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Essai sur le fluide électrique
TOME 1
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- ÊLECTE1QuE
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- W 'A
- ESSAI
- S U R L E
- FLUIDE ÉLECTRIQUE,
- CONSIDÉRÉ
- COMME AGENT UNIVERSEL,
- Par feu M. le Comte DE TRESSAN,
- Lieutenant-Général des Armées du Roi, Commandant des Ville , Comté de Bitcke & Lorraine Allemande, Commandeur des Ordres de Saint Lazare & Mont-Carmel, & l’un des Quarante de l'Académie Franpoife, Membre des Académies royales des Sciences de Paris , Londres, Edimbourg , Berlin , Nanei, Rouen , Caen , Mont* &c • &c‘
- ~ T,O M E PREMIER.
- .«.oecriç
- A PARIS,
- Chez BÜISSON, Libraire, Hôtel de Mefgrigny, rue des Poitevins , n° 13.
- M. D C C. L X X X V I.
- AVEC APPR03A TION ET P RI VILE GE D U ROI.
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- PRÉFACE
- DE L’ÉDITEUR.
- JL* E plus digne hommage que l’on puifle rendre à la mémoire d’un homme qui a confacré une partie de fa vie au travail, c’eft de faire connoître fes Ouvrages. Le Public devient fon juge : la prévention lui donnerait en vain des éloges, ils deviendraient inutiles s’ils n’étoient point mérités. On excuferoit, fans doute , ceux que donnerait un enthoufiafme infpiré par des liens chers & facrés ; mais ils ne feraient jamais un titre valable aux yeux de la poftérité. Il fuffit d’annoncer que c’eft la famille du Comte de Treflan qui s’eft chargée de l’édition de cet Elîai. Tout homme éclairé l’appréciera à fa jufte valeur, a iij
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- vj PRÉFACE
- & toute ame fenfible imaginera facilement ce que la tendreffe & le refpeâ: filial auraient fait dire,fi leur langageavoit le pou-» voir de déterminer l’opinion publique.
- Le Comte de TrelTan parloit de fes Ouvrages de littérature avec plaifir & gaieté ; mais il étoit bien éloigné d’y mettre de la prétention : il ne les regardoiç que comme 1§ délaffement agréable d’un homme qui ne pouvoit plus s’occuper des hautes Sciences, C’étoit en faifant le charme & le bonheur de ce qui l’entourait dans fa retraite ; c’étoit fur le déclin de fes jours, en cultivant des fruits & des fleurs, que fon imagination brillante & lé-» gere rajeuniffoit Amadis, Petit-Jehan de Saintré , Créon, Ürfino , & traduifoit l’A-riofte. Ces différents Ouvrages eurent les plus grands fuccès j & c-étoit au moment où on les couronnoit qu’il parloit avec le plus de feu de celui qu’il regardoit com* me le plus important de fa vie. Pourquoi, 8’écrioitdl avec regret , mon Effai fur J’Éleétriçité n’eft-il pas fous les yeux du
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- DE VÉ DITE UR. vij Public ? On me trouverait peut-être digne des éloges que l’indulgence veut bien accorder à un Vieillard que l’on trouve encore aimable. Ce fouvenir rendoit à fon génie toute fon activité , & ceux qui l’en* tendoient le trouvoient digne des places qu’il occupoit parmi les Sociétés les plus favantes de l’Europe.
- On eft furpris, fans doute , qu’avec ce défir, il n’ait point fait imprimer plutôt un Mémoire compofé en 1747, & dont la lecfture lui mérita l’honneur d’entrer en 1750, comme Affocié libre , dans l’Académie royale des Sciences de Paris. Il dit dans fa Préface les raifons qui l’en empêchèrent, frappé de l’effet qu’avoit produit cet Ouvrage fur les hommes les plus favants de ce temps, honoré de leurs fuffrages & admis parmi eux , il crut devoir méditer plus long-temps un Effai ingénieux, mais hardi, qui préfentoit des idées & des vérités aufli brillantes que nouvelles. Il fe contenta de prendre fes dates à l’Académie des Sciences de Paris ; il invoqua pour
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- viij PRÉFACE
- l’avenir le témoignage de fes Confrères ; retira fon Mémoire & multiplia fes Ex* périences pour fe confirmer dans les nou-r veaux principes qu’il avoit découverts & qu’il vouloir établir.
- En 1747 il avoit conçu le plan du fyf-* terne renfermé dans cet Eflai, & dès la fin de 1748 l’Ouvrage étoit achevé, dans le temps que la France , l’Allemagne & l’Angleterre eflayoient de foulever un coin du voile étendu fur l’Eleétricité. Pendant que Frankfin révéloit à l’Europe les myf-teres de l’Expérience de Leyde, annonçoit l’identité du Fluide éleétrique & du Mér téore terrible dont la Phyfique avoit juf-que-là yainement tenté l’explication , & préparoit à des mains françoifes l’honneur de maîtrifer pour la première fois la fou-t dre (1) ; à pette époque le Comte de
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- DEL'ÉDITEUR, jx Trelfan étoit entré dans une carrière plus vafte , il avoir vu tous les reflorts de l’Univers dans ce Fluide étonnant. La fufpen-fion des corps mûs autour du Soleil ne lui parut qu’un effet de l’élafticité du Fluide éleétrique ; il trouvoitdans l’émiffion de ce Fluide la fameufe loi dont la découverte fera éternellement la gloire de Newton : cette tendance mutuelle des grands corps à fe rapprocher entr’eux, étant la raifon in-verfe du quarré de leurs diftances. Appuyé fur quelques Expériences de ceux qui l’a-voient précédé, il y apperçut la chute des Graves à la furface de la terre , l’afcen-fion des vapeurs , l’élafticité de l’air , le jnyftere de la vie animale & végétale, le flux de la mer, la caufe des vents , &c. Il avoit enchaîné par l’Éleélricité tous les
- On fait qu'il découvrit la propriété que les pointes avoienr d’enlever fans conraci le Fluide accumulé par un corps , & qu’aprés un grand nombre d’Expériences pour comparer les effets de l’EIeétricité à ceux de la foudre, il annonça les pointes comme un fût moyen d’enlever des nuages l’Éleélricité de la foudre même. On fait enfin qu'en i7$a cette Expérience concluante fut tentée î Marly-la-Yiile , & jeudi r entre les mains de M. Dalibard.
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- X PRÉFACE
- Phénomènes & tous les Êtres. Cette idée brillante foumife au jugement de l’Académie des Sciences, avec les expériences qu’il avoit raflemblées à l’appui de Ton fÿftême,. lui ouvrirent les portes de cette Acadé-
- L’on obfervera quel étoit en 1747 l’état de nos connoiifances fur l’Éleâricité ; à peine avoit - on raflemblé quelques faits ifolés : on connoilfoit l’attra&ion & la ré-pulfion, le Fluide manifefté par l’étincelle, la commotion dans l’Expérience de Leyde, & très-peu de chofe fur l’aélion du Fluide éle&rique dans la végétation & la guéri-fon des maladies. On n’avoit pas encore préfumé que fon jeu dût influer dans l’or-ganifation de l’Univers , & jouât le rôle eflentiel dans la compofition , la renaif-fance & la deftruélion des corps.
- Perfonne n’ignore combien tout ce qui tient aux Sciences excite l’émulation des Savants qui s’en occupent ; chacun a le droit de réclamer la découverte qui lui appartient, & ce droit eft trop cher pour
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- D E VÊ D I T E U R. x]
- ne point l’exercer dans fa plénitude.
- Le Comte de Treflan , rendu au repos & au loifir de travailler , recopia plufieurs foisfon Ouvrage fur l’Électricité, & s’occupa des moyens de le faire paraître fous les yeux du Public, (i) M. Poiflonnier, l’un de fes Confrères de l’Académie qu’il ai-moit le plus, & dont il refpeétoit les lumières , voulut bien être fon Cenfeur ; il attef-tera que ce'Mémoire lui fut remis il y après de douze ans , & qu’il étoit tel alors qu’il paraît aujourd’hui. Plufieurs années après M. l’Abbé Bertholon fit paroître fes Ouvrages fur l’Éleélricité. Le Comte de Treflan les lut avec cet empreflement fi vif qu’é-
- (i) Tout le monde fait que l’amour du travail n’a jamais empêché le Comte de Treflan de fuivre fa carrière militaire. En 1750 il com-ir.andoit dans le Boulonnois & fur les côtes de Picardie ; quelques années après il eût le commandement des Toulois & de la Lorraine françoife. Staniflas fe l’attacha en qualité de Grand-Maréchal de fa Cour , & l’employa à rédiger les ftatuts de l’Académie de Nancy. En 176a il pafla au Commandement du Comté de Bitche & de la Lorraine Allemande. Ce ne fut que fur la fin de fes jours qu’il vint *e fixer dans la vallée de Montmorency , & ce fut dans cette retraite qu’il tompofa les Ouvrages qui font entre les mains du Public. Ces différentes occupations & d’autres obfiacles peu intéreflants pour lçs ïeâeurs, l’empécherent de faire imprimer fon Mémoire.
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- xij PRÉFACE prouve un Auteur qui voit qu’on le précédé dans le même genre de travail dont il s’eft occupé. Charmé de voir un homme de beaucoup d’efprit former à peu près les mêmes réfultats que lui, le Comte deTreflan écrivit à M. l’Abbé Bertholon une Lettre qui fut inférée dans les papiers publics : dans cette Lettre il s’applaudit de l’analogie que beaucoup de fes idées ont avec celles de M. l’Abbé Bertholon. Ce dernier lui répondit avec juftice, qu’il y avoit un moyen naturel de prouver la fimilitude de leurs idées en faifant imprimer le Mémoire fur l’Éleéhicité qu’il lui citoit ; mais qu’il avoit lieu d’attendre que M. le Comte de Treflan le donneroittel qu’il avoit pu le compofer en 1747 , & fans aucunes des additions qu’il avoit pu faire depuis que cette partie de la Phyfique eft plus connue. Si M. l’Abbé Bertholon veut bien lire le Mémoire du Comte de Treflan, il lui fera facile de conclure qu’il eft impoflible que l’enfemble de fon Ouvrage n’ait pas été conçu dans un même temps. Il verra que
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- IDE VÊ D 1 T E U R. xiij tout porte fur une feule idée génératrice , qui ayant été une fois adoptée , forçoit l’Auteur à rendre conféquent avec fon principe tout ce qui pou voit y avoir rapport. M. l’Abbé Bertholon finira par reconnoître que le Comte de Treflan ne s’eft point approprié des idées & des lumières qui lui fuflent étrangères.
- On a inféré, il y a quelque temps , la note fuivante dans un papier public :
- »Plufieurs Savants & Membres de l’A-» cadémie des Sciences affedent de con-» ferver dans leur porte-feuille des Ouvra-» ges qu’ils annoncent long-temps aupara-* » vant ; ils fe confervent par ce moyen la » facilité de s’approprier les idées & les » découvertes qui peuvent leur convenir î « on peut citer pour exemple, le Mémoire r> fur l’Éledricité annoncé depuis long-» temps par M. le Comte de Treflan , & I » qui n’a point encore paru. «
- ! On ignore queleft l’Auteur de cette note,
- i que l’on peut au moins regarder comme « indiferete ; vouloir la combattre, ce feroit f trop l’apprécier: on fe permettra feulement
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- xjv PRÉFACE
- de dire qu’il eft étonnant qu’un homme chargé de rédiger une feuille publique,ofe inférer une note auflï indécente & aufli dénuée de preuves, fur-tout quand elle attaque des perfonnes qui méritent autant de confidération que MM. de l’Académie des Sciences. La leéture de l’Ouvrage du Comte de Trelfan mettra le Public à même de juger s’il devoit être choifi entre tous & défîgné comme un plagiaire.
- Plufieurs perfonnes pleines de lumières & de goût ont confeillé à la famille du Comte de Trelfan de remettre fon Mémoire entre les mains d’un homme éclairé pour en reéfifier les erreurs, s’il y en avoit ; mais elle s’eft décidée à le faire paroître tel que lui-même l’a laiffé. On ne s’eft permis ni d’y ajouter, ni d’y retrancher un feul
- On ne jugera point, fans doute, avec une extrême févérité un homme de qualité, que fes travaux militaires, fes Places & le foin de faire fa cour dévoient fouvent arracher à fon cabinet. On trouvera quelquefois
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- DEL» ÉDITEUR, xv des fautes de ftyle & des négligences ; mais on les pardonnera facilement, en fongeant que dans la pofition où il étoit, on ne peut avoir cette correction pure & parfaite que le Littérateur le plus confommé ne peut acquérir qu’avec peine, même après beaucoup d’années du travail le plus affidu.
- On fera dédommagé de ces taches légères en voyant une idée fublime devenue la bafe du fyftême le plus lumineux ; idée nouvelle & hardie, que perfonne n’avoit faifie avant lui, & qu’il fuit avec toute la perfpicacité du génie. Cette leCture fera connoître auffi l’étendue de fes connoiflan-ces , & l’ordre dans lequel il avoit fu les ranger. Jufqu’à ce jour le Comte de Tref-fan n’eft, pour ainfi dire, connu que par fes productions de Littérature agréable. Bien des Gens demandent à quel titre il avoit été admis dans les plus célébrés Académies de l’Europe : cette queftion fera bientôt réfolue , & l’on conviendra que ce n’étoit point pour lui un fimple titre honorifique.
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- xvj PRÉFACÉ
- Un Syftême de Phyliçue conçu il ÿ 21 trente-fept ans, éprouvera fûrement aujourd’hui bien des obje&iorts ; mais que l’on fe ' rappelle toujours que le Comte de Tref-fan invite lui-même les perfonnes qui dai-gneront le lire, à dire librement leur avis. On ne lui trouvera jamais ce ton impofant & tranchant de la médiocrité , qui, fiere de Tes petits aperçus , croit inftruire l’U-nivers & prétend le forcer à lui rendre des hommages : plus fon génie s’élève & cherche à fonder les fecrets de la Nature, plus il devient modefte, timide même ; & c’eft alors qu’il appelle à fon fecours ces hommes fublimes dont la vue plus perçante que la fienne pourra faire entièrement dif-paroître le voile qu’il ofe à peine entrouvrir. Il n’eft point douteux qu’on pourra l’attaquer ; peut-être même fera-ce d’une maniéré triomphante ; mais il a droit d’attendre du moins qu’on fe fervira des mêmes armes qu’il a choifies pour combattre Geux'dont il a difcuté les opinions. Son toir noble, modefte & toujours bien motivét fervira t
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- DE VÉ DITE U R. xvij Iervifà, fâns doute, de modèle. Il n’y a que la jaloqfie bafle & médiocre qui puiife oublier les égards que tous les hommes fe doivent entr’eux, même lorfqü’ils Ont leà fyftêmes les plus oppofés.
- Depuis quelques années la Phyfique a fait de fi grands progrès que l’on regardera peut-être comme inutile de lire un Ouvrage compofé il y a trente-feptans, parce que l’on fuppofera gratuitement qu’il ne .peut offrir des idées nouvelles, ou qu’elles ne feront point allez complètement expliquées, n’ayant point pour appui les découvertes qui ont été faites depuis ce temps. C’eft un préjugé qu’il eft bon de prévenir : quelles que foient les connoiflances aâuel-les,on trouvera qu’elles ont été prévues & annoncées. On peut aflurer fans témérité qu’il n’exifte point encore une théorie auffi complété fur l’Éleétricité : on trouvera fans ceffe des traits de lumière qui étendront les notions que l’on a fur cette partie de la Phyfique ; & fi, rejettant tout efprit de partialité, l’on veut fe tranfporter à l’épo-
- Tome I. b
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- xviij PRÉFACE
- que oil cet Effai fut compofé.par le Comte
- de Treflan, on fera forcé de le ranger dans
- la clafle de ces hommes rares & fupérieurs
- dont le génie a fu étendre l’empire des
- Sciences.
- La Nature , a-t-on dit , eft un grand livre , où tout le monde a droit de lire : mais on a tellement abufé de ce mot pour fe livrer à l’efprit de fyftême , qu’un homme raifonnable & inftruit ne parcourt plus qu’avec défiance ces Livres enfantés par* une imagination exaltée, dans lefquels on cherche à faire cadrer tous les Phénomènes de la Nature avec fon opinion favorite. Tout le monde auffi s’accorde à dire, que l'art de généralifer /es idées & de faire de grands rapprochements , n’appartient qu’au génie. Séduit par cette vérité reçue , quiconque fait un fyftême fe croit un grand homme , & c’eft delà que naît cette multitude d’Ouvrages marqués au coin de l’ignorance & de là médiocrité. On doit donc généralement fe défier de tout ce qui porte l’empreinte d’un fyftême. Mais
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- DÉ l’ÉDITÈUR, xjx êétte défiance a fes bornes ; il n’y a qu’un efprit foible & parefleux que cette éntrave puifle arrêter, & fi Newton ne l’eût point franchie il ne jouiroit pas de l’admiration de l’Univers* La crainte même de n’être point généralement entendu ne doit point fufpendre les élans du génie : les grandes & fublimés vérités réfiffent aux efforts de l’ignorance,la véritable Science les recon-noît & s’en empare , & la gloire de celui qui les a découvertes devient immortelle comme elles*
- Ce feroit être téméraire que d’ofer porter un jugement für l’Ouvrage du Comte de Tréflan i.e’eft aux Savants, c’eft à la poftérité qu’appartient le droit dé lé juger. Si quelque' chofé cependant peut raflurer ceux qui prennent un intérêt fi vif & fi tendre à fa gloire j ce font les éloges de tous les Savants qui l’ont lu* On ne fera que rendre hommage à la vérité, en aflii-rant qu’il n’en eft pas lin feul qui n’en ait parlé avec une forte d’enthoufiâfnie. S’ils fe font laiffés féduîre par le défir de flatter b ij
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- IX P RÉ FACE,&c. ceux qui les confultoient, bien plus par Jentiment que par amour-propre , que l’on voie du moins avec indulgence cet hommage que la famille du Comte de Treflan aime à lui rendre : elle voudrait éternifer fa mémoire , & fes pleurs feraient adoucis en voyant orner fa tombe par de nouvelles palmes.
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- AVERTISSEMENT
- DE V ÉDITEUR,
- O N croit devoir avertir que ce feroit tomber dans une grande erreur que de s’imaginer que , pour avoir une idée de cet Ouvrage , il' fuffira de lire la Préface & même les premiers Chapitres de l’Auteur : non-feulement le trop léger aperçu feroit infuffifant ; mais il paroîtroit même foible & feroit difficilement entendu.
- Que l’on fe fouvienne que le Comte de Treflan va combattre prefque toutes les notions reçues avant lui, & développer un fyftême nouveau. Plus le champ qu’il va parcourir eft vafte, plus il doit fe montrer timide & réfervé. C’eût été fe livrer à la préfomption & au faux goût, que d’avoir commencé par chercher à éblouir. Il con-b iij
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- xxij Avertijf. de VÈdit., ejfentiel h lire, duit pas à pas fon Leéteur : ce n’eft qu’a-» * jprès lqi avoir préfenté aflfez de faits & de raisonnements pour lui faire adopter fon opinion,, qu’il eflaie de prendre un vol plus hardi. Si le fil qu’il préfente eft délié, on voit, en le fuivant avec confiante, que fa force va fans cefle en s’augmentant, & l’on finit par être dédommagé de l’attention forte & pénible même qu’il a fallu donner au développement des premiers principes, On s’applaudit fur-jt.out de fon eflor, lorf-qu’entraîné par le génie de.l’Auteur, on parcourt avec lui le vâfte enfemble de l’Univers, C’eft. alors que l’on éprouve un noble enthoufiafme, & l’on croit devoir de la reçonnoiflance à celui qui la fait paître,
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- )V.
- PRÉFACE
- DE L} AUTEUR.
- tJF E qrois qu’il ferait très-utile au pro-grès des Sciences, que tout .homme voué par fon goût ou par Ton état à l’étude im-menie de la Phyfique. générale , rendît compte au Public, fur la fin de fa carrière, de l’afpeét fous lequel il a contemplé la nature de l’hypothefe qu’il s’eft choifie & de la chaîne des propofitions qui l’a conduit, de proche en proche, à des réfultats qu’il a regardé comme en étant des con-féquences héceffaires.
- C’eft ce que j’ofe faire aujourd’hui, lorf-que je publie enfin un Ouvrage que j’ai renfermé pendant trente-trois ans ; après b jv
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- xxjv PRÉFACE / l’avoir fournis à la fin de 1748 à l’Aé'adé-i' mie royale des Sciences de Pâris £ donc je joins ici le jugement qu’elle en. porta après fix mois d’examen & d¥çi|îrcÜTe;r ment de ma part,
- COPIE det*Extrait des regiflresde l'Académie royale des Sciences, qui m'a été délivré par ~M. Grandjean de Fouchÿ', alors Secrétaire-perpétuel,
- Nous avons été chargés par ^Académie d’examiner un Ouvrage de M. le'Comte deTreflan,Lieutenant-Général des Armées du Roi, intitulé : EJJai fur l’origine de l'Électricité , & fur différents effets qu'on lui peut attribuer.
- Il nous a paru par la leéture de cet Ouvrage , que l’Auteur a beaucoup de con-noiffances dans les différentes parties de la Phyfique ; qu’il a fait une application heu-reufe des effets de l’Éleétricité à plufieurs phénomènes de la Nature ; que fës idées fur cette matière font expofées clairement dç avec méthpde 4 & qu’il les a appuyées
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- 'DE VAUTEÜR. xxv d’Expériences nouvelles & ingénieufement imaginées. Signés de Réaumur, de la CoNDAMINE , MoRASD ET NoLLET.
- Je certifie le préfeqt Extrait conforme à fon original & au jugement de l’Académie. A Paris ce 14 Mai 1749. Signé Grandjean de Fouchy , Secrétaire-perpétuel Je l’Académie des Sciences.
- L’honneur que me firent alors les Académies royales des Sciences de Paris, Londres, Berlin & Édimbourg, en m’élifant fur la fin de la même année, ne me rendit que plus circonfpeâ : je retirai les cahiers de mon Ouvrage , & fans y faire de changement je l’ai tenu renfermé ; mais près de la fin de ma carrière , & après foixante-quatre ans d’étude & d’amour pour les Sciences, je crois devoir profiter des derniers rayons de mon intelligence pour publier ce que les Expériences m’ont fait conclure fur la nature , l’aétion & la puif-fance de l’Éle&xicité.
- Élevé fous les yeux de M. de Fontenelle,
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- dès l’âge de treize ans , ce grand Homme , ami intime de l’Archevêque de Rouen, mon oncle, fe plut,à protéger mon enfance : il excita' mon émulation , & quoique fes Écrits m’euifent déjà bien appris à ne pas croire aux Oracles, je reçus dans mon ef-prit & dans mon cœur l’efpérance qu’il me donnoit dès-lors d’être un jour admis dans l’Académie des Sciences.
- Le grade de Colonel que j’obtins à feize ans m’impofa le devoir de m’attacher aux Sciences exa&es pendant deux années de fuite. Je quittai la Cour & la fociété pour aller pafler trois mois à la Fere, & m’étant fortement appliqué à tout ce qui peut avoir trait aux travaux & à la théorie du Génie & de l’Artillerie, j’en revins avec des atteftations honorables des habiles Profefleurs qui m’avoient inftruit, & qui daignoient me déclarer capable d’entrer dans l’un ou l’autre de ces deux Corps.
- Dans ce même temps, l’Archevêque de Rouen, mon oncle , dit à M. Morand, fon ami, d’attacher à fa perfonne M. le Cat, premier Aide-Major Chirurgien des Inva-
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- DE L’AUTEUR. xxvij üdes. La plus forte fympathie, la plus tendre amitié, dont la mort feule a pu rompre les liens nous unirent M. le Cat & moi pendant plus de douze ans que nous passâmes enfemble. Il avoit alors vingt-trois ans, j’en avois dix-huit; nous partageâmes en freres les fonds que nous avions acquis. Il m’initia dans l’étude profonde de l’Anatomie ; je lui fis connoître les premiers éléments de la Géométrie : telles ont été les préparations néceflaires que nous Suivîmes enSemble pour nous exercer dans le grand art d’obferver.
- L’étude la plus Suivie des opinions des PhiloSophes de l’antiquité ne m’avoit fait entrevoir que quelques rayons de lumière qu’un doute raifonné avoit toujours obf-curcis : plus Satisfait des opinions moder^ nés, frappé par l’ordre, la fimplicité & le Sublime de la do&rine Newtonienne que MM. de Maupertuis & de la Condamine, mes amis , dès 1727 , me rendirent familière. Je ne peux cependant m’empêcher d’avouer que les effets de l’Attraélion & de la Gravitation , quoiqu’ils me fuffent
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- xxviij ' PREFACE démontrés, me laifloient toujours délirer de leur trouver une caufe primitive fuffi-fante, pour entretenir l’équilibre & l’harmonie que ces deux puiffances établiffent entre toutes les fpheres céleftes.
- Les premières Expériences de l’Éleéfcfi-çité que je vis faire parM. du Fay & l’Abbé Nollet , femblerent lever le voile qui juf-qu’alors ; m’avoit caché le premier principe du mouvement , & me donnèrent la première idée pofitive de cet agent univerfel, deviné, cherché, mais toujours fi mal connu par les Anciens.
- Trois Campagnes fort vives me détournèrent des Expériences fuivies qu’exigeoit la nouvelle idée que les premières m’avoient fait naître. Ce ne fut qu’en 1746'que , me trouvant Commandant en Boutonnois & en Picardie, je pus & j’ofai me livrer en entier à l’idée que le Fluide éleârique pouvoir être l’agent univerfel.
- J’euffè été trop téméraire de fuivre cette idée fans faire les plus grands efforts pour la conftater par l’Expérience. L’amitié de feu M. le Duc de Richemond & de M. Folkes,
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- DE VAU T EUR. xxjx avec lefquels j’avois vécu pendant un an qu’ils avoient paffé en France, me procura tous les fecours qui m’étoient les plus né-ceflaires pour multiplier & varier les Expériences que je me propofois de faire. Les meilleurs Apparatus, malgré la guerre, me furent envoyés de Londres à Boulogne-fur-Mer. M. Folkes me mit en correfpondance intime avec M. Watflon, Membre de la Société royale , & chargé par cette célébré Compagnie de multiplier les Expériences de l’Éleétricité. Nous nous communiquions réciproquement celles qui nous avoient réuffi , & nous en tirions prefque toujours les mêmes conféquences. Ce fut au commencement de 1748 que M. Watflon publia l’excellent Recueil des Expériences qu’il avoit faites. Plus téméraire que lui, j’ofai plus : je crus pouvoir tirer des conféquences plus étendues des miennes. Plein de l’enthoufiafme (je l’avoue ) qu’excitoit en moi l’aâion d’un nouvel agent que je voyois fe dévoiler & devenir perceptible à tous les fens par des faits dont la Phyfique expérimentale n’avoit ja-
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- mais joui jufqu’alors , j’ofai le premiet ranger ces faits dans un ordre philcfophi-que , en tirer des conféquences & effayer d’en former une théorie. C’eft en 1747 que je commençai cet Effai fur l’Éle&ricité f que je confidérai dès-lors comme réunif-fant tout ce qu’on peut exiger d’un Être aétif affez puiffant pour modifier & agir fur tous les autres Êtres.
- Quelque foible que puifle être à bien des égards un pareil Effai, j’ofe dire qu’il a du moins le mérite d’être la pfemiere théorie que l’on ait propofée fur tout ce qui tient à l’aâion du Fluide éleétrique : c’eft le premier Écrit où cet agent aélif & accélérateur ait été faifi en grand ; c’eft le premier où l’on ait effayé de prouver que les Étoilés fixes font autant de foyers d’activité ; que toutes les Planètes éleétrifées par communication ont une atmofphere éle&rique plus ou moins étendue ; que c’eft la force jailliffante de l’Éleâricité terreftre qui fe varie & qui agit dans tous les corps attachés à fafurface , & dans fon air ambiant & mixte qui l’environne jufqu’à une
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- DE L'AUTEUR. xxxj certaine hauteur; que cette Éledricité ter-reftre fe fait reconnoître dans les Aurores boréales, dans tous les Météores connus & dans ceux que leur rareté fait encore nommer Phénomènes.
- J’ai fait l’application de mon principe au Fluide magnétique, dont j’ai prouvé en 1750 l’identité avec le Fluide éledrique, contre les aliénions de M. Muflchem-broëk. J’en ai fait la même application à la végétation, à l’économie animale, à l’art de guérir, aux Phofphores naturels ou factices, aux Volcans, à l’Air , au Feu , à la Lumière , aux Flux & Reflux, & aux Vents réguliers, périodiques ou irréguliers.
- J’ai pu , j’ai dû me tromper fouvent, & c’eft ce qui m’a retenu jufqu’ici pour publier cet Ouvrage, dans la crainte de me montrer trop peu digne de l’éledion de plufieurs célébrés Académies ; mais ne pouvant plus voir fans regret que la multiplicité des Ouvrages qui ont paru depuis 1748, foit prête à enlever à un Membre de ces mêmes Compagnies le mérite d’a-
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- *xxij PRÉFACE voir formé dès cette année une théorie prefque complété fur l’Éleéfcricité, j’ai cru qu’il étoit de mon devoir de vaincre. la Crainte d’être réfuté, & de rendre enfin les gens éclairés juges de mes foibles efforts.
- Un Être fubtil, un Fluide quelconque f un Agent a£tif& accélérateur eff enfin fournis à des Expériences qui prouvent fa force , la vélocité de fon cours , & qu’il peut être utile lorfque fa force eft raffem-blée par l’art & dirigée avec fageffe.
- Agiffant depuis le commencement des temps fous les voiles dont la Nature enveloppe les fecrets , cet Être étoit refté jufqu’à ce fiecle dans l’ordre des caufes fécondés qui nous étoient inconnues : j’ef-faye à rendre compte d’une partie des loix que je l’ai vu fuivre dans fes mouvements rapides , & j’apporte plufieurs faits que l’Expérience m’a mis en droit d’attribuer à fon aétion multipliée.
- J’efpere qu’on ne me reprochera point de n’avoir attendu fi long-temps que pour profiter des nouvelles découvertes s j’ofe dire
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- DE VAUT EUR. xxxiij dire qu’il n’en eft aucune qui n’ait été prévue dans cette théorie, & qu’elles fe rangent toutes fous lés loix que j’établis, comme en étant un écoulement naturel.
- La date dé cet Ôuvrage eft connue parler Académies qui m’ont honoré de leur élection , & plufieurs de mes Confrères de l’Académie des Sciences peuvent encore la certifier s un des plus célébrés (i) de ceux que j’ai dans l’Académie françoife , a lu cet Ouvrage en 1750 , & fôn témoignage fera refpeété;
- Je fèrôis très-affiigé fi i’on me foupçon-noit de croire avec une pleine eeftitudé ce que je ne prétends que difcüter & éclaircir; mais je conviens ,avec candeur, que pendant trente-cinq ans de méditation fur la chaîne de mes propofitions , je n’ai pu me faire des objections allez fortes pour rejetter les idées qui m’ont frappé : c’eft
- Tome I«
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- xxxjv P R É F'A C E
- au temps , c’eft à des mains plus habiles à donner un dernier degré de force à ma théorie ou à l’anéantir.
- Tous ceux qui connoiffent l’art de bien faire des Expériences , fa vent combien il eft nécelfaire de les répéter, de les varier, & de les répéter fans prévention.
- L’Éle&ricité eft une efpece de Protée, qui change de forme dans un inftant : fou-vent un Phénomène contraire au premier qu’on a faifi lui fuccede avec rapidité, fans qu’on puilfe dans le même moment en aligner la caufe. C’eft là ce qui fouvent au-torife la prévention à faire plier à fon opinion favorite les Expériences qui devraient l’éclairer. Cette prévention, ce foible de l’amour-propre, ne laiflent voir fouvent alors dans une Expérience décifive qu’un accident momentané; &lorfque cette Expérience contredit des idées reçues , aveugle volontaire , on en rejette le réfultat nécelfaire & l’on répété la même expérience jufqu’à ce qu’un accidént réel en préfente un nouveau qui foit favorable à
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- DE L’AUTEUR. xxxv l’opinion déjà formée. On le faifit alors avec feu , comme un effet naturel & dé-cifif.
- Peut-être cet Effai me fera-t-il accufer d’avoir lié mes idées dans un ordre trop fyftématique : l’efprit d’examen & de juf-teffe, qui caraâérife ce fiecle, a profcrit il eft vrai, un fyftême exclufif à tout autre, dans lequel on paroît être parvenu à des généralités ; mais comment ce même efprit d’examen pourroit-il eftimer un Ouvrage d’une longue difcuflion , fi les faits qui forment fa texture n’étoient pas liés entr’eux dans un ordre philofophique ? Tout Ouvrage qui ne préfentera pas fous le même coup d’œil l’enchaînement & la dépendance réciproque des faits, deviendra vague,confus & de peu d’autorité. Tout Phyficien doit à fes Leéleurs de combiner le rapport que les faits ont entr’eux, de chercher la loi la plus générale dont ils paroiffent dépens dre. Il doit faire tous fes efforts pour prévoir, pour déterminer les nouveaux effets qui doivent en réfulter. J’en appelle
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- xxxvj 'P R- Ê F A C E à tous ceux qui aiment à faire travailler leur efprit en lifant un Ouvrage de Phy-fique. Quel fecours réel peuvent-ils tirer d’une multiplicité de rapports & de faits ifolés ? Ce n’eft plus pour eux qu’un fpec-tacle immenfe de Phénomènes : il étonne, il embarralfe, fans inftruire , & l’efprit de l’Ouvrage refte voilé. Les avantages qu’on peut tirer d’une expérience ifolée feront toujours très-bornés , fi le réfultat de cette vérité fimple n’eft lié dans un ordre quelconque d’autres vérités relati-
- II feroit très-injufte de confondre avec I un fyftême qui n’a pour bafe que des pof- j fibilités hypothétiques y celui qui s’appuie I fur une collection de faits dont il prouve le rapport harmonique, & dont on peut I naturellement & prefque nécelfairement ti- j drer un réfultat fage & tout au moins très- j vraifemblable.
- Une multiplicité de faits ifolés, toujours | faciles à rapporter, & la reflource des gens j minutieux, qui s’exercent rarement à mé- 1
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- DE V AUTEUR.' xxxvij diter,ne préfentera jamais qu’un cahos: ces matériaux raflemblés prefque au hafard, loin de graver une notion lumineufe & durable, ne porteront que du trouble dans l’entendement.
- Un ordre méthodique dans le rapport des faits m’a donc paru néceflaire pour former le tiflu de cet Ouvrage ; mais il feroit injufte de préfumer que j’ofe attribuer la force d’une théorie complété à ce que je n’annonce que comme un Eflai.
- J’abandonne fans peine tout ce qui pa-roîtra trop fyiftématique à quiconque voudra s’amufer à renverfer un auffi frêle édifice ; mais j’ofe dire qu’il feroit injufte de chercher à rompre trop tôt une chaîne formée par une fuite de faits, & par une analogie fimple & prenante pour la raifon, & fur-tout û l’on ne peut combattre par un autre ordre de faits celui que je vais ef-fayer d’établir.
- On difpute prefque toujours fans s’éclairer , parce que les intérêts de la vérité c iij
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- xxxviij PRÉFACE nous font rarement aufli chers que ceux des opinions qui nous affe&ent : quelque précieufe qu’elle doive être pour nous , fouvent nous ne voyons qu’avec peine fon flambeau en des mains étrangères.
- Il eft peu de Le&eurs qui ne portent quelque prévention dans l’examen d’un Ouvrage philofophique ; il en eft encore moins qui daignent s’appliquer à le fuivre dans fes détails : les uns accordent trop ou trop peu ; les féconds biffent échapper le fil qui pourroit les conduire : quelques-uns enfin fe renferment dans un doute abfolu ; mais ont - ils en eux ce qu’il leur faudrait pour tenir la balance dans fon équilibre ?
- Le doute abfolu fert trop fouvent d’ex-cufe à la pareffe de penfer , comme à l’ignorance, pour n’être pas regardé comme un des obftacles les plus nuifibles aux progrès des Sciences. Je conviens cependant moi - même que dans la recherche d’un Être aufli fubtil que l’éft celui dont je traite 3 l’efprit humain fera placé,
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- Df L'AUTEUR. xxxjîc peut - être long - temps encore, entre le danger de croire trop légèrement & l’efpece d’humiliation de ne pouvoir pénétrer dans ce fecret de la Nature.
- Tout ce que je demande , c’eft qu’on daigne lire cet Ouvrage avec attention, & que ceux qui croiront avoir des objections à me faire, doutent d’aufli bonne foi de leur valeur que je doute moi-même de mes propofitions. Toujours prêt à rejetter celles d^nt on me démontrera le faux , mes motifs font trop purs pour ne pas regarder comme des bienfaiteurs ceux qui fauront m’éclairer.
- Je ne fais qu’indiquer ici quelques nouveaux moyens de faifir la vérité ; il me fera toujours honorable d’avoir animé pour ce nouveau genre de travail ceux qui feront frappés , auifi vivement que je le fuis, de la nouvelle lumière que le Fluide éleétrique a ré-c jv
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- xi PRÉFACE DE VAUTEUR, &c. pându fur la Phyfique expérimentale , & fur le premier principe du mouvç* ment,
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- PRÉLIMINAIRE
- Néccjfairc à lire pour faifir l’efprit & les principes de cet EJfai.
- HL es Expériences qui nous rendent perceptibles les Phénomènes de l’Éleétri-cité auraient paru bien fumaturelles dans ces fiecles de barbarie où les Sciences & la Phyfique expérimentale languifloient & reftoient voilées par les ténèbres de l’ignorance & de la fuperftition.
- Le favant M. Court de Gebelin croit avoir acquis des notions allez fures pour préfumer que l’art de condenler & de diriger lg çours du Fluide éle&rique a été
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- xlij DISCOURS connu très-anciennement ; mais la candeur & l’amour de la vérité , qui font l’ame de fes Écrits, le feront convenir que les anciens Philofophes dont la dodrine eft par-, venue jufqu’à nous,ne nous ont lailfé dans leurs Ouvrages aucune idée précife de cet Être adif & accélérateur. Leurs recherches fe font bornées à ion effet le plus fimple : ils ont connu que le jayet ou charbon de terre & l’ambre jaune étant frottés, attiraient la paille & d’autres corps légers. Ils obferverent que l’ambre étoit celle de ces deux fubftances dont l’attradion étoit la plus forte, & donnèrent à fa puiffance le nom d’Éledricité.
- On trouve dans un excellent Mémoire de Monfieur de Secondât, digne fils de l’illuftre Préfident de Montefquieu, par fon amour pour les Sciences , une Hiftoire abrégée des progrès de l’Éledricité, depuis que Gilbert, Médecin Anglois, homme doué d’un efprit obfervateur, trouva l’art d’en varier & d’en multiplier les effets.
- On trouvera la même inftrudion dans l’Avant-Propos que M. d’Alibard a joint-
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- PRÉLIMINAIRE, xliij à fa Traduction des Rapports de M. Francklin. Je ne répéterai donc point une Hiftoire fuffifamment connue; je dirai feulement que depuis l’année 17x0 beaucoup de Phyficiens nous ont donné des Rapports alfez furs & allez nombreux pour en former une collection qui met le dix-hui-tieme fiecle en droit de s’attribuer la vraie découverte d’un Être fubtil que les Anciens n’ont jamais bien connu , ni défini, & qui ne leur doit que le nom qu’ils lui ont donné.
- Les Anciens n’ont obfervé dans l’Électricité que fon attraction ; ils ne regardèrent même cette attraction que comme très-inférieure à celle de l’aimant : ils la crurent même, ainfi que Muflchembroëk (qui les a fuivis ) d’une nature abfolument différente. (1) La répulfion mutuelle de deux At-mofpheres éleCtriques leur avoit échappé : ils n’ont eu'fur-tout aucune idée de la fuf-
- (1) Au mois de Février 1750 je démontrai , par plufïeurs Expériences décifives, dans un Écrit inféré dans le Mercure, que i'aflertion de M. Muflchembroëk étoit fauflè , que le Fluide éleârique & le magnétique étoient de même nature, & M. Muflchembroëk , qui a vécu fix ans depuis, ni fes Difciples, n’ont jamais pu répondre aux preuves de la mienne.
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- xljv DISCOURS pcnjion & de l'équilibre qui s’établit dans le point où deux puijfances oppofées deviennent égales , ou du moins n’ont plus que des ofcillations refpeclives.
- M. du Fay, que toutes les Sociétés éclairées regretteront comme un homme aufli favant qu’aimable, fut le premier en France qui ne craignit pas de dire, que peut-être cet Être fubtil injluoit beaucoup fur le mouvement f fur l’ordre & fur l’harmonie uni-ïerfelle des Êtres.
- Les dernieres Épreuves que fit le célébré Gray , fur l’Attradion , la Répulfion & la Sufpenfion opérées par l’Éledricité,le frappèrent aflèz vivement pour lui faire naître la même idée ; mais ce qui doit en impofer le plus fur celle que nous devons avoir de ce Fluide adif, c’eft ce que le fublime Newton dit lui-même, en examinant le rapport des Expériences qui furent faites pendant les dernieres années de fa vie.
- Mes yeux s'éteignent ( dit ce Philofophe comblé d’ans , de travaux & de gloire , , à la Société éclairée qui rendoit des foins & des hommages journaliers à ce grand
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- PRÉLIMINAIRE, xlv homme) mort efpritejilas de travailler, c’efi à vous à faire les plus grands efforts pour ne pas laiffer échapper un fil qui peut vous conduire.
- Je tiens ce fait de la bouche de feu M* Folkes, mort Préfident de la Société royale de Londres, comme l’ayant entendu répé--ter deux fois par celle de Newton* M. Folkes , l’un de fes Difciples favoris, joi-gnoit la plus haute fagefle au favoir le plus profond : j’eus le bonheur de vivre avec lui pendant un allez long féjour qu’il fit à Paris. Je tiens de plus de ce Savant illuftre, ce qu’il a cru même devoir lailïêt par écrit : n l’Éle&ricité ( me difoit-il ) of-» fre à nos recherches un fonds inépuifà-» ble de nouveaux faits : des Phénomènes » aufli variés, auffi merveilleux ne peuvent » nous apparoître dans tout ce qui a rap* n port au mouvement, à la lumière & aux » explofions violentes, fans nous faire pré-n fumer qu’ils ne peuvent naître que d’une « caufe très-générale, & même d’une caufe )} deftinée par l’Auteur tout-puifiant de la » Nature , pour produire les plus grands
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- xlvj DISCOURS « effets ; & je crois ( ajoutoit-il ) que l’É-« leâricité eft la plus grande découverte « que nous puiflions faire pour nous éclai-« rerfurlacaufeméchanique (i) des grands «mouvements de l’Univers. «
- C’eft ainfi que prêt à perdre dans Newton le Philofophe qui a le plus étendu la fphere des connoiflances, il appelloit fes Difciples , Folkes & Macklaurin, & tous les Obfervateurs de l’Europe, à la recherche de ce nouvel Être , qui, malgré les glaces de l’âge, lui faifoit la plus vive im-prefiion, quoiqu’il ne fit encore que l’entrevoir.
- Quelque danger qui foit attaché , fans doute, à cette grande entreprife, pourrions-
- (i) Newton , en prouvant les eflets «le l'attraâion & ceux de la gravitation, n’a jamais nié que l’une Sr l'autre ne puflènt dépendre d’une loi générale; mais fa haute fagefle ne lui pe'rait jamais d'écrire que d’après des démonftrations. On verra dans la fuite de cec Ouvrage que l’Éleâricité prouve avec évidence quelle eft la caufe de cette gravitation qui tient toutes les fpheres céleftes en équilibre ; & la conféquence nécelTaire de la force a clive qui entretient cet équilibre , eft que deux Corps céleftes ne peuvent jamais s’approcher au point de contaâ , & que (i Wifton avoit bien connu la gravitation & les Expériences de l’Éleâricité , il n’eût point avancé fi-témérairement qu'une Comete peut brifet par fon choc une Plauete quelconque , & encore moins tomber fur le Soleil.
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- PRÉLIMINAIRE, xlvij I nous négliger le flambeau qui nous eft offert? Pourrions-nous négliger de lier dans un ordre philofophique un nombre infini d’Ex-périences que des yeux éclairés reconnoî-tront fans peine pour être relatives entr’el-les : le défir, le befoin même de connoître & d’en généralifer les réfultats , s’éteindront-ils dans la patrie de Defcartes, au moment où de nouveaux efforts peuvent être aflez heureux pour devenir utiles.
- En effayant d’expliquer la nature & les effets d’un agent qui peut-être influe fur l’harmonie univerfelle des Êtres , il eft né-cefiaire de commencer par fe former une idée approchante de la multiplicité de ces Êtres, & de l’efpece de relation que le Globe que nous habitons peut avoir avec eux. Il faut donc examiner d’abord quels font les principes d’aékion & d’harmonie que les Philofophes les plus eftimés ont admis.
- Je fens toute la témérité d’un projet aufll vafte ; mais j’ébaucherai du moins un travail immenfe, dont la perfe&ion peut un jour fixer la raifon & les recherches de l’efprit humain : fans ofer prétendre à la
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- xlviij DISCOURS gloire d’inftruire , j’en dirai du moins afVet peut-être pour mettre mes Lecteurs à portée d’ajouter à ce foible EflTai des probabilités plus frappantes & des lumières fupérieures aux miennes*
- Tout eft lié dans l’Univers , tout s’y meut, & fe meut dans un équilibre (i) qui ne peut être né , qui ne peut fe foutenir que par une force vive. Le fpeétacle im-menfe d’une multiplicité de Globes lumineux fufpendus & roulants dans l’efpace, augmente à mefure que nous nous fervons d’inftruments plus parfaits.
- Nous avons tout lieu de croire que les Anciens, à remonter jufqu’aux Phéniciens mêmes , n’ont point connu les Télefcopes : le Catalogue des Étoiles fixes que nous tenons
- (O torique je parle d’un Equilibre foutenu par une force vive, je n’ai garde de fuppofer un Equilibre qui puifTe tomber dans l'inertie, & dont les ofcillations puilicnt fe réduire à zéro : j’entends un équilibre refpeâif entre toutes les atmofpheres folaires qui roulent fans ceflè les unes fur les autres dans l’efpace, & dont les grands mouvements ne peuvent fe foutenir que par une force vive , qui fuifit pour entretenir la première impullïon qu’ils ont reçue dans l’efpace. Nos idées ne peuvent s’élever jufqu’à l’étendue de cet efpace , ni jufqu’à l’efpece de révolution que le tqnt enfemble des fphere» céleftes y doit décrire.
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- I PRÉLIMINAIRE, xljx
- tenons d’Hyparque ne fe monte qu’à ion.
- II Celui du célébré Kepler n’eft porté qu’à
- 1468 ; mais depuis que l’art de la Catop-I trique s’eft perfeétionné, Flamfted a fu dé-terminer la latitude & la longitude célefte
- de trois mille Étoiles. Mais quel nombre
- (immenfe d’autres Étoiles les Télefcopes de Grégory ne nous ont-ils pas fait découvrir ? Il fuffit, pour en donner une idée approchante, d’obferver que dans la conf-tellation des Pléiades nous découvrons plus de 80 Étoiles avec les Télefcopes || Grégoriens, & que toutes les nébuleüfes, lËainfi que plufieurs efpaces de la voie laçai tée, nous préfentent une immenfe quantité fl d’Étoiles que le plus habile Aftronome ne Ë peut faifir & diftinguer. Si desobftacles, $ qui jufqu’ici paroiflent infurmontabîes, ne " s’oppofoient pas à l’effet utile d’un Télef-I cope d’une très-grande étendue , ne doit-| on pas préfumer que ce grand fpeâacle i augmenteroit fans cefle ? & tel que nous j. pouvons l’obferver , ne fuffit-il pas pour J nous de donner une idée de fon immen-|.fué ?
- Tome I. d
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- 1 DISCOURS
- Cependant les plus fures & les mieux reconnues pour l’être, nous apprennent que toutes ces Étoiles fixes font autant de Soleils lumineux par eux - mêmes, & qu’ils élancent de leurfphere d’aélivité des rayons qui viennent jufqu’à nous.
- L’analogie eft un guide qui ne trompe prefque jamais que ceux qui méritent de l’être par la parefle ou par la prévention. Elle devient fouvent fenfible & prenante pour la raifon, lorfqu’elle eft appuyée fur des faits certains : c’eft une analogie de cette efpece qui nous fait préfumer que tous ces Soleils innombrables font les centres d’autant d’autres fyftêmes femblables à celui que l’aftre radieux qui nous éclaire, colore & vivifie. Ces Soleils peuvent donc avoir des Planètes affujéties dans leurfphere d’Attraélion, & ces Planètes peuvent donc en avoir auflï de fecondaires du même or dre que notre Lune & les Satellites de Saturne & de Jupiter.
- Nous ne pouvons que par une approximation imparfaite juger de la grandeur de ces Soleils; & quoique Sirius, la plus bril-
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- préliminaire. ij
- lartte des Étoiles de la première grandeur, foit en apparence 17664 fois plus petit que le Soleil , fa diftançe immenfe le dérobe à toute autre efpece de calcul. Peu M. de Caflini lui foupÇonnoit un diamètre immenfe , fans en conclure cependant qu’il fût plus grand que celui du Soleil.
- Une fécondé analogie aufïi fimple que la première nous entraîne de même à préfumer que notre Soleil étant le centre fur lequel les Planètes de fon atmofphere gravitent , il faut que non - feulement il gravite fur elles , mais il faut auffi qu’il gravite fur les autres Soleils dont les at-mofpheres lumineufes s’étendent jufqu’au fien. Il faut de plus néceffairement que , pour l’enfemble harmonique de ces Soleils innombrables, ils gravitent tous fur un centre commun ; centre dont nous ne pouvons nous former qu’une imparfaite idée. Et en effet, quelle imagination allez forte, affez audacieufe pourroit s’élever jufqu’au centre de cet efpace , où notre fyftême folaire ne doit être regardé que comme un point en rapport avec l’immenfité des Plages cé-
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- lij DISCOURS
- leftes oii des Soleils innombrables étendent leurs atmofpheres de toutes parts.
- Peut-être trouvera-t-on que je me fuis trop étendu dans l’Efquifle que j’elfaie de donner de l’Univers ; maison doit réfléchir que les grands mouvements céleftes font la fource de tous les mouvements particuliers ; que tout mouvement émane d’un principe moteur , c’eft-à-dire d’un mouvement unique & primitif, qui fe propage en des fubdivifions actives fur tous les Êtres , & qu’on ne peut faire un pas certain dans la recherche des loix de la Nature , fans remonter autant qu’il eft pofli-ble au principe de ce mouvement, duquel l’harmonie & la rotation des Corps céleftes eft le plus grand & le plus fenlible effet. Il n’eft point de connoiflances phy-fiques dont celle de ces grands mouvements ne foit le premier point d’appui, & le premier degré de probabilité , le principe du mouvement étant le premier nœud de la chaîne de toute efpece de Syftême digne d’être approfondi.
- Si nous délirons quelque preuve encore
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- PRÉLIMINAIRE. Iiij plus fenfible de l’immenfité de l’efpace & du prodigieux éloignement des Étoiles fixes,obfervons feulement qu’étant placées tour à tour dans tous les points de l’orbite que la Terre décrit dans une année, nous ne pouvons appercevoir aucune différence dans la pofition des Étoiles fixes, & que le diamètre de cet orbite , quoiqu’il ait environ 70 millions de lieues, n’eft pour nous qu’une bafe imperceptible fur laquelle nous ne pouvons établir de calcul ni faire aucune opération d’une précifion géométrique. Cette vérité nous eft d’autant mieux démontrée aujourd’hui que l’aberration des Étoiles fixes ayant paru la démentir, M. Bradley a prouvé que cette aberration ne provient que d’un mouvement compofé de celui des rayons élancés des Étoiles & de celui de la rotation diurnale de la Terre. M. d’Alembert a démontré de plus que le grand axe de l’Ellipfe que peuvent former les plus grandes aberrations, qui fo.it toujours en longitude, ne forme jamais un arc de plus de quarante fécondés.
- Tel eft l’efpace immenfé que l’efprit de
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- Ijv DISCOURS l’homme ofe cependant effayer de connoî-tre & de mefurer. Habitant pour un petit nombre d’années une Planete qui n’eft pas même, au peu que nous connoiffons de l’Univers, ce qu’un grain de fable eft à la mafle de cette même Planete, il a cherché quelles font les loix qui la dirigent & qui l’affujétiifent dans fon cours !.... Encouragé par quelques efforts heureux, il ofe encore chercher quel eft l’agent moteur & la caufe méchanique qui peut entretenir tous ces Globes épars & gravitant les uns fur les autres dans cette harmonie fi confiante & fi digne de la toute-puiffarice de leur Créateur.
- L’idée fublime que nous devons nous faire de cette toute-puiffance ne peut nous conduire à croire qu’elle agifle par plufieurs moyens différents ; & lorfque nous con-noiffons quelques caufes efficientes qui concourent au même effet, telles que l’Attraction , la Répulfion & la Gravitation ; la raifon éclairée par l’obfervation des faits & par la méditation , doit conclure que les caufes ne font point primitives , &
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- PRÉLIMINAIRE. 1»
- qu’une caufe fupérieure, unique & différemment modifiée dans fon action , leur donne l’exigence, les varie & les régit fans ceffe.
- C’eft de cette réflexion que doit naître bien naturellement l’idée d’un Agent uni-verfel. Si l’exiftence de cet Agent n’eft pas fuffifamment démontrée aux fens par des faits, elle l’eft à l’intelligence, puisqu'elle paraît être absolument néceflaire.
- Deux matières primitives paroiflent exifter dans la Nature ; l’une agit fans ceffe, fon Être , c’eft le mouvement... ; l’autre , abfolument pajfive , n’a de caractère principal & difliftciif que l’inertie ; la première meut la fécondé ; elle en forme des combinaifons •prefqu’infinies: ce que nous nommons Éléments ne font que des modifications & des combinaifons de ces deux matières , de même que ce que nous nommons fens ne font que des modifications du toucher.
- Si nous confidérons l’Univers comme un grand tout, la matière aélive a pu Suffire au premier inftant où cet Univers a commencé pour mouvoir la Seconde, raf-fembler les malles , les pénétrer , leur donner l’adhérence, les modifier & les met-
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- U) DISCOURS
- tre en équilibre, félon les defleins du Créa-*
- L’aâe fimple de fa volonté créa les deux S matières, un minimum de force les ébranla, | les dirigea, & le mouvement qu’il imprima j à la matière aéfcive a fuffi depuis fon exif- j tence pour tout entretenir félon l’ordre S immuable & l’enchaînement de les Dé- 1 crets. Ces deux matières primitives nous | font prefque également inconnues , & la g Philofophie s’eft exercée vainement juf- | qu’ici pour découvrir leurs propriétés : ce j rt’eft que par l’intenfîté de fon action que | la matière vive devient perceptible.
- Ce n’eft que par l’intenfîté de fa force j que la mâtiere vive devient perceptible 1 aux fèns; mais elle n’en exifte pas moins j dans les derniers degrés d’atténuité où j l’efprit feul peut la concevoir , ne pouvant I plus la foùmettre à nulle efpece d’Expé-, j rience.
- Ce n’eft de même que par des agrégats I de la matière paflïve que des mafTes de I cette matière peuvent fe raflembler & tom- S ber fous les fens. Quelques Philofophes an- j
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- PRÉLIMINAIRE. Ivij ciens, plus fubtils qu’éclairés , ont fouvent confondu ces deux matières enfemble, & dans le point où la lumière de l’Expérience leur a manqué , une fpéculation abftraite, une Métaphyfique toute idéale leur a fourni la bafe fur laquelle ils ont élevé leurs chimériques fyftêmes.
- Quelques-uns même fe font égarés juf-qu’au point de ne reconnoître dans l’Univers qu’une feule & même matière , dans laquelle ils ne diftinguoient point la force néceflaire pour la mouvoir : cette matière, tout enfemble aétive & paflive, fut même quelquefois regardée comme ayant en elle-même un fentiment de fon exiftence, Çc une dire&ion volontaire & raifonnée.
- Une Seéte moderne, plus éclairée, confondit une de fes propriétés avec fon ef-fence : elle regarda l’étendue comme celle qui pou voit le mieux la définir ; mais l’idée de toute efpece d’étendue entraîne celle d’une furface ou d’une continuité quelconque, & de cette idée il naît invinciblement celle d’un corps qui peut être divifé.
- Nous comprenons clairement que ce
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- Iviij DISCOURS n’eft que dans les dernieres fubdivifions d’un corps que les atomes élémentaires de la matière peuvent être connus ; mais cette opération eft impoffible à l’art : on ne peut l’opérer jufques dans ce dernier degré, où l’efprit feul doit & peut les concevoir comme de Amples unités qui peuvent fer-vir à compofer des molécules, & fuccef* fîvement des malles fenAbles, & même des corps organifés, dont les atomes primitifs ne different point les uns des autres dans leur effence.
- Leucipe & Démocrite font prefque les feuls Philofophes de l’antiquité dont l’examen fe foit porté jufqu’à reconnoître ce que je viens de dire : ce font du moins les premiers qui aient fait des atomes le fondement de la doétrine des corps ; mais l’erreur la plus humiliante pour la raifon déshonora leurs travaux & démentit les vérités Amples qu’ils avoient trouvées. Cette erreur les conduiAt à ne reconnoître qu’un hafard aveugle , qu’une rencontre fortuite d’atomes dans la formation & l’or-ganifation des Êtres végétaux ou animaux.
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- PRÉLIMINAIRE. lj* On doit même obferver que ces Philo-fophes, dont la do&rine fut fuivie par Épi-cure & chantée par Lucrèce, ne connurent point ou du moins ne repréfenterent jamais leurs atomes dans le dernier point de fimplicité & d’unité. Ils leurs attribuèrent des figures variées' à l’infini, parce qu’ils avoient befoin de ces atomes variés & figurés pour former leur Syftême ; mais tout atome figuré n’eft plus un être fimple, & peut être divifé. Il faut donc fe bien garder de confondre les atomes tels que ceux que Leucipe & Démocrite ont imaginés pour former leur Univers chyméri-que, avec ceux que le fublime Newton admet pour principes élémentaires de la matière.
- Avec des atomes tels que ceux de Newton , quand même le hafard formeroit quelques mafles, ces malles ne porteroient jamais les cara&erés diftindifs de l’orga-nifation ; ce ne feroit au plus que des matériaux bruts, qui auroient befoin de la main de l’Ouvrier.
- Tout atome primitif doit donc être regardé comme une unité : toutes les mafles,
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- Ix DISCOURS les molécules & tous les corps poflibles ne doivent l’être que comme des agrégats de ces unités. Tout atome primitif eft donc un être fimple , pefant, impénétrable, in-divifîble, indifférent au mouvement, comme au repos, n’ayant d’autre force que celle de fon poids ; force morte, connue fous le nom d’inertie.
- L’attra&ion, il eft vrai, paroît être un attribut identique aux atomes primitifs, & cette attra&ion devenant fenfible dans les malfes de ces atomes , on fe croit en droit de remonter jufqu’à dire que cette attra&ion eft une puilfance que chaque atome exerce en particulier. C’eft ce que je me propofe d’examiner dans la fuite de cet Ouvrage , puifque cette puiffance eft fi reconnue par fes effets, qu’elle doit être comptée au nombre des loix invariables de la Nature; mais cette loi peut avoir une caufe & dépendre d’une autre loi encore plus générale.
- Les anciens Philofophes & les modernes ont admis différentes puiffances motrices pour donner du corps & de la vraifem-
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- PRÉ LIMINAIRE. lxj blance à l’idée qu’ils fe font fait d’un agent univerfel, d’une force primitive qui varie fans celle la texture intérieure & extérieure des malles , qui leur donne une agitation dans toutes leurs parties, & qui entretient l’harmonie dans tous les grands mouvements de l’Univers, & dans les périodes des révolutions des Globes céleftes.
- Les différentes puilfances qu’ils ont imaginées avec le plus de degrés de vraifem-blance , font l’Éther, la Matière fubtile, le Feu élémentaire & l’Attraélion.
- Avant d’ofer donner un autre nom à cet agent, avant d’ofer déterminer les loix que je préfume être celles de fon mouvement , il me paroît néceflaire d’examiner quelle eft l’efpece d’exiftence que les Phi-lofophes ont donné à ces Puilfances tour à tour vi&orieufes, combattues & réduites enfin à n’être plus admifes que dans le rang des caufes fécondés.
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- lxij DISCOURS De i> É t k e r.
- L’Éther ne paroît être qu’un mot âufît vague, aufll vuide de fens que celui de hafard. Quelle explication fuffifante pour la raifon trouve-t-on dans les Anciens, de cet Éther, de cet Être fubtil, impajjîble, & cependant capable d’exercer une aétion fur d’autres corps ? A quoi les Anciens ont-ils pu le reconnoître ? Quelles preuves ont-ils eu de fon exiftence ? Sous quelle forme fenfible s’eft-il manifefté ? Et ne doit-on pas les taxer de témérité , lorfque ne voyant que quelques effets qu’ils ont préfumé dériver d’une caufe quelconque, mais qui leur étoit inconnue , ils ont ofé lui donner un nom ?
- On pourroit leur palfer la convention du pot Éther pour aider à l’intelligence de leurs théories & à l’explication de quelques effets, s’ils n’en avoient pas abufé en attribuant à cet Éther une exiftence qu’ils n’ont pu connoître, des loix de mouvement démenties fans ceffe par des faits, & des
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- PRÉLIMINAIRE, lxüj
- phénomènes qui impliquent une contra-di&ion manifefte entre le principe qu’ils ont pofé , & les conféquences qu’ils en tirent.
- Je n’entrerai point dans le détail de ces contradi&ions , il me fuffit de rapporter feulement quelques attributs de l’Éther des Anciens, pour faire juger combien leurs opinions étoient dénuées de preuves & de ces degrés d’évidence qui peuvent feuls conduire à la certitude.
- Les Anciens prétendoient, & malheu-reufement ils ont été fouvent imités ; ils prétendoient, dis-je , que l’Éther avoit en propre la force & le mouvement par lequel il agifloit ; qu’il opéroit tous les changements qui fe font dans les corps ; qu’il caufoit la lumière par un mouvement de vibration & d’ondulation : cet Éther, en un mot, étoit l’agent univerfel qu’ils s’é-toient choifi, & ils croyoient que tous les mouvements divers de cet Éther étoient indépendants de toute a&ion commencée par l’impreffion d’un mouvement donné.
- C’eft admettre un effet fans caufe que d’at-
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- Ixjv DISCOURS tribuer à üri être, tel fubtil qu’il puifle être, un mouvement qui lui fdit propre, & une force indépendante d’une a&ion commencée. Non-feulement un pareil principe peut conduire l’efprit à des opinions dangereu-fes ; mais il le plonge néceflairement dans l’erreur la plus palpable. Heureufement ce faux principe eft démenti fans cefle par le détail phyfique de fes prétendues opérations , & ce principe abfurde ne féduira jamais ceux qui connoiflent l’art de penfer, & qui ne fe rendent qu’à la conviétion ab-folue & au calme agréable que la certitude établit dans l’efprit. Ils verront, au contraire , qu’en fuivant la propagation de toute efpecede mouvement, &.en rémontant jufqu’à fa fource , il faut une caufe bien fupérieure, bien plus fublime que toutes celles que nous pouvons découvrir dans la Nature pour avoir imprimé ce premier mouvement & lui avoir donné l’être. Plus on approfondira cette idée, plus on fe rendra certain que cette première impreffion néceffaire & donnée a pu fuffire pour la fuite infinie de tous les mouvements fub-féquents
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- PRÉLIMINAIRE, hv féquents qui entretiennent l’aâion générale de tous les Êtres.
- Les Expériences les plus décifives , & portant la plus complété évidence, nous prouvent auffi que la lumière n’eft point caufée par un mouvement de vibration & d’ondulation ; que la lumière eft un corps infiniment fubtil, mais capable de frapper les autres Corps , & que tout centre lumineux eft une fphere d’aélivité, dont les rayons s’élancent en tous fens, en faifceaux coniques de rayons droits & divergents.
- Quelques effets d’une caufe motrice répandue dans la Nature , que les Anciens ont pu connoître, ne les a donc point mis en droit d’apprécier cette force & de lui donner un nom.
- Cependant, malgré cette erreur des Anciens , il y auroit bien de l’ingratitude à méprifer leurs travaux : s’ils n’ont pasconnu un affez grand nombre de vérités pour en former la chaîne d’une doârine folide, plufieurs d’entr’eux ont travaillé avec alfez de fuccès pour élever l’efprit humain à des recherches qui paroilfoient être au-deffus Tome I. c
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- lxvj DISCOURS de fes farces. Ils ont commencé à défricher la route qui peut conduire à la vérité. Une critique judicieufe s’eft élevée entr’eux pendant les belles années de la Grece : s’ils n’établirent pas un ordre lumineux de vérités, ils furent du moins combattre des erreurs avec fagacité. Celle de la puiflance de l’Éther fut réfutée folidement par Platon dans fon Phédon : la morale de Socrate éleva l’ame en l’éclairant. Les Obferva-tions d’Ariftote fur l’Hiftoire Naturelle, doivent nous fervir de modèle & nous devons à Pythagore & à la Seâe Italique, les premières idées du feul fyftême du Ciel que la raifon éclairée puifle admet-
- DE L A MATIERE SUBTILE.
- Il n’eft point de génie fublime & courageux dont les premiers efforts ne réuffif-fent, lorfqu’il ne les emploie qu’à combattre l’erreur ; mais il eft peu de ces génies créateurs qui réfiftent au défir d’annoncer avec une confiance trop prématurée les
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- PRÉLIMINAIRE, lxvij découvertes qu’on croit avoir faites, & les vérités apparentes qu’on croit avoir failles.
- Un Philofophe dont le nom fera à ja-j mais refpeété de tout homme qui penfe , Defcartes naquit en France dans un temps oh l’efprit humain étoit prefqu’entiérement offufqué par l’amour du merveilleux & par les ténèbres de toute efpecede fuperftition.
- On n’enfeignoit dans les Écoles que de vaines fubtilités, dénuées de fens & de lumière , & l’on confondoit l’art vain & ténébreux de la difpute avec l’art favant & lumineux de la difcuflion.
- L’Aftrologie judiciaire, une Chimie myf-térieufe, des rapports fympathiques, les influences des conftellations , les émanations des pierres précieufes, des efpéran-ces toujours trompeufes de rendre la jeu-nelfe, de prolonger la vie, de tranfmuer les métaux ; telles étoient alors les occupations de ceux qui prétendoient au nom de Savant : c’eft ainfi qu’ils croyoient cultiver la Science des faits, & les fuperfti-tions de Catherine de Médicis & de fon liecle, influoient encore dans les Sciences.
- e ij
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- Entouré dans fon enfance de tous ces écueils dangereux, Defcartes eut le courage & la fagacité de s’en affranchir ; il porta le flambeau de laraifon dans les Écoles , celui de l’Expérience dans la Phyfique : il confondit l’adrelfe des Sophiftes , il apprit à attacher des idées diftinétes aux mots ; il exclut de l’art de raifonner tout ce qui ne porte pas une notion claire dans l’efprit ; il fournit des Phénomènes mal obfervés à de nouvelles Expériences, à de nouveaux calculs , qui démentirent les fauffes explications qu’on en avoit donné ; il remit en honneur le compas & les calculs de la Géométrie. C’eft ainfi que ce Génie créateur fit plus alors pour l’efprit humain, par une révolution prefque totale, que les ufurpa-teurs du nom de Philofophe n’en avoient fait depuis la décadence du Portique & de l’Académie.
- Tout changea dans l’empire des Sciences ; mais eft-il facile d’enlever à la plupart des hommes les erreurs qui leur font chères , & fur-tout celles qui leur font utiles? Un peuple de Profefleurs ne fe vit point ra-
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- PRÉLIMINAIRE, lxjx vir, fans une efpece de défefpoir & de rage, Je refpeét & la fervitude de leurs Difci-ples. Semblables aux anciens Oracles, qui gémiffoient de .voir abandonner leurs trépieds , ces Profeffeurs, pour foutenir l’honneur du Péripatétifme, fe fervirent des mêmes armes que les Prêtres d’Athènes employèrent contre Socrate ; armes cruelles , que l’envie ne met que trop fouvent dans la main du lâche & de l’homme pervers.
- Defcartes, prefque aufli malheureux que Galilée, éprouva la perfécution la plus odieufe & la plus injufte : il fut obligé d’aller dans le Nord chercher une autre patrie. Mais un vrai Philofophe eft toujours fur d’en trouver : la Suede le reçut, & les regrets des hommes éclairés de la France le fuivirent aux pieds de Chriftine.
- Ces regrets , cette admiration firent peut-être trop d’impreflion fur lui ; il parut écouter avec trop de foiblefle ceux qui le prefloientde leur découvrir un plus grand nombre de vérités nouvelles : d’Obfervateur exaâr, de Géomètre tranfcendant, il parut, contre fes propres principes, fe livrer à
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- lxx DISCOURS
- tout le feu d’une imagination brillante &
- peut être trop féconde.
- Je ne parlerai point de fes ouvrages mé-taphyfiques, ils font étrangers au fujet dont je traite ; mais je le. plaindrai d’avoir fubftitué la matière fubtile à l’Éther des anciens, & d’en avoir voulu faire un agent univerfel ; de n’avoir reconnu le feu qu’à l’embrafement & à la chaleur; de l’avoir cm différent de la lumière dans fon effence, & de l’avoir diftingué du mouvement par une trop grande féparation. (i)
- Je dois le plaindre fur-tout de s’être re-fufé à l’évidence de l’Émiffion des rayons
- Ci) M. de Maupertuis fut le premier qui ofa attaquer en forme le Syltême ingénieux de Defcartes. II publia en 1731 fon Traité fur
- *a figure des A lires , où l’on trouve une difcufiïon métaphyfique fur l’Attraûion. Cette année fut l’époque d’une efpece de révolution pbilofophique : les Seâateurs de Defcartes le défendirent avec un zele fi paffionné , qu’fis le portèrent jufqu’à nier la vérité des Expériences du Prifme, qui divife par la réfraction les rayons primitifs réunis dans le faifceau d’un rayon folaire. On envoya en Angleterre pour les vérifier , & }’ai fu par feu M. Brandt, neveu du célébré Maclaurin, que le Difciple favori de Newton fit répéter , en préfence des Émifiaires, toutes les Expériences du; Prifme par les dernier* * Ecoliers de la dalle. On prétend même que le Cartéfianifrae expirant eut une efpece de Martyr (1); & que fon plus zélé défenfeur mourut de regret, après une longue & vive difpute, dont M. deMauper tuis étoit forti viûorieux.
- (i) L'Abbé Privai de Molieres.
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- PRÉLIMINAIRE. Ixxï folaires , d’avoir créé & multiplié des Tourbillons, qui troubleroient toute l’harmonie des Corps céleftes ; & tout Homme qui ofe élever fon efprit jufqu’à l’examen des loîx les plus générales de l’Univers, doit frémir fur fon propre danger, lorfqu’il voit un aufli grand Homme que l’étoic Defcartes, tomber dans l’efpece d’ivrefle d’expliquer jufqu’à la formation de fon premier & de fon fécond élément par les définitions les moins vraifemblables.
- Cependant, fi Defcartes s’eft démenti lui-même par les détails chimériques qu’il nous a donnés fur la matière globuleufe & fur la matière fubtile, il faut avouer qu’il a montré un génie bien fupérieur dans l’emploi qu’il a fait de ces prétendus •Éléments.
- Toutes les reffources les plus ingénieu-fes de l’efprit le plus étendu , le plus actif & le plus fubtil femblent être épuifées pour donner de la folidité à fon Ouvrage ;mais peut être... Ou plutôt n’en doutons point, fi Defcartes eût pu connoître les véritables loix du mouvement, fi des Expériences
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- lxxi'j DISCOURS décifives luieuffent fait voir que cette force agit toujours en ligne droite, lorfqu’un obftacle fuflifant ne s’oppofe pas à la direction naturelle , ce grand Philofophe eût abandonné fans regret ce qu’il ne tenoit que de fon imagination, pour faifir avec ardeur ce qui lui eût été offert par l’Expérience & par la Nature.
- Cependant cette matière fubtile,qui trou-veencore quelques défenfeurs (i),pourroit en trouver un bien plus grand nombre , fi, retranchant du Syftême cartéfien l’origine fabuleufe de cette matière , on déterminoit d’autres loix pour les mouvements rapides.
- Ce ne feroit plus, il eft vrai , le même agent inventé par Defcartes ; mais ce
- (i) le ftge & fublime Fontenelle, qu’un fiecle de vie , lestravàux les plus utiles eu les plus agréables , la fociété la plus douce, la plus Turc & la plus égaie , or que la Philolophie du cœur fr de l’elprit rendra auffi mémorable que les plus grands hommes de l’antiquité ; M. de Fontenelle penchoit en fecret pour le Cartéfianifme ; tant il eft vrai qu’on ne renonce point en entier aux premières idées reçues. Mais cette opinion favorite ne l’a point empéché de donner le Précis le plus impartial, le plus exafl Si le plus lumineux des Ouvrages qui Ja combattoient dans cette Hiftoire immortelle des travaux de l’Académie des Sciences , qu’il a écrite jufqu'à l’âge de plus de quatre-vingts ans.
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- PRÉLIMINAIRE, lxxiij feroit une preuve que ce Philofophe a conçu l’idée & la néceflité de fon exiftence, & que le regardant comme la caufe première de toute efpece de mouvement, il a mieux aimé courir le rifque de le mal expliquer que de biffer échapper un fil fi propre à le conduire, & que d’abandonner une caufe méchanique dans un examen où celles de cette efpece font les feules qui doivent être admifes par la rai-fon.
- Du Feu élémentaire.
- J’ai peu de chofes à remarquer fur le Feu élémentaire. Pénétré d’admiration & de confiance pour ce que le favant Boer-haave en a dit, je ne peux que renvoyer mes Leéteurs à fes Ouvrages & à ceux du Confeélionnaire de la France qui l’a fuivi. Perfonne n’a mieux connu que ces profonds Phyficienç quelle eft l’aétion de ce Feu fubtil qui pénétré , agite , modifie tous les corps, & dans lequel ils font tous immergés.
- Tout ce qu’on lit dans le Traité de
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- Ixxjv DISCOURS Chimie de Boerhaave & dans le Traité de l’Économie animale par M. Quefnay, fur le Feu élémentaire, fe trouve dans un rapport fi direét & fi confiant avec le Fluide éle&rique, que c’eft avec autant de refpeéfc que de reconnoiflance pour ces hommes célébrés que je conviens de l’honneur que je me fais de profiter des lumières qu’ils ont porté dans cette partie décifive de la Phyfique expérimentale.
- Perfonne ne fut plus en droit que Boerhaave de donner un nom à cet agent qu’il a prouvé comme un Être agiflant fur tous les corps ; & fi j’ofe donner un autre nom à ce même agent , ce fera fans m’écarter des principes de ce grand Obfer-vateur , & feulement parce qu’un grand nombre d’Expériences qui m’ont paru dé-cifives, m’a entraîné à croire que le Feu élémentaire & le Fluide éledrique ne font qu’un même Être agiflant fous deux dénominations différentes.
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- FRÉLIMINAIRE. Ixi»
- Dr l’Attraction.
- Nul principe n’a jamais paru plus fé-cond que celui de l’attraélion newtonienne. Les effets de cette force motrice nommée attraélion , en raifon réciproque des mafles & de leur denfité fpécifique, & en raifon du car ré des diftances, paroiflentêtre démontrés , & jufqu’ici nul Phénomène n’a paru démentir l’aétion d’une puiflance que chaque portion de matière paroît exercer félon fa mafle & félon une fphere d’attraéfcion proportionnée à cette mafle ; mais en convenant de tous ces effets, qui font invariables, ne feroit-il pas téméraire d’attribuer encore plus à cette attraélion que le Chevalier Newton ne lui en attribue lui-même ?
- Newton étoit trop grand, trop fage, il cherchoit de trop bonne foi là vérité, pour ofer expliquer la caufe de cette attraélion ou pour regarder l’attraélion en elle-même comme une caufe fimple & primitive , & en un mot pour la croire l’agent uni-
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- lxxvj DISCOURS, &c. verfel de la Nature. Après avoir prouvé & calculé fon effet général, cePhilofophe, auffi fage que fublime, s’eft expliqué très-clairement dans fon Traité d’Optique , & l’on ne peut le foupçonner d’avoir regardé l’attradion autrement que comme un effet général qui peut avoir une caufe inconnue. Je dis plus , quand même cette caufe ne feroit jamais découverte , ou quand même on parviendroit à la découvrir, rien ne pourrait ternir la gloire du grand Homme qui le premier a fu généralifer fes effets, & qui en a fait une application auffi utile que lumineufe.
- Mais, s’il n’eft pas impoffible de découvrir quelle eft cette caufe dont Newton lui-même a foupçonné l’exiftence , tout doit encourager à fa recherche, & Newton , prêt à terminer fa carrière , anima fes Difciples & fes compatriotes à fe fervir du nouveau flambeau que leur offrait l’Eleéfricité , par ces dernieres paroles que j’ai rapportées , & que je tiens de feu M. Folkes & du neveu de Maclau-
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- îxxvij
- RÉSUMÉ
- de ce discours préliminaire.
- PLAN DE CET OUVRAGE.
- Si par hafard il eft poffible de rapprocher les idées principales & les théories des Philofophes les plus eftimés, pourquoi né-gligeroit-on un travail aufli fatisfaifant ? Pourquoi 'fe refuferôit-on à l’examen de plufieurs résultats différents, dans la vue de prouver que,félon Defcartes,il exifte en effet une matière fubtile dans l’Univers ; que, félon Boerhaave, ilexifte de même un Feu élémentaire dont tous les Corps font plus ou moins imprégnés , & dans lequel ils font tous immergés, & que, félon Newton, les Corps font attirés , repouffés ou fufpendus par une force agiffante, félon une loi qui fe trouve d’accord avec la loi inverfe du carré des diftances ?
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- lxxviij RÉSUMÉ.
- Si dans l’eflai qu’on feroit de rapporter à une puiflance unique & primitive ce que les plus grands Philofophes ont cru de plus décififpour l’économie & l’harmonie univerfelle des Êtres , on parvenoit à prouver que cette puiflance meut, foutient & régit tous les Corps céleftes dans leurs orbites j que cette même puiflance fe ma-nifefte fous des formes perceptibles aux fens, quand elle eft fuflifammentcondenfée; que cet Être a toute la ténuité de la matière fubtile , & toute la vélocité du feu élémentaire & de l’émiflion des rayons fo-laires , peut-être rendroit-on un fervice bien utile à l’efprit humain : ce feroit un point de réunion entre plufieurs différentes théories dont il eft bien vraifemblable que plufieurs propofitions font vraies , & lefquelles deviendroient plus utiles & plus frappantes, fi elles étoient rangées dans un nouvel ordre , & placées fous un autre jour.
- L’efprit de parti fait des Seétateurs, mais il fait peu de Philofophes ; c’eft au Génie obfervateur à ne négliger aucun
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- RÉSUMÉ. lxxjx
- moyen d’éclairer fes recherches : tout homme dont l’ame eft courageufe , l’entendement fain & l’efprit éclairé , doit fentir qu’un des plus fûrs moyens pour approcher du but qu’on doit fe propofer dans fes recherches, c’eft de travailler à concilier les opinions de ceux qui ont fait les efforts les plus fuivis pour pénétrer'les fecrets de la Nature , fans craindre de trop ôter au chef d’une Seéte, ou de trop accorder au chef d’un autre.
- En ofant entreprendre un pareil Ouvrage, je ne prétends que préfenter un nouveau plan, trop au-deffus de mes forces pour efpérer de le bien remplir : c’eft en le fuivant que je difcuterai plufieurs Phénomènes de l’Éleéfcricité , félon l’idée que je me fuis fait d’un agent a&if & accélérateur , que je crois répandu dans toute la Nature.
- Je pars donc de la fuppofition que cet agent exifle, & c’eft par les effets que j’ef-faierai de le prouver.
- J’efpere qu’on ne me foupçonnera pas de fuivre un ordre fynthétique par le fol
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- Im RÉ S U M É. orgueil de croire avoir embrafTé d’un coup d’œil le grand fpe&acle de l’Univers. J’ai cru devoir préférer cet ordre dans un travail où j’eflaie de donner quelques notions dif-tinétes d’un Être que je foupçonne être le moteur de tous les autres Êtres.
- Iln’eft rien dans la Nature qu’il ne m’eût fallu obferver & difcuter avant que de remonter à ce principe du mouvement, fi je m’étois fervi d’un ordre analytique , & c’eft conféquemment 'à l’ordre que je me fuis propofé que je vais traiter de ce que j’ai à dire, comme fuppofant que l’Éleétri-cité eft le principe du mouvement, & un agent dont je crois voir l’aétion fe propager , agiter, lier , divifer & modifier fans cefle tous les atomes élémentaires de la matière paffive.
- ESSAI
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- LE FLUIDE ELECTRIQUE,
- CONSIDÉRÉ
- COMME AGENT UNIVERSEL, ET SUR LES EFFETS QU'ON LUI PEUT ATTRIBUEE.
- CHAPITRE PREMIER.
- Lo r. squ k par le moyen d’un frottement léger & rapide , on extrait & l’on raffem-ble de l’air & des corps environnants, le fluide éleétrique fur la furface d’un globe
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- % . La Nature & les Effets atmofphere, une vraie fphere d’a&ivité dont les rayons effluent avec une rapidité prodigieufe dans la plupart des corpç qu’on préfente à ces rayons, & ce fluide s’échappe de ces corps par leur extrémité oppofée.
- Première Expérience.
- Tous les Obfervateurs attentifs recon-noîtront qu’il faut que l’Éledricité paffe par un nombre infini de degrés, de la plus grande ténuité à la denfité fuffifante, pour qu’elle devienne perceptible aux fens : tout Phyficien conviendra, & l’efprit conçoit qu’on ne peut obferver que les degrés les plus marqués ; mais cela n’empêche pas qu’il ne foit certain que ces degrés font encore plus innombrables que ceux qu’é-prouveroit la couleur de pourpre le plus foncé, pour paffer à la couleur de rofe la plus pâle.
- II. Expérience.
- On reconnoît d’abord l’Éle&ricité par les effets d’attradion & de répulfion : elle commence à devenir fenlîble fous la forme
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- d’un vent foible, capable d’agiter des corps légers ; quelques degrés de plus rendent ce vent aélif, froid & pénétrant.
- C’eft dans ce point de l’expérience qu’un obfervateur ne peut apporter trop d’attention pour diftinguer le paflage prefque imperceptible du vent a&if à l’aigrette lu-mineufe.
- Cette aigrette, qu’on ne reconnoifloit d’abord que fous la forme de vent, ne. change cependant pas de forme en devei nant lumineufe, & lorfque la friétion du globe eft bien conduite, on peut diftinguer les traits lumineux qui fe fuccedent, &qui augmentent de plus en plus la denfité de l’aigrette. On peut même diftinguer les nouo velles nuances que fa lumière acquiert; ces nuances répondent à la gradation des rayons primitifs que le prifme fépare par là réfra&ion dans le faifceau blanc d’un rayon folaire.
- Analogie de VAigrette électrique avec les rayons folâtres.
- Si l’on approche un corps de l’aigrette,
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- 4 La Nature & les Effets
- elle eft attirée, elle ceffe de diverger ; on la voit blanchir à mefure que les rayons l’approchent du parallélifme, & lorfqu’elle eft condenfée fous la forme d’un filet blanc dans l’explofion d’une étincelle, elle paroît avoir toute la denfité d’un rayon folaire, & les qualités caraétériftiques du feu actuel , puifqu’elle peut allumer plufieurs corps différents.
- Première Proposition.
- L’Éleélricité, femblable aux autres fluides , continue fon cours, & fuit avec facilité toutes fortes de direétions , lorfque ce cours n’eft point troublé par quelqu’obf-tacle : la ténuité ni la rapidité ne peuvent la difliper, ni même la féparer du corps qui la tranfmet ; mais dans le tiffu duquel on ne doit pas préfumer que ce fluide foit contenu & renfermé en entier comme un liquide le feroit dans un tube : plufieurs expériences donnant lieu de croire que la plus grande partie de ce fluide s’accumule fur les furfaces des corps préfents, & encore plus que dans leurs maffes, & fur-
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- tout lorfque ces corps font métalliques ; mais dans les animaux & les végétaux, ce fluide les pénétré & paroît circuler de préférence dans les fibres, les nerfs & les couloirs les plus étroits, & du tiflu le plus denfe.
- II. Proposition.
- Une des propriétés du Fluide éleCtriquç,, la mieux prouvée par l’expérience, c’eft de tendre toujours h V équilibre avec lui-même. Tout corps qui contiendra une portion de ce fluide, en communiquera à un autre corps qui en fera privé autant qu’il en confervera pour lui-même, dès que cet autre corps entrera dans la fphere d’aCtivité : c’efl: pourquoi ces corps, qui font électriques par eux-mêmes, repouflent le Fluide éleCtrique, tandis que ceux qui ne le deviennent que par communication l’abfor-bent.
- III. Proposition.
- Tous les corps vitrifiés ou cry flallifés,
- foit par l’art, foit par la nature, tous les. corps fulphureux & réfineux , quelques
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- fubftances animales, tçlles que la foie, le ! crin, la laine, les cheveux, font de l’ef- I pece des corps éle&riques par eux-mêmes : I ce qui le prouve, c’eft que ces corps en ! repos arrêtent le cours du Fluide éle&rique J qui ne peut les pénétrer, & que ces mêmes j corps étant frottés effluent ce même flui- j de , & le raflemblent des corps environ- j nants qui leur en foumiflent autant qu’ils en f
- perdent.
- Cette propofition me paroît prouvée I par toutes les expériences dont j’ai lu les | rapports ; je les ai répétées & variées fans 1 que rien m’ait paru le démentir.
- Je ne rapporte point ces expériences, ce 1 feroit allonger fans néceffité un Ouvrage I qui ne renferme déjà que trop de ces fortes g de détails: celles de MM. Jallabert, Nolet, Wattllon, du Tour , Frankelin , font dé-cifives, & je préfume qu’elles font connues 9 de la plupart de ceux qui daigneront s’oc- I cuper de cet Ouvrage.
- Le cours du Fluide qui coule dans un I corps non éle&rique par lui-même , ne | cefle que par une entière émiffion à l’ex- 9
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- trêmité de ce corps, lorfque le globe cefle de lui fournir le même fluide : il cefle d’une façon iiiftantanée par l’accident d’une étincelle qu’un corps non éle&rique occa-fionne en la faifant éclater par fon approche.
- IV. Proposition.
- On prétendroit en vain expliquer la naif-fance & la nature de cet être, en foutenant que des particules phofphorentes, émanées des corps qui frottent ou qui communiquent au globe , peuvent le pénétrer, l’y raflem-bler, l’y tamifer, & en effluer; cette origine ne peut s’accorder avec les premières formes fous lefquelles paroît l’Eleélricité : une matière phofphoreufe n’excitera point un vent froid & aétif. D’ailleurs il n’y a nulle analogie entre la friétion légère que le globe ou le tube efluie, & le procédé long & pénible qui dégage les foufres fubtils d’un phofphore, des matières grof-fieres qui les captivoient & les obfcurcif-jfoient.
- L’odeur fulphureufe que l’on fent fou-vent dans les expériences n’a rien de com-
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- mun avec le feu pur & fubtil de l’Éle&ri-cité. Cette odeur qui reflemble à celle de l’ail, prouve feulement que l’Aigrette électrique enflamme quelques particules volatiles , fulphureufes & amoniacales, dont l’air d’une chambre eft toujours plus ou moins imprégné par la tranfpiration des aflî liants ; tranfpiration qui augmente toujours de plus en plus à mefure qu’un plus grand nombre d’afliftants fe trouvent à portée du globe: ce que M. l’Abbé Nolet a prouvé en faifant voir que la tranfpira-tion des animaux , à portée du globe , eft de moitié plus forte que lorfqu’ils en font éloignés. Il arrive même prefque toujours que l’atmofphere d’une chambre fermée fe trouvant trop changée par la tranfpiration des afliftants, elle nuit beaucoup aux expériences, & arrête l’effluence du globe.
- Le feu de l’Aigrette éleélrique eft un vrai feu élémentaire, qui n’eft jamais plus aétif & plus brillant que lorfqu’il eft le plus dégagé des particules flottantes dans l’air, lefquelles ne peuvent que l’obfcurcir, &la friétion la plus légère l’évite foudainement dans un vaiffeau purgé d’air.
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- Ce feu élémentaire paroît cependant avoir une des propriétés effentielles du feu ordinaire , puifqu’il allume de l’efprit-de-vin un peu échauffé, & le phofphore lumineux de Kunkel ; mais cette même étincelle qui allume ces différents corps n’a aucune efpece de chaleur, & ne fait nulle impref* fion fur la liqueur d’un thermomètre le plus fenfible ; il faut donc conclure de ces expériences, en apparence contradictoires, que le feu électrique eft un feu pur très-différent de notre feu ordinaire, lequel n’exifte que par l’embrafement des corps qu’il dévore , & qui n’exifte jamais fans chaleur ; mais le feu électrique, quoique fans chaleur , réuflit également à embrafer l’efprit-de-vin & le phofphore, parce que l’efprit-de-vinéchauffé efflue des vapeurs très-fubtî-les & très-inflammables , auxquelles il ne faut que quelques degrés d’agitation de plus pourl’enflamer, & parce que le phofphore de Kunkel, dès qu’il eft expofé à l’air, efflue de femblables vapeurs de toute la furface. Ainfi,lorfque l’Aigrette électrique fe plonge dans ces vapeurs, & lorfqu’elle y
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- io La Nature & les Effets forme une explofion, le mouvement infiniment redoublé dans l’inftant de cette explofion , fuffit pour embrafer ces vapeurs fubtiles.
- L’explication de cette expérience eft prouvée par une autre expérience qui lui eft relative.
- Il étoit connu que l’efprit fumeux de ni-tre embrafoit l’huile elfentielle de girofle, de canelle, de gaïac, & de quelques autre? corps réfineux j mais on n’avoit point encore réufli à enflammer de même les huiles eflëntielles de quelques aromates , tels que le thym & la lavande. M. Rouelle eflayadefuivreune autre méthode que celle de verfer tout-à-coup une certaine quantité d’efprit fumeux, pour embrafer l’huile elfen-tielle aromatique qu’il vouloit éprouver.
- Ce favantChymiftene laifla tomber d’abord que quelques gouttes, qui commencèrent par former une forte effervefcence,& à faire élever des vapeurs épaifles; de nouvelles gouttes augmentèrent cette effervef-cence au point de former un foyer d’aélivi-té : un feu morne, d’un rouge noir, corn-
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- mença à paroître en exhalant plus rapidement des vapeurs plus blanches & plus vives, auxquelles il nemanquoitqu’un plus grand degré d’aéfivité pour s’enflammer. Alors M. Rouelle biffant tomber quelques nouvelles gouttes de fon.efprit fumeux, l’huile aromatique s’enflamma auffi facilement que celle du gaïac.
- Ce n’eft donc que par une accélération fubite de mouvement, que le feu éle&rique embrafe différents corps ; mais, je le répété, le feu électrique n’a en propre aucune chaleur fenfible, & il diffère en cela du feu ordinaire & groflier , quoiqu’il puifïe faire naître ce dernier*.
- Je n’ai pu m’empêcher d’appuyer fur cette expérience, & fur la conclufion né-ceffaire qu’on en doit tirer, parce que dans la fuite de cet Ouvrage, je ferai obligé de revenir fouvent à montrer l’extrême différence que je crois être entre le feu éleéfri-que & toute efpece de feu qui produit de la chaleur, & dans lequel on reconnoît toujours , ou fon aliment, ou les corps intermédiaires qu’il lance & qu’il fait agir fur d’au-
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- IX La Nature & les Effets
- très corps, & defquelsl’a&ion répétée caufe la fenfation que nous nommons chaleur : cette propofition deviendra plus plaufiblé encore lorfque j’en ferai à comparer leFluide éle&rique avec les raÿons folaires.
- V. Proposition.
- Lorfque le temps eft ferein, & que l’air eft'très-fec, cet air eft alors très-éledrique ; cet airfec condenfe le Fluide éleétrique fur les corps dans lefquels on le fait paffer; ces corps s’en imprègnent, s’engorgent alors autant qu’il leur eft poflible d’en retenir , & fi le globe eft bon, fi la rotation eft égale , & la fridion bien foutenue, le conducteur qu’on préfente au globe efflue de fon extrémité oppofée une aigrette aflez forte & a fiez longue pour qu’on puiffe bien obferver la forme, qui n’eft autre que celle d’un faifceau conique de rayons divers ; maisquoi quecette aigrette n’ait en apparence & à l’oeil que deux ou trois pouces de longueur, on peut s’afiurer par le tqd qu’elle eft beaucoup plus longue , puifqu’à deux ou trois pouces du point où elle cefle d’être
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- lumineufe, on fent un vent aigu, aflèz fort pour agiter des corps légers, au-delà même du point où ce vent ne fera plus fenfible. Si l’on préfente à l’aigrette un corps non électrique , ce corps fera rapprocher les rayons du parallélifme avec aflèz de force pour former un courant de Fluide éleétri-que dans ce nouveau corps préfenté.
- On voit donc par toutes ces expériences qu’on peut faire pour connoître la vraie forme de cette aigrette, que c’eft un faifceau conique plus ou moins long , & dont les rayons font plus ou moins divergents en raifonde l’intenfité du Fluide éleétrique, & en raifon des obftacles que ce faifceau éprouve en efiluant de fon conducteur.
- Effets de Pair fur VElectricité.
- Plus l’air fera fec & dégagé d’eau & de vapeurs groflieres , moins l’émiflion du fluide fera troublée & interceptée ; plus elle s’élancera au loin, moins fes rayons feront divergents, & par conféquent plus elle aura de force , plus elle fera de temps vifible & fenûble au taét ; plus aufli pour-
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- *14 La Nature & les Effets
- ra-t-elle éledriferàune plus grande diftance le corps non éle&rique par lui-même qui lui fera préfenté.
- Mais lorfque l’air fera humide, non-feulement la pefanteuroppofera à l’aigrette une réfiftance à vaincre, mais auffi comme l’eau eft un des corps le plus privé d’éle&ricité, & par conféquent le plus propre à lui fer-vir de condu&eur, les rayons de l’aigrette feront abforbés en tous fens par l’humidité flottante dans l’air. Ils divergeront beaucoup plus dès leur naiffance ; le cône qu’ils formeront fera plus évafé, moins denfe , & l’aigrette ceflera bien plus promptement d’être vifible. Abforbée par l’eau elle n’aura plus d’a&ion fenfible à la même diftance qu’elle en auroit eu par un temps fec.
- Je prie inftamment ceux qui liront cet Ouvrage, de faire une attention férieufe à cette obfervation, dont le réfultat eft prouvé par les expériences les plus décifives , parce qu’ils auront befoin de fe la rappeller îbuvent dans la fuite, & fur-tout dans tout ce qui tient aux obfervations météorologiques.
- L’hiver, lorfqu’il gele, & le temps étant
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- pur & ferein , c’eft celui qui paroît le plus propre à exciter le plus puiflamment l’élec-ricité, c’eft-à-dire le plus propre à la rendre perceptible, & lorfqu’on voudra multiplier les ,expériences qui conduifent à la pleine connoiflance de la forme de l’aigrette, il faut que ce foit dans l’obfcurité; on y distingue plus facilement la longueur & la divergence de fes rayons.
- Récapitulation de ces expériences.
- Il eft bien naturel de conclure des expériences précédentes , que la direétion des rayons de toute aigrette éleétrique eft droite dans leur état delibertéjqueles rayons qui la compofent font répulfifs les uns aux autres, ce qui les force à diverger; quelorfque l’air eft fec, il eft éleétrique ; qu’il condenfe l’aigrette , & qu’il comprime la divergence de ces rayons au point de la rendre plus longue & moins évafée ; que lorfque l’air eft humide il abforbe plus promptement les rayons de cette aigrette, & qu’il les rend plus dievrgents en raifon de la plus grande quantité d’eau qu’il contient, parce que
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- l’eau de l’air attire les rayons de l’aigrette en tous féns , qu’elle leur fert de conducteur & les diflipe dans l’atmofphere.
- On conclura de même que toute aigrette éle&rique étant un faifceau de rayons droits, répulfifs les uns aux autrës & divergents, la progrejjion libre des émij/zons électriques , fuit pour loi la raifort irtverfe du quarrè des diftances, & qu’il eft très - vraifemblable que dans un air pur & dégagé des particules flottantes, dans l’air groflier de notre atmofphere , les émiflions éleélriques ne trouvent aucun obftacle qui puifîe troubler la direction naturelle de leurs rayons; ainfi dans un efpace infiniment peuréfiftant, tel que celui qui eft au-deflus de notre atmofphere, les faifceaüx coniques fuivront exactement la loi inverfe du quarré de la diftance du point central d’où ce faifceau conique aura été élancé.
- Je crois n’avoir pas befoin de rapporter un plus grand nombre d’expériences pour éclaircir des faits aufli faciles à vérifier ; j’ai déjà prévenu ceux qui voudront bien m’écouter & me fuivre, que l’appareil prolixe d’une
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- d'une multiplicité d’expériences, ne fait que porter du trouble dans Péntendement ; le plus grand nombre de celles que jepour-rois ajouter ne ferait que la génération d’une feulé expérience décifive; ce font les expériences de cette demiere ëfpece dont il eft très-important de fe bien aflurer, & qu’il eft néceflaire de bien difcuter : ces expériences décifives n’ont point befoin d'ëtre appuyées par une multitude de petites expériences relatives , qui ne font que rétrécir l’efprit &..obfcurcir les grandes vues.
- Celles .que je vais rapporter font du même ordre que celles qui m’ortt paru dé-eifives, j’efpere qu’on me pardonnera de ne les rappeller que lorfque cela , fera in-difpenfable ; mais j’ofe efpérer qu’on ne trouvera dans la fuite de cet Ouvrage aucune explication , aucune nouvelle vue qui rie dérive de la conféquence néceflaire qu’on doit tirer de ces expériences, & de la nouvelle lumière qu’elles me parûif-fent porter dans la phyfique générale.
- Tome I.
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- De VAttraction, delaRêpulfîon, delà Sujpenflon électrique, & de)?Analogie de VÉlectricité avec le fluide magnétique.
- C H API T RE SECOND.
- O N- a vu dans le chapitre précédent, que toute émiffion éleétrique eft. un faif* ceau conique de rayons divergents, qui fuit la loi du carré des diftances, lorfqu’elle eft en liberté, & que les rayons de cette aigrette fe rapprochent du parallélifme, fi quelque corps non-éleétrique leur eft pré-fenté. .
- Expériences fur la fufpenjion des corps par l’Électricité.
- Qu’un homme placé fur du verre, dufou-fre, de la réfine, ou de la foie, & par confé-quent ifolé, foit éleétrifé par un bon globe,
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- &qu’il tienne en fa main une verge de fer ou de quelqu’autre matière non-éle&rique, qu’il approche, cette verge d’un corps léger, tel qu’une parcelle de feuille d’or, cette feuille eft d’abord vivement attirée , mais fur le champ le Fluide éle&rique pénétré la petite mafle de cette feuille, il en occupe le centre de denfité, par la propriété qu’il à défe mettre toujours en équilibre avec lui-même ; la feuille d’or acquiert auiîi-tôt une atmofphere éleélrique , & devient une fphere d’aéfcivité dont les rayons s’étendent en tous fens ; alors , cette feuille eft re-pouffée par la verge qui lui a communiqué l’Éle&ricité ; elle repoufle aulîi cette verge en raifôn de la longueur dés rayons de fa petite atmofphere. Soudain elle s’en fé-pare, & elle eft lancée par l’Éle&ricité fu-périeure de la verge, jufqu’au point où cette force jaillifiante fe trouve en équilibre avec la petite atmofphere delà feuille; mais quoique repoulTée par une plus forte atmofphere , cette feuille paroît refter toujours aflujettie dans fafpere d’attra&ion, puifque cette feuille d’or parcourt l’air en
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- xo La Nature & les Effets
- fuivant la verge qui lui eft füpêrieure en mafle & en Électricité.
- La feuille refte donc ainfi fufpendue ejr l’air, attirée. &-.repoulTée tout-à-la-fois , dans une diftance proportionnelle, entre les • rayons de la grande & de la .petite fpherb d’aétivité.
- Si Fon creve l’atmofphere de la feuille d’or par le contaét d’un corps non-éledrique, cette feuille tombe auflï - tôt fur la verge qui l’a éle&rifée, elle s’y éleftrife de; nouveau, & fur le champ elle s’en élance jufqu’à la même diftance proportionnelle.
- Si l’on préfente;à cette feuille un autre tube ou verge éle&rifée , ce qui s’opère facilement par le moyen d’un fécond obfer-va.teur, qui eft éleârrifé par un autre-glo-i be'(î-), la feuille d’or fera repotfffée tout-à-la-fois par les deux, verges ou tubes ; mais on- obfervera. facilement qu’elle ref-1 tera fufpendue plus près de la verge qui -
- b(lnlt!|1°réfidUt b\en variet Inexpérience^d£I’Éleôricité, &<
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- fera la moins éleétrifée, que de la verge qui le fera le plus ; le point de fufpenfion de la feuille devant être dans celui où les deux forces avives des deux verges fè trouvent en équilibre entr’elles. Que l’on creve alors l’atmofphere de la feuille , elle tombera , elle fe joindra à la verge la plus fortement éleélrifée, qui ferâ celle qui lui redonnera fur le champ la petite atmofphere qu’elle vient de perdre.
- Résultat de ces expériences.
- Voilà donc une attraétion , une répul-fion, & une fufpenfion bien décidées dans le point où deux puiflances de même nature font égales , font en équilibre , & agiflent à la fois fur la feuille d’or : on ne peut certainement douter que, tant que la feuille d’or conferve fon atmofphere, elle n’ait une réaétion d-’attraélion & de répul-fion fur les deux tubes ou vergettes éle&ri-fées qui exercent la même aélion fur elle. Autre expérience relative a ce réfultat.
- Ces deux puiflances aétives font fi bien
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- a,a La Nature & les Effets la caufe immédiate de la fufpenfion de la feuille d’or, dans le point où elle paraît prefque immobile entre les deux tubes, (lefquels je confidere avec raifon comme deux fpheres d’a&ivité) que tenant un des tubes immobile , & .décrivant un cercle avec l’autre tube autour du premier , la feuille -d’or décrit la même révolution, en reftant toujours fufpendue entre les deux tubes, à la diftance proportionnelle entré leurs deux fperes d’aéHvité.
- J’avoue que, frappé de ces expériences, j’ai cru leur voir beaucoup d’anàlogie avec la théorie de la gravitation des corps célef* tes ; mais avant que j’expofe mes idées fur ce fujet, je dois le préparer par le rapport & le réfultat de plufieurs autres expériences fur le Fluide magnétique, qui fortifient cette première analogie , & qui de plus prouvent que le Fluide éle&rique & le magnétique font de même nature , quant au principe moteur de leurs effets.
- Ces expériences fur le Magnétifme ne font point nouvelles pour le public ; il en fut informé au commencement de l’année
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- 1750, par la traduétion d’un aéte de la Société royale de Londres, au fujet des bar-resmagnétiques du Doéteur Gowin Knight, Membre de cette même Société. J’envoyai cette traduétion à Paris , à M. le Roy, mon Confrère, qui la fit inférer dans le Mercure de Février 1750 , avec les réflexions que je me crus autorifé à y joindre, & par lesquelles je crois avoir prouvé que ces deux fluides font de même nature.
- Cette opinion qui, depuis ce temps, n?a point été contredite, même par le favant Muflèmbroek, qui vivoit alors, & duquel j’attaquois positivement une affertion , eft appuyée par des expériences fur le Magnétif me, fi relatives à celles de l’Éleétiicité, qu’elles paroiflent concourir au même but, & affujettir la marche de l’efprit à tirer une même conclufion des phénomènes qu’elles préfentent.
- De toutes les expériences qu’on peut faire avec les Knight, barres du Doéteur Knight, je ne rapporte ici que celles qui font le plus évidemment analogues à celles de l’Eleétiicité.
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- 24 La Nature & les Effets Rapport des expériences relatives entre le Fluide magnétique & Vélectrique.
- Etant ifolé fur un tourteau de réfine., par un temps favorable, je fus aflez fortement éleétrifé, pour qu’une excellente barre du Doéteur Knight, que je tenois, effluât une très-forte aigrette d’un de fes angles.
- On eflaya de tirer quelques étincelles de cette barre ; elles furent très-violentes, & j’en reflentis la commotion dans la main, & jufqu’au coude. J’approchai le pôle fud de ma barre d’une des balles d’acier qui me fervoient à d’autres expériences j je fus très-furpris de voir que ma barre l’attira & l’enleva, fans que cette balle excitât la moindre étincelle. J’enlevai plufieurs balles pareilles fucceflivement ; la première attirée, fervant de conduéteur, & en attirant une fécondé, il ne fe fit aucune explofion : un des afliftants eflaya alors de toucher une de ces halles, qui fe tenoient enfemble, au nombre de cinq, attirées l’une par l’autre ; il en fortit alors une étincelle fi forte que ion explofion m’engourdit la main. L’im-
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- preflion fut encore plus vive & plus dou-loureufe fur celui qui tira cette étincelle : les balles fe détachèrent l’une de l’autre avec violence, & fauterent loin de moi, latéralement à la direction oh elles étoient avant l’explofion.
- Ayant fait approcher une balle de plomb de la barre magnétique éleétrifée, elle en tira une forte étincelle.
- Lk même explofion arriva en préfentant à la barre un morceau de mine de fer non-calcinée.
- Quant à la violence de l’explofion que les cinq balles occafionnerent, je crus pouvoir l’attribuer à ce qu’elles formoient alors un conducteur terminé par une fphere, & que ces cinq fpheres d’acier dévoient fe charger d’une furabondance de fluide, de même que les bouteilles préparées pour la commotion de Leyde.
- Cette forte commotion ne dérangea point la polarité de mes barres ; il me parut même que leur magnétifme augmen-toit lorfqu’elles étoient éleétrifées ; c’eft ce qui me fit, eflayer de prendre une petite
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- ±6 La Nature & les Effets barre d’acier poli, préparée pour recevoir le Magnétifme par la touche de mes grandes barres, mais qui ne faifoit encore que de fortir des mains de l’ouvrier: jel’éleétri-fai long-temps & fortement, & dans cet état, j’en fis tirer un grand nombre d’étincelles par le pôle oppofé à celui par lequel on l’éle&rifoit. J’eus la fatisfa&ion de lui voir bientôt* enlever de la limaille d’acier & des aiguilles , & 2,4 heures après cette petite barre, faite d’un acier parfaitement dur , avoit confervé un Magnétifme que très-certainement elle ne devoit qu’à l’Éleétri-cité.
- Expérience bien décijive pour Vexplication d’un très-grand nombre de Phénomènes.
- Mais l’expérience la plus fmguliere à faire avec les aimants artificiels du Docteur Knight, eft celle dont il m’envoya les détails de Londres en 1748, avec l’ap-paratus nécelfaire pour la répéter.
- Non-feulement M. Knight avoit déjà trouvé alors le fecret de donner un Magné-
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- tifme puiflant à des barres de quinze pouces de longueur, faites d’un acier parfaitement dur, telles que celles qui font aujourd’hui connues j mais il avoit inventé une com-pofition dont il s’eft réfervé le fecret, avec laquelle il forme des petites pierres d’une matière noire ( en apparence pierreufe & métallique ) : celles qu’il m’a envoyées ont un pouce de long, huit lignes de large & deux bonnes lignes d’épaiffeur : il y a joint plufieurs petites balles de la même compo-fition. Les petites balles que j’ai ont, l’une cinq, l’autre quatre, & les autres trois lignes de diamètre. II nomme ces petites fpheres Terrella.
- Je fus moins furpris de trouver un fort Magnétifme dans les petits quarrés longs, que je ne le fus de le trouver égal dans les petites Terrella, dont les pôles -font bien décidés & bien fixes ; ces petites fpheres s’attirant & fe repouflant vivement félon les pôles qu’elles fe préfentent.
- Je préparai donc (félonl’inftruétion que j’avois reçue de M. Knight) une glace bien polie & pofée bien horizontalement ; je
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- 0,8 La Nature, & les Effets difpofai en rond cinq de ces Terrella, & je plaçai au milieu un de ces aimants factices de la même matière, lequel je pouvois tourner facilement fur fon centre : je vis fur le champ toutes les Terrella s’agiter & fe retourner pour préfenter à l’aimant factice la polarité correfpondante à la fienne. Les plus légères furent plufieurs fois attirées (i) jufqu’au contaéfc, & ce ne fut qu’avec peine que je parvins à les placer à la diftance proportionnelle, en raifon com-pofée de leurs fpheres d’aétivité refpec-tive.
- Alors, en tournant doucement l’aimant faétice fur fon centre, j’eus la fatisfaélion de voir toutes ces Terrella tourner fur elles-mêmes , par une rotation correfpondante à celle de cet aimant, & cette rotation étoit pareille à celle qu’éprouve une roue de
- (I) Je ne peux m'empêcher de prier le Leâeut de faire une attention férieufe à cette expérience ! la loi de tout mouvement naturel ne peut être fujete à des variations ; & ces rotations correfpondan. tes font peut - être en petit ce qui s’exécute en grand dans les plages céleiles, où les efpaces font infiniment peu réfifiants; St c’eft ce que ie vais eflayet de difcuter.
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- rencontre , lorfqu’elle eft mue par une autre roue à dents j de forte que, lorfque je tournois mon aimant de la droite à la gauche , la rotation des Terrella étoit de la gauche à la droite, & l’inverfe arrivoit lorfque je tournois mon aimant de l’autre l'ens.
- Je reconnus donc,, par cette expérience, que cet aimant fadice avdit une atmofphere magnétique , dont les rayons s’engrai-noient dans l’atmofphere de chaque petite fphere , & la faifoit tourner, de même qu’une roue horizontale à dents en fait tourner une autre.
- . J’eflàyai plufieurs fois de placer une de ces Terrella entre deux de ces aimants fadices, pour voir fi jeréuflirois à la tenir en équilibre entre deux attradions égales; mais je ne pus réuflir que peu de fois à voir un léger frémilfement dans la Terrella,, qui fe déterminoit dans l’inftant à courir vers'un des deux aimants. Cette vibration fut un peu plus fenfible lorfque je fufpendis les trois pièces avec des brins de foie. Quant à la rotation des Terrella
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- 30 La. Nature & tes Effets fufpendues, elle fut exa&ement la même qu’elle l’étoit fur un plan horizontal. Résultat néeejfaire de cette expérience.
- Il eft donc poflible, il eft même vrai, qu’une forte atmofphere, qui tourne fur fon axe, peut déterminer la rotation de quelques-autres atmofpheres qui lui font inférieures , & les aflujettir à une rotation correfpondante à la fienne : l’expérience que je viens de rapporter me paroît bien décifive en faveur de cette opinion.
- Pour ne lailfer aucune reftburce à . ceux qui prétendroient que le Fluide magnétique eft d’une autre nature que l’éledri-que, je vais rapporter une autre expérience qui me paroît tout auffi décifive que la précédente.
- Plufieurs expériences m’ayant perfuadé que ces deux Fluides font de même nature dans leur effence, je penfai que la fu-périorité d’aâivité de l’atmofphere d’un de ces Fluides devoit l’emporter fur une autre qui lui feroit inférieure : j’avôis bien vu déjà qu’un corps éleétrifé pouvoit atti-
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- rer la pointe d’une aiguille aimantée po-fée fur fon pivot ; mais cela ne me fuffifoit pas , je voulus conftater cette expérience par le mpyen le plus propre à conftater la réalité démon idée, ou fon illufion.
- . Je pris une bonne boulfole d’environ trois pouces & demi de diamètre, couverte d’un verre blanc d’Angleterre, bien homogène & bien pur : j’alfujettis la bouf-fole, & lorfque la polarité ,de l’aiguille fut bien fixe, je frottai le verre avec le bout du doigt, fur fon bord, vis-à- vis le centre de la ligne nord & fud que J’aiguille formoit ; je frottai le verre en tournant le bout du doigt, & prenant le moins de champ que Je pouvois , j’eus bientôt la fatisfadion de voir la pointe de cette aiguille fixée au nord, s’ébranler par de petites dfcillations, & venir fe fixer au point du verre que j’avqis éle&rifé. Elle y refta plus d’une minute ; elle commença après à décrire de nouvelles ofcillations , & retourna prendre fa polarité naturelle.
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- gi La Nature & les Effets Je répétai plufieurs fois la même expérience , & lorfque l’aiguille Fut fixée par l’attraâion éleétrique ( i ) , je touchai, avec une plume j le point éleétrifé du verre, j’en crevai & diffipai l’atmofphere, & l’aiguille retourna fubitement reprendre fa polarité naturelle.
- Le réfultat dé cette expérience ne lailTe plus aucun moyen de douter que le Fluide éleétrique & le magnétique ne foient de même nature.
- J’obferverai, pour ceux qui voudront répéter cette expérience, que pour qu’elle, réuffifle il faut que la bouflole ait au moins trois pouces dé diamètre , qu’elle foit bien feche, que le verre qui la couvre foit bien pur, & fur-tout il faut que le bout du doigt foit bien fec : mais la condition
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- Du Fluide électrique 33 la plus effentielle , c’eft de prendre le moins de champ que l’on peut, en frottant en rond fur le verre, & de laitier entre le petit champ que l’on frotte & le bois ou le métal de la monture, une bonne demi-ligne de diftance.
- J’ofe dire que plus on multipliera les expériences propres à prouver l’identité des deux Fluides, plus on en fera convaincu ; nous ne pouvons connoître la forme & la texture des particules conftituantes de l’aimant naturel ; mais nous connoitions un peu mieux la texture intérieure du fer & de
- Lorfqu’on veut donner le Magnétifme au fer & à l’acier, on y peut réuflir fans le fecours d’un aimant naturel , par le moyen d’une fimple fri&ion ; cette opération peut rendre ( fous certaines conditions ) l’acier magnétique & éleélrique tout enfemble.
- Il eft connu que le fer ordinaire dont les parties conftituantes font longues , branchues, entrelalfées & applaties, lorsque ce fer a palfé fous le grand & le petit
- Tome I. C
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- 34 La Nature & les Effets marteau, n’acquiert qu’un foible Magné-tifme, & ne peut long-temps le confer-
- Que l’on donne à une barre de ce même fer -la trempe qu’on défigne par le nom de trempe de reflort , cette barre acquerra une puiflance magnétique fupérieure à la première, & la confervera plus longtemps; mais cette puiflance ira toujours en diminuant, & le plus léger accident peut la détruire. Mais fi l’on parvient à donner à cette barre l’efpece de trempe qui peut la rendre parfaitement dure, elle peut alors acquérir un Magnétifme plus que double de celui que l’ancien de trempe de reflort peut acquérir ; & cette barre parfaitement dure , conferve conftamment cette même force. Le fer perd alors presque tout fon nerf, & paroît être dans le premier degré de la vitrification.
- Que l’on cafle trois barres , prifes dans les trois états rapportés ci-defliis, l’œil pourra juger que dans les trois la texture intérieure eft très-différente.
- - Les parties conftituantes du fer mol fe-
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- ront difpofées, telles que je viens de les décrire : celles de l’acier de trempe de reflort feront plus giobuleufes & moins liées : celles de l’acier parfaitement dur ne préfenteront, à l’aide de la loupe, que de très-petits globules brillants, qui ne fe touchent que par des points de leur circonférence } de forte qu’on peut regarder le fer mol comme le {impie conduéteur d’un Fluide identique au Magnétifme & à l’Éleélricité ; l’acier de trempe de reflort pourroit être Comparé à un tube éle&rifé, qui conferve quelque-temps fon électricité j & l’acier parfaitement dur , pourroit l’être de même , à une fuite infinie de petits globes prêts à raflembler, & à effluer l’É-leétricité à la plus légère friétion, qui les rend propres à communiquer le Fluide modifié dans leur texture au fer fondu ou travaillé.
- Je ne préfente cette propofition que comme une idée approchante de ce quieft, ou du moins de ce qui peut être ; le comment dans tous les faits de cette efpece , fera toujours très - difficile à expliquer ;
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- 3 6 La Nature & les Effets mais les conféquences qu’on peut tirer des expériences ci-deffus rapportées, font trop fortes en faveur de l’identité des deux Fluides , pour que l’un & l’autre ne me paroiflent pas être le même, différemment modifié.
- La fuite de ce Mémoire prouvera que j’ai dû m’appliquer à conftater cette identité : le Magnétifme eft une puiffance, un agent qui eft devenu perceptible aux fens ; d’ailleurs on a voulu attribuer de fi grands effets à fa puiffance dans plufieurs grands phénomènes terreftres , dans lefquels il paraît agir, qu’il me paraît effentiel de prouver , autant qu’il m’eft poffible, l’unité d’un f agent primitif.\ qui diverfement modifié, agit 1
- également dans tout ce qui tient à l’Elec- | tricité & au Magnétifme : tout mouve- ] ment, tout Fluide fubtil, ne pouvant éma- !l ner, ou ne pouvant être régi que par un | .même principe.
- S’il eft même permis de hafarder quel- || qu’hypothefe, c’eft fur-tout en traitant de l’aimant, fi mal connu jufqu’à ce jour, que le favant Muffchenbroek avoue lui-
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- Du Fluide électrique. 37 même qu’on n’a encore donné aucune explication de Tes effets , qui ne foit contrariée par des difficultés infürmontables.
- Ce que j’ofe dire fur la texture intérieure des barres propres à acquérir un Magné-tifme plus ou moins puiflant,. prouve que cette texture y influe/beaucoup plus que la figure de la piece , puifque de toutes les figures pofïibles , celle qui donne le moins dè facilité à la communication du Magnétifme, efl la figure fphérique ; & cependant le Doéleur Knight efl: parvenu à foriper l’aimant le plus parfait, dans les petites fpheres qu’il nomme Terrella.
- L’analyfe chymique ne trouvé dans la pierre naturelle de l’aimant , que du fel, de l’huile , de la terre & du fqr : fa texture intérieure efl globuleufé , & mêlée de rouille, qui paraît être un détriment de fcories ferrugineufes : nous ignorons quelles font les matières qu’emploie M. Knight ; mais nous ne pouvons douter, par les effets de ces1 Terrella , qu’il n’ait approché du procédé de la nature dans. la formation de l’aimant naturel : peut-être
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- 38 La Nature & les Effets en approchons-nous aufli, lorfque, par une trempe plus ou moins dure', nous donnons une figure & une texture différente aux parties conftituantes du fer.
- Je foupçonne que lorfque nous avons porté l’acier à la plus grande dureté pof-fible , c’eft-à-dire lorfque nous avons rendu fes parties conftituantes ténues &globu-leufes, nous fommes parvenus par ce procédé à détruire tout obftacle au libre cours de l’Éleélricité, & .que nous avons diminué' dans les interftices de ces globules la matière fulphureufe & bitumineufe propre à s’oppofer au cours libre de ce Fluide, ce qui paroît prouvé par la diminution du poids de l’acier parfaitement dur, lequel,en paffant de l’état de trempe dè reffort à celui de trempe dure , perd, à peu près, la deux cents cinquantième partie de fon poids.
- Je foupçonne aufli que par la touche & la fri&ion qui fert à rendre cet acier magnétique , nous éleârifons fortement tous les globules qui le compofent, & ce que je dis fe trouve encore appuyé par l’efpece
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- d’état de demi-vitrification ( 1 ) où fe trouvent les particules conftituantes de l’acier lorfqu’il eft parfaitement dur : je regarde donc cette barre comme éledrifée & comme capable d’attirer fortement & continuellement par un de fes pôles le Fluide éledrique répandu dans toutel’atmofphere, & de l’effluer par l’autre , mais dans une modification différente de celle du verre & de l’ambre.
- Si l’on difpofe de la limaille d’acier fur un verre , dont le deffous fera enduit d’un vernis blanc, qu’on promene le pôle d’une barre magnétique fous ce verre , on verra alors la limaille s’élever fous la forme d’une aigrette éledrique , & former un faifceau
- Ci) L’acier, parfaitement dur , eft prefque auffi fragile que le verre : le fameux acier de Damas, quelque dur & élaftique qu’il foit, fe brife fi le coup eft porté à faux ; d’ailleurs la trempe de cec acier n’eft point encore auflï dure que celle des barres du Doûeur Knigbt : les ouvriers appellent trempe l'eche , la plus forte de celles qu’ils peuvent donner j mais non - feulement ils font obligés d’adoucir cette trempe pour travailler l’acier, mais l’attrition violente de la lime ou celle du couteau d’un four, qui échauffe la piece d’aciejr , futfit pour en adoucir la trempe feche : le poli qu’on donne à l’acier lui ôte toujours une légère partie de fa trempe ; les barres de M. Knight n’ont point auffi un dernier poli fin , & font très-fragiles, non-feule_ ment elles fe briferoienr par un coup violent, mais ellea pourroienc perdre de leur Magnétifme,
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- 40 La Nature & les Effets conique de rayons droits divergents : je peux fortifier encore mes conje&ures par une autre expérience relative.
- Si l’on pofe cette barre parfaitement dure > & félon moi éleétrique, fur des charbons ardents, ou dans la flamme, elle perd tout à coup & tout à la fois de fa dureté & de fa force. Qu’on la calfe alors , on trouvera fes parties eonftkuantes changées de forme ; elles deviennent plus obfcures, moins fphériques, & plus liées: eh pourquoi ? fi ce n’efl: que la barre dans l’aétion de ce feu groflier aura repris un phlogifti-que qui en aura réuni les parties, allongé les globules, rempli les interftices, & qui aura déféle&rifé les petites fpheres.
- On m’obje&era peut-être que fi la barre d’acier étoit devenue véritablement électrique , elle devrait attirer encore d’autres corps plus légers que le fer ; mais je peux répondre à cette objection, que l’Eleclri-cité tendant toujours à l’équilibre avec elle-même ( vérité dont on peut s’alfurer par toutes les expériences poflibles) un con-du&eur quelconque n’en communiquera
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- jamais aux corps5, qui étant plus électriques par eux-mêmes, repouffent ce fluide. Or, il eft certain que le fer eft un des corps le moins éleCtrique par lui-même, & par çonféquent le plus propre à être pénétré par l’EleCtricité, & à la tranfmettre. Il me paroît aufli certain que le fer changé en acier par la trempe la plus dure, devient encore plus propre à recevoir le Fluide par un de fes pôles , & à le tranfmettre par l’autre. Dans cet état, il peut exercer fon aétion fur le fer mol, qui ne lui oppofe aucune des réfiftances qu’il éprouve dans les corps d’une différente nature. Que l’on choififfe telle efpece de matière qu’on voudra , hors celle du fer, qu’on en forme une barre ou un cylindre de fix pouces de long ; qu’on préfente ce cilindre au pôle fud d’une barre magnétique, qu’on foutien-dra par le pôle nord, à peine le Magnétifme de la barre fera-t-il fenfible à l’autre extrémité du cylindre fait de matière étrangère ; mais que l’on faffe ce cilindre de fer, & qu’on le faffe de douze pouces de longueur, alors le Fluide traverfe facilement
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- 4a La Nature & les Effets ce cylindre qui lui fert de conduéteur, & il exerce tout Ton Magnétifme à l’extrémité de ce cylindre , fans perdre plus de moitié de fa vraie force.
- D’autres expériencesinverfes à celles-ci, prouvent également mon opinion : la présence du Fluide qui traverfe librement une barre magnétique, eft aufli fenfible par fa répulfion que par fon attraétion : deux barres magnétiques fe joignent vivement par leurs pôles amis , parce qu’alors elles forment enfemble une continuité de canal, mais elles fe repouffent mutuellement & avec force par leurs pôles antagoniftes , de même que deux corps éleétrifés fe repouffent mutuellement. Les Terrella de M. Knight montrent cette même attraétion & répulfion avec la plus grande vivacité: par conféquent les atmolpheres magnétiques agiflent félon la même loi que les atmofpheres éleâriques, & les unes & les autres agiffent réciproquement félon l’in-tenfité de leur force , c’eft-à-dire, félon la longueur des rayons de leurs fpheres d’activité.
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- Tout paroît donc analogue dans ces deux forces vives, qui ne peuvent agir par deux principes de mouvements différents.
- Je dois obferver encore que l’aimant n’attirera point du fer tel qu’il fort de la mine, même la mine de fer la plus pure, telle que la mine en grains, à moins que cette mine n’ait éprouvé l’aétion du feu, ou qu’elle n’ait été calcinée par quelque embrafement fouterrain , ce qui prouve que la mine naturelle de fer contient beaucoup de foufres grofliers & de phlogiftique qui la rendent, en cet état, allez électrique par elle-même, pour que le Fluide de la barre magnétique ne puifie agir fur elle. Conclusion des rapports ci-dessus.
- J’ofe donc conclure que lorfque le globe & le tube font éleétrifés , c'eft par une furabondance de ce Fluide qu’ils retiennent, & que c’efl alors une Électricité en plus , & que la barre d’acier n’attire vivement l’Électricité , & ne lui fert fi facilement de conducteur que par la privation prefque entière de matière éleCtrique dans fes parties
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- 44 Ea. Nature & les Effets conftituantes, ce qui forme en elle une Électricité en moins ; & ce qui fait auflt que le Fluide éleélrique qui tend toujours à l’équilibre avec lui-même, fe jette & s’infi-nue avec rapidité dans cette barre, qui ne lui préfente aucune réfiftance.
- Je pourrois étendre mes preuves par le rapport d’autres expériences propres à montrer l’identité de l’Eleéfcricité & du Magné-tifme, & je crois pouvoir conclure encore, fans trop de témérité, que tout ce que les Phyficiens ont raflemblé de faits & de çonjeétures pour faire jouer un grand rôle au Magnétifme, dans les phénomènes ter-reftres, appartient eflentiellement à l’Électricité , parce que ce dernier agent prouve Vuniverfalité dans fes effets , tandis que le Magnétifme (qui bien vraifemblablement lui doit toute fa force ) ne peut exercer la fienne que dans quelques faits particuliers & ifolés
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- Application des Expériences précédentes au fyftême folaire.
- CHAPITRE TROISIEME.
- jL/ e s corps céleftes, dit Newton , s’attirent , fe repouflent & fe fufpendent mutuellement en raifon réciproque de leur malfe , & de la denlité de cette malle.
- Son fyftême de la gravitation eft pref-que univerfellementreçu, & ce Philofophe profond a rempli tout ce qu’on pouvoit attendre de la plus fublime Géométrie , pour prouver ce lien des corps céleftes. Les effets de l’attraéUon font fournis à des calculs reconnus fans erreur; mais Newton convient lui-même que l’attraftion n’ell: point de nature à être phyfiquement démontrée , & le mobile de ce grand & fu~ blime méchanifme refte inconnu dans fes écrits : cependant, il me paraît que les phénomènes divers que préfente l’Eleétri-
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- 4f> La Nature & les Effets cité ont une grande analogie avec ce mé- 1 chanifme, lorsqu’on les rafle m b le, qu’on les 1 compare, & qu’on en forme un réfultat. 1
- Les premières expériences du chapitre 8 premier nous ont fait voir qu’un corps élec- 1 trifé attire un autre corps qui lui eft pro- 1 portionné, jufqu’à une certaine diftance, où 1 il le repoufle, & le point milieu des deux 1 . forces contraires tient dans un état de fuf- 1 penfion le corps qui obéit à ces forces. 1
- Pour que les planètes demeurent fufpen- I dues dans leurs orbites, & que dans leurs 1 révolutions elles fuivent la réglé de Ke- I pler, que Newton admet, ne fuffiroit-il pas j qu’au commencement des temps elles euf I font été fortement éledrifées par le foleil? 1 Je confidere ici cet aftre comme une fphere 1 immenfe d’adivité, qui leur ayant donné fl une atmofphere éledrique , les tient fuf- 1 pendues dans un efpace infiniment peu ré- i fiftant, & dans un point ou l’attradion & 1
- . la répulfion qui fe trouvent égales les aflii- I jettiflent à décrire des révolutions autour I de lui?
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- du Fluide éleclriquc. 47
- Les planètes doivent alors graviter fur le foleil en raifon de leur denfité , en rai-fon de la force & de l’étendue de leur at-mofphere électrique, & en raifon de la puilîance que l’atmofphere folaire exerce fur elles.
- Cette gravitation doit répondre à la loi inverfe du quarré des diftances, &leur faire décrire des aires proportionnelles aux temps, & leurs diftances moyennes doivent être entr’elles comme les racines cubiques du quarré des temps de leurs révolutions.
- Puifque la même maffe de matière, félon Newton, perd de fon poids par fonfeul éloignement de fon centre de gravitation , & que par conféquent, plus les planètes font éloignées du foleil, moins il faut de force pour les mouvoir : n’en fera-t-il pas de même lorfqu’elles feront plus ou moins attirées & repouffées par l’Éleélricité folaire ? Les faifceaux de rayons doivent agir fur les planètes en raifon inverfe du carré des diftances, puifque ces rayons divergent & font répulfifs les uns aux autres, & puif-qu’ils forment des faifceaux coniques dont
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- 48 Là Nature & les Effets les fommets font dans le difque du foléil, & les plus grandes bafes aux extrémités de fon atmofphere ; par conféquentils doivent agir à une diftance , comme deux , quatre, fois moins vivement qu’à une diftance,
- Si l’on confidere chacun de ces cônes éle&riques en particulier, les plans circulaires des différentes bafes qui compofent fa hauteur, font entr’eux en raifon directe du carré des hauteurs; c’eft-à-dire, comme les carrés des diftances au centre du fbleil ; il fuit évidemment delà que fi les mêmes rayons qui rempliffoient une bafe à une diftance comme un , du centre du foleil, rempliffent une bafe comme deux, il faut qu’ils aient été quatre fois plus denfe à une diftance comme un, qu’à la diftance comme deux, & par conféquent ils fe trouvent toujours pour leur derifité en raifon in-verfe de leur diftance au centre de leur fphere d’aétivité : ainfi l’on peut conclure que le principe de l’attraétion newtonienne & le principe aétif de l’Éle&ricité que je fuppo-fe , & que j’effaierai de prouver , fe trou-
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- du Fluide électrique. _r/
- Vent dans un rapport exaét, pour opérer les mêmes effets;
- On m’objeétera peut-êtré que dans un e£ pace infiniment peu réfiftant, les jets électriques du folçil dëv.roiént pouffer les planètes jufqu’à l’extrémité dé leur fpherë d’activité , au lieu de les attirer fuffifamment pour les tenir fufpëndues dans les orbites qu’elles décrivent ; mais je réponds à cette objection que tous ces jets ne vont ni ne peuvent aller à l’infini, & que le cours de leur plus grande partie étant terminé & cir-confcrit par la réfiftance des autres foleils, ces jets perdent alors leur mouvement de tranflation , & en prennent une de preflion : toutefois qu’un Fluide a un mouvement de preflion vers un point , & qu’un corps qui n’a pas cé mêmé mouvement vers ce point le trouve plongé dans ce Fluide, il arrivera toujours que ce corps fe trouvera reporté vers le point oppofé , de même qu’un morceau de lîege mis au fond d’un tube plein d’eau s’élève fur fâ furface, point oppofé au fond du tube fur lequel les colonnes d’eau ont un mouvement de preflion* Tome J. D
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- 50 La Nature & les Effets Mais, dira-t-on peut-être encore, l’eau d’une riviere entraîne le corps qu’elle rencontre , j’en conviens ; mais l’eau de cette riviere eft une efpece de colonne qui tombe librement d’un lieu fupérieur, qui acquiert par fa pente un mouvement de translation, & qui n’eft pas circonscrite dans ce mouvement par un obftacle , au-delà duquel elle ne puifle s’étendre ; ce qui fait qu’elle entraîne le corps qui flotte , mais qu’une digue quelconque arrête cette colonne ; alors , quoiqu’elle conferve encore par le poids fupérieur un mouvement de tranflation & de preflion , contre la réfif-tance qui termine fon cours , fi l’on plonge alors dans cette eau un corps quelconque, qui ne fe porte pas de même vers cet obftacle , on verra ce corps remonter & rétrograder ; c’eft-là ce qui arriverait aux planètes , c’eft ce qui les précipiterait vers le foleil, fi l’atmofphere éleébrique dont ces planètes font environnées n’oppofoit pas la réfiftance d’un hémifphere éleârifé à la bafe du faifceau conique des rayons élancés du corps du foleil qui les embrafle,
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- au Fluide électrique* çt
- les repoufle & les foutient dans leurs distances proportionnelles, après s’être mis en équilibre avec elles»
- Quelqu’immenfe que foit l’atmofphere célefte, il eft fûr qu’elle éprouve enfin une réfiftance, qu’elle eft enfin terminée, & que fes jets doivent être brifés & repouffés par la contradion des jets des autres étoiles fixes, que nous devons regarder comme au* tant de foleils.
- On conçoit que fi plufieurs cercles fe touchent par des points de leur circonférence , en tournant rapidement für leurs centres, ils relieront en équilibre & continueront à fe toucher dans de nouveaux points, fans que l’a&ion de l’un püifle varier celle de l’autre, pourvu que ces cercles foient égaux en diamètre , en denfité & en a&ivité de rotation*
- C’eft peut-être ainfi que l’effluence fo-laireeft terminée en grande partie par celle des autres foleils ; leurs rayons communs fe rencontrant dans un point de force égal, fe brifent, fe tepôuflent mutuellement, & chaque rayon brifé acquérant une force D x
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- La Nature & les Effets centripète, il retourne & rafïlue à fon centre en faifceaux coniques , qui s’y rapportent en convergeant : ce retour peut être fournis au même calcul que les faifceaux divergents élancés du foleil, les bafes parallèles de ces cônes raffluants étant toujours entr’elles comme les carrés de leur diftance au foleil, & cette raffluence fe rapporte encore aux effets calculés de l’attraction newtonienne.
- La proportion entre les maffes, les diamètres , l’éloignement & la vîteffe de la rotation des étoiles fixes, pourroitdonc bien être ce qui entretient l’harmonie des corps céleftes, cette harmonie dont la belle &au-dacieufe imagination de Pithagore jouiffoit, comme d’une harmonie inftrumentale & réelle, (i)
- Le foleil a 300000 lieues de diamètre, & par conféquentil a environ 900000 lieues
- (1) Si l'on veut oien le rappeller plufieurs expériences précédentes, & fur-tout celles des cinq Terrella , pofées fut un plan horizontal,
- la même expérience patoltta plus frappante encore, lorfqueje parlerai de la révolution des planètes dans leurs orbites.
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- de tour. Les obfervations de M. l’Abbé de la Caille, faites en 1761, nous ont appris que la parallaxe du foleil eft environ de huit fécondés, ce qui le fait juger éloigné de la terre d’environ trente-cinq millions de lieues ; il fait fa révolution fur lui-même en vingt-cinq jours & demi, par confé-quent un point pris fur fa circonférence décrit près de 36000lieues, toutes les 14 heures, & par conféquent près de i$oo lieues par heure.
- La rotation du foleil eft donc quadruple en vîtefle à celle de la terre, qui n’ayant que 9000 lieues à décrire en vingt-quatre heures, fait feulement 375 lieues par heure ; mais le diamètre du foleil étant à celui de la terre, lequel n’eft que de 3000 lieues, comme cent eft à un, & les fpheres étant les unes aux autres comme le cube de leurs diamètres : quoique la matière dont le globe du foleil eft compofé foit crue quatre fois moins denfe que celle de la terre , on peut juger à quel point fa force centrifuge doit être prodigieufe à fa circonférence , & fupérieure à celle de la ter-
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- ij 4 La Nature & Us "Effets
- re & de toutes les autres planètes.
- C’eft d’après cet expofé qu’on peut fe former une idée approchante de la vélocité de l’émiffion folaire, vélocité, que la réglé de Roémer, & l’obfervation des Satellites de Jupiter, nous a fait foumettre affez.au calcul pour en conclure qu’un atôme lumineux , élancé du foleil, n’eft que fept minutes & demie à frapper la furfaçe de la terre, (i)
- flrpOTHÈsE que l’Auteur effaie de rendre probable par un grand nombre de faits: certains,
- C’eft cette vélocité prodigieufe qui, dans les premiers temps où tous les corps çélef-tes fe mirent en équilibre les uns avec les autres , put élancer hors de la mafle du corps du foleil quelques portions d’une ma-, tiere plus grofïiere, moins pure & moins, homogène que fâ fubftance.
- Cet élancement put communiquer à ces
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- matières groflieres les deux mouvements qui leur font propres; l’élancement par une des tangentes de la circonférence du foleil ayant dû leur imprimer une force de projectile,&l’atmofphere électrique que ces matières acquirent alors,leur ayant donné les puif? fances nécelfaires pour fe mopvoir par un mouvement compofé, & pour graviter les unes fur les autres, & graviter toutes enfem-ble fur le foleil, devenu leur centre commun.
- Tout devint permanent dans l’Univers à l’inftant où tous les globes céleftes, agités & roulants fur eux-mêmes, furent raflem-blés comme autant de centres particuliers en différents points de l’efpace, attirés & repouffés les uns par les autres en raifon de leurs mafles, & de l’étendue de leur fphere d’aétivité , jufqu’au moment où chacun de ces centres fut dans fon équilibre refpeétif, & fut en état de réagir fur les autres puiffances agiflantes fur lui.
- C’eft peut-être alors aufli que les plus grands de ces noyaux ont pu chaffer hors de lgur.mafre une certaine quantité de ma-planètes du fécond ordre ont
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- la Nature & tes Effets été formées, & ces planètes fecondairea reftant immergées dans Tatmofphere électrique des planetçs du premier ordre, elles pnt été fixées dans l’orbite où la force jailli (Tante de la greffe planete , & la réaéiion de la petite les aura affujetties,
- La prodigieufe excentricité des cometes, loin de démentir cet arrangement fuppofé, femble lui prêter de nouveaux degrés de vraifemblance. On ne peut doutçr que les cometes ne foient formées d’une matière très-denfe, puifqu’elles peuvent, dans leur périhélie foutenir la prodigieufe activité du foleil, & que, félon Newton, celle de l’année 1681 dût acquérir une chaleur aooo fois plus forte que celle d’un boulet de fer rouge, & qu’en çonféquence d'e cette opinion il a calculé qu’un globe auffi gros que la terre, qui auroit acquis un pareil degré de chaleur, fëroit 50000 ans ù le refroidir. (1}
- Si Ton veut bien füppofer que dans les
- ? Jfi chaleur, mot <pii n’a Je rapport qu’avçç ço%
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- temps où l’équilibre univerfel s’établit entre toutes les fpheres céleftes, le foleil, au moment où il commença à tourner fur lui-même , & à acquérir la force centrifuge que nous lui connoiffons , pût, non-feulement élancer par la même tengente une partie de fes matières hétérogènes, dont les planètes fe font formées, mais aufli qu’il pût élancer par d’autres tengentes des matières plu» denfes, plus adhérentes à fon globe & plus hétérogènes encore que les premières ; cés nouvelles matières, beaucoup plus denfes, ont dû être lancées beaucoup plus loin que celle des planètes, & lancées dans des directions très-différentes, dansl’efpace que nous connoiffons pour être infiniment peu réfiftant.
- L’atmofphere éleCtrique de ces nouveaux corps a de même été embraffée par les bafes des cônes lumineux jailliflants du difque du foleil : ces corps que nous nommons comètes dûrent s’éloigner en proportion de cette force jailliflante & en proportion de leur propre denfité. Ces cometes lancées juf-ques dans des efpaees bien au-delà de la
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- 58 La Nature & les Effets région 4e Saturne, s’approchèrent plus ou moins de la ligne droite, en raifon de la force d’émiflion qui les entraînoit ; mais la diminution de cette force,à chaque temps de leur éloignement du foleil, la preflion qu’elles efluient par la raffluence électrique, la diminution de leurfphere d’aCtivité dont le rayon doit diminuer à mefure que ces cometes perdent d’un Fluide qu’elles n’ont point en propre, & qu’elles n’ont reçu que par communication ; cette diminution d’aétivité de tranûation doit , à chaque temps , changer leur direction & leur faire décrire une ligne parabolique plus ou moins courbe & longue, en raifon de la force de tranflation qu’elles confervent : cette force agit & allonge l’ellipfe que ces cometes décrivent , jufqu’à ce qu’elle ne puifle plus vaincre la preflion de l’ÉleCtricité raflluente, jufqu’à ce que la fphere d’aétivité de la comète foit aflez diminuée pour ne plus pré-fenter la même réfiftance aux jets divergents du foleil, & jufqu’à ce que ces jets folaires, dont la denfité & la force diminuent en raifon du carré de leurs diftances ,
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- ne puiflent plus foutenir la comete, & la tranfporter plus loin.
- Alors la comete revient vers le foyer d’où elle a été élancée, de même que la petite feuille d’or revient vers le Tube éledrifé qui lui avoit donné fon atmof phere, & elle revient d’autant plus vite , qu’elle s’en approche le plus.
- Cette vîtefle doit augmenter à chaque temps que la comete approche de fon périhélie , & doit diminuer enfuite à chaque inftant du point d’où elle eft élan--cée de nouveau, & où elle a repris la même atmofphere éledriqu'e qu’elle avoit reçu la première fois.
- Cette vitefle d’approximation du foleil fe trouve être toujours en raifon du quarré des diftances, & M. de Chefaux, dans fon beau Traité fur la comete de 1744, calcule que cette comete ne pouvoir décrire plus de 3000 lieues par jour dans fon aphélie, & qu’elle en parcouroit 1550000 en arrivant à fon périhélie, & à la fortie de ce point.
- On a foupçonné que quelques çometes
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- 60 La Nature & les Effets
- pouvoient fe précipiter dans le foleil, & qu’elles fervoient d’aliment (ajoute-t-on ) à cette fphere de feu dont elles réparoient les pertes ; mais , premièrement , eft-on bien sûr que le foleil foit un véritable feu, ou du moins un feu tel que le feu groffier que nous connoiffons, par la fenfation de chaleur qu’il fait naître en nous, & par tous fes autres effets deftru&eurs ? Secondement fi le foleil étoit une vraie fphere d’a&ivité, compofée d’un feu femblable au nôtre, eft-il aucune efpece de corps qui pût ef-fuyer & réfifter à l’aétion que le foleil dût exercer fur la comete de i68i ? Les expériences de M. Homberg nous montrent l’or fumant, & fe diffipant en globules au foyer du miroir ardent de réfraétion fait par lefavant Tfchirnaufen ; cette comete eût donc été cinérifée, fcorifiée, & dif-fipée en particules infenfibles par la violence de ce foyer !
- Si le foleil étoit un véritable feu, tel que notre feu groffier, il feroit arrivé depuis les premières obfervations exaéles qu’on a faites furies cometes, qu’on n’auroit plus
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- revu leur noyau après leur périhélie. On eft donc obligé, en donnant au foleil une intenfité de chaleur fi prodigieufe , de fuppofer aufli à la comete de une
- denfité a8ooo fois plus forte que celle de la terre. A quelle étrange fuppofition ceux qui admettent cette opinion ont-ils befoin d’avoir recours (t) ?
- Cette raifon me fait préfumer que le globe du îoleil eft très-éloigné d’être de la nature de notre feu groflier, & qu’au contraire il n’eft compofé que d’une matière très-pure, très-homogene, & tranfparente, laquelle peut avoir acquis au premier infi-tant de l’organifation univerfelle, la plus forte & la plus vive éle&ricité.
- Dans cet inftant il n’a fallu peut-être qu’une violente commotion dans la malle immenfe du globe du foleil, pour brifer, pour féparer , & pour élancer hors de lui
- (i) Je reviendrai dans la fuite de ce Mémoire à une difcuflion plus étendue fur cette importante queftion ; j’ai déjà dit que pour éviter les répétitions , ma méthode eft de ne placer toutes les preuves de mes opinions qu'aux articles oû je juge'que ces preuves font le plus néceifaires.
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- 6% La Nature & les Effets les matières qui lui étaient hétérogènes : fon fein s’en eft purgé , elles fe font élevées à fa furface, d’où elles ont été lan- ! cées dans l’efpace, en raifon de leurs maf-fes, en raifon de celle du foleil & de la longueur du rayon de fa fphere , & en raifon de la viteffe de fa rotation fur lui- :
- Le foleil, dégagé de ces matières hétérogènes , eft refté prefque pur , la matie- j re vive , feu pur & élémentaire dont le j foleil eft intimement pénétré , & dont il j eft un immenfe réfervoir , n’a point de chaleur réelle , quoique fon aétion püilïe ’ l’exciter jufqu’à l’embrafement dans des j corps propres à fervir d’aliment au feu | ordinaire ; mais cet effet n’arrive plus , | & toute chaleur difparoît dans plu- | fleurs phénomènes où l’on voit ce feu I élémentaire agir avec la plus grande vio- I lence.
- La comete de i68i a pu,fans doute, d éprouver une grande agitation dans tou- | tes fes parties à fon approximation du g foleil ; mais cette agitation n’a pu être af- E
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- fez violente pour la vitrifier de nouveau, parce que par cette même approximation fon noyau eft redevenu aflez éleéfcrique pour que fa fphere d’aâivité pût repoufler en grande partie les rayons élancés du foleil, & nous avons vu, dans les expériences précédentes , que le feu éleélri-que n’excite point la fenfation de chaleur, qu’il ne fait pas monter d’un feul degré la liqueur d’un thermometrê, & que ce n’eft que par une explofion qu’il peut exciter l’embrafement dans les corps qui en font fufceptibles : la comete de i68z n’ayant point excité dans l’atmofphere fo-laire une explofion à peu-près pareille à celle qui l’avoit détachée du foleil, & ayant repris fon atmofphere par degrés , elle a dû refter intaéte à l’a&ion du foleil ,qui n’a pu que la pénétrer, fans agiter ni difloudre fa texture.
- Si la texture intérieure de la terre nous prouve invinciblement que le globe a été vitrifié, & fi par analogie nous préfumons qu’il en eft de même du corps des autres planètes & de celui des cometes,
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- La Nature & les Effet* nous en trouvons la raifon dans la violente attrition , & l’explofion que ces mafles ont efluyées à l’inftant qu’elles ont été arrachées & élancées du corps du foleil.
- Le mouvement le plus rapide ne fuf-fit pas pour exciter la chaleur, il faut une attrition , un choc , ou un coup violent ; les chocs multipliés que les mafles châtrées du foleil ont éprouvés, ont dû être aflez violents pour mettre ces mafles en fufion & pour les fcorifier ; ces mafles ont dû même s’arrondir en partie , comme les particules d’acier que la pierre â fufil détache par un choc & une attrition tombent fcorifiées & en globules vitrifiées.
- J’examinerai dans la fuite de cet eflai quelle eft l’efpece d’aétion que les rayons folaires peuvent exercer fur notre feu grolfier j' mais je m’en tiens en ce moment aux preuves que me donnent les noyaux des cometes qui fortent de leur périhélie ; je crois qu’elles me fuflifent pour ofer avancer , puifque nous les re-vbyons
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- dît Fluidè électrique, é<i
- voyons intaétes> qu’il eft impoflible qu’Ü9 puflent conferver leur forme , s’ils ef-fuyoient un feu tel que notre feu greffier, dans une intenfité aufli prodigieufe que celle qui aurait exifté dans le point de périhélie de la comete de i6S% , fi les calculs qu’on a faits de cette chaleur étoient certains.
- Si, l’on veut m’objecter qu’en fuppofant les cometes déféleétrifées dans leur aphélie , elles devraient à leur retour tomber fur lefoleil jufqu’au point de contaét, pour s’éleétrifer de nouveau ; je répondrai par quelque
- B
- verge m
- foTrûfi
- Les
- Tome I. E
- de l’il-
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- 66 La Nature & les Effets luftre M. de Mairan nous ont appris que les rayons folaires commencent à être attirés par la terre à la diftance de 60000 lieues.
- De même, l’expérience nous fait voir que les faifceaux de rayons électriques ceflent de diverger , & fe rapprochent du parallélifme à l’approche des corps non éleétriques , vers le centre defquels ces rayons tendent à converger ; il n’eft donc pas étonnant que le noyau d’une comete recevant & s’imprégnant d’une EleCtricité proportionnelle à fa mafle, à fon retour , & à fon approximation du foleil, cette comete répare ce qu’elle a perdu & reprenne une fphere d’aCtivité fuffifante pour réfifter, pour être repouffée & pour rouler autour du foleil, à une diftance proportionnelle entré la grande & la petite fphere d’aCtivité.
- Le peu d’EleCtricité que la comete a confervé , au retour de fon aphélie, s’eft réparé à chaque temps de ce retour , dès qu’elle a commencé à s’immerger dans des rayons qui vont toujours en augmen-
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- du Fluide électrique. é j
- tant de force & de denfité : je préfume même que lorfqu’elle fe dérobe à nos regards dans fon périhélie , elle devient alors prefqu’auffi lumineufe que le foleil même, & que fa lumière âcquife eft ce qui dérobe le plus fon noyau aux obfer-vations.
- Lorfque j’ai dit que peut-être au moment de l’organifation univerfelle des êtres , & de l’équilibre où tous les Corps céleftes fe placèrent , roulants fur eux. mêmes & élançant des faifceaux coniques de rayons de leur fphere d’aélivité, ils chaflerent hors de leur mafle les matières les plus hétérogènes ; c’eft qu’il m’a paru que cette hypothefe peut entrer dans le plan univerfel , où tout doit avoir été prévu & arrangé tel qu’il exifte par une fagelfe infinie , & exécuté par un aéle fimple du pouvoir & de la volonté fuprê-me, qui imprima alors à la matière vive le mouvement & la force fuffifante pour mouvoir & modifier la matière morte & inerte : tout accident fortuit, n’étant pas digne de cette fagefle infinie , doit être re? jette. E i
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- 68 La Nature & les Effets
- Si nous examinons celle de ces maf-fes qui peut être foumife à des obferva-tions certaines , nous trouverons , avec le fublime M. de Buffon, que le globe ter-reftre eft compofé prefqu’en entier de fable & de roches vives , qui ne font l’un & l’autre que du verre plus ou moins opaque , plus ou moins groflier.
- Nous ne connoiffons, il eft vrai , que très-peu de cette mafle ; car à peine pouvons-nous pénétrer dans l’épaifleur de fa croûte, jufqu’à la profondeur de 500 toi-fes perpendiculaires (1); & dans tous les travaux des hommes, & dans tous les accidents qui nous ont procuré de pénétrer dans la texture de la terre, on a toujours trouvé que la matière vitrefcible furpafle, en quantité, la matière calcinable, dans une proportion qui ne laiffe prefque à
- (1) la plus grande profondeur connue qu’on doive au travail des hommes , c’ellla mine d'or de Creimfnity en Hongrie : M. Morin, de l’Académie royale des Sciences de Paris, y defcendit jufqu’à la profondeur de 480 toifes perpendiculaires : il eût pu defcendre encore un peu plus bas, mais il ne l’ofa pas , commençant à ne pouvoir plus réfifter à la chaleur fouterraine qu’il éprouvoit à cette profondeur.
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- celle-ci d’exiftence fenfible , que parce que cette matière calcinable eft très-inté-reflante pour nous , puifque c’eft la feule qui nous foit véritablement utile.
- Cette obfervation eft uneraifon déplus pour nous faire préfumer que la matière conftituante du foleil pourroit bien être un verre pur & homogène , & que les matières groflieres élancées de fa mafle pour compofer les planètes & les comètes afliijetties dans fa grande atmofphere, ne font que les fcories & les matières pe-fantes & groflieres,dont il s’eft purgé par la violente commotion qui le fit commencer à tourner fur fon axe.
- Mais, abftraéfcion faite du comment, cettë matière a pu être détachée du corps du foleil ; j’avoue que rien ne me répugne à penfer que le foleil eft une mafle de verre pur & prefque homogène , & j’aurai bien de nouvelles preuves de la probabilité de cette opinion à donner dans la fuite de cet Ouvrage. Je crois même devoir dès ce moment appuyer cette opinion de l’autorité du grand Newton, qui
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- 70 La Nature & les Effets trouva par Tes calculs que la denfité du foleil devoit être quatre fois moindre que celle de la terre : or, il eft certain que fi l’on formoit une maffe des matières les plus denfes que nous trouvons dans la terre, cette maffe auroit en effet bien près d’une pefanteur fpécifique , quadruple de celle du verre le plus pur ; & fi l’on ajoute à cette obfervation de réfléchir que la pefanteur doit avoir condenfé graduellement les matières qui compofent le globe en raifon du rayon de fa folidité , on trouvera que la denfité du globe terreftre doit répondre à ce qu’en a dit Newton , en lui donnant une denfité quadruple à celle de la maffe du foleil.
- Je conviens de toute mon infuffifance pour trouver des preuves palpables de la vérité & de la généralité de cette hypo-thefe ; mais fi par la fuite des propofitions & des remarques de cet Effai , je n’emploie rien qui implique contradiâion, fi cette hypothefe en un mot ne paroît point abfolument abfurde, j’efpere jouir du plai-fir de lui voir acquérir plus de folidité
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- par un travail fupérieur au mien.
- Je le répété, il eft peu de Philofophes qui ne conçoivent l’idée, & même la né-ceflité d’un agent univerfel, principe du mouvement, des modifications de la matière , & de la force qui contient toutes •les fpheres céleftes dans l’ordre que nous admirons.
- Si l’on imagine que cet agent eft un æther , une matière fubtile, ou tel autre être qu’on revêtira d’un nom, l’efprit ne peut être fatisfait ; il cherchera toujours rlans ces puiflances motrices quelle eft leur origine , quelle eft la loi de leur mouvement, quels font leurs moyens de fe régénérer, quelle eft enfin l’harmonie à laquelle leur adion paroît être affujettie, & par conféquent on cherchera encore un principe au principe même.
- La raifon peut donc être ébranlée, & donner la préférence à cet être connu fous le nom d’Éledricité : on voit par l’idée que je viens d’en préfenter qu’il fe fuffit à lui-même, qu’il fe régénéré fans ceffe, & que depuis l’inftant du premier mou-
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- vement général de l’Univers, il eft entretenu par la rotation de tous les corps cé-leftes,dont il entretient réciproquement le mouvement j ces grands corps l’effluent fans cefiè, & réparent à chaque temps ce qu’ils en perdent, parlaraffluence de ce même Fluide aétif, qui fe reporte dans ces fphe-res félon la. loi de l’équilibre qui eft de fon eflence ; équilibre qui ne peut jamais fe ralentir ni varier , puifqu’il naît de la répullion mutuelle qui exiftc entre les particules fimilaires de ce Fluide fubtih
- J’ai déjà dit dans le difcours préliminaire que je ferois fort peiné qu’on me foupçonnât de oroire avoir donné à cet Effai toute la force d’une théorie , & même qu’on me crût pleinement convaincu de ce que j’eflaie feulement de difcn-ter ; mais je ferois de mauvaife foi fi je n’avouois aufli que l’idée dont je viens de donner l’efquiffe me féduit aflez pour m’encourager à l’étendre, & à la préfenter telle qu’elle m’eft fenfible.
- Peut-être la grande étude de la nature deviendroit-elle plus étendue & plus lu-.
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- mineufe , fi l’on faifoit plus fouvent des efforts pour pénétrer les fecrets de fon économie univerfelle , & fi l’on avoit le courage & la candeur de rendre compte de fes efforts, & de les foumettre au jugement de fon fiecle. La crainte d’être réfuté doit-elle arrêter tout homme vivement affeélé du défir de s’inftruire ?
- L’homéomérie d’Anaxagore , adoptée par quelques Chymiftes, & même par des Savants très-célebres qui s’en font fervis pour expliquer le méchanifme de l’affem-hlage des .parties du fœtus : les atomes” figurés de Démocrite qui féduifirent la Grece , & qui furent repris par les Gaf-fendilles ; les vertus occultes des Péripa-téticiens , fi long-temps enfeignées & fi vivement défendues dans nos écoles j la matière fubtile qui trouve encore de zélés défenfeurs ; toutes ces puiffances idéales , quelques autres qui peuvent pa-roître encore occultes , offrirent-elles quelque chofe de plus fatisfaifant à la raifon ? Non, fans doute ; mais il eft faci-lç de prouver que toutes çes théories ont
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- 74 La Nature & les Effets toutes été très-utiles à l’efprit humain, & qu’elles ont du moins fervi à agrandir la fphere de fes connoiffances.
- Le Fluide éleélrique nous étant bien connu par fes effets & par des preuves de fait , la loi de fon mouvement , fa forme étant devenue perceptible à l’œil , au taék, à l’ouïe même, n’eft-il donc pas bien naturel de lui donner la préférence ?
- C’eft donc d’après l’idée que j’ai prife de cet agent , après trois années d’expériences, que je vais pourfuivre à former la chaîne des conféquences de ce principe , & que je vais confidérer la terre comme une planete qui fut éleétrifée par communication dans le moment de l’arrangement général des fpheres céleftes , & qui fut élancée de la mafle du foleil jufques dans l’efpace où elle eft placée en équilibre, & où elle décrit fon orbite.
- Je fuppofe donc que la terre eft un globe compofé en général d’une matière plus denfe, moins pure , moins homogène , & bien moins éleârique par elle-même que
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- la matière du foleil : je fuppofe qu’elle a reçu par communication dans le premier temps une quantité fuffifante d’éleétricité pour foutenir Ton atmofphere électrique , dans le degré de force qui lui eft nécef-faire pour que fon globle fe foutienne prefque également dans fon orbite , qui fe trouve être par cette égalité bien moins elliptique que celui des autres -planètes, J’eflayerai de faire voir auffi comment elle répare ce qu’elle diflipe de fon Eleétri-cité.
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- La Nature & Us Effets
- De VÊlectricitè terreftre.
- CHA PI T RE QUATRIEME.
- J’ai déjà dit dans le difcours préliminaire que tout notre fyftême folaire tient un fi petit efpace dans le fyftême général de l’univers, que toute l’atmofphere de notre foleil n’eft pas, au peu que nous pouvons appercevoir de cetUnivers, ce qu’un grain de fable eft au globule de terre que nous habitons.
- Nous n’avons nulle idée drftin&e & po-fitive du temps, ni de l’efpace ; ce que nous en pouvons comprendre n’eft que relatif aux rapports qui nous ont été faits, & aux mefures courtes & bornées que nous pouvons faifir. Quelque immenfité de durée que notre efprit s’élève à concevoir, quelque vuide que nous puiflions imaginer au-delà des fixes que les télefcopes de Grégory nous font appercevoir, tout cela peut n’ê-
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- du Fluide électrique. 77
- tre également qu’un point pour la durée des temps , comme pour l’immenfité de l’ef-pace.
- Cependant cet efpace doit avoir des bornes, & les temps ont commencé , Dieu feul eft éternel, & la première mefure de ce temps commence lorfqu’il a pu s’apprécier & fe divifer par l’époque du premier mouvement des corps céleftes , & par la durée de ce même mouvement ; c’eft donc auffi dans ce premier moment de l’exiftence de l’Univers que l’Étemel, par un aéte Ample de fa volonté, imprima le mouvement, l’a&ivité , la force & la fécondité à la partie la plus tenue de la matière , pour qu’elle pût agir, mouvoir & modifier la partie inerte & grofiiere de cette même matière.
- La loi la plus générale que le Créateur paroiffe avoir impofé à l’Univers, c’eft l’équilibre. Cet équilibre ne pouvoit être entretenu par une matière inerte & paifive , dont l’effet eût été de ramener l’Univers à l’engourdiffement & au cahos: une force vive pouvoit feule pénétrer tous les corps, s’é-
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- 78 La Nature & les Effets tendre dans l’efpace, balancer les fphercs céleftes, & leur donner une adion & une réadion les unes fur les autres ; mais le foyer général d’adivité, qui embrafle & pénétré tous les foyers particuliers , ce centre commun de force, de vie & de lumière, ne peut être conçu que dans la volonté & dans le fein même de celui qui efl.
- Le temps n’a donc commencé pour notre fyftême folaire qu’au moment où l’adion générale de l’Univers l’a amené au point où il devoit éclorre par le développement de fes différentes parties.
- Une Ample commotion a pu fuffire pour élancer les matières les plus groflieres du globe du foleil, & pour ne lui laifler que celle qui eft la plus propre à raflembler & à effluer en même-temps la matière vive : fa rotation fur fon axe , qui s’eft animée du même-temps, lui a fait acquérir une force centrifuge qui fait jaillir en tous fens cette matière vive de fa circonférence.
- Les matières groflieres lancées au loin dans l’atmofphere folaire, fe font mifes en équilibre dans le Fluide fubtil émané de ce
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- du Fluide électrique.
- grand noyau : elles y reftent fufpendues par la force d’impulfion qu’elles éprouvent fans cefle, & contre laquelle elles réagif-fent par la force de leur atmofphere éledri-que ;lorfque cette atmofphere éledrique diminue , les planètes fe rapprochent du fo-leil, ce qui fait que leurs orbites ne font jamais circulaires, & font plus ou moins elliptiques.
- Lorfqu’uneplanetefe rapproche du foleil, cet effet paroît être celui d’une attradion ; mais il n’eft caufé que par la perte d’une partie de fon Éledricité dont l’atmofphere alors eft diminuée de longueur de rayon. Son approche du foleil lui fend bientôt ce qu’elle a perdu ; elle reprend la puiffance de réagir avec plus de force fur les bafes des rayons folaires qui embraffent fon hémif-phere, & elle s’éloigne du foleil dès que fon globe a repris la même quantité d’É-ledricité qu’il avoit perdue. Ce dernier effet pourroit donc être attribué de même à une répulfion, & le balancement que les planètes éprouvent dans leurs orbites par le plus ou le moins d’étendue & de force de
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- 80 La Nature & les Effets leur atmofphere éleârique, eft une véritâ-ble gravitation, ou du moins revient pour Ton effet abfolument au même. Chaque planete, chaque comete a donc une cer-1 taine quantité d’Éleârricité qu’elle a reçue par communication , & que la forme & la texture de fon globe la rend propre à recevoir: dès que cette Électricité diminue, la planete fe rapproche du foleil, qui lui rend ce qu’elle a perdu.
- Il eft vraifemblable que toute la matière qui compofe les planètes & leurs fatelli-tes, fut élancée tout à la fois par la même tangente , puifqu’elles fuivent toutes la même dire&ion , qu’elles ont reçu le même mouvement de pro jeâile, & fur-tout puifqu’elles décrivent toutes des aires égaux en temps égaux , fuivant la loi in-verfe du carré de leurs diftances ; mais il n’en a pas été de même des cometes , qui décrivent des ellipfes affez excentriques pour qu’elles difparoiffent pendant plusieurs fiecles à nos yeux.
- L’ellipfe de ces cometes fe rangera facilement à la même explication, poifr peu qu’on
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- qu’oft veuille fuppofer avec moi la réalité dans mon hypothefe.
- Je dirai donc que l’effort de la force jail-liflante s’étant partagé entre les différentes malfes élancées du corps du foleil, au mol ment où cet aftre commença à rouler fur lui-même ; les malfes les plus denfes, & les plus adhérentes furent lancées en différents temps & par des tangentes différentes.
- Ces malfes plus denfes & plus adhérentes durent recevoir une bien plus forte impuifion étant folitaires, que la malfe totale de la matière dont les planètes furent compofées, l’impulfion s’étant alors partagée entre toutes.
- Les malfes des cometes étant plus adhérentes n’ont pu fe détacher, que par une force jailliflante réunie dans un même point, & par coiiféquent bien plus violentes ; étant plus denfes > elles ont dû fe reffentir plus long-temps de cette force; étant plus denfes , elles ont dû aufli recevoir l’Éleàricité dans une întenfité fupérieure à celle des planètes ; & ces malfes folitaires qui n’éprouvent de perturbation que lorfqu’elles Tome /» F
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- reviennent à leur périhélie, ou lorfqu’el-les s’en éloignent de nouveau, & feulement j lorfqu’elles fe trouvent dans l’approxima-tion de Jupiter ou de Saturne ; ces mafles I folitaires , dis-je , doivent conferver plus I long-temps leur Éleélricité acquife, & par 1 conféquentfe foutenirbien plus long-temps 1 dans la direétion de leur élancement, & fe I porter infiniment plus loin que les plane- | tes qui n’ont point reçu autant d’Éle&ri-cité, & qui n’ont point éprouvé une im-pulfion aufli violente.
- Qu’on ne m’objeéte point que je fuppofe gratuitement une forte denfité à ees mafles folitaires ; j’y fuis fondé par leur approximation du globe du foleil dans leur périhélie , & par les obfervations aftronomi-ques qui prouvent que parmi les planètes dont les révolutions régulières font connues, ce font celles, qui font compofées de la matière la plus denfe , qui décrivent leurs orbites le plus près du foleil.
- Si l’on m’obje&oit encore que ces comètes étant arrivées à leur périhélie devroient prendre de nouvelles direétions, je répon-
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- dirai qu’en effet cela peut arriver à de petites cometes, & c’eft peut-être ce qui aura fait préfumer à Newton qiie quelques-unes de ces petites cometes tomboient dans le foleil, qui les dévoroit, & dont elles répa-roient les pertes ; mais dans l’équilibre oit tout notre fyftême folaire s’eft mis, il pa-roît impoffible que les grofles cometes qui nous font vifibles puiflent éprouver un pareil accident, & je ne vois nulle raifon de croire , non-feulement, qu’un âuffi bel ordre puiife être troublé par la deiftruâion de quelques petites cometes , mais aufli que le globe du foleil aie befoin d’une pareille reffource, d’un pareil aliment, pour foutenir l’égalité de fon aéfcion & celle de l’émifîîon de fa lumière.
- La fuppofition du précipitement des petites cometes dans le foleil & leur prétendue deftination à lui fervir d’aliment, à réparer fes pertes, n’eft venue que de la première fuppofition de dire que le globe du foleil eft compofé d’un feu liquide dont les évaporations immenfes ont befoin d’être réparées : j’avoue-que je regarde ces fup-F 1
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- 84 La Nature & les Effets portions comme très-peu fondées, & j’ef* pere parvenir dans les chapitres fuivants à détruire fans relfource l’erreur qui fait préfumer que le globe du foleil puifle être compofé d’un feu greffier, d’un feu à peu près liquide.
- Eh de quelle nature, de quelle matière pourroient donc être les taches du foleil que le Pere Scheiner commença d’obfer-ver en 1611 ? Si nous penfons, avec M. de laHire, que ces taches font des corps opaques qui nagent- dans une matierè fluide & lumineufe, qu’il croit être un véritable feu, comment à la fin ces taches ne fe feroient-elles pas détruites ? C’eft.; cependant par la difparition & par le retour de ces mêmes taches que les Afironome9 ont connu \ ont calculé le temps de vingt-cinq jours & demi que le globe du foleil emploie à faire une révolution entière fur Ton axe ; ces taches font confiantes , quoique quelquefois inégales, en nombre & en étendue ; c’eft par le retour périodique de ces taches que M. le Monnier eft parvenu à drefler une carte héliographique, auffifûre,
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- aufli exaâe que la carte félénographique qu’il a perfeâionnée d’après fes obferva-tions particulières.
- Si la difparition de quelques taches étoit caufée par leur confommation dans le feu liquide du foleil, ou par une violente ébullition de ce fluide , qui les précipiteroit vers fon centre, & par conféquent leur feraient changer de place y lorfque ces taches , après quelques années, viennent àre-paroître, leur verroit-on la même forme > reparoîtroient-elles fur la même zône & aux mêmes degrés où les Aftronomes les ont toujours obfervées fur le difque du foleil?
- N’eft-il donc pas bien plus naturel, plus vraifemblable de préfumer que ces taches font des matières plus opaques, plus adhérentes que la matière des planètes & des cometes ; que ces mafles n’ont point cédé à la force centrifuge qui chaffa & élança les moins adhérentes , & que Ce.s taches étant quelquefois plus ou moins éleètrifées, font plus ou moins lumineufes ?
- Tous les Phyficiens contemporains ob-ferverent que pendant l’année où les ta-
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- 86 La Nature & les Effets ches du foleil furent plus nombreufes & d’une plus grande étendue, la terre fe refleurit de cette interception de l’émiflion folaire, & fut prefque ftérile.
- Je crois donc ne voir dans l’apparition & la difparition de ces taches , que leur plus ou moins d’Éleâricité : comme la matière qui les compofe n’eft point de nature à effluer l’Éleétricité, autant que le refte du globe du foleil, lorfqu’elles font moins éleétrifées, moins effluentes, elles font apparentes ; elles font plus ou moins grandes lorfqu’elles font le plus fortement éleélri-fées & effluentes, elles difparoiflent en entier ; quelques degrés d’Éleétriçitéde moins les fait paroître plus grandes ou plus petites félon ces degrés.
- Le phénomène de la préfence de ces taches, de leur agrandiflement, de leur diminution , & quelquefois de leur difparition totale ; ce phénomène, dis-je, me pa-roît bien Amplement, bien naturellement expliqué , fi l’on veut admettre avec moi que quelques matières hétérogènes à la mafle pure du foleil difparoiflent lorfqu’é-
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- tant plus éleârifées elles deviennent plus lumineufes, & qu’elles reparoiflent lorf-qu’elles font moins éleâriques.
- J’ai dit que les malfes qui fe font échappées enfemble du corps du foleil, quoi-qu’avec un moindre enort, n’ont pu cependant s’en arracher, fans un violent déchirement, une attrition , une vibration dans toute leur malfe alfez forte pour les mettre en fufion.
- C’eft donc ici que je dois obferver que le mouvement feul ne fuffit pas pour exciter l’efpece de celui que nous nommons chaleur. Qu’on falfe tourner un boulet au bout d’une fronde, qu’on le lance avec une catapulte , il n’acquerra de chaleur fen-fible qu’à l’inftant de fon choc,ou de fa chute; fa révolution rapide dans la fronde, ni la rapidité de fa tranflation, n’excitant aucune vibration dans fa texture ; mais fon choc, foit en frappant ,foit en retombant, un coup violent frappé fur fon hémifphe-re, fuffira pour exciter une forte vibration dans toutes fes particules conftituantes , laquelle fe manifeltera par la chaleur.
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- 88 La Nature & tes Efets
- Je penfe donc que c’eft l’attrition & le déchirement que les mafles élancées: du fo-leil ont efluyées au moment de la terrible çxplofiôn qui s’eft faite alors, qui leur a donné une vibration affez. violente pour les mettre en fùfion. Dans cet état, & dans la force vive d’impulfion que çes matières efluyerent alors, U ne dut y avoir que les plus légères & les plus homogènes qui purent refter enfemble ; ainfi il dût s’échapper des principales mafles quelques portions d’une matière plus denfè, qui con-fervant plus que les autres la force d’impulfion, fe fera portée plus ou moins loin, en raifon compofée de cette force & de Içur maflè.
- C’eft ainfi que la maifè dont la lune s’eft formée, s’eft portée à la diftance de foixan-te demi-diametres du globe de la Terre ; mais cette portion de matière féparée de la Terre, emportant aveç elle une quantité d’Éleétricité proportionnelle à fon volume &: à fa denfité, cette malle fe fera, mife en équilibre avec celle dont elle s’eft échappée, & fera demeurée fufpendue, tournant
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- autour d’elle, prelfée & repouflee dans l’at-mofphere éleétrique de la grande malle à laquelle elle fe fera aflùjettie. Et c’efl: ce qui fe rapporte non-feulement à notre lune, mais aufli aux fatellites de Jupiter & à ceux de Saturne.
- Toutes ces malles en fufion durent acquérir alors la figure d’une fphere plus ou moins applatie par fes pôles, en raifon de la liquidité de la fufion, & en raifon de la vitefle de leur rotation.
- Après avoir elfayé de donner quelques degrés de probabilité à ce que je conjecture pouvoir être arrivé dans le temps du développement & de l’organifation de notre fyftême folaire , j’ofe conjeéturer aufli qu’à Pinftant même où l’Éternel dit, que la lumière foit , la matière vive fut féparée en grande partie de la matière morte & inerte ; que cette matière fe répandit aufli-tôt dans l’efpace par la répulfion réciproque de fes particules fimilaires. (1)
- (1) On doit confidérer toutes les particules de la matière vive ou Elearicité, comme autant de petites fpheres d’affivité qui fe re-pouUènt mutuellement, & qui fe portant toujours du côté de la raoin-
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- 90 La Nature & les Effets
- Bientôt après la mafle du foleil, opaque & ténébreux jufqu’alors , éprouva une grande commotion : cet aftre tourna fur lui-même, il fe dégagea par fa force centrifuge des matières hétérogènes qui l’obf-curciffoient, & ne conferva prefque que celle d’un verre pur , fortement imprégné de ce feu élémentaire, de cette Éle&ricité, de cet être le plus tenu & le plus a&if qui foit dans l’univers. Le foleil, en un mot, fut dès ce moment le réfervoir immenfe de cet agent principe du feu, de la lumière & du mouvement.
- La force centrifuge que le foleil acquit par fa rotation lui fit élancer cet agent en jets lumineux jufqu’aux extrémités de fon atmofphere , où cette émiflion fe joignit à celles des autres foleils ; leurs jets brifés & repoulfés réciproquement fe confondirent & fe répandirent dans l’efpace , & la répulfion réciproque des parties fimilaires
- dre réfiftance, agiflènt U réagirent iufqu’à ce que l'équilibre fe réta-blilTe enrr’elles : c’eft bien finement ce même agent là , ce même reflort que la fublime Newton a reconnu agir dans la nature, lorfqu'il dit formellement qu’il y exifte un Fluide fubtil 70C000 fois plus tenu, plus rare, & plus élaftique que l’air.
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- de cette matière lumineufe, plaça refpec-tivement tous ces aftres en équilibre juf-qu’à la fin des temps;
- La maffe deftinée à compofer le globe de la terre dut éprouver bien des ofcilla-tions dans l’efpace, avant que l’équilibre l’eût fixée dans l’orbite qu’elle décrit, quoique fortement imprégnée de feu élémentaire. Elle dut refter ténébreufe & enveloppée par les eaux, jufqu’à ce que les eaux fupé-rieures Ce fufTent élevées pour compofer l’air, 8c que les eaux inférieures fufTent circonfcrites dans leurs limites. Il me pa-roîtroit téméraire de vouloir décider quelle fut la durée des premières périodes défi-gnées par le nom de jours ; ce que nous devons croire fans héfiter , c’eft que ce fut dans la quatrième de ces périodes que le foleil commença à éclairer la furface découverte de la terre, & à en embrafier tour à tour les deux hémifpheres par fes rayons. (1) Ces jets lumineux fuffirent dès-
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- gi La Nature & les Effets lors pour entretenir la terre du Fluide éleo trique qui lui eft néceflaire, & pour fou-tenir fon mouvement de rotation diurnal, & fon fécond mouvement fur l’orbite qu’elle décrit ; les autres planètes paroiffent avoir éprouvé à peu près la même aétion, puifqu’on les voit obéir à la même loi qui régit les deux mouvements de notre globe. Si j’ai ofé m’écarter de l’hypothefe de M. de Buffon, dans celle que j’ai propo-fée, en préfentant l’idée du grand événement que je fuppofe avoir établi l’harmonie univerfelle des globes céleftes , je reviens avec confiance, avec foumiffion même , me conformer à tout ce qu’il dit fur la texture du globe de la terre, fur fes arrangements intérieurs , fur la forme de fa première furface, & fur les changements que cette furface doit avoir elfuyés. Quarante ans d’obfervations m’ont confirmé la
- diumale de Ta terre eft la raefure ; rien ne nous oblige à croire que ces premiers jours n’aient été que de 14 heures i ceux qui précédèrent celui où la face de la terre découverte fut éclairée par les rayons du foleil peuvent avoir été de très-longues périodes de. temps , & c’eft ce que je difcuterai dans un des chapitres de cet Eflaû
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- vérité & la folidité de celles de ce grand
- Le premier arrangement de l’Univers , toujours voilé pour nos yeux, ne nous permet que quelques conjectures plus ou moins probables : les miennes m’ont paru l’être , parce qu’elles expliquent avec fimplicité les plus grands phénomènes céleftes , & juf-qu’aux taches obfervées dans le difque du foleil. J’ai cru devoir les foumettre à mes contemporains, & fur-tout à M. de Buf-fon, dont j’aime, dont je refpeéte, & dont je reconnois la fupériorité. Dès l’inftant que, dans fon ouvrage immortel, je le vois partir d’un point d’appui pris dans la nature, je l’écoute & je rentre dans le filence que Pythagore prefcrivoit à fes difciples. Trop heureux fi je peux mériter par ce foible Effai que ce Philofophe, qui m’avoue depuis bien des années, pour fon ami, daigne m’avouer aufli poùr fon difciple.
- Je vais donc eflayer de prouver, par une fuite de faits & d’expériences , que l’Électricité , que le feu élémentaire,qui ne font que le même être,fous deux dénominations
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- différentes ; que ce Fluide t disrje , com-pofé d’atômes fimilaires, qui font autant de petites fpheres d’a&ivité répulfives les unes aux autres; que cet être fubtil eft l’agent primitif qui fe fait reconnoître dans toutes les opérations de la nature fur notre globe, & je vais faire l’application de ce principe à des faits que j’ai obfervés affez long-temps, & avec affez de foin pour ; être en état d’en rendre compte.
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- Effets de P Électricité terreflre.
- CHAPITRE CINQUIEME.
- S e l o n la fuppofition que j’ai faite , en difant que toutes les fpheres font plus ou moins imprégnées de Fluide éleétrique, je dois conclure que le centre de la terre en contient une plus grande quantité que fa Superficie, en raifon de fa denfité & de la matière vitrifiée dont il eft compofé.
- Je dois conclure de même que la terre a une atmofphere éleétrique d’une très-grande élévation, & que ce Fluide jaillit en faifceaux de rayons divergents de toutes fes furfaces , & fur-tout de celle qui lailfe l’iffue la plus libre à ces rayons, lorsqu'elle eft la plus expofée de toutes à l’affluence folaire.
- Je commence par les effets de l’Éleélri-cité terreftre dans l’aéle de la végétation des arbres & des plantes, dans Porganifa-
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- 96 Là Nature & les Éjfets tion & la maturité de leurs femences, dans la nature & la préparation des terrains j mais avant que j’entre dans ces détails, je crois ne pouvoir m’expliquer trop clairement & trop pofitivement fur ce que j’entends par Fluide éle&rique. Définition du Fluide électrique* J’entends donc , dûffai-je me répéter , j’entends un Fluide fubtil , élancé d’une fphere d’aàivité par une force jâilliflante i j’entends un Fluide compofé d’atômes élémentaires, fimilaires, & de la plus grande ténuité poflible, defquels chaque atôme eft une petite fphere d’aétivité qui tend à l’équilibre avec les atômes de même nature qui l’approchent, fans que jamais deux de ces atomes puiffent fe trouver réunis forcément jufqu’au point de contaét, fans faire les plus grands efforts pour fe re-pouffer mutuellement :1a loi de mouvement que ce Fluide fuit dans fon effluence, efi une ligne droite : la répulfion que fes atô-mes ont entr’eux fait que fes rayons divergent en faifceaux coniques, ce qui leur fait
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- . du Fluidd électrique^ yy
- fait fuivre dans le cours de leur effluence la loi inverfé du carré des diftances.
- Ce .Fluide me paroît être abfolument le même que celui que Boerhaave a nommé feu élémentaire , fans avoir eu toutefois aflez de preuves de faits pour s’aflurer de fon exiftence.
- J’entends aufli par Fluide éleâriquê , cette matière extrêmement fubtile que Newton dit être 700000 fois plus rare & plus élaftique que l’air, & qu’il foupçonne occuper les milieux les plus tenus de toute forte de matière.
- J’entends, en un mot, une matière vive, qui feule peut mouvoir la matière morte & inerte ; une matière vive dont la répul-fion, entre fes particules élémentaires, lui donne une prodigieufe élafticité ; une matière qui, lorfqu’elle eft raflemblée & con* denfée par l’art ou par quelque combinai-fon naturelle & accidentelle, devient par fa répulfion & fon relfort une force aélive fuffifante pour faire les plus violents efforts contre toute efpece de matière inerte & paflive, pouvant; la pénétrer, la vitrifier,
- Tome I. G
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- 98 La Nature & les Effets la décompofer, la difliper même, lorfqu’elle débande à la fois tous fes reflorts dans l’effet terrible & inftantané d’une violente ex-plofion.
- De la Culture. I
- Le premier & le plus utile travail de | l’homme c’eft la culture ! Ce travail fi révéré par les Chinois, feroit encore le plus j noble parmi nous , fi nos mœurs étoient [ plus fimples, fi ne nous élevant pas par | degrés à des fyftêmes de bonheur & de gloire, pris hors du fein de la nature, nous ne négligions pas les dons précieux qu’elle nous; y prépare.
- Le grand Poëte peint & chante les tra- ( veaux ruftiques, le Philofophe les loue, le | vrai Sage les exécute : l’obfervation, lamé- ; ditation perfectionnent les travaux de ce j dernier ; elles achèvent de remplir fes jours, I qu’elles embelliflent : elles lui font voir en grand le développement de ces générations innombrables de végétaux , qui fe fuccedent d’année en année, & qui parent J la terre en l’enrichiflant.
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- Le Cultivateur éclairé voit le concours de deux puiffances aélives, qui préparent la terre à devenir féconde ; il voit que l’une fe ranime par l’autre au retour du foleil fur notre hémifphere ; il apprécie la force que ces deux puiffances emploient, & bientôt il parvient à les diftinguer l’une de l’autre en obfervant comment elles concourent au même but.
- Les premiers rayons du foleil n’ont certainement point affez de chaleur pour pénétrer la terre jufqu’à la profondeur où les graines en dépôt doivent commencer à s’enfler , & où les germes commencent à faire effort pour entr’ouvrir l’écorce qui les a défendus contre l’âpreté du froid.
- Le Cultivateur Phyficien doit donc conclure alors que les jets lumineux & divergents du foleil, communiquent à la terre une augmentation de force vive, & qu’ils raniment celle qui, pendant l’hiver, étoit engourdie dans fon fein.
- Il obfervera de même, qu’après avoir ranimé cette force , il la fait s’élever verticalement , & la fait enfin effluer de la
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- ioo La Nature & les Effets furface de la terre : tel eft l’effet de l’Électricité folaire ! A chaque temps où les rayons deviennent moins obliques, la partie de furface frappée par ces rayons reprend l’Éleâricité qu’elle avoir perdue, & le Cultivateur connoît l’art d’avancer cet effet en difpofant quelque terrain choifi , de maniéré que le rayon faffe un angle moins aigu avec le plan de ce terrain. Analogie de VÉlectricité folaire avec l'Électricité terreftre.
- C’eft ici qu’une analogie lumineufe doit nous perfuader que l’Éleâricité terreftre exifte, & qu’elle eft d’une même nature que l’Éleâricité folaire : cette propofition me paroiffant prouvée par des expériences décifives, & portant une lumière brillante fur tous les phénomènes qui jufqu’ici ne font qu’obfcurément expliqués, tels que les vents alizés , vents périodiques, qui partent régulièrement des mêmes points , & dans les mêmes temps, au retour des mêmes faifons.
- La réglé de Roémer , reconnue pour
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- du Fluide éleclrique. ioi
- vraie par tous les Aftronomes, nous démontre qu’un atôme lumineux élancé du foleil, n’eft qu’environ fept à huit minutes à parvenir jufqu’au globe de la terre, & que par conféquent il parcourt pendant ce temps , environ trente-cinq millions de lieues.
- On n’a jamais obfervé jufqu’à ce fiecle aucun mouvement de tranflation auffi rapide que celui des rayons folaires ; mais les expériences de l’Éleâricité nous montrent que la vélocité de Ton cours peut leur être égal. M. le Monnier à Paris , M. Wattfon à Londres, ont difpofé des Conducteurs pofés fur des cordes de foie, dans la longueur d’environ trois lieues communes ; ils ont ramené l’extrémité de ce conducteur affez près de l’autre extrémité préfentée au globe, pour que deux Obfervateurs, qui faifoient cette expérience de concert, fuflent à portée d’en con-noître également tout l’effet.
- Jamais on n’apuobferverun temps dont la durée fût appréciable entre l’émiflion du globe & la préfence du Fluide, à l’ex-G3
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- loi La Nature & les Effets trêmité de fon conducteur ; mais comme il eft impoflible de difpofer un conducteur dont la longueur puiffe être dans un rapport fenfible avec Ja diftance du foleil à la terre , on ne peut ( il eft vrai ) prouver une égalité réelle entre la vélocité des rayons folaires & celle de l’effluence éleCtrique ; mais du moins on y voit une analogie décrive : elle deviendra plus forte encore lorfque je parlerai des effets de l’ÉleCtri-cité fur l’économie animale. Cette analogie devient de plus en plus frappante lorsqu’on s’en fert pour l’explication de presque tous les phénomènes terreftres.
- Lorfque l’hiver approche dans le climat que nous habitons, les rayons folaires ne frappent plus qu’obliquement cette partie du globe ; cette partie devient alors bien moins éleCtrique : la terre y perd fa faculté de produire ; toute efpece de végétation languit ; les plantes d’un tiffu fpongieux fe deffechent, & plufieurs pourraient juf-que dans leurs racines ; les plantes d’un tiffu ligneux , les arbres fe durciffent : ils perdent leurs feuilles, la feve ne s’élève le
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- long de leurs fibres que par un mouvement infenfible ; elle ne fe porte plus aux extrémités pour les étendre ; elle fe fige fous l’écorce comme entre leë fibres li-gneufes ; elle augmente leur denfité & leur force, fans augmenter leur volume ; elle ne circule prefque plus , n’étant plus élaborée par l’air & par la nourriture que les arbres tirent par leurs feuilles lorfque leurs rameaux en font couverts.
- Quelques arbres feulement font exceptés de cette 'loi commune, & confier vent leurs feuilles pendant l’hiver, tels que ceux de la nature des pins , quelques autres des pays méridionaux , & la plupart de ceux des Ifles Canaries ; mais en examinant la nature des arbres qui cortfér-vent leurs feuilles, oh voit qu’ils portent tous une réfirte plus ou moins fubtile; c’eft-à-dire une matière éleélrique par èlle-même , un foufre diflbus & modifié , de maniéré à conferver aux feuilles une fou-plelfe & une ténacité qui les met en état de faire toujours leurs fonétions de trachées , ce qui conferve à l’arbre une partie de fia circulation. G 4
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- 104 La Nature & les Effets
- Lorfque les rayons folaires commencent | à devenir moins obliques, tout fe ranime 1 dans la nature ; mais il ne faut pas croire | que l’Éleâricité terreftre n’ait point agi 1 pendant l’hiver, quoiqu’elle ait paru tom- | ber dans l’engourdiflement.
- Elle conferve pendant l’hiver une force 1 fufïifante pour élever à la fuperficie de la | terre une infinité de particules propres à I la végétation ; mais fa force jailliflante I n’eft pas alors affez forte pour les broyer 1 & les porter dans les radicules & les tiges 1 des plantes*
- J’ai déjà dit que PÉleélricité terreftre fe S ranime à mefure que la folaire l’excite da- | vantage ; alors le fegment de fphere , frap- I pé par des faifceaux plus denfes & moins I obliques, efflue avec plus d’abondance de Û fa furface , & ce Fluide j’ailliflant corn- | mence à porter dans les germes qu’il déploie , & dans les tiges qu’il éleve & [
- qu’il accroît , les molécules organiques 1 qu’il a élevé pendant l’hiver à la fuperfï- 1 cie de la terre , & ceux qui lui ont été fournis par l’art.
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- du Fluide électrique. ioç
- Vers le ao de Mai, dans notre climat, les faifceaux de rayons folaires deviennent d’autant plus forts qu’ils ont acquis plus de denfité , ne perdant que très-peu de celle qu’ils avoient à foixante mille lieues de la terre , diftance à laquelle la terre femble les attirer ; attraction que M. de Mairan à folidement prouvée, & qui pa-roît çn être une dans fon effet , mais que je ne crois être occasionnée que par la loi générale de l’équilibre, où l’atmofphere Solaire fe remet alors avec l’atmofphere ter-reftre,en communiquant à cette dernierece quelle avoit perdu pendant l’hiver.
- Il eft connu que dans notre zone les plus fortes gelées ne pénètrent la terré qü’à la profondeur de deux pieds ; il eft coniîu de même que dans les carrières & les mines profondes, l’air y eft, hiver & été, pref-qu’au même degré de chaleur : cela prouve que pendant l’hiver l’Éleétricité terreftre conferve toujours une certaine force ; mais l’effluence de fa fphere d’aCtivité fe déterminant toujours vers la moindre réfiftance, & par conséquent vers le fegment du glo-
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- io 6 La Nature & les Effets be le plus vivement éleétrifé, elle ne fe porte que foiblement vers ceux des feg-ments qui le font beaucoup moins. Expériences relatives à cette proportion.
- Qu’on établifle dans un lieu vafte deux ou trois appareils pour faire agir plu-lieurs globes en même - temps ; qü’on obferve avec attention l’émiffion du globe le plus fortement éleCtrifé , & l’effet de cette émiflion fur celle d’un globe qui le fera moins fortement : on verra d’abord l’aigrette la plus forte s’alonger, tandis que la plus foible s’évafera & fe raccourcira. En approchant les extrémités des deux conducteurs , bientôt l’aigrette foible s’animera, fon globe attirera plus vivement l’ÉleCtricité des corps qui feront à fa portée. Que l’on continue d’approcher les deux aigrettes aflez près pour que leurs rayons commencent à fe confondre , elles deviendront toutes deux plus brillantes ; on verra une efpece de combat entr’elles , on en entendra le pétillement en forme d’un craquement continu. Si l’on
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- préfente alors un [corps non-éle&rique à ces deux aigrettes , elles s’inclineront toutes deux vers fon extrémité , & elles s’uniront pour pafler enfemble dans ce conducteur ; fi ce conducteur eft de métal & terminé en pointe, l’effet en fera d’autant plus vifible.
- On voit dans cette expérience que les aigrettes émanées de deux globes différents agiffent l’une fur l’autre en raifon de leur abondance & de leur force jailliffante : l’ÉleCtricité folaire & la terreftre paroif-fent agir également en raifon de leur force d’émiflion ; l’efpece de combat qui fe paffe alors entre ces deux émiflions caufe une vibration plus ou moins forte entre ces atomes électriques, qui font répulfifs les uns aux autres, & c’eft bien vraifemblablement cette vibration qui caufe la fenfation que nous nommons chaleur, d’autant plus que les atômes électriques font alors revêtus des particules de l’air groffier, ce qui leur donne la folidité néceffaire pour pouvoir agir fenfiblement fur les corps terreftre s. (1)
- verra dans la fuite de cet Eflài plufieurs expériences qui prouveront.
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- io8 La Nature & les Effets
- J’ai dit la fenfation que nous nommons chaleur, parce que cette fenfation ne fe fait pas toujours fentir dans bien des- cir-conftances où la plus violente Éle&ricité nous montre tous les principaux cara&eres du feu le plus violent & le plus deftrudteur. Rien n’eft donc plus important pour s’initier dans un examen fuivi de cet être fub-til que de bien s’affurer par des expériences variées & faciles à répéter, qu’en pro-duifant par fes exploitons tous les effets du feu ordinaire , ce Fluide fubtil eft cependant dénué de ce que nous nommons chaleur.
- Lorfque l’Électricité terreftre reprend fa force au printemps & à mefure que notre hémifphere reçoit plus perpendiculairement l’affluence de l’Éle&ricité folaire, la quantité de plantes qu’on voit fortir du fein de la terre, la rofée qui s’en éleve, le gonflement de la terre végétable qui devient fpongieufe , & qui paroît même fe foulever, tout annonce la nouvelle aétion
- que le Fluide fubtit de l’ÉIeSticité a befoin de fe revêtir des particules flottantes dans l'air pour agit fenfiblement fur les corps.
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- réunie qui met la terre en état de produire: cet effet eft fi fenfible qu’il frappe jufqu’à ceux qui réfléchiflent le moins fur les cau-fes de la réuflite de leurs travaux , & je ne peux m’empêcher de rapporter les propres mots dont j’ai entendu plufieurs Laboureurs fe fervir : la terre, difent-ils alors,
- Expériences où l*Électricité devient vifible fans le fecours de Fart.
- Si dans cette faifon, & pendant les mois les plus chauds de l’année, on obferve la fuperficie d’un corps dur, & fur-tout d’une pierre plate & unie , ou d’une grande ar-doife, qu’on l’expofe aux rayons du foleil lorfqu’il eft , vers midi, le plus élevé fur l’horizon ; qu’on obferve alors cette fuperficie par une ligne qui foit parallèle à fon plan, à un ou deux pouces de ce plan, on verra facilement & fans aucun fecours une infinité de petites aigrettes vives & lumineufes, dont les unes paroiflent jaillir, les autres rebondir ; & finir, à quelques pouces de diftance, par fe brifer, s’agiter
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- I io La Nature £ les Effets en tous fens, s’atténuer & difparoître : je les ai pu quelquefois obferver jufqu’à la hauteur de huit à dix pouces fur une grande ardoife épaifle & polie ; l’air étant alors fort pur & fort fec , & le foleil étant dans fa plus grande force.
- De la Végétation en général.
- On a reconnu que le repos qu’on donne aux terres les difpofeà produire plus abondamment , & qu’enfuite les labours profonds & fréquents achèvent d’aflurér cette abondance : cela doit être, parce que lé repos de la terre donne le temps nécelfai-re à I’Éleéfcricité terreftre pour élever plus de parties volatiles falines &fulphureufes, jufqu’à la fuperficie de la terre. La rofée dépofe de même fur cette fuperficie une plus grande abondance de ce limon fertile que l’on y trouve, en la faifant évaporer; on voit les terres qui fe font repofées, couvertes d’une efpece de vernis qui empêche la trop grande évaporation des principes nutritifs qui s’accumulent fous cette écorce légère : les labours fréquents & profonds
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- fervent enfuite à broyer ces molécules nutritives , comme ils fervent aufli à rendre la terre plus meuble & plus légère , & par conféquent plus facile à percer aux germes qui s’en élevent , aux radicules qui s’y étendent pour en pomper les fucs.
- On peut fuppléer au repos des terres par les fumiers & par les marnes ; mais qui pourroit douter que l’art ne fafle alors que fe conformer à la nature ? Les fumiers font pleins de particules fulphureufes, les marnes qui ne font autre chofe que les détriments pourris & à moitié cinérifés d’une infinité de corps marins , tels que des bancs d’huîtres , des lithophytes, des madrépores & des coquillages de toutes ef-peces : ces marnes contiennent une infinité de molécules organiques, de fels élaborés par le temps, & de foufres abondants que le gluten, qui réunilfoit les coquillages dif-fous, a dépofé dans ces marnes : toutes ces matières font donc très-imprégnées de matières électriques par elles-mêmes , & de molécules propres à rentrer dans la com-pofition de nouveaux corps organifés.
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- ni La Nature & les Effets Il arrive fouvent que les rayons du fo-leil étant trop vifs, delTechent les plan* tes & les font tomber dans la langueur ; 4es fommets de ces plantes fe flétrilfent & leurs tiges s’affaiflent : cela doit être lorf-que ces plantes font immergées dans cette efpece de tourbillon qui fe forme des aigrettes qui rebondiflent & qui fe combattent près de la fuperficie de la terre , ainfi que je le viens d’obferver plus haut. Lorfque les rayons folaires font le plus perpendiculaires, ces petites étincelles , quelque tenues qu’elles foient , fuffifent pour enlever une partie des particules humides & des huiles éthérées qui circulent dans la plante , & qui fe portent alors en plus grande abondance dans fes fommets. Non-feulement la plante doit perdre alors de fa fraîcheur , mais auffi la fleur éclofe doit perdre beaucoup de fon parfum ; les foufres exaltés dans fes étamines & dans fes pétales, devant être alors plus facilement diflipés. Que l’on cueille une fleur dans le haut du jour, que l’on compare l’intenfité de fon parfum à celle
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- du Fluide électrique. 113 celle du matin , l’on trouvera qu’elle en a perdu la plus grande partie par la diflipa-tion & par une tranfpiration forcée qui lui a fait perdre plus de fucs qu’elle n’en peut tirer & réparer par fes racines.
- Mais dès que cette plante fera mife à l’ombre, un peu d’eau qu’on donnera à la terre, qui la nourrit , fera promptement élevée dans fes canaux par l’Éleélricité ter-reftre , d’autant plus promptement que fes fommets feront plus échauffés ; cette plante en peu d’heures reprendra fa fraîcheur : quelque-temps de plus encore, on lui retrouvera tout fon parfum.
- Tant que les fleurs n’ont encore rien perdu de leur fraîcheur, elles fe réferment au coucher du Soleil, parce que l’Éleâri-cité, moins forte dans leur tige, diverge moins à leur fommet : le matin, cette Électricité fe ranime à mefure que le foleil s’élève fur l’horizon ; alors ce Fluide s’échappant en aigrette divergente du centre de la fleur, il fait diverger de même fes étamines & fes pétales ; & c’éft ainfi qu’il la fait épanouir.
- Tome I.
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- U4 La Nature & les Effets
- Cette obfervation, qui d’abord ne pa roît êti’e d’aucune conféquence, deviendra d’un grand poids fi l’on réfléchit que la mêmea&ion qui fait épanouir les fleurs, fait épanouir de même les houpes nerveufes des nerfs , & que c’efl: encore cette même aétion qui déploie peu à peu dans le jeune animal, comme dans la jeune plante, les canaux pliés & repliés fur eux-mêmes.
- La nature eft bien plus uniforme dans fes moyens d’agir que quelques Phyficiens ne l’ont penfé; c’efl: toujours notre faute fi nous ignorons l’art de la bien interroger, & ce n’eft que dans nous-mêmes que nous trouvons les explications hafardées que nous donnons fouvent de l’emploi de fes forces & de fes moyens : c’efl: ce que j’ef-pere prouver en traitant de l’économie animale, ce que je dis maintenant de l’économie végétale , devant être regardé comme une préparation à celle qui nous intérelfe le plus.
- Ceux qui cultivent les oreilles-d’ours , les œillets , & quelques plantes délicates que l’on plante en pot, préfèrent, au lieu
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- du Fluide éleclriquè. îiç d’arrofer la terre du pot, de le pofer en des auges pleines d’eau : cette eau monte par les trous du fond du pot, & s’élève peu à peu jufqu’à la fuperficie de la terre» Les Fleuriftes appellent ce moyen , faire pomper l’eau à la terre.
- Expériences décisives.
- Qu’on prenne deux pots percés également dans leur fond , & remplis d’une même terre également feche , également foulée ; qu’on aflimile enfin autant qu’il eft poflible l’état préfent des deux pots ; qu’on les plonge alors dans deux auges de même grandeur , & remplies d’eau à la même hauteur ; que l’on pofe un de ces pots dans fon auge fur un tourteau de ré-fine, & que l’on tienne l’autre pot éloigné, & fur la terre, fi l’on éleétrife par communication l’auge & le pot, placé fur le tourteau de réfine , l’eau montera à la fuperficie de la terre , dans un temps trois à quatre fois plus court que celui que l’eau emploiera à monter à la fuperficie de la terre du pot non-ëleétrifé.
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- Cette expérience m’a paru encore plus frappante lorfque je l’ai répétée fur des plantes que j’avois lailfé flétrir, plantées dans deux pots pareils : la plante du pot élec-trifé a repris fa rigidité & fa fraîcheur ; fes fleurs fermées & flétries, fe font rouvertes dans un temps cinq fois moins long que celui qu’il a fallu pour que la plante du pot non-éleârifé pût revenir dans le même état.
- J’ai varié plufieurs fois cette expérience, en rempliflant les pots d’une terre plus ou moins ténace, & toutes les différences combinées, elle m’a toujours montré le même effet. L’E-le&ricité condenfée par l’art a donc la puif-fance de faire monter l’eau dans la plante, dans un temps quatre à cinq fois moins long que celui que la force jailliflante & naturelle de la terre emploie pour accomplir le même effet ; il me paroît qu’on eft bien près d’avoir furpris le fecret de la nature, & les moyens qu’elle emploie lorsque l’on parvient, par l’art, à imiter auffi complètement-fes opérations!
- Ces expériences ne pourroient-elles pas donner quelques nouvelles idées fur la
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- caufe de l’afcenfion des liqueurs dans les tuyaux capillaires ? 11 eft fur du moins qu’on prouvera facilement l’analogie du réfultat de ces expériences avec ce qui fe paffe dans le cours des liquides de l’économie animale.
- Les couches, les vitraux, les cloches, dont on fe fert pour avoir des primeurs , font autant de moyens dépendants de l’É-le&ricité : c’eft une grande erreur. C’eft du moins une maniéré bien fauffe de s’exprimer, que de dire que les Jardiniers forcent la nature par ces productions hâtives; on ne la force jamais. Tout ce qu’on peut faire c’eft de l’aider & d’abréger le temps de fon travail ; mais en l’aidant , ce ne peut être qu’en fe fervant de fes propres moyens, defquels on ne peut tout au plus que multiplier l’aétion. Ces couches rendent en effet la portion de terre, où on les place, beaucoup plus éleCtrique : ces couches deviennent un vrai foyer d’aCtivité ; ces cloches , ces vitraux compofés d’une matière très-éleCtrique par elle-même, retiennent l’ÉleCtriçité, qui jaillit de la cou-
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- 118 La Nature & les Effets che : ces vitraux empêchent qu’elle ne fe difiipe dans le vague de l’air; ils confervent autour des plantes une atmofphere éleétri-que qu’ils réverbèrent fur la couche. L’art du Cultivateur eft d’en bien connoître le degré d’a&ivité ; s’il eft trop violent, il corrode , il brûle les extrémités des fommets & des feuilles des plantes : c’eft ce qu’on voit arriver fouvent aux plantes délicates, telles que le melon, &fans qu’on puifle l’attribuer aux rayons du foleil.
- On remarque que toutes les terres abon-. dantes en foufres font très-fertiles, & pro-duifent plutôt que les autres : telles font celles qui font cultivées près de l’Etna, du Véfüve, & toutes celles des Canaries, des Açores, de l’ifte de Bourbon, & en général , de prefque toutes, les ïfles qui ont des Volcans. Tout ee que ces terres prodqifent a plus de parfum, plus de faveur ; un grand nombre des arbres qu’elles nourrifTent , donnent différentes réfines , & ne perdent point leurs feuilles pendant l’hiver : les vignes y donnent prefque toutes des vins de liqueur, dont les acides font envelop-
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- pés dans une huile eflentielle,bien plus abondante dans ces vins fi doux en apparence, que dans d’autres vins qui paroiflent au goût bien plus forts & bien plus piquants.
- On peut remarquer à tous les fignes précédents, que. non-feulement les matières éle$riques par elles - mêmes fe trouvent en grande abondance dans ces terrains ; mais aufli, qu’elles y font beaucoup plus agitées, plus exaltées. Les abeilles j font toujours très-nombreufes, parce qu’elles y trouvent en abondance la nourriture qui leur eft propre , & la matière qui fert à leurs travaux ; matière qui ne peut être que très-éleélri-que, puifque les abeilles en compofent le miel dont on fait facilement un phofphore, & la cire, qui égale la réfine en élçétrieité.
- Les foufres font toujours imprégnés d’une quantité d’Éle&riçité qu’ils peuvent envelopper , fixer & retenir, proportionnellement à leur malTe ; on peut même conclure de cette propriété des foufres à retenir & fixer l’Éleéh-ieité j que c’eft une efpece de glu deftinée par la nature à lier les corps, & à leur donner l’adhérence entre leurs partie cules conjHtuantes» H 4
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- no La Nature & les Effets
- Que l’on prive les métaux mêmes de leur foufre principe ; l’or qui eft le plus denfe, & le plus duélile de tous, fe réduit en pouf-liere, & dans une efpece de chaux qu’on ne peut revivifier & remettre en mafle par la fufion, qu’en lui rendant un phlogiftique qu’on peut choifîr également dans les trois régnés.
- Plus les foufres font atténués , & plus l’Éleétricité les éleve & les porte au loin : elle ne les éleve & ne les porte que parce que, quelqu’atténués qu’ils puifTent être, ces foufres font encore capables d’une certaine réfiftance. Le Fluide divergent de l’É-ledricité peut bien embrafler le plus petit atome fulphureux, mais il ne peut pénétrer fon milieu, comme il pénétreroit un atome d’une autre efpeçe de matière : il ne peut donc qu’embrafler celui-ci , le fôulever & l’entraîner par fa force jaillifTante.
- Qu’on éleétrife une jonquille, une tubé-reufe , un pied de bafilic en fleur, on verra la tige, les rameaux & les feuilles de ces plantes acquérir plus de rigidité, & diverger du centre de la plante : les fleurs s’épa»
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- du Fluide électrique, i%i nouiflent fenfiblement, & fur - tout elles émanent alors leur parfum avec abondance, & à une plus grande diftance. Si l’on approche le nez du fommet de la plante allez près pour en recevoir toute l’effluence, on fent alors fon parfum très-augmenté d’intenfité: lï variant cette expérience l’on approche le doigt de ce fommet pour en tirer une étincelle , l’obfervateur exaét remarquera que l’étincelle éclate du fein de la fleur, qu’elle eft peu lumineufe , comme étant obfcurcie par les atômes fulphureux qu’elle entraîne. Cependant cette étincelle fera très-vive au taét, comme étant alors fort chargée de particules folides propres à frapper un corps. Il arrive prefque toujours que cette explofion, qui agit en tous fens au moment qu’elle éclate , déchire le tiflu délicat des fibres, des étamines & des pétales, & quoique cette étincelle n’ait aucune chaleur fen-fible en éclatant, elle a fur ces fibres délicates tous les mêmes effets d’un feu matériel qui pourroit les deflTécher & les corroder.
- Il faut encore obferver que lorfqu’onréi-
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- I±Z La Nature & les Effets tere cette expérience fur la même fleur , elle perd pour un temps ( quoiqu’à l’ombre ) encore plus de fon parfum qu’elle n’en auroit perdu, expofée en plein midi à la plus vive ardeur du foleil.
- Tous ces détails font bien minutieux, j’en conviens ; mais ils font néeeflaires plus nous cherchons à pénétrer les fecrets de la nature, plus nous devons multiplier les expériences relatives entr’elles j plus nous devons les répéter nous-mêmes , juf-qu’à ce que l’effet le plus général qui nous a frappé ceffe d’être un phénomène pour nous, jufqu’àçe qu’il nous paroiffe lié à la chaîne des effets naturels & bien connus > jufqu’à ce qu’enfin nous puiffions former un réfultat lumineux de la totalité des expériences relatives.
- Toutes les expériences fur les pots pleins de terre , fur les plantes, fur la force & la fraîcheur que ces plantes reprennent, fur la plus grande abondance de parfum qu’elles exhalent, ont dû faire préfumer que l’Électricité devoit accélérer les progrès de la végétation ! Elle l’aççélere pujlfamment en
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- du Fluide éleclrique. 1x3 effet : les graines germent plutôt, les plantes croiflent & fleuriffent en moins de temps.
- La facilité de conduire le Fluide électrique condenfé par l’art dans les ferres vitrées , doit devenir fenfible, puifque c’eft une fuite de tout ce que nous avons vu juf-qu’ici : mais avant que de rapporter les expériences déçifives, pour prouver que l’É-le&ricité avance beaucoup la végétation , il me naroît néceflaire d’examiner la végétation en général, & de difcuter comment l’Éleétricité naturelle du globe de la terre peut agir & agit dans la germination , la végétation, la fécondation, & ( s’il m’eft permis d’ufer de cette expreffion) dans l’accouchement des plantes , & dans la chute & le développement de l’efpece d’œuf & d’embrion par lefquels tous les végétaux fe reproduisent.
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- H4 La Nature & les Effets
- Effets de F Électricitéfur la végétation.
- CHAPITRE SIXIEME.
- PREMIERE Expérience. ITout corps léger & long,'tel qu’un fil de lin ou de chanvre, qu’on attache à un corps Eleétrifé, s’élève fur fon plan , fe roidit & devient un conduéteur pour le Fluide électrique, qui s’échappe en divergeant de l’extrémité de ce fil.
- On connoit avec quelle facilité le Fluide éleétrique entraîne rapidement les liqueurs contenues dans les tuyaux du plus petit diamètre.
- Troisième Expérience.
- Le Fluide éleétrique augmente toute ef-pece de force jailliflante ; une boule d’argent percée de trous allez petits pour ne
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- du Fluide éleclrique.
- laitier échapper l’eau que goutte à goutte., répandra l’eau en aigrette, comme on la voit fortir de la pomme d’un arrofoir, lorsqu’on éleârifera cette boule remplie d’eau : l’Éleâricité augmente de même cette force d’émilïion dans le corps d’un animal , le fang jaillira avec une rapidité plus que double de l’ordinaire d’une veine ouverte dans le fujet qui fera éleârifé.
- Lorfqu’on éleârife une fleur, l’aigrette tirée du fein de fon calice eft chargée des particules éthérées & odorantes de cette fleur, ce qu’on reconnoît à fa couleur, comme à un filet de parfum très-pénétrant, que l’Éleâxicité finit bientôt par épuifer.
- Cinquième Expérience.
- L’aigrette éleârique eft compofée de rayons droits & divergents, qui fe rapprochent du parallélifme dans les corps longs & menus qui lui fervent de conduâeurs ; mais elle diverge à leur extrémité dès qu’elle en efflue.
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- il6 La Nature & les Effets
- On ne peut plus douter, en lifant le rapport des expériences faites par M. l’Abbé Nolet, M. Jallabert & plufieurs autres ob-fervateurs célébrés, que l’Éleélricité ne pénétré intimement tous les corps du régné animal & du végétal : elle augmente leur tranfpiration , elle accéléré toute efpece de circulation , elle releve les parois dé-feffées des couloirs, elle diminue beaucoup du temps qu’une graine eft à germer, & de celui que la plante eft à croître ; en un mot, l’Éleétricité femble multiplier la force des mêmes moyens que la nature emploie pour l’accroiflement, la nutrition & le jeu des reflorts des individus des deux régnés.
- Newton , furpris de la quantité de faits phyfiques dont le méchanifme ne pouvoit être expliqué que par le moyen d’un Fluide très-fubtil & très-élaftique, paroît en admettre un de cette efpece à la fin. de fon Traité d’Optique. Ce grand homme, pour qui la vérité fut fi refpeélable & fi chere , & qui fut la mettre dans un fi beau jour ,
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- du Fluide électrique. ixj
- Newton dit lui-mème , dans fa vingt-deuxieme queftion , qu'un Fluide fubtil parole agir dans la nature ; que ce Fluide ejl 700000 fois plus fubtil & plus rare que l'air que nous refpirons ; qu'il ejl auffi 700000fois plus élajlique, & que par confèquent, il ejl a l'eau commune comme un ejl à 600000000.
- Ce que ce fublime Philofophe eût ajouté, fans doute, fi les expériences de l’Éleétri-cité lui euflent été fuffifamment connues, c’eft , que cet être fubtil peut être rajfemblé , condenfé, dirigé par l'art; qu'il peut devenir perceptible aux fens ; que fon intenfté & fa force peut être mefurée (1); que les particules fubtiles qui compofent fes rayons fe repouffent mutuellement, rendent ces rayons divergents , & que ces rayons Jont droits , quand rien ne les dérange de leur direction naturelle.
- Je pourrais appuyer ce que j’ai déjà dit & ce que je vais dire encore fur la végéta-
- (1) On a imagûié plufieurs moyens de mefurer la quantité gt lï force de l’Éleôridté : un des meilleurs & des plus ingénieux éleUro-metre, eft celui que MM. d’Arcy Sr Leroy , de l'Académie royale des Sciences de Paris , ont exécuté de concert enferubie , & qu’ils en: donné vers la fin de l’année 1749.
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- iz8 La Nature & les Effets tion, par un grand nombre d’expériences relatives aux fix que je viens de rapporter ; mais je crois celles-ci fuffifântes pour prou ver l’aâion de l’Éleâricité dans l’économie végétale : elles me fuffiront même pour la prouver, telle que je la préfume être la même, lorfque je traiterai de l’économie animale. Je le répété , je n’écris que pour ceux qui voudront bien lire cet Eflai fans une prévention abfolue contre tout ce qui peut avoir l’air d’un fyftême.
- Je conclus donc de ces expériences, que le Fluide éleârique, en jailliffant de la fu-perficie de la terre , agite & pénétré le noyau, la graine , & dilate cette efpece de nombril par lequel ces efpeces d’œufs te-noient aux piftils des plantes & des arbres : l’Éleâricité terreftre y entraîne des fucs , dont l’eau eft le véhicule. Son effort continu fait pénétrer ces fucs dans les couloirs de la petite amande ; bientôt cette amande augmentant de volume, fe diftend aflez pour vaincre la réfiftance de fon écorce , que la nature a préparée de façon que la paroi la plus foible eft celle où le germe doit fortir ;
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- du fluide électrique. nq fortir ; bientôt les couloirs pliés fur eux-mêmes, de ce germe fe remplilfent, Te roi-diflent & fe déploient, les lobes qui l’environnent fe détrempent en une éfpece de lait dont le germe fe nourrit quand il commence ! à fe déployer ; bientôt après l’Éledricité j terreftre entraîne dans les radicules du ger-| me des particules aqueufes, fulphureufes, j falines 8t terreftres, d’un volume propor-| tionné : h plantule commence à fortir de j fés lobes , à foulever & à percer la terre; I c’eft alors que l’Éledricité terreftre com-| mence à faire élever plus abondamment de nouveaux fucs des racines au fommet , & qu’elle Colle aux parois des couîbirs les particules les plus grofiieres.
- Ce jet éledrique s’élevant fans Ceffe dans dé petits canaux , qui vont toujours en v diminuant de diamètre , il déploie, il dilate, il allonge tous ceux que l’ôrganifation a préparés pour l’être ; c’eft ainfi qu’il abreuve les petites glandes qui vont filtrer ces nouveaux fucs ; & c’eft âinfi que por-> tant-dans tout le corps de la nouvelle plante des molécules organiques &- nutritives t il Tome /. I
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- 130 La Nature & les Effets parvient à lui donner de jour en jour plus d’étendue & de folidité.
- Il ett à remarquer que la nature a préparé dans tous les noyaux,les pépins & les graines, les rudiments des fuçoirs , qui doivent recevoir les premières liqueurs nutritives , & des coques, des écorces ou des pellicules deftinées à les défendre de la trop grande abondance d’humidité qui les fuffoqueroit & les pourriroit.
- On planta à Berlin des noyaux de dattes, qu’on avoit dépouillés de leurs pellicules ; prefqu’aücun ne germa, & le peu de plan-tules qui parurent furent un temps très-long à devenir vifibles, & plus long-temps encore à fe fortifier.
- Lorfqu’on eflTaya la première fois de planter des graines de café dans les ferres du jardin du Roi, on fe fervit du café ordinaire , en feve & écoifé ; pas une feule feve ne leva. On foupçonna d’abord que les poffefTeurs du commerce de café avoient pris foin d’échauder les graines pour en détruire le germe. (1) A la fin , M. Fagon
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- du Fluide électrique* ij i
- imagina de planter les baies entières, qui avoient mûri fur des arbres de café qui étoient déjà dans les ferres : toutes ces feves germerent, & cette expérience apprit qu’en plantant les baies entières & bien mûres, le café leve avec autant de facilité que les graines des autres arbres (i)*
- La première expérience rapportée dans ce chapitre , montre comment la direélion du germe, lorfqu’il a percé la terre, doit fuivre la même loi qui régit tous les corps longs & déliés, attachés fur des Corps élec-trifés , ce qui le fait élever verticalement.
- Je préfume en général, que tous les corps pojjiblesqui touchent à la terre, ainfi que ceux qui y font implantés, font autant de conduc-
- bouillante ne fait fut l'embtion végétal que le même effet qu’elle feroit fur l'embrion renfermé dans un œuf, ou fur l’embrion renfermé dans des enveloppes.
- (il Je ne peux m’empêcher de remettre encore fous les yeux l’uniformité de la nature, St les traits frappants de reffemblance qu'on voit entre le régné animal St le végétal : tous les embtions des deux régnés ont deux principales tuniques , un vrai cordon ombilical ; les germes font tous entourés d'une fubliance deftinée à leur première nourriture ; prefque toutes les baies doivent être mifes en terre toutes entières, St par conféquent dans leurs tuniques , dont l’cra-brion paroit avoir encore foin.
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- 131 La Nature & les Effets teurs qui reçoivent & qui tranfmettent l'Électricité terreflre en rapport de la force jail• liffante qu'elle peut avoir alors, félon l'obliquité ou la verticalité des rayons folaires. Plufieurs expériences fubféquentes concourront à prouver cette opinion.
- Je tire de même la plus forte preuve de la fécondé & de la troifieme expérience ; pour faire connoître avec quelle facilité le Fluide éleétrique entraîne les fucs nourriciers , les triture, les élabore, & les porte jufqu’aux fournies des plantes.
- L’effort de l’EIeélricité doit augmenter à ces fommets & dans les nœuds de la plante, en raifon de la petiteffe de leurs couloirs , en raifon de la force jailliffante a&uelle , & en raifon de la quantité de particules qu’elle entraîne ; ce qui me paroît donner une raifon claire & fatisfaifante du déploiement continuel de la plante ; déploiement dont il eft très-nécefïaire de bien difcuter le méchanifme.
- Je vais préfenter un phénomène qu’on ne peut jamais bien expliquer, fi l’on n’admet pas une force jailliffante, & un agent accélérateur.
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- Une feve de la grade efpece eft prefqu’éga-le en volume à un gland médiocre : elle eft grade cinquante fois plus que les graines du fapin , du hêtre & de l’orme : l’embrion végétal eft bien plus gros dans la feve, & fon accroiffement eft bien plus prompt ; mais il n’acquiert qu’une confiftance molle & herbacée: fa tige, fon feuillagecroilTent, donnent des fleurs, des fruits & fe deffe-chent dans un court efpace de temps.
- A quoi pouvoir attribuer cette extrême différence entre le temps de la végétation & de la durée de la plante feve , & celle du fapin, du chêne & de l’orme ?
- C’eft que le Fluide éleétrique trouve dans la plante légumineufe des couloirs bien moins nombreux, bien moins repliés fur eux-mêmes , & d’un plus grand diamètre que dans les graines arboriferes ; il déploie plutôt tous les fommets de la plante feve, & faifant un inutile effort contre ces fommets , il les crible , les déchire & les dé-
- Les couloirs des germes des arbres ont * au contraire , un diamètre bien plus étroit,
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- 134 La Nature & les Effets les canaux font bien plus longs , plus repliés lur eux-mêmes, la force jaiiüffante ne peut y porter que des particules aqueu-fes, infiniment plus tenues ; elle ne peut y élever que lesfoufres &les fels les plus fub-tils, & ces matières qui réfiftent par leur nature à l’émiflion éleéfcrique , auroient befoin, pour être élevées,d’être brifées & atténuées par une force vive, continue & toujours égale, toute interruption de cette force aélive devant retarder beaucoup fes effets.
- Cette force jailliffante eft interrompue plus de cinq mois de temps pendant celui de l’obliquité des rayons folaires; alors les foufres élevés dans l’arbre fe fixent & fe durciffent 5 les fels diffous dans les parties aqueufes, fe delféehent & fè eryftaÙifent ; la plupart des canaux s’oblitèrent, & deviennent des fibres dures Sc ligneufes ; lorf-que l’Éle&rieité terreftre fe ranime , il faut qu’elle falfe les plus grands efforts, & qu’elle s’ouvre même de nouveaux couloirs dans l’intérieur & dans l’interflice des premiers, qui font devenus un véritable bois.
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- On doit, fur-tout, obferver que dans les premières années de la végétation d’un arbre , comme dans les premiers temps de celle de tous les quadrupèdes , les fibres étant plus flexibles, les couloirs plus nombreux, toutes les parties nutritives de l’arbre , exprimées par le nom de feve , s’élèvent avec plus de facilité, plus d’abondance, & la croilfance en tous fens de l’arbre eft plus que quadruple , en raifon de ce qu’elle eft enfuite lorfque l’arbre eft parvenu au tiers de fon élévation, &. fur-tout de fa grofleur.
- L’arbre commence à dépérir, comme la plante, par le même déploiement de fes extrémités (1) ; mais ce n’eft que dans un temps infiniment plus long, & lorfque ces extrémités fe deffechent : ce temps eft pref-que toujours en raifon de l’organifme de l’embrion contenu dans fes enveloppes ;
- (1) Toujours même uniformité dans les deux régnés : le vieil arbre fe couronne, la feve s’échappe du faîte, creufe des goutieres fur l'écorce, & finit par s'arrêter ; le vieillard devient chauve, il perd fes dents , tous fes fens s’alterent, fes cartilages s’offiftent , & la circulation fe ralentit.
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- 13 6 La Nature & les Effets
- pn voit, félon la nature des climats, des tei> rains & de l’expofition, les arbres de même efpece vivre plus ou moins long-temps; mais toutes conditions égales, e’eft l’orga-nifme de l’embrion d’où dépend fon plus ou moins de durée, le reviens à ce qui fe pafle dans les plantes herbacées : après qu’elles font forties de terre, & qu’elles ont commencé à s’élever verticalement , l’É? leftricité terreftre allongeant fans cefle les canaux de çette plante , & déployant à mefure ceux qui partent à angle aigu de la tige ; elle parvient enfin à l’extrémité de leurs fubdiviftons, & chaque extrémité d’un rameau doit être regardé comme un nouveau fomrnet de la plante.
- Le long de ces rameaux , & vers le fbm-met de la mere tige, des boutons s’élèvent, s’allongent, & e’eft- le moment où la nature va travailler à ta génération de la plante ; e’eft aufli celui où le feçours d’un agent ac* tif & accélérateur lui devient le plus né-
- çeffaire.
- Les moyens dont ta nature fe fert dans ta génération des plantes ne peuvent, plus être
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- inconnus que de ceux qui n’auront point connoiffance de la belle & favante difler-tation de feu M. Geoffroy , Doéleur en Médecine, & Membre de l’Académie royale des Sciences de Paris, (r)
- Aucune opération de la nature ne me pa-roît mieux reconnue que celle de la génération des plantes, & fi j’ofe dire ici quelque chofe de plus que M. Geoffroy , ce n’eft qu’^n allant à la fuite de fes premières découvertes.
- Si l’on entr’ouvre le piftil d’une fleur qui n’eft pas encorce déployée, on trouve dans ce piftil le rudiment des graines 3 on y reconnoît une efpece d’ovaire,qui n’attend que la poufliere des étamines pour être fécondé ; ces efpeces de petits œufs fontcom-pofés de tuniques , qui contiennent une liqueur prolifique, mais impuilfante à rien produire fans le mélange des molécules organiques contenus dans les globules des étamines ,qui deviennentvifibles aumicrof-cope, &qui font la partie fexuelle mâle de la plante,
- (1) J*écrivois en 1747, & M. Geoffroy vivolr alors..
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- 138 La Nature & les Effets
- Cette vérité eft d’autant mieux prouvée qu’il arrive fouvent dans les potagers, que lorfque les Jardiniers veulent recueillir de la.graine, & qu’ils placent trop près l’une de l’autre des efpeces approchantes par leur nature j il arrive, dis-je, que les pif-tils d’un chou- pomme feront fécondés en partie par les étamines d’un chou rouge ou d’un chou de Milan, & parmi la graine qu’on recueillera, on en trouvera quel-qu’efpece qui tiendra de la nature de deux efpeces différentes, fans être l’une ni l’autre : les Jardiniers fe plaignent alors que leurs efpeces font dégénérées , & ne leur donnent plus que des efpeces de monftres.
- On peut facilement vérifier & varier cette expérience fur d’autres efpeces analogues entr’elles, & c’eft fans doute le moyen que la nature emploie pour varier tous les jours & multiplier les efpeces dans les claffes différentes des plantes.
- Cette poufliere infenfible des étamines étant emportée par les vents, elle peut aller au loin féconder des piftils difpofés à la recevoir : il eft bien vraifemblable que c’eft
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- aînfî que les différents gramens fe font multipliés plus que par la culture ; car la culture>ne peut que fortifier & accélérer Je développement d’un embrion végétal, félon fon organifation propre, & la partie fexuelle mâle d’une plante peut feule varier l’organifation intérieure de fes graines. M. duTillet a prouvé qu’un très-petit nombre d’épis de froment empoifonnés par une maladie qui eft à ce grain ce que celle que la flotte de Chriftophe Colomb rapporta en Europe, eft à l’homme, fuffit pour communiquer cette maladie à prefque tous les autres épis fains ; ce qui ne peut fe faire que par la voie de la génération, & par la poufliere corrompue des étamines qui le font.
- Le petit œuf végétal étant fécondé, refte attaché à fon piftil, par un pédicule qu’on ne peut fe refufer à reconnoître pour un vrai cordon ombilical, puifqu’il produit le même effet, & qu’il a les mêmes fondions dans le fœtus végétal, comme dans le fœtus animal.
- Lorfque l’opération de la nature eft finie dans la plante herbacée ou légumineufe,
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- Î4© La Nature & les Effets pour le déploiement de fa fleur, cette plante eft alors à Ton dernier degré d’extenfion ; elle commence alors à perdre, & la nature pa-roît ne plus s’occuper que du moyen de la régénérer en perlfeébionnant la graine qui doit la reproduire.
- On voit alors l’extrémité du piftil qui s’enfle , & qui préfente des orifices dont les levres fe tuméfient, fe rejettent, & fe déploient en-dehors ; une férofité tranfpa-rente mais glutineufe , abreuve & tapifle l’intérieur de ces levres ? Tout paroîr préparé pour recevoir & faifir les globules , qu’on diroit prefque que la plante délire; dans ce même-temps , les pédicules des étamines s’alongent ; fi la fleur eft droite, ces pédicules fe recourbent fur le piftil: fi la fleur eft pendante , comme dans les ancolies & quelques autres fleurs, le pédicule de la fleur & le fommet de la tige fe roi-diflent, fe recourbent, pour retourner le calice de la fleur.
- Si deux jours , ou feulement 14 heures avant que les étamines foient en état de laif-fer échapper leur poufliere , on çhoilit une
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- fleur bien ifolée, des fleurs de fon efpece, telle qu’une tulipe plantée exprès au milieu d’un carreau de potager , qu’on coupe la tête de fes étamines fans endommager le piftil , la fleur n’en foufFrirà point pour la durée , mais elle ne produira point de graines. En faifant la même caftration à d’autres tulipes ifolées, fi l’on fecoue après fur leur piftil les étamines mûres d’autres tulipes, ou fi l’on fufpend feulement une autre tulipe entière fur celles qu’on aura privées de leur fexe mâle , plufieurs tulipes pourront être fécondées : c’eft ce que l’expérience m’a prouvé après l’avoir faite & variée plufieurs années de fuite. Ainfi, quoique la tulipe foit une efpece d’hermaphrodite, il n’eft point eflentiel à fa génération qu’elle foit fécondée par fes étamines ! propres : celles qui lui viennent des étamines voifines, pouvant lui fuflire, comme les fiennes, ferviront également à toutes celles i qui recevront fa poufliere.
- J’ai cru devoir rapporter cette obferva-tion, peut-être un peu trop longue, & ne | tenant pas effentiellement à mon fujet ,
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- iqi La Nature & les Effets parce qu’on ne peut trop accumuler tout ce qui peut être utile, & nous aider à fou-lever du moins un peu les voiles dont la nature s’enveloppe dans l’aéte fi myftérieux & fi néceflaire de fa régénération.
- Jereviens à l’aétion méchanique du Fluide Éleétrique, & je vais la décrire telle que je la conçois , telle que je crois même l’avoir entrevue : où l’expérience ne nous éclaire plus avec la même évidence, on ne peut plus fe fervir que de l’analogie, & la candeur veut que l’on avoue qu’on ne fait plus que conjecturer.
- Je préfume donc avec quelque probabilité que i’Éleétricité ayant déployé les rameaux, les boutons & les fleurs de la plante, elle commence alors à defiecher & à brifer leurs extrémités ; alors les particules qui fer-voient à leur nutrition s’épaifîiflent & tombent, ou fe volatiîifent & fe diflipentrmais la force jailliffante agiflant toujours utilement dans les couloirs qui ont confervé leur texture , elle fe dirige alors vers ceux qui font les plus denfes & les plus petits ; c’eft donc alors qu’elle agit avec le plus de
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- force dans le piftil ; elle ouvre, elle étend le pédicule qui tient la graine attachée ; elle y entraîne les particules nutritives j elle les fait pénétrer par ce cordon dans la graine fécondée & organifée : mais que fait-elle pour le premier arrangement du fœtus végétal ?.... Je l’ignore... Je fuis fûr feulement qu’elle ne lui eft point inutile, & qu’elle y porte les particules néceffaires pour l’accroiflement.
- Je fuis encore plus fûr que le cordon ombilical de la graine n’eft acceffible qu’à de certaines particules qui lui font propres, puifque cette graine eft compofée d’une fubftance abfolument différente de celle de la plante, & que celle de la graine eft bien plus folide , plus fulphureufe & qu’elle contient beaucoup plus de fels volatils concentrés fous l’écorce.
- De même que le germe fe déploie dans la terre & en reçoit fa nourriture, de même la graine la reçoit de la plante par le fecours du Fluide jailliffant qui agit également fur l’une & fur l’autre en différents temps.
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- 144 La Nature & Us Ëffcts Tant que la plante eft en état de fournir à la graine des particules nutritives , la graine les reçoit & groflit; la groffeur & la denfité de la graine dépend doiic , non» feulement du plus ou dii moins de des particules , mais auflî du plus ou du moins de temps que là graine emploie à fe deffécher.
- C’eft ce qui fait que dans un été fort chaud la graine mûrit de bonne heure j mais elle eft petite : elle devient plus groffe dans les années pluvieufes, & en raifon du plus de temps que la plante met à fe deffécher.
- La plante ne fourniffànt plus de parties propres à la nutrition de la graine, le pédicule qui l’attachoit s’oblitère, fe détache, & la marque de cette féparâtion refte empreinte fur la graine, Comme un vrai nombril, alors les piftîls defféchés fe fendent, & la graine féparée tombe enveloppée dé fes tuniques, foit dans un noyau, foit dans une écorce, de même que le poulet eft renfermé dans la coquille de l’œuf.
- Je crois que l’on conclura fans peine de tout ce que je viens de rapporter fur la végétation , que les anciens ont mis bien plus de différence
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- différence dans les moyens qui fervent à perpétuer le régné animal & le végétal, que la nature n’y en met elle-même : fes loix, fes aétes toujours uniformes le paroîtroient peut-être encore bien plus à nos yeux, fi ces yeux étoient meilleurs , fi les obfervations étoient plus nombreufes, & fi l’efprit étoit plus attentif & plus réfléchi.
- Ce que je viens de dire fur la puiflance aCtive que je préfume que l’ÉleCtricité fo-laire & terreftre exerce dans la végétation, prépare à ce que je Vais dire fur celle que je préfume aufli qu’elle exerce fur l’économie animale ; j’ofe dire même que l’expérience ne m’a manqué, pour donner une forte probabilité à mes conjectures fur tout ce qui regarde cette fécondé partie, que dans le même phénomène qui m’a déjà forcé d’avouer mon ignorance, celui dans lequel la nature unit la matière prolifique des deux fexes.
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- Tome I.
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- T ^4 La Nature & les Effets
- Effets de l'Électricité fur l’économie animale.
- CHAPITRE SEPTIEME.
- jCout ce qui précédé ce chapitre paroît prouver que le Fluide jailliflant de l’Électricité terreftre, s’élance dans tous les corps qui tiennent à la terre , que la direétion de cette force les éleve verticalement, & que tous ces corps font autant de conduéteurs de ce Fluide.
- C’ell de cette fuite de preuves que je pars pour difcuter comment ce Fluide fub-til peut entretenir dans l’animal un mouvement, foit fucceflif, foit uniforme, foit pro-greflif même , & faire circuler tous les liquides différents dont le corps de l’animal eft rempli.
- L’idée que j’ai d’un liquide eft celle d’un affemblage de particules globuleufes, plus ou moins tenues, que le mouvement peutfé*
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- du Fluide électrique. ïqy parer, qu’il fait rouler les unes fur les autres , qu’il prelfe , qu’il agite fans cefle * qu’il fait couler en raifon de leur poids & du plan qui les foutient, & en raifon d’une force de tranflation Ou de preffion : ce même mouvement les broie, les atténue & les raréfie à mefure qu’il les agite davantage : tout liquide a donc befoin d’un mouvement perpétuel,fans lequelfon être ne feroit plus le même» Le liquide le plus immobile en apparence conferve donc toujours un mouvement inteftinal, fans lequel il pafieroit à l’état de corps folide/& ce mouvement ne peut avoir d’autre principe que le Fluide jailliflant de l’Éleâricité terreftre.
- On voit que l’Éleétricité entraîné les liquides & les fait jaillir par de petits trous , qui la laifleroient à peine filtrer, fans cet agent accélérateur; on voit de même que, dans un temps marqué, ce Fluide augmente aeaucoup la tranfpiration infenfible dans es animaux comme dans les plantes ;, & :outes les expériences, polïibles prouvent 3e même que l’Éleétricité augmente beaucoup le jaillifiement de toute efpece d’é-
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- 148 La Nature & les Effets \
- million d’un liquide qui fortira forcément ou naturellement du corps humain.
- On doit en conclure nécelfairement que l’Eleélricité correfpond parfaitement à l’ef-pece de force vive qui agit dans ces émif-fions. Je l’ai déjà dit, on ne peut forcer la nature : fi nous caufons quelque changement, quelqu’accident dans fa marche, & fi cet accident nous paroît un phénomène inexplicable, c’eft notre faute ; c’eft pareffe de bien voir, de comparer & de méditer. Toutes les fois que nous pouvons parvenir à faire exécuter en peu de temps à la nature une opération régulière, que fans l’art elle n’exécute que dans un temps plus long, telle que l’accélération de la végétation des plantes, & l’augmentation de la tranfpiration infenlible , nous devons en conclure que nous avons faifi fa marche, que nous avons employé les mêmes moyens , & que nous n’avons fait que multiplier la même efpece de force qu’elle emploie ,& que la diriger de façon à produire un plus prompt & plus puiflant effet.
- 11 eft très-aifé de reconnoître par le cal-
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- Du Fluide électrique 149 :ul, que la feule force donnée par le ventricule gauche du cœur dans fon mouvement de fiftole ne peut égaler la fomme des réfiftances que le fang & les autres liquides du corps de l’animal éprouvent en palfant par des couloirs imperceptibles, & en fe divifant en des globules d’une petiteffe que l’efprit feul conçoit, & qui fe dérobent à toute efpece d’obfervation.Il faudroit avoir bien peu ou bien mal étudié jufqu’oii la nature a pouffé la fubdivifion des vaiffeaux, pour croire en avoir trouvé les bornes. Les meilleurs microfcopes ne nous éclairent pas plus fur le nombre & le terme de ces fub-divifions que les télefcopes de Grégory ne nous éclairent fur le nombre des aftres qui roulent dans les plages céleftes.
- Tout vaiffeau a des tuniques , & ces tuniques ont elles-mêmes des vaiffeaux : cette idée fuffit, par fa progrefïion naturelle, pour nous faire juger quelle doit être l’immen-lité de leurs fubdivifions. Læwenoek a vu 115000 ouvertures de vailfeaux tranfpi-rants dans l’efpace d’un quart de ligne ; ces vaiffeaux ont des courbes, des angles, K 3
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- ï 5 o La Nature & tes Effets
- où le frottement augmente encore la fom-
- me des réfiftances.
- La réfiftance que le fang élancé du ventricule gauche doit éprouver en lùivant ces fubdivifions, étonne l’efprit , fait perdre prife à l’entendement, prouve le charlata-nifme (i) de ceux qui prétendroient fou-mettre la fomme de cette réfiftance au calcul , & met dans la néceffité de conclure que la fimple preflion fiftolique n’eft point une force méchanique fuffifante pour porter le fang aux extrémités : tout annonce donc la néceffité & l’exiftence d’un agent coa-giflant & accélérateur, qui puiffe entretenir la première force donnée, & entraîner les liqueurs différemment modifiées par des fécrétions fucceffives jufqu’aux extrémités du corps, en coulant par des canaux fub-divifés à l’infini, & qui vont toujours en diminuant de diamètre.
- Cette même force accélératrice paroît
- lions, dont la progreffion patolt incommenfurable , la progreffion de la diminution d’aûion & de force vive lbroit égale ; ainfila difficulté
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- du Fluide électrique. 151
- devenir encore bien plus néceflaire pour relever le fang des extrémités où une infinité d’artérioles s’anaftomofent avec un pareil nombre de venules qui commencent à élever contre fon propre poids une colonne de fang qui augmente toujours de diamètre, & qui s’élève jufqu’au point où elle reporte au ventricule droit une grande partie de ce que lui a fourni le ventricule gauche ; & cette colonne eft encore augmentée par le volume du chyle qui s’y mêle avant qu’elle fe plonge dans le cœur. Les arteres & les veines doivent donc être regardées comme deux tuyaux coniques dont les bafes font aux oreilletes & aux ventricules du cœur : un de ces deux courants s’y plonge , comme un fleuve fe plonge dans l’Océan ; l’autre s’en élance avec une force jailliffante comparable à celle d’un volcan.
- Les obftacles à. la circulation s’agran-dilfent à mefure qu’on eflaie à les apprécier par le calcul : ils deviennent prefque infurmontables à la raifon.
- Cependant la circulation eft réelle, cent
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- Là Nature & les Effets expériences décifives , & fur-tout toutes les injeéfcions qu’on peut faire, la démontrent avec la plus lumineufe évidence.
- Le paradoxe hydroftatique du Do&eur des Aquilliers ne peut être d’aucune con-fidération pour expliquer la circulation , & quand même il fuffiroit pour la circulation prife de l’aorte defcendante , il ne pourrait fatisfaire fur le jet des carotides qui élevent le fang dans la tête, où ce fang éprouve les plus nombreufes de fes fubdi-vifions. J’avoue que frappé par les expériences que j’ai rapportées, & par toutes celles que j’ai faites moi-même ; j’avoue , dis-je , que je me forme une idée bien fé-duifante de l’aétion que je crois voir exercer à l’Éleétricité fur cet étonnant mé-chanifme. Mais pour rendre cette idée plus fenfible , je crois devoir partir d’une bafe phyfique fuffifamment établie & connue par ceux qui fe font appliqués à l’anatomie , & qui ont joint dans cette étude im-menfe la méditation au travail fuivi.. Je vais donc commencer par rendre compte du méçhanifme que la nature paraît employer1
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- du Fluide üeclrique.
- pour la formation de ce Fluide fi fubtil, connu fous le nom d’efprits animaux. L’exif-tence de ces efprits me paroît mieux prouvée que jamais : ce nom métaphyfique d’efprits m’a toujours paru n’exprimer qu’im-parfaitement un effet très-fenfible. Je vais tâcher de lui donner un corps , dans une recherche où l’on doit commencer par fui-vre exaélement, & pas à pas, la nature dans ce qu’elle a de perceptible , jufqu’au point où fes refforts fe dérobent à nos obferva-tions. (i)
- fi) J’ai cru pouvoir me difpenfer de rapporter fcrupuleufemenr le titre des ouvrages des Auteurs qiie je cite , parce que je crois qn’i! ne faut point furcharger un-ouvrage de notes & de renvois ; ils fatiguent l’attention du lefleur, ils interrompent toujours le fens & le fil luivi de l’ouvrage. J'ofe efpérer qu’on ne me foupçonnera pas d’o-ferhafarder une citation faufle ,& je remetcierois avec foumifiïon celui qui m'avertiroït d’une faute pareille, qui ne pourroit être que trèi-involontaire de ma part.
- «g*
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- La Nature & les Effets
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- De laformation des efprits animaux.
- À&ion du Fluide éle&rique dans cette partie elTentielle de l’économie animale.
- CHAPITRE HUITIEME.
- F. E fang artériel élancé par l’aorte du ventricule gauche, s’élève dans la tête par les: arteres carotides, qui s’y fubdivifentfur les tuniques du cerveau.
- La pie-merequi revetla mafle du cerveau qui pénétré dans fes anfra&uofités , & qui par Tes prolongements fournit, ainfi que la dure-mere, une tunique à tous les nerfs qui fortent de fa fubftance , eft un lacis compofé prefqu’en entier des fubdivi fions des arteres carotides. Ces arteres prodi-gieufement divifées dès ce premier état,s’in-ferent dans la fubftance corticale ; le fang
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- du Fluide électrique. 155 s’y atténue & s’y divife en globules, qui vont toujours en diminuant de diamètre ; mais ils en confervent encore un aflez fen-fible dans la fubftance corticale pour lui donner une couleur grifatre , tirant fur le gris de lin pâle.
- Les parties les plus groflieres du fang artériel fe féparent alors, elles fe raflemblent en des vaifleaux veineux, dont le rapport fe fait dans le finus.longitudinal & les finus latéraux qui fe dégorgent dans les jugulaires , & les jugulaires le reportent & le replongent dans le tronc de la veine-cave , & delà dans le ventricule droit du cœur, dont la contraction fait paffer ce fang dans l’ar-tere pulmonaire,qui le porte dans les poumons & dans leurs lacis celluleux, pour y être élaboré de nouveau. La partie atténuée du fang artériel, qui eft demeurée dans la fubftance corticale, abreuve & nourrit des efpeces de glandes femblables à de petits oignons , d’où naiflent les filets innombrables des nerfs.
- Je crois devoir donner ici la préférence au fentiment de Malpighy fur celui de
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- xtf La Nature & les Effets Rhwisk (i) : l’hydrocéphale , la demi cuif-fon d’un cerveau , fa fimple macération dans de l’eau tiede , prouvent également que la fubftance corticale eft glanduleufe , & que la fubftance médulaire eft vafcu-leufe.
- Cependant cette liqueur qui circule dans les vailfeaux mois , blancs & repliés fur eux-mêmes , de la fubftance médulaire , cette liqueur fubtile paroît n’être point encore à fon dernier degré de perfe&ion : on obferve une nouvelle férofité limpide , qui paroît produite par une nouvelle fécrétion qui fe fait dans ces fubftances blanches & molles : cette férofité coule le long des couches optiques & fe raflemble dans l’ento-
- (I) le foible de prefque tous ceux qui ont écrit fut ces détails lî difficilesà bien faifir, eft d’abufer de leur opinion favorite & de croire qu'ils voient toujours ce qu’en eflèt ils n’ont bien vu que quelquefois : le favant Malpighy ne voyoit que des glandes dans les parties molles du corps humain ; Rhwisk, auflï célébré que lui, ne voyoit que des vaüTeaux dans ces mêmes parties. M. Andry les regardoit toutes comme des ruches ou des clapiers , remplis de différentes efpeces de vers St d'iufeâes. Je fens bien qu’on pourra me reprocher auflï de voir par-tout agir l'Êleétricité ; mais fi je réuflïs à prouver , qu’elle répond exactement à l’idée que j’en donne , comme étant un agent univerfel, je ferai du moins excufable autant que lesfavants hommes que je viens de citer.
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- du Fluide èleclrique. tÿ} noir, d’où elle eft abforbée parla glande pituitaire , & reprife par de petits vaiffeaux abforbants qui la reportent dans les finus, & la rejoignent au fang veineux qui doit retourner au cœur.
- Ce qui refte alors du fang artériel envoyé du cœur dans le corps calleux , eft fi prodigieusement atténué , que fa forme , fon exiftence même fe dérobent ajâx obferva-tions ; cependant, ilexifte,il circule, il remplit les tuyaux innombrables des nerfs, qui, repliés fur eux-mêmes , compofent la maffe blanche & pulpeufe du corps calleux.
- C’eft dans le centre de cette fubftance qu’on commence à voir naître & s’arrondir quelques petits corps qui s’alongent & fe couvrent de deux tuniques que les méningés leur fournilfent, & ces petits corps fortent par différents trous de la boîte offeufe.
- Une partie compofée de la fubftance corticale , & de la médulaire, fe joint à celle du cervelet, & forme avec elle un faifceau de nerfs qui s’allonge & fe plonge dans le trou occipital, d’oùrevêtu des tuniquesque
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- 158 La Nature & les Effets les méningés lui ont fournies, il fe prolonge dans les vertebres du col & dans celles des reins jufqu’à l’extrémité de l’os facrum.
- Il fort des intervalles des vertebres des filets de cette moelle allongée ; & ces filets qui fortent deux à deux (en fe croifant) de l’intervalle de deux vertebres, vont, fous le nom de-nerfs , & revêtus des deux méningés qui leur donnent de la force & de la folidité , porter le fentiment, le relîort & le mouvement dans toute l’habitude du corps.
- Les nerfs font,fans doute, des faifceâux de tuyaux qui portent le Fluide qui les anime jufqu’aux extrémités ; mais ces tuyaux ne font point apparents : lorfqu’on les coupe , leur diamètre & le Fluide fubtil qui y cbule fe dérobent également aux obferva-
- Quelquefois ces nerfs fe raffemblent & femblent fe nouer dans quelques parties du corps ; ils y forment des plexus ou des nœuds nommés ganglions, dans lefquels il femble qu’il fe fait un rapport de la force commune des nerfs qui les compofent : ils
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- ont quelquefois , en effet, des répétitions & des direétions d’aélion affez fortes pour avoir donné lieu de croire à quelques Ana-tomiftes célébrés, que ces ganglions pour-roient bien être autant de petits cerveaux qui répètent la première force vive, émanée de leur foyer d’aélrivité ; mais bien des raifons viélorieufes détruifent cette opinion, les ganglions n’étant point propres à tranfmet-tre cette émiflion dans les nerfs qui obéif-fent à la volonté : je reconnoîtrois plutôt leur effet dans l’économie animale, par celui d’occafionner des mouvements fympathi-ques entre des nerfs très-diftants l’un de l’autre, (i)
- Quoiqu’on ne puiffe obferver dans les nerfs , ni les tuyaux dont ils font formés ,
- (i) M. de Pradine, Capitaine-Aide-Major du régiment du Rot, infanterie , reçut un coup de fufil dans le bras à Prague ; ion bras ne fut point caflë , il guérit de fa blefliire : fon bras conferva tous fes mouvements & fa force ; mais M. de Pradine en eft devenu boiteux de la jambe oppolëeau côté du bras blelfé. M. le Duc de Gontault ayant eu le poignet fracaflp par un coup de fufil à la bataille de Dettingen, a été bien guéri de fa bleflùre ; mais fa vue eft reftée long-remps très-affoiblie. J’ai connu un ancien Capitaine de Grenadiers du régiment de Piémont, qui, dans une autre affaire , ayant reçu un coup de fufil pareil à celui de M. le Duc de Gontault, eft bien guéri de fa bleflùre j mais eft devenu abfolument aveugle.
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- t6o La Nature ô'Jes Effets
- ni le fluide qui y coule > l’expérience prouve
- l’exiftence des uns & le cours des autres.
- On le prouve en liant le nerf diaphragmatique dans un animal vivant ; l’a&ion du diaphragme cefle auflï-tôt ; on rend à ce mufcle une partie de fon a&ion , en pref-fant doucement ce nerf entre deux doigts , depuis la ligature jufqu’au mufcle ; on la lui rend en entier en ôtant"le lien qui arrêtoit le cours des efprits. On a même poulfé cette expérience jufqu’à rendre au cœur une partie des mouvements qui lui font propres, en preflant de même les nerfs qui lui portent les efprits animaux, deux ou trois heures après lamort de l’animal, qu’on avoir eu foin de conferver chaudement. Ce ferait fe refufer aux preuves les plus palpables , & abufer de l’art fubtil & ténébreux de douter, que de fe refufer à l’évidence du cours des efprits animaux.
- Mais, de quelle nature font ces efprits ? Quelle eft l’ëfpece de Fluide que ces nerfs portent ? C’eft ce que je vais bientôt examiner : il me fuffit en ce moment de prouver que, tel qu’il puifle être, ce Fluide exifte.
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- Les nerfs fe divifent dans leur cours en une infinité de rameaux,ces rameaux courent le long des fibres des mufcles & s’inferent dans leurs faifceaux : il s’y en fait de nouvelles fubdivifions qui tapiflent les gaines de ces mufcles, & qui forment des brides à leurs tendons : ils tapiflent par un lacis les tuniques des arteres, au point de leur en former une troifieme ; ils font difpofés dans les fphinélers, de maniéré à leur donner les mouvements de dilatation & d’af-triâion qui leur font propres j ils animent tout , & dès qu’une partie du corps eft privée de leur aétion , & du Fluide fubtil qu’ils contiennent, tout fentiment, toute force cefle.
- Les nerfs étant enfin parvenus aux extrémités des fuperficies intérieures & extérieures du corps , ils s’épanouiflent en houppes nerveufes , qui font les organes de toute efpece de fenfation (i),&nous ne
- (i) Ceux qui voudront s'instruire i fond du jeu des nerfs dans les organes des fens , doivent lire les Ecrits du Sublime Haller, de ce( homme à qui la Grece eût élevé une Statue dans l’Atéopage , une autre dans le Temple des Mufes , & un autel dans celui d’Epidaure ; ils doivent lire encore le favant traité de Phyfiologie de M. le Cat, homme à jamais regrétable dans le monde favant, & plus psrtitulié-
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- 161 La Nature & les Effets pouvons douter que les efprits animaux ne s’échappent, & ne s’évaporent de leurs expansions ; car nous ne faifons aucun aéte où la tendon de nos nerfs devienne forte & précipitée, que nous n’éprouvions après un épuifement marqué des efprits qui les animent; ce font ces épuifements redoublés qui font tomber dans la laflitude & la langueur, c’efl: cette perte réelle qui feroit tomber dans une paralyfie mortelle, fi elle n’étoit réparée à temps par les aliments & le repos.
- L’idée que je viens de donner des efprits animaux, prouve qu’il faut une force bien vive, bien foutenue & bien accélérée pour conduire le fang artériel, atténué & vola-tilifé , jufqu’au point où fes parties devenues impaffibles peuvent couler dans les canaux des nerfs , & fe porter jufqu’aux extrémités les plus éloignées de la tête.
- renient encore pour ceux qui connoilfoient Ton ame. Qu’il me foie permis ici de rendre cet hommage à un ancien ami ; dix ans que j'ai palRs avec lui dans ma jeunelTè, ont fait depuis le bonheur de ma vie: il m’apprit à voir & à méditer , il m'initia dans la fcience la plus immenle & la plus utile de toutes, comme elle en eft une des plus étendue, l’anatomie.
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- On connoît par les réglés de l’hydrauf-tacique la valeur de la réfiftance que les frottements font éprouver aux liquides ; on connoît auffi que tout liquide contenu dans des parois capables de fe dilater, & d’un certain diamètre , ne peut paffer en de plus petites parois fans une augmentation d’effort, & fans une compreflion qui lui fera perdre en temps , fans augmenter en force , à moins qu’une accélération de force & de viteffe ne donne en plus ce qu’il faut de force de tranflation , pour vaincre cette réfiftance.
- Ces obftacles fe renouvellent dans la circulation du fang , à chaque nouvelle fubdivifion des arteres. Il me paroît qu’il eft impofïible à la raifon éclairée par le calcul & par l’expérience de concevoir que la feule preflion du ventricule gauche (1)
- (1) Quelques Auteurs ont écrit férieuièment , que la preflion du ventricule gauche équivaut i celle d’un poids de ai mille livres : il eft vrai que fl la feule preflion du ventricule gauche devoir vaincre toutes les réliftances ,cette fomme ne feroit pas encore, i beaucoup près, alfez forte ; mais le ventricule gauche en pourroit-i! fourenir l’.iftion ?... A quelles efpeces de fuppofltions un fyftème mai vu, mal fuivi, n’eft-il pas obligé de recourir ? Quand même les parois du ventricule gauche auroient la force te la duâilité de l'or, elles ne
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- i^4 La Nature & les Effets fuffife pour pouflèr la colonne de fang artériel jufqu’aux dernieres fubdivifions des arteres, & pour foulever dans ce dernier point de foibleflè une colonne de fang veineux, épais & dénué d’efprits , laquelle s’élève en augmentant toujours de diamètre.
- Il me paroît encore plus impoflible de concevoir comment le fang atténué dans les vailfeaux lâches, repliés fur eux-mêmes, & innombrables, du corps calleux, peut fe reifentir aflez de la première impreflion donnée par le cœur, pour s’élancer & courir aux extrémités des nerfs avec une viteffe auffi inftantanée que la penfée peut être rapide.
- Il eft trop bien reconnu que l’érétifme des nerfs eft une des maladies la plus grave qu’ils puiflent efluyer, pour recourir aux ofcillations ^chimériques de Willis & de Baglivy , en expliquant un pareil mécha-
- pourroicnt foutenir un pareil efbn ; on a vu quelquefois dans les pompes de la machine de Marly, l'eau tranfuder par la force de la
- dépaifièur ; Sr d’ailleurs tout effort exige un point d’appui loù ce point fe trouveroit.il Pouvoit-on imaginer un méchanifme moins vrai-Jèmblable ?
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- du Fluide électrique, 16^ nifme : prefque tous, les nerfs étant emballés dans leur cours , comment pourroient-ils former des vibrations comme ceux de la glotte, & l’Anatomifte exaét qui les voit rampants ou flottants dans les parties où le fcalpel peut les lui faire découvrir, tombe* ra-t-il jamais dans l’erreur de les comparer à la corde d’inftrument tendue du manche au chevalet?
- Il faut donc une émiflion réelle du cerveau aux extrémités, il faut donc que le fluide cérébral parcoure toute l’étendue des nerfs; & pour comparer la vïteffe prodi-gieufe du cours de cette émiflion, nous ne trouverons rien dans la nature que la vi-tefle de la lumière, ou bien celle du fluide éleétrique, qui, prompt comme la penfée* a parcouru fous les yeux de M. Wattfon y 7100 toifes , fans qu’il ait été poflible à cet habile Obfervateur d’apprécier le plus court efpace de temps entre l’effluence du globe & l’arrivée du fluide à l’extrémité de fôn conducteur.
- On dira peut-être que quand même on ne pourroit plus nier le cours rapide du
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- 166 La Nature & les Effets
- fluide nerval, élancé du cerveau aux extrémités , on refteroit encore dans une grande incertitude fur le retour de ce fluide dans la région du feptum lucidum , où les nerfs doivent rapporter au fenforium commune toutes les impreflions que le corps reçoit parles différentes fenfations. Cet effet arrive certainement, mais le comment de cet effet eft encore bien plus difficile à démontrer que l’effluence du cerveau à l’extrémité des nerfs, qui font une prolongation des fubf-tances qui compofent fa maffe.
- C’eft par un ordre fynthétique que nous voyons le foyer d’aétivité du cerveau fe fubdivifer en une infinité de rayons dans les nerfs qui lui fervent de conduéteurs pour fe porter aux extrémités ; & ce ne peut être que par un ordre analytique que nous pouvons reprendre toutes les extrémités de ces fubdivifions , & les fuivre jufqu’au point de leur coïncidence dans la région du feptum lucidum ; mais ne feroit-il pas poflible de faifir la totalité de ces fubdivifions, en examinant en général le fens du toucher, dont les autres fens ne font que des modifications ?
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- N’eft-il pas connu que l’Éleéfcricité raf-flue comme elle efflue ? Le mamelon nerveux qui occupe le çentre de la houppe lorfqu’elle s’épanouit à l’extrémité d’un nerf, n’éprouve-t-il pas une vive collifion dans l’inftant qu’il touche ou qu’il eft touché ? Ne doit-il pas. dans ce moment éprouver une aélion & une réaétion, par un fluide que Newton dit lui-même être 700000 fois plus rare &: plus élaftique que l’air ? Ce fluide ne peut-il pas fe reporter au fenforium commune, avec la même rapidité qu’il s’en eft élancé ?
- Qu’on, examine ce que 1tfenfùrium commune éprouve dans le rapport du fens de la vue Qu’on perce une carte avec une
- aiguille , l’œil appliqué fur le petit trou de cette çarte découvre une grande partie de l’horizon 1 Quelle immenfité de rayons réfléchis de la fu perfide d’une vafteplaine, viennent alors coïncider dans le trou de cette carte ! Ils s’y croifent fans fe confondre , ils coïncident fans fe déranger dans le fond de la rétine , & le fenforium commune reçoit aflez fortement & aflez diftinc-
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- 16% La Nature & les Effets tement l’imprefllon de tous ces différent» rayons pour conferver les efpeces impref-Tes qui peuvent lui rappeller la forme, l’arrangement & la couleur des objets dont le fens de la vue lui a fait le rapport.
- Un corps cependant ne peut être touché que par un autre corps ; mais quelle idée pouvons-nous avoir d’un corps 70000Q fois plus rare & plus, élaftique que l’air ? Il eft bien prouvé que nos idées diftin&es ne peuvent point aller au-delà du rapport de nas fens, & tout ce dont nous confer-vons l’efpece impreffe nous eft venu par une fenfation quelconque : envoyant nous, fommes touchés , de nous fommes paiïifs à cette efpece de taâ , dont l’effet grave dans notre entendement une idée pçfitive. Or, comme nous recevons très-pofitivement l’idée de la campagne & des objets quç nous découvrons au travers du trou de la carte, il eft donc bien vrai que les rayons réfléchis de la furface apperçue nous ont touché , ont frappé notre rétine , & que cette rétine, qui n’eft autre chofe que l’ex-psufton de l’extrémité du nerf optique, a
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- reporté par ce nerf au fenforium commune le faifceau total de ces rayons qui ont convergé dans notre rétine , & qui fe font rapprochés du parallélifme dans le nerf optique , pour retourner au même foyer d’où, les nerfs reçoivent l’efpece de fluide qui les anime. Le vice verfâ de l’aétion & de la réa&ion des nerfs, lorfqu’ils font ébranlés, ne nous donne aucune idée de la durée du temps que cette opération eft à s’exécuter ; mais je l’ai déjà dit : nos idées ne vont point au-delà de nos fens, & rien n’a pu nous donner l’idée pofitive d’une mefure de temps aufli courte. Mais eflayons de connoître par analogie quelle peut être la mefure comparative de la durée infiniment petite de temps ; à cet effet, réfléchiffons & examinons quelle doit être la petitefie de l’ef-pace que le fenforium commune peut occuper dans le centre du corps calleux : cet efpace ne peut être qu’une bafe infiniment petite en comparaifon de la grande bafe de la campagne apperçue & diftinguée au travers du trou de la carte, & cent chifres peut - être n’exprimeroient pas ce que la
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- ijo La Nature & les Effets bafe de la campagne eft au trou de la carte ; cependant nous voyons que tous les rayons réfléchis de cette grande bafe ont agi tout à la fois au travers de la petite , & nous devons juger qu’il a fallu un temps aux rayons réfléchis de la grande bafe pour arriver & coïncider dans la petite.
- Nous pourrons donc juger alors que I’in-fenfibilité de la durée du temps que les rayons ont mis pour arriver jufqu’à notre œil, eft comparable à l’extrême petitefle de la bafe fur laquelle le fenforium commune a reçu tous ces rayons : mais, en fuivant cette comparaifon avec un efprit philofophique, nous trouverons que la petite bafe du fenforium commune eft encore infiniment plus grande que la durée du temps que les rayons réfléchis mettent à nous frapper , puifque cette petite bafe du fenforium commune peut être appréciée & fenfible, & que le temps du trajet des rayons réfléchis ne peut pas l’être.
- Pour concevoir une idée encore plus approchante de l’infenfibilité de durée que le fluide lumineux doit avoir dans fon tra-
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- du Fluide électrique. 171 jet, rappelions-nous que la lumière du foleil vient à nous avec une vitefle ( prife dans les plus longs termes ) de 70000 lieues par fécondé ; car pour qu’elle ne fafle que 70000 lieues par fécondé , il faut que la terre ne foit diftante du foleil que de 33600000 lieues, & que les rayons folai-res foient huit minutes pleines à faire ce trajet. Les obfervations faites par le très-favant & très-regrétable Abbé de la Caille (1), au Cap de Bonne-Efpérance, & les obfervations correfpondantes faites par M. de la Lande, enfeignent que le foleil eft encore plus éloigné de nous, ce qui donne une bien plus grande vitefle à l’émiflion folaire que celle que Roëmer a calculée d’après d’anciennes obfervations qui n’ap-précioient la diftance de la terre au foleil qu’à ^8oooooo de lieues, & qui donnoient quatorze à quinze fécondés à fa parallaxe.
- Le fluide infiniment élaftique & tenu de
- (1) J’ai déjà dit, page $3, que ces obfervations ont déterminé que
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- I7i La Nature & tes Effets la lumière acquiert par cette vitelfe pro-digieufe la puiflance de frapper un corps, lorfque ce rayon entrant dans l’atmofphere fenfible & grofliere de la terre, il s’y revet des particules terreftres fufpendues & flottantes dans cette atmofphere. (i).
- Je ne peux m’empêcher de reconnoître un rapport exaét, une identité même entre les effets de la lumière, l’aétion des esprits animaux, & les propriétés que nous découvrons dans le Fluide éleétrique: cette analogie deviendra plus frappante pour la raifon , à mefure qu’elle fera plus fuivie & mieux examinée ; & comme il ne peut exif-ter dans la nature trois principes différents pour la lumière, les efprits animaux & l’É-leétricité , nous ferons forcés de rapporter ces trois puiffances à un principe commun & unique : alors nous donnerons, pour le nommer, la préférence à l’Éleélricité , que mille expériences nous rendent percepti-
- <i) Je prie inftamment ceux qui Kront cet Ouvrage de fe fouvenfr de cette propofition , en lifant le relie de cet ElTai : la lumière du foleil &l’Eleariciié, que je regarde comme un même être, ne peuvent taire un effet fenfible fur les corps terreftres, qu'en fe revérifiant, des particules flottantes dans l'air,
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- du Fluide électrique. 173 Me, & de laquelle nous pouvons fouftiettre au calcul ( jufqu’à un certain point ) l’in-tenfité, la direction de mouvement, & les effets*
- Nous n’avons pu jufqu’ici foùmettre la viteffe de la lumière à un calcul exaét fur la furface du globe, parce que les moyens méchaniques dont nous pourrions nous fer-vir pour une mefure aétuelle font trop grof-fiers & trop infufïifants ; les diftances que nous pourrions mefurer font trop courtes : la courbe du globe & l’épaiffeur des couches de l’atmofphere forment des obftacles invincibles pour trouver une mefure proportionnelle & graduée à la viteffe de la lumière folaire, & même de toute autre ef-pece d’émiflion lumineufe ; & ce n’eft que par approximation que nous pouvons la calculer. Ce n’eft de même que par approximation & par une comparaifon avec la vélocité de l’émiffion folaire que nous pourrions faifir celle de l’Éledricité. MM. d’Arcy & le Roy font parvenus, par l’ingénieux éleftrometre qu’ils ont inventé , à mefurer l’intenfité du Fluide éleétrique y
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- 174 La Nature & les Effets mais perfonne n’a réufli, ni ne peut réuf-fir de même à mefurer la vitefle de Ton effluence.
- Il en eft de même de la vitefle des efprits animaux : avec quelle vélocité ne fe portent-ils pas à toutes les extrémités, & quelquefois même fans que la volonté paroifle y avoir part !
- La danfe , la touche des inftruments font exécutées par des mpuvements aufli variés que rapides, & tous ces mouvements divers s’exécutent fans fe confondre ; mais il y a du moins dans cette exécution une première dire&ion de volonté, à laquelle un longue étude & l’habitude accoutument les nerfs à obéir, & je préfume que cette première direction de volonté eft très-né-ceflaire.
- Il eft peu de gens qui n’aient dans leur jeunefle caffé des noifettes avec leurs dents, & même des noyaux de cerifes : n’ont-ils pas tous éprouvé en eux-mêmes l’efpece de préparation qui dirigeoit alors plus d’efprits dans le nerf de la dent, & dans le même côté de la mâchoire, lorfqu’ils entrepre-
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- noient cette efpece d’effort, qui ne leur cau-foit dans l’inftant de la rupture du noyau qu’un très-léger ébranlement ? Les mêmes gens n’ont-ils pas éprouvé de même qu’un corps bien moins dur qu’un noyau de ce-rife caufe un ébranlement douloureux dans les dents, lequel fe répand dans la mâchoire, &même dans l’intérieur de la tête , lorfque ce corps dur fe trouve par hafard dans la bouche, & qu’une dent le brife fans y être préparée ?
- Tout homme qui veut faire un effort , frapper un coup, ne le fait point fans une direction de volonté qui prépare les muf-clés qui doivent agir ; & l’on fait que les mufcles reçoivent toute leur aétion des nerfs qui les recouvrent, & qui y font inférés: un | coup dix fois moins violent que celui qu’un homme peut frapper volontairement fans s’en reffentir, portera fouvent une forte ! commotion dans toute la machine, & une fenfation douloureufe dans la partie qui aura frappé , fi ce coup n’a pas été prévu. Un homme fort pliera, fuccombçra même fous un poids qu’on lui jettera à fon infu
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- Vj6 La aturc Ù les Effets
- fur les épaules, tandis que s’il le prévoit *
- le quadruple de ce poids ne pourra l’ébran*
- 1er.
- Il me paroît impoflible de ne pas recoh-noître dans tous ces effets une émiffioü réelle du cerveau aux extrémités , & un emploi dé Cette émiflion dirigé par la volonté : c’eft ce qui paroîtra encore plus vrai, fi l’on obferve qu’à l’inftant qu’on fait un effort ou qu’on frappe un coup , on retient fon haleine, on roidit fes mufcles, on établit un point d’appui qui puiffe entretenir l’équilibre, malgré l’ébranlement que doit caufer l’effort ou la pereuffion ; il femble qu’on raffemble alors tous les efprits animaux pour les diriger vers les points du corps où leur émiflion eft le plus néceflai-re ; la volonté même devient en Ce moment fi attentive à l’a&e qu’elle fe difpofe à exécuter , que prefque toute autre fenfatioft cefle alors dans toutes les autres parties du corps.
- Combien de fois n’a-t-on pas vu des hommes en colere recevoir des coups mortels en fe battant, fans les fentir dans le pre-
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- mier inftànt où tout en eux étoit préparé pour attaquer leur ennemi ? On faifit un fer brûlant, une épée tranchante, fans s’apper-cevoir de la bleflure qu’on en reçoit : un Cavalier de ma compagnie défarmant un jour un de fes camarades , le fabre de fon ennemi lui tomba de la main avec un doigt qu’il s’étoit tranché lui-même fans s’en être apperçu. '
- Je crois donc qu’on doit mettre une grande différence entre la fenfation prévue & la fenfation fortuite : la fenfation prévue affeéte avec le moindre ébranlement douloureux poffible, ou avec le plus vif, félon qu’elle eft ou nuifible ou agréable ; mais la fenfation fortuite ne peut caufer un fré-miffement agréable qu’à l’inftant où l’attention commence à y faire participer la volonté ; & fi elle eft d’une efpece nuifible & occafionnée par une percuffion ou par une chute , elle caufera prefque toujours une commotion violente & dangereufe par letrouble &larévulfion qu’elle occafionnera dans le cours des efprits animaux,dont il
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- 178 La Nature & les Effets femble qu’il fe fait alors une explofion fu-bite & générale.
- La perte foudaine de toutes fenfations, qui fuit fouvent les commotions violentes , paroît appuyer cette derniere opinion ; car dans cet état dangereux tous les fens manquent à la fois :1a foiblefle, l’intermittence du pouls prouve que le mouvement du cœur eft prefque arrêté, la refpiration eft laborieufe, & de loin à loin ; on ne revient de cet état que par un fecours étranger qui ranime le cours desefprits, ou par un calme qui les répare & qui les rétablit peu à peu au ton de leur cours ordinaire.
- Cette efpece de phénomène n’a-t-il pas quelque analogie avec celui d’un corps fortement éleCtrifé, qui perd tout à coup fon électricité par une explofion, & qui ne redevient éleétrique qu’autant qu’on lui communique un nouveau fluide?
- Ne m’eft-il donc pas pardonnable de regarder le fluide fubtil connu fous le nom d’efprits animaux, comme étant de même nature que le fluide éleCtrique, puifque les deux ont les rapports les plus frappants,
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- du Fluide électrique. 179
- & que l’Éledricité &la lumière folaire font les feuls êtres qui aient une vélocité d’é-miffion aufli rapide que celle qui dans les nerfs obéit à la volonté;
- Je conviens donc que je rtë péüx m’empêcher de regarderies ëfprits animaux comme une èfpece de feü, Comme un fluide qui s’échappe de l’extrémité des nerfs, auxquels le cerveau en fournit en raifon de ce qu’il en reçoit du foyer général, par le moyen de la refpiration qui le raffemble & le con-denfe, & c’eft ce que je vais bientôt efîâyer de prouver , en parlant de la refpiration & de la nature de l’air;
- Peut-être trouvera-t-on que je porte l’examen phyfique des efprits animaux au-delà de la borne des moyens que nous avons d’analyfer la nature des corps ; cependant je crois m’être toujours appuyé fur quelque bafe folide : il n’eft pas étonnant que dans, une recherche de la nature de celle-ci, les examens deviennent d’autant pljis fubtils & compliqués dans leur difcufljpn, que le méchanifme qu’on obferve dévient plus fubtil & plus impaffible.
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- 180 La Nature & les Effets
- Comme je me crois obligé de ne négliger aucune preuve de mon opinion, touchant les efprits animaux, je vais rapporter l’expérience fuivante, quoiqu’elle n’y foit qu’accefloire.
- Si l’on exprime une humeur liquide de la fubftance blanche & pulpeufe du corps calleux d’un cerveau, ce qu’il eft facile de faire lorfquela tête eft récente, cette humeur n’eft point de même nature que la lymphe qui circule avec le fang ; l’efprit-de-vin qui durcit la lymphe en grumeaux, raréfie l’humeur cérébrale , ce qui prouve que cette derniere liqueur eft déjà de la plus grande volatilité.
- Je dois rapporter de même un phénomène fi relatif à tout ce que j’ai dit jufqu’ici, qu’il me paroîtroit impoflible de l’expliquer autrement que comme une fuite né-ceflaire des propofitions précédentes , & des explications que j’ai données des faits que j’ai rapportés.
- Licetus, le Traité de igné Lambente, le pere Kirker & plufieurs autres Auteurs, rapportent l’exemple de plufieurs perfonnes
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- qui jettoient des étincelles pendant qu'on les peignoit, ou quand on frottoit légèrement leurs jambes, & même la chemife & les bas qu’ils quittoient, en jettoient dans le premier moment , étant feulement fe-coués. Le rapport de ces Auteurs paroît très-vrai : un Miniftre refpeCtable peut certifier que ce phénomène lui arrive très-fou-vent ; quelques perfonnes de ma connoif-fance, dont une entr’autres , m’efl: aufli chere qu’elle m’efl: proche , m’ont mis à portée d’obferver ce phénomène avec exactitude. J’ai toujours reconnu de vraies étincelles électriques légères , mais très-fenfi-bles à la vue par leur abondance, & fen-fibles de même à l’ouie par leurs explofions aflez multipliées pour former un craquement léger.
- Il feroit abfurde de dire que la tranfpi-ration puilfe produire ces étincelles ; la tranfpiration eft pefante, vifqueufe, excré-menteufe ; elle ne peut au plus , dans ce phénomène , contribuer qu’à fournir un ingrédient au feu fubtil qui émane des nerfs, & qui entraînant par fon émiflion
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- i8i La Nature & les Effets des particules on&ueufes, fulphureufes & volatiles, les éleve à la fuperficie de la peau, ce qui fb remarque fur la peau delà tête, dans une grande abondance , & fur-tout dans la partie qui nourrit les cheveux , que l’on fait être très-éleélriques par eux-mêmes.
- Mais le feu émané des nerfs peut feul être lumineux , & l’explofion éle&rique de ce feu peut feule enflammer des molécules, fulphureufes, qui font affez ténues & dans une agitation affez vive pour brûler au moindre choc fubit & violent.
- Lorfqu’on voit ces étincelles, pourroit-on croire qu’elles puiffent naître d’une excrétion ou d’une atténuation de particules groflieres > Ce phénomène ne préfente-t-il pas plutôt l’idée fi fimple, fi naturelle d’un feu qui circule, qui court dans les nerfs & qui s’échappe de leur mamelons ner-v
- Mais pour que ce fëu fubtil puiffe fe porter fans ceffe de la tête, comme foyer, aux extrémités des nerfs, il faut donc qu’il fe renouvelle fans ceffe , & que le corps répare ce qu’il en diffipe;e’eft ce que je vais examiner dans le chapitre fuivant.
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- Effets de VÉlectricité dans la refpiration.
- CHAPITRE NEUVIEME.
- Mespirea , n’eft point un a&e qui exige le concours de la volonté ; l’animal refpire pendant fo'n fommeil, il refpire même lorf-que, par quelque accident funefte, il eft privé de tout fentiment : refpirer eft l’aéte principal qui caraétérife la vie, & depuis le moment où cet aéte a commencé dans l’animal, il ne peut être long-temps fufpen-du fans lui caufer la mort.
- Refpirer eft donc le premier befoin de l’animal, & ce befoin eft celui de renouveler une force élaftique-, un principe moteur , & de raffembler & de condenfer en lui ce principe élaftique & igné , au point de pouvoir l’effluer en tous fens, même dans un état de repos , & de pou-
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- 184 La Nature & les Effets voir le diriger & l’élancer avec une vitefle incommenfurable, lorfque la volonté le détermine à s’échapper en jets à celles des extrémités qui doivent être mues pour exécuter les aéles relatifs à la volonté.
- Ceux des anciens Philofophes qui regardèrent le feu comme l’ame matérielle de l’Univers, ont diftingué ce feu en foyer général & foyer particulier: félon eux, le foyer général eft celui qui eft produit par le foleil, & par toutes les fpheres qui font lumineufes par elles-mêmes. Le foyer particulier eft celui qui devient propre à chaque animal : ce foyer, difoient-ils, eft une portion du foyer général que chaque efpece vivante s’approprie ; fon feu eft communiqué au germe, & lancé avec lui par le mâle : il eft entretenu pendant le temps de la geftation dans fon même degré de chaleur, par le foyer particulier de la femelle, & c’eft ce feu qui, toujours foutenu & entretenu par le foyer général, fert à étendre & à déployer les canaux froncés & repliés fur eux-mêmes dans le germe animal.
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- du Fluide éleclrique. 185
- Le foyer particulier des animaux , ajou-toient-ils, eft celui qui s’éteint à la mort, & qui, ceflant d’agir du centre à la circonférence , laiffe le corps dans l’inertie, & paf-fif à l’aflion du foyer général, qui par la force pénétrante qu’il exerce,laquelle n’eft plus contre-balancée par celle du foyer particulier, parvient bientôt à le décom-pofer & le détruire. (1)
- Que nous importe que les anciens n’apportent que de foibles raifons, dénuées de l’appui & de l’autorité des expériences, pour prouver la vérité de cette opinion ? Nous ignorons quelles font les efpeces de probabilités qui les ont déterminés à la fuivre : peut-être en ont-ils eu de fuffifantes qui ne font pas venues jufqu’à nous ; mais j’avoue que ce réfultat m’a paru bien digne de l’examen le plus férieux.
- On fait que le foyer particulier des êtres vivants eft d’un degré de chaleur prefque
- (1) Il feroit difficile de trouver raflemblé en ordre ce que je viens de rapporter de l’opinion des anciens ; je n'ai prétendu que donner un réfutné de ce que j’ai trouvé de plus vraifemblable épars dans beaucoup d’opinions contradictoires les unes aux autres : je crois cependant avoir faifi le fens de leur opinion la plus générale.
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- i86 La Nature & les Effets j
- triple de celui de l’air tempéré, & nulle ef-pece d’animal ne pourroit vivre long-temps dans un air qui auroit le degré de chaleur néceffaire pour faire éclore un œuf, & même l’animal n’y pourroit vivre une heure qu’autant que cet air feroit chargé de particules aqueufes , comme il l’eft dans les étuves,dans les angars, où l’on fait évaporer l’eau falée pour en extraire le fel, & dans tout autre endroit où le thermomètre de M. de Réaumur eft élevé jufqu’à 35 degrés ; mais ou cet air eft chargé de vapeurs humides par l’ébullition de l’eau bouillante ou par des eaux thermales.
- L’expofition que j’ai faite du Fluide électrique terreftre , élancé & répandu dans toute l’atmofphere, en équilibre avec l’at-mofphere folaire, me paroît répondre à l’idée des anciens fur le foyer général, & le foyer naturel & particulier de tout animal vivant me paroît répondre de même à l’idée que j’ai déjà donnée , & que j’efpere rendre plus fenfîble encore en parlant du méchanifme & de l’agent qui entretient l’économie animale*
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- Refpirer , c’eft attirer un volume d’air groflier imprégné de feu élémentaire (1) : ce volume d’air remplit les cavités des poumons , qui font de vrais facs cellulaires & des tuyaux élaftiques & vuides , dont les tuniques ne font prefque en entier qu’un lacis de veines & d’arteres : ces vaifl'eaux creux, nommés bronches, font une prolongation de la trachée-artere , & fe prolon-genteux-mêmcs^n fe fubdivifant à l’infini, dans les gros lobes des poumons : ces lobes fe di.vifent de même en lobules , & ces lobules cellulaires fe fubdivifant prodigieu-fement ont chacun une communication avec les fubdivifions bronchiales , & la çonfervent avec toutes les leur.
- Voilà quel eft le réceptacle où l’air groflier entre dans la refpiration , & dont il reflort par l’expiration ; mais quelle différence infinie entre l’air qu’on refpire & celui qu’on rejette,.. ! La preuve la plus.
- Ci) On fera peut-être furprîs delà maniéré dont je m'exprime en parlant de la nature de l’air ordinaire ; mais j’efpere juftifier mes exprelfions Iorfque je traiterai plus à fond de la nature de l'air St de fa compofition.
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- i88 La Nature & les Effets évidente de cette différence extrême, c’eft le changement fubit que le fang éprouve en payant par les poumons.
- Lorfque le fang veineux retourne au ventricule droit du cœur, ce fang eft appauvri, groflier, épais , d’un rouge noirâtre & terne, prefque toujours troublé & épaifli par le chyle que la veine fous-claviere a verfé dans la veine cave avant que cette dernière fe plonge dans le cœur ; le fang alors eft laiteux, vifqueux, & chargé de beaucoup de parties hétérogènes : il eft fur-tout dénué d’efprits , & il a perdu à fon retour du ventricule gauche au ventricule droit, toutes fes parties les plus fpiritueufes & les plus volatiles ; il s’eft dénué fur-tout, prefque en entier, de fon feu élémentaire.
- C’eft dans les poumons que trituré, élaboré & revivifié par un nouvel air , de fang veineux qu’il étoit en y entrant , il redevient fang artériel : fa couleur alors, a pris le ton d’un rouge vif & brillant, fa vifcofité cefle (i), & il paroît animé par
- del'expreffion feu itimentaire
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- le nouveau feu élémentaire que chaque inf-piration accumule & condenfe dans les poumons. Le fang s’élance du ventricule gauche dans l’aorte par fa preffion fyftolique , & animé par l’agent accélérateur qui l’entraîne jufque dans fes dernieres fubdivi-fions, il s’épure fans cefle dans fon cours par de nouvelles fécrétions ; il fe dégage dans la tête de toutes fes molécules grof-fieres: ie feu élémentaire paffé dans le fang artériel, qui s’eft élevé dans la tête, reprend enfin à peu près fa première pureté, & paf-fe librement dans les nerfs, qu’il anime, pour fe porter jufqu’à leurs dernieres extrémités , d’où il s’évapore.
- Lorfque les anciens ont dit que l’aéte de refpirer, c’eft ex aere aerem captare, ils n’ont pu entendre autre chofe, fi ce n’eft que les poumons peuvent tamifer l’air groflier dont ils fe rempliffent , comme pour en extraire un air fubtil nécefiaire au jeu de l’économie animale. Cependant les
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- ît)o La Nature & les Effets anciens ont eu cette idée,fans en avoir uriû aufli politive que celle que nous avons de la circulation, que quelques-uns d’éux pa-roiflent au plus avoir foupçonnée*
- L’anatomie & la phyfique expérimentale concourent aujourd’hui à nous faire adopter l’idée des anciens fur ce qui arrive de l’air groflier que nous refpirons , ex aere aerem capture.
- Il me paroît bien prouvé que l’air groflier ne pénétré point les cellules des poumons, mais le feu élémentaire, dont cet air eft d’autant plus animé qu’il eft plus pur ; ce feu pénétré , fe tamife au travers des cellules , il pafle dans le fang pour l’atténuer & le revivifier, tandis que l’air groflier , c’eft-à-dire le mixte flottant dans le feu élémentaire , eft retenu par ces tuniques,dont le tiflii eft ferré, poli & comme ivoire, & bientôt nous expirons cet air groflier, qui ne peut contribuer au plus au jeu univer-fel de la Machine que par le mouvement d’extenfion que ce qui lui refte d’élafticité donne aux mufcles de la poitrine, lefquels nous fentons preflfés par cet air groflier qui
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- les fait s’élever & s’abaiffer alternativement.
- Une preuve bien forte de cette opinion, c’eft que l’air ordinaire qu’on refpire peut s’ufer en peu de temps : un petit oifeau, tel qu’un moineau, périra èn moins de trois heures fous un récipient contenant deux pintes d’air, fi cet air n’efl: pas renouvellé, parce qu’il aura ufé tout le reflort des particules flottantes dans cet air, & que celles de fa tranfpiration l’auront rendu trop vif-queux & trop épais , & pour mieux m’exprimer l’auront rendu ce qu’on entend par air fixe.
- Il eft vrai qu’il eft néceflaire que l’air qu’on refpire ait une certaine humidité, fans laquelle il cefleroit de nous être propre , & nous voyons par une fécondé expérience que le mixte groflier flottant dans l’air pur eft abfolument néceflaire à l’animal pour entretenir le jeu de fes poumons, puifque l’air raréfié dans le récipient de la machine pneumatique , après quelques coups de pifton, ne peut plus lui fuffire , & puifque l’air qu’on eflaieroit de refpirer
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- i<ja La Nature & les Effets à trois mille toifes d’élévation perpendiculaire au-deflus de la mer feroit déjà devenu trop rare pour aider au jeu des poumons & des mufcles qui coopèrent à l’aâion de refpirer. Mais ces détails-ci ne font qu’ac-cefloires à la fuite de mes propofitions; comme tout ce que je dis ici de l’air n’eft que relatif au jeu total de la Machine : ces détails que je difcuteraidans la fuite, en parlant de la nature de l’air, n’alterent en rien un réfultat qui prouve une épuration de l’air groflier que nous refpirons , tandis que le feu élémentaire ou éle&rique fe tamife dans les cellules bronchiales, paffe dans le tifiu, dans les arteres & dans les veines des poumons, pour s’élever en grande partie à la tête , où il entraîne le fang artériel qu’il vient de revivifier.
- C’eft ce feu pur & élémentaire 700000 fois plus rare & plus élaftique que l’air groflier , qui feul revivifie le fang qui forme les efprits animaux, qui entretient le jeu de toute la Machine, & qu’on peut regarder non-feulement comme l’ame matérielle de l’animal , mais aufli comme l’ame matérielle de l’Univers.
- Spiritus
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- Spiritus intus alit, totamque infufa pcrartus Mens agitât molem & magnoj'e corpore mifcet. Virgile.
- L’aétioii primitive qüe ce feu pur a fuf l’animal, doit donc commencer à agir fur les premiers rddiments de tout être vivant, de même qu’il agit, ainli que nous l’avons vu, fur les premiers rudiments des plantes ; Sc c’eft ce que je vais efiayer d’approfondir,
- Tome I.
- N
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- La Nature & les Effets
- Effets du Fluide électrique & élémentaire ,fur le germe animal ,fur fin développement & fur Vétat de Vem-brion dans Vutérus.
- CHAPITRE DIXIEME.
- UN être refpirant reproduit Ton fembla-ble. Cet aéte eft le plus fublime que l’homme phyfique puiffe accomplir ; c’eft celui qui lui fait fentir fon exiftence avec le plus d’énergie.
- Cet aéte eft trop violent pour être durable , & pour qu’une machine d’une texture aufli peu folide* n’en foit pas vivement affrétée : le trouble de tous les fens, l’agitation de tous les nerfs , un frémiflement intérieur (i), dont à peine peut-on fe rap-
- (i) Ce frémiflement va, dans les premiers moments, quelquefois jufqu'à paroître un véritable friflon , comme fl tout le refte du corps étoit fubitement dénué de tout fon feu, taflcmblé alors dans un feu! point.
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- dû Fluide électrique » 195
- peller l’idée, tout annonce l’abondance du feu éle&rique que le commencement de cet aéle accumule dans l’être heureux qui l’accomplit ; tout annonce la perte fubite & prefque totale de ce feu, dans l’explofion qui le diffipe.
- Une fufpenfion marquée de la force & de la taifon même , un engourdiflement , une inertie générale , une refpîrâtion précipitée, qui rappelle un feu pur fi néceflaire | pour ranimer les nerfs, tout cara&érife la I violente commotion qu’il vient d’efluyer,
- ] la perte qu’il a faite, & la réparation qui lui eft néceflaire.
- I Peut-être tous les nerfs ébranlés & fur-chargés par une plus grande abondance de feu dans le commencement de cet aéte I font-ils coïncider dans un point toute leur force jailliflante. Peut-être cette force pro-digieufement augmentée entraîne-t-elle alors des molécules organiques de la fu-perficie intérieure de tous les nerfs. Peut-être une vive explofion les élance-t-elle dans un corps moins éle&rique que cet ! agrégat de molécules pénétré. Peut-être ces N x
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- I9<> La Nature & les Effets .molécules y confervent-elles un arrangement femblable à la forme de la fuperficie des nerfs d’où elles ont été entraînés. Peut-être la confervation intégré de cet agrégat de molécules organiques dépend-il d’un autre liquide connu pour en contenir de femblables, qui s’unifient alors intimement avec celles qui ont été lancées. Peut-être les plus fubtiles molécules de ces deux li-' quides fe pénetrent-elles en s’unifiant, tandis que les plus groffieres s’unifient aufli pour entourer & envelopper les plus fubtiles. (i) Peut-être encore.... ; mais celions de conjecturer , & ne nuifons point au ré-fultat des propofitions & des expériences précédentes, par des fuppolitions qui ne peuvent exciter que la plus vague incertitude ; & ne confondons point les rapports exaéts que nous avons difcutés jufqu’ici, avec les images légères & changeantes de la conjeCture.
- Eh ! quel Philofophe en a formé de plus brillantes que Platon ! Mais tout ce que ce
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- du Fluide électrique.' 197 divin Platon dit dans fon Timée, fur fon harmonie du nombre de trois, pour expliquer la reproduction & la formation des êtres , doit être mis au' nombre de ces fables ingénieufes que les Philofophes fe permettront toujours de moins en moins, j à mefure qu’ils deviendront plus dignes de
- Nous pourrions plutôt préférer aux Triangles platoniques les Natures plaft iques dont nous trouvons du moins quelqu’ap-parence dans la reproduction des jambes des écrevifles : nous y préférerions fur-tout la définition que Pythagore fait de l’homme, lorfqu’il y diftingue trois Natures différentes.
- Peut-être ce grand Philofophe a-t-il conçu l’idée de la puiflance végétatrice & conservatrice dans le corps de l’enfant, de l’a-dolefcent & même de l’adulte, d’après l’examen des trois fubftances du cerveau , où l’on trouve le principe des nerfs , leur origine & le foyer de la force néceflaire à la croiflance , la confervatiqn & l’ufage de toutes les parties,
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- Le cervelet paroît en effet deftiné particuliérement à la çonfervation de l’économie intérieure & animale , puifqu’il fournit les nerfs qui régiflent les mouvements intérieurs qui ne dépendent pas de la volonté,
- La région du feptum lucidum , répond dç même à l’idée que Pythagore donne de la troifîeme Nature, qu’il nomme le char fub-til de l*ame ,* mais, ne cherchons point de fecours pour nous éclairer dans des ouvrages qui ne nous offrent que des conjectures & des fuppofitions dénuées de tout appui : les anciens n’out point connu l’art des télefcopes & des microfcopes , pour porter, auffi loin que nous, leurs obferva-tions; ils n’en ont pu faire que de fuper-ficielles.
- Nous avons perfectionné , agrandi même prefque tous nosfens, par le fecours des inventions modernes qui furent inconnues aux anciens ; il eft vrai que les ouvrages de Platon , quelque fubümes qu’ils foient dans quelques parties, nous feront peu regretter quecePhilofophe ait été pri*
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- yé de ces fortes d’inftruments ; il eft à préfumer qu’il eût dédaigné de s’en fervir, & fon génie élevé à l’empirée des fpécula-tions & des abftraétions métaphyfiques n’eût pu fe contraindre & fe plier à l’art des expériences. Mais que nous devons nous plaindre nous-mêmes que le génie ob-fervateur de Pythagore & d’Hypocrate, n’ait pas été aidé dans fes favantes recherches par tous les inftruments, par tous les moyens méchaniques qui peuvent donner le plus de prife fur les corps les plus infiniment éloignés ou les plus infiniment pe-
- II n’eft malheureufement pour nous aucune efpece d’inftrument qui puiffe nous affurer de la forme primitive de notre propre exiflence , les microfcopes d’Haërtfo-ker nous découvrent , il eft vrai, des molécules organiques, qui entrent fûrement dans fa première compofition ; mais le premier agrégat de ces molécules, le premier arrangement ou l’organifme, tel qu’il puiffe être commencé, où l’animal en petit exif-te, où fon être eft enfin décidé ; ce rudi-
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- loo U Nature & tes Effets ment fe dérobe à toutes les obfervations, & les plus grands hommes qui nous ont; donné le résultat de celles qu’ils ont feir tes, n’ont prefque d’autre avantage, l^s uns fur les autres» que celui d’avoir détruit le fyftême de leurs prédécefieurs, fans par-? venir à la gloire d’en établir un afle? folide pour être généralement reçu.
- On imaginera fans pejne quelle eft la force & le nombre des difficultés, qui s’opr pofent à ces fortes d’obfervations ; fouvent même celles qu’il eft poffible de faire né peuvent porter une lumière fûre, les parT ties qu’on cherche à bien obferver étant prefque toujours flétries, affaiffées & défigurées par les maladies & par la mort. Le célébré Harvée eft prefque le feul obfervateur qui ait joui d’une partie des facilités néceflaires, en fe fervant des lumières qu’il fut à même de tirer de l’Anatomie comparée : il eût à fa difpofition un grand nombre de bêtes fauves renfermées dans le parç de Saint-James ; & c’eft d’après les obfervations qu’il fut à portée dç multiplier, par le maffacre favant ( dit
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- du Fluide électrique, 201 un Auteur ) qu’il fit de plus de deux cents biches ou daines pleines & failles, depuis les premiers moments de leur accouplement , & les premiers temps de leur gefta-tion, qu’il compofa fon Traité , de cerva-rum & damarum coitu ; mais ce grand homme que d’autres travaux encore plus utiles mirent en droit de s’approprier la gloire d’avoir démontré la circulation que Céfal-pin & le malheureux Servet s’étoient laif-fé enlever : Harvée même n’a rien donné d’aflez clair, d’alTez’ pofitif fur le rudiment du germe animal pour faire loi, & pour faire accéder les autres obfervateurs à fon opinion.
- Les détails exaéls que le favant Malpi-ghi nous a donné des effets de l’incubation & du progrès du développement d’un poulet , ne font nullement applicables au premier état du germe animal, qui doit paf-fer encore par des états fücceflifs avant que d’avoir acquis une organifation aufli décidée que l’eft celle qu’il eft facile d’obfer-ver dans l’œuf, qui n’a plus befoin que d’un degré foutenu de chaleur pour éclore.
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- loi La Nature & les Effets
- Harvée décide , d’après ce qu’il croit avoir bien vu, qu’un réfeau de filets blancs commence à s’étendre de la voûte aux parois de l’utérus , dont il occupe alors une des cornes ; il rapporte avoir vu dans ce réfeau une bulle d’une liqueur d’abord très-limpide, mais qui devient opaque peu de jours après, & dans laquelle on commence à diftinguer un point alternativement rouge & blanc, dans lequel il a cru reconnoître le mouvement alternatif du fyftole & diaftole du cœur ; il donne à ce point le nom de punctum faliens.
- Voilà les feuls éclairciflements dignes de quelque confiance que nous puiffions tirer des expériences que fit Harvée fur plus de deux cents bêtes fauves qu’il facri-fia à fes obfervarions ; le refte de fes rapports ne nous apprend rien d’intéreffant, & laifle les mêmes voiles fur les premiers moments où l’organifation de l’embryon commence à fe décider. Malgré la grande & jufte célébrité d’Harvée, qu’il ferait à délirer que de pareilles expériences fuffent reprifes & éclairées par le génie des Auteurs del’Hiftoire Naturelle!
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- Du Fluide électrique. 103
- Les prétendus ovaires font aujourd’hui trop bien connus pour qu’on ofe foutenir encore qu’un véritable œuf s’en détache ; il eft bien prouvé que l’ovaire n’eft qu’un corps glanduleux, couvert de petites vé-ficules abfolument applaties , & prefque imperceptibles dans l’enfance : quelques-unes de ces véficules commencent à grof-fir vers l’âge de la puberté. Ces véficules, que le favanc M. Hunault me fit connoître peu de temps avant fa mort, que M. Ber-tin, Doéteur en Médecine, m’a fait obfer-ver une fécondé fois, & que j’ai obfervées depuis dans toute leur fraîcheur fur deux geniffes de 15 & 18 mois ; ces véficules s’élèvent les unes après les autres , & quelquefois deux ou trois enfemble, en différents temps : elles grofliffent comme un fruit qui mûrit, elles finiffent par fe tuméfier légèrement & crever ; les tuniques fines qui con-tenoient la liqueur fe retirent, fe froncent, & forment fur le corps de l’ovaire une cicatrice dont l’empreinte eft durable.
- Je conçois que la liqueur qu’elles répandent peut agacer les franges des trom-
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- 2.04 La Nature & les Effets pes de Fallope, & les faire contra&er & relever aflez pour que cette liqueur puifle couler par le canal des trompes dans la capacité de l’utérus.
- Je fais que le microfcope fait voir de prétendus animalcules dans cette liqueur, comme il en fait voir dans celle du mâle ; mais les uns & les autres n’ont rien de différent dans leur forme & dans leurs mouvements , des autres animalcules qu’on découvre dans beaucoup d’autres matières animales , & même dans des végétales ; & d’ailleurs rien ne peut prouver que les tuniques de la véficule qui s’eft ouverte fur l’ovaire puiffent être le rudiment du placenta, (x)
- Il eft très-pofïïble , & même vraifèmbla-ble, que la vive commotion & la force jail-
- (i) Jç traite dans cet Eflai du Fluide éleélrique ; je ne porterai pas plus loin mes recherches fur ce myftere de la nature ; ceux qui voudront prendre une connoiflànce plus étendue de ce que les anciens & les modernes ont penfé fur ce fujçt, feront bien de commencer par lire ce qu’Hypocrate & Ariftote en ont écrit. Ils doivent lire de même les écrits de Verheyens, de Malpighi , de Venetq même , qui, malgré I'obfcénité qui dégrade l’Auteur , a répandu quelques lumières dignes d’être fuivies ; mais qu’ils finilTent fur-tout par étudier, avec autant de confiance que d'attention, tout ce que dit le fublime M. de Buffbn , dans fo.n hifloire de I'h.omme.
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- du Fluide électrique. 105 li(Tante puiflent élever jufqu’à l’ovaire ce que le mâle doit fournir à la compofition du germe. Il eft même pofiible que l’a&e myftérieux qui réunit & organife les deux liquides , s’accomplifle fur l’orifice fupé-rieur des trompes & au milieu de leurs franges. J’ai dans mon cabinet un fœtus de quatre mois & demi qui en offre la preuve. Une jeune femme d’un village près de Toul, étant à ce terme de fa groffefle, fentit des douleurs cruelles & diftinguoit une efpece de déchirement dans la région de l’ovaire droit; une hémorrhagie abondante & rapide la fit périr trois ou quatre heures après qu’elle eût fenti ce déchirement : M. Thi-rion, Médecin de l’hôpital de Toul, où je commandois alors , & M. des Farges , Chirurgien-Major, qui avoient efiayé vainement de la fecourir, prirent le parti de l’ouvrir fur le champ ; ils furent très-éton-nés de ne rien trouver dans le corps de l’utérus ; mais ayant reconnu une greffe tumeur du côté droit, ils l’enleverent avec précaution : ils l’ouvrirent & y trouvèrent un enfant vivant, très-bien formé. Non-feu-
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- ao6 La Nature & les Effets lementon eut le temps de le baptifer, mais cet enfant, quoique bleffé profondément à l’épaule par la pointe du biftouri , donna des lignes de vie non équivoques , pendant plus de deux heures.
- Il eft à remarquer que le placenta, ni les enveloppes, n’étoient point adhérents à l’ovaire ; le placenta l’étoit aux parois du grand orifice de la trompe , qui d’abord s’étoit épaiflie & dilatée , & qui avoit fini parfe déchirer.
- Voilà donc un fœtus bien formé hors de la capacité de l’utérus. Que conclure de ces différentes obfervations? L’efprit s’y perd,& lefecret delà nature refte toujours caché! Mais ce que nous pouvons préfumer, d’après M. de Buffon , c’eft que peut-être les œufs & les animacules de Lœwenoek & d’Haërtfoker ne font que des êtres très-chimériques : ce que nous devons conclure encore, d’après le même Auteur , & d’après Hypocrate, c’eft que le mélange des deux liqueurs eft abfolument néceffai-re (i) ; & fi j’ofois conclure quelque chofe
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- du Fluide éleclrique. ±oj de plus , c’eft ce que j’ai déjà dit fur la vive explolion de tous les nerfs , quand toute leur force jailliflante femble coïncider dans un point, .& peut dans cet instant raflembler des molécules organiques de la furface intérieure de toutes leurs parois.
- ' L’exemple de quelques enfants nés ef-tropiés, & quelquefois même privés des mêmes membres qui manquent au pere ou à la mere , ces défauts en moins, & quelquefois aufli des défauts en plus, tels que celui des fexdigitaires , dont M. de Maupertuis rapporte l’hiftoire, pourraient donner une grande probabilité à cette opinion.
- Quelque puilfe être l’embrion dans fon premier état , il paraît certain qu’il fuit dans fon développement une progreflion qui s’étend du centre à la circonférence : qu’il eft déjà tout formé dans fes envelop-
- fcnfation voluptueufe au déchirement des véficules des ovaires & i l'épanchement du liquide qu’elles contiennent : tout cela peut s'opérer dans un état de fommeil ou de parfait repos , & cela feul fu& fit pour la génération. Il eft vrai que toute efpece de commotion peut déterminer la rupture d’une véficule mûre ; mais les lignes de ia volupté ne font point néceflàires dans la femelle, & cet ligne* ébranlent des nerfs dont le liege eft différent.
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- 2,o8 Là Nature & les Effets pes, lorfqu’il n’eft encore que tranfparent & d’une fubftance gélatineufe, & que ce n’eft point par une homéomérie & une addition de particules fimilaires qu’il fe forme ; car toute matière , quoique fimilaire dans fon élément, cefle de l’être, lorfque les molécules que les atomes élémentaires compofent, font de formes & de confif-tances différentes.
- La forme de l’embryon doit exifter dès que les molécules organiques qui le corn-* pofent ont formé l’efpece d’agrégat qui décide de fon être : fes attaches le font auffi déjà, quoiqu’elles foient imperceptibles, & fon organifme général commencé.
- Une humeur claire & gélatineufe qui tranfpire de l’amnios lui fournit le premier liquide qui peut fervir à remplir & diften-dre fes couloirs repliés fur eux-mêmes.
- Au bout de dix jours on apperçoit deux bulles, & celle qui doit former la tête eft la plus groffe & reçoit la première appa rence de l’organifation propre de l’individu, & les traits qui deffinent &qui caraété-rifent l’efpece.
- A
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- du Fluide électrique>. ±oÿ
- À mefure que Ces bulles groflifTerit, elles s’allongent & deviennent opaques, les vertèbres fe prolongent & fe deflinent par une ligne rouge ‘ deux tubercules paroiflent aufli, elles annoncent la formation des yeux. L’organifation a des progrès rapides, & bientôt toute la forme du corps commence à paroître ; mais de trois femaines ou d’un -nîois elle n’eft pas encore à fa perfection, ou du moins fes développements les plus éloignés du centre font encore imparfaits.
- J’avbis dans mon eabiilet ün ertibryôn de cet âge, que, j’ai donné depuis à un Dé-monftrateur de Nancy. Cet embryon con-fervé dans un bocal, n’eft pas plus gros qu’un frelon : il tient à la voûte du placenta (que j’ai ouvert & retourné) par fon cordon ombilical, ce qui donne la facilité de le bien obfêrver. La tête eft déjà deffi-née, les deux globes des yeux le font aufli, les vertebres & même l’os facrüm font très-diftinéts : j’obferverai même que Ces deux derftieres parties font très-groffes en com-paraifon du refte de la charpente offeufe.
- Tome I. O
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- Mais ce que cet embryon montre de plus fmgulier, ce font tous les vifceres de l’abdomen qui font encore à découvert, les mufcles qui doivent les couvrir n’étant point . encore développés : les avant-bras , ni les jambes des deux côtés ne font point encore déployés ; le radius & le cubitus font couchés fur l’humérus, de même que le tibia & le péroné le font aufli fous le fémur ; de forte que l’embryon ne préfente que quatre moignons , qui font les deux coudes & les deux genoux.
- Comme il me parott impoflible qu’aucune partie du corps puifle être ébranlée par une a&ion uniforme & organique, fans une force qui fe foutienne à chaque temps, & qui parte d’un point d’appui, je ferois bien tenté d’en reconnoître deux ; le principal feroit la tête, dont l’organifation eft la première qui foit apparente , & d’où les nerfs doivent fortir & s’alonger pour s’inférer dans toutes les parties du corps : l’autre dans les vertebres lombaires, où je foup-çonne un fécond point d’appui pour l’ofli-
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- L’on aura toujours peine à décider avec une pleine conviétion, lequel de la tête ou du cœur doit tenir le premier lieu dans le commencement du jeu de l’économie animale j & le punctum faliens d’Harvée ne décide nullement cette queftion.
- Il eft bien vrai que le ventricule gauche eft le reffort & le point d’appui d’où le fang s’élève à la tête ; mais il eft très-certain aufli que le cœur n’a de mouvement qu’au-tant qu’il reçoit les efprits animaux qui lui font tranfmis par les nerfs : d’ailleurs le fang n’a qu’un mouvement prefque infen-fible dans le fœtus, & l’économie animale du fœtus eft abfolument différente de celle de l’enfant qui a refpiré.
- Il n’eft pas douteux que dans l’enfant qui a refpiré, l’a&ion du cœur & celle de la tête ne foient correfpondantes : un affaif-fement fubit du cerveau arrête le cours des efprits animaux qui vont au cœur, dont le mouvement ceffe ; & de même lorfque les carotides n’élancent plus un fang artériel imprégné de feu élémentaire, tous les nerfs tombent dans l’affaiffement.
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- m La Nature & les Effets Mais, ces grands mouvements corfef-pondants font prelque infenfibles dans l’enfant renfermé dans l’utérus; fes poumons alors font âffaifTés , le fang ne s’y porte point par l’artere pulmonaire, le diaphragme relevé en voûte n’a encore aucune a&ion ; la circulation ne dépend nullement des contrarions du cœur, qui n’en a point encore : le fang coule lentement de l’oreillete droite à la gauche par un trou ovale, qui ne fe ferme, par une foupape, que lorfque l’enfant a refpiré , & que les parties renfermées dans la poitrine ont commencé à prendre leur reflort & leur jeu. Une partie du fang qui coule lentement dans le ventricule droit eft reportée en droiture au gauche, fans circuler dans les poumons ; ainfi l’on doit en conclure que le cœur n’a point encore d’adion dé-cifive dans l’économie animale , & n’eft pas un point d’appui fuffifant pour un ref-fort qui doit agir du centre à la circonférence.
- Mais auffi comment concevoir, que le cœur du fœtus n’ayant point d’adion, &
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- du Fluide éleclrique. 2.13 par conféquent ne pouvant point lancer le fang artériel dans le cerveau ; comment, dis-je, pouvoir connoître par quelle efpece de force ce méchanifme eft conduit, fi l’on ne connoît aucun foyer d’a&ivité de cette force?
- Bergerus & quelques Auteurs, ont été obligés d’admettre que les vaifleaux de la mere portoient dans le fœtus une lymphe très-animée par l’éther ; mais , outre que Bergerus n’a pu avoir aucune idée diftinéle de cet éther , je fuis étonné qu’il ait pu donner une folution, fi dénuée de preuves & de vraifemblance.
- Le fœtus ne communique à la mere par aucun vaifleau diftinét , il communique feulement au placenta par les vaifleaux de fon cordon ombilical. Ce placenta fait pour le fœtus , non-feulement l’office de poumon , mais encore celui d’eftomac, &; pref-que celui de cœur. Ce placenta ne communiqué à la mere que par fa voûte, qui eft collée à la bafe de l’utérus , qui lui-même ne communique au placenta par aucune artere, par aucune veine confidéra-
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- a 14 La Nature & les Effets ble, mais feulement par des mamelons qui filtrent un fuc. laiteux, un vrai chyle, très-facile à obferver lorsqu’on fépare le placenta de l’utérus dans le temps de la gef-tation, & ce fuc laiteux fe prépare dans le placenta pour être porté au fœtus ; opération qui commence du moment que le fœtus eft parvenu à fés premiers développements organiques.
- Il faut donc de toute néceffité qu’un agent bien fubtil, bien vif, & bien accélérateur , pénétré par la mere dans le placenta ; il faut qu’il y pénétré avec aflez de force pour être porté au fœtus ; il faut qu’il conferve aflez de cette force pour pénétrer dans les couloirs du fœtus, les augmenter de diamètre , les étendre & y porter les particules nutritives propres à fon augmentation, La nature, toujours uniforme dans les procédés qui tendent à un même effet, n’a de reflource pour opérer celui-ci que celle du même Fluide fubtil, que nous avons vu déployer fiicceflivement toutes les parties de la plante ; & ce Fluide ne peut être que le Fluide éle&rique du foyer
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- du Fluide électrique. u ç
- général, accumulé & condenfé dans le corps de la mere par la refpiration.
- Plus le fœtus groflit, plus l’augmentation de ce feu élémentaire devient nécef-faire ; aufli voit-on fouvent les meres, dans les derniers mois de leur groffeffe, avoir une refpiration très-précipitée, & ne pouvoir faire le moindre effort fans qu’elle redouble d’a&ivité. La trop grande diflipa-tion que la mere fait quelquefois de ce feu, eft vraifemblablement la caufe des anxiétés qu’elle éprouve fouvent pendant fa groffef-fe, lorfque fes nerfs s’affaiffent fubitement par la perte du feu élémentaire qu’elle communique au placenta & au fœtus.
- J’ai quelquefois éle&rifé, mais avec la plus grande précaution , des femmes grof-fes aux termes de fix ou fept mois , & , comme on le doit bien penfer, fans leur faire éprouver la pliis légère commotion, qui ne pourrait que leur être très - dan-gereufe, telle légère qu’elle pût être. Il n’en eft aucune qui n’ait alors fenti remuer fon enfant plus fortement qu’à l’ordinaire , au point même de m’obliger à interrompre
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- <l\6 L(i Nature & Us Effets cette expérience, & j’ai cru que la mere m’avoit fait un rapport fidele en m’afiurant qu’elle fentoit fon enfant treflaillir à chaque étincelle qu’elle ofoit effayer de tirer» Sans entrer dans les fameufes difputes qui partagèrent pendant un temps l'Aca* démie des Sciences entre M. Littré, & M, Méry, ni dans celles oh Graaf & Ven-heyens combattirent long-temps fans s’ér clairet , quoiqu’ils eulfent répandu la lu-r miere fur piufieurs parties de l’Anatomie ; je dis feulement, que quelle que foit la pre* miere forme du germe, ce germe périra, & fon foyer naturel s’éteindra, fi dans le premier mitant de fon exiftence il n’eft auffi-tôt pénétré par le Fluide fubtil qui émane des nerfs de la mere, & qui émane des mamelons nerveux, centres desexpam-fions que les extrémités des nerfs forment fur les fuperficies des cavités intérieures, comme ils en forment fur les fuperficies extérieures, Il eft connu par l’Anatomie qu’il eft peu de parties auffi remplies, aufti entrelacées de nerfs que les ovaires, les trompes. & tout le corps de l’utérus, au*-
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- du Fluide électrique. 117 quel la nature a donné tous les mouvements propres aux autres cavités, & y a joint celui de rétra&ion.
- La circulation du fœtus étant très-lente, & ce fœtus étant plongé dans les eaux que les tuniques contiennent, il n’a pas à beaucoup près autant de befoin d’une grande quantité de feu élémentaire que lorfque l’enfant a refpiré.
- L’inftant où l’enfant naît eft celui d’un changement prefque général dans toute l’économie animale: s’il eft vigoureux, l’air qui lui frappe la bouche & la membrane pituitaire, lé fait éternuer, ou lui caufe quelqu’efpece de convulfion qui fait baif-fer la voûte du diaphragme ; l’air qui tend à l'équilibre , félon le principe a&if qui le régit, fe précipite dans les poumons, qui le reçoivent & fé dilatent : ils le tamifent au travers des parois de leurs cellules ; une a&ion nouvelle commence alors à mouvoir la machine, & c’eft par cette adion que l’enfant prend pofleffion de-la vie.
- Le diaphragme prend fon mouvement, les contradions du cœur s’animent, le
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- ai8 La Nature & les Effets trou ovale fe ferme ; l’artere pulmonaire porte le fang veineux dans les deux poumons avec rapidité ; le fang y circule, s’y I revivifie par le feu élémentaire qui s’y eft épuré ; la veine pulmonaire le reporte dans le ventricule gauche, dont la preflion l’é-leve rapidement vers la tête & l’élance également vers les autres extrémités.
- Toute cette économie nouvelle paroît être l’ouvrage de l’air : elle l’eft en effet ; mais l’air ne fuffiroit pas, s’il n’agifioit que par fon poids & par fon humidité. On y reconnoît un reflort puilfant, & nul ref-fort ne peut avoir de réaâion qu’en raifon proportionnelle de fa réfiftance & de la compreffion qu’il elfuie.
- Le Fluide éleétrique 700000 fois plus tenu & plus élaftique que l’air, ayant été condenfê fortement par la refpiration , fe déploie alors, & s’étend avec une rapidité inftantanée & inappréciable, jufqu’aux dernières fubdivifions de tout ce qui compofe cette admirable machine.
- On voit les enfants fuer avec abondance & s’efloufler quand ils courent ou qu’ils
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- Ifont quelques efforts, parce que le feu électrique fe diflipe plus promptement des extrémités de leurs nerfs & entraîne une tranfpiration plus abondante ; l’effoufle-ment a pour caufe la prompte réparation qu’ils ont befoin de faire du feu élémentaire qu’ils ont diflipé : l’homme le plus robufte éprouvera le même état , pour peu que l’effprt qu’il fera foit d’une certaine violence.
- Toutes les parties.de la machine animale communiquentintimement aux deux foyers d’aâivité, les nerfs ne devant être regardés que comme des prolongations du cerveau & de fes trois fubftances recouvertes par les méningés : les arteres doivent être regardés de même comme des prolongations du cœur. Toute la machine reçoit donc de ces deux foyers d’aâivité ce qui lui eft nécelfaire pour entretenir fon économie intérieure , fa force & le libre ufage de fes organes : elle en reçoit aufli ce qui doit réparer les différentes diflipa-tions qu’elle peut faire du feu, principe de fon mouvement.
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- aïo La Nature & les Effets
- Tant que les parties correfpondantes de cette machine font en équilibre , elles con-fervent l’harmonie qui fait la perfection de leur jeu ; le corps eft fain & vigoureux , & le fenforium commune eft également aétif & lucide.
- Puifque le feu élémentaire ou le Fluide éleCtrique, car, je le répété y l’une & l’autre expreffion ne préfente à l’efprit que I le même être; puifque ce Fluide, dis-je, doit entretenir le jeu immenfe de cette admirable Machine , il peut donc auflt fervir à la réparer, lorfque quelque maladie ou quelqu’accident ( qui toutefois ) n’aura rien brifé de fes refforts , y porte un dérangement' marqué, & li dans de certains cas il eft poffible de diriger un courant plus abondant de ce Fluide dans une partie fouffrante de cette Machine, ne peut-on pas s’en fervir bien utilement pour aider la nature à la réparer ?
- Peut-être qu’en examinant plus attentivement plufieurs moyens ufités pour cet effet depuis bien des fiecles , troùvera-t-on qu’on n’a fait que multiplier les efforts
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- de cet agent fans le connoître, fans même le foupçonner ; peut-être trouvera-t-on que fans avoir eu l’idée de l’Éleétricité, nous lui avons dû de tousies temps des fecours dont nous avons attribué l’efficacité à des caufes qui ne méritoient pas ce nom.
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- La Nature & les Effets
- Application des effets de VÉlectricité à Vart et aider la nature & de la réparer dans le dérangement ou Vinterruption du jeu de Jes refforts.
- C H API T RE ONZIEME.
- J’ai déjà dit que je préfume que ceux qui cherchent à connoître les différents phénomènes de PÉle&ricité , ont lu avec attention les recueils d’expériences que plu-fieurs favants Obfervateurs nous ont donné. Ceux de M. l’Abbé Nollet ont également tout ce qui cara&érife la patience , la candeur & l’exa&itude de leur Auteur ; celui que M. Jallabert, de Geneve0 donna en 1748 mérite les mêmes louanges. Cet Auteur fit même dès-lors quelques pas dans la carrière que j’ai la témérité de fuivre : plus capable que moi de la parcourir & de l’étendre , on voit dans l’ouvrage de M.
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- du Fluide électrique. 113 Jallabert, qu’il y captive fans cefie un génie inventeur, qui porte fa vue fur le rapport intime que le Fluide éleétrique paroît avoir avec les différents genres de mouvements. Ce qu’il dit fait regretter ce qu’il ne dit pas, & fait imaginer une partie de ce qu’il auroit pu dire.
- La fuite d’expériences que M. Watlfon, de la Société royale de Londres, donna la même année 1748 ; les Mémoires dont M. Ellicott, de la même Société, enrichit les Tranfaétions philofophiques , portent une fi vive lumière qu’on doit être tenté de croire en avoir vu prefque alfez pour commencer à raflembler les traits caraétérif-tiques de l’Éleâricité, & comparer le tableau général d’un être fi fubtil, qui s’efl: fuffifamment dévoilé avec les autres agents que les chefs de Seétes ont imaginés , fans s’être alfurés par aucun fait de leur exiftence.
- Je ne rapporte dans cet Elfai que les expériences les plus néceflaires au fujet dont je traite ; mais je dois , par refpeÆ pour le public, certifier ici que j’ai répété
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- 2,24 La Nature & les Effets toutes celles que j’ai vu rapportées : je les ai variées & multipliées pendant les années 1746, 47 & 48 , au point de me rendre en quelque forte le martyr de l’Éleétricité, en eflayant fur moi-même toutes celles dont j’efpérois tirer quelque lumière.
- L’Académie des Sciences de Paris me rendra la juftice de témoigner que ce fut à la fin de 1748 que j’ofai lui foumettre cet Eflai : je commandois alors en Bou-lonnois. Feu M. le Duc de Richemont, & feu M. le Chevalier Oforiô > Ambafla-deur du Roi de Sardaigne, en Angleterre, qui tous les deux m’honorcient de leüf amitié, furent à la fin de cette, même année retenus quelque-temps à Calais, par les vents contraires; ils lurent une partie de cet Ouvrage , & de retour à Londres ils en parlèrent à M. Folkes, Préfident de la Société royale , avec lequel j’avois lié connoiflance pendant un aflëz long féjour qu’il avoit fait à Paris. Tous trois me rendirent le fervice elfentieî de me mettre en correfpondance avec MM. Watflon & El-licott, qui travailloient alors à répéter & multiplier
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- du Fluide électrique. ii<5
- multiplier les expériences fur l’Éleâricité ; il fe trouva que fans nous être communiqué nos idées, nous avions été conduits de proche en proche à tenter à peu près les mêmes expériences, & que nous avions tiré les mêmes conclu fions du plus grand nombre de celles qui nous avoient réuffi. M. Watlfon, dans les lettres de 1748,par lefquelles il rend compte de fes expériences à la Société royale, concluoit, comme moi, que l’Éledricité devoit être de même nature que ce feu élémentaire que Lémery, S’gravefande & Boerhaave recon-noiffent pour être préfent dans tous les corps.
- M. Jallabert comparaît la même année le Fluide éle&rique à la lumière ; & fi la modeftie de M. l’Abbé Nollet ne lui a pas permis de le dire auffi positivement dans ceux de fes Ouvrages qui ont précédé 1748 , fa lettre de 1745 à M. Bofe de Wi-temberg, le décele, & prouve que ce Phy-ficien peut avoir eu les mêmes idées.
- L’année 1748 me paraît donc décifive pour former une époque à l’Éle&ricité,
- Tome I. P
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- a i6 La Nature & les Effets
- C’eft dans cette année qu’on a commencé j à comparer cet agent avec les autres prétendus agents qu’on avoit cru connoître ; c’eft celle où l’on a commencé à former un corps d’expériences liées entr’eües : & fi le concours des Obfervateurs peut donner un degré de probabilité fuffifant pour donner confiance au réfultat qu’ils ont tiré des expériences qu’ils ont faites , on trouvera que M. Jallabert, à Geneve, M. le Cat, à Rouen, MM. Watffon & Ellicott , à Londres, & fi j’ofe me nommer moi, à Boulogne:-fur-mer, nous avons été conduits par une fuite néceflaire d’idées qui font nées de nos obfervations & de celles de MM. Gray & du Fay , à tenter encore d’autres expériences relatives, dont tous les cinq nous-avons tiré les mêmes conjectures, fans nous être jamais communiqué nos idées avant qiie d’avoir écrit & donné nos Mémoires aux différentes Académies auxquelles nous les avons préfentës pendant la même année.
- J’ai cru devoir rapporter ces faits pour infpirer quelque confiance à ceux qui liront
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- du Fluide électrique. 2,2,7
- cet Ouvrage, avant que de parler des effets de l’Éle&ricité, qui doiventintéreffer le plus fortement l’humanité , puifqu’ils nous offrent des fecours nouveaux pour foulager nos femblables.
- Le receuil d’expériences que M. l’Abbé Nollet avoit publiées en 1746 , quelques tentatives qu’il avoit faites, avoient montré trop d’analogie entre l’effluence électrique & le cours des efprits animaux,pour ne pas donner l’idée d’appliquer la direction d’un courant éleétrique à la guérifon de quelques maladies.
- Bientôt on ne douta plus que ce Fluide fubtil ne pût agir vivement fur le corps humain. Dès cette année 1748 , les rapports de maladies guéries par le fecours de ce Fluide fe raffemblerent de toutes parts ; mais ce même foible de l’efprit humain, cet amour du merveilleux, qui retarde toujours le progrès des vraies découvertes, en mêlant les preftiges à la vérité, le défir de fe diftinguer porta quelques particuliers à rapporter de prétendus faits P z
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- 12.8 La Nature & les Effets
- qui n’avoient d’exiftence que dans leur
- imagination, (i)
- Quelques Eflais auffi que l’on fit fur des fujets ufés, & fur d’autres , dans lefquels des parties organiques étoient détruites par des bleifures, ne réuflirent point & ne dévoient pas réuflir. On palfa bientôt d’une efpérance & d’une admiration prématurée, au dédain & au mépris le plus injufte, & le pouvoir de ce Fluide qui pafioit pour miraculeux fut en moins de trois mois regardé comme inutile , ou même comme dangereux : ce n’eft pas là la marche de l’efprit philofophique ; mais c’eft malheu-reufement celle de l’efprit humain : c’eft par là que le commun des hommes accorde trop ou trop peu dans le jugement qu’il
- (i) M. l'Abbé Nollet fit un voyage en Italie, au commencement de 1749 , pour vérifier le rapport de plulieurs expériences dont le fuccès paroiffoit peu vraifemblable ; elles fe trouvèrent faufiès , comme l’Académie royale des Sciences l’avoit prévu , & fur-tout celles où l’on annonçoit que le verre étoit perméable aux matières médicales éleârifées , & qu’on avoit purgé des lujets & fait palier dans leur corps le parfum duftorax, en leur faifant tenir une intonacature ; c’eft-à-dire, des matières renfermées dans une fiole de verre bouchée hérméciqucmcnt.
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- du Fluide électrique. 2.19 porte fur des faits qui n’ont point encore été fufïifamment conftatés.
- Il ne fallut pas moins que l’autorité de deux hommes aufli bien reconnus que l’é-toient M. Jallabert & M. le Cat, pour n’ê-tre pas moins véridiques qu’habiles, pour rétablir l’opinion qu’on devoir avoir du Fluide éle&rique. Tous les deux donnèrent les rapports des premiers fuccès qu’ils avoient eu en employant ce nouveau fe-cours. Plufieurs Phyficiens habiles remployèrent aufli heureufement : ils multiplièrent les rapports favorables au Fluide éle&rique , & les revêtirent de toute l’authenticité que des témoins non-fufpe&s & la réputation de leurs Auteurs devoir leur donner.
- On fut enfin forcé de reconnoître que le Fluide éledrique pénétré les parties intérieures du corps , & principalement les tuyaux des nerfs, dans lefquels il paroît agir le plus fortement, qu’il pénétré même jufqu’à leur origine, & qu’il paroît augmenter l’abondance & la rapidité des ef-prits animaux.
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- 230 La Nature & les Effets
- Quand même l’Éleébricité ne feroit qu’exciter une tranfpiration plus abondante, n’en feroit-ce pasaflez pour reconnoî-tre qu’elle exerce un pouvoir bien aélif & bien utile ? Mais non-feulement elle excite cette furabondance de tranfpiration dans l’homme, dans le quadrupède, & même dans l’oifeau qu’on éleélrife, mais elle eft même excitée dans ceux qui font proches de l’appareil éleétrique.
- L’a&ion de ce Fluide eft telle pour ranimer & raréfier tous les liquides conden-fés par le froid, lorfqu’ils ont en eux-mêmes un principe d’aélion , que pendant l’hiver de 1746 à 1747, qui fut très-rude, après m’être exprès expofé au vent du nord juf-qu’à ce que je fufle engourdi par !; froid, je revenois me placer fur un tourteau de réfine, je me faifois éle&rifer, & j’éprou-vois toujours que mon engourdiffement fe diffipoit tout auffi promptement que fi je fufle entré dans une chambre échauffée par un poêle , & bien plus généralement que fi je me fufle approché du feu.
- J’ai fouvent remarqué que lorfqu’on
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- du Fluide électrique. 2.31
- commence à être forcement éleétrifé, avant que l’engourdiffement foit palTé , les étincelles qu’on tire de la peau font très-vives & très-douloureufes : la marque m’en ref-toit pendant plufieurs heures, & les con-vulfions du carpe & du métacarpe étoient fortes & douloureufes, lorfqu’on tiroit les étincelles des tendons de ces parties, comme fi l’effort du courant électrique eût alors été plus fort en raifon d’un plus grand obftacle à furmonter.
- Il faut donc,pour produire un femblable effet, que le Fluide électrique raréfie alors tous les liquides, & qu’il diftende leurs couloirs,comprimés & reiferrés.
- C’eft fans doute par une opération analogue que M. Jallabert a guéri le bras paralytique du nommé Nogués.
- Le Fluide électrique, accumulé par l’art dans le corps de Nogués, devoit alors faire effort pour s’échapper & pour jaillir en tous fens. Il eft trop bien reconnu qu’en tirant une feule étincelle d’un fujetéledrifé, on lui enleve toute fon Électricité, pour qu’on puiffe douter qu’on ne fajfe coïncider
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- 2.31 La Nature & les Effets dans le point touché d*où part Vitincette j tout le Fluide qui doit jaillir de toute la fu-perficie du corps éleclrifé : par conféquent l’approche du doigt non-éleéfrifé qu’on portoit fur l’extrémité des mufcles que l’on vouloit ébranler, déterminoit toute l’Électricité accumulée dans le malade à s’élancer fubitement dans ce mufcle, & dans les nerfs dont les tuyaux étoient obftrués, & où le cours du Fluide nerval étoit intercepté.
- Les fecoufles multipliées par M. Jalla-bert avec autant de patience que d’habileté; cette aétion augmentée de temps en temps par la commotion de Leyde, adminiftrée avec prudence ; ces efforts ont pu fur monter peu à peu les obftacles , relever les tuyaux des nerfs affailfés, leur rendre leur diamètre naturel , y rappeller le cours uniforme des efprits, donner de la fluidité à la lymphe épaiffie, abreuver les glandes defféchées, y rétablir la filtration, & rendre ainfi le feu, la fouplefle, la nu trition , la force & le fentiment au bras & à la main paralytique. C’eft ainfi, fans dou
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- du Fluide électrique. 13 3
- te, que celui de Nogués a repris la chaleur , l’embonpoint & l’a&ion.
- Cette opération achevée par l’art en peu de temps, donne une idée bien frappante & bien lumineufe du procédé que la nature emploie en des temps plus longs , & avec une uniformité plus ou moins foutenue pour le déploiement des germes & des embryons animaux & végétaux.
- Je préfume donc, & je l’avoue, je fuis même convaincu que l’Éle&ricité peut être la plus grande reffource, le moyen le plus efficace, l’agent le plus a&if & le plus fur pour la cure de plufieurs maladies ; mais je fuis auffi très-convaincu que ce fecours puiffant ne peut être adminiftré avec trop de fageffe, & qu’il n’y a que ceux qui ont acquis, par l'étude & par la pratique, une parfaite connoilfance de l’économie animale , qui puiffent ofer l’employer. C’eft par ces effets prompts & puiffants pour guérir , qu’on doit juger de ceux qu’il auroit pour porter le plus grand ravage, fi la fa-gacité & les lumières de celui qui l’admi-niftre n’étoient pas fuffifantes pour le diriger.
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- *34* La Nature & les Effets
- Le pouls du malade, Tes yeux, fa refpi-ration , plufieurs autres diagnoftics qui échappent aux yeux de ceux qui ne font pas Praticiens , font les fignes auxquels le Phyficien, ou plutôt même le Médecin habile , connoîtra fi le genre de la maladie à laquelle il applique ce fecours f naît de l’obftruétion ou de l’affaiffement des nerfs, de leur relâchement ou de leur érétifme ; & dans ce dernier cas, dans tout état qui annonce une crifpation intérieure , je crois PEleélricité très-dangereufe.
- Le Médecin même doit obferver tous les changements que ce Fluide opéré dans l’économie animale , à mefure qu’il l’accumule dans le corps du malade : il doit calculer queleft fon degré de force, avec beaucoup d’exaétifude, au point même d’y employer l’excellent éle&rometre de MM. Darcy & le Roy , & fur-tout il doit redoubler d’attention lorfqu’il emploiera le fecours ( utile ou dangereux , en raifon de fa puiffance ) de la commotion de Leyde.
- Plufieurs exemples funeftes ont prouve les ravages mortels que cette commotion
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- du Fluide électrique. 2,35 peut faire , & l’expérience par laquelle on a réufli à tuer de petits oifeaux, ayant été poulfée depuis jufqu’à montrer une grande partie des effets du tonnerre , avec lequel cette expérience a tant d’analogie ; il eft d’une néceffité abfolue de fe bien afiurer de l’intenfité de force que doit avoir la commotion de Leyde avant que d’ofer en faire ufage.
- Les premiers accidents ( 1 ) ont été très-utiles, fans doute, en ce qu’ils ont appris à les redouter, à ne rien eflayer trop témérairement , & à multiplier aflez les expériences , à réfumer aflez leurs réfultats pour connoître à fond l’art d’adminiftrer un Fluide auffi puiflant qu’aélif.
- Peut-être auffi ces accidents ont-ils imprimé trop de terreur ! Quelques personnes qui n’ont pas approfondi l’art de cette expérience ont mieux aimé la profcrire que de fe captiver à l’étude néceflaire pour s’en fervir avec fuccès.
- Nous voyons dans les Lettres de Gui
- (1) Richman, ProfefTeur à Pétersbourg, tué par l’étincelle d’une barre éleârilëc par un nuage chargé.
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- 2.36 La Nature & les Effets Patin , avec quelle animofité on attaquoît de fon temps un des plus grands remedes que la Médecine emploie aujourd’hui ; toutes les préparations émétiques paroiffoient à Gui Patin un poifon apprêté par les Furies. Moliere même contribua beaucoup à faire redouter ce prétendu poifon : une bonne plaifanterie ayant tout au moins autant de force qu’une démonftration en réglé pour une partie aimable & légère de la fociété, dont le plus fage a peine à fe défendre, & dont fouvent il reçoit le ton.
- Il en eft de même aujourd’hui pour la commotion de Leyde , & même pour les fimples étincelles : on les craint trop quelquefois pour que le Phyficien expérimenté puiffe propofer ce fecours, & ce fecours, en effet, ne peut acquérir une confiance entière qu’il ne foit plus généralifé, & que ceux qui exercent le grand art de guérir ne commencent à le regarder que comme une des branches de cet art.
- Plufieurs de ceux qui ofent fe foumettre à éprouver le fecours du Fluide éleélrique font effrayés d’abord par quelques acci-
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- du Fluide électrique. 2.37 ients légers, & par des douleurs qui fou-rent font allez vives ; mais ces premiers :ffets ne font-ils donc pas nécelfaires? N’eft-,1 pas fenfible à la raifon que le Fluide électrique ne peut rétablir le cours intercepté des efprits animaux & des différents liquides , fans détruire, fans franchir des obfta-cles qu’il ne peut furmonter qu’en excitant de la douleur ? Des nerfs affaiffés & privés depuis un certain temps du Fluide qui leur eft propre, ne peuvent le recevoir de nouveau fans une fenfation douloureufe ; la convulfion des mufcles , les picotements vifs qu’ils éprouvent font une fuite nécèf-faire des effets du Fluide qui les agite, & des liqueurs qui commencent à s’y infiltrer, & à y circuler de nouveau. Comparons les effets de l’Éle&ricité à la cure des maladies par le fecours de la Douche des eaux de Bareges , & des autres eaux chaudes. Les premières Douches caufent fouvent des douleurs cruelles ; à peine le malade peut-il les fupporter pendant quelques inftants : il en eft de même de l’Éleétricité, elle ne peut agir que par degrés; elle ne peut rien
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- 2,38 La Nature & les Effets rétablir que de proche en proche , & le grand arc du Médecin, c’eft même de ne pas exiger des progrès trop rapides , de ne rien forcer, & de proportionner l’abondance de ce Fluide aux obftacles qu’il doit furmonter, au plus ou moins de force du iujet, à la texture & à la conformation de la partie où il l’applique , & aux progrès qui doivent naître les uns des autres dans un ordre fucceflif & correfpondant au premier effet.
- Dans la Douche des eaux chaudes minérales, quel pourroît être l’effet de la chute de l’eau dirigée fur une partie affectée, fi ce n’eft celui d’une aigrette affluente qui entraîne des particules d’eau imprégnées , animées par les foufres, principes & volatils de ces eaux ; par cet efprit fi fubtil, ce gaz imperceptible qu’elles contiennent ? Cette aigrette aqueufe & volatile tout enfemble, ouvre les pores de la peau, redonne de la Fluidité à la lymphe épaiffie, & fur-tout elle détermine l’Électricité du foyer naturel de celui qui reçoit la Douche à fe porter en plus grande abon-
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- dance , & à effluer avec plus de force du champ de la fuperficie qui reçoit la Douche. J’ofe même préfumer que lorfque le corps des malades qui reçoivent la Douche auroif. été fuffifamment préparé , & que lorfque la partie fouffrante auroit été ramollie. & ranimée par ce fecours , rien ne feroit plus utile alors que de profiter de ce premier temps pour éleétrifer le malade , & pour faire coïncider dans la place ébranlée & préparée l’effluence de l’Électricité accumulée.
- On fait combien la vapeur de l’eau chaude eft utile pour éteindre le foyer des inflammations-, & pour relâcher les parties: elle opère cet effet falutaire , non-feulement parce qu’elle noie, qu’elle fond les fels alkalis qui corrodent les parties affligées , mais auffi parce qu’elle éteint le foyer d*activité qui coïncidoit dans cette partie, & qu’elle le rétablit en équilibre avec les parties voifines.
- M’étant perfuadé du bon effet que pour-roit avoir le Fluide éleétrique appliqué à de différentes cures , je n’ofai cependant
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- 140 La Nature & les Effets m’en fervir d’abord que fur des engelures, que je guéris promptement par fon fe-cours. Je l’effayai avec le même fuccès fur des panaris & fur ce qu’on nomme mal d’aventure : j’empêchai le mal de caver par fon fecours, j’excitai une fupuration plus abondante & plus facile ; le fond de la petite plaie fe nétoya , les chairs vives s’en éleverent plus promptement, & je ga-, rantis les chairs voifines du foyer d’être corrodées. Le même effet falutaire parut dans la cure de quelques clous : j’obfer-verai feulement que les levres des plaies me parurent un peu plus endurcies & car-cinomateufes que dans les cures ordinaires faites dans un temps beaucoup plus long que celui que j’avois employé;mais le fond de la plaie s’étoit promptement dégorgé & régénéré, ce qui conftate la cure , & les bords endurcis tombèrent peu de jours après par écailles.
- Cette réuffite me donna l’idée d’appliquer la même expérience à des enfants noués, à ces enfants malheureux, dans lef-quels la végétation femble languir, & avoir
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- du Fluide électrique. 3.4, t perdu fon égalité de diftribution, &fa di-reétion naturelle.
- On fait que dans les enfants les couloirs font bien plus nombreux & plus fouples que dans les adultes ; ils y font encore fuf-ceptibles d’accroiflement, & la nature toujours uniforme dans fes defleins les prépare pour s’étendre dans une direction régulière & caraélériftique. Ce n’eft donc, pref-que toujours, qu’un obftacle accidentel qui change cette direction naturelle , & qui trouble la circulation des liquides j c’eft cet obftacle que j’eflayai de combattre.
- On m’amena deux enfants noués , tous les deux au-deflous de cinq ans ; l’un étoit gras & vigoureux, l’autre étoit maigre & dans un état de langueur.
- L’examen des mufcles de la cuifle & de la jambe me fit connoître que ces mufcles étoient diftendus dans leur corps * au point que dans l’enfant le plus gras les mufcles de la cuifle & de la jambe avoient dans' leur milieu un tiers de plus de diamètre qu’ils n’euflent eu dans un état naturel* J’obfervai que les tendons étoient fort durs, Tome I. Q
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- La Nature & les Effets & que dans l’enfant le plus maigre, fur lequel je pouvois les obferver plus facilement , l’infertion de ces tendons étoit dé-fe&ueufe & irrégulière.
- Leur état préfent étant bien conftaté , je commençai par régler à ces enfants une nourriture douce, rafraîchiflante, & cependant propre à les bien nourrir. Je les fis baigner, je leur fis faire des fomentations avec des herbes émollientes, qu’on avoit fait bouillir dans l’eau de leur bain. J’y joignis un peu d’huile de lin, que j’avois foin de faire après fécher & bien enlever des pores de la peau avec des cendres de farment de vigne bien tamifées.
- Après huit jours de cette préparation, je les éleélrifai, & je commençai à tirer quelques étincelles des mufcles répondants au jaret,& des mufcles jumeaux. Je continuai, en defcendant jufqu’au talon, & enfin jufqu’aux mufcles du métatarfe & du tarfe.
- Ce ne fut qu’après les avoir tenus chaque jour, pendant une heure, le matin & le foir, à ne faire que leur tirer feulement des étincelles, que j’eflayai de leur faire éprou-
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- du Fluide élcctriquè» 043 ver üne légère commotion. L’enfant gras > qui étoit fort guai, n’en fut ni effrayé, ni affeété -, mais l’enfânt maigre jetta des cris aigus : fa terreur devint fi forte qu’il tom-boit en convulfion dès. qu’on vouloit l’approcher de l’appareil élëétrique-. Dès le troi-fieme & le quatrième jour, il lui prit une diarrhée affez violente pour que la peur que j’eus de lui. nuire me déterminât à le ren-die à fa famille dès que cet accident fut ceffé;
- L’autre enfant -, loin d’être effrayé & de fe refufer à la douleur des étincelles, qui fouvent étoient affez vives pour lui marquer la peau * rioit & badinoit pendant qu’on l’éleélrifoit : chaque jour après les quinze premiers, je m’apperçus que le ventre dé fes mufcles diminuoit de groffeur > & que tous les mouvements du genou & du pied devenoient plus forts & plus libres;
- A la fin de fix femaines je le fendis en très-bonne fanté à fa famille, & cet enfant, qui ne pouvoit auparavant marcher qu’en fe traînant, ou foutenu par un tabouret
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- ^44 La Nature & tes Effets percé dans fon milieu & monté fur des roulettes, marchoit alors prefque fans fecours; & dans le terme d’un an après fon éle&ri-fation , non-feulemént il fut parfaitement dénoué, mais de plus, il grandit beaucoup, & affez pour parvenir à la hauteur des plus grands enfants de fon âge.
- Je n’oferois cependant affirmer qu’il doive en entier fa guérifon au Fluide électrique ; la bonne nourriture, le régime , les bains, les fomentations , un exercice modéré , les mouvements & la pofition de fes genoux & de fes pieds, dirigés avec attention; la nature même, qui agit avec force du centre à la circonférence , tous ces moyens raffemblés, peut-être, ont pu fuf-fire. Cependant je ne peux m’empêcher d’obferver que ce dénouement a été bien rapide , que le Fluide éleârique paroît avoir établi ou tout au moins ranimé la force végétatrice ; qu’il a très-furement oc-cafionné une tranfpiration abondante pendant les fix femaines , & même pendant plus d’iin mois encore après qu’on eût ceffié d’éle&rifer cet enfant, & qu’il peut avoir
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- du Fluide électrique. 245 ainfi préparé les parties à obéir & à s’étendre, fuivant la dire&ion naturelle & régulière, cet enfant étant crû dans l’efpace d’un an autant & plus même que les enfants de cet âge ne croilfent en deux.
- Il n’eft donc pas plus raifonnable de dire que l’Éle&ricité eft très-dangereufe, qu’il ne le feroit de dire qu’un remede très-adif eft abfolument nuifible , parce qu’il peut caufer la mort quand il eft pris en trop grande quantité.
- Tous les accidents qui naîtront de l’Ér ledricité adminiftrée fans génie , fans prudence &fans connoiflance de l’économie animale, ne font que des femi-preuves négatives contr’elle, & ne peuvent pas, à beaucoup près, conclure autant contre fon utilité , qu’une feule expérience conduite félon an art qu’il eft poffible de conftater & d’établir fur des principes certains, ne doit faire conclure en fa faveur.
- 11 paroît évident que l’expérience de l’étincelle foudroyante peut être très-dangereufe , qu’elle peut brifer les nerfs juf-ques dans leur origine, & brifer de même
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- la Nature & les Effets. les artérioles & les veinules des poumons x comme on l’a obfervé dans les petits animaux qu’on a fait périr par cette commotion , & il n’eft pas douteux qu’en multipliant les vafes ou des glaces chargées d’É-leélricité on ne peut exciter une commotion allez violente pour tuer un homme.
- Je fus moi-même très-inquiet un jour de la fuite d’une expérience que je fis efluyer à un homme que j’eftimois pa.rticuliére-ment. Un Prieur de Minimes m’ayant prié de lui faire voir quelques expériences , j’eus une. peine infinie à l’Éleétrifer, quoique le temps fût fec, & que je me fèrvifle d’un excellent globe de verre d’Angleterre. Le Prieur fe moqua de tout l’appareil éleélri-que , & d’une foible commotion que j’ef-fayai de lui donner.
- J’avoue que l’honneur de PÉle&ri'cité l’emporta dans ce moment fur la prudence : je pris une plus grofle. bouteille, dont j’a-vois couvert le fond avec une feuille d’étain , je la remplis d’eau chaude., & je la chargeai au point de la rendre étincelante ; la commotion fut proportionnée , & très-
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- du Fluide électrique. 247 violente : le pauvre Prieur tomba fur fes genoux, & crut être tué. A peine commen-çoit-il à être remis, que la goutte, à laquelle il étoit fujet, lui attaqua la main droite avec violence, & au point de lui arracher des cris. Le foir , la goutte lui defcendit aux pieds, l’accès fut très-vif , très-douloureux , mais bien moins long qu’il ne l’étoit ordinairement.
- Ce Prieur étoit fort gras, ce qui me parut fuffire pour modérer l’effort d’une foi-ble Électricité , & je n’adoptai point pour une caufe fuffifante celle qu’un des affif-tants me propofa, en la tirant de l’huile , fubftan^ éleétrique par elle-même , dont ce Minime , homme très-régulier, fe nour-riffoit, conformément à fa réglé.
- Cette expérience m’a trop inquiété pour que j’aie expofé depuis perfonne à recevoir une commotion violente : j’ai même redouté toute commotion pour moi-même , depuis dix ans , ayant fubi depuis ce temps plu-fieurs accès de goutte, peu durables à la vérité , mais très-violents. Cependant, fi dans quelque nouvel accès de goutte je la
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- 5,^,8 La Nature & tes Effets fentois remonter à la tête ou à la poitrine, je n’héfiterois pas à me faire fortement éleéhifer, & à me faire tirer des étincelles de pieds, où je préfume avec confiance que je réuflirois à la faire redefeendre.
- Je le préfume d’autant plus que je croîs avoir bien obfervé que dans l’état de goutte il y a toujours un foyer d’inflammation : çe qui me le fait préfümer, ç’eft que dans le même-temps où, par un excès de douleur , on croit fentir l’effet de l’aigrette ardente de la lampe d’un émailleur, qui brûleroitdans un point les. nerfs & l'a moële des os , toutes les extrémités du «j^rps font froides, les fècrétion.s font, interceptées , la tête eft troublée au point de ne pouvoir foutenir la plus légère application, & tous les vaifleaux voifins. du. foyer douloureux font dans une tenfion & un gonflement plus fort que celui qu’une ligature pourroit occafionnçr. Une autre fois,ayant fait préparer mon appareil éleétriquê dans l’Hôpital de la Marine , j’eflayaî d’éle&ri-fèr deux Matelots que le Chirurgien-Ma-jpr préparQÎt à recevoir des friélions mer-.
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- Du Fluide électrique. 1 249 curielles ; ils me parurent tous deux difficiles à éleCtrifer , tous deux fentirent des douleurs vives dans toutes les articulations & dans les fieges principaux du mal dont ils étoient attaqués. -
- Je ne rapporterai point ici toutes les expériences que j’ai effayées : mon appareil étoit difpofé chez moi, de façon qu’une chaîne pouvoit conduire le Fluide électrique dans une chambre à côté de celle où le globe étoit monté. Cette chaîne paffant dans un trou du mur, & allez large pour en pouvoir recouvrir les parois d’un pouce épais de bonne réfine, ce conducteur, ainfi difpofé, ne pouvoit biffer échapper le Fluide éleétrique.
- Toutes ces expériences variées & multipliées pendant près de quatre ans, m’ont prouvé & la force jailliffante du Fluide éleCtrique, & la facilité de la réunir en un feul jet. L’obfcurité qu’on pouvoit faire régner dans cette chambre m’a donné la facilité de voir & de m’affurer que la lumière accompagne toutes les émiffions électriques dans un fujet éleCtrifé, qu’il préci-
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- l$o La Nature & les Effets pite les autres émifiions & les rend infiniment plus vives. M’étant piqué le bout du doigt le fang en fortit bien plus vivement que fi je n’avois fait que le preffer , & les gouttes de fang étoient lumineufes en tombant.
- Il faudrait fe refufer à l’évidence pour nier que le Fluide éle&rique puifle être très-utile dans plufieurs maladies ou accidents qui nous attaquent : je le crois même fi propre à rétablir la circulation, que je penfe qu’il ferait utile pour prévenir ou difliper ce frilfon fi cruel qui précédé les fievres intermittentes ; on pourrait peut-être aufli s’en fervir avec fuccès pour rétablir lafuppuration dans une plaie qui commence à fe delfécher * &: pour prévenir la gangrené.
- Ceux auxquels il pourrait refier encore quelque doute fur l’effet que l’Éleétricité peut avoir furies nerfs, doivent, avant de juger de tout ce que je viens de dire à ce fujet, prendre une connoiffance exaéle de la ftruéture de ces nerfs, de leur origine,, de leur méchanifme & de l’efpece de feu qui les anime.
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- du Fluide électrique. 451 Pour moi, je ne crains point d’expo-fer ici mon opinion, qui ne' peut acquérir d’autorité qu’autant que des expériences & des obfervations répétées pourront en conftater la vérité , & je dis librement que , d’après les favantes leçons que j’ai reçues de feu MM, Huno-dt & le Cat, d’après celles que je dois à l’amitié dont MM, Bourdelin, Poiflonier & de Laflfcne, mes confieres, m’honorent, d’après les Ouvrages de MM. Winflow, Quefnay & Lieu-taud, d’après les obfervations que jai faites fur moi-même , & celles des Obfervateurs dont je connois la lumière & la candeur ; tout me fait également conclure que le Fluide, électrique accumulé & dirigé par l’art , peut & doit opérer les effets les plus fenjibles & les plus décijifs fur l’économie animale : & pour dire encore plus, je penfe que ce que l’art peut opérer dans ces expériences n’eft qu’une multiplication, une condenfa-tion du même être fubtil, qui agit naturellement en nous, & par conféquent une furabondance d’un être qui exifte déjà en $0,us, & hors de nous, qui pénétré fans
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- aj& La Nature & les Effets cefle notre corps, qui s’y renouvelle & s’y accumule à chaque fois que nous refpirons, lorfque nos poumons tamifent l’air greffier pour en extraire le feu élémentaire qu’ils reçoivent dans l’intérieur de leur tiflii ; ce feu élémentaire qui donne, peut-être lui feul, à l’air greffier les principales propriétés qu’on a cru lui reconnoître ; à cet air greffier qui me paroît n’être qu’un mixte , & dans lequel j’avoue que je ne peux reconnoître d’autre véritable élément que la matière vive ; cette matière qui peut être tout à la fois l’éther des anciens , la matière fubtile de Defcartes, le feu élémentaire de Boerhaave, & cette autre matière fi fubtile , dont Newton lui-même a fenti la né-ceflité , & qu’il dit être 700000 fois plus rare & plus élaftique que l’air ; matière vive qui ne peut- être autre chofe que le Fluide fubtil, que nous connoiflons aujourd’hui fous le nom de Fluide éle&rique, & que je ne peux m’empêcher de regarder comme l’agent univerfel de la nature ; matière vive que cependant nous pouvions faifir & fou-mettre à nos expériences ; matière vive que
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- du Fluide électrique, zfô nous fommes enfin parvenus à rendre perceptible à la vue, au tad & à l’ouïe.
- Il n’en eft pas de même de l’air ; cependant il a tenu, de tous les temps, le premier lieu dans l’économie univerfelle de la nature. Les Académies les plus célébrés fe font illuftrées dans les premiers temps de leurs travaux, par les rapports qu’elles ont donnés de fes effets, & par la defcription qu’elles, ont faite des propriétés qu’elles ont cru reconnoître. Je vais effayer de prouver à quoi ces effets fe peuvent réduire , ou plutôt j’efpere réuffir à faire voir que tout ce qu’on attribue à l’air (comme élément) eft dû en entier à la matière vive qui lui donne fon exiftencè a&ive, & qui d’un mixte abfolument paflif fait un être fubtil, élaftique & néceffaire à tout ce qui végété ou refpire , à cette matière vive enfin , qui meut & qui vivifie tout dans l’Univers.
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- 1^4 Nature & les Effets
- Effets fenjibtes ê prouvés par texpérience de V Agent nommé Électricité fur l’air.
- C H A PI T RE DOUZIEME*
- J^ien ne doit paraître plus téméraire & plus dangereux à tout homme raifonnable > que d’attaquer des idées reçues & confa-crées par l’aveu d’un grand nombre de gens célébrés, & par celui de Jix générations ; l’amour de la vérité doit cependant infpi-rer le courage de s’expofer aux critiques les plus vives & les plus ameres*
- Je peux très-bien être dans l’erreur; mais j’y fuis de fi bonne foi qu’on ne peut, qu’on ne devrait même que me plaindre & m’éclairer , fi l’on trouve des raifons pour réfuter ce que je vais dire fur la nature de l’air, & fur l’explication qu’on a faite juf-qu’ici de plufieurs phénomènes que nous
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- du 'Fluide électrique. $,5$
- fait voir le baromètre , & de quelques lutres expériences qui femblent conftater la pefanteur de l’air.
- Je commencerai donc pat examiner ce que c’eft que l’air, quel peut être ce Fluide auquel on donne le nom d’élément, & ce qu’on doit entendre par le mot élément. J’o-fe demander à mes ledeurs, que , dégagés de toute prévention , ils veuillent bien lire ce Chapitre en entier avant que d’en porter leur jugement.
- Les noms de Galilée, de Toricelli, de Pafcal, de Boyle, feront à jamais révérés de tout homme qui travaille à s’éclairer. Ce ne font point les expériences qu’ils ont faites que j’attaque ; ils ont bien vu , ils ont bien exadement rapporté un grand nombre de faits qu’ils ont obfervés les premiers , & la Phyfique expérimentale leur doit fes principales & fes plus utiles découvertes : mais quant aux explications qu’ils font de plufieurs phénomènes, quant au moteur auquel ils les attribuent, au nom d’élément primitif qu’ils donnent à l’air que nous refpirons , à cette pefan-
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- a Irt Nature & les Effets
- teur en Golonne analogue à celle des liqui-des qu’ils lui croient, il eft du reflbrt de la Phyfique d’examiner & de pefer les raifons qui les ont déterminés à porter leur jugement. Le grand Newton a prév-u lui-même que la découverte de l’Éleébricité pourrait caufer une grande révolution dans la Phyfique générale, & fi la mort n’eut pas enlevé M. du Fay, dans les premiers temps où les expériences devinrent décifives , il m’eût précédé dans l’examen que je vais faire avec témérité peut-être, mais du moins avec autant de candeur que de fimpli-
- Lorfque la Phyfique a befoin de fuppo-fitions, & qu’elle fe fert pour étayer fes ex-plications de raifonnements trop fubtils, il eft bien à craindre qu’ellé ne s’éloigne de la nature. La Recherche de la Vérité, du Pere Mallebranche , ce chef-d’œuvre de Logique & de raifonnement tropféduâeur, & peut-être trop long-temps admiré , cet ouvrage pourrait bien avoir autant retardé l’efprit humain dans le progrès des con-noiflances Phyfiques , qu’il l’a pu éclai-
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- du Fluide électrique-. aô
- fer d’ailleurs dans l’art fubtil & abufif que Lucien reprochoit aux Sophiftes.
- Ce n’eft que par des ràifonnements également Amples & clairs que la Phyfique doit parler j ce n’eft que par des faits qu’elle peut convaincre.
- L’air a été regardé de tous lés temps comme un élément primitif, & comme un être qui agit avec puiffance fur tous les autres êtres ; cependant l’idée que nous de*-vons avoir d’un élément eft celle d’un être Ample , exiftant par lui-même , qui peut bien être modifié, mais ne peut être dé-compofé de fes parties intégrantes qui le caraélérifent : c’eft auïli l’idée d’un être qui n’a befoin d’aucun fecours étranger pour fe faire connoître , qui peut bien devenir mixte, mais qui, fans être mixte, peut ma-nifefter fon exiftencé.
- Telle eft l’idée pofitive que nous pouvons nous former de la matière palîive ; nous comprenons fans effort que fes molécules font des agrégats d’unités, des agrégats d’atômes pefants, impénétrables, in-deftruâibles.
- Tome î»
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- 2,58 La Nature & les Effets
- Telle eft auflt celle que nous nous formons de la matière a&ive , fur le rapport de nos fens : nous connoilTons aujourd’hui un feu élémentaire, un Fluide éle&rique répandu dans toute la nature, qui n’a be-foin pour devenir perceptible que d’être raflemblé en quantité fuffifante, & que d’être dégagé autant qu’il eft poflible des molécules de la matière paflive qui flottent dans l’air & qui l’obfcurciflent.
- L’aigrette lumineufe prouve ce que je viens de dire , par le vent aigu qui l’accompagne , & qui chafle de fon centre l’air, groflier, & par fa lumière que l’on voit augmenter à mefure que fa force jailliflante chafle avec plus de force l’air groflier qui pourrait l’obfcurcir ; & ce que je dis eft encore plus palpablement prouvé par l’expérience dans laquelle on voit la plus lé- I gere fri&ion exciter l’aigrette la plus bril- ! lante dans le vuide.
- Je crois impoflible qu’un examen exad de l’air groflier puifle donner de même l’idée d’un être Ample & exiftant par lui-même , lorfqu’on confldérera quelle eft fa
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- du Fluide électrique*
- nature, en diftinguant ce qu’on verra qu’il doit avoir acquis d’avec ce qu’il peut être dans foneffence.
- Je crois ne pouvoir mieux commencer cet examen qu’en rapportant ce que M. Quefnay dit fur la fluidité de l’air , dans fon Economie animale, tome premier, page 439 : il n'y a que le feu , dit-il , qui fait fluide par lui-méme, la fluidité des autres éléments dépend entièrement de ce premier principe j mais entre les éléments pajjifs , il n’y en a point quifoit aujji fluide quel’air, lorfqu'il eft raffemblé, & qui conferve, comme lui y fa fluidité.
- Le même M. Quefnay, que je me fais honneur de citer , rapporte plufieurs paf-fages de Boerhaave , pour prouver que fi l’air étoit feulement dépouillé de fes parties aqueufes, fa pefanteur feroit à peine remarquable ; que l’air eft plus ou moins pefant, félon qu’il eft plus ou moins rempli de fubftances étrangères , & que celui qui eft proche de la terre pefe pat con-féquent plus que celui qui en eft éloigné.
- Je crois, en effet, qu’il eft impoflible de R a
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- i6o La Nature & les Effets fe former une idée de l’air, fans fe formel* auffi celle d’un mixte compofé de particules qui étoient auparavant hors de lui* .Nous favons que ces particules font aqueu-fes, falines, fulphureufes, métalliques même , & que par eonféquent ce font des particules terreftres. Rien ne nous prouve que l’air ait la puilTance de les élever dans fon fein, & tout nous prouve que ces particules y font élevées par un être très-différent de l’air.
- Il faut donc que ce foit une force jail-lilfante, émanée de la terre même , qui ait la puilTance d’en détacher les particules qui compofent l’air ordinaire ; il faut donc que cette force vive les éleve, les agite, les broie & les mêle : car ce ne peut être abfolument que de cette maniéré que l’air eft compofé.
- L’air agit, il a quelques propriétés d’un corps, tant que ces particules font flottantes dans fon fein ; mais, qu’eft-il lorfqu’il les a perdues dans le vuide de la machine de Boyle?
- L’air peut donc être regardé comme un
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- du Fluide électrique. 161 mixte deftruétible, jufqu’à un certain point; caraétere qui ne peut convenir à ce que nous devons entendre par le nom d’élément.
- le Doéteur Artbu¬, nous a briffé beaucoup à délirer dans fon excellent Traité de la nature de l’air, & des ingrédients qui le compofent. Eh ne s’occupant pas uniquement de fa qualité , bonne ou mauvai-fe, il a efiayé de nou? inftruire fur fa nature & fon origine s il ne s’eft attaché , dans ce Traité, fi digne d’éloge ,qu’à définir l’air dans fon état de peffeétion, & qu’à nous avertir des qualités qui peuvent le rendre ou falutaire ou dangereux.
- Jereconnois,fans doute, toutes les qualités qu’il lui attribue dans fon état de perfection ; je reconnois dans cet état fa fluidité , fon reffort, fa pefanteur : je vois que l’air eft chargé de vapeurs fur la fuperficie des eaux, qu’il l’eft pareillement d’exhalai-fons morbiferes fur la fuperficie des laif-fes de mer, des eaux croupiffantes , des mines & des terres bitumineufes. Je vois <Je même que les particules élevées de la R 3
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- %6% La Nature & les Effets fuperficie des plantes, des calices de leurs fleurs, & deleur tranfpiration rendent l’air balfamique, & lui donnent plus de reflbrt & de fraîcheur ; mais je ne vois en cela aucun autre principe a&if & moteur que la force jailliflatote de l’Éleéfcricité terref-tre, qui éleve, broie, agite, mêle, & fou-tient toutes les différentes particules qui compofent cet air. Je vois même qu’en conféquence de ce fait, il doit en arriver un autre, & que la force jailliflante de la terre décroiflant en raifon des quarrés de la diftance , l’air doit diminuer par la différence d’épaiffeur des couches de l’atmofc phere.
- Pendant que l’air ordinaire eft prefque anéanti dans le récipient d’où on l’a pompé , on voit un globe de verre y devenir électrique, comme dans Pair ordinaire. Quelle efpece de matière ce globe peut-il alors y raflembler & y condenfer, au point de la rendre perceptible , fi ce n’eft un Fluide aflez fubtil pour pénétrer librement le cryftal du récipient ; Fluide que Newton eftime être 700000 fois plus tenu que l’air
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- du Fluide électrique. z6$ ordinaire , & qui peut l’être en effet, beaucoup plus encore que Newton ne le foup-çonne ?
- Un grand nombre de Phyficiens ont attribué une figure particulière aux parties de l’air, pour pouvoir en expliquer le ref-fort!.... C’eft ainfi qu’on abrégeoit autrefois toute difficulté en imaginant les êtres les plus chimériques, lorfqu’on pouvoit en étayer une opinion dénuée de preuves fen-fibles. Tout Phyficien eft timide dans fes premiers écrits, & fe croit obligé d’accéder en partie aux erreurs accréditées. Lorsque l’Abbé Nollet fe prête à rapporter ce qu’on a dit avant lui de la figure fpirale des parties de l’air, il a grand foin de dire auffi , qu’il ne fait que rapporter ce qu’on a fuppofé devoir être, fans qu’il connoiflè aucun moyen de prouver l’exiftence de ces particules aériennes tournées en fpirales. Pour moi, j’ofe dire librement que ces prétendues fpirales ne font ni plus vraies, ni plus vraifemblables que les cieux de cryftal, les épicycles, & que les atômes figurés de Démocrite.
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- Sj&j, Ltf Nature & les Effets
- Sans avoir recours à aucun infiniment pour foumettre la nature de l’air à l’expérience, on le trouvera très-groflier au fond, d’une mine ou d’une ardoifiere profonde : il n’y eft prefque compofé que de vapeurs épaiflçs dç fouvent mortelles, qui s’élèvent des fuperficies fouterraines. Les ouvriers font obligés d’y appeller l’air fupérieur, & le fecours que l’art peut leur fournir fuffit à peine pour leur conferver la vie.
- Tous les Mineurs qu’on emploie dans les fieges pour pouffer en avant des galeries & des fourneaux, ou pour contremi-ner ceux des afliégés, commeruignt par percer des puits & s?enfoncer pour connoître la nature du terrain, & la couche horizontale. dans laquelle ils doivent faire cheminer leur galerie pour rencontrer & crever les galeries majeures delà place affié-gée. Ces Mineurs certifient que dès qu’ils ont percé cinq à fîx toifes en a vant, leurs lumières s’éteignent, l’air leur manque ; ils; ne peuvent plus travailler fans rafraîchir leur galerie par l’air extérieur qu’ils font
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- du Fluide électrique. 0.6 f
- rnene n’eft-il caufé que par la forte effluence électrique , qui jaillit d’une terre nou-r vellemenç remuée , & qui en éleve beau-, coup de particules pefantes, plus fortes, plus folides que celles de l’air extérieur. Ces particules groflieres s’élèvent, s’épaif-filîent, fe foutienqent par gradation , & forment une colonne qui conferve fon épaif-feur & fa ténacité , tant qu’elle eft contenue dans les parois de.l’entonnoir; & cette colonne ne fe brife & ne fe mêle avec l’air extérieur que lorfqu’étant arrivée à la fu-perficie de la terre, elle y reçoit une agitation en tout fens, qui la divife, i’atté nue & la répand dans l’atmofphere.
- Cet air extérieur, qu’on dit être pefant en colonne, & tendre à l’équilibre avec lui-même, n’a pu cependant pénétrer avec les Ouvriers dans la galerie qu’ils ont ouverte , & il a été repoulfé par une force jailliflante & par des particules plus folides que les Tiennes.
- L’air de l’atmofphere a beaucoup de ref-fort, j’en conviens ; mais il le doit en en-î tier au: feu élémentaire, qui en eft l’amç.,
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- a 66 La Nature & les Effets
- le foutien & le moteur: c’eft ce feu qui foule ve, élance & porte les particules flottantes dans l’air groflier j c’eft ce feu élémentaire , qui, répulfif à lui-même, les agite en tout fent, & leur communique fon élasticité ; & lorfque cette élafticité devient (enflble dans quelques expériences , c’eft parce que ce même feu occupe alors le milieu de chaque particule terreftre flottante dans l’air , & qu’il fe revêt de ce corps groflier, par le moyen duquel il devient aflez folide pour pouvoir agir fur d’autres corps ; comme l’eau d’une riviere renverfe un pont, au moyen des arbres qu’elle entraîne , ce reflort fe perd dans le vuide de la Machine pneumatique ; cela doit être, puifqu’alors les particules grof-fieres de l’air font entraînées & chalfées hors du récipient par les coups de pifton, & qu’il n’y refte plus qu’un feu pur , qui ne montre plus de force élaftique ( quoiqu’il la conferveen lui-même) parce qu’il n’eft plus revêtu , dans le vuide, de cor-pufcules qui puilfent agir fur d’autres cor-pufcules , & parce qu’étant 700000 fois
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- du Fluide électrique. 2.67 plus rare & plus tenu que l’air ordinaire, il pafle librement au travers de tous les corps , & même au travers du cryftal du récipient, quelqu’imperméable qu’il foit à l’air le plus pur.
- Tous ceux qui travaillent aux mines, rapportent qu’il s’en éleve quelquefois des vapeurs li épaifles qu’on leur voit prendre la forme d’un ballon; les Ouvriers nomment ce phénomène la Pouffe, & c’eft ce que les Phyficiens connoiflent fous le nom de Mo-fetes ou de Mephitis. Il faut que les particules qui les compofent foient bien gro£-fieres & bien ténaces pour avoir plus de confiftance encore qu’une boule de fa von; mais on reconnoît toujours, à la forme de ce ballon, le foyer d’aétivité & la force jail-liflante qui le diftend en tous fens, & lui donne fa forme fphérique : on y reconnoît de même le feu élémentaire qui en occupe le milieu. (1)
- Les accidents fréquents arrivés au fond des mines ont fait inventer à M. Halles
- Ci) Je donnerai une pins ample explication de ce phénomène lorf-que je parlerai des météores ignés.
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- 2.68 La Nature & les Effets des machines nommées ventilateurs; elles, ont eu tout le fuccès que ce favant homme en devoit efpérer : non-feulement fes. ventilateurs portent avec rapidité l’air fu-périeur au fond des mines les plus profon-. des ,parle moyen de leurs foufflets, qui ont un double diaphragme ; mais ils fervent également à pomper du fond des mines les vapeurs groflieres & empoifonnées x par de longs tuyaux adaptés à l’ame de ces doubles foufflets. On en établit un au fond, de lamine pour y appeller l’air fupérieur , on en tient un autre fur les bords de l’embouchure de la mine , & la ventoufe du tuyau adapté à l’atue de celui-ci, va juf-qu’au fond de la mine afpirer l’air corrompu, que l’embouchure de ce ventilateur rejette hors de la mine dans le vague de
- On fe fert aujourd’hui de ces ventilateurs en Angleterre, non-feulément dans, les min.es , mais aufii dans les Hôpitaux, dans les Prifons & dans les lieux d’affem-.. blée , tels que la Chambre des Communes &les falles de Spe&acle : on s’en fert aulïï
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- du Fluide électrique. 2,69 avec le plus grand fuccès dans les entreponts des navires ; & depuis qu’on en a fait ufage , tel vaifleau expédié pour là traite des Negres, qui perdoit fouvent dans la traverfée un tiers de ces malheureux qu’on arrache à leur patrie pour les faire efclaves , arrive à la Jamaïque fans en perdre un feul-.
- M. Filéy, Lieutenant-Général des Armées du Roi, e£ prefque auffi grand Phyficieh qu’il eft habile Ingénieur & grand homme de guerre , m’a dit avoir trouvé de ces ventilateurs dans les galeries majeures de la place de Berg-ôp-Zoom ; & en efïet, rien ne peut être plus utile pour raffraîchir & purifier l’air des fouterrains , des ma-gafins voûtés , & des mines d’une glace affiégée.
- L’air greffier des mines , l’air humide, vifqueux & échauffé , d’une falle remplie d’un grand nombre de fpeélateurs , doit être très-nuifible, parce qu’il enveloppe & captive trop l’élafticité du feu élémentaire, & rien ne peut mieux prouver» cette opinion que l'expérience où l’on voit un moi-*
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- 170 La Nature & les Effets neau périr au bout de trois heures, fous un récipient de capacité à tenir deux pintes. Un chat de trois mois n’a vécu qu’une heure fous un récipient qui contenoit 594 pouces cubiques d’air.
- Il y a près de 30 ans qu’étant parti de Paris, la nuit, en Portant de table, dans une chaife de pofte neuve , doublée de velours, qui ne laiffoit nul paflage à l’air, les glaces étant levées, je m’endormis & ne me réveillai qu’aflez près de Verberie, à 14 lieues de Paris. Un Domeftique vint à ma chaife & m’appella : je l’entendis comme s’il m’eût parlé de loin ; mais il me fut impoflible de lui répondre, ni de faire le moindre mouvement. Je fentois très-bien mon état : je me mourais, & je faifois de vains efforts pour exciter mes fens engourdis, & pour me tirer de cette efpece de catalepfie accidentelle. Ce Domeftique me voyant les yeux ouverts & immobiles, fut effrayé, il monta fur le brancard de ma chaife , il eût l’adreffe de baiffer la glace : en peu d’inf-tants je revins à moi, & je crois qu’il m’a fauvé la vie.
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- du Fluide électrique. iji
- Le reflort de l’air ne peut donc fe con-ferver qu’autant que les particules qui le compofent font proportionnées au feu élémentaire qui en occupe les milieux,qui s’en revêt, & qui leur communique fon élafti-
- Si l’air eft compofé de particules trop vifqueufes ou trop groffieres , le feu élémentaire refte captif, enveloppé, & n’exerce plus fa force expanfive.
- Si les particules de l’air font trop rares & trop tenues , comme elles le font toujours à trois mille toifes perpendiculaires au-deflus du niveau de la mer, le feu élémentaire ne peut plus , de même que dans le vuide de Boyle, s’en fervir efficacement pour agir fur les êtres refpirants, & les particules dont il fe revêt alors ne font plus alfez folides pour agir fur des malles auxquelles elles ne font plus proportionnées.
- On ne peut difconvenir que toute particule terreftre ne foit pefante; & lorfqu’elle compofe le mixte de l’air , il faut donc qu’elle foit portée : or, elle ne peut être dé-
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- '%q'% La Nature & les Effets tachée de la terre & élevée que par une force jailliffante , que par une force vive. Elle né peut être agitée que par un Fluide fubtil qui foit répùlfif à lui-même j elle né peut être tranfportée horizontalement ou en ligne diagonale que par une force de tranflation. Une preuve bien fenfible que l’air ordinaire n’a d’exiftenee que par les particules que l’Électricité y éleve, félon lés différentes furfaces dont elle jaillit, ce font les vents qui font les avant-coureurs d’un temps fec ou humide.
- Les vents d’oueft & du fud , qui pafc fent à notre égard fur la fuperficie des grandes mers , rendent le temps humide & pluvieux : les vents du nord , qui viennent des climats où la fuperficie de la terre eft condenfée par le frôid, rendent le temps fec & ferein.
- Tous les voyageurs s’accordént à rapporter que lorfque le vent vient du côté des déferts fablonneux de l’Arabie, & qu’il fouffle fur les côtes orientales de la mer Rouge, les habitants font obligés de répandre dé l’eau dans leurs maifons, & rt’ùfent fortir
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- du Fluide électrique. 173
- fortir fans mouiller à tous moments un linge, au travers duquel ils refpirent. Il me paroît donc impoflible de regarder l’air comme un élément, & de le confidérer autrement que comme un mixte, qui doit toutes fes particules à la terre & au Fluide jailliflant qui les éleve , les broie & les mêle. Plufieurs des propriétés qu’on lui a données ne peuvent être révoquées en coûte, lorfqu’il eft dans fon état parfait & propre à larefpiration. C’eftfur cette efpece d’air que Gallilée , Torricelly , Pafcal , Amontons, Boyle & plufieurs grands Phy-ficiens ont fait des expériences dont les effets ne peuvent être mis en doute ; mais je foupçonne d’inexaétitude les explications qu’ils en ont données , en les déduifant du principe mal prouvé de la pefanteur dé l’air en colonne, comme celle des liquides.
- On trouvera , fans doute , que j’ofe avancer un bien étrange paradoxe ; mais il ne peut y avoir que le vrai ou le faux dans les difcuffions phyfiques. Si je manque de preuves pour conftater la vérité de
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- 2,74 Lû Nature & les Effets mon opinion , j’ai tort j mais fi je réuflis à la prouver, les autorités les plus refpec-tables ne doivent plus être d’aucune con-fidération. Je le répété, tous les faits expliqués par la prétendue pefanteur de l’air, font vrais comme faits ; mais les explications qu’on en a donné jufqu’ici me paroif-fent inexaétes.
- Le baromètre, inftrument fur lequel roulent prefque toutes les expériences fur la pefanteur de l’air, me paroît très-mal connu ; & tel qu’on croit le connoître, ce n’eft pas même encore un infiniment fur la fidélité duquel les Obfervateurs puifient compter : ils le voient varier très-fouvent, quoique placé à des hauteurs égales. Ils ont tenté d’expliquer ces variations , mais fans s’accorder fur leur caufe, & les plus habiles ont toujours lailfé bien des chofes à délirer fur la folution de ce problème phy-fique.
- Peut-on trouver rien de plus pofitif contre l’infidélité des rapports qu’on obtient par l’ufage du baromètre , que les obferva-tions du Do&eur Lifter ? Il obferve d’a-
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- du Fluide électrique. 47 ç bord que la plus haute élévation du mercure dans le tube du baromètre, eft en même-temps égale & confiante entre les Tropiques , & que la variation de la température entre les ifles Barbades & l’ifle de Sainte-Hélene , n’y apporte aucune différence j mais frappé de toutes les variations qu’il lui voit dans les autres Zônes, il en conclut que dans nos climats il jn’y a qu’un très-grand chaud, ou un très-grand froid, l’un ou l’autre foutenu pendant long-temps, qui puiffe maintenir le mercure à la plus haute & la plus confiante élévation.
- Il me paroît que cela doit être, préfumant que la hauteur égale du mercure ne peut être foutenue que par Pélafticité du Fluide éleétrique, qui ne perd rien de fa force dans un air pur : cette force n’étant point appefantie , abforbée, diffipée même par l’eau, doit agir alors fur la fur-face du mercure contenu dans l’auge du baromètre avec toute fa puiflance élaftique & expanfive.
- Cette expanfibilité du Fluide électrique eft fi prodigieufe, que lorfque l’air ordi-
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- VJ 6 La Nature & les Effets naire en eft fuffifamment imprégné , une bulle de cet air, en fe dilatant dans le vuide, acquiert un diamètre 3600 fois plus grand que celui qu’elle avoit avant fa dilatation, & lesfpheres étant les unes aux autres comme les cubes de leurs diamètres, cette bulle d’air dans fon premier état n’eft à celle qui eft dilatée , que comme un à quarante-fix milliards fix cents cinquante-fix millions. M. Muflchembroëk, après avoir obfervé & calculé cette propriété de l’air , fe fert de cette obfervation avec autant de piété que de raifon pour combattre le fyftême abfurde de ceux qui ofent dire, qu’un ha-fard aveugle & deftitué de raifon ait pu faire quelque chofe de fi artificieux : et font-là fes propres mots , & il ajoute, qu’on ne peut comprendre une pareille expanfibilité qui indique quelqu’autre chofe qui y e/l cachée.
- Lorfque le grand Newton fe trouve obligé de préfumer que l’air eft animé par un Fluide fubtil 700000 fois plus rare & plus élaftique que lui ; lorfqu’il reconnoît qu’un Fluide de cette efpece doit agir dans plu-fieurs phénomènes de la nature,a-t-il donc pu
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- du Fluide électrique, vj’j-
- concevoir une autre efpece de Fluide que le feu élémentaire? L’éther,& la matière fubtile Newtoniene, & la matière fubtile Carté-lïenne peuvent-elles être une autre efpece de Fluide que ce feu élémentaire & électrique , unique caufe d’une expanfibilité prefque inconcevable , puifqu’une bulle d’air acquiert un volume 46656000000 plus grand que celui qu’elle avoit dans fon état naturel ?
- Eh ! comment ce Fluide fubtil pourroit-il caufer cette expanfion, fi fes particules conftituantes n’étoient pas fimilaires & ré-pulfives les unes aux autres, comme étant ( prifes féparément) autant de petites fphe-res d’aâivité qui doivent par leur répuî-fion réciproque tendre toujours à fe remettre en équilibre les unes avec les autres. Fausse explication qu3on a donné jufqu’ici de Vabaijfement du mercure dans le tube du baromètre par un temps dyorage.
- Le baromètre bai (Te par un temps de pluie & d’orage , & cela dans le temps même que les nuages font le plus bas, qu’ils
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- 178 La Nature & les Effets prêtent le plus l’air que nous refpirons , & que l’air eft le plus chargé de particules d’eau : on court alors au baromètre, on trouve le mercure bailTé confidérablement dans le tube , & l’on en conclut que Vair ejl très-diminué de pefanteur ! Quelle étrange conclufion ? Et comment a-t-on pu la tirer contre toute efpece de vraifemblance, puifque l’eau eft un corps grave, & qu’on ne peut douter que dans un temps d’orage l’air n’en foit très-chargé ?
- L’abaiflement du mercure eft un fait conf tant, je fuis donc obligé de détruire l’explication qu’on a donnée jufqu’ici de ce phénomène ; je laite tout homme impartial le maître de choifir entre l’explication précédente , & celle que je vais donner.
- Explication beaucoup plus naturelle & vraifemblable.
- N’eft-il pas vrai que de tous les conducteurs propres à tranfmettre l’Éleâricité, il n’en eft aucun qui le foit plus que l’eau ? Deux expériences décifives le prouvent. On fait que la foie eft li éle&rique par elle-
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- du Fluide électrique, 2,79 même' , qu’elle fert efficacement à ifoler les corps qu’on veut éleCtrifer, en y arrêtant ce Fluide fubtil ; mais fi l’on mouille une corde de foie, alors cette corde imprégnée d’eau le tranfmettra très-facilement.
- L’eau fert de conducteur à l’ÉleCtricité avec tant de facilité que MM. Watffon & Ellicott on fait l’expérience de la commotion de Leyde , en difpofant la chaîne & le cercle de communication , de façon que deux Obfervateurs ne fe communi-quoient qu’étant placés vis-à-vis l’un de l’autre fur les bords oppofés de la Tamife, au-deffous du pont de Weftminfter, en trempant chacun une verge de fer dans ce fleuve. La rapidité de l’eau, la largeur du fleuve, l’inégalité de fes bords & de fon fond , ne furent point des obftacles fuf-fifants pour arrêter ou difliper le Fluide éleétrique, & les Jeux Obfervateurs placés en oppofition fur les deux bords du fleuve, reçurent la commotion en même-temps.
- Ces deux expériences prouvent donc que, de tous les corps poflibles, l’eau paroîtêtre celui qui tranfmet le plus facilement l’É-
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- a8o La Nature & les Effets le&ricité, & plufieurs autres expériences relatives le prouveraient également.
- C’eft par cette raifon que lorfque l’air eft humide St chargé d’eau , il abforbe prefque toute l’Éleâricité terreftre dans le fegment du globe où cette efpece d’air exifte. Cette même humidité, qui rend l’air épais, intercepte en grande partie l’Éleéhï-cité folaire fur ce même fegment, par con-féquent l’air perd prefque tout fon reffort dans cette partie , où l'Électricité folaire ne preffe plus , où l'Électricité terreftre ne jaillit plus que foiblement, où le combat réciproque ceffe , ou du mains diminue entre les deux Electricités.
- Je le répété , cette efpece de combat exifte ; ce combat eft néceflaire pour la fufpenfion des fpheres céleftes ; ce combat entre leurs effluences eft prouvé fur notre globe par une infinité de phénomènes différents ; ce combat devient égal dans le point où l’Éle&ricité folaire & la terreftre fe trouvent dans un rapport proportionnel de force, & où cette force fe mettant en équilibre elle fufpend ces grands corps dans
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- leurs orbites, & c’eft ce que Newton a fi bien connu, & ce qu’il a cru devoir exprimer par le mot de gravitation ; par confé-quent, lorfque ce combat des forces jail-liffantes diminue fur un des fegments de la terre, lorfque l’Éleôricité y eftabforbée'par l’eau, l’élafticité de l’air groflier diminue en proportion ; la furface du mercure contenu dans l’auge du baromètre eft ipoins preffée, &la petite colonne contenue dans le tube doit baiffer.
- Nous éprouvons tous l’effet de cette perte de reffort dans l’air, lorfqu’il eft humide & orageux : les gens les plus forts en font affeétés & refpirent avec peine, les afthma-tiques en font prefque fuffoqués ; ceux qui ont les nerfs fenfibles , fentent de la foibleffe, & même un engourdiffement douloureux. Eh pourquoi? Ce ne peut être que parce que l’air humide qu’ils refpirent alors eft bien moins rempli de feu éleftrique , qu’il a bien moins de reffort, & que les poumons ne tamifent & ne font paffer dans le fang artériel qu’une quantité infuffifante de ce feu fi néceffaire pour la formation
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- 28a La Nature & les Effets des efprits animaux , & pour animer tous les nerfs , principes moteurs fecondaires de toute l’économie animale.
- Je m’attends bien qu’on m’objeflera que fi mon opinion eft vraie , le mercure devrait donc s’élever au lieu de s’abaifler ; lorfqu’on porte un baromètre à des hauteurs confidérables, où l’air eft par, il doit avoir une grande élafticité ; & où cependant on voit baifler le mercure dans le tube environ d’une ligne par douze toifes d’élévation perpendiculaires , à mefure qu’on monte, pourvu qu’on ne le porte pas à plus de 150 à aoo toifes perpendiculaires au-deifus de l’horizon.
- Confidérons les objets en grand , & cette obje&ion fpécieufe s’anéantira d’elle-même. Telle élévation que nous puiflions atteindre fur la furface de la terre , elle ne peut être confidérée, par rapport à la grandeur du globe, que comme un grain de fable le pourrait être fur une fphere de marbre poli, qui aurait plus de cent pieds de diamètre; mais cette inégalité fi petite par rapport à la mafie totale du globe , devient
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- très-confidérable par rapport à un de fes fegments. Cette montagne , cette efpece de pyramide perce l’atmofphere qui s’élève d’une certaine furface , & plus elle perce de nouvelles couches de cette atmofphere, plus elle entre dans un air qui devient de plus en plus rare & plus pur.
- Cette pyramide devient alors un conducteur pour l’Éledricité terreftre , qui redouble d’intenfité & de force jaillifiante à mefu-re que la montagne s’élève, & qu’elle diminue de furface ; ce qui fe rapporte aux conduéteurs,qui effluent avec d’autant plus de vivacité, qu’ils font terminés en plus longues pointes.
- L’Éleâricité terreftre acquiert une fupé-riorité de force jailliflante fur l’Éleétricité folaire, à mefure qu’elle converge vers la pointe de la montagne.
- L’élafticité de l’air fur cette montagne n’a plus, même alors, fa même direélion en tous fens ; car le Fluide jaillit de cette pyramide avec une force qui fépare les bafes des faifceaux de rayons folaires & qui les fait diverger. L’homme qui monte fur cette
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- 184 La Nature & les Effets montagne avec un baromètre, eft lui-même une pointe & un conduéteur, par rapport à la mafle ; cette montagne, & l’un & l’autre, effluent l’Éle&ricité terreftre avec force : cette force jailliflanté augmente à me-fure que la montagne s’élève , & par con-féquent l’élafticité de l’air doit diminuer à chaque temps de tendance vers la terre, & en augmenter vers les nues en proportion delà denfité que le Fluide acquiert par l’effluence de tout le corps de la montagne.
- La tendance de l’élafticité vers la terre „ devant diminuer à chaque degré d’élévation par les loix de l’équilibre, la pref-lion fur la furface du mercure doit par con-féquent diminuer de même àchaque temps, & la colonne de mercure doit bailler en proportion dans le tube ; & de plus, la den-fité des couches de l’air devenant de moins en moins épailfe dans la même proportion, les particules terreftres qui compofent le mixte de l’air, devenant rares de plus en plus par gradation dans les couches fupé-rieures de l’atmofphere , moins alors la matière vive peut Je revêtir des particules
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- de la matière morte , moins alors elle peut fe revêtir d’un corps ajfe{ folide pour agir fur un autre corps.
- Ce que je dis ici fera prouvé de nouveau, par ce que j’aurai à dire fur les montagnes dont le fommet paroît lumineux ; j’obferve feulement ici que l’air eft très-froid & très-vif fur le fommet des montagnes élevées : il eft même fi froid fur celui des Cordi-liereo, qui font cependant fous l’Equateur , que ces montagnes, les plus hautes que nous connoilfions, font couvertes de neige en tout temps jufqu’à une certaine hauteur, qui eft la même pour tous les fommets de ces montagnes, & l’air y eft fi rare aufii, que nulle elpece d’être vivant ne peut y vivre. M. de la Condamine , malgré toutes les précautions qu’il avoitprifes, un tempérament robufte, & un courage à toute épreuve , ne put gravir fur le Mont-Pitchin-cha qu’à une hauteur qu’il dit être environ dei6oo toifes perpendiculaires au-defïus du niveau de la mer. L’oppreffion qu’il y éprouva fut fi forte que le fang lui fortit par les oreilles -, il fut obligé de fe laifler
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- a86 La Nature & les Effets couler fur la neige jufqu’au point où l’air commençoit à avoir allez de confiftance pour lui conferver le jeu de l’économie animale. Le baromètre qu’il porta dans cette ftation la plus haute, où, depuis l’exif-tence de la terre, un mortel ait eu l’audace de monter ; le baromètre lui fit voir le mercure à 14 pouces d’élévation dans le tube, & cette élévation de 14 pouces n’eft qu’un peu moins de la moitié de celle que le mercure avoit au bord de la mer. C’eft au même Savant,qui réunit le plus grand courage à la bea uté & à l’élévation de l’ame, que nous devons cette obfervation unique & décifive , fur le rapport d’un homme aufli vrai qu’il eft éclairé ; c’eft au même que nous devons aufli de cOnnoître le cours de la rivîere des Amazones, qu’il a fuivi au milieu des plus grands périls, renouvellés pref-que à chaque lieue, & que nous connoif-fons aujourd’hui ce cours prefque aufli exa&ement que celui de la Seine & de la Loire. Je dois obferver encore que ce n’eft qu’à des hauteurs médiocres que le mercure baifle d’une ligne par douze toifes;
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- du Fluide électrique. 187 car, félon ce calcul-ci, le mercure eût dû baifler de 2.14 lignes; mais à mefure que l’air devient plus rare, la force jailliflante du conducteur devient plus forte , & l’on voit, par l’obfervation de M. de la Conda-mine, que le mercure ne baifla que de 168 lignes.
- Dans toutes les obfervations que je viens de rapporter, je crois donc voir toujours dans Pair un agent primitif qui régit tous les phénomènes qu’il nous montre ; un agent, dis-je, un véritable élément, auquel ce que nous nommons air eft abfolument paffif.
- Je fuis bien perfuadé qu’une certaine quantité d’air renfermée dans un ballon doit avoir un poids reconnoiflable ; mais j’ofe aflurer aufli que ce poids fera plus confidé-rable fi le ballon eft rempli d’un air humide, que s’il l’eft d’un air pur & fec. Les plus habiles Obfervateurs ne feraient pas fans celle des rapports & des calculs fi inégaux de cette pefanteur de l’air, en la comparant à celle de l’eau, fi la différence de l’efpece d’air qu’ils ont pefé n’en mettoit une entre
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- i88 La Nature & les Effets leurs mefures : mais cetre différence eft d’autant plus difficile à apprécier qu’elle dépend d’une multiplicité de circonftances, qui prefque toutes ne peuvent être connues que par approximation ; telles que le climat, la hauteur du niveau de la mer , la hauteur verticale du lieu où l’on eft, la féchereffe ou l’humidité de l’air, les météores qui peuvent l’agiter, l’efpece & la rapidité des vents qui le déplacent, & changent à chaque inftant fa façon d’être. Toutes ces obfervations, qui font cependant né-ceffaires à faire pour former une convention générale qui puiffe conftater quelle eft la véritable pefanteur de l’air; toutes ces obfervations, dis-je, ne peuvent être jamais affez parfaitement faifies enfemble pour que les Obfervateurs puiffent convenir d’une mefure générale, autrement que par approximation, ou par quelqu’autre efpece d’aréometre qui feroit bien fupérieur àl’inf-trument auquel on a donné ce nom.
- Je fuis auffi bien convaincu que l’air a beaucoup de reffort ; mais je le fuis également qu’il n’en a qu’autant qu’il con-
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- du Fluide électrique. 189 ferve de particules terreftres dpnt l’Électricité peutfaifir les milieux, dont elle fe revêt, & qu’elle éle&rife , comme la parcelle d’or l’eft par un tube ; & c’eft cette Électricité de particules de l’air qui les rend répulfives les unes aux autres, & qui leur communique une expanfibilité, en rai-fon de la loi de l’équilibre où le Fluide ftibtil tend à fe remettre fans cefle avec lui-même.
- Cet équilibre , cette loi immuable & confervatrice de tous les grands mouvements de l’Univers , fe fait reconnoître dans tous les phénomènes aériens : c’eft par elle que les vents, en preflant des couches d’air épais à la fuperficie de la terre, ne peuvent jamais les condenfer au point de réunir les particule^ qui compofent fon mixte ; ce qui arriveroit fi chaque particule n’avoit une force répulfive, qu’elle ne peut tenir de la terre, dont elle eft détachée, & qu’elle doit en entier à la petite fphere d’adivité éle&rique qui occupe fon milieu.
- J’aurois mal attaqué la prétendue pe-ianteur de l’air en colonne , fi je ne tra-Tomel. T
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- 190 La Nature & les Effets vaillois à détruire le réfultat que des Savants du premier ordre pnt tiré dè l’expérience d’un baromètre placé fous le récipient d’une machine pneumatique : cette expérience a paru décifive jufqu’à ce jour pour prouver cette efpece de pefanteur. J’avoue que mon opinion eft abfolument différente, & que l’explication que je vais donner de cet effet me paroît bien plus naturelle & plus vraifemblable.
- La plus forte preuve que l’Académie del Cimento ait donnée de la pefanteur de l'air en colonne, celle que les plus célébrés Phyficiens nous ont toujours donné depuis, c’eft l’abaiffement de la colonne du mercure d’un baromètre placé fous un récipient,à mefure qu’on pompe l’air. En effet, lorfque 4a machine eft bonne on peut en pomper l’air affez exactement pour que la petite colonne de mercure s’abaiffe jufque dans la boule.
- Cette expérience excita de longues disputes dans cette Académie célébré, qu’on peut regarder comme le berceau de toutes les autres, & celle qui nous a donné le
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- du Fluide électrique% iqt
- premier exemple des travaux relatifs à la Phyfique expérimentale.
- Le plus grand nombre de ceux qui corn-pofoient cette Académie > conclut de cette expérience que l’air étoit péfant par lui-même, & qu’il pefoit encolonne fur lâ furface du mercure Contenu dans l’auge du'bàt’ome-tre. Ils trouvèrent une relation avec l’élévation de 4’eâu à trentë-deux pieds dans une pompe i ils conclurent par évaluer que la petite colonne de i8 pouces de mercure équivaloit à celle de trente-deux pieds d’eau.
- Quelques Membres de cettè Académie s’élevèrent contre ces conèlufions , & di-foient que li l’air étoit pelant par lui-même , âinfi que les autres gravés , tous les effets qui doivent dériver de cette pefan-teur dévoient être correspondants ; mais que cependant la rondeur des gouttes d’eau ou de mercure ne pou voit point être attribuée à cette pefanteur, puilque cès gouttes la confervoiént dans le vuide. Ils oppo-foient.auffi quelques expériences contradictoires àcèllesfur lefquelles leurs antagonif-tes s’appuyoient, & ceux-ci ne fe défen-
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- &9» La Nature & les Effets doienc que par des raifons peut-être plus fubtiles & plus hypothétiques que lumineu-fes ; cependant la pluralité l’emporta , la pefanteur de l’air en colonne ( i) devint une efpece de loi én Phyfique : elle fut fui vie, onia fuit encore -, & depuis ce temps tous les effets où la preffion de l’air paraît agir font attribués à cette pefanteur ; & comme une première'fuppofition en entraîne néceffai-remettt beaucoup d’autres, on en eft venu jufqu’à évaluer , calculer même cette pefanteur, & à conclure affirmativement qu’un homme d’une taille ordinaire porte un poids d’air de 15 à 26 milliers.
- Mais comment expliquera-t-on , par la feule pefanteur de l’air, le phénomène que préfente le mercure foutenu dans un tube à la hauteur de 75 pouces entre les mains de Torricellÿlui-même? Comment expli-
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- du Ftuide- étcZtrique. 193
- querat-on la' continuation de l’adhérence de deux demi-fpheresdont on a purgé l’air, & qui relient unies avec force dans le vui-de ? Et cette expérience de Magdebourg peut-elle être expliquée par la preflion de l’air dans le vuide du récipient de la machine d’Otto-Guerik ? t Si la feule pefanteur de l’air faifoit monter les liqueurs dans un tube, ou fi, félon M. J urin, l’attra&ion fimple occafionnoit ce phénomène, pourquoi l’élévation d’un liquide dans les tuyaux capillaires fe trou-veroit-elle toujours en raifon de leur diamètre & de leur forme plus ou moins grande? Pourquoi, dans l’expérience de M. Gray, lorfqu’on unit deux feuilles de verre d’un plan bien exaét & bien égal, lorfqu’on ferme l’accès à l’air par une petite laniere de veflie mouillée, pofée fur la jondion d’un côté des deux feuilles de verre , & lorfqu’on entr’ouvre d’un quart de ligne les deux feuilles du côté qui refte libre , de façon que ces deux feuilles forment un angle extrêment aigu; pourquoi, dis-je, voit-on alors cje l’eau colorée s’élever le
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- *94 La Nature & tes Effets long de l’angle fermé , & former entre les deux feuilles une petite nappe, dont la ligne qui la termine dans fa hauteur eft une courbe hy perbolique ? Pourquoi même l’entiere réuflite de ces expériences dépend-elle auffi de 1a matière dont les tuyaux font eompo-fés, puifque l’afcenfion eft plus grande dans les tuyaux capillaires 'dé verre que dans ceux de métal » ce qui détermine M. Jurin a attribuer cet effet à l’attraéHon. du verre ; & puifquedans l’expérience de M, Gray, fi l’on fe fert de deux feuilles de fer-blanc, au lieu de deux feuilles de verre, l’expérience n’a pas lieu, & la petite nappe hyperbolique ne s’élève pas de même ?
- Qu’on examine ces expériences fans préjugé , on trouvera toujours qu’il faut ab-folument que l’air contienne un autre agent qui n’eft pas lui, un agent, en un mot , primitif, élément véritable qui lui communique fon aéfcion, & fâns lequel il n’au-roit aucune exiftence,, Je reviens à la célébré expérience du baromètre placé dans un long récipient.
- JLorfqii’il eft pofé fous çe récipient, &
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- du Fluide électrique. : 195
- que la petite colonne de mercure s’y voit élevée à la hauteur de vj à a8 pouces, voit-on baifler cette colonne avant qu’on retire l’air du récipient ? Non... Cependant on ne peut plus dire alors qu’une colonne d’air équivalente à z8 pouces de mercure continue à pefer fur la furface de l’auge du baromètre ; car on fait que le verre eft imperméable à l’air. Il n’y a donc très-certainement alors que la quantité d’air renfermée fous le récipient qui puiife pefer encore fur la furface du mercure contenu dans l’auge ; & comment une colonne d’air aufli courte pourroit-relle fuffire pour entretenir une preflion fuffifante ? Refte-t-il donc d’autre moyen d’expliquer alors la fufpenfion de la petite colonne de mercure à z8 pouces de. hauteur , que. quelques fuppofitions plus fubtiles que vraifembla-bles ? Ceux qui foutiennent l’opinion que j’ofe attaquer difènt que le volume d’air renfermé fous le récipient , ayant reçu la com-prejfon des colonnes d’air fupèriçures, il la conferve alors fous le récipient , & il pefe également fur la. furface de l’auge. La fuite
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- La Nature & les Effets de l’examen que je fais va prouver combien cette explication eft idéale & abufive.
- Que pouvons-nous croire qui puifle ref-ter fous le récipient, lorfqu’on en a pompé l’air au point où la petite colonne s’eft abaiffée jufques dans la boule ? Nous ne pouvons certainement pas douter que le Fluide éleélrique n’exifte encore dans ce récipient, puifque l’expérience nous montre qu’un globe de verre devient éleétrique dans le vuide de Boyle , comme dans l’air ordinaire, & puifqu’une fécondé expérience nous montre que le haut du tube d’un baromètre devient lumineux & éleétrifé par la feule friétion du mercure lorfqu’on fe-coue légèrement ce tube, & que ce tube eft bien purgé d’air. Mais, me répondra-t-on peut être , puifque vous attribue£ la pefan-teur de l’air à la force élaftique & expanfve du Fluide électrique ; puifque vous convenez que ce même Fluide exifte toujours fous le récipient, après que l’air en eft retiré, pourquoi ne produit-il plus le même effet } Pourquoi ne pefe-t-il plus fur la furface de l’auge} Il nj’eft bien facile de répondre à cette
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- du Fluide électrique. 197 objedion. J’ai déjà dit plufieurs fois que le Fluide éle&rique, 700000 fois plus rare & plus tenu que les particules de l’air, eft trop fubtil & compofé d’atomes trop petits pour pouvoir agir avec J a force élaftique fur un corps fans s’être revêtu des particules flottantes dans Pair dont il peut faiflr les milieux , & qu’il rend alors rèpulfives a elles-mêmes. Lorfque les coups de pifton ont retiré du récipient ces particules grof-fieres de l’air , le Fluide éle&rique refte prefque pur fous ce récipient;il peut palier librement au travers du verre, quoique le verre foit imperméable à l’air greffier : il pafie encore plus librement au travers du mercure contenu dans l’auge. Il ne peut plus comprimer fa furface, parce qu’il n’y a plus,fousle récipient, de particules intermédiaires dont il puifle fe revêtir en en occupant les milieux.
- L’Académie del Cimento même a bien reconnu que lorfque le haut du baromètre n’eft pas auffi parfaitement purgé d’air que le récipient, la petite portion d’air greffier, qui refte encore au haut du tube, agit
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- zyS La Nature & tés Effets alors fenfiblement fur la furface fupérieure de la petite colonne, & contribue par Ton, expansion à la faire bailler.
- L’abailfement delà colonne du tube dans le vuide ne peut donc rien prouver, li ce n’eft que le feu élémentaire ou électrique, dès que le vuide eft bien fait, palTe librement au travers du mercure; &que n’étant plus revêtu, que n’occupant plus les milieux de particules allez folides pour lui donner un corps, & pour qu’il puifle agir-fur un autre corps par fa forcé élaftique , il palTe librement alors au travers du mercure , comme, dans toutes les expériences* nous le voyons palier au travers des métaux les plus durs.
- C’eft par cette même raifon que plus les couches de l’atmofphere vont en diminuant de denfité, plus aufli les particules terreftres, élevées , broyées, agitées dans, l’air, deviennent rares dans ces couches fu-périeures, moins alors le Fluide aCtif peut s’y revêtir du corps qui lui eft néçelïaire pour agir fur un autre corps. C’eft cetté même rareté de particules folides qui 6,te
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- du Fluide électrique. 199 au même Fluide élaftique le pouvoir de comprimer la furfaçe du mercure contenu dans l’auge du baromètre, que l’on portera dans ces couches d’air fupérieures, ce qui doit caufer l’abaiffement de la petite colonne de mercure, comme en effet, elle s’a-baiffe à mefure qu’on gravit fur une montagne , & que l’on entre dans des couches d’air où les particules qui compofent fou mixte deviennent rares de plus en plus, La ftation prefque téméraire de M. de la Condamine, fur la montagne Pitchin-çha, nous prouve que l’air greffier ne pou-* voit plus fuffire à l’être refpirant, lorfqu’il eft affez dénué de particules folides pour ne pouvoir plus comprimer affez la furface du mercure ; que pour élever la petite colonne à ix pouces, on peut, par une expérience relative, connoître le même effet fous le récipient de la machine pneumatique en obfervant jufqu’à quel degré d’abaif* fement de la colonne de mercure l’air peut fuffire pour eonferver la vie à un petit animal, en faifant toutefois une jufte efti-UMtion de la différence que l’on connoît
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- 300 La Nature & les Effets , entre les efpeces d’animaux qui peuvent vivre dans un air plus ou moins fubtil.
- Une expérience inverfe & correfpondan-te à celle où. nous avons vu la colonne de mercure baifler jufqu’à rentrer dans la boule, achèvera de démontrer la folidité de de l’explication que je viens de faire de la première : elle pourra peut-être anéantir l’idée qu’on s’eft faite d’un phénomène qui doit furprendre de embarrafler ceux qui penfent que l’air pefe en colonne lorfqu’ils ne voient point baifler la petite colonne de mercure fous le récipient, quoique l’efpace entre l’auge & la voûte du récipient ne forme plus qu’une colonne de deux ou trois pieds de hauteur.
- Lorfque toute la colonne de mercure eft rentrée dans la boule , après que le vuide eft aufli parfait qu’on puifle le faire , fi on laifle rentrer de l’air peu à peu par la même rainure , on voit aufli-tôt le mercure s’élever & reprendre fa première hauteur ? on ne peut pas dire que cet air qui rentre le long de la rainure & par le fond du récipient puifle pefer fur l’auge du baro-
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- Fluide électrique. 30Î rfietre de toute la hauteur d’une colonne prife dans l’atmofphere. C’eft l’expanfibili-té de l’air , c’eft l’équilibre auquel le fluide fubtil qui; l’anime eft affujetti par fa propre nature -, qui reporte l’air groffier du corps de la pompe dans le vuide du récipient qui en eft privé, & qui ne lui oppofe aucune réfiftance : on voit auffi-tôt le mercure s’élever par degrés & reprendre fa première hauteur. On ne peut certainement pas fouteftir que cet air qui rentre par la rainure & par le fond du récipient puifTe pefer fur l’auge du baromètre de toute la hauteur d’une colonne prife dans l’atmofphere. Il me paroît bien plus naturel d’expliquer cet effet en reconnoiffant, en difant que l’air groffier qui rentre par la rainure fournit de nouveau au Fluide éleélrique des particules terreftres &folides, dont il occupe & faifit les milieux dont il fe revêt, & qu’il rend ainfi répulfives les unes aux autres, & auxquelles par conféquent il communique fon expanfibilité & une force élattique fuffifante pour comprimer de nouveau la furface.de l’auge , & faire re-
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- 301 La Nature & les Effets lever la petite colonne de mercure à fâ première hauteur.
- L’analogie de cette explication avec celle de plufieurs phénomènes du feu matériel donne une nouvelle probabilité à mon opinion.
- N’eft-il pas vrai que le feu ordinaire n’à de folidité & d’intenfité de chaleur & d’action fur les corps qu’en raifon de ceux qu’il confume ?
- Qu’on obferve d’un œil philofüphe quelques degrés de Ceux qui divifent ce qùè les fens peuvent nous faire connoître des extrêmes de cétte intenfité de chaleur * n’eft - il pas vrai que l’intenfité de chaleur du métal en fufion eft bien fupérieure à celle du goudron ou de la poix bouillant te ; que celle du goudron & de la poix eft fupérieure à celle de l’huile, celle de l’huile à celle de l’eau , Celle de l’eau à celle de l’efprit-de-vin , & celle de l’efprit-de-vih à celle des efprits éthérés inflammables ? D’où peut naître cette différence, fi ce n’eft de celle des particules qui fe détachent de l’aliment aâuel de ce feu, lefquelles agif-
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- âu Fluide électrique, 30$ fent avec plus de force les unes que les au*-très fur d’autres corps, en raifon de leur plus ou moins de denfité ? Et comme le feu matériel ne doit toute fon a&ion qu’au feu élémentaire & éleélrique , ainfi que je le prouverai dans les chapitres fuivants , l’analogie la plus exaéte prouve que, de même que fous le récipient , le feu élémentaire ne peut exercer fon élafticité, & comprimer la furface du mercure qu’en raifon des particules groffieres de l’air mixte, defquelles il peut fe revêtir en quantité fuf-fifante pour agir efficacement fur cette fur-face ; de même le feu matériel ne peut agir qu’en raifon de la folidité des particules qu’il détache & qu’il élance contre les autres corps.
- Cette expérience du baromètre dans le vuide de Boyle, qui paroît li viétorieufe pour ceux qui foutiennent la pefanteur de l’air à la maniéré des autres graves, paroît donc ceffer de l’être : l’impoffibilité, j’ofe le dire, l’impoffibilité qu’une colonne d’air équivalente à pouces de mercure puiflè pefer fur la furface de l’auge, lorfque cette
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- 304 La Nàture & les Effets colonne eft interceptée par un récipient de verre, duquel la matière & la texture eft imperméable à l’air groflier ; cette im-poflibilité prouve que le phénomène de l’abaiflement du mercure n’a point été expliqué d’une maniéré fatisfaifante pour la raifon. Je préfume même qu’il ne peut l’être fuflifamment que par l’explication que je propofe ; & je préfume aufii que toutes les expériences analogues & relatives à celle du baromètre dans le vuide de Boyle, ou porté fur le fommet d’une très-haute montagne, confirmeront toute l’explication Simple & fenfible que je viens de donner.
- Il me paroît donc certain que le feu élémentaire , que cette matière vive, ne peut agir fur un corps, qu’autant qu’elle occupe le milieu d’un autre corps , & qu’elle fe revêt de ce corps, qui lui donne de la foli-dité & le met en état de pouvoir frapper ou comprimer un autre corps. Il me paroît également certain que la feule tendance de ce corps eft a Véquilibre parfait avec lui-même , que fon élafticité naît de la rèpulfion réciproque de fes parties fimilaires , & que
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- du Fluide cleclrique. 30 ç
- fon intenfité à*action ejî en raifon compofée ie fon abondance y de .fa denfité & des particules dont elle fe revêt.
- Je fens que j’ai peut-être répété trop fou/ent l’énumération des propriétés & des caraéfceres du feu élémentaire & électrique ; mais j’ai mieux aimé tomber dans ce défaut que dans celui d’être obfcur. Cette derniere définition que je viens de faire de la nature & des effets de la matière vive', c’eftPâme de cetEjfai, & lorfqu’on ofe combattre des opinions reçues S^con-facrées, même par le temps, on ne peut exprimer la fïenne avec trop d’ordre & de clarté»
- Ce que j’ai dit dans les Chapitres précédents , & fur-tout ce que je viens de dire dans celui-ci, me porteroit volontiers à préfumer que la pefanteur & la chûte des corps doit naître de la même caufe»
- S’il n’y a dans la nature, comme tout femble le prouver, que deux matières élémentaires, l’une vive & àgiffante y qui modifie fans cefle, la fécondé, qui eft morte & inerte, la matière morte fera inébranla-Tomel. Y
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- 306 La Nature & Us Effets ble dès que la matiefe vive ne pourra luî communiquer un mouvement fuffifant pour ïa déplacer.
- Un corps grave & inerte porté dans un lieu élevé & abandonné à lui-même, tombe avec une viteffe qui s’accélère à chaque temps ; Cela doit être , puifque ce corps, loin d’être foutenu par une force jailliflante, & loin d’avoir une atmofphere éleétrique qui puiffe auffi le foutenir, doit être comme attiré à chaque temps par le globe électrique de la terre, comme un corps léger l’eft par le tube, & ce même corps ne peut être élancé de la furface du globe contre fon état propre d’inertie, que lorfqu’il eft enveloppé & pouffé par une aigrette électrique affez condenfée, & affez vive pour le porter & l’élever.
- Toute force de projeétile eft une force vive qui ne peut naître que de la matière vive. Lôrfque cette matière vive agit fur la matière inerte , la première étant un Fluide fubtil, elle ne peut agir que par | une force jailliflante, & cette force jaillif* j fante eft d’autant plus vive & plus efficace
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- du Fluide électrique. ijôf
- i|ùë le jet dü Fluide fubtil eft plus con-denfé , & revêtu de particules plus folides; c’eft ce qui fait que le jet qui s’élance d’un canon, au moment où la poudre fait fon ex-plofibn, eft dé la plus grande violence, parce que la matière vive s’anime alors & fe dégage tout à coup des foufres qui l’envelop-poient & la captivoientj Cette matière vive aii hiomënt de l’ex-plofion eft cependant encore enveloppée à un certain point, & les efforts qu’elle fait pour fe dégager augmentent frin élafticité & là font élancer violemment par le côté de moindre réfiftance*
- Le tube du canon contient & Contraint ce jet à ne point diverger, & fi le Canon eft bien foré, fi lé boulet eft bien rond & bièn de calibré, l’aigrette vive enveloppe l’hémif-phere de globe de fer (i) ,faxe de cette ai-
- (I) Je croîs cette obfervation de la pins grande importance pour l’Artillerie. On ne fera jamais fûr de l'égalité, de la force du coup , de la portée & de la jultelfe d’une piece, qU’autant qu’on le fera que la piece eft forée parfaitement , & que les boulets font de calibre. La méthode de M. Maris paroît être très-bonne pour bien forer les pièces, *t la nouvelle méthode de rebattre en forme les boulets en l'ortant de la fente eft excellente St néceflaire.
- V s,
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- 308 La Nature & les Effets grette répond à celle du boulet', & le boulet part avec le mouvement de tranflation le plus violent qu’il, puifle recevoir, la poudre fuppofée bonne & homogène entre les grains.
- L’aigrette vive qui s’élance du canon ne commence à diverger que du moment qu’elle commence à s’échapper de l’embouchure de la piece.
- Cé jet conferve toujours de la force en proportion de la première qu’il a acquis dans l’explofion, & ce jet conferve la fo~ lidité néceflaire pour porter le. boulet plus ou moins loin en proportion des particules plus ou moinsfolides dont ileft revêtu, de même qu’un jet d’eau s’élève plus ou moins haut en proportion de la force jail-lilfantè avec laquelle il s'échappe de fôn tuyau.
- Oeft ce qui fait auflï que le canon porte bien plus loin un boulet que les balles & .les mitrailles dont on le charge pour tirer à cartouche, l’aîgrette vive fe partageant entre tous ces différents corps ; c’eft ce qui fait encore que le boulet va droit-,
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- du Fluide électrique. 309 parce que le long du trajet du tube, l’axe de l’aigrette vive a répondu à l’axe de ce boulet. La même raifon eft pour les fufils, qui portent bien ou mal la balle, félon les mêmes loix que j’ai rapportées ; & bien ou mal le menu plomb, félon quelques autres com-binaifons , qui font toutes dépendantes de ces mêmes loix,.
- On doit bien penfer que le boulet étant compofé d’une matière inerte & indifférente au mouvement ou au repos, doit perdre à chaque temps de la force de tranffation qui l’élance : l’aigrette vive qui le porte perd aufli à chaque temps de fa denfité en divergeant. D’ailleurs le boulet traverfe une couche d’air pleine de particules ter-jeftres qui forment une réfiftance , & le Fluide fubtil, qui eft l’ame de l'aigrette vive eft abforbé à chaque temps par cet air groffier qui le traverfe.
- Rien ne prouve mieux cette obfervation que l’expérience, qui fait voir qu’un boulet ira moins loin étant tiré horizontalement & parallèlement à une furface d’eau, qu’il n’ira fur une furface de terre , parce que
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- 3 io La Nature & les Effets l’eau abforbe plus le Fluide éle&rique qu’aucune autre efpeçe de matière, & que d’ailleurs la couche d’air chargée d’évaporations aqueufçs,, que le boulet traverfé lui oppofe une plus grande réfîftance.
- L’aigrette vive perdant à chaque temps de fa denfité & de fa force , elle çn vient au point où,, ne pouvant plus foutenir le boulet dans fa première direction, çe boulet perd aulfi à chaque temps de fa. force de tranflation qui lui eft étrangère : il commence alors à perdre de là direélion & l’inertie qui eft propre à toute efpeçe de matière morte reprend le deffus., & commence à le faire tomber à chaque temps vers le point où il doit fe retrouver dans l’état de repos qui lui eft naturel.
- L’aigrette vive continue toujours à diverger pour fe remettre en équilibre avec le feu élémentaire & éleétrique qui eft dans l’air& le poulet, en commençant à frapper la terre ou la furface de l’eau * ne roule plus ou ne fait plus de ricochets que par la forte éleétricité qui va mis tou-, te fa texture & toutes fes parties confti-
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- du Fluide électrifie» 311
- tuantes dans une vibration affez vive pour qu’il conferve encore pendant quelque temps une grande élafticité.
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- La Nature & les Effets
- 3«
- Effets du Fluide électrique dans le feu & dans tes phénomènes différents qu'il nous préfente.
- CHAPITRE TREIZIEME,
- O N doit- bien s’attendre que ne recon-noiffant point dans la Nature d’autres éléments que la matière vive , & la matière morte, & qu’après avoir ofé dire que l’air n’eft qu’un mixte & un véhicule, j’attaquerai de même le feu matériel qui fert à notre ufage : çe feu fi utile & fi dangereux , cet infiniment par lequel l’homme participe prefque au pouvoir de créer de nouveaux êtres; arme terrible , avec laquelle il réuf-fit trop facilement à les détruire.
- Je crois qu’il n’eft aucun effet du feu matériel dans lequel on ne reçonnoiffe les traits diftindifs du véritable élément qui l’anime. Je le répété , nous ne çon»
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- du Fluide électrique. 313 ïioîtrons jamais la Nature qu’en la confi-dérant en grand. L’expérience eft fans doute bien néceffaire pour nous éclairer ; mais chaque expérience ne nous montre qu’un des effets d’une caufe primitive : & une vérité ifolée'n’eft qu’une vérité ftérile pour l’entendement, lorfqu’elle n’eft pas liée avec une chaîne d’autres vérités relatives.
- Cependant rien n’eft plus utile que le travail de ceux qui contribuent à augmenter le nombre des expériences ; mais dès qu’on part d’pn principe fondé fur un certain nombre d’expériences pour en tirer une eonféquence auffi pofitive que celle de dire, le feu en général eft un élément, cette affertion mérite d’être difeutée, & en la difcutant fans préjugé, on trouvera bientôt que la qualité d’élément donnée au feu eft très-abufive, prife dans le fens où laplu-part des Phyficiens la lui ont donnée. On trouvera qu’ils ont fans cefft confondu la matière morte & inerte avec fon moteur, & que le feu n’eft véritablement un élément que lorfqu’il eft dégagé des particules groffieres qui l’enchaînent, l’obfcurciffent
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- 314 La Nature & les Effets & l’appefantiffent aflez. pour nous, dérober fa tendance naturelle,
- La chaleur ne doit point être regardée comme une propriété efientîelle pour ca-. raétérifer l’élément que nous nommons feu ; la chaleur eft un de fes effets fur notre globe, & cet effet ne doit être regardé que comme accidentel. La feule propriété eflentielle du fëu, c’eft le mouvement ; le mouvement ne doit & ne peut être conçu que comme relatif au feu ; ils font inféparables , ou plutôt ce n’eft que le même être auquel nous donnons deux-noms differents. C’eft ce qui ne prouve que trop quelle eft la confufion que nous mettons prefque toujours dans nos idées, à force de particularifer les effets d’une même caufe ; & pour parvenir à connoître fa nature nous ne réunirons qu’en parvenant à Amplifier & à généralifer nos idées, autant qu’elle eft finjple & générale dans fes principes & dans les loix qui la dirigent.
- La lumière elle-même n’eft autre chof© que cette m,ême matière vive, & que cet-élément de toute efpeCe de feu i ç’eft pour
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- du Fluide élçclriquc% 315 notre commodité feule, c’eft par un véritable abqs que nous avons trop, diftingué les uns des autres les effets de cette matière vive : cependant la plus fimple méditation doit nous fkire connoître que nous ne pouvons , dans l’examen du feu, du mouvement & de la lumière, faire abftraâion de deux de ces propriétés, ni même d’une feule , lorfque nous voulons analy.fer une des trois & remonter jufqu’à fon effence.
- Que la Chimie difcute dans le feu fin-» tenfité de chaleur, & l’emploi qu’on en peut faire ; que la Méchanique difcute de même la force, l’emploi & la multiplication qu’on peut faire du mouvement ; que l’Optique devoir tout ce qui eft du reffort de la lumière : tons çes travaux font fans, doute très-utiles , très-recommandables ; niais c’eft du réfultat de tous ces différents travaux que l’homme de génie, que le P hit. lofophe éclairé,tel que Boerhaave, remon-. tera à la fource commune de ces trois effets , & conclura que cette fource unique^ ç’eftle feu élémentaire.
- X,a chaleur q’eft qu’un effet du feu , effet.
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- 3i 6 La Nature & les Effets borné à une très-petite diftance du globe que nous habitons : elle n’en eft même à toute rigueur qu’un accident, puifque, dès qu’elle exifte, le feu élémentairecelle d’être pur.
- La chaleur même n’eft qu’un mot de convention entre les hommes pour' exprimer l’efpece de fenfation que nous caufe une modification aétuelle & momentanée de notre être ; fenfation agréable, quand la chaleur agite & caufe de douces vibrations dans nos nerfs ; fenfation douloureu-fe, quand cette aétion eft allez violente pour les contracter & les déchirer.
- On ne peut nier que l’étincelle électrique ne foit un véritable feu , puifqu’elle allume l’efprit-de-vin , le phofphore lur mineux de Kunkel, & même le camphre ; cependant ce feu n’a aucune chaleur , & ne peut élever d’un feul degré la liqueur du thermomètre le plus fenfible , ce qui prouve que le Fluide éleétrique, qui n’eft qu’un avec le feu élémentaire , n’a nullement befoin de chaleur pour être reconnu & caraCtérifé.
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- Du Fluide électrique. 317
- Il n’eft aucune efpece de mouvement oii l’aétion & la préfence du feu élémentaire ne fe fafle reconnoître lorfqu’on l’examinera avec une atterition philofophique ; cependant ce feu, tout aékif qu’il eft, peut être abforbé , enveloppé, retenu par des corps d’une certaine efpece , & l’on doit obferver que lesefpeçes de corps qui le retiennent deviennent tous électriques par eux-mêmes : ce feu abforbé eft celui que les anciens nommoient feu potentiel ; mais dès que ces corps éprouvent l’aétion d’une collifion , ce feu fe dégage, il efflue , il étincelle, il prend toute la force du feu aétueL
- C’eft ainfi qu’on peut embrafer les bois de lierre & de laurier , par une fimple collifion ; c’eft par ce procédé que les peuples de là grande côte d’Afrique, & plufieurs des Indes occidentales ont l’in-düftrie de fe procurer du feu : c’eft aufli la raifon pour laquelle aucune efpece de corps ne peut éprouver une collifion violente fans que ce Fluide fubtil n’en efflue.
- Tous les corps terreftres font immergés
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- ijiâ ta Nature è Us Èffets dans le feu élémentaire ; bu plutôt tout l’Ü-ni vers eft immergé dans ce feu, qui en entretient le mouvement ; les corps terreftres en font plus ou moins pénétrés * & le retiennent plus ou moins, félon la nature & la texture de leurs particules confirmantes.
- Pour bien connoître jufqu’où peuvent s’étendre les propriétés du feu matériel, il fuffit de lire avec attention ce que Boer-haave à dit fur l’emploi qu’on en peut faire , & de lire fur-tout lé quatrième tome des leçons de Phyfique de M. l’Abbé No-let : c’eft fur feS expériences que je me fonde, avec toute la confiance que cet Auteur mérite par fa façon d’obferver , fa fa-* gacité & fa candeur. On peut voir dans ces leçons qu’une goutte d’eau augmente 14000 fois de volume par l’aélicm du feu, & que cette eau n’eft fufceptible, dans un vailfeau ouvert, que d’un degré de chaleur inférieur à celui de l’ernbrafement # puif-que dès qu’elle éprouve celui-ci * elle fe diflxpe en vapeurs; au lieu que les huiles, les réfines & les autres liquides éleélri-ques par eux-mêmes , peuvent acquérir,
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- âü Ftuide électrique-. 3 19
- faiîS fe difliper, un degré de chaleur affez fort pour fondre lé plomb & l’étain ; & c’eft delà qu’on peut & qu’on doit conclure que l’eau étant par fa nature le moins éleélrique de tous les corps , elle eft auffi celui qui cede le plus promptement aux efforts du feu, le feu matériel ayant pouf ame un Fluide qui eft plus de 600,000*000 de fois plus rare & plus élafi-tique que l’eau.
- L’air raréfié a toujours joué le plus gfand rôle dans l’explication des effets précédents } & quelques expériences avoiene trop étendu l’idée qu’on s’en formoit* mais à force de répéter & de varier ces mêmes expériences, à force de les combiner avec plufieurs autres, je crois être parvenu, dans le Chapitre précédent, à prouver que l’air n’a rien d’aétif par lui-même, que fes propriétés les plus reconnues ne font qu’occa-fionnées & conditionnelles , & que dans fes effets les plus communs & les plus fenfibles, on a befoin,pour expliquer comment il agit, de recourir à l’idée d’un agent primitif qui n’eft point lui.
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- $5,0 ta Nature & les Effets
- On en étoit cependant venu jufqu’aii point d’afligner une figure à Tes particii-* les, & en cela même on l’avoit fait dégénérer de la qualité d’élément qu’on lui attribue ; mais les prétendues fpirales de l’air, ainfi que les prétendus coins tranchants que l’on a donné auffi pour figure aux particules du feu ; toutes ces différentes figures idéales doivent rentrer dans la même catégorie où l’on place aujourd’hui les atomes figurés de Leucipe & de Dé-mocrite.
- Ceux qui donnoient pour matière conf-tituante de l’air, des molécules globuleu-fes dont le centre feroit occupé par une molécule ignée f avoient dit du moins une chofe infiniment plus raifonnable j tant il eft vrai que toutes les fois qu’on voudra définir le compofé d’un Fluide quelconque , on ne le pourra, fans y joindre celle d’un feu qui peut feul le mouvoir, l’agiter, le raréfier & lui donner du reffort.
- On a pouffé le refpeét pour l’air jufqu’à dire que la violente explofion de la poudre à canon dans un tube , vient de la ra-réfaétion
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- du Fluide électrique'. 311 réfaction fubite de l’air contenu entre les grains de Cette poudre : je crois bien qu’en effet l’air conteUU dans ces intérftices contribue à cette explofion ; mais on viendra toujours à une pétition de principe, & l’on finira pat feconnoître que la violence dé cette explofion naît de l’éxpanfion fubite des grains de poudre, à canon changés en Vapeürs, & de la vivacité des aigrettes que forment des rayons répulfifs les uns aux autres; rayons dont les particulesfimilaires font autant dé petites fpherés d’aétivité,qui fe revêtiffent dés vapeurs de là poudre enflammée & qui les entraînent.
- Tous leS corps qüi renfermeht lé plus dé phlogiftîqiié font en mêrrie-temps les plus éle&riqües par eUx-mémes, parce qu’étant de tous les corps les plus propres à fixer & retenir le feu élémentaire, ce font âüfli ceux qui l’effluent en plus grande abondance dès qu’ils éprouvent une collifion fuflifarite.
- Il ienible même que dans les différentes efpeces de vraies roches (1) leur tranfpa-
- (1) La plupart de ceux qui écrivent fiir l’Hiftoire naturelle , tombent dans le défaut de confondre fans celle les roches vives avec les malles pierreufes ; la roche vive eft celle que l’eau forte la plus
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- 3 xi La Nature & les Effets
- rence eft proportionnelle à la quantité de feu qu’elles contiennent : l’agate & la pierre à fufil femblent fuivre cette proportion. L’attrition d’un morceau d’acier fuf-fitpour tirer des étincelles de.toute efpece de roche vive : cette expérience fi commune , qu’elle eft tous les jours entre les mains du peuple, ne me paroît cependant expliquée qu’à moitié. Je ne fais pas fi je m’abufe, mais j’ai toujours diftingué dans l’inftant du choc deux efpeces d’étincelles, qui m’ont paru d’une nature différente ; l’une fort du filex, elle eft plus lumineufe, plus blanche , elle paroît s’élever ; l’autre eft une parcelle d’acier que la violence de l’attrition embrafe & détache : elle fait voir une étincelle plus rouge, plus folide, & cette étincelle tombe en raifon de fa pefanteur naturelle.
- Que l’on choque deux pierres à fufil l’une
- vive ne peut diftoudre, & que le feu vinifie : c'eft-Ià ce qui forme une vraie cryliallifation plus ou moins dure. Les pierres font com-pofécs d’une matière très-différente , l’eau-forte les diflbut très-facilement , & l'aâion du feu les réduit en chaux. Il eft effentiel que les Naturaliftes s'occupent de cette différence , fans quoi l’on confondra fouvent deux matières qui font cependant fi diflèmblables par leur nature.
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- du Plaide électrique*
- Contre l’autre > elles donneront des étincelles blanches,quitbiites s’élèveront, & Poil aura beaucoup de péine à allumer l’aniàdou le mieux préparé, parte que ces étincelles ont bien moins dë fôlidité & s’éteignent bien plus promptement* J’ofe même affûter qu’elles ont bien moins de chaleur ; car lorfque je tiré du feu de la roche ou lîlex qui le recelé par le Choc de l’acier, & que je reçois fut un pàpier les parcelles que ce chbC détache des deux Corps * je trouve t en les examinant avec une bonne iôupé > que les parcelle» du caillou font intégrés dans leur nature, mais que les parcelles de l’acier font changées dé nature , globuleufes & feorifiées, au point d’approcher de la vitrification.
- Tous les Corps contiennent plus ou moins de feu; mais on ne peut guère en tirer par l’attrition que dë ceux dont les particules conftituantes font roides & vi-trefcibles. Que l’on ohferve l’effet du choo le plus vif fur les pierrés calcaires, on n’en tire prefqu’aucun feu, parce que Ces pierres ne font que des maffes ftratifiées , &
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- 3*4 La Nature & les Effets compôféeS d’une efpece de caput mortuuni de matières animales, telles que font tous les détriments des corps marins. Ces malles font prefque entièrement privées de particules fulphureufes, & n’ont entr’elles qu’une adhérence trop foible pour ne pas céder au moindre choc ; mais il s’y excite toujours un peu de chaleur, & ces mêmes pierres molles fe gorgent facilement de feu lorf-qu’on les prépare & qu’on les expofe pendant" un temps fuffifant à l’aCtion du feu. Il eft vrai qu’elles ne le reçoivent dans leur tiflu que comme une éponge s’imbibe d’eau ; aufli la feule aCtion d’un air humide fuffit pour les décompofer , & pour leur enlever ce feu qu’elles ne peuvent captiver. Mais le principe de toutes ces efpeces de feux, que je ne cite que parce que ce font ceux qu’on peut obferver le plus facilement & avec le moindre danger ; tous ces feux concentrés, tous ceux que nous devons même imaginer devoir exifter dans les malfes les plus froides & les plus compactes > pourroient-ils avoir une fource & un moteur différents ?
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- du Fluide électrique. 32.5 L'identité de tous les feux poflibles peut-elle être méconnoilïable , & de proche en proche , ne fera-t-on pas obligé, par leur examen, à remonter du feu le plus concentré au feu apparent ; le plus foible de ce feu foible à un plus fort , de ce plus fort à un plus fort encore, & Ton remontera de degrés en degrés d’intenfité jufqu’au foyer général de notre monde folaire : car ce foyer général d’aétivité pourroit-il être autre que le foleil?Et lorfque nous voyons ces fixes innombrables qui élancent des torrents de lumière dans le peu que nous pouvons découvrir de l’immenfité des plages céleftes, pouvons-nous nous arrêter k de petits objets qui ne peuvent nous donner que des idées très-hornées, &ne nous fournir que des comparaifons ftériles ? Ne devons-nous pas plutôt nous élever à la contemplation de cette Mer fans bornes de lumière, où notre foleil a puifé, dans le premier arrangement général, la portion de lumière qu’il devoit répandre, & qu’il répand fans celle dans toutes les planètes qu’il régit, & que fa force centrifuge peut
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- $%6 La Nature & lés Effets allez vraisemblablement avoir élancé de fa malle, aux premiers moments où l’Être fuprçme lui imprima le mouvement de rotation fur fon axe?
- Quelque haute idée que je conçoive du feu élémentaire, duquel je ne regarde notre feu matériel que comme une des modifications la plus groffiere, je fuis encore fort au-delfous de l’idée que quelques Phi-lofophes en ont eue, puifqu’ils ont été juf-qu’à dire qu’il ççnoit un milieu entre la matière & le pur efprit ; mais j’avoue que je fuis tenté de croire que c’çft plutôt la parefle de l’efprit que ce n’eft fon courage & fon élévation, qui fait naître ces idées; métaphyfiques, Il eft bien plus facile d’imaginer que d’obferver & de difçuter çe qu’on croit avoir bien vu,
- Eléfions-nous de tous ceux qui ne partent pas d’une bafe phyfique & folide pour élever la progreffion de leurs idées. A,r-çhimedes çn demandoit une pour remuer le globe terreftre à fon gré, & fa propo-fition étoit bien moins abfurde que celles des Métaphyfi.ciens qui prétendent s’éle*
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- du Fluide électrique. 317 ver & fe foutenir fans un pareil appui. Attachés à ce globe, rampons-y plutôt que de quitter cette bafe néceflaire, &lorfque nous examinons la nature de cet être fub-til que nous nommons feu , tâchons de bien diftinguer fes modes & fes propriétés fans les confondre ; ne jugeons de fa nature que par l’examen & par le réfultat de toutes fes modifications prifes enfemble , de gardons-nous fur-tout d’en juger fur une feule prife féparément, telle que celle de la chaleur , qui n’a rien de fupérieur aux autres, fi ce n’eft que c’eft la plus nécef-faire à notre individu , & celle qui tombe le plus fous nos fens.
- Tout ce qu’on trouve écrit fur la nature du feu dans les Ouvrages des Anciens, prouve la haute idée qu’ils s’étoient formée de fon être.
- Il n’eft prefque aucun paflage de l’ancien Teftament oh il foit parlé des lignes par lefquels Dieu s’eft manifefté aux hommes , que la Divinité ne paroiffe fous la forme d’un feu étincelant , ou d’une lumière pure. Les Prophètes l’ont repréfentée X*
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- 3x8 La Nature & les Effets fans cefle, fous cette forme dans le nouveau Teftament : Dieu paroît refplandif-fant de lumière fur le Thabor, & ç’eft fous, la forme, de langues dç. feu qüe l’Efprit defcend fur les Apôtres. Il eft bien vraisemblable. que la plupart des opinions des anciens Philosophes. étoiç u.n écoulement, de la do&rine des Gh,aldéens , des Phéniciens, des anciens Egyptiçns&de celle même des Juifs. Quelques fables., quelques erreurs fe mêlèrent à ces premières idées reçue?., delà le. culte du feu par pl.ufieurs; nations, delà, toute.? les erreurs q.ue Thaïes, Ànaximene, Anaximandre de Timée. de Locres mêlèrent aux vérités qui avoient, çommencé à les éclairer, Ils confondirent grefquç toujours un feu, pur efprit & im-paflible , formateur moteur, avec le feu. élémentaire , agent créé par ce pur efprit pour entretenir le. mouvement & l’harm.o-nie de l’Univers. s
- Ce que Plutarque , Diogene & Laerqe rapportent des opinions des anciens Philofophes , ne prouve que la foiblefle de. i’çntendement humain ; Pythagore , Soçrar
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- te & Platon furent prefque les feuls qui parurent avoir une idée lumineufe & pofi-tive de h Divinité & du pur efprit, recteur du feu élémentaire : il eft prefque inconcevable que quelques uns de leurs Dif-ciples foient tombés dans ^l’erreur après avoir écouté où étudié les leçons de ces grands Philofophes.
- L’erreur des Stoïciens renouvellée & expliquée par Spinofa , fut foutenue par de beaux génies , qui parurent ne regarder l’Univers que comme un grand animal,& la Divinité que comme une matière ignée infinie ; cependant Marc-Antonin , quoiqu’il fût Stoïcien , paroît avoir une idée bien plus vraie & bien plus fublime de l’Être fuprême, & fes réflexions morales , qu’on doit regarder comme le chef-d’œuvre de la philofophie ancienne , élevent fans cefle à la connoiflance & à l’amour de la Divinité.
- Il n’eft point étonnant que les anciens Philofophes aient conçu une fi haute idée du feu ; ils le regardoient comme le premier mobile de la nature : mais ce qui
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- doit paroître bien étrange, c’eft que ce même Anaxagore , qui penfa fubir la même condamnation que Socrates, fouffrit après pour avoir avancé que le globe du foleil étoit folide & devoit être une mafle de fer ardente. Ce même Anaxagore eft un de ceux qui a le mieux diftingué le pur efprit, le feu impaffible d’avec le feu éthé-ré, ame matérielle de l’Univers, laquelle, félon fon opinion, doitfon exiftence & fon aétion au feu impaffible principe.
- Tout ce qu’on peut raflembler de plus ancien fur l’idée que lés hommes ont eue du-feu , prouve qu’ils l’ont regardé comme le moteur de l’Univers. Les plus éclairés ont vu au-deffiis de ce feu un être intelligent, un moteur principe, & créateur de ce même feu ; mais ceux qui l’ont été moins ont obfcurci & avili cette idée par les erreurs qu’ils ont jointes à la vérité.
- Héraclyte , frappé d’étonnement en voyant avec quelle puiffiance le feu femble changer en entier la nature des mixtes , conclut à regarder le feu comme le principe de toute efpece de modification de la matière.
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- Les Pythagoriciens conclurent de même à regarder le feu comme un principe de vie, & comme le mobile intérieur de tous les éléments , c'eft-à-dire, des mixtes auxquels ils avaient donnés ce nom ; mais Platon eft celui de tous les anciens qui me paraît avoir eu l’idée la plus lumineufe fur le feu élémentaire, lorfqu’il dit dans fon Timée, qu’il penfe qu’il exifte dans le corps de tous les animaux une efpece deréfeau de feu qui s’étend dans toutes leurs parties : mais comme tout ce qui précédé & tout ce qui fuit cette propofition de Platon , ne la prépare, ni ne la prouve, nous devons imaginer qu’il avoit puifé cette idée dans la doétrine des anciens Egyptiens, doctrine qui malheureufement n’a pu paffer jufqu’à nous, & dont plufieurs fragments épars dans les Ouvrages des Philofophes Grecs, doivent nous faire juger que l’art des expériences leur étoit connu , & qu’ils, avoient étendu fort loin la fphere de leurs connoiflances. Ce réfeau qui, félon Platon, s’étend dans le corps de tous les animaux, eft bien analogue à ce que j’ai ofé dire fur
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- 3JX La Nature & les Effets le feu qui anime & circule dans des nerfs, qui par leurs fubdivifions infinies forment un vrai réfeau dans tout le corps de l’animal.
- Dans les différentes guerres qui fe font élevées dans les écoles contre la doctrine d’Ariftote, on l’a accufé avec bien peu de raifon d’avoir enfeigné le Matérialifme dans fon Traité de Mundo, en difant qu’il exiftoit un feu impaffible , immuable , qui animoit une matière vive & fubtile qui opéré tout dans l’Univers. Ariftote méri-. toit-il donc d’être accufé d’Athéifme pour avoir foutenu cette opinion? Et s’il eût été mieux entendu , fi ceux qui l’attaquerent euflent été plus inftruits & plus Philofo-phes, eufTent- ils jamais ofé reprocher à ce grand homme de n’avoir eu qu’une faufle notion de la Divinité , pour avoir enfeigné qu’un Être impaffible, immuable eft le principe de tout mouvement, & qu’il a imprimé ce mouvement à une. matière vive infiniment fubtile, pour lui faire tout opérer dans la Nature ? Ariftote peut-il être foupçonné, par ce qu’il enfeigne à ce
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- du Fluide électrique. 333 Ai jet, d’avoir pu regarder cette matière vive autrement que comme un agent créé & mis en mouvement par un Être impaffible, immuable & infiniment puiflant ? Et les Livres faints ne définiflent-ils pas là Divinité , dans plüfieurs partages, comme un feu pur & impaffible ? Il n’eft point étonnant qu’Ariftote & plufieurs Philofophes ! anciens aient regardé le feu comme quelque ehofe de célefte & de divin, & comme l’agent immédiat de la Divinité : mais fou-vent la paffion condamne ce que la fagefle ne fait que difcuter.
- L’efprit de la doélrine des Mages & des Parcis, qui furent les Philofophes les plus éclairés de leur temps ne nous eft pas même aflez connu pour que nous ofions les ac-cufer d’une idolâtrie abfurde. Le peuple parmi eux a pu fans doute y tomber ; eh, dans quelle religion ( hors dans la feule qui foit Véritable ) n’eft-il pas fujet à tomber plus ou moins dans l’idolâtrie ! Mais le peu qui eft palfé jufqu’à nous du fond de la do&rine des Mages, ne nous autorife point à croire que le feu leur ait paru ne faire
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- 334 La Nature & tes Effeti qu'un avec la Divinité ; tout doit même nous faire préfumer qu’ils n’ont regardé le feu que comme un emblème de la Toute-Puiflance, qui meut & féconde la Nature par fon aéfcion.
- On feroit bien plus fondé à faire un p* reil reproche aux Phéniciens , fi ce que Marfile Ficin rapporte dans fon Commentaire fur les Ennéâdes de Plotin eft exactement vrai : il dit que les Phéniciens croyoiént qu’une lumière incorporelle rem-plifloit tout l’Univers, & le régiffoit avec la connoiftance de fes a êtes, fans qu’aucun Etre fupérieur lui eût donné l’être & le mouvement ; mais Marfile Ficin, qui adop-toit cette opinion abfurde, ne l’appuie par aucune preuve qui ne foit très-facile à réfuter , & cette opinion mérite à peine qu’ori la réfute en forme.
- Il eft très-vraifemblable que les anciens Perfes ont voulu rendre un culte à l’Être fuprême dans celui qu’ils rendoient au feu : ils ont pu facilement concevoir d’eux-mêmes cette idée ; ils ont pu également la puifer dans les rites des Hébreux. Le favant
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- Doreur Hyde me paroît réfuter com-plettement le reproche qu’on leur a fait d’adorer le feu matériel, dans fon Hiftoire de la religion des anciens Perfes ; & peut-être que fi la religion des malheureux Péruviens eût été difcutée avec moins d’intérêt perfonnel & de barbarie, on n’eût trouvé d’aveugles adorateurs du foleil & de vrais idolâtres que dans le peuple, & les Incas fe fulfent juftifiés en prouvant qu’ils n’adoroient fous cet emblème que le Dieu qui créa cet agent immédiat & fécond qui donne le mouvement à la matière.
- L’ignorance de la langue, de la tradition & de la Théologie d’un peuple que des conquérants viennent de foumettre ; le zele ardent qui doit animer les peuples éclairés par la révélation, à ramener l’homme au culte fublime , unique & néceflaire qu’il doit à fon Créateur ; la jufte horreur qu’infpire toute efpece d’idolâtrie : toutes ces caufes réunies ont fouvent fait employer la force (parce qu’en apparence la force fait tout en peu de temps ) là où il
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- 336 La Nature & lès Effets ne falloit employer que la raifon , qui ne peut malheureufement convaincre , éclairer & perfuader qu’à la longue. Accufe-ra-t-on le peuple de Dieu d’avoir adoré le feu matériel en lifant dans les Livres faints tout ce que les Prophètes on dit fur le feu ? Le buiflon ardent , le mont Sinaî, les vifions d’Ézéchiel , celle dè Daniel, la plus expreflive de toutes, le Tabernacle refplendiffant d’une lumière étincelante , ce que les Hébreux hom-moient le Schekinah, ou préfence Divine, dans les temps où Dieu fe manifeftoit fouvent à fon peuple : tout, dans les Livres faints , infpire pour nous inftruire ; tout annonce un Dieu Créateur & Coii-fervateur de l’Univers, fous l’emblème du feu & de la lumière.
- 11 n’eft donc point étortnarit que le Culte de la lumière du feü fe foit introduit parmi des peuples éloignés, qui n’avoiéntque des notions confùfes de la loi des Hébreux , ou parmi des peuples tels que les Péruviens, qui privés de l’art d’écrire , & qui par l’état des arts chez eux, paroîf-foient
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- foient être un des derniers peuples réunis en foeiété ; mais je crois que ce feroit faire tort à l’homme, à ce plus parfait ouvrage de la Divinité, que de croire qu’il n’a pu s’élever de lui-même d’un culte groffier au culte le plusfublime, & le feul digne de lui. Tout doit prouver à l’homme qui commence à réfléchir, que la lumière & le feu (qui pendant bien des fiecles ont été regardés comme deux êtres différents ) ; tout lui prouvera, dis-je, que l’un & l’autre font un corps, puifqu’ils peuvent agir fur d’autres corps, & qu’ils ne different des autres corps que par leur mouvement rapide & par leur extrême ténuité.
- En portant l’examen plus loin , & fui-vant la progrefljon ordinaire des idées d’un être intelligent qui réfléchit ; ce même homme verra que la lumière frappe , que le feu frappe, & que l’un & l’autre ont donc befoin d’être mus ou élancés d’une fphère d’adivité ; en pouffant cet examen plus loin encore, il verra la lumière interceptée par un corps opaque ; il verra le feu éteint ou obfcurci par les corps qu’il ne
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- 338 La Nature & les Effets peut confumer. Dès-lors, il ne pourra plus rien voir de divin dans leur elTence ; & la raifon , cette étincelle de la Divinité, peut alors montrer au Parfis ou au Péruvien qui raifonne, un Dieu moteur au-delà de ces agents dont il a vu borner la puif-fance.
- Accufera-t-on Homberg d’idolâtrie lorsqu'il fe démontre à lui-même que la lumière eft l’acide & le vrai Soufre , principe qui lie, qui féconde tout dans l’Univers , & qui Semble être immatériel, impaflible par la facilité qu’a cet agent de fe dérober à tous les efforts qu’on fait pour le retenir ?
- Accufera-t-on Nieuwintyt & Boerhaave de regarder le feu élémentaire comme le Dieu de l’Univers, parce qu’ils penfent comme Homberg fur fa nature , & qu’ils le regardent comme l’élément primitif qui anime tous les autres, & fans lequel la Nature entière ne feroit plus qu’une mafle brute & fans mouvement.
- Il n’eft pas poffible que le Chymifte éclairé par un efprit philofophe ne con-
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- çoïve la plus haute idée du feu élémentaire ; mais les mots énergiques & pofitifs manquent à prefque toutes les langues pour exprimer des idées pofitives. Ariftote , Platon, Pythagore , eurent fans doute une idée faine de la Divinité , mais dans le portique & dans les fedes italiques & académiques il fe trouva quelques - uns de leurs Sedateurs qui tombèrent dans les erreurs les plus abfurdes. Ce ne font point les inftituteurs de ces fedes qu’il en faut accufer , c’eft l’orgueil, c’eft la vaine fub- . •tilité de l’efprit humain, qui cherche à fe diftinguer, en elfayant de franchir les bornes que les vrais Philofophes ont connues & refpedées. Les grandes idées métaphy-iiques font fouvent mal entendues par ceux qui n’ont pas en eux tout ce qui leur ferait néceffaire pour les bien difcuter ; elles le font encore plus mal par ceux qui ont un intérêt perfonnel à leur donner un tout autre fens. Il étoit bien aifé , fans doute , d’abufer des raifonnements fubtils de Pla- -ton, d’Alcinoüs de Parménides. Peut-être le fublime Léibneitz avoit-il une idée Y a
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- 340 La Nature & les Effets pofitive de Tes Monades; mais l’expreflion lui manqua , fans doute, pour les rendre fenlibles, & je doute qu’aucun de fes Sectateurs de bonne foi puifle dire qu’il en ait une idée pareille : peut-être aufli entraîneraient-elles aux mêmes abus ceux qui voudroient faire fervir les Monades à former un fyftême de la nature des chofes. L’ouvrage le mieux fait, le plus lumineux & le plus fage, le Traité de l’Entendement humain, cet ouvrage fait pour détruire la chimere des idées innées, ne feroitde même peut-être pour un Métaphyficien qui l’en-tendroit mal, ou qui voudrait franchir les bornes que le fublime Lock s’ell prefcri-tes , ne ferait, dis-je, que lui faire renouveler le fyftême aviliflant & défefpérant même du Matérialifme. C’eft par un firis, par une progreflion infinie d’idées que des Philofophes anciens, aufli profonds que ceux que je viens de citer, ont formé un ordre de poflibilités ; mais ces fortes de poflibilités ne peuvent qu’exercer l’efprit , l’embarraflTer, l’envelopper même dans les chaînes d’un raifonnement fpécieux & bril-
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- lant, fans le convaincre & l’éclairer par les mêmes traits de lumière que la Phyfi-que porte fur les objets qui tombent fous nos fens.
- L’Qptique de Newton & la Chymie de Boerhaave, les expériences de l’Éleâricité nous éclaireront plus, & prefque fans effort, que tout ce que les plus grands Phi-lofophes de la Grece ont écrit fur la nature de la lumière & du feu.
- Tous les effets , je le répété, de la lumière , du feu élémentaire, du mouvement & de l’Éleétriçité ( qui ne forment entr’eux que le même être, que le même agent uni-verfel, en un mot, que la matière vive diverfement modifiée ) tous les effets fi merveilleux de cet agent, & fur-tout la ré-pulfion réciproque de fes parties fimilaires, ( répulfion qui les fait toujours tendre à l’équilibre ) tout fait reçonnoître la nécef-fité , l’exiftence & la fuprême fageffe du Dieu qui créa cette matière vive, qui la mit en mouvement & qui l’affujettit à une loi immuable ; car fans cette répulfion de fe? particules fimilaires,fans cette tendan-
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- 341- La Nature & les Effets ce confiante à l’équilibre , elle pourroit détruire dans un inftant le globe de la terre, au lieu de l’entretenir dans une agitation égale , & néceflaire pour fa durée & pour la génération & la confervation de tous les êtres,
- Danslepeu de pays du Nouveau-Monde où l’on a trouvé l’homme, à peu de chofe près, dans l’état de limple nature, le feul culte qu’on lui ait reconnu étoit pour le foleil.On voyoit les anciens de ces Nations fe tourner vers l’Orient en élevant les bras: quelques légères inftruétions leur ont toujours fait comprendre qu’il exifte un Être bien fupérieur au foleil qu’ils adoroient. S’il exiftoit dans l’homme une feule idée innée, ce feroit celle de la Divinité;mais s’il ne l’a, ni ne la peut avoir, il la reçoit du moins avec une facilité qui feroit croire, avec Mallebranche & plufieurs anciens Philofophes Grec?, que cette idée n’eft pour lui qu’un reflouvenir.
- J’ai cru devoir raflembler fous un mê-même coup d’œil une partie des opinion® des anciens Philofophes fur la nature du
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- feu ; mais le réfultac de toutes celles que j’ai rapportées ne peut jamais former un corps de do&rine folide & lumineux. Le feu très-difficile à bien connoître, même dans fes effets les plus fenfibles , n’a. jamais pu l’être par les anciens, dans fon effence, dans fa pureté, dans fon état primitif , parce qu’ils n’ont point été guidés dans leurs recherches par des expériences décifives , par un efprit d’analogie , & qu’ils n’ont fait que des efforts d’imagination. Les preuves par les faits leur ont manqué , foit qu’ils n’aient pas connu l’art des expériences, foit qu’ils l’aient dédaigné , foit enfin qu’ils aient manqué des inftruments néceffaires.
- L’ame du feu qu’ils ont imaginé , leur feu élémentaire ne s’eft point manifefté fous leurs yeux & fous leurs mains ; ce qu’ils ont même dit & penfé de plus vraisemblable fur ce feu fubtil, ame matérielle de l'Univers, ne pouvoit être encore pour eux qu’un être poffible : mais il ne pouvoit. être un élément réel; caria réalité ti’exifte pour nous que lorfqu’elle eft
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- foumife au rapport de nos fens.\.
- Notre fiecle,plus heureux, eft éclairé pa> un nouveau flambeau , & bien des fantômes phyfiques difparoîtront à fa clarté, quoiqu’ils aient été révérés pendant une longue fuite de flecles.
- Il me paroît néceflaire d’appuyer fur l’erreur trop accréditée où nous tomberions fans ceffe fi nous voulions juger du feu par fes modifications de chaleur & d’em-brafement-, & je vais examiner fon état dans les corps où nous pouvons le recon-noître, où nous pouvons le foumettre à nos obfervations, & dans lefquels ce que nos fèns nous apprennent à nommer chaleur , difparoît prefque entièrement, pour ne plus biffer voir que la lumière, &pour ne plus fe manifëfter même que par un mouvement prefque infenfible.
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- Effets de VÉlectricité dans plujieurs phénomènes du feu matériel, & dans les phofphorçs artificiels.
- CHAPITRE QUATORZIEME.
- ]L A quantité de phofphores plus ou moins brillants qu’on obferve dans la nature ; ceux du régné animal;ceux qui font répandus dans la mer ; ceux qu’on doit à l’art, nous prouvent également que-la chaleur n’efl: point un effet néceffaire pour carâ&érifer le feu.
- L’examen exaét du rapport de nos fens doit même nous empêcher de choifir l’effet qui les affeâe.le plus pour juger d’un tout par une de fes parties, que nous ne pouvons même bien.conrioître j car quelle efpece de mefure affez étendue , affez graduée avons-nous pour connoître oh commence & jufqu’où s’étend cette aétion que pous nommons chaleur ?
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- Nos thermomètres fuffifent à peine pour l’efpece de mefure qui nous eft la plus né-ceflaire; mais combien au-delà du phyfiquç qui nous eft utile, la mefure vraie des extrêmes , en plus ou en moins de ce que nous nommons chaleur, ne doit-elle pas s’étendre ?
- Défions-nous donc du rapport de nos fens , ou du moins comparons leurs rapports , & jugeons par ce qui eft encore fen-lible pour un autre Obfervateur, quoique cela ne le foit plus pour nous , de ce qui peut exifter encore au-delà de ce degré, & de ce qui ferait encore fenfible pour un être doué de fens encore plus exquis !
- La raifon ne peut admettre deux efpeces de feux différents dans la nature, & lorfque nous aurons obfervé que dans les phénomènes que le feu nous préfente, ceux qui prouvent fa plus grande vélocité, ceux qui produifent l’effet le plus violent & le plus fubit, ceux qui font briller la lumière la plus vive, font en même-temps ceux qui caufent la moindre fenfàtion de chaleur. Sera-ce donc par le cara&ere de chaleur
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- du Fluide électrique. 347 que nous apprécierons & que nous définirons la nature du feu ?
- Des phénomènes bien fupérieurs à ceux de toute efpece d’embrafement ne nous détermineront-ils pas à prendre du feu une idée bien fupérieure à celle que nous avons de tous les autres êtres ? Pourrons-nous alors nous refufer à celle que Boerhaave nous en donne , en traitant du feu élémentaire , & à celle qui doit nous être fi naturelle , & qui devient fi frappante pour nous lorfque nous avons fuffifamment ob-fervé les phénomènes que nous préfente l’Éleâricité, feu élémentaire, ralfemblé par l’art?
- L’idée du froid & du chaud, je le répété , eft abfolument relative à nos fens ; & lorfque nous obfervons le degré de chaleur que nous donne le foyer du verre ardent que Thirknaufen fondit pour feu Monfeigneur le Duc d’Orléans , Régent, nous devons imaginer, par l’intenfité de chaleur que produit cette loupe , formée de façon que fes deux furfaces font comme deux fegments pris fur une fphere de
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- 348 La Nature & les Effets douze pieds de rayon , de l’intenfité de chaleur du foyer provenant d’un autre miroir formé dans la même proportion , mais qui feroit compofé de deux fegments, d’une fphere qui auroit 144 pieds de rayon.
- Nous n’avons pas des idées plus pofi-tives fur le froid : celui de 1709 n’eft que médiocre encomparaifon de celui que MM. de Maupertuis , le Monier & Clairaut effuyerent fous le cercle polaire ; & cependant ce froid qui geloit, dans leur cabane fouterraine à Quittis , jufqu’à leur tranf-piration, qu’on voyoit fe glacer & tomber en flocons dès qu’on ouvroit la porte ; ce froid efl encore très-inférieur à celui que M. de Lifle a obfervè fur les bords de la Mer-Blanche, dans quelques cantons de la Sybérie (1) ; & ce dernier froid naturel eft encore inférieur au froid artificiel que
- (1) J'obferve ici que Québec & Aflracan fe trouvent à peu près fous le même parallèle que Paris : le froid de Québec eft très-fu-. périeur à celui de Paris j celui d’Aftracan l’eft de même à celui de Québec. L’explication de cette différence devient bien lïmple & bien frappante, en partant des principes que je vais continuer d’établir i St nous la trouverons dans la fuite de cet Effai.
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- du Fluide électrique. 349 qüelques Savants du Nord ont fu porter jufqu’au point de condenfer affez le mercure pour qu’il puifle foutenir des coups de marteau. Ce fait eft connu par M. PoilTonnier.
- Puifque nous ne pouvons pas côniloître les extrêmes du froid & du chaud fur notre globe , iis ne peuvent être ni l’un ni l’autre des traits caraélériftiques du feu ; & comme il eft bien prouvé par l’expérience que l’aigrette éleétrique, forte ou foible, ne fait monter ni baifler la liqueur d’un thermomètre , & qu’elle la laiffe dans le degré qui répond à la température aétuelle de l’air, puifqu’en même-temps cette aigrette pure a la principale propriété du feu matériel pour embrafer les corps ; puifqu’elle a de plus beaucoup d’autres propriétés bien fupérieures à celle du feu matériel, & beaucoup d’autres encore que celui-ci n’a p’as, peut-on raifonnablement fe défendre de reconnoître que le feu pur & aétif de l’aigrette eft le véritable élément, tandis que le feu matériel n’eft qu’un corps mixte ; comme l’eft aufli l’air groflier dans lequel
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- 3$o La Nature & les Effets le feu élémentaire fe trouve enveloppé , obfcurci & appéfanti , foit par les particules terreftres qu’il éleve , foit par l’aliment même qu’il dévore. Un des phénomènes du feu qui doit paroître le plus fingulier, c’eft fon effet terrible dans le foyer d’un verre ardent, foit de réfraéfion , foit de réflexion , & cet effet paroîtroit contredire ce que je viens effayer de prouver au fujet de l’abus que nous faifons du mot de chaleur, en regardant cet effet comme une propriété caraétériftique du feu élémentaire. Il paroît que rien n’eft plus pur que le cône lumineux qui part du miroir, comme de fa bafe, pour aller coïncider dans un foyer ; ce cône lumineux doit même chaffer avec force la poufliere infen-fible flottante dans l’air, puifqu’un rayon reçu par un petit trou, dans une chambre bien obfcure, agite , écarte «vifiblement cette poufliere. Il eft très-fûr aufli que nous ne pouvons par aucun art donner au feu une intenfité de chaleur plus forte que celle du foyer du miroir de réfraétion de Thirs-naufen ; mais examinons, d’après mes pro-
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- polirions précédentes, ce qui fe pafle dans ce foyer. Beaucoup de Phyliciens ont rapporté cet effet violent ; je défirerois en avoir lu une explication allez fatisfaifante pour m’épargner d’en donner une.
- Je vois que non-feulement on force les rayons folaires qu’on ralfemble dans la bafe du miroir, à ne plus fuivre leur direction divergente ; mais qu’on les force, par une forte réfra&ion, à coïncide? dans un point.
- Tout ce qui précédé cette feérion n’a-t-il pas prouvé fans celfe que le feu élémentaire efi infiniment élaflique Gr-répulfif a lui-même ? Quelle force d’élafticité & de ré-pulfion ne doivent pas avoir les rayons folaires dans le foyer où la réfraâion les fait coïncider ? Ne doivent-ils pas divifer, déchirer , brifer, dilïiper même tous les corps qu’ils pénètrent alors ? Plus les corps qu’on expofe à cette aétion font denfes , plus cette denfité les met en état de réfif-ter, & plus la force élaftique & répulfive de ces rayons doit agir avec violence. ^ On peut fans danger porter la main dans ce cône lumineux, & intercepter fon
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- 3Çi La Nature & les Êffels foyer, pourvu que ce foit près de fa bafe : f! la chaleur feule agiffoit dans ce phénomène , comment feroit-il poflible que la même chaleur qui fait fumer l’or , & qui le dif-fipe en bules infenfibles dans un foyer d’environ fix à fept lignes de diamètre, fût prefque infenfible lorfque les mêmes rayons qui vont former ce foyer ont encore une bafe de quinze à vingt pouces de diamètre ? Comment l’aâion prefque infenfible de cette chaleur pourroit-elle, par fa feule réunion dans un point, former une pareille intenfité de feu ? De plus , au-delà de ce foyer, les rayons recommencent à diverger & à former un cône renverfé au premier ; & à mefure que ce cône s’éloigne de fon foyer d’aélivité, il diverge & perd de fa chaleur en augmentant de diamètre. Feu M. du Fay , ayant reçu l’image du foleil fur un miroir plan d’un pied quarré, il trouva que la bafe du cône lumineux qu’il formoit, étoit à la diftance de fix cenrs pieds, dix fois plus grande que le miroir, &' ( félon une analogie frappante qu’on trouvera toujours très-exa&e éntre les.
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- les rayons folaires & les aigrettes électriques ) M. l’Abbé Nolet a vu, des bâfes lumineufes d’aigrettes, qui ëtbient devenues invifibles à quelques pouces de distance du conducteur, redevenir vifibleS & former de grandes bafes à la diftance de plufieurs pieds , fur des moires d’or ou d’argent.
- Lorfque la feCtion du cône lumineux, élancé d’un miroir ardent, donne une bafe d’un diamètre égal à celui du miroir , en commençant du point de fon foyer à di vérger, là chaleur n’eft prefque plus fen-fible ; cependant, fi l’on reprend cette bafe avec un fécond miroir de réflexion , il raf-femblerà & fera Coïncidef de nouveau les rayons folaires, qui* par dès progreflions femblables aux preniieres, iront former un foyer d’aCtivité prefque égal au premier.
- Pourroit-on méconnoître dans cette, expérience cette force élaftique &xépulfive, vraie propriété dû féü élémentaire & de toutes les autres efpeces de feux dont il efi l’ame?.C’èft par là force réunie de cette propriété qu’il tend fans ceflè à l’équilibre
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- 354 La Nature & tes Effets avec lui-même, & que lorfque quelqu’acci-dent ou les efforts de l’art viennent à dé- j ranger cet équilibre, il fait les efforts les I plus violents pour le rétablir.
- Eh ! comment pourrions-nous expliquer un feul des effets de notre feu greffier même , fans reconnoître la force élaftique des particules ignées, & la force répulfive dont le concours raréfie, écarte & déchire tous les corps qui en font pénétrés, qui brife, fépare leurs particules conftituantes , & qui parvient à les cinérifer quand l’art peut réunir & condenfer les particules ignées?
- Ces deux forces répulfives, & élaftiques, forment alors dans les corps embrafés un foyer d’aâivité dont les rayons s’étendent jufqu’à ce qu’ils foient en équilibre avec le foyer général de l’atmofphere, & c’efl: bien vraifemblablement ainfi que toutes les atmofpheres des fixes s’étendent, fe pénètrent & fè repouffent mutuellement jüfques dans les termes où ils font en équilibre ,
- & où la force jailliffante de l’une, & comme circonfcrite par la force jailliffante des autres, ce qui forme entr’eux une gravita-
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- àu FiuiJè électrique,*
- fcîôri refpeétive & générale j je dis gravitation > car il importe peu de nommer gravitation ou équilibre,un effet qui doit être tel qu’il eft, pour foutenir des foleils innombrables dans l’harmonie où nos foibles yeux & notre Courte durée ne nous laif-fent àppercevoir aucun changement.
- J’ofe dire que dans toute forte d’expérience fur l’aétion du feu, on reconnoîtra la loi immuable de l’éqüilibre que le feu cherche à rétablir fans ceffe avec lui-même : que plus oh réuffira à troubler , cet équilibre,foit enraffemblant le feu pair l’art dans un foyer, foit en privant un corps de prefque tout le feü qu’il tient du foyer général de l’atmofphere , plus alors on verra le feu faire des efforts pour fe dégager , foit d’un foyer, foit d’un point de coïncidence, & plus auffi on pourra re-connoître l’aétion du foyer général pour rétablir l’équilibre entre fon état préfent & celui du corps dont on aura extrait le feu.
- L’application de tout Ce que je viens de dire aux expériences de lxleâricité, eft
- Z a
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- 3 $$ Là Nature & les Effets fi naturelle: que je crois pouvoir foutenir que ce Fluide fubtil offre des faits encore plus frappants pour le prouver : il eft fûr que fon a&ion eft d’autant plus vive que fon feu eft plus pur que notre feu greffier, & cette aétion eft même infiniment plus forte dans quelques expériences que nous pouvons faire avec un feul globe bien électrique, qü’elle ne pourroit le paraître dans les expériences que nous pourrions faire au foyer du miroir ardent le plus grand & le plus parfait que l’on piaffe former.
- On doit regarder comme impoffible de faire périétrer de l’or dans une glace, par une vitrification qui puifle les incorporer enfemble avec le fecours même du foyer du plus grand miroir ardent, & fi cependant nous imaginions que l’art pût parvenir à réuffir , nous ferions fûrs du moins que ce ne pourroit être que dans un temps plus ou moins long & facile à apprécier ; mais nous verrions bientôt notre efpérance trompée, car l’aâion de ce foyer, au lieu d’incorporer les parties de là glace & de l’or, les fépareroit plutôt, & les diffipe-
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- du Fluide électrique. 357 toit, dès qu’il les auroit pénétrées & raréfiées.
- Cependant l’étincelle éle&rique incor-» pore des particules d’une feuille d’or dans une glace bien pure par une feulç explosion ; quoique la matière de la glace foit la plus imperméable de toutes les matières poffibles, à toute autre efpece de Fluide qu’à l’Éle&ricité , on ne voit dans cette expérience aucun emploi répété d’adion : ^incorporation de l’or dans la glace ( d’où nul moyen phyfique ne peut plus le retirer )-s’exécute par une feule, étincelle dans uninftant inappréciable,& avec une inten-fité d’adion qui eflr peut être dans l’explo? (ion 350000 fois plus viye que celle dq foyer du meilleur miroir ardent.
- Rien dans la nature ne peut donner l’idée d’un effet aiiffi fubit, aufli violent» auffi inftantané, fi ce n’eft l’explofion de la foudre. Eh ! pourroit - on croire que la nature agiffe par deux moyens différents pour produire le même effet ? Et ne voypns-nous pas l’analogie la plus frappante entre les explofions du tonnerre &
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- 358 La Nature & les Effets celle de l’étincelle foudroyante ? Eft-il té^ méraire de préfumer qu’en chargeant d’É-leétricité piufieurs grandes glaces ou plu-fieurs greffes bouteilles préparées félon l’art ; en les difpofant de façon que toute leur charge pût coïncider & éclater à la fois dans un point, on verroit un effet égal à celui du tonnerre ? Seroit-il donc bien téméraire auffi de préfumer en con-féquence, que les nuages chargés de vapeurs nitreufes & fulphureufes, venant à être agités par les vents. , deviendroient très-éleétriques , & que pouffés par ces mêmes, vents à la rencontre d’un nuage non-éleétrique, ou à celle du fommet d’une montagne , ces nuages éclateraient & déchargeraient leur Électricité par l’expîo-jfian d’une étincelle allez violente & alfez abondante en matière pour s’élancer contre la terre & y faire les ravages, y pro-i duire tous les effets que le tonnerre pops montre ?,
- Je m’arrête ici, je le dois, n’ayant dit rien de plus dans'mon premier Mémoire en 17^8, fqr l’analogie que je préfùmoi$
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- du Fluide électrique. 359 devoir être entre l’Éleâricité & le tonnerre, & n’ayant fait encore alors aucune expérience qui pût me prouver ce que jenefaifois encore que conjecturer. Ce n’eft que depuis qu’un de rties Confrères de -lai Société royale de Londres- m’a; fait paît du rapport qüe M. Collinfon avoir fait-à la Société royale des premières expériences de M. Francklin, & des -moyens de'les répéter, que j’ai fait ces :.expériéüçesi pour mon inftruétion : c’efl; à M. Francklin qu’eft dû tout l’honneur d’avoir prouvé -cette vérité que je ne faifois qu’entre*
- Les lettres de M. Francklin , la traduction élégante qu’en à. fait M. d’Alibard, les obfervations que ce-dernier leur a jointes , une fa vante lettre de M. l’Abbé No-let, fur le même lujet, tous ces Ouvrages m’ont fait fentir bien vivement le plaifir de recevoir une nouvelle lumière , & la reconnoilfance qu’on doit à ceux qui nous ont éclairé. Je renvois donc ici mes Lecteurs à l’édition des expériences de M. Françklin , publiées par M. d’Alibard,
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- $6o La Nature & lés Effets & imprimées chez Durand en X74&-
- Que l'on juge, d'après la leéture de cet Ouvrage, fi le tonnerre peut être autre chofe qu’un des effets de l’Éleébicité ter* reftre ; fi le feu élémentaire n’eft pas tou* jours répulfîf à lufcmême, & s’il ne tend; pas toujours à l’équilibre, dès qu’il eft en liberté î
- Je pafle donc à une prétendue propriété, du feu , foutenue avec chaleur par Hom-berg & par Boylë , niée par d’autres Phy.-ficièns aufïi célehres.,. & peut-être prou*, vée & réfutée tour à tour, par des expériences dont les explications font égale-, ment abufives. Les nbms les plus impofants par leur célébrité n’entraîneront jamais à la confiance abfolue que ceux qui n’ont ni le courage, ni la patience de travailler eux-mêmes. Souvent une explication reçue, devient infufïifante pour ceux qui répètent «nç. expérience fans prévention , qui ne voient que ce quelle leur démontre, & qui refuient de fe prêter à des apparences qui peuvent être trompeufès.
- ' Le feu eft une matière ; fans doute il en
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- du Fluide électrique. $6t
- eft une 1 donc il doit péfer : cette conférence eft vraie dans un fens; mais elle me paroît abufive dans celui de Boyle & de JJomberg. Ils ont voulu prouver la pe-fanteur du feu à la manière dçs autres graves , par une expérience, en difant que quelques corps étoient augmentés de poids après avoir été calcinés, & qu’ils dévoient ce furcroît au feu qui s’étoit logé dans leur îifiu : Boerhaave n’a jamais vu vérifier ces expériences ; car c’en feroit une très-abu-live que celle du fel de tartre, ou tel autre fel calciné, qui à la vérité s’imprégne fortement & en peu de moments, de toute l’humidité qui eft en l’air ; & cette preuve ne peut être reçue. Boerhaave cite plu-lieurs expériences contraires à l’opinion de Homberg , & je crois qu’on doit fe ranger à l’opinion du Phyficien qui, fans çomparaifçn avec aucun autre, a le mieux connu la nature du feu, & qui n’a jamais reconnu dans le feu matériel qu’une modification du feu élémentaire. Non-feulement je crois devoir foufcrire à l’opinion de Boerhaave, mais je vois que la chaux &
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- 3 6i La Nature & les Effets la pierre de Bologne perdent beaucoup de leur poids par la calcination, quoique très-imprégnées d’une grande quantité de feu j je vois que lorfqu’au bout de quelques jours, lorfque la gierre de Bologne calcinée a perdu toute fa lumière & qu’on la fait calciner de nouveau pour lui rendre fon premier éclat, elle devient, en l’acquérant de nouveau, encore plus légère : je vois encore qu’une barre de fer étant bien rouge pefe précifément ce qu’elle pefoit étant froide, & rien ne m’entraîne à croire que le plus ou moins de feu dans un corps puifle apporter une augmentation à fon poids.
- Si l’on veut s’éclairer plus complette-ment fur cette queftion (i) on ne peut mieux faire que de lire le rapport des expérien-
- (i) Je recommande fur-tout qu’on Ilfe les lettres & le rapport des expériences de M. Wallon, de la Société royale de tondre;., imprimées i Paris chez Sébaflien Jorry en 1748. ta modeliie de cet Auteur laifle percer la lumière •& les grandes vues qu’il-porte fur ,jes eUêts de l’EIeâricité ; il ne craint pas même plus que rapi de porter un examen févere fur quelques explications du grand Newton : il n'aft de' vraie patrie pour tout Phyficien digne de ce nom que le temple de la vérité ; & M. Watfon prouve également dans «es lettre» ('étendue de fon génie 8r fon impartialité.
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- du Fluide électrique, 363
- «es d’Haërtfoëker , & celles de M. Bol-duc , fur la nature du feu : elles combattent St détruifent celles de Boyle , de Le-mery Sc de Homberg. On doit lire fur-tout l’excellent Mémoire que l’Uranie de ce fiecle, que feue madame la Marquife du Chaftelet donna en 1744 à l’Académie des Sciences f Sç qui fut çouronné tout
- Elle y établit que le feu ne pefe point comme les autres graves ; elle y prouve, Sc par une expérience faite par l’Académie de Florence, Sc parcelles qu’elle avoit faites elle-même, que la tendance du feu en liberté eft de s’élever. Je n’ajouterai point aux expériences de madame la Marquife du Chaftelet, celles que j’ai faites encore après avoir répété les fiennes : toutes m’ont également prouvé que la tendance naturelle du feu en liberté eft de s’élever. Mais le feu , lorfqu’il s’élève , n’obéit-ü pas à la loi générale qui eft impofée à la matière ? Nous ne pouvons porter l’expérience fur la façon dont le feu peut pe-fer, Sc fur la tendançe qu’il a , que juf-
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- 3^4 Natute & Us Effets
- qu’au point où il eft encore perceptible a nos fens : mais d’après toutes les proppr fitions précédentes, je préfume qu’il pefe fur fon centre naturel, & ce centre ne peut être que le foleil, première fource de tout le feu répandu dans toute l’atmpfpherç folai-re, & répandu plus ou moins abondamment dans les planètes qui en font péné-s trées, & dans lefquelles il entretient Sç foutient l’atmofphere qu’il leur a communiqué au moment où il les, a élancées de fa mafle.
- Très-certainement tout ce qui fert d’a^ liment à notre feu groflier, toutes ces molécules de matière morte qu’il brifç , qu’il volatilife & qu’il éleve, retombent lorfque la force jailliflante de ce feu, & celle de l’Éleéteicité terreftre, font à leur dernier point de foibleflè ; c’eft-à-dire , lorfque les faifcêaux coniques de l’Éleélricité terrefn tre font devenus trop divergents, & lorfr que la tendance du feu élémentaire vers fon centre naturel, le dégage des milieux qu’il occupoit dans les plus petites particules terreftres : alors ce feu élémentaire
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- àu fluide électrique,
- retourné à fa fphere naturelle, jufqiiTà cé qu’il foit repris par la force centrifuge & jailliffance de cette grande fphere, pour être porté de nouveau à quelqu’une de celles qui lui font aflujetties.
- le dis S quelques-unes dés planètes du fyftêmë folaire , car il n’importe point à l’harmbriie de ce fyftême que la matière vive élancée de la fphere d’aétivité élec-triquè de la Terre revienne à cette même Terré plutôt qu’à Vénus ou à Mars. Le feu élémentaire, dès qu’il eft élevé dans un efpacé infiniment peu réfiftant, n’a plus de loi particulière que celle de l’équilibre, qui le rejoint à la totalité de la matière vive qui le dirige & l’élance de nouveau , félon la loi de l’équilibre général de cette grande fphere.
- Il rt’eft pas douteux que la lumière ne vienne à nous en 7 à 8 minutes, & c’eft d’après cette vérité démontrée que l’on a imaginé que le foleil eft une vafte mafle de feUj de laquelle des volcans immenfes élancent fans cefle la matière ignée : c’eft d’après cette fuppofition qu’on a effayé de
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- 3 ê6 La Nature & Us Effet é
- calculer la perte que le foleil doit faire t & l’on a imaginé en même-temps toutes fortes dé moyens de réparer cette perte.
- Mais * premièrement, je demande quelle efpece de preuve nous pouvons avoir que' le foleil brille d’un feu femblable à celui que nous connoiflons par l’embrafement des corps terreftres ? Quelle raifon avons-iious d’imaginer que des volcans immen-fes dévorant fa fubftance, élancent là matière lumineufe dans fon atmofphere ? Si cela étoit , lorfque nous obfervons le difque du foleil avec les télefcopes dé Grégory, nous ne verrions pas fa furfàcé briller d’une lumière égale , & nous ne verrions pas les bords de fon difque ternit nés nettement & parfaitement circulaires.
- M. le Monier alla en Écoflè en 1748 pour y obferver la grande éclipfe de cette année , qui étoit annulaire pour l’ÉcofTe ; M. le Monier l’obferva à Aberdour , avec Mylord - Comte de Morton , Préfident de la Société philofophique d’Edimbourg. Ils fe fervirent d’un télefcope Grégorien qui groflifloit 12.00 fois l’apparence de
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- du Fluide électriqüèi ÿêj l'objet ; mais ils le réduifirent à 800, pour que les difques fuflent plus clairs, mieux circonfcrits, & fur-tout pour que les bords n’en fuflent pas couverts par ces anneaux colorés , qui fouvent les obfcurciflent ou les déguifent. M. le Monier eut le plaifir de voir lé difque de la lune en entier fur le difque lumineux du foleil, & il obferva que les bords de la lune étoient hériffés d’une chaîne de pics auflt vifibles qu’une chaîne des montagnes d’Écofle qu’ils voyoient à l’horizon j mais ni ce célébré Aftronome , ni aucun autre de cet ordre, n’ont jamais rien vu d’approchant fur le foleil ; ces prétendus volcans n’ont jamais exifté que dans la tête du Pere Kirker, l’homme le plus favant, le plus ingénieux, mais le plus porté à croire qu’il voyoit tout ce qu’il imaginoit.
- On a feulement obfervé avec certitude quelques taches fur ce grand corps, & ces taches peuvent bien être quelques reftes de matière opaque dont là force centrifuge n’a pu le purger & le débarrafler. Si le globe du foleil avoit des volcants, les fcin-
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- 3^8 La Nàtùre & leï Effets dilations de ces volcans fe feraient àp-percevoir; & félon le plus ou le moins de violence de ces éruptions , le difque du foleil nous paraîtrait plus ou moins grand & les fcintillations caufées par les éruptions de ces volcans paraîtraient, malgré le verre préparé qui fait difparoître les jets lumineux des rayons folaires;
- Si le foleil élançoit un véritable feu matériel , il lui faudrait en effet un aliment pour entretenir ce feu & pour réparer fes pertes ; mais quelle efpece de vraifem-blance peut nous faire imaginer que quelques petites cometes viennent de temps en temps fe précipiter dans cette vafte mer de feu pour lui fervir de Pabulum ? En ce cas, la lumière du foleil devrait être très-inégale , & cette mer de feu augmenterait ou diminuerait en proportion de la quantité de ce Pabulum. D’ailleurs ce corps étranger au foleil répandrait pendant fon embrafement des torrents de vapeurs épaif-fes qui troubleraient la pureté de fon at-mofphere : eh que deviendraient ces vapeurs en s’épaiffiflànt , ou leur matière
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- du Fluide électrique. 3
- en fe cohdenfant fe porteroit-elle 1
- J’avoue que je n’âi pu lire fans furprife dans les Ouvrages d’un Philôfophe auffi fage, auffi fublime que l’étoit Newton, les fuppofitiôns étranges qu’il fe permet quelquefois !
- Il dit pofitivement dans fon admirable Traité des Principes Mathématiques, que le foleil & les autres étoiles peuvent s’épui-fer par des émijjîons trop abondantes, trop Continuelles de leur fubflance, & que cela peut aller jufqu’à les éteindre. Il ajoute que les planètes s’épuifent de même par des exhalai fons qui les privent d’une humidité nécefi faire , & que cet épuifement peut a la fin les rendre incapables de produire. Il a recours alors aux Cometes pour réparer ces pertes : celles qui tombent fur le foleil ( dit-il ) lui fervent d’aliment ,* celles qui ne font qu’en approcher de près dans leur périhélie , ef-fuient une chaleur deux mille fois plus forte que celle d’un boulet rouge ; & les torrents d’émanations de ces Cometes fe joignant aux émijfions folaires& a celles des autres étoiles fixes-tombent fur les planètes, dont elles ré-
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- yjo La Nature & les Èffets parent les pertes. Il va même jufqu’à dire, que les èmiffions folaires mêlées avec les évaporations des Cornet es, fe changent fur les planètes en eau , en bouet enfel i enfoufre, en corail même, & que fans ce fecours notre globe feroit dépourvu depuis long-temps de fleuves & de mers. Il dit enfin , que c’efl de l’évaporation de ces mêmes Cometes que la terre reçoit un efprit fubtil propre à la végétation & à la nutrition de tous les corps.
- Comment eft-il poffible d’imaginer des accidents dans la nature auffi étranges que celui de la chute d’une Comete dans le foleil ? Pourquoi ( contre fes propres principes ) Newton peut-il croire qu’un atome de matière grave & inerte puifle fortir de fafphere d’attraélion? Comment notre globe s’épuiferoit-il de fes eaux, de fes foufres, de fes fels , puifqu’il eft reconnu que fon atmofphere a peu d’épaif-feur ? Quel trouble Newton n’admet-il pas par de pareilles fuppofitions dans les loix immuables que l’Éternel impofa aux grands mouvements céleftes ? Comment ces Cometes, qui ne different des autres
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- du Fluide électrique. 371 planètes qu’en cè qué leur orbite eft plus bu moins elliptique & excentrique, fe-roiént-ëllés détruites uniquement pour réparer lés pertes du ifoleil ? Et d’ailleurs lé pourroient-éllés être en entier ? & fi cela ârrivoit x Comme ort le füppofe, la luniiere & lé difqué du foleil rëfteroient-ils toujours lé même > Le diamètre de cet aftre n’augmenteroit-il, ne diminueroit-il pas en proportion de fon plus bu moins d’aliment ? Commént les rayons Polaires nous apporteraient-ils ces évaporations farts en être obfcurcis, & fans que léur viteffe n’en fut infiniment rétardéë à chaque temps ? Car on né dira pas que ce foit par une Chute que les rayons Polaires tombent fur la terre : il éft bien prouvé qu’ils ne viennent à notre globe que par un élancement. Eh comment ces évaporations feraient1 elles toujours de nature à s’unir à notre atmofphere?
- Cependant cette füppbfitiort eft pouffée fi loin que Grégory n’ÿ Voit plus aucune difficulté , fi ce n’eft lé danger que nous feraient courir ces évaporations qui pour-Aa a
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- 372. La Nature & les Effets roient nous être nuifibles : ce qui ejl caufe, dit-il, que les Cometes font toujours à craindre.
- Je me tais !.. Mais c’eft par refpeét, par reconnoiffance pour le fublime Newton, que jen’ofe porter plus loin mes réflexions, & tout Le&eur inftruit & fans prévention peut les faire de lui-même.
- Ce que Wifton, ce que M. de Mauper-tuis ont dit fur les Cometes eft du moins plus vraifemblable. Il eft certain que lorf-qu’une grolfe Comete fort de fon périhélie , & lorfqu’il en émane un torrent im-menfe de vapeurs, fi elle venoit, en coupant l’orbite de la terre, dans une approximation de notre globe qui fût fuffifante pour que fes évaporations pulfent fe mêler avec notre atmofphere ; il eft certain, dis-je , que notre atmofphere épaifiie, furchar-gée, pourroit, en fe condenfant, former un fécond déluge : & lorfque Moïfe dit que Dieu ouvrit les catara&es du Ciel, ce paf-fage peut être interprété bien naturellement par la chute des évaporations con-denfées d’une Comete , puifque d’ailleurs
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- du Fluide électrique. 373
- il eft certain que le Ciel apparent n’a point d’autres efpeces de cataractes , & que la région où fe forme la pluie eft très-peu élevée.
- L’hypothefe qui fuppofe qu’une très-grof fe Comete a pu s’approcher affez du foleil dans fon périhélie pour arriver au point de contaét, rafer fa furface & pour en arracher une portion de matière par une violente attrition : cette hypothefe ingénieufe a de même beaucoup de degrés de vraifem-blance, & il n’en eft aucune qui puifle expliquer mieux la direction dans le même fens de la marche des planètes ; mais j’ofe dire qu’il n’y a nulle vraifemblance à fup-pofer que le foleil foit une mer de feu très-ronde , très-ténace, qui ne fe fépare point, qui ne fe diflipe point, malgré la force centrifuge que doit éprouver la circonférence d’un globe qui a 150000 lieues de rayon, & qui tourne fur lui-même avec une viteffe qui lui fait décrire 36000 lieues en vingt-quatre heures. Il n’y en a point non-plus, que des planètes excentriques viennent s’y plonger, s’y dilToudre, pour réparer fes Aa 3
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- 374 Nature & les Effets
- pertes, ni que les évaporations de çes planètes puiflent parvenir jufqu’à nous.
- Ces. moyens même me paroiflent trop inférieurs à ceux qu’un Être fouverainement paillant, & fouverainement intelligent, doit avoir employé : ils font tropcompliqués pour répondre à la fimplicité d’un grand tout, qui naquit & qui fut mis en mouvement par. çn feui aéte de la volonté fuprême.
- Des accidents , une multiplicité de. moyens„ d’effets, & de caufes,ne fontpoint dans l’ordre qui fuit une haute fageffe i je mefen.s, au contraire, intérieurement convaincu que depuis la création & l’arrange-, ment général de l’Univers, rien, n’eft forti des liens de l’équilibre général ; que tous les corps s’y remettent d’eux-mêmes par cette, loi fi, ftmple., & que nul corps célefte n’a perdu un atome, de. la matière dont il a été compofé depuis le premier moment pii il a commencé à rouler fur lui-même.
- Si le foleil étoit chaud, fi ce que nous nommons chaleur étoit une de fes propriétés , plus fes rayons feroient perpendiculaires fur le fommet des montagnes les
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- du Fluide électrique. 375 plus élevées, lefquelles fe trouvent pré-cifémentfous l’équateur, & plus ces rayons perpendiculaires auraient de puiflance pour y exciter une chaleur violente; mais nous voyons abfolument tout le contraire : ces fommets font plus froids que ceux des collines de la Lapponie ; l’air y eftli rare, fi pur, fi froid, qu’il ne peut fuffire à la ref-piration d’aucun être vivant ; ces fommets font couverts de neige, & le font également lorfqu’ils ont le foleil au Zénit, ou lorfque cet aftre paraît aux deux extrémités de l’Écliptique ; & la rareté de l’air greffier y eft proportionnée à la force centrifuge & à l’émiffion de l’Éleâricité ter-reftre , qui jaillit de ces pointes avec la plus grande vivacité qu’elle ait fous aucun autre parallèle ; ce qui diminue en même-temps la pefanteur des corps portés fous l’Équateur & fur ces montagnes , comme M. Richer l’a très-bien reçonnu.
- Si le foleil était une mer , & même une maffe enflammée, la prodigieufe raréfa&ion ne pourrait pas réfifter à la force centrifuge que doivent acquérir les füperficies de Aa 4
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- yjS La Nature & les Effets l’Èquateur d’une fphere dont le rayon a 150000 lieues, & dont la vélocité de ro-tation eft de 15-00 lieues par heure.
- Newton a calculé que la denfité du fo-le.il .devait être à celle de la terre , comme un- eft. à quatre : c.e feroit une raifon de plus pour que la. matière du foleil a’é-pandît dans l’efpace ; mais ce grand Phi-lofophe a fait ce calcul d’après le principe de la firaple attraélion : cependant fes calculs & Tes réfultats font très-vrais, ainli il faut qu’il s’y joigne quelque caùfe phy-fique qui réponde aux loix que. Newton a dit être celles de l’attra&ion.
- Je vais recourir à une hypothefe. pour définir, avec quelque vraifemblance, quelle eft l’efpeçe de matière dont le globe du foleil peut être cqmpofé.
- X’obfervation nous prouve que cette matière eft très-pure -x ta force centrifuge prodigieufe que cette matière efiuie dans l’Équateur du foleil, prouve auffi que cette matière doit être très-homogene & très-adhérente ; les. calculs de Newton établif-fent qu’elle eft quatre fois moins denfe que celle du globe de la terre.
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- du Fluide êleclrique. 377
- C’eft d’après ces trois faits que je calcule que le verre eft à l’ardoife bleue, comme 2620 à 3509., & qu’il eft à l’étain, le plus léger des métaux, comme 2620 à 7320.
- Si l’on fuppofe que le globe du foleil foit une malle de verre & que l'a terre ait un noyau folide, & fi l’on confidere quelles font les différentes malfes de matière qui çompofent le globe terreftre , on s’approchera par cette comparaifon du calcul qu’a fait Newton.
- En fuppofant que le globe du foleil eft une malle d’un verre très-pur , & très-homogene, non - feulement on trouve le calcul de Newton très-jufte fur la denfité du foleil, mais on y trouve aufli l’adhérence fi néceffaire dans le tilfu de fa malfe; on y trouve de plus, que cette matière eft celle dont la pureté & la diaphanéité peut feule rendre le globe également reiplendif-fant; & de plus encore, on trouve dans lé verrfe la matière la plus propre à effluer abondamment l’Éleârricité. Comme il n’eft nullement vraifemblable que le foleil foit un globe enflammé, hériffé de volcans ;
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- 378 La Nature & les Effets çomme il y a une multiplicité de preuves phyfiques contre cette fuppofition, & comme il n’y en a point de cette efpece con-tre celle que le foleil foit un globe de verre pur, émanant fans celfe une vive Éleélricité ? qui y rafflue à mefure qu’elle fe diflîpe par les loix de l’équilibre ; comme l’expérience prouve que les rayons fo-laires reflemblent çn tout aux rayons électriques , & qu’ils ne font un effet violent que dans le foyer où ils coïncident, & où leur force répulfive leur fait brifer & fé-parer les parties conftituantes des corps durs, prefque jufques dans leurs atomes élémentaires ; comme l’étincelle éleétrique fait encore des effets plus violents dans fon explofion, que les plus grands miroirs ardents faétiçes n’en peuvent faire dans leur foyer : j’avoue que je trouve une fi grande analogie entre ces effets que je me crois autorifé à préfumer qu’ils naiffent d’une çaufe femblable.
- Rien ne peut impliquer contradiction dans la fuppofition que je fais que le foleil eft un globe de verre fprtement élec-
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- du Fluide ilectrique. 379 frifé, qui efflue la matière vive de la lu-, piiere & du feu élémentaire, que je crois n’être qu’un même être, dont l’effet identique eft le mouvement, farts que cette vive effluence du foleil puifle lui faire rien perdre de fa matière propre.
- J’ai pefé un excellent globe de verre blanc d’Angleterre ; après m’en être fervi pendant trois ans, il n’avoit rien perdu de fon poids, malgré les friétions que ce globe effuyoit tous les jours : pourquoi le foleil, qui n’en efluie point de pareilles, perdroit-il yn feul grain de fa fübftance ? Combien de fuppofitions les plus compliquées & les moins vraifemblables, la feule fuppofition de dire que, le foleil eft un globe de verre éleétrique, n’anéantit-elle pas ? Quelle fim-plicité & quelle unité d’explication vis-à-vis tout ce qu’il faut réunir de fuppofitions & de faits contradictoires les uns aux autres pour en fabriquer une qui donne pour la définition du foleil, une mer de feu hé-rifTée de volcans où des Cometes font obligées de s’aller précipiter de temps en temps pour réparer fes pertes !
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- 380 La Nature & les Effets
- Comme le faux zele des Prêtres des faux Dieux de la Grece ne fubfifte plus aujourd’hui , j’efpere qu’on ne m’accufera pas d’impiété pour avoir fuppofé que lé globe du foleil pourrait bien être une malï’e de verre fortement éleétrifée , ainfi que les Prêtres d’Athènes en accuferent Anaxago-re, pour avoir dit que le foleil étoit une malfe de fer enflammée : & j’obferve ici que cette opinion d’un des plus grands. Philofophes de l’antiquité, prouve qu’il étoit arrivé de proche en proche, & par l’étude confiante qu’il fit du Ciel & des grands mouvements céleftes , à préfumer que le globe du foleil devoit ê.trè d’une matière très-folide & très-adhérente dans fes particules conftituantes.
- Une fécondé preuve phyfique pourrait encore favorifer mon opinion , c’eft le compofé des matières du globe terreftre, où la matière vitrefcible abonde , & ces deux preuves fe réunifient pour favorifer aufli la fuppofition que j’ai faite , lorfque j’ai dit qu’au premier moment où les temps ont commencé, & où l’Étemel dit Que la
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- du Fluide électrique. 381
- lumière foit, le foleil en tournant fur Ton axe s’arrondit & chalfa hors de fa malle les matières hétérogènes qui l’obfcurcifToient, & commenta à effluer de toutes parts l’É-ïeétricité, qu’il acquit alors par la vive at-trition qu’il efluya dans fon déchirement & dans la réparation de ces matières avec lefqùelles, après de longues ofcillations, il fe remit en équilibre.
- On m’obje&era peut-être que la lumière paraît fou vent en des corps qui ne font point éledrifés , tels que les phofphores artificiels ou naturels ; mais eflr-on bien fur que PÉleâricité n’ait aucune part à ce phénomène ? C’eft ce que je vais elfayer d’approfondir.
- Dans tous les examens qu’on a fait des phofphores, on n’a jamais fait attention qu’au feu matériel, & à leur plus ou moins de lumière : je vais eifayer, en les examinant fous un autre point de vue, s’il ne me ferait pas poffible de prouver que plu-fieurs de ces phofphores contiennent beaucoup de feu élémentaire, alfez condenfé & déjà alfez épuré des matières qui peuvent
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- 381 La Nature & lés Effets l’obfcurcir pour devenir perceptible & lii-mineux;
- Tous lés corps végétaux & animaux font un compofé de particules de terré, d’eau, de différents féls , & de foufres plus oü moins fubtils & exaltés;
- Que l’on prenne la fibre d’une plante > bu une fibre animale , qu’on la brûle j l’uftion confumera le foufre, évaporera l’eau , volatilifera les féls urineux , con-denfera les fels alkalis, & ne fera nul effet fur les parties de terre, qui, quoiqu’elles ceffent d’être liées, conferveront allez de leur première forme dans un air tranquille pour ïpi’on puifle encore diftinguer l’arrangement de leur texture.
- Lorfqu’une opération approchante fe fait par l’air, dans un temps plus long, les fir bres fe cinérifent peu à peu par unè putréfaction qui ne peut naître que d’un mouvement inteftinal, & cette efpece de mouvement naît de celui du foyer général , dans lequel tous les corps font immergés ; ce mouvement fait, à la longue, ce que l’uftion fait en peu de temps : il défunit tou»
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- du Fluide éleclriqüéi 383 tes les particules conftituantes de la fibre, il en évapore l’eau & les Tels volatils, il en atténue les foufres ; mais il ne les confumé pas, & ne change point leur nature, qu’il ne fait qu’épurer, en dégageant les particules élémentaires de ces foufres des particules terreftres qui les obfcurcifloient & les enveloppoienti
- Plus ces foufres deviennent épurés & atténués , plus le feu élémentaire que ces foufres engloboient & captivoient fe trouve en liberté ; alors le féul mouvement qu’entretient le jailliflement de l’Eleéhicité terreftre fuffit pour animer un foyer d’activité dans ces molécules fulphureufes, qui effluent alors l’Éleétricité qu’elles contiennent , en aflez grande abondance , pour qu’elles deviennent vifibles.
- On aura d’abord peine à croire que des molécules fulphureufes auffi atténuées puif-fent contenir aflez d’Éle&ricité pour l’ef-fluer pendant aflez long-temps fous une forme fenfible ; mais fi l’on veut méditer & concevoir fortement quelle doit être là ténuité prefque infinie d’une matière 700000
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- 384 Nature & les Effets
- fois plus tenue que le mixte de l’air j fi rapprochant toutes les idées relatives, nous concevons que c’eft une matière, qui, quoi< qu’elle s’élance fur nous avec une viteffe de 70000 lieues par fécondé, ne nous eft pas meme fenfible , nous ne ferons plus étonnés que des molécules fulphureufes réunies en puiffent contenir une affez grande quantité pour l’effluer pendant un certain temps , & cela d’autant plus encore que l’Éleélriçité terreftre entretient la leur & répare en grande partie leur effluence , jufqu’à ce que les foufres trop défunis foient enlevés & diffipés autant qu’ils le feroient par l’uftion dans un temps plus court.
- Pour rendre cette explication plus fenfible , examinons d’abord quel eft l’état des phofphores artificiels ; c’eft en fuivant le procédé que l’art emploie, pour la com-pofition de ces phofphores greffiers, que je parviendrai peut-être à expliquer quel eft celui de la nature pour compofer ceux qu’elle nous fait voir ; mais réfléchiffons auparavant que dans toute explication - phyfique,
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- du 'Fluide électrique. 38$ phyfique, nous fommes prefque toujours obligés de fuppléer par la vue d’un efprit philofophique au défaut de nos fens, dont les rapports font malheureufement toujours •bornés bien en-deçà des détails & des cor-pufcules infiniment, petits. Il ne nous refte alors, il eft vrai, que le fil de l’analogie ; mais ce fil peut nous conduire affez loin avec fureté, lorfque nous le fuivons avec ténacité & fagefle, & que nous ne le rompons, point par des fecoufies & par des écarts précipités. Voyons donc , par fon fecours ', fi la lumière des phofphores n’eft pas un véritable feu élémentaire.
- Je ne vois dans le phofphore de Brant, rénouvellé par Kunkel, & répété depuis par Hofeiberg, Godefrid & M. Rouelle , qu’un extrait en très-petit volume d’une prûduétion animale, à laquelle cet extrait eft à peine comme un feft 4000.
- Le procédé chimique eomriience par dégager l’acide & lés foüfres d’une grànde partie de la matière groffiere & hétérogène qui les enveloppe ; l’art & la conduite d’un feu violent appliqué par degrés >. parvient
- Tome I. B b
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- 386 La Nature & les Effets à défunir ces foufres & à les divifer ert particules allez tenues pour que le feu élémentaire n’y foit plus retenu par des liens aufli forts qu’il l’eft dans des foufres en plus grofle maflè.
- La première divifion de ces foufres fe fait dans le corps par la fécrétion de l’urine ; & l’on doit remarquer que. le choix de l’urine propre à faire le phofphore lumineux n’eft pas indifférent , & que celle qui provient de ceux qui ne boivent que de la biere doit être préférée.
- La fécondé divifion fe fait par une longue fermentation de l’urine, qu’on'laiflè putréfier à l’ombre dans des baquets , & dont on n’enleve qu’une écume noire , té-nace & fulphureufe , qui s’élève à' la fu-perficie du liquide : on pétrit cette écume fulphureufe & amoniacale avec un fable fin bien épuré, & l’on en forme une maflè.
- La troifieme divifion s’opère par l’action graduée du feu : lbrfque la maflè eii eft intimement pénétrée, il s’en: élève des nuages de vapeurs épaiflès , & des efpèces de flocons j le tout retombe fur la maflè
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- du Fluide électrique. 387 & s’en éleve de nouveau : les nuages deviennent de degrés en degrés moins opaques & plus blancs ; les parties groflîeres fe rafleniblent enfin dans une mafle noire & vifqueufe; les nuages & lès flocons retombent après & fe raflemblent auflï en une mafle légère & fpongieufe. On faifit ce moment pour l’unir en crayons, & l’on plonge promptement ces crayons dans l’eau froide, qui arrête d’abord leur effluence, fans les pénétrer. On conferve ces crayons pendant quelques années, fans qu’ils fe dé-funiflent & fans qu’ils perdent de leur qualité phofphorique, dans une fiole pleine d’eau & bien bouchée.
- Dès qu’on fort ce crayon de l’eau, l’É-le&ricité environnante de l’air fuffit pour exciter celle que ces foufres épurés contiennent; ils l’effluent alors & ne ceflent de la rendre apparente que lorfque leurs parties fe défuniflènt, ou lorfqu’on éteint leur feu par un liquide de nature à s’unir avec eux, & propre à leur donner plus de ténacité & de denfité : & le croiroit-on ? le liquide qui les éteint le plus promptement, lorf-Bb a
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- 388 La Nature & les Effets qu’ils viennent à s’enflammer, c’eft l’efprit* de-vin bien déphlegmé, ou le premier liquide duquel ils font extraits.
- L’eau conferve le phofphore dans fon activité> comme étant de tous les liquide celui qui contient le moins de foufre ; mais l’efprit-de-vin, quoique bien plus léger & plus fpiritueux , arrête & détruit l’effluence du phofphore , par la raifon que les foufres difféminés dans l’efprit-de-vin, quelque tenus, quelques fubtils qu’ils foient, ne le fontpas, à beaucoup près, autant que ceux du phofphore : ils le font bien aflez pour s’unir avec lui ; mais en s’y unifiant, ils leur rendent une ténacité fuffifante pour captiver le feu éleétrique & pour l’empêcher d’effluer par la feule excitation de l?air environnant.
- Tous les petits foyers d’aétivité du phofphore lumineux jettent une lumière blanchâtre , laquelle diminue de denfité à me-fure qu’elle s’élève, & lorfque le mixte de l’air commence à l’obfcurcir, elle n’eft plus alors perceptible que fous la forme d’une vapeur légère.
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- du Fluide électrique. 389
- Si l’on écrafe un grain de ce phofphore, il s’embrafe avec une vivacité bien plus violente encore que celle de la poudre à canon ; mais il ne fait pas le même effet : ce phofphore n’ayant prefque plus de 'particules folides qui puiflent- former des vibrations dans l’air environnant, & fa flamme rapide eft fi pure qu’elle peut pénétrer au travers d’un linge neuf •, ou d’un papier blanc bien liffe, fans brûler & déchirer leur tilfu.
- Cet effet prouve que la flamme du phofphore n’a pas la folidité de prefque tous les autres feux matériels ; il en eft par con-féquent plus analogue au Fluide éleélri-<jue, qui étant infiniment plus pur encore, pénétré tous les corps & s’échappe de leurs extrémités fans les altérer, à moins qu’une étincelle violente ne faffe fon explofion dans leur tiflù.
- Lorfque la feule Éle&ricité répandue dans l’air excite le phofphore & lui fait effiuer fon feu lumineux, c’eft parce que l’art a préparé les foufres dans ce phofphore de façon à les épurer , & à faire ap-Bb 3
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- Nature & les Effets
- procher leurs particules conftituantes de la ténuité de celles du feu élémentaire.
- Mais loin que la feule Électricité répandue dans l’air puifle faire le même effet fur une autre efpece defoufre plus grofiier , il faut qu’elle l’enleve fans rien déranger dans fa maffe, s’il eft fort léger ou que fon cours foit arrêté par ce foufre, qui lui réfifte & qu’elle ne peut pénétrer. '
- Rien ne peut donner une idée plus approchante de l’extrême divifibilité de la matière que d’obferver les traces légères faites fur un plan avec un crayon de phosphore : ces traces relient long-temps lu-mineufes, & lorfqu’elles paroi fleat abfo- ' lument éteintes , une friction légère fuf-fit pour les ranimer. Une friétion plus forte les embrafe ; on apperçoit alors fur ces traces plufieurs points brillants, gros comme des lentilles, dont l’œil a peine àfou-tenir l’éclat. Il part quelquefois de ces points brillants des étincelles qui forment d’autres petits foyers femblables, & ceux-ci forment encore d’autres petits foyers radieux.
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- -Du Fluide électrique. 391 Cependant cette petite riviere de feu , ces petits volcans, ne font produits que par une parcelle de matière que la plus forte loupe ne peut pas faire appercevoir, & dont le diamètre n’eft peut-être pas comme un à 100000 de celui que prennent les foyers lumineux qu’elle produit.
- Si quelqu’un eft tenté de répéter ces expériences , comme il eft dangereux de toucher & de fe fervir d’un phofphore fans précaution, il eft bon d’avertir que le même liquide dont on extrait la matière épurée du phofphore eft le plus propre à l’é-> teindre par l’analogie des foufres de l’urine , qui s’y trouvent allez greffiers pour captiver, englober & obfcurcir les foufres fubtils qui ont été extraits par l’art.
- Il paraît par tout ce que je viens de rapporter, qu’il eft poffible à l’art de raflem-bler le feu élémentaire, & de le captiver jufqu’à un certain point , puifqu’il s’en réunit une auffi grande quantité fous un auffi petit volume que l’eft celui d’un crayon de phofphore. Il paroît auffi que la perfection du travail du Chimifte , c’eft de Bb 4
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- 39» Ea Nature & £m Effets purger le foufre de la plus grande partie de toute matière hétérogène , & de ne lui en laitier qu’une quantité fuffifante pour retenir le feu élémentaire, & empêcher qu’il ne fe diftipe en entier dans un feul inftant.
- ïl eft prouvé par le deliquium d’un ou de plufieurs crayons de phofphore- qui ont fini d’effluer toute leur lumière, que le peu de matière groffiere qui étoit relié uni à ce feu eft un acide qu’on ne retrouve qu’en très-petite quantité ;• & l’acide du foufre eft connu pour contenir encore beaucoup de fèu, puifqu’on peut en retirer de l’éther,.
- Tournai b es Savants, année 1678*
- L’Académie de Berlin peut rapporter aufli les expériences faites avec un phof-. phore liquide trouvé par M. Weife ; ce phofphorè jette beaucoup de lumière , il §’en éleve des flammes légères, fans aucune chaleur ; on peut s’en mouiller les cheveux 8c le vifage fans en être .offenfé : ce qui porta M. Weife à lui donner le- nom de feu froid. Mais je le répété encore, les
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- du Fluide électrique. 393 noms de froid & de chaleur ne font que de convention , & relatifs à nos fenfa-tions; les bornes de leurs extrêmes ne nous font pas connues : les degrés que nous marquons entre ces extrêmes ne font vrais ni phyfiquement, ni pofitivement ; ce n’eft qu’une mefure que nous nous formons pour fuppléer à la véritable qui nous manque : cette mefure n’a point de divifions exactes , elle eft tout au plus fijffifante à nos befoins.
- Ce qui paraîtra froid à un Habitant de Madrid, paraîtra chaud à un Habitant de Stockholm, & ce qui paraîtra froid à Stockholm , pourra réchauffer un Lappon ou un Samoyede. Les éléphants, les zébrés , les rhinocéros ont beaucoup de peine à vivre fbus la zène tempérée de l’Europe ;les rennes qui vivent dans les neiges & les glaces de la Lapponie, meurent avant la fin d’un an à Stockholm, ne pouvant füppor-ter la chaleur du climat. Une des plus grandes erreurs que l’homme porte dansfés jugements, fouvent peu réfléchis, c’eft de prendre prefque toujours la mefure de fes,
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- 394 £<z Nature & les Effets
- fens pour une mefure univerfelle.
- . On reconnoîc encore quelques degrés de chaleur dans les plus foibles émanations des phofphores artificiels , parce que l’art ne peut les dégager abfolument de toute matière terreftre ; ainfi , malgré tous les effets que je viens de rapporter, leur lumière eft encore très-éloignée de la pureté du feu élémentaire , qui, dans les expériences de l’Éleâricité , nous pénétré & donne à tous les liquides du corps humain on mouvement accéléré, d’où la chaleur du corps augmente, quoiqu’on n’en puifle obferver aucun degré dans l’agent qui caufe cette augmentation.. Plus le feu élémentaire eft condenfé , plus il a de forces auffi pour chaflèr hors de fes aigrettes toute matière morte & terreftre ; de même, plus les foufres des corps font plus épurés, plus atténués , plus auffi ils deviennent propres à effluer une matière lumineufe ; mais cette lumière n’a pas la même force jailliflante que l’Éleélricité pour refter auffi long-temps vifible.
- Nous voyons la flamme du feu domef-
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- du Fluide électrique, 39^
- tique s’élever d’abord, réunie & capable de divifer des corps expofés à fon a&ion ; mais bientôt cette flamme diverge, vacille & elle difparoît, abforbée & obfcurcie par les particules humides & terreftres , qu’elle ne peut châtier que proportionnellement à fa force jailliflante.
- Si l’on fournit à cette flamme un con-duéteur, un tuyau qui l’empêche de diverger, on la verra s’élever beaucoup plus haut que dans l’air libre ; c’eft même comme le remarque M. l’Abbé Nolet, la caufe de plufieurs accidents qu’on peut éviter , en empêchant que la flamme d’un bois fec ne s’élève jufque dans le tuyau reflerré d’une cheminée, lequel, empêchant la flamme de diverger /lui conferve aflez de fo-lidité & de force pour embrafer la fuie à une diftance très-élevée.
- Qu’on place une bougie allumée dans un air qui foit parfaitement tranquille , à 7 à 8 pouces d’une fuperficie , l’aigrette de la bougie n’aura qu’environ 18 lignes au premier moment ; mais dès qu’elle aura raréfié & chalfé l’àir qui eft entre le fom-
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- 396 La Nat. & les Effets du Fhtide étecl. met de fon aigrette & cette fùperfi'cie ; cette aigrette ne trouvant plu a que de légers obftacles, & n’étant plus abforbée , elle s’élèvera beaucoup plus haut, & deviendra plus brillante. Plus on répétera les expériences fur le feu matériel, plus on trouvera que ce feu doit toute fon aétion & toute fa lumière au fèu élémentaire & électrique.
- Fia du Tome premier*
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- BHDMSIS™
- TABLE
- DES CHAPITRES.
- E-
- 'i fur le Fluide électrique conjidérè comme agent univerfel, Ch ap. I ,page r Analogie du Fluide électrique avec le Fluide magnétique , Chap. II, î8
- Application des expériences précédentes au fyjlême du Ciel, Chap. III, 45 De VÉlectricité terrejîre^ Chap. IV, 76
- Effets de tÉledricui téérçflre, Chap. V,
- , ;v 9*
- Effets de V Électricité terreflre fur la végétation , Chap. VI, 114
- Effets de l'Électricité fur Véconomie animale , Chap. VII, 146
- JDe la formation des efprits animaux , action fenfible du Fluide électrique dans cette partie effentielle de l'économie animale,Ch ap. VIII, 154
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- .TABLE DES CHAPITRES.
- Effets de l’Électricité fujc fa refpirdtion , Chap. IX, ' 183
- Effets du Fluide électrique & élémentaire, - fur le germe animal, fur fon développement & fur l’état de Vembryon dans : l’utérus , Chap. X , V ; ,194
- Effets que peut avoir l’Eleclricité pour réparer la nature dans le dérangement & l*interruption de fejs refforts ,Chap. XI,
- Effets fenfibles & prouvés par des çxpérienr-- ces décijives de l’Êleclricité fur l’air , Chap. XII, 1#
- Effets du Fluide électrique dans le feu ,
- Chap. XIII, 311
- Effets de l’Eleclricité dans plufieurs phénomènes du feu matériel & des phofphores artificiels , Chap. XIV, 345
- Fin de là Table des Chapitres du Tome ï.
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TOME 2
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- IColleciionLL'daslîtir André SARïIiUX
- essai
- FLUIDE ÉLECTRIQUE.
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- A
- ESSAI
- S U R L E
- FLUIDE ÉLECTRIQUE,
- CONSIDÉRÉ
- COMME AGENT UNIVERSEL, Par feu M. le Comte DE TRESSAN,
- Lieutenant-Général des Armées du Roi, Commandant des Ville , Comté de Bitche Se Lorraine Allemande, Commandeur des Ordres de Saint Lazare Se Mont-Carmel, Se l’un des Quarante de l'Académie Franpoife , Membre des Académies royales des Sciences de Paris , Londres, Edimbourg, Berlin., Nanci, Rouen , Caen , Mont-
- A P A R I S,
- Chez BUISSON , Libraire , Hôtel de Mefgrigny, rue des Poitevins , n° 13.
- M. D C C. L X X X V I.
- AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROI.
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- ESSAI
- SI? R
- le Fluide Electrique,
- CONSIDÉRÉ
- COMME AGENT UNIVERSEL,
- ET SUR LES Ë J FF ETS
- QU’ON LUI PEUT A' ÎTR 1BUER.
- Effets de VÉlectricité o\ u feu démen-
- taire dans les pkofpkoi ces naturels.
- Chapitre quinzième.
- jf E crois avoir donné une probabilité fuffi-fante à la proposition que j’ai avancée, en difant que la fenfation de chaleur étoit feu-Tome II. A
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- % La Nature & Us Effets lement relative aux êtres vivants , mais qu’elle n’étoit point une propriété elTentielle & caradériftique du feu confidéré comme matière vive élémentaire.
- Avant qué de parler de quelques corps inanimés, & même de quelques êtres vivants , qui effluent une lumière allez vive fans la moindre chaleur, je crois devoir faire connoître les dernieres dégradations de cette chaleur dans l’efpece du feu matériel que nous pouvons obferver.
- Tout le monde fait que la flamme du Camphre eft nourrie d’une fubftance très-pure & très-volatile, & qu’elle n’a qu’un degré de- chaleur fort au-deflbus de celui des autres corps enflammés ; la flamme du camphre eft même fi légère qu’un fouffle peu violent fuffit pour l’éteindre, & que l’on peut, fans danger, appuyer la main fur le foyer de cette flamme l’inftant après celui de fon extin&ion ; on trouve alors que ce foyer ne conferve qu’un très-médiocre degré de chaleur.
- On fait de même que la flamme d’un ef-prit-de-vin bien déphlegmé, eft aufli très-
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- du Fluide électrique. ' 3
- légère; mais qu’il eft poflible d’augmenter ce degré de chaleur en mêlant quelque fubf-tance réfineufe avec cet efprit-de-vin, cette réfine fourniflant une matière plus folide à la flamme.
- . Mais peut-être peu d’Obfervateurs con-noiflent-ils une efpece de flamme infiniment plus légère que celle du camphre & de l’efprit-de-vin.
- Étant allé, à l’entrée de la nuit, vifiter les travaux d’une nouvelle forge qiie M. le Comte de Pymodan venoit d’établir dans fa terre des Chefnets , je vis les Ouvriers apporter au fourneau de fonte des paniers pleins de caftîne, qu’ils rangeoient en petits monceaux fur la plate-forme, percée dans fon milieu par la cheminée du fourneau ; d’autres Ouvriers apportoient des paniers pleins d’une excellente mine de fer en roche, qu’ils venoient de retirer, encore toute mouillée, de deflous les pilons qui l’a voient bocardée : un maître Ouvrier, •placé fur la plate-forme du fourneau , y -jettoit tour à tour la mine & la caftine À 2
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- 4 Là Natùre & les Effets
- qui lui fert de flux , félon la proportion cjué
- l’art de là fonte l’enfeigne.
- Je fus très-furpris, l’inftant d’après que les Ouvriers eurent formé des monceaux de la mine bocardée & mouillée , de voir une flamme bleue & légère, qui s’alluma fur ce monceau de mine, & qui le parcourut en petites ondes. Je me retirai un peu : le maître Ouvrier fe mit à rire , & me dit * que je pouvois toucher hardiment cette flamme. En effet, j’y plongeai la main fans fèntir prefque aucune chaleur ; la moufle-line de mes manchettes n’en fut pas même rouflie : en un mot, ce feu n’avoit abfolu-ment nul effet, nulle confiftance , nulle évaporation fenfible au-deflus de la flamme ; cette flamme ne fit nuis effets fur du duvet ni fur de très-bon efprit-de-vin.
- Je m’amufai long-temps à renouveler cette flamme lorfqu’elle paroiflbit prête à s’éteindre, ce qui m’étoit facile en remuant la mine, qui reftoit froide & mouillée dans l’intérieur du monceau ; j’eus donc la fatis-fa&ion de pouvoir obferver une des efpe-
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- du Fluide électrique. j
- ces de flamme la plus tenue , qui puiife tomber fous les fens ; ..elle me ràppella l’ef-pece de flamme que j’avais vue fur une montagne de l’Apennin , près de Radico-fany, à laquelle:icelle de la mine reffem-feloit beaucoup , & je conclus que puifi qu’une pareille flamme exiftoit, il pouvoit en exifler dans la nature d’autres efpe-çes encore plus tenues & plus infenfi-bles.
- Cette obfervation me fut doublement utile, en ce que j’en reçus de nouvelles lumières fur cet efprit fi fubtil & fi vola-» til qui ré fi de dans plufieurs eaux minérales & qui leur donne différentes propriétés : c’eft ce même efprit qui s’évapore des eaux de Plombières & de plufieurs eaux thermales, & qui s’en évapore fi promptement qu’il y a en effet une différence extrême entre la même eau bue à fa fource même, ou apportée, quoiqu’avec précaution, dans les maifons de ce Bourg, peu étendu.
- Je crus pouvoir conclure de la flamme que je yenois d’obferver fur la mine bo*
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- cardée & mouillée, qu’elle devoit Ton exif-tence à un foufre extrêmement tenu, épuré & exalté, qui s’étoit uni à cette mine, que la percuifion des pilons avoir dégagé, & que l’eau froide avoit âflez retenu pour l’empêcher de fe volatilifer fous les coups de pilon.
- Je conclus pareillement que ce qu’on nomme le gaz , que cet efprit volatil qui s’exhale fi promptement des eaux thermales , & qui leur fournit leurs principes les plus aétifs, eft Ce même foufre tenu quë j’avois vu s’enflammer à la diftance de deux pieds de l’embouchure' de la cheminée ou œil du fourneau , & que ce foufre ou efprit volatil retenu dans les canaux fouter* rains de ces fources chaudes, les pénétroit & s’y uniffoit intimement dans leur cours • mais qu’il s’en dégageoit & s’en exhaloit avec la plus grande vivacité, dès que ces eaux font forties de leur fouree.
- Cette efpece de feu m’a donc paru une des dernieres dégradations fenfibles de l’inten-fité de chaleur dans la flamme produite par des corps terreftres ; mais, je le répété
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- encore, lorfque les derniers termes de ces dégradations échappent à nos fens , .c’eft à l’efprit philofophique à y fuppléer , fur-tout lorfque nous voyons bien au-delà de cette flamme que je viens de décrire , une flamme , une lumière fans confiftance apparente, & fans aucune chaleur dans les phofphores naturels,
- Si l’expérience ne peut nous montrer tous les degrés qui féparent deux termes fuffifamment connus ou indéterminés, c’eft par analogie que nous pouvons juger de la valeur de ces degrés j & entre deux bafes phyfiqups, la marche de l’analogie ne peut tromper ceux qui connoîtront l’art de méditer & de. lier des idées dans un ordre progreflif.
- ' Les phofphores naturels né nous, montrent dans un corps vivant ou dans un corps mort, animal ou végétal, qui fe putréfie, que des foufres épurés de particule? grof-fieres, &qui ont été élaborés dans le grand laboratoire de la nature.
- Toute économie animale ou végétale eefle dans un corps dopt l’harmonie eft.
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- détruite : elle l’eft dans l’animal à l’inftant où il çeffe de refpirer ; fon foyer naturel s’éteint alors, & de 35 degrés de chaleur qu’il avoit, l’animal étant vivant , il rej tombe au même degré de la température aéluelle. La vie végétale, cette économie qui foutient les végétaux dans leur force & leur fraîcheur, çeffe de même au moment où le végétal ne reçoit plus rien de la terre par fès racines , ni de l’air environnant par les trachées de fes feuilles : la circulation de la feve, & la tranfpiration du vé-> gétal ceflent, alors il eft dans l’état de mort.
- Ces corps ne pouvant plus tranfpirer ni recevoir de nouveaux fucs, les liquides qu’ils renferment perdent leur fluidité, & l’Éle&ricité n’étant plus régénérée & accu^ mulée par la refpiratîon, elle ne fournit plus de nouveaux efprits animaux aux nerfs, qui s’affaiflent & qui s’obftruent. Mais com-,me le foyer général a toujours une aétion proportionnée à l’Éleétricité aéluelle de ï’atmofphere , cet agent agit alors contre la mafle totale de ce corps inerte, & elle Êgit d’autant plus efficacement, que dans
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- çe corp9 nul principe adif n’agit plus du centre à la circonférence.
- C’eft ainfi que l’agitation redoublée à la fuperficie de la terre qui naît du combat & de la réadion mutuelle de l’Éledricité folaire & de la terreftre, parvient à ré-> duire en cendres les corps qui n’ont plus rien qui puifle réfifter à cette adion , & qui devenus abfolument paflifs, font bien--tôt pénétrés & déçompofés par ce Fluide.
- Les particules, terreftresfe féparent alors les unes des autres , & fe réduifent en poufliere , & c’eft ainfi que s’opère la ci-nérifation; mais lesfoufres plus ténaces & pénétrés de feu éledrique réfiftent, & lorfqu’ils font dégagés des particules grofi fieres qui les obfcureifibient, ils forment quelquefois des foyers lumineux dans les bois pourris, & beaucoup plus fouvent encore dans les corps de certains poifibns de mer, lorfqu’ils viennent à fe corrompre.
- Quant à la mer , qui devient quelquefois lumineufe dans de certaines plages , on doit l’attribuer à la matière bitumineufe qu’on voit former unç pellicule colorée fur
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- ïo La Nature & les Effets fa fur face, lorfque le calme eft parfait, .& quelquefois aufli à l'abondance du frai d’une efpece de petits poiffons glaireux & tranfparents : ces matières agitées par le choc des vagues, par les coups de rames ou par le fillage d’un vaiffeau, deviennent phofphoriques par cette collifion, & toutes les différentes collifions que ces matières effuient leur font effluer î’Éleétricité mife en liberté, au point que le vaiffeau femble enfoncer & fillonner dans un berceau de feu. (i)
- Souvent après une tempête, on voit paraître des feux au haut des mâts ; on a quelquefois faifi là matière phofphorique qui donne cette lumière , & l’on y a reconnu les oeufs à demi éclos du frai des mêmes poiffons glaireux dont je viens de parler; ce qui ne doit point fürprendre : une infinité d’animaux & d’infeétes marins donnant beaucoup de lumière dans de certains temps de l’année, & devenant de
- (i) les eaux du golpbe Adriatique & de lugunes, de Venife , fout pleins de ces infeûes marins.
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- vrais phofphôres peu de temps après avoir été pêchés, tels que les dails, les manches de couteau, les pholades, les huîtres mêmes. Les harengs deviennent phofphoriques , fur-tout vers la tête, dès qu’ils commencent à fe corrompre. Les maquereaux font fi phofphoriques à la fin de Mai, que j’ai fou vent fait l’épreuve à Bologne , où je commandois alors, de rendre de l’eau de mer très-lumineufe en y laiffant tremper pendant 14 heures une douzaine de ces poiffons.
- Mais cette obfervation ne détruit point la certitude qu’on a que le feu qu’on voit paraître au haut des mâts, connu fous le nom de feu S, Elme, ne naifle auffi très-fouvent d’une véritable Électricité qui ef-flue du haut des mâts : il peut très-bien s’être accumulé pendant l’orage affez d’Élec-tricité dans ces mâts, qu’on peut eonfidé-rer comme de grandes pointes propres à attirer ce Fluide en affez grande abondance pour qu’il devienne vifible en effluant après l’orage. Les nuages qui paffent fur un vaiffeau peuvent éleétrifer affez forte-
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- 1% La Nature & les Effets mentfes mâts pour produire ce phénoiue* ne, puifqu’il n’arrive que trop fouvçnt que la foqdre tombe fur les vaifleaux dont les mâts élevés attirent aflTez l’Électricité de la nue pour lui faire faire foin explofion.
- Un phénomène bien plus fingulier en-* çore, c’eft celui que j’ai obfervé deux fois en voyageant la puit, & fpr- là fin d’un orage : j’ai vu le bout des oreilles des chevaux de ma çhaife devenir lumineux ; j’ai vu les cornes du chapeau du Poftilkm de-, venir lumineufes , & jufqu’au bout de fop fouet le devenir aufli ; & je dois remarquer que toutes les deux fois que ce phénomène jn’a paru , j’étois alors fur la plapiprétrie du fommet d’une montagne.
- Le feu Roi de Pologne m’a fait l’hpnr peur de me dire qu’il avoit éprouvé plu-fieurs fois le même phénomène en voyageant en été pendant la nuit, de après avoir efi-fuyé un orage.
- Ce phénomène, j’ofe le dire , qui feroit inexplicable par tout autre moyen que par l’ÉIeélricité, n’aura plus rien d’extraordif naire, fi l’on réfléchit que l’Éledriçité s’é*
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- tant accumulée dans le corps des hommes & des chevaux pendant l’orage, ils l’ont pu effluer fur la fin de l’orage allez abondamment pour qu’elle foit devenue vifi-ble. Le bout du fouet, les cornes du chapeau du Portillon que j’ai vu lumineux me paroilfent, par analogie, des conducteurs éleétrifés par la communication avec les hommes & les chevaux. Je né fais fi je me trompe , mais j’âvoue que j’ai fouvent été furpris moi-même de voir avec quelle facilité les phénomènes les plus finguliers peuvent être expliqués par lë principe de la matière vive électrique jterreftre &folaire.
- Les phofphores qu’on obferve dans les animaux vivants s’expliquent tout aufli naturellement par le même principe.
- Tout être vivant refpire, par conféquent tout animal entretient fans celle en lui fon foyer naturel par la refpiration : en attirant & décruftant le feu élémentaire répandu dans l’air, ce feu , comme je l’ai déjà dit dans les Chapitres précédents, fe tamife dans les poumons , & delà palïè dans fon fang & dans fes nerfs ; ce Fluide s’échappe
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- 14 La Nature & les Effets des houpes & des mamelons nerveux dans leurs expanfions fur les fuperficies intérieures & extérieures , & ce Fluide doit s’échapper en plus grande abondance par les expanfions les plus' nombreufes & qui lui laiflent la plus libre iflue. C’eft ainfi bien vraifemblablement que dans quelques infe&es lumineux une partie de la fuper-ficie de leur corps fe trouve difpofée à laifler échapper le Fluide éle&rique raf-femblé dans ce petit corps par la refpira-tion,& à le laifler échapper en aflez grande abondance pour qu’il devienne vifible.
- Le ver-luifant d’Europe , l’acudia, le cucujos , le porte-lanterne de l’Amérique donnent une lumière très-vive ; le cucujos fur-tout efflue autour de lui une atmo.fpliere aflez lumineufe pour éclairer fuffifamment à fe conduire pendant la nuit. Le Pere du Tertre rapporte avoir lu fouvent fon Bréviaire à leur clarté, & les Habitants de Saint-Domingue, dans la partie delà domination d’Efpagne, s’en fervent pour éclairer leurs cabanes, & d’autant plus volontiers que cet infeéte fait une guerre cruelle
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- aux mouftiques & aux maringuoins, qui en font une très-incommode aux Habitants.
- Ces infeétes font d’autant plus intéref-fants pourlaPhyfique générale,que le ver-luifant d’Europe occafionna une des premières obje&ions qu’on ofa faire contre la matière globuleufe de Defcartes : fes Dif-ciples, malgré l’art qu’ils avoient appris de tout expliquer, & malgré la foumif-lion de leur fiecle, ne purent cependant pas réfoudre le problème d’un petit tourbillon qui pouvoir ébranler à une grande diftance les globules de leur fécond élé-
- Le célébré M. Huet trouva la noéliluca ou lampyrides , un être alfez fingulier pour le croire digne de fes chants : il compofa à l’honneur des lampyrides un Poëme dans lequel on retrouve l’invention & la belle latinité d’Ovide ; mais ce favant Evêque , en fuivant fon principe de croire que la foiblelfe de l’entendement humain doit être éternelle , ne paroît dans fon Poëme être occupé que du défir de plaire, & n’y dit rien qui puilfe éclairer l’efprit.
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- i6 La Nature & les Effets Les cucujos de Saint-Domingue & desl Ifles voifines ,f portent fur la tête deiix groffes tubercules tranfparentes, qui rendent une lumière fort vive : l’infe&e eft gros à peu près comme un hanneton, mais d’une forme plus allongée*
- Ce phofphore naturel me paroît naître de l’effluence des nerfs optiques, qui, près de leur origine, forment leur expansion dans le fond de la tubercule, qui paroît fervir d’œil à l’infeéte, & cette tubercule m’a paru difpofée dans fa ftruélure à peu près comme ces lanternes d’invention moderne, qui répandent en avant & au loin leur lumière , & qu’on nomme habicots, du nom de leur auteur.
- Ceux qui ont obfervé quelle eft la façon de vivre de cette efpece de fcarabée, rapportent que le cucujos reftè engourdi pendant le jour , & qu’alors il eft très-peu lumineux : ils vivent de bois pourri, & fe retirent à cet effet dans de vieux troncs qui leur fervent d’afyle & de nourriture. Il eft bien vraifemblable que dans les particules déjà féparées de ce bois pourri, les cucujos
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- cucujos choififfent les, plus onétueufes pour aliment, & par conféquent ils Te nqurrif-fent de particules fülphureufes , qui font déjà fort épurées : ces foufres très-éle&ri-ques de leur nature éprouvent une fiouvellë divifioii dans le corps de l’infeébe, & l’agitation & la refpiration feule de. cet infeéle luffit pour exciter & entretenir, cette effluence lumineufe. Qn fait, que dans tous ies animaux les nerfs optiques font, fort gros, & que ce font çeiix partant de la tête qui ont le moins de longueur ; ces nerfs dans i’homme fe croifent à quelques lignes 4e diftance des couches optiques dont ils tirent leür naiflance , & vont faire leur ex-panfion & former la rétine au fond de l’orbite dç l’œil, environ à 4eux pouces & quelques, lignes de leur origine;
- Ç’eft fans doute beaucoup hafarder que d’ofer citer à cette occafion quelques faits qui portent l’empreiiite de cet amour du merveilleux qu’on trouve fouvent dans les^ obfervations dès Anciens , &, dans celles^ qui ont précédé la fin du aix-feptieme iie-fcle. Cependant pliifieurs de ces faits étant
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- i8 La Nature & les Effets rapportés par des Auteurs dighes d’eftime, & n’étant point impoïïibles à croire , j’ai cru pouvoir les rapporter & montrer, s’ils font vrais , toute l’analogie qu’ils ont à mon opinion fur les phofphores naturels.
- Pline, & quelques autres Auteurs, rapportent qu’Augufte & Tibere jettoient quelquefois une lumière affez vive par les yeux pendant la nuit : quelques Savants, & fur-tout Scaliger , fe font vantés d’avoir reçu ce don de la nature, & même- de voir fouvent les objets qui les entouraient pendant la nuit. Trois perfonnes m’ont certifié que dans le temps de cette première chaleur feche & brûlante qu’on éprouve dans les accès de fievte tierce , une heure après le pafîage du froid au chaud , &que même après avoir bu & s’être échauffées à danferle foir, elles avoiënt vu,pehd&rtrquel-ques fécondes,les objets qui les entoüroieht après avoir éteint la lumière; Cela më paraît affez poflible , & d’ailleurs nous ne pouvons pas douter qüe lest chats, plufieurs quadrupèdes carnivores, & tous lêS Olfeaux no&urnes , ne voient pendant là nüit, &
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- que leurs ;yeux ne foient étincelants.
- Ne pourroit-on pas, en conféquence de ce phénomène/entendre dans unfens littéral ce vers de Virgile?
- Ne/cio. guis teneros oculus mi Ai fjfci/iat agnos !
- La Fable des Magiciens de Xheflalie, qu’Apulée , Lucien & plufieurs Foëtes anciens accufoient d’empoifônnër pair leprs regards , ne feroit-elle .pas fondée, fur l’idée que .quelques Phÿfiçlogifles,Grecs ont eu peut-être , que les yeux peuvent/ fluer des aigrettes douces &.fympathiques,, ou de nature à rebuter & mênj.e:;à„ bleflèr ? Combien ne pourroit-on pas citer de-grands perfonnagés, qui, foit vanité, foitfoibletfe, ne fouffroient qu’avec peine, & même qu’avec une impatience marquée , qu’on ofat les regarder fixèmeht? Comment s’eft-il introduit dans l’ufagë d’éviter de fixer fes regards fur les yeux de ceux auxquels on doit du refpeâ ? Il eft certain que le regard fixe d’une perfonne que nous voyons pour la première fois, excite en nous un fentimcnt.
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- 2,0 La Nature & les Èjfets agréable, qui nous prévient & qui noiis attache , ou fait naître la répugnance qui produit un effet contraire : feroit-ce donc l’effet réel d’une aigrette élancée de cette perfonne ? feroit-ce le rapport d’une émanation de fes yeux avec la difpofition actuelle de nos nerfs ?
- Une émotion douce & agréable > unfen-timenr qui nous peine & qui nous éloigne * naîtroient-ils d’un feu réel qui nous pénétré ? Démocrite auroit-il eu raifon en partie lorfqu’il définit là caüfe de l’amour ou de là haine par des atomes crochus qui s’en-* trelacoiènt, oü par des atomes ronds qui s’entre-pdufloient ? Démocrite n’auroit-il eu dans cette définition d’autre tort que celui d’avoir mis enjeu fes atomes figurés?
- La timidité des enfants qui fie peuvent fouténir des regards durs & menaçants, la douceur qui regpe dans les leurs, ce feu agréàble & fi féduéteur qui brille dafis les yeux de la jeunefle , feroit-il l’effet d’aigrettes plus douces , plus pures, plus égales , & plus variées ? Albert & plufieurs autres Auteurs àuroient-ils donc raifon
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- d’avoir ofé étendre cette idée, de lui avoir [donné un corps , & de la croire la caule ihyfique de l’impreffion que les regards »euvent faire, & de l’effetfubit, & cependant quelquefois fi durable, que le premier d’œil fait fur nous? Avec quelle vélocité prefque inftantanée, l’impreffion que recevons par les yeux ne fe porte-t-jelle pas dans les principaux nœuds où les nerfs fe raffemblent ! impreffion peu durable à la vérité, mais toutefois aflez forte dans le premier inftantpour qu’on ne puifie fe la rappeller après qu’avec furprife.
- Par quelle raifon les rayons réfléchis de la furface d’une forme quelconque , prife ne perfonne inconnue, exciteront-ils quelquefois en nous un frémiflement fubit dans tous nos nerfs, tandis que les rayons réfléchis de cette même forme , prife fur la ftatue la plus belle; & la plus parfaite, & même fur une perfonne plus belle encore, n’exciteront pas le même frémifle-ment ; & cependant l’objet qui nous aura fait impreffion n’aura rien que de médio-çte, & nous fera d’ailleurs très-indifférent^
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- %i La Nature & les Effets On répondra, fans doute, que cette forme rappelle en nous des fenfations agréables. Mais je le répété , fouvent cette même forme choifie & prife fur l’objet le plus beau, & même fur celui qui devroitle plus J nous rappeller ces fenfations après nous les avoir déjà fait éprouver ; fouvent, dis-je, cet objet, ne nous fera pas une impref-lion aufli fou daine que la formeapperçue par hafard fur un objet inconnu, qui ne nous a jamais fait éprouver de fenfation agréable, & qui même ne nous fait rien délirer au moment où. il nous émeut : car dans le dé- ; fxr l’ame agit , & l’on veut ce que l’on j délire ; mais dans l’efpece d’accident phy- ; fique que je peins , & que je n’ofe , ni ne dois peindre avec de plus vives couleurs, il n’eft queftion que d’un hafard, que d’un voile qui- tombe , que d’un accident enfin qui nous furprend , en nous faifant voir cette forme quelconque d’où les rayons réfléchis dans nos yeux excitent en no.us un effet fubit & pa(Tager; effet purement machinal, auquel la réflexion n’a nulle part, auquel l’intelligence ne concourt nullement.
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- Il faut 'donc que les rayons réfléchis de la forme qui excite ce frémiffement, aient en convergeant dans notre rétine une propriété relative que d’autres rayons n’au-roient pas dans le même moment , quoique bien des conditions plus favorables duffent les leur donner. Si ce myftere de la Nature pouvoit ceffer d’en être un pour nous , s’il étoit une feule reffource pour réfoudre ce problème phyfiologique, ce ne pourrait être que par le moyen des aigrettes qui doivent s’élancer de toutes les fu-perfides d’un corps où l’Éleâricité eft accumulée par la refpiration , & par le plus ou le moins d’analogie que ces aigrettes ont alors avec la difpofition préfente de nos nerfs, félon cet ancien axiôme, quid-quid recipitur, ad modum recipientis recipi-tur. On a cru pendant long-temps que la feule pierre de Bologne avoit la propriété de retenir la lumière après avoir été calcinée; mais il eft aujourd’hui reconnu qu’on peut faire des phofphores de la mênjç ef-pece avec une infinité de matières, dont la plus propre à produire .ce même effet me
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- 24 Ea Nature & les Effets paraît être la bélemnite calcinée ; j’en ai fait aufli avec une efp.çce de limaçon foflile, très-commun en Lorraine , que les Natu-raliftes nomment gryphite, & dont l’analogue ne fe trouve point dans les mers connues.
- Je dois obferver à ce fujet que, de tous les corps marins fofliles, il n’en eft aucun qui ait mieux réfifté au laps des temps que la bélemnite & le gryphite ; l’une & l’autre ont confervé, dans prefqûe tous les ter-reins où on les trouve , le gluten fulphu-reux qui lie les parties çonftituantes de leur fubftanee ; ce qui les rend très-propres à donner un phofphore de l’efpece de celui de la pierre de Bologne : mais fans recourir à cette longue opération , une ferviette blanche bien chauffée, une feuille de pa-fier blanc , deviennent très-facilement phofphoriques.
- Le diamant prétendu lumineux par lui-même,, que Mylord Clayton donna à Charles If, excita la curiofité & les diflerta-tions de tout le monde favant ; cependant Çette pierre, à laquelle on donna le nom
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- çt’adamas lucidus admirabilis , n’étoit au-? trecbofe qu’un diamant imparfait, dans lequel une petite çellule formoit un nuage; une fimple fridion fqffifoit pour éledrifer cette cellule & la rendre lumineufe, de même qu’un bocal de verre, purgé d’air ^ devient lumineux lorfqu’une légère fridion y accumule le Fluide éledrique,
- Ce qui caufa l’étonnement de M. Picard, lorfque fecpuant fon baromètre il vit paroî-tre de petits éclairs, dans fa partie fupérieu-re ; ce phénomène eft devenu fi commun & fi connu que tous les Marchands Allemands qui courent l’Europe pour vendre des tubes de cryftal,ont des ferpentaux de même matière, bien purgés d’air, dans lesquels une petite quantité de mercure fuffit pour y exciter le Fluide éledrique & le rendre lumineux. L’amqur du merveilleux & l’ignorance donnent toujours un grand prix à ces découvertes ; & fouvent, avant de les bien connoître, les contemporains dif-fertent fur ces prétendues merveilles, comme fur la dent d’or. Ce qu’il y a de plus dangereux quelquefois , c’eft lorfque le
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- charlatanifme s’en empare & les fait fervir à imprimer une vaine terreur par les pref-tiges qu’il préfente à la multitude.
- Pour peu qu’on ait vu répéter une partie des expériences de l’Éleélricité , on peut facilement imaginer combien il'ferait facile d'en impofer à la crédulité de ceux qui les ignorent, en cachant dans une chambre voifine l’appareil éleétrique , & con-duifant l’Éleâricité par une petite chaîne dans une chambre obfcure, où l’impofteur varierait à fon gré les expériences propres à en impofer & à paraître furnaturelles.
- Si les phofphores n’ont été que retrouvés par Brandt & Kunkel, fi les expériences de I’ÉIeétricité ont été connues par les Phéniciens, qui paroiflent avoir été les plus fa-vants de tous les anciens peuples ; fi quelques Sacrificateurs de Tyr, d’Héliopolis & de Memphis ont voulu abufer de ces connoiflances, quel parti n’en ont-ils pas pu tirer pour faire trembler les tyrans , pour foumettre la multitude, & pour répandre quelque chofe de divin dans les myfteres d’Eleufis & de la bonne Déefle ?
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- Ce que les Anciens rapportent de ces initiations, & des premiers fpeftacles par lef-quels on préparait les initiés , donne tout lieu de le foupçonner.
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- Application des effets de VQlectriqitè. à plujîeurs différents volcans.
- CH API T RE SEIZIEME.
- ÜTout. corps éledrifé communique fon Fluide , & le condudeur qui le tranfmet çfflue des aigrettes lumineufes des inégalités qui fe trouvent à fa fqrface , & fur-tout de cellçs qui font allongées &; placées à l’extrémité oppofée à celle qui touche au globe éledrique : fi Je condudeur fe ter-, mine en pointe, toute l’Éledriçité çonver-gera pour effluer do cette pointe.
- Cette feule expérience, déçifive fera la bafe de rues obfervations fur les volcans,, parmi lefquels j’en diftingue trois, d’efpe-çes différentes : d’accidentels, qui ne doivent leur commencement qu’au hafard ; d’autres, qui ont eu befoin pour commencer d’une combinaifon qui u’eft point açciden-
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- du Fluidt électrifié'. 2.9
- tèllê, & qui peut être caufée par une progreflion naturelle } d’autres enfin qui ne font que lumineux, & qui doivent être regardés plutôt comme de grands phcfphores naturels que comme des voleansi Volcans * c c ï d ê * t è z s.\
- Le tonnerre, un feu allumé par des Pâtres ou par des Chalfeurs, peut avoir, em-brafé une forêt fur le penchant d’une montagne , où les arbres abattus & entaffés ont pu former un brafier aflez ardent pour communiquer le feu à des veines de fou-fre ou à des mines de charbon de terre : le feu en creufant fe fera étendu dans les flancs & jufqu’àu centre & à !a bafe de cette montagne.
- La bouche de ce volcan accidentel raf-femblera & exhalera la flamme & la fumée jufqu’à Ce que la force du feu ouvre de de nouveaux foupiraux j ce volcan peut dans la fuite avoir de violentes éruptions, fi le noyau & la bafe de cette montagne contiennent des nitres ou d’autres matières combinées & propres à faire une explofion:
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- 3© La Nature & les Effets delà des tremblements de terre, des affaif-fements de terrein , & les autres accidents communs aux volcans ; mais fi la matière qui fert d’aliment au feu ne contient point de fels, ce volcan peut brûler pâifiblement jufqu’à ce que les matières fulphureufes foient confumées , & qu’il s’éteigne.
- On a été obligé, depuis environ 40 ans, d’abandonner une très-riche mine de charbon de terre dans le Northumberland , à laquelle les Ouvriers ont mis le feu : l’em-brafement continue, & fi ce feu vient à rencontrer des amas de pyrites & de ni-tre, on peut craindre des fuites funeftes de ce volcan accidentel, qui patoît avoir déjà pénétré jufques fous les bords de là
- Un Pâtre ayant mis le feu, il y a foixante ans, à une mine de charbon de terre dans les forêts de M. le Prince de Naflau-Saar-brük , l’embrafement a gagné dans l’intérieur d’une montagne aifez étendue; mais jufqu’ici, loin d’être nuifible , il eft même devenu très-utile : la grande veine de charbon embrafée eft couverte de plufieurs cou-
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- elles de pierres alumineufes , l’embrafe-ment fou terrain les calcine naturellement. Feu M.. le Prince de Naflau-Saarbrük a fu profiter de ce petit volcan pour l’entretien de plufieurs ufuinès confidérables. Il y en à deux où l’on fait congeler prefque fans frais le plus bel alun ; on va chercher la matière toute .calcinée à ce petit volcan, & l’on n’a plus d’autre travail à faire que les lotions ordinaires. D’autres ufuines voi-fines formerit le plus beau vitriol. En d’autres , on retire du bitume j en d’autres on fait du noir de fumée & un excellent pétrole qui rend le bois prefque incorruptible, lorrqu’ïl ,eft enfoncé dans la terre ou dans l’eau. Un habile Chymifte, placé avec fon laboratoire dans un canton de la forêt, quirappelle les antres des anciens Druides , fait toutes les compofitions vitrioli-ques & d’excellentes gouttes anodines & minérales d’Hoffman.
- Les forêts de ce pay s , qui ne rapportoient rien, qui n’étoient point habitées , où les arbres tomboient de vétufté, & pourrif-foient entaffés les uns fur les autres ; ces
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- àâ La Nature & les Effets forêts où la nature muette & ftérile fe mon-troit, il y a 40 ans, fous l’afpeâ le plus faq-vage & le plus affreüx, font aujourd’hui cultivées & vivantes. Sept forges, trois verreries , deux papeteries, & dix autres ufui-nes occupées du travail des minéraux dont j’ai parlé , oiit augmenté le revenu du Souverain de pliis dé i^oooo florins : elles ont tépandu l’abondance dans lés familles de fes fujets, ont peuplé un pays inhabité jüfqu’alors, ont animé l’amour du travail.La main de l’Homme â rendu ces montagnes, autrefois flériles & efcarpées , accefïibles & fertiles. Aujourd’hui des chauffées, des ponts induftrieux forment des communications faciles & affurent les charrois & l’exportation. Les eaiix qui étoiént éparfes dans les vallons font aujourd’hui refferrées, dirigées & diftribuées pour les différents travaux : ces travaux font dûs au génie de feu M. le Prince de Naifâii , qu’urié inort prématurée a enlevé en 1769 ; ils le font à madamè la Princeffe de Naffau, dont les Mufes agréables & les Mufes laborieu-fes femblént s’être occupées à embellir & à enrichir
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- 1 (enrichir l’efprit, & dont toutes les vertus s les plus fublimes ont formé le cœur , pé-| nétré de refpeét & d’admiration pour cette K Princefle, qu’il me foit permis de répéter I ici ce que l’on peut entendre de la bouche 1 de tous Tes fujets. C’eft les larmes aux I yeux que je viens de tracer un crayon des I travaux de la forêt de Saarbrük , la mémoire du Princé qui les exécuta fera fans ceffe chere & préfente à mon cœur : puiffe l’aimable & digne fils qui lui fuccede jouir long-temps de ces travaux fi intérelfants pour l’humanité , & d’un fi grand exemple pour les Souverains !
- M. le Prince de Naflau s’étant plu à me conduire lui-même dans cette efpece de ville immenfe qu’il a voit créée, me fit voir tout ce qui pouvoit me fournir matière à quelque nouvelle obfervation, Le petit volcan eft le feul objet relatif au fujet dont je traite. L’embrafement intérieur de ce volcan, qui paroît n’avoir encore pénétré qu’horizontalement dans l’intérieur de la montagne, environ cent quarante toifes d’étendue, n’a ouvert encore que deux bouches, par lef-Torne II. C
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- 34 Zfl Nature & les Effets quelles lafumée s’exhale, &dont lesouver-* tures font couvertes de fleurs de foufre. La hauteur perpendiculaire de ces embou-4 chures à leur foyer,pou voit, il y àfix ans, en 1764,, avoir trente à quarante toifes ; mais ce foyer s’étend, fait des progrès, & il s’approchoit déjà dans ce temps de la ligne verticale de là plus grande élévation de là montagne.
- C’eft cette pointe la plus élevée qui m’a le plus intérefle : la terre en étoit déjà ftérile & dénuée de toute verdure, quoique fon fonds pût être propre à la végétation. J’y ai fenti un vent frais qui s’élève de terre, & dont on peut même entendre le léger frémiflement lorfqu’on approche l’oreille de la terre.
- M’étant informé aux Ouvriers, s’ils n’a-voient jamais vu de feu fur cette pointe, ils me répondirent que ce fommet devenoit quelquefois lumineux pendant la nuit, & fur-tout pendant une forte gelée ; qu’ils a,voient alors monté fur cette; pointe pour recOnnoître cette flamme pendant qu’elle étoit vifible, & qu’ils n’avoient fenti au-
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- ciiiié chaleur; mais que quelquefois il s’t-chappoit des deux bouches , qui font environ trente pas au-deflous, des tourbillons de flamme & de fumée qui calcinoient les arbres voifins, fans les enflammer : sljfcn effet, on ne voit, dans Une circonférence d’environ 150 pieds autour de ces bouches, que des bouleaux & des frênes dépéris, dont l’écorce eft calcinée.
- Voilà donc encore au fommet de ce monticule un vrai feu fans chaleur : on ne peut pas douter que cette flamme légère ne doive fon origine au feu réel d’embrafement qui brûle dans l’intérieur de la montagne. Ce feu s’eft donc tamifé au travers des couches de terre qu’il a dû pénétrer pour fe raffembler & jaillir de ce petit fommet, & ce feu eft donc changé de l’état d’un feu propre à l’embrafement, à celui d’ün feu plus pür & prefqüe élémentaire, puifqu’il efflue d’une façon vifible, & que lorfqu’il n’eft pas vifible, il fe fait connoître fous la même forme de vent froid & aétif qu’on obferve dans le moment qui précédé celui oü l’aigrette éle&rique devient lumineufe.
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- J’ai déjà dit que j’ai obfervé un pareil feu fur une montagne de l’Apennin, près de Radicofany ; le fommet de ce monticule élevé fur la planimétrie d’une des montagnes de la chaîne de l’Apennin , jette demême des flammes, pendant la nuit,dans un petit terrain qui peut avoir au plus io à ii pieds de diamètre.
- Tout ce terrain eft un compofé de pe* tites pierres plates fchiteufes, fort feches & fort légères : non-feulement je n’ai obfervé nulle chaleur en agitant & en creufant ce terrain, mais j’ai même fenti un froid aigu qui elfluoit entre ces pierres plates ; & comme il n’y a aucun embrafement fou-terrain aux environs qui foit connu, je n’ai pu m’empêcher d’attribuer en entier à l’É-leétricité terreftre l’exiftence de ce phénomène , auquel j’ai eu la fatisfaéfion ,de pouvoir comparer depuis celui que j’ai obfervé dans les forêts du pays de Naflau-Saar-brük.
- Volcans naturels.
- Je crois auffi que l’Éleftricité terreftre
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- r:ut contribuer beaucoup à la naiflance & la durée de plufieurs volcans embrafés ; & voici les raifons fur lefquelles je me fonde.
- Une montagne d’une grande élévation, $c dont la bafe a un grand diamètre, doit, félon la théorie de cet EfTai, & félon l’analogie qu’elle a avec la barre préfentée au globe , raflembler une forte Eleâricité à fon fommet, ce fommet étant une pointe par rapport à la montagne qu’il termine.
- J’obferverai d’abord que prefque tous les volcans font fitués dans des ifles, ou dans des terres reflerrées par la mer : ils font prefque toujours ouverts au fommet des plus hautes montagnes.
- Nous ne pouvons d’ailleurs confidérer les ifles, refpeâivement aux profondeurs des mers qui les entourent, autremenc que comme le fommet d’une feule , ou d’une chaîne de hautes montagnes dont la bafe eft au fond de la mer, & dont les fommets font découverts au-deflus de fa fuperficie.
- L’eau étant reconnue comme le conducteur qui tranfmet le plus vivement l’Élec-
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- 38 La Nature & tes Effets tricité, & qui le retient le moins ; l’Éleétri-cité environnante des mers, voifines d’une ifle, doit converger de toutes parts vers le centre de ces ifles.
- L’inclinaifon reconnue dans toutes les aigrettes électriques vers les corps qu’on en approche à une certaine diftance, pour-foit-elle naître d’une autre caufe que d’une attraction (apparente ) réciproque entre un corps très - éleCtrique & un autre qui ne l’eft pas ; & la tendance à l’équilibre avec lui-même du feu élémentaire , n’en eit-elle pas une caufe méchanique plus fatisfaifan-te pour la raifon , qu’une attraction prife dans le fèns pofitif, que Newton lui-même n’a regardé que comme un fait général & certain, & une loi immuable, qui, félon lui, pourroit bien avoir une caufe primitive ? De même que l’appareil éle.Ctrique & le globe , au temps de la friction, attirent l’ÉleCtricité de l’air & des corps environnants , de même l’ÉleCtricité naturelle de la terre doit fè raflembler & fë porter dans l’ifle & dans la montagne qui lui fert de conducteur, parce que cette ÉleCtriçité
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- terreftre eft moins preffée , moins combattue par l’Éleétricité folaire dans ce conducteur, & que.ce conducteur acquérant plus de force jailliffante, cette force fe met en équilibre avec celle des. rayons folaires. Si je ne me fuis pas expliqué allez. claire-» rement, je le répété encore, la loi commune à l’EleCtricité folaire & à la terreftre, c’eft de fe remettre fans celle en équilibre l’une avec l’autre, & c’eft de cette loi & de ce combat que naît le mouvement.
- Lorfque MM. de la Condamine & Bou-guer ont fait la belle expérience d’obfer-ver fi l’énorme montagne de Chimboraco ne cauferoit pas quelque déviation dans la perpendiculaire de la ligne à plomb, par l’attraélion de fa malle ; lorfqu’en effet le réfultat de leur obfervation leur a prouvé que le corps de cette montagne parpifi-foit opérer cette déviation qu’ils cher-choient, ne puis-je pas, en conféquence de ce que j’ai dit jufqu’ici, attribuer cette déviation à la forte Electricité terreftre qui •doit fe ralïembler dans un conducteur aufli gros, & aulïi élevé que l’eft cette montagne, C 4
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- 40 La Nature & les Effets la plus confidérable qui foie dans les différentes latitudes où nous ayions pu porter l’obfervation : mafle énorme, pénétrée d’une forte Éleéfcrieité, & qui a pu attirer le fil & le plomb, matières non-éle&riques, dans fa fphere d’a&ivité.
- Selon toutes les preuves que j’ai raflem-blées de l’exiftence de l’Éledncité terref-tre, je regarde toutes les montagnes élevées comme des condu&eurs de cette Électricité , & leurs fommets comme des pointes d’où elle doit jaillir en bien plus grande abondance que des planimétries.
- J’ai fait remarquer aufli que le Fluide jailliffant qui s’élève de la fü perfide de la terre, éleve des particules terreftres de toute efpece, qu’il a la force d’entraîner, & que les particules fülphureufes étant celles qui lui font le plus de réfiftance , comme étant éle&riques par elles-mêmes, elles font par conféquent aufli celles contre lefquelles elle agit le plus fortement, & avec l’effort le plus continuel.
- Il eft donc très-naturel que l’Éle&ricité éleye dans le corps des montagnes des par-
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- du Fluide électrique. 41 ticules fulphureufes en grande abondance ; aufli les pyrites font - elles beaucoup plus communes dans les cavités des montagnes que dans celles des plaines, de même que les veines de foufre & les bancs inclinés à l’horizon de charbon de terre.
- On connoît l’expérience de Lémery, îorf-qu’avec 50 livres de foufre & de limaille d’acier, pétris enfemble avec de l’eau , il forma un petit volcan artificiel, qui fit voir les mêmes effets que les grands volcans nous montrent.
- C’eft donc peut être ainfi que des matières propres à s’enflammer, raffemblées naturellement par l’Éle&ricité, peuvent fe trouver en aflez grande quantité dans le corps d’une montagne pour prendre feu lor£ que la fonte des neiges ou quelques orages violents leur auront fourni l’eau néceffaire pour les faire fermenter : alors cette eau pénétrant les pyrites dégage le feu contenu & retenu dans leurs cellules , & ce Fluide fubtil & répulfif à lui-même, s’agite & fe dilate avec aflez de violence pour brifer & volatilifer les corps qui le reoé-
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- 41 La Nature & les Effets loient, & pour former un foyer d’inflagration qui s’étend de proche en proche, avec d’autant plus de violence qu’il dégage plus de feu captif, & qu’il trouve plus de rétif-tance à fe former une iflue libre oit il puifle fe dilater & fe remettre en équilibre avec le feu dé l’atmofphere.
- On a fi fou vent & fi vainement cherché à donner une explication fatisfaifante des fermentations ; & la répulfion des particules fimilaires du feu & leur tendance à l’équilibre m’en paroît une fi fimple & fi naturelle que je ne peux m’empêcher de l’adopter & de m’en fervir, d’autant plus que certainement l’explication la meilleure qu’on pourra donner des fermentations chaudes ne pourra fervir pour expliquer les fermentations froides ; & d’ailleurs, ayant bien prouvé que le feu élémentaire n’a nulle chaleur qui lui foit propre , la même explication que je donne pour les fermentations qui nous caufent la fenfa-tion de chaleur, fervira également par une raifon inverfe à expliquer celles qui nous caufent la fenfation de froid.
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- Ce que j’ai dit jufqu’ici fur les volcans me fait préfumer que la plupart d’entr’eux, tels que ceux delà Sicile, del’Iflande, des ifles de Fuego, de Palme, de Bourbon, deTénériffe, comme ceux de la Chine & des Cordilieres doivent en grande partie leur embrafement & l’entretien de leurs énormes foyers à l’Éleétricité.
- Je ne doute pas que plufieurs de ces volcans n’aient entr’eux des communications, & c’eft ce que j’examinerai dans la fuite ; mais il y en a d’autres qui paroiflent être abfolument ifolés, & ceux-là font les plus dangereux de tous : ils paroiflent éteints pendant quelques fiecles, & fe rallument après avec plus de fureur. M. de la Con-damine a pofé des fignaux & fait plufieurs dations fur la montagne de Cotopaxi. A peine fë fouvenoit-on dans le Pérou que cette montagne avoit autrefois vomi des flammes & caufé les plus grands ravages : deux fiecles avoient fuffi pour en faire perdre la mémoire, ou du moins pour rétablir la fécurité. Le cône tronqué du fom-met de cette montagne, des reftes de laves
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- fur foji penchant ne frappant plus les yeux que de quelques Naturaliftes , on avoit élevé des édifices & l’on avoit établi de grandes manufactures dans la plaine qui touchoit à fa bafe. Tout fut détruit en douze heures de temps , en 1741, le volcan s’étant rallumé avec plus de fureur que jamais, & il s’eft foutenu pendant plufieurs années dans la même violence. Les neiges accumulées pendant plufieurs fiecles fur cette montagne , fondirent fi fubitement qu’on vit tout à coup des mafles énormes d’eau rouler, fe précipiter & bondir aflez haut, à la fin de leur chute, pour pafler par-deflixs un village fans le renverfer.
- Treize ans après, Lisbonne éprouva la même cataftrophe qu’elle avoit efiuyée zz$ ans auparavant; mais quoiqu’elle ait prefque été détruite par un tremblement de terre, çet événement terrible ne doit pas en être moins attribué aux volcans. Il eft plus que vraifemblable que le foyer d’aâivité qui caufa ce tremblement de terre eft fous les ifles Açores, & qu’il s’eft communiqué par-delfous la mer, non-feulement aux côtes
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- du Portugal, mais à celles de Cadix (1), & jufqu’au royaume de Fez, & dans l’intérieur des terres de Mequinés.
- Quiconque regardera un Atlas avec un œil philofophe, reconnoîtra fans peine le» changements & les fecoufles horribles que la furface de la terre doit avoir efluyés. Quelques-uns de ces changements ont été occafionnés par les courants de mer j mais nous croirons fans peine que les volcans en ont occafionné de bien confidérables. En ne nous arrêtant qu’aux événements qui font arrivés depuis le commencement de ce lïecle , on trouve une ifle des Moluques dont le volcan s’affaiffa, fe convertit en un lac de feu, qui confuma en quelque forte l’ifle, qui s’abyma toute entière dans la mer. En 1707 on vit un volcan élever une nouvelle ifle du fond de la mer dans
- (1) La mer te rerira plus d’une lieue St demie du rivage de Cadix, le jour du tremblement de Lisbonne : elle revint, furieufe & haute comme une montagne, fubmerger les digues, le port St les ouvrages extérieurs de Cadix. C’eft-là que périt le jeune M. Racine : il fut englouti dans fa chaife, fur uns des chaulfées de Cadix, & ceux qui l’ont connu ont pleuré ce jeune homme de ans , qui annon-çoit toutes les vertus St tous les dons fublimes de fon pere & de fon illuftre aïeul.
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- 46 La Nature & Us Effets l’Archipel. En 1710 les ifles Açores de Tercere & de Saint-Michel, diftantes de a8 lieues, furent ébranlées à la fois, & une nouvelle ifle s’éleva du fond de la mer entr’elles. Les mêmes événements ont abymé Lima & le Callao en 1747. On ne peut donc point douter que de Vaftes foyers ne fe communiquent au-deflous des mers ,& que la force jailliflante de l’Éleélricité terreftre ne contribue à leur fournir des aliments & à élever leurs foupiraux au fommet des plus hautes montagnes.
- Tout fe tient dans la nature ; rien de tout ce qui eft en aétion n’eft abfolument ifolé : les plus grands , les plus redoutables phénomènes rentrent dans l’ordre des effets naturels, pour celui qui fait obfer-ver en grand la Nature, & qui fans être frappé du merveilleux apparent de quelques faits qu’il ne connoît point encore , à le courage & la fagacité de remonter jufqu’au point de fubdivifion de la chaîne générale à laquelle ces faits font liés. Cette chaîne, ce lien général de tous les êtres a&ifs, c’eft le mouvement, c’eft ce
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- produit de la matière vive, & fon adion îur la matière paflive. Tous les détails de tous les différents phénomènes doivent répondre à cette grande & générale adion.
- Les événements qui nous paroiffent les plus grands , tels qu’une ifle élancée du fond de la mer par un volcan , la deftruc-tion d’une des Moluques , la fubmerfion du Callào, le tremblement de terre de Lisbonne, ces terribles paroxyfmes delà terre ne font grands qu’à nos foibles yeux, ils font très-petits pour la nature ; & quiconque voudra l’obferver en grand, & la con-fidérer relativement au principe fimple que j’ai pofé de l’adion de la matière vive fur la matière paflive & inerte , conclura né-ceffairement que tous ces grands mouvements , loin d’être ifolés, ne font que des écoulements du mouvement général qui entretient l’harmonie généralede l’Univers.
- . Pour prouver que les plus petits détails répondent à ce même principe , je choifîs parmi les volcans ifolés celui de l’ifle de Ténériffe , parce que-les rapports géométriques du Pere Feuillée, & les rapports
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- 48 La Nature & Us Effets phyfiques que le Doâeur Sprat & le I Voyageur Edens ont fait à la Société royale I de Londres, nous le font connoître, & \ nous ont donné des détails très - intéref 1 fants.
- L’ifle de Theite ou de Ténériffe , une | des plus grande des ifles Canaries > a 18 | lieues de long environ fur fix & huit de j large ; tout le terrain de l’ifle eft abondant I en foufre : on ne peut douter de la grande | élévation de cette ifle fur le fonds de la > mer, la fonde ne pouvant le trouver au- | tour de cette ifle.
- La bafe de la montagne a cinq lieues 1 de diamètre ; la hauteur du pic a été di£* î féremment calculée. Le Pere Feuillée lui j donne environ 2000 toifes de hauteur per* j pendiculaire fur le niveau de la mer. Les ; deux Anglois expriment cette hauteur deux j milles & un quart d’Angleterre , ce qui | reviendroit à près de 2200 toifes. Cepen- j dant ils rapportent que le mercure ne def- ; cendit que de onze pouces fur le fommet j du pic: onze pouces ne font que 132 lignes, ! félon le pied françois ; ils en font moins félon
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- félon le pied anglois, & fi la réglé de l’abaiffe-ment de la colonne de mercure, évaluée à une ligne par ia toifes, étoit bonne, ces 13a iignes d’abaiffement ne donneroient que 1 ^toifes de hauteuràcette montagne; çe qui s’éloigne beaucoup de la mefure du Pere Féuillée , & même de l’eftimation des Anglois : mais, comme je l’ai déjà dit> je crois la mefure prife par l’abaiffement du mercure très-fautive ; on ne peut même, en i’eflayant à des hauteurs médiocres, en obtenir un réfultat approchant de la vérité* Il entre trop du phyfique dans cet effet pour biffer préfumer qu’on puiffe établir un calcul certain fur cet abaiffement, & ce ne fera jamais que la phyfique même qui pourra faire connoître une infinité de combinaifons, qui varient prefqueà chaque temps & à chaque degré d’élévation. En prenant un milieu entre l’eftimation du Pere Feuillée & celle des deux Anglois, on peut donner 190.0 toifes perpendiculaires au pic , & fon ombre, iorfquelie fe projette fur la. mer , & qu’elle peut être obfervée , dqnne à peu près ce même ré-* Tome IL £)
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- 5© Là Nature & tes Effeti fultat, par une réglé que j’eftime être beaucoup plus fûre que celle qu’on peut employer en calculant , félon les tables , fur l’abailfement du mercure , drelféeS par le Doéleur Halleg. Je ne peux même m’empêcher de dire à cette occafipn que fou-vent le Géomètre fait fort à fon aife dç longs calculs dans fon cabinet, tandis que le Phyficien gravit fur un pic efcarpé # ou s’enfévelit dans les profondeurs d’une mine pour y chercher la vérité. La géométrie , fans doute , eft très-nécelfaire à la phyfi-que ; mais l’obfervation eft également in-difpenfable au Géomètre pour éclairer l’objet de fes calculs. Les travaux que les Académiciens françois ont fait fous le cercle polaire & fous l’équateur , prouvent de quelle, importance il eft pour les obferva-tions décifives que Ceux qui les font foient également Géomètres & Physiciens. Si même il eft quelque préférence à établir entre les deux genres , j’ofe dire que la phyfique la mérite par fes travaux multi- ! pliés & variés , & parce que c’eft elle qui j fournit tous les matériaux à la Géométrie > ]
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- tju'on peut, à ce que je crois, ne regarder que comme un grand & fublime inftrüment, qu’un œil perçant & accoutumé à bien voir doit conduire. Sprat & Edens ont laifTé chacun à la Société royale de Londres un récit de leurs observations dans l’ifle de Ténériffe, & leurs récits font allez uniformes pour que je puilTe les réunir & les rapporter ensemble. J’efpere expliquer d’une façon bien fimple ce qui dut occa-lîonner les phénomènes dont, par leur narration, on voit qu’ils furent étonnés.
- Us montèrent, en tournant environ dix milles de chemin, dans un air prefqu’auf-li chaud que celui qui régnoit dans la plaine : tout ce terrain eft couvert des plus beaux arbres que la terre nourrifle dans aucune contrée du monde. La plus grande partie de ces arbres fe nomme Vénatico; les autres approchent aitlfi, plus ou moins ? de la nature des pins i ils font très-élevés, le fût en eft très-droit , leur écorce eft très-polie, & tous ces arbres donnent plus Ou moins de réline.
- Après avoir monté dix milles, ils en-
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- La Nature & tes Effets trerent dans un air très-froid , & bientôt ils commencèrent à marcher dans la neige I & les glaçons, ce qui les obligea de mon- j ter au fud de la montagne ; mais à 50 toi- I fes plus haut ils furent forcés d’abandon- I ner leurs chevaux. Edens, dansfon récit, re- I marque avec furprife & fans en foupçon- 1 ner aucune caufe , que les crins de leurs j chevaux commencoient à fe héritier. 1 Leurs habits, devenus humides, un brouil- 9 lard épais, tout leur fit croire alors qu’ils I étoient déjà élevés dans la région des nua- I ges : ils marchèrent environ pendant deux I heures, & trouvèrent encore dans une élé- I vation fupérieure, du côté du fud, une cha- j leur allez forte qui les fit retourner du côté du nord.
- Toute cette partie de la montagne eft ftérile ; un fable fin & delféché couloir j fous leurs pieds, retardoit leur marche & I la rendoit très-pénible : quelques rochers noirs, & à moitié calcinés, fe trouvent d’ef- j pace en efpace dans cette partie, & fervent d’afyle aux Voyageurs. CefWà que commence le vrai pic : il femble naître de la
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- montagne comme un cône qui feroit pofé fur la feéti'on horizontale d’un autre cône beaucoup plus grand. Les difficultés augmentèrent pour gravir fur ce pic: ils arrivèrent enfin fur fon fommet.
- Ce fommet leur parut ovale & de deux tiers de mille d’étendue : le milieu en eft occupé par le goufre du volcan nommé par les Efpagnols la Caldera ; ce goufre leur parut avoir quatre-vingt verges de diamètre. Lorfqu’ils approchèrent de fes bords il n’en fortoit alors qu’une fumée légère ;
- ! Edens & fa troupe eurent le courage d’y defcendre & ne le trouvèrent profond que d’environ quarante toifes. Le fol du fonds de la Caldera leur parut être comme une pâte molle jaunâtre. Ils en emportèrent une certaine quantité, dont ils firent des chandelles, qui fe durcirent & qui brûlèrent, comme le foufre ordinaire. Ils remarquèrent dans le fol du fonds de la Caldera, quelques trous d’où la fumée fortoit, tantôt plus épaiffe ou plus légère, & fou vent accompagnée d’une flamme légère & violette.
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- La Nature & les Effets Ils remontèrent fur les bords de ce gou-fre , après l’avoir fuffifamment obfervé ; mais ils ne purent refter long-temps fur la planimétrie du pic, & réfifter à un vent très-froid & très-pénétrant qui leur cou-poit la refpiration, & qui, loin de les frapper horizontalement ou diagonalement, fembloit s’élever de défieras leurs pieds des bords du goufre, & des bords de la circonférence de la planimétrie. U y a de ces vents là en Suiffe , où on les appelle vents de terre ; ils font très-dangereux pour la fanté. Ils furent bientôt obligés de def-çendre jufqu’aux premiers rochers calcinés , fous lefquels ils fe mirent à couvert. Épuifés de fatigue, ils eurent recours, pour réparer leurs forces, aux provifions qu’ils avoient apportées j mais ils furent très-étonnés de trouver que leur eau-de-vie avait perdu toute fa force, & que leur vin, au contraire , était devenu très fort & très-fpiritueux. Après s’être repofés, ils continuèrent à defeendre : ils remarqueront quelques petits ruilfeaux de foufre qui coudoient doucement entre les rèçhes & les
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- mafles de neige. Ces foufrès étoient en état de fufion , mais fans apparence de flamme : ils s’alloient perdre un peu plus bas & fe figer dans la neige, Ils efiuyercnt jufqu’au bas de la montagne les mêmes degrés de froid & de chaud qu’ils avoient éprouvés en montant.
- Ce rapport, quiparoît vrai par fa fim pli-cité , par l’efpece des gens qui l’ont fait, & par le refpeél qui eft dû à la Compagnie illuftre à laquelle ils faifoient ce rapport : toutes les eirconftances des obfervations du Doéteur Sprat & d’Edens , me paroif-fent une confirmation de la vérité de plu-fieurs propolitions que j’ai déjà avancées dans cet Eflai.
- Les premiers dix milles font couverts des plus beaux arbres, portant de différentes réfines? & ne perdant jamais leurs feuilles: ces arbres fe reffentent de la fécondité que les foufres éleyés avec k feve donnent à la végétation , & de la ténacité & de lafouplefle qu’ils donnent aux feuilles.
- Les deux milles qu’ils parcoururent après, de - ' - c-—'d, fe trouvoient, fans dou-
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- $6 La Nature & tes Effets te, à la hauteur des nuages, qu’on traverfe ainfi fur toutes les montagnes fort élevées, prefque fans s’en appercevoir.
- Les crins des chevaux qu’Edens obferva commencer à fe hérifler , font une confé-quence bien frappante de l’expérience où l’on voit les cheveux des perfonnes éleâri* fées fe hérifler de même, (i) Si çette expérience eût été connue par Edens, peut-être eût-il fait la même obfervation fur lui-mê-^ me , au moment où il éprouva ce vent aigu fur la planimétrie du pic.
- Le fable fin & mobile dont le pic eft çompofé, eft une terre privée depuis longtemps de toute efpece de fubftance végé-table, dont toutes les molécules organiques ont été enlevées par le Fluide jailliflânt de ce pic.
- Le fonds de la Caldera étoit alors tram quille , parce que le foufre feul, lorfqu’il n’eft mêlé d’aucun fel, ne fait que couler fie brûler tranquillement : il faut qu’il foit
- fi) On raconte que les cheveux de la Prétrefle de Delphe fe hé-rifioienr de même au fotrir de l’antre prophétique , (i’oq fortoit unp vapeur enivrante, félon'ce que rapportent Plurarque & Cicérçn.
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- du Fluide éleclrique.
- ému par le nitre pour former une explo-lion , ou bien qu’enflammé dans des cavités profondes, il y réduife en vapeurs les eaux qui s’y précipitent.
- Le vent froid & pénétrant qu’ils fend-rent s’élever verticalement de la planimé-trie du pic, me paroît n’être autre choie qu’une Électricité trop rare encore pour être lumineufe, mais déjà aflez abondante pour effluer fous la forme d’un vent aigu pareil à celui qu’on obferve dans les expériences.
- Leur eau-dé-vie fans force, après avoir été quelques- moments fur cette planimé-trie, me paroît être une bien forte preuve de l’exiftenoe d’une force jaillilfante qui enleva toutes les parties les plus fpiritueufes de cette eau-de-vie, & je fuis d’autant plus fondé à le croire , qu’ayant mis de très-bonne eau-de-vie dans un gobelet d’argent, & l’ayant fortement éleCtrifée, après avoir pofé ce gobelet fur un conducteur coudé, dont le fupport du gobelet s’élevoit verticalement , j’ai réufli à lui faire perdre une grande partie de fa force en peu de temps,
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- ç8 • La Nature & les Effets & à lui faire exhaler fon parfum dans l’air de la chambre où je fis cette expérience , dès que j’eus lu le rapport d’Edens. Je l’ai répété avec le même fudçès fur de l’efprit-de-vin à la lavande, & fijr d’autres eaux 1 fpiritueufes.
- La durée du temps qu’Edens refta fur | le fommet du pic ne fuffit pas pour enle- I ver l’huilè eflencielic de cette eau-de-vie ; | mais peut-être l’eût-il enlevée dans un temps 1 plus long y & ce qui doit le faire préfumer, I c’eft la prompte & abondante évaporation I que caufe le Fluide éleélrique.
- Leurs vins augmentés de force le furent jjj par la même caufe ; il eft connu que les 1 efprits & les acides du vin font envelop- g pés, plus ou moins, dans leur phlegme & | leur huile effentielle , & tel vin peut en 1 contenir beaucoup , qui n’agitera pas ce- | pendant les houpes nerveufes de l’organe j du goût. Le vin de Saintonge , qui paroît î lourd, greffier & prefque fans faveur, rend \ cependant la moitié de fon volume d’ex- j ce 1 lente eau-de-vie ; tandis que le vin de I Champagne, pétillant & moufleux, qui agite f
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- Du Fluide électrique. 59 extrêmement l’organe du goût, ne rend au plus d’eau-de-vie que le quart de Ton volume. On peut donc comprendre fans peine que les vins qu’Edens & fes Compagnons portèrent fur le fommet du pic, étant bien vraifemblablement des vins de l’ifle même, qui font excellents, mais très-doux, comme tous les vins des Canaries, & par con-féquent très-enveloppés ; que ces vins, dis-je , furent alors agités par l’Éle&ricité, qui dégagea leurs efprits & leurs acides ; mais qui n’eût, dans un temps trop court, que la force de les exalter, fans avoir le temps fuffifant pour les enlever.
- La description du mont Ararat nous offre une partie des mêmes faits à obferver j on fent fur fon fommet un vent très-aigu, on y apperçoit fouvent des pointes lumi-neufes : mais cette montagne n’eft point dans une ifle, fon fommet ne s’élève point en pic, aufli le volcan qui brûloit autrefois s’eft éteint ; il n’en refte plus qu’un entonnoir horrible à voir , & que dans le pays on nomme l’abyme , & les matières propres,à nourrir le foyer de de volcan ont
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- 6o La Nature & les Effets ceffé d’y être portées par le même agent qui régénéré l’aliment des volcans placés fur des pointes aigues. Les Gouanches d’aujourd’hui , qui defcendent des anciens habitants de Ténériffe, débitent des faits bien merveilleux fur les révolutions que leur ifle a efluyée, & defquelles la tradition , vraie ou faufle , s’eft confervée dans leurs familles. Ils prétendent que cette ifle jouifloit autrefois de la température la plus douce, de la plus grande abondance , & que la montagne, bien moins élevée alors, étoic habitée & cultivée jufqu’à fon fommet. Ils difent aufli que l’ifte étoit beaucoup plus étendue, & que dans les premiers efforts que le volcan fit pour s’ouvrir, il y eût une éruption prefque générale dans plufieurs cantons de l’ifle, qui abyma prefque toute fa furface ; qu’une grande partie de l’ifle fut fracaffée & fe précipita dans la mer ; que plufieurs montagnes , dont en effet on ne volt plus que les débris , jetterent des flammés & dés ruifleaux de matières métalliques & vitrifiées ; que ces montagnes élancèrent des
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- dû Fluide électrique. {» r
- rochers énormes de la bouche de leurs volcans, & que le pic,tel qu’on le vôit aujourd’hui , s’éleva alors du fein & du milieu du fommet de la grande montagne.
- Si l’on peut ajouter foi à cette tradition, qui fe trouve appuyée par un grand nombre de faits, il eft vraisemblable que cette violente éruption put naître d’une efpece d’étincelle foudroyante , qui éclata tout-à-coup de la furface de cette ifle ; & nous verrons bientôt en petit des effets qui peuvent juftiffer cette idée ; la Nature pouvant faire en grand ce qu’on lui voit exécuter par de moindres phénomènes.
- Il eft très-vraifemblable auffi que les ni-tres accumulés' dans l’ifle contribuèrent à cette terrible explofion, & qu’ils fe difli-perent prefque entièrement ; & ce qui contribue à le faire préfumer , c’eft que depuis cette cataftrophe il n’eft plus refté qu’un foufre abondant qui s’élève dans l’entonnoir du volcan, y brûle paifiblement & en fort par quelques crevafles, fans faire aucun ravage.
- Les Gouanches regardent comme un point
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- £1 ta Nature & les Èffets eflentiel de leur religion de préferver les corps morts de leurs peres de la corruption : ils emploient pour embaumer une partie des moyens dont fe fervoient les anciens Égyptiens ; mais léurs premiers préparatifs font plus courts. Ils portent enfuite ces corps fur le pic:, ils les aflii-jétiflent debout , & arrêtés par des poteaux ; ils les laiflent pendant deux mois expofés à l’effluence de ce vend froid & aigu qu’Edens a éprouvé. Au bout de deux mois ces corps font parfaitement fecs , quoique la peau conferve un peu de fou-plefle, & que les traits foient encore re-connoilfables : ils les portent enfuite dans des caves, où ils les rangent par ordre.
- Il eft bien vraifemblable que la forte Éle&ricité qui jaillit du haut de cette montagne , enleve lâ plus grande partie des particules grades & humides des corps , & qu’elle parvient à les deffécher entièrement. (i)
- «nier & parfait deflëchement, qui t'oppere en plaçant I
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- Il éfl: à remarquer aufli que les peuples de cette ifle font très-grands ,* quoiqu’ils paroiflent être dégénérés de la grandeur que leurs peres avoient autrefois : ils la dévoient peut-être à la forte.Éleétricité qui animoit toute efpece de végétation dans cette ifle avant la grande explofion, qui dut diminuer les effets d’un agent qui devint alors moins puilfant ; cependant les Gouanches furpaflent encore aujourd’hui la taille ordinaire des autres peuples , & ils font d’un tempérament fec & robufle.
- Edens & fes Compagnons ont trouvé dans les courfes qu’ils ont faites dans l’ifle , quelques caves d’anciennes fépultures : ils y ont vu des corps d’une grandeur gigan-tefque. On a apporté, il y a quelques années , à Cadix, un de ces Corps, que le Roi d’Efpagne a fait remettre à l’Académie de Médecine de Madrid i c’eft le corps
- bouc dans un clocher très-élevé , & ce clocher «ft bien analogue ( comme étant un vrai condufleur ) au pic d'une montagne. Qui pourrait douter de la forte Éleétricité qui effiue de la pointe d'un clocher , en voyant que quelquefois cette pointe parait lumineufe , que les barres de fer & les croix de ces pointes acquérant lé magnétisme , St que malheureufement cette efpece de pointe attire très-facilement le tonnerre ?
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- 64 j£û Nature & les Effets d’un jeune homme de huit pieds de haut ; on y reconnoît la forme des traits. Il eft fec comme du bois , & les parties molles du corps font comme du parchemin. Edens rapporte qu’en defeendant du pie il trouva les débris d’une des plus anciennes caves de l’ifle : elle étoit 'pleine d’os & de fragments , encore couverts de peau, de corps ] humains d’un tiers plus grand que la gran-deur ordinaire , & il foupçonna avec rai- ! fon que ce débris de cave pouvoit être celui d’une fépulture de Gôuanches ^ faite 1 avant la grande révolution que les habi- I tants aflurent que leur ifle a efîuyée. 1 Je n’ai pu m’empêcher de m’étendre fur f les rapports du Doéleur Sprat & d’Edens, I parce qu’ils me paroifîent appuyer l’opi- j nion que j’ai du pouvoir de l’Ele&ricité ] terreftre pour entretenir , pour faire naître j même un grand nombre de . volcans. Je f rapporterai encore plufieürs phénomènes | dans lefquels il paroît que l’Éleélricité agit & fait quelques efforts pour en ouvrir de 1 nouveaux. On ne trouvera point de chaî-> | nés de montagnes élevées où l’on ne voie I des |
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- du Fluide électrique.
- [ des preuves évidentes <jue plufieurs d’en-traies ont vomi du feu ; oh en trouvera de pareilles fur des montagnes d’une élévation médiocre,félonie pays où ces montagnes font fi tuées. Il eff très-important, pbur bien eftimer la vraie hauteur d’une montagne, dé la mefurer par la perpendiculaire prife de ion fomitièt au niveau de la mer la plus voifine ; & félon cette efti-mation, la feule qui foit phyfiquément & géométriquement véritable , telle colline de la Sybérie très-aceefhble aux hommes & même aux traîneaux , fe trouvera en effet plus haute fur le globe que la plus haute montagne de l’Apennin , la Sybérie étant infiniment plus élevée que l’Italie, àu-deffus du niveau de la mkçj & l’Électricité terreftte fuivra toujours cette proportion. Ce que j’ai dit, ce que je dois dire encore, prouvera que l’Éleâricité ter-reftre efflue avec bien plus d’abondance & de forée jailliffante de la fuperficie des grandes terres que de la furface de la mer; & c’eft ce qui caufe le froid extrême de la Tome H* Ë
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- 66 La Nature & les Ëffets Sybérie , & plufieurs phénomènes qu*drt y obférve»
- Les Pyrénées , les Alpes, lés Vofges font pleines dé laves , dé pierres calcinées & de roches’-vitrifiées. Les fources chaudes qui en fourdent encore en grande abondance font une preuve certaine que les inflagrations fouterraines ne font point ab-folument éteintes, & qu’il ne faudroit qu’un renouvellement des premières matières pour que les anciens volcans fe renflam-, maflent de nouveau.
- On ne peut douter de même que les! montagnes du Vivarais, où la Loire prend S fa fourcé, & celles du Vélay, entre lef-J quelles ce fleuve coule 30 lieues plus bas,; n’aient eu pareillement des volcans : le lit de la Loire eft plein de fragments, de j laves & de pierres ponces que les eaux dei ce fleuve y ont entraînées & roulées. Un habile Phyficien m’ayant envoyé plufieurs! pièces de ces matières pêchées dans le lit de la Loire, aux environs d’Orléans, me témoigna beaucoup de furprife de les avoir; trouvées dans le lit d’un fleuve qui roule j
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- du “Fluide ëleclriquê.: 6j
- paifiblemerit fés eauk «ü milieu de$ plaines les plus vaftes & ‘les plus fertiles; je lui envoyai, pour toute réponfe, lé cours de la Loire: deflinè jufqü’à fa fource , & cette fimple réponfe fatisfit un homme très-favant & rempli de cette candeur fi nécef* faire au véritable Phyficiem
- Je crois pouvoir diftinguer encore une troifieme efpece de volcans plüsütiles qu’ils îe fôrtt à craindre, & qui poürroient porter le nom dé grands phôfphores.
- J’ai déjà parlé de deux de Cette éfpece jue j’ai obfervé,l’un dans l’Apennin, l’au-re dans les forêts du pays de Naflaü-Saar->rük.
- Acofta & plufieurs célébrés Voyageurs, s’accordent à dire que fur les montagnes le l’extrémité auftrale du Pérou, qui font rès-èlevées, il régné un air fi vif , fi rare, î froid & fi pénétrant , qiié ceux qui s’y :xpofent font en grand danger d’y périr , :e vent aigu pouvant coaguler le fang lans unë feule infpiration. Plufieurs Ca-E a
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- 68 La Nature & les Effets
- valiers Efpagnols de l’Armée de Gonzales *Pizaro l’éprouvèrent lorfqu’ils tentèrent de pénétrer du Pérou dans le Chili , en fuivant le fommet des montagnes. La plus grande partie des hommes & des chevaux périt, & trois ans après, on les retrouva glacés & defféchés, dans la même attitude où ils étoient morts. Cependant, àü milieu de ce froid exceffif * le moindre mouvement excite une flamme vive & légère , fans aucune chaleur. Le haut de ces montagnes eft ftérile, nulle efpece d’animal ne peut l’habiter : on voit fouvent pendant la nuit le haut de ces montagnes éclairé par des flammes qui difparoiflent pendant le jour.
- Il me paroît bien difficile de donner une II explication fatisfaifante de ce phénomène, fi ce n’eft en difant que ces flammes ap- § parentes pendant la nuit, & ce vent froid I & aigu qu’on y obferve pendant le jour, 1 doivent leur naiffance également à l’ef* 1 fluence d’une Électricité terrefire très- I abondante.
- Toute chaîne de montagnes doit être |
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- confidérée comme un conducteur de l’É-leCtricité terreftre, cette chaîne étant placée fur la furface du globe terreftre, comme un conducteur l’eft dans les expériences fur le globe de cryftal. Les montagnes élevées du Pérou & du Chili , forment des pointes où ce Fluide doit converger en allez grande abondance pour devenir vifible pendant la nuit, & pour le deve-nir'même pendant le jour, lorfque la vivacité de fôn effluence eft excitée par le mouvement des hommes & des chevaux qui entrent dans Ion atmofphere.
- C’eft encore cette forte effluence électrique qui attire à une certaine hauteur les nuages chargés d’eau non-éleCtrique, lorfque la montagne ne s’éleva qu’à trois à quatre cents toifes perpendiculaires : c’eft ce qui fait auffi qu’une montagne d’une hauteur médiocre a fon fommet pref-que fans celle baigné d’eau ; mais les montagnes qui s’élèvent alfez haut pour percer les nuages & lesfurpaffer de quelques centaines de toifes de hauteur , çes montagnes ne font baignées d’eau que
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- y© La Nature & les Effets
- fqr; le,qrs..flancs; : les ,explorons du tpnT lieirre,jfe, fonp, au-deffous de leur ,cyme, & la iupeffiçie d.e leur fouimet. fera toujours campqÇée d’une ;:roçhe: vive; oju.d’uudablé Ur|de iç, dçfféché;, Ç’eft ce qu’on .peut; obT
- felf#1?* îie$".AlifJ(es v>uifTes>£ & ternît
- Pilate,,/,près de JUw&Fne, fur-•quelques piçs^fts Alpes de, l’ApenniU'& des Æ.yrér nées; ,11 -ne manque peut-être. que-des Gb.-fervateurs pour voir quelquefois la cyme de .ces montagnes. devenir luminettfe,, Cè^ pendant, quoique fupérieurqs à.ila.région des nuages, leurs cymes ne font pas à l’ar bri delà foudre., fur-tout lqrfqu-’un npage chargé d’Éleélrieité vient, former Ton exr. plofion fur les flancs de la montagne., parce qu’alors toute l’Éleétricité du fom-met de la .montagne s’unit à l’explqfion de celle dont le nuage-eft chargé , & que l’étincelle .éclatant-en t.ousfens., la djreétion de fes aigrettes doit fé porter encore plus vers le.fommet de la montagne que vers fa bqfe ; ce qui . fait que de vingt' exploitons du tonnerre , à peine en arrive-t-il WM qui'frappe la plaine : le tonnerre eft
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- Su Fluide électrique.. 71
- par cette raifon beaucoup plus fort & plus fréquent fur les montagnes que dans les plaines , & tout concourt à prouver que i’Éleâricité y eft beaucoup plus forte.
- On lit dans l’excellente defcription que M. Phiffer , Lieutenant-Général des Armées du Roi,. a donné du mont Pilate , qu’il s’élève fouvent du petit lac. , où la fable du pays dit que Ponce- Pilate s’eft venu noyer , une vapeur épailTe qui pa-roît d’abord de la grandeur d’un chapeau. Cette vapeur -augmente bientôt de noirceur & de volume , elle s’élève & va couvrir les rochers qui . forment Iç fom-met du mons Pileatus , auquel cette vapeur a donné ce nom , plutôt que. la prétendue fin de Ponce-Pilate. Quelquefois, cette vapeur s’élève au-delfus des rochers & fe diflipe dans le vague de l’air ;. mais lorfqu’elle s’attache au fom.met,. elle grof-fit fi prodigieufement en peu de temps , qu’elle forme un nuage très-épais qui fe répand bientôt fur les flancs de la montagne, & fur la vallée & le lac de Lucerne. Qn ne peut douter que ce nuage ne fois E4
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- 7* La Nature & tes Effets plein de vapeurs nitreufes & fulphureun fes, qui s’éleârifent alors au point de former fobitemenç un tonnerre & des ex-, plofions auffi dangereufes qu’effrayantes : ces explofions parcourent toute la furface des rochers ; le feul moyen que ceux qui font alors élevés, au-dçffus des nuages ont de fe garantir , ç’eft d’entrer dans les cavernes de la cyme du mont, oit ces étincelles foudroyantes , ces traits dé foudre ne pénètrent jamais, en étant vivement repouifés par le vent fort aigu qui fort fans celfe de toutes ee6 grottes & cette efpeçe de vent, qu’on peut dire être auffi eondenfê que l’eft celui des grands fouf-fleçs d’une forge, eft encore un fîgne très-r certain de la forte Éleélricité qui efflue de cette haute montagne , comme de toutes celles, qui s'élèvent en pic,
- On n’a jamais pu trouver le fond du petit laç d’où cette vapeur s’élève ; il n’a. que trente-huit pieds de circonférence : l’eau en eft tranquille & noirâtre. Il eft fi peu large qu’on peut le fauter en quelques
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- peuvent le faire reconnoître pour être une ancienne bouche de volcan comblée parles eaux, & communiquant toujours à quelques galeries fouterraines, dans lefquelles il exifte encore quelques foyers d’inflagrationr d’où il s’élève fouvent des vapeurs épaif-fes qui troublent cette eau, la traverfent. & s’élèvent de fa fuperficie , liées , con-denfées & adhérentes enfemble par la quantité de foufres exaltés & de fels volatilifés qu’elles contiennent ; ce qui les rend vifi-bles, dans les premiers temps, fous la figure apparente d’un chapeau. On ne peut douter que le mont Pilate ne foit du nombre des irçiontagnes formées dans les premiers temps par les roches vives qui terminent fes pointes , & par la quantité immenfe de | différents corps marins qu’on trouve fur les planimétries inférieures, & fur les flancs de cette montagne, M. Phiffer m’a dit que le fait qu’on rapporte d’une proue de yaiffeau pétrifiée eft abfolument faux ; mais on a d’ailleurs trop de preuves du long fé-jour de la mer fur cette montagne, & fur tpytes les Alpes, pour qu’on foit obligé do
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- 7^ La Nature & les Effets reamrir à cette fable pour appuyer la certitude d’un fait prouvé avec autant d’évidence.
- Des traits plus, merveilleux » arrivés de nos jours, peuvent prouver encore bien fortement tout ce que j’ai dit jufqu’ici fur la forte Électricité qui efflue du fommet de prefque toutes les montagnes ; ils prour veront de même qu’il eft poflible que cette Éleétricité terreftre allume de nouveaux volcans, & que des combinaifons réunies occafionnent fur ces fommets ;des explo? fions femblables à celles du tonnerre & de l’étincelle foudroyante.
- Qu’on ouvre les Mémoires de- l’Acadé-jnies des Sciences, depuis 50 ans -, & qu’on y parcoure les articles de phyfique générale, qu’on faflë des recherches dans les Journaux, dans les. Gazettes même, combien n’y trouvera-t-on pas de. faits inexplicables, fi l’on n’a recours à l’ÉleCtricité ter-reftre ?
- Il y a environ vingt ans que deux femmes furent mifes en pièces fur une montagne entre Hieres & Toulon, par une e^-
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- plofion fubite qui fortit du fein de la terre. Quelques-unes de leurs compagnes, qui les fuivoient de loin , entendirent feulement uu bruit, y.ou plutôt uneefpece de craquement médiocre, & n’apperçurent nulle trace de: feu fur les débris, des vêtements de leurs, malheureufes compagnes, & il fut bien avéré que le tonnerre n’avoit eu aucune part ; à cet•• açcidènt. Dans les Arde-nes , un hameau ,a été détruit prefque en entier par une pareille explofion terreftre ; un autre çn Picardie a efluyé le m.êmefort.
- (1) Il n’y a pas plus de trois mois, que les papiers publics viennent de rendre compte d’une- -fem-blable explofion terreftre fur une montagne,entre Abbeville & Amiens: elle a tué le mari & la femme, & les trois chevaux d’une charrette qu’ils condui-foient. (i)
- (1) J’ai ajout? cet article au mois, de Février 1770.
- (2' J’ai oubjié de rapporter, d’après les papiers publics , qui parlent de la mort dii mari & dela'femmè., qui ont été tués avec les trois chevaux de leur charrette, par une explolîon terreflre , que le pere du mari fe trouvant à la diBance d'etiviron cinquante toifes de les enfants , fut renverfé à terre par une violente commotion , qui lui 6ta pendant long-temps l’ufage de fés jambes. Il eft vraifemblable PU du moins il efl très-pollible que quelque grande & large roche
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- 76 La Nature & tes Effets
- Tous ces différents globes de feu, ces poutres enflammées, ces gerbes qui s’élèvent de terre , qui parcourent quelquefois d’affez longs efpaces,qui quelquefois finif-fent par fe confumer fans bruit, & quelquefois aufïï font une explofion terrible à la rencontre d’un corps quelconque , qu’elles détruifent ou qu’elles enflamment ; que pourroit-ce être , fi ce n’eft une forte Électricité englobée & retenue par la vi'fcofité & l’adhérence des matières exaltées, qui'
- vive fe trouvant à fleur de terre for cette montagne , comme il eft très-cnmmun d'en voir fur les montagnes dans un grand chemin-, d'où la terre s’eft enlevée peu à peu , cette roche aura raflèmblé FÉleâricité que quelqu'autre combinaifon aura fait converger dans cette partie , & l’aura rafftmblée comme une glace la raflèmblé dans les expériences : Ta roche, vive, bien denfe & bien homogène (comme il s’en trouve communément > étant une vitrification de même nature qu'une glace , & feulement un peu. moins pure ; l’E-Jçârlcité accumulée fur cette roche aura formé une atmofphere adhérente & retenue, pareille à celle qui fe forme iur la glane , ou fur la bouteille dont on fe fert pour l’expérience de Leyde , & les trois chevaux & la charrette entrant dans çctte atmofphere éleârique, l’auront encore augmentée par la friâion des fers & des bandes des roues , au point delà faite éclater tour à coup. Alors, tout ce quis'eft trouvé près du foyer de l'explofion i dû être foudroyé , comme le mari te la femme, je leurs trois chevaux, l'ont été. Quant au pere , il n'a été que renverlé par une commotion pareille à celle qu'on éprouve quelquefois dans l’expérience de l’étincelle foudroyante , parce que les aigrettes élancées par l’explofion ont alfez divergé jufqu’à la diftance où il fe trouvoit pour ne faire plus d'autre effet que celui de lç renverfer.
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- du Flüide électriquet
- jaillit d’un point oh elle a'convergé , & qui Te creve & fait Ton explofion à la rencontre de quelque corps non-éle&rique?
- On peut donc dire qu’il exifte un \é* ritable tonnerre terreftre* Que la même foudre élancée d’un nuage S’élance verticalement auffi quelquefois du fommet d’une montagne ; ces événements font ràres, j’en conviens , mais peut-être le feroient-ils moins, s’il fe troüvoit, lorfqu’ils arrivent, des gens capables de les obferVer , & il fuffit qu’ils aient été bien obfervés , bien reconnus une feule fois, pour qu’il foit dans l’ordre des événements naturels qu’ils paroifloient encore.
- J’ofe dire que ces exploitons terreftres ne peuvent être expliquées que par la théorie que j’ofe elfayer d’établir, & qu’en admettant les principes fondamentaux de cette théorie , ces phénomènes n’ont plus rien qui doive furprendre , puifqu’ils font une fuite nécelfaire de l’aélion d’un Fluide jailliflant de la furface du globe, que beaucoup de combinaifons, non-feulement pof-libles, mais faciles à ralfembler , peuvent
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- 7% La Nature £ les Èffets condenfer & faire converger aflez dans üri. point pour le rendre perceptible, & même pour lui foire foire une plus ou moins forte explofion»
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- 7 du Fluide électrique» ^
- Effets de VÉlectricité dans les Aurores boréales.
- CHAPITRE DIX-SEP TIEME.
- LE froid exceflif qui régné fous les pôles y condenfe non-feulement toutes les eaux terreftres (i) pendant l’hiver , mais il y pénétré aufli là terre & condenfe de même fon humidité jufqu’à deux toifes de profondeur. La nature engourdie & captive fous une écorce de glace , ne tranfpire plus, & la terre ftérile ne nourrit, ou plutôt ne conferve plus qu’une moufle blanche & feche, qui porte à peine quelque refte des caraéteres de la végétation.
- Il eft certain que l’Éleâricité terreftre doit effluer bien moins vivement fous les.
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- go ta Nature & Us Effets pôles que fous l’équateur, où non-feulé-ment elle eft excitée par l’Éle&ricité fd-laire , mais où fa force jailliflante aufli doit être èn raifon de fa fdrée centrifiige ; mais dans les régions polaires la conden-fation de la terre & la grande pureté de l’atmofphere font que les aigrettes élè&ri-ques peuvent bien plus facilement y devenir vifibles.
- Pénétré de confiance & de refpeét pouf le grand-homme qui a fl fâvamment traité de la lumière zodiacale * & des aurores boréales, Ce n’eft qu’en tremblant que j’ofe éxpofer ici mon opinion fur ces aurores boréales ; mais comme mes idées à ce fu-jet font une fuite prefque nécefïaire de celles qui les précèdent, je ne crains point de les foumettre à monfieur de Mairan même : je connois trop fa fupériorité pour avoir la crainte , ou plutôt la vanité de penfer qu’il puifle en être blelfé, & d’ailleurs mon opinion ne différé pas âflez de la fienne pour qu’il ne foit pas facile de concilier deux idées qui n’ont rien de con-tradi&oire & d’exclufif l’une à l’autre.
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- I Tout ce que M. de Mairan dit fur la I lumière zodiacale, & fur la hauteur de I l’atmofphere térreftre , me paraît démon-I tré, & je l’admets dans toute fon étendue. I M. de la Hyrè ne donne à l’atmofphere que I vingt lieues, dans fon excellentMémoirede I 1713 ; mais comme il ne juge de cette hau-I teur que par les crépufcules, & par con-I féquent par les réfra&iohs, M. de la Hyre I n’a donc confidéré que l’atmofphere fenfi- ble , & à négligé l’eftimation des couches I fupérieures de cette âtmofphere, qui peu-I vent & doivent s’étendre beaucoup plus I haut; & quand ces dernières couches fe-I raient vingt & trente mille fois moins I épaifles que les couches de l’air que nous I refpirons, Ces couches, toutes rares & te-I nuesqu’elles pourraient être,feraient encore I très-denfes & très-groflieres, en compa-I raifon de la matière folaire, de cette ma-I tiere aétive que Newton regarde comme I étant 700000 fois plus rare & plus élafti-I que que l’air.
- I M. de Mairan prouve que l’aurore-bo-* réale de 1716 ayant été obfervée en mê-Tome II. F
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- 8 a La Nature & les Effet à
- me-temps à Pétersbourg & à Lisbonne t c’eft-à-dire à environ quarante degrés de longitude de diftance entre cês deux villes, il faut, en portant le calcul au plus bas terme, que la perpendiculaire ou la fléché de cet arc ait eu au moins foixante lieues de hauteur ; & bien de fortes raifons, appuyées de cette géométrie tranfcendante, & de l’efprit naturellement géomètre de M. de Mairan, lui font eftimer que la matière de cette aurore-boréale devoir être élevée de a66 lieues.
- Tout cela peut être ; & fans être en état de me le démontrer à-moi-même, je fuis entraîné à le croire par la confiance que m’infpire les calculs & les obfervations de M. de Mairan : je ne me permettrai donc à cefujet que quelques réflexions , & quelques obfervations particulières, que jen’ofe encore regarder moi - même que comme plus ou moins décifives ; car j’avoue que je ne peux pas non-plus les croire abfolu-ment chimériques.
- Je préfume donc que quoique ce que je penfe pouvoir être la lumière boréale s’u-
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- biffé quelquefois à là lumière zodiacale, & qu’alors leur réunion augmente l’apparence du phénomène j je préfume, dis-je , qu’il exifte une lumière Amplement boréale, qui n’eft autre Chofe que des aigrettes éleétri* ques émanées des tertès polaires, & dégagées plus ou moins des corpufcules terref-tres, compofant le mixte de l’air, qui pour-roient les übfeurcir.
- Je ne prétends point, par ce que je dis ici de ces aigrettes éleélriques, les faire entrer dans l’ordre des météores. Tout au contraire, mon opinion eft qufe Ces aigrettes éle&riques ne font jamais plus hautes & plus brillantes que lorfqu’elles font ab* folumènt dégagées de toutes les màtiereS térreftres qui compofent prefqué tous îes météores connus.
- FeuM. dé Maupertuis m’â fouvent parlé de ces feux vergetés qu’il a vu Confiant-ment s’élever tous les foirs, du pôle, pendant l’hivef qu’il pàfla près de Quittis, préfque fous le Cercle polaire* M. le Mobilier , le feül qui nous refte des Académiciens qui ont obfervé au Nord , & qui F a
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- 84 La Nature & les Effet à doit être aufli cher à fes arilis par fa caft* deur & la beauté de fon ame, qu’il eft recommandable aux Académies célébrés dont il eft Membre ; M, le Monier a fait la même, obfervation , & c’eft également d’après lui que -je dis que ces aigrettes boré,aies s’élèvent conftamment du pôle , pendant que les terres polaires font abfo-lument privées de la préfence du foleil, & ne font .éclairées pendant quelques, heures que par un crépufculë, & que ces aigrettes boréales font fi lumineufes qu’elles éclairent ce trifte climat au point de faire diftinguer les objets à deux cents pas : on les voit s’élever des montages, & fur-tout elles paroiffent s’élever du pôle même. Je pourrais appuyer ce que je vais continuer à dire fur la nature de ces. aigrettes , de ce que M. Halley paraît s’être démontré à lui-même, lorfqu’il allure qu’il fe fait des émanations magnétiques par le pôle ; puif-que, félon moi, le Fluide éle&rique & le Fluide magnétique ne font que le même agent, différemment modifié ; mais M. Halley n’a pu avoir aucune raifdn de croire
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- que les émanations ' magnétiques puflent devenir lumineufes, & j’en ai de pofitives & de décifîves pour moi, lorfque je dis que les aigrettes éleéhriqües peuvent effluer très-vifiblés & très-lumineufes, lorfqu’ël-les feront dégagées des particules groflie-res de l’air qui pourroient les obfeurcir. J’ofe dire feulement que e’eft toujours un. préjugé bien favorable à mon opinion, que celle du célébré Halley, fur ces émanations polaires. Le rapport de Frédéric Mârtens ; la relation du Groenland- par Peyrere ;'le récit de quelques voyages à la baie d’Hudf-fon, & fur-tout celui d’Ellis, tout confirme l’exiftenee de ces feux vergetés qui s’élèvent du Nord , &; qui ont tant de reffem-blance avec les aigrettes éleéfriques.
- li me parott bien facile de diftinguer la lumière zodiacale de la lumière boréale, lorfqu’elles ne font pas confondues enfem-ble : la zodiacale ne s’élève que. d’un, certain nombre de degrés fur l’horizon, foit après le coucher dû foleil , foit pendant le çrépufcule du matin, dont elle augmente la clarté ; ta lumière zodiacale paroît tou-
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- 85 La Nature 8 les Effets jours fous la forme d’un fufeau tronqué fa bafe eft toujours, tournée du çbté du foleil * elle ne peut s’allonger prefque jamais affe?, pour parvenir jusqu’au zénith de notre latitude ; cependant-, en 1687 , elle s’étendit, jufqu’à çent degrés ; mais, prefque toujours elle ne pafle que de très-peu de degrés la ligne du crépufçule: on ne peut f’obfçrvet que bien rarement, hors dans le prinptemps & dans l’automne , & la dirçéfcion de fa pyramide , tirée du foleil vers une des étoiles, de perpétuelle apparition orientale le foir , & occidentale le matin , eft toujours uniforme.
- Il n’en eft pas de mente de la lumière boréale; celle-ci, très-inégale dansfaforme & fon étendue, s’étend non-feulement juf-qn’à notre zénith, mais fou vent elle le dé-pafte : elle parcourt l’étendue de l’horizon; & je me fouviens que le 19 Oéfobre 174^, vers les huit heures du foir, prefque toute la Cour s’étant rendue dans le parterre du Tibre., à Fontainebleau, pour obferver cette belle aurore boréale , nous la vîmes plu-fieurs fois former <Je petits ares lumineux
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- & gradués , qui dépaflbient notre zénith, & d’où s’élançoient de nouveaux jets de lumière.
- C’eft dans le favant ouvrage de M. de Mairan qu’on doit puifer l’inftruétion né-ceflaire pour favoir quelle doit avoir été la hauteur de ce phénomène apperçu en même-temps à Pétersbourg & à Lisbonne, je me renferme dans le phyfique de l’ef-pece de matière dont cette aurore boréale pouvoit être compofée, &; je réferve quelques réflexions fur ce qu’on a dit des aurores boréales pour la fin de ce chapitre.
- De tous les rapports faits par les Voyageurs qui ont navigué dans les mers, du Nord, celui de Frédéric Martens paroît être fait avec le plus d’exa&itude : ce rapport porte même un caraétere d’obferva-tion qui ne fe trouve que dans Kempffer & un petit nombre d’autres Voyageurs ; il dit avoir vu dans ion voyage au Sptiz-berg , à 80 degrés, de latitude, fept grandes montagnes de glace engagées entre de très-hautes cymes de rochers : les fommets des montagnes de glace lui parurent cou-
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- 88 La Nature & Us Effets verts d’une neige refplandiffante , & les pics des rochers brilloient comme un véritable feu ; mais ce qu’il faut bien remarquer , c’eft que la partie du Ciel au zénith de ces rochers, & de cette neige lumineufe, étoit éclairée d’une lumière blanchâtre qui formoit une grande bafe dans le Ciel, cor-refpondante à la lumière de ces pics lumineux , & Je reûe du Ciel étoit noir & obfcur. Frédéric Martens ne s’explique point fur la hauteur que pouvoir avoir cette bafe.
- On fait que plus les terres polaires font privées des rayons folaires, plus l’air y eft condenfé, plus aufli la réfradion des rayons lumineux doit y être forte, & cette réfraction l’eft affez déjà fous, le cercle polaire pour que nos Académiciens François aient commencé à voir le difque du foleil ( ou du moins fon apparence ) élevé fur l’horizon , quoique dans leur méridien le foleil fût encore alors trois ou quatre degrés au-deffous.
- En appliquant à ce phénomène l’expérience éledrique, qui montre qu’une aigrette
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- foible s’incline vers une aigrette plus forte ; en appliquant aufli la loi par laquelle un Fluide élancé d’une fphere d’a&ivité fe porte du côté de la moindre réfiftance, on trouvera que la lumière boréale doit s’incliner le foir vers la fin du crépufcu-le, & le matin vers fon commencement: par conféquent cette lumière, que je regarde ici comme une effluence de l’Éle&ri-cité terreftre , doit fe porter du côté le moins privé de l’effluence folaire , & c’eft aufli ce que l’obfervation nous fait voir, prefque toutes les aurores boréales nous paroiflant s’incliner le foir vers l’Occident, & finir le matin par devenir orientales, & confondre leur lumière avec celle du cré-pufcule naiflant ; ce qui fait aufli que fou-vent la vraie lumière boréale s’unit & fe confond avec la lumière zodiacale.
- Nous n’obfervons dans notre latitude les aurores boréales que comme un arc lumineux , & cela doit être , puifque la courbe de l’arc du globe, & les couches épaif-fea & inférieures de l’air groflier doivent nous cacher le commencement d’une e£
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- f>o La Nature & tes Effets fluence dont les rayons divergents font déjà fuffifamment évafés pour tracer dans le Nord l’arc lumineux que nous commençons à pouvoir obferver, C’eft cet arc qui a fait préfumer à moniteur de Mairan, que les Grecs regardèrent le mont Olympe comme le lieud’affemblée des,Dieux, parce que le mont Olympe , par fa pofition, fe trouvoit dans le Nord, par rapport à la Grece , & parce que les aurores boréales faifoient paroître fon fommet couronné par un arc radieux dont une infinité de traits lumineux s’élançoient en rayons divergents dans le vague des airs , & dans prefque tout l’hémifphere. En effet, nous voyons quelques bas-reliefs, des pierres gravées , & fur-tout la belle bague de feue Madame, mere de Menfeigneur le Régent, où l’on voit l’affemblée des douze grands Dieux, rangée fur çet arc radieux dont; le fpec-tacle d’un mont Olympe avoit. bien vraifemblablement donné l’idée..
- Selon l’obfervationdè Frédéric Martens, qui vit une bafe lumineufe dans le Ciel, correfpondante au zénith de la lumière vive,
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- du Fluide électrique91 qui s’élevoit des montagnes de glace & de roche ; quand même nous pourrions ob-fçrver cette bafe lumineufe de notre latitude , la courbe de la terre & l’épaifleur des couches del’atmofphere terreftre nous déro-beroient une grande partie de fa lumière, & nous ne pourrions obferver la bafe de çette aigrette lumineufe , & commencer à voir cette aigrette, que plufieurs degrés, au-deflus de l'horizon. J’eus occafion, en 1748, d’obferver à Boulogne fur mer, où je com-mandois alors, deux belles aurores boréales. Elles commencèrent par une lumière en arç fort blanche, dont le centre intérieur paroif-. foit très-obfcur, & dont le centre pris en-, tre les deux extrémités, de l’arc étoit exactement plein Nord.
- Cette lumière jaillit & s’étendit à l’ordi-. naire en feux vergetés , ou plutôt en aigrettes divergentes , qui s’élançoient de la courbe fupérieure de l’arç.
- J’eus ^out le loifir de bien obferver les faifceaux de rayons divergents qui s’élancèrent pendant les deux première heures, jjufqu’au trente-cinquieme & même jufqu’aiv
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- quarantième degré. Quoiqu’il fit très-froid, je paflai la nuit pour obferver quel ferait le progrès & la fin de cette aurore boréale.
- Vers minuit, la partie Oueft.de cette lumière commença à diminuer & à fe re-plier fur fon centre, qui, quoique toujours plein Nord, me parut changer peu à peu la direction de fes aigrettes, qui commencèrent à décliner vers l’Eft; & mes obfér-vations fur deux aurores boréales me montrèrent également que les fâifceaux dé rayons commençoient à n’être plus diftinéts les uns des autres à l’approche du e-répuf-cule, & finiffoient par former une.efpece de colonne blanche , qui s’inclinoit vifî-blement vers l’Orient ; & dans le temps de la fin de ces aurores, tant qu’il me fut poffible de démêler encore quelques traces de cette lumière , je la vis dirigée & inclinée fur l’Eft, fans que fon foyer d’aétivité ait jamais changé de place.
- J’obferverai que, dans la dernière de ces deux aurores boréales, je remarquai que fâ partie occidentale étoit d’abord très-rouge , & coloroit le Ciel prefque jufqu’au
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- point oii ïe foleil s’étoit couché deux ou trois heures auparavant. J’ai fait la même obfervation dans quelques autres de ces aurores que j’ai vues depuis.
- Ces obfervations m’ont confirmé dans l’idée que j’avois déjà , que la lumière i boréale peut bien devoir fa naiflance à une effluence de l’Éleétricitè terreftre ; que cette lumière s’élève très-haut ; qu’elle dé-pafle l‘atmofphere fenfible, évaluée à vingt lieues par M. de la Hyre, & même qu’elle ne commence à être vifible dans notre latitude qu’après l’avoir dépaffé ,& que cette lurfiiere s’incline vers le point le moins éloigné de l’afpeét du foleil , l’ayant vue après le coucher du foleil fe porter vers lTOccident & s’incliner vers l’Eft, à mefure que la rotation de la terre rend notre feg-ment du globe à l’afpeét du foleil. Une expérience faite à Berlin, rapportée par Ozanam , qui cite un Traité de M. Elschots, peut fervir de preuve correfpondante à ce que j’ai obfervé de l’inclinaifon de la lumière boréale.
- M. Graft, célébré Médecin de Drefde,
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- 94 La Nàture & les "Effets en préfence de la Cour de Prufle, prit un grain d’un phofphore qu’il avoit apporté de Batavia, & l’enferma dans un tuyau de verre long de deux pouces. Le foleil étoit alors élevé fur l’horizon, & l’on ferma tout accès à la lumière.
- On vit alors le grain de phofphore ef-fluer de petits éclairs dont la lumière rem-pliffoit également les deux bouts du tuyau > & cette effluence paroifToit én temps égaux aux pulfations du poulx.
- On Voulut réitérer la même expérience le foir, & l’on fut très-étonné de voir que le phofphore n’efflua plus que du côté de l’Oueft.
- Pour que cette expérience fût Cbmpléte & décifive , il faudrait que , vers le com* mencement du crépufcule, ce même phof-phore eût efflué fa lumière du côté de î’Eft; mais le rapport ne s’étend pas fi loin , & ayant effayé de la répéter avec un très-bon phofphore , fait à Londres par M. Godefrid, je n’ai rien pu voir d’àffez dé-cifif pour en tirer aucune conféquertEe relative à mon opinion.
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- Je fonde cette opinion fur des rapports certains & fur la vive iihpreflion que ces effluences lumineufeS émanées des terres polaires a fait fur des hommes très-éclai-rés & accoutumés à bien voir: il me paroît donc très - vraifemblable que l’Éleâricité terreftre jaillit \Jes terres polaires ; qu’en jaillifiant elle fuit d’abord une direction Verticale ; qu’elle la conferve aflez long* temps pour s’élever àu-deflus de l’atmof-I phere aérienne fenfible ; tuais qu’àlors fes aigrettes étant très-divergées elles commencent à s’incliner vers l’Éleâricité folaire, qui exerce alors fur la terreftre une attraction apparente qui fait réfraéter les aigrettes de cette demiere, & qui les courbe vers le foleil ; ce qui fe trouve conforme à ce que j’ai dit, que tout feu élémentaire en liberté doit fe porter vers le foleil comme vers fon centre naturel.
- Il me paroît prouvé que plus notre latitude nous approche du Nord, plus nous découvrons de l’étenduedu cône lumineux de la lumière boréale ; & moins le fegment obfcur qui paroît fous fon arc a d’éléva-
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- La Nature & les Effets tion, & pâf la même rakon , plus notre latitude nous éloigne du Nord, pliis le feg-ment obfcur ddit s’élever, & moins la lumière de l’arc nous paroît grande & re£> plendiflante , l’aigrette lumineufe devant diminuer de hauteur & de denfité en rai-Ton du quarré des diftances de fa baie à fon foyer d’aâivité.
- En iuppofant avec moi , & d’après le récit de tous ceux qui ont été près du cercle polaire, que la iumiere boréale efflue des terres qui environnent le pôle , il eft aifé de calculer premièrement , par rapport à la latitude où nous fommes, quelle doit être la hauteur de la fléché de l’arc du feg-ment noir, à laquelle hauteur nous devons ajouter celle de l’atmofphere aérienne grof-fiere & fenfible qui doit intercepter pour nous à la lumière de cette effluence, & l’on doit bien remarquer même que le fegment obfcur n’eft point tranché net avec l’arc lumineux, & l’on apperçoit fur fes bords une lumière foible & vacillante qui me paroît caufée par la diminution d’épaifleur des couches fupérieures de l’atmofphere aérienne fenflble. En
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- En calculant ainfi , on trouvera qu'une ligne droite tirée de l’œil d’un Obferva-teur, placé à 48 degrés de latitude, jufqu’au bord inférieur de l’arc lumineux, ne peut être une tangente , & qu’elle doit s’élever au-deflus de la courbe de la terre, proportionnellement à la hauteur de l’atmofphere aérienne épaife & obfcure.
- Le rappôrt de M. Ellis, dans fon voyage à la baie d’Hudfon , me paroît ne laifler rien à délirer pour prendre une jufte idée de la lumière zodiacale & de la boréale. On ne peut les mieux diftinguer l’une de l’autre que le fait M. Ellis , en difant que lorfque le foleil fe leve & lo'rfqu’il fe couche , on voit un grand cône lumineux qui fe leve perpendiculairement fur lui, & qu’au foleil couchant ce cône lumineux difparoît peu à peu ; que l’on voit- auffi-tôt une lumière très-vive qui s’élève du pôle & dont la direétion eft vers la partie du Ciel que le cône lumineux a celfé d’occuper. Cfette lumière boréale lance alors fur l’hémifphere des aigrettes qui divergent, & qui font li brillantes, que la lumière de Tome II. G
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- 98 La Nature & les Effets la lune, en fon plein , ne peut les effacer. M. Ellis ne dit point, il eft vrai , fi le matin cette lumière boréale s’incline vers l’Orient ; mais M. Ellis, quoiqu’il fe montre Obfervateur exaéfc & éclairé dans le rapport qu’il fait de fort voyage à la baie d’Hudfon , ne parle que par occafion de ce phénomène ; & fon principal objet, qu’il perd rarement de vue, eft la pofiibilité ou les difficultés de trouver un paffage au Nord.
- Je crois qu’on peut fuppléer en partie à ce qui manque à fon qbfervation , en obfervant avec exaâitudé & fans .prévention ce que nous pouvons voir dans notre latitude de l’Aurore boréale. Pour moi je ne crains point de dire que dans toutes celles que j’ai pu obferver ., j’ai toujours remarqué que lorfque la lumière boréale commence à devenir vifible une heure & demie ou deux heures après le coucher du foleil, les faifceaux de cette lumière font inclinés à l’horizon du côté de l’Occident. Que ces faifceaux paroiffent peu divergents , & preffés , & condenfés au point
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- de former une efpece de colonne rougeâtre. Que ces Faifceaux patoifTent fe relever peu à peu vers le Méridien. Qu’ils perdent de leur denfitè & de leur couleur rouge pour devenir plus divergès & plus blancs. Que de onze heures à minuit la fléché de l’arc lumineux & l’effluence de Tes aigrettes pa-toiflent dans la direction du Méridien, & que paffé minuit ces fâifceâux commencent à prendre une direction orientale & fe portent dé plus en plus vers le fommet de l’arc que doit former le crépufcule. L’ob-fervation de M. Celfius & de M. Wargen-tin,fûrla perturbation que l’aiguille aimantée éprouve dans fa polarité lorfque les aigrettes lumineufes de l’Aurore boréale s’étendent jufqu’ànotre zénith, me paroît être encore une confirmation de tout ce que j’ai dit jufqu’ici. .Le Magnétifme n’eft qu’une modification de l’Éleétriçité ; l’expérience que j’ai rapportée d’une aiguille de bouf-fole dont l’Éleélricité change la polarité , eft décifive : l’analogie du Fluide magnétique & de l’éle&rique, fera reconnue par tout Obfervateur fans préjugé. L’or le
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- 100 La Nature & les Effets plus denfe de tous les métaux ne peut arrêter le cours de ce Fluide fubtil ( qui fans doute eft le même ) ni dans les expériences de l’aimant, ni dans celles de l’É-leâricité. Le célébré Halley, s’il s’eft trompé en regardant les Aurores boréales comme une effluence magnétique , ne s’eft trompé au plus que dans le nom qu’il donné à cette effluence. Mais, je le répété, le Fluide de l’aimant n’eft jamais devenu perceptible aux fens que par fes effets ; & tel que M. Halley l’entend, ce Fluide magnétique ne pourroit paroître lumineux dans fes effluences polaires. Le Fluide éleftrique raf-femble feul tous les caraéteres qui doivent le faire regarder comme l’agent générateur de l’autre , puifqu’il joint à tous les effets de ce dernier la lumière , caraéfcere dif-tinétif & principal du feu élémentaire ou matière vive. Il eft tout fimple & tout naturel que les faifc.eaux de rayons de l’É-leéfcricité terreftre troublent la polarité de l’aiguille aimantée, lorfqu’ils s’élèvent & fe replient affez dans le Ciel pour parvenir jufqu’à notre zénith. L’agent qui trouble
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- alors la polarité régulière de l’aiguille, eft le même que celui qui fait incliner cette aiguille, d’autant plus qu’on l’approche d’un des deux pôles ; &les Capitaines des deux vaif-feaux Hollandois qui ont le plus approché du pôle arétique, & dont un des deux même préfume avoir paffé fous ce pôle : tous les deux rapportent qu’ils ne trouvèrent plus aucune polarité régulière à leurs aiguilles, qui ne faifoient plus que s’agiter & tournoyer fur leur pivot. M. de Mairan ne doute point qu’il n’y ait des Aurores auftrales, comme des boréales. Il rapporte une obfervation deM. Frezier ; il rapporte fur-tout celle que fit Don Juan de Ulloa , à la hauteur & en doublant le Cap Hom ; & il eft en effet très-vraifem-blable que le froid du pôle antar&ique pa-roiflant par l’étendue des glaces devoir être encore plus fort que celui du pôle arftique, les aigrettes lumineufes de l’É-le&ricité terreftre doivent y paroître vi-fibles encore plus facilement. De tous les favants détails qui forment un monument précieux pour les Sciences, dans L’ouvra-
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- ioi La Nature & tes Effets ge de M. de Mairan, peut-être n’en efl-il aucun qu’on ne puiflè regarder comme une fuite néceflaire de l’effluente de l’Électricité terreftre, fi l’on confent à l’admettre ,; après avoir vu l’application qu’on peut faire de cette hypothiefe à tous les différents mouvements où la nature paroît active i celui dont l’explication eft peut-être la plus enjbarraflante, ç’eft l’intervalle qu’ont a obfervé entre l’apparition des Aurores boréales ; mais ne peut-on pas dire qu’il entre tant de combinaifons phyfiques dans cette apparition, qu’il n’eft pas étonnant: qu’elles aient pu ne fe pas réunir aflfez pendant un certain nombre d’années pour rendre ces Aurores vifibles dans notre latitude ? & lorfque nous ne les pouvons ap-percevoir, elles peuvent être auffi vifibles que fréquentes pour les Habitants de Tor-no & de Quitis, Ne nous fufïit-il pas de fa voir que les plus anciennes observations parlent de cette lumière boréale , & que tous ceux qui fe font approchés du cercle polaire nous en parlent, non comme d’un phénomène,mais comme d’une chofe jour-
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- naliere en hiver, & familière aux Habitants de ces climats glacés. Les Aurores boréales me paroiflent une des plus fortes preuves de la tendance naturelle du feu à s'élever; toutes ces aigrettes élancées des terres polaires s’élèvent, difparoiflent & fe confondent dans l’atmofphere folaire , & retournent vers le foleil comme à leur centre naturel, & comme à la fource première de toute la lumière de cette atmofphere.
- Cette tendance du feu à s’élever me fem-ble donc prouvée par les expériences & les obfervations les plus difficiles à bien faifir, comme elle l’eft par les plus frappantes & les plus palpables.
- Qu’on forme un coagulum froid avec du fel ammoniac, mêlé avec de l’huile de vitriol , qu’on y plonge l’ampoule d’un bon thermomètre, la liqueur colorée baif-fera dans le tube. Mais qu’on place en même-temps l’ampoule d’un fécond thermomètre à un pied au-deflus de ce coagulum , le feu chargé de particules folides viendra frapper l’ampoule en s’élevant & fera monter la liqueur.
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- 104 La Nature & les Effets
- Qu’on place un vafe tranfparent plein d’eau fur le feu domeftique, dès que l’eaù aura acquis quatre-vingt degrés de chaleur au thermomètre de M. de Réaumur , on verra des aigrettes lumineufes s’élever du fond du vafe, s’élever à la fuperficie de l’eau & commencer à la foulever : cet-effet arrive fur le mercure même ; on le voit foulevé par des jets pareils} qui le font bouillonner, & qui finirent par le volati-lifer.
- Si l’on chauffe une barre de métal quelconque , on verra long-temps avant le degré de chaleur néceffaire pour la faire rougir, une prodigieufe quantité d’aigrettes lumineufes qui s’élèvent de la fuperficie de cette barre, de même que les corps durs & fecs expofés aux rayons du foleil à l’heure de Midi, en élancent de leur fuperficie. M. Muffchembroëk a fi bien fenti l’impoffibilité d’expliquer l’ébullition des liqueurs par la dilatation de l’air qu’elles renferment, qu’il a pris le parti d’attribuer cet effet à un Fluide élaftique répandu dans l’atmofphere , & qui s’infinue dans
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- tous les corps ; mais lequel, dit-il , n’eji point de Pair grofjîer , quoiqu’il lui rejfem-ble à bien des égards.
- Sans doute, répondrai-je , un Fluide fub-til & élaftique exifte dans toute la nature, & fur-tout dans l’air de notre atmofphere , & Newton l’a connu bien mieux encore que Muflchembroëk, puifque d’après fes ob-fervations il décide que ce Fluide doit être 700000 fois plus rare & plus élaftique que l’air, & que Muflchembroëk ne paroît ne faire que foupçonner fon exiftence. Eh qui pourrait douter de la fûreté des ob-fervations de Newton? C’eft ainfi que, loin que ce Fluide fubtil doive rien à l’air, loin même qu’on puifle croire que l’air foit coaétif avec lui , c’eft à ce Fluide fubtil que tout lïair de notre atmofphere doit fon reflort & fon exiftence , puifque c’eft la force jailliflante de ce Fluide qui éleve les particules terreftres qui compofent le mixte de l’air : c’eft ce Fluide dans lequel tout eft immergé, dont tout eft pénétré & qui devient apparent, ou qui celle de l’être, félon fes différents-degrés de denfité.
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- io6 La Nature & tes Effets
- Ce Fluide n’eft & ne peut être autre chofe I que la matière propre de la lumière, le feu 1 élémentaire de Boerhaave & le Fluide I connu fous le nom d’Éleékricité. Plufieurs | expériences prouvent la direction & la vélocité de fon cours , & font voir ce feu dans fa force & fa pureté , tandis que le feu groffier refte toujours plus ou moins obfcurci & appefanti par des particules terreftres.
- Toute efpece de feu en liberté, j,e le répété , agit toujours en rayons droits , & tend fi conftamment à s’élever, que quelquefois on lui voit traverfer des corps poreux & de peu de réfiftance, fans les oftenfer, lorfqu’il les trouve chargés d’un liquide qui lui fert de condu&eur, & à la fuper-ficie duquel il va s’élever. Le defious d’une marmite pleine d’eau bouillante , ne brûlera point la main de celui qui efiaiera de la porter : on fera fondre une balle de plomb dans du papier , fans que ce papier foit percé. Rien n’eft plus commun parmi les Montagnards d’Écofle , lorfqu’ils vont à la chalfe des bœufs fauvages , ou lorf-
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- qu’ils en enlevent à leurs ennemis, que d’ouvrir un bœuf, en tirer Peftomac, qu’ils lavent avec foin : ils rempliflent cette poche d’eau, de farine d’avoine, de graille & de pommes de terre; ils fufpendent après cet eftomac fur un grand feu, & le mélange bout dans cette tunique peu épaifie avec autant d’aétivité & de fureté que dans une marmite de fonte. Cet eftomac peut fervir plufieurs fois au même ufage fans que le feu altéré fon tilfu.
- Toute aigrette de feu, en un mot, cherchera toujours à fe remettre en liberté, & à s’élever de la fuperfieie de tous les corps r à moins qu’elle ne foit brifée , réfléchie, détournée , ou captivée par un obftacle fuffifant, & alors elle réagira fur les milieux & fur les parois qui la retiendront, & formera une fphere d’aâivité par la ré-pullion réciproque de fés particules fimi-laires. C’eft ce qui occafionne la violenté aélion avec laquelle l’eau renfermée dans le digefteur de Papin, pénétré & dilfout en peu de temps les os les plus durs.
- Plus on approfondira quelle eft la di-
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- 108 La Nature & les Effets réétion de toute efpece d’aélion du feu, plus on trouvera que fa tendance naturelle eft de s’élever.
- C’eft-là ce qui produit fi fouvent des] tempêtes fur la mer ; fouvent on n’attribue\ qu’au vent l’agitation des eaux, tandis que; ce n’eft que sde cette agitation même quel les vents nailfent. Les Anciens difoient dans leurs fables miléfiennes & allégoriques , que l’Océan étoit le pere des vents J & ils ne le difoient que parce qu’ils enl avoient bien obfervé les phénomènes : ils avoient très-bien reconnu que fouvent dans un diamètre de quinze à vingt lieues on voit régner des vents contraires , & qu’au milieu d’une très-grande plage de mer en plein calme , on voit auffi quelquefois une j partie de mer de peu d’étendue dont les | eaux font vivement agitées. Ils avoient très-bien connu que ce phénomène ne pou-voit naître que des éruptions qui fe font fous la mer , & d’une évaporation alfez forte pour former un cône renverfé , dont la bafe s’élève au niveau de la mer. Ces éruptions font en effet fouvent la vérita-
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- ble caufe des grands déplacements des eaux, comme elles le font aufli des grands déplacements d’air qui fe font dans les premières couches de l’atmofphere. Si notre fiecle a quelques avantages fur ceux des grands hommes que la Grece a produit, il peut en avoir aufli perdu quelques-uns : le génie d’obfervation eft fans doute devenu plus général, & en conféquence les expériences fe font plus multipliées ; mais ne pourroit-on pas dire aufli que le génie d’obfervation n’eft plus le même que celui qui éclairoit Ariftote & Pythagore? Ce génie en général ne s’eft-il pas un peu trop rétréci ? N’évite-t-on pas avec trop de foin de lier dans un ordre méthodique les idées & les réfultats qu’on peut tirer des expériences ? Ce n’eft point ainfi que les anciens ont travaillé : Prefque tous ont cru devoir s’afliijétir à partir d’un principe & à former la chaîne des écoulements de ce principe, qu’ils nommoientle Syris. C’eft par cette efpece de travail vraiment digne d’un efprit philofophe & courageux , qu’ils ont rendu recommandables
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- 1 iô Là Nature & les Effets jufqu’à leurs erreurs > & que les flbfflâ d’Ariftote > de Pythagore, de Dém ocrite & d’Hypoerate -, font parvenus jufqu’à nous; c’eft ce même travail qui fera pafTer à la poftérité la plus éloignée les noms de Defcartes , de Newton , de BufFon , d’Halleÿ & de Boerhaave. Les Philofo* phes Grecs firent fans doute des expériences. Eh pourrions - nous en douter , nous qui fommes forcés tous les jours par l’expérience même à revenir & à nous fou-mettrè à plulieurs de leurs opinions ? Mais ils ne fe font jamais appéfantis fur le minutieux de ces expériences ; ils n’ont point cherché à groflir leur nombre, quand ils en ont trouvé de décifives. Ils patoiflènt avoir fupprimé le furplus & l’inutile , pour ne s’occuper que du néceflaire : contents de parler à l’efprit, ils ont dédaigné l’art de parler aux yeux de la multitude. Cependant nous devons reconnoître qu’ils ont faifi de grandes vérités , quoiqu’ils n’euf-fent pas les avantages dont nous jouifibns, par le fecours des inftruments que ïkjus avons inventés depuis eux ; & Pythagorè,
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- du Plut de électrique, III
- fans télefeope , trouva le vrai fyftêftie da Ciel, dont nous faifons honneur à Coper-
- Pourquoi refterions-nous aujourd’hui en-dfcçà des limites que l’efprit humain a déjà franchies ? Pourquoi la parefle ou la timis dité de l’efprit nous retiendroient-elles > Parce que, de nos jours, le feul mot fyflê-me effraie la plupart de ceux qui pour-roient avoir la force de lier une longue fuite d’idées , & que ce mot de fyftême femble être à jamais proferit ? Quoi ! l’amour-propre nous fera-t-il plus craindre le reproche d’une erreur , que l’amour de la vérité ne nous animera à nous élever aux grandes découvertes'? Eh .pourquoi redouter un fort qui nous feroit commun avec plufieurs grands hommes ? Doit-on craindre la critique des gens véritable; ment éclairés qui peuvent nous inftruire, ou celle d’une multitude dont la vue trop courte ne peut parcourir que le cercle étroit d’un petit nombre d’idées ; de ces critiques, enfin , qui n’ont prefque rien en eux qui les rende capables d’apprécier un
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- ni La Nature & les Effets long travail, & auxquels on pourrait appliquer ce vers du Cavalier Marino :
- Che Rifiuta quel confeguir non. puotc ?
- Application
- Notes fur ce Chapitre.
- De toutes Us obfervatïons d’Aurores boréales , celle que je trouve une des plus complétés eft celle que M. Hallcy rapporte, du 6 Mars 171; j 61 tous les détails de cette obfervation me paroiliènt prouver la vérité du jugement que M. Halley en porte , en difant que cette lumière devoir être à une grande élévation, & qu'elle n’em-pruntoit rien de la lumière du loleil.
- Corneillus Gemma rapporte aulfi deux obfervatïons qu'il a faites dans le Brabant en i$éo & 1567 : au lieu de l'idée riante de l’Olympe , ou des beaux châteaux de la Fée Morgane , Gemma ne voit que des chariots de guerres, des villes allégées , de grandes batailles ; Sr bien d’autres les avoient encore mieux vues avant luj : mais par ce qu’on peut tirer de raiionnable de fon obfervation on reconnotc toujours une émanation du pôle , qui ne doit rien aux rayons folaires.
- L’opinion de Gaflendy ell • qu’il peut s’élever des vapeurs de U terre alfez haut pour être éclairées & même embrafèes parles rayons folaires. Je nie cette explication : les vapeurs terrelires ne peuvent jamais s’élever au-defTus de fatmofphere aérienne fenfible : le feu élémentaire, dégagé des matières terreftres , & en un mot l’ÉIeflri-cité terrelire peut feule s’élever & être encore viüble à la hauteur de 166 lieues. .
- Quant à la lumière zodiacale , elle eft due entièrement aux rayons folaires ; il ne faut pas la confondre avec la lumière boréale. Toutes les deux font bien de même nature , quant i l’efpece de matière dont elles font compofées ; mais la zodiacale eft une vraie émifiîon fo-laire, & la boréale eft une émifiîon terreftre & le retour d’une partie de l’Éleâricité que le foleil communique à la terre. On peuc donc dire que la zodiacale eft une effluence éleârique du grand globeéleârique par lui-même , St la boréale une raffluence duperie globe éleflrilë par communication au grand globe , lburce de toute l’Éleâiiciré de l’atmofphere folairc.
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- du Ptüld'e élcclriquei îij
- Application des. effets de VÊleàricitè à différents Phénomènes térreftres} màriûs & aêriénsi
- CHAPITRE DIX-HUITIEME.
- ÏL me paraît fi importait pour là tHèo-rie de cet Effai , & pour la preuve des principes que j’ài pofés,de diftinguer bien pofitivëmerit le feu matériel qiii nous efl: ienfible, d’avec le feu élémentaire, que ’nôus ne pouvons faifir que pat les yeux de l’el-prit où par l’art dés expériences : il mè pa-foît d’ailleurs fi néceflaire., loffqu’bii pfè annoncer quélqii’bpiriion tiouÿélle,de l'appuyer par tout ce qui peut parler à lâ fai-fon,qüe jé më crois obligé^à Faire Voir que, dans tous les effets lès pltis violents dii Feu matériel, il n’exifie que deux ihàrieres premières; l’une paflive & inerte l l’aütre rive & active ; & que cette dernièrej que Tome ïîl fit
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- i Î4 •£<* Nature & tes Effets je nomme également Éleâricité, feu élémentaire i eft celle qui meut la première*
- Prefque tous les Philofophes ont été obligés d’admettre un feu central pour expliquer l’a&iôn qui éleve les vapéurs dé la terre, & le mouvement intérieur qui là prépare à produire*
- . La néceffité de ce feu central, pour expliquer l’effet d’une force vive inconnue, a rendu cette hypothefe commune à prefque tous les fyflêmes. fur l’économie particulière du globe terreftre : fi l’union des idées des Naturaliftes, fur un fait qui n’eft pas prouvé , pouvoit établir urte loi en phyfi-fique, pérfonne n’oferoit plus nier l’exif-tence de ce feu central.
- La belle & forte imagination du Pere Kirker, fa maniéré énergique & plaufible d’établir fes opinions, lui firent un grand nombre de feétateürs : il poffédoit l’art de faire paffer toutes fes idées dans leur efprit , parce qu’il paroiffoit convaincu jufqu’à fanthoufiafme de la réalité de ce qu’il annonçoit. Peu de gens de bonne foi nieront qu’ils n’aient été un peu féduits à
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- du Fluide électrique. îi$ là première leéture de fon Monde fouter-rain. Cependant la raifort ; éclairée par dé bonnés obfervationà 8ç par la méditation > ne noiis laiflera bientôt regarder cet Ouvragé , quoique tfès-faVant, que comme lé chef-d’oeuvre des Romans philofophiquesi
- Ce Traité reprëfenté l’intérieur de la terre plein d’un feu central, de même nature que nôtre feu matériel. Kirker va jüfqu’à donner la Carte de cet océan de feti, & des comftiünications par lefquellès Cef bcéan porte l’ëmbrafement dans les foyerS des volcans. Rien n’échappe à fon imagination 'y il réalife toutes fes idées j & donné aùfli la carte dé ces cavités fouter-raines , comme on donneroit celle d’unè vafte plaine.
- Le Père Kirker n’eft pas le feul qui ait parlé affirmativement de ce feu matériel renfermé dans !’intériëür du globe ; & cette opinion fut fi bien, celle des Savants du commencement de l’autre fiecle, que Gaf-fehdy fut le feul qui ofat la combattre; M; Morin crut l’avoir vérifiée par l’obfer-tatiori qu’il fit dans les mines de Creme:
- H i
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- n6 Là Nature & les Effets nitz , lorfqu’il y dèfcendit jufqu’à la profondeur de 480 toifes : il rapporta qu’une chaleur prefque insupportable l’empêcha de descendre pliis baS. Mais outre qu’on auroit pii répondre 4 M; Morin, puifqué là mille étoit ouverte plus baâ qu’à 480 toifes, on y étoit donc defcendil. Une pareille chaleur ne prouve rien encore , puif-que des conibinaifons phyfiqUes, bien reconnues pour avoir Une autre Cauféqüe celle I d’un feu central, font éprouver cettè même chaleur à des profondeurs ihédioores.
- Il fubfiftoit encore du temps de Kirker quelques reftes de cet amour du merveilleux qu’ori peut rëprochér aux Savants qui ont précédé le milieu du dix - fëptieme fiecle. On retrouve fouvent dans leurs Écrits un relie de foible pour l’Aftrologie, l’Àlchy-riiiè & la Cabale,que 0efcartes n’avoit pu feulement que contraindre à garder le li-léricé. L’ërreur marche par bonds, avec un bandeau für lès yëüxJ là raifort éclairée par i’expérience në marche que pas à pas: les fuccès font bief» moins rapides ; elle iàftrùit faiis étonner , & par conféquent
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- du Fluide électrique. uj çlle entraîne bien moins la multitude.
- Ce n’eft pas qu’en effet le globe de la terre ne pqiffe être creux ; mais aucune preuve pfryfique ne peut nous en affurér, & s’il l’eft , il faut donc que toutes les autres planètes le fpient aufli ; car certainement il y a une proportion réelle entre la denfit£ fpéciflque dû foleil & celle de fes planètes. Newton n’a pu fe tromper ^ans des calculs auxquels tous les grands jnouvements céleftes fe rangent avec une précifion géométrique qui prouve la vérité des çalçuls de çe grand homme.
- Il eft donc vraisemblable que le foleil & tous les globes de fa dépendance font plus ou moins creux; mais qu’ils different çntr’eux de denfité , non-feulement en rai-fon de celle des matières qui compofent leur croûte, mais aufli en raifon du plus pu du moins d’épaiffeur de cette crpûte.
- Le célébré Halley s’étant bien convaincu du peu d’épaiffeur dç la çroûte du globe de la terre proportionnellement à fon dia7 métré, & de l’immenfe cavité renfermée entre cette çroûte & le noyau magnétique
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- $1$ La. Nature & les Effets qu’il fuppofe en occuper le centre , qu’il à cru ne devqir pas laiffer çet efpace fans une deftination particulière : il fpupçonne même que cet efpace peut être habité ; qu’il eft éclairé par de grands phofphores , & qu’un feu pur fé conferve, anime, & prépare là croûté dé la terré aux différents mouvements qui l’agitent & qui la rendent propre à différentes produirions intérieures , & à la végétation. Si j’ofois faire un choix, je peiiferois, comqie Halley , que Ja terre ëft un Qéode, dont le noyau eft d’une matière vitrifiée beaucoup plus homogène que celle dont la grande croûte.
- ce Géode eft compofée ; niais je me garderais bién de placer dans la cavité im-nienfe dé ce Géode un peuple de Gnômes pu de Salamandres , & moins encore un feu matériel, femblable. à celui du Véfuve & de l’HécIà, Je remplirois cette cavité de feu élémentaire , qui ferait entretenu par l’émiflion folaire, & qui en effiueroit à fon tour plus ou moins de la fuperficie de fa croûte,
- Que cela foit ou ne foit pas, il ft’en eft
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- du Fluide électrique. 119 pas moins vrai que le foleil & les planètes ont une proportion refpeétive 4e den-fité ; il n’en eft pas moins certain que l’é-miffion folaire, frappe, pénétré & dépafle ces mêmes planètes : il l’eft également que la matière lumineufe que le foleil efflue eft la plus tenue & la plus adive de toutes les matières poflibles ; & j’ofe dire auffi qu’il n’en fera pas moins vraifemblable que la lumière folaire eft le vrai feu élémentaire dont dépend toute efpece 4e mouvement, toute tranfpofition & toute modification de la matière morte & inerte, Ce Fluide fe renouvelle fans çeffe dans tous les globes céleftes par une effluence & une raffluence que la tendance du feu élémentaire à l’équilibre nécefïite ; tendance que je ne donne point ici comme une loi occulte & que j’explique clairement, en prouvant que le feu élémentaire eft répulfif à lui-même, (chacune de fes particules étant une petite fphere d’adivité ) & que cette répuHion doit néeeflairement le ramener à l’équilibre avec lui-même.
- £)e quelque efpece de fuppofttion que
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- î 10 I^a Nature 0 les Effets
- je parte, je crois pouvoir fou tenir que dans foute efpeçe d'inflagration on trouver^ toujours que la répiflfion réciproque entre, les particules fimilaires du feu élémentaire, eftle principe d’aétion & le premier, mpbile de toute efpece de foyer d’aétiyité du feu matériel. Que c’efl le choc, redoublé de ces particules très-élaftiques qui développe & qui met en liberté des particules de même nature x qui font captivées & conglqbées dans des molécules fuiphureufes vqifines, Quq ces molécules font autqnt de cellules qui fe hrifent, & d’où le feu dégagé augmente de proche. en proche, l’étendue du foyer d’embrafement, & que lorfque cq fey brife tout ce qui le retient il en em--poxte au loin les parties les plus légères &; les réduit en yapeurs.
- ‘1 fe peux foutenir de même que ces vapeurs peuvent remplir de grands efpaces, & les cavités imménfes dpnt lés couches de la çroûte dé la terre font criblées juf-qu’à une certaine profondeur, & que fila force du foyer d’embrafement fe foutient, il arrivera qu’un certain nombre dç ces ça-
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- du Fluide électrique. \%%
- vjtés fe remplira comme les chambres à vent d’un buffet d’Qrgues fe rempliffent. je peux dire de plus, que le feu élémentaire, appefanti p,ar les. particules terrçftres dont il occupera les milieu?, fuivra la même di-i reCtiori de ces sapeurs qui lui ferviront de conducteur,. & que par fa force répulfive jl les foutiendra dans leur, état de raré-faétiop jufqu’aqx extrémités des cavités qu’elles rempliront,
- ' J’ajputerai que fi le foyer d’embtafement vient à augmenter, de forc.e, alors la fura-bondançe des vapeurs refoulera les pre-; mieres ; elle pourra les conden.fer affe.z violemment pour que çes çavités s’écartent , que leurs voûtes, fe f0.4ley.ent, , Sf. qu’elles fubiffe.nç le mêine effort que le fourneau d’une, mine d’où le’ feu s’échappe par le. çôté de moindre réfiftanqe. Cet effort, en ébranlapt la voûte, fupérieute des galeries que forment pes çavités, oçcafionnera un. tremblement de. terrp dans tous, les pays fupérieurs à çes galeries.
- C’eft ainfi qu’une de ces galeries, qui paffera fous un lac y pqurra faire une érup-
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- i%l La Nature & les Effets tion , fi fa voûte fe trouve moins épaiffe dans cette partie : cette éruption, ainfi qu’on le voit arriver très-fouvent, pourra mêler le fable avec les eaux , altérer la couleur de ces eaux, les enfler, les faire déborder , & quelquefois elle excitera uq ouragan fubit. Quelquefois aufli cette éruption épuifant la galerie fouterraine ouvrira un paflage aux eaqx du laç qui y feront abforbées.
- Le même effet arrivera dans les fontaines , lorfqu’un jet de ces vapeurs s’éçhâp-. pera de ces galeries & s’introduira dans le réceptacle ou dans l’efpepe d’artere qui contient en terre les eaux de ces fon-> taines j on verra leurs eaux devenir de couleurs différentes, jaillir avec violence & paraître tout à coup vitrioliques & fub-phureufes, Nous avons vu fouvent arriver tous ces effets ; un grand nombre de difficultés s’oppofent à l’explication quîon en pourrait donner par la fïmple aâion du feu matériel ; car fi l’on veut attribuer au feu matériel l’effet d’un tremblement de terre, qui fe fera fentir tout à la fois*
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- , du Fluide électrique, ixjf
- jfc dans la même direâion, dans une étendue de plus de mille lieues} à quelle profondeur doiç donc être fpn foyer pôtir que {a baie du cône de pe foyer puiffe avoir un pareil diamefre ? Mais toute difficulté ce (Te, fi l’on imagine uq foyer d’aâivité éleélrlque, dont l’émiffion eft conduite par les vapeurs dans des cayjtés très-éloignées-, pù elle s’accumulp jùfqu’à ce que la fura-bondance lui faflè faire une explofion.
- J’ajouterai encore à ce fujet, que de même que les chaînes de montagnes communiquent entr’elles au-deffus du niveau de la terre, de même peuvent-elles fé communiquer en terre par leurs bafes à une très-grande profondeur. Je peux m’autor rifer à ce fujet de la lettre de feu M. le Marquis Maffey , à M. de la Condaminé, & je conviendrai avec le premier que les preuves fans nombre qu’on a que les grandes chaînes de montagnes ont eu to.utes. plus ou moins de volcans, favorifent l’opinion qu’il avoit que plufieurs de ces montagnes doiyent une partie de leur élévation 4 l’effort qu’elles ont éprouvé foùs leurç
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- 114 La Nature & tes Effets bafes & dans leurs noyaux : la tradition de? Ç-ouanches ne dit-elle pas que le pic s’é-, leva du fein de la montagne de Ténériffe, tel qu’on le voit aujourd’hui.
- J’appuierai ejncore cette opinion, que je crois vraie dans plusieurs événements accidentels arrivés fur la furface du globe, en rapportant ia lifte d’un gran^ nombre de montagnes qui fe fpnt affaires , & dont'la bafe eft remplacée par des lacs , çn faifant vçjr une infinité d’entonnoirs d’anciens volcans éteints fur le haut de? pxontagnes qui font aujourd’hui dp petit? lacs , tels que celui du mont Pilate, dont j’ai parlé, celui du mont Cén,is , & plufieurs qu’an peut voir dans ies Alpes , l’Apennin, les Pyrénées , les Ypfges & les montagnes d’Auvergne.
- En fuivant la théorie, que j’eflaie d’établir, je ferai voir que le feu électrique élevant des vapeurs dans le noyau des mon; tagnes , dont un très-grand nombre fonç creufes, s’épure, fe tamife, fe dégage dp ces vapeurs dans le corps de ces monta-: gnes, qui lui fervent de conducteur, & que
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- "du ‘Fluide électrique, iif
- lôrfqu’ü s’échappe en jailliifant dé leur fommet, il fe mânifefte lbus la forme d’un vent doux > quand il ett rare ; fous telle d’un vent aigu -, quand il efl: plus abondant; & fous la forme d’une aigrette lumin'eufe j quand il èft plus abondant encore.
- Pourtoit-bn douter de cette vérité -t en Voyant les plus grands vblcâns ; tels que l’Hécla, Couverts de neige jufqU’à leur bouche? Et pour qu’on ne pUifle pas attribuer là confervatiort decette rteige aü froid extrême qu’épr.duve l’Iflànde , les volcans du Pé-fou, le fameux volcaii d’Aréquipâ , ceux de Talafcala & de Guatîmala , dahs le Mexique,qui Ont tous le foleil à leur zénith; font également couverts julqu’à leur bouché d’une neige qui ne fond jamais. Eh comment expliquerâ-t-on ce phénomène , fi l’on ne convient pas d’abord que les rayons les plus perpendiculaires du foleil peuvent ri’avoir aucune chaleur ? Mais après qu’on fe fera accordé fur ce point, cOmiitent pour-râ-t-on comprendre que la chaleur âffrèufë qui s’exhale de la bouché du volcan ne détende pas dans une fphëré d’adivité àfTez
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- i'%6 La Nature & lès Effèti grande pour fondre la neige autour de cc terrible foyer , jufqü’à quelque diftance' même aflez cortfidérable ; û l’on veut re-jetter là feule explication qui foit. vraifem-blablé, & que j’bfe dire être prouvée pat une multitude de faits correfpondantS ? Il ëft très-certain que là neige nefoutiendroit pas un inftant,fans fe fondre, l’adion du feu matériel qui fort de la bouche du volcan ; mais auffi ne l’éprouve-t-elle pas : les parois dé l’entonnoir du voltaii retiennent Ce feu matériel dans l’intérieur dé la montagne, & lé feu élémentaire qui l’ànime le fait converger vérs la pointé de fon con-dudeur ; l’aigrette entraîne avec rapidité parla libre iflue toute la matière groflierequl fert d’aliment à ce feu j le feu éléméntairé / qui cherche toujours à fé dégager de toute matière qui l’appefantit ; dont la tendance eft de s’élever & de fe remettre eni équilibre avec lui-même, fe tamife, s’épuré én pénétrant l’épaifieur des parois de l’embouchure du volcan ,> & s’élance des fu-perficies voifines de ion embouchure fous la forme d’un vend froid & aigu, qui n’eft
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- du Fluide iîeclriqüèi üj £às aflez violent pour enlever la neige * frais qui eft aflez froid pour la conferver* au lieu de. la fondre. En fuivant les con-féquences naturelles & même ttéceflaires d’un principe aufli clair, & que j’ofe croiré être bien prouvé , on comprendra faciles ment quë le feu élémentaire faifant un effort continuel pour fe dilater t la portion de eé feu qui fera la moins appefantie, la moins englobéé par les matières fulphureiifés & terreftreS, s’échappera chargée de vapeurs par toutes les galeries fouterraines qui tommuniqueront au foyer d’émbrafement du volcan, & ce feu élémeiitairë, où plutôt éleâtrique, fe trouvant retenu dans ces galeries, foit par des voûtes de roches vitrifiées , foit par des bancs fulphureux, il ne pourra pas plus les percer & s’élever , qu’il eft pôflible au Fluide éle&rique de per*' ter quatre pouces d’épaifleur de verre, de réfine ou de foufre ; & tant que des voûtes de cette efpece couvriront les galeries fouterraines par lefquelles l’ÉIeârieité s’échappe encore chargée de vapeurs du grand foyer, ce Fluide fubtil fuivra leurs
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- îi8 'La Nature & tes Êffets ,
- directions jufqu’à ce qu’il trouve une vôûâ te d’une autre efpecede matières qu’il puifle percer, & dans léfqueiïes il püifie fe tànii-fer. Si l’oft Veiit bien fuivre cette théorie \ ùn verra qüe lés bafeé & les noyaux des grandes chaînes de montagnes étàht pref-que toiites de roches vives St remplies dé matierës fülphüreüfës , pliifieürâ galeries peuvent avoir des Voûtes imperméables aii Feu. élémentaire & éleCtriquei. Oh verra aufli qué plufieurS dé ces galeries, pouvant communiquer aux foyers d’ehibrafè-ment d’autres volcans même trèsréloignés, l’élancement du feii élëCEriqué d’iin volcan peut facilement fè rencontrer dans fces galeries àvet l’élancement du féu ëléCtriqué d’un autre volcan : ce qui doit faire dans le point dé leur rencontre un refoulement de vapeurs ., & le même Combat entré ceS’ deux jets dè Fluide éléCtriqde que Celui qu’on apperéoit entre deux aigrettes effluentes de deux globes électriques diftants l’un de l’autre. Delà ces craquements qu’on entend dans cette expérience, & qùé la Nature exécuté en grand dans les galeries de
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- du Fluide électrique, tiÿ
- de communication entre deux volcans, ce qui occafionne ce bruit fourd, cette efpece de tonnerre fouterrain que l’on entend fou-vent ( quoique l’air foit tranquille ) dans les temps qui précèdent de quelques heures les tremblements de terre : delà l’accumulation des vapeurs & du feu éle&rique dans ces voûtes, qui s’ébranlent à la fin & qui caufent un tremblement fupérieur dans toute la longueur des terrains qui couvrent ces galeries. Si les galeries, fi les malles des terrains qui les couvrent font foibles, la terre s’ouvre , fe renverfe , lé Fluide éleélrique s’échappe,en entraînant jufqu’à une certaine hauteur la matière morte réduite en vapeur, dont il fe dégage à la fin, & qu’il abandonne pour s’élever & pour fe remettre en équilibre avec lui-même, & cette vapeur élevée fubitement dans les premières couches de l’air grofiier, y fait un très-grand déplacement , & caufe une preffion & un refoulement dans ces couches d’air épais , qui forment un ouragan fubit, qui fubfifte, augmente & diminue en proportion de ce que l’éruption fournit de Tome II. I
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- 130 La Nature & Us Effets vapeurs, & en proportion du teftips que cet air animé & foutenu par l’Éleétricité terreftre,eft à fe remettre en équilibre avec lui-même.
- Cette explication me paraît répondre exactement aux principaux phénomènes que nous obfervons dans les grands tremblements de terre ; on les voit toujours fui-vre une direction quelconque , & avoir quelquefois un cours très-long fur très-peu de largeur. Si l’on éprouve quelque tremblement collatéral à celui qui s’eft fait remarquer pour être le plus confidérable, on peut obferver qu’il paraîtra partir de la direction principale, comme un jet qui s’en échapperait en formant avec la ligne de direction du principal, un angle plus ou moins aigu. Je crois qu’on comprendra facilement auffi, que fi dans la longueur du cours de ce tremblement il fe trouve des terrains beaucoup plus agités les uns que les autres , on doit l’attribuer au plus ou moins d’épaiffeur ou de ténacité des couches de terre qui couvrent les galeries intérieures.
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- du Fluide électrique*
- Si dans tout le cours de ces tremblements de terre il ne Te fait aucune grande éruption marquée, il s’en fera une infinité de petites dans tous les points où le Fluide éledrique pourra s’échapper & entraîner les vapeurs les moins groffieres : delà tous les phénomènes différents qu’on voit arriver dans les lacs , les rivières & les fontaines, & dans la mer même. Quelque profondeur d’eau qui puilfe fe trouver fur un point d’où le Fluide peut s’échapper , ce fera toujours pour ce Fluide la paroi de moindre rêfiftance, l’eau étant de tous les corps poffibles celui qui lui fert le plus facilement de condudeur.
- Si l’Eledricité & les vapeurs accumulées dans les galeries fouterraines ne s’échappent que peu à peu par unë infinité d’iffues différentes, les accès du tremblement de terre feront plus multipliés , dureront un plus grand nombre de jours, & même jufqu’à ce que les foyers d’em-brafement des volcans commencent à s’é-puifer & à fe calmer. De grands vents s’élèveront dans l’atmofphere ; mais ils fe-
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- 132 La Nature & les Effets ront moins violents que des ouragans, & dureront beaucoup plus long-temps. Les tremblements de terre dureront bien moins encore, fi l’émiflïon fouterraine d’un volcan prend afiez de fupériorké fur l’é-miflion qu’elle rencontre pour la refouler jufques dans fon foyer & s’y porter avec elle : alors fi ces deux volcans,tels que l’Æth-na & le Véfuve , ne font pas à des diftan-ces où ils ne puiflent pas être fuffifamment obfervés, on verra- l’un de ces volcans jet-ter beaucoup moins de flamme & de fumée, & paroîtremême s’éteindre tandis que l’autre volcan éprouvera l’éruption la plus terrible ; & c’eft ce qu’on a vu arriver un grand nombre de fois à l’Æthna & au Véfuve. Bien plus : l’Hiftoire place la première éruption du Véfuve fous l’empire de Titus. Pline, le jeune , raconte la mort de fon oncle, & comment la ville dé Pompéia, & celle d’Herculanum , aujourd’hui retrouvée , furent englouties. Nul Hiftorien ne. rapporte aucune efpece d’éruption du Véfuve avant cette époque , & les Hifto-riens Grecs parlent long-temps avant ce
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- temps-là de l’Æthna & des Ifles Éoliennes, aujourd’hui nommées Lipari.
- Les Grecs avoient donné le nom d’Éo-liennes à ces ifles , parce que dans les. intervalles où elles ne jettoient pas des flammes il s’élevoit du fein de ces ifles des vents violents qui les leur firent regarder comme l’habitation d’Éole, & ces mêmes vents, qui y régnent encore aujourd’hui, rendent fouvent & tout à coup la mer qui entoure ces ifles très-orageufe , même dans la plus belle faifon , & lorfque les autres plages de l’Archipel font calmes. On vit. s’éteindre prefque tout à coup tous les volcans des ifles Éoliennes lorfque le Vé-fuve s’embrafa pour la première fois,& l’éruption continuelle de l’Æthna perdit aufli de fa violence ordinaire. Depuis le temps de cette première éruption du Véfuve, on voit des alternatives marquées entre celles qu’on peut regarder comme violentes par les cendres & les roches calcinées qu’il lance, & les torrents de laves qu’il vomit : on peut, dis-je, reconnoître que ces éruptions font devenues alternatives avec celles
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- 134 Za Nature & les Effets de l’Æthna & celles des ifles Lipari.
- Le V éfuve parut plus calme que jamais en 1707, lorfque la nouvelle ifle de San-torin fortit du fein d’une mer profonde de plus de deux cents brafles , au milieu de ces ifles de Lipari, Le Pere Feuillée, qui fut témoin de cette étonnante éruption , nous en a donné le rapport le plus exaét ; & fi l’on veut bien fe prêter à ma théorie , en lifant le rapport du Pere Feuillée, on reconnoîtra fans peine qu’elle s’accorde çomplettement à tous les différents phénomènes qui parurent tour à çour pendant le temps que cette ifle fut à s’élever & à s’accroître jufqu’au point oh elle eft encore aujourd’hui,
- Ces obfervations me paroilfent prouver jufqu’à l’évidence que l’Æthna, le Véfuve & les ifles de Lipari ont des communia çations très-profondes fous la mer ; & (1) quiconque connoîtra l’art des mines & les moyens de diriger leurs fourneaux , d’af« furer leurs voûtes & leurs parois de façon
- 4e Saiof Reœy & le M*rooUe i»
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- à leur faire faire leur effet dans un point donné, comprendra fans peine, par cet effet en petit, ce que la Nature peut exécuter en grand dans lés galeries & les fourneaux immenfes de ces trois volcans différents.
- La caufe des vents violents qui s’élèvent des ifles de Lipari , paroît avoir été in-, connue aux Grecs : leur imagination pot-tique , & cet art qu’ils avoient de répandre quelque chofe de divin fur ce qui les étonnoit ou leur étoit utile, leur fit donner le nom d’Éoliennes à ces ifles, & dès ce moment ce phénomène devint un effet très-naturel pour la multitude. Les Grecs, toujours imités par les Romains,le forent auffi dans ces eîpeces d’explications , & lorfqu’ils virent d’abord avec étonnement le fommet de l’Æthna, & les bords de fon-goufre,couverts perpétuellement déneigé & de glaces, ils ne firent plus de recherr ches fur ce phénomène , & leur furprife ceffa dès qu’Ovide eût dit à ce fojet;
- S fit nivibus fervans fidem vulcaliius igitis.
- Quant au foyer terrible' qu’ils dévoient
- ï*
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- 136 La Nature & les Effets imaginer devoir fournir aux feux élancés de ce volcan, ils n’en furent plus en peine dès qu’Encelade , foudroyé par Jupiter, leur parut enféveli fous cette montagne , & faifant d’inutiles efforts pour s’en dégager^ dans fa rage & fon défefpoir, vomilfant des torrents de flammé contre le féjour des Dieux,
- C’eft par la même théorie que je viens de fuivre que je rendrai fenfible & évidente les communications qui doivent être entré lés ifles Açores , les côtes du Portugal, celles de Cadix & plufieurs pays fur les côtes , & même dans l’intérieur de l’Afrique. Il eût été , fans doute, à défirer pour Lisbonne , Oporto & Sêtubal, que lorfque la même cataftrophe de l’année '1755 arriva, félon ce que rapporte Paul Jove en 1530, il fe fût alors ouvert un volcan dans quelque partie des côtes de ce Royaume , & cet .évent aux galeries intérieures qui ont caufé la derniere ruine de Lisbonne, l’en eût peut-être préfervée.
- Ces galeries tracées dans les premières couches de la terre, & qui peuvent paffer
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- fous le lit des mers, puifqu’il eft bien prouvé qu’elles y patient ; ces galeries peuvent avoir aufit fous ces mers quelques foupi-raux imperméables à l’eau, mais perméables au feu matériel & éleârique, qui circule & s’accumule dans ces galeries.
- Delà ces tempêtes foudaines & locales, qui s’élèvent par un temps ferein dans de certaines plages ; delà ces trombes qu’on voit s’élever de la furface de la mer, & même dans un temps calme. Quelques Auteurs les attribuent à l’attraâion d’une nuée fu-périeure qui paroît alors leur correfpondre; mais fans entrer ici dans la difcuflion de ce qu’ils peuvent entendre par cette force d’at-traélion, qui, dans ce cas-ci, devient plus occulte que jamais , peuvent-ils, avec un efprit vraiment obfervateur, fe refufer- à voir que la gerbe , plus ou moins haute de la trombe, eft élevée par une force jaillif-fante, dont la fource ne peut réfider qu’au fond de la mer , & ne peut être produite que par un vent violent qui s’échappe d’une ifiue, & encore plutôt par un feu chargé de vapeur qui s’en élance? Peuvent-ils mé-
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- 138 La Nature & les Êffets connoître l’efpece de matière dont la nuée' correfpondante à la trombe eft compofée? Cette nuée ne peut l’être que par la même force jailli (Tante du fond de la mer , qui ne peut élever la trombe d’eau que juf-qu’à une médiocre hauteur ; mais qui éleve des vapeurs 4000 fois & peut-être davantage , moins pefantes que l’eau, avec tant de violence & de rapidité, que ces vapeurs ne deviennent vifibles que lorfque l’aigrette jailliflante commence à perdre de fa force en divergeant, & ne foutient plus alTez ces vapeurs, qui fe raflemblent alors , retombent les unes fur les autres, forment la nue qui fert de chapiteau à la trombe , & fe condenfent quelquefois aflez pour que la nue paroifTe s’alonger & porter de l’eau dans fon centre, comme en effet elle doit y en porter ; la force jailliflante ayant dû, dans fon émiflion , enlever beaucoup de particules aqueufes, qui fe font unies avec les vapeurs élancées du fond de la mer.
- On trouvera par cette même théorie la caufe des vents alizés & des vents de mouf. fon, & l’on verra que la raréfaction de
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- l’air, en les occafionnant, eft due en entier à l’Éleâricité folaire & à laterreftre; mais cette difcuflion très-compliquée doit être le fujet d’un des Chapitres fuivants.
- Quant à la caufe des ouragans & de plufieurs vents irréguliers dont je remets à parler plus au long dans la fuite de cet Eflai, je dirai feulement ici qu’on elfuiera des vents de cette efpece , & même des ouragans , toutes les fois qu’il y aura des éruptions connues , des tremblements de terre & des tempêtes foudaines, élevées des plages de la mer: ce qui portera fans peine à préfumer que lorfqu’on éprouvera des ouragans ou des vents dont on ignorera la caufe , ils doivent avoir la même origine que ceux qu’on a vu fe former par des éruptions terreftres pu marines, & la durée de ces vents plus ou moins longue fera jugée devoir répondre à la durée des ofçillations que les couches de l’air feront obligées de faire avant d’avoir pu fe remettre en équilibre.
- Le principe fécond que j’ofe eflayer de prouver fournira des explications aufli na-
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- 140 La Nature & les Effets turelles que (impies , à tous ces phénoirte-nes marins & terreftres , qui forcent fou-vent bien des Phyficiens à recourir à un grand nombre de caufes différentes, qui ne partent point d’une fource unique de force a&ive. Qu’on life Bennier , Acofta , Kempffer, Dampierre, les Lettres édifiantes de Pérés, celle de Perenin, les Relations des voyages aux terres Polaires ou Auftrales ; qu’on life Kirker même, qui mérite d’être cru dans fes rapports, quoiqu’on ne doive écouter qu’avec précaution quand il les explique : quelle variété , quelle multiplicité de phénomènes les rapports de ces Vcyageurs ne nous offrent-ils pas ! Et j’ofe dire qu’il n’en eft aucun qui ne puiffe être expliqué avec toute l’évidence & toute la facilité polfible , par le principe que j’ai pofé de l’Éleélricité folâtre & terreftre , & par les loix que fuit cette matière aâive.
- Cette matière paroît agir prefque également dans tous les pays où les combi-naifons néceffaires pour l’accumuler fe raf-femblent. L’Europe'eft aujourd’hui celle
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- des quatre parties du monde où l’on voit le moins de volcans ; mais combien ne s’en eft-il pas éteint dans toutes les chaînes de montagnes qui la traverfent, & la quantité prodigieufe de fources chaudes qu’elle a dans tous fes différents Royaumes n’annonce-t-elle pas l’abondance du feu qui s’entretient dans fes cavités ? Les trois, autres parties paroiffent beaucoup plus agitées ; & dans le dernier fiecle fur-tout, on a vu les effets les plus terribles de ce feu accumulé, retenu pendant long-temps par les foufres, & à la fin mis en liberté par fes éruptions. En 1638 il s’éleva une ifle, près de Saint Michel-des-Açores, qui for-tit d’un fond de mer de plus de 150 pieds de profondeur. Les premières maffes qui furent élancées, s’élevèrent en l’air à plus de 150 brafTes, & retombant fur elles-mêmes , elles formèrent en quatorze jours une ifle dé cinq milles, de tour.
- En 164.1 , le quatre Janvier , deux grands volcans s’ouvrirent à la même heure dans les Philippines, & lancèrent jusqu’aux nues des gerbes de pierre - ponce
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- t^l jta Nature & les Effets
- & de fttatieres enflammées, & dans le rtiêJ me-temps, à la même heure, & à cent cinquante lieues de ces deux volcans , une éruption non-moins terrible & d’une autre éfpece fit éprouver les plus grands ravages dans l’ifle de Manille. Cette éruption commença par un ouragan furieux , qui rafa prefque toute la furface de l’ifle : trois montagnes arrachées dé leurs fondements furent enlevées, difperfées, & fuivies, & comme pouffées par un torrent d’eau énorme qui forma un grand lac dans la même place que Ces trois montagnes avoient occupées.
- On ne peut prefque voyager cinquante lieues dans l’Afie fans trouver quelqu’ef-pece de volcan. L’Empire de la Chine, & îur-tout la province de Kiang-Sy , eft pleine de ces feux foutertains ; mais la ' plupart de ces feux brûlent fi paifiblement que quelques relations alfurent que les Habitants font ufage de quelques foupiraux ouverts en maniéré de puits , pour faire cuire leurs aliments : ce qui n’a rien d’im-poffible à croire , puifqu’on pourrait fe
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- du Fluide électrique. 143 ifiiïvîr aü même ufage , dans le royaüme de Naples, de quelques ouvertures de la Sol-fatara.
- Les Moluques font pleines de voicans, & dans la même année 1638 , où il s’éle-yoit une nouvelle ifle au milieu de celles des Açores , un volcan ouvert au fommet d’une très-grofle montagne de l’ifle de Timor s’abyma avec une grande partie des terres cultivées de l’ille, & le tout fut remplacé par un grand lac ; événement qui, malgré la grande diftance, eft une preuve prefque évidente que les foyers des Moluques & ceux des Açores fe communi-quoient.
- Ce font de pareilles galeries de communication entre les foyers des volcans du Japon & de ceux de la Chine , qui rendent la mer, qui fépare ces deux Empires , fi fujette aux tempêtes. Ces tempêtes s’élèvent fubitement, quoique l’air foit ferein & tranquille, & ne peuvent s’élever que du fond de cette mer profonde. La grande ifle du Japon eft en conféquence très-fouvent ébranlée par des tremblements
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- de terre : les ifles Caraïbes font expofées à des accidents encore plus funeftes. Il n’eft prefque pas d’années où elles n’éprouvent les plus terribles révolutions. Des ouragans s’y élevent & ravagent leur fur-face au point de fillonner les campagnes, & d’arracher la terre végétable jufqu’aux bancs de roches ou d’argile qui la portent. Des volcans, s’élèvent fouvent du fond de la mer , & portent jufqu’à fa fuperficie de nouvelles ifles calcinées ; quelquefois il s’ouvre aufli des goufres profonds où d’anciennes ifles s’engloutiflent. La. mer qui entoure cçs ifles eft aufli redoutable que celle du Japon, aux meilleurs vaifleaux , & aux .plus habiles Pilotes.
- Ces mêmes ouragans s’élèvent aufli quelquefois du fommet des montagnes & de l’embouchure des cavernes qu’elles re-cellent, fans qu’on puifle les attribuer à l’éruption des feux fouterrains. L’Indoftân, la prefqu’ifle de l’Inde & la Chine, éprouvent fouvent le ravage de ces ouragans. Les Pyrénées, l’Apennin , les Alpes nous font voir en petit les mêmes phénomènes,
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- du Fluide électrique. 145 & il n’eft point de ville fituée près de ces montagnes qui n’éprouve le bien ou le mal que caufe un vent régulier & périodique.
- Je le répété, tout fe tient dans la Nature , tout y fuit une loi de mouvement commune , & l’on ne pourra jamais con-noître Cette vafte machine qu’en la con-fidérant en grand. Un ordre analytique pourra faire voir quelques faits ifolés ; mais on ne pourra jamais les bien lier au grand tout, fi l’on rejette l’ordre fynthé-tique. Qu’on ouvre les yeux de l’intelligence , &, fi l’on eft de bonne foi, on avouera qu’on ne peut imaginer qu’un principe unique au mouvement ; on ne pourra voir jamais qu’une unique divifion dans la matière : la matière vive , qui meut la matière morte qui eft mue.
- Toute difpute fur les prétendues propriétés du feu matériel doit celfer alors, puifqu’on ne verra plus dans fes effets les plus violents qu’une matière morte bri-fée , cinérifée, volatilifée par la vive ré-pulfion des particules fimilaires du feu Tome II. K
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- élémentaire, qui font des efforts redoublés contre tous les obftacles qui les forcent à s’approcher & à converger dans un foyer ; & c’eft d’après ces réflexions qu’on imaginera fans peine que tout le feu matériel raffemblé dans les flancs de l’Hécla ne for-meroit encore qu’un médiocre foyer d’activité en comparaifon du foyer fubit & instantané d’une étincelle foudroyante qui éclaterait d’un vafe chargé d’Éleétricité, dont le volume ne feroit à celui de ce terrible volcan que comme dix eft à mille ; ou d’une glace préparée & dans les proportions de celles dont on fe fert dans les expériences , qui feroit à la plus grande qu’on emploie , comme mille eft à dix. En un mot, la fupériorké du feu éleétrique fur le feu matériel fe fera fentir avec tant d’énergie dans toutes les expériences qui pourront fervir à comparer l’aétion de l’un avec celle de l’autre , qu’on finira par convenir que le feu matériel n’eft au feu élémentaire que ce qu’eft l’inftrument à la main qui le dirige, & àla force vive qui lui donne fon mouvement, fon reffort, & fon expanfibilité.
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- du Mutât électrique.
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- Analogie de VÉlcéhicité avec le fin, & avec plujieurs phénomènes.
- CHAPITRE DIX-NEUVIEME.
- ILss expériences de l’Abbé de In Caille & de M. de Maraldy , ont conftaté que Je fon vient à nous en parcourant cent foixan-te-treize toifes par fécondés dans un âir tranquille , & que ce fon paroît y venir par* un mouvement d’ondulation.
- Le vent contraire au fon petit bien le diminuer & le retarder ; mais il accéléré de très-peu fa vitelfe, le vent n’ayant lui-même , quand il eft afleî violent pour déraciner des arbres , & faire beaucoup d’autres ravages, qu’un degré de viteffe qui lui fait parcourir trente-deux à trente-fix toifes par fécondés.
- Voici donc une efpece de mouvement & de force vive, qui n’a point dans fon
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- 148 La Natufe & les Effets cours la même vélocité de tranflation que l’Èleébricité, & l’on auroit raifon de me reprocher d’avoir dit pofitivement que toute efpece de mouvement eft câufé par la matière vive de ce Fluide , ft je ne pou-vois donner raifon de cette différence, & faire rentrer cette efpece de mouvement dans l’ordre de ceux dans lefquels on re-connoît la force jailliffante & la vélocité de cet agent primitif.
- Toute efpece de foft eft produite par une vibration, & toute vibration eft. produite par un corps plus ou moins élafti-tique : cette vibration forme un foyer d’aétivité fonore, dont les rayons font bri-fés & féparés par le mixte de l’air, lequel ne peut exciter en nous la fenfation d’ouir fans toucher le tympan de notre oreille, & lui communiquer la vibration qu’il a reçue. Mais qu’eft-ce que le fon en lui-même ? Eft-ce bien un être réel ? Si ce n’eft pas un être, cé'n’eft donc que l’effet d’un autre être , & nous n’avons donné un nom & une exiftence à cet effet , que par fa relation intime avec nous. Le fon analyfé
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- du Fluide électrique. .. 14,9
- dans Ton eflence n’eft donc que le produit d’une force vive qui ébranle de proche en proche des particules de matière inerte qui viennent nous frapper; mais Paâion & la réa&ion d’une vibration ne peuvent avoir la vélocité d’émiflion qu’a la lumière, parce vque des obftaçles fuffifants pour brifer les rayons fpnores & les retarder dans leur cours fe trouvent de proche en proche dans les couçhes d’air que le fon doit traver-fer : çès rayons doivent donc perdre à cha-temps, & la vibration communiquée aux Molécules floftaqtes dans l’air pe peut les faire arriver à notre tympan que par une force de tranflation, non-feulement par les Molécules qu’elle déplace , mais auffi par une force jaillilfante , qui s’élevant verticalement , combat & brife les rayons fono-res, & ne leur permet de marcher qu’au-tant que le fluide groflier de l’air peut marcher lui-même, & par conféquent que par un mouvement compofé & d’ondulation.
- Mais qu’on fournifle un conducteur au fon , & que ce fon l’empêche de diverger , & le garantilfe des obftacles que je K 3
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- ifo La Nature & les Effets viens d’évaluer, alors fon cours répondra à la vélocité de celui du Fluide électrique. Qu’on choififle, ainfi que je l’ai fait plu-fleurs fois à Toulon & à Breft, qu’on choi-fife le plus grand mât qu’on puilfe trouver , ou quelque long pin du Nord ; qu’un Obfervateurfe place à i’ijine des extrémités de ce mât avec un marteau , tandis qu’un fécond Obfervateur fetfà placé vis-à-vis , à l’autre ; que celui qui tient le marteau frappe Un coup fur le bout du mât, l’autre obfçrvera un temps très-appréciable entre celui où il aura vu donner le coup, & celui où il aura entendu le bruit de ce coup ; mais que ce même Obfervateur mette fon oreille contre le bois de l’extrémité de ce mât, & que l’autre frappe un coup très-léger, le bruit du coup viendra à fon oreille pofée contre le mât avec une vélocité auffi inftantanée que l’Éleâricité même. Et fi un troifieme Obfervateur fe joint aux autres pour compléter le réfultat de cette expérience , il fe trouvera que le même fon qui eft arrivé au troifieme Obfervateur par la voie de l’air, a mis un temps très-appré-
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- ciable à faire ce trajet, tandis que le fon arrivé par le conducteur eft inftantané avec la percuflion du coup.
- C’eft par cette même raifon que , de la tribune du Roi à Verfailles, on croirait que celui qui bat la mefure , la bat à faux & la prefle trop, le fon des inftruments ne' pouvant arriver par la voie de l’air auflî promptement, à beaucoup près,que la lumière réfléchie des inftruments & des Mu-lïciens qui font dans la tribune.
- Etant perfüadé que l’eau eft lé conducteur le plus favorable à toute émiffion électrique , & d’après l’expérience que j’ai rapportée de M. de Watlfon, fur l’eau de la Tamife, au- deflous du.pont de Weftminf-ter, j’ai voulu appliquer au fon une expérience analogue ; je me fuis plongé dans l’eau d’un canal long d’environ foixante toifes & large de huit : e’étoit un jour d’été, & l’air étoit parfaitement tranquille. M’étant plongé dé façon que l’eau me couvrait l’oreille, j’ai entendu, d’une façon inftantanée , des coups très-légers dont on frappoit l’eaii à l’autre extrémité du canal.
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- La Nature & les Effets Voilà donc le fon, au moyen d’un conducteur ; voilà donc cet effet, auquel nous avons donné un nom par rapport à fa relation intime avec un de nos fens, rentré dans, la loi générale du mouvement ; & lorfqu’on a préparé à ce fon ce qui lui eft néceffaire pour qu’il foit affranchi des obftacles qui peuvent retarder fa marche , il redevient uniforme à tous les autres effets ordinaires du mouvement primitif.
- Je crois n’avoir pas befoin de prouver que le porte-voix, plus ou moins long, eft un condu&eur qui produit à peu près fur le fon, le même effet que les tubes des lunettes font fur la lumière , en l’empêchant de diverger, de même que les concavités & les courbes des montagnes & des rochers , font au fon qu’ils réfléchiffent , ce, que les miroirs ardents de réflexion font aux rayons folaires pour les faire coïncider dans un foyer.
- On peut voir que le mouvement qui porte le fon eft fi analogue à toute efpece de force vive, qu’il fe faifit fouvent des mêmes conducteurs pour le porter à des
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- du Fluide électrique. . 153 diftances prefque incroyables ; & de même que l’eau eft le condu&eur le plus favorable à l’Éle&ricité, de même les golphes, les détroits & les rivières conduiront le fon-vingt fois plus loin qu’une plaine unie. On allure que le bruit du canon a quelquefois été entendu en mer à cent cinquante & jufqu’à deux cents lieues de distance. Etant fur le bord de la riviere d’Au-thie , environ à deux lieues de la mer , j’ai entendu très - diftin&ement le bruit de l’artillerie du fiege de Mons, & fi dif-tin&ement, qu’en mettant l’oreille à terre, fur un des bords de cette riviere, je pou-vois compter les coups.
- Ce n’en eft point allez pour rendre probable l’opinion que j’ai de l’Éledricité ,que de faire connoître fa puiflance par de grands effets ; fi mon opinion eft jufte, il faut que l’a&ion la plus lente & la moins fenfible foit aulfi un écoulement de fon a&ion générale.
- Entre les expériences appliquées à l’utilité publique que nous devons à feu M. de Réaumur, celle qui nous eft devenue la
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- i$4 La Nature & les Effets plus familière eft l’art de faire éclore des poulets , comme les Habitants de Bermé, en Égypte , & comme prefque tous les Orientaux font en ufage de les faire éclore» Je n’entrerai point dans tous les détails de ce qui peut aflurer la réuflite ; j’obfer-verai feulement que foit le feu d’une lampe qui échauffe également les œufs au degré propre à l’incubation , foit la fermentation du fumier qui fait naître ce même degré de chaleur, on réuflit également ; mais lorfqu’on emploie le fumier, il faut avoir grand foin de coller du papier épais fur toute la furface intérieure du tonneau qu’on entoure de fumier.
- - Cette précaution eft indifpenfable , fans quoi le feu qui jaillit de ce fumier entraî-neroit des particules humides & groflieres du fumier, & les feroit pénétrer dans l’intérieur de l’œuf, dont la coquille a des pores très-larges : ces particules fe mêleroient à la fubftance de l’œuf, & détruiroient le germe dans fes premiers degrés d’organi-fation. Le papier fuffit pour épurer le feu de ces particules groflieres ; il pénétré dans
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- l’intérieur du germe , il en étend les canaux , il les augmente de diamètre , il les développe fucceflxvement, félon leur arrangement particulier ; & c'eft ainfi que ce Fluide fubtil parvient à développer entièrement ce que la Nature a organifé dans les premiers rudiments de l’œuf, dont la coquille & les pellicules intérieures ont la plus parfaite analogie avec les tuniques du placenta de tout animal vivipare , de même que ces attaches blanches, que bien des gens prennent pour le germe de l’œuf , ne font autre chofe que les cordons ombilicaux du poulet qui doit éclore.
- Il eft absolument néceflaire d’entretenir un même degré de chaleur pour réufiïr à faire éclore les poulets dès qu’ils ont commencé à éprouver l’a&ion de la chaleur de l’incubation, pendant vingt-quatre heures , parce que dès-lors, le développement du germe eft commencé ; & quiconque veut en connoître le commencement &,les progrès en trouvera les détails les mie\ix Suivis & les plus précis dans les Obfervia-tions de Malpighy.
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- if6 La Nature & les Effets
- Si le Fluide fubtil qui a commencé à étendre les couloirs du germe , pendant vingt-quatre heures, vient à leur manquer & ne les foutiènt plus avec la même force vive, il faut néceflairement qu’ils s’affaif-fent, & pour peu que la privation de ce Fluide foit d’une certaine durée, les tuyaux applatis forment des concrétions , leurs parois fe collent enfemble, & le Fluide à ion retour ne pouvant plus les relever, il agit alors contre leurs tuniques ; il exhalte les huiles qu’elles contiennent, il les rend fétides-, & l’organifation fe détruit ; alors le poulet mort dans fon jaune tombe dans l’état de putréfaétion.
- C’eft ce qui fait qu’on auroit beaucoup de peine à conferver des œufs fur des vaif-feaux, & fur-tout dans ceux qui palTent la ligne>fil’on n’avoit pas trouvé des moyens certains pour empêcher le Fluide éleétri-que,trop accumulé, de les pénétrer. Un des plus ufités autrefois, étoit de les plonger dans de la graifle ou dans de l’huile , & l’on fait que l’huile & la graifle font des inatieres très-fulphureufes , & par confé--
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- du Fluide électrique, 157 quent très - éle&riques par elles - mêmes : cette matière fuffit pour arrêter le cours du Fluide adif qui pourroit pénétrer l’œuf; mais comme une chaleur violente , telle que celle qu’on éprouve entre les Tropiques , peut faire fermenter cette graiffe, on a trouvé que le plus fur moyen pour con-ferver ces œufs, c’eft de les vernir. Ils peuvent dans cet état pafler & repafïer la ligne fans être altérés, & le même œuf porté à Batavia peut être rapporté à Belle-Ifle, & éclore avec des œufs récemment pondus, pourvu qu’on enleve adroitement le vernis dont il aura été enduit avec exaditude.
- Cependant cet œuf, en pafTant la ligne, où très-fouvent les vaiffeaux font arrêtés par de longs calmes , éprouvera des degrés de chaleur prefqu’égaux à ceux de l’incubation , & qui corrompraient des œufs qui ne feraient pas vernis ; ainfi donc ce que nos fens nous apprennent à diftinguer & à caradérifer par le mot de chaleur n’a pas fuffi pour corrompre cet œuf verni, par conféquent il faut donc un autre agent que la chaleur pour faire développer le
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- lç8 La Nature & tes ËffetS germe ; ainfi donc l’accident que nous nommons chaleur n’a rien d’efficace , fi le Fluide fubtil, qui en eft l’ame, eft arrêté ; ainfi donc pour développer le germe , il faut qu’un fluide fubtil & aâif le pénétré ; car ce germe refte immobile dans l’œuf verni , quoiqu’il foit chaud au même degré que la température de l’air fous la ligne, j’ofe dire que ce phénomène ne fe-roit pas facile à bien expliquer par une théorie oppofée à celle que j’eflaie d’employer fuivant mes principes : cette explication devient bien fimple. L’œuf verni eft enduit d’une matière réfineufe, très-éle&rique par elle-même, les pores de la coquille en font pénétrés, & le Fluide électrique néceflaire pour le développement du germe ne peut plus y pénétrer.
- On m’objedera peut-être que les parties intérieures devroient fe détruire , n’ayant plus de communication avec le foyer général; mais je répondrai que la petite quantité de matière éleétrique qu’on a renfermée & fixée dans l’œuf au moment où on l’a verni, fuffit pour y entretenir le foyer
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- du Fluide électrique. s-jÿ
- naturel & prefque infenfible qui convient à fon état préfent de germe, & que le vernis a d’ailleurs empêché toute tranfpira-tion deiTéchante & deftru&ive.Nous avons l’exemple de plufieurs efpeces d’animaux qui reftent abfolument engourdis , & in-fenfibles pendant l’hiver ; ces animaux font à peu près dans le même état que le germe dans l’œuf verni : leurs pores fe ferment, toutes les fécrétions s’arrêtent, la circulation eft prefque infenfible ; leur foyer naturel ne perd prefque plus rien du degré oii il eft à peu près tombé avant que la tranfpiration ait achevé de fe figer dans les pores qu’elle a fermés. Bien plus, ce foyer naturel tombe enfin au même degré du foyer général; c’eft-à-dire au degré de là température a&uelle , fans que l’animal celfe de vivre ; & dans cet animal, ce que nous nommons chaleur, par comparaifon à l’état préfent de l’atmofphere , n’eft plus pour cet animal un caraélere diftinétif de l’état de vie.
- M. de Buffon , M. d’Aubentoiî & moi, nous avons fait plufieurs expériences fur
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- 160 La Nature & tes Effets des Loirs : dès la fin du mois d’O&obre ils étoient déjà fi complètement endormis que l’incifion qui les ouvroit ne put les réveiller ; leur fang étoit déjà devenu fi froid qu’il ne couloit plus de leurs vaif-feaux ouverts, & que la liqueur d’un excellent thermomètre ne s’éleva que d’une ligne , quoique nous eufiions plongé l’ampoule dans la poitrine de cet animal , & que nous l’eulfions recouverte avec les côtes & la peau autant qu’il nous avoit été pofliblë. Ce Loir, après avoir fervi à cette expérience, fut jetté tout ouvert dans une ferre, où nous le retrouvâmes, au bout de trois jours, donnant encore les mêmes lignes de vie par quelques mouvements machinaux qu’il avoit donné pendant notre expérience. Celle-ci paroîtra d’une très-grande importance & favorifer beaucoup tout ce que M. Winllow a dit fur l’incertitude des lignes de la mort, puifqu’il peut arriver un dé-fordre dans l’économie animale , capable de fufpendre tous les lignes qui peuvent caraétérifer l’état de vie ; & l’on en peut citer un très-grand nombre d’exemples.
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- âü Fluidel électrique. i6l
- Les Ghauve-fouris paffent une grande partie de Ph'iver engourdies , & liées l’une à l’autre en pelotoné,.par leurs pattes& par les crochets de leurs , ail es » . J’ai vu de ces pelotoa&grds comme- un boifleau , dans de grandes tours- voûtées , mais inhabitées. Il n’eft) plus douteux que les Hirondelles ne pafifént l’hiver dans le même état: on/ ksy;.trouve dans les cavernes des fa-laifes efçarpées ; on en trouve même quelquefois au fond des lacs & des grands étangs., Le feù Roi de Pologne m’a fait l’honneur de me.dire que des. Pêcheurs lui en ayant apporté un gros peloton dans leurs filets mêmes , ces Hirondelles fè ranimèrent en peu de temps par la chaleur d’un . poêle , & s’envolèrent ; mais bientôt le froid les faifit de nouveau, & alors elles tombèrent réellement mortes.
- Au retour du Printemps, dès, que l’É-leâricité terreftre eftranimée parla folaire, le mouvement du cœur commence à fe ranimer dans ces animaux & à s’étendre de proche en proche : la refpiration devient plus forte , le feu éle&rique s’élève dans
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- t6t La Nature & tes Effets la tête ; les nerfs fe raniment parle; cours rétabli des efprits animaux ; l’économie animale fe rétablit & le foyer naturel reprenant fon degré de force recommence à agir du centre à la Circonférence.
- L’expérience de M. de Réaumur nous donne la facilité de faire éclore en Europe les œufs des oifeaüx des pays les plus éloignés ; mais nous ne connoiflbns point aflez -le degré de chaleur qui leur eft propre ni la première nourriture qui leur eft- néceflaire pour réuffir, hors fur un petit nombre d’ef-peces d’oifeaux ; & l’on a remarqué qu’on n’a pu conferver la vie qu’à un- très-petit nombre de eeux qu’on a fait éclore, & qui étoient de la même efpece que ceux qui vivent après avoir été tranfportés en Europe.
- On peut tirer de cette expérience des conféquences bien étendues fur la parité qui fe trouve entre toutes les differentes efpeces de germes du régné végétal & du régné animal. Combien ne fe trouve-t-il pas de petites graines emportées par les vents, qui fe trouvent dans le même état
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- du Fluide électrique, 16$
- qiie l’œuf bien verni ? Souvent ces graines ont befoin que plufieurs combinaifons concourent ënfemble pour que leur germe puiffe fe développer & éclore. On ne fait point, même par approximation , jufqu’où la nature peut porter les moyens de con-* Cerver les efpeCeS, & combien elle renfer-^ me de germes différents dans fon fein, dont quelques-uns-font peut-être des fiecles entiers fans reparaître dans les mêmes lieux.
- Lorfqu’un tiers de là ville de Londres fut embrafé,, à pëiné la.place de cet em-brafemént fut-elle découverte qu’on vit germer & .Croître fur ce terrain une efpece inconnue de pavots , qui: donnèrent des fleurs noires .& fétides, & qui répandirent beaucoup de graine qui ne gèrma point l'année d’après, ni les années fuivantes. La même efpece de pavots â paru à Stockholm, après un grand inàendie. Ilsont paru deux fois à Conftantinople dans les mêmes circonftances; & Mi Geoffroy,qui m’a montré la plante confervée dans un bocal, n’a pu réuflir à faire germer la graine ! que le Médecin du Grand - Seigneur lui la
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- i^4 La Nature & les Effets avoit envoyée. Des Charbonniers que j’ai queftionnés m’ont afliiré avoir vu quelquefois des pavots noirs germer fur la place où ils avoient fait le charbon. Que penfer fur la néceflité d’une pareille préparation pour faire éclore cette efpecê de graine ?
- Quelques obfervations- de bette efpëCe fur des plantes, & même fur des infë&és extraordinaires, qui ont quelquefois parii pendant une feule année dans une multiplicité.fi. prodigieufe que les eaux d’une partie du Nord: de* l’Allemagne parurent être changées en fang pendant une nuit, par le nombre étonnant des œufs de ces petits infeéte's ; ces obfervations ortt fait naître l’idée à quelques Savants, & en-tr’autresà l’ingénieux Colomné, Chevalier Romain, qu’il pourroit y avoir line éfpece de panfpermie répandue dans la nature & que toute la matière végétable, qui n’eft compofée prefqu’en entier que de détriments tirés du régné animàl & du végétal, tend d’elle-même à l’organifme & n’attend que des combinaifons favorables pour former ou du moins pour ébaucher de nouveaux êtres.
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- Je n’entrerai point ici dans une difcuf-fion que je réferve pour un des Chapitres fùivants : cette panfpermie, prife dans le fens le' plus étendu, n’exifte ni ne peut exifter dans la nature, & je le prouverai dans fon lieu ; mais elle deviendra vrai-femblable, fi l’on n’entend par ce mot que des molécules organiques , qui abondent dans toute matière végétable, dans laquelle ilsfe confervent, malgré la cinérifation des corps. Il eft vrai qu’ils paroiffent conferr ver une efpece de mouvement lorfqu’on, les obferve avec un excellent microfcope ; mais il eft bien fimple (ces molécules étant plus fulphureufes que le liquide dans lequel elles nagent ) que la matière vive les agite après avoir occupé leurs milieux. Cette matière vive, que, fur la parole de Newton, je crois en effet 700000 fois plus rare & plus élaftiquequel’air, eft fi néceffaire pour toute efpece de mouvement , qu’il n’eft aucun corpùfcule qui pût changer de place & montrer même une fimple agitation, fi cette matière vive n’en occupoit le milieu.
- M. Muffchembroëk, qui adopte pleine-
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- t66 La Nature & les Effets ment l’opinion de ceux qui ont cru le feu pefant, va jufqu’au point de dire que la flamme ne s’élève que parce qu’elle forme un volume moins pefant que l’air (i). Je nie formellement le réfultat de cette expli-' cation j car certainement la flamme jail-< liflante d’un feu d’embrafement enleve alors une pyramide de corpufcules de matières embrafées qui doit être bien plus pefante que l’air ordinaire : la fumée qui paroît au * deflus de la flamme en eft la preuve. Je nie encore l’explication de M, Mulfc çhembroëk, parce que la fumée fe dilate d’autant plus qu’elle eft éloignée du foyer d’aâivité d’où elle a été élancée, & qu’elle ne fe dilate dans l’atmofphere que par la force vive & répulfive du feu élémentaire, qui tend toujours à l’équilibre avec lui-même , & qui étend toutes les vapeurs qu’il éleve par fa divergence. On trouvera la preuve la plus fènfible de ce que je dis. dans l’obfervation de la rofée ? & de la façon dont elle s’étend fur la fuperficie d’un
- (!) p«n>ier, ]
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- du Fluide ileclritiue. " i6j terrain. Il n’y a de rofée que lorfqu’un terrain humide ou couvert de plantes a été frappé pendant le jour par les rayons fo-, laires : l’Éleébricité terreftre ayant été fortement excitée par fon efpece de combat avec l’Éleélricité folaire , elle n’éprouve plus cette réfiftance pendant la nuit, & jailliflant encore avec force, elle éleve des corpufcules aqueux , falins , fulphureux, métalliques même , d’un terrain & des plantes que ce terrain nourrit : elle éleve ces corpufcules autant que fa force jaillif-fante conferve une denfité fuffifante pour les foutenir; mais l’air fupérieur à la plaine fe trouvant alors bien moins rempli de feu électrique , les aigrettes qui s’élancent de la terre fe remettent bien plus promptement en équilibre avec l’atmofphere aérien, &les vapeurs ceflant d’être foutenues, elles retombent & fe condenfent enfemble, au point de former un brouillard reffemblant à de l’eau & prefque de niveau fur la fu-perficie d’une plaine. Quiconque a voyagé en été avant le lever du foleil, a pu ob-ferver cette petite mer de rofée aflez épailfe
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- i£8 La Nature & les Effets pour dérober la vue de la .terre lorfqu’on l’obferve dans un air plus pur & d’un lieu plus élevé.
- Cette observation eft encore plus fenfî-ble dans une., prairie fituée au fond d’un vallon y. qui ne reçoit les rayons du foleil que lorfqu-’il eft élevé fur l’horizon_: la ro-fée. s’y conferve dans fon épaifleur, mais dès que les rayons folaires viennent là frapper, elle fe diffipe dans un inftant , comme fi l’on tîroit un rideau , & le combat qui fe forme fubitement entre l’Électricité folaire & la terreftre, raréfie en tous fens cette rofée, en précipite une partie , enleve ou étend latéralement le refte.
- Je me fers de l’exemple de la rofée , parce que cette vapeur qui s’élève naturellement de la terre n’eft jamais accélérée par un mouvement particulier, St qu’elle eft beaur coup plus pefante que l’air ordinaire ; cependant il s’en éleve une grande partie lorfque le foleil fe leve, & c’eft cette partie qui , dans la première heure après le coucher du foleil, retombe en ferein.
- Si l’on exige une preuve complette de
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- la fupériorité de pefanteur de la rofée fur l'air ordinaire , je me garderai bien d’employer le fecours trompeur d’une balance : une expérience palpable en fera connoître la différence. Prenez un globe d’argent fait avec une lame fort mince & bien battue, qui ne laiffe aucun accès à l’air, rempliffez-lede fel ammoniac,mêlé avec un peu d’huile de vitriol, pefez le tout exa&ement, ex-pofez après ce globe aux plus ardents rayons du foleil , alors les corpufcules aqueux de l’air environnant viendront fe condenfer fur la fuperficie du globe : ils y formeront en peu de temps des gouttes fenfibles qui fe multiplieront, qui fe joindront & qui tomberont, enfin de la fuperficie inférieure du globe. Receuillez ces gouttes dans un vaiffeau, vous aurez une eau très-pure & très-peu mêlée de particules terreftres. Pefez votre globe après avoir recueilli cette eau , s’il a été fermé bien exaâement, vous y trouverez préci-fément le même poids qu’il avoit avant l’expérience. Ainfi vous êtes bien fur que l’eau que vous avez recueillie vient de l’air
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- 170 La Nature & les Effets environnant & telle qu’elle exifte' ordinairement dans notre atmofphere , jufqu’à la hauteur où l’air eft propre à la refpiration.
- Comparez enfuite cette eau avec celle de la rofée qu’il eft facile de recueillir pendant le crépufcule du matin , vous y trouverez une extrême différence : l’eau extraite de l’air pendant le milieu du jour fera plus légère & donnera à peine un fé-diment fenfible après l’évaporation. L’eau de la rofée fera plus pefante & chargée de beaucoup de particules terreftres ; ce que vous connoîtrez en la faifant évaporer doucement : vous y trouverez un véritable limon pefant & vifqueux, & d’un rouge noir, & fi vous calcinez ce limon , vous y reconnoîtrez fouvent beaucoup de parties de fer dont une barre magnétique fe chargera.
- C’eft par cette raifon qu’il peut être dangereux de s’expofer au ferein & à la rofée vers la fin de l’été, parce qu’alors fouvent elle contient des particules arfe-nicales. Un habile Obfervateur pourra re-connoître quelles font les efpeces de par-
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- du Fluide électrique, l’ji ticules qu’une plaine efflue , en obfervanc la furfaçe des eaux dormantes une heure après le lever du foleil. Si l’air eft tranquille , & fi l’Obfervateur regarde bien horizontalement la furface de cette eau , il la verra colorée de différentes teintes, fi le terrain abonde en minéraux, & d’une iris qui formera une pellicule fi le terrain abonde en foufres différemment modifiés.
- Prefque toutes les maladies épidémiques qui attaquent les animaux qui pâturent pa-roiffent en automne , parce que la terre étant encore très - éleétrique , elle efflue pendant la nuit beaucoup de particules nuifibles & groflieres , & parce que les rayons folâtres devenus plus obliques n’ont plus la force de les broyer, & de les étendre dans l’atmofphere, que vers le milieu du jour; ces particules retombent fur la furface des herbes, & les animaux qui les refirent & les avalent en pâturant font fu-jets alors à des maladies mortelles qui leur attaquent la tête , l’œfophage & les pou-
- tous les
- Qu’on examine attentivement
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- 17% La Nature & les Effets météores aqueux & aériens, on y recon-noîtra fans ceffe l’effet de deux forces jail-liffantes oppofées,qui ne peuvent naître que de l’émiffion folaire.& de la terreftre, qui s’attirent, fe repouffent & fe,combattent fans ceffe , en raifon de la denfité de la bafe de leurs cônes ; & j’ofe dire qu’on reconnoîtra de même dans toutes ces obfervations la loi générale qui fait toujours tendre le feu élémentaire à l’équilibre , parce que chaque atome élémentaire de ce feu eft indeftruéHble, & que. chaque atome eft une fphere d’a&ivité qui repouffe l’atome pareil doué d’une femblable ré-pulfion.
- Beaucoup de zélés Newtoniens nient en général la répulfion, & le favant Doéteur Defaguilliers eft prefque le feul des Sectateurs de Newton qui la regarde comme une des loix primitives de la Nature : tout ce qu’il dit pour la prouver eft fi fort & fi lumineux , que j’ofe dire que c’eft fe re-fufer à l’évidence que de la mettre en doute. Eh comment Newton , lui-même , eût-il pu connoître, eût-il pu prouver que
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- du Fluide électrique. 173
- la lumière fe réfléchit du vuide? Comment auroit-il pu s’expliquer à lui-même que le vuide, qui n’eft rien qu’un:(impie efpace, pût faire rebondir un atome lumineux, s’il n’avoit admis dans ce: vuide un milieu fub-til, doué d’une force vive de même nature que l’atome qu’il repoulfe ?
- C’eft fans .doute ce qui entraîna ce grand homme à croire qu’il exifte dans la Nature une matière 700000 fois plus rare & plus élaftique que l’air. Voilà ce qui lui a, fait avouer en. Philofophe digne d’un fi beau nom, qu’il ne confidéroit l’attraction que comme Un effet général par lequel les grands mouvements céleftes font calculables; mais que cet effet général peut dépendre d’une loi plus générale encore: & en effet, quel pourroit être ce milieu fubtil que Newton lui-même reconnoît,fi ce n’eft le feu élémentaire & la matière même de la lumière, qui eft peut-être encore infiniment plus tenue & plus élaftique qu’il ne le fuppofe lorfqu’il la proportionne à l’air, en difant qu’elle eft 700000
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- iy4 La Nattire & Us Effets
- fois plus rare & plus élaftique que lui (i) ?
- Si M. Muffchembroëk s’étoit moins attaché à l’idée qu’il avoit que le feu pefe de la même maniéré que les autres graves, il n’auroit pas fait plier forcément à cette idée l’explication qu’il donne de plufieurs faits qui s’expliquent de la façon la plus fimple & la plus naturelle. Selon ce que je dis du feu élémentaire & de fes effets, M. MufTchembrôëk voit, obferve très-bien lui-même que le feu s’étend unifor-mément dans tous les corps, & cependant il héfite à convenir qu’il eft parfaitement élaftique & répulfif à lui-même : l’expérience eût dû lui prouver que dans toutes celles qu’on peut faire fur le feu matériel, le feu élémentaire qui l’anime ne pefe pas, Ou du moins qu’il ne pefe pas comme les autres graves terreftrës.
- C>) M. HeiU, embarralTë de l'objeàion qu'on lui faifoit que là lumière du foleil tombant fur la terre ïr dans fa fphere d’attraâion , devoir en augmenter confidérablcmenf le volume St le poids , ré* pend , en fuppofant peut-être que toute la matière fol a ire élancée fur la terre, depuis le commencement des temps , ne pefe pas plus d’un grainje crois i’hypothefe de l’effluence & de la raf-fluence électrique une plus vraifemblable & plus fatisfaifante pour la raifon.
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- du Fluide électrique. îÿf
- Qu’on life l’admirable Traité de M, de Mairan , fur la formation de la glace, pourra-t-on croire, après cette leéture, que la tendance de tout feu dégagé des liens qui le retenoient ne foit de s’élever ? Pourra-t-on croire qu’il ne foit dans la nature même du feu de tendre fans celle à l’équilibre avec lui-même ? Toutes les proportions que M. de Mairan établit , toutes les expériences qui les appuient, prouvent également ces deux vérités.
- L’ancienne habitude d’attribuer tout à l’air & de le confondre fans cefle avec un feu élémentaire qui l’anime, avec un véritable agent que le Phylicien attentif re-connoît pour être le moteur de cet air j cette confufion d’idées fera la fource in-tariflable d’explications faufles ou du moins auffi infuffifantes qu’obfcures : tant qu’on ne rectifiera pas les anciennes idées fur l’air, & qu’on ne voudra pas diftinguer bien pofitivement un mixte compofé de particules inertes, d’avec le véritable élément qui l’anime, & qui, occupant le milieu de toutes fes molécules, leur commu-
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- iqé La Nature & les Effets nique fa force élaftique, & les fait tendre fans celfe à l’équilibre par fa propriété ré-pulfive, qu’il leur communique dé même.
- Je fuis peu furpris que des Métaphyficiens fubtils fe reprochent de ne pas s’entendre ( i ) ; mais cet inconvénient, cet abus de la peinture & de l’expreflion des idées ne peut jamais fe trouver dans la phyfique, à moins qu’on n’ait pas allez vu , ou bien qu’on n’ait très-mal vu le fait qu’on eflaie de difcuter.
- Le Traité de M. deMairân fur la glace , porte fur la nature & fur les mouvements propres au feu une lumière fi vive , qu’il faut être bien prévenu ou de bien mauvaife foi pour ne pas reconnaître la vérité des principes qu’il y établit.
- Dans le mouvement prefque infenfible qui convertit l’eau en glace, & qui lui fait perdre fon mouvement en tous fens , les particules ignées qui l’agitoient s’élèvent de
- - (i) te Pere Mallebranche k le célébré Arnauld le reprochoient réciproquement de ne pas s’entendre ; !e lage & judicieux FonteneU* leur crioit en Tain : eh qui pourra donc tous juger !
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- du, Fluide éïeclrîqtiè'. if-f dè l’eau- dans l’atmofphere ( qui en a moins alors que l’eau) pourfe remettre ën éqüi-li bre avec lui, ; o n: doit doilc recônnôître dans cet effet le mouvement propre £c caraétériftiquè du feu.élémentaire., & nul effet dans la nature hé peùt démentir eétté loi primitive > & la' propagation .univèr-felle du mouvement émané du feu principe* mouvement- toujours, répulfif, parce que-ce feu., qui tènd toujours àl’ê^uilibré; eher^ che fans-eeflé à S’étendre pu à-..s’élever, quand il n’êft pas captif dans "des fcorps: fulphuteux pu vitrifiés; qui peuvent le. re-
- Dans les minés dè charbon de:terre du; Northumbérland j les Ouvriers font fou-vent troublés • dans léur travail par des moufetes très-dangereufes ; celle qui pa-roît fous la forme d’uné vapeur épàiffe * qui s’arrbndit j & quë leS Mineurs nomment moufete brûlante * eft la plus dangereuse de toutes : lorfqu’ils la cràighent ils paient cher , & choififlént uri homme adroit & vigoureux,;qui fe «ouvre en entier de gros draps mouillés , en y laiflaüt Tome îî* M
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- 178 La Nature & tes Effets feulement deux trous couverts td’utt voile épais. Cet homme fe couche à terre a vec une lumière, & lorfqu’il voit quê la mou-fete, qui fort de terre fous la forme d’un1 ballon, acquiert la grofleur d’un bôiffeau, il n’attend'pas qu’elle devienne plus greffe : il l’allume promptement, & le ballon éclate avec une lumière très-vive , & la plus grande violence. Jamais ce feu ne s’affaiffe & ne frappe l’homme, qui fe tient couché' & collé contre terré : ce feu s’élance contre la voûte, & fur-tout vers le trou qui donne accès à la mine, & fi quelqu’un âvoît l’imprudence de fe trouver à l’ouverture de ce-trou, il feroit renverfé & prefque toujours frappé mortellement. Voilà donc un feu matériel qui tend à s’élever. Une autre expérience relative-à celle-ci le prouve en-
- Si l’on embraie l’exhalaifon qui fort de terre dans la grottedu Chien dans le Royaux me de Naples, le feu s’éleve avec impétuo-fité vers la voûte & la porte de la grotte : fi dans un autre-temps on éleve un brafier vers la voûte de-éette grotte, l’exhalaifon
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- âu Pluide iiccîriqîiii... * irfô:
- is’élévé auffi-tôt : i relié'fe1 raréfié • & eeffé d’être datrgereufe ~àr deux pieds. de terre $ comrrtémt para varie;; &. ce qui procure cet effetyæ’eft tabjôuFs&à' tendanee' du feu à l’équilibrâiavéc liïi-iïîénre;' • ‘ ;
- Toutes -les exhalaifons épàiffes & bitu-riiinéufes ayant itne -confiftanee aflèp forte pour enveloppe* & tenir -pka dé feu concentré qifil<«jy. erra dans Bàitt' ordinaire ? elles; feront’toutes de piême effet iorfqu’ort briferàs-;il?erivelèpp© 'du feu concentré paru Paétjnii.!«;d’un. ifeu vif - eh liberté;
- «Qi^onuobfeTvénqufeHe;eft la force prodi-gienifejdça Volcans >en fureur, On en verra de.teîs-Dqpé l’iHéela; pJtàncer 'des quartiers de •Torfie!*Pünè lieue; Peut-on exciter -aucune efpcce de feu fans, recon-noîtnrqu’irl formemne aigrette fdivergente f. & qiie pib Confêqnénfjl s’éténd &; il s’élevé?''Cé-feii pardît K.rl qathats retomber fur lûi-imêfne s dès^qu-’ii eff en-liberté -, &• ne fe reîhét-il psc&êâir àé> champ- ,en* équilibre avic celui- dé l’atmofphere ? En un mot y lé fed pùmeipeut pe&t que fur le globe radieux-par-'ilui^même : doht il eft émané* ^ M à
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- 180 La Nature & tes Effets M. Muflchembroëki paroît étonné qué la chaleur fe confervé beaucoup plus longtemps dans les corps, qu'on a enveloppés dans des fourrures ou des étoffes de foie ; il l’eût été moins, fans doute, s’il eût réfléchi que le poil & la foie font des matières très-éle&riqués par elles-mêmes : ce qué ne font point les toiles.de chanvre & dé coton, qui laiffent refroidit les mêmes corps en' peu de temps; par conféquent le poil.& là foie font propres à captiver plus, long-temps le feu élémentaire, & par conféqueiit encore plus propres quede chanvre &:le coton à relferrer & à entretenir long-temps l’agitation & le combat inteftinaLque la ré-pulfion réciproque des atomes fimilairesdu feu fait naître; agitation qui excite en nous la fenfation que nous nommons chaleur. -Qu’on fonde un globe de foufre dans un moule, qu’on éleétrife ce globe, qu’on le remette dans fon moule, & qu’on couvre le tout avec des étoffes de foie d’une certaine épaiffeur , ce globe, après huit mois & plus encore, donnera des lignes d’Éle&ricité ; ce qui prouve que le fou-
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- du Fluide électrique. 181
- fre étant très-éleélrique par lui-même, ne peut perdre que très^infenfiblement le Fluide que la friîtion aura excité & accumulé, lorfque le globe eft enveloppé par des étoffes de nature à retenir ce feu.
- J’ofe préfumer qu’en reprenant * article par article, tout ce que M. M uifchembroëk dit du feu, il me feroit très-facile d’expliquer avec autant de clarté que d’évidence tous les faits qu’il rapporte , en partant du principe que j’efTaie d’établir dans tout ce que j’ai dit du feu éle&rique & élémentaire , & fur la loi de fon mouvement.
- En lifant le Traité fur le feu de M. Muffchembroëk, en cherchant à fuivre autant qu’il m’a été poflible la progrefTion de fes idées, & de celles qu’un auffi grand Phyficien devoit avoir en écrivant de certains faits , il me lemble avoir fouvent reconnu toute la peine, tout l’embarras qu’il doit avoir eu à rejetter l’idée d’un feu qui ne pefe point. Je remarque meme que ce n’eft prefque qu’à regret qu’il fe trouve quelquefois forcé à reconnoître que ce feu tend toujours à l’équilibre à lui-même.
- M 3
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- j8a, La Nature & les Effets
- Jç fuis trop zélé admirateur de ce favant Phyficien , pour prétendre diminuer eu rien l’idée qu’on doit avoir de fes .travaux, qui font aufli folides que bien fuivis j mais je ne peux m’empêcher de coutelier forte-* ment une opinion qu’il ptaroît n’avoir adoptée que parce qu’il l’a trouvée reçue : il l’eût fans doute réfutée bien mieux & bien, plus fortement que moi, s’il n’eût fuivi que fçs propres lumières , & fi les trom-peufes expériences d$ Duclos, d’He.mberg de Lémery ne lui en çuflent pas impofé. Cette opinion étrangère, fi je l’ofe dire , à l’entendement de M. Muflçhçmbroëk , paraît contrarier fans cefTé ce que l’expérience & fa fugacité naturelle lui fâifoient çonnoître ; & dans fon favant Traité furie feu , on peut fans peine reconnoître de l’embarras, & quelquefois même des con-. traditions, qui prouvent que la marche des, idées de ce grand Phyficien l’eût con-. dipt- à des réfultats bien différents, fi trop d© défiance de lui-même ne l’eût pas affu-jetti aux idées de çeqx qui l’ayoient pré-s cédé,
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- iu Fluide ’éleclrique. . 183
- Il eft tombé dans le même inconvénient lorfqu’il a donné en affertion que le Fluide magnétique & le Fluide éleétrique étoient d’une nature abfolument différente; mais par le peu d’étendue que M. Muflchembroëk donne à fa fe&ion fur TÉle&ricité, par les faits qu’il rapporte, il eft facile de voir qu’il n’en a pas fait une étude fuivie , & que même les expériences qu’il rapporte ne lui paroifTent d’aucune conféquence pour concourir à la définition complette du feu.
- On trouve dans le favant Recueil de M. Muflchembroëk tout ce que les Phyfi-ciens ont dit de mieux fur tous les phénomènes de la Nature. Il en fait un bon choix, il les lie dans un bel ordre, & les Commentaires qu’il y joint font bien dignes de fa grande réputation ; mais en examinant à la rigueur fes explications, on trouve qu’il explique fouvent des faits pareils par des moyens différents, & qu’il paroît re-connoître plufieurscaufescoëfficientes pour le même effet. Quoiqu’il foit Se&ateur de Boerhaave, il diftingue, par une féparation prefque abfolue, le:feu élémentaire du feu M 4
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- $ $4 Nature b les Effets
- matériel ! Eh pourquoi cette multiplicité dç caufes eoëfficientes dans la Nature ? Sou* venons-nous de ce que M. de Fontenelle nous a dit avec tant de vérité : La Nature f dit-il , ejlprodigue b magnifique dans ce quelle exécute f mais elle ëfi avare dans les moyens qu’elle emploie. Eh pourrions-* nous dputer que l’Éternel, qui créa, qui fufpendjt tous ces orbes immenfes dans les plages céleftes, n’eût çhoifi la loi , l’or* dre 4e mouvement le plus (impie pour les diçiger dans leur cours , & que tous les mouvements poffibles ne foient un écour lement de °e même principe moteur 1 Çlus nous nous rapprocherons de l’unité dsnslç principe des chofes, plus nos idées fe Amplifieront, plus auffi nous approche* rons de la vérité, point fixe dont on ne peut s’écarter fans erreur ; point. Iumi-r peux & fécond pour l’efprit de l’homme autant que le foleil l’eft pour la Nature j mais que nous obfcureiflbns-fouvent à force de çombin.aifons faufiles , & de réfultats plus faux encore, que nous formons d’a*. p^ésdes expériences mal çbfervées où mal expliquées.
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- du Fluide électrique. i8j Qu’on liTe les articles 976 & 977 des Serions de M. Muffchembroëk, on le voit comme forcé par l’effet qu’il obferve dans les miroirs ardents de réflexion , & par l’obfervation des taches fixes furledifque du foleil, à convenir que le corps de cet aftre ne peut être compofé d’un fou fimple, & qu’au contraire le foleil & les autres fixes doivent être compofés d’une matière fixe & folide. Mais comment donc peut-il imaginer que ce corps puiffe effluer de toutes parts des rayons, s’il n’imagine en même-tepips que ce globe eft très-éle&ri-que de fa nature , & qu’il rayonne de toutes parts des aigrettes électriques? Et d’ailleurs , s’il ne joint pas à cette première idée celle d’une lumière pure fans chaleur, comment imaginera -1 - il qu’un corps, tel denfe qu’il puiffe être, puiffe réfifter à un embrafement capable de lui faire effluer des rayons qui dépaffent Saturne, capable de communiquer , a-t-on dit, à une Co* mete dans fon périhélie une chaleur 2000 fois plus ardente que celle d’un boulet touge? Qu’on obferve bien de plus , que
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- ï86 La Nature & Us Efets quoique l’intenfité de la lumière ne dé-croifle qu’en raifon des carrés de la diftance à fon foyer , il n’en eft pas de même de l’accident ou effet relatif que nous nommons chaleur, & l’expérience nous prouvé qu’elle décroît bien plus encore qu’en Irai— fon des cubes de fa diftance à fon foyer.
- Lafuppofition de M. Muflchembroëk re-tombe dans celle qui fit dire que la Comète de i68z dut éprouver une intenfité de chaleur 2,000 fois plus forte que celle d’un boulet rouge; & je crois avoir démontré, dans les Chapitres précédents , que cette fuppofition eft chimérique & infoutenable. Si M. Muffchembroëk eût entièrement développé toutes les conféquences qui doivent fe tirer de la fuppofition d’un corps folide au foleil, il eût été obligé de conclure à ne lui plus fuppofer aucun embra-fement intérieur. Rien ne peut nous aflii-rer que les Cometes éprouvent un grand degré de chaleur dans leur périhélie. Nous ne pouvons favoir quelle eft la nature de leur atmofphere ; mais nous, femmes très-certains qu’elles en ont une. Nous n’ob*
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- du Fluide électrique* 187 fervons aucune Comète, même en revenant defonaphélie,qui n’ait un noyau lumineux dans le centre d’une fphere lumineufe, dont la lumière gfl: moins vive que le noyau , & qui paroît compofée d’une matière beaucoup moins dçnfe,
- M, de Mairan prouve , avec la lumière & la fagacité qu’il porte dans tout ce qu’il écrit, que cette atmofphere ne peut être produite par des fumées & par des vapeurs groffieres émanées du corps de la Comete: premièrement, parce qu’on voit cette atmofphere à la Comete dès qu’on peut l’ob-ferver, venant de fon aphélie à fon périhélie. Mais la raifon la plus forte qu’il apporte contre ces prétendues vapeurs, ç’eft le diamètre de la lumière blanchâtre dans laquelle le noyau de la Comete pa-roît occuper le centre ; pnifque pour que les ‘vapeurs émanées de la Comete pufl'ent former cette atmofphere blanchâtre , il faudroit qu’elles s'élevaient à plus de vingt mille lieues de hauteur ; & d’ailleurs cette lumière blanchâtre qui entoure la Comete fi tranfparente & fi peu denfe que fou-
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- 188 La Nature & les Effets vent on peut voir à travers les étoiles fixes dont l’occultation ne peut fe faire que par le vrai noyau folide de la Comete.
- Mais puifqu’il eft démontré que l’atmot phere lumineufe des Cometes n’eft point due à des vapeurs groflieres qu’une prétendue chaleur en feroit émaner , quelle eft donc la matière qui la forme ? M. de Mai* ran croit qu’elle eft due à la lumière fo-laire, qui forme un anneau autour du noyau de la Comete. Quant à la queue des Cometes qu’on voit quelquefois s’étendre juf-qu’à cinquante & foixante degrés , M. de Mairan obfervant la même tranfparence dans cette queue , il en conclut qu’elle doit être de même nature que fon atrnof-phere, qui n’a fait que s'alonger du côté de l’hémifphere qui n’eft pas frappé par les rayons folaires; & il paroît porté à croire avec Képler , que c’eft la force d’impul* lion de ces rayons qui pouflfe les couches fupérieures de l’atmofphere de la Comete, & qui les élance & les tranflate jufqu’à la diftance où leur lumière ceffe d’être vifi^ ble. M, de Mairan paroît croire que l'atr
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- dit Ÿluidt électrique* 189 inofphere & la queue des Cometes eft due à la lumière zodiacale , avec laquelle en effet l’atmofphere & la queue lumineufe des Cometes a la plus exa&e reffemblance.
- Je n'aurai prefque rien à ajouter à tout ce que je viens de rapporter des opinions de M. de Mairan pour y faire cadrer la théorie de cet Effai,
- La fuppofition de la chaleur excefii ve qui pénétré une Comete à fon périhélie, & qui lui fait émaner des torrents de vapeurs qui s’étendent jufqü’à plus de zoooo lieues pour lui former une atmofphere, qui cependant confervent la tranfparence jufqü’à fon noyau, & qui s’étendent auffi jufqu’à plus de 30000000 de lieues pour lui former une queue : cette fuppofition me paraît abfo-lument infoutenable ; nulle raifon géométrique ne la favorife, & toutes les raifons phyfiques les plus fortes la détruifent. Ce, ne pourrait être que gratuitement & forcément qu’on imaginerait un degré de chaleur dont l’intenfité ferait deux mille fois plus forte que celle d’un boulet rouge ; nulle efpece de corps ne pourrait en foute-
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- ïÿo La Nature & les Effets nir l’adion fans fe difliper ; nulle elpédô de corps ne pourrait la foutenir dans fa maflè pour pouvoir la communiquer à d’au- -très corps i & fi cela fe trou voit cependant auffi vrai que cela me paraît être démontré impoflftble, cela ne fuffiroit pas en^ core pour étendre le jet de ces vapeurs juf-* qu’à l’éloignement de foixante degrés. En ; fuivant la théorie de cét Effai, tout fe fim-< plifie-, tout s’explique naturellement : je vois une planète excentrique > foutenue * i comme le forit les autres pianetes circü* laires , par l’atitiofphere éledrique que le foleil lui a communiquée dans le premier temps où il l*a élancée de fa rrtâfle.
- Je vois que cette planete excentrique perd de fon éledrické à mefure qu’elle s’éloigne du foleil, fon vrai centre d’adivité*
- Je vois qu’étant proche de-foft aphélie fa marche eft extrêmement ralentie : .je vois'qu’après avoir pafle le point de foh ' aphéliè , elle commence à! rétomber vers-le foleil, & que fa marche s-’accélere à chà-* -quë temps-de fon retour.
- Je vois que dit. premier moment où je
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- du Fluide électrique* 19 i peux obftrver & reconnoître cette planete excentrique >Ton noyau paroît entouré d’une atmofpheré lumineufe & tranfparente, qui augmenté.de-diamètre chaque jour, jufqu’à ce que: s’immergeant dans la lumière du foleil elle fe dérobé à nos obfervations* J’obferve. que du moment qu’elle repa< roît en fortant de fon périhélie, fon noyau, fon àthiofphere font encore plus lumineux, & cette derniere d’un .plus grand diamètre qu’anparavant. Je vois avec autant de certitude que Je fens de la vue peut en por-ter..dans! notre efprit ; je. vois, dis-je, qu’une force jailliffance émanée du foleii, & qui me paroît une véritable , aigrette lblaire, embrafle T’hémifphere & 1’atmo-fphere de cette planete , & que- par fon impulfion elle entraîné au loin, & jufqu’à 50 & 60 degrés i une partie de Tatmofphere éîedri-que abondante que cette planete vi ent d’acquérir dans Ton périhélie. Je vois que cette force d’impulfion diminue à chaque temps, puifque la marche de- la planete excentrique eft moins vive & que fa queue paroît moinslongue, à mefure qu’elle s’éloigne du
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- iÿii ta Nature & les Èffets foleih Je vois encore que cette impuifitfil eft uniforme, puifque dès que l’on, a connu la courbe de la planete avant fon périhé-* lie, & qu’on commence à éonnaftre celle qu’elle décrit en en fortant, on peut tracer, d’avance la courbe qu’elle décrira jufqu’aui moment où elle difparoîtra dans le fond de l’efpace.
- Je conclus alors de toutes ces différentes obfervations, dont la gradation eft toujours relative au plus ou au moins d’ex-1 centricité de la planete * & par conféqùent à la plus grande ou à la plus petite étendue du petit diamètre de fon etlipfe j je conclus, dis-je, qu’il eft très-vraifembla-ble que cette plaiiete n’eft retombée vers le foleil qu’après avoir perdu beaucoup de fon Éle&ricité} qu’elle a réparé cette perte à mefure qu’elle s’eft plongée dans les rayons folaires, & qu’ayant repris urte at-mofphere éleârique très-étendue & très-denfe * les jets folaires bien fupérieiirs aux liens ont commencé à la repouffer vivement , & lui ont imprimé de nouveau la force de projeétile néceffaire pour s’élever
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- du Fluide électrique, rtj^
- & décrire une nouvelle ellipfé ; je conclus de même que la Comete qui vient de recevoir une furabondartce d’Éle&ricité qui a augmenté très-vifiblement le diamètre & la lumière de fon atmofphere , en efflue une partie furabondante par l’hémifphere oppofé à celui qui eft frappé par les rayons folaires : ce qu’ort voit arriver à prefque tous les corps qui font fortement éledri-fés par communication.
- Je croîs que perfonne ne doute de la pro-digieufe étendue de l’atmofphere folaire, &fi cette atmofphere eft éle&rique, comme tout me le fait foupçonner, cette frange folaire décrite par Kepler , & qu’on a ob-fervée depuis dans toutes les éclipfes annulaires ; cette frange folaire doit, par l’approche de la Comete, converger alors, & fes aigrettes doivent fe rapprocher du parallélifme,en frappant l’hémifphere de la Comete, qu’elles repoufient, qu’elles élancent, qu’elles fuivent,quoiqu’en divergeant, & qu’elles pouffent avec une force jaillif*-fante, qui devient pour cette Comete une force de tranflation qui la porte jufqu’à
- Tome II. N
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- 194 La Nature & les Effets ce que l’atténuation de ces aigrettës & k diminution de l’atmofphere éleétrique de la Comete la laiflent dans un état d’inertie qui la .fait retomber de nouveau vers la fphere d’a&ivité qui doit réparer fes pertes. Rien n’implique contradi&ion dans l’exif* tence de ces aigrettes folaires, & la lumière zodiacale que nous fommes à portée d’ob-ferver fouvent ne peut être autre chofe qu’une aigrette de cette nature, que nous pouvons diftinguer dans le crépufcule.
- J’ai déjà dit que l’émiffion folaire doit s’étendre jufqu’à ce que, dans fon dernier point d’atténuation, elle foit brifée , terminée par la réfiftance des émifiions des autres fixes ; mais peut-on jamais évaluer avec quelque précifion l’étendue de cette atmofphere, puifque nous voyons que l’émiffion des fixes vient jufqu’à nous ?
- Je me garderai bien d’ofer prendre un parti dans la difpute entre M. de Mairan & M. Euler, fur l’impulfion vraie ou faufle des rayons folaires ; cependant, comme il m’efl: démontré que la lumière ne peut venir à nous par un mouvement d’ondula-
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- âa Pluiâe éleclriquè; iq*
- fcîôn bü de vibration , comme Newton f Roëmer & plufiéurs grahds Phyficiens me prouvent la vérité de l’émiffion folaire , comme toutes les expériences qui peuvent fervir à m’en afliirer me la démontrent aufli, je dois donc nééeflairement en conclure qu’une émiflion qui parcourt un ef-pace aufli immenfe avec une aufli prodi-gieufe vélocité, doit avoir aufli une force immenfe d’impulfxon -, & fur-tout à la rencontre d’un corps qui fera rapprocher fes rayons divergents du parallélifme, & d’un corps qui aura uné àtmbfphëre dont la matière fera de même nature que l’émiffion folaire, & qui par eônféquent pourra lui oppdfer une réfiftance fuffifante pour que cette répulfion réciproque établifie l’équilibre entre cette émiflion folaire & la réfiftance qu’elle éprouve; Puifqu’il eft reconnu quë les rayons divergents du foleil commencent à fe rapprocher du paràllé-lifme à foixânte mille lieues de diftance du globe de la terre, pourquoi nous re-fuferiôns-nous à crbiré qu’ils fe rapprochent du parallélifme à l’approche d’unë
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- iy6 La Nature & tes Effets comete , & que lorfqu’elle eft élancée de nouveau après fon périhélie pour aller décrire fon ellipfe, ces mêmes aigrettes convergent & embrafiant fon hémifphere, lui impriment la force de projeétile & de translation jufqu’à leur entière atténuation ? Il eft démontré que toutes les planètes décrivent des aires proportionnelles en des temps égaux ; mais leur marche fur la ligne que décrit leur orbite n’eft pas uniforme ; cette marche s’accélère dans le périhélie de la planete ; elle retarde dans fon aphélie : d’où pourroit naître cette loi générale pour toutes les planètes, & même pour toutes les Cometes , fi ce n’eft d’une force vive ? Comment cette loi feroit-elle générale pour toutes les planètes fi elles ne lui avoient pas toutes obéi dans le même-temps ? Car, comment auroient-elles toutes le même mouvement d’Occi-)dent en Orient, fi elles n’avoient pas reçu en même-temps la même impulfion ? Comment fe rapprocheroient-elles de quelques millions de lieues du foleil , ce qui leur fait décrire une efpece d’ellipfe, fi ce n’é-
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- du Fluide électrique. 197 toit que leur fphere d’aétivité éle&rique diminue de longueur de rayon dans leur aphélie ? Comment ne feroient-elles pas même attirées jufqu’aux bords du foleil, fi leur fphere proportionnelle d’Éledricité & d’a&ivité n’augmentoit, & ne fe répa-roitpasàmefure qu’elles s’en rapprochent? Comment enfin, après que îfes planètes ont réparé ce qu’elles avoient perdu , re-commenceroient-elles à décrire leur même orbite avec une uniformité fi confiante,fi la loi fecondaire de l’équilibre n’entrete-noit pas cette uniformité ? Je dis loi fecondaire en parlant de l’équilibre , car l’équilibre n’eft qu’un effet ! Or , un effet, quelque général qu’il foit, n’eft pas un être, & ce qui porte la confufion dans nos idées, ce qui nous rend fi fujets à faire de fauffes définitions, ce qui occafionne prefque toujours des dilputes où l’on finit par ne fe plus entendre, c’eft cette malheureufe facilité que nous avons de donner, avec un nom , une efpece d’exiftence réelle à de fimples effets auxquels nous finiffons quelquefois par donner aufli des propriétés ,
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- j^9 £<i Nature & les Effets
- comme à des êtres réels ; & c’eft ce que j’ai déjà dit à l’occafion du' Ion & de la chaleur.
- L’équilibre , quoique général dans la nature , quoiqu’il fe faffé reçonnoître dans, tous les mouvements grands & petits n’eft qu’un effet de la loi primitive & générale , félon laquelle la matière vive fe meut ; matière vive , qui peut fëule mou-, voir la matière morte ; matière vive , qui eft répulfive à elle-même, parce que clia-r que atome élémentaire de cette matière eft une petite fphere d’aélivité ; matière vive, dont l’émiffion eft entretenue fans çeffe par la rotation du foleil, & qui eft tout à la fois la lumière , la matière fübtile Newtonienne, le feu élémentaire & l’Élec-. triçité ; matière vive enfin , dont les effets & les caraéteres diftinâifs font le mouvement, l’impulfion, la répulfion& l’équilibre.
- Si l’on m’objeéloit que la force centrifuge que la lumière acquiert par la rotation du foleil n’eft point affez forte pour l’élancer jufqu’aux extrémités de l’atmof-, ÿhere folairç , il me feroit bien aifé de
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- du Fluide électrique. 199 répondre que j’ai toujours parlé de l’Électricité ou matière vive dans cet Eflai , comme d’une matière dont l’être eft le mouvement , & qui n’a befoin même que d’être dirigée & élancée par un foible effort pour fe porter à la diftance la plus éloignée, lorfqu’on a dégagé cette matière vive des particules de la matière morte qui peuvent l’appéfantir, la retenir & l’obfcur-
- La force centrifuge avec laquelle l’Éleétri-cité s’élance dans tous les conduâeurs qu’on lui préfente , a-t-elle quelque proportion apparente avec la petite fphere du globe qui fert aux expériences , & avec les temps de fa rotation ? Non, fans doute, puifque nous voyons que l’Éleéfcricité s’élance d’une maniéré inftantanée à l’extrémité du plus long conduéteur qu’il foit poflible de lui fournir : & puifque nous ne pouvons pas trouver le terme & les bornes de cette émiflion élancée par une force aufli foible -, pourquoi donc nous refuferions-nous à croire qu’un globe aufli immenfe que l’e'ft
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- aoo La Nature & les Effets quatre fois plus rapide que celle de la terre, puifle élancer ce Fluide fubtil jufqu’à des diftances immenfes ? Nous voyons que la lumière des étoiles de la quatrième grandeur vient jufqu’à nous •, dans quelques belles nuits la lumière de Sirius , d’Aldeba-ran de de la ceinture d’Orion, brille juf-qu’au point de nous éblouir , & fi nous jugeons par une analogie très-naturelle que ces foleils ont des planètes comme le nôtre, nous devons croire que la lumière émanée de notre foleil brille pour ces planètes , comme leurs foleils brillent pour nous. Je ne peux donc m’empêcher de dire que je crois que ç’eft abufer de l’art de douter que de mettre en queftion fi l’at-mofphere Polaire a ou n’a pas une immenfe étendue.
- J’avoue de plus que je ne comprends pas, & que je doute même que l’efprit puif-fe clairement comprendre comment les fimples loix de l’attraélion pourroient entretenir la continuité & l’uniformité du mouvement de notre Univers, ni comment une force de projeéUle que l’attraéfcion corn-
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- du Fluide électrique. 201
- bat avec aflez de puiflance pour faire baif-fer à chaque temps le corps proje&é ; comment , dis-je , cette force vive pourrait s’entretenir fans cefle, fans être foutenue ou renouvellée , & fans qu’une planete perde rien de l’aire, qu’elle embrafle à chaque orbite qu’elle décrit.
- Je vois dans cet effet confiant la né-ceflité abfolue d’une force vive qui puifle entretenir ce mouvement de projeétile,& en remontant par degrés des mouvements particuliers à des mouvements plus généraux , je me vois obligé de remonter jufi qu’à la rotation du foleil fur fon axe, laquelle me paraît être la fource de toute ef-pece de mouvement : & j’ofe le dire , la rotation du foleil me paraît prouvée pref-qu’aufli invinciblement , par la néceflité abfolue dont elle eft pour l’harmonie de tout le fyftême folaire , que par la preuve phyfique que nous donne l’obfervation des taches fixes fur le difque radieux du foleil.
- Il importe très-peu pour la gloire du fublime Newton, que l’attraélion entendue
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- aoa La Nature & les Effets dans fon acception la plus fimple & la plus pofitive ne foit pas la loi générale qui gouverne les grands mouvements. Newton a calculé fi parfaitement la grandeur, la den-fité des planètes,leur approximation, leur éloignement du foleil & les aires qu’elles décrivent par l’efpece de puiflance qu’il nomme attraâion, que fon objet eft parfaitement rempli , & que fon fyftême eft vrai quant aux effets, quoique la caufe primitive n’en ait pas été fuffifamment dévoilée par ce grand homme.
- La preuve la plus vi&orieufe de l’excellence de fon travail , ce font les calculs de M. Clairaut, faits d’après fes principes : calculs par lefquels ce grand Géomètre fi juftement regretté, trouva que la Comete de 1759, dont M. Halley avoit annoncé le retour, feroit à fon retour perturbée dans fon ellipfe , par fon approche de Saturne, & par l’attraétion de cette grafle planete , ce qui retarderait l’apparition de cette Comete, dans l’efpace cé« lefte où M. Halley avoit annoncé qu’elle devoit reparaître.
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- du Fluide électrique* 403
- , L'événement a pleinement juftifié ce que Clairaut avoit annoncé après un travail immenfe, fondé fur la théorie de Newton , dont çe travail lui fait partager la gloire ; mais cette perturbation , ce retard font fi faciles à expliquer , en fuivant la théorie de cet Eflai, par le plus ou le moins d’Eledncité dans l’un ou l'autre des deux globes dont les atmofpheres fe font pénétrées réciproquement par leurs extrémités, & par la loi d’un équilibre où ces deux globes ont dû fe remettre après quelques ofcillations , que la caufe primi-r tive, que la matière vive & éledrique con-fervera toujours fa fupériorité fur une at-tradion fimpie qui n’en eft que l’effet.
- Selon les principes de cet Eflai , fi la Comete de 1759 revenant de fon aphélie s’eft trouvée moins éledrique que Saturne, elle en aura reçu par communication une augmentation d’Êledricité , & cette augmentation aura fuffi pour retarder fa marche vers fon périhélie , fon atmofphere éledrique s’étant agrandie de la quantité de Fluide que Saturne lui aura communia qué.
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- 2.04 La Nature & les Effets
- La conclufion qu’un efprit philôfophe, & par conféquent fans prévention, pourra tirer d’une infinité de faits que l’obferva-tion nous montre & des calculs de Newton appliqués aux faits principaux bien obfervés , fera de dire peut-être : il en eft de même pour la vérité du fyftême de Newron que pour l’efpece de vérité avec laquelle Newton a pu dire fouvent lui-même : le foleil fe leve à l’Orient , & fe couche à l’Occident, quoiqu’il fût mieux que perfonne que c’eft la terre qui tourne d’Occident en Orient.
- Le fyftême de Newton , loin de pouvoir êtrç attaqué par ce que j’écris, fi par hafard cet Eflai s’attiroit quelque légère confiance , le fyftême Newtonien refte-roit dans toute fa force , & fon intégrité quant aux effets. Plein de refpeét & d’admiration pour ce grand homme , eh, qu’ai-je pu, qu’oferois-je prétendre , fi ce n’eft de profiter de la liberté qu’il donne lui-même dans fes Écrits , de chercher une caufe à l’attraéfcion ; Newton lui-même, & Macklaurin après lui, convenant tous les
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- du Fluide électrique, aof deux que l’attraétion peut n’être que l’effet d’une caufe plus primitive & plus générale ?
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- zo6 La Nature & les Effets
- Effets de VÉlectricité fur VEau.
- CHAPITRE VINGTIEMEt
- Suivant le principe de la matière vive & de la matière indite, d’où je fuis parti & que j’ai fuivi dans cet Ëffai, je n’accorderai pas à l’eau la qualification d’élément, après l’avoir refufée à l’air & au feu matériel ; mais j’avoue que je fuis moins éclairé fur la nature de l’eau, & qu’il me paroit bien difficile de connoître quelle eft la forme & l’efpece de fes particules conlti-tuantes.
- Certainement les atomes élémentaires de l’eau font les mêmes que ceux de toute efpece de matière morte & inerte ; ce n’eft donc que la différence de la forme des premiers agrégats qui conftituent les particules de l’eau , qui font caufe que l’eau différé dans fa compofition d’une autre ef; pece de corps.
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- du Fluide électrique t iô?
- Quels moyens avons*-nous pour pénétrer jufques dans les derniers détails de ces premiers agrégats, qui font prefque allez infiniment petits pour approcher de Puni-* té d'un atome élémentaire ?
- L’expérience & la méditation doivent repréfenter à l’entendement , que la plus petite molécule fenlible de matière eft vrai-femblablement à la première molécule que la Nature peut former , ce qu’une montagne eft à un grain de fable : ce n’eft donc que par approximation, ce n’eft donc que par analogie que nous pouvons établir quelques probabilités fur la nature de ces premières molécules ; Ce n’eft donc enfin qu’en les fuivânt dans les derniers degrés de ténuité où l’efprit réfléchi peut les fai-fir, & reconnoître encore leur différence d’avec toute autre efpece de corps , que nous pouvons juger de ce qu’ils peuvent être lorfqu’ils fe dérobent à nos obferva-tions.
- Il ne faut pas croire qu’un être devienne métaphyfique,parce que les fens n’ont plus prife fur lui ; tout être qui a commencé
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- *o8 La Nature Ù les Effets à être connu par une malTe perceptible 6$ toujours du reflort de la faine phyfique , quoiqu’il s’atténue prefque à l’infini, & c’eft en partant du point où la phyfique a pu connoître & bien faifir ce corps qu’elle peut fe former une idée vraie des fubdi-vifions & des atténuations qui le rendent imperceptible. Il faut beaucoup de méditation , je l’avoue , il faut du courage pour captiver fon efprit à cette contemplation j mais l’étude de la Nature n’eft-elle donc pas allez fublime , allez intérelfante pour mériter ce travail? & , je le répété, l’engour-dilfement & les ténèbres du doute lui font-ils préférables ?
- Nous devons commencer par bien ob-ferver quelles font les propriétés pofitives de l’eau ; nous pourrons obferver après les effets qui doivent être la fuite néceffaire de ces propriétés bien connues.
- Il eft certain que l’eau contient beaucoup d’air ; cependant elle n’eft pas com-preflible. Qu’on remplilfe d’eau une boule creufe d’argent ou de cuivre , & qu’on la ferme hermétiquement, fi l’on ferre cette boule
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- 'du Fluide ileciriqùe. 209
- boulé dans un étau, l’eau tranffudera parles pores du métal, plutôt que d’obéir à cette Compreffiort; Il Faut donc c^ue lës particules conftituantes de l’eàu foient dures , & impénétrables ; il faut pour cela qu’elles foient fphéfiques ; & Ce qui le prouve d’ailleurs , c’eft leur extrême mobilité. Il Faut qu’elles foient Fort tranfpàrentes, puif-qu’une longue colbnnè d’eau pure laifTè un libre accès à la lumière ; il faut àufli qu’elles foient d’une petitefle extrême , puifque i’adion du feu Matériel pouffe l’exparifion d’une goutte d’èau jufqu’à lui donner 14006 fois fon premier Volume, & que le meilleur microfcope ne peut faire diftingüer aucune partie féparëé dans un.e goutté
- L’eau paroît être dé tous les corps pof-fibles celui qui contient le' moins de foü-fres ; elle a même une répulfiôri marquée avec tous les liquides oléagineux : elle effc auffi le meilleur éondüéteür qu’on puiflé choifir pour tranfmettre le Fluide éleélri-que; L’expérience de MM. Watffon & Ellicot j faite au-deffous du pont de Weft* Tome Ili O
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- no La Nature & les Effets minfter, en eft une preuve ; & de plus, tout corps éle&rique de fa nature & propre par conféquent à arrêter le cours du Fluide éle&rique, le tranfmettra dès qu’il, fera mouillé.
- L’état naturel de l’eau paroît être celui de glace, puifqu’il faut un certain degré de feu pour la rendre liquide, & que la chaleur n’eft qu’un effet & non une propriété du feu élémentaire & éleétrique. L’eau glacée dans quelques plages des mers du Nord, & fur-tout dans le détroit de Wei-gats /s’élève en pyramides , qui,loin de diminuer, paroiflent augmenter d’année en année, & cette glace y acquiert une li grande dureté, qu’il faut un feu ardent & continu pour la réfoudre, & que deux fragments de cette glace battus l’un contre l’autre donnent du feu.
- L’eau réduite en glace a beaucoup de reflemblace avec le cryftal ; l’eau s’attache & refte adhérente à toute efpeee de corps vitrifié, avec beaucoup plus de ténacité qu’à toute autre efpeee de corps : tous les çryftaux de roche fe forment dans
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- âu Pluiâe électrique-. lit
- ï’eâü > comme Bernard Palifly (i)l’a très-* bien remarqué , & les cryftaux ne font que les exfudations des roches vives où ils fe font formés; On doit obferver que ces cryftaux fe trouvent dans les fentes & dans les anfra&ubfitês des roches vives des montagnes où il régné prefque toujours un froid exceflif. La nouvelle Zemble , au rapport des Hollandois * eft toute bordée de cryftal de rbche ; bn le trbuve en grandes mafles. dans quelques montagnes dii Chili & du Bréfil. On le trouve aufli en très-grbfles mafles dans lës Âlpes Suif-fes y & fur-tout dans un pays dépendant du Canton de Berne. On trouve dans les montagnes decë pays beaucoup de Cryftal de roche & des glaCes aufli anciennes que le Monde $ & que pour cette raiion les
- (i) Ce Hetnard Palifly, «impie Potie figures d’argiles fous Henri II, «r ie.
- Telles, «r mit les Savant, dt fon rem
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- lii‘ La Nature & les Effets
- Là Chimie à des fecrets pour réfoudre! le cryftal en eau, après l’avoir fortement calciné avec du fdufre., Il eft fur que des fèls , & fur-tout un nitre très-pur, entrent dans la compofition des eryftaux de roche : leur figure exagone & pyramidale, reffem-bîe à la forme que le fel de nitre diflous reprend en fe cryftallifant. On voit plu-* fleurs analogies entre l’eau & lë cryftal , & M. de Mairari a très-bien obfervé que l’eau peut fe trouver dans un certain état, cfu elle âcquéroit un degré de froid & de dureté très-fupérieur à Celui de la glace ordinaire : ce qui lui fait' préfumer que des nitrés fübtils & des particules frigorifiques fe mêlent à l’eau avec plus ou moins d’abondance. Le nitre paroît de même rié-cefiairë pour la Cryftallifatîon parfaite du cryftal dé roche ; de même que le fe’l de foude ou celui qu’on tire des cendres de la .fougere eft nécelfaire pour des cryftal-lifations moins pures & artificielles. Toutes ces analogies m’ortt fou vent fait naître, fur ta nature de l’eau, une idée que je n’ofe' propofer comme probable ; mais que je
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- du Fluide électrique, %i%
- ne peux rejetter aflez décifivement pour nç la pas mettre fous les yeux de mes Léo
- Je les prie de fe rappelier que j’ai dit d’avance que j’abandonnois fans peine tout ce qui paraîtrait trop fyftématique dans cet Eflai, à ceux qui croiraient devoir fa-per un auffi frêle édifice ; je rends compte de quelques idées que je verrai détruire fans regret, fi elles font abfolument chimériques, Si par hafard elles frappent quelques-uns de mes Ledeurs, je leur dey mande leur fecours pour leur donner plus de force & de vraifemblance.
- Toutes lçs obfervations quç nous faisons fur la texture intérieure de la terre nous prouvent qu’elle doit avoir été dans un état de fufion , & que fa mafie totale a été prefque entièrement vitrifiée. - Malgré les milliers d’années qui fe font écoulées depuis Je temps de fa formation, nous voyons que la matière vitrefciblç eft infiniment plus abondante que la çalcinable, (k l’effet du miroir ardent nous fait voit
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- *14 La Nature & les Effets
- que la matière calcinahle même fe vitrifié
- à un certain degré de feu,
- La répulfion violente que les particules terrellres ont eu entr’elles au moment que leur malle commune a été élancée du corps du foleil ; la force du feu éleélrique qui doit avoir éclaté dans çette explofion terrible, doit avoir produit alors une atmof-* phere immenfe de toutes les particules brifées.
- Le feu élémentaire répandu dans l’efpaee aura repouffé en tout fens les extrémités de cette atmofphere particulière, & ce que cette atmofphere particulière aura eu de feu élémentaire de trop fe fera bientôt remis en équilibre avec l’atmofphere générale du foleil.
- L’atmofphere terreftre aura dû fe con-denfer à mefure que fes parties çonftituan-tes auront perdu le feu élémentaire qu’ek les avoient de trop , & ces parties ont dû fe rapprocher, s’unir alors, & former une malle générale de celles qui étoient le plus fimilaires & les plus propres à s’unir,
- Nous ne pouvons douter que dans tou-.
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- du Fluide électrique. 115
- tes les mafles cryftallines ou pierreufes il n’y ait un Tel & un foufre plus ou moins fubtils , qui compofent ces différentes mafles en s’uniflant avec une terre ou des fables plus ou moins tenus.
- Lorfque l’expérience nous fait voir qu’une étincelle foudroyante peut en un inftant brifer le tiflu fl duétile de l’or , & le faire pénétrer dans un corps aufli imperméable que l’eft le cryftal d’une glace, nous pouvons imaginer fans peine qu’une infinité de fels ont dû être réduits en par* ticules infenfibles & prefque en atomes élémentaires , dans le moment de l’explofion qui fépara les mafles des planètes de celle du foleil. Nous pouvons préfumer de même que le globe de la terre en s’arrondif-fant par fa rotation , & en fe figeant à mefure que les parties les plus dénuées de feu 8c les moins foutenues feront tombées les unes fur les autres , & fe feront unies enfemble ; que ce globe, dis-je , foit qu’il fe foit formé creux, ou en géode, ou folide, aura toujours confervé une fphere d’aéti-vité & une effluence aflez vive pour que
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- tté La Nature & les Effets fes aigrettes aient foutenu long-temps les particules infenfîbles de Ton atmofphere jufqu’à une très-grande longueur de rayon ; & cette vive effluence aura foutenu ces particules par gradation : elles ne fe feront unies au globe, que fuccefiivement.
- 4lçrsles particules les plusgrpflîeres des fels & des terres fe feront unies les premières, & auront formé les fables & les mafles de roches vives \ les particules cryftallines & vitrefçibles les plus légères & les plus ronr des auront formé les eaux, & les plus.in?, fenfiblçs de toutes, auront formé l’ait, ç’eftr. à-dire iin mixte, où les particules, cryllalr liqes les plus légères fe feront trouvées mêlées & fufpendues avec les fels les plu,s volatils , les particules terreftres les plus tenues, & avec des foufres exaltés au point de n’çtre plus que des efpfits éthéj-és inr flammables.
- La Chimie nous donne l’idée dç ce qui a pu fe palfer dans le grand laboratoire de la pâture dans les premiers, temps dp Vp^ganifation du globe, & ce même ordre fUtyifte encore dans lç mixte de l’air, parçe
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- du Fluide électrique. ny
- qu-à mefure que la grande atmofphere a diminué de rayon en fe condenfant, une grande partie des globules cryftallins destinés à former l’eau fe font réunis , ils ont formé une couche épailfe & continue fur toute la furface du globe qui eft demeuré enveloppé par cette couche épailfe. Les couches différentes du mixte de l’air fe font abailfées les unes fur les autres dans le meme ordre que les diftillations nous font voir.
- Ce même ordre fubfiftera jufqu’à la fin des temps par la force jaillilfante du feu éleéfcrique & élémentaire qui s’élance de la terre, & par la répulfion & l’élafticité de fes particules fimilaires qui tendent àl’équir libre. Qu’on diftille une matière qui contienne les différents principes qui entrent dans la compofition des corps , l’efprit éthéré & inflammable s’élève le premier , les fels volatils s’élèvent enfuite- & s’unif-fentà cet efprit, plus ou moins mêlés d’eau; le phlegme ou l’eau infipide leur fuccede, & lorfque l’eau celfe de monter, l’huile efr fsqtielle monte , & bientôt elle devient
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- ai8 La Nature & les Effets cmpyreumatique & fétide. Qu’on fafle calciner le refte & qu’on le leflive dans l’eau, on en retire des Tels fixes & gro(Tiers ; il ne refte plus qu’une matière morte, fans aucun principe : cette matière n’eft propre à rien , jufqu’à ce que l’air dépofe dans fes pores une partie de ce qu’elle a perdu. On vitrifie facilement cette matière morte au foyer d’un bon miroir ardent.
- Tout Obfervateur exaét, qui montera jufqu’au fommet d’une haute montagne , pourra vérifier la différence qui fe trouve entre les couches plus ou moins élevées de ,1’atmofphere : il traverfera d’abord un air greffier, rempli de particules hétérogènes ; en montant il arrivera à la région de l’eau, il traverfera des nuages plus ou moins épais , quelquefois mêlés de fels volatils & de foufres exhaltés. En s’élevant encore plus, il entrera dans un air très-pur ; mais il ne pourra foutenir long-temps fa fraîcheur, & la rareté de cet air, dont les couches vont toujours en diminuant de denfité, ne pourra plus fuffire à fa refpira-tion* Cela doit être, & l’efprit conçoit
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- qu’au-delà de l’élévation oit la force jailli Hante de rÉleftricité terreftre peut fou-tenir les nuages, il ne refte plus que les globules d’eau les plus petits, mêlés avec les fels & les foufres les plus fubtils.
- On m’obje&era , fans doute, que l’at-mofphere immenfe du globe de la terre en fufion aura dû,en fe condenfant, dépo-fer fur la fuperficie de la croûte une mafTe d’eau trop immenfe pour que tout ce que nous en voyons dans les mers, fur la terre, & tout ce que nous en imaginons dans les premières couches du globe, puifle avoir ftbforbé çette épaiffeur.
- Je répondrai que non-feulement les mers & la croûte de la terre en ont abforbé une grande partie , mais aufli que les particules cryftallines de l’eau s’uniffant aux particules de la terre & aux particules des fels fixes, elles ont formé des mafles fo-lides & ont infiniment augmenté en hauteur & en folidité la mafle de la croûte de la terre, Où. feroit donc l’impoflibilité que l’eau puifle s’atterrir & devenir un corps folide, puifque les diamants, les pierres
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- iio La Nature & les Effets précieufes & les cryftaux de roche ne font autre chofe qu’une eau condenfée par des fels & par des particules infenfibles de roches vives , & puifque M, Homberg & plufieurs autres Phyficiens, ayant diftillé la même e^u jufqu’à cent fois, ils y trou-* verent toujours un fédiment de terre , & tout ce fédiment ramaffé formoit une ef-peçe de terre morte , dont le poids avoit diminué d’autant celui de l’eau qu’ils avoient diftillée.
- Vingt expériences différentes m’ont prouvé que l’eau peut s’atterrir, & convaincu de cet effet, je conçois fans peine que dans les premiers temps où la grande at-? mofphere que la terre avoit acquife dans fon état de fufion commença à s’affaiffer, les globules cryftallins les plus pefants s’unirent aux fels les plus fixes & les plus greffiers, & formèrent les roches vives, les fables , les fchiftes & toutes les matières vitrefcibles. Ce font ces mêmes globules qui, réunis en moindre quantité, ont contrit hué à former les bitumes, les charbons de ferre & les foufres.
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- tïu Fluide élcclriquci zi i
- tes globules cryftallins ont été fans doute, dans la grande explofion , la matière la plusi abondante & la plus propre, par fa ténuité & la mobilité,à s’infinuer dans les autres ma-* tieres & à fe mouler avec elles : unis avec la terre &. avec l’acide des fels fixes, ils ont formé de nouvelles malfes folides de fels, & ces fels auront varié à mefure que quelques parties de foufres différemment combinées fe feront unies à ces malfes ; car les fels & les foufres ont une grande affinité , & tous les deux donnent un acide , ce qui prouve qu’ils font analogues, quoique différemment modifiés.
- A l’égard des combinaifons poftérieures des globules cryftallins, avec les détriments des premières maffes formées, & avec la terre végétable, cen’eft qu’après avoir difcuté tout ce qui tient effentiellement à leur nature que j’effaierai d’examiner quelles font les modifications fubféquentes qu’ils ont efTuyées, & qu’ils effuient fans ceffe.
- Lorfque je dis que les particules infen-fibles de la matière vitrifiée ont pu former l’eau, je peux m’appuyer d’une expérience
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- 411 La Nature è les ÈffetS qui nous montre que toute parcelle de cryf-tal qu’On fait fondre prend une forme glo-buleufe, & quoiqu’on ne puifle faire entre l’eau & le Cryftal une comparaifon auflî frappante quë celles qui féroient appuyées par le rapport de nos fens, li noiis nous élevons par la méditation & par l’ânalo-gia à la perception des corps infiniment petits, nous pouvons fans peine imaginef des globules cryftallins alfez petits pour former un liquide.
- On fait que le fable de là plaine d’E-gypte où font les pyramides & les momies , eft fi fin & fi mobile , qu’il a des propriétés communes avec les liquides ; celles de remplirtdute efpece d’efpace vuide & de fe mettre de niveau : le fable de quel-1 ques déferts d’Afrique a la même mobilité.
- L’expérience nous prouve que le mercure, un des corps les plus pefants & les plus homogènes, n’eft qu’un compofé de globules fi tenus qu’on peut les réduire en vapeur, comme l’eau, les raffembler en-fuite & les faire reparoître fous la même forme de mercure coulant.
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- du Pluide électrique. 443
- Une fécondé expérience nous montre qu’en joignant un foufre au mercure & l’incorporant avec lui, on cryftallife ce mercure en cinnabre, corps dur & caffant ; & rien n’eft plus facile que de revivifier le mercure du cinnabre , de le rafiembler, & de le rendre coulant : pourquoi n’en feroit-il pas de même de l’eau ? & l’eau, dans l’état de glace & lorfqu’elle redevient liquide , nous montre-t-elle rien de différent à ce que nous voyons dans le cinnabre & dans la revivification du mercure ?
- Lorfqu’on veut avoir fur le champ un très-bon microfcope , on y peut réuflir en fondant à la flamme d’une bougie une parcelle de cryftal, & la recevant fur une feuille de métal , percée de petits trous. Si l’on raffembloit une certaine quantité de ces petits globules dans un vafe , ne leur trouveroit-on pas une mobilité prefque égale à celle des liquides ? & j’ofe préfumer qu’ils en approcheroient à bien des égards, Ces petits globules raflemblent les rayons du foleil ; ceux de la rofée les raf-femblent de même : imaginons donc des
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- 2,14* La Nature ù les Effets globules de cryftal infiniment pliis petits encore, puifque rien ne répugne à la rai-' fon , puifque rien n’implique contradiction à leur exiftence , puifque nous avons même un corps de comparaifon pofitif dans le merciiré, qui quoique métallique dans fes particules conftituantes , & quoiqu’il foit beaucoup plus dénfé que l’eau, peut être très-facilement rédiiit en vapeur.
- Remontons' au principe général de là matière morte, quel en eft le rudiment? Un atome élémentaire, & lés premières mo lécules ne font que des agrégats de ees atomes.
- Dans la divifion que l’Être fuprêm'ë à fait de ces atomes élémentaires, ne peut-il pas avoir confervé dans fon unité & dans fa pureté la partie vive qu’il à def-tinée à mouvoir la fécondé ? Ne peut-il pas avoir imprimé le mouvement à cette matière vive, & lui avoir dohné tout ce qui lui étoit néceflaire pour conferver ce mouvement & pour pouvoir le communiquer ? En la rendant répulfive à elle-même, ne lui a-t-il pas donné en mêmé-temps l’élafticité,
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- du Fluide électrique.
- l’élàfticité, & ne l’a-t-il paà mifë dans la néceffité phyfique de tendre toujours à l’équilibre avec elle-même?
- A l’égard de la matière morte & inerte -, elle a dû s’affaifler & fe réunir en maffes dès qu’elle n’a point été pénétrée -, agitéet féparée , raréfiée & étendue par la matière vive : la matière inerte a pu feule former des agrégats, des molécules & desmafles, n’étant point répulfive à elle-même, mais la matière vive n’en a pu jamais former de pareils*
- Je préfume donc,en conféquencede tout ce que je viens de dire, que les particules infenfibles de la matière inerte & cryftal-lifée, par la grande explofion du foleil, peuvent avoir confervé une forme globu-leufe & une ténuité fuffifante pour com-pofer le liquide que nous nommons eau , & il eft vraifemblable que de tous les agré* gats que la matière inerte a pu former, les globules de l’eau font reftés les plus petits.
- Ne trouve-t-on pas d’ailleurs la même ténuité , la même mobilité dans d’autres liquides ? Dira-t-on que c’eft l’eau qui dôn-
- Tomell. P
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- ai6 La Nature & les Effets ne la mobilité à l’efprit-de-vin bien alcohô-lifé, à l’éther & à plufieurs autres liqueurs très-déphlegmées & très-fpiritueufes ? Ne reconnoît-on pas, au contraire , que dans ces dernieres liqueurs limpides, c’eft le feu élémentaire même qui leur donne leur tranf-parence & leur mobilité ?
- L’eau, tout au contraire, manque pref-qu’abfolument de ce même feu élémentaire ; elle n’en conferve que ce qui lui eft néceflaire pour être liquide : un plus fort degré d’aâion de ce feu l’évapore, comme le mercure ; une privation prefqu’entiere de ce même feu la rend corps folide & fragile, ainfi que toute autre efpece de cryftal.
- Je fens moi-même combien l’idée que je préfente de la formation & de la com-pofition de l’eau peut paraître linguliere ; peut-être même abfurde à beaucoup de Phyficiens. Je fens que l’appui d’un grand nombre d’expériences me manque pour donner plus de probabilité à mon opinion; mais l’intelligence, l’entendement, l’élévation de l’efprit à la recherche de la vérité, ne nous encouragent-ils pas à faire des ef-
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- du 'Fluide électrique. ivj forts & à nous fervir des feuls moyens que nous ayions pour la failir ?
- Le feul que nous ayions pour connoître les corpufcules prefque infiniment petits, c’eft l’analogie , & nous pouvons nous déterminer à nous en fervir, & même avec quelque confiance, lorfque nous avons une bafe phyfiqüe d’où nous pouvons partir & nous élever à la fuivre.
- Nous favons que l’eau eft -un corps, & que tout corps eft compofé de parties ; nous fommes fûrs que les particules de l’eau font d’une petitefle prefque infinie, puifqu’une goutte d’eau raréfiée peut augmenter fenfibiement 14000 fois de volume. Noüs voyons que l’eau eft très-fluide, puif-qu’elle peut être élancée en vapeur par une force vive. Nous favons qu’elle eft liquide lorfqu’élle eft iuffifamment agitée par le feu, puifqu’elle fe met toujours de niveau avec elle-mênie. Les premiers faits certains étant pofés , rious devons en conclure que fes particules conftituantes font glbbuleufes, & cela d’autant plus que la forme des glo-P a
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- a 2.8 La Naturt & les Effets
- bes les rend incompreflibles , & que l’eau
- l’eft toujours.
- Nous avons vu par les expériences fur le mercure , que les corps compofés de particules globuleufes , font facilement réduits en vapeur, que ces mêmes corps peuvent devenir durs & caftants, & de cet état retourner à celui de liquide.
- Nous voyons que les fels, qui font une cryftallifation imparfaite, font un compofé d’acide & de terre, & d’un foufre très-fub-til ; nous voyons que les concrétions falî-nes fe réfolvent en un liquide , & de cet état retournent très-facilement à celui de fel : de même des fels fubtils font abfolu-ment néceflaires pour toute efpece de cryftallifation faétice, comme vraifemblable-ment ils le font pour la formation de toutes les cryftallifations naturelles. Tout concourt à prouver ce que M. de Mairan dit fur la formation de la glace ; & Iorf-que par l’art nous glaçons des liqueurs en été , fi l’on en fait après l’analyfe, quelque douces que paroiflent ces liqueurs glacées, on y trouvera des particules falines.
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- du Fluide électrique. ai<j
- L’eau réduite en vapeur, ainfi que le mercure, peut être raflemblée & condepfée par l’art & redevenir coulante, & lorfqu’elle eft dans l’état de glace elle reflemhle au cinnabre artificiel.
- L’eau gelée a prefque toutes les propriétés du cryftal j elle en a la forme, la couleur, la tranfparence , la réfraâion ; elle fe cafle à viye-arrête, tranchante comme le cryftal ; & M. de Mairan ayant fait tailler un miroir ardent de réfraâion dans une piece de glace, il alluma de la poudre à canon. Nous voyons enfin qu’en purgeant l’eau des particules qui lui font le plus hétérogènes, nous la rendons plus légère & plus limpide, & qu’en la purgeant d’air grofiier, la glace qu’elle forme alors eft bien plus denfe, plus tranfparente & plus approchante de la nature du cryftal.
- Nous voyons dans le cryftal que le feu rendfes plus petites parcelles globuleufes; nous favons qu’il fe forme toujours dans l’eau, & que le cryftal eft une exfudation des roches vitrefcibles. j nous fommes pref-
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- ajo La Nature, & les Effets que fûrs qu’il fe forme dans la glace même, dans une longue fuite de temps. Il eft pof-fible à la Chimie de réduire le cryftal en liquide : Boot , certifie y avoir réufli ; & dans l’état de liquidité il peut être réduit en vapeur. Que d’analogies ! & fi ces analogies ne prouvent pas encore fuffifam-ment aux yeux, ne parlent-elles,pas à la rai-fon ? Pourquoi nous refufer aux fecours de l’analogie dans le point où nos fens ceflent de nous guider ? Le doute, quelque fage qu’il foit à bien des égards, n’eft-i! pas toujours pénible ? Pourquoi rejetter la feule reffource qui nous refte pour nous tirer de l’efpece d’engourdiflement où le doute nous jette ? L’erreur, qui ne porte fur rien d’ef-fentiel ,n’eft point auffi funefteaux progrès des connoiffances humaines, qu’un doute abfolu qui vient rompre la chaîne d’un grand nombre de vérités ; & j’ofe dire qu’il ne feroit pas facile de motiver un pareil doute au fujet de ce que je viens de dire fur l’analogie entre la nature de l’eau & celle du cryftal, par un autre ordre de faits contradictoires à ceux que je viens de rapporter.
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- du Fluide électrique, 131 L’art de raifonnerfur des faits eft, ce me femble, celui de raflembler & de pefer les probabilités qui naiflent d’un grand nom*-bre d’expériences ; fi je n’en ai pas allez raflemblé pouf juftifier mon opinion, j’ofe du moins efpérer qu’on en raflembleroit encore moins pour la réfuter, & il me fe-roit facile d’en ajouter beaucoup d’autres pour, la foutenir ; mais j’en ai dit aflez pour ceux qui liront cet Eflai fans prévention , & j’en ai trop dit, fans doute, pour ceux qui le liront avec le préjugé qui s’eft établi contre toute propofition qui a l’air fyfté-matique. Du moins ne pourra-t-on m’accu-fer de m’être élevé à de fimples fpécula-tions ; je crois n’être jamais parti que d’une bafe phyfique, & n’avoir fuivi qu’une pro-greflion d’idées appuyées fans celle fur cette bafe. Thaïes, Hypiais & Pyndare ont fait de grands éloges de l’eau. Thaïes ne balance pas à la regarder comme le lien général de tous les êtres fènfibles & la matrice générale où ils fe font formés. Gette opinion a été fuivie par plufieurs Philofo-phes anciens, & bien des faits la rendent
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- La Nature & les Effets croyable. Toute efpece d’eau dépofe un limon , & ce limon eft le principe de toute nutrition propre aux êtres animés ou vé-gétans.
- Les Livres faints femblent confirmer cette opinion : il y eft dit que la Terre a été enfevelie fous les eaux, que l’efprit de Dieu étoit porté fur les eaux j & d’autres palTages difent même, que l’efprit de Dieu embralfoit les eaux, comme l’oifeau embrafle l’œuf pour le faire éclore.
- Rien n’eft plus pofitif que le commencement du texte de la Geriefe , qui nous dit, au commencement, Dieu, créa le Ciel & la Terre ; & le texte ne met aucune fépa-ration entre cette création & celle des eaux, qui dès-lors faifoient partie de la Terre.
- La foi que nous devons à ce texte fa-eré ne nous permet pas de nous en écarter ; mais plufieurs Peres de l’Églife ont dit que l’ordre des créations fucceflives pourrait être interprété. Origene , S, Athanafe, Procope, S. Grégoire de Nifla, & far-tout S, Auguftin , ont cru pouvoir
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- du Fluide éleclrique. 133
- ne pas s’afliijettir rigoûreuiément à l’ordre fucceffif des fix jours, & ils fe font permis de l’interpréter.
- Saint Auguftin dit pofitivement, dans fon livre de la Genefe :• Quanquam fine pro-duclione temporis faciat Deus cui fub efi çum volet , ipfe tamen naturce temporale motus fuos temporaliter per agunt,ita ergo fortajfe diclum efi , & facla efi vefpera , & faclum efi mane dies unus ficut ratione perf-picitur , ita fieri debere , aut pofie ; non ita ut fit Temporalibus traclibus. Nam , in ipfa ratione , operationem contemplatus efi in fpiritu fanclo qui dixit , qui manet in ater-nuni creàvit omnia fimul. Sed commodifi-fiime in illo libro quafi morarum per inter, va/la faclarum a Deo rerum digefia narra-tio efi, ut ipfa difpofitio qua ab infirmiori-bus animis contemplatione ftabili videri non potçraf per hujufmodi ordinem fermonis ex-pofita quafi ifiis oculis cerneretur. Je crois avoir bien faifi le fens de ce paillage dans la Traduélion fui vante,
- >> Quoique Dieu n’ait pas befôin de >? temps pour agir , puifqu’il peut tout par
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- a34 Nature & les Effets
- n fa rolonté fuprême ; cependant les mou-« vements de la nature demandent une certaine durée. Il y a apparence que c’eft «pour cette raifon qu’il a été dit (par » Moïfe ) le foir & le matin fe pafferent, » & ce fut un jour; comme on conçoit par » la raifon que cela peut ou doit fe faire, » non pas que cela foit arrivé dans une » fucceffion de temps ; car c’eft par l’infpi-n ration du S. Efprit qu’il a été dit : 1*1i-r> ternel a créé tout en même-temps ; mais la n Genefe met un intervalle entre les Ou-» vrages du Créateur , pour mettre à la » portée des efprits foibles ce qu’ils n’au-y» roient pu concevoir au premier coup » d’œil. «
- Le même S. Auguftin, dans fon quatrième Livre fur la Genefe , a la lettre, dit que les fix jours ne font qu’une allégorie qu’il rapporte à la connoiffance que Dieu a donné aux Anges de la création ; & comme Moïfe divife chaque jour en deux parties, le matin & le foir , S. Auguftin diftingue aufli deux connoiffances dans les Anges , qui répondent au matin & au foir
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- de la narration de Moïfe : l’une eft la connoiflance du Décret de la Création que Dieu leur a fait voir en lui-même ; l’autre eft la connoiflance de l’Ouvrage de Dieu après la création. S. Auguftin appelle la première la connoiflance du matin , & la, fécondé celle du foir. Ainfi ces expreflions ( félon ce Pere ) marquent feulement que la connoiflance de l’Ouvrage de Dieu , dans fon Décret, a précédé celle que les Anges n’ont eu qu’après la création.
- Ce que S. Auguftin dit de plus clair & de plus pofitif fur le même fujet, eft dans le Chapitre trente-troifieme ; voici fon texte : Quid ergo opus erat fex dies tam distincte difpofite que tractari ? Quia fcilicet ii qui pojfunt videre quoi dictum ejt, crea-vit omnia Jimul ; niji cum iis fermo tar-dius incedat, ad id quo eos duçit pervenire non pojfunt.
- » Quelle néceflité y avoit-il donc, dit-il> » de rapporter ces fix jours avec tant d’or-» dre ? C'eft que pour ceux qui ne peu-» vent concevoir que Dieu a tout fait dans n le même inftant, il faut, fe. fervir. d’un®
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- La Nature & les Effets » route plus longue pour le leur faire en-» tendre. «
- Ce grand Saint, que l’Églife regarde comme une de fes principales lumières , explique encore plus clairement la narration des fix jours dans un fens allégorique , dans fon Livre de la Cité de Dieu, Chapitre dix-feptiemé.
- Il paroît donc très-clair que S. Auguf-tin a penfé que Dieu a tout créé dans le même moment, & qu’on doit, félon fon opinion , entendre la narration de Moi'fe dans un fens allégorique, lorfqu’il parle de l’Ouvrage de fix jours. Cette opinion eft la même que celle que foutient le favant Procôpe dans ce qu’il écrit fur la Genefe. C’eft celle de S. Athanafe, qui s’explique & dit qu’il faut croire à la lettre ce paf-fage , qui manet in ceternum creavit omnia fimul. C’eft l’opinion décidée d’Origene, dans fa fixieme Lettre contre Celfe ; c’eft auffi celle de Phylon , dans fon ouvrage de Mundi Opijicio. Il s’explique encore plus fortement fur le même fujet dans fon Traité de Allegoriarum interprétation,
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- La Genefe ne s’explique point fur la durée du temps qui a pu être compris dans ce qu’elle nomme les lix joprs; comment oferion^-nous évaluer la durée de ce temps, à fix jours ordinaires dé vingt-quatre heures , puifque le texte nous dit que le Soleil ne fut créé que le quatrième jour, & que la feule rotation diumale de la Terre peut apprécier la durée d’un jour de vingt-quatre heures ?
- Nous favons , & nous croyons fermement qu’au commencement le Ciel , la Terre & les eaux,qui dépendent delà Terre, furent créés enfemble. Cette expreffion des faintes Écritures , l’efprit de Dieu étoit porté fur les eaux, comme un grand vent ou un fouffle, que plufieurs des Saint9 Peres ont interprétée comme un fouffle qui les préparait à la fécondité, ne femble-t-elle pas annoncer que Dieu ayant créé les germes de toutes chofes dès le premier moment que le Décret de la Création s’accomplit , il laiffa agir les caufes fécondés qui dévoient accomplir l’ordre de l’enchaînement de fes Décrets, & que ce pût
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- 138 La Nature & les Effets être par degrés que la matière fe prépara à pouvoir développer, faire éclore & nourrir les Êtres organifés , dont l’organifme particulier étoit fait dès le premier inftant qui donna naiffance à l’Univers ? Il eft dit que Dieu tira les corps organifés du limon de la Terre & des eaux de la mer : voilà des vérités fondamentales, dont nous ne pouvons nous écarter fans erreur ; mais fans errer, n’eft-il pas permis & poflible d’expliquer ce Texte, qui ne nous a été révélé que pour nous inftruire de la Création de l’Univers, de la grandeur des Ouvrages de Dieu , de fa prévoyance, de fa bonté, & pour enflammer nos cœurs de l’amour & de la reconnoiflance que nous lui devons ?
- Moïfe nous a fuflifamment inftruits en nous rapportant des faits vrais, & tout ce qui pouvbit infpirer à l’homme la crainte & l’amour pour fon Créateur ; mais nul paffage de fon Texte ni des faintes Écritures ne nous interdit l’examen de l’ordre que ces faits peuvent avoir eu entr’eux dans les premiers temps : il paroît même
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- du Fluide électrique. 139 qu’après la Création univerfelle , le premier inftant oii la lumière fut, à la voix de fon Créateur , fut le même inftant où le mouvement fut imprimé à la matière vive, qui commença à mouvoir la matière morte, & à faire tourner les Soleils fur leurs axes, puifque la matière vive eft la matière même de la lumière. J’ai déjà dit que nous ne pouvons fans témérité évaluer les trois jours qui précédèrent celui où le globe du Soleil commença à éclairer la Terre à des jours ordinaires de vingt-quatre heures. Que favons-nous de la durée du temps qui s’eft écoulé entre le commencement où Dieu créa le Ciel & la Terre, & celui où là iùperficie de notre globe fut defféchée, en allez grande partie , pour être habitée par les animaux ? Que favons-nous, dis-je, fi cette durée n’eft point celle de trois grandes périodes céleftes ? Je crois donc que , fans une témérité coupable, l’on peut efiayer de faire correfpondre aux faits, que nous devons croire , l’ordre phyfique qui peut expliquer avec le plus de fimplicité comment ces faits ont pu fe fuccéder : mes
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- I40 La Nature Ù les Effets motifs font purs, ma foumiflion eft entière , je n’écris que d’après les paflages des faints Peres que j’ai rapportés , & qu’a-près avoir confulté des Théologiens éclairés.
- Le moment où l’Éternel dit que la lumière foit, elle fut, & ce fut par confé-quent le moment où la matière vive fut en mouvement ; Moïfe ne place la Création du Soleil que le quatrième jour /parce que ce fut celui peut-être où cet aftre commença à luire pour la Terre, qui jufqu’a-lors étoit reftée enfevelie fous les eaux.
- Dans les trois jours ou grandes périodes précédentes, la maffe de la Terre en fù-fion, après avoir été élancée avec les autres planètes de la malle du Soleil, n’a pu fe condenfer que dans un temps fort long : il fe fera d’abord formé un noyau de la matière la plus denfe & la plus homogène , qui fe fera figée la première*
- La force centrifuge que la rotation de ce noyau lui aura donné, & la force jail-liflante de la matière vive dont ce noyau devoit alors être pénétré ; ces deux forces vives
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- du Fluide électrique. a.41
- vives réunies auront élancé au loin en fco*-ries èeumeufes les parties qui n’auront pu Te lier & faire corps av.ec le noyau, corn-* me étant hétérogènes en partie à fa maffe. Ces fcories. élancées en tous fens, par un foyer d’a&ivité roulant fur lui-même, & duquel par conféquent les rayons dévoient être égaux ; ces fcories doivent. avoir été élancées à une même diftance , oh elles auront commencé à fe figer , à s’affaifier fur elles-mêmes & à fe lier en voûte. Cette voûte fera devenue fucceffivement plus épaiffe & plus liée par le refroidiflement des matières qui fe. feront affaifées & liées à cette voûte : cette croûte par conféquent doit avoir plufieurs couches différentes. Les couches intérieures fe feront compofées des matières les plus péfantes,& dans un ordre fueceflif de fcories plus fpongieufes. Les dernieres couches, les plus près de la, fuperficie, doivent s’être formées par des matières plus hômogenes, & par des dépôts fucceffifs qui ont form^.des couches parallèles & horizontales.
- C’eft ainfii que je foupçonne que le globe
- Tome II. Q
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- 2.^,1 La Nature & Us Effets de la terre a pu commencer à fe former comme un vrai géode. Nous trouvons dans les géodes, en les caftant, un noyau folide & une cavité confidérable pour leur grof-feur, entre ce noyau & fon enveloppe extérieure. La comparaifon en eft d’autant plus frappante qu’on trouve dans tous les géodes un noyau compofé d’une matière plus pure , plus dure & plus homogène que celle de la croûte qui le renferme. Tous les géodes que nous trouvons paroif-fent avoir été dans un état de fufion. L’action du feu fe fait reconnoître dans la pierre d’aigle & dans beaucoup d’agathes, plus ou moins pures , comprenant tous les filex dans cette efpece. Je fuis, dans cette opinion , celle du célébré Halley , & j’avoue que bien des faits me paroiflent la rendre probable.
- Il eft facile de préfumer que dans l’élancement des matières qui ont formé la croûte de ce géode, quelques-unes peuvent avoir été élancées avec plus de force les unes que les autres , & retombant fur des couches déjà durcies, elles y auront for-
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- âti Fluide électrique* 2,4,3 né des inégalités & des afpérités : les coures qui auront fuccédé fe feront appliquées Jlratum fuper ftratum* Sur ces inégalités , & à mefure qu’elles auront élevé la rotalité des couches de cette croûte, elles «iront élevé de même les afpérités qui do-minoient fur les couches inférieures ; & c’eft ainfi que les chaînes de montagnes ont pu fe former.
- L’expérience nous montre que lorfque la lave coule en bouillonnant d’un volcan, & qu’elle n’eft plus entraînée par une pente , elle s’étend tant qu’elle ett liquide fur les terrains propres à la contenir ; lorf-qu’elle conferve allez de chaleur pour bouillonner, il s’élève des inégalités & des foufflures à fa furfaGe. Si quelque temps après que ces inégalités font figées , uû nouveau torrent de lave ou de cendres liées par du fôufre vient à couler fur cette lave figée , & à s’y dépofer , cette nouvelle matière prendra la forme de la première, & les anciennes élévations du lit de la première lave augmenteront en raifon de l’addition des parties nou-
- Q *
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- 144 La Nature & les Effets velles qui fe Gratifieront fur elles,
- . C’eft ainfi que les arêtes & les noyaux des grandes chaînes de montagnes ont dû fe former. Ce que'nous voyons arriver en petit dans les laves du Véfuve & de l’Æth-na, ce qu’on a vu arriver dans l’élévation de la petite ifle de Santorin, & dans celle qui s’eft élevée dans les Açores , nous prouve ce que la Nature peut avoir exécuté en grand, lorfque le globe de la terre ne commençoit encore qu’à fe figer & fe condenfer. Ces grandes chaînes de montagnes peuvent être regardées comme primitives ^participant à la première texture de la croûte de la terre ; toutes les couches fucceffives formées par des dépôts qui auront diminué de denfité, auront recouvert tous les noyaux de ces montagnes premières, & en auront rempli plus ou moins les intervalles. On peut même ob-ferver, à l’appui de cette opinion, que toutes les fois que le travail des hommes ou quelque tremblement de terre a procuré une entrée dans l’intérieur de ces chaînes de montagnes , on les a trouvé percées de
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- du Fluide électrique. 244 cavernes immenfes. L’affaiffement d’un grand nombre de ces montagnes, la prompte communication des tremblements de terre le long de l’arête de ces montagnes, font-de nouvelles preuves de cavités immenfes que les bafes de ces montagnes renferment.
- La quantité immenfe de fcories, de laves & de vitrifications qu’on trouve dans toutes les grandes chaînes de montagnes, démontre, ainfi que nous l’avons déjà dit' dans les Chapitres précédents, que toutes ces chaînes ont effuyé l’aéHon du feu ; mais comme il ne relie aucune tradition qu’elles aient eu des volcans , on pourroit foup-çonner que quelques-unes de ces montagnes doivent ces matières vitrifiées au premier embrafement général, c’elt-à-dire à la fufion générale du globe.
- De toutes les matières que la force jail-lilfante de la terre élança dans ces premiers temps, les globules cryftallins, en raifon de leur ténuité & de leur mobilité, fe feront affaiffés les derniers, ils auront alors formé ce liquide nommé eau , dans lequel les fels volatils & les foufres exhaltés fe fe-
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- 146 La Nature & les Effets ront affaiffés à leur tour : la mafle totale de ces matières , mêlées intimement , aura formé, fur la furface du globe, une couche très-épaifle. On ne peut évaluer au jufte cette épailfeur; mais il eft bien vraifembla-ble , comme le dit l’illuftre Buffon, qu’elle doit avoir égalé la hauteur de plufieurs chaînes de montagnes , puifque des bancs horizontaux , pleins de corps marins, prouvent que les eaux ont formé fucçeflivement ces dépôts.
- L’examen que nous pouvons faire de la texture de la croûte de la terre , & de celle des montagnes , répond à l’idée que je viens d’en donner j & fi ç’eft en effet ainfi que la croûte de la terre s’eft formée, il a fallu un temps bien long pour cette opération : ce qui correfpond au Texte faint, qui dit au commencement, Dieu créa le Ciel & la Terre, & plus bas les eaux cou-vroient fa furface.
- Ce fut donc alors que l’Efprit de Dieu fut porté fur les eaux, & qu’il les préparait à la fécondité & à la produétion des végétaux & des êtres qui n’habitent point dans leur fein.
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- du Fluide électrique. 147
- Selon le paflage du Texte facré, qui dit, VÉternel créa toutes chofes enfemble , rien n’implique contradiction' à préfumer que les parties du globe les plutôt préparées pour nourrir les efpeces qui dévoient les habiter, furent peuplées les premières ; mais ce ne fut, fans doute, que lorfque la croûte de la terre commença à fe refroidir ; car les eaux durent bouillonner longtemps fur la furface de cette croûte.
- C’eût alors que les fcories de la furface durent fe brifer, s’atténuer & fe réduire en fable fin & enTels fixes.
- Les cavités de la croûte fe remplirent en partie du liquide aqueux. D’autres cavités fe remplirent de différents foufres ou bitumes , & formèrent ces grandes maffes de charbons de terre & d’autres fubftances fulfureufes. Le tout enfemble fe refroidit par degrés , l’eau fe mit de niveau avec elle-même dans tous les réceptacles propres à la raffembler ; & dès qu’elle n’eut plus que le degré de chaleur propre aux efpeces d’animaux & d’infeétes qu’elle nourrit, leurs germes créés & organifés dès
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- 2.48 La Nature & les Effets l’inftant de l’accompliffement du Décret, fe développèrent , & les eaux commencèrent à être habitées par des êtres vivants.
- Quand je dis que c’eft vraifemblable-ment lorfc[ue tout le globe de la terré étoit enveloppé fous une couche d’eau très-élevée * & lorfque l’Efprit de Dieu porté fur les eaux'préparait la Terre à devenir féconde î quand je préfume, dis-je, que dès-lors les eaux furent habitées , voici les fortes raifons & les preuves phyfiques qui me le font préfumer.
- Premièrement, il eft fiir que la terre n’a pu produire ni être habitée tant que fa fur-face n’a pas été découverte.
- Secondement , l’obfervation exaéte de toutes les montagnes ordinaires & de leurs profondes vallées , fait voir & prouve qu’elles font compofées de couches horizontales qui forment des bancs égaux dans leur épaifleur, & à péu près homogènes dans leur compofition.
- Troifiémement, en examinant le cours des vallées qui fe communiquent dans leur longueuf » on eft entraîné à croire que M.
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- du Fluide électrique. 149 de Bourguet a pleinement raifon , & que ces vallées font autant de lits que les grands courants d’eau ont creufés : les angles cor-refpondants des montagnes qui bordent çes vallées en font une preuve fi frappante qu’il éft impoffible de la rejetter.
- Quatrièmement , fi l’on monte fur le fommet d’une des montagnes les plus élevées,, dans un pays montagneux, comme je l’ai obfervé moi-même dans les Alpes, l’Apennin, les Vofges & fur le mont Cé-nis : qu’on obferve du haut de ce fommet celui des montagnes inférieures, on verra que ces fommets forment des efpeces d’ondes qui décrivent vers l’horizon une courbe qui leur eft commune.
- Mais ce qui prouve le plus invinciblement que les eaux ont été habitées dès qu’elles ont pu l’être , & long-temps avant que la terre fût découverte, c’efl: la pro-digieufe quantité de corps marins de toute efpece qu’on trouve dans les montagnes ; ce font des bancs entiers de coquillages qui fe trouvent fur leurs flancs , fur leur bafe, & fouvent à plufieurs étages les uns
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- afo La Nature & les Effets au-deflus des autres ; ce font des bancs de même efpece , d’une étendue immenfe & d’une grande épaifleur, qu’on trouve en des Provinces très-élevées au-deflus du niveau des mers les plus voifines. , .
- Il eft impoffible de rapporter au déluge des amas aufli confldérables, aufli uniformes , & formés paifiblement par des dépôts fucceflifs.
- Le déluge n’a duré que cent foixante jours, & en moins d’un an les eaux furent toutes retirées. On peut, porter jufqu’à la démonftration les preuves de la fupério-rité d’antiquité de ces amas de coquillages fur le déluge.
- Rien n’eft plus commun que de trouver fur le fommet & fur les flancs des montagnes ordinaires de très-gros madrépores de différentes efpeces, tenant encore à leur bafe & aflez bien confervés pour qu’on reconnoifle la texture & la fabrique de ces efpeces de ruches pierreufes bâties par les infeéles marins. J’en ai eu du poids de cent livres, & j’en connois plufieurs en place qui doivent pefer plufieurs quintaux;
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- da Fluide électrique. 151 les uns font étoilés, les autres font de l’ef-pece qu’on nomme cerveau humain (1), par ia reflemblance avec la fubftance corticale. Lorfque la dure-mere eft enlevée, on a beaucoup de peine à les détacher de leurs bafes,qui tiennent prefque toujours à des bancs de pierre calcinable : on n’en peut même avoir que des fragments , à grands coups de pic, lorfqu’ils font d’une certaine grofleur.
- Lorfqu’on trouve ces gros madrépores dans une pareille pofition, on eft forcé de conclure qu’ils ont été bâtis par les poli-pes marins, dans la même place où on les trouve ; premièrement, parce que , quand même l’agitation des eaux du déluge au-roit été alfez violente pour déraciner de pareilles mafles, leur pefanteur fpécifique
- (1) tes montagnes de lorraine font couvertes de ces fortes de madrépores , fur-tout depuis Neuf-Château jufqu’à Vaudemont. La lorraine eft un des pays où les corps marips fe trouvent le mieux copfervés, la plupart ayant encore une grande partie de leur gluten naturel qui lie la texture de leur reft i 8r ç’eft auffi ce qui fait que la Lorraine parole avoir plus de corps marins que d’autres pays : mais cette différence apparente ne vient que de ce que ces mêmes corps marins font détruits & fondus dans ces derniers pays, où 1* feu! Naturalifte peut encore en reconnottre quelques fragments.
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- ifi La Nature & les Effets les aurait retenues à fond ; & quand môme les eaux auraient arraché & roulé cés madrépotes, elles n’auroient jamais pu les élever, les mettre à flot & les porter fur le fommet d’une montagne. Secondement , nous trouvons ces madrépores enracinés avec leurs bafes : nous devons donc eh conclure néceffairement, en les trouvant dans leur pofition naturelle , & tels que nous pouvons les voir fur les bas fonds 'y près des ifles Antilles & des Maldives ; nous devons , dis-je , conclure que ces greffes ruches pierreufes ont été bâties par les infeéles marins fur le fommet de ces montagnes, tandis que la terre étoit enveloppée fous les eaux, & dans un temps très-antérieur à celui du déluge , puifqu’il ferait impoflible que , pendant les cent foixante jours que dura la fubmerfion du fommet des montagnes, par les eaux diluviennes , les infe'étes marins euffent pii bâtir des maffes auflt greffes & auffi foli-des, une génération houvelle de polipes marins n’augmentant ces madrépores que de deux pouces au plus de hauteur dans
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- du Fluide électrique. 2,53 le courant d’une année. Ainfi nous fomrties forcés de convenir, d’après une démonftra-tion de cette force, que les gros madrépores enracinés que nous trouvons fur le fommet des montagnes , y ont été bâtis dans les temps où la Genefe nous enfeigne que la terre étoit couverte par les eaux, &que lorfque cesieaux fe font retirées, ces corps folides & pierreux font demeurés à fec.
- Cela ne contredit en rien les effets fub-féquents qui peuvent avoir été produits par le déluge. Je dis plus , outre la foi que nous devons à cet événement terrible , écrit dans le Texte facré, & dont la tradition s’eft tranfmife à prefque toutes les Nations , nous en avons de plus des preuves phyfiques très-convaincantes ; car il eft très-probable que ce font les grands courants des eaux du déluge qui ont fil-lonné la plus grande partie des grands bancs horizontaux homogènes , lefquels avoient été formés par les dépôts des premières eaux qui avoient enveloppé le glo*
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- »54 Ea Nature 6 tes Effets
- be de la terre. Il eft même très-vraifem-
- blable que ce font ces grands courants
- ___u___a io
- ne changé l’ancienne furface
- de la terre. Ils ont pu amonceler des terres & féparer des portions de la grande mer , telle que la mer Cafpiénne. Ils ont vraifemblablement ouvert des détroits tels que ceux de Gibraltar , de la Manche, & ceux qui féparent l’Irlande, les Hébrides & les Orcades de la Grande-Bretagne.
- J’ài examiné avec beaucoup de foin les falaifes de l’Angleterre, près de Douvres, lefquelles font correfpondantes avec les pointes du Grinez & du Blanez , des côtes du Boulonnois , qui font oppofées à celles de Douvres , & qui n’en font diftantes, dans le point le plus proche, que de cinq lieues & demie. Les falaifes de l’un & l’autre côté du détroit font abfolument de même nature & compofées en partie d’une pierre blanche & crayonneufe , qui fait paraître ces falaifes alfez blanches dans l’éloignement pour avoir fait donner le nom d’Albion à la Grande-Bretagne, par
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- du Fluide électrique. 2,55 les anciens Géographes. (1) Les fillon-nements formés par les eaux du déluge font faciles à reconnoître, & la plupart des lits des rivières paroiffent avoir été formés par ces courants; mais, je le répété, ce ne peut point abfolument être l’effet des eaux du déluge qui a formé les grands bancs horizontaux & uniformes que l’on trouve ftratifiés les uns fur les autres, & fouvent jufqu’à la plus grande profondeur où l’on puiffe percer la terre. On voit dans ces bancs un dépôt qui s’eft formé peu à peu par lames , & le peu de montagnes que nous pouvons trouver compofées de matières hétérogènes & en défordre , font celles qu’on peut foupçonner avoir été fracaffées par des tremblements de terre, ou amoncelées par les eaux du déluge , ou bien encore , formées par les écoulements des montagnes fupérieures, qui en
- (1) Un Hollandois très-éclairé , qui a demeuré pendant deux ans dans 1’ifle de Ceylan , m’a dit avoir obfervé plufieurs fois qne les falaifes de cette grande & belle Ifle, étoient du côté du Cap Como-rin , abfolument de même nature que celles du Cap , dont rifle parolt avoir été détachée. Le détroit entre le Cap & l’Ifle, ell même relié fi peu profond & fi fali par de petits écueils, qu'un biri-ment de deux cents tonneaux n'oie hafarder d’y palfer.
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- i La Nature Ù tes Effets
- ont formé d’autres du fécond ordre, qu’on
- pourroit nommer montagnes parafités.
- Tout ce qui porte l’empreinte de la régularité dans les dépôts ; par-tout oii l’on trouve les corps marins en grande quantité , dépofés avec ordre & d’une façon uniforme , on doit rapporter ces dépôts aux premiers temps. Il paroît même que dans l’arrangement & la fuite des caufes fécondés , il falloit un temps très-long pour qu’une grande, quantité de matière morte devînt propre à la produ&ion & à la nutrition des végétaux, & par confé-quent aux animaux qui s’en nourrilfent ; car la matière morte vitrefcible n’eût rien produit ; & il falloit qu’elle fût mêlée avec le limon que les eaux dépofent à la longue & avec les détriments des corps marins, pour devenir végétable & difpofée à produire.
- Il eft bien facile d’obferver que, quel-qu’abondante que nous paroifle la matière calcinable dans les premières couches de la terre, où l’on en a troiivé quelquefois jufqu’à trois & quatre cents pieds de profondeur,
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- du Fluide électrique. 8,57 fondeur, on ne doit point en être furpris, fi l’on obferve aufli combien un feul coquillage peut multiplier fon efpece par la prodigieule quantité d’œufs qu’il répand.
- Ne voyons-nous pas avec quelle abondance & quelle promptitude quatre pieds d’épaifleur d’huîtres arrachées de leur banc fe reprodüifent ; les réfervoirs faélices à moules fe réparent de même : & cette ob-fervation deviendra bien plus frappante, fi l’on obferve à quel point les Coraîîoïdes & les madrépores augmentent & s’accumulent. La grande ifle de S. Domingue, la Martinique , les ifles Antilles , n’ont point d’autrês bafes que les corps marins accumulés.
- Qu’on examine bien le fommet de nos montagnes de la moyenne grandeur, dès qu’on y trouvera de greffes mafles ifolées de pierre calcinable, ôn trouvera dans ces mafles des lignes certains que ce font des coralloïdes & des madrépores pétrifiés ou plutôt aterris j car toute pétrification pof-fible du genre calcinable , toutes les marnes , les marbres , les craies & les diffé-Tome IL R
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- a, 5 8 La Nature & tes Effets rentes pierres de taille prifes au banc, doivent originairement prefque toute la matière dont elles font compofées aux détriments des corps marins : & c’eft même à ces détriments que la terre graveleufe & une grande partie de la terre végétable doit les parties qui la rendent propre à produire.
- L’ifle de Malte paroît avoir été formée en entier par des madrépores & des corps marins accumulés. Quand un Maltois veut faire un nouveau jardin, il en creufe les planches à coups de pic, il broie la pierre blanche & tendre qu’il tire de ces trous, & cette matière brifée & mêlée avec un cinquième au plus de terre noire que les vaifleaux de Malte rapportent en left au retour de leurs voyages, devient la terre la plus fertile powtoutes fortes de végé-
- A mefure que la croûte de la terre augmenta dans les premiers temps par des dépôts fucceflifs , & que les cavités im-menfes de cette croûte fe refroidirent, les eaux s’y abforberent & diminuèrent de
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- du Fluide électrique. 2,59 hauteur î une grande partie de ces eaux s’épaiffit en limon , & ce limon fe mêla avec Celui qui fut produit par les Tels, les foufres greffiers, & même par des particules métalliques. Ce mélange, en s’épaif-fiflant & fe précipitant au fond des eaux, forma les bancs horizontaux que nous voyons ; une grande quantité de ces eaux fe condenfa & forma les argiles : & c’eft encore ici l’analogie la plus frappante entre les globules de l’eau & le cryftal ; car de même que le cryftal le plus pur étant calciné & réduit en poudre formera , à la longue, un dépôt d’argile dans un bocal plein d’eau & à couvert des injures de l’air, de même l’eau de pluie diftillée , & par conféquent très-pure, étant renfermée dans un .vafe fermé hermétiquement, dépo-fera , au bout de quelques années, une terre greffe & argileufe. Qu’on varie, qu’on multiplie les expériences qui peuvent fervir à prouver que l’eau s’aterrit, & à prouver la (imilitude de fes particules conftituan-tes avec celles du cryftal, j’ofe dire qu’on trouvera de plus en plus que mon opinion
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- i6o La Nature & les Effets
- fur la réalité de ces deux faits eft plus que
- probable.
- La glace eft tranfparente comme le cryf-tal: que l’on broie l’un & l’autre corps il réfultera de tous les deux une matière blanche, très-reflemblante , & qui réfléchira de même les rayons de la lumière. Il faudra à l’une & l’autre matière l’aâion plus ou moins violente du feu pour les remettre dans leur état naturel ; car la pouf-fiere de glace ne pourra fe réunir en glace fans avoir été fondue par l’aélion du feu, qui peut feul alors lui rendre fa diapha-néité.
- Malgré l’augmentation fenfible de la matière calcinable & végétable , dont la première fût due au limon de l’eau & aux détriments des corps marins , nous avons cependant des preuves palpables que cette matière calcinable n’eft pas comme un à quatre mille & plus, avec la matière vi-trefcible, & tout nous amene à préfumer qu’un corps aufli abondant que l’eft l’eau fur la furface de la terre, dans fes entrailles & dans tous les corps vivants & végé-
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- du Fluide électrique. ±61
- tants ; que ce corps , dis-je, ne peut être qu’un réfidu, qu’une atténuation de celle des deux matières qui eft la plus abondante dans la texture du globe. Que l’on obferve tous les phénomènes de l’eau , ils correfpondront tous à cette même idée.
- Que l’eau foit mêlée de particules hétérogènes & pefantes, elles fe dépoferont à la longue ; qu’elle foit mêlée de particules fulphureufes, elles s’élèveront àfafurface; qu’elle foit chargée de fels, elle s’en fépa-fera & ces fels fe raflembïeront en' cryf-taux. L’eau renfermée dans des tonneaux dilTout les fels végétaux du bois & commence par fe corrompre ; mais bientôt ces matières hétérogènes fermentent, l’eau s’épure & redevient plus limpide que jamais. Je ne vois pas pourquoi l’on fe re-fuferoit à l’idée que des globules de cryf-tal infiniment petits puiflent auffi fe raréfier & fe dilater en vapeur, puifque le mercure , fi fupérieur au cryftal en denfité fpé-cifique , s’y réduit fi facilement. On conviendra qu’il falloit une matière bien pure, bien tenue & bien mobile pour fervir de
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- ldi La Nature & les Effets véhicule à la matière morte , qui pût la pénétrer & la lier, qui pût la rendre molle, fraîche, flexible, & qui pût s’infinuer dans les couloirs les plus déliés des animaux & des plantes*
- Analyfons toute efpece de matière dont les globules ou plutêt les particules infiniment petites puiflent compofer un pareil véhicule : la terre Ample n’auroit point allez de mobilité, les fels déchireraient les couloirs des animaux & des plantes, les foufres les brûleroient ou les rendroient inflexibles ; le cryftal feul paroît être la matière qui n’a aucun inconvénient & qui peut compofer le véhicule nécefiaire , les globules infi pides &mobiles du cryftal étant également propres à rouler dans les canaux les plus déliés & à rafraîchir toute efpece de furfaee en s’y appliquant.
- Non-feulement l’eau montre Ion analogie avec le cryftal, par fa forte adhérence avec ce corps, mais auffi par la forme globuleufe qu’elle prend. Qu’on obferve avec quelle promptitude une goutte de pluie fine s’arrondit fur une furfaee .qui ne
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- du Fluide électrique. 163 l’abforbe pas ; qu’on obferve meme dans les arteres des animaux quelle eft la forme du liquide que ces arteres charient : on trouve par-tout une figure globuleufe, & ces globules , foitpar une plus grande preflion, foit par une augmentation de mouvement, {e fubdivifent de plus en plus en de nouveaux globules. Si l’on yeut obferver auffi toute efpece de cryftal que la fufion rendra liquide, on le verra prendre une forme globuleufe, la larme de verre qui pend au bout du tuyau de fer avec lequel on la retire du pot de verrerie , s’arrondira & prendra abfolument la même figure que la larme d’eau. L’une & l’autre matière ont la même adhérence entre leurs parties fi-milaires, & l’une & l’autre âu même degré de chaleur adhèrent fortement enfemble, dès qu’elles fe touchent.
- En un mot, une infinité d’analogies m’entraînent à préfumer que l’eau n’eft qu’un alfemblage de globules formés de la portion la plus pure, la plus dure & la plus homogène de la matière morte , & que cette portion eft extraite de la matière la -, R 4
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- a54 La Nature & les Effets
- plus générale du globe & la plus dénuée
- de Tels, de foufres & de feu élémentaire.
- C’eft par cette raifon que, de tous les corps poffibles , l’eau eft celui qui réfifte moins à la pénétration du Fluide éleétri-que, celui qui le retient le moins , & par conféquent celui qui le tranfmet avec, le plus de facilité : mais l’eau fe trouve dans l’état de glace, elle devient alors plus électrique , les globules cryftallins ayant per' du leur mobilité. Aulü voyons-nous deux morçeauxde glace frappés l’un contre l’autre donner du feu , & la glace devient quelquefois lumineufe dans le fond des mers du Nord, lorfqu’elle eft élevée en pyramides très-élevées, telles que celles du détroit de Waigats.
- Tous les nuages chargés d’eau font toujours plus ou moins électriques , parce que tous contiennent plus ou moins de parties fulphureufes & volatiles , qui s’y font élevées avec les globules aqueux ; c’eft ce qui fait qu’ils oppofent à la force jaillif-fante de Péleétricité terreftre une réfiftançe qui les foutientàplus ou moins de hauteur.
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- du Fluide électrique.
- Si deux vents contraires & modérés preflent plufieurs de ces nuages les uns contre les autres , ces nuages augmentent de denfité , ils fe pénètrent, & lorfqu’ils renferment peu d’Éle&ricité , ils ne peuvent plus fe foutenir & fe réfolvent en pluie.
- Mais fi des vents rapides les preflent & les réunifient précipitamment les uns contre les autres , comme il arrive fou-vent à l’approche du fommet d’une ou de plufieurs montagnes, alors il tombe fu-bitement des déluges d’eau en colonne , qui font des ravages affreux dans unefpace très-peu étendu, & c’eft-là ce qu’on peut nommer des trombes de terre. Cet accident eft très - commun dans le Nord de l’Allemagne : on l’a vu arriver en 1750 fur les bords de la Mofelle : la petite ville de Sierkc fut inondée fubitement par des torrents d’eau qui fe précipitèrent tout à coup de trois montagnes qui la dominent, quoiqu’il ne plut point & qu’il ne fut pas tombé une goutte d’eau dans ce canton depuis plufieurs jours. L’inondation fut
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- a66 la Nature & les Effets aflez fubite pour élever l’eau à vingt-deux pieds dans la grande rue de Sierkc. Cette colonne d’eau renverfa bientôt tout un côté dés maifons, dont elle entraîna les débris dans la Mofelle, & ces débris, portés avec violence contre un pont de pierre bâti au-deflous de Sierkc, le renverferent. L’inondation vint, en cinq minutes de temps, jufqu’à la hauteur de vingt-deux pieds , & en moins de trente minutes elle fut écoulée.
- Ce phénomène, arrivé fans orage, prouve que plufieurs nuages qui s’étoient foute-nus jufqu’alors par une force jailliflante terreftre fuffifante, fe preflerent, fe pénétrèrent & fe condenferent mutuellement au point de vaincre cette force, & ils fe précipitèrent en malles fur les trois collines que les Habitants virent alors couvertes d’un nuage obfcur, fans fe douter de l’accident funefte que ce nuage leur pré-paroit. Vingt-fept Habitants périrent : un enfant fut retrouvé vivant, dans fon berceau , à quatre lieues au-defious du pont emporté. J’allai à Sierck le lendemain
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- du Fluide électrique.- i6j de cet accident, tout me convainquit qu’il avoit eu pour caufe une efpece de trombe de terre.
- Aucun corps grave ne peut s’élever contre la loi commune à toute la matière morte & inerte : l’eau ne différé en rien de cette matière morte , dont elle fait partie ; & fi fes molécules globuleufes font un vrai cryftal, comme je le préfume , ces molécules ne peuvent être défunies, raréfiées & enlevées que par un feu quelconque , dont le principe moteur s’élevant félon fa tendance naturelle, les porte & les éleve dans l’atmofphere en les défunif-fant de plus en plus ; & c’eft ainfi que s’opère toute efpece d’évaporation.
- Ce n’eft ni ce ne peut être par une at-traélion que les rayons du foleil excitent ces évaporations : comment attireroient-ils, puifqu’eux-mêmes ils font attirés par la terre en apparence ? M. de Mairan a prouvé que les rayons folaires commencent à converger & à fe rapprocher du- paral-lélifme à foixante mille lieues de l’hémif-phere de la terre, qu’ils doivent frapper
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- 2,68 La Nature S les Effets & embraffer, c’eft-à-dire à celle de quarante demi diamètres de notre globe. Cela doit être , puifque nous voyons par l’expérience que tous les corps 'qui n’ont que très-peu d’Éleélricité femblent attirer l’É-le&ricité du corps très-éle&rifé ; mais cet effet n’eft caufé que par l’équilibre où l’É-le&ricité fe remet fans cefle avec elle-même, & le feu éleârique contenu dans le corps, fortementéleétrifé, doit fe porter vers le corps qui en contient le moins, pour fe mettre en équilibre avec lui : c’eft ce qui fait que plufieurs corps deviennent éleétriques à une diftance d’un globe élec-trifé, où l’on ne foupçonneroit pas qu’ils pulfent le devenir.
- Quant aux nuages fortement éleétrifés, tels que ceux qui contiennent beaucoup de fels volatilifés & de foufres exaltés , comme ils ont une atmofphere éleârique infiniment plus forte que les nuages, qui ne font prefque qu’aqueux, ils fe foutiennent bien plus fortement & plus long-temps , ils peuvent acquérir beaucoup plus de denfité : aufli les voit-on ordinairement
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- du Fluide électrique. z6<) plus fombres , plus épais que les autres, & ifolés. On doit même bien obferver que lorfque ces nuages s’approchent il ne tombe pas une goutte de pluie dans ce premier temps ; ce n’eft que dans le temps que ces nuages éclatent l’un contre l’autre, par de véritables étincelles foudroyantes, que leur éleélricité fe diflipe dans ces ex-plofions répétées : alors on voit ces nuages fe difloudre fubitement, & fondre du haut de l’air en greffes gouttes de pluie. Ceux qui craignent le tonnerre commencent à fe raffurer lorfqu’ils voient cette grolfe pluie, quoique la plupart ignorent quelle eft la bonne raifon qu’ils ont en effet de fe raffurer. Ils le font encore plus lorfque cette pluie devient moins greffe & plus abondante, l’expérience leur ayant appris que cette forte de pluie annonce la fin de l’orage. C’en eft en effet & c’en doit être la fin, la matière inflammable étant dif-fipée, & l’Éle&ricité chargée dans le nuage, comme l’art peut la charger dans une bouteille, s’étant remife en équilibre avec celle qui anime l’air environnant.
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- 470 La Nature & les Effets
- L’accident de la grêle, qui fouvent âC* compagne en été les premières explofions du tonnerre, vient de la quantité de nitre dont quelques grands nuages font quelquefois remplis, & au point même que ce nitre pur & abondant leur communique fa blancheur : la furabondance de ce nitre étant difproportionnée à la moindre quantité de foufre contenu dans ce nuage, ne permet que tout ce nitre éclate que dans les explofions, & ces explofions ne font que le difféminer dans les greffes gouttes de pluie, qu’il fige auffi-tôt & qu’il cryftal-life enfemble.
- La promptitude avec laquelle cet effet arrive ne doit point furprendre, puifque par l’art & au moyen du nitre nous pouvons former un froid fi vif & fi fubit, qu’en deux fécondés il fait baiffer la liqueur d’un bon thermomètre de trente-deux degrés ; & cet effet prouve encore la facilité avec laquelle l’eau reprend fa première forme de cryftal, dès que les pyramides roides & exagones du nitre viennent à remplir fes interftices & leur donner de la folidité.
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- du "Fluide étcclrique. 2.71
- Qü’on obferve toute efpece de glace, elle fera pure & tranfpârente, en raifon de l’eau . dont elle fe fera formée : la plus petite particule hétérogène y formera un nuage. Il en eft de même du cryftal : les petites glaces laiteufes , les nuages, les points obf-curs qu’on y trouve, viennent des matières hétérogènes qui fe font trouvées dans l’eau & dans les fels fubtils qui lui ont donné l’exiftence de cryftal.
- J’ai vu deux groffes pièces de cryftal, l’ùne en Italie , l’autre à Paris , où l’on apperçoit au milieu de leur malfe une cellule dans laquelle une grofle goutte d’eau s’eft confervée. La Nature n’a pu renfermer cette eau fans avoir durci auparavant toutes les couches de cryftal qui enveloppent cette cellule. Il eft vraifemblable que la caufe de ce phénomène eft que les fels fe trouvant épuifés dans la cryftallifation des premières couches , ils n’auront pas fuffi pour cryftallifer ce milieu, où l’eau s’eft confervée pure & dans fon état de liquidité. '
- L’eau dans un vafe ouvert a trop de mo-
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- ayi La Nature & les Effets bilicé pour foutenir un violent degré de feu fans s’évaporer ; mjiis quel degré de chaleur n’acquiert - elle pas dans le digef-teur de Papin ? & la dureté de fes parties ne fe fait-elle pas reconnoître autant que leur ténuité, puifque cette eau pénétré & brife le tiflii des os les plus durs ?
- Si l’on purge d’air un tuyau dans lequel on aura renfermé de l’eau, cette eau aura déjà perdu aflez de fa mobilité pour que, lorfqu’on la fecoue, elle frappe contre le fond de ce tuyau avec aflez de force pour le cafler ; & une balle de marbre n’en frap-peroit pas de plus fecs & de plus fonores.
- On confond, fouvent enfemble les cryf-tallifations & les congélations ; rien n’eft cependant plus différent : non-feulement les cryftallifations font vitrefcibles , & toutes les congélations calcinables , mais aufli leur forme eft abfolument différente : celle des congélations varie à l’infini, les différents fpars, quoique groupés fouvent fur un fond de vrai cryftal, n’y font pas fortement adhérents ; on peut même les calciner fur ce fond de cryftal fans l’altérer. La
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- àù Fluide ile&riqitèi i-73
- figure des (pars dépend de l’efpece des fels métalliques qui les Congele : leur formation eft poftérieure à celle de la vraie couche de CryftâL
- Les ftàlaâités de toute efpece font des Congélations , & il eft à remarquer que l’eau ne fait que eharier les fubftances qui les compofent, fans s’y arrêter & s’y fixer d’une façon fenfible ; ce qui fait que les ftala&îtes ne contiennent jamais dé cryf tal , & c’eft en quoi elles different du gypfe, avec lequel elles ont d’ailleurs quelque relfemblance* Le Naturàliftefàura toujours découvrir dans la ftalaétite la gouttière par où l’eau s’eft écoulée*
- Il n’en eft pas de même du plâtré., matière qui me paroît ri’avoir pas encore été fuffifamment obfervée. 'Toutes les expériences que j’ai faites fur lé plâtre, dans plufieurs carrières différentes j m’ont toujours fait voir, & fur-tout dans les couches tranfpa-renteâ du plâtre, urt mélange de particules de cryftal & de particules pierreufes & calcaires ; c’eft ce qui fait que le plâtre étant cuit devient une efpece de ciment, la Tome II. S
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- 174 La Nature & les Effets partie calcaire s’étant convertie en chaux, & la partie cryftalline étant reliée intaéle & produifant le même effet que le fable produit dans le mortier. Plus j’ai examiné les lits d’une carrière de plâtre, plus je me fuis convaincu que la partie cryflalline qu’on y trouve n’eft autre chofe que Peau qui s’efl infiltrée dans des couches crayon-neufes, où elle eft retournée à fon premier état de cryftal, & je préfume que la plupart des lapidifications en filex doivent leur état préfent aux infiltrations de l’eau qui s’eft fixée & cryftallifée dans les pores & les interftices des corps pétrifiés.
- L’analogie, la fimilitude même que je trouve entre l’eau & le cryftal, me paroifïent fi fortes, que,pour effayer de la rendre auflï frappante pour les autres qu’elle l’eft pour moi, je vais en drefler une Table propre à faire quelqu’impreflion, ou qui le fera du moins à faire excufer mon erreur. Cette Table préfentera, fous le même coup d’œil, la plupart des analogies dont j’ai parlé , jointes à plufieurs autres.
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- du Fluide électrique.
- TABLE
- Des Jimilitudes qui font entre l’Eau & le Cryfial.
- C R Y S T A L.
- Lec
- ! Cryfial purefl compo-fé de particules firailaires.
- Il efl diaphane, Tes pore*; font droits, les rayons folai-res s’y réfraétenr.
- Le Cryfial calciné avec le foufre , & bien ouvert pai la calcination, peut fe ré duire en flegme ; on peur alors le faire évaporer en partie : on peur par la liflil-lation en tirer une eau lim-
- On fait des miroirs ardents de réfraftion avec le Cryfial.
- Toute parcelle de Cryfial devenue liquide par lafufion s’arrondit & devient une petite fphere.
- Le Cryfial efl incompref-fible, & quoiqu’il foit ho-
- E A U.
- 'eau pure efl pareillement compofée de particules limilaires.
- LEau efl diaphane , fes pores font droits, les rayons folaires s’y réfraâent.
- Par une expérience inver-fe, mais analogue , joignez du nirre à de l’eau, qui éprouve déjà Un degré de froid approchant de celui de la congélation , l’Eau fe gele , & dans ce nouvel état elle reflemble au Cryfial ; elle eu a la fragilité & laréfradion.
- On en fait de pareils avec de la glace.
- L’extrême mobilité de Eau prouve que fes parti--eu es conflituantes doivent è re rondes.
- L’Eau efl incomprefïible, une balle tirée contre l’eau,
- s i
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- iqÇ, La Nature & les Effets
- C R Y S T A L. EAU,
- mogene il eft roide, fragile s & a très-peu d’élafticité.
- te Cryftal montre des glaces & des nuage' dans fon intérieur , lorsqu'il n'eft pas pur.
- Un choc quelconque peut brifer le Cryftal , foit en étoile, foit en têlure.
- te Cryftal affe&e la figure pyramidale Sc exagone.
- te Cryftal étant froté devient éleftrique ; étant frappé par un corps dur, il donne du feu.
- Il faut l’addition d’un fel pour faire fufer du Cryftal réduit en poudre, le liquéfier & le cryftallifer de nouveau en malfe.
- Nous voyons que le Cryftal fe forme toujours dans l’Eau, Sc qu'il ne fe cryf-tallife que dans les lieux froids & humides.
- par un angle , depuis vingt jufqu’à trente degrés, s’ap-platit : l’Eau même en état de glace n’a point d’élafti-cité.
- La glace montre des glaces & des nuages lorfqu’elle n’eft pas compofée d’une ” pure.
- La même efpeee de choc ( toutes proportions égales entre les maffes ) fera préci-fément le même effet fur la glace.
- On reconnoît cette même forme dans le givre & dans la neige.
- La glace devient lumineu-fe , & par conféquent électrique ; étant frappée par un corps dur elle donne du feu.
- Avec un fel nitreux on parvient promptement cryftallifer l’Eau en glace : on rend par ce froid artificiel la glace que l’on fait, plus denfe que la glace ordinaire.
- Nous voyons l’Eau fe placer dans une grotte de Franche - Comté , quelque chaleur qu'il y ait dans l’air extérieur , par l’abondance [d’un nitre, qui donne même glace plus de dureté
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- du Fluide
- CR Y S T A L.
- La matière vitrefcible, ou vitrifiée ,ou cryftalline, eft la mariere la plus abondante de celles qui compofent le globe ; elle l’èft au point que toute la matière calcaire prife enfemble n’eft pas à la matière vitrefcible ce qu’un eft à quatre mille.
- Le Cryftal brové & réduit en poudre devient blanc & opaque.
- Pour remettre le Cryftal broyé en mafle, il lui faut un fel & un grand degré d'aâion du feu.
- Le Cryftal s’imprégne d’évaporations fulphureufes & minérales qui le colorent , c’eft ce qui donne la couleur à toutes les pierres précieu-fes ; il n'a pu s’imprégner de ces évaporations que dans fon premier état de liquidité, aucune efpece de diflolvant ne pouvant mordre fur le
- électrique.
- EAU.
- qu'à la glace ordinaire.
- L’eau eft fi abondante qu'elle eft plus que comme quatre raille à un, en proportion avec toute la matière calcinable. Cette matière pure & tranfparente de l’Eau, ne peut être un extrait de la mariere calcinable & opaque j il faut donc qu’elle foit un extrait de la matière la plus abondante, la plus pure & la plus diaphane.
- La glace broyée 6c réduite en poudre devient blanche & opaque.
- Pour remettre la glace broyée en mafle, il lui faut d'abord le degré fuffifant de feu pour la rendre liquide, & un froid artificiel pour la placer, fi celui de l’air ne fuf-
- L’Eau s’iropregne de même d’évaporations fulphureufes & métalliques , ce qui leur donne différentes propriétés , & qui les colorent félon leur nature. Il y a des eaux bleuâtres, qui confervent cette couleur étant dans l’état de glace ; ce ffont celles qui font chargées
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- iy8 La Nature
- C R Y S T A L.
- Cryftal dans fon état par-fait.
- Le Cryftal broyé le pl is pur, lorfqu'on le laide deux ou trois ans immergé dans l’eau fe convertit en partie en argile.
- Boot & plufieurs--autres Chimiftes, font parvenus à changer le Cryftal en un liquide.
- Le Cryftal s’imprégne d’évaporations fulfureufes &• minérales qui le colorent, & c’eft ce qui donne la couleur aux pierres précieufes & même aux diamants.
- les "Effets
- E AU.
- de cuivre , qui corrodent le 1er & femblent le changer en cuivre.
- L’Eau renfermée le même temps dans un bocal exa&e-r ment fermé y dépofe un dédiaient argileux Çt), & cette Eau pefe de moins le poids de cet argile , qu’on peut après cryuallifer .très-facilement.
- L’Eau qui féjourne longtemps dans des cavités froides , ou s’y convertit en Cryftal, ou y depofe de l’argile; cette obfervation. dont la première partie eft inverfe à l'opération de Boot , lui eft cependant très-analogue, L'Eau s'imprégne de même des évaporations fulfureufes & métalliques qui la colorent , & qui lui donnent différentes propriétés. U y a même des fontaines chargées de foufrçs , au ooint de s’embrafer à l’approche de la flamme.
- (i) En 1747, lorfque je oommandois à Boulogne, on trouva dans une arriere-cave, qui n’avoir pas été connue par le Maître de la mai. fon , âgé de plus de 66 ans , de l’eau de Brillai très-pure Se très-bonne ; mais on y trouva un dépôt d’argile du poids de deux gros Se de mi dans chaque bouteille.
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- Que l’on prenne une glace de cryftal épaifle de quelques lignes , qu’on faffe autour un rebord qui puifle contenir l’eau , qu’on couvre d’eau cette glace, d’une épaif-feur égale à la Tienne , l’un & l’autre corps pris enfemble paraîtront n’en faire qu’un ; ils auront une réfra&ion égale & fembla-ble à celle du faux cryftal d’Iflande. (1) Tant d’analogies frappantes m’entraînent à préfumer que L’eau & le cryftal font de même nature dans leurs particules confti-tuantes , & plufieurs expériences également frappantes m’entraînent de même à préfumer que l’eau peut s’aterrir.
- L’expérience fait voir que l’eau la plus pure dépofe, au bout d’un certain temps, un fédiment d’argile. On connoît celle de M. Homberg, qui, après avoir diftillécent fois la même eau , recueillit toujours un
- (1) Je crois pouvoir appuyer encore mon opinion par la nouvelle expérience qu'on vient de faire. On a vu la force du feu faire évaporer un diamant; on a reconnu que la vapeur du diamant pénétré & fe fige dans les parois des creufets dont on fe fert pour cette expérience : mais il n’en eft pas moins vrai que le diamant a éré diflbus en vapeur ; il n’en eft pas moins vrai que fi cette vapeur, n’é-loit retenue par des chapiteaux bien lutés k fermés hermétiquement, elle fe diflïperoit, s'élèverait dans le vague de l’air , comme les au' ires évaporations aqueufes.
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- nouveau fédiment d’argile, qui diminuoit d’autant le poids & le volume de cette eau.
- L’eau qui Te change en diamant , en pierres précieufes , en cryftal, plus ou moins pur, dans les anfraéluofités des roches vives, l’eau qui entre dans la eompoficion des corps folides les plus durs, tout entraîne à croire que l’eau peut s’aterrir. C’efl: ce qui doit être arrivé , fur-tout dans les premiers temps de la formation du globe ; & une infinité de raifons trop longues à déduire, mais faciles à fe repréfenter, doivent faire comprendre comment la mafia énorme d’eau qui enveloppoit la terre dans les premiers temps a du fê çondenfer & s’aterrir.
- Nous avons fans eefTe fous les yeux des preuves fenfibles de la diminution des eaux. Si des gens peu phyficiens & de mauvai-fe foi ont ahufé des Manufcrits de feu M, de Maillet , qui fut pendant vingt ans Conful au grand Caire j fi l’amour du merveilleux ou le défir coupable que les hommes ont eu dans tous les temps de répandre le preftige & l’erreur, a fait couv»
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- du Fluide électrique. 2.81 pofer un roman plein de fables & d’ab-furdités, mêlées avec des faits très-ex alternent obfervés , nous devons démêler ces vérités, des menfonges qui les aviliffent, & nous ne devons pas en avoir moins de confiance pour les principales Obferva-tions de M. de Maillet, qui a joui toute fa vie avec juftice de la réputation de fa-vant, de galant homme & d’ami de la vérité. M. de Maillet étoit Lorrain , il eft revenu mourir dans fa patrie. Le Marquis de Treftondan, homme d’efprit & éclairé, m’a certifié avoir lu une grande partie des papiers de feu M. de Maillet , chez fes héritiers : il n’y a rien trouvé des fables dont quelque Romancier ignorant a rempli le Telliamed ; mais il y a lu le Précis de ce qu’il penfoit fur la diminution des eaux, rangé dans un autre ordre qu’on ne le trouve dans un roman , que ce galant homme n’eût point avoué, & fon opinion y eft expofée & prouvée par des faits avec autant de force que de lumière.
- Celle de la diminution des eaux fera reconnue véritable par tout Auteur exaéfc
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- a8i La Nature & Us Effets & fans préjugé. Cette opinion a été em-bralféepar MM. Celfius, Linnæus & Wal-lerius , tous les trois favants du premier ordre , & doués d’un efprit obfervateur* Un grand nombre de Savants du Nord la foutiennent & la prouvent par des faits beaucoup plus, propres à entraîner à la eonviékion, que ceux fur lefquels l’Évêque d’Abo s’appuie dans la foible critique qu’il a fait des Ouvrages de fes Compatriotes. Non-feulement cette diminution, fe fait reconnoître fur prefque tous les rivages de la mer, mais il eft plus que vrai-femblable que beaucoup de cantons de l’Amérique feptentrionale ne paroilfent fur les eaux que depuis un médiocre nombre de fiecles.
- S. Louis s’embarqua à Aigues-Mortes , pour palier à la Terre-Sainte : la mer en eft éloignée aujourd’hui. Saint-Omer, bâti fur les bords de la mer, en eft aujourd’hui diftant de fept lieues , & l’on voit une grande reffemblance entre les marais qui font entre la mer & Saint-Omer, &ceux qui inondent encore plufieurs cantons do
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- du Fluide électrique. 183 l’Amérique. J’ai vu le port de Ravenne : ilexifte encore prefqueen entier,tel qu’ilfut bâti par les Romains ; on y voit encore quelques reftes des anneaux où l’onamaroit les birêmes, trirèmes & autres bâtiments : & j’ai vu dans le tréfor de S. Vibal, Ca^ thédrale de Ravenne , des médailles & un bas-relief où l’on trouve la figure du port de cette Ville ; cependant la mer en eft aujourd’hui éloignée de plus de trois milles d’Italie. Tout le terrain depuis Abbeville jufqu’à l’anfe de Cayeux , a été gagné fur la mer par des renclôtures , à mefure que la mer s’eft retirée, & la mer eft aujourd’hui à cinq grandes lieues d’Abbeville. Il n’eft pas douteux que ce terrain très-vafte ne fût refté marécageux fans la culture. J’ai parcouru fouvent ce terrain en 1747, & pendant les quatre ans que j’ai commandé en Boulonnois & fur les côtes de la Picardie ; j’ai vu faire des renclôtures très-confidérables à l’inftar des anciennes, dont on voit les reftes jufques près des murs d’Abbeville. Feu M. Chauvelin a fait gagner à la Picardie, dont il a été
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- 184 La Nature & les Effets long-temps Intendant, près de quatre mille arpents du terrain le plus fertile , dans le Marquenterre. La petite paroifle de Quent n’étoit qu’un miférable hameau dont le Curé étoit à portion congrue j cette pa-roifle eft aujourd’hui le centre d’un pays riche & cultivé , dont la dîme rapporte plus de quinze mille livres de rente à ce même Curé. On voit fur toutes les côtes de la Picardie & du Boulonnois, que la mer a beaucoup perdu : le port de Boulogne n’eft plus praticable, même dans les hautes marées, que pour des bâtiments de deux cents tonneaux. Ceux d’Ambleteufe & d’Audrecelles, que M. le Maréchal de Vauban, eflaya de creufer , font abfo-lument comblés. Celui de Willant, que l’on croit être le port d’Iebium , où les Armées navales de Jules - Céfar & de Calli-gula fe raflemblerent pour faire un débarquement dans la Grande-Bretagne ; ce port eft delTéché, & les fables s’élevant de la plage qu’il occupoit ont enfeveli la Ville prefque en entier.
- La diminution des eaux eft encore plus
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- du Fluide électrique, 185 fenfible dans la Méditerranée ; mais par-courons la furface de la terre, nous trouverons par-tout des Agnes certains que les fleuves & les rivières ont occupé des lits beaucoup plus larges que celui qu’ils occupent aujourd’hui. Souvent les plaines collatéralles de ces fleuves font élevées de douze , quinze & jufqu’à vingt pieds au-defliis du niveau de l’eau ; cependant , qu’on creufe la terre à la diftance de cenc & deux cents toifes des bords aétuels de cette riviere, on trouvera, à fept ou huit pieds de profondeur , & quelquefois à trois ou quatre pieds, la même efpece de galets, de cailloux roulés, de marbres & de filex qui compofent le lit de cette rivière. On ne peut fe refufer à l’évidence jufqu’au point d’ofer nier que le lit de ce fleuve n’ait confidérablement diminué , & que le lit, qui couvroit les campagnes adjacentes , ne fe foit enfoncé, de forte qu’il ne paroît plus être qu’une efpece d’égout du grand volume d’eau qu’il rouloit autrefois : les traces de fon ancien lit démontrant que le volume de fes eaux n’eft pas
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- M La Nature & les Effets la vingtième partie de ce qu’il devoit être lorfqu’il couvroit les plaines adjacentes, couvertes des débris de même nature que ceux qui couvrent Ton fonds aujourd’hui. Combien ne trouve-t-on pas de cavernes fur les bords des grandes rivières , qui, quoique defféchées, portent les fignes certains qu’elles ont été des réceptacles d’eaux : le fonds de ces réceptacles eft toujours com-pofé d’un argile profonde & très-pure.
- L’argile eft une des matières les plus abondantes dans les premières couches de la terre, & fur-tout dans les lieux bas & propres àralfembler les eaux.
- Je ne répéterai point ici plufieurs preuves convaincantes que plufieurs Auteurs célébrés rapportent. Les déferts affreux, fi admirablement peints par M. de Buffon , dans fon article du Chameau; ces déferts où l’œil cherche en vain à fe repofer fur un être qui participe à la vie animale ou végétale , portent encore le nom de mers : les Arabes ont reçu cette dénomination par tradition , & le leur confervent.
- L’aterriffement des eaux eft fi peu fen-
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- fible, que la courte durée de la vie de l’homme empêchera toujours le plus grand nombre de l’obferver & même de le croire ; mais cét aterriflement fera fuffifamment fenfible pour un Obfervateur exaét qui voudra s’en a durer par lui-même, qui ne craindra pas de faire des recherches pénibles , & de parcourir les lieux où il pourra-faire des observations inftru&ives. Il trouvera qu’on peut appliquer par comparai-fon à l’aterriflement de l’eau ce beau vers de Santeuil :
- Il n’eft donc point étonnant que cette grande mafle d’eau qui enveloppoit la terre dans les premiers temps, & qui étoit chargée d’une infinité de particules groflieres, ait commencé par dépofer des couches profondes qui ont augmenté l’épaifleur'de la croûte de la terre : ce dépôt a toujours été de moins en moins confidérable , l’atmof-phere s’étant de plus en plus épurée. C’eft ce qui me porte à préfumer que l’efpece de mefure pour la diminution annuelle &
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- 5.88 Là Naturé & tes Effets féculaire des eaux de la mer, de M.- de Maillet & de quelques Savants du Nord, peut être beaucoup trop forte > quoique de9 obfervations femblent avoir conftaté cette mefure ; car il eft fi vraifemblable que là mer peut regagner fur des plages éloignées une partie de ce qu’elle perd fur les côtes foumifes à nos obfervations , que je crois devoir m’en tenir à l’explication là plus fimple d’un fait que {je Crois certain , & que je renferme dans cette feule propofi-tion : la maffe des eaux a dû s’âterrir # & s’aterrit encore , parce qu’elle eft de nature à s’âterrir , en formant fafts cefie de nouveaux dépôts. Le temps ne fait rien contre cette propofition ; je crois avoir déjà prouvé, & je vais effayer de prouver encore, qu’il n’y a rien dans ma propofition qui puifle paffer pour téméraire, & qui puifle impliquer contradiction.
- Une fuite confidérable de fiecles qui ont pu s’écouler avant que la fuperficie de la terre fût découverte , n’attaque en rien la chronologie qui fixe fon organifation, & le premier où ce globe devint propre à être habité
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- dû Flu'idè électrique-, 189 habité & à nourrir les animaux qui ne peuvent vivre fous les eaux*
- Les premiers mots du Texte facré de la Genèfe font,: au commencement Dieu créa le Ciel & la Terre * Veau couvroit la fur face de la Terre VEfprit de Dieu étoit porté fur les eaux-, Les SS> Peres, en expliquant ce paflage *.ont dit prefque tous, que Dieu embraflbit la Terre par fon foufïle pour la rendre féconde t comme l’oifeau enibralfe fon nid avec fes ailesi Eh pourquoi craindrions-nous donc de préfumer & de dire que y pendant l’intervalle de la création du Ciel & de. la Terre $ & le premier- modifient où notre globe fut propre à être habité , la grande maffe d’eau dans laquelle il étoit enveloppé s’aterrilfoit, & que les matières propres aux animaux & aux; végétaux qui fe nourrilfent fur la Terre feche fe préparaient à ce delfein , & même pour fervir à la compofition des corps des autres côrps qui dévoient fe développer dans les trois jours fuivants»
- Il eft dit dans la Genèfe, que le Soleil fut formé le quatrième jour ; mais outré Tome II, T
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- ago La Nature & les Effets les autorités que j’ai déjà alléguées, telles que celles de S. Athanas, S. Grégoire de Nifla & de S. Auguftin , fur l’interprétation de l’Ouvrage des fix jours, il eft fur que Moïfe n’a pu ni dû compter la création du Soleil que du jour où fes rayons ont pu frapper la Terre découverte. Ce n’eft donc qu’après les trois jours métaphoriques, dont on ne peut apprécierquelle a pu être la durée, & qui peuvent avoir été de très-longues périodes ; c’eft de ce quatrième jour feulement où la Terre, étant enfin découverte, fa furface fut éclairée , colorée & vivifiée par les rayons folaires, que les jours de heures ont commencé.
- L’Éternel, pour lequel il n’y a point de temps , a fans doute créé tout enfemble ; car quelle efpece d’interprétation pourroit s’écarter du fehs littéral de ce paflàge -, qui manet in œternum creavit omnia fimul, fans s’écarter de l’idée que nous devons avoir de la toute - puiffance du Créatur ? Mais cette toute - puiffance a pu laiffer à des caufes fécondés, comprifes dans fa Création , l’exécution & la fuite du Décret
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- du Fluide électrique* aÿt
- général de cette Création. Elle a pu laif-fer aux eaux le temps de s’aterrir & de former des couches fucceffives : elle a pu permettre que les germes créés des animaux propres à vivre dans les eaux fe foient développés lés premiers : elle a pu donner à la matière le temps de fe préparer au développement & à la nourriture d’animaux de plus en plus parfaits dans leur organifation particulière. Le plus parfait des Ouvrages du Créateur fut l’homme, que fa bonté infinie daigna créer à fon image & reflemblance : auffi la narration de Moïfe ne place-t-elle la création de l’Homme que le fixieme jour, & comme la confommation de fon Ouvrage , & le but & la fin de cet Ouvrage.
- L’idée que nous devons avoir d’un Être tout-puilfant & fouverainement intelligent, n’admet point an ordre fuCceflif dans fa volonté : qui martet in aternum Creavit omnia fimul. Mais la même idée peut en admet-? tre un dans la progreflion & l’arrangement des êtres créés. L’Éternel, par un a de fimple de cette volonté, créa dans le mê-T a
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- igi La Nature & les Effets me infhnt tant de millions de Soleils fem-blablcs au nôtre, & l’idée que nous devons avoir d’une pareille Puiflance doit nous faire croire qu’elle agit toujours par le moyen le plus fimple, le plus unique & , en un mot, par un minimum d’aétion. Il n’y auroit que l’orgueil le plus puérile & le plus abfurde qui pût nous conduire à croire que notre petit globe terreftre n’ait pas été compris dans l’arrangement uni-verfel des autres Ouvrages de Dieu, & que fa formation ait été diftinéte de la formation de tant d’orbes immenfes & de la loi générale qui dirigea l’arrangement de tous les autres êtres créés au même inftant , décrété dans fa volonté.
- Tant d’analogies , je le répété, tant de fimilitudes que j’ai rapportées entre l’Eau & le Cryftal, m’entraînent â croire que ces deux corps font de même nature ; & ce qui me confirmé dans cette opinion, c’eft la proportion que je vois entre la quantité d’eau qui baigne encore la terre & la quantité de matière vitrefcible qui compofe, prefque en entier, ce même globe.
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- du Fluide électrique. 193 Que l’on ne m’objeéte point, pour me réfuter, la petiteffe prefqu’infinie dont il faut que foient les globules cryftallins qui cortl-pofent une goutte d’eau, puifqu’une goutte d’eau peut augmenter fenfiblement 14000 fois de volume, & puifqu’un grain de kermès colore fenfiblement un volume d’eau , auquel il eft à peine comme un à quatre millions, & que la matière imperceptible ( même avec le fecours du mi-crofcope ) d’un atome lumineux du phofi* phore de Kunkel, efflue une lumière fen-fible & forme une fphere de feu , d’une & même de deux lignes de diamètre, par le feul effort d’une légère friétion. Que pouvons-nous favoir des extrêmes de la di-vifion & de la petiteffe de la matière ? Si quelques expériences, bien ou mal faites, bien Ou mal obfervées & calculées, ont mis quelque Phyficien en droit de conclure que l’air eft à l’eau environ comme un à 800 , quelle ténuité plus prodigieufe encore Newton n’a-t-il pas reconnue dans la matière vive de la lumière, puifqu’il affure que cette matière vive eft 700000 fois , T3
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- 3.94 Ea Nature & les Effets plus rare 6ç plus élaftique que l’air?
- Il ne faut pas croire qu’un être devienne métaphyfique, parce que les fens n’ont plus de prife fur lui ; tout être qui d'abord a été connu par une maffe fenfible eft toujours du relfort de la faine phyfique, quoiqu’il s’atténue prefque à l’infini, & ç’eft en partant du point où la phyfique a pu con-noître & faifir ce corps qu’elle peut fe former une idée vraie des fubdivifions & des atténuations qui le rendent imperceptible. Il faut beaucoup de méditation, je l’avoue ; il faut du courage pour captiver fon ef-prit à cette contemplation : mais l’étude de la Nature n’eft-elle pas aflez fublime, affe? intéreflante pour mériter çe travail? Et je le répété, les ténèbres & l’efpeee d’engour-diflement du doute font-ils donc préférables ? Ne reconnoîtra -1 - on jamais que , dans l’étude & le progrès des eonnoiflan-ces, il n’y a que l’amour-propre & la pa» refle de l’efprit qui aient ofé donner le nom de fàgefle au doute qui nous arrête & qui nous empêche de faire les plus grands efforts pour nous élever à la véri"
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- té ? Rien ne répugne à la raifon de préfumer que des globules cryftallins ont pu être atténués dans le temps de la grande explofion qui élança, hors de lamafle du Soleil, la portion de matière qui compofa les planètes ; ces atomes ont pu s’atténuer au point de devenir prefqu’auffi petits & imperceptibles que le font les atomes élémentaires. Il me femble même qu’il feroit bien plus contraire à la raifon de regarder l’eau comme un élément particulier, qui feroit un élément mitoyen entre la matière vive & la matière morte.
- Une feule & même matière doit être la bafe de toutes ce s modifications. L’idée de l’atténuation du cryftal opérée par une vive explofion de la matière vive, ne tombe-t-elle pas fous nos fens, lorfque nous voyons l’expérience de l’explofion d’une glace fortement éleélrifée,féparer, dilféminer les particules de l’or, & les faire pénétrer dans le verre, qui n’eft perméable qu’à la lumière. Qui pourrait méconnoître que c’eft cette même lumière condenfée en aigrette qui entraîne les particules de l’or dans .les
- T*
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- La Nature & les Effets pores du verre?Cette larme batavique qu’on fe fait un jeu de brifer , mais dont l’effet a toujours embarraffé les Phyficiens , au point que la plupart en ont donné des explications aufli différentes qu’obfcures ; cette larme batavique nous montre tout le pouvoir qu’une explofion, même médiocre, peut avoir pour brifer , féparer, broyer & fondre le cryftal.
- Je vois, avec tous les Phyficiens , que la larme de cryftal fondu qu’on laifle tomber dans l’eau froide, fe refroidit d’abord par fës couches fupérieures & renferme dans fon centre une portion de fëu qui y demeure englobée. Lorfqu’on excite ce feu & que l’on rompt fon équilibre, en caftant la queue de cette larme , il fait un violent & fübit effort pour fe dégager & fb remettre en équilibre. Cet effort eft fi grand, que l’explofion qui fe fait alors en tous fens eft allez violente pour engourdir la main par une commotion. Qu’on tienne d’une main cette larme plongée dans un gobelet de cryftal plein d’eau, & qu’on en cafte la queue de l’autre main, l’explo*
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- fion paroît en devenir plus violente : elle l’eft affez pour pouffer en tous fens les particules cryftallines dures & globuleufes de l’eau , & ces particules brifent le gobelet qui les contient. Qu’oji faffe cette expérience dans l’obfcurité, on verra dans la main qui tenoit la larme au moment de l’explofion , & dans le gobelet, une petite fphere de feu très-lumineufe.
- Qu’on raffemble la pouffiere cryftalline de cette larme, on l’écrafera fans danger entre fes doigts, on la réduira en une pouffiere prefque impalpable. Qu’on aye la patience de paffer cette* pouffiere par les tamis de foie les plus fins , qu’on l’examine au foyer d’un excellent microfcope, alors on verra ces particules n’être que des fragments fraéturés eux-mêmes dans toute leur étendue par des milliers de fêlures , & l’on concevra aifément que cette poufi fiere, prefque imperceptible à l’œil, eft cependant fi prodigieufement divifée qu’il ferait poffible, avec le temps & la trituration , de l’atténuer plufieurs milliers de fois , & que le? dernières divifions que
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- 9.98 La Nature & les Effets nous pourrions enfaire feraient encore fort groffieres & fort éloignées de celles que l’explofion a fait dans un inftant de durée inappréciable.
- Je plains ceux que ces détails pénibles découragent. Rien n’eft minutieux dans tout ce qui peut conduire à la vérité, & le phénomène de l’explofion de la larme batavique fuivi dans tous fes détails, jette un grand jour fur la divifion que la matière cryftalline a pu efliiyer dans la grande explofion. Je ne vois rien qui implique con-tradiétion à foutenir que les dernieres fub-divifions de la larme batavique font des globules ronds qui prendroient la confif-tance & la mobilité de l’eàu , fi l’on pou-voit réuflir à les bien divifer. Ces derniers détails ne parlent point aux fens , j’en conviens; mais il me femble qu’ils parlent fuffifamment à la raifon.
- Quel ferait donc l’art de penfer & de méditer en phyfique, fi nous ne pouvions nous élever d’une bafe que les fens nous <^ht bien fait connoître, à la contemplation de la fuite néceflaire & de la progref-
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- fion d’un premier effet ? L’efprit, l’intelligence , l’entendement ne peuvent-ils donc pas juger fainement du rapport de nos fens, & juger, par ce que nous avons connu, de ce que nous pouvons connoître encore au-delà , par une fuite naturelle & néceflaire.
- Qu’on réfléchilfe combien l’art des mi-crofcopes a fait éclore pour nous de vérités nouvelles ! L’Anatomie foupçonnoit-elle dans notre fang des globules de la quatrième & cinquième claffe, avant Læwenoëpe & Haëltfzoker ? Soupçonnions-nous fur la fuperficie de notre peau l’ouverture de 45000 vaiffeaux excrétoires dans l’efpace d’une ligne quarrée ? Pourquoi notre entendement s’arrêteroit-il pré-cifément où l’effet d’un infiniment, fait par nos mains, ceffe pour nos fens, & ne peut plus nous faire faifir & diftinguer des fub-divifions nouvelles ? N’eft-ce donc pas avoir trop de défiance du plus beau don que nous avons reçu du Créateur ? Ne pas fe fervir de ce don avec courage , e’eft avilir le plus noble & le plus fubllme de tous ceux qu’il nous a faits.
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- Application des effets de l'Électricité aux Fermentations.
- CHAPITRE VINGT- UNIEME.
- On reconnoîtra les effets de l’Éleélricité dans toutes les fermentations , lorfqu’on aura fuffifamment obfervé combien ce Fluide fubtil eft répulfif à lui-même, & que la loi confiante de fon mouvement libre eft de fe remettre en équilibre.
- L’acide qui brife les cellules qui renferment le feu contenu dans les huiles, dégage & met ce feu en liberté ; il fe forme alors •un foyer dans le centre de ces huiles, dont la plus grande maffe n’étant pas encore ébranlée embraffe & prefle ce foyer: alors ce feu, toujours répulfif à lui-même , fait de violents efforts pour fe dégager ; il ébranle de proche en proche la maffe de ces huiles j il dégage le feu qu’elles contiennent ; le
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- foyer augmente , fon mouvement s’accélère , bientôt le feu a la force d’élever des vapeurs de fon foyer , & bientôt une plus grande accélération de mouvement les enflamme.
- Dans les fermentations froides l’inverle arrive : le fel ammoniac,-l’huile de vitriol' forment un. coagulum froid lorfqu’ils fe pénètrent; ce coagulum prefle les cellules qui renferment le feu élémentaire que ces matières contiennent ; cette preflion dégage ce feu & l’exprime de ces matières, comme la preflion exprime l’eau d’une éponge : le feu dégagé,s’élève avec bruit, il agite la partie qui n’eft pas encore coagulée , il forme une ébullition qui éleve quelques vapeurs légères ; il achevé lui-même de s’élever , & il abandonne cette malle.
- Ce qui le prouve, c’eft le froid excef-fif de cette maffe qui fe coagule, & qui fait defcendre en deux fécondés-de trente-deux degrés la liqueur d’un thermomètre, qu’on y plonge. Ce qui le prouve encore , c’eft la rapidité avec laquelle on voit mon 1
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- $ot La Nature & les Effets ter la liqueur d’un fécond thermomètre dont on place l’ampoule au-deflus de l’évaporation. .
- On reconnoît dans l’une & dans l’autre de ces fermentations l’aâion du feu pur & élémentaire, qui n’excite la fenfation, que nous nommons chaleur, que par l’accélération de mouvement qu’il donne à des particules de matière morte , qu’il agite en tous fens , qu’il brife, qu’il fépare, qu’il éleve & qu’il entraîne par une force qui devient jailliflante , dès que ce feu a celle de fe remettre en liberté.
- C’eft ici le moment de parler de ce ferment précieux & vivifiant, imaginé par un grand nombre de Philofophes anciens, & dont la brillante chimere a été renou-vellée prefque de nos jours par M. Co-lone, Chevalier Romain, homme de beaucoup d’efprit & d’une érudition profond de. (i)
- (i) J’ai connu M. Colone dans ma jeunclfe : il étoit plein d’efprit te de feu à quatre-vingt-deux ans ; il étoit petit Se mince de nature , mais nerveux. Un efprit agréable Se trés-éclairé le rendoit cher i fes amis Se le fàifoit rechercher par la meilleure compagnie comme un des hommes les plus aimables du temps. 11 fe promettoit les jours de Neftor , s’il pouvoir ,
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- 11 donne à entendre, dans plufieurs de fes Ouvrages, qu’il exifte dans la Nature un ferment univerfel , qui fe varie & fe modifie félon la nature des différentes maf-fes de matière.
- Il dit que ce ferment forme une fphere d’aélivité , & l’étend de proche en proche dans les maffes, dont il met les particules conftituantes dans une telle agitation, que cette fermentation intérieure finit par les affimiler à fa propre "nature, pourvu que ces maffes ne, contiennent pas des parties diffemblables les unes des autres.
- La vive & fertile imagination de M. Colone lui fait encore préfenter une idée analogue à celle dont je viens de faire l’expo-fition. Il rejette, avec raifon, ce que les
- difoit-il, éviter un accident funefle dont un adepte l’avoit me* nacé dès fon enfance. Ii périt, avec un ami de fon âge , n’ayant pas été fecouru â temps, dans le moment où le feu prit à leurs chambres qui fe communiquoient. On a de lui une Hilioire Naturelle de trois volumes in-12 : elle ell, comme celle de Pline , mêlée de quelques fables ; mais elle eft pleine de grandes vues , tout y refpite l’homme de génie ïr l’efprit obfervateur en grand. J’aime i rendre cet hommage à M. Colone , quoique je lois obligé par mes principes de réfuter une de fes opinions favorites. J e lui étois très-attaché , il fut un de ceux qui daigna éclairer mon enfance.
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- 304 ta Nature & les Effets Cartéfiens difent fur ta formation première! .des germes ; il rejette de rnênie lés homéo-méries d’Anaxagore , fur l’attraction des particules fimilaires & figurées, qui cherchent à fe joindre enfemble. Il eflaie de faire voir de l’abfurdité dans lë fyftême des germes préexiftants renfermés l’ün dans l’autre dans le premier individ.u organifé. Il en vient enfin à faire entrevoir qu’une matière vive & organique eft répandue dans la Nature, toujours prête à compofer & à former de nouveaux corps, & ayant en elle l’intelligence de la forme qu’elle leur donne. Il s’appuie du féntiment d’Harvée, & il finit par doiiner à cettè matière vive & intelligente toutes les propriétés que quelques Anciens donnoient à cette efpece d’efprit recteur, qu’ils, nom-moient panfpermie, comme étant le principe de toute génération.
- Nous ne femmes point âffez éclairés * nous n’avons pas encore alfez fondé la profondeur des îecrets de la Nature , pour ofer nier qu’un ferment, tel que celui de' M. Colone , puiffe exifter. J’ai connu de grands
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- grands Chimiftes , gens très-fenfés, qui n’en nioient pas la pofiibilité. Je me fou-viens d’avoir oui dire à feu M. Chirac , qu’il étoit poffible d’extraire des métaux un foufre principe , & de le condenfer. Dom Pernetti eft fi perfuadé que la Phi-lofophie Hermétique a. des fondements fo-lides, qu’il attribue toutes les Mythologies phéniciennes & égyptiennes à des fymboles, à des allégories , fous lefquelles Hermes & les premiers adeptes ont voilé l’art par lequel on peut extraire & digé'rer le foufre & le mercure principe.
- Feu M. Caftes , premier Médecin du Roi de Pologne , & grand Chimifte , m’a dit que non-feulement il étoit perfuadé de la poffibilité de ce qu’on nomme le grand œuvre ; mais de plus, il m’a proteflé qu’ayant un jour parlé avec beaucoup de force contré la Philofophie Hermétique , dans une thefe à laquelle il préfidoit, on lui jetta le matin fuivant, paf une fenêtre de fon Cabinet, un petit paquet, dans lequel il trouva d’abord un billet avec ce? mots écrits en grec, & dont voici la tra-Tome II. V
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- $oè La Nature & les Effets duction : ne compromette{ plus votre réputation } travaille{ , prie[ Dieu qu'il vous éclaire. EJfaye^ Il trouva fous ce billet un papier qui contenoit environ dix grains d’une poudre rougeâtre & talqueufe. Malgré toute la prévention qu’il avoit, m’a-t-il dit, contre l’exiftence d’une poudre de projeébion , il fit fondre un chandelier de cuivre , qui pefoit environ vingt onces t & lorfque le cuivre fut bien liquéfié dans un creufet profond, il y jetta les dix grains de poudre , qui excitèrent d’abord une' ébullition violente. La matière s’enfla juf-qu’au point de fe répandre en écume* Cette ébullition fe calma par degrés & jetta pendant environ une demi - heure des vapeurs verdâtres, très-fétides. Sur la fin les vapeurs devinrent plus rares, & leur couleur devint d’un pourpre clair. Lorfque la matière fut abfolument calme, M. Caftes la coula dans un autre creufet, & fut très-étonné d’y trouver fix onces & demie de i l’or le plus pur. Voilà ce qui m’a été certifié par un homme très-eftimable, & l’un des plus favants hommes de l’Europe. Il n’a-
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- àu Fluide électrique, $6"f Voit nul intérêt à ine tromper > & lui-inême ignoroit abfolument lé comment & la caufe du fait qui s’étoit paffé fous fes yëuxi Il feroit peut-être poffible en effet à l’art de "la Chimie d’extraire un acide fulphu-reux aifez épuré pour ouvrir dès métaux greffiers & impurs jufques dans leurs particules intégrantes, pour broyer ces particules & les atténuer au point dé lès rendre propres à former des màffes plus denfes que la première. On péut imaginer de leur rendre un phlogifiique fuffifant pour les ënvélopper & les lier, èrt les ren1 dant fufibles. C’eft cette idée vraifembla-blement qui féduifit l’habile Chimifté Brandt * lorfqu’il chercha ce ferment & cet acide épuré dans les foufres de l’urine ; mais il né réuffit qu’à trouver le beau phof-phore lumineux dont il fut l’inventeur : & lé fecret de cé phôfphoré eût été perdu par fon filence & par fa niort, fi Kunkel, prévenu que Brandt aVoit travaillé longtemps fur les foufres de l’uriné, n’avoit retrouvé ce phofphofe A & n’en avoit communiqué lé procédé.
- Y i
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- La Chimie feule peut nous éclairer & nous apprendre jufqu’où l’art peut porter l’épuration d’un acide , & s’il eft poflible en effet de rendre cet acide propre à la conftitution d’une nouvelle matière plus denfe & plus noble que celle que cet acide aura ouverte ; mais il eft bien vraifembla-ble qu’un acide épuré à ce point feroit trop volatil pour pouvoir fe concentrer : un foufre aufli fubtil, aufîi exalté, ne feroit prefque plus que du feu. Ce font ces réflexions qui ont conduit plufieurs Auteurs à préfumer que la matière de l’or eft élaborée par les rayons folaires ; & l’on voit par cette fuppofition que celles même qui ne font fondées que fur une probabilité, rentrent dans la chaîne des faits qui me paroiflent ne pouvoir être Opérés que par la matière vive.
- Quant à cette matière vive & intelligente que M. Colone fait entrevoir comme étant répandue dans l’Univers , il a tiré cette idée d’Anaximenes , de Timée de Locres , d’Ariftote & de Platon même. Ces Philofophes regardoient leur éther,
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- du Fluide électrique. 309 qu’ils n’bnt jamais bien connu ni pu con-noître , comme étant gros de formes ( ce font leurs expreflions ), & produifant fans cefle les chofes fenfibles & corporelles , qui paroiflerit & difparoiflent tour à tour, qui font toujours changeantes & en mouvement. Idée plus brillante que folide , & que quelques autres Philofophes ont fübtilifée jufqu’à dire que tous les corps font fi peu permanents qu’on ne peut pas dire qu’ils aient une exiftence réelle.
- C’eft d’après cette opinion que le Docteur Berckley, Évêque de Cloïne, a re--nouvellé la prétendue doctrine des Idéa-îiftes. M. Colone n’a pas été fi loin que le favant& trop fubtil Berckley; mais il donne à entendre par fon efpece de panf-permie qu’il y a une propriété fecrete répandue dans une matière vive & tenue , & que cette matière vive eft non-feulement propre à ralTembler la matière morte en mafles, mais encore à lyi imprimer des formes régulières.
- Rien dans la Nature ne peut fervir à prouver une opinion aufli étrange : on voie
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- 3 re> La Nature & les Effets dans tous les êtres refpiranjs & dans les» végétaux, un ordre fuccefjif de génération, L’organifme d’un être quelconque eft le flambeau qui nous éçkire, & le caraâere déçifif qui. doit nous éclairer fur la nature de cet être : l’organifmç eft l’empreinte de la main d’un Ouvrier ; l’organifme eft.le fceau divin & immuable que lç Créateur a mis à tous les êtres refpirants ou végétants. Il n’eft aucun germe de plante nj d’infe<fte,tel imperceptible qu’il puiffe être, qui n’ait une origine femblable à celle de tous les autres individus, Quelque longueur de temps , quelques çirconftançe^ tingulieres qui foient néceffaires pour faire êçlore un germe, ces germes, ne font ni préexiftants , ni l’effet d’une matière qui, quoique vive & agiffant fans çeife , eft ab~ fplument privée de toute intelligence. Si ces germes fe trouvent élevés dans le vague de l’air , c’eft qu’ils y put été entraînés par les vents ; s’ils font répandus dans les premières couches de la terre, ils ne s’y trouvent que par un dépôt.
- La matière morte eft inerte. & fans fprjnq
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- du Fluide éleclrique. 311 organique, la matière vive un million de lois plus tenue que la plus petite molécule de matière morte , que le meilleur microfcope puiffe nous faire appercevoir. Cette matière vive ne peut avoir d’autre forme que celle de fes particules élémentaires, & tout nous porte à croire que ces particules font de petites fpheres d’a&ivité répulfives les unes aux autres.
- Cependant , quoique M. Colone fe foit trompé dans fon Explication des effets de la matière vive, avec plufieurs Philo-fophes anciens, il ne s’eft point trompé de même lorfqu’il a cru reçonnoître dans la matière ( prife en général ) une portion de cette matière plus épurée , plus propre qu’une autre à la eompofition des êtres refpirants & végétants. Et en effet, le microfcope nous fait voir dans le réfidu de tous les corps qui ont refpiré ou végété , des molécules qui ont une efpece de vie, & qui paroiffent être indeflruétibles : l’action du feu, ni celle des acides les plus violents, ne peut les faire difparoître en entier, Si l’on en captive l’évaporation dans V 4
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- 31% La Nature & les Effets Un vaifleau fermé hermétiquement , une goutte d’eau fuflit pour les faire reparoître : c’eft même ce qui me porte à préfumer que lorfque l’Efprit de Dieu étoit porté fur les eaux ? &, fçlon l’opinion des SS, Peres,les préparoit à la fécondité , il a pu permettre que la première portion du globe qui fut habitable, fut dès-lors peuplée descorps marins qui peuvent vivre dans les eaux. La prodigieufe quantité de poiflons , d’ani-maux & d’infë&es marins dont les eaux furent alors peuplées, produifit la quantité prodigieufe de molécules organiques donc la terre, les eaux & l’atmofphere refterent imprégnées lorfque Dieu permit que la terre fe découvrit; & lorfque les rayons folaires commencèrent à frapper fa furface feche t & à exciter la force jailliflante de fon Électricité , ces molécules organiques fe trouvèrent toutes préparées pour entrer dans la compofition du corps des autres animaux plus parfaits : mais ces mêmes molécules ne font dignes du nam d’organiques que parce qu’elles font un réfidu des corps qui avoient été précédemment créés & orga-
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- du Fluide électrique. 313 nifés, & parce qu’elles pourront fans celfe fervir de. nouveau à la compofition des corps fubféquents. Mais encore , quoique ces molécules ,confervent une apparence de vie après la décompofition des individus j ces molécules, dis-je , ne pourront jamais former d’elles-mêmes des agrégats organiques : ils ne compoferont jamais un germe nouveau ; ce ne font que des particules dilféminés , ce ne font que des matériaux qui ne peuvent fe raflembler d’eux-mêmes, Leur alfemblage organique, fous une forme quelconque , dépend donc d’une formation , d’une organifation première , laquelle fe renouvelle fans celle par l’ordre fucceffif ôq la loi de la génération commune à tous les êtres refpirants & végé-
- Tout ramene donc à une première forme organique nécelfaire ; or, toute forme confiante & fuccelïive entraîne invinciblement l’idée d’un formateur, & tout amene invinciblement de même à reconnoître l’Être Suprême , qui feul a pu imprimer cette première forme.
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- 314 Ea Nature & les Effets
- Cette efpece de panfp'ermie de M. Colorie , cette matière aétive à laquelle il accorde une forte d’intelligence, n’eft donc qu’une idée très-confufe, très-incqmplete , telle qu’il l’explique dans fes Ouvrages.
- Le Doéteur Baumaan raifonne mieux dans fa prétendue thefe d’Erlang j mais cette intelligence obtufe qu’il ‘accorde à la matière ne peut jamais être prouvée par un feul fait qui la fafle çonnoître & apprécier, & ce que je viens de dire peut fervir également à réfuter les propofitions contenues dans cette thefe. M. Colone, qui n’a pu avoir connoiflance de cette thefe, fut féduit , fans doute, par l’autorité de quelques Philofophes Pythagoriciens, qui s’écartèrent beaucoup de la fuite des prinr cipes du chef de leur Seéle : il fut féduit même par l’autorité du divin Platon , qui s’eft aflez fouvent écarté de même des principes lumineux qu’il avoit reçus de Socrate.
- Le Ciel & l’air ne font point gros de formes , comme Platon & quelques Méta-. phyficiens fubtils oferent l’avançer : l’air
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- du Fluide électrique., 31$ & la terre ne font point remplis de ger-< mes préexiftants, comme M. Colone & quelques autres font préfumer qu’ils le penfent. Lorfque l’air &laterre contiennent des germes effedifs, ces germes font l’ouvrage de la génération. Les molécules organiques, quoiqu’elles nous paroiflent indefi trudibles, ne peuvent former d’elles-mêmes des agrégats organifés ; elles ne font que pafli ves à la matière vive qui meut le monde fenfible. Cette matière vive eft également paflive à la force qu’exerçe la fource de ïon mouvement, & la fource de ce mouvement fut elle-même paflive dans le premier temps du Décret divin qui créa l’Univers , à la puiflançe du Dieq qui la fit naître , qui lui imprima fa première adion , & qui la deftina à fe propager pour accomplir & foutenir fon Ouvrage, par l’ade le plus fimple de fa volonté, & par l’unité 4’adion la plus petite qui fût néceflaire.
- Tovite efyeee de fermentation peut donc changer des, maflçs de leur nature préfente de leur mode aduel, jufqu’à un certaia
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- 316 . La Nature & les Effets point, & jufqu’à recompofer cette maffc & lui donner un mode différent; mais nulle efpece de fermentation ne pourra produire un être refpirant ou végétant, La Nature, ce mot fi mal défini, par l’abus qu’on fait des différentes acceptions dans lefquelles on s’en fert ; la Nature , dis-je , aura beau l’effayer, il n’y a nulle combinaifon algébrique , nulle férié arithmétique qui puiffe établir une probabilité contraire aux loix invariables de l’organifme, & le ferment, la panfpermie des Anciens, & l’intelligence obtufe qu’on veut accorder gratuitement à la matière , ne font que des êtres mal définis , ou plutôt ce ne font que des fantômes que le flambeau de l’expérience & le jour pur de la vérité anéantiront pour tout efprit fage & véritablement éclairé.
- Le Philofophe Ariéfipe fut jetté par une tempête fur les bords d’une ifle qui paroif foit déferre ; en defeendant fur le rivage il apperçut quelques figures de Géométrit tracées fur le fable. Àh , s’écria-t-il ! je vois les traces d’un homme : que tout Phi
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- dû Fluide électrique. 317 lofophe, vraiment digne de ce nom, recon-noifle donc le Créateur & le Formateur de l’Univers, dans tous les traits diftinéts de l’organifme !
- Dans toutes les fermentations chaudes ou froides, l’Éleétricité, le feu élémentaire fe feront toujours reconnoître : dans la fermentation chaude , elle fe raflemble, au centre en foyer d’aétivité j dans la froide, elle s’échappe en aigrette & produit un fi-flement.
- Ce font ces deux fermentations qui font Caufe ou des vents froids qui s’élèvent des montagnes , ou des éruptions qui fe font à leurs fommets, ou aux pointes des grandes boffes de leur chaîne. Ces fermentations durent être terribles lorfque les dernieres couches de la terre fe formèrent, & pendant la condenfation de l’atmofphere ; car les premières couches durent fe refroidir avant celles qui étoient à cinq ou fix cents toifes de profondeur, & l’aâion du feu, contrainte par les couches intermédiaires, dut être affez violente dans de certains points, & fur-tout fous l’équateur, pour
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- $i8 La Nature & tes Effets faire fëntir fdn effet dans tdutes les autres couches fupérieures. C’eft dans les chaînes de mcntagnes fur1 - tcüt que fcn effet dut être lé plus vidlent, le feu ddnt l’Éle&ri-Cité éft la véritable àmé mdtrice, s’élevant toujours en plus grande aboridande de l’éx-trêmité des pointes : c’eft pourquoi nous iie voyons pas uné feule chaîne de montagnes qui ne porte dés marques certaines qu’elle a eu un très-grând nombre dé vol-
- C’eft ce même feu qui, én foülevânt les couches fupérieures, s’eft ouvertdes rouJ tes, a formé d’immenfes cavernes & à fendu ces couches par des fentes perpendi* culaires. Une partie de ce même feu s’y conferve encore par l’aliment qu’il trouvé dans ces couches, foit en foufres j bitumes, pyrites ou charbons de terre i & lorfqu’après des pluies abondantes les éàux viennent à tomber dans ces goufres de feu, elles y font raréfiées en vapeur au point de foulever ces couches , & de les ébranler dans une très-grande étendue. Les derniers dépôts furent prefque tous d’argile ,
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- èu Fluide électrique-, 31^ & tôut me fait préfumer que l’argile eft la partie la plus grofliere & la plus pefante des globules cryftallîns , dont la partie la plus tenue eompofa lë liquide de l’eau* La chaleur des couches intérieures deffécha les fupérieures & les fit fendre dans la direction du rayon qui répondoit au noyau du globe, & c’eft l’origine des fentes per-» pendiculaires qui traverfent les couches fupérieures qui ont été formées par les dépôts fucceflifs. On reconnoît dans ces fentes l’effet du rayon d’une fphere d’aCtivité qui les a fait jaillir , & qui les fait encore jaillir en tous fens*
- Le noyau du globe renfermé par une croûte très»épaiffe n’a pas dû fe refroidir , & n’a pas dû perdre l’ÉleCtrici^ acquife dansle premier moment. La cavité immenfe qui doit être entre ce noyau & la croûte de la terre , doit être pleine de ce feu éleCtrique & élémentaire : voilà quel peut être ce feu central que quelques Philofo-phes ont imaginé, qu’ils ont cru fembla-ble au feu ordinaire d’embrafement , & dont le Pere Kirker n’a pas héfité à nous donner des cartes.
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- 310 La Nature & les Effets Hé globe de la terre s’étant élevé fous l’équateur, & par conféquent s’étant abai£ fé vers les pôles , il eft vraifemblable que la croûte de la terre eft moins épaifle vers les pôles, & que l’ÉleCtricité intérieure ef-flue fous les pôles en plus grande abondance que de toute autre partie de la croûte ; & ce qui peut le prouver , c’eft le torrent de fluide magnétique & électrique qui paraît émaner des pôles. On reconnoît ce torrent magnétique à l’inclinaifon de l’aiguille, & au trouble de cette même aiguille , lorfqu’on approche du pôle Nord. Des Navigateurs Hollandois ont rapporté que les aiguilles de leurs compas marins avoient tourné fur leur pivot, ou s’étoient fubitement arrêtées & fixées, fans aucune direction déterminée , lorfqu’ils s’étoient approchés à environ un ou deux degrés du pôle. Ce qui paraît le prouver encore, ce font les Aurores boréales, prefque perpétuelles , ces feux, ces aigrettes vergetées que nos Académiciens, qui ont palTé un hiver fous le cercle polaire, ont vu s’élever toutes les nuits du pôle.
- Cettç
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- du Fluide électrique. $it
- Cette Éleétricité aCquife dès les premiers temps , a toujours été entretenue par l’É-leélricité folaire ; & cela doit être, puif-qu’à la diftaUce de foixante mille lieues, le globe de la terre commênce à attirer (en apparence)^ rayons folaires,& à les faire rapprocher du parallélisme, ce qui en procure une bien plus grande affluence au globe de la terre , que fi ces rayons étaient reftés divergents* Tout ce que j’âi dit jufqu’ici explique bien, naturellement quel eft le mé-chanifme & la Çaufe de ce qüe nous nommons attraction ; cette attraétion apparente naît de la tendance du Fluide éleclrique à Véquilibre , & cet effet répond exactement à l’expérience décifive qui fait voir qu’un corps foiblement éleétrifé parôît attirer l’atmofphere d’un corps "plus fortement éleétrifé , duquel l’Éleétricité effîue pour fe remettre en équilibré avec celle du corps qui en a le moins.
- Les cônes des rayons folaires qui tombent fur la terre étant devenus bien moins divergents fur un de fes hémifphéres, les cônes latéraux des rayons folaires , qui
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- La Nature & tes• Èÿets patient bien au-delà de la terre, divergCiit bien plus qu’eux, & font compofés de rayons beaucoup plus rares, ce qui fait que l’ef-pace où la terre décrit fon orbite en eft; bien moins réfiftant qu’il ne le ferait fl les rayons folaires s’étendoient en tous fenS avec uniformité ; & il eft bien vfaifembla-ble que c’eft aufii la plus grande denfité des rayons folaires qui frappent la terre, eu égard & en comparaifon aux rayons latéraux, qui ne la touchent point, qui la dépaflent , & qui ont bien moins de denfité ; que c’eft, dis-je , cette prefiîon qui caufé l’inclinaifon de l’axe de la terre & l’angle que l’écliptique fait avec l’équa-
- Certainemenf la terre, en décrivant la ligne de fon orbite dans un efpace très-peu réfiftant, eft preffée par les rayons folaires , & elle réfifte à Cette prefiioh, non-feulement par fon inertie , mais auflî pat l’âtmofphere éleébîque qu’elle a ; & c’eft cette atmofphere dont le plus ou le moins de force & d’étendue la tient en différents temps plus ou moins éloignée du foleil.
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- ttù ftluiàe ëietlriquèi
- Cét'té preflion réciproque eft peut-être la raifon de finclinaifon de fon axe y: de mênié que le mât d’un vaifleàü s’incline lorfi-que lé vent prefle lés voiles d’un rcôtéi où d’un autre; Quand un vâifleau eft bien Cohf-truit, bien mâté & bien lefté , il eft parfaitement droit fur fa quille, lorfque la rmer eft àbfolumént calme ; mais dès que ce vaif-feau vogué, même par un temps très-uhodé-ré, fi lé vent n’eft pas abfolument arriéré, il fait incliner lé vaifleau fur l’un dé fes côtés, en proportion de la forte avec laquelle il prefle fui- les voiles & fur le COrps du vaifleàü} & en proportion de l’inértié totale de toutes les pièces du Vaiffeau pri-fes enfemble;
- Lés rayons folaires pâr leur prèfliôn peuvent, non - feülèment incliner l’axé de la térré, mais, au moyen de la réfiftance réciproque desdëux âtmbfpheres électriques ; cettë preflion doit entretenir la rotation dé la terre : les rayons folaires qui ont celTé de divergér & qui fe font rapprochés du parallélifmë à 60060 lieues de diftancé dé la terré, n’embraflant pas exactement l’hé-X »
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- 314 Æa Nature & tes 'Effets mifphere éclairé de la terre, & l’axe de leur colonne lumineufe formant un angle de ai à 15 degrés avec celui de la terre. Ainli la preflion réciproque des deux atmofphe-res folarre & terreftre, force la terre à pré-Tenter à chaque temps un nouveau méridien à la colonne des rayons folaires. Cette force de preflion,toujours entretenue dans le même état, par l’équilibre général qui s’eft établi dans la grande atmofphére cé-lefte ; cette même force de preflion, dis-je, entretient en même-temps, par fa force vive, la force de projeétile que la matière du globe a reçu dans fon premier élancement, par une tengente du globe du foleil.
- Ce n’eft pas qu’il n’y ait des variations dans le cours d’une révolution annuelle par le plus ou moins d’Éleélricité que la terre perd & racquiert tour à tour ; aufli Ton a des démonftrations que le globe de la terre a fon périhélie & fon aphélie , & que fon orbite eft plus ou moins elliptique. M. de la Lande a même démontré que cette orbite n’eft jamais régulière, & qu’elle a la figure d’une hélice dont la révolution annuelle de
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- du Fluide êleclrique. 31$ la terre forme un peu plutôt qu’une orbite régulière j & c’eft ce qui occafionne , fans doute, la préceffion des équinoxes & l’anticipation de cinquante fécondés par an , qu’on obferve pour le point d’interfeétion de l’écliptique avec l’équàteur.
- On peut conclure de tout ce que je viens de dire -, que tout le méchanifme par lequel le globe décrit fon orbite ou un peu d’hélice, à différentes diftances dufoleil,eft une vraie gravitation, dans laquelle deux forces vives, dont chacune a un centre d’activité , fe balancent réciproquement. L’on voit, de plus , que ce méchanifme répond exa&ement aux effets que Newton a fi bien connus, qu’il a fi favamment calculés, & qu’il a nommés gravitation. Ainfi, loin de m’écarter de la do&rine de ce grand homme, je n’ai fait qu’effayer à trouver quel eft le méchanifme des effets, dont les mots attraction , gravitation n’expliquent point affez la caufe pour ne pas biffer beaucoup à délirer & à chercher fur la notion pofitive qu’ils doivent imprimer dans notre entendement.
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- $%6. La Nature $ les Effets Je n’ai fait en cela,je le répété, que çeque Newton lui-même a confeillé de faire à ceux qui travailleraient après lui. le peux me tromper, fans doute ; mais il me femble que les expériences: de l’Éleéfcricité , conr lidérée en grand, répandent un nouveau jour fur tout le méchanifme de la Nature. Nous avons faifi, aflujetti prefque le Fluide le plusfubtil & le plus aétif qui fait.dans, la nature : c’eft lin fil pour la Phyfique générale, elle ne doit jamais l’abandonner.
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- du Fluide électrique.
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- Application des effets de VÉlectricité aux Flux à Reflux de la mer, $ aux vents périodiques & irréguliers.
- CH API TRE VING T - DE UXIEME,
- .A-Près avoir eflayé d’appliquer à la plus grande partie des effets & des mouvements que nous pouvons obferver , les principes que je crois reconnoître dans la force active que nous montre l’Éle&riçité, il ne me refte plus à parler que du flux & reflux de la mer & des vents périodiques; mais, ne prétendant pas faire un Traité de Phyfique générale & complété , & ne faisant que chercher , effayer fi les principes que je lie avec des faits pourront expliquer ces faits d’une maniéré afles Ample & aflez lumineufe pour porter un nouveau jour dans la Phyfique générale. On pe doit regarder çhatjue article que je X 4
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- 318 la Nature & les Efets traite , que comme l’abrégé, de ce que j’aurois à dire fi je traitois chacun de ces articles en particulier. J’en ai trop dit, je le répété, pour ceux qui ne liront cet Efiai que comme un fyftème, dont le nom feu! eft profçrit d’avance dans leur efpritj mais j’en ai dit affez pour ceux qui auront bien voulu me fuivre, & qui auront fu prévoir combien les principes que j’établis font féconds & font propres à Amplifier l’étude de la Phyfïque , étude qui me pa-roît être celle de toutes qui eft la plus utile à l’homme, en ce qu’elle le défend des erreurs populaires , qu’elle éclaire toutes fes vues , tous fes pas., J qu’elle lui fait voir la Nature en grand & dans fes plus petits détails, & qu’elle le rappelle fans celle à la connoiflance & à l’amour du Créateur par la contemplation de fes Ouvrages : étude, en un mot, qui me paroît être de la première néceflité pour un être penfant. De tous les temps les Philofophes fe font accordés pour donner à la Lune une grande influence fur les marées. Arifloto eft 1# premier qui ait ofé eflàyer à le prou*
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- du Fluide électrique, yiy ver ; mais les deux Philofophe» qui font entrés dans les plus grands détails fur les effets que la Lune peut caufer fur la furface des mers & fur la mafle de leurs eaux, font Defcartes & Newton.
- Defcart.es croit que la preffion du tourbillon de la Lune/quand cette planeteeft dans fes figyfies , donne une fecoufle au tourbillon de la terre par la preffion du fien. Newton attribue les marées à l’attraction du globe de la Lune.
- Ce qu’on doit commencer par conclure de plus rajfonnable, d’après les opinions des anciens & des modernes Philosophes, c’eft qu’en effet le paflage de la Lune au Méridien influe certainement fur la hauteur 8c fur l’heure des marées , puifque les marées fuivent prefque exactement l’heure correfpondante à la marche de la Lune , & puifque les marées augmentent régulièrement à mefure que la Lune approche de fes figyfies , & qu’elles diminuent à mefure que cette planete approche de fes quadratures, Le flux retarde toujours de quarante-huit minutes, & cela doit être , puifque la
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- J3<5 La Nature & les Effets
- marche de la Lune retarde tous les jours dq
- jnême-temps
- Il faut d’abord obferver que lé Sôleil & la Lune ont leur cours apparent entre les deux Tropiques, & les plus hautes marées de l’année font toujours lorfque lé Soleil eft en conjonâion avec la Lune. Mais ce que nous euflions peut-être ignoré toujours fans Newton , e’eft que ce que nous prenons, réverfiblement à nous & à l’état de la mer, dans fes mouvements fur nos côtes , pour être le flux, eft au contraire un reflux véritable réverfiblement à la mafle totale des eaux de la mer, puifque la mer ne s’élève fur nos côtes que lorsqu’elle redefcend de l’élévation où fes eaux fe font portées entre les Tropiques, & que lorfque nous a.vons le reflux, e’eft lorfque les eaux de la mçr fe retirent peu à peu de fès bords pour s’élever en différents points pris tour à tour entre les Tropiques,
- Je n’entrerai point dans une longue dif-euflion fur tous ces faits, qui font fuffifam-ment connus , & par les détails multipliés qu’on en trouve dans tous les livres
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- du Fluide électrique. 331 4e phyfique , & par toutes les obferva-tions particulières que ceux qui ont navigué , ou ceux qui habitent les bords de la mer, ont été à portéç de faire.
- Mon unique but étant de lier d’une fa-! çon limple & frappante ce phénomène à ceux dont j’ai parlé, je dis qu’il eft très-! probable que ce phénomène dépend de la force vive & jailliirante.de l’Éleétricité & de l’équilibre, qui fe renouvelle & fe réta-î blit fans celfe entre tous ces corps céleftes,
- La Lune étant bien moins éleétrique que la terre, elle doit l’attirer félon fon volume & fa mafle, & la terre doit l’attirer de mêr me ; mais Gette attraétion apparente a pour çaufe un véritable méchanifme , puifque cette attraction a pour moteur une force vive. La terre étant bien plus éleétriqué que la Lune, elle doit lui envoyer une plus grande abondance d’Éleélricité lorfqu’elle eft dans fes figyfies <jue lorfqu’elle eft dans, fes quadratures,
- La Lune éprouve encore dans le cours, d’une année une fécondé variation également reconnue , & fon orbite s’étend dç
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- 33*- La Nature & les' Effets plus en plus, à mefure que la terre fe rapproche le plus du Soleil : ce qui doit être, puifque la force jaillilïante de l’Éleélricité terreftre augmente à mefure que notre globe approche de fon périhélie, & que par con-féquent il redevient pluséleétrique. Ce qui, fans doute, eft bien prouvé par les obfer-vations, qui nous montrent que la Lune eft plus éloignée de la terre pendant l’hiver, temps où la terre avance vers fon périhélie ; & elle en eft plus proche en été , temps où la terre approche de fon aphélie , & perd à chaque temps de fa force jailliftante ; aufli voit-on que la période de la révolution lunaire eft plus longue en hiver qu’en été.
- La Lune eft ft dépendante de l’impulfion del’Éleétricité folaire & de la terreftre, que la courbe de fon orbite varie fans celle.
- Lorfqu’elle eft près de nous elle a beaucoup plus de vitelfe que lorfqu’elle eft dans fon apogée : l’inclinaifon de fon orbite augmente donc & diminue donc alternativement, & cet effet'arrive, parce que, félon la loi de l’équilibre, le mouvement de la
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- du Fluide électrique, 3# Lune dépend du plus ou du moins d’Élec-tricité que la terre lui envoie.
- Non-feulement cette force jailliflante fait varier de vitefle la marche de la Lune dans fon orbite, & la tient à des diftances inégales de la terre , mais aufli elle caufe à la Lune un balancement fur fon axe , qui va de chaque côté à près de deux degrés & demi : cette libration eft facile à obfer-ver, puifque dans le temps où la Lune va de fon apogée à fon périgée, elle nous montre, vers fon bord occidental, des taches qui ne font plus vifibles lorfqu’elle s’éloigne de fon périgée.
- Qu’on life tout ce que Newton & les favants Commentateurs ont écrit fur l’influence que la Lune a furies hautes & bafles marées , on trouvera que tout ce qu’il attribue à l’attraCtion de la Lune & à la gravitation opérée par les puiflances attractives du Soleil, de la Terre & de la Lune, combinées enfemble ; on trouvera, dis-je, que cette attraâion apparente & cette gravitation très - vraie ( quant aux effets ) ont l’une & l’autre une même caufe , qui.
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- Ëa Nàtùre & Us Ëjfiets ine paroît n’êtré autre ehofe que les ttidü--vements alternatifs de la matière vive & éleétrique qui fe remet à chaque temps en équilibre avec elle-même.
- Les petites mers n’ont qu’une maréé prefqù’infenfible ; hiais l’Océan, dont la fur-ïace eft immënfe, fé fôuleve bien plus fen-fiblement fous l’équateur, & l’on doit ob-ferver que la Luné ne fortant point d’entre les Tropiques, lès points les plus hauts dé l’élévation des eaux de la mer n’en fortent point auffi ; & cette élévation eft toujours d’autant plus grande que la Lune eft plus proche de la terre;
- Ces points d’élévation changent à niefuré que la Lune change de Méridiens , & cet: effet eft correfpondant au mouvement que les eaux reçoivent de la rotation diurnalë de la terre. Les grandes mers font toujours emportées d’Orient en Occident , comme M. de Buffon lé remarque & l’explique avec la force & la clarté qu’il porte dans tout ce qu’il écrit;
- La rotation de la terre étant d’Occident en Orient, elle emporte, il eft vrai, la
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- àu Pluide électrique. gçjf Hrtâife générale des eaux de la mer; mais la longueur du rayon/ étant plus grande fous l’équâteur, les eaux de la mer y éprouvent une plus grande force centrifuge que fous les autres parallèles. Cette force contribue à les élever & à retarder leur cours d’Occident en Orient ; ce retardement efl: augmenté par la force jailliflante de l’É-leétricité terreftre, qui s’élance de tous les points qui ont la Lune aü zénith , ce qui fait fuir les eaux du côté de l'Occident* Qu’on life tout ce que M. de Buffon à écrit fur cette matière , qu’on y joigne l’idée d’un Fluide jailliflant, d’une efpece de centre où tous les rayons de la furface de l’Océan viennent converger , l’Élëélricité de toute cette furface y étant attirée par l’approximation de la Lune ; qu’on rappelle auffi l’idée de la certitude qu’on a que le cours de la Lune eft renfermé entre les deux Tropiques, & je crois que tout concourra à l’explication la plus fimple & la plus complété du flux & du reflux.
- Defcartes dit que ce phénomène arrive par la preflion du tourbillon de la Lune ;
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- 33 6 Nature & les Étfets
- mais outre que le Syftême des Tourbillons i tels que les fiens , eft infoutenable , il eft démontré que les eaux de la mér s’élèvent fous l’équateur & darts les points qui ont la Lune au zénith ; & fi la lune preffoit les eaux par fon prétendu tourbillon , elles s’abaifferoient dans les mêmes points où elles s’élèvent.
- Newton dit que cèt effet arrive par l’at-tra&ion de la Lune ; mais l’actraéliort n’eft elle-même qu’un effet qui exige abfolument un moteur & une caufe méchaniqüe. Rien ne me femble impliquer contradiction dans l’explication très-fimple que je donne de ce même effet , & fi l’Éleétricité folaire & l’ÉleCtricité terreftre exiftent, ainfi quetous les phénomènes de la Nature doivent le faire préfumer ; fi les deux orbes agiffent réciproquement l’un fur l’autre , comme toutes les obfervations aftronomiques nous le montrent, ce ne peut être que par une force vive qui réfide en eux , foit en propre dans l’orbe folaire, foit par communication dans l’orbe terreftre ; & comme la propriété du mouvement n’appartient mê-
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- âu Fluide électrique, 337
- me à la force vive que par la première im« pulfion qu’elle a reçue, tous les orbes cé-leftes ne fe l’approprient que par communication , & la Lune étant un corps inerte, aiîujetti à celui de la terre, & foutenu dans l’atmofphere électrique de la terre, rien ne répugne à croire que le fluide qui jaillit de la terre redouble d’intenfité & de force dans lescirconftances dont je viens de donner les détails.
- Je penfe donc que c’eft ce Fluide fubtil qui fouleve les eaux fous l’équateur, à l’approximation du globe, moins éleétrique, de la Lune.
- Qu’on établifle une furface d’eau plus ou moins grande dans une jatte, & qu’on l’éleârife ; qu’on préfente à la furface de cette eau une petite boule d’ivoire ou de métal qui ne foit point éleétrifêe, alors on verra cette eau s’élever en cône, & l’apex de ce cône répondra au centre de l’hémif-phere de la boule qu’on préfentera, à me-lure qu’on parcourera la furface de cette eau avec la boule' qui ne doit point y toucher : on verra le monticule d’eau changer Tome IL Y
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- 338 La Nature & tes Effets de place, & fon fômmet répondra toujours à l’hémifphere inférieur de la boule.
- Si l’on veut bien pefer cette expérience fans aucun préjugé, j’efpere qu’on la trouvera décifive, & qu’on en tirera le même réfultat, puifqu’il eft clair que l’eau élec-trifée ne s’élève vers l’hémifphere inférieur de la boule que parce que l’Éleâricité l’é-leve dans le point où les rayons convergent & jailliflent, pour s’échapper & fe mettre en équilibre dans le corps non-électrique qui leur eft préfenté. On verra même qu’en faifant pafier la boule à une plus grande ou à une plus petite diftance, l’eau s’élèvera plus ou moins. Il en arrivera de même , félon que l’eau fera plus ou moins éleârifée , au point même de pouvoir , en fixaùt cette boule, juger de la force plus ou moins grande de l’Éleétricité , & faire fervir cette eau à devenir un véritable élec-“trometre. Que l’on varie cette expérience, qu’on la renverfe même, en n’éleétrifant point l’eau, & en éleétrifant la boule, l’effet fera toujours le même, & alors l’eau de la jatte s’élèvera en pointe pour porri-
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- du Fluide électrique,. 339 per & recevoir le furplus d’Ele&ricité qui peut remettre en équilible l’Éleélricité haturelle qu’elle contient, avec le furplus d’Éleélricité que la boule a acquis lorf-qu’on y a cortderifé par l’art & accumulé l’Éleâricité» J’ai vu le monticule d’eau s’élever fous un angle de plus de quinze degrés , & j’avoue qu’elle me frappe .allez pour ofer préfumer que l’Éleétri cité ter-reftre, bien plus forte que celle de la Lune , eft la force vive qui élève lés eaux de la mer dans tous les points qui ont Ce fatellite de la Terre à leur zénith.
- Qu’importe à la gloire de Newton, je le répété , que l’attraâion ne foit qu’un effet, puifqu’il a dit tout Ce qu’il étoitpof-fible de dire de mieux & de plus vrai, en partant de ce principe. Je ne nie pas l’apparence de cette attraction, je n’attaque en rien des calculs, des vues , des combinai-fons lublimes que le plus grand des Phi-lofophes a raffemblés pour nous inftruire ; mais je crois qu’il eft permis de chercher quel eft le principe aétif d’un effet & d’un principe du fécond ordre, reconnu pour Y %
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- 340 La Nature & les Effets vrai ( quant aux effets ) ; mais qui ne peut être que fecondaire, & qui d’ailleurs laif-fera toujours beaucoup à délirer à l’entendement, tant qu’il ne fera pas fuffifamment expliqué. En un mot, les effets de ce que Newton nomme attra&ion font vrais; mais î’efprit a befoin de leur trouver une caufe méchanique, & j’avoue que je crois la voir dans la force vive de l’ÉleClricité.
- Ge que Newton nomme attraction , je le nomme matière vive, feu élémentaire, Éleétricité : eh pourquoi ? C’eft que le mot attraction ne peut me faire concevoir dans un corps qui en attire un autre, qu’un lien , qu’une chaîne qui s’élance du corps attirant, qui dépaffe le corps attiré , qui l’enveloppe , & qui, en fe retirant fur elle-même , attire ce corps vers fon centre.
- Ce que Newton nomme gravitation, je le nomme équilibre : eh pourquoi? C’eft que la gravitation qui naît de plufieurs attractions combinées ne peut me donner d’autre idée que celle de plufieurs liens femblables au premier, pour tous les globes qui exercent quelque pouvoir les uns fur les au-
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- du Fluide électrique* 34,1
- très. Or, comme ces efpeces de liens a’cmf-tent pas ; donc il faut que ce même elFet arrive par une autre caufe , par une autre efpece de force ; donc il faut que cette autre caufe foit une force vive ; donc il faut que cette force vive foit de même nature dans tous les orbes •& dans tous les corps'qui agiffent les uns fur les autres ; donc il faut que tous ces orbes qu’on voit différer entr’eux par un plus ou un moins d’aétion , n’en different que par un plus ou par un moins d’abondance de cette force vive : donc enfin , on peut donner la préférence à la caufe dont j’ai efTayé de prouver l’exiftence , puifque tous les réful-tats précédents fe trouvent expliqués très-naturellement & très-fimplement par l’exiftence d’une matière vive dont tous les corps céleftes font plus ou moins imprégnés ; & dont les atmofpheres s’agrandiffent ou fe rétréciffent à raifon du plus ou du moins de matière vive que leurs globes contiennent. Matière vive , je le répété encore, dont il paroît que toutes les particules conftituantes font autant de petites fpheres Y 3
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- Z<z N^ure & les Effets d’aélivité répulfives à elles-mêmes, & par conféquent tendantes à fe remettre fans celle en équilibre.
- Comment pourroit-on douter que Newton ait eu l’idée de l’exiftençe de cet agent primitif? &la matière fubtile Newtonienne 700000 fois plus rare & plus élaftique que l’air , ne prouve-t-elle pas que le grand homme qui en eft venu jufqu'à la calculer a fenti qu’elle exiftoit, & qu’elle étoit né-ceflaire pour les opérations de la Nature ?
- Lorfqu’on voit qu’une feuille d’or, contre l’inertie qui lui eft propre , s’élève „ fe foutient en l’air fur un tube, & ne s’en rapproche qu’à mefure que la petite atmosphère éleélrique qu’elle a acquis diminue de longueur de rayon. Que pourroit-on imaginer de ce phénomène, fi ce n’eft une force vive qui jaillit également du tube & de la feuille d’or , & qui fufpend cette feuille dans le point où fa petite atmofphere eft en équilibre avec celle du tube ?
- Comment expliquera-t-on l’élévation de l’eau fortement éle&rifée , dans le point de la Surface qui répond au corps non-élec-
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- du Fluide électrique. 343
- trifé qu’on en approche, fi l’on ne recon-noît pas dans cet effet qu’un Fluide jaillif-fant feraffemble de toute la furface de cette eau , & vient coïncider dans le point d’où elle s’élève ? Il faudroit, fans doute, vouloir fe refufer à la lumière la plus vive , pour ne pas admettre tout ce que Newton a obfervé , écrit & prévu fur les effets de l’attraélion & de la gravitation ; mais ne feroit-ce pas abufer de la do&rine de ce grand homme, que de vouloir aller au-delà des bornes que fa haute fageffe lui a prefcrites ? Newton, s’il vivoit encore , avoueroit-il ceux de fes Seélateurs qui ofe-roient les franchir ? Voici comme il s’explique lui-même à la fin de fes Principes de Philofophie.
- » C’eft par la puiffance de la gravité » ( dit-il ) que j’ai expliqué jufqu’ici les » phénomènes des Cieux & de l’Océan ; » mais je n’ai pas aflùré quelle peut être » la caufe de la gravité : je n’ai pu par les «phénomènes découvrir la raifon de ces » effets de la gravité, & je ne forge point »d’hypotheVes. Il me fuffit (ajoute-t-il)
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- 344 La Nature & les Effets » que la gravité exifte réellement , & que « je puifTe par ffcs effets expliquer tous les « mouvements des corps céleftes & de la
- Il eftcertain, en effet, que Newton , tout fublime qu’il étoit, n’auroit pu, dans le temps où il écrivoit, expliquer la caufe primitive de l’attraéfcion que par une hypothefe rrès-hafardée, les expériences décifïves fur l’exiftence & laloi dp mouvement du Fluide éleétrique n’ayant point encore été faites. Je l’ai déjà dit ci-deffus, les premières expériences dont on lui fit le rapport firent la plus vive impreffiod fur fon, efprit, & il recommanda à fes Difciples de ne point Jaiffer échapper ce fil qui pouvoit les conduire.
- Combien les expériences fur l’Éleélricité n’ont-elles pas été multipliées & variées depuis le mois de Mars 1717 , temps où le monde favant perdit le flambeau qui l’avoic fi long-temps éclairé ? Qu’on raf-’femble toutes les expériences qu’on a imaginé de faire depuis ce temps , en eft-il une feule qui ne prouve que le Fluide élec-
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- du Fluide èleclrique. 34,^
- triqueeft un Fluide jailliffant, dont les particules élémentaires font répulfives à elles-mêmes ; que ce Fluide s’élance toujours du côté de moindre réfiftance, & qu’il ne s’élance que pour fe remettre en équilibre avec lui-même ?
- J’ofe donc conclure que le flux & le reflux de la mer, loin de démentir en rien l’exiftence du principe moteur que j’ofe ef-fayer d’établir, en devient la preuve la plus forte & la plus évidente.
- J’ofe même dire qu’il me paroît impof* fible d’expliquer avec quelle vélocité le degré de chaleur d’une maffe d’eau chaude contenue dans un vailfeau > feremet en équilibre de chaleur avec une autre maffe d’eau plus froide qu’on mêle avec elle , fi l’on n’admet que le Fluide aétif qui anime le feu groflier & compofé de particules fi-milaires répulfives à elles-mêmes. On n’expliquera pas mieux fans le fecours de cette matière vive & répulfive à elle-même , l’explofion d’une mine, & celle qui fe fait dans un tube d’airain ou de fer, la matière morte qui compofe en partie la pou-
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- 34d £<z Nature 6' Effets
- dre, ne pouvant être féparée , dilatée , & réduite en vapeur , que par l’effet d’un feu fubtil dont les particules limilaires fe repouffent mutuellement.
- J’ofe conclure auffi de tout ce que j’ai dit au fujet du globe de la Lune , que ce n’eft point à tort que tous les peuples fe font accordés à croire qu’elle a. quelqu’in-fluence fur la végétation des plantes. On a profcrit avec raifon les preftiges & les chimériques influences vantées par l’art trompeur de l’Aftrologie judiciaire ; mais on auroit tort de confondre avec les pré-tendues influences des étoiles fixes (i) celles d’une planete qui n’eft diftante de notre globe que d’environ trente de fes diamètres , & qui caufe des effets fenfibles dans notre atmofphere.
- II eft vrai que les obfervations qu’on a
- (i) J’ai déjà dit que Sinus, une des étoiles de la première grandeur , eft en apparence 17664 fois plus petite que le Soleil j & tout devant nous faire préfumer qu’elle doit lui être égale en grandeur, il en réfulte qu’il faut qu’elle foit éloignée de nous dffaioooooooocoo : te un boulet de canon de vingt-quatre , qui conferveroit toujours fa vitefTe feroit 700000 ans à parcourir l’elpace entre cette étoile & la terre ; ainfi que le célébré Doûeur Keiil le prouve dans fes leçons d’Aftronomie.
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- faites furlesréfradîons ont fait préfumer que l’atmofpheregroffiere de la Terre ne s’élevoit pas à plus de dix-fept lieues perpendiculaires, & que la croyant bornée à cette hauteur , & fachant que celle de la Lune devoir être bien moins étendue, on a cru pouvoir en conclure que ces deux, atmofpheres ne pouvoient avoir d’influence l’une fur l’autre ; mais comme la lumière zodiacale & les Aurores boréales nous ont prouvé depuis,que l’atmofphere terreftreeft beaucoup plus étendue; comme aufli (fans aucune fuppofition) & comme parle rapport Ample des faits, on eft forcé de convenir que les eaux entre les Tropiques s’élèvent dans tous les points de ces mers qui ont la Lune au zénith. On n’a nulle raifon fuffifante de rejetter ce que l’expérience de plufieurs milliers d’années a fait pratiquer à ceux qui cultivent la terre : ils plantent & ils fement, autant qu’il leur eft poflible, dans le premier ou le dernier quartier de la Lune, & ils ont raifon ,,puifque la Lune marche alors de l’une de fes quadratures pour avancer vers une de fes figyfies, &
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- 348 La Nature & les Effets qu’en effet la terre doit avoir alors plus de cette force jailliffante néceffaire pour faire déployer les germes , & pour les élever.
- Je crois que ceux qui auront lu tout ce qui précédé ce Chapitre , expliqueront d’eux-mêmes la caufe de cette augmentation de force végétatrice, & qu’ils jugeront que la terre devient beaucoup pins éleétrique dans tous les points de fa furface feche qui correfpond au globe de la Lune.
- La même force jailliffante que je crois être la caufe de l’élévation des eaux de la mer, devant augmenter de même fur les terres & caufer une germination & une élévation des plantes plus promptes & plus fortes.
- Je ne puis mieux appuyer mon opinion qu’en rapportant celle du Savant de nos jours, qui joint la Géométrie la plus fubli-jne à l’érudition la plus profonde ; c’efl ainfi que s’exprime M. d’Alembert dans fon Introduétion à l’Ouvrage qui fut couronné en 1746 à Berlin. Cette piece eft intitulée Réflexions Jur.la caufe générale des
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- du Fluide électrique. 349
- » Tous les Phyficiens (dit M. d’Alem-nbert ) conviennent aujourd’hui que le « flux & le reflux des eaux de la mer ne « peut être attribué qu’à l’a&ion du Soleil « & de la Lune : quel que Jbit le principe de «cette a&ion, il eft-inconteftable que pour «fe tranfmettre jufqu’à l’Océan, elle doit « traverfer auparavant la malle d’air dont «il eft environné, & que par conféquent «elle doit mouvoir les parties qui com-« pofent cette mafle. Nous pouvons donc «•regarder Paétion du Soleil & de la Lune , «linon comme l’unique çaufe des vents, « au moins comme une des caufes géné-« raies que nous cherchons ; & une telle fuppofition eft d’autant plus vraifembla-« ble que les endroits où l’Océan eft libre, « font, comme nous venons de le dire, les « plus fujets aux vents réguliers. Il réfulte » ( ajoute-t-il ) de cette première réflexion n que la force de la Lune peut agiter l’air » que nous refpirons, Sç pour en changer « la température, peut-être beaucoup plus « grande que les Philofophes ne paroilfent « le croire communément, je ne prétends
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- 3$o La Nature & les Effets » point, dit-il , adopter fur ce fujet toiiS » les préjugés vulgaires ; mais l’aétion de » la Lune fur la mer étant très-fupérieure » à celle du Soleil, de l’aveu de toils les » Savants , on eft forcé , ce me femble , n d’avouer auffi que l’adion de cette pla-» nete fur notre atmofphere eft très-con-» fidérable , & qu’elle doit être mife au « nombre des caufes capables de produire » dans l’air des changements & des altéra-j> tions fenfibles. «
- Voilà ce qu’un Philofophe fans préjugé , & trop éclairé d’ailleurs pour pouvoir être féduit], obfervedans la Nature. On voit que quoique zélé Newtonien, M. d’Alem-bert ne franchit point les bornes que Newton s’étoitpreferites: il calcule tous les effets attribués à l’attradion de la Lune, en confé-quence de l’apparence de cette attradion ; mais ne s’explique-t-il pas fuffifamment en difant : quel que foit le principe de cette action ? Ne paroît-il pas, en s’exprimant ainfi , fentir qu’il lui laifle quelque chofe à délirer pour connoître ce principe, & qu’une attradion pure & fimple ne fuffit pas pour
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- le fatisfaire fur la nature du principe de cette aétion ?
- Plus téméraire que M. d’Alembert , à qui la grande réputation ne permet plus de l’être , & me facrifiant , pour ainfi dire , moi - même dans cet Effai, pour encourager le très-petit nombre de Savants de fon ordre à difcuter ce que je ne fais qu’entrevoir, j’ofe avancer qu’il me paroît impoftible que l’atmofphere groffiere de la Lune puiffe pénétrer celle de la terre , & arriver jufqu’à fa furface. J’ofe avancer que tous-les-effets & tous les phénomènes que nous obfervonsfur la furface de la Terre & de l’Océan , lorfque la Lune eft dans les figyfies, ne doivent être attribués qu’à l’Éleàricité terreftre , qui, comme je l’ai dit, fe porte plus ou moins vivement vers le globe de la Lune, à mefure que la terre en eft plus ou moins éloignée, & que ces phénomènes font tous caufés par le Fluide éleélrique qui jaillit vers la Lune avec d’autant plus de force que les points dont il jaillit approchent le plus d’avoir la Lune au zénith.
- Tout concourt au même effet entre
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- 35i La Nature & les Effets Tropiques, où la force centrifuge eft accélérée par la figure de la terre, dont le diamètre fous l’équateur a vingt-fept à vingt- : huit mille toiles de plus que fon axe polaire , & dont la rotation décrit 1413 pieds par fécondé, & par conféquent 8 5380 pieds par minute. J’ai déjà trop parlé de l’aétion des rayons folaires pour expliquer encore comment ces rayons entretiennent & excitent l’effluence de l’Éle&ricité terreftre , & pour m’étendre fur l’influence qu’ils doivent avoir fur les hautes & balles marées. Il n’eft pas douteux que l’Éleétricité folaire ne contribue à l’élévation des eaux entre les Tropiques, & cet effet fe manifefte fur-tout quand la Lune eft en conjon&ion avec le Soleil, puifque c’eft le temps des plus hautes marées ; mais l’Éledricité folaire y contribue beaucoup moins que la terreftre , parce que la Lune eft affujettie dans l’atmofphere éle&rique de la terre, & que c’eft la terre qui la foutient dans l’orbite qu’elle décrit , par fa force jailliffante , & parce que c’eft l’Éle&ricité terreftre aufli qui l’entretient dans fon équilibre. Rien n’eft
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- n’efl plus relatif que les différents phénomènes que les marées nous montrent, & ceux que les vents réguliers nous font voir.
- Tous les vents réguliers & confiants répondent prefque exactement aux marées , & ces vents ne font confiants qu’entre les Tropiques. Si je voulois entrer dans de plus longs détails fur les caufes de Ces vents réguliers & confiants , je ne pourrais que répéter ce que le célébré Edmond Halley, & MM. Muflchembroëk & de Buffon ont dit fur cette mâtiere. Ceux qui voudront s’initier dansja^ connoiflance des vents doivent confulter fur-tout les belles & favantes cartes que Halley a dreffèes pour les vents confiants , les périodiques & les irréguliers. Le même en a dreffé pour les variations & les inclinaifons de l’aiguille aimantée. Les longs & périlleux voyages que ce Phi-lofophe entreprit étant enflammé par la paffion de perfectionner toutes les fciences utiles, le mirent eh état de drefler ces différentes cartes, qui font les monuments les plus'honorables pour les fciences exaCtes, comme ils le font du courage le plus intré-Tome IL Z
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- 3^4 La Nature & les Effets pide & du plus grand amour de l’humanité. J’ofe dire même que tant que les fciences exaétes & utiles feront en honneur , les cartes de Halley feront plus recommandables que les faftueufes & inutiles pyramides d’Égypte, & qu’elles affureront à leur Auteur l’admiration & la reconnoiffance de la poftérité.
- L’aélion du Soleil paroît influer principalement fur les vents réguliers ; les changements que l’aélion combinée de PElec-tricité folaire & de la terreftre,opèrent dans l’équilibre de notre atmofphere eft l’unique caufe du retour confiant de ces mêmes vents,& ce font prefque les feuls qui foient parfaitement fournis aux obfervations & au calcul, parce que leur caufe eft connue, & que l’expérience n’en dément point les effets.
- Mylord Bacon eft celui qui a effayé avec le plus de fuccès à former des claffes des différents vents, parmi lefquels il en eft quelques-uns hors des Tropiques, qui font encore confiants & périodiques; mais dont tous les autres font irréguliers & accidentels.
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- Je préfume que la Lune contribue avec le Soleil aux vents confiants qui régnent entre les Tropiques, & la même force jailli flante qui éleve les eaux vers la Lune, forme un grand déplacement dans l’atmof-phere, & ce déplacement eft aufli-tôt rempli par les couches d’air voifines.
- Nous devons au Doéteur Clare une expérience qui favorife beaucoup cette opinion : il plaça dans le centre d’un grand baflin , plein d’eau froide , un petit baflin plein d’eau chaude ; la chambre où l’on faifoit l’expérience étoit bien fermée, & l’air étoit tranquille. Le Do&eur Clare prit alors un corps qui brûloir encore aflez pour rendre une fumée légère , il pofa ce corps fumant à un pied de diftance de la fuperficie de l’eau froide du grand baflin, & il vit la fumée fe porter vers le centre, où l’air étoit raréfié par le feu qui s’éle^ voit de l’eau chaude du petit baflin. L’in-verfe de cette expérience lui donna le même réfultat: il remplit le grand baflin d’eau chaude , & le petit baflin d’eau froide, & îorfqu’il plaça le corps fumant fur cette
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- eau froide , il vit la fumée s’étendre en
- tout fens fur la fuperficie de l’eau chaude,
- Je ne compte ici la chaleur pour rien,
- .& je crois y être autorifé par tout ce que j’ai dit dans les Chapitres précédents ; je ne fais attention qu’au feu élémentaire , à l’Éleâricité qui jaillit en bien plus grande abondance de Peau chaude que de l’edu froide , & dans cette expérience je ne vois que l’équilibre qui fé rétablit entre toutes les particules flottantes dans l’air , defquelles l’Éledricité occupe les milieux , & que par conféquent il rend répulfives à elles-mêmes.
- C’eft ce qui doit arriver entre les Tropiques, où le Soleil & la Lune concou- ^ rent à l’élévation des eaux , & forment ' des déplacements, qui font fans cefle rem- , placés par des couches d’air voilines ; & j le Soleil ne fortant point d’entre les Tropiques , la force centrifuge y étant plus s forte qu’en toute autre latitude, & l’Elec- t tricité terreftre y étant fans cefle plus for- ( tement excitée , le phénomène cefle de j l’être, puifqu’il devient un effet naturel,
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- du Fluide électrique. 357 néceflaire & confiant : auffi ne voit-on pas ces vents réguliers & confiants s’étendre à plus de trente degrés de l’équateur, & l’on ne trouve ces vents confiants que juf-qu’à trente degrés Nord & Sud dans l’Océan Atlantique, dans l’Océan Indien & dans la mer du Sud.
- On voit toujours ces vents incliner de l’Eft au Nord, du côté Septentrional, & de l’Efl au Sud, du côté Méridional.
- Cela doit être , puifque le feu éleélrique }ui meut l’air , & qui lui donne toute fon Üaflicité & toute fa force expanfible, doit e porter vers les pôles & y entraîner l’air; es régions polaires étant moins éleélri-jues, leur atmofphere plus dénuée de feu, Sc l’Éleâricité abondante élancée entre les-Tropiques pouvant fe remettre plus promp-ement en équilibre avec elle-même, en fe jortant vers ces régions polaires.
- A l’égard des vents périodiques ou vents nouffons, ils fe font fentir à moins de rente degrés dans l’Océan Indien , à caufe les grandes terres qui fe trouvent entre es Tropiques.
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- 358 La Nature & les Effets Jene peux rien dire de mieux que d’exhorter mes Lecteurs à lire avec attention tout ce que dit M. de Buffon au fujet de ces fortes de vents. Je n’ai rien à ajouter àfes rapports , rangés dans le plus bel ordre, fi ce n’eft de faire rentrer ce qui les caufe dans la chaîne générale de cet Eflai.
- Qu’on prenne la Carte des vents , dref-fée pour ces mers par le favant Halley, & l’on verra que le Cap de Bonne -Efpé-rance , le Cap Comorin, la prefqu’ifle de Siam & Malaca, l’ifle Formofe, la côte méridionale d’Éthiopie & la Nouvelle-Hollande, doivent caufer des vents périodiques & alternatifs , à mefure que les grandes terres deviennent tour à tour plus ou moins éleétriques. Prefque toutes ces grandes terres,chargées de chaînes de montagnes , fe trouvent fituêes entre les Tropiques; par conféquertt elles doivent avoir une Éleâricité fupérieure à celle de la mer, & changer alors la direétion naturelle des vents confiants : c’eft ce qu’on voit arriver Jorfque les vents mouflons s’élèvent tour à tour & fouillent de ces terres.
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- Qu’on life tout ce que le favant Halley a écrit à ce fujet ; qu’on examine attentivement fa Carte ; que l’on compare les périodes des vents mouflons avec le cours apparent du Soleil & le cours réel de la Lune, j’ofe dire qu’on fera convaincu de la correfpondance exade qui exifte entre ces périodes & le temps où le Soleil eft au zénith dans l’une ou l’autre des latitudes où gifent ces grandes terres, & où la Lune eft de même la plus approchante d’être à leur zénith.
- Les vents confiants , réguliers ou périodiques fe font quelquefois fentir jufqu’au quarante-cinquieme degr^ de chaquecôté de l’équateur; mais alors ils font fi troublés dans leur cours par plufieurs caufes phyfiques intermédiaires,qu’on ne doit plus les regarder que comme cafuels. Cependant on doit obferver que depuis le quinze de Mars jufqu’au,quinze de Mai, le vent du Nord eft prefque continuel dans notre latitude : il devient même plus confiant dans notre zone tempérée, à mefure que la latitude des terres fe rapproche plus de
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- l’équateur , & fur-tout en conféquence du moins d’obftacles qui peuvent troubler fon cours naturel. Ce vent d’Eft & de Nord-Eft fouffle prefque perpétuellement en Provence , parce qu’il rencontre moins de grandes terres dont l’Éleâricité puilfe troubler & changer fa direâion naturelle.
- Ce que je dis fur les vents périodiques fe trouve encore prouvé par une obferva-tion très-facile à faire.
- Les terres qui bordent la Méditerranée devenant bien moins éleétriques après le coucher du Soleil, le vent naturel de la mer reprend par degrés relatifs fon avantage , & le vent d’Eft fouffle avec violence vers le point du jour ; mais à mefure que le Soleil s’élève fur l’horizon, & depuis dix heures du matin jufqu’à cinq heures du foir, l’Éleétricité des terres ayant été fortement excitée , le vent s’élève alors du côté des terres, & devient Oueft conftam-ment jufques vers le coucher du Soleil.
- A l’égard des vents irréguliers, l’énumération des différentes caufes qui les pro-duifent feroit immenfe & varieroit pref-
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- du Fluide électrique. 361 que à chaque degré de latitude fur les grandes terres.
- Rien n’eft plus propre à éclairer jufqu’à on certain point dans les détails de ces vents irréguliers que tout ce que Muflchem-broëk a écrit fur cette matière , d’après les rapports des Voyageurs les plus dignes de notre confiance, tels que Bernier ,Har-rilf, & Kempffer.
- J’ai déjà dit dans les Chapitres précédents quel eft l’effet que doit produire l’ÉleCtricité terreftre , qui converge dans les fommets des montagnes élevées, comme on la voit converger dans les pointes des conducteurs qu’on préfente au globe éledrique. J’ai parlé de même des vents violents qui s’élèvent de plufieurs chaînes de montagnes, & des antres qui font ouverts fur leurs fommets ou fur leurs penchants.
- j L’œil de bœuf qu’on obferve au Cap de Bonne-Efpérance , & dont Kolbe donne la defcription , s’élève de la montagne de la Table, dite du Diable. Plufieurs autres montagnes de la Guinée, du Japon & des
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- iües Caraïbes , d’où l’on voit s’élever des nuages noirs en forme de ballon & très-ref-femblants à l’œil de bœuf, qui s’élèvent de la montagne du Diable , le vent violent qui s’élève du mont Pilate & des ifles Éoliennes , tout annonce l’abondance & la force de l’Éle&ricité terreftre qui converge dans ces montagnes.
- Les Phéniciens, qui ont été les premiers & les plus grands Navigateurs de l’antiquité , n’ont jamais ofé doubler le Cap de Bonne-Efpérance, qui le fut pour la première fois fous Ferdinand & Ifabelle. Ce Cap a porté long-temps le nom de Cap des Tempêtes , les grands courants des vents confiants allant non-feulement fe brifer contre ce Cap, mais y étant combattus avec avantage par les vents qui s’élèvent verticalement & diagonalement de ce Cap immenfe.
- Prefque toutes les tempêtes qui fe formant dans les mers au - delà de ce Cap , & fur-tout dans les mers du Japon , doivent leur naiifance aux nuages ronds & noirs que les Matelots nomment un grain,
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- & que les Lucernois nomment le chapeau du mont Pilate.
- Tout Phyficien qui ne voudra voir dans un phénomène que ce qui parle aux yeux éclairés par l’expérience & par la raifon, reconnoîtra dans ces nuages noirs une éruption fouterraine, ou fous-marine (s’il m’eft permis de me fervir de cette expref-fion): il reconnoîtra que la violence de cette éruption l’ayant empêché de diverger allez tôt & fous un affez grand angle , elle a pu s’élever très-condenfée au-deffus des nuages, jufqu’au point 011 le feu élémentaire captivé par les foufres & le nitre , qui fe font en même-temps élevés, fe fait jour enfin, par une explofion fi violente & fi terrible, qu’un vaiffeau d’oii l’on n’auroit pas obfer-vé ce grain, & qui porteroit fes voiles , feroit foudainement tourbillonné & englouti fous les eaux, parla violence du vent qui naît de cette explofion.
- Tels font les accidents qui combattent fans ceffe dans plufieurs mers différentes la régularité des vents périodiques. Ce font auffi des vents de cette même efpece qui
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- 3^4 La Nature & les Effets caufent de violents ouragans fur les Terres , tels que ceux qui, dans les ifles Caraïbes , ravagent quelquefois la furfaçe de la Terre, jufqu’au point de la fillonner juf-qu’à huit & dix pieds de profondeur.
- Ce font les vents confiants qui régnent entre les Tropiques & les vents qui fouf-fient en fens contraire des Caps, des grandes Ifles & des Côtes, qui combinés en-femble forment ces tournoiements terribles qui quelquefois élevent la mer jufqu’aux nues, lorfque la direction du tournoiement fe plonge dans la mer.
- D’autre fois la direélion de ces tout* noiements fe trouvant prefque horizontale, ils ne font qu’effleurer la mer, & laiffent au milieu de cette efpece de tourbillon un grand efpace d’eau calme en apparence , & qui n’a plus qu’un mouvement circulaire. Les Efpagnols & les Portugais , qui les ont éprouvés les premiers , les ont nommés Tornados. Un vaiffeau qui fe trouvera à la hauteur des côtes de Guinée , à trois, quatre ou cinq degrés de latitude Nord , eft quelquefois circonfcrit &
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- arrêté pendant deux mois par ces Torna-dos, n’ayant aucun air de vent qui puiffe l’en relever. Depuis que les Hollandois ont conquis les Moluques , plusieurs de leurs vaiffeaux cherchant à abréger leur route, en rangeant les côtes d'Afrique, & ayant été faifis par ces Tornados, ils y ont confommé tous leurs vivres , les Équipages font morts de faim, & les VailTeaux n’étant plus gouvernés, font venus échouer fur différentes côtes.
- Lorfque la direction des tournoiements caufés par les vents confiants, les vents accidentels & les vents électriques qui s’élèvent des Terres, fe portent fur la fur-face des eaux , par un angle aigu , ils y excitent de grands courants, & ces courants éprouvent alors les mêmes tournoiements que les vents, au point même de former dans leurs centres des enfoncements où les vaiffeaux s’abyment. Le gouffre de Carybde , proche la Sicile, éprouve plus ou moins ces tournoiements en vingt-quatre heures ; mais le plus affreux de ces gouffres fe trouve dans
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- 366 La Nature S' /« Effets les mers du Nord , & tous ces grands mouvements des vents & des eaux ont pour câufe des combinaifons phyfiques , variées à l’infini ; mais caufées toutes par un même principe aétif , qui n’eft autre chofe qu’une force jailliflante , & cette force jailliflante quelle qu’elle puifle être , ne peut naître que de la fource commune de toute efpece de mouvement , & d’une force vive qui s’élance en faifceaux coniques de rayons divergents , & qui, combattue par d’autres émiflions pareilles qui s’élancent dans une direétion contraire , fe combine avec elles pour prendre un mouvement compofé , dans lequel la force jailliflante la plus vive conferve une partie de fa fupériorité & de fa direction.
- Les ouragans, les Tornados & quelques gouffres (i) paroiflent donc avoir
- Ci) On doit bien préfumer du nombre des gouffres accidentels , ceux fur lefquels le vent n’agit pas, ceux qui fuivent les loix ds l’Hydroflatique par la pofition des côtes , l’entrée des grands fleuves & l’élévation des marées. J’en excepte auflï ceux qui peuvent être occafionnés par des abymes qui font communiquer une mer à l’autre , tel que celui de la mer Cafpienne , que quelques Voyageurs prétendent communiquer avec la mer de la Chine. Cependant je pourrois encore dire que 1 Hydrostatique a l’équilibre pour loi
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- • du Fluide électrique. %6y la même caufe , & cette caufe fe trouvera toujours être la même dans tous les mouvements poflibles pour un übfervateur attentif,qui reconnoîtra fans celle une force vive & jailliflante, qui s’élance du point où les circonftances doivent rendre l’Elec-tricité-terreflre la plus vive & la plus abondante.
- Si l’on exigeoit que je donnafie encore des preuves plus palpables de mon opinion, je n’aurois qu’à rapporter tout ce que M. de Buffon dit fur les ouragans & fur les Tornados; mais c’eft à l’Ouvrage de cet Auteur, également profond & éloquent, que je renvoie mes Leâeurs, comme à la fource où j’ai fouvent puifé moi-même.
- Il me fuffit de prouver dans cet ElTai, que tous les grands mouvements de l’air & des eaux font un écoulement néceflaire de la même force vive qui meut toute la Nature, & que cette force vive ne peut être autre que le feu élémentaire & éleélrique.
- primitive , & que les courants les plus violents font des efpeces d'olciliations , qui tendent à rétablir cet équilibre ; Se le principe de tout équilibre & de toute Fluidité fera toujours le feu élémentaire (f éleflrique.
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- 3^9 La Nature & tes Effets Il ne peut exifter deux principes de mouvement différents , & la matière ne peut avoir d’autre divifion que celle de l’aéti-vité & de l’inertie ; tout doit fe rapporter, & tout fe rapporte en effet au principe unique de la matière, vive qui meut & qui modifie les différents agrégats de la matière morte & inerte.
- Sous quelque forme que ce principe unique puiffe être déguifé, il ne pourra relier caché aux yeux d’un Obfervateur éclairé, qui le cherchera dans la confiance qu’il peut & qu’il doit le trouver & le reconnoître.
- J’ofe dire plus : fi par hafard ce foible Effai faifoit quelqu’impreflion fur les gens éclairés ; fi le principe fimple & fécond de l’Éleélricité & de la combinaifon générale de l’Éleélricité des fixes & de leurs planètes ; fi cette caufe des grands mouvements généraux , & de tous les mouvements particuliers, qui me paroît fi probable, le paroiffoit de même à ceux qui auront daigné lire cet Effai avec attention : je peux, fans aucune témérité, offrir de commenter telle efpece de Traité de Phyfique qu’on voudra
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- du Fluide 'électrique-. 369 Voudra m’indiquer , tels que les Traités de Gravéfande, Défarguilliers, Mulïchem-broëk & Nolet, & de ramener par l’explication la plus fimple & la plus proba* ble , tous les phénomènes , tous les faits conftatés & toutes les expériences rapportées dans ces Traités, au principe âétif & unique dont je viens d’elïkyër dé prouver l’exiftence.
- Je démontrerai que tout dans la Nature obéit aux loix du mouvement, propriété principale de ce principe aétif, & à l’équi libre dans lequel ce feu élémentaire & électrique tend & doit tendre à fe remettre fans celle avec lui-même.
- Je démontrerai de mêmé que cét équilibre eft la caufe nécelfaire de tous les mouvements pôllibles , qui ne font & qui né peuvent être que des Ofcillatiôhs plus ou moins fortes, qui tendent toutes â le rétablir fans celle, & que c’éft Cet équilibre oh la matière vive doit fé remettre fans celle avec elle-même , félon la loi qui lui a été imprimée, qui meut, enchaîne & entretient fans celle l’économie univerfelk Tome II* A a
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- 370 La Nat. & les Effets du Fluide éleclr. des êtres fenfibles & l’harmonie générale de l’Univers.
- Telle eft la conclufion que j’ofe tirer de cet Ouvrage ; & pour mettre fous un même .coup d’œil la connexion des pro-pofitions, des preuves, des expériences, des faits & des explications que j’en donne , je Vais joindre ici une Récapitulation des Chapitres de cet Eflai , comme pn tableau plus précis , qui pourra devenir frappant pour ceux qui auront lu cet Ouvrage fans préjugé, & qui daigneront exercer leur efprit & leur raifon- pour juger fainement de fa folidité ou de fa foibleife.
- FIN.
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- RÉCAPITULATION
- Nécejjaire à lire pour connaître la chaîne & Venfemble de cet EJJai.
- PRÉFACE.
- IL’Auteur compofa cet Ouvrage à Boulogne fur mer, où,il commandoit alors , pendant le cours de 1747 & 1748,après avoir répété , varié & multiplié les Expériences fur l’Éleâricité pendant trois ans.
- Raifons pour lefqueUes il ,crut devoir retarder l’impreflion de cet Ouvrage.
- Néoeffité de lier le réfultat d’une,Expérience dans un ordre prefque fyftématique, après s’être bien alluré de la réalité de l’Expérience & de la folidiré du réfultat qu’on en tire.
- Aa z
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- 371 Récapitulation pour Connaître Réflexion fur le peu d’utilité qu’on peut tirer d’une Expérience ifolée.
- Réflexions fur les difpofitiôfts que la plupart des Leéteurs apportent dans l’examen d’un Ouvrage philôfôphique. Lé doute abfolu n’eft qu’un des égarements de la raifon : il retard? les progrès des connoif* fances & de l’efprit humain.
- Ce que l’Auteur ofe demander à ceüx qui liront cet Eflai, & les motifs qui l’ont engagé à ne le publier qu’après y avoir travaillé pendant 2.5 ans.
- Extrait des regiftres de l’Académie royale des Sciences de Paris, daté du 14 Mai 1749.
- L’Auteur rapporté ce Jugement de l’Académie des Sciences pour prouver que tous les principes, toutes les propofitions & les principales preuves étoient renfermés dans le Mémoire qu’il fournit à l’Académie des Sciences en 1748. Oeft une date qu’il réclame, avec raifon, pour qu’on ne puilfe pas l’accufer d’avoir puifé fes
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- ta chaîhe & Penfemhle de cet EJfai. 373 idées dans quelques excellents Ouvrages fur l’Éleélricité qui ont paru depuis 1748.
- DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
- Tout efl lié dans l’Univers , & notre fyftême folaire eft en équilibre avec les fyftêmes folaires de toutes les autres étoiles fixes.
- Idée bien fôible & bien peu approchante de l’immenfité de l’Univers,
- Le Créateur, fouverainement bon, puif-fant 8c intelligent, a créé tout enfemble, a tout formé, tout arrangé, tout prévu par un aébe fimple de fa volonté, L’immenfité, la magnificence 8c la durée de fes Ouvra** ges en font l’effet, & yn principe unique de mouvement doit fuffire pour entrete-* pir l’Univers dans l’ordre que nous admi-
- Delà, néceflxté qu’il exifte un agent uni-Verfel,
- Il n’y a qu’une divifion dans la matière générale de l’Univers, une matière vive 8c aétive , 8c une matière morte 8c inerte.
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- 574 Récapitulation pour connoître Le Créateur a imprimé le mouvement à la matière aétive, & cette matière vive qui meut l’inerte, eft la caufe de toutes les difr férentes. modifications de cette dernriere.
- Erreur grofliere de quelques anciens Phiiofophes, qui ont confondu ces deux matières enfemble.
- Prefque tous les anciens Phiiofophes ont eu l’idée d’un agent univerfel. Jufteife de cêtte idée : elle fe rapporte à l’unité d’un a été exécuté par l’unité devoîonté.du Créateur.. Quelque grands que foient les Ouvrages de Dieu, ils ne font qu’un minimum de fa toute-puiffance ; la loi par laquelle les corps font mûs doit agir aufli par un minimum d’aétion , &il.paroît prouvé qu’un agent univerfel régit tout dans la Nature.
- Erreur abfurde de Démocrite & Leucipe, qui ont enfeigné que tout s’eft formé par hafard. Réfutation de leurs atomes figurés; définition des vrais atomes élémentaires , d’après celle de Newton.
- Examen des différents agents univerfels que les anciens ont cru reconnoître , &
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- la chaîne & Pehfemble de cet Ejjai. 375 auxquels^ ils ont donné un nom.
- Réfutation de l’opinion des anciens fur L’éther....
- Abfurditéde l’opinion qu’ils avoientque cet éther avoit en lui un mouvement propre & une force indépendante de toute aétion commencée.
- Preuves de leur ignorance fur les vraies îoix du. mouvement.
- Eloge de René Defcartes, comme Géomètre & comme Logicien : erreurs de ce grand homme, qui fe laiffa trop emporter par fon génie inventeur.
- Réfutation de la matière fubtile & de la matière globuleufe : louanges méritées parce Philofophe pour a voir eu l’idée d’une matière fubtile ; mais en même-temps , preuves complettes qu’il n’a jamais connu la nature de cette matière lubtile, ni la loi de fon mouvement.
- Confiance qu’on doit avoir dans tour ce que Boerhaave a écrit fur la Nature & les Effets du feu élémentaire ; mais il n’a pu le connoître par le rapport des fens, Aa 4
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- 376 Récapitulation pour connaître comme les expériences de l'Éle&ricité le font eonnoître.
- Idée de l’attraélion Newtonienne: confiance & reconnoifTânee qu'ôn doit avoir pour les travaux du grand Newton.
- L’attra&ion n’eft qu’un effet qui doit naître d’une caufe plus générale. Newton le reconnoît lui-même , dans fôn Traité d’Optique : il encourage même- à la chercher, à la eonnoître, en donnant, dans les Queftions placées à la fin de fon Traité d’Optique , l’idée d’une matière 700000 fois plus rare & plus élaftique que l’air^ Ce grand homme, près defa fin, exhorte fes Difciptes à bien obferv-er les effètsdu Fluide éleétrique, que, d’après lerapport des premières expériences, il regarde comme un #1 qui peut les conduire.
- Réflexion fur ce qu’un grand nombre de Se&es qiïi ont travaillé pour eonnoître le fyftème général de l’Univers-, n’ont pu fe tromper fans eelTe dans toutes les parties différentes de ce travail, quoiqu’elles foient parties d’un faux principe, Eflai de rapprocher iez opinions les plus probable
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- la chaîne & Venfemble dé cet EJfai. 377 des Philofophes anciens & modernes.
- Raifons que l’Auteur donne pour avoir préféré, dans fon Ouvrage, l’ordre fynthé-> tique à l’ordre analytique,
- Il part du principe ( d’abord fuppofé ) que l’Éle&rieité eft l’agent qui meut tout dans l’Univers, & que fon Fluide fubtil eft la matière vive, deftinée par le Créateur à mouvoir la matière morte & inerte,
- EJfai fur le Fluide électrique*
- CHAPITRE PREMIER,
- Expériences qui font voir les forme? différentes fous lefquelles l’$le&riçité devient perceptible.
- Formes qui varient, ainfi que les effets de ce Fluide,en raifon de fa rareté ou dç fa denfité.
- Autres expériences qui prouvent quelle eft la loi du mouvement de ce Fluide.
- L’Éleétricité a la même tendance à l’équilibre que le feu élémentaire.
- ' &es corps non-éleétriques par eux-mêmes
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- 378 Récapitulation pour connoitre paroiffenc attirer le Fluide éleétrique des corps éleétrifés.
- Analogie frappante des Aigrettes électriques avec les rayons folaires.
- Le feu éleétrique eft un feu pur : loin d’avoir befoin d’aliment, il chaffe , il repouffe hors de lui toute matière étrangère.
- Identité de l’Éleétricité & du feu élémentaire de Boerhaave : preuves par les Phofphores & par une expérience de M, Rouelle.
- Effets de l’air fur l’Éleétricité.
- Forme des Aigrettes éleétriques : loi de leur mouvement.
- Le feu éleétrique différé effentiellemenc du feu greffier.
- Le feu éleétrique eft l’agent qui meut le feu d’uftion.
- £)iftinétion çntre l’effluence & l’affluence éleétrique.
- Preuves que l’une & l’autre exiftent.
- Récapitulation des expériences qui prouvent la nature & la loi du mouvement du* Fluide éleétrique. .
- Réfultat de ces expériences, qui paraît
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- la chaîne & l’cnfemble de cet EJfai. 377 prouver que le Fluide électrique efflue avec une force jailliffante & en faifceaux coniques de rayons divergents : qu’il fuit dans une émifiion libre la loi inverfe du carré des diftances., & qu’il montre une analogie exaéte & des effets correfpon-dants à ceux que Newton a calculés, & qu’il attribue à l’attradion.
- Analogie du Fluide électrique avec le Fluide magnétique.
- CHAPITRE SECOND.
- Toute émiffion éleétrique en état de liberté eft un faifceau conique de rayonsdi-vergents.
- Expériences décifives qui prouvent l’at-traCtion ( apparente ) de l’Éle&ricité , fa répulfion véritable & la fufpenfion & équilibre qui naît des deux mouvements contraires : derniere expérience favorable à cette opinion.
- Application de ces expériences au Ma-gnétifme.
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- 380 Ré capitulation pour connoître
- Le Fluide électrique & le magnétique ne font qu’un même Fluide , le feu élémentaire & électrique en étant l’ame & le principe actif.
- ' Plufieurs expériences qui prouvent cette vérité.
- - Petites fpheres d’aimant factice faites par le Docteur Gowin Gnhitt, de la Société royale de Londres, qui montre un phénome* ne analogue à ce qui arrive dans les atmof-pheres céleftes.
- Autres expériences qui démontrent de plus en plus l’analogie de l’Électricité & du Magnétifme. Expérience fur la texture du fer mol, fiir celle de l’acier de trempe de relïort, & fur celle de l’acier parfaitement dur.
- Raifons qu’a l’Auteur pour difeuter à fond les expériences qui prouvent l’analogie du Fluide électrique avec le magnétique.
- Expériences qui confirment eette ana-logie.
- Conclufîon de ce Chapitre , où l’on prouve que tous les effets attribués à l’ai-
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- la chaîne & VenfcmbU de Cet EJJai. 381 mant doivent être attribués à l’Éleétricité, qui eft l’ame & le moteur de tous les phé-nomenes magnétiques.
- Application des Expériences précédentes au Syftême du Ciel*
- CHAPITRE TROISIEME.
- Analogie de la caufe qui agit dans les expériences précédentes avec le fyftême folaire & planétaire : analogie frappante du principe de l’Éledricité avec celui de l’attraélion Newtonienne.
- Jets éleétriques qui émanent du Soleil par fa force centrifuge : comment ces jets foutiennent & fufpendent les planètes dans leurs orbites.
- Définition de la force de tranflation, combinée avec celle de preffion dans un Fluide qui court d’abord librement, & qui fe trouve enfuite arrêté par une réfiftance quelconque.
- Analogie de ce que l’expérience nous fait voir dans l’effet des courants des Flui-
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- Récapitulation pour connaître des terreftres avec ce qui doit arriver dans les courants des Fluides céleftes.
- Continuation des preuves de la même analogie.
- L’atmofphere folaire éprouve à fes extrémités une réfiftance caufée par l’aétion des extrémités des autres atmofpheres folaires.
- Chaque point de notre atmofphëre fo-laire qui eft brifé par cette réfiftance acquiert une force centripète & retourne en affluant à fon foyer d’aétivité.
- Cette raffluence eft en rapport avec les* calculs de Newton, & fuit de même la loi du carré des diftances.
- Defcription de la grandeur du diamètre du Soleil, de l’aéfcivité de fa rotation fur lui-même, & de fa denfité.
- Comparaifon avec le globe de la Terre.
- Proportion entre la denfité dii Soleil & celle de la Terre.
- Idée fur les premiers moments de l’or-ganifation univerfelle des êtres, après leur création : conje&ures fur ce qui, le plus probablement, peut être arrivé.
- Comment chaque Planete élancée de la
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- la chaîne & Venfemble de cet EJfai. 383 mafle dit Soleil eft devenue plus ou moins éleétrique.
- Comment cette Éle&ricité s’entretient.
- Comment les Cometes ont pu être arrachées du Soleil, ainfi que les Planètes, & lancées dans le Ciel par différentes tangentes de la circonférence du Soleil.
- Comment les maffes folitaires des Cometes ayant plus de denfité fpécifique que les Planètes , & ayant été lancées feules, ont dû être portées plus loin que les Planètes, & prendre de différentes dire&ions.
- Détails fur la loi du mouvement qui peut mouvoir & diriger les Cometes dans leurs orbites elliptiques & excentriques.
- Le Soleil ne peut être une mafle de feu femblable au feu d’uftion : obfervations qui le prouvent.
- Explications & moyens très-peu vrai-femblables auxquels on a eu befoin d’avoir recours pour expliquer comment la Comete de ii>8i a pu foutenir un degré de chaleur 2000 fois plus violent que celui d’un boulet rouge , fans être drflipée.
- Moyens (impies & vraifemblables d’ex-
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- 384 Récapitulation pour connaître pliquer l’effet de la plus grande approximation de la Comete de 1681, dans fon périhélie.
- La chaleur n’a d’exiftence que relativement à nos fens : explication & preuves de cette proportion.
- Obfervations & calcul de M. de Mairan* gui prouvent qu’à 60000 lieues de la Terre, les faifceaux coniques des rayons folaires ceffent de diverger vers l’hémifphere qui leur répond , & qu’ils fe rapprochent du parallélifme.
- Généralité du préfent fyftême , qui n’at-fnbue l’exiftence de notre fyftême folaire qu’à l’arrangement général des fpheres eé-leftes, qui fut opéré par un aéte fimple de la volonté & de ia toute-puiffance du Créateur.
- Conjecture fur l’efpece de matière qui compofe le globe du Soleil.
- Néceffité de recourir à un agent uni-verfel.
- L’attraCtion ne peut être qu’un effet : il faut chercher un principe au principe mê^ me, dans tous les agents que les Philo-fophes
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- la chaîne & Venfemhle de cet EJfai. 385 îophes ont imaginés , & qu’ils ont revêtus
- Raifon de préférence pour croire que l’agent univerfel doit être l’Éleélricité, qui femble devoir être née de l’organifation générale des êtres.
- Doutes que l’Auteur a lui-même.
- Motifs de fa confiance à -expofer foh opinion.
- Comparaifon du principe de l’EIc&ricité avec quelques autres principes.
- Suppofition que la Terre eft éleélrique-, ayant été èleétrifée dans le premier moment par communication, & que fon Électricité jaillit plus ou moins de fes furfaces, & lui forme une atmofphere éleélrique.
- De l’Èleclricitc terreftre.
- CHAPITRE QUATRIEME.
- Petit':(le de notre fyftême Polaire, com-paré feulement avec ce que nous pouvons découvrir dans l’efpace avec le fecours des Télefcopes Grégoriens.
- Tofnell. B b
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- 386 Récapitulation pour connoître
- Nous n'avons aucune idée pofitive du temps, ni de l’efpace : Dieu feul eft éternel , l’efpace eft contenu dans fon fein.
- Le temps n’a commencé pour le globe de la Terre qu’au moment où le Soleil a commencé de tourner fur fon axe.
- Le mouvement imprimé par l’Éternel à la matière vive, eft le lien général de toutes les fpheres & principe générateur de toute efpece de mouvement.
- Les Planètes & les Cometes éle&rifées au moment qu’elles ont été élancées de la maffe du Soleil, réparent à chaque temps, par leur communication avec le Soleil, ce qu’elles diffipent par l’effluence de leur Électricité.
- C’eft la force jailliffante des rayons fo-laires , & la force jailliffante de l’Éleétri-cité des Planètes, qui fufpend ces dernières à des diftances différentes dans leurs orbites ,plus ou moins elliptiques.
- L’Éleâricité rafflue vers le Soleil, & c’eft peut-être la caufe de la pefanteur.
- Les taches du Soleil & leur retour périodique , prouvent quelle eft la durée du
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- la chaîne Sr Penfemble de cet EJfai. 387 temps que le Soleil met à. tourner fur lui-même.
- Ces taches font fixes & peuvent être des matières hétérogènes, qui n’ont pu être arrachées de la mafTe du Soleil par la force centrifuge.
- La chaleur n’eft point une propriété fpécifique du feu élémentaire;elle n’eft que relative à nos fens.
- L’attrition violente que les mafies des Planètes ont efliiyé lorfqu’elles ont été arrachées & élancées de la maffe du Soleil, a dû les mettre alors dans un état de fufion.
- Cette attrition a éleârrifé vivement le globe du Soleil.
- Le globe du Soleil eft peut-être une maflè de cryftal.
- Raifons qui le font; préfumer par l’Au-
- Le Soleil n’a été vifible fur la Terre que orfque les eaux qui l’ont couverte dans es premiers temps ont été abforbées &
- La lumière du Soleil, le feu élémentaire St l’Éle&ricité , ne font qu’un même être
- Bb 1
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- 388 Récapitulation pour connoitrt fous trois dénominations différentes.
- L'Éleâricité eft fourriife à des expérien* ces qui font connoître fa nature & les loix de fon mouvement ; fa force peut être calculée. Définition du Fluide, éle&rique.
- Il eft compofé de particules élémentaires fimilaires, qui toutes font de petites fphe-res d’aétivité rayonnantes de toutes parts, & par conféquent répulfives les unes aux autres , ce qui néceffairement doit les faire tendre à l’équilibre.
- Les jets de l’Éleâricité font autant de faifceaux coniques divergents : ces cônes s’étendent en rayons droits, l’évafion des cônes formée par ces rayons fuit la loi in-verfe du carré des diftances.
- Newton a eu lui-même l’idée de ce Fluide fubtil, & dans la vingt-deuxieme queftion qu’il fe fait à la fin de fon Traité d’Opti-que , il dit que cette matière doit être 700000 fois plus rare & plus élaftique que l’air, & par conféquent 600000000 plus tenue & moins denfe que l’eau.
- Cette matière vive eft celle qui meut la matière inerte.
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- la chaîne. & Veiifcmblc de cet EJJai. 389 Effets de VÉlectricité terrcjlre;
- CHAPITRE CINQUIÈME.
- La Terre éledrifée dès le premier temps, & réparant les pertes de fon Éledricité , par fa communication avec le Soleilelle efflue plus ou moins de toute la furface des faifeeaux coniques de rayons éledriques.
- La propriété de faire germer & de nourrir les animaux & les plantes réfide dans la Terre végétable. __
- Les engrais qu’on donne à la Terre font éledriques de leur nature.
- L’Éledricité Polaire eft coadive avec la terreftre pour toute produdion en général.
- Roëmer prouve que. la lumière folaire vient frapper la Terre en fept à huit minutes avec une vitelfe de plus dé quatre millions de lieues par minute : la vitefle du cours de l’Éledricité terreftre eft telle quvellenepeut être foumifeà aucune efpece de calcul ; toute mefure terreftre comparative étant trop courte.pour faire une appréciation.
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- 390 Récapitulation pour connoître
- Raifons de préfumer que fa vélocité eft égale à celle de l’Éleélricité folaire : Expériences qui prouvent cette opinion.
- L’Éleélricité terreftre eft d’autant moins vive que les rayons folaires frappent plus obliquement les fegments de fphere de notre globe.
- État de la feve des arbres pendant ce temps.
- Les arbres qui produifent une matière éleétrique confervent leurs feuilles pendant l’hiver.
- Lorfque les rayons folaires deviennent plus perpendiculaires fur un fegment du globe terreftre , la végétation fe ranime fur ce fegment : plufieurs Expériences analogues à cette propofition.
- Les jets folaires & les jets terreftres fe combattent & fe repouffent mutuellement dans leur contaâ.
- Expériences qui le prouvent.
- Effets de la violence des rayons folai* res fur les plantes.
- Expériences qui prouvent les effets de l’Éleâriçité terreftre fur les mêmes plantes
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- la chaîne & Venfemhle de cet EJfai. 391 Les vitraux, les cloches font autant de corps électriques qui arrêtent l’ÉleCtricité & la condenfent fur les plantes qui en font couvertes.
- Les foufres contiennent beaucoup d’É-leCtricité, les Terres imprégnées de foufres font les plus fertiles.
- Les foufres font les liens qui unifient les corps & qui leur donnent l’adhérence de leurs particules conftituantes, même dans les métaux.
- L’ÉleCtricité eft arrêtée par les foufres en mafle : elle enleve les foufres atténués; elle les atténue encore & les rend propres à entrer dans la compofition des animaux & des végétaux.
- Expériences relatives à cette proportion. l’ÉleCtricité eft le mobile de toute végétation ; en dirigeant & en augmentant fon aétion , on avance la germination des graines.
- Déploiement des germes & des plantes.
- L’ÉleCtricité anime tout ce qui tient à la croiflance des plantes, à leur durée , & aux paflages fucceflifs qui la conduifent à fe reproduire. B b 4
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- 391 Récapitulation pour connaître
- Effets de lyÊtcclncitê ttrreftre fur lai végétation.
- CHAPITRE SIXIEME.
- Expériences qui montrent quelle eft la direction du Fluide éleétriqye : effets de ce Fluide dans le régné animal & dans le végéta K
- Newton eft obligé,pour l’explication dè plufieurs faits, d’avoir recours à un' Fluide 700000 Fois plus rare & plus élaltiqiie'que l’air, i . ' “ ‘ ' ;
- Déploiement du germe ou embryon de la plante par la force jailliffante de l’É-leétricite terreftre.
- Obfe’rvations à ce fujet.
- Florifon d’une planté.
- Comparaifon de la végétation dans une feve avec celle d’un gland,ou d’une graine d’orme ou de hêtre.
- Effets de l’Ëleâricité dans les plantes herbacées.
- ‘ Génération des plantes ; quelques-uns
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- la chaîne & Venfemhle de cet EJfai. 393 des moyens principaux qui ôperent cette génération.
- Expériences faites à ce fujet, qui confirment les opinions de M. Geoffroy l’ainé.
- Le Méchanifme de l’organifationdu fœtus végétal y rèflemble beaucoup à celui du fœtus animal obfervations qui le prou-
- Analogie de la force adiré qui opéré la régénération des plantes par des efpeces d’œufs, avec celle qui agit dans l’économie animale.
- Effets de FÊleclriçitêfur Véconomie animale.
- CHAPITRE SEPTIEME.
- Tous les corps implantés, pofés ou errants fur la furface de la Terre , font autant de pointes & de conducteurs dans lef-quels l’EleCtricité s’élève verticalement. Idée qii’on doit avoir d’un Fluide. Effets de l’ÉleCtricité dans les liquides. Application de ces effets aux corps, où la force jailliffante du Fluide électrique fé
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- 394 Récapitulation pour connoîtrc fait reconnoître , en aidant à tous les mouvements intérieurs de ces corps.
- Obfervations fur la force du cœur, & fur celle de fa preffion dans fon mouvement de fiftole.
- Cette force fiftolique ne peut opérer feule ce qui fe paife dans la circulation du fang ; elle ne fuffit pas pour vaincre les réfiftances.
- NécefTité de la coaétion d’un agent accélérateur pour porter le fang aux extrémités des artérioles, & pour faire remonter la colonne du fang veineux qui retourne au ventricule droit , par des canaux fans, refît)rt, qui vont toujours en augmentant de diamètre.
- De la formation des efprits animaux ; action fenftble du Fluide électrique, dans cette partie eJJ'entielle de l*économie animale.
- CHAPITRE HUITIEME.
- Defcription du chemin que fuit le fang artériel depuis le cœur jufqu’à la maffe du cerveau.
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- la chaîne & Venfemlle de cet EJfai. 39?
- Les différentes fécrétions qu’il efl’uie dans cette mafle.
- Atténuation du fang en globules & en lymphe fubtile.
- Efpece de fublimation du fang artériel dans le cerveau.
- Origine des nerfs : leur cours , leurs expanfions aux extrémités internes & externes.
- Épanouiffements des extrémités des nerfs, émiflions & pertes du Fluide ner-val par ces épanouiffements en houpes nerveufes.
- Les nerfs font des faifceaux de tuyaux, dans lefquels les efprits animaux coulent : preuves de ce fait.
- L’érétifme des nerfs eft une maladie grave : les nerfs font lâches & repliés fur eux-mêmes.
- Ce ne peut être qu’une émifTion du cerveau qui anime les nerfs , & qui puiffe . leur faire exécuter les mouvements qui dépendent de la volonté.
- Cette émiffion eft fi prompte qu’elle ne peut être calculée, & fa vélocité eft ana-
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- 39^ Récapitulation pour connoître logue à celle du Fluide électrique.
- Les nerfs partent de la région du feptum lucidum : c’eft par le rapport de leurs extrémités au fenforium commune cj.ue les fen-fations deviennent préfentes à Famé t& que Famé en reçoit les impreffions.
- : Obférvations & phénomènes relatifs à cette impreffion.
- Comment une infinité d’objets peuvent coïrtcidet dans un point fans fe confondre : Expérience frappante qui prouve ce fait.
- Eéfultat de plufieurs Expériences qui concourent à prouver que les efprits animaux font la matière vive de l’ÊleCtricité modifiée , pour être appropriée au règne animal. Preuve.
- Différence du foyer naturel de l’individu •vivant avec le foyer général & commun à tous les autres êtres.
- Le feu qui émane fouvent des corps animés à la fuperficie de la peau , des poils & des cheveux, eft une preuve compîette qu’un vrai feu élémentaire & éleârique anime les nerfs & en efflue.
- Pour pouvoir juger comment ce feu peut
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- ta chaîne & Pcnfemble de cet Effai. 397 fe renouveller fans cefle, & entretenir le foyer particulier d’un individu , il faut ob-ferver comment l’animal vivant répare ce qu’il perd de ce feu par l’émiflion des nerfs.
- Effets de l'Électricité dans la refpiration.
- CHAPITRE NEUVIEME.
- Refpirer eft l’aéte caraâériftique de la vie d’un animal.
- Opinion des Anciens fur le foyer général, & fur les foyers particuliers des individus.
- Le foyer des animaux eft en tout temps plus que double en chaleur de celle du foyer général au printemps: ce foyer s’éteint à la mort de l’animal, dont le corps fe remet au même degré du foyer général.
- Refpirer , c’eft attirer un volume d’air imprégné de feu élémentaire.
- Description de l’a&e néceflaire à la respiration.
- Effet du nouvel air fur le fang veineux,
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- 398 Récapitulation pour connoîtrc porté du ventricule droit dans les poumons, d’où il reffort fartg artériel & revivifié. On rejette par la refpiration l’air groflier : le feu qui l’anime eft tamifé par les véhicules bronchiales , par les poumons, & fe porte dans le fang artériel & à la tète : ce feu eft la fource réparatrice de celui qui coule dans les nerfs, & qui en efflue.
- L’effet du feu qui anime l’air eft recon-noilfable dans l’enfant qui vient de naître , dès la première infpiration.
- Effets du Fluide éleclrique & élémentaire fur le germe animalyfurfon développement & fur Pétât de Pembryon dans P utérus.
- CHAPITRE DIXIEME.
- Conjectures fur l’opération myftérieufe de la nature dans l’aâe inconnu de la première formation du germe animal.
- Opinion de quelques Anciens fur la nature de ce germe.
- Les différentes Seéfces ont détruit mutuellement leurs opinions à ce fujet, fans rien établir de folide.
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- la chaîne & Venfemhle de cet EJJai. 399
- Les meilleurs microfcopes ne peuvent même nous éclairer dans cette recherche.
- Les expériences & les obfervations d’Harvée font très-infuffifantes pour nous éclairer.
- Celles de Malpighy ne font voir que le développement d’un germe déjà organifé.
- Le fyftème des animalcules de Lewe-noëpe & de Haërtfoker eft démontré faux.
- Les œufs prétendus font des tubercules qui s’élèvent & qui grofliffent fur les ovaires des femelles adultes : ils font pleins d’une liqueur prolifique, qui contient des molécules organiques.
- Le mélange des deux liqueurs fexuelles paroît néceflaire. Cependant un fœtus peut fe former dans la région des ovaires.
- Raifons de ce phénomène.
- Preuves que le mélange des deux liquides fexuels eft néceflaire.
- L’Homéomérie d’Anaxagore , pour expliquer la formation des parties du fœtus, eft abfurde. Celle du mélange des molécules organiques eft la plus vraifembla-ble.
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- 4<50 Récapitulation pouf connaître
- Premier point où nous pouvons comirteit» cer à connoître l’organifation d’un fœtus, Progrès de cette organifation j déploiement des membres de l’embryon} preuves de ce déploiement fucceflif. Une force ex-panfive ne peut continuer d’agir fans être entretenue, & fans des points d’appui.
- Ces premiers points d’appui paroilfent être la tête & les vertebres lombaires, d’où l’oflification paroît s’étendre.
- Examen de la tête & du cœur dans le fœtus. Le cœur n’a point d’aétion dans l’enfant renfermé dans l’utérus : le cœur ne commence d’en avoir qu’après que l’enfant a refpiré.
- L’aétion du cœur & de la tête eft corref' pondante dans l’enfant qui a refpiré : c’eft un eercle.
- Defcription de ces deux aétions réciproques.
- Le fœtus ne communique à la mere par aucun vaifleau diftinét ; le placenta fait pour le fœtus les fondions du cœur , du diaphragme , des poumons & de l’efto-
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- ta chaîne & Venfembte de cet Êjjai. 404 Il faut qu’un Fluide fubtil pafle de la mere au fœtus, & ce Fluide ne peut être autre chofe que le feu élémentaire accumulé dans la mere par la refpiration.
- La communication de ce feu eft caufe de la trop grande perte que la mere en fait quelquefois, & des anxiétés qu’elle éprouve alors.
- Cette perte eft caufe de là refpiration précipitée de lâ mere.
- Changement prodigieux & prefque total qui arrive dans l’économie animale de l’enfant, au premier inftant oit il commence à refpirer.
- Defcription de cette économie nouvelle: elle eft l’effet de l’air, & pat conféquént du feu éleétrique qui anime l’air.
- Équilibre néceflaire à la vie entre les aélions correfpondantes de la tête & du
- Puifque ce feu entretient le jeu d’une machine auffi compliquée , il peut fervir à la réparer, lorfque l’art l’accumule & le dirige avec fagefle dans une partie, en fouffrance.
- Tome II.
- Ce
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- 401 Récapitulation pour connoitre
- Avant que les effets de l’Éle&ricité fulofent connus, on a travaillé à la réparation de cette machine par des moyens où le feu élémentaire accumulé & dirigé a été employé par l’art ; mais fans que celui qui ëmployoit ce fecours eût aucune connoif-fance de fon principe moteur. Ces moyens font la douche & les friéfcions.
- Effets que peut avoir VEleclricité pour réparer la Nature dans le dérangement & l'in- terruption de fes r effort s.
- CHAPITRE ONZIEME.
- Moyens que quelques Phyficiens de nos jours ont employé pour faire fervir l’É-le&ricité à la cure de plufieurs maladies.
- Succès de M. Jallabert, de Geneve, fur un paralytique.
- • Ràifons qui peuvent faire efpérer à l’Auteur que le Public accordera quelque confiance à fes rapports & à fes obferva-
- L’année 1748 eft une époque pour la
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- ta chaîne & Penfemble "de cet EJfai. 403 théorie de l’Éleâricité, par les ouvrages qui ont paru pendant le cours de cette année»
- Rapports très-infideles qui ont infpiré . de la défiance»
- Confiance juftement rétablie par l’auto-8 rité de MM. Jallabert & le Cat.
- Cette confiance augmente par ^expérience'qui prouve que l’Éleétricité augmente puiffamment la tranfpiration»
- Expériences que l’Auteur a faites fur lui-même.
- De quelle maniefe le Fluide éle&riquo peut opérer des güérifons.
- Sagefle avec laquelle on doit employer ce fecours. .
- ConnoiflTances préalables que doit prendre . le Médecin qui s’en fert.
- Obfervations qu’il doit faire & fuivre icrupulëufement dans l’adminiflration de ce Fluide a&ifi
- Accidents qui peuvent réfulter d’un manque de donnoiflances ou.d’attention dans la commotion de Leyde.
- Douleurs qu’il eft néceflaire qiie le ma-Cc i
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- 404 Récapitulation pour connoître lade elïiiie dans le commencement de la cure : ces douleurs font un pronoftic pref-que fur de la guérifon.
- Comparaifon des effets de l’Éleétricité fur un malade avec ceux de la douche des eaux thermales.
- Le Fluide électrique ne peut rien opérer que de proche en proche : il rétablit le cours des efprits animaux dans les nerfs obftrués ou applatis ; il rend aux tuyaux de ces nerfs le diamètre naturel qu’ils avoient perdu.
- Succès de l’Auteur dans la guérifon de plufieurs clous ou panaris, & pour rappel-ler la fuppuration en des plaies livides & defféchées, & pour faire renaître des chairs vives dans des plaies fongueufes.
- Expériences fur deux enfants noués : un des deux étant délicat & mal fain, ne peut fupporter les effets de l’Éleétricité, l’Auteur eft obligé de l’abandonner. Il réuflit à guérir l’autre.
- L’Auteur préfume, fans ofer l’affirmer, être parvenu à rétablir dans cet enfant une végétation régulière.
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- la chaîne & Venfemhle de cet EJfai. 405
- Il eft prouvé que l’Électricité peut être utile à la guérifon de plufieurs maladies ; il eft prouvé de même qu’elle peut être dangereufe, fi elle n’eft pas employée à temps & avec fageffe.
- Accidents principaux qui peuvent en ré-fulter.
- Accident léger que l’Auteur avoue lui être arrivé.
- Conje&ure de l’Auteur fur les caufes de la goutte chaude : autres expériences faites à ce fujet.
- Conclufion des Chapitres précédents, qui décide que l’Éleéfcricité eft le vrai feu élémentaire , & que celui que nous attirons , & que nous*extrayons de l’air par la refpiration, eft un feu de la même nature , & le véritable élément primitif de la matière vive & de l’air même , qui n’eft point un élément.
- Ce 3
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- 4oü> Récapitulation pour cpnnoitre
- Effets fenjibles & prouvés par des expériences décifives de l'Électricité fur l'air.
- CHAPITRE DOUZIEME,
- Raifons qui empêchent l’Auteur de regarder l’air comme un élément primitif j ynais feulement comme un véhicule,
- Examen de la nature & de la compofi-tion de l’air.
- L’air eft compofé, pour fa partie groflie-» re, de particules terreftres ; & par confé-quent, il l’eft de particules inertes & pafi fives.
- C’eft le feu élémentaire qui anime l’air, & qui faififlant les milieux de toutes les particules flottantes dans fbn fein , occupe ces miteux & communique fon élafticité & fon expanfibilité à ces particules qui compofent le mixte que nous nommons.
- Sentiment du favant M, Quefnay fur la nature de l’air : le fieq eft pareil avec celui de Bqerhaaye,
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- la chaîne & Venfemhle de cet Ejfai. 407
- La pefanteur de l’air fer-oit infenfible fans l’eau qu’il contient.
- Les couches de l’air vont en diminuant de ^enfité. , ‘
- L’air a les propriétés d’un corps, tant qu’il eft chargé de particules terreftres : il les perd prefqu’en entier dans fes couches fupérieures.
- L’air n’eft plus propre à la refpiration fur le fommet des montagnes très-élevées, telles que celles des Andes.
- L’air doit les particules qui le compo-fent, ainfi que fon reffort, à l’Éleétricité terreftre.
- Opinion abfurde de ceux qui ont attribué une figure confiante aux particules flottantes dans l’air.
- L’air change de nature au fond des mines & des ardoifieres profondes.
- Raifon de ce phénomène, tirée de l’É-leâricité terreftre.
- Moyens efficaces pour bonifier l’air des mines , les galeries de mines des places de guerre, & l’entrepont des vaifleaux.
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- 408 Récapitulation pour connoître
- Accident arrivé à l’Auteur pour avoir refpiré un air trop ufé.
- Accidents pareils qui arrivent dans les mines où il fe forme des méphitis.
- Il faut que l’air ait une certaine confif-tance pour pouvoir être refpire : preuves de cette obfervation.
- Phénomène qui arrive fouvent fur les côtes orientales de la mer Rouge : reflource des Habitants de cette côte pour y remédier.
- Il eft impoflible à l’Auteur de pouvoir çonfidérer l’air, comme un élément : il ne voit en cet air qu’un mixte qui doit toute fon exiftence au Fluide jailliflant qui émane de la Terre.
- Le Baromètre paroît être un inftrument peu fûr.
- L’eau eft de tous les corps celui qui ab-forbe le plus le Fluide éleétrique, & qui le tranfmet le plus facilement.
- Expérience décifive de MM. Wattfon & Ellicott, qui prouve cette vérité.
- L’eau abforde l’Éleétricité par un temps humide : c’eft-là l’unique çaufe de la pertç
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- la chaîne & Venfemlle de cet EJfai. 409 du reflort de l’air & de l’abaiflement du mercure dans le Baromètre.
- Objeâions contre cette opinion : répon-fe.
- C’eft l'Éleâricité qui caufe l’abaiflement du Mercure fur les montagnes.
- Etat de l’air fur les môntagnes.
- L’air eft pefant; mais fous certaines conditions très-indépendantes de l’efpece de ature qu’on lui donne.
- Incertitude fur la vérité exaéle des con-clufions qu’on a tiré des expériences, qui femblent prouver la pefanteur de l’air en colonne à la maniéré des liquides.
- Contre-expériences faites avec le Baromètre placé dans le vuide , qui prouvent que l’air ne pefe point en colonne.
- Le Fluide éleétrique eft l’unique caufe de la preflion de l’air fur le mercure contenu dans l’auge du Baromettre , fur lequel ce Fluide agit par fon reflort & fon expanfibilité, lorsqu’il eft revêtu des particules flottantes dans l’air.
- Lorfqu’on retire l’air du récipient de la machine pneumatique , on ôte à l’air les
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- 410 Récapitulation pour connoître particules dont il étoit revêtu, de qui four-nifioient à ce Fluide un corps capable d’agir fur un autre corps.
- Le vuide étant parfait fous le récipien.t, autant qu’il peut l’être, & le Fluide électrique n’y trouvant plus de particules fo-lides & terreftres dont il puifle fe revêtir , il pafle alors librement au travers du verre & du mercure.
- Lorfqu’on laide rentrer l’air fous le récipient par la rainure de la pompe , on rend au Fluide éleâxique de nouvelles particules folides dont il occupe aufîx-tôt les milieux ; & le Fluide revêtu de ces particules agit de nouveau par fon expan-fibilité fur la furface du Mercure, qui remonte auffi-tôt dans le tube.
- La matière vive ou le feu éleâxique & élémentaire ne peut agir fur un corps qu’au-tant qu’il eft revêtu d’un autre corps,
- L’Auteur foupçonne que l’élafticité de ce Fluide fubtil eft la caufe de la gravité des corps.'
- Toute force de projeâile eft une force vive, qui ne peut naître que de la matière
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- la chaîne & Venfemble de cet EJfai. 411 Expériences dont le réfultat favorife cette opinion,
- Comparaifon avec la force de projectile que reçoit un boulet de canon par l’ex-plofion de la poudre.
- Toute force vive fe déploie en divers géant, jufqu’à ce qu’elle fe remette en équi^. libre avec elle-même.
- ADDITION
- au Chapitre douzième.
- On y prouve par de nouvelles expériences que l’Éleclricité efitoujours très-abondante dans l’air , & qu’elle en efi l’ame & le moteur. ,
- Cet Ouvrage étoit fini , & les cahiers mis au net lorfque M. le Duc de Chaulnes, qui honore les Sciences par fes travaux, & qui les cultive avec un génie fupérieur, nous appella, M, le Roi & moi, pour nous faire voir une expérience qu’il avoit imaginée , & quj lui avoit déjà parfaitemepç bien féuflî.
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- 41 i Récapitulation pour connoître
- Nous {avions bien, d’après les expériences de M. Francklin , répétées en France, qu’un Cerf-volant élevé à deux ou trois cents toifes devenoit très-éleélrique, dans un temps d’orage, à l’approche d’un nuage chargé d’Éleâricité ; mais on n’avoit point eflayé de donner une plus grande élévation au Cerf-volant, & de l’élancer par un temps ferein, & l’atmofphere étant pure & fans nuage. M. le Duc de Chaulnes étant perfuadé que l’air le plus pur devoit être toujours plus ou moins imprégné d’É-le&ricité , avoit imaginé, pour vérifier fon opinion, de faire l’expérience fuivante.
- On avoit établi fur deux forts chevalets, bien amarés , un dévidoir, fur lequel la corde du Cerf-volant étoit roulée.
- Le Cerf-volant, fait de taffetas, étoit traverfé dans toute fa longueur par une verge de fer dont la pointe aigiie furmon-toit de quelques pouces la tête du Cerf-volant ; l’extrémité de la verge de fer qui formoit la queue étoit attachée par une petite corde compofée de deux ficelles fortes & menues, filées en une feule corde
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- ta chaîne &l*enf emble de cet EJfai. 413 avec un fil de laiton très-délié, qui faifoit corps avec les deux ficelles dans toute l’étendue de la corde. L’extrémité inférieure de cette corde étoit terminée par une corde toute de foie , de huit lignes de diamètre , & d’environ vingt pieds de long , afin de pouvoir arrêter la trop grande abondance d’Éleâricité, au cas que le Cerf-volant & la longue corde filée avec un fil de laiton euflent été tout-à-coup trop furchargés.
- M. le Duc de Chaulnes prenoit la précaution de bien faire fécher la corde de foie avant que de répéter l’expérience ; il a voit pris de plus celle de placer l’appareil fous une tente.
- Nous le fui vîmes dans la plaine de Mont-Rouge, où l’appareil étoit difpofé : un petit vent de Nord-Oueft nous fuffit pour élever le Cerf-volant , & l’on fila toute la corde, qui avoit environ feize cents toifes de longueur.
- Le Cerf-volant fe feroit élevé peut-être à une hauteur approchante de la longueur de cette corde , fi la pefanteur de cette corde ne lui avoit fait décrire une grande
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- 4r4 Récapitulation poüt connoitrè courbe que le vent ne pouvoit plus dimi*
- Nous eftimâmes, après quelques obferva-dons, que l’élévation du Cerf-volant étoit d’environ huit à neuf cents toifes perpendiculaires.
- Le ciel étoit très-pur ; on n’appercevoit pas même un feul nuage à l’horizon. Nous roulâmes alors fur le chevalet la plus grande partie de la corde de foie ; ce qui nous mit à portée de pouvoir atteindre à la corde filée de chanvre & de laiton. Nous eflayâ-mes alors dé tirer des étincelles de cette corde : elles en partirent avec affez de force pour être douloureufes , & ce qui nous furprit le plus, M. le Roi, mon confrère, & moi, ce fut d’éprouver que ces étincelles nous faifoientfentir la commotion de Ley de au même point qu’une bouteille médiocrement chargée d’Éle&ricité auroit pu nous la faire éprouver, cette commotion s’étant portée dans toutes les principales jointures & aux genoux.
- Nous remarquâmes que dans les temps où le Cerf-volant s’élevoit à une plus gran-
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- ta chaîne & VenfemUe de cet Effai. 415 de hauteur perpendiculaire , l’Éleâricité devenoit plus forte, & qu’elle diminuoit en proportion de l’abaiflement du Cerf-volant. L’air & le ciel ayant été tout ce jour dans le même état , ainfi que deux autres fois que j’ai aflifté à la même expérience , je n’ai rien vu de plus ; mais M. le Duc de Chaulnes l’ayant réitérée deux Ou trois fois pendant un temps d’orage , il a éprouvé, en tirant des étincelles de la corde de laiton avec un fer emmanché dans un tube de Cryftal de Bohême , de quatre pieds de long, que ces étincelles éclatoient avec beaucoup de bruit , & âvoient ju£ qu’à fept à huit pouces de longueur. Un jour même la corde de laiton devint étincelante d’elle-même: on n’ofa eflayer alors d’en tirer des étincelles , & M. le Duc de Chaulnes prit dès-lors fon parti de ne plus répéter cette expérience, qui pou voit devenir très-dangereufe par un temps d’orage ; avant d’avoir attaché auparavant à une certaine hauteur de la corde de laiton, un fil de déviation pour intercepter le torrent éle&rique qui auroit pu tout-à-coup fou-
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- 4i 6 Récapitulation pouf connaître droyer les Obfervateurs & l’appareil.
- Cette derniere obfervation, que je n’al pu faire, mais qui a fubi l’examen de M< le Duc de Chaulnes, fe rapporte abfolu-ment aux expériences connues fur le Tonnerre , & celle qui coûta la vie à M. Kirf-man, à Pétersbourg. On fait que jugeant que la grande barre qu’il avoit difpofée étoit devenue éleétrique par les étincelles quelle commençoit à lui donner , il alla chercher promptement un de fes amis pour lui faire partager cette obfervation ; mais, avant qu’il fût revenu, le même nuage qui, en s’approchant, avoit commencé d’élcéfcri-fer fa barre , avoit déjà fait allez de chemin pour y verfer un torrent d’Éleétricité: l’atmofphere éleétrique de cette barre, qui avoit à peine une ou deux lignes de rayon iorfque M. Kirfman avoit tiré les premières étincelles , avoit acquis allez de force par l’abondance de l’Éleéfcricité pour que les rayons de fon atmofphere eulïent alors un demi-pied au moins de longueur ; & M. Kirfman ayant avancé fa tête imprudemment allez près de cette atmofphere pour
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- ta vhainc & l’enjemble de cet EJJai. 417 pour la faire éclater, l’étincelle qui partit & le foudroya , le frappa à la tête & for-tit par la Cheville du pied» L’expérience de M» le Duc de Chaulnés , par un temps d’orage, eût été plus dangeréufé encore, S’il n’eût pas prévu avec autant de faga-cité ce qui pouvoit en bannir le danger.
- jfe m’én tiens donc à ce que. j'ai vu, & l’expérience de tirer de l’air le plus pur & le plus fereiri , une allez grande quantité d’Éle&rieité pouf avoir des étincelles capables d’ëxCitef avec force la commotion de Leyde : cètte expérience, dis-je > me fuffit pour prouver invinciblement que l’Éleétri-eité réfide dans l’air, & qu’elle y eft plus abondante & plus élâftique, à mefure que les couches de l’atmofphere font moins épaifles , à mefure que le mixte que nous nommons air eft moins chargé de particules terfeftres, à mefure que l’Éleétricité eft plug dégagée de Ces particules groffieres qui l’abforbent, l’obfCufcilTent & lui font perdre fort élafticité. Si cette demiere expérience ne paroît pas allez décifive pour prouver té que j’ai dit dans le Chapitre de l’Air, Tome IL D d
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- 41Ô Récapitulation pour connoître Chapitre douzième, j’avoue que je croirai déformais le fecours des expériences, pour s’aflurer des faits, bien a'bufif& bien inutile. * .
- Effets du Fluide électrique dans le Feu. CHAPITRE TREIZIEME/
- Le Feu matériel & d’uftion n’eft poinc un élément, dans le fens où le plus grand nombre des Phyficiens le conçoivent.
- Le Feu n’eft un élément que lorfqu’il eft dégagé des matières qui l’obfcurciflent & qui l’enchaînent.
- Le Feu élémentaire , matière vive qui meut tout dans l’Univers, ne doit pas être confondu avec la matière morte , qui lui fert quelquefois d’aliment en apparence.
- La chaleur n’eft point une propriété ca-radériftique du Feu : fon feul caradere propre & diftindif, c’eft le mouvement.
- Confiifion dans les idées qu’on a eues du Fëu.
- Le mouvement, la lumière & le feu ne font qu’un même être.
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- la chaîne & Venfemble de cet Ejj’ai. 419
- Boerhaave a bien connu cette vérité j elle l’avoit été de même par quelques Anciens, & fur-tôut parPythagore,Héraclyte & Hypocrate*
- La chaleur n’eft qu’ün accident du Feu,
- Dès que le Feu peut exciter de la chaleur, il a dès-lors perdu de fa fimplieité & de fa pureté élémentaire.
- On ne peut nier que le Phofphore lu-içineux & l’étincelle éleétrique ne foient un véritable feu ; ni l’un ni l’autre n’excitent là fenfatiôn de chaleur. Preuves.
- Tous les corps font immergés dans le feu élémentaire.
- Tout Ce qu’on peut dire de plus iiiftruc-tif fur les effets du Feu matériel, fe trouve dans le quatrième Tome des Leçons de Phyfique de l’Abbé Nollet ; mais ce qu’on peut lire de plus lumineux fur fa nature, fe trouve dans la Chimie de Boerhaave.
- Le Feu matériel a pour airie le Feu élémentaire , que Newton regarde comme un Fluide fubtil 700000 fois plus rare & plus élaftique que l’aîr,
- Les expériences fur l’Air ont trop étendu Dd a
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- 4io Récapitulation pour connaître l’idée que nous nous en formons.
- L’aétion d’un autre être qui n’eft point Air , eft l’ame deJ’Air, comme il eft l’ame du Feu matériel.
- Tous les corps phlogiftiques renferment beaucoup de Feu élémentaire : ce Feu eft la caufe dé leurs expanfions & de leurs exploitons violentes.
- Les corps cryftallifés & vitrifiés par la Nature ou par l’art , paroiffent contenir plus ou moins de feu en rapport à leur plus ou moins de tranfparence.
- On peut diftinguer dans l’âttrition de l’Acier contre un corps cryftallifé, des ef-peces d’étincelles différentes : les parcelles enlevées du Caillou ou de l’Acier par cette attrition font aufli fort différentes.
- Ce choc ne tire point de Feu des matières calcaires, qui ne font compofées que des débris des corps du régné animal : les matières calcaires peuvent fe gorger de Feu élémentaire & l’effluer après pendant un certain temps,
- L’identité de toute efpece de Feu eft palpable pour tout Obfervateur fans pré-
- i“gé-
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- la chaîne & Venfemble de cet EJfai. 411
- En remontant, de proche en proche, à la Éaufe de tous les Feux différents , on eft obligé de remonter jufqu’à celui du Soleil, qui eft pur & élémentaire.
- Erreur de quelques Philofophes, qui ont été jufqu’à dire que le Feu étoit un être qui tenoit un milieu entre la matière & le pur efprit.
- Ce n’eft point par parties , c’eft en grand qu’on pourra juger quelle eft la nature du feu.
- Nous ne faififfons vivement dans les effets du Feu que la fenfation de chaleur, & l’aâe par lequel il dévore & diflipe la màtiere terreftre, parce que cet accident, ce mode du Feu nous eft plus perfonnel.
- Erreur oh peut nous entraîner cette maniéré de juger quelle eft la nature du Feu,
- Opinions des Anciens fur la nature du Feu : idée qu’en donnent les Textes facrés ; la doârine des Phéniciens ,des Chaldéens & des Égyptiens : idée que les Difciples de Zoroaftre ont eu du Feu. Les Parfis éclairés ont adoré Dieu dans le Feu : le Peuple de Dieu l’y adoroit de même.
- Dd 3
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- 4-ix Récapitulation pour connoître
- Effets de l*Électricité dans plujieurs Phéno* ' menes du Feu matériel & fans lés Phof-phores artificiels,
- CHAPITRE QUATORZIEME.
- Les Phpfphores naturels font une forte preuve que la chaleur n’eft point une propriété nécelTaire au feu,
- Nous devons nous défier du rapport de nos fens , & les extrêmes dé la chaleur & du froid ne peuvent nous être connus,
- La raifon ne peut admettre dans la Nature deux efpeçes de Feux différents.
- L’idée du froid & du chaud n’eft que relative à nos feus, l’effet le plus violent 8ç le plus fubtil du Feu n’excite aucune çhaleur : les expériences de l’Éleétricité le prouvent,
- Rapports différents qui prouvent çette opinion.
- Le Feu matériel n’eft qu’un mixte corn-pofé de matière vive & de matière morte. Phénomènes qui arrivent dans le foyer
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- la chaîne & l'enfemble de cet EJfai. 42,3 d’un grand miroir ardent. Ce qui fe paffe dans ce foyer : caufe de la prodigieufe a&ion qui s’y raffemble : la répulfion que les particules fimilaires du Feu élémentaire ont entr’elles en eft la caufe.
- Suite & preuves fenfibles de cette proportion. Ce qui arrivé dans l’aéfcion du Feu matériel en eft encore une forte preuve.
- Tout foyer d’aéfivité de Feu cherche à s’étendre & à fe remettre en équilibre avec lui-même & avec le foyer général.
- La loi de l’équilibre impofée à la matière vive' par le Créateur , eft entretenue par la répulfion que les particules fimilaires de
- C’eft la caufe de la gravitation des corps céleftes les uns fur les autres ; la gravitation n’étant que l’a&e par lequel les Corps céleftes fe tiennent & fe remettent en équilibre entr’eux par des ofcillations plus ou moins longues.
- Application & analogie fenfible de ces vérités reconnues à l’Éleétricité.
- L’Élp&wcité effiuée d’un feul globe dans une-jdes Expériences, fait un effet plus fub-Dd 4
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- 424 Récapitulation pour connaître til & plus violent dans l'exploit on d'une étincelle que ne le pourroit faire le foyer du plus grand miroir ardent,
- L’effet d’une étincelle électrique ne peut quelquefois être comparé qu’à celui de la foudre, -
- Raifons qu’a l’Auteur pour ne pas s’étendre davantage fur cette partie : il renvoie aux Expériences de M. Françklin & au* Commentaires de M, d’Alibard, ceux qui voudront s’inftruire à fond fur cette partie, dont la découverte appartient à ces deux Phÿfîeiens,
- L’Auteur conclut de leurs Obfervations, que le Tonnerre n’eft qu’un des effets de l’Eleéteicité terreftre.
- Examçn des Expériences qui tendent à prouver que le Feu-eft pefant.
- L’Auteur embraffe l’opinion de Boer-haave, qui foutient que le feu ne pefe pas comme les autres corps terreftres.
- Rapports qui combattent la prétendue pefanteur du feu,
- . Le Feu doit fuivre la loi générale de la matière ; il doit donc pefer ; il pefe en
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- la chaîne & Venfemble de cet EJfai. 41$ effet j mais ç’eft fur fon centre naturel, qui cft le Soleil.
- Toutes les particules terreftres diffémi-nées dans le Feu matériel, mais à mefure que le Feu fe dégage des milieux qu’il oc-cupoit dans les particules terreftres vola-tilifées par fon action , fa tendance naturelle l’éleve vers le Soleil, fur lequel il pefe par fa raffluence à cç globe.
- Il çft prouvé que la lumière du Soleil vient à nous en fept à huit minutes.
- Erreurs qui ont établi que cette lumière eft élancée par des volcans. Réfutation de
- Obfervation de M. le Monnier fur le difque de la Lune pendant l’éclipfe totale de 1748, *
- Application de cette Obfervation à celle du difque du Soleil.
- Abfurdité de la fuppofition que des Comètes viennent réparer les pertes que le Soleil fait par fes émiflions , & que le Corps de ces Cometes lui fourniffent un pouvel aliment.
- împoflibilité de cette hypothefe. Réfu-
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- qi6 Récapitulation pour connaître tation de ce que Newton & les Newtoniens difent pour la prouver.
- Les évaporations des Cometes ne peuvent parvenir jufqu’à la terre.
- Si le Soleil n’étoit pas un corps folide , & fi c’étoit une mer de feu , la force cen<-trifuge le difliperoit dans l’efpace.
- Un pareil trouble, des accidents de cette efpece dans les corps céleftes font indignes de la fouveraine puiflance & de la fagefle du Créateur.
- Depuis le commencement des temps où l’équilibre s’eft établi , rien n’a pu fortir de cet équilibre, & aucune fphere n’a pu perdre un atome de la matière'paffive & inerte qui le compofe.
- Si le Soleil étoit chaud , les climats où fes rayons font perpendiculaires feroient inhabitables.
- Les montagnes des Andes, placées fous h ligne, font plus froides , plus inhabitables fur leurs fommets que les montagnes de la Laponie.
- Le Soleil doit être un corps denfe.
- Les calculs de Newton, & fon opinion
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- la chaîne & Venfemble de cet EJfai. 417 fur la denfité du Soleil, paroiflent être certains , ainfi que la proportion de cette den-fité à celle de la Terre.
- Il eft très-vraifemblable que la malle du Soleil eft une efpece de cryftal ; cette mafle fortement éle&rifée eft une fphere d’aéti-vité d’oh l’Éledricité efflue en tous fens.
- Rien n’implique contradi&ion dans cette hypothefe : la matière qui compofe le globe peut en fervir de preuve, la matière vitrifiée ou vitrefçible étant comme plus de 4000 à un à la matière çalcinable, & la violente attrition que le globe folaire a efluyé lorfque la matière des Planètes fut arrachée dè fa furface, ayant dû fuffire pour l’éleébifer.
- Objection fournie par des efpeces de Phofphores qui deviennent lumineux fans aucune collifion.
- Réponfe & explication de ce qui rfend les Phofphores lumineux.
- Procédé pour faire par l’art unPhofphore lumineux.
- Phénomène que fait voir cette efpece de Phofphorç,
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- 4i3 Récapitulation pour connoître.
- II eft poflible à l’art de condenfer auflt le Feu éleétrique.
- Feu froid & lumineux dans une efpece de Pbofphore inventé parM. Weife.
- Plus le Feu électrique peut chafler hors defonaigretteles particulesterreftres, plus il eft pur & brillant.
- Expériences relatives à cette opinion, tirées du Feu matériel & d’uftion.
- Effets de VÈlectriciti ou Feu élémentaire dans les Phofphores naturels.
- CHAPITRE QUINZIEME.
- L’Auteur rapporte une partie des preuves de la folidité de fon opinion, lorfqu’il nie que la chaleur foit une propriété nécef-faire du Feu élémentaire. Il montre quel eft prefque le dernier degré infenfible de chaleur qu’on puifîe appercevoir dans une vraie flamme.
- La flammé du camphre a très-peu de denfité : du camphre enflammé perd prefque toute fa chaleur au moment 0(1 on l’é-
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- h chaîne & Venfemhle de cet EJJai. 419
- L’efprit-de-vin bien déflegmé n’a qu’une flamme très-légere , & cette flamme fait peu d’impreflion fur les autres corps.
- Obfervation finguliere fur la flamme légère qui s’élève fur une mine de fer bo-cardée : vraifemblance & le gaz ou efprit volatil qu’on reconnoît exifter dans les eaux minérales.
- Dégradations que l’efprit conçoit, quoiqu’elles échappent aux fens , entre les degrés de chaleur prefqu’infenfibles, & les degrés où la chaleur l’eft abfolument.
- Effets qui arrivent dans un individu animal ou végétal privé de vie.
- Comment ces corps fe cinérifent, comment les foufres les plus épurés qui entroient dans leur compofition fe confer-
- Phénomenes lumineux qui pàroilfent fur la mer : ce qui les produit.
- Explication des Phofphores naturels dans les animaux. Cucujos de S. Domin-gue : Acudia ou Porte - lanterne.
- Les Vers-luifants ou Lampyrides furent un des premiers écueils de la matière glo-buleufe de Defcartes.
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- 43 ô Récapitulation pour connoittt
- M. Huet, Evêque d’Avranches, eortt* pofa un poëme fur les Lampyrides,
- Explication de ce qui les rend lumineux.
- Rapports des Anciens & de quelques per-fonnages illuftres fur la propriété qu’ils ont eu d’effluer du feu par les yeux, & de voir clair pendant la nuit. Quelques animaux ont cette propriété.
- Application de ce phénomène au fens renfermé dans le vers de Virgile ; Nef cio quis teneros , &ct
- Sympathie, mouvements involontaires qui nailTent des regards. Ils peuvent être la caufe de l’amour ; ils le font' des délira fubits & involontaires.
- Preuves de cette opinion.
- Les corps cryftallifés deviennent lumineux par une légère friâion : c’eft la caufe de la lumière qui paroît dans la partie fü-périeure & purgée d’air du tube d’un baromètre.
- Le charlatanifme a pu abufer fouvent des Phofphores pour préfenter des preftiges.
- Il feroit encore plus facile de fe fervif de l’Éle&ricité pour abufer le vulgaire*
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- U chaîne & Venfemhle de cet Effai. 431
- Vraifemblance que les Prêtres de Memphis & d’Heliopolis en ont abufé vis-à-vis de ceux qui fe faifoient initier aux Myfteres d’Eleufis & de la* bonne Déeffe.
- Application de VÉlectricité à plusieurs différents Volcans.
- CHAPITRE SEIZIEME.
- L’Éleétricité efflue des points de tous les conducteurs qu’on lui préfente : elle efflue des angles dans les corps terminés par une figure quadrangulaire ou triangulaire. Il peut exifter trois fortes de Vol-
- D’accidentels, qui doivent leur embra-fement au hafard ; d’autres qui ne font que lumineux, & qui font phofphoriques ; d’autres qui peuvent être la fuite naturelle d’une progreflion.
- Volcan accidentel allumé par des Pâtres dans les forêts du pays de Nafïau-Saarbrük. Volcan de la même efpece dans le Northumberland.
- Volcan lumineux près de Radicofani , dans l’Apennin.
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- 43i Récapitulation pour àonnoîtrè
- Ces Volcans effluent de la fuperficie de la terre des feux légers fans chaleur, qui ne font vifibles que la nuit*
- L’Éleéfcricité s’y fait feconhoîtrè par deâ fignes certains.
- L’Éleélricité peut être la caufe de la progreflion des grands Volcans.
- L’inclinaifon des aigrettes éle&riqües # la convergence de ces aigrettes au fommet de cette montagne peut être due aux loix de l’Éleâricité , plutôt qu’à l’attraélioii Newtonienne.
- Newton n’a regardé lui-même l’attraéHon que comme un effe: certain & calculable, qui peut avoir une caufe primitive.
- L’Expérience de la déviation de fept fécondés dans le fil à plomb , près de lâ montagne Chimboraco, paroît deyoir être attribuée à l’ÉIeélricité.
- Les montagnes élevées doivent être regardées comme des CortdUéteurs de l’É-leékricité terreftre , & leurs fommets comme des points d’où l’Éleétricité efflue.
- L’Éleétricité terreftre tend à élever les corps qu’elle ne peut traverfer librement ;
- pat
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- ta chaîne & ï'enfemblc de cet EJJàL 433 par conféquent elle peut élever beaucoup de foufres dans l’intérieur des montagnes.
- Expérience de Lémery , qui forma un petit Volcan artificiel.
- L’eau qui pénétré dans le corps des montagnes peut y allumer un foyer qui s’étendra de proche en proche.
- Le feu, pour trouver une iflue, fait des efforts d’autant plus violents qu’il tend fans celle à l’équilibre.
- Ce qui le pafle dans les Volcans eft la même caufe des fermentations chaudes.
- Les grands Volcans font prefque tous ou dans des ifles , ou dans des ifthmes.
- Les grands Volcans fe communiquent prefque tous par des galeries fouterraines.
- Tout fe tient dans la Nature , tous les Phénomènes dont la caufe n’eft pas encore fuffifamment connue font liés à la chaîne générale des êtres.
- Cette chaîne, c’eft lè môuveittent, & par conféquent la matière vive.
- Ce qui paraît fort grand à nos yeux eft très-petit en rapport à la malle des êtres.
- Les mouvements particuliers ne peuvent
- Tome IJ. Ee
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- 434 Récapitulation pour connaîtra
- être que des écoulements du mouvement
- général.
- Tous les détails répondent à ce principe dans les obfervations exaétes*
- Rapports du Doéteur Sprat & du voyageur Edens, contenant ce qu’ils ont ob-fervé fur le pic de Ténériffe.
- Phénomènes qui les furprirent.
- Explication très-fimple de ces Phénomènes , par le principe de l’Éleétricité.
- Le mont Àrarat, en Arménie, fait voir les mêmes Phénomènes.
- Observation fur les Guanches , anciens habitants de l’ifle de Teitte ou Ténériffe. Leur taille, leurs traditions fur les anciennes fépultures qu’on trouve dans cette ifle.
- Volcans qui ne font que lumineux : les fommets des montagnes du Chily le font prefquetous. Ces fommets portent les fignes certains d’une forte Éleâricité.
- C’eft l’Éleâricité qui porte les nuages non-éleéfcriques vers les montagnes.
- Les fommets des montagnes font toujours arides, leurs roches font prefque toutes de matière vitrefcibles.
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- la èhaîhe & Pertfembtè de à et Ëjfai. 43 $ Obfervations fur les effets du Tonnerre dans les grandes chaînes de montagnes, Obfervations tirées de celles de M* î?hiffer ,fur le mont Pilate : formation d’un petit nuage,formé pair une évaporation forte & rapide. Ce petit nuage, qui s’étend d’abord en forme de chapeau , caufe en peu de temps un grand Orage & des Tonnerres , dont l’explofidn fë fait en tous fensi
- aApplication de, fiÉlectricité àïi'x Aùrorei boréales & à la Lumière çodiacale,
- CHAPITRE DIX-SEPTIEME*
- të froid qui régné fdus les Terres po-Iairés y Condenfe tdute efpece d’évaporation : l’atmofphere y eft très-pure en hiver* L’Éledricité, en jailliffant de Ces Terres, ÿ devient vifiblë, quoiqu’elle y foit moins abondante*
- C’eft, à ce que préfume l’Auteür , la caufe des Aurores boréales : il croit qu’elles naiffent de l’Éleélricité terreftre , dont Ee z
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- 43 6 Récapitulation pour connaître l’effluence devient vifible vers le pôle , parce qu’elle y eft dégagée des particules qui Pobfçurciflent dans les autres climats.
- Les Académiciens qui ont pafTé l’hiver à Quittis, fous le cercle polaire, ont vu ces feux vergetés s’élever tous les foirs pendant les nuits prefque perpétuelles de cet hiver , & ils pouvoient lire à leur clarté.
- Le rapport de Frédéric Martens, celui de plufieurs Voyageurs qui ont été à la baie d’Hudflon, parlent de ces feux vergetés qui s’élèvent du pôle, & qui reflem-blent fi fort aux aigrettes électriques.
- Frédéric Martens rapporte que, dans un voyage au Spitzberg, il vit au Nord fept montagnes de glace très-lumineufe : leur fommet brilloit comme un véritable feu.
- Lés réfraCtions font plus fortes, à mefure qu’on approche du pôle.
- Obfervation correfpondante aux expériences de l’ÉleCtricité, qui prouve que les aigrettes qui s’élèvent du pôle doivent s’incliner, & décliner vers le point du Ciel où eft alors le Soleil.
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- la chaîne & Venfemble de cet EJJai. 437 Nous ne pouvons voir les Aurores boréales de notre latitude que comme un arc lumineux.
- Les Grecs, qui les ont obfervés dans une latitude à peu près pareille , & qui les ont vu former une ceinture lumineufe fur le mont Ida, ont pris cette ceinture pour l’Olympe.
- La courbe des degrés de latitude terref-tre qui nous fépare de la fourcé de ces aigrettes, ne peut nous les laitier., appercevoir que comme des cônes tronqués.
- Frédéric Martens obferva dans le Ciel une bafe lumineufe au zénith du fommet des fept montagnes de glace , de même qu’une aigrette éleétriquè obfcurcie par le mixte de l’air fe reproduit & reparoît par une bafe lumineufe' qu’elle forme fur des plaques de métal poli, ou des étoffes,d’or & d’argent.
- Obfervations faites par l’Auteur de deux Aurores boréales : ces obfervations le confirment dans l’opinion que ces Aurores font produites par des aigrettes qui s’élancent du Nord.
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- 438 Récapitulation pour connoitre Obfervation qu’il a faite de l’inctinaifon & de la déclinaifon des aigrettes vers le point duNord-d’Eft, ofi le Soleil étoit alors, jufqu’à leur difparition à la nailfançe du crépufcule, r,
- Expérience faite avec un Phofphore , par M. Graaff, qui montre le même phé* nomene : application aux Aurores boréa-* les.
- Les Aurores boréales prouvent encore Ja tendance du feu à s’élever.
- Application de la même théorie à la lu* mjere zodiacale,
- Expériences qui prouvent la tendance du feu à s’élever,
- M. Muflçhembroëk, quoique contraire à cette opinion, eft obligé d’y avoir re^ cours pour expliquer l’ébullition des liqui-* des par l’a&ion du feu,
- Toute efpece de feu s’élève toujours en rayons droits & divergents ; les expériences le prouvent.
- C’eft cette tendance du feu à s’élever qui exçite fouvent les plus violentes tenv pètes.
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- L’agitation des vagues vient fouvent bien moins de la violence des vents, que les vents ne naiffent du feu foutérrain qui agite les eaux,
- Les Anciens, dans leurs Fables allégoriques , difent que l’Océan eft le pere des’ vents, & paroiffent en cela avoir mieux obfervé que nous leur véritable origine.
- Les éruptions qui fe font fous les eaux de la.mer font caufe des grands déplacements d’eau ,des tempêtes fubites, des trombes , & ces éruptions caufent aufli de grands déplacements d’air dans l’atmof-phere groffiere.
- Les Anciens ont plus lié leurs Obfervarions dans un ordre philofophique , que nous n’ofons aujourd’hui lier les nôtres : il eft vraifemblable même qu’ils ont connu l’art & la néceflité des Expériences ; mais ils n’ont pas eu le fecours des nouveaux inftruments inventés depuis un fiecle.
- Peut-être a-t-on trop profcrit aujourd’hui l’efprit de fyftême ; on a trop déçouragé les efprits adifs & courageux,
- Plulieurs additions & Notes intéreflantes
- Ee4
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- 440 Récapitulation pour connaître pour la fuite des prôpofitions de ce prêtent Chapitre dix-feptieme.
- Application des effet* de VÉlectricité à différents Phénomènes terrefires. , marins & aériens.
- CHAPITRE DIX-HUITIEME,
- Néeeflité dediftinguer bien po Grive ment le Feu élémentaire du Feu matériel.
- Du Feu central.
- Prefque tous les Philofophes. ont admis un Feu central.
- Opinion du Pere Kirker.
- Feu M, Morin crut avoir vérifié fon çxiftenee par une Obfervatian faite dans les Mines d’or de Hongrie.
- Le célehre Halley en eft fi perfuadé , qu’il va jùfqu’à dire que l’ifitérieur du globe eft habité par une efpece de Salaman-
- Nous n’avons aucun moyen de nous affurer phÿfiquement que le globe de h Terre foit creux.
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- la chaîne & Venfemhle de cet EJfai. 441
- Il y a une proportion réelle entre la denfité du Globe du Soleil & celle de Tes planètes : Newton l’a calculée.
- Tous les Globes, & même celui du Soleil \ peuvent être creux.
- L’opinion qui établiroit que le Globe de la Terre eft creux, feroit très-favorable à l’hypothefe de l’Auteur, ainfi que celle qui donneroit la même ftruéture au Soleil.
- Mais en ce cas , l’Auteur ne croirait jamais que les Globes fuflent pleins d’un feu. matériel ; il préfumeroit bien plutôt qu’ils font pleins d’un feu élémentaire & électrique.
- Que cela foit ou ne foit pas , il eft certain que les planètes ont entr’elles une proportion de denfité.
- La tendance du feu à l’équilibre n’eft point une qualité oculte.
- Cet équilibre nait de la répulfion que toutes les parties fimilaires du Fluide élémentaire ont entr’elles : de quelque point que l’on parte , c’eft cette répulfion mutuelle qui eft le principe de toute efpece de fphere d’aéüvité, -
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- 44» Récapitulation, pour connoître
- Effets du feu élémentaire dans ces efpeces de foyers.
- Propagation de ces foyers dans la croûte de la Terre : ils font la caufe des tremblements de terre & de leur propagation à des diftances éloignées ; ils font de même la çaufe de tous les Phénomènes qui pa-roilfent avant & après les tremblements de Terre.
- Les chaînes de montagnes fe communiquent par leurs bafes & par leurs noyaux.
- Opinion qui établit que prefque toutes les montagnes doivent leur origine aux feux fouterrains qui les ont élevées.
- Obfervations qui femblentfavorifer cette opinion.
- Effets du Fluide éle&rique dans l’intérieur des montagnes.
- Comment ce Fluide peut dépofer dans leurs noyaux des matières inflammables , & élever des évaporations qui forment des fontaines en fe condenfant.
- Galeries fouterraines qui forment des communications entre les grands Volcans.
- Naiffance de la petite ifle Santorin en
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- la chaîne & l’cnfemblc de cet EJfai. 443 1707 i nom d’ifles Eoliennes, que les An* ciens ont donné aux ifles Lipari, à caufe des vents violents qui s’en élevént.
- Ces mêmes galeries de communication allument fouvent des foyers fous la mer : ces memes évaporations f^bmarines font Ja caufe des trombes, des élévations fubiteg de la mer fur les côtes , & dç quelques vent9 accidentels.
- On reconnoît le Fluide éleétrique dans tous les Phénomènes précédents :c’eft cette même caufe qui rend la mer du Japon fi fujete aux tempêtes , & la grande ifle du Japon fi fujete aux tremblements de Terre.
- La Chine, l’Indoftan, les ifles Caraïbes éprouvent les mêmes effets.
- Il s’élève périodiquement des vents frais dans prefque toutes les Villes & les Plair nés fituées près d’une chaîne de Montagnes, Néceffité dé çonfidérer la Nature en grand.
- L’ordre analytique dans l’examen des effets ne peut montrer que dés faits ifolés. En ouvrant les yeux de l’intelligence on découvrira dans toute efpeçe de mouvement
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- 444 Récapitulation pour connoître
- une matière vive qui meut la matière
- morte.
- L’éruption la plus terrible du plus grand Volcan ne pourroit être comparée à ce que nous pouvons concevoir d’une étincelle foudroyante dont l’explofion feroit le produit de l’Éleétricité raflemblée dans un vafe vitrifié, qui ne feroit au volume de l’Écla que comme un eft à mille.
- La fupériorité du feu éleétrique fur celle du feu matériel n’eft à ce feu élémentaire que ce qu’eft un inftrument à la main qui le dirige, & la force morte & d’inertie à la force vive & toujours aétive.
- Je crois devoir rappeller ici l’opinion d’Empedocle & d’Ocellus Lucanus : ils croyoient que deux forces motrices anta-goniftes, régifloient tous les mouvements poffibles. Ils n’eurent, fans doute, cette idée qu’âprès avoir obfervé que tout mouvement tend à l’équilibre , & que toute matière morte tend à l’inertie & au repos. Il eft fur que dans tout reflort mis en jeu , & qu'e dans toute l’économie animale on découvre des forces antagoniftes, par iefquelles
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- ta chaîne & VenfemUe de cet EJfai. 44,4 l’équilibre ou le repos fe rétabliflent; mais pourquoi ces deux forces antagoniftes au-roient-elles une caufe, un moteur différent? Larépulfion mutuelle des particules fimilai-res du Fluide éle&rique , n’eft-elle pas une caufe fuffifante de cette tendance à l’équilibre & du retour au repos ?
- Application des effets de VÉtectricùé au Son & h plufieurs Phénomènes.
- CHAPITRE DIX-NEUVIEME.
- | Expériences conftatées fur le Son.
- Le Son vient à nous par ondulation, & paroît démentir l’affertion qui établit que tout mouvement eft produit par une force
- Raifon de l’ondulation du Son.
- Le Son n’eft point un être réel : nous avons donné un nom à cet effet, à caufe de fa relation intime avec nous.
- Si l'on fournit un conduéteur au Son , il parvient à nous avec la même rapidité .que la lumière.
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- 44^> Récapitulation pour connûîtrt
- Expériences qui le prouvent.
- Le porte-voix eft une efpece de conducteur, du Son; le porte-voix eft auSonl’in-verfe de ce que les lunettes font à la vue*
- Les eaux courantes * ou celles qui ont une grande fuperfieie j font des conducteurs du Son.
- L’effet de l’Éleétricité peut être reconnu jufques dans les mouvements les plus in-fenfibles.
- Expériences de M. de Réaumur pour faire éclorre des poulets par la feule action du feu : précautions à prendre pour que ce procédé réufliffe.
- L’œuf bien obfervé paroît être fembla-* ble au placenta & aux tuniques qui renferment l’animal ën petit.
- Conditions néCeffaires pour foutenir la force qui fait déployer l’embryon , qui eft déjà organifé dans l’œuf.
- On ne pourrait conferver des œufs en pâffant la ligne t fi l’on ne fermoit exactement les pores de la coquille avec une matière électrique.
- Le vernis eft la meilleure matière qu’ort puiffe employer.
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- tâ chaîne & Venjemhle de cet Êjjai. 447
- L’embryon de l’œuf conferve un mouvement inteftinal.
- Le germe ne périt point * un œuf qui aura paffé deux fois la ligne peut encore éclorre,
- Parité entre les œufs & les graines*
- Conditions fingulieres où quelques ef-peces de graines doivent fe trouver pour germer & éclorre i obfervations qui prouvent cette vérité*
- Les molécules organiques qui ne font point détruites par la mort de l’individu doivent être animées par le Fluide élaftique du feu éleétrique qui occupe leurs milieux.
- Opinion de M. Muffchembroëk, & les raifons qu’il allégué pour prouver la pe-fanteur du feu.
- L’Auteur réfute cette opinion : expériences qui appuient fa réfutation ; continuation des Expériences relatives.
- Expérience fur la rofée & fur l’eau qui entre dans le mixte de l’air.
- Différence de la compofition de l’eau recueillie de l’air, & de l’eau recueillie de la rofée, La rofée fe charge de beaucoup
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- 448 Récapitulation pour contloître de particules terreftres, plus pefantes que celles qu’on peut trouver dans l’eau de la pluie, & fur-tout celle qu’on peut recueillir de l’air.
- On peut connoître par le réfidu de la rofée quelle efpece de matière abonde dans les terrains.
- Tous les météores aqueux ou aériens prouvent la combinaifon de l’Éle&ricité îolaire & de la terreftre. Ces deux effluences fe combattent, fe repouffent, & leurs particules tendent toujours à fe remettre en équilibre. Newton a dit & prouvé que la lumière rebondifloit du vuide.
- Ce vuide a un milieu fubtil, occupé par le feu élémentaire , qui étant de même nature que la lumière doit la repouffer.
- Cette expérience de Newton lui a fait dire que l’attraâion pouvoit avoir pour caufe une force vive.
- Newton a fouvent recours à des milieux fubtils pour expliquer plufieurs effets. Ces milieux fubtils & aétifs ne peuvent être que le feu élémentaire.
- M. Muffchembroëk, d’après fon opinion que
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- la chaîne & Venfemble decetEJfai. 449 que le feu pefe à la maniéré des autres graves , ne donne que des explications forcées de plufieurs Phénomènes* Ces mêmes Phénomènes S’expliquent Amplement & très-clairement par l’aétion du feu élémentaire. 1
- Expériences qui prouvent que la tendance naturelle du feu eft de s’élever.
- Le feu pur & libre n’a de tendance que vers le. Soleil -, & à fe mettre en équilibre avec lui-même.
- M. Mulïchembroëk paroît n’avoir eu aucune idée fixe & lumineufe fur l’Éleétri-cité; il ne peut expliquer les effets les plus fimples, faute de bien connoître la nature du Fluide éle&rique*
- Il ne diftingue prefque jamais ie feu élémentaire d’avec le feu matériel.
- Autres Observations qui prouvent la tendance du feu à s’élever.
- Continuation de la réfutation de la pe-fanteur du feu : éloge de ce favant Phyfi-cien, qui n’a adopté cette opinion que parce qu’il l’a trouvée reçue & appuyée par Boy le & Homberg.
- Tome II.
- Ff
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- 4^6 Récapitulation pdur cotirloîtré
- M. Muffchembroëk a été forcé S’expliquer fouvent des effets femblables par des caufes différentes.
- La Nature n’a qu’une même efpede de forcé différemment modifiée : mot excellent dë M. de Fontenelle à ce fujet.
- Plus une caufe nous parôît fimple & unique , plus cette caufe eft digne d’un Créateur unique & tout-puiffant.
- M. Muffchembroëk eft forcé de convenir , d’après plufieurs Obfervations ^ que la matière du Soleil doit être denfe : contradiction qu’il avoue entre fa théorie & la denfité du Soleil.
- Les Cometes peuvent bien éprouver un certain degré de chaleur d ans leur périhélie ; rttais il ne peut être allez violent'pour les diffoudre ou même les embrafer.
- ' Cette chaleur ne peut être telle que les Newtoniens l’ont imaginée , quand ils ont dit que la Çômete de 1681 , dans fort périhélie, a voit éprouvé un degré de chaleur aooo fois plus fort que Celui d’urt boulet rouge,
- La marche des Planètes dans leurs or-
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- la àhaîrie & Veüfenéle de Cet Èffaù 451 Dites ne peut être exa&ement égale ‘ lâ vitefle de cette marche s’acroît quand elles approchent de leur périhélie, & décroît à mefure qu’elles approchent de leur aphélie.
- Elles ne fe reprochent du Soleil que de la longueur du rayon de leur fphere d’a&ivité, qui eft décru dans leur aphélie i elles s’éleéfcrifent alors de nouveau , & c’eft ce qui rend leurs orbites plus Ou moins elliptiques.
- Toute aétion répond & obéit aux lok de l’équilibrei
- L’équilibre n’eft point une caufe, ce n’eft qu’un effet.
- Confufion que nous mettons dans nos idées par de faufles définitions des caufes» Il n’y a qu’une caufe primitive dans la Nature, c’eft la matière vive : c’eft.elle qui caufe l’équilibre univerfel, parce que Cette matière s’étend dans tout l’Univers, & parce que cette matière eft compofée de particules fimilaitçs, qui font autant de petites fpheres d’aétivité qui fe repôufTent & qui ne peuvent fe réunir fans une extrême Ff i,
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- 452, Récapitulation pou? cùhnoïtré
- violence au point de contaét, comme On le voit dans le foyer des grands miroirs ardents.'-ti)
- L’attfaéfcion (impie ne peut fuffire poii# expliquer l’harmonie de l’Univers , & la force vivé qui l’anime J mais rien ne peut diminuer la gloire de Néwtofi : fon fyftême> fes calculs font vrais quant aux effets. La vérité de ce fyftême eft pour noüs ce qu’eft celle du lever du Soleil à l’Orient, & de fon coucher à l’Occident ; quoique le So^ leil ne fe leve ni ne fe couche» Les Ouvrages de Newton reftent dans toute leur intégrité, & l’Auteur de cet Effai n’a prétendu qu’à obéir à Newton même,qui encourage dans fes Ouvrages à chercher quelle peut être la loi générale dont les effets de l’attrac-* tion peuvent dépendre»
- (I) Je reviens Couvent à la définition des particules fimilaires qui compotènt le Fluide éleâriqtie, parcd qde toutes les Expé-
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- la chaîne & Venfemhle de cet Effai 453 Effets de VÉlectricité fur l’Eau,
- CHAPITRE VINGTIEME.
- L’Auteur ofe préfumer que l’Eau' n’eft pas un élément.
- Caraâeres diftinâifs & propriétés de l’Eau : elle n’eft pas compreffible, elle eft ti-anfparente ; il faut que fes particules çonftituantes foient dures, foient rondes, 8c de la plus grande ténuité poffible.
- L’Eau repoufle tous les corps fulphureux & gras.
- L’Eau eft le meilleur condudeur poffible pour transmettre l’Éledricité.
- L’état naturel de l’Eau feroit d’être en glace.
- Deux morceaux de Glace battus l’un contre l’autre montrent du feu.
- Le Cryftal paraît avoir beaucoup d’analogie avec l’Eau 2 Obfervations qui ap-. pyient cette opinion.
- La Chimie parvient à réfoudre le Çryf* tfll en Eau,
- Ff 3
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- 4^4 Récapitulation pour connoîlte L’Eau peut acquérir un degré de froid fupérieur à celui qui eft néceflaire poqr la glacer.
- Les fels de nitre congèlent l’Eau,
- Il faut le mélange d’un fel pour former le Cryftal,
- L’Auteur propofe en tremblant une hy-pothefe, qu’il eflaie de rendre probable, Il reprend çe qui a dû fe palfer dans la matière terreftre en fufion, au moment où elle a pu être élancée du globe du Soleil.
- Comment l’atmofphere terreftre a dû fe former,
- La grande expanfion de cette atmofpherc dans ce premier temps, Condenfation de eçtte atmofphere*
- Formation des fels fixes & des fables, Comment les couches fupérieures de la Terrç ont pu fe ftràtifier & fe former, L’Auteur eft entraîné de proche en proche à préfumer que l’Eau pourrait bien être un compofé de globules de Cryftal. Comparaifon de l’Eau avec le Cryftal, Comparaifon de l’Eau avec le Mercure, pxpérience qui montre que le Cryftal
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- h chaîne & l'enfemble de cet EJfai. 4^ peut fe réduire en globules très-tenus par J’aétion du feu.
- Rien n'implique contradiction dans l’o pimon qui préfente l’Eau comme un com* pofé de globules cryftallins.
- L’Eau eft très-diffemblable de la matière vive : l’Eau paroft cqmpofée de matière morte & inerte, \
- Suite des preuves de cette opinion.
- Compofition des fels : quel eft leur effet dans plufieurs compofitions fubféquentes.
- Le Mercure prouve que les corps com-pofés d’une matière globuleufe , font les plus fufceptibles d’une grande expanfion.
- L’Eau qui peut augmenter 14000 fois de volume dans fon expanfion, fe condenfe & fe durcit auffi facilement que le çinnabre faétice.
- Analogie frappante : fimilitude entre l’Eau dans l’état de glace & le Cryftal : né? çeffité d’obferver fcrupuleufement cette analogie, qui augmente fans ceffe par l’ob-fervation,
- Art de raifonner pour la eonnoiffance qu’on yeut acquérir des faits.
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- 45 6 Récapitulation pour co nnoîtrc
- Opinion de Thaïes & de quelques anciens Philofophes fur l’Eau : ils la regar-doient comme la génératrice de tous les individus.
- Les Livres faints femblent confirmer cette opinion.
- Rapport des partages du Texte facré , fur la formation des Eaux,
- Réflexions fur l’ouvrage des fix jours : rien dans le Texte faeré n’apprécie quelle eft la durée du temps qui a pu féparer la création première du Ciel, de la Terre & des Eaux , du refte de l’ouvrage des fix jours,
- Nous ne pouvons être inftrufts par aucun paflage du Texte facré , que les trois premiers jours n’aient été que de vingt-quatre hçures : ces trois premiers jours ont peut-être été des périodes folaires de vingt-fept à vingt-huit mille ans.
- L’Efprit de Dieu ayant été porté fur les Eaux , plufieurs des SS. Feres ont expliqué ce partage, en difant que I’Efprit de Dieu embrafloit les Eaux, & les préparoit k la fécondité. Ils vont jufqu’à comparer
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- la chaîne & Venfemble de cet BJfai. 457 çet a&e à celui de l'oifeau, qui couvre fea ceufs avec fes ailes pour les faire éçlorre.
- On peut , fans s’éloigner en rien de la foumiflion profonde & de la foi due au Texte facré, lier les faits qu’il rapporte dans un ordre phyfique.
- Sentiments de plufieurs SS. Peres fur la narration de Moïfe de l’ouvrage des fix jours,
- Paffages de S. Auguftin fur cette narration ; paffages de S. Athanas ; opinion de S. Grégoirerde-Niffa ; paffage d’Origene : autre paffage de Phylon.
- Les jours de vingt-quatre heures n’ont pu commencer que le quatrième jour.
- Toutes chofes ont été créées ènfemble ; on ne peut, on ne doit pas même interpréter ce paffage : Qui manet ineeternum créa. vit omnia fimul,
- Mais on peut reconnoître un ordre fuc-ceflif dans le développement de tous le§ êtres créés enfemble,
- La consommation des ouvrages de Dieu, c’eft la création de l’homme ; auffi Mpïfç pe la plgce qu’au fixieme jour.
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- 458 Récapitulation pour connoîtrc Au premier moment oà la matière en fu* fion & élancée du globe du Soleil aura çommençé àfe condenfer & s’arrondir,les parties les plus pures & les plus hpmoge’t nés auront dû former un noyau,
- Ce noyau aura bientôt acquis une force centrifuge en tournant fur lui-même , & une force éleétrique jailliffante, qui aura foutenu,àdesdiftanceséloignées & égales, les matières les moins homogènes. Le eé-lebre/Halley eft de cette opinion. Ces ma-» tieres héçérogenes, en fe refroidiflant, au-» ront dû former une croûte autour & à une certaine diftance du premier noyau.
- Les différentes couches condenfées dans un ordre fucceflif fe feront ftratifiées.
- Les globules cryftallins les plus petits auront formé les Eaux, & une maffe im-» menfe de ces Eaux a dû couvrir toute la furface de la Terre à une grande hauteur, ainfi que le rapporte le Texte facré.
- La Terre a dû prendre alors la figure d’un vrai géode.
- Preuves que la Terre a dû refter très* long-temps couverte par les Eaux,
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- la chaîne & Venfemble (le cet EJfai. 459 Obfervations qui font préfumer que ces Eaux ont pu dès-lors être habitées par des animaux & infeétes marins de toute efpece; preuve? (qui pafpiflçnt être décifives) de pette opinion.
- Origine primitive des montagnes dit globe : obfervations qu’on y fait.
- On ne peqt rapporter au déluge les dépôts de corps marins dans les montagnes & dans les couches profondes de la Terre, Les obfervations forcent à regarder les dépôts des corps marins & les gros madrépores (attachés parleur bafe naturelle) qu’on trouve fur le fommet d’un grand nombre de montagnes, comme étant très-antérieurs au déluge.
- Les grandes chaînes des montagnes, leurs grandes finuofités, doivent leur formation pux premier? temps.
- On reconnoît les fillonnements que les Eaux du déluge ont pu faire depuis, & les montagnes dq fécond ordre que les Eaux ont pu amonceler,
- On reconnoît 4e même des montagnes
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- 4<îo Récapitulation pour connoître parafites, produites par l’éboulement & les détriments des premières.
- Plufieurs détroits peuvent avoir été faits par le déluge..
- Preuves que la Grande-Bretagne & la prance fe touchoient par les côtes de Douvres & çelles du Boulonnois.
- La matière çalçinable qui fe trouve dans les premières couches du globe eft le pro-t duit des corps marins : cette matière, qui nous paroît abondante, & la feule qui foit propre à la végétation, n’eft pas comme un à quatre mille des autres matières terreftres, qui font toutes vitrefcibles.
- Tous les grands dépôts qui font régu-r liers, & qui renferment des corps organi-; fés, peuvent être rapportés aux temps qui précédèrent les trois derniers jours de la narration de Moïfe.
- L’Eau, qui forme toujours un limon, s’eft atterrie peu-à-peu : elle a formé les bancs horizontaux dans les premiers temps. Ces bancs fe trouvent quelquefois ftratifiés par des dépôts fuccefiifs, jufqu’à plus de cinq çents pieds de profondeur.
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- ta Chaîne & fi etifefaite Je cet Ejjai. 46t
- L’Eau déppfe fans celfe une terre argi-leufe, & elle perd par conféquent autant de fa fubftancè en eau qu’elle dépôfe d’argile.
- Le Crÿftal fe diflout peu à peu dans l’Eau , ainfi que le fable, & fe convertit de même en argile.
- Phénomènes de l’Eaü;
- Poflibilité qu’elle foit compofée de globules de Cryftal.
- Les particules globuleufes du Cryftal font de la matière la pius propre à former l’Eau.
- Météores aériens & aqueux , qui concourent à établir cette opinion.
- Aucun corps grave ne peut s’élevèr contre la loi commune à toute la matière morte & inerte»
- L’attrâ&ion prétendue du Soleil ne caufe point les évaporations : la force jailliflante de l’Éleékricité les éleve.
- Obfervations qui prouvent cette aflertion»
- Les nuages pleins d’Éleétricité ont une atmofphere bien plus forte que les nuages aqueux : ils s’élèvent plus haut & fe fou-tiennent à la même hauteur beaucoup plus long-temps.
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- 4^i Récapitulation pour càtinoitrè
- Lorfque des nuages électriques font forcés par les courants dé l’air à s’approcher ^ ils ne fe pénetrént, né fe eondenfent & ne fe réfolvent en pluie que lorfque, par de violentes exploitons , ils ont perdu là plus grande partie de leur ÉleCtricité;
- A mefure que ces nuages perdept dé leur Électricité , ils fe remettent en équilibre de feu élémentaire avec l’air environ-
- La grêle vient du riitrë, dont lés liliages éleCtriques font toujours plus ou moins chargés : preuves de cette opiniom
- Concours d’analogies entré la Glacé & le Cryftal : Obfervations à Ce fujet.
- On confond fouvent le fparr avec lé Cryftal ; différence de ces deux matières î le plâtre eft une matière mixte compoféë des deux.
- C’eft l’Éau qui fe cryftallile dans les lits de plâtre.
- La fimilitude & l’analogie paroît fi forte entre la matière du Cryftal & celle de l’Eau, que l’Auteur croit en devoir drefler Une table pour, la mieux mettre fùus les
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- ta chaîne & l’enfemhle àe cet ÈJjai. 463
- ÎTable des analogies & des fimilitudes entre l’Eau & le Cryftal i Obfervations relatives;
- • Raifoftô qui déterminent l’Auteur à préfumer que la grande mafle d’Eau qui, dans les premiers temps, enveloppoit la Terre a pu s’atterrin ,
- Syftême dé M. dé Maillet, dont on a abufé après fa mort pour en faire uneefpeee de roman;
- Preuves dé foi) Syftême & de la diminution des Eaux : continuation des mêmes preuves par des obfervations bien faites & certaines;
- Autorité tirée de la Genefe, qui prouve que les Eaux ont dû s’atterrir dans les premiers temps;
- Continuation des mêmes preuves.
- Les particules conftituantes d’un être , lors même qu’elles commencent à fe dérober à nos fens , peuvent être encore conçues & fubdivifées par l’efprir.
- Un être ne devient pas métaphyfique lorfqu’il a une bafe phyfique bien établie.
- Un efprit Courageux peut, par le fecours
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- 4<>4 Récapitulation pour cohnoîtrè
- d’une méditation profonde, & par le cal-* Cul, fuivre la Nature jüfques dans des dé* tails prefque infiniment petits.
- Une feule & thème matière doit être lâ bafe de tout agrégat matériel;
- La matière vive peut divifer la matière morte prefque à l’infini : Expérience qui le prouvé.
- Expérience fur la Larme Batavique } explication de fon explofion : état du Cryf-tal de cette Larme après cette explofion.
- Application de cette explofion à celle qui fépara la matière des Planètes de la maife du Soleil*
- Ce qui ne parle plus aux fèns peut parler encore à l’entendement & à la raifon.
- Réflexion fur l’art de penfer*
- Réflexion fur tout Ce que nous avons connu par le fecours des inftruments nouveaux.
- Ne pas fe fervit de foii entendement avec courage , c’efl: avilir le plus beau & le plus noble don qui nous ait été fait par le Créateur.
- Addition
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- la. chaîne $f Penfemble de cet EJfaL 465 Addition au prifent Chapitre vingtième,
- Je défïrérois, en rendant l’hommage que doit tout homme qui penfe à un des bien-faiâeurs de l’humanité, rendre aufli juftice au profond lavoir & à l’efprit fupérieur & aimable du favant Phyficien qui a trouvé le moyen fur & éprouvé de •deflaler l’eau de la mer ; mais M.Poiflonnier, en daignant être le Cenfeur de cet Ouvrage, m’impofe un filence qui coûte cher à mon cœur.
- C’eft par une Opération fimple & facile à exécuter que M. Poiflonnier parvient à féparer & précipiter les Tels diflous & flottants dans l’eau de mer ; c’eft par une fécondé Opération inconnue jufqu’à lui, qu’il enleve de l’eau de mer cette partie bitumineufe & phlôgiftique qui, dans toutes les autres opérations eflâyées , étoit toujours reftée attachée intimement aux particules de l’eau : l’Expérience a conftaté la bonté & la falubrité de cette eau def-falée. L’Équipage d’un vaiffeau n’a point bu d’autre eau pendant un voyage de trois Tome II. Gg
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- 466 Récapitulation pour connoître
- mois. Les bariques d’eau douce quiavoient été embarquées fur ce vaifleau ont été débarquées à fon retour fans avoir été ouvertes ; & il eft prouvé par cette Expérience , que l’eau de mer deflalée n’avoit en cet état que la même compofition de l’eaù douce naturelle. Elle a le poids des meilleures eaux de fontaine , le même degré de froid la congele, & cette eau, lorfqu’elle eft récemment épurée, & qu’elle n’a pas encore été long-temps pénétrée par l’air, feroit la plus propre de toutes les eaux à former une glace de la plus forte denfité poflible.
- Nous ne pouvons avoir qu’une connoif-fance imparfaite de la caufe du changement prefque total qu’éprouvé l’eau dans fon paflage de l’état de liquide à celui de corps dur & caftant. Nous imaginerons bien avec M. de Mairan , que des particules qu’il nomme frigorifiques, font tranf-portées par les vents du Nord , fous la figure de petites lames aigues, qui s’infe-rent entre les globules de l’eau, qui les empêchent de rouler les uns fur les autres,
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- la chaîne & Venfemble de cet EJJai. 467 les fixent enmafie folide, & que ces petites lames étant lucides & diaphanes, elles ne font perdre à l’eau que très-peu de fa tranfparence. Nous imaginerons encore facilement que c’eft la multiplicité de ces petites lames qui font corps avec l’eau dans fon état de glace, qui donne à la glace .une double réfra&ion plus ou moins fortë ; mais ces particules frigorifiques doivent être bien volatiles, puifqu’un degré de feu fuffit pour les enlever & rendre aux globules de l’eau toute leur mobilité.
- Ne feroit-il donc pas poffible qu’il exifte aufli dans la Nature, dont nous n’épuiferons jamais les fecrets, une efpece de nitre ou fel plus fixe, plus tenu , qui remplifle tous les interftices que les globules de l’eau ont entr’eux , qui s’y moule, s’y fixe, & ne puifle plus en être féparé par le feu.
- Que pratiquons-nous lorfque nous voulons réduire du cryftal de roche ou des cailloux en poudre impalpable , ce qui s’appelle ouvrir la matière qui les com-poîe ?
- Nous plaçons ce cryftal & ces caillou*
- Gff *
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- 4^8 Récapitulation pour connaître à un feu de réverbere, & lorfque nous les Voyons étincelants & brillants d’une lumière blanche, nous les plongeons fubi-temerit dans l’eau. froide : ieurs pores ouverts font alors dilatés par cette nouvelle eau, dont les globules le font place & bri-fent toutes ces particules adhérentes en mafle.
- Il eft prouvé pat l’art de la Verrerie , que plus on renouvelle cette même opération ) plus ort ouvre, plus on atténue ces particules brifèes, & que l’on parvient par une longue opération réitérée plufieursfois à approcher de ce que l’-Êleélricité fait dans un inftant dans l’explofion de la Larme Bata-vique ; mais que favorts-nous fi à la longue nous ne parviendrions pas à difloudre le nitre fixe qui s’eft réuni aux globules cryftallins, qui revenus à leur première fimplicité reprendroient la mobilité d’un liquide ?
- Peu de gens ont le courage d’entreprendre des expériences dont la courte durée de notre vie leur ôte l’efpérance de voir les réfultats.
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- la chaîne & Venfemble de çet EJfai, 469
- Nous en fommes jufqu’au point defavoir que le fable peut s’atténuer, fans le fecours de l’art, en argile ; mais favons-'nous fi çette argile ne pourroit pas à la longue prendre la liquidité de l’eau ?
- Nous ne connoiflons les ouvrages de la Nature quelorfqu’ilsontété travaillés dans fes atteliers par une longue fuite de fiecles. Le mot de M. de Fontenelle eft bien fpi-rituel, lorfqu’il dit de M. de Toumefort, dans la grotte d’Antiparos , qu’il y avoit pris la nature fur le fait; mais outre que ce mot portoit à faux , les pétrifications n’aÿant nulle efpeee de végétation , & les ftalaétiques d’Antiparos n’ayant rien de fupérieur aux ftalaéliques de la grotte d’Auxelles, & de cent autres grottes, que le plus de dureté & de pureté qui forme nn plus bel albâtre ; foyons bien fûrs que nous ne prendrons jamais la Nature fur le lait, & fiir-tout dans ces efpeçes d’opéra--tions, qui ne fe font point par feçoufles, & qui ne peuvent fe perfectionner que par une addition de parties & par up travail aufii long que paifible,
- Gg 3
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- 470 Récapitulation pour connoître
- Nous imiterions bien plus facilement, avec le fecours du feu matériel de nos fourneaux , le travail de la Nature dans les mines métalliques. Il en eft encore qui, telles que celles de l’or & du mercure, n’obéiroient point à nos efforts ; mais la cryftallifation naturelle ne peut être l’ouvrage du feu matériel , quoiqu’avec fon fecours nous parvenions à former un cryftal approchant du cryftal naturel.
- Réfléchirons d’ailleurs que pour réunir par la fufion avec quelques fels, un cryftal artificiel en malle , il faut que nous employions pour matériaux des particules extraites des cryftaux naturels, un caillou, un fragment de roche vive ; le filex ou pierre à fufil ne différant du cryftal de roche qu’en ce que fes particules confti-tuantes font plus groflieres. Sans un cryftal naturel nous ne pourrions donc com-pofer aucune efpece de cryftal artificiel, & le travail de la Nature dans la compo-fition du cryftal de roche & des pierres précieufes eft encore trop voilé pour que nous puiflions juger définitivement de la
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- la chaîne & Venftmhle de cet EJfai. 471. poflibiüté demes conjeâures, ou de leur impoflibilité.
- Peut-être eft-ce par un des plus grands degrés de froid poffible quela Nature parvient •à- cette opération, & le rapport de Frédéric Martens , fur les montagnes de glace qu’il apperçut au fond des mers du Nord ; la quantité de cryftaux de roches qu’on trouve dans les cavernes les plus froides des Pyrénées & des Alpes , celui qu’on trouve en abondance & en grandes mafles dans ce qu’on nomme les Gletchers du canton de Berné ; tout doit nous faire foup-çonner que l’ancienne & perpétuelle congélation de l’eau peut enfin la fixer en cryftal.
- C’eft à M. Poifionnier que je dois encore une obfervation relative à mon opinion. Le Roi l’ayant envoyé en Rulïïe, au fecours de l’Impératrife Élizabeth, qui l’avoit demandé : M. Poifionnier pafla à Pétersboug un hiver , pendant lequel le froid devint fi cxceflif que le mercure rentra en entier dans la boule d’un thermomètre , qu’il y perdit fa mobilité , & qu’alors M. Poifibn-
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- 471 Récapitulation pour connaître njgr s’en ap percevant, il cafta l’ampoule de Ton baromètre , & le mercure tomba en boule & en maffefolide, 8c garda quelque moment fa fixité.
- Je fuis bien éloigné de croire que mon b-ypothefe fur la nature de l’eau foit fuffi-famment prouvée; mais je perfifte à dire qu’il ne peut y avoir qu’une feule matière dans la nature , & que cette matière n’a qu’une divifion, en matière vive & aétive, en matière morte & inerte, & que chaque efpeco de corps devrait donc avoir fes; éléments particuliers , fi nous admettions que l’eau fut un élément par lui-même, & le genre minéral eft aflez étendu pour avoir des éléments particuliers, fi la raifon pouvoir en admettre d’auprès que la matière morte, mue par la matière vive.
- Application des effets de VÉlectricité aux Fermentations.
- CHAPITRE VINGT - UNIEME.
- Effets de l’Éleélricité dans les Fermentations chaudes.
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- la chaîne & Venfemhle de cet Effai, 473 Son effet dans les Fermentations froides.
- On reconnoît dans l’une & dans l’autre l’adion du feu pur & élémentaire : preuves.
- Examen du Ferment foufre, principe ou pierre philofophale.
- Sentiment de M. Colone fur cette efpece de Ferment qu’il croit poffible.
- Opinion de M. Colone fur une femence univerfelle répandue dans l’Univers , & qu’il propofe comme étant une vraie panf-permie.
- L’Auteur cite quelques Savants du premier ordre , qu’il a cru perfuadés que le Ferment propre à changer la nature des métaux & à les ennoblir eft poffible.
- Il ne feroit peut - être pas impoffible à l’art d’extraire un acide fulphureux affez vîf, affez épuré pour ouvrir les métaux, les purger de leurs impuretés, atténuer leurs parties & finir enfin par les ennoblir.
- Mais il eft vraifemblable qu’un acide auffi épuré ne feroit plus que du feu ; auffi quelques grands Phyficiens regardent-ils
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- 474 Récapitulation pour connoître
- l’or comme ayant été élaboré par les raypns
- folaires.
- Quant à la matière vive & intelligente que M. Colone croit répandue dans l’Univers, il a tiré cette opinion de quelques Anciens, qui çroyoient que le Ciel étoit gros de formes, & avoit en lui un efprit reéteur qui pouvoir tout former & l’ani-
- Réfutation de cette opinion.
- On voit dans tous les êtres organifés un ordre fucceflif de génération. L’orga*-nifme eft le fceau que le Créateur a mis à fes Ouvrages.
- Examen des molécules organiques.
- Quoiqu’elles confervent en apparence une efpece de vie,elles ne peuvent former d’elles-mêmes des agrégats organifés.
- Tout ramene à une première forme organique, qui entraîne invinciblement l’idée d’un Formateur.
- Réflexions fur la force l’évidence de cette vérité.
- Nulle efpece de Fermentation ne peut produire un être refpirant ou végétant.
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- la chaîne &l’enfemblede cet EJfai. 475
- Application d’un mot d’Ariftides à ce qu’un Philofophe digne d’un fi beau nom doit reconnoître dans la Nature , où tout le ramene à la certitude d’un Créateur,
- Les Fermentations font caufes du vent qui s’élève des montagnes, & des feux qui s’allument dans leur fein.
- Ces effets durent être de la plus grande violence dans les premiers temps.
- On ne voit point de montagnes qui ne portent des lignes certains que des Volcans ont brûlé dans leur fein.
- Les couches horizontales fupérieures s’étant refroidies les premières, le feu concentré dans les couches inférieures a dû foulever les terrains, creufer des galeries & ouvrir des cavernes profondes.
- Les cavernes fe rempliffent peu à peu de pyrites & de matières inflammables , & lorfque l’eau y pénétré, cette eau fuffit pour les faire fermenter , & pour les em-brafer.
- Ces dernieres couches qui fe formèrent furent des dépôts d’argile , & les argiles font les parties les plus groffieres des globules cryftallins.
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- 47^ Récapitulation pour connoîtrt
- La chaleur intérieure deffécha les bancs-horizontaux & les fit fendre perpendiculairement à leur plan.
- Ces fentes font difpofées en rayons & dans la direction des jets d’une fphere d’activité.
- Le noyau du globe a dû çonfèrver une forte Éleékricité.
- Expérience d’un globe de foufre qui la conferve jufqu’à près de fept à huit mois. La cavité immenfe qui doit être entre ce noyau & la croûte de la terre , eft plein de Fluide éleétrique,
- L’Éleéfcricité paroît émaner plus abondamment des pôles , ce qui peut occa-fîonner ce que nous croyons être l’effluence d’un Fluide magnétique.
- Expériences favorables à cette opinion.
- Les Aurores boréales concourent à la
- L’Eleétricité terreftre eft entretenue depuis le commencement des temps par l’É-le&ricité folaire.
- Les faifceaux coniques des rayonsfolaires ceflent de diverger à'60000 lieues de dif-
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- la chaîne & PenfembU Je cet ËJfai. qj<] fcânce de la Terre, & fe rapprochent du pâralléliime.
- Ils tombent fur de nouveaux Segments du globe à chaque temps, & doivent ainfi entretenir la rotation diurnale de la Terre.
- Les côtés latéraux de la Terre étant dénués des mêmes rayons qui convergent fur fon hémifphere, cet efpace eft de moindre réfiftance.
- La force de projeélile eft entretenue par la même caufe ; c’eft cette même caufe qui fait que l’axe de la Terre eft incliné.
- La Terre réfifte par la force jailliftante de fon Électricité à celle qui efïlue du Soleil, ce qui forme une gravitation refpec-tive entre le Soleil & la Terre.
- Gette gravitation fe rapporte aux calculs de Newton.
- L’Auteur croit ne s’être point écarté de la doârine de Newton, en cherchant quelle eft la caufe méchanique de l’attraéHon.
- L’attraCtion n’eft qu’apparente ; mais quoiqu’elle ne foit aufli que l’effet de l’agent primitif/cet effet eft connu, calculé & certain.
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- 478 Récapitulation pour connoître L’Auteur efpere n’avoir rien avancé qui ne fe trouve dans un rapport exa& avec ces calculs.
- Effets de VÉlectricitéfur ie Flux&le Reflux, &furies Vents confiants, les Vents périodiques, & les Vents cafuels & accidentels.
- CHAPITRE VINGT-DEUXIEME.
- L’Auteur ne cherche dans cet Eflai qu’à trouver un principe fécond & lumineux, qui puifle Amplifier l’étude de la Phyfique générale.
- Il regarde l’étude de la Phyfique comme néceflaire à l’homme.
- Il examine quelle peut être la caufe du Flux & du Reflux.
- Les Anciens ont attribué à la Lune une influence immédiate fur ce Phénomène : Defcartes dit que la Lune le caufe par la preflion de fon Tourbillon, qui fait baifi-fer les Eaux fous l’équateur.
- Newton dit que l’attraâion de la Lune éleve les Eaux fous l’équateur, & le fait
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- la chaîne & Venfemble de cet EJJai. 479 eft vrai, quant à l’élévation des Eaux.
- Il eft prouvé que la Lune paroît en effet agir immédiatement fur le Flux & Reflux.
- Le Soleil & la Lune ont leur cours apparent entre les Tropiques, d’où ils ne forcent point.
- Newton nous a prouvé que lorfque la mer monte fur nos côtes, c’eft parce qu’elle redefcent alors de l'élévation où elle avoit été portée entre les Tropiques.
- Le but de l’Auteur eft de lier ce Phénomène à tout ce qui précédé ce Chapi-
- La Lune étant moins éleétrique que la Terre, la Terre, félon les loix que fuit le Fluide éle&rique, & félon la loi de l’équilibre, doit lui envoyer de fon Éleâricité.
- L’Ëleétricité qui jaillit de la furface des grandes Mers coïncide entre les Tropiques, & jaillit avec la plus grande force des points de ces Mers qui ont la Lune au zénith.
- Expérience qui paroît bien décifive pour prouver que les Eaux doivent s’élever dans le point d’où l’Éleélricité doit jaillir après avoir coïncidé dans ce point.
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- 4^0 Récapitulation pouf cônnôîtfè
- Toutes les variations que les Marges éprouvent font coürefpondantes aux variations que le cours de la Lune éprouve pendant fa révolution périodique > & les unes & les autres de ces variations dépendent de l’approximation ou de l’éloignement de la Lune, & de fa pofitionj foit dans fes confondions , foit dans fes quadratures ; cette pofition excitant proportionellement, plus ou moins, la force du jailliflement de PÉ-ledricité terreftre»
- Détails relatifs à cette prôpofition.
- Ce ne peut être que par une force vive que ces effets arrivent* Tout paraît prouver que cette force vive eft l’Éledricité terreftre, qui jaillit avec plus ou moins dé force vers la furface correfpondante de la Lune , félon qu’elle eft plus proche ou plus éloignée.
- L’Auteur revient à l’Expérience, qüi montre qu’une furface d’Eau étant éledrifée , l’Eau s’élève dans le point qui répond à celui d’approximation d’un corps non-élec-trifé. Il conclut que l’élévation des Eaux de la mer entre les Tropiques , corref-pond
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- la chaîné^ Vehfetnblc de cet EJfai. 481 pond de même au point de l’efpace où fe trouve le globe de la Lune , & qu’elle y correfpond par Une plus grande ou une petite élévation en raifon de l’approximation ou de l’éloignement de cette Planete fe-condairek
- L’Auteur en revient encore à foutenir que l’attra&ion n’eft qu’un effet ; mais que la gloire que Newton s’eft acquife en calculant les produits de cet effet , n’en eft pas moins brillante & complette»
- Raifons qu’il apporte de chercher une caufe à l’attraéHon, & de croire que cette caufe eft la matière vive, qui eft abfolu-ment le même Fluide, le même agent que le feu élémentaire & l’Éleâricité.
- Il préfume de même que la gravitation dont Newton a fi bien connu & calculé les effets, n’eft autre chofe que celui qui doit réfulter de l’équilibre où la matière vive fe remet fans ceffe avec elle-
- II prouve que Newton a fenti lui-même la nécefïité de cetté matière vive, puifqu’il admet une matière, un Fluide fubtil 70000© Tome II. H h
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- 481 . Récapitulation pour connaître fois plus élaftique & plus rare que l’air ; & il rapporte en entier ce que Newton dit à ce fujet, à la fin de fes Principes de Phi-lofophie.
- Newton dit que les Phénomènes n’ont pu lui faire découvrir la caufe primitive de l’attra&ion & de la gravitation, & qu’il ne fabrique point d’hypothefes.
- Newton , mort au mois de Mars 1717, n’avoit eu qu’une connoiflance très-imparfaite & très-fuperficielle des effets de l’É-leâricité. Il n’auroit pu en effet parler alors que très-hypothétiquement d’une force vive qu’il ne pouvoir fuffifamment connoître ; mais depuis fa mort cette force vive ayant été connue & prouvée par les faits , cette force vive eft un être réel qui fort de la claffe des hypothefes pour être admis dans l’ordre des faits naturels les mieux confta-tés.
- L’Auteur finit l’article du Flux & Reflux par conclure que cet effet eft une preuve convaincante de l’exiftence de l’Éle&ricité de tous les corps céleftes, & en particulier de l’Éle&ricité terreftre.
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- la chaîne & Venfemble de cet EJfai. 483
- Il juflifie la prétendue erreur populaire, qui donne à la Lune une influence fur la germination & fur la végétation des plantes : il explique comment cet effet arrive par l’approximation ou par l’éloignement-du globe de la Lune.
- L’Auteur rapporte ce que dit M. d’A-lembért fur les effets que le globe de la Lune doit caufer fur notre atmofphere.
- Tout concourt entre les Tropiques,d’où le Soleil & la Lune ne fortent jamais, au Flux & Reflux & à la naiffance des Vents confiants & réguliers.
- Il faut diftinguer trois fortes de Vents , les Vents confiants, les Vents périodiques, & les Vents accidentels.
- Le Soleil & la Lune contribuent aux vents confiants entre les Tropiques : Expérience du Doéteur Clare, analogue àcetta opinion.
- Les Vents confiants ne régnent que juf-qu’à trente degrés de chaque côté de l’équateur dans toutes les grandes mers libres.
- La confiance de ces Vents réguliers efl Hh x
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- 484 Récapitulation pour conrioitre troublée par les Vents qui s’élèvent des grands Caps & des grandes Terres.
- L’Éleâricité qui jaillit des Caps & des grandes Terres excite un vent qui combat & qui trouble le cours des Vents cônf-
- Ce qui caufe les Vents périodiques ou mouflons , c’eft que les grands Caps & les grandes Terres ont tour à tour le -Soleil au zénith, ou à peu près , ce qui excite puiflamment alors l’Éleéfcricité terreftre fur Ces grandes Terres, où elle raréfie l’air groffier.
- . Les belles & favantes Cartes que le célébré Edmond Halley à dreffées des Vents confiants & des Vents périodiques, vérifient la prop.ofition cj-defluS avec la plus grande évidence. .
- On peut avec facilité vérifier les preuves de la même propofition par les Vents de terre qu’on éprouve alternativement avec les Vents de mer , pendant les vingt-quatre heures, fur les côtes de la Méditerranée.
- Les Vents accidentels ont une
- grande
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- la chaîne & Venfemblè de cet EJJai. 485 variété de caufes phyfiqu.es. L’Auteur en a déjà rapporté plufieurs dans les. Chapitres précédents.
- Il en rapporte encore plufieurs , tels que l’œil derbœuf du Cap de Bonne-Efpérance, lp grain des côtes de Guinée , le chapeau du mont Pilate, & les nuages ronds & noirs de la mer-du; Japon & de celle des iiles Caraïbes. -
- Il attribue les tournoiements d’ea.u qui forment,un çalme.abfolu dans. l^ur ,centre au combat des Ÿents/irréguliers" contre les Vents confiants : ces calmes naifient lorfque ces Vents cpmpofés ne font qu’effleurer la mer dàns une ligne prefque pâràl-lele à fa Surface.
- . Lorfque’ la direfiion de ces Vents contraires eft plus diagonale. & forme avec lé plan de la mer; un ?ngle de vingt à trente degrés les tournoiements , alors n.’occu-pent plus -un fi grand, champ. Lès . tournoiements fe forment par des courants de la plus grande violence , & le centre .de ces courants devient une efpece de gouffre qui abforbe. tout. L’Aùtèur ren-
- HhV
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- 486 Récapitulation pour connaître voie fes Leéteurs à tout ce que MM. Muffchembroëk & de Buffon ont écrit fut* les grands courants, les tornados & les gouffres.
- Il s’en rient, dans cet Effai , à prouver que tous les grands mouveménts de l’air & des eaux ont pour caufe la même matière vive , la même force vive , électrique & jailliflànte , qui meut toute la nature.
- Il ofe foutenir qu'il ne peut exijler deux principes de 'mouvement différents , ni d’autre fubdivifion élémentaire dans ta matière , que celle de la matière vive qui meut la matière morte & inerte.
- L’Auteur finit par offrir de commenter telle efpecè de Traité de Phylique générale que le Public voudra lui indiquer , & il ofe efpérér d’en ramener, de la maniéré la plus fimple & la plus probable, Implication de tous les faits au principe unique de la matière vive & éle&riqûe dont tous les mouvements poflibîes ne font que des ofçillatîons plus ou moins fortes , par lefquelles ce Fluide a&if & fubtil fe re-
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- la chaîne Srl‘enfemlle de cet Effai. 487 met fans ceffe en équilibre avec lui-rnê-»e r. iqnUibtt. par lequel l’harmonie générale de l’Univers eft fans celle entretenue dans Ton grand tout.
- Fin de la Récapitulation.
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- T A B LE
- DES CHAPITRES.
- Mi f f ets de VÉleciricitè oufeu élémentaire dans les Phofphores naturels, Char. XV ,
- , . , , P^.1
- Application de VÉleciricitè a plufieurs différents Volcans , Char. XVI, a.8
- Application de VÉleciricitè aux Aurores boréales & à la lumière [odiacale , Char. XVII, 78
- Application des effets de VÉleciricitè à différents Phénomènes terreftres , marins & aériens , Char. XVIII, 113
- Application de VÉleciricitè au Son & à plu-Jieurs Phénomènes différents , Chap.
- Xix, I47
- Effets de VÉleciricitè fur l'Eau, Char. XX, ao 6
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- T A B L E.
- Application des effets de l'Électricité aux Fermentations, Chap. XXI, 300
- Effets de VÉlectricité fur le Flux & le Reflux,
- . & furies Vents confiants, les Vents périodiques & les Vents cafuéls & accidentels , Chap. XXII, 317
- Récapitulation, 371
- Addition au Chapitre douzième, où Von prouve par de nouvelles Expériences que VÉ-leclricité efl toujours très-abondante dans : Pair & qu’elle en eftVame & le moteur ,411 Addition au Chapitre vingtième, 465
- fin delà Table des Chapitres du Tome II.
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- AP P R 0 B A T I0 N.
- *t lu par ordre dé Mlonfeigheur le Garde-des-Scéaux, un Manuscrit qui a pour titre, Ej/ai fur la Nature Bt les effets du Fluiàe éUSriqut, càftfiJéré comme l’Agent univerfel, par feu M. le Comte de Tressa N,. Lieutenant-Général des Armées du Roi, Commandeur de l’Ordre de S. Lazare, Put» des Quarante de l’A-cidéfflîe'Françoifé, & Membre des Acadéfaiés royales des Sciences de Paris, de Rouen & de Berlin, des Sociétés royales de Londres’, Edimbourg, Montpellier, Nanci, &c., &c., &c., & n’y si rielî trouvé qui doive en empêcher l’impreffion. A Rouen ce 9 Février 178J. BALLIERE DBLAISMENT.
- PRIVILEGE GÉNÉRAL,
- ILtOUIS , FAR IA GRACE DE DtEU , Roi DÉ FRANCE ET DS NavAre : Anosamés & féaux Confeillers lés Gens tenants nos Cotors de Parlement, Maîtres des Requêtesprdinaires de notre Hôtef. Grand-Confeil , Prévôt de Paris, Baillifs, Sénéchaux , leurs Lieutenants-Civils & autres nos Jufticiers qu’ilappartiendra, Saeut. Notre amé le fleur Maurice-Emzabeth DELAVÉR-GNE DÉ TRESSAN , fils, Vicaire-Général de Rouen, nous afairexpofer qu’il défireroit faire imprimer & donner au Public Fédition du Mémoire fur les découvertes de TÉlcdricité, par feu M. le Comte DE TRESSAN , fon pere, s’il nous plaifoit lui accorder nos Lettres dç Privilège pour cenécefTaires.A ces Causes , voulant favorablement traiter l’Expofant, nous lui avons permis &permettons, par ces Préfentes, de faire imprimer ledit Ouvrage autant de fois que bon lui femblera,&de le vendre, faire vendre & débiter par - tout notre Royaume pendant le temps de dix années confécutives ,à compter de la date des Préfentes. Faifons dé-fcnfes à tous Imprimeurs, Libraires & autres perfonnes, de quelque qualité Si condition qu’elles foient, d’en introduire d’impref-non étrangère dans aucun lieu de notre obéilTance ; comme aufli d’imprimer ou faire imprimer, vendre , faire vendre , débiter ni contrefaire!editOuvrage,fousquelqueprétextequecepuiflè être, fans la permifljonexprefTe&parécrit dudit Expofantjies hoirs ou ayants-caufe, à peine'de faifie & de confifcation des exemplaires contrefaits, de nx mille livres d’amende, qui ne pourra être modérée, pour la première fois., de .pareille amende 8c de déchéance
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- d'état en cas de récidive, & de tous dépens,dommages 6c intérêts, conformément à l'Àrréc du Confeil du jo Août 1777, coucernanc les Contrefaçons. A la charge que ces Préfentesferont en régi Urées tout au long fur le regiftre de la Communauté des Imprimeurs & Libraires de Paris, dans trois mois de la date d’icelles ; que l’ira*
- [irelfion dudit Ouvrage fera faite dans notre Royaume, & non ailleurs , en beau papier & beaux caractères, conformément aux Réglements de la Librairie, à peine de déchéance du préfent Privilège: qu’avant de l’expofer en vente, le manufcric qui aura 1er vi de copie àPimpreffion dudit Ouvrage fera remis,dans le même état où l'Approbation y aura été donnée, ès mains de notre très-cher & féal Chevalier , Garde-des-Sceaux de France, le fieur Hue de Miho-mesnie , Commandeur de nos Ordres ; qu’il en lcra enfui te remis deux exemplaires dans notre Bibliothèque publique, un dans celle de notre Château du Louvrè, un dans celle de notre très-cher & féal Chevalier,Chancelier de France, le fieur de Maupeou, &un dans celledudit fieur Hüe de MiromesniliIc tout à peine de nullité des Préfentes ; du contenu dêfquelles vous mandons & enjoignons de faire jouir ledit Expofant & fes ayants-caufe,pleinement & paifi-blemenc, fans fournir qu’il leur foie fait aucun trouble ou empêchement. Voulons que la copie des Préfentes, qui fera imprimée toucan long au commencement ou à la fin dudit Ouvrage, foit tenue pour duement lignifiée, & qu’aux copies collationnées par l’un de nos amés & féaux Confeillers-Secrétaires , foi foit ajoutée comme à l’original. Commandons au premier notre Huilïïer ou Sergent fur ce requis , de faire, pour l’exécution d’icelles, tous Aâcs requis & nécelfeires, fans demander autre permillion , & nonobftant clameur de Haro, Charte Normande & Lettres à ce contraires ; Car tel eft notre plaifir. Donné à Paris le lixieme jour du mois d’Avril, l’an de grâce mil feptcentquatre-vingc-cinq ,6c de notre Régné le onzième. Par le Roi en fon Confeil,
- LE BEGUE.
- Regiftré fur le Regiftre XXIJ. de la Chambre royale (iftyndi-colc des Libraires & Imprimeurs de Paris, No 113 , Fol. 351. conformément aux difpofuions énoncées dans le préfent Privilège , & à la charge de remettre à ladite Chambre les neuf exemplaires preferits par PArrétdu Confeil d’Etat du 16 Avril 1785. A Paris le premier Juillet 1785.
- LE CLE RC, Syndic.
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