon rempart en rend le logement affez difficile ôc périlleux j mais on le fait plus enfoncé.
- Cet
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- dis Places. / ài$ Cet ouvrage empêche que du chemin couvert, on ne découvre les flancs des Battions du front attaqué, & qu’on ne puifîe battre en brèche ces Battions. Il faut par conféquent établir dans fon intérieur toutes les batteries qu’on placeroit fur le chemin couvert, & pour faire brèche, & pour ruiner les flancs des Battions, fl ces ouvrages ne les ca-choient point.
- Le détail des attaques des autres dehors feroit affez inutile. Quiconque aura bien compris tout ce qui regarde l’attaque du corps de la Place, 11e fera gueres embarraffé dans l’attaque des dit ferens dehors dont il faudra s’emparer* Il en eft de l’attaque des ouvrages de fortification , comme de leur figure ; elle peut varier fans inconvénient, lorfqu’ils fe trouvent toujours bien deffendus, & qu’ils fe foütiennent réciproquement; c’eft le principal objet que l’on doit avoir en vue dans leur conftru&ion 5 de même ia figure des logemeris peut varier fuivant celle des ouvrages, maison
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- 22<? Traité dè l’Attaque doit toujours obferver de ne les avancer qu autant qu ils font foutenus & protégés les uns par les autres , Ôc par le feu des batteries qui doivent ruiner les de£ fenfcs ou les parties du rempart de la Place, d’où l’Ennemi peut les incommoder.
- Nous n’avons point parlé de l’attaque des citadelles, parce quelle ne différé en rien de celle des Villes.'
- S’il n’eft pas poflible de commencer l’attaque d’une Ville qui a une Citadelle, par cette Citadelle, il faut fe refoudre à faire deux Sièges au lieu d’un, c’eft à dire, qu’après s’être rendu maître de la Ville, il faut faire le Siège de la Citadelle ; il eft de même des Forts & Châteaux qui fervent de Citadelles aux Villes , leur attaque n’a rien de particulier.
- Dans toutes les attaques dont nous avons parlé jufques ici, nous avons fùp-pofé des Places & des ouvrages de fortification, conformes à la maniéré de fortifier qui eft à préfent en ufage. Mais il fe trouve un grand nombre deVilles dont
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- dès Placés;
- l’enceinte eft encore à l’antique* oeft-à-dire* qui ne confifte que dans une {impie muraille terraffée* ou derrière laquelle il y a une efpece de rempart. Cette enceinte* dont la defFenfe feroit fort mauvaife par elle-même* eft couverte par des demi-lunes * des contre-gardes * des ouvrages à Corne * &c. Et ces ouvragés étant jüdicieufement placés* fe deffendent réciproquement* êc ils rendent la Place foüvént auffi forte que li elle étoit fortifiée plus régulièrement. Dans l’attaque de ces fortes de Places* on doit fe conduire pour les tranchées * ôc les parallèles * comme on l’a enfeigné précédemment * ôc attaquer les ouvrages dont fon enceinte eft couverte aufli de la. même maniéré. La pri-fede ces ouvragess produit celle delà Place. Tout ce que l’aiïiégé peut faire * c’eft de fe fervir de l’enceinte de la Ville comme d’un bon retranchement* derrière lequel il peut fairefa Capitulation.Ain-fi Ton voit que ces fortes de Places fe prennent enfuivantles mêmes réglés que
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- 228 Traîté de l’Attaque fi elles étoient plus régulières, ce qui faitqu’ oii peutfe difpenfer d’entrer dans un detail plus particulier , fur ce qui les concerne.
- XXVI.
- De l* attaque. des Places entourées de fâujfes Braye**
- PArmi lés Villes dont nous venons de parler, comme il peut s’eA trouver quelques unes qui ayent des fauffes* Brayes , nous allons dire un mot de ce que leur attaque peut avoir de particulier.
- Les faufles-brayes par leur fituation à peu près au niveau du chemin couvert, peuvent beaucoup augmenter la difficulté de fon logement ; mais rien n’eft plus facile que d’en chafler l’Ennemi , ôt des faces qui font enfilées du chemin couvert, ôc des flancs qui peuvent l’être aufïi des Batteries placées fur le haut du glacis. A l’égard de la courtine,
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- des Places. aâÿ on peut y jetter des Bombes, fi le rempart de la Place n’eft point revêtu, & s’il eft revêtu, tirer continuellement fur le revêtement, pour que fes éclats & fes débfîs chafîent de la faufle Braye les foldats que l’Ennemi y aura poftés. On peut encore fe fervir de Pierriers pour forcer l’Ennemi d’abandonner la faufle Braye : comme elle a peu de largeur, il eftprefqueimpoflible qu’il puif-fe s’y garentir de leur effet. Au refte, il faut auparavant que de tenter le pâflage dufoflfé, que l’Ennemi foit abfolument chalfé de cet ouvrage, fans quoi ce palTage fcroit fort difficile ôt fort meurtrier.
- Si la faufle Braye ne peut guéres augmenter les difficultés du paflage du foffé , lorfque l’on prend les précautions convenables pour empêcher l’Ennemi d’y demeurer , elle ne peut non plus reculer de beaucoup la prife des Battions ; car les débris de la Brèche que l’on fera au revêtement de la Place, combleront la plus grande partie de fa largeur, ôc
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- $30 Traité de l’Attaque il ne lui refteraplus un efpace aflez grand pour que les troupes y puiflent demeurer Ôc s’y retrancher ; joint à cela que comme en ruinant le revêtement du rempart , on doit aufli ruiner celui de la faufle Braye Ôc fon parapet; elle retrouvera abfolument hoirs d’état d’être foute-nuë, ôc par conféquent l’ennemi fera contraint de l’abandonner.
- Pour monter à l’aflaut fur le Baftion j on rendra praticable la Brèche de la faufle Braye, ôc celle du revêtement du rempart, en les difpofantde maniéré que leurs décombres ne faflent qu’un même ôc feul plan incliné, ce qui fera une pente plus douce ôc plus facile, que s’il n’y avoit point de faufle Braye, On peut dans les parties de la faufle Braye qui touchent immédiatemnt à la Brèche, y pratiquer de petits logemens, propres à Soutenir celui du haut de la Brèche du Baftion , ôc à faire des amas de matériaux, pour le perfectioner ôc l’étendre dans le Baftion,,
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- desPlaces. 23*: Remarque,
- Il réfulte de ce que nous venons de dire fur la faufle Braye, quelle eftune pièce allez peu utile dans la fortification; aufli Ta t’on abandonné depuis long-tems; car parmi le grand nombre de fortifications qui ont été faites pendant le long régné du feu Roi, il n'y a gueres que la Citadelle de Tournay, qui ait été fortifiée avec des faufies Brayes. Encore, dit un habile Ingénieur, * on ne fçait ce qui a porté M. de Megrigny, qui à fortifié cette Citadelle, à y faire des fauffes Brayes, » puifque tous les Inge-» nieurs François, par les expériences » qu ils en ont eu en plufieurs Sièges, les » ont condamnées comme très - défe-*>&ueufes.
- 4 M. Rozard.
- T
- P iiij
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- Traité de l’Attaq>ue
- XXVII,
- De VAttaque des Cavaliers.
- LE s Cavaliers font des élévations de terre, fur le terre plein des Basions pleins, qui ont la même figure que le Baftion, & dont les flancs font éloignés de ceux du Baftion de 4 toifes, & lés faces feulement éloignées de celles du Baftion de 3 toifes.
- Les avantages que l’Ennemi peut tirer des Cavaliers eonfiftent principalement.
- i°. A garentirde l’enfilade differens endroits de la Ville ôt de la fortification.
- 2°. A obliger l’Afliégeant d’ouvrir la Tranchée à une plus grande diftance de la Place, pour ne pas fe trouver fous le feu du Cavalier, qui a plus de portée ôc plus d’étendue que celui du Baftion.
- 30. A découvrir le dedans & l’inte-fieur des Tranchées , Ôç à les enfiler par des coups plongés.
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- des Places. 23$ 4°. A doubler le feu des Battions fur lefquels les Cavaliers font conftruits.
- Si l’élévation des Cavaliers les rend propres à découvrir dans la Campagne , & à fatiguer FAfïIégeant dans la conftru-£tion de fes Batteries, elle les expofe aufli à en être facilement battus lorüqu elles font conftruites.
- Pour obliger l’Ennemi d’abandonner les Cavaliers, ou du moins pour diminuer l’a&ivité de leur feu, il faut y jetr ter continuellement de grottes Bombés ; elles y font des ravages conttdérables ; elles démontent les Batteries, brifent les affûts, & elles empêchent même que l’Ennemi ne puifle les rétablir, au-moins fans grande perte, fi on continue d’en labourer le Cavalier.
- Il faut aufli faire un grand feu de Canon fur les revêtemens du Cavalier, afin de remplir de fes débris , la partie du rempart qui eft au pied du Cavalier, en-forte qu’il n y refte plus aflez d’efpace pour que l’Ennemi puifle s’y retrancher., pour foutenir l’aflaut au Baftion.
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- £24 Traité de l’attaque Lorfque le Mineur eft parvenu à pe-? netrer dans les terres du rempart & dans celles du Cavalier, il doit y pratiquer des fourneaux pour faire fauter les terres du rempart & du Cavalier dans le folié, & aider par là à fon comblement. On doit travailler après «cela à rendre la Brèche praticable & d’un accès facile, après quoi il eft à préfumer que l’Ennemi qui ne peut avoir de retranchemens dans le Baftion, ni dans le Cavalier, qu’on fupppfe entièrement labouré par les Bombes, prendra le parti de fe rendre* crainte d’être emporté d’aflaut. Cependant s’il falloit donner l’affaut au Ba-ftion* on le feroit comme on l’a dit; dans la prife des Baftions du front de l’attaque ; & lorfqu’on feroit parvenu au haut du rempart, on pratiqueroit de part ôc d’autre de la Brèche, au pied du Cavalier, de petits logemens pour foutenir celui du haut de la Brèche du Cavalier ; le tout comme on l’a vû dans l’article de la faufîe Braye.
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- p ES Pt A ces; 23 £ Remarque.
- Comme les Cavaliers' conftruîts dans le Baftion, tels que nous fuppofons que font ceux dont nous venons de parler, empêchent que FAffiégé ne puiffe y pratiquer aucun retranchement, differens Auteurs y ont condamné leur pofition , & ontpropofé de les faire fur les courtines ; mais comme ils embarafteroient encore le rempart de la Place, il paroît que leur fituation la plus naturelle & la plus commode, eft à peu-près vers le centre du Baftion, en forte qu’ils laiflent libre la plus grande partie de l’efpace compris entre les faces des battions ; & aulieu de leur donner la figure du Baftion , on peut, comme on l’a fait dans quelques Places, les faire en efpecede demi-cercle un peu applati : dans cette pofition ils ne nuifent point à la deffen-fe du Baftion; mais alors ils deffendent moins le foffé & les autres parties de la fortification. Cependant comme on ne conteguéres fur la deffenfe quils peuvent
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- Traité de l’Attaque faire de près, & de haut en bas, il pa-roît que cette efpece d’inconvenient, ne peut balancer les avantages qui réful-tent de refpace que Ton conferve fur le rempart entre le Cavalier & les faces du Baftion.
- Carlorfque l’Afliégeanta fait brèche au Baftion, il refte fur le rempart, de part & d’autre de la Brèche, affez d’ef pace pour y conftruire de bonnes tra-verfes, derrière lefquelles on peut difpu-ter avantageufement Fètabliflement du logement fur la Brèche, & retarder la prife du Baftion.
- Au refte, lorfque l’on trouve des Cavaliers de cette derniere efpece, il faut non-feulement les labourer avec les bombes, comme les premiers, mais encore en jetter beaucoup au pied du Cavalier, pour empêcher la conftruâion des traverfes & autres retranchement que l’Ennemi pourroit faire au pied du Cavalier. Lorfqu on eft préparé à monter à l’affaut, il faut faire tomber une grêle de pierres fur le Baftion, pour
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- dés Placés. 23? chafler TEnnemi de ces retranchemeris , ou faire enforté auparavant des les faire' culbuter dans le fofTé par les Mineurs.'
- XXVIIL
- De t Attaque dune T lace fortijle'e avec des Tours Ballonnées.
- L’Attaque des Places avec des Tours Baftionnées, n offre rien de fort particulier, après ce que nous avons dit des autres attaques. Les Contre-gardes de ces fortes de Places, qui ne font autre chofe que des battions détachés , doivent s’attaquer en fuivant les mêmes régies que les autres battions. Mais comme elles ne font pas jointes à la Place , & que l’Enemi peut les deffendre juf-qu’à la derniere extrémité, fans craindre d’être emporté d’aflaut, il faut les attaquer avec beaucoup de circonfpe&ion, en bien ruiner les deffenfes, & y faire un feu continuel, pour empêcher l’Ennemi de pouvoir s’y foutenir.
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- Trait! e>e l9Attaque
- Comme la communication des contre gardes avec lés Tours bàftionnées j ne fe fait que par de petits ponts à fleur d’eau, placés le long des flancs de la Tour, & que ces ponts font fort étroits, l’ennemi n’a pas une retraite abfolument aifée ; c’eft pourquoi fl après s’être bien folidement établi fur le haut de la Brèche de la contre garde, on toinbe avec vigueur fur ceux qùi la deffendent, on peut ou les culbuter dans le folfé delà Tour , ou les prendre prifonniers des Guerre.
- Lorfqu’on eft parvenu à chaffer l’Ennemi de la contre garde, on s’y trouve expofé au feu de la Tour baftionnée, qui fait perdre bien du monde pëndant la conftruétion du logement; mais pour le diminuer autant qu’il eft poilible, il faut faire faire un feu continuel fur la Tour, & fur toutes les parties de fa fortification qui deffendent la contre garde. On étend le logement le long des faces & des flancs de la contre-garde, & •l’on y fait des traverfes fort proche les unes des autres pour fe défiler de la Tour baftionnée.
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- des Places; 239 Pour réduire la Tour, il faut , après avoir mis les logemens de la contre-garde en bon état, y faire paflerdu Canon, Ôc le placer fur le haut du rempart de la contre garde vis-à-vis fon angle flanqué, oppofé à celui de la Tour j mais ii la pointe de la contre garde le trouvoit ruinée entièrement , ou qu’on pût, fans un grand travail, déblayer les terres du rempart de fa pointe, en forte que les batteries placées fur le chemin-couvert vis-à-vis l’angle flanqué de la contre garde, pulfentdécouvrir laTour & la battre en brèche, on s’épargnerait la peine d’établir des batteries dans la contre garde, & on travaillerait à détruire la Tour avec les batteries du chemin-couvert. Comme lés flancs dés Tours baftionnées ne font pas vu du ché-min-couVert , & qu’ils en font cachés par l’extrémité des flancs des contre-gardes, oppofées à l’épaule, il faut détruire cette partie, avec les batteries dont on s’eft fervi pour battre ces mêmes flancs, & enfuite fe forvir de ces
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- £40*^!Traité de i/Attaq^ë même batteries pour battre ôc détruire les flancs des Tours baftionnées. Il faut aulïi pendant qu on bat les flancs & les faces des Tours baftionnées, faire defîus un feu continuel de grenades & de mouf-queterie pour en éloigner l’ennemL Om doit même y jetter beaucoup de grofles bombes avant que de s’emparer de la contre garde, pour tâcher d’en perCer les voûtes, & d’en rendre la prife plus aifée > après celle de la contre-garde.
- Lorfque l’on a ruiné les flancs des Tours baftionnées & leurs faces, il faut fe difpofer à pafler leur foffé. Pour cela il faut étendre le logement de la contre-garde le long de la contrefcarpe du foflé des Tours, établir, s’il en eft be-foin, des batteries pour ruiner la partie de la courtine dont ce folfé tire fa def-fenfe, de même que les flancs de la courtine* fl elle en a * comme le Neuf-Bri-fack. On peut combler ce folfé, en fai-fant fauter quelques fourneaux fur le bord de fa contrefcarpe, difpofés de
- manière
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- D ES P/L AGËS.'. 24ï manière que les débris aident à fon comblement.
- Lorfque le paffage eft en état, on le fait des deux côtés de la Tour, c'eft-à-dire, à chacune de fes faces ; on tâche de s'établir fur la pointe de la Tour, ôc de faire enfuite pénétrer le Mineur dans fon intérieur, pour y faire travailler à une mine qui puiffe ouvrir la Tour, & donner jour à pénétrer dans la Place.
- Tout ce travail peut fouffrir de grandes difficultés, lorfque l’on a en tête un Ennemi brave, ôt intelligent dans la fcience de la guerre , mais à force de foin, de monde Ôç de valeur, il faut bien quil fuccombe aux attaques de l'Affié-geant. M. de Folard appelle les Tours baftionnées des Cqupes-gorge. Et en effet leur prife bien difputée, feroit vendue très-cherement à l'Affiégeant. Landau , qui a des Tours baftionnées, afouffert quatre Sièges dans la guerre de 1701 ; mais oii n'a pu dans aucun pouffer la réfiftance jufqu'à la deffenfe de ces Tours, la Place ayant toujours^capitu-
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- 242 Traité de l’Attàqüë
- lée après la prife des contregardes dût front de l’attaque.
- Si Ton craint de trouver trop d’obfl-racles à pénétrer dans la Place par les Tours baftionnées, on peut chercher à y entrer par la courtine, en difpofant, pour la battre en brèche , des batteries dans les Places-d’armes rentrantes du chemin couvert du front de l’attaque ; ôc après s’être rendu maître des deux contregardes de ce * front, on pourra aflfez facilement faire un pont dans le foffé pour palfer de la demi-lune ou de fon réduit 3 à la tenaille qui eft entre les deux contregardes. L’établilfement qu’on doit avoir fait fur ces deux pièces , peut donner le moyen de ruiner les faces des Tours, ôc ces faces ruinées , donnent celui de découvrir les flancs ôc d’en chafîer l’Ennemi par un feu continuel dé moufqueterie ôc de greffes grenades. Il feroit dangereux d’y jetter des Bombes à caufe du peu dç diftance des Tours aux logemens des contregardes. L’Ennemi étant chalfé
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- £>ës Places; 243 des flancs fupérieurs des Tours, il ne lüi refte que les fotiterrains intérieurs , pour difputer le paflage du foffé de la courtine, mais les décombres de la brèche de cette courtine arrêtent leurs coups ; c’eft pourquoi Ton peut fans grand danger travailler au paflage du fofle entre la tenaille & la courtine. Si la courtine a des flancs 5 on en chaflera l'Ennemi en y tirant continuellement des logemens des côntregardes , & on achèvera tranquillement le paflage de ce fofle. Comme il n’eft pas fort large , on en comblera un allez grand elpace pour pouvoir déboucher fur la brèche par un grand front. Lorfqu on fe trouve en état de faire ce déboüchement, & de monter à l’aflaut, l’Ennemi ne peut guéres manquer de faire battre la chamade , attendu que s’il étoit forcé, il ne lui refte point de retranchement derrière pour y faire fa capitulation, & qu’ainfl il feroit obligé de fe rendre à difcrétion.
- Il nous refte à obferver que fi les con-tregardes étoient à demi ~ revêtement,
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- £44 Traité de I’AttaQüë comme le font celles du Neuf-Brifack j on s’en empareroit de la même manière que fi elles étoient entièrement révê-tues. Il faudroit féulement avoir attention de ruiner à coups de Canon la pa-îiflade ou la haye vive que l’on plante fur le bord de la benne > & y pratiquer une brèche à l’ordinaire. Le demi -révêtement peut même donner quelque facilités à s’y établir 9 parce que comme il forme au bord du foiïe un efpace, à peu près comme celui de la fauffe bray e, on peut s’en fervir pour y établir de petits logemens propres à foutenir & à protéger celui du haut de la brèche.
- Remarque*
- Il n’eft peut-être pas inutile d’obfei> ver ici que l’article de l’attaque des Tours baftionnées, dans les Mémoires de M. le Maréchal de Vauban 9 paroît être un article qu’on s’eft donné la licence d’y ajouter. Il eft évident qu’on a inféré dans ces Mémoires plufieurs réflexions ou obfervations qui ne font
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- des Places. 24? fias dé ce grand- Homme, car on y parle du Siège de Lille qui a été fait par le Prince Eugene en 1708, &M. de Vauban étoit mort dès 1707,
- Ce qui fait foupçonner que l’article de l’attaque des Tours baftionn.ées n’eft pas de M. de Vauban, c’eft qu’il n’eft point traité d’une manière digne de ce fameux Ingénieur* C’eft le plus fuccint ôc le plus abrégé de fon Livre ; à peine y dit - on quelque, chofe des difficultés qu’il faut furmonter pour s’emparer de ces Tours.. Il femble qu’elles n’ayent guéres d’autre ufage que celui de retarder la prife de la Place de quelques: jours. Cependant il eft certain qu’étant deffenduës avec vigueur ôc intelligence* leur prife çoute'roit bien du tems ôc bien, du monde ; qui pouvoit en parler plus dignement ôc plus fçavamment que leur célèbre Inventeur ? On ne peut pas dire qu’il ne vouloit point écrire tout çe qu’il penfoit fur la maniéré de les attaquer * par la crainte que.les Ennemis de l’Etat &’ç.n profltaffent j car^il ne croyoit pas.
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- 246 Traité de l’àttaqué que fes Mémoires devinflfent jamais publics. Il dit, dans fon Epître Dédicatoi-re à Monfeigneur le Duc de Bourgogne , que c’eft uniquement pour ce Prince qu’il a travaillé, ôc qu’il eft à propos de prendre garde que quelqu’un ne prenne des copies de fon Ouvrage, de peur qu elles ne foient communiquées aux Ennemis. Quoique fon intention à cet égard n’ait point été fuivie, par des raifons particulières qu’il eft inutile de publier, on doit toujours en conclure, que s’il avoit traité de l’attaque de$ Tours baftionnées, il n’auroit rien omis de tout ce qui pouvoir la concerner. Plus il auroit fait connoître les obftacles à furmonter pour s’en emparer, & plus il auroit fait connoître l’excellence de cette fortification. Quoiqu’il en foit , on ne prendra ceci, fi l’on veut, que comme une fimple conjeélure, que l’idée de la grande capacité de M, de Vauban fait naître. Elle pourra être éclaircie lorfque M. le Comte Daunoi, fon neveu , aura fait imprimer les Mémoires
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- des Places. 247
- de M. le Maréchal de Vauban fur la copie qu'il a entre les mains qui efl apparemment plus exaéte & plus correcte que celle, qui a été imprimée en Hollande y ôt qui fera fans doute purgée de. toute addition étrangère.
- Jufques-ici nous avons fuppofé que la Place étoit conduite dans un terrein égal, uni & régulier ; comme il s'en faut beaucoup qu'elles fe trouvent toutes dans un pareil terrein, il nous refte à faire quelques obfervations générales pour donner une idée des principales^ attentions que les diffère ns terrains peuvent exiger dans la conduite, des attaques.
- a
- XXIX.
- De l3 Attaque des Places jituées en terrein irrégulier.
- SI toutes les Places étoient conftrui-* tes en terrein uni ôc régulier , leur attaque ne, demanderait pas une grande;
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- 548 Traité de l’Attaque profondeur de genie. L’exécution des régies données par M. le Maréchal de Vauban, àc dont nous avons donné le détail, feroit affez facile. Avec une capacité médiocre , on parviendroit à réduire les plus fortes Places ; mais ces régies fi aifées à fuivre en terrein uni & régulier, fouffrent fouvent de grandes difficultés lorfque les Villes fe trouvent entourées de Marais impraticables •, qu’elles font placées le long d’une grande Rivière ou fur une hauteur dont l’accès eft difficile, ôt dont le terrein eft trop ferré pour pouvoir placer les Batteries à ricochet fur le ‘ prolongement des faces des pièces attaquées, & pour faire les paralelles, &çt
- C’eft dans ces fituations que l’Xngé-r nieur doit trouver des reffources dans fon génie & fon expérience, pour parer Ôc remédier aux inconvéniens que caur-fent l’irrégularité des terreins. Les Livres ne peuvent donner que quelques idées générales fur ices fortes d’attaques, (k ç’eft ce que nous allons faire dans
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- des Places.’ 34$
- articles fui vans, où nous parierons des irrégularités du terrein, les plus ordinaires & les plus communes.
- XXX.
- De VAttaque d'une Place entourée de Marais,
- Ne Place entourée de Marais de
- KJ tous côtés, & qui 11’eft acceflible que par des chauffées pratiquées dans le Marais, eft dans un terrein très-peu favorable pour en former le Siège.
- Ce que l’on peut faire d’abord, eft de travailler à deffécher le Marais, ft l’on peut y trouver quelque écoulement, ôt de faire enforte de détourner les eaux qui entrent dans ces Marais, ce qu’on peut faire affez aifément en pays plat ou uni. Mais s’il s’y trouve de l’impoffibilité, il faut prendre le parti' d’aborder à la Place par les chauffées, en les élargiffant autant qu’il eft poffible l ôc en y prati-
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- 2.$o Traité de l*àttaque quant des ëfpaces pour remplacement des Batteries.
- Si Ip. fituation d’un tel terrein ne permet pas d’y conftruire des parallèles ou Places d’armes à l’ordinaire; ces Ouvrages y font aufii moins utiles que dans un terrein d’un accès facile & praticable > parce que l’Ennemi ne peut fortir de fa Place en force > pour tomber fur les. Travailleurs.
- Les chauffées qui abordent à la Place peuvent être fort peu élevées > & feulement au-deffus du niveau des eaux du Marais, où elles peuvent avoir une élévation de deux ou trois pieds au-deffus, du Marais. Si elles font de la première efpéce, elles ne peuvent point fournir de terre pour la conftruëtion de la Tranchée j&oneft dans ce cas dans la né-cefïité de la faire de fafcines ; de facs à laine , à terre, &c. Mais fi elles font de la fécondé efpéce , elles peuvent fournir affez de terre pour la Tranchée en obfervant de la faire un peu plus large, afin d’avoir plus de terre pour en
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- des Places.
- . former le parapet, fans pour cela être obligé de creufer jufqu’au niveau de l’eau.
- Il y a une chofe qui mérite une grande attention dans ces chauffées, c’eft d’ob-ferver fi elles font enfilées de la place , auquel cas il eft extrêmement difficile de s’établir deffus, & de faire aucun retour ou zigzag} parce qu’ils s’en trou-veroient auffi tous enfilés.
- Il eft bien difficile de parer à un âufïï grand inconvénient. Ajoutons à cela que s’il ne fe trouve dans ces chauffées aucun endroit ou l’onpuiffe placer des batteries à ricochet y le Siège fera extrêmement difficile à former.
- Cependant s’il falloit abfolument fe faire un paffage dans un terrein de cette nature y on pourroit faire un fondement de fafcines ôt fe couvrir de part ôt d’autre par de fort ôc bons gabions, facs à terre y ôte. ôt mener la Tranchée directement le long de la chauffée en fe tra-verfant fort fouvent la Figure 2. de la Flanche i St donne une idée de ce travail.
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- Traité de l’Attaque il fut employé au Siège de Bois-le-Duc en 1629. Mais alors la deffenfe des Places n’étoit point aufli fçavante qu’elle l’eft aujourd’hui, où un pareil travail au^ roit bien de la peine à être foutenu : Cependant il eft des circonftances où l’im-poflibilité de faire mieux doit engager à fe fervir de toutes fortes de moyens pour parvenir à fes fins. C’eft dans un terrein de cette nature quun Ingénieur trouve de quoi exercer toute fa fagacité ôc fa capacité. Si les Chauffées ont fix ou fept toifes de largeur , ôc fi elles, ont quatre ou cinq pieds de haut au-deffus du niveau des eaux du Marais ; fi elles ne font point enfilées de la Place % ôc fi elles contiennent de diftance en diftance des efpaces propres à établir des Batteries à ricochet; on pourra, quoi qu’un peu plus mal aifément, que dans un autre terrein, parvenir à fe rendre maître de la Place. Mais fi toutes ces circonftances ne fe trouvent point réunies enfemble, il y aura une efpéce d’irn-pofllbilité : dans ces fortes de fituation *
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- Dde s Placés.
- fen doit employer les Blocus pour fe rendre maître des Places. Il peut être fort long lorfque les Villes font bien miinies ; mais enfin, c’eftprefque le feul moyen quon puiffe employer utilement pour les réduire.
- Si les Marais impraticables rendent , pour ainfi dire, les Places qui en font entourées hors des atteintes d’un Siège, il faut convenir aufli que de telles Places font dans une fort mauvaife fituation pour la fanté de la Garnifon, & celle des Habitans. Mais il y a très-peu de Places qui foient totalement entourées de Marais, il y a prefque toujours quelque côté qui offre un terrein plus favorable aux approches, ôc alors, quand on en forme le Siège, on évite autant que l’on peut l’attaque du côté des Marais. Quoique les autres fronts foient ordinal rement plus forts, on ne laiffe pas que de prendre le parti d’attaquer la Place de leur côté, parce que la facilité des approches dédommage amplement de l’augmentation des ouvrages qu’il faut
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- â?4 Traité de l’Attaqüë. prendre pour s’en rendre le maître. Lof£ que les Marais font véritablement im^ praticables, la Place n’a pas befoin d’être aufïi exactement fortifiée de leur côté que des autres qui font plus accefiibles ; mais il arrive quelquefois que des Marais crus impraticables, ne le font pas véritablement ; ôc alors fi on en étoit inftruit bien exactement, on profiterait de la fécurité de l’Ennemi à leur égard, pour attaquer la Place parleur côté, ôt s’en rendre maître avec bien moins de tems ôc de perte. C’eft à ceux qui font chargés de ces fortes d’entreprifes de bien faire reconnoître les lieux avant que de fe déterminer fur le choix des attaques. Il y a d’ailleurs des Marais qui font impraticables dans un tems, Ôc qui ne le font pas dans un autre , fur-tout après une grande fécherefîe. Il peut fe trouver des Païfans des environs de la Place qui en foient inftruits ; on ne doit rien négliger pour être exactement informé du fol Ôc de là nature de ces Marais. On fent bien que le tems le plus’
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- des Placesï ayÿ
- propre ôt le plus favorable pour former des Sièges en terrein marécageux, eft au commencement de l’automne, lorf-que les chaleurs de l’êté font en partie delfeçhé.
- XXXI.
- De rAttaque d’une Place fituée le
- le long d'une grande Riviere.
- E s Places qui font fituées le long
- P -J des grandes Rivières, font d’une jprife bien moins difficile que celles qui font entourées de Marais. -
- On conduit leurs attaques à l’ordinaire du côté qui paroît le plus favorable, & on les difpofe de maniéré quon puiffe placer des batteries de l’autre côté de la Riviere , ou dans les Illes qu’elle peut former vis-à-vis la Place, qui protègent l’avancement des Tranchées , & qui même quelquefois, peuvent battre en brèche le front auquel on dirige les atta-
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- âÿtf Traité de lsAttaqüë ques. C’eftainfi que M. le Maréchal dè Vauban en ufa au Siège dû vieux Brifack en 1703 . Une batterie qu il établit dans une des Ifles que le Rhin fait vis-à-vis de cette Ville , nommée l’Me.des Cadets, d’où Ton découvroit un baftion qui étoit le long du Rhin, ôc que l’on poü-voit battre en brèche par le pied, acce^ lera beaucoup - la prife de cette Place * quife rendit le quatorzième jour de Toü-verture de la Tranchée*
- Au Siège de Kell en 1733. On plaça aufli des batteries dans les Mes du Rhin qui firent brèche à l’ouvrage à Corne de l’attaque, Ôc à la face du baftion dê ce fort placé derrière l’ouvrage à Corne. Ces Batteries battoient à ricochet la face ôc le chemin couvert de ce Ba~ ftion, dont la branche de l’ouvrage à Corne du coté du Rhin tiroit fa deffen-fe, ce qui aida beaucoup à avancer la Tranchée entre cette branche ôc le Rhin, ôc accélérer la Capitulation de ce Fort.
- Au Siège de PhUilbourg en 1734*
- On
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- dés Placés. 2.
- On s’empara d’abord de l’ouvrage qui voyez les étoit vis-à-vis de la Ville , de l’autre cô- Planches 3 té du Rhin, & l’on y établit des Batte- & ,7‘ ries à ricochet, qui enfilant leS déffêiifes du front vers lequel on dirigeoit les attaques , ne permettoient pas à l’Ennemi de faire fur les Tranchées 9 tout le feu qu’il auroit pu faire fans ces Batteries , qui plongeoient lé long de fes deffenfes.
- Lorfqu’ily a un Pont fur la riviere vis-à-vis de la Ville, il eft ordinairement couvert, foit par un ouvrage à Gotné 9 une demi-lune , &c. &. comme il eft important de s’emparer de cet ouvrage , on peut, pour y parvenir aifément, placer des batteries vers le bord de la rivière 3 qui puiffent ruiner le Pont ou le couper, au moyen de quoi la communication de l’oüvrage dont il s’agit, ne pouvant plus fe faire que difficilement avec la Ville, l’Ennemi fe trouve dans la néceffité dé l’abandonner;
- Une obfervation très-importante dans le Siège des Villes, placées le long des Rivières, c’eft de fcavoir à peu près le
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- 2J8 TràÎ ÏÉ DÈ t'ÀtYA^ÜÉ
- tems où elles font fujettes à fe déborder, ôc quelle eft l’étendue de l’inondation la plus grande, afin de mettre non feulement les Tranchées à l’abri de tout accident à cet égard ; mais encore de placer le parc d’Artillerie en lieu fur, & ou l’inondation ne puiffe pas s’étendre, & gâteries munitions de Guerre deftinées pour le Siège*
- XXXII.
- De VAttaque des Places fituées Jùr des hauteurs.
- UNe Place limée fur une hauteur, dont le front fe trouve fort élevé, & oppofé à un terrein ferré, qui ne fournit aucun endroit propre à l’établiffement des batteries à ricochet, eft affez difficile à prendre.
- Dans des fituations pareilles, on voit s’il n’y a pas quelque hauteur dans les environs dont on puiffe fe fervir pour y établir les batteries à ricochet. S’il
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- fcfcs PjLACÈSi ÙLÏ$. h’eft pas pofllble d’én trouver -, il faut bat-treles deffenfes par des batteries dire£tes> & faire enforte d’en chaffer l’Ennemi, par les Bombes quil faut jetter continuellement dans les ouvrages. A l’égard de la difpofition des tranchées & des parallèles , elle doit füivre la figure du terrein,& l’oA doit les arranger du mieux qu’il eft poflible> pour quelles produi-fent les effets aufquels elles font defti* nées dans les terreins unis.
- Il faut obferver ici que les liëüx forts élevés > qui ne peuvent être battus que par des batteries confinâtes dans des lieux bas, font, pour ainfl-dire, à l’abri du ricochet, parce que le ricochet ne peut porter le boulet que jufqu’à une certaine hauteur, comme de 12 ou 1$ toifes. Dans de plus grandes élévations, il faut pointer le Canon fi haut que l’afïut ne le peut foutenir. Et fi pour le moins fatiguer , on diminue la charge , il en arrive que le boulet n’a pas affez de force pour aller jufqu’au lieu où il eft déftiné.
- Il faut encore obferver que lorfque Rij
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- ïi<$q Traité de i’Attaq'üé l’on a des Tranchées à faire dans des tel-reins élevés, il faut, autant qu’il eft pof-lible , gagner d’abord le haut duterrein , pour y conduire la Tranchée, parce qu’aütrementlafuperiorité du lieu donnerait, non feulement beaucoup d’avantage à l’Ennemi, pour faire des forties fur les Tranchées conftruites dans le bas du terrein ; mais encore pour plonger dans ces Tranchées ; ce qui en rendroit le féjour très-dangereux.
- Les Places lïtuées fur des hauteurs 3 font quelquefois.entourées d’un terrein, fur la fuperficie duquel il n’y a prefque point de terre. Les Tranchées y font extraordinairement difficiles, ôc il faut nécelfairement les conftruire de facs à laine, de facs à terre, & autres chofes qu’on aporte pourfuppléer à la terre que le terrein ne fournit point. Il fe trouve auffi que la plupart de ces Places font, conftruites fur le Roc, & alors l’établif-fement du Mineur y eft bien long & bien difficile* On examine dans, ce cas s’il n’y a pas des veines dans le Roc, par
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- des Places;. $6% lêfquelles il puiffe être percé plus facilement.
- Il faut dans ces firuations s’armer de patience, & vaincre par la continuité du travail , tout ce que le terrein oppofe de difficultés & d’obftacles. M. Gou-Ion , dans fes Mémoires , propofe pour la defcente du foffé, pratiqué dans le Roc, de s’enfoncer au bord le plus profondément qu’on peut. Il fuppofe un foffé creufé de 30 pieds, & que les Mineurs étant relevés fouyent, puiffentpar-venir à s’enfoncer de 6 ou 7 pieds , en 7 ou 8 jours ; après quoi il fait faire un fourneau à droite &un à gauche de cette efpece de puits, difpofés de maniéré, que l’effet s’en faffe dans.le foffé. Avant que d’y mettre le feu, on doit jetée? dans le foffé un amas de facs.à terre, de fafçines, &c. pour commencer à le combler. Les fourneaux fautans après cela, les décombres qu’ils enlevent couvrent ces fafçines & facs à terre, ôt i\s comblent une partie du foffé. En continuant ainfi d’en fai£efëut;er,on parvient
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- 'àti2 Traité de l’Attaque â faire une defcente aifée dans le foiré.
- Pour faire brèche dans un Rempart taillé dans le Roc , lç même M, Gou-Ion propofe de mettre fur le bord du fofTé 7 ou 8 pièces de Canon en batterie , pour battre en brèche depuis lç haut du Rocher, jufqu’au haut du revêtement, qui peut être conftruit deflus, afin que les débris de ce revêtement, & de la terre qui eft derrière, faflent une pente allez douce, pour que l’on puifle monter à l’alTaüt. Si l’on veut rendre la brèche plus large & plus praticable, on peut faire entrer le Mineur dans les débris faits par le Canon, & le faire travailler à la conftru&ion dé plufieurs fourneaux , qui en fautant, augmenteront l’ouverture de la brèche.
- Il y a fans doute encore beaucoup de çhofes à dire fur toutes ces matières; mais nous renvoyons pour ce détail, aux Mémoires de M. de Vauban, qui font cori-noître toute l’étendue du génie de ce grand homme , & combien il étoit capable dç trouver de$ expédiehs pour-
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- des Places. àtf? vaincre tous les obftacles que les diffe-rens terreins, & les differentes fortifications pouvoient lui oppofer.
- XXXIII.
- De VAttaque des Villes Maritimes.
- L Es Villes Maritimes qui ont un Port, tombent affez dans le cas des au-très Villes, lorfque Ton- peut bloquer leur Port, ôc qu’on eft m aître de la Mer, & en état d’empêcher que la Place n’en foit fecouruë. Si la Mer eft libre , ou fi l’on peut feulement, furtivement & à la dérobée, faire entrer quelques VaifTeaux dans le Port, la Place étant continuellement ravitaillée, fera en état de fou-tenir un très-long Siège. Oftende allié-gée par les Efpagnols, Foutint un Siège de plus de trois ans. Les fecours quelle recevoit continuellement du cô-côté de la Mer, lui procurèrent les moyens de faire cette longue réli-fiance*
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- 264 Traite de l’Attaque
- Ainfi on ne doit faire le Siège de ces fortes de Places , que lorfqu’on eft en état d’empêcher que la Mer n’apporte aucun fecours à la Ville.
- Ce n’eft pas affez pour y réufïïr d’avoir une nombreufe Flotte devant le Port, parce que pendant la nuit, l’Enne? mi peut trouver le moyen de faire paf-fer entre les Vaiffeaux de la Flotte > de petites barques pleines de munitions. Le moyen le plus efficace d’empêcher ces fortes de petits fecours feroit de faire, fi la fituation le permettoit, une Digue ou Eflacade, comme le Cardinal de Richelieu en fit faire une, pour boucher entièrement le Port de la Rochelle,, Mais outre qu’il y a peu de fituations qui permettent de faire un pareil ouvrage , l’exécution en eft fi longue & fi difficile, qu’on ne peut pas propofer ce moyen, comme pouvant être pratiqué dans l’attaque de toutes les Ville Maritimes. Ce qu’on peut faire au lieu de çe grand ôç pénible ouvrage , c’eft de veiller avec foin fur les Vaiffeaux, pour en empê-
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- des Places. 26f
- cher, autant quü eftpofîible, quil n’entre aucune Barque ou Vaiffeau dans le Port de la Ville. Ce qui étant bien obfervé , toutes les attaques fe font fur terre comme à l’ordinaire , le voilinage de la Mer n’y fait aucun changement ; au contraire , on peut de deffus les Vaiffeaux, çanonner diffçrens ouvrages de la Ville , & favôrifer l’avancement 6c le pror grès des attaques.
- On bombarde quelquefois les Villes Maritimes fans avoir le delfein d’en faire le Siège, qui pourroit fouffrir trop de difficultés,On enufe ainfi pour punir des Villes dont oii a lieu defe plaindre ; c’efl: ainli que le feu Roi en ufa à l’égard d’Alger , Tripoly, Gènes , ôcc.
- Ces bombardemens fe font avec des Galiottes , conftruites exprès pour placer les Mortiers , & que pour cet effet on appelle Galiottes à. Bombes. M. le Chevalier Renau les imagina en 1680. pour bombarder Alger. » Jufqu’à lui, dit M, » de Fontenelle, dans fon Eloge, il » n’étoit tombé dans l’efprit de perfonne
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- 266 Traité de l’Attaque » que des Mortiers puffent n’être pas » placés à terre, & fe paffer d une affiet-» te folide. Cependant M. Renau pro-pofa les Galiottes, Ôt elles eurent tout le fuccès quil s’en étoit propofé. Les Bombes qu’on tira de deflus ces Galiottes firent de fi grands ravages dans la Ville, quelles obligèrent les Algériens, de demander la paix.
- XXXIV,
- De la maniéré de Je deffendre contre le fecours que l’Ennemi veut donner à me Place ajjîégée.
- PO U R ne point interrompre la fuite & le détail des travaux ordinaires du Siège, nous avons fuppofé que le Général avoit pris toutes les mefures nécefiaires pour parer à tous les obfta-clés de l’Ennemi % & réulïir dans fon entreprife, par fa grande fuperiorité fur lui. Il arrive cependant quelquefois que
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- des Places, 267 l’Ennemi que Ton avoit cru trop foi-ble pour fécourir la Place , fe met en devoir d'aller combattre l’Armée affié-geante, foit parce qu’il a reçu lui même du fecours , foit en grolîilîant fon Armée d'une partie des Garnifons des Villes qui font à portée, & dont le Siège n’eft point à craindre. En ce cas , il y a deux parties à prendre, Le premier, d’attendre l’Ennemi dans les lignes pour l’empêcher d’y pénétrer, ôc le fécond, de laiffer une partie de l’Armée dans les lignes , pour la garde des travaux du Siège , ôc pour réfi-fier à la Garnifon, & d’aller avec le refte au - devant de l’Armée Ennemie, pour la combattre hors de la portée des lignes.
- Ces deux partis ont chacun leurs par-tifans parmi les Généraux, mais il fem-ble que le dernier eft celui qui en a le plus.
- L’inconvénient que l’on trouve d’attendre l’Ennemi dans les lignes , c’eft quç çomtnç l’on ignore le coté qui}
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- atfS Traité de i/Attaque choifira pour Ion attfaque, on eft obligé d’être également fort dans toutes les parties de la ligne ; & que lorfqu’elle eft fort étendue, les Troupes fe trouvent trop éloignées les unes des autres, pour oppofer une grande réfiftance à l’Ennemi du côté de fon attaque. La plûpart des lignes de circonvallation qui ont été attaquées, ont été forcées ; ainfi le raifonnement Ôt l’experience femblent concourir également à établir , qu’il faut aller au-devant de l’Ennemi pour le combattre , & ne point le laitier- arriver à portée de la ligne.
- Cependant fans vouloir rien décider dans une queftion de cette importance-, il femble que lorfqu’une ligne n’eft pas fort étendue, on peut la deffendre avai> tageufement. II. eft certain d’abord que fi le foldat qui eft derrière la ligne veut profiter de tous fes avantages ,‘il en a de très-grands & de très-réels fur l’afTail-lant. Ce-lui ci eft obligé d’efluyer le feu de la ligne pendant un efpace .de tems allez çoafiderable y ayant de. parvenir
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- des Places^ à £9 iu bord du foffé de la ligne. Il faut qu’il comble ce foffé fous ce même feu ; ce qui lui fait perdre bien du monde, & doit déranger un peu Tordre de fes Troupes. Eft-il parvenu à pénétrer dans la ligne , ce ne peut être que fur un front fort étroit. Il peut être chargé de front & de flanc par les troupes qui font dedans , lefquelles en faifant bien leur dévoir , doivent le culbuter dans le foffé. Suppofons encore qu il parvienne à faire ployer la première ligne d’infanterie qui borde la ligne , la Cavalerie qui eft. derrière, peut & doit tomber fur l’Infanterie de TEnnemi, qui a pénétré dans la ligne ; & comme elle ne peut y avoir pénétré qu’un peu en défordre, cette Cavalerie peut aifément tomber deffus & la culbuter. Malgré les avantages fi évidens que donne un retranchement , l’experience , dit un Militaire célébré, * démontre que le foldat eft moins brave & moins refolu der- chevalier riere un retranchement qu’en rafe de Foiar<*« campagne. Il met toute fa confiance
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- àjo TkAITÉ DÊ t’AtïÀQÜÈ dans ce retranchement, Ôc lorfqüd l’Ennemi, pour éviter d’être trop long* tems expofé au feü de la ligne, fe jette brufqufemeiit dans le fofTé , ôc tâche de monter de-là fur le retranchement ; le Soldat commence à perdre confiance * êe il la perd totalement lorfqu’ il le voit pénétrer dans la ligne. » On croit dit cet Auteur, le mal fans remede, lorf-*» quil n’y a rien de plus aifé d’y en ap~ porter, de repouffer ceux qui font en-» très, ôc de les culbuter dans le folie* *> Car outre qu’ils ne peuvent pénétrer » en bon ordre, ils font dégarnis de tout » leur feu. Cependant, continue le mê* me Auteur, l’on ne fait rien de ce que » l’on eft en état de faire ; l’Ennemi en* » tre en foule, fe forme, Ôc l’autre fe re* » tire, ôc la terreur coutrant alors tout » le long de la ligne, tout s’en va, tout » fe débande , fans fçavoir fouvent mê* » me où l’on a percé ». On peut conclure de là que lorfque le fcîdat connoîtra bien tous les avantages que lui procure* ra un e bonne ligne, qu’il fera difpofé à s’y
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- 13 ë s Places. 571 bien deffendre, que toutes les parties pourront également en être foutenues , & enfin qu’on prendra toutes les précautions néceffaires pour n’y être point fur-pris , il fera bien difficile à l’Ennemi de la forcer.
- Nous en avons vû un exemple au Siège de Philiffiourg en 1734. Les bonnes difpofitions de la circonvallation empêchèrent M. le Prince Eugene, après qu’il l’eut bien reconnu, d’en faire l’attaque. Il fut limple fpeâateur de la continuation du Siège, & il ne jugea pas à propos, dit l’Hiftorien de fa vie 9 d’ef-fayer de forcer nos lignes, tant elles lui parurent refpe&ables ôt à l’abri de toute infulte. En effet le peu d’étendue de ces lignes mettoit l’Armée affiégeante en état d’en foutenir également toutes les parties. Elles formoient une efpece de demi-cercle irrégulier autour de la Place , dont le Rhin pouvoit être confi-deré comme le diamètre. Elles étoient deffenduës d’un avant-foffé& de puits, entre cet avant fofféôc la ligne, comme
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- 572 Traité de l’Attaque on le voit Planche 3 & 4. Si l’Ennemi eut voulu franchir ce foffé Ôc ces puits, il auroit perdu un monde confiderable par Je feu dé la ligne. Ces puits étoient Ci proches les uns des autres, qu’il n’étoit pas poffible de paffer entre leurs inter-vales. Il àuroit fallu les combler de même que l’avant-foffé, avec des fafcines^ Lalongueur & le danger de ce travail auroit indubitablement rebuté le foldat : en fuppofant qu’il eut pu parvenir à approcher de la ligne f il eft prefque démontré que l’état dans lequel il y feroit arrivé , ne ne lui auroit pas permis de tenir contre la valeur des Troupes qu’il auroit eu à combattre*
- Ce raifonnement paroît d’autant plus jufte, qu’on peut préfumer que le Prince Eugene en a fait un a peu près femblablej car puifqu’il n’a pas cru.devoir tenter cette attaque 9 il eft naturel d’en conclure y qu’il ne voyoit aucune poflibilité d’y réuffir.
- Lorfque l’on fe trouve dans une fitua-tion pareille, on peut donc attendre tranquillement
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- des Places." af}' tranquillement l’Ennemi dans la ligne ; mais lorfque fon étendue ne permet pas de la garder partout également , alors il paroît que le parti le plus fûr , eft d’aller au-devant de l’Ennemi, ainfi que M. le Maréchal de Tallardie fit à Landau en 1703. Ayant battu l’Armée qui venoit au fecours de cette Place, il retourna à fon Siège, & il l’acheva tranquillement. Mi le Duc de Vendôme faifant le Siège de Barcelonne en 165)7* en avoit ufé de la même maniéré» Ayant appris que le Marquis de Velafco, Vice-roi de Catalogne, fe difpofoitàle venir attaquer y il alla au-devant de lui, le def-fit entièrement, & revint enfuite devant la Place, qu’il obligea de capituler» Tout le monde fçait qu’au Siège de Turin en 17061 feu M. le Due d’Orléans propofa de prendre le même parti, ôc que pour ne l’avoir pas pris, l’Armée Françôifefut obligée de lever le Siège de cette Place > parce que les lignes n’é^ tant pas également bonnes par tout , l’Ennemi pénétra par un côté qui avoit
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- 274 TfeALT’i DE L*ATtÀQÜË été négligé. Il y força les troupes , £ê il fecourut laVille.
- M. le Chevalier de Folard prétend que fans aller au-devant de l’Ennemi, il étoit aifé de l’empêcher de forcer les lignes/en ne fe négligeant point furies attentions néceflaires pour les foutenir. Que pour cela, il falloit envoyer a£ fez de monde pour foutenir les lignes du côté que le Prince Eugene les atta-^ qua; qu’elles ne valoient abfolument rien de ce côté, qu’il n’y avoit pour les deffendre que la feule Brigade de la vieille Marine, qui fut obligée de bor* der la ligne fur deux de hauteur, & qui dans cet état repouffa pourtant TEnne™ mi. Mais que pendant l’attaque , le Prince Eugene ayant remarqué un endroit de la ligne, fur la droite , où il n’y avoit qu’une compagnie de Grenadiers , & qu’on pouvoir aller à cet endroit à couvert d’un rideau ou élévation de terre, pendant le tems qu’il occupe-roit les Troupes de cette droite; il y fit aller cinquante hommes pour tenter l’a-
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- t>è s Placés; 27; Vanture, lefquels entrèrent par cet endroit là : qu’on s’imagina d’abord qu’il y étoit entré un corps beaucoup plus con-fiderable, & que ce pofte qui n’étoitpas allez garnldé monde pour réfifter, ayant été emporté, l’épouvaie fe comm-jniqua par tout & fit abandonner la ligne* .Ce même Auteur ajoute que fi M. d’A-bergotti, qui étoit à portée d’envoyer un fecours confidérable au pofte dont ori vient de parler, l’avoit fait, l’entre-prife du Prince Eugene fur les lignes,, -échoüoit infailliblement. Ainfi l’exemple de Turin entendu & expliqué de cette maniéré, ne prouve nullement que des lignes bien ioutenues & bien deffen-dues, foient toujours forcées indubitablement» Il prouve feulement que lorsqu’il y a eu quelque négligence dans la circonvallation , qu’elle n’eft pas également bonne de toute part, & que -l’Ennemi peut avoir le te ms d’y forcer quelques quartiers avant qu’ils puilfent -être feco.urus des autres , il ne faut pas s’y renfermer ; mais qu’on le peut lor3
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- 276 Traité de l’Attaqüè que la ligne eft en état d’être bien de£ fendue , comme l’étoit celle de Philifi -bourg.
- Malgré tout cela il faut convenir que le moyen le plus affuré pour achever un Siège tranquillement, c’eft d’avoir une ionne Armée d’obfervation poftée aflez avantageufement, pour que l’Ennemi ne puifle la forcer de combattre fans s’expofer à un péril évident, ôc de maniéré qu elle couvre le Siège, ôc que même elle en puifle tirer du fecours des Troupes qui y font employées , fi l’En-nemi prenoit le parti de vouloir la combattre*
- C’eft ainfi que le feu Roi. s’eft conduit dans la plupart des Sièges qu’il a fait en perfonne, ôc qui lui ont toujours réuflis.
- Si l’Ennemi ne prend pas le parti d’attaquer de vive force l’Armée aflié-geante , il peut tenter de faire entrer dans la Ville de petits fecours de Troupes Ôc de munitions. Le moyen d’en empêcher eft de circonvaller la Place exactement , ôc de ne laifîer aucune ouver-
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- des P l a c e s; 277
- toe aux lignes fous quelque prétexte que ce foit.
- L’ennemi peut encore eflayer de fai-re lever le Siège en s’emparant du lieu d’où l’Armée alîiégeantç tire fes vivres 6c munitions. C’eft ainfi que M. le Maréchal. de Villars fit lever le Siège de Landrecy au Prince Eugene. Mais avant que de faire le Siège, le Général doit avoir pris les arrangemens nécelfaires pour la fureté de fes magafins , ôt pour couvrir fes convois, Ôc s’être afîuré de tous les poftes par où l’Ennemi pourroit les attaquer,.
- Il doit fe mettre à la Place de l’Enne-: mi, voir tout ce qu’il feroit en pareil ças, ôc fonger enfuite aux expédions les plus propres pour couvrir fes magafins ôtles mettre à couvert de toute entre-, prife..
- Un autre expédient que PEnnemi peut encore prendre pour faire lever le Siège, c’eft d’attaquer une Place importante, que l’Armée afllégeante a intérêt de çonferverafin de l’engager d’aller à foi*
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- 278 Traité de l’Attaque fecours -, & d’abandonner le Siège au* quel elle efl occupée. Mais cet expédient , qui doit avoir été prévu, ne doit pas faire quitter le Siège. Il eft naturel avant que de fonger à attaquer les Places ennemies , de commencer par prendre toutes les précautions que la prudence & l’intelligence de la guerre peuvent fuggerer, pour conferver les tiennes , & les mettre à l’abri des attaques de l’Ennemi. Il ne peut manquer de lui venir dans l’idée, de fe dédommager, s’il lui eft pofïible, fur vos Places, de celle que vous lui enlevés, par conféquent ayant prévu ce qu’il peut faire, on doit y avoir remédié. Si cependant l’Ennemi trouve jour à faire quelque entrepri-fe confidérabls, &: qui demande un prompt fecours, on peut, fi l’on juge ne point avoir allez de tems pour prendre la Ville dont on a formé le Siège, ôc pour aller s’oppofer au deffein de l’Ennemi, prendre le parti de lever le Siège; mais pour cela, il Faut des çireonftan-ees très - prefFant.es* Lorfque le Prince
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- DE S. Pt ACES.. 37ÿ
- d’Orange faifoit le Siège de. Namut-en îtfpÿ. M. le Maréchal de Villeroi pour l’en diftraire prit le parti d’aller fe poftçr devant Bruxelles pour obliger ce Prince d’y porter du fecours ôc d’abandonner Namur ; mais il aima mieux laiffer bombarder cette Ville * que de renoncer à une, conquête fort importante y qui ne pouvoir plus lui échap* per avec encore un peu dé perfeve-rance.
- XXXV,
- De la Levée. $ un Siège,
- NO u s ne dirons qu’un mot de cette défagréable manoeuvre, mais on ne peut gueres fé difpenfer d’en parler, après avoir traité du fecours des Places..
- Suppofant que par quelques unes des. circonftances. dont nous avons parlé, dans l’article précèdent> ou par quelques autres caufes , on fe trouve dans la triûe néçeflité d’abundonner le Siège A
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- a8o Traité de l’Attaque on doit , fl Ton craint d’être incommo-. dé dans fa retraite par la gamifon , lui en cacher le deffein. On fait alors retirer de bonne heure les Canons & les Mortiers des batteries. On a foin de faire ramafîer tous les outils , & de les faire ferrer ; & fi Ton a deffein de dérober fa marche à l’Ennemi, on fait partir tout l’attirail de l’Artillerie & du bagage à l’entrée de la nuit ; les Tranchées ôdes Places d’Armes étant encore garnies de foldats qui font feu pour tromper l’Ennemi , & lorfque le Bagage eft alfez avancé & éloigné de la Place , toutes les troupes le fuivent, en laiffant des feux dans le Camp , de la même maniéré que fi l’Armée y étoit encore, On fait efçorter le tout par de la Cavalerie ou par de l’Infanterie, fuivant que l’on a à fe retirer par des plaines, ou par des endroits couverts. Il arrive quelquefois que l’on eft prefifé de fe retirer, & que l’on ne peut tout emporter avec foi ; en çe cas on gâte & brûle les chofes qu’on çfi obligé de laiffçr , afin que l’Ennem,!
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- DES PLACES' 28l
- pe puifle pas en tirer de profit, ôcç.
- Lorfque l3Armée ne eraint pas les attaques de la Garnifon dans fa retraite , elle fait partir de jour tous fes Bagages & Equipages, & elle fe met à leur fuite,
- XXXVI.
- De t Attaque des petites Villes Châteaux, &c.
- T O u T ce que nous avons dit jufqu à prefent fe raporte aux Sièges des Places exactement fortifiées & importantes. Mais dans le cours de la guerre il fe préfentè fouvent de petites Villes qui fervent de polie à l’Ennemi, dont il faut s’emparer; de petits Châteaux qui ne méritent pas l’attention d’une Armée qu’pn envoyé prendre par quelques détachemens commandés par differens Officiers , fuivant l’importance des polies. Quelques obfervations fur la manière de fe conduire dans ces fortes d’^t-
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- n%2 Traité de l'Attaque taques , ne feront peut être, point inuti-les aux jeunes Officiers pour lefquels cet Ouvrage eft compofé, ôt qui peuvent fe trouver chargés de la prife de ces polies.
- La plûpart de ces Villes & Châ-teaux, ne font enfermés que de Amples murailles non terraffées. Il y a au plus quelques méchans foliés, allez faciles à palier, ou bien, quelques petits ouvrages de terre fraifée & palilladée vis:à-vis les portes pour les couvrir, & les. mettre , à l’abri d’une première infulte.
- Quelque foible que foient les mu-, railles de ces endroits, ce feroit s’ex-pofer à une perte évidente, d’aller en plein jour fe préfenter devant, & chercher à les franchir, pour pénétrer dans la Ville ou dans le Château.
- Si ceux qui font dedans font gens de réfolution & de courage, ils fendront bien toute la difficulté qu’il y a d’ouvrir leurs murailles, Ôc de palier dellus, ou de rompre leurs portes, pourfe procurer une entrée dans le lieu.
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- Il faut donc pour attaquer ces petits endroits être en état de faire brèche aux murailles, ôc pour cet effet il faut faire mener avec foi quelques petites pièces de Canon d’un tranfport facile , de même que deux Mortiers de 7 ou 8 pouces de diamètre ; s’arranger pour arriver à la fin du jour auprès des lieux qu’on veut attaquer , ôc y faire pendant la nuit une efpece d’épaulement, pour couvrir les Troupes, ôc faire leryir à couvert le Canon, ôc les Mortiers ; en faire ufage dès la pointe du jour fur l’Ennemi, c’eft le moyen de le réduire promptement, ôc fans grande perte.
- Mais fi l’on n’eft pas à portée d’avoir du Canon, le parti qui paroît le plus fiir Ôc le plus facile, fuppofant qu’on connoiffe bien le lieu qu’on veut attaquer, c’eft de s’en emparer par l’efcala-de. On peut faire femblant d’attaquer d’un côté poujr y attirer l'attention des Troupes, ôc appliquer des échelles de l’autre , pour franchir la muraille, ôc pénétrer dans la Ville. Suppofant que
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- 584 Traité de l’Attaque l’efcalade ait réuflie , ceux qui font em. très dans la. Ville doivent d’abord aller aux portes pour les ouvrir ôc faire entrer le refte des Troupes. Après quoi * il faut aller charger par derrière les foldats dé la Ville qui fe deffendent contre la fauf-fe attaque , fe rendre maître de tout ce qui peut affurer la prife du lieu &, forcer ainficeux qui le deffendent à fe rendre..
- On peut dans ces fortes d’attaques'fe-fervir utilement du Pétard. Il eft encore d’un ufage excellent pour rompre les portes & donner le moyen de pénétrer dans les lieux dont on veut s’emparer. Il faut autant quil eft poffible ufer de fur-prife dans ces attaques, pour les faire heureufement & avec peu de perte. On trouve dans les Mémoires deM. deFeu-quieres differens exemples de poftes femblables à ceux dont il s’agit ici qu’il a forcé; on peut fe fervir de la méthode qu’il a obfervée pour en ufer de même dans les cas femblables. Nous ne les rapportons pas ici} parce qu’il eft bon
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- des Places; a'8/, que les jeunes Officiers lifent ces Mémoires qui partent d’un homme confom-mé dans toutes les parties de la guerre , & qui avoit bien mis à profit les leçons des excellens Généraux fous lefquels il avoit fervi.
- Il y a un moyen fur de chaffer l’En* nemi des petits poftes qu’il ne veut pas abandonner , & où il eft difficile de le forcer, c’eft d’y mettre le feu. Ce moyen eft un peu violent, mais la guerre le permet, & on le doit employer lorf-qu’on y trouve la confervation des trou* pes que Ton a fous fes ordres.
- Quelque foit la nature des petits lieux que l’on attaque, fi l’onne peut pas s’en emparer par furprife, ôc que Ton foit obligé de les attaquer de vive force, il faut difpofer des fufiliers pour tirer continuellement fur les lieux où l’Ennemi eft placé , ôt aux créneaux qu’il peut avoir pratiqué dans fes murailles ; faire rompre les portes par le Pétard, ou à coups de Haches ; & pour la fureté de ceux qui font cette dangereufe opéra-
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- z%6 Traité de l’Attaque tion, faire le plus grand feu par tout o& l’Ennemi peut fe montrer. La porte étant rompue , s'il y a des Barricades derrière , il faut les forcer , en les attaquant brufquement , & fans donner le tems à l’Ennemi de fe reconnoître , & le prendre prifonnier de guerre , lorf* qu’il s’eftdeffendujufqu’a la derniere ex^ trémité, & qu’il ne lui eft plus pofïible de prolonger fa deffenfe.
- XXXVII.
- De la Surprije des grandes Villes*
- LEs Villes de Guerre dans lef-quelles on fait le fervice militaire avec exa&itude, font peu expofées aux iurprifes , mais il peut s’en trouver, ôc il s’en eft trouvé en effet $ dans lefquelles la négligence de ce fervice a donné lieu à l’Ennemi de tenter de s’en emparer par furprife.
- Un détail complet de tout ce qui regarde les furprifes nous meneroit trop
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- loin , il s’agit feulement d’obferver ce qu il y a de plus général pour y reuffir. -J . Toute furprife devant particulièrement être fondée fur la négligence du fervice Militaire, il faut d’abord être inf-truit exa&ement de la maniéré dont il s’y fait, &du cara&ere des Officiers qui y commandent. Ondoit avoir une connoif* fance exa£te du nombre de Troupes qui y font renfermées ; des poftes importans de .la Ville, pour tâcher de s’en emparer des premiers; avoir auffiune connoilfan-ce exaâe des environs de la Place, pour pouvoir y arriver fans être découvert. On peut avoir toutes ces inftru&ions par quelqu’un de la Place qu’on trouve le moyen de gagner, ou bien en y faifant demeurer pendant quelque tems un habile Officier , fous quelque pretexte, dont on ne puiffe pas prendre d’ombrage. Il eft toujours dangereux de fe confier à quelqu’un de la Ville, parce qu’il peut arriver que ce quelqu’un faffe part du projet à ceux qui y commandent, Ôc qu’il ne vous y attire pour vous furpren-
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- aa’88 Traité de l9 Attaqué dre vous même par l’appas de la prife dé la Ville. C’eftà quoi il faut donner une attention particulière, & à tout évene-nient, s’affurer avec foin du conducteur de l’entreprifè*
- Lôffqué l’on a toutes les connoilfan-ces qü’oii délire , on examine le lieu le plus favorable pour fe donner un accès dans la Place, foit par un égout y comme on le fit à Crémone, foit par quelque autre endroit fur lequel l’Ennemi peut s’être négligé , foit aulïi en faifant entrer differens Officiers ôt foldats dans la Ville , habillés en payfans , Marchands y femmes, &c. qui doivent fe jetter fur les foldats du corps de garde de la porte y les défarmér ; faire enfüite avancer les troupes de dehors pour s’en emparer ôc fe rendre maître énfuite de tous les polies importans de la Ville ; foit enfin en faifant cacher dans la maifon de queh que particulier, qüe l’on aura gagnéy les Officiers & les foldats qu’on aura furtivement fait entrer dans la Place , ôc s’en fervir pour aller la nuit égorger les Sentinelles
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- bfes Placés;
- Sentinelles de la porte ; fe rendre maîtres du corps de garde , & pour rompre la porte, faire bailler les ponts-levis, & donner l'entrée de la Villes aux Trou* pes qui doivent s'en emparer» Outre ces moyens, qui font les plus communs * ôt dont on a faittifage plufieurs fois -, on en peut imaginer de differens, füivant les occurrences & fuivant que la nature du lieu peut le függerer. Suppofant qu'on ait tout difpofé pour entrer dans la Ville, Ôc qu'on y foit parvenu par quelques uns des moyens que nous ve* nons d’indiquer, ou par quelqu autre ; on doit d'abord s'étendre fur les remparts pour s’en rendre les maîtres, & empêcher que l'Ennemi ne falfe ufage du Cânon qui y eft ordinairement placé. On doit aufli aller aux Cafernes pour s'en emparer, & empêcher que la garnifon ne fe joigne enfemble pour faire un effort général pour reprendre la Ville. Si l'on fçait la demeure des Comman-dans , il eft bon d’y envoyer desfoldats pour les prendre prifonniers de guerre >
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- àpb T.raïïÉ dè l’Attaqué afin que la garnifon fe trouvant faftS chef, ait moins dé facilité à fe deffert4-dre. Enfin s’il y a quelque Donjon, Château ou Citadelle dans la Ville, il eft aufîi très-important d’empêcher que la Garnifon ne s’y retire, de lui en cou-, per le paffage, & de faire même enforte de s’en rendre promptement le maître : car fans cela la réufîite auroit beaucoup de difficulté. Voilà en gros, Ôc fort en gros , les attentions générales qu’il faut âvoif dans ces fortes d’entreprifes. Elles font communes avec celles qu’il faut avoir lorfque l’on eft entré dans une ;Ville par l’efcalade. Opération qui va faire la matière de l’article Fuivànt.
- a
- XXXVIII.
- Des Efcalades.
- LÀ manière de s’emparer d’une Ville en franchiftant le mur avec des échelles > qui eft ce que nous appelions l’Efcalade , étoit bien plus commune
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- DÉS Pl àc E S.
- lisant l’invention de la poudre qu’au; our-d’hui ; auffi pour s’en garantir, les Anciens prenoiènt-ils les plus grandes précautions. Ils ne terralfoient point leurs murailles, ôc ils les élevoientbeaucoup, enforteque non-feùlemënt il étoit befoffi d’échelle pour monter defliis , mais encore pour eh defcendre dans la Ville, Les Tours dont là muraille étoit flanquée, étoient encore beaucoup plus élevées que la muraille, & l’efpéce de petit chemin qu’il y avoit du côté intérieur de cette muraille, & fur lequel étoient placés les Soldats qui deffendoient la Ville, étoit coupé vis-à-vis de ces Tours* tenforte que l’Ennemi, pour être parvenu au haut de la muraille, n’étoit, pour ainfi dire,.encore maître de iriem Cependant malgré ces difficultés , lés efcalades s’entreprenoieiit fouvent. Il y a apparence que la longueur du tetns qu’il fal-loit employer pour faire brèche au mu» de la Ville , faifoit prendre ce parti * & que le Canon pouvant faire une ouverture au mur allez promptement, oh
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- àpa Traité de l'Attaque a infenfiblement, pour ainfi dire , perdu l’ufage de s'emparer des Villes par l’ef* calade.
- Il fe peut bien attffi que la difpofition de nos Fortifications modernes y ait contribué* Les Anciens n'ayant point de dehors, on pouvoit s’approcher tout d’un coup du bord de leur foffé, descendre dedans & appliquer des échelles le long du mur. Nos dehors n,e permettent pas un fi facile accès au corps de la Place. Cependant lorfque le foffé efl fec, comme il faut communément qu’il le foit dans les efcala-des, il ne feroit pas impoilible, fi la Place n'avoit pour tout dehors que des demi-lunes ôt fon chemin couvert, de parvenir à Pefcalader, fur-tout, fi la Garnifon en étoit foible ; car ces fortes d’entre-prifes' ne peuvent guère réuffir contre Une Garnifon nombreufe, en état de bien garnir tous fespoftes, ôt de les bien def-fendre ; mais quand on fuppoferoit trop de difficultés pour y réuffir dans nos Villes fortifiées à la moderne, il fè trouve fou-
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- vent, dans les Pays où l’on fait la guerre, des Villes qui ne font entourées que de murailles terraffées , & devant lefquelles il n’y a qu’un Ample folié. Contre ces fortes de Villes l’efcalade pourrait s’employer & réufïir heureusement, comme elle a réuifi à Prague au mois, de Décembre 1741.
- Pour bien réufïir dans l’efcalade d’une Ville , il faut d’abord avoir une connoif-fance parfaite de la Place ôc de fes Fortifications afin- de fe déterminer fur le côté le plus facile à efcalader, &: lé plus négligé par l’Ennemi.
- 11 faut avoir provifion d’un grand nombre d’échelles, afin de. pouvoir faire monter un plus grand nombre de gens en mê-me-tems ; être munis de pétards pour s’en fervir pour rompre les portes , ôc donner entrée aux Troupes eomman* dées pour fo.ute.nir l’entreprife.
- Pour trouver moins d’obftacle de la part de: l’Ennemi, il faut le furprendre. Un ennemi qui feroit fur fes gardes à cet égard, feroit bien plus difficile à être Tii]
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- 3941 Traité de l’Attaque forcé, parce qu’il eft aifé de fe defifendro contre l’efçaladé lorfqu on eft prévenu..
- Mais dans le trouble que caufe d’abord fon exécution inattendue, l’Ennemi ne penfe pas à tout, ou du moins il ne peut parer à tout. Qn l’attaque de plnfieurs côtés, afin qu’il partage, fes forces. Il ne lui eft pas facile de démêler parmi les attaques quelles font les faulîes & quelles font les véritables ; il eft donc obligé de foutenir également tous fes. poftes ; & pendant qu’il eft occupé d’un côté, on entre dans la Place par un autre.
- Il eft donc efîentiel de cacher à l’Ennemi le defTein de l’entreprife que l’on médite contre lui. Pour cela il faut qu’il ne foit pas inftruit de la con.ftru&ion des échelles néceffaires en pareil cas, Ôcs’il ne s’en trouve pas un nombre fuffifant dans les Magazins ,* il faut en faire conf-truire fécretement.
- On peut faire des échelles qui fe démontent, ceft-à-dire, compofées de plufieurs parties, elles fe tranfportem
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- ' des Places... sp; beaucoup plus facilement. On s’en fer-vit de cette efpece pour l’efcalade de Geneve.en 1602.
- Lorfcjue tout eft préparé pour l’entre-prife & qu’il ne s’agit plus que d’aller l’exécuter, ori prend la quantité de monde dont on juge’ avoir befoin, tant en Infanterie qu’en Cavalerie. La Cavalerie peutfervir à charger l’Ennemi affem-hlé dans les différentes Places de la Ville , lorfqu’on lui en a donné .rentrée , à le diftiper promptement, Ôc à favori-fer la retraite, il l’on eft dans l’obligation de fe retirer, ôc s’il y a des Plaines à paffer dans la retraite. On mene aufti avec foi des Serruriers Ôc des Charpentiers pour s’en fervir fuivànt le befoin ôc l’occafion,
- Ondirige la marche de maniéré qu’on arrive devant la Ville une ou deux heures: ayant le jour, ôc l’on ne néglige aucune attention pour que. l’Ennemi n’en, puiffe être informé de perfonne. S’il fe rencontre quelqu’un en chemin, il faut l’arrêter ôc arriver devant la Place avec Tiüi
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- Traité de l’Attaque; le plus grand filence. Comme on dok être informé des chemins que l’on a à tenir, des défilés qu’il faut paffer, on eft en état de juger du rems que pourra durer la marche. Il eft important d’en faire la calcul exaêt, car il pourroit arriver que l’Armée étant trop long-tems en marche , arriveroit trop tard devant la Place pour commencer l’attaque avant le jour, auquel cas, à moins d’une gram de fupériorité, il faudroit prendre le parti de s’en retourner. Il arrive quelquefois* fuivant la fituation des lieux , qu’on fait arriver les Troupes devant la Place par differens chemins ; en ce cas la marche eft moins longue & moins embaraflànte ; mais les Officiers qui conduifent chaquç corps, ne doivent pour aucune circon-fiance particulière , retarder leur marche afin d’arriver devant la Place à l’heu^ ye qui leur aura été indiquée, ôt que les differentes attaques commencent toutes en même tems, ou aux heures dont on fera convenu ; car il eft quelquefois à Jprçposj fur tout, lorfque là Ville eft gran~.
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- des Places, 297 de, de les commencer fucceflivementé La première attaque attire d’abord toute l’attention de l’Ennemi, qui s’y porte promptement ; la fécondé l’oblige de partager fon attention, & lorfque les premières attaques , qui ordinairement font fauffes , ont attiré la plus grande partie de lagarnifon , on commencé la véritable, dans laquelle on doit trouver moins de réfiftance.
- On voiture les Echelles devant la Place fur des Chariots. Ces Chariots font précédés de la plus grande partie des Troupes deftinées à cette expédition y lefquelles font aufïi précédées de quelques compagnies de Grénadiers qui font leuj: avant-garde.
- Etant arrivé auprès dé la Ville, on s y met en bataille, toujours dans un grand filence. On diftribue les échelles aux premiers foldats qui doiven: commencer l’efcalade, & qui doivent être les plus braves & les plus vigoureux de la troupe.
- On partage les Troupes de l’attaque çn plusieurs petits corps, comme de 1 oq
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- æ$8 Traité de l’Attaque ou 120 hommes commandés par leurs Officiers , & l’on s’avance auprès de la Place. Sil y a un chemin couvert, on fe fert des ferruriers pour en faire fauter les barrières, avec le moins de bruit qui foit poffible. Les Troupes après y être en-, trées cherchent à defçendre dansle folié,, les foldats qui ont des échelles s’en fervent, ( fuppofé qu’il foit profond &re^ vêtu, ôc qu’on nepuilfepas fe gliffer le long de fon talud, ce qui eft d’une'bien plus prompte expédition, ) & les autres par les dégrés ou efcaliers que l’on pratique ordinairement aux arrondilfemens de la contrefcarpe ôt à Tes angles ren-trans.
- Dès que l’on eftdefcendu dans le fof-fé, on aplique avec la plus grande diligence les échelles contre le rempart ou fon revêtement, & on fe hâte de monter promptement fur le rempart, fans con-fufion & fans trop charger les échelles. Lorfqu’il y a un corps de ioo ou 15*0 hommes de montés, on fait venir les fer-rurriers & les Charpentiers pour rompre.
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- des Places. ’app Ja porte la plus prochaine. A mefure que que les Troupes montent fur le rempart, on les range en bataille, ôtfi l’Ennemi fe préfente, on le charge vigoureufe-. mentlabayonnetteau boutdufufü, fans tirer, pour ne point donner une trop, forte allarme aux corps de garde voifins quand on eft en afîez grand nombre fur le rempart: Ôc que l’on a fait ouvrir une porte pour faire entrer dans la Ville les Troupes du dehors, on s’étend tout le long du rempart pour s’en rendre fo-lidement le maître, & enfuite on fe joint avec le corps qui eft entré par la porte, pour charger l’Ennemi dans tous les lieux de la Ville où il peut fe retirer., Silorfqu’il n’y a encore qu’un petit nombre d’hommes de monté fur le rempart, l’Ennemi venoit pour les charger, ils fe deffendroient du mieux qu’ils pouroient çontre lui, en fe faifant un rempart des differentes chofes qu’on peut trouver fur le rempart, comme des branches des arbres qui font communément defîus, ôc s’çn faifant une efpecede retranchement
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- 3oo Traité de l’attaque derrière lequel on fe tient jufqu’à ce: qu’il y ait de monté fur le rempart, un nombre d’hommes furfifant pour charger l’Ennemi & le dîffiper.
- Si l’Ennemi eft exaft à faire fes rondes , qui! s’aperçoive que les Troupes, font dans le foifé & prêtes à monter,, qu’il faffe tirer les fentiijelles pour donner l’allarme à la Ville, on ne laifle-ra pas de monter promtement ; comme il faut toujours quelque cfpace de tems pour qu’il vienne du fecours, on peut en profiter pour monter fur le rempart , en aflfez grand nombre pour s’y foutenir contre les Troupes de garde * qui font les premières qui peuvent fe pré-fenter fur le rempart pour en defiendre: l’accès.
- S’il y a un Château ou une Citadelle dans la Ville, qui foit, comme il eft d’ufage , partie dans la Ville ôc partie dans la campagne , il faudra y donner l’efcalade en même tems qu’à la Ville, afin que l’Ennemi n’y trouve point de retraite, ôc que prelfé de tous côtés, il
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- des Places; 501 Cbit dans la nécelïité de fe rendre.
- On a grande attention, tant que l'En-nemi n'eft pas réduit & qu il eft en état de combattre , d'empêcher qu'aucun foldat ne fe débande pour piller. On doit deffendre fous peine de la vie à tout foldat de fortir de fon rang, ôt d'entrer dans les maifons, comme aufli d’y mettre le feu : fans cela les foldats fe partage-roient de differens côtés, poulfés par l’avidité du pillage , ils s'expoferoient par là à être battus en détail, Ôc à faire manquer l’entreprife.
- Lorfque la Garnifon a rendu les armes & qu’il n'y a plus d’Ennemi à combattre , on doit encore contenir le foldat, pour fauver la Ville du pillage ; mais pour le recompenfer, on impofe en ce cas une fomme à la Ville, pour l'exemption du pillage , qu'on diftribue enfui-te à tous les foldats qui ont eu part à fa prife.
- Pans ce que nous venons de dire , nous avons fuppofé que le folfé de la Place étoit fec , s'il ne l'eft point, la
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- 502 Traité de l* Attaqué Ville fera plus difficile à efcalader. Ôrt pourroit pourtant fe fervirde Sambuques, efpeces de bateaux avec des échelles en tifage chez les anciens, mais il eft bien difficile de les faire approcher des murailles fans bruit ; Ôc comme nous l’avons déjà obfervé, l’efcalade ne peut gueres réuffir que lorfque l’Ennemi eft furpris.
- Lorfqu’il y a de la vâfe dans le folié > que le fond n’en eft pas folide y on fe munit de clayes , ôc de planches que l’on pofe fur cette vafe, ôc l’on pâlie en-fuite defliis fans enfoncer.
- Le tems le plus favorable pour fur-prendre les Villes dont le folié eft plein d’eau, eft l’hiver pendant une forte gelée. On peut franchir àifément le folié en paflant fur la glace, Ôc monter fur le rempart y le pied des échelles étant pofé fur la glace du folié. Un Gouverneur attentif, a foin dans les gelées ? de faire rompre tous les jours la glace de fes foliés , mais il peut s’en trouver qui négligent cette attention y ôc d’ail-
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- t)es Placés. 305 ïéurs ceux qui font chargés de l’exécution , peuvent la faire avec tant de négligence , qu’il foit encore poffibîe de fe fervir delà glace, pour planter les échelles au pied du rempart, & pour franchir le fofle. C’eft à ceux qui fe chargent de ces fortes d’entreprifes de bien faire obferver la conduite du Gouverneur, & celle de ceux quil charge de Inexécution de fes ordres, pour voir la manière dont ils les exécutent, & pour prendre leur parti en conféquence.
- Lorfque l’on eft parvenu dans la Ville, il y a foùvènt de la difficulté à rompre les portes. Le pétard y comme nous l’avons dit, doit y être employélorfqu’on ne peut pas faire fauter la porte de fes gonds. Ilfautauffi avoit attention, s’il y a une herfe , de placer quelque chofe deffous, ou dans fes couliffes pour env-pêcher que la Sentinelle, 'qui eft ordinairement au-deffus de la porte, né la faffe tomber, ce qui augmentéroit la difc ficulté du paffage. S’il y a des orgues, le meilleur expédient pour s’en parer >
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- 304 Traité ûe l’àttaqüé feroit d’aller tuer celui qui eft deftiné à les faire tomber en cas de furprife ; mais il faudroit être inftruit du chemin qui conduit jufqu à lui* Si l’on ne peut pas y parvenir, 6c qu’il lâche le moulinet qui les retient, il faudra fe réfoudre à les brifer à coups de haches ou à les faire fcier. C’eft un retardement inévitable , ôc qui prouve la bonté de leur ufage»
- Le Chevalier De Ville, qui parle fort au long des attaques par furprife & des .éfcalades, obferve avec grande raifon, qu’il y a mille accidens qui peuvent arriver dans l’exécution de ces fortes d’en-treprifes > que l’on ne peut ni prévoir ni décrire, mais que le Chef doit remedier à tout par fa capacité & fon expérience , & ne point s’étonner lorfqu’il arrive quelque chofe qu’il n’a pas prémédité ; car , dit-il, aux chofes douteufes la fortune fournit de confeil. En effet un Général habile doit trouver des reffources dans fon génie pour parer à tout, & ne s’étonner de rien. On fcait que lorfque le Prince
- Eugene
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- , des Placés; jo* Ëligene fut prêt d’entrer dans Crémone , il entendit battre la caille dans la Ville pour affembler un Régiment qui devort palier en revue à la pointe du jour : oii fçait, dis-je 3 quil répondit à ceux qui lui difoient de renoncer à fon entreprise , croyant quelle étoit découverte, parce quils ignoroient le fujet qui faifoit battre la caille, levinejl tiré, il faut le boire. C’eft ainfi qu’on doit en ufer dans de pareils cas pour ne point manquer la réuf-fite de fon projet par des craintes mal fondées. Il ne faut y renoncer que lorf-qu on voit à ri’eii pas douter, qu’il n’y à pas moyen de tenter l’entreprife fans un péril évident;
- .Nous finirons cet article, déjà trop long, quoiqu’il y ait encore bien des chofes à dire fur ce qui le concerne pour î’épuifer , en obfervant que l’on peut aufli fe fervir de Tefcalade dans une attaque dans les formes. Lorfque la brèche eft faite à un Baftion ou à un autre ouvrage & que l’Ennemi paroît difpofé « la bien deffendre, on applique des
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- %o6 Traité t>E ï/âtïaqüè échelles le long du mur , & on efcalacfe l’ouvrage.
- M. le Duc de No aille s, aujourd’hui Maréchal de France , ufa avec fuccès de cet expédient au dernier Siège de Gironne. On fçait qu’il fe fervit aufli de l’efcalade en 171 o, pour reprendre Sete furies Anglois.
- XXXIX.
- Dans quel cas on peut brujquer V At-
- taque d’une Place, & de la maniéré de s’y conduire.
- Près avoir parlé des principales ma*
- X 11 nieres de Surprendre les Villes, il ne s’agit plus que de donner une idée de la maniéré dont on brufque un Siège ; ce qu’on ne peut faire aulli que par une forte de furprife.
- Pour prendre le parti de brufquer le Siège d une Place , il faut être alluré de la foiblelfe de la Garnifon, où que la Place ne foit deffendue que parles habi-
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- ‘dès Placés: 307
- tans que les deffenfes foient en mau* Vais état ; fi la Place a des dehors, qu’ils foient en mauvais ordre Ôc mal foutenus; fenfin il faut être aflirré que lafoibleiïe de ceux qui font dans la Place , & le mauvais état des fortifications ne permettra pas à l’Ennemi de refifter à une attaque brufque & imprévue que l’on fera pour s’emparer de fes dehors , & s’y établir» On fent par-là qu une Place dont les fortifications feroient en bon état y & dont la Garnifon feroit fur fes gardes y feroit fort difficile à être brufquée. Il n’y a gue-tes que le fecret & la furprife qui puifi fent faire réuffir ces fortes d’attaques»
- Supofons qu’on ait fait toutes les ob-férvations néceffaires pour préfumer de pouvoir réuffir dans une attaque de cette nature ; voici félon M. le Maréchal de Vauban, là maniéré dont il faut s’y conduire*
- On fait d’abord un amas confidérable de matériaux & d’outils 5 comme de pioches , de pelles ferrées, de haches êc de quantité d’échelles de bois léger, V îi
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- 308 Traité de l’Attaque propres à efcalader les dehors qui ferohl à portée de l’être , ôcc.
- . Cela fait, êt la nuit du jour que Ton a pris pour l'attaque étant venue, on dif* pofe toutes les troupes ôcles travailleurs dont on a befoin pour commencer l’attaque. Il eft à propos d’obferver que pour trouver encore plus de facilité à la faire réuflir; on peut un jour ou deux auparavant ouvrir la Tranchée à l’ordinaire*, devant le côté de la Place qui paroît le plus facile, pour que l’Ennemi tourné toute fon attention de ce côté, ôc s’arranger pour brufquer la Place du côté oppofé à cette ouverture-.
- Les troupes deftinées pour faire l’atta* que doivent être partagées en plufieurs lignes compofées chacune de differens corps de foldats, de Grenadiers ôc de travailleurs y Ôc difpofés de maniéré à fe fou-tenir réciproquement, ôc à protéger les travailleurs, qui doivent aulîi être rangés en differens corps, ôc être munis de tous les outils dont ils peuvent avoir befoin.
- Les foldats des premiers corps ns
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- des Places; " 5^05» doivent avoir que leurs armes avec quel-» ques haches pour couper les paliffades* Les Troupes qui fuivent immédiatement ces premiers corps , doivent avoir, outre leurs armes , chacun, une fafcine double , c’eft-à-dire, une fois plus grande qu’à l’ordinaire, & un piquet pour l’attacher lorfqu’elle fera pofée pour le logement. Ils doivent aufli être entrer laflês de pelotons de travailleurs. On doit en faire un allez grand nombre de brigades pour en avoir pour exécuter tous les travaux projettes,
- Lorfque tout eft en ordre, on. s’avan-* çe tranquillement auprès du. glacis. On fait halte avant que d’attaquer , pour lait fer reprendre, haleine aux Troupes qui peuvent avoir fait un chemin allez con-fiderable,. qui d’ailleurs étant chargées, ont befoind’un peu de repos pour donner fur rËnnemi avec plus de force ôc plus de vigueur. Enfin lorfqu on eft tout proche du glacis, on fait, le lignai convenu , pour que toutes les ; Trou-i pes attaquent enfemble le chemin cou-*
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- 3io Traité de l’Attaque vert, ôc aufli-tôt elles s’avancent aux paliffades ôc elles tâchent de les rompre pour entrer dans le chemin couvert ôc en chaffer l’Ennemi. On s’attache principalement aux Angles fail-lans du chemin couvert , ôc de là on s’étend de part ôc d’autre pour gagner les Places d’Armes des Angles rentrans. Aufli-tôt qu’on aura pouffé l’Ennemi, les travailleurs travailleront en diligence au logement de la partie fuperieure du glacis ; ils fe ferviront de leurs fafcines qu’ils poferonthorifontalement, ôc quils attacheront fixement avec leurs piquets. Pour que ce logement foit fait avec plus de diligence , on pourroit fe fervir de chevalets, ôc de gros rouleaux de fafcines à peu près tels que M. de Folard indique dans fon commentaire furPolybe, pour le comblement du fofle des lignes. On peut les conftruire de maniéré à pouvoir les attacher fixement ôc folidement ènfemble. Avec de pareils rouleaux un logement feroit bien tôt couvert du feu U Plaçç, _Cçs tQulçaux peuvent âvoi$
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- des Places. 311 encore un autre ufage, c’eft de couvrir du feu de la Place, les Troupes qui fou-tiennent les travailleurs, en mettant un genou à terre derrière, ils ne pouroient prefque pas en être endommagés.
- Pendant qu’on travaille aux loge-mens, les Troupes qui foutien-nent les travailleurs font un feu continuel fur les delfenfes de. l’ennemi. Comme les alfail-lans font bien fuperieurs en nombre à ceux de la Place ils peuvent par la fupé-riorité de leur feuy faire taire celui de la Place y ou du moins le rendre bien moins vif& moins dangereux.
- Comme le logement du chemin cou-vert y quoique folidement établi, ne fe -foit pas en état de rélifter à la garnifon le lendemain de l’attaque, y s’il n’étoit point foutenu par d’autres travaux y en même teins que l’on travaille à fon éta-blilfement on travaille aulli à établir & à conftruire des parallèles a portée de. le foutenir 9 & à faire des communications pour toutes ces parallèles. Si l’on travaille avec une grande, diligence * Ôc.
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- 3i2 Traité de l’Attaque avec toute la quantité de monde dont oit à du préfumer avoir befoin pour mettre, ce travail en état pendant une nuit, on fe trouvera le lendemain dans ces travaux , à peu près comme on fe trouve dans la Tranchée le lendemain de fon ouverture, c’eft-à-dire , qu’on y fera à couvert de la Place, & qu’en fair fant relayer les travailleurs & les troupes de la nuit, on mettra en peu de tems tous ces travaux dans la perfeélion qu’ils doivent avoir.
- Si l’on ne peut pas dans la première nuit établir les communications , on les établira dans la fécondé & dans la troi-fiéme ; mais il eft abfolument néceflai-re d’avoir une bonne parallèle à portée du glacis , & du chemin couvert, pour foutenir les logemens qui y auront été conftruits.
- Par cette conduite on avance confia dérablement le Siège d’une Place, en ce que le fécond ou le troifiéme jour de l’attaque , on eft en état de conftruire jgs batteries fur le haut du glacis ; mais.
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- des Places. 313 pn ne peut la tenir, comme nous l’avons déjà dit, que lorfque la Place eft foible par fa garnifon ôt par le mauvais état de fes fortifications.
- Quand il fe trouve des ouvrages à corne , demi-lunes, Ôte. qui peuvent être infultés en même tems que le chemin couvert, on doit y donner l’efcalade , ôt s’ils font fraifés, fe faire une ouverture à coups de haches. Il y a fans doute plus de difficulté à s’en emparer que du chemin couvert ; mais auffi c’eftun grand avantage de s’en rendre maître, ôt principalement des ouvrages à corne, parce que le foffé de leur front n’étant point vu de la Place, fournit de couvert pour une grande quantité de, monde, ôt qu?ony peut amaffer tous les matériaux , Ôt toutes les autres chofes dont on peut avoir befoin pour continuer le progrès de l’attaque. Pour pouvoir ainfi s’emparer de ces ouvrages, il faut que le foffé en foit fec. S’il eft plein d’eau il offre bien plus de difficultés, Ôc gn çe cas Toq ne peut gueres fe borner
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- 314 Traité de i/Attaque qu’à laprifedu chemin couvert. Ces foi?* tes d’attaques brufquées font affez rares,, parce quil faut que bien des chofes concourent enfemble pour en affiner le fuccès.
- Cependant il y a nombre de circon-ftances où elles peuventfe tenter, comme lorfque la faifon ne permet pas de. faire un Siège dans les formes; qu’on eft inftruit que rEnnemi doit venir incef-famment fecourir la Place ; Ôc enfin lorfqu’il eft effentiel de s’en rendre le: maître très-promptement, ôc que tant par la nature des fortifications que par le nombre de troupes qui font dedans , on a lieu de préfumer qu’en prenant bien toutes les précautions requifes ôc nécelfaires en pareil cas, l’Ennemi ne fera pas en état de refifter à une attaque de cette efpece. Mais pour y parvenir plus aifément, il faut néceffairement le furprendre, le pouffer vigoureufement , Ôc ne pas lui donner le tems defe recon-noître. En voilà affez ,fur ce qui regarde cette forte d’attaque, il nous refte pré-*
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- D E S P L A C E S. 5 I f
- fentement à donner un précis de ce qui regarde la deffenfe des Places > & c’eft ce que nous allons faire dans le Traité fuivant. Nous n’avons point parlé dans celui-ci de la capitulation, la place s’en trouvera plus naturellement à la fin du Traité de la deffenfe.
- fin;
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- . La Fortification régulière & irreguliere qui comprend la Conftru&ion, l’Attaque & la DefFenfe des Places, félon les plus célébrés Auteurs, avec le cal* cul des Lignes & des Angles de chacune de ces Méthodes , in-8. avec quantité défigurés , 6 liv.
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- Les Recréations Mathématiques & Phyfiques, où l’on trouve plulîeurs problèmes curieux d’Arithmetique , de Géométrie, d’optique, de Mécanique , de Gnomonique , de Cofmographie & de Phyfïque; avec un Traité des Horloges Elémentaires , des Lampes perpétuelles & des Phofphores naturels & artificels, & la defcription des Tours de Gibeciere, & des Gobelets , en quatre volumes in-8. avec plus de 120 planches, zo livres.
- Les Elément d’Euçlides expliqués, avec fufage de
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- chaque proportion pour toutes les parties de Math^ viatiques par le R. P. Defchalles, in-12, avec fig. 3 1.
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- Ouvrages de. M. Le B16 n i> j Maître de Mathématique des Pages du Roy.
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- Mémoires d’Arrillerie, parM. Surirey de faint-Remy, nouv. Edit, coniiderablemera augmentée, Juts fyejjk Nouvelle maniéré de fortifier les Places, par M. lé Baron de Coéhorn, in-8. avec fig. nouv. Edit. 1740.6li
- FINi
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- Jtftacjrue des Places,
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- P tan a un Lraùion,
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- Galion
- Sue a terre.. ^^tmrvuiiü.
- Æaniere do/itôh amuipe l&r Sac a. terre sur le parapet de<f placée’ d année’,pour o en couvrir en tirant.
- Blinde.
- Chandelier rempli, de panne .
- Cdedu nuintelet tlu cote de lEnnemi,
- Pip/il du. tntnhiel.
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- Croc île Sappt
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- Feh elle de deux toiecir.
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- Attaque des Places
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